Traité de l'électricité
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- Da ns' lequel on expofe , & on démontre par expérience , toutes les découvertes électriques 3 faites jufquà ce jour, pour fervir de fuite aux Leçons de Phyjique du même Auteur.
- Par M. Sigaud de la Fond,
- ProfefTeur de Mathématiques.Démonf-trateur de Phyfique Expérimentale , de iaSociété Royale des Sciences de Montpellier , des Académies des Sciences 8c Belles-Lettres d’Angers , Electorale de Bavière, &c. &c.
- A PARIS.
- Chez Des Ventes de la Doué, Libraire, rue Saint Jacques, vis-à-vis le College de Louis-lc-Grand.
- M. D. CC. LXXI.
- Avec Approbation, 6* Privilège du Roi,
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- PRÉFACE.
- La multitude d’Ouvrages qu’on a publiés en différents tems, fur l’Èleélricité, l’empraffementavec lequel la plus grande partie des Phyficiens s’eft occupée des expériences éle&riques , font (uffi. làmmenc connoitre l’importance de cette matière. Egalement propre à reculer les bornes des connoiffances humaines, & à fa-tisfaire ceux qui ne recherchent qu’à fe récréer par le ipcciacle amufant de quantité de phénomènes curieux & furprenants j I les uns en firent l’objet de leurs i méditations, & les autres, celui de leur amufement. Les uns & les autres ne contribuèrent pas peu , dans les commencements , a ij
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- îj PRÉFACE, aux progrès de cette intéreffante partie de la Phyfique, & le Public, attentif à recueillir les fruits de leurs recherches, profita des travaux des uns, & de l’induftrie des autres.
- Tant que les Phyficiens ne s’occupèrent qu’à raffembler les faits , & à les concilier les uns avec les autres , leurs progrès furent fenfibles. Ce fut ainfi que la vertu éleârique , qui ne le manifefta , pendant plufieurs fié-cles,que dans quelques fubftances particulières , fe fit obferver dans le dernier fiécle , dans un nombre prodigieux de fubftances qu’on n’avoit point encore foup. cannées fufceptibles de contracter cette vertu. Tant qu’on ne s’attacha qu’à fuivre les effets qu’elle produit dans les corps dans lefquels on l’excite , chaque jour vit naître de nouvelles
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- PRÉFACE. iij
- découvertes. Ce fut ainfi que les attractions, les répudions , la propagation & la communication , furent obfervées , dès les premiers moments qu’on s’occupa de cette recherche : mais dès que l’efprit de fyllême s’empara des Phylîciens ; dès qu’ils abandonnèrent le flambeau de l’expérience , pour le livrer h la fougue de leur imagination ; dès qu’ils Voulurent rendre raifon de tous les faits qu’ils avoient découverts , & qu’attachés à des opinions particulières , ils voulurent y ramener les phénomènes qu’ils découvrirent parla fuite ; les progrès devinrent très-lents, ou pour mieux dire , les chofes relièrent dans le même ctat. On écrivit beaucoup , & ces écrits n’aug-menterent point le nombre de nos connoiflances \ ils retardèrent au contraire les progrès a iij
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- iv PRÉFACE, qu’on eût pu faire. On ne trouva dans la plupart de ces Ouvrages , que ce qu’on avoit déjà lu dans ceux qui les avoient précédés , & on eût dit qu’ils n’é-toient uniquement laits que pour expofer la théorie de leur Auteur , & la réfutation des idées des autres. De-là le dégoût d’une recherche dans laquelle on vit les plus grands maîtres s’égarer , ou ne s’occuper qu’à déclarer la guerre à ceux qui n’étoient point de leur avis.
- D’autres, à la vérité, pluspru-dents que les premiers i fe font bornés à l’expoficion des faits r & n’ont fait que tracer Thilloire de leurs découvertes : mais parmi ces derniers, combien s’en eft-il trouvé, qui, frappés de leurs premiers fuccès , & éblouis par des réfultats équivoques , ont attribué à la matière éleélrique *
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- PRÉFACE. v des effets qu’elle ne produifit jamais. De-là ce merveilleux qui réveilla route l’attention des amateurs , échauffa pendant quelque temps les efprits , & les tourna vers cet objet : mais cette effer-vefcence ne fut pas de longue durée. Plufieurs, rebutés de l’inutilité de leurs travaux , & de ne pouvoir même faire produire à la vertu éle&rique les effets les mieux conftatés , s’infcrivirent auffi-tôten faux contre les nouvelles découvertes, les décrièrent totalement, & les firenttomber dans le plus grand difcrédit. La vertu électrique trop célébrée, perdit alors jufqu’aux avantages qu’on ne pouvoit raifonablement lui refufer. Ce ne fut plus qu’un objet d’amufement , propre à occuper le loifir des gens défœu-vrés, & h fatisfaire la curiofité de ceux qui aiment le merveil-
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- vj PREFACE, leux. Telle eft en peu de mots l’hiftoire de l’éleûricité. On ne peut fuivre fes progrès , qu’en lifant une multitude prodigieufe d’Ouvrages , dont quelques-uus rebutent le Leéteur , par le petit nombre de phénomènes qu’il peut recueillir , dans une foule de differtations & de contefta-tions , qui ne l’inftruifent nullement de la véritable caufe des effets qu’on lui fait obferver.
- Il paroît donc important pour le bien de la Phyfique , & pour la fatisfaftion de ceux qui aiment à s’occuper des opérations de la nature, de raffembler les principaux faits qu’on a découverts jufqu’à ce jour , fur une matière auffi digne de nos recherches : de concilier ces faits les uns avec les autres : de ne laiffer aucun doute fur la certitude de ceux qui font en litige : de fuivre.,.
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- PRÉFACE. vrj autant qu’il eltpolfibledes analogies que la matière électrique parole avoir avec quantité d’autres fluides, qui jouent les plus grands rôles dans la nature , tels que la m a rie re d u fe u, ce! 1 e d u t o nn erre, Sc la matière magnétique : de conliater les avantages qu’on peu-t eipérer de la vertu éleétrique , & d’engager ceux qui viendront après nous, à profiter des découvertes certaines qu’on a déjà faites , pour pouffer plus loin leurs recherches. C’elt l’objet que je me luis propolé dans cet Ouvrage ; & voici la marche que j’ai luivie dans mon travail.
- J’ai divifé en deux claffes les corps fufceptibles de contracte! h-vertu éleârique, eu égard aux deux méthodes différentes qu’on eff obligé d’employer pour leur faire acquérir cette vertu,- J’ai feit dans la première, le dénom*-'
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- viij PRÉFACE brementde ceux qui font fufcep-tibles de s’cleârifer par frotte* ment, & je n’ai point négligé d’indiquer par ordre ceux qui font propres à contrader , par ce moyen , une vertu plus puif-fante. En parlant,dansla fécondé claffe,de ceux qui ne s’éledrifent que par communication , j’ai indiqué les moyens de leur faire conferver l’éledricité qu’on leur tranfmet; ce qui m’a donné oc-cafion de parler des différentes méthodes d’ifoler les corps.
- Quoique les expériences électriques foient aduellement affez familières à tout le monde, & qu’il n’y aie perfonne qui ne puif-fê faire conftruire une machine propre à répéter ces expériences, je n’ai pas cru qu’il fût inutile de traiter en particulier de ces fortes de machines. La multitude de «elles qu’on a imaginées jufqu’k
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- PRÉFACE.- ix ce jour , les différences formes qu’on leur a données , la fimpli-cicé à laquelle on vient de les réduire depuis quelques années, méritent d’être connus. J’ai con-facré à cet objet tout le feptième Chapitre de cet Ouvrage. On y apprendra la méthode la plus favorable de frotter les globes , & d’en recevoir la matière eleCtri— que qu’ils contractent par le frottement qu’on leur fait fubir. On ÿ apprendra qu’on peut efpérer une électricité aulli forte , d’un appareil beaucoup plus petit, ôe beaucoup plus fimple que ceux qu’on eft obligé d’employer,lorf-qu’on fait ufage d’un globe. On y verra la defcription d’une petite machine perfectionnée en Angleterre , qui produit autant d’effet que les plus grandes machines dont nous faifions ufage auparavant. J’ajouterai même'ict , a vj
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- X PRÉFACE,
- que les recherches & les expériences que j’ai faites depuis l’im-preflion de ce Chapitre , m’onc appris qu’outre les avantages que j’avois reconnus dans cette machine , elle jouit encore de Celui, de ne point s’épuifèr dans le ler-vice. Nous oblérvons tous les jours que l’éleétricité devient languiflante dans un globe, lorl-qn’on. le fait mouvoir pendant une heure ou deux, & que le nombre des Speétateurs eft urt peu.confidérabledans un endroit dos : c’eft ce que j’ohferve depuis plufieurs années, lorfque je rais ces fortes d’expériences pour les Colleges- de l’Univerfixé. Je fuis obligé, vers la fin de ma feance ,. de faire ouvrir les fe-cêtres de mon Cabinet , & de faire, r.enouveller l’air. Il n’en eft pas ainfi de la petite machina dont il eft id queftion. je l’ai, vit
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- PREFACE. sjj
- produire pendant cinq heures-cle fuite des effets également fen-fibles ; & elle mérite , k tous égardsla préférence fur toutes celles dont on. a fait ufagejuf-qu’k préfent. Elle, a encore cet avantage , que le plan de verre qui tient lieu de globe , n’efî point fufceptible d’éclatter dans L’opération , & de bleffer ceux qui afîiftenc k. ces forces d’expériences , comme il elb arrivé quelquefois , ainfi que je l’ai fait obfcrver dans le Chapitre fixieme , qui traite des globes éleéfriques..
- J’ajouterai encore ici, pour la fatisfââion de ceux.qui voudraient fe procurer une machins de cette efpece , qu’il n’eft pas néceffaire de la faire venir d’Aru gleterre. Je fuis parvenu k en faire conftruire de femblables , qui produifent de plus grands
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- xij PRÉFACE, effets que les Angloifes, par les proportions que j’ai mifes entre Je conducteur &. la quantité d’électricité que la glace peut fournir ; & elles ont encore cet avantage , qu’elles font munies d’un plus grand nombre de machines propres k multiplier les expériences. Je ne réfuterai ni mes confeils , ni mes foins à ceux qui voudront s’en procurer de fembîables.
- Après avoir décrit les machines de rotation , je traite des premières découvertes fur l’électricité j des attrapions & des rê-pulJions,dc la communication & delà propagation de cette matière -, ce qui me donne occafion de parler de quelques machines in-génieufes qu’on a imaginées, & dont les efiets dépendent des propriétés attraélives & répullï-ves de la vertu électrique. En
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- PRÉFACE xiij fuïvant les progrès de l’efpric humain dans fes recherches fur cette matière , je traite du feu éleârique. Je fais voir comment on eft parvenu à vérifier les premiers foupçons que l'étincelle avoit fait naître dans l’efpritde ceux qui découvrirent ce phénomène. Je compare enfurte le feu de l’éleéfricité au feu ordinaire & gu feu folaire. J’examine avec foin les analogies qui fe trouvent entr’eux , & qui nous portent à croire que c’eft une feule & unique fubftance, qui fe modifie différemment. Quoique ce jugeaient me paroiflè très-bien fondé, je fais voir qu’on ne peut être trop circonfpeét, lorfqu’il s’agit d’expliquer en quoi ccnfifte la différence qui caraéiérife le feu éleétrique , & qui le diftinguedes deux autres. Je trouve la preuve de ce que
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- xiv P R É FA C E. j’avance , dans un trës-grana nombre de différences qu’on n’a-point encore fuffifamment examinées.
- Le fea éleétrique me conduit natureliemenc h parler des aigrettes , que je regarde comme une furabondance de matière , laquelle ne pouvant être contenue dans les conducteurs , s’échappe par leurs extrémités,,fous la forme qu’on peut fe repréfen--ter aifément, par la feule déno-minarion d’aigrettes. J’expofeles moyens qu’on peut employer pour les rendre plus belles & plus fcnfibles & je termine le Chapitre par quelques expériences curieufes , relatives à cet objet.
- Je traite dans le Chapitre fui-vaut, des circonftances favorables & nuifibles à l'électricité j, j,e m’étends un peu fur cette ma-
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- PRÉFACE. xv
- tiere, & parce qu’elle eft inté-reflante pour ceux qui veulent s’appliquer aux expériences électriques , & parce que les plus célébrés Phyflciens éle&rifants, ne font point tout-à-fait d’accord entr’eux fur cet objet. L’expérience eft le feul guide que je fuis dans cette recherche , fans négliger cependantdetendre rai-fon, autant qu’il eft poflîble, des fentiments oppofés q.uejedifcute à ce fujet : viennent enfuite les effets de la flamme furl’éle&ricité. C’eft ici qu’il faut néceflairement avoir recours à l’expérience , pour décider de quelle maniéré la flamme influe fur la matière éleftrique. L’oppofition qui fe trouve entre les fentiments des plus célébrés Phyficiens , & qui parole fondée fur des expériences décifives , mérite d'être examinée avec un foin pHticuliei..
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- Ce n’eft que d’après une fuite d’expériences plufieurs fois réité- 1 rées , & d’après, plufieurs réflé- | xions fur la maniéré de faire ces J expériences , qu’il m’a paru que * la flamme étoic fufceptible de J contrader la vertu éledrique par J communication , & étoit très- | propre h la transmettre à d’au- j très corps circonvoifins ce qui | m’a fourni le moyen de concilier J les opinions oppofées , que j’ai | rapportées dans ce Chapitre.
- Je parle dans le fuivant, de la i maniéré de juger de l’intenfité | de la matière éledrique. Ce fe-* J roit ici qu’il conviendroit de | faire l’hiftoire de tous les moyens 1 que les Phyficiens ont imaginés * en différents temps , pour fe fa- 1 tisfaire à cet égard , & de don- J ner la delcription des différents tlccirorTutres qui font parvenus à j notre eSnnoiffance : mais outre î
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- PRÉFACE, xvij que la plupart font très-défectueux, & que les plus parfaits laiffent encore bien des cbofes à défirer , je crois très-fort avec Y Abbé Nollet, que nous ne con-noiffons point encore affez la matière éledxique , pour porter nos vues de ce côté, &pourima-giner un inllrument qui puiffe répondre parfaitement h nos dé-firs. C’eft pour cette raifon que je n’ai point donné k ce Chapitre , toute l’étendue qu’il pour-roit avoir, & que je ne fuis pas entré dans des détails bien particuliers fur ces fortes d’inftru-ments. Pour mettre cependant ceux qui viendront après nous , en état de fuivre cette recherche , j’ai expofé avec foin les différents principes d’où l’on eft parti pour mettre la main à l’œuvre. J’ai décrit en peu de mots , quelques inftruments
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- xviij PRÉFACE, auxquels cesprincipes ont don-né naiflance , & je me fuis contenté d’indiquer les défauts principaux que j’y ai remarqué. Quoique nous n’ayons encore aucun inftrument de cette efpece , qui puiilè exactement répondre h nos intentions , je n’ai pu m’empê-eher de donner de juftes éloges à celui de M M. Leroi & Durci, & b la maniéré ingénieufe donc Y Abbé Nollet a feu profiter d’une expérience de M. Dufay, pour en faire un éleétrometre , qui eft un des plus fimples & des mieux entendus de ceux que je connois.
- Viennent enfuite les grandes expériences, celles qui ont occa-fionné la plus grande partie des difputes qui fe font élevées entre les Phyficiens. Je traite d’abord , comme il eft aifé de l’imaginer, de l’expérience de Leyds..
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- XIX
- PRÉFACE.
- C’eft une des plus belles époques de l’éleétricité. J’expofe en peu de mots les différentes maniérés félon lefquelles on a voulu modifier cette expérience , & ce qu’on doit attendre de la variété de ces procédés ; ce qui me donne occafion de parler des glaces étammées du Doéteur Sévis , & & du tableau magique de Franklin.
- En réfléchiffant fur l’expérience de Leyde , je paffe à l’examen des électricités en plus & en moins. Je développe à ce fujec la théorie du Phyficien de Philadelphie, & je la confirme par plufieurs expériences qui fatisfe-ront ceux qui , dégagés de tout efprit de parti, examineront les chofes avec l’attention qu’elles exigent. Cette matière m’engage néceffairement dans une dilpiite ftrivie, avec un des plus célébrés
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- XX PRÉFACE. Phyficiens que nous ayons eu , & qui a rendu en France les plus grands fervices k la Phy-fiquc Expérimentale. Prévenu contré la Angularité de l’opinion de Franklin , & féduitpar quelques expériences qui fem-bloient démontrer le contraire, l’Abbé Nollet fut le plus grand antagonifte du’Franklïnifmc , & il ne céda de le réfuter , malgré la multitude d’expériences plus lumineufes les unes que les autres , que plufieurs célébrés Phyficiens lui oppoferent en differents temps. Il eft donc indif-penfablement néceffaire, en matière de Phyfique , d’examiner foi-même avec tout le foin imaginable , & fans aucune prévention , les expériences quiparoif-fent les plus favorables & les plus décifives en faveur de l'opinion qu’on fe propofe de défen-
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- PRÉFACE. xx j dre ; puifque les plus Grands Hommes tombent (ouvent dans l’erreur , lorfqu’ils s’attachent avec trop de confiance à leurs premières idées.
- Si la force de la vérité m’oblige à entrer en lice avec un fçavant dont j’honore infiniment les talents & quienrendoit parfaitement cette matière , je ne me propofe que de défendre l’opinion qu’il a combattue, fans attaquer le fyftême particulier qu’il s’étoit formé ; & je conviens de bonne foi, que je n’en connois aucun qui foit plus fimple , plus fatisfaifant , & qui rende plus commodément raifon des phénomènes éle&riques, que celui qu’il a propofé. S’il étoit tems de prendre un parti à cet égard, je croirois devoir embrafler celui de l'Abbé iXollet.
- Aux éle&ricités pofitives &
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- xxij PRÏF.ACE. négatives , fuccede néceffaire-ment l’imperméabilité du verre h la matière éleélrique. Je donne h cet objet toute l’étendue qu’il doit avoir, non pour convaip-ore de la vérité de ce fait, qui eft fuffilamment conftaté par l’exiftence des éleâricités en plus & en moins, mais pour répondre aux difficultés que l'Abbé A7o//cf propofe contre cette propriété des fubftances vitrées.
- Je paffe enfuiteà l’analogie de la matière éleétrique avec celle du tonnerre. Il ne s’agit ici que de confirmer par des expériences fui vies, la parfaite fimilitude qu’on obferve entre ces deux matières. Tous les Phyficiens s’accordent entr’eux à cet égard, & chacun nous offre différents moyens d’imiter en petit, tous les phénomènes que la nature produit en grand dans l’athmof-phere
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- PRÉFACE. xxiij phere. J’ai profité des travaux de ceux qui m’ont précédés : j’ai ralfemblé avec foin les expériences les plus curieufes qu’on a imaginées : j’en ai ajouté quelques-unes , qui m’ont paru confirmer cette théorie , & je fuis perfuadé que ceux qui verront ces expériences , ne pourront avoir le moindre foupçon contre la parfaite analogie qui fe trouve entre le tonnerre & l’électricité.
- La fimilitude entre ces deux fubftances donna lieu à plufieur* Pbyficiens d’employer la marier» propre du tonnerre , pour répéter les expériences éle&riques. De-là ces pointes ifolées , & élevées au-delîus des mailons : delà ces'cerfs-volants qu’on lança dans les airs : de-là les expériences les plus curieufes & les plus frappantes, que j’expofe dans le b
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- xxiv PRÉFACE, vingt - unième Chapitre. De-lk l’idée de préferver un édifice du danger de la foudre , par le moyen d’une pointe élevée au-deffus de cet édifice. On verra dans le même Chapitre , jufqu’à quel point on peut compter fur cette précaution.
- Le Chapitre fuivant traite de l'analogie de la matière éleéhi-que avec la matière magnétique. J’examine avec foin les expériences qui paroilfent confirmer cette analogie : j’expofe avec toute l’étendue néceffaire , les différences que piufieurs Phyfi-ciens ont obfervées entre ces deux matières , & je fais voir que fi les partifans de cette analogie fe font trop avancés en fou-tenant que le magnttifmt• n’ejl qu’un efit de la vertu dedrique , on ne peut révoquer en doute, qu’il n’y ait une certaine analogie
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- PREFACE. XXv entre ces deux fubftances ,analogie quenouslle pouvons encore développer luffifaniment , mais que de nouvelles recherches pourront conftater par la'ifuite.
- Je paffe après cela aux-effets de i’éleètricite dans le vuide : je fais voir avec quelle facilité cette matière fe meut & s’embrâfe dans un vaiffeau vuide d’air. Une fuite d’expériences , plus curitulès les unes que les autres, fervent non-feulement à prou er ce que j’avance, mais encore à confirmer la théorie de Franklin , fur l’imperméabilité du verre.
- Je traite dans le Chapitre fui-vant , des*effets de l'éle-éti icité fur différentes.fubflances ; je raf-femble ici toutes les obferva-tions toutes les expériences que les plus célébrés Phyficiens ont recueillies , pour prouver que la vertu électrique accélère h ij
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- xxvj PREFACE.’ la pulfation des artères , & con féquemment , la*%irculationdu fang dans les fubflances animées: qu’elle augmente la *tranfpira-tion infenfible dans Ces mêmes fubflances : qu’elle produit une évaporation plus abondante dans les liquides : qu’elle favo-rife & augmente les progrès de la végétation des plantes. Ce Chapitre important ouvre une vafte carrière au Phyficien : elle lui montre la marche qu’il doit fuivre dans fes recherches, pour parvenirà uneconnoiffance bien plus étendue , fur les effets de l’éleêtricité.
- Je termine enfin e»t Ouvrage par l’expofition des effets de l’éleétricicé fur l’economie animale. Sans rapporter tous les faits qu’on a publiés fur cette matière , j’ai fait enforte de mettre mon Lecteur à portée d’appré-
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- P R E F A C E, xxvij cier exactement leur certitude ; j’enrapporte quelques-uns , cités par les Phyficiens d’Italie ; j’expofe les différents moyens qu’ils avoient imaginés pour appliquer la vertu éle&rique, comme une méthode curative. Je parle des Intonacatures , & des purgations qu’ils prétendoient occafionner, par le miniftere de Certaines plantes , qu’ils met-toientdansla main de ceux qu’ils éle&rifoient , & je fais voir la fauffeté de ces pratiques. Ce n’eft donc pas fans raifon, que la plus faine partie des Phyficiens Ce récria dans le temps,contre l’opinion des Ultramontains,& qu’elle tomba dans le plus grand difcré-dit.
- Si des gens faits pour avancer lps progrès de la Phyfique , & pour nous éclairer par leurs recherches , ont abulé de la crédit»
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- xxviij P R E F A G Eb lité du Public , en attribuant k l’éleétricité des effets qu’elle ne produifit jamais , eft-ce une rai-fon de conclure que l’éleétricité fie peut être d’aucune utilité èn pareilles circonflances ? Non , fans contredit, êtc’eft pour relever la fauffeté de cette conclu-fion,queje rapporte enfuite des faits aufli incontcftables que les premiers font faux , & par lef-^ quels je démontre ce qu’oiVpéut attendre de la vertu éleétriquer Pour peu qu’on life ce Chapitré avec attention , & qu’on réflé-chiffe fur les phénomènes rapportés dans le précédent , on fera convaincu qu’il eft plufieurs circonflances ,* où l’éleétricité peut être d’un très - grand fe-cours , & apporter un foulage-ment à plufieurs maladies, qu’cin ne guérit pas toujours par les ftioyens ufités.
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- PREFACE. xxix Puiffe cet Ouvrage , reveiller l’émulation des Phyficiens élec-trifants , & ranimer le zèle qu’ils marquèrent en différents temps , pour les progrès de cette fcience, qui peut étendre infiniment ceux de la Phyfique , & concourrir au bien être de l’humanité! Je n’ai lien oublié pour raffembler toutes les queftions qu’on peut traiter , & pour faire connoître ce qui nous refte encore à faire fur celles que nous ne pouvons réfoudre d’une maniéré fatisfai -fante. Si j’en ai paffé quelques-unes fous filence , telles , par exemple, que l’éleêfricité que la chaleur humaine fait contracter à une paire de bas de foye. Si je n’ai point parlé de celle qu’on excite en frottant les parties des animaux qui font couverts de poil ; c’eft que cette matière , nullement différente de
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- xxx P RE F A C E. -celle qu’on excite par le frottement , dans tout corps fufcepti-ble de contra&er la vertu électrique , ne m’a pas paru mériter un article kpart, &que les effets qui en réfultent, ne font que de pure curiofité.
- Ce que je regrette bien fincére-ment, c’eflde n’avoir pas été fut fifamment inftruit d’une découverte faite depuis peu en Angleterre , & qu’on appelle électricité latérale. Si le Correfpondant auquel je me fuis addreffé me fa-tisfait fur cet article, j’en ferai un fupplément, que je ferai ajouter à la fin de cet Ouvrage , & qu’on diftribuera à ceux qui s’en feront munis.
- TRAITE
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- L’E LECTRICÏTE-
- «CHAPITRE PREMIER.
- De la vertu Electrique.
- II. L’E lectricitk eft une propriété qu’on excite dans un corps, èn le frot-Itant, ou en l’expofant à la lumière du jfoleilj & par laquelle il acquiert la H faculté d’attirer à lui des corps légers ,
- ' ,qu’on lui préfente.
- I Quoique cette définition n’explique quincomplettement tous les cara&ères gjqui peuvent fervir à faire connoître la llvertu éledrique qui réfide dans un il corpscomme nous aurons occafion Igde le faire remarquer par la fuite , elle Tome IL A
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- :
- 1 Tft À ITI
- eft cependant univerfellement reçue ] parce que ce fut par cette force attractive j que cette vertu fut originairement découverte.
- } Ce fut dans I5Ambre jaune;, autrement dit le S uccin, ou le K arabe, que les anciens la découvrirent} & comme ils le défignerent fous le nom vhvJt-ov d’où les Latins firent le mot Eleclrum } Les François fe fervent du terme Electricité , pour exprimer la même fubf-tance , ou mieux , la vertu d’attirer des corps légers-
- II. Thaïes qui vivoit fix cens ans avant J. C. fut tellement furpris de ce phénomène, qu’il imagina que l’Ambre jaune étoit animé. Théophrajle ne fut pas moins furpris , lorsqu'il s’apperçut que la force arctaétive de ce bitume, ne fe bornoit pas , comme on l’avoic imaginé jufqu’aiors, à attirer des pailles, des copeaux de bois & autres fubftan-ces de cette efpéce , mais qu’il étendoit encore fon pouvoir fur de petits morceaux de mine de fer , de cuivre , &c.
- (a) Pline, (b) Strabon , (c) Diofcoride ,
- (a) Dt La\,idibus , pag 39J,
- (b) H.ijl. tuit, Lib. 37. c. 3,
- {p\Lib. ij. ,
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- DE L’ElECTRIGITi.i j’ (11) Plutarque , (b) & quantité d’autres anciens Philofophes découvrirent enfui-re la même vertu dans plufieurs pierres précieufes, dont ils font mention : mais ils ne furent point au-delà de cette découverte. Plufieurs fiécles fe palferent fans que la Phyfique pût fe glorifier d'avoir fait aucun progrès fenfible dans une carrière aufii immenfe, qui fe pré-fentoit ’à parcourir.
- Il faut convenir, à la vérité, que les Phyficiens ne marchaient alors qu’à tâtons dans une route obfcure , dans laquelle le flambeau de l’expérience, qui vint l’éclairer par la fuire , répand encore des ombres, qui égarent tous les jours ceux qui paroiflent les plus exercés à profiter de fa lumière.
- III. Ce ne fut que dans le dernier fiéde qu’on commença à réfléchir plus particulièrement fut ce phénomène & qu’on fe détermina à faire des recherches fuivies fur les différens corps fuf-ceptibles d’acquérir la vertu éleélrique.
- On parvint enfuite à découvrir que ceux qui ne font point propres à êree éleétrifés par le frottemenf, peuvent
- v (a) Lib. z, Ci iqq, * t (6) T. t, pag. toj.
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- néanmoins acquérir cette vertu par un autre procédé , dont nous parlerons ailleurs j de forte qu’il n’eft aucun corps connu qui ne puilfe s’éle&rifer d’une façon ou d’une autre.
- IV. L’expérience , l’obfervation & le hazard , favori faut à la longue les travaux des Phyficiens, ils découvrir rent quantité d’autres phénomènes dé* pendants dé la vertu éledrique, qui les dédommagèrent amplement des foins qu’lis donnèrent à cette étude j & on peur dire que la Phyfique 11e leur offrit jamais une matière plus abondante' & plus propre à exercer leurs efprits.
- Delà cette multitude d’ouvrages qui fe fuccéderent rapidement ; cette quantité de fyftêmes qu’on bâtit avec la plus grande fac.dité , &: que des recherches plus fuivies détruifirent de fond en comble j & qui ne fervirent qu’à retarder les progrès qu’on eut pu faire dans une connoüTance aulli intéreffante , par une multitude de phénomènes plus curieux les uns que les autres.
- V. Je 11e crains point de le dire ici, à la honte des Phyficiens ;,tant que l’efprit de fyftème les captivera ; tant qu’ils ne voudront rien rabattre de
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- DE i/E LE CTlUCjf É. J
- leurs prétentions ; tant qu’ils voudront ramener , comme planeurs l’oilt fait jufqu’apréfent, les phénomènes qu’ils découvriront par la fuite , atïx principes qu’ils auront déjà pofés j la caufe qui produit immédiatement les phénomènes électriques, demeurera Toujours enveloppée dans les ténèbres épailfes qui nous la dérobent encore en partie ; 8c le dépit fuivant de près la honte de voir toutes les idées renversées , par une découverte que le hazard peut produire un jour, on abandonnera alors une recherche qui paroît devoir tourner à l’avantage de fa fociété , & qui ne peut que répandre le plus beau jour fur nos connoiflances Phyfiques.
- VI. Ennemis déclaré de tout fyftême qui ne porte pas avec lui la marque de l’évidence , nous nous bornerons à raf-fembler ici tous les faits qui doivent fervir de bafe à nos raiionnemens. Nous réunirons fous un même point de vue toutes les découvertes qui auront rapport à un meme objet. Nous ePaierons de concilier des faits qui pa~ roiflent, au premier abord , oppofés les uns aux autres j 8c nous tâcherons de mettre, ceux qui viendront après A iij
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- 6 ' Traité
- nous , en état de pouffer plus loin les ' recherches électriques, & de pouvoir aflîgnér la caufe immédiate de tous | les phénomènes relatifs à cet objet.
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- DE L*El ÏCTRICITÉ, 7
- CHAPITRE II.
- iDe la manière d’éleelrifer les corps.
- JVII. Electriser un corps , c’eft [ le rendre propre à attirer des corps légers qu’on lui préfente aune diftance plus ou moins grande, Sc à produire d’autres phénomènes dont nous parlerons plus bas. Or il eft deux moyeils de produire cet effet. i°. En frottant plus ou moins le corps'dans lequel on veut exciter cette venu j 2°. en l’approchant , ou pour mieux dire en le plongeant dans la fphere d’adivité d’un autre corps dans lequel on l’a déjà excitée par le frottement.
- A l’aide de ces deux méthodes, aucun corps qui ne puilTe devenir ique ; mais ils ne font pas tous
- propres à contracter cette vertu par l’une & l’autre méthode. Delà les Physiciens éle&rifans ont diftingué les
- corps en deux efpcces} les uns qu’ils ont appelles idio-eîeclriques, ou aélec-
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- 8 Traité
- triques par eux - memes \ ce font ceux 1 qui s'éleftrifent par le frottement. Les | antres qu’ils ont nommés anéleclriques , |
- & ils rangent dans cette clafle ceux qui ne peuvent contracter cette vertu par | le frottement, mais qui la contractent très bien par communication , c’eft-à- I dite, en les faifant communiquer avec | des corps idio-éleCtriques qu’on frotte, 1 ou qui font récemment frottés. ' j VIII. Si il eft des corps qu’on ne peut | éleCtrifer en les frottant , mais qui s’éle'Ctrifent très-bien par communica- 1 tion , on ne doit pas croire pour cela, que ceux qui s’éleCtrifenr en les frot- | tant , ne puilTent encore s’éleCttifer 1 par communication. L’expérience nous | prouve manifeftement le contraire j 8c J nous aurons plus d’une fois occafion de »| le faire obferver : mais il eft une diffé- 4 rente entre ces corps , très-elfentieile | à remarquer, voici en quoi elle con- 1 ftfte. Un corps qui s’éleétrife très-bien ' par le frottement, peut encore s’élec- I trifer par communication j mais iorf- | qu’ri eft devenu éleCtrrque par ce dernier procédé , il n’eft pas propre à tranf-mettre la vertu qu’il a reçue à d’àubçes j corps qui lui feroient contigus. Au
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- de l*Electricité. 9 | contraire, les corps qui ne peuvent s’é-lle&rifer que par communication , font Id’excellens condu&eurs pour tranfmec-* tre la vertu éledrique , aux corps qui I les avoifinent.
- I Cette découverte fut, fans contre-I dit une des plus importantes de celles | qu’on fit fur cette matière. Elle nous I mit à portée de multiplier étonnamment les phénomènes elediiques , en nous fournillantdes moyens d'augmenter 3c d’accumuler cette vertu dans les
- IX. Le premier foin de celui qui s’applique à la connoillance des phénomènes éledriques, elt donc de s’attacher a bien difunguer les corps iur lefquelsil veut opérer , & de connoître ceux qui font fufceptibles de devenir éledriques . par frottement, & ceux qui ne peuvent le devenir que par communication.
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- Traité
- CHAPITRE III.
- Des corps propres à contracier la venu électrique , par le frottement , ou des corps idio-élecln-ques.
- X. Cj' i Lis RT, Médecin Anglois , qui fit des recherches fuivies fur les propriétés de l’aimant, fut le premier, à ce que je fâche, qui s’appliqua à reconnoître les corps qui étoient fuf-ceptibles de devenir éleéhiques par te frottement.
- Cet ingénieux Phyficien s'apperçut fans doute qu’il y en avoit plufieurs dans lefquels cette vertu ne fe rnani-feftoir que trop foiblément, & il eut recours à un procédé auffi (impie qu’in-duftrieux , pour conftater alors cette
- Il prit une aiguille de l’efpéce de celles dont nous faifons ufage, dans quelques expériences fur l’aimant (a).
- ( a ) Trait, de Alagnete. Lib. i,, c. i.
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- DB l’El ECTRI CITÉ. ît lllapofa fur un pivot, ôc il approcha de l’une de fes extrémités, les corps qu‘il fournit à l’expérience, bien perfuadé que le moindre effort fuffifant pour la mettre en mouvement, elle devroit fe mouvoir , pour peu que ces corps contrac-taffent la vertu électrique. Le fuccès répondit à fon attente, & il découvrit cette vertu dans quantité de corps dans lefquels on ne l’avoit point encore foupçonnée.
- GaJJendi (a); les membres de la fa-metife Académie Del cimenta (b), dont la mémoire fera toujours précieufe aux Phyficiens, firent enfuite de Semblables recherches, ôe augmentèrent con-fidérablement le Catalogue que Gillert avoit laifle.
- Les fuccès qui accompagnèrent les travaux de ces célébrés Phyliciens , en encouragèrent quantité d’autres à fe livrer à ce genre d’obfervations ; & en confidérant les chofes au point où elles font parvenues aujourd’hui, nous pouvons affûter qu’il feroit beaucoup plus facile de drefler la lifte des corps qui ne
- ( a. ! Phyf. Seêl. i. Lib. i.
- (b) Ttnt. FUnnt. pars. 1, p- 8.
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- il Traits
- font point fufceptibles d’être éleétrrfés par le frottement, que celle des autres corps dans lefquels ce procédé excite cette vertu.
- XI. Nous ne craignons point d’aflu-ret ici’en général que toutes les pierres précieufes transparentes , demi-tranf-parentes , opaques , telles que les dia^ niants , lesfaphirs, les opales, les amé-îiftesj &c. acquièrent une vertu éleétri-que plus ou moins fenfible lorsqu’on les frotte.
- Nous pouvons dire la même chofe de quantité d’autres pierres, telles que le plâtre , les bélemnices , les eriftaux 3 &c.
- , Cette même propriété fe remarque encore dans les réfines terreflres dures, pures &c meme mêlées avec différentes terres. On la découvre d’une maniéré allez fenfible dans le bitume de Judée, dans le foufre, dans l’arfenic rouge, Sec.
- Les fiels, tels que l’alun, le fel gemme , &c. n’en font point dépourvus.
- Elle fe décéle fur-rout dans les verres de toute efpéce, colorés ou non colorés & même dans ceux qui font chargés de métaux , tel que le verre d’antimoine.
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- de l* Electricité i$
- • Les porcelaines jouiflent du meme avantage, fk on doit cette découverte an Comte de Manteufel (a). J’en ai meme trouvé quelques- unes dans lefquelles ;cette vertu fe manifeftoit plus fenfible-ment que dans tout autre corps.
- XII. Les végétaux deflechés font encore propres à contra&er la vertu électrique. Ammerfin nous allure même que le bois feché au four , au point de noircir, fans cependant être brûlé, acquiert quelquefois une électricité plus, forte que celle qu’on peut communiquer au verre: mais il exige pour cela qu’on air la précaution de le faire frire dans l’huile après l’avoir retiré du four. Il recommande fur-tout que l’huile qu’on veut confacrer a cet ufage, foit feccative :ou fi on veut éviter cette opération , qui eft alfez incommode à faire, lorfqu’on fe fert de bois qui font un peu longs, il fuffit de les couvrir d’une enveloppe qui ne puilfe permettre à l’humidité de les pénétrer [b).
- XIII. Il y a quantité de parties ani* males, la foie fur-tout, la laine , les
- (a) Wiukler , Eflai fur l’Eleélricité , page io.
- {b) De Ebeft. propria Ligncrum.
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- 14 T R a rtr à
- plumés, les cheveux , les os, la corne, i’yvoire, la baleine, l’écaille , Ôcc. qui peuvent devenir éle&riques en les frottant. Le corps meme des animaux vivants, lorfqu’il eft couvert de poils ou de plumes , devient fenfiblement éleétrique par ce procédé.
- On peut juger, par ce court expofé, de la multitude de fubftances dans lesquelles on découvre cette propriété , de on vp\t manifeftement qu’il en eft très -peu qui foient réfraéfcaires à. la vertu électrique, excitée par le frottement.
- XIV. Celles qui réfifrent à cette operation., 8c c^ui ne donnent aucun figne * d'Electricite, après avoir été frottées, font les métaux , placeurs minéraux.: celles qui font trop molles pour erre frottées j encore ne doit-on pas aiTurer que ces dernieres ne puiflent très bien devenir électriques lorfqu’on leur a fait fubir quelques préparations qui les rendent fufceptibles de frottement. C’eft une obfervation fort judicieufe deM. Jallabcrt. » Les matières grades , 3) dit il (a), bituminetifes, réfineufes, » trop molles pour foutenir le frotte-
- (a) fur l’Eieéhicité , pag. 4.
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- de l'Electricité. 15 i> ment , peuvent cependant devenir „ éleétriques, en en faifaut évaporer „ mie partie fur un feu lent, ou en y „ incorporant une quantité de briques „ pilées fuffifante pour en former un » corps dur.
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- CHAPITRE IV.
- Tous les corps fufceptibles de s’électrifcr par frottement , n acquièrent pas également la vertu électrique.
- XV. (3 üoique tous les corps dont nous avons fait mention dans le Chapitre précédent loient propres à contracter la vértu éle&rique par le frottement , ils ne la contractent pas tous également bien. Si nous nous en rapportons au témoignage du célébré Mujjenbroek ;a) , dont tout le monde connoit l’exaditude &c la précifion , nous apprendrons que les verres & toutes les matières vitrifiées font, de toutes les fubftances , celles qui font les plus propres à acquérir une puifiante
- fa) Cours de Phyfiq. Expérim. t. i. Nous nous feivons dans cet Ouvrage , de la nouvelle édition de MulFenbroek, que nous donnâmes au mois de Juin 1769, & qu’on trouve chez Defvemes rue St. Jacques.
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- DE l’ElECTRÎCITÉ. tj
- vertu élêétrique. Ce font aufli celles dont nous faifoiisle plus communément ufage, pour nos expériences.
- Cet habile ProrelTeiir, dont toutes les vuestendoient à découvrir la vérité , ne chercha point à mortifier le Pere Ammcrfin, dont il connoifioit très-bien la Méthode , & à laquelle il d-onna ailleurs les éloges qu’elle mérite : mais il fçavoir , 8c tous ceux-qtq font un peu verfés dans l’art de faire des expériences fur l’Eleétricité , fçavent parfaitement que le verre en général eft de beaucoup fupérieur , à un morceau de bois fris \ 8c quoique ce dernier foit quelquefois très-avantageux pour faire ces fortes d’expériences , ii ne garde pas long-tems toute la vçrtu dont il jouit aprçs fa préparation. J’ai cinq à fix cilindrfcs que j’ai préparé avec tout le foin polli-ble , qui m’oir affez bien réuiii, mais qui ont p'erdu , à la longue , la propriété dé devenir électriques. Le foutre paroît occuper le premier rang après les fubftances vitrées. Viennent enfuite les gommes, après lefquelles il faut ranger certains bitumes 8c ies réfines.
- XVI. S’il paroît-important, pour le Ph/ficien éleétrifant, de connoitre les
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- T A. A I T i
- corps qui font fufceptibles d’acquérif une plus forte vertu éledrique ; il ne lui fuffit pas de fçavoir qu’il doit donner la préférence aux verres & aux matières vitrifiéesj il ne doit pas ignorer qu’il y a encore du choix à faire entre ces différentes matières ; & que ces fubftances ne font pas toutes également propres au meme effet, quoiqu’elles foient de même efpéce.
- Il eft certains verres dans iefquels la vertu éledrique s’excite plus pui(laminent que dans d’autres. J’ai toujours remarqué que le criftal d’Angleterre , toutes chofes égales d’ailleurs, me rétif* liffoit beaucoup mieux que le criftal de France, & meme que le verre blanc de Bretagne &c de Bohême, dont plufieurs Phyftciens font grand cas. Je ne dif-conviens cependant pas que ces fortes de verres ne foient très-propres à con-trader une forte vertu éledrique , ÔC qu’ils ne méritent jufqu’à un certain point la préférence qu’on leur accorde.
- Je ne fuis pas le feul qui fe foit attaché à ces fortes d’obfervations. Plufieurs ont tenté avant moi d’exciter puiffam-ment la vertu éledrique, 6c de produire de grands effets. Delà cette mul-
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- DB i’Elbctricité. îy tirade de recherches qu’on a faites fur les fubftances vitrées, IJolman (a) recommande fur-tout les verres communs , colorés, tirant fur le jaune, fur le verd & fur le noir. J’ai effeéHvemenc éprouvé que le verre, dont on fait les bouteilles à Sèves, s’éleéïrifoit allez fortement, & produifoit de très-grands effets : mais il ne ma jamais paru mériter la préférence fut le criffal d’Angleterre, dont je fais habituellement ufage.
- Wait\ préféré les verres, dans la compolîtion defquels il entre peu de fels, & qui ont été long-tems expofés à l’aétion d’un grand feu. Plulîeurs fe font attachés à cette opinion , & ont prétendu la juftifier, en affurant que les verres dans la compolitioii defquels il entroit une trop grande quantité de fels alkalis , attiroient trop fortement l’humidité de l’air, & conféquemment n’étoient point propres à produire de grands effets. M. Bo\t (b) veut que les balons de verre qui ont fervi dans les laboratoires de Cllymie , aux plus
- (a) Comment. Gotling. vol. I. pag. 140. (i) Traité de l'Elcâiictté. chap. 1, f. ij.
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- io Traité
- fortes diftillations, foient .plus électriques que les autres.
- Il me piaroîtà préfumer que le hazard lui aura fait rencontrer quelques balons fort éleéfcriques , qui auront fervi à de telles opérations; & qu’il aura attribué à Tufage auquel on les aura employés, une propriété qu’ils ne dévoient qu’à la nature de la pâte dont ils étoient formés. J’en ai fait monter plufieurs de même matière & de même cuiffon» les uns, tels que je les ai re-çus de la verrerie ; les autres après les avoir fait fervir aux plus fortes diftillations, & je ne me fuis jamais apperçu que ces derniers fulfent plus électriques que les autres.
- Je n’oferois cependant alïiirer, avec M. Jallabert > que les verres qui font compofés de même matière 6c qui fortent du même fourneau, fulfenc tous également électriques (a). J’ai remarqué plufieurs fois le contraire, quoique la différence ne fût pas, à la vérité, fort fenfible ; ce qui pourroit venir de la maniéré dont on les auroit laiffé refroidir à la Verrerie ; car j’ima-
- (a) Expér. fur l’Eie&r. c. pag. i.
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- de l’Electricité. 21 gine que les ingrédiens qui entrent dans leur composition , la cuiflon qu’on leur donne, la promptitude plus ou moins grande avec laquelle on les fait refroidir, doivent varier leurs qualités. J XVII. En général, un verre mince Js’éledrile plus aifément, qu’un autre de Unième elpece, qui feroit plus épais: mais |ce dernier m’a toujours paru préférable , Ilôrfque fon épaifleur n’étoirpas excef-||five. Ses effets font plus durables. On Ijdiroit qtr’un verre mince s’épuiferoit Saifement & en peu de tems j tandis que réleéfcricité une fois excitée , dans un verre d’une certaine épailfeurj continue à fe manifefter, fe foutient plus long-teins.
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- Traité
- CHAPITRE V.
- Premières découvertes fur l’Electricité.
- XVIII. O N doit rapporter à Otto de Guerïkue, Conful de Magdebourg, les premières découvertes qu’on fit fur J’Ele&ricité \ celles qui donnèrent naif-fance à prefque toutes celles qu’on fit par la fuite. On ne connoiffoit encore que la vertu attraétive, que le frottement faifoit naître dans certains corps» lorfqu’il s’appliqua à cette recherche.
- Ce fut lui qui s’apperçut le premier, que les corps légers , attirés par un corps rendu éleétrique par le frottement, en étoient enfuite repouffés. Il découvrit encore que cette même vertu fe communiquoit à d’autres corps que ceux qu’on éleétrifoit en les frottant ; & enfin que cette vertu pouvoit fe tranfmettre à une certaine diftance.
- Ce ne fut donc que depuis les travaux de Otto de Guerikue , que les Phyficiens connurent les attra&ions ôc
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- de l* Electricité. 2$ les répudions électriques, ainfi que la communication 5c la propagation de cette même vertu , 5c ce font fans contredit les principaux phénomènes de l'EleCtricité : ceux qui répandirent le plus beau jour fur cette matière, & qui excitèrent l’émulation des Phyficiens fur un objet qu’ils avoient trop négligé jufqtfalors.
- XIX. Cet ingénieux obfervateur de la Nature, Otto de Guerikue , imagina (a) de faire un globe de foufre, de la grolïeur de la tête d’un enfant, ce font fes propres termes , 5c de le*faire tourner fur fes pôles, en adaptant une manivelle à fou axe. Il eut le foin de le faire frotter par une main fort féche, tandis qu’il étoit en mouvement; & il s’apperçut que non-feulement ce globe attiroit 5c repoulfoit fucceffivement des corps légers qu’il lui préfentoit , mais encore que la vertu éleétrique fe tranf-metcoit à la diftanee d’une aulne , par le moyen d’un fil. Il s’apperçut encore que ce globe confervoit fa vertu électrique pendant plufieurs heures , après avoir été frotté. Ce dernier phénomène
- (a) Expsr. Magckbufg, de S patio vaeuo.
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- *4 Traité
- lui donna lieu de détacher ce globe d’entre Tes poupées 8c de s’en fervir, après l’avoir rendu électrique , pour promener une plume dans toute l’étendue de fa faile.
- XX. Pour répéter cette expérience d’une maniéré plus commode à mettre en exécution, nous mettons à profit l’avantage que le verre a fur le foufre » pour devenir plus puiflfamment électrique j & nous nous fervons d’un tube de verre que nous frottons rapidement avec un morceau de papier bien fec. Ce fut Haukbée- qui imagina de faire ufage d’un tube de cette efpéce, 8c il obferva qu’il devenoit fi puilfamment éleCtri-que , qu’il attiroit, à un pied de dif-tance, de petites feuilles de métal qu’on lui préfentoit (a .
- Lorfque nous avons fuffifamment frotté ce tube, pour le rendre fenfible-ment éleCtrique, nous laiflons tomber deflus , 8c d’une certaine hauteur, un fragment de ces feuilles d’or qu’on vend par livrets , 8c que les Doreurs en bois employent communément.
- Nous oblervons alors que cette pe-
- (a) Iran[ Philof. n°. 3 o^.
- tite
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- :ite feuille fe précipite lut le tube, & ju elle en eft attirée : mais dès quelle i touché la furface du tube, elle en eft lufli-tôt repoulfce, de façon qu’il fuffit le lui prélenter ce tube, pour la faire ïiir & pour la conduire félon toutes es direélions imaginables.
- XXI. Si on remarque attentivement :e qui fe pafte dans cette expérience, m verra que cet état de répullîon auquel le coûtai! du tube réduit la >etite feuille d’or , n’eft pas tellement permanent, que la force attractive ne puiffe renaître ; & c’eft ce qui thaque fois que la feuille , élec-ttifée par le tube, rencontre fur fon palfage un corps étranger, qui peut lui faite perdre la vertu éleéirique , que le cube lui a communiqué. On la voit alors fe porter vers le tube avec la plus grande aélivité, pour s’en éloigner en-fuire, jufqu’à ce qu’elle rencontre encore un corps non éleéirique, ou que le tube ait perdu lui même la vertu "éleéirique qu’il a reçue pat le frotte-lenr.
- Il fuit delà, que fi quelqu’un pré— lente un de fes doigts à cette feuille, quelque diftance du tube, de façon B
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- que cette feuille foit placée entre le tube 8c le doigt, -on la verra aller alter-nativement & à plulieurs reprifes du tube au doigt qu’on lui préfente.
- XXJI. On peut donc regarder,comme un fait confiant , & tous les Phy-ficiens font d’accord en cela, que deux; corps chargés d’Eleétricité fe repoulfent mutuellement.
- Cette découverte , que nous devons à Otto de Guerikue, donna naiffance à quantité d’expériences, que les Phyli-ciens publièrent enfuite ; & elles ne font à proprement parler que la même, modifiée de différentes maniérés. Pour les répéter d’une maniéré plus fenfible, il faut être munis de certains appareils propres à exciter la vertu éleârrique , plus puilfamment qu’on ne peut le faire en frottant avec la main un tube de verre.
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- CHAPITRE VI.
- Des Globes de Verre.
- XXIII. H, uxbée fut le premier qui imagina de fubftituer un globe de verre au globe de foufre , dont Otto de Guerikue s’écoit fervi avant lui. Nous aurons occafion de parler par la fuite des découvertes qu’il fit avec ce globe , en l’ajuftant à la machine pneumatique. Nous remarquerons feulement ici , qu’il n’en tira pas grand parti, pour produire une forte Electricité , & qu’il s’en tint au tube dont il fe fervoit auparavant.
- Les Phyficiens , entraînés par fon exemple , négligèrent pendant long-tems les avantages qu’ils auroient pu retirer , en préférant des globes de verre. Prefque tous fe fervirent de tubes. En i73i,tems où les expériences de l’Eleélricité commencèrent à acquérir une grande célébrité en France, on ne faifoit encore ufage que de cette maniéré d’éieétrifer.
- Bij
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- i8 Traité
- XXIV. Dès 1730 , cependant M. Bofe, célébré Profefleur de Philofo-phie à Wittemberg , avoit déjà fecoué le joug du préjugé , qui aveugloit encore les autres Phyficiens. Il fe fervoit d’un globe de verre qu’il faifoit tourner fur fon axe ; les expériences qu’il publia enfuice, déterminèrent enfin les autres à recourir à fa méthode : on abandonna alors les tubes , & on s’attacha fpécialement à l’ufage des globes.
- XXV. Il eft bon néanmoins d’obfer-vet, pour plus grande exaétitude, que M. Bofe ne fut pas, à proprement parler , le premier qui abandonna les tubes , pour faire fes expériences avec des globes. M. Haufen , Profeflèur à Léipiic , avoit employé cette méthode avant lui. H faifoit tourner fon globe horizontalement, par le moyen a’une roue. On voit la defcription de fon appareil au commencement d’un de fes Ouvrages, publié par les foins de M. Gattfched (a). M. Wolf fit copier la machine de M. Haujen , & s’en fervit srès avantageufemenr : mnis ce fur néan-
- {aj Aov. i'rOjf. a. B‘jc. l^itüucuauS'
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- DE L’EtECTRICITi. 19 moins l’exemple de M. Bofe qui détermina les Phyficiens à fe fervir du globe , qu’ils firent tourner fur fon axe à l’aide d’une grande 1011e , comme oit le pntique communément aujourd’hui.
- XXVI. Dès que les globes de verre eurent acquis la célébrité dont ils jouif-fenr encore, on elTaya d’en rendre le fervice le plus avantageux qu’il fut pof-fible. On imagina de les enduire intérieurement ; & plufieurs allurent que certe pratique les rend fufceptibles d’une plus grande vertu éleftrique.
- XXVII. On enduit les globes avec de la poix , de la réfine, de la cire d’Efpagne, Sic.
- De quelque matière qu'on les endui-fe , lorfqu’on veut faire ufage de cetre méthode , il faut avoir foin fur-tout que l’enduit ne foit point trop épais.
- Pour y parvenir d’une maniéré très-facile à mettre en exécution , on introduit dans l’intérieur du globe , la matière qu’on deftine à cet ufage, pulvéri-fée ou réduite en très-petits morceaux. O11 fait enfuite tourner le globe fur fon axe , au-deffus d’un bralier bien allumé, & qui ne fume point. La chaleur qu’on imprime alors à ce glo-B iii
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- 39 Trait*
- be, fuffit pour faire fondre la matière qu’il contient, & elle s’applique d’elle-meme à fes parois , fl on a foin de tourner lentement le globe à proportion qu’elle fe met en fufion.
- Dans le cas où l’on feroit ufage de cire ordinaire , ou de cire d’Efpa-gne, il faudrait avoir foin que le feu fût moins ardent , fans cela la cire noircirait, ou elle formerait des fous-flures qui ne tiendraient point au verre lorfqu’elle fe refroidirait.
- On conçoit également que fi un enduit fait de pareilles matières, étoittrop épais, il y aurait à craindre qu’une partie ne s’en détachât en fe refroidilfant, ou même ne fît ca!fer le verre, comme je l’ai vu arriver quelquefois; parce que ces fortes de matières étant plus dilatées que le verre, par le degré de chaleur qui les fait fondre, elles fe retirent aulli davantage lorfqu’elles fe refroi-dilfent , & le verre cède à leur effort, lorfqu’elles ont contraélé avec lui une grande adhérence.
- XX V1U. Quoique cette pratique foit tellement reçue en Angleterre , qu’ils enduifent prefque tous leurs globes : quoique le célèbre Jallebert ait cru
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- dl l'Electricité. }l yappercevoir (a) qifun globe enduit devient plus éle&rique, que lorfqu’il ne l’eft peint, êc que les globes , ainfi préparés , lui aient paru conferver plus long-tems leur vertu j je crois pouvoir affûter que l’avantage qu’on retire de pareils globes , eft il peu confidérable , qu’il ne mérite pas qu’on prenne la peine de les enduire.
- XXIX. Une attention beaucoup plus importante que l’enduit, & que je ne puis trop recommander à ceux qui montent les globes , pour les faire tourner entre deux pointes, c’eft d’établir une communication entre la mafTe d’air comprife dans l’intérieur du globe & celui de l’atmofphere. Cette première malle peut s’échauffer 6c fe dilater con-lidérablement, par la chaleur que le globe acquiert en le frottant rapidement contre la main , ou contre un couflinet. On a vu plus d’une fois des globes éclater entre les mains de ceux qui les frottoient , lorfque la mafTe d’air qui fe dilatoit dans leur intérieur, ne tlouvoie point d’ilfue pour fe mettre en équilibre avec l’air extérieur. Ajou-
- (*) Expcr, fur i’EIe&r. pag. 119.
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- 3i Traité
- tons encore ici, que lorfque Pair compris dans la capacité du globe acquiert un degré de tenfion plus confidérable que celui de Patmofphere , les effets de l’Eledricité diminuent & s’affoiblif-fent, comme nous aurons occaflon de Pobferver par la fuite.
- XXX. Quelques précautions néanmoins qu’on prenne pour monter les-globes deftincs aux expériences de PE-ledricité , on ne peut pas toujours fe répondre qu’il n’y ait aucun accident â craindre, lorfqu’on en fait ufage. On en a vu plufieurs détonner & fe brifer par éclats dès qu’on a voulu les élec-trifer.
- Ce fut entre les mains du P. Beràut, à Lyon, que cet accident arriva , ou au moins il n’eft pas venu à ma connoif-fance qu’il fût déjà arrivé. Le globe » a la vérité , dont il faifoit ufage, étoit fêlé depuis long - teins. C'eft pourquoi je n’infirte pas fur les circonftances qui accompagnèrent, ce phénomène , de dont il rendit compte quelques jours après à l’Académie. Cet accident arriva le 8 Février 1750.
- U Abbé Nollst nous apprend que le même accident étoit arrivé à M. Bofc,
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- de l'Electricité. $$ à Wittemberg; à M.le Cat, à Rouen3 à M. le Préfiaent de Robin , à Rennes (a). Nous apprenons dans le même endroit , que pareille explofion avoit eu lieu entre les mains de M. Sabatelly , à Naples ; & qu’un globe d’Angleterre avoit eu le même fort à Paris, entre les mains du Phyficien qui nous fait part de ce phénomène. Je puis encore ajouter ici en témoignage , que j’ai éprouvé le même effet en 1761. Un globe dont j’avois déjà fait ufage dans plufieurs féances électriques, éclata pareillement au moment ou je m’y atrendois le moins. Je me fçu bon gré alors d’avoir préféré Pillage du coufîinet à celui de ia main, pour frotter mes globes. Il en fut de celui-ci > comme de celui du P. Beraut : quoique les éclats qu’il lança fe répandirent de tous côtés dans mon cabinet , les endroits où j’en découvris davantage , répondoienc à l’équateur de mon globe, & à peu de diftance de ce cercle.
- XXXI. S’il pavoit dangereux d’aflif-ter à de pareilles expériences , puif-qu’on ne peut point prévoir ces acci-
- (4) Letr. fur l’Eleétr. Première Partie.
- B Y
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- 24 Traité
- aeixs , par aucune circonftance qui les précédé , il paroît néanmoins qu’on n’a rien à craindre, Iorfque le globe a déjà fubi un certain nombre de rotations. Tous ceux en effet qui ontobfervé pareilles déronnations > s’accordent tous en cela, & ils nous affinent que cet effet eut lieu dès les premiers tours de roue qu’on donna à leurs globes. Je puis at-tefter la vérité de ce fait d’après l’ob-fervation que j’ai eu occafion de faire. Je fuis prefque perfuadé que Iorfque mon globe éclata, il n’avoit pas encore fubi cinq tours de roue.
- Je crois donc qu’on ne petit trop recommander à ceux qui font ufage d’un globe, d’avoir foin , lorfqu’ils font quelques expériences d’appareil , fur-tout Iorfque la compagnie eff: nombreu-fe , de faite frotter leur globe quelque moment auparavant avec un couflînet. Celui qui tourne la roue, fe trouvant feul alors , &c ayant le dos oppofé au couffinet, me paroît peu expofé aux effets de la détonnation , comme je l!ai très-bien remarqué. Depuis ce moment j’ai toujours pris la précaution que je viens de recommander , quoiqu’elle m ait toujours été inutile par l’événement.
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- DE i’ElECTRICITÏ, jj
- CHAPITRE VII.
- Des Machines de Rotation.
- XXXII.JP lusieurs Phyficiens fe
- font contentés d’adapter une manivelle à l’un des pôles de leurs globes, & de les faire tourner entre deux poupées folidement établies. Quoique cette méthode puiflTefuffire en bien des circonstances , fur-tout lorfque le tems eft favorable à l’Ele&ricité , je ne crois pas qu’on put pouffer fort loin les expériences électriques , avec un tel appareil. Je me fuis fervi pendant long-tems d'une roue de trente pouces , pour faire tourner mes globes} de j’ai éprouvé plus d’une fois que certaines expériences, qui exigent une forte Electricité , me réulfilfoient allez mal.
- Les Phyficiens 'd’Allemagne furent les premiers à s’appercevoir des avantages d’une prompte rotation , & ils furent auifi les premiers qui appliquèrent de très-grandes roues à leurs globes.
- Bvi
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- jo Traité
- M Watfon voulant forcer les effets de i’Eleélricité, avoir imaginé dé faire tourner plulîeurs globes à la fois , par le moyen d’une roue de quatre pieds de diamètre, fur laquelle il avoit fait creufer plulîeurs gorges , afin de multiplier à volonté le nombre des globes qu’il vouloir faire tourner en même-tems. Le fuccès ne répondit point à fon attente, & il ne s’apperçut point que l’Eleétriciré fût plus forte dans le conducteur. Voici ce qu’il rapporte lui-même , dans une lettre qu’il écrivit à la Société Royale de Londres (a). >» La » force de l’Electricité augmente pat s> le nombre & la groffeur des globes ; » mais elle n’augmente pas à raifon de >> leur nombre, ni de leur groffeur. -> Tout corps qu’on veut cleétrifer n’eft » fufcepribie que d’une certaine quan-»»trtc d’Eleétriciré , qui lut elt propor-» tionnée.... Ayant une fois acquis ce » degré ; ce qui fe fait plus prompte-» ment , par un certain nombre de » globes; le relie de l’Eleélricité dont » dont on voudrait le furcharger, fe » diffipe auffi-rôt qu’on l’excite.
- XXX'il. Quoique les grandes roues
- (v) Suite des Eipcr. Si obferv. ôte. pag. t y.
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- m l’Electricité. 37 fullent déjà en ufage, &: qu’011 en tirât un très-grand parti ; cela n’empêcha pas le P. Gordon de les abandonner , & de fubftirtier à leur place un fimple archet, qui faifoit tourner un cilindre de verre , au lieu d’un globe.
- 11 faut convenir que la machine du P. Gordon étoit beaucoup plus fimple que celles dont on fe fervoit avant lui. Elle avoir , outre cela , cet avantage , qu’elle étoit portative. J’en ai vu plu-fieurs de cette efpece , qui produifoient degrands effets. M. Pagny , qui étoit anciennement chargé des expériences de l’Univerfité, ne fe fervoit le plus fouvent que de ces fortes de machines, & il faifoit fes expériences avec allez de fuccès.
- Sans entrer dans le détail de ces machines , & fans en faire une def-cription particulière , nous avons fait graver la (fig- 1 ) pour farisfaire la curiolîté de nos Leéteurs.
- XXXIV. W'inkler , Profeffeur en l’Univerfité de Leipfic, fe fervoit pareillement d’un cylindre , qu’il préféroit à un globe ; mais au lieu d’un archet, il
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- j8 Traite
- fatiguer beaucoup à faire mouvdir le marche-pied , qui mettait la pera che en jeu , chaque point du verre étoLt frotté , félon fon calcul, fix cens quatre-vingt fqis dans une minute. On peut voir l’appareil de cette machine , dans un traité qu’il a publié fur l’Electricité (a). Il en donne une defcription fort ample, qu’on pourra confulter pour en conftruire une femblable. Nous nous bornerons encore ici à la repréfencer fimplement dans (la fig. i ).
- On trouve dans le meme Ouvrage , la defcription d’une autre machine à peu de chofe près femblable, pour frotter plus commodément 8c plus efficacement un tube} mais j’imagine qu’on peut fe paffer de cet appareil, eu égard au peu de fervicê qu’on peut attendre d’un tube.
- XXXV. Quoique les machines dont nous venons de parler , foient très in-génieulement imaginées, 8c qu’elles produifent àffez bien l’effet auquel elles font deftinées} nous ne pouvons dif-convenir que les globes menés par de grandes roues, ne foient encore plus avanrageux, lorfqu’on veut produire
- 0) Effai fur ia narure , les effets & les caufes de l’Eleétriciré , pag. 9.
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- SI L’Et E CTR.ICITÉ. Jÿ une Eleâricité forte & fontenue.
- Quoique la conftruâion d’une machine éleélrique foit affezindifférente, pourvu que le globe foit folidcnient établi, Sc que la corde qui le fait tourner, puilfe fe bander plus ou moins, fuivant qu’elle fe refferre, ou qu’elle fe relâche, par les impreflîons d’un air plus humide, ou plus fec ; j’imagine que le plus grand nombre de mes Lecteurs ne fera pas fâché de trouver ici le détail & les proportions de la machine dont je fais ufage depuis long-tems. Elle eft beaucoup plus lîmple , & con-féquemment plus commode que toutes celles dont différents Phyficiens nous ont donné des defcriptions.
- XXXVI. AB (fig. 3 ) , eft une table de vingt-deux pouces de hauteur, dont la tablette C D a trois pieds de longueur , vingt pouces de largeur 5c deux pouces d’épaifîeur.
- Au milieu de cette tablette , & félon fa longueur, régne une rainure de deux pouces de largeur , comprife entre les deux emboîtures, qui ont chacune trois pouces. C’eft dans cette rainure que font placées les deux poupées E F Sc GH, ainfi que le portant du couffinet.
- Chaque poupée eft faite d’un moi-
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- 40 T R A I-T É
- ceau de bois de quatre pouces à'équar-njfage, de quinze pouces de hauteur , depuis Fatalement de la tablerte. Elles font Tune & l’autre fortifiées poftérieu-rement par deux joues de deux pouces d’épaifleur vers le bas, &. chantournées de façon qu’elles vont en mourant fe terminer vers le milieu de la hauteur des poupées.
- L’une de ces poupées GH eft fixe} c’eft-à-dire , que fa queue eft collée dans la rainure à l’une des extrémités de la tablette, & chevillée fortement à cet endroit.
- L’autre EF eft mobile & glifte dans la rainure , fuivant la diftance plus ou moins grande à laquelle on veut la contenir par le moyen d’une forte vis de prelîion : cette vis , dont l’arbre eft d’un pouce de diamètre , tient folide-inent à la qtieuë de la poupée, qu’on arrête, fur la longueur de la tablette, par un écrou qui fe vifte au-deftous de cette tablette , ayant foin toutefois d’interpofer une platine de fer entre la tablette & l’écrou , pour donner plus de folidiré à la prelîion.
- La poupée GH porte une pointe de tour un peu moufle, folidement fixée dans fon épaifteur. La poupée E F eft
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- de l'Electricité. 41 traverfée par une longue vis de fer 1 d’un pouce de diamètre, laquelle fe termine en pointe moufle. Outre que cetre vis eft taraudée dans le bois de la ponpée, on a encore foin de l'aflujetrir plus folidement par un contre-écrou de fer, que l’on ferre fortement contre la face intérieure de la poupée. C’eft entre ces deux pointes élevées de quatorze pouces au deflus de la tablette, qu’on monte le globe qu’on fait tourner , par le moyen d’une roue KLM de cinq pieds de diamètre, établie dans des couflïnets proportionnés à la grof-feur de fon axe , & roulant fur des clavettes de fer, afin de diminuer la grandeur du frottement.
- Les montans NO, PQ qui portent les couflïnets de la roue , ont trois pou--ces d epaifleur, fur quatre pouces de face, & trois pieds de hauteur, y compris les chapiteaux R, S, qui retiennent les couflïnets. Ils font folidement alfem-blés ilans deux madriers T, V arrêtés enfemble pat des traverfes X, Y, &C. leur aflèmblage eft encore fortifié, de chaque côté , par deux jambes de force Z Z Z Z.
- La roue, ou pour mieux dire le
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- 4i Traité
- bâtis qui porte la roue , eft fixé fur le plancher par des pattes de fer aflez foli-des pour réfifter à l’effort de la machine lorfqu’elle eft en mouvement ; & il eft joint à la table A B par des traverfes ab , a b qui font attachées fixement d’une part vers le milieu des montans N O, P Q, & à leur autre extrémité, à la tablette de cette table , par le moyen de deux vis de prellîon. Les extrémités de ces traverfes qui répondent à la table , & qui partent au-deffous de la tablette , portent des rainures de dix pouces de longueur , creufées à jour. C’eft à travers ces rainures que partent les vis de preffion qui traverfent la table, & dont on voit les écroux c , d qui fervent , comme nous venons de le dire , à arrêter cette table fur ces traverfes.
- Les rainures dont nous venons de parler , procurent à la table la facilité de s’approcher ou de s’éloigner de la roue , & conféquemment donnent la facilité de bander ou de relâcher la corde autant qu’il eft néceflaire, pout qu’elle puilfe vaincre le frottement du globe contre le couffinet.
- Ce couftiner eft une efpece de fac de peau rempli de fou de farine. Il eft
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- de l'Electricité. 4$ appliqué & retenu fur une platine de métal e, laquelle eft attachée à une queue à reflort/^. Outre la vertu élaf-tique de cette queue , qui tend conf-tamment à appliquer le couflinet contre la furface du globe , on peut encore augmenter le frottement du couifinet par une vis de prelfion s & qui traverfe un montant de fer ij auquel la queue fg eft fixée.
- Ce montant i e.ft établi fur un fup-
- fiort de bois K qui gliiïe librement fur a tige Im, fur laquelle on le fixe par la preflïon de la vis n. Le mouvement de ce montant eft indifpenfablement néceflaire , afin qu’on puilfe adapter convenablement le meme couflinet à des globes de différens diamètres. Il eft encore néceflaire dans les circonf-tances où l’on veut chauffer, ou frotter le couflinet avec de la craie , comme nous le dirons ailleurs.
- La tige/m elle-mên-.e eft arrêtée fixement dans le portant 0, lequel gliffe librement dans la rainure de la tablette , afin qu’on puilfe tranfporter le couflinet vers l’équateur du globe dont on fait ufage, & on arrête alors ce dernier portant pat une vis de preflïon p.
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- 44 Traité
- Le premier conducteur, celui qui reçoit la matière éleCtrique du globe, eft un tube de fer blanc q r fermé à fes deux extrémités par des calottes arrondies. A l’une de fes extrémités q, eft foudée une tige de fer qui fe termine en pointe : à fon autre extrémité, eft attaché un anneau auquel on accroche une chaîne, pour transporter à d’autres corps la vertu éleCtrique.
- Ce conducteur eft établi fur un tube de verre f t fuffifamment haut, ou élevé fur un autre pied , pour que la pointe du conducteur puiue répondre à l’axe dù globe. Ce tube eft monté fur un pied fuffifamment folide; & lorlqu’on veut faire ufage de la machine, on difpofe ce conduCteur de maniéré que la pointe ne foit éloignée que de trois à quatre lignes de l'équateur du globe.
- Cette defcription, jointe à la figure 3 , doit fumre , pour que chacun foit à portée de faire conftruire une machique éleCtrique , folide , commode & propre à produire de très-grands . effets : au refte je ne refufe jamais mes foins à ceux qui veulent fe procurer des machines exaCtes , & s’exempter de la peine de conduire des Ouvriers qui ne
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- »e l’Electricité. 45 font pas toujours au fait de ce genre de travail. Les modèles que je fuis à portée de leur procurer , diminuent une grande partie du tems qu’ils employeroient à bien comprendre toutes les parties & l’enfemble d'une machine ; ce qui diminue à proportion la dépenfe qu’on feroit obligé de faire, pour en avoir qui fnlTent exaéfes.
- XXXVII. On dut à mntder l’invention du couifinet pour frotter les globes, ou plutôt les cylindres dont il faifoit ufage. Quoique cette méthode lui eût très-bien réuffi, & que plufieurs l’eufTent adoptée avec fuccès ; & que d’ailleurs elle avoit cet avantage, que les expériences en devenoient plus faciles à faire, puifqu’il n’étoit pas nécef-faire alors d’employer le fecours d’un homme pour frotter le globe , elle ne fut cependant pas reçue univerfelle-ment. Plulîeurs Phyficiens préférèrent l’ancienne méthode de frotter les globes avec la main , & prétendirent que les effets de l’Eleétriçité en étoient beaucoup plus grands.
- Je conviens en général qu’on peut très-bien éieârifer avec la main, fur-tout fi la Nature a gratifié le Phyfiçien
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- éle&rifant, d’une peau rude & fort féche : mais quelqu’avantage qu’il retire d’une main auffi bien conftituée, elle s’échauffe , elle tranfpire pendant l’opération , & elle n’eft plus fi propre alors à produire tout l’effet quelle produifoit auparavant.
- Je conviens encore que fi on fe fert d’un couffinet, tel que M. Winklcr l’avoit originairement imaginé , on n’en tirera pas tout le parti qu’on peut attendre de cette pratique ; parce que ce couffinet étant fixe 5c appuyé contre la furface du globe par une vis de pref-fion , qui ne lui permet pas de céder aux impreffions du globe , qui n’eft pas toujours exaétement rond, le frottement ne fera pas uniforme, & je ne fuis nullement furpris qu’il y ait des perfonnes qui éleétrifent beaucoup mieux avec la main qu’avec de fem-blables couffinets. Il ne feroit alors recommandable qu’aux perfonnes dont la main n’eft pas propre à exciter convenablement la matière éledrique. Mais fi on fçait difpofer le couffinet de façon qu’il preffe uniformément le globe, 5c qu’il cède à fes inégalités , lorfqu’il s’y en trouve, ce qui eft alfez frequent,
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- DE L’ElECTRIClTi. 47 & qu’on puifle modérer fou frottement comme il convient ; je fuis perfuadé qu’il.n’y a pas de mains qui forent préférables à un tel couffinet, & c’eft un avantage que j’ai toujours reconnu dans celui dont je fais ufage , Sc dont j’ai donné la defcription dans le paragraphe .précédent. Z .
- • XXXVUI.Sila maniéré de frotter un globe , qu’on veut éleétrifer forte-mew, n-’eft pas indifférente ; celle de foutirer , pour ainfi dire , la matière éleftriquede ce globe,,pour la tranf-mettre auconduéteur, & delà au corps avec lefquels il communique, mérite -toute l’attention du Pfiyficien.
- ' On fit ufage pendant long-tems , SC plusieurs fe fervent encore, d’une efpece de Itoupe formée avec des ftangesd’or fin, ou faux, qu’on laide flotter fur la furfoce- du globe. Je conviens que toute matière métallique quelconque , eft plus propre que toute autre fubftance a ablorber la matière éleftrique du globe. Je conviens encore qu'on ne pouvoir agir plus prudemment, que de rakeroucher à unetnatiere auffi fragile que celle: d’un globe de verre , un corps dont la dureté ne fût point capable a«
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- 4* Traité
- le brifer, dans les chocs que l’irrégu-lariré de la rotation doivent néceffaire-ment produire. Mais j’obfervai anciennement j en faifant ufage de cette méthode , que les fils métalliques qui flottoient. librement , lançoierit dans J’obfcurité des aigrettes lumineufes de matière éleélrique , & que cette matière fe diffipoircontinuellement en paflànt, par le moyen, des calottes qui retenoient le globe entre les pointes’, dans les poupées , & delà dans la machine même ,pour arriver au plancher.
- Ce fut cette obfetvation qui me détermina alors àfubftituerd cette efpéce de houpe, une bande de plomb laminé fort mince, que je dirigeai, par le moyen d’un fil de foie > de manierç quelle flottoit pareillement fur la fur-face du globe, & quelle tranfmettoit fa vertu eleélrique au premier conducteur auquel elle étoit attachée par fou autre extrémité. Je m’apperçus dès-loirs que les effets de l’Eleéàricité en étoient manifeftemenr: augmentés.
- D’autres fe fervent, au lieu de plomb laminé, d’une petite feuille de cuivre, qu’on appelle clinquant, laquelle étant fixement attachée au premier conducteur,
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- Di l’El e'CT*.ïcit4. 4j teur, touche legctement la furface du .globe. .
- Si cette derniere méthode, ainfi que la précédente , eft préférable à la houppe métallique, elle n’eft pas encore exempté de défauts. J’ai pareillement remarqué de petites aigrettes-^ quoî-qu’en bien moindre nombre , : qui s’é-lançoient des côtés, & fur-tout des angles , lorfqu’il y en avoit dans ces deux efpeces de corps , & qui diillpoient encore , quoique plus foiblement, la matière électrique.
- XXXIX. Depuis les expériences de Franklin , il n’eft aucun Phyficien qui puilfe révoquer en doute la puiffance des pointes , pour foutirer abondamment la matière éleétriquê’j & quoique je ne puiffd raisonnablement convenir , comme nous le verrons par la fuite ., de tous les effets merveilleux qu’on a voulu leur attribuer, je me fuis con-vamcu qu’il n’y avoit aucun moyen plus efficace de foutirer la matière électrique d’un globe. Ce fut ce qui me détermina en 1759 à me fervir de ce procédé , pour tranfmettre la vertu électrique au premier conduéteur.
- Il n’eft pas néceffaire , comme on a
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- (• T R A I T 4
- pu l’obferver ci-deffiis C 3<? ) » que 1» pointe touche la furface du globe; il fuf-fit qü’elle en fait à une petite diftartce,
- & je puis affûter que depuis que je fais ufage de cette méthode, je fuis toujours parvenu à charger d’Ële&ticité mon premier conducteur » beaucoup plus fortement que je navois coutume de le faire, toutes chofes égales d’ailleurs, par toute autre méthode.
- XL. Quoique la machine que je viens j de décrire ci-dêffus , foit très fimple & j très-commode pour faire toutes lés j expériences électriques, je préférerais j volontiers une petite machine imaginée i il y a quelque-tems en Angleterre!. ! Elle a cet avantage, qu’en proditifaut le même effet que celles dont je fais tifage, elle eft beaucoup plus petite,
- & qu’on peut faire, étant feu!’,' plu-fîeurs expériences, lans qu’il foit: né-ceffaire d’emprunter le l'ecours d’uft Doméftique pour tourner la roué.
- Tout l’avantage de cerre machiné vient de ce qu’on a feu fubftituer une ] roue dentée , à une roue i corde, de par ce moyen produire une rotation j aufli prompte qûe celle què nous poti- f vons produire avec une roue beaucoup i plusgrande.
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- DE l’ELEcrticiii 51
- Dans la machine que j’ai décrite ci-deflus ( )6 ), le nombre de tours qne fait le globe à chaque révolution de la roue , eft dans le rapport du diamètre de la roue , au diatnettre de la poulie appliquée fur le globe : par conséquent pour qu’un globe, dont L poulie eft de quatre pouces de diamètre , faille quinze révolutions par chaque tour de roue, il faut que le diamètre de la roue foit de Soixante pouces ou de cinq pieds. C’eft une loi confiante qui ne peut fouffrir d’exceptions. Il fant donc de toute néceffité employer une grande roue pour faire tourner rapidement un gros globe ; parce que la poulie de ce globe doit avoir un diamètre allez con-lidérable pour obéir commodément à l’impreffion de la corde. -> .
- Il n’en n’eft pas ainli des machines à rouage. Une petite roue denrée qui conduit un pignon, ou une vis fans fin, peut faire faire à chaque tour, un grand nombre de révolutions à un globe mluii de ce pignon , ou d’une vis fans fiti. Voici la defcription de la machine An-gloife d’après la figure que Muÿ'en-brotk a fait graver, & que j’ai fait co-
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- •51 Traité
- pi et. Ce célébré Phyficien faifoit un
- cas particulier de cette machine (a).
- XLI. Dans une efpece de tambour •creux A (fig. 4 ) , eft une vis fans fin à trois filets, dont l’arbre fe voie en E. Cette vis eft mife en mouvement par une roue dentée, dont l’axe eft faillant en B. Cet axe étant tourné circulaire-ment parla manivelle BCE), communique un mouvement de rotation très-rapide à la vis fans fin Si conféquem-ment au cilindre de verre auquel cette vis eft adaptée.
- Toute la machine eft folidemenc attachée fur une table, à l’aide des vis L , M. Sur la bafe de cette machine eft établi un relfort d’acier H, auquel eft attaché un couffinet de cuir G. Par le moyen de la vis K , on peut bander, bu débander le relTort, & par confisquent appuyer plus ou moins le coufli-net contre le cilindre de verre qu’il doit frotter. Ce cilindre étant mu cir-culairement, & étant frotté par le couffinet G , devient fortement électrique. Dans la bafe de cette machine glillent
- M Cours de Phyfique. Tom. 1, pag. jj},
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- BI l’ElICTlICITÉ, JJ deux règles de cuivre S R, S R, qu’on 'fixe par les vis T T. Sur-ces deux premières régies s s’élèvent deux autres régies SX, S Y, qui en .portent deux autres X Z , Y a , à chaque extrémité defquelles pendent des fils de foie bleue, qui lufpendent un tube de cuivre OP. K la partie antérieure O de ce tube, eft fixé un double fil de cuivre doré, applati à fes extrémités N. Ce, fil, tout foible qu’il foit, eft extrêmement élaftiçjue j & reçoit toute l’Electricité du cilindre qu’il touche. A l’autre extrémité P du tube O P eft un petit trou fait pour fufpendre des fils, oi£ des chaînes, qu’on peut conduire à différents endroits, félon les befoins.
- Malgré tous les avantages quon ne peut tefufer à cette machine, je ne puis difconvenir de quelques défauts que j’y ai remarqués. Un engrainage pareil, qui fouffre un effort allez confiderable, doit s’ufer fort aifément, fur-tout fi on en fait un fréquent ufa^e j & c’eft, une raifon qui m’a empêche de lui don-, ner la préférence fur la mienne. Outre cela les tiges de métal qui portent le conduéteur , cèdent néceflairement à l’ébranlement de la machine, occafion-
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- 54 Traité
- né par le frottement, & le condu&eur fait de continuelles vibrations ,qui deviennent très-embarraflantes en certaines expériences ; mais c’eft un défaut auquel il feroit fort aifé de remédier.
- XLII. Si la machine què je viens de décriieeft préférable à celle qui précédé ( 5 6 ), en ce qu’étant beaucoup plus petite, & plus commode à manier , elle produit autant d’effet que cette derniere ; on doit encore donner la
- Îréférence à celle que je vais décrire, aquelle eft beaucoup plus (impie, & ne le cède en rien aux deux précédentes pour les effets qu’elle produit.
- - ABC (fig 5 j'eft un plan de cryftal, ou de glace enarbré fur l’axe DE , lequel fait fa révolution dans le chaflis FE G , à l’aide de la manivelle H.
- Ce plan frotte entré quatre couf-finets de cuir remplis de crin a, a , h, h, placés, de maniéré qu’ils répondent à fa circonférence. Les deux premiers a a font fixes dans le montant FE : les deux autres b b font mobiles, & peuvent preffer plus ou moins le plan de verre , à l’aide de deux vis depteflion c, c qui traverfent le montant E G.
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- ni l’EeectricitL jy IX eft un cilindre de cuivre , dont, les extrémités font rerminées par dis boules l$M. Cette dernière eft travers fée par un arc de kiron N MO, don» les extrémités N, Oie terminent par deux boëtes de cuivre, du fond def-quelles partent des pointes propres, i puifer la matière électrique du plan de glace, qui fait ici l’office de globe. :
- Le cilindre .IK eftifolé fur un tube de verte P Q .foüdenient établi fur ait pied qui s’engage dans t’épaiffeur de la> tablette R. Tome la machine eft arrêtée fur une table par deux efpeces de griffes qui attachent la machine à la table qui la porte. > .
- XLIII. Quoique cette machine -, qui nous vient pareillement d’jAngletqrre; fuit une des dethieres qui foiebt parvenues à notre connoiffance; il y a néanmoins bien des années que j’érois per-fuadé qu’un plan de cryftal étoit beaucoup, plus favorable aa’un globe , pour répéter! es expériences de l'Eleétriciré.
- Dès 17 y6, j’a /oi* imaginé j & plusieurs perfonnes ont. vu dans mon ca-hinet un plan de criftal, d’un pied de diamètre, de l’efpece de ceux dont on fait ufage pour dreffer des deffertS.
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- j 6 Traité
- Je l’ayois fait percer à fon centre, & je l’avois fait..monter fur un axe , que je faifois tourner‘par le moy^n d’une roue de trente pouces de diamerre.
- Je n’eus pas,.à là vérité , l’induftrie de l’afliijetttr & de le faire tourner entre quatre couffinets , comme on le pratique en Angleterre. Je metois contenté de le faire frotter par un ceuffi-ner vertical & à reflort, de quatre pouces de longueur, & de dix-huit lignes de largeur ; & je me rappelle très-bien que ce plan faifoit alors plus d’effet qu’un excellent globe dont je faifois ufage.
- Un accident que je n’avois pas prévu, me fit abandonner cette machine, & je tje penfai pas même à chercher un moyen d’y remédier. Un jour que je me propofois d’augmenter encore les effets de l’Eleéfricité, jeprefTai plus fortement , &àdefTein, le couffinet contre le plan : fa direction n’étant pas verticale, & le reifort preffant inégalement la furface du verre qu’il touchoit, ce dernier éclata dans l’opération , & me bleffa. Je m’en tins alors à mon globe. *. Je ns fçais s’il me feroit venu en idée d’établir ce plan entre quatre
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- çouffiners, ou même entra deux ; ce qui auroit fuffi pour me garantir par la fuite de l’accident qui me fit perdre courage; car j’avoue que je n’abandonnai qu’à regret une pratique aufli avantageufe.
- Cette méthode, en effet, eft d’autant meilleure qu’il me parut alors & qu’il rne paroît encore aujourd’hui, qu’un tel plan s’éleétrife plus fortement qu’un globe ; puifque par une rotation auffi lente que celle qui naît de l’application d’une fimple manivelle, on produit des effets auffi grands que ceux qu’on produit avec des globes conduits par de grandes roues. Je remarque encore, depuis que je fais ufage de la machine Angloife, que ce plan eft moins fufceptible qu’un globe , des impref-fions de l’humidité. J’ai déjà obfervé plu-fieurs fois que mes globes ne donnoient aucun ligne manifefte d’Eleétricité , tandis que mon plan s’éleélrifoit encore fuffifamment pour répéter quelques expériences qui n’exigeoient point une Electricité fort abondante.
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- I*
- T k AI T £
- CHAPITRE VIII.
- De la maniéré d’éleclrifer les 1 corps an électriques.
- xliv.On peut voir pat le dénom- I brement que nous avons fait dans le Chapitre III, qu'il eft très-peu de corps qui ne puidènt s’életrifer par le frottement; d’où il paroitroit naturel de croire qu’il n’y en auroit qu’un très-petit nombre qu’on devroit ranger dans la claffe de ceux qui nous occupent actuellement. Mais nous avons fait remarquer dans le Chapitre II, que ceux qui s’électrifoient très-bien de la première maniéré, étoient encore futceptibles de s’électrifer par communication : d’où nous devons conclure que cette derniece méthode , de tranfmettre J a vertu électrique , doit s’étendre à un plus grand nombre de corps.
- Nous avons encbre obfervé, en parlant de ces deux efpeces de corps, que fi ceux qui s’électnfent par le frotte-
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- del Electricité. jj ment v pouvoient encore- acquérie la vertu éledrique par communication , ils ne pouvaient point tranfmettre jà d’autres corps, qui leur étoient contigus , l’éledricité qu’ils acquéroient par ce dernier procédé ; tandis que ceux qui ne s-’éledrifent que par communication, font très - propres i: tranfmettre cette vertu , & font d’excellens conducteurs pour la communiquer à d’autres corps.
- XLV. On conçoit d’après cette dernière obfervation, que lorfqu’on veut accumuler la vertu éledrique dans des corps propres à la recevoir par communication, :il faut que ces corps foicnt difppféside maniéré à ne pouvoir perdre cette vertu à proportion qu’on la leur communique ; & conféquensmeiit qu’il faut les pofer ou les fufpendre à des corps qui ne puilTent point la tranfmettre à d’autres corps.
- Cette maniéré de difpofer les corps qu’on veut éledrifer par communication , s’appelle ifolèr. Ainfi ifoler un corps, c’eft le placer fur un autre , fufceprible dette éledrtfé par frotte-* ment ou le fufpendre à un corps de cette derniere efpece.
- XLVI. Ce fut te bazard qui nous
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- 60t Ta A I T i
- appât cette maniéré de difpofer les corps auxquels onveut tranfmettre la vertu électrique , par la voie de communication. Voici ce'qui donna lieu à cette découverte. M. Gray fe propo-foicun jour (a) de tranfmettre la vertu çleétrique à une très-grande diftance , par l’intermède d’une corde , qu’il avoir foutenue dansrdhe fituation horizontale, en .la fufpéndant à des fils dé foie. Quelques uns de ces fils cédèrent au poids.de la.corde , & fe rompirent. M. Gray leur fubftitua alors des fils d’ar-chal delà même fineffe. ;Il imaginoic en effet que le fuccès dé: l’expérience: dépendoitde la fineffe de ces fils, qm’iL croyoit trop minces , pour intercepter; une partie fenfible de la vertu électrique, qu’il vouloir comtnuniquer à .la* corde : mais il fut détrompé alors. Il ne put éleétrifer cette corde lorfqu’il l’eut' foutenue avec des fils d’archal , & il jugea très-bien que fi les .fils de foie lui avoient parfaitement réuffi auparavant , pour fufpendre cette même corde , ce n'étoit point à raifon de leur fineffe, mais pat rapport à leur nature,-Si
- (a) Tranf. Philaj. ,66.
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- de l'Electricité 61 parce qu’ils étoient fufceptibles de s’é-lcârifer par frottement.
- XLVli. On apprit delà , & de différentes tentatives qu’on fit par la fuite, que tous les corps qui s’éleéfrifent par frottement, font très - propres à îfo-ler ceux auxquels on ne peur tranf-mettre la vertu éle&rique que par communication. Delà les îupports de réfine , de poix, de cire, fur lefquels on eut foin détablir ces fortes de corps. Delà les cordons de foie , de crin, de laine auxquels on les fufpendit. Delà les fupports de verre dont on fit ufage par la fuite.
- XLVI1I. Quoique tous les corps fufceptibles de s’éleétrifer par frottement , foient propres à ifoler, ils ne le font pas tous’également. Auffi voyons-nous que quoique M. Gray eût fait ufage de pains de réfine , pour ifoler un nomme qu’il vouloit éleétrifer ; les Comremporains de ce célébré Phyfi-cien préréroient des cordons de crin, de foie, malgréles incommodités qu’ils ne pouvoient manquer de trouver dans cette pratique. On conviendra en effet qu’il eftbien plus commode & moins embarralfant, de faire monter-iin hom-
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- 6x Trait!
- me, par exemple, fur un pain de réfine , que de le tenir folidpment fur un plan fufpendu, cpnime un baffin de balance , à des cordons de foie ou de
- Il eft à préfumer qu’on s’étoit déia apperçu , du tems de M. Gray j que les.pains de réfine, ou de route autre matière de cette efpece, qu’on eft obligé de faire fondre, pour en faire de? mafles folides , propres à ifoler les corps, ne font pas toujours propres à cet ufage , dès l’inftant qu’ils ont été’ fondus. C’eft un fait dont je me fuis convaincu plufieurs fois, & plufieurs Phyficiens en ont. été perfuadés aufli bien que moi. Les corps qu’on ifole par leur moyeu , ne font que foible-ment ifolés : ils perdent, en grande partie , la vertu éleûrique qu’on leur communique, & ils n’en confervent qu’une très-petite quantité. Peut-être M. Gray avoir-il obfervéla même chofej car nous voyons dans le détail des expériences qu’il a publiées , qu’il fit fou-vent ufage de cordons de foie , ou de crin, pour ifoler les perfonnes auxquelles fl vouloir communiquer la vertu ele&nque.; tuais il ne s’explique point
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- BE L’ELECTRICITf. d|
- fut l’avantage de cette pratique, comparée à celle des pains de reflue donc il fe fervir d’abord.
- Si on garde, à la vérité, ces forces de fupports pendant quelques mois, & à l’abri de la pouffiere , ils deviennent très-propres, à la longue , à l’ufage auquel on les deftine.
- Un autre défaut qu’on peut encore leur reprocher > c’eft qu’on eft obligé de leur donner une certaine épaifleur, & d’affez grandes dimenfions, lorfqu’ils doivent fervir à ifoler de très-grands corps.
- On doit en effet leur donner une certaine épaifleur, fans cela ils tranf-mettroient, au plancher qui les porte, l’éleftricité qu’ils doivent arrêter dans les corps qu’ils foutiennent, & c’eft un fait que plufîeurs Phyficiens ont obfer-vé. W'atfun nous apprend que la vertu éleftrique pénétre de deux pouces Scies gâteaux de réfine, ainfî que ceux qui font faits d’un mélange de cire Sc de réfine. Elle ne les pénétre pas, fuivant les obfervations du même Phyficien, au-delà de deux pouces & ri (a) > (ce
- («O/Effai far l'Elcâridté, pag. 51.
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- <?4 TuAiri
- qui nous oblige nécelfairement à leur donner près de trois ponces d’épaifTeur. Or, dans ce cas , ils. deviennent fort lourds, & a(Tez incommodes à manier.
- Il arrive encore que ces fortes de pains, ou de gâteaux , fe déforment pendant l’été, lous les pieds de la per-fonne qui monte deflus , & ils diminuent d’épaifTeur ; ce qui les met quelquefois hors d’état de produire l’effet qu’on en attend. Pendant l’hyver, lorf-qu’il fait fort fec, ils fe brifent, & ils éclatent quelquefois fous les pieds.
- XLIX. Ces inconvéniens que j’ai éprouvés plufîeurs fois, me déterminèrent en 1749 à abandonner ces fortes de gâteaux, & à fubftituer à leur place des fujaports de verre. Comme on n’eft point à portée dans une Province de fe procurer tout ce dont on peut avoir besoin , fur-tout en fait de machines, je fus obligé de me fervir alors de cols de bouteilles. Je choififfois les plus longs que je pouvois rencontrer , & je les maftiquois fous les quatre angles d’une planche, fur laquelle je faifois monter les perfonnes que je voulois éleétrifer.
- Cette pratique me réuffit fi bien , que je ne l’ai jamais abandonnée depuis
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- SE l’ElïCTRICITé. tfj ee moment. Je me fers affez communément <Je ces liflbirs de votre, dont les Blanchifleufes de bas de foie font ufa-ge, pour moirer les bas. Ce font des malles de verre aidez folides pour que la perfonne la plus pefante puifle monter avec confiance fur la planche qu’elles foutlennent à fes quatres extrémités.
- Les Anglois ne font point actuellement ufage d’une autre maniéré d’ifoler lesperfonnes auxquelles il veulent communiquer la vertu éleétrique. J'ai vu plufieurs machines faites en Angleterre , & dont tous leS fupports n’étoient autre chofe qu’une planche foutenue fur quatre colonnes de verre.
- L. Lorfque le corps auquel on veut communiquer la vertu éleétrique n’eft pas d’un trop grand volume, ni trop pefant en même-temsj il me paroît bien plus commode de le placer Amplement fur un petit plateau de verre, de l’efpece de ceux dont on fe fert communément pour drelfer des defferts.
- Si c’eft une barre de fer , un tube de métal, ou une chaîne qui doit fervir de conduéteur à la matière éleétrique ; je ne connois rien de plus commode pour ifoler ces corps, que de les fuf-
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- #6 T * AJ T i
- 5endre à des cordons de foie allez forts, e préféré la foie aux cordons de laine ou de crin , je me fuis toujours apper-çu quelle ifoloit beaucoup mieux. Muflenbroek u’eft pas, mè ne indifférent fur la couleur qu’on leur donne : il recommande fpécialement celle qui eft teinte en bleu (a). 11 la croit plus fufceptible de s’éleélrifer par frorce-inenr, que celle qui feroit teinte en toute autre couleur , Sc il la regarde conféquemment comme plus propre à ifoler les corps. J’ai fait fouvenr ufage de foie cramoiffe , & elle m’a toujours paru aulîi bonne que la foie bleue , & je ne crois pas qu’il faille pouffer le iccupule fotr loin, dans le choix de l'une ou de l’autre.
- Ll. Ç’efl; un fait actuellement reconnu de rous les Phyficiens éleétrifancs , que plus les corps font fufceprijples de contracter la vertu cledtique par frottement, moins ils font propres àtranf-mettre celle qu’ils ont reçue par corn-, communication, aux corps qui leur font contigus, & qui peuvent la recevoir de cette derniere maniéré, & plus
- («) Coinç de Phyfiq. piper. T. i.
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- BE l’E IEC TR. ICI TÉ. 67 par conféquent on peut les employer favorablement pour ifoler les corps de cette efpèce.
- La proportion iuverfe a paru également vraie à plufieurs célébrés Pnyfi-ciens. Ils ont cru que plus un corps avoit de difpofition à rranfmettre la vertu éleétrique qu’on lui communia-quoit, mSins il étoit fufceptible d’être éleétrifé par frottement.
- M. Jallabert fçut tirer parti de cette connoiflance , pour choifir parmi diffé-rens globes de verre , celui qui peut être d’un meilleur ufage , & recevoir Une plus grande vertu éleétrique nar le frottement.
- Ce célébré Phyficien rapporte ( a ) qu’ayant mis différens vafes de verre fur une plaque de tôle éleétrifée, il préfenta le doigt à chacun de ces vafes. tes uns lui firent appercevoir une vive lumière : les autres une moins vive, à peine étoit-elle fenfible dans quelques-uns ; & il ajoute que l’expérience lui fit voir enfuite que ceux qui lui avoient donné le plus de lumière, éroient ceux qui s’éleétrifoient le moins bien , en les frottant
- (<*) Ex per. fut l’Eleâr. pag. 41.
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- £t Traité
- LII. Avant de terminer ce Chapitre, je réfoudrai une queftion alfez relative au fujet que je viêns de traiter , mais qui ne me paraît pas mériter un article à part. Cette queftion néanmoins fit grand bryit autrefois parmi les Physiciens éleétrifants : il s’agit de fçavoir félon quelle proportion la malle, & la futface d’un corps an-éleétrique peuvent augmenter les effets de l’éleétri-cité j & conféquemment s’il faut donner, par préférence, plus de malle , ou plus de futface aux conduéteurs , pour que la verm Electrique fe décéle plus fortement.
- Pour décider complettement cette queftion, il fetoit indifpeufablement néceflàire d’avoir un moyen propre à mefurer exaétement la matière électrique dont un corps an - éleétrique eft chargé. Ot nous verrons, dans un des Chapitres fuivants, combien nous fournies encore éloignés d’avoir une jauge exacte de la vertu éleétrique. Au dél :aut néanmoins d’un infiniment auflt parfait que nous le délirerions, nous fomtnes à portée de mefurer , jufqu’à un certain point, l’intenlîté de cette vertu , en comparant, autant que nos
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- de l’Electricité. <T? fens nous le permettent, les différens effets qu’elle produit.
- LI1I. Outre la méthode que nous avons indiquée ci-deffus , de communiquer l’éleâriciré à un corps an-électrique , en le faifant communiquer avec un globe qu’on frotte, on peut encore l’éle&rifer par le moyen d’une phiole chargée d’Eleélricité , félon la méthode de Muffenbroek. ( Nous parlerons de cette phiole en particulier, lorfque nous traiterons de l’expérience de Leyde). Il nous fuffit aétuellement de fçayoir que fi un fil de fer plonge dans une malle d’eau, qui remplit unê phiole jufqu’aux deux tiers , ou environ , de fa capacité ; cette phiole fe chargera d’une grande quantité d’Elec-tricité , fi on fait communiquer le fil de fer, dont elle eft armée , à un conducteur qu’on éleétrife immédiatement au globe 5 & qu’elle pStarra alors tranfmet-tre la quantité d’Eleétriciré dont elle fera pourvue, à un corps an-électrique contre lequel on appliquera fon fil de fer.
- Ce fut en fe fervant de ce dernier procédé , que M. ,/e Monnier voulut réfoudre la qùeftion dont il s’agit ; SC
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- •jo Traité
- voici comment il s’y prit. Il ifola un porte-voix de fer-blanc, qui pefoit dix livres environ, & dont la longueur étoit de huit à neuf pieds. 11 ifola encore une barre de fer très-courte , du poids de quatre-vingt livres. Il éledrifa fortement une phiole, de l’efpece de celles dont nous venons de parler, & il communiqua cette dofe d’Eledricité au porte-voix St à la barre de fer; il s’apperçut que les effets de l’Elèdricité dans le porte-voix , étoient plus forts & plus manifef-tes que ceux qu’on obfervoit dans la barre de fer. Il fut encore confirmé dans cette idée en foumettanr, à la même épreuve, une bande de plomb laminé, dont les effets lui parurent plus grands , lorfque cette bande etoit étendue félon toute fa longueur, que quand elle étoit roulée fur elle-même : d’où ce célébré Académicien conclut que ljpledricité fe com-muniquoit plus fortement, à raifon des furfaces , qu’à raifon des maffès.
- Cette découverte , fort intéreffànte pour les Phyficiens éledrifants, fut divulguée aufli tôt. Les Journaux s’em-preffèrent de la publier. Quelques-uns plus attentifs à faifir les occafions de relever les erreurs , & de condamner
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- DE L’EtfcÇtlUCITÉ. 71 les travaux de ceux qui s’occupent du progrès des fciences , qu’à examiner férieufement lés découvertes qu’on leur préfente , décidèrent atiflitôt que l’Abbé Nollet s’étoit groflïerement trompé , lorfqii’il avoit prétendu dans un Mémoire qu-’il lut à la rentrée de l’Académie, qui fe fit après Pâques', en 1746 , qu’une barre de fer de fept à huit pieds de longueur, & du poids de quatre-vingt livres, s’éle&rifoit plus fortement que les tuyaux minces de métal, dont on faifpit ordinairement ufage , qui avoient pliis de furface néanmoins que la barre de fer dont il eft queftion.
- L1V. Sans attaquer l’expérience de M. le Monnier, qui me paroît très-exaéte, je ne puis m’empêcher de blâmer cette légéteté avec laquelle on prononce fi hardiment, & fi promptement, fut des faits qui méritent la plus fcru-puleufe attention ; & que le Phyficieft îe plus éclairé eft obligé de foumettre à plus d’une épreuve, avant de pouvoir - fe décider. Je conviens, & je le prouverai par la fuite, que M. l'Abbé Nol-•/« , s’eft trompé plus d’une fois : mais je fuis perfuadé que l’amout de la vé-
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- 7* Traité
- rite, & le defir ardent qu’il a toujours fait paroître, pour tes progrès de la Phynque , l’eulfent engagé a convenir de certains faits qu’il a toujours réfutés, s’il les eût vu conftatés par de nouvelles expériences, qui répandent un nouveau jour fur ces faits & fur la maniéré dont on les explique, dans l’opinion contraire à la tienne (a).
- ( a ) J’en étois à l’avant dernier Chapitre de cet Ouvrage , lorfqu’une mort imprévue nous enleva M, l'Abbé Noliet. Quoique je ne fus point lié avec lui, je ne puis refiifer à (a mémoire, le jufte tribut d’éloge que je lui dois. Les travaux de ce célébré Phylicien ont applani , à tous ceux qui font venus après lui , quantité de difficultés , qui n’auroient pas peu retardé les progrès de la Phyfique expérimentale en France. Ses leçons faites avec foin , écrites avec élégance, & à la portée de tout le monde, méritent,fans contredit, la recon-noiffance de tous ceux qui voudront s’inftruire de la Phy/îque purement expérimentale 5 & qui ne voudront point s'appliquer à quantité de queftions fpéculatives, quoique très-cij-rieutes & intéreflances, mais qu’on ne peut entendre fans le fecours de la Géométrie.
- Si je ne dis rien ici de fes Ouvrages fuf i’Eleftricité, on verra par la fuite de ce Traité,,
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- LV.<-
- . Il les
- L JiI.-Ec.TSU CITE. 75 intàla queftion préfênte ,
- domhlkêtam«rs’f*b
- pris pour tranfmettré U vertu électrique , n’eft pas celle que c exige. Il s’agit ici dé fç conducteurs qui fervent •l’EleCtricité d'un globe qu’on frotte, fe chargent, davantage d’ÜleCtricité, par rapport à leur malle , ou par rapport à leur furface : pour réfoudre cette queftion , il faut donc nécelfairemenr électrifei
- condtu différer ht a fa fur fes
- ôuteiUe6 charg!ed°EieftrLTté .Tes iCteurs de malTes & de furfaces quel 'Abbé Noir
- :s à ceux que m’ont
- T’
- Le je n’en fais pas moins _de cas. Si
- iBII—
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- 74 . Traité
- u qu'il éleétrifa aux bouts de deux- chaî-» nés, fémblablesde tout point, & qui » recevaient l’Ele&ricité en même-» tems , & du même globe , une mafle » de fer cubique dont chaque face avoit » deux pouces de côté, & une feuille » extrêmement mince , de même mé-o> tal, taillée en reétangle , de lîx pou-» ces de longueur, fur deux de lar-» geur, afin que fes deux furfaces » égalaient enfemble les fix faces du » cube : la vertu éle&rique fe mani-» fefta de part & d’autre, mais avec des » différences fi grandes, & fi à l’avantage » de la grande maffe, qu’il n’étoit pas » poffible de s’y tromper.
- D’où l’on peut conclure , qu’à furfar ces égales,la plus grande rnaJJe s’éleclrife davantage.
- LVI. Si lés furfaces étant égales, la plus greffe maffe.çontrade plus de vertu eleârique, on peut dire encore qu’à j maffes égales , la plus grande furface en acquiert auffi davantage ; Si c’eft ce qüe plufieurs ont éprouvés auffi bien que moi. Voici une expérience deM. le Monnier, qui me patoit mériter de I trouver ici fa place.
- Ce célébré Phyficien examina d*-
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- DE L ELECTRICITE. 7J bord, .autant qu’il lui fut poffible d’en juger , quelle étoit la quantité d’électricité qu’acquéroit une bande de plomb laminé, large de quelques pouces. Il la coupa enfuite en pltmeurf' bandes plus étroites -, il joignit toutes ces bandes en les attachant bout-à-bout les unes des autres , & elles lui parurent acquérir une plus forte vertu électrique.
- Cette expérience prouve deux cho-fes en même-tems : premièrement, qu’un corps qui a plus de furface, la malle étant la même , acquierr plus d’éleûricité. La furface , en eftet, de cette bande de plomb étoit fenfible-ment augmentée par les feétions qu’on lui avoit fait fubir, fur-tout fi elle avoic une certaine épaifleur. La fécondé, qu’un corps dont la longueur elt augmentée , acquiert encore une plus forte vertu éleétrique ; ce qui eft alTez conforme à ce que nous apprend le P. Gordon, qui nous aflure qu’on allume plus furement de l’efprit de vin , par le moyen de l’Eleéhicité, ( phénomène dont nous parlerons par la fuite) en fe fervant d’une chaîne d’une cer-I taine longueur , par préférence à
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- •j6 T n. À. 11 î-
- une autre qui ferait plut courte.'
- LVII. Comme l’experience de M. le Monnier peut laitier quelques foup-xons fur cette quantité furabondante “0e matière éleéfrique qu’il a éprouvée, en augmentant l’étendue de la furface de fa bande de plomb , & qu’on pourrait aufli bien rapporter ce phémomene À l’augmentation de fa longueur ; j’ai cru devoir m’y prendre autrement pour réfoudre cette queftion & voici comment j’ai procédé.
- J’ai pris une barre de fer de huit pouces de longueur, & une lame de même métal, de même poids & de même longueur, mais aflez mince pour que fa furface devint beaucoup plus grande que celle de la barre de fer. J’ai communiqué la vertu éleétrique d’une maniéré tour-à-fair femblable a ces deux corps ; & celui dont la furface étoit plus grande, m’a toujours paru acquérir dans le mêmertems une plus forte vertu éleétriqde.
- Il réfulte de ces expériences ( qu’on pourrait multiplier davantage ) que la piafle, ainfi que la furface, contribuent l’une & l’autre à augmenter les effets de l’Eleétripité, & qu’on ne doit point né.:
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- B E l’Elï CT RI c ni. 77 gfiger ces deux moyens, lorfqu’il s’agit de produire de grands effets. J’ajouterai feulement ici, que toutes chofes égales d’ailleurs, je crois qu’il eft plus commode de mettre à profit l’avantage qu'on peut retirer de la furface ; parce que communément une groffe malTe eft plus difficile à ifoler qu’une petire, fur-tout lorfqu’il s’agit de la fufpendre à des cordons de foie.
- D iij
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- Trait*
- CHAPITRE IX.
- Des Attractions & des Repul-Jîons eleclriques.
- LVIIT. Les attraftions & les répul-fions éle&riques, découvertes par Otto de Guerikue {Chap. j ), devinrent plus célébrés entre les mains des Phyficiens ! qui répétèrent après lui ces fortes d’expériences. Ils fçurent profiter de cette découverte , pour modifier différemment ce phénomène ; & fans le rendre plus fenuble , ils le rendirent plus propre à piquer notre curiofité.
- Parmi la multitude d’expériences plus amufantes les unes que les autres, qu’on imagina pour le démonrrer, j’en choifis deux feulement qui fuffifent pour faire connoître toute l’induftrie des Phyficiens à cét égard.
- LIX. Difpofez deux timbres A&cB, ! (fîg. 6) de maniéré que le timbre A foit ifolé. Pour cela, établiffez-le fur | une petite tige de verre a b fixée fur |
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- Dï l r. lictricite. 7J une conliffe c b, qui glifle à languette Sc à rainure , dans l’épaiffeur du pied-d’eftal CD, afin que ce timbre puifle s’approcher ou s’éloigner, à volonté, du timbre B, lorfque l’éleétriciré eft plus foible ou plus forte.
- Que le timbre B foit monté fur une tige de métal fixée au pied-deftal CD, pour que l’Eleétricite qu’il recevra, puifle fe difliper à proportion.
- Sufpendez à un fil de foie très-délié un petit battant E, de façon que ce fil gliflant librement fur la potence ef de la tige CF, le battant puifle dans tous les cas : être placé à égale diftance des deux .timbres A, B.
- Les choies étant ainft conftruites;, communiquez la verra éleétrique au timbre A , par l’intetméde d’un fil de métal qui communique avec le conducteur , lequel conféquemment, ttanf-mette à ce fil l’Eleékricité qu’il reçoit d’un globe que vous frottptez rapide-. Bjenx, &. yous pbferverez ce qui fpit.
- Dès que le timbre A fera chargé d’Eleftrici(é, i.l attirera à lui le buçtaruç E, qui le frappera, & qui fe charger^ lui-même d’Eleéfricité. Ce battant fuf-pendu à uufil de foie > demeurera éleo*
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- 80 Tr Aï ré
- trifé, & faifant l’office d’un corps léger, il fera aulfi tôt repoulfé par le timbre A, & porté contre le timbre B, qu’il frappera & fur lequel il fe dépouillera de la matière éleétrique qu'il vient de recevoir., I !'
- Dès qu’il aura perdu çette verra, il fera de rechef attiré pat le timbre ^, & repouïïe enfuite , par la même rai-fon que préfcédemment, vers le timbre B , qui aura tranfmis au fupporr, & conféquemment perdu-, la matière éleétrique qu’il avoir reçue dans le premier choc ; de forte que ce mouve-mehr alternatif du battant entre ces deux timbres qu’il frappe & qu’il fait fonder, fe perpétuera tant que l’Electricité fe foutiehdra dans le timbre A.
- Si ori fait cette expérience dans un lieu obfcur, on appercevra des étincelles , dont nous parlerons plus bas , qui éclatréront entre le battant & lé timbre' qui fera frappé.
- LX. Quelques Phyliciens avoient imaginé de fe fervir de cette expérience , pour juger de l’intenfité de la matière éleétrique. Ils imaginoient que le mouvement du battant étant proportionné à la force de la: vertu éleétrique qu’il
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- de l’Electrîcite. Si tecevoit, cette vertu devoit être d’autant plus forte, que fôn mouvement étoit plus prompt. Quoiqu’on ne puilfe fe rerufer à cette idée, on conviendra néanmoins que cette maniéré d’apprécier l’intenfîtéde la vertu éleéh'iqüe, ne feroit pas des plus exactes. La promptitude en effet de ce battant, doit varier , ôc varie réellement à proportion que les timbres font plus éloignés , ou plus proches. Je ne'confeille à perfonne de fuivre cette méthode , quoiqu’on pût la perfeétionner jufqu’à un certain point, d’autant plus que nous en avons de plus fimples &c de moins défeétueu-fes, dont nous parlerons par la fuite.
- LXI. La feule application qu’on puifie faire de cette expérience , & qui m’a paru fort ingénieufe, eft celle qu’en fit , il y a quelques années, M. de Buff'on. Il avoit difpofé cette ma*-chine à l’une des fenêtres de fon appartement , de façon qu’elle communi-quoit à une verge de fer ifolée dont il faifoit ufage pour tirer l’Eleéh'icité des nuages (queftion fort curieufe , que nous traiterons en particulier , vers la fin de ce traité) j & il s’apper-cevoit de l’éleétricité que fa barre D Y
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- ït _ T R AIT ï contra&oit , par le fon de Tes timbres.
- LXII. On conçoit aifément qu’on peut multiplier à volonté le nombre des timbres, & qu’en fuivant le même principe, on peut fe procurer un petit carillon allez agréable à entendre, fi on fçait choilir & accorder les timbres qu’on doit réunir.
- Cette expérience donna lieu , il y a douze à quinze ans , au P. Laborde de conftruire un claveflîn éleétrique fort ingénieufement imaginé. La matiete électrique étoit l'ame de cet infiniment fur lequel je lui ai entendu jouer , avec allez de précifion, quantité de petits airs. La condruction de cette machine efl fort facile à faifir. La voici telle que l’Auteur nous l’a donnée lui-même (u).
- » Une régie de fer ifolée fur des cor-» dons de foie , porte des timbres de » différentes grofleurs , pour les diffé-» rens tons. Il faut deux timbres pour jj un feul ton «. Le P. Laborde qui ne dit point la raifon de cette duplicité de timbre pour chaque ton, fup-pofe que le Leéleur conçoit aifément
- (a) Claveilîn Electrique, pag. j.
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- DI L’E-f ÏCTIïlCITÎ ?} que chaque battant, frappantTalternati-vement fuf,rdeu;c,timbres, produirait deux tons différents, s'ils n'croient pas parfaitement femblables.
- » L'un,des deux timbres eft fufpendu » à la verge de fer par un fil darchal, » & l’autre par un cordon de foie. Le »: battant fufpçndu par un fil de foie, n tombe entre-deux. Ou timbre fouir tenu par un .cordon de foie, dcfi* » cend un fil darchil, dont l’extrémité » eft fixe en bas par un autre cordon, » & fe termine çn un anneau, pour » recevoir on petit levier de fer , !e-» quel rcpofe fur une verge de fer » ifolée> Cela étant ainfi , le timbre » fufpendu par un fil dnrchal, eft élec-» trife par la verge de fer qui le P porte, & l'antre qui eft fufpendu à P cette verge par un cordon de foie, » eft éle&rifé par l’autre verge de fer, » fur laquelle repofe le petit levier.
- » En àbaiffant une touche, on éleve » le levier , & on le fait toucher à la » verge non-ifolée : dans le meme inf->> tant le battant fe met en mouvement » & frappe les deux timbres avec tant > de vice'.Fe , qu’il sert, réfulte qu’un » fon ondulé, & qui imite à peu près
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- *4 Tràï+3'.’ ,
- jjil’effçt du tremblait-fort ifei-lwg&éç asauffi-totsque le' lèviéé.foliibe1 'fttr'• lï b vergé éfëârifée',;îe-battant s’arrête? » Ain|î chaque touche répondant £ fort » levier ; tk chupie levierà Ton timbre, jj on peut jouer ions les airs,' comme » fur un autre clavefltn. ; ,,,! 1 LXHI. lies attrapions & lés répal-fions éléétrïques-, ont -éh'côre dohné naiflance à l’expérience fuivante.
- A l’aide d’un fihdernéràl t D-(ftg. ?)i qui cotrinfilnique au conducteur dtt globe, rranfmcttez-la vertu électrique â Une platine’ de métal A, ifolée par ütl tube de vetrfe E auquel ëllééft fixée.’
- Placez lut la platine/?, pareillement de métal, mais non ifolce, de petites figures en découpure. -
- Lorfque là platine A feraéleéhifée, elle attirera à elle lespetirés figures'; & elles en feront aufli-tôt repouflfées vers la platiné B contre laquelle elles fe dépouilleront de la vertu élePrrque qu’elles auront reçue de la platine A-, de forte qu’on les verra continuellement voltiger entre ces deux platines. Il arrive quelquefois que quelques-unes de ces figures demeurent fufpendues & comme immobiles entre les deux pla-
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- D E l’Ex^ cxaicité. 8} ti nés. Dans ce cas la figure fufpendue fait l'office de condaéleur , qui tranf-porte continuellement la matière électrique de la platine A à la platine B.
- Pour que cette expérience réuflifle plus fûrement, il faut attacher la platine B à une queue de métal mobile , & qui glifTe librement de bas en haut, dans une efpéce de douille G , dans laquelle on la fixe par une vis de pref-fion , à une diftance convenable de la platine A.
- LX1V. On conçoit qu’on peut varier infiniment ce fpeâacle. V'atfon dit ( a) que rieii n’eft plus agré.able à voir que les ropuveméns qu’on imprime de cette maniéré, à des fils de verre filés, d’un pouce de longueur, ou à de femblable.s fils de métal, ou à de petites bpules de liège. Mujfen-troek (4)- vantépareillement de petites boules de verre foufflées ,'dont on fait iifage de la même maniéré.
- ! LXV. Un effet bien plus curieux,à mon avis , eft celui que le célébré Winkler décrit ( c ). Il nous apprend
- ' (a} Eflai fur L'Eleétr. pag. 14.
- Ai). Cours de Phyfique Êxpér. T. 1.
- ( c ) Eflai fur la nature, les effets, &c. de l’Eledr. pag. 34.
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- SS Tr jf. î t 4 1 , '
- que (î on met un poids dans l’un des badins d'une balance, & qu’on la tienne en équilibre avec un contre-poids placé dans le baflin oppofé de la même balance , & que l’on approche enfuire l’un des badins de cette balance d’ün conduâeur Chargé d’éleâricité ; ce baffin cédera à l’impreffion de la matière électrique ; de façon que s’il eft placé au-de(ïus du conduâeur , il def-cendrâ , & il remontera après s’être approché de ce conduâeur : ou. s’il eft placé au-deflous du conduâeur, il en fera attiré Sc conféquemment il montera , pour defcendre enfuite , tant que l’Eleâricité fe foutiendra dans le conduâeur.
- LXVI. Si les corps légers qu’on préfente à un tube de verre éleârifé, ou à un conduâeur chargé d’éleâricité font attirés , ils ne le font pas tous également, quoique de même efpece , de même dimenfion & de même poids.
- M. Gray fut le premier qui fit cette obfervation (a). 11 s’apperçut que là couleur qu’ils portoient avec eux , con-tribuoit à les rendre plus ou moins
- (a ) Trmf. Philo/, ri1 j66.
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- de L’EiECTRieiTé. 8r fufceptibles des impreffions de la matière éleétrique. Pour s’en affûter d'une maniéré fenfible, voici une expérience très-facile à répéter.
- Difpofez horizontalement un tutyg de verre a b, entre deux fupports A, B, (fig. 8 ). attachez fur là longueur du tube , des rubans de même longueur, & de même largeur , afin que pefant tous également, autant qu’il eft poffi-ble , ils n’oppofent pas plus de réfîftan-ce les uns que les autres à fe mouvoir & à fortir de la direâion verticale qu’ils affeâent, lorfqu’ils font ainfi fufpen-dus. Si ces rubans font de différentes couleurs ; dès que vous préfenterez parallèlement au plan qu’ils forment & à une diftance convenable, un tube récemment frotté; vous obferverez que celui qui fera teint en noir fera plus fortement attiré & repouffé que les autres, & que le blanc fera celui de tous qui cédera le moins aux impreffions de la matière Eleétrique.
- LXVI1. Quoique cette expérience paroiffie confirmer l’idée de M. Gray, qui attribuoit cet effet à la couleur même des corps qu’il avoit éprouvé , je fuis fort éloigné de croire que cette
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- 8* Trait!
- couleur puilTe par elle-même ojjpofer qtielqu’obftacle , ou favorifer 1 aétion de la matière éleârique.
- Si les expériences de M. Dufay j^éroient point trop incommodes à répéter, & ne dejpandoient pas un certain appareil , & outre cela, une circonftan-ce de tems qu’on ne peut toujours fe promettre, il feroit fort aifé de s’aflu-rer de la faufleté de certe idée.
- Ce célébré Académicien imagina de décompofer un faifceau de rayons fo-laires, & d’imprimer par ce moyen différentes couleurs à un même corps. Il obferva alors que ce corps demeuroit également propre à fuivre les impref-fions de la matière éleétrique , fous quelque couleur qu’il le fournît à cette épreuve.
- ' LXV1II. Au défaut d’une preuve aufli convainquante ; mais afin de pouvoir vérifier ce fait en tout temps, je me bornerai à une autre expérience que r Abbé Nallct rapporte fa). Cet habile Phyficien obferva avant moi, que la couleur demeurant la même, on fait perdre à un corps la faculté qu’il a dç
- (a) Eflai fur l'Elcftr. pag.
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- d» l’Elbctriciti. Sf. k prêter plus aifément qu’tin autre i l’a&ion de Téleftricité , & qu’il ne s’agit pour cela que de mouiller ce corps & de le faire fécher enfuite. 11 obferva encore que par le même procédé, on rend plus fufceptible Jes impreffions de la vertu éleârique , celui qui paroît y réfifter davantage : d’où il conclud que cet effet dépend de l’affemblage plus ou moins ferré des parties du corps attiré, Gonféquençe très-conforme à celle que M. Dufay avoir déjà tirée de fes expériences particulières , qui l’a-voient engagé à penfer que c’étoit pré-cifément Tes ingrédiens qui fervent à colorer les corps & non la couleur elle-même , qu’ils portent avec ebx , qui les rend plus ou moins propres à être élePrifés (a).
- LXIX. Long-tems avant M. Dufay, M.Haux/>ee avoir fait des recherches affez cqrieufes fur l’élePricité. Les attrapions & les répulfions éleélriques étoient alors les principaux phénomènes qui ocçupoient les Phyuciens. Ce célébré Anglois avoir imaginé de dé-
- fi) Mém. de l’Acad. des Sciences, an.
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- Ç9 Trait i
- terminer la direétion que la matiefè éleéfrique imprime aux corps légers qu’elle maîtrife 8c qu’elle attire (a); Pour y parvenir, il entoura un globe de verte, d’undemi-cercle de fer , qui étoit éloigné d’un pied, ou environ, de la fur-face de ce globe. 11 fufpendit à ce demi-cercle, des fils de laine qui n’étoient point alfez longs pour atteindre à la fur-face du globe, & il obfervaque lorfqu’it devenoir éleârique, ces fils qui pen-doient librement auparavant étoient alors attirés vers lafurface de ce globe ; de façon qu’ils devenoient convergens & paroiflbient tendre vers fon centre.
- Cette expérience l’engagea à examiner encore ce qui arrivero'it à ces mêmes fils ; fi au lieu d’être difpofés à l’extérieur , ils étoient placés dans la cavité du globe. Il lui adapta donc un axe , & il plaça de femblables fils fur la circonférence de cet axe, à l’endroit oà il répondoit à l’équateut du globe. Lorfqu’il lui imprima enfnite la vertu éleârique , il vit que ces fils s’écar-toient en forme de rayons , & ils ten* doient alors du centre à la circonférence..
- {a) Tranf.Philof.it'1. 30I.
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- DE l’îtECTEICI-ri, fl Il fuit de cette expérience, que la matière électrique qui fe porte au globe qu’on frotte, y aborde fous la forme de rayons, puifqu’elle fait prendre cette direction aux corps légers qu’elle rencontre fur fon palfage.
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- CHAPITRE X.
- De la propagation de la matière électrique.
- LXX. S I les Phyficiens fçurertt profiter des premières découvertes d’Otto de Guerikue ; fi ils fçurent modifier de diftérentes maniérés , les attrapions St les rcpulfions élePriques ; ils ne négligèrent point la communication & la propagation de cette vertu. Ils multiplièrent étonnamment leurs effets, & ils parvinrent adonner à ces deux propriétés , toute la célébrité qu’elles ont ac-quifes. Ils communiquèrent cette vertu à nombre de corps dans lefquels ils ne pouvoient l’exciter par le frottement, 5c ils découvrirent quantité de propriétés , qui nous feroient inconnues aujourd’hui , fi les expériences du Conful de Magdebourg, ne s’étoient point encore préfentés à l’efprit des Phyficiens qui vinrent en fuite, & qu’elles fuffent encore à faire.
- LXXI. La propagation de la matière élePrique , fut une des propriétés qui
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- de l Electricité. 93
- excita davantage l’émulation des cu-lieux. Je ne parlerai point ici de toutes les tentatives qu’on fit fuccelfivement pour çonnoître l'étendue & la promptitude avec lefquelles cette propriété tend à fe développer : il fuffira d’indiquer feulement les expériences les plus frappantes qu’on fit à ce fujet.
- Ce fut entre les mains de l’induf-trieux M. Gray , que la propagation de la vertu éleélrique, commença à fe ma-jiifefter très fenfiblement. 11 fut le premier qui parvint à la tranfmetrre félon toute la longueur d’une corda de huit cens quatre-vingt-fix pieds^mefure d’Angleterre (a). Elle fut encore plus frappante entre les mains du célébré lV.inhltr (b), qui nous allure que cette matière parcourt douze mille deux cent foixante & feize pieds , en une fécondé ; & fi nous nous en rapportons @ux témoignages de Meflîeurs Watfon ( c ) , & le Monnier (d), nous apprendrons qu’elle fe meut avec tant de rapidité, qu’il n’eft pas pofiîble d’alïï-
- ( a ) Tranf. Philof. n?'. 3 66.
- ( h ) Tentant EUéïrïe.
- (c) Philof Tranf. n°. 489.
- (c) Hift. de l'Accad. Roy. an. 174s.
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- j4 Traité
- gner le peu de tems qu’elle em ploie à parceurir cet efpace.
- LXXll. Cette promptitude avec laquelle la matière éleârique fe propage, a donné lieu à quantité d’hypothèl'es différentes. La plus probable , à mon avis , eft celle dans laquelle on fuppofe que tous les corps font imprégnés du fluide éleétrique , qui fe meut avec la plus grande facilité dans les pores de certains corps , comme nous aurons occafion de le faire obferver par la fuite. Delà , lorfqu’on communique la vettu électrique à l’une des Parties d’un corps, **> communique en même-tems un mouvement de tranflation à la matière femblable qui réfide dans les pores de ce corps ; & ce mouvement fe tranfmet à peu près de la même maniéré que celui qu’on imprime à la dernière d’une file de billes élaftiques contiguës les unes aux autres, dont on choque la première (a ). Or on fçait qu’on ne peur faifir & appercevoir le tems qui fe pâlie entre le mouvement de la première & celui de la derniere bille,
- (4) Leçons de Pbyf. Expér. T. 1.
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- DS l’ElfctricitL quelqué longue que foit la férié de celles qui les féparent.
- Il eft donc à préfumer , fi on n’ofe pas l’afiurer, que les fignes d’éleéhicité que fournit l’extrémité d’un corps qu’oa éleûrife par fon autre extrémité, font -ajfc moins produits par la furabondance dp la matière électrique qu’on lui communique , que par celle qui réfidoit dans fes pores , & dont les parties étoient contiguës les unes aux autres.
- On peut donc regarder le corps qu’oa éleétrife, comme un canal plus ou moins long, rempli d’un fluide qu’on ne peut pouffer par une extrémité , qu’il ne s’échappe aufli-tôt & continuëment par l’autre.
- LXXIII. Il faut cependant obferver que l’écoulement d’un fluide qui fe fait par l’extrémité d’un canal, eft un écoulement dont la quantité eft toujours déterminée par l’ouverture de ce canal,
- &. par la force avec laquelle ce fluide eft poufle. Il faut encore obferver que tout mouvement communiqué à une ferie de corps élaftiques, paroit diminuer,
- §c diminue fenublement à l’extrémité de la file où ce mouvement fe tranf-jnet, parce que ces corps ne font point
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- $6 Traité
- parfaitement élaftiques ; tandis qu’il paroît au contraire que les effets de Téleélricité augmentent, 8c s’accumulent à proportion de la diftance à laquelle ils fe tranfmettent, à l’aide d’un plus long conducteur. Oii remarque effectivement que les (ignés de l’Electricité ne font jamais plus fenfibles 6c plus forts , que lorfqu’on étend davantage les conducteurs, en les adaptant à des corps étrangers , qui en augmentent l’étendue 3c les dimenfions.
- Ce phénomène qui pàroît contraire aux effets que nous obfervons dans la communication des môuvemens , ne Tell point à ceux qui procèdent de la communication de la matière ignée, Nous obfervons tous les jours, que les effets d’une (impie étincelle, qui provoque un incendie, augmentent à proportion qu’ils s’étendent, & c’eft une analogie ae plus, dont nous pouvons faire ufage en cette circonftance,
- CHAPITRE.
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- toi l’Exectriciti. 97
- CHAPITRE XI.
- Du feu électrique
- LXXIV. u ci Q u E M. Gray eût déjà obfervé qu’un corps rendu éleâri-que par frottement, décéie la vertu qu’il a acquis , par une étincelle qui éclatte à l’approche d’un corps fuf-ceprible d’être éleétrifé par communication (a) , ce ne fut qu’au hazard que M. Dufay dût la fatisfa&ion de vérifier le premier , en'France , un phénomène aulli iméreffant. 11 fçavoit que le célébré Phyficien donc nous venons de parler , étoit parvenu à éleéhifer un enfant, qu’il avoir ifolé , en le fufpen-dant a des cordons de crin : il vouloic répéter la même expérience, & éprouver par lui-même , l’effet que produi-foit la matière éleélrique , accumulée fut le corps d’un homme. Il fe fuf-pendit donc à de femhlables cordons , &c il fit approcher, de différentes par-
- E
- O) Tranf. Philof. n*. 411.
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- 98 Traité
- lies de fon corps , un tube récemment frotté. Le fuccès répondit parfaitement à fon attente. Il devint allez puiflTam-inent éleétriqne , pour attirer a lui des feuilles de métal qu’on lui préfentoit.
- Le hazard voulut qu’une de ces feuilles s’attachât à fa jambe. Une perfonne préfente à cette opération, s’emprefla de laramaflfer. Alors M. Dufay fentit à l’endroit de la jambe où on le touçhoit,
- la perfonne qui le touçhoit, fentit au bout du doigt, une petite douleur femblable à celle qui feroit occafionnée par une piquure , & on entendit un pétillement tel que celui qu’on entend quelquefois, îorfqu’on approche les doigts d’un tube fortement éte&rifé.
- Ce phénomène, auquel on ne s’at-tendoit pas alors, excita la curiofité des Spe&ateurs & du Phyficien. On répéta cette expérience avec plus de foin. On la fit dans l’obfçurité , Sf l’on vit une étincelle de lumière qui éclatta & qui accompagna ladouleur Sc le pétillement.
- LXXV. Il me paroîc inutile de décrire la fenfation que cette expérience j fit fur Pefprit des Phyficiens çleékri-fants. Chacun voulut la répéter , quoiqu’elle ne fût que très-peu fçjifible
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- ®s l EueraiciTï, 99 alors, eu égard au peu de matière électrique que fournir un tube frotté. Elle fut néanmoins fort accueillie , & elle augmenta prodigieufement le nombre des profélites de la vertu éleétrique.
- Pour la répéter d’une maniéré plus fenftble , nous nous fervirons de la machine de rotation , que nous ayons décrite ( 3 6 ).
- Si pendant que le globe eft en mouvement , & que la matière cle&rique fe porte abondamment dans les con-duûeurs , une perfonne ifolée fur un plan, foutenu for des pieds de verre , rient à la main une chaîne qui communique avec l’un des condu&eurs, certe perfonne deviendra éleéhifée; de façon que fi une autre perfonne , non-éleélrifée , préfente l’un de fes doigts à toute partie quelconque du corps de la première, on entendra un petit pétillement , & on verra partir une étincelle entre le doigt qui touchera & la partie qui fera couchée. Le même elfet aura lieu, fi c’eft la perfonne éleétrifée qui touche elle-même celle qui ne l’eft pas. Dans l’un & dans l’autre cas, les deux perfonnes éprouvent le fentiment de douleur dont nous avons fait men-; tiou ci-defius ( 74 ). E ij
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- loo Traité
- On augmente fenfiblement l'effet de l’éleûricité , dans cette expérience ; c’eft- à-dire, qu’on rend le bruit, l’étincelle & la piquûre plus forts , lorfque la perfonne éleétrifée , ainli que celle qui ne l’eft pas, fe touchent par des parties folides , plutôt que par des parties molles. Si donc au lieu de fe préfenter l’une à l’autre l’extrémité du doigt, elles ploient chacune le doigt, de façon qu’elles fe touchent par la phalange qui fe trouve vers le milieu de chacun de leurs doigts , les effets que nous venons d’indiquer , feront manifeftement plus fenfibles.
- LXXVI. Quoique ces fortes d’expériences réufliffent communément bien, il y a lieu de croire qu’il fe trouve des perfonnes dont les difpolîtions particulières s’oppofent à la communication de la vertu éleétrique. Je n’ai jamais été jufqu’à préfent dans le cas d’obfer-ver ce phénomène, malgré la multitude de perfonnes que j’éleârile dans le coûts de chaque année : mais MuJJen-broeh, dont on ne peut fufpecter la bonne foi, nous allure (a), qu’il avoit
- la) Cours dePhyliq. Expér. T, i.
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- Dé l’Ëi.ïctricitI. lot tencontré trois perfonnes auxquelles il «’avoit pu communiquer la vertu éleélri-quê, dans des tems où il la communiquait parfaitement bien à d’autres.
- LXXVII. Tout ce qu’une perfonne ifolée tient à la main , ou porte fur «lie , & qui eft fufceptible de recevoir la vertu électrique par communication, s’éleétrife avec elle.
- Parmi les différentes fubfîances que je pourrais choifir ici, pour confirmer cette vérité, je préféré, pour exemple, de l’eau & un œuf, parce que ces deux corps nous offrent des phénomènes qui méritent d’être remarqués.
- Si la perfonne ifolée tient à la main un vafe, ou un plat de métal dans lequel il y ait de l’eau , cette eau s’éle&rifera très-fortement; de fotte que fi une perfonne non ifolée vient à approcher le bout du doigt perpendiculairement au-deffus de la furface de ce fluide, elle obfer-vera, lorfqu’elle fera très-proche de cette furface , une petite monticule d’eau qui s’élèvera au-deflus du niveau, & dont il partira, avec bruit, une étincelle qui ira frapper le doigt qu’elle lui préfentera.
- On conçoit aifément par ce que nous
- Eüj
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- foi TfLA.iT 6
- avons dit précédemment que les molécules de l’eau , ainfi que celles de tour autre fluide, n’ayant qu’une foible adhérence les unes avec les autres , elles font jufqu’à un certain-point , par rapport att doigt qu’on leur préfente , comme des corps légers qui feroienr éleclrifés & auxquels on préfehteroir pareillement le doigt : elles font donè effort pour fé détacher de k maffe totale quelles concourent k former, St pour s'élancer vers le doigt qui n’eftf. point éledrifé.
- Pareillement fl la perfonne éledrifé® rient à la main un œuf-, cet oeuf deviendra éledriquë , 8c fi on approche1 le doigt, ou mieux la phalange du milieif d’un doigt, vêts fa furface, il en partira une étincelle plus forte que celle qui naîrroit entre les doigts de deux per-fonnes, dont l’une feroit éledrifée.
- Si on répété cette expérience dans un lieu obfcur, on verra tout l’intérieur de t’ûeüf briller d’une lumière vive , & d’autant plus vive que la matière élec-, trique fera plus abondante.
- LXXVIlI. Ce fut donc entre les mains de M. Dufay , qu’on commença k appercevoir en France des étincelle»
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- b s l’Êttdtkicifi. i«f éleéiriques. On n’avoit jufque U regar* dé ces fortes d’étincelles ,• que comme! une lumiete phofphorique , qui éclaira fans pouvoir produire d’embrafement s mais la douleur qui les accompagne, fit foupçonner à cet habile Académicien , que cette lumière , 8c conféquem-ment la matière éleétrique, devoit être Un véritable feu, 11 ne fit cependant aucune découverte qui pût confirmet cette idée. M.Gray,foû contemporain, s’occupant à tirer de femblables étincelles d’une barre de fer qu’il avoir ifo« lée, s’apperçut qu’elles étoient beaucoup plus vives, & beaucoup plus piquantes , lorfqu’il les faifoit iortir de l'extrémité la plus' greffe de la barre , que lorfqu’il les exeitoit à paroître et* tout autre endroit terminé en pointe.' Frappé de cette expérience , très-fur-ptenante alors, il fur jufqua imaginée (a) que l’on peut produire, par ta communication de l’éleékricité , une flamme aétuelle , avec une explofion 8c une ébullition dans l’eau froide. 11 en fut •de l’idée de M. Gray , comme de celle de M. Dujay, avec cette différence,
- («.) PhHof. Tranf. n°. 4!«-Eiv
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- *04 T k- A ï ri
- que les prétentions du premier allèrent bien au-delà de ce qu’on peut vraifem-blablement conclure des expériences, qu’il avoit faites.
- L’imagination de M. Gray s’échauf-foic aifément : une idée captieufe en faifoit naître une autre , & malgré route l’intelligence qu’il mettoit ordinairement dans fes recherches, il ne pouvoir fe refufer quelquefois au plaifir de tirer des .conduirons fort. éloignées d’un principe qu’il développoit avec la plus grande exaélitude. Il fur jufqu'à imaginer que l’éleûricitédevoit être regardée comme un de ces mobiles généraux , qui entrent dans le vnécbanifrfie de l’Univers^ Jufque - là cependant cette idée n’avoit encore rien de révoltant : peut-être arrivera-!-il un jour quelle s’éclaircira davantage , & qu’on parviendra à en démontrer la. vérité : mais il crut enfuite s’être ap-perçu que l’éledriciré influoit 'beaucoup dans le cours & dans la marche des planettes ; & c’eft à cet endroit qu’il convient d’abandonner M. Gray* pour fuivre les progrès de la vertu électrique dans l’École d’Allemagne.
- LXX1X. Quoique. M. Boje parle
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- tt t'ÊiicTKieiTÜ. iof Üans fort Ouvrage de la Puiflànçe flam-mifîque,qu’une perfonne éleékrifée ac-; quiert par ce procédé (a) : Quoique ce célébré Phyficien parvint à augmenter confidécablement les effets de l’Electricité , en fubltituant un globe de verre aux tubes dont on avoit fait ufage avant lui (14) , ce fut M. LudoljMédecin des armées du Roi de Prude, qui parvint le premier à vérifier par expérience , l’idee que M. Dufay s’é-toir formée de la matière électrique ( 78 ). Il parvint au commencement de l'année 1744 , à l’ouverture de l’Académie de Berlin ,2 enflammer , à l’aide d’un tube feulement , dont il faifoit ufage , la liqueur étbérée de Vroi anus ( b ). M. W'atfon qui répéta enfuite cette expérience, en rapporte quantité d’autres de même efpepe > & affûte (c) qu’il parvint non-feulement à enflammer le phlogifion de Frobenïus , mais encore i’efprit de vin reéfifiéj. l’efprie
- (a) Recherche fur fa caufé & lavérirabfc théorie de l'Electricité.
- ( Î ) Wrntter, Ifliri fur b.nature, Tes effets & les caufes de TEletincké s pag. 48» i* ) ElTai fur l'Elcéfricité , pag. 1 «e
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- ic<f Tra.it î
- de vin ordinaire, le fel volatil Kuileurj.
- refprit de lavande, l’efprit de nitr@-édulcoré, & quantité d’autres mixtures-dans lefquelTes l’efprit eft toujours délayé, ainfi que plulieurs huiles tirées des végétaux.
- J’ai allumé, dit-il plus bas , desfub-fiances réfineufescomme du baume-de copahu ,de la térébenthine , Stc. IL avoit loin de faire chauffer ces fnbftan-ces avant de les foumettre à l’expérience. La fumée qu’elles produifent alors; étant inflammable , on. ne doit point être furpris de l’effet que ce célébré Phy-fîciern annonce. Audi, convient-il, de; bonne foi, qu’il n’a voit jamais pu parvenir à allumer différentes huiles vé-
- tétales, telles que de l’huile d’olive ,, e lin, d’amandes-, 8cc.parce que les-fumées qui s’en exhalent, lorfqu’on lés; fait chauffer , ne font point inflammables ; ce qu’il conftare par Pépretlvë; qu’il en-fit enfuite. Il ne put même les enflammer avec un. morceau de papiec allumé.
- 11 parvint encore à enflammer dé la» poudré à canon. Comme cette: poudre-s’échappe St fuit le doigt qu’on lui; préfente, il s’avifa d’un moyen fort
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- cb l'EtserïtrerTf. 107 Simple pour la retenir, & pour l’empêcher de fe diffiper à l’approche du doigt (a). Il imagina de la broyer avec tin peu de camphre , ou avec quelques gouttes de certaines huiles inflammables. Il la fit enfui te chauffer dans une cuillier : les étincelles éleétriques allumèrent les-exhalaifons, qui allumèrent elles-mêmes la poudre. Cet effet eft fi prompt , nous dit-il, qu’il faut prendre les précautions, pour n'être pas expofé à l’explofion de la poudre.
- Pour éviter tout accident, nous con-feillons très-fort à ceux qui ne font pas habitués à faire des expériences , de s’en tenir à l’inflammation de l’efprit de vin, ou de quelqu’autresfubftances de cette efpéce.
- LXXX, Lorfqu’on veut fûtement Sc commodément enflammer l’efpric de vin, voici un procédé qui m’a toujours réufli , même dans des circonftances eù la mariere ékârique n’étoir pas trop abondante.
- Je mets l’efprit de vin dans une cuit-lier j j’allume enfuite cette liqueur avec un papier , & je la laiffe brûler un inf-
- (a-) Effai. ku l’Elcâr. gag. ; f.
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- tant. Je l’éteins alors j & je fais tenir Ht euillier pat une personne ifolée -, que j’éleétrile. Lorfque cette perfonne elt fuffifamment éleétrifée, c’eft-à-dire r lorsqu'on a donné douze à quinze tours-de roue , une perfonne, non ifolée , plonge brufquement,. & perpendicu* lairement le doigt vers le milieu de la-euillier r.elle en tire une forte étincelle, & la liqueur s’allume»
- L’expérience réufliroir également, fi. la perfonne non ifolée tenoit la euillier, & fi celle qui eft éleétrifée plongeon le doigt, dedans-, de. la maniéré que je viens d’indiquer-
- On peut, encore, par le: moyen de l’Eleiftricité., rallumer une chandelle , ou une bougie qu’on vient d’éteindre. 11 fuffir pour celà. que la matière électrique foit allez abondante & que la mèche fume encore. Si on l’approcha alors du conducteur.,de maniéré qu’on puilfa en tirer une étiucelle.à travers la fumée, qui doit être dirigée entre le conduâeur. & le doigt, celte étincelle rallumera la mèche <a)3
- LXXXI. II. n’eft. pas néceflaire de
- M Tranj. Philoj. n*\ 48 y.
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- B'E t’Eï ECTRfclT t. TOfr tiret l'étincelle éleélrique avec le doigt,, lorfqu’on vent enflammer’ quelques-unes des fubftances dont nous venons défaire mention. Prefqiie tous les corps qui excitent de fortes étincelles lorf-qu’ils font approchés d’un condutteur chargé d’Eieélricité , font propres à ces ufage» Il faut cependant en excepter l’eau qui coule goutte à goutte;.quoique chacune de ces gouttes étant élec* rrirée , donne de fortes étincelles r & très piquantes , à la main qui les-reçoit, on ne peut parvenir par leur moyen & fans aucun inrermede , à leur faire allumer Pefprit de vin le plus déphlegmé. M. Wat/on , qui fit cetce épreuve , voulut néanmoins vaincre cet ©bffade , & procurer à l’eau la faculté de produire cet effet. Il imagina que l’obftacle qui s’y oppofoit, venoit de ce qu’une goutte d’eau, tombant bmf-quement dans l’efprit de vin , le refroi-difloit rroD & le rendoit trop aqueux , pour qu’il pût s’enflammer. Sans examiner ici ce raifonnemenTj qui ne me paroît pas des plus concluants , v.oicir comment il s’y prit pour faire réuihc l’expérience.
- Il fit une efpece de mucilage avec dû
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- *rcf' TkâïtS
- la graine deherbe aux puces', mC cncat* fiere. » Après avoir bien, preffé, dit-il », » (a) nnë éponge humide , je la fis in> » biber de cette efpéce de mucilage » & je la fis tenir par un. homme élec-» trifé. Les gouttes que l’éle&ricité en » faifoit fortir, reftoient fufpendues. » par la ténacité de la Mqueiir, jufqu’i » la diftance de quelques pouces de l’é> » ponge, & je mis le feu avec une paît teille goutre à de l’efprit de vin.
- De femblables expériences étoient bien' capables d’engager plufieurs Phyficiens à croire que le feu éledrique étoit un véritable feu , nullement différent de k nature du feu folâtre & de celai que nous raflemblons dans nos foyers* Quelques-uns crurent cependant que cette eonclnfion étoit un peu bazardée y & quoiqu’ils ne puflent révoquer ea doute une affinité auffi marquée que celle que nous venons de développes entre la matière cleétrique & la matière du feu, ils n oferent point encore prononcer fur la nature de la première de ces deux fubftances. Nous verrons dans le Chapitre fuivant x fi leur doute étoit bien fondé.
- Eflài fur la. nature de l'Elc&r, jag, j,t*
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- ÏS l’Èï E ffTRFCITf. ni
- CHAPITRE XII.
- Du feu électrique comparé au feu ordinaire, & au feu J'olaire.
- 1XXXIÏ. ~L’Jbbé Nollbt eft u» des premiers, à ce que je fçache, qui ait examiné cette queftion, & qui ait' raflemblé différentes analogies qui fe-trouvent entre le Feu électrique fie le feu ordinaire (a).-
- Si nous nous en rapportons au fenti-^ ment de ce célébré Phyficien , la matière éleêtrique & la inariete du feu ne font qu’une feule & même matière,, qui produifent les mêmes effets , & voici les preuves fur lefquelles- il appuie fon affertion.
- i°. La matière éleétrique & la matière du feu font les mêmes dans leuB principe. Elles naiffent l’une & l’autre d’un frottement, ou- pour parler plus-correctement, t’eft le frottement qu® développe ces matières, & qui les oblige à fe manifefter.
- EiTai fax l'Eleftr. pag. nj.
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- fij ThaitÆ
- 2°. Elles fe communiquent égalé-' Haent l’une & l’autre à un corps qui n’a point été frotte , en fuppofant toutefois que celui de qui elles tiennent leur Vertu ait été frotté.
- 5°. De même que les corps qui- font plus denfes, & dont les parties font plus élaftiques, acquièrent une plus grande chaleur. par le frottement j. de même ceux qui font capables de devenir électriques parfrottement j Te deviennent d’autant plus que leurs parties; font plus roides & plus propres à une vive réaâion.
- 4". L’ETeéirkité ainfi que Te feu y s'étendent & fe propagent avec beaucoup plus de facilité à travers les métaux, & àtravers les fubftances qui contiennent des parties métalliques , qu’à travers toute autre efpece de corps.
- 50. Le feu qui ne trouve point d’ob-ftacles, qui cède au premier degré de mouvement qui L’anime, fe dilTipe fans chaleur fenfible, & ne produit tout au plus que de la lumière : mais quand fon effet eft retardé & qu’il trouve de l’oppofition , il- croît de plus en- plus ,, par la force qui continue de l’animer';, c’eft ainfi.que de l’efprit de vin.* dons
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- ns l’ïfiEcTitrciTf- rrÿ1 •n fe' mouille le doigt , s’allume aifé-ment à la bougie , mais les impreffions de cette flamme fe font à peine fentir. Si on faifoit la même épreuve avec quelques huiles pefantes, ou quel-qu’autre matière grade, elle s’embra-leroit plus tard, ou plus difficilement ; mais le feu fe feroit d’autant plus fentir , qu’il auroit eu plus de peine à rompre les liens qui le retenoient.
- Pareillement le feu qui s’évapore de lui-même à ta fuperficie du phofphore d’urine, n’eft qu’une himiere i mais le feu intérieur qu’on excite, eu frottant ce même phofphore, devient bientôt un véritable émbrafement. Or l’Eleébricité produit de femblables effets. Si on élec-trife extérieurement lin vaifleau dè verre, vuide d’air dans fon intérieur,on ne voit au-dedans qu’une lumière diffufe, femblable à celle de ces éclairs que la grande chaleur fait naître dans un tems ferein. Cette Eleétricité ne fe mani-. fefte plus comme d’ordinaire , par des pétillements, par des éclats , des étincelles. Tel eft le fait, dont je fupprime-ici l’explication , qui ne fait rien à notre objet, Sc que l'Abbé Nollet ne. donne prudemment que comme urv doute.
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- SS4 ÎRAifé -
- 6°. L* matière du feu faifaftt fone^ tjon de lumière , fe meut pour l'ordinaire plus librement' dans un corps denfe , que dans u» milieu plus rare i de même la matière éleélrique paroît fe mouvoir plus long - tems , 6c plus ipin qu’il eft poflible dans un corps fo-lide qui eft éledtrifé , comme u l’aie environnant étoit pour elle un milieu moins perméable.
- 7°. Le mouvement de la lumière fe tranfmet en un inftant à de très-gran-' des diftances. 11 en eft de même de 1® matière éle&rique , comme nous l’ar vons déjà obfervé (71 ).
- 8°. Enfin, dit notre célébré PhyÆ> cien , l’Eleétricité, comme le feu, n’a jamais plus de force que pendant le grand froid, Forfque l’air eft fec & fort denfe. Au contraire, pendant les grandes chaleurs ,, ou bien lorfqu’il fait u» tems humide, il arrive rarement que ees expériences réuffilTent bien.
- Tels font les caraéteres qui font conclure;! MA’Abbé Nollet (a), » qu’it » paroît que la matière qui fait l'Elec-» tricité, ou qui opéré les phénome-
- Edai fur L’Ekdrjciié, pag, I J7.
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- » nés, eft la même que celle du feu » ou de la lumière. Une mariere qui » brûle, qui éclaire, & qui a tant de ^ propriétés communes avec celle qui » embrafe les corps, Sc qui nous fait » voir les objets, fetoir-elle autre cbofe » que du feu -, autre chofe que la lu-» miere même ? Cependant , conti-» nue-t-il, on ne peut pas dire que la n matière éleétrique foit purement & n Amplement l’élément du feu, dé-» pouillé de toute autre fubftance. L’o* n deur qu’elle fait fentir prouve le con» t> traire. On peut, ajoute- t-il encore , n dire qu’elle paroîc fous différentes ht couleurs , félon la nature du corps » d’où elle fort.
- : D’où ce célébré Phyficien conclut! qu’il eft très-probable que la matière éleétrique, la même au fond que le feu élémentaire ou de la lumière, eft unie à de certaines parties du corps éleétri-fant, ou du corps éleétrifé, ou du milieu par lequel il pafle.
- LXXXI1I. Quoique nous foyonS bien éloignés de contredite les analogies que nous venons d’expofer, d’après les obfervations de M. l’Abbé Nolletx & que nous foyons très- portés à attq
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- $1 x6 T R A iT i
- mettre une identité , entré la narnr* de la matière éleârique & celle du feu> ou de la lumière; nous ne croyons cependant pas devoir conclure avec lui, qu’il ne peut y avoir de différence entre ces deux matières, qu’autant que la matière éleétrique eft, unie à certaines parties étrangères qui lui viennent du corps éleéf rilant, ou éleétrifé , ou ehfin du milieu par lequel elle fe transmet. Nous aimons mieux avouer de bonne foi notre ignorance à ce fuiet, que de nous prêter avec confiance à une idée affez attrayante , à la vérité, mais qui ne nous paroît pas farisfaire com-plettement à quantité de phénomènes -qui dëcelent des différences plus marquées entre la matière éleétrique & celle du feu ordinaire, ou folaire. Nous nous bornerons donc ici à développer ces différences que nous avons obfervées plus d’une fois, & qui paroiffent avoir •échappé à la fagacité de Y Abbé Nollet.
- LXXXbV. i°. Quoique là propagation de la lumière fe fane très-promptement , il n’en eft pas de même de celle de là matière ignée , & de la çhaleur qui l’accompagne. Elle ne pénétre que très - lentement les corps
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- de l’EiectiucitI. l'if Hui font fournis à fon action, fur-touc fi ils ont de grandes dimenfions. L’E-leétriciré au contraire pénétre très-rapidement tes corps qui font fufcepti-bles d'acquérir cette vertu.
- i°. Le feu ne fe diflïpe qu’avec beaucoup de tems, & n’abandonne que difficilement les corps qui en font pénétrés. Il n’en eft pas ainfi de la matière électrique : elle fe diflïpe à l’inf-tant, dès qu’on fait communiquer des corps éleétrifés avec d’autres corps non ifolés & fufceptibles de recevoir la vertu éleétrique par communication.
- Il eft, j’en conviens, des cas particuliers, oùia matière éleétrique eftfi abondante qu’elle ne fe diflipe pas tout à coup par le contaét d’un corps non ifolé,' & fufceptible d’être éleétrifé par communication. Ce phénomène , qui ne paraît que rarement ,|fut obfervé la première rois à Gotha j par M. Holleveg. Il trouva fijivant ce que Winkler rap-tapporte ( a ), que la vertu éleétrique étoit fi forte, qu’elle exerçoit encore fon aétion , lors même qu’un tuyau 4e fer-blanc étoit pofé fur du bois, ou fur
- ( « ) Mii fut 1a uatute de l'Elcétr. paj. ?,r.
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- *it Trait!
- des métaux, ou même toifqu’on le
- tonchoit avec la main.
- M. Bqfc s’eft pareillement apperçu d’an phénomène femblable; ce qui l’engage à dire qu’un homme fortement éleârifé, pourra quitter fon pied-d’ef-tal, & faire quatre ou cinq pis, avant qu’il perde la vertu qu’il a acquife (a). M. Allemand allure à peuptès la même chofe , dans une lettre qu’il écrivit à M. Folque. Un corps éleétrique, dit il, 11e perd pas toujours fon Electricité par l’attouchement d’un corps qui ne l’eft pas. Le célébré Mufftnbroek convient également de ce fait ( b ).
- Nous fouîmes bien éloignés de le révoquer en doute ; car nous avons éprouvé plus d'une fois, iorfque I'E-leélricicé étoit abondante, que les habits d’une perfonne éleâtifée, touchant 1 ceux d’une autre perfonne non ifolée, n’empêchoient cependant pas, pendant quelques moments , que l’E-leéhicité ne fe manifeftât fenflblement dans la pérfonne ifolée.
- (a) Rechcrch. fur la caufe de l’Elearicité , pag. 1.8.
- . Çours de Phyfej. Eipdr. T. i.
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- DE l’ELECTRIClTi IIJ
- Ce fait qui patoît mettre une reftric-tion à ce que nous venons d'avancer fur la prompte diffipation de la matière éleétrique , n’empêche cependant pas que notre proportion ne foit vraie dans toute fon étendue ; puifque dans les circonftances mêmes où il faut plu-fieurs inftans confécutifs, pour qu’mt corps chargé d’éleétricité puiffe fe dépouiller de la vertu dont il jouit ; il n’en eft pas moins vrai pour cela , qu’il n’y a point de compacaifon entre la promptitude avec laquelle la matière Eleârique, & la matière du feu , fe dillipent des corps qui les contiennent lorfqu’elles font l’une & l’autre très-abondantes.
- 3°. Sila matière du feu pénétre abondamment un corps , elle l’échauffe : on ne peut pas dire la même chofe de la anatiere éleétrique. On ne s’eft jamais apperçu, quelques tentatives qu’on ait faites, qu’elle ait communiqué le moindre degré de chaleur fenfible dans les corps qui en étoient furchatgés (a).
- 4*. L’Eleétricité fe manifefte autour
- (<») Muflenbroek, Cours de PhyfiqueExpi Jotn. i,
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- i io T r a i rî
- des corps éleétrifés, par une atmofphere' dont les impreflions, portées fur le •vifage, imitent allez bien celles qu’oc-fCafionneroit une toile d’araignée. Il n’en eft pas ainlî du feu : il ne fait relTentir autour de lui d’autre imprellion que celle d’une chaleur plus ou moins grande.
- 5°. Le feu c[ui s’échappe d’une fub-ftance embrafée , .pénétre indiftinéte-ment toutes fortes de corps qu’on lui préfente : nous ferons voir ailleurs qu’il en eft quelques-uns que la matière éleétrique ne peut pénétrer.
- 6°. Cette matière n’eft jamais plus abondante que dans l’hyver , fur-tout lorfqu’il fait bien fec, & que le vent du Nord fouille ; & c’eft précifé-ment le tems où la matière ignée eft moins répandue dans l’atmofphere.
- 7°. Le feu raréfie les corps qu’il pénétre. Nous n’en connoilfons aucun , quelque deitfe qu’on le fuppofe, qui puifle réfifter à la force expeufive de la matière ignée. Les expériences faites avec le pyrometre en fourniflent des preuves inconteftables (a): or il n’en
- Leçons de Phylîijue Experimentale,
- eft
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- de l’Electricité, ili li’eft aucun qui fe foi: jamais fenfible-ment dilaté , quoiqu-’abondamment pénétré de matière éleétrique.
- Winklcr allure cependant (a) avoir vu monter la liqueur d’un thermomètre, lorfqu’il le tenoit fufpendu à un tube de fer-blanc, qu’il éleétrifoit. 11 paroît même avoir pris,toutes les précautions requifes , pour pouvoir'compter fur le réfultat qu’il annonce. 11 dit encore un peu plus, bas , que fi on rient la boule d’un thermomètre contre un globe électrique qu’on frorte, la liqueur monte alors à vue d’œil.
- L’autorité de M. 3a.lla.bert vient encore ici à l'appui du Phyficie.n Allemand. Il nous allure qu’un thermomètre confirait fur l’échelle de Fareinheit, & qui ne montoit qu’à 91 dégrés, lorf-qu’on le tenoit fous l’aiffelle, monta jufqu’à 97 dégrés , après avoir été for» traient cleétrifé (b).
- Dans une circonltance telle que celle-ci , où il s’agit d’un fait, nous ne pouvons qu’oppofec autorité à autorité , & faire obferver que Muffenbroek ,
- ( a ) Eflai fur la nature de l’Eleétr.pag. 46,47. ( b ) Expér. fur l'Electricité.
- F
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- 111 T R A I Ti
- l’un des plus exaéts Phyficiens que nous ayons eu, nous a flore que quoiqu’il fit ufage d’un thermomètre confirait félon la méthode de Drebbet, & qu’on peut regarder comme le plus fenfible de ees fortes d’inftruments, il n’obferva jamais aucun mouvement dans la li-B queue de ce thermomètre (a).
- U Abbé Nollet attefte la même cho-fe(é), malgré la complaifance avec laquelle il décrit l’analogie de la matière électrique , avec la matière du feu ; & fi mon Témoignage peut avoir quelque poids dans cette occafion , je puis affûter que je m’y fuis pris de toutes les manieras poffibles, en pré-fence oie plufieurs , perfonnes fort jnftruites , & fort habituées à faite des expériences en ce genre , Si je ne me fuis jamais appereu que la matière électrique ait eu la moindre influence fut la liqueur d’un thermomètre très-fenfi-•ble, que j’avois fait exprès, pour examiner ce fait.
- 8q. Le feu pénétre aifémeet toutes les gtaifles & toutes les matières * (*)
- ( a ) Çoqts de Phyf. Erpétiin. tem. I.
- (*) EjTai fur.l'Eteaneité.i
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- DB C*E r, ict*. icit!. nj huileufes : on les regarde en général, comme le véritable aliment de la matière ignée ; l'EleCtricité au contraire , éprouve une réfiftance invincible à les pénétrer jufqu’à un certain point.
- 3°. La flamme adhéré , par la bafe, aux corps enflammés ; elle fe termine en pointe. La bougie qui brûlé, nous en fournit une preuve journalière. Il n‘en eft pas de même des flammes fpon-tanées , qui s’élancent des extrémités anguleules des conducteurs : elles y adhèrent par la pointe , & elles s’élancent fous la forme d’aigretres , dont nous parlerons dans le Chapitre fui-
- ' LXXXV. Malgré ces différences fi marquées entre la matière éleétrique & la matière du feu ; nous ne croyons cependant pas pouvoir raisonnablement affiner que ces deux fubftances foientef-fentiellement différentes, nous croyons au contraire , que ces deux matières étant les mêmes, quant à leur effence, elles font néanmoins modifiées bien différemment l’une de l’autre , & que les variétés qui les caraftérifent , ne peuvent dépendre précifément des fubftances étrangères qui s’affimilent au feu
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- 1*4 Trait»
- éleCtrique, Sc qui proviennent du corps éleCtcifant, ou du corps éleétrifé , ou enfin , du milieu , dans lequel le feu 'électrique fe propage. Nous abandonnons à ceux qui viendront après nous, l’avantage de découvrir en quoi çonfif-tent ces modifications , que la nature femble avoir enveloppées dans de trop épaifles ténèbres , pour que nous puif— fions nous flatter de pouvoir reculer plus loin les bornes de notre ignorance à cet égard.
- LXXXVI. Si nous comparons maintenant la matière électrique à celle de la lumière , nous faifirons encore un très-grand nombre de différences très-marquées j entre ces deux fubftances (a), Sc ces différences méritent d’entrer en confidération , & de trouver ici leut place.
- I ". Si on oppofe le doigt à quelque diftance d’un faifceau de rayons fo laites , nous ne détournerons pas pour cela ces rayons de la direction qu’ils affeCtenr; iis continueront à fe mouvoir fuivant la même ligne, 11 n’en fer»
- (« ) Muffçnbroek, Cours de Phyfiijue crpé-
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- bi x'ELECTRiciTî. lij
- pas .linil, fi nous foumettons à lamême épreuve des rayons de matière électrique, qui s’élancent de l’extrémité angu-leufe d’uii conduéteur ; on les déterminera alors à fe fléchir, & à fe porter vers le doigt qu’on leur préfentera.
- a°. La lumière du foleil ne pénétré point à travers les corps opaques qu’on lui oppofe ; elle en eftà la vérité en partie abforbée, & le refte fe réfléchit félon une direction oppofée à celle qu’elle afle&oit auparavant. La matière électrique , au contraire, pénétre très-aifé-jnent ces fortes de corps , s’ils ne font pas fufceptibles d’être éleétrifés par frottement ; elle les pénétre même jufqu’â un certain point dans ce dernier cas.
- La lumière du foleil qui fe porte fur un corps , & qui l’échauffe violemment , ne répand point autour d’elle une odeur fenfible , tandis que PEleétricité fe fait fentir à une diftance aflez confi-dérable, autour des corps qu’elle pénétre abondamment j elle y répand une odeur aflez analogue à celle du phof-phore urineux.
- 49. La colle de poiflon, la colle-forte , les gommes , 4c quantité d’autres corps , étant expofés aux rayons du Fiij
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- 116 Traité
- foleil, lorfqu’ils font fecs , abforbent une grande quantité de lumière , & deviennent enfuite d’excellents phof-phores (a). Ils ne peuvent cependant conrrader la vettu éleétrique par un femblable procédé, de quelque maniéré qu’on s’y prenne.
- 5°. Le diamant, qui brille lorfqu’il eft frotté , devient fortement éleéiri-que (i}f mais fi on le plonge dans l’eau , il conferve enfuite la lumière , & il perd toute fa vertu éleétrique.
- Ces nouveaux lignes de dillirailitude entre la matière eledrique & la matière de la lumière, font encore de nouvelles raifons très propres à nous rendre circonfpeéts fur le jugement que nous voudrions porter, après avoir comparé la matière éledrique à la matière du feu , & à nous faire convenir de notre ignorance.
- ( <0 Comment. Bonon. vol. i, pag. 1(1; Boyle.
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- CHAPITRE XIII.
- Des Aigrettes Electriques.
- LXXXVIl.Tdus les cotps s’éle&ri* fent par ftottement, oupar communia cation ; c’eft un fait qui paroît conftaté par ce que nous avons fait obferver dans les premiers Chapitres de cet Ouvrage ; Si s’il en cft quelques-uns auxquels on aitcontefté cette propriété , noueferons voir par la fuite , qu’ils font également propres à contracter la vertu éleétriqus} mais quoique tous les corps foient fui* ceptibles de s’éleétrifer , d’une ml-* niere ou d’une autre , cette faculté de s’imbiber , fi on peut s’exprimer ainfi, de la matière éleécrique qu’on leur communique , reconnoit des bornes , fie ils ne peuvent tous recevoir qu’une certaine quantité furabondsnte d’Eteélri-cité.
- Je dis fisrabondante ; car il eft démontré , Si je le fêtai obferver ailleurs , qu’il n y a aucun corps qui ne
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- I 1$ T R A I T é
- contienne naturellement une certaine quantité de feu cied tique.
- Cela pofé, lorfqu’on eft parveuti augmenter jufqu’à un certain point cette matière , & à l’accumuler fur un corps quelconque , il ne paroît plus poflible , ou au moins, nous ne cou-noiffons point encore de moyens propres à augmenter au-delà la dofe.de matière éledrique que nous venons de ralfembler dans ce corps.
- M. V^atfon eft un des premiers qui fe foit apperçu de ce phenomene. Tout corps qu’on veut éledrifer, dit-il (tt), n’eft lufceptible que d’une certaine quantité d’éledricité qui lui eft proportionnée : ayant une fois acquis ce dé-gré i, ce qui fe fart plus promptement par un certain nombre de globes, le refte de l’Eledricité dont on voudrait le furcharger fe difïîpe , à proportion qu’on détermine cette matière à s’y porter.
- • LXXXVIII. Prefque tous ceux qui ont fait des expériences fuivies fur l’éledricité, ont toujours obfervé, lorsque la matière élednque étoit fort
- (<z) Efl'ai fur rEIcâricité, pag. jj.
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- DE L’EtECTRICIT i. Ilÿ abondante , & lotfque les conducteurs étoient fortement chargés , que cette matière fé diffipoit d’elle-meme aux angles des conducteurs , & s’en échap-poit fous la forme d’Aigrettes lumi-neufes.
- Ces aigrettes repréfentent alTez bien des cônes de lumière , formés de plu-fieurs rayons divergents , qui tiennent par la pointe du cône à l’extrémité du conducteur , où ils commencent à pa-roîtte.
- LXXXIX. Lorfque ces Aigrettes fe manifeftent trop foiblement, & qu’on veut les rendre plus fenlibles & plus belles , il fuffit d’approcher à quelque diftance , de l’endroit d’où elles partent, un corps fufceptible de s’élec-ttifer par communication. La paume de la main, le bout du doigt, l’anneau d’une clef, &c. fuffifent pour augmenter prodigieufement un écoulement éleétrique.
- Elles ne font jamais plus belles, dit M. Winkler (a), & elles ne s’élancent jamais avec plus de force, que lorfqu’ou frotte avec du phofphore d’Angleterre,
- ( a) chap. 3 , feit.
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- I JO T R A I T i
- les endroits d’où elles partent. La lumière que le phofphore répand en fe diflipant, augmente alors celle de la matière éleârique , & il affûte qu’il en a fait naître par ce procédé , qui avoient jufqu’à fix à fept po uces de longueur.
- Je ne garantis cependant pas cette pratique; car elle m’a toujours affez mal réufli : je ne la recommande ici que fur l’autorité de Winklcr j & fur la raifon qu’il en apporte , qui me paraît affez bien fondée. Au refte, ce n’eft qu’un phenomene de pure curiofité, 8c il n’en réfulteroit aucun inconvénient, pour les progrès de l’Eleétricité , fi le Phyficien qui nous l’annonce s’étoit laiffé féduirespar des apparences trom-peufes.
- XC. On peut voir de différentes maniérés les phénomènes des Aigrettes électriques. En voici une qui m’a paru fort ingénieufe ; elle fe trouve décrite dans l’Ouvrage du célébré Phyficien dont nous venons de prier ( a ). Placez fur un pivot fort délié , une efpece d’étoile AB, (fig. 9. )dont les pointes un peu moufles font à une certaine
- (a) Vinkler, fcét. jS.pag. j8.
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- deVElsctricité. *j» diftance le» ânes des autres ; que le pivot qui porte cette étoile foit ifolé , & fufceptible d’être éte&sifé par communication. Faites - le communiquer avec le conducteur par une petite chaîne , ou par un fil de métal. A proportion qu’il s’éleéirifera, la matière éleCtrique s’élancera par les.pointes de l’étoile , & en fortira, fous la forme d’aigrettes ; & fi la machine n’eft pas trop lourde , vous la verrez tourner allez rapidement fur fon axé, de façon que les points de fa circonférence , fe trouvant alfez rapidement éclairés par la matière lumineufe qui s’élance des pointes , cette circonférence paroura entièrement lumineufe.
- On peut encore fe contenter d’una feule tige AB, (fig. io. ) mife en équilibre fur le même pivot , & dont les extrémités tirées en pointes un peu moufles, font recourbées de bas en haut. Cette tige tourne encore plus rapidement, & le cercle de feu fait encore mieux illufiou.
- Dans tous ces cas, nous ne pouvons trop recommander à ceux qui font curieux de faire naître de belles aigrettes , d’émoufler les pointes des éorps F vj
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- deftinés à produire ce phénomène ,car c’eft un Fait reconnu de tous ceux qui ont quelque habitude d’éleétrifery que quoiqu’il parte des angles d’une barre de fer éleétrifée de très-belles aigrettes, elles font à peine fenfibles aux extrémités des pointes , lorfque celles^ ci font fort aiguës : ce 11e font pour l’ordinaire que de petits points lumineux qu’on y obferve qui s’élancent trop peu au-delà de la pointe , pour que la divergence de leurs rayons devienne fenfible.
- On parvient encore à en faire naîtré d’alfez belles , à l’extrémité d’un fil de laitoti fuffifamment gros , pour qu;oii puifiê creufer une petite cavité fur un de fes bouts, comme on le remarque en A (fig. 11. ), il s’élance ordinairement de cette cavité A, une aigrette , qui s’étend à plus de 18 lignes d’élévation.
- XCT. Un fpeétade d’aigrettes allez curieux à voir, eft celui que M. Vilettcy célébré Opticien de Liege,découvrit par hazard , en faifant des expériences avec un morceau de drap qu’il vouloir élec-trifer.
- Mettez fur un conducteur qu’on élec-
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- DE l'EiECTRICItI. I}} trife;, un morceau de drap, de la grandeur d’un quarré de papier à Lettres ; préfentez à huit â dix pouces au-deflus , un fil de fer pointu , & vous obferver verez alors, un efpace de plufieurs pouces , tout hériflfé d’aigrettes lumineu-fes.
- On peut, au lieu d’une pointe , pré-fenter à deux pouces de diftance , le doigt, l’anneau d’une clef, le bord d’une carte à jpuer , &c. mais une obferva-tion qui me paroît ici indifpenfable , c’eft que toutes fortes de draps ne font point propres à faire naître ce phénomène, Il faut en effiayer plufieurs , juf-qu a ce que l’expérience nous ait appris par la fuite, à quoi tient cette petite difficulté , & que nous pniffions indiquer à coup fur, les qualités nécelTaires •dans le drap, pour produire ces aigrettes,
- XCII, La : matière éleéhique qui s’élance fous la forme d’aigrette n’eftpas d’une nature différente de celle que nous voyons éclatter fous la forme d’étincelles vives & piquantes ; & fi l’effet des premières ri’eft pas aufli frappant-, lorfqü'on en approche le d.oigt, & qu’on s’expofe à leur contaét ; cela
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- vient de ce que les parties de la matière éleétrique font trop écartées les unes des autres , & éprouvent trop de réfif-tance de la part de l’air qu’elles font obligées de traverfer,pour frapper vigoureusement les corps étrangers quelles rencontrent à une certaine diftance du corps éleârifé.
- Approchez en effet le doigt beaucoup plus près de l’endroit d’où s’élance une aigrette elle fe changera alors en un petit cilindre lumineux , qui édattera contre le doigt, & qui le frappera de la même maniéré qu’une étincelle qui part d’un conducteur chargé d’éledriciré.
- XC1II. Il réfulte de ce que nous venons d’obferver fur les aigrettes, que la matière éleétrique eft , fi on peut s’exprimer ainfi , dans un état de violence , lorfquvelle eft furabondante dans un corps qu’on eleétrife ^ elle tend à s’en échapper de toute part, & elle s’en échappe d’elle-même & avec effort, par les parties anguleufes de ce corps. Il eft donc important i celui qui veut forcer les effets de l’éleétricite , $c accumuler amant qu’il eft poffible, la matière éleétrique dans un conduûeur ,
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- DI l’EllCT JUCIïi. 1JJ ou dans tout autre corps quelconque , d’éviter avec foin que ces corps aient de» parties anguleufes, telles que les barres de fer, dont on faifoit, & dont plulïeurs Phyficiens font encore aflez fouvent ufage, pour fervirde conduéfeur à l'élec-* tricité qu’ils veulent tranfmettre.
- Il faut donc obferver que ces conducteurs foient bien arrondis , & qu’il n’y ait point de petites parties Paillantes fur leurs furfaces , comme il arrive aflez communément, lorfqu’on fe fert de tubes de fer-blanc foudés. Dans ce cas, il faut les faire limer , & faire bien unir le bord fur lequel la foudure régné.
- Ce n’eft donc pas fans raifon, que j’ai profcrit précédemment ces franges de fil de métal, dont on fe fett alfez communément, pour établir une communication entre le globe qu’on frotte , & fon premier condufteur.
- C’eft encore pour cette même raifon , que je n’emploie des chaînes de fer ou de cuivre, que lorfque je ne puis m’en difpenfer. J’ai toujours ob-fervé , lorfque je répétois mes expériences dans l’qbfcurité , de petites aigrettes , qui s’élançoient de plufieurs
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- extrémités des mailles , & qui diffi-poient à proportion , la matière électrique dont je m'efforçois de furcharget mes conducteurs.
- J’ai fubftirué à la place de ces chaînes , des tringles de métal bien arrondies , dans toute leur longueur, & percées à leurs extrémités , de trous bien fraifés & bien unis.
- 6’eft encore un défaut de donner la forme quarrée, ou celle d’un parallélogramme , aux Supports dont on fe fert pour tranfmettre l’EleCtricité à une perfonne. Quoique le bois foit moins propre que le métal, à diflîper la matière électrique qui y abonde ; il s’en perd encore a (fez par les angles de ces fortes de fupports, pour qu’on ne néglige pas de les arrondir , autant qu’il eft poflible.
- J’ai remarqué plus d'une fois, qu’ils étoient encore plus propres , toutes chofes égales d’ailleurs j à l’effet auquel on les deftine , lorfqu’on a foin de les faire cirer de temps en temps. Ce n’ell pas , à ce que je penfe , parce que la cire étant fufceptible de s élec-trifer par frottement , contribué encore a ifbier les corps qui. font pofés
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- BB l’Electricitb. IJ? deffus : l’épailTeur qu’on lui donne alors, ne peut la rendre propre à cet ul'age; mais bien , parce qu’elle unit la furface des bois , en bouchant leurs cavités, & empêche que la matière électrique ne fe dilîipe par les petites parties fai‘1-lantes & anguleufes , qui fe trouvent communément fur ces fortes de fur-faces.
- Toutes ces attentions ne paroîtront peut-être que des minucies à ceux qui ne les onr pas faites avant moi , & qui ont eu lieu d’être contents de leurs fuccès dans ce genre de travail. .Auflî n’eft-ce pas pour eux que je les. indique ici ; mais pour ceux qui voudront étendre, autant qu’il eft polîi-bié f ies effets de l’Tleétricité, & qui , dégagés de toute prévention, voudront mettre à profit tout ce qui peut contribuer à les fatisfaire à cet égard.
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- CHAPITRE XIV.
- Des Circonjlances favorables & nuijtbles à VEkÜrieité.
- XCIV. L’ai r eft un fluide , qui ne relie pas conftamment dans le même état de fécbereffe & d’humidité , de denfité & de chaleur. G’eft un fait reconnu de tous les Phyficiens, & que j’ai démontré fuffifamment dans mes leçons de Phyfique expérimentale ( a), 11 eft outre cela chargé de toutes les émanations qui s’élèvent dans fon fein, elles influent plus ou moins furies qualités , & fur les effets de l’Eleéiricité qu’on veut produire.
- Le célébré Winkler n’eft cependant pas de cet avis : il nous afliire n’avoir jamais remarqué de circonftance de temps , qui nuisît à fes expériences. » J’en ai fait, nous dit-il (b), par un
- (a) Leçonsde Phifique.t. x.
- ( c ) Eflai far la nature, &c. de l'£lcftricité,
- P‘3- *!•
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- Di L’ELECTRICITi. I)f » air fec & humide ; j’en ai fait pat n un temps chaud Sc froid , par un » vent du nord, eft, oueft , ou fud , » & même dans le temps de tempête, » & dans une chambre toute remplie » de fpeétareurs, où les exhalaifonsde » toutes efpeces étoient très-abondan-i9 tes : mais je n’ai jamais trouvé que 99 l’éleftricité fût moins forte. Tout ce 99 que j’ai apperçu , continue-1 il, c’eft 99 qu’il m’a fallu plus de temps dans 99 une chambre froide que dans une 99 chaude , pour que le verre s’échauffât 99 par le frottement , contre le couf-
- XCV N’en déplaife à ce célébré Phy-lïcien , c’eft un fait reconnu pour conf-tant par tous ceux qui ont quelque habitude dans ces fortes d’expériences que l’humidité nuit confidérablement à l’intenfité de la vertu éleéfrique.
- J’ai depuis plulïeurs années auprès de mou cabinet , un grand chaffis de toile , fur lequel j’ai fait coller du papier , & que j’avois deftiné à une expérience particulière ; mais, par événement , il me tient lieu d’Hygromètre , d’une maniéré fort imparfaite , je l’avoue ; Sc voici ce que j’ai conftammens
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- »4« TrAitI
- obfetvé pat fon moyen : [es effets ds l’EIeéfricité ont été toujours les mêmes, toutes chofes égales d’ailleurs, quelque humidité qu’il y' ait eu au-dehorsdans l’atmofphere , tant que le papier eft demeuré tendu fur fon chaflis ; mais dès qu’elle a commencé à pénétrer etl dedans , que le papier s’eft bourfoufïlé, & qu’il s’y eft fait obferver des rides , l’éledricité s’eft aufli-tôt affaiblie , plus ou moins fenfiblement, fuivant que ces effets ont été plus ou moins marqués fur les chaflis.
- Lorfque noul difons donc que l’humidité apporte un obftacle aux effets de l’éleéfricité , nous entendons celle qui fe fait fentir dans l’endroit où l’on veut répéter cés fortes d’expériences , de forte que , s’il étoit poflible de la bannir totalement de cet endroit, quelque grande qu’elle fût ailleurs, les effets de l’éleéfricité demeureroient probablement les mêmes. C’eft peut-être en faveur d’une telle difpofition , que l’humidité n’apportoit aucune différence entre les mains de M. Winkler, aux effets & à l’intenfité de fes expériences. Son appareil étoit peut-être difpofé dans une chambre, où il entretenoit la féche^
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- b* l'Electricité. 141 refTe de l’air, par le moyen d’un poêle , comme cela fe pratique dans Ton pays.
- Ce qui me donne lieu d’infiftér fur cette obfervation, c’eft que toutes les fois que j’ai fait fécher mon appareil, en préfentant fucceffivemenr fes différentes parties au feu , je fuis parvenu à faire pendant quelque temps de très-fortes expériences , & leurs effets ne s’affoiblifloient qu’à proportion que l’humidité reprenoit le deffus.
- Je trouve dans mes nôtres , qu’en 1764, le temps étant très-favorable à l’éledricité , le onze Juillet matin , je fis cette féance pour un des colleges de l'univerfité ; mon cabinet étoit rempli par plus de foixante fpeéfateurs. A peine eus-je commencé ma féance , qu’il furvint une pluie abondante, qui dura jufqu’à deux heures après midi., ic je ne m’apperçus aucunement, que la matière éleéfrique eût acquis le moindre détriment ; vers le foir , je voulus encore tenter quelques expériences j la matière éleétrique me parut glors beaucoup moins abondante , les effets étoient très-languilTants : il pleu-voit de moments à autres > & mon hy-grgniçttre commençoit à fe rider,
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- I4i Traité
- XCV1. La température de l’air doit encore entrer en confidécation, lorf-qu’il s’agit de prononcer fur l’intenfité des phénomènes électriques. Je me fuis apperçu plus d’une fois, que les effets de l’éleâricité étoient manifeftement
- plus foibles, lorfque la température de l’air varioit, & que la chaleur augmen-toit jufqu’à un certain point dans l’at-mofphere. Il eft probable que dans ces cas , il s’élève une plus grande quantité de vapeurs humides , & que c’eft à raifon de ces excès d’humidité, qu’une plus grande chaleur ûccaftonne le dommage que nous lui imputons : je n’imagine pas , en effet, que la chaleur puifle par elle-même produire cet obftacle. Au contraire , je me fuis toujours apperçu que lorfqu’elle eft modérée, elle contribue à augmenter la vertu d’un globe qu’on frotte. J’ai éprouvé plufieurs fois & bien d’autres ont dû l’eprouver pareillement, car cette pratique eft fort en ufage , que les étincelles électriques n’étoient jamais plus fortes , que lorfque je faifois chauffer modéremment le globe que je frottois.
- - XCVII. Doit-on croire auffi pour cela, que la chaleur augmente par elle*
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- BI l’EUCTRICItL 14J même l’aéüviré de la matière éleftri-que , ou que fon effet étant de dillîper le peu d’humidité qui couvre le globe , elle contribue par cela feul à rendre les effets de l’électricité plus forts ? Ce dernier fentiment me paroît bien probable , malgré le fait attefté par M. Ja.Ua.bcrt, & qui ne m’a jamais bien réufïï. Ce célébré Phyficien allure ( a), qu’une barre de fer rougie au feu, fermant d’intermede à deux autres barres, communiqua plus de vertu à la fécondé , que lorfqu’elle éroir froide.
- 11 affure encore dans un autre endroit du même Ouvrage [b), que l’action du feu fuffit pour éleétrifer certains corps. L’ambre, dit il , le verre, les pierres précieufes, &c. s’éleéfrifent lorlqu’on les expofe à l’ardeur du fo» leil. 11 convient néanmoins, que la vertu que ces différentes fubftances , acquerenr alors, eft de beaucoup inférieure à celle que le frottement leur communique. J’ai échauffé , & à différentes reprifes, & à différens degrés , des verres de tonte efpece \ mais je
- (a) Expérience Grrf’Efcâric. pag. 104,
- ihJM- f*( 3-
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- 144 . ' . Trait* _
- n’en ai jamais trouvé, qui m’aient donné des lignes bien fenlibles d’éleétricitéi Je ne nie cependant pas abfolument le ’ fait ; car prefque tous les Phyliciens l’atteftent , & il y a plus lieu de croire que je n’ai pas été affez heureux dans * mes recherches, que d’imaginer que tous ceux qui l'affirment aient voulu nous en impofer. J’avoue cependant, que lorfque ces corps ont‘été échauffés jufqua un certain point par les rayons du foleil , le moindre frottement fnffit pour les rendre fenlîble* ment éleâriques. L’adion feule dé les elfuyer produit cet elfet ; ce qui né contribue pas peu à augmenter mes foupçons fur la vertu éiedrique provenante de la feule lumière du foleil, & ce qui me confirme à croire que la chaleur ,n’influe qu’accidenrellemenr, à augmenter les effets de l’éledriciré 5 encore faut-il pour cela , qu’elle foit modérée , & qu’elle ne foit pas fuffi-fante , pour élever une quantité de vapeurs humides, comme il arrive ea plulieurs circonftances.
- ,, XCVI1I. J’ai encore obfervé que'
- 1 ele&ricite s aifoiblifïûit.d’une manier© tres-fenlible , mais à la longue , à la préfence
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- DE i’ElïÇTRICItI. 145 préfence d’une multitude de fpeéfcateurs. Je fuis plus à portée que qui que ce foie de vérifier ce fait , fut lequel les fentimens font encore partagés. Depuis nombre d’années je fuis chargé des expériences qu’on fait tous les ans dans les colleges de l’Univerfité, ce qui m’amene jufqu’à quatre-vingt écoliers dans mon cabinet (a) , lorfque je fais la féance de l’élcéhicité.J’ai eu occafioiiplufieurs fois de répéter cette féance deux fois dans le même jour,ayant différent nombre d’Auditeurs dans l’une & dans l’autre , & j’ai toujours obfervé que, tout étant égal d’ailleurs , c’eft à-cure , la température de l’air étant la même , le même vent régnant dans l’atmofpheie , l’air demeurant fenfiblement dans le même état de féchereffe & d’humidité ; J’ai toujours obfervé, dis-je, que les effets de l’éle&ricité étoient manifeftemenc plus foibles pendant la féance , dans laquelle j’avois un plus grand nombre d’Àuditeurs.
- L'Abbé Nollet, qui convient de ce fait, ajoute néanmoins une obfervation
- ( a ) Il n'a que 11 pieds de longueur , fur 18 de largeur, & ÿ de hauteur.
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- i4 S Traité
- bien lînguliete, & que je n’ai jamais
- pu vérifier avec fucoès.
- .. Quand j’éleétrife , dit-il fa ), avec » un globe , par un temps favorable, » quelque nombrëufe que foit la com-» pagnie ; l’éleâricité, bien loin de » s’affoiblit , n’en devient que plus » forte, fi on en juge'par les aigrettes » & par les étincelles qui fortenr, ou » de la barre de fer , ou d’une per-» fonne éleétrifée. Jamais ces effets ne » font aufli beaux qu’en préfence d’une » riombreufe afiemblée «.
- Quoique je ne doute nullement de la bonne foi d'e ce célébré ProfefTeur, je fuis perfuadé, pour l’avoir vu par moi-même , il y aplulîeurs années , & pour l’avoir entendu dire plufieurs fois, par gens fort inftruirs, que fon obferva-tionfe trouve en quelque forre démentie par celle qu’on peut faire tous les ans au college de Navarre. Les aigrettes & les étincelles y font communément afleï faibles. Oc , jamais afiemblée ne fut plus norabreufe , que celle que ces fortesd’expériences attirent à ce college. La difpolition de la faite y eft cepen-
- (*} Eflai fur l'EIeâr. pag. 44.
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- DE t’ÉiïCTRielTi, 147 dant telle qu’il pouvoir la défirer. -Les fpedateurs y font nécelfairement très-proches de l’appareil ; ce qu’il ne regarde pas comme indifférent ; mais au contraire, comme un des moyens le plus favorable à fournir de la matière * affluante.
- » Ce fait eft fi confiant, dit-il (a),
- » que quand je veux animer davantage » les émanations lumineufes , ou exci-11 ter celles dont la lumière s’affoiblir, h je fais approcher du monde , & cet h expédient me réuffit «.
- Je puis alTurer ici, avec toute la bonne foi qu’on doit attendre de moi , que je n’ai jamais eu le bonheur de réuf-fir en pareilles circonftances , & que le même moyen qu’il employoit favorablement , pour augmenter les effets de l’éle&riciré ,ne fert entre mes mains, qu’à les diminuer fenfiblement ; ce qui me fait croire que c’eft à raifon de l’humidité occahonnce par la tranfpi-ration infenfîble , & par les haleines des Auditeurs, que les effets de l’électricité s’affoiblilfent dans les circonftances où leur nombre eft très-grand.
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- ï48 Trait*
- XGIX. M. Bo^è, qu’on peut regar; der à jufte titre , comme celui des Phy-ciens qui ait le mieux entendu cette mariera , & qui ait le plus contribué aux découvertes qu’on a faites , même après lui ; puifqu’on en trouve le germe dans l’Ouvrage qu’il nous a laide , nous allure formellement (a) , que la. fueur de ceux qui forcent d’un violent exercice , nuit conlîdérablement à l’in-tenfité des phénomènes éleélriques. Je conviens à la vérité , que ce célébré Profelfeur s’eft expliqué trop généralement à cet égard ; j’ai éprouvé plu-fieurs fois le contraire , lorfque le nombre des fpeétareurs étoit très-petit; je conviens cependant , que trois ou quatre perfonnes en fueur, & placées à très-peu de diftgnce du globe , ou du conducteur , m’ont toujours paru affaiblir jufqu’à un certain point , les effets de l'éleéfricité. L’homme que j’emploie pour tourner la roue de ma grande machine , eft allez communément en fueur j fur-tout , lorfque je fais ces expériences pendant l’été ; mais il eft éloigné de plus de quatre
- ( a ) Jentam Eletfriç. Comment, x. f. 67.
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- iSï l’Èiectricité. pieds de mon globe & de tous mes condnéteurs , & je ne me fuis jamais apperçu que fa fituation influât fut l’in— tenfité des phénomènes éle&riques} d’où je crois devoir conclure que la propofition de M; Bo\e mérite quelque reftriâion.
- C. Ce célébré Phyficieh veut encore que les vapeurs des matières qu’on brûle nuifent aux effets de la vertu éledrU que , & les affoiblilfent : je conviens encore avec lui que cet accident a lieu , lorfque les matières qu’on brûle portent beaucoup d’humidité avec elles ,& qu’elle fe développe pendant la com-buftion de ces matières. Il a encore lieu , lorfque les matières quon brûle 4 s’exhalent à très-peu de diftance du globe ou du condudeur.
- CI. Quoiqu’il paroilfe par ce que nous venons de dire , qu’il n’y ait , à proprement parler , que l’humidité , qui foit contraire aux effets de l’éledri-cité , elle ne nuit cependant pas à la lumière que la matière éledrique produit dans bien des cas. Un diamant frotté , & qui attire des corps légers , cèiïê de les attirer , quoiqu’il foit encore lumineux , lorfqu’on le
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- rend humide. C’eft un fait que j’ai éprouvé plnfieurs fois, & que M. Jal-labert attelle ( a ). Boile nous aprend à ce fujet, que quoique l'eau s’-oppofe opiniâtrement a la vertu éle&nque qu’on veut exciter immédiatement dans les corps, elle favorife quelquefois la
- Sroduétion de la lumière. Un diamant, it-il, plongé dans l’eau chaude , devient un peu lumineux.
- Cil. Si l’humidité s’oppofe aux effets de l’éleélricité, ce n’eft point une rai-fon de croire quelle ne foit point fuf-ccptible elle-même d’acquérir la vertu éleétrique ; nous avons vû en effet ( 77 ), qu’on parvient à tirer une étincelle , d’une malle d’eau chargée d’éle&ri-cité.
- M. Bo^e nous apprend (b) , qu’il éleétrifa un homme a foixante pas de diftance , en faifant jaillir fur lui , par le moyen d’une feringue, de l’eau qu’il avoit éleétrifée. Le P. Gordon affure avoir allumé des liqueurs inflammables, par l’intermede d’un jet d’eau éleétrifé.
- (a) Expér. fur l'cleft. pag. J4. ( b ) Tcntam. elctlric. eomm.
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- IDE l'Ë 1 £ CT RI c IT £. IJI Quoique M. Watfon n’ait pu réuffitr dans cette expérience , & qu’il fût obligé de modifier d'une maniéré particulière , l’eau dont il fe fervir ( 79 ) , nous ne contefterons point ce fait, d’autant plus que le P. Gordon 11e nous indique pas les préparations qu’il avoir peut-être fait fubir à cette eau , & qu’il peut fe faire qu’il ait fuivi un procédé analogue à celui de M. Watfon.
- L’eau eft donc fufceptible d’acquérir une puiffante vertu électrique par communication ; & c’eft , félon toutes les apparences , la raifon pour laquelle elle nuit aux effets de l’éleéh'icité excitée dans le globe & dans les conducteurs : étant en effet répandue dans l’air , elle abforbe la matière éleétrique des conduéteurs , & elle la tranfmet de proche en proche à tous les corps environnants , qui la difïîpent plus ou moins promptement.
- Clil. A l’égard des variations qui furviennent aux phénomènes éleéhi-ques, occafionnées par celles qui arrivent à la denfité , ou à la rareté de l’air, nous dirons feulement ici, qu’on n’éledrife pas auffi puilfammnet un corps , en le frottant dans le vuide , G iv
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- iji Traits
- Sue lorfqu’on le frotte en plein air.
- ’ous avons pour garans de ce fait, tons ceux qui ont travaillé avec exactitude fur l'éleCtricité. Il en eft même plu-fieurs, qui prétendent qu’on ne peut communiquer aucune vertu éleCtrique à un corps qu’on frotte dans le vuide. Nous verrons ailleurs ce qu’on doit pen-fer de cette opinion.
- Ce que je regarde comme confiant, d’après nombre d’expériences repérées plufieurs fois , & avec tout le foin dont je fuis capable ; c’eft que la denfité de l’air , venant à varier jufqu’i un certain point, les effets de l’éleCtricité varient en plus ou en moins. J’ai toujours obfervé en effet, que , toutes cbofes égales d’ailleurs , les phénomènes électriques n’étoient jamais plus beaux, que lorfque la colonne de mercure fe foutenoit dans le baromètre , entre iS & 29 pouces de hauteur ; & qu’ils s’af-foibhffbient fenfiblement, lorfqu’elle defcendoit au-defious de 28 pouces. Dans le moment où j’écris ceci, les étincelles électriques fe font apperce-voir à ma machine , à. 14 lignes dedif-tance du conducteur, &il eft onze heures. Ce marin à cinq heures, je les
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- DS t’ÈLÉCTRÏCITÉ. IJ} tirois à 18 lignes de diftance. Le mercure a baiffc de deux lignes moins un quart dans mon baromètre , depuis ce moment.
- CIV. Quoiqu’il paroilTe , d’après cette derniere obfervâtion,que la denfité de l’air étant plus grande, les effets de l’éleélricité foient eux-mêmes plus grands , je ne voudrois pas en conclure pour cela , que ces effets fuivent la rai-fon direéle de la denfité de l’air, que l’éleélricité fût une fois plus forte , lorfqu’elle feroit excitée dans un air une fois plus condenfé , de forte qu’il n’y eût qu’â augmenter la denfité de l’air , pour augmenter l’intenfité des phénomènes éleétriques ; je ne voudrois pas même afliirer que , la denfité de l’air , étant plus grande qu’elle n’a coutume d’être, naturellement dans notre climat , les effe«r de l’éleétricité fulfent plus grands. Ilfaudroit pour cela, que l’expérience m’eût permis de juger des effets de l’éleétricité , dans une malTe d’air condenfée jufqu’àun certain point.
- Jufqu’à préfent, je n’ai pu me procurer une machine propre à cet effet. Ce n’eft pas que j’imagine avec Y Abbé G v
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- ij4 Traité
- Nollet (a), que cette tentative foie prefque impofïible; je crois au contraire, qu’on peut trouver des moyens aflez faciles à meure en pratique , & très-propres à condenfer l’air jufqu’à un certain point, pour le rendre , par exemple , une fois plus denfe , & même davantage, fans s’expofer aux inconvénients que cet habile Phyficien redoute avec raifon.
- Il craint en effet que fi on fait ufage d’une pompe ordinaire à condenfer , le pifton ne poulie devant lui une malle d’air, chargée des parties grades dont il eftcommunément enduit, & des patries métalliques qu’il peut détacher delà pompe, en frottant le long de fes parois.
- Je conviens qu’une mafle d’air de cette efpece, venant à padèr dans le vaideàu qu’on voudrait éleûrifer , ou dans celui qui !» contient , lotfqu’on veut éleûrifer le premier dans une malle d’air condenfée , nous laidèroit dans la crainte que l’effet que nous pourrions remarquer alors , ne dépendît plutôt des parties étrangères dont l’air feroit furchargé, que de fa denfité, que nous aurions augmentée. (*)
- (*) Recherches fur l’Elefl. p 16c.
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- DE L’ELECTRJCITi. I J 5 CV. Si ces confidérations , fort fages en elles-mêmes, ont fait abandonner à ce célébré Phylicien , ces expériences trop laborieufes Sc trop délicates , & qu’il fe foit contenté d'en expofer les difficultés, » afin de donner à d’autres » perfonnes plus patientes , ou plus » ingénieufes , l’occafion d’y réfléchir, » & d’y trouver des remedes , s’il y » en a (a) « j nous avons cru, fans trop préfumet de nos forces , pouvoir répondre à fes défirs , & nous y avons déjà réuflï jufqu’à un certain point. Si des occupations , auxquelles nous n’avons pu s ic nous ne pouvons nous fouftrairé encore pendantquelque rems, ne nous empêcho.ent de nous livrer particulièrement à cette recherche , nous i'ommes perfuadés que nous ferions parvenus à réfoudre ce problème avec toute l’exaéHtnde qu;il exige. Nous fommes déjà parvenus à éviter les matières grades que le pifton peut pouffer devant lui averT la mafle a’air : nous avons fait un pifton avec des tranches de feutresj, appliquées les unes fur les autres, arrondies enfuite fur le tour,
- (<0 Recherches fur l’Eleftricité, pag. 160.
- G vj
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- T k ai ri
- 8c recouvertes d’un morceau de taffetas, qui renferme en même temps la plaque de cuivre qui fert de bafe inférieure au pifton. Le feutre fe prête alfez à la concavité de la pompe, poui qu’il ne foit pas nécefTaire de le graif-fer , & il ferme allez bien le pafTage de l’air , pour ne pas craindre que ce fluide puifle fe faire jour à travers l’épailTeur de ce pifton. Nous l’avons employé avec fuccès, en faifant ufage d’une pompe ordinaire à condenfer ; & nous fommes parvenus à faire monter le mercure de la jauge , jufqu’à la hauteut de 19 pouces & un quart ; c’eft-à-dire , à réduire l’air du récipient , à une denfité plus que double de celle dont il jouit naturellement- C’eft déjà un grand acheminement vers la réuflite, & c’eft , à proprement parler, le plus grand obf-tacle que nous avions à lever. Il ne refte plus maintenant qu’à fabriquer un corps de pompe dont les parties détachées par le pifton, ne puiflent jetter aucun doute fur le réfultat de l’expérience : or nous efpérons nous procurer, par la fuite , une pompe telle que nous la délirons , & nous ne craignons point d’aflurer qu’en trouvera cet avantage
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- DE l'ElECTRICITÉ. dans une pompe de criftal, bien calibrée , & revêtue folidement à l’extérieur , afin qu’elle ne fe brife pas fous l’effort du pifton.
- CVI. Il réfulte de tout ce que nous avons dit dans ce Chapitre, qtle de tous les obftacles qui s’oppofent à l’intenfiré de la vertu éleftrique , l’humidité eft le feul que le Phyficien doit particulièrement craindre ; puifque tous ceux que nous avons décrits n’influent fur cette propriété , qu’à raifon de l’humidité qu’ils occafionnent.
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- iS8
- Traité
- CHAPITRE XV.
- Des effets de la flamme , fur V Electricité.
- CVII. C’est une grande queftion agirée entre des Phyfîciens éledrifansj fçavoir de quelle maniéré la flamme influe-fur leledricité. Les uns la regardent comme un obftacle à la production & à la confervation de la vertu éledrique : les autres foutiennent le contraire : quelques-uns, plus mitigés, prennent un fentiment moyen. Ils la regardent à la vérité j comme un obftacle j mais ils aflurent qu’il n’eft pas invincible , & qu’il eft des circonftan-ces où la matière éledrique peut les détruire, & triompher des efforts-qu’il fait contre elle.
- CVIII. M. Dufay Fut un des premiers qui afTura que la flamme n’étoit pas fufceptible de contrader la vertu cledrique (a). M. Wait^ afTura enfuite,
- (a) Mém. de l'Acad. an. 1733.
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- ®i l’EiieiRi-ciTi. iJ9 qu’elle oppofoit un tel obftacle à la matière éledrique, qu’elle faifoit pet* dre cette vertu à un corps auquelonl’au-roit communiquée ( a. ).
- Après des autorités auffi rofpedables, ne feroit-il pas naturel de conclure que la flamme, non-feulement ne s’é-ledrife pas , mais encore qu’elle nuit à l’éledricité qu’on veut communiquer à un corps quelconque, foit en le frottant , foit en le plaçant dans le voifinage d’un corps rendu électrique par le premier moyen.
- CIX. Ces deux célébrés Phyficiens conviennent cependant qu’on peut , à l’aide , & par l’iricermede d’une ou de pkifieurs bougies allumées & ifolées , rranfporter la vertu électrique d’un corps éledrifé, à an corps qui ne l’eft pas, & qui eft fufceptible de s’élec-trifer par communication.
- Cette reftridion , ajoutée à la déci-lîon précédente, fut, fans contredit, le motif qui détermina plufieurs Phyficiens à examiner après eux la quef-tion qu’ils avoienr déjà décidée , & fl on pourroit parvenir à communiquer la
- (a) Traité de l'Elcét. & de tes caufcs.
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- î£o x Traité
- vertu électrique à la flamme d’une bou-
- gie.
- M. Jallabert nous aflîire que le fait eft non-feulement poflible j mais qu’il s'eft vérifié entre fes mains,de la façon la moins équivoque. » Je pris un globe de » verre, nous dit-il (a), percé d’un trou, j» je l’emplis à moitié d’alkool, j’y
- introduis, avec la plus courte jambe » d’un Syphon, un fil de laiton , cous » deux plongeants dans l’alkool ; après » quoi je les arrêtai aux parois du trou » du globe , en le fermant exactement » avec de la cire à cacheter. L’extré-» mité de la jambe extérieure du Sy-» phon, avoir une petite courbure coni-» que , dirigée de bas en haut, & le 55 bout extérieur du fil de laiton, étoit »5 terminé en un crochet, par lequel »5 j’appendis à la barre , ce globe ainfi 55 préparé. Quand , après l’avoir élec-55 triié, j’en approchai une bougie allu-55 mée , la dilatation de l’air intérieur, » opérée par. la chaleur , fit jaillir 55 l’alkool ; ce jet , allumé par une 55 bougie, attiroit un fil de lin , &
- (a) Exp. fur l’Eleûr. pag. ioj,
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- de l’Electricité. _ i<îi » croit lui-même fortement attiré par » ma main «.
- Cette expérience , toute décifive qu’elle étoit, ne fatisfit point ceux qui éroient prévenus contre la polflbilitéd’é-leétrifer la flamme. Ils protel^erent con-rre ce fait, & ils l’analyferent j non au point de le réfuter j mais de maniéré à laifler quelqu’incertitudefurlaconclu-fion qu’on en devoit tirer naturellement.
- » 11 y a ici deux chofes à obferver , » dit P Abbé Nollet(a) \ i°. que cette jj électricité vient d’un globe qu’on ne jj celle de frotter, pendant le temps j» que dure cette épreuve. zc'. Que ces » jets ne font enflammés qu’à leur fu-jj peificie , & qu’il relie toujours au » milieu de la flamme nue liqueur , >j moins inflammable , qui approche de jj la nature de l’eau , & qui, par cette » raifon, elt très-propre à recevoir & à » conferver la vertu éleétrique «.
- D’où il conclut, i°. Que le globe fournit plus de matière éleétrique, que la flamme n’en peut détruire dans le même temps. z°. Que l'éleétriciré qui fe manifefte par la divergence des jets, & par leur tendance au corps non élec-
- (a) Recherches fur l’Eleflricité , pag. x<
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- itfi Trait*''
- trique, appartient moins à la partie
- enflammée, qu’à celle qui ne l’eft pas.
- La première de ces deux conclufions me paroît d’autant plus hazardée , qu’il faudrait déterminer avant -toutes choies, la quantité de matière éleCtrique que le globe fournit , tandis qu’on continue à le frotter, & déterminer pareillement la quantité de cette même matière, que la flamme emporte SC détruit en même temps , ce qui n’eft pas poffible.
- D’ailleurs, on fçait que pour l’ordinaire , la matière électrique fe diiîîpe aflfez facilement & très promptement, par le plus petit conducteur imaginable, lors même que le globe fournit continuellement. Si on le rappelle ce que nous avons dit ci delïus ( 46 ), fur la néceflité d’ifoler les corps , on verra qu’un fil de^métal , aufli délié qu’un fil de foie, diiîîpe entièrement la matière électrique, qu’on s’efforce de communiquer à une corde fufpendue à ce fil j on doit donc regarder comme un fubterfuge , la première conclufion que l’Ab'bé Nolltt inféré de l'expérience de M. Jallaberc , & cette con-clufiou eft d’autant moins recevable de
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- de l’Electricité., i6$ fa part, qu’il nous apprend lui-même qu’on ne peut éleCtrifer un tube , quoiqu’on le frotte continuellement , lorf-qu’il eft placé à une petite diftance d’une bougie allumée. La flamme de cette bougie a donc la propriété de diffiper entièrement la vertu électrique , à proportion qu'on la fait naître dans le tube.
- La fécondé conclufion que ce célébré Phyficien déduit de la même expérience j ne me paroît pas mieux fondée que la précédente : je veux bien croire
- 3ue la partie, qu’on appelle le phlegme ans l’efprit de vin , foit plus fufcep-tible que fa partie enflammée , de contracter & de conferver la vertu éleCtri-que y mais ce n’eft pas une raifon de croire que ce foit cette feule partie qui foit élecbrifée , & qui fc porte vers le corps non éleCtrifé qu’on préfente à la flamme. S’il en éroit ainfi , 8c que cette flamme fût totalement dépourvue de vertu éleCtrique , il eft naturel de croire quelle ne fouftriroit aucune déviation, & que la partie aquenfe sïélan-ç.rnt à travers la flamme , fe porteroit feule vers le corps non éleCtriié. J’ajouterai encore ici une réflexion
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- 1*4 Tuait*
- qui me paroît bien folide. Lorfqrt’ort veut réfuter une opinion quelconque t il ne faut jamais s’attaquer à la plus foible des preuves fur lefquelles elle eft appuyée, à celle qui peut fouffrir quelqu’interprétati'on contraire à l’intention de celui qui l’emploie., lorfque cette opinion eft encore appuyée fur des preuves plus folides : ce font ces dernières , qu’il faut attaquer & détruire. Or ce n’eft pas ainfi que Y Abbé Nollet s’eft comporté dans cette occafion. Ne diroit - on pas qu’il ne fe feroit attaché à l’expérience dont il eft ici queftion, que pour faifir le fubterfuge que nous venons de lui reprocher. Je fuis bien éloigné néanmoins de penfer ainfi fur le compte de ce célébré Phy-ficien j mais je ne fuis pas moins étonné pour cela , de le voir occupé à analyfer une expérience qui peut fouffrir quelque difficulté, & palier enfuite fous filence celle qui fuit immédiatement , laquelle démontre de la niere la plus fimple & la moins équivoque , l’opinion qu’il veut réfuter. Auroit-il été tellement préoccupé de la première , qu’il ne fe fut point apperçu que Monfieur Jallabcrt ajoute
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- DE l ClECTMCITHi ït,f ( a ) qufe la flamme d’une bougie for-temem éle&rifée , s’inclinoit auffi vers le doigt qu’on lui préfentoir, de quelque façon qu’on le lui préfentât.
- On ne peut point décompofer cette flamme, il ne s’agit ici que d’un fait Ample , qui ne peut fouffrir de modi-flcation. Si tous ceux qui ont répété cette expérience d’après M. Jallabert t n’ont pas obfervé allez fenfiblement la même chofe , pour attefter la vérité de ce fait, il faut croire qu’ils s’y font mal pris , & voici ce qui aura pu les induire en erreur. Pour que cette expérience réuffifle, il faut de toute nécef-fité , faire ufage d’un bout de bougie fort court, afiu que la matière éle&ri-que de la barre, puifle fé tranfmettre jufqu’à la flamme. On fçait en effet que l’éledricité ne pénétré que difficilement les corps gras 3 8c qu'elle ne pénétré qu’à une très-petite profondeur la cire & les rétines (48 ). Toutes les fois que j’ai répété cette expérience avec de longues bougies , elle m’a toujours mal jréufli ; mais le fuccès ne m’a jamais
- (a) Exp. fur l'Electricité, Pag. 104.
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- paru équivoque , Jorfque j’ai fubftitué a leur place des bouts de bougie d’un pouce à un pouce & demi de hauteur.
- Si on place donc fur un condudeur un petit bout de bougie allumée,&qu’on éledrife fortement ce condudeur , on verra que la flamme de cette bougie s’inclinera en tout fens vers l’anneau d’une clef qu’on lui préfentera à une diftance convenable. Si cet effet n’eft pas aufli fenfible qu’on l’obferve communément dans toute autre efpece de corps , il ne s’enfuit pas moins que la flamme eft fufceptible d’acquerir jufqu’à un certain point la vertu électrique.
- CXI. Nous devons donc encore ob-ferver ici , que fi la flamme d’une bougie, ou de tout autre corps enibrâfé, ne paraît s’éledrifer que faiblement , çe n’eft pas qu’elle nefoit fufceptible de recevoir abondamment la vertu éledrique ; mais c’eft qu’en fe renou-véllant continuellement, elle emporte à proportion la matière éledrique qu’on lui communique } de forte qu’il ne refte jamais à la flamme fur laauelle
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- DP. t’ElECTRICTTK. \6"J matière éleCtrique qui lui parvient alors, 6c qui fe diflipe au moment même, pour faire place à celle qui continue d’y aborder.
- Je ne fuis donc pas furpris que M. Dufay, qui ne faifoit fes expériences qu’avec un tube, dont l’éledricité n’é-toic pas foutenue par un frottement continu , crut devoir décider que la flamme étoit incapable de contractée la vertu éleCtrique j & la raifon qu’il en apporte , eft autant folide qu’elle puifle être, eu égard aux circonftances. Les parties en effet de cette flamme fe diflîpant & fe renouvellant trop promptement , emportoient alors rapidement la matière éleCtrique que le tube leur communiquoit j de forte qu’il n’étoit pas polîible de s’appercevoir de la vertu électrique de cette flamme.
- Cette raifon , confirmée par l'expérience d’une éleCtricité foutenue , qui fe laifle appercevoir foiblement , à la vérité , dans une flamme qui fe diilîpe rapidement, eft bien plus lolide,que celle qu’en apporte Y Abbé Nollet, lorsqu'il dit à«cette occafion (a), que M.
- («*.) Recherches fur l’iktt. p. 161,
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- i68 Trait!
- Dufayear pu donner une raifon encore plus fïtre de ce phénomeme , » s’il avoir » fçu, comme nous fçavons aujourd’hui, » qu’un tube de verre perd fa vertu , » dès qu’il approche de la flamme ; » car , continue r il, comment commu-»> niquera-t-il de l'électricité, s'il n’en » a pas«.
- Pour peu qu’on fçache de Logique , on voit manifeftement la faulfete de ce raifonnement. On conçoit bien , en effet, que dès que le tube aura perdu fon éleétricité, il ne pourra plus en communiquer à la flamme ; mais ce tube , ne perdant la vertu éleétrique dont il eft pourvu , qu’à proportion qu’il la communique , & la perdant dès qu’il approche de la flamme , il faut ae toute néceflité, conclure qu’il la communique à cetce flamme , & non pas qu’il ne peut lui en pommuni-r quer, parce que cette flamme la lui fait perdre.
- CXII. La vertu électrique communiquée à la flamme , fe difîîpe donc avec elle , de façon qu’on ne peut juger de l’éleétrieité de cette flamme, qu’au-tant qu’on répare par une électricité foutenue, la matière éleCtrique qui
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- ©B L*E L B G TÇ- R I CITÉ. \6<) fû diffipe : d’oùj'infere avec ceux qui regardent la flamme comme un obfta-cle à la vertu électrique, qu’il faut éloigner toute flamme quelconque , d’un corps qu’on veut charger d’éleCtricicé , foit en le frottant, {oit en le faifanc communiquer avec un corps déjà pourvu de matière éle&rique.
- Si par un temps favorable à ces fortes d’expériences , vous éleCtrifez un conduéteqr , il donnera des Agnes d’une forte électricité $. approchez alors à quelque diftanee de ce conducteur , la flamme d’une bougie , & vous vous appercevrez alors , que l’éléCtricité s’af-foiblira s & qu’elle s’affoiblira d’autant plus , que vous approcherez cette flamme beaucoup plus près du corps élec-trifé ; à quelque proximité cependant, que vous la teniez du conducteur , vous nç parviendrez point à le dépouiller entièrement de la vertu éleCtrique, fi vous continuez à foutenir le frottement du globe j parce qu’elle renaîtra dans le conducteur , à proportion qu’elle fe dilfipera par l’intermede de la bougie.
- Je confidere alors ce conducteur , comme un tube ouvert à fes deux extrémités , dans lequel on fait couder
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- 170 Tft ait i
- une liqueur ; il n’en fera jamais épui-fé , fi cette liqueur y aborde conti-nuement, à proportion qu’elle s’écoule.
- CXI1I. J’inrere encore .des précédentes expériences que la flamme elle-même doit être regardée comme on conducteur qui fe charge de matière éleCtrique , & qui la distribue aux corps circonvoifins , & je fuis d’accord en cela, avec les plus célébrés Phyficiens éleCtriiants , Dufay (a) 3 Winkler (b\ Wait[ ( c), Dutour ( d), Jallahert (e)3 Sec. qui ont tous regardé la flamme comme propre A tranfimettre la vertu électrique.
- Si on fait brûler, dit TVinkler , de l’efiprit de vin dans un vafe placé entre deux barres de fer ifolées , & dont l’une reçoive l’éleCtricité du globe, la flamme intermédiaire communiquera la vertu éleCtrique à la fécondé barre.
- On conçoit, fans qu’il foit néceflaire de le faire obferver ici, que ces deux
- Sc de fes ci {à). Mém. prCfentéS à l’Acad. <0 Eip. fnr l'Elcft.
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- » E l'E LBCTRICITÉ. 171 barres doivent être difpofées de façon > que leur diftance foit allez grande, pour <jue la première étant éleétrifée , ne puifle communiquer immédiatement à la fécondé la vertu éie&rique qu’elle
- Winkler obferve même en cette oc-cafion , que la vertu éle&rique fe tranfmet n facilement par l’intermede de cette flamme , & avec tant d’a&i-vité , de l’une à l’autre barre, que la fécondé peut devenir éle&rique , lors même qu’elle eft éloignée de la flamme» à la diftance de deux pieds.
- CX1V. Cette expérience bien déci-five pour conftater que la flamme peut être regardée comme un conducteur de la matière éle&rique, fe trouve encore confirmée, par la néceflité d’ifoler la bougie , ou pour mieux dire , le flambeau qui la porte ; ainfi que le vafe à l’efprit de vin , dont on fait ufage dans l’expérience précédente. Sans certe précaution, la matière éle&rique fe diffipe totalement, & ne fe communique pas à la fécondé barre.
- CXv. Ce fut une expérience à peu près femblable , qui fit croire -à M. Waif{, que la flamme pouvoir tranfmet-Hij
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- >7> Trait*
- rre la vertu éle&rique ; il parvint meme à la'communiquer d’une barre a une autre , bien plus éloignées entr’elles, que celles dont nous avons fait ufage dans l’expérience précédente ; il fe fervit pour cela de deux bougies pofées après de fix pieds de diltance l’une de l’autre , fur des pains de réfine , de façon que la flamme de chacune répondoit .au-deffous des extrémités correfpondan-tes de chacune des deux barres.
- Ce fait que Y Abbé Nollet regarde .comme fort embarraflant à expliquer, Sc à concilier avec d’autres faits qui prouvent que la flamme détruit l’électricité (a), me paroît cependant aflez facile à développer.
- En réfléchilïant en effet fur tous les phénomènes que nous avons obfervésj relativement aux effets de la flamme fur l’éle&ricité, nous comprenons auffi-tôr, qu’il n’eft point étonnant qu’elle détruife la vertu éledrique des corps éle&rifés vers lefquels on la porte ; puifque , faifant l’office de conducteur, elle abforbe cette matière , pour la
- ( a) Rechercb. fur lTledricité, pg. 106,
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- i> e l’E l e c t M c i t I. i-f j ttahfporter à d’autres corps circonvoi-fins -, ou pour l’exhaler dans l’atmof-phere, à proportion qu’elle s’y éleve, &c qu’elle s’y diflipe.
- CXVI. Il elt donc inutile de chercher ici fi c’elt à raifon de fa chaleur ou de fa lumière , que la flamme détruit la vertu éleCtrique d’un tube récemment frotté. Si l’Abbé Nollet eut faili les rapports que nous venons d’indiquer , Sc qui prouvent manifeftement que la flamme ne nuit à l’éleCtricité , que parce qu’elle enleve la matière électrique de ce4 tube , pour la tranf-porter ailleurs , il fe fût épargné une longue fuite de recherches qu’il a faites j pour répondre à une queftion qui ne mérite nullement d’être agitée, Sc il eût été perfuadé que fi la flamme nuit à la vertu éleCtrique , c’elt parce que fes parties , en fe diflipant, emportent avec elles la matière électrique qu’elles reçoivent du corps éleCtrifé qui fe trouve à leur proximité , & non pas, comme il le dit ailleurs (a), parce que la dillîpation des parties, qui forme
- (a) Recherches fur l’Elcétr. pag. 118.
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- j74 Traité une atmofphere d’une certaine étendue, autour du corps embrâfé , eft propre à interrompre les mouvements ae la matière éledrique ; & encore moins , comme il le penfe d’après M. Wait£ parce que ces exhalaifons peuvent peut-être remplacer , avec une furabondance nuifible , les vuides qui fe font dans un corps éleétrifé, par la matière qu’il lance autour de lui-même.
- CXVII. Quoique l’expérience nous prouve manifeftement que la flamme eft éleétrifable par communication , & qu’elle peut fervir de conduéteur, pour tranfmettre cette vertu d’un corps à un autre , nous avons tout lieu de croire que ce n’eft point en qualité de flamme, c’eft-à-dire, comme matière lumineufe, qu’elle produit cet effet ; mais bien, comme contenant & exhalant certaines parties qui lui fervent d’alimens ; & yoici les expériences fur lefquelles nous croyons pouvoir. hazar-der cette opinion.
- i°. La lumière du foleil, qui eft la plus pure de celles que nous puiflions ioumettre à nos expériences , ne paroît point éleétrifable , ni pouvoir tranfmettre cette vertu d’un corps à un
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- »E i’Eleétrïcité. tyj autre. J’ai répété plusieurs fois l’expérience de M. Winkler (a), & je n’ai jamais pu parvenir à éleCtrifer un homme ifoié , en conduisant fur lui un rayon de foleil qui palToit auparavant fur un condufteur fortement chargé d’éleétricité. Je ne fuis pas le feul qui ait tenté infru&uenfement cette expérience , plulîeurs ont éprouvé la même chofe avant moi , & ont reproché à M. Winkler de s’être laide feduire par quelques circonftances étrangères à Ion objet.
- 2°. Quoique les fubftances qui fervent d’aliment à la flamme d’une bougie ou d’une chandelle » ou de tout autre corps qui brûle, foient fufeep-tibles de devenir éle&riques par frottement , elles peuvent encore le devenir allez fortement par communication , pour tranfmettre jufqu’à un certain point cette vertu.
- Placez une bougie, par exemple, fur un conducteur que vous éleétrilerez en-fuite : cette bougie vous donnera alors des Agnes très - fenfibles de la vertu
- (tf)Eflai for la nature de l’Eleâr. pag. 31.
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- i7* t Trait* éledtrique qu’elle aura contractée. Elle attirera à elle des corps légers, que vous lui préfenterez,même à une aflez-grande diftance} & fi vous en approchez ' le doigt, vous entendrez un bruit aflez fenhble j qui décéléra l’écoulement de la matière éledtrique, qui paflera de la furface de ce corps à votre doigt. D’où nous croyons pouvoir conclure que la faculté que nous remarquons dans la flamme de devenir éledtrique , & de tranfmettre cette vertu à d’autres corps circonvoifins j doit être attribuée aux parties étrangères delà flamme} à celles qui lui fervent d’aliment, & qui fe dif-lîpent avec elle.
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- »E t’ÈtHCTMCIT*. I 77
- CHAPITRE XVI.
- De la maniéré de juger de Vin-tenjité de la vertu électrique.
- CX VIII.C o m m e les circonftances du temps influent plus ou moins fur les effets de l’éleétricité , ainli que nous l’avons fuffifamment prouvé ( chap. 14), & que la matière éleétrique eft plus ou moins abondante dans un temps que dans un autre} il feroit affez important pour ceux qui s’appliquent à étudier les phénomènes éleétriques , de pouvoir juger exactement de l’intenfité de cette matière ; il feroit donc très-utile qu’on eût quelques moyens certains , pour mefurer les différents degrés d’éleCtri-cité d’un conducteur auquel 011 communique cette vertu.
- Si plufieurs Phyfîciens ont fait juf-qu’à préfent d’affez vains efforts pour imaginer un inftrument propre1 à cet effet, leurs recherches ne font cependant pas tout-à-fait inutiles ; & s’ils ne font point arrivés à ce degré de per-
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- i7l Trait*
- feétion défirable dans une telle machine » on ne peut néanmoins refufer de juftes éloges à celles qu’ils ont imaginées , &qui font très-propres à nous éclairer dans cette recherche, & à nous fournir des idées qui peuvent nous conduire par la fuite au but que nous nous propofons.
- CX1X. On donne le nom d’Electro-mette t c’eft à-dire, mejure d‘Electricité , aux inftruments qui peuvent nous faire connoître l’intenfité de cette vertu dans les corps qui en fonr pourvus. Ces •inftruments font fondés lur différents principes , & méritent très-bien d’être connus, malgré les imperfections qu’on peut leur reprocher.
- CXX. La farce répulfive qu’on remarque entre deux corps éleétrifés , le plus ou le moins de difficulté qu’on éprouve à dépouiller de fa vertu électrique un corps qui en eft furchargé, la diftance plus ou moins grande , à laquelle la vertu éleCtrique fe manifeste par explofion , font les moyens que les Phyiiciens ont employés juf-
- Su’à préfent, pout conftruire ces fortes 'inftruments.
- CXXI. On fçait que dès qu’un corps
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- be l'Electricité. léger elt éleCtrifé par un conducteur chargé d’éleCtricité , ce corps s’écarte, & fuit le conducteur. On içait pareillement que deux corps légers étant l’un & l’autre éleCtrifés , fe fuient mutuellement , tant qu’ils jouiflent de la vertu éleCtrique qu’on leur a communiquée. M. Dufay fçut mettre anciennement cette connoilîance en pratique, pour démontrer avec quelle rapidité on dépouille de fa vertu éleCtrique , un conducteur qui en eft furchargé, lorfqu’on le touche, Sc qu’on en tire une étincelle.
- Il prit pour cela un fil de lin d’une certaine longueur , qu’il plaça fur une barre de fer, de façon que les deux bouts de ce fil pendoient de chaque côté parallèlement l’un à l’autre , & il obferva que dès que la barre de fer de-venoit éleCtrique , Sc conféquemment, le fil qu’elle portoit , les deux bouts de ce fil s’écartoient plus ou moins l’un de l’autre, fuivant que la matière électrique étoit plus ou moins abondante. Il remarqua enfuite , & c’étoit le principal but de fon opération , que ces deux fils étartés l’un de l’autre en forme de rayons , s’approchoient tout à coup,
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- i8© Traité
- & reprenoient leur première fituation J dès qu’il rouchoit à la barre , & qu’il en tiroir une étincelle.
- CXXII. L'Abbé Nollec imagina de fe fervir de la divergence de ces fils , pour juger de l’intenfité de la matière éle&rique. » Tant que les deux bouts, » dit-il (a), font divergents entr’eux, » il eft certain que le corps d’où ils j> pendent eft électrique, & l’angle qu’ils » forment en s’écartant l’un de l’autre , » eft une efpece de compas , qui mar-» que plus ou moins d’éleCtricité. C’eff, *> continue-t-il , une chofe curieufe , » de voir cette forte d’inftrument's’ou-» vrir & fe fixer, chaque fois qu’on ap-j> proche un tube de verre nouvelle-i3 ment frotté de la chaîne, ou de la » barre, de fer à laquelle il tient «.
- L’idée de cet infiniment eft on ne peut plus ingénieufe , & quoique VAbbé Nollec n’en foit pas le créateur, on ne peut trop admirer la manie_re induftrieufe avec laquelle il fçut en tirer parti. On conçoit en effet, qu’il ne fuf-fit pas de voir écarter ces fils l’un de
- (<*) Recherches fur l’Eled. pag. i j8.
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- BB l’ElectrïcitI. 181 l’autre , pour juger de l’intenfité de la vertu éleébriquej il faut outre cela eftimer la valeur de leur éloignement : mais cette condition n’eft pas aufli facile à remplir qu’on pourroit l’imaginer ; on ne peut point leur appliquer une échelle j ou une réglé graduée ; il ne faut pas même, comme l’obferve très-bien l'Abbé Nol-let, qu’aucun autre corps en approche à une certaine diftance ; puifque s’ils font éleétrifés, ils ne manqueroient pas de fe porter vers tout autre corps qui ne le feroit pas , & conféquemment, de fe déranger de leur fituation.
- Pour obvier à cet inconvénient, ce célébré Phyficien place devant les deux bouts de ce fil, & à une diftance convenable , une planche percée d’un trou, vis-à-vis duquel il met une bougie allumée , & il reçoit l’ombre de ces fils , fur un carton blanc qu’il éleve verticalement & parallèlement au plan qu’ils terminent entre eux. 11 trace fur ce carton une portion de cercle qui a pour rayons les deux ombres de ces fils ; &c cet arc divifé en degrés, lui fert à juger de leur écartement réciproque.
- CXXI11. M. Wait^ eut autrefois la
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- riz _ Traité même idée (a ), mais il portoit plus loin fes prétentions ; & fes vues étoienc même bien différentes. Il imaginoit qu’il s’élançoit de tous les corps qui font dans le voifinage d’un corps élec-trifé, une matière capable d’impulfion, & il ne fe propofoit pas moins que de mefurer l’effort de cette im^ulfion , par le poids quelle étoit en état de fou-tenir.
- Il prenoit pour cela deux fils de foie, AB , AC, (fig. 11 ), fufpendus à un point fixe A. Il attachoit aux extrémités de ces fils deux lames de métal, de fix pouces ou environ de longueur, & pefant chacune trois onces. Ces deux lames pendant librement aux extrémités de ces fils, fe tenoient appliquées l’une vers l'autre. Il approchoit alors en def-fous , & à peu de diftance de ces lames , un tube de verre récemment frotté j & il mefuroit, à l’aide de l’arc F G , la diftance à laquelle elles s’éloi-gnoient l’une de l’autre : or , voici Findu&ion qu’il tiroit de cette expé-
- (<*) Traité de l’Eleét. & de fes caufes.
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- »e l’EiectricitI. iSj rience. Dès que j’approche, difoit-il, un tube éle&rifé de ces lames, il s’élance de l’une* & de l’autre une matière dont les jets diriges en fens contraire , repouffent ces lames , & les écartent l’une de l’autre. Je puis donc juger de l’effort de ces jets , en mefu-rant exactement la grandeur de l’arc que ces deux lames décriventj puifque, connoifTant le poids d’un corps, on eftime aifémenr la force qu’il faut employer pour le foutenir dans tous les points d’un arc qu’on lui fait décrire.
- Cette expérience ne permet point de douter a la vérité , que l’approche du tube éledtrifé occafionne une force répulfive entre les deux lames métalliques dont on fait ufage : mais cette répulfion vient - elle , comme le pré-' tend Monfieur Waic{ , d’une matière préexiftante dans ces lames , laquelle eft mife en mouvement à l’approcne du tube éleétrifé, ou eft-ce la matière électrique elle meme de ce tube , laquelle fe tranfmettant à ces lames j les tient dans cet état de répulfion } c’eft ce que l’expérience ne décide point ; & pour peu même qu’on réfléchifle fur les phénomènes des répulfions éleétriques-que
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- nous avons développés précédemment, ( chap. y )', on fera plus porté à attribuer cet effet à la matière éleétrique que le tube leur communique. La conclusion que M. Wait^ tire de cette expérience n’eft donc pas auffi bien fondée qu’il le prétend : mais ce n’eft point ici l’endroit d’examiner cette queftion.
- J’ajouterai encore ici qu’on doit peu compter fur l’exaétitude de l’eftimation des forces impulfives qui fe décelent dans cette expérience dès qu’on n’eft pas fur de la direâion que la matière effluante fuir 3 en choquant les lamés qu’elle rencontre fur fon paffage. Au refte , je n’ai rapporté l’expérience de M. Wait% , que pour faire voir que le génie des Phyficiens fut d’abord porté à tirer partie des premiers phénomènes que la matière éleétrique nous fit obferver j fçavoir, des forces répulfives.
- CXX1V. Quoique l’éleétrometre de Y Abbé Nollet foit aufli fimple qu’on puiffe l’imaginer , & qu’il paroiflè répondre aux vues qu’on fe propofe dans ion application , i! n’eft cependant pas auffi exaét qu’on le défireroit. .L’Auteur iui- meme en convient en quelque
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- »i l’Electricité. 185 façon, lorfqu’il ajoute, après en avoir donné la delcription , & avoir parlé de l’inftrument de M. Wait\ (a) \ en général on peut dire qu’un éleétrometre , tel qu’il devroit être . pour mériter de porter ce nom, eft un inftrument alTez difficile à imaginer pour le préfent , Sc il eft peut-être trop tôt d’y penfer.
- CXXV. L’idée de juger de la force de la vertu éleéhique , par les degrés de répulfion qu’elle produit entre des corps chargés d’éleétricité , eft fans contredit la plus propre à nous fatis-faire à cet égard ; c’eft auflî celle à laquelle les Phyficiens fe font le plus attachés. C’eft elle qui fert de bafe à un éleétrometre fort ingénieux à la vérité , mais qui me paroît exiger trop de précautions dans fon fervi-ce , pour que tout le monde puifle en faire ufage. Je^n’en donnerai ici qu’une légère idée , fufïïfante cependant , pour en faire connoîrre tout le génie. Nous devons cet inftrument aux foins de Meilleurs Leroy & Darcy : en voici la principale partie , celle
- (<j) Recherches fur I’Elcétricité, pag. 163.
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- i86 Trait!
- qui contient toute la méchanique de rinftrument , telle que Monfieur Darcy la décrit lui-même (a). «Un » grand vafe A B. ( fig. i $ ) plein s> d’eau , contient une bouteille CD, »» de verre , que les Marchands appel-» lent Œuf Philofophique\à.Yextrèmitc » du col de cette bouteille, eft adaptée » une verge V, parfaitement cilindri-» que , d’une ligne de diamètre & de » douze pouces de long. Le vafe A B, » eft recouvert en haut, par une plaque » de laiton H, qui s’applique parfai-« tement deflus. Cette plaque eft percée u d’un grand trou à l’on centre , qui » eft aufli celui du vafe , afin que la » verge puiftepafler à travers très-libre— » ment. A l’extrémité fupérieure de la » verge t eft une petite plaque circu-
- laire L, de laiton, de 14 lignes de »> diamètre «.
- » J’ai déjà dit, continue M. Darcy, » que le vafe A B , eft plein d’eau : »> l’œuf y eft plongé à une certaine pro» » fondeur , qui doit être telle que l’inf-»> trument étant en repos, c’eft-à-dire,
- («) Mém. de l’Accad. an. 1749.
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- SB l’ElECTRICITé. 187 » n’étant pas éle&rique , l’extrémité » inférieure de l’œuf foit afifez près du » fond du vafe , fans cependant y tou-» cher , de façon que la petite plaque » L, foit très - près de la platine H, » Pour que l’œuf & la verge foienc >9 toujours dans une fituation verticale, » on lefte l’œuf avec du mercure.
- Pour empêcher que cet inftrument ne varie dans l’eau, & ne fe porte de côtés & d’autres , on le détermine vers le milieu du vafe , par le procédé fuivant : Sur la plaque H, font fixés en croix des fils d’argent très déliés , tels que ceux dont on fe lert pour conftruire des micromètres j ces fils laiflent entre eux , vers le centre de la platine où ils fe rencontrent , un petit efpace, plus grand que le diametrç de la verge ; ce qui lui permet d’exécuter des mouvements de haut & de bas, fans éprouver un frottement fenfible.
- » Il arrive même , remarque M. »> Darcy, un fait bien fingulier ; c’eft » que lorfque toute la machine eft forte-» ment éleétrifée, la verge eft contenue 33 au milieu de ces fils , prefque fans y »> toucher ; parce qu’étant éle&rique » comme eux , elle les évite conti-» nuellemeur.
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- i S 8 Traité
- Cette conftruCtion étant connue, on Conçoit aifément Pufage de cet infiniment , & de quelle maniéré il indique les différents degrés d’intenfité de la vertu éleCtrique. On conçoit en effet, que fi cet inftrument eft ifolé , c’efl-à-dire , placé fur un pain de réfine , ou un fupport de verre , & qu’on le falTe communiquer avec un conducteur qu’on éleCtrife ; alors le vaifTeau , l’eau qu’il contient, la plaque H, la tige F', ôc la petite plaque L , recevront pareillement la vertu éleCtrique. Or, comme c’eft un principe univerfellemenr reconnu , que les corps chargés d’électricité fe fuient mutuellement , tant qu’ils font électriques , la plaque H, repouffera nécefïairement la plaque L , & fera remonter- la tige & l’œuf. On reconnoîtra donc par les différents degrés d’élévation que cette tige acqué-rera, l’intenfité de la vertu éleCtrique.
- Il ne fera pas difficile de confulter une échelle propre à indiquer ces degrés ; il ne s’agira que de placer l’inf-trument devant un chafïis garni de verre , douci feulement d’un côté , & divifé parallèlement à fa bafe , en degrés connus, & de diriger les rayons
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- DE l’ElE CTRICITÉ. 189
- d’une lumière fur la tige-/7, de forte que l’ombre de fon extrémité fupé-rieure , vienne aboutir fur la plaque de verre.
- Je n’infifte pas fur cette derniere partie de l’éledrometre deM. Darcy ; quelqu’ingénieufement imaginé que cet infiniment me paroifle , & parce que je ne penfe pas qu’il foit de beaucoup fupérieur à celui que j’ai décrit ,(111), & parce que je le regarde comme trop difficile à exécuter exactement, par tous ceux qui pourroient avoir befoin d’en faire ufage. Ceux qui feront curieux de le connoître plus particuliérement, pourront confulter les Mémoires de l’Académie, que nous avons cités ci-deffiis \ ils y trouveront une defcrip-tiontrèsrample de cet infiniment, accompagnée des ufages auxquels leurs célébrés Auteurs le deftinent, & qui plus eft , des réponfes aux difficultés qu’on pourroit apporter contre l’exactitude de cet ingénieux éleCtrometre.
- CXXVI. M. Canton crut pouvoir juger de l’intenfité de la matière électrique , par le plus ou le moins d’efforts qu’on eft obligé de faire pour en dépouiller un corps qui en eft plu? ou
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- moins chargé j il prit une phiole de verre (a) , qu’il remplit d’eau jufqu a fon col j il la boucha avec un bouchon de liege , à travers lequel pafloit un fil de fer qui plongeoir par l’une de fes extrémités dans l’eau, & dont il appli-quoit l’autre extrémité, celle qui excé-doit le bouchon , contre le conducteur, afin de communiquer fortement la vertii éleCtrique à cette phiole- 11 connoilfoir qu’elle étoit autant chargée d’électricité qu’elle le pouvoit être ; lorfque, retirée d’auprès du conducteur , il ap-perçevoir que cette phiole fe déchargeoit d’elle-même dans l’air ; ce qui fe dé-cele bien fenfiblement dans l’obfcucité, par une aigrette qui brille à l’extrémité extérieure du fil de fer, ou en plein jour , par un petit fifflement qui fe fait entendre.
- Pour juger alors de la quantité d’é-leCtricite dont cette phiole demeuroit chargée , M. Canton approchoit l’extrémité extérieure du fil de fer , d’un petit morceau de fer qui communiquoit à un canon de fufil ifolé': il partoit alors
- {* ) Watfon, Effai fur l'Elcét. pag. 104.
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- de i5Electricité. 191 une étincelle , qui emportoit une partie de l'éleCtricité de la phiole, & qui fe rranfmettoit au corps ifolé. En touchant ce dernier avec le doigt, M. Canton lui faifoit perdre cette vertu, pour réitérer enfuite la première opération ; c’eft-à- dire , pour lui communiquer de nouveau la vertu électrique , en le tou^ chant encore avec le fil de fer de la phiole ; & il allure qu’il s’eft trouvé plusieurs circonftances , où il falloit réitérer plus de cent fois ces décharges, pour dépouiller entièrement la phiole, de la matière éleCtrique qu’elle conte-noit ; il jugeoit donc de Tintenfité de cette vertu, par le plus grand , ou par le moindre nombre de décharges qu’il était obligé de faire pour déféleCtrifer la phiole.
- CXXVII. On conçoit aifément combien peu étoit exaCt le procédé de M. Canton.
- ib. On ne peut être fur qu’une phiole foit autant chargée qu’elle le puilfe être , lorfqu’on commence à la décharger, puifque la vertu électrique qu’elle contient commence à fe dilîi-per , dès que la phiole eft féparée dis çonduCteur. Quelque petit que foie l’ia-
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- tervale de temps qui fe pafle entre le moment où on la retire du conducteur, & celui auquel on l’approche du corps qui doit la décharger, elle perd plus ou moins de fa vertu éleétrique , fui-vant que la malle d’air dans laquelle elle eft plongée, eft plus ou moins propre à abforber cette matière.
- 2°. Elle eft encore électrique, quoique très-foiblement, lorfque l’étincelle celle de paroîtce , & qu’on n’entend plus de bruit au moment de fon contaét avec le corps qui la décharge j car fi on approche alors quelques corps légers du fil de fer qui la pénétre , elle leur imprime encore quelque mouvement.
- 3°, Elle fe décharge plus ou moins, à chaque fois qu’on approche fon fil de fer du corps qui la déféleétrife, fuivant que la perfonne qui la tient, l’embrafte par un plus grand , ou par un moindre nombre de fes parties 3 comme nous le ferons obferver , en parlant de l’expérience de Leyde , dans le Chapitre îuivanr.
- CXXVIII. Ee dernier moyen qui foit parvenu à ma connoiflance, pour juger de l’intenfité de lamatiere eleétri-que, eft la diftance , plus ou moins grande.
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- grandedlaquelle il faut approcher d’un corps chargé dféledricité’, pour en tirer irneétincefle; & Voici là machine la plus exsde qu’on puiflfe employer pour cer effet.
- Difpofez tm pilier F G , ( % 14), de façon qu’une vis C D qui le tra-verfe , touche le condudeur AB t chargé d'éledricitfé-, lorfque l’extrémité1' C de cette vis-;, eff appliquée contre' la tête O du pilier : adaptez à cette même tête une réglé dé cuivre graduée F E , dont la première diviiton réponde au point O. En fàifant mou- ; voir lavis-, defaçonqtt’elle s’éloigne dur condudeur AB, ces degrés d?éloigne-ment font repréféntés par la graduation de la réglé, dont chaque degré repréfente toute l’étendue d’un pas de vis.
- La rofette a b, qui fert à: mouvoir la vis-, eft elle-même divifée eft quarante--parties- égales; de fofte-qu’en comparant- les- parties dé cette rofette correspondantes à la réglé F E > on-peut évaluer jufqu’à un quarantième de degré ; 8c conféquemment, mefurec avec une précifion ünguliere ,1 eloigoe-menc del’extréœité 2)1, delà vis CE>t au condudéur- A B.
- I
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- i»4 Trait*
- Cela pofé, on éloigne cette vu du conducteur. , jufqu’au . point où on commence à appercevoir que l’.explo-fion éleétrique ceffe de. patoître , Sç on juge par-là des différents degrés de force de la vertu éleCtrique» dans le conducteur AB.
- Cette méthode eft, à U vérité, on ne peut plus fimple ; mais je ne crois pas qu’on puiffe la regarder comme ab-folument exaCteJ Parmi les différentes imperfections qu’on peut lui reprocher, en voici une fuffifante pour nous empêcher de lui donner toute la confiance qu’elle paroît mériter au premier abord.
- Il eft des cas où l’éleCtricité eft fi languiffanre, qu elle ne peut fe manifester par aucun éclat, lors même qu’on portetpit le bouton de la vis C D. au point de toucher le conducteur AB.
- Ce conducteur eft cependant électrique , & fa vertu fe manifefteroit encore affez fenfiblement par des attractions, fi on lui préfentoit quelques corps légers ; ou par de petites impreffions, que le doigt éprouverait, fi on l’appro-choit très près de fa furface. Or, dans cp cas , l’eleCtrometre que nous indiquons n’eft pas propre à nous faire
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- -»E L’EtBCTRÏCITè. I9J percevoir la vertu éleCtrique de ce conducteur Il eft donc des circonftances où cet inftrument feroit néceffairement en défaut ; ce qui me paraît plus que fuffifant pour détruire l'idée trop avan-tageufe qu’on pourrait s’en former.
- Il faut donc convenir que malgré les recherches qu’on a faites jufqu’à pré-fent, il en refte beaucoup à faire, pour amener à fa perfection un inftrument (impie, commode à exécuter, & propre à nous faire juger exactement des différents degrés d’intenfité de la vertu électrique. On ne peut trop encourager les Phyficiens à fuivre une recherche suffi curieufe, & qui peur devenir très* utile dans quantité de circonftances.
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- l)S T » A11 i
- CHAPITRE XVII.
- De ^Expérience de Ley.de.
- CXXV1H. Lis Expériences for l'c. feéfcricité commençoient déjà à- prendre beaucoup de crédit fur- refprn des Phyficiens , & on s'occupait de toute part à répéter celles dont nous avons parlé dans les Chapitres^ précédents, lorfqué le hazardenfit naître une , entre les mains- du célébré MuJJenbroek, qui- n ï contribua pas peu à augmenter l’émulation des Phyficiens, & a attirer l’attention de tons les amateurs, fur les phénomènes électriques.
- Ce fut au commencement de l’année 1746 que ce fçavant Profeflcur de Ley-de, fe propofant d’examiner fi l’eau étoit un milieu bien propre à recevoir & à tranfmetrre l’électricité , fit plonger un fil de laiton attaché à un conducteur , dans un grand vaie de verre en partie rempli d’eau , & fit enfuite éleétrifer le conducteur.
- Lorfqu’il imagina que cette eau
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- devoit erre fuffifamment éledfcrifée , il eflaya de tirer une étincelle du conducteur , tandis qu’il tenoit le vafe de l’autre main ; il fe fentit à l’inftant frappé aux deux bras , aux épaules , & dans la poitrine 9 au point d’en perdre la respiration , & il fut plus de deux jours a revenir de la frayeur que cette terrible commotion lui avoir occafionnée.
- Quelques jours après , il fit part de cette découverte à M. de Réaumur, dans une lettre qu’il lui écrivit : il étok encore fi étonné de cet événement, auquel il ne s’étoit point attendu, qu’il protefta qu’il ne voudroit point recommencer cette expérience , pour la 'Coio-ronne de France.
- C.XX1X. Quoique cette expérience, qu’on peut regarder comme la plus glorieule époque de l’éleétriciré , eu égard au grand nombre de découvertes auxquelles elle donna lieu par la fuite, ne fut dûe qu’au hazard , & qu’elle ne pût contribuer à la réputation de fon Auteur , on voulut néanmoins ravir à Mujfenbroek, l’honneur de l’avoir faite le premier. Quelques-uns l’at-tribuerent a M. Cuneus , Bourgeois de Leyde j d’autres prétendirent que
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- ï98 Traité
- ce fut MuJJenbroek, Médecin à Amf-terdam, & pere de notre célébré Auteur , qui voulut bien faire honneur à fon fils, d’une découverte aulîi furpre-nante : mais la bonne foi & la candeur du célébré profefleur de Leyde, ne nous permettent pas , d’après la lettre qu’il écrivit à M. de Réaumur, de douter un inftant de la vérité du fait qu’il attefte, 3c nous croyons devoir lui conferver dans l’efpritde nos Leéteurs, l’honneur de cette première épreuve.
- ' CXXX. Quoiqu’il paroiffe , d’après ce que nous venons de dire , que cette expérience foit terrible à répéter , nous anurons qu’on peut la faire , Sc qu’on la fait, de façon à ne pas même incommoder légèrement celui qui s’y
- Il eft très-probable que le vafe dont Mujfenbroek fit ufage , étoit fort grand : qu’il contenoit une très-grande quantité d’eau : qu’il l’éle&rifa puilTamment, & qu il l’empoigna de façon que toute l’étendue de fa main étoit appliquée contre la furface extérieure de ce vafe. Mais lorfqu’on ne fe fert que d’une phiole de l’efpece de celles dont on fait ufage pour tranfporter des médecines,
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- fit l'Electricité. ip9 & qu’elle n’eft remplie d’eau que juf-qu’aux deux tiers, ou environ de fa capacité, il n’y a perfonne qui ne puilTe s’expofet à répéter l’expérience de Leyde , fur-tout, fi on n’éleCtrife que modéremment cette bouteille.
- CXXXI. Une remarque fort importante à faire pour le fuccès de cette expérience , c’eft d’éloigner du col de la bouteille , tant extérieurement qu’in-térieurement, toute humidité pomble : c’eft une condition eflentielle recommandée par tous les Phyficiens éleCtri-fans. Atifli le célébré Watfon remarque ( a) que , toutes chofes égales d’ailleurs, cette expérience réuflit beaucoup mieux lorfque l’air eft fec , que lorsqu'il eft humide.
- Pour éviter l’humidité que l’eau contenue dans la bouteille pourroit exhaler contre le goulot, je me fers communément de menu plomb , que je fubfti-tue à l’eau dont on fait ufage. Cette eau en effet ne faifmt ici que l’office de conducteur qui tranfporte la matière éleCtrique à la furface intérieure de la
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- ( a ) Eflai fur l'Elcâr. pag. 66.
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- bouteille , comme je le démontrerai plus bas.} tout ce qui peut recevoir la vertu électrique & la tranfmettre , eft .propre à tenir la .place de l’eau , en fuppofant toutes-fois , que la matiece qu’on lui fubftitue , foit propre à s’appliquer exactement contre les parois de la bouteille.
- Je conviens à la vérité que l’eau s’y applique plus exactement que le menu plomb dont je fais ufage : mais ce dernier s’y applique fumfamment', pour produire .l’effet que j’en attends : suffi ai-je recours à un autre expédient., que je décrirai ailleurs , lorfqué je veux éleCtrifer plus .fortement la fur-face intérieure d’un vafe de verre.
- Ayant donc introduit du menuplomb jufqu’enE , par exemple, (fig. 15), •dans la bouteille GF. on la bouche en D , .avec un bouchon de liege , à travers lequel palfe un fil de fer ifiC, tecourbé en B , terminé par unlbouton A } ce-fil plonge .par une de £es extrémités G, dans le plomb.
- Nous défignerons très-fouventpar la fuite ce fil de fer , qui fert à tranfmettre la vertu éleCtrique à la bouteille dans laouelle il pîonee, fous le
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- DI l’ElïCTRICITÉ. 2.01 nom de crochet : ainfi, au lieu de dire le fil de fer qui plonge dans une bou-reille, nous dirons : le crochet de cette bouteille.
- Cette bouteille étant ainfi préparée, je la tiens dans la main , & j’applique le bouton A, contre un conduite tir qu’on éleltrife. Lorfqu’elle eft fuffi-famment éleltrifée , ce qui exige plus ou moins de tours de roue , fuivanc que l’éleâricité eft plus foible ou plus forte , je lafepare du conducteur , & la tenant toujours dans la main , je touche de l’autre main le bouton A : l’étincelle éclatte , & j’éprouve alors une commotion plus ou moins forte, fui-vant que la bouteille eft plus ou moins chargée ; mais toujours aflez foible , pour n’en pas être incommodé.
- CXXXI1. Sans expliquer ici la rai-fon de cette commotion , dont nous aurons occafion de parler plus amplement par la fuite, nous dirons cependant , qu’elle dépend de l’altivité avec laquelle la matière éleétrique tend à fe porter, de l’intérieur de la bouteille, où elle fe trouve accumulée , à la fur-face extérieure de cette même bouteille , par l’iiitermede de la perfonne
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- 2©i Traité
- qui fait cette expérience, & qui établit une communication entre ces deux fur-faces , en tenant d’une main la furface extérieure , & en touchant de l’autre au fil de fer qui communique avec la furface intérieure.
- CXXXIII. On conçoit de là , que fi au lieu d’une feule perfonne , deux ou même plufieuis concouraient à faire cette expérience, pourvu qu’elles fuf-fent difpofées de maniéré que la communication entre les deux furfacesde la bouteille , ne fût point interrompue, les deux 'perfônnes, ou le plus grand nombre de celles qui concourraient à cette, expérience , éprouveraient dans le même temps la même commotion.
- Pour y réuflir, il faut former une chaîne non interrompue , des perfon-nes qu’on veut admettre à cette expérience , en les faifant tenir toutes par la main : celle qui fe trouve à l’une des extrémités de cette chaîne , doit tenir la bouteille dans fa main , & fe charger de l’éleétrifer, en l’applicjuant, comme nous l’avons dit précédemment , ( 131 ) , contre un condu&eur qu’on éleétrife. Lorfqu’elle fera fuffi-famment éle&rifée , elle la préfentera à celle qui forme l’extrémite oppofée
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- be l'Electricité. 105 de la meme chaîne. Cetre derniere touchera alors au bouton qui termine le fil de fer , ou à toute autre partie de ce fil : il en partira une étincelle , qui produira une commotion que toutes les petfonnes de la chaine reflentiront en même temps. '
- CXXX1V. L’expérience réuflîroit également j lors même que chaque per-fonne qui feroit partie de la chaîne , feroit féparée de celle qui l’avoifine des deux côtés, par un corps intermédiaire, en fuppofant toute-fois que ce corps fût propre à tranfmetrre la matière éledrique , telle qu’une barre de fer , par exemple.
- CXXXV. Quoique XAbbé Nollet ait une façon particulière & différente de la nôtre , d'expliquer ce phénométëiè il nous fournit néanmoins un moyen fort fimple de nous appercevoir de ce qui fe pafle, au moment de la commotion , entt*e les pérfonnes qui font partie de la chaîné. Son dèlfein , lorf-qu’il imagina Texpériençd frtivante , etoic de s'affiner fi la commotion fe rendoit fenfible par une lumière interne 5 il veut dire , par une lumière qui coule rapidement dans l’intérieur
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- .des .corps „ ôc qui doit fe, xnanifefter mi-dehors , dans ceux qui font diaphanes.
- •» Dans cette vue dit - il (a,) , au » lieu -daine feule perfonne j’en sm-« ploie, deux., dont l’une tient le vafe » rempli d’eau , tandis que l'autre oy excite l’étincelle, & je leur fais tenir » à .chacune par un bout , un xube.de » verre rempli d’eau : dorique l’explo-*> lion fe fait , & que les deux corps » animés relfentent la fecouffe, le tube .« •intermediaire qui les unit ., brille » d’un éclat -de lumière auflï fubit & » d’aiïüî peu de durée , que le .coup sj qui failit les deux perfaunes appli-« quées à,cette épreuve.
- CXXX'VI. U eft inutile de dire combien l’expérience de Leyde , aulli ca-rieulè que fmprenante a fut accueillie des -Phyficiens j il n’en fut aucun qui iie voulût la répéter ; on tenta même avec le plus .grand fuccès , .à ,1a faire éprouver en même temps à ,ftn très-grand nombre de perfonnes : M. le Monnier fut le premier, l ce que je fçache , qui
- La) Eflai fur l’Elèétr._pag. ipy.
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- de l'Electricité. 205 l'ait faicéprouver à une chaîne compofée de cent quarante perfora nés. Il fit cette expérience à Verfailles , en préfence du Roi. Depuis cette épreuve, on la vue réulEr, lors même que la chaîne éroir compofee d’un plus grand nombre de perfonnes. Elle réuflit communément a (Te z bien au College de Navarre, où la .chaîne ne contient pas moins que trois à quatre cens perfonnes : elle me réuflit parfaitement tous les ans dans les Colleges de l’Univerfité: mais comme mon emplacement ne me permet pas de recevoir plus de cent perfonnes, je ne l’ai jamais éprouvée lur un plus grand nombre, & j’ai toujours remarqué que chacun recevoit une vive commotion.
- Si parmi le nombre de ceux qui •répètent cnfemble cette expérience, il s’en trouve quelques-uns qui la ref-Xenrent moins vivement que les autres, comme je l’ai obfervé plufieurs fois , cet effet ne vient pas de ce que l’im-preflîon de la matière électrique fe fait moins fentir dans quelques points de la chaîne, que dans d’autres, mais des dif-pofitions particulières de ces perfonnes j & c’eft un fait dont je me Xuis afliiré
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- io6 Traité
- plufiears fois , en réitérant cette expérience, après les avoir fait changer de place. Dans ce cas, le réfultat s’eft toujours trouvé le même.
- ÇXXXVII. Quoique l’expérience de Leyde foit aflèî frappante par elle-même , fur-tout , lorfqu’on éleCtrife fortement la phiole dont on fe fert, & qu’elle foit bien capable alors , d’intimider celui qui reçoit la commotion; on fit néanmoins différentes tentatives, pour augmenter la violence du coup , en faifant ufage de différentes fubf-tances , pour fervir de conducteur à la matière éleCtrique , dans l’intérieur de la phiole.
- De-là, la limaille de fer qu’on fubf-titua à Peau ; de-là, la limaille de fer mélangée avec l’eau , & qu’on avoir foin d’entretenir dans un certain degré de chaleur ; de-là l’urine , l’efprit de nitre , le mercure , que plufieurs pré-féroient , & regardoient comme des intermèdes plus propres à augmenter les effets de la commotion.
- Quoique les Phyficiens regardaient ces differentes pratiques, comme autant decharlatanneries faites pour en impofer à la pms grande partie des Spectateurs,
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- de l’Electricité. 207 ic que je n’eus pas grande confiance à des modifications suffi peu effentielles à l’expérience dont il eft ici queftion , je foupçonnai cependant dans le tems, que le mercure pouvoir produire plus d'effet que de l’eau ordinaire j l’expérience juftifia mon idée. Je pris deux phioles de même capacité, autant qu’il me fut polfible d’en trouver 5 je mefu-rai féparément la même quantité d’eau & de mercure, que je mis féparément dans ces deux phioles j & après les avoir armées d’un fil de fer condufteur, je les éleétrifai enfemble , ayant foin de réunir les crochets de leur armure , & j’éprouvai effettivement j que la phiole garnie de mercure me donna une commotion fenfiblèmenc plus forte que celle qui n’étoit garnie qu’avec de
- La raifon de ce phénomène me pa-roît affez probable \ il eft naturel de penfer que le .mercure s’applique plus exa&ement que l’eau contre les parois de la bouteille , & qu’il la touche par un plus grand nombre de points j puif-qu’étant plus denfe que l’eau , & fes parties étant plus mobiles , elles laiffent moins de vuides à remplir entr’elles.
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- i©8 Traité
- CXXXVIII. De toutes les tentatives qu’on fit pour augmenter le produit de la commotion, je n’en connois point qui eut un fuccès aulïi marqué, que celle de M. Allamani à Leyde. Jvl. Jallabert eut la même idée que ce célébré Phyficien , & elle lui réuflit parfaitement bien. Voici en quoi con-iîfte la méthode qu’ils nous enfei-gnent.
- Verfez de l’éau dans un vafe de métal , dans un badin, par exemple : placez y la phiole que vous deftinez à l’expérience de Leyde, de façon quelle y plonge jufqu’à un travers de doigt au-delTous de fon col : communiquez l’é-le&ricité au fil de fer de cette phiole, que je fuppofe remplie d’eau julqu’à la même hauteur à laquelle ce liquide la mouille extérieurement.
- Si quelqu’un plonge une main dans l’eau du badin , ou fi il faifit le badin même d’une main , & qu’il tire de l’autre une étincelle du fil de fer con-duéteur de la bouteille , il éprouvera une commotion beaucoup plus forte, toutes chofes égales d’ailleurs, que celle qu’il éprouveroit, en répétant cette expérience félon la méthode ordinaire.
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- DE l’ÊhC T R I CI T f. 2©J
- Quoique M. Jallabert fût perfuadé que ce .procédé augmente «ronfidérable-metit les effets de la cefmmotion , il paroît, d’après ce qu’il .rapporte ( a ) ; que l’eau bouillante eft encore un moyen bien fupérieur au précédent. Voici comment il s’explique , après nous avoir alluré que l’eau chaude produit encore plus d’effet que l’eau froide dont on fait ordinairement ufage.
- » Je fubftituai, dit-il, à l’eau chaude, 33 de l’eau bouillante : des -éclats de s» lumière parurent d’eux-mêmes, avant 33 qu’on approchât la main du vafe. Ils 33 devinrent encore plus vifs & plus s> nombreux , quand on y appliqua la 33 main , & au même moment que la 33 perfonne qui le -touchoit d’une main 33 tira de l’autre une étincelle de la 33 .barre, le feu dont le vafe fe rem-S3.plit, parut tout-à-coup d’une viva-» cité inexprimable. La iecoufle fut » prodigieufe , & au meme inftant, » un .morceau Orbiçulaire du vafe, de »3 deux lignes & demi de diamètre , fut 33 lancé contre 1e mur qui en étoit À
- ,{a) Espér.üir J'ileü.fag. 4*7.
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- no Trait ï
- » cinq pieds de diftance 5 le morceau » fut emporté , fans fêlure au vàfe «.
- J’ai repéré plulîeurs fois cette expérience. J’ai bien éprouvé à la vérité , que la commotion étoit plus forte ; mais elle n’a jamais été accompagnée des mêmes phénomènes que M. Jalla-bert rapporte.
- J’ai éprouvé auffi bien que lui , & plufieurs fois , qu’une phiole trop fortement éleéfrifée , éclattoit â & le caf-foit , de maniéré à lancer un petit éclat } mais pour l’ordinaire , elle fe fêle feulement * & il paroît une petite étoile fur le ventre de la bouteille, & celui qui tient la phiolé reflent alors une commotion allez violente dans la main qui la touche
- Ce phénomène , dont nous aurons occafion de parler ailleurs , eft connu de prefque tous ceux qui ont beaucoup éleétrifé, & quoiqu’il n’arrive qu’aflez rarement dans l’ufage ordinaire, l’Abbé Nollet allure (a), qu’on peut le provoquer quand on veut, & le faire naître infailliblement. Il ne l’agit pour cela,
- (a) Hift. de l’Acad. Royale, an. 175}.
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- BI L’ElECTKïClîÉ. iïl nous dit-il, que d’avoir une électricité abondante , & de charger fortement la phiole , en éloignant un de fes doigts à quelques lignes de diftance du ventre de cette phiole.
- Je ne fçai fi cette dèrniere condition eft aufli eflentielle eprrl'-le prétend , mais je fuis fur d’arriver au même but à l’aide des deux premiers feulement , en foutenane plus ou moins de temps , l’éleébrifation de la phiole.
- CXXX1X. Toutes chofes égales d’ailleurs , je préférerais à l’eau bouillante, la méthode de M. Allamand3 lorfque je voudrois produire une violente commotion , & l’expérience m’a toujours paru juftifier mon idée. M. Jallabert lui-mème , la confirme juf-qu’à un certain point , en nous aflu-rant ( a ) , qu’on éprouvera une commotion moins forte , fi on ne touche le vafe que légèrement, & dans un petit nombre de points. L’exa&e Mujfen-broek eft du même avis , & il attefte que la commotioii eft d’autant plus forte , qu’on embrafle le ventre , ou
- (<») Expériences fur l’Elcû. p. 114.
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- a.ii . Tr airi
- la partie extérieure de la bouteille , félon une plus grande étendue de fa fur-face. Si quelqu’un , nous dit il ( a ) , ne touche la phiole que d’un doigt, la commotion fera foible ; plus forte, s’il la touche de deux doigts $ plus encore , s’il la touche de trois doigts $ & très-forte enfin , s’il embrafle le ventre avec la paume de la main & les doigts.
- Ce fait eft univerfellement reconu de tous ceux qui font dans l’habitude de faire beaucoup d’expériences en ce genre , & peut encore fe démontrer par l’expérience fuivante.
- Chargez fortement d’éleétricirc une
- fhiole ; faililfez-la extérieurement, en embraflant avec route l’étendue de la main & des doigts j tirez une étincelle de fon fil de fer , elle donnera alors une forte commotion , & elle fera entièrement dépouillée de fa vertu électrique : rechargez-la de nouvau ; & au® fortement que dans l’expérience précédente : tirez enfuite l’etincelle , en n’appliquant qu’un feul doigt fur k
- (<*) Cours de Phyiîq. Espér. T. i.
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- dï l’Electricité. ii? furface extérieure. Non-feulement la commotion fera plus foible ; mais encore , U bouteille ne fera pas entièrement déchargée & dépouillée de fa vertu éle&rique ; de forte que fi vous la retouchez avec le doigt vers tout autre point de fa furface extérieure , & que vous tentiez de tirer une nouvelle étincelle du fil de fer dont elle eft armée, vous recevrez encore une commotion femblable à peu près à la première. J'en ai tiré quelquefois jufqu’à quatre de cette maniéré , & de la même bouteille.
- CXL. Ce n’eft donc pas fans raifon, que le célébré JP'atJ'on difoit , » que » les autres circonftances étant les mê-j? mes , la commotion étoit en raifon » de la quantité des points, avec lef-» quels les corps non éleétriques tou-» chent le verre (a).
- Le Doéteur Bevis étoit tellement perfuadé de cette vérité , que pour rendre l’effet de j.a commotion beaucoup plus fort , il imagina de couvrir le ventre de la bouteille avec du plomb laminé*, afin quelle fût touchée exté-
- O) Bflai fur l’Elç&r. pag. 7?.
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- *i4 Trait*
- rieurement par un plus grand nombre de points ; & cette pratique, qui ne le
- cède en rien à celle de M. Allamand, eut tout le fuccès qu’il en artendoir. C’eft celle-que j’ai toujours préférée, lorfque j’ai voulu accumuler une grande quantité de matière éleCtrique. Dans tous ces cas, je me fuis toujours fervi d’un grand bocal, couvert extérieurement d’érain en feuiHes , & revêtu intérieurement de même matière.
- On conçoit en effet, que l’eau dont on remplit ordinairement les phioles,
- «es vaiflèaux de même efpe„ , qu’on veut furcharger d’éleCtricité, ne fert que de conducteur propre à rranf-
- î à la furface intérieure de vaiflèaux , la matière électrique qu’elle
- 9 H.1CVVL11JUC qU CUC
- reçoit de la chaîne ,ou du fil de fer qui plonge dedans. La feuille d’étain dont
- c...c___: ' :______j _ .. «
- ..1.JVUVM1U, ud icuuisucHinoont
- n revêtit la furface intérieure de ces mêmes vaiflèaux, doit néceflàirement produire le même effet, pourvu qu’on fafle communiquer cette efpece d’armure métallique avec le conducteur ; ce qui s’exécute commodément à laide d’une chaîne , qu’on laiffe pendre du conduc-leur dans le bocal , & ce moyen eft » autant plus fimple , que ce bocal fe
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- »B L’ELBCTlUeiTÉ. ZI$ trouve toujours prêt , & n’eft pas phargé d’une grpfle mafTe d’eau , qui je mettroit fpuyçjnt en danger d’être parte.
- Ces lames d’étain s’attachent aifé-ment à la furface des vafes avec de la colle ordinaire : il faut feulement avoir foin de n’en mettre que très-peu , 8c d’en ôter toute la quantité qui pourroic être fuperflue ; ce qui s’exécute, en appuyant fortement ayec un. linge , fur la furface de l’étain , Iqrfqu’on l’applique ni bocal.
- CXLI. Le célébré Watfon fe fervoic de bouteilles armées de la même maniéré extérieurement, mais feulement remplies d’eau, eu égard à la difficulté de garnir autrement leur furface intérieure , lorfqu’il vouloir produire un phénomène eleétrique affez fingulier ^ par 1- furprife qu’il occafionne ,§£ auquel il donne le nom de Mine électrique (a).
- On met dans l’un des coins de la chambre, où fe trouve l’appareil électrique , deux phioles A B , ( fig. i<» )
- ( a ) Watfen, E(fai far l’Elpft. J>. 78.
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- lié T R A fïf
- de l’efpece de celles dont flous venons
- de parlée ,.Sc pour augmenter là ftrr-
- Eife de celui qui fait ^expérience ,ion ï couvre de quelque choie ; de façon cependant que cette couverture ne touche point au fil de fer qui leur apporte la matière éledrique du globe.
- On attache au condudéur 'CD, un fil d’archal fort mince JE) £ J7 , que l'on; accroche aux fils de fer qui plongent dans les bouteilles ; ce qui s’exécute aifément, par l’intermede d’un autre fil de métal GH, qui unit les premiers.
- Sous le fond de chacune de ces bouteilles , font adaptés extérieurement des crochets IK, réunis entr’eux par une barre de métal LM, à laquelle on attache un fil de métal NO, que l’on conduit jufqu’auprès du conducteur GD, & que l’on recouvre d’un pail-kfibn, par exemple, ou d?üne planche très-mince , & non de tout corps quelconque , qui ne féroit point propre à Hanfmettre la vertu éledrique , tel qu’un tapis»
- Cela pofé, fi lorfque les bouteilles font fortement chargées d’éledricité , Wie perfonne placée fur le paillalfon j & qui,
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- de l’Elictutcité. 117
- qui , conféquemnientcommunique avec le métal NO , vient à tirer une étincelle C D ; elle éprouve alors une violente commotion, qui lui ébranle tout le corps. Elle pourroit même devenir dangereule , fi on multiplioit le nombre des bouteilles , ou qu’elles fuflent très-grandes.
- J’ai vu cette machine , difpofée de maniéré que le fil de métal N O , étoit placé fous un paillafion mis fur le pas lié d’une porte , & de façon que les fils de fer des bouteilles communiquoient avec le cordon de la fonnetre , de forte qu’on ne pouvoir tirer impunément le cordon de cetre fonnctte, lorfque les pieds étoient placés fur le paillafion. On conçoit parfaitement, qu’011 peut encore modifier cette expérience de différentes maniérés ; mais nous n’in-fifterons point fur de pareils objets , qui ne font que de pur amufement.
- CXL11. Le Doéteur Bevis fut encore un des premiers, qui imagina fort in-génieufement, de fubftitucr aux bouteilles de Leyde un carreau de verre, revêtu fur fesdeux furfaces , d’une lame d etain.Cette lame métallique ne s’éten-K
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- ntf . Trait! doir point jufqu’aux bords da Verre• mais elle en laifloit environ un pouce à découvèrc, entoure force de feus, comme on peut le remarquer dans la figure J7vdans laquelle ABCD repréfente lafurface du verre, icabcd cclledela feuille d’étain, qui la recouvre de la même maniéré des deux côtés.
- Pour faire ufage de cette machine, voici comment il haut procéder : placez le carreau de verre A B C D , fut une c ible , de immere que la lame métallique qui enduit la lurtace qui répond à la table , foit appliquée fur le plan de cette table. 11 l'eroit encore mieux qu’il y eût une petite chaîne, qui
- Êalfàc entre la rable 6c la feuille mécal-que, laquelle defcendant fur le parquet, établit une communication entre ce parquet 6c la lame métallique dont il elt ici queftion. Nous ferons obferver la rai Ion de cette communication dans le chapitre luivanr.
- Les vho es étant ainfi difpofées, laif* fez p.nite fur l’autre furface,.quenous pouvons appell.r ici lupéueure , une chaîne que nous fuppoions attachée au conducteur, 6c électnlez forcement ce
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- db t’ELïétfci e ït £. 219
- dernier, L’éleékricité qui y abordera , fe rranfmettra au carreau de verre , par i’intermede de la chaîne qui le fait communiquer au conducteur.
- Si lorfqu’il eft fortement éledrifé, on 11e touche avec le doigt que la lame métallique appliquée fur la furface fn-périenre du verre, ou la chaîne qui repofe fur cette lame , ou enfin le conducteur , on ne tirera qu’une étincelle, tC on n’éprouvera point la commotion. Ait contraire, fi cm* touche d’une main à la lame métallique qui -recouvre la furface inférieure du verre , ou à la chaîne par laquelle nous avons fuppofé que cette demiere furface communiquoit avec le plancher , & que de l’autre main , ott tire une étincelle en touchant comme ci-delfus à la lame métallique fupé-tieure, ou à la chaîne , ou enfin au conduiteur , on éprouvera alors une forte commotion , & elle fera d’autant plus forte , que le quarreau de verre lera plus ^grand , & qu’il fera recouvert d une plus grande feuille de métal.
- CXLUI. L’ingénieux M. Francklin avoir eu la meme idée que le DoCteur Bevis, & avoir pareillement imaginé d’employer des carreaux de verre »
- K ij
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- no Traité
- revêtus d’une lame de métal. Il déguifa même cette expérience , d’une maniéré aufli ingénieufe qu’amufante ; il fit un tableau qu’il appella magique , dont voici la conftruétion & l’effet.
- » Ayant un cadre,une glace & un por-» trait , fuppofons, dit il, que ce foit » celui du Roi ( a), ôtez-en l’eftampe, »> & coupez-en une bande, à la dif-» tance d’environ deux pouces du ca-» dre, tout autour s quand la coupure » prendroir fur le portrait , il n’y au-s> roit pas d’inconvénient. Avec de la » colle légère , ou de l’eau gommée , n fixez fur le revers de la glace , la » bande du portrait féparée du refte, « en la ferrant & l’uniffant bien : alors >> rempliffez l’efpace vuide , ( par l’ab-» fence du portrait ) , en dorant la glace »»-avec de l’or ou du cuivre en feuille; « dorez pareillement le bord intérieur » du derrière du cadre tout au tour, » excepté le haut , & établirez une » communication enrre cette dorure, » de la dorure du derrière déHa glace; » remettez la planche ou le carton fut
- (4) Exp, fur l'Ele&r. t, 1. pag. 168,
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- ht t’ExiCTRICIT*.. lit b la glace , & ce côté eft fini. Rerauf-» nez la glace, & dorez exa&emerit » le côté antérieur fur la dorure de » derrière , & lorfqu’elle fera feche , » couvrez-la , en collant deflus le mi-» lieu de l’eftampe qui avoit été fé-» paré, de la bande j obfervant de rap-» procher les parties correfpondantës » de ce portrait : par ce moyen, le » portrait paroîtra tout d’une piece, » comme auparavant 5 feulement, une » partie eft derrière la glace, & l’au-» tre pardevant. Tenez le portrait ho-» rifontalement par le haut, & pofez » fur la tête du Roi une petite cou-» ro.nne dorée 8c mobile. Maintenant* » fi le portrair eft éleétrifé modérem-» ment, 8c qu’une autre perfonne em-» poigne le cadre d’une main, de forte » que fes doigts touchent toute la do-» rure poftérieure , 8c que de l’autre » main, elle tâche d’enlever la cou-» ronne ; elle recevra une commotion » épouvantable , & elle manquera fon
- » coup......L’Opérateur , dit plus bas
- » M. Franklin , qui tient ce portrait » par l’extrémité fupérieure où l’in-» térieur du cadre n’eft pas doré, à » deflein d’empêcher la chute du por-
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- jzi.i ' Trait!
- » trait » ne fenc rien du coup , & peut » toucher le vifage du portrait , fans » aucun danger ; ce qu’il donne comme & un témoignage de fa fidelité. . .. v Si plusieurs perfonnes en cercle reçoi-» vent le coup , M. Franklin nomme » cette expérience , Y expérience des »> conjurés «.
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- CHAPITRE XVIII.
- De l'Electricité Pojitive & Négative.
- CXLIV. P o u r expliquer d’une me-
- niere fatisfaifante les effets de 1a commotion rapportés dans le Chapitre précédent , il faut examiner avec foin l’état d’une bouteille ou d’un carreau de verre chargés d’éleûricité, & propres à faire l’expérience de Leyde. Ne con-fidérons ici qu’une bouteille , pour que notre explication foit moins compliquée j il fera très-facile enfnite, d’appliquer les mêmes raifonnements à un carreau de verre.
- Dans le cas où une bouteille fe trouve difpofée à donner la commotion , M. Franklin a découvert que les deux furfaces de cette bouteille étoienc dans deux états bien différents » & il le prouve par des expériences très-cu-rieufes.
- CXLV. Pour développer comme il
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- a*4 Trait»
- faut cette théorie (a) , il eft nécet faire d’obferver que c’eft un fait généralement reçu parmi les Phyficiens , que la matière éle&rique eft naturellement répandue dans tous les corps , & que chacun en contient une quantité qui lui eft propre , laquelle peut être augmentée par différents moyens que nous avons déjà fait fuffifamment con-noître.
- Lorfqu’un corps contient plus que fa quantité naturelle de matière électrique , cet excès fe décele par une athmofphere plus ou moins étendue , qui fe forme autour de lui , & cette athmofphere fefait remarquer de différentes maniérés.
- On s’en apperçoit , par exemple , d’une maniéré très-fenfiBle, lorfqu’on
- (æ) Ceux qui feront curieux de lire dans l’original même , la théorie de M. Franklin , auquel la.Phyfiquc eft redevable d’une fuite très-curieufe de découvertes en ce genre, pourront confulter les Tranfaéhons Pliilofophi-ques , ou plus commodément, une excellente tradudion des l ettres de l'Auteur , faite par M. Dalibart, & qui fe Joui chez Humblot, Libraire , rue St. Jacques , fous ce titre, Expé-riencesSc Qbfervations fur l'Elcétricicé,
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- D E l’ElÈ CT RI C ITé. 22$
- approche de Ton vifage , un tube dé verre récemment frotte : il y fait alors la même impreflion qu’on éprouveroit à l’approche d’une toile d’araignée qu’on déchireroic avec le vifage.
- M. Franklin appelle Electricitépofî~ tive, oit Electricité en plus > un excès de mariere éle&rique dont un corps eft furchargé , dénomination qui exprime parfaitement Tétât d’un corps qui contient plus que fa quantité naturelle de fluide éleétrique.
- Par la raifon contraire , il appelle Electricité négative 3 ou Electricité en mains, l’état d’un corps qui contiendroit moins que fa quantité naturelle d’électricité ; & il prétend qu’une bouteille qui eft difpofée pour donner la commotion , réunit en elle ces deux étars : que fa furface intérieure eft chargée pofirivement ; & l’extérieure, négativement.
- CXLVI. On ne-peut nier que l’idée de M. Franklin ne paroilfe des pins fingnlieres- au premier abord 5 mais les expériences qui l’ont conduit à admettre ces deux états oppofés dans les deux furfaees de la bouréille de Leyde, julliâeronc pleinement fa chéotie,
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- n6 Traité
- nous allons développer le plus clairement qu’il nous lera poflible, & que nous confirmerons enfuite par les expériences les plus lumineufes.
- 11 n’en eft pas du verre & des porcelaines, comme des autres corps, ils ne s’éleéàrifent point de la même maniéré par communication. Tous les corps en général auxquels on communique la vertu éle&rique 3 reçoivent une quantité fur abondante de matière électrique, au-delà de celle qu’ils contiennent naturellement \ mais le verre 8c les porcelaines n’en reçoivent poinc au-delà de celle qui leur eft propre , 8c s’il eft des expériences qui femblent indiquer le contraire , comme par exemple, lorfque la bouteille de Leyde, ou un quarreau de verre garni à la façon du Doéteur Bevis , produifent une violente commotion, il ne faut pas s’en rapporter à la première idée que ces fortes d’expériences peuvent faire naître.
- Si lorfqu’on charge d’éleétriciré une bouteille ou un carreau de verre , on n’augmente pas la dofe de l’éleétricicé qui convient naturellement à cette bouteille ou à ce carreau de verre , on
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- DB l’EiHCTRICITÉ< it-f change & on invertit l’ordre félon lequel cette matière eli naturellement diftribuée fur leurs furfaces, & on fait que la quantité de fluide qui fe trouve repartie entre les deux furfaces de chacun de ces corps , parte & fe concentre fur l’une des deux, tandis que l’autre furface demeure privée de la quantité du même fluide qui lui appar-tenoit en propre \ 6c c'eft précifémenc en cela que confifte la charge de la matière eieélriqne , qui produit les effets violents de l’expérience de Leyde.
- Pour rendre cette idée plus facile à faifir , fuppofons qu’une bouteille def-tinée à faire l’expérience de la commotion , contienne naturellement cent degrés d’éleétricité ; il y en aura donc cinquante qui appartiendront à fa fur-face intérieure, 6c cinquante qui feront diftribués à fa furface extérieure.
- Cela pofé , fi on vient à éle&rifer la furface intérieure de cette bouteille , félon la méthode ordinaire ; à proportion que le fluide éledkrique pénétrera dans l’intérieur de cette bouteille , & que la furface intérieure recevra de nouveaux degrés d’éleétricité , en fus de ceux qui ltü conviennent naturelle-
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- ü8 Traite
- ment ; la furface extérieure , que Je fuppofe placée dans la main d’une per-fonne , ou fur une table , fe dépouillera , & perdra même nombre de degrés de celle qui lui appartient ; de forte que fi la furface intérieure reçoit, par exemple , du conducteur , dix degrés d’éleCtricité , elle fera alors chargée de foixante ; tandis que la furface extérieure de la même phiole n’en contiendra plus que quarante , & ainfi de fuite , jufqu’à ce que la furface intérieure ait reçu cinquante degrés d’éleCtricité , & que la furface extérieure ait perdu les cinquante degrés dont elle jouifloit avant l’opération.
- Dans ce cas , la furface intérieure fera chargée positivement, & la furface extérieure le fera négativement. C’eft en ce fait, actuellement reconnu de la plus grande partie des Phyficiens éleCtrifans> que git toute la théorie de M. Franklin.
- CXLVIi. Pour démontrer auffi mani-feftement qu’il eft poflible un fait auffi important que celui que nous difcutons, il fautobferver qu’il en eft du feu électrique , comme de tout autre feu quelconque : il tend conftamment à fe mettre en équilibre dans tous les corps
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- DE t’EtECTRIClTl. 11? circonvoifins. C’eft pour cela qu’une perfonne ifolée fur un fuppotc de verre, ou fur toute autre fubftance propre à cet effet, étant furchargée de matière éleétrique, ce fluide fait continuellement effort pour fe difliper , & fe dit fipe effectivement à la longue , en fe portant dans la maffe d’air ambiante-. Auffi l'expérience démonrre-t’elle qu’ue ne perfonne fortement éle&rifée , qui demeure conftarament fur lefupport qui fert à l’ifoler , ne conferve pas plus d’un quart-d’heure la vertu éleCfcrique qu’on lui a communiquée.
- Le célébré Winkler dé montrait encore d’une maniéré très-curieufe, cette rendance à l'équilibre (a). 11 plaçoit dans la même ligne droite, deux barres de fer ifolées , diftantes l’une de l’autre , de façon que la fécondé pût tirer une étincelle de la première j & il obfervoit que lorfqu’il éle&rifoit celle-ci, la fécondé en tiroit des étincelles, jufqu’à ce qu’elles fuffent toutes les deux également chargées d’éleétri-ciré.
- CXLVIII. Il fuit de là, que G les
- (a) Eilài fur les eftccs- de l'Electricité.
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- zjo Traité
- deux furfaces d’une phiole de Leyde prête à donner la commotion , font dans l’état que M. Franklin afligne ; un fil léger qui fera repoufie. par la furface intérieure de la phiole , doit être puifTammenr attiré par fa furface extérieure ; puifqu’il le feroit même , lorfque cecte furface contiendroit encore la quantité naturelle d’éleéhricité qui lui el> propre. Or l’expérience ne laide aucun doute à cet égard.
- Garnilfez extéiieurement le ventre d’une phiole AD j ( fig. 18 ), avec une lame d’étain , jufqu’àïa hauteur de fon col, ou environ : remplirez- la d’eau juf-qu’à la même hauteur, & faites plonger dans cette eau un fil de fer D d, qui foit terminé fupérieurement par une lame de métal D : faites partir extérieurement de la garniture de cette phiole , un fil de fer a b, qui foit terminé pareillement par une lame de métal C : que les deux lames C, D, foient difpofées de maniéré que leur plan foit tourné 1 un vers l’autre 3 & à la diftance de trois à quatre pouces.
- Chargez cette phiole d’éleékricité , & après l'avoir pofée fur un fupporr de verre ou de cire, laiflTez tomber entre
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- de l’Electricité. z$% les deux lames métalliques, une petite balle de liege E, fufpendue par un fil de foie à une efpece de potence F GH. Vous obferverez alors , que la balle fe portera continuellement de la plaque D, à la plaque C, tant que la bouteille demeurera éledrifée.
- CXL1X. On voit manifeftemen’c par cette expérience, que les deux furfaces de la bouteille de Leyde ne font point routes les deux dans le même état d’é-le&ricité. Si elles étoient en effet toutes les deux chargées d’éle&ricité, la balle fuiroit également ces furfaces , 5c en feroit également repouffée ; & c’eft la feule condufion que nous puilfions tirer de cette expérience j mais qui devient très - intéreffante ici > & qui nous conduit à nous affurer de l’état négatif de la futface extérieure, que nous pourrons démontrer par l’expérience fuivanre.
- CL. Sufpendez au condu&eur, une bouteille deftinée défaire l’expérience de Leyde. Il ne s’agit pour cela que de maftiquer le fil de fer qui la pénétré, de façon que ce fil & le bouchon , tiennent folidement au goulot de la bouteille, 5c on l’accroche enfuite aifé-
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- xji Traité
- ment au conducteur. EleCtrifezce conducteur, au point de charger fortement * cette bouteille , fi vous la teniez à la main, & que vous approchafliez fon crochet du conducteur j & vous obfer-verez alors, qu’elle ne pourra fe charger d’éleCtricité, & donner la commo-
- Pour faire cette épreuve , il faut avoir foin de détacher la bouteille avec nne fubftance propre à s'éleCtrifer par frottement. On conçoit en effet que fi on la détachoit avec la main , lorsqu’elle communique avec un conducteur chargé d’éleCtricité, on la met-froit dans le cas de fe charger alors de fluide éleCtrique ; puifque , touchant avec la main fa Surface extérieure , celle-ci pourroit fe dépouiller de l’éleCtrr-cite qui lui eft propre ; & l’autre, acquérir à proportion de la vertu éleCtrique qui réfide dans le conducteur. Je me fers aflez ordinairement d’un Support de verre , que j’appuie contre le fond de la bouteille, pour la Soulever , & la détacher du conducteur. Lorsqu’elle eft Séparée du conducteur , prenez la dans la main, -& tentez l’expérience de Leyde : vous ne recevrez.
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- m l'ElictucitI. ij;
- alors aucune commotion : à peine tirerez-vous du crochet une foible étincelle , que vous ne pourrez regarder que comme la quantité de matière ele&rique qui aura palfé à la fubftancè intermédiaire, entre le conducteur & la bouteille.
- Il 'fuir évidemment de cette expérience , que la furface intérieure d’uni bouteille ne peut "le charger d’éleCtri-cité, lorfque fa furface' extérieure ne peut perdre de celle qu’elle contient naturellement $ & conféquemment, que dans l’état ordinaire des chofes ; :1a furface intérieure ne fe charge qu’à proportion que l’extérieure fe dépouille.
- CH. Quoique cette derniere con-clufion foie une fuite néceflaire de la première, on peut encore la démontrer immédiatement , par l’expérience fui-
- Répétez la même expérience , en approchant à différentes fois le doigt du ventre de la bouteille , & vers différents points de fa furface. Vous ob-fevverez à chaque fois une petite flamme violette , qui s’élancera de la bouteille à votre doigt , qu’elle piquera allez vivement , pour que vous foyez
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- X}4 Traité
- pleinement convaincu de Ton éruption. Lorfque la matière électrique eft abondante dans le conducteur , & que le temps eft favorable à ces fortes d’expériences , cette flamme fe diftribue en plulieurs parties qui flllonnent fur la futrace de la bouteille, & après l’opération , elle eft fuffifarnment chargée pour donner la commotion.
- Cette bouteille fe charge donc réellement intérieurement , à proportion que fa furface extérieure fe dépouillé de la matière électrique qui lui eft propre. Cette derniere contient donc alors moins de matière éleétrique qu’elle n’en contenoit -dans fon état naturel, tandis que fa furface intérieure en contient une plus grande quantité. Ce n’eft donc pas fans fondement , que M. Franklin prétend que la bouteille de Leyde étant prête à donner la commotion', fa furface intérieure eft chargée pojitivement 3 &. l’extérieure , négativement.
- Une autre expérience affez curieufe à répéter , &c qui confirme encore cette même théorie , c’eft fans contredit la fuivante.
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- oi l’Eiectriciti.
- Prenez un cilindre de verre mince, que vous remplirez d'eau jufqu’auxdeux tiers ou environ de fa capacité ; enrou-rez-le extérieurement d’un fil de métal, auquel vous ferez faire différentes circonvolutions un peu écartées les unes des autres : placez un fil de fer dans l'intérieur du cilindre , & de la même efpece que ceux dont on fait ufagepour la bouteille de Leyde ; & éleéfcrifez ce vafe , en approchant le crochet du fil de fer d’un conducteur qu’on éleétrife.
- Vous obferverez qu’à proportion que la furface intérieure de ce cilindre fe chargera d’éleéfcricité , l'extérieure fe dépouillera de la fienne j ce qui fe ma-nifeftera par de petits filions de lu-twiere qui éclaireront le long 3c entre les fils métalliques qui embraflent extérieurement le cilindre.
- Or cette matière lumineufe qui brille dans cette expérience , n’elt antre chofe que l’éleétricité que le conduéteur fournit à l’intérieur de cette bouteille , ou elle provient , comme nous le prétendons , de la furface extérieure de ce vafe , d’où elle s’échappe. Dans le premier cas , le cilindre n’acquéreroic point la faculté de donner la commotion*
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- ijé Trait è
- puifque la matière éle&rique qui f aborde fe diiïiperoit à proportion } par lUntermede des fils de fer qui l’enveloppent. Or l’eXpécience dépofe mani-feftement le contraire : car, fi on fou-tient l’éle&ricité pendant quelques moments , pour qu’elle puiue s’accumuler dans le cilindre , il deviendra très-propre à faire l’expérience de Leyde, & il donnera une violente commo-
- CLII. Quoiqu’il paroiffe fuffifani-ment démontré par les expériences précédentes , qu’à proportion qu’une bouteille de Leyde fe charge d’éle&ricité par l’une de fes furfaces » l’autre fe dépouille à proportion de la quantité naturelle de matière éle&riqne qu’elle contient j on peut encore confirmer cette même vérité par l’obfervation fuivante.
- C’eft un fait confiant & reconnu de prefque tous les Phyficiens éledrifans, que lorfqu’on éle&rife trop long-tems une phiole , elle éclatte dans la main de celui qui la tient. Il n’eft pas né-ceflaire pour cela d’avoir recours au procédé ae Y Abbé Nollec , que nous avons indiqué ci-deflus , ( 13 S ). Cet effet fe manifefte naturellement , au
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- DE l’ElECTJUCItI. 1J7 déplaifir de celui qui tient la phiole. Il reçoit alors une violente fecoufle dans la main , & je l’ai éprouvé nombre de fois j fur-tout, dans les cours que je fais tous les ans pour les Colleges de l’Univ’erfité , où les jeunes gens défirent que l’expérience de Leyde Toit un peu yigoureufe,
- La furface intérieure d’une phiole, i>e peut donc recevoir qu’une certaine quantité de matière éleârique; & cettç quantité paroît conftamment déterminée par celle que la furface extérieure peut perdre. Tout nous confirme donc qu’il faut reconnoître avec M. Franklin deux états différents pour les deux fur-faces d’une bouteille prête à donner la commotion; &: s’il pouvoit refter le moindre doute à cet égard , nous pourrions ajouter aux expériences précédentes, qumtité de phénomènes , qui concourent tous à établir la même vérité. Nous en joindrons ici quelques-uns, plus pour occuper agréablement le Lecteur , que pour le convaincre d’une vérité qui nous paroît plus que fuffifatn? ment démontrée,
- . C’eft un fait reconnu univerfelle-ment, que deux, corps également chap-
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- î$S Traité
- gés d’éle&ricité , approchés l’un de l’autre au point de fe toucher , ne donnent aucun ligne d’éleâricité ; on ne remarque entre l’un & l’autre aucun éclat j aucune étincelle.
- Si on approche l’un de l’autre les deux fils de fer qui plongent dans deux phioles également chargées d’éleétri-cité , on n’oblervera aucun phénomène qui décele la vertu éleétrique dont ces deux phioles feronc pourvues.
- Pour les charger également, il faut les choifir d’égales dimenfions , autant que faire fe peur j les remplir jufqu’à la même hauteur , avec de l’eau ou du menu plomb \ & joignant enfuite les. deux crochets de leur armure l’un avec l’autre , les appliquer enfemble au con-duéfceur deftine à leur communiquer la vertu éle&iique.
- On conçoit que pour faite convenablement cette expérience , il faut failir 1 une des deux bouteilles par le ventre, & l'autre par le crochet j mais pour faifir cette derniere de maniéré à ne la point dépouiller de la vertu électrique dont elle eft chargée , il faut avoir foin de la placer auparavant fur un iupport de verre ou de cire, & on
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- BE l’Eee CTRICItI. ÎJjj la prendra alors impunément par Ton fil de fer ; car il eft également confiant, que la furface intérieure de la bouteille étant chargée d’éleéh'icité, elle ne peur perdre cette vertu , tant que la furface extérieure, qui eft alors dépouillée de fa quantité naturelle d’éle&ricité , ne peut en acquérir : or étant pofée fur un fupporr de verre ou de cire , il eft évident qu’elle eft ifolée , & que la matière éle&rique c
- ne peut fe porter
- rieure.
- CL1II. Un autre phénomène de même efpece & également propre à farisfaire la curiofiré du Leéteur, c’eft celui par lequel on démontré qu’on peut charger une phiole de Leyde , avec la dofe naturelle d’éleéfcricité qui appartient à la furface extérieure d’une autre phiole, en déterminant etttedernière à s’en dépouiller en faveur de U première.
- Pour mettre cette expérience dans tout fon jour, voici comment il faut procéder.
- Remplirez d’eau ou de menu plomb, deux bouteilles} de la même maniéré que li vous les deftiniez à l’expérience
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- 140 Traité
- de Leyde. GarniflTez-les extérieurement avec des feuilles d’étain exactement collées fur leurs furfaces : attachez fous le fond de chacune de ces bouteilles , un crochet : fufpendez - les l’une au - delTus de l’autre , & toutes les deux à un conducteur que vous chargerez d’éleCtricité, comme il elt indiqué , ( fig. i y ). Lorfque vous les croi-r z fuffifamment éleCtrifées, détachez-les fuccellivement du conducteur, c’eft-à dire , détachez d’abord la phiole B , de la phiole A , en la prenant par le col, fans toucher à la garniture d’étain qui la recouvre ; tentez alors i faire l’expérience de Leyde, & vous obfer-verez que cette phiole ne vous donnera aucun ligne d’eleCtricité ; vous n’en tirerez pas même une légère étincelle. Procédez de la même maniéré , par rapport à la phiole A , & vous éprouverez la même chofe.
- La raifon de ce premier phénomène fe préfente naturellement à l’efprit. La phiole B étant ifolée , puifque , la fur-face extérieure n’étant en communication avec aucun corps qui puilfe lui faire perdre la quantité d’éleCtricité dont elle eft naturellement pourvue ,
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- DE l'Eihctiu cni 141 ia furface intérieure ne peut acquérir de nouveaux degrés d’éleCtricité , quoique la furface extérieure de la phiole A , tende à fe dépouiller en fa faveur , à proportion que L’éleCtricité du conducteur fait effort pour aborder à la furface intérieure de cette derniere. Il n’elt donc pas furprenant que ces deux phioles relient dans le même état, &c qu’elles ne foient chargées ni l’une ni l’autre.
- Rétabliflez les chofes dans leur premier état, c’eft à dire , fufpendez encore ces deux phioles au conducteur ; mais attachez au crochet qui eft fous le fond de la phioie B , une chaîne qui traîne fur le plancher : éleCtrifez-les de la même maniéré' que précédemment : détachez-les enfuite fuccef-llvement , comme dans l’expérience précédente , & vous les trouverez l’une & l’autre fortement chargées d’électricité , & très-propres à donner la com-morion.
- Dans cette derniere expérience , la phiole A y qui pend au conducteur , reçoit la matière éleCtrique de ce conducteur , laquelle fe diftribue à fa fur-face intérieure, tandis que le fluide
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- *4i TraïtÉ
- électrique qui réfide naturellement à v> la-furface extérieure, s’en échappe, & f paffe par l’intermede de la feuille d‘é- f< tain qui la recouvre , à la furface in- e térieure de la phiole B : or à propor» p tion que cette derniere furface le char- n ge d’électricité , aux dépens de la fur- d face extérieure de la phiole A , la fur-face extérieure de la phiole B fe dé- o pouille pareillement de fa quantité na- d turelle d’éledricité , par l’intermede c de la chaîne qui communique avec b elle, & qui emporte & tranfmet fa v vertu éledriqtie au plancher ; de forte c que , fi on fufpendoit ainfi un très- 1 grand nombre de phioles , ayant foin 1 toutes-fois y d’attacher une chaîne fous p le fond de la derniere , pour établir r une communication entre fa furface ex- £ térieure & le plancher , toutes les phio- c les feroient chargées d’éledricité, les i unes aux dépens des autres.
- CLIV. Nous n’ajouterons plus qu’une J feule expérience , qui nous paroit mé- < riter de trouver place ici , & parce i
- qu’elle- confirme l’état de la furface i
- extérieure d’une bouteille chargée d’é- < ledricité , & parce qu’elle conftate en même temps , d’une maniéré non cqui-
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- oque , qu’il n’eft. pas réfervé à la fur-ice extérieure de cette bouteille , de î dépouiller de la quantité de matière ledrique dont; elle eft naturellement ourvue , mais que ce même phénomène peut également fe faire obferver ans tour autre corps.
- Chargez d’éledricité une bouteille rdinaire, propre à répéter l’expérience eLeyde. Qu’une perfonne ifolée tienné; ette bouteille à la main , iorfqu’elle eft lien chargée , cette perfonne rie défendra pas éledrifée par ce procédé , n- pourra s’en aflurer, en approchant' e doigt de toute partie quelconque de habitude dé fon corps $ mais fi une erfonne non ifolée touche un fil de ér qui plonge dans la bouteille, elle :n tirera une petite étincelle , & elle léchargera en partie , la furfaceinté-ieure de cette bouteille. _
- Or comme cette furface ne peut jerdre de la vertu éledriquè dont elle ïft furchargée , que fa furface extérieure n’acquiert en même temps une-même quantité de fiuide éledriquedont elle eft dépouillée, & celle-ci ne pouvant alors recevoir d’éledricité , que par l’intermede de la perfonne quitient
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- 244- Traité
- la bouteille j cette perfonne lui fournira une quantité de matière électrique femblable à celle que la furface intérieure aura perdue : mais la per-fonne qui fournit à la furface extérieure de cette bouteille , eft ifolée, & conféquemment , ne peut recevoir de la terre , ou des corps circonvoifins, cette portion de fluide électrique i, qu’elle donne à 1^ bouteille.. Elle pqr-dra donc néceflairement une parcie de la matière éleétrique qui lui appartient naturellement , & conféquemment , elle demeurer^ éleétrifée négativeitient.
- , Pe-là j fi une autre perfonne non ifplçe , 8c qui.jouic de toute la quantité de fluide électrique qui lui eft propre , préfente le doigt ala perfonne ifolée, elle rendra à cette derniere la quantité de matière électrique qu’elle vient de perdre , laquelle fe décéléra d’une maniéré fort fenlible , par une étincelle qui partira de la perfonne non .ifolée à celle qui eft ifolée, &c qui. tient en.main la bouteille. . ..
- Cette même expérience ré,ulflra plu-fleurs fois de faite , tant que la furface intérieure de la bouteille demeurer^ furchargée d’électricité.
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- de l'Ële c Tri ci t â. 245
- On voit donc manifeftement par cette expérience , que loffqïi’on dépouille la furface intérieure de cette bouteille , d’une partie de la furabon * dance de fa matière éle&rique, la fur-face extérieure en tire une femblable quantité de la perfonne qui la tient, & que cette perfonne ne pouvant alors fe dédommager de la perte qu’elle fair, parce qu’elle eft ifolée , elle demeure dans un état négatif d’éle&ricité j c’eft - à - dire , qu’elle ' en contient moins alors , que la quantité qui lui eft naturellement propre $ d’où il fuit que ce n’eft point une propriété particulière au verre , de pouvoir être éle&rifé positivement & négativement.
- CLV. 11 réfulte manifeftement de toutes les expériences que nous avons développées dans ce Chapitre , que les deux furfaces de la bouteille de Leyde, & conféquemment, les deux furfaces du quarreau de verre armées félon la méthode du Doéieur Bevis, celles du tableau magique de M. Franklin , &de tout autre vafe quelconque de verre , dont on peut faire ufage , pour l’expérience de la commotion , font dans deux états bien différents d’éleétricité : que L iij
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- 14* . Trait*
- l’une eft chargée d’une nouvelle quantité de matière éle&rique , tandis que -l’autre eft dépouillée en tout ou en partie , de la quantité naturelle du même fluide.
- CLVI. Quoique l’expérience dépofe évidemment en Faveur de cette idée , & qu’il ne paroifle pas poflîble de nier ces deux efpeces, ou lî on l’aime mieux, ces deux modes d’éle&riciié , l'Abbé Nollet ne peut convenir de l’éledricité négative, ou de l’éle&ricité en moins , de la furface extérieure de la bouteille. Voici ce qu’il écrit à ce fujet à M. Franklin (a).
- » Je.prends avec ma main & par Ton }> crochet, une bouteille nouvellement s> chargée, & je la tiens ainfi en i’air : /» félon vous, la furface extérieure de
- ce vaifleau eft éle&rifée en moins : « elle ne peut que recevoir du feu » éle&rique : elle n’a point d’athmof-» phere de répulfion j cependant, fi j'en
- approche à trois ou quatre pouces » de diftance une petite feuille de mé-® tal nouvellement éle&rifée , ôc pen-
- (“)Lett. fur l’Elcâricité,part. i. pag. :
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- t>t t’ÊLicTiuciTi. _ rtf j> dante à un fil de foie , je vois, (& » vous le verrez de même, quand il » vous plaira ), que ce petit corps , » au lieu de fe précipiter vers la bou-» teille, fe tient conftamment éloigné, » Sc qu’il réfifte aux mouvements que j> je rais pour l’approcher. Dites-moi 55 donc , je vous prie , d’où vient cette » réfiftance , s’il n’y a rien de répulfif » autour de la bouteille, & ïî l’athmof-» phere de la matière invifible qui en-» toute la petite feuille éleétrifee, eft » de la nature de ce feu, dont la fur->* face extérieure du verre a été dé-55 pouillée , & qu’elle eft prête à re-» prendre «?
- Quiconque réfléchira fur les talents & la réputation du célébré Phyficien qui réfute ici l’opinion dè Franklin , éc qui rapporte une expérience aufli décifive que celle que je viens de copier , ne pourra s’empêcher de former des doutes bien légitimes fur les électricités négatives , & fe trouvera alors fort embarafle, pour rendre raifon des expériences précédentes. Tout perfüadé que je croiois devoir être des électricités négatives , j’avoue que je fus on ne peut plus étonné , à la leCture de la lettre L iv
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- 24S Traité
- que je viens de citer ; il ne me vint pas même en penfée , de répéter alors l’expérience rapportée pari ’AbbéJSTollet. Je n’ofois foupçonner l'on intelligence ni fa bonne foi, & perfuadé fur la parole , de la vérité du fait qu’il annonce, je me mis l’efprit à la torture , pour le concilier avec les phénomènes précédents , que je ‘regardois comme aufli certains. Rebuté néanmoins des vains efforts que je fis pendant plufieurs jours, je me déterminai à confulter l’expérience , moins dans l’efpérance de prendre l’adverfaire de M. Francklin en défaut, que pour en examiuer particulièrement les circonftances ; & voici quel fut le xéfulrac de mes obfervarions , que j’ai répétées nombre de fois depuis ce moment , & avec tout le foin imaginable.
- La bouteille étant fortement chargée d’éleétriciré , dès que je la tiens par Ion crochet, & que j’approche à quelque diftance de fa furrace extérieure , une feuille de métal éle&rifée , & fuf-pendue à un fil de foie , cette feuille fe porte avec activité vers le ventre de cette bouteille ; mais elle en eft enfuite repouffée , & elle demeure pendant
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- I>E l’Eléctmcité. 149 quelques moments dans cet état de répulfion , & pour être £pfuke attirée de nouveau par le ventre de la bouteille qui la repouiïe enuïite. Comme cet état de répulfion eft celui qui fub-fifte plus long temps , j’imagine que c’eft le feul au quel \'Abbé Nollet ait fait attention, & qui Tait porté à annoncer un fait aufli faux que celui fur lequel il s’appuie , pour nier l’éleélricité négative de lafurface extérieure delà bouteille.
- Or cet état de répulfion où fe trouve la feuille de métal , après avoir touthé le ventre de la bouteille , bien loin de nuire à l’opinion de M. Franklin , eft encore une preuve de pUis , qu’on peut citer en fa faveur ; puifqu’après le conraét de la feuille avec le ventre de la bouteille , à laquelle elle communique , non feulement le peu d’électricité qu’elle vient de recevoir ; mais encore, le peu de matière éleétrique qu; lui eft propre, comme on peut le déduire. d’une expérience indiquée ci-deftùs , (154) cette feuille de métal fe trouve dans le même érat d’éle<Stlicite , que la furface extérieure de la bouteille, Sc conséquemment , doit en être repoulfce , juiqu’a ce .quV.y.mt
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- i je Traité
- repris dans le fluide ambiant, ou par tout autre procédé quelconque , le peu de matière électrique qu’elle peut naturellement contenir, elle foit attirée de nouveau, ou pour mieux dire, pouflée vers le ventre de la bouteille.
- On verra une nouvelle preuve de ce que j’avance , & on verra évidemment que la furface extérieure de cette bouteille , tend à recevoir , par l'incer-mede de cette feuille , la matière électrique dont elle eft dépouillée , fi on répété l’expérience précédente , en biffant pendre la feuille de métal entre un conducteur chargé d’éleCtricité , 8c le ventre de cette bouteille. On verra alors la feuille fe porter alternativement » constamment & avec effort du conduéteur , au ventre de cette bouteille.
- Nous ne pouvons donc révoquer en doute, malgré l’autorité d’un des plus célébrés Phyficiens éleCtrifants, & celle de tous ceux qui adhèrent à fon opinion., que les deux furfaces de la bouteille ne foient dans deux états bien différents d’éleCtricité,tels-que nous les avons décrits & démontrés précédemment.
- CLVII. Nous ne pouvons douter
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- »E i/ElÉCTRICIt£. 1JÏ pareillement, & nous l’avons démontré ci-deflus , ( 150 ), qu’une phiole ne peut fe charger intérieurement d’une quantité furabondante de matière électrique , lorfque fa furface extérieure ne peut fe dépouiller de celle dont elle jouit naturellement.
- L'Abbé Nollet fourient cependant le contraire , & allure être parvenu, quoi-qu’avec peine, a charger d’éleéfcricité , une phiole dont la furface extérieure éroit en communication avec la furface intérieure , & conféquemment , donc la furface extérieure ne pouvoir fe dépouiller, tandis que l’intérieure recevoir la matière éleétrique du conducteur.
- Je conviens, à la vérité, que lorf-qu’on fait ufage d’une phiole telle que celle qu’il a employée dans fon expérience , il ne doit point paroître fur-prenant , & contraire aux principes de M. Franklin , qu’on parvienne à la charger d’éleétricité. Pour mettre le Lecteur à portée de juger du fait dont il eft ‘ici queftion , voici le détail de l’expérience de Y Abbé Nollet. Ce célébré Académicien prit une phiole de L vj
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- ijl TR A I T É
- verre A B [a), ( fig. 20 ) qu’il recouvrit extérieurement d’une zone métallique CD\ il la remplit d’eau , jufqu’environ aux deux tiers de fa capacité : il fit plonger dedans un fil de fer conduéteur GH, auquel il adapta un autre fil de métal E, qui fe terminoit en D, à la zone métallique CD , & établifloit confé-quemmcnt une communication entre la furface intérieure de la bouteille , 8c fa furface extérieure : il appliqua la main en 1 , fous le fond de cette bouteille, pour en approcher le crochet G1, d’un conduéteur chargé d’éleéfcricité ; 8c il parvint, comme il nous l’annonce, à la charger fenfiblement d’éleétricité.
- Or examinant attentivement toutes les circonltances de cette expérience, on voit que la phiole dont on fait ufage ne répond point à l’état de la queftion : fa furface extérieure ne communique que par une très petite partie , avec la futface intérieure ; il n’y a que la portion de cette furface , qui répond à la zone métallique, qui foit en communication avec l’intérieur de la bouteille. La portion Cl B D de cette même fur-
- (a) Leu. fur i'Llect. part. 1. planche %, tig. 6 ).
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- DE l’ELECTRICITé. iJJ face , eft ifolée , par rapport i fa fur-face intérieure. C’eft fur cette derniere portion qu’on applique la main , lorsqu'on veut charger la bouteille ; Ôc comme il n’y a que la partie que la main touche , qui fe dépouille commodément, & que cette partie n’eft pas fort étendue , on ne charge la bouteille que foiblement , relativement à la quantité d’éleCtricité qu’elle pourroit recevoir , fi toute fa furface extérieure pouvoir fe dépouiller. Cet effet doit être même d’autant plus foible , & d'autant plus difficile à produire, comme Y Abbé No/let en convient, que la matière électrique qui aborde du conducteur au crochet G , fe diltribue . & à l’intérieur de la bouteille , & à la zone métallique , d’où elle fait effort pour paffer en partie à la portion CIB D de cette bouteille, à proportion que celle-ci fe dépouille de fa vertu électrique , par l’inrermede de la main qui y eft appliquée.
- Mais fi, au lieu d’une zone métallique , on garnit entièrement de même métal tous le bas de la furface extérieure de cecte honteille , & quon établilfe enfuire une communication entre le fil de fer & cette garniture ,
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- ij4- Traité
- je réponds que quelqu’effort qu’on fa (Té,, on ne parviendra jamais à charger cette bouteille, ce qui eft une nouvelle preuve bien convaincante , en faveur de l’opinion qu’on veut réfuter. Il eft donc à préfumer que le célébré Pliyficien François , qui s’eft élevé fi fortement contre l’opinion de Franklin 3 s’eft laide fur-prendrepardes expériences équivoques, fur lefquelles il n’a pas aftez férieufe-ment réfléchi.
- CLVilI. Nous ne pouvons nous empêcher encore ici , de relever une autre erreur échappée d notre célébré Académicien ^ & qui mérite d’autant plus qu’on y faflè attention , qu’il croie tellement être fur du fait qu’il avancé contre M. Franklin 3 qu’il lui donne libéralement un avis bien propre a faire prendre le change à ceux qui ne feroient pas abfolument inftriiits de l’état de la queftion. Voici le fait.
- M. Franklin confidérant la difpofi-tion d’une phiole chargée d’éleétricité , & prête à donner la commotion , crue & avec fondement, que le pouvoir de donner un choc j c’eft-à-dire, d’exciter la commotion, appartenoit à la furface intérieure de la bouteille } il ne fe détermina même à prendre ce parti v
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- qu'après avoir fait l’anal y fe de eette-phiole , pour découvrir l’endroit ou ré-fidoit la matière électrique dont elle étoit chargée. Or , cette analyfe faite avec tout le foin requis , & tel que nous allons l’indiquer , lui apprit que la vertu électrique réfidoit dans la fur-face intérieure de la bouteille. Ce ne fut donc pas fans fondement , qu’il fe détermina à regarder cette furface , comme le fujet du pouvoir de donner le choc.
- CLIX. Pour faire cette analyfe avec toute l’exaCtitude qu’elle exige, élec-•trj/ez fuffifamment une phiole ordinaire , de façon qu’elle foit en état de faire l’expérience de la commotion r placez cette bouteille fur un fupportde verre, ou fur un pain de cire , de réfine , &c. & ôtez-en le fil de fer conducteur j vous tirerez alors une petite étincelle de ce fil de. métal, telle qu’on, en tire d’un corps qui contient une certaine quantité furabondante de matière éleCtrique : mais vous ne recevrez point de commotion , & la bouteille demeu> rera éleCtrifée,,parce qu’il n’y aura point alors de communication entre les “deux furfaces de cette bouteille.
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- 2.5 6 Traité
- Prenez enfuite le ' ventre de cette bouteille dans la main , & tranfvafez , à l’aide d’une entonnoir de verre, l’eau ou le menu plomb qu’elle contient , dans une autre bouteille fem-blable, que vous ifolerez pour cela, fur un fupport de verre ou de cire.
- Rien ne peut alors priver cette eau ou ce plomb, de la matière électrique qu’ils contiennent j puifque dans cette opération , l’une ou l’autre de ces fubf-tances ne touche aucun corps fufcepti-ble de recevoir & de tranfmettre la vertu éleCtrique. Par conféquent, fi le pouvoir de donner le choc rcfide c^ns l’eau ou dans le plomb, dont la première bouteille eft garnie , la fécondé fera alors propre à répéter cette expérience.
- Remettez donc le fil de fer conducteur de la première bouteille à cette fécondé : ôtez la de delfus le fupport, qui la tient encore ifolce : prenez-la dans la main, & eiîayez de répéter l’expérience de I.eyde Je vous garantis que non-feulem :nt vous ne reilenrirez aucune commotion ; mais bien plus , que ‘Vous ne remarquerez aucun figne d'éleCtricité.
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- Di l’Electricité. 257
- Reprenez alors la première bouteille , qui fe' trouve vuide : placez-la fur le fiipport de verre dont nous venons de parler : introduirez y de l’eau ou du menu plomb , qui ne foit point éleCtrifé : remettez le fil de fer en fitua-tion , & je vous garantis que cette bouteille fera alors très-propre à donner la commotion.
- Ce n’eft donc pas fans fondement, que M. Franklin s’eft déterminé à admettre cpe le pouvoir de donner un choc , réfide dans la furface intérieure de la bouteille , & à regarder l’eau, on le menu plomb dont elle eft remplie , comme un conducteur propre à tranf-mettre aux différents points de fa fur-face , la madere éleCtrique qui vient du conducteur.
- CLX. Quoique cette expérience foit faite avec toute l’exaCtitude que paroîc l’exiger l’état de la queftion : quoiqu’elle foit décrire avec tout le fjin poflible dans l’ouvrage de M. Franklin, l’Abbé Nolltt trouve que le réfultac 11’en eft pas jufte , & qu’on ne peut en conclure que le pouvoir de donner un choc , appartienne à la fur-face intérieure de cette bouteille. Il
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- 2j8 Traité
- trouve que cette expérience n’eft point faite comme il convient ; 5c voici ce qu’il marque a M. Franklin à ce fu-
- j«(<0- * , ,
- » Si vous voulez repéter cetre expe-» rience de bonne foi, 8c fans préven-» tion , je vous dirai en quoi vous » avez manqué , 8c je vous promets 3} qu’en procédant comme il convient, » vous trouverez des lignes très-mar-» qués dans votre eau tranfvafée, vous » y trouverez le pouvoir de donner un » choc ; c’eft-à dire , que la nouvelle 33 bouteille l’aura reçu d’elle ; ce qui » ne fe pourroit faire , fi l’eau n’étoic
- 33 pas éle&rique de même......Je
- » vous avertis donc qu’il faut faire » cette expérience avec une éleétciciré n paflablement forte , éviter les Ion-» gueurs , 8c tout ce qui peut ralen-» tir ou éteindre la vertu que l’eau em-» porte ayec elle ; que le nouveau vafe 33 qui reçoit l’eau ne foit pas trop épais, 3» & qu’au lieu d'être poje fur du verre, 33 comme vous le faites , il le foit au » contraire , fur la main cTun homme ,
- («) Lctt, fur l'Elcit. pan. i. p ji.
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- DE t’EtECTRIClTÉ. 259 j> ou fur quelque corps non électrique. Si » vous procédez ainfi , je vous réponds » du fuccès , &c. «
- CLXI. L'Abbé Nollet prétend donc ici que le pouvoir de donner la commotion , téfide dans l'eau comprife dans la'bouteille. Nous n’examinerons pas dans ce moment , li cette eau eft chargée d’éleétricité ou non ; nous en parlerons plus bas ; mais {jour répondre directement à la difficulté, nous obfer-verons, que fi l’eau d’une phiole prête à donner la commotion , jouifïoit du pouvoir de produire ce choc , il ne fe trouve rien dans l’expérience faite félon la méthode de M. Franklin , qui put lui faire perdre cette vertu. Tant qu’un corps en effet chargé d’électricité , ne touche, ou ne communique qu’à des corps fufceptibles d’être élec-trifés par frottement, il ne perd point cette vertu par leur attouchement 3 8c il la conferve encore très long-temps ; car nous ne difconvenons pas que l’air ambiant, toujours fuffifamment chargé de parties aqueufes , propres à tranf-mettre la matière éleétrique , ne fafTe perdre infenfiblement , 8c après un certain temps , la vertu éleétrique qui
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- a<?o Traité
- rcfide dans un corps éleétrifc qu’elle touche.
- Or l’eau de la phiole pafTant à travers un entonnoir de verre , pour rom-' ber dans une autre phiole pareillement de verre , & placée fur un corps de meme nature , ne peut perdre alors de fa vertu , qu’autant que la mafte d’air qu’elle traverfe peut la lui enleverj elle devroit donc conferver aftez de force pour donner au moins une legere commotion, lorfqu’elle eft ainfi rranfvafée j ce qui fe trouve manifeftement contraire à l’expérience.
- Dira- t-on, avec l'AbbéNoüet, qu’une phiole prête à donner la commotion , perd promptement fa vertu , lorfqu’elle eft placée fur un fupport de verre (a). Ce phenomene , qui ne fe trouve que dans l'Ouvr3j*e de ce céiébre Pnyfi-cien , 8c qui dependoit fins doute , lorf-qu’il l’obferva , de quelques circonf-tances particulières , dont il ne fait point mention , eft on ne peut mieux réfuté , 8c par l’ufage universellement reçu , & indifpenfable de placer fur
- (a) Lett. fur l’Elcdr. part. i. pag. 93.
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- de l’Electricité. 161 des corps de cette efpece , ceux dans lefquels on veut conferver la vertu électrique qu’on leur communique , & par une expérience que je fais aflez habituellement , lorfque je veux répéter l’expérience de Leyde , dans les féan-ces où il fe trouve un très-grand nombre d’Audireurs. 11 m’arrive fouvenc que la bouteille étant chargée, & prête à donner la commotion, la chaîne des perfonnes qui fe deftinent à la recevoir, le trouve interrompue ; &; comme j’ai communément alors affaire à des jeunes gens , qui ne font pas tous également attentifs à fuivre ce qu’on leur pref-crit, il fe palfc néceffairement un certain temps, pour les difpofer à former cette chaîne, telle qu'elle doit être 3 pour le fticcès de l’expérience.
- Si pendant ce temps une perfonne _ tient dans la main la bouteille dont je viens de parler , la vertu éleétrique fe diffipe par le crochet du fil de fer, en proauilant un bruifiement qui fe fait entendre à une certaine diftance , 8c l’effer de la commotion fe trouve d’autant plus foible , que l’expérience a été plus retardée : fi au contraire je pofe cette bouteille fur un fupport de
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- i6i Traité
- verre , le bruiffement du crochet celle, la vertu éleétrique fe conferve, & la commotion réumt beaucoup mieux.
- Bien loin donc qu’une bouteille, préparée pour l’expérience de Leyde , perde rapidement fa vertu , lorfqu’elle eft ifolée , c’eft au contraire un moyen alluré de la conferver plus long-temps propre à cet effet. J’ai même éprouvé plus d’une fois , qu’une bouteille ainfi ifolée , après avoir été fortement élec-trifée, me donnoit encore le lendemain une commotionprefqu’auffi forte, autant qu’on peut en juger , qu’elle me l’eût, donnée un moment après l’avoir chargée d’éleCtricité.
- CLXII. Cela pofé , réfumons en peu de mots, & examinons avec attention l’état de la queftion.
- La bouteille dans laquelle on tranf-vafe l’eau de celle qui eft éleûrifée , ne pouvant perdre , lorfqu’elle eft ifolée , la vertu électrique que cette eau lui communique , félon l’opinion de Y Abbé Nollet, il devroit donc au moins lui être indifférent , que cette bouteille fut pofée fur un fupport de,verre, ou de toute autre matière ; puifqu’il ne s’agit, fuivant lui, que de la placer
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- de i!*Elfctr.icité. 263 de maniéré qu’elle retienne la vertu électrique que l’eau lui apporte.
- Quelle peut donc être la raifon qui l’oblige à exiger abfolument, & comme une condition indifpenfable , que cette phiole foit placée fur un corps non électrique ? La voici ; c’eft qu’alors il eft fur que cette phiole s’éleCtrifera parfaitement bien , & que l’expérience réuflîra à fa maniéré.
- Cette phiole en effet, étant placée fur un fupport non éleCtrique, fa fur-face extérieure eft dans le cas de perdre aifément une portion de fa quantité, naturelle de matière éleCtrique , en fuppofant qu’il en aborde à fa furface intérieure. Or en tranfvafant l’eau de celle qui eft chargée, dans celle que nous fuppofons placée fur un fupport non éleCtrique , l’éleCtricité de la première doit néceffairementfe rranfmet-tre à la fécondé , par l’intermede de l’eau qui fert de conduCteur , & cette fécondé doit acquérir la propriété, de donner le choc : la phiole chargée fe dépouille donc alors en faveur de celle qui ne l’eft pas , de la matière éleCtri— que qu’elle a reçue du conducteur; elle s’en dépouille, & parce que celui qui
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- 264 Traité/
- fait l’expcrience la tenant dans fa main la furface extérieure peut recevoir la portion de matière électrique qu’elle a perdue , tandis que la furfacé extérieure de celle qui eft placée fur un fupport non électrique , peut perdre une portion de fa quantité naturelle d’éledricité. Il ne doit donc pas être futprenant, qu’en faifant cette expérience félon la méthode de l'Abbé Nollet, la fécondé phiole donne des lignes manifeftes de la vertu éledrique qu’elle vient d’acquérir.
- „ On conçoit donc parfaitement com-. bien il eft indifpenfablement néceflaire d’iloler la fécondé phiole, celle dans laquelle on tranfvafe l’eau , pour que l’analyfe de la première , fe fafle avec l'exaditude qu’exige letat de la quef-
- CLXIII. Quoique je ne regarde ici l’eau qui eft contenue dans la bouteille, que comme un intermede propre à tranfmettte 1 éledricité du condudeur à la furface intérieure de cette bouteille , contre laquelle ce fluide s’applique, je ne difeonviens pas pour cela , que cette eau ne puifle s’éledri-fec, ainfi que le fil de fer qui plonge dedans $
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- SE l’EL I C T R I CI T4. l6y
- dedans j mâis l’un &c l’autre né s’élec-tcifentqu’àleurmaniere j c’eff-à-dire , comme deux corps, ifolés , & fufcepti-bles de recevoir Ja venu éle&rique par communication. Audi donnent-ils l’un Sc l’autre des marques de-l’éle&ricitë qu’ils ont' reçue , lorfque Id bouteille éranc chargée , & placée fur un Tupport de verre on vient à enlever le crochet de cette bouteille. On éprouve alors un -petit choc, & il part une foible étincelle, qui produit ,1a diffipation, totale de cette vertu dans l’eau & dans le crochet.
- CLXIV. Tout ce que nous avons die jufqu’à préfenr ,'l fur la maniéré dont une phiole fe charge d’éledricité, fur l’état de chaque phiole , lorfqu’elle eft chargée , fur la' maniéré félon laquelle elle fe décharge , eft plus que fuffifant, pour concevoir l’e&t qu’elle doit produire , lorfque quelqu’un tenant le ventre de cette pniole dans la main, il touche .de l’autre à fon crochet. On voit évidemment qu’il établît alors une communication entre la fur face intérieure Xurchargée,d’éledricité &
- la' furface extérieure , qui en ,elfc' dépouillée.' Cette matière faifanc effort M ,
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- T k a tri
- four pafler de l’âne de ces deux furfacej l’autre, & fe mettre en équilibre e t-re l’une & l’autre; c’eft-à-dice , pour Se rétablir dans l’état, naturel qui lui eft propre , s’échappe brufquement de la furface intérieure, & pafle rapidement à travers le corps de celui' qui fait l’expérience , pour fe jetter fur la furface extérieure de la bouteille. Delà cette forte commotion qu’il éprot dont l’énergie eft toujours relative à la ' quantité de matière électrique ,. -dont Japhiole eft furchaæée intérieurement ; à la rapidité avec laquelle elle s’élance d’une furface à l’autre ; àla délicatéfte, ou pour mieux dite, à l’irritabilité des fibres de celui qui fait l’expérience ; & à la fenfibilité plus ou moins grande, des parties qu’elle phoque dans, fou pacage.
- On fera pleinement convaincu de cette vérité , fi on fait attention à ce qui fe pafTe, lorfque la furface extérieure de la bouteille ne reçoit- point la matière éle&rique quelle a perdue, aux dépens de celle! dont fa furface intérieure. eft fùrchargée, Alors cei matière , qui s’élance de la furface ii térieure , ne eraverfamt pas toute 1’ paifleuc du corps de la perfonne qui
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- Di l’Electricité. fait l’expérience , ne lui donne qu’une. iécoufle qui ne palTe point aiv-deli du poignet.
- Chargez en effet une bouteille de la même maniéré que vous le feriez*, fi vous vouliez répéter l’expérience de, Leyde : mais au lieu de là tenir eofuite dans la main, pour en tirer l’étincelle , pofez-Ia fur une table , ou encore mieux , prenez pour cet effet , une bouteille revêtue extérieurement d’une feuille d’étain , & munie eu deiîous d’un crochet : fufpendez à ce crochet une chaîne qui tombe fur le plancher : chargez-la d’éleétriciré , en la tenant par fon col, de façon que vous ne touchiez point à la garniture d’étain qui la recouvre extérieurement. Les choî'es étant ainft difpofées , fi vous, tirez l’étincelle de l’autre main , vous n’éprouverez alors quune feçoufle dans cette main j parce que la communication des deux furfaces étant interrompue, la matière électrique de lafurface intérieure ne pénétrera point route l’épaif-feur de votre corps , pour fe porter à la furface extérieure de cette bouteille ; mais cette derniers furface puif'era dans le rcfervoir commun, avec lequel elle
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- >68 Trait!
- communique , par l’intermede de la chaîne, la matière électrique dont elle s'eft dépouillée ; tandis que le fluide éleCtrique qui vous aura frappé , fe diflîpera de la même maniéré qu’il fe difliperoit , fi vous tiriez une étincelle d’un conducteur fortement chargé d’é-leCtricité.
- Tout ce que nous avons dit jufqu’à préfent fur la bouteille de Leyde , doit s’appliquer de la meme maniéré à un carreau de verre , garni d’une feuille d’étain , félon la méthode du DoCteur Bevis , ainfi qu’au tableau magique de M. Franklin ; & cette application eft fi facile à faire , que nous n’entrerons point dans un plus grand détail fur cet
- GLXV. Ce feroit bien ici l’endroit où il conviendroit de traiter de ces deux efpeces d’éledricités , que M. Dufay voulut établir autrefois ; U électricité vitrée , & l'électricité réjineufc ( a ). Ce célébré Académicien s’occupanr à répéter les expériences de Otto de Guerike, s’apperçnt qu’une petite feuille d’or repouflfée par un tube de verre , étoit
- * (a) #ift. de l'Acad. Royale, an. 17}},
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- B B i’ElECTIUcITÉ. itfji attifée par un morceau de gomme copale , qu’il venoit de frotter. Surpris de ce pnenomene , qu’il n’auroit ofé prévoir , il répéta plufieurs fois l’expérience , avec differentes gommes Sx différentes réfines , & il vit à chaque fois , que les effets de l’éle&ricité du verre , étoient oppofés à ceux de l’électricité des fubftances gommeufes & ré-fîneufes : que le verre attiroit les corps que les gommes & réfines repoufïoient, Sc que celles-ci attiroient celles que le verre mettoic en répulfion ; ce qui l’engagea à admettre les deux efpeces d’éleéfcriciré dont nous venons de parler.
- CLXVI. Cette diftinétion que M. Dufay regardoit comme très-bien fondée , ne plut point à tous les Phÿ-ficiens ; XAbbé Nollet fut un des premiers qui s’éleva contrejes prétentions de M. Dufay 3 & fi l’explication qu’il donne de ce phénomène, qu’il rappelle à une feule efpece d’éleétricité, ne pa-roît pas fatisfaifante , les expériences qu’il fit & qu’il multiplia à ce fujet, doivent nous engager au moins à fuf-pendre encore notre jugement s juf-qu’à ce que des raifons plus plaufibles ious permettent d’admettre ou de re-M iij
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- îyo TR.AïTi
- jetter deux efpeces d’éle&ricités, différentes dans le verre, & dans les fubf-tances gommeafes Sc réfineufes.
- • CLXV1I. Malgré la multitude d’expériences qui paroiffent réfuter l’opi-raion de M. Dufay , de célébrés Pny-ficiens ont cru devoir embralTer fon parti ^ jufqu’à un certain point , & convertir les deux efpeces d’éle&ricités qu’il ptopofe, en électricitéspofitives & négatives la).
- . (3n ne peut difconvenir que les rarfons fur lefquelles ils appuyent leur opinion ne foient très-fatisfaifantes ; mais il refte malgré cela des diffr-cultes qui m’ont paru infurmontables, £c: qui. le paroîtront à tous ceux qui, dégagés de roace prévention , exami-fierpnt -cette queftion avec tout le foin qu’elle mérite.
- -CLXVI1I. Si une multitude de circonf-tances qu'on ne peut toujours prévoir, &.qui .échappent à la fagacité de celui qui répété de femblables expériences avec toute l’exa&irude imaginable , ne tnettoient point auffi fouvent des dif-
- <*)1>
- i. Mém. 4c i’Acad. Bcccariaj&c.
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- bï t’’ËxàCTft'iciTi. tyt férences fingulieres dans les réfui ta ts qu’il trouve t je ferois alfez porté à croire qu’il n’y a, d’autre différence èntre l’étédricité qtie M. Dufaÿ appelle-yitrée , & celle qu’il nomme réjtneufe, qu’en ce que'la première eft beaucoup plus forte , & la fécondé , plus foible & plus languiffante. Cette idée , que je ne donne ici que comme une conjecture , que je tâcherai d’éclaircir par la fuite , me paroît fondée fur une expérience qui m’a réuffi plus d’une fois.
- Lorfque j’éleârife fortement utl globe , & que j’en approche une petite feuille d’or , fufpendue à un fil de foie, cette.feuille eft d’abord attirée, & enfuice repouflce ; fi lbrfqu’elle eft dans cet état de répulfion , je lui pré-fente un tube récemment frotté, mais peu éleftrique, elle eft aufli-tat attirée par ce tube, de même qu’elle le feroit, fi je lui préfeatois une fubf-tance gommeufe ou réfineufe récemment frottée. Or , dans cetre expérience , il n’y a de différence que du plus au moins , entre l’éleâricité du globe , & celle du tube.
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- CHAPITRE XIX.
- De V imperméabilité du verre a la matière électrique.
- CLXIX. T o u t ce que nous venons de dire dans le Chapitre précédent, fur la maniéré félon laquelle une bouteille le charge d’éleéfricité , pour devenir propre à l’expérience de la commotion , paroîtra fans doute fuffifaftt pour établir folidement que le verre eft imper-. méable à la matière. éleéhique. Pour peu en effet qu’on réfléchilfe fur fe • procédé qu’on obferve , lorfqu’il s’agit d’éleéfcrifer une bouteille 3 on conçoit -aifément que fi la matière éleârrique pouvoit fe tamifer à travers fon épaif-leur, elle pafferoit néceflairement dans la main qui la tient, pour fe porter dans le réfervoir commun , fans qu’on pût parvenir à accumuler • cette matière dans l’intérieur de la bouteille. » • je n’infifterois: point non plus fur cet Article, fi les chofes qui paroilTent les mieux démontrées en Phyfique
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- DE l’Eiectricïté:. 27J n’étoient point malgré cela expofées à des difficultés qu’il eft important de réfoudre , pour donner à la vérité tout le poids qu’elle doit avoir.
- CLXX Les Adverfaires de Franklin prétendent donc, pour fe tirer d’affaire r qu’à la vérité la matière éleétrique pénétré plus difficilement le verre , que toute autre matière ; mais qu’il a outre cela cette propriété , qu’il ne fe déféieéfcrife point pour être manié plu* lieurs fois. A Tarde de ces deux fub-terfuges auxquels ils donnent toute Tex-tenfion dont ils ont befoin , ils expliquent à leur maniéré , comment il peut fe faire qu’une, bouteille qu’on tient dans la main, fe charge d’éleéfri-cité , 8c retienne fortement cette vertu.
- Ne leur oppofez point Texemple des. autres fubftances , lefqueiles , liïfcep-tibles comme le verre', de s’éleétrii'er par frottement , devroient ctce , ainfi que lui, très-propres à l’expérience de Leyde. Un nouveau fubterfuge les tire* roit également d’embarras. Ils- vous diroient que malgré les rapports de Êinifitudequi caraéïérifent ces differentes. matières» Les fubfta'nces gommeufesi & rélineufes,. par exemple r n’onc pis 9 M v
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- 274 ' T R A i T i
- comme le verre , l’avantage de s’cîec-trifer par communication ÿ & fi vous leur qppofez l’expériénce qui décele le contraire , ils vous répondront que fi ces lubftances peuvent s’éledrifer par communication, il eft des bornes qui les empêchent de recevoir une quantité i'uffifante d’électricité , pour produire les mêmes effets que le verre (æ).
- Que pent-pn raifonnablement répondre à cette multitude de fuppofitions gratuites , qui varient, fuivant que le befoin l’exige ? Nous ne nous arrêterons point ici à réfuter férietifemenr des rationnements trop peu fondés, pour en im-pofer à qui que ce foie ; mais nous examinerons avec foin la principale expérience qu’on nous oppole , & qui paraît au premier abord, favorifer l’opinion contraire à celle que nous défendons, CLXXI. Si ou fufpend , dit l’Abbé Nollet ( b), un corps léger, une feuille 4’or , par exemple , fous un récipient de verre , 6c qu’on en approche un. tube récemment frotté, on voit auilitôt la
- •(<i) Nollet, Eflai furl’F.leâr. pag. io8» i,i>) Leu. £ur l'£le<âT. parc. i.
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- DE L’&tlÇTIllCIT*. 175
- feuille -fe prêter aux impreffidùs de la maciere-filedcique,>& le mouvoic fui-vant qu’elle y eft déterminée] par Jle fluide éleéfcrique qui l’anime. D’où, ce célébré Phyficien conclud que l’éledri-cité du tube fe tranfmet à travers le récipient, pour agir fur la feuille de métal.
- Je fuis bien éloigné de difconvenir d’un fait vérifié pluueuts fois qui
- fe manifefte toujours de la même maniéré : mais je ne puis convenir également , de la conclufion que l'Abbé Nollet en inféré. J’ai, démontré dans le Chapitre précédent& de manière à he laiffer aucun doute à cet égard , que lorfque l’une des deux furfaces d’une bouteille on d’un verre quelconque, fe décharge d’une quantité lurabon-dante de matière électrique , la furface ojipofée fe dépouille de celle qu’elle contient naturellement. Or, ce fait bien avéré , donne naturellement l’explication de celui dont iL eft ici queftion.'
- On Conçoit-en effet, que lorfqnon approche un tube récemment frotté , du récipient, dont on fait ufige dans l’expérience qui nous occupe , fa fur-face extérieure *e péut -eèiitra&ei la M vj
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- 27<S Traité
- • vertu éleCtriquei de ce tube J'que Tm-rérieure ne' le dépouille d’une partie de.cellequ’elle contient'naturellement. Or cet effet ne peut'a voir- lieu, fans que la matière éleétrique qui s’échappe de la fur face intérieure de ce récipient-, n’agiffe fur la feuille d’or qui eft fuf-pendue dans fa capacité, & ne la mette, en mouvement..
- CLXXII. Cette-réponfe-fort fimple & bien déduite des principes- que nous avons fuffifamment établis, ne demeure pas fuis réplique, UAibé. Nollee prétend-( a )queule mouvement de cette feuille dépendoic de U matière électrique qui s’échappe de la futface - intérieure du récipient, la feuille ne pourrait être que conftamment repouffée,. êc on ne la verrait pas s’approcher du récipient, comme on 1’obfer.ve en pareille circonftance. Cette réplique, rare feduifanteila vérité > ne peut en. impo-.fer-j qu’antanr qmon. ne réfléchit point affez furies effets, de la matière électrique. qui s’échappe d’un-corps-éleCtrifé.
- Lorl'qu’on frotte un- tube , la.matière
- Lettfîu l‘Elcfl:r.^part.,î'. pag. <£5,,.
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- DE L’EtBCTMCITé. Z// éledriqùe qui s’en échappe , forme autour de lui une achmofphere qui s'étend plus ou moins loin , fuivant que ce tube eft plus eu moins éleétriqué j mais bien loin que certe athmofphere , qui tend à fe porter, & qui fe porte effectivement au-delà de ce tube , repoulTe les corps légers qui fe trouvent dans fafphere d’adivicé , nous voyons qu’ils font conftammeiic attirés , jufqu’à ce qu’ils foienr fufEfamment pourvus d’é*-ledricité , pour fuir ce tube, comme: nous l’avorts déjà fait o'oferver ( io Le même phénomène doit donc fe mfr nifefter dans l’expérience dont il eft ici qneftion. La matière éledrique,qui s’échappe de la fnrface intérieure du récipient, femblable à celle qui s’élance d’un tube frotté, doit donc attirer vers les parois de ce vafe, les corps légers, fur lefquels elle peur exercer fon adion; ic fi ces derniers demeurent constamment attirés , 8c ne fuient point en*-fuite la furfsce intérieure du verre ,. contre laquelle ils fe portent , e’èft qu’ils ne four pas fuffifamment chargés d’éledricité-, pour être dans le cas de la répudions , ainfi qu’il arrive à urie feuille d’ot qu’on préfènreà un tulle médiocrement éledcifé t elle eft aufluôe
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- lyS Trait i
- attirée par ce tube , & elle fe colle , pour ainfi dire , contre fa furface , au lieu d’en être repouflee.
- Nous palTons fous filence toutes les digrellïons que Y Abbé Nollee fait à ce fujet. Outre qu’elles n’ont aucun rapport à notre maniéré d’expliquer- le mouvement de la feuille d’or , qui fait l’objet de la difpute , elles ne font, à proprement parler , que des preuves de la fécondité de fon génie ,pourfou-tenir fon opinion. '
- Nous nous réfervons encore à examiner en particulier quelques expériences qu’il cite, pour çonftater la péne-trabilité du verre : nous aurons occa-fion d’en parler , lorfque nous rraitev ions de l’eleétricité dans le vuide j Sc nous démontrerons , auffi clairement que nous venons de le faire, que tous ces phénomènes doivent avoir lieu:, fans que la matière éle&rique pénétré fépailîeur des vaiiTeauJi.de verre dont on fait tifage dans ces fortes d’expériences. 11 nous fuffit d’avoir établi folidement la vérité de noire opinion, & nous la croyons fnffifamment prouvée parce que nous venons de faire obferver dans ce Chapitre , & par tout ce que nous avons dit dans le précédent.
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- D>E l'Ecëg T K l CfT'é. Sy 9
- CHAPITRE XX.
- De lTAnalogie de P'Eleclricité avec le Tonnerre.
- CLXXIII. 1S[ o vs ne répéterons point ici tout ce que nous avons die précé'-demment, ( chap. i z. ) fur l'analogie-de la mariere électrique avec celle du feu. Malgré les différences que nous avons affignées enfuite ,• nous ne craignons point d’affurer que ces deux matières font effentiellement les mêmes , & qu’elles ne different l’une de l’au-rre , que par des modifications que nous ne connoitïons point affez bien , pour ofer porter notre jugement. Nous ne confidéreronsdans ce Chapitre, que l’analogie qu’on a remarquée entre la matière éleét tique & celle du tonnerre-,, que tous les Phyftciens regardent comme un véritable feu , quoiqu’ils ne s’accordent point entr’eux, fur l’origine de ce feu , fur la maniéré félon laquelle il Ce forme dans l’athmofphere, ni fat Ca
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- iSo T R A» T K
- maniéré d’agir fur les corps qui fe
- trouvent fournis à fou a&ion.
- CLXXIV. Nous ne ferons point non plus icU’hiftoire des opinions bizarres que la formation du tonnerre fie imaginer fucceffivement, à mefure que les connoilfances phyfiques fe perfectionnèrent. Nous devons des égards ' aux travaux des grands hommes , qui errerem pendant long-temps dans les roures obfcures de la nature j nous devons louer leur zèle , en évitant les1 erreurs dans lefquelles le défaut d’expérience les jetra.
- Nous ne parlerons point de ces exha-laifons inflammables, lefquelles s’élevant dans l’arhmcrfphere, y éprouvent,, difenr la plupart des Phyfieiens , un® fermentation propre à produire ce météore terrible , qui porte par-tout l’effroi. Quoique cette opinion neparoifls poirn éloignée de la véritéelle eft encore expofée d quantité de difficultés qui exigent qu’on la foumette à de nouvelles épreuves , avant qu’on puifle l’embrafter avec confiance. D’ailleurs, la naturedu tonnerre eft une queftion toup-à-fait indépendance de l’objet qui nous, occupe. Nous nous bornerons donc- ih
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- CE Ç*ELECTfl.ICITf. Ui confîdérer feulement les effets qu’il produit , pour en fuivre l’analogie , avec ceux que la matière éledrique nous met continuellement fousles yeux.
- CLXXIV. M. 'Gray fut le premier qui foupçonna l’analogie que nous nous propofons de démontrer entre la matière éledrique & celle du tonnerre (a). M. l'Abhc Nollet applaudit beaucoup à cette idée, lorfqu’il dit (b) » Si quel-qu’un entreprenoit de prouver par ».une comparaifon bien fuivie des phc-» nomenes, que le tonnerre eft entre » les mains de la nature , ce que Pé-» ledricité eft entre les nôtres ; que • ». ces merveilles dont nous difpofonsà s> notre gré -, font de petites imitations » de cés grands effets qui nous effraient, » &• que tout dépend du même mé-» chanifme.... J ’avoiie que cette idée, » fi elle étoit bien foutenue , me plai-» roit beaucoup , & pour la foutenir , 33 combien de raifons fpécieufes ne fe » préfenrent pas à un homme qui êfl 3> au fait- de Véledricité , &c.
- (a) Lett. à M. Mortimer, I73Î-
- (b j Levons de l’hyfiq. Expér. t. 4, p. 314»
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- tti -Trait* *
- Cette même idée plût encore Beat coup .à M. Halles (a) & à M. Berbe• ret i qui la développa d’urte maniera très-curieufe (b) : mais perfonne , i ce que je fçache ne l’a mieux apro-fondie que M. Franklin (c). Ce fut antre les mains de cet ingénieux Phy-ficien, que la nature parut dépofer fon fecret, & les expériences qu’il fit, pour conftater un fait de cette importance, ne laifTent aucun doute fur la parfaite analogie que nous nous propofons de démontrer.
- * CLXXVI. De même que la matière éleétrique que nous déterminons à pafler d’un globe qu’on frotte, dans un conducteur qui communique avec lui, forme autour de ce dernier,un athmofphere qni s’étend plus ou moins loin 3 fuivant-que cette matière eft abondante , & qu’on parvient par-là à lui faire produire fon explofion à une diftance plus ou moins
- (<») Confidérations fur la eaufc phy&jue des tremblemciis de terre.
- • ( i ) Diflertations fur le rapport qui f« troure entre les phénomènes du.tonnerre & de l'élec-
- (c) Exp. fur l’EleéL
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- DI l’ElICTIUCItI éloignée de ce condu&eur jde même* un nuage chargé du feu du tonnerre, lance à iute très - grande diftance la matière fulminante qu’il roule avec lui. De-là ces dangers manifeftes auxquels font expofés les édifices les plus élevés.-Moins éloignés des nuages fulminants, fouvent ils fe trouvent plongés dans la fphere d’aébivité de la maiiere du tonnerre , & ils font renverfés par une exploitün fubite , qui les frappe.
- Teriunt. . , . fummos fulmina montes,
- CLXXVII. De même que le feu éle&rique n’éclatte & ne fe manifefte à nos yeux que lorfqu’il faute d’un Corps à un autre qui l’avoifine , tandis qu’il coule tacitement le long.d’une barre, ou d’un fil de métal d’une longueur indéterminée \ de même le feu du tonnerre ne brille que lorfqu’il s’élance d’un nuage à un autre, & losfqu’iî traverfe la malïè d’air qui répare du nuage qui le lâche, le corps qu’il vient •frapper ; & fi la flamme qui brille alors à nos yeux, paroît former une efpece de zic-zac , l'étincelle éleétrique qu’on tire à quelque diftance d’un corps dont
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- i*4 Trait!
- la figure eft irrégulière » & à l'aide d'un autre corps de même figure, pa-ïoît courbée & ondoyée dans l’air. Il ne lui manque, pour reflembler parfaitement au feu de l’éclair, que d’avoir à traverfer une plus grande mafie d’air, & d’être formée d’une plus grande quan* tiré de matière éleétrique.
- CL3ÉXVI1I. Veur-on néanmoins approcher davantage de la plus grande îimilitude que nous croyons avoir remarqué plus d’une fois , entre le feu électrique Sc celui du tonnerre ? L’expérience fuivante a de quoi fatisfaire, autant qu’il eft poiïible , les défirs du Phy-ficien le plus fcrupuleux.
- Sufpendez à un conducteur ai, une longue chaîne AB (fig. n ), dont les mailles foient très rapprochées : laiflez tomber cette chaîne dans un grand bocal de verre CD, revêtu intérieurement & extérieurement, d’une feuille d’étain, ayant cette attention fur-tout, qu’une grande partie de cette chaîne foit hors du bocal : éleCtrifez alors le conducteur, & foutenezl’éleCfcrifation pendant longtemps , afin que le bocal loir fortement chargé d’éleCtricité. Lorfque vous le croirez fuflifamtnenc chargé, prenez un
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- DE L* E1E Ç.T R. I C IT É. excitateur, qui n’efl: autre chofe qu’un fil de métal courbé , & qui fe termine par deux boutons arrondis E F (fig. n). Portez l’une des extrémités de cet excitateur fur la garniture extérieure du bocal , & de l’autre extrémité , tirez une étincelle de.la partie fupérieure de la chaîne ; ceçre étincelle fera très-vive , la dé-tonnation en fera très-forte, & toutes les mailles de la chaîne , à compter depuis l’endroit où l’excitateur l’aura touchée, jufqu’au fond du bocal, jetteront des étincelles qui repréfenteront, autant qu’il efl: poflible , le feu. que l’éclair nous fait diftinguer dans les nuages.
- Ce dernier effet vient de Pefpace que la courbure des anneaux de la chaîne laide entr’eux j de forte que la matière éle&rique qui fait effort pour
- C'T‘ : brufquement de l’intérieur du à fa furface extérieure , étincelle entre ces anneaux , de même qu’elle étincelle entre un condu&eur chargé d eleétricité , & le doigt qu’on lui préfente à une petite diftanee.
- CLXXIX. Chaque fois donc que plufieurs cojrps, fufceptibles d’être élec-îriféspar communication, feront placés
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- iM . Tuait i dans une même file , 1 très - peu de diftance les uns des autres , .on ne pourra, communiquer l’éleéfcrieité au premier de ces corps , qu’elle ne fe tranfmette à tous les autres & qu'elle n’éclarre , & ne fe-manifefte par une petite étincelle qu’on verra briller entre les uns 8c les autres.
- Prenez de petits barreaux de fer , arrondis vers leurs extrémités : attachez'* les avec de la cire ou du nvaûic fur une lame de verre , de façon quils foieut très - proches les .unes des autres , comme on peut le remarquer
- . Si vous préfentez l’extrémité A du premier, à un conclu éteur chargé d’électricité , vous en tirerez une étincelle, qui éle&rifera ce barreau : le fumât, place dans la fpheted’aûivité du précédent , en tirera pareillement une étincelle, qui éclattera entre l’un & l’autre ; 8c ainfide faire. Ces étincelles, quoique fucceffives, fe fuivront avec tant de rapidité , que vous ne pourrez apperce-voir l’efpace de temps qui s’écoule entre l’explofion de la première Ôc de la derniere étincelle.
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- DE l’ElBCmiCITÉ. it7 VAbbé Follet écrit à çefujeti: Mad; Laura RaJJy (a), qu’il cherche depuis li long-temps & fans fuccèsr, des moyens furs de rendre lcledricité utile au genre humain, qu’on doit lui pardonner d’avoir interrompu fes recherche» férieufes , pour i tourner fès vues du côté des objets fimplement récréatifs. Il lui décrit après , céla une fuite d’expériences fort récréatives à la vérité.
- Il eft probable que ce célébré Phy-ficien n’a point eu çonaoifTance. des travaux de M. Paeny - en. ce genres cet ancien .DémQnftrateur de l’Uni-yerfité réuflk parfaitement, il y a quatorze à fejze ans , dans ces fortes d’expériences , en ., fuivant une méthode rout-àfait femblable à celle quel'Abbé Follet espofe dans la lettre que nous venons d’indiquer.
- CLXXX. On ne peut néanmoins s’empêcher d’admirer la dextérité avec laquelle ce dernier Phyficien a fçu profiter de la transparence d’une glace, pour, former différentes lettres qui ne deviendrodent point lumineufes dans
- (a) Lût. fur l’Elcâr. part. j. pag. 174.
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- a88 Traité
- taure, leur étendue, fi elles étoient entièrement pofées fur l’une dés faces de cette glace. On éprouveroit la même difficulté , s’il s’agiffoit de former une figure entièrement fermée ; telles , par exemple , qu’un carré , une étoile, une fleur-de-lys , &c généralement toute ligne rentrante fur elle-même. Il faut donc avoir foin d’en placer une partie fur l’une des furfaces de la glace , 8c l’autre, fur fa furface oppofee.
- Pour donner une connoiffance exaéte de la manière de procéder en pareilles circonftances , nous ferons obferver d’abord, que pour exécuter ces fortes de machines , on fe fert de ces feuilles d’étain dont on fait ufage pour étamer les glaces : on les coupe par bandes d’environ une - ligne de largeur-, & on divife ces bandes en petits carrés de même hauteur. On colle fur le verre ces petits carrés , qu’on oppofe en diagonale , comme on peut le remarquer , ( fig. 24) , .en biffant un petit efpace vuide entre leurs angles. On a foin que les deux extrêmes , le premier & le dernier de ces carrés , communiquent aux deux petites bandes de même métal, A Sc B > qui parviennent
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- DE t’ElïCTRICITH. 289 de part& d’autre aux extrémités correspondantes de la Surface du verre.
- Cela pofié, fi l’on fait toucher à un co ndu&eur chargé d’éleéfcricité, la bande A , ayant foin de tenir à la main la bande B , on verra partir une étincelle qui éclatera entre tous les petits carreaux.
- Veut-on maintenant faire ufage de cette maniere.de faire étinceller l’électricité , pour former des lettres lumi-neufes , voici comment on procédera.
- »> Je fuppofe, dit l'Abbé Nollet(a), » que vous ayez à repréfenter la lettre » Ô, ou un cercle , ( fig. 25 ) : vous » en figurerez la moitié avec les petits » carrés d’étain , fur un des côtés du >* vef re, avec la picce A, 8c la lame EGt « que vous replierez fur 1 autre côté.du » verre , où vous figurerez l’autre demi » cercle, au bout duquel vous ajouterez » la piece K B : par ce moyen-là , le » feu éle&rique palfera fans inrerrup-» tion, en venant du condu&eur AC » DE G HIK B «. ’
- Ceux qui feront curieux de fuivreplus
- £a) Lctc. fur i'Elcâr. part. 3. pag. z8i.
- N
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- a JO Traité
- particulièrement cet objet, Sc de s'instruire. exa&ement fur fa maniéré -de préparer toutes fortes de lettres , ou défigurés, qui deviennent lumineufes lorfqu’on les éleéfcrife , pourront con-fulter l’ouvrage de VAbbé Nollet. Ils y apprendront comment on peut profiter des aigrettes lamineufes qui fe font remarquer aux extrémités angu-leufes des corps éleéfrifés , pour former des- bouquets lumineux, dont le fpec-tacle ne peut être que très-divertiflant. Ils y verront comment ce célébré Pro-fefTeur a fçu mettre à-profit une découverte que M. Winkler atrribue à fon Tourneur, homme fort indullrieux fa), laquelle confifte * comme nous l’avons déjà fait obferver .( 90 ) , à faire tourner fur fon pivot , par le moyen de l’éleétricité, une étoile qui fe termine en pointe , pour former un cercle lumineux; ils y verront, dis-je , avec quel art XAbbé Nollet s’eft approprié cette idée , en variant d’une maniéré fort agréable la conftruétion & l’effet de la machine. Nous ne pouvons nous permettre de nous étendre beaucoup fur
- ( a ) Eflai fur la nature de l’Eleâr. pag. 30.
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- de l’Electricité. 2.91 des objets de pur amufement, qui nous éloigneroient trop de l’analogie que nous nous propofons de démontrer, & que nous allons reprendre.
- CLXXXI. Un des effets les plus connus du tonnerre, c’eft fans contredit celui de percer les corps les plus com-paéts, & de biffer après lui une trace de fon paffag^p, par un trou plus ou moins grand que la matière fulminante fait en pénétrant les corps , & par une odeur pnofphorique ou fulfureufe , qui fubfifte plus ou moins de temps après la chute du tonnerre.
- L’éleétricité produit en partie le même effet. On parvient à lui faire percer un carton, une main de papier, & même davantage : elle fait un trou dans l’é-pailfeur du papier ; & fi immédiatement après , on fent le papier qu’elle vient de percer , on diftingue parfaitement l’odeur du phofphore qu’elle biffe après elle.
- On peut faire cette expérience avec une grande glace étamée à b façon du Doéteur Jdevis , ou avec un grand bocal, garni pareillement des deux côtés avec des feuilles d’étain.
- Dans le premier cas , on pofe la N ij
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- lyi Traité
- glace horifontalem ent fur une table : on met fur fa face fupcricure , le papier , ou le carton qu’on veut percer : on laiffe tomber la chaîne qui pend au conducteur , fur le papier , 8c on éleCtrife fortement la glace. Lorf-qu’elle eft fuffifamment éleCtrifée , on appuie l’une des extrémités de l’excitateur , fur la furface inférieure de la glace , de façon qu’elle pofe fur la garniture d’étain qui la recouvre, 8c avec l’autre extrémité , on touche le papier : il part alors une vive étincelle qui tra-verfe le papier , & qui y fait un trou plus ou moins grand.
- Dans le fécond cas , on cleCtrife fortement le bocal, en obfervant ce que nous avons déjà prefcrit en parlant de l’éclair éleCtrique ( 178 ).Lorfqu’ileft fuffifamment chargé d’éleCtricité,on applique le carton ou le papier qu’on deftine à cette expérience , fur la garniture extérieure de ce bocal : on appuie enfuite l’une des extrémités de l’excitateur fur le carton, & on touche avec l’autre extrémité , à la chaîne qui pend dans le bocal. Il arrive alors le même effet que dans le cas précédent , & dans l’un & l’autre cas on fçnt une fQtte
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- de l’Electricité. it,j odeur de phofphore , qui fubfifte pendant quelques inftants. '
- CLXXX11. Un effetencore bien marqué du tonnerre , c’eft fans contredit cette propriété que tout le monde lui connoît , de fondre quantité de métaux , fans endommager le plus fou-venr les corps qui leur font contigus. C’eft ainfi , par exemple , que la foudre fond la lame d’une épée dans fou fourreau , fans porter le moindre dommage au fourreau : c’eft ainfi qu’elle fond de l’argent dans une bourfe , fans laiffer fur cette bourfe , aucun figne qui caraétérife fon aétion. On l’a vüe plus d’une fois enlever des dorures , fans gâter les fupports qui les por-toient, &c.
- Nous pouvons pareillement produire des effets affez analogues , par le moyen de l’éleétricicé. Placez entre deux lames de glace AB ( fig. i6 ) une petite feuille d’or de l’efpece de celles dont les doreurs fontufage, & qu’on trouve dans de petits livrets deftinés à cet ufage : faites enforte que cette feuille excede les deux extrémités de ces glaces. 11 eftalfez indifférent pour le fuccès de cette expérience , que la feuille foit
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- 2-94 Traité
- de même largeur que les glaces : liez ces dernieres entr’elfes avec un morceau de ficelle , ou avec un fil allez fort, & en plufieurs doubles : placez-les enfuite fous une petite prefle C D, afin de les ferrer l’une contre l’autre , autant qu’il eft polfible, fans les cafter. Faites enforte que l’une des extrémités de la feuille, par exemple , celle qui répond à l’extrémité A , touche au ventre du bocal garni intérieurement & extérieurement : laif-fez pendre dans ce bocal, une chaîne attachée au conducteur , 6c éleétrifez fortement le bocal.
- Lorfqu’il fera fuffifamment éleétrifé, pofez l’une des extrémités d’un excitateur fur la partie excédante B de la feuille d’or, ayant foin de contenir ion autre partie A , contre le ventre du bocal , & tirez une étincelle de la chaîne s avec l’autre extrémité de l'excitateur : la détonnation fera violente , & une partie de la feuille d’or fe trouvera incruftée dans les glaces.
- CLXXXIII. Cette expérience devint encore un objet 'de conteftation entre M. Franklin & Y Abbé Nollet 5 le premier prétendoit que cette portion de métal iucruftée 3 étoit fondue par
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- TÈ.
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- l’étincelle élc&rique, & que cette fufion s’étoit faite à froid. L'Abbé Nollec coneefta ces deux idées j il prétendit qu’il ne s’opéroit aucune fufion dans cette expérience j & conféquemmenr, qu’elle n'indiquoit point une fufion faite à froid ; il voulut que le métal fût feulement pulvérifé , & qu’il fût porté par l’impétuofité du feu éle&ri-que, dans les pores dilatés du verre, lefquels fe reflerrant après , dérobent le métal incrufté , à l’aéfcion des dif-folvants qu’on emploie pour l’en reti-
- *«(*)• . ...
- Si on examine avec attention les rai-fons qu’on apporte de part & d’aûtre , pour foutenir ces deux opinions con-
- rience s’explique également bien , en admettant une fufion, ou une (impie pulvérifation du métal ; & que S’il s’opère une fufion , les raifons ne font pas plus prépondérantes , pour croire que cette fufion foit chaude j que pour admettre qu’elle fe fait à froid ; car, comme lobferve très - bien Moniteur
- (<*) Lett. fur l’Eleft. part. r. p. 4^.
- Niv
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- iç)6 Traité
- franklin (a) , » tout corps qui peut » s’infinuer entre les particules d’un » métal, & furmonter l’attra&ion par » laquelle leur co-liélïon fubfifte, ce que « peuvent faire les menftrues , changera » nécelïàirement le folide en fluide,auflï-j> bien que le feu meme , fans l’échauf-»» fer. Ainfi le feu éle&rique caufant » une répulfion violente entre les par-» ties du métal à travers lequel il » paife , le métal eft mis en fufion.
- Quelque .plaufible que foit le raifon-nement de M. Franklin, il n’eft fondé que fur l’idée qu’il s’eft formée , que cette fufion doit être froide. Il pourroit fe faire qu’il y eût ici une véritable fufion, & qu’elle fût chaude, quoiqu’il ne refte après l’expérience, aucune indice de chaleur ; car comme le remarque \'Abbé Nollet (b)j «quand » voui avez percé , dit-il à M. Fran-» klin , avec le trait du ftu éle&rique « descayers de papier blanc, avez-vous »> pris garde que le trou , du coté qui a >» touche le carreau de verre enduit de
- » métal, paroît roulli, & comme brûlé...
- ( 4 ) Exp. & Obferv. fur l'Eleél. t. :
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- de 1/Electricité. 197 » Qu’èft-ce qu’il y auroit de plus , (I » ce trou avoir été fait avec un fer » chaud.? Et quand on voit de pareil-» les marques, eft-il poifible d’imaginer » que ce qui a troué ie papier ait agi »> fans chaleur « ?
- Si cette réflexion , qui paroît appuyée fur une obfervation bien légitime , femble décider laqueftion, elle n’emporte cependant pas la conviétion avec elle. Pour peu qu’on foit attaché an parti de M. Franklin, on trouve dans l’obfervation même de Y Abbé Nollet, de quoi réfuter aflez raifonnablemenr fon opinion. Si on examine en effet la couleur que le bord du trou affeéle dans cette expérience, on s’appercevra aifément que cette couleur approche davantage du noir que du roufli, & elle elt parfaitement femblable à celle que prendroit le papier , s’il avoit été frottement cet endroit par la partie cor-refpondante de l’enduit métallique. Ne pourroit-on donc pas dire que l’é— le&cicité enlevant une portion de la fubf-tance métallique , l’applique contre le bord du trou , -de façon qu’elle lui procure la couleur qu’on obferve après cetce expérience? Mais notre intention
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- 298 Traité
- n’eft pas de contefter, ni de difcuter
- un point dont l’intelligence n’a aucun
- rapport avec le principal objet de ce
- Chapitre.
- Concluons feulement de l’expérience précédente , qu’on parvient à faire produire à la matière éleétrique des effets analogues à ceux que produit la matière du tonnerre } & la difproportion qu’on remarque entre les uns & les autres , ne vient que de la. différence qui fe trouve entre la quantité de matière accumulée, dans l’une & dans L’autre circonftance.
- CLXXXIV. Un dernier phénomène qui fournit encore une preuve bien convaincanrede la parfaite analogie que nous reconnôiffons entre la matière éleécrique & celle de la foudre , c’eft le funelfe effet que produit fur les animaux la matière éle&rique , lorfqu’elle ell accumulée jufqu’à un certain^oint, dans de grands bocaux , ou fur de très-grandes glaces.
- M. Jallabert fut un des premiers, .à ce que je fçache , qui imagina que les effets de la commotion pourroient devenir très-dangereux à l’économie animale , s’ils étaient portés jufqu’à un certain point de violence.
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- DE l’EiVc'TRICITÉ.
- » Pour m'affûter , dit-il (à), de l’effet » que produiroit la commotion fur di-» vers animaux ; après avoir ©te à plu-» fieurs tes poils ou les plumes de là » poitrine &dufommetde la tête , j’en » liai, les uns au vafe , les autres fut » un guéridon, de façon cependant que » le culot du vafe pofoit fur la poi-» triiie de l’animal, & le dos fur le » guéridon. Au moyen d’un fil de foie , » j’approchai de fa tête une chaîne de » métal appendue à la barre (le conduc-» teur ). Quelques-uns de ces animaux w furent tués au même inftant, du coup » qui les frappoit} il y en eut qui y » furvécurent pkifieurs minutes} d’au-» très parurent rrès-incotnmodés : & je » ne douce pas qu’en faifanr attention » aux ^divers moyens que j’ai indiqués, » foit pour augmenter l’éleétricicé de la » barre , foit pour fendre la commo-» tion plus forte , ôn 11e parvînt à don-» ner la mort aux animaux les plus » robuftes «.
- M. Franklin (b) Sc plufieurs autres
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- JOO 1 RAltî
- Phyficrens font parvenus depuis M..Jal-labert à produire de femblables effets. Ces expériences m’ont parfaitement réufli fur des lapins, des pigeons, des dindes j que j’ai fournis plus d’une fois à cette épreuve.
- En raffemblant donc ici tous lés phénomènes que j’ai expofés dans ce Char pitre , il paroît manifefte de conclure que la matière éleétrique eft la même que celle qui forme le tonnerre..
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- e l'Electricité. joï.
- CHAPITRE XXI.
- Du pouvoir des Pointes.
- CLXXXV. Tl ne fuffifoit point.à la curiofité de M. Franklin, d’avoir confirmé par les expériences que nous avons indiquées dans le Chapitre précédent, la parfaite analogie que nous avons conftatée entre la matière éleétrique & celle de la foudre ^ il falloir encore , pour le fatisfaite » qu’il fournît à fes recherches la matière elle-même du tonnerre : qu’il la modifiât de la même maniéré qu’il rnodifioit la matière électrique. Peu épouvanté des fuites qui paroifloienr menacer fa témérité , il voulut dérober le feu du ciel, l’enchaîner dans fes conducteurs, & lui afiîgner les corps fur lefquels il devoit développer fon aéhon.
- CLXXXVI. Il imagina que fi les pointes qui terminent Certains corps y étoient très-propres à lancer le feu électrique, comme onl’obferve aflez communément par les aigrettes qui s’en
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- échappent , elles ne doivent pas être moins propres à le finuirer abondamment à une très grande diftance j & fans contredit à une diftance beaucoup plus éloignée quon ra’oferoit feje promet-• rre d’un corps moutTe quelconque ; cé qu’il confirma par l’expérience luivante.
- Si une perfonnè ifolée rient à la main une barre de fer arrondie par fes extrémités , & quelle préfente l’un des bouts de cette barre à un pied de diftance d’un conducteur chargé d’électricité , elle ne parviendra point à s’électrifer, ou fi elle y réuflit, l’électricité dont elle fera chargée fera très-foible : mais fi , au lieu d’un corps moutTe , cette perfonne tient à la main une barre de rer qui fe termine en pointe , elle s’électrifera très-fortement à la diftance que nous venons d’indiquer, & même à une diftance beaucoup plus grande. On peut donc dire que les pointes ont cette propriété, de tirer abondamment, & à de grandes diftances , la matière électrique des conducteurs.
- Ce fut certe’ raifon qui me déterminai,, comme je l’ai déjà fait obferver, ( 3y) â me fervir d’une pointe, pour foutirer la matière électrique de mes globes , &
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- DE t'ElECTRTCIT'é. %
- â abandonner les pratiques qui étoienr alors en ufage.
- CXXXVI. Ce pouvoir de foutirer de loin la matière éle&rique , étant bien conftaté , M. Franklin imagina qu’on pourroir parvenir, par leur moyen, à foutirer la matière orageufe d’un nuage , & qu’il ne s’agifloit pour cela que d’élever au-defliis d’un bâtiment une pointe de métal ifolée. Le fuccès répondit parfaitement à fon idée. M. Dalibard fut un des premiers en France qui tenta cette expérience } & c’elt d’après un Mémoire qu’il lut à ce fujcc à l’Académie , que je vais indiquer le procédé qu’il fuivit.
- Il fit élever à Marly-la-Ville , limée à fix lieues de Paris, au milieu d’une plaine, dont le fol eft fort élevé lui-même , une barre de fer d’environ un pouce de diamètre , & de quarante pieds de longueur , pointue par fon extrémité fuperieure , & pour lui ménager même une pointe plus fine , il l’avoit fait armer d’acier trempé , ÔC enfuite brunir, au défaut de dorures» pour la préferver de la rouille.
- Cette derniere étoit ifolée fur un plateau, foutenue par plufiôuts bouteilles
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- de verte , & contenue en fituarioiï, par des cordons de foie, attaches à trois poutres de bois, qui formoient les angles d’une efpece de baraque qu’il fie conftruire le long des murs d’un jardin, afin d’y mettre un homme à l’abri de l’orage , ainfi que le bas de la barre de fer , & le tabouret fur lequel elle
- La forme de cette efpece de baraque eft affez indifférente •> il fuflit feulement qu’elle foit conftruite de maniéré que la barre de fer qui la traverfe, ou qui y pénétré demeure ifolce-, & que ces corps qui fervent à foutenir ou à contenir cette barre en fituation , ne puif-fent point être mouillées, puifqu’alors Péleàrricité communiquée à la barre , fe difliperoiE totalement.
- On peut encore voir la defeription d’une femblable machine , ou pour mieux dire , la maniéré défaire parvenir dans une chambre , une portion de la barre de fer élevée & ifolée, dans la première partie des Lettres fur l’é-ledtricité de l'Abbé Nollet. Cette ma» chine eft très-bien entendue, & peut débarrafTer le Ledteur , du foin d’en imaginer une particulière.
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- de l’Electricité. JOj
- J’ajouterai feulement ici, qu’au défaut d’une machine, plus artiftement conftruire , je me fuis plus d’une fois fatisfait i cet égard , en pofant fur deux pains de réfine CÜ, ( fig. 17 ) fou-tenus fur deux tables , une barre de fer A B , dont une partie fortoit hors d’une des fenêtres F G d’un grenier. La partie extérieure de cette barre étoit fou-tenue par un fort cordon de foie E B, garanti de la pluie par le toit F de la fenêtre. Sur l’extrémité B de la barre ifolée , s’élevoit perpendiculairement une aiyte barre BI, de fix pieds de hauteur , & qui fe terminait en pointe. A l’autre extrémité A de la première barre , pendoit une petite chaîne qui portoic une boule de métal : cette boule étoit élevée de deux pieds & deux pouces au- de (Tus du plancher.
- Cet appareil , autant (impie qu’on puifïe l’imaginer 3 m’a. parfaitement réuflj. J’aurois pu répéter avec facilité toutes les expériences qu’on avoir faites jufqu’aîors fur l’éleétriciré des nuages ; mais je me fuis contenté d’en tirer quelquefois des étincelles. Je les trouvai un jour fi fortes & fi foudroyantes , que je craignis les. fuites de ces
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- }Qé Traité
- fortes d’expérience^, & je démontai ia machine , pour ne point expôfer quelques perfonnes peu inftruités , qui fe faifoient un plaifir , malgré mes repréfentations , de venir vifiter mon appareil, dès qu’il paroiffoit un nuage orageux , & qui s’écoient tellement accoutumées aux commotions, qu’elles touchoient fans aucune précaution à la barre de fer ifolée.
- CLXXX VIII. Lorfque U. Dalibard eut conftruit fort appareil, il fe pro-pofa, nous dit-il dans fon Mémoire j de faire , dans un temps d’oragg , deux obfervations fur fa verge de fer ; l’une étoit de remarquer à la pointe , une aigrette Iumineufe , femblable à celle qu’on apperçoit à la pointe d’une aiguille , quand on l’oppofe aflez près a’un corps éledrifé j l’autre confiftoit à tirer des étincelles de cette verge, comme on en tire du condudeur d’une machine éledrique. J’étois bien alluré, continue-t-il, dufuccèsde la première, m’étant rappellé que cette aigrette eft connue , il y a plus de deux ou trois mille ans.
- Les plus anciens Auteurs, Homere-, Ari/îote , Plutarque Horace, &e.'en
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- b b l'Electricité. 307 ont parlé , fous le nom A'Ajlres dç Helene., quand il n’en paroilToit qu’une » 5c fous le nom de Cajior 5c Polluxy quand on en voyoit deux.
- Il n’eft pas rare d’obferver ces fortes d’aigrettes lumineufes , au haut des mats, au bout des vergues , en un mot, dans tons les endroits élevés, où il fe trouve des pointes dreffées. On les obferve fur-tout pendant la nuit , à l’approche , 5c dans le temps des orage». C’eft ce phénomène que les Marins indiquent fous le nom de feu St. Elme.
- La certitude de cette première obfer-vation donnoit beaucoup de confiance à M. Dalïbard pour la fécondé. Sa barre étant bien ifolée , il avoir tout lieu de croire qu’il en tireroit des étincelles. 11 ne s’agifloit plus que d’attendre un moment favorable à cette expérience. Ses affaires ne lui permettant pas de féjourner alfez long-temps à Marly-la-Ville , il confia le foin de cette obfervation à un homme intrépide , qui ne fe Iaiflac pas épouvanter par le bruit du tonnerre , 5c auquel il donna les inftrudions néceffai-res pour fe bien conduire.
- Ce fut le 1 o Mai de l’année 1752»
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- 3o$ Traité
- entre les deux & trois heures a pré* midi , que l’expérience réuffiç avec tout le fuccès que M. Dalibard s’en étoit promis.
- Cet habile Phyficien, craignant même que les étincelles qui dévoient fe produire à fon appareil, ne devinrent dan-gereufes à la perfonne qui devoir faire cette expérience , avoir eu foin de difpofer un excitateur propre à les tirer , fans qu’il en pût réfulter aucun inconvénient. Malgré cette fage précaution , le Curé de l’endroit, qui fut préfent à une partie de l’expérience du 10 Mai, & qui en fit fur le champ la relation, écrivit à M. Dalibard : » J’é-» tois fi occupé dans le moment de » l’expérience , de ce que je voyois , » qu’ayant été frappé au bras , un peu » au-delïous du coude , je ne puis dire » fi c’eft en touchant au fil d'archal ( de » l’excitateur ) , ou à la tringle i je ne » me fuis pas plaint du mal que m’a->» voit fait le coup dans le moment que >» je l’ai reçu } mais comme la douleur >» continuoit, de retour chez moi, j’ai »> découvert mon bras.... Sc j’y ai ap-» perçu une meurtrilïure femblable à *> cçlle que fetoit un coup de fil d’ar-
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- » chai , fi j’en avois été frappé à nud.
- Il dit, quelques lignes après, qu’il répandoit une odeur de fouffre qui fe faifoit fentir de tous ceux qui l’appro-choient.
- CLXXX1X. Cette expérience, qui fut publiée peu de temps après fa réuf-fite , excita l’émulation des Phyficiens; plufieurs conftruifirent de femblables appareils. Le célébré Lemonofcow nous apprend que dans les temps d'orage, il riroit du fien, des aigrettes lumineu-fes & bruyantes , de trois pieds de longueur, & d’un pied de largeur {a).
- M. Verrat en éleva une femblable £ l’Obfervatoire de Bologne, qui lui réuffit également j mais il remarque qu’il n’en tiroit jamais d’étincelles , qu’il n’eût tombé de la pluie auparavant (b).
- M. de Lor tiroit des étincelles très-vives & très bruyantes du fien , qui confiftoit feulement en une barre de fer de 99 pieds de longueur , élevée fut le mur de fon jardin , & ifolée $yec de la colophone.
- (a) PhUof Tranf. v. +8. part, z.pag. 77x. ( b) Comment. Bonon. vol. i, pag. ioo.
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- 5,9 Tniiri
- Le célébré Mujfenbroek à Leyde , Sc Edens à Warmond , ne furent point auffi favorifés des leurs j ils n’y éprouvèrent aucun ligne d’éle&ricité , pendant l’efpace de deux ans (a ). Si ces deux Phyficiens eurent à fe plaindre du peu de fuccès de leurs tentatives , il n’en fut pas ainfi à Mofcow : ces expériences n’y rendirent que trop bien. Le célébré Richman, Profefièur de Phyfique, y fut tué, le 6 Août 1753 , par une ex-plofion qui partit de fon appareil, & qui l’étendit fur le carreau. Si M. le Monnier Sc le Pere Bertier de l’Oratoire, ne furent point aulïi maltraités dans leurs eflais ,ils ne furent point trop encouragés à les continuer : ils reçurent, l’un Sc l’autre de violentes commotions, qui les renverferent , le premier, à St. Germain en-Laye, & l’autre à Montmorency. Ces nouvelles répandirent tellement l’épouvante parmi les Phyficiens , que plufieurs n’ofefent s’expofer à continuer ces recherches.
- Il eft cependant confiant, qu’en apportant beaucoup de prudence dans ces
- ^ (a) Muffenbroek, Cours de Phyfique Exp.
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- fortes d’expériences , & qu’en prenant des précautions fort fimples, on peut fe promettrede très-grandsfuccès, fans encourir aucun rifque.
- CXC. Si ces expériences font propres à intimider ceux qui voudroient les répérer , elles font encore fujettes à un inconvénient qui ne contribue pas peu à railentir le zèle de ceux qui fe propofent de les fuivre ; elles ne réufliflènt pas en tout temps ; la matière éledrique ne fe trouve pas toujours fuffifamment répandue dans l’air} elle n’y donne des lignes manifeftes de fa préfence , que lorfqu’il tonne ou qu’il éclaire, & que la pluie commence à tomber ; car dès qu’elle devient abondante, l’éle&ricité celfé , ou au moins s’affoi-blit confidérablement.
- Lorfque l’été eft fec , on remarque beaucoup d’éledricité } très-peu , s’il eft humide} prefque point pendant l’hy-ver : pendant l’été , cette matière fe dillipe au coucher dû foleil, & il n’en paroîr plus du tout, deux heures après fon coucher : cette difette de matière éledrique fubfifte jufqu’aulendemain, & elle ne recommence à fe faire obfet-ver, que fur les huit ou neuf heures
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- 3 il _ Traité
- du matin, à moins qu’il n’y ait une
- aurore boréale (aj.
- Il n’eft cependant pas toujours né-ceftaire que le tonnerre gronde , pour qu’une barre ifolée fe charge de matière éledrique. M. Dalibard en donne une preuve convaincante dans l’obfer-vation fuivante. La voici , telle qu’il la rapporte ( b ).
- » Peu de jours après la publication *> du Mémoire ( dont nous venons n de faire mention ) , j’imaginai , dit-» il , d’adapter un petit carillon à une « pointe métallique , que j’avois fait » élever au Jardin du Roi pour M. de n Buffon «. (^Ce carillon n’eft autre chofe que deux petits timbres fembla-bles à ceux dont nous avons fait ufage ( 59 ). » Dès le premier orage , con-n tinue M. Dalibard , qui arriva le n jour même , le carillon fonna plus » d’une demi-heure avant que le ton->5 nerregrondât, &, avant que les éclairs »> panifient. Par ce moyen, nous avons » toujours été avertis depuis, de l’ap-» proche des nuages orageux. Il nous
- (a) Hift. de l'Acad. Roy. an. 1751.
- (b) Exp. & Obferv. fur l'Ekct.-r. 1.
- » eft
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- DE VE LE CT RI Ciré. $1}
- » eft même arrivé plufieurs fois j à M.
- » de Buff'on & à moi , d’entendre fon-» ner le carillon , fans aucune appà-» reiice de tonnerre «.
- Nous ne pouvons difconvenir que ces phénomènes ne puiftent avoir lieu quelquefois : il fuiïït pour cela , que la mariere éleétrique foit très-abondante dans l’athmofphere , ce qui peut arriver , fans qu’il paroifte autour de hqus aucun ligne manifefte d’orage j mais il n’en eft pas moins vrai pour cela , que ces phénomènes ne fe font ordinairement obferver que dans les circonftan-ces que nous avons indiquées ci-defliis.
- Ajoutez encore à tous ces inconvénients , qu’il faut de toute nécelfité, qu’un nuage orageux pafte au-deflu’s de l’appareil, & qu’il y pafte aftèz près de la furface de la terre , pour que la pointé- ifolée puift'e fe'charger de la matière électrique qu’il porte avec’lui.
- ÇXCI. M. Franklin étant bien per-fuadé du pouvoir des pointes pour fou-tirer la matière éleCtrique des nuages, imagina un procédé fort lîmple & beaucoup plus avantageux que celui dont nous avons parlé jufqu’à préfent. Si il fut prévenu dans cette occàfion par
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- 314 Traité.
- d’ancres Phyficiens , nous ne devons pas pour cela lui reftifer l’honnéuC de l'invention. 11 étoic trop éloigné du commerce des fçavânts, pour qu’on puiflfe foupçonner qu’il eût eu communication de leurs travaux. Voici comment il s’explique dans une lettre écrite le 19 Oétobre 1741 (a).
- » Faites une croix de deux petites 3> lattes , les bras aflez longs pour at-» teindre aux quatre coins d’un grand » mouchoir fin de foie, quand il ell » étendu : liez les coins de ce mou-» choir aux extrémités de la croix : par » ce moyen, vous aurez le corps d’un » cerf volant. Eny ajoutant adroitement » une quelie , une gance & une ficelle, 3> ils’élevera en l’air, comme ceux qui » font faits de papier : mais celui-ei , » qui eft fait de foie , eft plus, propre » à réfifter au vent & à la pluie d’un » orage , fans fe déchirer : au fommet ’» du montant de la croix , il faut -fixer » un fild’archal rrès-pointuqui s’élève » d’un pied, ou plus au-delTus du bois. » Au bout de la ficelle , près -de la
- (4) Exp. & Obferv. fur l'Efca.pâg. 181.
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- BE l’EtS CT1U CITÉ. J TJ'
- « main , il faut nouer un cordon, ou' » ruban de foie, & attacher une clef » dans l'endroit où la foie & la ficelle » fe joignent. On éleve ce cerf-volant,
- >» lorfqu’on eft fur le point d’avoir du. » tonnerre , & la perfonne qui tient la: » corde, doit être en dedans d’une porte »> ou d’une fenêtre, ou fous quelqu’abri, » enforte que le ruban de foie ne foit » point mouillé , & elle prendra garde » que la ficelle ne touche point le cadre » de la porte, ou de la fenêtre.
- » On peut, dit un peu plus bas M.
- » Franklin , charger la bouteille de » Leyde à cette clef, enflammer des » liqueurs fpiritueufes avec ce feu ainfi » ramafle , & faire toutes les autres » expériences, &c. «
- CXCII La méthode de M. Franklin eft on ne peut plus fimple , & elle a l’avantage outre cela , fur celle donc nous avons parlé précédemment, qu’on peut tranfporter cet appareil différents endroits. Ajourez encore ici qu’un cerf-volant, s’élevant fort haut dans l’air , doii être bien plus propre à ces fortes d’expériences , puifqu il peut arriver fouvent , que des nuages trop élevés patient tacitement au-deflus de
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- j. i<S Traité
- tout autre appareil, & ne donnent aucun ligne de la matière électrique dont ils font chargés.
- CXCIII. Nous ne difconviendrons point ici que M. de Romas , AflelTeur au Préfidial de Nerac , avoir non-feulement prévenu M. Franklin.dans cette invention j mais encore, que la machine qu'il avoir imaginée écoit bien plus ingénieufe & plus conforme à fon objet, que celle du Phyficien de Philadelphie.
- Pour en donner une idée fuffifante, imaginez un petit chariot , qui porte une efpece de dévidoir , fur lequel eft enveloppée la corde du cerf-volant. L’effort de l’air qui tend à enlever le corps de ce cerf, fuffit pour faire tour-nerle dévidoir, & dévider entièrement la corde , à l’extrémité de laquelle M. de Romas avoir ajouté un long cordon de foie 3 pour ifoler le cerf-volant. A l’aide de quelques autres cordons de foie , on peut conduire commodément &c plus fûrement le chariot, & confé-quemment, toute la machine ^ ce qui n’eft pas un petit avantage , & on n’a point à craindre que l’éleCfcricité des nuages étant trop abondante, devienne
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- Î>E lElectricité. Jiÿ dangereufe , pour celui qui fait l’expérience $ puifqu’il ne communique point avec la corde du cerf-volant, inconvénient qu’on peut reprocher à la fim-plicité de l’appareil de M. Franklin : car il ne faut point croire que, n’étant pas ifolé , çn ne puifle être quelquefois fortement cieCtrifé, lorfque la matière éleCtrique eft fort abondante , comme elle doit l’être dans des nuages fort étendus.
- On ne doutera point de cette vérité, fi on fait attention qu'il eft des cir-conftances, où nous obtenons une fi forte électricité , avec nos machines ordinaires, que des corps non ifolés s’éleéfcrifent, ou demeurent électriques, fi ils ont été éleCtrifés auparavant. M. Bo\e (a) & M. Allamand (b) ont remarqué ce phénomène que M. Hol-leweo avoit déjà découvert à Gotha. Ce dernier parvint à produire une électricité fi violente , qu’elle exerçoit fa vertu , lors même qu'un tuyau de fer blanc, qui fervoit de conducteur, étoit
- (a) Rcclierc.
- i’Elea.
- pag. 18.
- fur les caafcs & théor. de
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- i 18 Traité
- pofé fur du bois ou fur des métaux, ou qu’il écoit touché par différentes personnes (a). On peut juger de-là, combien il eft imprudenr de s’expofer à communiquer avec la matière électrique dont un nuage orageux peut être chargé, & l’appareil de M. cfcÆo/72a.s,n’auroit-il que ce feul avantage fur celui de M. Franklin, d’intercepter toute communication entre le cerf-volant & la perfonne qui le manie , il mériteroit la préférence fur celui du Phyficien de Philadelphie.
- Un autre avantage que je remarque encore dans celui de M. de Romas, c’eft la maniéré dont il conftruit fa corde, à la faveur de laquelle le cerf-volant s’cleve, & eft retenu dans l’air. Une corde de chanvre ordinaire , fût-elle mouillée , comme il arrive affez communément en temps d’orage , n’eft point aulïï propre qu’une fubftance métallique , à traufmettre la matière électrique. C’eft un fait dont tous les Phy-ficiens électrifans conviennent : il écoit donc important, pour profiter complètement de la matière éleétrique dont
- (a) Traité de la nature des effets de l'Eleét»
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- DE lvE*ectxicit£. f.%0 ntl nuage, orageux peur être charge » de foutirer cette matière avec une fubf-tance métallique : mais il falloit en même temps, que cette fubftance fût flexible , & pût fe plier au gré du vent qui emporte le cerf-volant. Or M. de Romas fçut raflfembler ces deux avantages , en faifant filer avec du chanvre , un fil de métal très-délié , que nous appelions de la Cannetille. Ce fil en partie métallique, étoit fuffifam-ment flexible , &: avoir encore l'avantage de réfifter beaucoup mieux qu’une ficelle ordinaire , aux impreffîons du vent. On ne doit donc pas être furpris des effets qui en réfulterent ; ils font de beaucoup fupërieurs à ceux qu’on éprouve ordinairement. L'Abbé Nollet, .auquel M. de Romas en fit part, rapporte que les traits de feu fponranés qui par-toient de cet appareil , étoient de la grofleur du pouce Sf de dix pieds de longueur ; qu’ils s’élançoient fur les corps non éledriques les plus voifins* & qu’ils éclartoient avec un bruit égal à celui d’un piftolet (a).
- (a) Letti fur T-Ekdricité, part. v. pag. 4-37.
- O iv
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- 3io TaXiré
- CXCIV. Des expériences suffi étonnantes furprirent l’admiration de ceux qui les firent, & on crut avoir trouvé un moyen infaillible de nous préferver de la foudre. On ne peut qu'applaudir , j’en conviens , à un zèle auffi favorable à rimmajiiré ; mais il convenoit à la gloire dé M. Franklin , de ne fe pas laifier féduire par des expériences auffi équivoques que celles quilecondui-firent à cette opinion. Il n’avoit cer-rainement pas examiné les faits avec affiez d’attention , lorfqu’il afiura ( a ) qu’un homme placé fur le plancher , & qui préfente la pointe d’une aiguille , à douze pouces ou plus de diftance du conducteur , empêche ce condaCteur de fe charger d’éleétricité, parce que cette pointe tire le feu électrique auffi promptement qu’il pafle dans le conducteur. Il n’eft pas moins faux que lorfqu’un conducteur eft chargé d’éleCtricité , il fe décharge en un inf-tant, lorfqu’on lui préfente cette même pointe à la même diftance.
- Si le réfultat de cette expérience ctoir exact , il eft confiant qu’on au-
- (<*)• Exp. & Obferv. fur l'üledt, 1.1. p.
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- . OE L*ELÈCTRIClTi. ?il
- roit été fondé à dire qu’une barre de fer pointue, établie & non ifo-lée au-delfus d’une maifon , devroit fuffire pour garantir cette maifon de la foudre : mais il s’en faut de beaucoup que l’expérience de M. Franklin réuf-fifle attffi complettement qu’il l’annopce. Je l’ai répété plufieurs fois j avec tout le foin pollible , & voici les réfulrars les plus confiants que j’ai toujours trouvés.
- Lorfque j’éleétrife un conducteur d’un pied de diamètre & de quatre pieds dé longueur, j’en tire communément des étincelles à quinze lignes de diftance \ ces étincelles font fortes & bruyantes : mais fi , dans ces cir-eonftances , je tiens une pointe à un pied de diftance de ce conducteur , les étincelles deviennent foibles & lan-guiflantes j & je ne les tire plus qu’à la diftance d’une ou deux lignes au plus , du conduéteur : au contraire, fi je tiens un corps moufle à la même diftance (un pied) du meme conducteur , je n’éprouve aucun changement fenfible dans la force des étincelles , ri dans la diftance à laquelle elles partent du conducteur.
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- Pareillement, lorfque ce condu&euc eft fortement chargé d-'éleâricité , fi j.’en approche à un pied de diftance une pointe , les étincelles diminuent encore en force : elles ne partent plus à la même diftance à laquelle elles pat-toient, avant l’approche de cette pointe j mais elles ne m’ont jamais paru s’af-foiblir fur-le-champ auflî fortement que dans le premier cas, & elles partent à quatre ou cinq lignes du conducteur
- Il réliiLte de ces expériences, que quoiqu’il foit vrai de dire que les pointes aient cet avantage par-delfus les corps mondes , qu’elles tirent de plus loin la matière électrique , & qu'elles la tirent fans détonnation $ elles ne parodient pas pour cela être un moyen alluré de garantir u-n édifice de la chute du tonnerre. Peut-être que de nouvelles recherches pourront par la fuite perfectionner davantage cette idée. Jufques-là l’opinion de M. Franklin &c de fes fe&ateurs ne doit être regardée que comme une opinion hazardçe, propre à piquer la curiofité des Phyficiens , & à les engager à de nouvaux travaux. u
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- bE t’-ExÆ.CTBrlCITi* glf
- CHAPITRE XXII.
- De Vanalogie de. la matière élèc*• trique avec lit matière ma'grié* tique.
- CXCV. Mvss E NB RO EK eft le
- premier , à- cc que je fçache , qui ait comparé la matière éleétrique & la ma-tiere magnétique , pour; en découvrir l’analogie , ou les différences , & le réfukat de fes obfervations le con-duilic à regarder ces deux matières comme bien différentes l’une de l’autre.
- Plufieurs , après ce célébré Phyfi-cien , ont fpivi la marche .qu’il avoit tracée , & les expériences qu’ils ont faites- à cet égard s’accordent a-ffez avec Les lien nés ; de forte qu’on convient prefque généralement , que ces deux matières font totalement différences l’une de l’autre.
- CXCVI. Si on réfléchit cependant avec attention fur les obfervations & les expériences que M. JDalïbard a:aiou-O vj
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- •JÎ4 T R -Ai TÉ
- tées à la traduction qu’il nous a donnée des Lettres dè M. Franklin nous ferons portés avecalfez de vraifemblan-ce , à admettra une analogie fort marquée j entre le fluide magnétique 3c Le fluide éle&rique. On parvient meme , à l’aide de cette analogie.,; à expliquer allez commodément, quantité de phénomènes , dont il ne feroit guere pof-flble de rendre raifon dans l’opinion oppofée.
- J’avouerai cependant, qu’ayant répété , avec tour le foin dont je fuis capable , les expériences qui fervent de bafe & d’appui à ces deux opinions contraires , elles m’ont également bien réufîï ; de forte qu’il ne me feroit pas poffible de donner raifonnableinent la préférence à l’une des deux j 8c c’eft , j’en conviens, le plus grand embarras où puiffe fe trouver celui qui ne veut rien avancer que fur la foi d’une expérience certaine , & non équivoque. Serions-nous donc encore trop peu avancés dans nos recherches, & les bornes de nos con-noiflances feroient-elles trop reflerrées, pour qu’il nous fut permis de prononcer fur cette queftion ? C’eft l’opinion qui
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- DE L’ElICTRICITi. )1(
- me parôît la pins probable , lorfque je vois les contradictions qui divifent des Phyficiens auffi înftruits que ceux qui ont examiné cette queftion avant moi. Je nie bornerai donc ici à mettre fous les yeux de mes LeCteurs , les expériences qui ont été faites, & les conclufions qu’on en a déduites , laiflanr à ceux qui viendront après nous, le loin' d’examiner plus foigneufement cette matière , de l’approfondir davantage , Sc faire difparoitre les difficultés qu’elle offre à celui qui l’étudie fans prévention , & de confirmer par des expériences & des obfervations décifives, le parti qu’il convient d’embraffer.
- CXCVII. C’eft un fait alfez généralement reconnu des ' Marins, que la foudre qui tombe fur un vaiffeau influe fur les aiguilles des boufloles qui s’y trouvent. Nous lifons dans la République des Lettres (a), que les aiguilles d’un vaiffeau Anglois , fur lequel le tonnerre tomba, prirent une direction contraire , & elle fut fi confiante , qu’on ne put la changer. Le pilote reprit,
- (-) Tome.
- i, pag. tfj.
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- ji6 Traité , .
- fans le fçavoir , la route qu’il venpic de faire , jufqu’à ce que le pilote d’un autre vaifleau , qu’il rencontra, lui eue fait obferver l’accident furvenu à fes aiguilles.
- Il arriva un phénomène femblable au vaiffeau du Capitaine IVaddcl ( a ). Il obl'erva avant le coup de tonnerre de groffes lampes, qu’il appelle Coma^ants, qui parurent fur les pointes du haut des perroquets , toutes en feu comme de grolTes torches , & après le coup qui furvmt enfuite , fes aiguilles perdirent la direction qu’elles avoient ; leurs pôles furent changés.
- CXCVIII. Non-feulement la foudre' peut changer les pôles des aiguilles des boudoTes , comme nous venons de. l’obferver j mais elle peut encore communiquer la vertu magnétique aux corps qui n’.en font, point encore pourvus., Nous lifons dans les Tranfadions Phi-lafophiques, que le tonnerre étant tombé dans la boutique d’un Marchand , il aimanta plufieurs couteaux qui n’a-voient jamais été frottés fur les pôles d’aucun aimant.
- («) Franklin. Exp. & Obferv. t. i.p. i )i.
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- -.......#
- de l*Electricité. m
- sans prononcer avec la meme confiance que M. Dalïlatd (a), que le. magnctiftne n’efi qu'un effet de la matière électrique , nous ne pouvons nous, empêcher de demandera quelle caufe on peut mieux & plus raisonnablement rapporter un phénomène qui parut fi luiprenant vers la fin du dernier lîecle. On lent parfaitement que je veux parler ici de cette vertu magnétique qu’on découvrit dans les ferrements des vieux édifices élevés. La croix du clocher de Chartres , qui fè trouva convertie en-véritable aimant, ne peut-elle pas être regardée comme un effet de la foudre, ou de la matière éleélrique des nuages qui l’avoient pénétrée plusieurs fois f Ne paroîtroit-il pas naturel de croire, après les obfervations précédentes , que la matière éleétrique de l’athmolphere peut produire de femblables phénomènes dans tous les corps ferrugineux qu’elle pénétre.
- Sans ofer PafTurer , je ferois très-porté à croire qu’on trouvera un jour ,
- (a) Exp. & Obferv. fur TEleS. t. u p. H1»
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- Jl8 T R A I T i
- & peut-être en moins de temps qu'on n’oferoit l’efpérer , converties en véritables aimants, ces barres de fer élevées au-delfiis des édifices , & que les Physiciens deftinent à éprouver la matière éleéfcrique des nuages. Mais fans nous arrêter plus long-temps fur de ''Simples conje&ures, examinons plus particuliérement les analogies qui paroiüent fe faire obferver encre la matière électrique & la matière magnétique.
- CXC1X. 11 y avoir déjà quelque temps que M. de Buffon avoit imaginé d’éprouver fi une violente commotion , dont le feu traverferoit la longueur d’une aiguille de bouflole, pourrait lui communiquer la vertu magnétique,lorf-que MM. Wilfon & Franklin conçurent la même idée , & la mirent en pratique. Le premier , à la vérité , ne fut point heureux dans fes tentatives ; il voulut faire fes expériences fut de trop profles malTes , & avec une électricité trop foible : M, Franklin au contraire , réuffit parfaitement , à l’aide d’une forte éledricité. 11 parvint à communiquer la vertu polaire à des aiguilles de boulfole , & à changer à fon
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- DE L’ELE CTRICIT L $1}
- gré leurs pôles , lorfqu’elles étoienr aipantées ( a ). Dans ces fortes d’expériences , dit ce célébré Phyficien , les bouts des aiguilles reçoivent quelquefois une teinte bleue, que leur communique la flamme éleffcrsque. Cette teinte eft femblable à celle qu’on remarque dans les reflbrts des montres : mais il faut pour cela accumuler prodigieufe-ment la matière éleétrique.
- Cet ingénieux Phyficien fe fervoic alors de plufieurs grands vafes garnis félon la méthode du Do&eur Bevis. Ils contenoient chacun , fuivant fon rapport ,* fept à huit galons ; c’eft-à dire , vingt huit à trente-deux pintes , mefure de Paris ; & il falloir deux mille tours d’un globe de neuf pouces de diamètre , pour charger chacun de fes vafes (b)
- CC. M. Franklin n’apporta cependant pas à ces fortes d’expériences tout le foin qu’elles exigeoient : il fe con-tentà feulement de s’aflurer du fait principal, fçavoir fi l’éleétricité forte-
- ( a ) Exp.& Obferv. fur l’Eleft. t. i. p. I jsi (b) Idem ibid. pag._ 148.
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- }}© T R. AIT i
- ment communiquée à une aiguille pourroic lui donner la direction magnétique , & changer enfuite fes pôles. M. Dalibard en France , y mit beaucoup plus d'exactitude , & poulTa plus-loin fes obfervations. C’elt d’après les travaux de ce dernier , que nous avons fuivis avec foin , que nous allons ex-pofer le réfultat des expériences que nous avons ic'pécées plufieurs fois avec le meme fuccès.
- Prenez me aiguille ordinaire de bouflole, nuis qui n’ait jamais été aimantée : otez en la chappe , placez-la enfuite entre deux lames de verre, dont l’une foit plus longue que l’autre, afin que les deux extrémités, de l’aiguille j Soutenue fur la plus longue , foient néanmoins, à découvert : placez le tout fous une petite prelle , afin d’appliquer fortement les deux lames l’une contre l’autre : faites enforte que l’une -dés extrémités de l’aiguille touche ou com4* -mimique à une Feuille de métal , far laquelle vous placerez plufieurs grands bocaux , garnis félon la méthode dû Doétenr Bevis : adaptez plufieurs boucs à la chaîne qui elt fufpendue au conducteur de la machine , afin qu’elle puiiFe
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- »e l’Electricité- 5JI
- par leur inrermede , communiquer la vertu électrique à tous ces bocaux, & éleCtrifez - les afTez long-temps , pour les charger fortement : lorfque vous les croirez fuftïfammenr chargés
- fofez l’extrémité d’un excitateur fur un des bouts de l’aiguille, celui qui eft oppofé au bout, qui communique avec les va (es , & tirez l’étincelle de la partie-fupéneure de la chaîne , afin de décharger tout à la fois les bocaux. Démontez enfuite l’appareil : remettez la chappe à l’aiguille : pofez la fur un pivot, & vous obferverc-z qu’elle prendra la même direction que fielleétoit aimantée.
- CCI. Répétez la même expérience avec la même aiguille , ayant foin néanmoins de la difpofer en feus contraire i c’eft-àdire , de changer les bouts qui communiquoient auparavant avec les bocaux , afin que le feu électrique qui doit la pénétrer, entre par l’extrémité oppofée à celle par laquelle il eft entré dans l’expérience précédente, & vous obferverez que les pôles feront changés , que le bout qui fe rournoit au nord fe tournera au fud.
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- 33i Traité
- M. Dalibard remarque à cet égatd j que le côré de l’aiguille par lequel le feu éledrique commence à la pénétrer, eft toujours invariablement celui qui fe porte vers le nord, fous quelque direction qu’on ait fait l’expérience } c’efi-à-dire, foit que l’appareil qui porte l’aiguille ait été placé dans la diredion -du méridien , du nord au fud , ou de l’eft à l’oueft : mais il remarque en même temps que 1 aiguille ne reçoit jamais plus de Force magnétique dans cette expérience , que lorfque l’appareil eft placé dans la première de ces deux diredions.
- GCîl. Après des expériences aufli décifives, ne paroîtroit-il pas naturel de conclure que la matière magnétique &c la matière éledrique ne font qu’un feul & même agent, ou pour mieux dire , que le magnétifme n’eft qu’un effet de la matière éledrique ? Je ne puis cependant m’empêcher de croire que cette
- Hofition ne foit fort hazatdée , & eurs peut-être la regarderont même comme faufle , fi on fait attention aux différences qui fe remarquent entre ces deux fubftances. Perfonne , à ce que je
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- DE l'ElecTRICITÉ. JJJ lâche, ne les a remarquées avec plus de foin que le célébré MuJJenbroek (a). Ce fera auiïi le feui guide que nous fui-vrons dans cette recherche.
- La première différence qui fe fait obferver entre la matière éleétrique & la matière magnétique , c’eft que la première eft produite par des écoulements fenfibles 3 qui afreétent plufîeurs de nos fens, tandis que la matière magnétique ne peut produire la moindre lenfation fur aucun de nos organes.
- Ces deux vertus , l’éleétrique & la magnétique , s’excitent & fe produi-fent parle moyen du frottement; mais malgré cet accord qui fe trouve ici fur la maniéré de produire ces deux vertus, on ne doit point négliger d’obferver la différence qu’on eft obligé de mettre dans le procédé qu’on emploie. Tour frottement quelconque j eft également bon pour exciter la vertu éleétrique : il n’en eft pas ainfi de la vertu magnétique ; elle ne peut fe produire que par un frottement particulier. Lorf-qu’on communique la vertu électrique
- (a) Muifenbruck, Cours dePhyfique Experimentale , c. i.
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- 334 Traité
- à un globe , par exemple , cette vertu Augmente encore , en le frottant en fens contraire. On peut s’en a durer aifémenr , en confidérant les machines faites félon la méthode du Pere Gordon3 dont le mouvement dépend de celui dun archer ( 33 ). Si on frotte en fens contraire un morceau de fer auquel on à communiqué la vertu magnétique, on détruit par ce dernier frottement, l’effet produit par le frottement précédent.
- Une autre différence qu’on petit encore obferver , c’eft que deux corps de même efpece peuvent très-bien fe communiquer la vertu magnétique. Un barreau d’acier aimanté, communique la même vertu à un morceau de fer ou d’acier qu’on pofe fur le premier. Deux corps idioéleétriques au contraire , ne peuvent produire la vertu électrique, xorfqu’on les frotte l’un avec l’autre.
- Cette différence que M. Mujfenbroek fait valoir |>our appuyer fon opinion, ne me paroît cependant pas aulli bien fondée qu’il l’imagine. Je conviens, à' la vérité, que ces corps idioélec— triques , dans Hun defquels la vertu électrique n’efl point encore excitée ,
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- l’El
- î?5
- ne la produiront point, ou ne la détermineront point à paraître, lorfqu’on les frottera l’iin contre l’autre ; mais il n’en fera pas ainli , fi cette vertu eft déjà manifeftée dans l’un des deux. C’eft ainfi quîun globe éledrifé communique fie tranfiriet cette vertu à une phiole 1 deftine à L expérience
- de Leyde.
- . CCI il. Mais fible
- différence bien fen-entre la vertu magnétique & la . éledrique, c’eft que la première, une fois communiquée à un corps , fubfifte conftamment dans ce corps, pendant un temps confidérable , lans qu’il foit néceftaire. de la renouveller. J'ai dans mon cabinet un aimant fadice, qui eft fait depuis plus de trente ans, il porte encore aujourd’hui le même-poids qu’il portoit originairement. Il d’en «ft pas de même de la vertu électrique : elle fe perd en peu de temps, fiç elle fe diflipe aftez rapidement, lorf-qu’elle eft excitée dans un corps, malgré les efforts qu’on pourroit faire pour la conferver.
- .. CCIV. Si on confidere & que l’on .compare les forces attradives de l’aimant à celles qui fe font-remarquer dans le*
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- 3 5<> Traité
- corps les plus chargés de matière électrique , on obfervera une différence énorme entre les effets qu’elles pro-duifenr. J’ai vu des aimants faCfcices , qui ne pefoient point au-delà de quatre à cinq livrés , & qui attiraient a eux, à une très-petite diftance à la vérité des poids de vingt à vingt-cinq livres. Les mêmes aimants foutenoient des poids de quatrevingt-dix & cent livres. Or , a-t’on jamais obfervé que la vertu électrique, quelque forte qu’elle ait été , ait jamais, produit des effets de cette nature.
- Des différences auffî marquées que celles que nous venons d’expofer , & plufieurs autres que nous paffons ici fous filence , doivent fuffire , à ce que je penfe, pour nous engager à fufpen-dre encore notre jugement fur l’analogie de ,1a. vertu éleétrique avec la vertu magnétique, malgré les rapports qu’elles paroiffent avoir , & qui font très-bien conftatées par les expériences précédentes. Peut-être fommes - nous encore fort éloignés de pouvoir expliquer cette analogie, & de rendre raison des différences qui femblent, l'affaiblir. C’eft. cependant avoir déjà fait
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- de l* Electricité. f!7 un grand pas vers la vérité , que d’être arrivés au point où nous Tommes obligés d’abandonner cette matière. D’autres , plus inftruits , ou plus heureux que nous , pourront la traiter par la juite d’une manière plus fatisfaifante ; car il ne faut fouvent qu’un heureux hazard , pour faifir des faits qui qpc échappés à la fagacité des plus habiles Physiciens.
- P
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- •Ti
- CHAPITRE XXIII.
- Des effets de VElectricité dans le vuide. *
- dfcv.lS i
- ) I an purge d’air , autant qu’il eft pollxble, un globe propre à faire les expériences de l’éle&ricité , & qu’on le fade enfuite tourner fur fes pôles, en le frottant ; ce globe deviendra tout lumineux intérieurement : on y remarquera de$ zones d’une lumière très-vive , qui s'élanceront dans la capacité du globe , & on n’éprouvera extérieurement d’aucune maniéré fen-• fible , les phénomènes qui décelent ordinairement la vertu électrique.
- Cette expérience doit fon origine à une autre à peu près femblable , que le hazard fit naître. Le DoCteur Poli-niere , nétoyant un foir la partie fupé-rieure d’un baromètre fîmple , ap-perçut une petite lueur aflez fenfible , qu’il crut être produite dans la partie fupérieure de ce baromètre, qui étoit vuide d’air groffier. Il voulut, dit M.
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- »h l’Elïctricit£. jj<) Bernard, (a), imiter un pareil effet dans une bouteille de verre bien tranf. parente , don%il vuida l’air groffier , en fefervant d’uriemachine pneumatique. U réuffit fi bien dans cette entreprise , qu’en frottant pendant la nuit cette bouteille avec la main, il y parut beau* coup de lumière à l’endroit où la main touchoit & frottoit le verre. Cette lumière étoit même allez confidérable pour éclairer les objecs les plus proches , de façon qu’on pût les diftinguer. M. Poliniere fit part de ce phénomène i l’Académie.
- CCVI. Cette lumière fi fenfible & H abondante dans l’intérieur du vafe j sft-elle véritablement éleétrique , ou î’eft-ce feulement que la matière de U iumiere qui abonde dans un vafe vuide d’air , qui s’allume , comme on le remarque dans cette cirçonftance, par es vibrations qu’elle reçoit de l’ébran-ement des parties du globe qu’on frotte? 3e dernier fentimen.t me paroît le plus >robable.
- (a) Nouv. de la Tanvicr *707.
- République des Lettre*.
- pij
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- 340 Traité
- On fçait en effet que lorfqu’on frotté un globe ordinaire, & qu’il donne extérieurement des figues fenfibles de la vertu électrique qu'il contracte , il en. donne pareillement intérieurement. Il ne s’agit que de fe rappeller l'expérience de M. Hauxbé, que nous avons rapportée ( ). Nous avons fait remar-
- quer alors, que des fils de lin , placés fur l’axe d’un globe qu’on éleCtrife, font attirés par les patois de ce globe, tandis que d’autres fils placés extérieurement font en même temps attirés vers vers le centre du même globe. D’où il paroît que fi la matière lumineufe qui brille dans un globe vuide d’air, étoit véritablement eleCtrique, le globe donneroit extérieurement des lignes fenfibles de cette vertu.
- Tout nous porte donc à croire que quoiqu’il y ait une parfaite analogie entre la matière de la lumière proprement dite , & la lumière que nous nommons éleCtrique , elles different l’une de l'antre par des modifications qui leur font particulières , & que dans cette expérience , il manque à la lumière que nous • obfervons , les modifications qui font propres à la matière éleCtrique.
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- de l’Electricité. 341 CCVII. Quoiqu’il 11e paroifTe pas
- fioflîble de produire la vertu éleârique, orfqu’on fait ufage d’un globe vuide d’air > je fuis bien éloigné de croire avec un célébré Phy fi cien éle&rifant (a), » que le mouvement propre à produire » cette vertu n’ait lieu , & ne perfé-» vere , que quand la parois du verre »> que l’on frotte fe trouve entre deux » airs d’une denfiré à peu près égale «. 11 appuie cependant cette idée, d’une obferrçation qui paroît bien propre à la confirmer j fçavoir, qu’un vaifTeau de verre , qui contient -un air très-con-denfé, ne s’éle&rife guere davantage que celui dans lequel on fait le vuide. L’expérience qu’il rapporte , pag. 69 du même Ouvrage, prouve manifefte-ment le contraire. Il y démontre en effet j qu’un globe de fouffre ou de verre , rempli d’air , & qu’on frotte rapidement dans un vaifTeau vuide d’air, y donne des fignes très-manifeftes d’é-leétricité. Il y attire des fils & d’autres corps légers fufpendus à quelque dif-tance dans le même vaifTeau. 11 n’eft
- (a) Nollet, Eflai furl’Eleflr. pag. m.
- P Üj
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- 34* Traité
- donc pas néceffaire por vertu ele&rique, que la qu’on frotte , fe trouv maffes d’air d’une denfité à peu près égale. *
- J’imagine néanmoins qu’il faut que cette parois foit appuyée des deux côtés fur des corps propres à foutenir les vibrations qu’elle éprouve dans le frottement. C’eft ce qui arrive lorfqu’on éleétrife un globe , félon l’ufage ordinaire ; c’eft-à-dire , lorfqu’il eft rempli d’air , & qu’on le frotte en plein air. C’eft ce qui arriye encore, lorf-qu’étant rempli d’air, on le frotte dans un vaiffeau vûide d’air ; parce qu’alors le couffinet contre lequel il frotte , fuffit extérieurement : mais l'effet ne doit plus être le meme , fi le globe eft vuide d’air , parce qu’il n’y a plus rien alors intérieurement, qui puifie réagir & foutenir les vibrations que le frottement lui communique.
- CCVIII. Une autre expérience fort analogue à la première (205), mais qu’on doit expliquer différemment, eft celle que voici : Purgez d’air un globe ordinaire, ou un tube ; je préféré ce dernier, commeplus commode à manier,
- ir produire la parois du vafe e entre deux
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- DE l'Electricité. *4) bprochez-le enfuite d’un condu&eur hargé d’éle&ricité, & vous obferverez me flamme violette très-vive , qui 'élancera dans toute la longueur du ube.
- Je fuis très-porté à croire que la umiere qui brille alors dans le tube :ft véritablement éle&rique. Je con-fois en effet que lorfque j’approche ce :nbe d’un conducteur fortement élec-:rifé , la matière éle&rique de ce :ondu&eur fe jette brufquement fur a fur face extérieure du tube. Or » :omme j’ai démontré précédemment, qu’une furface quelconque d’un verre ne peut recevoir d’éle&ricité, qu’au* tant que fa furface oppofée peut fe dépouiller de celle qu’elle contient na* turellemenr j tqpt me porte à croire que cette vive lumière qui parcourt la longueur intérieure du tube, n’eft autre chofe que la matière éle&rique de fa furface intérieure , qui abandonne cette furface , pour fe jetter fur la matière métallique du robinet appliqué à l’une des extrémités de ce tube. Ce qui me confirme encore davantage dans cette opinion, c’eft que la couleur fous laquelle elle fe préfente à ma vue, eft
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- 344. Traité précifément la même que celle qu’af-fe&e la matière éledtrique de la fur-face extérieure d’une bouteille de Leyde, lorfqu’on la détermine à fe rendre vifi-ble fur la furface de cette bouteille ( i j o ). On peut encore ajouter ici que la matière de la lumière répandue dans ce tube , fe trouvant embrâfée par le mouvement de la matière électrique , peut aulli contribuer à augmenter l’intenfité de l’effet qui fe fait obferver dans cette circonftance.
- CCIX. Cette expérience, qui peut fe modifier de différentes maniérés , me donna occafion , il y a quelques Années , d’affembler plufieurs petits tubes que j’avois vuidés d’air , & de les monter dans une efpece de roue de métal que je faifois tourner fur elle-même (fig. 18), erf approchant alors un conducteur chargé d’éle&ricité, d’un fil de fer qui embrafToit l’extrémité extérieure de ces tubes , je produifois une efpece de foleil lumineux.
- Je n’infifterai point fur ces fortes d’expériences que tout le monde peut modifier à fa maniéré , & qui n’ont d’autre avantage que celui d’amufer agréablement les fpedateurs.
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- de l'Electricité. 345
- CCX. Si les effets de l’éle&ricité dans le vuide, font plus propres que les autres phénomènes dépendants pareillement de la vertu éle&rique, à furprendre l’admiration des fpe&ateurs, & a former le plus brillant fpe&acle éledrique ; ils fourniflent encore des preuves bien féduifantes aux adverfai-res de M. Franklin , contre l’imperméabilité du verre à la matière elec-
- Introduifez dans l’intérieur d’un vaifleau de verre A B, ouvert à les deux extrémités , ( fig. 19 ) # une tige de métal CD , qui fe termine en pointe en D ; fcellez exadement cette tige au goulot du vafe ; adaptez au goulot oppofé une virole E F, munie d’un robinet G , propre à contenir le vuide. Purgez d’air ce vaifTeau , par le moyen de la machine pneumatique , & accrc-chez-le enfuite au condudeur de la machine éledrique.
- Lorfque vous éledriferez ce vafe , fi l’éledricité eft un peu forte , vous verrez couler de la pointe D du fil de fer , de gros rayons de matière luinineufe , qui s’allongeront jufqu’à la furface intérieure du vaifleau. Ces flara-P v
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- 34^ Traité
- mes fe multiplieront 3 lorfque vous approcherez les mains à quelque distance de la Surface extérieure de ce vai fléau.
- L’athmoSphere éleétrique , qui Se décéle alors extérieurement , devient fi fenfible , qu’il Semble qu’on touche à de la laine cardée , lorSqu’on approche la main ou le viSage , de quelques parties du vaSe : le robinet & les garnitures de cuivre cimentées aux deux goulots , font voir par leurs bords & leurs parties Saillantes des aigrettes lumineuSes qui ont quelquefois plus de deux pouces de longueur , & qui bruiflent à fe faire entendre d’un bout de la chambre à l’autre : ajoutez encore à cela j que l’odeur des émanations électriques eft des plus fortes & des plus fenfibles.
- Tels font les phénomènes que Y Abbé Nollet nous annonce, en nous donnant la description de cette expérience (a). Phénomènes que j’ai toujours pbfervés à peu de chofes près , chaque'’fois que je l’ai répétée , avec une éle&ricité un peu forte.
- (*») Recherches fur l’Elcô. pag. iji.
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- Tous ces effets merveilleux ne font encore que des preuves de la facilité avec laquelle la matière éle&rique fe meut & s’enflamme dans le vuiae , &: ils ne me paroiffent aucunement oppo-fés à l’opinion de M. Franklin, malgré les efforts qu’on fait pour les tourner contre elle.
- CCXI. En réfléchiflanr fur les phénomènes dont nous venons de parler, & fur les lignes d’une forte éle&ricité, qui fe font remarquer dans levafede l’expérience précédente , Y Abbé Nollet imagina que ce vafe devoir être très-propre à donner la commotion. 11 tenta fur le champ cette derniere expérience, & le fuccès fut tel, qu’il fe repentit bientôt, nous dit-il, de fa précipitation (a). Il fut frappé depuis la tête jufqu’aux pieds ; or nous ne voyons rien ici qui puifle contredire les idées de M. Franklin. On conçoit aifément que la matière éleéfcrique fe mouvant beaucoup plus facilement dans le vuide qu’en plein air, ainfi que l’expérience précédente ( 208 ) le prouve manifefte-
- ( a ) Recherches far l'Eleâ. p. 4**.
- P vj
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- 54* . Tratt*
- ment, il n’eft pas néceflaire , lorfque le vaifleau eft vuide d’aird’y ajouter une fubftance intermédiaire , comme dans l’expérience ordinaire de Leyde , pour que la matière éledrique qui afflue du condudeur à l’intérieur du vafe, puifle fe jetter & parvenir à fa furface intérieure, & il eft même plus probable qu’elle s’y porte avec plus de facilité dans le vuide , qu’elle ne s’y porte en plein air , par le miniftere d’un corps intermédiaire.
- , CCX1I. Si les phénomènes précédents ne paroîflent point opposés à la dodrine de M. Franklin , il n’en eft pas ainfi de l’expérience fuivante, qui dut fon origine à celle que nous venons de décrire.
- Au lieu du vafe dont on fait ufage dans l’expérience précédente » .& dans l’intérieur duquel pafte pne tige de mé-tal ; prenez un matras ordinaire A B, ( fig. jo ) ; adaptez y une virole & uu robinet » pour y faire le vuide : lorf-que cette derniere opération, fera finie, faites fondre la queiie de ce matras à quelque diftance de fa boule, & fermez le hermétiquement. Mafti-quez alors fur l’extrémité de cette queiie
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- une virole de fer-blanc CD, munie .d’un crochet, afin de pouvoir le fuf-pendre au conducteur de la machine éleCtrique.
- « Si l’éleCtriciré eft un. peu forte , » dit l’Abbé Nollet (a) , tant qu’elle » durera , vous obferverez des jets de ïj feu éleCtrique très - brillants , cou-m 1er continuellement dans l’intérieur 33 & d’un bout à l’autre du vaifleau : fi 33 vous préfenrez le doigt à la partie .» qui eft directement oppofée au col, 33 vous ferez naître un nouveau jet, qui » ira audevanr de celui dont j’ai parlé » dabord ; & fi vous tirez des étincel-33 les du canon ou tuyau qui fert de 33 conduCteur, tout l’intérieur du mais tras fe remplira de lumière diffufe & is momentanée , tout-à-fait femblable i> à celle des éclairs «.
- CCXIII. Quoique cette expérience paroiffe au premier abord confirmer l’idée de Y Abbé Nollet , qui prétend que le verre eft perméable à la matière éleCtrique ; on voit aifément, pour peu ou’on y réfléchifte , qu’elle s’explique
- ( a) Lettfur l'EIeftr. part. i. pag.8i.
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- 3 jo Traité
- suffi favorablement , en fuivant les principes de l’opinion contraire , & qu’elle confirme on ne peut mieux, ce que nous avons déjà démontré ci-deflus , touchant la maniéré félon la-
- 3uelle un vailTeau de verre fe charge ’éleCtricité.
- iQ. Lorfqu’on éleClrife le matras dont on fait ufage dans cette expérience , la matière électrique qui fe porte à la furface extérieure , oblige celle qui réfide à la furface intérieure, à s’en détacher, & à briller dans fon intérieur.
- z°. Lorfqu’on préfente le doigt à la . partie oppofée au col , on détermine la matière électrique qui afflue à la furface extérieure du matras à fe porter plus abondamment vers cet endroit : il n’eil donc pas furprenant que la partie intérieure correfpondanre au doigt , fe dépouille plus fortement de fa matière éleCtrique , & que cette différence faffe naître un nouveau jet frès-fenfible , qui fe dirige vers le col du matras.
- 3°. Lorfqu’on tire une étincelle du canon de fer-blanc ou du conducteur, tout l’intérieur du matras fe remplit
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- es l’Electricité. 551 d’une matière diffufe & momentanée, tout à-fait femblable à celle des éclairs. Ce dernier phénomène eft encore une fuite nécelTaire du meme principe ; car dès qu’on tire une étincelle du canon, on emporte la matière éleéfcrique dont il étoit chargé , & qu’il tranfmettoit à la furface extérieure du marras. Cette matière tendant à fe diftribuer uniformément , celle qui s’eft jettée fur la furface extérieure, fe trouve alors déterminée à refluer vers le canon , 8c elle y reflue de la même maniéré que celle qu’on communique à un globe qu’on frotte , fe porte du globe au conducteur. Dès que cette matière reflue fur le canon , la furface extérieure fe dépouille , en tout ou en partie, de 1a matière éleélrique dont elle étoit fur-chargée : de-là celle qui s’éroit détachée de la furface intérieure de ce aifleau , y revient précipitamment, & fait naître cette lumière diffufe qui fe fait obferver dans cette expérience.
- On doit expliquer de la même maniéré toutes les autres expériences qui ont rapport à celle-ci. Nous nous arrêterons cependant un moment à la fuivante , qui fe trouve rapportée dans
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- 3 51 Traité
- le même ouvrage (<*)., & dont voici
- l’expo firion.
- CCXIV. Faires choix d’un récipient qui ait pour le moins un pied de hauteur , terminé par un goulot, comme une bouteille : faites pafler dans ce goulot un petit matras, de façon que la boule fe trouve dans le récipient, aux trois quarts de fa hauteur : arrêtez le col du matras , dans le goulot du récipient, avec du maftic , & faices la jonétion telle que l’air n’y puiflfe pafler : placbz le récipient fur la platine de la machine pneumatique , en interpofant non des cuirs mouillés , comme on fait ordi * nairement, mais un cordon de cire molle , afin d’éviter toute humidité. Verfezde l'eau dans la boule du matras , jufqu’aux trois quarts ou environ de fa capacité, & conduifez y l’électricité , par le moyen d’un fil de fer ( fig* 31 )• Quand vous aurez épuifé l’air du récipient , fi cette expérience fe fait dans un lieu obfcur , ou pendant la nuit , vous pourrez obferver ce qui fuit.
- (<*) Lctc. fur l’Eleâricité, parr. i. pag. 74.
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- DE l’E LE CT RT CITÉ.
- i°. Le récipient fe remplit d’une grande.quantité de jets, de feu, qui le meuvent en ferpentant , avec une rapidité étonnante--, & cet effet dure autant de temps qu’on veut foutenir l’éledrifarion.
- z°. Prefque tous ces jets de matière enflammée , ou lumineufe , ont une diredion marquée de haut en bas. Cependant , fi l’éledricité eft forte , on en voit aulfi qui s’élancent de la platine de métal fur laquelle le récipient eft appliqué.
- 3°. En examinant attentivement ces jets de feu , on en remarque qui coulent de l’endroit où le col du marras eft joint au goulot du récipient, où du maftic qui fert à cimenter cette jondion , & d’autres qui partent vifi-blement de la boule du matras : ces derniers parodient formés d’une infinité de petits rayons, qui fe tamifent à travers l’épaifïeur du verre , & qui fe réunifient à une petite diftance, comme dans un foyer commun , formant *un jet total, qui prend fa diredion de haut en bas , & qui s’affoiblit à mefure qu’il s’éloigne de fon origine.
- 4°, Si on ceffe d’éledf ifer le conduc-
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- JJ4 -Traité
- teur, & que 1 on pince pendant qtiel-
- 3ues inftants avec les doigts , le fil e fer qui eft plongé dans le marras, celui-ci devient tout lumineux intérieurement , & en même temps fa furface extérieure devient toute hériflee de petits filets de lumière divergents en-tr’eux , & qui s’affoibliflent peu-à-peuj jufqu’à ce qu’ils foient entièrement éteints.
- 5 °. On voit renaître cet effet ., quoi-qu’avec moins de force & d’éclat, lorf-qu’ayant celfé un moment de pincer le ni de fer , on applique de nouveau le doigt, ou quelque morceau de métal.
- 6°. Enfin le récipient lui-même SC toiite la machine pneumatique s’élec-trifent au point de faire reflentir la plus rude commotion à quiconque, par inadvertance ou autrement, toucheroit d’une part le vaiflèau de verre ; & de l’autre , la platine de métal fur laquelle il eft attaché.
- . Après l’expofition & le détail très-circonftancié de eetre expérience, \Abbé Nollet demande (a) , qu’on lui'
- (<*) Lett. fur f*Ele&r. parc, i. pag. 77,
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- » l'Eiicinciii. MJ apprenne ce que c eft que ce feu qui fe répand dans le vuide avec tant d’abondance & derajpidité , d’où il vient, & pour quelle railon ces brillantes émanations durent autant que l’éleCtrifation du conducteur ? Nous fournies bien éloignés de croire que cette matière nous foit aulli familière qu’elle l’étoit à ce grand maître. Le célébré M. Dufay l’avoit aflbcié à fes travaux, dès les premiers moments que l’éleCtricité fut connue en France j & depuis 1700, où les phénomènes électriques commencèrent à exciter la curiofité des Phyficiens François , jufqu’aux derniers moments de fa laborieufe carrière, il fut toujours occupé de cet objet, foit pour augmenter le nombre des découvertes éleCtriques, foit pour appuyer & foutenir fes opinions contre les difficultés qui les aflailloient de toutes parts. Il eft donc plus que probable que perfonne en France ne dut connoître auffi profondément que lui, une matière fur laquelle il fit un aufli grand nombre de recherches. Nous ne pouvons donc trop louer la modeftie avec laquelle ce célébré Phylicien délire s’aider ici des lumières de fes confrères
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- 356 T r. A i ï é
- électrifants , & leur demande l’explication des phénomènes qu’il vient d’ex-pofer. Qu’il nous feroit glorieux , s’il vivoit encore , .de le fatisfaire ! car nons ne craignons pas d’afïurer fans préemption , que quiconque ne fera point prévenu pour l’opinion contraire, ne pourra fe refufer aux raifons que nous allons développer , pour mettre en évidence les phénomènes que nous venons de décrire.
- Dès le premier moment de l’élec— trifation , le récipient fe remplit de quantité de jets de feu 5 premier phénomène , & ces jets durent autant qu’on veut foutenir l’éle&rifation.
- Le verre 11e s’éle&rife jamais mieux que lorfqu’un condu&eur approprié tranfmet la vertu éledrique à l’une de fes furfaces. Or dans cette expérience j la furface intérieure du matras reçoit une forte éledricité, par l’intermede de l’eau dont il eft prefque entièrement rempli. Un’eftdonc pas furprenant que fa furface 'extérieure fe dépouille d’une maniéré fenfible,de fa quantité naturefle d’éledricité, & elle doit s’en dépouiller d’autant plus fenfiblement, qu’elle eft dans le vuide où la matière éledrique
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- de l'Electricité 357 le meut beaucoup plus facilement que dans l’air.
- Quant à la durée de ce phénomène , quoiqu’elle foit propre à mettre la patience d’un Phy/icien à bout, elle re-connoît néanmoins des bornes, & je l’ai éprouvé plufieurs fois.
- i°. Prefque tous les jets ont une di-^e&ion marquée de haut en bas. Nous n’en difconvenons pas. Ces jets venant de la furface extérieure du matras, vont fe jetter en grande partie fur la platine , qui ne contribue pas peu à dépouiller cette furface, & à rendre fen-fibles les jets de matière électrique.
- 30. On en remarque (de ces jets) qui coulent de l’endroit où le col du Snatras fe joint au goulot. Ce phénomène , qui ne s’obferve que très-foi-blement, n’auroit pas lieu, lî ce goulot éroit hermétiquement foudé au matras , Ôc qu’il n’y fût pas joint pair un maftic qui contient quantité de matières fufceptibles d’être éledrifées par com-inunicatioff. M. Delor l’a fait obferver 'plufieurs fois avant moi.
- 4°. Si on pince le fil de fer qui cpnduit l’éledricité dans le matras, il devient tout lumineux intérieurement,
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- 3 S3 Traité
- .& fa furface extérieure devient toute hériflee de petits filets de.lumière. Ce phénomène ne fert qu’à confirmer ce que nous avons avancé jufqu’à préfent. La furface intérieure du matras étant fortement chargée d’éleCtricité , & fa furface extérieure étant dépouillée à proportion , de celle qu’elle contenoit, dès qu’on touche au fil de fer conducteur, la matière éleCtrique abandonne audit tôt la furface intérieure, pour fe porter, à travers l’eau du matras , aux doigts qui touchent le fil de ferj & comme cette expérience fe fait dans l’obfcu-ri é , cette matière jette une vive lumière , qui fefait fenfiblemem remarquer dans l’intérieur du matras j mais de meme qu’on ne peut charger d’électricité une de fes furfaces, que l’autre ne fe dépouille de la fienne à proportion ; pareillement, on ne peut en dé.-pouiller une , fans que l’autre n’en reçoive dans la même proportion. Il n’eft donc pas furprenant que la marriéré éleCtrique fe portant alors avec véhémence à l’extérieur du matras, cette furface paroiflè hérifTée de petits .filets de lumière.
- 5°- Cet effet renaît, mais foible»
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- DI L*E ÜCTRÏCITÉ. ,f,
- ment , lorfqu’après avoir ceflTé de pincer le ,£11 de fer , on y applique de nouveau le doigt, ou quelque morceau de métal. Nous fommes tres-perfuadés que le célébré Phyficien qui rapporte ce phénomène ne le regardoit pas comme quelque chofe de particulier à cette expérience. 11 fçavoit auffi-bien que nous , que lorfqu’on a reçu une commotion , en touchant au crochet de la bouteille de Leyde , on peut encore .réitérer la meme expérience , quoique plus faiblement , en y touchant une fécondé , & même une troifieme fois, iur-tout lorfque la bouteille eft fortement chargée , & qu’on ne fait que toucher à fon crochet, au heu de le pincer , comme dans l’expérience dont il eft queftion. Si cet effet fe fait donc remarquer ici, lors même qu’on pince, & conféquemment qu’on touche pendant un certain temps le fil de fer du matras , c’eft que fa furface extérieure ne foutire pas tout de fuite , fi on peut s’exprimer ainfi , la matière éleCfcrique .dont elle eft dépouillée : il n’eft donc -pas étonnant.que fa furface intérieure ne foit pas totalement déchargée *lorf--qu’on a pincé pendant quelques inftants le fil de fer conducteur,
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- 3<?o Traité
- 6°. Le récipient lui-même , & k machine pneumatique s’éleétrifent au point de faire reffentir la plus rude commotion à quiconque toucheroit d’une part la platine de métal de la machine pneumatique , & de l’autre, le récipient.
- Ou c’eft une faute d’impreflîon, qui a échappé à la lecture des épreuves j ou le célébré Phyficien qui annonce ce phénomène , nous permettra de le démentir. Nous avons contre lui l’expcrience réitérée nombre de fois, avec tout le foin imaginable.
- La machine pneumatique ne s’élec-trife point, à proprement parler, dans cette expérience. Si quelqu’un j à la vérité, tenoit le doigt ou la main fur la platine de cette machine , tandis qu’on éle&rile l’appareil, il reflentiroit de petites piquûres à chaque fois que les lames de feu tomberoient fur la platine : mais les lames qui portent la matière éle&rique de l’extérieur du matras fur la platine , ne s’accumulent point dans la machine pneumatique, & cette derniere ne devient point électrique.
- Quant à la commotion , on ne la relfenc
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- DE l’Ei ECTR.ICITÉ. relTent nullement , comme le prétend l’Abbé Nollet, en touchant d’une part à la platine, & d'autre part au récipient, qui y eft adapté : mais on l’éprouve très-bien , en touchant d’une main à cette platine, & de l’autre au fil de fer conducteur qui plonge dans l’eau du marras $ ce qui confirme parfaitement la théorie de M. Franklin j puifque la commotion qu’on reçoit alors eft l’eftct de la matière électrique qui paffe brufque-ment de la furface intérieure du marras qui en eft furchargée, à fa furface extérieure qui en eft dépouillée.
- CüXV. On doit expliquer de la même maniéré, & fuivant les mêmes principes , comme nous l’avons déjà remarqué ci - deffus , tous les phénomènes qui ont rapport à celui • ci j c’eft ainli qa’on explique les effets d’une efpéce de cafcade éleCtnque qu’on produit en inférant dans l’intérieur d un grand récipient un tube de baromettre rempli de mercure, & dans lequel plonge un fil de fer conducteur. Comme cette expérience forme un fpeCtacle électrique allez curieux à voir, nous en donnerons une defcription fuffifamment étendue , pour que chacun puifle conf-
- Q
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- jgi Trait è
- truire foi-même la machine néceffaire
- à cet effet.
- Prenez un récipient A, B, ouvert par le haut d’environ deux pieds de hauteur & de trois ou quatre pouces de diamet-tre, ( Fig. 31): faites enrrer par le goulot de ce récipient un tube de baromètre a, b, rempli de mercure , & faites le descendre dans l’intérieur de ce vafe jufqu’à deux pouces près du fonds C, D : maftiquez exactement le tube au goulot, afin que l’air ne ptiiffe point s’y introduire. Placez fur la longueur du tube dans fa partie qui eft renfermée dans le récipient des tranches de liège, 0,0,0, &c. à quinze ou dix-huit lignes de diftance les unes des autres, & rempliflez le tube de mercure.
- Le tout étant ainfi conftruit, établif-fez folidement le récipient fur la platine de la machine pneumatique, à l’aide d’un cordon de cire molle. Faites plonger dans le tube un fii de fer c, d, qui communique avec le conducteur , & faites le vuide. Si vous eleCtrifez alors le conducteur, & par fon moyen, le mercure avec lequel il communique,vous obferverez une flamme violette & très-vive, qui parcourra toute la longueur du
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- BE l’Eiectricité. tube, & quantité de petites flammes éle&riques qui tomberont de lièges en lièges , fous la forme de cafcade.
- Tous ces effets font encore plus brillants & plus beaux, fi l’appareil étant bien éle&rifé , vous touchez d’un main la platine de la machine pneumatique , & de l’autre le fil de métal qui plonge dans le mercure.
- Q ij
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- 3 «4
- CHAPITRE XXIV.
- Des effets de VElectricité fur différentes fubfiances.
- CCXVI.T es Naturaliftes rangent fous trois claffes générales les différen-tes fubftances qui font partie de notre globe, & c’eft ce qu’ils appellent les trois régnes de la narure. Chaque régne leur fournit enfuite un nombre prodigieux de diftributions particulières , propres à caraétérifer les différences qu’on obferve entre les fubftances d’un même régnç.
- Ce feroit bien dans un ordre aufti méthodique qu’il conviendroit d’examiner les effets de l’éleétriciré fur tous les corps fufceptibles de contracter cette vertu aune façon ou d’une autre , afin qu’on pût juger plus pertinemment de ce qu’on doit en attendre, & des avan-
- Ce travail, j’en conviens, feroit d’une très-grande utilité. Il nous mettrait
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- DE L‘ÊLECT RICITé. J<>$ à portée de profiter en bien des cir-éonftances, d’un agent que l’Auteur de la nature a fûrement deftiilé à urte multitude d’opérations, dont la connoiflan-ce eft encore au de-làde la foible portée de l’efprit humain : niais on jugera facilement par les foibles efTais, que nous allons expofer dans ce chapitre, de la patience & du tems qu’il exige.
- Nous ne pouvons donc trop recommander à ceux qui viendront après nous, de tourner leurs vues & leurs recherches d’un côté auffi intéreffant pour l’humanité \ & pour leur faciliter un travail auffi pénible, nous les exhortons très fort à profiter des recherches qu’on a déjà faites à cet égard , j’entends de celles qui ont été faites avec fagacité &C avec foin : de celles dont les réfultats font avérés de la plus faine partie des Phyficiens : de fuivre les mêmes procédés qu’on a déjà mis en œuvre j de les varier & de les modifier . félon que les circonftances le requeueront & de ne rien avancer par la fuite qui ne foit bien confirmé par des expériences prudemment faites & réitérées plufieurs fois avec le même fuccès.
- En procédant ainfi , on ajoutera de
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- }(6 Traité
- nouveaux réfultats à ceux que nous avons-déjà : on augmentera infenfiblement les tables d’obfervations , & on parviendra à la longue à connoître exaéfcement les effets de l’éleâricité fur tous les corps fournis à nos recherches. On jugera des avantages qu’on peut tirer de ce fluide , en le modifiant de différentes maniérés, relativement aux circonftances , qui fe présenteront.
- CCXVII. La matière électrique donc un corps eft chargé formant autour de ce corps une atmofphere plus ou moins étendue , comme nous l’avons déjà ob-fervé 84 ) il écoit naturel d’en conclure qu’elle tend à fe diffper & à s’échapper du corps fur lequel on l’accumule. Il n’é-toit pas içoins naturel de foupçonnec qu’une matière aufli aétive , ne pouvoir fe dilSper, fans emporter avec elle plufieurs des parties de la furface de ce corps, & ces foupçons fuient vérifiés par différentes expériences.
- CCXVIll. L'Abbé Nollet eft un de ceux qui fe foit le plus exercé dans ce genre de travail , & qui ait apporté le plus de foin aux reclur^hes qu’il a faites} il a examiné fcrupuleufemenc l’évaporation de différentes liqueurs
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- fia l’EibcthI’citî. \êi qu’il pénétroit abondamment de fluide éle&nque , & c’eft avec l’appareil qu’il imagina pour cet effet (<z), qui m’a paru aufli Ample que commode , que j’ai répété planeurs de fes expériences.* & que j’en ai fait quantité d’autres , qui ne fervent qu’à confirmer ce que ce célébré Pnyficien a avancé à cec égard.
- Je ne.groflirai point ce volume des tables que j’ai dreffées : elles font encore-trop peu étendîtes , pour être d’une grande utilité. J’attendrai que mes occupations me permettent de remettre encore la main à l’œuvre , de pouffer beaucoup plus loin les recherches que j’ai faites à ce fujet, & de vérifier quelques idées que ces fortes d’expériences m’ont fait naître , Zc qui me paroiffent affez importantes , pour mériter un travail particulier.
- Si on veut s’affûter cependant, par une expérience très-facile à répéter,que la matière éleéfcrique qui s’échappe d’u» fluide , Concourt à fon évaporation j, voici Comment on peut procéder.
- (a) Recherc. fur l’EIed. pag. jio,
- Qir
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- 3*8 Traité
- Répandez quelques gouttes de liqueur , d’eau , par exemple , fur la longueur d un conducteur , que vous éledriferez fortement : approchez la main à quelques pouces de diftance de ce condudeur , pour hâter la difïîpa-tion de la matière éledrique , & vous fentirez, non-feulement un vent frais, tel qu’on a coutume de le fentir en pareilles circonftances \ mais encore , une fraîcheur üh peu humide ; ce qui prouve manifeftement, qae la matière éledrique emporte avec elle quelques parties de l’eau qu’elle rencontre à la furface du con,dudeur.
- Cette expérience deviendra encore plus fenfible , Ci vous fubftituez à l’eau une' liqueur plus évaporable. La diffi-pation de cette derniere fera encore
- ^ CCXIX. Quoique ces fortes d’expériences ne nous permettent pas de douter que la matière éledrique accéléré l’évaporation des liqueurs , on fent parfaitement qu’on ne doit point s’en rapporter totalement à de fembla-bles expériences. Il y a tant de circonftances qui peuvent influer, & qui influent néceffàirement fur de pareils réfui-
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- DE l’ElECTMCITi tàts, que je ne regarde ce procédé, que comme un moyen de fatisfaire furie-champ la curiofité de ceux qui ne défirent que de s'affiner en général , du fait dont il eft ici queftion.
- On ne peut & on ne doit compter fur ces fortes d’expériences , lorfqu’on veut en tirer des induftions certaines, que lorfqu’on fournet à l’épreuve une certaine quantité connue de liqueur ; lorfqu’on connoît outre cela le rapport entre la quantité de cette liqueur & la furface qu’elle préfente à l’évaporation, & lorfqu’enfin on confacre aflëz de temps à cette opération , pour^qu’on puifle tenir compte de l’évaporation , à l’aide d’une balance fort exaéte.
- CCXX. Lorfqu’on apporte toutes ces précautions à ces fortes d’expériences , il paroît , comme l’obferva très-bien avant moi le célébré Phy-ficien dont je viens de parler ( a ) : i°. Que l’éle&ricité augmente l’évaporation des liqueurs. 11 en excepte cependant , & avec fondement, le mercure ôc l’huile d’olives. Le premier de
- (a) Recherches fur l'Eleét. pag. 317.
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- ces deux fluides eft rrop denfe, & le fécond trop tenace , c’eft-à-dire, trop vifqueux , pour céder fenfiblement à l’efforc que la matière éle&rique fait contre les parties de leurs furfaces.
- a0. Que i’ëleétrické augmente d’au--tant plus l’évaporation des liquides,, que ces liquides font eux-mêmes plus-éva potables.
- » Que l’éleéfcricité a plus d’effet t les liqueurs , quand les vafes qui v contiennent font de nature à s’é* » leéfcrifer davantage, ou plus facile-ment , par communication «. J’ai cependant toujours obfervé que l’évaporation étoit la même dans l’un & dans: Fautre cas , lorfque je me fervois des-capfules de verre , dans lefquelles je laiflois pendre une chaîne fufpendue an conducteur , & lorfque je me fervois. . d’un vaiffeau de fer blanc de mêmes-dimenfions.
- 4®*; QUÇ l’évaporation occafionnée par réleftrieité augmentoit , lorfque ia futface de la liqueur étoir plus grande j c’eft-à-dire, lorfque le vafe avoit plus d’ouverture , quoique cet excès, d’évaporation ne fuivir pas la taifon di-lede-de cette ouverture-
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- JA. Et c’eft u» des réfultats qüimé-rite le plus d’attention , que l’ele&ri-fatioiï' ne fait point évapoté'r les liqueurs- à travers les potes du métal * ni à travers ceux du verre. Nous aurons occafion de rappeller cette obfervation,, îorfque nous traiterons de l’éleéfcrkité appliquée au corps humain.
- CCXXI. Non feulement la matière1 éle&rique qui s’échappe d’un corps: éleétrifé, enleve les parties des liquide» qu’elle rencontre fur fon paflage, & diminue le poids de la mafïééleôtrifée mais elle produit encore le même effet fur ies folides» Cette proportion- cependant ne doit point fe prendre à la rigueur : il ne faut pas cr-oir-e pour cela , qu’une barre de fer long-temps-éleétrifée , perde de fon poids. Cet-effet n’a lieu que brique les folides-qu’on foumet à cette épreuve, recèlent dans leurs pores quelque liqueur , ou. quelque humidité fufeeptible de s’évaporer. Cette expérience réuffit. parfaire-ment, lorfqu’on éleéfcrile une plante-fraîche , & remplie du: fuc que la terre lui fourniffoit : elle ne réuffit plus, ou au moins, on ne s’appetçoit plus fenfi-blement de cet effet, brique la plante Qvj
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- 37l TKAiri '
- eft feche, & dépouillée de fon humidité.
- CCXXII. 11 étoit naturel de conclure de ces fortes d’expériences, faites avec le même fuccès , fur différentes plantes , que la matière éle&riqite occa-fïonnant une dilïïpation des fucs qu’elles recèlent , doit hâter les effets de la végétation , & cette conféquence s’eft trouvé confirmée par nombre d’obfer-vations faites . avec foin par plufieurs célébrés Phyficiens. Le Doéteur Mim-bray fut un des premiers qui s’appliqua à cette recherche. Dès le mois d’Oc-tobre de l’année 1746, il éprouva que deux myrrhes éleéirifés , pouffèrent des petites brandies & des boutons y ce que ne firent pas de pareils arbuftes non éle&rifés.
- M. Jallabert éprouva la mêmé chofe à Genève. Il nous apprend (a) » qu’une « partie du mois d’Avril & du mois » de Mai fut employée à éleétrifer » régulièrement une ou deux heures » par jour , diverfes plantes : entr’au-» très un girofflier jaune , ou violet, (*)
- (*) Expériences fur l’Eleélr, pag. 8?
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- OH l’ElectricitI. J7J-» placé dans une caille de terre. Toutes » ces plantes augmentèrent confidéra-» blemerit en tiges Si en branches.
- Cependant lorfqtte M. Jallabert com-para les progrès de ces plantes élec-trifées, à ceux d’autres plantes du même âge, crues dans des vafes pleins de la même terre , ils ne lui parurent point allez confidérables , pour ofer en conclure que la matière de l’éle&ricité étoit propre à accélérer les progrès de la végétation. Il revint néanmoins peu de temps après de cette opinion, & il eut de quo’i fatisfaire fes doutes, en répétant les mêmes expériences fur des oignons de différentes fleurs. Il fut alors rrès-perfuadé des bons effets que produit l’éle&ricité , lorfqu’on l’applique à la végétation.
- M. \Abbé Menon obtint le même effet, pendant l’hyver de l’année 1748, fur des oignons de renoncules. U Abbé Nollet réuffit pareillement, en appliquant l’éle&ricité à la graine de moutarde. Il craignoit cependant, ou pour mieux dire, il foupçonna que la matière éledrique, en hâtant le progrès de la végétation , n’influât en même temps , a’une manière défavantageufe,
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- fur la plante qui eft expofée à cette' opération. Il lui fembla que les graines1 dont l’éleétricité avoit lïâté la germination, avoient pouflfé des tiges plus menues & plus foibles , que celles1 qu’on- avoir laifle lever d’elles-mêmes ( a ) Il me paraît au contraire, par quelques expériences que j’ai faites fur des oignons de jacintes , que ceux qui ont été éleétrifés ont plus profité que; tes autres ,- non-feulement en' exten-fion, niais encore en grolFeur. D’où' l’on doit conclure que nous n’avons» pas encore ralFemble fuffifamment de faits , pour pouvoir prononcer définitivement fur cet objet, fur lequel quantité de citconftances peuvent influer & influent au point de mettre en défaut les attentions les plus fcrupuleux fes. Nous ne pouvons tuer des obfer-vacions que nous venons de rapporter j, que cette eonféquence.générale, que t’éleétricirc accéléré les progrès de la-végétation. C’eft au temps, & à des ©bfervatioiis- fui vies avec la plus grande exactitude, i nous apprendre fi c’eflr-
- iÆ), Rtcharc. fur PElcâ* pag, '
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- »B t'EtBCTÉTCrTf. '-ff.f w avantage de profiter des feccmr» que L’éleftticUé nous offre en pareilles eirconftances . & fi ^ promptitude: avec laquelle les plantes éleftnfées végètent , ne leur fait rien perdre de 1* confiftance & des autres propriétés qu eU ies doivent avoir-
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- . CHAPITRE XXV.
- JDes effets de VElectricité fur l’économie animale.
- CCXXin.SlIWcience de Leyde fut une des plus glorieufes époques de l’éledricité, & contribua plus que toute autre aux progrès des découvertes électriques , les effets dé l’éledricité fur le corps humain ne firent pas une époque moins intéreflante : elle eût, fans contredit , porté beaucoup plus loin les bornes de nos connoiflances , fi le pyr-rhonifme outré de plufieurs célébrés Phyficiens, & l’enthoufiafme déplacé . de quelques partifans trop zélés de la vertu éledrique , n’eufTent ralenti le zele de ceux qui étoient les plus en état de faire de pareilles recherches.
- La difpute qui s’éleva entre les Phyficiens , dès les premières expériences qu’on publia fur cette matière , & qui s’eft foutenue fi opiniatrément depuis ce moment, ne nous permet pas de
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- be l'Electricité. .377 douter cjue les deux partis ne foient fondés jufqu’à un certain point dans leurs prétentions. Tant de célébrés Phy-ficiéns ne fe feroient certainement pas difputés fi long-temps , pour le leul plaifir de fe contredire. 11 me paroît donc important, dans une matière qui intérefle fi fortement l’humanité, d’examiner avec foin les expériences & les obfervarions qu’on a faites jufqu’à ce jour j d’en faire connoître les vêtirai blés réfulrars , & d’en retrancher ce que l’efprit de parti & l’enthoufiafme y ont ajouté. J’ofe me flatter que le Leéteur qui defire s’inftruire fur un objet aufli important , me fçaura gcé des foins que j’ai pris & des recherches que j’ai faites , pour ne rien avancer ici que de certain. Il eft même à préfumer que les faits que nous rapportons , étant fuffifamment conftatés, pourront ranimer le zèle des Phyficiens, & que de nouvelles recherches étendront par la fuite les fervices que l’é-leétricité peut procurer à l’humaniré.
- CCXX1V. Il y avoir déjà longtems qu’on foupçonnoit que l’éle&ricitépour-roit contribuer à rétablir le fentiment 8c le mouvement dans des membres paraly-.
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- fés. On avoit même fait plufieurs eflais à ce fujet : mais le peu de fuccès qu’ils avoient eu, n’avoit point encore donné à cettepratique la célébrité qu’elle commença à acquérir , lorfque M. Pivati t Jurifconfultede Venife publia en 1747 , une Lettre far [électricité appliquée à la médecine, & qu’il dédia à M. Zanctti Secrétaire de l’Académie des Sciences de Bologne.
- Cett.e Lettre remplie de faits extraordinaires y fit un effet fingulier fur l’ef-prit des Phyficiens éleélrifants. Elle ranima l’émulation & les efpérances de ceux qui s croient déjà exercés infruc-tueufement fur cette pratique. Si les faits rapporrés dans la Lettre de M. Pivati étoient tous auffi inconteftables qu’ils le paroiffènr, il eft bien confiant
- panacée univerfelle , cet or potable que les Alchimifles cherchent depuis fi long-rems, aux dépens de leur fortune & de leur réputation : mais il s’en faut de beaucoup qu’on puiffe compter fur la relation de ce partifan trop zélé de l’électricité. Il ne faut donc pas être furpris que malgré le nombre des Phyficiens qtû s’attachèrent à fan opinion » 4
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- de l’Electricité. çtit neanmoins de grandes contradictions à efliiyer , dès que fon ouvrage parut , & comme il eut affaire contre de très- célébrés Phyficiens s très - expérimentés fur cette matière , on ne doit pas être furçris non plus que cette pratique tombât aufli-tôt en difcrédit. En examinant néantmoins les chofes fans prévention , on ne peut s’empêcher de convenir que fi M. Pivati -fe livra avec trop de confiance & trop d'emhoufiaf-nie à une pratique qui mérite des con-fidérarions particulières & plus réfléchies , tous les faits qu’il rapporte ne font point dépourvus de vérité jufqu’à un certain, point.
- CCXXV. Parmilesguérifonsles piu9 éclatantes qui font décrites dans l’ouvrage de M. Pivitû, nous lifons, i°. qu’un Evêque gouteux depuis piufieurs années , au point d’en avoir les mains 8c les genoux retirés , fut guéri aufli promptement qu’il auroit pu l’être par un miracle.
- z°. Qu’une Dame de foixante ans paralytique des bras 8c des mains depuis plus de fix mois, fut guérie , après avoir été éle&rifée pendant l’efpace de deux minutes&c. &c\ &c.
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- j8o Traité
- M. Pivati n’attribue point à l'électricité feule les merveilles que nous venons d’expofer ; mais aux difrérens beau-mes dont U faifoit ufage, 8c dont il en-duifoit intérieurement les tubes de verre avec lefquels il éleéfcrifoit fes malades. Les parties les plusfubtiles de cei beaumes emportées par la matière élec-. trique pénétroient, fuivant lui, de toutes parts , le corps de ceux qui étoient fournis à ces épreuves , & procuroient aux parties affligées les foulagemens qu’ils n’auroient pu produire en les appliquant extérieurement fur ces mêmes parties. Il étoit fi perfuadé de cet effet, qu’il imagina non feulement de faire ufage de ces beaumes fuivant que les maladies qu’il avoir à dompter le requé-roient , mais qu’il fe fervit encore de différentes drogues relatives aux indications des maladies qu’il vouloit attaquer & détruire par cette méthode.
- 11 fit donc des tubes qu’on pouvoir appeller, diurétiques, antiappoplecliques, fudorifiques, cordiaux , céphaliques 3 &c. fuivant l’efpéce de drogue dont ils étoient intérieurement enduits.
- CCXXVI. La première queftion qui fe pré fente à l’efprit, Jorfqu’on confi-
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- D fi L Ei L I CT RI CITEa J5I
- dére une pratique auffi finguliere , eft fans contredit, de fçavoir li les parties des fubftances renfermées dans les tubes , pénétrent’ à travers les pores du yerre, pour fe porter de-là dans le corps de ceux qu’on éleétrife.
- M. Pivati qui avoir bien prévu cette première queftion , y répond par deux raifons qu’il appelle de fait, & qui ne Jailferoient aucune difficulté après elles, £ elles étoient bien folidemenr établies.
- La première qu’une Dame éledrifée avec un cilindre qui renfermoit bien exactement du beaume du Pérou, eut peu de tems après tout le corps parfumé de cette odeur, & qu’elle la communiqua même à fa chemjfe , à fes draps & à foi) lit, la nuit fuivante , pendant laquelle elle éprouva une fueur très-abondante.
- ^ La fécondé , qu’il a toujours obfer-vé que fes cilindres garnis de drogues, perdoient peu à peu de leur vertu , & qu’elle fe détruifoit totalement pat l’ufage qu’il en faifoit : que l’épailfeur de l'enduit diminuoit à vue-d’œil , au point de fe réduire, de l’épailfeur de lîx lignes, à celle d’une feuille de papier } enfin que ce qui en reftoir alors
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- $8i T R AIT i
- n’avoic ni odeur , ni faveur, &reflem-
- bloit à un 'capta mortuum.
- CCXXVII. Je fuis moins furpris de la confiance avec laquelle M. Pivati nous annonce ces prodiges, que de l’approbation qu’ils reçurent alors des plus célébrés Phyficiens de l’Italie. Il n’y a per-fonne qui ne fâche , peut-être par fa propre expérience, jufqu’où peut aller î’enthoufiafme qu’excite ordinairement dans l’efprit de celui qui la fait , une découverte furprenante , lors même qu’elle eft encore bien équivoque : mais on ne conçoit pas aufli facilement comment des Phyficiens éclairés qui n’ont aucun intérêt à la publier, fe prêtent à l’illufion & veulent fe rendre refpon-fables d’un fait douteux & encourir la difgrace de fe voir accufés d’ignorance , ou de mauvaife foi. ^
- Les fuccès de M. Pivati ne furent ^ pas plutôt publiés , que le Doéfc. Verati très-célébre Médecin à Bologne, vint à l’appui & confirma par de nouvelles épreuves qu’il dit avoir fait,la pratique du Jurifconfulte Vénitien. 11 nous alsû-*e ( a ) qu’en fe fervant d’un tube pré-
- < * ) Obferv. Phyf. Médic. tom. 4. l’éleft.
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- paré félon la méthode de M. Pivati, il parvint à guérir plus promprement 8c d’une maniéré plus fenfible qu’il n’a-voit pu faire auparavant avec un tube ordinaire , un jeune homme attaqué d’une affe&ion nerveufe.
- M. Zanotti confirma encore cette opinion , & aflura que les étincelles qui partoient d’un tube enduit de matières balfamiques', étoient beaucoup plus vives & plus aftives que celles qu’on tiroir du meilleur verre de Venife, lorf-qu’iln’étoit point enduit ; que les Tueurs que l’éledricité occafionnoit , étoient beaucoup plus abondantes , Autour pendant les trois'premières nuits, & que les bons effets qui en réfu Iraient pour le malade étoient beaucoup plus fenfi-bles 8c plus prompts.
- Le Dod. Bianchi célébré ProfefTeur de Médecine à Turin , joignit encore Ton témoignage à ceux que nous venons de rapporter, il répéta toutes les expériences de M. Pivati, 8c il lui écrivit enfuire , qu’elles lui avoient toutes réufli avec des fuccès qui alloienr beaucoup au de-là de Tes efpérances II lui en-donna pour garants des guérifons qu’il avoient opérées fur des paralytiques,
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- 384 Traité
- des gouteux, & des gens attaqués de fpafmes, de jaunilfe, de vapeurs, d’obf-tru£tions& de rumeurs froides.
- Plufieurs autres Phyficiens firent le même accueil aux découvertes de M. Pivati. Elles trouvèrent en Allemagne même un célébré partifan dans M. Winkler qui défendit publiquement tous les droits de la Médecine électrique, contre quelques Médecins Allemands qui avoient ofé s’élever contre cette pratique.
- CCXXVliL Comment ofer révoquer er« doute des faits conftatés par le témoignage & les expériences de tant de célébrés Phyficiens ? Comment ofer même concevoir le moindre fpupçon ,
- me une vérité inconreftable, ce qu’un fi grand nombre d’habiles gens foutien-nent avec tant de confiance ?
- Ce fut cependant ce qui arriva à la nouvelle découverte de M. Pivati. Il fe trouva quantité de Sçavans dans l’Académie de Bologne qui furent les premiers , non-feulement à douter de ces faits, mais même à les contredire d’après les expériences qu’ils firent. Pour ne pas palfer les bornes que noirs nous
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- Dï L*E 1ÏCTRI CI T É. jt'f femmes 'preferites dans cet Ouvrage , il nous fumrade rapporter ici le témoignage du Doéfceur Bianchotii : voici ce qu’il écrit à ce fujet. (a). Plufieurs per-fonnes voulurent éprouver elles mêmes ce que M. Pivati avoir publié comme certain. Quelques Sçavans ,«lont la dextérité nous eft fort connue , ont répété avec foin les expériences dont il fait mention, & elles leur ont réufli à tous d’une maniéré fort douteufe.
- On éprouva la même chofe ici en France , lofque M. V Abbé.Nollet voulut s’alïurer de la vérité des faits énoncés dans la Lettre de M. Pivati. M. T^atfon attefte .pareillement le mauvais fuccès de fes expériences } M. Jallabert à Genève ne fut pas plus heureux, non plus que M. Bofe à W ittembexg & le Pere Horo à Turin.
- Si on confulte un recueil d’expériences fur l’éleétricicé médicale , imprimé à Paris en 1763 , on verra que ces expériences faites avec tout le foin pof-fible, par des perfonnnes très-verfées dans ce genre de travail, & rigoureu-
- (a) Lccc. fur l’Elcélr, au. 1747.
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- Trait*
- feaient exactes dans les prôcédés qu’elles ont fuivis, n’ont point eu un meilleur fuccès, Qu’il eft manifellenient faux , comme nous l’avons déjà obfer-vé dans une autre circonftance , (zij) , que les matières dont les cilindres font enduits , pénétrent à travers les pores de ces cilindres, & produifent les effets que M. Pivati & fes partifans leur attribuent.
- CCXX1X. Tandis que la plus grande partie des Phyficiens de l’Europe étoient bien perfuadés de la faulTeté des avantages qu’on artribuoit eh Italie aux ïnto-nacatures ’y c’eft ainlî qu’on délîgnoit les cilindres, enduits de matières médicales , on apprit par différentes Lettres écrites de Turin, queTe, célébré Pro-felfeur M. Blanchi avoir imaginé une autre méthode de mettre à profit la vertu ciétlrique , pour rranfmettre* dans le corps humain , différens médica-mens; mais furtout des purgatifs , tels que la fcammonée , l’aloé fuccotrin, la gomme gutte, &c.
- Il fuffifoit , fuivant cet habile Médecin, que la perfonne qu’on éleétri-foit tînt dans la'main les medicamens, pour en reffefttir promptement & eifica-
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- BE L’E'lEpTarçiTÉ. 387. cernent les .effets.,Çe fiait; gn,’U:iattte.ftoi,t -d’après pluneufp, é.xpçnences q'n’iIavo,it faites à deflejn , fe- ttônvoit encore confirmé pas l’autorité 'de plufieurs-.autres célébrés Médecins. . ;
- Outre qu’il -étoit . plus facil'e de fe perfuader que des méd}cam,çps fort ac-, tifs tenus dans la main d’une perfonne qu’on éledpfe , puffent pafFer dans le corps de ce.tt.e, .perfonne , que lorfqn’ils font exactement renfermés dans le ci-! lindre de verre , dont on fait ufage pour éledrifer, on conçoit avec quei plaifir une pareille découverte dût être accueillie par nombre de personnes qui ont un dégoût marqué pour avaler de» potions. Audi 'la découverte de M. Blanchi trouva-t’elle un plus grand nombre de partifans que celle de M. Pi-vaci. Parmi ceux qui fe déclarèrent en faveur de cette ..nouvelle méthode , M. P’eratï fup up’de fei plus grands préco-riifèùrs. fl rapporte quantité de faits oui paroilfeiu la démontrer de la maniéré la plus complette (a ) , & il conclu»! avec la plus grande fécurité ; nous
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- avons donc maintenant un moyen également admirable & commode de purger certaines gens qui ont peine à Apporter l’ufage des remèdes ^u’dh prend par la bouche. Dn peut par le fecours de Féleéfcricité, les évacuer beaucoup plus doucement qu’onne pourrait l’el-pérer de la méthode ordinaire.
- CCXXX. Une déçifion aufli formel-le de la part d’un Sçavant très-connu dans la République des Lettres , devoir certainement entraîner le jugement de ceux qui pouvoient avoir encore quelques doutes fur les vertus de l’é-leâricité médicale. Plusieurs en effet, s’en rapportèrent aux lumières & à là bonne foi de M. Blanchi, & fe déclarèrent en faveur de fa méthode. La cu-riofité, plutôt que la fufpicion fit en-fuite naître à plufieurs célébrés Phyfi-ciens le délir de répéter, ces expériences & de vérifier un fait qui patoiffoiç fi favorable â l’humanité.
- U Abbé' Nollct fut un de ceux qui * eut le plus grand intérêt à fe livrer le plus opiniâtrement à cette recherche. Outre le bien général qui réfultoir de la vérité de ce fait, il ne contnbuoit pas peu à donner plus de poids à fon
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- B t l’EtECTRlCTTi. fyftêttie des affluences. Voici néanmoins le jugement qu’il porta de cette méthode après l’avoir éprouvée avec tous les foins imaginables.
- » Comme il vient, dit-il, (a) au » corps éleéfcrifé une matière éleétrique j> affluante , j’imaginois que ce fluide « fubtil pouvoir introduire avec lui quel-» ques particules de la fcammonée, que » l’on renoit dans la main ‘y mais fi ce~ » la, fe fit il ne s’en fuivit jamais aücu-s> ne purgation, & cependant j’ai ap-» pliqué a cette épreuve des perfonnes ». de tout âge, de tout fexe , & dont » plufieurs étoient d’un tempérament .» facile à émouvoir. Les expériences » ont duré plus d’une demi-neure fur » le même fujet : le morceau de feam-s> monée étoit gros comme une moyen-» ne orange * & M. Geoffroy, qui me » l’avoir cnoifie exprès , l’avoir trou-» vé d’une très-bonne qualité. Ajou-» tez encore , continue le même Phy-» ficien , que je n’opérois point avec >» des tubes, mais avec des globes de » verre , dont l’éleétriciré eft toujours » plus forte, & moins interrompue.
- ( a ) Kecherc, fut l'EIedr.
- R iij
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- jejO TrAUT'É
- Plufieurs autres célébrés Phÿficiens ont répété les mêmes expériences avec ;tout flç foin & toutes les précautions requifes , &que M. Blanchi , Auteur «de cette nouvelle méthode , recommande comme efifenrielles , mais les réfultats ne leur ont jamais-paru favo--rables. . 1
- Quoique ie fuffe très-éloigné d'ajourer foi à des merveilles aufli furprenan--tes , & que je m’en rapportalle très-tien au jugement de Y Abbé Nollet x qui avoir un.intérêt particulier à faire valoir cette nouvelle découverte ; j’ai répété moi-même ces expériences dans des ckconftances de temps très favorables à l’élodricité , & fur des pet-fonnes très faciles à purger. J’ài augmenté confidérablement les dofes des purgatifs ; j’ai même porté l’attention jufqu’à faire que l’éledriciré ne parvînt à ces perfonnes , que par l’intermede des drogues qu’elles tenoienr dans la.-main ; ce qui étoit fans contredit le moyen le plus sûr de déterminer la matière éle&rique à faire pafl'er dans, leurs corps les parties les plus déliées de ces drogues , & ]: ne me fuis jamais apperçu qu’aucune ait été purgée par ce procède.
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- ï)è i/Eitctfcrcïtè. jt)t CCXXXI. Je ne chercherai point ici k juftifier les aflertions des Phyfi-ciens d’Italie , & à les laver , comme plufieurs ont eflayé de le faire , des juftes reproches que leur négligence * car je n’ofe dire leur mauvaife foi, leuf a attirés. Je ne craindrai point de direr qu’ils fe font trompés groffiérement, tant au fujet des intonacatures , qu’a» fujet des purgations électriques, & qu’on ne peut tirer aucun avantage particulier de ces deux méthodes d'éleékri-cité : mais je ne puis m’empêcher d’obferyer aufli, que fi ces deux méthodes font défeâueufes en elles-mêmes ; que fi ceux qui les ont proclamées y ont abufe de la confiance du public , en lui faifant efpérer des fuc-cès qu’on n’en doit point attendre j ce n’eft pas une raifon pour en conclure que l’éleétriciténepuifle être d’aucune utilité à l’économie animale, & ne puifle être favorablement employée pour la guérifon de plufieurs maladies.
- Des avantages outrés accordés à une pratique quelconque , ne font point une raifon fufiifante pour la regarder comme tout-à-faitdéfe&ueufe. Ce font deux excès que doivent éviter avec foin 1 ‘ a
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- 39* Trait!
- ceux qui s’appliquent à la recherche Je la vérité, & qui veulent mériter la confiance que le public ne refufe jamais à ceux qui confacrent leurs veilles & leurs travaux à fon inftruéfcion.
- Il n’appartient qu’à l’expérience Je prononcer fur ce qu’on doit penfer des avantages qu’on attribue à une méthode curative. On voit tous les jours , que celles qui parodient fondées fur la théo-lie la plus lumineufe, ne répondent point, ou ne répondent que foiblement aux idées avantageufes qu’on s’en étoit formé , & qu’il y en a plufieurs qui réuflilTent parfaitement , quoiqu’on ne puille point donner de raiions fatisfai-fantes de leur maniéré d’agir. Si je ne craignois de palier les bornes de mon miniftere , &. de ne me trop éloigner de mon objet j je pourrois tracer ici l’hiftoire des erreurs de plufieurs ficelés & faire voir plus particulièrement avec quelles précautions on doit accepter ou rejettex une méthode curative. Je démontrerois que l’expérience feule eft le flambeau qui puifle nous guider fûr rement dans de pareilles recherches* Ce fera donc à elle feule que j’en appellerai ici, pour décider cette quef-
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- D'H t’ÉÊE'C'TRrclTÉ. tïon j agitée depuis fi long-temps ; fça-voir , fi Félectricité peut être véritablement utile à. Véconomie animale.
- CCXXXH. Si je voulois me livrée à de (impies fpéculations j & établir par une fuite de raifonnements très-convaincants, l’utilité de cette pratique',, je me bornerois à démontrer d’aberct les effets qu’elle produit immédiate--ment dans les perfonnes qjr’on élec-tisife.
- Prefque trous ceux qui ont fait ufage-de cette pratique , conviennent que-l'éleârricité augmente le nombre des: pulfations des artères. Quoique l’Abbé Nollet femble révoquer en doute cette-affertion- (a), j’ofe enaffurer la vérité,. Si ioutenir que l’éleétrieité-accéléré le-mouvement du pouls dansuneperfonne qui fe trouve feumife à cette épreuve,, pendant l’efpace d’un quart d’heure ,, & cette différence va communément & un fixieme , ainfi que je l’ai éprouver plulieurs fois fur moi-même & fur différentes perfonnes.
- ’ Ce phériomene doit d-’àiitant hiëins;
- Recherche.’ fuiTEled. pac..- 3 8Sv
- R. *
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- }j>4 i WJTr
- lurprendre, qu’il eft confirmé de làr maniéré la moins équivoque , par une. expérience que tour le monde peut répéter aifément : car nous ne pouvons; .difconvenir qu’il faut prendre des précautions particulières , lorfqu’on veut s’aflurer exactement de l'augmentation,,, dans la fréquence du pouls.
- Oh ne peut nier que la fréquence dans le battement des artères, ne dépende en grande partie de la vîtelle avec laquelle le fang -circule dans l’habitude du corps , & conféquemment,. que cette, vîrefle ne peut être augmentée toutes chofes égales d’ailleurs ^ que le nombre des puilations n’en foit plus grand dans le même temps.. Oc. ccft un fait univerfellement reconnu, queTéle&rici.té accéléré lte mouvement des fluides dans les capillaires. Sans vouloir déterminer ici l’excès de vîtelïe occafionnée par l’éleCtcicir-é y puifqu’elle varie néceflairemanc, à raifon du diamètre des vailfeaux, 8c des obftacles; plus ou. moins grands qui, s’oppofent au,mouvement de'circulation , bn-peut. ftafliirer du fait en général, par I’expé-cience- fuivante..
- Eaires. plonger: dans un .vafe remplit
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- minez Peau à couler , par l’extrémité-de la- longue branche de ce Typhon fuivant la méthode ordinaire d’employer ces fortes d’inftruments. Si le Typhon eft fuffifamment capillaire, vous; obferverez que l’écoulement de l’eau fe-fera goutte a goutte , & qu’il y' aura-une intermittence marquée entre deux, gouttes qui Te fuivronr immédiatement.-EleCtrifez alors le vafe , & conféquem— ment l’eau qui y eft contenue , & vous; obferverez que l’écoulement de la liqueur deviendra plus rapide , au point" que cet écoulement fera continu. Cette-accélération augmentera encore, fi une* perfonne jion éleétrifée , préfente le: doigt à une certaine diftance du jet & ce jet fe courbera vers le doigt de: cette perfonne , en fe divifaht en plu-' fieurs autres jets..
- J’ai-bien remarqué à ïa vérité, que; cet effet n’avoit pas lieu , lorfqu’om faifoit ufage de tubes dont le diamètre: étoit trop grand mais je ne me fuis jamais apperçu , comme le dit Y Ab té: Nollet ( a ) », qu’au lieu d’accélération „
- &)_ Recherches- fur l’Eled. pag. 3 4?..
- Rvj;
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- la vertu éieâriqne occafionnât un petit-retardement ,. lorfque l’eau .s'écoutait:
- λar un orifice qui n’avoit qu’une demie igné, ou un peu moins » de diamètre.-J’ai toujours obfervé le contraire , & même en faifimt ufage de tubes dont le diamètre écoit un peu au-de (Tus Sc un peu au-deflbus de ce calibre.
- CCXXXIII. Si l’éledricicé accéléré-le mouvement des fluides dans les capillaires j. comme il n’eft pas poffible d’en doutée j. il eft naturel d’en conclure quelle augmente non-feulement, la fréquence du pouls , mais encore le. degré de chaleur de l’animal-, ou de la perfonne foumife à cecre épreuve, Si c’eft un phénomène fur lequel plufieurs. Phyficiens éledrifauts fonr d’accord quoiqu’il y en ait quelques-uns- qui. paroiifent en douter».
- J’avoue à la vérité, qu’il n’eft pas toujours facile de juger de L'augmentation de la chaleur : elle eft relative à la difpofirion &. à la conftiturion actuelle de la perfonne éledrifée , Si il peut fouvenc arriver que cette augmentation, foit trop peu fenfible goût qu’on puiife s’en convaincre d’u-38a maniéré Latisfaifaiire. J’ai, répété:
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- D'-E l’Electricité^ plufleurs fois cette expérience , fan s» que le thermomètre que je plaçois; alors dans la Bouche de la perfonne' élecftrifée , parût fouffrir aucune varia^ tion j mais je m’en fuis convaincu-plüfieurs autres fois , de la maniéré là', plus complette. Cette expérience me réullir fur-tour le 16 Décembre de l’année 1-71fp. Je vis monter la liqueur dé près de deux degrés, échelle de Réau-mup, en éleétrilant pendant près d’un-quart d’heure un jeune Homme qui-renoit la boule de cet infiniment dans-fa bouche , depuis glus d’une demi-heure.
- CCXXXTV. S’il n’ëft pas toujours poflible de s’appercevoir d’une maniéré fènfible , de l’augmentation de la chaleur dans le corps d’une perfonne qu’on-éieékife , il n’en eft pas dè même de P’àugmentarion dè la tranfpiration in-fenhble : elle fe décele toujours d’une maniéré très-marquée , lorfque Félec-tricité eft' foutenue pendant un temps d’une certaine durée j 8c c’eft un fait univerfellement reconnu par ceux mè: mes qui refufent à l’électricité les antres facultés dont nous venons de;
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- *9* . T XArrir
- Quoique mes occupations ne m’aient-point encore permis de m’affurer de ce phénomène , en répétant les expériences qu’on a faites avant moi, je ne; crois pas qu’on hazarde rien de trop x en m’eu rapportant à celles qui ont été-faites par Y Abbé Nollet, & auxquelles' Je renvoie le Le&eur. 11 en a drefle des cables qui marquent une très-grande exa&itude de la part de l’obfervateur ,, & auxquelles il a ajouté des obferva-rions fort importantes fur cette matière (a),
- » On y apprendra que l’éleéfcricitc-» agit fort inégalement, non-feulement » fut les memes lujets , appliqués en » différents temps à ces épreuv
- x qui different
- , Ce
- qui .
- dicieufement de quantité de circonftan-ces différentes , qu’on ne doit- point, négliger de faire entrer en confidéra-fion, lorfqu’il s’agit de prononcer furies effets de l’éleéfcricité, par rapport àja; tranfpiratian infenlîble..
- Recherches, fur l'Eleitr. pag. 373..
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- VS t‘Et ecT ri cnk.
- Ony apprendra encore qu’on obfér^ ve un. graduation, affez confiante St forte finguliere, >> par laquelle il femble que-» des animaux éleéfcrifés perdent d’au-» tant plus dé leur fubftance, qu’ils font:
- pluspetits par leur efpéceroutes cho* tr ies .égales (bailleurs.
- CC^CXXV. Une caufe qui accéléré-lfe. mouvement des fluides dans le fyf-tême capillaire des animaux, qui augmente l’intenfité de leur chaleur , St. qui rend leur tranfpiration plus abon-dante-j'doit nécelTahement produire des-effets plus ou moins fenfibles &fbuvent avantageux à l’économie animale. C’éft une conclufion. qui fuit fi évidemment-de ces principes, que je néquiis jamais-imaginer qu’il le trouve encore quelques Phyficiens ' qui ofent la révoquée en • doute;
- Pour confirmer néanmoins cette dernière affertion, par des expériences plus-décifives encore, St conftater de la maniéré la-moins équivoque une véritfr qui- mérite fi.bien d’être établie, & pour encourager en mème-tems tes Phyficiens éleékrifants à le livrer avec plus de zélé &' plus d’attention à une pratique aufli: avancageufe à l’humanité j"je vais rap<
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- 40« Tra-i ri.
- porter ici le plus fuccintement- qu'il fe^ la poflible des faits qui font avérés univerfèllemenr- 8c que perfonne ne peut contefter..
- CCXXXVI.La-guérifon d’un nommé Nogués,.âgéde 52, arts-& d’une com-plexion fort délicate y opérée par le fe* cours de l’électricité, que le célébré M. Jallabert lui adminiftra à Genève , fait! une époque aflez fameufe, pour méritée le premier rang parmi nos- obferva-
- En 175 j , vers la fin-dé mois-dé- Jui» ce Serrurier forgeant une barre de fer y fut jette à la renverfe fans- connoiflTan» ee & fans mouvement par un coup porté si faux. Il ne reprit connoiflànce-que plulîèurs jours après fon aecident r malgré Les- véficaroires r les venroufes fcarifîées & divers autres remedes appropriés.,, que MM. Cramer célébré Médecin, Laurent Maître Chirurgien, ap~. pellé's à fon fecouts , lui firent admi-.-»fcrer. Il demeura muet.& paralytique: de tout le côté dtoit. Il prit les bains; d’Âix. en Savoie pendant deux ans: corn-
- ^iEïp.rarl'Elaa:.
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- DE l'EiE CTRICIT*. ^Oll fécutifs, & malgré le foulagement qu’il en retira, il étoit relié paralytique de prefque toute’la partie inférieure d'n bras. Il ne pouvoit remuer 1 avant-bras, le carpe , le pouce 8c les doigts index 8c auriculaire. Il boitoit outre cela du côte droit, & il ne marchoit qu’à l’aide d’une canne. Ce fut en cet état qu’il fe préfenta chez M.Jallahert le z6 Décembre 1747 , pour fe faire éledrifer» Il faut lire dans l’ouvrage de ce célébré ProfelTeur le détail des opérations qui conduifirent le malheureux Nogucs st une parfaite guérifon.
- On y verra que quoique cette maladie fut aflTez rebelle aux efforts de l’é-ledricité j puifqu’il fallut continuer cette opération jufqu a la fin de Février y elle fut néanmoins tour-à-fair diffipéè dans l’efpace de ce teins, 8c à compter du fécond jour que M. Jallabert com-mença à éledrifer fon malade, jufqu’au 2l8 Février , on remarqua tous Jes jours, de nouveaux fuccès qui encouragèrent 8c l’opérateur 8c le malade.
- Dès les premiers jours de l’éledrifà-tion-, il fe préfenta à M. Jallahert une obfervation aflez curieufe. Il remarqua que les étincelles, qu’il tiroir des nw£-
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- jf.01 T R. A- ï T t
- clés qui couvrent les os de l’avant-bras * non-feulement étoient très-vives, mais-qu’elles excitoient des mouvemens con-Vulfifs très-prefles, dans le mufcte donc on les riroic, & le poignet 8c les doigts; en étoient diverfement agités.
- » Ce poignet & ces doigts, dit M,
- » Jallabert, privés alors de tout mou-j> vement volontaire , fe mouvoient » à mon gré , félon le nmfcle auquel » je préfentois le doigt (a) ». Frappé de ce phénomène , ce célébré Phyfi-cien répéta cette expérience fur lui-même , & il nous affine que malgré les efforts d’une perfonne ifolée comme lui qui fe raifoit éleétrifer , les étincelles tirées par exemple des muf-cles extenfedrs, ou abdu&eurs , ou du long fléchïffeurdu pouce, l’obligeoient d’écarter , ou d’approcher le pouce , de la paume de la main, ou de fléchir la troifiéme phalange.
- CCXXVII. Nous apprenons par une; Lettre du célébré Protefleuc en Médecine M. de Sauvages (b), qu’un nommé Rigaudier Chaudronnier à Montpellier , frappé du fuecès que nous ve»
- (a) Exp. fur l'Eleft. pag. 146.
- \b) Letc. fui l’Eledr.médic.pag.
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- UE l’EllCTIItllf. 40 f nous de rapporter , s erigea en Médecin éleéfcrilant Sc entreprit une cure, qui rte tourna pas à l’avantage du malade à la vérité j mais qui fit honneur à. la vertu éleéfcrique.
- Le fujet de cette opération fut un Mendiant feptuagenaire nommé Roux. Il fut. attaqué quatre ans auparavant d’une appoplexie, laquelle dégénéra au bout de huit jours, en émiplégu. Cet homme fit à Lyon beaucoup- de remèdes inutiles. 11 prie enfuite les eaux deBalaruc, qui ne produifirent point un meilleur effet, & qui lui affeûerent étonnamment la poitrine j car il en revint avec une toux continuelle , un fievre lente , des Tueurs no élûmes abondantes, quelquefois froides ; ce qdi caraétérife une: phrhifie fort avancée.
- » Ce pauvre homme avant d’ètre élec-» trifé , dit M. de Sauvages , avoit le » bras gauche pendant , entièrement « incapable de mouvement volontaire,. » & tellement atrophié , qu’il n’avoi » que fix pouces fix lignes de eirconfé-» rence au-defl'us du coude, froid.com-* me glace &liv.ideenfon extrémité in-» férieure , pendant une quinzaine de « jours que le thermometrre fe trouva.
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- » aux environs de la congélation :
- »> Le fentiment de ce bras n’étok s> pas en meilleur état que le mouve-» nient, puisque, quand on voulut le ré-» chauffer , au moyen d’un réchaud *
- » avant que de l’éleétrifer, un Chirur-» gien fit appercevoir au malade qui »> n’en fentoit rien, que fon doigt an-» nullaire fe bruloit. Les doigts du ma-» fade comme il arrive à tous ceux qui » font attaqués d’une paralyfie ancienne * » étoient fléchis & totalement roides , » qu’on ne pouvoir les étendre en aucu-» ne maniéré, ni leur faire changer de *> fituation. Quant à la langue , elle » étoit tellement affe&ée, que la fem-» me du malade ne pouvoir diftinguer » les fons rauques qu’il avoit deflein *> de former. Il traînait fa jambe jpu-» che en marchant , le pied tourné en » dedans » & il lui éroit impoflible de la » lever.
- Ce fut dans cet état que cer homme fe pcéfenta pour fe faire éle&rifer & dès la feptiéme éleéfcrifation à laquelle M. de Sauvages fut préfent, la circonférence du bras étoit déjà aug.-mentée de trois lignes. Les- doigts étoient flexibles : leur couleur plus na>-
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- *1 L'ELBCTRICITi. 405 turelle : le bras fe rempliflbit de chairs & la parole devenoit aïTez libre, pour ae point perdre un mot de ce que le malade difoit, bien qu’il eut la voix caflee.
- M. de Sauvages s’apperçut quelques jours après que la toux étoit augmentée ; que les fueurs étoient plus abondantes , qu’elles n’avoient coutume d’ê-ere j 8c il jugea très-bien que fi l’électricité étoit favorable à fa paralyfie, elle devenoit très-dangereufe pour fa poitrine : accident fort étranger à l’état ordinaire d’un paralytique. •» Dans ce » moment le malade étendoit entiére-» ment tous les doigts , & ferroit mê-j» me affez fortement. !! portoit la main » à la bouche : il fentoir le plus léger at-» toucheraient, il parloit diftindement, » il fe foutenoit lut fa jambe, fans s’ap-„ payer, ni fur l’épaule de fa. femme, „ ni fur un bâton, comme il faifoir au-» paravant , il frappoit fortement dit » pied .contre la terre , &' il wiontoif 33 feüHes efcaliers.
- Cet habile' Médecin que l'humanité autant que la curiofiré engageoit à ïui-vre de prés cette obfervàtiôu, crut de* voir abandonner f efpéraficê de voir gué-,
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- ^*ALT.è-, -(î c radicalement le inalade, pour vçillec principalement & par préférence à jui conferver la vié, dans une çirconftanceg où la complication de la maladie, dom-noit tout lieu de craindre que le remède favorable à la paralylie , ne fût très-funefte à la phthifie. 11 l’obligea malgré fui à fufpendre l’cledrifation , & à fe trànfporter à l’Hôtel-Dieu , pour y fon-
- fer à fa poitrine , dont les befoins toient urgens, & ils Tétoient tellement qu’il mourut quelque tems après , au moment où. l’on s’y attendoit le moins.-L’ouverture du cadavre confirma corn-, pl.ettement ridée de. M. de Sauvages* » On trouvâmes poumons, furtqut du à» côté gauche, entièrement durs, fquir-rë.ux & noirâtres. Les ayant découpés, 33 il en fortit de la matière purulente.
- Si l’on peut dire quelquefois que l’é-leétricité peut apporter quelqiie dwn-r âa|e à l’économie animale, qû -liqu rçle. •contribuer a-, foq.^ Amélioration ., ,ç’elt &ns cpntr'édïtjen cette occaïïon $• niais, auflî pèrfdnnè, :à ce que jefçache., n’a. jamais recommandé cette pratique pour les affections du poumon , & c’eft un «aslaflfez rare’dè trouver une pulmonie qrn accpnipâg'nç une paralyse. .'
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- D S l’Èl ECTRICITÉ. 407
- CCXXXVIII. Ôn trouve encore dan» laLettrede M. de Sauvages, deux exemples aflez frappants des effets de l’électricité fur des paraiyfies ; & quoique les fuccès ne fuflent point complets , lorfqu’il écrivit cette Lerrre , le 2 5 Janvier 1749 » Parce qu’il n y avoir point encore long-temps que ces opérations étoient commencées , on ne peut s’empêcher d’admirer jufqu’à quel point cette pratique avoit déjà été avan* rageufe à ceux qui étoient alors fournis à cette épreuve.
- L’un, nommé Antoine Picard } âgé de 17 ans > étoit connu pour paralytique , depuis l’âge de deux ans. Lorf-qu’on commença à l’éleétrifer. »> Le » côté droit étoit entièrement paralyfé : » le genouil droit plié & ankilolé, Sc jj fur lequel il fe foutenoit très-foible-» ment ; le bras droit foible j -la mai* » entièrement enflée pardesangelures; sa les doigts crochus , & fur-tout l’an-» nulaire & l’auriculaire inébranlable-» ment fléchis dans la main , & la >j langue embarraflée, de manière à ne » parler qu'en bégayant «.
- On l’éleélrifa pendant quinze jour* confccutifs,pendant l’elpaced une demi-
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- 4o$ Trait i
- heure, ou environ,chaque jour. Vèrs la fin de l’opération, le malade devô-noit moite, &fon pouls plus fréquent d’.un fixieme ; puifqu’au lieu de 71 pal-fations dans une minute, qui étoitfon état ordinaire, il batroit 84 fois; (ce qui confirme ce que j’ai avancé ci defliis 2 j i ). Il n’avoit encore été éle&rifé que 17 fois, lorfque M. de Sauvages fe tranfporta pour conftater l’état aéfcuel du malade, & il trouva feulement que les doigts de la main a voient repris de la force & de la flexibilité; qu’il s’en, fervoit comme il vouloir ; qu’il par-venoit à lever de gros poids , & que quoiqu’il n’eût encore pu s’en fervir pour ôter fon chapeau, il en faifoit alors ufage , pour gagner fa vie.
- Une autre remarque que fait ici M. de Sauvages, & qui s’accorde parfaitement avec une femblable , faite auparavant par M. Jallabert (a) , c’eft que réledricité avoit détruit les angelures dès le fécond jour.
- Le fécond exemple rapporté dans la meme Lettre , concerne un incurable
- • Ç4) Exp. fur l’Eka. pa. 167.
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- Si t*É lïCT RÎ CITé. '<40^-
- ae l’Hôpital Général j c’ètorc un fep* tuagénaire, dont la paralyfie qui affec* toit la moitié dû corps.>avoit ai ans de • date j il avoir déjà- fouffert quinze elec-trifàcions.
- » Dès les premières, fon î bras qui s> étoit froid & pendant, fe porta en » devant ,• enfuite il l’éleva jufqu’aa »> nombril « ; &f lorfque M. de Sauvages éerivoit cette relation, il l’élevoit jufqu a la "hauteur des mammelles , & il le poulfoit fort avant fous le bras droit. » Ses doigts dit ce célébré Mé-» decin ,• font devenus un peu fiexi-» blés v même s’ouvrerit quelquefois » entièrement pendant la nuit ÿ il a » du fentiment au bras & à la main* » lui qui en avoir Ci peu auparavant* a qu’on .lui avoir coufu la peau avec fa »> manche de chemife , fans qu’il s’en » fût apperça«.
- Les ehofes en étoieht reliées là y parce qu’on attendoit que le temps fût devenu plus favorable, pour continuée
- “ œXLVllï. Je ne dois pas partir ici fous filence les expériences faites à Leipfik par M. Samuel-Théodore Quel-mal\. On Ut dans un petit Ouvrage
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- «f*» T^R A IT-E-' « I <.......
- dans lequel il les a rédigées (a"), qu’il s’eft fervi.tfès-avantageufement de cette méthode i non-feulement pour ;guérir •onuau moins pour fbulager conndéra-blement quelques paralytiques qui s’é-toientàdreffésà lui:; mais encore, pour •guérir des foibleffes d’yeux’. Il fait mention d_é deux cures très-avérées , & très-propres à encourager les Médecins à ne point négliger cette pratique , qui opéré les plus grands effets pour garantir, ou pour remédier à la goutte ferèine. M. Quelmal% a mèmè éprouvé qu’elle produit beaucoup' plus d’effet dans cette circonftance > que lorfqu’o» l’emploie pour toute autre affection paralytique au corps. •
- GCXLIX. Je pourrois encore rappor-terici uii nombre prodigieux dlexemples,. -qui condateroient les avantages qu’on peut attendre de l'application de l’é-le&ricité au corps humain , je troùve-rois dans une thèfe foutenue à Upfâl , -fous la préfîdence de M. de Linneus , une quantité de faits très-curieux $ mais.
- ( a ) Obfcrv. * fur les vertus médicamcmales, de l'Eleâ. •
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- Dt l’ÈlEéTRICÏT i. 4ll j’aime mieux me borner au petit nom*1-brf que j’ai rapportés ci- defliis, parce qu’ils font fuffilants , & qu’ils font tellement avérés , que perfonne ne doit & ne peut les révoquer en doute.
- Ce n’efl: pas cependant que j’ofe croire que des faits appuyés de l’autorité du célébré Linneus} ne foient fuf-fifatnment eonftatés , pour mériter la confiance publique : mais comme on1 peut raifonnablement récufer ceux que les plus célébrés Phyficiens d’Italie nous ont annoncés , je ne veux pas me mettre dans la néceflîté de répondre à un argument de parité.
- Je ne parlerai point non plus de deux thèfes qui furent foutenues à Mont-'
- Fellier , l’une par M. Desha'ies , ÔC autre par M. Dufay ; cette derniere, fous la préfidence de M. de Sauvages, dans letquelles on veut prouver que le fluide électrique efl le même què le fluide nerveux. Quoique je les trouve très-in^ génieufes , faites avec art , & bien propres à entraîner Pefprit du Leéteur,* pour peu qu’il foit favorable à l’électricité médicale; je les regarde néanmoins comme fort hazardées, & plu-' tôt comme des matières très-cürieufes
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- 4H Tuait*
- de controverfe , que comme des affermons auxquelles nous foyons obliges de nous rendre.
- CCL. Je finirai ce traité par une obfervation fort fage , faite par un des plus célébrée Médecins , dont la Faculté de Paris puiffe fe glorifier. Il fut témoin des expériences que M. l'Abbé Nollet fit pendant long-temps, & avec tout le foin poffible, a l’Hôtel Royal des Invalides , fur un grand, nombre de foldats paralytiques } & quoiqu’il fut très-démontré quel’é-le&ricité ne produisît aucun bon effer fur ceux qu’on fournit a cette épreuve , voici ce que cet habile Médecin en con-clud (a). » De l’hiftoire de tous ces » faits , il paroît réfulter que la Méde-» cine ne doit point fe flatter de tirer * un grand avantage des nouvelles ex-» périences de l’éle&ricité. On n’eft » pourtant pas en droit d’en conclure » l’inutilité abfolue. Peut-être n’y a-t-» il qu’une efpece allez rare de paraly-•» fie, qui puiffe en attendre quelque » fecaurs , ou peut-être y a-t-il dans
- (4) De là Sonne. Diffère, fur les effets de l’Eleél.
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- DE L'ItECTRÏCITi. 415 » ces maladies , quelque eirconftance » favorable qu’on n’a point encore ap-» perçue , & fans laquelle il n’y aura «point de fuccès. N’ei*eft-ce pas a fiez « pour être encouragé à faire de nou-« velles tentatives, non-feulement dans » le cas de Paralyfie , mais pour plu-» fleurs autres maladies, où la raréfac-» tion des liqueurs du corps humain , « fou accélération dans les vaifleaux , » l’augmentation de la tranfpiration « infenfible , la forcedes humeurs > les » vives fecoufles & l’ébranlement des « parties folides pourraient être utiles ^ » car un grand nombre <fexpériences » femblent prouver que tous ces effets » font dûs à I’éle&ricité appliquée au » corps humain ’y & d’ailleurs , la ma-» tiere éleébique joue peut-être un plus » grand rôle qu’on ne penfe , dans » l’économie animale «-F I N.
- APPROBATION.
- J’ ai la par ordre dé Monfeigneur le Chancelier, uamanafcrit intitulé Traité de l'ElcElri-cité-, il m’a paru intéreflant par la variété'des matière* que l’Auteury traite avec, la clarté ordinaire. Le 17 Septemb. 1770. Marie.
- Le Privilège fc trouve à la tête des Leçons d& Phy/îjue du même Auteur.
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- T AB I E
- DÈS CHAPITRÉS.
- CsAPiTRI PRE MÏER. De U
- Vertu électrique.. Pag. I
- Chap. II. De la Maniéré d’éleclrifer - les Corps« 7
- Chap. III. Des Corps propres à contracter la vertu électrique par le frottement , ou des Corps Idio - éleâri-quës. . IO
- Chap. IV. Tous les corps fufceptibles de sélectrifcrpar frottement n’acqûerent pas également la vertu électrique. 16 Chap. V. Premières découvertes fur
- CEleüricité. 22
- Chap. VI. Des Globes dé verre. 27
- Chap. VII. Des Machines de rota-
- Chap. VIII. De là Maniéré d’éleclrifer les corps an-éledtriques.. 5-8
- Ch ap. IX. Des Attractions & des Ré-pulfons électriques. 78
- Chap. X. De. la Propagation de la, matière .électrique. . p 2
- Chap. XI» Du Feu électrique. ÿj
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- Châp. XII. Du Feu éleSlrique comparé nu feu ordinaire & au feu folaire. 11 x Chap. XIII. Des Aigrettes élect. 127 Chap. XIV. Des Circonjlantcs favorables & nuiflbles À FElectricité. 13 8
- Chap. XV. Des Effets de là flamme fur ? Electricité. 178
- Chap; XVI. De la maniéré de juger de l'intenflté de ta vertu électrique. 177 Chai?. XVII. De l’Expérience de Ley-de 196
- Chap. XVIII. De rElectricité Pofuivé & Négative» 222
- Chap. XIX. De F imperméabilité du verre à la matière électrique. 272 Chap. XX. De F Analogie de la matiae électrique avec le tonnerre. 279
- Chap. XXL Du pouvoir des Pointes. * 301
- Chap. XXII. De F Analogie de la matière électrique avec la matière magnétique. 323.
- Chap. XXIII. Des effets de F Electricité dans le vuide. 338
- Chap. XXIV. Des effets de F Electricité fur différentes fubflances. 364. Chap. XXV. Des effets de FEleüricité fur F économie animale. 3.76
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- errata.
- Pag. 43. lig. 8. de prcflîon & qui, effaceç & 47. lig. 14. & dc-là- aux corps , lije^ aux corps.
- Pag. 7. lig. 4. acquis, lifie\ acquife.
- Pag. 118. lig. 9. M. Allemand, life\ Alla-
- njnd.
- Pag. 171 .lig. 5. éleftrifée, ajonte^EnCuhc elle.
- Pag. 199. lig. i. je me fors, life{ jc me fers.
- Pag. 13 8. ajouteç à la fin de la ligne 11. mais il 11‘cn fera pas ainfi fi on fait toucher le crochet de l’une au ventre de l’autre bouteille.
- Ibid. lig. il. cette expérience , lifeç la dernier expérience.
- Pag. 143. lig. if. un fil. lifèg au fil.
- Pag. 190. lig. 1. fur fa life^ fur la.
- Pag. 37 t. ligne dern. violet, fi/e^viofier.
- Pag. 383. ligqfiern. avoient, lifie^ avoir.
- PaS- %• «i- cela, efface^ la virgule.
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