Lettre sur l'électricité médicale
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- LETTRE
- De M. Sigaud de la Fond, Démonjlrateur de Phyfique Expérimentale, des Académies de Montpellier, £ Angers, de Bavière, &c. à M. de CAUSAS* Chevalier de t Ordre Militaire de S. Louis, ancien Intendant de Minorque, Com-miffaire Ordonnateur des Guerres 3 de la Société Roy ale des Sciences de Montpellier , &c. &c. &c,
- SUR L’ÉLECTRICITÉ
- MÉDICALE;
- Da n s laquelle on expofe les effets que la vertu électrique produit fur le corps humain, les maladies contre lefquelles l’Auteur l’a employée avanrageufement, & les moyens qui paroiflent les plus exacts pour adminiftcer ce remede.
- A AMSTERDAM,
- Et fe trouve à Paris,
- Chez Des Ventes de la Doué, Libraire, rue S, Jacques, vis-à-vis le Collige de Louis-Ic-Grand.
- M. DCC. LXXI,
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- 9UA L’Ê I.ECTR ICI TÉ
- MÉDICALE.
- J e n’ai point vu M. l’Abbé Sans, donc vpus tne faites l’honneur de me parler, Moniteur, dans votre Lettre du n Janvier* Je ne le connois que par l’annonce qu’il publia, en arrivant à Paris , & par le rapport de pluiteurs per-fonnes qui l’ont vu opérer en diffé-rens endroits, je me fais malgré cela un véritable.plaiffr de répondre.à lfem-préflemexit que vous me témoignez; d’erre inftruit des progrès de l’éleâri-cité médicale: & je fuis perfoadé ,que quelque conférence de, plus avec le' nouveau ppdeur éledrifaw, ne m’au-roient pas mis j portée ,de vous fatis-faire davantage. Je ne rapporte jamais
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- rien fur. la foi d’autrui j & je ne cite I que les faits que je puis garantir, d’après mes propres expériences j fur-tout lôrfqu’il s’agit d’une matière auffi importante. 11 y a plus de quinze ans, que je m’occupe des avantages qu’on peut attendre de la vertu eleéfcrique appliquée au corps humain ; & j’ai fait en mon particulier, plufieurs ob-fervations que je n’ai point publié dans leur temps, & dont je n’ai même pas parlé dans l’ouvrage que je fis im-
- Îrimer vers la fin de l’année derniere.
- e ferai très flatté de vous faire part de quelques-unes. Je vous prierai en même tems, Monfieur, de vouloir bien les communiquer à la Société royale, comme un témoignage fincere de mon parfait attachement. Si elle vouloit me faire pafler enfuite fes réflexions fur quelques articles qui me paroiflent mériter fon attention, & que j’inférerai dans le cours de cette lettre, je lui en fçaurois un gré infini. Elles me diri-geroient dans les recherches que je me propofe de fuivre, chaque fois que l’occafion s’en préfeiuera.-
- Pour procéder avec un certain Ordre, permettez-moi, Monfieur, de
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- vous tracer ici, mais en peu de mots, les principales époques de l’éle&ricité médicale. Vous y découvrirez les rai-fons qui m’ont empêché jufqu a prêtent de divulguer mes obfervations, & celles qui m'obligent à les annoncer a&uellement. Un Phyficien qui aime & honore fon état, ne peut apporter trop de foins pour éviter le moindre foupçon de charlatanerie, dont on taxe affez communémentj mais fouvent mal à propos la plupart de fes confrères.
- MM. l’AbbéNolletj de la Sonne & Morandy furent les premiers qui foup-'çonnerent que l’éleéfcricité pourroit être avanrageufement appliquée à l’économie animale, fur-tout dans les circonf-tances où il s’agiroit de rétablir le fen-timent & le mouvement dans des parties qui en feroient dépourvues. Cette idée qui étoit fondée, fur plufieurs observations alfez confiantes, & fur des expériences bien vues, fut fort accueillie dans fon origine. Plufieurs s’emprelferent même de la vérifier»
- Le fuccès fut d’abord trop incertain, pour qu’on pût fe déterminer raifon-nablement à prendre un parti pour ou contre. Les cnofes en refterent là, &:
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- chacun eut la liberté de penfer â fçgt gré fur la nouvelle méthode. Cependant cette idée fe divulgua de plus en plusj elle parvint jufqp’en Italie, 8c tes Phyficiens ultramontains , non moins empreffés que les autres à, con-facrer leurs travaux à l’utilité publique, fe hâtèrent également dé la mettre en pratique. Ils ne tardèrent point à jnf-tifier la bonne opinion que nous leur avions infpirée, 8c ils publièrent des effets furprenans de cette nouvelle maniéré de guérir. Les paralyfies les plus invétérées, les rhumatifmes gouteux les plus douloureux & toutes les autres maladies de la même cathégorie , ne teuoient point contre la vertu eleétriqué qu’ils adminiftroient.
- Quel honneur, Monfieur, pour la Phyfique , fi l’Eledricité avoit effeéti-vement opéré toutes ces merveilles ! il ne leur en coutoit cependant pas plus de l'affiner : mais il eft à préfumer que Tentant tout le poids de ce fameux adage, à. beau mentiryui vient deloifl.,ils voulurent fe prémunir contre l’incrédulité publique , & pour donner plus de crédit à leur afïertion, ils aflocierent à l’Electricité la vertu de certains médicamens
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- dont ils endjuifoienc la fûrfaee intérieure de leurs tubes. La vertu éîe&ri-que chargée de porter alors dans lés routes de la circulation les parties les plus fubtiles de ces remedes, n’en étok que le véhicule, ou fi vous l’aimez mieux, elle n'étoir que la caufe conr comittance de la guérifon qu’ils opé-roient.
- On fit plus , Monfieur, lprfqu’on l’eut ainfi agguerrie à ce miniftere, on lui fit portée des purgatifs, & elle i s’acquitta encore tres-bien, nous dit-on, de cette nouvelle fon&ien : elle envoyoit â Jla garde-robe tous ceux auxquels elle tranfmettoit les parties les plus fubtiles de la feammonée, dé l’aloès fueçotrin, &c.
- Ne croyez pas , Monfieur , !que tous les Phyficiens d’Italie furent de cet avis ; plufieurs s’élevèrent fortement , & protefterenr contre la publication de ces effets furprenaris ; ce qui ne contribua pas peu 4 diminuer ; là confiance qu’on eut pu donner à‘Cette pratique : ' d’ailleurs elle cptpmen-çoit à être fort décréditée en France. Des tentatives infru&ueufes. ' faitçs avec affez d’exaditude à l’Hôtel Royd A iv
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- des invalides, fous la prote&ion du Miniftere & fous les yeux de pinceurs Sçavans bien en état de juger de leurs effets, avoient déjà porté un furieux coup à la vertu de l’Ele&ricité médicale. Les plus fenfés cependant ne purent imaginer que des cures aufE -extraordinaires annoncées avec la plus grande publicité, & atteftées par le témoignage de quantité de Sçavans bien ;€Qnnus dès-lors dans la République des Lettres, fuffent totalement dépourvues -de> vraifemblance ; ils crurent, donc qu’il ne falloit point encore abandonner la partie, & qu’il convenoit de frire de nouvelles recherches avant de prononcer définitivement fur cette ma-
- L’Abbé Nollet, qui partit alors pour l’Italie , fe propofa , comme bien vous l’imaginez, de vérifier les faits fur les lieux. Tout incrédule qu’il étoit à cet égard, & quoiqu’un peu indifpofé contre l’Eleétricite médicale, il y fut néanmoins de bonne foi & avec les meilleures intentions. Il n’en revint pas plus fatisfait. A fon arrivée en Italie , les machines n’étoient point en état, i& il fut obligé de continuer fa route.
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- Les informations qu’il prit dans le pays ne contribuèrent pas peu à augmenter fes doutes. Il ne perdit cependant point courage ; il revint fur les lieux à fon retour j mais le tems nefe trouva point favorable à ces fortes d’expériences. Vous ne devez pas être furpris, Monfieur, du témoignage peu favorable qu’il rendit enfuite à cette méthode de guérir ; & comme il dog-matifoit alors en France, elle fut telle-ment-décréditée à Paris, que perfonne n’ofoit en parler favorablement, fans être accufé de charlatanerie.
- Quelques Médecins fort célébrés & qui étoient au-deflus des préjugés du peuple, ne l’abandonnèrent cependant pas totalement. Quelques-uns, à la tête defquels on doit Mettre le fçavant de Sauvages , dont la mémoire fera toujours précieufe à la Faculté de Montpellier & â la Société Royale ; dont il '.fut un des plus illuftres M*embres , firent encore de nouvelles tentatives , Sc comme ils n’avoient rien à craindre d’une autorité qu’ils étoient en état de balancer, ils eurent alTez de courage pour publier les réfultats de leurs observations & de leurs expériences.
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- S’ils ne trouvèrent point d’oppofan»,. & fi perfonne n’ofa contredire les fuç-cès qu’ils annoncèrent alors„ la vertu éle&rique n’en fut pas plus accueillie. Lorfque j’arrivai à Paris , il eût. été difficile de trouver un fujet feulement, qui eût voulu fe laifler éledrifer..
- Ce fut dans ce temps orageux que rempli de confiance & de Bonne volonté, je voulus voir par mes propres yeux s’il étoit des circonftances ou l’on pût attendre quelque chofe de la vertu éle&rique, tandis qu’il s’en trouveroic plufieurs d ns lefquelles elle ne pro-duiroit aucun effet. Je ne pouvois imaginer que les fenrimens des plus célébrés Phyficiens. fuffent fi fort op-pofés., fans que leur oppofirion ne fut bien fondée. L’embarras fut de trouver des malades qui vouluffent fe prêter à mes vues à force de recherches & par le fecours de. différentes perfonnes dont j’étois parve-nu à gagner la confiance, j’en trouvai plufieurs qui. fe laifferent opérer. Ce lju au mois de Mars 1756 que je commençai à entrer en lice ^ & à m’é-nger en Médecin éleétrifanc. Je vous, avouerai de bonne foi,, Mpnfifiut a.
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- que pour accréditer ma pratique vjfe pour, me faire un plus grand nomfÜfe de Profélytes, je promis tout â ceux qui fe confident a mes foins. Cette confiance que je commençois à leur infpirer, ne contribua peut-erre pas peu aux fuccès qui accompagnèrent mes travaux. Vous fçavez, Monfièiir » ce que peut fur les facultés du corps ta bonne difpofîtion de l’efprir. A l’exception d’un feul qui ne me donna aucune fatisfaétion, quinze malades, auxquels j’adminiftvai l’Electricité dans l’efpace de trois ans , me donnèrent à moi-mème la plus grande confiance en ce remede.
- Je çroirois manquer à ce que vous avez droit d’attendre de ma bonne foi & de ma fincérité , fi je vous faifols une ' hiftoire fuivie des gucrifons que j’opérai. Jé vous avouerai qu’unique-njent occupé alors du principal ob'jèt qui m’affcétoit, je ne ténois 'aurais compte des progrès de la guérïfon : je me contentois de les voir, de ranimer Pefpérance de mes malades 8i dé les exhtjrter a la perfévévancq. Ce - ne fbc qu’après avoir réuffi plufièùrs fois je commençai à tenir un regiftre exaâr
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- Je l’érat du malade & des observations que j’avois occafion de faire d’an jour
- Je vous avouerai encore que l’impatience de plufieurs malades , jointe aux douleurs que leur faifoient ref-fentir les commotions que je leur pro-diguois alors, leur fit difcontinuer le traitement lorfqu’ils fe trouvèrent allez bien, & que les Succès devenant un peu moins marqués d’un jour à l'autre , ils Se perfuaderent qu’ils n’avoient plus grande chofe à efpérer de cette méthode , ou qu’il faudroit continuer trop long-temps cette opération.
- Ce fut au mois de Juin de l’année 1757, que je mis plus d’ordre dans mes traitemens & que je me propofai d’être en état de me rendre compte, quand je le voudrois, des effets que l’Ele&ricité auroit produit. Sur cinq observations que je troujve aflfez bien circonftanciées dans méji papiers , il y en a quatre qui me p^oiHwu mériter de trouver ici leur place.
- La première eft datée du 27 Juin >757» ce fut vers W trois heures après midi que je me tranfportai au Faux-. bourg S. Antoine, djans la chambre
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- 3’un nommé Etienne Ganeau j Garçon. Cordonnier, où il vivoit depuis fa maladie avec fa fœur, Ouvrière en linge.
- Cet homme âgé de vingt-cinq ans étoic devenu paralytique depuis quatre mois & demi, à la fuite de plufieurs accès de goutte qu’il avoir efluyés , à ce qu’il me dit, depuis l’âge de vingt ans. Il avoir la jambe gauche & la cuifle du même côté atrophiées : il fe foute-noit à peine fur fa jambe, qu’il traî-noitj te bras du même côté n’étoit point en meilleur état ; il prenoit peu de nourriture, & il étoit beaucoup plus mince que l’autre : la main, également affeétée, avoit perdu prefque tout mouvement ; fes doigts étoient entièrement fléchis : je m’apperçus même que Fan-nullaire & l’auriculaire n’avoienr plus qu’un fentiment fort obfcur , & qu’il falloit les pincer aflez fortement pour qu’il le réuèntît.
- Ce fut en cet état que je commençai à l’éleétrifer. Il le fut conftamment pendant une heure & demie tous les jours jufqu’au 7 Juillet inclufivemenr. Pendant l’opération, on tiroir de mo-mens à autres des étincelles de toutes
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- les parties affligées, te vers fa Uti éê l'éleârifation, je lui faifoîs éprouver deux & fouvem trois commotions aflea forces, qu’il ne reflentoit que très-faiblement dans le bras paralyfé, mais très-forcement dans l’autre.
- A la quatrième féance, il commença à ouvrir les doigts , 6c pour peu qu'il s’aidât de l’autre main , il les tenoit en extenhon. Le fentiment étoit revenu dans l’annulaire & dans l’auriculaire , & le malade fe foutenoit beaucoup mieux fur fa jambe, quoiqu’elle fut encore .un peu pendante.
- A la fîxieme éle&rifation , tous ces phénomènes furent plus cara&érifés i il ouvroit la main entièrement, & il ferroit un peu les corps que je lui fai-fois empoigner: il commençoit à marcher à l’aide d’un bâton, ce qu’il n’a-voit encore pu faire. Il n’y eut rien de nouveau jufquau 7 Juillet, les chofes refterent dans le meme état ; le malade fe tenoit feulement plus ferme fur fa jambe. Le 7 Juillet, il fe fervit de fon bras; il le leva jufqn’à la poitrine j & fans aucun fecours, il le porta dans fa vefte. Je fus alors obligé de fufpendre mes opérations jufqu’au
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- douze, pour, quelque» affaira* qui me furvinrent ; je retrouvai après cela mon malade dans, le mbe écar où je Ta-vois biffe. Je repris le ta jufqq’au z# Juillet » il fut de mieux en mieux* Je n’avdis point eu la précaution,de, m’air furer des dimensions de fon bras &ç de b jambe t le vis néanmoins affèp fenfiWement qu’elles- avoient acquis mi: peu d'embonpoint ,.quqiqu encore plus, grêles que leurs parties correfponça»;* tes. Deux ou trois perfpnnes de b maifon furent les' premières à me le faire remarquer, te z8 Juillet, il mar-choit fans le lêcpurs;de fa canne, & il portoit fa mamjufqua fa bouche*, & même jufq» à fon bonnet en s’efforçant un peu. ,
- Le z.8, je fufpendis encore l’opération. Le malade éprouvait des doubleurs vagues dans les membres- affectés : je ne pus le réfoudce à continuer * il ne voulut même pas éprouver de commoripn çe dernier jour. Je ne retournai chez lui que le ia du mois fuivane, & je fus fore fuçpris de ne le point trouver. Sa foeur me dit que deux de fes camarades lui avoient petfuadé que L’ait de fon paya fie b chaleur Iqt.
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- feroient plus de bien que mon remède ; qu’il ne lui falloit plus que de l’exercice, & qu’ils l’avoient emmené le 5 Août en Baujollois à l’aide d’une cha-retre qui s’en retournoit : elle m’aflura qu’il fe trouvoit encore beaucoup mieux que je ne l’avois laide, & que fes douleurs éroient prefque paffees, & que fi elle n’étoit pas venue me prévenir de fon départ, c’eft qu’elle craignoit que je q,e m’ÿ oppofafle, ce qui auroittrop chagriné fon frere, qui avoit la plus grande envie de revoir fes Dieux Pénates. Je fis remporter ma machine éle&rique, que j’employai vers la fin du mois, au fervice d’un nommé Charles Picaultj de Lyon, Rubannier de fon métier.
- Ce dernier beaucoup moins maltraité que le précédent, étoit âgé de 31 ans, & étoit paralyfé du bras droit feulement depuis environ 7 mois, ce qu’il attribuoit au paffàge d’un endroit très chaud à un endroit très froid, qui lui occafionna une fluxion & des douleurs très violentes dans l’épaule droite, qui avoient fubfiftées jufqu’au moment où la liberté du mouvement s’étoit prodigieufement rallentie dans
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- tout le bras, du même côté. Il le mou* voit alors avec la plus grande difficulté : le pouce étoir meme conftamment fléchi : il l’érendoit cependant; mais il ne reftoit dans cet état d’extenfion, qu’autant que le malade y faifoit attention , & confervoit la volonté de le maintenir. Dès qu’il perdoit cette direction d’intention, fon pouce fe fléchifloit auffitôt.
- Je l’éleétrifai le 24 Août pour la première fois pendant l’efpaee de deux heures. L’éleétricité éroit forte, les étincelles très vives & très piquantes : je lui fis fupporrer une commotion , pendant le cours de l’opération ; mais je ne pus le déterminer a en eflTuyer une fécondé vers la fin. Je continuai jufqu’au 28 le même procédé fans commotions ; fon pouce aemeuroit étendu, lorfqu’il l’a-voit mis en extenfion, fans qu’il fut befoin , comme auparavant, qu’il con-fervât l’intention de le tenir dans cet état. Il fut fi fatisfait de ce fuecès, que je vins à Bout de le déterminer àfubir la commotion. Je continuai à lui en faire éprouver une tous les jours jufqu’au 7 Septembre : les mouvements de fon bras étoient alors manifefte-
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- ment plus aifés ; & fon pouce, qupi* que tendant toujours à fe fléchir, s’pqr yroit avec afle? de faciliré. Je continuai le même traitement jufqu’au 18. dp même mois. Il y avoit des jours où- il s’expofou deux fois à l’épreuve de la commotion. Il fut toujours de mieux en mieux : il apprit alors la nouvelle de la mort de fon perq. ]Le chagrin qu’il en conçut influa fur fon état, je crus m’appercevoir que fes mouvements étoient un peu moins libres. Nous continuâmes nos opérations : il yenpit régulièrement chez moi ver? les trois heures après midi, & je l’é* leéfrifois jufqu’à quatre heures ôc dp* mie, Sc fouvent même jufqu’à cinq. En quatre jours il me parut en auflj ton état que je l’avois vu précédé m» ment : je continuai jufqu’au 9. Qétpr bre ; & il fe trouva fl bien alors, qu’il me remercia de mes foins, èç qu'il me dit qu’il alloir rejoindre fa mere. Je voulus Je détourner de ce projet, & l’engager à continuer encore pendant une quinzaine de jours \ mais je ne pus le retenir : il partir j & dans les premiers jours de Décembre, je reçus “ue lettre de lui datée du 2,9 Npvenj*
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- bre par laquelle il me marquoir qu’ij étoit dans un atcelier, où il trayaijloij: avec la même facilité que s’il n’avpip point été incommodé j à quelques douleurs près qu’il reflentoit dans le braç '& fur-tout vers l’épaule j lorfqu’il furr yenoit des changemens de tems. J’ai encore cette lettre entre les mains. Le fiiccès de cette guérifon m’ayoit enç pore fourni matière à de nouvelles rer cherches, car Rengageais très fort mes malades à me donner des pratiques. U ami Picault fut un de r es plus grands jprofélytes : il exalta fi bien mon re* mede, qu’il parvint à m’amener lç mari d’une blanchilTeufe de fon voi* finage 1 auquel il promit une guérifon complette. il me l'amena le a,© 0» le 11 Septembre ; cet homme avoit une goutte fereine imparfaite. H apperçe* voit encore les objets, mais fi confufé* ment, qu’il ne pouvoir les diftinguer, à moins qu’ils ne fulfent bien gros Qç bieij éclairés. Je n’avois point encor* oiii dire que PEleéfcricicé put être avan. tageufement appliquée à cette maladie, & je délibérai quelques jours à me dé* terminer à l’opération j réfléchiffant pendant ce temps au* caufes qui pro-
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- duifent cette maladie, je crus que je ne coucerois aucun rifque de l’éleéfcrir fer : elle dépend me difais-je lorsqu’elle eft imparfaite, d’une obftruc-tioh du nerf optique: or l’Eleéfcricité, en accélérant le mouvement des fluides , petit lever cette obftruétion ; cat il ne fatit Souvent pour produire cet effet, qu’augmenter le flot des liquides je confultai même quelques médecins j un d’ernr’eux approuva mon idée : les autres n’eufent pas grande confiance en ma méthode ; mais l’envie que j’a-vois d’éleétrifer mon homme, & la confiance où j’étois de ne faire aucun tort d’ailleurs à fa Santé, me déterminèrent à l’entreprendre. Je je fis avertir le 19 Septembre : il vint le lendemain ÿ & après lui avoir bien af-furé qu’il guériroit, je me mis à l’é-le&riler.
- Quoique le fluide électrique Se distribue uniformément dans toute l’étendue du corps qu’on éleétrife, il me vint en idée d’eleétrifer immédiatement Ses yeux. Je fis faire une éfpece de bandeau de fer-blanc dans l’étendue duquel j’avois fait pratiquer deux bof-fetes, dont les cavités répondoient
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- aflez bien à la partiê Taillante du globé des yeux, je lui appliquois ce bandeau, & j’atrachois extérieurement la chaîne du condu&eur éleârique à un. crochet ménagé à la partie extérieure de ce bandeau : j’imaginai, mais Tans fondement je l’avoue, que. l’Eleâricité agiroit plus efficacement Tur les parties affe&ées, que fi je la lui communiquais Telon la méthode ordinaire. Je ne puis vous dire, Moniteur, fi l’effet, répondit à mon attente} mais Toit la gêne excitée par le bandeau, foit.effe&i» vement la trop grande abondance avec laquelle'la matière éle&rique Te portait à une fi grande proximité du cerveau, Toit enfin la diTpofition actuelle du malade, il fut incommodé à la première élec--triTation: il refientoit, me dit-il, une lourdeur finguliere dans la tête, & je n’oTai continuer l’opératipn plus d’une demi - heure.
- Vous concevez parfaitement, Moniteur , que je ne manquai pas de bonnes raiTons à lui donner, & dont j’eus le bonheur de le contenter, pour l’en-gaget à revenir le lendemain. Il revint erfeétivement ; & par .d’autres raiTons aufïï bonnes que celles que je lui avois
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- donné la veillé, mai le ban-
- deau & je Péledrifai à l’ordinaire, en lui fatfânt prendre. là chaîne avec la xtiain. Je 1 eiedrifai cinq quarts d’heu-fes, & de teins en teins je lui tirois des étincelles des tempes & du front j il .ne fe fentit prefqiie pas incommodé de cette'longue féancè, & il me promit de revenir.
- C’étoit au demeurant un homme aflèz patient. Il y avoit près de trois mis qu’il étoit dans cet état. Après avoir épuifé fous les remedés de bonnes femmes, quelles fe failoient un devoir de lui enféiguèr les unes après lés autres, il s’écoit mis quelques mois auparavant entre lés mains d’un célébré Oculiftepeiifionné de Bordeaux, quive~ rioit fottvént a Paris. Çet Oculiffe, nommé Sera figer, lui avoir fait adminiftrer des fridioàs mercurielles, & lui ayoit donné avec cela beaucoup de remedes intérieurs, dont il ne put me rendre compte : il prenoit encore d’après fon ; avis unë décôdibn dè <Sayac , &fe trou* voit mieux depuis uni certain tems.
- Malgré l’envie que. f'âvçis. d’éproü*. vét cé cluë l’Etedricité p'oùrroit faire en par elle? circouftances-, je crus ne'
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- pouvoir en côttfcienee, lai faire füf-pefldre lin remette qui produifoit in-fenfiblement un bon effet : je lui con-* feillai donc de continuer l’ufage de la déco&ion de Gayac j mais en peu de tems, je vis de» effets a fiez marqués j pour être perfuadé que l’Ele&tické y avoit la plus grande part.
- Sa vue était beaucoup moins trouble dès la cinquième éle&rifatiôn s à là neuvième, il me parut que la prunelle étoit fufceptible de conftriétion & de dilatation. Elle me paroiflbk fe reflet-* ter, lorfqüe j’àpprochois aflez près dé fes yeux une bougie allumée, ayant en foin de lui faire fermer lës yéüJê auparavant, pendant l’efpace de deux OU trois minutes. Je continuai ces epé-* rations avec tout le zele dont je luitf capable, pendant ai jours. Au bout de ce tems il furvint un accès de fievre à. mon malade qui l'empêcha de venir au logis. Jé me tranfportai chez lui lé lendemain, & je le trouvai encore aveé Jà fièvre. Je fus affez mal accueilli dé fa fémmë, qui m’attribua,. ou pour mieux dire qui rejetta fur l’Eleélricirç l’état où fe trouvoit fon marn Je lui fis, comme bien vous le penfez, Mbit-*
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- fleur, une digreffion fort étendue pour juftifier mon opération : elle ne parut pas fe payer de mes raifons ; quelques commeres du voifinage qui fe trouvèrent préfentes à cette entrevue, furent de l’avis de la femme, & fe récrièrent fort contre les épreuves, difoient-elles, que l’on a coutume de faire fur le pauvre mondé. Il fallut céder à l’orage , & je m’en retournai : je ne perdis cependant, pas courage. Je me flattai que çette fievre n’aqroit pas de fuites. J’attendis 7. à 8. joyrs, & je me pré-fentai de nouveau chez le malade : il droit beaucoup mieux depuis deux jours grâce me dit-on à une copieufe faignée & à force de remedes qu’un Privilégié en Chirurgie (a), Médecin confultant de tout ce quartier, lui a voit fait prendre. Sa vue étpit beaucoup meilleure j
- (a) Il ne faut ,pas confondre ces fortes de Chirurgiens avec le Corps des Chirurgiens de Saint Corne. Ils font bande à part; & il fuffit qu’ils ayent étudié eu Chiruigie pour exercer cet Art, à l'aide d’un Privilège qu'ils louent. Il fe trouve cependant quelquefois parmi eux des gens allez inftruits dans leur métier , & à qui il ne manque que d’étre reçus dapg le fCprps des Autres en Chirurgie,
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- il diftinguoit affez bien les objets à une certaine diftance , & il y avoit tout à efpérer que l’éledfcricité acheveroit de le guérir. Je lui offris mes fervices de nouveau, & il les eut accepté volontiers , li fa femme ne s’y fur oppofée. Quoiqu’elle ne put difconvenir que c’é-toit à mes foins que fon mari devoit le bon état où fe rrouvoient alors fes yeux, elle aima mieux qu’il vit moins, bien, que de l’expofer à devenir fou. Il peut fe conduire à préfent, me dit-elle, il gagnera affez bien fa vie en portant mon linge chez mes pratiques, & il ne me ferviroit à rien s’il étoit fou. Je fus on ne peut plus furpris de ce propos ; mais ma furprife ceffa lorsque j’appris que le Chirurgien qui l’a-voit guéri de la fievre, lui avoit dit que cet accident ne venoit que de l’Electricité que je lui avois adminiflrée ; que je lui avois mis les humeurs en mouvement 3 & qu’il y auroit tout à craindre 3 s’il continuait ce traitement 3 que la fougue du fang fe portant dans le cerveau 3 Jon mari ne devînt fou.
- Que faire ep pareilles circonftances ? Rien n’autorifoit ma million $ je n’é-tois qu’un Phyficien, ou fi vous l’aimez
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- mieux, je n’étois à leurs yeux qu’un Charlatan, en qui ils ne pouvoient avoir
- confiance : je pris le parti dei---------
- Quanti le plus habile Médecin de la Faculté eût voulu prendre mon parti, je doute fort qu’on L’eût écoute ; ces gens étoient prévenus contre l’Eleétri-cité : d’ailleurs, nous étions dans une
- circonftance de tems où aucun Médecin n’eût voulu fe déclarer partifan de cette pratique. J’en parlai cependant à celui qui avoit approuvé auparavant ce traitement, lorique je voulus l’entreprendre. Il convint, fur le récit que je lui en fis , du bon effet que l’Eleéfricité avoit produit, & il fût venu volontiers avec moi pour défabufer les parties in-téreifées, fi j’avois pu lui cacher leur difpofition & le mauvais accueil qu’on m’avoit fait dans la maifon.
- Je perdis alors courage, & j’abandonnai bien fincerement tous les projets que j’avois formé en faveur de l'Eledriciré médicale. J’eus cependant occafion plufieurs fois depuis de faire part de mes fuccès précédens à plufieurs gens de l’Art ; aucun ne défapprouva ma méthode-: quelques-uns-me dirent meme qu’il y aurait peut-être nombre
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- de circottftatices dans lefqtfelles l'Electricité pourroit avoir les plus grands fuccès ; mais aucun ne me propofa de me féconder.
- J’avois tout-à-fait abandonné cette pratique, 5c je ne me propofois nullement d’y revenir, lorfqu'en 1767 une Dame vint me prier, à la follicitation de plufieurs perfonnes de bon fens , de vouloir bien éleétrifer Mademoi-felle fa fille, qui avoir alors dix-huit ans & deux mois , & qui n’étoit point encore réglée. Elle avoit oui dire, d’après le témoignage de M. de Lorj mon prédécëflTeur en l’Univerfité, que l’E-leétricité procuroit cette évacuation dans les perfonnes qui fe trouvoient dans le même état que celui qui affli-geoit alors Mademoifelle fa fille, & cette tendre mere rebutée de quantité de remedes qu’on lui avoir fait prendre depuis environ quatre mois qu’elle f avoir amenée à Paris, me fit tant d’inftances que je ne pus me refufer a fes follicitations. Je voulois dès-lors luivre le bon avis qu’on m’àvoit donné quelques années auparavant; je la priai d’engager fon Médecin à fuivre ce traitement-; mais elle s’y oppofa fi conf-B ij
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- famment, que je cpnfentis à éledrifer la malade.
- . Elle me l'amena le lendemain : elle avoic le ventre extrêmement dur j fuir vanr le rapport de Madame fa mere, & elle étoit affe&ée depuis fix à fept mois d’un chlorofis des plus cara&ériiés.
- Je l’éle&rifai pendant huit jours, fans que l’Eledricité produisît aucun effet, finon qu’elle augmentoit un peu fon appétit ; car elle n’en avoir presque point depuis environ trois femai-nes. Le neuvième jour, les réglés parurent douze à quinze heures après Péle&rifation : l’évacuation fut très-abondante les jours fnivans. Je ne m’informai point de fon caractère, con-noilfance cependant qui pourroit répandre plus de jour fur cette obferva-tion, & que je ne négligerai point une autre fois, fi les mêmes circonifances fe préfentent. Je continuai à l’éleéfcri-fer pendant vingt-quatre jours : fon ventre étoit revenu dans fon état naturel, & le vifagecommençoit à prendre des couleurs. On confeilla à la Demoi-
- felle de ceffèr le remede que je lui adminiftrois. J’infiftai alors à vouloir que fon Mçdecin fût inftruit de ce que
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- nous avions fait, & je vis par les réponds qu’elle me donna, que c’étoit de fon avis qu’on avoit tenté l’Eleétri-cité; mais qu’il n’avoit pas voulu fè compromettre en proposant d’avoir recours à cette opération, tant l’Electricité étoit encore décréditée. Comme je n’imaginois pas alors que cette pratique pût reprendre fes droits dans l’efprit du Public, & que je ne me fentois aucune difpofition à la remettre en vigueur, je n’infiftai nullement, ôc je ne demandai pas même un certificat d’une réuflke auflï intéreflànre.
- J’abandonnai encore i’Eleéfcrici té médicale, & je ne penferois pas aujourd’hui à rappeller les faits dont je viens d’avoir l’honneur de vous parler, fi les circonftances préfentes ne m’y en-
- ^ ^ers la fin de l’année derniere, M. l’Abbé Sans vint à Paris, comme vous le fçavez, Moniteur, & annonça dans les papiers publics qu’il offroit fes foins à toutes les paralyfies récentes, avec promefle de les guérir, à l’aide d’une maniéré particulière & à lui connue, de leur adminiftrer l’Ele&ricité, laquelle fuivant lui eft un remede fou-B iij
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- verain pour cette maladie, regardéejuf-qu’à préfent comme incurable. (Voye% le Journal des Beaux-Arts, Décembre *770.
- Cette annonce merveitleufe , dan* un temps où l’on ne penfoit plus guères à l’Eleéfcricité médicale , & ou l’on avoit oublié, félon les apparences ,tout ce qu’on avoit .répandu précédemment de défavanrageux à cette pratique, produisit deux effets.
- Le plus grand nombre toujours avide; de nouveautés, & plein de confiance pour tous les remedes qui ne font point ordinaires , accueillit aufli-tôt ce fpécifique, & plufieurs malades fe mirent entre les mains du nouvel Ef-eulape. Des fuccès a fiez, avérés & propres à en faire efpérer de meilleurs , augmentèrent la réputation du Phyfi-cien éleétrifant. On ne parloir par-tout que de l’Abbé Sans 3 de fa méthode & de fes fuccès. Quelques-uns cependant qui font pxofefiion d’être incrédules, & dont le principal mérite con-fifte à contredire, rappelèrent les char-lataneries ultramontaines , les mauvais fuccès de l’Abbé Nollet aux Invalides , & traitèrent de fables faites à
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- plailir, tout ce qu’on avoit publié en différens temps en faveur de l’Eleétri-cité. Les gens fenfés ne tinrent pas beaucoup de compte de ces déclamations outrées ; ils ne voulurent s’eii rapporter qu’à l’expérience, & ils eurent raifon. La fuite juftifia les prétentions de l’Abbé Sans ; on vit des progrès dans la guérifon de la plupart de Tes malades, & quoiqu'au moment ©à j’ai l’honneur de vous écrire, on n’en connoifle aucun qui foit parfaitement guéri, il y en a plufieurs qui font en bon train, & dont on peut annoncer la guérifon prochaine.
- Mais un reproche dont on ne peut cependant joftifier notre Praticien 5 c’eft de mettre dù myftere dans fon opération , & d’afliirer qu’il y a une maniéré particulière d’adminiftrer ce remede pour le rendre efficace. Cette petite fu-percherie, comme bien vous penfez, Moniteur, n’en impofera point à coure; petfonne inftruite fut l’Ele&ricïté. Il ne peut y avoir aucun fecret dans'-là maniéré d’exciter cette vertu & de la faire paffèr dans le corps humain ; il n’y a que du plus ou du moins à attendre , relativement à la constitution de fi iv
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- la machine & aux circonftances favorables ou nuilibles à la vertu éle&riquej ce que j’ai déraillé affez amplement dans mon Traité de l’Ele&ricité. Je regarde donc l’annonce de notre Phy-ficien éle&rifant comme une rufe innocente propre à gagner la confiance du peuple. Vous fçavez, Monfieur, ce que peut fur fon efprit tout ce qui porte l’empreinte du myftere, & je fuis prefque perfuadé que l’Abbé Sans n’a eu recours à ce moyen que pour augmenter le nombre des profélytes dë -la vertu éle&rique.
- C’eft félon les apparences le même' motif qui l’a engagé à ne fe charger que de paralyfies récentes. Il y a tout lieu de raupçonner qu’elles doivent céder plus aifément que les anciennes à l’efficacité du remede qu’il employé. En agiflant cependant de bonne foi, & en ne promettant rien au malade, je ne voudrais pas qu’on privât de ce fecours, qui peut être efficace dans bien des cas, ceux qui font attaqués depuis long-temps de cette fâcheufe maladie. Vous fçavez, Monfieur, que la plus grande partie des guérifons qu’on a opérées, & qu’on ne peut con-
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- içftet, ont été tentées fut des gens qui étoient paralyfés depuis nombre d’années. 11 ne faut pas feulement pen-fer à fa réputation & à l’honneur de fon remede, il faut aufli confulter l’intérêt public. Ne guérit-on qu’un malade fur une douzaine, dans les cas où les paralyfies feroient défefpérées , ce ferait encore beaucoup, & ce fervice rendu à l’humanité n’en feroit pas moins d’honneur à i’Ele&ricité dans l’elprit de ceux qui penferoient bien, quoiqu’elle n’eût eu aucun fuccès fur un plus grand nombre.
- Un autre reproche qu’on fait encore à l’Abbé Sans y c’eft la longueur du temps qu’il demande pour opérer la guérifon du malade. Malgré l'on prétendu fecret, il ne lui faut pas moins de lix mois pour amener fon paralytique au dégré de guérifon auquel il peut efpérer. Ifoleroit-il mal fes malades , & ne leur communiqueroit-il que très-peu d’Ele&ricité à-la-fois ? Se-roit-ce l’application d’une pom made fur les membres affeétés, & d ont il faitÿ dit-on ufage, laquelle diminuant l’abondance de la tranfpiration, ralien-tiroit les effets de la vertu cleétriquef
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- treitce que je ne puis vous, dire, moik fieur ; il faudroit l’avoir vu opérer , & avoir fuivi ifes opérations pendant quelque temps , pour être à portée d’àueoir un jugement à cet égard. Je me bornerai à quelques obfervations qui vous, paroîtronr bien fondées, lorfque je vous aurai fait part d’une guécifon que-je viens d’opérer.
- Ce fur donc cette effervefcence excitée- dans Pefprit du. Public en faveur' de l’Ele&ricité, & tous ces bruits qui fe répandirent pour & contre cette pratique, qui réveillèrent mon ancienne ardeur pour l’Eleétricité médicale, & qui m’obligerent à jetter les yeux fur mes premières obfervations. Je regrette; très fort actuellement de les avoir faites avec auffi peu de foin, & de ne les. avoir pas fait attefter. dans le temps par quelques Médecins. Je ne penfois alors* comme j’ai déjà eu l’honneur de vous; le dire , qu’à Pobjet principal,. c’eft-à-dire à la guérifon du malade fur lequel, j’opérois, & nullement à intérefler. Ie: Public à mes opérations.
- Je fens a&uellement combien il fë-* toit important d’être, entré dans dès. détails- plus, citconftanciés.,, & de. les,
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- «voir revêtus de coûte l'authenticité dont ils étoient capables : ce féroit un nouveau dégté de force que je donne-rois aujourd’hui à la confiance publique ; suffi me fuis-je bien promis de ne me plus écarter par la luire d'ûne réglé auffi fage, & je ne ferai plu? d’obfervations déformais que je ne fois affifté d’un Médecin de la Faculté ou d’un Chirurgien connu. Plus je réfléchis d’ailleurs aux effets de l’Ele&ricité fur l’économie animale, & plus je me perfuade que l’œil d’un Médecin éclairé peut devenir néceflaire dans bien-' des circonftances. Il eft des cas où l’É-leétriciré pourroir être avantageufe pour remplir les indications générales, mais où elle pourroit nuire au fujec par rapport aux'contre-indications qui ne fautent pas toujours aux yeux de ceux qui ne font point dans l’habitude de voir des malades. M. de Sauvages nous en' fournit un exemple aflez frappant dans la perfonne d’un nommé Roux, qü’oh éle&rifa à- Montpellier vers la fin de l’année 1748 , ou au commencement de-' l’année 1749.-
- Cette raifon bien peféè doit nécëf-faitemenr rendre les Phyflc-iens dr--B vj,
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- compe&s dans l’adminifiration de. ce remede, & les engager à ne pas expo-fer indiftinâement coures fortes de per-fonnes aux effets d’une Ele&ncité abondante & continuée pendant long-
- Ce fut en partiepoiic cette iraifon, mais fur-tout pour donner plus de poids au fait que je vais avoir l’honneur de vous rapporter , que je requé-rai vers la fin du mois dernier l’attef-tation d’un Médecin de la Faculté fur l’état où fe trouvoit M. Pafquier le jeune, âgé de cinquante-deux ans , & établi à Crépy en Valois, ou il exerce la profeffion de Notaire, & où il jouit de toute la confidération qu’on doit à un galant homme.
- Il y a vingt-cinq ans, d’après fa dé-pofition, qu’il reflentoit des engour-diffemens & des pefanteurs dans le bras & dans la jambe droite. Il eut en 1759 un rhumatifme gouteux fur les articulations des extrémités, & depuis cette
- rque, il avoit toujours été tourmenté cratppes & d’élanceraens douloureux dans ces parties ; ce qui l’avoit peu dérangé, eu égard à la force de ion tempérament & à fa bonne con£
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- mut ion; Le 4 Décembre 1770, après avoir retTenti des engourdilïemens très-marqués & très-inquiétans, ils’apper-çut qu’il ne pouvoir remuer ni le bras, ni la jambe du côté gauche. Il fentit alors des mouvemens convulfifs dans la joue & dans la mâchoire inférieure du même côté.
- Ces mouvemens cédèrent aux reme-des appropriés qu’on lui adminiftra, avec toute la promptitude poflible ; mais le bras & la jambe refterent paralyfés.
- La paralylie à la vérité n’a jamais été parfaite. Il remuoit le bras & la jambe : il portoit le premier avec difficulté dans fa vefte., au-deflous de la poitrine j il fe foutenoit fur fes pieds, & il marchoit en traînant la jambe : tel étoit l’état du malade à fon arrivée à Paris, état que je fis conftater par M. Guilbert Dodeur & ProfeflTeur de la Faculté, & dont j’ai le certificat entre les mains.
- Le mercredi 27 Février, je le fis éledrifer à 9 heures du matin, & je fis continuer cette opération jufqu’à dix heures & demie. Le pouls du malade n’en fut que très-peu ému. Je le fis foumettre à une femblable éledri-
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- W , vf
- fation vers les fix heures du fuir, a f* fin de laquelle il vit avec la plus grande furprife, qu’il portoic la cuifle gauche •par-deiïus la droite, fans le lecours' de fes mains, ce qu’il n’avoir pu faire jufqu’alors.
- Le lendemain r8, les mêmes opérations forent réitérées pendant le même tems. Je lui fis éprouver une légère commotion, dont l'effet ne s’étendit point au de-là du métacarpe de la main affeétée. Il fe trouva encore un peu mieux, & il leva le bras; beaucoup plus haut & avec beaucoup plus de facilité que précédemment a. une péfanteur près dont il difoit fe reflentir vers l’épaule : notez s’il vous plait qu’il étoit revêtu d’une robe de chambre très-lourde, & dont le poids: ne contribuoit pas peu à gêner les mou-vemens de fon bras..
- On continua tous les jours à l’élec-trifer matin & foir-, pendant l’efpace d’une heure & un quart ou environ chaquefois, parceque jem’étois afTuréi par l’état de fon. pouls, que cette quantité de matière éleélrique n’accé-lecoir que très-peu le mouvement de la circulation. Elle- n’augmentoit que
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- d'un feptieme ou environ Te nomEre-des pulfarions..
- Le Dimanche matin 3 du mois de Mars ,. il fortit de fon lit, fans le fe-eours de perfonue, & il s’habilla pref-qu’entierement, ce qu’il n’a voit point-encore fait. Il furprit étonnamment ceux: qui fe trouvèrent dans la chambre voi-fine, où il pafla, en marchant plus-librement qu’à l’ordinaire, & fans traîner la jambe.
- Des fuccès auffi marqués & auflv prompts augmentèrent les efpérances. du malade. Un Chirurgien fort entendu: qu’il avoir amené de Crépy avec lui,, & qui fuivoit avec toiire l’exaétitude & l’attentioirpoffible mes opérations , ne. fut pas moins furpris d’un changement aufli rapide : on continua le même traitement jufqu’au G du même mois, jour, auquel le malade ne fut éleélrifé qu’une feule fois „ parce qu’on employa l’après-midi aux préparatifs de fou voyage. II. partit le lendemain Jeudi, pour continuer ces opérations chez lui, fous les yeux du même Chirurgiendont: je viens d’avoir l’honneurde vous parler..
- Je ne voulus cependant pas- aban--doaner mon. malade.,, fans m’être, a£-
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- jfuré du dégrc de la fenfibilité de fon bras paralyfé. Je lui fis éprouver le Mercredi matin, veille de fon départ, une légère commotion femblable à la première, autant qu’il eft poffible de mefurer la quantité d’Ele&ncité qu’on fiait paffer dans la bouteille propre à faire cette expérience. Je vis avec plaifir que l’effet de celle-ci s’étendit beaucoup plus loin : il la reflentit jufqu’au-deffus du pli du coude, & il m’affura même en avoir reffenti une légère impreffion vers l’épaule du même côté.
- Ce fut dans cet état que je livrai le malade aux foins du Chirurgien chargé de continuer le traitement. Je lui donnai tous les renfeigiaements né-ceflaires pour fuivre cette opération. 11 eft bon en effet d’obferver que quoiqu’il n’y ait aucun fecret pour adminiftrer l’Eleéfcricité, néanmoins outre les cir-conftances qui pourroient s’oppofer à ce traitement comme je l’ai déjà remarqué ci-delïùsj il faut encore que cette opération foit conduite par une per-fonne intelligente, en état de connoî-tre les effets qu’elle produit fur la per-fonne qu’on opéré, & les fuites qui peuvent en réfulrer j & pour vous faire
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- voir, Monsieur, cjue ce n’eft ni timr-dité, ni prévention qui m’oblige à penfer ainfi ; je vais vous tracer en peu de mots les effets les plus ordinaires que la vertu électrique produit fur ceux qu’on Tourner pendant un certain tems à fon adion.
- i°. Le fluide éledriqnejjw paffe abondamment dans le corpÉHImain , augmente plus ou moins la dateur naturelle. Ce fait dont plufieurs Phyfî-ciens éledrifans conviennent, ne fe vérifie pas toujours aufli facilement; parce que cette chaleur étant relative à la difpofition & à la conftitution actuelle de la perfonne éledrifée, ainli qu’à la difpofition de ceux qui voudraient vérifier le fait par le miniftere du tad, elle peut n’ëtre pas fuffifam-ment augmentée, pour que ces derniers puiflent s’en appercevoir fenfible-ment ; mais outre la preuve manifefte
- 3ue j’en ai rapportée précédemment ans mon traité de l’Eledricité pag. 3 97, je l’ai éprouvé de la maniéré la moins équivoque dans la perfonne de M. Pafquier. Non feulement il reflen-toit une augmentation fenfible de chaleur dans les extrémités, pendant le
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- teins de l’éle&rifation j mais cette chaleur perfévéroit encore pendant le cours de la journée, ce que je n’ai jamais obfervé dans tout autre fujet : cet effet s’eft foutenu conftamment depuis le premier jour qu’il a été expofé a l’a&ion de l’Ele&ricité ; & il m’en parle jgore dans fa derniere lettre, ainfi 9j|e le rapporterai ci-deflous.
- 2°. mie augmente la fréquence du pouls 'y & quoique cette accélération no foit pas toujours confidérable, il eft des perfonnes dans lefquelles elle a lieu jufqu’à un point extraordinaire. Je la remarquai ces jours derniers fur un enfant que j’éleétrife depuis S jours, & dont j’aurai l’honneur de vous parler dans un autre tems. Son état naturel lorfque nous commençâmes à l’c-leârifer, étoit de 80 pulfations dans une minute : en moins de trois quarts d’heure, nous comptâmes 96 pulfations & de l’avis du Médecin j nous arrêtâmes l’opération. L’accélération du mouvement alloit à un cinquième, ce qüii u’eft pas ordinaire.
- Je ne doute nullement, Monfieur , que fi en pareilles circonftances, on «arrêtait l’Ele&rické, il pourrok fe
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- faire qu’elle mît la perfonne éleétrifée dans un état de fievre, qu’on doit à ce que je penfe éviter avec foin.
- 3°. Souvent la raréfaâion des liqueurs porte au cerveau. Je l’ai éprouvé plufïeurs fois & dernièrement dans le paralytique de Crépy dont j’ai fait mention ci-deffus. Dans ce cas le malade éprouve un certain mal-aife & fent d’autres fois une efpece de bandeau fur le front ; c’eft ce qu’éprouva une fois ou deux M. Pafquier dans les premiers jours qu’il fut éleétrifé. C’eft urt indice qui m’a toujours affez bien conduit , pour ne pas pouffer trop loin les effets de l’Eleémcité. J’ai foin alors de faire atrêter l’opération.
- 4°. Elle augmente plus ou moins la tranfpiration infenfible, fuivant le tempérament & la délicateffe du malade. Cet effet fe décele affez communément par une certaine moiteur, qui furvient une demi-heure ou trois quarts d’heure après le commencement de l’opération. Je n’ai pas cru dans ce cas, lorfque je n’ai pas trouvé le pouls plus élevé, ni beaucoup plus fréquent, devoir faire-difcontinuer l’éleétrifation j mais lorfque la moiteur devenoit plus uuiver-
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- •Telle, 8c qu’elle s’étendoit far roufè l’habitude du corps, ce que j’ai obfervé plufieurs fois, j’ai toujours eu foin de faire coucher le malade après l’opération & de lui faite prendre un bouillon. Au défaut de cette première attention , j’ai remarqué une fois par rapport à un malade dont je ne vous ai point parlé, parce que je n’ai pas trouvé allez d’exa&itude dans les oblervations qui le concernent, j’ai remarqué dis-je , qu’en l’abandonnant à la température aéfcuelle de l’air, il s’enrhuma au point que je me crus obligé prudemment de fufpendre pendant quelques jours l’Ele&ricité. Tout autre l’eût peut-être continuée, puifqu’il paroilToit naturel de croire qu’elle pourroit remplir l’indication qui fe préfentoit, en rap-pellant & en augmentant la transpiration qui avoir été fort diminuée. Je ne voulus cependant pas prendre cela fur moi, parce que le rhume dont il étoit attaqué, affe&oit allez fortement la poitrine & que j’aurois craint de provoquer une inflammation dans cette partie, qui exige la plus grande attention dans l’adminiftration de l’E-leékricité. C’eft une queltiçn qui m#
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- patoit mériter l’attention de la Faculté, Sc qu’un Phyficien ne doit pas fe charger de réfoudre.
- La raifon pour laquelle je fais prendre un bouillon aux malades en qui l’Ele&riciré occafionne une moiteur fenfible & générale, me paroît bien appuyée. Il s’agit d’éviter alors la foi-blefle qui pourrait furvenir à la longue, & de conferver aux fibres le plus de reflort qu’il eft poffible.
- Vous voyez, Monfieur, parce court expofé, que quoique cette opération n’ait rien de myftérieux, elle doit être faite par un Phyficien entendu , & même fouvent en prcfence d’un Médecin attentif, qui puifie le diriger félon que les circonftances le requièrent ; il y a donc de l’imprudence de s’abandonner inconfidérément à la vertu de l’EIeâricité, & je ne confeillerai jamais à perfonne de fe faire éle&rifer fans qu’un Médecin expérimenté 11e foit quelquefois préfent à l’opération,
- Pour revenir, Monfieur, à mon paralytique de Crépy, auquel je prends le plus grand intérêt, il a continué de il continue encore à fe faire éle&rifer. Il me marque dans une lettre datée du
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- iS Mars qu’il fe trouve beaucoup mieux-éc que même pendant la nuit, lorfqu’il eft échauffé dans, fon lit, il fait tout ce qu’il veut de fon bras & de fa jambe. Il me marque dans une autre datée du 18 du même mois, qu’il a actuellement la faculté de porter fa main malade fur fon épaule au même côté, fon coude pliant allez aifément pour le faire. Il ne fe plaint plus actuellement que d’un peu moins d’ai-* fance dans la hanche que dans le bras. La plante de mes pieds, me dit-il, & le dedans de mes mains me brûlent comme du feu : ce font fes expreflîons que je copie ici, pour vous prouver, Monfieur, ce que j’ai avancé plus haut, au fujet de l'augmentation de la chaleur naturelle.
- Si un homme qui pouvoir à peine remuer le bras, il y a un mois, & qui ne mouvoit la jambe qu’en la traînant, marche actuellement avec alfez de facilité, & fait ce qu’il veut de fon bras j c’eft bien une preuve, Monfieur, que l’eÉfet de ce remede n’eft pas anfli lent qu’on le publie ici , & il me paroît auffi important que le Public en foit iaftruit que défabufé au fujet du fecret
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- auquel on a voulu lui faire ajouter foi. S’il convient à un Phyficien d’éviter jufqu’au plus léger foupçon de Char-latanerie , doit à l’intérêt public tous les éclairciflemens qui tendent à augmenter fa confiance fur un objet auflï important à l’humanité, & c’eft la feule raifon qui m’engage à infifter fur cet article.
- J’ajouterai donc encore ici que M. Jallabert ne mit pas deux mois à opérer. cette fameufe cure qui fit tant d’hon-. neur à l’Ele&ricité. Vous fçavez, Mon,-lieur, que le fujet étoit un Forgeron nommé Nogues, qui fut jetré à la ren-verfe par un coup porté â faux vers la fin du mois de Juin de l’année 1733 , 1 qu’il refta fans connoifiance pendant plufieurs jours, malgré les fecours qu’on lui adminiftra fur le champ, & que lorfqu’on parvint à le retirer de cet état défefpéré, il demeura muet & paralytique de tout le côté droit. Après avoir eflayé de tous les remedes convenables en pareilles circonftances, Si en avoir été foulagé jufqu’à un certain point, il défefpéroit de fe voir totalement guéri. Il ne marchoit alors qui j’aide d’une panne : il boitoit du côté
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- droit, & il ne pouvoit remuer l’avant-bras , le carpe, le pouce & les doigts index & auriculaire; ce qui le détermina à fe préfenter à Mp Jallabert le x 8 Décembre 1747» & ilfortit de les mains parfaitement guéri le z8 Février de l’année fuivanre. Il faut lire dans l’Ouvrage de ce fçavant Phyficien le détail de cette merveilleufe guérifon , que je rappelle ici autant pour ranimer la confiance de ceux qui font affrétés de cette maladie depuis long temps , que pour vous prouver qu’on peut attendre des feeours beaucoup plus prompts de l’Ele&ricité que ceux que notre Phyficien éleârifant offre à fes malades. J’ajouterai encore, autant qu’il eft poflible de l’alïurer, d’après le petit nombre d’obfervations que je fuis en état de fournir plus ou moins «omplettement, que je n’ai jamais ob-fervé que les bons effets de l’Ele&ri-cité fe fiflènt attendre plus • de huit à dix jours ; ce qui fe trouve encore très-conforme avec la relation de deux gué-rifons indiquées dans une‘Lettre écrire par le célébré M. de Sauvages, donc vous avez connu la capacité & 1? bonne foi.
- J’ajouterai
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- rajouterai encore à tous ces témoignages, celui d’un homme qui ne peut erre fufpeét. Il n’a aucun intérêt i faire l’éloge de cetre pratique&*de la promptitude de fes effets : c’eft un amateur fort inftruit, & très-honoré â Strasbourg, c’eft M. IlarcierCommiC-faire des guerres. Il me marque, dans une letrre qu’il me fie l’honneur de m’écrite , en date du 31 Janvier 1771, & que j’ai actuellement fous les yeux, les bons effets qu’il venoit d’obtenir depuis peu de i’Eleéfcricité, par rapport à la paralyfie. Je copie même fes propres-expreflions pour donner plus de poids à ma narration.
- Je n’ai fait, me. dit-il, jufqu’ici d’expériences fur l’Ele&ricité médicale , que relativement à mon pere, qui a effuyé, il y a près de trois mois t une attaque d’apopléxie, dont il lui eft furvenu une paralyfie fur le bras &
- • la jambe gauches. J’ai effayéde l’élec-trifer, & j’ai continué tous les jours pendant environ fix femaines.
- Pendant les trois premières femaines, il y a eu une gradation très-fen-fible en mieux. Il eft revenu peu-à-peu, au point de ppuvoir fiç fervir de
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- fjo)
- ion bras & de fa main pour les nfageS' ordinaires. Il en remue toutes les articulations, leve le bras} enfin il n’y a qu'un peu moins de force & d’air fance que dans l’état naturel. Il marche feul dans la chambre, à l’aide d’uri baron, mais avec beaucoup de foiblefïe
- encore dans les reins.......Sur la fin
- les progrès n’ont plus été aufîï fenfi-bles} & dans les derniers ij jours, je ne me fuis apperçu ‘d’aucuns ; mais comme depuis ce tems, il lui pre-noit au bout d’un quart d’heure d’Elec-tricité un léger rnal de tête, ou bandeau au-deflus des yeux j qui lui dur roitau de-li d’un quart d’heure après l'opération finie, j’ai craint qu’il n’en résultât quelqu inconvénient, & j’ai fufpendu l’Eleétricité depuis quelques jours.
- Cette obfetvation, faite avec exactitude, & avec tout l’intérêt que la piété filiale infpiroit à M. Barbier > prouve, & ce que j’ai avancé précédemment fur les effets de l’Eleétrické, & le peu de tems que cette vertu met ordinairement à donner des lignes de fbn efficacité fur les perfonnes qu’on clecbrife j mais pour obtenir ce des-
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- «îet effet, il faut nJcefFairément que l'EleCtricité foit bien administrée, que le malade foit bien ifolé; & que la machine, dont on fait ufage, foit en état de fournit beaucoup de matière éleétrique.
- Vous concevez parfaitement, Moniteur , qu’au défaut de ces deux conditions, il ne paffera que très peu de fluide éleéfcrique dans le corps du malade, & que l’effet en fera bien plus éloigné. Il eft de la derniere importance pour celui qui fe propofe d appliquer l’Ele&ricité au corps humain, de remplir exactement ces deux indications. Il hâtera par-ü le fuccès de fes opérations : il répondra mieux aux de-firs de ceux qui le livreront à fes foins & il accréditera davantage une pratique bien précieufe à l’humanité, & qu’on ne peut trop multiplier, pour découvrir encore tous les autres fervi-ces qu’on en peut efpérer. Le fluide éleéirique joue un trop grand rôle dans la nature, pour n’être deftiné qu’à l’amufement des curieux & aux «ilputes des Phyficiens. Il faut efpérer qu’à force de Spéculations fur fes effets, én parviendra un jour à déterminer
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- les ctrconftances dans lèfqùelles il coins* vient de l’employer: c’eft une tâche que je propose aux Médecins 8c aux Phyficiens J & il y a tout lieu de croire qu’ils . n’auront point à regretter le tems qu’ils employeront à cette recherché , que je me propofe de fuivre avec toute la confiance dont je fuis capable, autant que les circonftances 8c mes foi-hles lumières me le permettront.
- Pour vous donner la première preuve de l’intérêt que je prends à cet objet, je vais vous faire part 8c en peu de mots, Moniteur, d’une idée lur laquelle j’ai beaucoup réfléchi, 8c qui ne me paroîr point dépourvue de vraifem-blance.
- Les Phyliciens jufqu’à préfent ne font point trop d’accord entre eux fur la maniéré de communiquer l’Eledri-çité aux paralytiques. Les uns veulent qu’on fafle éprouver aux malades de fortes commotions, & ils prétendent ébranler par ce moyen, & ranimer le genre nerveux. Les autres regardent les ..commotions linon comme dangereufes, au moins comme un tourment alfez inutile à faire éprouver à celui qu’on éleétrife. La prçmieye de ces dçux mç-
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- thodes a pour elle les guérifons opérées par M. Jallaberty 8c par tous ceur
- 3ui fe font diftingués anciennement ans certe carrière. La fécondé eft aflfez moderne : elle ne jouit même que du crédit que l’Abbé Sans vient de lui accorder. 11 fe contente d’éle&rifer long-tems fes malades & de tirer de tems en tems des étincelles des parties affe&ées. Les fuccès qu’il paroit avoir lieu d’attendre par rapport à quelques-uns , femble , j’en conviens, confirmer cette méthode jufqu’à un certain point \ mais en tireua-t il tout le parti qu’on peut efpérer de la vertu électrique PC’eft ce que je ne puis croire: n’y eût-il que le peu de fuccès qu’il a eu jufqu’a prêtent^ en éledrifant depuis plufieurs mois de cette maniéré un fçavant, très-connu dans la république des lettres , M. de la Condamine, 8c fur la guérifon duquel tout le monde a les yeux ouverts, par l’intérêt qu’on prend à la confervation d’un homme de fon mérite, il devroit concevoir, qu’il eft des cas dans lefquels on devroit au motus ufer de toutes les ref-fources que l’Eleâricité nous offre. Je n’oferois cependant allurer que la coxn-C iij
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- môriorc produisît l’effet qull ne petit obtenir par fa méthode : c’eft à l’expérience feule qu’il convient de prononcer à cet égard. Je lui dirai feulement r pourquoi, lorfque vous n’avez rien à efpérerraifonnablement de votre maniéré vous rçfufez-vous un moyen dont l’ef-ficacite eft conftacée par d’autres obfer-vations? craignez-vous de faire éprouver à votre malade une douleur momentanée, parce que vous avez réuffî plufieurs fois fans cela? La nature n’a-1-elle confié qua vous feul un fecret que tous vos prédéceffeurs Ss ceux qui l’étudient encore actuellement avec la plus grande application > n’ont pu lui dérober ? ignorez-vous que toutes les paralyfies ont différens caractères ? quelles luttent plus ou moins contre l'efficacité des remedes les mieux éprouvés j & que celui qui produit 1© meilleur effet dans quelques-unes, n'en produit fouvent aucun dans plufieurs.
- On fçait en effet, Monfieur, que? les paralyfies font de différentes efpe-ces. Dans les unes le mouvement Sc le fentiment des parties font détruits $; & c’eft ce que les Médecins appellent paralyfies parfaites. On les regarde an
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- contraire comme imparfaites, lorfque l’une de ces deux fondions étant abolie, l’autre fubfifte. Plus communément c’eft le mouvement qui eft perdu,
- Lorfque ce dernier cas a lieu & que la maladie n’emporte avec elle que la ceflarion du mouvement, ou qu’elle n’occafionne qu’une difficulté plus ou moins grande dans le mouvement j ce qu’on peut encore regarder comme une efpece de paralyfie, ou comme une maladie très-voifine de celle-ci, j’imagine que l’Eledncité feule, fans le fecours des commotions, peut fuffire ; & que dans ce cas, il eft aflez inutile d’avoir recours à une pratique qui fatigue toujours, & qui rebute fouvent le malade; mais lorfque cette maladie eft complette, & qu’il y a privation de fenriment, ou meme lorfque le fentiment eft détruit dans les parties qui confervent encore la facilité de fe mouvoir, j’ai tout lieu de croire"*non-feulement que la commotion eft très avantageufe, mais encore que c’eft le véritable moyen de rap-peller le fentiment,
- , J’ajouterai cependant ici qu’il n’eft pas néceffaire de martyrifer le malade Civ
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- -par des commotions qui ébranlent tout le genre nerveux, & fur-tout là poitrine, en faifant cette expérience félon la méthode ordinaire ; c’eft-à.-dire en faifant toucher d’une main la furface extérieure de la bouteille, & en faifant tirer l’étincelle de l’autre main.
- Cette maniéré en effet de donner la commotion, ne paroit nullement répondre à l’indication qui nous porte à avoir recours à cette épreuve. Il ne s’agit alprs que d’ébranler les portions nerveufes répandues dans les parties du corps qui fe trouvent dépourvues de fentiment. Ce font les feuls nerfs qu’il convient d’irriter & de mettre en vibrations. 11 y auroit même tout lieu d,e craindre, qu’en fuivant la .méthode ordinaire de faire la commotion, on n’occafionnât quelque dérangement dans la poitrine du malade, qui e£fc toujours plus ou moins affe&ée de cette opération ; & il feroit très fâcheux de ne pouvoir remplir l’indication principale, fans troubler l’économie animale, ou au moins fans avoir à craindre les fuites du remede quon feroit obligé d’adminiftrer.
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- Je voudrois donc qu’il- n'y eût que les p ties afteétées qui f.ii’en: fourni-fes à cette opération. Or on peut le faire tres-commodément, en difpofant la bouteille dont on fait ufage , en pareilles circonftances, de maniéré que fa furface extérieure étant en communication avec l’une des extrémités des parties qu’ou veut ébranler, l’autre extrémité communique avec la furface intérieure de la même bouteille. L<a matière éle&tique fuivant toujours la voie la plus directe & la plus courte, elle ne produiroit fon aéhon que fur les parties comprifes dans la portion de cercle interceptée entre la furface extérieure & l’intérieure de cette même bouteille : c’eft un fait fi bien cofif-. taré par l’expérience, & fi connu de tous ceux qui fe mêlent d’éleétrifer, que je n’infifterai point à en établir la théorie. Je l’ai d'ailleurs développée de la maniéré la plus convainquante dans mon traité de l'Eleétriciré.
- En fuppofant cette maniéré de pro-. céder , fi analogue à l’indication qu’on fe ptopofe de remplir , on voit que la matière électrique n’attaqueroir alors ..que les parties nerveufes dans lefquel-
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- les o» voudrait tappeller le Feifriment ; 6c tant que ces nerfs en feroient dépourvus , le malade fupporteroit patiemment Sc fans s’en nppercevoir la plus fbrre commotion. Elle produiroit neanmoins l'effet qu’oa en peut attendre \ 6c il ne commenceroit à la refleurir, qu’au moment où l’inertie de ees nerfs leroirdétruite. Il feroit alors à propos de modérer ce Seirr u/us, & de ne s’en fervir qu’avec circonfpeétion.
- C”eft de eette maniéré, Moniteur,, qu’il convient d’adminiftrer l’Electricité, jufqu’à ce que de nouvelles recherches & de nouvelles découvertes nous mettent à portée de l’adminiftrer d’une maniéré encore plus favorable : c’eft au tems & à l’expérience >k nullement à l’efprit de fyftême à nous conduire dans ce travail, fi glorieux pour le Phyficien, par les avantages qu’on en- peut retirer..
- J’ajouterai encore qu’il conviendroit de tenir un regiftte exad, non- feulement des effets que le fluide électrique produiroit dans les fujets qu’on foumetnmr à fon aétion , mais encore des moindres changemens qu’on intro-duiroit dans la maniéré d’appliquer la
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- . fss) ,
- ter tu éle&rique.au corps numanr. Ce ne fera que par de femblables obfer*-Tarions faites avec foin, & réitérées plufieurs fois, qu’on pourra parvenir a une théorie fatisfaifante : s’il arrive quetqu’accideiK qu’on ne peut raifon-nablemenr prévoir, il faut également les publier, fans craindre de décréditer une méthode qui peut faire un jour la gloire de la Phyfique & le bonheur de l’humanité. Le chemin le plus rapide qui mene à la vériré, c’eft fans contredit la connoiflfanee de ceux qui con-duifenc à l’erreur.
- Je ne puis finit cette lettre , Moniteur, Lns vous parler le plus fuccin-temenr qu'il me fet a pofïible, de l’appareil dont je me fers pour éle&riier & pour ifoler mes malades j 6c je me flatte que cet article ne fera pas le moins
- : de i
- . lettt
- Il y a long-tems que j’étois prévenu contre les globes , contre les cylindres & en général contre tous les vaiSTeaux creux, dont on s’eft fervi jufqn’a pré-fent pour faire les expériences de 1TB-leéfcriciré. Je 11e m’en prenais point * l’embarras que ces fortes de machines occasionnent dans un appartement ; je-
- c ,j
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- «O) .
- Je fupporterois encore patiemment, U elles joignoient à l’avantage de bien faire, toute la sûreté qu’on doit exiger dans une machine, auprès de laquelle il faut établir un malade , incapable de fe garantir de l’accident qui peut furvenir.
- Vous conviendrez cependant, Moniteur, qu’il feroit aflTez fouvent difficile d’établir dans la chambre d’un malade un appareil muni d’une roue de 4 à 5 pieas de diamètre, pour faire tourner un globe. Ce font cependant les -feules machines propres à produire -l’Eleûricité ;dont on a befoin, lorf-qu’on veut fe fervir d’un globe, ou d’un cylindre:; tar foyez bien perfuadé que toutes les petites machines de cette ef-pece, ne font bonnes qu’àa.mufer des enfans, ou à occuper les loifirs de gens défœuvrés : elles ne fournilTent que très peu d’Eleftricité, & elle devient languilfante en bien peu de temps.
- En palTmt toutes fois fur cette in-.commodité, & en fuppofant que le Phyficien qui fe propofe d’adminiftrer l’Eleétriciré à des malades , pourra établir une grande machine par-tout où ,il en aura befoin, voici lesobferva-
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- M
- rions que j’ai eu occafion de faire nom; bre de fois, & que je dois à la nécef-fité où je fuis de répéter plufieurs fois dans une année., les expériences fur l’Eleétricité, tant dans mes cours particuliers, que dans ceux que je fais dans les colleges de l’Univerfiré.
- Pour pe.u qu’il y ait de l’humidité dans l’armofpnere, les globes ne fourni flent que très peu d’EIeéfcricité, & ils n'en fournilfent aucunement, lorf-que l’humidité s’eft accumulée jufqu’à un certain point. On peut j’en conviens à l’aide d’un réchaud de feu, qu’on porte de momens à autres au-delTou's du globe, vaincre cet inconvénient j mais fi l’Ele&ricité reprend le delTus, c’eft pour très peu de temps, 8c bientôt elle devient languiflTante : il arrive outre cela, lorfque l’appartement eft fermé, que les haleines & la tranfpira-tion de ceux qui s’y trouvent, débilitent Ci prodigieufemenr la vertu électrique, que je me fuis vu obligé plù-fieurs fois de faire ouvrir les fenêtres pour renouveller l’air, lorfque ma féan-ce efl: d’une certaine durée. Je conviens que cet accident ne doit pas fe faire**fentir auili fenfiblement dans la
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- Aambre d’un malade, oâ Ton n’admet que. le nombre de perfonnes né*-ceflfaires a l’opération j mais cette chambre ordinairement claufe, & où l’on he renouvelle que rarement l’air , pour ne point expofer le malade à fes intempéries, ne fe remplir elle pas affez. communément des mêmes exhalaifons ? Je l’ai éprouvé anciennement plus d’une fois, lorfque je faifois ufage des globes , 8c je me fuis vu arrêté dans mes opérations par le défaur d’Eleâricité
- Sie je ne pouvois rappeller que foi-ement.
- Ce ne feroit cependant pas une rai-fon qui pourroit nous forcer à abandonner ces fortes de machines, h elles n’avoient contre elles, que l’embarras qu’elles portent avec elles, 8c la difficulté d'en tirer un bon parti, fans des précautions particulières. Un Phyfîcien ne doit pas manquer de reffources en pareilles circonftances, & rien ne l’empêche d’employer toures celles que fou induftrie & fa capacité lui fournirent.
- Mais ce qui ma déterminé tout-à-fait à renoncer à l’ufage des globes J. ic ce qui mérire particulièrement l’at-tention du public, fur-tour lorfqu’it
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- s’agit d’qleéfcrifer continuellement, ôfc pendant long temps une perforine incapable de mouvement, & qui doie «tre nécefTairement placée dans le voi-finage de ta machine, c’eft la dctonr nation à laquelle ces globes font expc-fés. Quoique cet accident n’arrive quft très rarement, ainfi qu’on en peut juger par le peu d’exemples que nous en avons eu jufqu'à préféra, & donc j’ai fait mention dans mon traité de l’Kledriciré, il fuffit qu’il puifTe avoir lieu, pour avoir tout à craindre de ces-fortes d’explofions, qui mettent né-eefiairemem en danger ceux qui font préféras à l’opération. Je ne confeil-lerai jamais l’ufage des globes à une perfonne qui voudra fe faire éleétrifer plufieurs fois de fuite. Si j’ai été atfez: heureux pour n’avoir point à me plaindre de leur fervice, je ne ferai jamais affez imprudent, pouE m’y confier par la fuite. G'eft lavis; le plus important «jue je crois pouvoir donner à ceux qui fe trouveront dans le cas d’avoir r-ei-cours à l’Eleâuiciré.
- G. t avis eft d’autant moins à négliger, Moniteur, que nous fommes à> portée; actuellement de nous procure*
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- d’autres machines bien fuperieiirés en force à celles qu’on a fait conftruire avec des globes-, & elles joignent à'la sûreté'qu’elles portent avec elles, lèfc avantages fuivants.
- i°. Elles n’occupent que très-peu d’efpace : on les attache fur une' tablé par le moyen de deux vis de preflloni & on les fait mouvoir à l’aide d’uii'e fimple manivelle.
- i°. Gommé le verre qui produit l’E-leéfcricité eft un plan de_glace , & non un vaïffeau, on n’a point à redouter autant les effets de l’humidité & les changements qui pourroient furveni^ à la aifpofition de la ma(Te d’air interceptée dans l’intérieur des globes ou des cylindres ; & lorfque l’humidité fe fait fentir fur ces fortes de machines, on peut commodément les tranfpor-ter entièrement devant le feu, & leur laifTer prendre un fo:ble degré de chaleur qui les delTeche & qui les met en état de faire une léance de plus d’une heure.
- J’ai fait dans le courant du mois de Février deux cours d'expériences fut l’Eleétriciré, pendant un rems des plus humides, &c pendant lequel je n’aurois
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- ças oie me propofer de tirer de.foible» étincelles de mon grand appateil, quoique les globes qui y font adaptés, foient fans contredit excellents. Mes expérien-.' ces ont toutes réuffi , & j’en ai Fait qui exigeoient une force fupérieure de la part du fluide éleétriqusj puifque j’ai changé par des commotions les pôles d’une éguille de bouffole. Je ne me^fuis fervi pour cela que des petites .machines dont j’ai l’honneur de vous parler.
- j°. Un avantage bien préférable encore aux précédents, c’eft qu’on n’eft point expofé avec ces fortes de machines aux rifques de la détonnanon : Ci par hazard le verre vient à fe fendre, çe qui m’eft arrivé une fois , pour l’avoir fait chauffer imprudemment au delà de ce qu’il pouvoir fupporter de chaleur, il produit encore très-bien fon effet, Sc il n’éclate pas en morceaux comme un globe , qui endommage tout ce qu’il rencontre fur fon pallage. .
- Si vous êtes curieux, Monfieur, de connoître plus particulièrement ces fortes de machines, j’en ai donné une description fuffifante dans mon traité de l’Ele&ricicé : vous y verrez que j’en
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- fus le premier inventeur; mais que les Anglois les ont perfectionnées, au point de leur procurer le dernier avantage dont je viens de vous parler : car la maniéré dont je frottois originairement les plans de verre, les expofoit à fe brifer.très-fouvent. Je rends avec plaifir à ces célébrés Artiftes l’hommage que je dois à leurs talents : je réclame cependant ici les dimenfions que j’ai donné aux conducteurs, &Ia perfection que j’ai porté dans les couffins, ce qui rend ces fortes de machines beaucoup meilleures que celles qui noul tiennent d’Angleterre. J’ai même trouvé le moyen d’y ajouter les dépendances néceffiaires pour faire toutes les expériences que vous trouverez décrites dans mon traité & de faire conftruire ces dernieres machines, de façon qu’elles fe placent toutes avec la machine principale, dans une caiffie de jo pouces de longueur, de ai pouces de largeur, & d’un pied de hauteur. Elles y font ajuftées de maniéré que fans aucun emballage , on peut transporter cet appareil dans la plus rude voiture : j’en ai déjà ,fait faire plufïeurs de cette efpece, qui ont fait de très longs voyages, 8c qui
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- font arrivées en bon état à leur defti-nation; car je ne refnfe point mes foins à perfonne, Iorfqu’il s’agit des progrès de la Phyfique, & fur-tout d’augmenter le nombre des Phyficiens éieékrifants, qui ne peut trop fe multiplier & pour l’honneur de la phyfi-que j & pour le bien de la Société.
- - Quant à ma maniéré d’ifoler mes malades, vousfçavez,Monfieur., qu’on fe fervit originairement de cordons de foye, & qu’on abandonna enfuite cette pratique, Iorfqu’il s’agiflbit de communiquer la vertu éle&rique à l’homme * parce qu’outre que la foye n’ifole pas suffi parfaitement qu’on pourroit le délirer, par rapport à la teinture dont certaines font pénétrées ; on rrouva encore qu’il étoic aflez embarralfànc d’affiijettir comme il faut les fuppores fur lefquels l’homme étoit placé. On fit donc alors ufage de pains de refîne, de poix , & autres marieres graffes de cette efpece j auxquelles on donna le
- Cette méthode qui acquit le plus grand crédit dans l’efprit des Phyficiens* par rapport à la foiidité & à la facilité avec laquelle on pouvoir ifoler les
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- avec juftice, dans mon traité de i’E-le&ricité où je les ai décrits avec toute l’exa&itude que mérite cette matière.
- J’ai donc cru devoir fubftituer le verre aux pains de réfine ; & c’eft fans contredit la fubftance la plus propre à ifoler : c’eft un fait reconnu de tous les Phyliciens, que mieux un corps s’élec-trife par frottement, plus il eft propre à arrêter & à retenir l’Ele&riciré qu’on communique aux fubftnnces qui font ifolées par fon miniftere. Or vous fça-vez, Monfieur, que le verre poftede au fuptême dégré la faculté de s’élec-trifer par frottement.
- Pour titer tout le parti que je nouvois attendre des fupports de verre, il falloir les conftruitede maniéré qu’ils fuf-fent en état de fourenir de grolfes maf-fes fans fecafler. J’y fuis paivenu en faisant faire à la verrerie des efpeces de colonnes folidesdecriftal, de huit poupes de hauteur, que ie fais enchâfler fous les quatre angles d’un quarré de bois d’un pied de race & fuftxfamment épais. J’ai par ce moyen un fupport propre à.
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- -fouteùir fans danger la perfonne que je me propofe d’éleCtrifer.
- Mais lorfqu’il s’agir d’éleûrifer un paralytique, qui ne peut fe tenir debout allez de tems fur un pareil fup*-Port , je fais alors enchafler léparément les quatre colones dans autant de petits morceaux de bois triangulaires que je difpofe fous les quatre angles d’une grande table, fur laquelle j’établis un fauteuil ou une cfraife pour afleojr le malade. H eftaufli commodément placé qu’il puifle être & parfaitement ifolé, il reçoit & çonferve une très-grande quantité de matière électrique.
- On peut faire également ufage des mêmes fupports pour ifoler le lit d’u|i malade qu’on ne pourrait difpofer çomnie lé précédent : il ne faut qu’un peu d’adrefle & d’intelligence poqr adapter folïdement ces fupports,
- Je délire fort, Monlieur, que c.e ‘ foible eflai de mes travaux en cé genre puilTe encourager les Médecins & les Phyficiens à étudier plus particulièrement cette matière j & je me ferai un vrai plaifir de vous rendre compte par la fuite des nouvelles tentatives que je pourrai &ÙÆ* Je vous expoferai
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- ftij
- «roc li même fmcériré les fuecès qut j’obtiendrai & les difficultés que j’éi-pcouverai ; car je ne vous cacherai pas qu'il faut encore bien des recherches polir arriver à une connoiflance pofi-tive des effets de la vertu éle&rique.
- : j’ai l’honneur d’être Sec.
- A Paris ce jt Mars 1771.
- P. S. Je ne vous ai point parlé, ,Monfieur, de la nouvelle découverte qu’on a publiée il y a deux mois. Les papiers publics nous apprenoient que l’Eledricité 'guérifoit les maux de dents même accompagnés de fluxions. Quoique je ne doute nullement de la vérité du fait qu on rapporte, & que je conçoive trës-bien que le fluide éledrique peut être très-propre â cet effet, j’attendrai que j’aie fait quelques eflais en ce genre, pour vous en rendre compte.
- FIN.
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