Essai sur la cause de l'électricité
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- RECUEIL
- DE TRAITÉS
- SUR
- L'ÉLECTRICITÉ,
- Traduits de VAllemand & de l'Anglois.
- TROISIEME PARTIE#
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- vtm?*
- E S S AJI
- S U R L A CA USE
- D E
- L’ÉLECTRICITÉ,
- Où l’on examine, pourquoi certaines chofes ne peuvent pas être éle&rifées.
- jQuelle eft l’influence de l’Eleétricité dans les Rhumatismes du Cbrpshumain, dans la N i e e l e des Arbres, dans les Vapeurs des Mines, dans la Plante Sensitive &c.
- Adrejfé en forme de lettre À M. G uni. Watson, de la Soci Roy. de Londres.
- Seconde Edition , avec un Supplément, Traduit de l’Anglois
- JDe M. Jean Freke, Membre de la même Société , & Chirurgien de l'Hôpital de S- Barthélémy à Londres.
- A PARIS,
- • Chez SEBASTIAN JORRY , Imprimeur-, Libraire, Quai des Auguftins , près le Pont
- M. D Ç C. X L V 111.
- Avec Approbation & Privilège du Roi.
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- PRÉFACE-
- Or s QUE j’-entrai pour la première fois dans lefujet de l’E-
- ________ leclricité , je navois
- d’autre deffein , [mon de coucher par écrit certaines penfées , que j’étois bien-aife de communiquer d’une maniéré intelligible à des Perfonnes , que je regardois comme plus cl portée que moi de les pouffer plus loin ; & , comme il n’y avoit rien paru ni ici ni ailleurs touchant la véritable caufe de ces nouveaux Phénomènes , je pris le parti de montrer ce que j’avois commencé fur ce fujet à
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- vj PREFACE.
- quelques amis , dont je refpecle beaucoup les connoijjances dans les chofes naturelles , & qui prétendant y avoir trouvé plufieurs nouvelles idées touchant cette Doctrine , me déterminèrent à la fin à faire imprimer mon petit Ouvrage.
- Je ne regrette point le tems, que fai employé àunfujet auff in-tereffant par lui-même , efperant d’ailleurs d’avoir donné quelques nouvelles lumières à mon Lecteur , & d’encourager peut-être quelqu’un à nous en procurer de meilleures encore fur la maniéré dont l’EleSricité agit. En effet je crois, qu’il n’y a pas dans ce Monde de fujet plus relevé , ni qui puiffe occuper plus noblement l’ame de l’homme , que cette Vertu merveilleufe , que nous devons regarder comme un infirument immédiat du Créateur % & qui
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- PREFACE vij
- me paroît être une des caufes fub-ordonnées directement à lui-même de la vie & de la mort. Il y a tout lieu de croire , que quand un jour nous connaîtrons mieux cette fin-guliére Pertu , elle nous mettra en état d’expliquer plufieurs Phénomènes naturels d’une maniéré beaucoup plus intelligible , que nous ne /cautions le faire à pré-
- \ fau-
- J’avoue , que la plupart des chofes que j’avance dans ce petit Traité , ne font que des conjectures , & je dois peut-être m’attendre à voir, que ce qui m’a paru raifonnable , ne le parottra pas ' tel à d’autres ; mais après tout ] il efl impojfible que tout le monde S regarde les chofes d’un même point de vûe , & nous voyons tous les jours les plus grands hommes s’égarer dans leurs opinions , & s’entêter chacun pour la ferme 3
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- viij PREFACE,
- tandis que de toutes celles qui leur paraîtront Jî raifonnables , il n’y en peut avoir qu’une de conforme à la vérité.
- ESSAI
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- ESSAI
- SURLACAUSE
- D E
- L’ELECTRICITiL
- MONSIEUR,
- Y A NT fait des réflexions fur cette application infatigable avec laquelle vous ne vous Iaffez point à faire 1 des expériences fur l’Electricité , & connoiflfant cette candeur finguliére avec laquelle vous communiquez à vos amis le refultat de vos recherchés, je me flatois toujours de
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- s EîS A I SU* I A e AWS» voie au premier jour paroîrre ,foit de vous ou dequelqu’autre, un Eflai, qiü en fuppoiànt ces expériences, nous eût mis en état d’aller plus loin, & de par»
- " venir à la fin à quelque conje&ure rai» fonnable, fur la caufe de ce feu fingu-liet 8c des effets étonnans qu’il produit.
- J’étoîs au point d’aller vous communiquer ce que je penfois à cet égard, lorfque m’étant ravifé, je crus mieux faire de coucher mes penfées par écrit, fçaehant que dans une dodrine auilî nouvelle que celle-ci, on prend fou-vent le change dans le difeours, quant au vrai fens des termes ; au lieu que la penfée étant écrite , on peut la lire & relire plufieurs fois, & Ce metere par-là à l’abri de toute équivoque.
- Comme il s’agit principalement de faite voir la fource de ce feu éledri-que, & de rendre raîfon de la force avec laquelle il agit, je tâcherai d’abord de prouver, que l’appareil des Machines, dont on fe fêtt pour le produire, n’y a aucune parr,& qu’on n’en doit attribuer la caufe, ni aux globe* ou tubes de verre, uj à, la peau des
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- D£ x'Ei egtricite’. 5 couffins,, ni à la main dont on les frotte : car aucun des corps que nous connoifions ne peut fournir vies quantités tant foi t peu confidérables de matière , fans que fa malle en diminue» Or , nous ne trouvons pas la moindre altération dans les globes, tubes &c„ qui, après avoir fervi à une infinité d'expériences d’éleélricité, relient toujours dans le même état, & aulîî propres à ces mêmes ufages, qu’ils l’é-toient au commencement.
- Ainfi , comme le feu électrique 8c fes effets ne peuvent pas venir des inf. trumens par lefquels ils font produits, il me parole d’abord plus naturel d’en chercher la caufe dans l’air qui environne ces inftrumens, pendant qu’ils font en mouvement. Je crois même ne rien fuppofer ici de frivole, d’autant plus que les anciens Philofophes, &, j’ofe dire , les plus habiles, ont regardé le monde animal 8c végétal, comme animé de feu 8c nourri d’c^u 8c de fes ingrédiens.f/air,que je confidére cpmme un des principaux organes de la vie, femble être univerfellement imprégné de' ce feu, témoin la rou-
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- 4 Essai sua U cause geur que le fang en contraâe dans 1* refpiration ; & quoique ce feu n’af-feâe pas l’air au point de nuire à la refpiration dans les animaux, cela n'empêche pas que nous ne devions le regarder comme univerfellement répandu & préfenten tout lieu. Un certain nombre de goûtes de liqueur délayées dans de l’eau, ne fera point de mal au malade ; mais II vous lui en donnez quelques goûtes de plus, vous lui cauferez une mort certaine ; cependant on ne peut pas dire, que dans le premier cas il y ait une particule d’eau qui ne foit imprégnée de cette médecine. Il en eft de même à l’égard du feu répandu dans ces balles régions, que cependant j’aimerois mieux appelle! flamme vitale.
- Je paffe maintenant à faire voir de quelle façon ce feu ainli répandu dans l’Univers , peut fe ralTembler & produire dans les expériences d’Eleéhi-cité des effets aufli violens & de la même nature que ceux de la foudre.
- Pour donner un plus grand jour à ma Théorie , je confidére d’abord les particules de feu comme fimilaires en-
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- di i’Euctmciti, j tr’elles, & je leur fuppofe de plus une tendance à adhérer les unes aux autres , femblable à celle que nous obfervons dans les difFérens arrangemetis de tous les corps naturels, comme, par exemple , dans les pierres, dans l’eau , dans différentes couches de la terre , &c. Si vous forcez ces particules de feu à le toucher de plus près qu’elles ne fai-loient dans leur état naturel, étant uniformément répandues par tout l’Univers, elles pourront devenir foudre ou un feu moins violent , plus ou moins vous en comprimez de parties.
- Si, par exemple , vous paffez & repayez rapidement du fil mince ou une corde entre vos doigts, vous y mettrez à la fin le feu à force de frottement : c’eft vrailèmblablement, parce que vous accumulez entre vos doigts & la corde une quantité de particules de feu beaucoup plus confidérable qu’il ne s’en trouve enfemble naturellement quand elles flottent dans l’air.
- En fuppofant ce raifonnement jufte en attendant qu’on le renverfe par un autre plus fort, il s’en fuit que l’air qui eft frotté avec violence dans
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- 6 Essai sfr*, i* ciési les expériences «FEleâticité, entre fa main & le tube de verre, ou entre fë globe qu'on tourne très-rapidement & les cHirs des couffins, doit lâiflèr efl arriére cette quantité de feu agité, qui caufe l’EIeétricité.
- Nous devons concevoir le globe ou' tube , enveloppé d'une quantité de ce feu , qui tourne fpirafement & avec une rapidité extrême autour d’eux , auquel cas il efl: impoffible qu’il s’en détache, non plus que les écincelles que nous voyons fouvent tourner autour de la roue d’un Coutelier , & qui, quoique détachées de la roue femblent y tenir,en fuivant toujours les unes après les autres fon mouvement circulaire.
- Ceux qui s’occupent à ces expériences , obfervent ordinairement , que dans un tems humide, la force électrique efl moins aétive que dans les les jours fereins & fecs ; ce que quelques uns attribuent aux defauts des inftrumens, mais dont on doit plutôt rejetter la caufe fur les particules aqueufes de l’air, capables d’empêcher ce feu, que je fuppofe naturellement
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- Ht l’E LECTRlcm*. y répandu , de s’unir & de s’accumuler par le frottement.
- Je ne fçaurois m’empêcher d’ob-ferver ici au fujet du mot de frottement, que je ne trouve rien de fi impropre ni de fi mal raifonné,que quand j’entends dire, que le feu eft caufé par le frottement. Il me fem-ble, que c’eft autant que dire, que l’eau eft caufée parla pompe»
- Tout le monde fçait, qu?une roue de charette ou de carofle n’étant pas aflfez graiflee prend feu par le frottement, & qu’on peut mettre le feu à deux bâtons en les frottant avec force l’un contre l’autre. Cependant perfonne ne voudroit croire, qu’une roue ou un bâton puilFent engendrer l’élement du feu. Il faut donc, ou que ces corps l’amaflent de l’air, ou qu’ils contiennent déjà en eux ce feu, comme nous trouvons, par exemple, que l’acier en contient même dans un degré éminent ; puilque la limaille de ce métal jette, en paffant: à travers la flatne d’une chandelle, un feu des plus vifs que nous connoifiïon& dans la nature.
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- S Essai'su*. la caïsi Si l’on demande, d’où vient que I* limaille d’acier rend plus de feu que tous les autres corps i Je ferais porté à en attribuer la caufe à une plus grande portion de ces Elémens, que je crois logée dans l'acier , parce qu’il cfl: fait de fer imprégné de beaucoup de feu , pour y avoir refté pendant longtems expofé.
- Il y a plufieurs autres corps, qui ont un feu aéluel accumulé en eux , comme la pierre à fufil & quantité d’autres cailloux, des métaux &c. Les étincelles de feu, qu’on produit avec la limaille d’acier, rendent de l’acier fondu, & celles qu’on excite aux cailloux &c. font autant de particules de pierre calcinées.
- Pour fe convaincre de la cohéfion naturelle des particules du feu & de la tendance qu’il a de s’étendre, on n’a qu’à faire attention à un exemple très-commun , qui fert de preuve en même tems de l’un & de l’autre. C’eft la meche d’une chandelle qu’on vient de Couder dans le moment : il n’y a perfonne qui n’ait obfervé à quelle diltance confidérable la ilâtne court
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- B1 l’ElBOTmCITi’. J
- après la fumée & rallume la chandelle.
- J’ajouterai à ceci une autre preuve, qui, à ce que je crois, pourra fervir non-lèulement pour faire voir la tendance que le feu a à la cohéfion, mais en même tems pour fortifier la con. jefture, que j’ai avancée ci-deflus, & qui eft que le feu produit par les expériences d’Eleâricité, eft tiré de celui que je fuppofe être généralement répandu partout dans l’Univers.
- Un ami demeurant en 1705 dans la Ville de Warham en Dorfctshire , m’a marqué , que dans la nuit du grand ouragan , il avoit vû de fa fenêtre, dans le plus fort de la tempête, des maflès confidérables de feu fe rouler avec rapidité du haut des montagnes voifines en bas. D’où pouvoir venir ce feu, fi ce n’eft de l’air, qui l’avoit accumulé en ces efpeces de flocons ! Et comment ces flocons pouvoient-ils tenir enfemble par un ouragan auffi terrible s En effet, fi la cohéfion n’écoit pas naturelle aux particules de feu, elles auraient été difperfées de tous côtés par la violence du vent
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- 'à a Es s Ai sVk IA cxxrsi
- Je comprends aifément, que les quatre Elémens , le Feu, l’Eau , 1* Terre & l’Air n’ont jamais été ni augmentés , ni diminués depuis qu’ils font fortis de la main du Créateur ; mais je conçois auffi , que chacun de ces Elé-mens peut avoir été inégalement dif-perfé par tout l’Univers par différentes caufes & événemens extraordinaires : d’ou il s’enfuit, que ces mêmes Elémens , qui en fubfiftant dans leur ordre naturel, font faits pour procurer le bien de toutes choies créées, ne peuvent caufer dans leur état dé dérangement , que desdéfordres funeftes.
- Par exemple, il femble,qu’un des principaux ufages de l’Eau eft de nourrir & d’égayer toutes fortes de végétaux, foiten tombant fur eux en forme d’une pluye légère & chaude, ou en les arroiànt par le doux courant des rivières & des ruiffeaux. Mais fup-pofons, qu’une quantité énorme d'eau logée fur le haut des Montagnes, foit par l’artifice de l’homme, ou par quel-qu’accident naturel, vienne à rompre fon lit artificiel ; elle s’en précipitera aufli-tôt avec impétuofité dans fon lit
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- BE l’EE ECTMCïTl*. If Haturel, & en chemin faifant elle ravagera 8c exterminera ces arbres, ces plantes, herbes 8c fleurs, dont naturellement elle devoit être la nourriture.
- Nous devons dire la même chofè à I egard du feu , que j’ai fuppofé d’abord uniformément répandu par tout TUnivers, 8c fi nous voulons envifàger fes propriétés comme falutaires 8c capables de donner de la vigueur à tout ce qui exifte dans la nature, nous ne devons pas confiderer ce feu dans fon état gêné, mais plutôt tel qu’il paffe naturellement à travers les animaux, les végétaux 8c les minéraux , tant qu’ils ont belbin de lui, foit pour l’ac-croiflement, ou pour la vie.
- Si au contraire nous voulons con-fider ce feu dans un dérangement pareil à celui que nous venons de fup-pofer dans l’eau , en fuppofant de même qu’il s’en accumule quelque part une trop grande quantité , foit par l’artifice de l’homme, ou par quelques défordres dans les autres Elé-mens , n’eft-il pas alors raifonnablè de craindre auffi, que par la difpolr-
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- rii Essai sw* ia caïji tion de fes Parties , il ne s’émancipe de fa deftination naturelle , en rompant tes liens qui le gênent & en ravageant ce qu’il rencontre en fon chemin !
- Un des grands Auteurs de notre fié-cle dit dans un endroit, que » toute x vie, foit végétale , fenfitive , ou X animale s n’eft qu’un feu vital allu-» mé félon le different état du fujet ; » & que tout être non fenfitif n’eft » tel que parce que fou feu eft éteint.
- Il auroit été iropoffible que ce phénomène merveilleux d’Eleâricité eût pû être découvert, s’il n'y avoit pas eu dans lemonde des cboCcsnon éleffrùa-tles : car ce feu n'eût pas été fitôt pouffé contre quelque corps , que celui-ci l’aurait tranfinis aux corps voifins & ceux-ci à d’autres à l’infini. Le ha-fard a voulu qu’on fe foit apperçu qu’un corps polê fur des cordons de loye devoir conferver ce feu, que la force éleélrique lui communique. On s’eft apperçu de même qu’un homme ou autre corps placé furun gâteau dé cire ne peut tranfmsttre plus loin fon électricité , non plus que s’il étoit fufpen-du par des cordons de foye'. Pour-
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- CE t'EtïCÏ* JCITs'. IJ quoi ces corps ne peuvent - ils être éleéhifésP La chofe mérite d’être ex*, minée.
- J’en reviens pour cet effet au pat fage de mon Auteur, que j'ai rapporté , & dont il me femble qu’il doit luivre , que le feu étant la caufe de la vie & de l’accroiflèment dans toutes chofes , tout ce qui ceiTe d’étre dans cet état de vie & d’accroiffe. ment, n’eft plus cenfé fufceptible de ce feu, & ne peut être regardé que comme un Caput mortuum. La cire & la foye font dans ce dernier cas : auffifont elles l’une & l’autre non-élec-tricables.
- Pour pouffer ce raifonnement plus loin, la cire & la foye ne font en effet
- que des excrémens des corps qui ont été en vie. La cire eft la matière ex-
- crétoire des Abeilles , qui, étant une fois faite, n’eft plus fufceptible d’ac-croiflèment, ni d’une plus grande per-fetftion de fa nature. Son ufage principal n’eft que pour fervirà la conftruc-tîon des cellules, afin que le miel s’y conferve dans lès différentes Saifbns s 8c fi cette cire étoif fufceptible de quel-
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- ï* Essai sur. tÀ cause qaes altérations par la vertu du feu j comme le font tous les corps remplis de cet Elément, il eft certain , que ces cellules n’auroient pas refté dans leur état entier, & telles que ces petits Ar-çhite&es merveilleux l’a voient confo truites.
- Quant à la foye , je ne la regarde lion plus que comme une matière excrétoire, que le Créateur , qui n’a rien fait en vain , a deftinée pour fervir d’enveloppe 8c d’efpece de maifon-nette , afin que l’infeéte s’y confèrve fain 8c (au f pendant la faifon qu’il doit y demeurer.
- Tous 1 js corps réfineux font auffi non-éleétricables, & c’eft ce qui pa-roît fortifier maconjeéfcure, plutôt que de la détruire : car y a-t-il dam la nature des chofes telles que la po’x, la réfine &c.î Ne font-ce pas plutôt des compofidons faites du fucdes plantes ? Tant qu.e celles ci font en vie,, elles contiennent leur foc naturel fans aucune altération j au lieu que la poix & la réfine deviennent ce qu'elles font! par l’Art, & il ri*y a ni tems, ni altération quelconque qui puiilent don-
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- -SI l’EïÊCTJLieiTE*. i j Ber de l’accroiiïèmenc à leur malle. C’eft à ce titre qu'on peut dire que ces matières font hors du cours de la nature.
- Je prévois les objeâions qu’oil pourrait me faire , c’eft qu’en m’accordant que ces matières font non-éleclricables , on me demandera fi dlles ne font pas les plus inflammables de toutes celles que nous con-noiffons, & par conféquent très-fufi. ceptibles de feu. Et , me dira-t-on , ne fait-on pas des bougies de cire & des torches de poix & de réfine ? Je réponds à ceci , qu’il faut d’abord examiner ce qui caufe ici la flame qui eft p-oduite foit de la bougie où de la torche î Cette flame peut-elle fubfifter un inftant fans le paflage libre de l’air qui la rraverfe ? Je crois ; que perfonne ne voudrait le foute-nir. Mais, comme il s’agit ici non feulement de raporter les faits de la nature, mais furtout de les expliquer par les conjeâures les plus vraifem-blables, dites-moi, je vous prie, comment cet air fait-il fubfifter la flame î En fuppofant avec moi, que la caufe
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- ïe Essai svs la eAvse de toute la chaleur & l’apparence de tout le feu dans l’univers provient d’un aflemblage tiré de cet Elément univerfcl de feu, qui lins jamais s’augmenter ni diminuer fe répand vers les côtés où il eftle plus attiré, & en accordant à ces particules de feu, dont l’air eft rempli , une pro-: prieté qu’elles parodient avoir , & qui eft que les plus grandes amaàènc ou attirent les plus petites ; je crois qu'on ne trouvera plus de difficulté à concevoir que la flamme du feu n’eft produite que par l’air, & que la cire ou réflne étant une madere grade & fulphureufe ne lui fert comme les charbons de nourriture qu’autant que ces matières ibnt propres à donner nn paflàge libre à cet Elément, pour qu’il puifle agir comme il a été dit.
- Plus il pafle d’air à travers la flam. me , plus elle acquiert de force & d’éclat. C’eft ainfi qu’après avoir enlevé, en mouchant une chandelle, la mèche, qui empêchoit l’air d’y paflèc en fuffifante quantité , la flâme en devient plus vive, quoique les mêmes matériaux y fuflènt auparavant. Le même
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- bï t’EtlcTtUClTE1. 17 même effet arrive, lorfque pour mieux faire brûler le feu, on le remue pour en ôter les cendres, qui empêchoient l’air de laifTer en arriéré fon feu, en palTant à travers les cfîarbons.
- Si la cire avoit naturellement du feu Inhérent en elle , pourquoi éceindroit-elle la flâme d’une bougie auffi - tôt qu’on la renverfe ? Et fi l’air ne fai-foit pas fubfifter la flâme , pourquoi une chandelle allumée , qu’on def-cend dans une mine profonde & humide, s’éteindroit-elle ? Il y a certainement allez de place dans une mine,
- rur qu’une chandelle puilTe y brûler, d’ailleurs il y reftoit une quantité fuffifante de cette nourriture de vie dans l’air ftagnant qui occupe cette vafte caverne.
- Si encore vous voulez iuppofer avec moi, que l’air de cette mine a été privé de fon feu en nourriflant & entretenant en vie tout ce qui s’y trouve fous terre, comme c’eft fa fonélion de le faire par tout où il fe trouve, & que cet efpace n’a relié rempli que d’un air ftagnant, &, pour ainfi dite, mort lui-même ; vous compren-B
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- ï8 Essai sur ia cause drez aifément, qu'il doit ccre impol-fible, que ni le feu, ni aucune créature vivante y fubfifte.
- On remédie à ce mal dans les mines, par un mouliné chevaux, qui fait agir de grands fouflets, par le moyen deC quels on châtie du nouvel air dans la mine par un conduit fait exprès à ce fujet.
- Je me (ôuviens d’avoir entendu dire à M. Halky, qu’il avoic fait un jour des expériences avec une vapeur faâice de fa façon. Voici ce qu’il fit : après avoir tiré l’air d’un récipient de la Machine pneumatique, il Iuta à un robinet un canon de fufil, dont il mit l’autre extrémité dans un feu de charbons ardens, &il remplit parce moyen le récipient d’un air qui avoir pallé à travers ce feu. Il me dit avoir tué avec cet air une fouris & d’autres animaux qu’il avoir mis dans le récipient , aiiffi promptement qu’ils meurent ordinairement dans des vapeurs ou exhalaifons des Mines. Je demande, comment peut - on rendre raifon de ceci, fans fuppofer le feu de cet air éteint puchalTé d’un autre côté !
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- »b r’ift Ec-rxrcrr**'.. tf
- Je crois r Monfieur , m’être affez: expliqué fur ce que j’entends par l’E-iément du feu & fut les fondions que je crois- devoir lui attribuer. J'efo layerai maintenant à rendre raifon
- 1. Pourquoi, après avoir éleûrife un corps éleârique il en fort du feu au point d’allumer différences fortes de compofitions!
- 2. Pourquoi un tube de verte étant rendu éleétrique par le frottement attire & repoufle alternativement des corps légers, comme des fragmens de fouilles d’or, des plumes &c. St d'on vient qu’on fent comme forcir du tube un certain foufle & un petic bruit de craquement lorlqu’on l’approche de la joue & de l’oreille ?
- 3. D’où vient, que lorfqu’un corps non-éleârifé touche un autre corps qui l’eft, l’eleétricité fe rompt bruf-quement avec une forte expfofionés en jettant une aigrette de feu ?
- 4. D’ou vient, que plufieurs: hommes fe tenant joincs enfemble par le moyen de quelque corps métallique „ &c. fi un d’entr’eux touche un morceau de fer eleârifé,,toute la compa—
- B-ijv
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- 10 E S S A ï SUR IA CAUSE gn;e fent au même inftant une feeouflè plus ou moins forte ; fuivant l’étendue du corps éleétrifé.
- Je commence par expliquer la caulè pourquoi un corps cleéirifé met le feu a l’alcohol ou efprit de vin reâifié, & à nombre d’autres compofitions de liqueurs.
- Ayant prouvé , à ce qu’il me fem-ble, que la caufe de l’éleétricité vient du feu univerfel répandu par tout l’U-nivets & violemment frotté dans ces expériences à fon partage entre le globe de verre & le couffin ,&c. je tâcherai de prouverauffi:
- Que ce feu parte de l’endroit où
- 11 a été frotté, au corps qu’on élec-trift, dans un état de convergence & de divergence, de même que les rayons de la lumière partent en convergent & en divergent à travers les .verres optiques.
- Que tous les corps éleétriles font renfermés dans une efpéce de capfule ou ënvelope de cette matière électrique ou flàme légère,qui non feulement les entoure en dehors de l’épaiflèur d’environ un demi pouce, mais qui
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- dï l’EiectB-Icite’. il pénétre même toutes les parties & particules de la matière dont ces corps font compofés ; ce qui doit fe faire dans un volume , quelque grand qu’il foit, avec autant de rapidité que dans un autre qui n’a qu'un pouce de diamètre. Et enfin,
- Que le corps éleârifé eft comme hermétiquement fermé dans fon en-velope à chaque extrémité.
- Pour faire voir la convergence & divergence de ce feu , fi , lorfqu’il s’agit d’éleéfrifer un canon de fufil ou une barre de fer fufpendue dans des cordons de foye, on applique un bout de fil d’archal aux globes de verre pendant qu’ils font en mouvement, on en voit fouir le feu en forme de flame legere qui s’unit à un point, & qui de là part en divergent, jufqu’à ce que le canon de fufil foit éledluifé.
- Si dans ces expériences on fe fort d’un canon de fufil préférablement à d’autres corps, ce n’eft pas qu’il y ait des raifons déterminantes pour la figure de cet inftrument. Je crois que c’eft plutôt I’occafion du plus grand effet de l’éleélricité ; qu’on a fenti d’un
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- 5* Essai svk va cïirsï pareil canon de fufil dans les Pays etrangers ; &, fi l'on continue de s’en? lèrvir , c’eft parce que fous une forme très-propre à être fuipendue dans-des cordons, il contient une malfe de fer très-confidérable. Cependant, fi l’on fufpend de la même maniéré un homme qui tienne une épée dans là main, on verra partir de l’épée une pareille flâme legere, convergente 8c divergente, comme dans le cas du canon de fufil.
- Je prouve encore la convergence’ & divergence de ce feu, par une jolie expérience qui m’a été rapportée, & que voici : on fufpend un globe de 1er à un fil d’archal qui defeend dii canon de fufil éleâtifé,& l’on tient fous ce globe une affiette ou fauciére, avec' quelques petites fphéres legeres de verre, qu’on y approche jufqu’à ce qu’elles? touchent le tourbillon éleârique. (Enverra alors les petites fphéres dé verre faire le tour de la fauciére, en courant les unes après les autres, & fi cette expérience fe fait dans un endroit ob-icur , on obfervera une petite flâme bleue à chaque extrémité de ces petites fphéres de verre.
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- DE l’ElECTKICITF.’. îf
- Comme l’art de l’homme fait en-taflèr dans ces expériences plus de feu-que l’Auteur de la nature n’en a mis en ces endroits, & qu’en vertu de là cohéfion naturelle, il fuit le mouvement fpiral & rapide des globes ; iln’elï pas étonnant , qu’au lieu d’agir doucement & de ne faire que du bien, il brufque & ravage tout ce qu’il rencontre dans fcn chemin, en brifant, avec toute la force que lui donne cette accumulation & ce mouvement extraordinaire , les liens qui le tenoient tfans un état gêné;
- Il n’eft pas non plus étonnant devoir tous les corps, qui font dans leur état naturel, s eleétrifer aulïï-tôt qu’ils s’approchent d’un corps éleélrifé. Il n’eft pas poffible que cela arrive autrement. Un homme placé fur le plancher , voulant coucher ce corps éleétrifé , en touchera l’envelope électrique , avant de toucher le corps même, & à cet inftant ce feu fe jettera à travers ion corps dans le plancher , avec autant de rapidité que la; foudre, & fe diffipera de là, en rentrant dans la mafle du feu univeifel, dont il avoir été tiré.
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- z4 Essai sür t a c Ausi
- On peut en certaine façon expliquer l’aCtion de la foudre par telle de l'éleCtricité. J’avoue que je ne comprends pas fi bien la caufe qui amalïe le feu de la foudre naturelle , que je fuis en état de rendre rai Ion de la coa-fervation du feu électrique. Mais en fuppofant ce feu célefte amafle par des caufès quelconques, 8c envelopé peut être & retenu dans cet état gêné par quelqifautre caufe , il fe décharge à la fin avec explofion que nous appelions tonnere. Quant à l’éclair ou à la foudre même, je me crois difpenle de la décrire, parce que c’eft précifé-ment la même chofe que l'éleCtricité. L’une 8c l’autre font capables de tuer fans blelfer, 8c de palier à travers toutes choies.
- U ne fera plus difficile maintenant de concevoir la caufe qui met le feu à l’efpiit de vin 8c à d’autres compo-fitions femblables, en fuppofant que ce que j*ai dit de la maniéré dont le feu éleétrique s’amalïe 8c agit, foit véritable. Dans un endroit obfcur , on voit la flâme fortir du bout du doigt d’un homn.e éleétrifé, ou de la pointe d’une
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- DE l’El ECTHICTTï’. If d’une épée qu’il tient dans fa main , étant fufpendu comme il a été dit ci-deffus. Ainfi je n’y trouve rien détonnant , que l’efprit de vin ou tout autre corps inflammable en foit allumé.
- Je dois expliquer en fécond lieu , pourquoi un tube de verre rendu électrique par le frottement de la main, repoufle.des fragmens de feuilles d’or, des petites plumes & d’autres petits corps , Si pourquoi ces corps apres avoir touché quelqu’autrc corps moins cleétiifé, s’en reviennent au tube , Sc continuent d’en être alternativement attirés & repoufles. En effet, fl ce que fai dit jufqu’à préfent fè trouve conforme à la vérité, je ne fçaurois trouver rien d’extraordinaire dans ce Phénomène : car auflhôt que ce petit morceau de feuille d’or touche le tube , il devient éleârique autant qu’il peut l’être, Si au moment qu’il touche quelqu’autre corps il lui communique toute l’éle&ricité qu’il avoir reçue , & ayant par - là repris fon premier état, il eft de nouveau attiré du tube & repouflé par la même
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- %6 Essai ctha cabie raifon que la première fois, & ainlî du refte.
- Mais on pourrait me demander quelle efl la caufe de cette faculté attraftive & répulfiveî Je réponds, ,que c’eft l’attraftion réciproque des particules de feu. Toute la nature efl: animée par ce feu, & toutes les chofes créées en ont à proportion & conformément au but, pour lequet elles ont été faites. Or comme l’éleârîcité provient d’un en-taiTement extraordinaire & violent de feu Sc de force, je conçois certaines particules qui s’échapent de tous côtés de cette conglomération, comme il s’en échappe de la flame d’une chandelle ou de tout autre amas de feu. Ces particules en s’étendant jufqu’à d’autres corps touchent le feu renfermé dans ceux-ci & l’en-levent par une attraélion réciproque ; à peu près comme la flame fuit par Tattraâion la fumée d’une chandelle éteinte dans le moment pour la r’allu-jner.
- Il y a un Proverbe généralement fftonu, qui dit que partout où il y a
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- B E- Ü Et ÏCTH.ÎCITÏ*. 2 *7 le la fumée il faut qu’il y ait àuflî lu feu, 8c je crois de même qu’il ne peut y avoir de chaleur foie dans les animaux ou partout ailleurs, fans qu’elle vienne de ce feu élémentaire, dont j’ai fi fouvent parlé. Repréfen* tez-vous la flame d’une chandelle cir-confcrite & limitée dans fa forme, qui efl principalement accommodée à la mèche, vous comprendrez par-là ce que j’entends par la capfule ou enveloppe , dont je fuppofe revêtu tout corps éleétrifé , & que je conçois comme une firme legere plus ou moins épaiffé, félon qu’il s’eft amaflé plus ou moins de feu parle frottement du globe ou tube de verre. En regardant la flame d’une chandelle on s’arrête communément à ce qu’on voit, fans examiner fi ce feu s’étend plus loin que les limites vifibles dé la flame j-mais en y faifant refléxion il efl: aifé à comprendre que cette flame efl: capable d’échaufer d’autres corps à une diftan-ce confïdérable, & même au point d’y mettre à la fin le feu j & quoique votre doigt ne foit brûlé qu’en touchant immédiatement la flame, vous Cij
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- zS Essai (tta. tA casse fentez néanmoins à une certaine distance les émanations de feu & de chaleur, Je fais l'application de tout çeçi au feu caufé par Féleârricité ,
- Erinci paiement pour rendre raifon de l faculté attraâive qu’on obferve dans ces expériences. Tant que vous ne touchez pas cette capfule de flame legere, qui enveloppe le corps élec-trifé de l’épailTeur d’environ un demi pouce, vous n’entrez pas dans le tourbillon de feu. Cependant vous devez être perfuadé , que ce tourbillon envoyé dehors de ces émanations de feu, qui Portent généralement de toutes fiâmes quelconques, & qu’après avoir préparé d’abord par la chaleur, que je regarde comme partie du tourbillon, des corps légers pour devenir éleétriques, il les engloutit & les élec-ttife par-là un inftant après. Ainfi la caufe, par laquelle les feuilles d’or & d’autres corps légers, qui, comme je l’ai remarqué, contiennent anfii une portion de ce feu, font attirés vers le corps électrique, n’eft autre que l'action de ces émanations, qui s’.échapent de côté, & qui en élevant
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- ï>e l’Electricite’. 19 avec elles ces Corps les partent à un plus intime contaéfc, où après avoir reçu l’éle&ricité, dont ils font fuf-ceptibles, ils ne font plus en état d’être attirés, & ne le redeviennent que quand ils ont communiqué leur vertu acquifè aux corps environnant.
- Je dirai ici un mot de la rapidité de ce feu , par laquelle il caufe en paffant à travers les pores du tube de verre ces différens bruits de fiffle-ment, qu’on entend enaproehant le tube de l’oreille. Ces bruits font différemment modifiés félon la différente ftruéture des pores, par où J’éleétricité pafie 9 à peu près comme le font les ions dans les tuyaux des orgues par la différente modification de l’air.
- Quant au foufïe, qui fe fait fentir en même temps, je crois qu’il vient des parties écartées de la force électrique y qui en badinant à une certaine diftance autour du tube donnent une legere agitation à l’air environnant, & font naître une efpéce de vent fèmblable à celui qu^on excite avec un éventail.
- C ii j
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- £o Essai su*. 1 a cause Je viens au troifiéme point, qui eft d’expliquer pourquoi la force électrique en paflànt d’un corps à l’autre fait une explofion, frappe un coup violent & jette une aigrette de feu , qui allume toute forte de liqueurs inflammables ?
- blés, que ce feu s’uniffant dans point après être forti du corps éleétri-lé, il ne doit pas paroître étonnant , que ces matières , qui à l’aveu de tout le monde font remplies de feu, unifient en ce point d’incidence leur feu avec celui de l’éltâricité.
- Quant au bruit, qui accompagne le départ de ce feu, nous fçavons que tous les fons ou bruits ne font caufés que par la différente modification de l'air,-& je fuis fort porté à comparer la caufe de celui-ci à celle du claquement d’un fouet & de concevoir dans l’un& l’autre cas la continuité de l’air brufquement rompue comme la véritable caufe de ces bruits, qui d’ailleurs fe reflemblent affez.
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- m i’Electb.icite’. 31 Je dois en dernier lieu rendre rai-fon, d’où vient que plufieurs hommes non éleârifés en fe joignant moyennant un fil d'archal reçoivent tous une violente fecouiïe dans leurs corps, lorfqu’un d’entr’eux touche un morceau de fer éledtrifé î je crois, qu’on pourroit porter cette expérience au point de tuer un homme de la même maniéré que nous en voyons mourir d’un coup de tonnére, d’autant plus qu’on eft déjà parvenu à tuer des oifeaux & d’autres animaux & d’eftropier plufieurs perfonnes. Il fauc remarquer ici, qu’on peut électrifier une quantité de fer quelque énorme qu’elle fort auffi efficacement qu’un petit morceau, & que 'toute cette force du coup, qui frape l’homme , & qui non-feulement en affeéte la furface, mais qui pénétre intimement les pores & toutes les parties de fon corps, ne part, comme le fait de même la foudre, que d’un fèuî-point, qui eft celui, où le corps électrifié eft touché. Ainfi nous devons* dire : fi cette efipéce de repercuflïon, qui va prefqu’à l’infini, eft fi confi--G iiij
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- )i Essai sük. là causi dérable, n’étant excitée qu’à un feul point d’un corps auffi grand & au(G folide , que ne la feroit-elle, fi ce corps agiffoit avec toute fon éten- . due î
- Après avoir expofé ce que je penfe au nijet des caufes de l’éleélricité & rendu raifon, autant que mes con-noiflànces le permettent, de tous les phénomènes , qu’on a obfervés juf-qu’à préfent , je crois qu’il ne fera pas hors de propos de pouflèr mes conjeétures plus loin & d’envifager la force éleârique dans ce point de vue, fous lequel elle fe préfente dans la nature. Les Anciens ont fup. pofé de tout temps une forcej com-pulfive, qu’ils appelloient l'Ami du Mande, 8c qui, félon ce que nous en aprennent les expériences d’électricité, femble être le feu. En failànt attention à la manière, dont ce feu paroît diftribué par tout l’Univers, nous découvrons, par exemple, pat la vigueur extraordinaire que nous obfervons dans certaines Plantes , qu’il y en a qui renferment en elles une quantité beaucoup plus confidé<-
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- »ï l’EifienreiTi', rable de ce feu que certaines autres quoique de la même ci a lie. Je crois même pouvoir rendre raifon par-là d’un phénomène fingulier, qui a tourmenté jufqu’à prélent tous les Natu-raliftes : c’eft cet abaiflement ou rétré-ciflement de la Plante finfiàve, qui d’un écat plein de vigueur & d’une apparence riante tombe tout d’un coup dans un état de langueur & baiife fes feuilles, auffitôt que quelqu’autre corps la touche.
- En fuivant toujours mes conjeélu-res fur l’éleétricité, je fuppofe, que toutes les chofes naturelles renferment en elles une portion égale de ce feu difperfé partout, à cela près qu’elles en ont plus ou moins, félon qu’elles fe trouvent dans des endroits , qui leur en font prendre une plus grande ou plus petite quantité, ou félon que par leur nature même elles en font plus où moins fufceptibles. Je fuppole en conféquence, que la plante fenfitive demande plus de ce feu que toute autre plante ou chofe naturelle, & je conçois alors, que, lorfque quelqu’autre corps la touche, elle doit
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- E SSA I SUR LA CAUSE lui communiquer une grande partie de fon feu , parce que par la fuppofi-tion même ce corps en avoir beau-' coup moins que la plante. Ainfi il efl: naturel , qu’après avoir perdu une portion de fon feu, qui eft fa vie , elle tombe malade & que dans fon état de langueur elle abaifle fes feu’l-Jës & branches , julqu’à ce qu’elle ait eu le temps de recouvrer fa vigueur en retirant du nouveau feu de fairjqui l’environne.
- Mettez,, par exemple , un petit fàule ou autre arbre dans un pot fur un gâteau de refine, 8c éleéfcrifez l’arbre. Vous ferez étonné de voir là vigueur, que cet arbre éleétrifé prendra fur le champ, en enflant,; pour ainfi dire, 8c en dreffant fes feuilles. Mais au moment que vous-le touchez, quand ce ne feroit que par une feule feuille, vous verrez tout l’arbre tomber en langueur pré-cifément comme la plante fenfitive. Je crois qu’on ne fçauroit donner une preuve plus forte de la Théorie, que je viens devancer de cette même plante.
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- »r i^ErictxrciTtV jf
- Etant fur le fujet de la végétation des plantes, je dirai ici un mot en paflantde la farine fécondante ,.qu’on trouve dans les plantes & dans les fleurs & de fà direâion vers leurs matrices ou vers celles des plantes & fleurs voilînes.
- En effet, s’il n’y avoir pas quel-qu’influence attraéiive , qui guidât cette farine, il n’arriveroit que très, rarement, que le hazard fe joignît avec la matrice. Mais fi au contraire on fuppofe dans la matrice aufiî bien que dans la farine une plus grande quantité de feu qu’il n’y a dans les autres parties de la plante ou fleur , on eft en état de rendre raifirn de cette copulation merveilleufe , qui ceffera d’être un myftere, comme elle l’a été jufqu’à prefènt : car en ce cas Pattraftion naturelle, qu’on fiip-pofe excitée en elle par le fèu qu’elles contiennent, les joindra & continuera à les tenir jointes,comme nous voyons qu’élles le font-dàns leur faifon.
- Ayant vû les .effets de l’éleétricité fur la végétation des plantes, je paffe maintenant à les confidérer autant
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- 36 Essai svn i-A c'av»x qu’ils peuvent influer fut la vie animale.
- Nous voyons généralement , que la jeunette a beaucoup plus de ce que nous appelions feu & vivacité que la vieillerie: c’eft une obfervation que nous fai Tons tous les jours dans les bêtes brutes aufli bien que dans le genre humain. Or, fl la vie animale doit être rapportée à la même caufe que le feu d’éleéfericité , il ne fera plus difficile à concevoir la raifon du danger qu’il y a de faire coucher de vieilles gens avec des enfans : car comme un vieux corps contient beaucoup moins de ce feu qu’un jeune ? il n’eft pas étonnant, qu’il en attire de celui-ci, qui par-là perd (à force naturelle & tombe dans un état de langueur, comme l’expérience l’a prouvé de tout temps dans les enfans.
- Puifqu’il s’agit de faire voir les mauvais effets aufli bien que les bons de ce feu, que je fuppofe ici * je vais rendre raifon de la maniéré , donc je crois qu’il caufe fouvent des rhumatifmes aux hommes & la nielle aux arbres.
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- BB t’ËtÉCTB.ÏCITl’. IJ
- J'ai parlé ci-deflus des globes de feu qu’on avoit vû rouler fur les montagnes dans la tempête, à quoi j’ajouterai ici, que j’ai appris de bon» ne part, qu’on voit fouvent fur mer dans les tempêtes des globes énormes de feu, qui traverfent l’air & d’autres qui femblent rouler fur l’eauj J’ai remarqué moi-même, que l’eau de la mer étant brufquement fendue
- Er les rames ou par le tranchant d’un teau femble jetter pendant la nuit quantité de feu, & j’ai feu par les Marins, que ce phénomène s’obfer-fervoitle plus fouvent après les grandes tempêtes.
- Tout ceci, je crois, prouve évidemment l’exiftence de ce feu dans l’air, & fi l’on veut faire attention à Ce que j’ai dit touchant fa force 8c l’ufage , auquel il eft deftiné en ce inonde , on comprendra aifément, qu’il doit s’introduire avec force par tout ou il y en a en moindre quantité, comme on l’obferve en effet dans les expériences d’éleâriçité.
- En fuppofant, par exemple , quelqu’un affis, comme il n’arriye que
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- trop fou vent, près d’une porte ou fenêtre ouverte, pendant qu’il a chaud 8c ciue la tranfpiration tient les pores ouverts , n’eft-il pas naturel , pour peu qu’il y ait la moindre vraiîèm-blance en ce que je viens d’avancer touchant la maniéré d’agir de ce feu, qu’il s’introduit dans ce corps expofé en fon chemind’aucant plus qu’il y eft amené par le courant de l’air qui tombe fur ce corps ? du moins il faut être perluadé, que ces accumulations de feu, quoiqu’imperceptibles aux yeux, pendant le jour, s’y trouvent aulïi fréquentes que pendant la nuit, lorfqu’elles deviennent vifibles. f Pour Tendre la choie plus claire 8c pour faire mieux fentir le tort qu’on a de s’expofer à la difcrétiou de l’air, je vais examiner en deux mots l’état naturel de l’air même.
- Plufieurs Auteurs, qui ont écrit fur ce Fluide , le divifent en deux fortes. La première, félon eux, eft le pur Ether, qu’ils placent au-delfus de notre Atmofphére. L’autre eft l’air commun tel qu’il nous environne dans l’Atmofphére même. J’avoue vo-
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- DI i’Exectriche’; lontiers que je n’ai jamais pu m’accommoder avec ces effets qu’on attribue au poids énorme de notre At-mofphére, pour expliquer l’aétion des Pompes, Siphons &c. Il me femble, s’il falloir rendre raiion des effets de ces mach'nes auili bien que du Baromètre , qu’au lieu d’avoir recours à un calcul de la pefanteur de l’air je pourrais expliquer la chofe plus aifé-ment & plus naturellement par Ion élafticité.
- Malgré ce qu’on peut nous dire touchant l’Ether diftingué de notre Atmofphére , je (erois plutôt porté à croire, que notre air même eft un Elément auffi bien que le feu ; & qu’en tout ceci il n’y a d’autre différence que celle d’un air pefant, fale & chargé d’exhalaifons & de pourriture, comme l’eft celui que nous habitons, à un air leger, pur, & par conféquent plus élaftique, tel qu’il eft fur le hauC des montagnes.
- On pourra fe convaincre de la réalité de cette diftinétion par une expérience fort fimple. Rempliffez «ne velfie de cet air pur, & chargea
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- r4o Essai son la cavsz la d'un poids fuffifanr à la comprimer juiqu'à un certain degré. Vous verrez, qu’elle cédera beaucoup plus
- r: l’élafticité de cet air fubtil, que vous la rempliflez d’un autre air chargé d’exhalaifons & de particules aqueufes.
- Ces exhalaifons fouvent venimeu-fes, comme provenant de toute forte de Minéraux, de Sels , d’ïnfeûes & d'Animaux morts, caufent vraifem-blablement dans l’Automne ces fièvres aigues & putrides , fi fréquentes dans cette faifon.
- Il n’eft pas non plus étonnant , qu’un air chargé de vapeurs & d'ex-halaifons de cette efpéce , en s’intro-duifant, à la faveur de ce feu accumulé dont j'ai parlé , dans quelque membre de notre corps, y caufe des rhu-matifmes ou d’autres accidens fem-blables, fur tout dansdes (âifonsoùl’on n’eft pas accoutumé à fe garantit contre les injures du tems.
- Je me fouviens qu’un de mes amis, allant en Campagne dans une chaife ouverte, par un vent d’Eft, reçut fur .une de fes épaules un coup fi douloureux
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- dï t’Elictri cite’. 41 reux & qui lui fit la même fenfatioiT que fi on lui avoit donné en cet endroit un coup de poignard. Il dit auffr tôt à celui qui étoit à côté de lui dans la chaife, qu’il s’attendoit de ce coup à un gros rhumatifme , 8c en effet il ne s’étoit pas trompé, puifqu’il fut obligé de garder le lit pendant trois femaines. Je crois qu’on ne fçauroit mieux expliquer la caufe Je cet accident , qu’en fuppofànt une maflè pointue de ce feu, accompagné d’un air chargé d’exhalaifons, qui s’étant iis. ttoduite dans la partie-affligée y caufa ce defordre.
- En confidérant l’air dans cet état violent & corrompu, je me crois dif-penfé de m’étendre beaucoup fur ce qui peut caufer là nielle aux arbres, ïl eft vrai que dans l’explication de ce phénomène , on doit avoir égard.; aux lnfeâes qu’on trouve ordinairement dans les feuilles qui ont été roulées par la nielle j cependant je n’entreprendrai point de décider ici, fi ces lnfeâes viennent s’y loger d’aprcs coup comme dans leurs nids convenables, ou s’ils y font amenés par ce;
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- 4t Essai sxjk i a caïsj feu même , qui, quoiqu’il en foir„ femble véritablement brûler les feuilles.
- Je fuis „ &c.
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- ‘EircTMeiTi’.
- 4 y
- SUPPLEMENT..
- A réception favorable dont le
- I j Public a honoré ce petit Traité,-m’a déterminé à en donner une nouvelle édition. Je ne me fens que trop bien récompenfé de mes peines, par l’aveu qne pltifieurs perfonnes m’ont fait, d’y avoir trouvé des idées neuves & fort fatisfâilàntes fur un fujet auffi inconnu que l’eft celui de TEleéhi-cité.
- Cependant , comme il eft difficile d’accorder les idées de tout le monde, j’apprens de même , que certaines perfonnes trouvent à redire à plufieurs endroits de mon Ouvrage , & l’on me fait des objeétions fur certaines chofes qu’on prétend que je n’ai pas bien comprifes. Sans vouloir perdre mon tems avec ceux, qui par la maniéré indécente dont ils m’attaquent, fe rendent, par jlà même , indignes de ma réponfe, je me crois obligé de fatisfaire aux objeétions des perfon-rv îi
- Di)
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- 44 EssXi sü*.iï cAtm
- nés refpeétables, qui m’honorent en me communiquant leurs doutes.
- La première objeétion qu’on me fait, eft fur ce que je- donne le nom de non-électricable ou de non-éleétri-que, à la foye , à la cire, &c. qui ne tranfmettent pas la force cleârique à d’autres corps ; pendant que d’autres Auteurs appellent ces corps électriques per fi.
- On m’objeâre en fécond lieu, que tout ce que fai avancé pour prouver, que la force éleétrique ne vient pas de la machine ni des verres qu’on frotte, femble avoir été renverle par une nouvelle Expérience faite depuis la publication de mon Ouvrage, qur eft qu’en mettant la Machine à-Electricité & les perfonnes qui ont part à l’Expérience fur de la cire , là force éleârique s’eu trouve par-là- interceptée.
- On dit en troifiéme lieu, qu’une aaflî groiïe malle de fer, que j’ai fuppofé éleétrifée, étant touchée d’un homme non-éleélrifé, ne produit pas lùr lui un plus grand effet, qu’Une maffe beaucoup plus petite.
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- vt i’EiECTRICITE'. 4f Pour répondre à la première objection , je Crois, que le terme S Électrique per fe n’eft propre à aucune des matières, que nous connoillons juf-qu’àpréfent, ni ne le fera jamais „ à moins que nous en trouvions qui attire quelqu’autre corps par elle-même & dans fon état naturel, comme nous voyons, par exemple.que l’Ai-man fait étant porté près du fer : car l’ambre même non frotté , quoiqu’il touche immédiatement de petits morceaux de paille, ou d’autres corps légers , ne dorme aucun ligne d’éleéhi-cîté, & il eft vifible,qu’il n’acquiert cette vertu que par le frottement. Il me femble en effet, que l’expreflion &’Electrique per fe , Si fon ufage tiennent un peu de ces termes dé qualités occultes des Anciens.
- Comme le mot d’Eledricité vient de TEledre, ou Ambre , il eft inutile de chercher des exemples dans d’autres matières, & m’étant affez étendu dans mon Traité fur les caulès, pourquoi certains corps font non éleâri-cables, je me crois difpenfé dé lès répéter ici. Mais il me refte à éclaircir
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- 4? Essai stt*. ia eAtrst nn endroit, où je crois n’avoir pas été bien entendu : c’eft lorfque je dïs, que file feu eftla caufe de la vie & de i’accroiflèment de tout cequi fait' partie du cours de la nature, tout ce qui celle d’être dans cet état de vie & d’accroilïèment, doit par la même ' raifon être privé de fon feu & devenir un Caput mortuum. Ceci, me dit--on , ne s’accorde pas avec la vérité , parce qu’on peut éleârifer un animal quoique mort.
- Mais, pour mieur comprendre mon ’ idée, il faut confiderer , que cet animal , quoique mort , a eu pendant qu’il étoit vivant fon accroiffement du feu en queftion. Les planches mêmes , quoique lèches, renferment du feu en elles, parce que le feu, qui faifoit l’accroiflèment de l’arbre, dont elles ont été fciées , doit naturellement y reflet ; & l’on doit dite la même choie d’un animal mort. Il n’en eft pas de même à l’égard dé la cire, de la poix , réline & de tout le genre, des corps non-éleâricables , qui n’ont jamais eu d’exiftence, pour ainfi dire, immédiatement dépendantes de la nae
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- »E l’E lECTRI C I Te’. 47 ture , & qui par confisquent font d'une efpéce toute différente. Ainfi je crois ne pas me tromper en difant, qu’il n’y a que les corps, qui ont contenu-' autrefois du feu , qui puiffent être éleârifés : car quant à ceux qu’on appelle Electriques per fe , & qui n’ont, point de feu renfermé en eux , fi par le moyen du frottement on en amafle fur leurs furfaces, ce feu s’en difper-fe en l’air oufetranfmet de là dans quelqu’autre corps éleéfricable , 8c rejoint par ce moyen celui à qui il appartient naturellement.
- La cire d’Efpagne eft un compofé de chofes non-éleétricables & étant frottée elle attire des corps légers, comme fait l’ambre &c ; & je crois que tous les corps, qui ne s’imbibent pas naturellement de feu , s’il s’en amaflè par lé frottement fur leurs futfaces , le tranfmettent aux corps voifins. La refine & la poix ont trop de ténacité pour faire aifément voir ce phénomène, mais par leur nature même elles n’en ont pas moins la difpolîtion.
- On peut inventer tant d’expérien-
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- '48 Essai sur i a causs ces artificielles avec la vertu éleéfrf-que & loi faire jouer tant de tours diffèrens, pour préfenter ce qu’on veut à des yeux qu’on veut tromper. Ain-fi, fi, par exemple ,• vous humeétez un cardon de foye, l'eau étant élec-tricable, la vertu pénétre dans le cordon ; mais ce n'eft que parce que ce cordon retient l’eau & qu’il en elt trempé. Certaines drogues de teinture , avec lefquelfes on teint la foye, fi elles font du régné végétal, tranfmettront cette vertu dans la foye par la contiguïté de la drogue, avec laquelle elle elt teinte. Qu’rl me foit donc permis de demander ici: quand eft-ce que nous verrons la fin de tant d’expériences»
- J’ofe dire, qu’il elt dommage,. c[a’on ait donné le nom d’Eleétricité à un Phénomène aufii merveilleux , qu’on doit regarder proprement conr-me le premier principe de la nature.’ Peut être n'auroir-on pas mal fait dé l’appeller Vivacité ; mais il elt trop tard maintenant de penfer à changer un nom, qui a été ea vogue depuis lr longtemps.
- J*
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- Je vais repondre à la fécondé ob-jeétion & je ne fais pas difficulté d’avouer , que je n’ai jamais fait moi-même ces expériences d'Eleéfricité , ayant toujours mieux aimé rationner fur les découvertes des aurres,que d’employer le temps, qui m’ell fort précieux , à des recherches fi pénibles. J’eftime infiniment ceux, qui veulent bien , en travaillant pour la caufe commune des Sciences, y facrifier leur temps & leurs peines, pour augmenter nos lumières ; mais je ne fais pas à beaucoup près tant de cas de ceux, qui font des expériences pour s’enrichir, & qui par conféquent font obligés de chercher toute lôrte d’inventions pour fe faire applaudir. Je me contente de pouvoir établir les principes & les loix des effets que nous voyons ; ce qu’ayant fait je laille vo'ontiers à ceux, qui ont beaucoup de tems à perdre , le plaîfir de divertir le Public par mille Jeux de Phyfique.
- Je reviens à la féconde Objeétion, où l’on croit que je me fuis trompé en difant, que la Machine & tout ce E
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- qui eu dépend n’eft pas la caufe de l’Eléâricite, mais qu’elle eft caüfïe par l’air qui environne la Machine., On dit,, pour renverfer ma propofi-tion, que fi l’on fait placer la Machine dé les perfonnes qui ont part à TTIxpcrien.ee, fur des corps;non-élec-tricables, Comme la cire , la refine, &c, on ne s’apperçoit d’aucune vertu éleârique ; mais qu’elle reprend toute, fa force , comme fi la Machine avoit été placée fur le plancher, aulli-tôc que quelqu’un des Aéieurs de l'Expérience touche le mur ou le plancher avec une canne ou autrement ; & c’eft de-là que quelques-uns prétendent conclure, que cette force ne vient uniquement que dû plancher. Mais il me femble qu’il n’y a rien de fi impropre que cette façon de s'exprimera car pour vouloir tirer cette force du mur ou du plancher, il faut fuppo-fer auparavant qu’elle y exifre. Or, il n’y a que l’air qui puilfe l’y avoir amenée. Ainfi , ce que je n’ai fait, que conjeéturer dans mon Traité , me paroît maintenant prouvé par cette-objcâion même, qui ne dit autre cho-
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- Ï>E l’ELÏCf RitlTE*. yl fe que ma propofition , c’eft à dire , que l’Electricité n’eft pas catifée pat la Machine & lès dépendances, mais qu’elle eft amaffée uniquement de l’ait qui l’environne.
- On m’objeéte en dernier lieu qu’une groffe maffe de fer éleétrifé lie fait, pas plus d’effet qu’une petite ; à quoi je réponds, que je n’ai avancé à cet égard dans mou Effai, que ce qui m’a paru le plus 'vraifembla-ble j &, comme j’avoue eridoiro n’avoir jamais fait moi-même ces expériences , je dois après toùt m’en rapporter à ceux qui prétendent les avoir faites. Mais ce qui me pàtoît-certain, c’eft que fi l’on petit e'mfJ^yer trop de fer pour y excirèr un certain degré de force , qui faflhé fon explofion fur un animal, on en peut de même employer trop peu ^ ce qui fera caufe que cette force ne fera pas tout fon effet. Le tems nous apprendra par la fuite, s’il ne fera pas pofiible d’en amafier une quantité fuftifante pour tuer un homme, puifque , fans aller plus loin # on m’a parlé encore hier d’une per-fonne demeurante dans la rue du E ij
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- j i Essai sur i a cause de i’Eeic. Strand, qui eft actuellement conva-lefcente d’une paralyfie, dans laquelle elle avoir perdu la parole & l’ufage de fes fens, & qu’elle s’étoit attirée par une explofion de cette force élec-, trique.
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- ESSAI
- SUR
- L’ELECTRICITÉ.
- CONTENANT
- Des recherches sur sa NATURE, ses CAUSES et PROPRIETES, ponde’es sur la
- THÉO RI E DU MOUVEMENT DE Fibration, de la Lumière, et du Feu de
- M. NEWTON,
- Et fur Us Phénomènes expofés dans XUI Expériences capitales, AVEC
- Quelques Observations , qui ont rapport à l’Utilité’ de la vertu Electrique,
- Traduit de l'Anglois
- D E
- M. B E H J. Martin, Lecteur de Phyjique,-
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- ESSAI
- SUR
- L’ELECTRICITÉ.
- ES Expériences aulïïiîn-1 gulieres qu’étonnantes, que nous faifons depuis quelque tems fur PElec-...—— tricité,oncextrémemenc interellé la curiofité du Public , qui attend avec impatience de nous une explication raifonnable de ces nouveaux Phénomènes, de leurs caufes , & de l’utilité qui en peut revenir au Genre humain.
- Pour ce qui regatde la caufe & la manière d’expliquer les effets furpté-nans de cette vertu, on a vû paroî-tre plufieurs hypothéfes , par leC. quelles certains Auteurs ont tâché de fatisfaire à l'une & à l’autre de ces E iiij
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- Queftions. Mais, à bien examiner la chofe, la plupart de ces hypothéfes reflèmblent à des productions d’une imagination fertile en nouveautés & -paradoxes , plutôt qu’à des raifonne-mens fuivis & fondés fiir une iaine Philofophie, & les principes , fut lef-quels ces Auteurs fe fondent , pa-roiflènt plus embaraffans & plus mifté-rieux que les eau Tes & les propriétés mêmes de l’Electricité, qu’ils doivent expliquer. En effet, il ei furprenant devoir, comme les Phyfîcîens de nos jours fe débattent à ce fujet en cherchant des principes de leurs raifonne-mens dans toute forte de Philofo-phies , comme iî on n’avoit jamais lû ni entendu parler de celle de M. Newton.
- Quant à moi , j’ai été de tout 'tems très-perlùadé , que nous ne parviendrons jamais à la véritable caufe de l’Electricité , qu’en fuivant dans nos recherches la route, que ce grand homme nous a ouverte pour pénétrer les myftéres de la Nature , & je foutiens , que la nature, la caufe , les propriétés & les effets de la vertu
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- SUR l’&LEC TRICITe’. J7 éleétrique, ne peuvent être expliqués qu’uniquement par la Théorie de la Lumière & du Feu de M. Newton. C’eft ce que je vais d’abord prouver après avoir établi certaines propofitions , que voici :
- I. Nous trouvons par l’expérience, que les parties de tous les Corps étant agitées à un certain point , excitent en agillant fur le Corps animal une fenfationde chaleur.
- II. Cette agitation ou commotion intrînféque des parties peut être eau» fée dans les corps de différentes maniérés , comme par le frottement, par la pereuffion , la fermentation , le .mouvement vital, l’aéluon de la lu-.miere &c.
- . III. La mefure du degré de chaleur eft la chaleur même du corps animal, e’eftàdire, fi les parties de quelque Corps ont un mouvement plus fort que n’ont celles du Corps animal , comme, par exemple , la main, nous .difons que le Corps efi chaud; mais fi les parties du Corps ont moins de mouvement que celles de la main, nous jugeons pat-là, que le Corps eft
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- Essai
- froid; 8c enfin les mouvemens intrinfé-ques des parties du corps & de la main étant égaux, nous difons alors en tou* chant un tel Corps, qu’il n'eft ni froid ni chaud 5 ce qui fait voir, que les idées du chaud & dit froid ne font que comparatives & relatives à notre Machine animale.
- IV. Les parties du Corps étant agitées ou échauffées à un certain dé-gré , il en fort des particules fubtîies r ou des efpéceë découle mens . lui-fans , qui excitent en nous l’idée de la Lumière , . & que nous appelions coin, munément Particules de la Lumière„
- V. Les partiescTun Corps étant agitées avec tant de violence , que non feulement il en fort des particules lu-mineufes, mais que les Corps en deviennent lumineux eux-mêmes fans fumer, nous difons, que le Corps eft en feu , & lorfqu’il fume , nous donnons à cette fumée lumineufe le nom deflamme.
- VI. La force ou intenflté de l’aéfion dés Corps en feu, dépend tant de la
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- SUR i’Eeectrï cite’.
- Sc l’une & l’autre de ces conditions fe trouvant dans un dégté très-confidéra-ble, 1 eMomentum ou refultat de toute la force de la chaleur, devient alors infupportable Sc incompatible avec l’état d’ün Corps animal ou autre, Sc nous difons en ce cas, que le Corps truie.
- VII. Il y a plufieurs cas, où les parties peuvent avoir affez de viteflè pour paraître luHantes , fans être cependant affez denfes pour brûler.
- VIII. Les mouvemens, qui agitent les particules des Corps au point de lés échauffer & de les rendte luéfan-tes , font du genre des mouvemens de vibration ; & en ce cas, ces mouvemens & directions des particules deviennent uniformes , çonfonans SC harmonieux , Sc confpirent tous à produire les effets en queftion ; ce qui ne peut fe faire par des mouvemens confus & contraires de ces mêmes particules.
- C’eft par ces principes, que M'.. Newton explique d’une manière très-intelligible , quantité de Phénomènes merveilleux de la Nature , particu-
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- 6o ÈfsJLÏ
- liérement ceux qui ont du rapport au Phofphore & à l’Eleétricité, comme, par exemple , la lumière de l’eau de la mer dans une grande rempête, celle du mercure agité dans le vuide, celle du bois, de la- viande & du poifTon étant dans la putréfa&îon , du feu folet, des tas de bled, de foin &c. humides qui s’échauffent par la fermentation , la lueur de certains vers', infeétes, 8c yeux des animaux, caufée par les mouvemens vitaux , la lumière du Phofphore caufée par le frottement ou par l’aétion des particules acides de l'air, celle du fer battu fort rapidement jufqu’à ce qu’il foit devenu rouge,celles des particules fonduësd’a-cier.que la pierre à fufit en détache, celles des effieux caufée par la rotation rapide dès roues, & enfin celle qui fe , forme par le mélange de certains fluides, qui produit une grande chaleur , & même du feu & des exploitons.
- Mais il applique encore plus particuliérement fa Théorie aux effets de l’Eleétricité , qu’il explique par fes principes d’une manière générale. A'infî
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- sur l’Eieætricite’. Ci 11 nous dit , qu’un tube de verre étant frotté avec la main devient lumineux, & qu’il en fort une efpéce de vapeur éleârique , qui efl: dans une telle agitation , qu’elle rend même lumineufe le papier, le drap ou le doigt, avec le quel on touche le tube, & qui fe faitfentir au doigt, comme une efpéce de foufle.
- La Théorie du feu & de la lumière , que je viens d’établir efl:, fi je ne me trompe, prefque fuffifante pour refoudre tous les Phénomènes de l’Eleélri-cité, dont je vais faire ici le dénombrer ment.
- Phénomène I. Th V;rtu électrique confifte en une matière fubtile, qui émane de certaines efpéces de corps, lorfqu’on les frotte, & l’on appelle ces corps EleBriques per fe.
- Phénomène II. Il y a une autre efpéce de corps, dans lefquels on ne peut pas exciter cette même vertu, & qu’on
- ur cette raifon dps corps
- non-électriques.
- PhénomènelIL Cette vertu re poulie tous les corps légers pofés fur la furfa-ce du corps, dans lequel elle eft exci;
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- 6t Essai
- tée & qu’on appelle corps éleSriJe.
- Phénomène IV. Cette venu attire toute forte de corps légers, qui fe trouvent dans la fphére de fon aétivi-té, Sc les repoulfe enfuite du corps éleftrife.
- Phénomène V. Les petits corps légers ayant été repouffés du corps élec-trifé, cette vertu ne les y lailTe apro-cher qu’aptes qu’ils ont toUfché quel-qa’antre corps, & alors elle les attire de nouveau.
- Phénomène VI. Cette vertu agit efficacement fur tous les corps noii-éleétriques, mais elle eft arrêtée fut tous les corps éleétriques per fe.
- Phénomène VII. Cette vertu , étant excitée à un certain dégré, devient liimineufe & reluit dans un endroit obfcur comme une flame.
- Phénomène VIII. Elle fe jette hors du corps éleétrifé avec beaucoup de rapidité & accompagnée d’une forte explolîon.
- Phénom. IX. Le feu éleétrique fe condenfè au moment qu’il fait fon ex-plofion fur le corps non-éleélrique, & félon qu’il fe trouve en un degré
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- SUR i’Eibcimcite'. plus ou moins confidérable, il paroît d’un pourpre bleuâtre, ou jaune, ou blanc.
- Phénom. X. Cette vertu fe communique dans un inftant à une longueur quelconque de corps non-éleétriques.
- Phénom. XI. Elle allume toutes les exhalaifons ou fumées inflamables, & met par-là le feu aux corps, dont elles partent.
- Phénom. XIl. Toutes les propriétés & tous les effets de la vertu électrique parodient à peu-près les mêmes, quelle que foit la diftance du corps où elle a été excitée en premier lieu, en la faifant palier par tel nombre qu’on voudra de corps non-éleétriques placés entre deux.
- Voilà les principaux Phénomènes de l’Ele&ricité, dont je vais maintenant rendre raifon par les principes de la Théorie que je viens d’établir.
- Quant au premier Phénomène, nous ne pouvons pas douter de l’éxiftence d’une pareille matière fubtile dans la fubftance des corps, ni de leur émanation fous certaines circonftances , . puifqu’il eft aifé: de prouver l’une. 5c
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- $4 Essai
- l’autre aux feus par des expériences.’
- Cette matière fubtile fcmble tenir de la nature des corps élaftiques, Sc agit par des reciprocations de tre-mouflemens ou chocs caufés par le mouvement de vibration des parti, cules d’un corps rendu électrique par le frottement. Ainfi, comme le frot-tement eft néceflaire pour exciter dans les particules du corps ce mouvement de vibration, qui en fait émaner la matière électrique, il s’enfuit, que les corps dans lefquels le frottement n’excite pas cette vibration & mouvement uniforme de particules, ne peuvent devenir éleétriques, ni produire aucune électricité ; Cette in-; fufceptibilité d’une pareille vertu (èm-ble venir du defaut d’une élafticité naturelle dans les particules du corps. Ainfi le blanc d’œuf dans fon état naturel ou même réduit aune certaine con-fiftence par le moyen du feu eft un corps non-éleétrique ; mais lorfqu’il eft parfaitement fec & dur, il devient friable & jaune & aufli éleétrique que l’Ambre même.
- Il n'y a que le fuprême dégré d’élaf-ticiré
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- sur. l’EiE'Ctkicite’! 6f tfcité dans les corps, qui peut les rendre fufceptibles de ces vibrations , qui mettent la matière éleârique en: mouvement : car nous obfervons, que le blanc dobuf cuit & les colles fortes ,. quoiqu’ils foient extrêmement élaftiques étant refroidis, font néanmoins des corps abfolument non-élec-triques. L’acier trempé même, quel-qu’êlaftique qu’il loit, ne donne au. cun ligne d’éleétricicé. En un mot,. il n’y a que ce dégré d’élatére dans les corps, par lequel ils deviennent friables & calkns, commé*le font le verre, l’ambre, la refine, la poix, la cire &c. qui peut les rendre fufcepti-bles d’éleâricité.
- La matière éleftrique en fortant du corps éleéltifé entre dans tout corps léger non-éleéhique, qu’il rencontre en Ion chemin, & s’en étant emparée l’emporte avec elle du corps éledhifë dans la direélion, avec laquelle elle eft choquée ; & c’elt ce que nous appelions Force repulfive de l’Eleâri-cité. Ce corps léger s’étant imbibé tout-à-fais de la matière éleélri-que, celle-ci commence à former une
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- 6tî Essai
- nouvelle fphére d’aétivité ou de vf-. bration, donc les chocs fe font dans-une direction contraire à celle du corps éleétfk|ue; ce qui fait que le corps léger 1e tient partout hots de la fphére d’aétivirc du corps éleélrique, c’eft-à-dire, qu’il en eft conftamment repouffé, comme il eft aifé. de s’en convaincre par les expériences.
- De-là ii arrive , que deux-ou plu-fieurs Corps s’étant imprégnés en même temps de la même vertu fe re-pouffent; continuellement entr’eus-, comme nous, voyons, par exemple, que les petites plumes d’un duvet fe répouffent les unes les autres pendant tout le temps qu’on éleétrife le duvet.. Ea même chofs a lieu dans le Magné-tifme, puifque deux aiguilles, aimantées fur le même pôle d’un aiman , étant mifes fur l’eau ou fufpeuduës librement, en l’air fe repouffent de même.
- De-là il arrive encore, que la vertu éleftrique ne fe tranfmet point d’un corps électrifé à un autre qui eft électrique per fe: car quoiqu’un corps éleéhique ait befoin. de frottement.,.
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- S Ü R l’ElECTIkie t Tlf. ef pour élancer cette vertu en quantité'; nous devons néanmoins cônfitférer, que les particules de tous les corps éleétriques pir fi ont naturellement un certain mouvement de vibration par lequel ces corps élancent cette vertu quoique dans un très-petit dé-gré & prefqu’impercepcibtement. Chacun de ees corps a là propre fphére' d’aétiviré, & comme les chocs de chaque fphére vont dans des directions oppofées les unes aux autres, les aftions, qui en refultent, ne peuvent pas confpirer ni s’unir vers un même endroit, mais elles doivent néceïïaire-ment s’arrêter & fè détruire entr’elles. G’eftainfî, par exemple, que la ftame excitée à l’extrémité d’une barre de" fer éie&rifée fe retire à l’aproche d’une mèche ou allumette, & femble être repoufféê par l’aftion contraire du fouffre, dont celle-ci eft trempée, pendant qu’elle s’élance de bien plus loin-vers le doigt qu’on y aproche ,. en s’empreffant, pour ainlî dire, de l'atteindre & fe faifant fentir par une efpéce de foufle. Nous obfervons là naême chefc. d^ns fes corps tnagnéti-
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- «8 E s » a' *
- ques per fi , puifque deux aimans étant mis fur l’eau, chacun fur un morceau de licge ou fufpendus librement en l’air, enforte que les pôles amis fe joignent, fe repoulïent continuellement entr’eux. C’eft pour cela, que voulant tranfmettre la vertu électrique à une diftanee confidérable par le moyen de plufieurs corps non-électriques, nous fufpendons ces corps dans des cordons de foye bu nous les plaçons fur des gateaux de cire , de refîne Scc. qui font des corps électriques , pour empêcher par-là, que la vertu ne fe perde le long de ces corps.
- La vertu éleétrique fe trouvant dans cette période de (a vibration, par laquelle elle retourne chaque fois au corps éleétrifé, poulie avec force tous les corps légers quelle rencontre en fon chemin vers ce même corps, qui femble par-là les attirer; & c’eft ce que nous appelions la Force attractive de l’Eleétricité. On pourroit m’objecter ici, qu’en ce cas les corps électriques légers font aufli bien attirés que les corps non-éleétriques , que j’ai
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- S W B. l’:Ex EC T RI c ite'. •annoncé comme les feuls fufceptibles de l’aétion de cette vertu. Je conviens do fait ; mais il faut remarquer , que ces corps légers ne font pas éle&ri--fes en ce moment de leur attra&io» , & que la vibration ou aétion naturelle, qu’ils ont comme corps éle&ri-ques per fe, étant fort foible, fe trouve furmontée pat la vertu plus forte de l’Eledricité excitée, qui emporte les corps & les fait fuivre fa propre direélion. On pourrait encore me dire contre ce que j’ai avancé ci-deffus, que la vertu naturelle des cordons de foye paroît trop foible pour arrêter l’Eleéfcticité excitée, & pour empêcher qu’elle n’entre dans leur fubftance 8c 8c ne s’échape par-là plus loin : à quoi je réponds, qu’il fe trouve naturellement dans la foye une fphére d’aétivi-té ou de vibration, au Lieu que dans la vertu d’un corps éteétrifé par communication , il n’y en a point avant que cette vertu foit mife dans le cas de s’élancer die l’extrémité ou de quel-qu’autre partie de ce corps. Il n’y a dans ce même corps d’autre mouvement que celui, qu’il a reçu en pre-
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- 7° E f ja r
- mier lieu: du corps éleârifé immédis-' tement par frottement, & ce mouvez ment Ce continue & fe tranfmet dans les corps éleârifés par communication par la vibration naturelle de fes particules, qui étant plus foible que celle des particules de la foye, il faut que ce mouvement continue ion chemin.-& Ce déchargé für le corps même, ne pouvant pas le faire fur les cordons de (bye.
- Pour rendre raifon de là lumière qu’on oblerve aux écoulemens électriques, il ne faut que leur fuppofer un certain dégré de vitefle, qu’il eft rrès-aifé d’y concevoir , & qui paroi tu ne fuite naturelle du frottement, par l’Article VI de la Théorie.
- Quant à l’explofion , qui accompagne ordinairement l’élancement du feu, il faut obferver que cette, explo-fion éleéirique confifte, comme généralement toutes les autres exploitons quelconques, en un choc violent: , qui frappe l’air, & qui eft caufé ici pat l’expaniîon fubite d’un courant condenfé du feu éleétrique, qui éclate fur le corps nou-éle&rique. II. yi
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- gle.lorfque dans l’Expérience de là phiole de Mercure il s’échape par les-pores de la cire d’Efpagne &c. Après tout cette explofion ne peut venir que de l’aétion violente qui agite les particules éleâriques, caufée par leur extrême vîceffe même,.par laquelle elles s’accumulent en formant une efpéce de corps denfe de feu liquide , fans quoi il ne fe fait jamais d’explofion. Plus ce feu fe condenfe , plus il devient élaftique , iufqu’à ce qu’ên choquant quelqu’autre corps ou en rompant fes propres limires il éclate à la fin & fe difperfe par fon explofion en une efpéce de vapeur imperceptible.
- Ces Phénomènes de l’Eleétricité nous repréfentent pour le moins aufiï bien que ceux de la poudre à canon la véritable caufe & manière d’agir de la foudre & du tonnerre. Ainfi les effets du fouffre ne laiffent pas d'avoir leur part à ces explofions électriques : car ce minéral fe trouvant répandu, en grande quantité dans les
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- métaux & principalement dans le fer 3 il faut néceflàirement, que quelques, unes de ces particules fulphureufes fbient difloutes par l’a&ion violente'de ce feu & emportées avec lui dans l'air, où s’étant mêlées avec des particules nirreulès elles prennent feu & accélèrent par-là l’explofion en queftion: G’eft de-là apparemment , que la communication de l’Eleftricité, fon aétion & explolîon fuccedent beaucoup mieux fur le fer que fur tout au-
- Dans les cas, où le feu éleûrique ne le trouve pas alfez condenfé pour éclater par une pareille explolîon, il le déchargé par une efpéce de courant fort large de flamme pourpre, qufref-femble beaucoup aux traits lumineux de l’Aurore Boréale ,& particuliérement à cette lumière qui lèmble toujours couler pendant ce Météore.
- Le feu éleétrique n’étant que très-peu condenfé paroît d’une couleur bleuâtre , comme le font ordinairement toutes les autres lumières foi-bles : ainlî la lumière de la Lune, qui eft extrêmement foible , paroît bleue
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- SUR. L’ütECTRicÏTE’. à la chandelle. Ce feu ayant un peu plus de denfité devient pourpre, & ion effet eft plus grand que quand il eft bleu. S’il fècondenfe davantage; il paroit jaune, comme la lumière d’une chandelle ; mais fa plus grande denlité eft accompagnée d’une couleur blanche, qui tire fur le jaune, comme la-lumière du Soleil, & c’eft en cette difpofition, que les exploitons & autres effets du feu électrique font les plus violens. Nous obfervons de même, que la foudre jaune n’eft jamais fuivie de mauvais effets, au lieu que ceux de la foudre blanche font ordinairement terribles & funeftes. Le Phofphore, étant frotté legere--ment, fe diflipe auffi en une fia me légère &;bleuc, qui ne fait point de mal ; mais fi on le frotte avec beaucoup de force & une contufion violente, il brûle avec une flame blanche & un feu ardent qu’on ne fçauroit plus éteindre. Ceci fait voir , que les phénomènes & les effets de l’Eleétricité, de la foudre & du Phofphore font à peu-près de la même nature, 8c qu’ils •ont des propriétés effentielles com.
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- 74' Essai
- munes aux uns & aux antres.
- En confidérant le feu éleékique comme un feu courant & de la même nature que celui de la foudre, nous ne devons plus trouver étrange , ni même difficile à expliquer , qu’il fe tranfmette & faffe fes effets à une diftance quelconque du corps éleétrifé immédiatement par le frottement.; puifque les feux de cette efpéce, au lieu de perdre de leur force dans leur .propagation, y gagnent plutôt par de nouvelles acceffions qu’ils rencontrent en leur chemin. Comme la foudre .parcourt des corps mois, qui lui cedent, fans les bleffer, & ne fait fon effet que fur des corps durs , qui lui réfîftent ; ainfi de même l’éleétricité n’affeéte pas les parties molles & muf-culaires des corps, pendant qu’elle frape & engourdit les os ; & comme ces parties condenfées de là foudre , que le vulgaire appelle communé-mens Pierres de Tonnére, -éclatent contre des corps durs & en rebondit fent par réfléxion fur les corps envi-ronnans, ainfi le feu éleftrique en .éclatant contre le bas de l’épaule on
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- SUR l'El ÏCTRIC1 Tl. 7J-contre le coude d’un bras fcmble s’en réfléchir de là à travers la poitrine vers le coude de l’autre bras, d’où il fore & fe dilïïpe en l’air, au cas qu’il n’y ait rien en cet endroit qui l’arrête : mais fi plufieurs perfonnes fe tiennent parles mains, ce feu fe réfléchit dans l’inftant d'un bras ou coude à l’autre, Sc fe tranfmet par tout le nombre de ces perfonnes, quelque grand qu’il foit. Enfin comme la foudre, fe trouvant allez denfe, ôte fur le champ par fon'explofion violente la vie a tout animal -, ainfi les émanations électriques peuvent être condenfées, Sc leur force peut être augmentée au point d’étourdir ou même de tuer dans un inftant un 'oifeau ou peut être tout autre animal quelconque. On pour-roit encore pouffer plus loin cette comparaifon entre la foudre & le feu éleétrique , mais les bornes , que je me fuis préferites pour ce traité, ne me permettent pas de m’étendre davantage fur ce fujet.
- C’eft ainfi que je crois avoir rendu ; raifon, comme j’avois entrepris de le faire, deplufieurs Sc même des prin» G ij
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- 7-i> E 4 S A -ï
- cipaux Phénomènes de l’éleébické.' J'ai fondé mon raifonnement fur l'autorité d’une excellente Théorie & fur le fuffrage de quantité d’expériences claires & parlantes, que-je joins ici pour fatisfaire la curiofîté du Leélcur. Çe font les expériences, que je fais tous les jours dans mes cours de Physique, & qu’ondoit regarder comme autant de faits inconteftables & comme des efpéces de Topiques pour le raiion-jnement.
- H me refte encore à repondre à cette queltion importune , que j’entends faire fort fouvent, fçavoir : Quelle efi T utilité, que nous tirons de cette pror priété merveilleufe des corps ? Ma re-ponfe fera fort courte, & je ne fuis pas honteux d’avouer, que jufqu’à pré* fent je connais fi peu l'utilité de Ifl yertu électrique , que je nefçaurois même former aucune conjecture raifonna-ble à.cet égard. Toutes .les connoi (Tances, que npus avons de .ces nouveaux Phénomènes, n’ont été acquifes que pat l’expérience, & quoique je lois très-perluadé, que toutes les vertus des corps naturels fopt deftinées à re-
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- SV K l’El £ C TB. I CI T e’. f')
- pondre à des vues très-importantes ; je fçais auffi que nous ne parvenons jamais tout d’un coup à la connoiffance de ces vues, qui ne fe m^gifeftent à bous que par dégrès & par la fuite du temps. A peine y a-t-il cinquante ans, que la véritable Philofophie ar para parmi nous, & voudrions-nous Trouver étrange, que certaines choies naturelles nous paroilTent abftrufes Sc difficiles à expliquer ? Je fuis plutôt furpris, qu’en fi peu de'temps nous foyons parvenus à tant de eonnoiffair-ces touchant les propriétés & les relations différentes de cette nouvelle vertu des corps, comme, par exemple, à connoître l’analogie, qu’il y a entre le feu de l’éieétriciré & la foudre, entre fon explofion & le tonnére, & entre leurs forces & effets fur le corps & la vie des animaux, entre l’éleétri-cité & le feu ordinaire par raport à la viteffe & à la combuftion, entre l’Eleéhicité & les Phofphores à l’égard de leurs différens dégrès de lumière , de couleur Sc de façon de brûler. Nous fçavons de plus, que l’électricité a une influence finguliére fur Giij
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- les fluides, dont nous voyons des exemples frapans dans les écoulemens des fiphons & des éponges, par lesquels nous apprenons que ce mouvement des fluides eft beaucoup accéléré par la veyu éleétrique. Ainfi, lorf-qu’on ouvre la veine à une perfonne éleétrifée, le fang en jaillit beaucoup plus loin qu’à l’ordinaire. Après de tels exemples ne devons - nous pas beaucoup préfumer de l’utilité confi-dérable, que l’éleétricité peut avoir dans l’ceconomie animale, & qui un jour pourra être découverte au grand avantage du genre humain’
- D’ailleurs je (çais par ma propre expérience, que la vertu éleétrique agit très-différemment fur differentes per-fonnes. 11 y en a qui deviennent extrêmement électriques, pendant que d'autres paroiflènt n’être gueres fuC. ceptibles de cette vertu. On a trouvé, par exemple , qu’une perfonne arta--quée de la petite verole n’a pû être éleétrifée d’aucune façon , quelque peine qu’on fe (bit donnée pour y réuffir. Ce font-là, fi je ne me trompe , des découvertes allez avancées Si
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- SUR e'ÈeectR'jciteV 7P ttès-intéreflantes , & qui prouvent évidemment, que cette vertu merveil-leulè des corps tend à quelque choie de plus relevé & de plus eflentiel pour le genre humain , qu’à un iîmple amu-fément de notre curioiîté, comme il ièmble qu’on la regarde jufqu’à pré-fent. Je laifïè à d’autres perfonnes plus éclairées que moi à déterminer la relation, que cette vertu peut avoir à ce que nous appelions Efprits vitaux dans le corps animal, & fur la •quelle nous ferons peut-être inftruits un jour par de nouvelles expériences, que nous ignorons aujourd’hui. Je foûmers volontiers tout ce que j’ai avancé ici au jugement de ceux, qui s’occupent à appliquer les découverte s de la Philofophie naturelle à l’utilité du genre humain. Ma principale occupation eft de faire des expériences, & je vais maintenant donner une def-cription circonftanciée de celles, que j’ai faites fur l’éleétriciré avec un globe ou plutôt une fphéroide de verre , qui tourne fur une machine , qui teC-fernble beaucoup à celle de M. le Monnier , excepté que je fais tourner;
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- plus aifément la grande roue' par le moyen de deux rouleaux, for lefquels fon axe repofe, pour éviter le frottement. Le refte de l’appareil fe com-: prendra aifément dans la fuite des expériences*
- I Expérience.
- Appliquez au centre du globe (Fig, l. ) fur fon axe moyennant un anneau ou une corde , plufieurs bouts de fil à peu de diftance les uns des autres. Ces petits fils pendront tous perpendiculairement pendant que le globe eft en repos ; mais aufli - tôt qu’on le met en mouvement & qu’il commence à s’échauffer , ils s’étendront tous du centre à- la circonférence ou furface intérieure du globe qu’ils touchent prefque, fe dreflanc en ligne droite & repréfentant parfaitement les rayons d’une roue.
- Ces fils s’étendent ainfi- par la force éleétrique, qui agit fortement for eux de la furface intérieure du globe , & ils relient dans cet état jufqu’à ee que cette force celTe entièrement
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- sur l’Eirctêicite' 8t Sc que le globe fe foit refroidi. Ils retombent alors les. uns après le* autres & reprennent la direélion per-pendiculaiie de leur pefanteur..
- Il EXPERIENCE.
- Si pendant qu’on tourne le globe ( Fig. i.) 6c. que les fils font ten* dus comme dans l’expérience précédente, oa approche là main ou qpel-i qu’autre corps nonéleftrique de la furface du globe , les fils d’en dedans en paroîtront fenfibles & répondront immédiatement au mouvement de la main, en la fuivant de tous côtés Se fe courbant d’une maniéré finguliére comme des pattes d’araignées.
- Cette expérience nous faitconnoî-tre la fubtilité étonnante de ces fortes d’écoulemens qui- paflent à travers le verre avec la même liberté Se viteffe que s’il: nfy avoir rien d’inter-pofé entre les fils Sc la main.
- III Expérience*
- Si l’on applique quelques bouts de
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- fx- E S S A I
- fil de quelque maniéré que ce /oit au.' tour du globe (Fig. z. ) pendant qu’il eft en mouvement, tous les fils • feront tirés par la force électrique hors de leurs dîreCt'onsperpendiculaires en tendant tous vers le centre du globe & en devenant perpendiculaires à fa fûrface ; ce qui donne un fpeCtacIe des plus agréables.
- Cette Expérience fait voir que la veau électrique agit également en dedans & en dehors du globe, & dans l’un & l’autre cas perpendiculairement à fafurface. Nous voyons de-là, que-la vertu éleCtrique eft, du moins dans nos climats, de beaucoup plus forte que la pefanteur.
- IV Expérience
- En lai (Tant les bouts de fil autour-dû globe pendant qu’il eft en mou. vement , comme dans l’expérience précédente , fi l’on rend la Chambre obfcnre ^les extrémités des fils qui touchent la furface du globe feront toutes pointées de feu, & repréfen»-teront autant d’étoiles..
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- SUR l’ E L E C TRI CI T e’. S J;
- Ceci fait voir , que la vertu électrique confifte en une flamme mince bleuâtre, qui reflemble beaucoup à celle du Phofphore frotté doucement dans l’obfcurité. Les fils qui font en dedans du globe ne jettent pas le moindre feu ; ce qui prouve que cette vertu n’agit qu’en dehors, & c’eft, par-là que les fils d’en dedans font at. tirés vers la furface.
- V Expérience.
- Un morceau de fer long & poin»-tu ( Fig. J. ) étant mis fur un ré-feau tendu de cordons de foye & approché d’une de fes extrémités d’environ un quart de pouce du globe, jette de fon autre bout pointu une flamme de couleur de pourpre, qui fe difperfe en divergeant de la pointe, comme les rayons du Soleil fe difperfent & divergent du foyer d’un verre ardent dans une chambre obfcure. Ce faifi-ceau de rayons éleéhique eft vifible même au jour, mais il l’eft infiniment plus dans un endroit obfcur ,. & fi l’on approche le doigc de la.
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- ï4 Essai
- pointe à la diftance d’un quart ie pouce, le feu en fort en plus grande quantité & paroît beaucoup plus lumineux qu’auparavant.
- VI ExperiencE.
- En tenant le doigt comme dans l’expérience précédente à environ un quart de pouce de cette flame, on feus tira un foufle ou une efpéce de vent à l’extrémité du fer, c’èft-à-dire, le feu éleélrique en fortant de cette pointe fouflera fortement contre le , doigt, & fi on l’y aproche davantage, ce faiieeau large de rayons le condenfera en s’écoulant de la pointe vers le doigt comme une efpéce de courant d’un feu jaune & épais , & firapera le doigt comme fi c’étoit un jet d’eau. Ou lent en même temps une odeur, qui tient beaucoup de cellfe du feu de Phofphore.
- VII Expérience.
- Si pendant que1 la flame continue de paroître à la pointe du1 fer, on
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- sur l'Electricite’. 8g applique le doigt quelque part au fer, la flamme difparoîtra fur le champ, mais elle reviendra au moment qu’on ôtera le doigt, & c’eft ainfi qu’en appliquant & ôtant alternativement le doigt, on peut la faire paraître Sc difparoître auffi fouvent qu’on voudra.
- La caufe de ce Phénomène eft, que le doigt étant appliqué au fer , toute la vertu électrique fe décharge d’abord fut ce doigt comme étant un corps non-électrique , & que par-là elle ne peut pas arriver à la pointe pour y faire naître la flamme, comme il arrive quand le doigt eft ôté.
- VIII Exïerience.
- Si l’onfufpend ainfi un canon de fufil; & qu’on y approche le doigt à la dit tance d’environ 1 de pouce ; il en for-tira quantité de feu , qui frappera le doigt d’un coup très-fenfible, & en y appliquant fucceflivement plufieurs doigts, on en fera partir autant de .coups également,perceptibles a b taét, à l’œil & à l’oreille.
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- SS î i s a 1
- touché quelque corps non-éleétrique ,• elle perd fon éleâricité & redevient fufcepcible de nouvelle attraétion.
- XII Expérience.
- Si l'on mouille tout du long le cordon de foye, auquel on futpend la plume, il deviendra par-là un corps non-éle£trique, & la plume au lieu d’être alternativement attirée & re-pouffée, ne fera plus qu’attirée : car toute la force éleâriquè fe décharge par l’humidité du cordon.
- Il parole de-là, que l’eau ou toute autre efpéce de fluide, eft un corps non-éleârique & devient par-là un conduéteur de l’éleétricité. C’eft auili par cette raifon , que la plume étant repouffée du canon de fufil, perdra pat un -tSms humide peu à peu toute fon ëleétriché parmi les particules aqueu-fes, & redeviendra fufceptible de l’at-rra&ion du canon de fufil , fans avoir touché d’autres corps.
- XIII EXPERIENCE.'
- De même, fi fur une carte ou une
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- strs. L* E I I CTRI CITE*. §9 petite plaque d’étaim , qu’on fait entrer dans le canon de fufil , on met quelques corps légers , comme des fragmens de feuilles d’or &c. ils en font immédiatement repouflés comme s’ils étoient emportés par le vent, & ils ne reviennent au canon de fufil ou à la plaque , qu’après avoir déchargé leur éleâricité fur quelqu’àutre corps non.éleélrique. Pour empêcher la vertu éieûrique de paflLr d’„bord jufqu’à ces corps légers , pendant que les globes font en mouvement, quelqu’un n’a qu’à mettre fon doigt fur le canon de fufil , jufqu’au moment qu’on veut la lâcher, & aulfi tôtqu’on en ôte le doigt , ces corps légers s’envolent tous à la fois.
- XIV Expérience.
- Si fous cette plaque on en tient une antre avec de pareils corps légers,, ceux ci feront alternativement attirés de repoulles avec une rap'd’té étonnante entre les deux plaques , & continueront de l’êrre pendant allez longtems,-
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- j© E ü A i
- La raifon pourquoi ils lont attirés-, une fécondé , troifiéme &c. fois , eft parce qu’à chaque fois qu’ils font répondes contre la plaque de dedous à ils y perdent toute leur vertu, & re-... deviennent par-là fufceptibles de nouvelle attraction,
- XV E x s e R i e n c H.:.
- Attachez horifontalement un beau duvet à l’extrémité d’une longue chaî-. ne ( Fig, 4. ) , qui communique avec le canon de fufil, Sc mettez au-de!Tbus du duvet un autre pareil monté fur le bouchon d’une pbiole de verre élevée fur un fupport. Ayant arrêté pendant quelque tems l’Eleélricité, comme dans la XIII. Expérience , il eft plaifant à voir, aulfi-tôt qu’on ôte le doigt du canon de fufil , comme 1’é-leétcicité fe mêle parmi les petites plumes du duvet attaché à la chaîne, qui fe dredent & s’étendent toutes autant qu’il eft poffibte. Elles attirent en même tems celles du duvet placé au-dedous, qui s’élèvent & fe hériilent de même,
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- SUR l’Èïectrïcite’. 91
- Il eft remarquable , que toutes ces petites plumes fe repouffent entr’el-, les, & que py-!à elles fe dreffent à des diftances prcfqu’égales les unes des autres ; parce qu’elles font toutes douées de cette même vertu , qui ne peut pas s’en décharger à caufe de la phiole de verre, qui eft un corps électrique per fe.
- XVI E x f’e r 1 e N c !.
- Si , pendant que les duvets font dans cet état de repulfion , quelqu’un met Ton doigt fur le canon de fufil , ou quelque part fur la chaîne ; il eft encore joli à voir , comme les duvets s’en reffentent fur le champ en laiffant tomber leur plumage , & fe remettant dans leur état naturel. La même chofe arrive , quoiqu’on ne touche que très-legerement le canon de fufil ou la chaîne : les duvets s’abattent furie champ & leurs plumes tombent , comme font les feuilles de la plante fenfitive , lorfqu’on la touche.
- Ceci a fait penfer à quelques-uns,
- B ij
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- '5* E s s A i
- qu’on doit auffi attribuer les Phénomènes de cette plante à une efpéce de force éleéhique & repulfive , qu’ils fuppofent entre le doigt & les feuilles de cette plante..
- X V I r E X P E K I I N C E.'-
- Si , pendant que les duvets font éleétrifès , quelqu’un y approche le doigt , ( Fig. S. J 6c particuliérement à celui qui eft attaché à la chaîne , ils dretTeronr fiir le champ toutes leurs petites plumes vers le doigt, & en feront attirés très-fortement. Si le doigt vient jufqu’à les toucher, toutes les plumes- s’allongeront & paraîtront comme empteflées de l’èm-braffer , & celles qui pourronc l’atteindre , s’y attacheront fortement. Si l’on tourne la main autour du dm-vet attaché à la chaîne-, il fuivra avec une viteffe étonnante tous fes mou-vemens, comme s’il cherchoit dë tous côtés à s’y acrocher, & auffi-tôt qu’il la touche, il perd toute fon éleétri* «ité & redevient non-éledtrique..
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- STJB. l’ElECTRICIT/. jgf XVIII Expérience
- Si après avoir appliqué au canon de fufil une petite rafle d’écaim remplis d’eau , on préfente un doigt perpendiculairement au-dell'us de l’eau à environ un quart de pouce de la fur-face , l’eau s’élèvera au devant du doigt en forme de cône , dont le fom-met pouffera vers le doigt un petit rayon de feu accompagné d’une ex-plofion comme à l’ordinaire , mais qui n’eft pas fi foire que quand on touche les côtés de la talfe , ou le canon de fufii même:
- Il efl remarquable que , quelle que foie la quantité du feu é'eétrique que nous puilïïons communiquer foie à l’eau ou à d’autres- corps-, ce feu ne leur donne pas le moindre degré de chaleur. Il paroît de-là, que ce feu n’eft pas fuffifant , pour mettre les petites particules des corps dans une vibration ou agitation aiTez forte , pour pouvoir Iss échauffer..
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- 54; Essai
- XIX EXPERIENCE
- Si l’on fufpend au canon de fufil éleétrifc une éponge tout à-fait fêche , elle ne donnera aucune apparence de feu, ce qui fait voir, qu’elle eft un corps éleéirique ; mais fi l’ayant trem-.pée dans de l’eau, on la fufpend au canon comme auparavant, & qu’on y approche le doigt ou la main , il en fort du feu en quantité & accompagné d’explofions comme à l’ordinaire , & les goûtes d’eau , qui 3 avant que l’éponge fût éleftrifée , en fortoient fort lentement, tomberont avec précipitation. Si l’endroit eft obfcur, elles paraîtront être des goûtes de feu , & elles éclaireront le baffin , dans lequel on les fera tomber.
- XX Expérience.
- Si l’on applique un fîphon capil-faire à la talle d’eau fufpenduëà l’ex-trérnté du canon de fufil dans la XVIII Expérience : Si qu’on tienne
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- S tr R l’E l E C TR ICI I I’. 5 y‘ <
- Jë doigt fur le canon pour empêcher la force électrique de palTer à l’eau , le fiphon ne fera que dégoûter tant que . l’eau n’eft pas éleCtrifée ; mais aulli-tôt qu’on la tend telle en- ôtant le -doigt du canon, il découlera en plein, , & u l’on fait cette expérience dans un endroit obfcur, l’eau, qui fort du fiphon , telTemblera à un petit torrent -de feu.
- XXI E X F BRI E N C E.
- Un homme étant placé fur un gâteau de refine,& tenant fa main fur le canon de fufil, fi on lui ouvre la Veine du bras, pendant qu’on arrête l’éleCtricîté moyennant un doigt qu’on met fur le canon , le fang qui fort de là veine jaillira à la diftance naturelle ; mais auffi-tôt qu’on ôte le doigt du canon , & que pap-là l’homme devient éleétrifé, le (âng en recevra une forte impu'fion , 8c jaillira de la veine avec beaucoup plus de force & bien plus lois qu’auparap yant.
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- jé? Essai
- XXII Experts ne e.
- PaflTez un fil d’archal à travers le bouchon d’une phiole remplie d’eau & bien bouchée, & faites-!e defcen-dre jufqives près du fond de la phiole, en lui laiflanc la longueur d’environ deux ou trois pouces au-deflus du bouchon. Ce fil d’archal étant appliqué au globe de verre , pendant qu’il eft en mouvement, en recevra l’électricité & la communiquera à l’eau , qui s’en imprégnera d’autant plus fortement , qu’on tiendra le fil d’archal plus longtems appliqué au globe. Si alors celui, qui tient la phiole dans fk main, approche le doigt de l’autre inain du milieu du globe , il recevra l’éruption du feu élcétrique avec une explofion & force confiderable , &î beaucoup plus grande- que celle qui parc du canon de fufil feuh
- Laraifon de. ce Phénomène eft, que leleétricité en fe déchargeant entièrement le long du fil d’archal dans l’eau, yeft, pourainfi dire, coudei> fée & limitée par la matière éleétrique
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- SUR l'EiicTsicite'. 57 du verre, Jk que par là elle agit en beaucoup plus grande quantité , & conféquem ment avec beaucoup plus de force qu’en fe déchargeant du canon de fufil, où elle n’eft point limitée.
- XXIII Expérience.
- Pour rendre cette condenfation du feu éleétricpue encore plus confidéra-ble, on n’a qu’à bien cacheter partout avec d e la cire d’Efpagne le bouchon & le col de la phiole, enforte qu’il n’y ait pas la moindre ouverture, & l’appliqu er ainlî au globe, comme auparavant. Auflî-tôt que la phiole d’eau fe fera pleinement imbibée de i’élettricité , on en verra fortir le fur-plus en forme d’un ou de plufieurs courans ou jets de feu pourpre ; ce qui forme «dans l’oblcurité un fpeéta-cle des plus agréables, & qui eft en effet un Phénomène des plus fingu-, liers.
- XXIV EXPERIENCE.
- Si à la place d’eau vous remplirez
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- «8 Essai
- h phiole de mercure, l’explofion ou l’effet en général fera plus fort, mais il ne le fera pas à proportion de la denficé augmentée du fluide.
- Nous apprenons par-là, que la force de la percuflion éleftrique ne dépend pas de la quantité de matière contenue dans la phiole : car fi cela étoit , la phiole de mercure feroit une explosion quatorze fois plus forte que la même phiole remplie d’eau ; ce qui n’étant pas il-faut en conclure , qu’il y a quelqu’autr'e principe d’aâion caché dans la fubftance des corps.
- XXV Expsri esce.
- Pendant qu’on élechife la phiole de Mercure au globe., les courans de feu éleétrique en fortiront par le bouchon cacheté en plus grande quantité que dans l’expérience avec la phiole d’eau j & feront même fouvent des exploitons en plein air fans toucher aucun corps. Le feu & les coups fe fuc-cedent quelquefois très-promptement dans cette expérience & repréfentent comme en migniatttre les coups de
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- SUS. t’ElECTS.1 CITE*. 59 la foudre& du tonnecre. C’eft un Phénomène particulier à la phiole de mercure ; car je n’ai jamais obfervé que le feu qu' fort de la phiole d'eau fafle des exploitons de lui-même fans toucher quelqu’autre corps.
- XXVI Experibnce.
- La phiole d’eau & de mercure étant éie&rifée au globe, fi on la fufpend au canon de fufil, & qu’en la tenant encore avec une main on approche un doigt de l’autre main tout près du canon de fufil ; il en fortira une étincelle de feu accompagnée d’une ex-plofion, & l’on ièntira le coup dans un bras ou dans tous les deux & à travers la poitrine. Il efl: remarquable que la fenfationde ce coup eft plûtôc incommode que douloureufe, & qu’or-dinaicement elle ne paflé pas les coudes.
- XX V II E ac P e®. i e N c s.
- La vertu éle&tique ayant été fuffi-iàmment condenfée dans la phiole par le moyen du fil d’archal qu’on au-
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- ïOo Essai
- ta tenu pendant un certain tems cous tte le globe , fi alors on rend l’en-, droit obfcur en tenant la phiole dans fa main , on verra le feu éleélrique fe décharger de la pointe du fil d’ar-chal en forme d’une petite flamme blanche qui continuera d'y paroître pendant quelque temps. Si l’on approche un doigt du fil d’archal, il fe fera une explofion , mais qui ne fera pas fi forte , que quand on tient ce fil con. tre le globe : & c’eft la peut-être la feule maniéré de retenir le feu électrique ou de rendre fon aélion permanente pendant quelque temps. J’ai vu dans une lettre de Paris , qu'on y avoir retenu ce feu par un temps de gelée pendant 5 6 heures ; mais j’avoue fans peine , que je 11e puis pas le tendre permanent juiqu’à ce point.
- XXVIII Expérience.
- Un Homme placé fur un gâteau de réfine d’environ trois pouces d’é-pailfeur, pofant fi main fur le canon de fufil , fera éleétrifé , c’eft.à-dire, fera entièrement imprégné de la vertu élec-
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- SUR l’ElïCTRlCITï’. ÏOI trique, fans cependant fentir la moindre chofe. Mais auffitôt que quelqu’au-tre aproche un doigt &c. de quelque partie de fon corps, cette vertu lortira de telle partie du corps, qu’on touchera, en forme de feu accompagné d’une explofion qui fe fera fentir très-vivement. aux deux parties qui s’aprochent, mais fans caufer le moindre mal.
- XXIX Expérience.
- * Si dans un endroit obfcur une per-fonne éleélrifée tient dans fa main une épée ou quelqu’autre fer pointu on en verra fortir de la pointe une flamme continuelle & dive'rgente en tous fens , comme celle de la F & FI Expérience.
- XXX EXPERIENCE.
- Si la perfonne éleélrifce placée fur la réfine tient une taffè avec de l'eau dans une main en empoignant de l’autre le fil d’archal de la phiole éleétrique , & que celui qui tient la phiole, apr«-
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- iot E s s X ï
- che Ton doigt de la furface de l’eaü dans la caiTe, il en fera forcir dn fen avec une explofion plus forte que dans tout autre cas.
- XXXI Ex p EM inc*.
- Lotfque quelqu’un étant placé fur de la rélîne tient une pièce d’argent entre fes dents , & qu’il empoigne d’une main le fil d’archal de la phiole éleétrifée , fi alors celui qui tient la phiole touche l’argent, l'un & l’autre fêntiront un choc très vif , qui paraîtra furtouc violent entre les dents & dans la tête de la perfonne élec-trifée.
- XXXII EXPERIENCE.
- Qu’un homme étant placé fur un gâteau de réfine pofe fa main fur le canon de fufil & qu’un autre foit placé auprès de lui fur un autre gâteau. Le premier étant cout-à-fait électrifié , qu’ils falfient femblant tous deux de vouloir s’embraffer & au moment
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- sür. l’Eibctbicite’. iOj qu'ils s’approchent , on verra du feu fortir de leurs jouës ou levres avecune expîofton affez forte, quilles fera fé-i parer plus promptement qu’ils ne feront joints, quoique la douleur qu’ils en reflentent foie très-fupporcable.
- XXXIII ExmiEsct.
- Un morceau de fil d’archal foute-nu fur une efpéce de piedeftal ou autre fupport étant placé droit dans un vafe rempli d’eau, & étant éleélrifé par le moyen de la phiole deci-def-fus, fi alors la perfonne qui tient la phiole touche la lûrface de l’eau du vafe avec l’autre main , le feu- qui en fort eft très-confidérable -, cependant je n’ai jamais pâ trouver fon effet fi extraordinaire qu’on vient de nous le marquer dans une lettre de Paris.
- XXXI V Experibnci.
- La phiole étant éleétrifée comme ci-deffus, & plufieurs perfonnes fe te-nant par les mains ou ayant communir I iiij
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- ré>4 Essai
- cation entr’elles moyennant des bouts de fils d’archal, fi 1a première per-fonr.e de la rangée fufpend la phiole éieéirifée au canon de fufil, pendant que la derniere excite une étincelle au même canon ; toute la compagnie recevra au même inftant un choc dans les deux bras. Cependant je n’ai jamais trouvé ces chocs fi terribles ni fi dangereux qu’on nous les repréfert-te , quoiqu’ils foient en effet prêt que aufli forts qu’on puiflè les fup-porter. Cette Expérience réuffit également quelque longue.ou nombreufe que ioit la rangée désperfonnes.
- XXXV Expérience.
- Lorfqu’une perfonne placée fur de la réfine empoigne d’une main le canon de fufil, & qu’il approche un doigt de l’autre main de l’efprit de vin un peu chauffé , elle communiquera à celui-ci le feu éleétrique, & en allumant la fumée qui s’élève de l’efprit de vin elle mettra par-là le feu à l’efprit
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- SUR i'Exictricite’. 10/ qui étant échauffées exhalent une vapeur inflammable.
- XXXVI Expérience,
- Voici une autre maniéré de mettre le feu à l’efprit de vin. La phiole d’eau ou de mercure étant éleétrifée , on la tient avec une main fur le canon de fufil auquel ayant appliqué une tarte on y verfèl’efprit chaufé , & l’on fait fortement éleétrifer le canon de fufil. Si alors on approche un doigt de l’autre main de l’efprit, on en fera for-tir une étincelle qui enfaifant fonex-plofion mettra le feu à la fumée & par-là à l’efprit même.
- XXXVII Expérience.
- Comme la poudre à canon étant chauffée n’exhale point de fumée inflammable elle 11e peut pas être allumée par elle - même ; mais fi après l’avoir pulverifée on la mêle avec un peu d’huile inflammable végétale, de quelqu’efpéee que ce foit Je qu’on chauffe ce mélange ; la fa-
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- tes Essai
- mée s’allumera par l’éle£trïclté & met-tra le feu prelqu’en même temps à l'huile & à la poudre de l’une & de l’autre maniéré mentionnées ci-deflus, & la poudre fera fon explofion comme elle fait ordinairement étant hu-meétée. On peut auflï mettre le fea à la poudre féche en y mêlant du camphre & en les pulverifant enfemble ; car le camphre exhalera bientôt furie feu une fumée inflammable, qui s’allu. niera auffi par le feu éleétrique des deux maniérés mentionnées ci-dei-fcs.
- XXXVIII Exseriencs.
- Si on applique une plaque d’étain à l’extremité du canon de fufil , & qu’on aproche d’environ deux pouces au-deflous de cette plaque une autre pareille avec un morceau quarré ou oblong de feuille d’or, d’argent &c. fi alors on éleétrife le canon de fufil , cette feuille d’or fera d'abord attirée & reponlTee avec beaucoup de rapidité entre les deux plaques ; mais leur aâion fur la feuille étant à la fin
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- SUR t’EtECTRICITi’. TOf devenue égale, fou mouvement alter* nant cc-ffera tout d’un coup, & elle fe tiendra en repos & fufpenduë en l’air entre les deux plaques-& formera par là un fpefhcle aufli agréable que fur-prenant.
- XXXIX Expérience.
- Qu’on attache une petite cloche à l’extrémité du canon de fufil ( Fig. S. ) & qu’on en é'eve une autre à la même hauteur fur un fuppott de bois en-lôrte que les deux cloches foient a quatre pouces de diftance l’une de l’autre : qu’on fufpende au milieu de ces cloches un petit globe d’y voire a un cordon de foye. Le canon étant éleétrifé communiquera fa vertu à la première cloche qui attirera le globe d’yvoire. Celui-ci étant fufpendu par la foye qui eft un corps éleftriqueperfe, retiendra toute l’éleétricité qu’il aura re-
- të de la cloche qui par confequent repouffera & le jettera contre l’au-trecloche, fur laquelle ie globe ayant déchargé toute fon éleétriciré il redeviendra par-là un corps non-éleétrique
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- îog Essai
- & fera de nouveau attiré par la première cloche-& enfuire repouiïc de même. Cet effet continuera pendant; tout le tems qu’on ëleétrifera le canon de fufil, & le globe repréièn-téra Une efpéce de Pendule électrique qui en faiiant Tonner les deux cloches divertira les oreilles aufii bien que les yeux.
- XL EXPERIENCE.
- Si l’on tient Tous la plaque appliquée au canondefufil de la XXXVIII Expérience une autre petite plaque avec des corps légers, & qu’on tienne de la mouflèline ou du linge bien fin entre les deux plaques ; Tële&ricité du canon n’agira point du tout fur les corps légers qui relieront abfolu-ment en repos : toute la vertu Te déchargera en ce cas fur la mouffeline & fur fon fupport, qui font des corps non-éleélriques ,fans pouvoir atteindre les petits corps légers pour les mettre en mouvement.
- : XLI Expérience.
- Si l’on fufpend au canon de fufil
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- émaner de tous côtés la vertu éleélri-que quoique plus abondamment du fer de l’Armure que de l’Aiman même. Ce qui fort de la pierre même reflembie à une vapeur ignée foible & difperfée; au lieu que les émanations du fer font plus denfes & plus im-pétueufes.
- Cette Expérience fait voir que 1 e-lccbicité & le Magnétifme que nous devons regarder comme deux des principaux Principes de la Nlature nes’em-baralfent ni ne s’empêchent d’aucune façon dans leurs aélions réciproques,
- X L I I Expérience.'
- Si l’on tire tout l’air du globe de la machine , & qu’on le tourne enfuite rapidement, l’Eleûricité agira tout-à-fait en dedans du globe, & elle y pa-roîtra dans un endroit obfcur en forme d’une nuë ou flamme pourpre ou rougeâtre en rempÜlTanr toute la capacité du g'obs ; mais elle difparoî-tra peu à peu , à mefure qu’on fera rentrer l’air dans le globe.
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- ï io Essai
- La caufe pourquoi l’aétion de la vertu éleétrique ne fe montre pas en dehors, doit être attribuée à la force repulfive des particules éledriques de l’air, qui environnent le globe & qui arrêtent les émanations éleûriques , les faifant rentrer en dedans du globe vuidé de tout air, où elles ne rencontrent point de réfiftance.
- Explication des Figures.
- Fig. i. A eft un globe de verre monté par fon axe BB fur deux mou-tans CC, tourné rapidement moyennant la poulie D & une grande roue qu’on fuppofe plus bas, & éleéStr ifé par le frottement de la main E. Plufieurs fils F F F F attachés au centre de l’axe en G fedrelfent perpendiculairement à leur point fixe en formant les rayons de la Sphère. Les fils H H fe courbent à l’approche d’un corps non-éleétrique I. & en fuivent les mouvemens.
- Fig. 2. Repréiènte un fil d’archal i.i.i. i. avec quelques bouts de fils fiché des deux bouts dans les montans
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- IWB. t’ElECTRICITB’; lït êa globe de la i. Fig. en i. z. Les bouts de fils 3.5. 3. 3. fe dreflènttous perpendiculairement au centre du elo. be éledrifé.
- Fig. 3. A B eft une barre de fer pointue pofée du côté de A contre le globe éleéhique fur un réfeau clcélri-que C. La pointe du fer B jette un faiiceau de rayons lumineux D qui devient plus fenlible à l'aproche d'un corps non-éle&rique E.
- Fig. 4. A eft un duvet attaché à une chaîne éleétrifce B, & (u<pendue par des cordons de foye C. Un autre duvet D monté fur le bouchon d’une phiole de verre E & élevé fur • le guéridon F eft attiré par l’tleétri-cité du premier, & les deux duvets fe hériilent en étendant leurs petites plumes autant qu’il eft poffible,
- Fig. 6. Le même duvet A attaché à la chaîne B dreile toutes fe plumes vers un corps non-éleétrique qui y approche, & en eft attiré fortement.
- Fig. 6. A eft une cloche fufrenr due au canon de fufrl éleétrifé B:
- Une autre cloche C eft fufpenduë ou fixée à une efpéce de potence D, qui
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- lïi Essai su*. i’Ecectk: foutient en même temps une petite? boule d’yvoire E, qui étant attirée & repoulfée alternativement par la première cloche forme une fonnerie perpétuelle, pendant qu’on continue d’é-ieétrilèr le canon de fufil,
- approbation,
- ]’A i lû par ordre de Monfeigneur le Chancelier piuiieurs Manuîcrits., touchant les Expériences & les Çaufès de l’Eledricité, fçà-voir, i°. un Eflài fur Ja Nature, les Effets, & les Caulès de l’Electricité traduit de T Allemand , dont 1*Auteur elt M. Winxler, 20. des Expériences & Gbfervations pour fervir à l’expii* cation de la Nature & des Propriétés de l’Eledricité par M. Watfon , Membre de la Société Royale de Londres, Tradudion de l’Anglois. 30. Suitesdes mêmes Obferyari.ons & Expériences par le meme Auteur , Trc-dudion. 4<». Eifai fur laCaufe de PEledriçité par M. Frexe Chirugien, Membre de la Société Royale de Londres , Tradudion. yo. enfin un Effai fur l’Eledricité fuivant la Théorie de feu M. Newton , par M Benjamin Martin Ledeur en Phyfique, Tradudion. Je crois tous ces Manufcrits utiles au Public. A Paris ce zy. Avril 1748.
- LEMONNIER,
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