Expériences sur le cours des fleuves : ou Lettre à un magistrat hollandois
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- EXPÉRIENCES
- SUR LE COURS
- DES FLEUVES:
- 0 U
- Lettre à un Magiftrat Hollandois,
- "Dans laquelle on examine la crue des eaux ,
- four lesfaire baijfer dans un Fleuve fi» éviter les Inondations , il convient de faire des Saignées oit Décharges, en divifant les eaux : avec la manie« re d’e'eurer le fond des Fleuves , empêcher la rup-turc des Digues, & la Jubmerfion de la plus belle £> plus riche Partie de la Hollande 3 enpro-i curant un prompt écoulement aux eaux des Heu+ ves qui la traverfent.
- Par M. Gennete’ , premier Phyfîcien de S. M. ï„ NOUVELLE EDITION,
- A PARIS,
- DURAND, rue S. Jacques.
- Quai des Auguftins,
- M. D C C. L X I V.
- Avec Approbation & Permijfîon,
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- PLAN
- De la ,L ET T R E écrite au Magijlrat Holland >ls,
- I. Partie.
- J* E commence cette Lettre en failant remarquer l’utilité de î’Hydrométrie , à ceux qui ont l’Infpeéfcion du cours des Fleuves , & des Ouvrages qui en doivent contenir les eaux. Je pro-pofe enfuitedeuyi Paradoxes, l’un ïur les Accrues , 6c l’autre fur la Divifion des eaux dans des Décharges. Je mets en jeu un Fleuve, artificiel, avec des Rivières qui s’y jettent : je fais des Saignées à ce Fleuve pour tâcher d’y faire bailler les eaux des Accrues : fuivent enfin , les Expériences , faites ôc réitérées avec exa&i. tudc. . a ij
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- iv PREFACE.
- ' Elles montrent, qu’un grand Fleuve peut abforber toutes les eaux d’un autre Fleuve aufficon-iidérable que lui, fans que cette Accruë fafîe haulïer en rien les eaux du premier Fleuve , dont la largeur du lit relie la même qu’au-paravant.
- La chofe a lieu , parce que 1* Ac* crue ayan^doublé la quantité de l’eau du Fleuve, elle lui a aulîî doublé la vîtefle de Ion écoulement. Ainlî, elle n’a pu s’y élever ; & l’élargilîement de fon lit étoit inutile.
- Le Danube^abforbe I’/tz/z à Pal-fa v ; le Rhin, abforbe le Meyn à 'Mayenne ; fans que leurs . eaux haulïent, & fans élargilïèment de leurs lits. Voilà ce qui confirme les Expériences que je fais à mon aile, avec mon Fleuve artificiel , où je mefure tout très-fcrupüleufement. !
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- P R E*FA CE, v
- Ces Expériences montrent en* çore , que. dans un grand Fleuve dont les eaux font hauifées par T Accrue de fix Rivières > chacune aufli forte que lui, û on fait une Saignée ou Décharge à ce Fleuve pour y prendre la moitié des eaux qui y coulent ; la Saignée ne produira. aucune diminution dans la hauteur des eaux du Fleuve : elles s’élèveront dans la Décharge au niveau de celles du Fleuve :x coulant fans bailfer dans le Fleuve ôç dans la JDér charge avec la moitié de l’eau de la vîtefïè qu’àvoit le Fleuve avant d’être faigné.
- Le Rhin au-deiïbus âCEmme-ricky eft faigné par le Vcihal ; ce qui refte.du Rhin coulant vers Arnhem , eft encore faigné. par VYJJ'el; cela ne fait baiffer les eaux ni dans le Rhin, ni dans les deux faignées : les vîtefles du fluide fe
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- *j PREFACE.
- ralentirent j u fqu’à certain point* comme les eaux font divifées* Autre confirmation des Expériences de mon Fleuve artificiels Ce Fleuve a été conftruit, 6c les Expériences faites , pour empêcher l’exécution d’un Projet donné aux Etats d’Hollande. Par ce Projet, on propofbit une Sai-jnée, de la feiziéme partie feulement , de celle qu?on vient de voir inutile,toute grande èc forte qu’elle eft ; & cela, pour faire baifi 1er les hautes eaux dans le Rhin même, ou Leck , qu’on voyoit déjà làigné fi confiaérablement & fans aucun effet.
- Dans la première Partie de la Lettre que j’écris à ce fujet à Monfieur De Raet, CommiJJairè au Département des Eaux de la B étuve , on verra l’inutilité d’une
- pareille entreprife , la dépenfe à pure perte x les. inondations 8c
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- PREFACE. vi|
- les malheurs qu'elle auroit occasionnés fi elle eût eu lieu. Ce que: j’ai fait pour la Hollande, pourra aufli fervir aux autres Pays plats & baignés par des Fleuves qui les inondent.
- IL PÂHÎlÈrf
- Quoiqu'un Fleuve puilïe en ab-* forber un autre qui lui apporte Une quantité d'eau égale à celle qui y couloit déjà feule auparavant , fans que les eaux ainfi accrues haufient dans le Fleuve qui abforbe; parce que, file Fleuve abforbant contient alors lé dou-. ble d'eau , elle y coule aùlîi une fois plus vite : fa vîtefiè ne va cependant pas en augmentant félon la proportion des Accrues, puifque de plus grandes font hauf* ïer le FleuVe en regorgeant fur cette vîtefïç* qui ne peut plus entièrement fuffir à leur écoulement
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- <rlij PREFACE.
- Cette même vîtefïe, n’étant que dans le rapport de; la fou-doüblée de la hauteur de la chute qui donné la 'pente au Fleuve,8c la pouÏÏee des eaux qui s’y jettent, elle a Tes bornes. J’ai cru devoir les chercher par l’Expérience , pour que la chofe fut fans répli-que.C’eft donc l’Expérience feule, qui m’a fait connoître les limites, où l’eau des Accrues fe ralentit dans l’accélération de fon mouvement, & commence à fe fur-monter en s’élevant dans un Fleuve*
- Le premier dégré de ralentif-fement, s’eft fait appercevoir dans un Fleuve accru par deux Rivières, qui lui ont porté chacune une quantité d’eau égale à celle de ce Fleuve : c’étoit le triple de ce qui y coüloit auparavant. La furrace fupérieure de l’eau a hauf-fé d'un demi-piê, ou de la 48e*
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- P RE'FA CE. ix
- parue de toute la capacité du Fleuve. Ce qui montre, que fa vîtefle accélérée au triple comme la quantité de Ton eau , a retardé cette accélération du 48e. quis’eft furmonté.
- Il fuit de là, que trois Rivières ou trois Fleuves égaux , peuvent fans danger, être confondus en un feul qui ablorbera les deux autres. Le Fleuve abforbant ayant triplé fes eaux, triplera auiii la vîtefle de leur écoulement moins celle de la 48e. partie de ces eaux qui reliera en arrière, & c’ell ce qui fait hauflèr le Fleuve. Ce Fleuve étant de 48 toifes de largeur, li on yen faifoitjetter deux autres auiîi de 48 toiles de largeut chacun , Il 11e faudroit élargir Ion lit que d’une feule toife, pour que les eaux des deux autres Fleuves y coulaflent fans le faire haulTer.
- La vîtelTe de l’écoulement fe-
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- X PR B FA CE"
- roit alors triple de ce qu’elle étofr-auparavant : les dépôts trois fois moins considérables ; & i’écure-ment du fond fè feroit en le creu-fant avec trois fois plus de force.
- ' Si on n’élargifïoit pas d’une toile le lit du Fleuve abfbrbant >t les eaux des deux autres ablbr-bés y couleroient en haulTant feu-' lement d’un demi-pié la furface Supérieure des eaux du Fleuve ab~ forbant. Cela ne feroit d’aucune' eonfëquence.-
- Le fécond dégré de ralenti£• fenient* paroît dans un Fleuve dont les eaux font accrues au quadruple. Elles- s’y élèvent ôc y retardent d’un 24e... de toute leur quantités
- Par des Accrues qui quintuplent la première quantité d’eau qui couloit dans le Fleuveelle s’y élève & y retarde d’un 16e. elle s’élève retarde d’un L25,
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- PREFACE, i
- par des Accrues qui k rendent: fextuple ; èc enfin d’un 9e. environ y par des Accrues qui la rendent fept fois aufli forte qu’elle étoit auparavant* On verra dan» le corps de l’Ouvrage, les confé-quences qui réfultent de ces différentes Expériences, 6c leur application.
- Le retard dans là vîrefîe qui néanmoins s’accélère aufli long** tems qu’il y a de nouvelles Accrues , fer oit refluer fur elle-même une partie des eaux qui s’élèvent , fi celles qui viennent di$ Kaut du Fleuve 6c des Accrue» ne les entrain oient vers le bas.
- On pourroit augmenter la vî-tefle acquife par la pente ordinaire du lit d’un Fleuve 6c la pouf-fée des Accrues* en fai fane des: fortes Saignées qui accéléreroicnt leur écoulement 6c qui feroiens bailler les eaux dans le Fleuves
- &"Ksr
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- xij PREFACE,;
- Voyons à quoi cela conduiroir.
- Un grand Fleuve , donc les eaux feroient hauflees par des Accrues fix fois auffî fortes qu’il l’eft lui-même dans fon état ordinaire , ne baillera pas par une Saignée qui lui prendra la moitié des eaux ainfi hauflees. Parce que, fi la Saignée lui partage fes eaux , en lui en prenant la moitié, elle lui prendra auffi la moitié de la vîtefle de leur écoulement : ainfi, elles ne peuvent baif fer dans le Fleuve ; fte. elles monteront dans la Décharge au niveau de celle du Fleuve même* Mais dans un Fleuve dont les eaux font feulement quadruples de l’ordinaire, fi on fait deux Saignées, ayant chacune une capacité égale à celle de ce Fleuve : elles lui prendront les deux tiers de fes eaux , & les deux tiers de leur vîtefle, La furface fupérieure
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- P RE’FA CE. xiif
- de celles du Fleuve, baifïèra d’un 16e. de fa hauteur ou profondeur: elles haufleront 8c couleront dans les deux Décharges , au niveau de celles du Fleuve au-deflous des Saignées.
- Le Fleuve ne coulera par con*» féquent plus qu’avec un tiers de l’eau 8c de la vîtefle qu’il avoit avant les Saignées. Mais cette eau baifTe par-tout d’un 16e. de fa hauteur : cela fait voir, qu’elle tire 8c accélère auffi d’un 16e. le tiers de la vîtefle qu’elle conferve tant dans le Fleuve , que dans chacune des Décharges ; 8c c’eft en ajoutant ce 16e. de vîtefïè au tiers qui fubfifte dans la divifion, que les eaux fe précipitent 8c baif lent par-toilt. Si PAccruë étoit plus, forte , les Saignées produi-roient ce effet.
- .Voilà le premier dégré dé-
- pendant un moindre
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- MV P R JP FJ C Ë,
- célération dans la vîceffc acquife par les Décharges, Voilà aulli deux Soign ées d’h n e capacité double de celle du Fleuve, ce qui triple fa largeur. C’eft là le trifte avantage i qui ré fuite de la division des eaux par des Saignées-immenfes y capables de fubmer-ger un Pays foutenu par des Di-gués.
- En remontant d’ExpérienceS en Expériences ,= je trouveque fix Rivières tombant dans un Fleuve* Ou elles rendent les eaux & la vîteflè de leur écoulement feptf fois auffi fortes que lorsque le Fieu--te va feul : trois Saignées faifanr enfemble le triple de la capacité de ce Fleuve, y font bailler les eaux tout au plus dun 24e. de la hauteur ou profondeur.. Ces eaux hauflent & coulent dans les Décharges, au niveau & avec une vîtefle égale à celle du Fleuve air*-de flous des Saignées*
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- PR PPA CË. s*
- Les trois Décharges prennent doncchacune un cjuartde l’eau du Fleuve 6c de fes Accrues * avec le quart de la vîtefle de leur écoiK lement ; & le Fleuve laigné y ne' Va plus qu’avec un quart de fes-eaux & de la vîcelie qu’il avoic avant les Saignées. Mais comme-ce FJeuve,après avoir haufle d’un ÿ. par les Accrues ^baille en lui te; d’un 24e; de fa hauteur par les Saignées;.cela ne peut avoir lieu,r fans que le quart de vîtefTe qu’il conferve,n’augmente du 24e., qui tire & fait bailler les eaux en le précipitant dans les Décharges qui les partagent..
- Voilà un Fleuve,.dont le lit quadruplé en largeur par trois Saignées pourroit mettre tout un petit-Pays en Rivières : l’Invention de ces Saignées , y feroic bailler les eaux d’un pié feulement*
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- *vj PRE' FA CE.
- III. Partis.
- # • *
- Voulant fçavoir jufqu’ou iroit cette accélération produite par des Saignées, j’ai donné à mon Fleuve une Tête-d'eau ou pouflee double de celle qu’il avoir dans les Expériences précédentes : j'ai triplé la largeur de l'embouchure par laquelle il reçoit fes eaux : enfin , j’ai inondé & le Fleuye & les fix Rivières qui s'y jettent, en y faifant couler les eaux à raze de leurs bords.
- Les Décharges du Fleuve étant enfuite ouvertes fucceflivement, &, les trois Saignées prenant les trois quarts des eaux de toute l’Inondation ; il n’en eft par confé-quent relié qu’un quart dans le Fleuve , avec le quart de la, vî-tefïe acquife par la pente du lit & la poufFée des Accrues les plus fortes qui puiflènt avoir lieu :
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- P R E FA C E. xvij
- Cependant j. le Fleuve n’a bai® que diunlpiéi & demi au deiîbus de fés bords. .
- Ce pié ôc demi de chuté, faifant un 20e.dê diminution dans la hauteur des eaux ,„ & d’augmentation dans la vite® de leur écoulement , doit être ajouté à la vî-teffè acquife par la pente du lit du
- -, _ i . I ^ i.. r
- Fleuve ôc la pou®e des Accrues;
- c’eft ce qui donne l’accélération qui fait couler les eaux plus vite &. bai®r par-tout tant dans le Fleuve que dans les Saignées.
- Voilà en total, une Saignée 48 fois plus forte que celle qui a été propofée en Hollande , pour faire bai®r les Fleuves dans le tems des grandes eaux.
- Comme mes Expériences ont Oté faites jufqu’à préfent dans un Fleuve droit, également large dans toute fon étendue, avec des bords perpendiculaires ; j’ai imit4
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- je vii j PREFACE,
- enfuite les détours qui i(t trouvent dans les Rivières en forme de coudes, en ajuftant dans mon fleuve 9 des Obftacles, précifé-ment comme les coudes en forment dans les Rivières*
- Après avoir vu l’efFet que ces coudes produifent, j’ai fupprimé les Saignées, le Fleuve garni de’ fes Obftacles, coulant alors feu! entre des bords ou Digues plus élevées. En Voici le Réfultat.
- Les trois Saignées qui ont di* vifé le Fleuve en rendant fon lit quadruple de fa largeur ordinaire, êc en accélérant a un 10e. la vî-telle de fon écoulement, ont fait bailler fes eaux de 18 pouces* Les trois Obftacles ou Coudes que j’ai mis en divers endroits du FleuVe , & qui ont rétréci dé' moitié la largeur de fon lit dans le lieu du plus grand Coude ; en retardant d’un 14e. la vîteftè de1
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- PREFACE. xl*
- l'écoulement de fes eaux, les ont fait haulïèr de 15 pouces.
- Après avoir fupprimé les trois Saignées, 8c que toutes les eaux qui s’y déehargeoienc ont eu repris leur cours dans le Fleuve gêné par les trois Obftacles ; Je retardement drun 40er dans la vî-telle des eaux aiiifî relïèrrées 8c fappant les Obftacles , les a fait haufler de 9 pouces.
- Ces 9 pouces > avec les 15 ci-delïus , font 24 pouces ou 2 pies de hauflee } contre 18 poucesde chute qu’ont produite les trois Saignéesimmenfes. La différence cft de 6 pouces.
- ' Elle fait connoître l’avantage qui peut revenir, de quadrupler la largeur du lit d’un Fleuve, 8c de mettre par là le meilleur de Ion terrein fous une eau, toujours prête à le répandre, 8c à lubmer-ger ce qui refte , 8c cela pour
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- XX PRÉFACÉ.
- gagner 18 pouces de chute, dans le Fleuve qu’on vést fàigner,
- . On trouvera enfuite le Réful-tat des Expériences tarit dé mon Fleuve artificiel, que des Obfer-vations que j’ai faites fur une partie des Fleuves de l’Europe , touchant les Dépôts occafîonnés par la violence des Accrues : ce qui conduit à la découverte du Remède capable de détruire ces dépôts qui caufent les Inondations.
- IV. Partie.
- Les Dépôts étant la principale caufe de l’Exhauflèment du fond des Fleuves ; de l’Exhaufîement du fond fuit l’élévation des eaux, & enfuite les Débordements: on trouve aifément cette principale caufe dans la Divifion des Fleuves. Pour bien l’établir &; fans réplique, je décris le cours du Rhin divife en plufieurs bras, tel
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- PREFACE. xxj
- qu’il étoit du tems des Romains, & tel qu’il eft aujourd’hui.
- On trouvera peut-être, dans la Defcription que je donne de la fin de ce Fleuve , plufieurs traits qui ont échappés aux Voyageurs les plus curieux. En me voyant le fuivre par-tout,on jugera h je l’ai examiné fur les lieux. Je ne rapporte de l’état aétuel des chofes, que ce que j’ai vu par moi-même. Four plus d’éclaircilTemeric, j’ai "ajouté des Notes quiétoiènt inutiles dans lçs Mémoires imprimés que j’ai donnés aux principaux Seigneurs dés Etats , parce que les Obfervations que ces Notes contiennent leur font entièrc--ment connues.
- . Dans la Récapitulation que je fais du cours du Rhin, je le trouve divifé en trois bras; & chacun de ces bras à peu près d'une largeur égale à celle de tout le Fleuve* ~
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- xxîj PRE' FA C E.
- Cela me conduit à des Conférences qui font voir , que Iç fleuve entier ou réuni, doit couler trois fois plus vite que chacun de les bras ; qui n’ont en même-tems avec le tiers de la vîtefïe, .encore que le tiers de l’eau du Fleuve*
- Je vois de plus, que chaque i>ras a fon fond de fes rives. Cela fait trois fonds de fix bords : au lieu que le Fleuve n’a qu’un fond de deux côtés. Les furfaces qui ré-» liftent à Peau coulante dans les bras, font par là triples de celles qui rélîftent dans le Fleuve.
- Le frotement du fond , celui des bords de la réfiftance de Pair fur la furface fupérieure de l’eau , font donc dans les bras , triples du frotement qu’il y a dans le Fleuve. Le retardement de Peau eft donc aulft triple.
- Des vents contraires fouiHant
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- P R E* FA € E. xxiij
- vîolamment contre le courant de ces bras , y trouveront une réfîf-(tance trois fois moins grande que dans le Fleuve ; ils y agiront par conféquent trois fois plus fort, Ainfî 9 leur effet triple, fur une vîteflè triplement diminuée, fora 9 fois plus grand. Dans ce cas, l’eau coulante dans les bras du Fleuve, ira relativement 9 fois moins vîte que dans le Fleuve même : c’eft ce qui fufpend & fait hauffer les eaux dans ces bras.
- De là vient, que les terres &c les fables que les grandes eaux charrient a fedépofentfî aifément dans le fond des bras du Fleuve 1 tandis, que le tout eft entraîné 9 fois plus vîte dans le Fleuve. C’eft ce qui fait que le fond des bras, atélève auflî 9 fois plus facilement que celui du Fleuve. Les eaux qui coulent par ces bras, s’élèvent pro* porçionnellement & refluent fur
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- xxiv PREFACE.
- elles-mêmes : ou elles rompent leurs Digues dans les endroits foibles : ou enfin elles paflent par-defiusces Digues.
- Il paraît de là fi naturel, qu’en réunifiant les trois bras du Rhin, pour n’en faire qu’un feul Fleuve, on lui rendrait une vîtejfe conf tante , trois fois plus grande que celle qu’il a dans les Divifions. On lui faciliterait en même tems,
- un écurèment de fon fond aujf conflcLmnïènt trois fois plus confidé-râble. Ceci eft fimple , vrai, & le Remède efficace non - feulement pour empêcher les ex.haufièmens^ mais encore pour les détruire peu-à-peu. /
- J’ai prévu les Obje£fclotis qu’on aurait. pû me faire, ôc j’y ai ré1 pondu devance. J’ai montré là polîîbilité 6c la facilité de la chô-fe , fans nuire à la Navigation tant intérieure, que de l’intérieur
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- P R B FA C E.
- ‘ * *'
- an-dehors du Pays. J’ai averti des précautions qu’il faudroit prcn«* dre, pGur ne pas rendre le Remède pire que le mal. J’ai donné la manière d’obturer lentement, par degrés, l'Embouchure des Rras qu’il faudroit abiorber, fans j caufer d’accidents.
- Le pis-aller dans le Bras abfor-( bant, feroit de redrefïèr fes Cou* des, pour empêcher la rupture de fes Digues ôc. faciliter le prompt écoulement de l’eau. Sans cela, le redrellèment des Coudes n’eli pas moins nécefïaire Ci on veut éviter les malheurs.
- Y. Partie.
- Si le Moyen que je viens de propofer, donne de là crainte par Jaréunion de plulieurs Bras en uml feul ; entr’autres Expédients fa-lutaires , il y a celui du redrelïè-.ment du lit des Fleuves pont *3$
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- sfxv] PREFACE.
- 0
- faciliter l’écoulement, 6c empê-cher l’ébranlement bc la fappe des Digues qui caufent les Inondations,
- Le premier Vice radicalqui fè préfente fur le bord d’un Fleuve, conlifte dans les Coudes , qui en îétréçiflèntle lit,en expofant l’en* droit le plus avancé de ces Coudes au fil des plus grandes bc plus fortes eaux. Il arrive toujours, & il arrive nécelTairement , que ces Coudes fe trouvent fappés par le pié. La Sappe qui s’en fait, réduit la Digue qui /butient les eaux du Fleuve , à moins de la moitié de Ion épaifïèur, La Digue ainfi fap^ pée, ' diminuée d’épaifïèur bc de réfiftançe , fait la pirouette bc tombé enfuite, non du côté de la Campagne avec f eau qui l’entrai ne, mais elle tombe dans le Fleuve même &: dans le lieu de la fàppe,
- JToilà la, grande Çaufe9 & la Heu
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- PREFACE. xxvîj
- chequi coupe premièrement, & fait enfuite fauter les Digues.
- Le Remède eft fîmplement ter cette Hache en redreffant les Coudes, On rendra par-là an Fleuve , la largeur que ces Coudes lui prennent : on lui facilitera l'écoulement de fon eau en réel reliant fon lit : on évitera en même-tems, toutes les làppes telles qu’elles puifïènt être, &. confé-quemment les trois quarts & demi des Ruptures & des Inondations.
- Je donne le Moyen de faire ce redreflèment de Digues de la manière la plus aifée , la pins sure & la moins difpendieufe.On verra la différence de ma Méthode , en la mettant en parallèle avec celle qui a été fuivie, en 1754, entre Amhem & Emmerick.
- Quant aux Sinuofités des Rivières & des Fleuves, il enréfulte encore de grands Inconvénients^
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- xxviîj PRE’FA CE,
- L’eau venant de loin avec rapidi-dite 5 6c rencontrant un Détour, elle bat de toute force la partie de la Digue qui fe trouve expo-fée à ce Détour. L’eau coulante perd dans le choc , toute la vî-teffe qu’elle avoit.acquife par la pente de fon lit 6c l’accélération,. Elle refteroit tranquille 8c morte après le choc , fi là feule pente de ce lit aidée de. l’eau coulante fu-•périeure qui fournit 8c poufïe con tinuellement, ne la remettoient en train.
- De là naillent les Brèches dans
- , t
- les Dignes des Détours : le Dé* pôt du fable 8c des terres dans le fond de ces Détours, par une elpè-ce de ftagnation même des. plus grandeseaux qui les apportent : de là enfin, l’ExhaufTement incroyable de ce fond , l’Elévation des ^aux, 6c les Débordements.
- jLe Remède eft toujours fort
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- P R EF A C E. xxix
- Smple. Ce feroit auffi de redref» fer autant qu’on pourroit, ces Détours y par des Contre-Digues qui rendirent au Fleuve une largeur convenable : qui redreffafTent par conféquent fon cours ; & qui lui facilitaient fon écoulement fans aucune ftagnation de fes eaux.
- Les Contre-Digues qui redreiïe-ront les Coudes èc les Sinuojîtés des Fleuves, doivent être telles , que le lit du Fleuve qu’elles foutien-nent, puifle contenir le plus d’eau & qu’elle y coule le plus rapidement qu’il fera pofïible ; que ces Digues n’en fouirent que le moins de preiïion , &c de chocs , & qu’il n’en réfulte par conféquent que le moins de Ruptures ét de Dommage qu’il fera aiilîî poffible. Ces Digues feront alors les plus avantagëules.
- Pour donner une Conftru&ion qui les rende telles, fai cru de-j
- • j • • •
- b uj
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- xxx P RE* FA c E;
- voir cônfultèr la Nature dans fes Opérations , &: la prendre pour Maître abfolu. J’ai vu la Mer Belgique fe former elle-même, un Rivage fi beau , qui lui prelcrivoit fes propres bornes. Elle m’a montré , que fi les Hommes font une longue pente à une Digue du côté du terrein ferme de la campagne ;la Nature au contraire, tourne la fienne du côté de l’eau , pour lui oppofer un plan fort incliné , fur lequel elle roule & glifie plutôt qüe de heurter. G’eft ce plan fortement incliné dans l’eau qui tient ferme contre la prefîion , le choc, ôc les fappes. Je lé démontrerai.
- Ayant donc choifi entre les Villages dé Catwyk ècNoortwyk^ cp~\èe, un bel endroit du Strand ou Rivage de la Mer; le Nivelle 3 ment m’a fait connoître^ que la Digiie que l’Océan fe forme ôç
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- P R E FA CE. xxx|
- ÿoppofe à lui-même , n’a qiiun piê de chute àplomb , fur une longueur de 5 5 piés de pente vers l’eau. Voilà une Digue conftruite par la Nature , avec le penchant le plus doux, de qui a le plus de réfîftance.
- Je fçais cependant, que cette belle Digue naturelle,ne peut être imitée à la rigueur fur le bord des Fleuves, par rapport à la longueur de fa pente qui prendroit trop de terrein.Mais plus on en approchera, plus auffi la Digue conftruite à Ion imitation fera parfaite de avantageufe.
- Je donne le Modèle d’une telle Digue imitée delà Nature, de applicable aux Rivières de aux Fleuves , avec la Démonftraüioii de tous fes Effets. Elle fera utile à ceux qui voudront en faire ulage. Celui qu’on en feroit en Hollande pour le redreffement du
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- fcxxij PREFACE,
- lit des Rivières, empêcheroit l’ê* branlement, la fappe , le renversement des Digues, 6c les Déluges qui y font fi fréquents.
- VI. Partie.
- Si le dernier Moyen propofé paroiflbit caufer de la lenteur, ou être contraire à divers Intérêts particuliers : je fais voir dans la VIe. Partie de ma Lettre, qu’avec une Digue de quatre lieues & demie de longueur fur le Leck ; ou une autre Digue de près de deux lieues & demie feulement dans un autre endroit; on pourroit aifément* à peu de frais 6c fans rifque, garantir desinondations la plus belle partie de la Hollande, confi flanc dans tout le Trajet du Vecht, le Territoire de W'oerdén 6c fesad-jacens , \AmJlél-Land^ îe Rkyn-Land, lé Schie-Lund > ôt le Delfts Land,
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- P RE'FA CE. xxxn] VIL Partie.
- Mais on vient à la traverfè , difant, que pendant les rudes Hy~ vers , il le forme dans le Leck des ( YS-Dammen ou ) Bancs de Glace , d’une épailïeur à l’épreuve du canon.; que cette Glace fait refluer les eaux , ce qui met les Digues 6c le Pays en danger. Sur quoi on inlifte,à faire dans \cLeck% la Saignée propofée 6c contre laquelle je m’élève, pour prendre, dit- on, dans le Fleuve > ce fuper-flu des eaux qui refluent derrière le banc de glace 6c qui font dangereufes ; comme (i la Saignée pouvoit y faire bailler ces eaux dangereufes.
- Je continue ici à réfuter lePro* jet de cette Saignée par la Rai-fon, l’Expérience, 6c l’Exemple d’autres Saignées 3 2 fois plus fortes qui ne produifent aucun efFet.
- Je réduis enfin,ce Proj et,à la diffi-
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- Xxxiv P R EF A C E,
- culcé infurmontable,quieft5qu en fuppofànt comme vrai, que cette petite Saignée fera bailler l’eau du Eeck , il le trouve dans la dure nécelïïté de fuppofer auffi, que cette même Saignée fera ambulante ; qu’on la tranfportera tantôt ici, ôc tantôt là, pour l’avoir toujours précifément un peu au-deiius des bancs de glace qui le forment au hazard.
- Sans cela , peut-on concevoir que cette Saignée puifïe être d’aucune utilité ? Ne la fait-on pas là, pour décharger les eaux qui s’élèvent & qui refluent derrière le Banc , ôc qui fautent enfuitc par-defliis ?
- La Saignée propoféeconfiftera en 5 Eclufes, chacune de 15 piés de largeur : il leur faut 6 grands Môles de maçonnerie pour les foutenir. Leur Décharge formera un Canal de la largeur d’une Rivière : ce Canal aura deux Digues
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- PR E'FA CE. xxxv
- •auffi hautes que celles du Leck & de la Méruve,
- Si cette Saignée n’étoit point ambulante , il faudroit que les Bancs de Glace fe fixaflent, ôC; allaient toujours fe former préci* fément un peu au-delîous de la S ai* gnée.
- Mais comme ces Bancs chaft* gent annuellement de figure dcdfi place,il par oît,qu’ilfaudroit autant de Saignées qu’il y a de lieux pro« près à la formation de ces Bancs i ç’eft-à-dire,, qu’il faudroit mettre tout le bord duFleuve enSaignées, de d’un Pays ferme en faire un^ Mer-d’eau.
- Pour empêcher ces Traverfes d& Glace de fe former dans le lit d’un Fleuve, je dirai toujours, qu’il faut redrelier ce lit:faciliter l’éçouh lement de fes eaux fans ftagna* tion ; réunir ces eaux pour leur donner de la force, au lieu de le$ divifèr pour les affoiblir.
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- xxxvj P R E’FA C E.
- , Plus elles feront réunies dans un lit redreile autant qu’il fera poffible, plus elles couleront vîte, moins il y aura de glace.
- Voilà le feul Expédient qui pujk lè mettre hors d’inquiétude. Tout ce qu’on pourroit aire de plus , ceviendroit à ce Moyenunique.
- » Ce petit Ouvrage a été entrepris j>ar affedKon pour l’Humanité, la. confervation de mes Semblables , de pour fatisfaire aux empreffe-» tnents d’un Magiftrat, qui me fai-foit l’honneur de demander mon Avis, fur un Projet qui intérelle la yie de lesbiens de fes Concitoyens;' Après avoir donné cet Ouvrage împrimé en détail àM.deRaet, &£ aux principaux Membres du Gouvernement d’Hollande, je viens de îe raflembler pour le donner au Pu-blic, efpérant qu’il pourra aufïl lui être utile : c’eft là le feul but? que je me propofe..
- A Paris , le 6 Août 17 6&<
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- LETTRE
- A Monfieur pe Raet, Bom> guemaître de la Ville de Ley-den en Hollande , alors * Député au Commicé des Etat#; à la Haye,
- - '» . m. . i h-
- Première Partie,
- Où ton voit U utilité de l’Hydro
- métrie.
- Vou s fçavez , Monfieur, que l'Hy-1 drométrie eft l’Art de mefurer la quantité 8c la vîteftè des eaux des Rivières» & des Fleuves.
- Qu’à ceci, fe joint nécèflàirément la connoiflfance de la preflion eaufée par la pefanteur des eaux , & celle de l’eftort que produit le choc de ces eaçx pour détruire les bords des Fleuves.
- Qu’il y faut aufli joindre une autre eonnoi (Tance, qui eft celle de la conf-
- * Ei% r?5â,
- Jk
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- i Expériences
- fxadfcicm de ces bords ou rivés éleyées 5 que cette conftru&ion foit telle, que le lit des Fleuves contienne le plus d’eau qu’il eft poflible j quelle y coula le plus rapidement qu’il fe pourra ; Sç que les bords ou Digues qui foutien-nent cette eau au - deflus des Campagnes voifines , n’en fouffrent que le moins de dommage, Sc qu’il n’en ré-fulte, par conîequent , que le moins de Ruptures aine Digues qu’il fera auflî’ pollible.
- Qu’à ceci fe joint encore , l’Art de ramalTçr les eaux dans les Fleuves, en jes concentrant entre leurs Digues autant qu’elles peuvent l’être, dans un même lit, beaucoup moindre que ceux des Rivif'ris qui s’y déchargent, fans çaufer d’itiondations.
- Qu’il fa it enfin, foigneufement em-t pêcher la diyifion de ces eaux hors de leur Utçe qui de tous les cas, eftJ§ pire, . . ‘ ;
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- furie Cours des Fleuves. Part. I. $
- PREMIER PARADOXE
- Pire&ement oppofé aux ConnoilTances dont je yiens de parler.
- Si une ou plujîeurs Rivières venoienê p. changer de. cours 3.& fe jetterfuccefjî-vement dans un Fleuve dont te lit ejl déjà plein, ou prefque plein : On pertfe ordinairement, que cette nouvelle eau groffi-roit le Fleuve , de forte qu’il faudroie élargir fon lit, ou hauffer les bords, & pue faute de Vun ou de V autre rfes eaux s’élevant, pajjeroiené par-'deffus les bords, ordinaires,
- SECOND PARADOXE.
- Qui eft une Çonféquençe néceflàire dit
- premier.
- Quand Veau d’un Fleuve enflé par des Rivières , ou des Torretits produits pat les pluies & la fonte des neiges , efl pref que d pleins bords ; fi on faifoit des. Saignées ou Décharges d ce Fleuve, pour en tirer une quantité confidérable d’eau & tajetùr d'un autre côté oit elle auroit ' À ij
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- 4 Expériences
- un écoulement ; On penfe encore, que par ce moyen > la hauteur de Peau baifl Jeroit dans le fleuve ; que les Digues de ce. Fleuve en feroient beaucoup moins çxpofées aux Ruptures ; que le Pays voijin au Fleuve en Jeroit plus en fureté ÿ
- M A C PIN E Pour faire VExpérience contraire
- J’ai chez moi, à Leydeny un Fleuve artificiel, avec un bon noipbre de Rivières qui fe jettent fucceffiv emenc dans jfon lit. J’ai pratiqué des Décharges con-iidérables à çéFleuve ; onouvre ces Dé*, charges & on arrête le cours des Rivières par de larges Eçlufes. Le tout eft en ordre expérimental & amufant.
- Je prends , Monfieur, la liberté de Vous inviter à venir le voir, & juger du fait. Il n’y a de plaifir réej que dans le vrai : mais on ne s’en a(Ture bien que par l’Expérience. Venez donc voir cetté lage Mère qui enfante avec peine , qui élève avec foin , qui donne du prédit 8c fourient prudanunent le$ Sciences utiles & paihbles.
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- fur le Cours des Me uves. Part* ï. $
- EXPÉRIENCES
- Qui prouvent que le premier Paradoxe ejl bien nomme *.
- Préparation.
- Ayant donné à mon Fleuve <k aux Rivières qui s4y jettent, une chute d’un pié pour la pente de ioo verges de longueur qui font 1200 piés} & la Tête de l’eau à l’embouchure du Fleuve , & a celle des Rivières, étant conftamment d’une même hauteur : je laifife enfuite couler l’eau dans le Fleuve, & Je remarque V endroit 011 fa furface fupérieurè atteint.
- * Ces Expériences ù celles qui fuivent, ont été faites à Leyden, en ij55 ,7e tout principalement en prèfence de leurs Excellences MeJJzeurs les Comtes de Ben-tinck , de Hompefch , de ÎFaJJenaer-Twickel, & de TPaffenaer-Catwyk ; de Jfrîonfïeur le Bourguemaitre de Raet, & de Monjîeur Edens de Warmondt. je viens de répéter ces mêmes Expériences, â deux lieues ds Paris 3 fur les bords de la Heine,
- A iij
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- Èxperiences
- Cette marqua va me diriger dans les Expériences lui vantes.
- Ë X P É R I ï NCI i<
- Je lai(Te une de mes Rivières le jetter dans le Fleuve. Cette Rivière y fournit uiie quantité d’eau égale à la moitié de celle qui y couloit déjà; Cependant , la hauteur de l’eau du Fleuve ne changé pas par cette Accrue, fa furface fnpérieure refte à la marque.
- L’Accrue ayant augmenté d’une moitié la quantité de l’eau du Fleuve -, elle fe feroit nécedairement furmontée dans la même proportion , fi la Rivière n’eût en même-tems augmenté d’une moitié * la vîtefle de l’eau qui couloit dans le Fleuve avec laquelle celle de la Rivière ,ya de pair.
- Expérience IL
- La première Rivière continuant à couler dans le Fleuve, j’y en lai(Te en-fuite couler une fécondé qui y porte autant d’eau que la première. Voilà donc le double d’eau de ce qui y couloit auparavant. La hauteur de cette
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- furie Cours des Fleuves. Part. î. 7 eau refis pourtant toujours à la marque, 8c ne change pas dans le Fleuve par la double Accrue.
- Gette double quantité d’eau qui coule fans s’élever en rien, fait voir, que les deux Rivières qui fe jettent dans le Fleuve 9 au lieu de faire hauffer fes eaux , ne font que leur donner de la chafîè, en faifant, dans tin tehis égal , côulef le Fleuve une fois plus vite qu’au para vant. Cette augmentation de vîtefle fe voit à l’œil j & mieux encore par un Moulinet placé dans le Fleuve pendant le rems des Expériences.
- Les bords du Fleuve 8c ceux des Rivières étant perpendiculaires, 8c le fond uni par-tout , on ne peut fup-pofer ici que les eaux ne coûtaient pas près de ces bords avant les Accrues. Ces mêmes Accrues n’ont pas donné, mais augmenté la vîtefTe dans toute la largeur du lit du Fleuve.
- Voilà donc ce Fleuve qui refie de la même capacité, & qui, en même-tetns, abforbe deux Rivières aulli fortes que lui,.fans qu’il foit befoin d’élargir fon lit, ni hauffer fes bords. Cela le-roit d’autant plus inutile, que fes eaux
- A iv
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- 5 Expérience}
- ne changent rien à leur hauteur par 1* double Accrue.
- A vantages rêfultants de la réunion des eaux.
- Én ramalTant ainli les eaux dans uh même lit, on leur procure un écoulement plus prompt, le fond s’écure avec une force double , ce qui y permet aulli moitié moins de dépôts par la ftagnation des eaux en beaucoup d’endroits.
- Preuves en grand des Expériences qui viennent dïetre rapportées,
- Si on récufe les Expériences de mon Fleuve artificiel, parce qu’elles font en petit, je me tranfporterai fur le Danube,
- 6 je ferai remarquer que YInn , qui fe jette dans ce Fleuve à Pajfaw, eft une Rivière prefqu’aufli forte que le Danube. Cependant, le lit du Fleuve au-de flous, c’eft-à-dire, entre Pajfaw & Lint^ , n’eft pas plus large que celui de YInn qu’il a abforbé : mais l’eau y coule plus vite.
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- fur le Cours des Meuves;;Part. I. £ Une fécondé Preuve fe trouve daiïs le Rhin au-deflfus de Mayence. Ce Fleuve abforbe le Meyn , qui eft urie Rivière dont le lit plein d’eau eft auflt large que celui du Rhin, 8c le lit du Fleuve n’en reçoit aucune augmentation.
- Il y a plus. Le Rhin abforbànt le Meyn à Mayence, 8c la Mofette à Co-blent[ , il coule de là à Bonn 8c pàfle enfuite fous les murs de Cologne : fou lit n’y eft pas fi large , qu’il eft au-deflous de Mayence où il coule feul avec le Meyn, avant d’avoir abforbé la Mofette. On voit donc par ces Obfer-vations fans répliques *, que tout dé-
- * t/n petit Fleuve peut entrer dans un grand y fans augmenter fa largeur ni mime fa hauteur. Ce Paradoxe apparent 3 ef fonde fur ce qu'il ejl pofiîble , que le petit n'ait fait que rendre coulantes dans le grand , les eaux des bords qui ne Vétoient point, & augmenter la vîteffe du fil, le tout dans la même proportion qu'il a augmente la quantité de Veau. Le bras du Po de Venise , a abforbé U bras de Ferrare & celui du Panaro, fans aucun êlargiffement de fon lit. Il
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- i © Expériences
- pend de la vîteiïe que l'eau peut aqüerîf avant de fe furmonter. Mais cettè vitefle ayant /es bornes , nous les chercherons dans la fuite.
- EXPÉRIENCES
- Qui prouvent Vinutilitê des Saignées, & que le fécond Paradoxe a aufji reçu fçn véritable nom.
- Préparation.
- J’ai laiffé mon Fleuve dans l’état où il ëtoit pour la première Expérience my j’y ai enfuite fait couler fîx Rivières •dont la chute étoit comme celle du Fleuve , c’eft-à dire, d’un pié par i oo
- faut raifonner de même à proportion de toutes les crues qui furviennent, & en général de toute nouvelle augmentation d'eau , qui augmente aufjî la vîtejfe. Eloge de M. Gugiielmi par M. de Fon-tenelle} Mém. de l’Acad. Royale des Sciences de Paris ; Année 1710.
- Monjieur Guglielmini efl le premier, que je jçaches , qui ait fait cette Remarquefur les Fleuves. Voye\fon Traité De Fluminum Naturâ,
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- fur te Cours des Fleuves. Part. I.ii Verges de longueur de pente. A l’embouchure de chaque Rivière dans le Fleuve, il. y avoir des Eclufes aufîï larges que le lit de ces Rivières. LaTêtç-d’eau étoit la même par-tout.
- En ouvrant les fix Eclufes , je donne par-là au Fleuve, fix Accrues, dont la quantité d’eau de chacune eft égale à la quantité cl eau qui couloit auparavant dans le Fleuve. Par ce moyen, je le fais furmonter, & venir à pleins bords. Je remarque Vendroit où fa furface fu-périeure atteint : cette marque me dirigera encore dans les Expériences fui-v^iites.
- Expérience îîï.
- Je fais une Saignée au Fleuve rempli d’eau coulante à pleins bords, pour voir fi je l’y ferai bailfer. Cette Saignée fie fait en ouvrant une Eclufe dans une Décharge , éloignée de l’embouchure des Rivières, & qui prend la 16e.partie de toute l’eau du Fleuve rempli à pleins bords par l’Accrue de ces fix Rivières. La Décharge, toute forte qu’elle eft, ne fait bailler en rien l’eau du Fleuve > fa furface fiioérieure refie à la
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- 11 Expériences
- marque. L’eau coule dans la Décharge
- au niveau de celle du Fleuve.
- La Décharge , en prenant la 16 e. partie de l’eau du Fleuve, lui emporte aufli la 16e. partie de la vîteffe de font écoulement. Voilà ce qui fait que la hauteur de l’eau ne diminue pas dans le Fleuve, 6c cju’elle coule à fon niveau dans la Décharge avec une vîtelïè égale à celle qui refte au Fleuve même au-delïous de la Saignée.
- Expérience IV.
- Les fix Rivières continuant à couler dedans 6c avec le Fleuve , je ferme la première Saignée (Exp. $), & j’en fais une fécondé dont la capacité eft égale à celle de tout le Fleuve. J’y laifte décharger ce Fleuve qui fe partage en deux branches aufli fortes l’une que l’autre, fans; m’appercevoir cependant que l’eau baifile dans le Fleuve : fa furface fupé-rieuire refte à la marque. L’eau coule dans la Décharge élevée au niveau de celle du Fleuve qui en perd la moitié de celle qu’il avoir.
- Cette Saignée ou Décharge, la plus forte qui puiiTe être faite, en prenant
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- fut le Cours des Fleuves. Part. î. i f la moitié de l’eau du Fleuve rempli à pleins bords, lui prend aufti en même-tems la moitié de la vîrelfe de fon écoulement y une moitié de l’eau coulant dans le Fleuve fous la Saignée avec la moitié de la vîtefte qu’elle a au-delTus de cette Saignée, & l’autre moitié de l’eau coulant dans la Décharge encore avec la moitié de la vîtelle qu’elle avoic dans le Fleuve au-defïus de la Saignée.
- Ce. ralentiftement dans la vîtefte , fait que dans un teins égal, il pafte autant d’eau par le Fleuve qiiand la Décharge eft fermée , qu’il en pafte pàt le Fleuve 5c la Décharge tout enfem-ble quand cette Décharge eft: ouverte» Le ralentiftement de la vîtefte, fait enfin, que l’eau ne peut baiftèr dans le Fleuve, Sc qu’elle s’élève à fon niveau dans la Décharge où elle coule avec une vîtefte égale à celle qui rcfte au Fleuve mêmeau-deftous de la Saignée.
- Preuves en crand des Expériences faites fur là Divifion des eaux.
- Ces Expériences font encore en périr, Je l’avouë : mais il y a moyen de les vé-
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- Î4 É xp&ntnccs
- irifier par le cours des plus grands Fleuves. Je choifis pour cela, le Rhin> au-deflous de la Ville d’Emmcrick.
- On fçairs que ce Fleuve s’y divife en deux parties à peii près égales, dont l’une coule vers Arnhcm , 8c l’autre pâlie à Nimêgue ; que chacune de ces deux branches, a un lit aulîi à peu près égal à Celui du Fleuve entier avant fa divilion. Quand les eaux font fortes, on les trouve toujours aulîi hautes dans le Vahal ou la branche qili baigne Ni-mégue 8c qui faigne le Rhin f que dans le Rhin même qui coule vers Arnhcm,
- De plus, cette moitié du Rhin qui coule vers Arnhcm , fe divife encore pour former l'YJJcl qui baigne Zutphcn 8c Devenir. La largeur du lit de VYjjcl ne diffère guères du lit du Rhin, qui, après cette divifion coule fous Arnhcm. Quand les eaux font fortes, elles font toujours aülïi élevées dans l'Yjfcl qui faigne ce qui relie du Rhin, que dans le Rhin même fous Arnhcm : leur fur-face fupérieure eft par-tout à la même hauteur.
- Tous ces faits font confiâtes pat le niveau des Digues qui bordent le Rhin arvant 8c après fes divisons. Elles font
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- fur te Cours desFleuvèS. Part. !.. rf âufli élevées pour les branches du Rhin ainfi divifé , due pour le Rhin réun'i. Les eaux haulfent également dans les b tanches comme dans le Rhin ; elles y caufent une preffion , y déchirent & renverfent aufli leurs Digues de la meme manière*
- Il y a cependant moyen, de faire des Saignées fi fortes à un Fleuve, qu’on pourroit y faire baifièr les grandes eaux. Mais ces Saignées devroient être im-menfes, & de viendraient plus nuifiblôs qu’avantageufes. Mon Fleuve artificiel déterminera la grandeur de ces Saignées, & de quelle manière elles doivent être faites pour produire quelqu’effet.
- C on s éq u en ces des premiers Faits , & application des Expériences qui ont été rapportées.
- Vous vous rappellerez , Motifeur, que fur la fin de l’année dernière *, vous me cotnmunicâtes à la Haye, le Projet donné aux Etats l’Hollande , pour creufer une Saignée qui prît une
- * i754=
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- i G Ëxperlent es
- partie des grandes eaux du Leck prés de Vyanen, & les jettât dans la Mêruve près de Gorcum.
- Cette Décharge devoit faire bailTer les eaux dans le Leck, empêcher par-là quelles ne paflfafTent par-deflus leurs Digues j & ainfi garantir d’inondations la partie de la Province d’Hollande comprife entre Utrecht & Y Océan, Roter dam Sc Âmflerdam.
- La Saignée ou Décharge, devoit con-fifteren 5. Ectufes, chacune de 15 pies de largeur ; ce qui fait pour le tout une Ouverture de 75 pies de largeur, dans laquelle la Rivière du Leck fe feroit jettée.
- La largeur du Leck entre fes Digues, eft d] environ 100 verges du Rhin, ou 1 loopiés. Quand les eaux font hautes, cette largeur eft remplie : les eaux montent prefque jufqua la fommité des Digues; 8c c’eft ce qui jette la confter-nation dans tout le Pays plat 8c enfoncé qui les environne.
- La largeur du Leck entre fes Digues étant de 1 zoo pies, 8c celle de la Décharge de 75 : On voit que 1100, font à 75 , comme 16 , font à 1. Ainfi , la Décharge projettée , n’eft que la 16e.
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- furie Court des fleuves. Part. ï. ij partie de la largeur de la Rivière quon veut faigrier , pour y faire bâifler les grandes eaux, en en prenant par con-fëquent là 16e. partie.
- Je vous demandai alors', MonjîeUfy combien pourroient coûter les 5 Eclu* fes s le preufement du Canal de Décharge , & les deux Digues qui dévoient contenir les eaux dans la Décharge avant d’être parvenues à la Mi-ruve. Vous répondîtes que cela iroit entre 5 & 6 millions de florins.
- Je fus fi frappé de l’inutilité de l’En-treprife , des Inondations & des malheurs quelle pourroit caufer , li elle avoir lieu, & d’une dépenfe fi exorbitante à pure perte, que je me propofai fur le champ de conftruire le Fleuve ar* tificiel dont il s’agit ici , avec tout ce qui en dépend : pour vous montrer, ainfi qu’aux principaux Membres du College des Nobles, & à Meilleurs les Sur-Intendant Sc CommiJJ'aires du Département des Eaux de Rhynlandt / pour montrer, dis-je, par l’Expérience feule, le vuide d’un Projet auflî dangereux , que contraire à toutes tes con-noifiances que donne l’Hydrométrie*
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- j § Expériences
- Sur la Lettre que je pris la liberté de vous écrire le 14 Février 1755, vous îiie fîtes l’honneur $ vous & lés Seigneurs dont je viens de parler., de venir, au mois de Mars fuivant, voir les Expériences que je vous avois détaillées*
- L’Ëxpérierice ÎIÎ ci-defîus, étoît principalement celle qui intérefîoit le plus le Projet de la divifîçn des eaux.
- Vous avez vu un Fleuve rempli d’eau coulante à pleins bords : Vous aVez remarqué le point où fa fur face fupéri eure atteignoit. J’ai fait enfuire une Saignée à ce Fleuve ( toujours Expérience III ), qui prenoit la 16e. partie de la quantité de toute l’eau du Fleuve tel que le Projet le vouloir. Mais comme cette Saignée prenoit aulfî en même-tems , la 16e. partie de la vîtefîe du fluide, Ta furfacé fupérieure de l’eau du Fleuve n’a pas baiflfé j & vous avez vu l’inutilité de la Saignée ou Décharge s puif-qu’elle ne produifoit aucune diminution.
- L’Expérience IV Surabondante > par laquelle vous avez vû, qu’une Saignée dont la capacité eft égale à celle de
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- fur U Coursées Fleuvesi Part. ï. 19 tout le Fleuve , & qui n’opére encore aucune diminution dans k haureur de fes eaux, parce quelle leur prend la moitié de la vîtelTe de leur écoulement9 vous a donné la preuve complette, que k Saignée projéttée 16 fois moins forte que celle-ci * feroit fans aucun effet* Vous voyez aufîi tous les hyvers, le Rhin faigné par le Vahai de VYffel, aufli haut dans le Leck que s’il n’eût point eu de décharges. Sans elles 3 il coulefoit feulement plus fort dans le Leck y 8c fa rapidité empêcheroit fon fond de haufîer , en lui procurant unf écuremenr annuel d’autant plus confî-dérable , que fes eaux feroieiir plus féiinies *k couleroient mieux.
- Il réfulte de ces deux dernières Expériences, de des faits rapportés, qu’une Saignée, je ne dis pas de la 16e. partie de la capacité d’un Fleuve comme celle qu’on propofe , mais d’une capacité égale à celle de tout le Fleuve même , feroit :
- i°. Abfolument inutile, puifqu’elle ne feroit pas bailler fes eaux lorsqu'elles font hautes de dangereufes.
- i°. En diminuant de moitié la n-r
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- iô Ëxpêrïénui
- telle de leur écoulement, cela fefôit
- 2ue les fables & les terres que les grades eaux charrient, pourroient fe dé-pofer plus aifément & haufTer le fond du Fleuve } ce qui entraînerait nécef-fairement aufïi le rehau (Te ment de fes ^Digues*
- ' i °i Gétte diminution de moitié dans la vîtefïe de l’eau du Fleuve, empêche-roit de même l’écurement de fon fond , qui ne peut fe faire que par des eaux rapides & réunies. Autre circonftance qui augmenteroit encore les dépôts &C le rehaufiement des Digues.
- 4°. La conftru&ion des Eclüfes de la Saignée, le creufement de la Déchargé, les Digues, tkc. feroient une dépenfe de 5 à 6 millions de florins qui feraient en pure perte*
- 5°. L’Entretien annuel des Êclufes, de la Décharge 8t. des Digues, feroit auflî perdu à perpétuité.
- 6°. Le Terreih qu’il faudroit acheter pour y creufer cette Décharge ôc y af-foir fes Digues, feroit une autre perte bien confîdérable pour un Pays qui fait grand profit de fes pâturages.
- 7°. Les eaux de la Décharge , s elé-
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- fur le Cours des Fleuves. Part. I, ai vant au niveau de celles du Fleuve d’bù elles viennent, çauferoient fut leurs Digues une preffion égale à celle du Fleuve fur les tiennes : les vents , fuir des eaux également hautes, le? pouffieroient fur leurs Digues avec une égaie violence. La preffion des eaux, & l’impétuofité des vagues fur les Di? gués de la Décharge , feroient, pat conféquent, auffi fortes fur les Digues de la Décharge , que fur celles du Fleuve. Il y auroit donc autant de Ruptures , d’inondations Sc de Malheurs occasionnés par- çes Digues, que par celles du Fleuve, & le tout fans la moindre néçeffité.
- Voilà les Conféquences funeftes, qui fuivent par-tout la divilion des Fleuves, Et il y a tant de ces Fleuves, qui, comme le Rhiiî 5 tant loin que près de leurs Embouchures dans la Mer, auraient befoin d’avoir le lit qui contient leurs eaux,beaucoup plus relferré qu’il ne l’eft. Tels font le Wefer , dans le Duché de Brême ; VElbe, dans le Holftein ; F Oder, en Poméranie ; la Viftule, dans la PrulFe Polonoife j le Teiffe, en Hongrie j la Save & la Drave3 en Efelavo-
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- 2.1 Expériences, <Sv. Partie' L
- nie ; b Po , en Italie , Sçc. Tout ce que j’ai rapporté , & ce que je dirai dans la fuite touchant le Rhin ? convient également a tous ces autre? Fleuves.’
- fin de la première Partie,
- 91
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- e
- *5
- RORNES
- Des Viteffes quel*eaupeut acquérir par la pente ordinaire du Ut d’un Fleuve 9 avant de s’y élever par les Accrues.
- •* . j * * • * '•* *
- Seconde Partie.
- ^ Ous avez vu., M-onfictir, par les deux premières Expériences rapportées dans la première Partie de cette Lettre, qu’un Fleuve peut, abforber un autre Flçynte qui lui apporte une quantité d’eau égale à celle qui y çouiloit auparavant , fans que ces eaux ainfi accrùës haulfent dans le Fleuve qui abforbe l’autre. Parce que, lî le Fleuve abfor-bant contient alors le double d’eau , elle» y coule aufli prie fois plus vite.
- 3a vîçeflTe , ne continue cependant ppint à augmenter félon la proportion des Accrues , puifqùe de plus grandes font haulTer le Fleuve, en regorgeant fur cettç yîtelfe } qui né peut plus en-
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- 14. Expériences
- tièrement fuffire à leur écoulement 4 cette même vîteflTe n’étant que dans Je rapport de la foudoublée de la hauteur de la chute qui donne la pente .au Fleuve, 8ç la ^ôulïee des eaux qui «’y jettent. L’Expérience va nous faire connoître les limites , où l’eau des Accrues fe ralentit dans l’accélératiorç de fon mouvement, & commence à fe fermenter en s’élevant dans un Fleuve.
- P 1 i p 1n 0 H»
- Mon Fleuve droit 8c egalement large dans toute fon étendue, eft refté avec la chute d’un pié par 100 verges de longueur, ce qui donne la pente ordinaire pour l’écoulement de l’eau. Tou» tes les Rivières que l’on va voir fe jet-ter dans ce Fleuve par des Eclufes auflî larges que leurs lits, ont aufli la même pente, & la même tête-d’eau. J?âi aivifé la hauteur de mon Fleuve depuis le fond, jufqu’au haut des bords, en $ g parties égales. Ce' fond eft uni, & les bords font unis & perpendicii» laires pour que rien n’arrête.
- Expérience I*
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- fur le. Cours dis Fleuves. Part. IL i j
- ; JE XPE R I E N £ E I.
- Le Fleuve coulant à Ja hauteur de 24 parties depuis le fond jufqu’au point où fa furrace fupérieure atteint fie ayant vu par les Expériences précédentes , qu’en y laiflant jetter une Rivière qui y portoit autant d’eau qu’il .en pafloit déjà dans ce Fleuve fans le faire haufler : outre cette première .Rivière , j’en lailïè préfentement encore une fécondé fe jetter dans le fleuve.
- Elles y portent chacune , une quantité d’eau égale à celle du Fleuve même. Voilà donc le triple d’eau de ce qui y coûtait auparavant. Audi, je trouve la furface fupérieure du Fleuve ainfi accru, à la hauteur de 24 parties & demie. Il s’eft par conféquent élevé de la moitié d’une de ces parties , ou d’un quarante-huitième } & voici le premier degré de ralentiflement dans la yîtefle accélérée par la poufïée des Accrues, fie -la pente du lit qui ne peut plus entièrement fuffire à l’écoulement de l’eau qui regorge un peu.
- On voit :par cette Expérience, que
- ' ' ' ‘ 1 ' B '
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- • ,J Expériences
- trois Fleuves égaux , peuvent fans clan* g.er , être confondus en un feul qui abforbera les deux autres $ que le Fleuve jabfortjant, ayant triplé fes eauxtriplera aufli la vîtefle .de leur écoulement, moins celle de la 48e, partie de ces jeaux qui reftera en arrière , & c’eft ce qui fait haufler le Fleuve j que ce Fleuve étant de 48 toifes de largeur, fl on y en faifoit jetter deux autres aufli de 48 toifes de largeur chacun, il ne faudrait élargir fon lit que d’une feule toife , pour que les eaux des deux autres Fleuves y couiaflent fans le faire hauflèr.
- Alors , la vîtefle de l’écoulement feroit triple de ce qu’elle étoip auparar vaut : le dépôt des fables & des terres charriées par les eaux, trois fois moins considérable dans le fond du Fleuve : l’écurement de ce fond aufli trois fois plus fort j & çonféquammeut, au lieu de s’élever par les dépôts que permettent les eaux peu coulâmes qui eft ce
- Îjjip fon crainp, ce même fond fe creu.-èroit trois fois davantage pour y conr tenip de plus grandes eaux qui eft ce qu’on foujiaite dans tous les Pays plats. Si on n’élargit pas d’une toife le lit Fleuve abforbant, les eaux des deius;
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- fur U Cours des Fleuves. Part. II. 2,7 jautres abforbés y couleront en hauftànc feulement d’un demi-pié la furface fu-périeure des eaux du Fleuve abforbant. Vous verrez , Monjîeur 9 dans la fuite, l’utilité de cette Remarque par rappQtt au Rhin, au Fahal & à VYffel.
- Expérience IL
- 1
- Je continue à laiiïer couler dans mon Fleuve , les deux Rivières de i’Expé-rience précédente \ j’y fais de plus jet-ter une troisième Rivière qui y porte autant d’eau que chacune des deux autres. Ces trois Accrues avec le Fleuve, font le quadruple de l’eau qui y càu-loit feule avant les Accrues $ & je trouve mon Fleuve monté prefque à la hauteur de 2S parties.
- Sa furface fupérieure s’eft par confé-quent.élevée d’environ une partie, ou un vingt quatrième. C’eft ici le fécond dégré de ralentiffemént dans la vîtefle accélérée paj la pente du lit & la pouf-fée des eaux. Çette vîteflfe eft quadruple de celle qu’avoit le Fleuve avant les Accrues, moins un 14*. de toute celle de l’eau du Fleuve qui retarde, & peft ce qui là fait haufter.
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- ... Expériences Expérience III.
- J’ai fait jetter une quatrième Rivière dans mon Fleuve avec les trois autres qui y coûtaient déjà {Epçp. II). Ces quatre Accrues, font avec le Fleuve, le quintuple de l'eau qui y coûtait avant les Accrues. Je trouve mon •Fleuve monté à peu près à la hauteur de zS parties & demie : ainli, fa furface Supérieure s’eft élevée à peu près d’une .partie & demie, ou d’unfù^iïme.
- Voici le treilième degré de ralentit fement dans la vîtefle accélérée. Cette vîteffe eft cinq fois aulïi grande, que çelle qu’avoit le Fleuve feul avant les Accruës,moins un 16e. de celle de toute l’eau qui retarde.
- Expérmnce IV.
- Je fais lâcher une cinquième Ri? yière dans mon Fleuve avec les quatre précédentes (Exp. III ). Les cinq Accrues , font avec le Fleuve, le fextuple de l’eau qui y couloit avant les Accrues. Je trouve la furface fupérieure de ce Fleuve montée £ la hauteur de
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- fur U Cours dès Fleuves, PArt. Iï.. i$ £6 parties ; elle s’eft donc élevée de deux parties, ou d’un i 2 e. de toute là hauteur ou profondeur du Fleuve * qui ( Exp. I ), etoit de 24 parties.
- Expérience V.
- Je lâche enfin une fixième Rivière dans mon Fleuve artificiel avec les cinq ei-deflus.- La quantité d eau quelles y portent, eft fix fois plus grande que celle qui ÿ coulait avant les lix Accrues. Le tout va donc à une quantité d’eau fept fois aufli forte, que celle qu’avoit le fleuve dans fan cours ordinaire. Par la dernière Accrue*, je le trouve monté à la hauteur de %6 parties & demie à très-peu de chofe près.
- Le Fleuve dans ion cours ordinaire fk avant les Accrues, cotiloit (Exp. I ) à la hauteur de 24 parties égales, me-furées depuis fon fond jufqu’au haut dé l’eau. Sa furface fupérieure vient de hauller par les fix Accrues ( Exp. V) , de près de i~ parties, & au moins dW neuvième de toute cette hauteur ou profondeur du Fleuve qui étoit de 24 parties , ou 24 piés.
- C’eft ici le cinquième dégré de raiera
- B iij
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- 5 o Expériences
- tiflTement dans la vîteflfe accélérée parla pent-e du lit & là pouflTée des eauxv Cette vîteflè eft fept fois aufli forte, que celle qu’avoit le Fleuve allant feul avant les Accrues , moins un neuvième de toute l’eau adtuelle du Fleuve qui retarde, & c’eft ce qui la fait hauflfer.
- Ce retard dans la vîteflfe, qui néanmoins s’accéléré aufli long-tems qu’il y a de nouvelles Accrues r feroit refluer fur elle-même une partie des eaux qui s’élèvent t fi celles qui viennent du haut du Fleuve & des Accrues ne les entrai-noient vers le bas.
- CONSÉQUENCES j&c ces Expériences 4
- De toutes celles qui viennent d’être rapportées, & en particulier de la cinquième, il réfulte :
- i. Que fept Fleuves égaux, peuvent être confondus en un feul qui abforbe-roit les fix autres, en faifant hauflfer les eaux feulement de 27 pies dans le Fleuve abforbanr.
- 1. Ce Fleuve abforbant , ayant par-là augmenté jufqu a fix fois les eaux con-
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- furie Cours des FleUveà. Part. II. 31 ténues enrre Tes bords, il augmente atiflî en même-tems fix fois la vîteflè de leur écoulement daiis fori lit 6c entre fes bords.
- 3; Le feul retard dans cette vîtefle d’écoulement, étant ( N°. 1 ) de piés environ de haulîeë, aü-delà des 24 piés de profondeur qu’avoic ( Èxp. I ) le Fleuve abforbant avant les Accrues : cèlâ fait voir, qu’environ la 9e. partie de toute l’eau de ce Fleuve relie en arrière, en s’élevant dans la furface füpérieure du Fieüve abforbant, où elle eft eilfuite entraînée tant par elle- même q|ue pouflfée par ,1a tète des eaux des Accrues qui continuent à furvenir.
- 4. Si le Fleuve abforbant étoit de 45 toifes de largeur , & les fix autres Fleuves qu’il abforbe aufli de 45 toifes de largeur chacun, avec la profondeur 6c la pente égales : il ne faudroit élargir le lit du Fleuve abforbant, que de 5 toifes , qui font la 9e. partie de la largeur de ce lit, pour que l’Accrue des eaux des lix Fleuves abforbés coulât dans le Fleuve abforbant fans le faire hauflér.
- 5. Les largeurs tant du Fleuve abforbant ( N°. 4 ), que des fix abforbés,
- Biv
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- $ 1 ÊxpênendéS
- font enfemble 315 toifes. Ces fept lar-\ geurs peuvent donc fe concentrer erf. une feule de 5 o toifes , où les eaux? pafieroient fix fois plus vite, & où elles ne s’éleveroient pas dans un Fleuve' droit & également large par - tout teî •que l’eft mon Fleuve artificiel.
- Après les Exemples du Danube &c du? 'Rhin que j’ai cités à la fin de VExp. 11 de’ la I. Partie de cette Lettre, je n’appor-terai plus guères de Preuves en grand, de ce que je dis touchant le peu d’élar-giffement que reçoit le lit d’un Fleuve', relativement à la force de fes Accrues. L’infpe&ion des Fleuves , fous l’embouchure des Rivières qui s’y jettent,-le fait voir à qui veut y prendre garde, 6. Si le Fleuve abforbant ( N°. 4 } Vltoit digué , & que l’eau des fix Accrues y coulât fi à pleins bords entre les iommités des Digues, pour faire craindre qu’elle pourroit paflèr par-defius pour contenir ces eaux fans élargir le lit du Fleuve abforbant, il fuffiroit de bander fes Digues de piés, qui ( N°. 3 ), font à peu près la 9e. partie' de la profondeur du Fleuve, & de la quantité des eaux qui retardent.
- • 7. Puifqu’un feul Fleuve, peut en ab»
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- fur U Cours des Fleuves. Part. II. j j forber fix autres qui lui font égaux, enf hauftant feulement d’environ deuxpiés 8c demi : Iorfque fes eaux hauftees par des Accrues beaucoup plus forres, s’élèvent de à i o piés, il doit alors, dans un teins égal, paflèr par ce Fleuve environ 30 fois plus deau que dans fon cours ordinaire.
- 8. Plus les eaux font donc réunies » plus elles coulent vite , Sc moins les labiés & les terres charriés par les grandes eaux fe dépofent dans le fond des Fleuves : plus aufli eft iortTéeurement du Fleuve, qui fe creufe un lit dautant plus profond que la vîteflè des eaux qui y palfent eft grande.
- Cette vîte'üe étant (N°. 7 } 30 fois-plus grande que dans le cours ordinaire? auFleuve, l’écurement doit être 30 fois plus fort, & les dépôts dans le fond 30 fois moins confidérables.
- 9. Le contraire, arrive dans les eaux divifées , dont le fond s’élève par les dépôts qu’y l'aident faire ces eaux pref-que ftagnantes qui ne produrfent point d’écurement 3. 8c c’eft ce qui-, eaufe ieâ débordements continuels.
- J’aurai occafion dans fa fuite , de faire voir la poflibilité de fa réunio©
- s
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- 34 Expériences
- des eaux divifées en Hollande; Elle
- peut également être effectuée ailleurs.
- AVERTISSEMENT Sur mes Opérations.
- J’ai donné fidellement les haureurs auxquelles là furface fupérieure de mon Fleuve eft montée par mes Expériences, le tour dans l’efpace étroit de x\ parties ( Exp. V ) que les Accrues l’ont fait haulfer. Une ou plulieurs Rivières fe jettant fubitement dans un Fleuve, le font monter d’abord beaucoup plus qu’il ne peut refter élevé j il fe remet enfuite à la hauteur qu’il conferve aptes que les Accrues ont donné leur impulsion. Il refte cependant des Balancements j produirs par les grandes eaux , qui empêchent de prendre la véritable hauteur de leur furface fupérièure, ce qui trouble un peu les Expériences. Si par conféquent, les miennes ne font pas tout-à-Fait juftes , un autre ne les fera peut-être pas mieux après moi j & Je crois être allez près du vrai.
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- fur le Cours des Fleuves, Part. Iï. $ 5
- AUGMENTATION
- Dans la vîteffe acquife par la Pouffeé des Accrues y & la P ente ordinaire du lit d’un Fleuve, ou tes eaux baijfent par des Saignées qui accélèrent la yé~ tejfe de leur écoulement.
- Ayant déjà vu pat la 4*. Expérience. de la Ie. Partie de cette Lettre , qu’un Fleuve abforbant fix Rivières chacune âuffi forte que lui, fes eaux n’ont pas baifle par une Saignée d’une capacité égale à celle de ce Fleuve; parcequ’elle lui prenoit la moitié de fes eaux , avec la moitié de la vîtefle de leur écoulement.
- Pour éviter les Obje&ions, j’ai repris l’Expérience en détail, 8c toutes mes Accrues ont été fuçcefîives.
- Expérience VI.
- Ain fi j mon Fleuve coulant feul » j’y ai fait jetter une de mes Rivières t puis on a ouvert la Saignée qui donnait une décharge au Fleuve. Après cela y j’y ai. fyit jetter une fécondé Rivière?
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- '0 Êxpirlmce'st
- puis ouvrir la Saignée. J’ai continué d& la forte jufqu’à ce que les fix Rivières' y ayent été jettées fucceffîvement, & la Saignée ouverte de même. Dans ces lix divers Eflfais, je n’ai point vû bailfer les eaux, ni dans le Fleuve faigné, ni dans la Décharge où elle a toujours été aufli élevée que dans le Fleuve même, dont elle a partagé la vîtelfe dans le même rapport quelle lui a partagé fes eaux.
- J’ai continué les Expériences avec un plus grand nombre de Saignées. Je vais, Monjhurles rapporter, enaver-ridant que la capacité & la pente de mon Fleuve, celles des Rivières, ainfî que la Tête-d’eau , & tout le reflre, jforit demeurés dans le même état que pour les Expériences précédentes,
- Expérience VIL
- Le Fleuve coulant feul à la hauteur rde 24 parties, mefurées depuis le fond |ufqu’au point où fa furface fupérieure atteint, j’y fais lâcher trois Rivières chacune d’une capacité égale à celle du Fleuve: voilà, par conféquent, le quadruple d’eau qui y coule* Je fais enfuirez
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- jur te Cours dés Fleuves. Part. lïl ff loin de l’embouchure des Rivières 9-ouvrir deux Saignées , ayant chacune une capacité égale à celle du Fleuve : elles- lui prennent donc les deux tiers» de'fon eau»La fitrface fupérieure de celle du Fleuve baille d'une partie & demie ou d'un 16&. de fa hauteur : elle haufle & coule dans les Décharges au niveau-de celle du Fleuve au - deflbus dès-Saignées»
- Les deux Décharges prenant chacune' un tiers de l’eau du Fleuve, elles lui prennent aufli chacune un tiers de la vîtefle de fon écoulement. Le Fleuve ne coule par conféquent plus , qu’avec un tiers de l’eau ôc de la- vîtefle, qu’il avoit avant les deux Saignées. Mais les eaux du Fleuve baiflent d'an 16e. de leur hauteur. Cela fait voir , quelles accélèrent aufli d’un 16e. le tiers de la vîtefle quelles confervent tant dans le Fleuve, que dans les Décharges ; & c’eft en ajoutant ce 16e. de vîtefle au riers qui fubfifte dans la divilîon , que les eaux fe précipitent & baiflent partout.
- Toutes les eaux du Fleuve au-deflîis des Saignées > vont aufli un 16t. plus
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- 38 Expériences
- yîte, quavant que ces Saignées qui les
- entraînent, ayent été faites.
- Voici le premier dégré d accélération dans la vîtefle produite par les Décharges. Si le Fleuve qu’on faigne , étoit de 5 o toifes de largeur, chacune des Saignées devant lui être égale , les deux iroient enfemble à une largeur de ioo toifes ; & cela pour faire baiffer les eaux du Fleuve d’un pié 8c demi feulement. C’eft là le trifte avantage, qui réfulte de la divifion des eaux par des Saignées immenfes , capables de fubmerger un Pays foutenu par des Digues.
- Expérience VIII-
- i. Je fais Jetter quatre Rivières dans mon Fleuve, pour avoir fes eaux 8c fa vîtelïe quintuple. Je fais enfui te deux Saignées égales au double de la capacité de ce Fleuve , où les eaux ne baif-fent que à’une partie, ou d'un 24e. de fa hauteur. Une Accrue de plus, montre ici du retard dans l’accélération produite paries deux Saignées, qui ne tirent pas ies eaux avec tant de force ;
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- furie Cours des Fleuves. Part. II. /<? il en manque un peu plus d’un dixième de l’Epérience precedente.
- 2. Cette différence eft encore plus fenfible, en faifant jetter cinq Rivières? dans le Fleuve, pour avoir fes eaux 8c fa vîteffe fextuplè. Deux Saignées doubles de la capacité du Fleuve, n’y font baiffer les eaux que d'une demi-partie 9 ou d'un 48e. de fa hauteur.
- 3. Et fix Rivières tombant dans ce même Fleuve , où elles rendent les eaux & la vîteffe de leur écoulement fept fois auflà fortes que lorfque le Fleuve va feui ; trois Saignées qui font le triple de la capacité de ce Fleuve, y font baiffer les eaux tout au plus dune partie, ou d'un 24e. de fa hauteur. Ces eaux hauffent & coulent dans les Décharges au niveau, 8c avec une vîteffe égale i celle du Fleuve au-deflous des Saignées.
- Les trois Décharges prennent donc chacune un quart de l’eau du Fleuve 8c de fes Accrues, avec le quart de la vî-teffè de leur écoulement 3 8c le Fleuve faigné , ne va plus qu’avec un quart de fes eaux 8c de la vîteffe qu’il avoit avant les Saignées. Mais comme ce Fleuve, après avoir hauffé d’«Æ 9 e. par les Ae-
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- Ëxpêriéricè£
- crues , baille enfuite Üuri. 14*’. de Ù. hauteur par les Saignées ; cela ne peut avoir lieu, fans que le quart de vîtelïe qu’il conferve, n’augmente du 24®. qui-tite & fait bailler les eaux en fe précipitant dans les Décharges qui les par ragent.
- C O N S É QU É NC£ S
- 9
- Et Application de ces Expériences.-
- 1. Un Fleuve, dont les eaux hauflent par des Accrues fix fois aulïi fortes que-la capacité de ce Fleuve, ne baillant que ae la 24e. partie de fa hauteur feulement , par trois Décharges , qui avec le Fleuve quadruplent fa largeur : il fuitde-là, 8c vous le voyez, Monfieury que le Projet quon vous a donné pour faigner le Leck , auroit mis tout votre Pays en Rivières , dont les eaux au-roient à la vérité perdu un pié de leur-hauteur. Car,
- 2* Le Leck entre fes Digues ,• a environ 1 ©0 verges du Rhin ou 1200 piés de largeur. Les trois Décharges-nécelïaires pour faire tomber fes eaux, d’un feul pié > demandent chacune une
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- fur h Cours des Fleuves. Part. ïï. largeur égale à celle du Fleuve : la largeur totale des trois Décharges fer# donc dè 3 600 piés. La largeur des Dé-*' charges, 8c celle du Fléuve qui fùbfifte y feront, par conféqüent, un bras de Mer de 4800 piésde largeur, qui abforbera: le terrein compris entre le Leck 8c la Méruve.
- 3. C’eft-à-diréj qu’au lieûcfun Fleuve qui vous menace , on veut de plus y tous; expofer à trois autres aufli redoutables que celui-là.
- 4. Et fi un Fleuve de i2®o piés de* largeur entre fes Digues, ne baille que d’un pié par trois Saignées, qui font enfemble 3600 pies de largeur : quet effet produira la Saignée qu’on vous; propofe de 75 piés de largeur feulement ?
- Le Vàhal prend la moitié des- eau» du Rhin : voilà une bonne Saignée qui ne fait pas baiffer les eaux. Ce qui refte' du Rhin coulant vers Arnhem , eft encore faigné par YYJfel : les eaux fe trouvent aufli hautes dans VŸJfel que danÿ îe Rhin. Ces deux Saignées, font pourtant 3 2 fois plus fortes qxie celle qu’ott vous propofe 3 8c vous voyez qu’elles-s’opèrent aucune diminution, 8c qu’eh
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- 4* Ëxpênèricêi
- les n’apportent, par confèrent 9 aûcùfs remède à la hauteur des eaux que vous craignez^
- A V É R T î Ê M E N T.
- Lorfqu’un Fleuve coule à pleins bords , fi on lui fait une Saignée un peu forte, fes eaux baiflfent d’abord & continuent jufqu’à ce que la Décharge foit remplie j après quoiles eaux du Fleuve reprennent leur première hauteur i & celles de la Décharge fe mettent de niveau à cette hauteur. Avant que lés eaux fufient remifes, ‘fi on procédoit aux Expériences* leur Réfultat ne conduiroit à rien.
- Fin de la fécondé Partie.
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- fur le Cours des Fleuves. Part. ÏIÏ. 4/
- VITESSE
- Des plus fortes Accrues jointe à la pente ordinaire du lit d’un Fleuve , où les eaux baiffent par des Saignées qui les portent à la plus grande accélération dè leur écoulement.
- Troisième P a rt i e*
- J’Ai voulu voir jufqu’où iroit cettô accélération produite par des Saignées. Pour y parvenir , j’ai donné à mont Fleuve une Tête-d’eau ou poufiee double j de celle qu’il avoir dans les Expériences précédentes : j’ai triplé la largeur de l’embouchure par laquelle il reçoit fes eaux : enfin, j’ai inondé & le Fleuve Sc les fix Rivières qui s’y jettent j en y faifant couler les eaux à râze de leurs bords.
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- $4 Expériences
- E xpé r ï é n ç e. I:
- i. Les chofes étant dans cet état,j’aî Ouvert une Décharge qui prenoit le tiers des eaux de toute cette Inondation 5 malgré cela * le Fleuve eft refté' à râze de les bords, comme il étoit auparavant. .
- i. J’ai fait une fécondé Saignée égale' à la première : les deux enfemble ont pris les deux tiers des eaux de toute l’Inondation.' Alors * ie; Fleuve dont la furfàce fupérieure étoit élevée de 30 parties égalés ou 3 0 pies au-deflûs du fond, a Dailfé d'un pie.
- 3. J’ai fait une troifième Saignée égale à chacune des deux précédentes. Les trois Saignées prenant entr’elles les trois quarts des eaux de toute l’Inorida-tion, il n’en reftoit, par conféquent, qu’un quart dans le Fleuve. Cependant,
- ' ce Fleu ve n’a baille que d’un pii & demi au-delïous de fes bords.
- Après ces faits , jugez, Monjîeur, dé Futilité de la Saignée qu’on vous propofe pour le Leck, & que l’on veut faire 48 fois plus petite que celles que Vous venez de voir lî peu efficaces contre les plus grandes eaux»
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- fur le Cours des Fleuves, Part . III. 45
- Les Accrues que je viens de mettre /en jeu, étant les plus fortes qui puilTent avoir lieu, elles donnent aufli au Fleuve 'dans lequel elles fe jettent , la plu$ grande vîtelfe dont fes eaux peuvent 'etre fufceptibles.
- Quant à l’accélération produite pat les Saignées , la plus grande eft celle qui a fait tailler d’un pié & demi ou aun aoe. le,s eaux dans le Fleuve. Ce 20e. de diminution dans la hauteur des eaux, de d’augmentation dans la yîteflê de leur écoulement, doit être ajouté a la vîtefte acquife par la pente du lit du Fleuve de là pouflee des Accrues} de c’eft ce qui donne l’accélération qui fait couler lés eaux plus vite de bailler partout.
- En réfumant toutes les Expériences précédentes, on voit que dans tous les cas , foit que les eaux coulent dans un Fleuve à leur hauteur ordinaire , foit quelles y haulTent par de moyennes on par les plus fortes Acciuës ; leur vîtelïè eft toujours plus grande vers la fource de dans toute l’étendue du Fleu ve, que vers fon embouchure dans la Mer.
- Laraifon en eft, que le lit du Fleuve ïie Ce . trouvant, vers fa fource de dan$
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- Expériences
- tout fon cours, élargi qu autant qu’il oft néceflaire à peu près pour récoul&-jijient de fes çaux, cer écoulement s’ÿ fait en s’accélérant continuellement par les Accrues. Au lieu que vers fon embouchure dans la Mer* le lit du Fleuve fp trouve fouvent neuf ou dix fois plus large qu’il ne i’eft par-tout ailleurs.
- Cet élargilTement vers l’Embou^ .chure, tient lieu de neuf à dix Saignées, qui divifent, par eonféquent , les eaux comme en dix Fleuves, de .qui en diminuent la vîtelîe d’une manière proportionnée a la divifîon. Le Flux de la Mer fur venant, fufpepd ces eaux ainfî ralenties, caufe des Dépôts qui font bauflfer le fond , lui ôtent fa pente, de retardent de toutes manières cette vî-/telfè dé/a diminuée par l’élargilfement du litj ce qui n’a pas lieu dans les aur très endroits du Fleuve.
- Voyez dans la première Çarte Géographique qui fe préfentera, la largeur du Rhône , de la Garonne, de la Loire 9 Ôc de la Seine, à fept pu huit lieues de jau-deU de leurs embouchures dans la Mer} de même que la largeur de YEfi caut, de la Meufe, de Y Elbe, de VOderf 4e la Fijlule de du Po ; dç yous trou-
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- furie Cours des Fleuves. Part. III. 47 vérez que ces largeurs difpropordon-nées, font l’effet des Saignées immenses, qui, en procurant d’un côté une légère accélération, çaufent en même-tôms de Fautre, un retard, qui eft proportionné à la grandeur de ces Saignées & des empêchements qu’elles occaiïon? nent. ^
- R E T A K P
- 'Dans VAccélération caufée par les Saignées.
- Gomme m.es Expériences ont été faites jufqu’à préfent daris un Fleuve 'droit , également large dans toute Topt étendue avec des bords perpendiculaires 5 j’ai imité enifuite les Détours qui fe trouvent dans les Rivières en formç de Coudes, en ajuftantdans mon Fleuve , des Obftacles, éloignés les uns des autres, précifément comme lès Coudes çn forment dans les Rivières.
- “ I * 1
- Expérience II,
- • r s %
- t* ’*
- ï. Mon Fleuve <3c les Rivières qui sy jettent, étarit reliés dans Je même état que pôur l’Expérience précédente ,
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- 4 8 Expériences
- avec les Décharges ouvertes & qui ont fait baiflfer je Fleuve À’pnpié & démit j’applique préfentement. un Coude qui rétrécit de moitié la largeur du lit de mon Fleuve. L’eau y hauflfe alors de ,$ ponces , eu retardant fa y'îteflfe .d\ufi ;£oe.
- 2. Au* deffus du premier Coude que je laide , j’en fixe un fécond qui rétrécit a un tiers le lit de mon Fleuve. L’eau y hauflfe encore ? & va, à io { pouces. Dans fon rétréciflfement, elle mine Sc :fappe peu à peu les Coudes.
- 3. Au-demis du premier & du fécond Coude que je laiflfe toujours, j’en mets enfin un troifième qui rétrécit d’un quart .le lit de mon Fleuye. L’eau continue à y hauflfer, en remontant de i 5 pouces au-dedus de la marque où fa lurface fupérieure étoit avant de commencer cette fécondé Expérience. La bauflfée de 15 pouces , retarde la vîtefle du Fleuve d'un 24®.
- Les trois feuls Obftacles,faifant en-femble rehauflfer les eaux .du Fleuve de 1$ pouces , & les trois Saignées im-menfes de la première Expérience ne les ayant fait baiflfer que de 18 pouces ; il eft de la dernière évidence, qu’il né
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- furie Cours des Fleuves.Vart. III. 49 faut point avoir recours aux Saignées pour le délivrer des Inondations : mais qu’il faut plutôt rendre le cours des Fleuves libres entre leurs Digues, en en ôtant les Coudes & en redredantles Sinuofités qui retardent l’écoulement des eaux- Je vais encore rendre ceci .plus fenfible.
- •Expérience III.
- 1. Les chofes reftant dans l’état de J’Expériençe précédente, jp ferme une Décharge qui fuppripie une des grandes baignées. Le Fleuye haufle de trois pouces.
- z. Je fupprime une fécondé Saignée ; Sc j’élève ips. bords du Fleuve : les eaux y hauflfent .de 6 pouces , en minant & Jappant de plus en plus le.s Obftacles qui rétréçiffent fondit.
- 3. Je .ferme enfin la troifième Décharge ; & toutes les eaux paflent alors par le Fleuv.e, où elles haudent de neuf pouces, retardent d’un 40*. la vî* telle de leur écoulement.
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- ^ [Expériences
- Récapitulation.
- Les trois Saignées de l’Expérience I qui ont divifé le Fleuve, en rendant ion lit quadruple de fa largeur ordinaire , & en accélérant d’un zoe. la yî-tefte de fon écoulement, ont fait bailler fes eaux de 18 pouces.
- Les trois Obftacles ou Coudes (Exp. Il) que j’ai mis en divers endroits du Fleuve, & qui ont rétréci de juoitié la largeur de fon lit dans le lieu flu plus grand Coude, en retardant d'urz 24e. la .vîtelfe de l’écoulement de fes eaux, les ont fait haufler de 15 pou» çes, .
- Après avoir fupprimé les trois Saignées ( Exp. III ), & que toutes les eaux qui s’y déchargeoient ont eu repris leur cours dans le Fleuve gêné par les trois Obftacles ; le retardement d’un 40e. dans la vîtëlïè de l’écoulement des eaux ainli réunie? & fappant les Obftacles, les a fait haulïer de 9 pouces.
- Ces 9 pouces , avec les 15 ci-deftus, font 14 pouces ou z piés de hauffeej çpntre 18 pouces de chute qu’ont pro-
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- , fur le Cours-des Fleuves. Part. ÏII. j i -duite les trois Saignées immonfes. La (différence eft de 6 pouces.
- Comparez préfentement, Monjîeuri l’avantage qui peut revenir de quadrupler la largeur du lit d’un Fleuve , 8ç ae mettre par-là le meilleur de font terrein fous une eau toujours prête à fe répandre 8c à fubmerger ce qui refte , 8c cela pour gagner 18 pouces de chute dans le Fleuve que l’on veut faigner comparez , dis-je , cette çhûte de 18 pouces, avec 6.pouces de plus que les eaux d’un pleuve hauffent par trois Coudes qui rétrécirent fon lit de moitié , & dans le tems même que les Sair gnées font fupprimées : après cela , jugez du Projet fur la diyilîon des eaux du Leck, où une Saignée, toute nuifible qu’elle ferait, ne feroit baiffer en rien, cette grande Rivière.
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- g Expériences
- RÉSULTAT
- JD es Expériences de mon Fleuve artificiel & des Qbfervations que j ai faites fur une partie des Fleuves de VEurope , touchant les Dépôts occafionnés par la violence des Accrues.
- i. Les grandes eaux des Rivières Sc des Torrents, bailTent en fe jettant avec violence dans un Fleuve 3 elles s’y relèvent enfuite un peu plüs loin, & fe mettent à la hauteur qu’elles doivent iconferver.
- 2» Se jettant ainfi de grande force dans un Fleuve, en y plongeant, elles creufent confidérablement le fond , quelquefois les côtés ou bords de ce ïleuVe.
- 3. Le fable & la terre du fond , ou des bords ainfi creufés , font emportés plus bas dans le Fleuve , ou ils relient fi le Fleuve y a moins de vîtelTe qu’ail-leurs.
- 4. D’autres terres entraînées par le «courant & jettées de côté & d’autre fut les premières , élèvent le lit du Fleuve, $ui , en perdant de la hauteur de foh
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- fur te Cours des Flèùves. Part. III. y y eau j perd également de fa force qui fe porte dans un autre endroit du Fleuve.
- 5. Des Pièces de bois & des Arbres que les grandes eaux arrachent Sc emportent , venant à s’arrêter dans les fables & les terres qui ont déjà haufte le lit du Fleuve * y forment une Traverfe qui fe durcit par d’autres dépôts qui furviennent continuellement.
- 6. Cette Traverfe qui barre en partie une Rivière, détourne fon courant qui fe jette d’un autre côté, où il mine &C. fappe fa Digue $ qui fouvent crève ôc inonde le terrein voifin;
- 7. Si les Digues foutiennént l’effort du courant fans être trop fortement fap-pées, & fi la Traverfe qui barre la Rivière eft fi haute j les eaux quelle arrête en retardant leur écoulement, s’élèvent fur la Traverfe, regorgent par derrière * & peuvent enfuite paner par-defTus les Digues.
- 8. Cela arrive quelquefois dans les Rivières &c les Fleuves dont le cours eft fort tortueux, êc ayant des Coudes qui entrent confidérablement dans leur lit. Il arrive beaucoup plus fouvent dans les mêmes Rivières fmueufes,donç
- Ciij
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- ^4% Expériences
- les eaux divifées, ont ralenti làvîtefîè de1
- leur écoulement.
- «>. Un Fleuve qui afon lit aufli droit qu’il peut.l’être, n’éprouve prefque jamais de pareils accidents.
- ïo. Un Fleuve redreffè, qui abforbe: fuceeflivement, mais peu - à - peu, de très-grandes Rivières, le trouve creufé dans le fond d’une manière régulière & lesTraverfes qui ailleurs (Nos 6 &c 8) barrent le courant, nefe trouvent poiiitf ici.
- Ces Observations rie font pas rapportées inutilement. Elles conduifent à la découverte du Remède pour empêcher les Dépôts qui caufent les Inondations.
- Fin de la Troifème Partie.
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- fur ie Cours des Fleuves 'éPkrt.VÎ. 5 5
- PRINCIPALE
- Caufe de FEx/iauJJeMent du fond des Fleuves d’Hollande , & le Remède qu'on pourvoit apporter pour détruire les Dépôts qui pro-duifent les Inondations*
- m » ' —..: ... - *
- Quatrième Partie,
- Ous verrez , Môhfeur, que pour bien connoître cette grandeCaufe, continuer à en indiquer les Effets funeftes, & y apporter le Remède Cdnvenable 5 il eft préfentemeht néceftaire de décrire le Cours du Rhin divifé enplu-Éeurs Bras, tel qu’il étoit du tems des Romains, & tel qu’il eft aujourd’hui.
- COURS
- Du Rhin, depuis Emmerick jufqu’à la Mer Germanique ou Belgique.
- Au-deftous de la Ville d!'Emmerick , le Rhin fe divife en deux parties à peu près égales, qui forment chacune un Bras.
- C iv
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- fé jExpériences
- L’un de ces Bras>paffe à Nimègue fous’ le nom de Vahal : il reçoit la Meufe dans fon fein à Worcum $ 8c ce mélange d’eau coule jufqu’à Dort 8c Grimpen fous le norïi de Méruve.
- L’autre Bras du Rhin baigne Heujjèn: il fe divife enfuite pour former le Canal ©u Fofifè de Drujius , qui le jette dans VYfel 8c qui va tomber dans le FlevUrn ou Zuyder-Zée aü-defloûs de Campen. La Fojfa Drujiana fut creufée par le Général Drujius pour grolïir l’YJfel, 8c ar fon moyen, tranfporter commodément fes Troupes dans le Nord.
- Après la divifion qui fe fait dans' YYJJel, le Rhin coule fous YArénée d’autrefois , fçavoir, Arnkem ou Are-nacum. De-là, iTbontinue jufqu’à Ba* tavodurum ou Wyk-te-Duurféède fous le meme nom.
- Du tems des Romains, il aîloit di-*-redtemenr du Batavodutum jufqu’à la Ville Automne, appellée depuis Ultra-jeclum y 8c Trajeclum ad RJienum. La-branche du Rhin qui baigne Arnhem 9 paffoit en entier devant Utrecht, comme la Meufe palfoit 8c paflfe encore devant Trajeclum ad Mofam. YYUtrecht y le Rhin baignoit les Alhiniana C'afrà.
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- fur le Cours des Fleuves. Part. IV. 5 y 8e le Lügdunum Batavorufn : puis il tombait dans la Mer Belgique près du Cattorum Ficus ou Catwyk-fur-Mer> ou l’on bâtit l’Arx Britannica ’tHuys ta Britten à fon Embouchure *.
- Mais le Général Corbulon, foit pou*:
- * Un Littérateur Hollandais penfe 9 que le Lugdunum Batavorum connu des Romains, nef pas la Ville de Leydea qui fubjîjle aujourd'hui. Il avoue en mê-me-tems, qu'il ne fçait ou étoit ce Lug~; dunum qu'il ne croit pas être Leyden.
- Un fécond Littérateur veut, que /’an* cien Rhin ait eu fon cours en Noort-Hollande, & Je foitjetté dans l'Océan: parle Zyp. Mais cet ancien Rhin , avoit /’Arx Britannica à fon Embouchure dans: la Mer} & le vieux Rhin dont je décris le cours, l'y a encore ,àla différence de quelques cinq ou (To o pas , à fa droite , dedans & près des bords de la Mer. QaancL-fes eaux font fort baf 'es , ont voit ea Pilotis, qui paroijfent de bois d'Aune y le Fond de Hiage de- ce Fors détruit par les vagues. En mefurant des yeux, la face qui regarde obliquement Us bords de LO clan, je la trouve de prés de$oo pa® de iongiew*
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- 5 S Expériences
- la commodité du tranfport de fes Troupes dans les IJles Britanniques , en grof-fifiànt la Méruve : foit pour faigner le Terrein compris entre Utrechc & Cat-wyk-fur-Mer, où le Rhin n’a actuellement le long de 4 lieues que 5 pies de chute depuis Utrecht jufqu’à Woerden ,
- aucune pente depuis Woerden jufqu’à Catwyk-fur-Mer où les eaux font abfolument mortes 8 lieues de longueur : le Général Corbulon , dis - je » fit une Saignée fi forte au Rhin à Ba-tavodurum, qu’il en prit prefque toutes les eaux & les jetta dans le Canal qui a porté fon nom, fçavoir, Fojjd Cor-hulonis 9 aujourd’hui le Leck, qui eft la Rivière que le nouveau Projet veut refaigner.
- Le Canal ou Fofie de Corbulon * 9 décharge le Rhin (devenu le Leck ) dans
- * Mon premier Littérateur prétend encore , que la Fofia Corbulonis nefpas le Leck. Ilplace cette Fojfe entre Leyden
- 6 la Haye , fans qu'il en refie aucun vefige, & que le niveau du fol & des eaux la rendent d'aucune utilité pour la décharge dé un Fleuve telqu'étoit l’ancien Rhin.
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- fur le Cours des Fleuves* Part. IV. $ $ la Méruve à Crimpen. De-là > leurs eaux unies paflènt à Rotterdam, & vont fe jetter entièrement dans la Mer Belgique fous le nom de Meufe.
- De Y ancien Rhin qui pafloit de Ba-tavodurum ou Wyk-te - DuurJUede à, Utrecht , de-là au Lugdimum Batavo-rum , 8c tomboir enfuite dans l'Océan à Catwyk-fur-Mery il nerefte plus qu’un RuilTeau de i z à 15 piés de largeur , 8c peu profond. Il coule ain(i de Wyk-te-DuurJUede jufqu’à Utrecht.
- Sous les murs de cette Ville j il le divife en deux Branches : l’une fous le nom de Vecht , formant un beau 8c large Canal navigable , coule tout doucement jufqu’à Muyden ? où fes eaux font foutenues par des Eclufes fur la Mer appellée Zuyder-Zée *.
- L’autre Branche gardant le nom de Rhin, forme encore un beau 8c large Canal navigable, retenu à Woerden par des Eclufes qui rendent fes eaux ftag-nantes. Le Rhin ou Canal a du pié des
- * Les Eclufes de Muyden empêchent la Mer de monter dans le Vecht pendant le Flux , & laijfent couler fes eau^ • dans la Mer dans le unis du Reflux,
- C vj
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- r6o Expériences
- Eclufes, continue horizontalement de Woerden à Leyden 9 & de Leyden ju£ qu’à Catwyk-fur - Mer , ou ce vieux Rhin canalifè, finit tranquillement dans les fables des Dunes, à zoo pas de la. Mer ouverte *
- * Les Eclufes de W^oerden ne s'ouvrent que pour le pajfage des Bâteaux. Ainjit elles fournirent très-peu d'eau au Rhin depuis Woerden jufqu'à Catwyk. Ses eaux Jlagnantes , 8 lieues de longueur 9 par une infinité de Canaux de traverfe ? & horizontaux, communiquen t à VA m fiel & au Lac de Harlem. Les vents qui agitent continuellement toutes ces eaux en les pouffant tantôt d'un côté & tanôt de Vautre avec grande force , les empêchent de fe corrompre & d'infecler le Pays.
- Les Accrues produites par les pluies & les neiges fondues 9 fe déchargent premièrement par Vexcès de leur hauteur au defj'us de lordinaire ; enfuite par l'a force du vent qui les pouffe aujourd'hui par les Eclufes de Muyden 9 af’Amfter-dam , du Lac de Haarlem, & celles de Spaarendam dans la Mer du Sud cm Zuyder-Zée : une autre fois 9 ces eayzc feront pouÿées dans le Nauvel-Yfiel: &
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- fur le Coundes Fleuves. Part. IV. êi
- Dans les Marées, i’Océan â fes eaux pins hautes de 4 piés, & en tems d’O-rages, elles font plus élevées de 10 à il piés que la furface fupérieure du Rhin. Cependant, bien des gens croyentvaf* nement, que fes eaux s’échappent dans la Mer. Ce feroit donc en s’y filtrant* de bas en haut, 3 travers les fables des Dunes qui la bordent *.
- La Partie de la Méruve qui fe jette?
- la Meufe à travers les Edufe? de' Gouda, de Roterdam » de Delfrs-Haave & de Maas-Land-Sluys. Voilà ce qui met le Ray s à couvert de lexcédent des eaux intérieures, & de la putréfaction que leur fiagnation pourvoit caufer.
- * Il ny a aucun vefiige de celte filtration. Au contraire, on a pratiqué du fond de la Mer , une Conduite fouter-reine en bois , de y à 8 pouces en quarré9 par laquelle les eaux de l'Océan viennent , quand on le veut, tomber par-deffous les Dunes dans la fin du Rhin.. Elles y remplijfent des Bâteaux , d'eau falée , qui fert à purifier à Leyden &' à y augmenter en même tems , la quantité' de fel brut qu'on apporte en Hollande des Pays étrangers*
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- €i ÉsipinenteS
- dans le Êtes - Bofck , & dans la vieille Meufe fous Dort, fe rejette enfuite prefqu’entiérement dans le Golphe fep-tentrionnal des Arbortquesf aujourd’hui JLollands-Diep , & de-là dans l’Océan par différentes embouchures.
- RÉCAPITULATION
- Du Cours du Rhin par rapport à fes Divijîons dangereuses.
- La Divifion qui fe fait de ce Fleuve en deux bras fous Emmerick , &c celle qui a lieu dans VYjfel près èlArnhem , font avec les Saignées qui font autour de Dort, ce qui mérite d’être premièrement examiné,
- La largeur du Rhin entre Emmerick 8c Cologne ne furpafTe pas, ou furpafTe de fort peu de chofe la largeur du bras qui pafTe à Nimêgue. Le Vakal ou bras de Rfimègue , n’eft guères plus fort 8c plus large que celui qui coule fous Arn-hem. Le Rhin fous Arnhem , ne diffère prefque pas de YYJ/elqui baigne Druji-Burgus ou Doesburg*.
- . * Le Rhin & les Branches qui s'en for-mentpfont tres-larges en quelques endroits>
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- fur le Coursdes JFt&uves. Part. ÏV\ ëy,
- Conclus i o n‘.
- Ainji y voilà, h Rhin entier, divifé en trois bras ; & chacun de Ces bras, fi a peu près d'une largeur égale a celle de tout le Fleuve.
- CONSÉQUENCES
- Des trois premières Div fions du Rhiny quand fes eaux font baffes , aujji bien que lorfqu'elles font hautes.
- Les trois bras du Rhin ayant chacun' «ne largeur à peu-pres égale à celle dru Fleuve qui les forme , & leur fournit l’eau, il fuit nécelïairement :
- i. Que le fleuve entier, ou réuni y doit couler trois fois, plus vite que chacun de fes bras , fl la profondeur & la1 pente de ces bras font égales a; celles du Fleuve.
- i. Que chaque bras, n’a en même-
- & ailleurs beaucoup plus rejferrèes .* ainfiy je prends une largeur moyenne dans mon efimation. Quant à la profondeur moyenne , elle ejl aujji à peu près la meme par-tout ; & la pente ne doit guè-res différer dans un Pays plat.
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- (f4- Êxpenences
- tems que le tiers de l’eau, avec le tierÿ de la vî-teffe du Fleuve. Audi l’Expérience fait - elle voir , que l’eau ne' baille pas plus dans les bras que dans le Fleuve.
- j. Chaque bras duFleuvea fon fond & fes bords. Ainfi, voilà trois fonds & fix côtés ou bords : au lieu, que le fleuve n’a qu’un fond 8c deux côtés. Les furfaces qui réftftent à l’eau cou^ lante dans les bras, font par-là triples de celles qui réfiftent dans le Fleuve.
- 4. Le frotement du fond, celui des' bords, & la réfi fiance de l’air fur la furface fupérieure de l’eau, font donc dans les bras , triples du frotement qu’il y a dans le Fleuve. Le retardement de l’eau eft donc aufli triple.
- 5. Si des Vents contraires fouffleQjt violamment contre le Courant de ces bras , ils y trouveront une réfiftance trois fois moins grande que dans le Fleuve : ils y agiront par conséquent" trois fois plus fort. Ainfi , leur effet triple , fur une vite (Te triplement diminuée , fera neuf fois plus grande Dans ce cas , l’eau coulante dans le» bras du Fleuve, ira rélativemenr 9 fois; moins vke que dans- le Fl euve mêmes
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- fur le Cours des Fleuves. Part. IV. S j £’eft ce qui fufpend 8c fait hauiïer les eaux dans ces bras.
- Principale Caufe de VExhauffement de leur fond.
- De-là vient ( N° 5 ), que les terres 8c les fables qüe les grandes'eaux charrient, fe dépofent fi aifément dans le fond des bras du Fleuve : au lieu , que le tout eft entraîné 9 fois plus vite dans' le fleuve.
- ÈfFets de rÈxhauffemtnt.
- Le fond des bras, s’élève donc 9 fois* plus facilement que celui du Fleuvév Les eaux qui coulent par ces bras * doivent aullï s’élever proportionnellement 8c refluer fur elles-mêmes : ovt rompre leurs Digues dans les endroit» foi blés : ou enfin pafler pat-defliis ces Digues*
- Avantages refultants de la Rèuniori des eaux*
- Loin de la Mer , il y a donc 9 fois-plus d’avantage fur le fetil écoulement' des eaux réunies , que fur l’écoulement des eaüx ainfi divifées. Ilyaenmême-tems, trois* fois moins de Digues à faire 8c à entretenir ; beaucoup moin$
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- és Expériences
- d’accidents & de ruptures : enfin , uil Pays dont le terrein éft fort cher, s’accroît par cette réunion.
- Près dé l’Océan , lé rétârdement caufé par la Divifion des eaux ( N° $ précédent)> eft encore fortement augmenté par le Flux dé la Mer, qui pafie du double le retardement qui fé fait loin de l’Océan. Autre caufe des JDépôts dans le fond dés bras du Rhin. Le Projet de la Saignée qu’on propofe , ajouté cette caufe fur-abondante à tou-] tes celles que jé viens dé rapporter **
- REMÈDE.
- Aux Accidents qui rèfultênt de ta ] Divifion dès edux du Rhin.
- On vient dé voir , qiie le fond des trois premiers bras du Rhin , s’élevoiï par le défaut de vîtefie de leurs eaux, qui permettent le dépôt du fable & de la terre que les neiges fondues fubite-ment 6>C les grandes pluies y apportent.
- * La Merflue & reflue dans la Meufe & Za.Méruve jufqu’à Dort & au-delà ; & Dort tiefi éloigne que de 5 lieues de Gorcum ou la Saignée viendra décharger fies eaux.
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- fur le Cours des Meuves. Part. IV. ff
- En rêuniffant ces trois Bras , pouf if en faire qu'unfeul Fleuve 9 on rendroit à ce Fleuve , une vîtefïe confiante trois fois plus grande que telle qu'il a dans fes Divifàns. On lui faciliteroit en meme iems, un Ecùretnent de jon fond * àufli conftamment trois fois plus considérable. Ceci ejl Jimple , vrai , & lé Remède efficace , non-feulement pouf empêcher les Exhauffements , mais en» tore pour les détruire peu a peu.
- ï. Objection*
- Mais de jetter, par Exemple, tout! le fort du Rhin dans YYjfel > & enc délivrer la Hollande! Que deviendroic la Navigation fur le Leck, fut le Mahal? le relie ?
- Réponse,
- Si le Terrein étoit bien ménagé a la Bouche du Vahal * de du Rhin près d'Arnhem, avec ce qui refteroit de ces deux Rivières & le fecours de la Meufeÿ on procureroit la Navigation par-touw Ceci fera éclairci plus bas-.
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- Expériences
- II. Obje ctio N. 1 *
- . Mais encore ,, de.jetter tout le fort du Rhin dans YYJfel 9 & en délivrer là Hollande pour toujours! Que devien-droit YOwer-YJfel? La Partie de cette Province qui borde la Rivière, ne fe-roit-elle pas perpétuellement fous l’eavé qui paflèroit par-deflTus fes Digues ?
- Répons é.
- . Les eaux de YYJfel n’y feroient paSf plus élevées dans le tems des Débordements , quelles y font annuellement,-& quelles le font au - deflùs éYEmrhe-tick dans un.lit à peu' pïès égal entre1 les Digues. Elles coulerôient conftam-tfnént trois fois plus* vite dans YYJfel ^ comme elles. font au-delTus &Emmë-nck : ce qui feroit caùfe, qu elles ne fe‘ furmonteroiént pas plus1 qu’elles font? ordinairement.
- 9 4
- Rappeliez-vous, Monjîeur, la I Expérience de ta II Partie de cette Lettre , OÙ vous aveà vu deux Rivières portant chacune une quantité d’eau égale à celle du Fleuve dans lequel elles fe font jettes* Ce Fleûve rouloit alors: exacte-
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- fur le Cours des Fleuves. Part. IV. ment, le triple d’eau de cë qui y cou-loit auparavant. Sa furface lupérieüre 41e s’eft cependant élevée que d'un demi-pié par cëtte Accrue.
- Un Fleuve peut donc en abforber deux autres qui lui font égaux chacun ; parce qu’eh lui triplant fes ' eaux, ils lui triplent auffi la vîtefïe de fo'n écoulement. Àirifi, Ytfel péut auffi abfo’r-ber le Vahal 6c le vieux Rhin > fans qu il en réfulte de même aucun incôn*
- r1, . ...
- yenient.
- ' Avant que !e Général Drufius eût jetté le tiers du Rhin dans YYJjèl, pour la commodité dutranfport dêfèsTrou-pes , les eaux qui y paffent aujourd’hui fi abondamment , n’avoiënt que faire de cette Saignée. Elles coûtaient èn entier par le Vahal 6c Vancien Rhin. Je le répété , plus haut cés trois Rivières n’ont qu’un fèul lit j 6c cé feul üt vaut mieux pour l’écoulement, que les trois qui font plus" bas : ‘ parce que ptus bas , les eaux coulent trois fois moins rapidement pa!r lé féal effet de la Di-* yihon.
- Ue GénéralDrujius , Romain, a fait
- premier pas} pour détourner les eau?
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- .yo Expédances
- .d’Hollande, en jettant une partie du Rhin dans YYffèL
- Le Général Corbulon , auffi Romain, a fait le fécond pas, pour détourner les eaux d’Hollande, en jettantprefque tout le vieux Rhin dans la Mèruve , &
- » « T ' . , **
- en en délivrant la plus belle , la plus ©ombreufe, la plus brillante & la plus fiche partie de la Province & Hollande, comprife entre Utrecht 6c Çaty/yk-fur-Mer.
- Un troijîbme Etranger 9 encore de y Empire Romain ? penfe aux moyens! efficaces > non de conferyer une partie de cette belle & riche Province, mais de la çonferver toute entière , avec la Bétuve f fans perdre aucun des ayan-tages de la Navigation intérieure & extérieure.
- Le pis-aller dans YYJfel 9 feroit de redrefïer les Coudes de la Rivière, pour empêcher la rupture de fes Digues 8>c faciliter le prompt écoulement de l’eau. Sans cela, le redreffement des Coudes des Digues n’eft pas moins néceilàire jfi on veut éviter les malheurs,
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- furie Cours desFleuves. Part. IV. 7 1
- PRÉCAUTION
- Fffentielle pour faire rèuffir le Remède propofè, & ne pas le rendre pire que le mal : avec une Réponfe a la pre-mière Objection ci-dejfus.
- Si on barroit tout d’un coup le fahql ÔC le vieux Rhin, pour en jétter toutes les eaux , ou la plus grande partie dans YYJfel : il arriveroit, que ces eaux creuferoient confidérablemënt la bouche de YYJfel qui les recevroit j quelles en jetteraient le fable & là rerre , plus bas 9 dans le lit de la Rivière 'y qu elles s’en formeroiént elles-mêmes des Bâtard’eaux dè tiraverfe très-fermes $ qu’elles paflèrpient en-fuite par-demis ces travèrfes, & par-^elïus leurs Digues , & inonderoient le Pays voifin. Ce font-là des chofes que la Raifon indique , & que les Expériences de mon Fleuve' artificiel prouvent fans réplique *.
- * Voye^-en les Preuves à la fin de la IIIe Partie de cette Lettre, dans le Ré-fultat des Expériences de mon Fleuve drtificel, & des Obfervations que j'ai, faites fur une partie des Fleuves naturels.
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- Expériences
- comme le fond des Rivières fe hauiïè peu à peu , par le dépôt qu’elles y fout à la longue , & qui s-y durcit 'conlidéràblement j il ut aufli êctirér ce fond de la même manière , €ii lui donnant plus d’eau, par des rdégrés , qui aillent toujours en augmentant. Cela fera, que ce. qui fe détachera du fond', aura le téms nécei-,faire pour être charrié avec l’eau qui Taura détaché, fans former d’obftacles. Le contraire dé ceci ayant été fait dans 'la Méruve au-defliis de Dort, on fe fouvient encore que la tentative a été plus qu inutile.
- Il raudroït donc barrer la Bouche du
- #3-
- Mais
- •4 m , * i *
- jR.hin àu defïus à’Arnhem, & celle du VahajL, le tout en même-tems, par dès dégrés qui allaient en augmentant, rendant ioà iz ans confécùtifs: c’eft-iMire , jufqu’à ce que les Ouvertures qu’on y laiflTeroit , fuflent fuffifantes pour fournir feulement à la Navigation avec le fecours de la Meufe ; mais non pour caufer dés débordements & du danger, ’ ’ '
- de VEurope, touchant les Dépôts occasionnés par ia violence des Accrues.
- yObturation
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- fur le Cours des Fleuves.Part. IV. 7%
- L’Obturation de la Bouche de ce» deux Rivières , eft fi facile , & fi fure* qu’il eft inutile d’en parler davantage.
- Co essaie prefque toutes les grande» eaux fe jetteroient dans VYJfel 9 elle» porteroient peu de limon dans les deux autres Rivières. La fujétion de l’Ecu-? rement, n’auroit lieu qu’à la Bouche obturée de ces deux Rivières. Il feroit aifé d’y pourvoir par la feule conftruc-r tipn de cette Bouche.
- La Navigation publique, fait quoi» ne penfe pas à propofer pour l’Ecure<-«nent du Leck 8c du Vahal 3 de jetteç alternativement le Vthaï dans le vieux Rhin j & le vieux Rhin dans le Vahal en bouchant VYJfel. Le Remède feroit bon pour un tems , malgré la crainte qu’il pourroit caufer : mais i’intérêc public le rend impraticable.
- SAIGNÉES
- Accidentelles qui font autour de Dort.
- Les Saignées de la Meruve qui font ïtu-defius de la Ville de Dort, donnent à cette Rivière une Maladie bien
- D
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- 74 Expériences
- dangereufe à guérir. La Divifion de? eaux , jointe au Flux de la Mer, doivent y élever confidérablement le fond de la Rivière , & rendre i’Ecure-ment qu’on en poürroit faire, d’une lenteur, capable de faire palTer l’envie de l’Entreprife.
- . Elle n’eft pas impoflible : elle eft feulement longue, 8c dangereufe, fi on y va trop vite : elle eft enfin pénible, 8c demande une Réfolinion ferme 8c confiante»
- Avant l’année 1411 , que le Bies~ Bofch fut fubmergé , les Saignées dont il s’agit n’avoient pas lieu. La Méruve contenoit toutes fes eaux dans fon lit 5c entre fes Digues. Elles y coûtaient fans avoir befoin de fe décharger dans ce lteulubmergé, qui n’a voit alors aucune communication avec la Rivière.
- Le Remède eft donc le même que celui qui convient au J^uhal, 8c au Rhin qui forme le Leck. Mais comme le Fahal 8c le Rhin font les plus prefr fés , 8c les plus aifés, fi on vouloir faire quelque Entreprife , il faudroit commencer par-là , avant de penfër à féparer le Bies-Bofch de la Méruve 8C «curer cette Rivière,
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- furie Cours des Fleuves. Part. IV\ y <jj? Je finis cette IVe Partie de ma Lettre en avertifiant, que comme les Hommes penfent différemment, je leur laifïe k penfer & a juger de mes Idées fur l’union du Vahal de du vieux Rhin avec l’Ijf-fil. Cette Union eft fondée fur des Expériences jbien fures en petit, de véri-; fiées en grand en plufieurs endroits.
- Je donne cependant mes Idées pour ce qu’on voudra qu’elles foient : il mo fuffit de vouloir, de de vouloir vérit^ blement du bien à Autrui,
- Min de la quatrième Partit^
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- Expériences
- DERNIÈRE
- Çaufie de PExhaufifiement iufonddes Feuves d'Hollande , & definie* , tion des Dépôts qui caufient cet Exhaufifiement : Redrefifiement dit • lit des Fleuves , & conflruction de Digues qui fafifient contenir à ce lit le plus d’eau qu’il efi pojjible y qui en facilitent le plus prompt écoulement y qui y eau • fient le moins de prejfion , de fiappes , & confiéquemment le moins de. Ruptures & d’Inonda# tions,,.
- Cinquième Partie.
- j
- Je viens, Monjicur 9 de vous expofet dans la IVe Partie de cette Lettre 9 le Moyen effrayant en apparence , de vous délivrer des Inondations du Luk%
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- fur te Cours des “Fleuves.Pault. V. jff Si l’union du Vahal 8c du vieux Rhin »• avec YYfcl, caufoit de fàppréhenfion 8c rencontroit des difficultés, par rapport'à là lenteur avec laquelle l’obtii-ration de la Bouche de ces deux Rivières devroit être effectuée j entr’autres Expédients j il y à celui du Redreiïè-jnent du lit de vos Fleuves.
- ; -Vous -avez vu ( Partie IVe dans te$ Çonféquences des trois premières Divi* fions du Rhin * aux N°* z 8è 4 ) , què la feule Di vilion des eaux fuffifoit , pour leur faire perdre conftamment les deux tiers de leur vîtefie , dans chaque bras qui fe forme du Rhin. Que fi des vents violents 8c contraires ( N° 5 ) , furviennént pendant les grandes eaux ». cette vîtefie fe réduit alors dans les bras , à la 9e Partie de ce quelle eft relativement dans le Fleuve réuni. Voilà donc un écoulement d’eau g fois plus retardé dans les bras.
- . Il faut entendre ceci 9 d’un écoule-* ment qui fe fait en ligne droite 8c fans Obfiâcles. Voyons préfentement, fi les Bras duRhin font droits. Je les trouve au contraire , pleins de Coudes 8c de tSinuofitési
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- ^8 *Fxperiénè&
- \
- COUDES.
- ijQui avant ent dans le lit des "Fleuves J & qui en fontfapper les Digues.
- m
- . A l’égard des Coudes qui rétréciflfent le lit d’une Rivière 3 en exposant l’endroit le plus avancé de ces Coudes.au Ê1 des plus grandes 8c plus fortes eaux, il arrive toujours 9 8c il arrive néce£ fairement : que ces Coudes fe trouvent fappés par le piéj que la fappe qui s’en fait , réduit la racine de la Digue à moins de la moitié de PépaiflTeur du haut de cette Digue : l’Expérience l’a encore montré a Graujfen il y a un an. êc demi ; que la Digue ainfi. fappée , & diminuée cl cpaiiïeur dans les Coudes , fait la pirouette , 8c tombe en-fuite non du côté -de la Campagne avec-l’eau qui l’entraîne, mais elle tombe dans la Rivière même, 8c dans le lieu de la fappe.
- Voilà la grande Caufe , 8c la Hache qui coupe 8c fait les Ruptures. C’eft ce que la Raifon , 8c l’Expérience me montrent conftamment depuis 20 ans dPbf^rvaûop? faitesen différents tem$>
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- furie Cours desFkuveSi Part. "V. 79 Le Remède eft bien fimple, fi on vouloit le faire. Ceferoit d'ôter cette Hache , en redrefiant feulement les Coudes« On rendroit par-là , à la Rivière * la largeur que ces Coudes lui prennent : on faciliteroit l'écoulement de l’eau , en redreflant fon lit : on éviteroit en même tems, toutes les Sappes de quelque nature que ce puilïe être ; 6c con-féquemment les trois quarts & demi des Ruptures & des Inondations.
- Voyez la Table I, ou une partie du Rhin eft représentée par le Courant ABC : fes Digues font marquées par a g i Imv d’un côté , 6c de l’autre par o p q r s t.
- Voyez aufli la Table II, 6c la Figure j qui donne la Coupe du Rhin entre deux mauvaifes Digues. A , eft la Cou* pe du Fleuve quand les eaux font à leur hauteur ordinaire : B , donne la Coupe des hautes eaux foutenuës par la Digue fappée ec df d’un côté , 6c de l’autre par la Digue écornée <p rs uy.
- Au mois de Décembre 1753» entre Emmerik6c Arnhem, 6c près du Village de Graujjen, la Digue du Rhin entrant confidérablement dans ce Fleuve par le Coude ad b ( Tab. I ), fut fappée eâ
- Div; '
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- Expériences
- d, renverfée dans le Fleuve, & îaiffa en d une Ouverture de 3 80 piés de largeur par laquelle les eaux hauffees de cf \ à 10 piés au-defiiis de l’ordinaire , fe répandirent par d vfdans les Campagnes ôc les inondèrent.
- Il y avoir derrière le Coude de cettè Digue une Lacune C ( Fig. 1 Tab. II ),. qui avoit déjà détrempé ÔC miné en p le côté e c de la Digue. Le fil des gran=* des eaux s’étant de plus Jette en ifl m , creufa fous la Digue en L , qui tombant d’abord par de longues couches d t dans le courant, puislafappe en /continuant ôc palFant la perpendiculaire ab, la Digue (n’ayant plus fon Centré de gravité fourenu) perdit tout-à-coup-ibn à plomb ôc renverfa en m. Alors , les eaux haufiees de f en d environ dé 10 piés, firent par la Brèche de la Digue un fécond Fleuve de 3 80 piés de largeur , fur 47 de profondeur, qui fer jetta dans les Campagnes voifines.
- Je fçais que ce Fleuve accidentel étoit dans l’Ouverture de la Digue de 380 piés dé largeur , fur une profondeur de 47 piés ; parce qu’après la chute des eaux, j’ai mefuré exactement la Jlréche, ôc que j’ai fondé depuis / juf-
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- fur U Cours Ses i^ettyes. PAtLr. V'.$f qu’en m , dont là profondeur éioit de’ j 7 piés :j qui-joints kfd hauteur des1 grandes eaux , cotrïplettènt la ptofonp* deur totale de 47 piés.
- L’autre Diguè p r u y qui tint ferme un peu plus bas préfentant une mauvaise Côîîftruéfciôn au Flèiive élevé de* 9 jufqu’en t, fut écornée une demi-lieue de longueurainfi que la ligne1 po’nduée r t S larepréfente.Là fommi-té de cette Digue, qui auparavant écoic* de la largeur t u , fut réduite à s it„ Heureufement, que les eaux baiflerenc peu à peu , fans cela , cette Digue t u eût àiifli été remportée le long d’une de-ïni-lieuë de chemin.
- Toutes les Digues, qui ont une pen-; te roide &c prefque droite du coté def l’eau, comme 9 t ( Fig. i Tab. Il ) „ après être détrempées , battues par les vagues & rafées par le •Courant, fe dé-' tachent par couches qui tombent dans l’eau , ce qui les écorne & les fait en--fuite emporter par le Fleuve.
- Toutes les Digues , qui fbnr dès Coudes rentrants dans un Fleuve corn’--me a d'b ou g i k ( Tab. I ) y rétréeif-fént & étranglent tont-a-coup- le lit de' «e Fleuve , & expofent Ies’ehdroits 4
- Dt
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- %z Expériences
- Zc i les plus avancés des Coudes au fit des plus fortes eaux;, qui les fappent par. le bas & les renversent.
- R E M È U E
- «
- , . •
- ld la Sappe des Coudes des Digues des
- Fleuves.
- *“ . *
- Gn aurait remédié â ce terrible Inconvénient , & émpêché toute rupture , en redreffànt le Coude a d b ( Tai. I ), & cela fimplement en continuant: la Digue a par c 8c e julqu’en b. On eût par-là rendu au Fleuve , la largeur que le Coude lui prenpit: facilité l’écoule-jment de l’eau en redrelfant fon lit 5 Sc évité toutes les fàppes pour l’avenir.
- Après la rupture en d , il eft refté une Lacune depuis d jufqu’en y . L’endroit de cette Lacune où la Digue, c e auroit paflfé , à 8 piés de profondeur cela n’auroit en aucune manière empêché d’y afleoir la Digue ce: mais voici ce qu’on a fait. On a prolongé la Digue a par f julqu’en b j & voilà comme on a bouché l’Ouverture d> en ôtant le Coude ad b.
- Il arrive de-là, que d’un Coude
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- fur te Cours des Fleuve*. Part. V. $ $ qu’on a ôté, on en a remplacé deux l’un en a , 8c l’autre en b 9 qui feront fujets aux mêmes inconvénients que celui qui a déjà fait naufrage. Au lieu » qu’en prologeant la Digue a par ce, elle eût été continuée en ligne droite j te qui i’auroit mife à l’abri du choc , ôc hors de prife aux fappes qu’occa-lionne le fort du fil de l’eau , fur les furfaces qui lui font directement oppo-. fées comme entre a 8c d.
- Après cet Accident funefte , l’autra-. Coude gikeft. refté j 8c la Lacune nui-fible h n’a pas même été comblée : elle-y étoit encore le 28 Mai 1754. Le Remède au* Coude g i k , feroit de prolonger la Digue g jufqu’en k : alors on ne rifqueroit rien j le redrefiement gk mettroit à couvert de tout ce qui pourrait arriver au Coude i.
- Chaque Hyver y on dit, les Digues fe font rompues en tel endroit : telle Contrée eft fous l’eau de Ilnondation : mais on n’ajoûte pas , que c’eft faute d’y avoir pourvu , en faifant des re-dreflemens tels que c e 8c g k. Voila , Monjieur , ce qui fe palfe chez vous. En feroit-il de même, dans les autres Pays qui font fujets aux eaux comme le vôtre! D vi *
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- $4- 'Expériences-RETARD
- 'iPans la Fitejfe de Veau d'un Fleuve parles Coudes qui étranglentfon lit.
- Vous avez vû par le N° $ de la I®" 'Expérience rapportée dans la IIIe Partie de cette Lettre, qu’un Fleuve inondé par une eau rapide qui ycouloit h râfe de les bords , a bailfé d’un pié &C demi feulement par trois Saignées im-wienfes, qui ont divifé ce Fleuve en rendant fon lit ordinaire»
- Vous avez encore vû dans la fécondé Expérience , que trois Coudes placés en divers endroits du Fleuve , 8c qui ont rétréci de moitié la largeur de fon lit dans le lieu du plus grand Coude , en retardant d’un 14e la vîtefle de l’écoulement de fes eaux , les ont fait rehauflfer de 15 pouces malgré les-trois grandes Saignées qui divifoientle. Fleuve.
- Jugez* préfentemenr , du retard que peut caufer un grand nombre dé Coudes difperfès fur les bords d’un Fleuve,, qui par-tout en. réuéciiTent le lit \ &
- quadruple de la largeur
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- fur ie Cours des Meuves. Part. VV outre cela , les Sappes que ces Coude» Ocealîonnentaux Digues qui ne fe rompent guères qu« par ces Sappes»
- Le Remède èft donc tour-à-fait aile. Otez ces Coudes^ : rendez par-là y àu Fleuve , la largeur qu’ils lui prennent : facilitez l'écoulement des eaux: ên redreflant leur lit j & vous éviterez: les Sappes , le renverfement des Digues 3 3c les Inondations.
- DÉTOURS
- JDu lit dun Fleuve., ce qui y caufe des Brèches 3 des Dépôts, & lExhauf-fimtni de Jon fond.
- Quant aux Sinuojués dès Rivières St des Fleuves , il en réfulte auffi de grands Inconvénients. i°. L’eau venant de loin avec rapidité , & rencontrant un Détour , elle choque Se bat la partie de la Digue qui fe trouve expofée à ce Détour. 2°. L’eau coulante perd dans le choc , toute la vîtefîe quelle avoit acquife par la pente de fon lit Sz l’accélération. 3 0. Elle refteroit tranquille 8c morte après le choc , fi- la feule pente de ce Et aidée- de l’eau coulante fu-~
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- 8<> ExpérieriteS
- périeüre qui fournit & pôtifle coiici-nuellement , né la remettoiènt en ttain.
- De-là nàiiïent les Bûches dans les Digues des Détours. De-là, le Dépôt dü fable & des terres dans le fond de ceS Détours , par une efpèce de ftagna-tion même des plus grandes eaux. De-là enfin, Y Exhauffémëni incroyable de ce fond , Y Élévation des eaux , & les Débordements.
- Le Remède eft encore bien fïmple. Ce feroit aufïi de redrefTer autant quon pourrait. ces Détours , par des Contre-Digues qui rendiffent au Fleuve une largeur convenable : qui redrefTafTentr par conféquent fort Cours , & qui lui ïacilitafïèntfon écoulement fansftagna-tion.
- Voyez dans la Table Ie y le chemin linueux qui fait le Fleuve ABC, en coulant de B en C par le Détour / s* Le fort de l’eau venant de B avec rapidité , & rencontrant la Digue env, il la bat entre l Scx avec toute la violence des grandes eaux , qui arrachent & renverlent ce qui fe préfente directement à elles. Après que la MafTe de. 1 eau du Fleuve a battu fuccefîivement
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- 'Sürle Cours des Fleuves. P A Rt. V". tj $C de toute la largeur du Fleuve contre là partie Ix de la Digue tfn ^ fi elle n’eft point emportée ÿ l’eau reflue fur ^Ile-même & refteroit tranquille après le choc , fl elle n’étoit pouflee vers s par celle qui vient continuellemenc de Bi
- Ce Reflux après le choc en w , dé-5 tourne le fll de l’eau en le rapprochant du bord r, ou il mine & fappe ce bord avec la Digue qui doit foutenir fes eaux. Ce Reflux encore, après le choc entre / x , donnant une efpèce de fta-gnation aux eaux qui permet le Dépôt des terres charriées , élève le fond du Fleuve le long de la Digue / m ; ce qui détourne aufli le fil de l’eau en l’approchant de plus en plus de la Digue r pour la fapper.
- R £ M È D E
- Aux Accidents caufèspar les Sinuojités
- des Fleuves.
- Il ne faut ici que redrefler le Cours d’un Fleuve , pour ne rien rifquer des Êxhauflements du fond, des Coups qui fe portent entre 1% ( Tab. I )., ni des.
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- Exp&hrïces'
- Sappes en r & en m. On parviendra au redreffement du Fleuve > par des-Contre - Digues l n d’un côté, & qs dé I’autrè. Les anciennes lmn8ç qrs refte» l'oient jufqu’à ce que les nouvelles lit & £ jlulïèntbien affermies. Après quoi,, elles ferviroient à recharger 8c dou* hier là pente dés nouvelles du côté du Fleuve. Alorsl’écoulement des eaux *’y feroit à l’aife , prefqu’en ligné' droite, & fans rencontrer d’obftacles; capables de les arrêter, ni. occafîon-xter des Dépôts 5. mais plutôt dé les détruire en les emportant peu à peu.
- Si dans les endroits u 8c v ou ailleurs» les eaux du Fleuve venoient afe jetter trop vers la Digue pour la creu-fer par le pie ; vous fçavez, Monjîeury le Remède ufité en pareil cas. C’eft le Kri&bai * , ou forte de Digue, qui du bord de l’eau, s’avance obliquement dans un. Fleuve , pour en détourner le-ffl 8c le jëtter d’un autre coté où il né nuife pas. Ce Kriebeit, ou Mole, eft trop1 connu pour m’y arrêter davantage..
- Pour ce qui eft du redreffement des; Coudes 8c des Sinuojitès dès Fleuves^
- * Un EgroTHyujEpÏGr
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- jur la Cours des Fleuves. Part. V. 8'é> par des Contre - Digues 5 fi on veut qu’elles prodùifent un bon effet, il eft néceffaire dé les conftruire le plus av.an-tageufemenc qu’on pourra.
- Ces Digues doivent être telles, qué le lit du Fleuve quelles foutiennenty puifie contenir le plus d’eau & qu’elle y coule le plus rapidement qu’il fera pofîible j que les Digues n’en fouffrent que le moins de prefîion, & de chocs > & qu’il n’en réfui te, par conféquents, que le moins de ruptures Sc de dommage qu’il fera suffi pofîible.
- DÊÏECTUOSItÊÎ
- Des Digues des Fleuves dHollande*
- Vous connoiflez les Digues de là; Meufe'i du Fahal, du Rhin, des deux Yjjels, de la Méruve & du Leek. Vous fçavez que ces Digues font confiantes comme celle <P*uy (Fig. i. Tab. II) t Vous voyez quelles s’écornentfouvent en r t s ; ôc que quelquefois elles- font emportées par l’impétuofité des grandes; eaux.
- La Raifon en efi, i°. que la preflîon de ces grandes eaux fur le côté Qt de
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- ÿd ÈxpêrimCei
- la Diguè 9 tend à la renverfer félon là direction r w, rien ne la foutenant eh tette lîtuation que fon propre poids & la cohéfion de la terre. i°. Les vagues excitées par de grands vents, venant fondre félon q r lur le côté <p t, le contre-coup ne fe porté point de r en v, mais perpendiculairement au plan ou côté <pe 9 c’eft-à-dire , de r en w. Ge contre-coup porte , par conféquent, à faux : il n’y a que le feul poids, avec la cohéiîon de la terre de la Digue, qui lui donnent delarélîftance} Scceft ce qui fait que la preffion dè ï’e'au, jointe à l’impétuofité du choc de fes Vàgués j la renverfent allez fouvent après l’avoir détrempée 8c écornée.
- Il en eft de même de la Digue e c df ( Fig. i. Tab. 11). Un coup de vague porté de g en i s tend à renverfer la Digue non de / en A, mais de i en k. La ligne n ô marque la hauteur à plomb des grandes eaux au-delïus des Campagnes voifines : x y donne une fem-blable hauteur de l’autre côté du Fleuve.
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- Jur le Cours des Fleuves. Part. V.
- DIGUE Naturelle formée par la Mer*
- Il faut donc une conftru&ion dé Digü es y plus avantageuse > que celle ‘qui eft en ûfage pour contenir les eaux des Fleuves qui baignent la Hollande. Pour m’en inftrüire, j’ai cru qu’il falloir coilfülter la Nature dans fes Opérations , ôc la prendre pour mon Maître. Je voyois la Mer Belgique, fe former elle-même, un Rivage fi beau, qui lui prefcrivoit fes propres Bornes. Elle m’a montré, que le long penchant d’une Digue , ne aevoit point être du côté des Campagnes comme uy {Fig. i. Tab. II ), mais du coté de l’eau, comme {Fig. 3),* parce que ce long penchant vers la Campagne étoit inutile , 8c faifoit une dépenfe en pure perte.
- Ayant choifi entre les Villages de Catwyk & Noortwyk-op-Zée, un bel endroit du Strand ou Rivage de la Mer tel que ac {Fig. z. Tab. II) : le Nivellement m’a fait voir,que la Rive ou Digue ac que l’Océan.aa> en montant dé
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- «fï Expériences
- k a en f g > fe forme & s’oppofe I lui-même, ri à, qîi ufipU de chute cb> fur une longueur de hâfe a b de 5 5 pies. Voilà une partie de Digue conftruite par la Nature , avec le penchant Ieplus doux, & qui a le plus de rcfiftance-, parce qu’il eft .difpofé convenablement-
- Je fçais cependant, que cette belle Digue naturelle ne peut être imitée à la rigueur fur le bord des Fleuves, pap Rapport à la longueur de fa petite qui prendroit trop de terrein. Mais plus on en approchera, plus auffi la Digue conftruite à fon imitation fera parfait/0 & avantageufe.
- D I G U n.
- Et Contre - Digues conflruites fut VEchantillon que la Mer donne pour Modèle,
- Je voudrais donc, que les Contre*-'Digues que je prapofe, & toutes les autres , fuftent faites au moins fur lé Plan de celles tracées par ia Figure 3; dé la TaBle II. La lettre A, marque la Coupe d’un Fleuve, dans le tems que les eaux font à leur hauteur ordinaire ;
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- ptr le Cours des Fleuves.. Part. V. 9 j 3, la Coupe des eaux hauflfées de 16 piésau defîus de l’ordinairedc des Cam<* pagnes voifines. Les deux Digues qui foutiennent ces eaux ainfî haurfëes font tabd d'un côté, & .x v t£ de l’autre ; Je l 8c mn marquent le terrein ferme de part 8c d’autre du Fleuve entre lu| 8c la naiflance des deux Digues.
- L’Efpace n x étant le lieu où il confient d’aflfeoir la Digue} prenez n.<p de j,oo pies de longueur , élevez-la perpendiculaire $ t de io piés, & tirez le ligne z* pour avoir le Coin ç^tp quieft le maflif de la Digue expofée à l’eau; La largeur tv (égale à pu) qui fait la fom.mité, fera de zo piés, parce qu’elle doit fervir de grand chemin : la bâfe U.x du côté de la Campagne fera aufli de 10 piés j & cela feulementpourfou-tenir les terres de v ou x, La Digue fiabd de l’autre côté, fera conftruite de la même manière entre c 8c k.,
- AVANTAGES
- Des Digues imitées de la Naturel
- Quand les eaux ordinaires A {Fig. $ 2 Jab. Il ) j haulferont en B par de fortes
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- ^4 Expériences
- Acçmes, on voit d’abord, que eës eau* pourront s’élargir en m n 8c / k de part 8c d’autre du lit du Fleuve, ce qui augmentera çonfidérablement la largeur de çe lit avant d’arriver au pié des Digues en d 8c
- Cette augmentation de capacité de lit, augmente néceflairement la polîî— bilité de contenir une plus grande quan* tiré d’eau ; 8c comme cette eau y fer^ a' l’aife , concentrée entre des Digues régulières, elle y coulera aufli plus ra-? pidement. Les Efpaces mn 8c lk pourront être augmentés ou diminués félon le befoin , foit en conftruifant des Contre - Digues , foit en en faifant d’autres.
- Les eaux qui haufleront fur le Plan incliné de ces Digues entre 8c db* diminueront d’épaiflfeur en s’élevant de ^ en t\ parce qu’elles s’y réduiront en une lame d’eau , qui aura d’autant moins de force, qu’elle s’élèvera vers t. Cette lame ne fera que glifler fur le Plan en allant à rien dep en q. Il n’y aura par conféquent point de choc à craindre, 8c aucune preflion qui tende de q en sp. Ellç fe fera au contraire de p en r 9 8c de q en s, dans la malfç
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- fur le Cours des Fleuves, Part. V.pj du Globe de la terre, ce qui affermir* la Digue.
- Ce Plan étant détrempé pat le? grandes eaux, fa terrre ne peut fe dé-tacher, ni tomber, que fur elle-même, Ainfi, elle reftera fur le Plan , qui ne pourra être ébréché comme la été la Digue <P t wy ( Fig. i ) ,‘ni être fappé comme l’autre Digue e cdf(axiGi Fig. i ), Pour affermir encore davantage la terre qui forme le Plan incliné ( Fig. 3 ), on le plantera de Saules, qui feront troncés annuellement à la hauteur d’un pié ou deux : ce fera à l’arrière Saifqn. Les racines de ces Saules entrelaffées dans la terre , y feront une telle liaifon, que la lame d’eau qui paffera par-defïùs, ne pourra y creufér, & encore moins y faire ces trous qui écornent fi fort les autres Digues.
- Mais le point effentiel, eft de rom-? pre les coups que donnent les Vagues excitées par les grands vents.
- Soit une de ces Vagues portée d’une Digue à l’autre félon la direction op fur le Plan £ t ( Fig. 3. Tab. II ) : le centre de percuflîon fera en p. Si ce plan étoitlibre, après le choc, il fe porterait de p en r en fuivant une direction per-
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- Expériences
- pendiculaire à la lîtuation qifil a actuellement-: ceft-à-dire, quelï le coup porté de & en p, le contre-coup fera reporté de p en r perpendiculairement au Plan choqué j & le choc en q, fe portera de q en s au lieu d’aller de q en w. C’eft - à - dire encore, que ces contre-coups fe portant tous du Plan dans la Maffe du globe de la terre, ils tendent auiïi tous à preffer & à affermir le Plan ou Digue 11 contre la terre vers r ôc s , & nullement à la renver-, fer vers la Campagne en w êc x.
- Le contraire arrive à legard de la Digue $ tuy (Fig. i ) : car le coup porté de q en r 9 reporte à faux fon contre-coup de r en w , perpendiculairement au plan choqué Çt, ce qui tend à renverfer la Digue du , côté de la' Campagne.
- La bâfe 7JQ (du Plan ou diagonale {/ (Fig. 3 ) de la Digue ) étant de i oo piés , 6c la perpendiculaire iq> de zo piés; cela donne le Rapport de 5 pour la Bâfe, fur / deCathète ou perpendiculaire. La Digue augmentera en forces, réfiftera aux vagues , à proportion que la bâfe {<p fera allongée, en con-fervant néanmoins la hauteur $e telle
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- 'furie Cours des Fleuves. Part. V. ÿj quelle efl.1 Car, plus le Plan ^ t fera incliné , plus le contre-coup qui fe portes .de p en r s’approchera d.e la direction qui va au centre de la terre pour l’y plaquer, plus aulîi les coups des vagues effleureront le Plan 3 & moins il en fouffrira *•
- Je ne vous donne donc , Monfeur j la Digue que j’ai décrite, que commer la moins mauvaise que je puifle con-feiller, crainte de rebuter par la largeur de n en x. Cependant 3 fi la Bâfe» étoit double3 la hauteur çt reftanc la .même » la face %Jt de la Digue auroic par-là une réfiftance double3 & fouf-friroit moitié moins de toutes les ma-jiières. Jugez préfentement de tous le?
- * Dans le Pays des Montagnes ou U y a des Etangs , dont les eaux font retenues par des Chauffées ou Levées de terre 9 on fera ufage de la Digue ztvx, (Fig. 3’), avec autant davantage que fur les Rivières. Cette manière de diguer » ne demande, au rejle, pas plus de terre dans fa confraction 3 & fouvent moins que les mauvaifes Digues auxquelles 01p donne ordinairement un long pench^^ ytrs les Campagnes,
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- £$ Expériences
- autres cas, félon le plus ou le moins dê
- largeur qui fera donnée à la Bâfe ntp.
- Vous venez de voir, que le lit dé vos Fleuves peut contenir beaucoup plus d’eau, 8c y couler plus rapidement que ne lui permet la conftrudion ordinaire de vos Digues j que la preflion de l’eau fur la Digue que je vous propofe, loin de lui nuire, raffermit au contraire fur la ma(Fe de la terre qui foutient faBâfej qu’elle n’eft fujette à aucun éboulement, à aucune fappe ; que les contre-coups des vagues , portant fous la Bâfe de la Digue, ne lui caufent point d’ébrahle*, ment, 8c au lieu que dans la conftruc-’rion ordinaire ces chocs tendent à la renverfer vers la Campagne , ici, aü contraire, ils la plaquent fur le fol qui foutient fa Bâfe j que par tous ces avanr rages * la Digue ne doit éprouver qüé le moins de Ruptures & çaiifer que lô moins de Dommage qu’il fera poifc jble *•
- * Je ne parle ici que de Digues cohf fruités de terre feulement, parce que celles qui foutiennent les eaux des Rivières à des Fleuves D’Hollande ne font que à ffîrt» Si ma /Santé h permet, fejpère en,
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- fur le Cours des Fleuves. Part. V. 9? Pour ce qui eft des Accrues, la quantité d’eau que la Neige fondue fubite-menc produit fur la terre pour groffic
- donner d'autres dans la fuite, par uii Ouvrage qui développera les huit Propos fiions fuivantes.
- I. Un Fleuve ou Rivière dont la lar* geur feroit de 400 pies, &yiprofondeur depuis Gjufqu'à iz ou ijpies; s'il étoit néceffaire de détourner fubitement fon Cours, en tout ou en partie, pour le jetter d'un autre coté où il y auroit un écoulement ou décharge fufffante : je donnerai le Moyen de l'effectuer entière* ment dans G à 8 fois 24. heures, en tems d'Hyver prefque comme en Eté.
- II. Si la Digue d'un Fleuve ou Ri-v'ùre s'étoit rompue par l'impètuofitè des eaux y & fi 1‘ Ouverture de la Digue par où Veau paffe dans un Continent fermé ( ou Polder) * étoit pareillement de 400 piés de largeur, fur une profondeur quelconque : je donnerai de meme le Moyen de boucher celte Ouverture dans le tems de € à 8 fois 24 heures, aujji en Hyver à peu près comme pendant l'Eté.
- III. S'il falloit boucher une telle Ou-I verture de 400 piés de largeur & même
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- ’t oo Expériences
- les Fleuves , eft fi considérable 9 que » félon les Expériences que j’en ai faites dernièrement $ le Volume de Neige
- davantage, dans un tems d'Hyver& des nuits obfcures : on verra, qiionpourrait fuppléer ajjei à la clarté du jour, pour travailler durant ces nuits obfcures.
- IV. Pour boucher une telle Ouverture fde 400 pies y & recoudre la Digue rompue & emportée, s’il falloir chaffer plu-fleurs rangs de Pilotis d'une extrémité de la rupture jufqu'à Vautre extrémité : je donnerai une invention de Hies, difpo-fées de forte , qu'elles pourroient chaffer commodément 10 à iz Pilotis à la fois, en moins d'une heure, & cela dedans & contre le courant de l'eau même.
- V. J'indiquerai enfuite, les Matériaux les plus propres à pouvoir être jettes le plus promptement entre ces rangs de Pilotis y pour former d'abord, le corps d'une Digue ferme & arrêter l'éruption des eaux.
- VI. Si la terre étoitjî gelée au bord de FOuverture d'une Digue rompue , qu'on ne put y hier pour former la naifjance des rangs de Pilotis : je donnerai lé Moyen,
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- furie Cours des Fleuves. Part.V. iof telle qu’elle tombe du ciel & s’arrange d’elle-même dans un Bac de fer-blanc, eft au Volume d’eau qu’elle produit.
- de travailler fur le champ au Ifiage,
- VII. . En recoufant une Digue rom-•pue , s'il fe trouvoit un de ces Abîmes ( ou Wel ) par ou Veau fort toujours quoiqu'on y puiffe jetter pour le combler ; & Ji cet Abîme fe trouvoitfous l'Ouvrage qu'on fera pour boucher V Ouverture faîte à la Digue : je dirai de quelle manière on pourra tarir cet Abîme, & faire qu'il ne nuife & n'empêche en rien la réparation de la Digue rompue.
- Je me fuis trouvé dans ce cas de de— trejfe en iy5n ÿ & je men fus tiré en tres-peu de tems, quoique ce fût pour la première fois. C'était pour un Ouvrage oit il falloit beaucoup plus d'attention que pour une Digue-.
- VIII. Je détaillerai enfin, lés Arrangements qu'il faudroit prendre, pour fe mettre d'avance^en état9de procurer de la maniéré la plus jirnple, la plus fûre & la moins difpendieufe, tous les Avantages ci-dcjfus à un Pays tel que la Hollande , ou il arrive chaque année des Inondations caufées par la rupture dés.
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- Expériences
- étant fondue doucement auprès du fen* comme 7, à i. S’il tombe donc 14 pouces de hauteur de Neige fur la terre,
- Digues, que Von ne bouche que 5 à G mois après VInondation ; ce qui y caufe en même-tems des doubles & tribles De-bordemens & Submerjions, avec des mal* heurs & des pertes immenfes.
- Ce que je dirai pour la Hollande ,fera également utile aux autres Pays plats, baignés par des Fleuves qui les inon~ dent.
- Pour que rien ne manque à un Ou-vrage qui pourra être interejfant , on y trouvera aujfi le Moyen de rendre les petites Rivières navigables.
- Je ferai plus / ce fera en donnant ta ConfiruBion d’une nouvelle Machine hydraulique, pour le Defféchement des Lacs & des Marais : pour arrofer les Terres arides élevées : décorer de grandes Villes par des Fontaines publiques , & fournir Veau dans des Réfervoirs élevés contre les Incendies : pour embellir des Jardins par des Cafcades & des eaux jaillijfantes : Enfin, cette nouvelle Ma-chine donne une telle quantité d’eau, que par fon fecours , on pourra joindre
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- fur le Cours des Fleuves, PaïLï. Va a f elle y donnera par conféquent 24 piés cubiques d’eau par Verge quarrèe fi elle fond fubitement. De-là, on peut juger ce que le Trajet du Rhin peut en recevoir pour groflir fes eaux* en y ajoû*
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- des Fleuves par iui Canal élevé de cont« munication , auquel elle fournira Veàit •nécejjaire à fon entretien ; ce qui feroit d'une grande utilité pour la Navigation & le Commercé entre des Provinces tant 'éloignées que- limitrophes.
- Avant de donner la JDefcription de cette Machine , j'en ferai TExpérience en préfence de Commijfaires, & même en Public.
- J-ajouterai la Confruciion d'une Grue platte fixe, & celle d'une Grue platte yambulante, pour enlever par Coupons les Trains de bois flotté de dedans l'eau, les rendre commodément & à peu de frais fur les bords des Rivières d'ou ils feront vertus : ce qui fera avantageux aux Marchands de bois de Paris fur-tout, qui perdent beaucoup de ce bois dans le courant de l'eau qui l'entraîne des Coupons , que Ton délie dans Veau, pour les en tirer bûche à bûche avant de les porter dans les Charniers.
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- Expériences ' tant encore celles des grandes pluie* qui furviennent ordinairement à la fonte des Neiges.
- Les Expériences de mon Fleuve artificiel ont Fait voirque dans un Fleuve naturel comme le Rhin , lorfqu’il eft réuni , il faut une Accrue d’eau qui fournifte continuellement, 3 ofoisvÂns que les eaux ordinaires * pour le faire furmonter de 5^ à ïo piés au-deftus de fa hauteur accoutumée.
- Par une Accrue fi terrible, qui t’att-'née dernière •* $ a produit tant d’Inoii-dations au- delà d'Arnhem, l’eau n’eft pafle nulle part par-deflfus fes Digues avant, ni après les Ruptures des Coudes. Si ces Coudes euflent été ôtés , il n’y auroit eu aucune rupture : bien moins encore de fecoudes , fi les Sinuofités eulTent été redreftees.
- Le RedrefTement des Détours celui des Coudes , fi aifés à effeéluer dans chaque Province y qui pour cela , n’au-roit befoin que de fon propre Confente-ment, eft un des Remèdes le plus fur qu’on puifte propofer. Toutes les Saignées qu’on pourroit faire pour divifer
- * Décembre /y5$ & Janvkr iyâ4,
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- fiir le Cours des fleuves. Par r. V. i o 5 les eaux, feraient pernicieufes comme on Ta vu ci-delfiis. Et quand même 011 les fuppoferoit utiles , il faudrait encore auparavant, ôter les obftacles des Coudes y 8c redrelfer les Détours. Sans quoi, ces Saignées ne feraient qu’augmenter la Stagnation des eaux , en diminuant le peu de vîtelïê qui leur rèfte : procurer un Exhauflement plus conlidé--rable. dans le fond des Rivières ; augmenter; le nombre de leurs Digues malà-propos : y caufer plus de Ruptures 9 d’Accidents 8c de Malheurs.
- Si une, ou plulieurs Saignées étoient' faites comme on le propofe dans le Leek, où le Flux de la Mer a lieu en partie : le Flux , qui, en fufpendant les eaux , leur caufe par-la un retardement (i confidérable , ferait encore^ puiflamment aidé dans ce retard , par le défaut de vîtefTe que cauferoit Ix Divilîon du Leck. Alors T la vice de de l’eau retardée par les Saignées , les Coudes, les Détours, Bc le Fluxs’y trouverait réduite'à la 14 pu t 5 e. par-tie de celle que le Rhin a. canftammenc au-defTus cCEmrnerïck.
- Peut-on donc , du Sein de la %/-• lande même, eonfeiller des cEofes audit
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- io£ Expériences
- peu raifonnables que ces Saignées ! En Phyfique comme en Politique, on fçait, que la divifion des Corps eft leur def-tru&ion. En Hydrométrie, la divifion des Fleuves , c’eft la fubmerfion du Pays plat qui les environne.
- Je fouhaite, Monjieur, qu’on fe fou-vienne que je fuis Etranger ; que je travaille fans Intérêt ; & que je ne cherche qu'à procurer la fureté d’un Pays où l’on m'a marqué de la confiance.
- Fin de la cinquième. Partie*
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- Jur U Cours des Fleuves. Part. VI. i oyj
- CONTRE - DIGUES
- Dormantes, de peu détendue , & & capables de garantir des Eaux ' la plus belle Partie de la Province d’Hollande.
- Sixième Partie.
- N[ réfîéçhifïânt fur les Moyens que j’ai propofés dans les deux dernières Sections de cette Lettre , pour contenir les grandes eaux des Fleuves d’Hollande , j'ai vu divers Intérêts en oppojîtionce contrafte , m’a paru un Argument perfuajîfc contre ce que j’ai dit de mieux. J’aurois voulu çonferver tout ce qui peut l’être : je penfe présentement à la confervation de la meilleure Partie. Je vous prie, Monfieur* de. vouloir faire bien attention à ce que je vais dire.
- La Province d’Hollande , eft continuellement en crainte , fur l’infaffi-fance de . la Digue feprentrionale du
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- Expériences '
- Leck, depuis Wyk-te-DuurJléede jijf-qu’environ une heure au - aéflous de Vyane. Céia fait une longueur de quatre lieues 8c demi feulement.
- Dans le tems des grandes - eaux', fi quelqu’endroit de cette Digue, vient à manquer} tout le Trajet du Kecht , le Territoire de Woerden 8c fes adjacénts,. Y Amjlel- Landj le Khyn-Land., le S chie* Land 8c le Delfts-Land feront infailli-
- blement inondés.
- Si cette Digue étoit doublée depuis Wyk -te - Duurjléede jufque derrière YJfel-S teen 9on é-viteroit par-la ,, tous les malheurs qui réfulrenr de pareilles Inondations, fur-tout dans un Pays plat 8c enfoncé fous l’eau des Fleuves qui le notent. Quand je parle d’une Digùe doublée , j’entends une Contre - Digue, dormante , éloignée autant qu’il fera po-ilible de celle contre laquelle-Te fleuve touche.
- Alors, le choc tant de l’eau que des glaces, n’agiroir que fur la Digue qui leur feroit expofée. Si elle venoit à rompre , la Contre-Digue foutiendroit d’autant mieux quelle feroit affermie loin du Courant , détournée du Fil de leatta, & point expofée à. fes-Coups.
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- fur te Cours des Fleuvês.pAKT.VÏ'. têÿ ; Là Digue dormante, étant éloignée de 7 à 8o© piés au-plus de la Digue; foujfrantè ; l'Expérience; m’a fait voir dans une occasion décitive 6c toute récente î que,- l’endroit de la Contre-Digue qui feroit directement expofé à la Rupture de la Digue fouffrante, certe Rupture fût-elle de 5 80 piés de largeur comme elle a-été près de Grœujjen l’année dernière: l’Expérience m’a fait voir, dis-je, en cet endroit, que la Contre- Digue ex-pofée k la Rupture, nefouffriroicrien du choc de- l’eauqui en fortiroit.
- ;Gette eau;, groiîie & élevée de 10 piés au-dedus de fon ordinaire,, tombe d’une Brèche ou Rupture de j 8 o piés , en s’éiargifTant de tous côtés, de manière qu’a 300 piés de diftance 6c en. ligne direCte de la rupture , la Campagne libre n’étoit pas couverte de 3 piés de hauteur d’eau : à 5 00 piés de dif-tanee , l'a Campagne platte 6c libre , n’en a été eonverte que d’un 6c demi a 1 piés de hauteur.
- Cela fe eonnoit aifément, par les rayes que les glaces font aux Arbres qui fe rencontrent près des ruptures.. Or ces glaces qui font toujours a la fhr-face fupérieure de l’eau, marquent fn-
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- rement la hauteur où elle a été par le» . taillades qu’elles font aux Arbres : e’eft ce qui eft facile à remarquer.
- La Contre - Digue fe trouvant donc éloignée de 7 à 800 piés de la Digue Jouÿrante SC rompue , elle retiendra Amplement les eaux fortant de la rupture. Ces eaux s’y élèveront peu après à la hauteur de celles de la Rivière r elles s’écouleront enfuite entre les deux Dignes j & ne produiront fur la Dormante qu’un effort proportionné à leur péfanteur, fans choc , le tout même dans le cas où la Digue que j’ai pro-pofée ne feroit pas fuivie.
- Autre Idée.
- Si la longueur de 4 ou 5 lieues de Contre-Digue, rencontroit des difficultés non dans la conftruéfeion & l’ufage, mais autrement ; il y a encore un au^re Moyen pour y fuppléer efficacement.
- Ce feroit en .prolongeant la Digue feptentrionale du Nouvel-YJJel9 depuis, environ une demi - lieue au-delà de
- Monfoort, en coupant lé ( Treck-Vaerù ou) Canal navigable d'U.trecht à Vyane9 & en continuant ainfl tout drqip ju£
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- fur U Cours des Fleuves. Part. Vï. x f * qu’aux environs du Village de Rhyn-ouwen fous Utrecht. Cela ferait une Digue de près de deux lieues & demi de longueur. Elle ferait dormante.
- Comme les Digues du nouvel-YJJelg couvrent déjà la plus belle Partie de W Province d’Hollande des Inondations' du Bas-Leck ; la prolongation. dont je parle, acheveroit delà couvrir entièrement , 8c la préferveroit des Inondations du Haut - Leck qui font celles qu’on craint.
- Cette prolongation de Digue, coupant le Canal d’Utrecht à Vyane , il Faudrait néceffairement. une bonne Eclufe double fur ce Canal > pour le ‘PâlTage des Bâteaux publics. On ne la fermerait que dans le cas où la Digue foufrante du Haut-Leck ferait menacée de ruptures., ou s’il arrivoit quelque malheur aux Eclufes du Haert.
- .. Voilà, Monjïeur s jufqu’où ma emporté la Matière que je traite , 8c ce que l’humanité m’a diète pour vous le fendre , en contribuant autant qu’il m’ëft pôfliblé au bonheur de mes. Semblables.,
- Fin de la jïxiïme Parité» _
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- Expériences
- REMARQUES '
- Sur les ( Ys-Dammen ou ) Bancs • de Gltace qui fe forment dans le lit des Rivières. Cette GlcCce ne peut fournir aucun prétexte pour divifer les Fleuves par des Saignées ariif.cielles y puifquil rfy aurait que de la Dcpenfe inutile à faire y & des Malheurs à en attendre.
- Septième Partie,
- Les Saignées qu’on, pourrait faire' dans là vue de décharger une partie dès eaux de Rivières toutes perni-eieufes quelles- feroient , ont. cependant parues ‘ nécefîaires à bien dès Gens} 6c voici pourquoi. Pendant lès riides Hyvers , il fe forme dans, le Leck des Batard’eaux de travèrfe, qui barrent le* Gourant dé la Rivière. Ces
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- JiirU Cours des Fictives.Vâ. RT. Vif. iî$ Bàtàrd’eaux de glace 9 font d’une épailleur 8c d’une confiftance à l’épreuve du canon.
- On ed.nçdit' aifémerit , que fi de grandes pluies jointes à la fonte fubite des neiges qui caufent les Débordements , furviennent avant que cette glace tranfverfaie foit fondue 8c dilîi-pée 5 les eaux ,• que ces pluies 8c ces , neiges fourniront,-venant alors comme d’un Torrent, doivent fauter par-de£-fus la traverfe 8c y caufer une Gafcade horrible. Elles ne peuvent le faire fans fe furmonter confidérablement, ni même fans palier par-deilus leurs Digues en plufieurs endroits ÿ ce qui peut les dé-, chirer, 8c noyer le Pays voifin.
- Pour éviter cet Accident, ôn vient préfentement continuer à nous dire, qu’en creufant une Saignée qui prit une partie des eaux du Leck 8c les jettât dans la Mêruve y cela feroit diminuer la quantité de l’eau qui fait la Caf-cade, 8c qui peut aufli palier par-dellus /les Digues*
- En examinant le Projet fous ce dernier point de vue on trouve qu’il a réellement trois faces. D’un côté , on voit du vrai; des deux autres il fe-’
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- Ü4 ËxpirimciS
- préfente des inutilités nuifiblesquifaitf tent aux yeux i avec des difficultés insurmontables.
- Le vrai eft * que la baignée prendra d’autant plus d’eau , qu’elle fera considérable. Par cela même 9 la quantité d’eau qu’il y aura dans la Rivière, doit néceflaireinent diminuer. Cela eft de toute évidence.
- Mais fi la quantité diminué, la hau*3 •teur de l’eau reftera cependant invariablement la même , fans diminuer d’un quart de pouce. Car 9 que cette Saignée foit, par Exemple , aftez forte pour prendre la moitié de l’eau de la Rivière j elle lui prendra fans doute , en même tems , la moitié de la vîtelfe de fon écoulement. C’eft ce que la Raifon dit tout haut : c’eft ce que vous avez vu 9 Monjîeut, dans toutes les Expériences précédentes.
- L’Ecoulement ainfi retardé, ne changera abfolument rien à la hauteur de P eau , rien à fa preflîon fur les Digues, rien à la Cafcade, finon, qu’en tombant de la même hauteur , elle jettera feulement la moitié moins d’eau, avec la moitié moins de vîtefte.
- Or, vous avez vu dans l’Examen
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- furie Cours des Meuves. Part^VÏÏ. i ï J des Paradoxes ( Partie I ), que la. Saignée dont il s’agit, n’a pas été proposée d’une capacité égale a la moitié du Leck, mais feulement de la 16e. partie de la largeur de cette Rivière} 8c l’Expérience d’accord avec la Raifon s ont fait voir, qu’il étoit même abfurbe, de penfer, que la Saignée dût faire bailler en rien les eaux qu’on voudroit éviter par fon moyen.
- Ainli, cette Saignée feroit inutile j puifqu’elle ne produiroit aucun bon effet. Elle feroit nuilible, par la dé-penfe de fes Digues qui fe trouveraient, de plus 9 expolées aux ruptures, comme toutes les autres, 8c cela fans au-cune nécellité.
- Pour faire encore mieux entendre ceci, je répéterai une partie de ce que j’ai déjà dit précédemment. Rappeliez-vous le Haut-Rhin divifé par le Vahal , ÏYJJel 8c le Leck. Ces trois Rivières partageant ainli, entr’elles , les eaux du Rhin , elles doivent nécelïàirement couler dans chacune des Rivières à peu près égales, avec les deux tiers moins d’eau 8c de vîtelTe que dans le Rhin £ & c’eft ce qui a lieu en tems calmé ,
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- Ïi6 Expériences
- ïorfque les vents contraires n’y caufehtf
- pas un plus grand retard.
- Tout le monde peut àifément remarquer , que malgré ces Divifions, qui font les plus grandes Saignées qui puiffent être faites} on remarque, dis-je , toutes les fois qu’on le veut 5 qué dans le tems des Débordements, les eaux de YYJfel 8>c du Leck n’ont jamais été moins hautes que dans le Vahal & le Haut - Rhin ; quelles y ont même toujours rompu leurs Digues, par-tout, avec une égaie force.
- Voilà le mauvais effet de la Divi-fîon des eaux, qui né leur procure que du retard dans la vite (Te de leur écoulement , fans les faire baifîer, lî ce n’efl; par le moyen d’une Saignée im-menfe. Vous avez vu par les Expériences 1 & II de la IIIe. Partie àë cette Lettre, que pour faire bai (Ter de G pouces feulement, un Fleuve un peu tortueux, il falloit une Saignée qui prît les trois quarts de l’eau de ce Fleuve.
- Si YYjfel & le Leck , qui ne prennent qu’environ les deux tiers des eaux du Haut-Rhin , ne peuvent aflfez fai-gner- celles qui fe jettent feulement
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- fur le Cours des F fauves. Part .Vil. i ij dans le Vahal, pour leur faire perdre un pouce de leur hauteur : q.ue îera-ce donc d’une Saignée qui fera à peu près de la 32e. partie de la capacité de ces deux Fleuves ?
- Si ces deux mêmes Fleuves, n’opé-rent aucune diminution dans la hauteur des eaux en faignant le Vahal ; la troifième Saignée jpropofée, étant 3 z fois plus petite , operera-t-elle davantage pour faire baifler les gaux dans le teck ?
- Elle prendra uniquement la 16e. patrie de l’eau de ce Fleuve , avec la 16e* partie de la vîteflè de fon écoulement.
- Une difficulté infurmontable, eft encore , qu’en fuppofant comme vrai , que cette petite Saignée fera baifler l’eau du Leck : on fe trouve réduit à la dure nécelfité, dè fuppofer aufli, que cette même Saignée fera ambulante 5 qu’au la tranfportera tantôt ici, & tantôt là, pour l’avoir toujours pirécifé-jnent un peu au-de (Tous des Bancs de glace qui fe forment au hazard.
- Sans cela , peur-on concevoir, que cette Saignée puitïe être d’aucune utilité ? Ne la fait-on pas là, pour décharger les eaux qui refluent derrière lç
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- Ii8 Expériences
- Banc , & qui fautent enfuite par* ileîTus ?.
- La Saignée propofée confiftera en cinq Relûtes , chacune de 15 pies de largeur : il leur faut fix grands Môles jde maçonnerie pour les foutenir. Leur Décharge formera un Canal de la largeur d’une Rivière : ce Canal aura deux Digues aufli hautes que celles du JLeck & de la Mêruve.
- Si cette Saignée n’étoit point ambtfr lante , il faudrait que les Bancs de glace fe fixaient, & allaient toujours le former précifément un peu au-def-fous de la Saignée.
- Mais comme ces Bançs changent annuellement de figure & de place, il paraît, qu’il faudrait autant de Saignées qu’il y a de lieux propres à la formation de ces Bancs : c’eft-à-dire , qu’il faudrait mettre tout le bord de la Rivière en Saignées, & d’un Pays ferme en faire une Mer-d’eau.
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- fur le Cours des F/^wv^.Part.VIÏ, i i j MOYEN
- P’empêcher la formation des Bancs de Glace.
- Que faire donc , pour empêcher ces Traverfes de fe former dans le lit de la Rivière?
- RedrelFez le lit de vos Fleuves : facilitez l'écoulement de leurs eaux Tans ftagnation : réunifiez ces eaux pour leur donner de la force, au lieu de les divifer pour les affoiblir.
- Plus elles feront réunies dans un lit redrefie autant qu’il fera poflible 3 plus elles couleront vite, & moins vçus aurez de glace.
- Voilà le feul Expédient qui puifie vous mettre hors d’inquiétude. Tout ce qg’on pourroit vous dire de plus » reviendroit à ce Moyen unique.
- J’ai l’honneur d’être très-parfaite»* ment,
- Monjieur,
- Votre très-humble & très? obèiffant Serviteur,
- Signe G EN NE T
- ÿi Leyden , en Hollande,
- }e 30 Septembre i7ff*
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- TABLE
- DES MATIÈRES
- Contenues dans cette Lettre.
- . " 1 - ' >- mm. mi*
- première partie.
- XJTIIITE de VHydromètrie. page I
- Premier Paradoxe directement op-pofèaux Connoijfances que donne VHy* dromêtrie. 3
- Second Paradoxe quiejlune Con-féquence nécejfaire du premier. Ibid.
- Machine ou Fleuve artificiel pour faire VExpérience contraire aux Préjugés reçus. 4
- EXPERIENCES qui prouvent que le premier Paradoxe ejl bien nommé. 5
- AVANTAGES réfultahtsde la réunion des eaux dans les Fleuves, 8
- Preuves en GRAND des Expériences qui viennent d'être rapportées. Ibid.
- Expériences qui prouvent Vinutilité des Saignées faites dans les Fleuves i &
- F
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- iii ‘ " Tabis
- que le fécond Paradoxe a üufjl reçu fon véritable nom. i o
- PREUVES en GRAND des Expériences faites fur la Divijîon des eaux hors des
- ' Fleuves. 13
- Conséquences des premiers Faits, & Application des Expériences qui ont été rapportées '. i $
- SECONDE PARTIE.
- Bornes des Vitesses que Veau peut acquérir par la pente ordinaire du lit d'un Fleuve 9 avant de s’y élever par des Accrues. if
- Expériences à ce fujet. i $
- CoNSÉ QUEN CES de ces Expériences. 3 0
- Avertissement fur mes Opérations. 3 4
- Augmentation dans la vîtejfe ac-quijè par la poujfée des Accruesy & la petite ordinaire du lit d’un Fleuve, oà les eaux baiffent pat des Saignées qui accélèrent la vitejfe de leur écoulement.
- 35
- Expériences à ce fujet. Ibid.
- Conséquences le Application de ces
- Expériences. 40
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- DES MATliRES. IZ$
- f ,
- TROISIÈME PARTIE.
- VITESSE des plus fortes Accrues , jointe à la. Pente ordinaire du lit d’un Fleuve ^ ou les eaux baijfent par des Saignées qui les portent à la plus grande accélération de leur écoulement. 45.
- Expériences à ce fujet. 44
- Retard dans l’accélération cauféepar les Saignées. 47
- Expériences qui le prouvent. Ibid.
- RÉSULTAT des: Expériences de mon Fleuve artificiel ?> & des Observations que j’ai faites fur une partie des Fleuves de T Europe,touchant les Dépôts occa— jîonnés par la violences des Accrues. 5 z
- (QUATRIÈME PARTIE.
- Principale Cause de l’Exhauffe-ment du fond des Fleuves d’Hollande, & le Remède qu’on pourroit apporter pour détruire les Dépôts qui produifent les Inondations. 5 5
- Cours
- jujqit
- giciue
- D s
- du Rhin depuis Emmerik 5 à la Mer Germanique ou Bel-
- 3
- tel qu’il était du tems des Ro~
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- iî 4 Table
- mains & tel qu'il ejl aujourd'hui. 5 5
- Récapitulation du Cours du Rhin par rapport à fesDivifions dangereufes.
- 61
- Conclusion. 63
- Cons k qu en ces des trois premières DU
- . vijions du Rhin, quand fes eaux font baffes, aufi bien que lorfqu'elles font hautes. Ibid.
- Principale Cause de l'Exhauffe-ment du fond de ces Divijions. 6 5
- Effet de l'Exhauffement. ' Ibid.
- A VAN T AGES rèfultants de la Réunion des eaux. Ibid.
- Remède aux Accidents qui réfultentde ta Divifon des eaux t/àRhiii. 66
- OBJECTIONS ; & Riponfes à ces Objections. 6-j-6%.
- Précaution essentielle pour faire réu fir le Remède propofé, & ne pas le rendre pire qiie le mal. 71
- Saignées accidentelles qui font autour de Dort. 7 ?
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- ses Matières-.'
- CINQUIÈME PARTIE.
- Dernière Cause de VExhauffement du fond des Fleuves ^Hollande , & deflruUion des Depots qui caufent cet Exhauffement : Redrejfement du lit des Fleuves^ & Conflrticlion de Digues qui fajfent contenir à ce lit le plus d'eau qu'il ejlpoffible} qui en facilitent le plus prompt écoulement ; qui y caufent. le moins de PreJJîon , de Sap-pes, & conféquentment le moins de Ruptures & d'inondations. 7 6
- Coudes qui avancent dans le lit des Fleuves 9 & qui en font fapper les Digues. 78
- Remède à la Sappe des Coudes des Digues des Fleuves. 8 z
- Retard dans la viteffe de Veau d'un Fleuve par les Coudes qui étranglent fon lit. 84
- Détours du Ht d'un Fleuve, ce qui y caufe des Brèches, des Dépôts, & VExhauffement de fon fond. 8 y
- Remède aux Accidents caufèspar les Sinnojîtés des Fleuves. 8 7
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- I 7,6 . T A B l E
- Défectuosités des Digues des Fieu-ves d'Hollande. 89
- Digue naturelle formée par lai Mer. '91
- Digues & Contre - Digues confruités fur FEchantïllon que la Mer donne pour Modèle. 92
- Avantages des Digues imitées de la Nature. 93.
- SIXIÈME PARTIE.
- Contre-Di GU ES dormantes , de peu d'étendue, & capables de garantir des eaux la plus belle partie de la Province d'Hollande. 107
- SEPTIÈME PARTIE.
- Remarques furies (YS Dammen ou) Bancs dcGlace qui fe forment dans le lit des Rivières. Cette Glace ne peut fournir aucun prétexte pour divifer les Fleuves par des Saignées artificielles, puifi-qu'il n'y auroit que la Dépenfe inutile à fairey & des Malheurs à en attendre. 112.
- Moyen d'empêcher la formation de ces Bancs de Glace. 119.
- Fin de la Table des Madères»
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- APPROBATION.
- J’AI vu par ordre de Monfeigneur le Chancelier, un Ouvrage intitulé : Expériences fur le Cours des Fleuves ; & je crois qu’on en peut permettre l’Impreflion. A Paris j ce 14 Août 1760.
- Signé G ibert. m'
- *A VIS AU RELIE U R.
- LE S Planches ou Tables I, SC II, feront mifes entre les pages ïo6 8c 107; elles déborderont , de manière , qu’on puifiè voir toutes les figures quand le Livre fera ouvert.
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