La photographie astronomique à l'Observatoire de Paris
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- L.V
- PHOTOGRAPHIE ASTRONOMIQUE
- A L’OBSERVATOIRE DE PARIS
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- Extrait en partie de Y Annuaire pour l’an i publié par le Bureau des Longitudes.
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- PHOTOGRAPHIES ASTRONOMIQUES
- De MM. HENRY.
- PHOTOGRAPHIE D UNE RÉGION LUNAIRE.
- ENVIRONS DU CRATÈRE ÉRATOSTHÈNE.
- (Agrandissement direct, 18 fois.)
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- LA.
- PHOTOGRAPHIE ASTRONOMIQUE
- A L’OBSERVATOIRE DE PARIS
- ET
- LA CARTE DU CIEL;
- Pab M. le Contre-Amiral E. MOUCHEZ,
- Membre de l'Institut,
- Directeur de i'Observatoire.
- PARIS, •
- GAUTHIER-VILLARS, IMPRIMEUR-LIBRAIRE
- DU BUREAU DES LONGITUDES ET DE L’OBSERVATOIRE DE PARIS, Quai des Grands-Augustins, 55.
- 1887
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- PHOTOGRAPHIE ASTRONOMIQUE
- A L’OBSERVATOIRE DE PARIS
- ET
- LA CARTE DU CIEL.
- Un progrès considérable, dont on ne saurait trop apprécier la haute importance pour l’avenir de l’Astronomie et la connaissance de l’univers, a été réalisé depuis deux ans à l’observatoire de Paris dans l’application de la Photographie à l’étude du Ciel.
- MM. Paul et Prosper Henry, aussi habiles astronomes que savants opticiens, sont parvenus à obtenir, à l’aide d’appareils construits par eux, des résultats qui dépassent de beaucoup tout ce qui a été fait jusqu’ici en France ou à l’étranger pour la photographie des étoiles. Ils viennent de donner ainsi aux astronomes la possibilité de faire facilement, en quelques années et à l’aide du concours d’une dizaine d’observatoires, convenablement répartis sur la surface du globe, la Carte complète de la voûte céleste, comprenant non seulement les 5ooo à 6000 astres visibles à l’œil nu, mais aussi les millions d’étoiles, jusqu’aux plus faibles,
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- visibles seulement avec les plus puissants instruments. C’est une entreprise gigantesque, à laquelle on n’aurait certes pas pensé il y a quelques années encore.
- Cette Carte, qui sera formée des 1800 ou 2000 feuilles nécessaires pour représenter, à une échelle suffisamment grande, les 42000 degrés carrés que comprend la surface de la sphère, et séparément, à plus grande échelle, tous les groupes d’étoiles ou tous les objets présentant un intérêt spécial, léguera aux siècles futurs l’état du Ciel à la fin du xix® siècle avec une authenticité et une exactitude absolues. La comparaison de cette Carte avec celles qu’on pourra refaire à des époques de plus en plus éloignées permettra aux astronomes de l’avenir de constater dé bien nombreux changements en position et en grandeur, à peine soupçonnés ou mesurés aujourd’hui pour un petit nombre d’étoiles seulement, et d’où ressortiront certainement bien des faits inattendus et d’importantes découvertes.
- Cette Carte donnera, en outre, dès qu’elle sera terminée, la possibilité d’étudier la distribution des étoiles dans l’espace, c’est-à-dire la constitution de l’univers visible; les célèbres jauges par lesquelles les deux Herschel avaient tenté de les classer par régions et grandeurs, à l’aide de leur grand télescope, se trouveront du coup bien dépassées et rendues inutiles.
- Les astronomes les plus compétents sont unanimes à reconnaître que c’est une transforma-
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- lion complète qui va s’opérer dans l’Astronomie et une nouvelle ère qui s’ouvre pour celte Science.
- Jusque vers le commencement de ce siècle, l’Astronomie n’avait guère pu avoir d’autre objet que l’étude de notre monde solaire et des lois qui en régissent les mouvements. Elle devait s’occuper d’abord d’étudier les astres qui, étant le plus près de nous, étaient les plus faciles à connaître et présentent l’intérêt le plus immédiat pour l’humanité. La rapidité et l’étendue de leurs mouvements permettaient d’ailleurs, même avec des instruments de précision et de puissance médiocres, comme ceux qu'on possédait encore au dernier siècle, d’obtenir des positions suffisamment exactes pour qu’il fût possible de découvrir les diverses circonstances de leur marche autour du Soleil, et par suite les lois de l’attraction universelle.
- Mais il en était tout autrement pour les étoiles considérées jusqu’alors comme des astres fixes; la lenteur extrêmo de leur mouvement apparent dans l’espace, quand on parvenait à le découvrir, leur prodigieux éloignement, comparés avec la brièveté de la vie humaine et la petitesse de nos mesures prises même dans notre monde solaire, exigeaient des instruments d'une grande puissance et des observations d’une extrême délicatesse, pour qu’il fût possible de constater le faible déplacement de ces astres pondant la durée de la vio d’un astronome. Bien souvent même, ces variations.
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- qui sont en général de l’ordre des erreurs probables dans les divers éléments de l’observation, restaient longtemps douteuses, jusqu’au jour où, par leur multiplicité, il devenait possible d’établir une certaine continuité dans les déplacements bien constatés.
- D’ailleurs, les Catalogues ou les Cartes comprenant quelques milliers d’étoiles seulement exigeaient déjà bien des années d’un travail assidu dont il était impossible de garantir l’exactitude parfaite, et, malgré toute l’ardeur et la persévérance des astronomes voués à ce genre de recherches si fatigantes par leur monotonie, ils n’auraient jamais pu parvenir, par des procédés aussi insuffisants, qu’à la connaissance d’une bien minime partie du Ciel.
- - La branche la plus laborieuse, la plus ingrate des observations astronomiques, celle qui absorbe la plus grande partie du travail des astronomes dans les grands observatoires,- consiste dans la détermination exacte de la position des astres, dans ce qu’on pourrait appeler la Géographie du Ciel, et cet énorme labeur n’a guère d’autre but que d’étudier les lois de leurs mouvements. C’est surtout l’espoir de rendre un jour possible de semblables découvertes qui faisait courageusement entreprendre et poursuivre, depuis Ilipparque, la construction de ces grands Catalogues, comme ceux de Piazzi, de Lalande, de Baily, d’Argelander ou de l’observatoire de Paris. A l’avenir, c’est la Photographie qui va se charger d’exécuter, avec
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- une rapidiLé et une précision merveilleuses, toute cette partie si ingrate de l’ancienne Astronomie.
- On fera certainement encore des Catalogues, mais ils n’auront plus pour objet cjue de fournir un certain nombre d’étoiles fondamentales ou points de repère d’une haute précision, auxquels on rapportera toutes les étoiles de chaque Carte.
- La Science avait bien pu établir déjà, par l’observation et l’analogie, qu’il n’existe pas un seul corps immobile dans l’univers ; mais elle n’était parvenue jusqu’ici à connaître avec quelque certitude que le mouvement d’un nombre très restreint d’étoiles, et celui de notre Soleil lui-même à travers l’espace n’est encore que bien imparfaitement connu.
- Ces grands problèmes, qui semblaient défier la science humaine et présenter des difficultés insurmontables, vont être attaqués et, en partie au moins, résolus à l’aide de la Photographie. Le Ciel, venant se fixer lui-même sur nos clichés, fournira le premier élément de la question à résoudre, c’est-à-dire la position, à une époque donnée, de tous les astres jusqu’aux plus faibles que l’homme ait pu apercevoir, et dans cet immense travail il n’y aura à craindre ni erreur ni omission.
- Le deuxième élément, le temps, que malheureusement rien ne peut suppléer, développera successivement tous ces mouvements, échappant par leur petitesse à des observations trop
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- rapprochées, mais qui, avec la marche des siècles, deviendront de plus en plus perceptibles et mesurables aux générations futures, auxquelles nous préparons ainsi do bien importantes découvertes et une connaissance bien plus approfondie du Ciel.
- I. — Résumé des travaux antérieurs.
- L’idée d’appliquer la Photographie à la reproduction des corps célestes est née le jour môme où la grande découverte do Niepce et Daguerre était annoncée au public par la mémorable communication qu’en fit Arago dans la séance de l’Académie du 19 août i83g.
- L’illustre astronome, prévoyant déjà les applications diverses qui pourraient en être faites aux recherches astronomiques, citait, entre autres, la possibilité d’obtenir une bonne Carte de la Lune et une image complète des raies du spectre solaire. Mais les nombreuses difficultés qu’on devait rencontrer, à une époque où les procédés photographiques, à peine découverts, étaient encore si imparfaits, devaient retarder do bien des années la réalisation de ces espérances.
- Avant d’exposer les admirables résultats auxquels nous sommes arrivés aujourd’hui, il est intéressant de rappeler brièvement les nombreux et persévérants travaux des astronomes qui nous ont préparé et facilité la voie que nous avons suivie après eux.
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- Dès les années qui suivirent cotte grande découverte, on commença en France et à l’étranger de nombreux essais pour obtenir de bonnes imagos de la Lune, du Soleil et des étoiles; et nous possédons dans notre Musée de l’Observatoire des plaques daguerriennes d’une éclipse de Soleil qui a dû être obtenue, peu de temps après la découverte, par les astronomes de l’observatoire de Paris ou par Daguerre. Elle ne porte malheureusement pas de date et le temps l’a presque entièrement effacée.
- En 1840, Daguerre essaye d’obtenir l’image de la Lune, mais il ne réussit qu’à constater l’effet de sa lumière sur l’iodure d’argent, et c’est le professeur J. Draper qui parvient le premier, la même année, à en obtenir une bonne image en vingt minutes de pose. Le même savant réalisait, en 1843, la première photographie du spectre solaire.
- Le 2 avril 1845, MM. Fizeau jet Foucault parviennent à faire une excellente photographie du Soleil en gV de seconde, et cette belle image, publiée dans les Œuvres d’Arago, montre que, conformément aux prévisions du célèbre astronome , il existe un léger excès d’intensité lumineuse du centre du Soleil par rapport aux bords. Deux beaux groupes de taches sont également bien venus sur cette épreuve.
- En 1849, M. Fayo recommande l’emploi de la Photographie pour l’observation des passages de Vénus sur le Soleil, et il montre la possibilité d’observer photographiquement le
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- Soleil à la lunette méridienne et au cercle mural. Ce n’est qu’une vingtaine d’années après que dô nouvelles tentatives donnant une grande précision pour des passages d’étoiles au méridien sont faites dans cette voie par M. Ed. Picke-ring.
- Au mois de juin de la même année William C. Bond présente à l’Académie des Sciences une nouvelle belle épreuve daguerrienne de la Lune.
- L’éclipse de Soleil du 28 juillet i85i fut photographiée par Berkowski, à Koenigsberg, sur une plaque daguerrienne qui montra pour la première fois des traces de la couronne et des protubérances.
- En i853 et j854 » de bonnes photographies de la Lune furent faites par M. Hartnup, de Li-verpool, et par MM. Phillips et Bats.
- Le photographe Whipple, sous la direction de Bond, obtient, à Harvard College, une épreuve de a de la Lyre et de l’étoile double a des Gémeaux; mais l’insuffisante sensibilité des plaques et les défauts du mouvement d’horlogerie de son appareil ne lui permettent.pas de photographier des étoiles plus faibles.
- Ces essais sont abandonnés jusqu’en 1857, où l’emploi du collodion et l’amélioration de ses appareils permettent au professeur Bond d’obtenir en huit secondes l’étoile double Ç de la Grande Ourse.et, en deux secondes, des étoiles de première et de deuxième grandeur. En arrêtant le mouvement d’horlogerie, il re-
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- produit également sur le cliché la route de a de la Lyre. •
- La distance et l’angle de position des deux composantes de £ de la Grande Ourse furent mesurés sur la photographie; l’erreur probable d’un seul pointé ne dépassait pas o", 12. En prenant soixante-deux images, en huit nuits, de la même étoile double, Bond trouva pour distance définitive des deux composantes 14' ,^* ± o,ot3, les plus grandes différences ne s’élevant pas à plus de o", 1.
- L’observatoire de Harvard College, où M. Pie-kering devait plus tafd continuer si habilement les essais de Photographie céleste, est donc le premier qui ait obtenu de bonnes images des étoiles et montré la remarquable précision qu’elles peuvent donner dans les mesures des positions relatives.
- En i854, le professeur Bartlett, de Westpoint, photographiait l’éclipse du Soleil du 26 mai et en publiait dix-neuf belles épreuves dans le n° 77 de 1 'Astronomical Journal.
- En i856, M. De la Rue, qui a pris une si grande part dans tous les progrès réalisés en Photographie astronomique, se fit construire un observatoire spécial à Cranford, où il établit un télescope newtonien, de i3 pouces (32cm) d’ouverture et de 10 pieds de distance focale, monté équatorialement et dont il avait lui-même construit le miroir. En 1857, cet instrument lui fournit de bonnes images de la Lune en neuf ou dix secondes, de Jupiter en douze secondes, M. a
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- de Saturne en une minute et do quelques grandes étoiles on doux ou trois minutes.
- En prenant deux images do la Lune à un intervalle convenable, il en fit des vues stéréoscopiques qui mettent parlaitement en relief tous les accidents de la surface de notre satellite. Le même résultat est obtenu pour le Soleil et pour Jupiter. La Lune nous présentant toujours la même surface, l’effet stéréoscopique a été réalisé en profitant des petits changements d’apparence qu’y produit la libration, changements pouvant s’élever jusqu’au ~ ou au j de son diamètre pour un point central. Quant à Jupiter, les deux vues étaient prises à vingt-six minutes d’intervalle, temps pendant lequel le mouvement de rotation de la planète, étant de i5°, donne un changement suffisant pour produire l’effet stéréoscopique.
- M. De la Rue qui, dès cette époque, a beaucoup étudié et pratiqué la photographie lunaire, a constaté des différences très sensibles dans le pouvoir aelinique des diverses parties de la surface de notre satellite, selon leur couleur, leur conformation topographique et leur éclairement par le Soleil, les parties éclairées directement venant plus vite que celles éclairées obliquement, bien qu’à la vue directe cette dernière différence soit insensible.
- Il a également trouvé que quelques détails sont plus visibles, 'mieux definis sur la photographie qu’à l’observation directe à laquelle mémo certains de ces détails échappent complètement.
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- Il attribuait la perfection de ses photographies lunaires à l’emploi de son télescope qui réunissait au foyer en un seul point les rayons optiques et chimiques, ce que ne pouvaient faire les réfracteurs de cette époque.
- En i85g, M. De la Rue faisait construire le photo-héliographe de Kew, qui a servi de modèle aux instruments du môme genre construits depuis cette époque, et il mit ainsi à exécution le projet proposé en x 854 par J. Herschel, de photographier chaque jour le Soleil pour étudier le mouvement de ses taches et de ses facules. Avec cet instrument, qui avait im, 5o do distance focale et om,3o de diamètre, il fit en dix ans, de 1862 à 1872, intervalle de temps correspondant à une période entière des taches, deux mille sept cent soixante-dix-huit photographies du Soleil en dix-sept cent vingt et un jours.
- En 1860, il obtint également avec cet instrument une image sur collodion de l’éclipse totale du Soleil et il mit en évidence ce fait déjà annoncé par Arago, que les protubérances solaires appartiennent réellement au Soleil. ( Voir la Note VI, p. 100).
- En 1861, l’Académie de Saint-Pétersbourg fait construire un photo-héliographe pour l’observatoire de Wilna et organise un service régulier de photographie des taches solaires.
- L’éclipse du i5 mars 1858, visible à Paris, fut photographiée sous la direction do M. Faye dans les ateliers de l’opticien Porro, à l’aide d’une lunette de om,52 d’ouverture et de i5ra
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- de longueur focale. C’était un lundi, jour des séances do l’Académie, et, une heure après, M. Faye put lui présenter un cliché au collo-dion sec où le diamètre solaire obtenu directement au foyer, sans agrandissement ultérieur, était de om,i4-
- Les mesures micrométriques prises sur cette épreuve ne laissèrent aucun doute sur la précision qu’il était possible d’atteindre par cette méthode.
- M. Faye avait fait également préparer divers appareils pour aller observer en Espagne l’éclipse totale du Soleil du 18 juillet 1860, mais il fut empêché au dernier moment de prendre part à l’expédition et, à cette occasion, il présenta à l’Académie un cliché, obtenu à l’aide d’une petite lunette méridienne de Porro, où l’image solaire était imprimée avec le réticulé de la lunette, pendant qu’un enregistreur électrique indiquait le temps.
- La plus grande difficulté qu’on éprouvait alors pour avoir des imagos bien nettes provenait surtout du défaut de concentration, au foyer des lunettes, des rayons chimiques de la lumière, seuls agissant sur les sels d’argent, tandis que les objectifs n’étaient achromatiques que poulies rayons optiques. C’est le Dr Rulherfurd, ce créateur de tant d’utiles perfectionnements dans celte nouvelle branche de l’Astronomie, qui trouvait, en 1864, un procédé commode pour obtenir, à l’aide du spectroscope, l’achromatisme chimique aussi facilement qu’on réalise
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- aujourd’hui l’achromatisme optique par les belles méthodes de Foucault.
- llutherfurd construisit ainsi un objectif de om,28 qui donnait de meilleures images qu’un miroir de om, 60. Il put, avec cet appareil, photographier des étoiles doubles séparées seulement par un intervalle de 2" et les épreuves du groupe de Præsepe et des Pléiades, faites en 1868, présentent des étoiles de 9e grandeur.
- A l’aide d’un appareil micrométrique de sa construction, il fit des mesures de précision sur les distances et les angles de position des étoiles contenues dans ces épreuves.
- Il obtenait également, un peu plus tard, de magnifiques images de la Lune qui, agrandies au diamètre de om,5o à om, 60, ont été si répandues par les éditeurs américains.
- En les présentant à l’Académie en 1872, M. Faye faisait ressortir leur très grande importance pour l’étude de la géologie de la Lune et des variations qui peuvent se produire à sa surface.
- En 1869, le professeur S. Alexandre obtient à Ollenewa les premières bonnes images de la couronne, et Draper réussit à photographier, deux ans plus tard, le premier spectre d’étoile, celui de Véga, qui présentait quatre lignes nettement visibles.
- De 1870 à 1882, M. Gould, directeur de l'observatoire de Coi'doba, qui avait assisté avant son départ des États-Unis aux beaux travaux de
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- Rulherfurd, exécute de nombreuses photographies d’étoiles doubles et des principaux groupes d’étoiles du ciel austral. Les étoiles de 10e et 11e grandeur sont nettement venues sur ses clichés dont plusieurs contiennent 5oo étoiles par degré carré. Rentré aux États-Unis avec plusieurs centaines d’épreuves, il s’occupe aujourd’hui d’en opérer activement les mesures, dans la crainte de voir le temps altérer ses clichés.
- Cependant, jusqu’à l’époque du passage de Vénus de 1874, la Photographie n’avait guère été appliquée encore qu'à la reproduction de l’aspect des astres, autrement dit à l’Astronomie physique ; mais non pas, sauf une seule tentative, à la détermination de leur position, c’est-à-dire à l’Astronomie mathématique. Les résultats obtenus, quelque remarquables qu’ils fussent d’ailleurs, n’avaient pas fait faire de réels progrès à la Science, puisque les images recueillies étaient tout au plus égales et le plus souvent inférieures en netteté et détails aux images observées directement au foyer des lunettes.
- Mais la construction des appareils et les manipulations photographiques avaient fait alors assez de progrès pour qu’on pût espérer de pouvoir les appliquer utilement à la solution de problèmes plus élevés. Le phénomène du passage cle Vénus paraissant offrir les circonstances physiques les plus favorables à cette nouvelle application do la Photographie, les astronomes
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- de tous les pays résolurent de tenter cette expérience et partout, en 1872 et 1873, on étudia et on prépara avec le plus grand soin les opérations qui devaient être effectuées pendant toute la durée du prochain passage.
- En France, ces études préliminaires furent dirigées par deux savants de la plus haute compétence, MM. Fizeau et Cornu. C’est M. Cornu qui, à cette occasion, trouva le procédé, aussi simple qu’ingénieux, d’obtenir un suffisant achromatisme pour les rayons chimiques en séparant par un petit intervalle les deux verres flint et crown formant l’objectif. Grâco à ce procédé, on a pu éviter alors la construction d’objectifs spéciaux pour les diverses Missions; appliqué au grand équatorial de la tour de l’Est à l’observatoire de Paris, il a donné d’excellents résultats.
- Les observateurs appelés à Paris vinrent s’exercer sous la direction de MM. Fizeau et Cornu et ils n’eurent qu’à se conformer, pendant l’accomplissement do leur mission, aux instructions qu’ils reçurent d’eux au moment de leur départ.
- Les diverses phases du phénomène furent ainsi obtenues dans toutes les stations, simultanément, par l’observation directe et par la Photographie.
- Les mêmes séries doubles d’observations furent faites au deuxième passage de 1882, bien que quelques autres nations eussent renoncé cette fois à la Photographie qui ne leur avait
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- pas donné de résultats assez satisfaisants en 1874 par l’emploi du collodion.
- Les plaques métalliques employées par les stations françaises ayant donné de meilleures images, iMM. Fizeau et Cornu en firent mesurer un grand nombre, et un de nos savants collègues de l’Institut, M. Bouquet de la Grye, qui a observé les deux passages, vient d’entreprendre de terminer ces mesures et do faire celles de tous les clichés de 1882.
- La précision des pointés obtenus par le personnel exercé chargé do ces mesures fait espérer qu’on arrivera cette fois à une valeur plus approchée de la parallaxe solaire.
- Si les tentatives faites pour appliquer la Photographie à l’observation des deux passages do Vénus n’ont pas encore donné tout le résultat utile qu’on enattendait, elles ont eu, au moins, l’avantage de rappeler vivement l’attention des astronomes sur les applications diverses qu’on pouvait en faire à l’Astronomie et de généraliser son emploi dans les observations.
- L’invention du collodion sec qui permettait de prolonger la durée de la pose, puis celle du gélatinobromure qui donnait une si grande sensibilité aux plaques, ont simplifié les opérations et singulièrement accru l’importance de cette nouvelle branche de l’Astronomie.
- En 1881, Draper obtenait en une heure dépose une belle image de la nébuleuse d’Orion, y compris des étoiles jusqu’à la i3e et à la 14e grandeur. M. Common, à qui l’on doit tant do
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- magnifiques travaux en Photographie céleste, obtenait la même nébuleuse bien plus belle encore, le 3o janvier i883.
- A la même époque, M. E. Pickering commence à l’observatoire d’Harvard College, à Cambridge (États-Unis), une Carte céleste contenant toutes les étoiles v isibles jusqu’à la 6e gran-deur; chaque feuille représente une surface de 2o° carrés; deux cents sont déjà faites sur les mille qui seront nécessaires pour représenter tout l’hémisphère Nord.
- Depuis quelques années, M. E. Pickering se livre aussi avec la plus grande activité aux recherches de Photographie photométrique appliquée aux étoiles. Il est arrivé à des résultats très intéressants en obtenant la trace des étoiles sur le cliché rendu immobile par l’arrêt du mouvement d’horlogerie ; la lunette pointée vers le pôle lui a donné, avec un objectif photographique de ora,2o, le tracé d’arcs concentriques de cent dix-sept étoiles, distantes de moins de i° du pôle, jusqu’à la quatorzième grandeur. Par ce procédé, il croit pouvoir déterminer les grandeurs relatives à un dixième près, et mieux que par toute autre méthode photométrique.
- En plaçant un large prisme devant l’objectif, suivant le procédé imaginé par Fraunhofer, les spectres d’étoiles sont photographiés en cinq minutes de pose jusqu’à la 6e grandeur. Pour le spectre des étoiles de 90 grandeur une heure de pose est nécessaire. Il a déjà
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- recueilli ainsi les spectres d’un très grand nombre d’étoiles.
- A la suite de nombreuses expériences, il a trouvé que l’action de la lumière sur la plaque sensible était proportionnelle à l’ouverture de l’objectif divisée par la racine carrée de sa distance focale, ce qui a nettement précisé un fait déjà à peu près connu.
- En obtenant simultanément sur un même cliché les spectres d’un grand nombre d’étoiles du groupe des Pléiades, il a constaté leur identité et en a conclu que toutes les étoiles de ce groupe devaient avoir la même origine. Le très petit nombre de spectres différents rencontrés ont été attribués à des étoiles étrangères à ce groupe et situées à une grande distance au delà ou en deçà de la même direction ; il les considère dès lors comme très favorablement situées pour la détermination do leur parallaxe et de celle des Pléiades.
- En 1882, le Dr Gill, l’habile et si actif directeur de l’observatoire du Cap, obtient avec un petit appareil la plus belle photographie do comète et d’étoiles qu’on ait encore vue. Les étoiles jusqu’à la 9e grandeur y sont reproduites avec une grande netteté en cent dix minutes de pose, et quarante à cinquante étoiles sont visibles à travers la queue de la comète. Ce succès de M. Gill montrait qu’on était enfin arrivé au moment de pouvoir construire la Carte du Ciel par la Photographie, comme l’avait prévu M. Do la Rue vingt-cinq ans auparavant.
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- Aussi M. Common en faisait-il la proposition dès cette même année à M. Gould.
- En France, M. Janssen, depuis son retour de l’expédition du passage de Vénus, s’est occupé plus spécialement, dans son observatoire de Meudon, de la photographie du Soleil. En réduisant considérablement le temps de pose, il est parvenu à rendre visibles sur le cliché bien des détails qui échappent à la vue directe. En agrandissant le diamètre de l’image et en réduisant à moins de tôtô de seconde la durée de pose, on s’affranchit du phénomène d’irradiation qui fait déborder sur son contour l’image formée par une lumière très vive ; on peut rendre alors nettement visibles les granulations de la photosphère connues sous le nom de grains de riz. Les belles photographies solaires de M. Janssen firent faire un notable progrès à la connaissance de la constitution physique de la photosphère.
- Cependant la France, qui avait découvert la Photographie, s’était, depuis quelques années, laissé devancer par d’autres nations dans son application à l’Astronomie, comme elle s’était déjà laissé devancer dans l’art si difficile de la fonte et de la taille des grands objectifs. Mais elle a su bientôt reprendre brillamment le premier rang dans cos diverses branches de la Science et de l’Art : citons d’abord les belles et fécondes méthodes de Foucault pour la détermination des courbes des verres d’optique et leur argenture, puis le succès remarquable
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- de la maison Feil qui parvenait à couler de grands disques de flint et de crown, d’une pureté et d’une homogénéité supérieures.
- C’est à la maison Feil que nous dûmes nous adresser pour obtenir le flint de om, 74 destiné à notre grande lunette, en remplacement de celui acheté par Le Verrier à une maison anglaise, en i855, et trouvé trop défectueux au moment du polissage.
- Enfin ces remarquables progrès, tous réalisés en France, viennent d’être couronnés par les admirables photographies d’étoiles de MM. Henry qui semblent avoir atteint la perfection définitive et rendu facilement réalisable l’exécution de la Carte complète du Ciel.
- II. — Travaux de MM. Henry.
- En 1871, MM. Paul et Prosper Henry, astronomes de l’Observatoire de Paris, entreprirent de continuer la Carte écliptique commencée par Chacornac qui, au moment de sa mort, survenue en 1873, n’avait encore construit que trente-six des soixante-douze feuilles comprenant le tour entier de l’écliptique. Ils avaient déjà terminé trois de ces feuilles : la 10e, la 29e et la 43e, dans leur observatoire particulier de Neuilly, quand Delaunay les chargea de poursuivre ce travail à l’observatoire de Paris, à l’aide des équatoriaux du Jardin.
- Depuis lors, seize nouvelles feuilles furent publiées et. quelques astéroïdes découverts par
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- ces deux astronomes dans le cours de ce long travail.
- La Carte écliptique doit, comme on le sait, représenter toutes les étoiles, jusqu’à la i3* et la 14e grandeur, comprises de chaque côté de l’écliptique dans une zone de 5° de largeur, et elle a pour très grande utilité de permettre de découvrir les astéroïdes circulant principalement dans celte zone. Construite à l’échelle de om,o6 par degré environ, chaque feuille, dans un cadre de om,3o de côté, contient 2Ô° carrés superficiels de la voûte céleste et un nombre moyen de i5oo à 1800 étoiles; soixante de ces feuilles sont terminées.
- En poursuivant très activement ce travail, MM. Henry rencontrèrent des parages où les étoiles devenaient si nombreuses qu’ils durent d’abord modifier et simplifier les anciens procédés pour éviter une trop grande perte de temps; mais, bientôt après, aux approches de la Voie lactée, les groupes d’étoiles se présentèrent tellement serrés qu’il leur devenait absolument impossible de s’y reconnaître, même à l’aide de leurs méthodes perfectionnées. C’est alors qu’ils pensèrent à recourir à la Photographie, qui avait déjà, dans certaines limites, donné de bons résultats à l’étranger.
- La récente découverte du gélatinobromure était une heureuse circonstance pour le succès de MM. Henry: elle allait leur permettre d’obtenir d’une manière courante, et assez nettement pour les faire reporter sur leurs Cartes, M. 3
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- les images d’aussi faibles astres que les étoiles de 14e et i5e grandeur.
- Nul mieux qu’eux, d’ailleurs, n’était préparé pour résoudre ces difficultés; car, suivant les traditions, trop abandonnées aujourd’hui, des grands astronomes des siècles passés qui s’occupaient eux-mêmes de la construction de leurs instruments, ils consacraient depuis longtemps, dans leur modeste atelier de Montrouge, tous les moments de liberté que leur laissait leur service très actif à l’observatoire de Paris, à l’étude do la taille et du polissage des grands verres d’optique.
- Une grande intelligence des questions à résoudre, l’harmonie d'aptitudes un peu différentes et très heureusement associées chez les deux frères, une volonté énergique et un travail persévérant qu’aucune distraction ne venait jamais troubler, ne pouvaient manquer de leur assurer un succès bien mérité. Ils étaient devenus, en quelques années, les plus habiles arlistes de France, et leur notoriété n’élait pas moins grande à l’étranger.
- Il leur fut donc facile de construire d’abord, comme essai, un premier objeclif de o™,iG, achromatisé pour les rayons chimiques, qui, provisoirement adapté à un de leurs équatoriaux du Jardin, leur donna, dès les premiers essais, en juin 1884, un très remarquable cliché d’une région de la Voie lactée. Je fus si frappé de la beauté exceptionnelle do ce début et do son extrême importance pour
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- l’avenir de l’Astronomie, que, malgré quelques difficultés administratives, je n’hésitai pas à accepter leur proposition de faire construire immédiatement un grand appareil photographique spécial de om,33 d’ouverture, dont ils se chargeaient de faire la partie optique, notre habile artiste Gautier devant en faire la partie mécanique.
- Le nouvel instrument a remplacé en mai 1885 l’un des deux petits équatoriaux du Jardin. H consiste dans un tube métallique à section rectangulaire (de om, 37 sur om, 68), contenant simultanément et parallèlement la l-unette photographique de om, 33 d’ouverture et de 3m, 43 de distance focale, et la lunette chercheur ou pointeur, de ora,24 d’ouverture sur 3m,6o de distance focale ; une mince cloison métallique sépare les deux lunettes. La monture équatoriale est du système dit cinglais, c’est-à-dire que le centre du tube est placé dans l’axe polaire de l’instrument, ce qui permet de suivre un astre dans toute sa course au-dessus de l’horizon sans renversement de la lunette, avantage précieux pour la Photographie, surtout quand les durées de pose doivent être un peu longues Diverses dispositions particulières ont été adoptées pour faciliter autant que possible toutes les manipulations photographiques.
- L’instrument est pourvu, comme un équatorial ordinaire, d’un cercle horaire, d’un cercle de déclinaison et d’un mouvement d’horlogerie qui en-
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- traine la lunette pendant trois heures sans avoir besoin d’être remonté. On y a adapté en outre des mouvements indépendants de rappel très lents, permettant de maintenir l’axe de la lunette sur un point déterminé du Ciel, malgré quelque légère irrégularité dans le mouvement d’horlogerie.
- L’objectif photographique, le plus grand qui ait encore été construit, est formé d’un système de deux lentilles de flintet de crown achroma-tisées pour les rayons chimiques les plus intenses du spectre et aplanétiques pour ces mêmes rayons.
- Avant de commencer une pose, l’appareil est d’abord mis approximativement au point sur une étoile brillante q l’on examine avec un oculaire ordinaire muni d’un verre bleu, Oa peut déjà ainsi se placer très près du foyer chimique; mais, pour le déterminer tout à lait exactement, on fait courir sur une petite plaquo, cinq ou six fois, une étoile en deçà et au delà du foyer déterminé à l’aide du verre bleu. L’inspection à la loupe des différentes traînées laissées par l’étoile sur le cliché indique la place exacte du foyer, qu’il suffit de déterminer ainsi une fois tous les mois, son changement d’un jour à l’autre étant tout à fait négligeable.
- La durée de pose avec les plaques actuelles, déterminée directement par des expériences nombreuses, a permis de dresser le Tableau suivant pour les circonstances ordinaires d’un beau ciel de Paris :
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- Appareil équatorial photographique de MAI. Henry.
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- Grandeur. Duree déposé. Grandeur. Duree de pose.
- lr0 . . . . If} O c O 9e 00 O
- 9e ... oa ,oi 108 .... . ao^jO.
- 3e ... o*,o3 11e . 5o8
- 4e ... oa, I 12°... . . 120*
- 5e 13e . 5m
- 6e ... o8,5 14e . 13ra
- 7e ... i8,3 15e 33“
- 8e ... 38,o 16e . Ih.2Q“
- Ce Tableau n’a évidemment rien d’absolu; il peut varier avec certaines conditions atmosphériques et il variera beaucoup aussi avec les différentes préparations des plaques dont la sensibilité sera, sans doute, encore augmentée»
- Il y a cependant une limite qu’il ne faudrait pas dépasser, car MM. Henry ont constaté que certaines émulsions extrêmement sensibles, comme on leur en a déjà présenté, ne peuvent se conserver plusieurs jours sans altération, quelque précaution que l’on prenne pour les tenir à l’abri de la lumière et dans un air aussi sec que possible. Avec des émulsions aussi sensibles, il serait nécessaire de ne préparer les plaques qu’au moment de s’en servir, à moins qu’on ne découvre un agent qui permette d’éviter la réduction spontanée de l’émulsion.
- Ce qui limite encore la sensibilité qu’on pourrait donner aux plaques, c’est la lumière diffuse de l’intérieur de la lunette provenant de l'atmosphère, soit à cause de la présence de la
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- Lune sur l’horizon, soit par le gaz d’une ville voisine ou môme par des étoiles trop brillantes ; dans de telles conditions, des plaques trop sensibles se voileraient complètement dans une pose un peu prolongée. Peut-être faut-il déjà attribuer à cette lumière diffuse de l’intérieur de la lunette le léger pointillé que l’on distingue sur toute l’étendue du cliché quand on l’examine avec un fort grossissement.
- Comme on a cru d’abord qu’il serait souvent impossible de ne pas confondre avec de très petites étoiles certaines impuretés accidentelles logées dans la couche de gélatine, MM. Henry se sont toujours astreints à répéter trois fois la pose sur le môme cliché. En réalité, deux reproductions de la même région du Ciel seraient suffisantes pour reconnaître et éviter les erreurs; mais ils ont pensé que, si ces deux poses étaient faites sur des clichés différents à quelques jours d’intervalle, comme le proposent certains astronomes, leur comparaison serait une opération longue et pénible quand elle doit être faite au microscope sur des points extrêmement faibles et souvent isolés.
- On pourrait sans doute faire les deux poses successivement sur le môme cliché en le déplaçant de 3" ou de manière à obtenir pour chaque petite étoile deux images très voisines. Mais, si l’on veut reproduire les clichés sur papier, ce qui sera évidemment indispensable pour la Carte, ce procédé donnerait aux images des étoiles une forme un peu allongée
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- peu agréable à l’œil ; après diverses expériences, on a reconnu qu’il était préférable de tripler les poses en' les disposant de manière à former avec chaque étoile un petit triangle équilatéral de 3" à 4r de côté.
- Ces clichés reportés sur papier donnent des images tellement rondes et nettes que des personnes non prévenues n’y aperçoivent qu’une pose unique il faut avoir recours au microscope et viser les petites étoiles pour les séparer et s’apercevoir de cette triple pose. Ce procédé donne aux reports sur papier un très bel effet artistique.
- MM. Henry ont trouvé un autre grand avantage à agir ainsi : c’est que, pour un même temps total d’exposition, on obtient l’image d’étoiles bien plus faibles avec les trois poses successives qu’on ne saurait le faire avec une pose unique. Cela tient à ce que les dernières grandeurs d’étoiles, n’étant représentées que par de très petits points de ^ à de millimètre, échappent complètement à l’œil non armé d’un microscope et bien souvent aussi à la reproduction sur papier, tandis que les trois poses donnent une image plus dilatée, perceptible à la vue simple et se reportant plus facilement.
- D’ailleurs, si une petite planète se trouvait dans la région photographiée, la déformation du petit triangle décèlerait immédiatement sa présence, môme en un quart d’heure de pose. Une planète au double de la distance de Neptune pourrait être facilement reconnue en
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- trois poses consécutives de une heure : c’est ainsi que Neptune rend le petit triangle des trois poses méconnaissable en une demi-heure.
- La seule objection très sérieuse à faire à ce procédé dans l’état actuel de l’instrument employé et de la sensibilité des plaques est d’abord qu’il faut avoir une remarquable patience et toute l’habileté de MM. Henry pour parvenir à maintenir pendant trois heures consécutives et sans repos l’axe de la lunette rigoureusement fixé sur le même point du Ciel, condition absolue pour obtenir la très grande netteté de points aussi petits que les étoiles des dernières grandeurs; et ensuite que la plupart des soirées où l’on pourrait travailler seraient perdues par l’inclémence du climat en dehors des régions tropicales où une durée de trois heures de ciel également pur est le cas le plus rare : bien des photographies commencées se trouveraient inachevées par suite de l’arrivée de nuages ou de brouillards avant la fin des trois heures de pose.
- On peut cependant répondre à cette objection qu’en doublant le diamètre des objectifs on diminuera des trois quarts la durée do la pose, et que, certainement, la sensibilité des plaques sera encore augmentée sans inconvénient, de sorte que l’on peut prévoir que la durée totale des trois poses sera probablement réduite à moins d’une demi-heure peut-être.
- Sur les clichés, les étoiles de 15e et de 16e gran-
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- dcur sont trop faiblement impressionnées pour donner une image dans le report sur papier, surtout si l’on tient à avoir des épreuves à fond très noir, présentant un aspect un peu artistique. Ces deux grandeurs d’étoiles seraient donc perdues dans le report par l’héliogravure, et l’artiste serait obligé de les reporter après coup sur sa planche.
- Apparence microscopique des images des e'toiles sur les clichés. — L’étude microscopique des clichés présentera d’ailleurs beaucoup d’intérêt à divers points de vue, et l’aspect des images d’étoiles y est si caractéristique qu’il est impossible de les confondre avec des taches accidentelles, comme on l’a généralement supposé ; il serait donc peut-être inutile, sous ce rapport, de multiplier les poses. Les étoiles s’v présentent en effet, non pas sous la simple forme d’une tache ronde, do teinte noire, uniforme, diminuant et s’éclaircissant à mesure que l’étoile devient plus faible, mais bien comme un amas de petits points noirs, très serrés au centre pour les étoiles des dix ou douze premières grandeurs, et de plus en plus clairsemés, mais toujours aussi noirs pour les plus faibles étoiles ; et à l’extrême limite, au delà des derniers astres donnant une image certaine, on aperçoit encore sur le cliché quelques petits groupes de pointillés plus clairsemés, révélant évidemment l’existence d’astres encore plus faibles, mais dont on ne peut que soupçonner
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- APPARENCE DES ÉTOILES sur un cliché au gélatinobromure vu au microscope. Grossissement : 45 fois.
- ( Il est nécessaire d’examiner cette gravure à la loupe si l’on veut bien se rendre compte de l’aspect des étoiles sur les clichés.)
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- l’existence sans pouvoir la confirmer d’aucune autre manière.
- Malheureusement, quelque progrès que nous accomplissions jamais en Optique ou en Photographie, quelque puissance de pénétration et de sensibilité que nous puissions espérer donner à nos instruments, il est évident que nous n’atteindrons jamais la vue des derniers astres ; et à quelque limite que nous puissions atteindre, il y en aura au delà une infinité d’autres, perdus dans la profondeur des cieux, qui échapperont toujours à notre connaissance; mais c’est certainement par la Photographie et l’étude microscopique des clichés que nous pourrons atteindre la limite la plus éloignée.
- Au point de vue chimique, l’examen microscopique des images des étoiles présentera peut-être aussi quelque intérêt, parce qu’il aidera à connaître comment agit la lumière sur les molécules du sel d’argent insoluble étendu dans la couche de matière organique de la plaque sensible.
- Ce n’est pas, comme je viens do le dire, en donnant une teinte uniforme plus ou moins foncée, suivant la grandeur de l’étoile, sur toute l’étendue de l’image, mais bien en décomposant un plus ou moins grand nombre de particules de sel d’argent dans cette étendue, qu’agit la lumière, de telle sorte qu’on pourrait définir l’image d’une étoile très faible comme une nébuleuse réductible et les autres comme des
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- nébuleuses irréductibles entourées d’une partie réductible.
- Je n’ai jamais aperçu autour de ces images les anneaux signalés par quelques astronomes et qui donneraient l’apparence des anneaux de diffraction dans les lunettes.
- Pour établir le rapport entre les échelles de grandeur optique et photographique des étoiles, Bond a fait une série d’expériences intéressantes en variant la durée de pose et l’ouverture libre de l’objectif. Ces expériences l’ont conduit à un résultat intéressant sur le mode d’action de la lumière. Il a trouvé qu’il s’écoulait un certain temps avant qu’elle se manifestât, puisque subitement dix à douze molécules de sel d’argent par seconde d’arc superficielle étaient attaquées par la lumière, moment à partir duquel le nombre s’en accroissait très rapidement avec la durée de pose. Ce mode d’action lui a paru assez obscur et difficile à expliquer. Mais il semble résulter de ces faits et de l’examen de nos clichés que, dans la fabrication du bromure d’argent et la préparation des plaques sensibles, il serait très important d’obtenir la pulvérisation la plus fine possible de ce sel.
- Agrandissement des images. — Comme l’agrandissement direct des images occasionne une perte sensible de lumière provenant en grande partie de l’absorption causée par les lentilles du système amplificateur, ce procédé ne peut être employé s’il s’agit d’astres faibles
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- comme les nébuleuses. Pour les astres brillants comme la Lune, les principales planètes et certaines étoiles doubles, ce mode d’opérer donne au contraire d’excellents résultats, puisqu’il permet d’obtenir directement une épreuve très agrandie de l’astre sans amplification proportionnelle des grains de la couche de gélatine, dont la finesse, quoique très grande, n’est pas illimitée : des épreuves de la Lune et des grandes planètes ont montré la réelle supériorité de l’amplification directe sur les mêmes images obtenues par l’agrandissement des clichés.
- Photographies déjà exécutées à l’Observatoire par MM. Henry. — Après avoir réglé tous les détails de leur nouvel appareil, en avril 1885, MM. Henry commencèrent leurs travaux réguliers en faisant des épreuves nom--breuses et variées, afin de bien établir toutes les applications devenues possibles de la Photographie, non seulement à l’Astronomie physique, mais aussi à l’Astronomie mathématique, puisque les mesures opérées à l’aide de leur appareil spécial permettent des pointés au de seconde d’arc près.
- En présentant à l’Académie, cette année, dans la séance du 18 janvier, les résultats nouvellement acquis, je résumais ainsi les travaux de MM. Henry :
- A l’observatoire de Paris, nous obtenons maintenant couramment, en une heure de pose, des clichés M. 4
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- de 6° à 7° superficiels sur lesquels sont reproduits, avec un éclat et une pureté extrêmes et sans déformation sensible, tous les astres, au nombre de plusieurs milliers, jusqu’à la 16e grandeur, c’est-à-dire bien au delà de la visibilité que dorment nos meilleures lunettes sous le ciel de Paris. Nous avons même obtenu bien des étoiles de 17e grandeur qui n’ont sans doute jamais été vues encore.
- Les images des étoiles ayant un diamètre à peu près proportionnel à leur grandeur, on en tirera une donnée utile pour les mesures photométriques.
- Outre les étoiles, on découvre aussi quelquefois sur les clichés des objets invisibles dans nos plus puissants instruments : telle est la nébuleuse de Maïa, dans les Pléiades, qui est venue se dessiner comme une petite queue de comète très brillante partant de l'étoile, et qui n’avait jamais été signalée, bien que l’amas des Pléiades soit une des constellations les plus étudiées de notre Ciel (’).
- ... Bien des corps inconnus ayant une marche sensible pendant une heure de pose, comme les petites planètes, les comètes, la planète transneptunienne, si elle existe, ou des satellites encore inconnus, révéleraient leur existence par le tracé de leur route au milieu des étoiles fixes, comme cela a eu lieu pour Pallas.
- ... Sur Fépreuve de Saturne soumise à l’Acadé-
- (’) M. Ed. Piekering nous apprend, dans sa Notice sur ses travaux photographiques, que, sur un cliché des Pléiades qu’il* avait obtenu le 3 novembre, il avait déjà constaté l’existence de la nébulosité autour de Maïa, découverte treize jours après, le 16 novembre, à Paris, par MM. Henry. Mais il avait attribué cette nébulosité à un défaut du cliché, jusqu’à l’annonce de la même découverte réalisée à Paris.
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- PHOTOGRAPHIE DE L’AMAS DES GÉMEAUX; Par MM. HENRY.
- Héliogravure Dujardin, sans retouche, tirée eu typographie.
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- mie, la séparation de l’anneau, qui est de o",/|, étant très visible, on peut espérer obtenir des étoiles doubles distantes de cette quantité.
- .... Le satellite de Neptune a pu être photographié dans toutes les parties de son orbite, même dans sa position la plus rapprochée, à 8" de la planète.
- Quand on se rappelle que c’est au milieu de l’atmosphère si troublée, si défavorable de Paris qu’ont été obtenues les photographies d’étoiles inférieures à la 16e grandeur, il est difficile d’imaginer la quantité prodigieuse d’astres nouveaux qui viendraient se révéler sur les clichés de MM. Henry, si ces astronomes pouvaient établir leurs appareils sous le ciel si pur des tropiques ou dans des stations aussi favorables que le Pic du Midi ; il est permis de croire qu’ils obtiendraient alors des étoiles de 18e grandeur et qu’on pourrait pénétrer bien plus profondément dans le ciel qu’on n’a jamais pu le faire jusqu'ici. Leurs clichés prendraient sans doute, à quelque distance, l’apparence d’une nébulosité continue, comme le Ciel lui-même dans les belles nuits tropicales....
- Nous espérons donc pouvoir appliquer la Photographie, r.on seulement au lever régulier de la Carte du Ciel, mais aussi à l’étude des étoiles doubles et à la recherche des astres inconnus.
- Après avoir énuméré les nombreuses photographies déjà obtenues à l’observatoire de Paris et constaté le très grand et très légitime succès quelles avaient obtenu auprès des astronomes étrangers les plus compétents, succès tel qu’il fit naître même certains doutes sur l’authenticité de nos cartes, je terminais cette communication en demandant à l’Académie de
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- vouloir bien prendre sous son bâtit patronage l’exécution de la Carte du Ciel à l’aide du concours des principaux observatoires du globe, proposition qui fut favorablement accueillie.
- Pour bien constater la possibilité de réaliser ce projet et répondre d’avance aux objections qu’on pourrait nous adresser, je n’ai cru pouvoir mieux faire que de reproduire, comme point de comparaison, dans le Rapport annue. de l’Observatoire de 1885, la Carte photographique d’un des groupes d’étoiles les mieux étudiés de notre Ciel et dont on possédait déjà d’excellentes Cartes.
- Les Pléiades ont été photographiées en quelques heures par MM. Henry. La Carte en a été gravée avec les méridiens et les parallèles, comme les Cartes écliptiques, et elle contient 1421 étoiles jusqu’à la 16e grandeur, tandis que la même Carte, levée par un de nos plus habiles astronomes de l’observatoire de Paris, lui avait demandé plusieurs années d’un travail assidu et ne contient que 671 étoiles jusqu’à la i3e grandeur dans les mêmes limites. La première avait en outre l’avantage d’être d’une exactitude rigoureuse et indiscutable, à laquelle ne peut prétendre aucun travail exécuté par les autres procédés.
- Un premier cliché de l’amas dePersée avait déjà été reproduit par Y héliogravure, dans le Rapport annuel de l’année précédente, après les premières tentatives de MM. Henry avec leur objectif provisoire dco'",i6; maisce procédé de
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- reproduction, fort utile pour constater l’authenticité et la valeur des résultats obtenus, ne donnant pas tout à fait la môme netteté que la gravure et faisant perdre deux grandeurs d’étoiles, il a paru préférable d’y renoncer pour la Carte des Pléiades, donnée comme spécimen de ce qu’il est aujourd’hui possible de faire pour la représentation graphique du Ciel.
- Depuis le commencement de cette année, MM. Henry continuent régulièrement leurs études et le levé de la Carte écliptique.
- Description de l’appareil de mesure ou Macro-Micromètre, par MM. Henry. — L’appareil micrométrique destiné à mesurer les épreuves obtenues à l’aide de l’équatorial photographique de l’observatoire de Paris a été construit par M. Gautier, d’après les indications que MM. Henry lui ont fournies.
- Il se compose d’un chariot glissant sur deux rails horizontaux, dont l’un offre une section triangulaire, tandis que l’autre est plat. Ce chariot est entraîné au moyen d’une vis do om,25 de longueur, dont le pas est de i,nm. Le foyer de la lunette photographique étant, comme nous l’avons vu, de 3m,43, il s’ensuit que le tour de vis équivaut à très peu près à un intervalle de 1'. Le tambour de la vis est divisé en 600 parties, ce qui donne pour la valeur do chaque division o”, 1 et, comme il est facile d’estimer le ^ de division, les lectures peuvent être faites à o".oi près. Le chariot est
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- en outre muni d’une échelle divisée en millimètres, servant à compter les tours de la vis. Le système mobile porte un plateau circu-
- laire tournant, sur lequel peuvent être fixées les épreuves dont on veut effectuer les mesures. Au centre de ce plateau, on a ménagé
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- une ouverture de om,i8 de diamètre, afin de permettre, au moyen d’un petit miroir placé au-dessous, l’éclairage de la placpie dans toute son étendue. Ce plateau est destiné à la mesure de l’angle de position des étoiles photographiées.
- Comme une précision suffisante n’aurait pu être obtenue au moyen d’un cercle simple-. ment divisé et de vernicrs, et que l’emploi de microscopes destinés à fractionner les divisions du cercle aurait été peu pratique, on s’est arrêté à la disposition suivante : le pourtour du plateau est muni de 720 dents, dans lesquelles s’engagent les pas de deux vis tangentes, placées perpendiculairement aux deux extrémités d’un même diamètre. Ces deux vis sont commandées simultanément, au moyen de roues d’engrenage, par un arbre unique, muni d’une tête molletée que l’on tourne à la main ; elles sont munies toutes d’eux d’un tambour divisé en 180 parties, dont chacune vaut 10", et, comme le jL peut être facilement estimé, la lecture de l’angle de position se fait directement à 1" près.
- Le microscope qui sert aux mesures a une longueur de 2oomm ; il est muni d’un micromètre et d’un cercle de position ; la vis du micromètre, d’un pas d’un demi-millimètre, porte un tambour divisé en 100 parties. Chaque division du tambour correspond sur l’épreuve à giru do millimètre ou jL de seconde d’arc. Le cercle de position est gradué en degrés ; un vernier
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- donne les* dixièmes. L’objeclif du microscope est formé d’une lentille achromatique de 5omm de distance focale et produit sur le plan des fils du micromètre une image de l’épreuve amplifiée trois fois. Le grossissement de l’oculaire est de dix fois.
- Le nrcroscope peut être déplacé horizontalement dans une direction perpendicula're au mouvement du chariot ; pendant les observations, on le fixe au moyen de deux pinces.
- La précision des mesures effectuées à l’aide de cet appareil sur des photographies d’étoiles doubles est vraiment remarquable ; ainsi, pour Ç Grande Ourse, par exemple, l’erreur moyenne dans la mesure d’une simple paire d’images est égale à d',0-7 pour la distance ; l’erreur >1 ovenne de l’angle de position est de o°,55.
- Nous donnons ci-dessous un Tableau de la ' mesure de quelques étoiles doubles obtenues avec l’appareil.
- Nom de 1’ctoile. Date. Distance. Angle de position
- 1670 y Vierge i886,34 5,34 333,2
- :?44 £ Gde Ourse... 86,34 14.37 *49,1
- 1804 x Bouvier .... 85,42 5,87 102,6
- 1909 i Bouvier 85,5i 4,86 239,4
- 1954 S Serpent .... 8,5,42 3,45 188,7
- 1965 Ç Couronne... 85,42 6,20 3o3,1
- 1985 85,4a 5,68 33i ,7
- 1988 85,42 2,44 265,0
- *993 85,42 29, qo 2i8,3
- 2oto x' Hercule.... 85,4 2 29,83 10,4
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- y. Bouvier.. .
- Grande Ourse.
- .ï8 Corbeau . . .
- y Vierge. .
- Reproduction de photographies d’étoiles doubles.
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- Nom de l'étoile. Hâte. Distance. An^le de position
- 2021 4g Serpent... l885,42 3,8o 329,6
- 2l4o a Hercule .... 85,51 4,73 116,1
- 2lél P Hercule .... 85,51 S,?! 3i 1,3
- 2242 85,5i_ 3,46 327,3
- 2 264 92 Hercule. .. 85,5i 6,28 269,1
- 2280 100 Hercule .. 85,51 i4,o4 2,6
- 46* 16 Cygne.... 85,5p 38,oi 134,9
- 2382 s’ Lvre 86,45 3,o6 il, 3
- 2383 s2 Lyre 86,45 2,29 135,6
- 2678 P xix 276.... 85,5g i4,83 125,0.
- 2768 61 Cygne 85,52 20,48 i*9>7
- III. — Applications diverses et avenir de la Photographie céleste.
- L’énorme avantage que présentent aujourd’hui les procédés photographiques sur l’observation directe, pour l’étude des variations des étoiles en grandeur et en position, consiste non seulement dans l’extrême rapidité d’exécution, qui va permettre de faire en quelques années la Carte du Ciel, que bien des siècles d’un travail assidu et de progrès constants eussent été impuissants à donner, mais encore dans la certitude que nous avons de pouvoir transmettre aux âges futurs un document d’une authenticité et d’une précision absolues, sur lequel on pourra solidement établir toutes les lois de variation du Ciel; tandis que nos Cartes et Catalogues, si laborieusement construits et pour 200 000 ou 3oo 000 étoiles seulement, contiennent bien des
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- erreurs inévitables qui peuvent souvent laisser subsister quelque doute sur la valeur des éléments qu’on y recherche. Aussi peut-on affirmer que beaucoup de ces documents, qui ont coûté tant de peine et de dépenses, n’auront plus guère dans l’avenir qu’un intérêt historique (1).
- Il est facile de rappeler brièvement ici les principales études que l’on pourra effectuer, soit sur la Carte générale du Ciel, soit sur les Cartes particulières de groupes d’étoiles ou de nébuleuses, à l’aide d’un appareil à projection, d’un micromètre, ou, mieux encore, avec un instrument spécial de mesure, comme celui dont nous venons de donner la description. 11 semble inutile de rappeler, d’ailleurs, que, pour les mesures très délicates, il sera toujours préférable d’opérer sur les clichés plutôt que sur les reports sur papier.
- Etude du Ciel sur les clichés et les cartes. — Une des conséquences un peu inattendues de cette application de la Photographie à l’Astronomie va être la transformation complète du mode de travail des astronomes et la vulgarisation de l’étude du Ciel.
- La puissance de pénétration de l’objectif photographique et l’extrême sensibilité des plaques permettant d’obtenir l’image d’astres qu’on peut à peine apercevoir avec nos meil-
- (’) Voir Note I, p. 91.
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- leures lunoltes, et de transporter ainsi l’image de la voûte céleste dans le cabinet de travail, donneront, à l’avenir, la possibilité à toute personne munie d’un simple micromètre ou d’un appareil à projection de faire, sur les clichés ou sur les cartes, des recherches du plus grand intérêt, réservée aujourd’hui aux observatoires les mieux organisés; la contemplation du Ciel dans lés lunettes, qui excite toujours une si vive curiosité parmi les personnes étrangères à l’Astronomie, va ainsi se trouver mise à la portée du plus grand nombre.
- Il ne sera plus nécessaire de disposer de grands et coûteux instruments, ni de se fatiguer à passer des nuits à les manœuvrer, ou à attendre des circonstances favorables; il ne sera plus nécessaire de se transporter dans un autre hémisphère pour étudier certaines parties du Ciel invisibles sous nos latitudes : toutes ces opérations se trouveront transformées en une étude au microscope faite à loisir, commode, facile, sans frais aucun et à la portée de tout travailleur curieux des choses de la nature, auquel il sera donné de pénétrer plus profondément dans le Ciel que ne peuvent le faire aujourd’hui la plupart des astronomes de profession.
- Les Cartes donnant la position des astres à un moment donné, il ne restera plus, comme objet d’étude, que la partie la plus intéressante et la plus féconde de l’Astronomie : la recherche des mouvements ; et les découvertes dans cette voie, qui sont aujourd’hui une rare
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- bonne fortune dans la carrière d’un astronome, seront au contraire, dans l’avenir, le résultat le plus fréquent de l’étude des Cartes.
- Aussi peut-on prévoir déjà que, dès qu’elles seront publiées et surtout dès que paraîtront des éditions ultérieures, prises à des époques de plus en plus éloignées, il se formera certainement tout un nouveau personnel d’astronomes qui, sans observatoire ni instruments, n’aura d’autre occupation que l’étude et la comparaison, si vivement intéressante, des Cartes de diverses époques; et ce sera là, d’ailleurs, une circonstance très heureuse, quand on pense au prodigieux accroissement qui va subitement se produire dans le nombre des astres à étudier.
- Par suite de la difficulté actuelle des observations astronomiques, de la manœuvre des grands instruments, de la fatigue du travail de nuit, des frais considérables qu’exigent la création et l’entretien des observatoires, c’est à peine si quelques centaines de mille étoiles ont été l’objet d’une ou de plusieurs observations, et encore plus des neuf dixièmes ne l’ont été que pour être cataloguées.
- La Photographie, en accomplissant très complètement ce travail en quelques années, donnera aux astronomes toute liberté de s’appliquer à d’autres genres de recherches.
- Répartition des étoiles dans le Ciel. — Le premier travail qu’il sera possible d’entrc-M. 5
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- prendre, dès que la première Carte du Ciel sera faite, consistera dans l’étude de la répartition des étoiles et de la constitution de l’univers, problème qu’avait déjà essayé de résoudre Her-schel par ses célèbres jauges du Ciel à l’aide de son grand télescope. La Carte donnera la plus grande facilité pour exécuter cette belle et importante étude, qu’Herschel n’a pu qu’ébaucher pendant dix années d’un travail assidu.
- Etoiles doubles ou multiples. — C’est évidemment l’Astronomie stellaire qui paraît appelée à faire les plus grands progrès par l’application de la Photographie.
- Pour les étoiles doubles ou multiples, il sera possible maintenant d’obtenir leur image malgré une très grande différence dans leur éclat relatif : il suffira pour cela de faire varier convenablement le temps de pose selon la grandeur des étoiles ; tandis que, par l’observation directe, la plus faible des deux reste souvent invisible et perdue dans le rayonnement de la plus brillante, quand elle en est très rapprochée.
- Le compagnon de Sirius n’avait jamais été aperçu encore lorsque les irrégularités du mouvement de cette belle étoile firent soupçonner à Bessel l’existence d’un astre voisin troublant sa marche, comme, quelques années après, les per-r turbations d’Uranus révélèrent à Le Verrier l’existence de Neptune.
- Le compagnon de Sirius n’a été découvert que onze ans plus lard, en i86t>, par Alvan Clark,
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- avec son grand réfracteur de o'n, 5o d’ouverture, très près de la position calculée par Bessel. La Photographie aurai t facilement révélé son existence, puisqu’il est de neuvième grandeur et à io" de distance de Sirius.
- La connaissance un peu précise des mouvements relatifs et absolus des étoiles est un pro grès réalisé seulement dans ce siècle; c’est Herschel qui, en 1802, fit la belle découverte du mouvement orbital des étoiles doubles; mais ce n’est qu’en 1829 qu’un géomètre français, Savary, publiait la méthode analytique à l’aide de laquelle il parvenait à calculer la première orbite, celle de \ de la Grande Ourse.
- Le mouvement absolu des étoiles dans le sens perpendiculaire au rayon visuel a été découvert plus anciennement par Halley, à l’aide de la comparaison de Catalogues de diverses époques etd’anciennes occultations ; il a établi ainsi d’une manière certaine de grands déplacements de3o' à 4o' de Sirius, d’Àrcturus et d’Aldébaran.
- La connaissance du mouvement dans le sens du rayon visuel a été plus difficile à déterminer, et elle est de date bien plus récente. Doppler, en 1842, indiquait déjà que ce mouvement devait se traduire par une modification de la couleur des étoiles, mais c’est notre illustre compatriote M. Fizeau qui, après avoir démontré expérimentalement que le sens du mouvement change la hauteur du sond’un corpsquis’éloigneouserapproche, indiqua par analogie le déplacement des raies du spectre comme pouvant dévoiler la
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- vitesse et le sens du mouvement des astres. Huggins, appliquant immédiatement cette belle découverte, réussit, à l’aide des excellents instruments que la Société royale mit à sa disposition, à déterminer le mouvement d’un certain nombre d’étoiles.
- Nul doute que la photographie des étoiles et de leur spectre n’apporte un puissant concours dans toutes ces recherches, et elle révélera l’existence d’un très grand nombre d’étoiles doubles ou multiples, comme cela a déjà eu lieu dans nos premiers essais, dès que leur distance sera de plus d’une demi-seconde et que la différence d’éclat ne sera pas par trop grande.
- Par les faciles moyens d’étude des étoiles doubles que fournira la Photographie, elle permettra peut-être de reconnaître quelque loi générale dans leur mouvement s’il en existe, si, comme on le croit déjà, par exemple, le plan de leurs orbites s’éloigne peu d’un équateur commun, et d’autres faits non moins importants pour la connaissance du monde.
- La Photographie signalera aussi sans doute bien des erreurs dans l’appréciation actuelle des grandeurs relatives des étoiles doubles ou multiples, surtout lorsque les composantes diffèrent beaucoup entre elles et sont très rapprochées, puisque cette erreur peut aller alors jusqu’à faire disparaître complètement la plus faible dans le rayonnement de la plus grande.
- M. O. Struve a déjà constaté qu’à l’observation directe la différence de grandeur des deux
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- composantes augmente avec le diamètre de l’objectif employé. La Photographie fera disparaître cette cause d’erreur.
- La mesure de distance des étoiles doubles peut se faire sur les clichés à l’aide de pointés à un vingtième de seconde d’arc, c’est-è-dire avec une précision supérieure à l’observation directe.
- Quant à l’angle de position, il est bien facile à obtenir en arrêtant le mouvement d’horlogerie de l’appareil photographique et laissant l’astre décrire son mouvement diurne sur le cliché. L’échelle pour la mesure des distances s’obtient en comparant l’espace parcouru au temps écoulé.
- L’erreur d’équation personnelle, provenant de l’inclinaison relative de la ligne des deux astres et de celle de la ligne des yeux de l’observateur visant directement sur le Ciel, sera complètement éliminée par les nouveaux procédés.
- Outre l’étude des orbites des étoiles doubles ou multiples, on peut s’attendre encore à la découverte de mouvements relatifs d’un haut intérêt, quand on considérera, par exemple, des amas globulaires et des agglomérations d’astres comme ce merveilleux amas d'Hercule. Sur le cliché, à la simple vue, on ne voit ce dernier que comme une petite tache diffuse de 2 à 3 millimètres de diamètre; mais, si on l’examine à la loupe, on y aperçoit plusieurs centaines d’étoiles peu différentes en grandeur, parfaitement définies, entourant un noyau d’ap-
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- parence pulvérulente irréductible, mais qui en contient sans doute un bien plus grand nombre encore.
- A l’aide de l’observation directe, aucune mesure n’y est guère possible, même avec les plus puissants instruments, l’œil étant ébloui par ce qui apparaît à l’oculaire comme un amas d’innombrables et brillants grains de poussière ; aucun astronome n’a jamais essayé d’en dresser la Carte; tandis que, porté sous le microscope, le cliché permettra de faire méthodiquement toutes ces mesures avec autant de facilité que de précision, et toutes les étoiles non agglomérées seront ainsi parfaitement cataloguées.
- Une si étonnante condensation d’astres ne pouvant être ni un effet de perspective, ni un effet du hasard, il semble évident, a priori, qu’il doit exister entre eux une connexion, un lien physique qui non seulement a présidé à leur réunion, mais encore les maintient réunis dans le cours des siècles ; car, s’il en était autrement, des mouvements propres indépendants les auraient, depuis l’origine du monde, disséminés dans le Ciel. Nous ne pouvons sans doute concevoir, aujourd’hui, comment sont organisés ces énormes amas d’étoiles se présentant bien souvent comme une faible nébuleuse à forme plus ou moins arrondie; il n’a encore été possible que de constater leur existence; mais, en transmettant à la postérité l’image fidèle de ceux d’entre eux qui sont réductibles et. partiellement au moins, suscep-
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- photographies astronomiques
- De mm. HENRY.
- -4S
- Cliché
- original.
- CLICHÉ agrandi 10 fois.
- par la photographie.
- PHOTOGRAPHIE
- DE L
- AMAS D’HERCULE.
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- I.HOXOeK/bHlE DE r.Y/178 DHEDCnrE
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- libles de donner de bonnes images photographiques, nous donnerons à nos descendants la possibilité de faire quelque importante découverte dans leur organisation, bien autrement compliquée, sans doute, que celle de notre monde solaire.
- Parallaxe des étoiles. — La mesure de la parallaxe, autrement dit de la distance des étoiles, est une des opérations les plus délicates de l’Astronomie, par suite de l’extrême petitesse des quantités à mesurer, bien souvent au-dessous de la somme des erreurs probables d’observation.
- C’est Galilée qui eut le premier l’idée, à défaut de base terrestre assez grande pour la mesurer, d’en chercher une dans le mouvement annuel de la Terre autour du Soleil, en mesurant le changement de position qu’il produisait à six mois d'intervalle entre deux étoiles voisines, de grandeur très inégale, dont la plus brillante était supposée la plus près de nous.
- Mais ce déplacement même était encore trop faible pour pouvoir être constaté à l’aide des instruments grossiers dont on disposait alors.
- Ce problème, inutilement repris depuis Galilée par les plus éminents astronomes du xvme siècle, Flamsteed, llœmer, Picard, W. Herschel et autres, fut enfin résolu à peu près simultanément, de i836 à 1840, par Struve qui trouvait la parallaxe de % de la Lyre de o",2fi, et
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- Bessel qui trouvait o",35 pour celle delaCi* du Cygne.
- Les travaux persévérants qui avaient eu pour but, depuis Galilée, la recherche de la parallaxe des étoiles eurent d’ailleurs de très importantes conséquences, puisqu’ils conduisirent Bradley à la découverte de l’aberration et \V. llerschel à la découverte du mouvement orbital des étoiles doubles.
- Depuis lors, on est parvenu à déterminer la parallaxe de quinze à vingt étoiles dont quelques-unes seulement atteignent une demi-seconde d’arc ou une seule, celle de a du Centaure, s’élevant à o",8 ou off,g. La plupart sont de o",i ou même de quelques centièmes de seconde seulement, c’est-à-dire fort douteuses encore. Ce n’est que le hasard des comparaisons dans les Catalogues ou de deux étoiles voisines qui peut conduire aujourd’hui à la découverte de celles qui sont le plus près de nous; on suppose alors que la plus brillante est la plus rapprochée : on lui attribue tout le déplacement relatif constaté, et l’on en conclut sa parallaxe. On comprend, dès lors, combien ces recherches sont difficiles et les résultats problématiques quand ils n’atteignent même pas o", i.
- La Photographie va apporter un puissant moyen de découverte dans ces recherches, en permettant de discerner, par la simple inspection microscopique d’un même groupe obtenu à six mois d’intervalle, quels sont les déplacements
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- sensibles, s’il y en a, et en donnant en môme temps le facile moyen de les mesurer, non seulement par la comparaison très douteuse à une ou deux étoiles voisines, mais bien à tout le groupe entier au milieu duquel se trouvera l’astre déplacé.
- Il est permis d’espérer qu’on fera ainsi des découvertes d’un haut intérêt ; car, bien qu’on pose comme une loi d’une grande probabilité que les étoiles les plus brillantes sont les plus voisines, et les plus faibles les plus éloignées, les quelques faits connus ne confirment guère cette hypothèse, puisque, sur 18 ou 20 étoiles de ire grandeur et 60 de 2e, il n’y en a que 4 ou 5 qui aient une parallaxe sensible, tandis que, sur les 18 ou 20 parallaxes qu’on croit bien déterminées, les trois quarts appartiennent à des étoiles de la 5e à la 8e grandeur : la 61e du Cygne est de 5e; 21 i85 de Lalande de 7e, 5; 21 258 de 8e ; 17415 d’QEltzen de 8e; 34 Groom-bridge de 8e, etc.
- Comme il semble certain que le hasard n’a pu placer toutes les étoiles les plus voisines dans les quinze ou vingt dont on a mesuré la parallaxe, il est probable que, dans les millions d’astres nouveaux dont nous fixerons prochainement la position, il s’en trouvera un certain nombre bien plus rapprochés de notre système solaire.
- M. le professeur Pritchard a déjà employé ainsi la Photographie pour la détermination de la parallaxe de la 61e du Cygne, et dans cette
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- étude il a constaté qu’il peut se produire quelquefois une certaine déformation dans la couche sensible du cliché. Ayant exécuté huit clichés, en quatre soirées consécutives, de la 6ie du Cygne et des étoiles environnantes auxquelles il la comparait, il a obtenu sur sept clichés des distances identiques, à moins de un dixième de seconde près, de la 61e aux étoiles voisines ; mais sur le huitième cliché cette distance, relativement aux trois étoiles situées au Sud, était de i", 2 différente des autres. Il s’est donc produit là une erreur accidentelle locale qui ne peut provenir que de la déformation partielle de la couche sensible.
- C’est une cause d’erreur qui devra donner lieu à des expériences et à des recherches particulières ; mais on peut supposer que ces déformations sont rares et contenues dans des limites fort étroites; elles auront peu d’influence sur les comparaisons, qu’on devra pouvoir contrôler à l’aide d’épreuves multiples pour la recherche des parallaxes. Elles auront également peu d’influence sur la recherche des mouvements absolus qui atteindront, avec le cours des siècles, une étendue de plus en plus grande relativement à la petitesse des déformations possibles de la couche sensible ou de la dilatation du verre.
- M. Rutherfurd a déjà étudié cette question à l’époque où l’on employait le collodion, et il a trouvé que le retrait pouvait s’élever à tandis que Vogel avait trouvé ygïïTïï seu^°“
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- ment. Une semblable étude devra être faite maintenant sur le gélatinobromure.
- Mais pour des retraits accidentels comme celui qu’a rencontré le professeur Pritchard, il sera toujours possible de les contrôler à l’aide des reproductions sur verre qu’on devra famé des clichés originaux.
- L’étude de la variabilité de grandeur des étoiles ne pourra être utilement entreprise que par des photographies spéciales des mêmes groupes, refaites à quelques jours, à quelques semaines, ou même à quelques années d’intervalle, puisque cette variabilité a des périodes très différentes, depuis deux ou trois jours pour les plus courtes, comme celle de o de la Baleine, jusqu’à soixante ou soixante-dix ans, comme celle de rt du Navire ou 24 Céphée. La Photographie augmentera considérablement le nombre des étoiles variables connues.
- Différence de déclinaison des étoiles. — En arrêtant le mouvement d’horlogerie et laissant les étoiles décrire la trace de leur mouvement diurne sur le cliché, on obtient des lignes parallèles d’une remarquable netteté, qui non seulement peuvent être utiles pour les recherches photométriques, mais qui donneraient encore avec une très grande précision les différences de déclinaison des étoiles.
- Vérification del’égcde sensibilité des clichés. — Le procédé de laisser les étoiles tracer leur
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- route diurne sur un cliché est aussi le plus efficace que l’on puisse employer pour vérifier l’égale sensibilité de la couche sensible dans toute l’étendue de la plaque. Il suffira pour cela d’examiner avec soin les traces les plus fines, celles des étoiles les plus faibles. Si elles ne sont pas parfaitement régulières, leurs moindres irrégularités mettront en évidence les irrégularités dé la distribution du sel d’argent dans la gélatine.
- Nébuleuses et Comètes. — Bien que la variation de forme et le mouvement des nébuleuses puissent être considérés comme certains a priori, puisque aucun astre n’est immobile dans l’univers, on n’a encore pu rien constater à cet égard, à cause de l’extrême indécision de leurs contours, indécision telle que le dessin d’une même nébuleuse, fait par divers observateurs, semble quelquefois se rapporter à des astres différents, surtout si les circonstances atmosphériques n’ont pas été identiquement les mêmes.
- La Photographie va permettre d’obtenir des images très précises et très complètes des nébuleuses, en multipliant les poses, si c’estnéces-saire, quand il y aura une trop grande différence d’éclat entre leurs diverses parties, comme cela a lieu pour la nébuleuse d’Orion.
- L’étude de leurs changements de forme, surtout quand elles ont un noyau de condensation ou une apparence tourbillonnaire, offrira le plus
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- grand intérêt pour la confirmation de l’hypothèse de notre immortel Laplace; malheureusement, ces changements ne se produisant sans doute qu’avec une exti’ême lenteur, ce n’est que la Photographie qui, avec le cours des siècles, permettra d’éclaircir ce grand mystère de la genèse des mondes, problème le plus vaste et de la plus haute portée scientifique et philosophique que la Science humaine puisse tenter de résoudre.
- J’ai dit plus haut comment avait été faite la découverte de la nébuleuse autour de l’étoile Maïa par MM. Henry, sur leur cliché du groupe des Pléiades. Cette nébuleuse, tellement difficile à apercevoir que son existence n’a pu être encore constatée directement que par M. Struve, avec le nouveau grand réfracteur de om, 76 de Poulkova, et par M. Perrotin sous le beau ciel de Nice, a donné cependant, comme la nébuleuse d’Orion, une image d’une telle intensité lumineuse sur le cliché, qu’elle se reproduit en blanc pur dans le report sur papier comme l’étoile elle-même. On peut tirer de ce fait quelques conséquences intéressantes : c’est d’abord que la plaque sensible, ne se laissant pas éblouir comme l’œil par le voisinage d’un astre brillant, révélera peut-être un grand nombre d’étoiles nébuleuses ou de nébuleuses plus ou moins brillantes, situées dans la direction d’étoiles des premières grandeurs.
- La nébulosité qui entoure l’étoile variable d’Argo a été longtemps inconnue; elle n’a été découverte que quand cette étoile, dans sa M. 6
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- longue période de variabilité, est descendue de plusieurs rangs de grandeur.
- Quand on compare la pâle lueur que les nébuleuses présentent ordinairement dans les lunettes et télescopes au vif éclat des étoiles voisines, et qu’on voit cependant sur les clichés leur image présenter la même intensité, on est porté à croire que certaines d’entre elles, au moins, doivent avoir une plus grande puissance photogénique que les étoiles, et cependant leur couleur généralement verte devrait au contraire ralentir leur action sur la plaque sensible.
- L’admirable photographie de la nébuleuse d’Orion, de M. Common, qui montre tant de détails invisibles dans les lunettes et un si grand éclat de lumière, semble démontrer que pour ces astres l’emploi des télescopes devra être préféré aux réfracteurs. Quelques astronomes pensent même qu’ils seraient préférables aux réfracteurs pour la Carte du Ciel, mais, outre la plus grande difficulté qu’ils présentent pour les opérations photographiques, quand ils ne sont pas du système Cassegrain, ils ont l’inconvénient d'avoir un champ plus petit que les lunettes et d’être beaucoup plus sensibles aux variations atmosphériques : les images des étoiles qui accompagnent les nébuleuses photographiées à l’aide du télescope sont loin de présenter la pureté de définition et la netteté que nous avons obtenues avec nos objectifs (1).
- (') Voir Note II, p. 92.
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- La détermination du mouvement des comètes et de leurs changements de forme sera très simplifiée et améliorée par la Photographie, qui dessinera, en même temps que leurs contours et leur noyau central, tout le groupe d’étoiles sur lesquelles elles se projettent.
- La très belle image de la comète de 1882, obtenue à l’observatoire du Cap par M. Gill, et à travers laquelle on aperçoit quarante à cinquante étoiles jusqu’à la 9e grandeur, montre tout ce qu’on peut espérer de ce nouveau procédé d’observation.
- Mais la recherche des comètes et des nébuleuses très faibles ne pourra guère se faire qu’à l’aide de télescopes et de poses fort longues; elle devra faire l’objet d’une étude spéciale en dehors de la Carte des étoiles.
- Satellites et nouvelles planètes. — En donnant la position simultanée des sateILtes autour de leur planète, la Photographie donnera de très utiles indications pour l’étude de ces petits astres et en fera peut-être découvrir de nouveaux; elle pourra être aussi utilement employée pour l’observation des éclipses des satellites de Jupiter.
- Le satellite de Neptune, toujours invisible à Paris, a été photographié très nettement, comme je l’ai dit plus haut, à 8" de distance de la planète.
- On peut encore espérer découvrir une planète transneptunienne et bien des astéroïdes
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- par la trace de leur marche sur le cliché.
- Il faudrait sans doute pour cela que la sensibilité des plaques fût encore augmentée, parce que ces astres sont inférieurs à la i ie ou à la 12e grandeur, tandis que Pallas, qui s’est ainsi reproduite sur nos clichés, est de 8e grandeur. Voici cependantce que disent MM. Henry, relativement àla grandeur minimum des planètes qui pourraient laisser leur trace sur la plaque sensible.
- Avec les plaques actuelles et un appareil de même dimension que celui de l’observatoire de Paris, une e'toile équatoriale de la 7e grandeur laisserait sur la couche sensible, par l’effet du mouvement diurne, une trace très nette et apparente de son passage; la longueur de cette trace serait de goomm en une heure de marche. Vers l’époque de son opposition, une petite planète à la distance moyenne, les étoiles voisines étant maintenues fixes, ne tracerait qu’une ligne de omm, 5, c’est-à-dire 1800 fois plus petite que l’étoile; par conséquent, une planète 1800 fois plus petite que la 7e grandeur, c’est-à-dire de i5e grandeur, laisserait sur la plaque, à cause de son faible déplacement, une trace linéaire d’intensité et de lo 'gueur suffisantes pour permettre de la distinguer facilement des étoiles voisines.
- Il résulte d’ailleurs des expériences dè MM. Henry que l’impression produite sur le cliché est proportionnelle à l’éclat de l’astre multiplié par le temps de pose; on voit donc par ce qui précède, et en admettant la rela-
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- tion ci-dessus, qu’il serait possible maintc-nanLd’obtenir la trace d’une planète de 15e grandeur, en même temps que la valeur et la direction de son mouvement. Cette hypothèse est d’autant plus admissible que l’on doit espérer que la préparation des plaques s’améliorera encore et que l’on pourra consacrer à ces très intéressantes recherches des instruments de plus grande dimension et beaucoup mieux situés, au point de vue de la pureté du Ciel, que celui qui est actuellement en usage à l’observatoire de Paris.
- Pour certaines recherches d’astres extrêmement faibles, on arrivera sans doute à des résultats d’un grand intérêt en faisant des poses fort longues, de cinq à six heures par exemple. Il y aurait là une puissance d’action considérable qu’il serait utile d’étudier, surtout dans les observatoires jouissant d’une grande pureté d’atmosphère; on pourrait par ce procédé faire de bien importantes découvertes.
- Carte de la Lune. — D’après nos premiers essais, la Carte de la Lune pourra être faite, pour chaque jour de la lunaison, jusqu’aux trois ou quatre jours aux environs de la pleine lune, avec plus de détails et un modelé supérieur à ce qui a été encore fait. Il suffira pour cela de la photographier par fractions, comme nous l’avons fait en exécutant six ou huit clichés pour toute la surface de l’astre. Ces clichés convenablement réunis, si c’est nécessaire,
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- donneront une image de la Lune de om, /[o à om, 70 de diamètre.
- Ces images, refaites de temps en temps, serviront à reconnaître s’il survient quelques changements dans les détails topographiques de notre satellite, comme le croient certains astronomes : il suffirait, pour qu’ils devinssent perceptibles, qu’ils eussent une étendue d’environ \" d’arc, autrement dit ikm, 5oo ou *2km.
- Elles permettraient, en outre, de déterminer plus exactement la libration qu’on n’a pu le faire jusqu’ici.
- Mais, pour cette dernière et très délicate recherche, on ne pourrait pas employer des photographies de la Lune faites par parties séparées : leur réunion ne pourrait être obtenue avec assez de précision; en outre, pendant le laps de temps qui s’écoulerait entre les différentes poses, la position relative des détails de la surface lunaire varierait par suite du mouvement de rotation de notre satellite autour de son axe, de la libration et du changement de distance de la Lune à la Terre,
- L’étude de la libration ne pourra donc être utilement faite qu’à l’aide de clichés de la Lune entière, puis agrandis comme le Dr Rutherfurd les a obtenus avec tant de succès. •
- Phatoniétrie céleste. — On semble admettre assez généralement que divers procédés photométriques aujourd’hui en usage permettent de fixer à le rang des étoiles des huit ou dix
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- PHOTOGRAPHIE D’UNE RÉGION LUNAIRE
- (environs d'Archimède)
- Par MM. HENRY.
- Héliogravure Dujardin, sans retouche, tirée en typographie. (Image renversée, obtenue directement d après le cliché négatif.) Échelle : i3m“ par minute.
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- premières grandeurs; mais, pourles pluspetites, cela devient beaucoup plus difficile, et cette difficulté augmente rapidement à mesure que l’on veut déterminer des astres plus faibles.
- La Photographie semble apporter une solution bien remarquable de ce problème par la durée de pose nécessaire, qui augmente précisément avec une grande rapidité à mesure que l’étoile diminue de grandeur.
- Cette durée varie, en effet, dans la proportion de i à 6000 entre les étoiles de la 8e et de la 16e grandeur; cette énorme différence doit donc donner l’échelle la plus grande que l’on puisse imaginer pour déterminer très exactement la valeur relative des petites étoiles. Quant aux grandes, au contraire, qui donnent leur image en quelques fractions de seconde ou en un petit nombre de secondes, c’est à l’aide de leur diamètre, après une même durée de pose et sur des clichés d’une sensibilité identique qu’on pourra les mesurer.
- Aï. E. Pickering, d’Harvard College, et M. le professeur Pritchard, d’Oxford, qui ont fait de très remarquables études photométriques surles étoiles et sont arrivés, par diverses méthodes, à des résultats publiés qui ne diffèrent souvent entre eux que dans les centièmes pour les mêmes étoiles, sont cependant d’accord pour déclarer que la Photographie doit donner de meilleurs résultats encore.
- M. Pritchard exprime par la simple relation D — D'= C(logG'— logG)le rapport qui existe
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- entre la grandeur des étoiles et le diamètre de leur image, ce qui revient à dire que, quand les grandeurs croissent en proportion géométrique, les diamètres croissent en proportion arithmétique.
- Il a trouvé également que le diamètre des images photographiques des étoiles augmente proportionnellement à la racine carrée de la durée de la pose.
- Les grandeurs obtenues ainsi sont, rigoureusement parlant, photographiques; mais, comme dans la très grande majorité des circonstances, selon M. Pritchard, il n’existe pas de pouvoir actinique spécial, on peut considérer ces grandeurs photographiques comme représentant les grandeurs photométriques. Dans la pratique, M. Pritchard conseille de mesurer photomé-triquement trois ou quatre des étoiles contenues dans un cliché et do déduire la grandeur de toutes les autres à l’aide de la mesure de leurs diamètres par la formule ci-dessus. La plus grande cause d’erreur que pourrait rencontrer ce nouveau procédé photométrique proviendrait de l’inégale sensibilité du cliché dans toute son étendue, si le sel d’argent n’était pas réparti d’une manière parfaitement égale et homogène dans la couche de gélatine. Ce serait là un motif en faveur du système des clichés doubles de contrôle faits à quelques jours d’intervalle.
- Quant à l’influence des couleurs des étoiles, elle paraît moins sensible qti’on n’aurait pu le
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- craindre, comme l’ont constaté tous les astronomes qui ont comparé nos photographies au Ciel. Il semble qu’en général ceux qui se sont occupés de classer les étoiles par leur couleur en-ont souvent exagéré la coloration; la Photographie serait ici complètement d’accord avec ce fait d’observation courante, c’est que, pour les observateurs qui n’ont pas à se préoccuper de cette coloration, comme ceux du Service méridien et ceux qui n’observent que pour les déterminations géographiques, toutesles étoiles, à de rares exceptions près, leur paraissent blanches quand elles traversent les fils de leur lunette.
- Il est, d’ailleurs, assez souvent difficile de s’entendre sur la coloration de bien dos étoiles. Selon Struve, par exemple, la couleur rouge serait rare, tandis qu’elle serait très abondante selon Ilerschel ; il semble évident qu’elle varie d’un observateur à l’autre, qu’elle varie avec les instruments employés, avec l’état de l’atmosphère, avec la hauteur des étoiles au-dessus de l’horizon, avec leur éclat intrinsèque et sans doute aussi avec leur mouvement relatif par rapport à la Terre; quelques-unes enfin sont variables en couleur en môme temps qu’en grandeur.
- Pour les étoiles qui sont en réalité vivement colorées, on pourra en faire l’objet d’une étude photométrique spéciale dans laquelle la Photographie sera certainement très utile. Après les importants travaux déjà faits sur cette ques-
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- tion par MM. Smyth, Sestini et autres, le Dr Lohse, de Potsdam, a fait encore de longues et intéressantes études sur la photométrie des étoiles colorées à l’aide de la Photographie, et il a confirmé avec plus de précision ce que l’on savait déjà sur la différence de temps nécessaire pour obtenir les diverses couleurs. Les étoiles blanches et violettes viennent le plus vite; les jaunes, rouges, vertes, le plus lentement.
- Mais, on résumé, pour le plus grand nombre des étoiles, leur coloration semble devoir être plutôt attribuable à des causes variables et accidentelles et à l’état physiologique de l’œil qu’à une réalité certaine, pouvant se traduire photographiquement.
- Photographie spectroscopique. — Bien deS progrès ont été réalisés dans la connaissance des spectres des étoiles depuis que Fraunhofer parvint le premier à les voir; Donati, à Florence, assisté d’Amici; puis Secchi, à Rome; Huggins, Pickering et d’autres, sont parvenus à vaincre les difficultés que faisait naître la faiblesse de ces astres dans la décomposition de leur lumière, et l’on est arrivé à en obtenir de bonnes photographies qui sont déjà d’une réelle utilité pour la Science, bien qu’elles n’aient pas encore donné beaucoup plus que l’observation directe.
- Cependant, pour le Soleil, la Photographie a révélé dans certaines parties de son spectre, vers l’ultra-violet particulièrement, beaucoup
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- plus do details qu’on n’en peut avoir par l’observation ordinaire; et il a été possible d’y mesurer, avec une très grande précision, beaucoup de raies qu’on n’avait pas encore aperçues; c’est à Draper, aux spectroscopistes italiens et à notre savant confrère M. Cornu que sont dus ces récents progrès.
- La Photographie rendra donc autant de services pour l’étude spectroscopique des astres et de leurs éléments constitutifs que dans les autres branches de l’Astronomie.
- On peut encore citer, comme importante application de la Photographie, la reproduction journalière de la surface du Soleil et peut-être bientôt aussi de ses protubérances, soit à l’aide du spectroscope, comme cherche à le faire actuellement un astronome de l’observatoire de Paris, soit à l’aide du nouveau procédé imaginé et essayé par M. Huggins.
- Éclipses. — C’est dans l’observation des phénomènes de très courte durée que l’emploi de la Photographie sera surtout d’une utilité exceptionnelle. Dans les éclipses totales du Soleil, par exemple, qui ne durent que quelques minutes, les observations à faire sont aussi variées que nombreuses, et l’observateur, sous le coup de l’émotion d’un phénomène si intéressant et qu’on a bien rarement l’occasion de voir, peut manquer du sang-froid nécessaire pour faire méthodiquement toutes les observations prévues : le moindre oubli, le moindre
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- accident devient irréparable, et le premier rayon du Soleil qui reparaît sur le bord de la Lune vient dissiper tous les phénomènes d’un si vif intérêt et les espérances qu’avait conçues l’astronome, au moment même où, ayant repris possession de lui-même, il commençait à observer utilement.
- Des clichés successifs pris pendant toute la durée de l'éclipse fixeront pour toujours toutes les phases da phénomène, et la plupart de ces recherches et mesures, qu’il fallait fiévreusement accomplir en quelques minutes, pourront se faire à loisir dans le cabinet de travail.
- Etude physique des planètes. — Pour obtenir des résultats utiles, il serait nécessaire de pouvoir les photographier à l’aide d’appareils à très long foyer. Les images que nous avons déjà faites de Jupiter, Saturne, Vénus, Mars, quoique très remarquables, ne sont pas encore aussi nettes que celles que l’on voit directement avec de grands instruments. Cependant la tache rouge de Jupiter sur le cliché de MM. Henry a été mieux déterminée et plus visible qu’à l’observation directe; il en a été de même pour les bandes de Saturne.
- Il semble donc certain qu’avec notre nouvel équatorial coudé de om, 60, qui aura une distance focale de i8m, nous pourrons obtenir pour l’étude des planètes les mêmes avantages que pour les étoiles.
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- PHOTOGRAPHIES ASTRONOMIQUES De MM. HENRY.
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- PHOTOGRAPHIES DE JUPITER
- Prises entre iohx6m et rih8m, le 21 avril 1886, et montrant le mouvement de rotation de la tache rouge.
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- PHOTOGRAPHIES ASTRONOMIQUES
- De MM. HENRY.
- PHOTOGRAPHIES DE SATURNE
- ET DE SON ANNEAU.
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- PHOTOGRAPHIES DE JUPITER
- ET DE SES BANDES,
- De 911 i8œ à 9h26m, le 22 avril 1886.
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- Observations méridiennes. — Plusieurs astronomes ont déjà proposé d’appliquer la Photographie aux observations méridiennes, pour simplifier et améliorer ce service si assujettissant des grands observatoires, comme M. Paye avait déjà essayé do le faire à l’époque de ses préparatifs pour l’observation photographique de l’éclipse totale du Soleil de 1860.
- M. E. Pickoring a même fait dans cette voie des essais qui semblent lui avoir donné d’excellents résultats; en 1882, il a conclu de ses observations que l’erreur sur la position d’une étoile obtenue par sa trace photographique à son passage au méridien n’était que de os,o3, tandis que par l’observation directe elle était du double, os,o6; mais il n’indique pas dans son Mémoire les détails de cette intéressante observation et la méthode employée.
- On avait aussi pensé, au moment de la découverte de la singulière propriété électrique du sélénium, à l’utiliser pour obtenir automatiquement le passage des astres au méridien. Mais aucun essai n’a été tenté dans cette voie: le sélénium n’est, sans doute, pas assez sensible pour être impressionné par la faible lu--mière d’une étoile pendant son rapide passage à travers les fils de la lunette.
- Cette question mérite d’être l’objet de nouvelles études de la part des astronomes qui ont grande confiance dans toutes les applications delà Photographie à l’Astronomie.
- M.
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- IV. — Carte du Ciel.
- Tous les astronomes semblent aujourd’hui d’accord pour reconnaître que, dès le jour où les progrès de la Photographie leur ont donné la possibilité de construire la Carte exacte et complète du Ciel en peu d’années et à peu de frais relativement à l’importance capitale et à l’immensité de l’œuvre, ils ont contracté envers la Science de l’avenir le devoir de l’exécuter le plus tôt et le mieux possible, en y consacrant toutes leurs forces jusqu’àce qu’elle soit terminée; quelle que soit la valeur que l’on puisse attribuer aux travaux en cours d’exécution dans les divers observatoires, ils auraient en effet une faible valeur relative pour les astronomes des siècles futurs auprès de la coopération actuelle qu’on pourrait apporter à l’exécution de cette Carte. On peut donc considérer comme très probable que ce travail sera prochainement entrepris par la Conférence internationale d’avril 1887.
- 11 serait on ne peut plus regrettable, dans l’intérêt de l’Astronomie, que quelque obstacle imprévu vînt s’opposer à la réalisation de ce projet; car cela n’empêcherait pas bien des observatoires d’entreprendre isolément la Carte photographique de leur ciel, chacun à une échelle et par des méthodes différentes. Il en résulterait pour l’ensemble de l’Astronomie moderne une >pertc considérable de forces et
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- de travail, par suite des doubles emplois, des lacunes, de la diversité des échelles et de diverses causes d’erreur qui .diminueraient grandement la valeur de ces travaux sans cohésion et non comparables.
- C’est ainsi déjà que deux ou trois observatoires ont entrepris ce levé, sans se préoccuper d’établir aucun accord entre eux, et ils seraient bientôt imités par beaucoup d’autres, tant est considérable et évident l’intérêt que présente aujourd’hui l’application do la Photographie aux recherches astronomiques.
- On a exprimé le vœu parmi nous que la France exécute seule la Carte du Ciel. C’eût été possible, si, au lieu d’avoir aggloméré tous nos observatoires sur notre territoire, on avait réparti convenablement les nouveaux dans nos colonies équatoriales ou australes, telles que la Guyane ou le Sénégal, Taïti, la JSouvelle-Cale'donie, la Réunion.
- L’Astronomie française aurait alors embrassé l’étude de la voûte céleste tout entière et le vœu exprimé au sein du Conseil do l’Observatoire aurait pu être réalisé.
- Mais en accumulant, comme on l’a fait, tous nos observatoires, à quelques degrés près, sous la même zone, on les inutilisé simultanément pendant une grande partie de la mauvaise saison; tandis que, dans la saison favorable, ils ne peuvent guère refaire que les mêmes travaux et étudier le môme ciel que les nombreux observatoires des nations voisines.
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- Ce ne sont ni ics observatoires ni les instruments qui manquent maintenant en France pour satisfaire aux besoins de la Science, mais bien plutôt le personnel nécessaire pour les utiliser ; et, au lieu de multiplier encore dans un même pays do petits observatoires faiblement organisés, on servira aujourd’hui beaucoup plus utilement l’Astronomie en concentrant toutes les ressources disponibles pour augmenter la puissance et la précision des instruments et imiter ce qui a été fait à l'observatoire de Nice par un généreux protecteur des Sciences, M. Bischoffsheim.
- C’est donc dans l’hémisphère austral et les zones équatoriales qu’il faudrait établir à l’avenir de nouvelles stations astronomiques bien organisées, ou l’on pourrait entreprendre des travaux variés et originaux; et il faut espérer que l’intelligent exemple donné par notre colonie de Cochinchine, qui vient de voter des fonds pour la création d’un observatoire à Saigon, sera imité un jour ou l’autre par nos autres grandes colonies.
- Mais ce vœu n’étant malheureusement pas encore près d’être réalisé, nous ne pouvons, dans les conditions actuelles, exécuter seuls la Carte du Ciel.
- L’œuvre à accomplir est d’ailleurs si considérable et d’un intérêt scientifique si universel, qu’on ne peut que s’applaudir de la voir entreprendre par la puissante coopération des diverses nations civilisées et le concours
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- dos astronomes les plus éminents de l’époque.
- Les principales questions sur lesquelles aura à s’entendre la Conférence internationale sont relatives à la nature et à la dimension de l’appareil, à la dimension linéaire et angulaire des clichés et des cartes, aux modes de projection et de publication, au choix des stations, etc. La Conférence jugera sans doute nécessaire aussi de nommer une Commission permanente se réunissant à époque fixe pour examiner l’état d’avancement des travaux d’après les Rapports reçus, résoudre les difficultés qui pourraient survenir et préparer les moyens d’utiliser le mieux possible l’énorme quantité de documents qui vont se trouver subitement produits en quelques années.
- Les astronomes qui assisteront à cette Conférence auront sans doute déjà étudié les solutions les meilleures à donner à toutes ces questions, afin de rendre les discussions et les décisions aussi rapides et fécondes que possible.
- M. ,1e Dr Gill, dont la haute compétence est bien connue, a déjà donné son avis sur tes dimensions de l’objectif; il le demande deom,6o, c’est-à-dire près du double du nôtre. Je partage complètement son avis : on aurait l’inappréciable avantage de diminuer des trois quarts la durée du travail et de pouvoir obtenir des astres plus faibles encore que ceux qui figurent sur nos clichés. Le surcroît de dépenses de l’appareil serait largement compensé par la
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- diminution de la durée du travail. 11 y aurait donc à tous les points de vue grand intérêt à adopter de suite le plus puissant instrument possible.
- 11 y aurait surtout un intérêt supérieur pour l’honneur de la Science du xixe siècle à léguer à la postérité une œuvre aussi parfaite et complète que nous sommes capables de l’accomplir aujourd’hui.
- Cependant, M.E. Pickering propose, dans sa récente Notice sur la Photographie stellaire, de s’arrêter dans la Carte du Ciel aux étoiles de i3e-i4e grandeur, comme Chacornac l’avait fait il y a trente ans pour la Carte écliptique, il fait remarquer que, dans ces conditions, deux observatoires seulement, l’un au Nord, l’autre au Sud, travaillant dix heures par nuit, pourraient en deux cents belles nuits, c’est-à-dire en une année environ, exécuter complètement le levé de la Carte du Ciel.
- Il semble qu’un projet aussi restreint n’est guère acceptable aujourd’hui. Cette Carte, à peine suffisante pour la découverte des astéroïdes, serait si au-dessous des exigences sans cesse croissantes de la Science et si peu en rapport avec les progrès continuels ou déjà réalisés de la Photographie, que l’on serait certainement amené avant peu d’années à la recommencer dans des conditions beaucoup plus complètes. 11 paraît donc évident que nous devons l’entreprendre de suite avec les moyens les plus puissants, qui sont en même
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- temps les plus économiques et les plus féconds.
- Les opérations seraient facilitées et les frais de construction des instruments un peu diminués, si l’on pouvait adopter le système des équatoriaux coudés ; on économiserait le prix d’une coûteuse coupole, et la fixité de la chambre noire à l’oculaire immobile de ce genre d’instruments simplifierait singulièrement les manipulations photographiques, si fatigantes aujourd’hui quand l’astronome doit pointer pendant plusieurs heures consécutives aux environs du zénith.
- Ce genre d’instrument, quelque commode qu’en soit l’usage, n’a sans doute pas encore reçu la sanction d’une longue expérience et trouve peut-être une certaine défiance à l’étranger. Le plus grand inconvénient qu’on pouvait lui reprocher était la difficulté de maintenir toujours en parfait état l’argenture d’un miroir exposé à toutes les influences nuisibles des variations atmosphériques; mais les nouvelles dispositions adoptées par M. Gautier ont non seulement écarté cet inconvénient, mais beaucoup amélioré aussi l’installation générale de l’instrument ; dans le nouveau modèle adopté et en cours d’exécution pour nos observatoires de province et l’observatoire de Paris, le miroir est renfermé dans le corps de la lunette comme tous les organes de transmission de mouvements ; toute la partie coudée n’est plus qu’un tube métallique nu. absolument in-
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- sensible à toutes les intempéries; il n’y aura plus que l’objectif à abriter, ce qui sera facile à peu do frais; la cabane mobile qui servait à couvrir la partie extérieure de l’instrument pourrait donc être supprimée sans aucun inconvénient.
- Quant à l’objection d’une faible perte de lumière résultant de la double réflexion, il suffirait, pour l’écarter, d’augmenter, dans la proportion nécessaire, de un ou deux centimètres peut-être le diamètre de l’objectif, pour une dimension donnée.
- L’instrument est d’un usage si sûr et si commode, par la facilité qu’il donne à l’astronome de travailler tranquillement assis devant l’oculaire immobile do l’équatorial, bien abrité contre le froid et l’humidité des nuits, qu’il semble difficile qu’on ne l’adopte pas dans les nouveaux observatoires.
- Nous faisons construire actuellement un équatorial coudé de om,6o qui nous rendra plus de services que la grande lunette de o™,74, par suite du maintien intégral, très regrettable à tous les points de vue, de l’Observatoire dans l’intérieur de Paris, malgré le projet si économique présenté en 1884 pour la créa-tiop d’une succursale hors de la ville (J). Cette grande lunette de 0,74 sera établie hors de la ville, à l’observatoire de Meudon, où elle
- ( ') Voir Note III,- p. g3.
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- se trouvera dans de bien meilleures conditions atmosphériques qu’entourée par les hautes constructions et les cheminées d’usines d’un quartier populeux et industriel de la capitale.
- Nous serons donc prêts à exécuter la part de travail qui nous sera dévolue, quel que soit le modèle d’instrument adopté ; car on ne peut guère espérer que les divers gouvernements consentent à faire des dépenses plus élevées que celles que nécessiteront des lunettes de om,6o de diamètre, bien suffisantes d’ailleurs pour le but qu’on se propose.
- Avec l’équatorial coudé il ne sera pas possible d’établir une deuxième lunette comme pointeur ; mais cette difficulté, qui procurera d’ailleurs une économie, a été déjà prévue et résolue ; on pointera à l’aide de l’appareil photographique lui-même.
- Le système des trois poses recommandé par INIM. Henry sera peut-être adopté ; mais il faudra pour cela, comme je l’ai déjà dit, que la durée en soit très notablement diminuée, car bien peu d’astronomes auraientla patience nécessaire et bien peu de climats le permettraient. Si l’on adoptait les deux poses à quelques jours d’intervalle, on aurait l’avantage de pouvoir découvrir non seulement bien des étoiles variables à courte période, mais aussi les astéroïdes avec plus de facilité que par la petite ligne qu’ils tracent pendant une pose qui ne durera certainement plus une heure.
- Au lieu de multiplier les poses, M. E. Pic-
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- kering propose d’arrêter un instant le mouvement d’horlogerie à la fin de l’opération, pour que chaque astre trace une petite ligne qui éviterait toute confusion ; mais les très petites étoiles, précisément celles qui peuvent le mieux se confondre avec des taches, ne donneraient pas cette trace, à moins qu’elles ne soient situées très près du pôle. Ce procédé, s’il était praticable dans toutes les circonstances, aurait cependant l’avantage de donner toujours la direction du mouvement diurne sur les clichés, ce qui pourrait avoir quelque utilité.
- J’ai déjà fait remarquer que l’apparence pulvérulente des images des étoiles sur les clichés au gélatinobromure ne permettait aucune confusion entre ces images et les taches accidentelles du verre ou de la couche sensible, et que, sous ce rapport au moins, la multiplicité des poses ne semble pas indispensable.
- L’échelle de la Carte générale pourrait être à peu près la même que celle que l’usage a fait adopter pour les Cartes écliptiques. Il y aura seulement lieu de faire des feuilles particulières à plus grande échelle pour tous les groupes trop serrés, les nébuleuses et autres objets qui présenteraient un intérêt spécial
- La limite du champ dans lequel l’expéiûence a indiqué qu’on pouvait obtenir de bonnes images sans déformation sensible sur les bords est de a°,5 à 3°. M. Pickering l’étend même à 0° pour ses Cartes.
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- Les Cartes écliptiques ayant 5° de côté, il faudrait 4 clichés par feuille et près de 8ooo clichés pour les 1680 feuilles qui représenteraient toute la voûte céleste; juxtaposées, elles représenteraient tout le Ciel sur une superflue de i7omq environ; dix ou douze observatoires, bien répartis sur le globe, pourraient facilement accomplir ce levé en six ou huit années au plus.
- On fixera sans doute la limite de la zone à photographier dans chaque station à 45° ou 5o° de distance zénithale, non seulement pour n’opérer que dans la partie la plus transparente de l’atmosphère, mais aussi pour éviter le trouble que pourrait occasionner dans les distances des étoiles extrêmes du cliché la variation de la réfraction pendant la durée de la pose, et diminuer les corrections qu’elle nécessiterait; avec une durée de pose de ih à 45° de hauteur, cette variation s’élèverait à 2",5 ou 3'' pour des étoiles distantes de 3° ou 3°, 5, quantité beaucoup trop grande pour être négligeable.
- Le procédé de report le plus convenable et le plus économique est l’héliogravure, mais il sera nécessaire de le compléter en faisant ajouter sur la planche, par l’artiste, les étoiles des deux dernières grandeurs, qui sont trop faibles sur le cliché pour donner leur image.
- Quant au nombre d’étoiles que contiendra la Carte, on ne peut guère l’évaluer à moins de vingt millions, si l’on se rappelle que W. Her-
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- schel, par son célèbre et consciencieux travail de jaugeage du Ciel, était arrivé au chiffre de 203743o4 pour les étoiles jusqu’à la i5e grandeur seulement, limite de visibilité que donnait son télescope de om,6o. Avec notre objectif de om,33, nous obtenons la 16e grandeur, et si l’on adopte celui de om,6o, proposé par Al. le Dr Gill, on obtiendra sans doute la 17e. Quelque énorme que paraisse le chiffre d’Her-schel, il pourrait donc bien être sensiblement dépassé.
- Tracé et utilisation des Cartes. — Nous avons fait construire par la maison Bréguet un petit appareil de règles articulées permettant de tracer les arcs de cercle de grand rayon pour les méridiens et les parallèles des Cartes, quel que soit le système de projection qu'on adoptera.
- Il semble d’ailleurs inutile de rappeler que, bien que la déformation produite par notre objectif soit tout à fait insensible dans la limite du champ adopté, les Cartes célestes ne pourront jamais avoir d’autre prétention que de donner, pour les positions absolues, l’exactitude compatible avec toute construction graphique bien faite ; elles seront pour le Ciel ce que les Cartes géographiques sont pour la surface de la Terre; les points fixes de haute précision sont donnés pour celles-ci par la Géodésie, comme les Catalogues spéciaux donneront pour chaque Carte du Ciel deux ou trois étoiles fondamen-
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- laies déterminées avec la plus grande exactitude possible, soit par la station photographique elle-même, soit par l’observatoire le plus voisin, si cette station n’est pas pourvue des instruments nécessaires.
- Ce que les clichés et les Cartes donneront avec une très grande précision, sauf les corrections de réfraction, qui seront d’ailleurs bien faibles, quand elles seront nécessaires, ce sont les positions relatives des étoiles voisines dans les groupes ou nébuleuses réductibles et des étoiles doubles et multiples.
- ]\1M. Henry ont déjà calculé les Tables qui aideront à appliquer, les corrections de réfraction aux distances mesurées sur les Cartes.
- 11 sera sans doute indispensable de reproduire les clichés^ eux-mêmes en positif sur verre à un nombre d’exemplaires suffisant pour qu’on puisse en placer un dans chaque grand observatoire. On assurera ainsi la conservation indéfinie de l’œuvre originale, tout en facilitant les mesures de haute précision que ne permettraient sans doute pas les reports sur papier, et l’on se garantirait contre les variations accidentelles qui pourraient se produire avec le temps dans la couche sensible ou le verre du cliché original.
- Vitrification des clichés. — Jusqu’ici l’on s’était encore peu occupé de préserver les clichés photographiques de l’altération que leur font subir avec le temps les variations almosphé-M. 8
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- riqucs et surtout hygrométriques qui peuvent agir sur la matière organique de la couche sensible pour la déformer, ou même la gondoler ou décoller; le verre lui-même peut subir aussi quelque modification.
- On ne s’était encore préoccupé que de réaliser, au point de vue artistique et industriel, l’inaltérabilité des reports sur papier à l’aide du procédé au charbon.
- Pour nos clichés astronomiques, c’est au contraire leur conservation indéfinie qu’il faut chercher à assurer; car, outre qu’ils donneront plus de précision que les reports sur papier, ils conserveront certaines empreintes trop faibles et sans signification précise aujourd’hui, mais qui pourront un jour acquérir une grande importance avec les progrès que l’avenir réalisera certainement dans la puissance de pénétration de nos appareils et le nombre d’astres photographiés.
- Cette question est une de celles qui préoc cupent le plus vivement, à juste titre, les astronomes photographes.
- Un de nos habiles artistes en vitraux, M. Champigneulle, assisté de M. Salvy, s’est déjà occupé de résoudre ce problème et il en a obtenu une solution très satisfaisante pour les clichés artistiques; malheureusement, ces clichés, examinés attentivement, présentent souvent un grand nombre de petits points brillants ou de bulles qui forment autant de fausses étoiles difficiles au premier abord à distinguer
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- des étoiles véritables, inconvénient très grave qui rend le procédé, dans son état actuel, inapplicable aux clichés d’étoiles ; ces défauts proviennent sans doute de la demi-cuisson nécessaire pour faire pénétrer en partie l’image dans la couche superficielle du verre. On pourrait peut-être arriver au même résultat d’inaltérabilité en opérant à froid par des procédés chimiques, ce qui aurait l’avantage d’éviter la petite déformation à craindre par suite du ramollissement du verre pendant son chauffage.
- D’une manière ou de l’autre, on peut espérer que ce problème sera bientôt résolu et que nous pourrons ainsi assurer l’inaltérabilité de ces clichés pendant bien des siècles (1 ).
- Nous ne pouvons terminer cette courte Notice sans exprimer encore le vœu qu’une féconde et cordiale entente s’établisse dans la prochaine réunion internationale des astronomes pour l’exécution de la Carte du Ciel, et que les divers gouvernements, comprenant toute l’importance de l’œuvre à accomplir, consentent à faire la dépense de construction des appareils photographiques selon le modèle qui sera adopté par la Commission (2).
- Ces appareils, quand le travail sera terminé,
- (') Voir Note IV, p. 98. (-) Voir Note V, p. 98.
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- resteront d’ailleurs dans les observatoires, comme un des plus puissants et des plus indispensables instruments de l’Astronomie de l’avenir.
- Quelque nombreuses et importantes qu’aient été jusqu’ici les applications de la merveilleuse invention de Niepce et Daguerre pour le progrès des Sciences et des Arts, on peut affirmer qu’elles n’ont qu’une valeur secondaire auprès de celle qui va en être faite pour l’étude de l’Univers, et qui permettra à l’homme d’étendre ses connaissances bien au delà des limites que semblaient lui mesurer la faiblesse de ses sens et la brièveté de sa vie.
- L’Académie, ayant décidé de prendre cette œuvre sous son haut patronage, vient d’adresser une invitation pour une Conférence internationale, qui se réunirait à l’Observatoire, le 16 avril 1887, aux directeurs des principaux observatoires de l’étranger et aux savants dont les conseils et la haute compétence sont indispensables pour assurer la bonne et prompte réalisation du projet.
- Un éminent astronome des États-Unis vient de publier une Notice dans laquelle il dit que la Photographie astronomique est une Science exclusivement américaine. Sans compter les importants travaux exécutés en Angleterre, la France peut cependant réclamer aussi l’invention même de la Photographie, il y a près d’un demi-siècle, et aujourd’hui ce dernier remarquable progrès qui va permettre d’en faire
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- l’application la plus grandiose à la construction de la Carte du Ciel de la fin du xixe siècle.
- Cette Carte sera certainement, aux yeux des astronomes de l’avenir, le monument scientifique le plus considérable et le plus fécond en découvertes que les siècles passés leur auront légué.
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- APPENDICE.
- Note I.
- Pour mieux faire ressortir toute l’importance de la Carte du Ciel que l’on va entreprendre, il est utile de citer ici les principaux Catalogues construits depuis l’antiquité et sur lesquels repose toute l’Astronomie moderne.
- Le plus ancien Catalogue est celui qu’Hipparque construisit à Rhodes, 128 ans avant J.-C., à l’occasion d’une étoile qu’il avait vue disparaître. Ce Catalogue contenait 1025 étoiles.
- Étoiles.
- Catalogue d'Ulugh Beigh, en 1437............... 1018
- » de Tycho Brahe, en 1602............ ioo5
- » d’Hévélius, en 1690.................. i553
- (C’est le dernier qui ait été fait sans lunette. )
- Catalogue de Flamsteed, en 1725............ 33 to
- » de La Caille......................... 9/66
- » de Bradley-Bessel................... 3222
- » de Lalande, en 1800................. 4739°
- » de Piazzi, en 1814................... 7646
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- Étoiles.
- Catalogue de Rümker, eu i836................. 11978
- » de Baily, en 1845................... 8377
- » de Weisse entre + 45° et — i5°. 6253o
- » de Cooper, en i856................ 72000
- » d’Argelander, en 1862, zones Ijp-
- réales......................... 824188
- » de Schoenfeld, zones australes... i3365g
- Depuis i865, il s’est établi une entente entre huit . ou dix observatoires anglais et allemands pour réobserver les étoiles (jusqu’à la 9e grandeur) du Catalogue d’Argelander, chaque observatoire ayant une zone déterminée à observer. Ce travail, qui portera sur i3oooo étoiles, n’est pas encore terminé.
- La Carte photographique, quand elle sera publiée, fera perdre la plus grande partie de l’intérêt qu’offre aujourd’hui ce vaste travail.
- M. O. Struve a comparé un de nos clichés à la partie correspondante de la Carte d’Argelander, qui est le document le plus complet de tous ceux qui précèdent. Il a trouvé qu’une superficie de 4 degrés carrés sur notre cliché contenait 5ooo étoiles, tandis que la même surface de la Carte d’Argelander n’en contenait que 170.
- Note II.
- Dans la dernière séance de la Société royale (12 novembre), M. Roberts a présenté des clichés d’étoiles obtenus par lui avec son télescope de om,5o d’ouverture. Il a voulu comparer la puissance de son instrument à celle de notre lunette photographique de om, 33. Dans ce but, il a photographié le même groupe d’étoiles du Cygne que MM. Henry et l’a agrandi à la même échelle. Il a trouvé ainsi
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- que ses cliche's lui donnaient en moyenne par pouce carré 55 étoiles de plus que nos photographies. Ce résultat n’aurait rien d’imprévu ni d’impossible : le miroir de om,5o de M. Roberts, ayant une superficie plus que double de l’objectif de om, 33 de MM. Henry, doit donner deux fois et demie plus de lumière et, par suite, une grandeur d’étoile de plus, c’est-à-dire un nombre d’astres sensiblement plus grand. Mais M. Roberts semble avoir, oublié que, dans le report des clichés sur le papier, on perd une ou deux grandeurs d’étoile; c’était donc à nos clichés qu’il aurait dû comparer les siens, et non à nos reports sur papier envoyés à la Société royale. Il est bien possible alors que les résultats de sa comparaison eussent été tout différents. Il reconnaît, d’ailleurs, que ses images n’ont pas la netteté des nôtres. M. Roberts n’a pas dit non plus quel est le champ de son télescope : il est certainement beaucoup plus petit que celui de notre lunette photographique ; mais les résultats qu’il annonce n’en sont pas moins remarquables, et l’on ne peut que l’en féliciter avec M. Common.
- Note III.
- L’observatoire de Paris, fondé en 16O7 par Louis XIV, fut établi dans une localité alors très convenablement choisie en dehors et au sud de la ville, dont il était séparé par les vastes jardins du Luxembourg. Malheureusement, Perrault, comme la plupart des architectes officiels de nos jours, se préoccupant beaucoup plus de ses idées personnelles et de l’apparence extérieure de l'édifice que de sa destination et des conseils des savants qui devaient l’utiliser, construisit ce lourd et encombrant monument, si mal conçu au point de vue astronomique
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- que, dans l'impossibilité d’y établir jamais ni un instrument ni le personnel , on a dû successivement construire alentour de petits pavillons annexes pour les installer.
- Comme observatoire, ce coûteux édifice a donc toujours été non seulement complètement inutile, mais nuisible même, en obstruant par sa masse une partie notable du ciel visible des terrains environnants.
- En outre, la ville de Paris, dans ses accroissements continuels, l’a bientôt englobé au milieu de hautes constructions et de cheminées d’usines d'un quartier populeux, qui le placent aujourd’hui dans les plus mauvaises conditions au point de vue de la pureté de l’atmosphère et du calme si indispensable aux minutieuses observations astronomiques, bien plus délicates encore aujourd’hui que du temps de Perrault. Pendant que les exigences sans cesse croissantes de la Science obligeaient tous les grands observatoires de France et de l’étranger, sans exception, à émigrer hors des villes, celui de Paris restait seul dans des conditions devenant chaque jour de plus en plus défavorables.
- Aussi, depuis Cassini, son premier Directeur, qui eut tant à se plaindre du peu de cas que Perrault fit de ses conseils, et depuis Roemer, qui le qualifiait d'Observatoire de parade, la plupart de ses Directeurs successifs ont demandé soit sa transformation, soit son dérasement ou son transfert hors de la ville, mais toujours sans succès.
- Pour essayer de donner satisfaction à ces vœux, qu’on peut dire unanimes et séculaires de la part des directeurs, sans imposer à l’Etat de nouveaux sacrifices qu’il n’aurait pu faire aujourd’hui, j’ai proposé, en r884, de cl’éer une succursale de l’Observatoire hors de Paris avec les fonds qu’on pouvait facilement obtenir en aliénant 20 ooom de nos terrains vagues et
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- potagers qui entourent en contre-bas l'Observatoire et sa terrasse du Sud, sans aucune autre utilité que de l’isoler autant que possible des rues voisines.
- On trouvait ainsi la possibilité de construire immédiatement une belle succursale de l’Observatoire, dans une situation parfaite à tous égards, sur les vastes plateaux élevés et à demi boisés que l’on rencontre à quelques kilomètres au sud-ouest de Paris sur la route de Versailles, et qui appartiennent à l’Etat.
- La première objection qui fut faite consistait dans l’insuffisance de la somme de un million et demi ou deux millions que devait produire la vente des terrains. Cette objection, que j’avais prévue, eût été, en effet, très sérieuse, s’il avait fallu subir l’ingérence des architectes de l’Etat. De trop nombreux et fâcheux exemples bien connus nous prouvent, en effet. qu’avec la complète indépendance et l’irresponsabilité effective que leur accorde l’Administration, il est bien difficile, pour ne pas dire impossible, d’obtenir dans la construction des édifices publics la double condition d’économie et d’adaptation convenable à leur destination. Aussi m’étais-je adressé à un habile ingénieur civil des Chemins de fer du Midi, M. Deharme, habitué à travailler pour des compagnies où l’on recherche, au contraire, dans toute construction, une appropriation parfaite aux besoins à satisfaire et une stricte économie dans l’exécution. Les plans et devis de notre succursale, minutieusement étudiés, et comprenant, outre un édifice principal, tous les pavillons isolés pour établir les instruments suivant les plus récents progrès de la Science et chaque astronome avec sa famille i avec tout le confortable que permettait la vie à la campagne, n’exigeaient qu’une dépense de i8ooboofr à 2 millions.
- Ces plans et devis, soumis à l’examen des grands
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- entrepreneurs qui devaient les mettre à exécution, furent adoptés par eux à forfait avec quelques insignifiantes modifications.
- Quant aux communications avec Paris, elles étaient aussi rapides, faciles et fréquentes qu’on pouvait le désirer par les très nombreux trains des deux chemins de fer de Versailles passant dans la vallée à ikm, 5 ou 2km de l’établissement.
- Les astronomes, ainsi logés gratuitement à côté de leurs instruments et laboratoires, se trouvant dans les meilleures conditions de calme pour le travail, d’économie et de bien-être pour la vie matérielle, auraient certainement accru dans une très notable proportion la production scientifique de l’Observatoire national.
- Le vieil observatoire de Paris aurait conservé son titre et sa physionomie actuelle, avec i5ooom de terrains comprenant sa cour du Nord et sa belle terrasse du Sud; on lui aurait conservé, en outre, plusieurs de ses attributions : les archives, le musée, une grande partie de la bibliothèque, le bureau des calculs, l’école d’Astronomie, ceux des anciens instruments qu'il n’y aurait pas eu d’utilité à déplacer et enfin le service de l’heure de la Ville. La succursale aurait eu dans ses attributions toute la partie active des observations astronomiques et du personnel des astronomes, tous les travaux qui nécessitent les meilleures conditions physiques, beaucoup de calme et d’assiduité.
- Mais ce projet devait subir l’examen et recevoir l’approbation de diverses autorités scientifiques et administratives.
- Après avoir obtenu un vote favorable unanime du Conseil de l’Observatoire, il fut soumis à l’examen du Bureau des Longitudes, auquel ses attributions et sa haute compétence semblaient réserver l’autorité
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- prépondérante dans cette question. Il approuva la partie principale du projet, n’apportant de restriction que sur la quantité des terrains à aliéner. Un avis à peu près identique fut émis par la Commission des Sections compétentes de l'Académie. Mais l’Académie, jugeant en dernier ressort, tout en reconnaissant la grande nécessité de cette succursale et en demandant sa création, vota en réalité contre elle en refusant toute aliénation de terrains, même des parties nouvellement acquises dans le but de maintenir notre isolement, mais que le voisinage des maisons et la présence des catacombes rendent inutilisables pour l’établissement convenable de grands instruments; mon projet fut rejeté.
- L’observatoire de Paris semble donc condamné à rester bien longtemps encore, sinon toujours, dans cette situation exceptionnellement défavorable d’être le seul observatoire de France et de l’Etranger enfermé dans une ville. Les hautes constructions et les usines qui l’entourent, l’éclairement au gaz et la trépidation du sol des rues voisines, le placent dans des conditions telles, que les instruments de grande puissance et de grande précision, les seuls qui puissent aujourd’hui faire progresser la Science, y perdent la plus grande partie de leur supériorité.
- Mais ce qui est plus grave peut-être encore, le personnel d’astronomes, logé plus ou moins loin en ville, ne peut venir y faire et n’y a toujours fait qu’un service de nuit tout à fait insuffisant ; on n’a jamais pu obtenir un service régulier et continu d’observations pendant les vingt-quatre heures , ni des séries de travaux astronomiques exigeant une grande assiduité, dans les observatoires, très rares d’ailleurs, où l’on ne peut loger les astronomes.
- II est donc vivement à regretter, dans l’intérêt de la Science française, que l’avis des astronomes les M. 9
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- plus compétents et les plus désintéressés qui avaient accepté ma proposition n’ait pu encore prévaloir cette fois contre cette opposition latente et persistante qui, malgré les besoins les plus évidents de l’Astronomie et les inconvénients les plus graves, maintient notre Observatoire national dans l’intérieur de la ville et, comme conséquence, sa production scientifique bien au-dessous de ce qu’elle pourrait et devrait être avec le personnel habile, nombreux et exercé que nous avons, disposant d’une collection d’instruments de premier ordre.
- C’est un nouvel et curieux exemple de cette extrême difficulté que nous éprouvons en France à réaliser tout progrès, toute transformation même reconnue nécessaire et déjà accomplie à l’étranger, quand des habitudes prises ou des intérêts les plus minimes, soi-disant lésés par ces changements, peuvent se couvrir auprès d’une autorité bienveillante d’une longue possession d’état et d’anciennes traditions.
- Note IV.
- Au moment de la publication de cette Notice, nous avons reçu de M. Salvy de nouveaux essais de clichés vitrifiés qui paraissent complètement réussis.
- MM. Henry les ont comparés aux originaux et ils n’y ont constaté aucune déformation sensible, aucune tache accidentelle.
- On peut donc considérer déjà comme résolu ce problème si important de l’inaltérabilité et de la conservation indéfinie des clichés de la Carte du Ciel.
- Note V.
- Dans une Notice américaine, récemment publiée sous le titre : Photogrnphy servant of Astronomj,
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- M. Ilolden, directeur de l’observatoire de J. Lick, dit que cet observatoire serait tout disposé à donner son concours à l’exécution de la Carte du Ciel, mais que cependant il ne croit pas que le moment soit venu d’entreprendre ce grand travail, qu'il faudrait encore préparer par quelques années d’étude. M. IIol-den ajoute, en outre, qu’il ne croit pas que des observatoires consentent à se consacrer pendant tant d’années à un travail aussi exclusif que la photographie des étoiles.
- Il me semble qu’il' y a là une double erreur d’appréciation, et que M. Ilolden ne connaît pas les récents progrès réalisés à l’Observatoire de Paris. Aussi me suis-je empressé de lui envoyer deux de nos épreuves de groupes d’étoiles ; il pourra constater que la perfection de netteté avec laquelle sont obtenues toutes les étoiles, jusqu’aux plus petites de i5eet 16e grandeur, 11e semble guère pouvoir être surpassée, quelles que soient les futures améliorations qu’on pourra encore réaliser en Photographie astronomique ; il reconnaîtra certainement aussi qu’une Carte exécutée dans de semblables conditions aurait une si énorme importance et constituerait un si grand progrès, qu’il y a tout intérêt à l’entreprendre le plus tôt possible, conformément à l’opinion des astronomes les plus éminents qui m’ont fait connaître leur adhésion en réponse à l’envoi de nos épreuves.
- Quant à la seconde objection, je ferai remarquer que l’exécution des clichés d’étoiles, dans les observatoires qui prêteront leur concours à l’œuvre commune, n’exigera le travail que d’un astronome et de son assistant et l’emploi d’un instrument spécial; tous les autres astronomes et les autres instruments resteront libres dans ces observatoires pour la continuation des travaux ordinaires.
- D'ailleurs, il faut encore remarquer que ce service
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- photographique sera moins encombrant et formera un travail moins assujettissant, tout en étant bien autrement productif, que la construction de ces nombreux Catalogues poursuivis encore dans tant d’observatoires, et qui deviendront à peu près inutiles après l’exécution de la Carte du Ciel.
- Cette nouvelle application de la Photographie aura donc au contraire pour résultat d’alléger les occupations des observatoires et de produire, pour une même somme de travail, une quantité de documents utiles énormément plus considérable.
- Note VI.
- Pour donner une idée du degré de précision que comportent déjà les mesures effectuées sur des clichés photographiques, il suffira de citer ici le résultat des remarquables travaux de M. le professeur Pritchard sur la détermination des grandeurs et des positions relatives des étoiles par la Photographie, comparées aux mesures directes.
- Ce degré de précision aurait d’ailleurs été très sensiblement surpassé encore, si cette étude avait été faite sur des clichés de l’observatoire de Paris que M. Pritchard reconnaît lui-même comme donnant une netteté de définition notablement plus grande que les siens, ce qu’il attribue, avec raison, à l’insuffisante régularité de son mouvement d'horlogerie.
- M. Pritchard a d’abord comparé, à l’aide de la formule qu’il a trouvée par de nombreuses expériences, les grandeurs de vingt-cinq étoiles des Pléiades (entre la 8e et la 9e grandeur) conclues des clichés, à celles données par YUran&metria noua Oxoniensis.
- La moyenne arithmétique des différences pour les
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- vingt-cinq étoiles entre les déterminations photographique et directe est de o«T, 18 et, si l’on tient compte des signes, cette différence est nulle.
- M. Pritchard a ensuite voulu comparer la précision des pointés photographiques aux pointés directs obtenus par les meilleurs observateurs. Il a encore choisi le groupe des Pléiades dans lequel, en 1840, Bessel a effectué des mesures de distance d’une grande précision avec son célèbre héliomètre.
- Les tableaux des observations présentés par M. Pritchard contiennent les pointés obtenus par les deux méthodes pour déterminer la distance d'Alcyone à une douzaine d’étoiles voisines ; on y voit que la moyenne générale des écarts des pointés photographiques est de o", 24 et celle des pointés de Bessel de o", 29.
- J’ai déjà dit dans le courant de cette Notice que, sur nos clichés, la très grande netteté de définition des images des étoiles dont le diamètre est réduit à jL- de millimètre, ou environ 1" d’arc, pour celles de i4eet de i5e grandeur, permet d’obtenir couramment des pointés au qc seconde près, degré de précision bien supérieur encore aux résultats cités par M. Pritchard.
- Note VII.
- Par un regrettable oubli on a omis de citer dans cette Notice, parmi les progrès réalisés dans les appareils de Photographie céleste, le remarquable héliographe horizontal que M. le capitaine (aujourd’hui colonel) Laussedat, aidé de M. Aimé Girard, a imaginé et employé pour photographier les diverses phases de l’éclipse du Soleil du 18 juillet 1860 en Algérie.
- Dans un Mémoire présenté la même année à l’Académie des Sciences et sur lequel M. Faye.a fait un
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- Rapport très favorable, M. Laussedat a donné tous les détails nécessaires pour bien faire apprécier les diverses propriétés du nouvel appareil.
- Il a été adopté en 1874 Par toutes les missions françaises du passage de Vénus et une partie des missions américaines et anglaises. On y a trouvé le double avantage d’éviter l’emploi des incommodes et coûteuses montures parallactiques et d’obtenir de plus grandes images du Soleil en augmentant autant qu’on le voulait la distance focale des lunettes sans inconvénient sensible dans la manœuvre des appareils.
- C’est évidemment le meilleur système d’observation et de photographie qu’on pourra adopter dans l’avenir pour toutes les études de la Physique solaire.
- Note VIII.
- Programme provisoire des questions à résoudre pour le levé photographique de la Carte du Ciel.
- 1. Genre, dimension et prix de l’instrument.
- 2. Préparation des plaques.
- 3. Durée de pose et limite minima des étoiles à obtenir.
- 4. Mode de pointage avec ou sans chercheur.
- 5. Limite du levé en distance zénithale.
- 6. Dimension angulaire et linéaire des clichés et des cartes.
- 7. Mode d'agrandissement des clichés d’étoiles, des planètes et nébuleuses.
- 8. Multiplicité des poses ou des clichés contre les taches accidentelles.
- 9. Partie commune des clichés dans un même observatoire.
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- 10. Partie commune du levé dans les observatoires voisins.
- 11. Répartition du levé entre les divers observatoires.
- 12. Procédés pour fixer et tracer les coordonnées sur les Cartes.
- 13. Genre de projection à adopter et publication des Cartes.
- 14. Collection complète de reproductions sur verre des clichés originaux pour les grands observatoires.
- 15. Conservation des clichés par vitrification ou procédé à froid.
- 16. Clichés particuliers à plus grande échelle pour nébuleuses, amas d’étoiles et autres objets intéressants.
- 17. Méthode d’étude systématique et d’utilisation de tous les documents qui seront recueillis.
- 18. Appareil de mesure.
- 19. Catalogue de précision pour déterminer des étoiles de repère dans chaque feuille.
- 20. Nomination d’une Commission permanente se réunissant à des époques fixes pour diriger et contrôler tous les travaux.
- 21. Travaux de Photographie céleste qu’il serait utile de poursuivre en commun après l’exécution de la Carte.
- Etc.
- FIN.
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- TABLE DES MATIÈRES.
- Pages
- Préliminaires.................................. 5
- I. Résumé des travaux antérieurs.............. 10
- II. Travaux de MM. Henry.................... 24
- Apparences microscopiques des images des étoiles sur les clichés. — Agrandissement des images. — Photographies déjà exécutées à l’Observatoire par MM. Ilènry.
- — Description de l’appareil de mesure ou macro-micromètre de MM. Henry.... 34
- III. Applications diverses et avenir de la Photographie céleste..............-............ 46
- Etude du Ciel sur les clichés et les Cartes.
- — Répartition des étoiles dans le Ciel. Etoiles doubles ou multiples. — Parallaxe des étoiles. — Différence de déclinaison des étoiles. — Vérification de l’égale sensibilité des clichés. —Nébuleuses et comètes. — Satellites et nouvelles
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- Pages,
- planètes. — Carte de la Lune. — Photo-métrie céleste. — Photographie spectroscopique. — Eclipses. —Etude physique des planètes. — Observations méridiennes ................................ 4/
- IV. Carte du Ciel.............................. 74
- Tracé et utilisation des Cartes. — Vitrification des clichés.................... 84
- Appendice.......................................... 91
- Note /. — Liste des principaux catalogues
- d’étoiles................................... 91
- Note II. — Photographies stellaires de
- M. Roberts................................. 92
- Note ///.— Projet refusé de la succursale
- de l’Observatoire.......................... 98
- Note IV: — Vitrification des clichés par
- M. Salvy................................... 98
- Note V. — Opinion de M. Ilolden sur le projet de la Carte photographique du
- ciel;...................................... 98
- Note VI. — Précision des mesures de M. Pritchard effectuées sur les clichés
- d’étoiles.................................. 100
- Note VII. — Iléliographe horizontal de
- MM. Laussedat et Aimé Girard............... 101
- Note VIII. — Programme provisoire des questions à résoudre pour le levé photographique de la Carte du Ciel
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- Planches.
- Photographie d’une région lunaire ( envi-
- rons du cratère Eratosthène)....... Frontispice
- Apparences des étoiles sur un cliché vu au microscope.................................... 35
- Photographie de l’amas des Gémeaux......... 3y
- Photographie de l’amas d’Hercule............ 55
- Photographie d’une région lunaire ( environs
- d’Archimède )............................ 67
- Photographies de Jupiter montrant le mouvement de rotation de la tache rouge.......... 73
- Photographies de Saturne et de son anneau, de Jupiter et de ses bandes................. 73
- TARIS.
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- IMPRIMERIE DE GAUTHIER-VILLARS, yuai des Augustins, â;>.
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