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La nature considérée sous ses différents aspects ou Journal d'histoire naturelle t. 9, 1789
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- LA
- 7â» SB»- 5*?
- NATURE
- C O N-S 1 D É R É E
- SOUS SES BIFFÉRENS ASPECTS,
- J O U R N A L
- D’HISTOIRE NATURELLE ;
- CoXTBNAN t tout ce qui a rapport à la fcienct phyfique de l'homme, à l'art vétérinaire, à l'hiftoire des différent animaux ', au règne,Végétal, à la botanique, à ^agriculture & au jardinage-, au règne minéral, à l'exploitation des mines, & aux ufagés des différent foffiles ; à la phyfique, à la chimie, aux mathématiques, à l'afironotnie, âla géographie, à la navigation, au commerce, à Parchitecture, à la gravure, & généralement à toutes les fciences phyfiques & à tous les arts, A veC les principes élémentaires des fciences, des notices hi&oriques fur les Savons, 6* un grand nombre de figures en taille-douce.
- PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES;
- TOME N E U V J E M E.
- .COLLECTION’ A»Q£É. SARTIACX
- A P À, R I S , /
- Chez Périsse , Libraire, Pont St. Michel, au Soleil d’or.
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- on la fait ficher & or la n plufieurs/dpèces d/rer, il,
- Du Clavecin magnétique. Par M. l'Abbé
- Bertholon.
- Ce qui paraît n’être propre qu’à exciter la cu-riofité efl fouvent fufceptible d’être un objet de la , plus grande utilité. L’Hiftoire des fciences & des arts pourrait nous fournir plufieurs exemples de cette vérité : lorfque le Philosophe de Milet, Tlialès , fix cents ans avant notre ère, annonçoit la propriété que l’ambre frotté a d’attirer les corps légers,.pn fut fans doute tenté de croire que cette découverte n’étoit qu’un vain & inutile phénomène ; & on étoit bien éloigné /de penfer que ce . fait, fi petit en apparence, conduirait un jour la race audacieufe de Prométhée , .à faire defcendre à fa volonté le feu du ciel, à détourner la foudre , & à la maîtrifer en quelque manière. Si quelque, ignorant contempteur eût vu , dans le fiècle dont nous parlons, le célèbre fondateur de i la Seâe ionique, occupé férieufement à frotter de Annie 1789. N°*. XXI & XXII. X
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- l’ambre pour lui faire attirer par ce moyen des brins de paille , avec quel orgueilleux mépris n’eût-il pas regardé cet illuftre Philofophe 1 C’eft cependant à ce premier phénomène d’éleâricité que nous devons la férié de toutes nos connoiflan-ces fur cet fujet, l’art de préferver de la foudre , & même celui de procurer la guérifon de certaines maladies chroniques jufqu’à préfent rebelles aux remèdes de l’art.
- Les premières découvertes fur les fluides aëri-formes, nommés Gaz , n’ont paru que curieufes , & cependant elles nous ont conduit à la connoif-fance de certaines eaux minérales , à l’art de les compofer , aux moyens de guérir les cancers 8c de diffoudre le calcul, Sic.
- Les premiers qui obfervèrent que l’aimant atti-roit le fer & lui communiquoit cette vertu , au-roient-ils pu s’imaginer qu’un jour, à l’aide d’une aiguille de fer ou d’acier , l’homme braveroit la fureur de cet élément perfide, qu’il voleroit d’un pôle à l’autre , en fe frayant des routes inconnues.
- Ceux qui s’occupent de la recherche de la vérité , doivent donc laiffer le peuple de tous les états blafphémer ce qu’il ignore , & continuer d’interroger , avec une opiniâtreté confiante , les oracles de la nature, parce que toutes les con-noiffances font liées entr’elles, qu’elles font autant de chaînons qui peuvent nous aider à parcourir un jour la chaîne des êtres.
- La découverte du clavecin magnétique aurait
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- d’HistoîHe Naturelle. 323 donc toujours quelqu’intérêt, quand elle ne ferait qu’un objet de curiofité, puifque toutes les vérités font précieufes, &. que prefque toujours elles con-duifent à des avantages au moins éloignés , quoique des yeux foibles ne puiffent les entrevoir. Mais ce n’eft pas feulement ce degré d’utilité que le clavecin magnétique peut fournir, il en eft d’autres encore qui fe préfentent aufli-tôt. Tout ce qui eft capable de produire du mouvement dans l’univers, ce qui peut agir fur différens corps, foit immédiatement, foit médiatement, & les mouvoir fans qu’un conta£t vifible foit néceffaire, fans contredit ne peut être indifférent.
- On connoît différentes efpèces de clavecins , le clavecin ordinaire , le clavecin oculaire , 8tié clavecin éleârique. Le premier eft entièrement du reffort de l’acouftique ; le fécond a lait autrefois beaucoup de bruit. Le Père Cajlel, fi fameux par des produirions d’une imagination brillante, compara les fept couleurs aux fept tons de la Mufique.
- L’ordre naturel ou diatonique étoit félon lui :
- -Couleurs. Bleu, verd , jaune , fauve , rouge, violet, gris , bleu.
- Tons. Ut, re, mi, fi,, fil, la,^fi, ut.
- De forte qu’on pouvoir dire en faifant marcher enfemble les couleurs prifmatiques Sc les tons de la Mufique : ut, bleu ; re , verd ; mi, jaune; fa, fauve ; fol, rouge ; la,, violet ; fi , gris ; ut, bleu ; & deux inftrumens qui auraient ainfi marché parallèlement auroient donné une harr X 1
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- monie toute nouvelle , la mélodie des fons cor-
- refpondant à celle des couleurs.
- Ce célèbre Jéfuite ne fe propofoit rien moins que de donner, par l’optique aux fourds, le même plaifir que la Mufique nous fait éprouver. Celle-ci préfentant à notre ame par l’organe de l’ouïe une fuite de rapports fonores, de la mélodie ÔC de l’harmonie, celle-là nous auroit offert une férié de rapports oculaires, des couleurs qui auraient été entr’elles dans les mêmes raifons , proportions & progreffions qu’on remarque dans les fons. On auroit pu jouer en n’employant que des couleurs les mêmes airs qu’on fait entendre fur un clavecin ordinaire : il y auroit eu des fonates pour les yeux, conime il y en a pour les oreilles : l’ame d’un aveugle auroit éprouvé les mêmes jouiffances par les fons , que celle d’un fourd par les yeux ; 6c tous les deux auraient connu la même pièce de Mufique , puifque on auroit pu jouer aux yeux un piano , un andante , un prejlo , un piejlijjimo , comme on les joue aux oreilles.
- Le troifième clavecin dont je viens de parler eft le clavecin éleârique du Père de la Borde. Il con-liftoit en une verge de fer ifolée fur des cordons de foie, portant de timbres de différentes grof-feurs, pour différens tons. Deux timbres à l’u-niffon étoient employés pour un feul ton : l’un fuf-pendu à la verge de fer par un fil d’archal, 6c l’autre par un cordon de foie. Le battant fufpendu à un fil de foie tomboit entre deux , 6cc. en élec-
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- d’Histoire Naturelle. . 325 trifant le lévier, la machine étoit mife en jeu,' chaque touche répondant à fon lévier, 8c chaque lévier à fon timbre.
- Le nouveau clavecin que j’ai imaginé depuis quelque temps eft le clavecin magnétique, d’une conftru&ion bien différente des précédens , 8c dont le principe fur-tout n’a rien de commun avec les autres efpèces de clavecin déjà connues. C’eft fattrçâton magnétique qui eft .le reffort phyfique dont l’activité met en jeu toute la machine •, c’eft elle qui attire, ébranle 8c fait mouvoir des battans de fer fijfpendus en équilibre entre des timbres , tellement choifis 8c difpofés entr’eux , qu’on peut entendre des tons qui aient des rapports connus, Sc des fuites de tons qui forment une mélodie agréable.
- Pour cet effet, il fuflït de preffer des touches qui, faifant baiffer l’extrémité de quelques léviers, élèvent l’autre bout fur lequel eft placé un barreau aimanté , retenu en fituation 8c perpendiculairement par deux tablettes parallèles entr’elles, 8c percées d’autant de trous pour recevoir les barreaux aimantés : l’extrémité fupérieure de chaque barreau s’élevant dans la capacité de chaque timbre cor-refpondant, attire néceffairement le battant qui eft fufpendu au-dehors 8c à côté : cette attraétton force le battant à frapper le timbre 8c à en tirer le fon qui lui eft propre. Si deux timbres doivent donner l’uniffon , la tierce, la quarte, la quinte cm l’o&ave, étant frappés par le mouvement du X3
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- battant, ils feront entendre ces tons, & confé-quemment on pourra jouer des airs différens, c’eft-à-dire, faire entendre à la fois ou fucceflî-vement des fuites de tons qui feront entr’eux dans des rapports déterminés. L’ame des mouvemens qui produiront lesfons dans ce clavecin, le moteur phyfîque étant l’attra&ion magnétique, qui n’avoit point encore été employée à produire cet effet, on aura un clavecin magnétique.
- Entrons dans quelque détail, & rapportons quelques expériences qui peuvent être regardées comme des bàfes & des fondemens certains du clavecin magnétique.
- Un aimant attire un morceau de fer ou d’acier qui en eft à une diftance proportionnée à fa force d'activité : plus elle êft eonfidérable , plus auffi eft grand l’éloignement, auquel la force attra&ive de l'aimant s’exerce. Cette expérience eft très-connue , 8c nullement conteftée. Que le fer préfenté foit ou ne foit pas en équilibre , l’aimant l’attire , jufqu’à ce que là réunion ait lieu.
- On communique très bien à des barreaux d’acier la vertu magnétique ; & cette propriété eft confiante. En Phyfîque, on preferit plufieurs méthodes d’aimanter le fer & l’ucjer.
- L’aCtion de l’aimant s’exerce, ainfi que l’expérience le prouve, malgré l’interpôfition de tous les corps, excepté le fer: ainfi l’attra&ion a lieu, quoiqu’on ait mis entre le corps attirant & le corps attiré de l’or, de l’argent, du- cuivre . ou un
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- D’Histoire Naturelle. w métal quelconque qui ne contienne pas du fer, quoiqu’il y ait entr’eux du verre, des bois, des pierres & autres fubftances animales , végétales ou minérales. Ce font des faits qui forment autant d’expériences inconteftables. Suppofons donc maintenant qu’un timbre de verre ou de cuivre & un battant de fer foient fufpendus l’un près de l’autre, il eft évident qu’un barreau aimanté, qu’on élèvera dans l’intérieur du timbre à la hauteur du battant , attirera celui ci & le fera frapper le timbre, d’où réfultera un Ton, & que cet effet aura toujours lieu , lorfque les diftances ne feront pas trop grandes , mais proportionnelles aux forces attractives. Si deux timbres font à l’uniffon , on entendra le même fon que chacun d’eux fera réfonner j s’ils font propres à donner d’autres accords, tels que l’oâave, la tierce, la quarte ou la quinte , on les entendra former une harmonie régulière , lorfqn’ils réfonneront en même temps, ou une mélodie agréable s’ils fe font entendre fucceffivement. Pouvant ainfi rendre toutes fortes de fons, il fera facile de jouer tous les airs qu’on délirera. Si on a une fuite de timbres diapafonnés & rangés fui-vant l’ordre 8c la fucceffîon des tons naturels diéfés & bémolis, en un mot -, difpofés entr’eux d’une manière analogue à celle des differens inf-trumens de Mulique , il en réfultera un vrai clavecin magnétique.
- La figure première reprélènte un timbre F avec le battant G, fulpendu en I à la corde ou verge
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- H K. Le barreau aimanté CE, ell porté par l'extrémité C du lévier C D , 8c ce lévier, foutenu en A où eft fon axe 8c Ton point 4’appui, peut bafculer, lorfqu’on appuyé le doigt en D : le tout eft fupporté par le pivot B À $ 8c dès qu’on celle cette preflîon , le poids du barreau fait retomber le lévier, & il n’y a plus d’attra&ion.
- On voit dans la figure fécondé que le même barreau aimanté A B , placé horizontalement, peut, lorfqu’il fera élevé en C, D, attirer, en même temps les battans F, E , qui alors frapperont les timbres C D. Pour produire cet effet, il fuffira de faire bailler le bout G du lévier.
- Comme il peut être très - difficile, 8c confé-quemment très-dilpendieux de trouver un grand nombre de timbres d’argent ou même de cuivre ou d’airaîn, qui donnent des tons différens dans des rapports défirés , on peut le fervir de gobelets à pied comme en B, figure 3,8c en choifir un certain nombre qui puiffent donner plufieurs fuites d’oâaves. Pour les accorder plus parfaitement , on peut mettre plus ou moins d’eau dans ceux qui ne rendroient pas juftes les tons qu’on fe propoferoit d’avoir. Alors, en élevant le bout du barreau aimanté C à la hauteur du battant A, on aura le ton qu’on demande.
- La figure 4 répond à la figure 2 , 8c montre que le barreau AB étant placé horizontalement, on peut \ par un feul mouvement en G , élever le barreau jufqu’au niveau des deux battans C, D ,
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- d’Histoire Naturelle. 319 êç tirer en même temps deux tons qui feront à l’uniflon, à l’oôave, ou à la tierce , ou à la quarte, &c., félon que les gobelets à pied feront choifis.
- La difpofition. quon voit dans les figures 2 Sc 4 donneroit à l’inftrument complet des dimen-lîons qui par leur étendue pourroient être êm-barraffantes. Ce n’eft que pour être plus facilement compris qu’on a repréfenté la longueur des barreaux dans une fituation parallèle à la largeur du corps de celui qui joue de l’inftrument \ mais , fi on place les barreaux dans une dire&ion toujours parallèle à l’horizon, & perpendiculaire à la direction des figures 2 & 4, alors la portion de l’inftrument, comprife entre D & C, figure 4 , n’aura, au lieu de toute cette longueur, que la largeur de la planche fur laquelle repofent les gobelets, laquelle peut être feulement égale à l’ua de ceux-ci. Dans ce cas on peut ranger un allez grand nombre de timbres ou de gobelets dans une étendue égale à celle que peuvent parcourir aifément les deux mains, pouç faire bailler les touches D, G , G , G.
- La figure de la planche II repréfente une file ou rangée de timbres dans la diipofition la plus fimple , pour éviter la confiifion } c’eft une fuite de timbres, tels qu’on en voit un dans la figure I, flanche I. On conçoit qu’on peut jouer un air fimple, fi on a une fuite diatonique ou chroma»-que de timbres. Deux planches percées de trous
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- eorrefpondans, 8c éloignées entr’elles , retiennent toujours en fituation perpendiculaire les divers barreaux aimantés.
- On peut, d’après cet arrangement 8c celui de Is figure i ou 4, concevoir une troifième gravure où le même barreau feroit. mouvoir en même temps deux battans qui frappproîent deux timbres propres à donner des accords.
- On obfervera dans la planche fécondé que chaque battant eft plus près de fon timbre que du timbre voifin , afin que dans le retour du battant, après l’attraâion, on n’entende pas un fécond ton.
- Si on fuppofe encore que des timbres 8c des battans foient rangés dans les lignes parallèles entr’elles , mais graduellement plus élevées que la première ligne des timbres 8c des battans de h planche fécondé , on pourra, dans un petit elpace dont la profondeur fera augmentée, avoir un double , un triple , un quadruple rang 8tç. de timbres , s’il y a deux , trois ou quatre de ces lignes. De cette manière il fera facile de placer phdieurs leviers eorrefpondans dans un efpace très-circonfcrit, de telle forte qu’il y ait quelques rangées de touches les unes au-de dus des autres ; & la montre de ce clavecin n’ayant alors pas plus d’étendue que celle des inflrumens ordinaires qui portent ce nom , il fera aifé de jouer de ce clavecin , 8c même de le rendre portatif.
- Lorfque les barreaux aimantés ont beaucoup
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- D’Histoire Nitoelli. jji d’énergie, que leur attraâion eft très-forte , £c que la diftance entre eux & les battans eft plus' petite qu'elle ne pourrait être , il arrive quelquefois qu’après le premier choc & après-l’ofcillation ou la vibration fuivante, il y en a une autre qui pejit encore produire un choc. Afin de l’éteindre , on peut employer une efpèce d’étouffoir ou amor-tilFoir bien (impie. Pour cet effet, entre I Sc le nœud , figure I , on mettra une poulie fur laquelle paffera un petit fil ou cordon attaché par un bout à un point entre A & D , tandis que l'autre extrémité de ce fil fera armée d’un petic morceau d’étoffe avec une baie de plomb pour le lefter. Les chofes étant ainfi , il eft évident que routes les fois qu’on baiffera la bafcule ou lévier en D, on fera monter l’amortiffoir, & le choc aura lieu $ mais dès qu’on ne preffera plus la touche , le poids du barreau faifant agir le lévier en fens contraire, l’amortiffoir defcendra & fe trouvera entre le battant & le timbre} il remontera enfuite, 8t laiffera le jeu libre , au(fi-tôt qu’on preffera de nouveau le bout D.
- J’ai trouve enfuite le moyen de rendre plus précis le mouvement alternatif de montée 8t de défcente de l’amortiffoir, en fixant le fil ou cordon qui paffe fur la poulie , de manière qu’un de fes bouts (bit attaché entre A & D, 8c l’autre bout entre A 8c C, 8t que le morceau d’étoffe foit placé à demeure à la partie correlpondante du cordon entre fe timbre & le battant, lorfque l'extrémité C du lévier eft baiffée.
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- Ce n’eft qu’après plufieurs effais & tentatives, après un grand nombre d’expériences préparatoires , que je fuis venu à bout de conftruire, il y a quelques années, un clavecin magnétique, tel que je l’ai décrit ; 8c j’ai été fatisfait, ainfî que ceux qui l’ont vu, de la première exécution de cet inftrument. Il n’eft pas douteux qu’on ne puiffe encore le Amplifier 8c le perfectionner ; e’eft le fort ordinaire de toutes les inventions.
- Supplément aux divers Mémoires fur l’Elecirc-phore vitré. Par M. Aubert de L'Oratoire, &c.
- BÆalgrê la multitude d’obfervations particulières dont nous avons fortifié les expériences plus ou moins étonnantes de nos divers Mémoires, bous croyons devoir traiter fous un autre point de vue plufieurs articles de notre fyftême qui exigent de nouveaux éclairciffemens. C’eft pour cette raifon que nous préfentons fous tant de faces différentes des vérités auxquelles on n’eft pas encore fuffifam-ment ufagé. Ceux qui connoiffent la critique du dé» fenfeur de AL Minhelers, nous rendront fans doute la juftice , que nous n’avons ni affoibli ni diflimulé aucune des parties de cette critique : au contraire , nous avons prévenu une foule d’objeétiens : nous avons plus ou moins heureufement fatisfait à chacune d’elles, 8c elles nous ont fourni autant d’armes offenfives 8c défenfives contre le Critique.
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- d’Histoire Naturelle. jjJ Ce n’eft pas que nous prétendions avoir coupé racine à tous les doutes que l’efprit eft capable de fe former fur le mécanifme myftérieux de l’éleârophore. On ne doit pas oublier que notre but eft uniquement de prouver que le fyftême qui a paru fi abfurde à notre Critique de Louvain , eft préférable à tout ce qui a encore été écrit là-defius, fans prouver qu’il foit abfolument démontré. Nous aimons à y voir cette fimplicité , cette économie, cette fécondité qu’on admire dans toutes les opérations de la nature qui fe montre fi prodigue des effets & fi avare des caufes.
- i°. Identité parfaite entre le tableau magique & l'élecîropkore vitré. M. lngen-houq reconuoît qu’il n’y a aucune différence entre l’éleâro-phore & la bouteille de Leyde , fi fes deux garnitures ou feulement une de fes garnitures peut s’enlever avec des cordons de foie. Qu’on prenne , eft - il dit dam le Précis des phénomènes éle&riques de M. Sigaud de la Fond, page 586 ; qu’on prenne , ,à la place d’un gâteau réfineux , un morceau de glace préparé comme pour le tableau magique , de façon que fes deux garnitures puiffent être enlevées. Après avoir chargé cette glace au moyen du condu&eur d’une machine éleârique , établiffez une communication métallique entre fes deux garnitures : à l’inftant la glace fera déchargée, & en effet voilà ce qui fe paffe en apparence. Mais fi nous examinons avec plus d’attention ce qui eft arrivé,
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- nous trouverons que la garniture fupérieure a communiqué par la décharge tout le fluide éleârique que le condu&eijr de la machine avoit accumulé fur elle, 8c en outre cetre partie de fon propre fluide éle&rique que le pouvoir répulfif du fluide ! furabondant a communiqué à cette fiirface fupé-rieure du verre : enfuite la furface inférieure a recouvré autant de fluide éle&rique que le verre en avoit perdu, 8c la garniture a en outre acquis i & abforbé cette quantité de furplus ou addition- i nelle, que la furface vitrée négative a tirée du métal même de la garniture fupérieure. Nous changeons ici quelques expreflions qui demandent à être éclaircies ou abrégées, faufau défenfeur de M. Minkelèrs à recourir au texte littéral, s’il nous accufe de Faffoiblir ou de le tronquer.
- Les deux garnitures de la glace , pôurfuit M. Ingen-houtç , étant donc féparées avec art, 8c éloignées du verre ,' la garniture fupérieure , qui étoit dans un état poîitif lorfque le verre étoit chargé , 8c qui étoit prefque dans fon état naturel , lorfqu’aptès la décharge elle eft demeurée en contaâ , doit , étant féparée , donner des Agnes d’éleâricité pofitive. Les garnitures font-elles ap-; pliquées comme auparavant fur le même verre ? on tirera une étincelle pofltive de la garnitute fupérieure , 8c une étincelle négative de la garni-; ture inférieure : que de nouveau on les fépare , la garniture fupérieure fera négative , l’inférieurej fera pofitive , 8c on pourra tirer alternativement;
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- d’Histoire Naturelle. 335 ces étincelles pendant long-temps. En conséquence , l’éleârophore eft dans le fait une bouteille de Leyde, mais d’une forme particulière ; il eft une efpèce de tableau magique chargé, avant qu’on ait touché fes garnitures , & ce neft plus qu’un tableau magique déchargé , après l’attouchement des garnitures.
- Nous ne nous élèverions point contre cet ex-pofé de M. Ingen-houtç , s’il avoir borné la théorie de l’éleârophore à celle du tableau magique , & qu’il ne l’eût pas fait dépendre effen-tiellement du principe chimérique, qui afligne une double ou une triple efpèce d’éleâricité aux conducteurs ploffgés. Nous montrerions feulement que l’éleârophore n’eft pas une bouteille de Leyde d’une forme particulière, mais une bouteille de Leyde dans fon acception la plus rigoureufe ; que l’éleârophore n’eft pas une efpèce de tableau magique chargé avant le contaâ, & une efpèce de tableau magique déchargé , après le contaâ des garnitures; mais un tableau magique fans reftriâion & fans diftinâion quelconque. Nous montrerions que le tableau magique, après là décharge explofive , n’eft déchargé que relativement à la portion extérieure du fluide éleârique qui circule librement, & non relativement à la portion du fluide éleârique qui eft logé intérieurement dans les pores du verre : autrement par quelle vertu occulte ce verre , s’il étoit véritablement déféleârifé , pourroit-U'faire refluer
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- iàns fin une partie de l’éleéfricité d’une de les garnitures, dans fa garniture oppofée? Nous montrerions que les garnitures non-touchées du tableau magique doivent être éleéirifées à la manière de leurs furfaces vitrées correlpondantes. Nous montrerions que chaque attouchement des garnitures du tableau magique ou de l’éleârophore, y oc-cafionne un état neutre d’éleâricité, & que l’enlèvement d’une des garnitures le fouftrait à cet état de neutralité. Nous attribuerions à chaque décharge partielle du tableau magique, l’éleârifation de fes deux garnitures enlevées dans une ordre oppofé à celui des deux éle&ricités rivales qui relient captivées dans les furfaces vitrées atalogues. En un mot , nous ferions voir dans un feul 8t même fluide partagés en deux courants fimultanés, l’un condenfé 8c l’autre raréfié ou vice verfà, une caufe fuffifante & intelligible de tous les phénomènes ’poflibles de l’éleâxophore.
- i°. Moyen de faire étinceler les garnitures d'un éleclrophore fans leur contact mutuel. On ne fau-roit, au rapport du défenfeur de M. Minkelers , faire étinceler le chapeau enlevé d’un éleétro-phore, s’il n’eft touché préalablement, tandis qu’il repofe fur fon gâteau réfineux. Cette propofition, que nous lui avons accordée provifoirement, n’eft pas ftriéfement vraie. En effet-, • t°. après avoir éle&rifé convenablement un gâteau réfineux à garnitures amovibles, enlevez, au moyen de cordons de foie, le gâteau revêtu de fa garniture fupérieure
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- d’Histoire Naturelle. 337 fupérieure feulement , cette garniture quoique non-touchée , étincellera. z°. Rapportez le gâteau fur la garniture inférieure , 8c enlevez la gar-rniture fupérieure feulement, au moyen d’un tube de verre vifle à fon centre, cette garniture non-touchée étincellera. 30. Continuez d’enlever fuccelfive-mcnt ,8c autant de fois qu’il vous plaira, d’abord la garniture fupérieure adhérante au gâteau, puis la garniture fupérieure non-adhérante au gâteau , cette garniture, fans le moindre conta# préalable, étincellera plus ou moins fenfiblement. 40. Retournez le gâteau 8c procédez fur ce gâteau retourné comme fur un gâteau non-retourné : vous trouverez qji’il fe prêtera à la répétition de la même .manœuvre , indépendamment de tout coûts# préalable. Ajoutons, que fi l’étincelle.de la garniture fupérieure adhérente au gâteau non-retourné , venoit à manquer, on feroit alluré de l’obtenir de la part de la garniture fupérieure adhérante au gâteau retourné. Il en feroit de même de la garniture fupérieure féparée du gâteau non.-re-tourné, par rapport à la garniture fupérieure fe* parée du gâteau retourné.
- Explication. Les fuperficies des corps cohibents, une fois frottées, ne laiffent pas d’être abondamment coéle#rifées, pour être touchées 8c maniées à différentes reprifes , par l’intermède même de garnitures parfaitement condu#rices. On ne vient à bout de balancer leur maximum 8c leur minimum éle#riques que partiellement, & après un
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- laps de temps très-eonfidérable. Les corps cohi-bents touchés, à raifon d'une certaine vertu re-tentive , ont non-feulement le privilège de de-.meurer coéle&rifés, quoiqu’on communique mé-talliquement leurs furfaces oppofées idio-électri-qiies ; ils font en outre doués d’un certain état neutre, qui eft caiife que, de quelque manière qu’on applique à leurs furfaces oppofées des matières conduârices ou femi-conductrices , toute, leur aâivité électrique demeure fufpendue. Ne feroit-ce pas pour cela, qu’un globe garni intérieurement de fub fiances conduârices paroît iné-k&rifables ? Que la plus légère humidité empêche ou aftoiblit les effets éleâriques des corps cohi-bents ; qu’un tube de verre perd fa vertu à l’approche de la flamme d’une bougie que l’électricité réuflit à peine pendant les grandes chaleurs, vu les molécules conductrices dont l’air fe trouve chargé. Nous avons dit plus haut que l’interpofl-tion d’une feuille de papier n’eft préjudiciable , qu’autant qu’elle n’eft point enlevée concurremment avec le chapeau j c’eft parce que le corps cohibent électrifé s’opiniâtre efficacement à fon état de neutralifation, & qu’il perfévère dans cet état, jufqu’à ce qu’une de fes fuperficies devienne exactement nue : moyennant cette attention de rendre que une des deux fuperficies du corps cohibent interpofé, on fera étinceler fa garniture fupérieure ou fa garniture inférieure non-touchée , foit qu’elle foit enlevée féparément, foit
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- d’Histoire Naturelle. 339 qu’elle foit enlevée concurremment avec le corps cohibent. D’où il fuit que les garnitures de l’élec-trophorepeuvent étinceler fans leurcontaCt mutuel.'
- 30. NéceJJité de famovibilité des garnitures d'un élecirophore. Le Fontainier qui apprit à Galilée que les pompes afpirantes n’élevoient jamais l’eau au-delfus d’un certain terme , avoit vu ce phénomène toute fa vie , fans en tirer d’autre conféquence, que celle d’aflujettir fôn art à un fait que l’ufage lui avoit montré: enfin l’aétion limitée de la nature fit foupçonner à Toricelli une daufe mécanique à laquelle perfonne n’avoit penfé, & l’horreur du vide difparut pour toujours.' Appliquons cette obfervation «de M. Nollet, au fujet préfent. Les Phyficiens qui nous apprirent l’expérience du tableau magique, nous impofèrent l’obligation d’alfocier à fes deux furfaces vitrées des garnitures métalliques fixes ; ils n’en tirèrent d’autre conféquence, que celle de deux électricités de même efpèce félon les partifans de M« Nollet , & de deux éleâricités de différente ef* pèce félon les Frankliniftes. Or, c’eft précifément la fixité de ces garnitures métalliques , qui a brouillé toutes les idées des électriciens , & qui les a fait tomber dans une foule d’erreurs capitales.
- Les principales font celles-ci. i°. Qu’un tableau magique ceffe d’être éle&riféquand fes garnitures fixes, après l’explofion , fe refufent à toute marque d’éleâricité. x°. Que l’exiftence des deux Y 1
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- éleâricités pofitive & négative, cara&érife exclu-fivement les-furfaces cohibentes du tableau magique. 30. Que la double charge de la bouteille de Leyde eft due à une feule puiflance, plutôt qu’à une double puiflance mécanique , l’une pofitive & l’autre négative. 40. Qu’un éleârophore ifolé eft inéleÔrifable : que le contaét mutuel de fes deux garnitures eft d’une néceflité abfolue que leurs électricités rivales émanent du principe des atmofphères éle&riques. 5°. Que les corps vitrifiés font des fubftances pofitives : que les corps réfîneux font des fubftances négatives. 6°. Que lel-conduéteurs plongés font pourvus de trois efpèces d’éleôricités antagoniftes. L'inamovibilité des garnitures devoir nécefllter ces diverfes erreurs, de la ' part des Frankliniftes. Nous paffons fous filence toutes celles que les feâateurs de M. Nollet fe font efforcés de faire valoir en faveur de leur doôrine. Les uns & les autres n’auroient pas pris le change fur des effets auffi (impies & auffi faciles à démêler que ceux dont il s’agit, s’ils euffent. preflenti les avantages fans nombre qu’ils pou- / voient retirer de L’amovibilité des garnitures du tableau magique, & de l’éleârophore. C’eft à cette amovibilité des garnitures, que nous attachons tout le fruit de nos découvertes : elle feule peut nous révéler le myftère du mécanifme de l’éleéirophore , &. nous empêcher de prendre de faufles apparences , pour des réalités.
- 4°. Efpèce d'électricité des corps femi-cohîhents.
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- d’Histoire Naturelle. 341 Nous rangeons dans cette clafle tous les tifliis quelconques faits de poil , de foie, ou de laine. Ces fortes de corps ne font qu’imparfaitement imperméables. D’une part , ils nous paroiflent contracter une feule efpèce d'éleCtricité , à l’inftar des corps conducteurs : d’une autre part ils partagent avec beaucoup de difficulté leur éle&riciié acquife , à l’inftar des corps cohibents : c’eft pourquoi nous les nommons femi-cohibents. Leur fou-pleffe les rend très-propres à fervir de frottoirs à nos machines, 8c ils ne manquent jamais de produire deux électricités rivales limultanées dans leurs corps cohibents interpofés, 8c frottés fur une feule de leurs fuperficies. Voici comment nous conjeCturons que la chofe arrive. Il eft de principe que l’éleCtrieité de la portion frottante eft toujours contraire à l’éleCtrieité de la portion frottée , 8c vice verfà : indépendamment de la portion frottante 8c de-la portion frottée d’une machine éleCtrique, il faut encor diftinguer fa portion non-frottante 8c la portion non~frottée. Car il y a une a&ion mutuelle 8c réciproque entre la portion frottante 8c la portion frottée : en même-temps il y a une aCtion mutuelle 8c réciproque entre la portion non-frottante 8c la portion non-frottée j c’eft-à-dire entre les fuperficies oppofées du corps frottant 8c du corps frotté.
- Dans l’ufage ordinaire de nos machines , le ré-fervoir commun fe trouve interpole entre leur portion non-frottante 8c leur portion non frottée.
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- C’eft ce qui a fait croire mal à propos que le réservoir commun influoit, comme agent principal, fur TéleCtrifation des corps cohibents , & non comme agent fimplement auxiliaire. D’après cela, fi dans un éleCtrophore la portion frottânte de fon corps femi-cohibent devient négative, la portion frottée de fon corps cohibent doit devenir pofitive. En outre, dans la fuppofition que la portion frottante foit négative, 8c que les corps femi-cohi-bents jouiffent d’une éleâricité de même efpèce , la portion oppofée non-frottante doit être négative : or, cette portion non-frottante, comme négative , éleCtrife négativement la portion non-frot-tée du corps cohibent, à la faveur de fa garniture inférieure 8c du réfervoir commun. On démontre-roit de la même manière, que fi la portion frottante 8t la portion non-frottante du couffin étoient éleCtrifées pofitivement, la portion non-frottée du gâteau ferait pofitive, 8c la portion frottée ferait négative. Tout ce raifonnement eft applicable à la machine éleCtrique, qui n’eft elle-même qu’un éleCtrophore déguifé , à garnitures conductrices qui font fansceffe appliquées 8c enlevées, eu égard aux différentes parties du plateau de verre inter-pofé. Ce raifonnement nous fait toucher au doigt, pourquoi il eft fi néceffaire que la portion non-. frottante de PéleCtrophore, communique par voie plus ou moins conductrice avec la portion non-frottée de fon corps cohibent interpofé. Une telle communication, entre la portion non-frottante
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- d’Histoire Naturelle. 343 la portion non-frottée , eft aufli eflentielle que la communication entre la portion frottante & la portion frottée.
- Au contraire , foit l’hypothèfe que les fuperfi-cies des corps femi-cohibents acquièrent par le frottement deux électricités antagoniftes : ou bien l’oit l’hypothèfe , qu’au lieu de frotter deux corps, l’un femi-cohibent & l’autre cohibent, l’on frotte deux corps cohibents enfemble. Il fera encore tout aufli aifé de comprendre que fi la portion frottante & la portion non-frottante d’un éleâro-phore , deviennent v. g. l’une négative & l’autre pofîtive, il eft poflïble que la portion frottée & la portion non-frottée du corps cohibent interpofé, deviennent pareillement l’une négative & l’autre pofltive, ou qu’elles contraâent deux éleâricités de même nature que celles des deux fuperficies oppofées du frottoir cohibent , avec lefquelles elles communiquent plus immédiatement. Cet autre xaifonnement eft peut-être plus naturel que le précédent: mais il ne s’accorderoir point avec ce principe, que l’éleâricité de la portion frottée eft contraire à celle de la portion frottante ; il feu-droit dire alors que l’éle&ricité de la portion frottée eft contraire , non à celle de la portion frottante , mais à celle de la portion non-frottante. Ç’eft aux gens de l’art à prononcer fur ce nouveau point de méditation que nous offre l’efpèce d’éle&ricité fugitive des frottoirs.
- S9*. Différence des corps conducteurs ù cohi-
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- bens i différence des corps éleçlrifables par frotte-inent & par communication. Un corps n’a jamais les deux propriétés d’être tout-à-la-fois conducteur & cohibent ou réciproquement ^ mais il n’eft pas impoffiblè qu’un corps conduCteur devienne cohibent , 6i qu’up corps cohibent devienne conducteur. Pour cet effet, il faut employer certains procédés , celui entr’autres de faire éprouver dif-férens degrés de chaleur du de froid aux corps’ cohibens ôc conducteurs. La raifon eft eft que la propriété de la chaleur étant de dilater, Sc la propriété: du froid étant de refferrer les pores , il eft naturel de penfer qu’un corps conduCteur dont les pores font trop grands pouf pouvoir être imperméable , deviendra cohibent par un degré de froid'confidérable. De même un corps cohibent dont-les pores font trop-refferrés pour pouvoir être, perméable deviendra-conduâeur par un fort degré de chaleur. Ceux qui feront curieux ..de fe fatisfaire 'fur cet article , nont ,qu’à confulter l’Hiftoire de l’EleCtricité , par M. Priejlley, tome II , page 4, 6c particulièrement le Mémoire de M. Athard y fur la différence des corps conducteurs 6c cohibens ; Journal de Phyf. 1780 , Fév.
- La différence des corps éle&rifables par frottement 6ç par communication , n.e parqît pas plus effentielle que celle des corps conducteurs & cohibens. Car toutes, fortes de' plaques de métal ifoiées 6c frottées. s’éleCtrifent, On ne fauroit en douter 9 d’après les expériences de. MNl.Herbert
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- ^Histoire Naturelle. 34$ & tiemmer. Non-feulement les métaux font élec-trifables par frottement, mais les animaux eux-mêmes nous préfentept le même phénomène: quune perfonne, par exemple, placée fur un ifoloir, paffe 8c repalfe fes mains contre une pelifle étendue fur une table , elle fe trouvera fenlïble-ment éleârifée. Quelques Savans ne voient dans cette expérience qu’un fait connu'depuis longtemps ; favoir, que le frottement produit une éleâricitê dans la peliffe, 8c que cette éleâricité fe communique à la perfonne qui frotte. C’eft ainfi que le plateau de verre d’une machine , en s’éleârifmt , occafione une éleâricité dans les couIHns 8c le bâti, s’ils font ifolés. Ils concluent de là que I’éleâricité des conducteurs ifolés 8c frottés ou frottâns , eft moins une éleâricitê produite, qu’une éleâricité communiquée, Quoique cette opinion foit très-conforme à nos principes, nous préférons de croire qu’il règne une aétion mutuelle 8c réciproque entre tout corps frotté , 8c tout corps frottant*, en forte qu’ils font l’un 8c l’autre également fbllicités à s’éleârifer, tant que dure le frottement. L’éleâricité des conducteurs aâuellement frottés, à l’inftaf des corps cohibens actuellement frottâns, ou vice verfâ - peuvent donc être réputés pour une éleâricitê en même temps produite & communiquée. Mais û tous les corps, fans exception, font éleôrifables par frottement, ils ne le font ni de la même manière m au meme
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- L’éleârifabilité des corps cohibens frottés, eft plutôt une coéleârifabilité qui emporte une rupture d’équilibre incalculable : l’éleârifabilité des corps conduâeurs frottés, eft une Ample élec-trifàbilité qui emporte , proportion gardée , une rupture d’équilibre très-bornée. Cette dernière confédération nous porte à rétraâer ingénuement ce que nous avons dit fur le parti avantageux qu’il ferait poffible de tirer des expériences en grand , qui font la matière de notre Mémoire , intitulé : Machine électrique à fubjlance conductrice frottée.
- 6°. Supériorité de la voie de percuffion fur la voie de fimple frottement. La chaleur , le froid, le frottement, les fecouffes , la percuffion & la communication font autant de moyens particuliers de condenfer & de raréfier le fluide éleâriqüe naturellement répandu dans tous les corps quelconques. C’eft par les ^alternatives de la chaleur 8t du froid que l’atmofphère eft dans un état habituel dTéleâricité muette. C’eft par le froid joint à Faâion de l’éleâricité atmofphérique que les vapeurs aqueufes, dépouillées de leur matière ignée, s’attachent, aux vitres des fenêtres, s’y accumulent , & y deflînent des herborifàtions &: autres figures fans nombre que notre pantographe ou photographe éleâriqüe réfineux imite au naturel. C’eft par des fecouftes répétées que le chocolat nouvellement- fabriqué devient éleâriqüe. N’en ferait-il pas de même du fiicre concaffé dont la lumière éft fifemblable à celle'dés larmes bata-
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- viques & des baromètres lumineux ? C’eft par le frottement que tous les corps, foit cohibents , foie conducteurs, s’éle&rifent d’une manière plus ou moins apparente : nous en difons autant de la pereuflion & de la communication. Parmi tous ces moyens, egalement propres à rompre l’é-. quilibre du fluide éle&rique , il n’en eft point de comparable à celui de la pereuflion & encore .moins à celui de la communication.
- A propos de notre phytographe éle&rique réfi-neux, nous citerons en paflant une note curieufe qu’on lit dans les priricipes d’éle&ricité de Milord Mahon, page zii. S. E. M. le Prince de Gal-litiin, Envoyé extraordinaire dé S. M. I. de toutes les Ruflies à la Haye , a imaginé une .'•belle expérience pour nous manifefter l’éle&ricité pofîtive & négative. Voyez le troifième volume des Mémoires de l’Académie Impériale & Royale de Bruxelles} Journal de fes féances, page 14. » On y voit clairement, par les traces que l’a&ion éle&rique lailfe fur la poudre de réfine répandue fur un carreau de verre , &c., que l’éleâricité pofitive fe répand au* dehors en rayons , 8c marque exa&ement fa route par des lignes divergentes qu’elle trace fur la poudre , pendant que la négative fe condenfe en quelque façon par un mouvement contraire de la circonférence au centre , qu’on voit marqué parmi ladite poudre, & qu’elle laifle entièrement à la ronde fans rayons ». Avant d’avoir connoiflance de l’ouvrage de Milord
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- Mahon, nous avions eu le projet d’enduire un carreau de verre d’une couche de vernis noir, ÔC de le faupoudrer avec quelque pouffière paffée au tamis. Nous efpérions par - là produire fur le verre , comme fur la réfine , des herborifations fembla-bles à celles dont nos vitres font tapiffées en hyver. Mais nous avons négligé cette expérience , faute de loifir. On fait que la glace, la grêle , la neige , les diiférens fels 8t les végétations chimiques ont une certaine difpofition à s’arranger fymétrique-tnent. La vertu attraâive & répulfive du fluide él'e&rique n’influeroit-efle pas fur la caufe de tous ces phénomènes ?
- La grande fragilité du verre nous a fait employer dans le principe la voie de fimplç frottement. Nous reconnûmes bien-tôt que tel frottoir, qui convenoit pour bien éleftrifer un plan réfineux, n’opéroit pas le même effet fur un carreau de verre. C’eft pourquoi nous difons dans notre premier Mémoire qu’afin de détruire ou d'affaiblir la vertu éle&riqtte d’un verre frotté, il ftiffit de faire ufage d’une peau à poils à la place d’un corps métallique. Cette affertion, quoique vraie, quand il eft queftion de la voie de Jîmple frottement, eft fauffe, quand il eft queftion de la voie de percujffïon. Car un paquet de lifières de gros drap, par voie de percujjîon , coéleétrife un gâteau réfineux aufli efficacement que la meilleure queue de renard ; mais par voie de Jîmple frotte-ment, l’éleâricité ou coéleâricitéeft très-peu
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- d’H is.ToiRE Naturelle. 34^ fénfible : de même, quelque temps qn’on frotte avec un morceau d’étoffe de laine un carreau de verre inéleétrifé, il contra&e à peiné quelque éle&ricité. Bien plus , éleârifez fortement un carreau avec un frottoir métallique ; enfuite frot> tez-le par voie ordinaire avec un morceau de laine ou avec une peau à poils , toute fa vertu , précédemment acquife , s’évanouit ou diminue confidérablement. Au contraire, qu’on prenne un morceau d’étoffe mince , ( tel qu’un morceau d’étamine ), d’un pied & demi de longueur , & d’un demi-pied de largeur ; qu’on coupe ce morceau en plufieurs bandes d’un demi-pouce de largeur, & de douze à quatorze pouces de lon-geur j enfin qu’on frappe pendant quelques minutes avec ce morceau d’étoffe un carreau de verre encadré & placé horizontalement ftfr une garniture métallique , il fe côéleârifera aufîi vi-goureufement qu’un gâteau réfineux frappé avec une queue de renard ou aVec un paquet de li-fières de gros drap.
- Il nous a encore paru conftamment qu’un carreau de verre frotté tour-à-tour par voie de fîmple frottement avec la couverture dorée d’un livre relié en marroquin , & par voie de pércufc lion avec un morceau d’étoffe de laine découpée en'plufieurs bandes, produifoit le plus grand effet poflible. Nous remarquerons également que le frottement le plus rude n’eft pas toujours celui qui a le meilleur fuccès. Tantôt il vaut mieux
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- 35o -Journal frotter ou frapper légèrement ; tantôt il convient d’appuyer un peu fort} tantôt c’eft. par la durée du frottement, tantôt c’eft par un frottement en plufieurs fens contraires, accompagné de la voie de communication & de divers degrés de chaleur, préparatoire , qu’on vient à bout de coéleârifer toute efpèce de verre. Nous bornerons là nos réflexions fur le bon ou mauvais fervice des frot--toirs, & fur le choix de ceux qui doivent contribuer avec plus d’efficacité à l’éleârifation des corps cohibents. C’eft de toutes les recherches éleâri-, ques, celle qui a été la plus négligée, & fur laquelle nous n’avons encore que des,notions très-fuperficielles. *
- Un gros cylindre de verre de longueur arbitraire , mu circulairement & frappé par des.frottoirs multipliés, nous fournirait vraifemblablement des effets fort fupérieurs à ceux de nos plateaux de verre, éleftrifés par voie de fimple frottement. Dans ce cas il ne s’agiroit que d’établir à demeure & à quelques lignes près , fous le cylindre de verre , ( ou encore mieux fous un cylindre de ré-fjne) , un autre cylindre de métal rigoureufement ifolé & garni de pointes, ou furmonté d’une lame'tranchante. Une des boules de ce cylindre de métal feroit traverfée par un grand cercle de cuivre , qui communiquerait avec un apparat ou équipage de condu&eurs fufpendus à des cordons de foie. La machine à fubjlance conductrice frottéef que nous avons propofée dans un de nos Mémoi-
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- d’Histoire Naturelle. 351 res, feroit encor plus facile à exécuter. Tout Fap-pareil fe réduirait uniquement à un cylindre de métal bien poli, qui feroit mu circulairement par une perfonne ifolée , & qui feroit frappé à coups redoublés par plufieurs autres personnes non-ifo-lées, armées de frottoirs convenables j bien entendu qu’on adopterait fixement deux montures de cuivre au haut des piliers de verre, entre lesquels les pivots du cylindre de rfiétal tourneraient. Un anneau viffé à ces montures communiquerait avec tel autre équipage des condu&eurs mobiles qu’on jugerait à propos.-
- Quelque degré de perfe&ion qu’on donne aux machines à plateau 8c à globe par voie de fimple frottement, elles pécheront toujours, foit du côté de leurs montants qui ne peuvent jamais être affez éloignés l’un de l’autre , foit du côté de leur portion frottante 81 dé leur portion frottée , qui recèlent des éleâricités rivales. Pour obvier à cet inconvénient, on fait en forte que les couflitts, au lieu d’occuper toute l’étendue du verre, n’em-braffent que fes zones extrêmes. Bien des Phyfî-ciens ignorent la véritable caufe de cette pratique qui eft que fi les couffins répondoient à la longueur du diamètre de la glace, leur éleâricité feroit de différente elpèce, 8c Ce neutraliferoit. Il eft donc indifpenfable d’éloigner les couffins de toute la portion vitrée qui avoifine l’axe fur lequel la glace fe meut ; mais plus cet éloignement eft confidé-rable , plus on diminue le nombre de zones
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- frottées, & le furplus de la furface du verre der meure en pure perte. Au moyen de notre machine à cylindre foit vitré foi.t réfineux , par voie de percuffion , on remédierait à ces défauts , étant bien évident que fa portion frottée & fa portion frottante feraient à une grande diftance l’une de l’autre, avantage qu’on doit rechercher par-deifus toutes chofes.
- Êleclrophore animal. En conféquence de l’ex-pofé des expériences de MM. Symmer & Cygna, nous avons établi que les tifliis de foie, de laine, de poils quelconques, étant des fubftances cohi-bentes ou femi-cohibentes, dévoient fournir autant d’éleûrophores particuliers. Depuis , nous avons découvert que plufieurs bas de foie ou de filofelle nouvellement tirés de la jambe , puis étendus fur une garniture métallique inférieure à la fuite les uns des autres , St frappés avec une queue de renard, faifoient étinceller, pendant un certain temps, une garniture métallique fupérieure alternativement touchée 5t enlevée. Si ces bas n’ont pas été portés quelque temps fur la jambe**, l’expérience communément ne réuflit point. Quoique les étincelles de cet éleéhophore foyeux foient trop foibles, pour juger fi fes furfaces oppofées jouiflentde deux, éleâricités de;même ou de différente efpèce, elles ne laifîent pas de rendre plus que plaufibles les obfervations que.nous avons hazardées fur les expériences de MM. Symmer St Cygna, tombées en quelque forte dans l’oubli.
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- Nous n’expliquerons pas comment la feule chaleur animale éle&rife la foie. C’eft un fait que tout bas de foie & même de laine, porté quelque temps fur la jambe, 8t tiré hors de la jambe, contraire la vertu éle&rique, ce qui û reconnoît à ce qu’il attire vifiblement les boulettes d’un électromètre à fils de lirt : en cet état, la voie de per-cufiîon devient fuffifante pour faire.agir le bas inter-pofé, en fa qualité d’éleârophore : il n’en eft pas de même d’un bas nullement aidé par un degré de chaleur préparatoire.
- Rappelôns-nous ici la génération de l’éleâri-cité' fpontanée, produite par la liquéfaction des fubftances réfineufes qu’on laiffe refroidir, après les avoir verfées dans des vafes métalliques : rappelons-nous les lignes d’eleâricitfé des corps qu’on fait pàlfer de l’état de folides ou de liquides, à celui des vapeurs : rappelons-nous nos végétations chymiques , nos criftallifations lalines , & les faerborifations de nos éle&ophores fàupoudrés Ç herborifations qui imitent fi parfaitement- celles qui fe forment fur nos vitres , par un froid rigoureux : nous en conclurons avec une forte de vrai-femblance, que les divers degrés de chaleur, les divers degrés de froid, que les alternatives de la chaleur & du froid, ou réciproquement, équivalent à une efpèce de frottement invijible, qui joue un joie non moins important fur le changement d’équilibre du fluide électrique, que le frottement le plus vifibie. Mais ce que nous voyons s’efiè&uer
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- en petit entre nos mains, ne doit-il pas s’opérer en grand dans la nature , 8t être une image grof-fière de la manière dont notre atmofphère eft entretenue dans un état d’éleâricité habituelle ?
- L’éle&rifabilité d’un bas de foie , notamment fi fes mailles font peu ferrées, eft beaucoup plus marquée que celle d’un bas de laineJPour en être convaincu , gardez des bas de foie 8t de laine fur la jambe aufli lông-temps l’un que l’autre : après Je s avoir tirés hors de la jambe, empoignez de la main gauche le bas dè foie par fon pied : laif-fez-le pendre librement : prenez de l’autre main une pointe entre le pouce 8c l’index : frottez très-brufquement toute la longueur du bas de foie entre le doigt index 8c le doigt du milieu , en tirant le bas verticalement : la pointe fuivra à proportion , & manifeftera dans l’obfcurité des étincelles ou des aigrettes fans fin qui pétilleront avec bruit. Après quoi effayez de frotter ainfi le bas de •laine entre le doigt index & le doigt du milieu , les étincelles de la pointe feront en comparaifon bien moindres. Effayez pareillement de frotter ainfi des bas de foie & de laine nullement préparés par la chaleur animale, vous n’obtiendrez rien ou prefque rien, quelque forte que foit la friéfion de votre doigt index & de votre doigt du milieu; Il eft à propos d’être prévenu que par les expériences que nous avons faites fur les bas, nous n'y avons excité jufqu’à préfent, qu’une vertu fort éloignée de répondre à tout ce que M. Symmer
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- d’Histoire Naturelle. 355 nous raconte là-deflus. Nous l'attribuons foit à notre mal-adreffe dans une carrière encore toute nouvelle pour nous , foit au défaut de frottoirs X d’appareils plus convenables, foit à ce qu’il n’eîfc pas donné à tout le monde d’être pourvu facultés éleâriques aufli fenfibles 8c aufli énergiques, que celles que la nature accorde à certaines per-fonnes.
- On trouve configné dans l'ileclricité du corps humain , par M. l’Abbé Bertkolon, une foule d’exemples de lumière fpontanée animale , qu’on apperçoit fur la tête des enfans , des hommes , fur la crinière des chevaux, fur le dos des bœufs , des chats , des lapins , 8c des autres animaux à poils. Les papiers publics de 1777 font mention d’un jeuhe homme, qui en fe frottant avec la main produifoit fur fon corps des traînées d’une vive lumière. M. d'Amblay nous apprend à cette occa-fion que , depuis plus de 3 5 ans, fon corps avoit la même propriété que" celui de ce jeune homme, & qu’il avoit cru jufqu’alors que c’étoit une chofe commune à toute l’efpèce humaine. Une nuit d’hiver, ajoute-t-il , que j’ôrois mon habit pour prendre une robe de chambre , 8C que je retirais mon bras de la manche , mes yeux furent frappés d’une clarté fùbite 5 j’étandis cette manche fur mon bras : je la frottai avec l’autre main libre : il il en fortit autant de. petites étincelles que l’on en tire de deflus le dos d’un chat : plus la friétion augmentoit , plus leur quantité augmentoit. Il
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- n’afpartient qffà de telles perfonnes naturellement électriques, de vérifier fi les tiffus de foie, de laine ou de poils, portés fur leurs corps, approchés du feu, frdttés à coup redoublés, & inter-pofés entre des garnitures métalliques, agiffent véritablement en qualité d’éle&rophore,, à la manière des fubftances réfineufes 8t yitreufes.
- On peut claffer le verre , la tourmaline, 8cc. dans le règne minéral : on peut claffer la réfine, le fuecin, le foufre, &c. dans le règne végétal : on peut claffer les tiffus de foie, de laine , de poils, Ôte. dans le règne animal. De là en dernière analyfe trois efpèces d’éle&rophores , l’élec-trophore minéral, l’éleftrophore végétal, & l’élec-trophore animal. Nous ne parlons point des élec-trophores vivans , tels que la torpille, l’anguille de furinam : &c. ils ne font pas plus diftingués de l’éleârophore animal, que la bouteille de Leyde dans notre fyftème n’eft diftinguée de notre élec-éle&rophore vitré. Qui ignore que M. Mollet a obtenu la commotion, en frottant un chat vivant, & en le tenant ifolé fur une étoffe de foie ? Le-Père Gordon Ce glorifie d’avoir tranfmis l'éleâri-cité de cet animal à travers des chaînes de fer, au bout defquelles il allumoit.de l’efprit de vin. Des effets de cette nature feroient peut-être plus communs, fi on frottoit un chat par voie de per-euffion, & qu’on eût foin de le tenir fur un parfait ifoloir, ou que tout fût ifolé, jufqu’à la personne qui frappe. Le frottement de la main nue a
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- Finconvénient d’emporter la fphère d’aâivité extérieure , d’où dépend, félon nous, tout le fuçcès de la commotion douloureufe , & il reftreint les réfultats éleâriques à leur fphère d’aâivité intérieure.
- Le défenfeur de M. Minhelers a promis à les leâeurs de leur donner la véritable clef du condensateur de M. Volt a. €et inftrument ne revien-droit-il pas à notre éleârophore ou femi-éleâro-phore foyeux? En général , tout corps parfaitement ou imparfaitement cohibent, éleârifé par quelque voie que ce foit, qui abandonne & re-' tient fuffifarament d’éleâricité , chaque fois qu’on le touche ( fût-il toute autre chofe que du verre ou de la réfine ) doit remplir les fonâions d’élec-trophore. Quand on eft parvenu par la chaleur animale à imprégner plufieurs bas de foie d’une vertu éleârique convenable, on les approche du feu : cela fait, on les étend fur une garniture métallique inférieure : on les couvre , fi l’on veut y d’un mouchoir de foie : on les frappe rudement avec une queue de renard : on applique deffus -une garniture métallique fupérieure, & après le con-taâ des deux garnitures, on enlève la garniture fupérieure. Alors une pointe préfentée à cette garniture offre difttnâement un point lumineux , Sc line pointe préfentée par cette même garniture offre une aigrette. Si on frappe de nouveau les bas ci-deffus mentionnés, pendant qu’ils repo-fent fur leur garniture inférieure, & qu’on les en-
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- lève par les extrémités, conjointement avec leur garniture fupérieure feulement, cette garniture étincellera. Si on frappe un bas de foie, & qu’ôn l’éîoigne fubitement de fa garniture inférieure fous un angle plus ou moins aigu, une pointe préfen-tée fuccefîî/ement aux deux furfaces oppofées de ce bas, fera briller de très-belles aigrettes. Tout ceci doit s’entendre des bas noirs & nun des bas blancs de foie : la dïSîèur animale éleârife ceux-là négativement , & ceux-Cî ^x>iitivemenr. Il eft probable qu’ils font en eux-mêmes éleftrifables à volonté , comme le verre & la réline. Nous nous renfermons dans ce petit nombre de confi-dérations fur la concordance de l’éleôrophore foyeux avec les éle&rophores vitrés & réfineux , afin de donner oçcafion à d’autres plus ingénieux & plus patiens que nous, de les juftifier par des expériences plus en grand.
- 'Errata , relatif à quelques Mémoires du même Auteur.
- Numéro I, pag. 18 , lig. 13 , life^, la portion frottée du verre. Ibid, Pag. 20, lig. 2 , life\, entre deux paranthèfes la phrafe, nous entendons parla &c. , & qui finit par cette exprejjion incorrecte. Pag. 20 , lig. 7 , lifei, fulpendue. Pag. 23 , lig. 9 , Ufer . CEpinus. Pag. 27 , lig. 4 , life\, vaporisation. Pag. 31, lig. 12, lifeq, entre deux paranthèfes la phrafe , parmi les bouteilles, & qui finit par 9 de l'air inflammable.
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- d’Histoire Naturelle. 359 Numéro VII, pag. 419 , iig. 2 , la même étincelle , lifeç, la moindre étincelle.
- Numéro IX, pag. 28, lig. 6, li/èf, de deux. Pag. 3 r, lig. 6, du corps, lifei, du corps frotté. Pag. 31, lig. 14, fis deux, lifeç, ces deux. Pag. 32 , dernière ligne, retréciflent, lifei, fé rétrécit lent. Pag. 3 6,1.13, du corps frotté, life%, du corps frottant. Pag. 37 , lig. 7, fe chargeront , Ufii, fe chargeront & fe chargeront en fens inverfe.
- Nous renvoyons à notre élecliophore à garniture éleclrométrique de ce Journal, la correction de plufieurs fautes effentielles, que contient notre éleârophore à garniture électrométrique, imprimé dans l’efprit des Journaux du mois de Juillet 1788.
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- Obserfatioss fur la ville de Pounah en Afie, données par M. Brunei, citoyen de Béliers.
- La vérité de l’Hiftoire eft fouvent obfcurcie par le défaut de connoiflances exaétes des pays éloignés. La navigation offre des renfeignemens certains fur le giffement des côtes, des ifles & des continens ; mais l'intérieur des terres, bien moins fréquenté, eft livré à 'des obfervations vagues , infuffifantes & quelquefois infidelles. Celles qui fuivent ne doivent pas être rangées dans cette dafTe ; elles méritent toute croyance ? elles .ont été faites, avec l’attention la plus fcrupuleufe, par un habile Ingénieur , M. de Malavois, actuellement Commandant aux ifles de Seychelles.
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- Pounah, capitale des états des Marattes , eft le féjour ordinaire du Chef qui réunit fous fesj ordres la meilleure cavalerie de l’Empire Mogol & de l’Indoftan. Cette ville eft fituée par dix-huit degrés vingt-quatre minutes de latitude méridionale , & par foixante-dix degrés cinquante-cinq minutes de longitude orientale, du méridien de Paris , & déterminé par des obfervations aftro-nomiques.
- La ville de Pounah eft bâtie dans une plaine environnée de montagnes qui font partie de la chaîne des grandes Gates fur la côte du Malabar. Elle eft diftante de 185 lieues & demie de Pondichéry , de 22 lieues de la mer, 8c à deux journées de Bombay. La mefure ordinaire des chemins dans l’Inde, que l’on nomme Coffe, eft de 2500 pas géométriques : les Coffes font ici réduites en lieues communes de 2282 toifes,à 25 lieues par degré.
- Pour parvenir à des obfervations fatisfaifantes, on s’eft fervi d’un Baromètre de Magny , fur lequel on diftingue les douzièmes de lignes au moyen d’un vernier. La hauteur de la colonne a été évaluée à compter du niveau du mercure.
- Ce Baromètre étant chargé à froid, & autant dégagé d’air qu’il eft poffible par cette méthode, il réfulte des obfervations; faites pendant deux mois, que Pounah eft élevé d’environ 400 toifes au-deffus du niveau de la mer, 8t que plufieurs montagnes voifines ont plus de 400 toifes au-deffus de la plaine.
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- Le Therniomètre qui a fervi aux obfervations, eft de Nairne, & fait avec la plus grande précaution.
- La déclinaifon de l’aiguille aimantée a été trouvée de douze minutes trente fécondés N : O : par une méridiennè.
- Il feroit à délirer de trouver dans les relations des voyageurs , non-feulement les points géographiques des lieux qu’ils décrivent bien déterminés, mais encore des obfervations météorologiques dont on reconnoît aujourd’hui la grande utilité.
- Êletricité Médicale.
- U» Meûnier occupé à piquer la meule de fon moulin, éprouva un fâcheux accident 5 unév parcelle d’acier qui jaillit s’accrocha précifément dans la prunelle de l’œiL On ne put réuffir à l’enlever par le moyen d’un inftrument, ni par celui de l’aimant. M. Boy veau, Médecin, imagina d’élec-trifer cette perfonne. « J’approchai, dit-il , le bout du doigt de l’œil malade , je tirai pluiieurs étincelles qui excitèrent beaucoup de larmes 5 un moment après je répétai mon opération avec une baguette de fer bien pointue ,8c à très peu de dif-, tance de la prunelle, à la cinquième ou fixième étincelle, le fuccès fut complet \ je vis avec le plus grand plaifir la particule d’acier tombée dans
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- le grand canthus, ou angle interne de l’œil, & au bout de quatre à cinq jours il fut guéri en Raffinant feulement la partie malade avec trois parties d’eau de fontaine , fur une partie d’eau vulnéraire. Quelque temps après , un femblable accident arriva à un des amis de ce Meûnier ; j’employai le même procédé & j’eus le même fûccès : un troiiième, il y a environ deux mois, vint encore me trouver 5 mais la , particule d’acier qui l’avoit bleffé à la partie inférieure de l’iris êtoit plus éminente, & à la fécondé ou troiiième étincelle elle fiit déplacée ». Le Meûnier dont on a dfebord parlé avoit éprouvé auparavant im pareil accident qui lui avoit fait perdre un œil.
- Le déplacement de la parcelle de fer doit être attribué au mouvement du fluide éleétrique, qui tendait à fe répandre dans le réfervoir commun en entrant dans la baguette de fer, peut-être à fe légère commotion qu’éprouve l’œil à la fortie dé Fétincelle qui oblige la prunelle aie contracter ; les larmes mêmes qui fe répandent en. quantité par l’extrême fenfibilité ' dont cet organe eft fîifeeptible , oritpu encore aider la lortie de ce corps étranger.
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