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De l'influence des expositions universelles, sur l'enseignement des arts du dessin : conférences de l'Union centrale des beaux-arts appliqués à l'industrie
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- L’ENSEIGNEMENT DU DESSIN
- AUX
- XPOSITIONS
- NIYERSELLES
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- DE L’UNION CENTRALE DES BEÀUX-AI
- APPLIQUÉS A L’INDUSTRIE ^ ^
- jDE L’INFLUENCE
- EXPOSITIONS UNIVERSELLES
- L-ENSEIGNEMENT
- ARTS DU DESSIN
- PAU
- M. J. B. RAUBER
- Membre de la Commission Ministérielle déléguée à l’Exposition do Philadelphie (Vendredi, 8 Mars 1878)
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- CNAM. BIBLIOTHEQUE CENTRALE
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- 1 7501 00211665 3 PARIS
- IMPRIMERIE E. R I N U Y 41 , BUE D A V Y, 41.
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- Mesdames, Messieurs,
- « f)
- Je dois vous paraître bien audacieux d’oser monter à une tribune d’où des savants autorisés et des Membres de l’Institut vous ont parlé, pendant plus de deux mois, au nom de VUnion Centrale des Beaux-Arts, des plus hautes questions esthétiques.
- Ma témérité vous semblera d’autant plus grande qu’après avoir entendu ces maîtres dans l’art de bien dire, vous allez assister, non pas môme à une conférence, mais à une simple lecture.
- Les lectures publiques, si suivies en Angleterre et aux Etats-Unis, ne sont pas encore entrées dans nos mœurs ; cependant, il faut bien que nous nous résignions à les adopter, si nous voulons que les hommes animés de la passion du bien, mais qui reculeraient devant les difficultés d’une improvisation , puissent exposer publiquement leurs pensées et contribuer ainsi, autant qu’il est en eux, au développement de l’éducation nationale.
- D’ailleurs, ce qui importe, ce n’est pas la manière dont les vérités sont dites, mais l’expression même de ces vérités.
- Sous l’empire de ce sentiment, et avec la
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- conviction que votre bienveillante indul- 1 gence m'est acquise d’avance, je viens donc remplir la tâche' que l’Union Centrale des Beaux-Arts m’a fait l’honneur de me confier.
- J’ai à vous parler de YInfluence des Expositions Universelles sur VEnseignement du dessin.
- Les Expositions universelles sont, sans contredit, la manifestation la plus élevée des aspirations des peuples modernes, et quand, en 1851, l’Angleterre ‘ ouvrit la première Exposition internationale, elle substituait en fait les œuvres bienfaisantes de la paix aux fléaux mortels de la guerre.
- Les trois branches de l’activité humaine : l’Agriculture, l’Industrie et le Commerce, fécondées par les sciences qui conçoivent, par les arts qui embellissent et par les lettres qui vulgarisent, s’y donnent rendez-vous pour témoigner de la puissance productive des nations et des aspirations de concorde et de fraternité des peuples !
- Voyez les matières brutes dans leur simplicité primitive ; mais voyez aussi, à côté, les choses utiles et admirables que ! l’homme en a su tirer. :
- La houille n’a pas été pour lui seulement j une source de chaleur: il en a obtenu le i gaz, qui fait succéder le jour au jour ; des i! couleurs qui donnent aux tissus les plus vifs jj éclats, et, encore, de puissants moyens .3 thérapeutiques. !i
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- Le minerai de fer s’est transformé, sous sa main, en instruments de travail, et, aussi en puissantes machines, multipliant ses forces à l’infini ou le transportant avec une rapidité vertigineuse d’un point à un autre, sur la mer comme sur la terre.
- Les minerais de souffre et de zinc lui ont permis de créer cette force merveilleuse, l’électricité, qui, plus rapide encore que la vapeur, transmet instantanément sa pensée à travers l’espace.
- Mais qu’est-il besoin, pour rappeler ces conquêtes civilisatrices, de porter nos regards si haut ? Voici le sable devenu cristal ; la pierre, le fer et le bronze réduits en feuilles, fleurs, fruits, festons et guirlandes, l’argile qui joue et qui danse ; le marbre qui pleure et qui rit ; le bois et le cuivre qui chantent ; la matière inerte qui vit ; c’est-à-dire des merveilles dont la moindre témoigne d’une puissance créatrice véritablement inouïe !
- Or, lorsque les expositions nous offrent le spectacle depareils progrès, comment pourri rions-nous continuer à croire que le travail lÿ ne finira pas par rapprocher les peuples, et les rendre .solidaires les uns des autres, pour en faire comme une seule et même nation 1
- Toute Exposition universelle est, par elle-
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- même, comme un panorama historique où l’humanité tout entière, depuis l’âge des cavernes et des stations lacustres, jusqu’à celui où nous vivons, vient dérouler les différentes phases de son existence et témoigner comment, dans tous les temps, l’homme a su tirer parti de la terre, de l’eau et de l’air pour améliorer son existence et embellir son séjour.
- Les Expositions universelles sont donc de véritables champs d’étude pour le savant, le manufacturier et l’ouvrier, ainsi que pour l’artiste, le pédagogue, l’historien et l’homme d’Etat, qui, quelle que soit la somme de leur savoir, ne sauraient trop observer ni trop comparer.
- Il ne pourrait être indifférent, vous le comprenez, de constater la puissance productive de chaque peuple, les progrès réalisés par chacun d’eux et les efforts qu’ils ont faits, en particulier, pour conserver ou pour acquérir la prépondérance dans les diverses branches du travail humain.
- Mais ces études comparatives, dignes de tenter le talent et le patriotisme de tous, seront faites à leur heure, devant vous, alors que l’Exposition universelle qui se prépare au Champ-de-Mars, enfin ouverte, sera venue attester au monde que, même démembrée, notre chère Patrie s’impose
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- toujours au respect comme à l’admiration de tous.
- Maintenant, que j’ai ainsi défini l’importance des Expositions universelles au point de vue de l’influence qu’elles ont sur le progrès en général, j’entre dans mon sujet, c’est-à-dire dans l’examen de l’influence qu’elles ont eue jusqu’à ce jour sur l’enseignement du dessin.
- Notre étude, quoique rétrospective, a une importance incontestable, puisque, en nous révélant les progrès de cet enseignement à l’étranger, elle nous donnera une idée vraie des efforts que nous avons à faire pour maintenir dans le domaine des arts la supériorité séculaire de la France.
- Il y a eu déjà six Expositions universelles.
- La lre a eu lieu à Londres, en 1851 ; la seconde à Paris, en 1855; la troisième à Londres, en 1862 ; la quatrième à Paris, en 1867 ; la cinquième à Vienne, en 1873 ; et la sixième et dernière à Philadelphie, en 1876.
- La septième allant s’ouvrir à Paris, on voit que les peuples modernes ont leurs jeux olympiques, je veux dire leur fête internationale, à peu près tous les trois ans.
- La première des Expositions universelles est due aune initiative privée.
- Il en est toujours ainsi, du reste, pour toutes les choses vraiment grandes.
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- C’est la Société Anglaise des Arts qui, sous l’active impulsion de son président, le prince Albert, a eu l’immortel honneur de cette initiative.
- L’Exposition de 1851 appela, de toutes les parties du Monde, 13,938 exposants, et elle présenta, pendant plus de six mois, aux regards de plus de 6 millions de visiteurs, des objets industriels d’une valeur de près de 50 millions de francs.
- Librement dirigée, on ne saurait trop le répéter, la hardie entreprise se solda avec un bénéfice de 4,650,000 francs, qui fut d’ail'eurs entièrement employé à l’éducation artistique du pays.
- L’Exposition de Londres, en révélant la supériorité de la France dans les arts appliqués b l’industrie, inspira et elle devait inspirer aux différentes nations exposantes le désir de lui disputer cette supériorité, et de relever, par suite, chez elles, l’enseignement auquel elles attribuaient avec raison notre prééminence.
- L’Angleterre, en particulier, n’épargna ni efforts ni sacrifices pour nous égaler dans l’art d’appliquer le beau à l’utile, et, avec l’ardeur et la persévérance qu’elle met à la poursuite du but qu’elle se propose, elle entreprit d’établir le nouvel enseignement sur toute la surface de son territoire.
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- Une section, prise dans le Conseil royal de l’Instruction publique, fut formée sous le nom d'Art département, pour répandre spécialement l’enseignement du dessin, et, bientôt , tout un système d’études était arrêté : le Kensington muséum, réunissant les chefs-d’œuvre de l’industrie, fut créé ; on établit une Ecole normale pour former des maîtres ; des Ecoles d’art se trouvèrent ouvertes ; enfin, le dessin fut introduit jusque dans l’Ecole primaire.
- Ce n’est pas tout, l’Art département agit par des expositions, des fonds de subvention, l’inspecüon des écoles, des concours, la propagation des bonnes méthodes, des bons modèles, la délivrance de certificats d’aptitude et de brevets gradués.
- Comme on le pense bien, de tels efforts ne devaient pas rester stériles. Dès 1862, on comptait déjà, dans le Royaume-Uni, 90 écoles spéciales de dessin, avec un effectif de 91,836 élèves, et, quelques années après, en même temps que le nombre de ces écoles s’était notablement accru, ainsi que le chiffre de son personnel scolaire, le sentiment des belles formes, le goût des choses élégantes s’y trouvaient considérablement développés.
- Aujourd’hui, grâce à l’impulsion de l'Art département, il existe un art industriel
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- anglais, et cet art a devant lui un avenir assuré !
- C’est donc de la première Exposition universelle que partit le mouvement en faveur du développement de l’enseignement du dessin et de son introduction dans l’enseignement primaire.
- A Paris s’ouvrait, en 1855, la deuxième Exposition universelle, et l’enseignement» qui n'avait pas été admis à la première, ne figurait pas davantage à celle-ci ; les livres et les dessins ne s’y trouvaient que comme produits industriels, et si l’on y remarquait quelques objets de classe, collections ou matériel, ce n’était guère qu’à titre d’exception.
- Toutefois, les instruments du travail intellectuel avaient pris place à côté de ceux du travail manuel, et faisaient heureusement pressentir que bientôt l’Ecole même planterait son drapeau civilisateur au milieu de tous les objet d’art et d’utilité qu’offrent aux yeux ces splendides fêtes d l’intelligence et du progrès 1
- A l’Angleterre encore revient la noble pensée de réserver, au milieu des richesses de l’industrie et des splendeurs des Arts, une place spéciale à l’instruction publique, et nous ne pouvons que nous associer à M. Flandrin, lorsque, rendant hommage à l’initiative intelligente de nos voisins, il
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- complète l’éloge qu’il leur adresse, en disant:
- « Il nous semble que la 29a classe, celle ûo l’éducation, s’élève à côté des autres pour ^ur imprimer un cachet de haute moralité, rappeler aux peuples et aux gouvernements cette utile vérité que le système ^éducation d’une nation importe encore Phs à sa puissance et à ses destinées que s°n système d’économie social®.»
- Nous sommes enfin en 1862, et pour première fois, les objets relatifs à renseignement vont figurera un concours général ^es produits de l’Industrie.
- En 1854, une Exposition scolaire nationale avait eu lieu à Londres, et de cette ^position était sorti le grand musée artis-ttque et scientifique connu sous le nom Kensington muséum.
- Ainsi, instruite par l’expérience, l’Angle-terre avait pu se former une idée suffisante, SlIlon nette, de ce que doit être une expo-SlÜon scolaire ; c’est pourquoi, dès qu’il fut gestion de l’Exposition internationale de elle arrêta sans hésiter un programme j ^ invita toutes les nations à concourir à sa COlhplète exécution.
- Ee programme, qui embrassait l’ensei-1 Snernent à tous les degrés, depuis les salles j^asüe jusqu’aux universités, faisait une 1 place aux travaux personnels des i e^ves, à la seule condition d'être certifiés
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- non-seulement par le maître, mais encore par les autorités compétentes.
- C’était déjà un grand pas de fait.
- Que l’appel adressé aux écoles fût entendu et, on peut hardiment l’affirmer, leur influence sur la destinée des peuples devenait prépondérante.
- Quoiqu’il en soit, voici dans quelle mesure chaque nation se trouva représentée à la suite de cet appel dans la classe relative à l’enseignement du dessin, la classe 89, la seule dont nous ayons à nous occuper ici.
- La Prusse et les autres Etats du Zollverein y furent représentés par quelques publications géographiques, des jouets considérés comme moyens d’instruction ou d’éducation physique, et de nombreuses collections de dessins, plutôt mercantiles que méthodiques.
- La Bavière y envoya la collection de dessins publiée, de 1851 à 1862, par son association pour le développement de l’industrie.
- Le Wurtemberg y figura par des modèles en plâtre d’une excellente gradation, propres à l’enseignement du dessin d’après nature et, particulièrement, du dessin d’ornement.
- La Belgique, elle, avait une Exposition remarquable.
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- Par arrêté du 26 novembre 1859, un Conseil de perfectionnement était formé pour l’ense ignement du dessin. Ce conseil, et avec l’approbation du gouvernement, rassemblait et soumettait, en 1860, à un Jury les concours des diverses Académies du Royaume. En même temps quelques-uns de ses membres visitaient extraordinairement ces académies et les écoles de dessin, Pour constater si les modèles employés répondaient aux besoins de chaque localité et, surtout, aux conditions essentielles d’un bon enseignement. Enfin, en 1861, ce même Conseil adoptait un plan d’études appelé à servir de guide, tout à la fois, aux établissements d’enseignement et à l’administration centrale
- La Belgique était entrée hardiment, comme on le voit, à la suite de l'Angleterre, dans la voie des progrès artistiques.
- Il n’est donc pas étonnant que, dès 1862, elle figure à une Exposition avec des modèles de dessin à l'usage des écoles primaires, modèles laissant certes à désirer, mais qui témoignent tous d’un bon vouloir remarquable.
- Quant aux autres nations, à l’exception de l’Angleterre et de la France, dont nous allons parler, si elles brillaient dans les autres classes de l’Exposition par des produits exceptionnels, dans la classe 89
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- elles s’étaient complètement abstenues, soit qu'elles n’eussent pas encore compris l’importance tout exceptionnelle de cette classe, soit que le temps leur eût manqué pour y figurer dignement.
- L’Angleterre, naturellement, avait une Exposition scolaire plus étendne et plus complète que celle de chacune des autres nations, et, cependant, contrairement au programme qu’elle avait elle-même tracé, elle n’exposa guère que des modèles et, par exception, que quelques travaux délèves faisant connaître les méthodes et les cours suivis.
- Où étaient les dessins des élèves de ses écoles primaires, de ses écoles d'art et, encore, de son école centrale ? La France seule devait répondre en partie à ce programme.
- Est-ce à dire, toutefois, que les modèles et les travaux exposés ne méritaient pas d’arrêter l’attention? M. Rappet, jugeant les uns et les autres et constatant les résultats obtenus, s’exprime ainsi :
- « II serait déplacé d’attendre d’un enseignement qui est encore au début, les progrès qu’il peut avoir faits dans des pays où il est pratiqué depuis longtemps ; cependant, en voyant l’exposition anglaise, on doit reconnaître, dès à présent, que l’Angleterre
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- a largement mis à profit l’expérience des autres peuples.
- « En voyant les résultats de ces efforts, et tout en remarquant ce qu’ils laissent à désirer, il est impossible de se dissimuler qu’une lutte sérieuse se prépare pour la France de ce côté, et qu’en s’endormant dans une trompeuse sécurité, notre pays risquerait de perdre la supériorité à laquelle de nombreuses branches de son industrie doivent leur importance et leur éclat. »
- Après avoir ainsi jugé l’enseignement du dessin dans les écoles d’Angleterre, M. Rappet parle de nos écoles.
- Il regrette qu’on n’ait pas fait plus d’efforts pour répandre dans les écoles primaires les notions géométriques, qui sont le fondement de tout enseignement rationnel du dessin, et dont la connaissance trouve son application dans la plupart des industries ;
- 11 réclame hautement son introduction dans les écoles du premier âge ;
- Enfin, s’occupant des méthodes exposées, il constate, et, ici, nous lui laissons la parole, que :
- « Le Jury a vu avec intérêt se multiplier les cours élémentaires de dessin, propres à servir à l’enseignement dans les écoles primaires; cependant, les méthodes ne sont pas aussi progressives quelles pourraient
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- l’être ; il y en a peu qui soient véritablement graduées et qui conduisent l’élève, par une succession régulière des difficultés, des figures élémentaires aux objets plus compliqués.-»
- 11 me reste à comparer l’enseignement du dessin artistique dans les écoles des deux pays.
- Les écoles de dessin de la Ville de Paris, dirigées par MM. Lequien, père et fils, et par M. Levasseur, avaient envoyé des travaux très-remarquables et hautement appréciés.
- Les autres écoles subventionnées s’étaient abstenues.
- Mettant en parallèle les travaux des écoles anglaises et françaises, M. Charles Robert, Secrétaire général du Ministère de l’Instruction publique, a cru pouvoir porter le jugement suivant :
- u Nous n’hésitons pas à dire que la comparaison établie entre les travaux de nos élèves et ceux de South Kensington nous paraît favorable à la France.
- « Les modèles adoptés en Angleterre sont excellents, l’enseignement y est parfaitement organisé, les ressources sont en quelque sorte illimitées, et les dessinateurs de South Kensington montrent par des prodiges ce que peut l’énergie personnelle stimulée par des encouragements de toute sorte;
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- mais leurs efforts consciencieux, dont on peut suivre la trace dans des copies mathématiquement exactes, scrupuleusement poin-tillées, et dans des compositions encore maladroites, perdent leur valeur à côté des dessins larges et hardis de nos ouvriers.
- (t Par l’arrangement et l’équilibre des masses, par le sacrifice intelligent du détail minutieux, parle sentiment vrai de la ligne, de la forme et de la valeur relative des tons, ces derniers semblent avoir deviné ou compris les lois fondamentales de l’art.»
- Après avoir rendu à nos compatriotes ce témoignage flatteur, M. Charles Bobert signale avec insistance les progrès remarquables de leurs concurrents.
- « Pour aller au-devant d’un danger qui pourrait devenir sérieux, dit-il, il faut épurer, fortifier, généraliser l’enseignement du dessin et répandre, partout, les bons modèles.»
- Et, en conséquence, il demande que les écoles de dessin soient soumises en France, comme en Angleterre et en Belgique, à des inspections régulières, et, de plus, que l’enseignement du dessin soit introduit dans nos écoles primaires, sans exception.
- Nous ne saurions que nous associer à ces deux demandes, qui se complètent Tune par l’autre.
- L’enseignement du dessin dans les écoles
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- primaires donnera à nos écoles spéciales des élèves prêts à suivre leurs cours, et l’inspection régulière de ces écoles nous sera une garantie que leurs cours répondent aussi bien à nos besoins techniques qu’à nos besoins artistiques.
- Maintenant, et pour en finir avec l’Exposition de 1862, qu’il nous soit permis de citer une page de M. Mérimée, sur cette même exposition. Il affirme avec plus de force et, surtout, avec une autorité supérieure à la nôtre, que nous ne conserverons désormais notre suprématie industrielle, comme notre suprématie artistique, qu’à la condition de généraliser l’enseignement du dessin et de rendre cet enseignement obligatoire.
- M. Mérimée a donc écrit à propos de cette exposition :
- « Depuis 1851, des progrès immenses ont eu lieu dans toute l’Europe, et bien que nous ne soyons pas demeurés stationnaires, nous ne pouvons nous dissimuler que l’avance que nous avions prise a diminué, qu’elle tend même à s’effacer.
- te Au milieu des succès obtenus par nos fabricants, c’est un devoir pour nous de leur rappeler qu’une défaite est possible, qu’elle serait même à prévoir dans un avenir peu éloigné si, dès à présent, nous ne faisions pas tous nos efforts pour conserver
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- une supériorité qu’on ne garde qu’à la condition de se perfectionner sans cesse.
- «L’industrie anglaise, en particulier, très-arriérée au point de vue de l’art à l’exposition de 1851, a fait depuis 10 ans des progrès prodigieux, et si elle continuait à marcher du môme pas, nous pourrions être bientôt dépassés)).
- M. Mérimée regrette vivement que le gouvernement, dont l’initiative a toujours en France une importance décisive, ne se préoccupe pas assez de protéger et d’encourager l’alliance de l’art avec toutes les branches de l’industrie.
- Aussi, et afin de parer à une situation si menaçante, il propose de porter des réformes radicales dans l’enseignement supérieur des beaux-arts, persuadé que, de là, elles descendront à tous les niveaux.
- Se demandant ensuite si l’enseignement des beaux-arts est, chez nous, ce qu’il devrait être, il répond sans hésiter par la négative.
- « Il n’est point, dit-il, tel que l’exigent la grandeur du pays, les dispositions du peuple, les besoins de l’industrie.
- « De tous les côtés, on demande des réformes dans l’enseignement de l’école des beaux-arts de Paris et dans celle de Rome. On ne nie point qu’elles ne soient nécessaires, mais jusqu’à présent personne
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- mis la main à l’ouvrage, et les abus ont subsisté.
- « Notre école, il faut bien le dire, n’encourage pas les novateurs. Elle craint un peu les tentatives hardies ; on l’accuse même de se complaire dans la routine. A la vérité, elle admet dans son sein les artistes les plus distingués, mais elle ne les crée point, et elle les absorbe plutôt qu’elle ne les prend pour chefs. Elle cède de temps en temps à l’opinion, mais, en général, elle lui résiste.
- « En un mot, elle manque complètement d’initiative,
- « Les élèves qui se forment dans son sein ne sont pas longtemps à reconnaître qu’ils risquent de déplaire à leurs juges en s’abandonnant à leurs propres inspirations. Tout naturellement, et pour réussir sûrement, ils s’appliquent à se conformer en tout aux vues et au goût de leurs maîtres. Il en résulte qu’un style convenu, entièrement dépourvu d’originalité, passe pour le moyen le plus sûr d’obtenir des succès dans les concours ; et comme la limite d’âge à laquelle on peut se présenter dans ces concours est très-étendue, il arrive qu’avec les dispositions naturelles les plus faibles, mais avec de l’assiduité et de la patience, un élève médiocre finit par obtenir par la persévérance le prix qui devrait être réservé au talent seul.
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- « Si l’on examine les ouvrages des élèves de l’Ecole et ceux des Pensionnaires de Rome, on y remarquera une fâcheuse uniformité dans la conception aussi bien que dans l’exécution. On pourrait les attribuer tous à la même main.
- « N’y a-t-il pas là la preuve d’un vice capital dans l’enseignement? «
- Cette exécution impitoyable a-t-elle du moins porté ses fruits ? Et les réformes, implorées depuis 1862, sont-elles du moins réalisées en 1878 ? C’est ce que la prochaine Exposition nous apprendra.
- En résumé, on voit que, dès 1862, M. Rappet, au nom de l’enseignement primaire, M. Charles Robert, au nom de l’enseignement des cours supérieurs de dessin, et M. Mérimée, au nom de l’enseignement des beaux-arts crient à l’unanimité : réforme ! réforme !
- A ces voix autorisées, nous aurions pu joindre celle de M. le général Morin, réclamant, au nom du Conservatoire des Arts et Métiers, des réformes dans l’enseignement du dessin industriel ?
- Jetons, à présent, un rapide coup d’œil sur la quatrième Exposition qui eut lieu, comme je l’ai déjà dit, à Paris, en 1867.
- A cette Exposition, et pour la première fois, une part fut réellement faite à l’ensei-
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- gnement, en général, et à l’enseignement du dessin, en particulier.
- Enfin, on allait pouvoir comparer sérieusement les méthodes et, aussi, les ouvrages à l’usage de l’enseignement chez les peuples exposants.
- Une commission, composée des hommes les plus compétents et présidée par M. Charles Robert, fut chargé d’apprécier comparativement les produits scolaires exposés, tant au Ministère de l’Instruction publique qu’au Palais du Champ-de-Mars.
- MV1. Henri Dufresne et Sébastien Cornu, membres de l’Institut, et M. Brongniard, inspecteur des Ecoles de dessin, se trouvèrent chargés du rapport sur l’enseignement du dessin.
- Organes de la commission, les honorables rapporteurs durent constater avec un douloureux regret que, jusqu’à ces derniers temps, en France, cet enseignement avait été abandonné pour ainsi dire à lui-même.
- « Jusqu’ici, ont-ils dit, se fiant à un passé d’honneur, aux grands exemples et à cette initiative personnelle qu’on a regardée à tort, suivant nous, comme suffisante dans l'art, on avait beaucoup laissé, en France, les choses aller seules. *
- Et, après avoir démontré que l’enseignement premier du dessin est responsable du goût public dans l’avenir, ils exposèrent
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- non point avec ce patriotisme étroit et funeste qui veut tout trouver parfait chez soi, mais avec le langage hardi d’hommes qui veulentpréparer l’avenir, les conditions auxquelles cet enseignement devra se soumettre s’il veut conquérir enfin la place honorable qui lui appartient dans la vie nationale.
- «Les résultats présents, disent-ils, quand il s’agit du dessin linéaire, graphique, de reproduction de machines, sont très-satisfaisants partout; quand il s’agit d’ornementation, au contraire, les modèles et l'enseignement sont également défectueux, et tout ce qui touche à la figure, au dessin d'imitation est plus triste encore. »
- Puis ils ajoutent;
- « Si l’on excepte les écoles de Paris et de quelques grandes villes, trois écoles normales et un petit nombre d’écoles laïques ou congréganistes, les spécimens, les travaux scolaires que nous avons eus dans les mains et que vous pouvez apprécier, montrent combien une réformeprompte serait utile.
- «Dans les Ecoles normales, dans les Lycées impériaux, c’est-à-dire pour la classe appelée à diriger, à former, à élever les autres, les études de dessin nous ont paru de beaucoup inférieures à celles que peut donner une école d'ouvriers de la Ville de Paris. »
- Et plus loin, enfin :
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- « A nos yeux, si l’on lient compte des exceptions signalées, le temps consacré au dessin d’imitation est presque complètement perdu.»
- Pour les rapporteurs, comme pour la commission au nom de laquelle ils parlent, les causes de cet état de choses seraient les suivantes :
- 1° Les modèles défectueux ;
- 2e Le petit nombre et l’insuffisance des professeurs ;
- 3° Le peu de temps consacré à cet enseignement ;
- 4° Enfin, l’affaiblissement du sens moral, révélé par certains indices regrettables.
- Mais la France n’avait pas été seule à exposer dans la classe de l’enseignement du dessin; l’Angleterre, l’Autriche, leDane-marck, la Davière et le Wurtemberg avaient aussi envoyé leurs méthodes d’enseignement et les ouvrages de leurs élèves ; or, voici en quels termes la môme commission apprécie, par l’organe de son rapporteur, M. Cornu, leurs expositions :
- « A l’Exposition universelle , diverses méthodes d’enseignement du dessin sont exposées par différentes nations, avec les résultats obtenus par chacune d’elles.
- « Ces méthodes sont rationnelles.
- «Casées, pour le dessin linéaire, sur la
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- géométrie, démontrées pour la plupart au moyen de figures en relief, elles ont pour elles l’exactitude mathématique.
- «Quant aux méthodes pour l’enseignement du dessin d'imitation, elles s’appuient sur des principes et des moyens de démonstration généralement bons et ingénieux dans leur mode d’application. »
- Et elle dit en outre, parlant des travaux mêmes des élèves:
- «Lesdessins de figure géométrique, de machines, d’architecture, etc., sont plus satisfaisants, quelle que soit la nation à laquelle ils appartiennent, que les copies de figures, fleurs et ornements des différentes classes de dessin d’imitation.
- «On peut attribuer cette infériorité relative aux modèles défectueux quant au goût et à la forme, et aussi à certaine négligence d’enseignement. »
- Nécessairement, la commission à tiré une conclusion de ces deux rapports ; mais qu’est-il besoin que nous la reproduisions ? Hélas! il n’est que trop évident qu’en 1867 encore tout manquait, chez nous, à l’enseignement du dessin : direction, personnel, méthodes, modèles, etc., et qu’une réforme complète devait être opérée dans cette branche importante de l'instruction publique. L’étranger, au contraire, suppléant par un enseignement rationnel au goût et à fins-
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- tinct innés chez les Français, avait obtenu des résultats remarquables , sinon égaux à ceux que nous exposions.
- Nous restions encore les premiers ; mais nous avions désormais des rivaux !
- Nous voici arrivés à l’année 1873, et la France, quoique encore saignante de la guerre de 1870-1871, loin de déserter la lutte pacifique que lui offre l’Exposition de Vienne, va s’y présenter avec un éclat que ses vainqueurs d’un jour lui envieront.
- Voyons quelle y est son attitude.
- « Ici, dit M. Buisson, dans son remarquable rapport sur cette exposition, ici tout est grandiose; on n’avait ni ménagé l’espace, ni épargné les frais d'installation; la distribution matérielle et la classification des objets attestaient des visées encyclopédiques.... l’exposition, au lieu d’être une collection d’objets scolaires était conçue comme devant présenter, pour ainsi dire, le bilan intellectuel des Sociétés »
- Ensuite, après avoir constaté, avec le général Morin et avec M. Mérimée, les «.efforts surhumains » faits par l’Angleterre dans les vingt dernières années pour s’assurer l’enseignement du dessin, M. Buisson continue :
- « Presque en même temps que l’Angleterre, d’autres pays, éclairés aussi par les expositions universelles, prenaient avec autant de vigueur des mesures analogues pour
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- hâter le développement de l'enseignement professionnel du dessin ; bientôt, l’Allemagne, l’Autriche, la Russie, la Belgique, l’Italie rivalisèrent d’efforts, multiplièrent les fondations, ouvrirent des écoles, des cours, des musées correspondant à tous les degrés de culture, à toutes les spécialités de préparation esthétique et technique, «L’enseignement du dessin fut rendu obligatoire, même pour l'école primaire, dans plusieurs de ces États, notamment en Bavière, dans le Wurtemberg dans le Grand Luché de Bade, en Prusse, en Autriche, en Hollande, en Suède, dans le Danemarck et dans plusieurs cantons Suisses. »
- Ces « efforts surhumains, » cet ensemble d’institutions devaient produire partout les meilleurs résultats; aussi, le dessin était-il, à l’Exposition de Vienne, de toutes les branches de l’enseignement primaire, celle qui répondait le mieux à son programme, si bien ordonné d’ailleurs.
- Enfin, jugeant les méthodes, l’enseignement et les résultats obtenus, M. Buisson dit que le dessin est enseigné méthodiquement dans un grand nombre d’États,et que, généralement, es écoles normales des deux sexes ont résolument substitué le dessin scolaire au dessin d’agrément, le dessin pratiquement utile à ces dessins d’apparat vignettes, figures, paysages, aussi ridicules
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- que futiles, plus propres à produire de l’effet qu’à former l’œil, la main, le jugement et le goût.
- Et en même temps, tout en constatant la place considérable que le dessin occupe dans la méthode Pestalozzi et Frœbel, il fait remarquer que, dans les pays ou cette méthode est appliquée, le dessin commence avec ou même avant la lecture et l’écriture, et que, dans ces pays aussi, il est fructueusement enseigné à tous les élèves de la classe et non à une tête d’élite seulement, comme cela a lieu dans les écoles où on l’enseigne sans principes.
- Quant à la France, si, grâce à son génie naturel, l’Exposition des écoles spéciales de dessin imposait autant par sa supériorité artistique que par sa richesse et sa variété, ainsi qu’à dû le reconnaître le rapporteur autrichien, il n’en était plus de même des travaux des écoles primaires.
- « Il faut convenir, dit M. Buisson, que dans cette partie de notre Exposition tout n’était pas bon ; nos juges et nos rivaux ont répété les avertissements que les hommes les plus éminents de notre pays ne cessent de nous donner depuis quelques années: l’enseignement primaire du dessin n’a pas encore acquis dans nos écoles le caractère méthodique et la valeur d’une discipline régulière; il manque de principes, suit trop
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- souvent le hasard des circonstances, des inspirations ou des préférences du maître ; même dans les écoles normales, il est absolument nécessaire qu’un programme rigoureux, un bon choix de modèles, une sévère gradation d’études rationnelles, viennent régler, avec plus de précision, la marche du professeur et diriger dans un meilleur esprit l’éducation artistique des élèves. l' ^
- On ne pouvait, certes, mieux dire. ' ~ lV 'ST;
- 7 \r- v Mais, quelles conclusions devons-noiiv';
- tirer de cette sorte de revue rétrospective ?
- De la première Exposition universelle en 1851, partit bien évidemment le grand mouvement qui devait propager, en moins d’un quart de siècle, les arts du dessin dans la plus grande partie du monde.
- Les Expositions qui la suivent nous montrent les nations rivales de la France rendant successivement obligatoire, dans leurs écoles, l’enseignement du dessin, tandis qu’elles composent des méthodes si rigoureusement graduées que cet enseignement, introduit dans les asiles, peut mener logiquement l’enfant à la lecture et à l’écriture.
- Ces mêmes Expositions permettent de constater que l’Angleterre, la Belgique, l’Allemagne, l’Autriche, la Russie, l’Italie, la Suisse ne cessent de faire des efforts et des sacrifices pour acquérir la prépondérance dans le domaine des arts, et que les
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- industries de quelques-uns de ces pays, grâce à ces sacrifices et à ces efforts, ont acquis une perfection qui a fait jeter le cri d’alarme aux hommes préposés, en France, à la direction des Beaux-Arts.
- Oui, alors que chez nous, nous continuions à considérer le dessin comme un art d’agrément, accessible seulement à une infime minorité, que nous négligions de l’inscrire au nombre des matières obligatoires de l’enseignement, ces pays, mieux inspirés, allaient de l’avant et menaçaient, par suite, notre suprématie artistique.
- Les avertissements, ce: tes, ne nous ont pas fait défaut.
- M. Le Comte de Laborde, en 1851, M. Charles Robert et M. Mérimée, en 1862 ; M. Marguerin et M. Mothéré, en 18(54; M. Henri Dufresne et M. Cornu, en 1867, sans compter les hommes compétents qui, en dehors de ces autorités, ont cru pouvoir nous donner de pressants avertissements, tous ont fait ressortir l’impérieuse nécessité où nous nous trouvions d’imprimer de bas en haut, de l’asile au lycée, une impulsion puissante aux arts du dessin, si nous ne voulions pas que la prospérité nationale se trouvât définitivement compromise.
- Une situation aussi inquiétante engage, certes, bien des responsabilités; mais, les coupables ne nous échappent-ils pas ?
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- Les Ministres de l’instruction publique se succèdent avec une rapidité telle qu’ils n’ont que le temps d’entrevoir le mal qu’il faut réparer! (14 du 17 juillet 1869 au 15 décembre 1877).
- Quant aux hommes chargés plus particulièrement de la direction de notre éducation artistique, que peuvent-ils contre ce même mal ?
- Privés des ressources nécessaires aux améliorations reconnues urgentes ; peu secondés par l’action publique, moins encore par l’action privée, ils ne pouvaient que jeter le cri d’alarme, et c’est ce qu’ils ont fait dans toutes les circonstances où ils ont eu à parler de la destinée des arts en France !
- Dernièrement encore, à la cérémonie des récompenses de Y Union Centrale des Beaux-Arts,, M.le directeur des Beaux-Arts, pariant après M. le Ministre de l’Instruction publique, faisait entendre ces nobles paroles :
- « Messieurs, a dit M. le marquis de Ghe-nevières, nous avons pu longtemps, endormis dans notre quiète vanité, laisser prendre aux nations qui nous entourent une avance bien périlleuse dans toutes les questions d’enseignement et de propagation des méthodes et des modèles ; et nous ne nous sommes aperçus de cette avance prise sur ftous qu’à l’heure où, menacés de toutes Parts dans ce qui faisait jadis notre incon-
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- testable renommée, nous allions nous trouver à la fois sans maîtres et sans apprentis. Ne soyons ni bassement envieux, ni sottement orgueilleux. Admirons et imitons ces voisins qui ont étudié et grandi durant notre sommeil. Ils nous ont emprunté parfois nos plus habiles artistes, et ils ont bien fait ; faisons bien à notre tour en leur empruntant les institutions sensées qu’ils ont créées pour la transformation et l’élévation de leur industrie.
- a Désormais, tant qu’il manquera à la France une de ces institutions qu’ont organisées avec leur patriotisme pratique, soit l’Angleterre, soit la Belgique, soit l’Allemagne, honni soit celui d’entre nous qui se reposera avant d’en avoir transplanté le plant, la bouture ou la greffe sur le terroir sacré de notro cher pays. »
- Mais si, jusqu’à ce jour, nous n’avons pas fait ce que nous aurions dû pour conserver notre suprématie artistique, s’en-1 suit-il que nous n’ayons qu’à nous croiser les bras et qu’à nous déclarer vaincus ?
- Que nos légilasteurs,qui viennent, en une seule fois, d’élever le budget de l’instruction publique de U millions, dotent aussi libéralement le département des Beaux-Arts ; que les académies de Paris et de la Province, ainsi que les associations particulières apportent à ce département leur concours.;
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- que M. le Ministre, s’en rapportant au dévouement des modestes instituteurs primaires, prescrive l’obligation de l’enseignement du dessin dans nos écoles communales, et, bientôt « le plant, la bouture ou la greffe, aura poussé sur le terroir sacré de notre cher pays I »
- Il n’y a plus à hésiter ; le patriotisme pratique de l’Angleterre, de la Belgique et de l’Allemagne est là, et il faut qu’il nous serve d’exemple, sinon de guide ! Pour le résultat, nous n’avons pas à nous en préoccuper, si nous en jugeons par les Etats-Unis où, en moins de quelques années, l’enseignement du dessin a été établi, avec un plein succès, à tous les dégrés de l’instruction publique.
- Avant 1870, en Amérique, l’enseignement du dessin n’existait pas ou n’existait que de nom. Considéré comme art d’agrément et, par suite, comme une superfluité propre tout au plus à alléger les ennuis des gens désœuvrés , il était complètement exclu du programme des écoles et n’était enseigné que dans les meilleures institutions privées.
- Le Massachussets, qui est comme l’avant-garde de ce grand Pays dans toutes les choses de l’éducation publique, n’avait, de 1827 à 1836, que deux Iligh School où les élèves amateurs pouvaient recevoir cet enseignement.
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- En 1836, il fut rendu obligatoire pour tous les élèves de ces deux écoles. En 1853, deux ans après l’exposition de Londres , Horace Mann , frappé des efforts que faisait l’Angleterre pour propager le dessin dans ses écoles, en introduisit l’enseignement dans les grammar School ; mais comme on manquait partout de métho -des, de modèles etde professeurs, on n’obtint que des résultats insignifiants. « L’ignorance en cette matière, dit un rapport, n’était égalée que par l’indifférence qu'on y montrait. Si un professeur essayait d’établir un cours de dessin, il se voyait réprimandé par le Comité et blâmé par les autres professeurs. »
- On finit cependant par attacher des professeurs spéciaux aux Iligh School précitées et aux Écoles normales. Mais, comme le dessin n’inspirait « qu’une indifférence générale »; que les élèves, les parents et les professeurs étaient opposés à un enseignement qui n’avait, fi leurs yeux, aucune utilité pratique, et que, d’un autre côté, les Comités refusaient les fonds nécessaires à rachat de modèles et au payement des professeurs, les efforts restèrent à peu près stériles. Cependant, les promoteurs du mouvement ne perdirent point courage, et ils obtinrent, par une conduite aussi prudente qu’habile, que le dessin serait enseigné sur les ardoises dans les Trimary School. <c Mais dit le Surintendant,
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- quand je fis, en 1854, ma première visite officielle dans ces écoles, l’emploi d’une ardoise pour n’importe quel usage était une exception phénoménale, et je ne pus découvrir une ligne de dessin. »
- M. Bartholomey prépara, vers 1860, des cahiers de dessin, qui furent adoptés dans les Grammar School, et, à partir de ce moment, on eut une méthode bien graduée La tâche du Maître fut simplifiée, le travail de l’élève plus facile et les progrès mieux marqués et plus visibles.
- Peu à peu, et avec le temps, l’opposition des parents, des professeurs et des Comités se relâcha.
- Dans le nouveau programme de 1864, le dessin fut rendu obligatoire; des appareils et des livres, qui n’étaient pas dépourvus de mérite, furent acquis pour les primary et les grammar School ; enfin, les appointements des professeurs furent augmentés.
- Ce fut pour les pionniers de la première heure uae bien grande satisfaction de voir le dessin monter de plus en plus dans la faveur publique.
- M. Bartholomey, professeur à la Iligh School de filles et à Y Ecole normale, propagea avec une ardeur toujours plus vive l’enseignement nouveau; il ouvrit des conférences, exposa les avantages du dessin, ceux
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- de sa méthode et finit par avoir un assez grand nombre d’adeptes.
- Le moment était désormais venu où une association pouvait se former et agir avec utilité.
- Cette association se constitua en 1870 et commença sa propagande avec la plus grande vigueur,
- On démontra, parla parole et parla plume, que le dessin au lieu d’être seulement un art d’agrément et une superfluité, intervient,. directement ou indirectement, dans toutes les professions manuelles; qu’il exerce une action considérable sur la production et la consommation, et qu’il est un moyen éducatif de premier ordre. N’y a-t-il pas d’ailleurs, en dehors des dessins d’art, figures, paysages, vignettes, le dessin simple et sobre, langage réel et éloquent des formes, propres donner aux jeunes yeux cette discipline qui les porte à voir correctement, aux jeunes mains l'art de reproduire les formes des corps, à l’esprit cette précision d’observation qui est la cause première des idées justes, à l’imagination cet essor prudent et sûr qui empêche de tomber dans les écarts, et au jugement cette puissance de comparaison quiestle fondement du bon sens?
- La presse, qui s’occupe beaucoup en Amérique des choses de l’enseignement, agita de son côté la question.
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- Le parlement en fat saisi et, par un acte législatif du 16 mai 1870, le dessin fut rendu obligatoire, et l’établissement d’écoles de dessin prescrit dans toutes les villes et cité de plus de 10.000 habitants.
- L’Institut de Technologie du Massachussets s’associa au mouvement ; il procura des professeurs, des modèles, suscita partout des encouragements, et l’on put établir des classes du soir dans les principaux quartiers de Boston.
- Les professeurs spéciaux avaient, en outre du travail qui leur incombait, la direction et la surveillance du dessin dans les pri-mary les grammar School où cet enseignement était donné une heure par semaine, par les professeurs réguliers, c’est-à-dire, par les instituteurs et les institutrices ; ils étaient chargés, de plus, de faire une fois par semaine, un cours spécial aux professeurs réguliers.
- Cette organisation, élablieen 1870, subsiste encore aujourd’hui ; seulement, la direction de tout l’enseignement a été confiée à un surveillant général.
- Les résultats de cette période de formation furent exposés le 30 avril 1871 à la Horlicultural Bail, et les amis de l’éducation artistique virent ainsi leurs efforts couronnés d’un succès bien mérité.
- Les Expositions se succédèrent d’année en
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- année, et chacune d’elle marqua un progrès satisfaisant sur celle qui l’avait précédée.
- Mais ces infatigables novateurs ne s’en tinrent pas là. Comprenant que les professeurs spéciaux, qui étaient appelés à former et à diriger les professeurs réguliers, avaient eux-mêmes besoin des leçons d’un maître, ils appelèrent, en 1873, M. Walter Smith, gradué de l’école normale de South Kendsington et maitre-ès-arts à Leeds, à la direction et à la surveillance de cet enseignement.
- M. Smith, qui était bien au courant de toutes les institutions fondées, depuis 1851, en Angleterre et en Europe, apporta dans l’accomplissement de sa tâche, la plus grande expérience et une capacité d’exécution de premier ordre.
- Il compléta l’œuvre si laborieusement commencée en obtenant : 1° la création d’une Ecole normale d’arts ; 2° l’organisation, sur une plus grande échelle, des Expositions publiques annuelles; 3° la fondation de distinctions honorifiques pour les lauréats ; 4° une méthode scolaire, simple, bien graduée, répondant à tous les besoins de chaque degré de l’échelle scolaire.
- Résumons les efforts faits et les résulats acquis.
- 1° Un comité central permanent de dessin a été institué pour stimuler le zèle des co-
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- mités locaux, des maîtres et des élèves.
- 2° Des cours normaux ont été ouverts, où des professeurs spéciaux enseignent, deux fois par semaine, les arts du dessin aux instituteurs et aux institutrices des différentes classes.
- 3° Sous la direction d’un surveillant général, 18 professeurs spéciaux, attachés aux High Scliool, sont chargés de guider les professeurs réguliers, qui enseignent le dessin dans les primary, dans les grammar School et dans les écoles du soir.
- 4° Des programmes, comprenant des sujets bien choisis et bien coordonnés, sont adaptés aux classes des différents degrés.
- 5° Des manuels à l’usage des maîtres, des textes boock et des cahiers à l’usage des élèves, des modèles appropriés aux divers cours d'instruction, facilitent et fécondent le travail des maîtres et des élèves.
- 6° Un grand nombre d’écoles du soir ont été fondées pour les adultes, et des milliers d’élèves y viennent étendre et compléter leur instruction artistique et se former aux différentes carrières qui exigent les applications des arts du dessin.
- 7° Une éducation esthétique, commencée danslaplus basse classe de la primary School, se continuant jusque dans la classe la plus élevée de la High School et se complétant dans les Evening School ou dans les Ecoles
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- normales d’art, est gratuitement offerte à toute la jeunesse du Massachussets.
- 8° Cinq Expositions publiques marquant d’année en année la marche suivie, les améliorations adoptées, les progrès réalisés, provoquant dans le public une critique utile, dans le personnel enseignant et dans le personnel enseigné une féconde émulation dont l’Union Américaine recueillera prochainement les immenses bénéfices.
- 9° Enfin, à tout cet enseignement préside une méthode si bien conçue qu’elle permet à tout homme de bonne volonté d’enseigner le dessin sans l’avoir appris, et si logiquement graduée qu’elle prépare admirablement l’intelligence à recevoir son entier développement.
- La méthode de Walter Smith étant, en quelque sorte, la condensation de tout ce que l’observation, l’étude et l’eXpérience ont révélé de plus complet en matière de dessin élémentaire, je devrais vous l’exposer dans tous ses détails et vous la faire voir dans ses principes, ses moyens, son but et ses résultats.
- Mais j’ai déjà abusé de votre temps et de vetre patience, et je vous dois de rester dans de justes limites.
- Vous trouverez, d’ailleurs, l’emploi détaillé de cette méthode et de toutes celles qu’elle a inspirées dans le rapport de la
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- commission ministérielle déléguée à l’Exposition de Philadelphie, en même temps que vous pourrez voir au Musée pédagogique de la Société des Instituteurs et des Institutrices de la Seine, 60, rue de la Verrerie, les collections de modèles, les manuels à l’usage des maîtres et des travaux d’élèves.
- L’Exposition de Philadelphie, comparée à celle de Vienne, avait permis de constater les progrès obtenus à la suite de tous ces efforts.
- Voici, en effet, en quels termes, M. Buisson, à la fin de son rapport sur l’Exposition de Vienne, rendait compte de l’enseignement du dessin aux Etats-Unis.
- « Constatons en terminant, dit-il, que le dessin est un des rares domaines où le Nouveau Monde le cède absolument à l’ancien. L’Exposition des Etats-Unis attestait que ses écoles, à tant de points de vue supérieures à celles de l’Europe, en sont encore aux rudiments de l’art du dessin. Il n’y a pas de programme méthodique; on copie des têtes, des paysages, des animaux, des fleurs, des figures deKepsake. Partout ou presque partout, si l’on excepte une ou deux grandes villes, l’enseignement du dessin est encore à créer.»
- En comparant cette appréciation, aux résultats offerts par l’Exposition de Philadelphie, je ne crois pas exagérer en disant que, jamais, dans aucun pays, on n’avait vu une
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- branche quelconque d’instruction faire, en peu de temps, des progrès aussi remarquables..
- Mais je conclus.
- En 1873, l’enseignement du dessin était encore à créer aux États-Unis; il n’y avait ni programmes, ni méthode, ni modèles, ni professeurs. Il résulte, non-seulement du rapport de Vienne, mais de tous les documents que nous avons recueillis à Philadelphie, qu’en 1876, après 3 années seulement, on y trouve des milliers de dessins, émanant de milliers d’écoles ; des méthodes rationnelles et bien graduées ; un personnel enseignant innombrable; partout, en un mot, des résultats qui étonnent et qui n’ont jamais été obtenus par aucune autre nation I
- La difficile tâche d’appeler toute la population scolaire à la vie artistique, qui eût demandé des années et des années d’études dans les pays où l’impulsion vient d’un centre unique, n’effraya point les hommes d’initiative de la libre Amérique.
- Aussi leurs patriotiques efforts seront-ils la source d’immenses richesses pour leur pays.
- Qu’on songe à l’avenir de cette nation qui est quinze fois grande comme la France, et dont la population augmente chaque année dans des proportions inouïes.
- D’après les renseignements officiels con-
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- cernant son commerce, la valeur des exportations du mois de janvier dernier dépasse de 165 millions de francs celle des, importations ; en comparant les chiffres des mois précédents, on trouve que les exportations ont dépassé de 510 millions de francs les importations.
- Or, que sera-ce quand, par la culture esthétique et technique qui est aujourd’hui donnée à l’universalité de la jeunesse, ce pays aura décuplé la capacité productive de sa population laborieuse, ainsi que la valeur artistique de ses produits manufacturés?
- Les immenses exportations de l’Amérique constituent un danger pour nous ; sachons le conjurer en mettant à profit l’exemple qu’elle nous donne.
- Quedis-je? ce n’est pas seulement l’Amérique qui menace le travail national: l’Angleterre, l’Allemagne, le Danemarck, l’Autriche et, même, la Russie, nous menacent égale-lement, ainsi qu’en témoignent les diverses expositions dont j’ai rappelé les souvenirs, et, si nous ne voulons pas que ces nations arrivent à nous vaincre, nous n’avons plus réellement à compter ni nos efforts ni nos sacrifices I
- Notre intérêt bien entendu, si ce n’est notre orgueil national, nous crie : à l’œuvre; il n’est que temps !
- Que nos législateurs considèrent l’action
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- éminemment puissante que l’enseignement universel du dessin exerce sur la prospérité d’une nation, comme sur l’éducation en général; qu’ils dotént, ainsi que nous l’avons demandé, le Ministère de l’Instruction Publique, aussi richement que celui de la Guerre,et nous aurons ainsi acquis cette vraie gloire que donnent les lettres, les sciences et les arts !
- Que le Ministre actuel de l’Instruction publique, ne s’arrête ni ne se décourage par aucun obstacle. À défaut d’argent, il aura le concours de tous, celui de nos premiers artistes, comme celui de nos humbles instituteurs, la tâche à remplir étant de celles que les hommes d’élite auxquels il s’adressera ne déclinent pas volontiers, qu’ils acceptent, au contraire, avec le dévouement le plus entier !
- Que Y Union Centrale des Beaux-Arts enfin, qui, déjà, organise des Expositions triennales; qui agit sur le personnel enseignant et sur le personnel enseigné par des concours, par des récompenses, par la propagation des bonnes méthodes, par sa bibliothèque, par son musée d’objets d’art et par ses conférences, continue sa louable entreprise ; qu’elle l’étende même, en se faisant le centre de toutes les associations artistiques libres de nos départements, et son
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- exemple entraînera beaucoup de bonnes volontés hésitantes!
- Oui, à l’œuvre ! et, non-seulement notre chère Patrie conservera sa suprématie artistique ; mais encore, en marchant à la tête des nations, elle restera la généreuse initiatrice de tous les genres de progrès, et continuera à remplir dans le monde son rôle d’avant-garde de la civilisation.
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