Études photographiques sur la locomotion de l'homme et des animaux
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- INSTITUT DE FRANCE.
- ACADÉMIE DES SCIENCES.
- Extrait des Comptes rendus des séances de VAcadémie des Sciences, t. XCVI, séance du -25 juin i883.
- Emploi des photographies partielles pour étudier la locomotion de Vhomme et des animaux;
- Par M. MARE Y.
- « Lorsqu’on prend sur la même plaque une série de photographies représentant les attitudes successives d’un animal, on cherche naturellement à multiplier ces images pour connaître le plus grand nombre possible de phases du mouvement. Mais, quand la translation de l’animal n’est pas rapide, la fréquence des images est bientôt limitée par leur superposition et par la confusion qui en résulte. Ainsi, un homme qui court, même avec une vitesse modérée, peut être photographié dix fois par seconde, sans que les images se confondent. Si, parfois, une jambe vient se peindre en un lieu où une autre jambe avait déjà laissé son empreinte, cette superposition n’altère point les images : les blancs deviennent seulement plus intenses aux endroits où la plaque a été deux fois impressionnée, de sorte que les contours des deux membres se distinguent encore aisément. Mais, quand l’homme marche lentement, les images présentent des superpositions si nombreuses qu’il en résulte une grande confusion.
- » C’est pour remédier à cet inconvénient que j’ai eu recours à la photo-M.
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- graphie partielle, c’est-à-dire que j’ai supprimé certaines parties de l’image pour que le reste fût plus facile à comprendre.
- » Comme, dans la méthode que j’emploie, les objets blancs et éclairés impressionnent seuls la plaque sensible, il suffit d’habiller de noir les parties du corps qu’on veut retrancher de l’image. Si un homme revêtu d’un costume mi-partie blanc et noir marche sur la piste en tournant du côté de l’appareil photographique la partie blanche de son vêtement, la droite par exemple, on le verra dans les images comme s’il était réduit à la moitié droite de son corps.
- » Ces images permettent de suivre dans leurs phases successives, d’une part le pivotement du membre inférieur autour du pied pendant le temps de l’appui, et d’autre part, pendant celui du levé, l’oscillation de ce même membre autour de l’articulation coxofémorale, en même temps que cette articulation se transporte en avant d’une manière continue.
- » Les photographies partielles sont utiles aussi dans l’analyse des mouvements rapides, parce qu’elles permettent de multiplier beaucoup le nombre des attitudes représentées. Toutefois, comme l’image d’un membre présente encore une assez grande largeur, on ne peut multiplier beaucoup ces photographies partielles, sous peine de lesconfondre par superposition. J’ai donc cherché à diminuer la largeur des images, afin de les répéter à des intervalles extrêmement courts. Le moyen consiste à revêtir le marcheur d’un costume entièrement noir, sauf d’étroites bandes de métal brillant qui, appliquées le long de la jambe, de la cuisse et du bras, signalent assez exactement la direction des rayons osseux de ces membres.
- » Cette disposition permet de décupler aisément le nombre des images recueillies en un temps donné sur une même plaque : ainsi, au lieu de dix photographies par seconde, on en peut prendre ioo. Pour cela, on ne change pas la vitesse de rotation du disque ; mais, au lieu de le percer d’une seule fenêtre, on en fait dix semblables et également réparties sur toute la circonférence (1 ).
- » La figure que j’ai l’honneur de présenter à l’Académie est faite d’après un des clichés projetés à la lanterne magique; les lignes ponctuées ont été
- (1 ) Il est souvent avantageux de donner à l’une des fenêtres un diamètre double de celui des autres; il en résulte une intensité plus grande de l’une des images et cela facilite l’estimation des temps, en même temps que cela fournit des points de repères pour comparer les mouvements des membres inférieurs à ceux des membres supérieurs. (Voir Comptes rendus, t. XCV.)
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- transformées en traits pleins. Cette figure montre les phases successives d’un pas de course. Le membre inférieur gauche y est seul représenté : des lignes pleines correspondent à la cuisse, à la jambe et au pied ; des points, aux articulations du pied, du genou et de la hanche.
- Course de l’homme, attitudes successives du membre inférieur gauche.
- Fréquence des images, 60 par seconde environ.
- » Cette figure exprime déjà assez clairement les alternatives de flexion et d’extension de la jambe sur la cuisse, les trajectoires onduleuses du pied, du genou et de la hanche, et pourtant le nombre des images n'excède pas 6opar seconde.Un disque obturateur percé de fenêtres plus nombreuses donnerait avec bien plus de perfection les déplacements angulaires de la jambe sur la cuisse et les trajectoires des trois articulations.
- » Plus on donne de finesse aux lignes ponctuées qui expriment la direction des membres, plus on peut multiplier le nombre des images; mais, dans les cas présents, il est plus que suffisant d’avoir soixante fois par seconde l’indication des déplacements du marcheur.
- » On voit que, dans la méthode d’analyse photographique, les deux facteurs du mouvement, le temps et l’espace, ne peuvent pas être tous deux estimés d’une manière parfaite. La connaissance des positions que le corps a occupées dans l’espace suppose qu’on possède des images complètes et distinctes ; or il faut, pour avoir de telles images, laisser un intervalle de temps assez long entre deux photographies successives. Veut-on, au contraire, porter à la perfection la notion du temps, on n’y peut arriver qu’en augmentant beaucoup la fréquence des images, ce qui force à réduire chacune d’elles à certaines lignes. On concilie autant que possible ces deux exigences opposées en choisissant pour les photographies partielles les lignes et les points qui renseignent le mieux sur les attitudes successives du corps.
- » Il est curieux de voir que cette expression des altitudes successives
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- du .corps et des membres, au moyen d’une série de traits exprimant la direction des rayons osseux, ait été précisément adoptée par d’anciens auteurs comme étant la plus explicite et la plus capable de faire bien comprendre les phases d’un mouvement. Ainsi, Vincent et Goiffon, dans leur remarquable Ouvrage sur le cheval (4), ont essayé de représenter par des lignes diversement brisées les déplacements des rayons osseux des membres aux différents temps d’un pas (2).
- » Il n’est pas nécessaire d’insister sur la supériorité que présente la Photographie, qui donne les positions véritables des membres, sur l’observation directe, incapable de saisir des actes si rapides et d’apprécier de si courtes durées.
- » Au commencement de ce siècle, les frères Weber ont aussi eu recours au même mode de représentation pour exprimer les actes successifs qui se produisent dans la marche de l’homme. C’est en réduisant le marcheur à la figure d’un squelette que ces éminents observateurs ont réussi à juxtaposer, sans les confondre, un grand nombre d’images exprimant des attitudes différentes.
- » La manière de construire les bandes brillantes qui, dans la photographie, expriment la position des leviers osseux mérite une mention spéciale. Comme le temps de pose doit être très court, il faut employer une matière d’un grand éclat. Des bandes de métal brillant ne sont pas également lumineuses dans toute leur étendue, parce qu’elles ne réfléchissent pas sous le même angle les rayons solaires ; elles produisent sur les épreuves des lignes d’intensité inégale. J’ai obtenu de meilleurs résultats avec de petites bandes de bois noir sur lesquelles étaient- plantés, suivant une ligne, des clous de métal brillant à têtes hémisphériques. Sur chacune de ces surfaces arrondies se formait une image du Soleil, image extrêmement petite, mais très brillante. Dans la photographie, cette série de clous brillants donnait naissance à une ligne ponctuée. Au niveau de la cheville du pied, du genou, du grand trochanter, des demi-sphères plus grosses que
- (1 ) Mémoire artificielle des principes relatifs à la fidèle représentation des animaux tant en peinture qu’en sculpture ; par feu Goiffon et M. Vincent, 1779.
- (2) Il est regrettable que ces savants aient eu recours à une méthode tout à fait artificielle pour exprimer le sens du mouvement. Au lieu de représenter les déplacements successifs des membres dans l’espace, ils supposent le cheval immobile et montrent les rayons osseux de ses membres oscillant en sens alternatif autour de l’articulation supérieure.
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- les autres signalaient dans les images les centres de mouvement par un point de grande dimension.
- » Les photographies partielles obtenues par cette méthode permettent d’analyser les différents actes de la locomotion, aussi bien les mouvements sur place que la marche, la course ou le saut. »
- GAUTHIER-VILLARS, IMPRIMEUR-LIBRAIRE DSS COMPTES REMOUS DES BftAMCSS DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES.
- 9026 Parte. — Quai des Augustins, 55.
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