Notice sur les travaux de M. Hervé Mangon
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- NOTICE
- SUR LES TRAVAUX
- DE M. HERYÉ MANGON,
- INGÉNIEUR EN CHEF DES PONTS ET CHAUSSÉES, PROFESSEUR AU CONSERVATOIRE DES ARTS ET METIERS.
- PARIS,
- GAUTHIER-VILLARS, IMPRIMEUR-LIBRAIRE
- DE L’ÉCOLE POLYTECHNIQUE, DU BUREAU DES LONGITUDES, SUCCESSEUR DE MALLET-BACHELIER,
- Quai des Augustins, 55.
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- FARIS, — IMPRIMERIE DE GAUTHIER-VILLARS
- Rue de Seine-Saint-Germain, 10, près l’Institut.
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- NOTICE
- SUR LES TRAVAUX
- DE M. HERVÉ MANGON.
- Les applications des sciences positives à l’agriculture forment un ensemble souvent désigné maintenant sous le nom de génie rural. J’ai compris depuis bien longtemps toute l’importance de cette branche des études agricoles, et je n’ai pas cessé de m’en occuper depuis ma sortie de l’Ecole Polytechnique, en 18/J.2, comme on le verra par les indications qui suivent.
- Quelques explications sont nécessaires pour indiquer la voie que je parcours et pour montrer le lien étroit qui relie des travaux d’ordres assez différents en apparence. Cette Notice est donc divisée en deux Parties :
- La première Partie comprend l’exposé de l’ensemble de mes études.
- La seconde Partie renferme, selon l’usage, les résumés succincts de ceux de mes travaux que le temps m’a permis de publier.
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- PREMIERE PARTIE,
- L’hydraulique et Part de l’ingénieur mettent à la disposition de la culture, de P eau pour les irrigations ; le drainage, pour assainir et aérer le sol, des méthodes de dessèchement et d’endiguement pour soustraire les terres à l’invasion des eaux nuisibles, A ces grandes opérations de génie rural, se rattachent naturellement l’étude des propriétés physiques des terres, des machines agricoles, et plusieurs autres séries de recherches d’un intérêt moins général.
- Mes travaux se rapportent aux questions que l’on vient d’indiquer et peuvent se diviser de la manière suivante.
- I. — IRRIGATIONS. — LIMONS. — EAUX DEGOUT.
- Expériences sur les eaux d'irrigation. — Après avoir visité et étudié avec détail les principales irrigations de la France, de la Belgique, de l’Angleterre, de l’Ecosse, de l’Espagne et de l’Algérie, fai essayé de résoudre, par plusieurs années d’un travail soutenu sur le terrain, combiné avec les recherches de laboratoire nécessaires pour en déterminer le sens, un des problèmes les plus obscurs de cette branche considérable de l’exploitation du sol.
- Mes Expériences sur Vemploi des eaux dans les irrigations sous divers climats ont été présentées à l’Académie en i863. Un extrait de ce travail étendu a paru à cette époque en un volume grand in-8°. Une seconde édition de cet ouvrage a été imprimée à la fin de Tannée 1869 (').
- Mes expériences ont été poursuivies pendant trois années. J’ai opéré,
- (') Voir ci-après § I, page i5.
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- dans les Vosges, sur deux prairies, Tune de 75 ares et l’autre de 1 hectare, et, dans le département de Vaucluse, sur quatre terrains, dont trois arrosés par la Durance et un par la Sorgue. Les jaugeages, au nombre de plus de mille, ont été faits par les méthodes les plus exactes. Les eaux et les gaz qu’elles tenaient en dissolution ont été analysés, jour par jour, à leur entrée et à leur sortie de chaque terrain ; les fumiers et les récoltes ont été pesés et analysés, enfin les températures de l’air et des eaux ont été soigneusement notées.
- Ce travail, qui m’a imposé des fatigues énormes et des dépenses considérables, a démontré l’utilité des grands volumes d’eau employés dans les climats froids, utilité si souvent niée, ou au moins contestée, par les auteurs qui ne connaissent que les irrigations à petit volume d’eau pratiquées dans le midi. On trouvera plus loin les conclusions de ce travail, trop longues à reproduire ici.
- Statistique des irrigations. — Pour l’agriculteur qui abreuve son bétail, pour celui qui irrigue ses terres à l’eau claire, ou qui les fertilise avec le limon des eaux troubles, pour celui qui emploie comme engrais les plantes aquatiques, ou le produit des curages, l’eau courante est un bien inestimable, dont on comprend d’autant plus la valeur qu’on entre plus avant dans l’étude des questions agricoles. Pour l’industriel qui n’a jamais assez de moteurs économiques, pour l’ingénieur jaloux de doter son pays de voies de transport à bon marché, l’eau n’est pas moins précieuse que pour l’agriculteur.
- On ne peut pas réfléchir à l’importance agricole et industrielle des cours d’eau sans se demander quelle est, sous ce rapport, la richesse de la France, quelle est la puissance fertilisante, quelle est la force mécanique, quelles sont les applications industrielles des cours d’eau de notre cher pays, si bien partagé sous le rapport hydrographique.
- Les renseignements que l’on possédait à cet égard étaient incomplets et inexacts. L’Administration des Travaux publics a compris que, pour utiliser sur une large échelle nos immenses ressources hydrauliques, il faut, avant tout, dresser un inventaire clair et précis de nos richesses, faire, en un mot, la statistique de nos cours d’eau, considérés au point de vue de
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- leur développement, de leur débit, de leur pente, des chutes qu’ils présentent, des usines qu’ils animent, des irrigations qu’ils alimentent.
- Une Commission, créée sur ma demande, et dont j’ai l’honneur d’être le secrétaire depuis sa fondation, a été chargée de réunir les éléments de cet immense travail et de dresser Y Atlas statistique des cours d’eau, des irrigations et des usines de la France,
- Une carte par département indiquera le nom et la position de chaque cours d’eau, les usines et les irrigations qu’il dessert. Des plans et dessins, à une échelle suffisante, feront connaître, quand cela sera nécessaire, la disposition des ouvrages d’irrigation les plus remarquables, et des cultures arrosées les plus intéressantes. Des tableaux imprimés, formant en quelque sorte le texte des cartes, feront connaître le nom de chaque cours d’eau, ses affluents, les communes qu’il arrose, son débit, sa section, sa pente, les surfaces de prairies naturelles, de prairies artificielles ou d’autres cultures qu’il arrose; enfin la nature et la force des usines qu’il fait mouvoir. Ces tableaux statistiques occuperont plus de 2 à 3 mille pages grand in-4°«
- Ijes éléments de cette grande publication sont réunis déjà pour près de soixante-dix départements. L’impression, retardée par la guerre, a été entreprise depuis le rétablissement de la paix, et, malgré la faiblesse des ressources dont on dispose, les tableaux et les cartes de cinq ou six départements seront terminés avant la fin de l’année.
- Cette statistique des cours d’eau et des irrigations sera le point de départ de grandes améliorations agricoles. En apprenant à connaître nos ressources, on n’hésitera plus à les utiliser plus largement qu’on ne l’a fait jusqu’à présent. Cet inventaire de nos richesses décidera les Conseils généraux et les particuliers à en user sur une grande échelle.
- Le report sur les cartes départementales des irrigations, des données fournies parla carte géologique de la France, l’analyse des eaux des principales formations et des foins produits par ces différentes eaux, fourniront des renseignements basés sur des observations étendues aux conditions les plus variées, et par conséquent d’une valeur scientifique considérable.
- Sans donner ici les résultats d’un travail qui n’est pas encore complet, on peut dire cependant, dès à présent, que la France 11e possède que 200 à
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- 25o mille hectares arrosés; qu’elle n’emploie même guère que 600 mètres cubes d’eau par seconde, pour tous ses arrosages, tandis que l’on pourrait disposer d’un volume vingt fois plus grand.
- Si l’on se rappelle que chaque centaine de mille mètres cubes d’eau employée en irrigations produit au moins l’équivalent d’un bœuf de boucherie, on se rendra facilement compte de l’immensité des progrès à réaliser, on comprendra que le moindre de nos fleuves, quand ses eaux ne sont point utilisées en irrigations, entraîne à la mer, sans profit pour personne, la valeur de plusieurs têtes de gros bétail par heure et plusieurs milliers de têtes par année.
- Limons entraînés par les eaux. — Après avoir étudié la valeur et le rôle en agriculture des matières dissoutes par les eaux courantes, j’ai cherché a donner des indications analogues sur les matières solides que les rivières tiennent en suspension dans leurs eaux, sur les limons qu’elles charrient (1).
- Mes observations ont porté, jusqu’à présent, sur la Durance, la Loire et quelques-uns de ses affluents en temps de crue, la Seine, la Marne, le Var et le Rhône.
- Pour chaque cours d’eau, j’ai déterminé le débit, mesuré la quantité de limon entraîné, et déterminé la composition chimique de ce limon. La Durance, pendant l’année des observations, a charrié devant Mérindole 17 millions de tonnes de limon, le Var a entraîné 19 millions de tonnes de limon, la Marne 181 mille tonnes, et la Seine 207 mille tonnes.
- Ces recherches sont d’un intérêt pratique évident pour les travaux de limonages, de colmatages et de navigation intérieure. Elles n’intéressent pas moins l’étude scientifique de la formation des terres arables et la discussion de plusieurs problèmes géologiques.
- Produits des curages des cours d'eau. — Les matières organiques ou minérales que les cours d’eau tiennent en dissolution et les limons qu’ils charrient ne sont pas les seuls éléments de fertilité que l’industrie de l’homme puisse se proposer d’en obtenir. Les végétaux aquatiques qui se développent dans le lit des ruisseaux et des rivières peuvent fournir un
- (l) Voir ci-après § II, page 19.
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- excellent engrais. Ces plantes sont appelées à rendre, dans l’intérieur des terres, des services analogues à ceux que les cultivateurs du littoral retirent de l’emploi des végétaux marins. Les plantes aquatiques offrent en effet des moyens puissants et économiques de fixer et d’extraire les matières fertilisantes qui s’écoulent en pure perte avec les eaux que l’agriculture n’emploie pas en irrigations (').
- L’examen d’un grand nombre de vases de rivières et de ruisseaux m’a permis d’établir aussi l’énorme quantité de matières fertilisantes que les agriculteurs peuvent obtenir du curage des cours d’eau qui traversent leurs héritages. Ces matières représentent, pour la France entière, plus de deux millions de tonnes de fumier de ferme (2).
- Engrais liquides. — On ne saurait s’occuper d’irrigation sans être frappé de l’énergie avec laquelle les plantes s’assimilent les matières fertilisantes que le liquide leur apporte, et sans espérer des résultats avantageux de la méthode de répandage des fumiers à l’état d’engrais liquide. Un de mes amis avait voulu expérimenter, dans une ferme du Sancerrois, cette méthode encore peu connue en France. La machine à vapeur, les citernes et les appareils de distribution avaient été établis sur mes projets. Cette grande expérience, si utile à reprendre, n’a malheureusement pas été continuée. L’agriculteur distingué qui voulait la tenter est mort loin de la France, victime de son zèle ardent pour l’étude des problèmes agricoles.
- Emploi des eaux d’égout. — Mes recherches sur la valeur et sur l’utilisation des eaux d’égout en agriculture se rattachent à cette importante question de l’emploi des engrais liquides. Les chiffres que j’avais fait connaître sur la richesse des eaux vannes de la ville de Paris ont servi de bases à tous les projets étudiés depuis lors, et ont été d’ailleurs pleinement I confirmés par les travaux exécutés dans ces dernières années, par MM. les Ingénieurs de ia Seine, avec beaucoup de soin et d’exactitude, grâce aux ressources d’un budget et d’un personnel considérables. Mes Mémoires sur ce sujet ont été longtemps les seuls où l’on put trouver des renseignements précis sur la nature et le volume des déjections que la ville de Paris pouvait
- (') Voir ci-après § III, page 26. (2) Voir ci-après § IV, page 27.
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- pratiquement mettre à la disposition de l’agriculture dans l’état actuel de son système d’assainissement (1).
- H. __ DRAINAGE. — ASSAINISSEMENT. — DESSECHEMENTS. — POLDERS.
- Dans les travaux mentionnés dans le paragraphe précédent, on avait à se préoccuper surtont des eaux utiles. Les eaux nuisibles devaient également attirer mon attention.
- Perfectionnements des procédés de drainage. — La pratique seule peut donner, en matière de drainage, une autorité suffisante. Je me suis donc imposé le devoir de faire exécuter de nombreux travaux de ce genre : près de 2000 hectares de terrains ont été drainés sous ma direction immédiate ou avec le concours de mes conseils personnels.
- Ces nombreuses applications, dans des terrains de toutes natures, m’ont permis d’entreprendre une étude scientifique du procédé, et de réaliser plusieurs perfectionnements généralement adoptés aujourd’hui en France et à l’étranger.
- Alors que sir Robert Peel donnait en Angleterre, sur une grande échelle, les premiers exemples de travaux de drainage, l’existence, dans certains tuyaux, d’obstructions, dites ferrugineuses, faillit faire renoncera l’emploi du procédé nouveau. Aucun moyen n’avait été trouvé pour combattre ces accidents, et l’on était contraint d’abandonner le drainage dans les terrains qui pouvaient le mieux en profiter, lorsqu’ils donnaient lieu à ces accidents.
- Des obstructions semblables furent bientôt observées en France. Je fus assez heureux pour reconnaître que ces dépôts gélatineux rougeâtres, qui obstruent certains tuyaux, ne se forment qu’en présence de l’oxygène, et que ces dépôts, récemment formés, peuvent même se dissoudre s’ils sont mis à l’abri du contact de ce gaz (2).
- Pour prévenir les obstructions dont il s’agit, il suffit donc d’établir, de distance en distance, sur les lignes de drains, les regards pneumatiques dont
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- j’ai indiqué la disposition. Les mêmes regards, par une action differente, préviennent également les obstructions formées dans les tuyaux par le dépôt de sédiment calcaire qui se forme rapidement dans certaines eaux très-chargées de bicarbonate de chaux. J’ai également indiqué deux méthodes, sanctionnées maintenant par une longue expérience, pour prévenir le développement des racines chevelues, appelées queues de renard, qui ont souvent arrêté l’écoulement des drains.
- Ouvrages sur le drainage. — En 1851, après plusieurs voyages en Angleterre, je fis paraître le premier travail original publié en France sur le drainage (4 ).
- En 1853, je donnai sur le même sujet un traité beaucoup plus considérable (2). L’Académie des Sciences honora ce dernier ouvrage du prix décennal fondé par M. de Mo rognes, en faveur de l’ouvrage le plus utile à l’agriculture publié dans les dix années précédentes.
- Enfin, en 1855, je publiai les Instructions pratiques sur le drainage (3).
- Ce petit ouvrage, véritable vade mecum du draineur, tiré à plus de onze mille exemplaires, a puissamment contribué à répandre en France cette belle pratique agricole.
- Le drainage est maintenant tout à fait usuel dans notre pays. La surface drainée en France est aujourd’hui de 23o ooo hectares au moins et augmente tous les jours. La dépense de ces travaux a été de 64 millions de francs environ. La plus-value résultant de ces entreprises est évaluée à 195 millions de francs en capital, et de i3 à i5 millions de francs en revenu. Un seul département, celui de Seine-et-Marne, comptait, à l’époque du dernier recensement, 19 445 hectares drainés, dont le rendement a subi une plus-value estimée en moyenne à 3a pour 100 du rendement primitif.
- Par la nature même de mes études, mon attention s’est portée sur des problèmes, qui, après avoir été longtemps délaissés, sont entrés aujourd’hui dans la voie d’une prochaine solution. Il s’agit dé terrains à rendre à la culture, soit au bord de la mer par des endiguements, soit dans les pays à
- (') Voir ci-après § X, page 3g.
- (2) Voir ci-après § XI, page 39.
- (3) Voir ci-après § XII, page 39.
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- étangs par un meilleur aménagement des eaux et l’emploi de bons amendements. Mes travaux, dans cet ordre d’idées, ont principalement porté sur les trois points suivants.
- Amélioration de la Sologne. — Dès mon arrivée dans le département du Loiret, j’ai indiqué le programme des opérations à entreprendre pour l’amélioration sanitaire et agricole de la Sologne, programme dont la réalisation se poursuit, lentement il est vrai, mais avec peu de modifications depuis cette époque.
- J’ai publié, en i85o, les Etudes sur les irrigations de la Campine belge, et les travaux analogues de la Sologne et d’autres parties de la France (').
- Ce volume, rapidement épuisé, faisait connaître les travaux publics agricoles les plus importants à cette époque, et signalait plusieurs dispositions administratives, qui ont pris place dans les lois françaises des 19 juin 1867 et 28 juillet 1860, sur rassainissement et la mise en culture des terres incultes.
- Amélioration de la Dornbes. — La loi du 7 avril t863, relative à l’amélioration de la Bombes, avait été précédée d’une longue étude, dont j’ai donné les résultats dans un document fort étendu (2).
- Création de polders. — La surface des lais de mer, susceptibles d’être endigués et transformés en polders d’une grande richesse agricole, dans un avenir peu éloigné, est en France de plus de 80000 hectares. Les travaux de construction de polders étaient complètement négligés, lorsque je rédigeai, en 1852, les projets d’endiguement de vastes terrains dans la baie de Noirmoutiers (Vendée). Ces projets sont actuellement exécutés, de magnifiques récoltes se développent chaque année sur l’espace que la mer couvrait tous les jours. D’autres travaux de même nature se poursuivent à leur exemple dans les environs des premiers. Ces travaux m’ont permis de réunir les éléments d’un Mémoire étendu sur l’emploi du goémon dans la culture, et d’établir que la fertilité d’un terrain peut ne pas décroître avec le temps quand il est convenablement traité (3).
- H Voir ci-après § XIII, page 40.
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- III. — PROPRIETES PHYSIQUES DES TERRES.
- En poursuivant sans cesse, dans l’ensemble des travaux que je viens d’indiquer, l’étude comparative des aptitudes culturales des terrains placés sous différents climats de la France et des pays voisins, je n’ai pas tardé à reconnaître que les propriétés physiques des terres arables exercent sur leur qualité et sur leur valeur une action non moins grande que leur composition chimique elle-même. Je me suis appliqué avec ardeur à perfectionner nos connaissances sur ce sujet (1 ).
- L’examen microscopique de la partie la plus ténue de la terre arable fournit, sur sa constitution, des renseignements que l’on demanderait en vain à la lévigation la plus soignée.
- La terre arable, comme toutes les matières poreuses, condense énergiquement les différents gaz, mais cette puissance de condensation n’est pas la même pour tous les sols, elle varie avec leur qualité agricole. Il en est de même de la puissance diffusive de la terre pour les gaz, et de la résistance qu’elle offre à leur passage et à celui de la vapeur d’eau.
- La tension de la vapeur de l’eau engagée dans la terre n’est pas la même que celle de l’eau pure ; elle varie avec chaque espèce de terre, et, pour chaque terre, avec la proportion de l’eau qu’elle renferme. La discussion attentive des différences qui existent entre la tension de la vapeur d’eau pure et la tension de la vapeur de l’eau engagée dans la terre arable, donne l’explication d’un grand nombre de faits d’observation journalière, dont la cause restait mal connue, et d’un certain nombre d’expériences très-intéressantes. L’étude, trop négligée jusqu’à présent, des propriétés physiques des terres, fournira certainement aux agronomes un élément nouveau et prépondérant de la classification et de l’évaluation des terrains agricoles.
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- IV.
- TRAVAUX DIVERS.
- Laboratoire de VÉcole des Ponts et Chaussées. — Les amendements et les engrais artificiels sont devenus d’un emploi tellement familier aux agriculteurs, que les ingénieurs des Ponts et Chaussées, si souvent mis en contact avec eux pour l’accomplissement de leurs fonctions, peuvent leur rendre des services certains en leur en signalant l’utilité ou en les éclairant sur la valeur de ces produits. Un laboratoire spécial, organisé à ma demande à l’École des Ponts et Chaussées et dont la direction m’est confiée depuis son origine, fournit gratuitement toutes les analyses de ce genre qui sont demandées à l’administration par les ingénieurs ou par les particuliers. Les analyses exécutées au laboratoire de l’Ecole, depuis sa création jusqu’au 3o avril 1870, s’élèvent au nombre de i/j^oo, parmi lesquelles les analyses d’engrais, d’amendements, de fourrages et autres produits exclusivement agricoles figurent pour plus de moitié. Il est peu de ces nombreuses analyses auxquelles je n’aie pas pris une part directe et que je n’aie pas contrôlées. Toutes ont été exécutées d'après des méthodes que je n’ai adoptées qu’après des vérifications nombreuses. Le chiffre précédent suffit pour indiquer l’importance et l’utilité des services rendus à l’industrie ru-
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- raie par l’institution du laboratoire de l’Ecole des Ponts et Chaussées. Les développements récemment apportés à ce laboratoire augmenteront encore le cercle de ses attributions (*).
- Il serait trop long d’énumérer ici les questions intéressantes que les travaux du laboratoire m’ont donné l’occasion d’examiner (2). Mais je dois ajouter que je me suis trouvé conduit, en poursuivant mes études de grande pratique agricole, à imaginer un certain nombre d’instruments météorologiques dont une longue expérience a maintenant démontré les bonnes dispositions (3).
- (‘) Voir la Note sur le Laboratoire et l’Atelier expérimental du nouveau Dépôt de l’École des Ponts et Chaussées, par M. H. Mangon (Annales des Ponts et Chaussées, 1871, page 52).
- (J) Voir ci-après § XVII, page 5o, et § XVIII, page 5o.
- (3) Voir ci-après § XIX, page 51, et § XX et XXI, page 5a.
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- Machines agricoles. — Les machines agricoles prennent une place de plus en plus importante dans toute exploitation bien conduite. Quelles sont les meilleures d’entre elles, à quel signe les reconnaît-on? J’ai consacré beaucoup de temps à ces questions. L’étude des machines à fabriquer les tuyaux de drainage forme une série complète et m’a conduit à une méthode générale d’essai au dynanomètre des machines d’agriculture. Les machines à battre, les faucheuses et le labourage à vapeur ont été de ma part l’objet de recherches spéciales en France et même en Angleterre. La plupart de ces recherches n’ont point été publiées, mais elles servent de base à une partie de mon enseignement.
- Travaux d’enseignement. — La nature de mes études me désignait pour donner aux élèves de l’École des Ponts et Chaussées les notions d’agriculture et d’hydraulique agricole, que les ingénieurs doivent tous posséder depuis la création des services hydrauliques. J’ai été chargé de constituer cet enseignement dès sa fondation, en i85a. J’ai été également appelé, depuis 1864, à professer, au Conservatoire des Arts et Métiers, un cours de travaux agricoles-et de génie rural, qui n’avait pas encore pris place dans les programmes de rétablissement.
- Résumé. — Par mes travaux, par mes écrits et par mon enseignement, je n’ai donc pas cessé, depuis près de trente ans, de contribuer, dans lahmitede mes forces, à étendre et à vulgariser les applications des sciences à l’agriculture. Si mes efforts ont pour résultat d’introduire, dans l’appréciation des instruments et des pratiques agricoles ou dans les dispositions qui touchent à l’agriculture, l’esprit de précision et les méthodes exactes qui ont élevé si haut notre industrie, je ne regretterai pas d’avoir dirigé ma vie, qui aurait pu trouver un plus lucratif emploi, vers des études qui m’attiraient par Irrésistible conviction de leur importance sociale et de leur intérêt scientifique.
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- SECONDE PARTIE.
- I.
- Expériences sur Vemploi des eaux dans les irrigations sous différents climats et sur la proportion de limons charriés par les cours d’eau.
- (Comptes rendus de l’Académie des Sciences, séance du 16 février 1863. — Un volume grand in-8 et une planche, ire édition, ï863 ; 2e édition, 1869.)
- Les irrigations, si nécessaires à l’accroissement de la richesse agricole d’un pays, sont loin de présenter en France le développement qu’elles pourraient y recevoir.
- La surface des terrains régulièrement arrosés utilise à peine le vingtième des eaux disponibles et représente une fraction insignifiante des prairies naturelles de notre pays.
- A l'exception de la Durance, nos grands cours d’eau n’enrichissent que les mers; le Rhône coule inutile au milieu des plaines desséchées du Midi; la Seine, la Loire, le Rhin n’alimentent pour ainsi dire aucune irrigation, et leurs affluents secondaires ne sont guère mieux employés.
- Les eaux d’irrigation sont une source d’engrais immédiat qui produit pour chaque centaine de mille mètres cubes d’eau utilisée l’équivalent d’un bœuf de boucherie. Le moindre de nos fleuves entraîne donc à la mer, sans acucun profit, la valeur de plusieurs têtes de gros bétail par heure, et plusieurs milliers de têtes par année.
- L’utilité des irrigations ne saurait faire l’objet d’aucun doute. On comprend dès lors tout T intérêt qui s’attache h la solution des problèmes relatifs a ce puissant moyen d’améliorations agricoles.
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- Parmi ces problèmes, F un des plus importants à résoudre et des plus controversés est celui de la détermination des volumes d’eau véritablement nécessaires aux arrosages.
- Quand on étudie la pratique des irrigations dans differents pays, on observe en effet, non sans étonnement, que les agriculteurs emploient, en général, d’autant plus d’eau que le climat sous lequel ils opèrent est plus froid et plus humide.
- Les irrigations de l’Espagne et celles de l’Algérie dépensent en effet infiniment moins d’eau que celles de l’Angleterre ou de l’Ecosse. Les irrigateurs de la Provence se contentent d’une très-faible fraction du volume d’eau exigé par les irrigateurs du nord, de l’ouest et de l’est de la France.
- C’est ainsi que, dans une des irrigations de l’auteur dans le département de Vaucluse, on a dépensé moins de i litre d’eau par seconde et par hectare, pour se conformer à l’usage constant du pays, tandis que, pendant la période correspondante, dans l’une des irrigations des Vosges, en prenant également pour règle l’usage constant de la contrée, on a dû consommer près de 5o litres par seconde et par hectare, et plus de 200 litres en prenant le débit moyen de l’année entière.
- Des différences de consommation aussi étonnantes que celles que l’on vient de signaler sont-elles justifiées par la nature des choses, ou bien sont-elles le simple résultat d’une routine aveugle, comme l’admettent sans doute les personnes qui, au risque de détruire nos plus belles irrigations, ont proposé d’appliquer à toute la France une règle unique et invariable pour la concession du volume des eaux d’arrosage? Pourquoi, en d’autres termes, les irrigateurs du Nord réclament-ils une quantitité d’eau cent ou deux cents fois plus grande que celle qui semble suffisante aux irrigateurs du Midi?
- Telle était la question posée. Pour résoudre ce problème, — et l’auteur espère y être parvenu, — il a fallu, non des expériences isolées, mais de longues séries d'observations comparatives et plusieurs années d’un travail soutenu, car on ne pouvait écarter autrement les nombreuses causes d’erreur que toute expérience isolée comporte quand il s’agit d’agriculture.
- L’auteur a employé dans ses cultures, placées comme il convenait aux deux extrémités de la France, les irrigateurs les plus habiles des localités adoptées, et l’on a suivi jour par jour leurs pratiques, mesurant exactement les volumes d’eau employés, constatant avec précision la composition de
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- l’eau à l’entrée et à la sortie, se rendant compte, enfin, de la quantité de récoltes obtenues et de leur composition.
- Ces expériences de l’auteur, poursuivies pendant trois années sur des champs de cultures différentes, embrassent des milliers de jaugeages, de déterminations météorologiques et d’analyses dont l’exposé est donné dans son Mémoire et serait trop long à résumer ici.
- On se bornera à reproduire les conclusions de cette longue série d’expériences :
- i° Dans les arrosages du Midi comme dans ceux du Nord, l’azote contenu dans les eaux à l’état de combinaison intervient au profit du sol et se fixe dans les récoltes.
- Mais dans les arrosages à petits volumes du Midi, l’azote fourni par les eaux est inférieur à l’azote représenté par les récoltes, et le rôle de ces eaux, à titre d’engrais, est tout à fait secondaire. Les fumiers et la fertilité acquise du sol comblent le déficit, qui naturellement serait d’autant moindre, cependant, que la quantité d’eau dont on pourrait disposer serait plus grande.
- Dans les irrigations à grands volumes des pays froids, les eaux employées jouent le rôle de véritables engrais. Elles fournissent non-seulement tout l’azote emporté par la récolte, mais aussi celui qui, répondant à l’accroissement de fertilité du sol, se fixe dans celui-ci.
- Pour les irrigations qui ont fait l’objet de nos études dans le Midi, l’azote emprunté à l’eau'par saison, pour i hectare de prairie, représente au plus a3 kilogrammes, tandis que dans les Vosges cette quantité peut s’élever à 2Ôo kilogrammes pour la même surface et pour le même temps.
- Pour les irrigations du Midi, la quantité de fumier employée par hectare et par saison représente au moins 121 kilogrammes d’azote, quantité qui, réunie à l’azote provenant de l’eau, reste inférieure à l’azote contenu dans la récolte.
- Pour les irrigations des Vosges, non-seulement il n’a point été employé de fumier, mais l’azote contenu dans la récolte ne s’élève pas à la moitié de celui qui est fourni par l’eau d’arrosage.
- Et, pour conclure, si la prairie des Vosges, qui fournit par an 102 kilogrammes d’azote dans la récolte, était mise au régime du Midi pour les irrigations, elle ne trouverait dansl’eau que 23 kilogrammes d’azote, c’est-à-dire moins du quart de ses indispensables besoins.
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- On pourrait donc souhaiter plus d’eau aux irrigations du Midi ; mais réduire d’une manière notable le volume des eaux consacrées aux irrigations du Nord, ce serait méconnaître ou dénaturer leur rôle et leur faire perdre immédiatement leurs avantages spéciaux.
- 2° On peut envisager les irrigations du Midi comme nécessaires pour refroidir le sol, pour donner l’eau de végétation aux plantes et pour favoriser l’état d’humidité du sol, qui rend immédiatement autour d’elles la nitrification abondante.
- Les irrigations du Nord réchauffent souvent le sol au lieu de le refroidir ; elles lui fournissent toujours des produits azotés récoltés au loin dans l’air ou dans les terres que l’eau a traversées, et au moyen desquels le champ ou la prairie arrosée empruntent, à de larges surfaces, des principes de fécondité qu’une nitrification moins active ne leur fournirait pas sur place.
- 3° Les eaux d’irrigation, en passant par les prairies des Vosges, même pendant l’été, ne leur cèdent qu’environ 3o pour ioo de l’azote qu’elles renferment. Il n’y a pas lieu de compter qu'on puisse accroître sensiblement cette proportion de matières utilisées, car elle exprime aussi le chiffre observé sur des eaux peu différentes dans les irrigations à petit volume du Midi, réputées si parfaites et si efficaces ; comme si les plantes ne puisaient plus rien dans les eaux d’arrosage quand leur richesse en azote descend au- ' dessous d’un chiffre déterminé.
- Ainsi s’explique l’expression qui, dans les pays d’irrigation, fait désigner sous le nom à?eaux dégraissées celles qui, ayant déjà servi à l’arrosage, ont perdu leurs facultés fertilisantes.
- 4° Les gaz dissous dans les eaux d’irrigation y jouent un rôle sérieux. L’acide carbonique, comme on fa déjà remarqué, se montre plus abondant à la sortie qu’à l’entrée. Conformément à la théorie de M. Chevreul, l’oxygène offre une proportion inverse. Les eaux d’irrigation déterminent donc dans le sol des phénomènes de combustion lente, semblables à ceux que le drainage produit. Les quantités d’oxygène entrées et sorties par hectare et par saison dans une prairie du Midi étant respectivement égales à 74 mètres cubes et à 9 mètres cubes, il en résulte une disparition d’oxygène égale à 65 mètres cubes, soit plus de 90 kilogrammes. Dans l’une des prairies des Vosges, ce chiffre s’élève à plus de 7000 kilogrammes.
- 5° D’ailleurs, c’est la facilité avec laquelle une eau abandonne les matières
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- fertilisantes qu’elle renferme qui donne la mesure de ses qualités plutôt que sa composition absolue. Ainsi, les eaux de la Sorgue, peut-être trop riches relativement en acide carbonique, sont beaucoup moins appréciées que les eaux de la Durance, même éclaircies, dont elles se rapprochent beaucoup par leur teneur en azote; mais elles ne cèdent aux prairies que i3 pour ioo de leur azote, tandis que les eaux de la Durance en abandonnent 3o pour 100.
- 6° La chaleur, qui sera plus tard l’objet d’une étude spéciale, ainsi que la lumière, exerce une influence considérable sur la fixation des principes fertilisants des eaux d’irrigation. Quand la température reste au-dessous de 7 degrés, l’assimilation de l’azote paraît nulle ou très-faible.
- 7° En résumé, l’eau d’irrigation, envisagée au point de vue physique, intervient à titre de régulateur de la température du sol et d’agent essentiel des phénomènes journaliers d’absorption et d’évaporation qui se passent dans les plantes, et au point de vue chimique comme un engrais qui, selon la nature des sols et du climat, peut représenter, tantôt la totalité, tantôt une faible partie seulement des matières fertilisantes exigées par la culture. Le prix de revient comparatif de l’eau et des fumiers constitue, par conséquent , l’élément principal de la fixation des volumes de liquide à accorder aux prairies.
- Le rôle de l’eau est donc fort complexe, et avant de modifier la pratique des irrigations d’une contrée, l’agriculteur, comme l’autorité chargée de la répartition des eaux, doit la soumettre à un examen scrupuleux, d’où résultera souvent la justification des habitudes locales les plus inexplicables en apparence.
- IL
- Expériences sur les limons chariés par les cours d'eau.
- [Comptes rendus de l’Académie des Sciences, séance du 3o novembre 1863. — Annales du Conservatoire des Arts et Métiers, 1864. — Comptes rendus de l’Académie des Sciences, séance du 24 mai 1869. — Expériences sur l’emploi des eaux dans les irrigations, 2e édition (déjà cité)].
- La fertilité des limons charriés par les cours d’eau donne à leur emploi, pour l’amélioration des terres, une importance reconnue par tous les auteurs qui ont traité de l’utilisation des eaux en agriculture.
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- Les matières terreuses, entraînées par les fleuves dans la profondeur des mers ont presque toujours, comme produits fertilisants, une valeur supérieure à la dépense qu’entraîneraient les travaux nécessaires pour les employer en colmatages ou en limonages. Ces travaux, convenablement dirigés, serviraient en même temps à régulariser les crues des rivières et à prévenir les ravages causés par les débordements. De sorte que la solution du problème si complexe des inondations se trouve lié de la manière la plus intime et la plus directe, comme on l’a déjà dit, à l’utilisation agricole des terres fertiles que les eaux enlèvent sans cesse à la culture du pays.
- La terre végétale, objet des constantes études de l’agriculteur, a été formée sur beaucoup de points du globe par le travail des eaux. L'examen attentif des actions de ce genre, qui se produisent encore sous nos yeux, est probablement le plus sûr moyen d’arriver à comprendre la formation, dans le passé, d’une grande partie des terrains dont la culture fait la richesse des peuples actuels.
- Le travail incessant des eaux, à peine sensible à chaque instant, mais prolongé dans la suite des siècles, modifie peu à peu le relief des îles et des continents et tend à combler le bassin des mers. Ce transport de masses énormes de remblais, à l’embouchure des grands fleuves, est peut-être une des causes qui tendent à troubler l’équilibre des terrains côtiers et qui produisent, avec le temps, les mouvement généraux d’abaissement ou d’exhaussement des bords de la mer, si nettement constatés sur divers points du littoral de la France et d’autres parties de l’Europe. Dans tous les cas, l’évaluation exacte du poids et du volume de terre entraînée par les fleuves fournit à la géologie d'utiles indications sur la forme des vallées, sur la formation des deltas et sur les modifications des contours des côtes voisines des embouchures.
- L’entraînement continuel à la mer de matières minérales enlevées aux continents et de matières organiques formées avec les éléments de l’air, est une des causes les plus apparentes des modifications très-lentes, il est vrai, mais incontestables, que subissent dans la suite des temps la composition des eaux de la mer et la constitution de l’atmosphère terrestre.
- L’utilité pratique de l’étude des limons, pour les travaux agricoles et l’intérêt scientifique de l’examen de ces matières, ont engagé l’auteur à
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- entreprendre une série de recherches qu’il s’efforce de rendre de plus en plus nombreuses.
- Les troubles dont il s’agit d’apprécier l’utilité et l’importance varient d’un jour à l’autre, dans leur proportion par mètre cube d’eau, dans leur composition, dans leur quantité absolue, subordonnée elle-même au chiffre du débit. Pour obtenir des résultats exacts dans leur ensemble, il faut donc organiser des séries continues d’observations journalières et déterminer, dans chaque expérience : i° la quantité de limon déposé par un même volume d’eau; 2° la nature de ses éléments minéraux ou organiques; 3° le débit du cours d’eau, objet de l’expérience, au moment même de la prise de l’échantillon.
- Les expériences ainsi conduites exigent beaucoup de temps et des moyens d’observation difficiles à réunir. Elles sont d’ailleurs fort laborieuses et se traduisent par des tableaux numériques, qui n’occupent pas moins de 180 pages dans le Mémoire dont le manuscrit a été présenté à l’Académie.
- Les expériences de l’auteur s’appliquent jusqu’à présent à la Durance, au canal de Carpentras, à la Loire et à quelques-uns de ses affluents en temps de crue, au Yar, à la Seine, à la Marne et au Rhône. Il serait impossible de reproduire ici les résultats complets de ces longues recherches, on se bornera à citer quelques-uns des chiffres les plus importants.
- La Durance, du 1er novembre 1869 au 3i octobre 1860, a entraîné 10770313 mètres cubes de matières solides, pesant 17 millions de tonnes. Un cube de terre de 220 mètres de côté a donc été enlevé aux terrains supérieurs et entraîné dans les parties basses du cours de la rivière jusqu’à la mer.
- Si ce limon se déposait entièrement sur le sol, il recouvrirait d’une couche de 1 centimètre d’épaisseur l’énorme surface de 107703 hectares. S’il était amené sur la Camargue, il pourrait en combler les marais et la transformer en plaine des plus fertiles en moins d’un demi-siècle.
- Une couche de om,3o d’épaisseur de ces limons, ou 3ooo mètres cubes par hectare, constitue, dans Vaucluse, des terres excellentes. La Durance entraîne donc chaque année un volume de terre végétale équivalent à celui de 35qo hectares. En cinquante années, elle transporte donc à la mer 1 équivalent du sol arable d’un département moyen. Ces chiffres expliquent facilement comment le sol de plusieurs des régions les plus fertiles du dépar-
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- tement de Vaucluse a été formé, à des époques plus ou moins anciennes, par des dépôts limoneux semblables à ceux qui se produisent encore sous nos yeux. Ges résultats permettent aussi de comprendre comment le rivage delà mer s’éloigne d’Adria d’une dizaine de mètres par an, depuis des siècles; comment les embouchures du Rhône, du Rhin, du Pô, etc., ont pu se modifier depuis les temps historiques ; comment le sol de la vallée du Nil s’élève de om,i26 environ par siècle.
- Le relief naturel du sol a suffi pour déterminer le dépôt des limons qui forment aujourd’hui plusieurs de nos plus riches vallées. ïl appartient à la science moderne d’imiter ces exemples et de ne pas laisser perdre dans la profondeur des mers de tels éléments de richesse et de fertilité.
- La composition chimique des limons donne lieu à des observations d’une autre nature. Les 17 millions de tonnes de matières solides entraînées en un an par la Durance, à Mérindol, sont formées de 9 millions de tonnes d’argile, de 7 millions de tonnes de carbonate de chaux, de i4 mille tonnes d’azote, de 95 mille tonnes de carbone, et enfin d’un peu plus d’un million de tonnes d’eau combinée et de matières diverses, le tout réuni dans les conditions favorables à la constitution des terres arables les plus fertiles.
- Une seule rivière entraîne donc par an, à l’état de combinaison le plus propre au développement de nos plantes cultivées, 14 mille tonnes d’azote, alors que l’agriculture française achète au dehors, au prix des plus grands sacrifices, d’autres matières azotées, et que l’importation du guano, qui fournit à peine cette quantité d’azote chaque année, coûte une trentaine de millions de francs.
- La proportion de carbone contenu dans les limons exige quelques explications. Les 95 mille tonnes de carbone que la Durance entraîne en une seule année dans la profondeur des mers formerait l’acide carbonique d’un volume d’air normal de 100 mètres de hauteur et de 900 mille hectares de base. Cette quantité de carbone est égale à celle que fixerait en un an une forêt de 47 mille hectares d’étendue.
- Après avoir déterminé la quantité de limon entraîné par la Durance et la proportion de ses éléments, l’auteur a cherché à se rendre compte des résultats que donne son emploi dans la pratique agricole, en étudiant à leur tour les troubles charriés par le canal de Carpentras.
- En une année, déduction faite des chômages, les eaux du canal ont trans-
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- porté 137 mille mètres cubes de limon, pesant 219 mille tonnes et contenant 119 mille tonnes d’argile, 85 mille tonnes de carbonate de chaux, 223 tonnes d’azote et 1 500 tonnes de carbone.
- En poursuivant cette étude, l’auteur arrive enfin aux pratiques agricoles elles-mêmes, c’est-à-dire à l’examen des diverses cultures irriguées où l’on met à profit les eaux chargées de limon fournies par le canal.
- Les expériences faites sur une luzerne, une prairie et une culture de haricots ont démontré que les quantités de limon retenu par le sol étaient de 17,37 10 tonnes par hectare, représentant une couche variant de
- moins de 1 millimètre à plus de 2 millimètres. Dans^ des cultures plus largement arrosées, l’exhaussement du sol est quelquefois beaucoup plus fort.
- Les expériences sur les eaux du Var ont été poursuivies du Ier septembre 1864 au 3i août i865. La plus petite proportion de limon par mètre cube d’eau a été de 9sr, 15, le 9 janvier 1865 ; la plus forte proportion a été de 36617sr, i4 par mètre cube d’eau, le 3o juin i865.
- La proportion moyenne du limon, calculée en divisant le poids total du limon entraîné par le volume total de l’eau écoulée, est de 2677 grammes par mètre cube. Cette forte proportion de matières solides en suspension n’a rien de surprenant, si l’on se rappelle que la pente moyenne du Var atteint 5 millimètres par mètre sur la plus grande partie de son cours, et que son débit en grandes crues est, dit-on, égal à plus de i/jo fois celui de l’étiage.
- Le poids total du limon entraîné pendant l’année des observations est de 18000000 de tonnes environ, formant un volume de plus de 11 000000 de mètres cubes, suffisant pour colmater 5 5oo hectares sur une épaisseur de 20 centimètres. Les travaux en cours d’exécution sur le Var permettront d’utiliser à l’avenir une partie de ces riches alluvions.
- Les limons du Var contiennent à peu près le tiers de leur poids de carbonate de chaux et une proportion d’azote très-variable d’un jour à l’autre, mais peu différente, en moyenne, de celle obtenue pour les limons de la Durance. Outre les limons, le Var, pendant l’année des observations, a porté à la mer 792000 tonnes de matières solubles.
- Les observations relatives aux limons de la Marne ont été commencées le Ier novembre i863 et terminées le 28 février i865. Les chiffres détaillés se trouvent dans le Mémoire pour toute cette période. On donnera seule-
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- ment ici les résultats obtenus du Ier novembre i863 au 3i octobre 1864. L’eau était puisée vis-à-vis l’entrée du souterrain de Saint-Maur.
- La plus faible proportion de trouble observée dans l’eau de la Marne a été de 2 grammes par mètre cube de liquide, le 6 octobre 1864. La plus forte proportion a été de 515gr, 75 par mètre cube, le 4 décembre i863. La moyenne générale de l’année a été de 74 grammes par mètre cube. '
- Ce poids, qui forme à peine les deux centièmes de celui du limon contenu dans l’eau du Yar, établit nettement la différence qui existe, sous ce rapport, entre un cours d’eau tranquille et un cours d’eau torrentiel.
- Le poids total de limon transporté par la Marne, pendant l’année considérée, a été de 168684 tonnes, formant un volume de io54^7 mètres cubes environ. Ce volume, relativement peu considérable, suffirait cependant au limonage de surfaces fort étendues, en raison de la richesse de ce limon comme matière fertilisante.
- La composition chimique du limon de la Marne varie beaucoup d’une époque à l’autre. La proportion de carbonate de chaux, par exemple, peut passer de 7,42 à 38, ï3 pour 100, selon le point du bassin ou la crue prend naissance. ,
- La proportion d’azote est généralement assez forte, comme il arrive presque toujours pour les limons peu abondants, fins et riches en matières organiques.
- Les matières solides en dissolution dans l’eau de la Marne forment, en une année, un poids de 552 48o tonnes, qui ajouté au poids des matières en suspension forme un poids total de 721164 tonnes. Dans cet exemple, les matières solubles pèsent plus de trois fois autant que les matières en suspension.
- Les eaux de la Seine qui ont servi aux expériences ont été puisées à Port-à-F Anglais, en amont de l’embouchure de la Marne.
- Les observations ont été régulièrement poursuivies du Ier novembre i863 au 3i octobre 1866, c’est-à-dire pendant trois années entières. C’est la série la plus longue et la plus complète d’observations de cette espèce qui existe.
- Le poids moyen du limon contenu dans un mètre cube d’eau de Seine, déduit de cette longue série, est de 39sr,663. Le poids le plus faible obtenu a été de igr, 35 par mètre cube d’eau, le 28 juillet 1864, et le poids le plus fort de 2738^,20 par mètre cube, le 24 septembre 1866. Ce chiffre paraît
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- excessivement élevé, et l’auteur ne le cite qu'avec réserve. Mais il a trouvé plusieurs fois plus de 5oo grammes de limon par mètre cube d’eau, et en particulier le 17 août 1866, le poids des matières en suspension s’est élevé à 6'26sr, ï2 par mètre cube de liquide.
- Le poids total de limon charrié a été de 207463 tonnes par année moyenne, représentant un volume de 129600 mètres cubes environ.
- Les matières dissoutes dans l’eau de Seine forment par année moyenne un poids de 1 110687 tonnes. Si l’on ajoute à ces deux derniers chiffres les nombres correspondants indiqués pour la Marne, on trouve que la Seine, à Paris, entraîne sous nos yeux chaque année, et sans qu’on le remarque pour ainsi dire, 2039814 tonnes de matières solides, poids à peu près égal à la totalité des marchandises transportées sur le fleuve.
- La composition chimique du limon de la Seine est moins variable que celle du limon de la Marne. Cependant la proportion de carbonate de chaux varie de 12,55 à 33,45 pour 100. La proportion moyenne d’azote pour 100 est un peu plus forte que dans les limons de la Marne.
- La Durance, le Var, la Marne et la Seine au-dessus de Paris transportent chaque année à la mer 23533ooo mètres cubes d’alluvions les plus fertiles. On comprend, par ce premier résultat, quel est l’énorme volume de terre arable entraînée par l’ensemble des fleuves d’un continent tout entier, et l'on conçoit l’intérêt de l’examen de la proportion et de la nature des limons charriés par les eaux pour les études de géologie et de physique du globe.
- La connaissance du volume et de la nature des limons entraînés par les rivières et par les fleuves offre beaucoup d’intérêt pratique pour les travaux d’hydraulique agricole. Les grands colmatages de l’Italie, les travaux de la basse Seine, les limonages du Var, de l’Isère, de Vaucluse, etc., montrent tout le profit que l’agriculture peut retirer d’opérations de cette espèce.
- En résumé, les cours d’eau, comme d’infatigables terrassiers, enlèvent sans cesse aux continents d'énormes volumes de terre la plus fertile, pour les jeter dans la profondeur des mers. Il importe à l’agriculture de détourner a son profit cet immense labeur des eaux, en l’utilisant au colmatage et au limonage de nos terres arables.
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- III.
- Des plantes aquatiques d’eau douce considérées comme engrais.
- Annales des Ponts et Chaussées, t. XIX, p. 262; 18G0. — Bulletin de la Société Philomatique de Paris,
- séance du 9 août 1861).
- Le faucardement ou l’arrachement des plantes aquatiques qui se développent dans le lit des cours d’eau met à la disposition des riverains un produit d’une grande valeur comme engrais, trop souvent négligé.
- Quand on saura mieux les utiliser, les plantes aquatiques sont appelées à rendre, dans l’intérieur des terres, des services analogues à ceux que les cultivateurs du littoral retirent de l’emploi des végétaux marins.
- Considérées à ce point de vue,, les plantes aquatiques offrent en effet des moyens puissants et économiques de fixer et d’extraire les matières fertilisantes qui s’écoulent en pure perte avec les eaux que l’agriculture n’emploie pas en irrigations.
- Les plantes aquatiques exposées à l’air et au soleil perdent assez rapidement de 75 à 92 pour 100 de leur poids d’eau ; elles en retiennent alors de i3 à 3 pour 100, qu’elles ne perdent qu’à l’étuve. Séchées à l’air, elles dosent de 1,3 à 3 pour 100 d’azote. Incomplètement desséchées comme elles doivent l’être quand on les emploie pour engrais, elles renferment au moins, en général, o,5 pour 100 d’azote.
- La proportion et la nature des cendres des plantes aquatiques est extrêmement variable pour les mêmes espèces, suivant la nature du liquide ambiant. Tandis que la chaux et l’acide phosphorique dominent dans les cendres des plantes du bassin delà Seine par exemple, ces composés existent à peine dans les cendres des plantes des cours d’eau des Landes, et se trouvent remplacés par une forte proportion de silice.
- L’étude détaillée de la composition des cendres, comparée à celle de l’eau ou se développent les plantes, quelquefois sans contact avec le sol, comme la lentille d’eau, est extrêmement intéressante, mais on ne pourrait la faire ici sans reproduire de nombreux tableaux de chiffres dont il n’a été publié qu’une faible partie seulement.
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- IV.
- Des produits des curages des cours d'eau considérés comme engrais.
- (Annales des Ponts et Chaussées, t. XIV, p. 121, 1857, et t. XIX, p. 363, 1860.)
- Le curage périodique des ruisseaux, des biefs d'usines et réservoirs, si utile au point de vue de l’hygiène publique et du régime général des cours d’eau, rencontre presque toujours une certaine résistance chez les riverains, effrayés des dépenses et des embarras des travaux de cette nature. Cependant cette opération fournit une matière fertilisante des plus précieuses dont le prix de revient est presque toujours plus bas que sa véritable valeur agricole. Bien loin de redouter le curage de leurs cours d’eau, les propriétaires, mieux éclairés sur leurs intérêts, devraient, au contraire, chercher à faciliter ces travaux et à les rendre plus fréquents.
- Il existe en France environ 200000 kilomètres de cours d’eau dont le quart au moins, soit 5oooo kilomètres, devraient être curés chaque année. En évaluant à omc,o5 seulement le volume de vase séchée à l’air que l’on pourrait extraire par mètre courant de ruisseau, on trouve que le produit des curages pourrait s’élever à 2 5ooooo mètres par an. Ce volume de vase contient une quantité de matières fertilisantes au moins équivalente à 2 millions de tonnes de fumier de ferme.
- La vase, au moment où on l’extrait, est plus ou moins humide ; exposée à l’air et au soleil, elle perd rapidement de 5o à 70 pour 100 de son poids d’eau et en conserve encore de 7 à 10 pour 100, qu’elle 11’abandonne qu’au delà de 100 degrés. La vase fraîche pèse de 1 100 à 1 4oo kilogrammes le mètre cube; séchée à l’air et pulvérisée, elle pèse de 700 à 800 kilogrammes le mètre cube.
- La composition de la partie minérale des vases varie nécessairement beaucoup avec les localités, mais elles contiennent toutes de o, 4 à o, 5 pour 100 d’azote, et abandonnent à l’eau froide, comme les terres fertiles, des matières solubles minérales et organiques.
- Les échantillons de vases examinées par l’auteur s’élèvent à plus de cent ; il serait impossible de reproduire ici ces analyses. On dira seulement que ces deux Mémoires ont provoqué beaucoup d’applications pratiques de
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- l’emploi de ces matières, et plusieurs séries de travaux analytiques qui sont venus en confirmer les indications.
- V. '
- L’assainissement des 'villes et Vagriculture.
- (Annales de Chimie et de Physique, t. XLIX, i856. — Annales des Ponts et Chaussées, t. XI, p. ii4, 1856.)
- On admet depuis bien longtemps déjà que les immondices des villes sont de précieux engrais qu’il faut rendre à l’agriculture. Mais la réalisation de ce problème présente des difficultés de différents ordres et soulève quant à l’emploi agricole des produits des questions que ne semblent pas avoir toujours bien comprises les nombreux auteurs qui se sont occupés de projets de cette nature. Et d’abord peut-on, sans inconvénient, jeter sur un terrain cultivé quelconque l’équivalent de sa fumure en liquides de la nature de ceux dont il s’agit? Non assurément; il suffit d’avoir étudié de près la question pour savoir que si certains terrains désinfectent immédiatement les liquides versés à leur surface, d’autres sont loin de produire cet effet.
- L’auteur indique les conditions à remplir pour que la désinfection, ait lieu, pour que les excrétions d’une ville, employées dans leur état naturel, soient pour les plantes un aliment convenable.
- Après avoir rappelé les expériences de M. Boussingault, encore récentes à cette époque, sur le rôle des nitrates dans les terres et ses essais personnels sur la désinfection des 'vinasses de betterave (1), l’auteur appelle, avec M. Chevreul, l’attention sur la nécessité de l’aération du sol, soit naturelle, soit obtenue artificiellement par le drainage, pour produire la combustion lente des produits des déjections des villes, leur désinfection et la transformation de ces matières en nitrates.
- Ces idées, généralement admises aujourd’hui, étaient encore à peine répandues à l’époque de la publication de ce travail.
- f) Rapport sur les travaux du Conseil de salubrité du département du Nord pendant l’année 1854, p. i3o.
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- VI.
- Extraction des engrais contenus dans les eaux d'égout.
- (Comptes rendus de l’Académie des Sciences, séance du 17 novembre i856. — Un extrait plus étendu a été inséré dans les Annales des Ponts et Chaussées, t. VII, p. 3g4, i856.)
- L’écoulement du produit des égouts des grandes villes dans les rivières présente le double inconvénient d’altérer la pureté de l’eau, en infectant quelquefois les vallées traversées par ces liquides impurs, et de priver l’agriculture d’une quantité considérable de produits fertilisants qui coulent sans utilité jusqu’à la mer.
- Un habile ingénieur anglais, M. Wicksteed, a reconnu que l’addition d’un peu de lait de cliaux avec les eaux d’égout produit un précipité facile à rassembler, qui permet de les clarifier rapidement, de les désinfecter et d’en extraire sous un faible volume la plus grande partie des principes fertilisants utiles à l’agriculture.
- Frappé des résultats obtenus dans rétablissement créé par M. Wicksteed et dont la description se trouve dans son Mémoire, l’auteur a recherché si les mêmes méthodes seraient applicables en France. A cet effet, il a pris de l’eau dans l’égout de la rue de Rivoli, qui contenait par litre :
- gr
- Matières dissoutes........................... 1,242
- Matières en suspension.......................0,484
- 1,726
- Il a trouvé d’ailleurs qu’un litre de F eau examinée renfermait en azote :
- Azote de l’ammoniaque ................0,0389
- Azote des matières solides............. 0,0191
- o,o58i
- Telle est la constitution, au point de vue dont il s’agit, du liquide de 1 égout de Rivoli, sur lequel ont été faites les expériences que l’on va rapporter.
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- ( 3o )
- On a ajouté à ces liquides troubles des quantités variables de chaux pesée parfaitement sèche, puis éteinte dans un peu d’eau distillée. La précipitation s’est faite de la manière la plus rapide dans les mélanges renfermant ogr,4 à ogr,5 de chaux pure par litre d’eau d’égout.
- La chaux a déterminé la précipitation rapide de ogr, 748 par litre de ma-
- tières solides formées de :
- gr
- Produits solides en suspension.............0,484
- Produits solides dissous................... 0,264
- 0,748
- Ainsi la chaux détermine la précipitation du quart environ des matières dissoutes. L’eau, après la précipitation, était d’ailleurs parfaitement limpide, incolore et inodore.
- L'azote renfermé dans un litre d’eau d’égout, après la clarification par la chaux, se répartit du reste de la manière suivante :
- gr
- Azote des matières solides restées en dissolution......0,0082
- Azote de l’ammoniaque libre dans le liquide clarifié . . . o,o3o6 Azote du précipité produit par la chaux . . .......... 0,0182
- 0,0570
- La chaux précipite donc près de 3o pour 100 de l’azote contenu dans les eaux d’égout. Mais elle ne paraît pas agir sensiblement sur l’ammoniaque libre que renferment ces eaux, ainsi qu’il était facile de le prévoir.
- La publication de ce Mémoire a provoqué de nombreux essais de purification des eaux d’égout par voie de précipitation. Le chlorure de fer paraît avoir bien réussi dans certaines localités; à Paris, le sulfate d’alumine paraît agir plus énergiquement et plus régulièrement que la chaux. Mais dans la plupart des villes d’Angleterre ou l’on purifie l’eau d’égout, on continue à employer la chaux. L’auteur a pu s’assurer qu’elle réussit très-bien avec les eaux d’égout de plusieurs villes de France, et il est probable que ce réactif, si économique et par lui-même si précieux comme amendement, sera préféré à tout autre dans les applications qui seront faites dans les départements des méthodes de purification des eaux d’égout.
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- VII.
- Valeur, comme engrais, des produits de la voirie de Paris.
- (Annales des Ponts et Chaussées, t. XVII, p. 241, i85g.)
- Les nombreux auteurs français et étrangers, qui ont écrit sur l’utilisation comme engrais des déjections des grandes villes, sont bien loin de s’accorder sur la valeur agricole de ces produits. Leurs calculs reposent en général sur des appréciations extrêmement vagues, ou sur des données physiologiques résultant d’observations individuelles, qu’il serait impossible d’appliquer sans erreur grossière aux grands centres de population.
- L’auteur pense que le premier élément de tout projet sérieux d’assainissement des villes doit être la connaissance des produits recueillis d’une manière pratique et pouvant être mis réellement à la disposition de l’agriculture.
- Au lieu d’obtenir le résultat cherché, ainsi qu’on l’avait fait jusqu’à présent, en multipliant par la population de Paris le chiffre obtenu par des observations faites sur quelques individus seulement, Fauteur a fait porter ses analyses sur le produit moyen de la ville entière. C’est en divisant les totaux ainsi obtenus par le nombre des habitants que l’on peut arriver à une moyenne applicable avec exactitude aux grandes villes placées dans des conditions analogues à celles de Paris.
- Les produits de la voirie d’une grande ville sont : i° les boues et immondices recueillies sur la voie publique; 20 les matières extraites des fosses d’aisance; 3° les eaux d’égout.
- La première classe de produits est utilisée depuis longtemps par les cultivateurs des environs de Paris et de toutes les villes de quelque importance. Leur valeur et leur emploi sont parfaitement connus ; l’auteur se borne à F examen des deux autres classes de produits.
- A l’égard des fosses d’aisances, les opérations analytiques n’ont, point porté sur les produits d’une ou de plusieurs fosses, prises isolément, qui auraient plus ou moins différé de la moyenne, mais sur le mélange de tous ces produits tel qu’il sortait de la conduite en fonte établie entre le dépotoir et Bondy.
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- Le produit de la voirie de Paris s’élevait par an, en i856, à 354ooo mètres cubes de substances d’une composition moyenne, analogue à celle des matières soumises à l’analyse.
- Cela posé, sans reproduire les chiffres de la composition moyenne par litre de ces matières, on conçoit qu’il suffit de les multiplier par 354oooooo pour obtenir le produit annuel des vidanges de Paris pour une population de i million d’habitants environ. On trouve ainsi, en se bornant aux chiffres essentiels que ces matières renferment :
- kil
- Azote de l’ammoniaque....................... 1086567 j j^2Ig05
- Azote des matières solides.................. . 335238 j
- Matières organiques, non compris l’azote.... 5176126
- Matières minérales.......................... 4090116
- Ces chiffres permettent de calculer, par une simple proportion, la composition du produit des vidanges dans presque toutes les villes de France, qui, sous le rapport de ce service, sont à peu près dans les mêmes conditions que Paris.
- La quantité d’azote des vidanges de Paris est égale à celle que contiendraient 355451 260 kilogrammes de fumier normal. En admettant que la fumure annuelle de 1 hectare soit de 20000 kilogrammes de fumier, on trouverait que la quantité d’azote des vidanges suffirait pour fumer 17772 hectares par an.
- Mais les engrais de cette nature sont beaucoup plus actifs que le fumier ordinaire et renferment beaucoup plus de sels minéraux utiles. Chez les meilleurs fermiers de Lille, on emploie environ, pour une forte fumure, 18 mètres cubes d’engrais flamand contenant 48k§,6 d’azote, d’après les analyses faites par l’auteur en même temps que celles qui font l’objet de ce Mémoire. D’après cela, les produits des fosses de Paris pourraient servir à la fumure de 29260 hectares par an, soit en nombre rond de 3oooo hectares.
- Enfin, cet engrais ne saurait être exclusivement employé; son action doit être alternée avec celle des engrais plus riches en carbone et moins riches en sels minéraux. Si l’on voulait employer en agriculture la totalité des vidanges de Paris, il faudrait les mettre à la disposition d’une étendue de sol arable au moins triple de celle qu’elles pourrraient féconder annuellement, soit en nombre rond de 90000 à 100000 hectares.
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- Le transport de ces matières dans des vases hermétiquement clos,, soit par chemin dé fer, soit par voies navigables, est toujours cher. Les analyses de l’auteur prouvent qu’elles ont trop peu de valeur pour supporter des frais de transports aussi longs que ceux qui seraient nécessaires pour dépasser la zone où s’emploient les boues de ville, et atteindre les pays situés plus loin qui pourraient seuls les utiliser avec économie.
- Pour effectuer ces transports, si utiles à l’assainissement de la ville et à l’agriculture, on ne peut donc recourir qu’à l’emploi de tuyaux de conduites et de pompes foulantes à vapeur, comme on l’a fait pour la première fois et avec tant de succès pour l’établissement du dépotoir. Dans ces conditions, les transports peuvent s’effectuer à des prix tout à fait en rapport avec la valeur des produits dont il s’agit.
- Les renseignements donnés par M. Husson, dans son ouvrage sur les Consommations de la ville de Paris, ont fourni, longtemps après la rédaction de ce travail, une vérification indirecte des résultats obtenus par l’auteur.
- La composition des eaux des égouts est beaucoup plus variable d’un jour à l’autre et d’un point à l’autre que celle des produits de la voirie. Pour arriver à une évaluation exacte de la valeur de ces liquides, il eût fallu en faire puiser, d’heure en heure,.dans les divers égouts de Paris, faire un mélange de ces différents échantillons, en quantités proportionnelles au débit correspondant, et analyser les mélanges ainsi formés chaque jour pendant une assez longue période de temps. On ne pouvait entreprendre une pareille étude sans le concours actif de l’Administration municipale (*). Dès lors, l’auteur a dû réduire ses analyses au petit nombre d’échantillons qu’il pouvait obtenir, sans abuser de l’obligeance de MM. les ingénieurs du service des égouts. Du reste, ces échantillons ont été recueillis dans des conditions se rapprochant autant que possible de la moyenne, de sorte que les chiffres obtenus, qui concordent assez bien avec ceux résultant d’un autre ordre de considérations, ne pouvaient pas s’éloigner beaucoup de la réalité.
- La richesse en azote des eaux d’égout de Paris s’élève à osr,o58a par litre environ.
- d
- ( ) Ce travail a été exécuté, dans ces dernières années, dans les conditions indiquées ici. Il a confirmé une manière remarquable les résultats que l’auteur avait obtenus dix années auparavant.
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- Quant au poids des matières dissoutes ou en suspension, on peut l’évaluer en moyenne à 2 grammes par litre à peu près.
- Quant au volume débité, ou plutôt au volume d’un liquide au même degré de concentration que celui qui a servi à l’essai, l'auteur admet qu’à l’époque où ses expériences furent exécutées il était par an de 21 900000 mètres cubes environ.
- Dans ces conditions, les eaux des égouts de Paris contiendraient :
- kil
- Azote de l’ammoniaque........................ Bôigro ) 1272390
- Azote des matières solides................... 420480 j
- Matières organiques non compris l’azote................ 12899100
- Matières minérales..................................... 30879000
- Total................... 45o5o49o
- L’ouvrage déjà cité de M. Husson sur les consommations de Paris a encore donné une vérification remarquable de ce travail analytique déjà ancien.
- En résumé, les eaux d’égout entraînent actuellement chaque année à la Seine au moins200000 kilogrammes d’azote, dont l’agriculture pourrait tirer un bon parti, pour des arrosages de prairies, comme on le fait à Edimbourg, à Milan, etc.
- VIII.
- Des obstructions qui se forment dans les tuyaux de drainage.
- (Comptes rendus de l’Académie des Sciences,, séance du 25 août i856.)
- Dans certains sols, les eaux de drainage laissent déposer plus ou moins rapidement des matières solides qui forment dans les tuyaux des obstructions, s’opposent à l’écoulement des liquides et ne tardent pas à rendre inutiles les travaux exécutés. Ces accidents sont les plus graves que l’on puisse rencontrer dans les opérations de drainage. S’il n’était pas possible de les prévenir, on devrait renoncer complètement à l’assainissement, à l’aide de tuyaux, des terrains où ils se présentent.
- Les obstructions formées dans les tuyaux par le dépôt chimique de sub-
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- stances dissoutes d’abord dans les eaux de drainage sont de deux natures différentes : les unes sont principalement formées de carbonate de chaux ; les autres, formées d’une substance riche en oxyde de fer, déjà signalée ailleurs par M. Ghevreul, présentent une teinte ocreuse qui leur a fait donner le nom de dépôts ferrugineux.
- Les obstructions calcaires se produisent dans les tuyaux ou circulent des eaux chargées de carbonate de chaux dissous par un excès d’acide carbonique. Il suffit, d’après fauteur, pour empêcher leur formation, de s’opposer au dégagement du gaz carbonique que renferment les eaux, en plaçant un regard pneumatique à quelques mètres en amont de la bouche de décharge et, s’il y a lieu, au point de réunion des maîtres drains.
- Ces regards pneumatiques sont construits, comme les regards ordinaires, avec deux ou trois gros tuyaux à emboîtement, posés verticalement sur une pierre plate ou sur une large tuile, et recouverts de la même manière. Mais, contrairement à ce qui a lieu pour les regards ordinaires, le tuyau d’amenée, dont on augmente la pente sur une certaine longueur, débouche à quelques centimètres au-dessous du tuyau d’écoulement. A l’aide de cet artifice, les tuyaux de drainage sont séparés de l’air extérieur, et la condition désirée se trouve exactement remplie.
- Les obstructions ferrugineuses sont formées de dépôts très-abondants boueux et gélatineux, plus ou moins consistants; leur teinte varie du rouge foncé au rouge ocreux terne. Quand les dépôts se forment dans une eau tranquille, on voit apparaître à la surface des pellicules irisées que la moindre agitation précipite au fond du liquide et que tout le monde a pu observer. Ces dépôts bouchent rapidement les tuyaux sur de plus ou moins grandes longueurs et arrêtent complètement l’écoulement de Y eau.
- Lorsqu’on recueille un dépôt récent et l’eau même au sein de laquelle il se forme, il suffit de jeter le tout sur un filtre pour obtenir un liquide parfaitement clair. Ce liquide, renfermé dans des flacons entièrement remplis et bien bouchés, ou placé dans une atmosphère dépourvue d’oxygène, conserve indéfiniment sa transparence. Exposé à l’action de l’oxygène pur ou de l’air atmosphérique, il se trouble au contraire en quelques instants et laisse déposer la matière ocreuse qui forme la base des obstructions dont il s’agit.
- On débarrasse facilement de ce liquide, par quelques lavages à l’eau pure,
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- le dépôt recueilli dans les drains ou dans les fossés de décharge. Par son exposition à l’air, la teinte devient de plus en plus rougeâtre. Après quelques heures, lorsque la couleur paraît ne plus varier, si l’on introduit le dépôt dans un flacon rempli d’eau et bien bouché, on voit la teinte rougeâtre repasser peu à peu au brun foncé, presque noir. Après quelques semaines, il suffit de jeter le produit sur un filtre pour obtenir de nouveau un liquide clair, mais qui se trouble rapidement à l’air, en laissant déposer le produit ocreux. En même temps, le dépôt, laissé sur le filtre, reprend la teinte rougeâtre qu’il présentait au moment où on l’a renfermé dans le flacon. La même série d’observations peut se reproduire un certain nombre de fois sur le même échantillon. Le produit en question présente donc ce double caractère, de devenir insoluble par son oxydation et de pouvoir se réduire quand on l’abandonne à lui-même, de manière à redevenir en partie soluble.
- Si l’on introduit 3 ou 4 centimètres cubes du précipité ocreux, récemment recueilli et imbibé de l’eau au milieu de laquelle il se formait, dans une éprouvette remplie d’oxygène renversée sur la cuve à mercure, l’absorption du gaz est d’abord très-rapide, puis se ralentit peu à peu, et finit par s’arrêter. Pendant les huit premiers jours de l’une de mes expériences, i4 centimètres cubes de gaz oxygène ont été absorbés, tandis que i3 centimètres cubes seulement ont disparu dans les treize jours suivants. La masse était alors complètement rougeâtre et, jetée sur un filtre, donnait un liquide clair et ne renfermant en dissolution aucun produit remarquable.
- Le liquide qui imprègne les précipités récents renferme des proportions variables de substances précipitables par l’action de l’air. Nous en avons obtenu jusqu’à ogr,8o par litre, bien que déjà l’action de l’oxygène en eût fait précipiter une partie. En général, on en trouve osr,2Ô à o§r,5o par litre, ce qui suffit, en raison de la légèreté du produit et de sa consistance gélatineuse, pour produire rapidement l’obstruction des tuyaux.
- De ces observations et de plusieurs autres, il résulte :
- i° Que les eaux qui produisent les obstructions ferrugineuses dans les tuyaux de drainage conservent leur limpidité et ne donnent lieu à aucun dépôt quand elles sont mises à l’abri de l’action de l’oxygène de l’air;
- 2° Que le dépôt récemment formé peut exercer sur lui-même une action réduisante qui le fait en grande partie repasser à l’état soluble.
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- De ces deux faits, il est facile de conclure que les regards pneumatiques semblables à ceux qui préviennent les obstructions calcaires, préviendront également la formation des dépôts ocreux dans les tuyaux de drainage. Seulement, au lieu d’empêcher la déperdition de l’acide carbonique, ils empêchent la rentrée de l’oxygène de l’air. Si un peu de ce gaz arrive aux tuyaux pendant les grandes sécheresses ou avec l’eau des premières pluies, il pourra, il est vrai, se former accidentellement quelques dépôts, mais ils réagiront sur eux-mêmes , après avoir absorbé l’oxygène contenu dans l’air des tuyaux, ne tarderont pas à repasser en partie à l’état soluble, et seront facilement entraînés par le mouvement de l’eau dans les drains pendant la saison pluvieuse.
- On pensait généralement que ces dépôts se formaient par la précipitation d’une certaine quantité de carbonate de protoxyde de fer, tenu en dissolution dans l’eau, par un excès d’acide carbonique. La solubilité du carbonate de protoxyde de fer est insuffisante pour expliquer f abondance de certains dépôts.
- L’auteur a démontré le premier l’absorption de l’oxygène et observé la réduction spontanée du produit, qui assure le succès complet des regards pneumatiques dont il a indiqué l’emploi pour prévenir les obstructions dans les tuyaux de drainage.
- IX.
- Sur certains composés organiques à base de fer, comme moyen de transport de Voxygéné sur les matières combustibles.
- (Comptes rendus de l’Académie des Sciences, séance du 29 août 1859.)
- L’auteur développe les conséquences des observations contenues dans le Mémoire précédent.
- On trouve, en effet, dans les terrains agricoles, des produits organiques contenant du fer, qui rappellent certaines propriétés des acides crénique et apocrénique de Berzélius, et qui présentent, au point de vue de la réduction ou de l’oxydation de ce métal, des propriétés dignes d’intérêt.
- Lorsque le fer est à l’état de protoxyde dans ces composés, ils sont solubles dans l’eau. Cette dissolution, exposée à l’air, absorbe l’oxygène et laisse
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- déposer d’abondants flocons d’un rouge ocreux. Le précipité, mis à l’abri du contact de l’air, se réduit spontanément, repasse au bleu noirâtre, redevient en partie soluble, et fournit une liqueur sur laquelle les mêmes phénomènes peuvent se reproduire un certain nombre de fois.
- Des pieux de fondation d’un pont sur la Gélisse, affluent de la Baïse, ont été trouvés complètement carbonisés il y a quelques années, et l’eau puisée au fond de la fouille ou l’on enlevait ces pieux renfermait une quantité très-notable du produit dont il s’agit.
- Ebelmen a signalé l’oxydation du protoxyde de fer provenant des roches qui se désagrègent comme une des causes de l’appauvrissement en oxygène de notre atmosphère. N’est-ce pas à l’aide des propriétés de ce sel crénique de fer que la nature nous restitue cet oxygène?
- Partout oh le protoxyde de fer rencontre des matières organiques en décomposition, le composé crénique se produit et la réduction du peroxyde de fer peut se réaliser avec dégagement d’acide carbonique qui, réduit par les plantes, restitue à l’air son oxygène.
- Ainsi, parmi les produits habituels et nécessaires de l’altération à l’air des matières organiques, il faut compter un corps qui, par lui-même ou en se modifiant, forme avec le protoxyde de fer un sel soluble bleu-noirâtre, et avec le peroxyde de fer un sel insoluble ocreux. A l’abri de l’air, le composé bleu-noirâtre se reproduit toujours : c’est le composé ocreux qui, à l’air libre, prend toujours naissance.
- A l’état soluble, il transporte l’azote qu’il renferme partout oh pénètre sa solution; redevenu insoluble, il oxyde les matières organiques pour les transformer en composés assimilables par les plantes.
- 11 y aurait donc, à la faveur de ce composé ferrugineux, une véritable respiration et une véritable circulation du sol arable, artérielle à la surface, veineuse au fond. Le drainage augmenterait la puissance du système artériel.
- Les dernières recherches de l’auteur sur la porosité des terres arables et sur les lois que suivent dans le sol les mouvements des gaz et des vapeurs, donnent une grande importance à ce dernier ordre de considérations. Elles expliquent comment les propriétés physiques des terres réagissent si puissamment sur les réactions chimiques qui s’accomplissent dans le milieu oh vivent les racines et oh se prépare une portion si importante de la nourriture des plantes.
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- X.
- Agriculture.
- (Article extrait de la deuxième édition du Dictionnnaire des Arts et Manufactures, i85i.)
- Cet article, tiré à part à un grand nombre d’exemplaires, est épuisé.
- Il équivaut à plus de deux volumes in-8° ordinaires.
- Il renferme le premier Traité original de drainage publié en France. Ce fait motive seul la mention accordée ici à cet opuscule déjà fort ancien.
- XL
- Études sur le drainage, au point de vue pratique et administratif.
- [Un volume in-8, avec n planches, i853 (épuisé).]
- Ce travail était le fruit de quatre années de voyages en Angleterre et d’expériences faites sur un très-grand nombre d’hectares de terres drainées sous la direction immédiate de Fauteur dans différentes parties de la France.
- L’Académie des Sciences a honoré ce livre, en 1853, du prix décennal fondé en faveur de l’ouvrage le plus utile à l’agriculture, publié dans les dix années précédentes.
- XII.
- Instructions pratiques sur le drainage.
- (Un volume in-12, ire édition, 1855 ; 2e édition, 1856; 3e édition, 1862.)
- Ce petit ouvrage a été tiré à plus de 11 000 exemplaires. Il renferme plusieurs procédés nouveaux imaginés par l’auteur pour le levé des plans nivelés, le jaugeage du débit des drains, le drainage des terrains infestés de sources, la suppression des obstructions formées par des dépôts ocreux ou calcaires, ou bien par le chevelu des racines. Ces différents procédés constituent les principaux perfectionnements apportés à la pratique du drainage depuis son introduction en France.
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- XIII.
- Études sur les irrigations de la Campine et les travaux analogues de la Sologne et d'autres pairies de la France.
- [Un volume in-8, avec 4 planches, 1858 (épuisé).]
- La Gampine fait partie des provinces d’Anvers et du Limbourg (Belgique) ; elle présentait, en i84o, une étendue de 100 à i5oooo hectares de terres absolument incultes, et ne renfermait que s5oooo habitants. Aujourd’hui, le pays, traversé par un grand canal d’arrosage, offre d’immenses surfaces de magnifiques prairies arrosées et de riches cultures de toute sorte. La Campine présente l’un des plus remarquables exemples de l’application des travaux publics à l’agriculture.
- Les irrigations de la Campine attirèrent d’autant plus l’attention de l’auteur lorsqu’il en eut connaissance, que les faits réalisés en Belgique venaient confirmer en grande partie les opinions qu’il avait émises en 1848 et 1849 au sujet de la Sologne, et ses idées déjà anciennes sur l’amélioration de plusieurs autres parties de la Fiance.
- L’ouvrage dont on vient de rappeler le titre est partagé en trois parties. * Les deux premières sont consacrées aux travaux belges et aux dispositions législatives qui ont permis de les réaliser.
- La troisième partie n’est que la reproduction de l’un des Mémoires de l’auteur sur la Sologne en 1848, dans lequel il indiquait les travaux déjà réalisés, et le programme général des opérations à entreprendre, programme qui n’a reçu aucune modification essentielle depuis cette époque.
- Les principales dispositions de la législation belge, dont les avantages étaient signalés dans l’ouvrage en question, ont été adoptées dans les lois françaises du 19 juin 1857, sur l’assainissement et la mise en culture des landes de Gascogne, et du 28 juillet 1860, sur la mise en valeur des marais et des terres incultes appartenant aux communes.
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- XIV.
- Amélioration sanitaire et agricole de la Dombes.
- (Un fort cahier in-folio, avec 4 planches coloriées, 1859.)
- La partie insalubre des arrondissements de Bourg et de Trévoux est située sur un vaste plateau à pentes assez prononcées, limité par le Rhône, la Saône et l’Ain, et comprenant les anciennes provinces de Bresse et de Dombes. L’étendoe de ce territoire est à peu près de 100000 hectares, dont le sixième environ est recouvert par les eaux stagnantes. Les étangs, au nombre de plus de 1600, occupent près de 19000 hectares. Ils restent en eau un ou deux ans, et sont mis en culture l’année suivante. Ces étangs, très-peu profonds, sont de véritables marais sur leurs bords. L’abaissement des eaux met à sec le quart ou le tiers de leur surface chaque été. Les infiltrations à travers les digues créent d’autres marécages plus dangereux que les étangs eux-mêmes.
- Le nombre des fiévreux dépasse, chaque année, dans beaucoup de communes, 60 pour 100 du nombre des habitants. Les tableaux statistiques, les plans et les observations contenus dans le travail établissent que les principales maladies et la plupart des décès sont dus aux étangs, et que leur nombre est à peu près proportionné à la surface de ces marais artificiels.
- La nécessité de supprimer les étangs pour assurer la salubrité du pays résulte, sans conteste, de cette première partie du Mémoire. Mais des intérêts considérables se rattachent à cette classe toute particulière de propriété : il fallait donc l’étudier dans tous ses détails et démontrer la possibilité de transformer économiquement les étangs en terre arable.
- Il serait trop long d’analyser ici ce volumineux document. Pour faire comprendre la variété des études qu’il comportait, il suffira de reproduire les titres des principales divisions : Possibilité de Vassèchement des étangs. — Topographie. — Imperméabilité du sol. — Pluie tombée. — Influence des étangs sur le régime des cours d’eau. — Limite des débouchés. — Curages et routes agricoles. — Amélioration du climat par la suppression clés étangs. — Origine et causes du développement et du maintien des étangs.
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- ( te )
- — Les étangs producteurs d’engrais. — Système de la culture a adopter.
- — Nature chimique du sol. — Formation d’une pâture, d’une prairie. — Engrais, chaux, marnes disponibles. — Produit des prairies en fumier.
- — Origine des succès et des insuccès. — Irrigations. — Chemins de fer.
- La loi du 7 avril i863, dont le travail précédent a été le point de départ, a décidé F exécution du chemin de fer de la Dombes et assuré la réalisation des principales mesures dont Fauteur avait démontré la nécessité.
- XY.
- Du goémon dans la culture des polders.
- (Comptes rendus de l’Académie des Sciences, séance du 29 août 185g.)
- Le varech ou goémon est le seul engrais employé dans les terrains de File de Noirmoutiers (Vendée). On l’emploie aujourd’hui à la même dose qu’il y a un siècle; d’anciens documents prescrivent aux tenanciers de certaines terres le transport d’un nombre de charges d’âne de goémon précisément égal à celui que l’on met aujourd’hui dans les mêmes parcelles. Evidemment la composition de ce produit est la même qu’à cette époque, et comme le rendement moyen des terres est à peu près le même aussi, d’après les livres de dîmes que l’on possède encore, on va comprendre avec quel intérêt Fauteur a examiné les circonstances qui vont être indiquées, lorsque des études de travaux de polders Font amené dans ce pays il y a quelques années.
- Par suite d’une singularité que l’on ne rencontrerait probablement nulle autre part, les terres de Fîle de Noirmoutiers, comme si on avait voulu les consacrer à une grande expérience agricole, ne reçoivent jamais d’engrais d’origine animale. Le bétail, assez peu nombreux dans Fîle, est presque toujours renfermé. Le fumier qu’il produit et ses déjections, soigneusement recueillis dans les étables, dans les cours, et jusque sur les chemins, pétris ensemble, servent à façonner des espèces de galettes, semblables à de grandes bouses de vache que l’on fait sécher au soleil et à l’air. Ces galettes forment pour l’hiver un combustible grossier. La cendre, entassée près de la chaumière, est achetée par les cultivateurs du Bocage vendéen qui apportent en échange du bois de chauffage et des fagots.
- Ce commerce singulier est mis en pratique de temps immémorial dans File
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- de Noirmoutiers. On est donc bien certain que les engrais d’origine animale n’ont point compliqué les résultats donnés par son agriculture. Pour en étudier les éléments, j’ai choisi les champs de la paroisse de Barbâtre, situés dans la partie la plus étroite de l’île, qui ne reçoivent que l’eau de pluie qui tombe à leur surface. Ces terrains forment de véritables polders conquis sur la mer depuis fort longtemps.
- Le système de culture adopté pour ces terres est celui-ci : on laisse le champ en herbe pendant quatre ^ ou cinq ans. On obtient, sans fumure, 2,000 à 3,ooo kilogrammes de foin par an et par hectare. On défonce cette espèce d’herbage en décembre et janvier. On y sème des fèves qui sont recueillies en juillet ou août. En août et septembre, on donne un labour léger, on apporte 3o,ooo kilogrammes de varech frais, que l’on dépose en petits tas, pour le répandre à la fourche et l’enfouir le plus promptement possible par un labour léger, et enfin on sème du froment. Pendant trois ou quatre ans, on répète chaque année cette fumure et ces semailles, puis on fait une année de fèves sans fumure; puis on revient, pendant trois ou quatre ans, au froment fumé à 3o,ooo kilogrammes de goémon, et ainsi de suite. Tous les quinze ou vingt ans on remet en herbe, comme on l’a dit d’abord.
- Le produit est de dix-huit à vingt hectolitres de froment par an. Tous les cultivateurs n’emploient pas une aussi forte fumure, mais leurs récoltes décroissent au moins proportionnellement à la réduction d'engrais. Dans les terres plus douces, le système de culture est un peu différent, mais il n’y a pas à s’en occuper ici.
- La proportion d’azote dans le sol cultivé depuis plus ou moins longtemps est égale, d’après les analyses de l’auteur, à celle de ce corps dans le terrain vierge de falluvion avant l’endiguement. Le régime de culture et de fumure que fon vient d’indiquer entretient donc, sans l’augmenter ni la diminuer, la fertilité du sol des polders.
- La quantité des sels solubles qui, à l’origine, provenait de l’eau de mer dont le sol avait été imprégné, décroît naturellement avec la durée de la culture. Cette décroissance continue jusqu’à ce qu'il s’établisse un état d’équilibre entre les matières solubles entraînées par les eaux et apportées par les engrais.
- Par l’effet d’ une très-longue culture, la proportion de calcaire diminue beaucoup, soit parce qu’il est enlevé par les récoltes, soit parce qu’il est
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- entraîné par les eaux. On conçoit que sa proportion devienne insuffisante avec le temps, et que l’on soit obligé d’ajouter à des terrains de cette espèce du sable calcaire, comme on le pratique sur une si grande échelle avec les tangues dans les pays bas de la Manche et du Calvados. Tanguer ces anciens polders, c’est, pour le dire en passant, les rajeunir de tout le temps écoulé depuis que la mer les a abandonnés, en les ramenant à leur composition à cette époque.
- Le goémon qui sert à fumer les terres de l’île de Noirmoutiers est un mélange d’un assez grand nombre de plantes marines communes. Sansreproduire les analyses que contient ce Mémoire, on peut dire que le goémon employé à la dose de 3oooo kilogrammes par hectare apporte aux champs chaque année 4qkll,3 d’azote. Or la production moyenne est de 19 hectolites de froment par an. Cette récolte représente à peu près 1482 kilogrammes de grain et un poids double de paille, soit en tout 444b kilogrammes de récolte totale exportée, dosant 1 pour 100 d’azote en moyenne, soit 44kll54b d’azote par an. L’azote exporté par la récolte de froment, paille et grain, est donc sensiblement égal à l’azote importé parle goémon. La récolte de fèves obtenue sans fumure tous les quatre ou cinq ans, et les récoltes de foin faites tous les dix-huit ou vingt ans sont prélevées sur le petit excès de l’azote du fumier sur celui de la récolte et sur les éléments de fertilité qu’un sol en culture tire toujours de l’atmosphère.
- En résumé, la terre d’un polder est aussi riche en azote après plusieurs siècles d’une culture convenable que le sol d’alluvion qui le constituait au moment même de son endiguement. Les craintes relatives à la décroissance rapide de la richesse de ces terrains, souvent conquis à grands frais par des travaux difficiles, ne sont pas fondées. Ce résultat, parfaitement établi par une étude détaillée, est d’un grand intérêt pour les entrepreneurs d'endi-guements de polders.
- Le goémon, employé comme engrais exclusif à Noirmoutiers, offre un exemple remarquable de la transformation les unes dans les autres des matières organiques nécessaires aux besoins de l’homme sous l'influence de la végétation. L’habitant de Noirmoutiers, qui mange 1 kilogramme de pain, consomme en réalité, sous une autre forme, 12a i3 kilogrammes de ces varechs que la mer produit en si grande quantité autour de lui, et qui ne pourraient directement lui offrir aucun aliment utile.
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- Des propriétés physiques des terres arables.
- (Comptes rendus de l’Académie des Sciences, séance du 29 novembre 1869.)
- [/analyse chimique élémentaire d’une terre arable, si nécessaire à son étude agricole, ne suffit cependant pas, à elle seule, pour faire connaître la valeur effective de cette terre. On pourrait, en effet, citer des sols d’une composition à peu près semblable et de qualités différentes, et réciproquement des sols offrant des aptitudes culturales rapprochées et des compositions chimiques dissemblables. Les agronomes se sont donc préoccupés avec raison d’étudier les propriétés physiques de la terre arable et leur influence sur les résultats de sa culture.
- Les beaux travaux de Schiibler et de M. de Gasparin sur ce sujet resteront toujours des modèles à méditer, mais les perfectionnements des méthodes d’observation permettent d’ajouter de nouveaux faits aux études de nos devanciers.
- Les propriétés physiques de la terre arable, dont l’auteur poursuit l’étude depuis plusieurs années, peuvent se diviser de la manière suivante :
- Examen microscopique de la terre arable. — La lévigation de la terre arable, pratiquée comme Schiibler l’a indiqué, fournit des résultats d’un grand intérêt, mais on n’a peut-être pas assez insisté sur l’examen des parties ténues entraînées par l'eau. Cette poussière impalpable, qui paraît à l’œil nu presque toujours la même, présente d’une terre à l’autre, lorsqu’on l’examine au microscope, des différences énormes. On y distingue souvent des fragments de minéraux, de petits cristaux et d’autres objets, qui caractérisent le terrain, et fournissent sur son origine des renseignements utiles.
- L’emploi de la lumière polarisée permet de distinguer immédiatement les poussières provenant de minéraux cristallisés des poussières amorphes.
- Propriétés calorifiques de la terre arable. — Pour déterminer ce qu’il appelait la propriété du sol de retenir la chaleur, Schiibler notait le temps du refroidissement d’un même poids de différentes terres renfermées successivement dans une même enveloppe et chauffées à une même température. Cette expérience ne donne que la résultante de plusieurs propriétés distinctes. Pour étudier les propriétés calorifiques d’un terrain, il faut déter-
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- miner : i° sa chaleur spécifique, qui permet de connaître la quantité de chaleur nécessaire à la production d’un changement donné de chaleur sensible; 20 sa conductibilité, qui permet d’apprécier la rapidité de la transmission de la chaleur dans le sol. La transmission des changements de température dans un sol donné ne dépend pas seulement de sa conductibilité proprement dite ; elle dépend encore de la facilité plus ou moins grande avec laquelle s’y meut la vapeur d’eau ; 3° le pouvoir rayonnant de sa surface à l’état naturel ou elle se trouve dans les champs.
- La mesure de la chaleur spécifique des différents échantillons de terre arable ne présente pas de difficulté particulière. Il suffit de mettre la matière à essayer dans un vase aplati, pour que l’équilibre de température s’établisse rapidement dans toute l’épaisseur de la masse.
- La conductibilité se mesure en formant avec la terre à essayer un prisme droit, que l’on place verticalement de manière à chauffer sa partie supérieure à la température constante de l’eau bouillante. Lorsque l’équilibre est établi, on note les températures de l’axe du prisme, prises de distance en distance, et l’on en déduit la conductibilité par les formules ordinaires. La terre, dans la nature, n’étant jamais parfaitement sèche, la vitesse de transmission de la chaleur dépend moins de sa conductibilité absolue que de la facilité avec laquelle se déplace dans le sol la vapeur d’eau, dont la vaporisation ou la condensation absorbe ou dégage de si grandes quantités de chaleur. On indiquera un peu plus loin comment se mesure la faculté de laisser passer plus ou moins facilement la vapeur d'eau. Il est d’ailleurs facile de déterminer la vitesse de transmission des changements de température dans la terre, telle qu’elle se trouve dans les champs, par des observations faites directement sur place.
- Le pouvoir rayonnant de la terre se détermine enfin, soit dans le champ, soit au laboratoire, par les procédés ordinaires.
- L’analyse des propriétés calorifiques de la terre permet d’expliquer les résultats variables et quelquefois contradictoires en apparence, obtenus par les savants qui ont étudié la température du sol arable à diverses profondeurs.
- Condensation des gaz dans la terre arable. — La terre arable condense les gaz, comme le font beaucoup de corps poreux : i volume de terre pris dans un champ renferme de 2 à io volumes de gaz et quelquefois plus. Le
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- volume et la nature des gaz condensés varient avec la fertilité du sol. Cette condensation des gaz dans le sol explique certaines réactions qui s’y accomplissent, et les différences que présentent quelquefois, pour la culture, des terres semblables en apparence.
- L’extraction des gaz condensés par la terre doit se faire dans le vide, à 3a température ordinaire. L’auteur exécute cette opération à l’aide d’une pompe à gaz à mercure, et recueille directement les fluides extraits de la terre pour les soumettre à l’analyse.
- Diffusion des gaz par la terre arable. — Les différents gaz traversent la terre arable avec des vitesses différentes, de sorte que la composition de deux mélanges de gaz ou de vapeurs séparés par une couche de terre se trouve promptement modifiée par l’action seule de cette cloison.
- Ce pouvoir de diffuser les gaz n’est pas le même pour toutes les terres et fournit un nouveau moyen de les distinguer. Cette propriété se rattache d’une manière directe, comme la précédente, à la théorie des réactions qui se produisent à l’intérieur de la couche arable.
- Les appareils à employer pour constater cette propriété, sont différents, suivant qu’il s’agit seulement de la mettre en évidence, ou de la mesurer avec précision; mais dans tous les cas, ils sont toujours très-simples et analogues à ceux employés depuis longtemps pour étudier la diffusion des gaz à travers les lames poreuses.
- La résistance que la terre présente au passage des gaz, se mesure à l’aide d’appareils très-simples. La terre est placée dans un tube communiquant à sa partie supérieure avec un appareil aspirateur, et à sa partie inférieure avec l’air ou le gaz sur lequel on veut opérer. Un manomètre indique la différence de pression du gaz à l’entrée et à la sortie. Un compteur de précision mesure le volume débité par seconde dans chaque expérience. On a donc tous les éléments pour déterminer la vitesse de l’écoulement pour chaque échantillon et dans chaque cas particulier. Un mode analogue d’opérations permet d’opérer sur la terre en place dans les champs.
- La vitesse de transmission de la vapeur d’eau dans la terre se détermine plus simplement encore. Il suffit de peser un vase contenant de la ponce sulfurique séparé par une couche de terre d’un espace saturé de vapeur; l’augmentation du poids indique le volume de vapeur qui a traversé la terre dans un temps donné.
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- Tension de la vapeur de Veau de la terre arable. — L’eau, à l’état de vapeur ou de liquide, joue dans tous les phénomènes agricoles un si grand rôle qu’on ne saurait assez s’attacher à étudier ses relations avec les terres végétales. Schiibler a cherché à mesurer la faculté de la terre d’absorber ou de retenir l’humidité. Malheureusement sa méthode d’observation ne donne, comme pour la chaleur, que la résultante de plusieurs effets différents et ne permet pas d’arriver à la mesure des forces en action. M. Babo, dès i85ô, a fait faire à cette question un pas décisif. Dans une expérience citée par M. de Liebig (*), il a montré que « la terre arable qui à une température donnée absorbe de l’humidité de l’air et s’en sature, en rend à un air plus sec une certaine quantité. » Sans nier, assurément, que certains composés renfermés dans le sol puissent agir dans ce cas comme de simples sels hydratés, l’auteur pense que la porosité propre du sol exerce, en général, l’action principale dans le phénomène, et qu’elle agit en condensant la vapeur d’eau comme elle condense les gaz fixes eux-mêmes. Sans s’arrêter à la recherche de la cause du phénomène, il importait de l’étudier avec détails et surtout de le suivre dans ses relations avec les phénomènes culturaux et la valeur agricole de chaque sorte de terrain.
- La tension de la vapeur de l’eau engagée dans une terre arable dépend de la nature de cette terre, de la proportion d’eau qu’elle renferme et de la température de la masse. La tension de la vapeur d’eau de la terre devient égale à celle de l’eau liquide à la même température, quand la terre contient une proportion d’eau suffisante pour saturer sa faculté d’absorption.
- L’auteur mesure la tension de la vapeur d’eau engagée dans le sol par trois méthodes destinées à se contrôler réciproquement ; il a déjà pu dresser, pour quelques terres, les tables des forces élastiques de la vapeur qu’elles émettent dans les limites de température de nos climats et pour des proportions d’eau engagées, variant depuis zéro jusqu’à la limite de saturation du sol. L’un des appareils employés à ces recherches se prête également à la détermination de la tension de la vapeur d’eau émise par les plantes.
- Si l’on trace des courbes dont les abscisses indiquent les températures, et les ordonnées les forces élastiques de la vapeur de l’eau engagée dans le sol, on reconnaît que ces courbes sont très-différentes d’une terre à l’autre.
- (') Lettres sur VAgriculture moderne, p. 43.
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- Pour chaque nature de terre arable, la courbe de la force élastique émise par l’eau qu’elle contient diffère d’autant plus de la courbe de la force élastique de l’eau pure que la proportion d’eau dans l’échantillon examiné estmoins considérable, et la courbe d’élasticité de la vapeur d’eau de la terre se confond seulement avec celle de la vapeur d’eau pure quand on atteint la proportion d’humidité qui répond au point de saturation de la terre elle-même.
- L’examen de ces courbes, ou des tableaux numériques qu’elles représentent, donne l’explication de faits qui surprennent souvent les agriculteurs. Toutes les fois que la force élastique de la vapeur émise par une terre est inférieure à la force élastique de la vapeur contenue dans l’air, cette terre reste fraîche. Une terre voisine de celle-ci, et semblable en apparence, se desséchera au contraire plus ou moins rapidement si la force élastique de la vapeur qu’elle émet est supérieure à la moyenne de la tension de la vapeur d’eau atmosphérique.
- Cette action de la terre sur l’eau explique encore pourquoir l’air, dans les campagnes, pendant la pluie, n’est pas toujours saturé d’humidité, comme on pourrait le penser. Le sol, dans ce cas, absorbe l’eau et condense en partie la vapeur qu’elle émet aussi longtemps qu’il n est pas saturé à la température qu’il possède.
- Les faits précédents permettent de prévoir un phénomène important : si l’on fait arriver un courant d’air sur de la terre arable, on verra cette terre se refroidir si la tension de la vapeur de l’air est inférieure à celle de la vapeur de la terre; au contraire, la température de la terre s’élèvera si la tension de la vapeur de l’air est supérieure à celle de la terre, parce qu’alors il y aura condensation de vapeur dans le sol.
- Il y a plus : quand on ajoute de l’eau liquide à de la terre qui n’en renferme pas assez pour que la tension de sa vapeur à la température de l’expérience soit égale à celle de l’eau pure, la température de cette terre s’élève sensiblement. La mesure des quantités de chaleur dégagées dans ces circonstances fournit encore un caractère en rapport avec la qualité des différents sols.
- L’expérience précédente explique l’élévation de température que l’on remarque dans la couche arable quand il pleut après une sécheresse, même si la pluie est moins chaude que le sol lui-même.
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- Fn résumé, la terre arable qui retient si bien l’ammoniaque et les autres matières solubles nécessaires à la nutrition des plantes, peut aussi, par sa porosité particulière, attirer et condenser autour des racines les gaz et l’eau indispensables au développement des végétaux.
- Les recherches de l’auteur sur les propriétés physiques des terres fournissent, sur chacune d’elles, des données numériques entièrement nouvelles pour la plupart, et qui permettront probablement de dresser une classification rationnelle des terres arables véritablement en rapport avec leur valeur et avec les faits de la pratique agricole.
- XVII.
- Production de la matière verte des feuilles sous V influence de la lumière
- électrique.
- (Comptes rendus de l’Académie des Sciences, séance du 5 août 1861.)
- Il était intéressant de savoir si la matière verte qui se développe avec tant de facilité dans les jeunes feuilles exposées au Soleil, se produirait également sous la vive lumière des lampes électriques.
- L’expérience a été prolongée pendant plusieurs jours à l’aide d’un appareil électromagnétique, conduit par une machine à vapeur, et l’on a vu les jeunes feuilles se développer et se colorer en vert sous l’influence de la lumière électrique, à peu près aussi bien qu’en plein air. Mais, sous d’autres rapports, l’action de la lumière électrique paraît être toute autre sur les végétaux que celle de la lumière solaire.
- XVIII.
- Développement de certains végétaux dans un air très-riche en acide
- carbonique.
- (Comptes rendus de l’Académie des Sciences, séance du 9 août 1869.)
- On sait que M. Brongniart a supposé que l’atmosphère était beaucoup plus chargée d’acide carbonique à l’époque de la végétation houillère, qu’elle ne l’est aujourd’hui. L’auteur voulant se rendre compte de l’effet que produirait un milieu pareil sur la végétation, a placé un pied de Thuya nana dans une atmosphère constamment renouvelée, et formée à peu près
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- à parties égales d’air et d’acide carbonique. L’arbuste a vécu et prospéré dans ces conditions pendant plusieurs mois. L’innocuité de l’acide carbonique à cette dose élevée pour certaines plantes est un fait acquis.
- Les expériences dont il s’agit ont été commencées en 1868 et ont duré pendant le printemps, l’été et une partie de l’automne de 1869. Les événements n’ont point permis de les reprendre en 1870 et 1871; mais les appareils existent encore et l’auteur espère pouvoir continuer ce travail en 1872, en opérant particulièrement sur des plantes d’espèces voisines de celles qui vivaient pendant la période houillère.
- XIX.
- Sur un nouveau pluvioscope.
- (Comptes rendus de l’Académie des Sciences, séance du 10 décembre 1860. — Bulletin de la Société Météorologique, p. i83, 1860, et p. 45, 1862.)
- Les pluviomètres ordinairement employés font connaître le volume d’eau recueillie dans un temps donné sur une surface déterminée. En général, on observe le pluviomètre une fois par jour, sans se préoccuper si le volume d’eau obtenu est tombé en une ou plusieurs fois, en quelques minutes ou en plusieurs heures.
- Ces instruments 11e fournissent donc aucune indication sur la nature des gouttes de pluie, sur leur nombre, sur leur volume, sur les variations qu’elles éprouvent en traversant une couche d’air plus ou moins épaisse, sur la direction de leur trajectoire, sur la marche d’une ondée dans une contrée un peu étendue, etc.
- Les pluvioscopes à cadran ou à ruban, décrits dans le Mémoire, permettent de résoudre ces diverses questions. Sans multiplier les chiffres, on citera seulement comme exemples les résultats suivants :
- Le 26 juin 1860, par une petite pluie, il tombait par hectare et par minute 1 826000000 de gouttes de pluie; le 28 juin, il ne tombait que 94000000 de gouttes par hectare et par minute.
- Du Ier septembre 1860 au 28 février 1862 (six saisons), il y a eu 261 jours de pluie; il est tombé 873 ondées le jour et 768 la nuit, en tout i636 ; la durée de la pluie a été de 37oh59ra pendant le jour, de 34ihim pendant la
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- nuit, en tout 712 heures ; la durée moyenne des ondées a été de 2 5 minutes environ. Enfin le rapport de la durée de la pluie au temps total a été de 0,0673 le jour, de 0,0489 la nuit, et en tout de o,o543. La plus longue durée de la pluie en 24 heures a été de i8h3om, le 11 octobre 1860. La plus longue ondée a eu lieu le 27 juillet 1861 ; elle a duré 3h55m sans interruption. Le plus grand nombre d’ondées observé en 24 heures a été de 21, le 8 juillet 1861.
- Ces observations n’ont point été interrompues à Paris depuis cette époque, mais il serait trop long de reproduire ici les chiffres obtenus qui trouveront leur place dans un travail d’ensemble sur ce sujet. Des pluvio-scopes à cadran sont installés dans plusieurs stations météorologiques. L’auteur en a établi un à son Observatoire personnel de Sainte-Marie-du-Mont (Manche).
- XX.
- Vitesse du vent à Paris.
- (Annuaire de la Société Météorologique de France, p. g3, 1868.)
- Appareil destiné h donner la température des points éloignés ou difficilement accessibles.
- (Annuaire de la Société Météorologique de France, p. i3g, 1863.)
- Dosage des substances qui existent dans Vair en petite quantité.
- (Annuaire de la Société Météorologique de France, p. 25g, 1864.)
- On se borne à indiqner ici ces divers Mémoires, qu’il serait trop difficile de résumer sans le secours de figures et de longs tableaux de chiffres.
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- On mentionnera encore ici les publications suivantes, qui se rattachent directement aux études habituelles de l’auteur :
- i° Irrigations et rizières des Landes, i853 (Annales des Ponts et Chaussées) ;
- 20 Rapport sur les machines a battre de l’Exposition universelle de i855 (en commun avec M. Moll) ;
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- 3° Plusieurs Rapports dans les différents Comptes rendus des Concours agricoles français ou internationaux;
- 4° Rapport sur un Mémoire de M. Hoslin sur les gisements calcaires de la basse Rretagne (Annales des Ponts et Chaussées, 1869, t. XVIII, p. 197)-
- Ce travail est mentionné ici parce qu’il renferme les analyses, exécutées par l’auteur, de cent dix-huit échantillons de maërles et de calcaires divers applicables aux besoins agricoles.
- 5° Irrigations, drainage, dessèchements, etc., dans Y Encyclopédie d’Agriculture de MM. Moll et Gayot;
- 6° Rapport sur les instruments d?agriculture à VExposition universelle de Londres de 1862, br. in*8°, i863 (extrait des Rapports du Jury français). Une partie de ce Rapport a été publiée aussi en anglais dans le Recueil des Rapports du Jury d’Angleterre.
- Ce travail renferme, entre autres, une étude assez développée sur la question encore peu conuue, à cette époque, du labourage à vapeur, que la réception en France de dix charrues à vapeur avait permis à l’auteur d’étudier en détail ;
- 70 Un grand nombre de Rapports et de Communications dans le Bulletin de la Société d’encouragement, parmi lesquels on citera seulement des expériences sur l’influence de la densité des semences de blé sur l’abondance de la récolte ; des Rapports sur la mise en valeur des landes de Gascogne, sur le canal d’irrigation de Carpentras, sur les appareils de chauffage des vins, etc. ;
- 8° Une Note sur l’influence des tremblements de terre sur les troubles des eaux du puits de Passy, et une autre Note sur la cause d’un tremblement de terre ressenti dans le département de Vaucluse. Ces deux Notes sont insérées dans Y Annuaire de la Société météorologique de France;
- 9° Enfin, de nombreux Rapports sur diverses questions d’intérêt agricole, nécessitant des voyages fréquents et des relations continuelles avec les praticiens, et qui ont permis à l’auteur de recueillir, au profit de son enseignement, les fruits d’une expérience étendue et variée.
- PARIS. — IMPRIMERIE DE GAUTHIER-VILLARS, successeur de MALLET-BACHELIER, Rue de Seine-Saint-Germain, io, près l’Institut.
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