Les Industries textiles à l'Exposition Universelle de 1889
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- LES INDUSTRIES TEXTILES
- A L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1889
- Revue dos Produits, Appareils et Procédés
- TRAITEMENT DES MATIÈRES TEXTILES
- HENRY DANZER o.U,*
- Ancien Directeur et Professeur de l’Ecole de Filature et de Tissage Mécanique de Mulhouse Ancien Elève du Laboratoire de Chimie Industrielle de Mulhouse Membre honoraire de la Société des Sciences Industrielles de Lyon Membre du Conseil de Direction de l’Association des Industriels de France; de la Société d’Encouragcment
- pour l’Industrie Nationale, etc., etc.
- Ülembre fres Comité* et îut 3urg îh*s Expositions itc JJnris 1889
- iîtoscou 1891, Cljicago 1893
- 'te*®***!
- DEUXIÈME ÉDITION
- TOME PREMIER
- PUBLIÉ PAR
- L’ADMINISTRATION DU JOURNAL “ L’INDUSTRIE TEXTILE ”
- Société Anonyme, Capital : 200,000 francs bis, Ru.e de Douai, 4-0 bis — PARIS
- Droits de traduction et de reproduction entièrement réservés.
- 1896
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- III
- A
- PRÉFACE
- Avant-Propos.
- Selon toute probabilité, l'initiative de ces grandes assises industrielles qu’on appelle Expositions appartient aux Chinois. Depuis un temps immémorial, il existe dans toutes les villes du Céleste Empire des expositions pour ainsi dire permanentes où sont rassemblés, dans un ordre aussi original qu’imprévu que rappellent assez bien les bazars turcs, tous les meubles, les vêtements, les bijoux, la vaisselle, les ustensiles et objets d’utilité quelconques ayant servi à l’Empereur de la Chine. On sait que le Fils du Ciel ne se sert jamais deux fois du même objet. Ces articles ainsi consacrés par l’auguste personnage qui en a fait usage, et caractérisés par la couleur jaune, emblème de la Majesté Impériale, sont obligatoirement achetés par les mandarins et autres dignitaire du Céleste Empire à des prix supérieurs à ceux du commerce. C’est là un des principaux revenus du Trésor chinois.
- La première Exposition européenne remonte à l’année 1797 (an VI de la République française), sous le Directoire. Elle eut lieu au Champ de Mars de Paris.
- Ce fut une sorte de foire qui dura trois jours, et qui fut instituée pour l’anniversaire de la fondation de la République. Cette première manifestation comptait 110 exposants.
- A cette époque, toutes les idées étaient tournées vers la guerre, et, dans la pensée même des fondateurs de cette première Exposition, le caractère de cette lutte, en apparence pacifique, était belliqueux au plus haut degré. En réalité, elle n’eut aucune efficacité et ne produisit aucun effet.
- La deuxième Exposition eut encore lieu à Paris, dans la cour du Louvre, en l’an IX de la République, pendant les jours complémentaires décrétés pour rétablir l’équilibre du calendrier. Cette Exposition comptait 222 exposants, et eut un caractère industriel nettement prononcé. C’est à M. de Neufchâteau,
- alors Ministre de l’Intérieur, qu’est due l’initiative de cette institution, et son promoteur, encouragé par le succès, mit aussitôt en avant l’idée d’expositions annuelles.
- En effet, en 1802 (an X de la République), une troisième Exposition fut organisée sur le même emplacement et dura cinq jours ; elle comptait 540 exposants. Malgré le succès de cette seconde tentative, l’idée de François de Neufchâteau ne put continuer à se réaliser, et ce n’est qu’en 1806, sous l’Empire, qu’une nouvelle Exposition française eut lieu sur l’esplanade des Invalides, et compta 1,422 exposants.
- Il faut arriver jusqu’en 1819 pour voir de nouveau la France faire une Exposition internationale dans le palais du Louvre. Le calme renaissait en Europe. L’Exposition de 181.9 dura trente-six jours, et 1,662 exposants y participèrent. Louis XVIII fit à cette occasion dix-sept chevaliers de la Légion d’honneur, et deux industriels célèbres, Oberkampf et Ternaux, furent créés barons.
- Les Expositions nationales entrèrent, dès cette époque, réellement dans les mœurs, et chaque pays comprit tout l’intérêt qu’il y avait pour lui à se rendre compte de ce qu’il était à même de produire. Nombre de villes importantes ouvrirent dès lors l’ère de ces solennités.
- La Hollande eut des Expositions à Gand en 1820, à Tournai en 1824, à Harlem en 1825. Ratavia vit une Exposition en 4829, et la plupart des produits qui avaient été exposés furent envoyés, l’année suivante, en 1830, à l’Exposition de Rruxelles, qui ne comptait pas moins de 1,067 exposants. Cette dernière ville, après la guerre de l’Indépendance, eut successivement des Expositions en 1835, avec 631 exposants; en 18H, avec 975 exposants; en 1847, avec 1,057 exposants.
- L’Autriche, de son côté, installait des Expositions nationales en 1835, avec 594 exposants; en 1839, avec 732 exposants; en 1845, avec 1,871 exposants.
- La France, pendant ce temps, n'était pas restée en
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- IV
- arrière. En 1823, une Exposition de cinquante jours, comptant 1,648 exposants, avait eu un grand succès; en 1827, dans le palais du Louvre, il y eut une Exposition spéciale des objets du culte, qui comptait 1_,795 exposants.
- En 1834, des Expositions eurent simultanément lieu à Paris et à Berlin. L’Exposition française comptait 2,447 exposants, et celle de Berlin 3,040; on vit figurer à ces deux Expositions des produits absolument similaires; les principaux manufacturiers prussiens étaient en effet les descendants des réfugiés de l’édit de Nantes, qui avaient apporté à leur nouvelle patrie l’essence même des principes de l’industrie française.
- En 1839, Paris réunit encore une Exposition industrielle fort remarquable qui ne comptait pas moins de 3,381 exposants.
- L’ordonnance de Louis-Philippe, en date du 4 octobre 1833, ayant statué que les Expositions auraient lieu tous les cinq ans, on vit apparaître pour la première fois, à l’Exposition de Paris de 1839, des commissaires de tous les pays chargés de rendre compte à leur gouvernement des productions de l’industrie française.
- A dater de cette époque, les Expositions de l’industrie ont pris un caractère d’utilité économique incontestable, par la nouveauté des informations et par la variété des faits qu’elles ont fournis aux appréciations de la science. L’Exposition quinquennale instituée par Louis-Philippe eut lieu régulièrement en 1844; elle comptait 3,958 exposants, et la France put y constater que la mécanique entrait chez elle dans la véritable route du progrès.
- L’Exposition de Paris, en 1849, fut nationale, et compta 4,494 exposants. Elle fut remarquable par la variété des inventions nouvelles qu’on y comptait, malgré les troubles sociaux de l’époque, et peut-être comme une résultante des idées nouvelles.
- L’Angleterre, l’Espagne, l’Italie, les États-Unis, etc., avaient également eu leurs Expositions; les provinces et les municipalités formèrent des Expositions locales; enfin on avait assisté à des Expositions de corporations dont les membres seuls avaient le droit d’exposer.
- Chaque peuple, par les Expositions de ce demi-siècle, avait fait le recensement de ses propres forces, et avait pu se rendre compte des moyens dont il disposait pour prendre part d’une manière efficace à la lutte déjà ouverte sur la surface du monde civilisé.
- Jusqu’ici les Expositions, qui avaient eu lieu un peu partout, n’étaient que nationales. L’ordonnance royale de la reine Victoria, du 3 janvier 1850, décidant qu’il y aurait, l’année suivante, à Londres-,
- une Exposition industrielle à laquelle seraient admis les producteurs du monde entier, ouvrit une ère nouvelle, celle des Expositions internationales.
- L’Exposition internationale de Londres, en 1851, fut non seulement remarquable par le vaste emplacement qu’elle occupait, par ses neuf hectares de surface couverte par le palais et ses dépendances, par les dix-huit mille exposants inscrits dans son catalogue, mais encore par la portée qu’elle devait avoir au point de vue de l’essor industriel de notre époque.
- Les Expositions antérieures n’avaient été que des inventaires plus ou moins exacts de la puissance productive de chaque peuple en particulier; en mettant tous les hommes d’étude à même de contempler dans un seul ensemble tous les produits de l’univers, l’Angleterre fit une œuvre essentiellement utile pour le temps. Les branches de l’industrie humaine avaient besoin de comparer entre elles les divers moyens de production et de s’inspirer mutuellement des améliorations que chacun avait tenté d’apporter dans les produits qu’il venait soumettre à l’appréciation du public.
- L’immense profit qu’a pu retirer l’industrie manufacturière au point de vue des produits multiples qu’elle livre à la consommation est le point saillant de la période des expositions internationales, inaugurée à Londres en 1851, et qui s’est brillamment continuée jusqu’en 1878.
- La quantité, la beauté et la variété des objets exposés à Londres ne firent qu’exciter davantage l’initiative des industriels. Dans les expositions qui suivirent, on ne chercha point seulement à mettre sous les yeux des visiteurs des produits qui pouvaient entrer dans la consommation générale et être mis à la portée de tous, mais l’on tenta bien plutôt d’enfanter des chefs-d’œuvre qui sont des tours de force, des jeux de patience parfois exagérés.
- Le succès de l’Exposition de Londres ne tarda pas à exciter l’émulation du Gouvernement français, et le 1er mai 1855 s’ouvrait, à Paris, la grande exposition pour laquelle a été édifié le Palais de l’Industrie, aux Champs-Elysées.
- Le Gouvernement impérial voulut surpasser Londres par l’éclat de la solennité et la beauté des chefs-d'œuvre. Le palais lui-même était un monument qui devait rappeler à jamais l’Exposition.
- Sept années plus tard, en 1862, l’Angleterre à son tour organisait une nouvelle exposition universelle. L’industrie, sollicitée également de toutes parts, enfanta des merveilles, et nous pouvons dire que, dès cette époque, le but se trouvait déjà dépassé, car, si des perfectionnements dans certains produits ont pu être obtenus par les expositions universelles, il faut
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- aussi constater qu’ils n’étaient pas toujours en raison des sacrifices fabuleux que s’imposaient les fabricants.
- En 1867, à Paris, ce fut encore bien autre chose, et le succès fut considérable, — il est encore trop proche pour qu’il soit nécessaire d’y insister.
- En 1872, la ville de Lyon, au lendemain d’une sinistre période, eut la courageuse initiative de renouer la chaîne des relations internationales, un instant interrompues par la guerre; le succès obtenu ne fut pas à la hauteur des efforts des téméraires organisateurs de cette exposition universelle.
- En 1873, le Prater de Vienne tenta d’éclipser le souvenir de l’Exposition du Champ de Mars ; l’industrie autrichienne avait fait de sérieux progrès. De cette Exposition il ne reste actuellement qu’une magnifique rotonde, du haut de laquelle les touristes contemplent aujourd’hui la capitale autrichienne et le Danube. Les expositions suivantes, de Paris 1878, d’Amsterdam, d’Anvers, de Barcelone et d’autres de moindre envergure, nous les laisserons aux souvenirs de chacun pour nous occuper de la genèse de la merveilleuse Exposition du Centenaire de 1889 qui étonnera le monde par ses splendeurs non encore égalées.
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- Qui eut le premier l’idée de l’Exposition du Centenaire? « Personne et tout le monde », répondait, le 18 octobre 1886, M. Dautresme, — l’un des Commissaires généraux de l’Exposition de 1889 qui se sont succédé comme Ministres du Commerce et de l’In dustrie, — dans un discours aux membres des Comités d’admission.
- L’idée était dans l’air et le projet dans l’ordre et la logique des choses. Car, si l’on rapproche les dates des expositions universelles précédentes, on constate qu’une période de onze années les sépare les unes des autres. La date de 1889 était conséquemment tout indiquée.
- Il y eut cependant des précurseurs, et, dès le mois de juin 1883, plusieurs journaux publièrent l’entrefilet suivant ; « MM. Ilervé-Mangon, Liouville, Million et quelques autres personnalités politiques en vue, ont eu un entretien avec M. Hérisson, Ministre du Commerce, à propos d’un projet relatif à l’installation d’une Exposition nationale qui serait ouverte à Paris en 1885. Le ministre s’est déclaré partisan de ce projet.
- Ce n’était pas encore 1889 et il ne s’agissait que d’une Exposition nationale. Mais l’idée de fêter le Centenaire de 1789 par une Exposition universelle avait surgi également, et elle devait germer.
- Lorsqu’une idée est juste, elle Hotte quelquefois, vague et indécise, dans les esprits avant d’avoir été
- formulée; mais, dès quelle est émise, même incidemment, elle s’impose et c’est ce qui se produisit pour la proposition de célébrer cette année le Centenaire de la Révolution française.
- La période d’incubation devait durer depuis juin 1883 jusqu’en mars 1884, mais on ne se préoccupait encore à cette époque que d’une Exposition nationale.
- Peu à peu l’ambition devint plus grande, et M. Jules Ferry, qui était aux affaires en 1884 et Président du Conseil, crut que si l’on donnait à cette manifestation un caractère international, on imposerait la paix au monde entier, pendant au moins une période de cinq années, puisque la France de 1789 ne voyait dans les fêtes du Centenaire qu’une occasion de manifester publiquement ses tendances pacifiques et progressives.
- En novembre 1884, M. Rouvier signa l’arrêté qui nommait la Commission d’études, et l’Exposition était déclarée universelle et internationale. Son caractère était défini ainsi : « L’Exposition de 1889 aura le caractère d’une exposition centennale, résumant ce que la liberté du travail, inaugurée en 1789, date économique en même temps que date politique, a produit de progrès au cours du siècle qui vient de s’écouler. C’est à cet examen de la situation économique universelle que sont conviées toutes les nations. »
- En se tenant à la date de 1789 et à l’esprit de la définition donnée par le gouvernement lui-même, il n’y avait, pour aucune nation, nulle incompatibilité et nulle inconséquence à célébrer cet anniversaire.
- En 1885, par suite d’événements politiques et militaires, la question de l’Exposition subit un temps de repos. Le cabinet Brisson, qui avait succédé au cabinet Ferry, avait fait le silence sur elle. Puis, après les élections d’octobre de cette année, M. de Freycinet fut appelé aux affaires, et M. Lockroy reçut la direction du Ministère du Commerce et de l’Industrie, et par conséquent il fut d'office Commissaire général de l’Exposition universelle. Il précipita le dénouement en demandant aux Chambres, qui l’accordèrent, le crédit nécessaire aux travaux de l’Exposition.
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- Nous venons d’assister à la période de gestation, d’indiquer les tâtonnements, de constater les entraves diverses au projet. Examinons maintenant la période d’organisation effective qui ne date réellement que du 3 avril 1886.
- Toute une série de lois, de décrets, dus à l’initiative du ministre d’alors, M. Lockroy, mit l’affaire sur pied.
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- La responsabilité de l’entreprise fut laissée à l’État, comme en 1878, et, afin d’éviter les mécomptes antérieurs, on imagina d’adopter le système mixte de l’organisation par l’État, avec le concours d’une Société de garantie. Ce système avait permis en 1867 de réaliser un bénéfice de trois millions de francs, alors qu’en 1878 le déficit fut de vingt et un millions. La commission d’études fixa pour les dépenses de 1889 la somme de A3 millions. En 1878, les dépenses atteignirent le chiffre de 53 millions, sur lesquels 10 millions furent absorbés pour le Palais du Trocadéro en dehors des prévisions premières. Cependant l'espace occupé en 1889 sera bien supérieur, et ici quelques chiffres ne manqueront pas d’intérêt.
- L'espace couvert était de 116.000 mètres en 1855, de 163.000 en 1867, 289.000 en 1878; il sera de 291.000 en 1889.
- Le devis des 43 millions votés se divise ainsi :
- Construction, aménagement, service cen-
- tral........................................ 36.185.000
- Bâtiment spécial à l’agriculture............ 2.600.000
- Organisation de l’exposition de peinture, sculpture, et de la nef pour la distribution
- des récompenses............................... 1.215.000
- Fonds de réserve pour l’imprévu........... 3.000.000
- Le Ministre d’alors, d’accord avec le gouvernement, imposa, dès le début de l’entreprise, de prélever sur les A3 millions une subvention à donner à M. Eiffel, qui avait présenté directement, à l’autorité compétente, un projet d’élévation d’une tour de 300 mètres de hauteur.
- Pour faire face à cette dépense, l’État vota une subvention de 17 millions, et la Ville donnait 8 millions.
- La Société de garantie à former devait apporter 48 millions, et ce fonds fut souscrit en cinq mois, sans aucune publicité, — pour ainsi dire en famille. Bien plus, la souscription, qui ne fut jamais fermée officiellement, atteignit 22 millions.
- Une commission de contrôle et de finances composée de quarante-trois membres, nommée par l’État, représente les intérêts des trois souscripteurs : l’État, la Ville et le public.
- Le capital étant formé, il fallait agir, et d’après un plan préconçu. La philosophie de cette conception ressort des travaux de l’illustre Leplay, et elle s’inspire ici de l’ordre naturel des choses. L’homme, dans la nature, a trois instincts primordiaux et cherche à les satisfaire. Il veut manger, s’habiller, s’abriter; plus tard, à la période de civilisation et de progrès, il aspirera à l’idéal. Ces instincts primordiaux forment le point de départ des trois grandes divisions de l’Exposition : l’Agriculture, l’Industrie, les Beaux-
- Arts. De là aussi, la subdivision de tout l’ensemble de l’Exposition en neuf groupes :
- 1er Groupe. — OEuvres d’art (classes 1 à 5).
- 2e Groupe. — Éducation, enseignement. — Matériel et procédés des arts libéraux (classes 6 à 16).
- 3e Groupe. — Mobilier et accessoires (classes 17 à 29).
- 4e Groupe. — Tissus, vêtements et accessoires (clauses 30 à /t0).
- 5e Groupe. — Industries extractives. — Produits bruts et ouvrés (classes Al à 47).
- 6e Groupe. — Outillage et procédés des industries mécaniques. — Électricité (classes 48 à 66).
- 7e Groupe. —Produits alimentaires (classes 67 ù 73).
- 8e Groupe. —Agriculture, viticulture et pisciculture (classes 74 à 77).
- 9e Groupe. — Horticulture (classes 78 à 83).
- L’Exposition s’étend sur la rive gauche de la Seine, principalement dans le Champ de Mars; elle occupe aussi les berges de la Seine, du pont d’Iéna au pont des Invalides, le quai d’Orsay et l’Esplanade des Invalides. Le pont d’Iéna, les jardins du Trocadéro, ainsi que les parties disponibles du palais, en font partie.
- INous avons dit que le Ministre du Commerce et de l’Industrie est le Commissaire général de l’Exposition. Il s’appuie sur une Commission consultative de trois cents membres qui se subdivise à l’infini pour connaître de chacun des groupes et des classes diverses de ces derniers.
- La gestion financière incombe à la Commission des quarante-trois et trois directeurs généraux se partagent le pouvoir exécutif ; M. Alphand, directeur général des travaux, pour les plans et les travaux; M. Berger, économiste et organisateur, directeur général de l’exploitation, et M. Grison, le financier qui contrôle, surveille et répartit, directeur général des services financiers.
- L’Exposition universelle internationale a été inaugurée par des fêtes magnifiques le 6 mai 1889; la clôture aura lieu le 31 octobre suivant.
- Que sera-t-elle ? Laissons la parole à un organe de la presse anglaise, non suspect de grandes sympathies pour notre pays, la Pull Mail Gazette : « Ce sera la plus colossale et la plus extraordinaire que le monde ait jamais vue. 11 faut avoir visité les travaux pour se rendre compte de la rapidité avec laquelle ils ont avancé et pour se faire une idée de cette ampleur sans égale, comme conception et comme exécution.
- « Les Français aiment à faire grand; ils prouveront une fois de plus qu’ils s’v entendent. Leur Exposition du centenaire de 1789, comparée surtout aux misérables déballages que nous avons accoutumé de voir à Kensington, est absolument stupéfiante. Ni les
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- peines ni l’argent n’ont été ménagés. Rien de mesquin n’afflige le regard.
- « Jusque dans la plus petite charpente de fer, le sentiment artistique et le goût éclatent. Le résultat est de nature à démontrer à l’Univers que la France est toujours la plus laborieuse et la plus artiste des nations, et qu’une fois résolue à taire une chose, elle sait s’v mettre corps et âme. »
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- But de l’ouvrage.
- Expliquons maintenant le but de la présente publication. 11 est tout entier indiqué dans le titre que nous donnons à cet ouvrage :
- LES INDUSTRIES TEXTILES
- A L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1889
- Nous nous proposons de chercher dans cette œuvre documentaire, à fixer d’une manière précise les pro-, grès accomplis à ce jour dans les diverses industries qui s’occupent des matières textiles, et nous nous attacherons tout particulièrement à l’étude des appareils et des procédés de leur traitement.
- En suivant l’ordre de classification établi par le règlement général de l’Exposition, nous rencontrons les sujets de notre étude dans diverses classes.
- Classe 21.
- Tapis, tapisseries, et autres tissus cCameublement.
- Cette classe comprend les tapis, moquettes, tapisseries, épinglés ou veloutés. Tapis de feutre, nattes, etc. Tapis de caoutchouc, etc.; — Tissus d’ameublement : de coton, de laine ou de soie, unis ou façonnés.; — Tissus de crin, cuirs végétaux, moleskine, etc. Cuirs de tenture et d’ameublement; — Toiles cirées, linoléums.
- Classe. 30.
- Fils et tissus de coton.
- Cotons préparés et filés;— Tissus de coton pur, unis ou façonnés; — Tissus de coton mélangé; — Velours de coton; — Rubanerie de coton.
- Classe 31.
- Fils et tissus de lin, de chanvre, etc.
- Lins, chanvres et autres fibres végétales filées ; — Toiles et coutils ; — Batistes ; — Tissus de fil avec mélange de coton ou de soie; — Tissus de fibres végétales, autres que celles du coton, du lin et du chanvre.
- Classe 32.
- Fils et tissus de laine peignée et de laine cardée.
- Laines peignées, fils de laine peignée; — Mousselines, cachemires d’Écosse, mérinos, serges, etc. ; —- Rubans et galons de laine mélangée de coton ou de fil, de soie ou de bourre de soie; — Tissus de
- poils purs ou mélangés ; — Châles de laine pure ou mélangée; — Châles dits de Cachemire; — Laines cardées ; fils de laine cardée ; — Draps et autres tissus de laine cardée; — Couvertures; — Feutres de laine ou poils pour tapis et chapeaux ; — Chaussons ; — Tissus de laine cardée non foulée ou légèrement foulée : flanelles, tartans, molletons, etc.
- Classe 33.
- Soie et tissus de soie.
- Soies grèges et moulinées; —Fils de bourre de soie; — Tissus de soie pure, unis, façonnés, brochés; — Etoffes de soie mélangée d’or, d’argent, de colon, de laine, de fil, etc. ; — Tissus de bourre de soie, pure ou mélangée ; — Velours et peluches ; — Rubans de soie pure ou mélangée ; — Châles de soie pure ou mélangée.
- Classe 3h.
- Dentelles, tulles, broderies et passementeries.
- Dentelles de fil ou de coton faites au fuseau, à l’aiguille ou à la mécanique; — Dentelles de soie, de laine ou de poil de chèvre; — Dentelles d’or ou d’argent ; — Tulles de soie ou de coton, unis ou brochés; — Broderies au plumetis, au crochet, etc.;
- — Broderies d’or, d’argent, de soie; — Chasublerie. Broderies, tapisseries et autres ouvrages à la main;
- — Passementeries de soie, bourre de soie, laine, poil de chèvre, poils divers, crin, fil et coton, lacets;
- — Passementeries en fin et en faux ; — Passementeries spéciales pour équipements militaires.
- Classe 35.
- Articles de bonneterie et de lingerie. — Objets accessoires du vêtement. :
- Bonneterie de coton, de fil, de laine ou de cachemire de soie, ou de bourre de soie, pure ou mélangée; — Tissus élastiques; — Tricots; — Lingerie confectionnée pour hommes, pour femmes et pour enfants; — Layettes; — Confections de flanelle et autres tissus de laine; — Corsets, cravates, gants, guêtres, jarretières, bretelles, éventails, écrans, parapluies, ombrelles, cannes, etc.
- Classe 36.
- Habillement des deux sexes
- Habits d’hommes; — Habits de femmes; — Chapellerie, coiffures des deux sexes ; — Fleurs artificielles et plumes; — Perruques et ouvrages en cheveux ; — Chaussures ; — Confections pour
- enfants ; — Vêtements spéciaux aux diverses professions;— Costumes populaires des diverses contrées.
- Classe h6.
- Procédés chimiques de blanchiment, de teinture, d'impression et d'apprêt.
- Spécimens de fils et tissus blanchis et teints; — Echantillons de préparations pour la teinture; —
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- Spécimens de toiles imprimées ou teintes, de tissus imprimés de coton, pur ou mélangé; — Spécimens de tissus imprimés de laine, pure ou mélangée, peignée ou cardée; — Spécimens de tissus imprimés de soie pure ou mélangée; — Spécimens de tapis imprimés de feutre ou de drap, de toiles cirées.
- Classe 54.
- Matériel et procédés du filage et de la corderie.
- Matériel de filage à la main ; — Pièces détachées appartenant au matériel des filatures ; — Machines et appareils servant à la préparation et à la filature des matières textiles ; — Appareils et procédés destinés aux opérations complémentaires : étirage, dévidage, retordage, moulinage; apprêts mécaniques; — Appareils pour le conditionnement et le titrage des fils; — Matériel des ateliers de corderie; — Câbles ronds, plats, diminués; — Cordes et ficelles ; — Câbles de fils métalliques ; — Câbles à âme métallique ; — Mèches à feu, étoupilles, etc.
- Classe 55.
- Matériel et procédés du tissage.
- Appareils destinés aux opérations préparatoires du tissage : machines à ourdir, à bobiner ; — Lisages.
- — Métiers ordinaires et mécaniques pour la fabrication des tissus unis : — Métiers pour la fabrication des étoffes façonnées et brodées ; — Battants-brocheurs ; — Métiers à fabriquer les Aapis et tapisseries; — Métiers à mailles pour la fabrication de la bonneterie et des tulles; — Matériel de la fabrication de la dentelle; — Matériel des fabriques de passementerie ; — Métiers de haute lisse et procédés cl’espoulinage ; — Appareils accessoires : machines à fouler, calandrer, gaufrer, moirer, métrer, plier, etc.
- Classe 56.
- Matériel et procédés de la couture et de la confection des vêtements.
- Outils ordinaires des ateliers de couture et de confection; — Machines à coudre, à piquer, à ourler, à broder ; — Scies à découper les étoffes et les cuirs pour la confection des vêtements et chaussures ; — Machines à faire, à clouer et à visser les chaussures;
- — Machines pour l’appropriation du caoutchouc.
- Classe 58.
- Matériel et procédés de la papeterie, des teintures et des impressions.
- Matériel et produits de la fabrication des pâtes à papier de bois, de paille, d’alfa ; — Procédés et produits du blanchiment des fibres ligneuses; — Matériel de la fabrication du papier à la cuve et à la machine ; — Appareils pour satiner, glacer, moirer, gaufrer, filigraner et régler le papier ; — Machines à découper, rogner, timbrer les papiers, etc. ; — Matériel du blanchiment, de la teinture et de l’apprêt des papiers et des tissus; — Matériel de l’impres-
- sion des papiers peints et des tissus ; — Machines à graver les rouleaux d’impression.
- Nous aurons également à exposer un résumé aussi complet que possible des travaux des diverses sections de l’Exposition d’Economie sociale, car dans aucune industrie cette science ne trouve meilleure application que dans les industries textiles.
- Cette exposition particulière se subdivise en quinze sections que nous rappelons ici.
- lre Section. — Rémunération du travail ; partici-cipation aux bénéfices.
- 2e Section. — Associations coopératives de production.
- 3e Section. — Syndicats professionnels.
- 4e Section. — Apprentissage.
- 5e Section. — Sociétés de secours mutuels.
- 6° Section. — Caisses de retraites et rentes viagères.
- 7e Section. — Assurances contre les accidents et sur la vie.
- 8e Section. — Épargne.
- 9e Section. — Associations coopératives de consommation .
- 10e Section. —Associations coopératives de crédit.
- 11e Section. — Habitations ouvrières.
- 12e Section. — Cercles d’ouvriers.
- 13e Section. — Hygiène sociale.
- 14e Section. — Institutions diverses créées par les chefs d’exploitation en faveur de leur personnel.
- 15e Section. — Grande et petite industrie.
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- Tel est le programme assez compliqué, on le voit, que nous nous proposons de remplir, et que nous espérons mener à bonne fin à l’aide des notes que nous communiqueront les exposants eux-mêmes, les premiers intéressés à nous mettre en main des documents et des éléments de description et de discussion des objets exposés par eux, — et des progrès qu’ils ont réalisés ; — grâce au concours amical de nos collaborateurs de Y Industrie Textile qui ne nous a jamais fait défaut. Nous comptons d’ailleurs sur la bienveillance à laquelle les lecteurs de cette Revue nous ont habitué pour nous communiquer, s’il y a lieu, les rectifications ou réparations d’oublis qu’une si rapide étude pourra-nécessiter, et sur leur indulgence pour excuser les négligences de rédaction dont cette rapidité même pourra être cause.
- Henry Danzer.
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- LES INDUSTRIES TEXTILES
- A L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1889
- PREMIERE PARTIE
- MATIERES PREMIERES ET PRODUITS
- DE LINDUSTRIE TEXTILE
- Les matières premières qui peuvent être considérées comme la base classique et fondamentale de l’Industrie textile sontaunombre dequatre : —deux appartenant au règne végétal : le coton et le lin ; — et deux autres au règne animal : la laine et la soie. Elles seules donnent lieu à des transactions importantes et leur transformation occupe un nombre d’ouvriers considérable.
- Parmi les textiles d’un usage courant, nous signalerons encore le chanvre, le jute et la ramie, le premier, d’un emploi presque aussi étendu que le lin, auquel il ne saurait partout suppléer, mais qu’il remplace souvent; le second, précieux pour la fabrication des tissus qui exigent bon marché et court usage ; le troisième enfin, qui a donné lieu à tant de déboires, mais qui n’en reste pas moins encore un textile d’avenir pour ceux qui n’ont pas la prétention d’en faire le remplaçant de tous les filaments végétaux connus.
- Mais en dehors de ces fibres, d’un usage général dans le monde entier, il en est d’autres qui sont d’un emploi plus spécial dans certaines contrées, soit à cause de leur bon marché, soit en raison de leur abondance. Bien que jugés suffisants dans certains cas pour servir à la fabrication des fils, tissus ou cordages, ces autres textiles sont inférieurs aux filaments classiques par leur difficulté de préparation ou de transformation, ou par le résultat moins bon
- qu’ils donnent à l’usage. Ainsi sont, par rapport au coton, les nombreux duvets végétaux et soies sauvages dont on a si souvent essayé de tirer parti en industrie, notamment durant la guerre de sécession américaine ; — et par rapport au lin, ces innombrables fibres qui croissent à l’infini dans les pays à climat moins tempéré que le nôtre et dont le principal usage est la fabrication des tissus grossiers ou des cordages. — Ainsi sont encore, par rapport à la laine, les poils d’animaux de toutes sortes dont les propriétés feutrantes ont plus ou moins attiré l’attention des chercheurs; — et, par rapport à la soie, ces fibres naturelles que sécrètent certaines variétés de bombyx autres que celui du mûrier et même certains arachnoïdes, et dont on a jamais pu obtenir les résultats que donne l’espèce dont on retire le cocon classique.
- Ce sont les Expositions surtout qui sont appelées à mettre en vedette ces filaments nouveaux, — et l’industrie générale, à défaut de l’industrie textile qui parfois en a fait son profit, n’a jamais eu trop à se plaindre de leur exhibition; si l’on en a souvent retiré de mauvais produits au point de vue de la filature ou du tissage, les recherches auxquelles ils ont donné lieu restent du moins connues et ont pu mettre une digue à l’entraînement irréfléchi des inventeurs ; souvent même ces recherches, reprises par des industries d’ordre secondaire, ont amené des résultats fructueux.
- En étudiant les matières premières de l’Industrie
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- LES INDUSTRIES TEXTILES
- textile à l’Exposition, nous avons un double but : non seulement nous voulons mettre en relief les progrès accomplis chez les diverses nations depuis 1878 dans la production et la préparation de ces matières ; mais encore notre intention est de guider le lecteur en résumant à son intention quelles sont, en 1889, les données les plus connues sur chacun de ces produits bruts. On a besoin notamment de se mettre en garde contre les Expositions particulières trop riches : telle contrée par exemple n’a pu exposer qu’un peu de coton alors que le chiffre de ses exportations annuelles révèle un accroissement notable dans la production de ce textile; —telle autre fait voir de magnifiques bottes de lin en paille, récolté tige par tige pour la circonstance, qui n’a cependant la réputation que de fournir des fibres de qualité inférieure ou moyenne. Le rôle des travaux comme l’Étude que nous publions ici, est de mettre les choses au point, si nous pouvons nous exprimer ainsi, et de présenter au public, — le plus possible à l’aide de documents originaux, — la situation vraie et réelle qu’il désire avant tout connaître.
- CHAPITRE PREMIER
- Le coton brut.
- Tout le monde connaît le coton, le plus important des duvets végétaux, aujourd’hui devenu, pour les pays civilisés, une matière première presque aussi essentielle à leur industrie que le blé et la viande le sont à leur alimentation. On sait qu’il est produit par le cotonnier, 1 egossypium des naturalistes, appartenant à la grande famille botanique des malvacées. Il est formé par des cellules isolées, ressemblant à des poils et contenues dans la capsule de la graine ; ces poils sont implantés sur cette graine qui, se trouvant ainsi garnie d’une sorte de chevelure touffue et légère, est emportée par le vent lorsque les capsules s’ouvrent d’elles-mêmes à l’époque de la maturité et laissent échapper leur contenu. Rien à dire de la composition de ce textile : ce genre de document d’ailleurs le plus souvent n’intéresse pas l’industriel. On ne connaît du reste que d’anciennes analyses du coton dues au docteur Uref^/m. de chim. etdephys. t. XXÏII, p. 38), ii Payen (Rev. scient, et ind., t. XIV,
- p. 479), etc., et qui montrent surtout que la composition de cette fibre se rapproche de celle de la cellulose pure et qu’elle renferme bien peu de corps étrangers. Les alcalis, le chlore, les acides, peuvent le débarrasser de ces substances et l’on constate alors qu’elles ne sont guère constituées que par une matière résinoïde représentant en moyenne 0,08 pour 100 de son poids et une autre matière jaune en quantité infiniment petite. Ces deux produits constituent, en quelque sorte, en dehors de la finesse et de la longueur des fibres les diverses variétés de coton, et lorsqu’on en a dépouillé une mèche de fibres, il n’existe plus guère de différence entre le coton de l’Inde, par exemple, qui en est très chargé et le coton de Géorgie qui en possède peu. Il y a, en outre, dans le coton une substance séreuse, un acide gras et les acides pectique et parapectique.
- Donc, si nous voulions étudier chimiquement le coton, ce serait pour nous en quelque sorte étudier la cellulose. Nous n’avons pas l’intention de le faire et nous rappellerons simplement :
- 1° L’action des acides métalliques, et principalement du lait de chaux sur le coton, que le contact de l’air seul peut préserver d’un affaiblissement complet, action dont on fait un profit dans le blanchiment ;
- 2° L’action des alcalis caustiques concentrés, commune d’ailleurs à toutes les fibres végétales, et qui rend le coton plus dense et plus serré, action dont on fait aussi son profit pour le mercerisage des tissus ;
- 3° L’action de l’acide azotique concentré à chaud, utilisée pour la fabrication du fulmi-coton ;
- h° L’action de l’acide acétique, signalée par Ber-thelot et qui a été mise en œuvre par Schutzenberger pour transformer le coton en cellulose acétique ;
- 5° L’action de l’acide sulfurique à 45 degrés Baumé pendant douze heures, qui a permis à M. Aimé Girard d’obtenir un nouveau corps friable, Vhydrocellulose, dont la composition est en effet celle de la cellulose sur laquelle serait fixé un équivalent d’eau, et dont la production, préliminaire à l’hydratation totale de la matière cellulosique et à sa transformation en glucose, a permis d'expliquer un certain nombre de faits industriels dont on ne possédait pas jusqu’ici une interprétation satisfaisante, tels que la production du papier parchemin, la friabilité des papiers et tissus imprégnés de chlorure par suite d’un lavage insuffisant, etc.;
- 6° Enfin l’action de l’acide avec lequel on fait in^ tervenir une forte pression et le concours de diverses
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- autres substances, comme le camphre et certaines matières colorantes, qui sert à obtenir un corps très pur, pouvant se travailler, comme l’ivoire, la corne, le corail ou l’ébène, avec lesquels il peut entièrement se comparer, et que l’industrie utilise depuis un certain nombre d’années sous le nom de celluloïd, pour la fabrication des billes de billard, peignes, lunettes, bijoux unis et ciselés, et même de cols et manchettes qui n’ont d’américain que le nom.
- Nous pourrions aussi ajouter combien la fibre du coton a d’affinité pour les matières colorantes ; mais nous ne ferons que signaler cette propriété bien connue et constatée, sans nous y arrêter.
- Nous dirons quelques mots du coton au point de vue micrographique.
- C’est J. Heilman qui, le premier, a étudié au microscope les fibres du coton. Les données qu’il a publiées sont à peu près exactes, mais il faut y relever plusieurs erreurs, notamment la description de la fibre du coton comme un tuyau toujours percé par les deux bouts; Walter Crumm a bien prouvé depuis qu’il n’en était pas ainsi et qu’il y avait deux sortes de fibres dans une masse de coton : celles du coton mort, c’est-à-dire non arrivé à maturité, qui n’olïrent aucune cavité centrale et qui se présentent sous forme de lames minces, transparentes, deux fois plus larges que les filaments ordinaires, et celles du coton mûr, qui ont l’apparence de tiges presque entièrement solides avec une petite cavité au centre. Depuis lors, Vétillard, en France, Schlesinger et Schacht en Allemagne, et Wiesner en Autriche, ont confirmé ces données et en ont ajouté d’autres que nous résumons plus loin.
- L’aspect hélicoïdal de la fibre est celui qui frappe tout d’abord lorsqu’on examine le coton au microscope, de même qu’aussi l’on aperçoit toujours sur les bords de la fibre une bordure brillante en forme de bourrelet. Cette bordure est caractéristique, elle indique le peu d’épaisseur des bords de la fibre ; il est même fort à supposer qu’elle n’existe pas dans la fibre fraîche et qu’elle a été amenée par la dessiccation subie dans son transport des pays chauds en France. Ce qui confirme surtout cette opinion, ce sont les formes très variées qu’accuse ce bourrelet : —tantôt il est ondulé ; — tantôt il est tout à fait parallèle à l’axe ; — tantôt (alors sans doute que la dessiccation est complète) il prend une direction oblique et en forme de tire-bouchon. Les extrémités de la fibre sont arrondies et spatuliformes. Le filament paraît complète-
- ment transparent lorsqu’on le couvre d’une légère couche d’eau.
- Les coupes du coton au microscope ont presque toujours l'air d’un haricot ; quelquefois elles sont contournées en S; — dans tous les cas, elles sont toujours isolées et jamais on ne voit les fibres élémentaires accolées les unes aux autres. Dans ces coupes, la légère cavité centrale est toujours indiquée par une ligne, quelquefois un peu ouverte, qui suit parallèlement les contours du haricot, allongée et contournée comme lui, et qui indique bien certainement un affaissement de la tige par dessiccation.
- Vétillard est celui qui a le mieux spécifié l’aspect du coton au microscope, sous l’action de la liqueur d’iode, réactif dont il s’est toujours servi pour distinguer entre elles les fibres végétales sous l’objectif. D’après ses observations, ce textile vu en long est alors coloré en bleu, et le canal central est garni par endroits de granulations d’un jaune brun, assez abondantes dans le coton écru, mais qui n’apparaissent plus lorsqu’il a été blanchi : on aperçoit, sur plusieurs points de l’extérieur des plaques, une substance brune qui semble y adhérer. Quant aux coupes, la même observation indique que les tranches des textiles obtenues à l’aide du microtome se colorent fortement en bleu et contiennent quelquefois, dans leur intérieur, la matière grenue colorée en jaune ou en brun que l’on aperçoit dans les fibres en long ; les parois, relativement peu épaisses, paraissent très homogènes, on n’y découvre pas de couches concentriques d’accroissement.
- La longueur des fibres élémentaires est assez variable : elle est en moyenne de 0m,025 à 0m,0/i0 pour les soies les plus longues et de 10 à 20 pour les espèces courtes et communes.
- Quant à leur finesse, les micrographes ont parfois publié certaines données relatives à cette qualité ; maison ne peut, la plupart du temps, les considérer comme exactes, car il a été maintes fois prouvé que la grosseur du filament diffère ici d’une espèce à l’autre dans le rapport de 1 à 2, qu’elle diffère de 1 à 3 pour certaine courte soie d’un même genre, qu’elle varie dans une même sorte avec la qualité, enfin que, de la base au sommet, elle peut différer de h à 1. On peut dire cependant que le diamètre le plus souvent rencontré est 0ram,011 pour les filaments les plus fins et 0mm,037 pour les plus gros.
- Il n’est pas sans intérêt de rappeler combien est compliquée la synonymie des espèces du genre gossy- \
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- piumquï produit le coton, — l’un des plus confus qui existent et des moins faciles à étudier en botanique. Dans son Système des plantes, Linné mentionne cinq espèces croissant sur la surface du globe ; dans XEncyclopédie méthodique, Lamarck en distingue huit ; De Candolle, dans son Prodromus, écrit en 1808, donne la description de treize espèces et en signale trois douteuses. Walpero, en 1866, dans ses Annales botanices, VIIe volume, résume dans une liste de cinquante-sept noms les espèces qu’il reconnaît légitimes; mais il pense qu’elles devraient être ramenées à trois types, lesquels cultivés depuis des siècles, se seraient modifiés de façon à tromper des auteurs, qui reconnaissent dans ces transformations des espèces. Enfin, dans la monographie publiée au nom du gouvernement italien par le professeur Todaro, de Palerme, il n’en est pas énuméré moins de trois ou quatre cents formes plus ou moins distinctes.
- Il semble qu’on se trouve donc là en présence d’une multitude considérable d’espèces; mais en réalité ce nombre, réduit d’une part lorsqu’on les aura mieux étudiées et comparées entre elles, et augmenté d’autre part de quelques espèces océaniennes non encore bien déterminées, formera à peu près l’inventaire du genre. 11 est probable d’ailleurs que beaucoup d’entre elles sont identiques et ne proviennent que d’un croisement; car un naturaliste italien, M. Balsamo, à Otrante, clans le sud de l’Italie, a su prouver, il y a plus de vingt ans, que le cotonnier était susceptible d’une hybridation artificielle, et ce savant rapporte dans les mémoires de l’Académie des sciences (Comptesrendus, 1867, 2-65, p. 763), comment, en croisant le G. hiroutum qui vient facilement dans ce pays, avec le G. maritimum dont les soies sont plus longues et plus fines, il a obtenu un meilleur produit.
- Les deux espèces que nous venons de nommer sont justement celles qui fournissent les sortes de coton bien classées par l’industrie ; le G. hiroutum fournit le coton dit courte soie (coton de la Louisiane, de la Nouvelle-Orléans), à graines feutrées, désigné en Amérique sous le nom de upland cottun et le G. maritimum (ou encore G. Barbadense) fournit le coton dit longue-soie (coton de Géorgie), à graines lisses, appelé en Amérique Sea Island collon. Elles sont d’ailleurs, avec le G. herbaceum, spontané en Asie et peut-être en Égypte et dont la culture est assez répandue dans tout le bassin de la Méditerranée, les espèces qui, à elles seules, fournissent plus des trois quarts de la production industrielle de l’univers.
- La couleur du coton constitue encore, non moins que la classification des espèces, un problème sur la solution duquel on n’est pas encore absolument fixé. Le coton nankin, dont la teinte varie du jaune pâle au brun rougeâtre, et qu’on rencontre principalement en Chine et dans l’île de Malte, provient-il d’une espèce spéciale? Robert Fortune, qui fut autrefois envoyé en mission par le gouvernement anglais pour étudier les productions végétales de la Chine, a prétendu que le coton blanc et le coton nankin provenaient d’un même végétal et que les Chinois en séparaient les deux espèces sur le même arbre. Un naturaliste anglais, Tliom. Clegg, de Manchester, est du même avis; il ajoute que ce n’est que dans un pays très chaud et sur un sol aride que se produit le vrai nankin foncé et que, si l’on se livrait à des expériences suivies pendant trois ou quatre années, la graine du cotonnier maltais jaune produirait sur la côte occidentale d’Afrique du coton blanc et que le cotonnier d’Afrique semé à Malte donnerait du coton de couleur nankin. Enfin M. Clark, auquel on doit une étude assez étendue sur ce sujet, affirme que c’est seulement par atavisme que le cotonnier blanc redevient jaune et que cette couleur était autrefois propre aux cotonniers sauvages que la culture a profondément modifiés et dont l’espèce est aujourd’hui éteinte.
- La composition de la couleur naturelle de ce coton a été étudiée par M. Édouard Schunck, de Manchester. En incinérant par comparaison, suivant ses indications, du coton blanc et du coton nankin, on ne trouve pas une proportion d’oxyde de fer plus grande dans l’un que dans l’autre : ce n’est donc pas à cet agent qu’est due la couleur en question. Ce qui confirme encore cette opinion, c’est que cette couleur jaunâtre n’est pas détruite par les acides minéraux dissolvants de l’oxyde de fer : il s’ensuit aussi cle ce dernier fait que la couleur nankin n’est pas due à la présence d’une laque d’alumine ou d’une autre couleur analogue ; seule, une lessive alcaline bouillante, en agissant lentement sur le coton nankin, en fait disparaître la teinte; — celle-ci n’existe du reste qu’en très petite quantité sur la fibre, qui ne paraît foncée que vue en masse.
- Voici d’ailleurs comment a été traité le coton nankin par M. Schunck. Les échantillons, provenant de la côte de Coromandel et de l’espèce dite Coco-nado, du nom du port d’expédition, ont été soumis durant plusieurs heures à l’action d’une lessive alcaline bouillante. On a obtenu un liquide brun qui,
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- après décantation, a donné avec un excès d’acide un précipité floconneux d’un brun foncé. Ce précipité a été reconnu comme contenant deux matières colorantes azotées, que M. Schunck a aussi trouvé dans le coton blanc, mais qui prédominent tout simplement dans le nankin, l’une soluble dans l’alcool et qui se dépose par évaporation, l’autre soluble dans l’alcool à chaud et que l’on obtient par refroidissement.
- Pour en revenir aux cotonniers, n’oublions pas de mentionner que tous, quel que soit leur développement, sont ligneux. Les botanistes qui ont classé le genre cotonnier en deux grandes divisions : — le cotonnier en arbre, G. arboreum, et le cotonnier herbacé G. herbnceum, ne lui ont pas appliqué de désignations exactes. Mais il est à remarquer que l’espèce la plus petite est généralement annuelle dans les pays placés en dehors de la zone tropicale, tandis qu’elle vit plusieurs années, comme la grande espèce, dans les contrées à température constamment chaude.
- On rencontre l’une et l’autre espèce à l’état spontané dans toute la région tropicale ; de là, la culture a disséminé les cotonniers herbacés sur un grand nombre de points du globe, où la température moyenne, quoique notablement moins élevée, dépasse /j,500 degrés dans un espace de temps continu de six à huit mois. Les arbres ont toujours exigé pour mûrir une somme de chaleur accumulée de 5,500 degrés.
- Ce sont là des indications dont on n’a jamais tenu assez compte dans les très nombreux essais d’acclimatation du cotonnier, qui ont été faits de nos jours, particulièrement de 1862 à 1866, pendant la guerre de sécession américaine, alors que, l’une des principales sources d’approvisionnement faisant défaut, il fallut tenter les plus grands efforts pour faire adopter la culture de cette plante textile partout où elle semblait offrir quelque chance de succès. Aujourd'hui que les prix qui, à cette époque avaient haussé de 300 à A00 pour 100, ont repris leur taux normal, il reste bien peu de chose des tentatives faites, et les États-Unis restent encore comme alors au premier rang des pays producteurs. C’est donc par eux que nous commencerons notre examen.
- Les cotons d’Amérique.
- Les États-Unis ne sont représentés à l’Exposition de 1889 que par deux exposants — M. W.-G.
- Ilinson, planteur à James-Island (Caroline du Sud), qui a envoyé une balle d’un coton de toute beauté étiqueté Sea-Island supérieur,— et le professeur W.-C. Stables, de Baton-Rouge (Louisiane), qui expose toute une collection de coton brut de diverses qualités. En réalité, pour un pays où la culture du cotonnier a acquis l’importance que tout le monde sait, ce n’est pas assez. L’Amérique du Nord se dit sans doute quelle n’a plus rien à gagner à faire connaître davantage au public manufacturier les qualités du textile principal quelle produit : les Expositions précédentes l’ont suffisamment classée sous ce rapport, et elle s’en tient là.
- Nous voulons à ce propos dire quelques mots de la production du coton en Amérique.
- Les premières traces de l’expédition du Nouveau-monde, en Europe, remontent à 17/i7 et n’excèdent pas 7 balles. La deuxième expédition, de 1770, s’élève à 1,000 kilogrammes. On sait que la troisième faite en 178à, de là,000 kilogrammes, suscita des doutes de la part des Anglais, qui ne pouvaient admettre que les États-Unis produisissent une telle quantité de ce textile. 11 n’y a pas un siècle que ce fait s’est produit, et déjà quel chemin parcouru! Si nous consultons en effet les relevés annuels publiés par le bureau de l’Agriculture de Washington, nous arrivons aux chiffres suivants qui représentent, pendant les trente-sept dernières années, l’effectif des récoltes de coton aux États-Unis :
- Sombre de balles Sombre de balles
- Années. de coton. Années. de colon.
- 1851-52... 3.016.029 1869-70... 3.114.592
- 1852-58.. . 3.262.882 1870-71... 4.347.006
- i853-5A... 2.930.027 1871-72... 2.974.351
- 1854-55.. . 2.847.339 1872-73... 2.930.508
- 1855-56... 3.527.845 1873-74... 4.170.388
- 1856-57... 2.939.519 1874-75... 3.827.845
- 1857-58... 3.113.962 1875-76. . 4.632.313
- 1858-59.. . 3.851.481 1876-77 .. 4.474.069
- 1859-60.. . 4.669 670 1877-78. . 4.773.865
- 1860-61... 3.676.084 1878-79... 5.074.153
- 1861-62. . 4.800.000 1879-80. . 5.761.252
- 1862-63... 1.500.000 1880-81. . 6.605.750
- 1863-64... 500.000 1881-82 .. 5.456.048
- 1864-65... 300.000 1882-83... 5.992.234
- 1865-66... 2.151.446 1883-84... 5.714.052
- 1866-67... 1.951.988 1884-85... 5.669.021
- 1867-68... 2.430.893 1885-86. .. 6.650.217
- 1868-69... 2.260.557 1886-87...
- Ainsi la production, après avoir été pour ainsi dire nulle pendant la période de la guerre de sécession, est arrivée à plus du double de ce qu’elle était avant cette époque. Le travail libre a donc amené un ré-
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- sultat supérieur à celui qui avait jamais été obtenu du temps de l’esclavage. Nous ajouterons que cette production n’a pas augmenté en raison de l’extension de la surface cultivée, mais surtout à cause des sérieux perfectionnements apportés aux procédés de culture après la guerre, grâce à l’introduction dans les plantations de travailleurs blancs, qui ont en moyenne partie remplacé les nègres affranchis.
- Ordinairement, la récolte a un double emploi : une partie, la plus grande, est exportée à l’étranger ; le restant est consommé dans les usines américaines. Le tableau suivant indique quelles sont les exportations de cotons bruts faites par les États-Unis pendant ces douze dernières années (chiffres exprimés en millions de livres) :
- Pour 1880 1881 1882 1883 1884
- L’Angleterre.. . 1.348,7 1.159,2 1.379,7 K* H* GO Gî 1.239,1
- La France 276,9 166,8 214,4 228,7 180,7
- L’Allemagne.... 233,1 162,5 269,3 181,5 234,5
- La Russie 133,8 92,1 173,7 96,8 67,6
- Les autres pays. 198,4 159,4 251,0 169,0 199,8
- 2.190,0 1.740,0 2.288,0 1.862,0 1.891,0
- D’après le tableau qui précède, l’Angleterre absorbe la plus forte proportion du coton américain. Il est bon cependant de faire observer qu’une forte partie des quantités importées tà Liverpool n’y font que transiter et sont réexpédiées ensuite à destination du Havre ou d’Anvers.
- La consommation intérieure du coton aux États-Unis suit une progression remarquable et constante; elle n’était que de 666,000 balles en 1865-66, et elle a atteint en 1882, dernière année relevée, 1,967,435 balles. Cette consommation, interrompue un instant pendant la guerre de sécession, se répartit ainsi depuis cette époque :
- Années.
- Sombre déballes de coton.
- Années.
- 1874- 75,
- 1875- 76.
- 1876- 77.
- 1877- 78.
- 1878- 79.
- 1879- 80.
- 1880- 81. 1881-82. 1884-85.
- Sombre de balles de colon.
- 1.200.473
- 1.354.192
- 1.429.005
- 1.492.400
- 1.561.873
- 1.795.334
- 1.938.837
- -1.964.535
- 2.137.000
- 666.000 770.000 965.666 926.254 862.626 1.162.968 1.137.540 1.201.127 1.321.089
- 1865- 66.
- 1866- 67.
- 1867- 68.
- 1868- 69..
- 1869- 70.
- 1870- 71.
- 1871- 72
- 1872- 73-.
- 1873- 74.
- Ces tableaux ne comprennent pas la récolte du coton connu sous le nom de Sea Island, toujours comptée à part par les Américains. Importé dés îles
- Bahama en 1786, le cotonnier Sea Island (G. mari-timum), prospéra rapidement sur le sol des Etats-Unis. Depuis, sa culture s’est répandue dans la Caroline du Sud, l’Alabama, la Louisiane, la Virginie et le Texas; sa production, qui avait considérablement baissé pendant les années qui suivirent la prise de Richmond, s’est relevée graduellement, et a atteint en 1882, dernière année relevée, 37,862 balles :
- Années. Nombre de balles. l’oids des balles.
- livres.
- 1875-76 14.575 )) »
- 1876-77 18.352 )) »
- 1877-78 21.510 )> ))
- 1878-79 . . 24.862 348,50
- 1879-80 34-617 351,22
- 1880-81 35.021 356,33
- 1881-82 37.862 344,64
- De l’ensemble des tableaux statistiquesque nousve-nonsdeprésenter, il résulte que,—comme nous l’avons dit, — les résultats actuellement obtenus dépassent de beaucoup le chiffre des récoltes qui ont précédé la guerre esclavagiste. Les meilleurs rendements connus avant cette période sont ceux de 1859-60 et de 1861-62 qui ont été 4,800,000 balles environ; depuis 1878, les chiffres de 5 à 6 millions ont été atteints et la vaste étendue des terrains ensemencés chaque année laisse supposer que ce total Jui-même ne tardera pas à être dépassé.
- La part qui revient à chaque État dans la récolte de 1881-82, que nous prendrons comme type, s’établit comme suit :
- Louisiane................ 1.190.708 balles
- Virginie............... 752.026 —
- Caroline du Nord........ . 752.024 —
- Géorgie.................... 684.966 —
- Caroline du Sud,........... 511.046 —
- Texas.................. 459.335 —
- Alabama.................... 265.040 —
- Floride..................... 54.879 —
- Tennessee et divers..... 1.278.913 —
- 5.948.937 balles
- Cette culture se déplace ; comme celle de toutes les autres productions agricoles du pays, elle tend à s’étendre vers l’ouest. En 1849, un huitième seulement du coton récolté venait des Étals situés à l’ouest du Mississipi ; en 1859, la proportion était des trois dixièmes, elle est actuellement des trois huitièmes. Bientôt ce sera la moitié, et le Texas tiendra alors la première place parmi les États producteurs. ; "i
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- A L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1889.
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- La récolte du coton Sea Island se répartit ainsi pour la même année :
- Géorgie.................... 27.041 balles
- Caroline du Sud............ 10.796 —
- Texas.......................... 22 —
- Louisiane....................... 3 —
- 37.862 balles
- Ce rendement est supérieur à celui de l’année précédente, qui n’avait été que de 35,021 balles pesant ensemble 12,479,032 livres. La Géorgie et la Caroline du Sud continuent à fournir presque exclusivement cette variété.
- Les fluctuations du prix des cotons aux États-Unis sont assez curieuses à observer depuis une cinquantaine d’années. En 1835, la livre de coton coûtait 20 cents ; la baisse commence en 1837 et continue avec quelques interruptionsjusqu’en 1860, où la livre vaut 11 cents. En 1861, les prix se mettent subitement à augmenter et atteignent rapidement 68 cents la livre, en 1862 ; 80 en 1863 ; 1 dol. 09 en 1864 ; et 1 dol. 22 en 1865. La guerre de sécession sévit alors dans toute sa violence ; les récoltes sont abandonnées et tous les cultivateurs du Sud sont en armes. L’année suivante, en 1866, les confédérés sont battus, la pacification se fait peu à peu, et la reprise du travail et du commerce d’exportation fait tomber le prix de la livre de coton à 52 cents. Depuis cette époque la valeur du coton a sans cesse suivi une progression décroissante qui l’a à peu près ramenée aux prix antérieurs à la guerre; le tableau suivant en fait foi :
- Prix. Prix.
- Années. plnséleic. moins éleiè. Années. plus életé. moins életé.
- 1835... 20 15 1859... 12 11
- 1836... 20 12 1860... 11 10
- 1837... 17 7 1861... 28 11
- 1838. .. 12 9 1862... 68 20
- 1839.. . 16 11 1863... 80 54
- 1840... 10 8 1864... 190 32
- 1841.. . 11 9 1865... 122 33
- 1842... 9 7 1866... 52 32
- 1843.. . 8 5 1867... 36 15
- 1844... 9 5 1868... 33 16
- 1845... 9 4 1869... 35 25
- 1846.. . 9 6 1870... 25 15
- 1847... 12 7 1871... 22 14
- 1848.. . 8 5 1872.. . 27 18
- oo 11 6 1873... 21 13
- 1850... 14 11 1874... 18 14
- 1851... 14 8 1875... 17 13
- 1852... 10 8 1876... 13 10
- 1853.. . 11 10 1877.. 13 10
- 1854.. . 10 8 1878.. . 12 8
- 1855... 11 7 1879... 13 9
- 1856... 12 9 1880.. . 13 10
- 1857... 15 13 5 1881... 13 10
- 1858... 13 9 1882... 13 11
- La valeur du coton brut exporté des États-
- Unis pendant la dernière année relevée représente 162,304,250 dollars. En ramenant à la même unité les cinq principaux produits agricoles exportés durant cette période, on pourra juger par comparaison de l’importance des transactions auxquelles donne lieu le textile que nous étudions :
- Céréales. .......... 210.355.520 dollars
- Coton brut........... 162.304.250 —
- Viandes salées....... 116.858.650 —
- Huiles minéra'es...... 40.303.149 —
- Tabacs................ 28.225.250 —
- Nous ajouterons que, à notre avis, cette culture ne peut encore qu’augmenter. Le pays ne présente-t-il pas en effet, pour la culture du cotonnier, l’un des climats les plus favorables, tant au point de vue du degré de chaleur et d’humidité que de la répartition entre les différentes saisons de l’année de la sécheresse et des pluies ? — Bien des terres excellentes et à bon marché, pourvues de moyens de communication très développés, ne restent-elles pas encore à utiliser ? — Bien des États, qui pourraient compter parmi les producteurs et chez lesquels cette culture n’occupe qu’un rang secondaire, ne pourraient-ils pas, d’une année à l’autre prendre, rang parmi les cotonniers ? — Nous citerons parmi ces derniers la Californie, celle des provinces de l’Union dont les produits sont les plus variés, qui ne cultive guère que de 350 à 400 hectares de coton (sans en exporter) dans la partie située entre la Sierra-Nevada et l’océan Pacifique, et chez laquelle, — la situation géographique par rapport à la France et à l’Angleterre une fois changée par le percement de l’isthme de Panama, — la culture du cotonnier peut prendre un développement considérable.
- Voici comment on récolte le coton dans l’Amérique du Nord.
- La récolte se fait pendant les mois d’octobre et de novembre. A l’époque de la maturité, les gousses commencent à s’ouvrir, le coton s’échappe en grande partie de la silique et cède à la main sans aucune espèce d’effort. Ce sont ordinairement des femmes accompagnées d’enfants qui sont chargées de la cueillette ; elles prennent le coton avec la main et le placent dans un sac en toile suspendu à leur cou y elles ont soin de ne pas le tasser, de peur d’écraser les graines dont quelques-unes sont encore à l’état laiteux et tacheraient le duvet. La récolte dure longtemps, car les gousses ne s’ouvrent que petit à petit.
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- LES INDUSTRIES TEXTILES
- Les cueilleuses repassent donc dans le plant tous les quatre ou tous les huit jours, selon la température qui hâte plus ou moins la maturité, en ayant soin de ne jamais ramasser le coton tombé ou sali par la terre. Tout le soin à apporter dans la récolte consiste à préserver le duvet des corps qui peuvent altérer sa blancheur, se feutrer avec lui ou produire du déchet, ou même des débris qui, sans avoir d’action directe sur la fibre, nécessitent des travaux longs et dispendieux pour l’en débarrasser. Chaque fois que le sac est plein, on le vide sur un drap étendu à l’extrémité du plant. On peut laisser le duvet la nuit; mais, comme il s’abîmerait s’il était enlevé humide, on ne doit le retirer qu’au mileu du jour, alors que le soleil l’a complètement desséché. Le coton est alors transporté à la ferme et étendu, dans des locaux abrités, sur des claies en roseaux ou en bambou. Les pires ennemis sont l’humidité et les rats : l’humidité non seulement tache le coton, mais encore échauffe les graines au point de provoquer des incendies spontanés ; les rats, très friands de la graine fraîche, causent parfois dans les masses en dessiccation des ravages considérables.
- On s’aperçoit que le coton est sec lorsque les graines, mises sous la dent, ne cèdent plus et croquent légèrement. C’est alors qu’on peut égrener.
- Longtemps on a égrené le coton à la main, au moyen d’appareils élémentaires dits à rouleaux (roller-gins),ou à scies (sam-gin*) ; mais maintenant on ne se sert plus guère que d’égreneurs mécaniques. Ces machines sont bien connues et sont toutes basées sur des modifications plus ou moins heureuses, ou sur l’accouplement des anciens appareils à la main. Elles sont la plupart construites par les grandes maisons anglaises ou américaines qui s’occupent de la construction des machines à coton : aucune d’elles ne figure à l’Exposition.
- Puisque nous sommes en Amérique, nous demanderons au lecteur de le conduire dans les autres parties de ce continent, afin qu’il puisse se rendre compte delà situation géographique de la culture du cotonnier. Dans l’Amérique septentrionale, cette culture s’arrête seulement à AO degrés nord sur la côte orientale et à 37 degrés environ sur la côte occidentale, près de Richmond, en Virginie. Dans l’Amérique méridionale, elle ne descend pas plus bas que 30° de latitude sud, du côté de l’Atlantique et 33° du côté du Pacifique.
- o. Nous n’avons insisté d’une manière spéciale sur la
- production des États-Unis que parce que ce pays possède au point de vue cotonnier, une situation exceptionnelle, mise en vedette une fois de plus par l’Exposition de 1889 ; les autres contrées de cette partie de l’Amérique peuvent à peine être mentionnées. Au Mexique, on recueille du coton pour la consommation intérieure ; mais l’état politique de cette région ne lui a pas permis, dans ces dernières années, de songer à développer la culture du cotonnier. Les discussions gouvernementales, trop fréquentes dans les petites républiques de Guatemala, San Salvador, Honduras, Nicaragua et Costa-Rica, qui exportent annuellement de petites quantités d’excellent coton, mais où malheureusement le travail des champs n’est pas en honneur, ont aussi arrêté l’essor qu’aurait pu prendre le déve'oppement des plantations de cet arbuste. Néanmoins, nous devons signaler que les deux premières de ces petites Républiques ont exposé du coton : dans celle de Guatemala, nous relevons les noms de MM. Montana de Cuilco, à Huehnetenango, — Francisco Munoz, à Guatemala, — ainsi que les expositions des préfets d’Alta-Verapaz, à Coban, — deQuezalte-nango, à Quezaltenango, — de Sacatepequez à Antigua, — et de Suchitepequez, à Mazatenango. Dans celle de San Salvador, nous remarquons le lot de coton blanc de pochote pour matelas envoyé par le village de Quezaltepeque, et le colon oere naturel exposé par le département de Usulutan. Quant aux Antilles, qui peuveut être considérées comme la terre natale du coton longue soie, puisque Christophe Colomb, en 1Ù95, fit de ce textile la base des produits imposés aux Caraïbes, et que c’est de là que les premières graines furent transportées dans la Caroline, nous devons constater qu’elles n’exposent aucun textile et semblent préférer à la culture du cotonnier celle de la canne à sucre.
- Dans l’Amérique du Sud, le Venezuela cultive peu de coton : on récolte dans les environs de Caracas une fibre de teinte jaunâtre qui ne sort guère du pays. La Nouvelle-Grenade ne récolte aussi que les filaments qui servent à sa consommation. Dans l’Equateur, c’est tout autre chose, et bien que le coton produit dans ce pays soit presque entièrement manufacturé à Quito, nous devons dire que la culture du cotonnier a pris une certaine extension : à l’Exposition cette république est représentée par M. Alcide Destruge, à Guyaquil, qui expose du coton, de Baule, et par les divers lots envoyés par la Commission coopérative d’Ambato, à Ambato.
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- La Guyane, où la culture du cotonnier avait repris une certaine activité pendant la guerre d’Amérique, a cessé depuis longtemps de produire ce textile sur une grande échelle. Au Brésil, on trouve dans la province de Bahia et dans les environs de Pernambouc un nombre assez considérable de plantations dans les zones où la culture de la canne à sucre, du tabac et du café est rendue difficile par la nature du terrain ou l’insuffisance des moyens de transport. L’exportation y était tombée de 78 millions 500,000 kilogrammes en 187*2 à 12 millions en 1880-81 par suite de la concurrence des États-Unis ; mais depuis ce temps, elle semble avoir repris, car les exportations se sont chiffrées dans ces derniers temps de la manière suivante :
- 1881- 82....... 21.916.000 kilogrammes
- 1882- 83...... 19.066.000 —
- 1883- 84...... 20.491.000 —
- Le coton du Paraguay est consommé par le Chili ; il s’en trouve quelques spécimens à l’Exposition, envoyés par M. E. Mondiodon, à Assomption. Enfin, dans ce même Chili et dans le Pérou, la fibre est consommée sur place ; il en existe cependant des plantations considérables, car le chemin de fer qui traverse les Cordillères des Andes, passe plus d’une fois au milieu de champs plantés de cotonniers. Presque tous ces pays cultivent le cotonnier en arbre. Ce textile ne figure pas à l’Exposition dans le pavillon de ces diverses républiques.
- Mais dans toutes ces contrées néanmoins, sa culture n’est pas regardée comme rémunératrice et pouvant donner lieu à une exportation suivie en présence de la production des États-Unis. Il n’y a pas bien longtemps, en effet, qu’une enquête récente a démontré que la plupart des planteurs de l’Amérique du Nord livraient leur récolte à des prix qui ne leur laissaient qu’un bénéfice extrêmement limité. S’il n’y a pas là une évaluation incorrecte du prix de revient, il faudrait expliquer ce fait par le désir qu’auraient les Américains du Nord de décourager les producteurs de coton des autres pays par un abaissement volontaire des cours.
- Les cotons d’Afrique.
- Le type du pays producteur de coton sur le continent africain, c’est l’Égypte, qui cultive ce textile de temps immémorial et qui, de nos jours, en exporte
- d’assez fortes quantités, puisqu’il tient — (après les États-Unis et les Indes), — le troisième rang parmi les contrées qui approvisionnent les manufactures européennes. L’Égypte cependant n’expose pas de coton en 1889 : elle juge sans doute, — comme les Etats-Unis, — sa réputation suffisamment assise pour ne pas être obligée de faire les frais d’envoi de ce textile ; son exposition de matières premières se trouve uniquement composée de tabac.
- La spécialité que ce pays a su se faire de la culture d’une espèce de cotonnier compte pour beaucoup dans sa renommée comme pays producteur. Cette renommée date de l’époque où un Français, Jumel, il y a cinquante ans, se promenant un jour dans le jardin d’un Turc, au Caire, et remarquant la belle floraison d’une variété de cotonnier, en sema des graines pour en perpétuer l’espèce. Aujourd’hui le coton Jumel, dont la teinte se rapproche quelque peu de celle du coton nankin, peut s’exporter facilement en concurrence avec le coton américain, car il est plus fin que lui. On pense que dans ces derniers temps la culture en a été moins soignée, car la qualité en a sensiblement diminué.
- M. Heuzé, dans son ouvrage: les Plantes industrielles, estime que les cotonniers d’Amérique qui fournissent à l’industrie le coton Géorgie proviendraient de plants Jumel, qu’il appelle G. vitifolium et que ces cotonniers y auraient été importés des Indes Orientales en 1805. Nous n’avons pas les éléments pour discuter cette assertion ; mais il faut convenir que, dans ce cas, le cotonnier Jumel se serait bien modifié sur le nouveau continent; ses tiges, ses rameaux et le pétiole de ses feuilles ont une teinte rougeâtre; la graine n’est pas lisse comme celle du cotonnier américain; mais lorsqu’elle a été égrenée, elle présente, sur une petite portion de sa surface, un duvet velouté, verdâtre, tout à fait adhérent. Walpers est aussi d’avis que le jumel ne serait qu’une variété du G. maritimum.
- On a beaucoup parlé dans ces dernières années d’une variété de cotonnier, découverte accidentellement en Égypte en 1876, par un Copte, dans la partie supérieure du Delta, au lieu appelé Basket-ei-Sab, et à laquelle on a donné le nom de bamich du nom arabe du gombo [hibiscus esculenlus), en raison de sa ressemblance avec cet arbrisseau tex-, tile. Les botanistes ne se sont pas encore prononcés sur cette espèce, dont la qualité de production est à peu près celle du coton Jumel moyen : les uns la regardent comme variété pyramidale du G. mari-
- SUPPLÉMENT A L'INDUSTRIE TEXTILE DU 10 JUILLET.
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- limum;—d’autres comme un dérivé du G. vilifolium;
- d autres enfin la considèrent comme une hybride de Vhibiscus esculentus; mais il est difficile d’admettre cette hybridation —fort rare, comme on le sait, entre genres différents. Le grand mérite de cette nouvelle variété consisterait dans la forme et dans la direction de ses rameaux, qui sont beaucoup plus courts et plus divisés que dans la race ordinaire : il en résulte que la plante, au lieu de former un buisson large à la base et se rétrécissant vers le sommet, prend l’aspect d’une sorte de colonne portant autant de capsules bien fournies que le cotonnier ordinaire tout en occupant moins de place.
- Le rendement de la récolte du coton en Égypte peut être évalué en moyenne à 500,000 balles de 500 livres par an. Voici quel il a été approximativement dans ces dernières années :
- ................. M5.000 balles
- 1872 ................. 513.000 —
- 1873 ................. 500.000 —
- 1874 ................. 400.000 —
- 1875 ................. 550.000 —
- 1876................... 523.000 —
- 1879................... 635.000 —
- 1881.................. 627.000 —
- Dans les autres parties de l’Afrique, le cotonnier est peu cultivé. Le climat de ce continent, depuis l’Algérie jusqu’au Gap, permettrait cependant de le faire aisément.
- En Tunisie, on ne récolte le textile que pour l’usage des habitants du pays. Dans le Soudan, le coton n est aussi employé que pour confectionner des haïks aux habitants de la contrée, en mélange avec de la laine. En Nubie, en Abyssinie, sur la côte orientale d’Afrique, les indigènes se contentent de recueillir le coton sur les plants à l’état sauvage, sans prendre la peine de le cultiver. On trouve encore le cotonnier à Madagascar, dans les petites îles de Nossi-Bô, Mayotte, les Comores, à Angouan et dans l’archipel des Seychelles, à Natal; mais 1 arbuste n’est guère cultivé en vue de l’exploitation.
- Dans l’île Maurice, oh exploite un peu de coton ; mais cette culture tend de plus en plus à être remplacée par celle de la canne à sucre.
- Sur toute la côte occidentale d’Afrique, le plus beau coton prospère sans culture, mais il faudrait une direction intelligente et des bras pour défricher le sol et donner aux arbustes les soins qui leur sont nécessaires; or, les nègres, trop paresseux pour agir
- eux-mêmes, ne viennent malheureusement apporter aucun secours aux efforts des Européens.
- Dans notre colonie du Sénégal, le gouvernement français, au commencement du siècle, a tenté d’encourager la culture du cotonnier. Des primes allant de 1,000 à 2,000 francs furent promises aux colons qui répondraient à un programme présenté. Des plantations furent faites. A la fin de 1852, il y avait, dans la colonie, environ un million de cotonniers cultivés. Les résultats cependant ne répondirent pas aux espérances : le défaut de moyens d’irrigation, plusieurs années consécutives de sécheresse, la difficulté de donner des soins constants à ces arbustes sous un soleil toujours brûlant, ont été les principales causes de ce peu de succès. Aujourd’hui sa culture est pour ainsi dire abandonnée dans le pays ; le cotonnier est encore exploité par les habitants du Cayor, du Wallo, du Foutah et surtout au Boudou; mais le Sénégal n’exporte plus qu’une petite quantité de coton courte-soie de qualité moyenne. En 1861, un capitaine d’infanterie de marine, M. Ozan, a cherché de nouveau à développer la culture du cotonnier chez les indigènes, et il a publié à cette époque le résultat de ses essais. D’après lui, il est bien prouvé que le coton du Sénégal est de qualité marchande, notamment dans le Dargou, et que les cotons longue-soie et courte-soie peuvent s’y acclimater, mais seulement en prenant quelques précautions; ce qui est à redouter, c’est la dégénérescence des bonnes espèces à cause de la sécheresse. Comme climat, d’ailleurs, le Sénégal réunit tout ce qu’il faut pour la croissance du cotonnier : on sait que l’arbuste sauvage y est très commun; il croît dans les cantons élevés, ce qui le met à l’abri des inondations; mais le produit qu’il fournit est presque sans valeur pour le commerce européen, et le vent du désert emporte souvent au loin la soie des coques dont la cueillette n’a pas été faite en temps. Les femmes sont principalement occupées à ce service, elles en confectionnent des tissus qu’elles teignent avec l’indigotier et qui servent à Bakel et à Saint-Louis, de monnaie d’échange sous le nom de pagnes-sor. C’est sans doute un échantillon de coton brut destiné à cette fabrication que M. Ernest Noirot, administrateur colonial du Sénégal, a envoyé à l’Exposition sous le nom de colon de Sor.
- Dans notre colonie d’Algérie, le cotonnier a toujours été cultivé. Avant la conquête, la culture en
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- était pratiquée dans quelques localités du Tell, et les tribus des environs de Collo en récoltaient ce qui leur était nécessaire pour la fabrication de leurs vêtements. A leur arrivée en Afrique, les Européens essayèrent de donner de l’extension à la culture du cotonnier en Algérie. Ils réussirent surtout lors de la guerre américaine de sécession qui fit élever le prix du coton dans les proportions que Ton sait. De l/i0,000 kilogrammes en 1863, la production s’éleva à 500,600 kilogrammes en 186/i. Elle déclina un peu après la guerre. Aujourd’hui, il n’y a plus que quelques planteurs représentés à l’Exposition par MM. Leroy, àCastiglione (département d’Alger), — Philippe Sanches, à Orléansville (département d’Alger)»— et Alfred Dufour, àBiskra. Ces cotons viennent ordinairement se faire consommer en France où ils rencontrent toujours des preneurs empressés : aussi sommes-nous étonnés que la culture du cotonnier ne s’étende pas davantage dans notre colonie.
- Les cotons d’Asie.
- Ce sont les Indes anglaises qui produisent en Asie la majeuie partie du coton expédié par ce continent. Cependant, les Indes n’exposent pas de coton en 1889 et semblent, comme l’Égypte, se fier à une renommée qui ne paraît pas encore à son déclin.
- Avant la guerre de sécession, paraît-il, les Indes anglaises produisaient plus de coton que les États-Unis; mais il faut remarquer que les chiffres publiés à cette époque dans les relevés anglais de statistique sont des plus contestables, car ils résultent non de documents officiels, mais de relevés par estimation. C’est ainsi qu’en 1879, alors que, se référant à une statistique américaine, ils estiment à 720 millions de kilogrammes la production des États-Unis, ils élèvent, par approximation hypothétique pour les Indes, le même chiffre à 1 milliard 50 millions de kilogrammes, en prenant pour base la population et la quantité moyenne annuelle de coton à usage de vêtement consommée par individu (3 kilog. par an) et en y ajoutant celle employée pour d’autres destinations ainsi que les quantités officiellement constatées pour l’exportation.
- De nos jours, la statistique suivante a été dressée par le gouvernement anglais pour exprimer la récolte aux Indes des régions cotonnières les plus importantes — (la production du Bengale n’y figurant pas) :
- Acres plantés. Rendement en quintaux
- 1874- 75........ 11.581.835 4.852.456
- 1875- 76........ 11.843.769 4.970.851
- 1876- 77......... 9.670.994 4.399.657
- 1877- 78......... 9.055.630 3.777.868
- 1878- 79........ 10.162.580 4.160.610
- 1879- 80........ 10.708.002 5.236.845
- 1880- 81........ 11.204.630 5.081.719
- 1881- 82........ 12.924.196 6.565.856
- 1882- 83........ 13.851.179 7.227.592
- 1883- 84........ 13.352.536 6.972.573
- La filature indienne enlève annuellement ce que l’exportation ne peut prendre.
- Le textile est sensiblement inférieur à celui d’Amérique. Cette différence dans la qualité a des origines diverses. Elle tient surtout à la race des cotonniers de l’Inde, race indigène de la contrée, qui s’y acclimate et y croît parfaitement et qu’on a toujours préférée aux races américaines qui s’étiolent et dégénèrent trop vite. Le climat des Indes — (bien que la chaleur développée dans ces contrées soit plus intense qu’en Amérique), —ne convient pas non plus aux plantes des États-Unis, car on n’y peut compter sur une période de temps sec et beau, qui permette, comme dans le nouveau monde, de récolter bien et économiquement le coton : la cueillette des gousses aux États-Unis, commencée en octobre se termine en décembre et se fait en cinq ou six fois ; la même opération aux Indes doit se faire en quinze ou vingt fois, et donne un déchet double du coton d’Amérique.
- Néanmoins, la culture du coton aux Indes, — culture traditionnelle et fort ancienne, familière à la population laborieuse de ces contrées et qui constitue l’une des principales ressources du pays, sur laquelle le fermier indigène compte pour payer le loyer des terres qu’il occupe, — ne saurait dépérir en ce pays. Elle ne pourrait même qu’augmenter si les procédés de culture étaient plus perfectionnés : on nous a rapporté en effet que l’usage des engrais était presque inconnu parmi les indigènes, de telle sorte qu’à l’hectare on ne savait récolter plus de 75 à 90 kilogrammes, alors qu’aux États-Unis, dans les basses terres de la région du Texas, on peut obtenir une balle de 500 livres par acre, ce qui fait 560 à 570 kilogrammes à l’hectare.
- Le cotonnier en arbre croît de préférence dans les montagnes, et il est cultivé dans l’Himalaya à une altitude de 9,000 pieds ; les espèces plus herbacées affectionnent les plaines et le voisinage de la mer. L’espèce la plus cultivée, à feuilles larges et à grandes fleurs jaunes, préférée surtout parce qu’elle
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- LES INDUSTRIES TEXTILES
- produit beaucoup et prospère presque sans soins dans tous les terrains, est généralement désignée par les botanistes sous le nom de G. indicum; la soie, d’un blanc sale et mat, adhère fortement à la graine, à tel point qu’on ne parvient pas à l’en débarrasser complètement. Ces cotonniers se sèment sur place, à deux mètres les uns des autres ; quelquefois aussi on en fait des haies. Les plantations durent de cinq à sept ans, et Ton en fait deux récoltes par an.
- Voyons ce qu’est le cotonnier dans les autres parties de l’Asie, dont aucune, — nous devons le dire, — n’expose de coton.
- Dans la Cochinchine française, ce textile est cultivé un peu partout, mais nulle part en grande quantité; il ne donne lieu à aucune exportation. En Chine, la culture en est plus répandue, mais non cependant autant que le permettrait le climat, en raison de la préférence que donnent les Chinois à l’élevage du ver à soie ; on sait que c’est à Nankin, sur les bords du Yong-Tsé-Kiang, que se trouve localisée la culture du coton de ce nom (G. Siamense?). Il y a de belles plantations de coton blanc aux environs de Pékin (par 41° latitude nord), à Tien-Tsin, sur le Péï-Ho, etc. Au Japon, la culture du cotonnier n’est importante que dans le district de Yokohama ; il se sème en mars et avril et se récolte en septembre et ep octobre.
- Enfin l’Asie centrale fournit actuellement à la Russie une partie du coton quelle emploie et peut devenir un pays producteur important. On sait qu’en ce moment le gouvernement russe fait les plus grands efforts pour encourager la culture du cotonnier dans la contrée, et qu’un savant russe, Frodosky, à la suite d’un voyage d’études en Amérique, s’est convaincu que la qualité médiocre du coton asiatique tenait non au climat, mais à l’espèce et au mauvais nettoyage des graines ; il a été d’avis que le G. Bar-baderne, l’une des variétés favorites des États-Unis, pouvait être introduit avec succès, en raison de la similitude des climats, entre les parties centrales du Texas et du Turkestan. 11 ne s’agit ici que du cotonnier herbacé ; l’espèce en arbre, après de nombreux essais, a bien donné des fibres longues et soyeuses comme celles de la race américaine ; mais ces fibres n’avaient pas la même force : la nature du sol, qui, comme on le sait, agit d’une manière si caractéristique sur les productions végétales, doit, dans ce cas, être considérée comme la seule cause de la différence observée. Un récent rapport du général russe An-
- nenkoff, commandant ces provinces, exprime la même opinion, et recommande l’adoption du plant américain, qui, à Taskend, a donné les meilleurs résultats. Dans ces derniers temps, une société d’industriels russes s’est formée à Moscou pour favoriser la culture du cotonnier dans l’Asie centrale. Des documents statistiques récents montrent d’ailleurs que la culture du coton prend de larges proportions dans ces provinces asiatiques et que la production atteint annuellement 108 millions de livres de ce textile, en partie utilisé dans le pays, et partie envoyé dans la Russie, qui, par compensation, lui retourne une grande partie de tissus fabriqués. Cette production ne pourra qu’augmenter lorsque le chemin de fer transcaspien, entièrement terminé, en rendra le transport moins onéreux.
- Nous citerons encore, parmi les pays producteurs de ce continent, l’Asie Mineure. Le cotonnier y est cultivé à Srnyrne, à Salonique, dans File de Chypre, à Alep, à Alexandrie, sur les côtes de Syrie, et c’est en ces différents points que les récoltes des environs, — qui donnent des produits bien inférieurs à ceux d’Amérique, — viennent se réunir pour être expédiés de là en France et en Angleterre.
- Les cotons d’Océanie.
- Parcourons maintenant quelques-uns des archipels du Grand Océan.
- Les îles de la Polynésie, situées au nord du 40e degré de latitude sud, seraient propres à la culture de toutes les espèces de cotonniers; mais l’irrégularité, le caractère volcanique de leur sol, les difficultés d’arrosage et la paresse des indigènes sont autant de causes qui s’opposent à l’extension des plantations.
- Depuis la guerre de sécession américaine, on exporte du coton des îles Fidji. Comme dans tous les pays qui ont profité de cette circonstance pour cultiver le cotonnier, les exportations de ce textile, après avoir été relativement considérables, ont sensiblement décliné. Aujourd’hui la culture de cet arbuste est spécialement concentrée sur les bords de la rivière Rewa-Rewa ; le coton qu’il produit est extrêmement fin et recherché.
- La culture du coton est aussi en faveur à Tahiti, où l’on emploie les Chinois pour la culture, et les indigènes pour la récolte ; mais on en exporte fort peu. La production de cette île est représentée à
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- l’Exposition par une jolie collection de coton en graines et en balles, envoyée par M. Tati Salmon, de Papara.
- Aux îles Gambier, le coton n’est cultivé que par les naturels du pays.
- En Australie, on ne trouve de plantations qu’aux Nouvelles-Galles du Sud, où les colons anglais qui les dirigent en trouvent un facile débouché.
- Le coton croît naturellement à la Nouvelle-Calédonie, représentée à l’Exposition par les envois de MM. Lucien Beaumont, àMoindou, et De Gresland, à Dumbéa; — aux îles des Navigateurs, aux Wallis, en Malaisie, aux Moluques et dans l’archipel des Célèbes ; — mais il ne sert qu’à l’usage des habitants de ces contrées.
- Les cotons d’Europe.
- La culture du coton en Europe est actuellement secondaire : un été trop humide, une arrière-saison trop froide suffisent pour rendre la floraison tardive et empêcher la graine de mûrir.
- En France d’abord, on n’a jamais fait que quelques essais sur les bords de la Méditerranée ; mais ceux-ci n’ont toujours abouti qu’à la production de quelques capsules à peu près mûres, sans valeur industrielle.
- En Espagne, la culture du cotonnier, qui pourrait avoir quelque chance de succès, et qui a toujours abouti à d’excellents résultats d’après les essais faits à Motril, aux environs de Grenade et à Iviza, doit céder le pas à celle des vignes et des céréales qui sont plus dans les traditions du pays.
- Il n’en est pas de même en Italie, où la culture du coton est fort ancienne, sans avoir jamais été cependant considérable. Les cotons de Castellamare, de la Pouille et de la Sicile sont depuis fort longtemps excellents et recherchés. Les obstacles qui se sont toujours opposés à l’extension des plantations dans ces contrées sont la brièveté relative de la saison chaude, même dans la partie méridionale du pays, et le peu d’abondance des pluies de printemps et d’été qui nécessitent des irrigations constantes; quelquefois la floraison n’a pas lieu avant le commencement d’août, et, à la fin de ce mois, les nuits deviennent fraîches, ce qui fait tort à la maturité des capsules, et partant, à l’abondance de la récolte. Bien souvent cependant on a essayé d’activer la culture du cotonnier en Italie, principalement au
- commencement du siècle, lorsque les guerres du premier Empire entravèrent le commerce maritime entre f Angleterre et l’Amérique, et aussi pendant la guerre de sécession.
- Enfin nous citerons encore, en Europe, la Grèce parmi les pays producteurs ; les plantations y occupent 10,000 à 11,000 hectares, et la production annuelle est d’environ 7 millions de kilogrammes. C’est la seule contrée européenne qui soit représentée àU’Exposition : nous y relevons les collections de coton blanc envoyées par la commune d’Argos (Argolide et Corinthie) ; — de coton blanc et jaunâtre, de M. Antoine Calaconas, à Naxos (Cyclades); — de coton blanc, de M. F.-G. Gryllos, encore de Naxos ; — de M. Jean Matsas, de Paros, également dans les Cyclades ; — de M. Georges Manoussos, de Levadia (AttiqueetBéotie), — etdeM. C. Zappas, deTriccala.
- Les pays consommateurs.
- Nous venons d’indiquer dans ses grandes lignes ce qu’est actuellement la production du coton dans le monde entier; on pourrait à ce propos nous demander de mettre en regard quelle en est la consommation.
- Dans un ouvrage publié tout récemment, en 1887, à Stuttgart, le docteur Von Neumann-Spallart — (Uebersichten der Weltwirthschaft) — estime qu’une première partie du coton produit dans le monde entier — la plus importante — est consommée par l’Angleterre. La consommation de ce pays s’est accrue pendant le dernier demi-siècle, de 350 pour 100, puisqu’elle n’était, en 1836-18/10, que de 1 million lù,000 balles de /i00 livres ; — qu’elle s’est élevée en moyenne, de 1876 à 1880, à 3 millions 137,000 balles, et qu’elle a atteint, pendant les quatre dernières années, 3 millions 700,000 balles.
- Après l’Angleterre, vient le continent européen dans son ensemble, dont la consommation a augmenté, durant la même période, de 650 pour 100, soit de 521,000 à 3 millions 400,000 balles.
- Au troisième rang, il faut placer la consommation des Etats-Unis, qui dépasse toutes les autres en accroissement, puisqu’elle a décuplé, en passant de 2A2,000 balles, en 18/lO, à 2 millions 137,000 balles, en 188A-1885.
- La quatrième partie de la production est en majeure partie consommée par l’industrie indienne.
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- LES INDUSTRIES TEXTILES
- Les marchés régulateurs.
- Les marchés européens qui dorment la note par les cours et les transactions sont ceux de Liverpool et Londres, en Angleterre, et du Havre, en France. Nous allons dire quelques mots de chacun d’eux.
- La place la plus importante est celle de Liverpool. Le commerce officiel y est centralisé entre les mains de courtiers, qui forment dans cette ville une Association puissante et nombreuse, jalouse de sa dignité, n’admettant un négociant parmi ses membres qu’a-près un stage prolongé dans le négoce des cotons bruts.
- Les règles qui dirigent le commerce de ce textile ont été formulées sous le titre : Laves and usages of the Liverpool Colton Brokers Association. D’après elle, il est stipulé que les affaires se font exclusivement par courtiers : les unes sur place, et pour lesquelles le courtier chargé de la vente a chez lui, dans ses bureaux, disposés de la manière la plus favorable pour que la marchandise soit bien éclairée, les échantillons dont il est chargé d’opérer la vente; les autres qui se rapportent au coton en charge dans un port producteur ou en mer. Le courtier porteur d’ordres d’achat, vient alors voir les échantillons chez le vendeur, ou les fait transporter chez lui afin de débattre les prix et conditions du marché. Ces échantillons, roulés dans de grandes feuilles de papier, sont toujours accompagnés d’une étiquette (sample-ticket), indiquant les conditions de vente offertes et plus tard celles acceptées, la nature du coton, sa provenance, le nom du navire qui l’a apporté, et mentionnant si le coton est venu sur le pont du navire, ou si, depuis, il a été emmagasiné dans une cave. Lorsque l’affaire a été conclue, le courtier vendeur livre à son confrère acheteur la marchandise vendue, et ce dernier lui paye, dans un délai de dix jours, le prix de la vente,
- De l’intervention de deux courtiers, il résulte que le coton doit deux courtages : l’un au courtier vendeur, l’autre au courtier acheteur. Ce courtage ne peut être moindre de 1/2 pour 100 sur chaque transaction ; néanmoins, par une délibération de novembre 185/i, l’Association a décidé que « lorsque le coton livré a été précédemment acheté ou vice versa, la seconde commission peut être à la discrétion du courtier. »
- h'échantillonnage est le début de toute affaire en coton à livrer. Les échantillons sont généralement pris par le courtier à l’une des extrémités de la balle, à raison de quatre onces environ par balle ; en outre, toute balle est échantillonnée sauf lorsqu’il s’agit des sortes des Indes orientales. L’exception faite en faveur du coton des Indes vient de ce que les exportateurs de ce pays assortissent les balles avant de les envoyer en Europe, alors que dans les autres pays producteurs, et notamment en Amérique, on expédie le coton sans aucun triage et tel qu’il arrive des plantations : il arrive même trop souvent qu’une même balle contient des cotons de qualités très différentes ; cependant, quand le coton des Indes a été avarié, on échantillonne quand même chaque balle séparément.
- La vente et l’achat dés cotons sont constatés par un échange de lettres entre les courtiers. Ces lettres, copiées par l’expéditeur sur un registre spécial, mentionnent :
- 1° La quantité de coton vendue ;
- 2° La provenance de ce coton et la qualité à livrer;
- 3° Le prix de vente (généralement stipulé pour une qualité type, le middling par exemple);
- lx° Le lieu de la livraison ;
- 5° L’époque de la livraison, quand le coton est à terre ou à bord dans le port ;
- 6° Les noms des courtiers vendeurs et acheteurs ;
- 7° Les termes et modes de payement : à dix jours espèces et 1 1/2 pour 100 d’escompte.
- Les cotons sont classés à Liverpool, à l’origine, en quatre grandes sortes :
- 1° Américains ;
- 2° Brésiliens ;
- 3° Des Indes occidentales ou des Antilles ;
- lx° Des Indes orientales.
- La troisième sorte comprend en outre, en dehors des cotons des Antilles proprement dits, les cotons d’Égypte, de l’Asie Mineure, de la Grèce, de Tahiti, d’Afrique et du nord de l’Amérique du Sud. Yoici du reste la subdivision de chacune d’elles, d’après la cote officielle de l'Association des courtiers :
- 1° Les cotons d’Amérique s’y subdivisent en : a) Sea-Island et Florida Sea-Island ; — b) Upland et Mobile ; — c) Texas et Orléans ;
- 2° Les cotons du Brésil se classent en : a) Per-nam, etc.; — b) Geara, Aricati, etc.; — c) Paraïbo; dJSantos; — e) Bahia, Caracas; — f) Maceio; — g J Maranham ;
- 3° Les cotons des Antilles en : «/Égyptien et Égyp-
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- tien blanc; — b) Stnyrne, Grèce; — c) Fidji, Sea-Island ; — d) Antilles ; — e) Haïtien ; — f) Tahiti Sea-Island; — g) La Guyera; — h) La Guyera Sea-Island ; — i) Peruvian Rought et Peruvian soft Staple; — j) Peruvian Sea-Island; — k) Africain ;
- A0 Et les cotons des Indes orientales en ; a Surates (subdivisés en Hingenghaut, Saw-Ginned Dharwar, Machine-Ginned Rroach, Dollerah, Oorarawuttee, Mangarole Comptah, Seinde) ; — b} Bengal; — c) llangson; — cl) Madras Tinnevellv et Madras Western.
- On trouve encore parfois d’autres sortes citées, comme, par exemple, parmi les cotons d’Amérique, les Boweds sur les circulaires de MM. Ellison et C° ; mais ceci a peu d’importance, car, dans chacune des grandes sortes, les variétés principales servent de base à l’établissement des cotes et à la conclusion des marchés. I)e plus, indépendamment de la classification d’origine, il y a encore la classification suivant la qualité en sept sortes : middling fair, fair, good fair, fully good fair, good, good to fine, et fine.
- Toute facture porte en tête la mention suivante : « Sujet aux règles et usages de l’Association des courtiers de Liverpool. Payement dans les dix jours sous déduction de 11/2 pour 100 d’escompte »— et quelquefois ces mots : « Toutes réclamations pour coton frauduleusement emballé, avarié ou non marchand, sont admises au cours du coton sain à la date du retour, s’il y a lieu, pourvu que la réclamation soit faite dans dix jours et trois mois de la date de la facture. » Cette facture mentionne alors, en dehors de l’achat proprement dit, tous les frais faits sur place acquittés par le courtier acheteur, — (échantillonnage, réception, manutention, transport, expédition, courtage, télégrammes, commission, etc.), — ainsi que les déductions d’usage : celles-ci comprennent le poids des cercles qui retiennent les balles, calculé sur le pied de 3A3 pour 100 balles, le poids moyen admis étant de 16 livres par 10 cercles; — puis le double draft (inscrit sous les initiales DD), bonification de 2 livres par balle sur les cotons d’Amérique, du Brésil, de Surate et d’JÉgypte; — le draft (D), autre bonification de 1 livre par balle sur le poids net du coton facturé ; — enfin la tare qui est calculée de deux manières, soit en l’établissant telle qu’elle est, soit d’après l’usage pour les cotons des Indes del3 livres par balle qui n’excède pas 315 livres en poids brut ou 15 livres pour la balle qui dépasse ce poids, et pour les autres cotons de A livres par 112 livres. Pour établir la tare réelle, on opère sur 5 balles quand le
- lot ne dépasse pas 50 balles, sur 7 s’il comprend de 50 à 70 balles et sur 10 s’il dépasse 70 balles.
- Quant aux frais pour venir du lieu d’expédition en Angleterre, ils sont fort variables et comprennent le fret, l’assurance maritime, les droits de dock et de ville, les frais de débarquement, factage, transport, réunion, échantillonnage, raccommodage des balles, magasinage, assurances contre l’incendie, télégrammes, courtages, intérêts sur les frais pendant la traversée, commission de banque sur les frais et .le draft, ducroire, etc. Pour venir d’Amérique à Liverpool, ces charges atteignent presque un sixième de la valeur du coton; mais elles n’atteignent sur les cotons des Indes qu’un neuvième à un onzième suivant que le transport a lieu par voilier via Le Gap, ou par steamer via Suez.
- Le poids des balles qui sert à établir le fret est, — d’après l’Association des courtiers, — de A68 livres par balle pour le mobile, A32 pour les autres sortes américaines, 38A pour le Surate, 300 pour le Bengale, etc. ; mais, en pratique, on constate des différences assez considérables sur ces chiffres ; les balles qui pèsent le plus sont celles d’Égypte (A95 à 602 livres), celles qui pèsent le moins sont celles du Brésil (150 à 165 livres).
- Les transactions qui concernent le coton brut ont lieu à la Bourse de Liverpool tous les jours, de dix heures environ à trois heures, dimanches et jours de fête exceptés : elles sont soigneusement notées par l’ Association des courtiers, et relevées dans deux circulaires, l’une quotidienne, l’autre hebdomadaire. La circulaire quotidienne ne présente pas toujours le degré d’exactitude le plus absolu, car les renseignements qui y sont insérés sont recueillis rapidement, alors que les intéressés eux-mêmes ne savent pas toujours le vrai résultat des opérations de leur journée ; elle renferme des indications sur les affaires du jour, sur celles traitées la veille après la fermeture du marché, sur la situation des places américaines et anglaises, et enfin quelques statistiques. La circulaire hebdomadaire a beaucoup plus d’importance, en raison de l’exactitude qu’on exige des chiffres qu’elle renferme; elle est publiée à la date du jeudi soir et arrêtée le vendredi matin à dix heures à la réunion hebdomadaire des courtiers ; un comité de l’Association, chargé spécialement de sa rédaction, est nommé chaque année en Assemblée générale ; c’est lui qui surveille et inspecte les échantillons-types appartenant à l’Association, — qui guide
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- LES INDUSTRIES TEXTILES
- les courtiers dans rétablissement des cotes officielles, qui charge tour à tour une liste de maisons de recueillir et préparer la statistique des ventes, ainsi que les exportations et spéculations de chaque semaine, — et qui finalement soumet ses renseignements à l’assemblée hebdomadaire.
- Cette circulaire contient la cote officielle de la semaine, — la cote de la semaine correspondante de l’année précédente, — les chiffres des importations, ventes et expéditions pour chacune des subdivisions des quatre grandes sortes indiquées plus haut, — les quantités prises par le commerce depuis le commencement de l’année, — le stock de chaque sorte à la date de la circulaire, — diverses statistiques, — enfin la situation de l’encaisse métallique de la Banque d’Angleterre.
- Apès la place de Liverpool vient celle de Londres; celle-ci ne s’occupe presque exclusivement que des cotons des Indes orientales. Ces cotons lui sont expédiés des ports de Bombay, Calcutta, Madras, Tuti-corin (Ceylan), Kurrachee et Rangoon, en balles cerclées le plus souvent de fer, parfois de cordes, variant de 320 à 350 livres pour les Madras et de 370 à 390 pour les Surate.
- Le commerce des cotons bruts y est, comme à Liverpool, concentré entre les mains de courtiers qui forment une Association fort importante ditq London Colion Brokers Association. Elle publie aussi deux circulaires : l’une quotidienne (tlie Daily Cotton Déport), indiquant la tendance du marché, les cours du jour, le chiffre des affaires traitées en coton disponible, à terme et à arriver, et quelques renseignements sommaires sur le marché du jour à Liverpool; — l’autre hebdomadaire, publiée le vendredi, résumant les affaires faites depuis le vendredi précédent, et contenant l’indication de l’état du marché, le chiffre des ventes de la semaine, les prix payés, la cote officielle, le nom des navires à arriver et un certain nombre de renseignements statistiques.
- Il suffit de consulter ces cotes pour voir la place qu’y occupe le coton des Indes. Les diverses sortes: Surate, Madras, Scinde, Bengale et Rangoon, s’y subdivisent:—lesSurateenIIingenghaut,Sa\v-Ginned Dharwar, Machine-Ginned Broach, Dhollerah, Oom-rawuttee, Mangarole et Comptah ; — les Madras en Tin-nevelly, Western, Northern, Gocanada, Goimbatore, Salem, etc. — Les autres sortes cotées sont les cotons des Antilles, du Brésil, Africain, Australien et Fidji, Sea Island kinds et Tahiti.
- Dans les diverses sortes des Indes quelques-unes servent de type constant; ainsi sont le Dhollerah et l’Oomrawuttee pour les Surate, — le Tinnevelly pour les Madras. Les qualités commerciales sont les ordinary, middling, good-middling, middling fuir, fair, good et fine.
- Tandis que les cotons du Liverpool servent en majeure partie à approvisionner la consommation britannique, ceux de Londres sont réexportés pour le continent par Anvers, Hambourg et un peu Le Havre. Les usages de la place de Londres sont les mêmes qu’à Liverpool.
- En France, le grand marché du coton brut est Le Havre. Ici, le commerce de ce textile diffère essentiellement de ce qu’il est en Angleterre; les affaires s’y font bien aussi par courtiers, mais ceux-ci ne sont ni importateurs ni spéculateurs ; ils se bornent simplement à mettre l’acheteur et le vendeur en présence, et à constater les clauses et conditions .de chaque opération ; aussitôt une affaire conclue, leur rôle cesse, et ils ne prennent part ni à la livraison, ni au payement, ni aux discussions qui peuvent survenir, sinon lorsque les parties ont recours à eux pour un arbitrage ou un règlement amiable. Déplus il n’y a qu’un intermédiaire en jeu, ce qui fait que le courtage n’est plus que de I/A pour cent pour chaque partie.
- Gomme à Liverpool et à Londres, le courtier a dans ses bureaux les échantillons de coton à vendre. Quand il a trouvé acheteur et que celui-ci accepte les conditions de la vente, il déclare à cet acheteur le nom du vendeur et à ce dernier le nom de l’acheteur, et rédige sur papier timbré une sorte de procès-verbal de l’opération, véritable contrat signé par les parties, et qui reste entre ses mains pour faire foi si besoin était.
- Le coton disponible se vend au Havre au demi-kilog., qualité vue, reconnue et agréée; mais la cote s’établit par 50 kilogs. Les ventes se font aux i conditions suivantes : — 1° pour les cotons d’Amérique, des Antilles et d’Algérie : tare h pour cent sans cordes; don (correspondant au draft anglais) 1/2 pour cent pour pièces et bords ordinaires; surdon (analogue au double draft), 1/2 pour cent pour pièces et bords extraordinaires et toute réfraction quelconque, sauf pour mouilles et avaries, sèches qui doivent être arbitrées : l’usage n’accorde pas le surdon sur les Géorgie et Algérie longue soie, l’acheteur ayant le droit de faire
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- arbitrer pour toutes choses, pièces et bords ordinaires exceptés ; de plus, les balles carrées des cotons des États-Unis doivent se livrer sur quatre cordes ; — 2° pour les cotons d’Égypte, la tare est de 4 pour cent sans cordes, le don de 1 kilog. par balle, le surdon de même; — 3° pour les cotons de l’Inde, la tare est de h pourcent avec cordes, le don de 1/2 pour cent, le surdon également; — h° enfin pour les cotons de la Méditerranée, du Levant, de Chine, du Japon et autres non dénommés, on prend la tare réelle.
- Le coton se vend à quatre mois quinze jours, mais il peut être payé comptant au moment de la livraison sous déduction de 6 pour cent d’escompte. La livraison doit se faire, pour le coton disponible, dans les quinze jours qui suivent la vente, et ne peut être interrompue lorsqu’elle est commencée. Les doubles emballages, surcharges intérieures, pierres, pépins en masse, tous corps étrangers en un mot susceptibles d’augmenter faussement le poids des balles, sont extraits avant le pesage. De plus, les acheteurs ont le droit :
- 1° En renonçant au surdon sur une plusieurs marques entières, de faire arbitrer pour toutes choses, pièces et bords ordinaires exceptés ;
- 2° En abandonnant le don et le surdon, de réclamer la tare réelle, et alors de faire arbitrer pour toutes choses. Pour le pesage, il est accordé un demi-kilogramme de trait pour les balles au-dessus de 60 kilogs seulement. Bien entendu, la tare, le don et le surdon en pourcentage se prennent sur le brut, réfractions déduites, et se déduisent simultanément de la facture.
- L’échantillonnage se fait de la même manière au Havre que sur les places anglaises, à cette exception près qu’on ouvre la balle sous la marque même et non à une extrémité.
- Il y a sur cette place trois catégories de courtiers : les uns assermentés et agréés, ayant en quelque sorte une existence officielle : ce sont les moins nombreux; les autres, libres, forment l’association des Anciens courtiers du Havre; les autres enfin n’ayant aucune attache avec les précédents, et libres comme les seconds. Les deux premières catégories publient chaque semaine chacune leur circulaire et leur cote : l’une et l’autre sont généralement d’accord.
- On cote sur la place sept qualités, comme à Liver-pool : le très bon, le bon, le très ordinaire, Xordinaire, le bon ordinaire, la bonne marchandise et le
- choix. Les sortes principales qui figurent sur les circulaires sont : — 1° les cotons des États-Unis, qui se subdivisent en Néo-Orléans, Texas, Mobile, Géorgie et Floride; — 2° les cotons du Brésil, classés en Per-nambouc, Bahia, Rio-Grande et Para, Maragnan, Maceio, Sorocaba, Para et Ceara, Minas ; — 3° les cotons de la côte ferme, comprenant les Gumana L. S. et G. S. et les Cathagène; — /Lies cotons de la Guadeloupe, de Haïti, d’Égypte, du Pérou indigène et du Pérou G. S., sans subdivision; — 5° enfin les cotons des Indes qui se subdivisent en Surate et en Madras et divers, les premiers classés en Saw-Ginned Dharwar, Huigenghaut, Oomrawuttee, Broach, Broach-Machine, Dhollerah et Bhownuggur ; les seconds en Tinnevelly, Madras, Gocanada, Bengale, Scinde et Kurrachee, à peu près comme à Londres et à Liver-pool.
- CHAPITRE IL
- Le lin et le chanvre bruts.
- Le lin (Linum usitatissimum, L.) est l’un des filaments végétaux qui se présentent sous la plus grande variété d’aspect. La culture et le rouissage modifient profondément ce textile : il suffit pour s’en convaincre de constater les différences sensibles qui existent entre les filasses grossières envoyées par la Russie à l’Exposition et les produits fins et soyeux de la Belgique, dans la section de ce pays ; — entre les lins souples et gris bleu rouis dans la province d’Anvers et les fibres nerveuses et jaunâtres rouies dans la rivière de la Lys, en France. Les différences dans la longueur et la force ne sont pas moins sensibles. Un seul fait cependant caractérise bien toutes les variétés, c’est qu’en froissant fortement entre les doigts un faisceau de filasse de provenance quelconque, ce faisceau se divise avec la plus grande facilité et devient d’une douceur et d’une souplesse extrême tout en conservant une grande ténacité.
- Le chanvre (cannabis saliva, L.) est plus long et plus grossier; il forme des rubans plus ou moins larges, mais la culture et le rouissage en modifient aussi sensiblement l’aspect et la couleur. Les uns, comme ceux exposés par l’Italie, sont doux et soyeux comme le lin; d’autres, comme ceux de la Russie, sont durs et raides ; de même, les filasses sont jaunes, blanches, vertes, brunes, gris foncé et quelquefois
- Supplément a l’Industrie textile du 10 Juillet.
- 3« Fascicule.
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- LES INDUSTRIES TEXTILES
- presque noires, suivant le mode de traitement. Mais elles ne s’affinent pas autant que le lin ; lorsqu’on les froisse entre les doigts, elles deviennent tout simplement plus souples, mais se divisent fort irrégulièrement.
- On explique facilement cette différence dans la facilité de division des fibres, lorsqu’on examine scientifiquement ces textiles au microscope. Celles du lin paraissent indépendantes les unes des autres, très transparentes, d’un diamètre uniforme sur une grande longueur; on dirait des tubes de verre à parois épaisses ayant en leur milieu un canal capillaire d’une finesse extrême et souvent tellement plein qu’il n’est pas transparent; leur souplesse est telle que, lorsqu’on les froisse fortement, on aperçoit sur différents points des renflements qui indiquent des points de flexion.
- Celles du chanvre, au contraire, semblent agglomérées en faisceaux compacts et ne peuvent souvent être isolées sans qu’on les déchire; elles sont moins transparentes, fort irrégulières en largeur, quelquefois pleines et presque lisses, plus souvent fortement cannelées avec un grand nombre de stries dans le sens de la longueur ; lorsqu’on les soumet à un froissement un peu violent, il se détache des fibrilles du corps de la fibre, et rien de plus.
- La longueur au microscope des fibres élémentaires paraît varier pour le lin entre 0m,29et 0m,30 avec un diamètre de 0m,20 à 0m,25, suivant les provenances, pour le chanvre entre 0m,005 et 0m,055 avec un diamètre de 0,015 à 0,025. Le chanvre, comme on le voit, est très sensiblement plus gros que le lin.
- Vétillard a déterminé de la façon la plus caractéristique, entre tous les micrographes (Wiesner, Schlesinger, Schacht, etc.), la manière dont ces textiles se comportent sous l’action des réactifs et notamment de la liqueur d’iode. Avec cette dernière le lin se colore en bleu et le canal intérieur en apparaît sous forme d’une ligne jaune plus ou moins fine ; le chanvre se colore aussi en bleu ou en verdâtre, mais la cavité intérieure ne présente pas de dépôt coloré en jaune. Les sections rendent cette réaction fort nette : — dans le lin, on remarque alors au centre de la coupe un point jaune très apparent; — dans le chanvre, autour de la coupe bleue est circonscrit un mince filet jaune qui lui donne justement un ton verdâtre caractéristique.
- Le rouissage et le teillage depuis 1878.
- Depuis la dernière Exposition, les procédés ruraux usuels de rouissage et de teillage ont été l’objet de recherches nombreuses qui, si elles n’ont pas absolument abouti à un résultat satisfaisant pour tout le monde, méritent pour le moins d’être mentionnées dans ce travail. Le procédé Parsy pour le rouissage et le système Cardon pour le teillage ont été les principales solutions quiaientété proposées et réalisées. Pour bien nous rendre compte de ce qu’ont été ces procédés, il nous semble auparavant nécessaire de fournir quelques explications.
- Ou sait que les inconvénients du rouissage rural sont multiples. Par exemple, si l’on rouit le lin à l’eau, il faut le sécher, et si l’on rouit ce même lin sur terre, il faut l’y étendre poignées par poignées ; dans l’un et l’autre cas, on est obligé de sacrifier, pour le séchage ou l’étendage des pailles, d’immenses espaces de terre qui généralement coûtent cher et qui seraient plus avantageusement exploitées pour la culture. C’est là un premier inconvénient. — Autre exemple : pendant que ce lin sèche ou est étendu, il peut survenir des orages ou des coups de vent; en cas d’orage sur le lin roui à l’eau, la pluie lave la paille, la dépouille de sa graisse et déprécie considérablement le produit; en cas de vent sur le lin roui sur terre, les tiges sont mêlées, enchevêtrées les unes avec les autres, et l’on se voit obligé d’envoyer dans les champs un nombre considérable d’ouvriers pour les recueillir et recommencer l’opération en cours. C’est là un second inconvénient, non moins réel que le premier. Enfin si l’on songe à l’odeur écœurante et nauséabonde qui se dégage des routoirs à l’eau et à la contamination des eaux qui en est la conséquence, si l’on suppute les pertes qu’occasionne au cultivateur une opération qui dépend entièrement de la température, on comprend facilement combien une invention qui met tous ces griefs à néant a le droit d’être considérée par les intéressés comme féconde en résultats importants. C’est pourquoi il a été désirable de tous temps que le lin pût être roui industriellement; il n’est pas étonnant, dès lors, que le nombre des chercheurs et inventeurs qui ont étudié cette question ait été considérable.
- Ces chercheurs, quels sont-ils? C’est ce que nous allons indiquer.
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- Un Américain, Schenck, imagina le premier de rouir le lin à l’eau chaude. Il avait remarqué, après quelques expériences, que les pailles chauffées à l’eau et teillées ensuite donnaient parfois une filasse convenable, et il vint en Europe où il installa, en Irlande, quelques chaudières à rouir. On peut trouver la description complète et détaillée de ce système dans l’enquête que Paven et Moreau furent chargés de faire en 1830 et 18A8 sur le rouissage, par ordre du gouvernement.
- La méthode américaine consistait à faire macérer le lin dans une eau dont ou élevait peu à peu la température au moyen de la vapeur et qu’on maintenait pendant quelque temps au même degré. Les cuves-routoirs où l’on plaçait les pailles, d’une contenance de 700 à 1,000 kilogr. environ, étaient en bois cerclé de forme cylindrique ou ovale, afin de mieux résister à toute pression. Elles portaient intérieurement deux fonds à claire voie, l'un sur lequel reposaient les tiges, l’autre que l’on plaçait au-dessus des bottes lorsque l’eau avait empli le récipient afin de les empêcher de remonter à la surface, et qu’on y maintenait au moyen de boulons. Des tuyaux de vapeur circulaient sous le premier fond, toujours maintenu à une hauteur convenable : la température de l’eau, au début de 15° environ, devait être élevée avec le plus de gradation possible, de manière à n’atteindre le chiffre normal qu’au bout d’un certain temps ; à ce taux, on maintenait la température au degré où elle était. Le point de chaleur fixe et le temps qu’on devait mettre pour y arriver étaient choses qui ne pouvaient être positivement fixées. Schenck, l’inventeur du procédé, indiquait 90 degrés Fa-renheit, soit 32 degrés centigrades ; mais la plupart de ceux qui employaient ce système échelonnaient le taux de la température dans les 10 degrés du dessous. 11 ne lallait que soixante heures de macération si l’on maintenait la température indiquée par Schenck et huit heures de gradation de chaleur ; il en fallait beaucoup plus pour l’un et l’autre cas si la température du bain était moindre.
- On le voit donc, il y avait incertitude dans la conduite de l’opération, notamment dans le degré de chaleur à donner à l’eau du rouissage durant les différentes phases de la manœuvre du procédé ; et cela, parce qu’on ne s’était pas rendu compte de la raison qui voulait que le lin fût chauffé ou ne le fût pas, qu’il le fût à 32 degrés plutôt qu’à 27 ou 28 degrés centigrades.
- Le procédé Schenck eut en Irlande un succès passager. Il fut en France modifié dans ses détails par MM. Scrive frères, et fonctionna un certain temps à Marcq-en-Barœul (Nord), dans l’usine de ces industriels, sous le nom de Procédé Scrive.
- On reprochait surtout à ce système, — comme d’ailleurs, à tous ceux qui furent imaginés dans la suite, — de dépouiller le lin de sa graisse, de modifier par suite la couleur de la filasse en lui donnant un ton mat, et de diminuer sa qualité en rendant la fibre sèche et cassante. Il était très facile de distinguer le lin provenant des tiges traitées par ce procédé de celles obtenues par les méthodes rurales ordinaires, le second possédant toujours des reflets brillants qui manquaient absolument au premier.
- Nous signalerons encore parmi les procédés industriels qui ont été appliqués sur une grande échelle :
- 1° Le système Watt, qui consistait à traiter le lin par la vapeur, puis à en faire passer les tiges encore humides entre plusieurs séries de cylindres qui en extrayaient environ 80 pour 100 de matières liquides par la pression qu’ils exerçaient et qui fut surtout exploité dans l’usine de M. Lendbetter, en Irlande;
- 2° Le système Dellisse, appliqué pendant quelques années dans une usine des environs de Paris à la même époque que le procédé Watt, dans lequel on traitait le lin en autoclave par la vapeur surchauffée ;
- 3° Le système Terwangne, appliqué pendant quatre années chez M. Pesnel, à Bernay (Eure), à partir de 1858, qui fut continué durant deux années sous la raison sociale Pesnel, Lejeune et Ci0, puis jusqu’en 1869 chez MM. Brigot et Cie, leurs successeurs, dans lequel on essayait de traiter le lin à l’eau froide dans des cuves en bois, en élevant au bout de quelques heures la température jusqu’à 30 degrés centigrades au moyen de la vapeur, en ajoutant à l’eau de la craie pour saturer les acides qui se formaient, et du charbon de bois pour absorber les gaz putréfiants ;
- h° Enfin le système Lefébure, où le lin non roui, mais ayant subi un broyage préalable, était soumis à l’action de bains successifs et répétés de carbonate de soude et d’acide sulfurique étendus. Le trop grand nombre de bains et la répétition des transports de paille rendaient trop élevée la main-d’œuvre ; la cherté des produits qui sortaient de l’usine Lefébure, à Bruxelles, en amena la mévente et força cet établissement à s’arrêter au bout de quelques années. Il faut croire toutefois que, dans ces derniers temps
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- le même procédé a de nouveau été mis en exploitation, car nous le retrouvons à l’Exposition, dans la section belge du quai d’Orsay : les échantillons qui figurent dans la vitrine de cet industriel paraissent bien rouis et teillés, mais ne sauraient suffire néanmoins à en donner une appréciation exacte au point de vue du prix de revient.
- En dehors de ces systèmes qui ont été réellement appliqués, un grand nombre ont été mis à l’essai. C’est ainsi que l’action de l’eau chaude ou froide tombant d’une certaine hauteur, — l’enfouissement des tiges, — l’arrosage ou la mise en tas de ces tiges pour les rouir par fermentation, en aidant l’opération au besoin par un ferment, — le traitement des pailles à chaud ou à froid par un alcali ou un acide, etc., ont été successivement expérimentés. L’acide sulfurique surtout est l’un des premiers procédés dont on ait fait usage sur le lin pour amener la dissolution rapide de la matière gommeuse qui l’attache à sa paille. Un procédé de ce genre entre autres, essayé autrefois en grand à l’École polytechnique, en 1807, sous la direction de M. Rouchon, son inventeur, après avoir semblé tout d’abord amener les meilleurs résultats, fut finalement reconnu comme peu pratique, lien fut de même d’un procédé Brade, expérimenté quelques années plus tard en présence de Monge, Berthollet et Tessier, auquel on trouva du premier coup une telle valeur qu’on en fit l’objet d’une circulaire ministérielle, et qui, en dernier lieu, fut regardé par son auteur comme extrêmement défectueux.
- Mais bien avant Brade et Rouchon, la question du rouissage manufacturier avait été à l’ordre du jour. Les premières expériences eurent peu de retentissement; elles remontent à 1747, époque où Lillikreuser et Plamquist essayèrent de convertir le lin en coton par une ébullition de quelques instants dans une dissolution de potasse caustique et par un passage dans un bain de savon. Ces essais furent repris en 1774 par Baily, à Hope, près Manchester; à en croire des lettres de lady Morgan, de fortes quantités de matières brutes furent traitées à cette époque par une méthode indiquée par elle-même et consistant à faire bouillir la fibre dans un bain d’eau alcaline, puis à la faire sécher. L’année suivante, en Suède, le baron Mayding essayait la cotonisalion du lin, également par l’action d’un bain alcalin concentré. En 1799, en France, Berthollet, dans \e Journal de l'École polytechnique de l’année, indiquait un procédé similaire pour donner au lin ou au chanvre les apparences du coton. Enfin, d’après quelques
- documents anglais qui nous restent sur cette question, nous voyons que des tentatives de colonisation furent faites, en 1788, par un sieur Ilaay, de Pres-bourg; — en 1801, par un sieur Kreuzer; — en 1803, par l’ingénieur Gobel ; — en 1811, par divers inventeurs : Stadlar, Haupfer, Sigalla, etc. ; mais il paraît, — d’après ces mêmes documents, — que la principale cause qui fit échouer ces innovations fut l’opposition des manufacturiers anglais, qui ne savaient pas bien filer la nouvelle matière, en même temps que le refus des consommateurs qui se plaignaient de la mauvaise qualité des tisssus faits avec elle.
- Quoi qu’il en soit, toutes ces expériences, reprises à Londres, en 1851, par le chevalier Glaussen, amenèrent la découverte d’un produit soi-disant nouveau auquel l’on donna le nom de flax-cotton. On crut alors à la solution d’un problème longtemps cherché, mais bientôt la pratique démontra qu’il n’y avait ni avantage économique ni progrès technique à attendre de l’emploi de la nouvelle matière. Le procédé consistait :
- 1° A introduire des tiges de lin sec en paille dans un bain amené peu à peu à la température de l’ébullition et composé de 100 parties d’eau contre 2 parties de soude caustique ; ce traitement durait environ une heure, et au bout de ce temps il fallait, par une opération analogue au teillage, séparer la chènevotte;
- 2° On ajoutait au bain précédent environ 1 pour 500 d’acide sulfurique ;
- 3° Les filaments étaient ensuite coupés en longueur de 0m,03 à 0m,04 ;
- 4° Ils étaient lavés ;
- 5° La matière était plongée dans un nouveau bain composé de 10 parties de carbonate de soude ordinaire pour 100 parties d’eau ;
- 6° On l’immergeait dans une dissolution composée d’une partie d’acide sulfurique et de 100 parties d’eau ;
- 7° Le lin était finalement blanchi dans un bain d’hypochlorite de magnésie.
- Nous trouvons l’appréciation de ce procédé, qui eut à son époque une grande renommée, dans le rapport d’une expertise sollicitée à ce propos du Conseil de salubrité de la Seine, et dans lequel il est dit : « Après avoir examiné les échantillons qui m’ont été soumis, je n’hésite point à vous déclarer, contrairement à l’opinion de ceux de vos amis pour lesquels vous avez expérimenté, qu’il n’est pas avantageux de transformer les lins et chanvres en fibres courtes imitant celles du coton, mais qu’au contraire je
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- n’aperçois là qu’une opération onéreuse, puisque son résultat est d’amoindrir la quantité et la valeur de la matière première sur laquelle on opère en privant les lins et les chanvres de ce qui fait leur principal mérite : la longueur, la fraîcheur et la force de leurs filaments. D’une autre part, le lin de bonne qualité a toujours plus de valeur que le coton; — puis ce serait une erreur de croire, avec M. Claussen, que les libres du lin peuvent acquérir des propriétés en opposition avec leur nature et même leur contexture. Les poils du coton, plats et contournes en forme de huit successifs, seront toujours essentiellement differents et ne pourront jamais être assimilés d’une manière parfaite aux fibres cylindriques du lin qui conservera toujours sa pesanteur spécifique et n’acquerra jamais la chaleur de la laine ou de la soie. »
- Cette expertise conclut ainsi : « C’est après avoir vu que je suis demeuré convaincu :
- « l°Que, pour opérer avec quelque chance de profit la transformation du lin ou du chanvre en matière imitant celle du coton, il faut agir sur des matières premières de très petite valeur, telles que lins de mauvaise vente, lins avariés ou déchets de filature ;
- « 2° Que les fils et tissus qu’on obtiendra delà nouvelle préparation conserveront toujours leur qualité propre, et qu’ils ne deviendront jamais véritablement coton, laine ou soie ;
- « 3° Enfin que les opérations chimiques auxquelles M. Claussen soumet ces matières ne sont pas sans dangers en ce qui concerne l’altération des filaments ainsi que j’en ai eu la preuve dans des expériences faites par l’auteur en ma présence. »
- Ces appréciations nous semblent avoir été sérieusement amenées et nous dispensent de tout commentaire.
- Nous devons aussi signaler, parmi les procédés qui attirèrent l’attention, celui d’un Américain, Jonathan Knowlès, qui proposa à l’industrie une nouvelle matière sous le nom de fibrilia, dix ans après l’apparition du flox-cotton. Lanouvelle substance n’était guère qu’un lin débouilli dans une solution alcaline et traité ultérieurement par le chlorure de chaux. Quelques industriels seulement le mirent à l’essai, à la suite d’une traduction de la brochure de Knowlès relatant les détails de son invention, traduite et répandue en Europe par Hippolyte Wattemare.
- Depuis lors, on ne s’était guère occupé qu’à de rares intervalles du rouissage manufacturier ; ou du moins les méthodes qui avaient été mises à l’essai
- par la suite, n’avaient pas eu la vogue ou la renommée de la plupart des systèmes dont nous venons de parler : — les procédés deBauwer, par exemple, au moyen de divers agents chimiques agissant sur le lin dans le vide; — du professeur belge Schedweiler, par divers ferments; — de Blet, par l’urée, etc.,— n’avaient eu pour effet que de montrer la grande importance de la question du rouissage industriel.
- En somme, aucun de ces procédés n’avait réussi. Les uns, qui n’avaient en vue que de perfectionner le rouissage rural, produisaient un lin presque totalement dépourvu de sa graisse, à l’aspect mat et terne, maigre et peu marchand;— les autres, qui se donnaient comme but principal la cotonisation de la filasse, oubliaient qu’en réduisant le lin en fibrilles infimes, ils n’en faisaient guère qu’une mauvaise étoupe, courte et hachée en quelque sorte, et ne le transformaient pas le moins du monde en coton.
- En 1887 et 1888, la question du rouissage industriel du lin a été de nouveau discutée, et l’enthousiasme du débat a semblé reparaître pour quelques mois. A cette époque, la Société industrielle du Nord de la France, proposa dans son programme un prix d’une valeur de 1,000 francs à l’inventeur qui arriverait à résoudre le problème du rouissage industriel.
- La Société d’encouragementpour V industrie nationale avait d’ailleurs depuis longtemps mis cette question au concours, et proposé pour sa solution un prix d’une-valeur de 2,000 francs.
- Chose singulière, ce ne fut pas un homme du métier qui prit l’initiative des nouvelles recherches dont nous parlons, car M. Parsy qui, le premier, réussit à faire introduire pour quelques mois son procédé dans la pratique, était un jeune ingénieur de la Compagnie du gaz de Wazemmes, à Lille; jusque-là, il ne s’était jamais occupé de la question du rouissage.
- S’aidant des travaux de ceux qui avaient étudié la théorie de ce problème dans ces dernières années, comme MM. Alfred Renouard, Kolb, etc., il imagina un procédé qui consistait tout simplement à traiter le lin dans des chaudières autoclaves par l’eau à une température élevée et dans des conditions spéciales que nous indiquerons tout à l’heure, puis au bout d’un certain temps, à opérer la vidange, et finalement à injecter de la vapeur sur les tiges humides qu’il suffisait ensuite de sécher.
- Mais sur quels principes théoriques était basée la pratique de ce procédé? C’est ce que nous allons faire connaître.
- On sait que la composition de la matière gommo-
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- résineuse du lin est restée incertaine. Berthollet l’appelait matière colorante jaune. Kirwan la définissait : une résine d’un genre particulier et qui diffère des véritables résines en ce quelle n’est pas soluble dans les huiles essentielles. D’après Rouget de l’Isle, ce .serait un principe résineux uni à deux autres de nature gommo-extractive. Grimshavv la considère comme une substance-gommeuse colorée par le fer. Enfin les praticiens la désignent sans autre commentaire : matière gommo-résineuse du lin. M. Kolb est le premier qui, en comparant les principales propriétés de cette matière à celle des dérivés pectiques si bien connus maintenant depuis les travaux de M. Frémy à ce sujet, a reconnu que la matière gom-mo-résineuse du lin n’était autre que la pectose.
- Tout d’abord, il est facile de prouver que cette matière n’est pas une gomme, opinion que pourrait avoir même un chimiste à cause d’un certain rapprochement entre sa composition et celle de l’acide métagommique. En effet, le corps en question neutralise environ la moitié de son poids de chaux, tandis que les acides dérivés de la gomme ont tous une capacité de saturation très faible ; il est coloré en brun par l’ammoniaque, tandis que les produits gommeux n’ont pas cette propriété.
- Ce n’est pas non plus une résine comme le prétendait Kirwan, car tous les caractères qu’elle présente sont assez différents des résines proprement dites.
- Ces distinctions apparaîtront du reste plus clairement, quand nous aurons vu comment on procède à son extraction.
- En traitant la filasse séchée à l’étuve par l’alcool et l’éther, on obtient, en opérant jusqu’à ce que l’épuisement soit complet, un résidu qui contient une matière blanche cireuse, de composition complexe, et une matière verdâtre. Le même échantillon, soumis alors à l’action de la soude caustique étendue et bouillante, donne une dissolution inodore et colorée qui, neutralisée par l’acide chlorhydrique, précipite une matière lloconneuse d’un brun jaunâtre, tout en laissant la liqueur colorée. Les pertes en poids sont :
- 1° Après le traitement par l’alcool et l’éther : Zi ,7 pour 100 ;
- 2° Après traitement par la soude caustique : 22,1 pour 100.
- Or, la matière dissoute et précipitée par l’acide chlorhydrique jouit des propriétés suivantes :
- 1° Elle prend une teinte foncée et brune par le contact des alcalis ;
- 2° Elle est insoluble dans l’eau froide, incomplètement soluble dans l’eau bouillante, complètement sous l’influence des alcalis.
- Ainsi, il est impossible de précipiter par les acides la dissolution qui résulte de l’ébullition de la filasse pendant douze heures avec de l’ammoniaque que l’on remplace à mesure que l’ébullition l’évapore.
- D’un autre côté,, voici les pertes de poids fournies par l’expérience sur 100 grammes de filasse dans les conditions suivantes :
- grammes
- Eau froide pendant une semaine............. 0,6
- Eau bouillante pendant vingt-quatre heures 3,2 Dissolution bouillante de sel marin pendant
- vingt-quatre heures...................... 3,1
- Dissolution bouillante de sulfate de soude
- pendant vingt-quatre heures.............. 3,5
- Eau bouillante pendant une semaine et
- renouvelée toutes les douze heures..... 16,Ly
- Eau bouillante à cinq atmosphères de pression pendant une semaine.................. 18,1
- Si la dissolution n’a pas eu lieu, au moins y a-t-il eu transformation d’un produit insoluble en un autre soluble.
- Enfin, c’est un acide, car elle rougit le tournesol lorsqu’on la dissout dans l’eau bouillante, et elle décompose les carbonates en sulfures alcalins, — (un peu à froid, mais énergiquement lorsqu’on fait intervenir l’ébullition).
- Reste à déterminer quelle est la nature de cet acide. M. Kolb, — ainsi que nous l’avons dit tout à l’heure, —émet l’avis que c’est Vacidepeclique. La principale raison qui tend à appuyer cette opinion, c’est que cette substance possède d’une manière bien nette et définie les caractères des acides dérivés de la pectose, et que nous allons résumer.
- Tout d’abord, il y a un rapprochement sensible entre la composition centésimale de ces deux corps.
- D’après M. Frémy, la composition centésimale de l’acide pectique (C32H20028,2 HO) est la suivante :
- Hydrogène.................... 4,84
- Carbone....................... 42,29
- Oxygène....................... 52,87
- Voyons la composition de la gomme du lin.
- Le précipité obtenu par l’acide chlorhydrique dans une lessive de soude bouillie avec la filasse, soigneusement lavé et séché à 110 degrés, décèle 1,2 pour 100 d’azote pour 100 de précipité ; mais, comme cet azote peut provenir de l'albumine végétale dissoute dans la soude, on peut, en recommençant la même
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- opération avec une quantité insuffisante d’acide, précipiter une moindre quantité de matière floconneuse et laisser alors la liqueur assez alcaline pour retenir en dissolution les matières azotées. On trouve à l’analyse du précipité non azoté :
- Hydrogène....................... 5,9
- Carbone . ...................... 42,8
- Oxygène.......................... 52,2
- En outre, l’acide pectique, comme le corps gommeux du lin, est insoluble dans l’eau froide ; l’eau bouillante le transforme en acide métapectique (isomérique) soluble. Cette transformation se fait sous l’influence des alcalis, à froid comme à chaud, et la liqueur devient foncée. Les combinaisons salines de l’acide métapectique sont toutes solubles. Dans une dissolution renfermant un mélange de pectate et de métapectate, l’acide chlorhydrique précipite l’acide pectique et laisse en dissolution dans la liqueur l’acide métapectique, etc. En un mot, toutes les propriétés des corps appelés généralement matière gommo-résineuse du Un sont celles de l'acide pectique.
- Mais cet acide pectique existe-t-il tout formé dans le lin roui? ou est-ce la pectose qui, dans le lin non roui, se transforme plus tard en acide pectique dans le lin roui, sous l’action des alcalis?
- C’est la seconde supposition qui doit être admise.
- En effet, si l’on fait bouillir pendant quelques minutes avec de l’eau, du lin qui n’a pas encore subi l’opération du rouissage, on obtient rapidement une liqueur de consistance gommeuse, où il est facile de constater la présence de la pectine, et d’où l’on peut précipiter la parapectine par l’acétate de plomb. Or, l’on sait, d’après M. Frémy, qu’il suffit d’une ébullition de quelques secondes pour transformer en pectine toute la pectose contenue dans une substance végétale. Donc, dans le lin non roui, la pectose existe réellement.
- Si maintenant l’on fait bouillir pendant dix minutes de la filasse de lin, c’est-à-dire du lin qui a subi l’opération du rouissage, on a une liqueur qui présente d’autres caractères, car elle donne un précipité avec le chlorure de baryum. Or, d’après M. Frémy, la pectine ne précipite pas le chlorure de baryum : ce précipité indique donc la présence d’un pectate, partant de l’acide pectique.
- Les faits précédents établis, la théorie du rouissage rural usuel est facile à indiquer. On peut la déterminer en disant que, avant d’être roui, le lin
- est entouré d’une substance gommeuse qui n’est autre que la pectose, et que la fermentation pectique amenée par le rouissage, transforme la pectose en pectine (qui se dissout) et en acide pectique (insoluble) qui reste fixé mécaniquement aux fibres.
- Gomme toutes les fermentations, celle qui est amenée par le rouissage est l’œuvre d’un ferment, d'un microbe qui n’est autre ici que le bacitlus amylobaeter, de Van Tieghen, lequel en agissant sur le tissu conjonctif des cellules libériennes d’origine secondaire, donne lieu à des réactions sur lesquelles nous devons attirer l’attention. Il transforme en effet ces cellules en dextrine d’abord (C12H10O10), puis en glucose (C12Hl2012), dont il s’empare finalement pour la décomposer en acide butyrique (G8H804), acide carbonique et hydrogène :
- C12H12012 = C8H804 -j-4 CO2 -j-/i H
- C’est l’acide butyrique qui communique aux rou-toirs leur odeur spéciale. En quelques jours les bacilles ont terminé leur action, il faut alors retirer le lin de l’eau et ne pas attendre que le microbe du rouissage soit remplacé par des microbes nuisibles amenant la fermentation putride. L’action de ce microbe peut être activée dans certains cas à l’aide de bouillons de culture produits au moyen de feuilles vertes dans l’eau, ainsi que la démontré M. Scrive-Royer.
- On voit donc, en étudiant les propriétés de l’acide pectique sur le lin en paille, qu’il y a deux manières de le produire :
- 1° Par la chaleur ;
- 2° Par la fermentation ordinaire à froid.
- C’est le premier moyen que choisit M. Parsy pour son système de rouissage, que nous allons expliquer. Chacun sait d’ailleurs que c’est par la chaleur que, 1 dans la confection des gelées, nos ménagères trans-! forment la pectose des fruits.
- Il est facile de figurer la courbe approximative de solubilité des produits pectiques (pectose, pectine, parapectine, métapectine, acide pectosique, acide pectique, acide parapect.ique et acide métapectique), pendant le rouissage par ce système. Les abscisses représentent les différents degrés de transformation de la pectose jusqu’à l’acide métapectique sous l’action de la chaleur, et les ordonnées représentent les différents coefficients de solubilité des composés pectiques. La position d’équilibre y — o pour l’acide pectique, indique l’état du parfait rouissage. La difficulté est de ne pas dépasser ce point. Avec l’eau seule, on n’y arrive pas, à cause de l’impossibilité de
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- saisir le moment opportun, d’autant plus que la transformation ne se fait pas en même temps dans toutes les parties de la masse, et si l’on arrête l’opération en un point de la courbe où les produits pec-tiques sont solubles, ceux-ci font alors l’œuvre d’une matière agglutinante qui recolle les fibres entre elles et à la chènevotte pendant le séchage, et de plus on entraîne en dissolution une proportion d’autant plus grande de ces produits solubles qu’on augmente la durée de l’opération. M. Parsy surmonta ces divers obstacles en employant, comme nous l’avons dit tout à l’heure, l’eau pendant un temps très court, simplement pour commencer la transformation de la pectose, puis en terminant par la vapeur qui continue la formation de l’acide pec-tique, sans risquer de dépasser ce point et de rien entraîner en dissolution.
- Voici comment on a opéré dans la pratique pour rouir le lin d’après son procédé.
- Le routoir a été composé d’une bâche autoclave horizontale, en communication par un tuyau avec une chaudière constamment sous pression et munie de tous les appareils nécessaires pour la conduite de l’opération (manomètre, thalpotassimètre, purgeurs, etc.). Un couvercle à charnière, maintenu sur le devant par un certain nombre de boulons, cachait un trou d’homme par lequel on introduisait un wagonnet chargé de lin en paille et tout préparé d’avance sur des rails aboutissant à l’ouverture de la bâche.
- Un ouvrier commençait par déboulonner le couvercle : il le faisait mouvoir sur sa charnière, et l’un de ses compagnons, par l’ouverture béante, poussait le wagonnet de lin qui remplissait entièrement la chaudière. On remettait ensuite le couvercle en place et l’on introduisait l’eau en ébullition. Cette eau n’était autre que celle provenant d'une opération précédente, encore chargée de la graisse et des produits pectiques du lin, et additionnée seulement d’un tiers d’eau claire pour compenser la perte produite par l’évaporation.
- Ce service constant d’une eau qui avait déjà servi était un ingénieux moyen imaginé par M. Parsy pour conserver à la filasse sa graisse et son aspect brillant. On peut dire que ce moyen est propre au système lin-roui, car jusqu’ici, comme nous l’avons dit, tous ceux qui avaient essayé de rouir le lin à l’eau chaude avaient eu soin de perdre leur eau de macération et de se servir chaque fois d’eau pure.
- En introduisant l’eau chaude dans la chaudière, il y avait une précaution à prendre pour bien réussir l’opération : c’était de bien expurger d’air la capacité intérieure. Il se formait sans cela, durant la cuite, une sorte de combustion ou pour mieux dire une caramélisation de la gomme du lin suffisante pour nuire ultérieurement au débouillissage des fils destinés au crémage. Un court tuyau percé de trous, placé sur le dessus de la bâche, permettait à l’air de s’échapper au fur et à mesure que l’eau était introduite à l’intérieur, et lorsque les purgeurs permettaient déjuger que le remplissage était complet, on fermait le jeu des robinets.
- On laissait le lin une demi-heure au contact de l’eau sous pression de 125° centigrades, et c’est au bout de ce temps seulement qu’on en opérait la vidange. Une fois celle-ci faite, on introduisait la vapeur à cinq atmosphères de pression, qu’on conservait en contact avec le lin pendant une heure. Cette vapeur n’avait d’autre but, comme nous l’avons expliqué, que de terminer la formation de l’acide pectique, et comme en somme elle n’est qu’un gaz, elle enlevait une partie de l’eau des tiges. Dans le rouissage rural ordinaire, le lin retiré de l’eau contient toujours au moins 18 fois son poids d’eau; clans le rouissage Parsy, ce même chiffre tombait à 11/2.
- Il s’agissait alors de déboulonner à nouveau le couvercle. On ouvrait la bâche, un ouvrier accrochait le wagonnet de lin à l’aide d’un long ringard et le faisait avancer à l’air libre sur les rails. Une vapeur abondante et d’une odeur aromatique se dégageait encore de la masse humide, et l’on pouvait remarquer que le lin s’était notablement affaissé et n’occupait plus que les trois quarts de la capacité du véhicule. L’eau qui avait servi au rouissage avait un goût de tisane très prononcé ; non seulement on pouvait la boire sans inconvénient, mais quelques ouvriers, dans la manufacture de la Société anonyme linière de Pérenchies où ce système fonctionnait, ne craignaient pas de s’en servir à titre de boisson rafraîchissante.
- Une seule opération de rouissage ainsi conduite durait deux heures, en comptant la perte de temps produite par le déboulonnage et le reboulonnage du couvercle, l’introduction du wagonnet, l’envoi de l’eau sous pression, etc., et comme chaque wagonnet contenait environ «400 kilogrammes de lin en paille, on pouvait dire qu’en douze heures le système Parsy permettait de rouir 2.400 kilogs de lin
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- brut, soit 2,000 kilogs de lin roui en tenant compte de l’évaporation que donne le rouissage.
- La théorie avait conduit M. Parsy à obtenir des lins colorés comme il le voulait, — soit bleus suivant le type de ceux de Lokeren et comme tous les lins rouis à l’eau stagnante, —• soit jaunes comme ceux de Douai et tous les lins rouis à l’eau courante, — et cela en se basant sur ce fait que le lin est coloré en vert pendant sa croissance par la chlorophylle, matière colorante qui se modifie pendant le rouissage et donne les différentes couleurs qui caractérisent les lieux de production des lins rouis. La couleur bleue des lins rouis à l’eau stagnante est due alors à l’action, sur cette chlorophylle, de l’acidité de l’eau provenant de la dissolution des acides organiques de la plante elle-même; mais pour les lins rouis à l’eau courante, le milieu acide n’existant plus, puisque l’eau se renouvelle sans cesse, la présence du bicarbonate de chaux que l’eau contient presque toujours explique le virage au jaune. Ces couleurs sont modifiées plus ou moins dans le rouissage rural par la lumière solaire qui les altère suivant les diverses saisons, et sous faction plus ou moins énergique des rayons du soleil, elles sont alors ramenées vers le blanc ; mais la teinte générale n’en reste pas moins toujours quelque peu affectée par la cause originelle que nous venons de signaler.
- Partant de ces principes, pour obtenir des lins bleus, M. Parsy employait l’eau d’une opération précédente, alors légèrement acidulée par les acides organiques du lin quelle retient en dissolution ; et pour obtenir le jaune, il employait une eau quelque peu alcaline.
- Mais il ne suffisait pas de rouir le lin, il fallait encore le sécher, et le séchage des pailles rouies avait toujours été jusque là l’un des desiderata du rouissage manufacturier. Ce problème avait été résolu par M. Parsy, en faisant circuler un courant d air dans une série de chambres en maçonnerie où se trouvait le lin à sécher, la circulation étant établie de telle façon que l’air entrait froid ou à une température peu élevée dans la première chambre et était réchauffé au sortir de chaque chambre pour retrouver la chaleur qu’il avait perdue au contact des pailles. Avant d’être placées sur des claies dans les chambres, les bottes de lin étaient déliées et les tiges écartées et placées verticalement poignées par poignées.
- Lorsque le lin était bien sec, ou bien on le portait dans des magasins spéciaux et chauffés pour lui permettre de se ressuyer, ou bien on l’envoyait immédiatement dans un atelier d’ouvriers dits parla-geurs qui le divisaient en petites poignées pour le service immédiat des machines à teiller,
- Le système Parsy, plus complet et mieux étudié que ceux qui l’ont devancé, prendra-t-il bientôt une large place dans l’industrie linière, et supplantera-t-il dans un grand nombre de contrées les méthodes rurales dont nous avons rappelé les inconvénients? C’est ce que nous ne saurions dire. Toujours est-il qu’après avoir été mis à l’essai assez longtemps à la Société anonyme linière de Pérenchies, — chez MM. Cardon-Masson, à Armentières, — Boutemy, à Lannoy (Nord), — Kluge, à Trautenau, — et Oester-reicher, à Arnau, en Bohême, — il a été momentanément abandonné, bien plus à cause de l’insuccès de la teilleuse mécanique du système Cardon, dont nous allons parler et auquel on a paru le lier étroitement, qu’en raison de sa valeur intrinsèque.
- On sait que l’opération agricole connue sous le nom de teillage suit directement le rouissage et a pour but de briser l’axe ligneux de la tige du lin, ainsi que de le séparer de la fibre proprement dite en laissant cette dernière aussi intacte que possible. Elle comprend deux parties : dans une première, le broyage, la paille est simplement brisée ; dans une seconde, le teillage proprement dit, elle est enlevée et détachée de la filasse.
- Les instruments employés pour l’une et l’autre de ces opérations sont très divers et bien connus. Pour broyer on se sert soit du maillet flamand, sorte de battoir à long manche muni de cannelures, avec lesquelles on frappe le lin étendu sur le sol ; soit de la broie normande formée de deux mâchoires de bois reliées par une charnière, entre lesquelles on brise les tiges ; soit encore de machines de types variés formées principalement de rouleauix cannelés, rapprochés l’un de l’autre, et entre lesquels on passe et repasse les pailles. Pour teiller après le broyage, l’instrument le plus connu est Xécang usuel, sorte de couperet en bois dur muni d’un manche, avec l’arête duquel on frappe sur le lin placé dans l’échancrure d’une planche fixe verticale. Mais il y a encore pour cet usage nombre de machines fondées sur des principes similaires, comme par exemple le moulin flamand, où plusieurs lattes en bois ou en métal, mobiles autour d’une manivelle., viennent frapper
- Supplément a l’Industrie textile du 10 A.out.
- 4« Fascicule
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- LES INDUSTRIES TEXTILES
- dans leur rotation le lin placé sur une planche fixe.
- Le grand inconvénient de ces instruments ou machines est leur action brutale sur le lin. Dans la plante, la nature a voulu que la fibre enrobât la tige brute; dès lors, en frappant sur cette plante entière dans le broyage ou le teillage, on rencontre fatalement cette fibre avant de rencontrer le bois et, le plus souvent, on la brise ou bien on en détache les fibrilles. Par suite, le déchet est augmenté d’une façon considérable, et quand, plus tard, on soumet le lin à l’action de peignes dans la machine à peigner, ceux-ci, en voulant paralléliser le filament, en détachent, sous le nom d’étoupes, un produit utilisable, il est vrai, mais d’une valeur industrielle beaucoup moindre.
- Le teillage idéal, si nous pouvons nous exprimer ainsi, consisterait à séparer le lin proprement dit du bois de la plante sans altérer la filasse, de façon qu’au peignage la quantité d’étoupes produite fût nulle, les dents du peigne n’ayant à circuler qu’au travers de fibres bien parallèles et lisses.
- A un moment donné, en 1886, ce teillage idéal sembla être réalisé ou du moins presque atteint par un ancien contre-maître de peignage de Lille, M. Gardon. Celui-ci se contenta de remplacer la friction de l'écang par le piquage. Il partit de ce principe que, si l’on soumet des tiges de lin rouies à l’action répétée de deux plaques de bois ou de métal munies d’aiguilles et agissant l’une contre l’autre, les aiguilles amenées sur la paille la brisent à l’endroit où elles passent, tandis qu’au contraire, lorsqu’elles rencontrent les filaments proprement dits, elles glissent à côté d’eux ou passent entre plusieurs fibres accolées l’une à l’autre qu’elles divisent et affmissent. Ce principe ayant été trouvé par l’inventeur absolument applicable et donnant de bons résultats, M. Gardon commença par construire une piqueuse de lin; plus tard il y adjoignit une machine à peigner, dans le seul but d’économiser la main-d’œuvre et la manipulation du lin depuis le teillage jusqu’au peignage ; finalement, il construisit une teilleusc-peigncuse qui fut aussitôt l’objet d’un engouement considérable.
- Cette machine se compose de trois parties, une piqueuse, une secoueuse et une peigneuse :
- 1° Dans la piqueuse, le lin brut, soutenu par des mordaches, passe entre deux plaques grillées qui le maintiennent rectiligne, et est soumis, dans cette position, à l’action répétée de deux autres plaques munies d’aiguilles qui, grâce à un jeu d’excentriques
- des plus simples, le piquent à coup répétés. Les aiguilles entrent au travers de la grille et accomplissent leur mouvement de piquage sans en sortir; leur action consiste, comme nous l’avons dit plus haut, d’une part à briser la paille en menus morceaux, d’autre part à séparer les fibres les unes des autres et à les diviser complètement : la grille maintient les filaments qui, sans elle, seraient entraînés par les aiguilles et s’entremêleraient. Afin que le piquage se fasse sur toutes les parties du lin brut, les mordaches sont soumises à un léger mouvement de monte-et-baisse.
- 2° Les tiges sortent de la piqueuse sous la forme de lin teillé ordinaire, à cette différence près que celui-ci est en partie chargé des pailles brisées sous les coups répétés des aiguilles. Il passe de là à la secoueuse qui se charge de l’en débarrasser. Cette secoueuse se compose de plusieurs volants en fonte à plusieurs ailes à axes parallèles, mais suffisamment rapprochés l’un de l’autre pour que, en supposant les fibres engagées entre eux pendant la rotation des ailes, ces fibres soient absolument secouées de gauche et de droite et qu’aucune de leurs parties ne soit indemne d’un coup de volant.
- 3° Retiré de la secoueuse, le lin est propre, sans paille ; il passe ensuite à la troisième partie de la machine, la peigneuse, que nous n’avons pas besoin de décrire spécialement, car elle ne diffère que par des détails de nos peigneuses classiques.
- Telle est en peu de mots l’économie de cette machine. Pour exploiter sa teilleuse, M. Cardon eut recours aux connaissances d’un homme d’initiative doublé d’un spécialiste intelligent, M. Agache-Kuhl-mann, filateur de lin à Pérenchies ; M. Agaclie s’associa immédiatement avec un constructeur de Lille, M. Dujardin, pour acheter son brevet à l’inventeur en lui réservant un bénéfice dans l’exploitation.
- Comme nous l’avons dit tout à l’heure, la machine Cardon a eu immédiatement une vogue considérable amenée par l’enthousiasme subit qui s’empara de plusieurs filateurs à la vue de la piqueuse dans les ateliers de M. Dujardin. Un honorable industriel de Lannoy en commanda le premier 30; un filateur de Lille qui vint ensuite en commanda 26; d’autres suivirent, de sorte que bientôt le nombre des teilleuses piqueuses commandées dépassa rapidement 200.
- Aujourd’hui qu’un grand nombre de ces machines ont été démontées ou ont cessé de fonctionner et qu’il ne reste plus qu’un petit nombre d’adeptes qui les aient conservées, on peut se demander pour
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- A L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1889.
- quelles raisons ce rapide insuccès a succédé à l’emballement des premiers jours, pour nous servir d’une expression triviale peut-être, mais vraie.
- L’un des principaux motifs a été la difficulté que les filateurs ont trouvée à teiller les lins des mauvaises ou moyennes récoltes de 1886 et 1887 : une bonne récolte, donnant des lins nerveux et forts, eût permis aux manufacturiers d’amortir une partie de leur prix de revient; tandis qu’au contraire, les tiges maigres qu’on soumit aux piqueuses exigèrent non seulement que les machines fussent conduites par des liniculteurs expérimentés, mais encore donnèrent lieu à beaucoup de déboires en raison des qualités diverses des pailles. Il est facile de se rendre compte de cette variété dans la qualité des lins bruts si l’on songe à l’extrême division de la culture dans les départements qui. récoltent ce textile : les filateurs ne purent que difficilement se procurer de grands lots bien homogènes; ils se virent au contraire obligés de composer un lot avec les produits de plusieurs champs; il eût fallu, pour arriver à un bon résultat, changer la vitesse des pointes et surtout de la secoueuse suivant la qualité des tiges; mais ceux qui avaient acheté les machines en se figurant qu’il leur suffisait d’y placer le lin à une extrémité pour le retirer peigné à l’autre sans la moindre surveillance, se trouvèrent surpris des résultats désastreux qu’ils obtinrent avec les lins faibles et n’eurent pas assez de paroles pour brûler ce qu’ils avaient adoré. Peut-être ceux qui sont restés sur la brèche verront-ils des jours meilleurs ; nous le souhaitons vivement.
- Statistique culturale française.
- La solidarité étroite qui unit la culture et le traitement industriel du lin et du chanvre nous oblige - à jeter un coup d’œil sur l’étendue et la marche des surfaces cultivées dans les divers pays producteurs de ces textiles.
- Nous avons ici affaire non plus à un simple duvet comme le coton, qu’il ne s’agit pour ainsi dire que de récolter pour Putiliser, mais à des produits qui, — bien qu’ayant l’avantage de se développer et de pouvoir être récoltés en trois mois ou trois mois et demi, — exigent immédiatement après la récolte des manipulations fort longues, le transport onéreux d’une marchandise encombrante et enfin des opérations comme le rouissage et le teillage, qui demandent beaucoup d’expérience et d’habitude du métier.
- Bien des climats et des sols s’y prêteraient, mais on recule devant ces exigences. De ces deux cultures, celle du lin proprement dit n’appartient qu’aux pays du Nord. Il suffit en effet d’examiner une carte pour se convaincre de l’influence qu’exerce le climat sur la production de ce textile; on se rendra compte alors que le lin recherche les pays relativement froids et que les trop grandes chaleurs lui retirent une partie de son rendement. Qu’on fasse partir de l’Irlande la ligne de culture profitable, et qu’on la prolonge au travers des pays qui alimentent nos industries iinières, on trouve qu’elle coupe l’Irlande en deux, passe par l’Angleterre, la Belgique, le Nord de la France, une partie de l’Allemagne et se prolonge au delà de la Russie. Au nord de cette ligne sont les véritables pays producteurs du lin, au sud les contrées où cette culture est délaissée. L’Egypte et l’Irlande semblent faire exception à cette règle; mais, à notre sens, ils la confirment, car il y a dans ces pays deux récoltes annuelles, où le-lin forme celle d’hiver, le blé et le riz celle d’été.
- Le chanvre au contraire semble s’accommoder de tous les climats et de toutes les latitudes. Nous le voyons cultiver avec un égal succès au nord de la Russie et dans le midi de l’Italie. On se rendra compte de ce fait, en apparence singulier, en réfléchissant que cette plante se développe et arrive uniquement à maturité durant lés mois d’été; or la température moyenne de cette saison à Moscou et à Saint-Pétersbourg est de 15 à 17 degrés centigrades, •à Milan et à Rome elle est de 20 à 21 degrés. La différence est donc assez faible pour faire comprendre que, les autres conditions nécessaires à sa végétation étant réunies, le climat de Saint-Pétersbourg puisse lui convenir aussi bien pendant la saison de son développement que celui de Bologne ou des Romagnes.
- A l’époque de la dernière Exposition, la statistique française permettait de relever, pour le lin comme pour le chanvre, onze départements fournissant ensemble plus de 10,000 quintaux de fdasse et représentant les trois quarts de la culture de ces textiles dans notre pays. C’était pour le lin : le Nord, le Pas-de-Calais, la Somme, le Finistère, la Haute-Garonne, les Côtes-du-Nord, la Manche, les Landes, la Loire-Inférieure, la Mayenne et le Gers ; — pour le chanvre ; la Sarthe,le Maine-et-Loire, l’Isère, l’Indre-et-Loire, le Lot-et-Garonne, le Morbihan, les Côtes-du-Nord, nile-et-Vilaine, la Haute-Vienne, la Saône-et-Loire et la Somme. Cette énumération, classée par ordre
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- 28
- LES INDUSTRIES TEXTILES
- de production, n’a guère changé depuis 1878, et ces départements sont encore demeurés nos principaux producteurs de ces filasses. Mais ce qui a sensiblement décliné, c’est le total des nombres d’hectares cultivés et par suite la production générale du pays. En voici le résultat pour le lin, d’après les relevés puisés année par année dans la collection des Annuaires Statistiques que les pouvoirs publics ont pris soin de publier depuis la dernière Exposition; la première année relevée dans l’annuaire de 1878 est 187A :
- Superficie Rendement
- Années. cultivée en lin. par hectare. Production.
- hectares. quintaux. quintaux.
- 1874... . .. 80.607 5.50 443.290
- 1875... ... 78.77.4 5.47 431.076
- 1876.. ... 73.939 6.98 516.486
- 1877.., ... 71.163 5.85 408.060
- 1878.. ... 72.384 6.49 470.047
- 1879.. ... 67.789 5.62 389.931
- 1880.. ... 64.149 5.57 354.742
- 1881.. ... 60.733 5.78 381.472
- 1882.. ... 54.146 7.61 412.001
- 1883.. ... 43.685 7.35 321.330
- 1885.. ... 42.394 8.96 380.123
- 1886.. ... 42.114 » 301.592
- La diminution dans la culture est donc sensible. Pour le chanvre, la même statistique peut être établie de la façon suivante :
- Superficie Rendement
- Années. cultivée en chanvre. par hectare. Production.
- hectares. quintaux. quintaux.
- 1874.. . .. 96.397 6.18 595.372
- 1875.. ... 98.300 6.17 603.380
- 1876.. . .. 100.490 6.38 641.471
- 1877.. ... 95.949 6.09 584.993
- 1878.. ... 91.542 5.94 544.395
- 1879.. ... 88.685 6.36 564.464
- 1880.. ... 86.693 6.05 525.083
- 1881. . ... 79.181 5.53 438.324
- 1882.. ... 73.429 6.08 446.742
- 1883.. ... 72.821 5.72 415.910
- 1885.. ... 61.162 7.31 496.070
- 1886.. ... 60.185 » 434.703
- Ce déclin dans l’une et l’autre culture ressort d’une façon encore bien plus marquée, si l’on compare ces statistiques aux quatre relevés décennaux connus avant l’Exposition de 1878
- Lin,
- Hectares Production
- Années. ensemencés. enfilasse.
- kilos. kilos.
- 1840.............. 98.241 36.825.401
- 1852.............. 80.336 36.825.900
- 1862........... 105.455 52.311.040
- 1871.............. 79.721 41.697.500
- Chanvre.
- Hectares Production
- Années. ensemencés. en filasse.
- kilos. kilos.
- 1840............ 176.148 67.507.676
- 1852............ 123.357 54.173.200
- 1862............ 100.114 57.433.900
- 1871............. 96.395 49.097.400
- L’examen de ces tableaux nous permettra en outre de faire remarquer que, — sauf en 1862, époque de la guerre de sécession américaine qui a fait préférer par le consommateur les articles de lin à ceux de coton devenus rares et à ceux de chanvre d’un emploi plus restreint pour le linge de corps, — la culture du chanvre a toujours occupé en France plus de terres ensemencées que la culture du lin. De plus, si ces cultures ont diminué, elles ont cependant progressé sous le rapport du produit à l’hectare.
- On ne peut mieux se rendre compte de la diminution partielle dans chaque département que par les tableaux comparatifs que nous établissons ci-après et qui donnent l’état exact de l’étendue des terres cultivées et de la production en lin et en chanvre en 1878, époque de la dernière exposition, et en 1886, dernière année relevée par la statistique officielle ( Voir les tableaux pages 29 et 30).
- A quoi est due la diminution que nous constatons dans ces tableaux?
- Pour le lin d’abord, la principale cause doit être attribuée à la tendance, bien excusable d’ailleurs, du cultivateur français, à chercher à produire des qua-. lités supérieures, alors que la filature, pressée par la nécessité de vendre à bas prix, excitée par la concurrence incessante des articles de coton, forcée en outre par la filature étrangère de restreindre sa production de fins numéros qui exigent l’emploi de lins de grande valeur, a recherché au contraire les filasses à bon marché que récolte la Russie. Pour le chanvre, le motif en est que l’industrie des cordages et de la ficellerie fine ont besoin de produits pré-
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- A L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1889.
- 29
- État comparatif de la culture du lin en Frange ex-1878 et en 1886.
- DÉPARTEMENTS. SUPERFICIE CULTIVÉE. PRODUCTION EN FILASSE. DÉPARTEMENT^. , i ; | SUPERFICIE CULTIVÉE. PRODUCTION EN FILASSE.
- 1878 1886 1878 1886 i 1878 1886 1878 1886
- hectares. hectares. quintaux. quintaux. hectares. hectares. quintaux. quintaux.
- Report.... 27.07 19.388 166.669 135.727
- Ain 190 )). v . 950. )) Loiret. )) »... I) ))
- Aisne 1.000 136 8.430 . 1.088 Lot 400 510 2.000 4.590
- Allier. » » )) » Lot-et-Garonne 800 580 4.800 2.320
- Alpes (Basses-) )) » )>. . )) F.ozère B » » ))
- Alpes (Hautes-) )) )) B )) Maine-et-Loire 2.000 1.150 8.000 4.600
- Alpes-Maritimes )) » )) )) Manche 4.036 1.817 24.216 10.066
- Ardèche B ') )) Marne )) » ))
- Ardennes li 2 7 145 28 Marne, (Haute-). 33 » 231
- Ariège l./|77 1.690 9 896 11 830 Mayenne. .. . 2.735 618 8.341 2.472
- Aube B )) )) » Meurthe-et-Moselle.... 95 » 298 32
- Aude 190 » 950 )) Meuse. 89 50 539 162
- Aveyron 160 186 720 626 lyforRihan . 670 340 2 680 1 360
- Bouches-du-Rhône. .. B » . . J). . , . )) Nièvre ... » » » ))
- Calvados 188 150 846 525 Nfnrd 8.836 6.937 87.476 58 380
- Cantal 180 120 . 378 270 Oise 506 183 3 622 915
- Charente 186 93 744 558 Orne 130 )) 390 B
- Charente-Inférieure.. 515 291 . ,2.060 625 Pas-de Calais 5.680 3.417 38.340 24.773
- Cher )) xi Piiy-rle- DAme. 58 47 197 188
- Corrèze 800 )) 6.400 )) Pyrénées (Basses-) 5.425 780 27.125 4.680
- Corse 3ZiO 60 1.547 240 Pyrénées (Hautes-) ... 1.640 315 12.300 2.520
- Côte-d’Or )) )) )) » Pyrénées-Orientales... 121 6 1.089 30
- Côtes-du-Nord 7.050 4.500 50.107 31.500 Rhin (Haut-) (Belfort).. » )) B ))
- Creuse » )) RpAne .... })
- Dordogne 50 240 11 25
- Doubs 300 85 750 240 Qq /\np-pt— f .m pp
- Drôme » 32 119
- Eure 1.445 835 13.005 6 073 10 8 28 20
- Eure-et-Loir )) ÇIdvaîp fHantP ^ 20 83 140 869
- Finistère.. 1.500 1.610 .6.750 .12.880 Seine )) )) ü ))
- Gard )) )) » )) Seine-Inférieure 2.614 1.007 20.787 12.250
- Garonne (Haute-).... 3.800 950 26.600 10.300 Seine-et-Marne 565 70 3.294 280
- Gers 1 728 1 491 6 912 t/l 91 n CIpî n P-Pt- Oicîp 187 30 4 /iQfi 135
- Gironde 132 115 580 1 380 Sèvres (Deux-) 1 100 380 fi 97.fi 9 980
- Hérault )) :d Smnnifi 9 479 2 030 9/j 790 9n nnn
- Ille-et-Vilaine 1.196 1 146 5.980 8 02*> Tarn. 1 °80 390 8 448 6 385
- Indre )) Ta vn-et-rin renne i tan 697 fi Ftfifi /, /ififi
- Indre-et-Loire )) )) » Var
- Isère VftllplllQP
- Jura 10 3 39 12 Vendée 9 057 1 08° 10 285 5 767
- Landes ft.528 4 1^0 22 640 24 790 Vienne i an /. 390 20
- Loir-et-Cher )) )) Vienne (Hante-) . 191 187 764 882
- Loire Veso-es \ /, 7 /i/i /il 4 1 oa
- Loire (Haute-) )) )) )) )) Yonne )) )) )) ))
- Loire-lnfcrieure )) 1.800 )) 9.900
- A reporter... 27.007 19.388 166.669 135.727 Totaux..... 72.384 42.150 481.763 306.592
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- LES INDUSTRIES TEXTILES
- État comparatif de la culture du chanvre en France en 1878 et en 1886.
- DÉPARTEMENTS. SUPERFICIE CULTIVÉE. PRODUCTION EN FILASSE. DÉPARTEMENTS. SUPERFICIE CULTIVÉE. PRODUCTION EN FILASSE,
- 1878 1886 1878 1886 1878 1886 1878 1886
- hectares. hectares. quintaux. quintaux. hectares. hectares. quintaux. quintaux.
- Report. .... 38.603 31.768 253.329 159.991
- Ain 2 523 1.377 23.186 13.328 Loiret 363 47 1.815 254
- Aisne 1.350 23 11.826 218 Lot 1.500 1.518 9.000 15 180
- Allier 1 409 630 8.735 1.930 Lot-et-Garonne 3.300 2.700 4.800 16 200
- Alpes (Basses-)....... 175 50 1.942 325 Lozère )) » ))
- Alpes (Hautes-) 427 216 2.135 1.512 Maine-et-Loire 8 000 7.400 12.000 4 600
- Alpes-Maritimes 35 30 210 173 Manche 1.997 1.867 23.607 10.066
- Ardèche 7 » 42 )) Marne 192 )) 40
- Ardennes 264 16 1.568 79 Marne (Haute-). ., 2.520 69 28 ))
- Ariège 552 93 3.422 278 Mayenne 1 180 1.149 11.280 2 472
- Aube 521 29 3.230 155 Meurthe-et-Moselle,.. 456 19 231 32
- Aude )) » » » Meuse 455 55 255 162
- Aveyron 1 490 1.455 6.705 5.247 Morbihan .... 3 400 3.224 2.190 1 360
- Bouches-du-Rhône... » » » » Nièvre 2.000 12.29 )) »
- Calvados 340 115 1.520 460 Nord 70 175 89.397 58 380
- Cantal 1 000 1.160 3.500 5.220 Oise 731 63 2.716 915
- Charente 817 579 4.983 3.474 Orne 1 380 300 175
- Charente-Infericure . 238 649 1.904 3.325 Pas-de-Calais 454 62 32.652 24.773
- Cher 1.635 028 12 583 6.428 Puy-de-Dôme’ 2.700 763 34 188
- Corrèze 1.800 1.434 7.200 10.513 Pyrénées (Basses-) .... » » 5.452 4.680
- Corse 270 » 1.247 » Pyrénées (Hautes-) . .. )) » 8.595 2.520
- Côte-d’Or 1.150 126 5.060 342 Pyrénées-Orientales .. 50 6 1.200 30
- Côtes-du-Nord 2.400 2.500 19.728 17.500 Rhin (Haut-) (Belfort) . 45 9 )) ))
- Creuse 2 100 2.486 7 980 7.458 Rhône 277 100 »
- Dordogne 1.186 9.500 14-409 4.500 Saône (Haute-) 994 185 18 ))
- Doubs 930 297 4 650 1.194 Saône-et-Loire 2.469 1.045 »
- Drôme 340 )) 2 380 » Sarthe 12 780 5.951 150
- Eure 24 » 72 )) Savoie 660 635 14 oo
- Eure-et-Loir 15 u 7 200 )) Savoie (Hante-) . 843 577 318 869
- Finistère 1.350 1.650 8 100 9 900 Seine . , ))
- Gard » » )) Seine.-Tnférienre 620 90 1.612 12 250
- Garonne (Haute-).... 500 168 3.500 2.050 Seine-et-Marne 81 » 706 280
- Gers 30 » 60 Se.i n e.-el -0 i se.. 4 801 135
- Gironde 1.500 420 9 000 6.720 Seyees (Deux-) . 1.280 760 1.530 2 280
- Hérault )) )) 24 Somme. 1 185 1 304 13.813 20 300
- Ille-et-Vilaine 1.753 1.799 8.765 10.794 Tarn 1 890 728 4.830 1.385
- Indre 878 143 4 249 1 194 1 015 46h 6.370 4.466
- Indre-et-Loire 2.500 1.850 17.500 24.975 Va.r 2 )) » ))
- Isère 2.572 690 19 752 5.327 Vaucluse 6 )) ))
- Jura 795 290 6 042 1 595 Vpn ri pp. 638 82 4.249 5.767
- Landes 642 850 3 210 5 100 2 408 822 218 20
- Loir-et-Cher 358 24 2.620 136 Vienne (Haute-) 2.455 1.912 . 1.228 882
- Loire 377 121 3 131 1 231 768 114 595 123
- Loire (Haute-) 350 120 1 459 1.360 Yonne., . . 684 45 )) ))
- Loire-Inférieure 1.000 850 8.500 5.950
- A reporter.. 38.603 31.768 253.329 159.991 Totaux 100.455 67.242 492.363 350.580
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- A L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1889.
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- sentant des qualités spéciales que n’ont pas les nôtres : pour les cordages, il faut des chanvres très bon marché qu’on ne trouve aussi qu’en Russie ou dans quelques colonies espagnoles ou anglaises, et pour la ficellerie fine, il faut des chanvres de Bologne très blancs, très souples, bien que moins résistants et moins solides.
- Pour résister à cette invasion de produits étrangers, les cultivateurs ont à diverses reprises adressé des pétitions au gouvernement pour demander qu’en 1892, date de l’expiration de nos traités de commerce, un droit assez élevé fût mis à l’entrée de ces filasses en France, et que, — même dès maintenant, — ce droit fût inscrit au tarif général et appliqué aux pays qui n’ont pas de traité avec nous. Mais les filateurs ont répondu à cette prétention que s’ils étaient obligés de payer une taxe élevée sur leurs matières premières, ils ne pourraient continuer leur industrie et que s’ils étaient forcés de fermer leurs usines, les fermiers ne pourraient vendre leurs chanvres et leur lin à qui que ce fût.
- En réalité le remède à cette situation est de pousser à la culture intensive et à la production des textiles à bon marché. Jusqu’ici les recherches des savants, des professeurs d’agriculture et des directeurs de stations agronomiques ont été dirigées surtout du côté du blé et de la betterave; il serait désirable qu’à l’avenir une partie de ces recherches eût en vue la culture du lin et du chanvre, dans le sens d’une grande production de filasse.
- Les lins et chanvres français.
- Presque tout le lin en paille récolté en France est travaillé dans le pays ; une petite quantité seule donne lieu à quelques échanges avec la Belgique par nos départements limitrophes; de même le chanvre en baguettes est toujours travaillé sur place.
- A l’Exposition, le meilleur représentant de la culture du lin français est le Nord. La Société des agriculteurs du Nord, pour toute la région et notamment l’arrondissement de Lille, —le Comice agricole de Bergues et la Société d’agriculture de Bourbourg, pour l’arrondissement de Dunkerque, — se sont chargés de nous rappeler que ce département qui de temps immémorial a toujours brillé dans la culture de ce textile est encore celui qui produit les plus belles tiges de lin et les plus remarquables filasses. Dans l’Exposition delà Société
- des agriculteurs du Nord, nous relevons principalement les produits envoyés par M. Jean Dalle, de Bousbecques, lins teillés de toute beauté, de fibre fine et blanche, d’un éclat tel que de loin on pourrait la confondre avec la soie ; — ceux de M. Claro-Despretz, de Deulémont, lins rouis en tiges de belle couleur, qui nous font voir à quel degré d’avancement cet exposant a su mener l’opération si délicate et si importante du rouissage rural; — et ceux de M. Laurent-Mouchon, d’Orchies, lins bruts en tiges qui dénotent un excellent praticien. Au Comice agricole de Bergues, les pailles les plus belles ont été envoyées par M. Oscar Legrand, de Spycker, qui, sur les 13 hectares qu’il a consacrés à cette culture en 1888, a obtenu à l’hectare 2,600 kilogs de filasse et 17 hectolitres de graines, rendement des plus remarquables et qui dénote le zèle et le soin apportés par ce cultivateur dans le gouvernement de ses récoltes. Enfin la Société d’agriculture de Bourbourg a envoyé des types très remarquables des deux genres de lin classés d’après l’époque de leur semis : les lins de mars, de belle longueur et bien venus en capsules, et’ les lins de mai, plus courts et moins fournis en graine; le rendement est indiqué soigneusement près de chaque botte. Citons, pour les lins de mars : M. Léon Landron, de Loober-ghe (2,025 kil. de filasse et 17 hectolitres 1/2 de graines) ; — M. François Duriez, de Craywick,
- (1,500 kil. de filasse et IA hect. de graines) ; — M. Henri Bollaert, de Saint-Pierrebroucq (1,350 kil.de filasse et 13 hectolitres 1/2 de graines) ; — et, pour le lin de mai, M. Diomède Belle, de Loos, (1,100 kil. de filasse et 10 hectol. de graines).
- Le marché principal de lin teillé du département du Nord a lieu à Bergues le lundi, à sept heures du matin en été et à huit heures en hiver ; mais il y a aussi des marchés moins importants à Hazebrouck, Steenvoorde, Merville, Hondschoote et Cassel. Quant au chanvre, il n’est guère cultivé que dans l’arrondissement de Valenciennes, aux environs de Saint-Amand. A Lille, une réunion privée de négociants en lin, filateurs et fabricants de toiles, dite Comité linier du Nord, s’y occupe depuis 18AS des intérêts de l’industrie linière ; elle a fondé en 1862 une publication spéciale hebdomadaire, le Journal circulaire du marche linier qui, bien que n’étant plus aujourd’hui son organe direct, se charge de renseigner le public industriel sur tout ce qui concerne la culture et les marchés français et étrangers.
- Dans les départements qui entourent le Nord, le
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- LES INDUSTRIES TEXTILES
- -Pas-de-Calais est l’un de ceux où le lin est le plus en honneur. Il est représenté à l’Exposition par la Société d’agriculture du Pas-de-Calais. La collection des lins de cette région, organisée par le professeur départemental d’agriculture, M. Comon, est sans contredit la plus belle avec celle du département du Nord. Il est facile de voir d’ailleurs quelle a été arrangée par un homme entendu aux expositions agri-goles : bottes largement épanouies par le haut, légèrement liées et bien en vue. A citer, parmi les expositions particulières, celle de M. Stoclin, de Sainte-Marie-Kerque, dont les tiges, un peu grosses il est vrai, ne mesurent pas moins de lm,20 de hauteur, — et celle de M. Couture, d’Evin-Mal-maison, qui nous donne divers spécimens de lin provenant de la fameuse graine de Pskoff que la maison Vilmorin a tant préconisée dans ces dernières années, ainsi que des échantillons de tiges à fleurs blanches dont il a été beaucoup question dans ces derniers temps depuis les expériences de M. Scrive-Loyer. M. Couture a constaté que le produit obtenu avec les graines de Pskoff était supérieur à celui que donnait la graine ordinaire de Riga, mais que malheureusement la filasse ne s’en était pas vendue plus cher. Quant au lin à fleurs blanches, c’est celui qui a donné le plus d’argent comme filasse et comme graine.
- Dans ce département, un arrondissement est surtout réputé pour fournir des lins de qualité supérieure, c’est celui de Béthune, d’où l’on tire les lins de Beuvry, Harnes et Festubert. L’arrondissement de Saint-Omer, qui livre à l’industrie les lins bien connus d’Arares et d’Audruyck, l’arrondissement d’Arras (notamment Bapaume, Ecourt-Saint-Quentin et Oisy), l’arrondissement de Saint-Pol (particulièrement Auxi-le-Château) viennent largement au second rang.
- Dans la Somme, que nous voyons avec regret ne pas figurer à l’Exposition, — (non pas tant à cause de la qualité de ses filasses que de l’importance relative des récoltes de ce textile dans cette région), —la culture du lin est surtout concentrée dans l’arrondissement de Doullens, ainsi que dans la partie de l’ancien Ponthieu connue sous le nom de Vimeu, comprise autrefois entre Abbeville, Saint-Valéry, Eu et Blangy, et qui réunit aujourd’hui les cantons de Saint-Valéry, Ault, Moyenneville et Gamaches. Dans l’arrondissement de Doullens tout d’abord, on ne cultive le lin, à de rares exceptions près, que sur un trèfle rompu; ce sont les communes de Beauquesneet
- du Rosel qui en récoltent le plus. Il y a marché au lin tous les jeudis à la halle de Doullens. On en vend beaucoup, mais on en récolte moins, dans les environs de Fieffés, Gandas, Ganaples, Montrelet, etc. Dans le Vimeu, où le principal commerce des fermiers consiste dans l’élevage des poulains qu’ils achètent de six à dix-huit mois et qu’ils revendent à l’âge de trois ans, la culture peut disposer d’une grande quantité d’engrais et celui-ci est destiné presque entièrement aux terres qui doivent porter le lin.
- L’Aisne n’est pas non plus représentée à l’Exposition : le lin s’y trouve cependant cultivé aux environs d’Anizy-le-Château (arrondissement de Laon), et dans quelques villages de l’arrondissement de Saint-Quentin (Moy, Béthencourt, etc.}; — il en est de môme des Ardennes, où les principales cultures se trouvent à Attigny (arrondissement de Vouziers).
- La Normandie a toujours compté au premier rang dans la culture du lin. L’Eure a envoyé un peu de lin à l’exposition spéciale du Comice agricole de Bernay (Aimé Ecalard, cultivateur à Saint-Léger-de-Rostes) : c’est justement à Bernay, qui a une halle spéciale pour le lin, que se tient le marché le plus important de ce département; il y a aussi un petit marché à jour fixe à Brionne. Le lin est surtout cultivé dans les environs de Pont-Audemer.
- Pas d’exposition pour le département de la Manche où il se fait cependant un commerce des plus suivis des lins récoltés dans la contrée : Avranches, Saint-James, Coutances, Ducey et Saint-Lô, y ont chacun leur marché à jour fixe. Abstention aussi de la Seine-Inférieure ; là on cultive beaucoup de lins dans l’arrondissement de Dieppe, principalement aux environs de Griel et de Gueures où l’on rouit sur pré, et dans celui du Havre, à Goderville et à Montivilliers où l’on rouit sur pré et à l’eau ; les lins dits du pays de Caux, qui viennent en grande partie de ce département jouissent d’ailleurs d’une renommée incontestée. Il s’était fondé à Rouen, il y a quelques années, sous le patronnage de la Société centrale d’agriculture du département, une association dite Comité linier de la Seine-Inférieure, qui prodigua longtemps des encouragements pécuniaires à la culture du lin de ces contrées, et qui depuis quelques années a cessé de fonctionner.
- L’une des contrées les plus fécondes pour la culture du lin, la Bretagne, figure à l’Exposition par quelques bottes envoyées au nom de la Société d’agriculture d’Ille-et-Vilaine. Peu de pays ont une position géographique plus favorable sous ce rapport. Il y a là
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- une presqu’île avancée entre deux mers, baignée par le Gulf-Stream, ce grand courant d’eau chauffé par les feux de l’Equateur et dont l’une des branches échappée de la Mer du Mexique, vient se briser sur ses côtes. Protégée de cette façon contre les rigueurs de l’hiver, en même temps que certaine d’avoir chez elle l’humidité continue qui lui est nécessaire, la Bretagne ne peut manquer de cultiver beaucoup de lin ; les mêmes causes produisent en Irlande les mêmes effets.
- Le lin est récolté dans les quatre départements des Côtes-du-Nord, du Finistère, à! Ille-et-Vilaine et du Morbihan. Autrefois le département des Côtes-du-Nord en cultivait à lui seul autant que les trois autres réunis; mais aujourd’hui les départements d’Ille-et-Vilaine et du Morbihan se sont plutôt adonnés à la culture du chanvre et le Finistère vient au premier rang. Dans ce département, la grande extension de la culture du lin tient surtout à la présence de l’établissement considérable de filature et de tissage fondé à Landerneau par la Société linière du Finistère, qui absorbe à lui seul presque toute la filasse produite par la région. Mais le maintien de cette culture dans toute la Bretagne est aussi dû en grande partie à la consommation qu’en fait le filage à la main. Ce genre d’industrie domestique constitue encore en effet le principal travail de beaucoup de femmes durant les veillées d’hiver, et c’est, en été, celui d’un grand nombre de jeunes fillesqui gardent les troupeaux; en outre,comme il est aussi d’usage dans beaucoup d’exploitations que tout fermier laisse filer pendant l’année aux servantes qu’il engage la quantité de lin nécessaire pour tisser huit mètres de toile, on conçoit quelles quantités considérables de ce textile sont ainsi détournées de l’industrie manufacturière. Ce sont aussi les encouragements prodigués à la culture du lin par le Comité linier du littoral, qui ont aidé à conserver à ce pays cette industrie agricole séculaire. Fondé en 1862 par le Comice agricole de Lanvollon, ce Comité a réuni sous une seule et même rubrique les sept comices deTré-guier, Lézardrieux, Lanvollon, Pontrieux, La lloche-Derrien, Guingamp et Bégard, et il a organisé des teillages, provoqué des concours de lin, fait venir du Nord des ouvriers pour enseigner le rouissage et le teillage, de façon à maintenir cette culture au premier rang de celles de la région.
- A l’exception d’un certain nombre de nos départements du Midi, nous ne trouvons plus guère dans le reste de la France de départements qui vaillent la
- peine d’être spécialement signalés au'point de vue de la culture du lin. Mais dans ces contrées le lin n’est guère cultivé que pour la graine ; on le sème ordinairement dans le courant de septembre sur des terrains qui n’ont pas subi de préparation ; le plus souvent, on bine légèrement la terre qui porte encore des pieds de maïs; on jette là-dessus le lin, on le recouvre avec un rateau et tout est dit. La graine est généralement destinée aux huileries de Marseille. Quelques lots seulement sont utilisés pour être rouis sur terre, de juillet à septembre, et teillés ensuite; cette filasse est généralement peignée et expédiée par petits paquets vers les pays basques, les vallées des montagnes et les provinces du nord de l’Espagne, où on le file à la main.
- Quant au chanvre, il se cultive un peu partout en France. Les principaux centres de production sont la vallée de la Loire, principalement entre Saumur et Angers ; les vallées du Loiret de la Sarthe dans leur portion inférieure; celles de l’Isère, auprès de Grenoble, et de la Somme, au-dessus d’Abbeville. Quelques types à fibres plates et solides, blanches et paraissant avoir été parfaitement rouies, figurent épars à l’Exposition dans les envois de la Société d’agriculture de la Mayenne, du Comice agricole d’Aubusson, etc. ; mais il n’y a aucune exposition d’ensemble comme celle du lin dans le Nord et qui mérite d’être signalée d’une façon particulière,
- Les lins et chanvres de Belgique.
- La Belgique ne cultive pas de chanvre ; mais, relativement à l’étendue de son territoire, elle cultive beaucoup de lin. Ce textile est représenté à l’Exposition par une série de types bruts, rouis, teillés et peignés, envoyés par Y Association pour la défense des intérêts de ïindustrie linière de Courtrai. On sait que les filasses qui sont récoltées dans les environs de cette ville sont les plus belles du monde entier; rouies dans la Lys à l’eau courante, elles ont une finesse dont approchent les lins récoltés sur la frontière française dans le département du Nord, et dont l’éclat et l’aspect soyeux sont proverbiaux; tout naturellement, les envois qui figurent à l’Exposition ont été choisis parmi les plus beaux types et ne font que confirmer la vieille réputation des produits de la contrée.
- Les lins belges sont surtout demandés par la France
- Supplément a l'Industrie textile du 10 Août.
- 5« Fascicule.
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- et l’Angleterre; voici quelles en ont été les quantités exportées dans ces dernières années :
- 1883.................. 23.587.000 kil.
- 1884.................. 26.990.000 —
- 1885 ................. 28,300.000 —
- 1886 ................. 27.966.000 —
- 1887 ................. 25.843.000 —
- Cette exportation s’était, élevée avant la dernière Exposition aux chiffres suivants :
- 1873 ................. 33.420.618 kil.
- 1874 ................ 37.220.315—
- 1875 ................. 30.255.839 —
- 1876 ................. 20.864.439 —
- 1877 ................. 32.039.451 —
- 1878 ................. 29.261.908 —
- Le dernier relevé cultural officiel a été fait en 1883; il a donné 20,/i35 hectares cultivés. En 1840, le lin couvrait dans le pays 40,624 hect. 40 ares; en!846, 20,879 hect. 89 ares; en 1856, 17,338 hectares; en 1866, 57,045 hect. 22 ares; en 1873, 14,495 hectares.
- Le rouissage se pratique soit sur terre, dans le pays wallon, soit à l’eau stagnante dans le pays de Waes; soit à l’eau courante dans les environs de Courtrai et au delà, par le système au ballon D’après la statistique de 1873, le nombre des ballons relevés avait été de 51,985 pesant 61 millions 302,000 kilogrammes; — en 1883, il s’est élevé à 71,525, du poids de 83 millions 830,000 kilogrammes ; — soit une augmentation de 2 millions 453,000 kilogrammes de lin en paille pour cette décade.
- Actuellement, un certain nombre de villes belges ont leur marché à jour fixe, dont quelques-uns jouissent d’une importance réelle. Ces marchés, qui s’ouvrent tous chaque semaine à sept heures du matin, sont :
- Le lundi : Termonde et Cour Irai;
- Le mardi : Roulers ;
- Le mercredi : Deynze, Loheren et Sotteghcm ;
- Le jeudi : Saint-Nicolas, Tliielt, Loheren, Alh, Renaix et Audenarde;
- Le vendredi : Gand, Grammont, Mons et Merl-c/iem ;
- Le samedi : Waereghem, Matines, Alost et Bruges.
- Un grand nombre de ces marchés ne sont alimentés que par de petits négociants flamands dits Kuistzers, ayant à eux un atelier de teillage qu’ils alimentent chaque semaine avec les lins en paille qu’ils ont achetés à la fin de la récolte et dont ils
- vendent les produits par petites quantités à la fois, parcourant continuellement les campagnes à la recherche de lots de lins et contribuant pour une grande part au maintien de la culture de ce textile en Belgique.
- LES INDUSTRIES TEXTILES
- Les lins et chanvres de Hollande.
- La Hollande cultive beaucoup de lin et peu de chanvre, et cependant c’est du chanvre qu’elle a envoyé à l’Exposition. MM. A. Donker, de Gorinchem; — J. Van der Poel, de Zwyndrecht; —P. Welt et J. de Vriès, de Warfum, — ont exposé des chanvres teillés, de couleur foncée, rouis vraisemblablement à l’eau stagnante, qui prouvent que le climat brumeux et humide de ce pays conviendrait tout aussi bien à la culture du lin qu’à celle du chanvre. Les statistiques relèvent annuellement 1,200 hectares cultivés en chanvre, presque tous concentrés dans la province de Hollande méridionale; vient ensuite le Brabant septentrional, pour une cinquantaine d’hectares; puis la Gueldre, le pays d’Utrecht, l’Over-Yssel et le Limbourg pour quelques hectares. Le lin continue toujours à constituer l’une des principales industries agricoles du pays. Avant la dernière Exposition, le nombre d’hectares cultivés en lin était le suivant :
- 1866 21.825 hectares.
- 1867 22.432 —
- 1868 22 543 —
- 1869 26.509 —
- 1870. 24.211 —
- 1871 20.500 —
- 1872 18.966 —
- 1863 21.912 —
- 1874 20.236 —
- Ces chiffres ont un peu diminué, à en juger par le relevé que voici :
- 1878 ................. 19.848 hectares.
- 1879 ................. 16.865 —
- 1880 ................. 19.225 —
- 1881 ............... 16.880
- 1882 ................ 13.874 —
- 1883 ............... 12.394 —
- 1884 ............... 10.507 —
- 1885 ................ 12.833 —
- 1886 ................ 15.275
- La culture du lin est surtout concentrée dans la Frise, le Brabant septentrional, la Zélande, le Groningue et la Hollande méridionale.
- Dans la province de Zélande, qui n’est composée
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- que de grands îlots, et dans toutes celles qui entourent le Zuyderzée, des entrepreneurs prennent à ferme pour une seule année des polders vierges et des lisières des canaux; ils les font ensemencer en graine de lin, et, au moment de la récolte, leurs bateaux parcourent la contrée pour en charger les gerbes. Ces entrepreneurs contribuent beaucoup pour leur part au maintien de la culture du lin dans ces provinces. C’est surtout dans la Hollande méridionale, sur les terrains desséchés de l’ancien lac de Harlem, qu’ils obtiennent les récoltes les plus fructueuses. Ils sont encouragés dans cette voie par VAssociation hollandaise pour l'extension de la culture du lin dont le siège est à Rotterdam. Les Kuistzers existent en Hollande comme en Belgique; un grand nombre d’entre eux viennent des points les plus éloignés du pays vendre leurs produits le lundi de chaque semaine à la halle de cette dernière ville.
- Les importations de lins de Hollande en France avant la dernière Exposition étaient d’environ (35,000 kilogs annuellement; elles n’ont pas varié depuis.
- Les lins et chanvres de Russie.
- Un seul exposant, Mme 0. Nazemova, de Smolensk, représente à l’Exposition l’énorme quantité de fdasse de lin produite par la Russie. Les producteurs de ce pays se sont dit que vraisemblablement ils n’avaient pas besoin d’exposer pour être connus comme les principaux fournisseurs de lin et de chanvre du monde entier.
- Les relevés culturaux en lin sont difficiles à obtenir. M. Michel Andrews qui, dans le rapport annuel qu’il communique à la Flux supply Association, de Belfast, dont il est secrétaire, nous renseigne assez exactement sur l’étendue des récoltes de ce textile dans les principaux pays — (et qui d’ailleurs nous a largement aidé à dresser les statistiques culturales que nous pouvons donner ici), —ne relève que deux années pour la Russie; l’une, 1872, donnant èn lin 2,2/i7,700 acres avec une production de 241,861 tonnes anglaises; l’autre, 1881, donnant 3,776,288 acres cultivées, et une production de 406,423 tonnes.
- Au point de vue de la culture du lin, la Russie peut être divisée en trois grandes régions : une région septentrionale, une région occidentale et une région méridionale. La première comprend les gou-
- vernements de Viatka, Kostroma, Vologda, Jaroslaw et Vladimir; la seconde embrasse les provinces baltiques (Courlande et Livonie), ainsi que les gouvernements limitrophes de Pskow, Vitebsk, Kowno, Vilna, Grodno, Minsk, Mohilew, Smolensk, Tver et Novgorod; la troisième s’étend sur les rives de la mer Caspienne et de la mer d’Azoff et comprend le gouvernement de Kherson, Ekaterinoslaw, Podolsk, Kiew, Kharkow, Poltava, la Bessarabie et les provinces du Don du Kouban.
- Dans chacune de ces régions, la production est fort variable. Dans la région septentrionale, elle s’élève pour le lin à environ 4 millions de pouds (64 millions de kilogr.) et pour la graine à 2 millions de tchetwerts (4 millions d’hectolitres). La plus grande partie de la filasse sert à alimenter les fabriques et l’industrie privée, l’excédent est expédié par les ports de la Mer Blanche et de la Mer Baltique; les transports s’effectuent, pour le gouvernement de Vologda, par la Dvvina jusqu’à Arkanghel, et pour ceux de Viatka, Kazan et Novgorod, par la Kama et le Volga jusqu’à Rybinsk; ces lins partent des marchés de Mélinki, Tominki, Kostroma, Veretcha, Kinetchma et Plissy. Dans la région occidentale, la production du lin s’élève à plus de 8 millions de pouds (128 millions de kilogrammes) : les principales parties sont expédiées des marchés collecteurs de Pskow, Ostrow, Opotschka, Holm et Petschoij vers Saint-Pétersbourg, Narva, Reval, Riga et Pernau. Enfin dans la région méridionale, où le lin n’est cultivé que pour la graine, la production s’élève de 800,000 à 1 million de tchetwerts (1.600,000 à 2 millions d’hectolitres).
- Quant à la culture du chanvre, elle est surtout répandue dans les gouvernements du centre : Orel, Koursk, Tschernigov, Smolensk, Kalouga et Toula, — ainsi que dans ceux de la Russie méridionale, où elle se rencontre simultanément avec celle du lin, sans qu’il soit possible de fixer une ligne de démarcation précise entre les localités où l’on trouve plus spécialement l’une ou l’autre de ces cultures. Avant l’achèvement du réseau ferré et de la construction de la ligne Orel-Vitebsk-Riga, la ville d’Orel était à peu près le seul marché pour le commerce du chanvre, dont elle expédiait de 16 à 20 millions de kilogrammes destinés à la confection des cordages dans les différentes villes maritimes de l’empire; mais elle a perdu depuis nombre d’années une grande partie de son importance. Les principaux marchés sont actuellement : — dans le gou-
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- vernementd’ürel; Pokrow, près du couvent d’Isewsk, Mzensk, Brjamsk et Trubtschewsk ; — dans le gouvernement de Koursk : Dimitrijen, Rysck (60 millions de kilogrammes environ); — dans le gouvernement de Toula : Bjelew (7 millions); — dans le gouvernement de Kalouga : Meschtskaïsk, Mossolsk et Jsuchimitschi. Les autres n’ont qu’une importance secondaire. Le chanvre produit par ces divers pays est expédié à Saint-Pétersbourg, Riga et Arkhanghel.
- Voici quels ont été les envois de lin et de chanvre de la Russie en France dans les trois années qui précèdent la dernière Exposition :
- Lin. Chanvre.
- 1876... . 16.852.789 kil. 2.185.030 kil.
- 1877... . 52.034.126 — 1.205.586 —
- 1878... . 38.932.571 — 984.213 —
- Dans les trois années qui viennent de s’écouler, la proportion a été la suivante :
- Lin. Chanvre.
- 1886..., .. 32.152.726 kil. 986.274 kil.
- 1887.... .. 36.409.138 — 1.368.144 —
- 1888..., ,. 58.707.854 — 1.315.882 —
- En 1867, époque de l’avant-dernière Exposition, nous recevions de Russie 10,254,818 kilogrammes de lin et 1,848,431 kilogrammes de chanvre.
- Les lins et chanvres d’Italie.
- L’Italie, qui n’expose aucun textile, est un des grands pays producteurs de chanvre et ses filasses sont remarquables non seulement par leur abondance, mais par leur belle qualité. Les chanvres de Bologne ont une réputation justement méritée, et l’Emilie, dont cette ville est la capitale, en compte à elle seule plus de la moitié de l’étendue du royaume. Les autres contrées sont : la région méridionale méditerranéenne, la Vénétie, les Marches etl’Ombrie. Les environs de Pancalieri (Piémont) sont également renommés pour la beauté du chanvre qu’on y cultive. En 1878, on estimait la culture de ce textile à 123,000 hectares et celle du lin à 81,000. Ces deux récoltes ont sensiblement diminué depuis cette époque, celle du chanvre n’atteint pas 100,000 hectares et celle du lin à peine 55,000 ; la décroissance a surtout été sensible à partir de 1882.
- Voici les quantités de chanvre importées par l’Italie en France avant 1878 :
- 1876 ................... 5.956.532 kil.
- 1877 .................. h.810.533 —
- 1878 .................. 6.122.234 —
- sans compter une moyenne de 1 million 1/2 à 2 millions de kilogs à l’état peigné. Actuellement, ces importations s’élèvent à :
- 1886 ................... 4.054.078 kil.
- 1887 ................... 5.558.028 —
- 1888 ................... 6.062.764 —
- L’importation est donc stationnaire, et nous recevons encore 1,500,000 à 1,700,000 kilogs de chanvre peigné.
- En 1867, nous en recevions déjà 4,281,106 kilogs à l’état teillé.
- On ne consomme guère chez nous qu’une petite quantité de lins d’Italie. Les principales contrées productives sont les territoires de Crema et de Crémone, puis les campagnes du Milanais et de Brescia, celles de Pavie, Mantoue, Reggio (Emilie), la Terre de Labour, etc.
- Les lins d’Irlande.
- L’Irlande n’expose pas de lin; mais ce pays nous semble avoir trop d’importance sous ce rapport pour que nous ne nous y arrêtions pas.
- C’est en 1698 que la culture du lin y a été officiellement encouragée; à cette époque la fabrication du drap était très florissante dans cette île et faisait grand tort à la fabrication anglaise proprement dite. Les représentants de cette dernière demandèrent alors au gouvernement de la supprimer tout simplement et de la remplacer par l’industrie du lin ; des arrêtés successifs furent édictés sous les règnes de Charles II, de Guillaume III et de la reine Anne, et déclarèrent d’une part que tous les produits liniers de l’Irlande seraient admis en franchise en Angleterre; d’autre part, qu’aucun tissu de laine ne pourrait sortir du même pays, sauf à destination de l’Angleterre, et moyennant un droit de 30 pour cent.
- Le Parlement anglais employa dès ce moment tous les moyens pour proposer la culture du lin dans la contrée. 11 fut admirablement servi quelque temps après par la révocation de l’édit de Nantes qui chassa de France vers l’Irlande un grand nom-
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- bre de tisserands de toile. Ceux-ci, sous la direction de Lôuis Crommelin, vinrent s’établir dans le voisinage de Lisburn; leur manufacture existe encore aujourd'hui. On donna à Crommelin le titre de Directeur des manufactures de Uns en Irlande et on lui confia la présidence d’un Conseil spécial, le Trusless for lhe Linen manufactures fondé à Dublin dans le but d’encourager la culture du lin en Irlande. Ce Conseil devint, en 1841, 1 e Royal fax improve-ment Society, enfin cette société elle-même a été transportée en 1879 à Belfast, où elle porte actuellement le nom de Flux supply Association.
- La Culture du lin, malgré tous les encouragements qui lui sont encore donnés, a diminué en Irlande. Avant l’Exposition de 1867, elle était de :
- 1865................. 215.543 acres.
- 1866 ................ 263.507 —
- 1867 ................ 253.257 —
- Avant celle de 1878, elle ôtait tombée déjà à :
- 1876 ................ 127.178 acres.
- 1877 ................ 123.362 —
- 1878 ................ 111.808 —
- Dans ces dernières années, ces chiffres ont été :
- 1885................. 108.147 acres.
- 1886................. 125.865 —
- 1887................. 130.202 —
- Cette culture est principalement répandue dans l’Ulster. Il n’existe pas moins de 42 marchés au lin, hebdomadaires ou mensuels à jour fixe, en Irlande, dont 37 pour cette seule province.
- Les lins d’Algérie.
- Nous trouvons à l’Exposition algérienne quelques lots de lin envoyés par le Comice agricole de Bône et par MM. Louis Freppel, de l’Oued-Rechal (Alger); — Salomon Gabay, d’Oran; — Giraud fils aîné, de
- Blidah, — et Albert Plaetevoet, de La Réunion (Cons-tantine).
- La culture du lin en Algérie a subi de nombreuses vicissitudes suivant l’installation ou la disparition de teillages mécaniques dans les trois départements et notamment dans celui d’Alger. Actuellement, dans cette dernière province, le lin de Riga est semé exclusivement sur les territoires de Dellys et de Médéah; — dans celle d’Oran, on cultive pour graine la semence dite de Sicile aux environs de Mostaga-
- nem et dans la partie navigable de la plaine duSig; — dans celle de Constantine, la récolte est limitée aux environs de Philippeville et de Bône. L’Exposition nous fait voir qu’il y a encore quelques planteurs çà et là; mais en réalité, il n’y a plus aujourd’hui que quelques hectares cultivés. Il se peut que l’étendue en augmente certaines années, sur l’instigation de quelques Français qui essaient de temps en temps de propager la culture du lin dans ce pays ; mais ce sont là des entreprises sans suite et qui jusqu’ici n’ont donné que des résultats moyens ou peu satisfaisants.
- Autres pays.
- Il n’y a plus en Europe d’autres pays qui exposent, soit du lin, soit du chanvre. Nous rappellerons cependant sommairement quel est l’état de la culture du lin dans les principales contrées.
- En Autriche, les provinces qui produisent le plus de lin sont la Bohême et la Galicie, celles qui fournissent les plus beaux sont la Silésie autrichienne et la Moravie. La culture du lin s’étendait, en 1878, sur 103,981 hectares; en 1886, elle est tombée à 84,040 hectares. En Hongrie, de 12,129 hectares en 1878, elle est passée à 11,073 hectares en 1887.
- En Espagne, la culture du lin tst peu répandue ; on en récolte un peu sur les rives de l’Ebre et de l’Esla, dans les vallées élevées de la province de Grenade et dans les terrains riches de la basse Castille. La culture du chanvre y est plus étendue, à cause des nombreuses corderies qu’elle alimente dans le pays; les plus grandes quantités se récoltent en Catalogne.
- Le Portugal cultive quatre variétés de lin : — le gallego, lin de printemps toujours fort petit, dans les districts du Nord : Bragança, Braga, Aveiro, Cas-tello, Guarda, Villa-Real et Coïmbra ; — le mou-risco, lin d’hiver fort grand, dominant surtout dans l’Alemtejo et l’Algarve; — le coimbrao, variété haute et fine, très commune dans les cantons de Feira, Colorico, Cabeceiras et quelques autres du district de Vianna; — enfin le lin de Riga, cultivé aux environs de Porto mais qui ne réussit pas. — Le peu de chanvre que produit le pays se récolte dans les environs de Portalègre et de Niza.
- En Norvège, où la zone du territoire cultivé est si étroite que le sol labouré n’y représente pas même le centième de la superficie du royaume, la culture du lin est pour ainsi dire inconnue.
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- Dans la Suède et le Danemark, on récolte fort peu de lin. D’après les dernières statistiques que nous avons pu nous procurer, elles étaient évaluées en 1873 à 33,514 tunnelands (soit 15,322 hectares) pour la Suède, —et, en 1871, à 7,155 hectares pour le Danemark.
- En Grèce, la dernière statistique, qui remonte à 1867, ne mentionne que 2,272 hectares.
- Sortons maintenant de l’Europe. Le climat de Y Asie se prête peu à la culture du lin ; aussi ce textile n’y est-il guère cultivé. En en exceptant la Sibérie, que nous considérons comme faisant partie de la Russie, les Indes seules, sous l’instigation de la puissante Compagnie anglaise qui trafique avec elles, ont essayé autrefois quelques semis. Les colons qui ont suivi les conseils de cette association n’ont pu tirer parti de la filasse, dont ils n’emploient plus actuellement qu’une faible partie pour leurs usages domestiques, et qui se trouve d’ailleurs en concurrence avec le jute qui croît naturellement dans ces contrées ; mais ils ont pu retirer de leurs cultures des graines en abondance. Aujourd’hui l’exportation de ces graines et des tourteaux de lin se fait sur une grande échelle et constitue l’une des branches de commerce les plus importantes du pays. On estime qu’il se sème actuellement dans la Présidence de Bombay environ 87,000 acres en lin.
- En Afrique on ne cultive guère de lin qu’en Egypte et en Tunisie. L’Egypte, comme on le sait, a été le berceau de la culture du lin ; d’après les statistiques les plus récentes, ce textile est cultivé dans la basse Egypte sur une étendue de 15,000 feddans. En Tunisie, c’est surtout dans la province de Sfax qu’on récolte le lin : la filasse y est uniquement absorbée par la consommation locale.
- En Amérique, il croît une si grande quantité de textiles de toutes sortes que le lin n’occupe qu’une place secondaire au point de vue cultural.
- Dans l’Amérique du Nord, on signale au Canada quelques cultures de lin aux environs de Charlotte-town et de Montréal, quelques cultures de chanvre à Dermouth et à Québec.
- Aux États-Unis, les plus nombreuses cultures se rencontrent dans les États de l’Ohio, du Missouri et du Michigan. Nous avons dit plus haut, en parlant du rouissage manufacturier, que l’un des principaux procédés nous venait de ces contrées ; il paraît que des essais se continuent encore de nos jours, à en juger par quelques spécimens qui figurent à l’Expo-
- sition : à côté d’un lot de filasses nous lisons : chanvre et lin montrant leurs fibres nettoyées sans rouissage d’après le procédé S. G. Boyee, de New-York, N. Y. 280, Breadway; — et, sur un autre plus loin : chanvre et lin montrant leurs fibres nettoyées daprès le procédé li. R. Roberts, de Washington, D. C.
- Dans l’Amérique centrale, la province de Guatemala seule cultive un peu de lin.
- Dans l’Amérique du sud, à en juger par les envois faits à l’Exposition par douze exposants de Santa-Fé et environs, la culture du lin serait encore assez répandue dans la République Argentine. Il y a aussi quelques cultures dans le Venezuela et l’Uruguay.
- Enfin en Océanie, l’association irlandaise de Belfast, fait depuis 1871, de grands.efforts pour propager la culture du lin en Australie, notamment dans la province de Victoria; mais ses tentatives ne paraissent pas encore avoir abouti. A signaler aussi quelques essais de culture clans notre colonie de la Nouvelle-Calédonie, l’internat de Néméara, à Nouméa, a envoyé un type de lin en graine qui ne signifie pas grand chose, mais qui témoigne néanmoins des efforts tentés en ce sens.
- CHAPITRE III La laine.
- La laine est le plus ancien et le plus répandu de tous les textiles. L’élevage du mouton pour sa toison peut être regardé, en effet, comme contemporain des débuts mêmes de la civilisation; et, encore aujourd’hui, ce filament est l’un de ceux dont la production est la plus universelle dans toutes les parties et sous tous les climats du globe.
- Il faut rapporter cette extension d’emploi de la laine à ses qualités remarquables : très souple en même temps que solide, se filant bien et se feutrant avec la plus grande facilité, elle peut être usitée dans une infinité de circonstances. Pour la confection des étoffes notamment, elle présente l’immense avantage de conduire très mal la chaleur; aussi fournit-elle, à l’homme des vêtements qui lui permettent de braver le froid dans les pays septentrionaux et de le défendre le mieux contre les variations de température dans les contrées tropicales.
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- Examinée au microscope, elle paraît fortement ondulée, constituée par des écailles de forme toujours irrégulière et qui diffèrent avec chaque espèce. On peut toujours distinguer celle de première tonte, en ce sens que celle-ci, n’ayant jamais été brisée, a toujours une pointe line et lisse, tandis que les autres tontes fournissent un poil dont la base et les extrémités ont le même diamètre.
- Sa composition, résultant de nombreuses analyses de Scheerer, Chevreul, Grothe et Sibra, est celle des tissus épidermiques : cornes, ongles, etc. Le brin n'est qu’un filet de substance solide, insoluble dans l’eau, qui constitue ces tissus ; il est toujours uni à une matière huileuse, soluble dans l’eau chaude, fort répandue à l’intérieur, le suint, dont nous reparlerons tout à l’heure.
- C’est dans le tissu cellulaire qui se trouve sous la peau que le brin de laine prend naissance. Les naturalistes pensent que la forme de ce brin est modifiée par la configuration du pore de la peau qui lui sert de moule, et que, par exemple, le poil est fin, lisse ou ondulé, suivant que le pore est étroit, droit ou tortueux. Aussi, tous les essais qui ont été faits pour améliorer la qualité du brin ont-ils pris ce point de départ. Par des croisements spéciaux, en effet, et à l’aide d’une nourriture appropriée, on est arrivé à modifier la forme du corps des animaux, et l’on conçoit facilement que, si la qualité tient essentiellement à cette forme, et si l’état de la peau en est la conséquence, on modifie la qualité du brin en augmentant ou diminuant la charpente osseuse de la race.
- Dans tous les cas, l’amélioration à laquelle on est arrivé depuis le commencement du siècle est réelle ; c’est à l’examen au microscope qu’on s’en aperçoit. Dans un travail comparatif entre les chiffres obtenus avec les laines actuelles et ceux donnés antérieurement sur les laines améliorées, ,M. Gobin l’a spécifiée scientifiquement. D’après lui, le mérinos pur français, examiné comparativement dans la première moitié de ce siècle, puis dans la seconde, a vu graduellement s’allonger sa mèche — (0m/m,0/i,(j52 à 0m/m,06,2/10), — s’accroître le diamètre de son brin, — (O*/”,02,448 à 0m/m,03,390), — et diminuer le nombre de ses ondulations sur une longueur donnée — (9,44 à 7,8/1). — Les anciens mérinos allemands comparés aux anciens mérinos fiançais se montrent au contraire plus courts de mèche — (0m/m,03,886à0m/m,0/i,652), —plus fins de brin,— (O1'1/1",02,255 à 0,02,A58) — et un peu plus ondulés, — (9,55 à /i,Zi). — Les mérinos allemands actuels
- comparés aux anciens ont gagné en longueur de mèche, — (0m/m,04,529 à 0m/m,03,886), — en diamètre de brin, — (0m/m,02,809 à 0m/m,02,255), — et cependant aussi en ondulations, — (10,17 contre 9,55). — Si on les compare aux mérinos français actuels, les mérinos allemands leur seraient inférieurs en longueur de mèche, — (0m/m,0A,529 à 0m/m,006,2/10), — supérieurs en finesse du brin,— (0m/m,02,809 à 0m/m,03,390), — et notablement plus ondulés, — (10,17 contre 7,84). — Le mérinos mauchamp pur est un peu plus fort que la moyenne des mérinos français, (07“,03,25 à 0m/m,03,39) ; — il est surtout plus long de mèche, à brin presque lisse, c’est-à-dire à peine ondulé, et jouit d’une haute estime industrielle pour la confection de certains tissus. Enfin, les laines southdoivn sont parfois plus fines que nos mérinos français, mais d’autres qualités, qui paraissent leur faire défaut, les laissent dans une certaine infériorité. L’amélioration, comme on le voit, est généralement très sensible.
- C’est surtout dans ces derniers temps que les propriétés de la laine ont été le mieux étudiées. On sait que le brin reçoit des qualifications différentes suivant l’aspect sous lequel il se présente : on le dit frisé ou ondulé, s’il offre dans sa forme des sinuosités plus ou moins régulières ; — vrillé, si ces sinuosités se développent en spirale ; — crépu, si, sans être ondulé, il décrit une courbe unique ou un très petit nombre de courbes irrégulières; — enfin, plat, uni, lisse, s’il ne présente aucune frisure ou ondulation. Ce sont là les caractères généraux jusqu’ici bien connus de la laine. Mais, en dehors de cela, on a bien spécifié les propriétés qui distinguent ce textile ; la finesse, la longueur, la souplesse, la force, l’élasticité, la douceur ei la couleur.
- La finesse est des plus variables, — (0m/m,01A à 07m,06);— elle est généralement proportionnelle à la longueur de la mèche, mais en raison inverse (exception faite pour certaines laines lisses comme le mérinos mauchamp) ; le diamètre est toujours le même à la base qu’a l’extrémité du poil, excepté pour les laines de première tonte comme nous l’avons dit tout à l’heure.
- La longueur varie aussi beaucoup, (0m,04 à 0m,32) ; — on la distingue en longueur apparente, c’est celle que présente le brin à l’état naturel ; et en longueur réelle, celle que présente le brin développé ; dans le brin complètement lisse et plat, il rfy a pas de différence entre l’une et l’autre longueur.
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- La souplesse, c’est-à-dire la propriété en vertu de laquelle le brin peut être changé, allongé au delà de sa longueur réelle ou raccourci, sans qu’il s’y opère aucune séparation des parties, est une qualité que la laine possède au plus haut degré. Cette qualité s’allie parfaitement avec la force du produit, qui ne paraît pas avoir de relation régulière avec le diamètre.
- \Jélasticité constitue pour les laines une précieuse qualité industrielle. C’est elle qui contribue à donner à certains tissus leur souplesse, leur moelleux et même leur résistance. On la distingue en élasticité défrisé, élasticité de retirement et élasticité de rupture. — L’élasticité de frisé, qui n’est autre que cette espèce de ressort au moyen duquel un brin frisé reprend sa première forme et sa première longueur, lorsque la force extensive qui le maintient dans la ligne droite cesse d’agir, prend surtout de l’importance dans la fabrication des étoffes rases, tissées et foulées, par exemple ; elle en perd notamment pour les tissus lisses, comme Orléans, popelines, etc. — L’élasticité de retirement ou effort du brin pour revenir à sa longueur réelle ou apparente lorsqu’on l’a étiré au delà de cette longueur est un premier indice de la qualité qu’on appelle le nerf ; elle contribue à donner aux tissus la force de résistance proportionnelle à leur prix et nécessaire pour retarder l’usure ; elle acquiert plus d’importance chaque jour à cause du mélange de vieille laine que l’on pratique universellement aujourd’hui dans la fabrication de tous les tissus foulés et feutrés. — L’élasticité de rupture, puissance que développe le brin pour reprendre sa direction et sa forme si on l’a courbé en un ou plusieurs sens, est la preuve décisive du nerveux de la laine.
- La douceur du brin s’accroît d’autant plus que celui-ci est exempt d’aspérités, plus souple et plus flexible, elle s’apprécie au toucher.
- Enfin la couleur, dans les laines, est le plus souvent blanche; mais il est des fibres qui sont naturellement teintes de diverses couleurs (noire, brune, jaune, rousse ou grise), et qui résistent à l’effet des bains dont on se sert pour le lavage et le dégraissage. La laine blanche, susceptible de prendre toute espèce de teinture, est naturellement la plus appréciée.
- Nous avons dit tout à l’heure que l’élevage du mouton était répandu partout. Il serait puéril, néanmoins, de vouloir exactement supputer quelle est la production de la laine sur la surface du globe.
- On ne pourrait, notamment, évaluer, même par approximation, l’importance des immenses troupeaux que renferme l’intérieur de l’Afrique. En 1878, à l’occasion de l’Exposition, un relevé avait été fait, et nous regrettons qu’il n’ait pas été corrigé en 1889; néanmoins, tel qu’il est, il peut donner encore une idée exacte, non pas de la production moyenne de chaque contrée, car les documents fournis par quelques-uns de ces pays ne sont pas complètement d’accord avec ces chiffres, mais de la répartition entre les différents pays de la population ovine de la terre ; aussi croyons-nous utile de le reproduire aujourd’hui :
- République argentine....... 75.000.000
- Australie................... 66.200.000
- Russie...................... A8.131.000
- États-Unis.................. 33.935.000
- Grande-Bretagne............ 32.220.000
- Allemagne.................. 2Zi.935.000
- France..................... 2Zi.589.000
- Espagne.................... 22.05Zi.000
- Autriche-Hongrie........... 20.103.000
- Uruguay.................... 16.009 000
- Cap de Bonne-Espérance... 16.000.000
- Russie d’Asie............... 15.000.000
- Turquie d’Europe............ 15.000.000
- Turquie d’Asie.............. 15.000.000
- Algérie..................... 10.000.000
- Maroc..................... 10.000.000
- Perse....................... 10.000.000
- Italie....................... 7.000.000
- Roumanie................... 5.000.000
- Egypte et Barbarie......... 5.000.000
- Canada....................... 3.300.000
- Suède et Norvège............. 3.252.000
- Portugal..................... 2.700.000
- Grèce...................... 2.700 000
- Danemark..................... 1.719.000
- Hollande...................... 936.000
- D’après ce relevé, on pouvait évaluer à A20 millions le nombre des moutons répartis entre les différentes contrées de l’Ancien et du Nouveau-Monde, ainsi que de l’Australie : c’est à peine s’il y en à 15 à 16 millions de plus aujourd’hui.
- Chose à remarquer, les grands pays producteurs ne sont pas les plus forts consommateurs, le plus souvent, au contraire, ils livrent leurs laines à l’exportation, presque entièrement à destination de l’Angleterre, de la France, de la Belgique, de l’Allemagne et de l’Amérique du Nord, et donnent ainsi naissance à un commerce considérable entre les pays d’élevage et les pays manufacturiers. Trois causes favorisent ce commerce et tendent de plus en plus à le rendre permanent; d’une paît, la valeur intrinsèque relativement importante du produit sous
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- un poids et un volume restreints qui lui permettent de supporter des transports extrêmement longs; d’autre part, la disproportion qui existe entre la production du textile dans les différentes contrées et les besoins de la consommation dans ces mêmes contrées ; enfin la diversité de qualité que présentent les laines des différentes races de moutons, — diversité qui rend souvent un pays importateur et exportateur: importateur de laines fines, par exemple, exportateur de laines à peigner.
- Si l’on répartit en trois catégories les différents pays du monde suivant la marche générale qu’y a subi l’élevage du mouton dans ces dernières années, on constate que les contrées où le nombre des moutons a augmenté sont : l’Australie, le Gap de Bonnne-Espérance, la République Argentine, l’Uruguay et les États de l’ouest et du sud des États-Unis;
- — que celles où le nombre est resté stationnaire sont : l’Angleterre, la France, la Russie, l’Autriche-Hongrie, la Turquie d’Europe et d’Asie, l’Espagne, le Portugal et le nord de l’Afrique ; — que celles où il a diminué sont la Belgique et les Etats de l’est des États-Unis.
- Si l’on répartit ces mêmes pays en trois autres catégories au point de vue du commerce et des échanges, on peut ranger parmi les contrées qui produisent et exportent la laine et qui n’en consomment presque pas : l’Australie, la colonie du Gap, la Confédération Argentine et le Brésil; — parmi les pays qui produisent, consomment et exportent : la Turquie, la Grèce, les Russies d’Europe et d’Asie, l’Inde, la Chine et la Perse; — et parmi les pays qui produisent, consomment et importent : la Grande-Bretagne, l’Autriche, la France, la Hollande, la Belgique, l’Italie, l’Espagne et le Portugal.
- Enfin, si l’on fait un troisième genre de répartition par rapport à la qualité du textile produit, on voit que, parmi les principaux pays d’où l’on retire les laines fines, on peut citer :— l’Australie, le Gap de Bonne Espérance, la Plata, les États-Unis d’Amérique, la France, l’Espagne, l’Allemagne, la Russie et le Chili ; — que les produits de moyenne finesse sont retirés de la Plata, de l’Australie, de la France, de l’Angleterre, du nord de l’Europe, du Portugal, des Principautés Danubiennes, du Chili et du Pérou ;
- — enfin que le Levant, la Turquie, le nord de l’Afrique, le Portugal et le Chili sont ceux d’où l’on retire les laines les plus grossières. On peut remarquer que plusieurs des pays que nous citons fournissent des laines appartenant à la fois à plusieurs catégories.
- Ces divers pays ont importé en France, dans ces dernières années les quantités de laines que voici, en suint ou lavées :
- 1886 1887 1888
- kilos. kilos. kilos.
- Angleterre A2.790.030 39.682.1Zi6 38.709.086
- Belgique ZiO.836.612 36.892.2ZiZi 30.887.Zi76
- Turquie Zi.Z|15.867 5.28Z1.508 3.886.372
- Australie 1.302.5Zil 3.147.801 2.6Zi5.Zi22
- Uruguay 5.098.915 7.78Zi.Zi5Zi 7.965.Zi28
- Rép. Argentine. 65.732.976 5Zi.631.91Zi 55.966 llxl
- Algérie 3.Z|85.892 8.832.2Z|2 10.725.Zi0Zt
- Autres pays.... 29.Zi37.67Zi 18.855.889 17.655.856
- 193.101.007 171.111.198 168. ZiZil. 790
- Ces mêmes importations avaient été avant la
- dernière Exposition :
- 1876 1877 1878
- kilos. kilos. kilos.
- Angleterre Zi3.65Zi.609 Zi5.71Zi.590 Zi9.951 .Zi00
- Belgique 20.680.027 26 553.105 21.876.600
- Allemagne 693.788 869.087 61Zi.700
- Pays-Bas 960.650 6Zi7.529 780.700
- Espagne 1.137,62Zi 2.687.569 2.327.700
- Turquie 5.389.105 6.Z|6l .270 5.98Z1.300
- Ét.barbaresques 2.593.016 3.556.932 3.502.100
- Uruguay 6.362.617 Zi.8Zil.879 Zi.602.300
- Rép. Argentine. 27.85Zi.259 25.797.615 33.519.200
- Algérie 7.572.102 9.238 .Zi06 10.726.500
- Autres pays.... 7.335.130 7.632.5Zil 10.117.900
- 123.132.887 13Zi.200.523 1Zi3.80O.ZiOO
- Les principaux changements portent surtout sur la République Argentine et la Belgique. Nous recevons en outre quelques envois directs d’Australie, ce qui n’existait pas il y a douze ans.
- Les laines de la République Argentine et de l’Uruguay qui, réunies ensemble forment à peu près la moitié de l’importation totale, ont depuis quelques années une tendance à nous arriver exclusivement par le port de Dunkerque, ainsi que le prouvent les chiffres suivants :
- LAINES DE LA PLATA ARRIVÉES PAR
- Marseille. Bordeaux. Le Havre. Dunkerque.
- balles. balles. balles. balles.
- 1879-80. 72Zi 2.6Zl0 77.216 7.3Zil
- 1880-81. 851 1.290 82.096 1.617
- 1881-82 . 798 2.6IZ1 67. OZiZi 27.5Z|Zi
- 1882-83 . .. 1.196 2.7Zi3 51.355 58.0Z(6
- 1883-8ZI. 601 I.8OZ1 Z|6.912 IOZ1.O8O
- 188Zi-8o . .. 2.528 2.173 37.108 138.866
- 1885-86 . .. 2.037 2.117 2Z1.365 138 038
- 1886-87 . 12Zi 1.916 17.597 118.629
- 1887-88 . 90 1.333 27.223 128.512
- Supplément a l’Industrie textile du 10 Septembre.
- 6« Fascicule.
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- HOTHMH
- 42 LES INDUSTRIES TEXTILES
- Ces laines sont presque entièrement destinées à la fabrication du Nord de la France (Roubaix, Tourcoing, Fourmies, Le Cateau, etc.).
- Le suint de la laine.
- Le suint est, nous l’avons dit, un enduit gras et poisseux qui recouvre la laine telle qu’elle existe sur le corps du mouton. Il est produit par l’élaboration de deux séries de glandes : les ylandes sudo-ripares et les glandes sébacées. Les premières sécrètent la sueur proprement dite, la versent à la surface de la peau, et ce liquide, par l’évaporation spontanée, laisse un résidu en majeure partie soluble dans l’eau qui s’accumule et s’épaissit dans la toison. Les secondes, situées comme les premières dans l’épaisseur du derme, s’ouvrent à la base de chaque poil, et sécrètent une matière grasse toute spéciale, cireuse, répandue à la surface des filaments.
- Depuis la dernière Exposition, des travaux d’une grande importance ont été faits sur les matières provenant de ces deux sécrétions et sur les modifications qu’elles subissent durant leur séjour sur la laine du mouton, par M. Buisine, professeur à la Faculté des sciences de Lille. Ces travaux ont eu pour résultat de bien spécifier ce qu’est le suint, et quel rôle joue cette matière complexe dans l’industrie du lavage de la laine.
- Pour indiquer combien l’étude de ces produits était compliquée de prime abord, nous rappellerons que les nombreuses matières qui existent dans la constitution du suint sont le résultat d’un mélange renfermant : — 1° les produits de la sécrétion sudo-rique; —2° ceux de la sécrétion sébacée; — 3° ceux qui résultent de la décomposition ou du dédoublement de quelques-uns des principes de ces deux sécrétions ; — 4° ceux formés sur la toison par la réaction de certains principes sécrétés les uns sur les autres ; — 5° les produits étrangers (matières terreuses, excréments, etc.) amenés de l’extérieur et qui ne font pas partie essentielle du suint; —6° enfin, certains corps qu’on trouve dans les eaux de lavage de la laine et qui résultent de la décomposition et de l’attaque du textile lui-même pendant le travail. Nous rappellerons en outre que ces divers produits, dissous dans l’eau, changent de composition en quelques heures sous l’influence des microbes qui les envahissent.
- Vauquelin est le premier qui, en 1803, a essayé de déterminer la composition du suint. La plupart
- croyaient à cette époque que le suint était une matière unique : les uns opinaient pour une graisse, d’autres pour un savon. Vauquelin montra que c’était un produit complexe, tout en n’étudiant cependant que la partie du suint qu’il put retirer du filament par des lavages à l’eau pure. Il fit voir que la solution qu’il obtint contenait un savon à base de potasse, associé à une certaine quantité d’acétate de potasse, de carbonate de potasse et de chlorure de potassium, plus une substance animale à laquelle il attribua l’odeur particulière du suint ; et il reconnut en outre qu’il restait sur la laine, après le traitement par l’eau, une certaine quantité de matière grasse non combinée avec l’alcali, que des lavages à l\ au plus soignés ne pouvaient enlever.
- M. Chevreul a étudié ensuite le suint : les résultats de ses recherches ont été de sa part l’objet de nombreuses communications faites de 1820 à 1866 à l’Académie des sciences. En traitant une toison de mérinos successivement par l’eau distillée froide et par l’alcool, il en retira les matières suivantes qui toutes, comme la laine, ont été séchées à température de 100°:
- Matière terreuse qui s’est déposée de l’eau distillée dans laquelle on a lavé la
- laine.................................. 26 26
- Suint dissous dans l’eau distillée...... 32 llx
- B / Matière grasse formée de stéarine
- I \ et d’élaïérine................. 8 37
- | i < Matière terreuse fixée à la laine
- | | / par la matière grasse............. 1 h0
- 2 ( Laine dégraissée par l’alcool..... 31 23
- 100 »
- En négligeant les matières terreuses, le suint se partage d’après lui en deux portions : — l’une, soluble dans l’eau, composée principalement de sels organiques de potasse ; — l’autre, insoluble, formée par une matière grasse particulière. Ces deux portions sont elles-mêmes très complexes. M. chevreul chercha surtout à séparer les principes immédiats que renferme le suint, sans s’attacher à la composition élémentaire des principes ainsi isolés. A ce propos, il posa les bases de l’analyse organique immédiate, et, en appliquant sa méthode au suint, il parvint à en séparer une trentaine de substances diverses qu’il fit connaître dans un travail publié en septembre 1857 : « Jamais, dit-il, dans ma carrière chimique de cinquante-quatre ans, tant d’obstacles n’ont hérissé la route que je voulais parcourir. » Voici l’énumération de ces substances : 1° eau, 2° ammoniaque, 3° acide
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- A L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1889.
- 43
- carbonique, 4° arôme des bergeries, 5° arôme y, 6° acide phocénique (valérianique), 7° acide volatile, 8° stéarine, 9° élaïerine, 10° principe immédiat gras cristaliisable à la limite des acides, 11° stéarate de potasse, 12° élaïérate de potasse, 13° phocénate de potasse, 14° acide volatil x uni à la potasse, 15° acide cristaliisable incolore, 16° acide incristal-lisable orangé-jaune, 17° acide azoto-sulfuré brun (ces trois derniers unis à la potasse dans le liquide brun), 18° matière acide azoto-sulfurée insoluble dans l’eau, 19° carbonate dépotasse cristaliisable, 20° sulfate de potasse, 21° chlorure de potassium, 22° silicate de potasse, 23° oxalate de chaux, 24° phosphate de chaux, 25° phosphate ammoniaco-magnésien, 26° carbonate de chaux, 27° oxyde de fer, 28° oxyde de manganèse, 29° oxyde de cuivre.
- Parmi les principaux travaux sur le suint qui peuvent compléter ces recherches, il faut citer ceux de MM. Mauméné et Rogelet, Reicht et Ulbricht, Hartmann, Marcker et Schulze. Mais on n’était arrivé jusqu’ici à bien connaître que la partie minérale du suint ; on n’avait sur les principes organiques qu’il renferme à l’état de combinaison que des renseignements très incomplets, puisque, dans l’analyse de M. Chevreul que nous venons de citer, l'auteur se voit obligé de ne désigner certains corps que par les lettres x et y.
- M. Buisine a repris cette analyse dans tous ses détails, et, après des recherches extrêmement longues et compliquées, il a montré que les eaux de suint renfermaient en dissolution les composés suivants ; acide carbonique libre, carbonate d’ammoniaque, urée, carbonate de potasse, phénysulfate de potassium, formiale de potassium, acétate de potassium, propyonate de potassium, butyrate de potassium, valérianate de potassium, caproate de potassium, œnantylate de potassium, caprylate de potassium, caprate de potassium, palmitate de potassium, stéarate de potassium, cérotate de potassium, oléarate de potassium, oxyoléates de potassium, lactate de potassium, oxalate de potassium, succinate de potassium, hippicrate de potassium, urate de potassium, benzoate de potassium, glycocolle, leucine, acides amidés homologues du glycocolle, tyrosine, graisse de suint ou suintine, produit goudronneux soluble dans 1 ammoniaque, matières colorantes, chlorure de potassium, sulfate de potassium, oxyde de sodium (remplaçant en partie la potasse dans ces différents sels), phosphate ammoniaco-magnésien, chaux, oxyde
- de fer, alumine, oxyde de manganèse et oxyde de cuivre.
- Nous n’insisterons pas sur les détails de cette composition, que nous ne citons d’ailleurs ici que dans l’unique but de montrer que le suint est un produit beaucoup plus complexe qu’on ne le croyait encore jusqu’ici.
- Mais quelle est la quantité de ce suint contenue dans une toison? D’une manière générale, abstraction faite des matières terreuses dont la quantité est fort variable, la laine brute renferme environ 30 0/0 de son poids en suint total. Mais cette quantité elle-même varie suivant la nature des laines, car les plus grossières, par exemple, en renferment beaucoup moins que les fines.
- Un certain nombre d’auteurs, particulièrement Ulbricht et Reicht, qui se sont occupés de cette questions, sont en complet désaccord l’un avec l’autre. La raison en est que la quantité de suint que renferme une laine brute n’est pas la même pour les différentes races de moutons, qu’elle varie d’un animal à l’autre suivant les conditions de vie, et qu’en outre elle ne paraît pas être répartie uniformément dans la toison. La manière de faire le lavage peut aussi influencer sur le résultat, si l’on considère la proportion relative des différentes parties du suint, en augmentant une partie aux dépens de l’autre : la graisse peut être en effet entraînée en quantité plus ou moins grande dans la partie soluble. Il faudrait alors, pour pouvoir comparer les résultats, que les lavages fussent faits toujours de la même façon, dans les mêmes conditions, avec la même quantité d’eau, dans le même temps, à la même température. La façon de présenter les résultats peut aussi donner lieu à des désaccords, certains chimistes rapportant leurs résultats à la laine brute, d’autres à la laine dessuintée, d’autres au suint total.
- Voici comment M. Buisine établit le dosage du suint dans une laine brute et l’estimation des différentes parties qui le constituent, étant donné qu’on ait à déterminer les chiffres concernant : 1° l’humidité, 2° le suint soluble, 3° le suint insoluble (graisse), 4° les matières terreuses, 5° la laine pure.
- Il détermine l’humidité en séchant un poids donné de la laine à l’étuve (105 à 110°) et en établissant, par la perte de poids, la quantité d'eau que contient l’échantillon. 11 établit ensuite le dosage du suint soluble en lavant un poids donné de laine avec de l’eau distillée froide, en évaporant la liqueur et en
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- prenant le poids du résidu. Il dose la graisse sur la laine préalablement dessuintée qu’il épuise, après l’avoir essorée, à l’éther ou au sulfure de carbone : par évaporation du dissolvant, il a le poids de la graisse enlevée. Enfin la laine, traitée de cette façon, est débarrassée du suint ; elle ne renferme plus que les impuretés provenant de l’extérieur (sable, paille, crottin, etc.). M. Buisine rassemble ces matières en battant le textile sur un tamis, puis en le lavant avec un peu d’eau, qui entraîne le reste des impuretés, il les recueille et les pèse : la laine est alors séchée et son poids déterminé. Cette méthode ne présente d’ailleurs aucune difficulté.
- Dans la pratique, on ne détermine pas la quantité de suint soluble que fournit une laine. Ce qu’on recueille et ce qu’on estime, c’est le salin fourni par la calcination de ce produit. La partie minérale représente donc la moitié environ du poids du suint soluble séché ; il faut donc multiplier par deux ce poids de salin pour avoir la quantité de suint qu’il représente. On retire de la laine brute, dans les peignages, la laine pure, la potasse et la graisse. Jusqu’à présent même on ne recueille généralement que la laine pure et la potasse, les eaux savonneuses contenant la graisse sont encore jetées à l’égout par la majeure partie des peigneurs.
- Pour nous rendre compte de la quantité de suint que contient la laine, nous allons comparer plusieurs analyses entre elles. Voici, par exemple, les chiffres de composition moyenne d’une laine brute que donnent MM. Maumené et Rogelet dans le Bulletin de la Société chimique de Paris (tome VI, page h72) comme déduite d’une longue expérience industrielle, en faisant abstraction complète de la terre :
- Laine pure.................................. Z16
- Graisse ..................................... 10
- Suint soluble (séché à 100°)................. 22
- Humidité................................... 22
- 100
- D’autre part, nous trouvons dans les Comptes rendus de l’Académie des sciences en 1883 (tome XGVI, page 1A80) les résultats suivants fournis par M. Delattre, peigneur à Dorignies, comme représentant une moyenne iudustrielle :
- Laine pure................................ 40
- Graisse y compris les acides gras du savon
- employé au lavage........................ là
- Potasse..................................... à 5
- Terre, sable,humidité, matières organiques 41 5
- 100 »
- M. Buisine donne les nombres que voici, établis par MM. Patry et George, à la suite d’expériences de dégraissage de la laine au toluène, faite par eux au peignage de MM. Motte et C|e, à Roubaix :
- Laine pure............................... 37 75
- Graisse................................. 10 à
- Potasse.................................... 5 5
- Pour une laine de Buenos-Ayres, ses conclusions au point de vue industriel sont les suivantes :
- « La considération des proportions relatives aux deux principales portions du suint, la portion soluble dans l’eau et la graisse, donne l’explication de certaines difficultés que l’on observe parfois dans le lavage de la laine; on distingue le suint normal et le suint défectueux. Le suint normal forme sur la laine une couche uniforme, rend le poil souple et le protège contre l’humidité. Dans certaines conditions anormales, le suint se trouve en trop grande quantité et alors forme des plaques épaisses dans la toison ; il agglutine ainsi des parties de laine et forme une enveloppe inutile, Ou bien le suint se trouve en quantité trop faible, et la laine est rude et plus ou moins cassante. Les résultats que nous venons de donner s’appliquent à des laines dont le suint est normal et il ressort des nombres cités que le rapport de la graisse au suint soluble, abstraction faite des matières terreuses, est à peu près de 1/2 à 1/3, et peut même aller jusqu’à 1/A (mérinos analysé par M. Chevreul), c’est-à-dire que le suint soluble considéré à l’état sec est deux fois, trois fois, et même quelquefois quatre fois plus abondant que la graisse. Dans d’autres cas, au contraire, et cela correspond en général à des laines difficiles à laver, le rapport observé est tout à fait en dehors de ces proportions. Schulze et Barbiéri( Wagner s Jahresbericht derchemi-scher Technologie, 1879, page 98), qui eurent l’occasion d’étudier des laines poisseuses, ont constaté que dans ces sortes de laines le suint soluble était relativement en très faible quantité, tandis qu’au contraire la graisse s’y trouvait en abondance, et ils attribuent les difficultés que l’on rencontre dans le lavage, non pas à la grande quantité de graisse, mais à cette faible proportion de suint soluble. De plus, le suint soluble renferme toujours une quantité notable de savon de potasse tout formé; Schulze et Barbiéri n’en ont pas trouvé dans celui de la laine poisseuse. Telle est la cause principale des difficultés que l’on rencontre dans le traitement de ces laines, car le suint soluble a une réelle influence dans le la-
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- vage par le savon et les sels alcalins qu’il renferme. Lorsque des difficultés de ce genre se présentent dans le travail,, la pratique a montré, en effet, qu’il était avantageux de traiter ces laines grasses ne renfermant presque pas de suint soluble par les eaux de suint provenant d’autres laines : on facilite ainsi considérablement le lavage. Dans certains suints, on observe l’anomalie inverse : la graisse y existe en très petite quantité. Certaines laines, par exemple, après le désuintage, ne renferment plus que 1 à 2 pour cent de graisse ».
- De tout ceci il résulte, pour le chimiste, — d’une part, que la composition du suint est sujette à de fréquentes variations, —d’autre part, que la faconde faire les déterminations peut influer sur les résultats et amener des divergences entre les observateurs ; mais il en résulte aussi pour le peigneur qu’il est toujours intéressant de connaître qualitativement et quantitativement la composition du suint des laines, de laquelle il peut parfois déduire de précieuses indications sur la manière d’opérer.
- M. Buisine a étudié aussi le salin de suint, résultat de la calcination de l’extrait sec obtenu par concentration des eaux de désuintage des laines brutes. La composition du résidu sec des eaux du suint est presque constante; soumis à la calcination, il laisse sensiblement toujours le même poids de résidu minéral. M. Maumené donne comme moyenne un rendement de 52 pour 100 en salin brut, et Marcker et Schulze dans le Journal fur praktische Chemie von Erdmann (tome CVIII, 1809, page 102) estiment que le résidu de l’extrait aqueux du suint comprend en moyenne 60 pour 100 de matières organiques et 40 de matières minérales.
- MM. Maumené et Rogelet, en 1859, dans le Bulletin de la Société chimique de Paris (tome IV, page 472) ont fait ressortir l’importance et la valeur de cette source de potasse. « La partie soluble du suint, disent-ils alors, est un mélange de sels, dont les acides sont pour la majeure partie de nature organique et dont la base est la potasse seule avec une très petite quantité de chaux et de sel de magnésie. Ce mélange est neutre. Il ne contient pas de carbonate de potasse, mais il ne laisse que ce sel par la calcination et en quantité suffisante pour servir de base à une fabrication en grand ». Ces mêmes chimistes ont imaginé à cette époque un procédé de traitement des eaux industrielles de désuintage ; ce procédé, breveté en France et en Angleterre, fut installé par eux dans un certain nombre de peignages et peu à
- peu il se répandit : il est aujourd’hui partout adopté.
- Le salin de suint ne renferme-t-il que de la potasse ou contient-il aussi de la soude? Il y a là, au point de vue physiologique, un point important à éclaircir. Il résulte d’expériences entreprises à ce propos par M. Gloez (Bulletin de la Société chimique, tome XII, 1869, page 23) que la soude existe réellement dans le suint : généralement en très petite quantité dans tous les suints et en proportion un peu plus notable lorsque le mouton est nourri à peu de distance de la mer. Pour bien éclaircir ce point, M. Buisine a fait l’analyse d’un salin de suint pris au hasard parmi ceux que livre l’industrie; voici les résultats de cette analyse :
- Carbonate de potasse 7 h 45
- Carbonate de soude 6 59
- Sulfate de potasse 4 24
- Chlorure de potassium 7 28
- Humidité 1 04
- Insoluble 6 02
- 100 »
- D’où il suit que la potasse de suint ne renferme en moyenne que 3 à 7 pour 100 de carbonate de soude ; cette potasse est cependant assez recherchée, car les savonniers notamment l’emploient au lieu de carbonate de potasse raffiné. M. Buisine fait toutefois observer que dans le salin du suint, obtenu industriellement, une partie de la soude qu’il contient provient de l’eau employée au désuintage, parce que cette eau est toujours épurée préalablement par addition de carbonate de soude. On sait que cette épuration a pour but d’éliminer les sels calcaires de l’eau, qui feraient double décomposition avec le savon alcalin contenu dans le suint; on évite ainsi la formation de savons calcaires qu’il serait difficile d’enlever à la laine et qui la rendraient rude et grise. Outre les carbonates alcalins, M. Buisine a spécifié que ce salin renfermait aussi une proportion notable de chlorure et de sulfates de potassium et de sodium ; ces sels y existent d’une façon constante et forment, avec les carbonates, presque toute la portion soluble du salin. Les autres sels y entrent en quantité tellement faible qu’on peut souvent les négliger.
- Examinons maintenant ce que sont les eaux de désuintage des laines, dénommées dans l’Industrie eaux de suint. C’est un liquide brun qu’on obtient par le traitement à l’eau froide de la laine brute, il possède une forte odeur de bergerie et renferme en
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- LES INDUSTRIES TEXTILES
- dissolution tous les produits de la sécrétion sudorique du mouton.
- Yauquelin etChevreul qui, les premiers, ont étudié ces eaux, considèrent tous deux la proportion de suint soluble dans l’eau comme un savon mêlé de quelques sels de potasse. Pour Chevreul, le savon serait un mélange de stéarate et d’élaïérate de potasse, sels des deux principes gras nouveaux qu’il a isolés du suint. Il signale en outre la présence d’un certain nombre d’éléments nouveaux dont nous avons donné la liste précédemment ; dans les acides volatils, par exemple, il trouve à côté de l’acide acétique, de l’acide valérianique et quelques autres qu’il n’a pas déterminés. MM. Maumené et Rogelet ne fournissent, dans leur étude parue au Bulletin de la Société chimique de Paris (1865, tome IV, page 474) que peu de renseignements sur la nature de la matière organique du suint soluble. « La partie soluble du suint, disent-ils, est un mélange de sels dont les acides sont pour la majeure partie de nature organique » et ils désignent ce mélange sous le nom de suintate de potasse. Cependant, M. Maumené, dans un article paru en 1876 dans le Journal de Vexploitation des corps gras industriels (page 270), indique que l’acide du sel de potasse principal est un acide azoté.
- Ulbricht et Reicht (Pharmaceutical journal and transaction, 1876, page 352) ont trouvé dans le suint soluble de l’acide formique à l’état de formiate de potasse; et, pour eux, le savon serait simplement un mélange d’oléate, de stéarate, et peut-être ainsi de palmitate de potasse.
- • Tel était l’état de nos connaissances sur la matière organique de cette partie du suint au moment où M. Buisine, de son côté, a entrepris aussi d’étudier la composition chimique des eaux de désuintage des laines; il a opéré sur des liquides provenant du lavage industriel de la laine, notamment des types provenant des peignages de MM. Isaac Holden et fils de Croix, près Roubaix; — A. Motte et Gie; — et Vinchon et Cie, de Roubaix.
- On admet généralement que le carbonate de potasse du salin du suint est le résultat de la décomposition pyrogénée des sels à acides organiques de la sueur du mouton. Le liquide sudorique et, par suite, les eaux de lavage de la laine renferment tout l’alcali combiné à des acides organiques. C’est seulement dans la calcination de l’extrait sec du suint que prend naissance le carbonate de potasse. Cepen-
- dant certains auteurs, se basant sur la réaction alcaline que possède souvent les eaux du suint, concluent qu’elles doivent renfermer du carbonate de potasse tout formé. D’autres, au contraire, prétendent que le suint est neutre et que, par conséquent, il ne peut renfermer de carbonate de potasse. En présence de ces résultats contradictoires, M. Buisine a été conduit à faire quelques expériences pour établir : — 1° si réellement le suint du mouton était alcalin et renfermait du carbonate de potasse; — 2° dans le cas de l’affirmative, si ce carbonate de potasse était un produit de sécrétion, ou bien s’il prenait naissance sur la toison ou pendant le lavage par la décomposition de certains sels organiques ; — 3° enfin, dans ce dernier cas, aux dépens de quels principes et sous quelles influences se développait ce carbonate de potasse.
- Que le suint du mouton ait une réaction plus ou moins alcaline, cela est certain. Mais M. Maumené déclare que, dans son état normal, il est parfaitement neutre, et que, lorsqu’il devient alcalin, l’alcalaniié n’est due qu’à une production de carbonate d’ammoniaque par suite d’une fermentation putride. Il s’agissait de vérifier cette assertion. La présence de ce carbonate dans l’eau de désuintage ne peut être mise en doute, car en chauffant les eaux de désuintage dans des conditions convenables, on voit ce sel se sublimer sur les parois froides de l’appareil. Mais l’alcalinité lui est-elle uniquement due? et n’existe-t-il pas en même temps du carbonate de potasse ou d’autres sels alcalins? Si l’explication donnée par M. Maumené était exacte, le suint, débarrassé du carbonate d’ammoniaque qu’il contient, devrait être neutre. C’est ce qui n’est pas. M. Buisine a, en effet, éliminé ce sel en soumettant à l’ébullition de l’eau de désuintage, la ramenant à sec, séchant à l’étuve le résidu, et le reprenant par l’eau : cette solution avait encore une réaction franchement alcaline. L’alcalinité pouvant être attribuée à certains sels que contient le produit, les savons, par exemple, qui possèdent cette réaction, le même expérimentateur, pour écarter cette supposition, a épuisé le suintate sec par l’alcool fort, de façon à dissoudre les matières en question, et, après ce traitement, il a constaté que la portion insoluble dans l’alcool était encore alcaline et faisait effervescence avec les acides. Enfin, pour prouver que cette alcalinité est bien due au carbonate de potasse, il a fait l’expérience suivante : la portion de résidu sec insoluble dans l’alcool étant soluble dans l’eau, il a ajouté à
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- cette solution franchement alcaline, une solution neutre de chlorure de baryum, a obtenu un précipité abondant qu’il a constaté alors ; — une double décomposition a, en effet, donné naissance à du carbonate de baryum et à du chlorure de potassium.
- Mais comment se forme ce carbonate de potasse qu’utilise l’industrie? De l’avis de M. Buisine, la réaction qui lui donne naissance ne doit pas se passer sur la toison, mais seulement plus tard, quand les produits sont en dissolution au moment du lavage ou dans l’eau de désuintage abandonnée à elle-même. Autrement le carbonate de potasse formé agirait sur la graisse et disparaîtrait, du moins en partie, en formant du savon. Dans les eaux de désuintage au contraire, où il n’y a plus d’acides gras libres pour le saturer, ce sel reste et peut s’accumuler. C’est donc pendant le lavage que commencent les réactions qui donnent naissance au carbonate de potasse, et elles doivent se continuer dans l’eau du suint abandonnée à elle-même.
- Quant à la nature de ces réactions, M. Buisine les regarde comme le résultat d’une combustion lente de la matière organique en dissolution dans ces eaux, produite par les microbes qui y végètent quand elles se trouvent dans des conditions convenables. Voici comment il a été amené à cette conclusion. — Une eau de désuintage fut abandonnée par lui dans un flacon analogue à celui que l’on voit sur les cuves où se fait l’acétification de l’alcool, mais plus épais. Vu au microscope, le liquide était rempli d’organismes. On 11e pouvait pas en douter, cette eau avait été le siège d’une fermentation bien caractérisée. En outre, soumise à l’analyse, elle fournit des proportions considérables d’acide carbonique libre et de carbonate de potasse; elle renfermait alors tout formé 59, Zi centièmes du carbonate de potasse au total. Cette grande quantité de carbonate de potasse avait dû évidemment se former sous l’influence du myco-derme dont la masse constituait le voile observé à la surface du liquide. Cette formation continue de carbonate de potasse permet d’expliquer pourquoi certains industriels dégraissent Ja laine brute en la laissant digérer dans son suint en présence de l’eau. C’est qu’en effet le carbonate alors produit, agissant lentement sur la graisse restée sur la laine, donne du savon. Cette quantité de savon peut devenir suffisante pour dégraisser complètement le textile. Le savon ainsi formé émulsionne et enlève à la laine le reste de sa graisse.
- C’est encore par la décomposition de combinaisons
- plus complexes encore, décomposition produite sous l’influence des microbes, que prennent aussi naissance dans les eaux du suint abandonnées à elles-mêmes les acides volatils, l’acide acétique et ses homologues, qu’on retrouve dans les eaux de désuintage à l’état de sels de potasse qui n’existent pas dans le liquide sudorique frais.
- Jusqu’à présent, dans l’industrie, on n’a tiré parti des eaux de suint que comme source de potasse, en détruisant par calcination toute la matière organique combinée à l’alcali et dont on ignorait jusqu’ici la nature. Mais il est possible que plus tard ces eaux deviennent une source féconde à d’autres produits intéressants, tels que l’acide acétique, par exemple, qui s’y trouve contenu en grande quantité, et l’acide benzoïque dont on pourrait trouver une source tout aussi importante et tout aussi facile à exploiter que Burine des herbivores.
- Les résultats intéressants auxquels est arrivé M. Buisine peuvent donc avoir ultérieurement une réelle importance, tant pour l’industrie du lavage des laines brutes qu’au point de vue de l’utilisation plus étendue des eaux de désuintage que les laveurs de laines fournissent en quantités si considérables dans tous les pays où se pratique l’élevage du mouton.
- Les laines de France.
- Il y a à distinguer en France, les laines provenant des races indigènes françaises, dont aucune ne donne de produit remarquable, et celle des races améliorées provenant de l’étranger, qui toutes fournissent, soit en laine longue, soit en laine courte, des fibres de qualité supérieure ou moyenne.
- L’élevage de l’une et l’autre race reste chez nous à peu près stationnaire depuis la dernière Exposition, ainsi que nous venons de le dire plus haut. « L’Espagne a 25 millions de mérinos, avait dit autrefois Napoléon Ier, je veux que la France en ait 100 millions ». Or, nous ne comptions au moment de l’Exposition de 1867 que 30 millions; en 1878, que 23,500,000; et actuellement que 22,500,000 environ. Voici quelle a été la répartition entre les races indigènes et les races perfectionnées :
- RACES RACES
- indigènes. perfectionnées.
- 1878........... ‘20.802.579 2.695.266
- 1879. .......... 20.292.9Zj9 2.700.918
- 1880........... 19.861.7Zj8 2.65/1.836
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- LES INDUSTRIES TEXTILES
- RACES RACES
- indigènes. perfectionnées.
- 1881 ......... 19.660.524 2.640.980
- 1882 ......... 19.044.366 2 590.350
- 1883 ......... 19.190.964 2.648.693
- 1884 ......... 19.740.534 2.587.163
- Ce manque d’accroissement tient à plusieurs causes. L’une des principales est l’abaissement général du prix des laines en France, conséquence de la multiplication des moutons en Australie et dans la République Argentine et de l’introduction plus facile des laines étrangères. En parcourant l’exposition agricole du quai d’Orsay, où nous voyons réunis, clairsemés au milieu d’autres produits culturaux, les spécimens les plus remarquables des laines de nos cultivateurs français, nous pouvons justement relever çà et là quelques statistiques se rapportant à cet abaissement des prix dont nous parlons. Voici par exemple la collection des produits de la Société d’agriculture de Meaux : la laine fine valait dans cette région 2 fr. 20 en 1878; elle ne vaut plus que 2 francs en 1884 et 1 fr. 70 en 1888; —la laine croisée a suivi la même progression : de 2 francs en 1878, elle est arrivée à 1 fr. 80 en 1884 pour tomber à 1 fr. 40 en 1888. Dans l’exposition des produits agricoles envoyés par la Société d’agriculture de Melun, même statistique désolante : on a relevé ici les prix de vente des toisons en suint d’un troupeau mérinos de l’une des fermes du pays les plus considérables et les mieux outillées : en 1871, le kilogramme de lainage valait 2 fr. 65; en 1882, il n’est plus que de 2 fr. 20 ; en 1884, 2 fr. 10, et en 1888, 1 fr. 70 seulement.
- Une autre cause du peu de progrès de l’industrie pastorale en France vient de la transformation de notre agriculture : autrefois les pâturages étaient chez nous plus nombreux, etl’élèvagedu mouton était considéré comme un accessoire indispensable ; aujourd’hui, les fermiers se voient obligés de soumettre ces mêmes terres au labourage, et se privent par conséquent de l’élevage d’animaux dont les services ne sont plus appropriés aux besoins actuels.
- Ajoutons à cela que la spéculation lainière ne trouve pas un aliment suffisant dans l’agriculture indigène. Elle peut obtenir les quantités qui lui conviennent en qualités bien suivies des colonies anglaises ou de l’Amérique du Sud; en France, au contraire, les grands troupeaux sont rares et ces qualités fort variées.
- Enfin il faut ranger parmi les causes du station-
- nement du chiffre de la population ovine de la France la situation faite aux fermiers qui, ayant conservé les races indigènes et n’en retirant plus le bénéfice d’autrefois, les ont peu à peu abandonnées pour les remplacer par les races améliorées plus grosses et plus hâtives : ces fermiers n’ont eu ainsi besoin, pour exploiter les mêmes terres, que d’un nombre d’animaux fort inférieur à celui qu’ils eussent possédé s’ils avaient continué à se servir des anciennes races.
- Certes, dans les chiffres actuels, il faut faire la part de la population ovine des provinces perdues à la dernière guerre ; il faut aussi considérer que la diminution du nombre des moutons est compensée dans une large mesure par l’augmentation du volume et de la valeur des animaux ; mais en somme comme on ne peut, dans ces sortes de statistiques, que difficilement peser la population ovine et qu’on doit par conséquent se contenter de la compter, il n’en reste pas moins certain que le chiffre des moutons élevés en France est stationnaire pour les dernières années et en outre inférieur à ce qu’il était il y a vingt ans. Le tableau suivant indique la richesse comparative de chaque département en animaux de l’espèce ovine en 1878 et 1886 (voir le tableau page 49).
- Examinons maintenant successivement quels sont les différents types d’animaux qui constituent chez nous soit les races françaises indigènes, soit les races améliorées étrangères, et voyons quelle espèce de laine on en tire.
- Les races françaises appartiennent à trois types principaux :
- 1° La race flamande, fournissant une laine assez commune, à mèches longues et pointues, propre à la confection des matelas ;
- 2° La race berrichonne, qui donne une laine d’assez basse qualité, frisée, courte, dure et sèche;
- 3° La race ibérienne, d’où l’on retire une laine dure et grossière, parfois très dure, en mèches pointues et bouclées.
- La race flamande, comme son nom l’indique, habite les Flandres belge et française, d’où elle s’est étendue dans presque tous les départements du nord-ouest et de l’ouest jusqu’aux Charentes inclusivement. Museau pointu, oreilles larges et pendantes en arrière, laine pendante, toison lâche et chargée de suint, taille variée mais toujours grande, avec le ventre, les cuisses et les jambes dégarnies de laine, tels sont ses caractères ; son principal mérite est de
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- A L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1889.
- 49
- État comparatif DU NOMBRE DES MOUTONS ET DE LA PRODUCTION DE LA LAINE EN FRANCE EN 1878 ET EN 1886.
- NOMBRE DE MOUTONS. PRODUCTION DE LA LAI NE NOMBRE DE MOUTONS. PRODUCTION DE LA LAINE.
- DÉPARTEMENTS. DÉPARTEMENTS.
- 1878 1886 1878 1886 1878 1886 1878 1886
- quintaux. quintaux. quintaux. quintaux.
- Report 13.810.643 13.059.819 247.527 277.310
- Ain 65.718 50.804 6.793 1.943 Loiret. 3fin /iQO 337 971 7.209 7 457
- Aisne 816.779 644.538 25.862 25.595 Lot. .... 434 000 605 316 4.000 12.488
- Allier 302.559 348.010 3.714 8.721 Lot-et-Garonne.... 71.100 107.151 1.370 744
- Alpes (Basses-) 266.300 347.874 4.825 7.800 Lozère 309 300 365 692 2.750 6.602
- Alpes (Hautes-).... 282.950 240.588 2.000 3.500 Maine-et-Loire 68.500 80.173 1.600 1.600
- Alpes-Maritimes... 108.300 115.849 1.100 1.430 Manche 254.000 219.586 7.000 5.488
- Ardèche 229 326 236.231 2.458 2.356 Marne . . ... S98 1 9Q 397 711 14-301 14 188
- Ardennes 387.448 301.334 7.973 6.428 Marne (Haute-).... 169.277 160.269 1.973 3.054
- Ariège 323.9A9 329.461 6.132 7.261 Mayenne 69 500 57 564 722 2 294
- Aube 258.430 259.835 4.637 5.953 Meurthe-et-Moselle 103.399 128.271 1.250 3.240
- Aude 330.000 124.558 6.923 3.570 Meuse 140.830 141.309 1.944 4-022
- Aveyron 756.920 639.040 12.370 9.096 Morbihan 92 949 65 419 885 1.111
- Bouches-du-Rhône. 412.021 402.117 9.770 12.579 Nièvre 212.136 189.040 2.843 3.861
- Calvados 104.896 92.400 2.367 2.200 Nord 126 305 100 575 5.180 4.033
- Cantal 380.625 388.832 7.003 7.120 dise 517 245 408 534 16.781 12.412
- Charente 287.607 289.157 4.308 3.181 Orne 192 050 99 000 3.050 3.375
- Charente-Inférieure 84.605 280.403 806 9.021 Pas-de-Calais 274.969 210.868 8.789 8.394
- Cher 483.879 540.744 7.299 8.689 Puy-de-Dôme 318.135 375.448 4.608 3.754
- Corrèze 575.000 6'|7.650 5.312 * 5.357 Pyrénées (Basses-) . 435.631 418.676 4.054 8.760
- Corse 248.434 216.522 549 2.080 Pyrénées (Hautes-). 316.104 227.220 2.445 4.500
- Côte-d’Or 354.880 344.517 6.481 7.955 Pyrénées-Orientales 133.016 243.227 1.278 7.939
- Côtes-du-Nord 134.600 83.000 2.000 2.000 Rhin(Haut-)(Belfort) 4.386 5.038 40 51
- Creuse 569.000 750.852 5.155 10.276 RhAno . . . 48 000 41 255 1.000 800
- Dordogne 540.000 494-000 5.700 6.200 Saône (Haute-) .. . 77.908 83.706 1.224 2.570
- Doubs 74.010 45.687 810 433 Saône-et-Loire ... 213.550 169.876 4.100 2.185
- Drôme 413.500 409.401 5.670 4.500 Çlarthp 51 017 65 100 830 2.178
- Eure 478.700 350.042 19.900 11 295 100 835 88 929 1.423 2 040
- Eure-et-Loir 684.081 640.083 22.939 18.701 Savoie (Haute-).... 35.726 46.775 476 1.950
- Finistère 63.000 69.239 550 1.564 Seine 5 579 4 745 150 52
- Gard 302.847 387.434 5.755 6.495 Seine-Inférieure... 340.365 236.176 6.751 10.032
- Garonne (Haute-).. 265.000 167.912 7.900 5.689 Seine-et-Marne.... 539.560 495,367 18.893 20.044
- • Gers 156.000 129.765 3 320 1 582 R/,1 iO/i qi S R8Q 11 475 13 508
- Gironde 252.640 102.017 3.267 3.614 Sèvres (Deux-) .... 15.433 187.609 1.035 2.184
- Hérault 294.500 419.100 5.4C0 7.200 490 374 494 087 12.930 16.304
- Ille-et-Vilaine 42.000 37.674 468 563 Tarn 455.500 347.187 12.270 8.056
- Indre 627.000 585.787 7.140 14.983 Tarn-et-Garonnc .. 143.673 145.858 2.918 2.167
- Indre-et-Loire.. .. 188.750 138.900 2.831 2.853 Va.r. . . . 92 723 194 599 2.313 11.078
- Isère 149.653 168.631 2.877 11 8nn 197 477 9U8 U9/| 2 332 5 901
- Jura 23.898 23 612 265 491 ;-i«7 97 n A q/, 9Q1 4.000 2 267
- Landes 384.996 310 480 3 389 7 150 V i p n n p 379 932 280 «fin 3.504 8 767
- Loir-et-Cher 405.979 312.000 7.113 6.195 Vienne (Haute-).. . 550.159 645.275 8.376 11.024
- Loire... 93.873 105.573 831 1.110 Ynsrrpfl 59 594 64 003 798 870
- Loire (Haute-) 326.100 395.166 1.925 9.651 Yonne 320.838 318.359 5.862 9.866
- Loire-Inférieure... 182.000 93.000 3.640 1.200
- A reporter.. 13.810.643 13.059.819 247.527 277.310 Totaux.. 23.711.935 22.678.728 444.259 530.520
- Supplément a l’Industrie textile du 10 Septembre. 7e Fascicule.
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- 50 . "LES INDUSTRIES TEXTILES
- s’engraisser facilement. En se propageant, les moutons flamands se sont modifiés suivant la fertilité du sol où ils vivaient, c’est ce qui fait qu’ils prennent souvent le nom du pays qu’ils habitent, et qu’on les désigne en artésiens, cambrésiens, vermandois, picards, normands, etc. ; néanmoins toutes ces variétés ne dérivent que d’un seul et même type.
- La race berrichonne occupe le centre de la France, principalement les départements de l’Indre, du Cher et du Loir-et-Cher. Les conditions si diverses du sol de ces contrées, formées tantôt de plaines riches et calcaires, tantôt de terrains bas, siliceux et couverts d’étangs, ou de sols compacts et humides, ont amené à la distinguer d’une race solognote et d’un certain nombre d’autres identiques auxquelles on a donné des noms locaux, telles que la race de Crevant, par exemple. Mais les caractères sont toujours les mêmes; la tête est un peu busquée, le museau pointu, l’oreille large et pendante en arrière; la tête, le ventre, les cuisses et les jambes dénudés; les mèches pointues de la toison s’étendent sur tout le corps vers la moitié des jambes; la taille varie suivant la fertilité des lieux, mais ne dépasse jamais la moyenne : elle est plutôt communément petite.
- La race ibèrienne ou pyrénéenne embrasse tout le bassin de la Garonne et ses affluents. Elle a reçu une multitude de dénominations locales: les plus connues sont les variétés de Larzac, des Causses, du Laura-guais, des Landes, de la Gascogne, de l’Ariège, du Dauphiné, etc. Le mouton ibérien a la physionomie peu intelligente des bêtes busquées ; il a les oreilles basses et éloignées des yeux, son crâne est dépourvu de laine jusque sur le front, la toison très abondante recouvre tout le corps jusqu’au niveau des articulations du genou et du jarçet; la taille est généralement au-dessus de la moyenne.
- Il existe d’autres races secondaires à laine commune en Bretagne, dans le Sud-Est, etc.
- Mais la plupart de ces races tendent à disparaître par les croisements qu’on en fait avec les races améliorées, notamment avec les races anglaises élevées surtout en vue de la production de la viande : la race flamande, par exemple, tend de plus en plus à être absorbée par le leicester, le berrichon-solo-gnot par le southdown, et toutes deux aussi par le mérinos; l’existence de beaucoup d’entre eux n’est plus qu’une affaire de temps; nombre d’éleveurs qui cherchaient autrefois, en Beauce, la production de la laine, se dirigent dès à présent vers la production de la viande et tendent nécessairement à
- substituer ces races à celles qu’ils élevaient précédemment.
- Les races anglaises dont nous parlons sont en usage chez nous depuis une quarantaine d’années. Les unes sont employées pour l’amélioration des races indigènes à laine longue : ainsi sont par exemple les dishley, dérivés du leicester, dont on fait grand usage dans l’ouest et le centre, de même que les New-Kent, moins en faveur aujourd’hui et des croisements desquels nous est restée la race de la Charmoise. Les autres sont plutôt en usage pour améliorer les races à laine courte : tel est \e southdown, le meilleur type du mouton de boucherie, sur lequel on compte le plus pour l’amélioration des races du centre. Nous parlerons de ces races lorsque nous nous occuperons des laines anglaises ; disons maintenant cependant que de leur croisement avec nos races indigènes sont résultés trois types bien déterminés : le dishley-berrichon, constitué en principe par M. Saulnier dans une ferme près de Châ-teauroux et par le baron Augier dans les dépendances de son château du Cher; le New-Kent berrichon, fondé à la ferme de la Charmoise, près Pont-levoy, dans le département de Loir-et-Cher, par M. Malingié-Movel ; enfin le southdown-berrichon mis en relief par MM. de Bouillé, de Béhague, de Pourtalès, etc., qui, dans les concours régionaux agricoles, nous ont montré la merveilleuse aptitude de ces animaux à la production de la viande.
- Mais la race principale venue de l’étranger, qui a exercé la plus grande influence sur la production lainière de la France et qui remplit précisément toutes les conditions favorables pour fournir le mieux la viande et la laine ensemble, est la race mérinos, devenue le type du mouton ordinaire d’une grande partie de notre pays, particulièrement des provinces qui entourent Paris (Beauce, Bourgogne, Champagne, Soissonnais, etc.); là où il n’a pas été adopté pur, il a servi à améliorer par croisement les races locales, et donné naissance à ces nombreux troupeaux que l’on réunit sous la dénomination de métis-mérinos qui descendent des béliers de cette race croisés avec les brebis du pays.
- Le mérinos est d’origine africaine, et l’opinion la plus commune attribue d’abord aux Romains, ensuite aux Maures, plusieurs importations de ces moutons pris sur le littoral algérien et déposés dans les provinces du sud de l’Espagne. A l’époque de son introduction en Europe, l’animal n’avait pas la toison fine qu’il a possédée plus tard et qui a constitué sa princi-
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- A L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1889.
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- pale qualité. Ce n’est que vers le xv0 siècle qu’il est question du mérinos, dont les Espagnols se sont réservé la possession jusqu’à la fin du siècle dernier. La production de la laine et la fabrication des draps donnèrent des profits assez considérables pour tenter les princes et les seigneurs de s’emparer de cette branche importante de richesse, et de se faire accorder, à titre de privilège, la propriété des bergeries, ce qui eut lieu. Des surfaces immenses, presque sans population, furent abandonnées aux troupeaux, et les domaines particuliers soumis au droit de parcours établi par suite de la migration des troupeaux du nord au sud pendant la saison chaude : ce sont ces migrations qui ont fait donner le nom à la race (mérino: errant). Mais, petit à petit, le mérinos, convoité par tous, finit par sortir de l’Espagne et commença à se répandre dans des contrées bien différentes où l’on ne supposait pas qu’il pût réussir. La crainte n’était pas fondée, car, loin de perdre ses qualités, il s’est perfectionné au plus haut point. Le premier essai d’importation des mérinos en France avait été fait par Colbert; mais il échoua parce que le besoin de laine fine n’existait pas, et, surtout, parce que l’ensemble des circonstances agricoles ne fut pas favorable à l’élevage projeté. En 1776, Daubenton reprit les idées de Colbert, poursuivit ses essais pendant sept ans, et demeura convaincu que c’étaient les mérinos qui convenaient le mieux pour l’amélioration des races françaises. Enfin, en 1786, un traité spécial conclu entre De la Tour d’Aigues et le gouvernement espagnol nous fit obtenir 367 brebis des plus beaux troupeaux de Léon et de Ségovie qui constituèrent la souche de la bergerie nationale de Rambouillet dont les produits furent bientôt propagés par toute la France. Dix autres bergeries furent créées plus tard, afin de fournir aux éleveurs des animaux reproducteurs et de leur faire voir comment ces derniers pouvaient prospérer dans des conditions différentes de climat et de sol. Leur existence fut de courte durée: seule la bergerie de Rambouillet fonctionna toujours et continua de rendre des services qui auraient pu être singulièrement augmentés au. moyen d’une impulsion sage et rationnelle. Les bêtes de Rambouillet ont été vendues presque chaque année aux enchères publiques : de 1793 à 1834, le prix moyen a été de £62 francs pour les béliers et de 183 francs pour les brebis; en 1825, les brebis ont été payées plus de 700 francs et un bélier a atteint le prix de 3,870 fr.
- La tête d’un mérinos est toujours pourvue de
- laine, au moins sur le crâne; les cornes, quand elles existent, ce qui est le cas le plus ordinaire, portent des sillons transversaux très rapprochés et se terminent en pointe mousse et aplatie; la toison, toujours formée de filaments fins et très nombreux, à inflexions très rapprochées, d’une longueur variable, en mèches volumineuses et plus ou moins tassées, imprégnées d’un suint onctueux, recouvre parfois toute la surface du corps et va jusqu’aux pieds : tels sont les caractères généraux de la race.
- Parmi les mérinos, l’une des variétés les plus estimées est celle dite de Mauchamp, due en 1818 à un cultivateur du département de l’Aisne, M. Graux, qui, ayant trouvé dans un troupeau un agneau mâle différent des autres par la longueur et le brillant de la mèche et aussi par sa conformation singulière, eut l’idée d’en conserver à Mauchamp le père et la mère pour en faire la souche d’une excellente variété. Parmi les métis-mérinos, il faut surtout citer comme ayant eu un grand succès parmi les éleveurs de l’Artois, de la Brie et de la Beauce, le dishley-méri-nos, obtenu par M. Yvart avec le croisement d’un bélier anglais leicester et de la brebis mérinos.
- A l’Exposition, tous les départements français auraient pu envoyer de la laine ; un certain nombre seulement l’ont fait. Nous nous contenterons, parmi eux, de glaner ce qu’il y a de plus remarquable. Voici, par exemple, exposées par le Comice agricole de Chartres, diverses toisons provenant d’un troupeau fondé en 1802 à Challet et déjà médaillé dans un grand nombre deconcours. Toutà côté l’on voitun autre type de laine fourni par un bélier mérinos de 150 kilogrammes dont la toison fournit annuellement près de là kilogrammes de laine en suint et dont la descendance, entretenue avec soin chez M. Bailleau, éleveur à Uliers (Eure-et-Loir), a obtenu les grands prix aux concours de Londres, New-York, Paris et Hambourg; — plus loin, un spécimen de laine soutb-down, donnant en moyenne 2 kilog. 500 par tête et provenant d’un troupeau de 630 têtes exploité par M. Royneau dans la ferme d’Aufferville. Dans le même département, le Syndicat agricole de Chartres,— qui compte le chiffre respectable de 840 associés, — expose la magnifique toison d’un bélier dishley-mé-rinos de dix-huit mois, appartenant à M. Alfred Cal-leau, à Ollé.
- En parcourant les diverses expositions, nous relevons : — dans le département de l’Yonne, des toisons métis-mérinos provenant des troupeaux du
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- LES INDUSTRIES TEXTILES
- château de Chenay, près Tonnerre : l’une, d’un bélier de quatorze mois dont on a obtenu quatre kilogrammes de laine en 10 mois de pousse ; l’autre, d’une brebis de deux ans qui a donné trois kilogrammes après dix mois et demi ; — dans la Creuse : deux beaux échantillons de laine de la Montagne, exposés par le Comice agricole de l’arrondissement d’Aubusson, l’un en suint, l’autre lavé et présentant des qualités remarquables de douceur et de moelleux; — dans les Deux-Sèvres : deuxbeauxtypes de laine dite fine d’Avon et de Pamproux; — dans les Landes : diverses toisons de moutons landais, très courtes de fibres et assez sales, il est vrai, envoyées comme type par le Comice agricole de Bazas, mais qui n’en sont pas moins un spécimen remarquable de ce qu’il est possible d’obtenir avec des efforts sur les terres maigres et stériles de cette région ; — dans la Marne : une quinzaine de toisons de bel aspect, douces et longues, appartenant à divers cultivateurs, membres du Comice agricole de Sainte-Menehould; —dans le même département: de remarquables spécimens de laines de Champagne, du troupeau de M. Lhotelain, exposés par le Comice agricole de Reims; — dans l’Indre : des laines issues d’un croisement southdown-solognot, dont on a obtenu pour le troisième croisement deux kilogrammes de fibre longue et douce pour un bélier d’un an; — dans l’Aube, enfin : une belle toison de dix mois de pousse sur un bélier de quatre ans, exposée par un éleveur de Vilmorien, M. Bourgeat. bous ne saurions les nommer tous, mais cette énumération sulïit pour prouver combien, dans un grand nombre de nos départements, on attache d’importance à la production de la laine, que nos cultivateurs considèrent encore comme l’un des éléments de richesse les plus substantiels de notre pays.
- Nous allons examiner maintenant les laines des autres provenances en commençant par celles qui ont pour nous le plus d’intérêt.
- Les laines d’Australie.
- L’exposition des laines d’Australie est tout à fait remarquable : on l’a placée au Champ de Mars, près de l’exposition des tissus de la Grande-Bretagne. Seules cependant les provinces australiennes de Victoria et de la Nouvelle-Zélande ont envoyé les types les plus beaux de leur production moyenne, choisis
- avec le plus grand soin et alignés un peu sans ordre dans une série de longues et hautes vitrines, bien exposées à la lumière et parfaitement disposées pour l’examen des visiteurs.
- En raison de l’importance qu’ont les sortes dites d’Australie pour le commerce européen, nous croyons devoir nous arrêter un instant sur leur production et indiquer les transactions auquelles elles donnent lieu.
- 11 n’est guère de contrée où l’industrie pastorale ait pris une extension plus rapide qu’en ces contrées. L’origine de la population ovine y date, suivant les uns, de 1789, alors que des baleiniers anglais, pêchant dans les mers du Sud, capturèrent un navire espagnol qui conduisait au Pérou, pour les acclimater, trente étalons mérinos qu’ils débarquèrent en Australie ; suivant les autres, de 1788, époque où les premiers moutons auraient été débarqués à Port-Jackson, aujourd’hui Sydney, en même temps que les premiers convicts. Quoi qu’il en soit, il est certain que les moutons, importés en l’une ou l’autre année, trouvèrent immédiatement, sur le sol océanien, des pâturages parfaitement appropriés à la production de la laine et à l’élevage, car ils se multiplièrent au point de s’accroître dans de notables proportions.
- Longtemps cependant le mouton fut considéré comme un animal rare en Australie; nous en trouvons la preuve dans une vente conservée dans les archives du pays, qui fut faite en 1792, au prix de 265 francs la tête. Ce fut le capitaine Mac Arthur, l’un des premiers concessionnaires qui, après avoir acheté quelques moutons indiens pour le ravitaillement de la colonie, s’aperçut le .premier que, sous l’influence d’un climat tempéré, la toison dure et grossière de ces animaux acquérait des qualités de douceur et de finesse qui devaient la faire rechercher de l’industrie. Mac Arthur commença par croiser ses moutons indiens avec des moutons du Cap qu’il trouva sous sa main; il en obtint une première amélioration au point de vue de la taille. Ces premiers résultats obtenus, il croisa ses moutons avec d’autres bêtes importées d’Irlande; cet autre croisement amena l’amélioration de la laine. Les métis Cap et Inde lui avaient donné des animaux à poils, les derniers croisés attirèrent son attention sur l’élevage du mouton pour sa toison. A partir de ce moment, l’accroissement devint, de plus en plus rapide : en 1796, il était de 1,531 têtes. Le prix du mouton, cependant, avait bien peu varié : une brebis valait encore 150 à
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- 200 francs, la viande de mouton était cotée à 1 fr. 60 la livre.
- L’introduction du véritable mérinos en 1797 changea cette situation. Deux amis de Mac Arthur, les capitaines Kent et Watherouse, envoyés fortuitement par le gouvernement de l’Australie au Cap de Bonne-Espérance pour y chercher des approvisionnements, furent chargés par lui-même de rapporter à Sydney tous les moutons à laine qu’ils pourraient trouver. A leur arrivée au Cap, un éleveur de mérite, le colonel Gordon, venait de mourir, laissant un beau troupeau de mérinos purs qui étaient justement mis en vente ; ils se présentèrent aux enchères et l’achetèrent un prix fort élevé. Malheureusement rembarquement, le mauvais état de la mer et diverses circonstances en firent périr la majeure partie ; quand ils débarquèrent à Port-Jackson il ne restait plus que cinq brebis et trois béliers ; ce fut néanmoins la première souche des bêtes à laine australiennes.
- A la fin de cette année même, oiï comptait en Australie2,457 moutons; en 1800, ce chiffre devient 6,128. Encouragés par Mac Arthur, d’autres colons s’étaient faits éleveurs, Kent et Watherouse surtout. Qant au premier introducteur lui-même, il ne cessait de donner tous ses soins à l’extension de sa bergerie. Dans un journal qu’il tint régulièrement pendant plusieurs années, nous trouvons qu’en 180/i, il acheta les plus beaux béliers à la vente que fit Georges III de son troupeau. Avec ces bêtes choisies et à l’aide de croisements intelligents, il réussit à créer une nouvelle race de mérinos; celle-ci, qui résiste à la chaleur et aux brusques changements de saison fréquents dans cette belle colonie anglaise, reçut le nom de mérinos de Carnden, parce que Mac Arthur était originaire de la ville de ce nom. On sait que cette célèbre race, conservée aujourd’hui absolument pure, a puissamment contribué à former les belles races actuelles qu’on trouve dans la terre Victoria.
- Cependant, dans les premiers temps, la confiance manqua. Le roi d’Angleterre avait bien anobli Mac Arthur, ce qui prouvait qu’il attachait une grande importance à ses efforts ; et celui-ci, encouragé par les largesses du gouvernement, dépensait toute son activité en vue de la production de la laine. Bien certainement, il prévoyait alors quelle source de richesse ce textile pourrait être plus tard pour le continent australien, car, dans une lettre datée du 6 juillet 1803 et soigneusement conservée aux archives de Sydney, il signalait au gouvernement
- anglais l’avenir de la Nouvelle-Galles du Sud à ce point de vue et exprimait alors l’espoir que la production pastorale arriverait à suffire à tous les besoins des filateurs du Royaume-Uni.
- Mais il fallut l’arrivée en 1802 de Thomas Bris-bane comme Gouverneur de l’Australie pour donner dans le pays l’impulsion nécessaire à l’élevage du mouton. Jusque-là, dans le public anglais, on avait considéré ce continent tout au plus bon pour un dépôt pénitentiaire, et les résultats obtenus par le capitaine Mac Arthur étaient à peu près considérés comme une curiosité. Le nouvel administrateur eut à cœur de montrer à ses compatriotes sous son véritable jour la contrée qu’il gouvernait. Il envoya à la métropole les plus beaux échantillons de la laine du pays, et, sur son invitation, la Chambre des communes se décida à nommer un comité d’examen : les experts estimèrent ses toisons, qui pesaient alors cinq livres et demie en suint, à 5 francs la livre. Ce résultat fut porté par circulaire à la connaissance de l’administration; en même temps, le gouvernement fit connaître dans tout le royaume que de vastes surfaces étaient libres en Australie pour la colonisation, qu’il y avait là des contrées riches, fertiles, où les troupeaux se multipliaient et s’amélioraient d’une façon prodigieuse ; la terre fut offerte gratuitement à tous les cultivateurs qui voudraient émigrer, pourvu qu’ils possédassent un capital de 12,500 fr. jugé nécessaire pour les premiers frais d’établissement ; enfin, les émigrants pouvaient avoir la jouissance temporaire du sol, le gouvernement se réservant seulement le droit de reprendre le fonds si l’intérêt général le commandait.
- On vit ensuite affluer en Australie nombre de colons anglais. En 1826, notamment, une société d’agriculteurs se forma pour exploiter à Port-Stephen à 150 kilomètres de Sydney, une concession de A00,000 hectares. A ces cultivateurs se joignirent nombre d’habitants du pays, médecins, officiers, hommes de lettres, qui, alléchés par les avantages nouveaux qu’on leur offrait, s’empressaient de quitter leur scapel, leur plume ou leur épée, pour devenir laboureurs ou pasteurs australiens; l’impulsion était donnée.
- En présence de ce succès, le gouvernement anglais ne tint pas rigueur aux colons pauvres, il leur fit grâce de toute garantie pécuniaire; bientôt, grâce à cette libéralité, les éleveuis se multiplièrent avec une rapidité merveilleuse sur les plateaux alors récemment découverts, notamment sur
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- d’immenses étendues de terrains propres aux pâturages libres alors au delà des Montagnes-Bleues.
- Pour juger de l’importance que prit en peu d’années le commerce des laines en Australie, il nous suffira de rappeler que le premier arrivage de ce textile en Angleterre date de 1807; il fut alors de 2A5 livres, c’est-à-dire l’équivalent d’une petite balle. Plus tard, en 1810, on exporta 161 balles; en 181 A, A69 balles; en 1826, 1,620 balles. Alors surtout les colons commençaient à comprendre le parti qu’on pourrait tirer du mouton pour sa toison : les laines du capitaine Mac Arthur venaient d’être vendues à Londres 7 shillings la livre et quelques-unes 10 shillings, soit jusqu’à 27 fr. 50 le kilogramme; la plupart abandonnèrent complètement l’élevage de leurs anciens moutons pour se livrer à celui du mérinos, et la laine australienne commença à prendre sa place sur les marchés européens.
- Tout le monde voulut encourager cette production. La Société des arts, de Londres, récompensa publiquement, la première, le capitaine Mac Arthur en lui décernant deux de ses grandes médailles « pour l’importation en Angleterre de ses toisons, comparables aux plus belles laines de Saxe ». Le principal courtier de Londres, T. Ebsworth, déclara au comité d’examen de la Chambre des communes que les laines du capitaine Mac Arthur avaient produit les plus beaux tissus qui se fussent encore vus. Enfin, en 1838, dans le but d’encourager la production de la laine et son importation en Angleterre, le Parlement fit une loi par laquelle il fixait au maximum d’un denier seulement par livre, soit 23 francs les 100 kilogrammes, le droit d’entrée sur les laines de la Nouvelle-Galles du Sud.
- Durant ce temps, Mac Arthur continuait ses essais. Des races dites leicester, lincoln, costwold et south-down, il obtint des variétés moins résistantes il est vrai, mais donnant encore une laine qui devient douce et longue quand on peut garder les moutons dans un petit enclos et sur un sol spécialement riche, bien arrosé et frais. Ce fut lui d’ailleurs qui acclimata le mouton dans d’autres parties de l’Australie, notamment en Tasmanie. Les premières importations de la Grande-Terre (Australie) à la terre de Van-Diémen (Tasmanie) datent en effet de 1807 ; les moutons alors envoyés provenaient des premiers métis Cap et Inde acclimatés près de Sydney. Ils furent élevés par le colonel Patterson.
- A cette époque, la laine était considérée en Tasmanie comme ne pouvant être exportée à cause de
- son peu de valeur ; on en débarrassait le mouton lorsqu’il en était gêné, on accumulait les produits de plusieurs tontes sous des hangars, et lorsqu’il y en avait une certaine quantité, on faisait partir le tout à destination de l’Europe; bien souvent, on le conçoit, la laine expédiée dans ces conditions ne payait pas le fret. Patterson sentit la nécessité d’améliorer les races qu’il possédait; il le lit avec des moutons de la Nouvelle-Galles du Sud qu’on suppose être des teeswater; dans tous les cas, son succès fut complet, car en novembre 1819 le recensement fait en Tasmanie accuse 172,171 têtes de bétail dont 116,07A brebis.
- Le gouverneur de l’Australie, Sorel, écrivit à cette époque à Mac Arthur pour lui demander les moyens d’améliorer les races de Tasmanie. Après une longue correspondance, il fut convenu que Mac Arthur livrerait cinq cents agneaux mérinos acclimatés, et qu’en échange on lui donnerait une certaine quantité de terres à la Nouvelle-Galles du Sud. Mais beaucoup de ces agneaux moururent pendant la traversée ; il n’en arriva que cent quatre-vingt-un qui furent immédiatement distribués aux colons fixés sur le sol au prix de sept guinées (dix-huit francs), remboursables en plusieurs années moyennant garantie.
- Avant 1827, on ne saurait évaluer la quantité de laine exportée de Tasmanie en Angleterre, parce que, jusqu’à cette époque, la douane attribue à la Nouvelle-Galles du Sud la totalité des exportations australiennes; mais à partir de cette époque une classification rationnelle existe. En 1827, l’exportation de la Tasmanie est de 192,075 livres anglaises, et deux ans plus tard, alors que Sydney n’exporte que 913, 222 livres, cette même exportation y atteint le total de 925,320 livres. A partir de ce moment un courant d’émigration continu se fait d’Angleterre en Tasmanie, et nombre de fermiers de la Grande-Bretagne, éleveurs de mérite et expérimentés aux travaux de la terre, partirent pour l’Océanie, amenant avec eux leurs plus beaux animaux domestiques et de petits chargements des meilleurs mérinos anglais et allemands. Parmi les principaux fondateurs de troupeaux dont les noms sont conservés dans file, il convient de citer MM. Gilles, Hornes, Willis, Archer, Wedgo, Austey, Bethune, Leake et Cox.
- En 1828, des améliorations plus efficaces se firent en Tasmanie. Une association fondée à cette époque en vue d’affranchir l’Angleterre des laines d’Europe, la Compagnie de Van-Dièmeris Land, importa dans l’île nombre de béliers allemands dont l’influence
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- sur la qualité de la laine se fit sentir à bref délai. Il est relaté dans les archives de la colonie qu’en 1830 cette Société dépensa 750,000 francs pour l’achat . d’étalons mérinos dont elle peupla les vastes territoires du nord d’Orls; ses toisons, beaucoup plus j petites alors qu’aujourd’hui, ne pesaient que deux livres une once (environ un kilogramme) en moyenne, et sa laine était vendue 1 shilling 7 deniers et demi la livre (2 francs le kilogramme).
- Après la Tasmanie, la troisième terre australienne où l’on ait songé à acclimater le mérinos a été la province de Victoria. Vers la fin de 1830 le bruit commença à courir qu’on venait de découvrir, de l’autre côté du détroit de Bass, d’immenses terrains propres aux pâturages. En 183/i, le meilleur éleveur de Tasmanie, Thomas Henty, venait le premier établir une bergerie à Portland-Bav. 11 fut imité l’année suivante par l’un de ses collègues, John Ailken, dont le troupeau était considéré comme contenant les types de meilleurs choix et dont les descendants sont encore cotés aujourd’hui aux plus hauts prix ; on citait alors de cet éleveur l’achat, en 1834, d’un bélier au prix de 350 livres (8,750 francs), à J.-P. llove, de Mouth-Battery, qui l’avait retiré lui-même de la bergerie du prince de Lichnowski, en Silésie, lequel avait parcouru l’Europe pour acheter ce qu’il y avait de plus parfait en mérinos. Enfin on doit encore citer parmi les éleveurs qui vinrent s’établir sur la terre Victoria, sir Fortlonge, dont le troupeau était uniquement composé de bêtes achetées à l’électeur de Saxe et qui forma avec elles la race renommée d’Ercildoune. Les bergeries se multiplièrent alors rapidement, sur la terre Victoria, de 1836 à 1839; leur création fut due principalement aux colons anglais qui, émigrant en Tasmanie et y trouvant toutes les terres occupées, vinrent, sur le conseil de leurs amis, s’établir sur le continent australien amenant avec eux des troupeaux mérinos choisis parmi les plus beaux troupeaux de Tasmanie. La première importation de laines de Victoria à Londres date de 1837 ; avant cette époque, la plupart des produits furent vendus en Tasmanie, à Ilaubart-Town et Launceston ; cette importation fut de 15Zi,200 livres; en 1840, elle atteignait 831,000 livres.
- Mais au cours de cette expansion que nous venons de relater, dans les autres parties de l’Australie, quel développement l’industrie pastorale prenait-elle dans la Nouvelle-Galles du Sud qui était son berceau? C’est ce que nous allons rapporter en remontant
- à 1830, époque à laquelle nous nous sommes arrêtés tout à l’heure.
- Alors comme aujourd’hui, il y eut en Australie deux sortes de propriétaires de troupeaux, 1 e fariner, cultivateur sédentaire, possesseur d’une ferme autour de laquelle il entretient quelques hectares de labour et de pâturages ; et le settler, franc tenancier de la couronne, qui se contente de parquer ses troupeaux sur des terres louées ou concédées. Le nom de squatter, introduit plus tard dans le langage colonial et officiel pour désigner les settlers fut donné à ceux-ci par les négociants et industriels des villes, jaloux du succès de ces campagnards et désireux de les couvrir d’un terme de mépris par lequel on désignait alors, dans l’Amérique du Nord, les pionniers qui défrichaient les terres inoccupées. Nous reviendrons tout à l’heure avec détails sur la vie actuelle du squatter en Australie.
- Comme chaque jour on découvrait dans la Nouvelle-Galles du Sud des districts aux gras pâturages, que la terre ne manqua pour personne et que les nouveaux venus en trouvèrent à tout instant de disponible, le squatting eut dès le principe ses coudées franches dans la colonie anglaise. Ni les vols des bushrangers (batteurs de buissons), convicts échappés et aventuriers sans ressources, ni les déprédations des tribus australiennes hostiles à l’établissement des colons européens n’arrêtèrent leur essor : leur nombre se multiplia.
- Le gouvernement anglais se chargea le premier d’arrêter leur expansion. Trouvant avec raison que ses sujets réalisaient de beaux bénéfices sans que le budget local en profitât d’aucune façon, il décréta en 1831 que tout droit de concession ne serait plus valable que moyennant une redevance annuelle de 250 francs par station, l’étendue de chacune de celles-ci se trouvant calculée à raison de quatre hec -tares par tête de mouton. Cette mesure financière porta bientôt ses fruits, le nombre des squatters diminua sensiblement.
- Sur la plainte des intéressés, le Parlement anglais se saisit de la question. Il reconnut bientôt que tout système d’impôt direct ne pouvait être avantageusement applicable à la colonie australienne, et après avoir cherché plusieurs solutions, il s’arrêta bientôt au système de cession immédiate et définitive moyennant un prix de peu d’importance. Ce prix fut fixé à 15 francs par hectare. A partir de ce moment les squatters eurent ce qu’on peut appeler leur existence légale; la surface des terrains dont les
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- herbages leur appartenaient devint leur run; au centre, ils construisirent chacun une habitation, leur home, station principale et résidence habituelle du maître; quelques-uns d’entre eux, véritables seigneurs du pays, créèrent plus tard des succursales et des stations que surveillèrent leurs bergers. La création des stations offrait cependant bien des difficultés. 11 ne suffisait pas, par exemple, aux colons de s’installer sur des pâturages tout créés, il leur était nécessaire, au contraire, pour s’établir, de détruire les arbres qui pullulaient sur les huit dixièmes du continent australien. Les eucalyptus, en particulier, avaient envahi le terrain, et comme à leur ombre croissaient de nombreux buissons, la campagne n’était jamais désignée en Australie que sous le nom de hush, nom sous lequel on la connaît encore aujourd’hui. Connaître le bush pour un squatter, c’est posséder l’un des points les plus importants de son métier, c’est arriver à une science sans laquelle il lui est impossible d’exercer sa profession avec intelligence. Pour faire disparaître les arbres qui le gênaient, le colon se contenta dès le principe de faire autour du tronc une entaille circulaire à la hache (:ringed) ; après un certain nombre d’années, le bois fut assez pourri pour tomber de lui-même. Le squatter ne s’en occupe alors plus guère, n’y voyant ni gêne ni préjudice; mais le former les débarrasse généralement et les brûle.
- Contrairement au proverbe qui veut que l’abondance des biens ne nuise pas, l’industrie pastorale subit sa première crise vers 18/tO, après la découverte des plaines fertiles qui bordent le golfe Spencer et le port Philipp, au moment de la fondation des villes de Melbourne et d’Adélaïde. Comptant sur un grand développement du squatting et une revente facile, la spéculation avait acheté à un prix exorbitant les nouveaux pâturages ; mais elle se trouva subitement entravée dans ses calculs par une baisse générale dans le prix de la laine : de là des embarras financiers dont il est facile de se rendre compte. Cette crise, cependant, ne fut pas de longue durée; bien plus, elle fut pour la colonie l’origine d’une nouvelle source de richesse. La vente de la laine ne suffisant pas pour couvrir les frais d’acquisition, les spéculateurs essayèrent d’utiliser les autres parties du mouton. Le suif fut extrait sur une grande échelle, on fit un grand commerce avec les cuirs, on utilisa les cornes. Bref, on dut à la nécessité de créer des ressources la formation d’un commerce nouveau qui, de nos jours, on le sait, a pris une
- place importante dans la colonie, et des maisons nouvelles furent fondées à cette époque pour exploiter cette autre branche de production. De là, date encore l’augmentation de la puissance des squatters. La plupart de ceux-ci étaient devenus de puissants seigneurs. Aussi, lorsque trois années plus tard l’Autralie eut été dotée par le gouvernement anglais d’un régime représentatif, le nouveau gouverneur fut encore obligé de prendre parmi les squatters ses conseils, il en forma le Parlement colonial. Il n’eut pas à le regretter. Au lieu de se trouver à la tête d’un dépôt pénitentiaire (ce qui pouvait ternir l’éclat de ses fonctions aux yeux d’un certain nombre de personnes), il eut à gouverner une colonie exclusivement commerçante et productive, car les squatters protestèrent de toutes leurs forces contre l’importation des convicts-, une fois même ils ameutèrent la population de Sydney pour s’opposer au débarquement d’un convoi pénitentiaire, et ils forcèrent le gouverneur anglais à chercher un autre refuge pour ses déportés.
- L’industrie pastorale eut encore à subir une crise, mais plus intense que la première, lors de la découverte des placers de la Nouvelle-Galles et de Victoria. Nombre de squatters quittèrent leurs troupeaux pour se livrer uniquement à la recherche de l’or; il se fit en quelques années des fortunes colossales, dont l’acquisition facile allécha nombre d’aventuriers et entraîna la plupart de ceux qui élevaient du bétail ou cultivaient la terre. Pour un moment on manqua de bras dans les stations de l’intérieur. Pis que cela, les squatters eux-mêmes fouillèrent leurs propres terrains au lieu de les livrer à la culture ou d’en faire des pâturages, ils empêchèrent les chercheurs d’or de se rapprocher de leurs terres et engagèrent souvent avec eux une lutte ouverte. Une réaction salutaire se produisit à bref délai. A la suite d’une émeute qui éclata à Melbourne en août 1860, au cours de laquelle la population, excitée par quelques mécontents, envahit le Palais du corps législatif de cette ville, où siégeaient les principaux squattersK le gouvernement sentit la nécessité de rendre plus accessible à la masse de travailleurs les terres propres à la culture. Les pâturages australiens furent cadastrés aussi bien que possible, et on détermina la valeur des lots suivant la position plus ou moins avantageuse de chacun d’eux; puis, pour empêcher qu’on pût accaparer les terres vacantes dans le voisinage des villes, on limita de trente à deux cent soixante hectares, jusqu’à six cent quarante acres, l’étendue
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- qu’un même individu pouvait acquérir annuellement. Pour n’avoir affaire qu'à des personnes disposant d’un certain capital, les terres ne furent louées et surtout vendues qu’à un prix relativement élevé, en laissant toute latitude de payer par annuités, dans l’espace de quatre ou cinq ans (système Wakefield) ; enfin, on fit des avantages spéciaux aux soldats et aux marins à leur rentrée du service militaire, en leur donnant gratuitement vingt hectares sur leur demande, et en faisant aux officiers de tous grades une remise d’un tiers sur le prix d’achat; en outre, tout émigrant pauvre put recevoir douze hectares de concession sans bourse délier.
- Ces mesures équitables, adoptées successivement dans les quatre provinces de la Nouvelle-Galles du Sud, Queensland, Victoria et Australie méridionale, — (l’Australie orientale conservant ses anciennes coutumes), — suscitèrent l’émulation des colons : chacun se mit à l’œuvre plus que jamais, et, comme nous le verrons tout à l’heure, les squatters ne craignirent pas de vivre sur place, de mettre la main à l’œuvre; ils surent devenir au besoin leurs propres bergers, conduire leurs bœufs, dresser leurs chevaux, tondre leurs moutons, passer ieur vie au milieu des exercices violents, du grand air et du grand soleil. Ils fournirent en Australie cette forte génération de travailleurs qui s’y trouve encore aujourd'hui et qui a amené une prospérité si belle et si solide dans cette colonie anglaise. La concurrence étrangère n’v est pas inconnue, car les laines de la République Argentine leur disputent le marché près des consommateurs du dehors, bien que la qualité n’en soit pas correspondante; mais l’industrie minière a cessé d’être un de leurs cauchemars. Depuis quelques années, en effet, le nombre des ouvriers employés aux mines d’or a diminué de près de AO pour 100; et là où autrefois régnait une activité sans limites, on ne voit plus aujourd’hui qu’un sol bouleversé, inculte pour toujours, des fosses noires et béantes, des monticules de gravier. II n’v a pas, plus souvent d’ailleurs, de profit à en espérer ; en 1876, par exemple, pour ne citer qu’une année moyenne, la valeur de l’or extrait a été de 3.855.040 £, tandis que les gages payés aux ouvriers s’élevaient à k. 156. 400 £ ; — tout ceci sms compter la valeur des capitaux enfouis et des machines.
- Ce chiffre d’ensemble pour 1876 n’empêche pas cependant qu’à côté des nombreuses mines en décadence il en existe encore d’autres dont la prospérité
- ne s’est jamais ralentie. Ainsi le Wallhallow, en Gippsland (Victoria), a complété en 1886, après vingt-cinq ans d’existence, un million £ (25 millions de francs) en dividende. Il est incontestable que les mines d’or ont beaucoup contribué à la prospérité de l’Australie en général; nombre de travailleurs qui y ont été attirés, après avoir gagné de l’argent dans cette industrie, sont devenus seleclors et forment aujourd’hui le noyau des agriculteurs du pays.
- Que^s sont actuellement les résultats obtenus dans la production de la laine? Aujourd’hui, les éleveurs australiens sont depuis longtemps arrivés à une perfection telle qu’il n’y a plus aucun intérêt pour eux à continuer les croisements avec les mérinos européens ; les toisons du pays ont gagné en poids et en longueur sans perdre leur finesse, et obtiennent toujours, dans les concours, des prix supérieurs aux toisons de choix de France et d’Allemagne. Ces toisons indigènes pèsent en moyenne 2 kilog. 300, et lavées, 1 kilog. 200 à 1 kil. 300 ; mais il en est dont le poids est notablement plus élevé et atteint parfois jusqu’à 5 kilogrammes en suint.
- Depuis longtemps d’ailleurs les croisements heureux obtenus dans certaines parties de l’Australie ont toujours profité à la colonie entière. C’est ainsi que, vers 1867, les béliers de Victoria ayant fini par être reconnus comme les plus productifs, furent répandus dans toute l’Australie et achetés à grand prix par les squatters des autres provinces. L’un des croisements les mieux réussis dans l’élevage du mouton fut celui des mérinos de Victoria avec les béliers de Tasmanie, dont la laine s’allongea tout en gardant sa finesse et son épaisseur; ce croisement fut si recherché, et les produits en atteignirent un si haut prix, qu’en 1874, le fameux bélier Sir Thomas, élevé par M. James Gibson, de Bellevue (Tasmanie), fut vendu aux enchères, à Melbourne, au prix de 714 livres (18,850 francs), à MM. W. Cum-ming, de Mount-Fyans, etE. F. Cumming, de Stoug-Point. Le succès plus tard couronna encore l’entreprise; à la vente du 7 septembre 1880, chez MM. Hastings-Cunningham et G0, il a été ve idu un bélier de même origine pour le prix de 1,300 livres, c’est-à-dire 37,000 francs. On ne s’est pas arrêté là, et nous osons à peine dire combien ces prix ont encore augmenté dans ces dernières années, depuis qu’une Société indigène dite : Austra-lian Sheep breeder’s Association, s’est mise àorgani-
- Supplkment a [.'Industrie textile du 10 Octobre
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- ser chaque année, à la fin d’août et au commencement de septembre, un concours de race ovine ; nous citerons parmi ces concours celui de septembre 1883, dans lequel un bélier primé a été acheté 3,150 guinées ou 83,000 francs. Comme on le voit, les Anglais n’y regardent pas quand il s’agit d’augmenter leurs richesses coloniales, et font à tout instant de sérieux efforts pour introduire dans leurs troupeaux de bons éléments de perfectionnement.
- Ajoutons cependant que le temps de ces prix de fantaisie, qui éveillèrent l’attention de bien des fîockmasters, est passé depuis quelques années. Exceptionnellement et comme réclame, un beau spécimen atteindra encore 1,000 livres (25,000 fr.); mais les prix pratiqués aujourd’hui pour les beaux béliers de reproduction varient de 300 à 500 livres (8,000 et 12,000 francs).
- Il ne faudrait pas croire cependant qu’on ne rencontre en Australie que des mérinos de haut prix. En Tasmanie, par exemple, il y a, de-ci de-là, d’excellents troupeaux de leicesters, de même que dans certaines parties des autres provinces, notamment sur la côte sud-ouest de l’Australie, où la richesse du sol, l’humidité du climat et l’abondance des longues herbes paraissent ne pas convenir aux mérinos et, par contre, sont très favorables à l’élevage d’autres races de moutons à laine longue. Il serait encore erroné de penser que l’acclimatation des mérinos ait été très facile. Ainsi, par exemple, les premiers colons qui s’établirent dans l’immense étendue de tertain située au nord de Victoria et connue sous le nom de Riverina, eurent beaucoup de peine à acclimater cette espèce ; plusieurs même y renoncèrent etse livrèrent à l’élevage du bœuf. Quand les laines de Riverina, si recherchées maintenant, parurent pour la première fois ! sur le marché, elles furent vendues au prix désastreux de 10 deniers la livre, environ 2 fr. 15 le kilogramme, pour des laines lavées à froid. Ce fut seulement plus tard que, par la persévérance et en introduisant dans la Riverina des béliers mérinos de Victoria, les bergeries s’améliorèrent au point d’occuper finalement la première place dans les concours. Aujourd’hui, la laine de Riverina est des plus recherchées; elle est remarquablement longue, plus nerveuse et moins lustrée que celle de Victoria : en moins de trente ans, les éleveurs ont plus que doublé le poids de leurs toisons et la valeur de leurs laines.
- Actuellement, toutes les terres ne sont pas exploitées dans la région australienne. Dans l’Australie proprement dite qui comprend 7,525,000 kilomètres carrés, un cinquième environ des terrains ne peut l’être pour le moment, notamment dans toute la partie Nord, depuis Queensland supérieur (Est), à travers le Northern territory, jusqu’aux déserts de l’ouest (Dampier-land, Great-Sandy-désert, Gibson-désertet Great-Victoria). Dans la petite île de Tasmanie, qui comprend 68,000 kilomètres carrés, presque tout est occupé et en plein rapport. Enfin, dans les îles de la Nouvelle-Zélande, qui mesurent 270,000 kilomètres carrés, les côtes sont entièrement garnies de pâturages, à l’exception de la partie du Southern-Island. Nous reviendrons d’ailleurs tout à l’heure avec détails sur cette répartition géographique de la production de la laine.
- Tous ces pays élèvent ensemble 75 à 80 millions de moutons, qui fournissent à la tonte environ 1.200.000 balles de laine. La production de chaque province s’élève en moyenne, sur la totalité, à :
- 28,1 0/0 pour la Nouvelle-Galles du Sud
- 5.5 — Queensland.
- 28 — Victoria.
- 12,5 •— l’Australie du Sud.
- 1,3 — Western Australia (Divan ltiver),
- 1.6 — la Tasmanie
- 23 — la Nouvelle-Zélande.
- Elle équivaut à environ 190 millions de kilogrammes de laine en brut et 103 millions de kilogrammes de laine lavée à fond.
- Comment les squatters arrive/it-ils à produire celle immense quantité de laine? Quels sont les soins qu’il sont appelés à donner à leurs troupeaux? Comment ceux-ci sont-ils parqués, nourris, entretenus? C’est ce que nous allons examiner.
- Quiconque veut être bon squatter doit faire un stage pro'ongé, une station-experienre comme on dit là-bas. Il commence à être bon à tout faire, ce qu’on appelle générally useful; on lui donne certaines occupations à heures fixes qu’il remplit le mieux possible; puis, quand ils les a terminées, ordre lui est donné de se tenir à la disposition du Directeur de la station qui, en effet, lui fait tout faire, — c’est le cas de le dire.
- Il se lève avant le jour, et son premier soin est de réunir les chevaux dont vont avoir besoin les domestiques, ces derniers n’allant jamais à pied et professant une quasi-horreur pour la marche. Ces chevaux
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- paissent la nuit en liberté dans un enclos fermé, de quelques milles carrés anglais; il s’agit de les réunir, et trop souvent l’apprenti squatter se voit obligé de courir après eux au galop. Chacun des employés qui, après avoir déjeuné à la hâte, s’est rendu chez le directeur pour connaître la lâche qui va lui être imposée pour un ou plusieurs jours, se contente de seller l’animal qui lui est amené, et se rend immédiatement à l’ouvrage. L’aide {generally meful), après eux, avale un déjeuner en hâte et commence sa tâche ; — souvent on l’envoie aider les ouvriers; — souvent on lui ordonne d’obéir, dans la station même, à tous ceux qui peuvent requérir ses services. Le soir, il monte en selle, et ses courses recommencent de plus belle : — c’est lui qui va chercher les vaches qui vont fournir le lait au déjeuner du lendemain, et qui les amène à l’enclos; — c’est encore lui qui doit séparer ces animaux des veaux ; — c’est lui aussi qui, avec l’aide de deux chiens de berger des mieux dressés, va quérir les moutons qui paissent aux alentours et sont destinés à la boucherie. On le charge presque toujours de tuer ou de dépecer une de ces bêtes, celle qui doit servira la cuisine du lendemain ; il en suspend la toison à un pieu et laisse la carcasse charnue à la disposition du cuisinier. Alors seulement il est libre, et le plus souvent il en profite pour souper, fumer sa pipe en causant, et bientôt s’assoupir, accablé par la fatigue, pour aller ensuite se coucher. Le lendemain, il recorfimence.
- Au bout de quelques semaines, bien que n’avançant d’aucun grade, cet homme à tout faire est plus considéré en raison de son ancienneté dans la station; il commence à avoir le droit de s’éloigner avec une escouade d’ouvriers et de camper avec eux tout en restant à leur service ; le plus souvent il fait leur cuisine. Dans cette situation nouvelle, on le trouve toujours levé à deux ou trois heures du matin, car il a charge d’allumer du feu, de faire le thé, de cuire la viande pour le personnel qui déjeune à cinq heures, et n’admet pas de retard dans le repas. Les hommes mangent et partent à leur travail ; lui reste. Il faut alors qu’il mette de l’ordre dans le campement ; — qu’il aille visiter les écuries ; — qu’il fasse encore du thé ; — qu’il prépare la viande froide poulie lunch de midi, et au besoin qu’il s’occupe encore du repas du soir, lequel, au lieu de thé et de mouton bouilli comme le matin, se compose de thé et de mouton rôti. Enfin, s’il en a le temps, c’est encore à lui qu’incombent les raccommodages : raccommodages de vêtements, d’ustensiles de cuisine, d’outils endom-
- magés, etc. Lorsqu’il a fini son travail, ce qui est bien rare, on le conçoit, il court à la chasse pour s’attirer l’amitié des ouvriers en variant leur ordinaire, et s’il ne tue pas de gibier, il essaie au moins de rapporter des œufs d’autruche [emu] dont les Européens sort fort friands. Au soir, le métier pour lui devient absolument désagréable : certes, il aimerait se reposer, aller jouer aux cartes avec les hommes et fumer avec eux; pour l’occuper, on l’envoie laver les plats ; — on lui fait fendre du bois poulies feux de la nuit et les repas des autres jours; — on le force à tuer et à dépecer le mouton qui doit servir à rassasier les ouvriers le lendemain. Rien souvent, lorsqu’il a fini ses travaux et qu’il peut prendre place la nuit auprès de ses compagnons, ceux-ci dorment, enveloppés dans leurs couvertures, et prennent depuis longtemps un repos qu’il envie.
- C’est après tout cela que l’apprenti squatter monte d’un grade, il devient berger en second, boundary rider comme on dit, — cavalier de frontière. Sa grande occupation, dans ce service, est d’entretenir en bon état et de surveiller les clôtures en fil de fer des runs. Ce travail est des plus pénibles, et, comme toujours, se fait à cheval ; — au lever du soleil, le boundary rider part, il longe les clôtures au pas et au petit trot, souvent par une chaleur de AO à 50 degrés, examine soigneusement chacune d’elles, et parcourt les enclos qui séparent entre eux les chevaux des bêtes à laine, des moutons destinés à la reproduction, des vaches et des veaux. Tantôt c’est un fil de fer qu’il rattache, tantôt un pieu qu’il remplace; et tout ceci il doit le noter, consigner en même temps dans ses tablettes l’état dans lequel il a trouvé le troupeau, et faire en renlrant un rapport détaillé de ses occupations, qui sont souvent contrôlées. Il recommence tous les deux ou trois jours.
- Ensuite le boundary rider devient berger en premier. Ce stage est le plus dur de tous. Loin de toute habitation, à deux ou trois jours de marche de la station, souvent seul, il est là dans une hutte, entièrement obligé de se suffire à lui-même. Tous les huit jours, un cavalier monté sur un cheval de charge lui apporte sa ration de la semaine, qui se détaille parfit,35 de viande de mouton, 2ks,63 de farine, 0kg,91 de sucre et 0kg,12 de thé, auquel on ajoute quelques raisins de Corinthe et quelques amandes pour le cake, gâteau des grandes occasions. Comme il a seul la responsabilité de quelques milliers de moutons, jour et nuit il est sur le qui-vive. Pendant les grandes sécheresses, il doit mener les bêtes tous
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- les deux ou trois jours à là rivière, s’il y en a une ; — il doit veiller à ce que les différents troupeaux dont il a charge ne se mêlent pas entre eux; — il doit prendre soin que les jeunes agneaux ou les brebis grasses n’aillent pas s’embourber dans les endroits marécageux du domaine qu’il surveille.
- C’est lorsque l’apprenti squatter se trouve dans cette situation que le chef de station juge le mieux de ses capacités : il note s’il est dur à la fatigue, s’il sait se débrouiller de la besogne, s’il est surtout smart et handy, comme disent les colons. Gare la lassitude et le découragement! Tout cela est remarqué, appris sans même qu’il s’en doute. Un jour, quelquefois même une nuit, un employé supérieur arrive près des runs sans prévenir personne, souvent même il n’avertit pas le berger de sa présence, et se rend bien vite compte de l’état moral et économique de ce dernier. 11 examine les fds de fer ; s’il en trouve de rompus, de mal attachés, c’est que le berger ne s’occupe guère de ses fonctions et n’est pas consciencieux; il examine les moutons : si c’eux-ci s’effraient à son approche, c’est qu’ils ignorent trop souvent la présence de l’homme, et s’ils s’enfuient, c’est qu’on s’est trop souvent habitué à les brusquer; il observe enfin, sans se montrer, si les chevaux viennent correctement le matin se rapprocher de l’enclos où ils vont être sellés. Ce dernier point a une grande importance, car dans le bush australien comme dans le campo argentin, bêtes et hommes se rapprochent, se complètent pour ainsi dire; toujours sellé à la même heure, un cheval vient par habitude, tous les jours à cette même heure, se rapprocher instinctivement de l’endroit où il trouve son maître ; on le voit souvent attendre un quart d’heure et même une demi-heure l’arrivée de son cavalier. Mais si parmalheuron l’oublie, si pour unecause quelconque on néglige un jour de le seller, il prend la clef des champs, et souvent même se laisse difficilement saisir de la journée. En Australie, le cheval se soumet à l’homme avec la plus grande docilité; celui-ci, qui n’a souvent pour marcher que les jambes de l’animal, l’accroche par la bride s’il met pied à terre à un endroit quelconque, tout comme on accroche son pardessus, et, si le lien vient à se détacher, la bêle broute tranquillement dans le voisinage en attendant son maître.
- L’épreuve qu’il vient de traverser est décisive pour le boundary rider : s’il l’a subie d’une façon satisfaisante, il monte d’un degré encore dans l’échelle de l’apprentissage et devient stalion-hand,
- c’est-à-dire ouvrier. Jusqu’à un certain point, cette fonction fait partie de ce que nous pourrions appeler les grades inférieurs du squat tin g ; mais cependant elle est très recherchée parce qu’elle exclut certaines occupations qui ne regardent plus notre apprenti. Dans les moments de presse, alors que chacun est appelé à prêter la main aux plus gros ouvrages, il est encore, jusqu’à un certain point — bon à tout faire, — mais dans des conditions normales, lorsqu’il n’a à remplir que les fonctions qui le concernent ; il n’est plus ni boucher, ni cuisinier, ni même berger; ce n’est plus lui qui va chercher les chevaux, les vaches, les bœufs et les moutons; — il devient en quelque sorte une sous-autorité.
- Ainsi, par exemple, il prend part aux grandes battues qui, à des époques régulières ou dans des cas exceptionnels parfois, ont pour but de réunir tous les animaux de la station ou même ceux d’un pâturage ; — il esd chargé d’empêcher qu’en passant sur la propriété dont il a la garde, les moutons étrangers ne se mêlent à son troupeau ; — il doit veiller à ce qu’ils se tiennent constamment dans les limites réciproques avec ceux des voisins; — il prend part au classement lorsque les agneaux sont rassemblés ; enfin il est appelé à séparer les petits des brebis suivant leur sexe ou leur destination.
- Ces nouvelles fonctions ne sont pas moins pénibles que celles qu’il quitte. Toujours il faut, pour les supporter vaillamment, avoir des goûts un peu sauvages et un courage indomptable joints à la force naturelle nécessaire pour triompher des grandes fatigues. Mais, lorsqu’il en est sorti, comme il a le droit d'être fier! avec quelle fermeté il peut commander aux autres les occupations dont on l’a abreuvé !
- Bientôt il devient overseer, chef en second. Son rôle change. Il a charge alors de marquer sur le dos les bœufs et les chevaux, au fer rouge, de façon qu’on ne puisse perdre ni voler un animal ; — il marque de même les moutons à l’oreille ; — il opère les agneaux et les poulains; — il classe en dernier ressort les animaux de la station et en suppute le nombre exact. Avec l’habitude, il arrive à faire sa besogne avec une habileté incroyable : ce n’est rien pour lui que d’opérer 1,500 agneaux par jour, quelquefois 1,800; — que de compter dans une journée 8,000 à 10,000 moutons.
- Le grade suivant, celui de manager, est le plus élevé. Notre apprenti, qui depuis longtemps ne l’est plus, est alors le représentant direct du squatter, il
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- est devenu Gérant de la station, aux ordres seuls du chef suprême. En ce cas, s’il a économisé quelque argent, ou bien s’il en possède par avance, ou enfin s’il peut en trouver à crédit, bien vite il loue quelques terres, découpe une propriété nouvelle en casiers au moyen de barres en bois et fils de fer, met un troupeau dans chaque case de ce nouvel échiquier, après avoir eu soin de faire aboutir ses pâturages à une rivière pour y trouver des abreuvoirs, et s’établit squatter lui-même.
- Le squatter australien a alors quatre grands ennemis à prévoir : le kanguroo, le lapin, le dingo (chien sauvage), et le free selecter. En ce qui concerne les animaux, tous les moyens possibles et imaginables (fusil, levrier, strychnine, etc.) sont employés à leur extermination. Les uns en effet mangent l’herbe, les autres attaquent le mouton. Le gouvernement lui-même favorise cette destruction par de fortes primes; au besoin, il l’ordonne. Quant au personnage que nous appelons free selecter, sélecteur de terrains, celui-là procède d’une façon que nous allons expliquer.
- Le gouvernement anglais s’étant arrogé la propriété du continent australien, la vend à ses administrés ou la loue. Le squatter qui a besoin d’immenses espaces de terrain, préfère louer, c’est meilleur marché et ça ne le prive pas de ses capitaux; mais il n’est réellement sûr de son bail que pour huit jours, tout acheteur ou sélecteur pouvant acquérir son terrain et le mettre à la porte. La sélection est un mode d’acquisition de la propriété spécial à l’Australie et destiné à encourager le petit propriétaire rural. Les Romains demandaient des vers à Virgile, les Anglais ont préféré un texte de loi. Le selector voit un lopin de terre qui lui plaît : il va au jour dit chez l’agent du gouvernement de la ville voisine pour faire son achat. Le prixn est jamais inférieur à une livre sterling par acre. Mais une fois le premier acompte de 5 shellings payé — (le solde dans les cinq ans qui suivent), — il est obligé d’habiter le terrain; la non-execution des conditions lui fait perdre ses droits et ses versements.
- En Victoria, presque tout le terrain est déjà selec-ted. En New-South-Wales, la loi de 1886 donne plus de sécurité aux squatters; la partie basehold de leurs runs (ils ont tous un peu de freehold) est divisée en deux parties égales ; l’une de ces moitiés leur est louée pour quinze ans un prix fixé par l’expertise, 1 autre est laissée à la sélection, mais tant que
- ce n’est pas selected, ils continuent à l’occuper à un loyer fixé par section. New-South-Wales est divisé, pour l’application de cette loi, en trois zones d’après la valeur du terrain : est, centrale et ouest. Dans la première, le selector a le droit de demander 320 acres pour lesquels il paie d’après les anciennes conditions; dans le central, il peut prendre 2,500 acres; dans l’ouest, 10,000 acres, tous deux à louer. En Queensland, il existe une loi similaire, mais plus favorable au squatter. En South-Australie, les loyers pour les pays pastoraux sont très bas, quelquefois un quart de denier par acre.
- Avec cela, il faut compter sur les maladies du bétail, qui en Australie revêtent une forme qu’on ne rencontre pas autre part. Les principales sont la gale, le piétin, la maladie de Cumberland (espèce d'apoplexie), et le fluke (sorte d’hydatique). Quelques autres maladies telles que le goitre, la pneumonie, le catarrhe, sévissent aussi.
- Mais le plus grand danger pour les bêtes ovines de l’Australie n’est pas dans ces diverses affections; il réside dans les variations climatériques et les sécheresses qu’elles amènent. Pendant ces sécheresses, la mortalité dans les troupeaux est vraiment effrayante. Faute d’eau et de nourriture, la destruction d’une partie est fréquemment nécessaire pour sauver le reste. C’est là l’un des grands fléaux de l’élevage de l’espèce ovine en Australie. Pour le squatter établi de longue date, il n’entraîne qu’une perte plus ou moins considérable et qu’il a sans doute prévue dans ses comptes d’exploitation comme inévitable de temps à autre; mais pour l’éleveur qui commence, la sécheresse représente la ruine, pour peu qu’elle arrive dans les deux ou trois premières années de son entreprise.
- En dehors des occupations que nous avons indiquées, nous devons encore mentionner deux chefs d’activité bien spéciaux à la vie du bush : ce sont la tonte des moutons et le transport vers la côte des laines récoltées.
- La tonte se pratique à la station même, sous un grand hangar couvert en tôle (c’est l’usage), abritant environ 2,500 moutons, — la provision d’un jour. Ce shed est supporté par des pieux à quelques mètres du sol, au-dessus d'un plancher à claire-voie, ce qui lui permet de rester propre et rend la ventilation facile; les côtés en restent ouverts, de façon que la température en soit supportable malgré l’accumula-
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- tion des animaux et l’ardeur du soleil, et le toit descend en forme de véranda pour faciliter l’accès de l’air.
- Dans une galerie située sur le devant de la halle, se tiennent les tondeurs [shearers). Le hangar tout entier est divisé en petits parcs ou Ton fait circuler les moutons jusqu’à ce que chacun d’eux arrive en face d’un tondeur ; il y a deux parcs par tondeur : l’un où est amené l’animal à tondre, l’autre où Ton renvoie le mouton tondu. Le tondeur australien est payé à la tâche, aussi recherche-t-il avant tout la quantité; il n’est pas rare qu’il arrive à dépouiller de leur laine jusqu’à 90 moutons par jour, en moyenne 60 à 80. On conçoit facilement qu’une opération si vite enlevée se fait mal ; l’animal que Ton place entre les mains du tondeur semble le comprendre, et son air inquiet fait peine à voir lorsqu’il considère ces énormes ciseaux que Ton nomme des forces s’agiter dans sa fourrure en l’entamant quelquefois lui-même. Les essais faits en 1886 avec une tondeuse mécanique inventée par M. Wolseley ont donné des résultats satisfaisants : elle fournit un travail plus expéditif, plus régulier et plus propre, et remplacera vraisemblablement, à bref délai, les instruments manuels.
- A côté des tondeurs et dans le hangar même se trouvent les classeurs (classées), qui opèrent dans un corps de bâtiment faisant saillie au milieu de la halle. La toison, à peine tondue, est enlevée par un enfant, qui vient la placer sur une table en face d’un ouvrier chargé de la parer en enlevant les moins bons morceaux, principalement la laine des pattes, puis elle est roulée et passée au classeur. Celui-ci juge immédiatement, à première vue, de la qualité et de la longueur de la fibre ; devant lui sont huit casiers correspondant à autant de qualités différentes; il place de suite la toison du côté qui lui correspond. Les différents âges et sexes (hoggets, eues, iveters), se trouvant déjà séparés par paddocks, le classeur n’a plus à considérer que la qualité et à distinguer par first ou second combiny, cloting, ooarse, dingy, etc. Comme pour la tonte, on arrive ici à une habileté exceptionnelle ; certains classeurs exercés parviennent à ranger, par qualités, jusqu’à 2,500 toisons par jour. A la tête de ces ouvriers, se trouve un maître classeur qui surveille les opérations et qu’on paie très cher.
- Les laines triées sont ensuite passées aux presseurs. Ceux-ci, au moyen d’une presse à bras, quelquefois d’une presse hydraulique, forment les balles desti-
- nées à l’exportation; il n’y a plus qu’à laisser tomber celles-ci dans la charrette amenée au pied des hangars, et les voilà en route. Le cerclage des balles (dumping), ne se fait qu’au lieu d’embarquement par les soins des armateurs, qui réduisent ainsi d’un quart le volume des balles à loger dans leurs bateaux.
- Dans les hangars de tonte, circulent nombre d’employés qui ont chacun leur occupation bien définie. Le manager, par exemple, a la police de la halle; — d’autres surveillent la battue des troupeaux dans les différents pâturages ; — d’autres sont chargés de l’arrivée des moutons et de leur retour. Le décompte des animaux passés par les mains d’un ouvrier, se fait naturellement par le passage de chacun d’eux dans le parc qui lui est réservé après la tonte. Chaque soir, les bergers reforment un troupeau. D’ordinaire, les moutons peuvent être renvoyés à leurs pâturages vingt-quatre heures après leur arrivée : ils y restent en paix pendant un an.
- L’état-major d’un atelier de tonte se compose du gérant, du maître classeur et du magasinier. Nous connaissons les premiers, disons un mot du dernier.
- Les propriétés australiennes, on le sait, sont très grandes ; elles possèdent un nombreux personnel et sont toujours isolées ; il est donc absolument nécessaire que les employés qui les dirigent puissent se procurer sur place les objets nécessaires à la vie. Delà, la présence de ce que nous appelons un magasinier, en terme'du pays un store-keeper, gérant d’une boutique spéciale contenant les éléments d’une épicerie et d’un magasin de nouveautés.
- La vente n’a guère lieu que le soir ou le matin dans ce bazar : alors il est véritablement assiégé. On peut, si Ton veut, ne pas payer comptant ce que Ton y achète, et obtenir, au moyen d’un carnet, crédit du tiers des appointements du mois ; mais ceux qui n’appartiennent pas à la station et ne font que passer, ne peuvent acheter que contre espèces. C’est là que les tondeurs trouvent les ciseaux et les pierres à aiguiser qui leurs sont nécessaires, et les presseurs les aiguilles à coudre, la ficelle et la toile à sac dont ils ont besoin. Les carnets sont tenus en règle par le store-keeper qui, de plus, est très souvent chargé de préparer les rations pour la cuisine des tondeurs et d’envoyer tous les vendredis leur pitance aux diverses escouades campant au loin. On choisit d’ordinaire, pour remplir le poste de magasinier, un homme intelligent, généralement de con-
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- stitution faible et n’ayant pas, par conséquent, la force et la vigueur nécessaires pour supporter les fatigues de la vie du bush.
- Mais il ne suffit pas de récolter la laine, il faut encore la transporter aux stations de chemins de fer ou aux ports les plus proches; il ne suffit pas d’élever des moutons et des bestiaux, il est encore nécessaire de les diriger à certaines époques du côté des marchés, vers les grands centres de la côte. Ces voyages, qui durent toujours des semaines, et quelquefois des mois, méritent d’être signalés. Ils se font depuis le lever jusqu’au coucher du soleil. Armés d’un fouet, les conducteurs ont fort à faire.
- Lorsqu’il ne s’agit que de conduire la laine, la durée du voyage dépend de l’état des chemins. Les chariots sont attelés de dix à vingt bœufs, et même de six à huit cheveaux, et marchent à raison de leur chargement. Mais il est autrement difficile de conduire les troupeaux qu’il faut pousser devant soi par centaines et par milliers de têtes ; tantôt en les suivant au pas dans un nuage de poussière, tantôt en arrêtant les fuyards qui s’écartent, au grandissime galop, dans toutes les directions. Rien de plus curieux que de voir un troupeau de moutons traverser une rivière : les plus petits massés sur chaque berge, et les autres formant procession à travers le cours d’eau les font ressembler à un déménagement de fourmis.
- Les difficultés de la conduite d’un troupeau résident dans le soin qu’on doit donner aux éclopés, — dans la bonne direction à maintenir lorsque les animaux passent sur la propriété d'autrui, afin de les empêcher de se mêler aux autres troupeaux, — enfin, dans le choix des emplacements pour le campement de midi et surtout pour celui de la nuit. Une fois campés, les conducteurs de la caravane ne doivent plus dormir que d’un œil et se trouver prêts à la moindre alerte ; mais la difficulté devient très grande lorsqu’il s’agit de maintenir le troupeau rassemblé et d’empêcher chaque animal d’errer au hasard. Lorsque les nuits d’orage arrivent, c’est une véritable corvée, surtout pour la surveillance du gros bétail : parfois celui-ci s’affole : des centaines de bêtes à cornes épouvantées courent dans toutes les directions, brisent tout sur leur passage, ne voient plus rien, et l’on pense bien que, dans cette circonstance, ce n’est pas précisément une sinécure que de maintenir le mieux possible le troupeau que l’on conduit. On peut calculer que, dans les conditions normales,
- un troupeau de bœufs fait six à huit lieues anglaises par jour, et un troupeau de moutons quatre lieues.
- Maintenant que nous connaissons d’une manière générale les données relatives à la production de la laine en Australie, voyons rapidement ce qu’est cette production dans les différentes provinces de cette grande île : Nouvelle-Galles du Sud, Victoria, Queensland, Australie méridionale et Australie occidentale.
- La Nouvelle-Galles du Sud, qui comprend la vaste région située au sud-est du continent australien, englobait autrefois Victoria et Queensland, qui en ont été détachées il y a environ vingt-cinq ans ; elle a aujourd’hui un développement de côtes de 1,200 kilomètres, compte au nombre de ses principaux ports Botany-Bay, Port-Jackson, Port-Hunter, Port-Stephens, et possède comme villes principales Sydney, Parramata, Newcastle, Maitland, Bathurst, Goulburn, Albury, Dubbo et Bourke. Sa population, depuis le recensement de décembre 1885, est de 980,573 habitants. L’accroissement delà production et du commerce de la laine y a été des plus rapides, témoin les chiffres suivants : — en 1867, elle ne comptait que 11 millions et demi de moutons; — en 1878, le nombre était porté à 25 millions, — et en mars 1884, les statistiques lui en attribuent un total de 34 millions. L’étendue des pâturages nécessaires à l’élevage s’est accrue dans les mêmes proportions : — en 1848, les prairies comprenaient dans cette province 41 millions 700,000 acres ; de 1848 à 1860, ce territoire herbager s’augmente de 7,300,000 acres ; — et de 1860 à 1874, il s’ajoute 133 millions d’acres, c’est-à-dire un espace supérieur aux territoires réunis de la Grande-Bretagne, de la Belgique, de la Hollande, du Danemarck, de la Suisse et de la Grèce. Enfin l’exportation des laines qui, en 1867, n’était que de 21 millions 708,000 livres, est passée, en 1878, à 90 millions de livres, et atteint, en 1884, près de 168 millions de livres (exactement 82 millions 900,000 kilogrammes). C’est de Sydney que partent les principales expéditions de laines, ou plutôt de Port-Jackson qui lui sert de port. L’augmentation des exportations à partir de 1878 est en partie due à la création, à cette époque, du tronçon de chemin de fer qui a relié Junee à Waga-Waga et qui, en permettant de créer des relations directes entre Sydney et le grand district lainier de Riverina, a fait aflluer à Port-Jackson une partie des laines que l’on expédiait autrefois par Melbourne. L’étendue de la province de la Nouvelle-Galles lui permet d’avoir
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- une agriculture des plus variées, car elle touche d’une part vers le Nord aux régions intertropicales de Queensland, et, d’autre part, vers le Sud, aux zones plus tempérées de Victoria et de l’Australie méridionale déjà soumise à l’influence du pôle austral. C’est ce qui explique que l’un y voit tout ensemble la plupart des fruits d’Europe ainsi que ceux d’Amérique (comme la canne à sucre par exemple) ; et c’est ce qui permet de comprendre aussi comment il se fait qu’en certaines années, comme 1877-1878, la sécheresse continue a pu dans bien des régions faire périr, par le manque d’eau, des milliers de moutons, alors que dans d’autres parties de la province les troupeaux restaient indemnes. Mais, malgré cela, la Nouvelle-Galles du Sud n'en reste pas moins la plus prisée pour l’élevage du bétail. Ajoutons qu’il y a dans cette colonie quelques tissages d’étoffes de laines, mais ils ne brillent pas par la prospérité.
- La province de Victoria vient après la Nouvelle-Galles du Sud au point de vue de la production lainière; elle est beaucoup plus petite (227,616 kilomètres carrés contre 800,763), c’est même la plus petite de toutes les provinces australiennes ; mais elle est plus peuplée, car au 31 décembre 1885, on lui donnait 991,819 habitants. Elle forme la partie sud-est du continent australien; sa capitale est Melbourne, sur les bords du Yarra-Yarra, près de l’extrémité de la baie de Port-Philipp. A Victoria, le développement de l’élevage a été loin de suivre les mêmes accroissements que dans la Nouvelle-Galles du Sud. On attribuait à cette province, en 1856, A.6A2.000 moulons ; — en 1867, 8.833.139 moutons; — en 1876, 11.7A9.532 moutons, et nous n’y trouvons plus en 1883 que 10.638.000 moutons ; ce qui démontre que les progrès y restent stationnaires. 11 faut reconnaître cependant que, dans cette partie de l’Australie, les squatters ne négligent aucune occasion d’améliorer leurs races et lont de grands eflorts en ce sens : c'est là qu’on rencontre surtout les mérinos de Camden. Les mines d’or attirent naturellement nombre d’ou-viers qui préfèrent s’occuper dans les gisements que de prendre service dans une branche quelconque de l’industrie pastorale. Cependant ce n’est pas l’exploitation de ce métal précieux qui entrave le plus le développement du squatling, il faut plutôt en chercher la cause dans l’agriculture. Grâce à l’ancienneté des pâturages de Victoria, les terres labourables
- existent déjà dans de grandes proportions et réclament des bras. Donc c’est plutôt une rivalité entre squatters et farmers.
- Le principal port expéditeur de laines de cetle l égion est la baie de Port-Philipp, qui, à elle seule, envoie à l’Europe le quart de l’exploitation totale australienne dont elle reçoit envoi soit de la province elle-même, soit des autres parties de l’île, par une voie ferrée (en 188A, par exemple, 53.100.000 kilogrammes, sur un total général de 223.310.000 kilogrammes), y compris la Tasmanie et la Nouvelle-Zélande). Les éleveurs de troupeaux sont, en général, des Ecossais ; les Anglais deviennent le plus souvent agriculteurs, mais il y a en dehors d’eux beaucoup d’Allemands et surtout de Chinois. Ces derniers sont une plaie pour l’hémisphère austral en raison de la concurrence incessante qu’ils font aux ouvriers du pays. Comme dans la Nouvelle-Galles du Sud, on y trouve nombre de fabriques d’étoffes de laine, et même l’une des principales préoccupations de la province est de devenir un grand pays industriel. Les expositions de Sydney et de Melbourne ont été surtout organisées dans le dessein de montrer au vieux monde un nouveau rival bien plus que dans l’intention de puiser des leçons dans l’expérience de l’Europe. Un système douanier des plus rigoureux d’ailleurs, frappe les importations européennes et autres dans la province, de droits très élevés, parfois prohibitifs, contrairement à la Nouvelle-Galles du Sud, où le système douanier se rapproche du libre-échange. Ce que veut avant tout le colon de Victoria, c’est se passer de l’Europe. Du reste, il ne doute en rien de lui-même, ne se gène pas pour baptiser du nom de travail colonial un objet dont les éléments sont importés, et copier les types de Paris, de Londres et d’Amérique pour ne pas les acheter dans les pays de production; il éprouve, en un mot, un sentiment tout filial pour la colonie où il est né et professe une haute idée de sa capacité industrielle. L’avenir nous dira ce qu’il faut en penser.
- La province de Queensland vient en troisième rang comme productrice de laine. Elle a une superficie plus grande que les deux précédentes (1.739.9C0 kilomètres carrés), mais elle est moins peuplée (325,916 habitauts pour 1885). Le nombre des moutons, — qui était en 1867 de 8.665.777 têtes, et en 1876de 7.227.77A, — est, d'après le dernier recensement (31 décembre 188A), de 9.309.000 et ne peut manquer d’augmenter encore selon toutes } ré-
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- visions. L’intérieur de la province n’est en effet qu’un immense pâturage et les squatters se sont beaucoup avancés vers le nord qui était jusqu’en ces dernières années considéré comme peu favorable à l’élevage. De plus, la colonisation y fait des progrès d’année en année. Port-Derrison (Bowen), par exemple, fondé en 1871, est devenu l’entrepôt de la laine de la vallée de Burdekin; Port-Hinchinbrook (Rockamp-ton) a été, quelque temps après, le centre d’opérations d’une société de squatters; puis le port de Cardwe (Townsville) a été fondé presque sous le 18e parallèle, etc., — de sorte qu’actuellementla côte entière, fortement découpée, est devenue le siège d’un grand nombre de ports qui entretiennent avec l’intérieur un commerce actif.
- VAustralie méridionale (South Australia), vient après Queensland au point de vue de la production de la laine. Elle a une étendue beaucoup plus considérable — (2,239,870 kilomètres carrés); — mais elle ne possède qu’un nombre d’habitants à peu près égal (319,769 pour 1885). Elle a pour capitale Adélaïde, reliée par une voie ferrée à un port profond où peuvent se tenir les navires à grand tonnage, et d’où sont embarquées pour l’Europe les laines de la région. Le nombre des moutons de cette province était de 3,911,610 en 1867, il passe en 1876 à 6,175,385 têtes, et en 1884 â 9,309,000. Certains éleveurs ont obtenu des résultats superbes : comme finesse ou qualité, leurs laines ne peuvent pas rivaliser avec les belles marques de Victoria et de la Tasmanie; mais elles sont en partie très longues et bien fournies. Cependant, il faut le dire, l’Australie méridionale tend de plus en plus à devenir un pays de culture. Certaines de ses parties, après avoir fourni leur nourriture aux premiers moutons du pays, ont été transformées en champs, non sans quelques succès; et il y a, depuis quelques années, chez les colons de cette province, une tendance manifeste à cultiver toutes les zones susceptibles de l’être eu refoulant l’élève du bétail vers les parties montagneuses les plus pauvres. La surface réellement cultivée y est de 2,754,000 acres contre 800,000 acres seulementdanslaNouvelle-Gallesdu Sud;—2,216,000 pour Victoria; — 111,546 pour Queensland, etc.; — elle n’est surpassée qu’en Nouvelle-Zélande (2,052,910 acres), — où le climat, beaucoup plus froid, est à peu près semblable au nôtre.
- L’Australie occidentale (Swan River), que l’on
- place au dernier rang de la production lainière australienne, a une superficie qui approche en étendue des deux tiers de l’Europe entière, — 2,520,000 kilomètres carrés ; — mais elle ne renferme que 35,186habitants d’après le recensement de 1885, c’est-à-dire qu’elle est peu explorée ; elle fait cependant quelque chemin sous ce rapport, car elle n’avait, en 1867, que 16,000 habitants. On y compte, d’après le recensement du 31 décembre 1884, 1,547,000 moutons; — il y en avait 178,000 en 1856, et 881,861 en 1876.
- La Nouvelle-Zélande de 270,000 kilomètres carrés et peuplée de 534,000 habitants, compte 12,985,000 moutons. Cette province est formée, comme on sait, de plusieurs îles qui portent le nom d’Ile du Nord et d’Ile du Sud, et, plus au Midi, — de la petite île de Stewart; tout autour, sont un grand nombre de petits îlots : les îles de Chatam, à 600 kilomètres à l’est, et les îles Aukland, au sud, habitées seulement par des baleiniers. Autrefois divisée en provinces fédérées, la Nouvelle-Zélande est aujourd’hui soumise à un gouvernement central ayant son siège à Wellington, au milieu de i’île du Nord, dans le détroit de Cook. C’est l’une des contrées les plus cultivées du globe, car proportionnellement à la population, elle l’est six fois plus que la Belgique (406,000 hectares de terre sans culture et 1,432,000 hectares de prairies). Le chiffre des moutons y a toujours augmenté plus que dans toutes les autres parties de l’Australie.
- Enfin mentionnons la Tasmanie (Van Diémen’s land), île de 68,311 kilomètres carrés, peuplée de 130,541 habitants, qui possède encore 1,720,000 moutons.
- Les laines de La Plata.
- On sait que le nom de La Plata a été donné aux provinces riveraines du Rio de la Plata, formé de la réunion de l’Uruguay et du Paraguay, ce dernier réunissant lui-même les eaux du Paraguay et celles du Rio Grande. Le territoire proprement dit de la Plata comprend, dans la Confédération argentine, les quatre grandes provinces de Buenos-Ayres, Entre-Rios, Santa-Fé et Corrientes ; et dans l’Uruguay, les départements de Maldonado, Montevideo, Canalones, San-Jose, Colonia, Soriano, Paysandre et Salta. Les principaux ports de la Plata fréquentés par les Euro-
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- péens sont, avec Buenos-Ayres, Montevideo et Ro-sario.
- A l’Exposition, dans les deux pavillons spéciaux à la République Argentine et à l’Uruguay, la laine est naturellement le produit qui figure en plus grande quantité et sous toutes les formes : en suint, lavées, en peaux, etc. ; il y a plus de cent exposants dans le premier pavillon et près de quarante dans le second. Nous avons déjà indiqué de quelle importance était l’emploi de ces genres pour la France: nous croyons devoir nous y arrêter un peu.
- Dans ces deux républiques, l’industrie pastorale s’est implantée de bonne heure, puisque le mouton y a été introduit par les conquérants espagnols venus du Pérou, au xviesiècle; mais, en raison de l'indifférence des Indiens, on n’obtint aucun résultat des premières importations. En réalité, l’élevage du mouton n’y date que de 182k, époque à laquelle on y envoya cent béliers mérinos d’Espagne et cent south-downs d’Angleterre en les faisant accompagner par des bergers européens. Depuis lors, cette industrie y a pris un développement remarquable, surtout depuis l’introduction, comme nous le dirons tout à l’heure, quelques années après, des béliers mérinos de Rambouillet et de Saxe, dont on a fait depuis une race métisse que l’on raffine sans cesse.
- Le territoire argentin, notamment, offre pour l’élevage du mouton une particularité à noter : c’est l’immense étendue de ses plaines. La région des pampas conquise sur les Indiens, d’une horizontalité en quelque sorte absolue, y est essentiellement herbeuse; de plus, quoique n’ayant pas de ruisseaux, elle possède suffisamment de lagunes ou mares naturelles constamment remplies par les eaux pluviales, pour servir aisément à abreuver le bétail.
- Voici quelles phases générales a suivi l’organisation de l’industrie de l’élevage dans ce pays.
- Au moment de la découverte, il n’y avait chez les indigènes d’autre animal domestique que le lama ou guanaque, que, depuis des siècles, on avait apprivoisé dans les régions andines, et quelques palmipèdes et échassiers dont les naturels abandonnèrent rapidement l’entretien pour ne s’occuper que des animaux importés d’Europe, plus faciles à soigner et réellement plus utiles que les leurs. Les millions de bestiaux qui couvrent actuellement les plaines de la Plata datent de trois époques bien déterminées : — 153b, année de l’importation du cheval par Mendoza; — 1550, époque où le cheval et le mouton vinrent du Pérou; — 1553, année où le
- bœuf fut amené du littoral brésilien à l’Assomption.
- L’élève des races bovines, tout d’abord, occupa longtemps la population indigène qui en retira d’importants bénéfices. Le gros bétail se contente, en effet, dans ces parages, d’un pâturage très ordinaire, pourvu qu’il ait de l’extension, et l’on disposait, dès l’époque coloniale, d’immenses étendues de terre produisant un fourrage médiocre, mais qui suffisait aux troupeaux; on les y laissait en plein air, durant toute l’année, l’hiver étant peu rigoureux. 11 fallait peu de capital, alors, pour établir un campo de ganada mayor qu’une seule famille maintenait en bon état; on n’avait pas d’étables à construire ni de récoltes à emmagasiner ; — unehabitation principale à l’usage de Yhacendado, —quelqueshuttes pour les domestiques ou péom constituaient toute l’installation. On vendait les jeunes taureaux et les vaches à l’âge de deux ans au prix de vingt francs par tête, c’est-à-dire pour la valeur de leur peau ; une grande quantité de viande était absolument perdue : on en fumiguait ou salait une partie pour l’exportation sous le nom de lasago; on réduisait les os en noir animal. Encore aujourd’hui, nombre de troupeaux de ce genre vivent en liberté dans les pampas argentines; ils ont été petit à petit améliorés par un régime alimentaire plus substantiel ou par le croisement, et, comme il était difficile de les modifier par sélection, on a eu recours pour les améliorer, au procédé de l’élimination, qui consiste à écarter soigneusement, à chaque saison, les animaux considérés comme défectueux, ce qui remplit le même but. Ces conditions sont encore celles qui ont cours actuellement.
- En même temps que de l’élevage des bœufs, on s’est occupé, dans ces contrées, de l’élevage des chevaux, notamment dans la République Argentine. Les chevaux argentins descendent d’individus importés d’Andalousie, etont été modifiés, de génération en génération, par l’influence du climat et de Falimentation ; ils sont de petite taille, ce qui les rend impropres aux attelages de luxe et aux manœuvres de cavalerie; ils n’ont donné lieu par conséquent qu’à une exportation très restreinte, et on les vend à bas prix ; on ne peut donc consacrer à leur élevage que des terrains ayant une faible valeur. Dans les estancias ou fermes les mieux dirigées, on attribue à un étalon de quatre ans une vingtaine de juments, et on augmente successivement le nombre jusqu’à quarante, sans toutefois le dépasser ; on enferme le troupeau dans un vaste enclos, en réservant une prairie spé-
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- ciale à quelque distance pour la réception des poulains après le sevrage, qui s'opère ordinairement en mars; puis on établit au sud, dans cette prairie, une plantation d’arbres qui sert d’abri aux jeunes animaux durant les pamperos, ou vents du sud-ouest, parfois d’une grande violence et d’une assez longue durée. Un corral dépend du même enclos; on y attire occasionnellement les poulains afin de les apprivoiser peu à peu et de les accoutumer aux soins de l’homme; on leur donne d’abord deux, puis quatre poignées de maïs par jour. En septembre, on les marque au fer rouge suivant la coutume du pays, au moment où ils ont près d’un an accompli, puis on les parque avec des vaches et d’autres chevaux, à l’exclusion des entiers, dans d’autres pâturages; mais on les ramène de temps en temps au corral pour leur ôter toute sauvagerie. Lorsqu’ils ont atteint l’âge de trois ans, on les incorpore aux troupeaux destinés à la reproduction ou on les emploie à divers usages. En principe général, on cherche à éviter la consanguinité, à moins qu’on ne veuille fixer les qualités d’un individu hors ligne et créer une race nouvelle. On dompte les jeunes chevaux au printemps et en automne.
- Arrivons à l’élevage du mouton qui peu à peu s’est substitué à celui du bœuf et du cheval. Cette autre industrie a acquis aujourd’hui dans ces régions une extrême importance; on peut même affirmer que c’est la source la plus féconde de la richesse nationale de ces contrées. Il y a trente ans, il n’y avait guère dans la République Argentine que A,500,000 brebis; — de 1875 à 1870 on en comptait 56 millions; — aujourd’hui le chiffre de 68 millions est dépassé. Dans l’Uruguay, le nombre des moutons était, en 1870, d’après un état publié à Montevideo, de 12,189,111; il est aujourd’hui de plus de 20 millions. Cet élevage se fait aussi dans des estancias, mais celles-ci sont de dimensions relativement restreintes. Il n’y a presque plus de ces grandes fermes de vingt à cinquante lieues de superficie comme autrefois, celles de dix lieues sont déjà rares et leur nombre diminue chaque jour, parce que l’élève du mouton augmente sans cesse et qu’il ne réclame pas d’aussi vastes espaces que celui du bœuf. Une lieue carrée de bons pâturages, en effet, (2,700 hectares), nourrit facilement 12,000 moutons, tandis qu’elle ne peut servir que pour2,000 têtes de gros bétail avec le nombre de chevaux, mules et ânes nécessaires à une bonne exploitation.
- Pour bien préciser quels sont les moutons qui ont été introduits d’Europe dans la République de la Plata, rappelons qu’à la fin du siècle dernier, les différents pays d’Europe possédaient des brebis qui ne se ressemblaient ni par la taille, ni par les formes, — qui toutPS avaient la laine longue, et que l’Espagne seule disposait du mouton dit mérinos à laine courte, mais qu’elle en prohibait l’exportation. En 1765 et en 1796, ce mouton mérinos passa les frontières et fut introduit en Allemagne et en France. Le gouvernement français divisa les mérinos qu’il reçut d’Espagne en deux troupeaux : le premier, formé des brebis de l’Escurial, fut stationné à Naz, tandis que le second, réservé aux negrettes, fut installé à Rambouillet. Le gouvernement allemand fit la même séparation entre les genres, créa le type électoral en Saxe avec les brebis de l’Escurial et fit des nègrettes l’espèce allemande du même nom.
- Ce sont ces deux genres de moutons qui ont été introduits dans la République de la Plata; le negrette français y a pris le nom de Rambouillet, le type allemand est désigné sous le nom de negrette sans qualificatif. Après de longs débats, on est arrivé à accorder la préférence aux rambouillets sur les negrettes.
- En général, les campos situés au nord de la province de Ruenos-Ayres et par-delà, à moins que la distance ne soit trop grande, se payent plus cher et sont plus recherchés que ceux qu’on a formés dans les plaines de l’ouest. Cette différence d’estimation résulte de la qualité des herbages : au nord se trouvent les pastos tiernos au fourrage tendre et substantiel; à l’ouest, on n’obtient le plus souvent que des pastos fuertes produisant beaucoup de plantes, amères et de paille ; il s’ensuit que les brebis y ont peu de lait et qu’on y constate une assez forte mortalité parmi les agneaux. Il y aurait avantage réel à faire voyager les troupeaux, les dirigeant vers les pastos tiernos avant la parturition, et les ramenant aux pastos fuertes après le sevrage des agneaux ; d’après se système, les brebis passeraient l’automne et l’hiver dans les pâturages du nord, et le printemps et l’été dans les pâturages de l’ouest où elles seraient moins exposées à souffrir de la sécheresse. Ces migrations offrent néanmoins dans la pratique trop de difficultés pour être immédiatement réalisables.
- Dans les circonstances actuelles, celui qui voudrait s’installer dans ces pays pourrait encore acheter, dans la République Argentine par exemple, de
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- bonnes terres pour l’élevage du mouton dans les prix de 37,500 francs à 50,000 francs la lieue carrée. Mais parfois les prix sont beaucoup plus élevés. 11 a élé vendu en 1884, dans la neuvième section du territoire de Buenos-Ayres, 8,000 hectares de terre à raison de 30 francs l’hectare, soit à 81,000 francs la lieue carrée. Un propriétaire a reçu, pour six lieues de terrain situées, dans la province de Buenos-Ayres, sur les frontières du Santa-Fé, 398,000 francs, soit 68,500 francs par lieue. D’autre part, quarante lieues de terres à pâturages vendues sur les bords duSalado, dans la province de Santiago del Estero, n’ont rapporté que 300,000 francs. D’après les calculs des gens les plus compétents, il faut un capital d’au moins 300,000 francs pour installer une eslancia dans des conditions de réussite ; on devrait en choisir l’emplacement entre 38 degrés de latitude sud-ouest et 40 degrés de latitude nord. L’élève du mouton, contrairement à celui des bêtes à cornes et de la race chevaline, exige un personnel assez nombreux. Les salaires varient, mais sont généralement assez forts. Un berger expérimenté reçoit jusqu’à 100 fr. par mois. On fait parfois un contrat avec des locataires qui gardent les bestiaux, les nourrissent, les soignent moyennant une part dans les profits. Les facilités de crédit sont assez grandes dans la République Argentine, mais s’obtiennent dans des conditions onéreuses; l’intérêt de l’argent y est élevé : les capitalistes prennent \ 2 pour 100 ; les banquiers 7 à 9 pour 100 sur elfets à 90 jours avec 15 ou 25 pour 100 d’amortissement à chaque renouvellement. Une estancia bien dirigée peut laisser un bénéfice d’environ 15 pour 100.
- Le dernier recensement de la République Argentine indiquait un total de 1,S77,490 habitants, y compris les Indiens nomades qui, peu à peu, vont se rapprochant des blancs et se mêlent avec eux ; ces derniers sont évalués à 93,000 pour la population de Chaco, des Pampas et de la Patagonie. Dans les villes, la population argentine est peu mêlée de sang indigène, mais dans les campagnes elle en est fortement imprégnée. Dans la région pampéerme, ces métis qu’on désigne sous le nom de gauchos ne connaissent que la vie en plein air; ils forment le personnel desesUmcias et s’adonnent surtout à l’élève du bétail; dans les régions andines, la population formée de métis quichas est agricole et minière. Les étrangers, établis surtout clans les provinces du littoral, et qu’on ne rencontre qu’en très petit nombre dans celles de l’intérieur, sont des
- immigrants français, allemands, espagnols, portugais et suisses; ils exercent toutes les professions, sont propriétaires, industriels et commerçants, etpeuplent notamment les villes. Tous vivent en parfaite intelligence avec les Argentins sous une loi commune; la plupart épousent des femmes du pays. L’immigration d’ailleurs est favorisée dans la contrée; un commissariat relevant du ministère de l’intérieur est chargé spécialement de la réception des émigrants : il procède à leur débarquement, les loge, les nourrit gratuitement et les fait transporter aux frais de l’État jusqu’aux lieux où ils témoignent le désir de s’établir ; on leur donne aussi, sur différents points du territoire, des terrains destinés à la colonisation agricole.
- Dès le mois d’octobre, les éleveurs de moutons se préparent à la tonte. La proportion de laine alors disponible est considérable; la voici telle qu’elle a été relevée dans ces dernières années :
- 1876................. 89.275.895 kilogr.
- 1877 ............. 97.3Zi3.981 —
- 1878 .............. 81.894.174 —
- 1879 ............... 92.112.440 _
- 1880 ............... 97.518.089 —
- 1881 .............. 104.756.922 —
- 1882 .............. 111.009.796 —
- 1883................ 118.403.668 —
- Comme nous l’avons dit, ces laines prennent en majeure partie la route de la France par le Havre et Dunkerque pour le rayon du Nord, mais aussi celle de la Belgique par Anvers, en destination du rayon de Verviers.
- Les laines de la PI ata se divisent en deux grandes catégories : Buenos-Ayres et Montevideo. La laine de Buenos-Ayres est d’une fibre plus fine, mais celle de Montevideo est généralement de meilleure nature, mieux nourrie, plus forte et plus haute. Chacune de ces qualités se divise en diverses classes basées sur la finesse du filament : mérinos prima, mérinos secundo, mérinos tertio, agneaux, morceaux, ventres, etc. Les balles de laine de la République Argentine sont de 400 kilogrammes, celles de l’Uruguay de 420 à 430.
- Les tontes de la Plata se font le plus souvent aux mois de septembre et d’octobre; la production est vendue directement dans les estancia,s par les producteurs, ou expédiée en toisons en ville à la consignation des baraqueros qui les vendent sur le marché et qui ont ensuite la spécialité d’en faire des
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- balles après un classement sommaire. Le prix des achats est réglé en piastres-papier ; le poids en usage dans le pays est l’arrobe, qui vaut ‘25 livres d’Espagne.
- La plupart des laines arrivent en Europe à l’état de suint; cependant, depuis quelques années, il s’est établi de nombreux lavoirs à Buenos-Ayres et Montevideo.
- Les laines du Gap.
- Seule, la Société d’agriculture de Port-Élisabeth a envoyé au quai d’Orsay de nombreux spécimens de ses plus belles laines, bien étalées dans quinze vitrines sous les yeuxdupublic: —lainesen suint provenant de moutons mérinos élevés dans la région du Karoo,—de mérinos élevés dans les herbages, — de mérinos de races créées au Cap et n’avant été élevés ni dans la région du Karoo ni dans des pâturages spéciaux, — poils de chèvre angora, etc. ; cette collection d’ailleurs est entièrement composée des premiers prix obtenus en mars 1889 à un concours organisé au Cap par cette Société agricole.
- Généralement, le commerce des laines comprend sous le nom de laines du Cap, toutes celles qui sont produites par les possessions anglaises de l’Afrique méridionale dont la colonie du cap de Bonne-Espérance est la principale (Natal, etc.). Ces fibres sont, en général, très fines et de bonne qualité, mais assez courtes, manquant de moelleux et trop souvent surchargées de gratterons : on les emploie spécialement pour le cardé, et en France elles sont peu goûtées.
- La population ovine du Cap a pour origine la race mérinos qui y a été introduite vers 1833. Jusque-là on n’y élevait que des races communes; mais, comme en Australie, cette race s’est montrée des mieux appropriées à la nature du pays et au climat, et elle a été, aussitôt après son importation, adoptée par les éleveurs du pays qui ont acquis à son élevage des bénéfices considérables. Aujourd’hui il n’y a presque plus au Cap de moutons à grosse laine, et il y a, par contre, de 16 à 17 millions de moutons mérinos.
- La colonie du Cap, avec laquelle Hambourg est surtout en relations, appartient aux Anglais, on le sait, depuis 1814. Les deux tiers des habitants sont Hollandais, Anglais ou Français; les autres appartiennent à des races indigènes ou descendent des esclaves malais introduits autrefois par les Hollandais.
- Les habitants des villes, négociants, détaillants et artisans, sont, en majeure partie, des Anglais ; les des-
- cendants des Hollandais, au contraire, et notamment les Boers, sont presque tous fermiers: ce sont les moins fortunés d’entre eux qui s’adonnent à l’industrie pastorale.
- L’exportation des laines a eu, dans ces dernières années, un certain ralentissement, dû non seulement aux guerres qui ont désolé le pays, mais encore à l’engouement d’une partie de la population pour la recherche des diamants. Il existe en effet, à la limite de la colonie et des États libres du fleuve frange, à 1,200 kilomètres de la ville du Cap, de riches placers qui, lors de leur découverte, ont causé une émotion profonde dans l’Afrique méridionale; et, à un moment donné, on a vu des quantités considérables de chercheurs venus d’un peu partout, mais surtout du sud et du centre de la colonie, se répandre dans les régions diamantifères et laisser en second plan l’élève des moutons et la culture de la vigne, deux des principales branches de l’industrie agricole dont on avait retiré jusque-là des résultats significatifs quoique moins éblouissants. Une réaction, aujourd’hui, commence à se produire en sens contraire.
- Le poids des balles de laine du Cap est un peu inférieur à celui des balles d’Australie; mais il varie, dans ce pays, suivant l’état dans lequel se trouve le produit. Ces laines sont payables à trois mois à vue; elles sont expédiées par les ports de Cap-Town, Port-Élisabeth, East-London et Port-Natal.
- Les laines de Russie.
- Nous relevons quatre lots de laines dans la section russe, envoyés par M. E. Faltz-Frein, de ICakhovka, dans le gouvernement de Tauride (toisons de mérinos lavées à dos et non lavées) ; — par M. N. Glinka, de Szczawin, dans le gouvernement de Lomza (laines en suint); par M. Esekoof Melkooff, de Nakhitche-van-sur-Don (laines blanches lavées) ; — et par le comte A. Poletyllo, de Varsovie (brutes diverses).
- Les laines de ce pays nous arrivent au Havre par Odessa et ont pour nous assez d’importance : nous les recevons en suint, parfois lavées à froid et à dos, ou à chaud. Elles sont généralement fines et atteignent à peu près la qualité des mérinos prima de Buenos-Ayres ; quelquefois même elles valent davantage, car elles sont plus nerveuses et plus propres. On les achète principalement pour le peigné à Reims et à Roubaix, et aussi à Elbœufpour les genres doux et courts.
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- La Russie est la nation européenne qui renferme le plus grand nombre de troupeaux de race ovine; néanmoins, relativement à l’étendue de son territoire, elle est, après la Finlande, la plus pauvre sous ce rapport, car le nombre de ses moutons n’est que de neuf par kilomètre carré, tandis que, dans l’Italie, qui vient immédiatement au-dessus, il est de vingt-deux. L’empire compte un peu plus de un cinquième de bêtes à laine fine : 10 millions de mérinos contre 35 millions de moutons de race commune; ces mérinos sont surtout répandus dans les provinces d’Ekhaterinoslaw, Kherson, la Bessarabie et la Tau-ride : ils descendent pour la plupart de la race negrette.
- Le commerce de la laine entre la Russie et l’étranger est considérable et tend toujours à s’accroître. Les principaux centres pour le commerce et l’exportation sont Charkov, Saratov, Moscou et Odessa. On a conservé l’habitude, dans certaines contrées, de faire passer les troupeaux dans une eau quelconque (rivière, ruisseau, mare), deux ou trois fois sans frotter l’animal : ces laines, pour ainsi dire demi-suint, nous arrivent sous le nom de périgonne,s; dans d’autres centres, on se sert parfois, pour faciliter le lavage, d’une terre argileuse, ce qui a l’inconvénient de donner de la dureté au produit.
- Les laines anglaises.
- L’Angleterre n’expose pas de laines brutes ; mais, en raison de l’importance que l’industrie nationale doit attacher à la production de ce pays, nous croyons devoir nous y arrêter un instant. On s’y est surtout, il est vrai, attaché à faire de la viande, mais les fibres de qualité moyenne que donnent les races indigènes sont recherchées et se paient fort bien.
- Les trois principales variétés de moutons à laine longue sont le leicester, le new-kent et le coots-wold ; les deux variétés à laine courte les plus importantes sont le southdown et le cheviott.
- Le type de la vraie race anglaise est le leicester, dont la toison est formée de laine étroite, grossière, longue, pendant en mèches pointues : on s’en sert pour la fabrication des serges, tapis, etc. Cette race, perfectionnée par Bakewell, dans sa ferme de Dish-ley-Grange, a reçu en France le nom de dishley, ce qui a amené à distinguer en Angleterre deux variétés de leicesters : le old-leicester et le new-leicester. Nous avons dit plus haut quels services on retire de
- ce mouton dans le nord, l’ouest et quelques parties du centre de la France, soit comme animal pur, soit comme amélioration des variétés à laine longue, et dans le rayon de Paris et des plaines du Nord, par son croisement avec le mérinos.
- Après lui, vient l’espèce désignée en France sous le nom de new-Kcnt, à laine longue et rude, assez fine, d’un lustre satisfaisant, avec tendance à se friser, et qui est connue en Angleterre sous le nom de romney marsh (du marais de Romney), la même, d’ailleurs qu’on désigne en Hollande sous le nom de race des polders.
- La variété dite cotlswold, la plus répandue après la précédente, tire son nom d’une contrée montueuse et calcaire du Gloucestershire, qui, elle aussi, a été améliorée par le leicester : sa laine est la plus commune de toutes.
- Le southdown, la principale race à laine courte, a été perfectionné surtout en Angleterre par Elmann et Jonas Webb, toujours en vue de la production de la viande : on en connaît une foule de variétés désignées sous le nom de hampshiredown, norfolkdown,-oxfordshiredown, westdown, shropshire, etc., à laine plus grossière.
- Puis vient enfin la variété cheviott, habitant les collines Cheviottith qui forment la frontière de l’Angleterre et del’Écosse, fournissant une laine de qualité ordinaire, mais bien estimée, dont on connaît trois variétés : le mouton long et le mouton court, qui ont donné par croisement le mouton demi-long (halflong), puis le mouton à tête noire (blackfaced) habitant les monts Grampians, en Écosse, dont la Aoison, extrêmement courte et jarreuse, convient plutôt à la fabrication des lainages inférieurs et des tapis. Disons à ce propos que tout ce qui se vend dans la fabrication française sous le nom de fil cheviott est très rarement composé de la laine des moutons d’Ecosse, mais bien plus souvent de 50 à 60 pour 100 d’effilochage et de 50 à 25 pour 100 de laine de Perse ou du Levant, coupée auparavant pour en diminuer la longueur ; la laine effilochée est toujours très foncée, et la laine brillante qu’on y ajoute est toujours plus claire ou en nuances vives.
- D’après les dernières statistiques, il existe en Angleterre et dans le pays de Galles environ 15 millions de moutons avec un poids moyen de 2 kil. 700; — en Ecosse, 7 millions à 2 kil. I 30 ; — en Irlande, h millions à 2 kil. 700. Il se fait annuellement une exportation d’environ 1,500,000 kilogrammes de laines en suint.
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- Les laines de Hongrie.
- L’élève du mouton a assez peu d’importance en Autriche : il est concentré dans la Bohême, la Galicie et la Dalmatie; mais les toisons, provenant en moyenne partie, de métis mérinos, y sont fineset abondantes. Par contre, en Hongrie, l’industrie pastorale a, depuis longtemps déjà, une très grande importance; aussi s’y trouve-t-il bon nombre de fortes exploitations dans lesquelles, aux avantages naturels que présente le pays, s’ajoutent une expérience et des traditions précieuses dans l’art de produire et de classer les laines : celles-ci y sont des plus fines et des plus estimées.
- La Hongrie n’a cependant pas exposé de laines; elle semble n’avoir réservé ses soins qu’à quelques matières premières comme le houblon. Les laines de ce pays se classaient anciennement en deux catégories bien distinctes : les laines des montagnes, très longues et très communes, fournies par les moutons originaires de Hongrie, et les laines de haute finesse obtenues par l’introduction du bélier mérinos negrette. Ces deux types existent encore; mais les évolutions de l’industrie lainière ayant réclamé d’autres qualités, on s’est efforcé de les obtenir pat-voie de croisement et on a alors créé de nouveaux types: — la laine de deux tontes (zweischuren vuolle), ainsi nommée parce qu’elle permet de tondre les moutons deux fois par an, au printemps et en automne, provenant d’un croisement de béliers Rambouillet avec des brebis d’Allemagne, et qui, par le fait même de la double tonte, n’obtient jamais une? bien grande longueur ;—et la laine à peigne, qui doit participer de la longueur des toisons de montagne et de la finesse des mérinos, et à laquelle on est arrivé par la fusion des deux anciennes espèces. Le principal marché de laines du pays est Budapest.
- Une certaine quantité de ces textiles nous arrive lavée. 11 y a deux lavoirs considérables dans la contrée: — l’un, le plus ancien, celui delà Société anonyme de laçage, outillé en 1868 par la maison Ilouget et Teston, de Verviers; — l’autre outillé en 1885, celui de MML J. Wofner et Cie, dont les machines proviennent de la maison Snoek, d’Ensival. Ces deux maisons travaillent exclusivement à façon, recevant les laines brutes pour les laver et les vendre moyennant une commission; le prix du traitement est très élevé, mais les lavoirs ne sont en activité que d’avril à octobre ; ils chôment tout l’hiver, faute de laines à
- laver. La Société anonyme de lavage fabrique aussi de la potasse de suint et effiloche des chiffons pour la fabrication de la renaissance.
- Les laines d’Italie.
- L’Italie produit principalement des laines longues et des laines à peigner, mais elle n’en exporte pas. Il est à remarquer que, dans ce pays, les troupeaux ne sont qu’un instrument pour l’exploitation des terrains incultes et que les provinces un peu avancées en agriculture les repoussent complètement; ces troupeaux sont, en majeure partie, errants, et les pâtres des'montagnes les conduisent alternativement sur les hauts sommets, ou les font descendre dans la plaine. Dans le Piémont et sur tout le pourtour de la vallée du Pô, au nord, vers la Suisse et le Tyrol, la race qui y est élevée produit une laine de qualité inférieure; dans la campagne de Borne, où sont concentrés pendant l’hiver les nombreux troupeaux qui descendent des hauteurs dont elle est entourée au nord, à l’est et au sud, on récolte une laine assez fine, rappelant un peu les laines mérinos, bien quelle soit un peu mélangée de poils dans la région du cou ; enfin, dans les Pouilles, ou l’industrie pastorale se trouve extrêmement favorisée par la grande abondance des pâturages d’hiver et par la grande étendue d’herbages qu’offrent pendant cette saison, les parties montagneuses des Abruzzes, on élève la race dite moutons fins de Fouille, animal rustique à toison peu fournie, mais donnant une laine à peigner de qualité estimée. Ce sont là les principaux points à signaler.
- Les laines de Portugal.
- Il I
- Il y a dans ce pays trois types fondamentaux de laines: —le bordelairo, sorte de toison où l’on rencontre un mélange de poils gros, allongés, semblables aux poils de chèvre, qui feutrent çà et là avec la laine proprement dite, dont les brins plus ou moins fins, courts et souples, sont irrégulièrement enchevêtrés; — puis 1 emerino, qui se distingue par des toisons tout à fait dépourvues de poils et formées de laine souple et fine, à brins ondulés, longs, réunis en mèches bouclées et arrondies; —enfin, Yes-tambrino, qui comprend les laines à longs brins, lisses et pendants, mêlées de beaucoup de poils,
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- tantôt luisantes, tantôt ternes et plus ou moins grossières, souvent enveloppées à leur base d’un duvet feutré. Il y a environ, dans ce pays, trois millions de moutons dont les laines, sont en général classées parmi les sortes communes.
- Les laines d’Espagne.
- L’Espagne possède deux sortes de troupeaux qui produisent deux genres de laine bien déterminée: — les troupeaux sédentaires, que l’on rencontre dans les vallées des principales rivières ou se trouvent des pâturages toujours frais en toute saison, composés de moutons à laine grossière qu’on élève surtout pour la boucherie; — et les troupeaux errants, dit trashumantes qui, au moment des étés très chauds presque toujours accompagnés de sécheresses que l’on a dans ce pays, quittent les plaines brûlées du soleil pour aller trouver des pâturages dans les altitudes plus élevées : ces derniers sont exclusivement composés de mérinos. Chose à remarquer, la race espagnole, qui a servi à l’amélioration de la population ovine du monde entier, ne possède pas la finesse extrême de laine à laquelle sont parvenus les mérinos de Rambouillet; leur qualité ne s’est développée plus tard que sous l’influence d’un régime sédentaire et d’une nourriture abondante et riche donnée à l’étable. Ajoutons, en outre, que l’incurie des bergers espagnols a abâtardi une partie de la race et que les toisons des brebis du pays, sales, chargées d’immondices, de boues, de plantes desséchées, couvertes de sucs résineux provenant des arbustes contre lesquels les animaux se sont frottés, exigent de grands lavages et, tout en perdant dans l’eau un déchet considérable, retiennent toujours une partie des ordures dont elles étaient primitivement chargées.
- Les laines de Grèce.
- Quelques éleveurs grecs exposent divers spécimens de laine brute ; citons MM. C.-P. Agathoclès et Cic, de Carditza (Triccala) ; — Venizelos Aliferakis, de Sparte (Laconie) ; — Yasile Argyropoulo, de Paros (Cyclades), etc.
- Les laines de Grèce sont assez rudes, souvent noires et mélangées de poils raides et de duvets. Il ne s’en exporte annuellement qu’une minime quantité, à peine le dixième de la production totale, car
- le nombre des moutons dans ce pays est considérable par rapport au chiffre de la population et à l’étendue du territoire : il y a un peu plus de quarante-cinq moutons par kilomètre carré, et à peu près cent cinquante par cent habitants. On fait suivre aux troupeaux le même régime qu’en Italie.
- Les laines d’Algérie.
- Le pavillon algérien de l’Esplanade des Invalides renferme de nombreux échangions de laine, envoyés par MM. Frédéric Altairac, d’Alger (laines lavées) ; — F. Barbier, de Laverdure-Souk-Ahras (poils de chèvre angora) ; —Ben-Aouda-ben-Ziredjeb, deTlemcen (toisons) ; — Adolphe de Bonand, de l’Oued-el-AUeug laine de métis Shropshire); — Nicolas Colman, de Bel-Abbès (laine blanche et noire mérinos), etc., etc.
- Les laines de notre colonie, principalement expédiées en France et en Italie, sont longues, jusqu’ici généralement assez grossières, mais on en obtient peu à peu, par le croisement avec le mérinos, des résultats satisfaisants au point de vue de la rusticité des produits et du rendement. Des études qui ont été faites, il semble résulter que c’est à une race de mérinos rustique, vigoureuse et à laine forte, qu’il y aurait avantage à s’arrêter pour l’Algérie, le bas prix des laines à carder et la concurrence de l'Australie et de la Plata ne permettant pas d’atteindre de grands profits de l’élevage des mérinos à laine fine. Actuellement, notre colonie possède environ 10 millions de moutons, la plupart à laine longue.
- Les laines du Chili.
- Nous relevons dans le pavillon du Chili deux petites collections de laines envoyées l’une par M. Julio Besnard, de Santiago, l’autre par la Quinta normal de agricullura de la même ville.
- Les laines de ce pays se divisent en quatre sortes: fine, métis, commune et noire; elles sont surtout employées par le peigne pour la bonneterie et la fourniture militaire. Nous en recevons annuellement au Havre une petite quantité.
- Les laines du Transvaal.
- Le Transvaal (République Sud-africaine), n’expose guère que des laines dans son petit pavillon de l’Esplanade des Invalides : celles-ci sont similaires aux
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- produits du Cap dont elles sont géographiquement voisines. Les principaux lots ont été envoyés par MM. T.-BBeckett etCie, de Pretoria; — G de Jager, de Winterskock ; — B. Johnstone, de Dajesfontein ; — T. Kolbe, de Puntje; — etc., etc.
- Les marchés régulateurs.
- Les principaux marchés de laine sont, ceux de Londres, Anvers, Hambourg, le Havre, Bordeaux, Marseille, Roubaix, Tourcoing et les marchés australiens. Nous allons les examiner successivement.
- Londres est pour la laine australienne le plus grand entrepôt du monde entier. Ce textile y arrive sous deux états ; — soit lavé ou bien à dos ( jleece washed), ou bien à chaud (scoured), — soit en suint. Mais, dans ces derniers temps, les troupeaux ont tellement augmenté, et les transports, en raison de l’augmentation des voies ferrées et fluviales, ont tellement diminué d’importance en Australie qu’on se passe bien souvent de l’opération du lavage, avec d’autant plus de raison qu’on est obligé de ménager l’eau le plus possible à cause de la fréquence des années de sécheresse ; les détenteurs du continent, d’ailleurs, préfèrent recevoir la laine à l’état brut. On peut calculer qu’il nous vient annuellement aujourd’hui en Europe 64 pour 100 de laine en suint, 24 pour 100 de laine à chaud, et 9 pour 100 de laine lavée à dos.
- Les conditions de vente de ce textile à Londres ont été établies d’ancienne date. Elles remontent à 1838, époque à laquelle elles ont été édictées par sept courtiers vendeurs : J.-B. Situes et C°, Jos, Sou-they and son, Marsk et Edenboroug, Longmann et Hughes, Ebsworth brothers, Hazard et Ferry, et Daltou. Nous allons les indiquer tout à l’heure : elles se trouvent imprimées sur la première page des catalogues qu’on distribue dans les salles d’adjudication.
- Ces catalogues dont nous faisons mention d’une façon toute spéciale, sont des documents que l’on conserve avec le plus grand soin. Le plus ancien de ceux qu’on trouve dans les archives remonte au 19 octobre 1825; il est de MM. J.-B. Simes et C°, les doyens du courtage. A cette époque, la vente avait lieu à l’extinction du feu d’une chandelle absolument comme se font chez nous les enchères par ministère d’avoué; elle se faisait au Garraivays roffee home (Change alley Cornill), à une heure de l’après-midi; quelques années après, elle eut lieu à
- cinq heures du soir. Alors les laines d’Australie n’étaient pas prisées comme elles le sont aujourd’hui ; on avait même contre leur emploi certains préjugés qui ne finirent par disparaître complètement qu’en 1857; mais à ce moment on les estima à leur véritable valeur, on leur donna même des catalogues spéciaux ainsi qu’à celles du Cap.
- Dès le principe, on avait commencé par vendre les laines en contrat privé; plus tard seulement on recourut au système des enchères. Jusqu’en 1850, un lot se composa rarement de plus de cinq balles, — un catalogue, de 1,700 balles en A00 lots; aujourd’hui l’on voit souvent de gros lots de 100 balles, bien qu’on n’aillé guère au delà, et les catalogues comprennent de onze à douze mille balles en 700 ou 800 lots. Nous spécifions bien ces différences, afin qu’on puisse se rendre compte combien les anciens modes d’opérer ont pu différer de ceux qui ont cours aujourd’hui.
- Les ventes se font actuellement plus rapides qu’au-trefois. Comme exemple, en 1861, 284,100 balles furent cent treize jours à être vendues, tandis qu’en 1884, on mit cent onze jours à écouler 1 million 150,340 balles. Cependant la dissimulation de suint ou autre valeur moindre dans une balle de lavé n’était pas alors taxée de fraude comme maintenant; mais la lenteur venait de ce qu’on emballait moins régulièrement et de ce que l’examen des balles entraînait la nécessité de les ouvrir toutes les unes après les autres. De nos jours, ce qui facilite les transactions c’est que, d’un commun accord, les courtiers vendeurs ont résolu, en cas d’erreur notoire, de ne s’en rapporter jamais au cahier des charges qui les couvre; ils réparent généralement le dommage constaté avec une loyauté qui les honore.
- Aujourd’hui les ventes ontlieu à partir de h heures du soir, et le lieu choisi pour les faire dans la ville de Londres est un grand bâtiment appelé Wool-ex-change Building, situé 25, Coleman Street, dans la Cité. Ces ventes se font quatre fois l’an, chacune durant un mois environ :
- 10 février-mars ;
- 2° mai-juin;
- 3° août-septembre :
- 4° novembre-décembre.
- Au premier jour, les enchères vont extrêmement vite, et si le catalogue comprend de bonnes séries soigneusement classées, une heure suffit à un vendeur expérimenté pour adjuger 300 à 350 lots. Dans les derniers jours, au contraire, elles sont moins
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- LES INDUSTRIES TEXTILES
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- rapides ; alors à la suite du gros du catalogue, on vend sous le nom de star-lots les balles de laine avariée et les petits lots de bonne laine, une, deux et trois balles, sauf lorsqu’il s’agit de produits de qualité supérieure ; il n’y a qu’un nombre assez limité d’acheteurs qui restent pour ces star-lots, mais la vente se prolonge alors jusqu’à sept heures et demie et huit heures du soir.
- C’est chez le courtier-vendeur que les catalogues se distribuent sur demande. Chaque courtier a son catalogue de couleur différente, sur la première page duquel sont toujours inscrites en anglais les lignes suivantes : « Vendues à l’encan par... à la Wool-Exchange, 25, Coleman Street, le... 188... à A heures précises, les marchandises suivantes : ... » ; suit le détail des balles à vendre. A la fin de la première page viennent les conditions de vente; en haut de la seconde page est indiqué l’endroit où se trouvent les marchandises ; le catalogue proprement dit vient ensuite, divisé en cinq colonnes : la première indiquant la qualité de la laine, la deuxième le nombre des lots, la troisième la marque, la quatrième la tare, la cinquième le nombre des balles.
- Voici les conditions de vente telles que nous les traduisons :
- « 1° La vente a lieu au plus offrant; mais, si quelque discussion s’élève entre les enchérisseurs d’un lot, elle est tranchée parles courtiers, à moins toutefois que l’un des ayants droit ne mette une surenchère, alors le lot lui est acquis.
- « 2° Les marchandises sont pesées par les gardes-magasin et enlevées par les acheteurs à leurs propres dépens dans l’espace de quinze jours avec toutes les fautes et omissions, de quelque nature qu’elles soient (y compris défaut ou erreur de présentation). Une facture est donnée à chaque acheteur pour le montant de ses achats, et la délivrance de la marchandise lui est faite sans escompte avant le septième jour après le jour de vente, sous payement intégral de ladite facture, ou bien contre remise d’une somme équivalente en effets de commerce ou en billets de la banque d’Angleterre.
- « 3° Les marchandises, exemptes de loyer, sont aux risques des vendeurs pour l’incendie, quelque payement qui ait pu être fait de ce chef aux courtiers, jusqu’à la sixième heure du soir du troisième jour de l’expiration du délai; ces risques cessent lorsqu’elles ont été enlevées des magasins ou transférées dans un autre logement, et ce, d’après les livres des gardes-magasin.
- « A0 Les acheteurs payent aux courtiers 1 shilling par lot, et doivent déposer, si la demande en est faite, 25 livres sterling par 100 livres sterling à n’importe quel moment, durant et après la vente.
- u 5° Enfin, si un ou plusieurs lots restent impayés après l’expiration des quinze jours indiqués, le gage mentionné ci-dessus est complètement perdu et l’acheteur est soumis ultérieurement à tous les dommages et charges qui peuvent venir s’ajouter à la nouvelle vente des mêmes marchandises qui pourrait être faite, suivant l’avis des courtiers, par vente publique ou contrat privé. »
- Ajoutons que l’on ne peut acheter ou vendre de laine à la Wool-Exchange que par l’entremise d’un courtier. Ceux-ci sont de deux sortes : les vendeurs et les acheteurs. Les courtiers vendeurs ou sel lia g brokers sont au nombre de douze environ; ils dressent les catalogues et reçoivent les consignations des maisons d’Angleterre ou du continent. Les courtiers acheteurs ou buying brokers sont au nombre de douze ou quinze. On peut être à la fois vendeur et acheteur. Le taux de la commission pour les achats a été longtemps de 1/2 pour 100 ; mais, comme il n’est pas obligatoire, on voit des courtiers qui prennent des ordres à 1 shilling par balle, voire même 3/8 ou 1/A pour 100, et il s’en est trouvé dans ces dernières années qui ont procédé par season ticket ou abonnement ; ce n’est peut-être pas le dernier mot du progrès.
- Muni de son catalogue, l’acheteur se rend soit aux docks, soit aux magasins particuliers dans lesquels les laines sont exposées. Les docks affectés spécialement à l’emmagasinage de ce textile sont, à Londres, les London-Docks, situés à l’est de la Tour, construits en 1805 et occupant une superficie de plus de A8 hectares ; quatre écluses les relient à la Tamise ; mais le bassin qui y adhère n’est pas assez profond pour les grands navires, qui sont obligés d’aller déposer les balles dans d’autres docks, les West-Jndia-Docks. Il y a là journellement de 300,000 à A00,000 balles. Quant aux magasins particuliers à la laine, ils appartiennent soit à des compagnies, soit à des propriétaires spéciaux ; leur location se paye deux shillings par balle de deux à trois quintaux. Généralement, ils sont situés au dernier étage des maisons, de façon que le jour qui vient d’en haut ne soit pas obstrué ; les locaux sont vastes et aérés ; on y parvient aisément au moyen d’ascenseurs.
- Quand les acheteurs procèdent à leur examen dans ces docks ou ces magasins, il faut évidemment qu’ils
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- s’en rapportent un peu à la bonne foi des emballeurs et au soin des classeurs. Le plus souvent, ils prennent, dans chaque balle autant que possible, une toison entière et la développent sur des tables installées à cet effet. Un acheteur expérimenté a vite estimé la valeur du rendement ; il écrit sur son catalogue, au moyen de chiffres connus, le prix qu’il ne veut pas dépasser, et se retire assez souvent de midi à une heure. A partir de quatre heures, au moment où la vente commence à la Wool-Exchange, les balles sont refermées, enlevées et remplacées par d’autres qui prennent place dans les catalogues des jours suivants.
- Un classement préalable au moyen d’échantillons pris dans chaque balle et une estimation des diverses laines qui se trouvent dans les magasins se font à ce qu’on appelle la Chambre des courtiers. On désigne ainsi une immense salle, bien éclairée par en haut du côté du nord, et renfermant des casiers où l’on place les échantillons appartenant aux commissionnaires de la place; ces types sont numérotés et répertoriés sur des registres spéciaux que l’on peut consulter, avec indication de la provenance et du navire expéditeur. Là se rendent quelquefois les acheteurs afin de connaître par avance quelles laines vont être mises en vente et quelles sont les sortes qui pourraient leur convenir ; c’est seulement lorsqu’ils ont pris ces renseignements que nombre d’entre eux se rendent dans les magasins ou aux docks.
- Les courtiers en laines de Londres ne sont et ne doivent être que des intermédiaires ; il leur est interdit de travailler pour leur compte. Mais ils sont juges des difficultés qui peuvent s’élever entre les parties et ils prononcent les réfactions, c’est-à-dire le poids à défalquer des balles au moment de la livraison lorsque celles-ci ont souffert quelque avarie ou que la qualité ne répond pas à l’indication donnée.
- Rien de plus curieux que la salle des enchères, un jour de vente, à Londres. Des bancs forment un fer à cheval devant une tribune ou se trouve le courtier vendeur et deux vérificateurs; les acheteurs autour d’eux, le catalogue à la main, crient, se bousculent, s’agitent et se démènent en tout sens, soumettant leur corps et leurs poumons à une gymnastique dont ils ne semblent pas se rendre compte. La salle peut contenir, y compris les galeries, environ six cents personnes ; elle est alors toujours remplie non seulement par des acheteurs de tous les pays, mais encore par des employés, repré-
- sentants de peigneurs et d’expéditeurs, et même par des curieux.
- Toute les laines offertes ne sont pas vendues : un certain nombre sont retirées; cette coutume maladroite est heureusement restreinte et ne se conçoit pas, d’ailleurs, dans un pays commerçant comme l’est la Grande-Bretagne. Au lendemain de la vente, on reçoit un catalogue identique au précédent sur lequel on a ajouté les prix de la veille ; on peut de cette façon suivre facilement les ventes de la saison.
- Le jour d’ouverture des ventes est fixé environ quatorzejours à l’avance par un comité dit des Importateurs composé de négociants en laine anglais ayant des intérêts en Australie. Avant 1873, ce jour tombait toujours un jeudi; depuis 187A, il est invariablement fixé au mardi. Une fois cette date connue, les divers courtiers vendeurs se réunissent entre eux huit jours auparavant, ils arrêtent l’ordre des ventes et la durée approximative de la série.
- Lorsque la vente est commencée, on la poursuit sans relâche et on ne la fait chômer que les dimanches les jours de brouillard et les jours fériés : ces derniers comprennent les fêtes religieuses deChristmas (Noël), et le vendredi saint, puis ce que l’on appelle les bankholidays qui sont les lendemains de Noël, Pâques et Pentecôte, le premier lundi d’août et le Derby-day fixé au quatrième mercredi de mai.
- Ces ventes, comme nous l’avons dit, n’excèdent jamais quatre par an. On a bien parfois essayé d’en faire cinq, notamment en 1840-41, 1843-44, 1846-50, 1871-83 et 1885, et même six en 1842, mais le Comité des Importateurs a toujours fini par en revenir à quatre.
- Pour donner une idée de ce qu’est le marché lai— nier de Londres et des transaciions qui s’v pratiquent nous indiquons ci-dessous, pour ces dernières années, le nombre des balles de laines importées et vendues sur cette place :
- NOMBRE DE BALLES
- Vendues
- Vendues par
- Années. Importées. par an. jour de vente.
- 1870 ............ 673.314 650.693 6.081
- 1871 ............ 693.990 748.176 6.394
- 1872 ............ 661.601 657.621 4.982
- 1873 ............ 708.021 718.119 5.319
- 1874 ............ 815.770 801.432 6.515
- 1875 ............ 874.218 875.408 7.175
- 1876 ............ 938.776 924.109 7.574
- 1877 ............ 893.757 987.130 6.951
- 1878 ............ 951.550 1.017.007 7.317
- 1879 .......... 1.002.150 1.025.084 8.344
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- NOMBRE DE BALLES
- Vendues
- Vendues par
- Années. Importées. par an. jour de vente.
- 1880 ........ 1.057.3/i/t 987.195 8.736
- 1881 ............ 1.126.022 1.123.038 8.573
- 1882.. .......... 1.160.096 1.094.202 9.598
- 1883............ 1.177.778 1.198.976 10.610
- 1884.. .......... 1.267.153 1.150.344 10.663
- 1885 ........... 1.207.410 1.999.777 10.357
- 1886 ............ 1.366.647 1.242.230 10.511
- Ces chiffres montrent assez quelle est l’importance du marché de Londres. Celui-ci est généralement considéré comme le grand régulateur de l’Angleterre.
- Pour évaluer le total annuel des transactions en matière de laines d’Australie sur ce marché, il nous suffira de prendre comme exemple le chiffre des balles vendues en 1886. En estimant la laine lavée à 5 francs et la laine en suint à 2 fr. 50, soit 3 francs en moyenne pour les deux, et en supposant un poids de 200 kilogrammes environ par balle, chacune de celles-ci aurait une valeur de 600 francs, ce qui donnerait pour 1.2/12.230 balles, 745 millions 338 francs.
- Après Londres, le principal marché européen est Anvers, pour les sortes de l’Amérique du Sud; mais on y importe aussi, bien qu’en moindre quantité, des laines de Rio-Grande, de Russie, d’Afrique, du Pérou, du Chili, de Bombay, du Cap, et surtout d’Australie.
- Depuis 1851, les laines de la Plata ont été importées dans ce port de la façon suivante :
- Années. Nombre de balles importées. Années. Nombre de balles importées.
- 1851 1.412 1870 ... 123.749
- 1852 715 1871 .. 135.586
- 1853 3.624 1872 . .. 162.966
- 1854 2.724 1873 . .. 138.015
- 1855 4.492 1874 .. 163.193
- 1856 11 063 lt: r> GC .. 156 787
- 1857 .. 15.377 1876 ... 158.144
- 1858 .. 19.432 1877 ... 166.198
- 1859 15.471 1878 . .. 133.100
- 1860 .. 19 753 1879 . .. 122.940
- 1861 .. 16.302 1880 ... 136.343
- 1862 .. 26.896 1881 ... 130.972
- 1863 .. 33.160 1882 ... 169.954
- 1864 .. 33.908 1883 ... 131.311
- 1865 .. 49.140 1884 ... 122.966
- 1866 77.991 1885 127.114
- 1867...... 88.062 1886 ... 125.294
- 1868 .. 100.575 1888 ... .. 115.000
- 1869 .. 144.037
- Comme on le voit, les importations de laines de l’Amérique du Sud ont subi à Anvers une réduction notable. Ce résultat est du à deux causes : d’abord l’établissement, en Allemagne, de manufactures de lavage et de peignage qui ont détourné sur Hambourg et Brême une partie des envois qui se faisaient autrefois par Anvers ; puis la surtaxe d’entrepôt établie en France, qui a fait que nos consommateurs nationaux ont trouvé plus avantageux de faire diriger leurs laines sur Dunkerque. Depuis cpie cette situation a été signalée, il s’est fait en Belgique de grands efforts pour détourner du marché de Londres une certaine quantité de laines coloniales anglaises et en établir un marché régulier à Anvers ; ces efforts ont donné quelques résultats, si l’on en juge par les importations directes de ces laines sur ce port qui ont été les suivantes dans ces dernières années :
- 1885 ........... 68.000 balles.
- 1886 ........... 73.000 —
- 1887 .......... 102.000 —
- 1888 ........... 93.000 —
- Anvers doit son marché de laines à sa position géographique et au voisinage des échardonnages, lavoirs, peignages et filatures de Verviers, dont la production, bien que réduite assez fortement dans ces dernières années, par suite de l’établissement d’usines concurrentes à l’étranger, alimente encore les fabriques de tissus d’Allemagne, de Russie, d’Autriche, d’Italie, de Suède, d’Espagne et de Portugal ; en outre, elle est visitée par un certain nombre d’acheteurs étrangers qui sont par ordre d’importance : Allemands, Français, Hollandais, Autrichiens et Suisses.
- Comme à Londres, les laines ne payent aucun droit d’entrée; l’arrivée des balles, l’échantillonne-ment, le classement, l’estimation et la vente s’y pratiquent de la même façon. La vente cependant n’est pas toujours publique et se fait parfois de gré à gré ; dans l’un et l’autre cas, le courtier touche 1 1/2 pour 100, courtage que le vendeur paye seul s’il s’agit d’une vente publique, et que le vendeur et l’acheteur payent par moitié s’il s’agit d’une vente de gré à gré. U y a annuellement à Anvers quatre ventes publiques :
- 1° Janvier et février;
- 2° Avril et mai ;
- 3° Juillet ;
- 4° Octobre.
- Ces époques ne diffèrent jamais d’une année à
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- l’autre que par la date de leur commencement et de leur fin.
- I es laines du pays ne se vendent pas au marché d’Anvers. Outre que la Belgique n’en produit d’ailleurs que fort peu, ces sortes sont par leur longueur, leur rudesse, leur manque de finesse, d’une nature qui en limite l’emploi à certains usages comme la fabrication des laines à tricoter, des couvertures, des baies, des draps militaires, etc., et elles sont entièrement éclipsées par les genres d’outre mer.
- Après Anvers, nous avons signalé Hambourg comme l’un des marchés de laine à mentionner en Europe. C’est là le principal port importateur de l’Allemagne : ses affaires sont beaucoup plus restreintes que celles des ports dont il vient d’être question, et il est obligé de se régler un peu sur eux. On y rencontre :
- 1° Les laines du Cap, principalement lavées, qui viennent surtout par steamers via. Londres, quelquefois directement par voiliers;
- 2° Les laines de La Plata, en suint, arrivant par steamers appartenant à la Compagnie des bateaux à vapeur de l’Amérique du Sud, lavées à Hambourg même, puis classées ;
- 3° La laine de l'Eider produite dans le Ifols-tein, dans la contrée et le bassin de ce nom (peignée généralement dans la ville même et dont on fait des lils pour bas et tissus, à destination surtout de l’Amérique et de la Chine).
- II n’y a pas d’enchère publique à Hambourg : les achats et les ventes s’y font à la Bourse, où se réunissent journellement, entre une heure et trois heures, 4,000 à 5,000 négociants de Hambourg, d’Altona et de Harbourg. Là les importateurs vendent leurs laines, par l’intermédiaire de courtiers qui y ont chacun leur pilier, à des commissionnaires résidant à Hambourg ou à des commerçants du pays, au comptant, avec 1 pour 100 d’escompte; ces derniers revendent alors à crédit les sortes qu’ils ont achetées. Hambourg alimente surtout Berlin et un peu la Prusse.
- Voyons maintenant nos marchés français. Le Havre importe annuellement chez nous de fortes quantités de laines, notamment les sortes de la Plata, d’Australie, du Cap, du Pérou, du Chili, de Bombay, de la Russie, du Levant, d’Espagne et de Portugal ; Roubaix, Tourcoing, Reims, Fourmies et Anvers pour le peigné; Elbeuf, Louviers, Mazamet
- et Castres pour le cardé, s’y approvisionnent partiellement, malgré l’importation directe par Dunkerque déjà signalée précédemment. Le Havre envoie en outre ses laines en Suisse, en Allemagne et accidentellement en Belgique, suivant le choix que peut offrir son stock et la fluctuation des cours.
- Les affaires se font comme à Anvers, en vente publique ou de gré à gré. En vente publique, le vendeur paye aussi tout le courtage qui est de 1/2 pour J 00 ; en vente de gré à gré, l’acheteur et le vendeur paient chacun 1/4 pour 100. Tous les acheteurs font leurs affaires^par l’intermédiaire de courtiers, qu’ils soient présents ou absents: aussi les grands courtiers du Havre ont-ils dans les principaux centres de consommation des agents dont la mission est de visiter les clients et de leur indiquer les arrivages nouveaux.
- Il y a annuellement six ventes publiques. Sauf le cas de force majeure, les distances entre chacune d’elles sont généralement aussi régulières que possible, elles varient surtout lorsqu’on ne veut pas les faire coïncider avec un autre marché important. Voici quel est le règlement suivi et adopté depuis le 12 décembre 1878 par l’Assemblée générale des importateurs de laines :
- « Article premier. — Le nombre des ventes publiques pendant l’année ne pourra excéder six, avec faculté de réduire ce nombre; elles seront espacées aussi régulièrement que possible. La première de ces ventes commencera le 14 ou le 15 janvier, suivant les quantités à présenter.
- « Art. 2. — Le jour de vente sera déterminé par les plus forts importateurs, qui auront un nombre de voix proportionnel à la quantité de laines dont ils seront détenteurs. Chaque détenteur sera tenu de déposer, avant de voter, la liste de son stock entre les mains du président de la réunion. Nul ne pourra être admis au vote s’il n’a pas 100 balles au moins : pour cette quantité il sera accordé 1 voix; pour 250 balles: 2 voix; pour 500 balles: 3 voix; pour 1,000 balles: 4 voix; pour 2,000 balles : 5 voix; pour 3,000 balles : 6 voix, etc. Seront comptées comme balles celles de la Plata ou leur équivalent en poids pour les laines d’autres provenances.
- « Art. 3. — La décision aura lieu pour une vente seulement, au moins quinze jours avant chaque vente. Elle devra être communiquée immédiatement aux intéressés.
- « Art. 4. — Il sera dressé, par ordre alphabétique, une liste des importateurs; elle se composera
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- des noms de ceux qui auront adhéré, avant le 31 décembre courant, au présent règlement. Les importateurs qui auront adhéré après l’époque ci-dessus fixée ne pourront figurer dans les catalogues qu’après les adhérents régulièrement inscrits.
- « Art. 5. — La liste des laines qui seront présentées aux enchères devra être déposée chez le courtier chargé de la rédaction du catalogue, avant midi, l’avant-dernier samedi précédant la vente; celles qui seront remises passé ce délai, seront reportées à la fin du catalogue. Il ne sera plus admis de listes après le dernier jeudi qui précédera la vente.
- « Art. 6. — La vente aura toujours lieu dans l’ordre du catalogue, sans aucune interruption.
- « Art. 7. — La livraison des lots vendus se fera dans l’ordre du catalogue pour chaque magasin, par cour ou par section, et commencera le surlendemain du premier jour de la vente, à deux heures, pour être continuée sans interruption. Les soldes de lots feront l’objet de livraisons spéciales, et les vendeurs accorderont un délai de quinze jours pour demander cette livraison. »
- Nous avons le regret de constater que, depuis quelques années, le port du Havre qui déjà avait au point de vue de la vente des laines une importance inférieure à celles de Londres et d’Anvers, décline d’une façon sensible. Les chiffres suivants, qui indiquent année par année le total des ventes aux enchères publiques, en font foi :
- ANNÉES NOMBRE de balles vendues.
- — —
- 1878 29.761
- 1879 17.803
- 1880 l/l. 480
- 1881 21.866
- 1882. 18.448
- 1883 10.166
- 188/i 11.Ml
- 1885 5.725
- 1886 5.172
- Bordeaux, que nous avons mentionné après le Havre, n’est pas à proprement parler un marché régulateur, car on n’y vend aujourd’hui, chaque année, qu’une quantité insignifiante d’environ 1,500 balles de provenance espagnole; mais c’est le plus grand marché de l’Europe pour les peaux de mouton. Ce port en a reçu, entre autres en 1880, de Buenos-Ayres et de Montevideo, 63,183 balles sur une production totale de 92,750 balles. Ces peaux donnent lieu chaque année à cinq enchères, parfois
- six, espacées de deux mois en deux mois. On en fait, comme pour les laines, des catalogues spéciaux, et on les vend au kilogramme, au comptant avec 1 1/2 pour 100 d’escompte, par douzaines et entoilées; la taxe est de 500 grammes pour toile par balle, cercles déduits, ou de 5 kilogrammes par balle sans cercles. La livraison se fait au lendemain de la vente, et si la marchandise n’est pas enlevée dans les dix jours, elle est revendue à la folle enchère sans aucun avertissement. Le bureau de bienfaisance de la ville retient 1 pour 1,000 à la charge des acheteurs; les enchères sont de 2 centimes 1/2 à vive voix. Toute peau portée au catalogue, soit cinq jours avant les enchères, ne peut plus être vendue. Ces conditions, comme on le voit, n’ont rien de bien particulier.
- Marseille n’est pas un marché plus que Bordeaux, mais plutôt un port de commerce qui bénéficie d’une situation exceptionnelle pour l’importation des laines, et qui profite de ce qu’une ligne directe de navigation a été ouverte il y a quatre ans entre elle et l’Australie. Les arrivages de cette ville sont néanmoins relativement considérables, ainsi qu’on peut en juger par les chiffres suivants qui comprennent les laines d’Australie :
- NOMBRE
- de balles
- années importées.
- 1883 ............................ 95.578
- 1884 ........................... 110.233
- 1885 ........................... 129.474
- 1886 .......................... 000.000
- Dunkerque se trouve dans la même situation que Bordeaux, en raison de sa proximité des grandes villes industrielles du nord. Nous avons indiqué quelles étaient les importations par ce port en parlant de la République Argentine»
- Quant à Roubaix et Tourcoing, il est difficile de rien préjuger en ce moment de l’importance de ces marchés, puisque la Chambre de compensation de la première de ces deux villes pour les marchés à terme n’a été ouverte que le 1er octobre 1888, et celle de là seconde en mai 1889; mais nous pouvons affirmer que jamais marchés n’ont été créés sous de meilleurs auspices et dans des conditions plus favorables de réussite.
- Enfin nous avons indiqué qu’il y avait lieu de tenir compte pour les transactions lainières, non
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- seulement des marchés régulateurs d’Europe, mais encore de ceux qui avaient été inaugurés en Australie dans ces derniers années. Pendant la première période des laines d’Australie (1825-60), presque tout allait directement aux enchères de Londres, une petite portion y venait viâ Liverpool. Jusqu’en 1870, la presque totalité de la production australienne, qui atteignait alors 500,000 à 600,000 balles, était aussi consignée directement pour Londres. Aujourd’hui cette production est presque doublée ; mais, sur les 1,100,000 à J ,200,000 balles produites? déjà les deux cinquièmes (à88,000 balles en 1886-1887) sont annuellement offerts en vente publique aux colonies mêmes. Ces ventes se font pendant les quatre mois (octobre-janvier) qui suivent la tonte, à Adélaïde, Melbourne, Geelong et Sydney; de nombreux représentants de l’industrie et du commerce d’Europe vont y faire leurs approvisionnements, économisant ainsi l’entremise du marché de Londres. Grâce à ce concours empressé, les trois quarts, sinon les quatre cinquièmes des quantités qui y sont offertes, trouvent preneurs et sont acheminées tout droit vers les usines d’Europe et un peu en Amérique (Boston et San Francisco). En Nouvelle-Zélande, à Dunedin, Christchurch, etc., il y a aussi tous les ans quelques ventes publiques (en 1881, 25,000 balles vendues sur 51,000 offertes) ; — mais ces marchés, trop disséminés, ne sont pas encore visités comme ceux de l’Australie proprement dite.
- CHAPITRE IV
- La soie brute.
- Il nous faut bien spécifier ici ce que nous entendons par soie brute. L’industrie de la soie tout entière embrasse quatre spécialités industrielles bien distinctes :
- (a) 1° L'éclosion des œufs des vers à soie, l'élève des vers jusqu’à l’exécution de la coque soyeuse ou cocon;
- 2° L'élouffage du plus grand nombre des cocons pour asphyxier la chrysalide et arrêter la métamorphose de la nymphe en un papillon qui, ouvrant le cocon, en empêcherait le dévidage régulier;
- 3° La séparation des cocons en graine, c’est-à-dire de ceux qui doivent parcourir toutes les phases
- de leur existence et mourir de leur mort naturelle après l’accouplement, la fécondation et la ponte des œufs à réserver pour la conservation de la race.
- (b) Le travail destiné à mettre la soie du cocon en liberté par la réunion d’un certain nombre de fils en un seul, et le dévidage sous la forme d’écheveaux de soie écrue et grège, c’est-à-dire contenant encore toute la matière gommo-résineuse qui la couvre naturellement.
- (c) La torsion d’une seule ou de plusieurs de ces grèges réunies avant de les soumettre à l’ébullition dans des liquides susceptibles d’épurer complètement la soie, de lui restituer son brillant et de la rendre apte à l’absorption des matières tinctoriales.
- (d) Les traitements destinés à la transformation des déchets ou bourres de toutes sortes de fils.
- Chacune des industries dont nous venons d’indiquer le but a reçu un nom spécial :
- 1° La première constitue l’art du magnanier ; cette dénomination vient du mot magnan qui désigne le ver à soie dans le dialecte languedocien ;
- 2° Le filage, ou mieux le dévidage ou tirage de la soie des cocons, désigne la seconde spécialité, qui forme avec la bave ou fil simple d’un certain nombre de cocons un fil agglutiné, plus gros, plus fort, mais sans torsion ;
- 3° Le moulinage, qui forme la troisième branche des industries séricicoles, s’occupe uniquement d’imprimer la torsion aux fils grèges, et d’en faire une série d’articles nombreux basés sur les degrés différents de tors et sur le nombre plus ou moins grand de fils réunis ;
- 4° Enfin, comme il est impossible de faire passer la matière par les transformations que nous venons d’indiquer sans qu’il en résulte des déchets de toute nature, déchets formés d’une substance soyeuse excellente, en masse irrégulière ; il est indispensable de pouvoir en tirer parti : on y arrive alors au moyen de traitements analogues à ceux usités pour le coton, le lin ou la laine.
- C’est de la première seule de ces industries que nous avons à nous occuper pour le moment.
- On sait que la maladie des vers à soie, dite pébrine, y a occasionné une perturbation des plus profondes, dont on peut se rendre compte en comparant quelle était la production avant et après l’irruption de ce fléau en France. De 1840 à 1848, avant son apparition, la récolte en France était éva-
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- luée à 20 millions de kilogrammes de cocons qui, au prix moyen de 5 francs le kilogramme, formaient un total de 100 millions de francs; il fallait, alors 700,000 onces de graines pour produire, à 30 kilogrammes de cocons par once, un poids de 21 millions de kilogrammes. Au moment de l’Exposition de 1867, alors que la maladie sévit dans toute sa force, on met à l’incubation 1,200,000 onces de graines, dans la crainte d’en voir échouer une grande partie, et on n’en obtient, à 8 kilogrammes par once, que 9 à 10 millions de kilogrammes de cocons, donnant en francs 58 millions, soit 12 millions de moins.
- Pour combler les vides causés par les mauvaises récoltes, il a fallu, dès le commencement de la maladie, recourir aux pays étrangers, et particulièrement à l’extrême Orient : on importa leurs soies en France. En 1855, sur notre consommation totale représentée principalement par les fabriques de Lyon et de Saint-Étienne, on importe 20 pour 100 de soies exotiques. Mais, en 1865, année où la récolte fut pour nous la plus désastreuse, l’importation s’en éleva à 73 pour 100. Le rendement était alors des plus minimes, nos anciennes races de cocons d’Europe étaient presque anéanties, et on était arrivé à ne se procurer, principalement en filature, que des races de cocons japonais de qualité inférieure, jaunes, blancs, verts et gris, d’un volume inégal et petit, entraînant, forcément la lenteur du travail et l’annihilation de la main-d’œuvre.
- C’est alors qu’on essaya d’acclimater en France plusieurs bombyx nouveaux, producteurs d’une soie applicable à l’industrie, tels que le bombyx de l’ai-lante, celui du chêne et plusieurs grands bombyx du Bengale: mais on n’a jamais obtenu de leur soie l’éclat de celle fournie par le bombyx du mûrier. Ces essais cependant n’ont pas encore dit leur dernier mot, car à l’Exposition actuelle, au quai d’Orsay, dans la section belge, M",e veuve Simon, de Bruxelles, montre au public les résuliats qu’elle a obtenus des éducations des attacus yamamaï et Pernyi, tous deux vivant sur le chêne, dont elle poursuit l’élevage depuis plus de douze ans et dont elle obtient, paraît-il, d’excellents résultats.
- Au moment de l’Exposition de 1878, après avoir été triste et dure pendant un quart de siècle, la production de la soie en France commença à revenir à un état normal, et l’on pourvoyait presque entièrement aux besoins des éducations avec les races françaises à cocons jaunes. Nous allons examiner s’il y a des progrès réalisés depuis cette époque. Nous
- devons dire cependant que, pour celui qui parcourt l’Exposition, il semblerait bientôt qu’il n’y eût plus de producteurs en France : sous ce rapport, en effer, l’abstention a été complète du côté des magnaniers; seuls quelques fabricants de soieries, à côté de leurs tissus façonnés et de leurs fils, ont placé des cocons, prenant soin, en ce qui concerne le plus grand nombre, de choisir les plus beaux types classiques, mais sans y adjoindre aucune indication qui fût de nature à intéresser la technologie ou renseignement industriel. Bappelons à ce propos quels sont les principaux départements producteurs et nommons par ordre d’importance : le Gard, l’Ardèche, la Drôme, le Vaucluse, l’Isère, les Bouches-du-Rhône, l’Hérault, le Var, la Lozère, les Basses-Alpes, les Alpes-Maritimes, la Savoie, le Tarn, l’Ain, le Tarn-et-Garonne, les Ilautes-Alpes, la Corse et les Pyrénées-Orientales.
- LA SOIE BRUTE EN FRANCE DEPUIS 1878
- D’après une statistique collective publiée dernièrement, partant de 1882 jusqu’à 1885 inclus, quatre départements représentent 82 pour 100 de la production séricicole française : ce sont le Gard, l’Ardèche, la Drôme et le Vaucluse. De temps immémorial d’ailleurs, ces quatre régions ont toujours figuré au premier rang : en 1818, sur un total de 6 millions de kilogrammes de cocons, ils représentaient encore 75 pour 100; — en 1835, sur un total de 9 millions de kilogrammes, 83 pour 100, — et en 1852, sur un total de 12 millions de kilogrammes, 82 pour 100.
- L’industrie de Y élevage du ver à soie n’est plus aussi étendue en France depuis la dernière Exposition. 11 y avait, en 1878, 50/i ,177 onces (de 25 gr.) de graines mises en incubation ; nous n’en trouvons plus en 1888 que 275,221\ ; par contre, la production totale en cocons en 1878 n’était que de 7 millions 7/t3,582 kilogrammes, mais elle s’élève en 1888 à 9 millions 519,906 kilogrammes. D’où il suit que le fait caractéristique de la sériciculture dans ces six dernières années a été d'une part une diminution dans le nombre des éducations, et d’autre part, un progrès sensible dans les résultats obtenus.
- Cette diminution a pour origine deux choses : tout d’abord, le bas prix du cocon amené par la concurrence des pays orientaux où se pratique l’éducation par grandes chambrées et où la main-d’œuvre ne compte pour ainsi dire pas; en second lieu, la maladie du ver à soie compliquée de la maladie des feuilles de mûrier, qu’on n’a pas toujours pu corn-
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- battre avec toute l’efficacité voulue, et qui a amené de sérieuses déceptions parmi les sériciculteurs.
- Pour mettre une digue à la baisse constante du prix du cocon qui, de h fr. 67 le kilogramme en 1 878, a successivement passé en 1879, 1880, 1881, 1882, 1883, etc., à h fr. 78, h fr. 25, 3 fr. 73, 3 fr. 85, 3 fr. 80, 3 fr. 67, etc., les éducateurs ont demandé qu’un droit fût mis à l’entrée des cocons et des soies de provenance étrangère. En 1888 notamment, un Syndicat des sériciculteurs de France s’est formé à Avignon sous les auspices de la Société d’agriculture de Vaucluse pour soutenir cette prétention. Mais si les éleveurs ont pour eux les filateurs, les mouliniers et les graineurs, ils ont contre eux malheureusement la fabrique lyonnaise tout entière, et jusqu’aujourd’hui ils ne sont pas les plus forts. Gomme conséquence, on abat beaucoup de mûriers dans les régions séricicoles, et il est à craindre .que, si le prix du cocon ne s’élève pas au-dessus de k francs le kilogramme, le découragement n’amène encore la retraite d’un grand nombre d’éleveurs.
- La maladie la plus sérieuse du ver à soie, la pèbrinè, est aussi, avons-nous dit, l’une des causes de la diminution de l’élevage. On la combat aujourd’hui, avantageusement d’après les méthodes de M. Pasteur. Les expériences de ce savant remontent, comme on le sait, bien avant l’Exposition de 1867; mais ce n’est qu’en 1870 qu’il formula les règles qui permettent de reconnaître, au moyen du microscope, les vers et les graines envahis par les corpuscules et de mettre en œuvre un mode de sélection qui, depuis cette époque, donne de bons résultats.
- Les sériciculteurs, malgré tous ces déboires, font de vaillants efforts pour maintenir leur industrie dans la voie du progrès; nous n’en voulons pour preuve que les chiffres suivants qui nous montrent que, si les quantités de graines élevées ont diminué de beaucoup, le poids des cocons obtenus est loin d’avoir décru. Nous prenons comme types, bien entendu, les quatre départements que nous citions tout à l’heure et qui représentent à eux seuls presque toute la production française :
- NOMBRE D’ONCES DE GRAINES
- élevées annuellement. RENDEMENT I’AR ONCE,
- 1857-62 1882-85 1857-62 1882 85
- kilos. kilos.
- Ardèche.. 151.226 73.166 12 12 22 4
- Drôme... 169.164 61.179 15 30 24 9
- Gard 225.588 86.643 10 36 26 3
- Vaucluse. 100.067 44.240 12 92 25 1
- 646.045 265.228 12 46 24 64
- On voit d’après cela que le rendement à l’once d’une époque à l’autre a doublé, et que de plus l’éducation a fait l’économie d’une énorme quantité de graines. Pour maintenir ce progrès et le rendre plus étendu, des concours séricicoles annuels ont eu lieu depuis 1881, par arrêtés ministériels, dans le Gard, le Vaucluse, etc.
- Les départements producteurs peuvent être classés en France en deux catégories : ceux où l’on ne produit que des cocons destinés à la filature et ceux où les cocons sont destinés au grainage, c’est-à-dire à la reproduction. Nous venons justement de parler des premiers; les seconds, où la sériciculture est beaucoup plus heureuse parce que le prix des cocons est quadruple de celui des autres régions, sont pour ainsi dire limités aux quatre départements des Basses-Alpes, de la Corse, des Pyrénées-Orientales et du Var ; le rendement à l’once y est beaucoup plus considérable ainsi qu’on peut en juger par les chilfres suivants :
- NOMBRE D’ONCES
- de graines élevées annuellement.
- 1857-62 1882-85 1857-62 1882-85
- kilos. kilos.
- Basses-Alpes . 3.346 3.119 18 33 32 50
- Corse 327 855 28 70 41 60
- Pyrénées-Orient . 14 474 21 12 48 50
- Var . 12.307 9.726 20 30 39 70
- Les producteurs de ces pays sont de deux sortes : les industriels ou les négociants, et les éleveurs. Les premiers sont en général des propriétaires fabriquant pour leur compte beaucoup de graines, et se chargeant de l’exportation de leurs produits et de leur réputation ; les seconds vendent leurs cocons aux négociants.
- •Les industriels ont deux combinaisons pour se procurer les cocons dont ils ont besoin pour le grainage. L’une consiste à acheter ces cocons, à un prix convenu d’avance, à l’éducateur qui reste chargé de tous les soins et a pour lui seul tous les risques de l’éducation : ce système est le moins répandu. L’autre consiste à donner les vers à mègerie (meger, moitié) : le négociant fournit alors la graine, la feuille, la magnanerie, qui est presque partout un appartement quelconque muni d’une cheminée, et le combustible nécessaire; l’éducateur, lui, ne fournit que son travail ; après la récolte, on partage les produits par moitié, et l’industriel rachète à l’é-
- RENDEMENT
- par
- once.
- Supplément a l'Industrie thxtile du 10 Novembre.
- IIe Fascicule.
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- LES INDUSTRIES TEXTILES
- <c2
- ducateur sa part de cocons à un prix convenu d’avance. Cette autre méthode est, comme on le voit, une façon de métayage appliqué «à la sériciculture ; elle est très avantageuse pour les deux parties : — pour l’éducateur d’abord, qui est assuré de la réussite, car il aura de bonnes graines et vendra toujours ses cocons à un prix rémunérateur ; — pour l’industriel ensuite, car la part qu’il fournit dans la production n’équivaut pas à la dépense qu’il serait obligé de faire s’il devait acquérir la totalité de la récolte. Avec ce système, on a pu obtenir des rendements qui se sont élevés jusqu’à 60 kilogrammes de cocons par once de 25 grammes.
- Ce genre de cocons, nous l’avons dit, se vend beaucoup plus cher que ceux destinés à la filature; lorsque la pébrine sévissait dans toute son intensité, on les payait jusqu’à 25 et 30 francs le kilogramme; puis, au fur et à mesure que le procédé Pasteur s’est généralisé dans les magnaneries, le prix a subi des réductions sensibles ; mais cependant encore aujourd’hui les cocons de cette sorte se vendent 8 et 10 francs le kilogramme.
- En présence de ces faits, on pourrait se demander pourquoi le développement du grainage n’est pas plus grand. La raison en est que ce métier n’est pas à la portée de tout le monde : il exige de la science, de l’activité, des relations commerciales, une certaine mise de fonds. Néanmoins, c’est une industrie qui fait peu à peu son chemin : la Turquie, la Grèce, la Hongrie, l’Espagne et l’Italie nous envoient des acheteurs, et l’on peut évaluer à 200,000 onces le chiffre actuel de nos exportations en graines. Quel revirement depuis les années qui précédaient la dernière Exposition! De 1873 à 187/i, pour produire environ 40. millions de kilogrammes de cocons par an/nous avons consommé 21/1,100 onces de graines indigènes, 75,500 onces de divers autres pays, et 462,000 cartons japonais, ce qui ne faisait pas même 13 kilogrammes à l’once! Ce développement du grainage et les immenses progrès obtenus dans le rendement sont les principaux faits sur lesquels il y a à attirer l’attention depuis 1878.
- Les chiffres suivants donnent l’idée de l’importance actuelle de la sériciculture en France:
- NOMBRE GRAINES PRODUCTION RENDEMENT
- J, d’éduca- mises en totale moyen par once
- teurs. incubation. en cocons. de graine.
- onces. kilos. kilos.
- 1886... 161.677 279.613 6.196.996 22.16
- 1885... 136.265 256.951 6.617.167 25.71
- NOMBRE GRAINES PRODUCTION RENDENENT
- d’éduca- mises en totale moyen par once
- teurs. incubation. en cocons. de graine.
- 1886... 135.706 263.332 8.269.862 33.98
- 1887... 136.388 257.700 8.575.673 33.28
- 1888... 162.711 275.226 9.569.906 36.70
- Le tableau suivant montre que les cartons directement importés du Japon en France, sur lesquels a reposé, à l’époque de la maladie, la presque totalité de nos récoltes soyeuses, sont presque complètement abandonnés aujourd’hui.
- 1885 1886 1887 1888
- Races. onces. onces. onces. onces.
- Du Japon, cartons 5.718 6.893 3.069 2.852
- — reproduction 7.332 7.523 8.062 7.011
- Étrangères autres 11.025 9.067 11.081 10.793
- Indigènes 232.876 221.869 235.528 256.568
- Totaux 256.931 263.332 257.700 275.226
- La confiance semble être acquise dorénavant à nos
- races indigènes améliorées. Voici quel est, d’après la statistique officielle, le chiffre des cocons récoltés dans les divers départements français qui se livrent à l’élevage du ver à soie : DÉPARTEMENTS. RÉCOLTE DE 1887. RÉCOLTE DE 1888.
- ren- ren-
- kil. dement. kil. dement.
- Gard 2.609.561 36.1 2.571.633 37.2
- Ardèche. { L. 578.366 27.6 2.070.035 29.6
- Drôme. ‘ L.657.806 31 » 1.660.026 31.1
- Vaucluse : 1.362.960 37.2 1.660.505 38 »
- Bouches-du-Rhône.. 236.667 33.9 319.366 37.8
- Var 379.317 60.2 636.096 66 »
- Isère 339.905 32.3 608.239 38.1
- Hérault 138.961 38.7 167.288 67.9
- Lozère 106.631 26.3 103.901 26.2
- Basses-Alpes 202.519 61.8 156.190 63.3
- Alpes-Maritimes. ... 16.556 31.5 16.198 31.1
- Savoie 39.729 66.6 61.523 61.6
- Tarn 6.059 32.1 12 718 39.1
- Pyrénées-Orientales. 15.776 51.5 17.062 52.2
- Tarn-et-Garonne.... 12.529 30.1 27.256 66.7
- Loire. 6.880 28.9 5.622 56.2
- Hautes-Alpes 20.781 54.1 21.928 57.7
- Ain 13.688 36.2 16.357 61.5
- Aveyron 13.086 67.6 8.979 61 »
- Rhône 1.991 27.3 2.360 30.6
- Haute-Garonne 2.186 26.3 3.698 26.5
- Lot 37 37 » 280 66.7
- Aude ... 65 65 » 125 62.5
- Corse 18.083 38.6 26.727 69.1
- Totaux et moyennes. 8.575.673 33.3 9.569.906 36.7
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- A L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1889.
- 83
- * Ces chiffres se décomposent de la manière suivante
- comme provenance de cocons : 1887 1888
- kilos. kilos.
- Races vertes originaires 111.616 88.365
- Races vertes de reproduction.... 258.890 248.156
- Races étrangères autres 359.974 363.708
- Races indigènes 7.845.193 8.849.677
- Totaux 8.575.673 9.549.906
- Enfin les chiffres suivants font ressortir l’importance considérable de l’industrie du grainage en France :
- QUANTITÉS QUANTITÉS
- de cocons de graines
- employés pour le obfenues
- Années. grainage. de ces cocons.
- 1884 156.991 474.635
- 1885. 165.562 456.391
- 1886 168.344 429.383
- 1887 282.977 887.574
- 1888 307.790 903.374
- L’examen que nous venons de faire de la situation séricicole de la France ne serait pas suffisant si nous ne mettions en regard la production des pays qui lui font concurrence.
- Production italienne.
- Comme nous, les Italiens ont eu durement à souffrir de la maladie du ver à soie ; ils ont eu en outre à supporter quelques affections locales qui ont détruit une grande partie de leurs races indigènes. Avant l’épidémie, leur production a atteint jusquà 52 millions de kilogrammes de cocons, elle est tombée ensuite à 25 et 30 millions ; elle tend aujourd’hui à reprendre son ancien rang, comme le montrent les chiffres suivants qui relatent cette même production dans ces dernières années. Nous y avons séparé, comme on le voit, les races indigènes (jaunes) des races du Japon (vertes) :
- Années. COCONS jaunes. VERTS originaires. VERTS de reproduction. Totaux.
- 1880... kilog. kilog. kilog. kilog.
- 11.117.923 14.068.405 16.386.861 41.573.\89
- 1881... 11 031.620 10.294.885 18.237.£86 89.564.091
- 1882... 10.995.036 6.873.952 14.000.088 31.869.076
- 1883... 17.145.139 5.787.711 18.692.449 41.625.299
- 1884... 17.255.757 4.284.275 14.924.631 36.464.663
- 1885... 16.070.635 3.311.553 12.883.829 32.266.017
- 1886... 21.930.962 3.775.705 15.690.656 41.397.323
- 1887... 25.073.379 3.042.66v) 14.909.744 43.025.783
- 1888... 26.138.634 3.579.250 14.181.559 43.899.443
- Pour donner une idée de la répartition par régions, voici le détail de la récolte de cocons de 1888 :
- QUANTITÉS DE COCONS
- régions. récoltés.
- kilog.
- Piémont............................. 8.001.096
- Lombardie......................... 17.270.831
- Vénétie............................. 9.118.014
- Ligurie.............................. 217.070
- Emilie.............................. 2.440.425
- Marches et Ombrie................... 1.955.916
- Toscane............................. 2.154.139
- Latium (Rome).......................... 73.971
- Provinces méridionales de l’Adriatique (Abruzzes, Apulie).............. 127.058
- Provinces méridionales de la Méditerranée (Naples, Calabres)...... 2.382.853
- Sicile................................ 154.590
- Sardaigne.............................. '3.380
- 43.899.343
- Cette excellente situation vient de ce que les Italiens ont fait, dès le début, les efforts les plus énergiques pour combattre le mal. Ils ont commencé par envoyer tous les ans des voyageurs au Japon pour en rapporter les meilleurs cartons de graines, et dès que les recherches de M. Pasteur ont été publiées, ils n’ont pas perdu un moment pour organiser l’inspection microscopique des papillons et des œufs et la production des graines d’élite. A l’Exposition, ils n’ont envoyé que de la soie grège que nous examinerons en parlant des fils et tissus de soie.
- Les prix des cocons ne sont pas dans leur pays supérieurs à ceux pratiqués en France. La moyenne a été pour les cocons jaunes de 2 fr. 95 en 1888 et pour les cocons verts de 2 fr. 55 le kilogramme.
- Production espagnole.
- L’Espagne ne possède plus depuis longtemps de races de ver à soie bien caractéristiques. Depuis 185Zt, époque où toutes les régions séricicoles de la Péninsule, notamment celles de Valence et de Murcie, ont été envahies par la pébrine, la sériciculture bat de l’aile. On a commencé par faire venir des graines d’Italie, puis, lorsqu’elles ont été atteintes, des graines de Turquie et du Japon ; aujourd’hui, on ne se sert plus que des graines françaises. Les belles races de Cordoue ont entièrement disparu, de même que celles, moins recherchées, de l’Aragon, de la Catalogne et de l’Estramadure ; les mûriers sont remplacés presque partout par les vignes et les orangers.
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- LES INDUSTRIES TEXTILES
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- La récolte des cocons dans ces dernières années a été :
- 1885 .......... 673.000 kilog.
- 1886 ........... 627.000 —
- 1887 ........... 901.000 —
- 1888 ........... 957.000 —
- En 1888, la répartition a été la suivante :
- Provinces de Valence et d’Aragon.......................... Z|00.000 kilog.
- Plaines de Murcie et d’Orihuela 490.000 —
- Sierra-Segnra................ 20.000 —
- Provinces d’Alméria et Grenade 35.000 —
- Estramadure.................. 12 000 —
- 957.000 kilog.
- Préoccupé de la décadence d’une industrie qui était autrefois une source principale de richesses pour un grand nombre de provinces, le Ministre de l’agriculture espagnol a proposé celte année à la Reine régente la sanction d’un décret qui institue dans quelques villes du pays une ou plusieurs stations bacolo-giques qui auraient pour mission de développer la culture du mûrier, — de produire des semences saines, —et d’enseigner aux éducateurs les méthodes les plus rationnelles d’élevage. En raison de cette situation, l’Espagne n’a rien envoyé à l’Exposition.
- Production austro-hongroise.
- L’élevage des vers à soie est surtout répandu dans le Tyrol méridional (région de Trente), qui récolte à lui seul près des deux ûers de la production ; le gouvernement fait en outre de grands efforts pour étendre, par la plantation de mûriers et autres moyens, les éducations en Hongrie. La répartition pour 1888 est estimée comme suit :
- RÉGIONS. VERTS. JAUNES. TOTAUX.
- kilog. kilog. kilog.
- Tyrol méridional. Frioul (Goritz et, 1.290.000 860.000 2.150.000
- Gradiska) 60.000 900.000 960.000
- Istrie et Dalmatie, » 60.000 60.000
- Hongrie-Croatie.. )) 703.000 703.000
- 1.350.000 2.523.000 3.873.000
- Dans ces dernières années, la production des
- cocons a été :
- 1886 ........ 2.840.000 kilog.
- 1887 ........ 3.407.000 —
- 1888 ........ 3.873.000 —
- Il y a, comme on le voit, progression. Encore ici pas d’exposants.
- Production du levant.
- Sous le nom de cocons du Levant, on comprend dans le commerce ceux que produisent la Grèce, le Caucase, la Turquie d’Europe et la Turquie d’Asie.
- En Grèce, la production des cocons baisse terriblement. Vers 1855, elle s’élevait encore de 1.200.000 à 1.500.000 kilogrammes; — de 1870 à 1880, elle est tombée à 500.000 kilogrammes; — elle ne doit pas dépasser actuellement 200,000 kilogrammes presque entièrement récoltés dans le sud du Péloponèse (Messénie et Laconie). Cet abandon de la sériciculture doit être attribué, comme partout, à la maladie des vers à soie et au bas prix des cocons.
- Presque tous les cocons expédiés prennent la route de Marseille. Le chiffre des exporiations donne en cocons secs : — en 1873, 25,936 kilog. ; — en 1874, 37,6/i6; — en 1875, 21,693; — en 1876, 36,251 ; — en 1877, 19,27h ; — en 1878, 23,800 ; — en 1879, 19,/i72 ; — en 1880, 23,078; — en 1881, 20262; — en 1882, 19,674; — en 1883, 22,378; — en 1884, 20,297; — en 1885, 27,628 ; — en 1886, 37,922, — et en 1887, 48,219. Calamata est le port principal d’exportation ; les fabriques indigènes n’emploient guère que les douppions et les déchets.
- Sept éleveurs du pays ont envoyé des cocons à l’Exposition; ce sont; —MM. P. G.-Calitsis, du Pirée (Attique) ; — Epaminondas Carystinakis, d’Andros (Cyclades) ; — Marie Comnino, de Mégalopoli (Arcadie); — Cyriaco Cyriacopoulo, de Sparte (Laconie) ; — Paschalidès frères, à Volo (Larisse) ; — Rigopulos frères, à Sparte (Laconie); — et J. Théophilopoulo, à Castania (Laconie). Ce sont tous types blancs et jaunes de fort belle qualité.
- Dans le Caucase, les éducations sont aussi en baisse. Les récoltes en cocons frais ont été dans ces dernières années.
- 1886 ....... 2.457.000 kilog.
- 1887 ....... 1.720.000 —
- 1888 ....... 1.820.000 —
- La race verte est à peu près la seule [répandue. Dans le but de relever la sériciculture, le gouvernement russe vient d’établir une station séricicole à Tiflis, car la décadence ne doit être attribuôe|qu’au manque de soins des éducateurs.
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- A L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1889.
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- Dans Y Anatolie, l’élevage du ver semble stationnaire, mais il est en réalité en voie de relèvement depuis quelques années. La production des cocons a été :
- 1886 ......... 2.560.000 kilog.
- 1887 ......... 2.345.000 —
- 1888 ......... 2.091.000 —
- On y élève les races jaunes de France et d’Italie, les races verdâtres japonaises (dites Diarbékir du pays) et les races blanches de Bagdad (croisements du pays) ; la répartition dans cette province s’est faite ainsi pour 1888 :
- Brousse et environs...... 1.035.000 kilogr.
- Bazar-Keuvu et Guemlek.. 237.000 —
- Jsnith et environs........ Zi55.000 —
- Biledjik et environs,.... 272.000 —
- l’anderma, Erdek, etc.... 92.000 —
- Total...... 2.091.000 kilogr.
- En Syrie, la race verte est à peu près complètement abandonnée, et ce sont les grainages importés de France (Var et Corse), qui donnent actuellement les meilleures éducations. Les récoltes de cocons ont été de :
- 1886 ............... 2.916.700 ocques.
- 1887 ............... 2.177.000 —
- 1888 ................. 849.100 —
- L’infériorité de la dernière année ne doit être attribuée qu’à des influences atmosphériques défavorables qui ont provoqué la flacherie et la muscadine dans un grand nombre de chambrées prêtes à monter la bruyère, et aux dommages occasionnés par la grêle aux mûriers, qui n’ont pu fournir la nourriture nécessaire aux vers.
- Enfin, dans les diverses provinces de Volo, Salo-nique, Andnnople, Boumélie et Bulgarie, les races françaises tendent de plus en plus à se substituer aux races japonaises à cocons verts, qui elles-mêmes avaient détrôné les anciennes races du pays. C’est ce que nous pouvons constater une fois de plus dans les envois particuliers de la Serbie à l’Exposition, notamment ceux de Mlle Milentija Djivanovitch, de Corman, près Alexinatz; — de MM. Savko Koutchpa-ritch, de Sourdouliya (département de Vranya) ; — Milan Matitch, d’Alexandrovatz (département de Krouchevatz) ; — Maxime Miloyevitch, de Belgrade, etc., etc.
- Production de VExtrême-Orient.
- On comprend sous ce nom les Indes orientales, la Chine et le Japon. Dans tous ces pays, la production est considérable.
- Aux Indes, la sériciculture constitue une industrie des plus florissantes. On y élève, outre les diverses variétés de vers du mûrier, un grand nombre d’autres espèces qui se nourrissent sur des essences indigènes comme le ricin et le jujubier, et donnent des produits particulièrement importants.
- En Chine, les conditions économiques sont aussi favorables que possible à la récolte du cocon : la main-d’œuvre y est très bon marché, et la population est soigneuse, patiente, excellant dans tous les travaux qui exigent une habileté et une attention soutenues. On ne peut pas dire cependant que la sériciculture soit précisément en progrès dans l’Empire chinois; comme beaucoup d’autres industries, elle est plutôt stationnaire, et paraît presque rétrograder, si l’on compare ce qui s’y fait avec la marche progressive des arts usuels dans les pays habités par les Européns.
- Quant au Japon, l’élevage du ver a pris un accroissement des plus rapides lorsque, au moment de choisir des graines absolument saines à l’époque de la maladie, on a donné la préférence à celles de ce pays, préférence justifiée d’ailleurs par les précautions minutieuses dont les indigènes entourent les opérations de la ponte et de la conservation des cartons. Bien qu’aujourd’hui les importations en Europe soient encore importantes, elles ont considérablement décru en raison de la concurrence que I eu r font les graines européennes obtenues de papillons triés et examinés au microscope suivant le procédé Pasteur. Les cartons les plus estimés sont ceux qui proviennent de Yenesawa (province de Jamagawa), d’Iwashiro, de Néda (province de Shinano). Le gouvernement japonais, toujours très empressé d’appliquer les notions scientifiques au perfectionnement de toutes les industries nationales, a ouvert, depuis 187A, un établissement de sériciculture expérimentale qui rend de grands services aux éleveurs indigènes. Ceux-ci d’ailleurs font de grands efforts pour conserver à leur pays la réputation dont il jouit depuis longtemps : nous ne voulons en avoir pour
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- LES INDUSTRIES TEXTILES
- preuve que les cent cinq expositions japonaises qui figurent dans le pavillon de ce pays et constituent les collections les plus remarquables de cocons que nous ayons vues. On nous permettra de ne citer aucun des noms baroques des titulaires de ces collections.
- Production des colonies françaises.
- Nous devons mentionner que Y Algérie expose quelques cocons. Citons parmi les éleveurs de ce pays : — MM. J.-F. Cordier, de Relizane (Oran) ; — Daudé, également de Relizane ; — veuve Dupuy de Lavaur, de.Saint-Cloud (Oran); — François Guillou, de Sétif (Constantine) ; — L.-J. Mollier, de Tlemcen (Oran) ; — J.-R. Monti, de Sétif; —Pierre Puyraud, de Mekla (Alger), etc. La sériciculture est fortement encouragée dans ces régions par des primes données par le gouvernement, et dont l’influence paraît agir favorablement sur l’aciivité de cette industrie, autrefois assez prospère, mais bien délaissée dans ces dernières années. Les races cultivées sont la race japonaise et la grosse race.
- La Cochinchine a une certaine importance comme contrée séricicole. On n’y élève que la race polyvol-tine, qui se développe très rapidement et donne plusieurs générations dans l’année; les cocons en sont petits, mais la soie est de bonne qualité et très brillante. Probablement il ne serait pas possible, à cause de la chaleur du climat, de conserver pendant le temps nécessaire les œufs des races communes. Les éducations se font sous des hangars en plein air, dans de grandes corbeilles en bambou; les pieds des étagères qui les supportent reposent dans des vases pleins d’eau pour garantir les vers contre les attaques des insectes. L’éducation ne dure que trente jours. Les cocons sont formés en un jour; le neuvième ou le dixième les papillons sortent des cocons. Les œufs éclosent neuf jours après la ponte. La soie obtenue de ces cocons varie de 35 à AO francs le kilogramme, et il en faut un peu moins de 3,000 pour donner un kilogramme de soie.
- Quelques cocons de vers à soie exposés par un colon de la Nouvelle-Calédonie, M. Collignon, de Koë, complètent les envois des Colonies françaises à l’Exposition.
- CHAPITRE V
- Textiles exotiques et spéciaux.
- LE JUTE.
- Les Indes n’exposant pas, le jute ne pouvait figurer en bien grande quantité à l’Exposition : nous ne relevons en effet que deux types de cette fibre parmi les pays producteurs; — l’un, envoyé par l§s États-Unis au nom de M. Félix Fremerey, de Yorktown (Texas) ; — l’autre, par la République de Hawaï, au nom de MM. Simmonds frères, de Port-au-Prince. Heureusement qu’en Europe tous les filateurs de ce textile ont joint à leurs produits manufacturés divers spécimens de matières brutes, et nous ont permis de nous rappeler de quelle importance est pour nous ce filament exotique. En raison de cette importance, nous croyons devoir nous y arrêter un instant.
- Le jute, on le sait, n’est autre que la fibre extraite de quelques variétés indiennes de cor chorus, appartenant à la famille des tiliacées.
- Les espèces qui le fournissent à l’industrie sont le corchorus capsularis et le corchorus olithorius. Depuis les temps les plus reculés, c’est, avec le coton, le textile le plus usité de l’Inde, et, — bien qu’on le rencontre aussi en Chine, dans les îles de la Sonde, en Syrie, en Égypte, etc., — sa production industrielle semble devoir être à perpétuité limitée au Rengale, qui reste encore aujourd’hui le fournisseur presque exclusif de tout le jute consommé sur la surface du globe.
- On le cultive aux Indes absolument comme le lin et le chanvre dans le nord de la France, c’est-à-dire par de petits fermiers indiens diis ryots, qui se bornent à en semer de faibles quantités facilement exploitables par eux seuls; dans ces derniers temps néanmoins il s’est formé de puissantes sociétés pour la culture en grand du jute. On le sème ordinairement au commencement de la saison des pluies, en mars ou en avril : les semailles se font à la volée, quelquefois au bord des fleuves à inondations périodiques, mais le plus souvent sur des terrains assez élevés où la submersion ne peut avoir lieu, à la façon du riz de montagne ; le seul soin à donner à la
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- plante est de l’éclaircir lorsqu’elle est trop abondante, afin d’en faciliter la croissance. Le jute s’élève alors de terre sous forme de tiges grêles et droites pourvues de feuilles et un peu ramifiées au sommet. Au mois d’août, la hauteur de ces tiges est d’environ trois mètres et demi sur une épaisseur de deux centimètres vers le bas : c’est à ce moment qu’on commence la récolte.
- Les cultivateurs indiens distinguent cependant, pour l’époque de cette récolte, entre, le jute qui doit servir à leur propre consommation et celui qu’ils destinent à l’exportation. On coupe le premier avant ou pendant la floraison : le rendement est alors très faible, mais les fibres sont fort fines et flexibles; — on coupe au contraire le second après complète maturité : la tige est alors beaucoup plus lignifiée mais d’un rendement plus important.
- Pour récolter le jute, on coupe les plantes près des racines, et, après avoir débarrassé les tiges de leurs feuilles et des capsules à fruits, on le lie en bottes lâches de 50 à 100 qu’on laisse reposer sur le champ. Le jute est ensuite roui à l’eau de la même manière que le lin et le chanvre en France. Les paquets sont placés dans un récipient convenable au nombre de 10 ou 15 «à la fois et maintenus constamment à l’humidité au moyen d’épaisses couches de gazon dont on les recouvre à la surface.
- Chaque jour le cultivateur va visiter son jute, et c’est en grattant avec l’ongle l’enveloppe extérieure de l1 'arbuste qu’il s’assure des progrès de la décomposition : il est admis qu’il peut retirer les tiges lorsque le filament central se détache de l’écorce sans le moindre effort. De même que pour le lin, la durée du rouissage dépend aussi de la température; mais la moyenne est ordinairement de huit à dix jours. Ce temps est cependant plus long lorsque le jute est destiné à l’exportation : on veut alors arriver à une séparation complète du bois et delà libre corticale : on obtient des filaments très blancs, peu chargés de paille et d’un prix élevé, mais c’est aux dépens de la solidité du textile. Lorsque les fibres doivent être employées dans le pays, le rouissage moins prolongé donne des filaments d’une couleur plus sombre, moins propres, toujours meilleur marché, mais aussi plus durables. On obtient naturellement pour le jute d’exportation un rendement en poids beaucoup moins élevé.
- On voit donc que la qualité du jute peut extrêmement varier suivant l’époque de la récolte — (avant ou après la maturité des graines) — ou en raison de
- la durée du rouissage : c’est ce qui explique les différences sensibles que l’on constate dans certains échantillons qui nous viennent en Europe.
- Au moment venu, on détache le gazon qui a servi à recouvrir les tiges, et l’on retire celles-ci de l’eau. Alors un ouvrier délie les paquets et commence par enlever à la main, près de la racine, une partie de l’écorce du noyau interne. Cela fait, il frappe l’extrémité opposée sur une planche placée devant lui dans une position oblique, et, par un mouvement violent de va-et-vient, il détache les couches corticales extérieures et obtient à l’état pur le jute proprement dit.
- A cet état de demi-préparation, le textile n’a pas besoin d’être teillé ; on se contente de le laver pour en enlever les impuretés, et la matière résineuse à moitié dissoute qui l’entoure. Pour ce faire, l’opérateur descend en pleine eau, et faisant tourner les fibres humides au-dessus de sa tête, il les bat petit à petit contre la surface de l’eau. Lorsqu’il juge que celle-ci a entraîné une grande partie des substances solubles, il étend rapidement en éventail au-dessus même de l’eau la poignée qu’il tient, et en enlève avec soin les matières étrangères visibles. Le jute est ensuite tordu, puis séché au soleil sur des bambous ou sur des cordes disposées à cet effet. Les fibres sont enfin réunies en paquets de 1 ou 2 mauds (le maud = 39 kil.), pour être directement livrées aux courtiers vendeurs ; le quart environ est consommé par les indigènes.
- Lorsque la préparation de la fibre est terminée, on fait des lots deux parties : l’une composée des brins les plus longs, qui sont les plus chers, est destinée à l’exportation; l’autre est formée des filaments les plus courts et utilisée dans le pays.
- La fibre du jute est surtout belle lorsqu’elle vient d’être rouie : elle revêt alors une couleur blanc-perle et un brillant caractéristique; au fur et à mesure qu’elle reste abandonnée à l’air, elle passe par différentes nuances fauves, et elle finit souvent par arriver au brun. On sait qu’au contraire l’air agit sur le lin et le chanvre en favorisant leur blanchiment : il y a donc une différence bien tranchée avec les textiles européens. On connaît d’ailleurs l’action qu’exerce l’air humide sur cette fibre; nous n’avons pas à insister sur cette propriété spéciale.
- L’emballage du jute aux Indes par les cultivateurs se fait trop souvent dans de très mauvaises conditions. Ainsi, par exemple, on emballe les fibres encore
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- humides après un séchage imparfait d’un ou deux jours; on conçoit alors quels ravages cette eau emmagasinée peut exercer sur un filament qui est aussi sensible à son action ; — d’autres fois, les ballots à peu près secs sont laissés, par insouciance, exposés aux chaleurs du climat, les fibres s’y échauffent, se décolorent ou s’affaiblissent; — enfin il arrive que, déposées tout humides sur le sol après le lavage, ou lavées dans une eau bourbeuse, les filaments se couvrent d’impuretés ; on les trouve alors, à l’ouverture des ballots, souillés de terres et de matières étrangères. De tous ces inconvénients le plus regrettable est l’humidité, car non seulement le jute finit par se détériorer, mais encore ils’échaulfe; plusieurs grands incendies qui ont eu lieu dans les docks de Londres ont été très souvent attribués à un échauffement produit par le jute humide; aujourd’hui un grand nombre de cultivateurs vendent, pour cette raison, leur jute non emballé.
- Ils ont soin, lorsqu’ils emballent les fibres, d’en retrancher, sur une longueur de 9 pouces environ, la partie de la souche avoisinant la racine, et que l’opérateur a dû tenir dans la main au moment de la séparation de l’écorce. De ces bouts on confectionne une toile grossière, dont on envoie de grandes quantités en Amérique, — ou bien on les vend aux fabricants de papier, — ou bien encore on les expédie en Angleterre. On a cherché à utiliser les matières amylacées et saccharines qu’ils contiennent pour en faire, au moyen de l’acide sulfurique, une sorte de glucose comestible, ou, par fermentation, unesorte de wiskey de jute assez semblable comme goût à l’eau-de-vie de grains.
- C’est surtout le district de Seratjunge qui fournit la majeure quantité des jutes exportés en Europe, et ce sont les places de Molda, Purnea, Natore, Rung-bore et Dacca, dans le Bengale, qui le filent et le tissent principalement. Calcutta est le centre du commerce.
- Les cultivateurs apportent donc le jute au bazar de cette ville, soit emballé, soit en vrac. Lorsqu’ils l’apportent en ballots, ces derniers, facilement reconnaissables, se vendent toujours à un prix peu élevé, parce que l’acheteur ne peut les ouvrir et constater la qualité du textile qui lui est livré. Lorsqu’ils l’achètent en vrac, le jute est acheté suivant estimation par des courtiers qui le livrent directement à des maisons de vente : celles-ci ont à leur solde des inspecteurs spéciaux qui le classent en sortes distinctes, le font séchera fond — (s’il ne l’est
- déjà) — dans de vastes magasins, rejettent les mauvais jutes, coupent les pieds qui sont toujours mal coupés, puis mettent en balles.
- L’emballage du jute à Calcutta se fait à la presse hydraulique; les dimensions à donner aux balles sont réglées par une convention aux termes de laquelle l’emballeur qui, avec cinq balles, excède cinquante-deux pieds cubes, doit payer l’excédent comme extra-fret.. Le plus souvent les balles sont immmédiatement embarquées ou remisées jusqu’à affrètement des navires; elles pèsent ordinairement 300 livres anglaises, soit 135 kil. 900. Les pieds coupés et les rejets sont également mis en balles séparées et vendus à un prix moindre. Une fois l’emballage terminé, chacun des ballots est marqué en noir de signes divers.
- Dans l’Inde, les Musulmans travaillent le coton et les Hindous le jute. Le fdage et le tissage de ce textile occupent chaque intérieur pauvre, et la fabrication des fils et tissus dans ces contrées peut, pour une bonne partie, être comparée à l’ancien filage au rouet et au tissage actuel à la main dans nos campagnes. Ainsi l’on rencontre des Hindous qui, dans leurs moments de loisir, filent le jute à la quenouille; un grand nombre d’autres, surtout dans les districts de l’est du Bengale inférieur où se trouve plus particulièrement la population pauvre, lissent des bouts de toile connus plus particulièrement sous le nom de gunny chut s, dont on a fait dans nos colonies de l’Inde toiles de gunny.
- Depuis l’abolition de la loi des suttees qui ordonnait aux veuves hindoues, à la mort de leur mari, de se précipiter dans le bûcher où devait être brûlé le défunt, ces femmes peuvent vivre, mais elles sont encore repoussées par leurs coreligionnaires et n’ont plus aujourd’hui d’autres ressources que de tisser de la toile de jute. Ce sont elles qui fabriquent les toiles dites buggins, sackings, hessians, desiinées à l’emballage de la houille et des denrées coloniales; — les gunnybags qui servent à renfermer le sucre et le riz d’exportation — (et dont la consommation est devenue si importante dans ces dernières années depuis l’obligation pour la marine marchande anglaise d’ensacher les grains et les graines oléagineuses et l’interdiction de transporter des denrées en vrac), — et ces tissus à bordures rouges et noires qui servent à faire des habits à la population pauvre du pays, et que l’on appelle tat, megila, choote, etc. Il est facile de remarquer les maisons où l’on tisse le jute, car une
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- poignée de la matière brute est suspendue au toit de chaume de chacune d’elles.
- Si nous ajoutons à ceci que, dans les moments perdus les bateliers, les laboureurs, les porteurs de palanquins, les domestiques imitent l’exemple des veuves hindoues et s’installent au métier à tisser, on comprendra facilement comment, au Bengale, on trouve des sacs de jute à un prix excessivement bas, et pourquoi on en expédie dans le monde entier : à poids égal il y a une différence des plus minimes entre le prix de la matière première et celui des sacs.
- C’est à la Compagnie anglaise des Indes orientales que l’on doit la découverte du jute. Les qualités de cette fibre et les avantages qu’on en relirait ne furent signalés en effet qu’en 1792 parle docteur Roxburg, envoyé par la Compagnie à Calcutta afin de connaître quels étaient les filaments utilisables qu’il était possible de monopoliser pour l’Angleterre. Roxburg cultiva le jute dans le jardin botanique de Sibpur, fit de nombreux essais sur la fibre qu’il retira de ses plantes et consigna clans un rapport le résumé de ses expériences. Les filaments qu’il envoya en Europe, et qui étaient, — alors comme aujourd’hui, — connus dans l’Inde sous les nom de pat ou koshta, furent alors désignés en Angleterre sous le nom de jute, corruption vraisemblable du mot jhout ou jhot, sous lequel la plante était connue par les jardiniers du jardin d’essai, originaires d’Orissa ; disons cependant que dans son ouvrage : Fibrous planta of Inclia, Forbes Royle dit que le nom de jute vient du mot bengali chat ou chah (toile à voile, toile d’emballage), ou du sanscrit chate (couvrir).
- De 1792 à 1796, la Compagnie employa tous les moyens pour faire apprécier le jute en Europe et dépensa, en frais d’annonces et d’essais, une somme d’environ 45.000 livres sterling; elle ne réussit qu’à en faire expédier sur le continent une certaine quantité sous diverses formes. En 1796, elle cessa ses frais et les exportations cessèrent jusqu’en J800. 11 est curieux de constater cependant que les efforts faits jusque-là portèrent leurs fruits dans le pays de production : lorsque les Indiens s’aperçurent qu’on attachait quelque prix au jute, ils s’empressèrent de le cultiver sur une plus grande échelle, et un certain nombre de contrées qui jusque-là ne se livraient pas à l’extraction de la fibre, firent des essais en ce sens.
- En 1800, la Compagnie des Indes inaugura un autre système. Au lieu de retirer le jute des colonies
- et de la métropole elle essaya d’y implanter un textile d’Europe, le chanvre. Celui-ci fut bien vite acclimaté, mais peu cultivé; la culture et le travail du chanvre sont en effet plus longs et plus difficiles que celui du jute, et les Indiens, habitués à ce dernier textile lui donnèrent la préférence.
- En 1803, sur l’instigation de l’un des Comités de la Compagnie, celui dit : du Commerce et des Plantations, le docteur Buchanan fut envoyé à Calcutta pour prendre la direction d’une ferme et faire de nouveaux essais pour la propagation de la culture du chanvre. Il s’installa dans les environs de Calcutta; mais au lieu de se borner à l’essai d’un seul textile, il en fit cultiver dans son établissement un grand nombre de variétés. 11 envoya en Angleterre des spécimens de chanvre brun de Bombay, de sunn du Bengale et de différentes sortes de jute, et accompagna son envoi d’un rapport indiquant la ténacité de chacune de ces fibres et l’heureux parti qu’en tiraient les Indiens. Si les efforts qu’il fit ne furent pas couronnés d’un succès immédiat, il en résulta du moins qu’un certain nombre de plantes textiles jusque-là ignorées du public arrivèrent à être bien connues et appréciées et qu’on sut officiellement qu’on pourrait en retirer lorsqu'on le voudrait de grandes quantités des colonies anglaises. Son rapport fut publié en effet, à un grand nombre d’exemplaires, par les soins de la Compagnie et répandu à profusion dans le monde industriel.
- La Compagnie des Indes reprit alors l’exportation du jute d’une manière intermittente, faisant en même temps filer ce textile à façon dans les manufactures anglaises et faire de nombreux essais à Londres par des fabricants de cordes et autres. Sa persévérance finit par être couronnée de succès, car le jute fut peu à peu demandé : ce n’est cependant qu’en 1835 qu’il figure définitivement dans les relevés officiels du commerce anglais.
- De tout ceci, nous voulons surtout retenir que c’est grâce à l’acharnement patriotique avec lequel la Compagnie anglaise des Indes a poursuivi l’introduction du jute en Europe que ce textile est définitivement devenu le monopole de l’Angleterre et l’unë des plus importantes productions coloniales de ce pays; nous tenons surtout à faire voir comment cette ténacité a fini par amener une augmentation de richesses dans la colonie comme dans la métropole. Cet exemple tout spécial pourrait, sans contredit, être souvent mis sous les yeux de ceux qui songent aux
- Supplément a l’Industrie textile du 10 Novembre.
- 12« Fascicule.
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- faibles relations commerciales que nous entretenons -avec nos colonies.
- A la suite des faits que nous, venons de citer, l’importation du jute en Europe reçut une impulsion considérable à deux époques différentes : — en 1855, à l’époque de la guerre de Crimée, alors que, le chanvre de Russie faisant défaut à l’Angleterre, il fallut tenter de le remplacer par un autre filament; — puis en 1863, au moment de la guerre américaine de sécession, qui fit monter le coton à des prix exorbitants et força bon nombre de consommateurs à essayer de le remplacer par le jute pour la fabrication de certains articles à bon marché. Voici les quantités qui sortaient de l’Inde anglaise quelques années après ces deux événements importants :
- 1865- 66..... 177.071.235 kilog.
- 1866- 67...... 93.80Zi.810 —
- 1867- 68....... 126.537.936 —
- 1868- 69..... 18Zi.25Zi.636 —
- 1869- 70...... 175./il3.225 —
- 1870- 71....... 191.975.526 —
- 1871- 72 .... 317.l/i7.529 —
- 1872- 73 ...... 370.040.139 —
- Actuellement, la quantité moyenne du jute récolté chaque année dans l’Inde est évaluée à 500 millions de kilogrammes, — soit la moitié du poids du coton
- produit sur toute la surface de la terre, d’après les appréciations généralement admises.
- A Calcutta, ainsi que nous l’avons dit, le jute est le plus souvent acheté aux cultivateurs par des courtiers qui, de leur côté, livrent directement aux spéculateurs qui font l’exportation. A l’arrivée dans les magasins de ces derniers, le jute est classé en sortes distinctes par des employés à leur solde; puis les balles sont marquées, suivant les maisons, de signes différents qui servent à en désigner la qualité. Comme ces, signes ne sont (tas officiels, et que chaque spéculateur peut les changer à volonté, on n’accorde pas à tous le même degré de confiance. Les uns, connus comme représentant le classement de certaines maisons grecques de Calcutta (maisons qui ont pour la plupart des succursales à Londres et quelquefois au Havre), priment toujours et sont souvent achetées sur le vu de l’indication de la marque sur le sac; les autres, au contraire, ne sont achetées que sur mérite et après examen d’échantillons. Dans tous les cas, quelle que soit la provenance du jute, on en fait ordinairement trois catégories différentes: — une première qui comprend les jutes dont les filaments sont d’un beau blanc perle, longs et résis-
- tants ; — une seconde formée de ceux dont la teinte est plus fauve et qui sont moins forts et mal nettoyés du pied; — enfin une troisième composée des jutes dont la couleur est presque brune et qui sont en même temps courts et faibles. On forme parfois une quatrième catégorie composée des jutes de rebut (rejections), et l’on peut en faire une cinquième avec les bouts et morceaux (cutting, roots). Dans chacune des trois catégories principales, les différentes marques se divisent en trois genres que l’on distingue par des chiffres ou des lettres placés au-dessous des initiales de la maison.
- Dans les années qui précédaient la dernière Exposition, les importations du jute en France étaient les suivantes :
- 1876 1877 1878
- Des docks d'Angle- kilos. kilos. kilos.
- terre 24.083.468 25.472.112 24.947.388
- Des Indes anglaises. 3.623.005 223.244 402.619
- Des autres pays ... 9.663 744.314 147
- 27.716.136 26.439.670 25.350.154
- Dans la période correspondante précédant l’Ex-
- position actuelle, ces mêmes importations ont été :
- 1886 1887 1888
- Des docks d’Angle- kilos. kilos. kilos.
- terre 28.465.824 37.441.143 35.007.802
- Des Indes anglaises. 1.313.920 7.782.145 3.492.015
- Des autres pays... 1.494.737 1 763.220 1.412.105
- 31.274.481 46.986.508 39.911.922
- Ce qui montre :
- 1° Que la consommation du jute a fortement augmenté en France;
- 2° Que nous nous adressons toujours aux docks de Liverpool plutôt qu’aux commerçants de Calcutta pour nos approvisionnements.
- En Angleterre, le commerce du jute se pratique par l’intermédiaire de commissionnaires ou courtiers qui vendent pour leur propre compte ou pour le compte des maisons de Calcutta. Ce titre de Courtier de jute est taxé, ce qui fait qu’outre les courtiers officiels on rencontre aussi des courtiers marrons.
- Embarqué à Calcutta le plus souvent comme supplément de cargaison, le jute, aussitôt son arrivée à Londres, est étiqueté au débarquement par les employés de la Compagnie des Docks; mis en magasin, il est bientôt visité par les filateurs jusqu’au jour de
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- la vente fixée à Londres au mercredi. Cette vente se fait à la criée, dans des locaux spéciaux, par lots de dix balles, en surenchérissant de un shelling. On achète à trois mois, avec faculté de laisser la marchandise en magasin durant ce temps sans payer aucun frais, mais à condition de verser 15 pour 100 sur le prix comme engagement immédiat, et en s’engageant à payer tout avant complète livraison; le courtage est de un demi pour 100 pour le vendeur et d’autant pour l’acheteur, soit del pour 100 lorsqu’un seul courtier réunit ces deux fonctions ; la tare est de une livre anglaise (0 gr. /i53) par balle.
- A Liverpool, la vente a lieu le jeudi. Dans cette ville, il n’y a pas de courtage, la tare est de cinq livres par balle, mais on doit payer comptant.
- Les courtiers marrons demandent à Liverpool 1 pour 100, plus quatre pences par balle, et à Londres cinq shellings par tonne.
- Il va sans dire qu’en dehors des livraisons faites dans ces conditions, certains filateurs achètent le jute à des négociants qui vendent pour leur propre compte et qui spéculent sur la livraison et le payement à trois mois pour opérer avec moins de capitaux, — ou à des vendeurs à petit profit présents à toutes les ventes et qui accaparent les meilleurs lots.
- Dans la Grande-Bretagne, c’est surtout Dundee qui absorbe le jute ; en France, c’est Dunkerque.
- LA RAMIE
- Cinq exposants français représentent cette matière textile à l’Exposition :
- 1° La Société la Ramie française, dont le siège est à Paris, 4 A, rue Saint-Fiacre, dirigée par M. P.-A. Favier, de Villefranche;
- 2° La Société d'études scientifiques appliquées à l'industrie et au commerce, dont le siège est à Paris, 53, rue de Châteaudun ;
- 3° La Société générale de la ramie, dont le siège est à Paris, 73 rue de Londres, dirigée par M. Charrière;
- h° M. Ch.-A.-Émile Gavelle-Brierre, filateur de ramie, à Lille ;
- 5° M. Camille-P. Simonnet, filateur de ramie à Warmeriville (Marne).
- Le produit brut n’est guère représenté que comme échantillon dans ces expositions dont nous nous occuperons lorsque nous parlerons des fils et tissus.
- Même observation du côté de l’Angleterre pour un exposant, MM. Benshaw et C°, filateurs de ramie à Manchester.
- En dehors de ces industriels, nous trouvons la ramie brute exposée :
- 1° En Algérie, par M. Ernest Bourdin, d’Inker-mann (Oran); —par le Comice agricole de Boufarik (Alger); — par MM. Charles Dubard, de l’Oued-Amizour (Constantine) ; — Henri Fourrier, d’Orléans-ville (Alger); — la baronne Marie de Galbois (demeurant à Paris, 20, rue de Berri) ; — A.-V. Guiraud, d’Héliopolis (Constantine); — Hunebelle et Barge, d’Alger; — Ilartog, de Mustapha (Alger); — la commune d’Orléansville; — de Perpessac, à Pérégaud (Oran) ; — Joseph Rochon, d’Aïn-Mokra (Constantine), et Paul Rouyer, de Hammam-Meskoutine (Constantine). — Tous ces exposants n’ont certainement envoyé la ramie qu’à titre d’essai, car nous sommes persuadés qu’on n’en saurait trouver à l’heure actuelle plus de 10 hectares cultivés en Algérie.
- 2° Aux États-Unis, par M. Félix Frémerev, de Yorktown (Texas).
- 3n A Hawaï, par le gouvernement hawaïen.
- h° Enfin dans la République Dominicaine, par M. Enrique Tomasso, de San-Domingo.
- Jusqu’aujourd’hui, — malgré des essais sans nombre et sans fin, malgré beaucoup d’argent dépensé, — l’emploi de la ramie n’est pas encore entré dans nos mœurs. La raison en est que la décortication, suivie de la désagrégation de l’écorce, du dégommage et souvent d’un blanchiment définitif, coûtent très cher, et que les fils de ramie reviennent à un prix tort élevé. Dans ces conditions, les consommateurs préfèrent les tissus peut-être moins solides, mais tout aussi beaux de coton, de laine ou de lin; et les fermiers méridionaux, incertains du placement de leurs récoltes, se refusent à entreprendre une culture dont les produits leur resteront peut-être sur les bras. Voilà pourquoi il serait difficile aujourd’hui de se procurer 100 kilos de tiges en pleine récolte.
- On a écrit beaucoup et longuement sur la ramie, et ceci nous dispensera de nous arrêter d’une façon quelconque sur la culture, le traitement industriel et les diverses recherches faites sur cette fibre ; mais les auteurs des brochures sur ce textile1 ont
- 1. Voici les principales publications sur ce sujet : — Rapport sur la ramie comme substitut du cotou, par A. Cor-dier (extrait des archives de la Chambre de commerce de
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- insisté avec raison sur tout ce qui concerne ses qualités incontestables; mais beaucoup auraient bien fait de ne pas aller chercher uniquement leurs exemples en Chine, dans un pays où la main-d’œuvre ne compte pour ainsi dire pas, et où la patience et la ténacité au travail sont extraordinaires.
- Enfin deux choses ont éloigné les industriels de la ramie : tout d’abord, c’est que, — à d’honorables exceptions [très, —le placement des fibres de ce textile est souvent tombé entre des mains par trop mercenaires ou inexpérimentées; en second lieu, c’est qu’on a trop souvent eu la grotesque prétention d’en faire une panacée à l’égard de tous les inconvénients des filaments usuels. Plus douce que le lin, plus forte que le coton, plus moelleuse que la laine, la ramie devait, à entendre certains de ses promoteurs, reléguer tous ces textiles bien connus dans les ténèbres d’où ils n’auraient jamais dû sortir, et prendre bel et bien leur place au soleil : la France, l’Algérie, l’Égvpte, la Chine, la Guyane, et bien d’autres pays que nous oublions, devaient devenir les fournisseurs attitrés de nos filatures européennes. Cinq coupes par an dans quelques contrées, c’était à ne pas y croire, et nos manufacturiers n’auraient eu à se plaindre que d’une chose : la trop grande abondance du textile. Ce mirage n’a pu durer.
- Il est possible toutefois que, dans un avenir assez peu éloigné, la ramie donne quelque résultat. Il faudrait pour cela que les tiges, qui valent actuellement 12 francs les 100 kilos, ne fussent plus cotées qu’à 6 francs, et que la filasse baissât dans une forte
- Rouen, 1863) ; — Description et culture de l’ortie de Chine, par Ramon de la Sagra (Paris, 1869) ; — La ramie ou ortie blanche sans dards, par Th. Moermann-Laubuhr (Gand, 1871); —Notice sur la culture de La ramie dam le département des Bouches-du-Rhône, par M. de Malartic (extrait du Journal d'agriculture pratique, 1872); — La ramie, sou origine et son nom, par le baron Jean de Bray (Alger, 1873) ; — La Ramie industrielle, par le docteur Léonce Graugniard (Marseille, 1875); — La Ramie, par Numa Bothier (Alger, 1876); — Culture de la ramie, par Goncet de Mas (Paris, 18;7) ; — La Ramie, par E. Lombard (extrait du Bulletin de La, Société scientifique industrielle de Marseille, 1873); — Report on lhe préparation and use uf Rhea fibre, par J. Forbs Watson (London, 1877); — Nouvelle industrie de la ramie, par P.-A. Favier (Paris, 1881) ; — Rapport sur l’emploi de la ramie dans la fabrication elbeuvienne, par M. Mouchel fils (Elbeuf, 1881) ; — Note sur diverses modifications du china grass en teinture, par Blondel (Rouen, 1815', etc., etc. Enfin consultez passim les divers numéros du journal VIndustrie textile des années 1887, 1888, 1889, etc.
- proportion sur les prix actuels : elle vaut actuellement 0 fr. 90 ; elle était, il y a dix-huit mois, à 1 fr. 50, il y a deux ans à 2 fr. 50 : il n’est pas impossible qu’elle subisse encore une nouvelle baisse.
- Cette question delà ramie préoccupe encore beaucoup de personnes. Un concours de décortiqueuses a été organisé par le gouvernement français en septembre dernier, à Paris, au Palais de l’Industrie; un nouveau concours a eu lieu récemment à l’Exposition : XIndustrie textile en a rendu compte dans les trois derniers numéros de 1889.
- Au palais des Machines de l’Exposition, trois décortiqueuses sont exposées : l’une par la société la Ramie française, l’autre par M. Barbier, la troisième par M. Michotte ; — au Trocadéro, nous trouvons la décortiqueuse de M. de Landtsheer. Nous examinerons ultérieurement ces appareils lorsque nous aborderons l’étude des machines.
- l’alfa.
- Alfa est le nom arabe, passé dans le langage vulgaire, d’une graminée : le Stipa tenacissima ou Machrochloa tenacissima. Il y a de nombreux types de cette plante à l’état brut dans le pavillon de l’Algérie, à l’esplanade des Invalides : elle se présente, comme on peut le voir, sous forme d’une touffe de feuilles aiguillées, lisses, longues, étroites et de couleur vert clair; ces feuilles ressemblent beaucoup à des tiges de jonc ; mais on s’aperçoit, en les examinant de près, qu’elles ne constituent pas, comme ces dernières, une sorte de fourreau creux ; les deux moitiés de chaque feuille se sont tout simplement repliées sur elles-mêmes, et les deux bords en sont étroitement appliqués l’un sur l’autre.
- Une douzaine de colons algériens ont envoyé de l’alfa à l’Exposition, quelques-uns sous forme de tresses, cordes et paillassons de divers genres, de façon à nous en montrer l’utilisation dans le pays. On sait en outre qu’en dehors de l’industrie textile, la papeterie utilise cette graminée sur une grande échelle. Nous croyons donc devoir en dire quelques mots.
- C’est surtout en Algérie et en Espagne que croît l’alfa, sans culture, au soleil et dans les endroits qui manquent d’eau, se développant vraisemblablement aux dépens de l’atmosphère, abstraction faite des éléments minéraux qu’il doit puiser dans le sol ;
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- lorsqu’il est en pleine maturité, il est surmonté d’un épicourtet pointu. En Algérie, il croît à profusion dans toute la colonie, dans le Sahara comme dans le Tell, mais principalement dans la région dite des Hauts-Plateaux ; au sud de la province d’Oran particulièrement, il couvre, dans ces contrées, d’immenses espaces, résistant à la chaleur comme à la sécheresse, croissant seul sur un sol aride, ombrageant le sol et le roc de ses épaisses touffes hautes de 1 mètre à 1 mètre et demi, pendant que la végétation tout entière s’affaisse sous l’ardeur d’uu soleil d’été; lorsque le vent souille sur ces régions, les plantes d’alfa s’agitent, se courbent, se redressent, tourbillonnent en tous sens, et produisent aux yeux du spectateur étonné l’effet d’une mer agitée; les colons ont désigné ces espaces sous le nom de mer d'alfa. En Espagne, il vient surtout dans les terrains calcaires et gypseux ; on le rencontre dans la Manche, la Castille, Murcie et Valence, où l’on appelle aio-chales les vastes terrains qu’il couvre; il affectionne de prédilection tout le littoral africain du pays.
- L’alfa n’étant jamais replanté lorsqu’il a été arraché du sol, il faut nécessairement, pour conserver la plante, en retirer les feuilles sans en enlever la racine. Pour ce faire, les ouvriers préposés en Algérie à l’arrachage des feuilles (<alfatiers) exécutent sur celles-ci un effort de traction de bas en haut, et de cette façon, les détachent du collet qui les relie à la souche. Ces feuilles sont engainées à la base de la plante : l’opération consiste donc en quelque sorte à les déboîter. Comme elles blesseraient les mains des travailleurs, les alfatiers se munissent soit d’un petit bâtonnet en bois dur, autour duquel ils enroulent une certaine quantité de feuilles libres qu’ils arrachent ensuite avec violence de la touffe; — soit de gants en cuir souple, qui leur permettent de saisir directement les feuilles de la main droite et de les enlever des gaines des tiges mères par une petite secousse. Certains indigènes, fort irrespectueux pour cette graminée, se contentent de la couper.
- Un grand nombre de ceux qui vont arracher l’alfa s’en interdisent l’exploitation pendant l’hiver et avant la complète maturité des tiges. Lorsqu’en effet la plante n’est pas mûre, la tige ne se casse pas au collet, et la racine sort de terre ; en outre, la croissance s’effectue justement pendant l’hiver, alors que le terrain est mouillé et qu’il n’est pas possible de tirer sur l’alfa sans l’enlever complètement du sol. Us ne procèdent donc à l’arrachage que de juin à novembre.
- Mais, dans certaines exploitations particulières, on ne prend pas autant de précautions; on arrache tout, on dévaste les plantations, et l’on se prive ainsi d’une richesse incontestable, alors qu’il serait si facile de l’entretenir sans plus de peine. Une bonne réglementation officielle pourrait seule mettre lin à ce vandalisme d’un nouveau genre.
- Lorsque la plante est récoltée et grossièrement triée, les alfatiers en font de petites bottes qu’ils expédient sur de fortes charrettes traînées par six mulets soit à Taaro, soit à Aïn-el-Ha ljar, soit à Bel-Abbès, où elle est empilée par ballots de 70 à 100 kilos, et de là expédiée à Oran.
- Lorsqu’elle est arrivée à l’usine, on commence par en faire un nouveau triage. Ce sont les femmes que l’on charge de cette opération. Celles-ci en distinguent alors plusieurs qualités : les plus belles feuilles sont mises à part sous le nom d'alfa de spnrterie• on classe les suivantes en trois genres destinés à la corderie ou à la papeterie, — les rebuts ou alfas noirs ne servent qu’à la papeterie.
- L’alfa qui doit être exporté est presque toujours destiné à la fabrication du papier. Il est séché huit ou dix jours avant d’être emballé, et perd par la dessiccation environ /lO pour 100 de son poids. Lorsqu’il est bien sec, on fait des balles de 160 à 170 kilogr. comprimées à la presse; ces balles, enrobées d’une toile solide et cerclées d’une bande de tôle pour les belles qualités, peuvent être transportées aisément et sont d’un facile arrimage.
- Les alfas destinés à la fabrication des cordes ne doivent être ni trop jeunes, ni trop vieux; trop jeunes, ils sont courts et contiennent peu de filaments ; trop vieux, ils sont durs et cassants; il faut donc n’utiliser que les feuilles dont la fibre est suffisamment formée. Celles-ci sont alors battues à l’aide de fortes machines dans lesquelles des pilons écrasent la plante préalablement humectée. Le battage, dont le résultat est de désagréger quelque peu la matière végétale en mettant à nu la fibre proprement dite, est suivi d’un piquage au peigne qui a quelque rapport avec la piqueuse Cardon dont nous avons parlé à propos du lin. Les feuilles d’alfa ainsi désagrégées ont tout à fait l’apparence d’un chanvre grossier, courtet un peu sale, mais elles sont très tenaces et parfaitement propres à la fabrication des cordes, aux diverses manipulations en usage dans leurs industries.
- C’est l’exploitation de l’alfa en Espagne qui a été
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- l’origine de l’exploitation de cette plante textile en Algérie. Dans les premiers temps, dans la Péninsule espagnole, on n’accordait aucune valeur à cette plante qui était extirpée comme une mauvaise herbe; les propriétaires des terrains où elle croissait la brûlaient et en arrachaient les racines pour les détruire complètement.
- Ce fut seulement lorsque les Anglais, vers 1862, vinrent acheter ces touffes dont personne ne voulait, que les Espagnols s’aperçurent qu’ils pourraient utiliser l’alfa. Ils apprirent à arracher les feuilles sans arracher la plante de terre, puis ils en fabriquèrent divers objets pour leur consommation domestique.
- Tout d’abord ils en firent des semelles d’espadrilles; encore aujourd’hui, un grand nombre de villages n’utilisent pas l’alfa d’une autre façon. Dans certaines communes de la côte, notamment à Betera., Naguero, Villavieja, Santa-Pola et Millares, les trois quarts des habitants fabriquent journellement une centaine de paires d’espadrilles dites de sparte ; — des cabas, soit pour porter à la main, soit pour bêtes de somme ; — des balais, des claies, des nasses, des filets,* — mais ce ne fut que plus tard qu’on songea à en confectionner des cordes et des nattes. Dans un certain nombre de boutiques des villages de l’Espagne, on vend tout ensemble ces divers objets, dont les uns proviennent de véritables fabriques et d’autres sont issus de l’industrie domestique ; la population pauvre, notamment d’une partie de la Manche, de Valence, de Murcie et même de l’Andalousie, se livre au travail de l’alfa; le voyageur qui parcourt ces provinces peut voir souvent ces industriels, sur le seuil de leur porte, un paquet d’alfa sous le bras, se livrer au tressage des feuilles.
- En Espagne actuellement, les cordes en alfa, qui pourrissent difficilement au contact de l’eau, servent, à l’exclusion de toutes autres, dans les norias et les puits pour l’extraction des eaux; on les utilise aussi dans les constructions pour élever des poids et opérer des tirages de grande résistance ; elles sont encore employées par les laboureurs, les muletiers, les maçons, les bergers, etc. Pour les fabriquer, on fait macérer la plante dans les mares et les lagunes, puis on la broie, soit à l’aide d’un maillet à la main, soit avec une machine, et on finit par la peigner. Il y a des communes comme Azarau où l’on ne prépare que l’alfa écrasé, d’autres où on l’envoie en cet état pour le peigner et en faire un produit manufacturé.
- L’industrie de la natte est concentrée en quelque sorte à Chevillent, Santa-Pola et Torrevieja. Toutela population de ces villes est occupée dans les fabriques de nattes: femmes, enfants, grands et petits. Dans un grand nombre d’usines, les femmes ne font que tresser l’alfa, et les hommes ne sont occupés qu’à la couture des tresses. En un jour, une femme fait, au au moins 50 vares de tresses, beaucoup en font 75 et 100, gagnant à la journée de 9 à 18 encartes; le nattier coud dans une journée les 12 bandes nécessaires à la largeur d’une pièce, ce qui lui vaut 8 réaux. La valeur d’un rouleau de nattes de tresses de 50 vares de long varie entre 100 et 130 réaux, suivant qu’elle est blanche ou de couleur. Cette industrie a été apportée à Crevillent par un Marseillais, Manuel Martinez, qui longtemps travailla seul avec ses frères dans un souterrain, et vendit ses nattes à un très bon prix à Madrid ; à sa mort, ses frères propagèrent l’industrie dans le pays, et celle-ci s’y trouve maintenant généralisée au point que les nattes d’alfa remplacent les tapis dans presque toutes les habitations de la classe moyenne.
- On extrait environ en alfa 150,000 tonnes anglaises des côtes d’Espagne; on en exporte en moyenne 60,000 kilogrammes pour la fabrication du papier. Le principal port de destination est Newcastle-on-Tyne, dont les docks en renferment constamment plus de 20,000 tonnes et où se trouvent un certain nombre de maisons espagnoles qui se livrent exclusivement au commerce de cet article ; les autres ports d’importation sont CardilT, Liverpool, Glasgow, Edimbourg, Aberdeen et Londres; les ports d’embarquement en Espagne sont Alicante, Alméria, Car-thagène, Malaga, Garrucha, Motril et Aguilos. L’alfa d’Espagne est le plus fin de tous.
- Les Anglais ne s’adressèrent à l’Algérie que lorsque l'alfa qu’ils prenaient à l’Espagne atteignit dans ce pays un prix exagéré. La récolte de la Péninsule fut en effet, dès 1868, entièrement accaparée par de puissantes maisons anglaises qui ne la proposèrent plus qu’à un cours inabordable. Il fallut pour le moment s’en contenter. Mais l’année suivante, des achats furent effectués au Maroc, qui en expédia environ 2,000 tonneaux en Angleterre; et, comme dans ce pays à demi civilisé, le transport et l’exploitation de l’alfa présentaient de grandes difficultés, des agents furent dirigés vers l’Algérie pour y acheter tout ce qu’ils pourraient trouver de disponible. Dès ce moment, l’exportation de notre colonie prit des proportions inaccoutumées.
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- Le premier envoi d’Algérie en Angleterre datait cependant de 1862, mais il n’avait été fait qu’à titre d’essai; le Moniteur cle VAlgérie nous apprend, en effet qu’un navire anglais, Hippocamp, partit à cette époque d’Oran à Newcastle avec un chargement d’alfa. Dans les années suivantes, il fut envoyé de Mers-el-Kébir (avant-port d’Oran) et d’Arzevv les
- quantités suivantes :
- 1863 quintaux métrique 10.500
- 186Zi 19.000
- 1865 , 28.000
- 18*6 Zi2 000
- 1868 27.000
- 1869 90 000
- 1870 370.000
- On voit donc qu’à partir de 1869 l’exportation devint subitement considérable. Ce fut nécessairement au détriment de l’exploitation. Seuls les indigènes se livrèrent tout d’abord à l’arrachage de l’alfa, dénudant le plus souvent les terrains où poussait cette graminée et la transportant à la mer sur de lourds chariots; à la fin de 1871, ils avaient défoncé, miné, réduit à néant, toutes les routes fréquentées de la province d’Oran.
- Tant que l’arrachage fut entre les mains des indigènes, les Anglais ne traitèrent qu’avec des commissionnaires, la plupart Juifs, qui servaient d’intermédiaires entre eux et les alfa tiers. Aujourd’hui que le gouvernement a accordé pour trois, six et neuf années, une légère partie des terres domaniales sur lesquelles croît l’alfa — (à raison de 0 fr. 30 l’hectare dans la province d’Oran et de 0 fr. 20 dans celle de Constantine), — l’étranger préfère traiter avec les concessionnaires, qui exploitent dans de meilleures conditions. Le bon marché seul les fait revenir aux indigènes.
- 11 serait assez curieux d’étudier les divers modes d’exploitation de l’alfa sur les cinq millions d’hectares qui couvrent la superficie des Hauts-Plateaux algériens, mais nous renvoyons le lecteur que cette question intéresserait aux brochures qui, à diverses époques, ont été publiées dans notre colonie sur cette question1. Actuellement, nous nous contenterons de faire toucher du doigt les immenses progrès
- 1. Voici les principales publications à ce sujet : Charrier, Y Alfa des Hauts-Plateaux (Alger, 1873), — Jus, Histoire d'une botte d'alfa (Paris, 1878); — Raveret-Wattel, De Vexploitation de l'alfa en Algérie (Bulletin de la Société d’acclimatation, 2e série, tome X, page 276); — docteur
- de cette exploitation, en donnant les chiffres de l’exportation dans ces dernières années :
- kilos.
- 1875.......................... 57.763.597
- 1876......................... 58.75Zi.785
- 1877.. ...................... 68.756.991
- 1878 ....................... 65.6Zi9.656
- 1879 ........................ 62.585.983
- 1880 ....................... 80.896.132
- 1881 ....................... 77.560.750
- 1882 ....................... 85.699.7Z[1
- 1883.. .. ................. 82.ZilZi.771
- 188Zi......................... 96.210.003
- 1885........................ 96.5Zi5.210
- Ces quantités ont été expédiées exclusivement par les ports d’Oran, Alger, Bône et Philippeville, à destination de l’Angleterre, de l’Espagne et un peu de la France.
- LE CltlN VÉGÉTAL.
- Sous ce nom est exposé, dans le pavillon algérien de l’esplanade des Invalides, par une vingtaine de colons, un textile fourni par le palmier nain (Docem pour les Arabes, Palmetta pour les Espagnols d’Oran), qui croît en grande abondance dans le nord de l’Afrique et particulièrement en Algérie.
- Tout le monde connaît le palmier nain (Chamœrops humilis) qu’on rencontre dans toutes les serres d’Europe.
- Celte plante a été longtemps dans notre colonie, et elle y est encore parfois le principal obstacle au défrichement des terres, tant elle y pullule et tant il est peu facile de l’en arracher ; ses racines en forme de carotte, s’y enfoncent à plus d’un mètre de profondeur, et quand sa tige n’est que coupée, elle germe immédiatement et pousse plus vigoureuse. Dans certains cas, les Arabes, voulant se débarrasser des broussailles qui, dans un grand nombre de terres, ont envahi une portion du sol, y mettent le feu ,• ils réussissent ainsi à faire disparaître ces broussailles, mais ils ne font que dégager les pousses de palmier nain et leur donner un plus libre essor.
- Comme son nom l’indique, ce palmier est très petit ; il ne peut atteindre une grande taille que quand il est protégé, dans les cimetières arabes, par
- Turrel, Le Stipa lenacissima (id., 2° série, tome VIII, p. Zi88); — Bastide, L’Alfa (Sidi-bel-Abbès, Oran, 1877); — Moniteur de l’Algérie du lx septembre 1872; — Ed. Buch-walder, La Pâle d'alfa, sa fabrication, son avenir (Paris, 1881), etc.
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- exemple. Dès le principe, les Arabes l’ont utilisé : ses racines servaient de combustible ou bien on en faisait une sorte de charbon léger; les indigènes ont même employé les fibres qu’ils retiraient des feuilles et des tiges, mêlées au poil de chameau et à la laine, pour fabriquer les étolfes de tente; avec la feuille brute, ils font encore actuellement des paniers, des nattes, des corbeilles, des chapeaux, des éventails, des sacs, et généralement toute sorte d’ouvrages de sparterie, de corderie et de tapisserie. On ne saurait trop encourager cette exploitation en Algérie : les Arabes trouvent ainsi un travail facile qui leur permet de gagner leur vie, et les terres sont rapidement débarrassées à peu de frais de ce parasite ennuyeux.
- C’est un propriétaire de Chéragas (IA kil. d’Alger) qui a songé le premier, il y a quelques années, à travailler le palmier nain pour en obtenir un crin végétal. Aujourd’hui, il y a en Algérie des établissements extrêmement importants qui se livrent dans les trois provinces à cette fabrication. Les principales usines sont celles d’Aversing, d’El-Affroun, de la Chiffa, de Duperré, de Douéra, etc. Les exportations sont d’ailleurs relativement considérables ; — elles étaient, en 1867, de 2,100,000 kilogrammes environ, et elles se sont successivement élevées, en 1875, à 8,296,373 kilogrammes; — en 1876, à 8,390,960 kilogrammes; —en 1877, à 9,AA0,338kilogrammes; — en 1878, à 7,806,802 kilogrammes; —en 1879, à6,559,279 kilogrammes, etc., etc.
- Voici comment nous avons vu procéder en Algérie à la fabrication du crin végétal. Les feuilles palmées, munies de leurs queues, sont cueillies par les Arabes (les vieilles de préférence aux jeunes), et apportées dans la cour de l’usine à l’état vert, au prix moyen de 20 francs la tonne; comme elles sont employées de suite et quelles ne craignent ni la pluie ni le soleil, on se contente de les empiler sur le sol, sans prendre la peine de les hangarer. La première opération est le triage, qui se fait par des femmes et des enfants; la seconde, la coupe des queues, dont se charge un ouvrier spécial, et la troisième, le peignage des feuilles. Ce peignage n’est autre chose qu’un cardage grossier; pour y procéder, un ouvrier saisit fortement de la main droite une poignée de feuilles vertes et la présente à une petite carde qu’il a devant lui; cette carde n’est autre qu’un tambour sur lequel on a fixé grossièrement des clous, qui tourne constamment avec une grande rapidité et qui, pour garantir les mains
- de l’ouvrier, est entouré d’une boîte en bois munie d’une seule ouverture par où l’on passe les feuilles. Gomme il est nécessaire que ces feuilles soient humectées pendant le travail, on surmonte la boîte d’un récipient en fer-blanc rempli d’eau qui jaillit par un trou percé à la base : on s’arrange de manière que la poignée à carder soit atteinte par le filet d’eau, et on remplit la caisse à nouveau lorsqu’elle s’est vidée. Avec ce système des plus primitifs, un homme arrive à carder 500 à 600 kilogrammes de feuilles par jour. Lorsque ces feuilles ont été peignées des deux côtés, elles présentent l’aspect d’une poignée de fibres grossières et courtes ; on les fait alors sécher, puis on les porte à l’atelier pour servir après préparation, comme crin à rembourrer.
- Ce qu’on appelle dans l’usine un chantier se compose de six trieuses, d’un coupeur et de deux cardeurs : les trieuses sont payées par jour 1 fr. 50 ; le coupeur 2 fr. 50, et les cardeurs 0 fr. 60 au quintal.
- Pour tordre les fibres, un ouvrier saisit pêle-mêle dans un tablier une grande quantité de filaments cardés, et les présente à un émerillon attaché à un poteau sur l’axe d’une roue que tourne un enfant. Les premières fibres s’entortillent autour du crochet; celui-ci qui tourne constamment, entraîne les autres, et l’ouvrier s’éloigne en les guidant avec la main. Bientôt les fibres constituent une sorte de corde, d’un côté fixée au crochet, de l’autre tenue fortement et tendue horizontalement par l’ouvrier; à ce moment, l’enfant qui tourne la roue s’arrête, détache du crochet nue extrémité de la corde qu’il fait revenir contre l’ouvrier, en laissant celle-ci retenue à l’émerillon du poteau ; dans cette opération, la corde primitive subit l’impulsion naturelle de sa torsion et s’enroule sur elle-même ; il ne reste plus qu’à en maintenir les bouts pour quelle ne se détorde pas. On abandonne le crin dans cet état pendant plusieurs semaines; il est ensuite détordu, et c’est alors seulement qu’il est suffisamment frisé. Ghaque ouvrier crinier est payé 1 franc les 100 cordes; il en fait environ 600 par jour, mais l’enfant qui l’aide est à sa charge : le plus souvent cet ouvrier est de nationalité espagnole.
- Le crin végétai d’Afrique figure à l’Exposition à l’état naturel ou bien teint. Pans ce dernier cas, les fibres sont passées dans plusieurs bains de sulfate de fer et de bois de campêche, puis frisées et replongées dans les bains. Dans le pays algérien, le crin végétal est particulièrement livré au commerce de
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- la literie sous deux qualités : le crin blanc, qui vaut de 20 à 30 francs les 100 kilogrammes, et le crin noir, qui vaut de 25 à 38 francs. Comme on le voit, le prix de cette matière est de beaucoup inférieur à celui du crin animal; de plus, elle échappe aux attaques des insectes.
- l’agave, màguey, ixtle ou pite.
- On trouve à l’exposition des colonies espagnoles quelques échantillons de fibres d’agave, sorte de filaments blancs et jaunâtres très brillants, fins, tenaces, et paraissant extrêmement légers, extraits de Y Agave americana. Tout le monde connaît, pour l’avoir vue dans les serres, cette grande plante, qu’on désigne parfois improprement sous le nom d’aloès : elle est vivace, à racine fibreuse, présentant des feuilles charnues d’un vert glauque, allongées et aiguës, d’une longueur variant dans nos pays de 0m,50 à lm,20, épineuses sur les bords, réunies en rosette et à tige courle. Comme son nom l’indique, elle est originaire de l’Amérique, mais elle est aujourd’hui naturalisée et devenue presque indigène dans toute la région méditerranéenne.
- C’est surtout aux Antilles qu’on cultive l’agave exclusivement pour bénéficier de ses fibres. La récolte se fait en coupant avec un couteau chaque feuille près du collet. On porte ces feuilles ensuite au lieu de la manipulation, et on les laisse reposer vingt-quatre heures. Des femmes les divisent alors en bandelettes de trois pouces de large, en enlevant grossièrement l’enveloppe qui recouvre les fibres; puis des indigènes étendent celles-ci sur une table unie et les raclent au moyen d’un prisme en bois de 0m,50 de long, terminé par deux poignées, qui permet d’enlever facilement le parenchyme. On fait ensuite sécher le tout au soleil, et l’on obtient des filaments d’un beau blanc. Quelquefois on distingue plusieurs finesses de filaments d’après les couches : ceux que l’on extrait des couches extérieures sont durs, forts, et employés dans le pays pour cordages; les couches intermédiaires donnent une fibre plus fine, mais avec laquelle on fabrique encore de grosses toiles; enfin les couches intérieures fournissent des filaments très ténus, avec lesquels on fait des tissus légers : seulement ces fibres ont besoin d’être longtemps battues avec un maillet pour être douces et soyeuses. On en a fabriqué, en outre, des cordes, des sacs, des tapis, des toiles à voile, et des étoffes légères pour meubles en mélange avec le coton. Dans
- ce pays, lorsqu’on a tissé une toile d’agave, on la trempe dans l’eau chaude pendant vingt-quatre heures, puis dans l’eau froide et l’eau de riz pour la blanchir et l’assouplir.
- En Espagne, où l’Agave americana a été importé au moment de la découverte de l’Amérique, cette plante est un peu exploitée pour sa fibre. Voici ce que nous traduisons à ce propos d’un auteur espagnol, P. Mariano de La Paz Graells : « Pour tirer profit de cette plante, on coupe les feuilles près de la racine, opération qu’à Valence et dans l’Andalousie on fait pendant les mois de juillet et août, en choisissant les intermédiaires entre les extérieurs et le cœur, parce que les premières sont trop dures et les secondes trop tendres. Avec un maillet ou une pierre on les frappe, en les réduisant en paquets composés de douze feuilles liées par une de leurs extrémités. Sur une planche résistante et en plan incliné, l’ouvrier place la poignée de fibres en la fixant par l’extrémité liée à une pointe de fer qui se trouve clouée dans la partie la plus élevée de la planche. Ceci fait, il commence à passer sur les feuilles écrasées une barre de fer ayant des angles, en les pressant avec force pour séparer la partie remplie de suc et laisser isolées les fibres dans toute leur longueur. Cette opération se répète jusqu’à ce que soit complète la netteté des filaments, qui sont ensuite lavés dans une eau courante, comme on fait avec les écheveaux de fil ; ils laissent couler un suc écumeux analogue au savon, qui est très caustique, produisant des ébullitions incommodes sur les mains si l’on n’a la précaution de ne toucher l’agave que lorsqu’il laisse l’eau claire et que le fil est complètement épuré ; on le fait alors sécher au soleil, où il achève de se blanchir. » — Dans l’Andalousie et à Valence on tisse surtout avec l’agave des nattes très résistantes et très fines; on en fait aussi de la corderie fine, et on l’emploie surtout pour des rênes et des traits de voiture. !
- Nous voyons à l’Exposition quelques types provenant de variétés d’agave et désignées sous des noms spéciaux. Dans le pavillon de San-Salvador, nous voyons les fibres dites de maguey envoyées par le département de Cuscatlan, par MM. Dorantes et Ojeda, de San Salvador, etc., qui ne sont autres que des filaments extraits de Y Agave mexicana, le même qui fournit le crin végétal dit de Tampico, du Mexique. Dans ce dernier pays, Y Agave viridis fournit la fibre dite ixtle, et Y Agave si salaria, le chanvre de Sisal, le même qui est désigné au Yucatan du nom de
- Supplément a l’Industrie textile du 10 Novembre.
- 13e Fascicule,
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- liennequen. Dans cette contrée, on a dû chercher, en raison de l’extension du commerce de la fibre, un système plus expéditif que celui des Antilles, en ce qui concerne l’extraction des filaments des feuilles. On se sert depuis quelques années d’uneroue à palettes métalliques tournant dans une espèce de coursier ; les feuilles sont prises entre la roue du coursier et rapidement dépouillées de leur pulpe. Le travail de la décortication se fait en nettoyant à deux reprises différentes les deux extrémités de la feuille. Une roue de ce genre, mue par la vapeur ou les chevaux et desservie par deux hommes, peut nettoyer en une journée de 5,000 à 7,000 feuilles; 1,000 feuilles produisent de 25 à â0 kilogrammes de filasse sèche. Dans ces dernières années, le commerce de ces fibres d’agave s’est élevé au Yucatan à 5 millions de francs en moyenne par année. Les mêmes sont exposées sous le nom de pile dans le pavillon de San-Salvador par les villages de Olocuilta et Osi-cala.
- LE CHANVRE DE MANILLE OU ABACA.
- Le Chanvre de Manille, ainsi nommé parce qu’il est originaire de la ville de ce nom dans les Philippines, fourni par l’arbre que l’on désigne vulgairement du nom de bananier, se trouve au milieu des produits exposés par les colonies espagnoles.
- De toutes les espèces employées pour l’extraction de la fibre, le musa textilis est la seule qui soit cultivée avec succès. Depuis un certain nombre d’années, les importations de cette fibre textile en Europe ont pris une extension relativement considérable; ces importations ont commencé par l’Angleterre qui l’a employée la première pour ses corderies; aujourd'hui ces filaments sont d’un grand usage en France, ils y servent principalement pour la confection de câbles pour transmission.
- La fibre dont nous parlons est, après le sucre, le plus important produit des lies Philippines. Son exportation a suivi une marche ascendante rapide. Elle n’était en 1831 que de 28,1(57 piculs; trente ans plus tard, en 1861, elle s’élevait à 373,269 piculs; elle a atteint son maximum en 1881, où elle a été de 808,9â0 piculs, représentant une valeur de 9 millions de piastres (environ hb millions de francs).
- Actuellement l’Angleterre et les États-Unis absorbent directement à eux seuls la presque totalité de ce produit ; il n’en va que très peu ensuite en Aus-
- tralie et en Chine. Quant à la France, elle demande presque entièrement à l’Angleterre ce qui lui est nécessaire et n’en reçoit accidentellement qu’une quantité insignifiante. Lorsque, par exemple, il se fait un chargement de café pour le Havre, on profite de l’occasion pour envoyer en même temps 300 à â00 balles (600 à 800 piculs) de chanvre de Manille. Il est regrettable que l’absence de navigation directe entre Manille et la France empêche nos fabriques de câbles de Toulon, Nantes, Angers ou Lens, de recevoir en plus grande quantité et plus facilement ce précieux textile ; mais, pour une denrée de ce volume, on comprend que le prix du fret soit une question dominante.
- Voici quelle a été, dans ces dernières années, l’exportation du chanvre de Manille en Angleterre,
- aux États-Unis et dans l’Europe continentale ; EUROPE Angleterre. états-unis. continentale. halles. balles. balles.
- 1873 118.981 161.055 960
- 1874 114.777 159.154 893
- 1875 132.382 99.216 1.583
- 1876 152.088 121.857 2.920
- 1877 141.804 153.207 1.107
- 1878 172.378 124.957 308
- 1879 136.230 161.134 1.879
- 1880 178.113 188.817 1.750
- 1881 148.763 253.361 447
- 1882. 142.519 176.251 159
- La répartition suivante : s’est faite en 1881 de la manière
- États-Unis............... 4.339.056 piastres.
- Angleterre............. 2.874.044 —
- Possessions anglaises. . 1.528.845 —
- Australie................... 76.352 —
- Espagne...................... 8.485 —
- Total........ 8.826.782 —
- La partie de la plante qui fournit le chanvre de Manille est le tronc, formé des gaines des feuilles solidement enroulées les unes autour des autres. Ces gaines, qui se terminent par le haut en pédoncules se composent d’une masse parenchymateuse, à cellules extraordinairemement grandes, remplies d’air, dont les parois contiennent des cordelettes fibro-vasales logées dans la direction de la longueur du tronc. Immédiatement au-dessus, du côté des feuilles, dirigées vers l’extérieur du tronc, sont situées les masses principales des faisceaux vasculaires qui atteignent là leur plus fort et leur plus complet dé-
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- veloppement; dans les autres parties de la plante, les fibres sont plus rares et toujours moins tenaces.
- L’aspect du bananier textile est sensiblement le même que celui du bananier comestible : tige de nuance jaune verdâtre simple et droite, et à l’extrémité : faisceau de grandes feuilles ovales extrêmement longues, partant toutes d’une même base, s’emboîtant les unes dans les autres, traversées dans leur longueur par une grosse côte médiane, rayées de nervures parallèles et le plus souvent déchirées par les vents.
- Aux pays de production, et principalement aux Philippines, l’extraction de ces fibres et leur préparation forment la seule industrie de villages entiers; elles y sont tellement abondantes que la plupart des vêtements dont se couvrent les habitants qui les travaillent sont faits de chanvre de Manille. Cette extraction se fait de différentes manières; mais aux environs de Manille où elle est le plus active, elle se pratique en coupant les troncs des bananiers à la fin de la troisième année, sans laisser pousser la fleur qui, paraît-il, amoindrit par sa venue la qualité des filaments, et en détachant immédiatement la gaine des feuilles. Ces gaines sont divisées en bandes de hiiit à dix centimètres de large ; puis elles sont raclées, ou pour mieux dire peignées à la main à l’aide d’une lame de scie fixée dans un bloc de bois. Les faisceaux bruts sont ainsi mis à découvert, ils sont séchés au soleil, et en cet état, livrés au commerce sous forme de fibres de 2 à 3 mètres de long. L’exploitation d’une plante dure dix à douze ans.
- On conçoit que le monopole d’une fibre aussi utile pour une colonie espagnole ait excité l’émulation des Anglais. Aussi ceux-ci font-ils depuis quelques années les plus grands efforts pour implanter la culture et l’exploitation du bananier textile à l’île Maurice. Dans ces derniers temps, le Directeur du jardin botanique de Saigon a aussi suscité nombre d’essais dans notre colonie de Cochinchine ; jusqu’ici les résultats obtenus paraissent satisfaisants.
- l’anànas.
- Sous le nom de fibres d'ananas de Castille, le village d’Olocuilta, dans la République de San-Salvador, a exposé des filaments extrêmement fins et brillants, les mêmes qu’on retire aux îles Philippines des feuilles du bromelia ananas (genre voisin de Yana-nassa sativa qui fournit l’ananas comestible) et qui servent à y faire des tissus de grande finesse qu’on
- exporte en assez grandes quantités de ces îles en Espagne.
- Ce n’est guère qu’aux Philippines, en effet, qu’on fabrique sur une grande échelle ces étoffes délicates et soyeuses, principalement dans les provinces de Camarès, Boulacan, Baïangas, île deLuçon, Hoïla et île de Panay. Ces tissus sont fort chers, et on ne s’en sert guère qu’en Espagne et à Cuba pour mantilles, broderies, mouchoirs et tissus unis; les prix, en monnaie française sont : pour les mouchoirs, de 10 à 100 francs la pièce; — pour les tissus unis, de 1 à 5 francs le mètre s’ils sont tout entiers d’ananas et un peu gros, et de 1 à 6 francs le mètre s’ils sont mélangés de soie. Dans une relation de voyage aux îles Philippines publiée il y a quelques années, M. de la Gironnière rapporte que les batistes d’ananas sont d’une régularité et d’une finesse auxquelles ne peuvent être comparées aucun de nos tissus d’Europe.
- « Cette fabrication, dit-il, est un travail de patience et qui exige beaucoup de temps ; la feuille de l’ananas n’a pas plus de deux pieds de longueur: l’ouvrier en retire les fils, les choisit ensuite un à un, tous de la même grosseur, les colle ensemble bout à bout, puis les place sur un métier situé sous une tente, dans une chambre soigneusement fermée de peur qu’un coup de vent ne rompe ces filaments ténus. » Lorsque l’étoffe est tissée, elle est des plus légères et pour ainsi dire diaphane.
- M. Natalis Rondot, qui a vu beaucoup de ces tissus aux Philippines, nous donne sur les diverses variétés qu’on en fabrique de curieux renseignements. Ainsi, quand l’étoffe est unie et toute de fibre d’ananas, elle est appelée népis de pina, elle a de 0m,35 à 0m,A2 de large, et sa finesse varie de vingt-huit à quarante-deux fils en chaîne et en trame par 0m,005 ; — quand la soie est mariée à l’ananas et y forme des bandes longitudinales de couleur, l’étoffe porte alors le nom de sinamay de pina; la pièce a alors 16 mètres de long et 0m,36 à 0m/i5 de large, le mètre en pèse 16 à 20 grammes, et la finesse est de 21/23 fils en chaîne sur 15/16 fils en trame par 0m,005 ; — enfin quand cette étoffe à rayures porte des dessins brochés en coton, le tissu reçoit le nom de palinqué : il a de 0m,A0 à 0m,46 de large, et le mètre pèse de 18 à 21 grammes. Généralement tous les tissus en fibres d’ananas qui nous viennent en Europe sont fabriqués dans la province de Tondo et les environs de Manille : ils sont brodés à jour avec du coton fin, soit d’importation anglaise, soit filé dans le pays (à Parana-qué, près de Malasé). Lorsque ces tissus nous vien-
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- nent en France, on les connaît sous le nom de batiste d'ananas.
- Il ne nous semble pas nécessaire d’insister sur la description des plantes qui fournissent les fibres dont nous parlons ici. Ce sont de grandes plantes herbacées et vivaces, dont les feuilles épaisses, qui partent de la racine, sont creusées en gouttière et portent sur leurs bords des dents épineuses : tout le monde les connaît.
- Il faut, pour retirer les fibres des feuilles, que celles-ci soient fraîches; une fois sèches, elles n’ont plus de valeur. On étend alors ces feuilles sur une planche, et Ton en enlève, au moyen d’un couteau, la pellicule qui en forme la face externe. Les filaments apparaissent alors. On les détache par l’extrémité de la feuille avec le couteau et on les retire avec la main dans toute la longueur.
- CHANVRE DE LA NOUVELLE-ZÉLANDE.
- Dans l’exposition de la Nouvelle-Zélande au Champ de Mars figure, comme spécimen des produits du pays, le chanvre dit de la Nouvelle-Zélande, sorte de fibre dure qui ne peut guère servir que pour la cor-derie ou la sparterie et qu’on extrait dans cette île des feuilles du phormium tenax, de la famille botanique des liliacées.
- Les Maoris, habitants du pays, ont été longtemps seuls à préparer cette fibre. Ils retiraient pour cela, — comme encore aujourd’hui d’ailleurs, — des feuilles choisies avec soin et complètement développées, les faisceaux vasculaires situés à l’extérieur, et en raclant ces derniers avec une écaille de coquillage pour enlever, autant que possible, le tissu parenchymateux et l’épiderme qui y adhèrent. Les fibres retirées des feuilles (seulement de dix à vingt environ par feuille), étaient arrosées d’eau dans un réservoir. De cette façon, on les maintenait humides jusqu’à ce qu’on en eût préparé une grande quantité. On portait alors toute la masse au plus proche cours d’eau et on lavait avec soin en enlevant avec l’écaille les derniers restes des impuretés. Les naturels procédaient encore avec plus de soin quand ils se proposaient de se procurer une fibre plus molle, propre à des usages spéciaux; ils maintenaient alors la fibre brute dans l’eau tiède pendant quatre jours, puis ils la battaient avec des pierres où des marteaux, la replongeaient dans l’eau et continuaient ainsi pendant quatre à cinq semaines. Les Maoris n’obtenaient
- ainsi que le quart environ des fibres contenues dans les feuilles.
- La production du chanvre de la Nouvelle-Zélande fut insignifiante aussi longtemps que les naturels furent les seuls à s’occuper de son extraction. Gomme l’île produit ce textile abondamment entre le 3Ae et le A7,: degré de latitude méridionale, quelques Européens pensèrent que, puisque cette plante arrivait assez avant dans le sud pour y être exposée annuellement à de fortes gelées, elle pourrait sans trop de difficultés s’acclimater dans les contrées chaudes de l’Occident. Quelques essais eurent donc lieu dans le midi de la France, en Irlande, et plus tard en Algérie.
- Ces essais furent satisfaisants. On constata en France que le phormium végétait très bien et mûrissait annuellement ses graines en‘Provence; qu’il croissait à peu près partout, mais de préférence dans les lieux et vallées un peu humides. Cependant les essais ne furent pas continuési.
- De nombreuses expériences furent alors exécutées en France par Labillardière pour déterminer la ténacité des fibres de cette plante, qu’il trouva des plus résistantes. On leur avait donné le nom de phormium, du nom d’une herbe que les Grecs récoltaient et dont ils faisaient des tissus pour vêtements, on y ajouta alors le qualificatif tenax pour insister sur leur ténacité. En effet, la force moyenne des fibres du chanvre étant représentée par 16 1/3, celle des fibres du phormium fut trouvée égale à 25 5/11, celle du lin étant de 11 3/Æ et celle de la soie de 3h ; le phormium n’était donc surpassé en ténacité que par la soie. Comme extensibilité, on trouva pour le lin 1/2, pour le chanvre I, pour le phormium 1 1/2 et pour la soie 5.
- En 1860, le gouvernement anglais fit de grands efforts pour susciter une exportation suivie du phormium tenax en Europe en remplacement du chanvre de Manille ou abaca. Des machines furent alors inventées en vue de la préparation plus rapide de cette fibre.
- 1. On peut, à ce propos, consulter les brochures : Noie sur la fructification du phormium tenax ou lin de la Nouvelle-Zélande à Cherbourg et à Toulon, sur la germination particulière de ses graines et leur culture, par Gillet de Laumont (1824, in-S°). — Mémoire sur l'introduction et la floraison, à Cherbourg, d'une espèce peu connue de lin de la Nouvelle-Zélande et revue des plantes confondues sous le nom de phormium tenax, par A. Lejolis (Cherbourg, imp. Thomines). — Nouveaux détails sur la possibilité d’acclimater en France le phormium tenax ou lin de la Nouvelle-Zélande (1824, in-8°, sans nom d’auteur).
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- Elles se composaient généralement de cylindres compresseurs qui écrasaient d’abord les feuilles, puis de marteaux animés d’un mouvement de monte-et-baisse rapide et agissant sous l’action d’un jet d’eau continu qui en séparaient le tissu spongieux en le déchirant et mettaient les fibres à nu. Il suffisait ensuite de laver celles-ci à grande eau et de les faire sécher pour les utiliser. On obtint de cette façon une quantité de fibres beaucoup plus considérable que par le travail à la main (de 10 à \k pour 100 environ de feuilles fraîches). Mais ces fibres n’avaient pas la qualité de celles préparées par les Maoris.
- En 1809, le gouvernement anglais nomma une Commission spéciale pour examiner la question. Deux ans plus tard, cette commission consigna ses observations dans un mémoire1. De ce document, il résulte que les moyens mécaniques seuls ont leur raison d’être en ce qui concerne l’extraction de la fibre, et qu’on ne peut arriver au même but ni par un rouissage à l’eau froide, ni par un traitement par les lessives alcalines étendues. Ceci tient à ce que la petite quantité de substance intercellulaire qui maintient les cellules du liber est attaquée avec la plus grande facilité, et que le tissu cellulaire perd alors sa cohésion; or, jusqu’ici, chaque fois que l’on a utilisé les fibres du phormium, on ne s’est servi que des tissus fibreux filamenteux encore intacts. Il résulte enfin du mémoire de la Commission que si les bonnes qualités du phormium tenax ne sont pas inférieures comme qualité au chanvre de Manille, cette fibre ne peut en aucune façon résister à l’influence momentanée de l’eau et surtout de l’eau de mer ; elle est donc inacceptable pour la marine ; le graissage lui assure une plus longue durée, mais ne remédie pas au mal.
- Beaucoup de personnes confondent dans le langage usuel le phormium avec le jute : mais le phormium n’a avec le jute qu’un seul point de contact, c’est qu’ils ne résistent pas plus l’un que l’autre aux influences humides. Il n’en vient d’ailleurs en Europe que des quantités extrêmement restreintes.
- LE YUCCA. — l’abELMOSCHUS. — l’aBULITON. l’apocynum.
- Le Département de l’Agriculture des États-Unis expose des fibres du yucca baclata. Cet arbuste nommé
- 1. Phormium tenax as a fibrous plant, being a sélection of llie reports of the commission appointed by lhe New-
- par les Américains palmier du désert, arbre aux baïonnettes à cause de la forme de ses feuilles dures et pointues, se rencontre en grande quantité dans la partie la plus inculte de la Californie. Il atteint généralement une hauteur de 3m,*25 à Am,75, et son pied un diamètre de 0m,/io à 0m,55. Les fibres qu’il fournit, assez semb'ables à celles de l’agave, sont, il faut le dire, rarement extraites pour être filées; mais la plante est utilisée dans le pays pour la fabrication du papier. Le désert de Mohare, ayant une étendue d’environ 50,000 lieues (anglaises) carrées, est presque uniquement couvert par cet arbuste, qu’il est d’autant plus difficile d’exterminer que, le tronc abattu, il pousse de nouveaux germes hors de la racine. On appelle quelquefois encore cette plante cactus : mais cette dénomination est évidemment fautive. Il en existe une foule de variétés aux Antilles, dans l’Inde, à Nalta, rarement utilisées.
- Voici encore, dans le même pays des filaments, de l’abelmoschus esculentus, récolté dans la Caroline du Nord. C’est une fibre de 0m,70 de longueur environ, malheureusement peu solide, jaunâtre dans son ensemble, mais toujours brune par places par suite d’un commencement de transformation des substances incrustantes de la membrane cellulaire. Les filaments de ce genre n’ont jamais été transportés en Europe qu’à titre d’échantillons; cependant, on les a quelquefois trouvés mélangés au jute d’importation.
- Dans le Missouri, on récolte aussi Xabuliton ari-cenne, à en croire l’échantillon que nous voyons à l’Exposition. 11 existe, on le sait, nombre de variétés de cette malvacée à l’île Maurice, à la Jamaïque, aux Indes, en Australie, etc.
- Enfin, dans les mêmes contrées, se récoltent encore Vapocynum cannabinum qui, d’après l’inscription que porte l’échantillon de l’Exposition, croît dans l’Amérique indienne. Au Canada, ces fibres longues, souples et tenaces sont employées par la corderie indigène.
- LA MASSETTE. — LE TILLEUL.
- Puisque nous en sommes aux fibres d’un caractère spécial, signalons dans la section Irançaise, à l’exposition de la Société d’Agriculture de Grenoble, les épillets de la massette (typha latyfolia) envoyés
- Zealand Government (Wellington, publié par J. Hector, 1870-1872).
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- sous le nom de duvet végétal par M. Léon Jacquier, propriétaire à Gières, dans l’Isère. L’exposant nous montre un oreiller rempli de ce duvet qui, paraît-il, ne se tasse pas par la pression et dont ceux qui s’en servent retirent toute satisfaction. Comme cet épillet ne coûte pas bien cher, et qu’il est, dans tous les cas, d’un prix bien inférieur à celui de la plume, il y a là, au point de vue de son utilisation par les classes laborieuses, une innovation qui nous paraît digne d’attirer l’attention.
- A signaler aussi, dans l’Aube, la Société horticole de Troyes qui a remplacé le chanvre dans certains usages par l’écorce de tilleul bien connue dans l’industrie textile, puisqu’elle forme la base des nattes qui enveloppent les lins de Russie. La Cor-derie de V Est expose dans celte section des cordages faits de cette matière et dont la force et la solidité paraissent à première vue remarquables : elle en utilise par an de 150,000 à 200,000 kilogrammes. Pour en obtenir les fibres plates et fines que nous voyons ici, on commence par écorcer l’arbre au moment de la sève; les lanières obtenues sont ensuite trempées dans l’eau, elles se séparent alors très facilement les unes des autres en plusieurs couches de finesses différentes. Les gros cordages exposés ont une âme en étoupe, les petits cordages sont faits entièrement de tilleul.
- CHAPITRE VL
- Les fils et tissus de coton.
- La genèse de l’industrie cotonnière moderne est des plus intéressantes à étudier. Elle est de celles que beaucoup connaissent dans son ensemble, mais peu avec exactitude, et il nous semble utile, avant d’entrer de plain-pied dans l’Exposition proprement dite des fils et tissus de coton, de l’indiquer à nos lecteurs et de leur dire en même temps quelle influence ont eue les Expositions antérieures sur son développement et ses progrès.
- Le travail du coton, comme d’ailleurs celui de toutes les matières textiles, s’est réduit pendant bien des siècles à une simple occupation domestique : sa transformation en fils était exclusivement réservée aux ménagères. Les seules machines à filer
- employées furent longtemps le fuseau et la quenouille, puis le rouet classiquequi date du xviesiècle avec lequel tous les fils étaient produits un à un.
- A la fin du siècle dernier, malgré la faiblesse des ressources dont ils disposaient pour la production, les Anglais tentèrent de créer une étoffe nommée fut aine faite de fils de coton en trame et de fils de lin en chaîne, qu’ils lancèrent sur tous les marchés d’Europe et d’Amérique. Leur tentative eut un tel succès que les fils de coton fabriqués chez eux ne suffirent plus et qu’ils furent obligés d’en demander à l’étranger. Vers 1760 la demande fut telle que le prix du filage augmenta considérablement et qu’il fut évident pour tous que, si l’on ne trouvait un moyen de produire le fil plus vite et à meilleur compte qu’à la main, le commerce des futaines ne tarderait pas à décliner.
- Ces circonstances suggérèrent à un mécanicien anglais, Th. Higgs, l’idée de chercher les moyens, pour un seul ouvrier, de produire plusieurs lils en même temps. Higgs n’était qu’un pauvre artisan qui fabriquait des peignes à Leigh (Lancashire), et c'est en voyant un jour la fatigue et la misère d’un ouvrier voisin qui avait cherché de la trame toute la journée sans en trouver qu’il mit son idée à exécution. 11 communiqua son projet à un horloger de sa connaissance du nom de Kay, et tous deux, retirés dans un grenier, ne s’occupèrent plus que de la construction de l’appareil projeté. Ils ne réussirent pas tout d’abord, Kay se rebuta et abandonna Higgs; celui-ci se remit seul à l’œuvre. A force de recherches il parvint, en 1763, à construire une machine à filer de six broches, et lui donnant le nom d’une de ses filles qui s’appelait Jenny, il la nomma spin-ning-jenny, ou Jenny la fileuse. 11 construisit ensuite une seconde machine de vingt-quatre broches.
- Trois ans plus tard, un autre mécanicien anglais, fileur à Stanhill (Lancastre), James Hargreaves, apporta quelques modifications à la fileuse de Higgs. Le résultat fut magnifique, à tel point que, sur la proposition de quelques capitalistes, l’inventeur put monter à Nottingham une petite filature avec ses métiers modifiés.
- On ne pouvait cependant, avec cette nouvelle machine, fabriquer que la trame des futaines, la chaîne étant toujours constituée par un fil de lin. Higgs essaya alors de perfectionner ses premières ébauches, et finit par inventer un métier à filer la chaîne auquel il donna le nom de tlie rostle ou mater frame, — ce qui signifie machine hydrau-
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- lique, sans doute parce qu’elle ne pouvait marcher qu’à l’aide d’un moteur hydraulique; on y voyait employés pour la première fois les cylindres étireurs qui sont la base de la filature moderne : ce n’était autre, d’ailleurs, que le métier à filer dit continu.
- Sur ces entrefaites, un barbier de Preston, fiichard Arkwright, arrivait à Leeds. Actif et entreprenant, désireux de réussir à tout prix, il essaya, en entendant parler de l’invention de Higgs, de s’approprier sa machine. Il alla trouver Kay, l’horloger avec lequel Higgs avait primitivement travaillé, et il obtint, par son intermédiaire, les modèles et dessins qui lui étaient nécessaires pour construire ses métiers. Puis, se rendant à Nottingham, il trouva un capitaliste qu’il intéressa à son œuvre en lui montrant les ingénieux appareils de Higgs, et en 1768, il prit un brevet pour la machine continue à filer le coton déjà inventée avant lui. Un jour Kay voulut le dénoncer, mais il fut séduit à prix d’or, et on l’apaisa en lui confiant exclusivement la construction des cylindres de la machine : Kay se tut alors. Arkwright, pour mieux cacher sa fourberie, lança dans le public de nombreux prospectus dans lesquels il disait qu’il avait perfectionné la machine Jenny inventée par Hargreaves; de la sorte, en attribuant à ce dernier une invention qu’il rfavait pas faite, mais seulement améliorée, il achetait son silence et répandait dans le public une opinion qui prévaut encore aujourd’hui. La première filature d’Arkwright à Nottingham avait été montée en 1771, elle était mue par des chevaux; une seconde fut établie par lui à Cromford (Derbyshire) en 1772, mue par la force hydraulique.
- Un second brevet relatif à des perfectionnements ayant pour but d’abréger l’opération, alors fort rudimentaire, du boudinage, fut pris par Arkwright le 16 décembre 1775. Mais, comme là encore il n’avait rien inventé et" s’était contenté de s’approprier divers systèmes usités chez quelques filateurs, il se vit intenter des procès pour usurpation de patente par ceux qui les employaient. Condamné à différentes reprises, il n’en continua pas moins son œuvre audacieuse ; bientôt tout fut oublié, et le 22 décembre 1786 les notables de Wirkworth adressèrent au roi d’An -gleterre une pétition pour le prier de récompenser un de ses plus fervents serviteurs : Arkwright fut créé chevalier. 11 mourut le 5 août 1792 à Cromfort, comblé d’honneurs et laissant une fortune évaluée à plus de 12 millions.
- Pendant ce temps Hargreaves éprouvait un tel
- chagrin des succès d’Arkwright qu’il mourait bientôt dans la misère. Higgs, de son côté, végétait inconnu et misérable, mais il s’occupait encore de ses machines en 1773, époque à laquelle nous le voyons ajouter un nouveau perfectionnement au métier continu en collaboration avec un sieur Wood. A partir de ce moment on n’entend plus parler de lui.
- En même temps que le métier continu, furent introduites dans les filatures les stock-cards (cardes à bloc), qui remplacèrent les cardes à la main, et dans lesquelles l’un des appareils cardeurs est fixé sur un bloc ou appui tandis que l’autre y est appliqué à l’aide des deux mains. Les cardes à bloc furent ensuite remplacées par les machines à carder, invention complexe résultant de divers perfeciionnements successifs faits à différentes époques et par différentes personnes : c’est ainsi que John Lees, en 1772, inventa l’appareil alimentaire [feeder), — James Hargreaves un peigne à détacher le coton du cylindre, etc. A cette époque, paraissait la machine à boudiner d’Arkwright mentionnée plus haut dans laquelle la torsion des matières par un pot tournant sur axe vertical fut brevetée pour la première fois.
- Mais le premier perfectionnement qui transforma bien nettement l’industrie de la filature de coton fut celui breveté par Samuel Crompton, de Bolton-le-Mors, en 1775, et dans lequel l’inventeur, combinant les deux machines jenmj et tlirostle, en fit la mull-jenny, ainsi nommée ou parce qu’elle n’était qu’une jenny abâtardie ou parce qu’elle était primitivement mue par un mulet. Cependant ce ne fut pas à l’époque de son invention que cette machine fut couramment employée, mais seulement vingt ans après.
- La mulî-jennv eut besoin de nombreux perfectionnements pour arriver à ce qu’elle fut plus tard ; en 1815, le nombre des broches qu’elle mettait en œuvre ne dépassait pas 216 par métier. Elle ne fut transformée en mull-jenny self-acting que le 29 mars 1826, époque où Maurice de Jongh, filateur à Warrington (Lancastre), prit un brevet pour cet objet : jusque-là les mull-jenny déployaient le coton qu’elles filaient; mais, pour placer l’aiguillée filée sur la broche qui doit la recevoir, la main de l’homme était indispensable. Une fois de plus la mécanique se substitua à la force musculaire et à l’intelligence du fileur, et le métier renvideur actuel, surnommé définitivement l'homme de fer ou Adam, se trouva inventé. C’est en JL8A0 seulement que son
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- usage se généralisa : jusque-là, en vertu de la patente obtenue par l’inventeur, il était soumis à un droit privatif et réduit par conséquent à une mise en activité restreinte ; il se propagea aussitôt que la découverte fut tombée dans le domaine public, et aujourd’hui ce métier est employé dans les filatures de coton des deux mondes.
- L’invention delà peigneuse Heilmann, en 1845, destinée à la laine et appliquée ensuite au travail mécanique du coton, vint encore apporter de notables modifications dans l’économie générale de l’industrie de la filature du textile que nous examinons. A partir de 1850, on n’a plus à signaler d’invention qui ait été appelée à changer aussi radicalement les conditions de la production : tous les progrès se bornent à modifier, en les perfectionnant plus ou moins sensiblement, les différents systèmes adoptés.
- L’invention du tissage mécanique date à peu près des mêmes années. La première tentative du tissage des fils de coton à l’aide d’une machine eut lieu en Angleterre en 1695; elle fut faite par De Gennes, suivant une mention que l’on trouve dans l’ouvrage : les Transactions philosophiques abrégées, par John Lowthorp, imprimé à Londres en 1700; mais il ne paraît pas qu’il ait été donné suite à cette idée. Nous savons encore qu’en 1765, Garside, de Manchester, monta un tissage mis en mouvement par l’eau, avec des métiers dits swivel, — les mêmes probablement que ceux inventés par Vaucanson et décrits par Roland de La Platièredans Y Encyclopédie, — et travailla longtemps avec eux. Mais ce ne fut qu’en 1785 que parut le métier ditpower-loom, dèstiné à être mû par la vapeur ou l’eau et inventé par le révérend E. Cartwright. La relation des circonstances qui amenèrent cette invention et que nous trouvons écrite par Cartwright lui-même dans Y Encyclopédie britannique nous semble assez digne d’intérêt pour pouvoir être reproduite :
- « Étant à Maltock, dit-il, dans l’été de 1784, je me trouvai en compagnie de quelques habitants de Manchester; la conversation tomba sur les machines à filer d’Arkwright. Une des personnes présentes fit observer qu’aussitôt que la patente d’Arkwright serait expirée, on établirait un si grand nombre de filatures et que l’on filerait tant de coton que l’on ne pourrait trouver assez de bras pour le tisser. Je répondis qu’Arkwright devait ensuite appliquer son esprit à inventer un métier à tisser. Chacun de se récrier et de soutenir que cela était irréalisable;
- tous les habitants de Manchester émirent unanimement l’avis que la chose était impossible; à l’appui de leur opinion, ils ajoutèrent des arguments auxquels je n’étais pas en état de répondre, ignorant complètement le sujet dont il était question et n’ayant jamais vu à cette époque aucune personne tisser. J’essayai pourtant de prétendre que la chose n’était pas impossible, et je fis remarquer que, tout récemment à Londres, on avait montré un automate jouant aux échecs. Affirmeriez-vous, messieurs, dis-je à mes interlocuteurs, qu’il est plus difficile de construire une machine propre à tisser qu’une autre qui fasse tous les divers mouvements que comporte ce jeu compliqué? Peu de temps après, une circonstance particulière m’ayant rappelé cet entretien, je fus frappé de la pensée que, comme dans un tissage uni, ainsi que je comprenais alors ce travail, il ne devait y avoir que trois mouvements qui se succéderaient, il serait peu difficile de les reproduire et de les répéter. Plein de ces idées, j’employai sur-le-champ un charpentier et un serrurier pour les mettre à exécution. Aussitôt que la machine fut terminée, je me procurai un tisserand pour monter la chaîne qui était de matières semblables à celles dont on fait ordinairement la toile à voile. A ma grande satisfaction, une pièce de toile telle quelle fut le produit de cet essai. Gomme je n’avais jamais réfléchi auparavant à aucun objet mécanique, soit en théorie, soit en pratique, que je n’avais jamais vu un métier à tisser en œuvre et que je ne connaissais rien à sa construction, on supposera facilement que mon premier métier doit avoir été une machine très grossière. La chaîne fut placée perpendiculairement; le peigne tombait avec une force d’au moins cinquante livres et les ressorts qui lançaient la navette auraient été assez forts pour lancer une fusée à la congrève. Enfin il fallait la force de deux hommes très vigoureux pour travailler lentement la machine et seulement pendant peu de temps. Imaginant, dans ma simplicité, que j’avais accompli tout ce qui était nécessaire, je pris une patente le 4 avril 1785 pour assurer ce que je croyais alors être une propriété très précieuse. Gela fait, je voulus bien condescendre à voir comment on tissait ailleurs, et on comprendra ma surprise lorsque je comparai mon pauvre métier avec les modes faciles d’opérer alors en usage. Profitant cependant de ce que je voyais, je construisis un métier à peu près semblable, dans ses principes généraux, à ceux que l’on fait maintenant; mais ce ne fut qu’en 1787 que je complétai mon invention et que je pris ensuite, le
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- lCl août c!e cette même année, ma dernière patente pour le tissage. »
- Cartwright établit alors un tissage à Duncaster, mais cette entreprise ne donna pas le résultat espéré. Lorsquelle fut abandonnée, quelques manufacturiers de Manchester obtinrent du Parlement qu’il récompensât d’une somme d’argent les efforts peu fructueux, mais méritants, de cet inventeur.
- Un industriel de Manchester, Grimshaw, obtint concession de la licence de Cartwright, et monta dans cette ville un tissage mû à la vapeur; mais sa fabrique fut dévorée par un incendie avant qu’on pût se rendre compte de son fonctionnement pratique.
- Deux obstacles s’opposaient alors à ce que la fabrication fût bonne et rapide : — tout d’abord la mauvaise qualité du fil de coton alors employée; — puis la difficulté d’apprêter la chaîne par petites parties au fur et à mesure qu’elle se déroulait de l’ensouple. L’invention d’une machine à apprêter, en 1805, par Thomas Johnson, de Bradburg (Cheshire), et les perfectionnements apportés au métier à filer, modifièrent cette situation ; en 1806, on créa un lissage à Manchester, deux à Stockport, et un autre à Westougton. A partir de ce moment, des perfectionnements sans nombre furent apportés année par année à la construction générale des métiers, au mode d'ourdir la chaîne, à la préparation de la trame, etc., et les tissages se multiplièrent dans une forte proportion dans toute la Grande-Bretagne. En 1818, on comptait qu’il y avait 2,000 métiers disséminés dans quatorze fabriques, à Manchester, Stockport, Middleton, Hyde, Stavlay-Bridge, et dans les environs de ces localités ; — j en 1821, 5,732métiers pour32tissages; — en 1827,
- | 11,000 métiers, toujours mus par la vapeur. Nombre
- de villes anglaises durent à cette industrie un accroissement considérable : Manchester, dont la population, en 1774, n’était que de 40,000habitants, passa à 95,000 en 1801, et à 192, 000 en 1834. Liver-pool, principal marché du coton brut, passa de 5,145 habitants en 1700 à 20,000 en 1750, 40,000 en 1770, 77,653 en 1801, 118,972 en 1821 et 165,175 en 1831; Glasgow, qui ne renfermait en 1780 qu’un peu plus de 40,000 habitants, arriva en 1801 à 85,000 âmes et en 1831 à 200,000. Nous pourrions multiplier ces exemples.
- Pour juger, d’ailleurs, de l’accroissement considérable du coton en Angleterre, il suffit de relever
- les quantités de matière brute introduites dans ce pays de 1700 à 1859, par exemple :
- kilos.
- 1700........................... 886.000
- 1770......................... 2.400,000
- 1787........................ 11.350.000
- 1813........................ 45.000.000
- 1820..................... 68.768 383
- 1825........................ 73.377.599
- 1836....................... 161.688.853
- 1846....................... 296.000.000
- 1856....................... 460.000.000
- 1859..................... 555.373.049
- Les quantités introduites chez nous durant la même période étaient les suivantes :
- kilos.
- 1700........................... 250.000
- 1770......................... 1.600.000
- 1787....................... 4.466.000
- 1813......................... 8.000.000
- 1820..................... 20.000.000
- 1825........................ 27.000.000
- 1836........................ 34.000.000
- 1846........................ 48.500.000
- 1856...................... 86.000.000
- 1859...................... 91.337.453
- Ce qui démontre que, malgré un accroissement considérable et significatif, nous étions déjà, à ce moment, notoirement dépassés par l’Angleterre.
- Ceci nous amène à parler de notre pays et à y étudier le développement de l’industrie cotonnière proprement dite depuis son origine. En 1775, la France faisait venir en grande partie ses fils de l’Angleterre, et malgré divers essais, ne produisait encore que des fils à la main. Le tissage manuel prospérait quelque peu : la Normandie fabriquait des cotonnades aux couleurs vives et éclantes, dont les métiers disséminés autour de Rouen donnaient naissance à la rouennerie\ l’Alsace fabriquait des indiennes, la Somme des velours de coton. Le 18 mai 1784, un arrêté du Conseil d’État autorisa Martin, fabricant de velours de coton à Amiens, à établir à l’Epine, près Arpajon (Seine-et-Oise), sur la rivière de la Juine, la première filature de coton française : l’autorisation donnée à cet industriel à titre de « premier importateur des machines à filer le colon inventées en Angleterre » lui conféra un privilège exclusif de douze années pour la construction et l’emploi de ces appareils. Malgré cela cependant, nous voyons le gouvernement, en 1785, accorder à un sieur Miln, mécanicien, qui s’était fait connaître par
- Supplément a l’Industrie textile du 10 Décembre.
- 14« Fasciculé.
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- LES INDUSTRIES TEXTILES
- la construction de plusieurs machines destinées à la | fdaturede coton, une somme de 60,000 livres comme prime d’encouragement, un local, un traitement annuel de 6,000 livres, et une prime de 1,200 livres par chaque assortiment de machines qu’il justifierait avoir fourni aux manufactures : ces libéralités furent faites, à la charge par le sieur Miln :
- 1° de déposer au cabinet des machines du Gouvernement un assortiment complet de ses mécaniques à filature continue;
- 2° de diriger personnellement et de tenir en activité un atelier pour la construction desdites machines.
- Les modèles de ces machines se voient actuellement au Conservatoire des arts et métiers de Paris. Plusieurs filatures furent montées à cette époque par Miln, entre autres celles de Decrétot et C10, à Lou-viers, et Royer-Fonfrède, à Toulouse. Les établissements de ce genre ne furent évidemment pas nombreux, à en juger par les importations de coton brut en France que nous avons relevées tout à l’heure.
- Les métiers à filer construits jusque-là en Fiance étaient des continus. En 1789, des négociants d’Amiens, Morghan et Massey, firent construire les premiers une mule-jenny de 280 broches; sur la demande du Bureau d’encouragement de la ville, le Ministre de l’Intérieur leur accorda, en 1791, une somme de 12,000 livres à titre d’indemnité des frais que leur avait occasionnés la construction de cette machine. La même année, au mois d’avril, le Gouvernement français accordait une gratification de 6,000 livres à un sieur Philémon Pikford, mécanicien à Versailles, pour la construction faite par lui aux frais du Trésor public d’une mule-jenny de 80 broches. Petit à petit, la filature de coton s’introduisit chez nous au fur et à mesure des perfectionnements dont elle était l’objet en Angleterre.
- Le tissage prit une extension plus rapide. En 1802, la fabrication des tissus de coton était alors si peu sérieuse qu’à l’Exposition de cette même année, une seule pièce de mousseline fut présentée au jury, qui douta qu’elle fût de fabrication nationale. Ce fut Saint-Quentin qui la première embrassa avec activité la fabrication des articles en coton; jusque-là, cette ville ne s’était occupée que de la fabrication des linons et des batistes; mais à la suite des changements qui s’opérèrent dans le goût des consommateurs, et pour éviter une crise qui commençait à devenir intense, elle employa ses tisserands à la fabrication des tissus de coton : les premières étoffes qu’elle fabriqua
- furent des basins ; elle fit ensuite des calicots pour l’impression, puis des percales et des mousselines unies et à dessins. De 1805 à 1818, sous l’heureuse influence que provoqua ce changement, lapopulatiou de cette ville augmenta d’un quart. Tarare se transforma aussi à la même époque : elle fabriquait jusque-là des stoffs de coton de qualité commune et des siamoises ; puis, à mesure qu’elle connût mieux les moyens de fabrication, elle aborda la mousseline et les étoffes façonnées les plus délicates. A l’Exposition de 1806, les fabriques de Saint-Quentin et de Tarare obtinrent les plus hautes distinctions : une médaille d’or, entre autres, fut attribuée aux mousselines de la maison Matagrin aîné et Clc, de Tarare, et une autre aux calicots et percales de la maison Pluvinage et Arpin, de Saint-Quentin. A cette même Exposition, la maison Delattre et Noël, qui avait succédé à Martin dans la direction de la filature hydraulique de Lépine, près Arpajon, dont nous avons parlé plus haut et qui, à l’Exposition de l’an IX, avait obtenu une médaille d’or, se vit l’objet, en 1806, d’un rappel flatteur grâce à l’exhibition de fils de coton en n° 60 (par 8/i0 mètres à l’écheveau). On pouvait donc affirmer qu’à cette époque le tissage comme la filature avaient fait d’immenses progrès.
- De 1806 à lSlâ, la prospérité fut grande, mais les progrès dans la fabrication furent plus lents. C’était l’époque du blocus continental et des guerres de l’Empire ; nos manufacturiers travaillaient avec assez d’activité, mais dans l’impossibilité où ils se trouvaient d’étudier les procédés dont leurs concurrents faisaient usage, ils arrivaient difficilement à perfectionner leur matériel. A la suite du décret du 22 février 1806 qui prononça la prohibition absolue de tous les tissus étrangers, la France s’était couverte de manufactures, et elle trouvait chez ses alliés des débouchés certains pour ses produits qui ne valaient pourtant pas ceux de l’Angleterre.
- Mais bientôt arrivèrent les désastres de 181A : l’invasion étrangère amena avec elle les étoffes de l’Angleterre, et, au même moment, le droit énorme dont le gouvernement impérial avait frappé à l’entrée chaque kilogramme de coton en rame fut brusquement levé par le comte d’Artois, lieutenant général du royaume. A la suite de ces diverses circonstances, les cotons manufacturés baissèrent dans des proportions foudroyantes; ce fut un nouvel élan donné à la prospérité des fabriques anglaises ; ce fut par contre la ruine et la fermeture de nos ateliers nationaux. L’un des plus célèbres manufacturiers de l’époque,
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- Richard Lenoir, qui possédait sept filatures et occupait 11,000 ouvriers ne put résister à cette tempête : il nous paraît utile de rappeler ici dans quelles circonstances il succomba.
- En 1795, Lenoir-Dufresne et François Richard s’étaient associés pour reprendre un magasin de draperies dirigé à Alençon par Lenoir père. Les bénéfices qu’ils réalisèrent leur donnèrent l’idée de monter à Paris, rue de Thorigny, une filature de coton à l’aide des métiers mule-jennys alors employés par l’Angleterre seule — et, à Alençon, — une fabrique de basins et de piqués pour faire concurrence aux articles britanniques importés sur le continent. Un anglais nommé Browne, expert dans les arts textiles, leur vint en aide sous condition de devenir leur associé. C’était, à cette époque, une entreprise hardie qui pouvait devenir féconde; en 1797, la filature de Paris était installée, en 1798, les deux associés y annexaient le premier tissage de basins qui fût construit en France, et en 1799, ils édifiaient à Alençon une manufacture nouvelle de tissus de coton. L’association de ces deux hommes, véritable alliance de capacités diverses, produisit des résultats remarquables. Richard était l’homme des conceptions hardies, Lenoir avait pour lui la sagesse et la circonspection que donne une longue habitude du négoce ; tous deux avaient par-dessus tout ce génie du commerce qui fait éclore les bonnes spéculations, féconde et fait réussir les moyens employés. Bientôt la direction des établissements de Paris et d’Alençon ne put suffire à l’activité de Lenoir et de Richard. En 1801, Lenoir fonda à Seez (Orne), une manufacture dans l'établissement des anciens Béné-dictinsde Saint-Martin dont il avait faiit l’acquisition; en 1803, il créa une fabrique similaire dans l’ancienne abbaye d’Aunay (Calvados); puis l’année suivante, à Paris, il en édifia une autre rue de Cha-ronne, avec l’aide d’un Anglais du nom de Pauwels. Lenoir-Dufresne s’attacha alors à perfectionner les métiers qu’il employait : on lui dut de nombreuses inventions qui augmentèrent d’une façon considérable la production de ses usines et contribuèrent puissamment à la bonne facture des fils et tissus qu’il fabriquait. Il mourut emporté par une fièvre violente en 1806; mais, à son lit de mort, il demanda à son associé Richard de ne jamais séparer leurs deux noms.
- En 1807, sur les instances du Préfet du Calvados, Richard monta une autre filature à Caen, dans un ancien couvent d’Ursulines, puis une nouvelle à
- Laigle. Ayant besoin, pour l’alimentation de ses différentes manufactures, de grandes quantités de coton brut, il voulut lui-même cultiver cette matière textile et s’adressa pour cela au sol généreux de l’Italie. Ses cultures de Castellamare réussirent parfaitement et, jusqu’en 1810, elles suffirent amplement à la production de ses fils et tissus. A cette époque, Napoléon, voulant favoriser la culture du coton dans le midi de la France, taxa de droits prohibitifs la matière à son entrée chez nous. Il devint impossible à Richard-Lenoir de faire manœuvrer ses filatures, ainsi qu’une fabrique d’impression qu’il venait de monter à Chantilly ; il exposa sa situation à l’empereur : celui-ci se contenta de lui allouer 1,500,000 francs à titre d’indemnité.
- Si le grand manufacturier eût consulté ses véritables intérêts, le moment était venu pour lui de quitter les affaires; il possédait alors 8 millions, sa maison roulait sur 14 millions, et en sacrifiant pour la liquidation deux à trois millions, il eût pu se retirer avec une belle fortune. 11 ne suivit pas les avis qui lui furent alors donnés, ne voulant pas laisser sans travail et dans la misère les ouvriers qui l’avaient aidé.
- La réunion de la Hollande à la France porta un nouveau coup à son industrie, car les Anglais purent jeter sur le marché français, par une frontière moins surveillée, des quantités importantes de leurs tissus de coton. On était en 1812. Convaincu que ses établissements cotonniers le ruinaient à cause du prix de la matière première, il voulut utiliser ses mule-jennys à la filature de la laine : il avait commencé de grandes dépenses à cette occasion, lorsque arrivèrent les événements de 1813. Napoléon le nomma chef de la 8e légion de la garde nationale, sachant qu’il trouverait dans cet industriel, qu’il avait aidé dans des moments difficiles, un dévouement absolu à sa cause, et dans ses soldats, qui étaient tous ses ouvriers, un attachement sans borne à leur chef. Richard prodigua son activité et sa fortune pour améliorer l’état de sa légion: il contribua puissamment, en 1S1A, à la défense de Paris. L’invasion étrangère et la suppression, sans indemnité pour les détenteurs, des droits que l’Empire avait mis sur les cotons, le ruinèrent absolument, comme nous le disions tout à l’heure. Lors de la seconde rentrée des Bourbons en 1815, il fut inscrit sur la liste de proscription pour avoir essayé de défendre les idées napoléonniennes à la tête des fédérés du faubourg Saint-Antoine; mais il en appela à l’empereur de
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- Russie et obtint immédiatement sa grâce. Resté en France, oublié et méconnu, il vendit une aune ses propriétés et ferma ses usines; il ne mourut que quelques années après, réduit à une pension que lui faisait son gendre.
- Les diverses Expositions nationales qui eurent lieu en France à partir de 4815 dénotèrent de notables améliorations dans la fabrication de nos fils et tissus.
- A l’Exposition de 1819, on vit pour la première fois des échantillons de fils de coton du n° 200 : bien évidemment, des produits aussi fins n’étaient pas de fabrication courante à cette époque ; mais, dans son rapport au Ministre de l’Intérieur, le jury central constata que, pour les numéros ordinaires, jusque 80 et môme 100, la filature française était capable de satisfaire les fabricants de tissus les plus exigeants.
- A l’Exposition de 1823, MM. Samuel Jolly et fils, de Saint-Quentin, exposèrent toute une série des n0s 213 à 291 : ce fait parut une révolution : on leur accorda une médaille d’or. A la même exposition la maison Vve Defrenne et fils, de Roubaix, envoya des filés n0s 170 à 225 ; — la maison Fremaux, de Lille, des n0s 100 à 200; — la maison Auguste Mille, de la même ville, des nos 170 à 258.
- Tout aussi importants étaient, dans ces Expositions, les progrès accomplis dans la fabrication des tissus. A celle de 1819, des médailles d’or avaient été accordées, pour ses piqués et ses basins, à la maison Édouard Sévennes, de Rouen, et pour leurstissus légers aux maisons Matagrin, — Ghatonay, Leutner et Cie, de Tarare, — et Frédéric Arpin, de Saint-Quentin. A celle de 1823, le rapport du jury fait remarquer que la fabrication de la mousseline peut être considérée comme un art complet susceptible d’être rangé dans le système général de notre industrie, sur la même ligne que les arts pratiqués dans notre pays depuis fort longtemps; et cette appréciation est alors consacrée par l’attribution de médailles d’or aux maisons Glaize et Cie, — Cbatonay, Leutner et Cie, de Tarare, pour leurs mouchoirs unis et brodés; à la même exposition, une maison de Saint-Quentin, \ve Ferdinand Ladrière, avait obtenu une médaille d’or pour ses percales blanches et écrues, et la maison Pelletier une médaille d’argent pour une collection de linge de table damassé en lin et coton qu’on fabriqua alors pour la première fois.
- En 1830, l’emploi de la machine à vapeur com-
- mença seulement à se généraliser et fut appelé à remplacer, partout où il n’y avait pas de moteur hydraulique, la force des chevaux que l’on attelait à un manège pour faire mouvoir les machines de préparation dans les filatures, et la force de l’homme, qui mettait seule alors en mouvement les mule-jennys. Lors de l’enquête de 183/i, on comptait 5,000 métiers de tissage mécanique en activité, soit, dans la région cotonnière de l’est qui avait pour centre Mulhouse et comprenait les départements du Haut-Rhin, du Ras-Rhin, des Vosges, de la Meurthe, de la Haute-Saône et du Doubs, soit à Saint-Quentin et autres lieux.
- A l’Exposition de 18/iZi, on constata un progrès sensible dans la construction du matériel alors employé. Nous lisons à ce propos, dans le Rapport du Jury, que—« les 58 millions de kilogrammes de coton qui se filent alors avec 3,600,000 broches en eussent nécessité h,500.000 dix ans plus tôt », — et les produits eussent été moins parfaits, moins réguliers et plus chers.
- Si nous passons de là à l’Exposition universelle de 1851, à Londres, nous voyons, comme preuve des progrès toujours ascendants de la filature, des fils de coton amenés à une longueur de 600 kilomètres par 500 grammes. Parmi les filateurs qui avaient exposé ces produits, deux étaient Anglais et un Français; l’un des Anglais, pour démontrer la bonne application de ces fils, en avait fait de la mousseline ; le Français les avait transformés en tulle à la mécanique. La France n’avait donc rien alors à envier à l’Angleterre sous le rapport des connaissances industrielles.
- L’Exposition française de 1855 fut le triomphe du métier self-acting, qui n’avait alors, il est vrai, que 500 broches au maximum, mais dont l’emploi se généralisait, et servit à mettre en relief la peigneuse Heilmann construite par MM. N. Schlumberger etCi0; on sait que cette machine obtint, quelques années après, à la Société d’Encouragement, le prix de 12,000 francs fondé par le marquis d’Argenteuil et attribué aux auteurs de la découverte la plus importante pour l’industrie française. — « Les plus beaux cotons de la Géorgie et d’Égypte, est-il dit dans le Rapport qui fut écrit à cette occasion, ne pouvaient être triés, épluchés et battus qu’à la main; ces opérations insalubres réservées aux ouvrières étaient une
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- protestation contre l’art mécanique et un reproche bien plus grave à l’humanité ; ce sera pour Heilmann un éternel honneur d’avoir simultanément affranchi les femmes d’un travail pénible, et d’avoir substitué au cardage et à ses préparations incomplètes un peignage si parfait qu’il imprime au coton une pureté, une netteté, un brillant et, en un mot, un caractère nouveau. »
- L’Exposition de 1867 vit réunie la plus belle collection de self-acting qu’on eût encore vue jusque-là. Les perlôctionnements qu’avaient apportés les constructeurs exposants, comme la maison anglaise Parr-Gurtis et C'°, et la maison française N. Schhimberger et Cie, étaient nombreux. On se plaignait jusque-là du bruit intolérable causé par les transmissions, tout était dorénavant agencé de façon que ce bruit fût sensiblement atténué, bien que le nombre des broches eût été notablement augmenté ; les changements brusques de vitesse et de direction dans le mouvement des commandes étaient devenus moins sensibles ; les cordes destinées à guider le chariot étaient établies de façon à ne pas s’échauffer et glisser comme par le passé ; la têtière, sur laquelle se rencontrent tous les organes essentiels, était, pour la première fois, fondue en une seule pièce afin de posséder plus de stabilité et d’offrir une résistance suffisante aux ébranlements inévitables occasionnés par une succession d’efforts en sens contraire; des dispositions bien prises dans la construction du chariot empêchaient les oscillations qui se produisaient auparavant aux points de départ et d’arrivée, au grand préjudice de la régularité du filage; enfin, des combinaisons simples de réglage permirent, à l’avenir, de travailler sur le même métier les fibres courtes et les fibres longues, de produire les numéros les plus élevés et les titres les plus bas.
- Les perfectionnements aux machines de préparation apparurent plutôt en 1878 ; M. Imbs, en France, produisit pour la première lois sa peigneuse pour filaments courts pour le travail desquels les systèmes Heilmann et Hubner étaient totalement impropres ; et MM. Dobson et Barlow, pour l’Angleterre, exhibèrent un modèle Heilmann sensiblement perfectionné ; MM. Plantrou et Delamare, de Rouen, firent manœuvrer pour la première fois leur carde dans une Exposition. Quelques innovations pouvaient être signalées aux self-acting de la maison Platt, d’OI-dharn, ayant toutes pour but de dépointer et de renvider avec le plus de précision possible, de ne
- dégager la baguette qu’au dernier moment, d’enrouler le fil sur la broche pendant' le relèvement de la baguette et de ne laisser que le minimum du fil abandonné pour éviter la vrille.
- Nous indiquerons plus loin, lorsque nous nous occuperons des machines, quels perfectionnements nous avons à signaler à l’Exposition actuelle pour les machines relatives au filage du coton.
- Actuellement, il est facile d’établir la statistique des broches et des métiers à tisser de l’industrie cotonnière : le relevé, quoique toujours fort tardif, en est fait d’année en année depuis 1873 dans les Annuaires Statistiques publiés officiellement au nom du Ministre du Commerce. Le dépouillement des divers volumes publiés jusqu’à ce jour nous a donné pour la France entière les nombres totaux de broches que voici :
- PROPORTION pour 100 des broclicx
- ASHÉES. ACTIVES. 1S ACTIVES. TOTAUX. inactives.
- 1873.... 4.610.966 305.809 4.916.775 6,2
- 1874.... 4.664.323 276.772 4.941.095 5,6
- 1875.... 4.644.167 278.308 4.922.475 5,7
- 1876.... 4.653.469 221.845 4.875.324 4,5
- 1877.... 4.383.140 225.880 4.609.020 4,9
- 1878.... 4.552.392 281.731 4.834.126 5,8
- 1879.... 4.529.427 348.877 4.878.304 7,2
- 1880.... 4.608.592 334.194 4.942.786 6,7
- 1881 .... 4.633.898 202.655 4.836.553 4,2
- 1882 ... 4.716.897 210.727 4.927.624 4,3
- 1883.... 4.826.768 185.197 5.011.965 3,7
- 1884. . .. 4.883.882 226.970 5.110.852 4,4
- Durant la même période, les nombres des métier tissant le coton ont été les suivants :
- ANNÉES. ACTIFS. NACTIFS. TOTAUX.
- 1873 55.111 7.426 62.537
- 1874. ... 47.389 6.234 53.623
- 1875 50.236 6.210 56.446
- 1876 50.028 1.156 51.184
- 1877 56.907 2.502 59.409
- 1878 57.828 4.322 62.150
- 1879. ... 58.836 4.512 63.348
- 1880.... 61.975 3.952 65.927
- 1881.. .. 69.506 4.084 73.590
- 1882 .. 71.997 2.968 74.965
- 1883 73.665 2.624 76.289
- 1884 .... 71.978 2.156 74.134
- Quant à la consommation générale du coton brut, elle a un peu diminué, comme on peut le voir par les importations comparatives de ce textile brut en France dans les quelques années qui ont précédé la dernière Exposition universelle, et dans celles qui ont
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- précédé celle-ci. Avant 4878, ces importations ont été :
- PROVENANCE. 1876. 1877. 1878.
- kilos. kilos. kilos.
- D’Angleterre.. 7.791.835 5.369.138 2.568.585
- De Belgique... 1.296.590 661.818 731.878
- D’Italie 11.326 108.ll/i 82.05/1
- De Turquie. .. 3.662.92/1 2.802.7/|9 1.902.990
- D’Égypte 12. Zi/i7 • 263 9.421.713 8.Zi70.58Zi
- Des Indes angl. 26.722.53/1 31.705.513 18.952.97/1
- Des États-Unis. 102.388.8/i3 81.450.372 99.097.369
- Du Brésil 600.567 380.263 305.038
- Autres pays... 2.937.381 2.2/i5.217 1.916.439
- 157.859.263 13/i. IM. 897 13/1.027.911
- Dans les trois années qui ont précédé 1889, les importations de coton brut ont été les suivantes :
- PROVENANCE. 1886. 1887. 1888.
- kilos. kilos. kilos.
- D’Angleterre.. 3.068.Zi58 4.981.129 5.637.679
- De Turquie... 1.987.739 2.209.157 686.581
- D Égypte 8.33/1.938 9.668.536 10.459.270
- Des Indes angl. 27 812.958 29.550.120 14.114.841
- Des États-Unis. 90.785.769 101.294 319 83.134.984
- Autres pays... 4.700.730 7.250.066 7.674.467
- 136.690.592 154.953.327 121.707.822
- Ces cotons sont surtout consommés en France
- par trois régions différentes : la Normandie, le Nord et l’Est.
- 1° Dans la Normandie, le seul département de la Seine-Inférieure comprend à lui seul, d’après la statistique de 188A, 1,600,000 broches; celui de l’Eure, qui vient ensuite, a Zi06,220 broches. Le groupe dont Rouen est le centre est le plus ancien de France, et il est le premier par le nombre d’établissements en activité, celui des broches employées et le chiffre de consommation du coton brut : en général ses filatures produisent les numéros les plus bas. Dans le Calvados, on compte 111,670 broches dont la plupart appartiennent à des établissements de Condé-sur-Noireau. Dans l’Orne, la filature est représentée dans l’arrondissement de Domfront (la Ferté-Macé, etc.), par 107,l/i2 broches; Fiers est le plus fort marché de coton filé de ce département.
- 2° Dans la région du Nord, nous citerons avant tout le département du Nord, où l’on trouve 1,372,079 broches concentrées à Lille ou dans ses environs (Roubaix, etc.). La filature des cotons fins, dont cette ville s’était fait une spécialité, a passé,
- dans ces dernières années, à une moyenne de numéros plus gros. Dans le Pas-de-Calais se trouvent encore quelques filatures importantes réunissant 85,072 broches. La Somme, qui comptait plus de 100,000 broches il n’y a que quelques années, n’en possède plus aujourd’hui que 40,000 ; les tissages de velours d’Amiens s’alimentent à Roubaix, Auchy et Rouen. Dans l’Aisne, la plupart des broches (63,967), se trouvent dans le district environnant Saint-Quentin et alimentent les fabriques de broderies, gazes et rideaux du pays.
- 3° L’industrie de YEst faisait autrefois un tout complet avec l’Alsace : elle réunissait tontes les opérations qui préparent, filent, tissent, blanchissent, teignent et impriment le coton de manière à le rendre propre à la consommation; la perte de l’Alsace n’ a détruit que momentanément cet ensemble, mais nous avons perdu 1,600,000 broches en filature de coton. Le territoire de Relfort renferme maintenant 60,950 broches; — la Meurthe-et-Moselle, 73,248;— et les Vosges 460,432; la plupart des filatures de la région des Vosges filent la trame, l’importation étant de plus en plus difficile par suite des déchets notables que les transports peuvent faire subir à ces fils, et elles en alimentent les tissages du département; mais elles importent la chaîne de Suisse et principalement de l’Angleterre, qui fournit à elle seule près de la moitié de la consommation des fabriques.
- En dehors de ces trois régions de groupement, on trouve encore des filatures de coton dans un certain nombre de nos départements. C’est ainsi que dans Y Aube la filature est largement représentée à Troyes, qui fait des genres spéciaux recherchés par la bonneterie, principalement en coton teint en laine (c’est-à-dire à l’état brut) et filé ensuite; ce département compte 69,115 broches. Le département de la Haute-Saône, qui renferme 84,312 broches, ne fait pas non plus partie d’un groupe déterminé.
- Quant aux métiers à tisser, ils se trouvent réunis en plus grand nombre dans les Vosges (18,503), et dans la Seine-Inférieure (13,500); puis, par ordre d’importance : sur le territoire de Belfort (4,325); — la Loire (A,250) ; — l’Eure (3,601); — le Nord (2,812); —l’Orne (2,800); — la Haute-Saône (2,308); — l’Aube (2,262); — et l’Aisne (1,941). On peut diviser les régions qui fabriquent les tissus de coton en quatre parties bien distinctes :
- 1° Celles où se font les articles légers (mousselines, broderies, jaconas, gazes, tarlatanes, etc.)}
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- A L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1889.
- 111
- représentés par les villes de Tarare, Saint-Quentin, Roanne, Thizy, etc. ;
- 5° Celles où se font les articles serrés ou unis (calicots, percales, cretonnes de coton, coutils, croisés, satins, longottes, damas, piqués, basins, mouchoirs, etc.), représentés parles centres de Rouen, Villefranche-sur-Saône, Évreux, Condé-sur-Noireau, Flers-sur-Orne, la Ferté-Macé, etc;
- 3° Celles où se font les articles imprimés, représentés presque exclusivement aujourd’hui par Rouen et la Normandie ;
- 4° Enfin, celles réservées aux articles spéciaux comme les velours de coton (Amiens), les couvertures (Lannoy, Cours, etc.), les ouates (Paris, Bordeaux), etc.
- Nous allons passer en revue les exposants des diverses régions spéciales que nous venons de mentionner pour l’industrie cotonnière en général; mais, afin que nos lecteurs puissent bien se rendre compte de la situation des échanges en ces articles à l’époque de la dernière exposition comparativement à celle actuelle, nous allons dresser quatre tableaux établissant la situation exacte des importations et des exportations en fils et tissus de coton durant les trois années qui ont précédé 1878 et pendant les trois années antérieures à 1889. Voir les tableaux payes 112, 113, 11 h et 115.
- FILATEURS DE COTON DE LA REGION NORMANDE.
- Nous classons dans la catégorie des filateurs non seulement ceux qui filent la matière brute pour vendre leurs produits aux fabricants de tissus, mais encore tous ceux qui possèdent une filature alimentant leur tissage et qui ont exposé des fils dans leur vitrine comme spécimen de leur fabrication : mais bien entendu, nous revenons plus loin à ces derniers en étudiant les étoffes proprement dites. Pour chacun des exposants, nous indiquons les divers genres mis en vedette au Champ de Mars, de façon que nos lecteurs puissent bien se rendre compte des articles fabriqués dans chaque région; de plus, quand cela nous est possible, pour bien faire connaître le genre d’importance des établissements de nos divers centres, nous indiquerons la date de fondation des maisons exposantes, la quotité de leur outillage, le nombre des ouvriers employés, ou l’une ou l’autre de ces données.
- Les filateurs qui appartiennent à la région normande proprement dite sont ici au nombre de dix. Ce sont, par ordre alphabétique : MM. Casimir Berger et Cie, de Rouen ; — Desgenétais frères, de Bolbec (Seine-Inférieure) ; — Fauquet-Lemaître, de la même ville; — Albert Manchon, Lemaître et Cie, également de Bolbec; — la Société anonyme d’Oissel-sur-Seine (Seine-Inférieure) ; — Nicolas Lecomte, de Romilly-sur-Andelle (Eure) ; — Saint frères, de Rouen ; — la Société anonyme des filatures et tissages Pouyer-Quertier, du Petit-Quevilly-lez-Rouen; — la Société cotonnière de Saint-Étienne de Rouvray, (Seine-Inférieure); — enfin, nous rattacherons à la même région MM. Waddington frères, de Saint-Remy-sur-Avre (Eure-et-Loir).
- MM. Casimir Berger et Cicont, à Rouen, une filature qui comprend 35,000 broches : au centre de leur vitrine figure un ruche d’abeilles faite en coton peigné dont le seul but est de rappeler le nom de La Ruche donné à cet ancien établissement.
- Les numéros qu’ils exposent alentour sont des chaînes simples n08 10 à 3(3, des chaînes double-mèche n0s l/l à 28, des fils pour bonneterie n0s 1 h à 26, et divers cotons teints en laine par le procédé de MM. Leblois, Piseni et Cic, teinturiers à Elbeuf-Saint-Aubin : nous reviendrons ultérieurement sur ce système de teinture qui permet la continuation de filature après blanchiment et teinture des rubans de coton sans feutrage, déchet, ni opération supplémentaire.
- Les établissements de MM. Desgenétais frères, de Bolbec, maison fondée en 1844, comprennent Zi0,000 broches et 910 métiers à tisser, employant ensemble 1,550 ouvriers. L’exposition en fils de ces industriels se compose de chaînes n0s 9 à 20 et de trames nos h à 20.
- MM. Fauquet-Lemaître, de Bolbec, se sont contentés, comme filateurs-fabricants, d’encadrer leurs étoffes de canettes des n0s 9 à 20 et d’une série d’écheveaux écrus et azurés disposés en gamme chromatique.
- MM. Albert Manchon, Lemaître et Cie, de Bolbec, exposent aussi avec leurs tissus des canettes écrues de nos 10 à 30 et diverses bobines de préparations.
- La Société anonyme d’Oissel-sur-Seine, fondée en 1884 au capital de 1,600,000 francs, a repris à cette époque l’ancienne filature fondée en 1861 par MM. 0. Fauquet et CiG; elle possède actuellement 44,000 broches et emploie 400 ouvriers. Elle expose
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- LES INDUSTRIES TEXTILES
- TABLEA.U COMPARATIF DES IMPORTATIONS DE FILS DE COTON EN FRANCE PENDANT LES PERIODES 1876-7S ET 1886-88
- ' ANNÉES ANNÉES
- DÉSIGNATION. PROVENANCE.
- • 1878. 1877. 1876. 1888. 1887. 1886.
- kil. kil. kil. kil. k'I. kil.
- Fils simples écrus Angleterre.. 1.884.826 1.913.899 2.742.637 1.546.570 1.737.263 2.487.973 I
- — — . Belgique.... 3.910.577 4.269.278 1.144.180 2.645.717 4 441.500 5.588.897 I
- — — .. Allemagne. . 3.904-051 3.737.602 6 263.342 580.992 835.437 1.493.244 I
- - - Suisse 942.226 )) 573.110 1.870.240 1.630.011 1.822.579 |
- ~ Autres pays. 274 685.329 41.906 1.240 2.203 23.007
- Totaux 10.641.954 10.606.108 10.765.175 6.444 759 8.646.413 11.415.700
- Fils simples blanchis 119.994 51.108 K*} /.70 41 535 9Q !y[±] 93 N 7 3
- — teints 172.938 59.975 60 . ZJ / A 50.963 281.919 263.588 316.581
- Totaux 292.932 111.083 104.435 323.454 290.C35 350. 154 I
- Fils retors écrus . Angleterre.. 767.962 598.247 776.246 1.275.818 1.476.582 1.631.462
- — — Belgique.... 93.851 117.006 160.241 46.093 80.543 93.836
- — — Autres pays 75.271 37.145 83.325 54 205 70.182 83.315 |
- — blanchis 118.878 o ce 83 ^19 29 815 41 980 47 092 |
- — teints 93.178 63.598 72.044 150.397 142.341 139.107
- Totaux 1.049.130 893.141 1.175.075 2.906.328 1.811.628 1.994.812 1
- 9 Chaînes ourdies. )) )) 71.958 F. 9 98/. 57 832 79 684
- 1 Mélangés 29 180 25 204
- Déchets de fil de coton )) )) )) 244.594 1.004.106 1.004 417
- )) )) )) 378.736 1.084.118 1.109.305
- RÉSUMÉ
- 1878. 1877. 1876. 1888. 1887. 1886.
- Fils simples de coton 10.934.886 10.717.191 10.869.610 6.768.213 8.936.450 11.765.854
- Fils retors en coton 1.049 130 896.141 1.175.015 2.906.328 1.811.628 1.994.812
- Chaînes ourdies, mélangés, déchets * » )) « 6.378.786 1.084.118 1.109.305
- Total général 11.984.016 11.613.332 12.044.685 10.053.327 11.832 196 14.869.971 j
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- A L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1880. 113
- TABLEAU COMPARATIF DES EXPORTATIONS DES FILS DE COTON DE FRANCE PENDANT LES PERIODES 1876-78 ET 1886-88
- DÉSIGNATION. ANNÉES ANNÉES
- 1878. 1877. 1876. 1888. 1887. 1886.
- Fils de coton simples écrus — blanchis — teints Fils de coton retors écrus — blanchis — teints Mélangés Déchets de fils de coton Totaux kil. 166.799 119.424 55.663 78.548 72.159 78.279 )> 1.110.995 kil., 186.276 50.246 46.749 85.556 161.118 92.971 » 1.044.974 kil. 246.696 35.692 53.866 121.916 125.647 81.995 » 796.029 kil. 250.680 46.521 43.329 122.789 235.764 136.749 263 1.175.805 kil. 123.170 47.148 51.222 115.110 301.641 125.383 • 1.869 1.156.601 kil. 88.512 48.745 38.716 85.722 199.535 117.108 2.422 1.365.392
- 1.681.852 1.677.390 2.461.841 2.011.903 1.942.144 . 1.946.142
- . .
- DIFFÉRENCE ENTRE LES IMPORTATIONS ET LES EXPORTATIONS DE FILS DE COTON PENDANT LES PERIODES 1876-78 ET 1886-88
- DÉSIGNATION. ANNÉES ANNÉES
- 1878. 1877. 1876. 1888. 1887. 1886.
- B Importations kil. 11.984.016 kil. 11.613.332 kil. 10.053.327 kil. 10.053.327 kil. 11.832.196 kil. 14.869.971
- Exportations 1.681.852 1.677.390 2 461.841 2.011.903 1.942.144 1.966.142
- Différence en faveur des importations 10.302.164 9.935.942 9.582.844 8.041.424 9.890.052 12.903.829
- Supplément a l’Industrie textile du 10 Décembre,
- 15* Fascicule.
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- LES INDUSTRIES TEXTILES
- TABLEAU COMPARATIF DES EXPORTATIONS DE TISSUS DE COTON DE FRANCE PENDANT LES PÉRIODES 1876-78 ET 1886-88
- DÉSIGNATION.
- Toiles, percales, calicots et coutils, écrus et blancs.............
- Angleterre..
- Allemagne..,
- Italie.......
- Suisse......
- Brésil......
- Algérie....-. Autres pays
- Totaux
- Les mômes tissus teints.............
- Angleterre.....
- Italie.........
- Suisse.........
- Brésil.........
- Algérie........
- Sénégal........
- Autres pays ...
- Totaux
- Angleterre . Allemagne.. Les mômes tissus J Espagne....
- imprimés....... ) Italie.....
- Algérie..... Autres pays
- Totaux ................
- Mousseliaes écrucs ou blanches.
- Linge de table en pièces...............
- Châles et mouchoirs...................,
- unies........................
- brodées ou brochées pour ameu
- blement, etc...............
- imprimées...................
- Velours coton, façon soie, dits velvêts....
- — autres, cords, etc..............
- Façonnés : piqués, basins, damassés et
- brillantés.........................
- Couvertures..........................
- Broderies à la main ou à la mécanique. Plumetis et gaze façonnés............
- Totaux....................
- Étoffes mélangées.
- Angleterre. . Belgique
- Espagne......
- Italie.......
- Algérie......
- Autres pays.
- Totaux,
- Guinées des Indes .... Autres tissus de coton
- Toiles, percales écrus et blancs
- calicots 1 teints.........
- et coutils ( imprimés.......
- Divers..................... ’ ’ '
- Étoffes mélangées..............’
- Guinées des Indes et autres
- Totaux généraux .. .
- ANNÉES ANNÉES
- 1878. 1877. 1876. 1888. 1887. 1886.
- kil. 89.871 53.678 136.154 65.894 69.038 3.122.434 473.584 kil. 80.799 48.854 161.620 81.552 62.100 3.204.125 487.400 kil. 67.152 61.124 172.018 78.929 93.442 3.191.882 471.141 kil. 163.993 64.539 86.385 170.952 52.157 5.294.655 1.251.529 kil. 165.281 103.958 331.411 150.225 52.585 3.982.518 1.049.972 kil. 154-446 62.570 455.488 79.070 80.966 5.967.588 1.108 580
- 4.011.043 4.126 450 4.135.628 7.084.210 5.835.950 7.928.708
- 108.676 93.716 96.944 94.794 587.114 23.423 788.661 73.006 127.768 100.648 114.787 633.008 20.313 972.403 111.802 174.033 120.184 77.816 543.273 27.605 1.065.832 220.886 83.130 166.535 324101 2.116.662 75.527 2.405.765 209.689 225.358 197.767 232 395 2.021.851 57.471 2.311.268 174.780 149.868 125 616 219.693 2.125.413 46.452 1.728.843
- 1.793.373 2.041.933 2.120.545 5.392.596 5.255.779 4.570.765
- 38.197 22.122 85.851 62.197 309.473 501.013 14.461 30.545 146.829 118.390 544.944 541.411 24.541 76.203 232.924 154.456 679.779 580.363 )) )) )) )) 127.999 1.747.392 )) )) » » 521.857 1.030.325 )) )) )) )) 294.904 973.506
- 1.018.853 1.396 630 1.748.269 1.864.491 1.552.182 1.268.410
- » 33.108 77.731 » 35.650 103.292 » 35.319 151.254 3.709 64.279 146.437 1.821 54.001 150.954 11.958 16.368 114.928
- 39.082 2.145 21.444 78.835 35.667 215 10.956 106.377 21.793 3.189 27.542 76.176 92.905 » 76.761 376 271 140.109 » 85.216 247.435 60.551 » 25.839 106.037
- 93.440 » 346.403 » 34.601 » 432.634 » 24.776 » 301.929 » 75.943 258.060 12.392 709 142.853 365.799 10.977 3.563 46.229 197.720 19.291 4.033
- 672.188 759.392 641.958 1.117.466 1.202.728 602.954
- 68.109 53.995 96.718 74.151 39.933 779 304 90.775 77.624 74.083 65.769 28.508 661.379 99.858 28.097 116.691 72.290 34.359 517.474 136.655 87.490 176.703 40.372 95.161 563.156 109.112 139.434 284.010 253.876 190.026 1.480.319 71.263 107.772 226.891 189.524 201.346 970.307
- 1.112.210 998.138 868.769 1.108.537 2.376.777 1.767.103
- )) 1.930.641 )) 2.055.921 » 1.360.523 400 179.880 » 166.881 )) 141.019
- RÉSUMÉ
- 4.011.043 1.793.373 1.018.853 672.188 1.112.210 1.930.641 4.126 450 2.041.933 1.396 630 759.392 998.138 2.055.921 4 135.688 2.120.545 1.748.269 641.958 868 769 1.360.523 7.094.210 5.392.596 1.864.491 1.117.466 1.108.537 180.280 5.835.950 5.255.779 1.552.182 1.202 728 2.376.777 166.881 7.92,8.708 4-570.765 1.268.410 602.954 1.767.103 141.019
- 10.538.308 11.378.464 10.875.752 16.747.189 16.390.297 16.178.959
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- A L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1889. 115
- TABLEAU COMPARATIF DES IMPORTATIONS DE TISSUS DE COTON EN FRANCE PENDANT LES PÉRIODES 1876-78 ET 1886-88
- DÉSIGNATION. ANNÉES ANNÉES
- 1878. 1877. 1876. 1888. 1887. 1886.
- Toiles, percales, f Angleterre calicots et cou- ) Allemagne tils, écrus et ) Suisse blancs x Autres pays Totaux kil. 1.118.407 1.177.192 » 1.514.064 kil. 1.854.208 1.852.280 » 1.093.222 kil. 3.704.739 1.874.736 » 748.825 kil. 533.421 147.174 431.219 11.664 kil. 642.033 220.061 183.314 111.988 kil. 768.968 201.457 184.790 91.493
- 3.809.863 4.799.710 6.328.100 1.193.482 1.157.396 1.246.708
- Les mêmes tissus $ Allemagne ( Autres pays 463.669 » 756.036 382.058 » 896.182 366.264 » 750.632 150.560 100.903 376.528 191.009 93.147 410.931 205.781 137.001 464.483
- Totaux 1.219.754 1.278.240 1.116.896 627.591 695.087 807.623
- ( Angleterre 1 Les mêmes tissus ) Allemagne imprimés ) Suisse [ Autres pays Totaux Linge de table en pièces Châles et mouchoirs )) )) )) )) )> )) )) )) )) )) )) )) 580.972 769.714 171.431 17.989 590.621 1.028.034 149.684 33.176 739.640 999.414 119.298 37.563
- 4.978.526 4.388.583 4.519.452 1.540.106 1.801.515 1.895.915
- » 2.896 » 13.864 » 21.316 4.681 618 6.094 1.738 5.987 305
- Mousselines ternes ou Manches ( Suisse., brodées ou brochées pour < amcublemen', etc ( Autres pays Totaux a / façon soie, dits \ Angleterre •S 1 velvets ) Autres pays “ ) Totaux 3.172 10.537 1.176 152 10.805 4.001 1.786 13.114 2.635 13.473 4.498 24.677
- 13.709 1.328 14.806 14.900 16 108 29.175
- 93.413 53.506 78.869 47.157 108.527 21.502 108.595 84-225 128.627 103.833 157.274 94.876
- 146 919 126.026 130.029 192.820 232.460 252.150
- o / autres, cords, ( Angleterre 73 [ moleskines, < Allemagne ^ l etc ( Autres pays Totaux 827.579 464.088 1.905 727.610 483.196 2.278 758.880 717.726 1.044 125.385 297.311 9.878 234.506 329.451 11.750 537.707 387.988 17.608
- 1.*29.592 1.213.084 1.477.650 432.574 575.707 945.253
- Façonnés : piqués, basins, damassés et brillantés Couvertures 16.577 » 20.723 » 249.822 » 300.699 1.059 315.227 1.779 373.349 1.546
- Broderies à la main ^ Suisse ou à la mécanique j> Autres pays Totaux » » » » » » 89.640 13.599 108.246 14.589 120.870 8.845
- )) » » 103.239 122.835 129.315
- Plumctis et gaze façonnés )) o » 1.922 3.238 3.805
- ( Angleterre Étoffes mélangées. < Allemagne ( Autres pays Totaux Guinées des Indes Autres tissus de coton Toiles, percales f écrus et blancs calicots ) teints et coutils ( imprimés .. Divers Etoffes mélangées Guinées et autres tissus de coton Totaux généraux 1.742.720 1.040.835 143.144 1.127.771 662.922 129.454 485.433 524.457 122.604 226.614 22.711 17.411 363.347 71.996 22.212 273.341 211.842 56.648
- 2.926.699 1.920.147 1.132.494 266.736 457.555 541.331
- » 1.683.371 » 1.402.852 )) 1.872.074 )) 28.910 )) 33.750 356 30.207
- RÉS UMÉ
- 3.809.863 1.219.754 4.978.526 1.409.693 2.926.699 1.683 371 4.799.710 1.278.240 4.388.583 1.375.025 1.920.147 1.402.852 6.328.100 1.116.896 4717.452 1.893.623 1.132.494 1.872.074 1.193.482 627.791 1.540.106 1.091.422 266.736 28.910 1.157.396 695.087 1.801.515 1.308.929 475.555 33.753 1.246.708 807.625 1.895.915 1.769.448 541.831 30.563
- 15.827.906 15.164.557 17.060.639 4.748.447 5.454.235 6.292.090
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- LES INDUSTRIES TEXTILES
- une collection de chaînes et trames écrues des nos 1 4 à 30 en Jumel et en Amérique.
- La maison Nicolas Lecomte, de Romilly-sur-An-delle, — établissement qui comprend 12,000 broches et emploie 130 ouvriers, — a envoyé des canettes de cotons peignés et blanchis par le procédé de MM. Le-blois, Piseni et Cie dont nous parlions tout à l’heure : — des cotons peignés écrus en Égypte et en Amérique des n015 10 à A0 ; — quelques paquets types de cotons moulinés et assemblés pour mercerie; — enfin des cotons teints avant filature en rubans de carde par un procédé dû à MM. Lecomte et Chesnais, teinturiers à la même localité, dont nous parlerons en lieu et place.
- MM. Saint frères, de Rouen, ne sont filateurs de coton que depuis quelque années : leur établissement situé à Gamaches, comprend 21,700 broches et occupe 238 ouvriers. Le numéro moyen produit est 15 : ils exposent divers échantillons de cette série pour chaîne et bonneterie. Nous retrouverons les mêmes industriels dans la classe des lins, chanvres et jutes, où ils occupent une situation hors de pair.
- La Société anonyme des filatures et tissages Pouyer-Quertier comprend 80,642 broches et 628 métiers à tisser; ses filatures sont situées au Petit-Que-villy, àPerruel-sur-Andelle et à Vascœuil-sur-Andelle (Eure) ; ses tissages au Petit-Quevilly et à Perruel-sur-Andelle (tissage dit de l’Isle-Dieu). Les établissements du Petit-Quevilly dits La Foudre, sont bien connus : ils tirent leur nom d’une petite filature de coton bâtie sur leur emplacement en 1840, et qui eut alors pour moteur la machine d’un remorqueur hors de service qui avait nom La Foudre. Cette modeste manufacture fut détruite par un incendie; on y bâtit alors une vaste filature de lin transformée plus tard en filature de coton. Cette Société expose une série de paquets, bobines et éche-veaux du n° 12 à 40.
- La Société cotonnière de Saint-Étienne-du-Rou-vray, fondée au capital de 4 millions et possédant actuellement 90,000 broches et 650 métiers à tisser est sans contredit la plus importante manufacture de coton de la région, et même de toute la France. Son exposition se compose d’une série de filés des n09 3/4 à 34.
- Enfin, nous avons cité MM. Waddington fils et Cic, de Saint-Remy-sur-Avre. Cette maison est hors concours, son chef étant membre du jury : elle expose, à côté des tissus, des bobines de fils teints de diverses nuances et des canettes écrues des nos 1 à 28. Elle passe de deux filatures (ancienne filature construite
- en 1792 et filature de l’Isle construite en 1824), réunissant ensemble 40,462 broches à filer et 1,028 à retordre, et deux tissages (tissage de Mocdieu construit en 1834, et de la Pacqueterie en 1853) comprenant 802 mètres.
- FILATEURS DE COTON DE LA REGION DU NORD.
- Dix exposants représentent cette région à l’Exposition; ce sont, par ordre alphabétique : .MM. Th. Bar-rois, de Lille; — Boutry-Droulers, de Lille; —Joly frères, Jourdain et Cie, de Saint-Quentin ; — Mercier et Cie, d’Ourscamp (Oise) ; — Remy-Yon, de Lille ; — A. et E. Rigaut, de Lille; — Sapin fils, de Lille ; — Touron et Cie, de Saint-Quentin; — E. Yoigt et C1C, de Wasquehal (Nord) ; — et Wallaert frères, de Lille.
- La filature et la retorderie de M. Th. Barrois ont été fondées il y a quelques années seulement à la suite de la scission en deux établissements de l’ancienne maison Barrois frères. Cet exposant a réuni dans sa vitrine une jolie variété de fils simples et retors; ces derniers surtout sont des plus divers : cordonnets à coudre desn0S 24 à 80, — pour lisses des nos 45 6 bouts à 200 2 bouts, — pelotes de fil pour crochets ; — câblés à coudre des n09 24 à 80 ; — fils pou1’ couture de gants à la main ; — retors pour bonneterie, ganterie et mousseline des nos 40 à 180, 2 bouts; — fils blanchis pour tulles des nos 100, 2 bouts, à 120, 3 bouts; —cordelières pour divers usages, — s’y trouvent classés dans un ordre intelligent par une main expérimentée. Cette maison a obtenu la médaille d’or en 1878 et la même récompense à Amsterdam en 1883; en 1867, M. Th. Barrois était membre du jury.
- Nous avons mentionné ensuite M. Boutry-Droulers, de Lille, maison qui date de 1819. L’exposition de cet industriel est disposée d’une façon ravissante : au centre, une jolie colonne de bobines munie de fils à couleurs variées ; sur les côtés, des figurines de cire manœuvrant dans des canots exécutés en pelotes et canettes et rappelant la principale marque de la maison Fil au Bébé. Sur le devant, une pelote de coton à coudre de 3 kilogrammes et de 100 kilomètres de longueur ; enfin, çà et là, des pelotes à coudre aux différentes marques de cette fabrique : à la Pioche, à la Vis, au Plumeau, à la Fourche, à la Baleine, au Coucou, etc. Cette maison, qui s’est fait une spécialité de fils pour sellerie et chaussures, nous relate, sur une pancarte, d’intéressantes expériences relatives au poids de rupture de ses produits;
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- nous y apprenons que : « le n°40 soulève un'poids de 5 kil. 200; — le n° 60 un poids de 3 kil. 200; — le n° 80 un poids de 2 kil. 500, — et le n° 100 un poids de 1 kil. 500. »
- MM. Joly frères, Jourdain et Cie, de Saint-Quentin, peut-être la plus ancienne maison de France, puisqu’elle fait remonter son origine à 1715, possèdent une filature, une retorderie, un gazagede fils et une retorderie de cotons bruts et filés. Leur filature comprend 13,000 broches des n05 A à 12 en coton teint avant cardage et 17,000 broches en coton peigné 50 à 80 ; leur retorderie est de 6,000 broches. Hors concours par suite de la nomination de l’un des chefs de la maison comme membre du jury, ils exposent une magnifique collection de canettes en fils teints de nuances les plus variées.
- MM. Mercier et Gie, d’Ourscamp (Oise), ont un établissement qui comprend 27,224 broches à filer et 4,652 à retordre, et un tissage de coton de 682 métiers; ce dernier date de 1856, mais la filature a été fondée en 1822 dans les bâtiments de l’ancienne abbaye d’Ourscamp. Les fils exposés sont des nos 15 à 50 en Jumel peigné, 12 à 50 en Louisiane, 4 à 15 en mélange. MM. Mercier et Cie sont des habitués de nos expositions ; ils ont successivement obtenu une médaille de bronze à Paris en 1827, des médailles d’argent en 1839 et 1849, une première médaille à Londres en 1851, et des médailles d’argent aux expositions de 1855, 1867 et 1878.
- L’exposition de M. Remy-Yon, de Lille, figure une construction en pelotes et bobines avec portail et balcon, le tout posé sur des paquets de câblés pour machines à coudre, fils pers pour bonneterie et ganterie, cotons câblés pour lisses et remisses, etc. Cette maison a une succursale à Paris : elle est titulaire de deux médailles obtenues en France aux expositions de 1839 (sous la raison sociale Vantroyen frères), et en 1878. Sur des pelotes exposées dans des boîtes ouvertes, nous notons les principales marques de la maison : à VHercule, à la Bêche, au Père Bonheur, etc.
- MM. A. et E. Rigaut ont une retorderie importante dans le faubourg de Fives, à Lille; ils exposent une série complète de leurs produits ; cotons à broder 3 et 5 fils pour couso-brodeurs Bonnaz, broderies suisses et de Saint-Quentin et articles de Tarare ; — retors et câblés pour étamines ; — filets de pêche et filets d’ameublement ; — câblés pour remisses et lis-sures de 9, 12, 15 et 20 (ils en Louisiane et Géorgie, pour la fabrication Lyon et Saint-Étienne; — la-
- minés couleur pour tissus élastiques simili-soie; — câblés 4 fils pour machines Reimann; — câblés à coudre, 6 fils, pour confection, écrus et couleurs, en bobines et en écheveaux. Cette maison n’a pas de marques qui lui soient propres : elle n’applique sur ses pelotes que celles de ses clients sur leur demande. Elle a obtenu une médaille en 1878.
- M. Sapin fils, de Lille-Canteleu, a envoyé une riche collection des produits de sa fabrication courante : fils simples des nos 12 à 120 en Louisiane, Jumel et Géorgie ; — chaînes et trames pour les articles de Tarare; — retors de toutes nuances pour la bonneterie et la ganterie ; — retors écrus, gazés et blanchis, laminés pour rideaux, guipures et tulles; — chaînes et floches gazées pour la fabrication de Lyon et de Saint-Étienne; — chaînes simples et retorses pour les articles de Roubaix, etc. Cet industriel doit être signalé comme l’un de ceux qui emploient le peu de coton que l’on récolte en Algérie, et ont toujours aidé par leur consommation à la production de ce textile dans notre colonie. Cette maison a obtenu en 1878 une médaille d’argent.
- La maison Touron et Cie, de Saint-Quentin, existe de père en fils depuis 1840, comme commissionnaire en cotons filés jusque 1860, et comme filateurs seulement depuis cette époque. Elle possède deux établissements : à Saint-Quentin et Roupy, formant ensemble 30,000 broches à filer et 4,000 à retordre. Elle expose : 1° en fils — des trames en canettes et bobines nos 4 à 8 de coton de l’Inde, — nos 4 à 24 en Louisiane cardée, — nos 12 à 50 en Jumel blanc peigné, — n0s 16 à 100 en Jumel roux peigné, — et des chaînes bobines n0s 20 à 70 en Jumel roux peigné; — 2° en retors, des 2 et 3 fils des nos10à 50, — des 5 filés écrus et blanchis pour la broderie suisse, des câblés 4 et 6 fils et des lissures 9 et 12 bouts pour harnais, des n0s 24 à 120, — enfin des fils pers écrus et teints ainsi que des jaspés pour la bonneterie fine, des nos 24 à 100.
- MM. Voigt et Gie, de Wasquehal, près Roubaix, ont, dans leur établissement, 41 assortiments comportant 20,000 broches renvideursen mélange coton et laine. Us exposent dans cette section divers spécimens de vigogne pour tissage et bonneterie, le coton dominant dans le mélange.
- Enfin MM.Wallaert frères, à Lille, et qui possèdent plusieurs filatures et retorderies à Lille et à Santés, (Nord), et ont en outre, dans cette dernière commune une fabrique de cartonnages pour pelotes et une blanchisserie de coton, occupent dans la section un
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- LES INDUSTRIES TEXTILES
- pavillon distinct. Leur exposition figure un château-fort, à tourelles fait de paquets de fil et de bobines et pelotes, le tout reposant sur un socle de velours bleu orné de canettes agencées en panoplie. Çà et là nous relevons les principales marques de fils à coudre de cette maison : câblé au Louis d’or, au Poisson, au Myosotis, à la Girouette, à la Charrue, etc. Des boîtes de pelotes ouvertes remplissent les espaces vides, et divers échantillons de cordonnets pour crochets, cotons à repriser et à coudre, etc., s’y trouvent élégamment disposés.
- FILATEüRS DE COTON DE LA REGION DE L’EST.
- Cette région est la plus importante de la classe comme nombre d’exposants : nous en relevons seize. Ce sont, par ordre alphabétique : MM. Alexandre et Schwartz, de Remiremont (Vosges) ; — Anthoni, Moebs et Cie, de la même ville; — Blaudeltz et Millerot, de Raon-Casse (Vosges); — Boigeol frères et Warnod, de Giromagny (territoire de Belfort); — Édouard Bresson, de Monthureux-sur-Saône (Vosges) ; — Dollfus Mieg et Cie, de Belfort; — veuve Claude Géhin, de Saulxures-sur-Moselotte (Vosges) ; — Géliot et fils, de Plainfaing (Vosges); — Isay, Bechmann, Zeller et Cie, de Blamont (Meurthe-et-Moselle) ; — Georges Kœchlin et Cio, de Belfort; — Kahn, Lang et Cie, d’Épinal ; — les fils d’Emmanuel Lang, de Nancy; — Maurice Chagué et Cie, de Cor-nimont (Vosges); — V. Peters, de Nomexy-Châtel (Vosges); — Schlumberger, Steiner et Cie, du Valf d’Ajol (Vosges); — et Vincent, Ponnier et Cie, de Senonnes (Vosges).
- Dans la vitrine de MM. Alexandre et Schwartz, de Remiremont, nous relevons des spécimens de l’article de Lyon blanchi en trames n08 30 et AO, — des demi-chaînes de qualités variées (nos14 à 24),— des trois quarts chaîne nos 28 à 30, — des trames pour bonneterie nos 37 à Al, etc. Ces exposants ont obtenu une médaille d’argent en 1878.
- MM. Anthoni, Moebs et Cic, de la même ville, exposent une série de canettes écrues et teintes représentant les produits de leur filature et de leur teinturerie : quelques tissus de coton fabriqués avec ces fils par MM. Duceux et Lhuillier, de Remiremont, sont épars çà et là dans la vitrine.
- MM. Blaudeltz et Millerot, de Raon-Casse, exposent en coton d’Amérique cardé des nos 16 à Al.
- MM. Boigeol frères et AVarnod, de Giromagny, maison fondée en 1806, dont les établissements comportent 22,000 broches et 1,126 métiers à tisser, ont envoyé des canettes des nos 20 à 50 en Jumel cardé et des nos 12 à Al en Amérique. Us sont titulaires d’une médaille d’or de 1878.
- M. Édouard Bresson, de Monthureux-sur-Saône, fait figurer dans sa vitrine, en coton d’Amérique cardé, des nos 6 à 45.
- La maison Dollfus-Mieg et Cie, de Belfort, l’une des plus connues de France, dont la raison sociale date de 1802, mais dont l’origine remonte à 1746, occupe, au centre de la section, unpavillon octogonal distinct et d’une grande élévation : chacune des faces est remplie jusqu’à la moindre fissure par les innombrables genres de la maison ; l’une d’elles représente un assortiment de 500 couleurs de paquets de fil à coudre; sur les autres nous relevons une variété considérable dé moulinés, câblés, cotons pour bonneterie, pour crochets, pour guipures, fils à pointer, à dentelles, à broder, à tricoter, etc.; la dernière est uniquement formée de pelotes de coton rouge à marquer sur l’ensemble desquelles des pelotes de coton blanc se détachent en figurant les initiales de la maison. Le nombre des broches de filature et de retorderie s’élève, tant à Belfort qu’à Mulhouse, à 75,000; les associés actuels sont MM. Gustave Dollfus, P. Engel-Gros, et Alfred Engel.
- La maison veuve Claude Géhin, de Saulxures-sur-Moselotte, expose des nos 16 à 46 en coton d’Amérique cardé. Elle a obtenu en 1878 une médaille d’argent.
- MM. Géliot et fils, de Plainfaing, dont la filature compte 72,000 broches, ont envoyé des nos 1 à 45 en coton d’Amérique cardé et déchets de coton.
- MM. Isay, Bechmann, Zeller et Cic, de Blamond, Société montée au capital de 1,500,000 francs, et qui possède à Val et Châtillonune filature, un tissage et une teinturerie, exposent une série de chaînes et trames de leur fabrication.
- MM. Georges Kœchlin et Cie, de Belfort, exposent une série des n08 8 à 60 en coton Jumel peigné et cardé.
- MM. Kahn, Lang et Gie, d’Épinal, dont l’établissement des Grands Sables compte 22,000 broches de filature et 800 métiers à lisser, exposent des canettes des nos 10 à 50.
- MM. les fils d’Emmanuel Lang, de Nancy, ont imaginé une pyramide reposant sur coton brut et où l’on peut suivre le dégrossissage de la préparation du coton depuis le banc en gros représenté par des
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- bobines étiquetées n° 0,58, en passant par le banc intermédiaire n° 1,275 et le banc en fin n° 3,9 pour arriver à des canettes de renvideurs (traînes n° 15 à 40/42) et de continu à anneaux (chaînes nos 20 à 30).
- MM. Maurice, Ghagué et Cie, de Cornimont, — maison qui date de 18/17 et possède 21,978 broches et 350 métiers à tisser, — exposent, en coton d’Amérique cardé, les n03 20 et 27/29 chaîne; 2(5, 3(5/38 et 40/42 trame.
- M. V. Peters, de Nomexy-Châtel, maison fondée en 1879 et qui possède 20,028 broches filant habituellement des nos 6 à /iO, a envoyé des chaînes de continus n03 10 à 2/1, des trames de self-acting n03 18 à 26, et une série de retors 2 brins.
- La maison Sohlumberger, Steiner et Cie, du Val-d’Ajol, l’une des plus anciennes de France puisqu'elle date de 1816, et qui possède 15,000 broches, expose en coton d’Amérique cardé les nos 18 à 42.
- Enfin, MM. Vincent, Ponnier et Cie, de Senonnes, — maison fondée en 1810 par la société Marmod et Cie, — dont la filature compte 50,000 broches, et qui possèdent en outre des tissages àMoussey, La Petite-Raon et Movenmoutier (1,009 mètres), ainsi qu’une blanchisserie dans cette dernière localité, ont envoyé une série de canettes des nos 16 à 65. Ces exposants ont été placés hors concours aux expositions de 1855 et 1867 ; ils ont obtenu une médaille d’or en 1878.
- La plupart de ces exposants se sont placés côte à côte, et leur ensemble forme P JExposition collective du Syndicat cotonnier de l’Est pour la section des fils.
- FILATEURS DE COTON DES AUTRES REGIONS.
- Nous pouvons encore faire une classe à part des retordeurs de Paris qui tous ont leur maison de vente exclusivement dans cette ville et dont les manufactures sont éparses sur divers points du territoire, et mentionner en dernier lieu les filateurs proprement dits des autres parties de la France.
- A Paris, nous avons, par ordre alphabétique : MM. Balny; — Gartier-Bresson ; — Charpentier et Remy; — Collette fils et Mouquet; — C. Gresland; Michelez fils aîné et Plessier; — Poiret frères et neveu; — F. Suzor; — et Viarmé, Frings et Ciu; — soit en tout neuf exposants.
- M. G. Balny a sa retorderie à Pantin (Seine); son exposition est agencée dans un pavillon spécial d’un aspect fort agréable : des pelotes formant des dessins
- variés sont diversement éparses sur une haute pyramide couverte en velours bleu ; nous y relevons une grande variété de cotons à coudre, cordonnets, coton à marquer, etc., des nos 30 à 160, aux principales marques de la maison ; à l’Épée, à Joinville, au Vaisseau, au Breton, au Nez, à la Feuille, à la Comète, au Croissant, etc. Cette maison est titulaire d’une mention honorable à l’exposition de 1855, d’une médaille de bronze à celle de 1867 et d’une médaille d’argent à celle de 1878.
- La maison Cartier-Bresson, l’une des plus anciennes de France puisqu’elle date de 1824, a surmonté du buste du fondateur de la maison toute une collection bien arrangée de cotons à coudre, à broder, à marquer, à tricoter, à repriser, cordonnets et cotons pour crochet, etc., à ses différentes marques : à la Croix, à la Lyre, à l’Étoile, à la main, au Dé, au Soleil, au Cœur, etc. Cette maison a des succursales à Marseille et à Bordeaux. Elle a obtenu des médailles d’argent et d’or aux Expositions de Paris, Londres, Vienne, Philadelphie et Anvers.
- MM. Charpentier et Remy, maison fondée en 1860 et dont les ateliers de dévidage et de manutention sont à Fives-Lille, exposent des câblés pour tailleurs, couturières, chemisiers et chaussures, des cotons retors sur busettes pour corsets et casquettes, des câblés spéciaux pour machines Reimann, cotons à bâtir, etc., de sa marque au Triangle. Cette maison a obtenu des médailles de bronze en 1867 et 1878.
- Nous passons ensuite devant la vitrine de MM. Collette fils et Mouquet qui ont envoyé des cotons à crochet des nos 2 à 90 de leurs diverses marques : à la Hache, à l’Ancre, Écossais, etc.
- M. Constantin Gresland, dont la retorderie se trouve à Bondeville-lez-Rouen, s’est fait une spécialité des mèches tressées pour bougies dont il expose les principales combinaisons (2/i, 27, 36, 45, 60, 75, 90, 120 et 150 fils), à côté de chaînes simples en cardé nos 26 et 28. Il a obtenu une médaille d’argent à Paris en 1878, et une médaille d’or à Anvers en 1885.
- MM. Michelez fils aîné et Plessier ont leur retorderie à Lardy (Seine-et-Oise). Sur un exemplaire du rapport du jury de l’Exposition de 1819 ouvert dans la vitrine, nous lisons que « MM. Gombert et Michelez, de Paris sont les premiers qui exposent en France les retors en coton. » Cette maison est donc très ancienne ; son exposition se compose de divers spécimens de cotons à crochet, à remmailler, à marquer, etc., à ses differentes marques : à la Ménagère, à la Marguerite, etc.
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- LES INDUSTRIES TEXTILES
- MM. Poiret frères et neveu ont envoyé des spécimens des fils qui alimentent leur tissage de canevas de Saint-Épin (Oise), produits par leur filature d’Amiens (aux Saintes-Claires), et leur filature, retor-derie et teinturerie de Saint-Germain-en-Laye. Les numéros exposés sont du 20 au AA. Cette maison est titulaire de nombreuses médailles obtenues aux expositions de Paris 1885, Londres 1862, Paris 1867 (argent), Paris 1878 (or), Amsterdam 18S3 (diplôme d’honneur), Anvers 1887 (grand prix), et Barcelone 1888 (or) : nous la retrouverons dans beaucoup d’autres classes du groupe des fils et tissus.
- M. F. Suzor, dont la manufacture se trouve à Paris, rue Lemaignan, s’est fait une spécialité de coton glacé dont il a élégamment disposé en forme de monument mauresque les pelotes et les bobines. Les marques de la maison : au Carreau, au Sifflet, au Cabestan, à la Pensée, etc., sont appliquées sur les diverses spécialités de cotons Pernolet, pour coudre, repriser, broder, marquer, tricoter, etc.
- MM. Viarmô, Frings et Cie ont agencé, dans un pavillon distinct, sous la forme d’un monument de pelotes et bobines représentant la tour Eiffel, leurs cotons et câblés pour machines à coudre provenant de leurs retorderies de la Madeleine-lez-Lille et de Paris rue Vitruve, de leurs marques : au Marteau, au Parisien, à la Plume, à la Clé, au Palmier, etc.
- Enfin, il nous reste à examiner, pour compléter notre visite aux exposants de fils simples ou retors en coton, les vitrines de MM. Baudoin-Risler et Cie, de Saint-Sauveur-les-Luxeuil (Haute-Saône); — Bour-cart fils et Cie, de Montbéliard (Doubs) ; — Gustave Denis, de Fontaine-Daniel (Mayenne); — Méquillet, Noblot et Cie, deHéricourt (Haute-Saône) ; — Manuel frères, de Toulouse; — Paillac, de Thizy, — et la Société anonyme des filatures de Laval, à Laval, (Mayenne), — c’est-à-dire sept exposants.
- MM. Baudoin, Risler et Cie ont placé dans leur vitrine une collection complète de coton à tous les états : brut, battu, cardé, préparé au peignage, peigné (par la peigneuse Hubner-Beaudoin), doublé après peignage, etc.;— puis une série de canettes en numéros moyens 1/A chaînes, 1/2 chaînes, 3/A chaînes, chaînes fortes et trames.
- MM. Bourcart et fils, de Montbéliard, exposent plus loin une série de canettes et d’écheveaux des ncS 12 à 150. Cette maison a obtenu une médaille
- d’argent en 1855 et des médailles d’or en 1867 et 1878.
- Nous relevons ensuite chez M. Gustave Denis, de Fontaine-Daniel, à côté de ses tissus et comme type des produits de sa filature et de sa retorderie, une série de chaîne, trames et câblés retors en numéros moyens.
- Dans la vitrine de MM. Méquillet, Noblot et Cie, de Iléricourt, figurent des trames de continus desn08 2A à 36/38 et diverses canettes de self-acting en numéros variés.
- MM. Manuel frères, de Toulouse, ont joint à leurs articles de bonneterie des types de pelotes de coton pour tricot, blanchies et teintes, provenant de leur filature, retorderie, moulinage et teinturerie de cette ville.
- Au milieu des exposants de tissus de Thizy se trouve un filateur, M. Paillac, qui s’est fait une spécialité des retors avec or ou argent faux à l’usage des confiseurs et en expose toute une variété : filets riants glacés, bourdon ; frisette fantaisie et milanaise; cordonnets, etc.
- Citons enfin, pour clôturer la série des filateurs de coton français, la Société anonyme des filatures de Laval dont le fond de la vitrine est presque entièrement couvert par un vaste écusson en panoplie formé de retors couleur et dont le devant est occupé par quelques chaînes de continus nos 26 à AO et des trames self-acting nüs 8 à 20.
- Tissus de coton de France.
- Nous allons passer maintenant à l’examen des tissus de coton français. Au lieu d’étudier ces étoffes par spécialité de fabrication, nous préférons les passer en revue en les classant dans chacun des rayons industriels où elles sont mises en œuvre; notre exposé y gagnera en clarté et en précision. Nous examinerons donc successivement, par ordre alphabétique, chacune des régions de tissage que voici :
- 1° Amiens;
- 2° Condé-sur-Noireau ;
- 3° Évreux ;
- A0 Flers-de-l’Orne ;
- 5° La Ferté-Macé ;
- 6° La Haute-Saône ;
- 7° La Mayenne ;
- 8° Le Nord;
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- 9° La Normandie;
- 10° Paris ;
- 11° Roanne ;
- 12° Saint-Quentin ;
- 13° Tarare;
- 1 A0 Thizy;
- 15° Troyes;
- 16° Les Vosges.
- FABRICANTS DE TISSUS DE COTON DU RAYON D’AMIENS
- La spécialité de ce rayon est le velours, que nous trouvons exposé par cinq fabricants d’Amiens : MM. Ad. Gocquel et Cie, — Ach. Descat et Cie, — Lavalard et Cie, — Oct. Mouret-Demonchaux, — et Constant Roquebœuf ; — et par un fabricant de l’Oise, M. Mercier, d’Ourscamp.
- La fabrication du velours de coton date à Amiens de 1765 : les promoteurs en furent les sieurs Morgan et Delahaye, dont les ateliers obtinrent, par décret du 3 mai 1766, le titre de Manufacture royale. Ce privilège dura jusqu’à 1772, époque à laquelle des ouvriers commencèrent à travailler pour leur compte dans la ville et les villages des environs. Les premiers velours furent fabriqués avec des cotons filés au rouet; mais en 1773, quelques fabricants se procurèrent le modèle de la jenny, qu’on appelait dans le pays jeannette, ils en firent des métiers de 18 broches d’abord, puis de 36 à AO, et de 100 en 1788 ; et lorsqu’en 1789 on put construire des mule-jennys de 180 broches, on ne se servit plus que du coton filé à la mécanique. La longueur des pièces était alors de 38 mètres environ, et la largeur en écru de A5 centimètres, soit AO centimètres après teinture; le prix du mètre variait de 3 francs à 7 fr. 50. Ce fut seulement en \ 836 qu’un fabricant, Adéodat Lefebvre, fit les premiers velours en grande largeur.
- Jusqu’à 1860, le tissage de ces articles ne se fit qu’à la main : 20,000 à 25,000 ouvriers, ne travaillant généralement qu’une partie de l’année, se livrant le reste du temps aux travaux agricoles, étaient occupés à cette fabrication jusqu’à 30 et AO kilomètres de la ville : on fabriquait alors environ 100,000 pièces de 60 mètres environ par an. Aujourd’hui il n’existe plus un seul métier à la main : les plus forts tissages comportent A00 métiers, le nombre des pièces fabriquées est d’environ
- 130,000 de 60 à 72 mètres, leur largeur est de 80 centimètres en écru, donnant 70 centimètres après teinture. Le total des expéditions annuelles d’Amiens en ce genre de produit dépasse 20 millions de francs.
- Il nous semble utile de dire quelques mots de cette fabrication spéciale et peu connue.
- D’une manière générale, le velours de coton se distingue en velventine proprement dite ou velven-tine croisée, ainsi nommée parce que le fond de soubassement, ou pour mieux dire l’envers, est une croisure, un sergé de 2 et 3 ; et en velventine lisse, encore appelée velours façon soie, dont l’envers est lisse. Le premier genre est utilisé pour les vêtements d’hommes et les tentures d’appartements ; le second pour les costumes de théâtre, les robes, les gaines, les fleurs artificielles et les ornements d’église : ce dernier n’a guère, après teinture, que 55 à 60 centimètres. Depuis longtemps Amiens a la priorité sur l’Angleterre pour les couleurs de fantaisie et les imprimés ; le noir seul n’avait pas jusqu’aujourd’hui la netteté désirable, mais quelques-unes des pièces qui figurent à l’Exposition nous font penser qu’en ce genre nos fabricants français n’ont plus à craindre de concurrence.
- Lorsque les velours se font à côtes, ils sont exclusivement destinés aux vêtements d’hommes, et remplacent en beaucoup de cas la blouse de l’ouvrier: leur prix varie, en 1889, de 1 franc à 3 fr. 75 le mètre et, suivant le dispositif, le nom en varie beaucoup : on distingue le cannelé, le cordelé ordinaire le cordelé quatre fds, la demi-côte, la parisienne, la côte de jonc, la côte câble, etc. ; tous ces types figurent à l’Exposition.
- Tout l’art de la fabrication du velours de coton réside dans l’opération de la coupe. A l’inverse du velours de Lyon, qui se coupe sur le métier, en travers et par le canut, le velours d’Amiens se coupe sur une table horizontale de 1 mètre à lm,20 de long, dans le sens longitudinal, avec un couteau figurant un fleuret plat et flexible par le bout et bien tranchant; cet instrument est enchâssé dans un guide fixe, d’où il ne dépasse que d’une quantité variable, suivant qu’il s’agit de la veloutine, du velours façon soie et du velours à côte; bien entendu, plus la côte est grosse, plus l’extrémité du couteau doit dépasser la rainure du guide pour séparer en deux la côte tracée dans le tissu.
- Depuis quelques années, chose qu’on ne croyait
- Supplément a l’Industrie textile du 10 Décembre.
- 16e Fascicule
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- LES INDUSTRIES TEXTILES
- pas possible auparavant, on est arrivé à couper le velours à la mécanique, mais seulement les côtes, et encore faut-il qu’elles soient très grosses : on ne pense pas pouvoir arriver à couper les velours façon soie, à cause du grand nombre de petites lames, égales à la moitié du nombre des fds de la chaîne qui atteint jusqu’à 1,000.
- Une fois le velours coupé, tout n’est pas encore terminé. Il y a encore le resercissage à l’aide des ciseaux et de l’aiguille des trous faits par le couteau, opération qui, à Amiens, forme une industrie à part et occupe un nombre relativement grand d’ouvrières resercisseuses ; celles-ci bouchent environ /jO trous par jour, et sont payées à raison de 5 centimes le trou d’un maximum de longueur déterminée, — puis la. pièce est reportée écrue chez le teinturier, qui est en même temps apprêteur et qui gratte le velours à l’envers pour lui donner du duvet, faciliter l’entrée de la teinture et de la gomme, et lui conserver de la douceur et de la souplesse. Il existe un très grand nombre de types de machines à gratter; généralement on y passe quatre fois une pièce de 60 à 65 mètres, rarement cinq fois. Les velours à côtes, eux, sont roulés et mouillés mécaniquement par des brosses métalliques, travaillant en travers, afin que la côte ne s’aplatisse pas à la teinture. Vient ensuite le grillage sur plaque de fonte chauffée à blanc, opération des plus délicates, dont le but est de brûler le coton mort afin d’éviter le duvet à l’endroit après la teinture. Enfin la teinture et le lustrage, cette dernière opération n’ayant pour but que de donner l’apparence qui doit faciliter la vente, terminant la série des manipulations.
- La ville d’Amiens n’a pas de filatures ; les manufacturiers s’alimentent à Roubaix, à Auchy et surtout à Rouen.
- En même temps que les fabricants d’Amiens, nous avons signalé comme tissant des velours MM. Mercier et Cic, d’Ourscamp (Oise), qui peuvent être considérés comme appartenant au même rayon. Le tissage de cette maison, qui comprend actuellement 682 métiers, fabrique tous les genres de velours unis et à côtes, variant de poids entre 170 et 610 grammes au mètre; il a été commencé en 1856 avec AO métiers, puis il est passé à 30A en 1862, A82 en 1868, 63A en 1878 et 682 en 1879 ; c’est de beaucoup le plus considérable de France pour cette spécialité. Nous avons signalé, à propos des fils exposés par la filature annexée au tissage, quelles
- ont été les récompenses obtenues par les établissements d’Ourscamp.
- Citons encore, corollairement comme fabricants de velours de coton : — MM. Isay, Bechman, Zeller et Cie, de Blamont (Meurthe-et-Moselle), qui ont transporté dans les Vosges la fabrication des velours façon soie.
- FABRICANTS DE TISSUS DE COTON DU RAYON DE CONDÉ-SUR-NOIREAU
- Deux exposants de cette ville, MM. Jules Germain et Jules Lehugeur, ont envoyé une grande variété de retors rayés bleu grand teint pour tabliers, blouses, gilets, vestes, cottes, châles, jupons et pantalons, des croisés et flanelles de fantaisie pour chemises, des cotonnades armures pour robes, des doublures, carreaux mélangés, en un mot toute la spécialité pour vêtement connue dans le commerce sous le nom d'articles de Condè. — Nous pouvons y rattacher, dans le même département, M. Gustave Bonnel, d’Orbec-en-Auge, dont l’Exposition comprend une collection de rubans dits de Normandie pur fil, fil et coton, ruches, sergés, ceintures, etc.
- FABRICANTS DE TISSUS DE COTON DE LA FERTÉ-MACÉ
- Cette localité n’a pas exposé. On y fabrique encore, en tissage mécanique, des coutils à dessins variés; et en tissage à la main, des genres de fantaisie en fil et coton pour lesquels le métier mécanique est plus avantageux. On compte une quarantaine de fabricants à la main et deux seulement à la mécanique.
- FABRICANTS DE TISSUS DU RAYON DE FLERS
- Trois fabricants de cette ville ont des vitrines qui leur sont propres, ce sont MM. Coulombes frères et Tautin, — L. Halbout et Cic, — et Morcel, Lepetit et Cie. En dehors de ces exposants, les autres fabricants de Flers-sur-Orne se sont réunis en une Exposition collective. Cette exposition comprend : 1° six tisseurs mécaniques : MM. Bobot-Descoutures, Appert et Gi0 ; — Caillebotte et Vve Patry ; — Delente ; — Frémont et Cie; — Hue et Pichard; — Pernelle frères; — 2° vingt-deux tisseurs à la main : MM. A. Angué ; — Aug. Caillebotte; — L. Debia; — A. Du-guey ; — EsLher Duhazé; — Duval Paul ; — Ilébert-Schvvartz; — J. Huard; — P. Lainé; — Em. Le-
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- cornu ; — Aug. Legohérel ; — Frédéric Lemaître ; — Lemaître et Chesnel ; — V. Mary ; — Morel et Hue; — Eug. Morin; — L. Pétin; — Sallê jeune; J. Sénéchal; — A. Tirard; —Ismael Yéniard; — et Chapon-Burde; — 3° un filateur de coton, M. Ilau-ville; — A0 trois teinturiers, MM. Goulombe, Veniard et Virgile Quentin ; — 5° un retordeur, M. Duinuguet; — 6° et un blanchisseur, M. J. Bazin, qui s’est joint à eux pour rehausser aux yeux du public l’importance du rayon industriel de la ville. C’est donc là une exposition relativement importante.
- La fabrication des coutils est d’ailleurs fort ancienne à Fiers ; elle remonte à la seconde moitié du xviiF siècle. En 1770, cette industrie commençait à se répandre ; mais alors on ne fabriquait dans la contrée que des tissus de fil qui comprenaient de grosses serviettes, des coutils blancs pour guêtres, des coutils de couleur jaune obtenus par le lessivage des fils, et quelques pièces de coutils bleu et blanc pour literie que l’on commençait seulement à tisser. Ce dernier genre a été le point de départ de la fabrication spéciale à Fiers : en 1800 on fabriqua des coutils imitant la feuille de fougère; en 181 A, vinrent les retors, les joncs et les lacets. A cette époque, un ouvrier de Richard-Lenoir, qui était venu s’installer dans le pays, remplaça la navette manœuvrée à la main par la navette volante. Six ans plus tard, on substitua la trame en coton à la trame de fil ; puis, en 1822, on fabriqua la première pièce de coutil entièrement en coton. Les premiers fabricants furent de simples ouvriers qui, encouragés par les résultats obtenus, cherchèrent à perfectionner et à étendre leur production ; en 1838, ils joignirent aux articles de literie, lacets, etc., la fabrication des coutils fantaisie pour vêtement, et quand les métiers à la Jacquart firent leur apparition, l’industrie de Fiers prit un véritable essor.
- Il est à remarquer que, dès le début, les fabricants de cette ville avaient adopté des principes et une manière de faire qui avaient assuré le développement et le succès de leur industrie. Us s’occupaient en effet d’articles de première nécessité, tels que coutils pour matelas, pour blouses ou pour pantalons, chemises de travail, etc., qui devaient donner satisfaction aux ménagères et être susceptibles d’un bon et long usage. Une fois certains de l’écoulement de leurs produits, ils ajoutèrent à leur fabrication celle des coutils pour corsets, pour doublures de chaussures, pour stores et ameublements.
- En 1866, un relevé statistique indique 16,000 métiers comme battant à ou pour Fiers. C’est à cette époque que furent édifiés les premiers de ces grands tissages mécaniques qui ont complètement transformé la situation économique de la région : d’un côté, le nombre des métiers mécaniques s’est rapidement accru ; d’un autre côté, le nombre des métiers à la main s’est vu réduit dans une assez grande proportion ; et par suite du déplacement vers l’usine des anciens tisserands à la main, la population de la ville s’est considérablement accrue, passant de 10,000 à 1A,000 habitants, tandis que celle des autres communes du canton s’abaissait, de 15,000 à 13,500.
- Actuellement les expéditions par chemins de fer atteignent annuellement 6 millions de kilogrammes, et le chiffre d’affaires peut être évalué à A0 millions. Les établissements textiles de la ville peuvent être énumérés comme suit :
- Nombre. Métiers. Ouvriers.
- Tissages mécaniques 12 2.670 Zi.800
- — à la main 60 5.000 8.000
- Teintureries en bleu, indigo et couleurs 20 )) 400
- Blanchisseries 9 )) 50
- Apprêts de tissus 6 )) 85
- Filateurs et retordeurs de coton 10 )) 1.000
- Total 117 7.670 14.335
- Depuis 1882, une légère crise est survenue : la production s’est maintenue, s’est développée même, tandis que la vente a baissé. Les manufacturiers du pays, pour réagir contre les difficultés de cette situation, ont créé des industries nouvelles employant les industries delà région : chemiserie, corseterie, etc.; ils ont surtout cherché des débouchés à l’extérieur : sous le nom de Flers-Exjjortation, une Société s’est formée qui s’efforce de créer des rapports avec nos colonies de l’Afrique occidentale et de l’extrême Orient.
- Voici la nomenclature des articles produits par l’industrie de Fiers et dont on rencontre des types dans les diverses vitrines de l’Exposition des fabricants de cette ville; bien entendu, nous adoptons les désignations usuelles du commerce : — coutils trames sèches; — lacets pour pantalons, trois et quatre marches ; — rayures grises fantaisie ; —coutils blanc, gris, mastic, etc., pour corsets;—coutils divers genres pour doublure de chaussures; — carreaux et rayures en coton mouliné, dits oxfords ; — cotonnades de Vichy, différentes largeurs; — cretonnes pour chemises; — croisés pour chemises; — draps
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- de coton ; — flanelles de coton ; — jupons et châles coton Jacquart; — croisés bleus unis; — lacets petites rayures pour blouses, trois ou quatre marches; — doublures pour malles; — joncs pour blouses et chemises; — toiles carreaux pour mate-las; — fort-en-diable, jaspé bleu et blanc; — et croisés carreaux pour matelas.
- Tous ces tissus sont fabriqués avec des cotons blanchis ou teints en écheveaux. On y a ajouté, comme nous l’avons dit, des spécimens de cotons filés écrus, de cotons blanchis et teints par des industriels de la ville.
- FABRICANTS DE TISSUS D’ÉVREUX
- Cette localité ne compte aucun représentant à l’Exposition. La contrée produit des cotons pour vêtements, corsets, ameublement et literie. Le tissage se fait aujourd’hui presque exclusivement à la mécanique ; les produits sont consommés en France pour la plus grande partie, l’exportation en prend à peu près 10 pour 100. L’approvisionnement des filés se fait généralement en Normandie, sauf pour quelques filés fins qui sont achetés dans le Nord ou à l’étranger.
- FABRICANTS DE TISSUS DE COTON DE LA HAUTE-SAÔNE
- Nous avons dans la Haute-Saône quatre exposants : MM. P. Bezançon et Cie, de Breuches ; — Méquillet, Noblot et Cie, de Héricourt ; — Ch. Mieg et Clc, de Luxeuil ; —et Schvvob frères, d’Héricourt.
- M. P. Bezançon et Cic exposent une belle série de satinettes et croisés de coton.
- MM. Méquillet, Noblot et Cie nous montrent toute une collection de calicots, percales, cretonnes, qu’ils désignent sous le nom de toile d’Ilèricourt, croisés, satinettes et brillantés de toute largeur.
- MM. Ch. Mieg et C1C ont, depuis la guerre franco-allemande, transporté à Luxeuil une partie de leur tissage de Mulhouse et nous mettent à même de juger leur bonne fabrication en tissus de coton écrus et blancs ; madapolams, shirtings, cretonnes, etc.
- Enfin. MM. Schwob frères, membres du Jury, se sont spécialisés dans la fabrication des toiles de coton pour l’armée et des tissus rayés pour rideaux et portières. •
- FABRICANTS DE TISSUS DE COTON DE LA MAYENNE
- Deux fabricants de Laval, MM. Baptiste Chauvin et Aug. Loyand; — et une maison d’Avenières, MM. Lecomte et Duchemin père et fils, représentent cette région à l’Exposition.
- Tous exposent les différents genres de coutils unis et façonnés pour vêtements d’homme qui forment ce qu’on appelle Y article de Laval; ces tissus se font toujours en grand teint, et dans chacune des vitrines des notes nous apprennent qu’ils sont garantis aux moyens ordinaires de lavage et de lessivage (savon, soude, etc.), et résistent à Faction des acides dilués, du bioxalate de potasse, de l’air, de la lumière et de la plupart des agents chimiques ; le chlore et ses composés sont seuls à craindre.
- FABRICANTS DE TISSUS DE COTON DE LA RÉGION DU NORD
- Quatre fabricants représentent cette région à l’Exposition. Ce sont,par ordre alphabétique: MM. Louis Catteau et Hassebroucq fils, de Comines ; — Anatole Debiève, de Marly-lès-Valenciennes ; — Deffrennes-Duplouy frères, de Lannoy ; — Y. Dumortier-Cuignet, de Roubaix. Nous ne savons pourquoi on a placé dans cette section deux fabricantsde tulles, MM. Louis Tofllin et Cie, de Caudry ; — et Parisot et Ray, de Lille : nous examinerons ces deux expositions dans la section des tulles et dentelles.
- MM. Catteau et Louis Hassebroucq représentent l’industrie des rubans de fil et de coton, séculaire dans la petite ville de Comines. Leur exposition, arrangée avec goût, figure un portique formé de pièces de ruban étagées les unes sur les autres ; nous y relevons toute la série des articles classiques en ce genre : sergés fins, sergés écrus pour équipements militaires, tirants pour chaussures, chevilliè-res, articles pour corsetiers, bolducs, glacés de coton en toutes nuances, padoux, sangles, gris croisés, etc.
- M. Anatole Debiève, de Marly-lès-Valenciennes, a exposé des tissus de flanelle de coton drapé, dite flanelle américaine, imprimés grand teint en noir d’aniline, en rouge et en violet d’alizarine et autres couleurs solides ; de ces étoffes, les unes sont destinées à la consommation ouvrière, les autres sont des nouveautés grande largeur pour robes de chambre,
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- jupons, matinées et peignoirs. Cet industriel a obtenu une médaille de bronze à Paris en 1878 et une médaille d’argent à Amsterdam en 1883.
- MM. Deffrennes-Duplouy frères, de Lannoy, ont envoyé quelques courtepointes en coton, dont cette ville s’est fait une spécialité; ils y ont joint quelques types de coutils satin, tapis de table, portières et étoffes pour ameublement.
- Enfin, M. Dumortier-Cuignet, de Roubaix, a exposé des flanelles pour chemises, drap fantaisie en coton, gilets armures, coutils façonnés, divers articles pour pantalons et quelques variétés de tissus pour doublures, comme tartans, satins de Chine, fantaisies, etc. Nous retrouverons dans la section des tissus de laine, cette maison titulaire d’une médaille de bronze à Philadelphie en 1876, d’une médaille de mérite à Vienne en 1873, et d’une médaille d’argent à Paris en 1878.
- FABRICANTS DE TISSUS DE COTON DE LA RÉGION NORMANDE
- Le grand centre manufacturier de cette région est toujours Rouen. La région normande comprend cinq exposants de cette ville : MM. Casimir Berger; — Harel frères ; — G. Lenormand; — Ernest Manchon et frères; — Rivière et Cie; — deux de Bolbec, MM. Albert Manchon, Lemaitre et Cic, — et Desgene-tais frères; — et deux de Lillebonne (Seine-Inférieure) : MM. Lemaistre frères; — et Ed. Westpha-len-Lemaitre.
- MM. Harel frères, dont l’usine est à Malaunay, se sont spécialisés dans la fabrication des courtepointes, édredons américains, couvre-pieds et autres articles du mêmegenre;—MM. Ernest Manchon etfrères,dans les tissus de coton pur et laine et coton fantaisie, s’inspirant des nouveautés de soieries et lainages, façonnés rayés, carreaux armurés, jacquarts, articles d’exportation pour le Congo, Madagascar et l’Indo-Chine (Médailles de bronze Paris 1867 et d’argent 1878) ; —MM. Rivière et Cie, dans la fabrication du drap de Rouen grand teint; — MM. Desgenetais frères, dans les cretonnes (américaines, civiles, militaires et à carreaux pour chemises), les croisés flanelles en coton, velours moleskines, toiles pour yachts de plaisance, gros broisés pour toile cirée, etc.
- Les autres exposants nous montrent surtout les articles dits rouenneries, qui ont conservé une si grande importance dans le rayon, les toiles de
- coton dites de Normandie, les oxfords, tissus pour l’Algérie, satinettes, cretonnes, croisés, coutils, molletons, dont on fait un si grand commerce dans la contrée.
- Les deux établissements exposants les plus considérables sont ceux de MM. Lemaistre frères (5A0 métiers et 12,000 broches, occupant un personnel de 650 ouvriers), maison fondée en 1827 par M. Lemaistre père ; — et de MM. Manchon et frères (320 métiers et 375 ouvriers), maison fondée en 186/i sous la raison sociale E. Lecœur et Manchon, continuée en 1872 par M. Ernest Manchon, puis en 1883, par ce dernier et ses deux frères. — Le plus ancien est celui de M. Westphalen-Lemaitre, fondé en 1793, et qui s’est spécialisé dans la fabrication des cretonnes grande largeur.
- Nous rattachons à la même région l’exposition de MM. Waddington fils et Cie, de Saint-Remy-sur-Avre (Eure-et-Loir), maison qui possède 802 métiers répartis dans deux tissages comme nous l’avons dit à propos des fils, et qui expose en écru : des cretonnes, croisés, longottes, futaines, serviettes nids d’abeilles, torchons, couvertures, molletons, toile amiantine, serviettes damier et divers tissus lin et coton ; — et en couleurs : des carreaux unis et croisés, flanelles, vergés, grisettes, etc.
- En dehors de cela, on sait que les tissus imprimés tiennent une grande place dans le rayon de Rouen. Six exposants, formant le groupe collectif des fabricants d’indiennes de cette ville représentent cette spécialité à l’Exposition. Ce sont MM. Besselièvrefils, dont l’usine est à Maromme ; — Girard et Cie, dont la manufacture esta Deville-lez-Rouen ; — Keittinger et fils, qui ont leur fabrique d’indienne à Lescure ; — H.Stoekler, qui a son usine àSaint-Léger ; — Lemaitre, Lavotte etCie, de Bolbec (Seine-Inférieure) ;—et Henri Rondeau, du Houlme (Seine-Inférieure). Les fabricants d’indiennes de Rouen sont en réalité au nombre de dix en 1889 : MM. Antin père et fils, Long frères, Pinnel-Levassor fils et E. Renault, n’ont pas exposé. Ils produisent par an de 350,000 à 400,000 pièces de 100 mètres, d’une valeur de 15 à 20 millions, et y emploient un personnel de 1,200 à 1,500 ouvriers.
- Ces divers fabricants font toutes les impressions sur coton pour ameublements, robes, chemises et lingerie, cravates, moleskines et molletons. MM. Girard et Gic — aujourd’hui Laveissière et Chamond, depuis l’ouverture de l’Exposition, — font en outre les impressions sur velours, sur soie et laine, sur soie et sur flanelle, ce dernier article ayant pris un grand
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- développement pour l’exportation et n’ayant jusqu’à ce jour été fait que par l’Alsace.
- Depuis la séparation de ce dernier pays, Rouen cherche chaque jour à implanter les articles qui n’étaient fabriqués que par lui.
- Nous ne saurions, à propos des indiennes, ne pas rappeler que leur introduction en France est due à Oberkampf, et nous croyons devoir en quelques lignes retracer la vie de ce célèbre industriel.
- Notons tout d’abord qu’il est né à Wissembach, dans le marquisat de Brandebourg-Anspach, le 11 juin 1738, et qu’il a été naturalisé français en septembre 1770. D’une famille de teinturiers, il se familiarisa de bonne heure avec tous les détails de la profession de son père, qui avait été successivement directeur de plusieurs établissements de teinture à Klosterheilbronn et à Bâle, et finalement avait ! fondé à Aarau un atelier de toiles peintes. Dès l’âge de dix-sept ans, il était contremaître dans la fabrique de ses parents. A dix-neuf ans, désireux de s’instruire en visitant d’autres ateliers plus considérables, il vint à Mulhouse, où il séjourna six mois comme graveur dans la fabrique de MM. Samuel Kœchiin, Schmalzer et Gie ; mais il quitta bientôt cet établissement pour se rendre à Paris, où un sieur Cottin faisait appel aux ouvriers de bonne volonté pour fonder dans cette ville une fabrique d’impressions. A cette époque, toute étoffe de coton ne pénétrait en France que par contrebande ; mais, par une exception que peut seule expliquer la législation incohérente de l’époque, deux emplacements au sein de Paris même jouissaient d’une sorte de franchise, et la police n’avait pas le droit d’y pénétrer: c’étaient l’enclos de l’ancienne abbaye de Saint-Germain des Prés et l’Arsenal: c’est dans le second que Cottin voulait fonder sa fabrique. Oberkampf en lut le Directeur et l’organisateur; il y resta jusqu’à la fin de l’année 1759, époque à laquelle l’usine fut fermée par suite du manque d’argent de l’entrepreneur Cottin.
- Cette année même, un édit de Louis XV ayant levé la prohibition des indiennes, Oberkampf voulut à son tour fonder un établissement d’impressions sur tissus. Il le fit dans les proportions les plus modestes, sur le bord de la rivière des Gobelins, dans la vallée de Jouy, s’établissant dans un local si petit qu’il était obligé d’installer chaque soir son matelas dans l’atelier, à côté de ses instruments de travail. Aidé de ses frères et de deux de ses anciens compagnons
- d’atelier, il arriva dans le courant de la seconde année à imprimer 3,600 pièces d’indienne, chiffre considérable pour l’époque. Sa première pièce avait été imprimée le 1er mai 1760, et il avait dû faire lui-même ses dessins, ses gravures, ses couleurs, et préparer toute son organisation. Il excita bientôt l’envie de ses voisins, et fut en butte aux attaques de toutes sortes; mais il agrandit quand même sa fabrique et prospéra, grâce surtout à la protection du duc de Beuvron, seigneur de Jouy, qui, reconnaissant son mérite, le défendit envers et contre tous. En 1762, il contracta une association, et sa maison marcha sous la raison sociale Sarrazin-Bemaraize, Oberkampf et Cie. Certain de la réussite de son entreprise, Oberkampf construisit, en 176/i, un vaste établissement où il réunit toutes les conditions voulues pour en faire le premier du monde dans ce genre d’industrie ; la construction de cette fabrique dura trois années. Le duc de Beuvron aidant, et sur sa recommandation dans les salons de Versailles, les commandes arrivèrent en foule à Jouy, soit pour l’ameublement des châteaux royaux, soit pour la parure des dames les plus opulentes. La réputation des toiles de Jouy franchit les frontières, l’Angleterre elle-même ne tarda pas à devenir tributaire du goût et de l’industrie français. Pour récompenser Oberkampf, Louis XVI donna à l’établissement de Jouy le titre de Manufacture royale et accorda à son fondateur, en 1787, des lettres de noblesse.
- Ce furent les événements politiques de l’époque qui entravèrent la marche de l’industrie des toiles peintes en France. Bientôt, en effet, arriva la tourmente révolutionnaire. Oberkampf, nommé maire de Jouy en 1791, fut dénoncé comme suspect, arrêté, puis relâché après une chaleureuse défense du conventionnel Amar devant le Comité de sûreté générale. La fabrique cependant continua à grandir, mais avec plus de difficultés. En 1797, Oberkampf commença à imprimer au rouleau. Son neveu Widmer, Chap-tal, Berthollet, lui prêtèrent le concours de leurs lumières; il reçut à l’Exposition de 1806 la médaille d’or, dépassant à ce concours les industriels qui se livraient depuis quelque temps à la même industrie en Alsace; enfin, plus tard, Napoléon visita sa fabrique et le décora de la Légion d’honneur en présence de ses ouvriers. Oberkampf fonda, en 1810, à Essonnes, un autre établissement pour la filature et le tissage du coton ; il en confia la direction à M. Louis Feray, qui avait épousé sa fille aînée, et l’on put voir alors en France pour la première fois le
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- A L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1889.
- coton brut filé et tissé à Essonnes et imprimé àJouy.
- La fabrique de Jouy traversa, non sans difficultés, la période des longues guerres de l’empire. Vers 1805, les deux chimistes de la manufacture, Samuel Widmer et Haudry trouvèrent le moyen de faire le genre rongeant, procédé qui, comme on le sait, consiste à teindre d’abord et à imprimer ensuite un rongeant qui fait ressortir le dessin en blanc; cette découverte amena une activité inouïe dans les deux fabriques d’Essonnes et de Jouy, qui à cette époque occupaient 1,32*2 ouvriers. En 1815, quelques années plus tard, il fit les premières applications de la machine à deux couleurs. Jusqu’en 181/i, une grande activité régna dans-les établissements d’Oberkampf; mais en 1815 il fut pour la première fois obligé de cesser tout travail. Il espérait que la paix de l’année permettrait aux manufactures françaises de prospérer sous une ère de calme, mais l’invasion de la même époque vint lui porter un coup de mort. Il vit alors ses ateliers vides, ses métiers condamnés à l’inaction. Ce spectacle me tue, répéta-t-il plus d’une fois dans ses derniers jours. Bientôt ses forces l’abandonnèrentpeuà peu, il mourut le h octobre 1815 à l’âge de soixante-dix-sept ans.
- A sa mort, son fils Émile continua les affaires avec Samuel Widmer et son beau-frère Jules Mallet. En 1821, à la mort de Widmer, les deux établissements furent séparés ; M. Feray continua la filature d’Essonnes, et Emile Oberkampf s’associa à J. Barbet, qui plus tard continua la gestion de la fabrique.
- FABRICANTS DE TISSUS IJE COTON DU RAYON DE PARIS
- Nous classons dans cette section les exposants de tissus de coton dont la maison de fabrication ou la principale maison de vente sont à Paris. — Nous en avons relevé huit : MM. Binder et Jalla jeune ; — Faure-Beaulieu ; — Meunier etCie ; — Victor Millet; Paraffrères; #— Poiret frère et neveu; — Kahn, Lang et Gie ; — et les successeurs de Fritz, Kœchlin et Cic.
- La première de ces maisons a installé en 1872 à Regny (Loire) les premières usines pour la fabrication des serviettes et tissus-éponges, articles dont les Anglais avaient jusque-là le monopole exclusif. Ces manufactures, qui occupent aujourd’hui plus de 300 ouvriers et ouvrières, comprennent des ateliers de tissage, broderie et apprêt, ainsi qu’une blanchisse-
- rie qui est la plus importante de la région. Il en sort journellement plus de 1,500 kilogrammes de tissus, blanchis par des procédés spéciaux et fabriqués par des machines créées et montées par la maison elle-même, comprenant le linge de toilette, les peignoirs et bérets de bains, les peignoirs et les robes de chambre, tous les genres de vêtements, la lingerie, le meuble, les articles modes, la chaussure et différentes spécialités pour les hôpitaux; — tous ces objets, dont un grand nombre sont destinés à l’exportation, figurent dans la vitrine des exposants.
- MM. Faure-Beaulieu et Victor Millet exposent des ouates. Paris est la ville de France où cet article se vend le plus, et son commerce en ce genre dépasse de beaucoup ceux de Lyon, Lille, Bordeaux, Marseille, etc., où se trouvent quelques fabricants; on estime à 1,500,000 francs environ le chiffre des transactions auquel il donne lieu dans cette ville. Les ouates fines se font, comme on le sait, avec les beaux déchets de coton qui proviennent de la Garderie et des ventilateurs des filatures, et les ouates communes avec les mauvais déchets ou le coton chiffonnier retiré de l’effilochage des vieux cotons; lorsqu’elles sont destinées aux pansements, elles ne proviennent pas alors de l’industrie, on se contente de les choisir dans les meilleures parties de coton brut bien égrené de toute provenance.
- MM. Meunier et Cie nous montrent de forts jolis spécimens de rideaux blancs brodés, guipures et panneaux pour tenture. La bonne réputation de la Grande Maison de blanc du boulevard des Capucines n’est plus à faire ; l’Exposition de 1889 ne saurait que la confirmer. Cette maison, on le sait, a été fondée en 186â par M. Charles Meunier, qui a actuellement pour associés MM. Félix, Albert et Maurice Meunier et Ernest Burlet; elle n’a subi de transformations que celles de renouvellement d’actes sociaux par lesquels certains associés d’origine ont disparu pour faire place à de nouveaux. Elle possédait primitivement trois usines importantes à Paris, Lille et Tarare, mais elle les a ensuite centralisées près de Saint-Denis, dans le château de Villetaneuse, où sont aujourd’hui installés des métiers Jacquart, à broder, etc. Son exportation est considérable.
- MM. Paraf frères, qui ont leur usine rue de la Voûte, se sont fait une spécialité des étoffes lourdes en coton : tissus forts pour caoutchouc, tissus spéciaux pour courroies de transmission, toiles à voiles de coton, croisés forts pour filtrer le sucre et le vin, croisés pour chaussures, toiles, cuirs, etc.
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- LES INDUSTRIES TEXTILES
- La maison Poiret frères et neveu, que nous avons déjà citée à propos des fils, date de 1826. Elle expose le canevas uni, le canevas Pénélope (2 fils), des tissus en jute pour balle à café et diverses toiles et étamines de fantaisie pour ouvrages de dames.
- MM. Kahn, Lang et Cie, dont les établissements de fabrication sont à Épinal, comme nous l’avons indiqué à propos des exposants de fils de coton, ont exposé quelques beaux types de percales, cretonnes, shirtings et toiles de coton pour drap et chemise.
- Enfin, la maison Fritz Kœchlin etCie expose une série de coutils, satins, satinettes, pékins, croisés, double chaîne, de son tissage de Remanvillers (Vosges).
- FABRICANTS DE TISSUS DE COTON DE ROANNE
- Cette ville est représentée à l’Exposition par vingt et un exposants réunis en groupe collectif : MM. An-drieu-Monteret et Goujon; — Beluze frère et Cic; — G.-C. Bertrand ; — Bertaud, Delhaye fils etLamure; — Antoine Bréchard; — Vincent Dauvergne; — Deche-lette-Despiers et Chamussy; — Deveaux et Cie; — Stéphane Faisant ; — Forest et Deschamps; — Fournier et Burdin; — Antoine Giraud; — Em. Grosse; Guerry etDuperay ; — Guilloud-Chaland; — Lapoire, Cherpin et Destre ; — Michalon père et fils et Boutry ; Paire et Guyonnet; — Raffin frères et Dumarest ; — Veillas et Chamassy; — et Vindrier frères.
- Les articles fabriqués par ces diverses maisons sont : les cotonnades bleues dites de Roanne, satins haute nouveauté, zéphyrs, casimirettes, Vichy nouveauté pour costumes, flanelles de coton, bayadères, granités, cordelières, oxfords, tartans de coton, elbeuviennes, et divers articles spéciaux pour chemises, robes et doublures destinés à l’exportation.
- C’est un sieur Vincent qui entreprit le premier, à l’aide de quelques compagnons, le tissage des cotonnades de Roanne; sa première installation fut à Thizy, dans la partie industrielle dite la montagne. Son succès incontesté engagea plus tard MM. Cher-pin, Dechelette et Lapoire à développer leurs moyens de production ; puis viennent d’autres maisons : Raffin, Guilloud et Cie, qui contribuèrent à donner de l’essor à cette industrie qui s’implanta définitivement dans la contrée.
- Avant 1868, il n’y avait guère dans le pays que des métiers à la main, on en comptait alors 16,000; aujourd’hui il y en a à peine un millier répartis dans la ville et ses environs; l’on tend de jour en jour à
- ne plus fabriquer qu’à la mécanique. Il y aune trentaine de tissages comprenant environ 5,000 métiers; presque tous les fabricants font de l’exportation, et quelques-uns ont des comptoirs à l’étranger, comme par exemple MM. Raffin et Desmarest, qui possèdent les succursales de Saïgon et de Pnum-Penh.
- La plupart des fils employés, comprenant en grande partie la série des nos 2/i à 30, viennent pour les trames de la Normandie et pour les chaînes de Suisse et d’Angleterre. La plupart des articles sont traités dans des maisons de teinture et d’apprêts du pays, mais cependant l’Angleterre fournit encore à Roanne des cotons de diverses nuances en quantités importantes.
- FABRICANTS DE TISSUS DE COTON DE TARAIIE.
- Nous comptons pour cette ville trois exposants : MM. Chatelard père et fils; — Albert Godde, — et Magat frères.
- La fabrication de cette ville comprend trois catégories de tissus bien déterminées : la première dans laquelle on peut placer les mousselines unies, tarlatanes et tissus légers ; la seconde pour les broderies; la troisième pour les plumetis ou brochés et façonnés au métier Jacquart.
- Les premiers articles se font toujours à la main, par des ouvriers tisseurs répartis dans les campagnes environnantes, principalement dans la montagne. On y emploie des fils des nos 30 à 300, mais surtout dans la série des nos 100 à 250 : tout ce qui est en dessous du n° 60 vient de France ou de Suisse ; le reste est demandé à l’Angleterre. La plupart des tissus fabriqués en ce genre sont exportés.
- Les broderies ne se font qu’une partie de l’année, les femmes adonnées à cette fabrication ne travaillant que l’hiver et s’occupant l’été aux travaux de l’agriculture. La France consomme pour la plus grande partie les articles brodés pour meubles.
- Enfin les plumetis ont acquis dans ces derniers temps un très grand développement; les fils employés varient des nos 80 à 200 et sont de provenance anglaise ou suisse.
- La légion possède d’importants établissements pour le blanchiment, l’apprêt et la teinture de ces divers produits.
- Nous croyons devoir rappeler ici que c’est à Georges Antoine Simonnet que la ville de Tarare est redevable
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- de la fabrication de la mousseline. La ville ne s’occupait en 1730 que du tissage de la toile de chanvre : Simonnet acquit chez son père, négociant en tissus, une grande expérience dans la connaissance de ce genre d’étoffes ; puis comme il manifestait, au bout de quelque temps, un très grand goût pour le dessin de fabrique, il entra, à vingt-cinq ans, comme dessinateur-maître dans une maison de Lyon. A trente-cinq ans, il avait réalisé assez d’économies pour contracter une association commerciale dans le but de fabriquer des étoffes de soie; mais il fut bientôt obligé de liquider en raison du décès de son associé. A partir de ce moment, il eut pour constante préoccupation d’établir à Tarare la fabrication des mousselines, qui n’existait alors qu’en Suisse. C’était en 1744. L’industrie du filage du coton importéepardesfileuses venues de Normandie commençait à s’établir dans les montagnes qui avoisinent la ville. 11 essaya, avec les fils au rouet, de tisser quelques types de mousseline; il ne réussit pas. Il se rendit alors àSaint-Gall et à Zurich pour se rendre compte des difficultés du métier, fit venir de Nantua quelques écheveaux de fil fin, conclut un traité onéreux avec une famille suisse, et installa à Tarare les premiers métiers à mousseline que l’on vit alors en France. Malheureusement, le coton filé à Nantua, grossier et inégal, ne permettait pas à la France de rivaliser avec les cotons fins et bien fabriqués de l’étranger. Simonnet engloutit la majeure partie de sa fortune dans les luttes et les sacrifices où l’avait entraîné la poursuite de son but. Durant quinze ans encore, il poursuivit avec une sorte d’acharnement la solution du problème qu’il s’était posé ; il remplaça les fils de Nantua par ceux de Tarare ; mais un jour vint où il dut se déclarer vaincu. Il liquida sa situation et paya toutes ses dettes; puis rassemblant ses ouvriers, il leur fit part de sa position ; mais il s’efforça de leur communiquer l’ardente foi qu’il avait dans une œuvre dont il entrevoyait l’avenir. Il ne se trompait pas. Après qu’il eut quitté Tarare, en 1773, et qu’il se fut retiré à Charbonnières, où il mourut cinq ans après dans l’indigence, on vit dans sa ville natale l’industrie des mousselines se relever tout à coup par suite de l’introduction des filés de coton de la Suisse.
- Restée veuve avec quatre filles, et réduite à une situation des plus précaires, Mme Simonnet, qui s’était montrée aussi zélée et aussi dévouée que son mari lui-même dans l’accomplissement de la tâche gigantesque que celui-ci avait entreprise avec tant d’ardeur, se trouvait, en 1804, âgée de quatre-vingts ans
- et affligée de cécité, lorsqu’un décret de Napoléon 1er lui assura une pension viagère de 1,200 francs. Les termes du décret portaient que cette pension était accordée à la veuve de Georges-Antoine Simonnet, créateur des manufactures de mousseline de Tarare. Mme Simonnet ne jouit que peu de temps de cette récompense, mais ses filles obtinrent la réversibilité de la pension.
- Dans le même département, il y a lieu de citer, en passant, Villefranche-sur-Saône. Aucun exposant pour cette localité qui, d’ailleurs, n’est qu’un centre de manutention. Il y existe, en effet, plusieurs ateliers de teinture et d’apprêts bien outillés, qui reçoivent des tissus de coton des Vosges, de la Normandie, de la Suisse et de l’Angleterre. Ces apprêts sont spéciaux à Villefranche : nulle part on ne les trouve aussi bien faits et à meilleur marché. Cette perfection incontestée permet à la région qui en dépend de faire un commerce de tissus s’élevant annuellement à plusieurs millions de francs.
- FABRICANTS DE TISSUS DE COTON DE TIIIZY.
- Le tissage de Thizy est représenté à l’Exposition par une exposition collective comprenant les sept tissages mécaniques qui existent actuellement dans cette ville ; ce sont ceux de : MM. G. Champalle fils; — F. Dupuis, Merle et Cie; — Vve Foray et Girin ; — Naton-Demonceau ; — A. Paillac; — Paillac frères, — et Poizat-Goquard. Ces établissements occupent environ 2,300 ouvriers; mais il y a en outre, dans les campagnes qui environnent la ville, un grand nombre de métiers à la main mis en œuvre par 12,000 à 15,000 ouvriers.
- Les articles fabriqués par ces diverses maisons sont les toiles de Vichy (cretonnes unies et retors, zéphyrs, oxfords, etc.), la flanelle de coton et la péruvienne (coton et laine), ces deux derniers tissus se faisant surtout à la main. Toutes ces étoffes sont représentées à l’Exposition.
- On fabrique également à Thizy d’autres genres qui ne figurent pas dans les vitrines des exposants de cette ville. Notons de la toile dite amiantine en bour-rette pour le service de l’artillerie; — une certaine quantité d’étoffes dites japonaises, en bourrette; —et des tissus d’ameublement en soie, soie et coton, jute, etc. Ce dernier article est fabriqué par deux ateliers occupant 150 à 200 ouvriers. Le pays comporte également d’importants ateliers de teinture et
- Supplément a l’Industrie textile du 10 Janvier.
- 1~« Fascicule.
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- d’apprêts d’étoffes, plus deux filatures de déchets de soie.
- Nous rattachons au même rayon les expositions de couvertures du Rhône représentées par MM. Fessel et Milliat (d’Amplepuis), et Poizat frères (de Cours) ; — couvertures de coton imprimées, rayées, fantaisie et pour la marine, portières algériennes, etc.
- FABRICANTS DE TISSUS DE COTON DU RAYON DE SAINT-QUENTIN.
- L’industrie de cette région remonte à 1750, époque où trois habiles fabricants montèrent à Saint-Quentin des métiers de mousseline claire pour faire concurrence aux articles que jusque-là on tirait des Indes. Ce fut dans cette ville que l’on commença à broder les mousselines et, à la fin du siècle dernier, on comptait déjà beaucoup d’ouvriers brodeurs dans le rayon ; mais l’industrie cotonnière elle-même ne date que du commencement du siècle, ainsi que nous l’avons déjà dit.
- Les tissus de coton fabriqués actuellement dans cette région sont les mousselines et gazes pour ameublement, les piqués secs, les piqués moelleux, bril— lantés, finettes, jaconas, nansouks, mousselines unies, plissés pour devants de chemises, satins pour foulards, calicots, percales, cretonnes, basins, façonnés épais, tulles unis et brodés, rideaux brodés mécaniquement, entre-deux à jours, festons plissés, couvertures de piqués, etc.
- Ils ne sont représentés à l’Exposition que par M. Decaudin-Béguin, dont la collection de rideaux et piqués est réellement remarquable*, —et par MM. de Rossignol et Ilamelin, dont les guipures pour ameublement, mousselines, et gazes brochées et brodées, articles pour ornements d’église, etc., méritent de retenir l’attention.
- FABRICANTS DE TISSUS DE COTON DE TROYES.
- On ne fabrique guère dans l’Aube que de la bonneterie; nous nous en occuperons en son lieu et place. Quant aux tissus proprement dits, il ne s’en fait pour ainsi dire plus : les gros croisés pour finettes, les clairvaux, les coutils piqués, brillantés, basins et couvertures, étaient autrefois une industrie importante ; mais on la voit décliner de jour en jour. Toutefois Troyes est encore un marché dont il doit être tenu compte pour un certain nombre d’articles divers qui viennent y subir une manutention de blanchiment et de teinture. Aucun exposant pour cette région.
- FABRICANTS DE TISSUS DE COTON DES VOSGES.
- Les exposants de la région des Vosges sont au nombre de vingt-cinq. Ce sont, par ordre alphabétique : MM. Jules Baudot et Cie, de Bar-le-Duc (Meuse) ; — Vve Paul Béguin, d’ÉIoyes (Vosges) ; — la blanchisserie et teinturerie de Thaon (Vosges); — Bluche et Cie, du Thillot (Vosges) ; — Boigeolfrères et Warnod, de Giromagny (territoire de Belfort) ; — Coulera, Chatel et Cie, d’Épinal (Vosges) ; — Victor Erhard,deRougemont-le-Château(id.) ; —L. Fleurot et Cie, des Chênes-Val-d’Ajol(id.); — Gustave Galland, deRemiremont (id.); — Geistodt, Kiener et Cie, d’Épi-nal (id.); — Henri Geliot, de Remiremont (id.); — Ed. Georges, du Val-d’Ajol (id.); — Gros, Roman et Cie, du Thillot (id.); — Eug. Hantz-Nass, de Re-chessy (Belfort) ; — Hartmann et fils, de Rougegoutte (id.);— Isaïe, Bechmann, Zeller et Gie, de Blamont, (Meurthe-et-Moselle); — Juillard et Megnin, d’Épi-nal ; — Ed. Kœhlet Cie, deDanjoutin (Belfort); — Ch. Lœderich fils et Cie, d’Épinal; — Leduc et Vve Remy, de la Bresse (Vosges); — Alb. Long, de Moussey (id.); Maurice Cliagué et Cie, de Cornimont (id.); — J. Perrin fils et Cie, de la Bresse; — D. Walter Seitz, de Granges (Vosges), — et Witz et Esslinger, d’Épinal.
- L’industrie de l’Est faisait autrefois un tout complet avec l’Alsace ; elle réunissait toutes les opérations qui préparent, tissent, blanchissent, teignent ou impriment le coton, de manière à le rendre propre à la consommation. La perte des provinces alsaciennes et lorraines a détruit cet ensemble, et le blanchiment, la teinture et l’impression ont fait un moment défaut aux usines restées françaises. Le premier établissement qui ait comblé cette lacune est la Blanchisserie et Teinturerie de Thaon qui expose cette fois ; en blanc des piqués molletons, des shirtings pour chemises et lingerie, et toute une variété de l’article coton blanc désigné sous le nom de toile des Vosges, — et en tissus teints des satinettes diagonales calicots croisés, damas, satins chaînes.
- Les autres exposants— dont quelques tissages d’Alsace qui sont venus s’implanter après la guerre dans ce pays, — exposent : — en fantaisie, des croisés, sergés, satins, façonnés, piqués, reps, damas, basins, pékins et serviettes, — et en unides toiles dix-fils pour envelopper le beurre, des percales pour la lingerie de luxe, des nansouks pour la confection, des shirtings et cretonnes pour chemises, calicots renforcés packeting, etc. La trame de ces étoffes est surtout
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- fournie par les filatures du pays, la chaîne par l’Angleterre et la Suisse.
- L’exposition du rayon de l’Est, composée de tissus d’une exécution remarquable exposés par des maisons qui, pour la plupart, ont grande importance et sont toutes des plus estimées pour leur bonne fabrication, leurs blancs et leurs apprêts, fait le plus grand honneur aux tissages du pays, et nous montrent que la réputation qui leur est faite est basée sur une appréciation juste et méritée.
- FILATEURS ET FARRICANTS DE TISSUS DE COTON DE L’ANGLETERRE
- La Grande-Bretagne occupe sans conteste le premier rang parmi les Etats producteurs de fils et tissus de coton. On dirait que les éloges justement appliqués à l’esprit d’entreprise du district de Manchester en particulier ont engagé ce district à donner de l’accroissement de son commerce en cette spécialité des proportions tout à fait au delà de sa consommation et de l’exportation.
- En 1874, la filature de coton y comprenait 3/1,695,221 broches ; —en 1875, 37,515,772 ;— en 1878, 39,527,920; — en 1882, Al,000,00; — en 188A, A3,000,000;—enl886,A2,780,000.Le tissage comportait, en 1871, AAO,676 métiers ; — en 1875, A63,118; — en 1878, 51A,9ll; — enl886, 750,000.
- Seulement, il ne s’agit pas uniquement de fabriquer tous ces tissus et ces fils : il s’agit encore de les vendre. Or, il y a quelque temps qu’un journal anglais bien connu, le Textile manufacturer, jetait à ce propos un cri d’alarme. Il constatait que dans les quinze dernières années qui viennent de s’écouler on était arrivé à donner aux broches de filature en Angleterre un nombre d’évolutions beaucoup plus grand, soit 10,000 au lieu de 8,000, et par conséquent, la production des fils étant de ce chef augmentée, il ajoutait que, pour les cotonnades, la production proprement dite s’était accrue dans la même période de 86 pour 100.
- En présence de cette augmentation, il se demandait si la consommation du coton en Angleterre avait suivi la même progression. Non, malheureusement, répondait la feuille anglaise : — « la population du Lancashire a bien augmenté de 3A pour 100, alors que la population du monde entier n’a cru que de 16 pour 100; mais ces nouveaux arrivants n’ont fait progresser la consommation de la Grande-Bretagne que de moins de 28 pour 100 ; de plus, en relevant
- l’accroissement de la population année par année, on constate à peu près une augmentation de 2 1/2 pour 100 par an, tandis que le nombre des ouvriers employés dans l’industrie cotonnière n’a progressé que de 0,AA pour 100. »
- Il résulte de ces chiffres, d’une part, que la production anglaise a augmenté considérablement dans ces dernières années, mais que d’autre part la consommation n’a suivi que de loin cette progression, et que le nombre d’ouvriers cotonniers proprement dits a décru. L’Angleterre, fort restreinte dans ses îles, n’a, pour sortir de ce mauvais pas, que ses exportations. Or, les exportations de cotonnades anglaises ont décru de 11 1/2 pour 100, toujours dans les quinze dernières années, tandis quelles se sont accrues de 50 pour 100 pour tout le continent européen, de 71 pour 100 pour les États-Unis et de 91 pour 100 pour l’Inde.
- Dans l’ensemble, les exportations de cotonnades anglaises ont surtout diminué pour les destinations du Canada et des États-Unis; ce sont l’Australie, la Chine, Hong-Kong, le Japon et l’Inde qui ont relevé le niveau par une absorption continue et croissante.
- Douze maisons, toutes de premier ordre, ont pris part à l’Exposition. Ce sont : MM. Barlow et Jones (limited), de Manchester ; — J. Dewhurst et fils, de Skipton; — George Haynes, de Stockport; — W. Ilollins et C° (limited), de Nottingham; — J. Johnston, Son, Allsop et C°, de Manchester; — Lee Spinning C° (Tootal Broadhurst, Lee et C°, limited), de Manchester ; — Liberty et C°, de Londres ; — Proctor et G0, de Londres ; — Rylands et fils (limited), de Manchester; — sir Titus Sait, Bart et fils (limited), de Saltaire; — Swainson Birley et C°, de Preston, — et la Société York Street Flax C°, de Belfast.
- Sur ce nombre, deux exposants représentent la filature : M. George Ilaynes, de Stockport, qui s’est spécialisé dans la fabrication des mèches pour bougies et lampes; et MM. John Dewurst et fils, de Skipton, qui nous montrent des fils pour la couture, le crochet et la broderie.
- Les autres représentent le tissage, et plusieurs méritent d’être remarqués. Les deux expositions les plus considérables sont celles de MM. Barlow et Jones, de Manchester, et Rylanes et fils, de la même ville, dont les vitrines se font face et n’occupent pas moins chacune de 35 à A0 mètres de façade. MM. Barlow et Jones possèdent quatre filatures et
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- tissages à Bolton, et ont des maisons de vente à Paris, Londres, Liverpool, Birmingham, Glasgow et New-York; ils exposent toute une série de couvre-lits, couvre-toilettes en piqué, serviettes-éponges, nids d’abeilles, fantaisies, piqués, reps, coutils pour gilets, finettes, peluches, drap de coton, etc.
- MM. Rylands et fils, dont les filatures, les tissages et les teintureries, montées au capital de 50 millions, se trouvent à Manchester, Gordon, Wigan, Bolton, Swinlon et Crewe, et qui possèdent en outre une fabrique de toiles cirées à Chorley et une blanchisserie à Heapey, ont, dans Manchester et Londres, cinq vastes maisons de vente réunissant 12,000 employés occupés' à 49 rayons divers ; leurs tissus de coton comprennent des calicots, damas, brocarts façonnés, fichus, châles, couvre-toilettes, coutils, oxfords, flanelles, toiles, toiles cirées, etc.
- Après ces expositions, il y a lieu de citer celles de MM. Jabez Johnston Son, Alsopp et C°, dont le pavillon distinct est composé plus spécialement de ces piqués lourds qui forment une bonne partie de la fabrication générale de l’Angleterre : terries, quit-tings, diamonds, toiletings, cloakings, brocades, etc.; — et de MM. Titus Sait, Bart et fils, dont le créateur de la maison, sir Titus Sait, a consacré une grande pariie de sa fortune à la fondation de la ville de Saltaire, où il s’est livré d’abord -uniquement à la fabrication des alpagas, et ou il fabrique surtout aujourd’hui le velours de coton façon soie.
- Nous ne ferons que mentionner en passant la vaste vitrine de la Société York Street Flax Spinning C°, qui expose bien quelques tissus de coton blanc et de couleur à la pièce ou confectionnés, mais dont la spécialité, comme son nom l’indique, est surtout la toile de lin, qui occupe la plus grande partie de la riche collection d’étoffes quelle a mise sous les yeux du public.
- Les autres expositions particulières de la Grande-Bretagne n’ont qu’une importance secondaire.
- FILATEURS ET FABRICANTS DE TISSUS DE COTON DE l’a UT RIC II E-IIO N GRIE
- L’exposition de T Autriche-Hongrie ne comprend pas de fils de coton, et seulement deux fabricants de tissus de Vienne, M. Franz Fashold, qui nous montre quelques types de rubans coton et lin ; et MM. Scliick et Oestreicher, qui ont envoyé quelques spécimens d’articles laine et coton.
- D’après la statistique de 1885,l’Autriche-Hongrie
- possède 2,077,000 broches. La progression a été assez lente, car d’après un relevé publié en 1851 on attribuait déjà à ce pays 1,408,138 broches ; et d’après un autre de 1857 (comprenant, il est vrai, la Lombardie, qui faisait alors partie de l’empire autrichien), ce nombre s’élevait à 1,740,000. C’est dans l’Autriche proprement dite que la filature de coton est presque entièrement concentrée, car en Hongrie il n’y a que deux établissements de ce genre fondés par actions, l’un à Pestb, l’autre à Karlstadt en Croatie, ce dernier annexé à un tissage.
- La fabrication des tissus s’est développée plus rapidement. En 1856, le nombre des métiers mécaniques atteignait à peine le chiffre de 3,000, et celui des métiers à bras de 30,000. Aujourd’hui, c’est encore le tissage à la main qui est le plus important, mais le nombre des métiers mécaniques atteignit 29,546 en 1880 ; les tissus fabriqués sont presque entièrement consommés dans le pays. Par contre, les tissus imprimés donnent lieu à une importation assez considérable, notamment ceux de Hongrie qui se fabriquent à Pesth et à Stuhlweisemburg, dans le ressort de Pesth. L’une des spécialités du tissage à la main est l’étoffe dite varrotas, qui sert à faire, en Hongrie, des vêtements de femmes, des garnitures de meubles, des rideaux, etc., et dont certains genres sont ornés de broderies et de couleurs, le plus souvent bleus et rouges, du plus joli effet.
- FILATEURS ET FABRICANTS DE TISSUS DE COTON DE LA BELGIQUE
- Il y a dix-sept exposants belges en fils et tissus de coton. Cinq pour la filature et la retorderie : MM. Bos-sut, Roussel et Cie, de Tournai; — Jules de Hemp-tine, de Gand ; — la Société des filatures et friteries réunies (anciennes maisons J.-B. Jelie Borreman et Cie, Creuvé et Honderickx), d’Alost; — Ghilain frères, de Bruxelles et d’Obourg ; — et Van den Bendem, de Bruxelles. Cinq exposants représentent les fils et tissus : MM. J.-J. Dierman fils et C10, de Gand; — Parmentier, Van Hœgarden et Cie; — la Société anonyme Florida (suite de la maison F. de Hemptine, fondée en 1814), de Gand; — la Société la Dendre (E. Geerinckx, E. Clément et Cie), de Termonde ; — Vincent et Auger-Vincent, de Gand. Enfin sept exposants représentent les tissus proprement dits : MM. Félix Beernaerts, de Gand; — C. d’IIeygere et Cie, de la même ville; — J. Eloy et Cie, de Bruxelles et Cureghem ; — Hilaire Gérard,
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- de Bruxelles, Braine-l’Alleud et Mont-Saint-Pont; — Ch. Monckarnie, de Gand ; — Van der Smissen frères, d’Alost; — et Nicolas Wild et frères, de Gand.
- La filature et le tissage du coton ont été introduits en Belgique dès le commencement du siècle par une Société anonyme fondée à Gand en 1804 sous le titre de Société de l'industrie cotonnière. Ces industries firent de rapides progrès pendant la durée du premier empire, protégées qu’elles étaient par le système du Blocus continental; puis la pacification générale de 1814 les anéantit presque complètement. Quelques années plus tard, les encouragements qui leur furent donnés par Guillaume il, et surtout le monopole dont le pays jouissait dans les colonies hollandaises, l’élevèrent à un haut degré de prospérité. De nouveau les événements de 1830 et la séparation de la Belgique avec la Hollande entravèrent leur marche. De généreux efforts furent tentés : le succès les récompensa. La Société de l’industrie cotonnière, composée exclusivement de filateurs et de fabricants de tissus établis à Gand, et cpii en 1834 comptait déjà 42 membres, contribua puissamment à les relever. Mais en juillet 1834, le gouvernement hollandais soumit l’introduction des produits belges dans ses possessions des Indes au droit énorme de 70 pour 100 de leur valeur; cette mesure vexatoire contribua à rendre impossible la concurrence que l’industrie belge faisait aux produits similaires de l’Angleterre sur les marchés de Batavia. Le chiffre des importations de coton et laine de 1843 à 1848 prouvent que, durant cette période, l’industrie cotonnière en Belgique est restée à peu près stationnaire. Le progrès s’est réveillé à partir de 1848.
- Actuellement, la Belgique compte de 700,000 à 800,000 broches. Les établissements de premier ordre se trouvent à Gand qui possède des lilatures de 40,000, 75,000 et 120,000 broches; la retorderie a son siège principal à Alost. L’importation du coton et de la laine, basée sur la moyenne des quinze dernières années, est annuellement de 22 millions de kilogrammes. Les numéros filés vont du Oau 50 belge (4 anglais, ou 40 métrique); un seul établissement produit des fils plus fins ; ce qui n’est pas consommé dans le pays est exporté en France, en Suisse et en Hollande.
- Les tissages sont disséminés un peu partout: il y en a beaucoup à Gand, qui fabrique des calicots écrus et blanchis, unis et croisés, dimittes, cuirs
- anglais unis et à côtes, velours de coton et quelques tissus mélangés. Les autres villes se sont plutôt spécialisées : —Bruxelles, dans la cotonnette fine et de luxe; — Saint-Nicolas, dans les tissus laine et coton ; — Renaix, dans les burnous et articles chemise pour ouvriers; — Mouscron, dans les articles pantalon et tissus pour gilets destinés à l’exportation; — Termonde, dans les couvertures de coton à bon marché ; — flamme, dans les rubans et les lacets ; — enfin Braine-l’Alleud, dans la production des cotonnettes fines et articles pour pantalon.
- La Belgique compte en outre cinq usines principales d’impression, dont les articles sont en partie exportés aux Indes, en Afrique et dans quelques contrées de l’Europe.
- FILATEURS ET FABRICANTS DE TISSUS DE COTON DE LA SUISSE
- La filature suisse, à laquelle la statistique de 1884 attribue 1,880,000 broches en coton, n’est représentée que par un seul exposant, M. Henri Kuntz, de Zurich. 11 est vrai que cet industriel en vaut plusieurs, car il possède à lui seul huit filatures représentant ensemble 263,210 broches, dont voici la nomenclature :
- broches.
- A Kempthal...................... 7.520
- A Betschwanden.................. 7.632
- A Windisch.................... 95.524
- A Linthal.................... 49.448
- A Rathal....................... 33.200
- A Adlisweil.................... 29.258
- A Limmatthal................... 21.428
- A Rorbas....................... 19.200
- Total......... 263.210
- M. Ivuntz, dont la maison a été fondée en 1811, est, comme on le voit, l’un des plus importants filateurs de coton du monde; ses usines exigent une force motrice collective de 2,700 chevaux et fournissent du travail à 2,600 ouvriers. On file dans ces divers établissements en numéros métriques, depuis le 3 jusqu’au 152, destinés à un nombre considérable de fabrications spéciales dont nous relevons l’énumération dans le pavillon spécial de l’exposant (représentant une fontaine jaillissante de rubans peignés de coton retombant sur des flots de bobines et d’écheveaux de fils) : broderies de Saint-Gall, tissus de Roanne, velours, gazes, lingerie, bonneteiie,
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- LES INDUSTRIES TEXTILES
- tulles, calicots, nansouks, etc., et retors pour crochets, fils à coudre, etc.
- L’importation annuelle de coton brut, qui peut donner une idée des fluctuations du travail de la fabrication, a été dans ces dernières années en Suisse :
- tonnes.
- 1883 28.716
- 1884 27.670
- 1885 22.845
- 1886 ... 19.590
- 1887.. 27.000
- Le tissage du coton est représenté par un petit fabricant, MM. StrickeretDiem,de Schwellbrunn (Ap-penzell), qui a exposé une série de jaconas, mousselines, entre-deux et à jours fantaisie, tissés à la main.
- En 1883, à l’occasion de l’Exposition de Zurich, une statistique des ouvriers employés dans l’industrie cotonnière suisse a été publiée. En voici les résultats :
- ouvriers.
- Filature de coton.............. 14.269
- Retordage....................... 1.019
- Tissage........................ 25.450
- Broderie à la mécanique....... 32.875
- — à la main.................. 5.754
- Total......... 79.298
- Soit en tout 79,298 ouvriers, dont 40,669 pour la filature et le tissage, et 38,629 pour l’industrie de la broderie ; nous nous occuperons des exposants de cette dernière industrie au chapitre spécial.
- FILATEURS ET FABRICANTS DE COTON DU PORTUGAL.
- C’est en 1838 qu’a été créée en Portugal la première filature de coton du pays : elle a été édifiée par la Compagnie lisbonnaise de fdature et tissage, de Lisbonne, Société anonyme fondée à cette époque au capital de 5,600,000 francs, qui fait aujourd’hui marcher quatre usines, dont une teinturerie, àSanto-, Amaro et 01 ho de Boi, et qui comprend 18,500 broches et 700 métiers à tisser. Cette Société fut la seule qui, à notre première Exposition universelle, en 1855, représenta l’industrie cotonnière portugaise. Nous la retrouvons encore en 1889, mais avec dix autres exposants dont plusieurs grandes Compagnies fondées à la suite des succès remportés par la pre-
- mière, ce qui nons montre que l’industrie cotonnière a acquis aujourd’hui une certaine importance dans le pays.
- L’une des Sociétés les plus considérables est la Compagnie de la fabrique royale de fdature de Tliomar, fondée quelques années après au capital de 2,222,222 francs, et qui fait marcher actuellement 19,520 broches à filer, 2,952 à retordre et 500 métiers à tisser. Citons après elle comme autres associations qui prennent part à l’Exposition: la Compagnie de fabrication des cotons, de Xalbrégas; — la Compagnie Fabril de Salgueiros, de Porto; — la Compagnie Manufactora de artefact os, deMalha; — la Compagnie de filature portugaise, de Porto; — et l’Association fraternelle des fabricants de tissus et arts corrélatifs, de Lisbonne. Les autres exposants sont : MM. Bahia et Genro ; — Carlos da Silva Feir-reira; — Guedes et Cie; — José Mariani; — tous de Porto. Les articles envoyés sont des croisés écrus et surtout des cotonnades rayées et à carreaux.
- Les Colonies portugaises se sont jointes à la métropole. L’association industrielle portugaise de Lisbonne a envoyé divers types de couvertures en coton et laine de l’île Brava (Cap Vert), et quelques courtepointes et tissus de sa fabrication ; le tout est complété par une collection d'étoffes venues du musée des colonies de Lisbonne, pour le Cap Vert, Angola, Saint-Thomas et Prince, Mozambique, Macao, etc.
- FILATEURS ET FABRICANTS DE TISSUS DE COTON D’ESPAGNE.
- D’après un relevé fait en 1846, le nombre des broches de filature était, en Espagne, de 1.238,400, et le nombre des métiers à tisser mécaniques de 1,600. Aujourd’hui, une statisque de 1883 nous donne 1,855,000 broches et 2,900 métiers à tisser. L’industrie cotonnière a ôté établie dans le pays dès le commencement du siècle; elle s’y était développée sous l’empire de la prohibition absolue et d’une législation douanière qui assurait exclusivement aux produits de la métropole tous les marchés coloniaux; mais l’invasion française de 1807, la guerre de l’Indépendance, la révolte des colonies américaines, ont successivement contribué à la mettre en échec, et, comme on peut le voir par les deux statistiques que nous donnons, la progression dans l’espace de quarante ans a été relativement peu importante. Elle est presque entièrement concentrée à Barcelone et ses
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- A L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1889.
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- environs (Jungueras, Sabadell, etc.) : sept exposants de tissus (calicots, étoffes fil et coton, cotonnettes, couvertures, eic.), appartenant au rayon de cette ville, et un industriel de Palma (Baléares), ont pris part à l’Exposition.
- Les Colonies espagnoles sont représentées par la Fabrica de pamielos de Filipinas, de Manille (Philippines), qui a envoyé quelques types des mouchoirs du pays.
- FILATEURS ET FABRICANTS DE TISSUS DE LA RUSSIE.
- Depuis 1835, époque où l’industrie cotonnière a ôté établie en Russie, ses développements ont été réguliers et successifs, et ils sont surtout devenus importants à partir de 1849, lorsque le gouvernement du pays, afin de la nationaliser et de la rendre assez forte pour assurer son indépendance, a inauguré le système qu’il a continué depuis lors, de frapper de droits importants les filés étrangers et les tissus. La contrée possédait alors à peu près 1 million de broches; en 1877, on lui en donne *2,706,283, aujourd’hui, une statistique de 1883 lui attribue 4,900,000 broches. Le tissage était représenté en 1877 par 54,566 métiers pour 106 établissements; il est, d’après la dernière statistique, de 86,116 métiers pour 123 établissements.
- Rappelons ici que la plus grande filature de coton du monde se trouve en Russie, à Krahnolm. Cette usine comporte 340,000 broches et 2,200 métiers à tisser. Elle dispose d’une force de 6,300 chevaux et emploie 7,000 ouvriers; la force motrice est obtenue par une chute de la rivière Marowa, qui met en mouvement huit turbines fabriquées à Ausbourg, dont l’une, marchant depuis 1867, travaille nuit et jour depuis son installation sans avoir jamais nécessité de réparation; l’arbre de couche de la machine a été construit à Bol ton. Les ouvriers employés sont des Russes et des Esthoniens. Le travail hebdomadaire est calculé à raison de soixante-dix-neuf heures avec des salaires variant de douze à dix-huit roubles par mois. La partie technique de l’administration est presque entièrement confiée à des Anglais.
- Les exposants russes sont au nombre de vingt. 11 n’y en a qu’un seul pour la filature, M. A.-M. Shu-koff, de Saint-Pétersbourg, qui a agencé, dans un pavillon spécial, des bobines de fil à coudre blanc et couleurs sous la forme1 du dôme de la cathédrale Isaac. Les autres exposent surtout des cotonnades teintes et imprimées en rouge d’Anclrinople,
- et quelques cotonnades, cretonnes, satins, tissus mixtes, moleskines et velours de coton.
- Citons parmi les principaux : la Compagnie de la manufacture Asaph Baranoff, de SokoloRsk (gouvernement de Vladimir) ; — la Compagnie de la manufacture de Baranoff, de Carabanowo (id.); — la Compagnie de la manufacture de Bogorodowsko-Gloukhoff (Zahar Morosoff fils), de Gloukhowo et Zouewo (gouvernement de Moscou); — A.Karetnikolf fils, de Tikovvo (gouvernement de Vladimir) ; — les héritiers de E.-T. Kariakina, de Redkine-Maslow (gouvernement de Toula) ; — la Société des manufactures de Jasouninskich, à Kohma (gouvernement de Vladimir); — la Société N. Derbeneva et fils; — la Société de la manufacture d’indiennes Kouvaeff, à Ivanovo-Vosnesensk; —et la Société de la manufacture Pras-covia Wittova et fils, de la même ville.
- FILATEURS ET FABRICANTS DE TISSUS DE ROUMANIE.
- L’industrie cotonnière de la Roumanie est représentée par une quinzaine d’exposants qui tous ont envoyé des articles confectionnés de coton écru en tissu clair ornés de broderies. L’établissement de beaucoup le plus important du pays est celui de la Société Furnica, de Golesci (district Muscel), qui comprend filature et tissage : cette filature est d’ailleurs la seule de la contrée. Puis viennent par ordre d’importance les tissages de Mmcs Ekaterina Luchesku, de Piteci; — Maria Païsu, de Gampu-Lung ; — Natalie Berdam, de Coroesci, etc.
- FILATEURS ET FABRICANTS DE TISSUS DE COTON DES ÉTATS-UNIS.
- C’est en 1790 qu’a été construite à Pawtucket, près Providence, pour le compte de MM. Browne et Almy, par un Anglais du nom de Samuel Slatter, la première filature de coton des États-Unis. La nouvelle industrie marcha R’ès vite; l’invention de la machine à égrener en 1794, et plus encore les lois de protection qui furent votées par le Congrès américain, lui donnèrent une impulsion telle qu’en 1809 il y avait dans le pays 87 filatures faisant mouvoir ensemble 80,000 broches. En 1814, Francis Lowel, de Boston, construisit le premier tissage en Amérique ; il y adjoignit pour l’alimenter une filature de 1,700 broches, de sorte qu’on peut le considérer comme celui qui, dans le monde entier, a inauguré l’adjonction
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- LES INDUSTRIES TEXTILES
- de ces deux industries dans un même établissement. A partir de cette époque les statistiques permettent
- de relever une progression constante ; les chiffres coton dans les États du Nord et du Sud pour
- suivants en font foi. période des onze années 1876 à 1886
- NOMBRE NOMBRE
- NOMBRE de de métiers NORD. SUD. TOTAL.
- ANNÉES. d’établissements. broches. à tisser. — — —
- — — livres. livres. livres.
- 1831.... ..... 801 1.247.000 33.500 1876... 537.600.000 63.600.000 601.200.000
- 1860... 1.991 5.236.000 126.300 1886... 756.000.000 155.200.000 911.200.000
- 1880.... .... 756 10.654.000 23 600
- Une statistique publiée en 1885 pour la filature seule, évalue le nombre des broches à 13,250,000.
- Le nombre d’ouvriers occupés dans ces diverses industries et la consommation annuelle du coton, ont été relevés en même temps que les données que nous venons d’indiquer ; en voici le libellé :
- ANNÉES. par nommib (fourriers occupés. 1000 broches j compris le tissage. CONSOMMATION do colon brut. CONSOMMATION par broche et par an.
- 1831... .. 62.200 50.00 kilog. 35.000.000 28.000
- 1860... .. 122.000 23.30 192.000.000 36.600
- 1880... .. 172.600 16.20 340.000.000 32.000
- Ce sont surtout les six États de Maine, New-Hampshire, Vermont, Massachusetts, Rhode-lsland et Connecticut, formant ensemble l’agglomération connue sous le nom de New-England, qui sont le centre de la filature de coton : on y file surtout les nos 20 à 31 français, assez couramment les n s 45 à 60, et rarement les nos 100 à 140. Les deux centres de filature les plus importants du pays sont Lowell et Lawrence, près de Boston. Presque toutes les filatures d’Amérique sont accompagnées de leurs tissages, et beaucoup ont des ateliers de teinture et d’impression. Il y en a de très importantes, comme le Harmony Mill, de Cohoes, près Albany, qui possède 285,000 broches et 6.100 métiers à tisser mus par la force hydraulique ; — la Merrimack Manufac-turing C°,de Lowell, qui comprend 153,000 broches, 4,500 métiers à tisser et 21 machines à imprimer ; — le Pacific Mill, de Lawrence, avec 137,000 broches, 7,000 métiers à tisser et 24 machines à imprimer, sans compter 30,000 broches de laine peignée et mixte, le tout exigeant une force de 8,500 chevaux ; — 3,500 sont produits par des machines à vapeur, dont une du système Corliss, de 2,500 chevaux, et 5,000 sont fournis par des machines hydrauliques, etc.
- Dans les États du Sud, l’industrie cotonnière ne date que de 1876, mais elle a marché à pas de géant.
- Une statisque publiée récemment à New-York donne les chiffres suivants relatifs à la consommation du
- Il est regrettable qu’une industrie aussi importante ne soit pour ainsi dire pas représentée à l’Exposition, car nous comptons pour rien les quelques échantillons de fils et tissus imprimés envoyés par six manufacturiers de ce pays. L’Amérique, cette fois, a préféré réserver toutes ses forces pour l’électricité.
- FILATEURS ET FABRICANTS DE TISSUS DES INDES.
- Les Indes n’ont pas pris part à l’Exposition ; mais l’industrie de ce pays a trop d’importance pour que nous la passions absolument sous silence. La dernière statistique officielle a été faite en juin 1887 par l’Association des filateurs de coton des Indes dont le siège est à Bombay; elle a donné les résultats suivants, — en face desquels nous plaçons un relevé antérieur fait par la même association en 1870, pour bien juger du progrès accompli :
- 1885 1879
- Filatures........
- Broches..........
- Métiers à tisser.... Ouvriers employés. Balles consommées.
- 87
- 2.148.703
- 16.537
- 67.198
- 598.180
- 56
- 1.452.794
- 13.018
- 42.914
- 267.385
- D’où il suit que dans l’espace de six années 31 filatures nouvelles se sont élevées dans les Indes britanniques et que la consommation du coton brut y a presque doublé. Voici le détail de la statistique d’ensemble :
- FILATURES. BROCHES.
- OUVRIERS
- métiers, employés.
- Bombay et environs. 49 1.347.390 12.011 41.545
- Présidence Bombay. 19 304.410 2.577 9.881
- Indes centrales 1 26.036 464 714
- Provinces centrales. 2 43.872 365 2.318
- Bérar 1 16.380 )) 537
- Ilydérabad 1 15.172 205 605
- Provinces Nord-O... 3 80.356 779 2.659
- Bengale 6 229.095 )) 6.340
- Madras 5 85.992 136 2.599
- Total. 87 2.148.703 16.537 67.198
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- Les métiers à tisser relevés ne sont, bien entendu, ! que des métiers mécaniques ; mais il y a en dehors de cela, dans les campagnes, un nombre considérable de métiers à la main; ce sont ceux-ci qui tissent les étoffes de coton qui, de tout temps, ont été la matière première des vêtements indiens pour les hommes comme pour les femmes, — excepté dans l’Assam et la Birmanie où l’on préfère la soie. Le nombre de ces métiers, assez restreint avant 1861, époque à laquelle la moliartarfa, ou taxe sur les métiers, a été abolie, fut un moment des plus importants. En 1870, on l’évaluait à 279,220 dont 220,015 dans les campagnes et 50,205 dans les villes. Ce nombre est aujourd’hui considérablement diminué, et décroît de jour en jour au fur et à mesure de l’accroissement du tissage mécanique; mais il est encore relativement élevé, notamment dans les provinces centrales. Une statistique faite spécialement pour cette région en 1887, signale encore l’existence de 87,850 métiers employant 1/45,896 ouvriers.
- FILATEURS ET FABRICANTS DE TISSUS DU MEXIQUE.
- A signaler dans le pavillon mexicain des spécimens de deux articles de coton de grande consommation pour la classe laborieuse de la population de ce pays : une espèce de mousseline écrue appelée donouia, qui sert d’une façon générale à l’habillement de ladite classe, et une espèce de toile de coton nommée boua, analogue à une légère toile à voile qui est aussi beaucoup employée.
- Les établissements cotonniers se trouvent à Mexico et dans le rayon de cette ville : ils comprenaient, en 1886, 260.750 broches et 8.758 métiers à tisser. 11 existe aussi dans le pays six établissements d’impression sur tissus produisant mensuellement environ 23,000 pièces en dessins variés et de beaucoup de goût.
- FILATEURS ET FABRICANTS DE TISSUS DE COTON I)U BRÉSIL.
- Nous trouvons dans le pavillon du Brésil quelques pièces de tissus de coton comme spécimens de l’industrie textile de ce pays. D’après une statistique publiée en 1886, cette industrie comprenait en tout 60 manufactures de coton et 2 de lainages. Ces 62 établissements employaient /i,836 métiers et 225,122 broches, utilisant 8,370 ouvriers; A3 de
- ! ces manufactures étaient la propriété de Compagnies brésiliennes. L’industrie cotonnière ne peut que progresser dans la contrée, aidée par les inventions des ouvriers et ingénieurs étrangers dont elle sait faire son profit, et protégée par les droits de douane excessifs et toujours croissants dont sont frappées à l’entrée les marchandises venant du dehors.
- FILATEURS ET FABRICANTS DE TISSUS DE COTON DU JAPON.
- Le Ministère de l’Agriculture et du Commerce de Tokio (direction de l’Industrie) a envoyé à l’Exposition un grand nombre d’échantillons de cotons filés, ainsi que des types d’imitation de flanelles, étoffes pour mouchoirs, etc. En outre cinq fabricants de ce pays ont exposé des tissus de coton façonnés. A vrai dire, cette exhibition n’est pas absolument irréprochable; mais elle est une menace pour la vieille Europe' en ce sens qu’elle est la continuation lente, mais sûre, de l’exode de nos industries textiles européennes vers les pays producteurs de matières premières où la main-d’œuvre est généralement beaucoup moins élevée que la nôtre.
- Il faut savoir que, en ce qui concerne la matière brute, les provinces de Lawachi, Mikawa, et Settou produisent actuellement ensemble et par année moyenne, 5,250 quintaux métriques de coton en laine; celles de Owari etHarima, environ 1,125 quintaux; celles de Aki, Bichin et Sanuki, 750 quintaux; et celles de Bingo, Bizen, Iloki et Schimozuke, à peu près 500 quintaux. D’autres régions produisent des quantités moins appréciables, mais en totalisant cette production, on n’en arrive pas moins au chiffre de 2,000 quintaux par an.
- La filature a pris dans ces dernières années une extension considérable. Il existe en ce moment dans le pays 21 filatures de coton avec 82,500 broches; nous pouvons en donner la nomenclature exacte :
- Filature de Osaka.... 30,000 broches.
- — Nagoya..... 4,000 —
- — Tamashima.. . 4,000 —
- — Kagoshima .... 3,300 —
- — Hirashima..... 3,000 —
- — Dojima..... 3,000 —
- — Aichi...... 2,000 —
- — Kawasaki...... 2,000 —
- — Kawabaca...... 2,000 —
- — Miye....... 2,000 —
- — Okavama....... 2,000 —
- — Miyagi...... . 2,000 —
- A reporter....... 59.300 broches.
- Supplément a l’Industrie textile du 15 Janvier.
- 18e Fascicule.
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- LES INDUSTRIES TEXTILES
- Report............ 59.300 broches.
- Fabrique de Nagasaki... 2,000 —
- — Shimada... 2,000 —
- — Eushu .. . 2,000 —
- — Nozawa.... .... 2,000 —
- — Shimamma. 2,000 —
- — Kagoshima. . . . . 7,200 —
- — Schikawa.. 2,000 —
- — ' Ilimagi.... .... 2,000 —
- — Toyoi .. . . 2,000 —
- Total. .... 82.500 broches.
- Ce ne sont, comme on le voit, sauf la manufac-
- ture d’Osaka, que de forts petits établissements ;
- mais plusieurs autres plus importants sont actuellement en construction ou viennent d’être achevés tout
- récemment; ce sont :
- Filature de Owari 10,000 broches.
- — Naniwa.... 10,000 —
- — Hirano .... 5,000 —
- — Tokio...... 50,000 —
- — Jarvata.... 2,000 — •
- — Terreraa... 30,000 —
- — Wakayama. 5,000 —
- — Nambu 5,000 —
- Total. . .. 117,000 broches.
- CHAPITRE VU
- Fils et tissus de lin, de chanvre et de jute.
- De temps immémorial, on a utilisé le lin en France. Lorsque les Romains firent la conquête des Gaules, les champs de ce textile les frappèrent d’admiration, et, à cette époque, César, dans ses Commentaires, ne manqua pas de décrire le sagum de nos ancêtres, habit fait de fils de lin et dans la dénomination duquel il faut sans doute chercher l’origine de notre sarrau actuel. Il n’est jamais fait question du lin avant ce temps dans aucun des historiens latins, tandis que, dans la suite, quelques-uns mentionnent souvent les importations de toiles qui se firent sous le règne d’Auguste du pays des Atrébates (aujourd’hui l’Artois), en Italie.
- Les Francs ne dédaignèrent pas de continuer la tradition, et Charlemagne au vmc siècle en encouragea la culture. Il défendit, en outre, dans ses Capitulaires, de filer le dimanche (789) ; il spécifia la peine
- à infliger à ceux qui se seraient rendus coupables du vol de cette plante (798), et il exigea (813) qu’on filât le lin à la cour pour en confectionner des vêtements; finalement, lui-mêmenevoulutporter que des tuniques que sa femme eût filées.
- Au siècle suivant, nous voyons Charles le Gros (SSA) ordonner que toutes ses femmes, même les princesses, soient instruites dans l’art de filer et de tisser le lin. Les chroniqueurs du temps parlent alors de fuseaux d’argent dont se servaient les femmes de la cour; mais ils ne disent rien du métier qui servait à en faire de la toile.
- Nous savons encore que du xe siècle (958), date l’établissement à Thourout, Bruges, Courtrai, Cassel et Tourcoing, de marchés publics destinés à la vente des produits du pays et spécialement de lins filés et des toiles de lin. Ce furent Baudoin III et Arnould le Vieux qui décrétèrent la fondation de ces marchés.
- Parmi les documents qui nous restent sur le commerce des Flandres, nous rappellerons surtout l’un d’eux qui mérite certainement d’être signalé. Il y est rapporté qu’à l’entrée d’Isabelle de France dans la ville de Courtrai, les magistrats voulurent donner à la Comtesse une idée de la principale industrie du pays, et en même temps la récréer en l’instruisant. On représenta alors devant elle, sur un théâtre à dix degrés, les diverses manipulations que l’on faisait subir au lin avant de le livrer à l’état de tissu à la consommation. Préparation de la terre, ensemencement, sarclage, récolte, rouissage et teillage; toutes les opérations, en un mot, jusque même celles du filage au fuseau, du tissage et du blanchiment, furent représentées en simulacre devant elle. On feignit même en terminant de vendre au marché la toile qu’elle avait vu tisser.
- Toutefois, il faut le dire, en dehors de la Flandre, les toiles de lin étaient en France d’une extrême rarété, et l’emploi du linge fin fut longtemps considéré comme un luxe. On ne se servait généralement que de chemises de serge. Sous Henri II, époque où les mouchoirs étaient encore inconnus, les grands seigneurs en étaient réduits à s’essuyer le nez sur leur manche. La reine Isabeau de Bavière, ayant apporté dans son trousseau deux chemises en toile fine, cette particularité fit grande sensation à la cour de France. Les chroniqueurs du temps rapportent que Charles VI, son mari, connaissait tellement bien la valeur de la toile à cette époque, qu’après la bataille de Roosbeke, il voulut en implanter la
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- fabrication en France, et qu’il fit savoir aux habitants de Courtrai que, s’ils voulaient transporter chez lui leur trafic, il ne leur serait fait aucun mal. Les Courtraisiens refusèrent, et en conséquence la ville fut détruite.
- La différence de prix devait être dès lors très grande entre la grossière toile de serge et le linge fin. A ce propos, nous lisons dans la chronique de Geoffroy de Vigeois: — «Cette année (1178), la disette du lin et de la cire se lit fortement sentir. Une chemise qui se payait ordinairement neuf deniers se vendait deux sols quatre deniers. » — Ce prix, très élevé en effet, provenait encore de la difficulté qu’il devait y avoir non seulement à fabriquer le fil fin, mais encore à coudre ensemble les morceaux de la toile dont on se servait, car on ne connaissait pas encore l’aiguille que nous employons aujourd’hui : nous avouons n’avoir trouvé aucun document qui pût nous renseigner sur la manière dont se faisaient les coutures à cette époque.
- Le prix de la toile n’avait guère baissé sous Charles VIII. Lorsque Anne de Bretagne épousa ce roi, elle reçut des femmes du comté de Cornouailles comme témoignage d’amour et de vénération pour leur bien-aimêe Duchesse, un présent consistant en quatre douzaines et demie de chemises et six paires de drap filés par elles, ce qui laisse supposer que le linge de corps avait encore une grande valeur.
- Nous rappellerons combien étaient recherchées les serviettes à ramages que l’on fabriquait à Pieims exprès pour les cérémonies du sacre. Au xme siècle, la réputation des toiles de Flandre était telle qu’une chronique du temps, citée par Mathieu de Westminster, dit que le monde entier venait chercher ses beaux vêtements dans ce pays.
- Le Comte de Laval avait été le premier à profiter de l’exemple des Flandres. Les manufactures de ce pays ne doivent en effet leur origine qu’aux cultivateurs et aux toiliers flamands que Béatrix de Gaure, Comtesse de Flandre, avait amenés avec elle en 1296 lors de son mariage avec le Comte de Laval. Dès le principe, les premiers essais furent stériles; mais, néanmoins, la fabrication des toiles se soutint dans le pays, grâce aux encouragements donnés par ses seigneurs. Nous voyons en effet, en 1396, un Comte de Laval décréter dans une assemblée des principaux fabricants, un règlement fixant les différentes largeurs et la qualité que les toiles devraient avoir et abandonner gratuitement des prairies sur le
- bord d’une rivière pour en faire des blanchisseries. Quatre jurés furent alors nommés pour veiller à l’exécution du règlement. Quelques années plus tard, des commerçants espagnols qui étaient venus s’établir à Nantes aidèrent à la prospérité de la fabrique de Laval, peu connue à cette époque, en y achetant des toiles à destination de l’Espagne; à partir de cette époque, bon nombre de tisseurs de serge se mirent à fabriquer de la toile, les manufactures se multiplièrent et s’étendirent jusqu’à Mayenne et Château-Gontier.
- Ce ne fut qu’en 1669 que les seigneurs de Laval cessèrent de protéger les manufactures du pays.
- Au xie siècle, cependant, l’emploi de certains tissus grossiers en lin commençait à se généraliser dans les classes moyennes, et le commerce s’agrandissait, tout autant à cause du bénéfice qu’en retiraient les marchands que parce que les consommateurs s’aperçurent que l’emploi de ces étoffes faisait disparaître un grand nombre de maladies cutanées, la lèpre en particulier. Mais alors ce n’est plus en France que ces industries prennent leur grand essor : c’est en Allemagne, où elles y deviennent une source inépuisable de richesses. La Silésie avait créé en 1300 une corporation spéciale pour en favoriser le commerce, et le Palatinat, en 1340, comptait déjà un grand nombre de fabriques de toile. Chacun connait le nom du fabricant Sugger, qui dans un banquet offert à Charles-Quint, brûlait gracieusement dans un bol d’aromates un billet d’un million de florins que l’empereur lui avait souscrit ; du fabricant Sugger qui se trouvait assez riche pour prêter des millions aux pays et aux empereurs : « J’ai dans ma ville d’Augsbourg, disait alors Charles-Quint en parlant de Sugger, un tisserand capable de vous acheter tous les trésors de la couronne de France. »
- 11 fallut la guerre de Trente Ans pour renverser cette suprématie et répandre le commerce des fils en Angleterre et en Hollande. La Hollande surtout qui s’était alors emparée du commerce maritime, en tira grand avantage, à tel point que, sans presque fabriquer de tissus et en vendant des étoffes qui venaient de Flandre, elle parvint à donner aux toiles de Hollande, qui n’existaient pas, une réputation qui n’est pas encore entièrement disparue aujourd’hui.
- En France, la Flandre avait toujours la primauté. La filleterie (aujourd’hui filterie), avait surtout pris une grande extension; on y faisait des fils de 3, 4, 5 et 7 bouts, des fils de masse, des fils façon Tournai, des fils de Bretagne $ à broder, à faire les dentelles, des fils dits chuinetsi etc. Le commerce des tissus
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- était aussi très prospère. On citait encore cependant comme une chose fort rare l’emploi du linge de corps, et les historiens (1580), mentionnent comme une grande nouveauté les deux chemises de toile que Catherine de Médicis possédait dans son mobilier.
- Rappelons l’influence que les grands événements politiques et les découvertes industrielles importantes ont exercée sur l’industrie du lin.
- L’extension du commerce des fils de lin commence surtout au retour des croisades. Les manufactures de l’Orient, les choses toutes nouvelles issues d’une civilisation plus précoce que virent alors les croisés, les frappèrent, et étendirent leurs idées et leur vues ; on devint alors moins apathique aux idées commerciales.
- Cette impulsion est encore plus marquée au xiie siècle, à l’époque où Louis le Gros restitue aux communes leurs anciens privilèges. Chacun, maître des fruits de son travail, met évidemment plus d’ardeur, applique volontiers ses recherches aux idées dont il profite directement. Et plus tard, lorsque les exportations sont rendues plus faciles par la découverte de la boussole, qui permet de s’orienter vers des contrées interdites jusque-là au navigateur le plus audacieux, alors la prospérité du commerce du lin est à son comble.
- C’est de cette époque que date la création de l’Association des Lombards et de la Ligue hanséatique : — la première, dont l’idée est due aux Italiens, sorte de Société mixte qui sert à toute l’Europe de commissionnaire de transport et de banquier; — la seconde, formée vers le milieu du xme siècle entre quatre-vingts villes commerciales, et qui facilite d’une façon remarquable les échanges du monde entier.
- En 1686, la France, la Bretagne surtout, expédiait en Angleterre des tissus de lin pour 700,000 livres sterling, soit 19 millions de francs, somme énorme pour le temps. Lisieux y envoyait ses cretonnes, Alençon ses toiles d’étoupes, Cambrai ses batistes, auquel le nom d’origine est resté (en anglais cam-brics), le Béarn son linge de table.
- Ce fut la révocation de l’édit de Nantes qui paralysa cet essor, en ayant pour effet de faire sortir de France 660,000 ouvriers et d’en faire passer en Angleterre 70,000. A ce moment la concurrence anglaise commence déjà pour nous, car c’est alors qu'un Français, Louis Crommelin, alla fonder près de Belfast l’importante fabrique de Lisburn, qui
- compte encore aujourd’hui comme l’un des principaux centres de tissage irlandais.
- Au commencement du siècle, le lin se filait encore uniquement à la main. Rien cependant n’avait été négligé pour arriver à un but utile. Arkwright avait essayé de filer le lin sur ses machines à coton. En 1787, John Rendrew et Thomas Porthouse, de Dar-lington, avaient pris un brevet pour un métier à filer le lin auquel, cinq ans plus tard, James Avtonn, de Kirckaldy, ajoutait de notables perfectionnements : une petite filature montée par Aytonn lui-même avec quatre de ses machines, fonctionna quelque temps en Angleterre, mais pour disparaître bientôt. Un sieur Robinson, en 1798, William Brown, deux ans plus tard, imaginaient et faisaient breveter d’autres appareils; ceux de Brown, introduits plus tard en France, en 1805, étaient regardés comme les plus parfaits, mais étaient loin de résoudre le problème du filage mécanique du lin.
- Frappé de cet état de choses, Napoléon Ier voulut avoir avant tout l’idée d’une telle création : son patriotisme l’y poussait comme aussi son aversion des Anglais. Étonné des prodiges d’activité et des sources de richesses qu’engendrait chez nos voisins l’industrie de la filature du coton, il pensa que, de préférence au blocus continental, le meilleur moyen de faire concurrence à ce produit exotique ôtait de filer un textile indigène, et il choisit le lin, matière filamenteuse d’un usage alors universel. Le 12 mai 1810, un décret parut dans le Moniteur promettant un million de récompense à l’inventeur de la filature du lin. Chacun en connaît le texte. Plus tard, un programme annexé au décret traça les conditions du concours : le délai d’invention était limité à trois années, au bout desquelles les machines devaient avoir été construites en grand et être prêtes à fonctionner.
- Deux mois après, le 18 juillet 1810, un premier brevet était pris pour cette invention : il contenait les principes fondamentaux du filage mécanique du lin. Philippe de Girard avait résolu le problème : — la France comptait une gloire de plus.
- « Quelques jours après la publication du décret impérial, dit M. Ampère, Philippe de Girard, alors âgé de trente-cinq ans, était chez son père à Lour-marin (Vaucluse). Pendant le déjeuner de famille, on apporta le journal qui contenait ce défi magnifique jeté à l’esprit d’invention sans en exclure aucun peuple, et comme avec la confiance que l’universalité duconcoursn’empêcheraitpas cette récompense d’être
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- remportée par un Français. En effet, c’est un Français qui a eu, sinon le bonheur de l’obtenir, du moins la gloire de l’avoir méritée. Philippe de Girard passa le journal à son fils en lui disant : « Philippe, voilà qui te regarde. » Après le déjeuner, celui-ci se promenait seul, décidé à résoudre le problème. Jamais il ne s’était occupé de rien qui eut rapport à l’industrie dont il s’agissait. Il se demanda s’il ne devait pas étudier tout ce qui avait été tenté sur le sujet proposé, mais bientôt il se dit que l’offre d’un million prouvait qu’on n’était arrivé à rien de satisfaisant. Il voulut tout ignorer pour mieux conserver l’indépendance de son esprit. Il rentra, fit porter dans sa chambre du lin, du fil, de l’eau, une loupe, et regardant tour à tour le lin et le fil, il se dit : « Avec ceci il faut que je fasse cela. » Après avoir examiné le lin à la loupe, il le détrempa, dans l’eau l’examina à nouveau, et le lendemain à déjeuner il disait à son père : « Le million est à moi ! » Puis il prit quelques brins de lin, les décomposa par l’action de l’eau de manière à en séparer les fibres élémentaires, les lit glisser l’une sur l’autre, en forma un fil d’une extrême finesse et ajouta : « 11 me reste à faire avec une machine ce que je fais avec mes doigts et la filature est trouvée. »
- 11 avait effectivement trouvé le principe du filage à l’eau chaude, et pour lui, du principe à l’application, il n’y avait qu’un pas.
- Certain du succès de son invention, il voulut la mettre en pratique afin de présenter au concours proposé une méthode logique et assurée. Dès le commencement de l’année 1811, il chargea un ouvrier du nom de Laurent de lui construire une machine à filer d’après ses principes : elle n’avait que douze broches, mais elle lui suffisait pour faire ses essais ; il réussit, après quelques tâtonnements, à y produire du fil de 250,000 mètres au kilogramme, c’est-dire du n° 250 anglais.
- Aidé de ses frères et de quelques amis, il convertit en appareils de tous genres et en constructions l’héritage paternel, qui s’élevait à 700,000 francs, et monta bientôt en 1812, rue Meslay, à Paris, la première filature de lin, qui comprit dix métiers et deux mille broches. Bientôt un homme savant et plein d’initiative, Constant Prévost, qui devait plus tard occuper la chaire de géologie à la Faculté des sciences de Paris et une place éminente à l’Institut, s’associa avec lui; un second établissement fut alors créé rue de Charonne, et Philippe de Girard se trouva tout à coup à la tête de deux fabriques 'mo-
- dèles. Les machines en avaient été toutes construites par l’ouvrier mécanicien Laurent qui s’était attaché à son service et s’était fait aider de temps à autre par'Henriot, ex-chef d’horlogerie à l’École impériale de Châlons.
- Philippe de Girard mit alors tous ses soins à faire produire ses machines et à les perfectionner. Le 14 janvier et le 5 mai de l’année 1812, il ajouta à son premier brevet deux certificats d’addition.
- Le concours ouvert par le décret de 1810 devait être fermé le 17 mai 1813. Le moment était donc venu de faire connaître son invention ; il en fit part à l’Empereur. Le bruit de son invention s’était déjà répandu et un grand nombre de curieux et de savants étaient venus visiter ses établissements; mais ce fut seulement un peu plus tard que le Ministre du Commerce, Chaptal, vint officiellement, par ordre de l’Empereur, voir fonctionner les machines; il les visita toutes, examina minutieusement les produits fabriqués; son approbation fut complète.
- Dès que l’Empereur se fut rendu compte des progrès accomplis sous les auspices de Philippe de Girard, il écrivit lui-même le 22 mai à M. Passv, Ministre des Manufactures, pour donner ordre de faire expérimenter sans frais les métiers à lin au Conservatoire, et pour convoquer le jury du concours. Les événement politiques en décidèrent autrement.
- Nous arrivons à la Restauration. Peu soucieux de payer les dettes de Bonaparte, ce gouvernement ne donna aucune suite au concours provoqué par Napoléon Iur. Avec les Cent Jours, Philippe de Girard reprit espoir.
- Il avait, pour soutenir son industrie, grevé d'hypothèques ses propriétés et celles de ses frères ; grâce à ces sacrifices, son crédit n’avait pas souffert, et il écrivit à l’administration pour qu’elle donnât suite aux promesses de 1810, Le Directeur du Conservatoire lui répondit le 11 juin que sa demande était agréée. Mais sept jours après, Waterloo vint nous perdre : Napoléon tomba, et, avec lui, son protégé.
- Philippe de Girard ferma d’abord sa filature de la rue Meslay. Ilne conserva celle delà rue de Charonne que dans l’espoir de relever son crédit, refusant malgré tout de céder aux conseils de ses amis qui l’invitaient à déposer son bilan. Bientôt un créancier impitoyable le lit arrêter au milieu de ses ateliers, et conduire à Sainte-Pélagie.
- En ce moment critique, Philippe de Girard offrit au gouvernement, par l’intermédiaire de Bavière, beau-père de Constant Prévost, de vendre ses ma-
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- chines à des conditions exceptionnellement avantageuses. Trois experts, Christian, Regnier et Pajot des Charmes furent aussitôt nommés pour les examiner, et bientôt un rapport rédigé et signé par eux, apprit au public que ces ingénieux appareils « ne méritaient pas l’honneur d’être placés au Conservatoire ». Le Ministre de l’Intérieur, un certain De La Branche, écrivit alors à Philippe de Girard qu’ « il se voyait à regret dans la nécessité de l’informer qu’il n’y avait pas lieu de donner suite à sa demande ». L’inventeur ne se rebuta point. Il répondit au Ministre qu’il acceptait la décision de l’État; mais il demanda qu’on voulût bien pour le moment lui accorder une certaine somme pour faire des expériences sur ses métiers. Cette fois on accepta, mais d’une façon quasi injurieuse. Napoléon Ier n’avait pas reculé devant l’offre d’un million pour l’invention de la filature mécanique ; — le gouvernement d’alors commença par prendre comme caution un matériel qui valait plus de 30,000 francs et lui en accorda 8,000.
- Dans ces circonstances,, exaspéré par les revers et sollicité par François d’Autriche, Philippe de Girard, en butte aux poursuites incessantes de ses créanciers, donna à ceux-ci toutes les garanties exigées, et, sur leur incitation, alla construire une filature mécanique à Hirtenberg, près Vienne.
- Il partit donc, accompagné de Constant Prévost, son associé, et de quelques créanciers auxquels il était convenu d’abandonner la moitié de ses bénéfices. Il laissait à Paris, sous la direction de ses frères, un assortiment complet, pour perpétuer dans sa patrie le souvenir de ses inventions. Quelque temps après, son frère Joseph et son neveu Henri vinrent le rejoindre. Il monta tout d’abord un atelier de construction mécanique et une petite filature seulement. Celle-ci put marcher au bout de deux années. L’établissement d'Hirtenberg comptait alors dix métiers à filer de cinquante-quatre broches avec leurs préparations. Les premiers fils fabriqués furent utilisés dans le tissage d’un sieur Heitzmann, fabricant à Brana, en Moravie, qui employait cent métiers1.
- En 1817, le 9 avril, une commission fut nommée par l’Empereur d’Autriche pour examiner le travail des machines de Philippe de Girard. Elle n’eut entièrement qu’à approuver.
- Quelques mois après, les ateliers de construction
- 1. Annales de VEcole impèr. polylech. de Vienne, t. 1, p. 388. — 1819.
- étaient complètement terminés et une administration spéciale fut désignée pour les diriger. Philippe de Girard fit bientôt annoncer qu’il pourrait fournir des métiers à ceux qui le désireraient, au prix de 8,000 francs l’assortiment. L’Empereur d’Autriche, pour le seconder dans son entreprise, lui promit une somme de 1,000 florins pour chacun des cent premiers assortiments qu’il livrerait. Bientôt des fabricants de Bohême et de Moravie établirent des filatures suivant le système de Philippe de Girard. S’il faut en croire certains biographes1, l’Empereur d’Autriche eut à verser bien souvent la prime qu’il avait promise, car la Bohême fit à elle seule des commandes d’assortiments qui atteignirent le chiffre de deux mille. AChemnitz, en Saxe, un sieur Krans, entre autres, monta à cette époque une filature très importante dont tous les modèles furent fournis par la manufacture d’Hirtenberg.
- Philippe de Girard compléta à Hirtenberg ses travaux sur la filature du lin par l’invention de la dernière machine à peigner; comme, pour ce dernier appareil, la Société d’encouragement de Paris avait institué un concours avec prime de 12,000 francs, dont 6,000 payables par le gouvernement, il en envoya aussitôt les dessins en France. Il reçut en retour un encouragement et 600 francs!
- Pendant ce temps, que se passait-il en France? Une commission nommée, comme en Autriche, pour étudier le produit et le fonctionnement des machines à filer construites sous la direction de Philippe de Girard, rédigeait un rapport rempli de critiques à leur égard, et on ne les montrait que comme « détériorant le lin et ne pouvant produire que des fils très défectueux, très inférieurs en solidité comme en égalité aux fils filés à la main ». Et que se passait-il en Angleterre? Un brevet y était pris à cette époque par Horace Hall, en société avec Lanthois et Cachard, employés de Philippe de Girard qui, profitant de la confusion des événements, avaient eu l’impudence d’enlever clandestinement les dessins du maître et de se les approprier. Chose singulière, tandis qu’en France le gouvernement refusait tout secours à Philippe de Girard, de l’autre côté du détroit on donnait à Lanthois et Cachard, pour prix de leur abus de confiance, 2,000 livres sterling comptant.
- 1. Gabriel Desolosiers, Vie et inventions de Philippe de Girard. Paris, 1858, p. 66.
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- Pendant ce temps, l’établissement créé à Paris était loin de prospérer. Abreuvé de revers et désespéré du peu de sympathie qu’il rencontrait en France, Frédéric de Girard, qui la dirigeait, était mort en 1820 : c’était le seul survivant des frères de Philippe et son usine fut aussitôt fermée. Quelques créanciers ayant alors exigé la vente des machines, celles-ci furent achetées par un sieur Laborde qui, dès 1817, avait déjà essayé de monter une filature de lin avec des machines françaises. Construites par le mécanicien Saulnier sur le modèle de celles qui fonctionnaient chez Philippe de Girard, ces machines avaient donné à Laborde des résultats en partie satisfaisants; c’était le second Français qui avait osé filer mécaniquement le lin à ses risques et périls.
- A cette époque, deux mécaniciens s’établirent pour la construction des machines à lin : ce furent à Lille, David van de Weghe, et à Guebviller, N. Schlum-berger. Ce fut le concours organisé pour les machines à peigner le lin par la Société d’encouragement de Paris qui contribua le plus à les faire connaître. A ce concours auquel prirent part plus de quinze inventeurs, Philippe de Girard fut classé le premier et obtint 600 francs, N. Schlumberger le second avec la même somme, et David van de Weghe le troisième avec 300 francs. Les autres furent éliminés.
- N. Schlumberger fut outillé le premier et fournit les machines des filatures montées en 1820 par M. Jacques, à Versailles, et par M. Boulet, à Gamaches ; en 1822, par M. Moret, à Mouv, et Hunel-Waldel, à Aarau, en Suisse. Nous ne ferons remarquer parmi ces noms que celui de M. Hunel-Waldel, en Suisse; ce pays était donc, après l’Autriche, le premier qui eût adopté les machines de filature d’après le système français.
- En 1823, David van de Weghe commença à livrer quelques machines pour MM. Duport et Em. Gachet, de Seclin; en 1824, il installait les filatures de MM. Magnien et Lecomte, à Lille ; en 1825, celle de M. Ed. Delecroix, dans la même ville.
- En 1827, le système à l’eau chaude fut remplacé momentanément à Lille sur l’initiative de deux fila— teurs associés, MM. Vrau et Houdoy, par le système à l’eau froide, et adopté ensuite par la majorité des industriels de l’époque : le fil, au lieu de passer dans un bac à eau chaude, circulait le long d’un morceau de drap qu’on entretenait constamment humide; c’est d’après ce système que furent montées les années suivantes, à Lille, les filatures de MM. Louis Gachet, Delgatt et Monchain, Droulers et D. Agache, Choc-
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- quet, etc. ; un grand nombre de métiers étaient alors construits en bois.
- Toutes les machines de ces fabriques étaient basées sur le système de Philippe de Girard. Tout d’abord on n’en avait pas voulu, maintenant on le copiait; et le gouvernement n’ignorait pas ce fait puisque, en 1825, un mécanicien de Rennes nommé Pierre, ayant demandé un brevet spécial pour une machine à filer le lin, il lui fut répondu « qu’on ne pouvait en autoriser l’achat et par suite le dépôt depuis la découverte d’une autre machine beaucoup plus simple pour laquelle le gouvernement avait délivré un brevet. » Or, depuis 1810, aucun autre brevet n’avait été délivré pour machine à lin que celui de Philippe de Girard ; c’était donc implicitement reconnaître la priorité des appareils de ce dernier.
- En 1824, on vit venir en France un Anglais, homme obscur jusque-là et inconnu de tous, mais dont le nom n’est plus prononcé dans le Royaume-Uni qu’avec orgueil et respect. Cet homme était poussé par une idée fixe : dérober à la France le secret de la filature du lin et l’importer en Angleterre : il se nommait Marshall.
- Après un court séjour chez nous, il retourna dans sa patrie muni des renseignements qui lui étaient nécessaires, et bientôt fonda à Leeds la première filature anglaise.
- A ne considérer cette industrie que par ses résultats financiers, elle date vraiment de cette époque, car Marshall réalisa bientôt des bénéfices incroyables.
- 11 engagea comme contremaître, avec un salaire élevé, Lanthois, employé de Philippe de Girard, dont nous avons parlé plus haut. Quant à Cachard, largement aidé, il fit bientôt concurrence à son ancien complice sous la raison sociale de ses deux commanditaires Hives et Atkinson.
- Ce n’est pas en perfectionnant leurs machines que les Anglais arrivèrent tout d’abord aux gains fabuleux dont nous parlons. Celles-ci restèrent au contraire, pendant quelques années, telles que les avait imaginées leur inventeur français. Ce fut en se créant des spécialités de fabrication. Dans une note de Philippe de Girard que nous avons entre les mains, nous lisons à cette occasion que « tandis que trois ou quatre filateurs allemands, qui filaient des nos 30 à 60, n’en fabriquaient pas en tout cent mille livres par an, les Anglais, qui ne filaient que des noS 6 à
- 12 en produisaient des millions de livres ». Il est facile de comprendre combien, d’un côté, la produc-
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- tion dut être facilement augmentée et améliorée puisqu’on se bornait constamment à fabriquer six numéros, et quelle dut être moins bonne et moins abondante de l’autre côté, où l’on perdait un temps précieux dans la fabrication variée de trente numéros différents.
- L’essor une fois donné à l’Angleterre, la filature du lin n’y demeura pas stationnaire. Au bout de trois années, la seule ville de Leeds comptait dix-neuf filatures de lin comprenant trente-six mille broches, et il se monta encore en d’autres endroits des établissements de moindre importance. Alors seulement les constructeurs cherchèrent à. perfectionner leurs machines. Exploitées par nos voisins, les idées ingénieuses de Philippe de Girard, considérées chez nous comme ineptes et peu pratiques, furent aussitôt appliquées et vulgarisées, et ce qui n’avait pu servir en France qu’à mettre au jour trop de ruines scandaleuses devint pour l’Angleterre un foyer non interrompu de prospérités. Une nuée de jeunes ingénieurs étudia attentivement tous les changements de la matière textile sur nos machines, remonta aux causes premières de cette transformation, modifia peu à peu quelques pièces secondaires de nos principaux métiers, et par mille et une corrections de détail, dota l’Angleterre d’une industrie que nous avions créée, mais que nous ne connaissions pas. Ainsi entre les mains du constructeur P. Fairbairn, les métiers de préparation à lin se transforment, l’ancien système à chaînes est remplacé par des vis, et la matière première, mieux nettoyée, plus divisée, donne un ruban plus net et plus soyeux. John Combe et W. Robinson transforment aussi nos machines de peignage; Worthwoordt et Caerncross étudient nos métiers continus; il n’est pas jusqu’aux progrès de la filature de coton qui ne profitent à l’industrie du lin, et nos bancs à broches à cordes et à vis, ingénieusement transformés, deviennent bancs à broches à mouvement différentiel, grâce à l’initiative d’un filateur de Manchester, Ilouldvvoorth.
- En France toujours même apathie. 11 nous suffira, pour le prouver, de citer ce fait d’un nommé Batbie qui, connaissant les malheurs de Philippe de Girard, proposa à sa place une machine à filer le lin : « Le concours pour le prix d’un million, lui fut-il alors répondu, est fermé depuis longtemps. L’intention du gouvernement est même de ne pas donner suite à cette affaire, attendu que la France possède des mécaniques à filer le lin. »
- En 1825, commença une grande importation des
- fils d’Angleterre en France. En 1830, elle avait pris une extension considérable. Les fils anglais étaient tellement supérieurs aux nôtres que c’était à peine si les filateursde Leeds pouvaient suffire aux besoins de la consommation. Toujours primés sur nos marchés, ils n’entraient cependant pas en assez grande abondance pour nous causer de graves préjudices, mais bientôt la multiplicité de leurs filatures força nos voisins à chercher un débouché à l’étranger. Ce fut vers la France principalement qu’ils dirigèrent leurs efforts. A Lille, notamment, centre de la filature française, les fils anglais furent introduits par un négociant, Maracci, qui acquit à ce commerce une fortune considérable.
- Toutefois les premières importations nous causèrent peu de mal, car les Anglais retiraient de France une partie des matières brutes qu’ils lui expédiaient ensuite en fils. Mais peu à peu la perfection des machines à lin leur permit, avec des produits communs d’atteindre à de grandes finesses, et nos fils furent délaissés.
- On peut juger par le tableau suivant du déclin de nos exportations en lins :
- PAYS DE DESTINATION
- ANNÉES Angleterre. Autres pays. T OTAI,.
- kil. kil. kil.
- 1825 2.472.671 162.436 2.635.107
- 1826 137.681 123.440 261.121
- 1827 578.674 96.365 675.039
- 1828 1.803.698 64.183 1.867.881
- 1829 1.151.237 138.476 1.289.713
- 1830 1.247.581 107.518 1.355.099
- 1831 2.033.394 77.102 2.110.496
- 1832 1.225.877 59.539 1.285.416
- 1833 1.175.510 235.876 1.411.386
- 1834 287.882 144.209 432.091
- 1835 600.142 129.840 729.982
- 1836 944.571 278.763 1.223.334
- 1837 535.455 186.796 722.251
- Moyenne 1.091.875 138.811 1.230.686
- En réservant dans nos appréciations l’abondance plus ou moins grande de la récolte de lin suivant les années, nous ne pouvons ne pas nous convaincre, d’après ce tableau, que nos exportations en lin ont considérablement baissé (puisqu’elles étaient de 2,472,671 kilogrammes en 1825 et qu’elles ne sont plus que de 1,175,500 en 1833, et 535,455 en 1837), alors qu’avec la multiplicité des filatures anglaises il eût été naturel de les voir augmenter. La Russie pour les lins communs, la Belgique et la Hollande pour les lins fins nous avaient remplacés.
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- D’autre part, l’importation de fils anglais prit des proportions effrayantes. Jusque-là, nous ne tirions guère de fils que de la Belgique, de la Prusse, et de quelques autres parties de l’Allemagne, et si nous évaluons la moyenne de nos importations sur treize années à partir de 1825, nous trouvons quelle ne s’élève pour la Belgique qu'à 7à8,000 kilogrammes, pour la Prusse à 70,000 kilogrammes et pour le reste de l’Allemagne à 163,000 kilogrammes. Mais, si nous faisons le même calcul pour l’Angleterre, nous voyons que cette contrée prend peu à peu la place des autres pays producteurs et qu’elle envahit complètement nos marchés, comme on peut d’ailleurs en juger par le tableau suivant :
- IMPORTATIONS DE
- années Fils belges. Fils anglais.
- 1825 .................... 826.759 161
- 1826 .................... 794.101 1.151
- 1827 .................... 862.645 42
- 1828 .................... 926.008 455
- 1829 .................... 768.746 524
- 1830 .................... 831.243 3.049
- 1831 .................... 676.655 14.532
- 1832 .................... 688.125 56.478
- 1833 .................... 824.782 418.383
- 1834 .................... 714.591 826.439
- 1835 .................... 654.749 1.295.593
- 1836 .................... 635.690 1.901.074
- 1837 .................... 541.950 3.199.917
- On voit que l’importation des fils anglais, à peu près nulle avant 1830, s’est élevée de la quantité de 3,0Z|9 kilogrammes où elle était dans cette dernière année à celle de 3,199,917 kilogrammes, où elle est arrivée en 1837, c’est-à-dire qu’elle a centuplé dans le court espace de six années. De cette inondation de produits anglais résultait évidemment pour la filature de lin française une chute inévitable.
- Nous tenons à faire remarquer ici qu’en principe l’extension de la filature anglaise n’était due qu’aux perfectionnements des œuvres de Philippe de Girard. De sa filature d’Hirtenberg, il ouït parler des progrès des Anglais dans les industries textiles et particulièrement dans celle du lin, et il voulut voir de ses propres yeux quels étaient les meilleurs appareils employés. En 1826, il alla visiter les établissements anglais, et le 11 octobre de la même année il écrivait de Manchester à son ancien associé Constant Prévost : « J’ai vu les premières filatures de Leeds, celles de MM. Marshall et de MM. Ilives et Atkinson. M. Marshall lile par an 30,000 quintaux de lin et les autres environ 15,000. Il y a une vingtaine d’autres
- fabriques plus petites. Je n’ai vu dans tous ces établissements que mes procédés exécutés sur une échelle immense. »
- La filature d’Hirtenberg cessa d’exister au commencement de 1825, époque à laquelle une inondation de la Tristina causa de tels dégâts dans l’établissement qu’après avoir remboursé en partie le capital des actionnaires, Philippe de Girard se vit forcé de fermer l’usine.
- Tant de malheurs commençaient à abattre cet homme qui jusque-là, malgré ses travaux incessants, n’avait rencontré que l’infortune. Tombé malade, il partit pour Bade. Dans cette ville, il se lia surtout avec le chevalier Bouquet, secrétaire du prince Henri Lubienski, Ministre des Finances de Pologne, qui lui proposa d’aller monter une filature en Russie. Après quelques hésitations, Philippe de Girard signa un contrat de dix ans, à partir du 1er avril 1825, sous l’engagement de construire ses machines en Russie avec le titre d'ingénieur en chef des mines de Pologne.
- Avant de rien établir en Russie, il alla, sur la demande du gouvernement russe, visiter les manufactures de l’Angleterre, afin de juger avant tout des progrès que les Anglais avaient fait faire à la filature du lin. Une circonstance fortuite vint alors l’aider à faire reconnaître ses droits. Les Anglais en effet s’étaient surtout attachés à la construction des machines de préparation, mais ils avaient négligé de perfectionner le métier à filer. Il en était résulté qu’un grand nombre d’industriels ne filaient chez eux que grossièrement, au sec, et ne possédaient outre cela, que quelques métiers à eau froide. Pendant le séjour même de Philippe de Girard, un nommé Kay, mécanicien anglais de retour de Paris, où il était allé étudier la filature proprement dite sur les dessins de l’inventeur lui-même, fit annoncer dans les journaux que des expériences publiques allaient être faites sur un procédé nouveau de filage du lin. Il s’agissait tout simplement de la filature à l’eau chaude. Ces expériences eurent lieu en effet, et chacun s’accorda à reconnaître que le système de Kay était supérieur aux autres ; Philippe de Girard était présent. Quelques jours après il fit paraître dans le Manchester guardian du 2 décembre 1826 une longue lettre que nous ne pouvons reproduire ici, dans laquelle il démontrait que non seulement Kay n’était pas l’inventeur du procédé qu’il prônait, mais encore que ce brevet n’existait que sur le papier et était employé dans un grand nombre de filatures
- Supplément a l’Industrie textile du 15 Janvier.
- 19e Fascijulb.
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- LES INDUSTRIES TEXTILES
- lZffl
- d’Allemagne. Les Anglais sont gens pratiques ayant tout. Quand cette lettre parut, leur joie fut incroyable, non pas parce que les droits de l’inventeur français étaient reconnus, mais surtout parce que plusieurs fabricants s’étaient adressées à Kay pour traiter avec lui et que la date du brevet de Philippe de Girard faisait tomber celui-ci dans le domaine public. Kay n’essaya même pas de contester et tous les filateurs s’empressèrent d’adopter le système nouveau.
- Quelques temps après, Philippe de Girard commença la construction de la filature de lin qu’il devait établir en Pologne. Celle-ci fut installée dans les terres de la seigneurie de Guzon appartenant au ! comte Henri Lubienski. Le capital du premier établissement fut souscrit par actions ; il se montait alors à un million de florins et fut porté dix ans plus tard à 2,500,000 florins. Cette fabrique fonctionna alors sous la raison sociale Hard Scholtz et Cie. Une nouvelle ville s’éleva bientôt aux alentours, et cinq cents ouvriers furent occupés à la filature, au tissage et au blanchiment. Pour perpétuer dans le pays les services rendus par l’ingénieur français, le gouvernement russe nomma la nouvelle ville Girardow et lui donna comme armes celles de la famille de Philippe de Girard. Aujourd’hui le nom.de cette ville s’est polonisé, on en a fait Zyrardow, et ce sont deux Allemands, MM. Hiele et Dietrich, qui sont propriétaires de la fabrique.
- Chose remarquable, autant la filature du lin déclinait dans son pays d’origine, autant elle prospérait chez nos voisins. En Belgique, on faisait à Gand quelques essais qui ne devaient pas tarder à être couronnés de succès. En Autriche, des établissements se construisaient à Pottendorf, Junchbuch, Schon-| berg, Brünn, etc., sur le même modèle que celui d’Hirtenberg. Mais c’est surtout en Angleterre que l’industrie du lin prenait de l’extension ; l’Écosse commençait à son tour à construire des filatures qui toutes s’installaient dans la ville de Dundee ; puis ce fut le tour de l’Irlande. En France, par contre, la situation n’était plus tolérable. Dans son Dictionnaire du Commerce publié en 1832, Ilautrive rapporte qu’en 1831 il y avait encore trente-sept filatures qui fonctionnaient dans notre pays; en 1836, quinze ou seize de ces établissements subsistaient à peine dans toute la France.
- En présence de cette situation précaire, une idée vint alors à deux de nos industriels, MM. Scrive-Labbé, de Lille, et Feray, d’Essonnes (actuellement sénateur ; de Seine-et-Oise), celle de dérober le secret de la
- filature du lin à l’Angleterre comme l’avait fait Marshall pour la France quelques années auparavant.
- Les difficultés, cependant, semblaient insurmontables. Une fois en possession d’un secret de fabrication, l’Anglais est par-dessus tout jaloux de le conserver. Par une sorte de convention tacite, ceux qui en font usage s’engagent en quelque sorte à n’en pas souffler mot, et l’accès des établissements industriels est scrupuleusement défendu à tout étranger. Le gouvernement du pays engageait alors les industriels dans cette voie ; il avait même décrété une loi générale de non-exportation punissant toute infraction de 5..000 francs d’amende et d’un an de prison ; au cas de contrebande, cette loi ne manquait jamais d’être appliquée. Il suffira à nos lecteurs de se rappeler l’histoire économique de ce pays en ce qui concerne l’industrie textile pour juger de la vérité de nos assertions. En 1696, un bill du Parlement défend l’exportation du métier à bas; en 1745, le décret s’étend aux machines propres à la fabrication des soieries et des lainages; en 1774, nouvelle prohibition de quelques machines à coton; à certain moment même, les ouvriers anglais ne purent sortir du royaume. Pour la filature de lin, l’opposition fut encore plus vive. A peine eut-on connaissance en Angleterre des tentatives de M. Scrive que tous les filateurs anglais se concertèrent d’un commun accord pour former à leurs frais une contre-ligue de douanes destinée à fortifier le service du gouvernement. A tout prix il ne fallait pas laisser sortir du Royaume-Uni la moindre pièce de machine à lin.
- Ce fut en 1832 et 1833 que MM. Scrive et Feray commencèrent leurs démarches. Ce fut en 1835 seulement qu’ils purent monter leurs filatures. Après des peines inouïes, avec une patience infatigable, ils parvinrent à tromper la surveillance anglaise et finirent par triompher de tous les obtacles. M. Scrive n’en était pas, d’ailleurs, à son premier succès. Il se trouvait depuis 1806, époque où il avait vu ses produits médaillés à la première Exposition nationale, à la tête d’une importante fabrique de cardes, et il avait été un des premiers, en 1821, qui eût réussi, au prix de mille dangers, à importer en France des machines nouvelles pour ce genre de fabrication ; il avait fondé à Lille, quelques années plus tard, un important établissement qui, depuis lors, est resté l’un des plus complets en France: et, en récompense de ses vaillants efforts, il avait reçu en 1834 la décoration de la Légion d’honneur. Ce ne fut qu’à travers mille aventures scabreuses qu’il parvint à réussir de
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- même pour la filature du lin. Embarqué à Calais sur un bateau pêcheur et revêtu d’habits de travail afin de mieux tromper la surveillance anglaise, il obtint à grand’peine une place de mécanicien dans l’une des plus importantes manufactures de Leeds. Pendant un an, il lima, tourna lui-même toutes les pièces qui entraient dans la construction des machines de filature afin de les connaître dans toutes leurs parties et de n’en ignorer aucun détail. Lorsqu’au bout d’une année d’efforts il put saisir tous les secrets de ces machines, il s’étudia à en prendre le moule, et il lui fallut encore deux années de patience et de travail pour mener son œuvre à bonne fin. II s’embarqua à Douvres pour revenir en France. Mais déjà l’Angleterre, qui avait eu vent de sa présence, pourchassait tous les bateaux pêcheurs qui se dirigeaient vers la côte de France, et ce ne fut qu’à la faveur de la nuit que M. Scrive parvint à toucher le sol national. Une fois en France, il lui fallut faire expédier ses métiers pièce à pièce sous de fausses dénominations, le plus souvent dans des cornues à gaz; il fut souvent obligé de faire remplacer par des contremaîtres qu’il avait fait venir d’Angleterre et qui se guidaient sur les dessins envoyés par les constructeurs, les pièces ou portions de machines qui étaient saisies par la douane ; les primes de contrebande qu’il paya s’élevèrent à plus de 80 pour 100.
- M. Feray, de son côté, fit de nombreux voyages en Angleterre afin de voir par lui-même chez les constructeurs quelles étaient les machines à lin les mieux conditionnées, et il dut payer pour faire venir 80,000 francs de machines environ 96,000 francs de droits de contrebande.
- M. Scrive monta à Lille une filature de 2,500 broches, M. Feray une autre à Essonnes de 1,800. M. Scrive, qui était entré le premier en possession de ses métiers, reçut à titre de premier importateur l’exemption des droits d’entrée; M. Feray envoya, le Jcr octobre 1835, le premier écheveau qu’il avait filé à M. Duchatel, alors Ministre du Commerce, qui portait un grand intérêt à ses essais ; celui-ci lui renvoya la croix d’honneur par retour du courrier.
- Une fois établis, MM. Scrive et Feray n’en avaient pas fini avec toutes les difficultés. Ils se trouvaient en présence de machines qu’ils connaissaient à peine, sans ouvriers, sans expérience, et obligés de se guider sur les conseils de contremaîtres anglais qu’ils payaient très cher et dont ils ne pouvaient être indépendants. En outre, le filage à la main fut de toutes parts unanime à se récrier ; l’ignorance était telle
- H7
- qu’on entendait souvent les paysannes s’élever contre l’invasion de la mère cnnique (mécanique) qu’ils supposaient être une femme parcourant les campagnes et dévorant les enfants. Ajoutons enfin à tout cela que les Anglais, dès la première nouvelle de leur installation, s’étaient entendus d’un commun accord pour baisser de 30 pour 100 leurs produits et essayer d’écraser dans l’œuf la filature française.
- Après tous leurs exploits, nos premiers importateurs n’admirent personne au partage de leurs conquêtes. Ils ajoutèrent même à leur usine des ateliers spéciaux où ils essayèrent de construire ces machines pour leur usage particulier afin de s’en réserver le monopole. Il fallut donc qu’un Français se dévouât à nouveau pour faire connaître à tous et construire enfin lui-même les machines à lin.
- Ce fut Decoster qui voulut remplir cette mission. Dès 1835 il partit en Angleterre, faisant dire bien haut qu’il n’avait d’autre intention que de faire employer dans ce pays la peigneuse de Philippe de Girard qu’il ne pouvait propager en France. L’Angleterre se montra comme toujours hospitalière et bienveillante envers les industriels sérieux, et, sous les auspices d’un riche négociant anglais, Decoster put bientôt, malgré son titre de Français, visiter à loisir les principales filatures de Leeds. Il analysa toutes les machines, les étudia, les compara à celles de Philippe de Girard, se rendant compte de tout ce qui pouvait l’instruire et être utile au bien de son pays. Il rentra en France après dix-huit mois de séjour dans le Royaume-Uni, non-seulement muni de tous les dessins des machines anglaises, mais initié à tous les mystères de la fabrication. Il commença alors à Paris la création d’un atelier spécial.
- Mais aussitôt les difficultés apparurent en grand nombre. Il ne suffisait pas, en effet, de connaître les machines, il fallait surtout les construire, il fallait avant tout monter les métiers eux-mêmes qui serviraient plus tard à faire les différentes pièces des machines de filature, Toutes ces entraves firent que ce ne fut qu’en 1837 qu’il put ouvrir ses ateliers. A cette époque, les commandes lui arrivèrent de tous côtés, et l’on vit bientôt des filatures exclusivement montées avec des métiers de construction française.
- Il n’est pas inutile de rendre compte des difficultés que Decoster eut à surmonter. En 1836, il n’avait commencé à travailler que dans une chambre, n’ayant podr tout moteur qu’une simple manivelle et travaillant absolument seul. Au bout d’une année
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- de travail, il livra à la filature de Pont-Remy (Somme), que l’on édifiait alors, ses deux cent quatre-vingt-neuf premières broches. En 1837, plusieurs capitalistes lui viennent en aide, et il se trouve à la tête de quatre-vingts ouvriers, tous Français, et de deux établissements, l’un au passage Laurette, l’autre rue Notre-Dame-des-Champs. Il ne pouvait encore faire marcher son usine qu’au moyen d’un manège de deux chevaux, avec deux chevaux de rechange. Cependant, installé de cette façon, il parvient encore à monter trois autres filatures françaises. En 1838, les modèles des machines-outils qu’il avait commandés en Angleterre en 1836 finissent par lui arriver, et il en profite pour construire un nouvel atelier rue Stanislas, cette fois avec moteur à vapeur de douze chevaux. A partir de ce moment, Decoster put livrer à l’industrie française environ deux mille broches par mois. En 1839, on comptait en France, grâce à son initiative, le chiffre respectable de trente-sept filatures auxquelles il avait fourni les trois quarts du matériel.
- S’il ne les avait pas toutes construites, c’est que depuis ses premiers succès, d’autres ateliers concurrents s’étaient formés en même temps que le sien, entre autres ceux de MM. Schlumberger, de Bergue, Spréafico, et André Kœchlin. Mais Decoster avait toujours la priorité parce que, plus initié que les autres et toujours au courant des progrès de l’industrie du lin, il avait modifié, dès 1840, tout son matériel et livré à l’industrie française les métiers de préparation encore employés aujourd’hui et dits à vis ou à spirales, alors que MM. Schlumberger, de Bergue et Kœchlin ne construisaient que l'ancien système à chaînes que l’on n’employait plus en Angleterre et qui était considéré comme inférieur et moins productif.
- A cette époque les Anglais, qui croyaient n’avoir plus aucun intérêt à prohiber la sortie des machines à lin crurent se montrer très désintéressés en en autorisant l’exportation.
- Avant même le retour de Decoster en France, MM. Scrive et Feray n’avaient pas été longtemps les seuls filateurs français. M. Vayson, fabricant de tapis à Abbeville, parvenait à rapporter d’Angleterre deux métiers de cent broches, non cependant dans le but d’étabir une filature de lin, mais pour fabriquer lui-même, comme le faisaient les Anglais, les chaînes de ses tapis avec des fils d’étoupe ; il n’obtint ses machines qu’avec des peines inouïes, et elles lui arrivèrent avec un surcroît de frais de 19 pour
- 100. MM. Malo et Dickson, de Dunkerque, qui avaient fait, paraît-il, leurs premières démarches en Angleterre en 1832, même avant MM. Scrive et Feray, ne parvinrent cependant à obtenir des métiers qu’en 1835 ; ils montèrent 600 broches. Cette année M. Vayson, moins intéressé que d’autres dans la possession de ses métiers, puisqu’il n’était que fabricant de tapis, les laissa visiter sous certaines conditions. Decoster montait alors ses ateliers. On le voit bientôt construire les filatures de M. Liénart, à Pont-Remy (23 janvier 1835), qui, après avoir commandé à Decoster ses 289 premières broches rendait en peu d’années son établissement le plus important de tous et arrivait à 4,380 broches ; — de M. Gachet, au Blanc (Indre), qui montait 3,4â0 broches; — de M. Mercier, à Alençon, de 1,060 broches ; — de M. Gi-berton, à Yernon, de 800 broches; — et enfin de M. Bérardi, à Bélair, de 300 broches. La France comptait donc environ à cette époque 14,000 broches. Par contre l’Angleterre en possédait de son côté plus de 250,000.
- En 1840, nous arrivons à peu près à 40,000 broches et, peu de temps après, ce chiffre était doublé. Il y avait alors un grand nombre d’établissements montés par actions parmi lesquels la Foudre, de Rouen, au capital de 10,800,000 francs; — la Compagnie continentale de capécure, de Boulogne, au capital de 2,000,000 de francs; — MM. Le Blanc et Ci0, de Pérenchies, au capital de 1,500,000 francs; — la Société anonyme Maberly, d’Amiens, au capital de 4,000,000 de francs; — MM. Cohin et Cie, de Frévent, au capital de 2,500,000 francs; — la Société linière de Pont-Remy, au capital de 1,500,000 francs; — MM. Demersemann et Cie, au Blanc, au capital de 1,200,000 francs, etc.
- Les traités de commerce de 1860 portèrent un coup sensible à la filature des textiles que nous examinons. En 1860 nous avons exporté, tant en filés qu’en tissus, 17,700,000 francs de marchandises, et l’importation pour les mêmes matières avait été de 15,300,000 francs, ce qui constituait une balance de 2,400,000 francs en faveur des exportations. L’année suivante, nous n’exportions plus que 16 millions 500,000 francs, et les importations s’étaient élevées chez nous à 19,200,000 francs. En 1862, même situation, nos importations étaient de 19,500,000 fr., et nous avions exporté 17,800,000 francs, ce qui constituait cette fois un total de 1,300,000 francs en faveur des importations.
- Il fallut la guerre d’Amérique pour nous sauver
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- de ce faux pas. Mais alors la prospérité de la filature de lin, de chanvre ou de jute, n’est plus due qu’à une cause majeure, imprévue, inhérente à une situation forcée, nous voulons parler de la disette du coton amenée par la guerre de sécession américaine et de la cherté de ce textile, qui avait haussé subitement de 100 à âOO pour 100. Les consommateurs, qui ne trouvaient plus de coton, se rejetèrent naturellement sur le lin, mais il nous faut faire remarquer que ce ne fut qu’en sous-main que nous profitâmes de cette situation. Nous ne sommes en effet, nullement en relations avec l’Amérique, et les Anglais, au contraire, regardent ce pays comme l’un de leurs principaux débouchés. Les fournitures militaires des États-Unis furent donc demandées aux Anglais et ceux-ci vidèrent leurs magasins. Une fois sans marchandises, comme on continuait à leur en demander, ils se virent forcés de faire ce que jamais ils n’avaient fait, c’est-à-dire de venir acheter les tissus de leurs concurrents français. Que résulta-t-il de cette situation? Il fallait*de la toile, on créa chez nous de nouveaux tissages ; ces tissages demandèrent du fil, on créa de nouvelles filatures. Et cela en Angleterre plus encore qu’en France. Tout partait en Amérique. Les choses en arrivèrent à un tel point que les constructeurs de métiers anglais ajournèrent à une année et plus les commandes qui leur furent faites. En gentlemen patriotes, ils servirent d’abord leurs nationaux et firent attendre les Français. Quand toutes les commandes que nous avions faites furent remplies, il n’y avait plus de guerre en Amérique. On travailla donc à nouveau dans les conditions désastreuses qui avaient été faites en France par le traité, et le coton revint à ses anciens prix.
- En France le nombre des broches qui, en I86/4, était arrivé à 563,6*25, s’était élevé peu à peu à plus de 700,000. Quanta l’Angleterre, de 1,200,000 broches qu’elle avait en 1860, elle arrivait à 1,700,000 en 1866. Augmentation française, 137,000; augmentation anglaise, 500,000, soit à peu près le chiffre que nous avions en 186â.
- Nous parlions tout à l’heure de l’excès des importations, le contraire arrive durant la guerre de sécession ; on peut s’en rendre compte par le tableau suivant :
- ANNÉES. IMPORTATIONS. EXPORTATIONS.
- francs. francs.
- \ Filsdclin 7.700.000 Filsdelin 26.600.000
- ( Tissus... 12.500.000 Tissus... 19 000.000
- 20.200.000 45.600.000
- ANNÉES. IMPORTATIONS. EXPORTATIONS.
- 1864 t Filsdelin £ Tissus... francs. 5.100.000 14.300.000 Fils de lin Tissus... francs. 21.500.000 24.500.000
- 19.400.000 46.000.000
- 1865 ( Filsdelin 1 Tissus... 9-900.000 13.400.000 Fils de lin Tissus... 11.900.000 25.200.000
- 23.300.000 37.100.000
- 1866 Ç Filsdelin ( Tissus... 9.300.000 14.800.000 Filsdelin Tissus... 8.600.000 31.300.000
- 24.100.000 39.900.000
- 1867 ( Filsdelin ii Tissus... 9.800.000 14.900.000 Filsdelin Tissus... 6.200.000 28.700.000
- 24.200.000 34-900.000
- 1868 1 Filsdelin / Tissus... 13.853.000 17.169.000 Fils de lin Tissus... 5.900.000 25.500.000
- 31.022.000 31.400 000
- On voit par ce tableau qu’au fur et à mesure qu’elle quitte les sentiers de l’imprévu pour rentrer dans les conditions normales, la filature revient à son ancienne situation.
- Voici quel est actuellement le nombre des broches françaises d’après les statistiques officielles, qui nous semblent du reste notoirement exagérées.
- • PHOPORTIOX0/0
- BROCHES BROCHES des
- ANSÉFS. adirés. inacliTee. TOTAL. broches inactires.
- 1873.... 665.025 53.463 716.490 7,5
- 1874.... 666.252 52.731 718.983 . 7,3
- 1875.... 686.144 44.097 730.241 6,0
- 1876.... 665.709 65.534 731.243 9,0
- 1877.... 683.345 78.702 762.047 10,3
- 1878.... 630.232 91.411 721.643 12,7
- 1879.... 648.690 89.929 738 619 12,2
- 1880.... 655.882 84-607 740.489 11,4
- 1881.... 616.163 56.660 672.823 8,4
- 1882.... 626.502 52.772 679.274 7,8
- 1883.,.. 625.124 44.654 669.778 6,7
- 1884.... 633.785 45.503 679.288 6,6
- En France, la majeure partie des broches à lin est concentrée dans le département du Nord, notamment à Pérenchies, La Madeleine, Armentières, Lannov, Quesnoy-sur-Deule, Seclin, etc.; — dans le Pas-de-Calais, à Frévent, Pont-de-Brique, etc.; — dans la Somme, etc. La filature de jute est presque entièrement à Dunkerque et dans la Somme. La Sarthe et le Maine-et-Loire représentent la filature de chanvre.
- Les diverses expositions n’ont mis en relief dans le matériel de la filature de lin aucune de ces inno-
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- vations de principe qui font époque dans la marche ! d’une grande industrie. Les améliorations de détail apportées sans cesse aux divers organes des machines principales, comme les peigneuses et les métiers à filer, ont bien permis d’en augmenter sensiblement le rendement et la production ; le travail de l’étoupe a été notablement amélioré par l’emploi de la machine Ileilmann successivement perfectionnée dans ses applications à cette matière par MM. Schlumberger, | Fairbairn et A. Dujardin, comme aussi en raison du meilleur agencement des cardes par les divers constructeurs français et angla is; le repassage mécanique .du lin a fait aussi quelques progrès grâce aux essais plus ou moins fructueux de MM. Masurel, en France, et Horner en Angleterre; mais ce ne sont pas là des changements importants et significatifs.
- Quant au tissage de la toile, ce n’est qu’à partir de 1835 qu’on a commencé en Angleterre à le faire mécaniquement et à partir de 1860 qu’il a pris en France une certaine extension et supplanté peu à peu le tissage à la main, qui n’est plus guère aujourd’hui usité que pour les articles façonnés, les torchons, emballages, les fines toiles à teindre, etc.
- Les métiers employés ont été, dès le début, ceux employés pour le coton, à la construction générale desquels on a donné une résistance plus grande poulies appliquer à des textiles plus durs et moins souples. •
- Voici quel a été le dénombrement de ces métiers, d’après la statistique officielle, dans ces dernières années :
- MÉTIERS MÉTIERS
- années. actifs. inactifs. total.
- 1873.. ........... 13.938 2.899 16.837
- 1874 ............. 19.905 3.131 23.036
- 1875 ............. 21.315 2.476 23.791
- 1876 ............. 22.174 2.472 ' 24.646
- 1877 ............. 16.110 2.713 18.823
- 1878 ............. 15.538 4 .2.928 18.466
- 1879.. ........... 14.713 4.108 18.821
- 1880 .......;.... 14.484 3.807 18.2'J1
- 1881 ............. 15.273 2.346 17.619
- 1882 ............. 17.143 1.678 18.821
- 1883 ............. 17.648 1.613 19.291
- 1884 ............. 16.509 1.480 17.989
- Aujourd’hui, la fabrication des tissus de lin est représentée en France par cinq groupes principaux : le Nord, la Normandie, la Bretagne, les Vosges et le Midi.
- Le groupe du Nord est le plus étendu; il est surtout représenté par les deux villles de Lille et d’Ar-
- mentières dont les produits de fabrication sont à peu près similaires. On y fait non seulemement les grosses toiles crémées à blanchir ou à teindre qui constituent l’article courant, mais encore une étonnante variété de tissus de lin de tous genres et de qualités les plus diverses : écrues pour blouses, coutils fantaisie, treillis, serviettes à liteaux, linge de table de luxe et ordinaire, cordats, arpajaunes, damassées pour literies et stores, matelas à carreaux, toile pour drap de lits sans couture, pour tentes, voiles, doublures, etc. Outre ces deux centres, le groupe du Nord comporte encore un certain nombre de villes- ou communes qui toutes se distinguent par une fabrication à part ; ainsi, on trouve plus spécialement à Roncq et à Halluin les toiles crémées fines à teindre, — à Roubaix les coutils écrus et les satins blancs, — à Iiazebrouck et Bailleul les grosses toiles crémées et écrues et les torchons à la main, — à Cambrai, les mouchoirs, batistes et linons. Parmi les autres centres moins importants, il y a encore : Bapaume, pour ses toiles à sacs, — Bergues, pour ses toiles à matelas communes ; — Comines, pour ses toiles damassées et ses rubans en fil de lin ; — Estaires, pour le linge de table et les grosses toiles crémées et blanchies; — Dunkerque, pour ses toiles à voile et d’emballage ; — Richebourg-1’Avoué, pour ses saquins; —Abbeville, pour ses toiles à matelas fil et coton ; — et Amiens, pour ses tissus pour fournitures militaires.
- Dans le groupe de Normandie, les principaux centres de fabrication sont : Lisieux, pour les toiles cretonnes; —Alençon etVimoutiers pour les blanches fines et de ménage.
- Dans le groupe de Bretagne, d’Anjou et du Maine, il faut surtout signaler le Mans pour ses toiles pied de lin; — Fresnay, pour ses toiles de chanvre; — Angers, pour ses toiles à voile ; — Nantes, pour ses toiles à moulins; — Landerneau, pour ses toiles de fournitures. Il n’est personne qui ne connaisse dans cette région les toiles blanches en fil de main fabriquées à Quintin, et les mouchoirs de Gholet.
- Dans le groupe des Vosges, on remarque surtout Saint-Dié, qui fabrique les coutils écrus; — Gérard-mer, Granges, Remiremont, et le Tillot, où l’on fabrique plus spécialement les toiles de ménage et le linge ouvré.
- Enfin, dans legroupe du Midi, nous comprendrons principalement Villespy (Aude), avec ses toiles d’emballage et ses rondelettes pour minoterie; — Ville-franche (Aveyron), où l’on rencontre les toiles dites
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- A L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1889.
- du pays; — Ervy (Aude), qui renferme d’importantes manufactures de coutils; — et Toulouse, qui fabrique une certaine quantité de toiles à sacs en chaîne de lin et trame de jute. Les centres les plus importants de ce groupe sont Voiron, pour les toiles de ménage; — Pau, Gharlieu et Panissières, pour le linge de table, — et Saint-Pé pour les mouchoirs.
- Comme on le voit, au lieu d’être entièrement concentré comme la filature dans un groupe distinct, le tissage, quoique plus étendu dans les régions du nord, embrasse à peu près toute la France.
- Afin que nos lecteurs puissent bien se rendre compte de la situation actuelle des échanges dans l’industrie que nous allons étudier à l’Exposition, nous donnons ci-après, comme nous l’avons fait pour les fils et tissus de coton, la situation comparative des importations et des exportations de fils et tissus de lin, chanvre et jute, durant les périodes 1876-78 et 1886-88. (Voir les tableaux pages 152 et 153).
- Ceci bien établi, passons à l’étude de l’Exposition pour les fils et tissus de lin^de chanvre et de jute.
- Le département du Nord figure naturellement au premier rang. Sur 62 exposants qui appartiennent à la section française, il en compte à lui seul A2, alors que Paris n’en a que 9, la Somme, 6, le Maine-et-Loire, h, et les divers départements du Calvados, de l’Isère, de la Charente, de la Loire, de l’Orne, du Lot-et-Garonne, de la Sarthe, du Pas-de-Calais, du Finistère, de la Mayenne, de Seine-et-Oise et des Vosges, chacun un. Les centres industriels représentés sont; — pour le Nord : Armentières, Cambrai, Comines, Dompierre, Dunkerque, Frelin-ghien, Lille, Merville, Pérenchies et Seclin ; — pour la Somme : Amiens, Abbeville, Longpré-les-Corps-Saints et Mérélessart; — pour le Maine-et-Loire : Cholet et Angers; — et pour les autres départements : Lisieux, Vienne, La Rochefoucauld, Panissières, Vimoutiers, Agen, Le Mans, Pont-de-Briques, Landerneau, Laval, Essonnes et Gérardmer.
- Les divers exposants de la section française peuvent être classés comme suit :
- Onze appartiennent à la filature de lin proprement dite : MM. Crépy fils et Cie, de Lille; — Louis Des-mazières, de Seclin (Nord) ; — V. Drieux et Cie, de Lille; — Faucheur frères, de Lille; — Feray et Cie, d’Essonnes (Seine-et-Oise) ; — Gavelle, Hall et Cie,
- 151
- d’Abbeville (Somme) ; — G uillemaud aîné, de Seclin ;
- — Paul Le Blan et fils, de Lille ; — Alex. Lefébvre, de Seclin ; — E. Nicolle-Verstraete, de Lomme (Nord),
- — et Y Union linière du Nord, de Lille.
- Deux représentent le chanvre : MM. Max Richard, Segris, Bordeaux et Cie, d’An gers, — et MM. Janvier père et fils, du Mans.
- Trois sont filateurs de jute, ce sont MM. Eyd frères et Cie, de Dunkerque ; — Ravinet, Grysez et Cie; de Dunkerque ; — et C. Vancauwenberghe, S. Davenport et Cie, de Saint-Pol-lez-Dunkerque.
- Dix sont fabricants de tissus de lin en même temps que filateurs de lin; ce sont : — le Comptoir de l’industrie linière, de Lille (Magnier, Duplay, Fleury et Cie), — M. D. Delecaille, de Frelinghien ; — la Société linière du Finistère, de Landerneau (Heuzé, Goury et Le Roux); — MM. Huret, Lagache et Cie, de Pont-de-Briques (Pas-de-Calais); — Laniel père et fils, de Vimoutiers (Orne); — AugusteMahieu, d’Armentières (Nord); —Victor Pouchain, d’Armeniières; la Société anonyme linière de Pérenchies (anciens établissements Agachefils); — Villard, Castelbon et Vial, d’Armentières.
- Quatre sont fabricants de tissus de jute et filateurs de ce textile : MM. Carmichael frères et Cie; — Dickson et Cie, de Dunkerque ; — Saint frères, de Paris;
- — A. Vaucanwemberghe ; E. Sevs ; W. Snowden et Gie, de Dunkerque.
- Neuf se sont attachés à la fabrication des fils retors; ce sont MM. Cousin frères, de Comines (Nord); — Crespel et Descamps, de Lille ; — Vve Crespel et fils, de Lille; — Devos frères, de Comines; — Droulers-Vernier, de Lille ; — Hazebroucq frères, de Comines ;
- — Ignace Lambin, de Comines; — V. Saint-Léger, de Lille; — et Scrive frères, de Lille.
- Vingt-quatre sont plutôt des toiliers : MM. Edmond Bertrand, de Cambrai; — Bonassieux fils, de Panissières (Loire); — Brémond fils, de Cholet (Maine-et-Loire); — Bricout-Molet et fils, de Cambrai; — Cauvin-Grose, de Paris ; — Chapon frères, de Paris ;
- — Darras frères, de Paris; — D. Deblock, de Lille;
- — Deneux frères et Cie, d’Amiens; — L. Duhamel, de Merville; — J. Gratry, et Cie, de Lille; — E. Lanes, d’Agen (Lot-et-Garonne) ; — Lheureux fils, de Longpré-les-Corps-Saints ; — Antoine Ménars, de Paris ; — Meunier et Cie, de Paris ; — P. Migeon jeune, de Larochefoucault (Charente) ; — Isaïe Niquet, de Mérélessart (Somme); — Calixte Ouvrard, de Cholet ;
- — Pascal Vallint et Cie, de Vienne ; — Rod-Piette, de Dompierre (Nord) ; — Jéan Samson, de Lisieux (Calva-
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- LES INDUSTRIES TEXTILES
- TABLEAU COMPARATIF DES IMPORTATIONS DE FILS DE LIN, DE CHANVRE OU DE JUTE EN FRANCE PENDANT LES PERIODES 1876-1878 ET 1886-1888
- SPÉCIFICATION. PROVENANCES. ANNÉES. ANNÉES.
- 1878. 1877. 1876. 1888. 1887. 1888.
- Fils simples écrus de lin ou de < chanvre f Angleterre Belgique Autres pays kil. 338.981 2.119.380 152.671 kil. 378.858 1.8L7.156 1/17.878 kil. 295.736 1.162.625 127.306 kil. 230.892 1.301.906 27 2.769 kil. 181.536 1.163.3/i8 326.463 kil. 158.398 1.110.169 307.764
- Totaux Fils simples blanchis teints Fils retors écrus — blanchis — teints Fils de jute. Fils de phormium, abaca, etc Fils simples écrus blanchis ou teints Fils retors écrus blanchis ou teints Fils de jute Fils d’autres textiles succédanés Totaux généraux 2.611.032 2.243.492 1.587.667 1.805.568 1.671.347 1.576.321
- 12.309 15.726 2/1.783 24.478 27.7/il 67.567 » 9.236 17.229 15.908 13.4/il 18.866 95.063 » 19.220 24.319 16 828 13.076 25.363 219.792 » 23.437 90.424 147.243 53.892 23.806 80 999 269.619 35.429 11.812 234.396 43.451 42.042 104.828 252.673 59.874 7.680 153.723 38.432 42.000 135.914 443.913
- RÉSUMÉ
- 2.611.032 66.902 67.567 » 2.243.492 45.215 95.063 » 1.585.667 55.265 219.792 » 1.805.568 228.941 80.999 269.619 1.671.347 321.889 104.828 252.673 1.576.321 234.155 135.914 446.912
- 2.7/i5.501 2.384.772 1.860.724 2.387.127 2.350.737 2.393.302
- TABLEAU COMPARATIF DES EXPORTATIONS DE FILS DE LIN, DE CHANVRE OU DE JUTE, EN FRANCE PENDANT LES PERIODER 1876-1878 ET 1886-1888
- SPÉCIFICATION. DESTINATIONS. ANNÉES. ANNÉES.
- 1878. 1877. 1876. 1888. 1887. 1886.
- Fils simples de lin ou de chanvre écrus . Angleterre....... Belgique < Espagne, / Italie Autres pays kil. 55.820 Zl03.165 83.652 88.840 528.752 kil. 164.897 382.280 108.900 120.908 523.805 kil. 307.884 414.222 109.392 165.619 534.059 kil. 1.967.930 2.244.635 23.279 33.950 373.926 kil. 1.805.119 2.483.981 114.432 150.156 251.448 kil. 1.099.437 . 966.034 575.023
- Totaux Fils simples blanchis — teints Fils retors écrus — blanchis — teints Fils de jute I Fils de phormium, abaca, etc Fils simples écrus, blanchis ou teints... . Fils retors écrus, blanchis ou teints Fils de jute Fils d’autres textiles succédanés Totaux généraux 1.160.229 1.300.790 1.531.176 4.643.720 4.805.136 2.640.494
- 85.0/16 21.538 104.039 52.85/1 255.116 2.112.129 » 62.593 9.015 154.325 46.174 228.910 815.047 )> 128.842 8.450 139.020 58.294 234.410 1.033.320 » 35.261 65.258 137.802 41.735 232.081 2.811.788 18.613 56.840 72.653 103.890 45.218 230.892 1.626.274 34.925 34.537 40.324 127.506 59.544 131.178 2.500.962 22.438
- RÉSUMÉ
- 1.160.229 Zll2.009 2.112.129 » 1.300.790 429.409 815.047 » 1.531.176 431.725 1.033.320 » 4.673.720 411.618 2.811.788 18.613 4.805.136 380.000 1.926.274 34.925 2.640.494 318.228 2.500.962 22.438
- 3.68/1.357 2.545.246 2.996.221 7.884.739 7.146.335 5.582.112
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- A L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1889.
- 153
- dos) ; — Simonnot-Godart et fils, de Paris; — A. Tur-pault, de Cholet; — et Wallaert frères, de Lille.
- Enfin on a placé dans cette classe les quatre exposants de ramie dont nous avons déjà parlé précédemment; — un fabricant de fils et tissus d’amiante (MM. Chaplet fils et Jules Pivert, de Laval); — un teilleur mécanique de lin (MM. Maquet et Cie, à Hal-luin (Nord) et Witebsk (Russie) ; — et deux négociants en lin (MM. Pinette et Parent, de Lille; et Lévi et Farinaux, de la même ville). — Ces derniers se contentent de faire figurer les produits teiliés ou peignés des maisons russes et italiennes dont ils sont les représentants.
- Comme on le voit, tous les grands manufacturiers en lin ont largement donné à l’Exposition : tous ont tenu à figurer brillamment dans cette importante
- manifestation du travail industriel français. Grâce à eux, le public peut voir que les départements septentrionaux n’ont rien perdu de leur vieille réputation, et que le travail séculaire du lin est toujours en honneur chez eux.
- Examinons ces diverses collections.
- FIL ATEURS DE LIN DE FRANCE.
- Au milieu des rangées de vitrines où chaque industriel s’est ingénié à disposer ses fils et ses toiles d’une façon qui en fasse ressortir la qualité et la beauté, le Comité linier de Lille a organisé une exposition collective originale et qui attire particulièrement l’attention. Ce Comité a été fondé à Paris en 18Ù9 et exista dans cette ville jusqu’en 1862 sous
- TABLEAU COMPARATIF DES IMPORTATIONS DE TISSUS DE LIN, DE CHANVRE OU DE JUTE EN FRANCE
- PENDANT LES ANNEES 1876, 1877 ET 1878
- SPÉCIFICATION. DESTINATION. ANNÉES
- 1878. 1877. 1876.
- kil. kil. kil.
- Toile unie érrne pour emballage. . . ,. . 66 969 99.149 213.440
- Belgique 267. m 283.170 310.637
- Toile pour tout autre usage Autres pays 205 044 195.166 174.558
- Tctaux 472.191 478.336 484.925
- Angleterre 369.713 328.062 280 148
- Toile unie blanche ou mi-blanche Autres pays 49.858 44.706 41.920
- Totaux 419.571 372.768 322.068
- Toile cirée pour emballage 13.382 14 847 53.865
- Toile cirée pour ameublements, tentures et autres usages 12.347 21.467 32.356
- Toile croisée : coutil 42.126 33.510 36.713
- 105.979 80.546 85.050
- Tissus de jute pur 1.237.921 1.153.689 496 735
- Ctnce inte 109.515 406.366 588.679
- 90.411 101.566 69.651
- Tissus de phormium tenax, abaca, etc 237.708 204.730 224.738
- IMPORTATIONS A LA VALEUR.
- fr. fr. fr.
- 1 Belffiaue 2.347.106 1.355.662 1.664.907
- Dentelles de lin j Autres pays 101.152 134.162 261.448
- Totaux 2.448.258 1.489.824 1.926 355
- Supplément a l’Industrie textile du 15 Février.
- 20® Fascicule.
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- 154
- LES INDUSTRIES TEXTILES
- la présidence de M. Feray. Il s’est donné, d’après ses statuts, — « la mission de veiller aux intérêts de l’industrie qu’il représente, de développer et d'améliorer la culture et la fabrication du lin, de prendre toutes les mesures convenables dans l’intérêt commun et de faire toutes les démarches et réclamations nécessaires. » — En 1862, son siège a été transporté à Lille, qui comptait., à cette époque, près de 100,000 broches et 3,000 métiers à tisser. 11 a eu successivement comme Présidents MM. Achille Wal-laert, Julien Le Blan, et aujourd’hui M. Edmond Faucheur; et comme secrétaires généraux M. Edouard Agache. et actuellement M. Gavelle-Brière.
- L’eNposition du Comité linier est placée au centre de toutes les autres sous la forme d’un pavillon représentant assez bien le dôme des Invalides, auquel
- aboutissent toutes les galeries de vitrines de la classe 31. Au sommet figure une corbeille dorée remplie de tiges de lin non égrenées, surmontée de drapeaux tricolores, surplombée d’une couronne de pelotes de fil à couleurs variées. Sur la calotte du dôme, recouverte de peluche de lin rouge, sont disposés de beaux types de filasses peignées ou simplement teillées du plus beau reflet; enfin les colonnes qui supportent le dôme sont figuiées par des pièces de toile ou de velours de lin, blanches, écrites, cré-mées et ocrées reposant sur des socles de peluche de lin rouge et entie chacune desquelles sont les expositions particulières d’un certain nombre de Ida-teurs de Lille et de ses environs. Cette ornementation est due à M. Lufiacre, tapissier à Lille.
- En suivant l’ordre dans lequel sont placés les
- TABLEAU COMPARATIF DES IMPORTATIONS DE TISSUS DE LIN, DE CHANVRE OU DE JUTE EN FRANCE
- PENDANT LES ANNÉES 1886 88
- SPÉCIFICATION. ANNÉES
- 1888. 1887. 1886.
- Tissus unis ou ouvrés écrus k.i. 151.08J kil. 175.684 kil. 157.£94
- — blanchis 268.051 287.493 302.202
- — teints.... 6.188 7.540 7.549
- — imprimés 3.380 2.030 1.032
- Toile cirée • 697.336 568.150 511.517
- Coin ils 14.509 18.088 17:283
- Tissus mélangés 482 1.581 386
- Linge de table damassé écru . . . 3.084 419 644
- — chiné et blanchi 2.553 1.960 3.559
- Mouchoirs brodés it autres broderies 2.376 2.316 2.052
- Dentelles et guipures 861 1.374 1.402
- Bonneterie de lin 7.314 7.559 7.386
- Passementerie et Rubans de fil écrus 1.006 553 654
- — blancs 4.584 6.220 8.825
- — teints 3.015 1.380 640
- Tissus de jute pur 923.002 1.322.225 1.515.206
- — mélangés 6.788 2.298 32.783
- Sacs de jute '. . 137.259 355 729 298.696 355.663
- Tapis de jute 399.538 316 508
- Tissus de phormium, abaca, etc 26.555 17.795 51.376
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- A L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1880.
- 155
- divers exposants, nous rencontrons d’abord l'Union linière du Nord, l’un des plus anciens établissements de Lille, fondé en 1858 par M. J. Dequoy et Cie, et depuis quelques années marchant sous la forme d’une Société par actions. Cette lilalure comporte 20,080 broches en sec et en mouillé. Elle a deux expositions: — dans l’une, qui fait partie de la collectivité du Comité limer, divers paquets de fil sont agencés sous la forme d’un immense cube dont l’une de; faces porte les mots Union linière du Nord mis en relief à l’aide d’écheveaux de fil blanc; dans
- l'autre, nous voyons une jolie série de fils secs en lin des nos 6 à 20, et en étoupe des nos 6 à 1(3, et de fils mouillés en lin des nos 6 à 120, et en étoupe des nos 6 à A0 ; il s’y trouve aussi quelques types de fil de chanvre en sec que cette manufacture ne fait que sur commande.
- M. Alex. Lefebvre, de Seclin, que l’un rencontre après lui, ne file qu’au mouillé ; les types qu’il nous montre partent du n° i/i et ne vont pas au delà du A0. Entre ses paquets éerus figurant un portique, cet exposant a placé le mo lè!e d'un système de
- TABLEAU COMPARATIF DES EXPORTATIONS DE 1 ISSUS DE LIN, DE CHANVRE OU DE JUTE EN FRANCE
- PENDANT LES ANNÉES 18/6-78
- SPÉCIFICATION.
- PROVENANCE.
- Toile unie écrue.
- Totaux.
- Toile unie blanche ou mi-blanche.
- Totaux.
- Toile teinte........................
- — imprimée.....................
- — cirée........................
- — croisée grossière, dite treillis.
- — coutil.......................
- Batiste et linon
- Totaux.
- Tissus de jute pur. Sacs de jute.......
- Dentelles
- Angleterre. .
- Ii alie......
- Brésil.......
- Algérie......
- Autres pays.
- / Angleterre ..
- \ Italie......
- ’ ) Algérie....
- ( Autres pays.
- Belgique.... Autres_pays.
- ANNÉES
- 1878. 1877. 1876.
- kil. kil. kil.
- 169.022 219.586 167.676
- 38.(02 36 069 56.813
- 61.2 il 59.292 65.967
- 1.204.107 1.393.034 1.477.275
- 1.597.469 1.913.270 1.936.288
- 3.070.441 3.621.201 3.704.019
- 13.682 9.210 16.750
- 41 491 66 151 75.866
- 107.715 175.457 159.538
- 248.220 245.713 240.951
- 411.008 496.531 492.914
- 55.324 62.700 74.829
- 19.628 8.674 2.290
- 138.473 213.511 133.857
- 2.000 1.481 7.173
- 28.297 33.027 32.033
- 8.691 7.893 10.550
- 2.156 3.064 3.589
- 10.847 10.957 14.139
- 108.860 312 488 252.828
- 593.405 271.034 14L059
- EXPORTATIONS A LA VALEUR.
- fr. fr. fr.
- 777.127 715.884 778.328
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- 156
- LES INDUSTRIES TEXTILES
- commandes de broches de métier à filer au moyen d’un câble en coton enroulé sur la noix et réglé à l’extrémité du métier. Cette disposition, qu’il applique sur 6,600 broches de sa filature, lui a donné, d’après une pancarte que nous copions littéralement, les résultats suivants :
- 1° Suppression des vibrations de la broche par l’enlèvement de la charge de la bobine ;
- 2° Marche à plus grande vitesse et plus de production ;
- 3° Suppression du travail de la fileuse pour
- régler la tension et par conséquent travail plus facile ;
- 4° Durée illimitée de la broche et son collet;
- 5° Filage plus régulier, grâce à la constitution spéciale de la bobine.
- Avis aux intéressés.
- Viennent ensuite les expositions de MM. Paul Le Blan et fils, de Lille : belle collection de fils mouillés écrus, crémés, bis et blancs, en lin, chaîne ou trame, pour tissage ou fabrication de fils à coudre du
- TABLEAU COMPARATIF DES EXPORTATIONS DE TISSUS DE LIN, DE CHANVRE OU DE JUTE EN FRANCE
- PENDANT LES ANNEES 1886-88
- SPÉCIFICATION. DESTINATION. ANNÉES
- 1888. 1887. 1886.
- kil. kil. kil.
- Algérie 257.249 321.200 1.955.920
- Tissus unis ou ouvrés écrus
- Autres pays 1.099.393 923.868 1.217.894
- Totaux 1.356.642 1.245.068 2.973.814
- Tissus unis ou ouvrés blanchis 278.705 269.780 234.471
- teints 47.589 46.738 42.431
- — imprimés 1.534 1.392 4.554
- Toiles damassées 11.416 5.765 1.892
- Tnilp. r.iré.fi. . . . . ...... ... . 297.352 205.883 198.669
- f.rm tils 28.478 21.288 33.676
- Tissus mélangés . 27.436 43.989 37.315
- Linge de table damassé écru 2.808 2.495 4.813
- blanchi 2.891 4.013 9.814
- Mouchoirs brodés et autres broderies 4.627 7.548 4.778
- Batiste et linon 774 2.933 7.969
- Bonneterie de lin 3.014 2.326 3.483
- Passementerie et Rubans de fil écrus 3.506 3.886 4.938
- — blanchis.... 470 676 1.409
- — teints 3.646 614 837
- EXPORTATIONS A LA VALEUR.
- fr. fr. fr.
- Dentelles et guipures dejin 1.118.916 1.034.015 1.398.941
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- A L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1880. 157
- n° 20 au n° 60, en mixte (jute et lin), ou en étoupe peignée ou cardée du n° 48 au n° 50 ; — de M. Nicolle Verstraete, de Lhomme : série de fils de lin mouillés écrus du n° 8 au n° 120 ; — celle de MM. Grépy fils et Cie, de Lille : collection de numéros en lins gris et jaunes mouillés du n° 10 au n° 120 ; — celle de M. Desmazières, de Seclin, qui se compose de numéros en fil mouillé, lin ouéioupedu n° l/i au n° 20.
- Le Comptoir de l’industrie linière, de Lille, expose de son côté des secs écrus des noS 5 au 20 en lin et en étoupe, des mouillés écrus des n0s 10 à 20, et des fils blanchis des nos 12 à 40. Notons ici que cette maison, bien que fabricant des fils secs à Frévent (Pas-de-Calais), s’occupe surtout du négoce de fils, et peut être considérée comme la. plus importante de Fiance en ce genre. Fondée en 1846 au capital de 9 millions sous la forme d’une Société en nom collectif et en commandite par actions dont le siège social est rue d’Uzès, à Paris, elle comprend, outre la maison de Lille, une filature à Frévent (Pas-de-Calais), et trois tissages, deux à la mé;anique à Cambrai et Abbeville, et un à la main à Le Hall. La raison sociale est aujourd’hui Mugnier, Duplay, Fleury et Cie ; mais les fondateurs du début ont été MM. Collin (de Paris), Fernand et Anselme Bocquet (de Lille), Saint-Évron et Millescamp (de Paris), qui se sont réunis sous la raison sociale Collin et 6’ie. Ses agences à l’étranger sont au nombre de seize : Dundee, Belfast, Westphalie, Gand, Courtrai, Turnhout, Bois-le-Duc, Danemark, Milan, Naples, Barcelone, Valladolid, Porto, Suisse, Angleterre et New-York; et elle a dix-neuf maisons de dépôt en France : Alençon, Cholet, la Ferté, Fresnay-sur-Sarihe, Cambrai, Abbeville, Allery, Nîmes, Lyon, Bernay, Saint-Dié, Toulouse, Calais, Avesnes-lez-Aubert, Laval, Saint-Étienne, Villefranche et Marseille.
- M. Guillemaud aîné, de Seclin, en dehors de quelques paquets en fil mouillé de numéros moyens placés dans l’Exposition collective du Comité linier, a disposé dans une vaste vitrine une collection de tous les numéros de sa fabrication courante figurés par une longue série d’écheveaux écrus de qualités diverses, du n° 28 au n° 75, entourés d’un grand nombre de paquets comme échantillons. Cette exposition, très simple, est celle d’un bon filateur.
- MM. Faucheur frères, dont l’un des chefs de la maison, Président du Comité linier, a pris l’initiative de l’exposition collective dont nous parlions tout à l’heure, ont envoyé de beaux spécimens de fils secs
- et mouillés de leur filature, les premiers des nos 16 au 45, les seconds des nos 20 au 80. Cette maison, fondée en 1855, est l’une des plus anciennes de Lille et comprend 9,000 broches.
- Nous relevons encore des fils de lin et d’étoupe en sec et en mouillé des nos 20 à 40 dans la vitrine de M. Auguste Mahieu, d’Armentières. Quelques indications manuscrites nous mettent au courant de l’importance de cette filature, la première qui ait été construite à Armentières; nous y lisons : « 10,200 broches en sec et mouillé, 2 millions 600,000 kilogrammes de lin peigné en 18S8 ; 72,500 paquets produits ; 560 chevaux-vapeur de force et 540 ouvriers employés à la filature. »
- Notons en passant l’exposition de l’un des vétérans de la filature de lin, M. Feray, d’Essonnes (Seine-et-Oise). Cet établissement a été créé en 1834 par M. E. Feray, comme nous l’avons relaté au commencement de ce chapitre. La filature a été reconstruite en 1877 par MM. Feray et Cie. Déplacé du centre même de l’industrie linière, il a adopté la spécialité des chaînes pour toiles fortes qui ne se fabriquent qu’avec des filasses de qualité supérieure et qu’on ne vend qu’après leur avoir garanti au dynamomètre une force donnée. Les numéros exposés comprennent une série au mouillé du 25 au 75.
- Nous passons au-dessus de quelques vitrines où nous ne relevons rien de particulier, et nous arrivons à l’exposition que nous considérons comme la plus remarquable : celle de la Société anonyme linière de Pérenchies (ancien établissement Agache fils). Ici le résultat obtenu est considérable. Alors qu’en fil t>ec on n’arrive guère dans la fabrication classique au delà du n° 28 ou du n° 30 — (il ne s’agit bien entendu ici que du numérotage anglais), —nous voyons dans cette vitrine non pas seulement des écheveaux, mais des paquets des nos 70, 80, 90, 100 et 120. Ces numéros paraissent admirablement filés, d’une fibre bien droite, sans floches, duvet ni coupures. Dans le même lot figurent des fils mouillés en numéros auxquels on n’arrive que difficilement en étoupe, comme le 160, par exemple, et divers échantillons de fils secs et mouillés en lin depuis le n° 10 pour les premiers, jusqu’au n° 170 pour les seconds. Quelques chiffres relatés sur une pancarte de la vitrine font facilement ressorliiTimportancedeceUefilalure; nous y lisons: — « chiffre de broches, 24,500; — production, 152,000 paquets de fil ; — consommation, 22,000 hectares de lin. » — Comme on le voit, la filature de lin reste encore l’une de nos plus importantes industries
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- 15-r
- LES INDUSTRIES TEXTILES
- textiles. Le nombre de broclies, qui est de beaucoup le moins considérable de toutes les industries similaires, ne peut donner la moindre idée de ce qu’elle peut être pour celui qui y est étranger, car les frais de premier établis>ement, la force absorbée, le nombre d'ouvriers nécessaires, sont pour la même unité trois et quatre fois plus grands que pour les filatures de laine et de coton. Le Comité linier a pris soin de relever dans l’une de ses vitrines le nombre de ses broches; cette nomenclature, dressée avec la plus scrupuleuse exactitude en 1888, nous semble intéressante à reproduire. (Voir le tableau page 159.)
- Ce même Comité a pris soin de nous renseigner par des chiffres sur la place qu’occupe en France l'industrielinière; sur une pancarte en vedette dans l’une des vitrines nous lisons en effet : « En 1888, le nombre d’ouvriers employés dans l'industrie linière était d’environ 60,0U0, et le nombre de chevaux-vapeur de 20,000 » ; — et sur une autre : « Pendant l’année 1888, la consommation des matières premières, tant in ligènes que d’importation, em-p'oyées par les filateurs de lin a été d’environ 100 millions de kilogrammes. »
- FILATEURS DE JUTE DE FRANCE.
- Nous avons déjà dit qu’en France la filature du jute était surtout concentrée dans la ville de Dunkerque et ses environs. 11 y a, outre cela, quelques petits établissements à Lille et quel |ues usines disséminées de part et d’autre dans la Somme, dont les plus importantes sont les manufactures de MH. Saint frères.
- L’un des meilleurs exposants est la maison Kvd f ères et Cie, qui possède deux filatures, l’une à Dunkerque, l’autre à Petile-Synthe, près de cette ville. Elle comprend, lisons-nous sur une pancarte dans la vitrine : 8,000 broclies exigeant une force de 800 chevaux-vapeur, produisant par jour 18,000 kilogrammes de fil et employant 750 ouvriers; cet établissement est le plus important de la région. Les produits sont exposés sous forme de paquets écrus, étagés sur quatre rangs, et comprenant successivement des fils de jute cardés, peignés, retors et de corderie; les cardés sont des chaînes ou trames du n° 4 au n° 14, les peignés forment une série du n° 8 au n« 25, les retors figurent depuis le 2 bouts (•>30 tours, n° 8, cardé, chaîne), jusqu’au 12 bouts (100 tours, n° 10, peigné, chaîne), et les fils de corderie vont du n° 0,2 métrique (cardé, trame) au n° 2
- (cardé trame). Quelques types de jute brut, de jute peigné et d'étoupes car lées du même textile complètent cette collection.
- La maison G. Vancauwenberghe, Davenport et Cie, fondée en 1877, et également située à Dunkerque, expose une semblable série de fils, plus une série de fils de jute teints en nuances vives, et une variété de bobines bien faites de préparation et de métier à filer. Ses cardés vont en trame du n° 4 au n° 12, et eu chaîne du n° 2 au n° 10, ses peignés en trame du n° 4 au n° 20, et en chaîne du n° 3 au n" 12 ; ses retors sont des trames de 2 à 4 bouts du n° 7 au n° 16, et ses fils de corderie sont des chaînes de qualité ordinaire et moyenne allant du n° 0,2 au n° 0,10 métrique.
- Ces deux exposants sont exclusivement filateurs, mais nous relevons encore des fils de jute dans d’autres vitrines à côté des produits du tissage que l’on a surtout eu en vue de représenter. Nous citerons, en ce sens, la maison A. Vancauwenberghe, Seys, Snowden et Cie, de Dunkerque, fondée en 1865, qui a placé à côté de ses tissus des fils cardés écrus des nos 4 au 18; — la maison Dickson et Cio, de la même ville, la plus ancienne de la région, qui expose des fils de corderie du n° 0,3 au n° 1, joints à quelques échantillons de fils de lin sec des nos 6 à 10, et de chanvre sec des nosll à 16 ; —MM. Garmichael et Cie, de Paris, filateurs depuis 1845, qui ont envoyé une série de fils teints de leur établissement d’Ailly-sur-Somme ; — et MM. Saint frères, de Paris, dont la collection de fils de jute en diverses teintes écrites (gris écru, blanc écru et doré), des nos0,28 à 2 1/2 et des n03 2 à 10, provenant de leurs filatures de Fiixecourt, est des plus remarquables. Celte dernière maison, d’après une indication que nous relevons dans la vitrine, a une production journalière de 57,000 kilogrammes de fil. On peut consulter dans le tableau de la p ige 159 le nombre de broches de tous ces établissements.
- FILATEURS DE CHANVRE DE FRANCE.
- Les exposants qui filent le chanvre à l’exclusion de tout autre textile sont au nombre de deux : MM. Janvier père et fils, au Mans, — et Max-Richard, Segris, Bordeaux et Cie, d’Angers. Mais leurs filatures ne sont cependant destinées qu’à alimenter leurs tissages ou ficelleries.
- La maison Janvier père et fils, fondée en 1846 par M. Eug. Bary, ne fabriquait dès le début que des
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- A L'EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1889.
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- RAISON SOCIALE. SIÈGE SOCIAL. NOMBRE de BROCHES. RAISON SOCIALE. SIÈGE SOCIAL. NOMBRE de BIOCIIES. j 1
- Arquembourg Pont-de-Metz 3 000 Hnrtr. 1 Regliin A rmeri t jères 5 000 i
- i A- Badin Barentin 15.000 lrelnnd frères. .. 1 ïn h pli n Zl 7 00 H
- Ch de Bail ieneour; et Cic Douai 7 500 Janvier père et fils Le l\f a n s I A 73 1
- 1 Bayart-Casse Lille 2.000 Kyd frères I)i i nkf'rfpif* 8 00J
- Boutemv, frèr. s Lannoy 38 000 P Le Blan et fils... Lille . 8 000
- Alfred Breuvart Armentières 3.700 1 J. 1 e Blan père et fils .. Lille 19 000
- D. Bruyère et ciG Wambrechie * . non Le comte et Gamelin 7 enï
- Cardon-Masson ... . Armentières 3 000 C. Lecoutelier. ... Abbeville o en )
- Carmichael fils et Cio.. Ailly 3 000 A. Lefèvre . ... Seclin 7 500
- Catel Béghin et fils Lille 8 000 Lemaire-Bequillart .... Zi 908
- Cosserat fils et ciu Amiens 7.5 '0 Lcurent frères yj ux .... ... Roncq. 3 500
- Crépy fils et Ci3 Lille 10 500 J. Leurent et fils. 5 000
- J.-L. Cuenin et C'° Teteghem Zl 000 V. Lurent Lesr.ornez . Zi 000
- Cuvelior frères et Desnedl Lille 5.400 Lourme Deren Wambrcchies 3.507
- Cassonvi.le Van üvers- Lille 3.000 Lourme frères et Thil-
- clielde Phalempin h G00 leur. V nnpnf ihl'pç 3.000 i
- , Defretin et Cordonnier.. Max Richard, Ségriset CK‘ Angers Zi. 000
- Delannoy et fils Lille i .un Magnicr, Poully, Duplay Frévent . . 10.000 I
- Dolaltre. père et fils Lille 6 000 A. Mahieu A niiP.,t iproc ton in i
- L. Delcourt et CiL' Lille U 200 Merveille frères Thumesnil. B 8 )0
- \ Dont. Délécaille Felinghien 3.800 Nicolle-Vcrtruëte Loin me 8 ('00 ;
- Delesalle frères La Madeleine 5 000 Parcnt-Mjntfjrt I a n 11 ny,. 7 1 0!)
- Victor Dervaux Qucsnoy-sur-Deule 2 600 J. Pasculin et Cie Ilellemmes 3 3 0
- Descamps l’aîné Lille 7.000 L. Picavet aîné Mlle. o. 500
- L. Desmazières Seclin 2 800 V. Pouchain A mien( jères 9 5jo
- E. et A. Desurmont Seclin 2 900 Aug. Pouilly Amiens : on
- Victor Detraux Arques 2.500 Poui lier, Lcmahieu et C1’' Qucsnoy-sur-Deule. . . 6.000
- Dickson et Cie Coudekcrquc 2 500 Pouillicr-Longhaye Lille 6 00() i
- V. Drieux et Cio Lille 5 OOO A. Raviiiet-Griscz .... Di i nlrepqne 3 0(0
- Droulers-Vernier Lille 2 900 L. Remy et. Cie . Rniilntrnp * 9 /[ JO
- Dubois et Cliarvet-Co- Renouard-Béghiii Lille 3.000
- lombier Armentières G.ZiOO Saint frères...... Eli veenn rt 5 ooo 1
- P. Duchesne-Fournier... Lisieux 6.000 Victor Saint-Léger Mlle Zl 876 1
- Gustave Duriez Seclin /l.3.0 Société anonyme Amiens 8 500
- A. Dutilleul Armentières 3.500 Société de Pérenchies.. Pérene.hies 2Zi.Zi^0
- Faucheur frères Lille 7.660 Société lin.ère du Finis-
- Filature de lin d’Abbe- tère Landerneau 6.000 j
- ville Abbeville 2 480 A. Truffaut Willems 6 000
- Feray et Cie Essonnes 6 900 Un.on linière du Nord.. Lille . . 15.800
- Froidure Lomme 2 000 A. Vancauwcnberghe et
- Gavelle-Brierre Lille 1.632 Ce Dunkerque 5.000
- 1 C. Guilleinaud aîné Seclin 6.800 C. Vancauwcnberghe et
- Eug. Guilleinaud et Cie.. Ilellemmes 2 200 C1* Dunkerque 5.000
- Pli. Guilleinaud Loos 2 200 Vandcsinet Wat.ten.. 3.000
- L. [lambin et Cic Lij ugô U 000 E. Vandcweghc Lille 3.000
- 1 Hennion et Cie Linselles.... . . 12.000 Villard, Castellon et VIal Lille 8.000
- liuret, Lagache et Cie... Pont-de-Briques 5.000 Wattebled et Ci0 ....... Saiiit-Gcrmain-de-Livct. 2.8.1,0
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- LES INDUSTRIES TEXTILES
- toiles à la main dans un certain nombre cle communes du département de la Sarthe, et son siège était au Foulon, à la Ferté-Bernard. Elle a été transférée au Mans en 1855, et c’est dans cette ville que, de 1860 à 1862, ont été construits la filature et le tissage du chanvre; la première compte 1,473 broches en sec et mouillé dont dépendent des ateliers de pilonnage de chanvre situés dans la même ville sur les bords de la Sarthe ; le second renferme 160 métiers. Depuis 1876, une blanchisserie de fil et de toiles, créée à la fin du siècle dernier par M. Marcelin Vétil-lard, a été annexée à ces établissements ; MM. Janvier, collaborateurs intéressés de la maison depuis de longues années, font reprise en 1883. Cette maison expose des fils de chanvre sec n° 20, des étoupes de chanvre à sec n° 15 et des fils de brins mouillés nos 12 et 22.
- La Maison Max-Richard, Ségris, Bordeaux et Cie, d’Angers (autrefois Joubert-Bonnaire et Cie), a été fondée en 1843. Elle possède à Angers l’importante filature de YEcce Ilomo qui comprend 4,000 broches. Elle expose des fils de chanvre sec pour la cordonnerie nos 2 à 12; — des fils secs pour tissage nos 13 à 22; — des retors en 3, 4 et 5 fils, polis pour lamiers ; — des fils d’étoupe de chanvre pour la cor-derie nos 2/10 à 2; — des fils retors pour la pêche du n° 2 en 4 fils au n° 14 en 2 fils, etc.
- L’une et l’autre de ces deux maisons ont eu de nombreuses récompenses aux précédentes Expositions.
- FABRICANTS DE FILS A COUDBE EN LIN EN FR A N CF.
- Passons maintenant aux fils à coudre en lin, nu, pour parler le langage du Nord, à la filterie. « Filterie lisons-nous dans le Dictionnaire dé Littré, nom que porte à Lille toute fabrique de fil de lin à coudre. » C’est donc d’une industrie lilloise dont nous allons nous occuper ici; — lilloise et cominoise, devrions-nous dire, car Lille et Comines (Nord) sont actuellement en Fi ance les seuls sièges de cette industrie. A vrai dire, bien qu’elle y soit séculaire, il n’y a pas bien longtemps quelle existe à l’état d’industrie mécanique; on crut même longtemps à Lille qu’on ne pouvait faire de fils à coudre qu’avec des fils simples à la main. Ce fut Delespaul aîné qui, en 1838, employa le premier les produits du métier à filer proprement dit. Peu 4 peu au moulin à la main succéda le métier à retordre, et l’ancienne machine à faire les pelotes fut construite en fer au lieu de bois. Il est une chose
- qui distingue surtout les fabrications de fil à coudre entre elles, c’est le mode d’apprêt des retors ; tous en font un tel secret qu’il est pour ainsi dire impossible de visiter une filterie dans le Nord. Durant ces dernières années, les fabricants lillois attachaient aussi grande impoi tance aux divers modes d’agencement des pelote^, boîtes et bobines, à tel point que le Tribunal de Commerce de Lille a vu se dérouler devant lui un nombre incommensurable de procès que les intéressés se suscitaient entre eux à ce propos. On nous dit qu’aujourd’hui la filterie de Lille va former un Syndicat professionnel destiné à défendre les intérêts et à soutenir les droits de la corporation, et que les frères ennemis d’autrefois vont se réconcilier pour de bon ; nous souhaitons d’assister à ce spectacle intéressant.
- Les expositions de la filterie ne manquent pas d’élégance et de coup d’œil : la plupart sont même jolies. Il est vrai de dire qu’il est plus facile d’obtenir des dispositions originales de pelotes de diverses grosseurs, à dispositions variées et chatoyantes, ou de petites bobines et de cartons, que de paquets uniformes ou d’écheveaux de fils simples écrus.
- La maison Crespel et Descamps, l’une des plus anciennes de Lille, expose toutes sortes de retors : à coudre, à broder, plats à repriser, à tricoter, — sous les diverses formes de pelotes, écheveaux, tablettes, cartes et bobines, du n° 20 aun°200. Son exposition simule une tour faite de pelotes et capsules de dimensions excessives, dont une seule, laplus grosse, forme la base, et une seule, la plus petite, le sommet. — Des boîtes de pelotes, disposées çàet là, nous rappellent les principales marques de cette filterie: fil au Conscrit, au Templier, à Duquesne, à la Confraternité, etc., etc.
- La maison Vvo Crespel aîné, de la même ville, expose, sous les mêmes formes commerciales, des fi's pour dentelles, guipures, à broder, moulinés et à repriser. Son exposition figure une série de cubes étagés formés de retors sur cartons. Les dilférentes marques de la filterie : fil à Vulcain, au Réveille-matin, à la Grosse caisse, aux Étrennes, etc., etc., sont relevées çà et là sur des boîtes de pelotes.
- MM. Scrive frères, de la même ville, ont formé, avec leurs pelotes entourées d’une capsule en nickel, et leurs cartons munis d’un système d’enroulement spécial, une sorte d’écusson carré entouré d une colonnade de pelotes : le reflet métallique de 1 ensemble lui donne un caractère assez original. Çàet
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- A L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1889. 161
- là quelques boîtes de pelotes portent les marques de la maison : fil à la Croix de Malte, aux Palmes, au Croisé, à la Cigale, au Hongrois, etc., etc.
- M. Droulers-Vernier, de la même ville, s’est attaché spécialement aux fils en chanvre pur pour cordonniers et selliers. Son exposition figure un édifice formé de quatre colonnes de grosses pelotes écrues supportant une couronne de pelotes plus petites de couleurs variées. La plupart des marques de cette maison : fil au Collier, au Sellier, Fil français, etc., etc., sont éparses dans la vitrine, qui renferme en outre quelques 'spécimens de chanvre teillé.
- Dans l’exposition collective du Comité linier, la maison Victor Saint-Léger, de Lille, expose aussi des fils retors de diverses sortes, et notamment des fils à poisser teints et écrus, des fils pour guipures et dentelles et des fils plats à repriser. Quelques bobines de métier à retordre encadrent avec goût cette collection parfaitement agencée.
- MM. Hassebroucq frères, de Confines, exposent des fils pour arcades de métiers jacquarts, des fils à poisser, et une série de fils à coudre de divers genres et sous différentes formes. Dans leur vitrine figure un système dit Bobine perpétuelle, permettant l’emploi direct de la pelote à la machine à coudre et supprimant la bobine. Cette maison, qui a deux succursales, l’une à Comines (département du Nord), l’autre à Stettin (Allemagne), expose en outre des boîtes de pelotes portant ses principales marques : Fil Géographique, A la dernière cartouche, au Collier, à la Travailleuse, etc., etc.
- MM. Devos frères, de Comines et Paris, se sont fait une spécialité de retors fins pour dentelles, destinés aux fabriques du Puy et d’Alençon. Ils exposent de plus des fils à coudre en écheveaux et des boîtes de pelotes aux marques Fil mignon, du Petit Journal, au Succès, etc., etc. Leur exposition figure une colonne de grosses pelotes, du sommet de laquelle partent, sur des fils, des enfilades de petites pelotes simulant des banderoles.
- MM. Cousin frères, de Comines, exposent des fds pour arcades de métiers Jacquart, des lacets et ficelles fins pour l’enlaçage des cartons, ainsi qu’une quantité de retors à coudre en tous genres.
- Enfin nous citerons, pour clôturer cette série, l’exposition de la maison Ignace Lambin, de Comines, l’une des pins anciennes de la région, puisqu’elle date de 1832, qui, sur une pyramide de fils
- de diverses couleurs et de genres variés, a imaginé de représenter, sous la forme d’une figurine en cire, la légende de l’allaitement par une louve de Rornu-lus et de Rémus. Cette disposition, dont le but est de rappeler la principale marque de cette filterie, Fil à la louve, donne à la vitrine un aspect original qui attire l’attention du visiteur.
- FABRICANTS DE TISSUS DE LIN DU GROUPE DU NORD.
- Arrivons maintenant aux toiles, et examinons d’abord les produits des exposants de Lille et des environs de cette ville.
- MM. Wallaert frères ont une vitrine qui s’étend sur 8 mètres de façade. Ces industriels, qui se sont fait une spécialité des toiles blanches, exposent en ce genre, sous diverses formes, les tissus de lin les plus variés. Au centre est une pyramide de toiles à draps de grande largeur, de lm,80 à 3 mètres; sur les côtés figurent des toiles à chemises en 0m,80 ; — des toiles pour taies d’oreiller en 0m,70 ; — des toiles à drap de lm,05 à lm, 30, — et des toiles pour serviettes à liteaux de 0m,75 sur 0m,95; —sur le devant sont des draps confectionnés, dits sans couture, de 2m,40 sur 3 mètres de large. Cette maison, titulaire de médailles d’or en 1867 et 1878, et d’un diplôme d’honneur à l’Exposition d’Amsterdam en 1883, possède à Lille une filature et une retorderie de coton, ainsi qu’un tissage mécanique de toiles; à Santés, une manufacture de fils à coudre et cartonnage pour pelotes, un crémage de fils, une blanchisserie de coton et une blanchisserie de toiles. Des photographies de ces divers établissements figurent dans son exposition.
- La Société linière de Perenchies (établissements Agache fils), a aussi une riche collection de toiles, installée avec goût, dans une vitrine de 12 mètres de longueur. Au centre, sont disposés horizontalement de beaux types de toiles en grande largeur de 2m,70 à 3m,30; sur les côtés, étagés verticalement, sont rangés des tissus de toutes largeurs, depuis 0m,70 jusqu’à 2m,Zi0, écrus, crémés, jaunes, blancs et demi-blancs, unis ou damassés; sur le devant sont placées des serviettes-éponges en lin écru, et divers échantillons de linge de table et de linge de toilette ouvré en blanc et en écru : le tout repose sur un fond de velours de lin de la fabrication de la maison. L’ensemble des établissements de la Société linière de Perenchies comprend un personnel de
- Supplément a l’Industrie textile du 15 Février.
- 2L« Fascicule.
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- 162
- LES INDUSTRIES TEXTILES
- 2,100 ouvriers, et exige une force de 1,820 chevaux-vapeur. Nous avons déjà indiqué l’importance de cette maison comme filature à propos de son exposition de fils; comme tissage, elle possède 870 métiers à tisser donnant une production annuelle de 35,000 pièces de toile.
- Le Comptoir de l’industrie linière, dont nous nous sommes aussi occupé à propos des fils, a exposé, dans une vitrine de 12 mètres de façade, les divers produits de ses tissages d’Abbeville (50 métiers mécaniques et 00 à la main) ; — de Cambrai (100 métiers), — et du Breil (près le Mans), ce dernier à la main : services à thé, toiles filtre pour la raffinerie en 0m,70; treillis pour la marine en 0m,80; toile à bâche hystasapée en lm,10 ; toiles de chanvre et tissus du type de l’Assistance publique en diverses laizes, damassés encadrés, toiles de 2m,10 à 3 mètres de large, etc. Les tissages du Breil et de Cambrai produisent la toile de ménage ; le tissage d’Abbeville le linge de table. Les articles sont nombreux, comme on le voit. C’est là, d’ailleurs, l’une des plus importantes maisons de France, comme nous l’avons indiqué à propos des fils; hors concours comme membre du jury en 1878, elle a obtenu depuis lors des médailles à Melbourne en 1881 et à Amsterdam en 1883; elle n’a pas démérité. Son chiffre d’affaires total donne, pendant les dernières années, une moyenne annuelle de 15 à 20 millions de francs.
- Citons encore à Lille M. Deblock, exposant surtout des toiles d’exportation : nous relevons dans sa vitrine de fortes toiles bleues pour toutes les parties constituant le costume du nègre et divers genres en blanc et en écru pour les pays chauds.
- Dans la même ville, MM. Gratry et Cic ont la spécialité des coutils pour literies : les couleurs les plus vives chatoient dans leur vitrine où tous les dessins les plus variés de ces genres de tissus (carreaux, fleurs, rayures, etc.), se trouvent réunis. Cette maison a des succursales à Paris, Lyon, Bordeaux, Marseille, Flers-de-l’Orne, Halluin et Courtrai. Elle est titulaire d’une médaille d’or obtenue à Amsterdam en 1883.
- Mais l’exposition la plus importante de toute la classe 31 est celle de la maison Jean Casse, de Fives-Lille, qui ne s’étend pas moins sur près de /lO mètres de façade. C’est un éblouissement, et il semble que les plus beaux spécimens qu’ait jamais produits l’industrie du lin se soient donné rendez-vous dans le coin occupé par cet exposant. Rideaux de toutes largeurs, vitrages, services à
- thé, damassés de toutes sortes, guipures, velours d’ameublement, s’y trouvent alignés dans une sorte de désordre voulu et plein d’originalité ; la pièce la plus remarquable est un panneau damassé écru d’environ 5 mètres de haut sur 10 de large, La Noce flamande, copie d’une des toiles de nos meilleurs maîtres. Ce tableau, qui a demandé huit mois de travail au dessinateur, est exécuté avec beaucoup de finesse; les figures des personnages réunis autour d’une table, dans un banquet, sont d’une expression très délicate : on croirait voir une grisaille exécutée au crayon ou au pinceau.
- Avec les exposants de Cambrai et des environs de cette cité, nous passons dans le domaine de la toile fine.
- La maison E. Bertrand, de cette ville,—qui déjà, en 18A6, obtenait à Boulogne une médaille de bronze, gagnait une médaille d’argent à l’Exposition de 1867, et arrivait à la médaille d’or en 1878, — nous fait voir des merveilles sous ce rapport.. Le fond de sa vitrine est occupé par un vaste placard de mouchoirs imprimés de diverses couleurs figurant une étoile; — des toiles genre et apprêt d’Irlande, médiums et fortes, des toiles légères en 0m,70 et 0m,80 pour lingerie et blanc de Cambrai, destriflures grand blanc et des batistes pour chemises occupent les côtés; —sur le devant sont artistement rangés des mouchoirs de batiste ourlés à jour. Le tout est encadré par des tentures en toile blanche imprimée de la finesse de la mousseline et du meilleur effet. Cette maison possède une succursale à Courtrai.
- M. Bricout-Molet, de Cambrai, est aussi l’un des habitués de nos expositions : il a obtenu une médaille d’argent en 1867 et la médaille d’or en 1878. Sa vitrine est occupée par des batistes à la mécanique de 0m,57, 0m,67 et 0,n,75; —des lessivés et des linons en fil de main de 0m,50 à 0m,75, — et toute une série de mouchoirs en batiste à bordure de couleur de 0m,A0, 0m,55 et 0m,65 carrés. Çà et là sont placés des mouchoirs de batiste ourlés à jour, étiquetés de A francs à 200 francs la douzaine, et plusieurs pièces de batiste en fil de main, dont la plus fine, de 0m,55 de large, compte 8A fils au centimètre carré.
- M. Ménard, de Solesmes (près Cambrai), occupe environ 5 mètres de vitrine. Lui aussi est grand fabricant de toiles fines: batiste en 0m,50, 0m,60, 0m,70, 0ra,80 et 0m,90, linons pour lingerie et mouchoirs, tissus imprimés, batiste pour drap de 3 mè-
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- très à 3m,30 à U,500 fils, etc., figurent dans son exposition. Des crémées pour tenture en 0m,80, 1 mètre et lm,10, des demi-fortes 2m,70 à 8,800 fils pour drap, complètent cette collection. Cette maison possède une succursale à Paris.
- Enfin, M. Rodolphe Piette, de Dompierre, a voulu exposer tout ce qu’on pouvait faire de plus fin en tissu de lin écru, filé et tissé à la main. Les trois échantillons qu’il expose sont de la ténuité d’un papier de soie : ils sont accompagnés d’un type de lin en paille ramé, de lin en filasse teillé au couteau, de graine de lin menue de qualité extra et de bobines de fil au rouet.
- Voyons maintenant les exposants cFArmentières.
- Dans une exposition collective organisée par la Chambre de commerce de cette ville, vingt-six fabricants nous font voir une riche collection des produits de leur tissage. Ces fabricants sont, d’après le relevé qui figure dans la vitrine : — MM. H. Becquart et cie; —Becquart et Turpin ; — Biebuyck; — Bouche et Leuridan ; — Cardon et Fauvergue ; — Cary etDelassus; —Chas; — Decourchelle; —D. Delé-caille; — E. Deren; — Deweppe et Faucheur; — Dufour-Deren ; — Eug. Dufour; —• Duhot frères ; — Dulac; — Fremaux; — Cille et Decherf; — Grenier et Longueville; — IIurtrel-Béghin ; — Lache-rez-Devvilde; — Mamet; — Parent et Feinte; — V. Pouchain; — Ruyant et Debosque; — A. Sal-mon ; — Villard, Castelbon et Vial. L’ensemble n’occupe pas moins de 45 mètres d’étendue. Toute la fabrication toilière si variée d’Armentières s’y trouve à peu près représentée : torchons tissés à la main en tous dessins et en toutes laizes, coutils, treillis, cordais, hystasapées pour bâches, bleues de toute finesse mates ou calandrées, ardoisées, arpa-jaunes, vertes pour reliure et tabliers de forgerons, serviettes à liteaux, crémées, cartons, toiles grande largeur, fines et grossières, blanches pour chemises et ménage, sont alignées très correctement sous les yeux du public.
- Afin que nul n’en ignore, la Chambre de commerce a pris soin de relever sur un tableau les chiffres qui représentent l’importance de l’industrie linière dans sa circonscription. D’après ce tableau, la fabrication de la toile y serait répartie comme suit, en 1889 :
- Tissages mécaniques........................... 50
- Métiers mécaniques................... • • .... 7.400
- Ouvriers employés dans les tissages mécaniques.. 11.150
- Tissages à la main............................... 34
- Métiers à la main................................ 2.700
- Ouvriers employés dans les tissages à la main.... 2.950
- La filature de lin, dans la même circonscription, est représentée par ;
- Filatures............................................. 12
- Nombre de broches................................. 48.000
- Ouvriers occupés.................................. 2.580
- On ajoute que les expéditions annuelles des toiles par la gare d’Armentières atteignent 18 millions de kilogrammes ; — que le chiffre d’affaires annuel est de 90 millions de francs; — et enfin que « laproduction en toile de lin de la circonscription de la Chambre de commerce d’Armentières représente plus de la moitié de la circonscription totale de la France en cet article. »
- En dehors de cette exposition collective, quelques fabricants de la même ville ont tenu à avoir leur vitrine particulière: citons MM. Auguste Mahieu; — Victor Pouchain ; — Villard, Castelbon et Vial.
- M. Auguste Mahieu expose toute une série de toiles blanches grande largeur de 2m,A0, 2m,70, 3m,10 et 3m,3S de large, et une collection de toiles blanches pour chemises en 0m,80. .D’après une pancarte, la production de cette maison comprend les blanches pour taies d’oreiller, pour chemises, pour ménage, pour drap sans couture, les serviettes et nappes blanches, le linge de toilette, la toile jaune ocrée et la toile de chanvre, la toile crémée ou lessivée pour chemises, la même pour drap en grande laize, les serviettes crémées, la rondelette, la toile pour tailleurs et la toile bleue. Son tissage, qui compte 450 métiers mécaniques, produit annuellement 4 millions de mètres de toile, occupe 620 ouvriers et exige une force effective de 300 chevaux. La maison a, en outre, une blanchisserie à Erquinghem-Lys, qui occupe 80 ouvriers, et blanchit 2 millions de mètres de toile ainsi que 1,200,000 kilogrammes de fil. Nous avons cité antérieurement son exposition de fils.
- M. Victor Pouchain a aussi une exposition de toiles qui ne manque pas de mérite. Du haut en bas de sa vitrine, en plan incliné faisant face au public, sont i étalées quatre toiles grande largeur lessivées de 3ra,25 et 2m,80, et au-dessous sont étagés verticalement des spécimens de toiles à blanchir pour chemises, œils de perdrix blanc de pré, toile pour linge de toilette, toiles passementerie pour tailleurs, arpa-jaunes pour blouses et confections de chasse, etc.
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- Cette maison a une filature de lin, un tissage et une blanchisserie : elle exposait déjà en 1855 et obtenait la médaille de bronze; elle est arrivée par étapes à la médaille d’or en 1878.
- Enfin, MM. Villard, Castelbon etVial occupent environ 12 mètres de vitrine. Nous y relevons des toiles à voile, des coutils rayés, des toiles bleues en divers genres, des ocrées et crémées de différentes finesses, des blanches fines et pour ménage, des toiles à drap en grande largeur et du linge de table commun. Cette maison, qui fait la confection sur une grande échelle, a eu l’excellente idée de joindre à ses tissus des types de costumes de sa fabrication assez réussis. MM. Villard, Castelbon et Via! ont deux tissages; —àArmentièreselà Yoiron (Isère), — occupant ensemble 720 métiers mécaniques, et une filature de lin et de chanvre à Lille ; ils possèdent des comptoirs à Venise, Paris, Marseille, et dans cette dernière ville, une fabrique de bâches. Titulaires d’une médaille de bronze à Vienne en 1873, ils ont été mis hors concours à Lyon comme membres du jury, ont obtenu une médaille d’argent à l’Exposition de 1878 et une médaille d’or à celle d’Amsterdam en 1883.
- Au rayon Armentières nous rattacherons la vitrine de M. Léon Duhamel, de Merville, qui s’étend sur 8 mètres de longueur. Le fond est tapissé par divers spécimens de serviettes encadrées écrues représentant des sujets variés (chimères, mésanges, etc.) ; sur les côtés sont placés des types de crémées unies, essuie-mains, toiles pour draps militaires, cordais, torchons lourds et légers, serviettes à liteaux et ouvrés genre panissières; sur le devant figurent des serviettes coupées par douzaines, délicatement liées avec une faveur rouge, et toute une série de damassés blancs à dessins classiques : grand damier, petit damier, damier mignon, petite croix, pavé, pois anglais, œil de fauvette, grain de poudre, etc. Cette maison est titulaire d’un nombre considérable de récompenses à diverses expositions, depuis une médaille de bronze qu’elle obtenait déjà à Douai en 1829 jusqu’à une médaille d’argent en 1878.
- Avec Dunkerque, nous arrivons à la toile de jute ou à la grosse toile de lin ou de chanvre. Citons parmi les exposants de cette ville MM. Dickson etCie, qui nous montrent divers types de toiles à voiles excellemment fabriquées, et quelques spécimens de tissus goudronnés pour prélarts ; — et la maison Van-cauwenberghe, Seys, Snowden et C1C, qui s’est bornée aux toiles de jute en petite laize (0m,30), dont
- elle expose une collection des plus complètes, depuis celle pesant 235 grammes au mètre jusqu’au type de 600 grammes.
- La toile de jute est encore représentée par la maison Saint frères, de Flixecourt (Somme), dont les principales pièces exposées sont des tissus pour tapis de toile cirée en 7m,20 de large, des reps de lin et jute pour décors de 3 mètres, des toiles pour couvertures de wagons de 3m,10, et divers spécimens de toiles à broder, pour emballages, tissus de jute pour espadrilles, etc. Voici quelques chiffres que nous relevons dans la vitrine sur cette importante maison : « consommation journalière defds, 63,000 kilogrammes; production journalière de tissus, \35,000 mètres; confection journalière de sacs, â8,000; confection mensuelle de bâches, 3,600; consommation journalière de houille, 60,000 kilogrammes; force motrice, 6,300 chevaux; personnel ouvrier, 6,800. »
- Un fabricant de Longpré - les - Corps - Saints, M. Eug. Lheureux fils, qui possède un tissage mécanique dans cette localité et des métiers à la main à Airaines, Pierregot, Metigny-Lalleu, Montagne-Fayet, Riencourt, Long, le Quesnoy, Camp - l’Amiénois, Méricourt-en-Vimeux, Fontaine-sur-Somme et le Megge, a une fort jolie exposition de velours de jute et de lin; nous notons parmi ces produits des types de velours de lin double face en lm,30; — de velours de jute imprimés ou gaufrés de même laize; — de grains de poudre imprimés en 0m,80 ; — de velours de Gênes en 0m,60 ; — de rideaux lama 3 mètres sur im,20 ; — de tapis de table satin frangé ln,,50 X llll,50 ; — de bandes de velours application or en 0,n,20, etc.
- Dans le même département nous ne pourrions pas ne pas remarquer la magnifique exposition de linge de table et de toilette ouvré et damassé, de la maison Deneux frères et Cie, d’Amiens et Hallencourt, qui s’étend environ sur 25 mètres de façade. Nous y relevons une fort jolie collection de linge de toilette à la pièce, essuie-mains frangés, serviettes unies à liteaux, serviettes de toilette avec bordures fantaisie; — linge à thé écru et blanc ; — linge religieux pour nappes d’autel ; — tissus éponge ; — services de table avec armoiries et chiffres tissés, toiles pour ameublements et à matelas, etc. Un grand panneau damassé d’environ 8 mètres sur 9 mètres couronne cette série. Les établissements Deneux ont été fondés en 1822 par M. Deneux-Michaut; — en 18/j9, ils ont appartenu à la raison sociale Deneux-Michaut et fils ; — en 1855, à MM. Deneux frères ; — en 1883
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- à MM. Deneux frères et Ci0, par suite de l’entrée dans l’association desfds et gendres des précédents. Ils comprennent à Hallencourt 225 métiers mécaniques et 600 à la main, plus dans les environs 180 métiers, et une blanchisserie à Cagny-lès-Amiens. Un grand nombre de récompenses ont été obtenues par MM. Deneux aux diverses expositions, depuis 18/i9 à Paris, jusqu’en 1888 à Barcelone.
- Nous citerons encore comme fabricant à peu près les mêmes articles, la maison Ch. Meunier, Albert et Cic, de Paris (Grande Maison de blanc, du boulevard des Capucines), sur l’origine et les transformations de laquelle nous avons déjà renseigné nos lecteurs à propos des tissus de coton. La pièce principale est une nappe de 18 couverts, bordée en point de Venise représentant le Triomphe de Bacchus • divers spécimens de serviettes damassées en dessins variés destinées à une clientèle de marque dont les noms sont relevés dans la vitrine (ambassadeurs, princes étrangers, etc.), sont encadrés sous les yeux du public, qui peut ainsi mieux se rendre compte de la beauté et des difficultés de l’exécution.
- Dans le même groupe, nous devons encore placer MM. Simonnet, Godartet fils, de Paris, dont les tissages sont à Valenciennes, Cambrai et Solesmes, et qui exposent une magnifique série de tissus fins ouvrés de divers genres : mouchoirs à jour en fantaisie (travail exécuté à fils tirés) ; — couvre-lit imprimé à la main (à 250 jeux de planches) ; — rideau guipure en fil imprimé (tissu spécialement fabriqué pour que le dessin imprimé à la main retombe exactement dans.les mâts, ce qui est d’une grande difficulté en fabrication) ; — taies d’oreiller à ourlets à jour et chiffres imprimés; — batistes de 3m,65 (16,160 fils en chaîne); — linons en fil de main en 0m,50 (3,200 fils en chaîne), 0m,70 (à,650 fils), et 0m,80 (5,120 fils), etc. Le chef de la maison, lauréat de nombreuses expositions, est Membre du jury.
- Viennent ensuite quelques exposants que nous avons groupés dans cette région.
- M. E. Cauvin-Yvose, de Paris — (ancienne maison Yvose-Laurent), dont le tissage et la filature sont à Salouel (Somme), et l’usine d’apprêt de tissus à Ampreville-la-Mivoie (Seine-Inférieure), — expose des toiles imperméables pour bâches de voitures, bateaux et quais, des toiles peintes pour stores et bannes, des toiles transparentes pour serres et des tissus pour sacs et emballages.
- MM. Chapon frères, de Paris, qui ont leur tissage
- et leur maison d’apprêts à Courbevoie et qui exposent des bâches histasapées, caoutchoutées et goudronnées.
- MM. Darras frères, de Paris, présentent une série de toiles écrues noires ou gommées pour tapisseries et emballages, tailleurs et confections. •
- MM. Huret Lagache et Cie, de Pont-de-Briques, exposent des toiles imperméables pour tentes et havresacs.
- Enfin M. Isaïe Nicquet(ancienne maison W. Vacos-sanil, de Gamaches), de Mérelessart (Somme), qui possède une filature et un tissage à Lieu-Dieu, près Gamaches, nous montre une série de toiles à voile en coton, toiles de chanvre dites de Picardie et quelques bâches confectionnées.
- FABRICANTS DE TISSUS DE LIN DU GROUPE DE NORMANDIE.
- La maison Laniel père et fils, deVimoutiers(Orne), est la seule qui appartienne à ce groupe. Cette maison, fondée en 1806, a eu successivement pour raison sociale : Laniel Fontaine (1806-1838) ; — Laniel Fontaine et fils (1838-18/6)); —Laniel frères (1849-1861) ; — Eugène Laniel (1861-1865) ; — et Laniel père et fils. Ses établissements comprennent un teillage, une filature au sec et au mouillé, deux tissages mécaniques, deux blanchisseries de fils et une blanchisserie de toiles. Elle est titulaire de médailles d’argent aux expositions de 1855 et 1867. Sa vitrine comprend de nombreux types de toiles pour chemises, pour taies d’oreiller, pour draps moyennes et grandes largeurs, serviettes damassées, nappes à liteaux, etc.
- FABRICANTS DE TISSUS DE LIN DU GROUPE DE BRETAGNE, d’àNJOU ET DU MAINE
- Les tissus imprimés, mouchoirs et serviettes de couleur, qui forment la spécialité de Cholet (Maine-et-Loire), sont représentés dans ce groupe par trois fabricants : M. A. Turpault, qui possède un tissage à la main et une blanchisserie à Cholet, un tissage mécanique et une blanchisserie à Fleuriais (Vendée) et une maison de vente à Paris; — M. Brémond fils, maison fondée en 1827, dont le tissage et la blanchisserie sont à Cholet; — et M. Calixte Ouvrard, dont le tissage se trouve dans la même ville.
- MM. Janvier père et fils, du Mans (Sarthe), maison dont nous avons indiqué l’origine etlestians-formations à propos des fils de chanvre, exposent
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- toute une belle série de tissus de chanvre : toiles à bâches écrues et vertes, toiles à prélarts en chaîne triple, cordais pour sacs et pour charriers, treillis pour tabliers et enveloppes de blanchisseuses, treillis à filtres pour fabriques de porcelaines et raffineries de sucre, toiles cordes pour semelles, toiles de ménage écrues, lessivées, demi-blanches, etc., — et quelques toiles ' de lin : toiles dites flamandes pour travaux de dames, écrues pour broderies, blanches en fils retors pour filtres, etc.
- Enfin nous classons aussi dans le même groupe la Société linière du Finistère (Heuzé, Goury et Le Roux), de Landerneau, qui s’est fait depuis de longues années une spécialité des toiles fortes de ménage et des toiles à voile (pour bateaux de plaisance, pour la marine de l’Etat en chaîne retorse, etc.), et dont les médailles d’or obtenues aux expositions de 1867 et 1878, n’ont fait que confirmer la bonne réputation.
- FABRICANTS DE TISSUS LIN DU GROUPE DES VOSGES.
- La maison Garnier-Thiébaut frères, de Gérardmer, est la seule qui appartienne à ce groupe. Elle a exposé une série de types classiques fabriqués dans son tissage de Hichompré-Gérardmer : toiles de ménage, mouchoirs, linge de table et de toilette en ouvré et en damassé, etc.
- FABRICANTS DE TISSUS DE LIN DU GROUPE DU MIDI.
- INous avons ici trois exposants : M. Edm. Lanes, d’Agen (Lot-et-Garonne), qui a envoyé quelques toiles écrues dites du pays; —M. Lucien Migeon jeune, de La Rochefoucauld (Charente), qui s’est spécialisé dans la fabrication des toiles de chanvre écrues et blanches et des tissus pour bâches écrus et hvstasapés ; — et M. Louis Bonnassieux fils, de Panissières (Loire), qui expose une riche collection de serviettes et nappes damassées, celles-ci de 1 mètre à 2m,40 de large, toutes avec inscriptions et initiales, du genre blanc sur ocré clair spécial à la fabrication de cette ville. Cette dernière exposition est de beaucoup la plus importante; le tissage de cette maison comprend 500 métiers.
- FILATEURS ET FABRICANTS DE TISSUS DE RAMIE EN FRANGE.
- Les cinq exposants dont nous avons donné les noms, à propos de la ramie brute qu’ils nous montrent dans chacune de leurs vitrines, exposent le même textile à l’état manufacturé sous diverses formes.
- La société La Ramie française a réuni, dans une exposition très vaste et bien en vue, des fils de pêche, fils à coudre, guipures d’art, rideaux, broderies, foulards imprimés, peluches velours, linges de table, batistes, étoffes d’ameublement et toiles à voiles : ce dernier article est line grande nouveauté eu ce sens que, d’après une inscription, la trame en est faite avec la filasse de ramie manufacturée aussitôt sa sortie de la machine Favier, sans être aucunement nettoyée par le peignage ou le cardage. La société La Ramie française est celle qui, en France, possède le plus grand nombre de broches en ramie : 2,000 à Essonnes (dans l’usine Feray et Cie) avec retorderie, et 5,000 à Entraygues; elle n’a pas de tissage, mais plusieurs métiers fonctionnent exclusivement pour son compte dans des centres spéciaux; — pour la toile à Voiron ; — pour l’article robes à Étreux; — pour l’ameublement à Fresnoy-le-Grand et à Bohain ; — pour le rideau à Caudry; — la dentelle à la main qu’elle expose est fabriquée au Buy par la maison J. Farrigoule.
- La Société agricole de la Ramie expose notamment des articles des maisons Goulon, de Reims, et Poiret frères, de Paris : services à thé, linge de table, couvertures, peluches, coutils, tissus pour meubles, étamines, rideaux et toiles russes.
- M. Camille Simonnet, filateur et fabricant de tissus de ramie à Warmeriville, près Reims, a l’une des plus belles vitrines de la classe. Il a réuni de beaux spécimens de jersey laine et ramie, fil à tricoter laine et ramie, tissus soie et ramie, broderies, linges de table, tissus d’ameublement, peluches, etc.
- Dans l’exposition collective du comité linier, M. Gavelle-Brierre, filateur de ramie à Lille, a exposé des fils de ramie écrus, blanchis et teints des n0s 8 à 30, et des retors gazés blanchis et teints en deux bouts des nos 15 à 60.
- Enfin en dehors de la section que nous examinons et qui forme la classe 31, on a relégué dans la classe hh (produits non alimentaires), l’exposition
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- de fils et tissus de ramie de la Société d'études scientifiques, de Paris, MM. Frémy et Barbe y ont envoyé quelques spécimens, d’ailleurs fort défraîchis, de fils de ramie écrus, blanchis et teints et de toiles écrues, tentures, tapis, etc.
- FIXATEURS ET FABRICANTS DE TISSUS I)E LIN, CHANVRE, JUTE OU RAMIE
- DE LA GRANDE-BRETAGNE.
- Cinq exposants seulement représentent pour cet important pays manufacturier la classe des fds et tissus de lin, chanvre, jute ou ramie : l’un pour les fils de ramie: la société Renshaw et G0 (iimited), de Manchester ; — un autre pour les cordes et ficelles, la société Belfast Ropework G0 (Iimited) ; — et trois pour les fils et tissus de lin : la Donegal Industrial Fund, la York Street Flax spinning G0, et MM. Robinson et Cleaver, de Belfast.
- La plus importante exposition est celle de la York Street Flax spinning C°, fondée par M. Mulholland, député de Dorwpatrick, et longtemps Président de la Flax supply Association, de Belfast. Cette fabrique, qui a une succursale à Muckhomore (friande), et des maisons de vente à Paris, Londres, Manchester, Berlin, New-York et Melbourne, a réuni dans un pavillon spécial une belle collection de tissus en pièces ou confectionnés, de toiles blanches, fortes, triplures, batistes imprimées, toiles à draps sans couture, damassées dites stuckabacks, serviettes à franges, coutils écrus et blancs, mouchoirs, et tous les genres de toiles d’exportation dénommées dans le pays : holendas crudas, croquelas, breas,pl titillas, silesias, bretanas, irlandas, etc. Cette manufacture est l’une des plus prospères du pays; aujourd’hui sa réserve est égale à son capital social, en raison de la prudence qu’elle a montrée au moment de la crise cotonnière en faisant verser au fonds de réserve les énormes bénéfices résultant de la guerre de sécession et ne distribuant à cette époque qu’un dividende raisonnable aux actionnaires.
- Nous avons relaté plus haut de quelle manière la filature du lin avait été introduite en Angleterre en 1824 par Marshall, qui était venu relever en France les dessins de Philippe de Girard. Les Anglais eux-mêmes, toujours très heureux de rappeler que les premiers essais de filage ont été entrepris chez eux en 1SOO par deux industriels de Darlington, sont bien forcés de reconnaître que les seuls résultats
- obtenus datent de l’époque où l’on a introduit chez eux les procédés de l’inventeur français.
- La plus ancienne statistique que nous ayions pu nous procurer sur la filature anglaise remonte à 1840 : une charte publiée par M. Fowler, de Leeds, attribue à l’Angleterre 1,112,400 broches pour 410 établissements. En 1847, un inspecteur des manufactures, M. Porter, dans un rapport sur les industries anglaises, estime que le nombre des broches n’est plus que de 1,000,000 et le nombre des établissements de 392. En 1850, la statistique est faite pour la première fois d’une manière officielle et nous lisons dans un Bine Book publié à cette époque par le Boarcl of trade qu’il se trouve dans la contrée 905,031 broches pour 350 filatures, ce qui accuse une légère diminution. Mais, six ans plus tard, une statistique ayant même origine constate quelques progrès : 1,288,045 broches et 343 filatures. Enfin la statistique la plus récente nous donne :
- Broches à filer. Broches à retordre.
- Angleterre 201.735 47.287
- Écosse 275.119 27.532
- Irlande 906.946 18 716
- 1.383.800 93.535
- soit actuellement 1,477,305 broches dans toute la Grande-Bretagne.
- Le tissage de la toile est d’origine essentiellement anglaise. Le métier à lin proprement dit n’a jamais cependant fonctionné avant 1825 : la machine de Cartrwright, successivement perfectionnée par Bell à Glasgow, en 1794, et Miller à Preston 1796, ne put réellement marcher qu’après que Ilorrocks, à Preston, en 1815, et Roberts, à Manchester, en 1818, y eurent apporté des perfectionnements notables. En 1850, le nombre des métiers était estimé à 3,670, en 1856, il y en ayait 8,689; enfin, aujourd’hui, la statistique nous fournit les chiffres suivants :
- Angleterre............ 5.614 métiers.
- Écosse............. 18.-529 —
- Irlande............... 17.827 —
- 41.980 —
- De sorte que c’est l’Ecosse qui l’emporte pour le nombre des métiers à tisser et l’Irlande pour celui des broches à filer. Nous allons examiner sommairement ce qu’est l’industrie linière dans chacune des
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- trois provinces. Toutes ont leur centre particulier qui englobe à lui seul les trois quarts de l’industrie du lin : en Irlande, c’est le comté d’Antrim; en Écosse, celui de Fairfar, en Angleterre celui d’York.
- En Angleterre, c’est surtout Leeds qui, dans cette région, représente la filature et Barnsley le tissage. La première a été le berceau de la filature de lin dans le pays; elle renferme en outre les plus importants ateliers de construction de machines à lin de toute la Grande-Bretagne, entre autres, ceux de MM. Fairbairn, Kennedy et Naylor, de MM. Lawson et fils, etc.; toutes ces usines sont, pour la plupart, situées sur la Nidd et ses affluents jusque dans le voisinage de ICnaresboroug, de Hipley et de Pateley; la petite localité deHolbeck, adjacente à Leeds, comprend elle-même un grand nombre de filatures do lin. Quand à Barnsley, ville tortueuse et enfumée, qu’on appelle la noire en raison de l’aspect qu’elle présente, on y fabrique surtout des damassés, des coutils et des toiles de ménage. En dehors de ces deux villes, la filature est représentée par quelques établissements à Manchester, diverses filatures de jute à Liverpool, et deux ou trois filatures de chanvre dans le Lancashire et les comtés du Nord; —le tissage par Bridport, dans le comté de Dorset, pour ses toiles à voiles, Cockemont, dans le Cumberland, et Newcastle, dans le Westmoreland, pour leurs tissus destinés aux habits de marins, Abingdon, dans le Lincolnsbire, pour ses toiles à sac, etc.
- En Écosse, c’est surtout à Dundee qu’on file et qu’on tisse le lin et le jute, surtout ce dernier. Nous citerons, parmi les principaux établissements de cette ville : — pour le lin, les filatures et tissages de MM. Baxter frères, Gilroy frères, W. R. Morrison et G°, etc. ; — pour le jute, les filatures et tissages de MM. Cox frères, J. et A.-l). Grimond, O.-G. Milles, etc. L’usine des frères Cox est la plus considérable de toutes; elle est plutôt située à Lochee, faubourg de Dundee; elle est connue sous le nom de Camper-down-linen works; elle occupe 5,000 ouvriers; elle s’étend sur 13 acres de superficie, et un chemin de fer la relie à la ligne de Dundee à Londres. La ville possède aussi de grands ateliers de construction pour machines à lin dont le plus important est celui de James Low. Quelques filatures de jute de moindre importance sont aussi établies à Glasgow, Kircaldy, Montrose, Sterling et Perth. Le tissage en Écosse est surtout représenté par Dumferline, dans le comté de Fife, qui fabrique surtout les toiles damassées et le linge de table; tout autour de cette ville sont éta-
- blies un certain nombre de petites cités qui fabriquent des tissus de lin et dont elle est le centre : Torryburn, Grossford, Cairnehill, Leslie, Stratth-migh, Auchtermachty, Falkland, DansheldetCulross; citons parmi les autres villes Fairfar, Àrbroath, Kir-riemin, etc.
- En Irlande, l’industrie linière est surtout concentrée dans la province de l’Ulster, et dans la ville et les environs de Belfast ; les établissements sont surtout réunis dans les comtés d’Antrim, d’Armagh, de Down et de Tyrone. Les principaux centres manufacturiers sont; — pour la filature : Belfast, Lisburn, Portadown, Cookstown, Dooght, Ligonie; — en tissage : Lisburn et Andoye pour les damas, Lurgan pour les batistes, Armagh pour les grosses toiles, Ballvmena pour les toiles légères et Kerdv pour les toiles écrues et teintes. Dans cette île, les établissements privés ont peu à peu disparu depuis 1860 pour faire place soit à de grandes associations commerciales soutenues par des banques, soit à des compagnies d’actionnaires à responsabilité limitée. Citons parmi les principales : la York-street spinning G0, que nous avons citée tout à l’heure comme exposant, et les Sociétés : Northern spinning and Weawing G0, Brook-field linen G0, Ulster spinning C°, Blakstalf Flax spinning G0, Gunning et Campbell, Fais Flax spinning G°, Killyleagh spinning C°, etc.
- En raison de son énorme production de fils et de tissus, la Grande-Bretagne doit nécessairement marcher au premier rang des pays exportateurs. En fils, elle alimente surtout l’Espagne, la Hollande, l’Italie, et, dans une proportion qui tend de plus en plus à s’affaiblir, la France et l’Allemagne. En tissus, elle s’adresse surtout aux États-Unis qui absorbent à peu près la moitié de son exportation totale, puis ensuite aux Indes, à la France, à l’Australie, à l’Allemagne, à l’Amérique du Sud, à l’Italie, etc. ; pour ces derniers, elle excelle à mettre ses marchandises au goût du pays dont elle est fournisseur, et elle a établi, notamment à Dundee et Belfast, des maisons qui s’occupent exclusivement de l’emballage des étoffes destinées à l’exportation et qui leur donnent l’apparence nécessaire pour plaire quand même à l’c-tranger.
- FILATEURS ET FABRICANTS UE TISSUS J) E LIN DE CHANVRE ET DE JUTE DE LA BELGIQUE.
- La Belgique, on le sait, est une des contrées qui ont les premières connu l’industrie du lin. On fait
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- remonter l’introduction de la culture de ce textile et de la fabrication de la toile dans ce pays à trois cents ans avant l’ère chrétienne, lorsque les peuples habitant les bords de la mer Noire descendirent par les côtes de la Baltique jusqu’au centre de l’Europe. Il est certain, dans tous les cas, qu’à l’époque de la conquête romaine, on filait et tissait le lin dans quelques parties de la Belgique actuelle. La renommée des tisserands belges était très répandue au moyen âge, et l’industrie linière prit un grand développement dans ces régions au xvc et au xvie siècle par suite de la décadence de la draperie. Au xvue siècle, elle était encore bien prospère, puisqu’on sait que Colbert chercha à attirer en France par toutes sortes d’encouragements les tisserands flamands, dont un grand nombre d’ailleurs vinrent s’établir en Picardie et en Normandie. Ce furent encore des ouvriers flamands qui, abandonnant leur pays pour cause de religion, importèrent en Écosse, vers 1724, la fabrication de la batiste. Cette industrie parvint à un haut degré de prospérité sous la domination de l’Autriche; elle déclina un peu au moment de la Révolution, puis reprit vers le commencement de l’empire. Les Belges semblent très fiers de dire que, bien que l’industrie de la filature mécanique ait été inventée à cette époque par le français Philippe de Girard, elle avait été mise à l’essai dans les ateliers de la maison de détention de Gand par un de leurs compatriotes, Liévin Bauwens; mais ils n'ajoutent pas que ces essais n’avaient donné que des résultats incomplets, pour ne pas dire nuis.
- Les premières filatures de lin furent érigées en Belgique en 1834 ; six ans plus tard on comptait dans le pays h7,000 broches. En 18/i7, il y avait une quinzaine de filatures réunissant ensemble 92,000 broches; en 1860, lors du recensement industriel, le nombre des broches fut évalué à 180,000 ; on peut l’estimer aujourd’hui à 250,000 au moins. Les principaux établissements sont, à Gand ; la filature la Lys, qui s’y trouve, est de beaucoup la plus ancienne, et l’une des plus importantes du monde entier. Toutes les grandes filatures belges ont d’ailleurs exposé, et nous allons en dire les noms tout à l’heure. Les fils quelles fabriquent sont en partie employés dans la contrée, en partie exportés en Allemagne, en Angleterre, en Hollande et en France.
- Mais c’est surtout dans la fabrication des toiles que la Belgique occupe un rang honorable. Le tissage du linge de table damassé et ouvragé existe dans ce
- pays depuis le xue siècle; la ville de Courtrai était alors renommée pour cette industrie et fournissait les riches services à dessins historiques et allégoriques qui ornaient les tables princières dans toute l’Europe : on conserve encore dans les archives de cette cité un permis octroyé par Philippe le Beau en 1496, autorisant l’établissement à Courtrai d’une nouvelle fabrique de lin ouvragé. En 1810, les fabricants courtraisiens occupaient encore 3,000 métiers à lisser, mais depuis lors cette industrie y est devenue sans importance ; elle a pris place dans d’autres localités. Actuellement, la Belgique possède environ 5,000 métiers à la mécanique et près de 20,000 à la main, concentrés presque exclusivement dans les provinces de la Flandre occidentale, de la Flandre orientale, du Brabant et d’Anvers: Gand possède près de 30 tissages; Roulers est le centre d’une fabrication de toiles qui occupe 20,000 ouvriers. Nous citerons encore Bruxelles, Louvain, Ingelmunster, Yseghem, Alost, Turnhout, etc. La France, la Hollande, l’Allemagne, l’Amérique, sont les meilleurs débouchés des tissus belges.
- L’exposition belge est réellement remarquable, et, comme nous le disions, toutes les grandes filatures ont donné : la Société anonyme Linière athoise, à Ath ;
- — la Société anonyme la Linière Saint-Sauveur, la Société anonyme Linière gantoise, la société anonyme la Lys, la société anonyme la Liève, la filature de Smet et Dhanis, la filature Morel et Yerbeke, et l’Association linière (société anonyme), toutes à Gand;
- — la Société anonyme Linière de Courtrai, et les filatures Léonard Dekien et Depoorteere frères, toutes de Courtrai; — la Société anonyme Linière Saint-Léonard, à Liège et Malines; — la Société anonyme Linière Alostoise et la société anonyme Filature et Filteries réunies, à Alost; — toutes ont exposé la plus grande variété de fils de lin au mouillé des nos 16 à 300, supérieurs et ordinaires, et des fils de jute chaîne et trame des n0s 3 à 8.
- Dans ce pays, M. Éliaert-Cools, à Alost, représente plus particulièrement la filterie et expose en ce genre un nombre considérable de ces produits spéciaux : fils pour cordonniers, pour selliers; — pour laines, pour dentelles, pour broderies; — en pelotes de divers métrages ; — en bobines pour la couture ;
- — fils de chanvre écrus et de couleur, etc.
- En toiles, la plus belle vitrine est sans contredit celle de M. Rey aîné, dont les tissages de Gand, Ruysbroek-lez-Bruxelles, Bruges et Moorseele-lez-
- SUPPLÉMENT A L’InDUSTIUE TEXTILE DU 15 FÉVKlEIt.
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- Courtrai occupent 1,000 métiers mécaniques et 300 à la main, prennent une force de 800 chevaux-vapeur et emploient 2,000 ouvriers : ramenée à la longueur d’un mètre, la production des tissus de ces diverses usines, lisons-nous sur une pancarte, atteint par semaine une longueur totale de 140 kilomètres.
- Cette exposition s’étend sur 15 mètres de longueur environ. Au centre, figure une nappe écrue représentant en grandeur naturelle un homme arrosant avec sa pelle de bois des toiles étendues sur pré ; de ; chaque côté, sont des nappes de même grandeur représentant des fleurs diversement arrangées, le tout encadré par un assortiment complet de tissus de lin les plus variés : toiles blanches de six mètres de large, écrues de petite largeur, œils de perdrix, toiles crémées, blancs de ménage, etc. Des photographies représentent les ateliers mécaniques de Gand et de Ruysbroek, ainsi que la blanchisserie de Ruys-broek, qui fait partie de cesimportants établissements.
- Voici tout à côté l’exposition de MM. Parmentier et Cle, à Yseghem, maison fondée en 1838, qui s’est fait une spécialité des toiles d’exportation : pillow linen, dovvlas, russias, paddings, butchers, scarfs, centes, splashers, vowels, etc.; ainsi que des toiles blanches pour chemisiers et maisons de confections ;
- — puis celle de MM. Beck, père et fils, de Courtrai, maison fondée en 1796, qui expose, des toiles blanches, batistes et mouchoirs, depuis la plus petite jusqu’à la plus grande largeur, et où nous remarquons entre autres une toile de 0m,70 de large de 40 fils aux 5 millimètres, étiquetée 5fr. 75 le mètre;
- — celle de MM. Govaert frères, d’Alost, maison fondée en 1864, qui possède des succursales à Christhurst (Nouvelle-Zélande), et à Rosario (République Argentine), et s’est fait une spécialité de toiles fortes ou écrues : toiles à sacs, à ombrer pour horticulteurs, à étamines pour tapissiers, à houblons, à étamines de toutes largeurs, toiles pour peintres et relieurs, pour stores et matelas, pour voilures de steamers et navires, toiles à bâches, caparaçons et musettes, etc.
- Citons encore les expositions de MM. Van Gheluwe-; Lefebvre, à Roulers, pour ses toiles à canevas, crémées, blanches, bleues, ardoises et mixtes; — de M. Léonard Dekien, à Courtrai, pour ses toiles écrues-tailleurs, mi-jute et pur jute, blondines, etc.;
- — de MM. F. Isabey et Cic, à Lokeren, pour leurs coutils, satins et toiles à tentes ; — de MM. Albert
- Benoît, Dierckens-Verschoore, Oosterlynck- Servais, à Courtrai; — J. Raes (tissage la Flandre), à Sweve-ghem-lez-Courtrai; — J.-J. Dierman fils et Cie, à Gand, etc., — des mieux agencées et du meilleur aspect, et qui toutes nous prouvent que la Belgique n’a rien perdu de sa bonne réputation d’antan.
- FILA. T EU RS ET FABRICANTS DE TISSUS DE LIN, DE CHANVRE ET DE JUTE DE LA HOLLANDE.
- Nous n’avons pour ce pays qu’un seul exposant, M. J. Planteyat, de Krommenie, qui nous montre quelques spécimens de toiles à voiles et à bâches. On sait que la filature de lin n’existe pour ainsi dire pas dans cette contrée ; on n’y compte que quelques établissements de peu d’importance dans les provinces de Hollande méridionale (à Gonda), et de Brabant septentrional (à Groningue, Euschebé, Gestel et Ryssen). Les tissages, beaucoup plus répandus, et surtout nombreux dans les provinces du Brabant septentrional—(particulièrement à Eindhovenpourla toile unie et le linge de table, Boxtel pour les damassées et Goirle pour les toiles d’emballage) ; — d’Over-Yssel (à Almelo, Neede, etc.) ; — et de la Hollande septentrionale (surtout Krommenie, où se trouve l’unique exposant, réputé pour ses toiles à voiles). Ajoutons cependant que le bon renom des toiles de Hollande est aujourd’hui bien loin : c’est une de ces réminiscences d’autrefois qui doivent rejoindre dans l’histoire commerciale de l’Europe les draps de Sègovie et les velours d’Utrecht. Une certaine quantité toutefois est exportée annuellement à Java, dans quelques contrées de l’Afrique occidentale, et un peu sur les pays belges de la frontière.
- FIL A TE Ü RS ET FABRICANTS DE TISSUS DE LIN, DE CHANVRE ET DE JUTE DE L’ITALIE.
- Deux exposants pour ce pays : — la fabrique Car-rapicio Ferrarese, de Ferrare, qui a envoyé quelques fils, tissus et cordages en chanvre, —et la Société Linificio e Canapificio Nazionale, de Milan, qui a con struitun paviilcn spécial des plus riches, renfermant une belle collection de fils de chanvre des nos 1 à 40 écrus et blancs, et de remarquables spécimens de toiles à voiles et de coutils. La vitrine occupée par cette dernière manufacture est la plus remarquable; les établissements qu’elle représente sont d’ailleurs les plus importants de la contrée, ils font
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- mouvoir 25,000 broches en lin, chanvre et jute, et 200 métiers à tisser.
- L’industrie linière, du reste, aune certaine importance en Italie, ou pour mieux dire l’industrie chan-vrière, ce qui n’empêche pas cependant, qu’en (ils comme en toiles, les .importations ne soient supérieures aux exportations. Citons parmi les principaux établissements, outre les deux exposants : les filatures et retorderies de MM. Trombini et C1C ; G.-F. Sessa et Cie, tous deux de Milan; — la Société de Montagnana,àMontagnana(Vénétie), pour lin, chanvre et retorderie ; — la Société Vénitienne, A. Battagnie, à Venise (retorderie) ; — la filature de jute Arnaud et Vigo, à Turin, avec tissage à Voltri; — la Société Balestreri et Cie à Lucques (filature de jute et tissage);
- — la Justifico Pastorino, à Terni (filature de jute et tissage) ; — la filature de jute des frères Prever, avec tissage à Giavenne (Piémont) ; — la Partenopea, de Ardano, près Naples (filature de lin, de chanvre et tissage) ; — l’établissement Hennaner et Buckly, à Samo (filature de lin, de chanvre et tissage); — la Ganapificio anglo-italienne, de Samo (filature de lin, de chanvre et tissage) ; — enfin la Societa anonima filatura di canapé, dont les usines sont à Casalacchio di Reno et le siège de l’administration à Bologne, constituée en 1851, la plus ancienne de l’Italie. On doit compter, outre cela, un certain nombre de métiers à la main, dont le plus grand nombre se trouvent dans la province de Bologne— (3,243 métiers dans la province d’après une statistique de 1883), — et quelques établissements pénitenciers mettant en œuvre, d’après la dernière statistique, 774 rouets et une douzaine de métiers à tisser.
- FILATEURS ET FABRICANTS DE TISSUS DE LIN, DE CHANVRE ET DE JUTE DE LA RUSSIE.
- Nous relevons en Russie quatre exposants : la Société de la Manufacture linière S. Sidoroff, de Jakovlew (gouvernement de Kostroma), l’une des plus anciennes de la contrée (fondée en 1845), qui nous montre des spécimens des toiles fortes du pays;
- — M. J.-Jean Alafousolf, filateur (10.000 broches) et fabricant de toiles à bâches et à sacs,'à Kazan et Saint-Pétersbourg, déjà récompensé pour ses produits aux Expositions de Londres en 1862, Vienne en 1873, Philadelphie en 1876, Paris en 1878, Amsterdam en 1883 et Anvers en 1885 ; — M. V.-T. Demidoff, de Viazniski gouvernement de Vladimir), filateur (20.000 broches) et fabricant de toiles de ménage ; —
- MM. J. Rindine, à Krolevetz (gouvernement de Tcher-nigolï), qui s’est spécialisé dans les tissus petits russiens.
- L’enfantement de l’industrie linière en Russie a été très long. Avant la crise américaine, on n’y comptait que deux à trois filatures de lin, parmi lesquelles celle de l’établissement de Zyrardow, à quatre lieues de Varsovie, près de la station de Ruda, fondé par Philippe de Girard, et en 1864, le nombre total des broches n’était pas évalué à plus de 17,000 : il y avait à cette époque 82 tissages et 112 manufactures de cordages et de câbles. En 1867, le filage à la main s’étendait encore sur une grande échelle, et le rapporteur de l’Exposition universelle de l’époque constatait qu’il y avait alors, dans l’empire russe, 3 millions de femmes filant à la main et 5 millions d’individus occupés au travail manuel du chanvre. En 1870, on comptait en Russie 69,000 broches et 180,000 en 1877. Actuellement ce nombre est à peu près doublé.
- Il faut avouer cependant que, pour un pays qui occupe le premier rang dans la production du lin et du chanvre, et qui figure à lui seul pour plus de la moitié dans la consommation de l’Europe, l’industrie manufacturière occupe un degré bien infime. Ceci est dû à deux causes que nous ne faisons que signaler sans y insister : l’essor rapide de l’industrie cotonnière concurrente et l’éloignement des établissements liniers des principaux centres de culture.
- Les filatures de lin sont centralisées dans les provinces de Kostronm, Vladimir, Moscou, Saint-Pétersbourg, Tver, Tchernigoff, Vitebsk, Kalouga et Kazan. Les principales sont celles de M. Brouchanoff (5.000 broches), de MM. Minaowskij et Bakakin (8.000 broches), de M. Sotolf (15.000 broches), de MM. Trétia-kolf et Konshin(18.000 broches); toutes à Kostroma; — la filature modèle deYaroslaw, Norsk manufactorv (18.000 broches); — celle de Jacques Gribanoff, à Welikihsting, etc.
- Quant aux tissages, les principaux sont établis à Yaroslaw, Kolomna, Riazan, Smolensk, Wiasniko et Tammerfors. Les toiles fines se fabriquent presque uniquement à Welikoyéselo (gouvernement de Yaroslaw); — les damassés et le linge de table, surtout à Vitschonger (Kostroma) ; — les toiles dites rauen-doucks à Viazniki (Vladimir) et Mourom (Novogo-rod). Les gouvernements qui peuvent être regardés comme les centres de la fabrication des tissus de lin et de chanvre sont ceux de Yaroslaw, Vladimir, Kostroma, Tver, Vologda, Novogorod, Arkhangel et Viatka.
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- FILAT EURS ET FABRICANTS DE TISSUS DE LIN, DE CHANVRE ET DE JUTE DE L* AUTRICHE-HONGRIE.
- Ce pays n’est pour ainsi dire pas représenté à l’Exposition ; nous n’y comptons que deux exposants : M. F.-W. Oberlaender, qui a envoyé quelques spécimens de toiles de lin de son important tissage d’Eipel (Bohême) ; — et Mme de Gérendv, de Soven-falva, qui nous montre quelques spécimens de l’industrie à domicile en Transylvanie.
- La filature de lin de ces contrées comprend environ Æ00,000 broches. C’est en Bohême que l’on en trouve le plus grand nombre, et parmi les établissements les plus importants de cette région il y a lieu de citer les deux filatures de Johan Faltis et Aloïs Haase, de Trautenau, l’un des cenlres liniers les plus réputés du pays, notamment pour la fabrication des trames fines, — et celle de MM. F.-A. Rotter et fils, à Ilohenelbe. En Moravie, les deux établissements les plus considérables sont ceux de M. E. Oberleithner, à Schœnberg, et de MM. J. Seidel et Cie (Zautker Flachspinnerei), de la même ville; — en Silésie, la Heidenpiltscher Flachsgarn-Maschinen-Spinnerei, à Heidenpiltsch; la Erzherzogliche Flachs-bereitungsund spinn-fabrik, établissement archiducal à Teschen ; et la société par actions de Friedland. Quelques-unes de ces filatures travaillent le jute. Il y a en outre quelques tissages dans la Bohême, la Moravie, l’Illyrie et la Silésie.
- En Hongrie, il n’y a pas de filature de lin ni de chanvre : ces matières brutes sont filées à la main pour l’un et l’autre textile; mais, comme les produits manuels ne sauraient suffire au tissage, le pays importe d’Autriche une certaine quantité de fils à la mécanique. Les métiers à tisser le lin constituent de petits ateliers répandus dans différentes provinces, et qui, à proprement parler, ne méritent guère le nom de fabriques. Nous en excepterons cependant, dans le Nord, la Société Regenliardt et Ci0, et la manufacture de MM. K. Wein et Cic, toutes deux à Kesmark (ressort de Kaschan) ; — dans la Transylvanie, la Deeser Weberei, à Dees (ressort de Klausen-bourg), qui a la spécialité des sacs à farine sans couture, dont elle fait environ Zi0,000 par an ; — et la Szekler Weberei, à Sapsi-Saint-Gyorgyi (ressort de Kronstadt). —Enfin il y a dans c:s contrées des fabriques de câbles et cordages; les plus importantes sont à Szegedin, l’ancienne ferme Bakay, dont la
- raison sociale actuelle est Erste Ungarische hanf und seilen fabrik; — à Presbourg, celle de M. G. Iïelle, et la manufacture de cordages que la Société de navigation du Danube a dans ses propres chantiers. — En jute il y a encore un établissement, le seul qui existe pour cette spécialité, et qui vient d’être créé il y a peu de temps par actions, à New-Pesth, près de Budapesth, qui réunit filature et tissage, et fournit annuellement à la meunerie du pays 2 millions de sacs par an.
- FILATEURS ET FABRICANTS DE TISSUS DE LIN OU DE CHANVRE DES AUTRES PAYS D’EUROPE.
- Les exposants du Portugal sont au nombre de trois: M. Joaquim-Martino d’Oliveira-Costa, de Gui-maraes ; — M. Antonio da Costa, de la même ville ; — et la Compagnie de filature et tissage (Companhia de Fiacao e Tecidos), de Torres-Novas, près Lisbonne. Cette dernière est le seul établissement du pays qui possède une filature. Tous ont envoyé quelques toiles écrues et des spécimens de linge de table de qualité moyenne.
- L'Espagne est représentée par quatre fabricants de tissus de Barcelone ou de la région dont cette ville est le centre : —MM. J. Casais (de Tarrasa) ; — MM. Gironella et Masriera (de Cortès), qui exposent des services damassés; — et MM. Brunet Serviat, et Maryus Cazal et Cie (de Barcelone), qui ont envoyé des tissus de lin et de chanvre communs. La filature de lin n’existe pour ainsi dire pas dans la contrée. Le tissage ne fournit pas suffisamment à la consommation du pays : l’Angleterre et un peu la France y suppléent par leurs importations. Cependant l’Espagne exporte quand même annuellement quelques toiles vers les colonies espagnoles et en Portugal.
- A signaler encore en Grèce sept exposants de tissus, tous de Céphalonie, centre principal de l’industrie linière de cette contrée; — en Roumanie, quatorze exposants de toiles de chanvre et serviettes de lin, la plupart de la région de Berlad (à Grojdeni, Fruntiseni, Berlad), et en moindre quantité de celle de Muscel, (à Ciulnitza, Cotesti, Gorgani,Poenari) ; — et en Serbie onze exposants de toiles de chanvre et tissus brodés des départements d’Oujitze, de Pirot, de Vragna et de Krouschevatz.
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- FILATEURS ET FABRICANTS DE TISSUS DE JUTE DU BRÉSIL.
- Nous relevons, dans le pavillon de ce pays, quelques spécimens de toiles à sacs pour envelopper le coton brut.
- Une filature de jute de peu d’importance a été dernièrement établie à Rio-de-Janeiro ; mais, avec le courant protectionniste de ce pays, il se peut que, dans quelque temps, l’accroissement des industries textiles soit très grand. 11 y a quelque temps, le gouvernement brésilien a été muni des pouvoirs nécessaires « pour élever les droits à l’entrée sur les cotons et les jutes fabriqués, de façon que les produits similaires de fabrication brésilienne n’aient pas à souffrir de la concurrence », et de plus, à partir du Ier mars 1889, un tarif variant avec le change a été établi « sur toutes les marchandises pouvant concurrencer celles de fabrication nationale autant que ces dernières useront de matières premières venues dans l’Empire ». Ce tarif augmente les droits de 6 pour 100 lorsque le change s’établi ta raison de 22 à 25 deniers parraf/ras, de 15 pour 100 s’il va de 25 à 27 deniers ; il peut aller à 20 pour \ 00 au-dessus de 27 deniers; il a été établi principalement en vue de la concurrence des filateurs de jute de Dundee. Actuellement le change permet une majoration de 15 pour 100.
- CHAPITRE VIII.
- Les fils et tissus de laine.
- Il est assez curieux d’étudier les débuts de l’industrie lainière française, qui généralement sont peu connus. Nous examinerons cette fois la filature après le tissage, car celle-là n’a pas d’histoire avant le commencement du siècle, époque où elle nous arrive d’Angleterre, bénéficiant des découvertes alors appliquées au filage du coton ; le tissage, au contraire, se crée une place à part par la variété des articles qu’on en fait à la main, et constitue, d’ancienne date, l’une des branches les plus importantes de l’activité industrielle de notre pays.
- Les origines de la fabrication des étoffes de laine en France sont essentiellement diverses suivant qu’elles s’appliquent aux tissus foulés ou drapés, ou aux tissus ras. Nous allons tout d’abord nous occuper des premiers.
- Dès le moyen âge, la fabrication des étoffes classées dans la draperie proprement dite existait déjà: elle était concentrée entre les mains d’un petit nombre de familles qui en faisaient une sorte d’industrie domestique, se transmettant précieusement d’une génération à l’autre, et comme autant de secrets, les procédés de tissage alors usités. La France ne pouvait évidemment tirer entièremeut sa consommation de ce genre de production, et elle demandait à l’Angleterre, à l’Espagne et aux Pays-Bas, chez lesquels l’industrie drapière avait pris de l’extension, une partie de ce qui lui était nécessaire.
- L’anéantissement de la Ligue et la publication de l’Edit de Nantes, en amenant la confiance dans les esprits, décidèrent de la création de quelques établissements importants, et, dès ce moment, la fabrication des draps s’installa chez nous sur le pied d’une véritable industrie. Elle grandit sous l’influence de deux causes successives : tout d’abord l’arrivée en France de familles maures tolérées jusqu’alors dans le royaume de Grenade, et que venait de chasser le roi d’Espagne Philippe III; ces familles vinrent fonder les principales fabriques encore aujourd’hui existantes de Carcassonne et de quelques localités du Midi. La seconde cause est la production des bestiaux, grâce à la protection de Sully, qui, en introduisant plusieurs faces ovines de qualité supérieure, augmenta notablement la quantité de laines que nos fabricants pouvaient tirer du sol français.
- Après la mort de Henri IV, le règne de Louis XIII fut un temps d’arrêt pour l’industrie lainière. Puis bientôt, sous Louis XIV, grâce à l’administration vigilante et éclairée de Colbert, on vit s’élever sur tous les points du territoire des fabriques de produits nouveaux, créées par des industriels de l’Italie, de l’Allemagne et de la Hollande, que des offres séduisantes décidaient à venir se fixer chez nous. De là date la fabrication réputée de Sedan, car en 16Ù6 Nicolas Cadeau fondait dans cette ville la première manufacture de draps fins, façon de Hollande., que l’on connût en France. D’autres suivirent. En 1665, le hollandais Gosse Van Robais, attiré par d’énormes concessions, venait fabriquer à Abbeville des draps fins façon de Hollande et d’Espagne, disent les lettres patentes de fondation signées de la main
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- de Louis XIV; — à Louviers, en 1681, la maison Ricard Langlois et Gie, obtenait un certain nombre de privilèges pour une spécialité de fabrication analogue, et faisait sortir de l’obscurité une bourgade jusque-là sans importance ;— enfin Elbeuf voyait aussi se créer chez elle des manufactures de drap qui acquirent rapidement une grande importance en raison de l’émulation qui se produisit entre elle et Louviers. La révocation de l’Édit de Nantes ne semble pas avoir eu des conséquences bien graves pour ces industries spéciales, car Savary écrit en 17/i0 dans son Dictionnaire clu Commerce : « On peut dire sans prévention que les manufactures françaises ont atteint un si haut degré de perfection pour les draperies, principalement pour les draps façon d’Espagne et d’Angleterre, que le royaume se trouve présentement en état de pouvoir se passer absolument de ceux des Anglais et des Hollandais. »
- Sous le règne de Louis XV, les industries de luxe étant presque les seules qui fussent favorisées, celle de la draperie dut venir au second rang et restrei-gnitsa production. Lors de l’avènement de Louis XVI en 1774, un mouvement de recrudescense se manifesta ; mais le fatal traité d’échanges conclu entre la France et l’Angleterre par les soins de De Vergennes vint l’anéantir presque complètement; nos voisins, qui avaient fait de grands progrès dans l’art de produire à bas prix, couvrirent toutes nos places de tissus de laine, tandis que nos envois chez eux se bornaient à quelques articles de luxe et de fantaisie ; —lorsqu’on s’aperçut de la faute commise, il n’était plus temps : les marchandises anglaises inondaient le pays avec tant d’abondance, que, durant quelques années, elles alimentèrent presque seules notre consommation intérieure.
- Nous passerons rapidement sur la période de 1790 à 1815. On sait que le règne de Napoléon Ier fut, pour toutes les branches de notre industrie, une ère de découvertes et de progrès; nos établissements industriels ayant à pourvoir non seulements aux besoins de la France, que des conquêtes agrandissaient et enrichissaient chaque jour, mais encore à ceux des peuples coalisés avec nous, se multiplièrent et prirent des proportions de plus en plus considérables; ils firent plus encore, ils entrèrent dans la voie féconde des essais et des perfectionnements, sans parler des machines, sur lesquelles les innovations ont été en partie effacées par celles qu’elles ont reçues depuis. La teinture fit à cette époque d’immenses progrès à tous les points de vue. Mais les désastres de la cam-
- pagne de Russie, en amenant la défection de nos alliés, eut pour résultat de briser le faisceau qui formait le blocus continental; bientôt après, l’envahissement du territoire rompit l’harmonie existante entre la production française et la vente. Nous perdîmes nos débouchés à l’extérieur et la consommation à l’intérieur se restreignit énormémént. Cependant, quoique la période de 1812 à 1815 ait été pour l’industrie du drap une phase de crise et d’inactivité, précisément survenue au moment où elle paraissait atteindre l’apogée de son développement, l’esprit industriel avait alors pénétré si profondément dans les idées et dans les mœurs de la France que tous les événements politiques furent, à partir de ce moment, impuissants à la déraciner et même à l’affaiblir; de plus, le drap commençait à devenir un objet de consommation pour ainsi dire indispensable : la soie et le velours n’entraient plus dans le costume masculin, le costume des femmes avait admis les tissus de laine foulées ; aussi la fabrication de ces étoffes s’achemina-t-elle quand même dans la voie des améliorations et du progrès.
- De 1818, date pour nos manufactures de draps, l’emploi presque exclusif de machines se substituant à la force et à l’intelligence à laquelle on avait jusque-là demandé un large concours : la tondeuse Collier, la machine à carderdeJohn Cockerill, les fouleuses, et nombre de métiers ou appareils plus spéciaux à cette fabrication, font alors leur apparition. 11 en résulta d’abord une sorte de perturbation générale : la diminution subite dans les prix de production avait amené une diminution de la main-d’œuvre; la consommation avait, à la suite de ces faits, subitement augmenté. Quelques chutes retentissantes furent la conséquence de ce désordre, qui prit fin au bout de quelques années, lorsque les fabricants qui en avaient triomphé purent mieux régler, avec les nouvelles ressources, la marche de leurs travaux.
- En 1834, la draperie dite de fantaisie fit son apparition. Jusque-là on n’avait guère fabriqué que des étoffes unies : la variété des nuances était le seul élément que possédaient nos manufacturiers pour satisfaire aux variations de la mode. Un ancien élève de l’École polytechnique, Bonjean, fabricant de draps à Sedan, eut le premier l’heureuse idée de réunir sur une même étoffe, diverses nuances dans une certaine mesure, par des combinaisons de tissage qu’il réussit à exécuter au moyen des machines dont il disposait. L’habile manufacturier acquit bientôt une renommée universelle. Restreinte primitivement
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- aux étoffes cle qualité supérieure comme celles qui sortaient des ateliers de Bonjean, la fantaisie, redevable de ses développements à une ingénieuse application de la mécanique Jacquart, ne tarda pas à s’étendre aux qualités inférieures, et fut mise à la portée de toutes les classes de consommateurs.
- Grâce à l’activité industrielle qui résulta de cette invention, notre industrie des tissus de laine foulées se montra avec un avantage de plus en plus marqué à chacune des expositions de 1834, 1839, et 1844. Dans ces trois grands concours, ces étoffes vinrent démontrer, par leurs perfectionnements croissants, par le fini de leur fabrication, par la finesse, la richesse et la variété des produits, enfin par le nombre des exposants, quels pas immenses nous avions fait depuis l’exposition de 1797, où notre infériorité par rapport à l’industrie drapière avait alors été malheureusement reconnue. La crise politique de 18/18 fit éprouver un temps d’arrêt aux progrès de la fabrique française : le fait fut constaté par l’Exposition de 1849. Mais, depuis cette époque, nous avons regagné le temps perdu, et dans les expositions ultérieures, notre industrie drapière a toujours figuré avec honneur et souvent brillé aux premiers rangs.
- Arrivons maintenant à l’histoire de la fabrication des étoiles de laine rases en France. Il serait difficile d’assigner, même à peu près, une date à l’origine de ces tissus chez nous, car on en trouve l’existence à l’époque la plus reculée de notre histoire; elle formait alors l’occupation des femmes. Toutefois, cette industrie resta stationnaire jusqu’au temps des croisades, où l’Europe connut les belles et riches étoffes de l’Orient. Un fait qui prouve l’ancienneté de la fabrication rémoise, entre autres, et la réputation que ses produits avaient acquis dès le xive siècle, c’est que, lors du passage de l’empereur Charles de Luxembourg à Reims (1378), on lui présenta, comme un don digne de lui être offert, des étoiles de laine fabri quées dans le pays. Plusieurs chroniqueurs, en parlant des étoffes envoyées au sultan Bajazet Ier pour la rançon de bon nombre de seigneurs français que le sort des combats avait mis en son pouvoir (1395), disent encore que ces étoffes furent regardées comme tout ce que l’on pouvait offrir de plus riche et de plus curieux. Enfin les historiens vantent la beauté des divers tissus dont l’hommage fut fait à Charles VII (1435).
- Jusqu’au règne de Henri IV, notre production de
- tissus demeura fort restreinte; mais, à cette époque, ainsi que nous l’avons expliqué pour ce qui concerne les draps, ce prince, secondé par un ministre aussi dévoué qu’intelligent, jeta les fondements de notre prospérité industrielle; cette œuvre fut ensuite achevée par Colbert sous Louis XIV. Au moment de la révocation de l’édit de Nantes, les Français qui émigrèrent allèrent portera l’étranger nos procédés de fabrication et de teinture; ils dotèrent l’Allemagne, notamment, de l’industrie des tissus de laine ras, étamines, serges, crépons, etc.; notre industrie eut un moment d’arrêt.
- Une découverte importante parmi celles qui se rattachent au tissage, fut faite en 1737 : ce fut celle de la navette volante, utilisée primitivement pour les étoffes de petite largeur. Les Anglais, chez lesquels cette invention avait pris naissance, en abandonnèrent bientôt l’usage à cause des difficultés que présenta dans le principe son application; vingt-cinq ans plus tard, ils en essayèrent de nouveau l’emploi, et ce fut avec succès. Mais un demi-siècle environ devait s’écouler avant que cet instrument fût employé chez nous.
- Nous trouvons dans le Dictionnaire universel du commerce, de Savary, et dans les écrits que, quarante ans plus tard, Roland de la Platière nous a laissés dans Y Encyclopédie (1785), des données intéressantes sur la situation de la fabrication des tissus de laine ras dans la première moitié du xvme siècle. Les grandes divisions principales étaient représentées par Amiens, chef-lieu industriel des divers districts de la Picardie ; Lille, où se trouvaient les plus importantes manufactures de la Flandre française, et Reims, métropole de l’industrie champenoise. La Touraine, le Poitou, le Maine, formaient une autre catégorie, moins importante toutefois que chacune de celles que l’on pouvait former, ayant pour centre Tune des trois villes que nous venons de nommer. Mais, en dehors de ces localités, la même fabrication existait dans un grand nombre de cités et de provinces françaises, qui en consommaient les produits sur place. Ainsi, par exemple, dans le Bigorre, on fabriquait quantité d’étoffes de laines peignées, surtout dans les qualités fines, notamment le tissu appelé barège, qui servait aux voiles pittoresques des femmes béarnaises. Il existait aussi dans le Languedoc des manufactures relativement importantes d’étoffes de laine que l’on exportait dans le Levant. A Rouen, il y avait encore une fabrication d’étoffes de laines rases très variées, confectionnées soit en
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- laine pure ou en laine et soie mélangées, ou en coton et soie, unies ou rayées, et quelquefois brochées même avec un mélange d’or ou d’argent; cette industrie, qui a cessé aujourd'hui dans cette ville, avait remplacé la fabrication de la draperie qui s’y était maintenue jusqu’au xvn® siècle. Dans plus de quarante autres localités on fabriquait encore des tissus ras : les laines anglaises ou hollandaises servaient pour les qualités fines, les laines du pays pour les genres plus communs.
- Les étoffes de laine du xvni0 siècle forment, d’une manière générale, deux grandes catégories : —la première comprenait celles en laine pure, lisses ou croisées, façonnées, fabriquées spécialement dans la Flandre et dans la Champagne ; — la seconde, les tissus mélangés de soie et de laine, dont la fabrication, qui avait vu le jour dans les dernières années du siècle, avait lieu plus particulièrement dans le rayon d’Amiens et de Paris, concurremment avec les étoffes de pure laine. Les principaux genres fabriqués à cette époque se composaient de tissus à pas simples et de tissus à pas croisés : on mettait dans cette dernière classe tous les dessins produits par de petites armures obtenues par le jeu des lames. Lorsque les étoffes lisses, que l’on appelait toiles, étaient gre-nées par la chaîne, on les disait baracanèes; lorsqu’elles étaient grenées par la trame, on les disait camelotées, et lorsqu’elles étaient variées par de petites côtes formées d’une plus grande quantité de fils, on les nommait basinêes. Les noms de ces tissus étaient fort divers : ainsi il y avait les serges, dont la famille était nombreuse ; les camelots, qui comprenaient aussi plusieurs espèces ; les polemietens, sorte de camelots; les étamines, les baracans, dont on distinguait aussi différentes sortes; puis venaient les tamises, duroys, turquoises, basins, grains d’orge, calmandes, burats et buratés. Ci tons encore la popeline, étoffe où entrait la soie et les déchets de soie; puis une série de tissus légers, ferrandines ou burails, grisettes, etc. ; des étoffes gracieuses et légères, dans lesquelles on mêlait la soie, la laine, le coton, le lin, le poil de chèvre, et que l’on faisait unis, rayés, à carreaux ou brochés à fleurs. Tous ces tissus étaient pour la plupart des étoffes d’été, à l’exception ^toutefois du baracan, de l’étamine du Mans, de la serge de Reims, confections en fils doubles ou retordus et plus épais, qui pouvaient servir de vêtements d’automne et de printemps, et au besoin être employés pour habits d’hommes.
- Un grand nombre de ces étoffes ont d’ailleurs
- servi de point de départ à beaucoup de celles que l’on fabrique encore couramment aujourd’hui. La mousseline de laine pure, par exemple, dérive de l’une des sortes d’étamines fabriquées au siècle dernier avec chaîne un peu tordue et trame un peu ouverte, et de la tamise dont la chaîne et la trame étaient un peu tordues; — le mérinos dérive des serges croisées des deux côtés, à h lames, c’est-à-dire des serges dites d’Aumale, de Blicourt, etc., sans envers, chaîne un peu tordue, trame à 1 fil avec plus ou moins de torsion, selon le genre de serge ; — le cachemire cVÉcosse dérive de la serge de Rome avec envers à 3 lames, serge croisée d’un seul côté, chaîne simple, trame un peu ouverte; — le mérinos double (drap d’été) dérive des serges fortes à k lames, croisées des deux côtés, chaîne retordue à 2 fils, trame simple un peu forte; et ainsi de suite.
- A partir du xix° siècle, il est assez difficile de suivre dans leur ensemble les transformations successives qu’a subies la fabrication des étoffes de laine rase, et nous sommes obligé, pour en donner une idée, de présenter à nos lecteurs un résumé historique des progrès partiellement accomplis dans chacun des grands centres producteurs. Ceux-ci ont été longtemps au nombre de cinq : le rayon de Paris, ainsi nommé parce que les principales maisons de vente se trouvaient dans cette ville, et bien que les manufactures proprement dites qu’elles représentaient siégeassent dans l’Artois, la Picardie et même le Nord; — le rayon de Reims et environs; —celui d’Amiens et environs ; — celui du Nord ; — et celui d’Alsace.
- C’est justement dans le rayon de Paris qu’avaient été créés les tissus mélangés par un sieur Santerre, qui, avant 1780, en avait fabriqué quelques types en soie et laine ; mais ces tissus ne devinrent classiques que lorsque, dans le madras de soie et colon paru pour la première fois en 1806, on remplaça plus tard la soie par les fils de laine à la main, et ultérieurement par ceux à la mécanique. $n 1822, Ter-naux fit acquérir une vogue considérable à ce genre d’étoffe en fabriquant la gaze chaîne soie, tramée cachemire ; bientôt après parut la berigaline soie et coton, qui vint les concurrencer. L’invention qui, à cette époque, imprima à cette branche le plus d’activité, ce fut celle de l’impression sur chaîne, due à deux fabricants parisiens associés, Revillod et De-pouilly ; jusque-là le chiné ne se faisait qu’en nouant
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- la chaîne de soie avec des parchemins et des cordes, de façon que la partie restant libre, se teignît seule; le prix était élevé, le travail lent, et on ne pouvait obtenir que des fleurs. A partir de ce moment, les deux associés qui, en 1818, avaient organisé à Paris même de grands ateliers de tissage, où Ton comptait presque 300 métiers battants, et qui, des premiers, avaient saisi tout le parti qu’on pouvait tirer de la mécanique Jacquart, édifièrent deux manufactures d’impression sur chaîne à Walincourtet Trois-Villes (Nord), en 1824-26; les matières étaient préparées, teintes et chinées dans ces deux établissements, puis tissées dans les communes environnantes.
- A peu près à la même époque, l’industrie cotonnière de Saint-Quentin trouvait dans cette ville une rivale dans la fabrication des étoffes mélangées laine et soie introduite par les frères Dufour, en 1823 ; le tissage de la laine ne s’implanta réellement dans cette cité que lorsque les fabricants d’Alsace s’emparèrent de l’article coton, et firent le calicot et la percale.
- Peu de temps après, un négociant lyonnais retiré des affaires, Camille Beauvais, après un voyage en Angleterre, ayant pu rapporter le plan de la machine a apprêter la popeline anglaise et autres étoffes du même genre, s’associa avec d’Aultremont, dont l’intention avait été d’introduire en France la race des moutons anglais à laine longue, et monta sous le nom de Manufacture royale de la Savonnerie, à Paris, une fabrique de tissus qui compta parmi ses actionnaires le roi Charles X et plusieurs membres de la haute aristocratie; on n’y fit tout d’abord que les popelines unies, rayées écossaises ou façonnées; mais ensuite on obtint de grands succès en y tissant le pondichéry, étoffe qui dérivait de Talépine d’Amiens, que Ton teignait et que Ton employait du côté laineux du tissu, et dont on fit un produit nouveau en le tissant chaîne cuite et apprêté du côté de la soie. On créa ensuite, dans la même fabrique, le foulard chaîne soie, trame laine anglaise, dont les premiers essais d’impression se firent à Saint-Denis, chez les frères Romin. L’Exposition de 1829 vit figurer avec éclat ces tissus de la Savonnerie, ainsi que le mérinos damassé, imitation en laine mérinos du stoff anglais, créée par Egly-Roux ; — la mousseline laine, produite pour la première fois en 1827 par Théophile Jourdan, qui avait repris l’usine de Trois-Villes de Depouilly et Revillod, où Ton ne faisait jusque-là que de la mousseline en laine dure, genre de la laine anglaise ; — le mérinos qui n’était
- alors lancé dans le commerce qu’en vue de l’impression, et ne fit de progrès dans la consommation qu’en 1830; — le chalys, etc.
- Jusqu’en 1833, toutes ces étoffes, que Ton variait par des armures, des rayures de satin, des dessins, n’étaient vendues qu’en Europe; ce fut à partir de cette époque que s’ouvrit pour elle le débouché des États-Unis. L’introduction dans la consommation de la mousseline laine chaîne coton, qui eut une vogue immense, et les progrès accomplis dans l’industrie de l’impression, furent alors cause d’un accroissement considérable dans la fabrication des tissus de laine peignée. Puis, en 1834, Depouilly reprit l’impression sur chaîne dans une usine qu’il fonda à Puteaux, et l’appliqua aux tissus laine et soie et laine et coton; — de 1839 à 1842, le barège qui ne se faisait qu’en fds de couleur, fut fabriqué en écru pour l’impression, et Ton créa la balsarine, effet de gaze et de toile alternées en travers; — puis, de 1840 à 1844, les progrès de la filature mécanique permirent de reproduire en châles pour l’impression le barège pure laine que 1816 avait vu paraître dans la consommation. Bref, à l’Exposition de 1851 à Londres, tous ces produits qui avaient pris naissance en France classèrent notre fabrication lainière au premier rang des industries similaires européennes.
- Le centre de Reims, que nous avons mentionné après celui de Paris, est l’un des plus anciens de notre pays. Dans un état des fabriques de la province de Champagne, publié en 1782 par Taillardat de Sainte-Gemme, inspecteur des manufactures de cette contrée, et communiqué à Roland de laPlatière, la fabrication des tissus de laine s’y élevait déjà à 69,500 pièces, représentant une valeur numérique de près de neuf millions; les burats, les étamines buratées, les burats voile et autres tissus ras ou demi-ras, formaient alors la plus grande partie de cette production, dont les centres principaux étaient Reims, Châlons et Yitry-sur-Marne. Quatre ans plus tard, le rapport présenté à l’assemblée provinciale de Champagne par les procureurs-syndics pour Tannée 1786 constatait une augmentation, et estimait la production à 95,000 pièces d’étoffes diverses, d’une valeur de près de 11 millions de francs; environ 30,000 personnes étaient occupées à cette fabrication, pour laquelle on employait un quart de laine d’Espagne et trois quarts de laine du pays ; une partie de ces produits était exportée en Espagne, en Portugal, en Italie et dans le Levant, et y faisait
- Supplément a l’Industrie textile du 15 Mars.
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- concurrence aux tissus anglais. — L’industrie rémoise prit surtout une grande extension en 1808, grâce surtout à la création du type mérinos. Quelques années plus tard, en 1837, on estimait Ja production de cette ville au chiffre de 65 millions. Douze ans après, en 1849, des recherches statistiques faites par la chambre de commerce de Reims, portaient la production à 63,850,000 francs, dont 23,090,000 pour les articles du peignage ou de la filature de laine peignée ou cardée. Treize ans après, des statistiques la portaient à 80 millions de francs. Dans ces diverses années, la principale création des manufactures rémoises fut le mérinos ; mais il s’y fabriquait aussi quantité d’étoffes alors nouvelles, destinées à la grande consommation, telles que les articles pour manteaux, les flanelles écossaises, la napolitaine, etc. En 1848 eurent lieu les premières tentatives de tissage mécanique des mérinos : on sait que les premiers métiers montés par M. Groutel furent détruits par l’émeute.
- Le centre d’Amiens, cité encore par nous, a pris naissance à la fin du xme siècle, et les tissus de laine y avaient déjà quelque réputation au commencement du xive; mais ce ne fut qu’à la fin du xve que la fabrication proprement dite des étoffes rases, unies ou croisées, en laine pure ou en laine mélangée de soie, fut introduite en Picardie par des ouvriers flamands : c’est ce que constate un règlement portant la date de 1566 concernant cette industrie. Au milieu du xvie siècle, la fabrication des serges fut entreprise dans cette ville ; peu d’années après commença celle des camelots .Mais l’article qui consacra la réputation d’Amiens fut la panne-laine, qu’elle commença à fabriquer au commencement du xvne siècle, puis la panne-poil, imitée de celle des Anglais qui en exportaient des quantités considérables. On produisait bien alors des peluches et des pannes en divers pays, notamment en Hollande et en Saxe ; mais, à l’exception de certaines sortes de pannes-laines, les étoffes de ce genre, de ces diverses provenances, ne pouvaient soutenir la comparaison pour la qualité, ni la concurrence pour le prix, avec les produits d’Amiens, qui s’exportaient en Italie, en Allemagne, en Russie, en Espagne et en Amérique ; au xvme siècle, ces deux derniers pays demandaient à eux seuls plus de 50,000 pièces de panne. Le rayon manufacturier qui avait Amiens pour centre, produisait encore, en quantité moins grande, bon nombre d’autres sortes d’étoffes, comme les bara-
- cans, prunelles soie, peluches laine, velours de laine, tamises, duroys, grains d’orge, étamines de diverses espèces, etc. Abbeville surtout produisait, au siècle dernier, une grande quantité d’étoffes de laine et des tissus ras qui étaient exportés dans toute l’Italie.
- Le rayon du Nord, que nous avons mentionné le quatrième, n’avait au siècle dernier qu’une importance des plus restreintes : on y comptait quelques manufactures qui employaient les toisons des nombreux troupeaux à laine longue de la Flandre française et les laines d’Espagne, de Hollande et d’Angleterre. Ce fut seulement dans la période de 1825 à 1830 que les villes de Roubaix et Tourcoing, qui depuis longtemps s’adonnaient à la fabrication des tissus, — sur une échelle restreinte et en achetant au dehors les fils de laine dont elles avaient besoin ou en employant des fils de main, — commencèrent à y monter quelques filatures. On y vit alors s’introduire la fabrication du stoff, originaire de l’Angleterre et importé en France par Auber (de Rouen) ; puis celle du lasting ; il en résulta l’établissement des mécaniques Jacquart dans le rayon. Jusqu’en 1843, Roubaix se contenta surtout de reproduire les étoffes créées à Paris et à Rouen, en les transformant en articles à bon marché pour la consommation des masses ; mais à partir de cette époque, sa production se transforma absolument : d’imitatrice elle devint créatrice, et l’on sait aujourd’hui quel haut rang cette industrieuse cité occupe dans le monde industriel.
- Nous y reviendrons à propos de l’Exposition actuelle. Nous nous contenterons de noter pour le moment, où nous ne voulons pas sortir du domaine de l’historique, que cette ville, comme Tourcoing, avant de prendre rang comme centre producteur important, eut longtemps à souffrir du voisinage de Lille et des entraves qui, à cause de cette autre cité, paralysaient l’essor de son industrie ; cet état de choses ne prit fin que grâce à un arrêt du Conseil d’État du mois de septembre 1762, qui délivra l’une et l’autre ville de la servitude qui pesaient sur elles, en accordant aux habitants des campagnes l’auiori-sation de filer toutes espèces de matières, de fabriquer toutes sortes de tissus et de leur donner les apprêts convenables ; cet affranchissement industriel fut complété par une ordonnance de 1777 et des lettres patentes délivrées par Louis XVI, à Marly, le 5 mai 1779. La Révolution vint interrompre les développements que les deux centres commençaient à
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- prendre; puis,peû à peu l’activité revint, Tourcoing commença plus spécialement à se consacrer à la préparation des matières premières, Roubaix se réserva à la fabrication des étoffes.
- Enfin, nous avons mentionné plus haut le centre de l’Alsace. La fabrication des tissjis de laine ne prit, dans cette contrée, une certaine extension que comme conséquence des progrès réalisés par elle dans la filature de la laine peignée : nombre de fils produits furent utilisés pour le tissage de la mousseline pure laine et surtout de la mousseline laine et coton, dont la plupart étaient imprimées par des maisons de Mulhouse.
- Nous venons de retracera grandes lignes l’histoire peu connue jusqu’ici de l’industrie nationale des draps d’une part, des étoffes de laine rases d’autre part. Gomme on a pu le constater, c’est là une industrie bien française, et qui ne s’est pas laissé devancer par l’Angleterre comme celles du coton et du lin. Actuellement, la fabrication de ces divers tissus, bien qu’existant encore dans les différents centres que nous venons d’étudier, y a, dans quelques-uns, sérieusement diminué, et a, au contraire, étonnamment augmenté dans d’autres. Elle s’est, de plus, étendue à d’autres localités dont l’importance s’est sensiblement accrue dans les trente dernières années. Aujourd’hui, bien que nombre de genres similaires se fabriquent dans des rayons fort éloignés les uns des autres, le tissage des articles foulés sous toutes ses formes est particulièrement représenté par Sedan, Elbeuf, Louviers, Vienne, Lisieux, Mazamet, Orléans, Beauvais, Villeneuvette, Vire, La Bastide, Lodève et Châteauroux; et celui des étoffes rases par Roubaix, Fourmies, Tourcoing, Reims, Amiens, Saint-Quentin, Mende, etc. La statistique officielle nous donne de la façon suivante le nombre de métiers à tisser existant dans toute la France :
- Années. Actifs. Inactifs. Total.
- 1873 21.934 1.791 23.725
- 187/i 25.710 1.847 27.557
- 1875 28.706 1.408 30.114
- 1876 36.518 1.749 38.267
- 1877 26.302 1.886 28.188
- 1878 28.582 1.557 30.139
- 1879 32.325 2.949 35.274
- 1880 38.026 3.018 41.044
- 1881 38.765 2.701 41.466
- 1882 41.084 3.432 44-516
- 1883 43.253 2.429 45.682
- 188/i 41.923 2.776 44.699
- Il suffit de jeter les yeux sur ce tableau pour se rendre compte de l’augmentation considérable acquise chez nous, dans ces dernières années, par l’industrie du tissage de la laine.
- Arrivons maintenant à la filature et retraçons rapidement les progrès de cette autre industrie. On sait que longtemps les fils ne se firent qu’à la main, et que la production française, relativement considérable, fut presque entièrement concentrée en Flandre et en Picardie; les produits en furent désignés sous le nom de fils de sayette et servirent, concurremment avec ceux de Hollande et de Saxe, à l’alimentation des fabriques de tissus. Roland de la Platière nous apprend, dans Y Encyclopédie, que le premier essai d’une mécanique à filer la laine fut dû, en 1755, à un sieur Brisson, mais que cette tentative n’eut pas de succès. En 1780, un Anglais, Price, le même qui importa chez nous les procédés usités en Angleterre pour les apprêts, inventa une machine propre à filer industriellement le lin, le coton ou la laine; il obtint du gouvernement le privilège exclusif de l’exploitation de sa découverte pendant un temps limité; mais, comme il ne put en même temps obtenir de l’Etat un local pour y établir de grands ateliers, il en fut réduit à ne la faire fonctionner que chez lui. C’est encore Roland de là Platière qui nous apprend qu’elle marchait sans engrenages, courroies, cordes, ni poulies, à l’exception des engins établissant la communication entre le moteur et le système mis en mouvement : qu’elle était simple, peu coûteuse, d’une marche douce et égale, occupant vingt-cinq fileuses à l’entour d’une circonférence de trois mètres environ de diamètre ; un enfant pouvait tourner d’une seule main une manivelle qui imprimait le mouvement à quatre modèles de ce genre, de sorte qu’il y avait cent ouvrières occupées, chacune d’elles filant deux fils à la fois.
- Mais il ne paraît pas que ce nouvel essai ait été plus fructueux que le premier, de sorte que, jusqu’au commencement de ce siècle, on peut dire que le filage à la main fut le seul usité; jusque-là aussi, les opérations de la teinture des tissus présentèrent les plus grandes difficultés, car toutes les pièces d’étoffes, quoique confectionnées autant que possible avec des matières de même provenance, étaient toujours barrées et offraient des nuances différentes pour le même bain, résultat qu’on a attribué, à tort ou à raison, à l’emploi de la salive.
- Pour avoir une idée de ce qu’était l’industrie du
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- filage de la laine lorsque cette opération ne se faisait qu’à la main, il faut connaître que, jusqu’en 1816, le salaire des fileurs était de 60 à 75 centimes par jour pour 12 à 15 heures de travail, et que ces ouvriers ne produisaient pas plus de 62 à 65 grammes de fil. Jusqu’en 1822, ce fil se vendait par petits paquets de 500 grammes, et le numéro en était déterminé par le nombre d’échées qui se trouvaient dans un paquet ; chaque échée était de 700m,223 dévidés sur une ensouple de lm,à85. On ne faisait pas alors au delà du n° 50 et les fils des nos 35 à 50 se payaient de 20 à /iO francs le kilogramme; quelques chaînes fines écrues du poids de 2/i5 grammes (8 onces de l’époque), coûtaient jusque 80 et 8A francs le kilogramme. La laine peignée coûtait, suivant qualité, de 2/i à 50 francs le kilogramme.
- C’est cependant de 1809 à 1810, un peu avant l’époque dont nous parlons, que naquit la filature mécanique proprement dite; on essaya, en effet, pour la première fois, le cardage et la filature du cardé à la mécanique, innovations dues à Douglas et Cockerill, et l’on chercha aussi à appliquer à la laine peignée le métier mule-jenny. Les tâtonnements durèrent trois ans, après lesquels l’opinion se propagea qu’on arriverait à quelque résultat avec ces machines. Pendant ce temps, la Société d’encouragement mettait au concours le filage de la laine : le prix fut remporté en 1812 par un mécanicien de Reims, le sieur Dobo. Le système de Dobo consistait à carder le peigné obtenu à la main ; à laminer par une série d’étirages sans peignes le ruban obtenu; puis, lorsqu’il n’était plus que douze ou quinze fois plus fort que le fil qu’on cherchait à obtenir, à lui faire subir, pour le mettre sur une bobine, un mouvement de friction destiné à le rouler et à donner de l’adhésion aux filaments; enfin à aller établir la bobine derrière la mule-jennv ou le continu. Ce fut Dobo qui, à cette époque, monta dans la manufacture de MM. Ter-naux et Jobert-Lucas, à Bazancourt., les premières machines à étirer la laine peignée ; ce fut encore lui qui édifia plus tard les deux filatures montées à Paris par Richard-Lenoir.
- De 1816 à 1819, Laurent, Clanrieux et Lasgorsoix ajoutèrent successivement à ces machines les peignes qui ne s’y trouvaient pas ; le premier commença par imaginer des peignes à barrettes semblables à ceux employés pour les étirages du lin; les deux autres inventèrent des peignes montés sur les mailles d’une chaîne à articulation, composés de deux manchons superposés dont les aiguilles pénétraient au-dessus
- et au-dessous de la nappe de lain£. Quelque temps après Flintz trouva les peignes à hérissons, à aiguilles plus courtes et plus rapprochées. Toutes ces inventions furent appliquées dans deux filatures créées alors, l’une par Paturle-Lupin, au Cateau, l’autre par le baron de Fourment, à Cercamp.
- Jusque-là, les assortiments étaient composés de machines qui produisaient des rubans d’un gros volume qu’on foulait dans des pots de fer-blanc. ’Villemessot-Huart, filateur à Reims, inventa, à peu près à la même époque, des machines à plusieurs étirages successifs pour les premiers passages : la laine, sortant des mains du peigneur, fut réunie en quantités de bouts et mise au début du travail sur des canelles substituées aux pots de fer-blanc.
- De 1832 à 1835, le nombre des broches desmule-jennys, qui n’était que de 120, fut successivement porté à 160, 200 et 2/i0 ; il en résulta une augmentation considérable dans la production. Un manufacturier de Saint-Quentin, Cordier-Noblécourt, fut le premier, en France, qui employa alors le self-acting pour filer la laine, imitant en cela l’Angleterre qui avait pris l’initiative de cette application quelques années auparavant; — Bruneau, constructeur à Rethel, acheta aussitôt deux métiers semblables, en prit les modèles et en construisit pour plusieurs établissements. Amiens, où déjà quelques manufactures avaient, en 1823, fait des essais de filage mécanique, vit s’élever quelques filatures; — l’Alsace ne débuta qu’en 1838, mais il s’y monta de suite de 30,000 à 35,000 broches : le premier établissement fut fondé par la maison André Kœchlin et Gie, qui en confièrent la direction à Risler et Schwartz; — Roubaix et Tourcoing prirent leur essor dans le même sens.
- La création, en lSh 5, du peignage mécanique, grâce à l’invention de Heilinann, donna une impulsion des plus grandes à la filature de la laine peignée. On avait bien fait jusque-là quelques essais en ce sens, mais de peu de portée. Le premier, en 181A, Rawle, de Rouen, avait imaginé une carde à peigner; Godard, d’Amiens, en 1826, l’avait suivi dans le même sens; puis John Collier, concessionnaire des droits de Godard en 1832, avait introduit dans son système plusieurs améliorations. Seillère et Hey-wood, en 18/i0, inventèrent ensuite la chargeuse mécanique qui permit de fournir plus rapidement à cette peigneuse une laine mieux préparée, et d’en augmenter ainsi la production et le rendement; Risler et Schwartz, de Mulhouse, y appliquèrent le peigne
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- ètironneur et d’autres perfectionnements de détails; enfin Pradine, de Reims, inventa le peignage continu, innovation des plus importantes si l’on songe que, pour charger jusque-là les peigneuses, on était obligé de les arrêter. C’est à ce moment qu'IIeilmann prit son brevet, et fit construire sa machine par la maison N. Schlumberger et Cie, de Mulhouse. Bientôt après d’autres peigneuses vinrent la concurrencer pour le travail de la laine : Lister et Holden en créèrent une nouvelle qu’ils firent fonctionner dans un important établissement qu'ils construisirent à Saint-Denis; puis, à l’Exposition de 1855, en figura une autre due à l’ingénieur Hector Collet. C’est à cette même exposition que fut exposé pour la première fois, par Mercier, constructeur à Louviers, un asortiment complet pour le travail du cardé.
- Les deux dernières périodes décennales ont vu se développer dans des conditions remarquables le matériel de la laine cardée et de la laine peignée.
- En ce qui concerne le premier genre, les assortiments de cardes de petites dimensions à tambours de bois, ont fait place aux grandes machines à tambours métalliques travaillant une nappe de lm,50 de largeur. La division de la nappe cardée en boudins, obtenue primitivement par les peigneurs à colliers, ne se fait plus que par les appareils diviseurs à lanières de cuir, et plus souvent encore par lames d’acier, d’introduction plus récente, puisque leur première apparition date de l’Exposition de Vienne en 1873. La lame d’acier, qui dès l’abord était fixe, est actuellement, dans certains appareils dont la vogue universelle est la meilleure recommandation, animée d’un léger mouvement alternatif de translation qui lui assure une action plus régulière, moins d’usure aux parties travaillantes, et supprime l’encrassement des organes diviseurs ; le résultat final est la possiblité d’obtenir, au moyen d’un appareil simple et d’un entretien facile, le maximum de finesse en filature pour des matières de qualité donnée.
- En peigné, les progrès ont encore été plus sensibles. Les premières peigneuses, déjà remarquables par la perfection de l’exécution et la précision de leur fonctionnement, ont été non seulement modifiées complètement dans la disposition générale, le volume des organes et la transmission des mouvements, — mais encore ont reçu des améliorations de détail qui ont accru la quantité du travail sans préjudice pour la qualité. En 1867, on n’en avait exposé que quelques-unes : la peigneuse Noble, construite par
- M. Mercier; la peigneuse Prouvost, d’origine anglaise, et la machine Morel, destinées au travail des laines communes ; la peigneuse Lister, exposée par la maison Stehelin, et la machine Schlumberger. Mais, en 1878, presque tous les constructeurs exposèrent un type classique auquel ils avaient apporté des perfectionnements qui leur étaient propres : — MM. Pierrard Parpaite et fils, de Reims, avaient envoyé le modèle Heilmann; — M. Meunier-Bron-cliard, de Fourmies, la peigneuse Meunier, qui est aussi du même type; — M. Hubner, sa peigneuse à coton appliquée au travail de la laine, ce qui fut alors une nouveauté; — la maison Vve A. Mercier et L. Mercier, de Louviers, une machine Noble; — MM. Platt et G0, d’Oldham, une peigneuse Little et Eastwood; — MM. John Crossley et fils, d’Halifax, une peigneuse Noble, modifiée par MM. Beecroft et Wright.
- Aujourd’hui, il semble que les efforts des inventeurs, après s’être portés exclusivement sur les machines de peignage, filature ou cardage, s’accentuent du côté du traitement et de l’appropriation plus parfaite des matières premières. Ainsi, par exemple, l’industrie du lavage a été dotée tout récemment de divers types de machines plus originales pour le dégraissage, le rinçage, le séchage, l’épail-lage chimique et le désacidage des laines. Toutes concourent au même but ; l’obtention d'un produit plus parfait, plus marchand, mieux préparé à subir les transformations ultérieures de la fabrication. L’une des questions qui a donné lieu au plus grand nombre de recherches a été celle de l’épaillage chimique ou bien mécanique. Le traitement par le gaz acide chlorhydrique, très séduisant à divers points de vue — (simplification du matériel, économie et rapidité de l’opération, suppression des bains acides, de l’essorage, du séchage par lequel débute le carbonisage proprement dit), — n’a pas encore reçu la sanction de la pratique, malgré quelques succès isolés où l'on a réussi dans le traitement de matières spéciales, notamment du chiffon et de certains déchets; tous les apôtres du gaz ont rencontré pour son maniement et pour l’obtention par voie sèche de produits d’une blancheur satisfaisante, de grandes difficultés. Le traitement par voie humide, au moyen de l’acide sulfurique dilué a pris, au contraire, une extension considérable dans ces dernières années, non seulement pour le traitement des blousses et déchets de toute nature, mais aussi pour l’épuration des laines brutes, à tel point qu’on peut considérer
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- comme tout à fait irréprochables les produits obtenus. Enfin, à côté de ces méthodes chimiques, sont venus se ranger plusieurs procédés ou appareils mécaniques plus spéciaux au peignage, créés en vue de préparer la matière première avant son passage à la carde, de manière à assurer l’élimination plus complète des matières végétales qui s’y trouvent mêlées tout en réduisant à son minimum le déchet ou blousse. Ces machines reposent sur un principe élémentaire et éminemment logique : étirage des fibres laineuses pour mettre à nu les matières végétales, puis broyage ou désagrégation de ces dernières par un passage entre des surfaces très rapprochées et convenablement disposées ; l’élimination des impuretés désagrégées se fait ultérieurement et se complète au peignage proprement dit.
- On conçoit quelle salutaire influence des perfectionnements de ce genre ont pu apporter dans le développement de l’industrie lainière en France. En 1829, on ne comptait chez nous que 240,000 broches; — en 1844, nos manufactures ne possédaient pas moins de 600,000 broches; — en 1847, le nombre des broches arrivait au chiffre de 750,000; — à celui de 800,000 en 1850 ; — de 900,000 en 1854; et de 1.000,000 environ en 1862. Aujourd’hui, en compulsant les divers annuaires statistiques publiés ces dernières années par le Gouvernement, nous arrivons aux chiffres suivants :
- ANNÉES. BROCHES actives. BROCHES inactives. PROPORTION, p. 100 des broches total. inactives.
- 1873.... 2.648.063 250.866 2.898.929 9,4
- 1874.... 2.710.931 244.208 2.955.139 8,3
- 1875.... 2.697.283 272.239 2.969.522 9,2
- 1876.... 2.688.813 257.819 2.946.632 8,7
- 1877.... 2.749.952 259.399 3.007.351 8,5
- 1878.... 2.675.052 230.354 2.905.406 7,7
- 1879.... 2.747.262 275.515 3.022.777 9,1
- 1880.... 2.780.088 257.749 3.037.837 8,5
- 4881.... 2.852.107 215.352 3.067 459 7
- 1882.... 2.867.3*0 196.620 3.063.962 6,4
- 1883.... 2.885.012 212.291 3.097.303 6,8
- 1884.... 2.862.269 199.799 3.062.068 6,5
- On voit donc qu’en filature, comme en tissage, l’industrie lainière française a toujours marché dans la voie de l’accroissement et des progrès constants.
- De tous les pays qui consomment la laine, la France vient en premier. Nous en avons la preuve' dans le tableau suivant, dressé par la Chambre syndicale des négociants en laine de Paris, et indiquant
- le chiffre de la consommation des principaux pays manufacturiers :
- France environ 190 millions de kil.
- Angleterre. — 180 —
- États-Unis.. — 170 —
- Allemagne.. — 170 —
- Russie — 80 —
- Autriche... — 40 —
- Italie — 40 —
- La consommation générale de la laine ne fait d’ailleurs que s’accroître d’année en année; de 1877 à 1886 elle a été par tête d’habitant, pour l’Europe et
- les États-Unis, de
- 1877. lkg095 1882 lkG138
- 1878 1 084 1883 1 129
- 1879 1 084 1884 1 170
- 1880 1 134 1885 1 166
- 1881 1 106 1886 1 206
- Voici d’ailleurs, en francs les chiffres qui concernent l’industrie de la laine dans le mouvement général de notre commerce extérieur pour 1888 :
- Laine brute à tous états IMPORTATION. francs. 532.391.000 EXPORTATION. francs. 122.440.000
- Fils de laine et de poils de chèvre 18.941.000 38.508.000
- Tissus de laine pure et mélangée 64.069.000 347.826.000
- Total pour la laine et ses produits 615.401.000 508.774.000
- Total des marchandises. 4.270.772.000 3.319.774.000
- Total des produits manufacturés 552.091.000 1.693.567.000
- Total des matières premières 1.998.836.000 717.387.000
- TOTAL A i/ENTItÉË
- et à
- la sortie.
- francs.
- Laine brute à tous états........... 65Zt.83i.000
- Fils de laine et de poils de chèvre 57.449.000 Tissus de laine pure et mélangée. 411.895.000
- Total pour la laine et ses produits 1.124.175.000
- Total des marchandises......... 9.590.546.000
- Total des produits manufacturés. 2.550.927.000 Total des matières premières.... 2.716.223.000
- Ainsi, sur un mouvement général de 7 milliards et demi de francs, la laine figure pour i milliard 124 millions, c’est-à-dire le sixième du commerce extérieur de la France.
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- Par rapport aux matières premières, la laine représente plus du sixième de notre commerce extérieur, et par rapport aux produits manufacturés, plus du cinquième de ce même commerce; elle forme le vingtième de nos importations totales et plus du seizième de nos exportations ; enfin elle figure au tableau des douanes pour environ 400 millions dans nos exportations de produits manufacturés dont le total s’élève à 1 milliard 693 millions ; elle en constitue donc à elle seule près d’un quart. Telle est la place considérable que tiennent l’industrie et le commerce de la laine dans nos transactions avec l’étranger.
- Pour que nos lecteurs puissent bien se rendre compte du mouvement général des échanges en fils et tissus avant la dernière Exposition et avant celle actuelle, nous donnons ci-après, comme nous l’avons fait pour le coton et le lin, les tableaux comparatifs des importations et exportations en kilogrammes de ces produits en ce qui concerne la France durant les périodes 1876-78, et 1886-88 (Voir les tableaux pages 184 à 191).
- Pour étudier d’une façon claire et logique les produits manufacturés de laine qui figurent à l’Exposition, nous examinerons tout d’abord les peigneurs proprement dits, car on sait que le peignage à façon forme une industrie absolument distincte de la filature et du tissage, et dont l’importance en France est considérable. Nous étudierons ensuite les fils de divers genres exposés par les filateurs, et enfin les tissus.
- Ces derniers forment, comme nous l’avons déjà dit, des genres fort différents les uns des autres, suivant les régions dans lesquelles on les fabrique; nous aurons donc, en nous guidant d’après les diverses sortes représentées dans les vitrines, à passer en revue les quinze rayons suivants que nous plaçons par ordre alphabétique :
- 1° Amiens; — 2° l’Aisne; — 3° Beauvais; — 4° Cours; — 5° Elbeuf; — 6° Fourmies; — 7° Lisieux; — 8° Louviers; — 9° Mazamet; —10° Orléans; — 11° Paris; — 12° Reims; — 13° Roubaix-Tourcoing ; — 14° Sedan ; — 15° Vienne ; — 16° les Vosges.
- Nous rattacherons aux centres qui en sont le plus rapprochés et dont la fabrication est similaire, les quelques localités que nous pourrons rencontrer et qui ne forment pas une région de tissage spéciale.
- PEIGNEURS ET EFFILOCHEURS DE LAINE EN FRANCE.
- Les plus importants peignages se trouvent dans le Nord : ils sont représentés par la maison Allard Rousseau et Cie (de Roubaix); — MM. Isaac Holden et fils (de Croix); — et MM. Alfred Motte et Cie (de Roubaix).
- Par ordre de date, la maison Allard-Rousseau et Gicest la plus ancienne: elle a été fondée en 1848, alors que l'industrie du peignage mécanique était encore des plus rudimentaires en France; actuellement elle produit exclusivement des laines fines dont elle peigne par semaine 70,000 kilogrammes environ; elle occupe 900 ouvriers. Son exposition se compose de bobines de laine peignée, avec des spécimens de laines brutes et lavées, de déchets, etc., se rattachant à chacune d’elles pour les sortes de France, Sydney, Buenos-Ayres, le Cap et Montevideo. Cette maison, déjà titulaire d’une médaille de première classe en 1855, puis d’une médaille d’argent en 1878, est arrivée à la médaille d’or à Melbourne en 1880 et à Anvers en 1885.
- La maison Isaac Ilolden et Cie (de Croix), date de 1851. Le fondateur de l’usine, M. Isaac Ilolden, associé avec Samuel Cunliffe Lister, avait d’abord créé en 1848, à Saint-Denis, une manufacture dans laquelle on peignait des laines achetées par la maison ; puis, en 1851, la maison fut transportée à Croix, et établit une succursale à Reims. En 1858, le traité qui existait entre Lister et Isaac Ilolden étant expiré, ce dernier associa à ses travaux Angus et Edouard Ilolden, ses fils et ses deux neveux, Jonathan Holden et Isaac Crothers. Actuellement, le peignage Isaac Holden et Gie est le plus important de la région du Nord pour les laines fines en général : la maison de Croix fait marcher environ 160 peigneuses Lister, et la maison de Reims 70. L’exposition se compose d’une collection variée de bobines de laines peignées fines : France, première qualité lavée et en suint; Tort-Philipp, à dos extraprime et en suint; Buenos-Ayres prime suint et qualité chardonneuse suint; Sydney, lavée, etc. Le chef de la maison, actuellement hors concours comme membre du jury, a obtenu la médaille d’or en 1878 et le diplôme d’honneur à Bruxelles en 1888.
- MM. Alfred Motte et Cie, de Roubaix, nous montrent près de là une série des produits bruts qu’ils emploient dans leur peignage : ventres de Buenos-
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- Am — TABLEAU COMPARATIF DES IMPORTATIONS DE FILS DE LAINE, EN FRANCE
- PENDANT LES PÉRIODES 1876-1878 ET 1886-1888
- SPÉCIFICATION. PROVENANCES. ANNÉES. ANNÉES.
- 1878. 1877. 1876. 1888. 1887. 1886.
- kil. kil. kil. kil. kil. kil.
- Belgique 548.237 222.724 178.050 502.283 189.013 258.703
- Autres pays 91.925 56.881 30.363 230.228 201.930 142.689
- Totaux 640.162 279.605 208.413 732.511 390.943 401.392
- Fils de laine retors Angleterre 665.239 844.403 938.436 1.131.504 1.107.336 1.414.317
- pour tissage, blan-<
- chis ou non ' Autres pays 141.581 143.484 249.774 195.536 237.879 215.748
- Totaux 806.820 987.887 1.188.210 1.327.040 1.345.215 1.630.065
- Fils de laine retors teints, pour tissage et
- tapisserie 36.592 36.072 51.880 57.210 54.405 59.902
- Fils de poils de chèvre Angleterre 255.537 277.790 371.744 570.010 514.764 803.340
- Autres pays 2.945 2.606 563 75.716 33.944 1.721
- Totaux 258 482 280.396 372.307 645.726 548.708 805.061
- A'. — TABLEAU COMPARATIF DES EXPORTATIONS DE FILS DE LAINE DE FRANCE
- PENDANT LES PERIODES 1876-18 78 et 1886-1888 -
- QDirr’TTTir* ATTnivr ANNÉES. ANNEES.
- ul Ltill lUAllUii • 1878. 1877. 1876. 1888. 1887. 1886.
- kil. kil. kil. kil. kil. kil.
- Belgique 2.047.336 1.373.333 1.674.224 950.513 742.656 1.056.602
- rJlS UC laliltî MliipiCfc Allemagne 233.609 170.008 113.462 166.411 125.539 153.958
- OHlilVjUlO VJ Ul • • • • | Autres pays 198.420 193.851 263.833 244.672 233.361 305.307
- Totaux 2.479.365 1.739.192 2.051.519 1.361 596 1.101.556 1.515.867
- Belgique 559.213 264.345 216.095 587.169 618.685 481.044
- JL 11 >3 UU IdlllL oillipi US Allemagne 102.297 67.733 75.665 370.260 428.271 280.752
- , Autres pays 28.260 27.376 374 96.598 104.041 189.207
- Totaux 690.270 359.454 310.134 1.054.025 1.150.997 951.003
- Fils de laine retors Belgique 471.587 375.001 301.370 209.434 266.506 421.656
- pour tissage, blan- Allemagne 15.143 9.363 10.472 33.368 14.285 38.659
- chis ou non Autres pays 370.838 231.395 197.339 1.659.837 1.567.742 2.058.901
- Totaux 857.568 615.759 509.181 1.902.639 1.848.533 2.519.216
- Fils de laine retors teints 616.657 534.587 477.880 951.251 1.228.417 1.093.413
- — retors pour tapisserie, blan-
- chis ou non 12.765 2.370 1.874 1 910 16.579 17.532
- — retors pour tapisserie, teints.. 19.185 29.501 40.295 32.567 26.866 29.278
- — -
- «
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- A L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1889.
- ^ Ji. — TABLEAU COMPARATIF DES IMPORTATIONS DE TISSUS DE LAINE EN FRANCE de 1876 a 1878 et de 1886 a 188S i ! • i :
- SPÉCIFICATION. PROVENANCES. ANNÉES. ANNÉES.
- 1878. 1877. 1876. 1888. 1887. 1886.
- Couvertures Angleterre Autres pays fr. ... 170.586 24.361 fr. 159.186.. 11.205 fr. . . 170 .*282 7.946 kil. 5.873 1.954 kil. 5.684 1.741 kil. 5.892 2.775
- Totaux 194.947 170.391 178.228 7.827 7.425 8.667
- Tapis de toute espèce. Angleterre, 1 Autres pays 2.396.969 1.648.516 1.745.659 972.481 2.022.333 1.148.368 562.251 166.056 537.767 143.616 769.837 30.503
- Totaux Tapisseries 4.043.485 2.718.140 3.170.701 728.307 681.383 800.340
- 3.871 3.168 6.851 1.386 1.342 1.119
- Draps casimirs et autres tissus croisés, foulés et rayés Angleterre ) Belgique ) Allemagne. i Autres pays 11.519.965* 1.403.525 3,623.704 651.822 13.266.171 999 563 • 3.284.130• 318.586 ‘ 14.773.223 1.143.611 • 2.716.556 215.462 2.120.396 254.836 216.308. 26.064 2.341.009 221.885 195.420 25.424 2.559.634 245.428 516.094 28.013
- Totaux f Angleterre Étoffes diverses < Allemagne ( Autres pays Totaux 17.199;016 17.868*450 18.848.852 2.617.604 3.783.738- 3.349.169
- 4.460.847 1.478.58,3 329.244 3.417.264 843.023 298.626 3.210.525 888.847 179.130 385.328 284.168 150.445 305.225 370.167 61.358 341.847 205.216 20.719
- 6.268.674 4.558.913 4.273.275 719.941 736.750 577.782
- 754.957 628.345 831.462 29.175 28.385 21.713
- Étoffes mélangées. .. [ Angleterre < Allemagne f Autres pays 30.017.701 1.815.424 1.591.139 30.765.952 , . 1.463.386 1.434.604 40.498.099 .1.126.796 1.146.240 2.567.102 122.195 57.731 2.228.203 111.291 42.155 2.316.353 93.275 75.940
- Totaux Tissus d’alpaga, de f Angleterre lama et de vigo- < Sne ( Autres pays Totaux ; .... 33.424.264 33.663.942 42.771.135 , 2.747.028 2.381.649 2.485.568
- 311.616 2.248 .7,90.939.. 1.177 1.107.274 3.259 133 80 2.398 32 993 68
- "313.864 791.918 \." 110.533 213 2.430 1.061
- • ••• •• • ;
- Supplément a l’Industrie textile du 15 Mars.
- 21e Fascicule.
- p.185 - vue 197/438
-
-
-
- 186
- LES INDUSTRIES TEXTILES
- C. —TABLEAU COMPARATIF DES EXPORTATIONS DE TISSUS DE LAINE DE 1876 A 1878
- SPÉCIFICATION.
- DESTINATION.
- Italie.
- Couvertures.......................< Algérie
- Autres pays.
- Angleterre.
- Tapis de toute espèce.
- Belgique.... Autres pays.
- Tapisseries.
- Angleterre.
- Espagne.
- Mérinos............................/ Turquie
- États-Unis.
- Totaux.
- Totaux.
- Totaux.
- Autres pays............
- Totaux.
- 1878.
- kil.
- 17.119
- 98.081
- 276.996
- 392.196
- 60.904
- 71.331
- 166.325
- 298.560
- 7.540
- 7.540
- 2.407.101
- 168.488
- 101.971
- 178.221
- 1.226.662
- 4.082.443
- 1877.
- kil.
- 19.704
- 86.563
- 404.734
- 511.001
- 29.034
- 73.076
- 184.392
- 286.502
- 3.023
- 3.023
- 2.610.714
- 151.081
- 47.720
- 747.707
- 1.04C.745
- 4.197.967
- 1876.
- kil.
- 16.857
- 70.685
- 338,967
- 426.509
- 45.689
- 72.216
- 173.892
- 291.797
- 6.384
- 6.384
- 2.725.125
- 250.948
- 38.998
- 402.570
- 1.125.164
- 4.542.805
- p.186 - vue 198/438
-
-
-
- A L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1889.
- 187
- TABLEAU COMPARATIF DES EXPORTATIONS DE TISSUS DE LAINE DE FRANCE DE 1886 A 1888
- SPÉCIFICATION. DESTINATION. 1886. 1887. 1888.
- kil. kil. kil.
- Allemagne 11.598 18.521 6.055
- 1 Belgique 69.944 54.100 19.303
- Angleterre 42.652 35.731 9 377
- Espagne » 669 5.039
- i Italie 4.739 10.732 20.804
- 1 Suisse 60.831 75.573 45.935
- 1 Turquie 10.959 25.923 61.921
- Couvertures Égypte 27.813 14.128 22.933
- Tunisie » 6.090 36 449
- 1 Brésil 72.250 43.562 82.683
- Uruguay 34.613 27.260 15.624
- République Argentine 88.750 71.982 41.038
- Pérou )) 10.624 4.926
- Algérie 72.519 89.238 101.838
- v Autres pays 118.810 44-305 68.407
- Totaux 605.478 528.438 542.332
- [ Allemagne 17.452 13.659 20.082
- Belgique * 171.151 199.977 137.998
- Angleterrre 106.794 21.243 22.562
- Espagne 25.025 21.193 23.781
- ] Italie 4.691 13.769 11.254
- Tapis de toute espèce Suisse 16.125 19.628 6.979
- États-Unis. — 0. atl 3.468 3.805 2.150
- Mexique 17.161 7.902 »
- République Argentine 17.520 8.852 4.802
- Algérie 43.256 23.167 12.522
- Autres pays » 21.959 21.899
- Totaux 422.643 355.154 264.029
- [ Allemagne 3.556 1.299 3.729
- Tapisseries... Belgique 949 559 555
- i Angleterre ( Autres pays 2.101 636 718 833 1.381 1.743
- Totaux 7.242 3.409 7.408
- Allemagne 15.067 22.894 8.445
- Belgique 150.111 129.623 122.279
- Angleterre * 1.110.563 1.127.163 2 260.490
- Espagne 101.450 3.978 107.092
- Italie 39.348 51.465 101.700
- j Suisse » 127.246 2.801
- 1 Grèce 37.097 666 18.138
- 1 Turquie 147.580 26.665 77.094
- Égypte 63.054 5.713 35.583
- Mérinos Possessions anglaises d’Afrique. — P. or.... 14.654 109.012 6.960
- Indes anglaises 15.084 40.445 8.264
- Australie » 4.928 5.601
- États-Unis. — 0. atl 8.292 4.176 42.647
- Brésil.. 31.501 4.314 41.340
- Uruguay » 3.348 5.809
- République Argentine 14.534 22.205 35.785
- Chili 19.726 15.944 8.224
- Algérie 22.619 15.625 10.521
- ' Autres pays 200.069 19.853 21.825
- Totaux. 1.990.749 1.735.259 2.920.598 —
- p.187 - vue 199/438
-
-
-
- 188
- LES INDUSTRIES TEXTILES
- C (Suite). — TABLEAU COMPARATIF DES EXPORTATIONS DE TISSUS DE LIINE DE 1876 A 1878 (Suite)
- SPÉCIFICATION.
- DESTINATION.
- Angleterre. Belgique.. * Allemagne., Espagne .. !
- Italie......
- Suisse......
- Draps casimirs et autres tissus croisés,/ rp 1T_ .
- FOULÉS ET DRAPÉS. . ............. ...\ 1 I111 ' •
- États-Unis.
- République Argentine. :. Chili..
- Pérou ................
- Algérie.........
- Autres pays...........
- Totaux.
- Etoffes diverses pour ameublement. .
- Angleterre,......'..........
- Belgique...........’..’......
- Allemagne ..................
- Espagne...’. .I....’.
- Italie......................
- Suisse .
- États-Unis..................
- Brésil..................
- République. Argentine.......
- Chili.......................
- Autres pays........... .,
- Totaux.
- Autres.
- Totaux.
- 1876. . 1877.
- kil. kil.
- 365.516 689.576
- 376.736 398.607
- 508.903 590.834
- 344.974 297.887
- 330.888 - • - 524.264 •
- 330.638 291.813
- 162.412 118.125
- i90.828 224.123
- 422.910 331.994
- 89.236 112.885
- 236.861 291.872
- 278.928 295.693
- 1.133.098 1.249.803
- 4.771.948 . 5.417.476
- 2.847.119 494.807 673.341 422.949 345.770 260.917 1.527.037 99.672 73.177 19.671 899.712 2.634.107 649.940 577.517 528.088 342.133 272.357 1.596.156 158.771 138.588 •57.954 - ' 781.112
- 7.664.172 7.736.723
- )) »
- )) ))
- 1878.
- kil.
- 477.795
- 337.158
- 772.088
- Zi30.Z|89
- 5Zil.069
- 332.583
- 116.930
- 205.054
- 171.618
- 98.015
- 88.783
- 264.181
- 1.066.089
- 4.901.852
- 2.203.405
- 744.460
- 699.664
- 432.275
- 345.476
- 222.867
- 1.352.021
- 101.847
- 30.822
- 124.729
- 1.135.794
- 7.393.360
- p.188 - vue 200/438
-
-
-
- A L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1889.
- 189
- ! 1 -• • TABLEAU COMPARATIF DES EXPORTATIONS DE TISSUS DE LAINE DE i France de 1886 a 1888 (Suite) . . ... 1 * ’ ' 1 • «
- | SPÉCIFICATION. ! DESTINATION. 1886. 1887 1888.
- kil. kil. kil.
- Allemagne 503.313 293.348 350.112
- Belgique 7/17.462 1.129.839 1.298.689
- Angleterre 4.863.028 4.260.148 4-487.086
- Portugal . .. 96.156 23.781 141.993
- Espagne 480.389 88.772 826.978
- Italie 142.210 641.615 293.873
- Suisse 581.778 355.478 528.842
- | Grèce 32.831 535.184 35.368
- Turquie. , 194.840 62.121 173.630
- Égypte..... 22.577 248.720 30.243
- 1 Tunisie 22.746 45.450 28.164
- Draps casimirs et autres tissus croisés, Indes anglaises » 33.431 49 474
- FOULÉS ET DRAPÉS 55 950 93 58 618
- Atats-Unis. — 0. atl 350.118 152.868 280.495
- Mexique 284.326 345.857 120.956
- Nouvelle-Grenade 256.054 127.504 105.044
- Brésil 144.190 142.498 125.520
- République Argentine 209.980 122.875 438.476
- Chili ' 101.667 386.699 58.269
- Pérou 35.176 54.342 47.433
- Algérie 241.921 41.798 417.060
- Guadeloupe )) 217.605 1.904
- Autres pays 329.307 242.844 208.640
- Totaux 9.696.019 9.576.471 10.106.867
- Allemagne 12.917 27.375 17.569
- Belgique 22.709 70.277 18.621
- 1 Angleterre ! ! 27.453 7 590 51.294
- Étoffes diverses pour ameublement..
- ] Italie >) 7.810 9 477
- États-Unis. — 0. atl. 167.553 55.284 36.155
- Autres pays 95.536 45 609 23.535
- Totaux 326.168 213.945 156.654 i
- Allemagne 101.476 . 113.782 114.309
- Pays-Bas 118.413 66 284 61.515
- Belgique 931.060 536.231 787.018
- Angleterre. 2.470.290 2.114.105 2.223.730
- Portugal 82.728 78.196 59.047
- Espagne !. 186.858 230.579 238.759
- Italie 236.962 598.053 494.196
- Japon 257.221 16.671 126.554
- Australie » 25.509 23.990
- Autres États-Unis. — 0. atl. 2.467.171 44.677 1.191.880
- Mexique ....... 85.619 148.527 64.853
- Nouvelle-Grenade 54.803 2.433.378 45.295
- Brésil 163.675 83.376 97.451
- République Argentine 221.610 53.486 96.726
- Chili 29.065 192.639 64.980
- Pérou )) 44.629 37.232
- Saint-Thomas 63.825 217 168 62 369
- Tonkin )) 31.303 17.847
- Algérie » 65.373 17.349
- Autres pays 334.599 139.199 154.463
- Totaux 7.805.375 7.233.165 5.979.563 ' =
- p.189 - vue 201/438
-
-
-
- 190
- LES INDUSTRIES TEXTILES
- C (suiteJ. — TABLEAU COMPARATIF DES EXPORTATIONS DE TISSUS DE LAINE DE 1876 a 1878 (Fin).
- SPÉCIFICATION. DESTINATION. 1876. 1877. 1878.
- • kil. kil. kil.
- Angleterre 35.246 31.351 27.493
- Allemagne 48.206 49.971 42.021
- CHALES BROCHÉS ET FAÇONNÉS Espagne Italie 27.108 38.775 17.869 17.524 32.361 19.278
- Brésil 19.405 19.257 23.847
- 1 Autres pays 168.617 153.406 210.248
- Totaux 337.357 289.378 355.248
- Étoffes mélangées : Velours pour 34.870 37.418 34.428
- AMEUBLEMENT
- Totaux 34.871) 37.418 34.428
- Angleterre 621.523 886.146 747.542
- Belgique 587.654 472.776 535.352
- Allemagne 247.513 328.761 434.432
- 1 Espagne 523.254 182.829 199.685
- Italie 463.088 660.764 724.729
- Autres étoffes mélangées.
- \ Suisse 171.035 219.928 253.740
- j Etats-Unis 1.677.201 1.214.700 966.971
- ' Brésil 68.769 87.975 108.271
- Algérie ... 62.528 41.794 58.672
- ^ Autres pays 736.555 738.125 845.017
- Totaux 5.159.120 4.833.798 4.874.4U
- p.190 - vue 202/438
-
-
-
- A L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1889. 191
- TABLEAU COMPARATIF DES EXPORTATIONS DE TISSUS DE LAINE DE FRANCE DE 1886 A 1888 [Fin)
- SPÉCIFICATION. DESTINATION. 1886. 1887. 1888.
- kil. kil. kil.
- Belgique.. 13 966 6 021
- Angleterre 13.936 5.o32 30 ! 890
- Espagne 7.682 18.583 15.656
- Châles brochés et façonnés li allé Grèce. . 4.622 77.058 15 890 26.115
- États-Unis. — 0. atl 46.692 3.193 89.265
- 1 Mexique 9.863 6.653 25.140 *
- Autres pays 33.326 12.302 18.366
- Totaux 116.121 152.677 211.453
- * Belgique 13.338 24.645 10.276
- Angleterre 14.085 86.245 112.666
- Étoffes mélangées pour ameublement 1 États-Unis. — 0. atl 37.560 4.080 42.462
- Mexique » 52.829 3.823
- Autres pays 20.327 14.841 5.244
- Totaux 85.310 182.640 174.471
- Allemagne 182.620 156.712 199.213
- Pays-Bas 21.085 25.087 32.351
- Belgique 246.218 400.246 458.432
- Angleterre 340.087 465.547 665.355
- Portugal 57.652 108.494 79.435
- Autriche 27.272 18.068 20.064
- Espagne 232.235 176.187 305.255
- 1 Italie 46.871 208.446 192.270
- Autres étoffes mélangées Suisse 96.427 72 200 46.563
- Turquie 11.346 8.338 6.970
- Égypte )) 8.948 6.828
- 1 États-Unis. — 0. atl 135.543 399.379 652.697
- Mexique 15.926 22.763 10.663
- Brésil 23.798 71.775 24.398
- Uruguay » 10.328 6.896
- République Argentine 121.838 321.376 288.815
- Autres pays 58.579 45.412 31.254
- - Totaux ; 1.617.497 2.519.306 3.027.459
- p.191 - vue 203/438
-
-
-
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- . [ LES INDUSTRIES TEXTILES
- Ayres, laines en suint, laines lavées, etc., divers peignés de Buenos-Ayres (ventres, laines de l’ouest, laines du nord, laines du sud) ; et des peignés de Montevideo (ventres, genre Concordia, genre Salto et genre Entre-Rios). Au centre de la vitrine est une maquette dressée par les soins de M. Dubreuil, architecte à Roubaix, et figurant, en réduction, l’établissement de cette maison : ce peignage a une superficie de 8 hectares, dont 5 sont couverts; il est entièrement construit en fer et en briques; il occupe 1,100 ouvriers, et c’est sans contredit le plus important de France en laines fines de Buenos-Ayres, car plus de 35,000 balles, c’est-à-dire le quart environ de .la consommation de la Plata en France, .sont entrées dans ce peignage en 1889 ; il est d’ailleurs cité partout comme type, et chaque année, les élèves de l’Ecole supérieure du Commerce de Paris et ceux •de l’Institut industriel de Lille le visitent avec fruit. La maison a été fondée en 1879 par un riche manu-’ facturier de Roubaix, Alfred Motte, qui déjà avait créé dans sa ville natale nombre d’usines de toutes sortes, et qui tenait à la doter sous son nom de toutes les industries auxiliaires de la fabrique; il s’associa alors avec plusieurs capitalistes, et fut à cette époque, avec MM. Meillassoux frères,, nommé, gérant de l’établissement. — A sa mort, son fils, M. Eugène Motte, lui a succédé. Dans ces derniers temps, cette maison s’est beaucoup occupée • du peignage des laines mères mélangées d’agneaux, et des agneaux mélangés aux ventres et morceaux ', elle a voulu aussi prendre sa place en sortes d’Australie, et a monté un assortiment complet qui tourne exclusivement avec ce genre de laine; elle possède, actuellement, 17 colonnes de laveuses, lkl cardes doubles de lm,50 d’arasement, et 103 peigneuses Lister et Noble avec toutes leurs préparations.
- Après ces peignages, les plus importants sont ceux du département de la Marne, représentés à l’Exposition par l’importante maison Jonathan IIol-den, de Reims. Cet industriel expose bien, comme ses confrères quelques bobines de laine peignée et quelques rubans fort bien traités; mais il semble plutôt s’être attaché à mettre sous les yeux du public une démonstration claire et nette des avantages que présente sur les systèmes concurrents les méthodes d’échardonnage de MM. Jonathan Holden et HarmeE frères, dont la contrefaçon a donné lieu, contre la maison Isaac Holden, aux procès retentissants de 1887-1888. Non seulement une carde en réduction
- munie de l’échardonneuse, se trouve dans leur vitrine, mais encore ils ont entouré cette minuscule machine d’une série de tableaux représentant sous ses divers états (cardée, peignée, blousse, chardons provenant du cardage et du peignage), la laine traitée par le système ordinaire et la laine échardonnée suivant la méthode de ces inventeurs : bien évidemment le chardon est mieux divisé et réduit par l’appareil Harmel-J. Holden.
- A côté des peigneurs nous mentionnerons les effilocheurs d’Elbeuf, de Paris, et surtout de Vienne.
- Elbeuf. est représenté par M. Jules Voisin, qui possède dans cette ville un établissement mû par la force hydraulique. Cet industriel, dont les produits ont obtenu une médaille d’argent à l’Exposition" de Rouen en 188à,.nous montre une série d’échantil-ions* grand teint, excellemment traités, soigneusement arrangés dans la vitrine dans autant de casiers ‘spéciaux; nous relevons plus de cent nuances, dont quelques-unes difficiles à obtenir : violet, plomb clair, souris, chamois, etc.
- A Paris, la maison Valentin, Goulley et Spément, est l’une des plus anciennes de France ; elle date de 1850. En dehors de ses laines effilochées sous divers états (ponçages,.nappes carbonisées, nappes battues,nappes brutes), elle nous fait voir à côté du type traité par elle le tissu correspondant qu’on en fabrique s c’est ainsi que nous voyons des échantillons de flanelles blanches, drap gris capote, mérinos rouge, jersey blanc, tricot burrel, etc., accompagnés du déchet qui sert à les produire. Nous relevons aussi . des écheyeaux filés, toujours avec les effilochages de la maison; par MM. Garrès frères, filateurs à Hannogue-Saint-Martin (Ardennes), en trames des nos 6 au 18, et des- ouates couleur excellemment fabriquées. Ces industriels ont obtenu des récompenses aux Expositions de 1867 et 1878.
- À Vienne,. l’eiïilochage est représenté par deux industriels : MM. Jean Brossel, et Dehan et Grubben. À l’encontre de. la plupart des autres centres de fabrication-, les industriels de Vienne s’appliquent surtout à donner à leurs déchets l’aspect de la laine mère- en-les débarrassant de leurs poussières ou autres corps nuisibles par des lavages ou des dégraissages selon les besoins, au lieu de les additionner d’huile, comme cela se pratique habituellement. Leurs laines artificielles se prêtent donc à recevoir aisément les teintures et à produire des filés propres
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- et secs pour le tissage des droguets, lainettes ou couvertures qui ne se dégraissent pas ou ne passent pas au foulonnage. Pour obtenir des matières vraiment prêtes à passer à la carde, la plupart des effi-locheurs viennois ont dû réunir chez eux toutes les opérations du classement et de l’épuration des chiffons, de la carbonisation de ceux qui sont mélangés de fils de coton, du battage des laines (et bien entendu de leur effilochage), de leur lavage, teinture, blanchiment et séchage : les industriels exposants sont les plus importants de la ville. Celle-ci possède actuellement 30 eiïilocheuses en mouvement, triturant annuellement 3,(500,000 kilogrammes de chiffons de laine ou de soie, soit une moyenne de
- I, 200 kilogrammes par jour.
- M. Fredet-Magnin, de Gif (Seine-et-Oise), expose aussi des laines effilochées, lavées et sans huile comme à Vienne. Cette maison, qui date de 185à, a obtenu une médaille de bronze à Beauvais en 18(59, une médaille d’or à Compiègne en 1877, et une médaille d’argent à Paris en 1878.
- FILATEURS DE LAINE EN FRANCE.
- Les industriels qui exposent spécialement des fils de laine sont au nombre de dix-huit. Ce sont : — pour la région de Roubaix, MM. François Masurel frères, (deTourcoing), et Ém. Voigt (de Wasquehal) ; — pour la région de Fournies, MM. Léon Bernier et Cie (de Fourmies), et Louis Ilubinet (de Glageon) ; — pour la région de Reims, MM. Marteau frères et Cie et Ernest Niquet, tous deux de Reims, et M. Buirette, de Suippes (Marne) ; —- pour la région de Vienne, MM. Jean Bardy (de Vienne), et S. Boudier et Pétre-quin (de Sainte-Colombe-lez-Vienne) ; —pour la région d’Elbeuf, MM. Legris père et fils et Maurel, Chede-ville et Cie (d’Elbeuf), Voisin (d’Elbeul), et Désiré Chedeville (de Saint-Pierre-lez-Elbeuf); — pour la région de Sedan, M. Justin Bloch, de cette ville; — pour la région des Vosges, MM. Schwartz et Cic (de Valdoie, territoire de Belfort); — pour la région d’Amiens, MM. David et Huot, d’Amiens, et M. Paul Masse (de Corbie). — Les filateurs dont le siège social est à Paris sont MM. Blazy frères, Collette fils et R. Mouquet, Poiret frères et neveu, et
- J. Savoy et Cie. Nous ne mentionnons pas ici les lila-teurs dont les produits ne servent qu’à l’alimentation de leurs tissages et qui n’approvisionnent que leurs propres manufactures. Nous allons passer en revue les vitrines de ces divers exposants.
- Dans la région de Roubaix on peut évaluer à 300,000 le nombre des broches en laine pour Roubaix, et à00,000 pour Tourcoing, soit 700,000 pour ces deux localités. De l’avis des hommes compétents, la broche en laines peignées y revient à 50 francs, matériel, constructions et terrain compris; il s’ensuit que l’on a consacré dans ces deux villes un capital de 35 millions à cette industrie. Celle-ci y occupe plus de 8,000 ouvriers, hommes, femmes et enfants, étant donné qu’elle nécessite 115 à 120 ouvriers par 10,000 broches ; et comme on admet qu’une filature de 10,000 broches dépense 120,000 francs par an pour la main-d’œuvre, il en résulte que les salaires annuels y atteignent 8,500,000 francs.
- La vitrine de MM. François Masurel frères, de Tourcoing, est la plus remarquable de ce groupe. Ce sont, parmi les filateurs de laine peignée marchant complètement à forfait, les plus importants industriels de France; ils possèdent 37,000 broches à filer et là,000 à retordre. C’est cette maison qui, en 1878, a réimplanté en France les magnifiques genres de retors et de canettes dont nous étions tributaires de l’Alsace depuis 1870. Une pancarte nous apprend que sa retorderie exige une force de 250 chevaux et emploie 200 ouvriers, et sa filature une force de 650 chevaux avec 350 ouvriers. Les produits de la retorderie sont représentés par des retors sur continus en canettes pour jerseys et pour chaîne et par des dévidés pour bonneterie ; — les produits de la filature, par des fils de couleurs unies et mélangées pour draperies, des fils teints procède Vigoureux, etc. Au centre de la vitrine est un cône de fils teints composé de cinq couleurs comprenant chacune 350 nuances et formant par conséquent une gamme de 1,750 nuances. Un joli bronze figurant une femme filant à la quenouille fait bon effet dans l’ensemble.
- M. Émile Voigt, filateur et teinturier de laine et coton à Wasauehal, près Roubaix, fabrique surtout la vigogne pour lissage et bonneterie. Son exposition se compose de fils mérinos pure laine et mélangés de coton pour bonneterie, de trames pour tissage, etc. Une lithographie fort bien faite est là pour donner au public une excellente idée de l’importance et de la bonne disposition des établissements de cette maison que nous avons déjà eu occasion de citer à propos du coton.
- Passons à la région de Fourmies. Nous spécifierons plus loin, à propos des statistiques envoyées à l’ex-
- Supplément a l Industrie textile du 15 Avril.
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- position par la Société industrielle de cette ville, quelle est actuellement son importance en tant que filature.
- Nous rencontrons d’abord parmi les exposants de ce groupe MM. Léon Bernier et CiG, qui possèdent à Fourmies la seule filature de laines peignées à façon entièrement montée en continus à filer et retordre ; une pancarte nous apprend que la production de cet établissement est de 1,200 kilogrammes par jour. Nous relevons dans cette vitrine des (ils floches : 2/18 m/m, 3/12 «y™, 4/9 m/m> etc.; des retors 2/7, 2/14, 2/38, 2/45, etc.; des simples 16 m/m, 28 n,/m, 35 m/m, etc. ; des spécimens de bobines de préparation, moulinés, mélangés, fils cheviotte pour draperies, voiles, etc.
- M. Louis Ilubinet, de Glageon, a une filature de laine peignée de 31,424 broches. Son exposition se compose d’une collection de canettes chaîne et trame genre Alsace dont plusieurs de mélange (trame laine et soie 95,000 mètres à 30 pour 100 soie et 70 pour 100 laine; trame laine et coton pour jerseys 95,000 mètres à 50 pour 100 de chaque sorte, etc.), encadrée de bobines de préparation de diverses sortes. La commune où se trouve située cette maison est sur un affluent de la petite Ilelpe, «à 6 kilomètres nord-est de Fourmies. Elle possède de nombreuses industries : fabrique de chaussures, de briques, de cordages, etc. ; mais les principales sont le peignage, la filature et le tissage de la laine peignée.
- La région de Reims est aussi, on le sait, l’une des plusimportantesde France au point de vuedelafilature de la laine peignée. La vitrine la plus remarquable de ce groupe est celle de MM. Marteau frères, maison fondée en 1873, et dont l’un des chefs, M. Ch. Marteau, est l’administrateur délégué de la Société anonyme des tissus de laine des Vosges, dont nous parlons plus loin à propos des tissus. L’exposition de ces industriels est ingénieusement disposée : à travers une sorte de voile transparent formé de longs fils serrés aux nuances heureusement entremêlées se groupe une collection d’échées, bobines, moulinets et autres produits immédiats de la filature. Une médaille d’argent obtenue à Paris et une médaille d’or à Anvers en 1885 ont consacré le mérite de cet important établissement. — Plus loin, M. Ernest Niquet, de la même ville, expose une spécialité de fils fins des n0B 84 à 210 m/"' de sa filature de Marie (Aisne) ; cette maison a obtenu à Vienne,
- en 1873, une médaille de bronze. — Enfin, chez M. Eug. Buirette-Gaulard, de Suippes, nous retrouvons le fil à tapisserie présenté en une grande variété de coloris : un écran qui garnit le fond de la vitrine permet d’apprécier la fraîcheur et la vivacité des nuances.
- La filature de laine cardée est représentée dans la région de Vienne (Isère) par M. Jean Burdy, qui nous montre une belle collection de fils renaissance pour tissus, bonneterie et ameublement.
- MM. Boudier et Pétrequin, de Sainte-Colombe-lez-Vienne, exposent également une série de bobines et écheveaux de fils pour bonneterie et ameublements teints dans leur établissement.
- Dans la région d’Elbeuf, MM. Chedeville et O ont envoyé des fils cardés très fins destinés à la fabrication des draps supérieurs d’Elbeuf et quelques i retors fantaisie soie et laine pour trame du tissu | amazone de Roubaix.
- MM. Legrix père et fils et Maurel, qui possèdent à Elbeuf une filature de laine cardée à forfait et à façon, ont une exposition des mieux entendues : au bas de leur vitrine, dps laines cardées teintes de diverses nuances; sur l’un des panneaux, un grand choix d’écheveaux de différentes couleurs, et sur l’autre des canettes écrues et teintes depuis le n° 8 m/m au plus bas jusqu’au 34m/m au plus haut.
- M. Désiré Chedeville expose des produits de sa filature de laine cardée et peignée et de son retordage dont la plupart des types sont teints par le procédé Leblois, Pisini et Cie, de Saint-Aubin-lez-Elbeuf, dont nous avons parlé à propos des fils de coton : nous y relevons notamment des moulinés laine et soie de toute beauté.
- Dans la région de Sedan, M. Justin Bloch a exposé quelques fils spéciaux de cachemire, vigogne, mohair, alpagas, et quelques variétés convenant à la fabrication des draps de l’Isère.
- Dans la région des Vosges, MM. Schwartz et Cic, de Valdoie (territoire de Belfort), exposent des fils de laine cardée pour jersey, des canettes fils beige nature, des retors, des fils de chaîne et des fils simples en numéros moyens (nos 14, 21, 42 et 56), et fins (n0s 120, 98, 84 et 70).
- Nous trouvons pour la région d’Amiens MM. David et Huot, dont l’exposition comprend une magui-
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- la maison au Bon Pasteur, de laine blanche pompa-dour, de laines à tricoter, pour tapisserie, pour bonneterie, etc. Des échantillons de bobines de laine peignée et des canettes, agencées en gammes chromatiques des mieux réussies, entourent cette riche collection, ha maison possède, à Saint-Épin etSaleux (Somme), d’importants établissements de peignage, filature et teinture; elle a à Paris des ateliers de manutention et plusieurs maisons de vente; elle a obtenu depuis l’Exposition de Londres, en 1862, les plus hautes récompenses et notamment le diplôme d’honneur à Anvers en 1881.
- Enfin MM. J. Savoye et Cic ont une jolie collection de laines à tricoter, retors jaspés, chaînes et trames écrus et teints, notamment des trois couleurs nationales sur une même canette.
- FABRICANTS DE TISSUS DE LAINE DU RAYON D’AMIENS.
- M. L. Gamounet-Dehollande fils, d’Amiens, représente à lui seul le département de la Somme. Cette maison, fort ancienne puisqu’elle date du siècle, a envoyé à l’Exposition une série assez complète de produits spéciaux consistant en satins laine dits à la Reine ou de Montpensier, satins français et turcs, lastings pour chaussures et surtout serges du Berry en toutes nuances et d’une exécution remarquable : ce dernier article, exclusivement fabriqué autrefois par l’Angleterre, a été importé par elle en France en 1872; des maisons françaises de premier ordre avaient tour à tour tenté cette fabrication et l’avaient abandonnée après insuccès.
- Cette importation était d’autant plus méritante qu’elle a donné un nouvel essor à l’industrie française des tissus pour bottines qui était à peu près anéantie. Depuis sa fondation cette maison a toujours été dirigée de père en fils et s’est toujours renfermée dans la fabrication des étoffes pour chaussures. Elle a obtenu de nombreuses récompenses aux expositions auxquelles elle a pris part, notamment à celles de Paris 1855, 1867 et 1878, de Londres 1862 et de Vienne 1873.
- Malgré son importance et son incontestable mérite, cette exposition ne saurait suffire à une ville où l’industrie lainière est encore en activité d’une façon relativement importante. La fabrication et le commerce des velours de laine dits d’LJtrecht, pannes, peluches tissus de laine unie et façonnés,
- fique collection de laine peignée et de fils teints des nuances les plus variées, élégamment disposée sous les yeux du public; toutes les teintes les plus difficiles à obtenir se trouvent là excellemment réussies : perle, marengo, bronze doré, marine, loutre, saphir, rhodhamine, etc. La maison possède à Amiens un peignage, une filature et une teinturerie de laine et cachemire; elle a une succursale de vente à Paris.
- La région d’Amiens est encore représentée par la petite ville de Corbie, bâtie entre la Somme et l’Ancre, près de leur confluent, traversée par le Canal de Corbie, et possédant une station sur le chemin de fer du Nord, à 16 kilomètres d’Amiens : il existe sur son territoire d’importantes filatures de fils simples et retors pure laine ou laine et soie pour barèges, différentes fabriques de bonneterie dont deux font aussi des flanelles tricots, quelques filatures de laine, une de coton, et diverses teintureries.
- M. Masse, de cette ville, expose des produits de son peignage, filature et retorderie : canettes laine et grège, teints, vigoureux, cachemire, brillantine, fils pour haute nouveauté, angoras gris et blancs, etc.; des pelotes de laine floche et des bobines de laine peignée encadrent très agréablement cette collection. Cette maison a obtenu des médailles de bronze à Londres en 1862, d’or à Nîmes en 1863, d’argent à Paris en 1867 et d’or à Rouen en 188ZL
- Dans le rayon de Paris, MM. Clazv frères exposent tous les genres de fils de laine des nos 10 à 60 que le caprice, le besoin et la mode peuvent utiliser dans les industries de la bonneterie et de la tapisserie brodée. Fondée en 183A par M. Péril leux-Michelet, cette maison possède à Yerres (Seine-et-Oise), une filature de laine peignée, un tissage de canevas et des ateliers de teinture.
- MM. Collette fils et R. Mouquet ont une vitrine des mieux disposées : de chaque côté sont étagées, en gamme chromatique, des canettes de laine; le panneau du fond est occupé par des paquets de fil blanc et de couleur élégamment agencés, et sur le devant figurent des laines à tricoter, à tapisser, floches, etc., en boîtes ou en fortes pelotes, aux marques de la maison : Perlée, Victoria, Neigeuse, etc., en numéros des plus variés.
- MM. Poiret frères et neveu, dont nous avons déjà parlé à propos des fils et tissus de coton, ont l’une des expositions les plus remarquables du groupe lainier; nous y relevons principalement des pelotes de laine-mèche pour crochet portant la marque de
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- mérinos, cachemires d’Écosse, tissus laine et soie pour robes et châles, satins pour chaussures, doublures, gilets, fantaisies, nouveautés, moquettes, rubans de laine, etc., s’y font dans un très grand nombre de maisons ; la filature y possède quelques établissements ainsi que le peignage, et les teintureries y sont nombreuses.
- Le département de la Somme est encore l’un de ceux où l’industrie lainière a une certaine importance. Rappelons que Corbie, qui possède plusieurs filatures de laine, fabrique de la bonneterie et des flanelles tricots ; — qu’il existe à Marcelcave des constructeurs de métiers à bas et aussi des fabriques de bonneterie; — qu’il se fait à Villers-Bretonneux un commerce important de laine brute peignée et filée, et de bonneterie de laine; — qu’il y a à Fouilloy plusieurs fabriques de bonneterie, filatures de laine, teintureries, une usine de construction de métiers de bonneterie et quelques maisons faisant le commerce des laines ; — à La Motte-en-Santerre plusieurs fabriques de bonneterie; —kRibemont une filature de laine; — à Va.ire une fabrique de bonneterie et deux négociants en laine ;— hDaours une filature de laine peignée et un retordage de laine; —à Beaucamps-le-j Vieux une fabrique de feutre et de bonneterie, plusieurs de thibaudes, de tiretaines ou draps de Reaucamps et de passementeries; — à Bougainville des peignages de laine, divers négociants en laine brute et quelques maisons faisant spécialement les laines pour tricots; — à Quevauvillers plusieurs fabriques de rubans de laine et de passementerie; — à Ailly-sur-Somme divers établissements dont un tissage de malfils; — à Vignacourt des retordages de laine; — à Pont-de-Noyelles plusieurs fabriques de bonneterie de laine ; — à Saint-Germain-sur-Bresles une filature de déchets de laine; — à Lœuilly plusieurs fabriques do tissus mérinos; — à Abbeville, une fabrique de draps et molletons; — et un grand nombre de fabriques de bonneterie ; à Moreuil, Hangest-en-Santerre, Rosières-en-Santerre, Ca ix, Méhari court, Ilarbonnières, Bouchoir, Bayon-villers, 'Arvillers, Mézières-en-Santerre, Le Ples-sier-Rozainvillers, Framerville, etc., etc.
- FABRICANTS DE TISSUS DE LAINE DU RAYON DE L’AISNE.
- Nous relevons dans ce département trois exposants : — MM. les fils de David Labbez et Cie, de Saint-Quentin ; — Hamelle, David et Cie, de la même i ville; — et Lesser et Garnier, de Bohain.
- Saint-Quentin est la principale ville du département de l’Aisne; son industrie est alimentée par le canal qui porte son nom, qui joint l’Escaut à l’Oise, et plusieurs voies ferrées qui relient Paris à la Belgique. Elle fabriquait autrefois beaucoup de draperies, mais elle abandonna peu à peu cette fabrication pour celle des linons et des batistes, puis plus tard, pour celle des tissus de laine légers alliés à la soie ou au coton. Elle est aujourd’hui le centre d’une production industrielle très importante : la fabrication des tissus de coton est celle qui vient au premier rang; la filature de laine et le tissage des étoffes de laine mélangée de soie et de coton y est aussi largement représentée; la circonscription fabrique des mousselines, des beiges, des barèges, des cachemires, des châles, des mérinos, etc.
- MM. les fils de David Labbez et Cie, de cette ville, qui ont leur maison de fabrication à Sains et Saint-Gobert, exposent des lainages fantaisie de toute beauté, aux nuances les plus flatteuses et des mieux choisies auxquels ils ont joint des écharpes, châles, cachemires d’Ecosse, franges soie et franges nouées, châles fantaisie et brodés franges torses, le tout du meilleur cachet.
- MM. Hamelle, David et Cic sont aussi filateurs et fabricants de tissus : leur exposition se compose de lainages foulés et de quelques échantillons de filés de laine unis ou de fantaisie.
- Bohain est la principale station de chemin de fer entre Saint-Quentin et le Cateau; la fabrication des châles façon cachemires, gazes, barèges, grenadines, nouveautés légères et étoffes d’ameublement y a une grande importance. MM. Lesser et Garnier, qui la représentent à l’Exposition, se sont fait une spécialité des astrakans et peluches et nous en montrent une série d’échantillons merveilleusement fabriqués; il y là des imitations de loutre et des astrakans noirs dont la fabrication défie toute concurrence. Cette maison a une succursale de vente à Paris.
- Les autres communes du département de l’Aisne ayant quelque importance au point de vue de l’industrie de la laine sont Origny-Sainte-Benolte, où il se fabrique des châles, des gazes, des barèges, des tissus de laine légers et des nouveautés en laine pure ou alliée à la soie ou au coton ; —Clastres, où il existe une fabrique de tapis de laine et d’étreindelles ; — Mont-d*Origny, ou se trouve un tissage mécanique et une fabrique de tissus de laine légers pour robes, d’articles divers soie et laine, et soie, laine et coton;
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- — Cliauny, qui possède plusieurs fabriques de bonneterie de laine, chaussons et tricots; — Agnicourl-Séchelles, où existe une filature de laine peignée ; — F ère- en- Tardeno is, qui fabrique une assez grande quantité de bonneterie et de chaussures en tricot de laine feutrée; — Fieulaine, où existent diverses fabriques de châles ; — Montigny-en-Arronaise, qui en compte aussi plusieurs; — Fresnoy-le-Grand également, ainsi qu’une fabrique de gazes ; — Seboneourt, où existent aussi plusieurs manufactures de châles ;
- — Serain, qui produit des tissus divers ; — Feu-ville-Saint-Arnaud, où se file et se tisse la laine; — Ribemont, où il y a des lavoirs, filatures et tissages de laine mérinos et une fabrique de feutres ; — Voulpaix, Bernot, lron, le Noucion-en-Thièrache, qui comptent diverses fabriques d’articles de Reims et où se file la laine; — Sains-de-l'Aisne, qui possède aussi filature et tissages de mérinos; — Lcmé, Le Sourd, G rougis et enfin le Petit-Verly qui fabriquent des gazes et des nouveautés.
- Les établissements industriels de ce département sont, comme on le voit, surtout situées dans lapartie nord et compris dans les arrondissements de Saint-Quentin et de Verviers.
- FABRICANTS DE TISSUS DE LAINE DU RAYON DE BEAUVAIS.
- Le département de l’Oise est représenté par deux exposants : — MM. Jos: Communeau et Driard, de Beauvais, — et Eug. Fortin, de Clermont.
- MM. Communeau et Driard (ancienne maison Bolle et Letellier) exposent une jolie série de molletons et couvertures blanches bordées soie. Ils ont obtenu une médaille d’argent en 1878 et une médaille d’or à Anvers en 1885.
- M. E. Fortin s’est spécialisé dans la fabrication des feutres épais pour pianos, sellerie, impressions et polisseurs. Il possède une vaste usine à Clermont (manufacture de la Marette), et une maison de vente à Paris. C’est l’un des habitués de nos expositions : déjà en 1850, à Londres, il obtenait une médaille de bronze, puis des médailles d’argent aux expositions de 1867 et 1878, et des médailles d’or en 1873 à Vienne et en 1888 à Liverpool. Les produits exposés comportent des feutres pour marteaux de pianos de qualités variées, des feutres pour dessous de marteaux, feutres absorbants pour enfants et vieillards, tapis de selle de haute qualité, etc.
- Beauvais, chef-lieu du département de l’Oise, est une ville fort ancienne de 17.525 habitants, bâtie au confluent de l’Avelon et du Thérain. Outre les tissus dont nous venons de parler et qu’elle fabrique avec une certaine supériorité, elle est surtout renommée pour ses tapis.
- Les autres communes de l’Oise ayant une certaine importance au point de vue lainier sont : — Mouy, qui renferme un grand nombre de fabriques de tissus de laine divers (draps, flanelles, molletons, articles pour robes, etc.), des filatures, des teintureries dont plusieurs pratiquent l’épaillage chimique, et des fabriques de bonneterie de laine;—Bury, à deux kilomètres de Mouy, où sont établies des fouleries de tissus de laine et une filature de laine peignée ; — Mol-liens, qui compte une dizaine de fabriques de bas et de bonneterie de laine ; — Esquenoy, où existent plusieurs tissages à la main de tissus soie et laine; — Feuquières, qui possède diverses fabriques de bonneterie et une filature de laine peignée. — Des fabriques de bonneterie existent aussi à Briot, Grez, Sarnois, Ansauvillers, Bantigny, Saint- Just-en-Chaussée, Chantilly, etc. — Grillon possède une filature de laine; — Cormeilles plusieurs fabriques de tissus de laine; — Le Crocq un tissage mécanique de cachemires d’Ecosse; — Hardivillers plusieurs fabriques de cachemires; — Gouvieux, deux filatures de laine; — Mello une filature de la laine; — etc.
- FABRICANTS DE TISSUS DE COURS.
- La ville de Cours (Rhône), célèbre depuis longtemps pour la fabrication des couvertures, n’est représentée que par une seule maison : MM. Mare-challat et Mercier. Us montrent une belle collection de couvertures de voyage tissées et imprimées simple et double face, des couvertures en coton, mi-coton et laine, mi-laine et cabri, etc. Il y a là de très beaux effets de tissage, des mieux conçus et des mieux rendus, qui soutiennent avantageusement la comparaison avec les produits similaires anglais. La meilleure partie de cette exposition est composée d’un ensemble de couvertures de coton imprimées en nuances vives et bien harmonisées comme style oriental ; ces produits, par leur fine exécution, doivent trouver des débouchés faciles en Algérie, en Tunisie et en Orient, et ne dépareraient pas nos ameublements français par la note vive et gaie qu’ils y jettent.
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- FABRICANTS DE TISSUS DE LAINE DU RAYON d’eLBEUF.
- Vingt-deux industriels de cette ville ont exposé. Ce sont : — MM. E. Bellest et Cie; — Berjonneau-Demar; — Bisson, Savreux et Fromont; — Blin et Blin; — G. Boulet et Lecerf; — Mb. Ganthelou ; — Clarenson et Lebret ; — Alb. Cottereau ; — Élie Franchet et Cle; — Fraenkel-Blin ; — Gasse frères; — Geoffroy, Castanet et Cie; — Goujon et Bourgeois; — Ad. Grisay; — Vve Lecallier et fils; — Lecorneur et Olivier ; — Aimé Lefebvre et Cie ; — Samson Lepesqueur; — Nivert et Boulet; — Ph. Olivier; — Prinvault frères; — Jules Richard.
- Nous allons passer en revue ces diverses expositions.
- MM. E. Bellest et Gie ont une exposition d’une belle venue; leurs draps lisses ont la finesse de grain, la souplesse et le toucher pâteux désirables ; leurs essais en pardessus mélangés et diagonales ont moins belle apparence.
- M. Berjonneau-Demar est un des maîtres de la nouveauté; il a envoyé de beaux articles en pantalons et pardessus en peignés et cardés (notamment de nuance grise), des drapés en couleurs et mélangés, et quelques mousses et mèches en pardessus, genre qui disparaît, excepté pour les belles qualités.
- MM. Bisson, Savreux et Fromont montrent une belle collection d’articles en cheviottes unies et façonnées, très bien trouvés pour pardessus et jaquettes, de bons peignés fantaisie et mélangés pour jaquettes et surtout pour pantalons.
- MM. Blin et Blin ont certainement l’une des plus belles expositions du groupe : draps, satins, taupe-lines, noirs, couleurs et mélangés, cuirs pour uniformes, diagonales, korscrews, magnifiques peignés genre Roubaix, et de plus, le plus complet nuan-çage qu’il soit possible de voir en draps de dames. Ces industriels ont obtenu des récompenses aux expositions de Paris 1855 et 1867, Londres 1862 et Vienne 1873; en 1878, ils étaient hors concours comme membres du jury.
- MM. Boulet et Lecerf ont imaginé des combinaisons heureuses et hardies pour pantalons en peignés et cardés.
- M. Alb. Ganthelou a une collection des plus complètes et des plus variées en peignés et cardés pour pantalons, pardessus et complets, et quelques poils debout pour dames.
- MM. Clarenson et Lebret ont des draps d’une bonne venue.
- M. Alb. Cottereau a une magnifique collection de draps et cuirs de toutes nuances pour uniformes et livrées dont une bonne partie est destinée à l’exportation (fournitures d’armées étrangères), et pour billards.
- MM. Élie Franchet et Cie ont une superbe série de peignés pour pantalons en haute nouveauté Elbeuf, des draps mousselines pour exportation, pardessus jacquart, etc. Ces industriels ont obtenu une médaille d’argent en 1878, et une médaille d’or à Anvers en 188A.
- M. Fraenkel-Blin a une belle collection de draps, taupelines et satins noirs en intermédiaires et bas prix.
- MM. Gasse frères nous montrent des cuirs pour livrées, et un bel assortiment pour pardessus en drapés et façonnés couleurs et mélangés, peignés et cardés, avec quelques vieux genres comme moutonnés, ondulés et frisés en simple et double face, etc. Ces industriels ont obtenu une médaille de bronze en 1855, une médaille d’argent en 1878, un diplôme d’honneur à Anvers en 1884, et diverses médailles à Rouen et Manchester.
- MM. Geoffroy, Castanet et Ci0 exposent en pantalons de la véritable haute nouveauté, hardie en dispositions et en couleurs.
- MM. Goujon et Bourgeois ont une jolie variété d’articles à pantalons, complets pour été, hiver et demi-saison, laine et coton, de nuances nettes et pures, genres qu’ils ont abordé les premiers à Elbeuf.
- M. Ad. Grisay soumet des assortiments bon marché destinés à l’exportation, composés d’articles à complets et pantalons, tous foncés et d’une grande sobriété de dessins.
- Mme veuve Lecallier et fils ont envoyé de bons produits en draps, satins et cuirs de toutes nuances pour uniformes, passepoils et livrées, et aussi pour billards.
- MM. Lecorneur et Olivier ont envoyé des draps et cuirs de toutes nuances pour uniformes, passepoils et articles de livrées, qui sont en quelque sorte le monopole d’Elbeuf, et des tricots pour culottes de cheval.
- MM. Aimé Lefebvre et Cie exposent une belle série de draps lisses et croisés en toutes nuances pour passepoils, uniformes militaires et d’administrations, draps pour voitures, wagons et ameublement.
- MM. Samson Lepesqueur fils se contentent des articles classiques : l’ensemble est sobre de nuances et de dispositions; les peignés, cardés et rasés sont parfaitement réussis.
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- MM. Nivert et Boulet ont une fabrique importante fournissant à diverses administrations et fréquemment primée ; ce sont eux qui ont offert au Président de la République, lors de son passage à Elbeuf, un gilet en poils de chien. — Ils ont obtenu des récompenses à Paris 1867, Vienne 1873, Paris 1878, Amsterdam 1883, etc.
- MM. Ph. Olivier nous montrent de beaux échantillons d’articles été, hiver et demi-saison.
- MM. Prinvault frères ont une magnifique exposition d’articles pardessus drapés et jaquettes fantaisie en peigné pur. — Ces industriels ont obtenu une médaille d’or en 1878.
- M. Jules Richard a une jolie série d’articles à pantalons, pardessus et complets, et quelques drapés.
- Au point de vue ïainier le département de la Seine-Inférieure ne compte qu'Elbeuf comme centre de fabrication : —C audebec-lez-Elbeuf,Sainl-Pierre-lez-Elbeuf, Saint-Aubin-jouxte-Boulleug et Orival ne doivent être considérés que comme des annexes de cette ville. Elbeuf possède aujourd’hui 23,152 habitants; elle est située sur la rive gauche de la Seine, à 25 kilomètres de Rouen et 120 kilomètres de Paris, avec deux gares de chemins de fer. Cette cité s’est toujours livrée à la fabrication des tissus de laine, car la tradition rapporte qu’à l’époque gallo-romaine les étoffes s’y teignaient au moyen du brou de noix : on désigna alors Elbeuf, — (et c’est sous ce nom qu’elle est connue jusque l’an 800), sous le nom de Brou-nent, puis Boullan ou Boullang et les étoffes qui s’y faisaient sous la dénomination de brunoixes, puis brunettes. Sous saint Louis, les draps de la ville étaient vraisemblablement considérés comme excellents, car ce monarque, en 1228, en défendit l’usage aux chanoines, leur rappelant qu’ils ne devaient être vêtus que de tissus communs. En 1233, nous voyons encore le pape Grégoire IX défendre formellement aux moines de Cluny de porter des manteaux de Brounent. Quelques années plus tard, en 1328, même défense est faite par Henri III, roi d’Angleterre, à tous les monastères de son royaume, ce qui prouve que ces étoffes étaient fort honorablement connues de l’autre côté de la Manche.
- Les draps noirs commencèrent à être connus en 1248 : ce fut saint Louis qui les mit à la mode en s’en revêtissant constamment, lui et sa cour. On continuait toujours cependant à fabriquer des bru-nettes. La production de ces étoffes eut encore à souffrir d’un règlement de 1279, dû à l’archevêque
- de Gantorbérv qui en défendait l’emploi aux religieux, et d’une décision semblable du concile de Trêves, en 1310; quelques fabricants quittèrent le pays, peu encouragés d’ailleurs dans leur fabrication par les guerres terribles dont la Normandie fut alors le théâtre; puis finalement les brunettes furent abandonnées et remplacés par les draps ordinaires auxquels on se borna à donner trois ou quatre nuances : le blanc, le gris, le noir, le vert et le noisette.
- « Les draps blancs, écrit Guilmeth quelques siècles plus tard, furent, à cause de leur couleur, généra- ' lement recherchés par les moines, et surtout par les meuniers où fabricants de farine : ceux-ci s’en ser- i vent même encore aujourd’hui, ce qui fait que, depuis i longtemps, le peuple a dans son langage, surnommé !
- ces étoffes draps de meunier ou de monnier. Ces |
- gros draps blancs, faits avec les laines les plus corn- . I mimes de l’Espagne et du Portugal, avaient une aune de largeur.
- « Les draps noirs et ceux des diverses autres couleurs, un peu plus fins que les draps blancs, avaient sur mestiers une aune et quart de laize entre chacune lizières. Ces draps noirs étaient particulièrement réservés aux prêtres, chanoines, docteurs en droit, professeurs, médecins, apothicaires, juges, etc.; les autres couleurs étaient également partagées entre toutes les autres classes de la multitude.
- « Toutes ces étoffes étaient tellement solides, qu’un habit de drap d’Elbeuf était considéré comme une espèce d’héritage qui, sous une forme nouvelle, se transmettait du père au fds.
- « Il y avait plusieurs sortes de drapiers. On appelait drapier-taillant le marchand qui vendait le drap en détail, et drapier-drapant le négociant qui vendait le drap en gros ou en pièces après l’avoir confectionné lui-même dans sa propre usine ou l’avoir fait confectionner pour son compte dans une maison étrangère.
- « Les ouvriers se divisaient en drapiers-fila.ns, drapiers-tissans et drapiers-foulans ou fouleurs. Ces derniers étaient souvent des chefs de maison qui, pour le compte de drapiers-drapants, non seulement foulaient le drap, mais encore le teignaient et l’apprêtaient. On les désignait à Elbeuf sous le nom général de fouleurs de noir, quelle que fût d’ailleurs la couleur de l’étoffe dont ils étaient chargés de faire les apprêts.
- « Cette singulière dénomination provenait vraisemblablement de ce que le noir absorbe toutes les autres couleurs, ou peut-être aussi de ce que la
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- couleur noire était alors la plus commune, la plus recherchée, et par conséquent celle que l’on employait le plus souvent dans notre ville.
- « Nous avons vu en effet que, à l’époque des croisades, l’exemple du roi saint Louis, les décrets des papes et des conciles et surtout l’enthousiasme religieux des peuples avaient mis les vêtements noirs à la mode, et que cette mode se prolongea durant plusieurs siècles, tellement exigeante, tellement vivace que la couleur dont nous parlons est encore aujourd’hui, après bientôt six cents ans écoulés, la couleur du bon goût et du bon genre, de la bonne société, de la bonne éducation.
- « Il est à remarquer que, depuis le commencement du xive siècle, presque vers le milieu duxvie, les draps confectionnés à Elbeuf furent généralement désignés dans la langue usuelle du commerce ainsi que dans les actes gouvernementaux, sous la dénomination de draps de Rouen. Il en fut de même pour les étoffes de la Loncle, d’Orival, de Brionne, de Darnetal et de Bapaume. Aussi les chartes, traités, conventions ou règlements qui concernent les drapiers de la métropole de la province s’appliquent-ils dans toute leur étendue et sans aucune distinction ou dérogation quelconque aux drapiers des différentes localités que nous venons de citer. Chaque fois qu’il est fait mention, dans les anciens titres, des fabriques ou marchandises de Rouen, ce sont non seulement les fabriques ou marchandises de cette ville que Ton a voulu désigner, mais aussi celles de tous ses environs et de tout lebaillage; Montivillers, Louviers et Bernay sont les seuls endroits de la haute Normandie qui aient continué de donner leurs noms aux divers produits de leurs fabriques. »
- Un vitrail qui existe encore dans l’église Saint-Étienne d’Elbeuf et qui date du xive siècle nous montre que l’industrie drapière était alors Tune des plus importantes de la ville : ce vitrail représente des ouvriers ourdissant une chaîne et tissant des draps. C’est à la fin du siècle suivant que se fonda dans cette cité une sorte de cercle commercial nommé Tripot près l’église Saint-Jean où se réunissaient les notables du mestier de la drapperie et de la tapysserie.
- Une statistique mentionne qu’en 1568 il y avait à Elbeuf quatre-vingts maîtres drapiers. Les principaux maîtres drapiers d’alors, qui appartenaient à la religion réformée, étaient Nicolas Lemonnier, Nicolas Lecouteux et Richard de Saint-Amand; ce furent eux qui, en 1607, à la suite de plusieurs voyages dans les Pays-Bas, commencèrent à fabriquer des draps
- façon de Hollande qui avaient alors une réputation universelle, puis des draps façon d’Angleterre, et qui perfectionnèrent d’une manière sensible la fabrication des draps elbeuviens proprement dits.
- Elbeuf traversa quelques années de crise lors de la réunion de la Belgique à la France à la fin du siècle dernier; elle eut alors à pâtir directement de la concurrence de Yerviers, mais bientôt elle reprit son ancien essor. L’émulation de ses fabricants devint sensible au moment où Ton abolit les anciennes corporations et les règlements de Colbert. En 1795, il s’y fabriquait plus de 20,000 pièces de drap dont la plupart étaient exportées en Espagne, en Italie et en Suisse.
- Le ville supporta sans trop de secousses la tourmente révolutionnaire. Elle agrandit sa fabrication lorsque, en 180/i, Robert Flavigny et AmableDelaunay introduisirent dans la ville les premiers métiers mécaniques à filer la laine et que Gapplet importa d’Angleterre de nouveaux et importants procédés de teinture.
- Le 3 novembre 1802 (12 brumaire an XI), Bonaparte visita la ville : il fut introduit dans deux manufactures, notamment dans celle de M. Louis Delarue, rue Saint-Jean, maison sur laquelle on voit encore une plaque gravée qui rappelle ce souvenir. Les armes de la ville furent créées à la suite des paroles que prononça le premier consul : « Elbeuf est une ruche, tout le monde y travaille. »
- Une médaille d’argent de première classe fut attribuée à Elbeuf à l’Exposition de 1806. « Les manufacturiers d’Elbeuf, lisons-nous dans le rapport du jury, fournissent à la consommation des fortunes moyennes, qui est importante par son étendue; ils ont fait dans ces derniers temps des progrès remarquables. Leurs premières qualités surtout, qui tiennent le milieu entre les draps de Louviers et les secondes qualités d’Elbeuf, sont devenues plus abondantes et se sont singulièrement améliorées. Ce progrès se montrait déjà d’une manière sensible aux précédentes expositions. — Plusieurs fabricants d’Elbeuf ont présenté des draps superfins et fins qui auraient concouru pour les médailles si lejury n’avait pris la résolution de n’en plus accorder à ceux qui en auraient obtenu précédemment pour le même sujet. »
- Une statistique mentionne qu’en 181 h il y avait à Elbeuf, malgré la situation troublée de cette époque, 80 fabriques, 13 teintureries, 2 dépôts de laine et 2 négociants en draperie; la ville occupait J 8,000 ouvriers et produisait 28,000 pièces de drap du prix moyen de 20 à 30 francs l’aune.
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- Jacques Lecaillierfutle manufacturier qui, en 1817, monta dans Elbeuf la première machine à vapeur ; la première tondeuse mécanique fut introduite en 1819, et la première laineuse à cylindre, en 1820» par la maison Thaurin frères.
- Voici les éloges que donne à la fabrication Elbeu-vienne en 1823, le ministre Corbière. — « Elbeuf, dit-il, qui depuis longtemps ne redoute aucune concurrence pour la solidité de ses produits, étend avec rapidité la sphère de son industrie et fabrique maintenant des draps qui, pour la finesse et le moelleux, approchent de ceux de Sedan et de Louviers. La draperie, considérée dans son ensemble, est une des sources les plus puissantes de notre prospérité manufacturière; on estime à plus de 150 millions la valeur totale de ses produits annuels. La ville d’Elbeuf seule entre dans cette somme pour 36 millions. »
- Même appréciation du baron Dupin, rapporteur de l’Exposition de 1834 : — « La ville de Louviers, dit-il, paraît satisfaite de conserver la perfection des tissus deluxe qu’elle avait déjà conquise avant 1789. Mais Elbeuf, ville nouvelle, ardente comme la jeunesse, cherche un plus vaste champ dans les produits mis à la portée des moyennes fortunes ; par degrés elle élève les qualités de fabrication intermédiaires sans en accroître les prix : chaque année elle fait mieux et davantage. » À l’époque où ces lignes étaient écrites, la plus grande manufacture d’Elbeuf était celle de Victor Grandin, et Théodore Chennevière venait d’v introduire la nouveauté; la ville avait alors 200 fabriques, 25 teintureries, elle occupait 25,000 ouvriers et fabriquait par an 70,000 pièces de quarante aunes d’une valeur de 50 millions de francs.
- D’après une statistique de '1858, la fabrication s’était encore accrue dans la ville : on y comptait alors 281 fabricants occupant 30,000 ouvriers, produisant 110,000 pièces d’une valeur de 85 millions de francs.
- En 1860, on évalue à 35,000 le nombre des ouvriers et à 90 millions de francs la valeur de la production.
- A partir de 1870, la fabrication elbeuvienne a décru sensiblement. En 1875, on en évaluait cependant encore la production à 10 millions de mètres d’une valeur de 95 millions de francs : plusieurs manufacturiers de Bitschwiller avaient, cette année, quitté l’Alsace pour venir s’installer en France. Aujourd’hui, il y a environ 150 fabricants à Elbeuf et dans les localités environnantes.
- FABRICANTS DE TISSUS DE LAINE DU RAYON DE FOURNIES.
- Cette région est représentée par MM. François Boussus et Jules Delahave, tous deux de Wignehies ; — Iliroux et Dupont, et Clovis Stavaux, tous deux de Sains du Nord; — et par trois exposants de Four-mies : MVI. Charles Belin et Cie; — Flament et fils ; — et la Société du Commerce et de l’industrie lainière de la région de Four mies.
- Fourmies est, comme on le sait, une petite ville d’environ 20,000 habitants, située sur le chemin de fer d’Aulnoye à Hirson, et baignée par l’Helpe mineure. Elle est le centre d’un rayon lainier, dit de Fourmies, qui embrasse non seulement un certain nombre de villes et communes du département du Nord, mais aussi quelques communes de l’Aisne. Le Nord comprend : Anor, Avesnelles, Avesnes, Beau-vois, Boussières, Biastre, Le Cateau, Caudry, Etrœungt, Felleries, Glageon, Masnières, Neuvilly, Bohain, Poix, Sains-du-Nord, Semeries, Solesmes, Solre-le-Château, Saint-Souplet, Trélon, Villers-sire-Nicole et Wignehies. Du côté de l’Aisne, nous avons : Any-Martin-Bieux, Bohéries, Bouhé, La Capelle, Effry, Esquehéries, Le Gard d’Étreux, Saint-Gobert, Guise, Marie, Saint-Michel, Mondrepuis, Le Nouvion, Proisv, Sains-Richaumont et Sous-Châtillon. Cette région comprend quelques établissements pour le travail de la laine cardée ; mais la fabrication du peigné y est de beaucoup supérieure.
- Il y a trente ans, elle était à peine connue. Aujourd’hui, comme on va le voir par les chiffres que nous allons donner, on reste confondu de l’accroissement prodigieux qui, en peu d’armées, s’y est' opéré. Les laines employées proviennent généralement d’Australie et du Cap et sont achetées aux ventes trimestrielles de Londres ; il en arrive aussi de la Plata par Anvers et par Dunkerque, et un peu par le Havre ; enfin Fourmies en reçoit aussi, en moins grandes quantités, de Bussie, de Saxe, de Silésie et de Hongrie. Elle écoule ses filés un peu partout, et travaille surtout beaucoup à façon pour les régions de Roubaix et dé Tourcoing; ses tissus sont consommés en France et vendus notamment dans le centre de Roubaix, où nombre de ses fabriques ont des succursales ; ils sont exportés en Angleterre, aux Etats-Unis, en Italie, en Espagne, en Allemagne, en Russie, dans l’Amérique
- Supplément a l'Industrie textile du 15 Avril.
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- du Sud et au Japon, presque toujours par l’intermédiaire de commissionnaires anglais.
- Rien ne peut donner une meilleure idée de l’importance de cette région que l’exposition organisée ï par la Société du Commerce, et de l’industrie lainière de la région de Fourmies, à laquelle on doit l’organisation, àFourmiesmême : — d’un bureau de conditionnement et de mesurage (1877); —l’établissement d’une succursale de l’Association des propriétaires d’appareils à vapeur du Word de la France (1877); — la création d’un concours annuel de chauffeurs (1882); — la création d’une école de peignage, filature et tissage dans la même ville (188(3) ; — et la transformation de l’école supérieure de garçons de Fourmies en école supérieure professionnelle (1887). L’école de peignage et de filature, dmit on voit exposés dans la vitrine les cahiers des elèves, diplômes, médailles, etc., a été fondée avec les seules cotisations des industriels membres de la Société au nombre de 130 en 1889, et avec les subventions des communes de Fourmies et Wignehies montant à 2,000 francs par an. Deux élèves lauréats de l’école de Mulhouse sont chargés de la direction : les cours qu’ils professent ont lieu tous les soirs; leur durée est de deux ans et comprend un cours élémentaire de tissage en soixante leçons, un cours supérieur de tissage en trente leçons, un cours de filature et de peignage en trente leçons, et un cours d’échantillonnage en trente leçons. De nombreuses photographies nous font connaître qu’un matériel industriel des plus complets esta la disposition des élèves. — La Société elle-même est organisée en cinq comités dits : — du commerce, de peignage, de filature, de tissage, d’initiative et d’enseignement.Elle a manifesté son action à plusieurs reprises à propos de diverses questions d’intérêt local, comme celles du Canal de la Sainbre à la Meuse, du chemin de fer de Trélon à la Capelle, dans la défense des intérêts régionaux devant les Commissions d’enquête, etc.
- Une quinzaine de diagrammes, encadrés dans tous les coins de la vitrine, font connaître au public l’accroissement considérable de l’industrie de la région depuis l’origine jusqu’à nos jours. En voici trois, par exemple, qui nous renseignent sur la progression des salaires de la filature de 1818 à 1889, du peignage de 1844 à 1889, et du tissage de 1855 à 1889 : on a pris comme point de départ les dates de l’introduction de ces industries dans le rayon. En filature,
- les rattacheurs et soigneuses gagnent par jour
- 2 fr. 25 au lieu de 0 fr. 50 ; les chauffeurs (3 francs au lieu de 2 francs ; les mécaniciens 6 francs au lieu de 2 fr. 25 ; les fileurs Ix fr. 50 au lieu de 2 francs; — dans les peignages, les hommes de peine gagnent
- 3 francs au lieu de 1 fr. 50 ; les soigneuses 2 fr. 25 au lieu de 0 fr. 50 ; les dégraisseurs 3 fr. 50 au lieu de 2 francs; les trieurs 4 fr. 50 au lieu de 3 francs ; — en tissage nous avons pour les tisseurs une moyenne de 4 fr. 50 au lieu de 3 francs ; pour les tisseuses
- 4 fr. 50 au lieu de 2 fr. 50; pour les bobineuses 1 fr. 50 au lieu de 1 franc; pour les rentrayeuses 4 francs au lieu de 2 fr. 50. — Voici d’autres tableaux qui relatent le montant des expéditions et des arrivages pour la ville de Fourmies de 1872 à 1888. Les expéditions sont passées en laine peignée de 3,800 à 11,200 tonnes ; — en laines filées de 2,800 à 7,200 tonnes, en tissus de 3,200 à 8,600 tonnes, et les blousses et déchets ont cru de 5,500 à 13,000 tonnes. — Les arrivages ont progressé pour les laines hrutes de 3,200 tonnes à 6,000 ;pour les laines peignées de7,000 à 12,800 ; — pour les laines filées de 7,200 à 18,800 ; — pour les houilles de 45,000 à 70,000. — D’autres tableaux indiquent le développement de la filature qui, de 1,600 broches en 1818, est passée à 868,884 broches en 1889; — du peignage qui de 16 peigneuses en 1841 est monté à 648 en 1889; et du tissage, qui a progressé de 14 métiers en 1853 à 14,800 en 1889. — D’autre part est encore relevée la valeur du matériel actif et des produits vendus : — le premier est passé de (34,000 irancs en 1818 à (34 millions de francs en 1889; — les seconds représentent actuellement 159,703,000 Irancs en fils, 115,000,000 en tissus, et 125,000,000 de déchets. Le bureau de Conditionnement créé par la Société a profité de cet accroissement d’affaires ; en 1877, il opérait sur 1 million de kilogrammes de laines peignées et 1 million 200,000 kilogrammes de laines filées; en 1888, sur 2 millions 800,000 kilogrammes environ de laines peignées, et 6 millions 800,000 kilogrammes de laines filées. — Nous passons enfin devant un autre tableau indiquant par différentes teintes la valeur de l’outillage dans chaque localité de la région : Fourmies, le Cateau, Wignehies, Reauvois, Sains-du-Nord, Avesnes, Avesnelles et La Capelle viennent au premier rang. — Çà et là, sont en outre exposés des types des divers produits mis en œuvre ou manufacturés de la région de Fourmies envoyés par les industriels membres de la Société : laines brutes, déchets, fils en écheveaux, retors,
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- canettes, chaînes, mérinos, cachemires cl’Ecosse, cachemires des Indes, beiges, diagonales etc.
- L'exposition de la Société de Fourmies peut être considérée comme le spécimen d’une exhibition intelligente par excellence ; les renseignements y fourmillent, les données qu’elles indiquent sont claires et nettes; à ce point de vue nous ne saurions trop la féliciter.
- Deux autres industriels de Fourmies figurent dans cette section : MM. Charles Belin et Cie, et Flament et fils.
- MM. Charles Belin et Cie se sont fait une spécialité d’étoffes en tissés teints et mélangés (genre Vigoureux), et exposent des fils et tissus coloris d’hiver et d’été, pour les saisons actuelle et prochaine; ils possèdent à Bertrv un tissage à la main, et à Fourmies une teinturerie de laine peignée en bobines, une filature et un tissage mécanique; leur principale maison de vente est à Paris.
- MM. Flament et fils dirigent à Fourmies deux établissements, l’un comprenant tissage et filature, l’autre tissage seul : ils ont réuni dans leur vitrine une jolie collection de cachemires et tissus de laine divers, teints et apprêtés par la maison Les Fils de Guillaumet et G. Maës (de Suresnes et Clichy).
- Les autres exposants de la région appartiennent aux centres de Wignehies, Sains-du-Nord et le Cateau.
- Wignehies fait partie de l’arrondissement d’Avesnes dont il est éloigné de 16 kilomètres, il est à 3 kilomètres en aval de Fourmies sur la Petite Helpe; sa population n’est que de quelques milliers d’habitants, mais c’est l’une des principales places de la fabrication de cette région au point de vue du peignage, de la filature et du tissage de la laine. Nous y relevons deux exposants : MM. Franço;s Boussus et Jules Delahaye.
- M. François Boussus a réuni l’une des plus belles expositions de sa spécialité. Les principaux tissus qu’on peut y relever sont : —des amazones 120 cent. ; — armures satin drap, 120 cent. ; — mérinos, 180 cent., 30 croisures; — rayures soie et laine; — toile de l’Inde; —cachemires de l’Inde et vigognes de l’Inde en 120 cent. ; — henrietta soie ; — jac-j quart 120 cent. ; — voile rayé organsin ; — draps
- I peignés 1A0 et corkscrew rayé soie et diagonale
- j mélangé. Comme fils, nous notons des spécimens de
- j chiné nos 00 à 90 (sur échée de 720 mètres), et des
- I trames noa 110 à 220. Les tissus ont été teints par
- les maisons Chappat et Cie (de Clichy), Les Fils de l Guillaumet et G. Maës (de Suresnes), Hannart frères,
- (de Wasquehal), et Wallerand, Wiard, Jacquemart et Cie (de Cambrai).
- M. Jules Delahaye expose les produits du peigna ge, de la filature et du tissage mécanique qu’il possède dans la même ville; — bobines de peigné;
- — trames m/m au kilogramme sur continus à anneaux; — chaînes 53 m/m au kilogramme sur ren-videurs; — retors sur continus .à anneaux; — enfin une grande variété de mérinos, cachemires d’Écosse, nouveautés, draperies et armures.
- Voici maintenant les exposants de Sains-du-Nord, petite localité à 7 kilomètres d’Avesnes et à 9 kilomètres de Fourmies, sur un afïluent de la Grande Helpe, possédant une station sur le chemin de fer d’Aulnoye à Hirson. Deux industriels la représentent à l’Exposition : MM. Clovis Stavaux et la maison Jules Hiroux et Albert Dupont.
- M. Clovis Stavaux expose une belle série de tissus dits diagonales, fougère, pékin, tamatave, etc.; quelques spécimens de cachemires 24/25 croisures, et quelques bobines et canettes de fils. Cette maison possède un peignage, une filature et un tissage, et elle a ses maisons de vente à Paris et à Roubaix. Titulaire d’une médaille d’argent en 1878, elle a obtenu deux médailles d’or à Amsterdam en 1883 et à Anvers en 1885.
- MM. Jules Hiroux et Albert Dupont exposent les produits de leur peignage, de leur filature et de leurs tissages mécaniques et à la main. Nous y relevons de très beaux draps pour hommes et de jolies étoffes pour confection de dames, teintes par la maison Les Fils de Guillaumet et G. Maës, de Suresnes; des limousines, des laines en tous genres pour bonneterie, teintes chez les mêmes par procédé direct, etc. Cette maison a aussi ses maisons de vente à Roubaix et à Paris.
- Enfin, nous clôturons la série des industriels de la région de Fourmies en citant les maisons C. Col-liards, et Seydoux, Siéber et Cle, toutes deux du Cateau.
- La première, qui se borne aux draperies, traite admirablement les peignés et les foulés, et ses échantillons d’articles à pantalons et à complets sont d’une ! réussite parfaite.
- La seconde est la plus ancienne et la plus impor- j
- taule du département du Nord, et son exposition j
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- dépasse en étendue (environ 50 mètres), toutes celles de la section. Voici d’abord le côté des blancs : flanelles croisées, flanelles mousselines, toiles oxford, flanelles chiffons, bolivards, etc., traités par la maison lîourgin, Drin et Trouvé (de Courbevoie); —puis, en suivant l’ordre de l’exposition : des flanelles imprimées, fantaisie, grenadines, japonaises, serges, draps cachemire, crêpes laine, cachemires hindous, vigognes, cachemires beige, façonnés, toile beige, biarritz, fantaisie soie, cachemires chaîne soie, châles cachemire d’Ecosse, mérinos 50 croisures, etc. Au centre de la vitrine, une belle collection de fils de tous genres (trames jusque 185,000 mètres, chaînes jusque 70,000 mètres), quelques bobines de laine peignée, des laines triées d’Australie, France et Montevideo, des blousses, etc., coupent agréablement cette série d’étoffes qui se continue ensuite par une collection de toiles laines, châles voile, bagnos, mousselines crêpées, satins de Chine, mérinos doubles, draps mélangés, satins de Chine chaîne et coton, drap amazone mélangé, drap che-viot, drap cheviot façonné, drap fantaisie, diagonales, etc. Il est impossible d’imaginer une fabrication de types plus variée et mieux choisie : une main expérimentée a procédé à l’étalage intelligent de cette série de tissus, toujours intéressante à étudier pour des spécialistes, mais qu’il n’était pas facile de rendre attrayante pour le public indifférent : cette vitrine est une de celles devant laquelle on s’arrête le plus volontiers; elle est examinée avec intérêt par le gros des visiteurs qui traverse le groupe IV. La maison Seydoux, Siéber et C;e est, comme on le sait, la plus importante en son genre; sa filature de 91,000 broches, sise au Cateau, est la plus considérable de France, et ses tissages réunis de Mauroy (à la main), Bousies et le Cateau (à la mécanique), qui comprennent ensemble 2,000 métiers, lui créent aussi, en matière de fabrication de tissus, une situation hors de pair. L’exposition de cette maison est à la hauteur de son importance; elle fait le plus grand honneur aux titulaires et au département du Nord.
- FABRICANTS DE TISSUS DE LAINE DU RAYON DE LISIEUX.
- Nous avons ici quatre exposants : MM. — Eug. Ade-lin neveu, Longeon-Mutel, et Chrétien Mommers et Cie, tous trois de Lisieux ; — et MM. Zimmermann et Berger, de Vire, dans le même département. Ces
- divers industriels fabriquent la draperie en laine cardée.
- M. Eug. Adelin neveu (ancienne maison Urbain Àdelin et neveu), expose une riche collection de draps imprimés et de nouveautés tissées dont les dessins sont bien choisis, les nuances bien rendues et le tissu soigneusement apprêté. Quelques draps flanelle blanc et couleur, pour l’industrie, complétait cette série. La maison a obtenu, des récompenses à Rouen en 1859, Paris 1867 et 1878, et Vienne 1873 (médaille de mérite).
- M. Longeon-Mutel a une intéressante exposition de draps d’administration et de draperies variées, genre de Vire, quelques molletons et surtout des satinés, ondulés et mèches pour pardessus et vêtements de dame. Ajoutons une belle série d’imprimés imitant d’une façon parfaite la haute nouveauté, des carreaux pour gilets d’écurie plus jolis d’aspect et plus fins que ceux fabriqués à Amboise.
- Enfin, MM. Chrétien, Mommers et Cie se sont spécialisés dans les nouveautés genre Elbeuf : industrie nouvelle pour la ville de Lisieux, où l’on ne produisait jusqu’ici que l’article imprimé et quelques genres draps noirs et molletons à bas prix. Cettemai-son a obtenu une médaille d’argent en 1878 et un diplôme d’honneur à Amsterdam en 1883.
- MM. Zimmermann et Berger, de Vire, dans le même département, représentants d’une place dont le renom est presque perdu, nous montrent une jolie série de draps pour passepoils, draps légers et cuirs pour vêtements de dames, taupelines et géorgiennes couleur, flanelles de Chine, cheviottes unies pour confections et cheviottes rayées.
- Le centre de Lisieux a actuellement 16,267 habitants ; il est bâti dans une vallée, au confluent de la Touques et de l’Orbiquet, rivières qui procurent la force motrice à un grand nombre d’établissements, mais dont les crues causent parfois aussi de grands ravages. Longtemps on n’y fabriqua que des frocs, filés à la main et tissés à domicile; puis, quand les machines furent introduites, des draps épais ou légers, ou épais imprimés, composés de laines communes, de déchets, et souvent foulées avec addition de bourre : ces étoffes, qui longtemps eurent une grande vogue en raison de leur bon marché, nuisirent beaucoup à la réputation de la ville quand on eut reconnu leur mauvais usage à la consommation et leur peu de durée.
- Aujourd’hui, ce sont les petites nouveautés à bon
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- marché que fabrique surtout Lisieux, et accessoirement, Jes castors pour chaussures, draps blancs, draps avec ou sans tontisse, draps noirs façon de Bitschwiller, molletons noirs et de couleurs, flanelles, lainages et nouveautés façon de Hollande, étoffes pour la marine, etc. Certains spécialistes y filent les matières communes avec une grande perfection, et se sont acquis à ce genre de travail une réputation méritée : la fabrique d’Elbeuf leur donne souvent à filer à façon. Un certain nombre de maisons font aussi dans cette ville le commerce des laines brutes et des déchets, et il s’y trouve des fabriques de bonneterie et des ateliers d’effilochage.
- FABRICANTS DE TISSUS DE LAINE DU RAYON DE BOUVIERS.
- Louviers n’est représenté à l’Exposition que par deux fabricants : MM. L. Breton et fils, et Auguste Viloq et fils, le premier exposant des draps nouveautés pour pantalons et complets en laine intermédiaire, le second des draps peignés et cardés pour pantalons et pardessus classiques.
- Louviers est le seul centre lainier du département de l’Eure. C’est depuis le xne siècle au moins qu’on s’y occupe de la fabrication des étoffes de laine; un poète français du siècle suivant, parlant de la draperie de cette ville, en chante les louanges méritées par son tissu velouté, moelleux et des plus brillantes couleurs.
- Dans une intéressante notice publiée par les journaux de la localité, M. Francis Alba retrace les origines de l’industrie lainière à Louviers : — « Ainsi, dit-il, c’est par la poésie que l’histoire de notre industrie locale nous est révélée pour la première fois. Ce roman est le plus ancien document qui relate sa renommée et son importance déjà acquises. Pour que notre draperie ait ainsi excité au xne siècle la verve de l’auteur du roman du Cygne, il fallait en effet que Louviers fût déjà classée comme une ville industrielle d’un certain rang et que ses produits fussent recherchés à l’égal des plus brillantes étoffes, puisqu’il suffisait à cette époque d’être vêtu de drap de Louviers pour être considéré comme appartenant à une classe privilégiée. Le drap de Louviers était, comme le brocart de Venise ou les fins tissus de 1 Orient, une étoffe de grand seigneur.
- « Cette renommée et l’importance de la fabrication de la draperie de Louviers ne firent que grandir
- dans le commencement du xiv* siècle. Le 12 février 1603, l’archevêque Guillaume de Flavacourt donna à bail à rente perpétuelle aux bourgeois et à la Communauté des drapiers de Louviers, moyennant 70 livres par an, une halle qu’il venait de faire construire et qui leur était devenue indispensable pour assurer leurs transactions et recevoir les acheteurs qui arrivaient de toutes parts. Il faut dire que les archevêques de Rouen étaient comtes et seigneurs de Louviers.
- « Cependant l’emplacement accordé par l’archevêque devenant insuffisant, le 10 octobre 132/i, Guillaume de Durford et les bourgeois drapiers de Louviers firent un accord au sujet de la nouvelle halle aux draps; les bourgeois s’obligèrent à payer à l’archevêque une somme de A00 livres destinée à la construction de la maison du Poids, sur l’emplacement de celle qui existait alors et qui était en mau-vait état. Deux ans plus tard, le sénéchal de l’archevêque de Rouen, Mathieu Campion, celui qui représentait à Louviers les intérêts des primats de Normandie, donna des règlements aux drapiers, tisserands, courtiers et teinturiers de la ville. « Ces « ordonnances, dit le cartulaire manuscrit qui les « contient, furent faites, publiées et écrites en pré-« sence des gardes des métiers et de tout le cornet mercede la ville en pleine halle, et de leur accord, « en l’an de grâce 1326, le dimanche jour de Pâques « fleuries. »
- « Tout est donc pour le mieux : Louviers travaille, s’accroît, grandit, mérite l’épithète que lui donne Froissart de « ville grosse, riche et moult mar-« chande ». Et, ce qui le prouve, c’est que le même sénéchal que nous apercevions en scène tout à l’heure est contraint de prendre en 1328, une sentence qui « oblige les maîtres et gardes de la dra-« perie de Louviers à rendre compte tous les ans, « devant les officiers et gens de l’archevêque, des « malfaçons et forfaitures de la draperie », ainsi que le constate le même cartulaire de Louviers. C’est une loi naturelle, paraît-il, que, lorsqu’une industrie prospère, les malfaçons et forfaitures sont plus nombreuses en raison directe peut-être de l’importance des richesses acquises.
- Mais, hélas ! une ombre va s’étendre sur ce brillant tableau et en attrister le riant aspect. Edouard III, roi d’Angleterre, tente une expédition en Normandie en !3/i6, et le chroniqueur Froissard nous apprend que « Louviers adonc estoit une des villes de Normandie où l’on faisoit la plus grande
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- planté de draperies et estoit grosse, riche et moult marchande. Si entrèrent les Anglais dedans et la conquistrent à peu de frais, car elle n’étoit point fermée. Si toute fut courue, pillée et robée... et y conquirent les dits Anglais moult grand avoir. »
- L’activité de ses habitants se dépense en travaux de défense. En 1355, on entoure la ville de fortifications et l’archevêque est obligé de faire une rente de quatre livres à un habitant de Louviers, Etienne du Ilazay, à prendre sur les revenus de la halle aux draps, en compensation d’une maison et d’une masure prise et abattue pour la construction de ces remparts.
- En vain Philippe d’Alençon, archevêque de Rouen, accorda-t-il aux habitants de Louviers pour éviter la concurrence et pour attirer la population dans la ville et y retenir l’industrie drapière, un signet à ses armes brodé dans le chef de la 'pièce, pour marquer les draps qui s’y feraient et dont le dépôt était confié aux mains des gardes de la draperie : les guerres se succédaient avec les monarques, et, en 1418, un grand nombre d’habitants de Louviers s’étaient éloignés pour se soustraire aux vexations des Anglais alors maîtres de la place.
- Le cardinal de Rome lit, en 1453, un accord avec les drapiers de Louviers, par suite duquel ces derniers renoncèrent à tout droit de propriété sur les halles et s’engagèrent à payer 500 livres à l’archevêque, qui, de son côté, les déchargea de la | rente de '90 livres qu’ils devaient pour la fielfe qui t leur avait été faite desdites halles au xme siècle.
- Nous avons vu quelque part que les ouvriers de | Louviers s’étaient, au xmc siècle, révoltés contre leurs patrons. On eut facilement raison de ces muti-i neries, sans toutefois qu’on eût pu éviter les coups
- | donnés et reçus. Mais, en 1511, ce sont les maîtres
- j drapiers qui, furieux d’avoir perdu à l’Echiquier un procès important contre les tisserands, tentèrent d’exciter une sédition dans la ville. La peine suivit de près ! la faute : les gardes du scel, reconnus coupables, furent frappés de lourdes amendes; en outre les nommés Duval et Durand, plus coupables que les autres, furent conduits, chacun une torche à la main, depuis la place où avait eu lieu l’émeute jusque devant l’église Notre-Dame; là, on les contraignit de demander à genoux « mercy à Dieu, au roy, et à la cour de l’Echiquier qu’ils avaient insultés ».
- Enfin le temps des longues guerres était fini; le règne de Henri IV avait apporté des trêves bienfaisantes pour l’industrie ; la sage administration de Sully le secondait dans ce sens, et les drapiers de
- Louviers en profitèrent pour réparer leurs désastres.
- Le xvip siècle redonna à Louviers sa puissance industrielle; les pestes de 1920 et de 1624 et la famine de 1693, qui le marquèrent d’un point noir, n’entravèrent pas l’essor de la fabrication des beaux draps.
- Pendant les longs repos du xvmc siècle, cette prospérité ne fit que s’accroître, et la réputation des draps de Louviers devint européenne.
- La quantité de bras employés à la fabrication du drap à cette époque était bien plus considérable qu’elle ne l’est de nos jours pour obtenir cependant un résultat bien moins important. Tout se faisait à la main, depuis la filature de la laine jusqu’au tondnge du drap. Le rouet et le dévidoir étaient principalement conduits par les femmes. La tonte du drap se faisait à la main au moyen d’énormes ciseaux appelés forces et qui exigeaient pour leur maniement tout à la fois l’attention et un grand déploiement de force musculaire.
- Louviers compte actuellement une vingtaine de maisons pour la fabrication du drap, un nombre à peu près égal de filateurs de laine, des moulins à foulon, des teintureries, des fabriques de rubans de carde.
- FABRICANTS DE TISSUS DE LAINE DU RAYON DE MAZAMET.
- Huit industriels de Mazamet ont formé entre eux un groupe collectif représentant la fabrication des molletons et llanelles spéciales à celte ville. Ce sont:
- — MM. Cros frères; —Estrabaud lils; — F. Galibert-Martrat; — J. Gau fils frères; — Hérail fils jeune;
- — J. Isart; — F. Prat; — et Rives fils. — D’autres fabricants de la ville exposent dans des vitrines qui leur sont personnelles des draperies nouveautés, saxonnes, langes, hermines, pilotes, blanc, couleur, mélangé et fantaisie. Ce sont : — MM. Ed. Alba La Source et Arm. Puech; — Roudou jeune; — Martinel frères; — Philippe Olombel ; — Jules Tournier et fils.
- Nous pouvons rattacher à la même région les expositions de MM. J.-L. Eug. Barthe, de la Bastide-Rouairoux (Tarn); — Jules Maistre, de Villeneuvette (Hérault) ; — Mély père et fils, à Mende (Lozère) ; — et Vitalis frères, de Lodève.
- Le groupe collectif, dans lequel nous rencontrons, comme on vient de le voir, tous les vieux noms de la fabrique de Mazamet, expose une collection très
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- complète de molletons et de flanelles. Nous sommes ici en présence d’articles de grande consommation, qui trouvent des débouchés dans toutes lés villes de France et de l’étranger, mais qui n’ont rien du genre drap et nouveauté ordinaires.
- D’une manière générale il y a cependant progrès dans la fabrication méridionale.
- Parmi les industriels de Mazamet qui ont une vitrine à eux, MM. Ed. Alba La Source et Arm. Puecli nous montrent un beau choix de pantalons et complets en peignés, mi-peignés et cardés, et quelques drapés de nuances très pures qui, sans avoir la main de ceux d’Elbeuf et de Louviers, sont beaucoup mieux faits qu’autrefois et ont un toucher moins rude. Ces industriels ont obtenu une médaille d’or, à Paris, en 1878, et ont été mis hors concours à l’exposition internationale d’Amsterdam, en 1883.
- M. Boudou expose des bures sillonnées et des ratinés blancs (articles pour la Bretagne), des flanelles croisées et lisses, des hermines ou casimirs croisés, saxonnes croisées, espagnoles croisées, lisière chamarrée, langes encadrés, pilotes croisés, sorias unis et à rayures,' molletons extra-forts pour rouleaux d’imprimerie, sergés croisés mixtes pour sellerie, etc.
- MM. Martinel frères ont une exposition d’articles classiques pour pantalons et complets auxquels ils ont ajouté de très heureuses reproductions d’articles anglais en pantalons.
- M. Philippe Olombel n’expose que des pantalons dans tous les genres : en peigné, cardé, drapé, etc., en bon intermédiaire : il y a là quelques dispositions du meilleur effet. — Cette maison a obtenu la prize médaly à Londres, en 1882, et la médaille d’or à Paris en 1878. Elle possède à Buenos-Ayres une agence pour l’achat des laines.
- MM. Jules Tournier et fils enfin, exposent quelques spécimens de molletons de laine très réussis. Ils ont obtenu une médaille d’argent en 1878, et une médaille d’or en exposition collective à Amsterdam en 1883.
- Mazamet est l’Elbeuf du Midi ; c’est aujourd’hui une ville importante de lâ,A29 habitants, bâtie sur l’Arnette, près du confluent du Thoré et de l’Arn, au pied de la Montagne Noire. Dès 1610, il y existait' déjà des usines ; mais ce n’était encore à cette époque qu’une petite commune d’environ 600 habitants. Jusqu’en 1789, on n’y fabriqua que des bures grossières ; mais, à partir decette époque, commença la fabrication proprement dite des molletons, ségo-
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- viennes et espagnolettes qu’on vendit à Montauban, Limoges, Agen, et ultérieurement à Toulouse et à l’importante foire de Beaucaire. — Le premier qui, à Mazamet, entreprit la fabrication de la draperie fut Pierre Olombel ; ses produits, qu’il livra au commerce dès 1790 furent le point de départ d’une transformation dans l’industrie de cette ville ; il se forma entre autres, sous le nom de Société des casernes, une maison considérable de commerce et de fabrication qui porta au loin la réputation de la cité drapière : en 181A, les associés convinrent d’un commun accord de la dissoudre; ils s’établirent chacun de leur côté et créèrent des fabriques considérables dont la plupart existent encore aujourd’hui.
- En 1817, le Casimir, que Castres fabriquait déjà depuis deux ans, fut introduit à Mazamet. Vers 1822, la maison Olombel commença à exporter les produits de sa fabrication en Italie, en Suisse et sur les bords du Rhin. En 1830, la maison Houlès frères entreprit la fabrication des molletons pour la marine, puis, quelques années plus tard, les fournitures pour l’armée. Pierre-Henri Houlès occupait à cette époque pour cette seule production environ 1,500 ouvriers. De nombreuses filatures s’étaient montées dans la ville de 1830 à 18A0.
- C’est en 1837 que le métier jacquart fut introduit à Mazamet par la maison Houlès père et fils, qui se mit alors à fabriquer des tartans et des écossais. En 18à0, les premiers ateliers de teinture et d’apprét furent créés dans cette ville : jusque-là elle était tributaire de Montauban pour cette spécialité industrielle. En I8Z16, la maison Houlès entreprit la fabrication des tissus nouveautés pour pantalons d’hommes; d’autres maisons l’imitèrent. A l’Exposition de 18à9, on comptait de Mazamet cinq exposants dont nous retrouvons quelques-uns à l’Exposition actuelle : — MM. Vesse-Houlès; — Olombel frères; — Boudou jeune; — Bonnafous frères;— et Ulysse Rives et Cie.
- Depuis lors, l’industrie de Mazamet n’a fait que s’accroître. En 1856, M. Férié établit le premier un comptoir à La Plata pour alimenter son usine de matières premières; il fut imité par plusieurs autres, et aujourd’hui plusieurs maisons de la place ont des comptoirs dans l’Amérique du Sud.
- La manufacture de draps de troupe de M. Jules Maistre, à Viïleneuvette dont nous rattachons l’exposition à celle de la même région est la plus importante du département de l’Hérault. Cet établissement
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- a été fondé en 1666 sous le ministère de Colbert en vue de la fabrication des draps destinés aux Échelles du Levant et aux Indes avec lesquels l’Angleterre était seule en relations; plusieurs privilèges lui furent accordés, et la province du Languedoc lui alloua, jusqu’en 1789, une pension de 3,000 francsà titre d’encouragement.
- En 1681, le domaine de Villeneuvette, qui est agricole en même temps que manufacturier, était de 275 hectares : il en comprend actuellement 650. Les laines employées dans l’usine viennent exclusivement du pays, ce sont celles de Larzac, des Rudes (environs de Lodève et de Glermont-1’Hérault), de la Provence, des Alpes, des Pyrénées, du Roussillon et des Corbières : la population ovine qui les fournit est classée dans la région en un grand nombre de groupes que l’on considère dans le public comme autant de races distinctes, mais qui, à notre avis, ne le sont pas, ainsi que nous l’avons expliqué en parlant des laines brutes. L’usine, établie, sur la Dourbie, adluent de l’Hérault, utilise comme force motrice toutes les ressources que lui offre cette rivière : elle comprend filature, tissage et apprêt.
- Nous rattachons aussi à la même région l’exposition de MM. Vitalis frères, de Lodève, dans laquelle nous relevons quelques bons échantillons pour uniformes d’hôpitaux et de prison, quelques genres en laine dure (bure), qui doivent trouver leur placement dans les pays montagneux ou sur place, et quelques couvertes de cheval; — celle deM. EugèneBarthe, de La Bustide-lloiuiiroux, maison fondée en 1785, qui nous fait voir une très bonne fabrication d’articles à pantalons, parde sus, complets, etc., peignés, et dont les effets de mohair sont fort bien réussis ; — enfin celle de MM. Mély père et fils, de Mende (maison fondée en 1798) qui ont une belle collection en nouveautés pour vêtemenis complets et pantalons, tous de composition simple et classique et bien réussie, et exposent une série de serges, escots, ana-costes, mérinos, casimirs lisses et croisés, burats et nouveautés peignées iort bien fabriquées; les essais en cheviotte noire et bleue et surtout les chevioties de chasse placent cette maison au premier rang.
- FABRICANTS DE TISSUS DE LAINE DU RAYON D’ORLÉANS.
- Huit industriels se sont réunis collectivement pour former VExposition collective des fabricants de cou-
- vertures de la ville d’Orléans. Ce sont : — MM. C. Boyard ; — Cointepas-Langlois et fils ; —Gaucheron-Greffier et Cie; — T. Gilbert et Perrault jeune; — Pepin-Veillard et Perrin; — Pesle et Ponroy frères;
- — Proust et Bertrand; — et Rime et Renard. Leur exposition se compose d’une riche collection de couvertures blanches unies, rayées fantaisie, et double face jacquart, de molletons et langes tout laine ou chaîne coton, dessous de nappes, etc., tous articles pour lesquels cette ville s’est acquis une réputation de bon aloi.
- Les couvertures de laine n’ont rien de bien attrayant à la vue; cependant il nous faut reconnaître que les fabricants Orléanais se sont tous ingéniés à donner à cette fabrication un certain cachet, tout en s’attachant à conserver à ces produits leurs qualités pratiques. Nous nous contentons ici de citer les noms des exposants sans nous attacher à une analyse qui ne pourait être que fastidieuse.
- FABRICANTS DE TISSUS DE LAINE DU RAYON DE PARIS.
- Les industriels figurant à l’Exposition comme ayant leur siège social à Paris, bien qu’ils appartiennent souvent par leur spécialité et la situation de leur fabrique à l’un des autres centres français sont : — MM. Balsan et Cie ; — Joseph Berne ; — Jean Blais-Mousseron; — Bossuat et Gaudet; — Bourgeois frères; — Ch. Colliard; — R. Demachy et Seillière;
- — E. Desse, Jonquoy et Cie; — G. Duché et C1C;
- — Henri Héloin ; — Hussenot frères et Caen ; — Legendre, Mahieux et Hennequin; — Lemaire et Mention; — Lèvent, Frenoy, Ludwig et Cie; — Camille Lèvent, Deflandre et Cortaillod; — Th. Michau et Cie; — Michel et Bureau fils ; — E. Revrel et Cie ; — Tabourier, Besson et Cie ; — Tan-quart, Dugué, Pénicaud et Cie ; —Tirard et Quinton ;
- ___ Troty et Troty-Latouche fils; — Valentin,
- Goulley et Spément; — et J.-J. Voos.
- MM. Balsan et Cie, dont la fabrique est à Château-roux, exposent une collection fort complète daiticles en draps, cuirs et satins pour uniformes, passepoils et livrées, avec quelques vigognes couleurs et mélangés pour dames et châles, et une seiie de chinchillas pour dames.
- M. Joseph Berne, l.Ô, rue de Cléry, ancienne maison Wilmart, et dont la manufacture est â
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- Bohain (Aisne), — a une magnifique vitrine en articles gaze et hautes nouveautés, laine pure et laine et soie, excellemment dessinées. Cet industriel a obtenu une médaille de bronze à Paris en 1878.
- MM. J. Blais-Mousseron, 50, rue Croix-des-Petits-Champs, se sont fait une spécialité des tissus pour jersey qu’ils nous montrent fort bien apprêtés et de nuances les plus variées. Ils ont obtenu une médaille d’argent à l’Exposition d’Anvers en 1885.
- MM. Bossuat et Gaudet, 6, rue du Sentier, dont la fabrique est à Bobain (Aisne), exposent des tissus unis et de haute nouveauté pour ameublement; ces derniers surtout sont des plus remarquables : les nuances en sont chatoyantes et assorties, les dessins bien en relief et du meilleur goût : fleurs, volutes, fougères y sont relevées avec beaucoup de cachet. Cette maison a obtenu la médaille d’or en 1878, et diverses récompenses à Vienne en 1873, et à Paris en 1867.
- MM. Bourgeois frères, 53, rue d’Aboukir, exposent toute une collection de châles des mieux assortis. Ils ont obtenu des médailles d’argent aux expositions de Paris 1834, 1867 et 1878.
- M. Ch. Colliard, 6, rue Martel, dont la maison de fabrication est à Reims, nous montre toute une série de tissus de laine peignée, spéciaux à ce centre lainier. Cet industriel a obtenu une médaille d’argent en 1878.
- MM. R. Demachy et Seillière, 58, rue de Provence, exposent toute une catégorie de draperies employées pour les fournitures militaires et administratives, et harnachements, provenant de leur manufacture de Pierrepont (Meurthe-et-Moselle).
- MM. E. Desse, Jonquoy et Cie, 14, rue de Clérv, exposent des hautes nouveautés pour robes et confections, des lainages, voiles, gazes, grenadines et velours fantaisie ; la maison de fabrication est à Bohain (Aisne); une médaille d’argent leur a été décernée en 1878.
- MM. G. Duché et Cie, 26, rue du Sentier,— (ancienne maison Clave, Gondré et G. Duché), — nous montrent aussi de fort jolis tissus haute nouveauté pour robes : épis, fleurs, volutes, s’v mêlent avec un goût et une variété qu’on ne saurait qu’admirer. Leurs fabriques sont à Ligny (Nord), et Nurlu (Somme).
- M. Henri Héloin, 34, rue du Sentier, dont les fabriques se trouvent à Origny-Sainte-Benoîte (Aisne), et Honnechy (Nord), expose des tissus en haute nouveauté pour robes et manteaux, teints par
- MAI. Les Fils de Guillaumet et G. Alaes, de Suresnes; il fabrique plus spécialement les cachemires de l’Inde, vigognes, voiles-gazes, grenadines, velours, châles, écharpes et tissus pour modes, etc.
- MAI. Ilussenot frères et Caen, 6, rue du Mail, se sont spécialisés dansles châles et fichus; ils exposent en outre quelques tissus haute nouveauté. Us ont obtenu, à Paris, des médailles de bronze en 1855, d’argent en 1867 et 1878 ; des médailles d’or à Amsterdam en 1869 et à Barcelone en 1888 ; ils sont actuellement hors concours, l’un des chefs de la maison étant membre du jury.
- MAI. Legendre, Alahieux et Hennequin, 11, rue d’Uzès, possèdent des usines à Alontigny-Carotte, Villers—Ghislain, Saint-Quentin et Luxeuil ; nous relevons dans leur exposition de magnifiques tissus fantaisie laine et soie, bordés de fleurs du plus riche coloris, et des châles français excellemment fabriqués.
- MM. Lemaire et Mention, 8, rue du Sentier, exposent une série de châles rayés frangés et quelques tissus haute nouveauté en laine pour robes et ameublement.
- MAI. Lèvent, Frenoy, Ludwig et Cîe, 6, rue du Sentier — (anciennes maisons Robert et Gosselin, puis H. Soyer et Cie, et Bricout, Lèvent et Cic), — ont une jolie collection de châles en tous genres, unis et frangés, de cachemires français, et de tissus haute nouveauté pour robes. Cette maison a deux manufactures : à Origny-Sainte-Benoîte (Aisne), et Alauroy (Nord). Elle a obtenu des récompenses aux expositions de Paris 1855, Londres 1862, Paris 1867 (argent), Paris 1878 (id.), et Anvers 1885 (or).
- AIM. Camille Lèvent, Deflandre et Cortaillot, 13, rue du Sentier— (ancienne maison T. Lemaire), — ont envoyé toute une série de châles peluche frange chenille, haute nouveauté pour robes, gazes fantaisie etc., provenant de leur usine de Bohain (Aisne). Ils ont obtenu, en 1878, une médaille de bronze.
- AIM. Th. Alichau et Cie, 9, rue du faubourg Poissonnière — (ancienne maison Vogel et Cie), — ont l’une des vitrines les plus étendues de la classe. Elle se compose de cachemires chaîne soie, satins, jac-quarts, armures, diagonales, mérinos doubles, cachemires de l’Inde, et quelques hautes nouveautés. Cette maison possède à Beauvois (Nord) peignage, filature et tissage ; elle a des succursales de vente à Roubaix, New-York et Londres.
- MM. Michel et Bureau fils, 42, rue de Cléry, nous montrent de splendides hautes nouveautés pour robes en laine et laine et soie, ainsi que des gazes
- upplsmbnt a LIndustrie textile du 15 Mai.
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- de toutes nuances, grenadines, etc. Les fabriques de ces industriels sont à Origny-Sainte-Benoîte (Aisne), Maretz (Nord) et Transloy (Pas-de-Calais).
- MM. Émile Reyrel et Cie, 35, rue du Sentier, ont une vitrine qui s’impose à l’attention tant par la richesse des étoffes haute fantaisie qu’ils exposent, pure laine ou laine et soie, que par la fraîcheur des coloris et le fini de fabrication. Us y ont joint quelques gazes-grenadines et une grande quantité de velours jacquart. Leur usine est à Élincourt (Nord).
- MM. Tabourier, Bisson et Cie, 6, rue d’Aboukir, exposent des mantilles, barèges, châles, articles pure laine, laine et soie, laine et coton pour robes, nouveautés et fantaisies diverses, lainages unis et façonnés. Cette maison a obtenu des récompenses aux Expositions de Paris 18A9, Londres 1851, Paris 1855, Londres 1862, Paris 1867 (or), Vienne 1873 et Paris 1878 (or). Elle possède des tissages à la main à Maretz (Nord), Wallincourt et Villers-au-Flot (Lyon), et des tissages mécaniques à Maretz et Iron (Aisne).
- MM. Tirard et Quinton, dont l’usine est à Nogent-le-Rotrou, se sont spécialisés dans les applications du feutre pour divers usages et notamment de la chaussure : nous y relevons notamment des empeignes de feutre de couleurs variées, des filtres, bérets, chaussures de toutes nuances sans coutures, etc. Ces mêmes industriels exposent, dans le pavillon de la guerre, des casques en feutre imperméabilisé et des cartouchières en même substance.
- Chez MM. Tanquart, Dugué, PenicaudetCic, 19, rue d’Uzès, nous notons de magnifiques, spécimens de lainages haute nouveauté pour robes : bouquets, feuilles, fougères, arabesques, s’y détachent sur des fonds de mille nuances, le tout du meilleur goût.
- MM. Trotty et Trottv-Latouche fils, 3, rue Turbigo, se sont spécialisés dans les draps feutres; le fond de leur vitrine est occupé par une magnifique pièce de feutre blanc imprimé en façon d’encadrement qui rehausse admirablement les produits présentés. Nous y relevons des draps feutres pour ameublement, leutures, chaussures, wagons, semelles, et sur le devant, un beau panneau de drap feutre brodé et imprimé. L’usine de ces industriels està Rueil (Seine-et-Oise) ; ils ont obtenu une médaille de bronze en 1867 et une médaille d’argent en 1878.
- Enfin, MM. J.-J. Yoos, 39, rue de Turenne, sont aussi fabricants de feutres et leur exposition est la plus étendue de cette spécialité. Tous les genres s’y trouvent : feutres pour doublures de chaussures,
- pour vêtements, confection, chapellerie, ameublement, garnitures de voitures, de wagons et de tramways, dessus de chaussures, lithographie, photographie, chirurgie, semelles, sellerie, embourrage de cardes, etc. L’usine de fabrication est à Mouzon (Ardennes).
- FABRICANTS DE TISSUS DE LAINE DU RAYON DE REIMS.
- Dix exposants représentent la ville de Reims. Ce sont : — MM. Benoist et Cie; — Chauffert et Cie ; — Dauphinot père et fils; — A. Grandjean et Cie; — D. Naude ; — Noirot, Jeanson et Cie ; — A. Nouvion-Jacquet; — Binon et Guérin; —Jules Pouillot; — Walbaum père et fils et Desmaretz. Nous rattachons au même rayon MM. Pâté frères, de Neu/lize (Ardennes).
- MM. Benoist et Cie exposent une jolie collection de tissus teints, les uns par M. Ch. Laval, de Reims, les autres par MM. Wallerand, AViart et Cie, de Cambrai : irlandais doublures, robes fantaisie, mérinos, cachemires, flanelles couleur, oxfords, etc. Ces industriels possèdent une filature de laine peignée et cardée, et un tissage à Reims (établissements du Mont-Dieu).
- MM. Chauffert et Cie ont cherché à remédier au retrait de la flanelle de santé; après avoir essayé différents procédés, ils se sont arrêtés au fixage des fibres de la laine par une réaction produisant l’alumine à l’état naissant; ils ont donné à la flanelle ainsi traitée le nom de flanelle fixe. Ils ont d’abord pratiqué ce genre de fabrication en blanc et en couleurs, puis en fantaisie lisse et croisée, en double-chaîne pour gilets et caleçons, en fantaisies et batistes de laine pour les pays chauds, et enfin en flanelle orientale dont la vitrine renferme plusieurs specimens.
- MM. Dauphinot père et fils — (ancienne maison Pradine, fondée en 1810) — exposent dans une vaste vitrine des tissus brochés et quelques articles classiques : mérinos simples et doubles et cachemires d’Écosse. Cette maison a des succursales de vente à Paris et New-Yorck. Son chef a été membre du jury à Vienne (1873) et à Paris (1878).
- MM. A. Grandjean et Cie — (anciennes maisons Croutelle, puisGand, Granjean et Cie) — ont une belle collection de draperies cheviotte, châles, cachemires d’Écosse de IA à AO croisures, châles et mérinos noirs
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- de 11 à 42 croisures, piqués blancs, draps amazones, mérinos de couleur, armure de soie, henrietta soie de 36 à 50 croisures, satinés roses, flanelles, mousselines, etc. Cette maison a une filature et un lissage à Saint-Souplet, un tissage mécanique à Reine et un autre à Esquermoise. Elle a obtenu une médaille de mérite à Vienne en 1873 et des médailles d’or, à Paris en 1878, et à Anvers, en 1885.
- M. D. Naude expose de très jolies étoffes de fantaisie avec fleurs de soie brochées et toute la gamme des nuances du mérinos. Ces industriels ont obtenu une médaille d’argent en 1878, et une médaille d’or à Amsterdam en 1883.
- MM. Noirot, Jeanson et Cie — (ancienne maison Fr. Lelarge), — ont une belle collection de couvertures lampas et Thibet, peluches, flanelles fantaisie, jaspés, cachemires, bordure, etc. Cette maison a un tissage et une filature à Reims, un autre tissage mécanique à Roult-sur-Suippes, et deux tissages à la main à Reine (Marne), et dans le Cambrésis : elle a obtenu des médailles d’or en 1867 et 1878.
- M. A. Nouvion-Jacquet — (ancienne maison Daniel Louis etNouvion, fondée en 1833, et Jacquet, fondée en 1848) — possède quatre tissages à Pontfaverger (Marne), Sedan (Ardennes), Solesmes(Nord), et Reims. Son exposition se compose d’une riche collection de flanelles drapées lisses et croisées, genres légers et lourds en confections pour dames, molletons croisés et unis, fantaisies brochées pour chemises, satins de Chine, du Thibet, robes imprimées, cachemire oriental pour ameublement, veloutines en toutes laizes, etc. Il a obtenu une mention honorable en 1855.
- MM. Pinon et Guérin, maison qui date de 1857, exposent un assortiment très varié de draperies haute nouveauté pour hommes et pour dames. Ils possèdent des maisons de vente à Paris et Londres et ont obtenu des médailles d’or en 1867, 1878, Sydney 1879, Melbourne 1880 et Amsterdam 1883. La maison est hors concours, M. Guérin étant membre du jury.
- M. Jules Pouillot a une remarquable exposition de laines peignées : flanelles croisées et lisses, blanches et de couleur, mousselines, bolivards, cretonnes, oxfords, flanelle fantaisie, tartans, serges, escots, drap de dames, tissus pour confections : au centre, une tour Eiffel en bobines et canettes arrête les regards des visiteurs.
- MM. Walbaum père et fils etDesmaretz ont envoyé des spécimens de leur fabrication courante : mérinos,
- cachemires, flanelles robes, confections, draperies, etc. Cette maison possède à Reims, deux tissages (usines de Petit-Saint-Pierre et des Coutures).
- MM. Pâté frères, de Neuflize, nous montrent une collection absolument remarquable de mérinos fins et extra-fins.
- Reims est le chef-lieu industriel de la Marne ; c’est une ville fort ancienne, actuellement peuplée de 93,823 habitants.
- « Dès l’époque de la conquête romaine, dit M. Poitevin, Reims fabriqait des tissus, ainsi que le constatent les témoignages de Pline et de Strabon ; mais c’était à la fabrication des étoffes de lin et de soie qu’étaitplusspécialement consacrée son activité.
- « C’està partir de 1550 que l’industrie des tissus de laine semble avoir pris une importance dominante, tandis que les premières tendaient a disparaître. En 1686, la fabrication des draps occupait, d’après un recensement précédemment ordonné par Colbert, 1812. métiers; en 1732, Reims et la région environnante fabriquaient plus de 100,000 pièces d’étoffes par an : Reims seul comptait 1,360 métiers et environ 3,000 ouvriers. Le traité de 1796 avec l’Angleterre, puis les guerres de la Révolution et de l’Empire, la diminution des exportations en Portugal et en Espagne, ses principaux débouchés jusqu’alors, arrêtèrent l’essor de l’industrie rémoise. Elle dut sa reprise, vers 1808, à l’invention du mérinos, faite en 1801 par la maison Jobert, Lucas et Cie, dont le directeur était Renoist-Malot.
- « En même temps avait lieu l’introduction en France de la filature mécanique. Les premiers essais à Reims, faits en 1801, n’eurent pas de résultat; mais ce fut l’affaire de quelques années, et bientôt quelques filatures en cardé s’installèrent, notamment celle de la maison Jobert et Lucas, à Razan-court, où se fit, en 1812, la première tentative de filature mécanique de la laine peignée. Cette dernière industrie reçut par la suite, à Reims même, ses perfectionnements les plus importants; il s’improvisa des constructeurs, et c’est encore à des Rémois, Dobo, Laurent, Carbon, puis plus tard Ville-minot-Huard, Rruneaux et Pierrard-Parpaite, que sont dus les types de machines qui furent imités par les constructeurs d’Alsace, lorsque la cherté de la main-d’œuvre, la rareté des ouvriers mécaniciens, obligèrent l’industrie de la construction à transporter ailleurs ses ateliers.
- « Enfin, vers 1838, se créait à Reims le premier
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- tissage mécanique de laine, celui de la maison Croutelle, et bientôt l’industrie prenait la physionomie qu’elle conserve encore aujourd’hui.
- « La fabrication des tissus de laine peignée, dits mérinos, cachemires d’Ecosse, etc., se fait généralement dans des ateliers considérables réunissant les diverses phases du peignage et dutissage mécaniques. Ces tissus, vendus en êcru aux négociants en gros, sont envoyés par leurs soins chez les teinturiers apprêteurs avant d’être expédiés au dehors. D’autres établissements ne renferment que la filature et le tissage et font peigner leurs laines dans des établissements spéciaux travaillant à façon. D’autres enfin n’ont que le tissage et font transformer successivement leurs matières premières en peigné et en fils dans des établissements façonniers.
- « Dans la fabrication des nouveautés, le travail est encore beaucoup plus divisé. Souvent le fabricant ne possède aucune espèce de matériel ; il achète les laines, les fait peigner et filer chez les façonniers, fait ourdir les chaînes chez des ouvriers travaillant en ville, les donne au tisseur à la main, soit dans les faubourgs et les environs de Reims, soit dans certains arrondissements de l’Aisne et du Nord, par l’in-} termédiaire de messagers qui sont de véritables entre-j preneurs de tissage. La pièce rentrant du tissage est visitée avec soin, puis donnée à la rentraveuse qui en répare les défauts et à l’épinceteuse qui en fait disparaître les boutons et les pailles. Enfin elle va chez le foulon apprêteur d’où elle sort prête à être livrée au commerce. Le rôle du fabricant consiste donc uniquement à combiner l’emploi des matières et la composition des tissus.
- « Les grandes usines sont pour la plupart concentrées à Reims même, où sur les bords de la Suippe, petite rivière dont les eaux limpides passaient autrefois pour jouir de propriétés favorables au travail des tissus. Cette vallée industrielle renferme un grand nombre d’établissements moins importants, soutenus sur la place de Reims par les facteurs-commissionnaires, sorte de banquiers qui leur procurent leurs matières premières et se chargent de la vente de leurs produits. La ville de Rethel, quoique plus éloignée, peut aussi être considérée comme une annexe de Reims, où s’écoulent tous ses tissus.
- « Le peignage à façon se fait à Reims même ; mais l’outillage de cette industrie est resté jusqu’ici insuffisant et souvent Reims est obligé d’avoir recours aux grands établissements du Nord. •
- « La fdature à façon, soit en peigné, soit en cardé,
- est une industrie peu rémunératrice, généralement disséminée dans les campagnes de l’Aisne et des Ardennes, où la main-d’œuvre à meilleur marché et les forces motrices hydrauliques rendent sa situation un peu moins précaire.
- « Les usines de teinture et apprêts, puissamment organisées, ne redoutent pas la concurrence des établissements de Suresnes et de Puteaux; il n’en est pas de même jusqu’ici des usines de foulerie et d’apprêt de nouveautés, généralement d’installation ancienne et qui n’olfrent pas les ressources analogues des établissements de Roubaix et de Sedan.
- « L’histoire des établissements industriels de Reims indique une tendance inverse à celle que l’on rencontre aujourd’hui dans la plupart des industries ; tandis que partout ailleurs nous voyons la spécialisation, l’extrême division du travail être une cause de succès, nous voyons au contraire les fabricants de tissus cherchant à .réunir peu à peu dans leurs mains l’outillage nécessaire pour opérer eux-mêmes toutes les transformations de leurs matières premières. Cette tendance ne peut s’expliquer que par la nécessité de disposer, à jour fixe, de matières premières à un degré de transformation déterminé, pour ne pas laisser chômer le reste de l’outillage, et aussi par l’importance de certains détails des opérations préliminaires au point de vue du résultat final. »
- FA E1U GANTS DE TISSUS DE LAINE DU HAYON DE ROUEAIX - TOURCOING.
- Outre une exposition collective très complète, la ville de Roubaix est représentée par huit fabricants : — MM. F. et H. Carissimo ; — V. Dumortier-Cuignet; —A.Florin;—Julien Lagache; — Leclerq-Dupire; — César et Joseph Pollet; — F. Roussel père et fils; — Ternynck frères. Tourcoing s’est contenté d’une exposition collective sous l’égide de la Chambre de Commerce. Nous rattachons au même rayon les exportations de MM. Jules Delos fils, de Lille; — Vaillant et Vve Pruvost, de Cambrai.
- Roubaix n’était, au commencement du siècle, qu’un village pour ainsi dire insignifiant; nous avons dit plus haut comme il a successivement grandi. C’est aujourd’hui une ville de plus de 100,000 habitants, etl’une des plus manufacturières de la France.
- Pour donner une idée de la fabrication actuelle de
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- Roubaix, il faut savoir que ses principaux concurrents sont l’Allemage et l’Angleterre. Or il faut parcourir dans ces deux pays dix ou douze villes pour trouver les articles produits dans cette grande ville du Nord. En Allemagne, il faut aller à Géra pour les lainages classiques unis, à Glaucau pour la nouveauté, à Meerane pour la fantaisie, à Gladbach pour les tissus chaîne-coton, à Aix pour les draperies et à Chemnitz pour les lainages. En An gleterre, il faut se rendre à lîradfort pour les laines dures etles chaînes coton, à Glasgow pour la nouveauté, à Leeds pour la draperie. Roubaix produit tout cela, et même exporte dans oes pays les lainages qu’ils ne savent pas fabriquer.
- Nous avons le regret de constater que l’exposition roubaisienne ne donne pas l’idée de ce qu’est réellement la fabrication de cette ville*
- Ceci ne veut pas dire néanmoins que les quelques exposants de cette industrieuse cité n’aient pas apporté tous leurs soins au bon choix de leurs envois; bien au contraire, nous les trouvons supérieurs à la moyenne de toutes les expositions que nous avons pu visiter jusqu’aujourd’hui, mais nous regrettons qu’ils ne soient pas plus nombreux.
- A citer au premier rang la vitrine de MM. Ter-nynck frères, l’une des plus importantes maisons de Roubaix (11,700 broches de filature et 500 métiers mécaniques), qui s’étend sur une longueur de 9 mètres : les beiges fantaisie, foulés, filés coton, satin, laine rayée, serges, diagonales mélangées, cheviots pour confections, corkscrews mélangés, draps façonnés, cheviots façonnés, satins de Chine en couleur ou noir inaltérable de diverses largeurs s’v trouvent réunis, dénotant par leur bonne fabrication, leur tenue irréprochable, le bon goût de chacun des genres, un fabricant de valeur et un industriel de grand mérite. La maison Ternvnck est d’ailleurs l’un des anciens lauréats de nos Expositions, comme nous l’indique un médaillier dans la vitrine : fondée en 1835, elle obtenait déjà à Paris en 1839 une médaille d’argent, puis une médaille d’or en 1844, et se voyait confirmer ses premiers succès en 1849, 1855 et 1867 : elle n’a pas démérité depuis.
- La vitrine de M. Leclerq-Dupire, qui possède à Matreloos une filature de 15,080 broches et un tissage de 1,000 métiers, est presque aussi étendue et non moins remarquable. Là nous relevons des tissus jacquarts, reps, cretonnes, béatrix noires et fantaisie, satins soleil, tissus pour confections d’hiver,
- épinglés, prunelles fantaisie, lainages croisés, pari-sines chromos, filets mohair, anacostes et satins de Chine. Des bobines de préparation en laine peignée écrue et teinte, des pyramides de canettes et divers échantillons de laine en suint encadrent à ravir cette riche collection devant laquelle les connaisseurs ont plaisir à s’arrêter. Cette maison, fondée en 1848, a obtenu une médaille d’argent en 1867 et des médailles d’or en 1878 à Paris et 1883 à Amsterdam.
- L’exposition de M. Dumortier-Cuignet est encore l’une des meilleures du groupe. Les irlandais laine pour doublure, les draps armure pour jaquettes genres d’hiver et genres d’été, les draperies nouveauté également pour hiver et pour été, les draperies fantaisie haute nouveauté, les armures laine pour gilets, les draps pour confections de dames exposés dans cette vitrine dénotent sans contredit un fabricant de mérite. Cet industriel est titulaire d’une médaille de mérite obtenue à Vienne en 1873, de diverses récompenses à Philadelphie en 1876, et d’une médaille d’argent à Paris en 1878.
- La maison François Roussel père et fils, expose quelques peluches pour tentures et ameublements, et des lainages fantaisie pour robes. Elfets jacquarts, carreaux, rayures, unis s’y rencontrent agencés avec goût et faisant ressortir l’excellence de la fabrication et le fini du tissage mécanique. Fondée en 1847, cette maison a débuté par une médaille de bronze à l’Exposition de 1855, et elle est arrivée à la médaille d’argent en 1867 et 1878.
- La maison Julien Lagache s’est fait une spécialité des articles pour gilets et confections tissés à la main en peigné et en laine et soie. 11 y a là des effets peluche et moulinés soie absolument remarquables. Cette maison est hors concours à cette Exposition, son chef étant membre du jury.
- MM. Florent et Henri Carissimo — (ancienne maison Pierre Catteau), — exposent des lainages unis classiques de toute beauté, — quelques articles laine et soie des mieux réussis,— des popelines soie excellemment fabriqués, — et quelques draperies pour confection. Ses tissus sont étagés en gamme chromatique de nuances des mieux réussies. A remarquer quelques coupes de laine mohair façon gros grain ayant tout à fait l’aspect de la soie, n’ayant pas l'inconvénient de se couper aussi facilement et d’un poids relativement moindre à surface égale que la faille.
- L’exposition de M. Auguste Florin se compose
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- d’une riche collection de bordures fantaisie, beiges unies, beiges rayures soie, rayure mohair, lainages armurés, jacquarts, crêpés deuil et demi-deuil. Cette maison a obtenu une médaille d’argent en 1878.
- MM. César et Joseph Pollet ont réuni dans leur vitrine de très beaux lainages unis et fantaisie, des beiges et couleurs mélangées pour robes ainsi que d’excellents spécimens de draperies pour hommes et dames. Les tissus qu’ils exposent sont teints et apprêiés par les maisons Wallerand, Wiard, Jacquemart et Cie (de Cambrai), et Ilannart frère (de Was-quehal).
- Nous arrivons à XExposition collective de Roubaix, qui s’étend sur une longueur de plus de cinquante mètres. Quelques fabricants ont indiqué leurs noms, d’autres se sont contentés d’envoyer leurs produits sans en indiquer la provenance. Voici d’abord le coin de la haute nouveauté, genre qui est arrivé dans cette ville à la perfection que l’on sait, exposé surtout par les maisons Screpel-Lefébvre et François Leplat.
- Comme il faut que toutes les industries textiles de cette cité soient représentées, nous passons ensuite devant une riche collection de filés de tous genres exposés par la filature Vinchon et Cie: mèches 0 ,n/m, boudinés tricolores grand teint, retors vigoureux 2/72 m/m, nappés laines retors 2/35 à 56 m/m, kent vigoureux ondé, voile), fantaisie grand teint (ondés, moquettes, flammés, perles de 5 à 30 m/m), fils écrus trame de 90 et 125 m/m, cheviots mélangés 30 et 40 m/m, boutons soie 56 à 70 m/m, cachemires mélangés 30 à 40 laine et soie couleurs
- 56/70 ""/m, mohairs mélangés 20/40 m/,n, boutons laine 30 à 40 "'/“, mérinos mélangés 40 à 60 m/m, chaînes mélangées 42 m/m etc.: le tout entouré de divers spécimens de laines brutes employées dans cette filature.
- Dans un étalage bien disposé, la maison A. Har-rinkouk nous fait voir une grande variété de tissus d’ameublement, hautes nouveautés pour tapis de table et portières, tapisseries, châles, eic.: tous articles imitant d’une façon absolument parfaite le genre oriental, et qui sont de véritables merveilles obtenues au jacquart.
- Puis, en suivant l’ordre de la vitrine, nous trouvons des draperies pour hommes en peigné laine et coton, et quelques draps pour vêtements de dames exposés par MM. E. Mathon et Dubrulle; — des tissus pour doublures teints par M. Émile
- Roussel; — des fils bobinés pour ourdissage, mélangés fantaisie, jaspés laine et retors provenant de la filature de M. Motte-Rossut fils; — des velours et articles pour gilets delà maison A. Cocheteux;— des nouveautés pour robes envoyées par M. Éloy Duvil-lier ; — des schappes de diverses teintes de la filature Junker (succursale de la Société industrielle de la Schappe,de Bâle); — des soies tussaliblanchies et des trames tussah teintes par la maison A. Cocheteux et Vandenbrocke ; — des tissus fantaisie pour ameublement de MM. Courouble et Carette ; — une série de produits du peignage Vinchon (laines peignées, suintine, engrais, carbonate de potasse, huile dite de lisseuse, bougies de suintine, etc.);— des nouveautés pour chaussures, malles, carnets et articles de voyage, et des moquettes et des bouclés, tous produits spéciaux fabriqués par la maison César Truflfaut; — diverses variétés de lainages envoyées par la maison François Roussel père et fils; —des tissus nouveauté, des canettes en écru et teint exposées par la Société anonyme de Roubaix (ancienne maison Delattre père et fils);—une série de tissus teints et apprêtés par la maison Moite et Meillassoux ;— des nouveautés pour robes de M. Dhalluin-Lepers ; — des cotons câblés de M. Adolphe Carette; — des laines filées de M. Valentin Roussel; — et enfin quelques draperies nouveautés de M. Dumortier-Cuignet.
- Tourcoing est à h kilomètres de Roubaix sur la frontière belge; sa population atteint aujourd’hui près de 80,000 habitants. L’industrie de la laine y remonte fort haut, car déjà elle possédait au xne siècle des fabriques d’étoflfes et des ateliers de filature très renommés. Des incendies successifs et les guerres la ruinèrent plusieurs fois de fond en comble; mais elle s’en releva par l’énergie et la persévérance de ses habitants. C’est aussi aujourd’hui l’une des plus intelligentes et des plus industrieuses cités du Nord; sa fabrication y est au moins aussi variée qu’à Roubaix. Ses tapis, moquettes, carpettes et foyers s’exportent dans l’Europe entière et même au delà des mers ; ses étoffes pour ameublement, ses flanelles, molletons et tartans ne sont pas moins recherchés. Cette place excelle encore dans la production des fantaisies et nouveautés pour robes; les coutils, surtout les nouveautés pour vêtements d’hommes, pantalons, gilets et jaquettes, sont encore une des principales branches de son activité. Ajoutons que, nulle part ailleurs, la filature n’est portée à un plus haut degré, et que l’Angleterre, la Bel-
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- gique, etc., sont tributaires de Tourcoing pour les filés pour le tissage et la bonneterie qui y sont fabriqués.
- L'Exposition collective des industries textiles de Tourcoing, organisée par les soins de la Chambre de Commerce de cette ville, n’est pas moins remarquable que celle de Roubaix. Son étendue est tout aussi grande et toutes les spécialités y sont représentées : — les tapis, pour lesquels la réputation de la cité n’est plus à faire, par les maisons Droulers-Scrépel, Raymond Parmentier, Rombeau et Monnier, Moulin-Pipart et Jules Flipo ; — les tissus d’ameublement, pour lesquels elle n’a pas à craindre de concurrence sérieuse dans le genre qu’elle a adopté, par les maisons Flipo-Bouchart et fils, Camille Des-cheemaecker, Victor Lemettre et Lorthiois frères; — la bonneterie, une industrie nouvelle qui s’y implante, par MM. Desurmontet fils; — les lainages nouveauté et articles pour robes et confections par MM. Lallemand Ritaine et Watteau, Roussel-Mulié et Cie, Tiberghien frères et Jourdain Defontaine; — les laines filées, retorses, à tricoter, par MM. Ilassebrouk et Cie; Vve Balois Testelin, Vve J. Mothe fils, Motte Dewa-vrin, L. et T. Motte frères, Félix Desurmont, Paul Dewavrin et Binet fils; — les fils de coton par MM. Du-villier, Motte et Cie; les cotons retors et la corderie mécanique de coton parla maisonVve L. Jacquart; — la corderie lin et de coton par M. Honoré Dupont. Enfin, pour n’oublier aucune des industries de la ville, MM. Laurent frères ont exposé des fils de lin ; — M. Honoré Lanthoin des tubes, fuseaux et canettes en papier; — etM. Clément Delbauve deux spécimens en réduction des métiers à tisser de sa construction.
- Certes, pour qui les examine de près, les expositions de Roubaix et de Tourcoing représentent bien toutes les industries de ces cités manufacturières ; mais, pour le public acheteur qui ne fait que passer, pour les consommateurs que seule frappe la multiplicité des expositions variées, elles ne donnent pas, nous le répétons, la note vraie de leur importance et de leur étendue.
- Lille n’est pas un centre lainier. Aussi devons-nous rapporter comme annexe des centres de Roubaix et Tourcoing l’exposition d’un industriel de cette ville, M. Jules Delos fils, qui, dans une vitrine de sept mètres de façade, a élégamment agencé les produits de son tissage de malfils, scourtins et capu-lines. Les principaux articles à citer dans cetie expo-
- sition sont les sacs pour stéarineries (en poil de chameau, en laine grisaille, en poil de chèvre, en laine noire naturelle, garantie sans teinture, etc ) ; — les gros scourtins pour pression de noix d’arachides; — les malfils (froissage et rebat pour huileries) ; — les garnitures pour intérieur d’étreindelles employées à la fabrication des huiles de maïs ; — des cordes à enrouler comme calorifuge autour des tuyaux à vapeur, et des spécimens de laine blanche à raccommoder, coton mèche pour calfats et lampes d’usines, etc. Quelques échantillons des matières employées à cette fabrication spéciale (laine peignée supérieure pour malfils d’huilerie, laine torse noire brute, poil de chèvre, etc.), complètent cette collection. Cette maison a obtenu diverses médailles dans des expositions récentes, au Havre, à Alger, etc.
- Nous rattacherons aux mêmes centres Cambrai, représenté par la maison Vaillant et Vve Pruvot, qui expose une collection bien fabriquée de mousselines, crépons, serges, cachemires, batistes de laine, tissus imprimés laine et soie et laine et coton. Ces industriels qui ont des maisons de vente à Paris et Roubaix ont obtenu des médailles d’or aux Expositions de Melbourne en 1881 et d’Anvers en 1885.
- FABRICANTS DE TISSUS DE LAINE DU RAYON DE SEDAN.
- Douze exposants ont formé un groupe collectif représentant la draperie noire et de couleur par laquelle cette ville s’est depuis longtemps acquis une renommée méritée. Ce sont : — MM. J. Bou-teillié; — Brégi-Labauche et fils; —E. Creplet jeune et J. Jaloux; —Decot, Bestel et Blanchard; — E. Franquin; — J. Godet fils; — Klein fils aîné;—A Lepage; — H. Ludet; — J. Marcillet; — E. Meyer; — et A. Mousset. Sept industriels de la ville ont exposé personnnellement en dehors de ce groupe; — ce sont : — MM. II. Charles Antoine; — Justin Bloch; — Alfred Lecomte et Cie; — de Mon-tagnac et fils; — A. Robert et fils; — Jules Rousseau; — et 1. Stackler. Tous ces exposants méritent une mention spéciale.
- M. J. Bouteillé a une belle exposition de façonnés en peignes pour jaquettes et pardessus, de drapés pour dames, de côtelés pour pantalons de cheval, de peignés mixtes, en un mot des principaux genres de Sedan, traités tous avec un égal mérite.
- MM. Brégi-Labauche et fils conservent' toujours*'
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- leur supériorité dans les quelques spécialités qu’ils fabriquent depuis si longtemps : les draps couleur pour l’armée, garance, blanc, jonquille, bleu, écarlate pour parements et accessoires, et côtelés pour culotte de cheval.
- MM. E. Crepet jeune et J. Jaloux nous montrent des draps, des taupelines, des édredons noir et couleur, la fabrication de fond de Sedan.
- MM. Decot, Bestel et Blanchard ont une belle exposition de draps noirs fins, mousselines, satins légers, façonnés réduits, tous beaux articles pour vêtements de cérémonie, joints à quelques draps blancs et couleur pour passepoils, satins et taupeünes noires pour pantalons de soirée.
- M. E. Franquin, auquel on doit l’organisation de l’Exposition collective de Sedan, soutient sa renommée de bon faiseur pour ses drapés noirs et ses unis couleur et côtelés pour pantalons de cheval.
- M. G. Godet fils a une belle exposition de flanelles qu’il a eu l’idée, contre toutes les règles admises, de faire autrement que pure laine; la flanelle Godet est une nouveauté: elle est antirhumatismale nous dit une indication dans la vitrine, et se compose de deux étoffes superposées, l’une en laine, l’autre en poil de chat,
- M. Klein fils aîné a un étalage réussi de façonnés en peignés, peignés mixtes et cardés, de côtelés pour pantalons de cheval, de taupelines en nuances claires, cachemiriennes, etc.
- M. A. Lepage expose des draps lisses, des taupelines, et toutes sortes d'unis noirs supérieurement traités.
- M. H. Ludet nous montre de bons drapés et des fantaisies pour dames d’une réussite parfaite.
- M. J. Marcillet lance des draps de dames en nuances tendres et quelques unis noirs.
- M. Émile Meyer a des cheviots, des bruts, des façonnés drapés et rasés, taupelines, draps noirs, jonquille, écarlate, amarante, etc., le tout supérieurement traité.
- M. A. Mousset a une bonne exposition de peignés noirs et couleurs pour jaquettes et pardessus, quelques peignés mixtes et quelques lisses.
- M. Charles Antoine, outre quelques articles de Sedan, expose quelques essais en fantaisies peignées genre Roubaix, articles à jaquettes en façonnés, pointillés soie, etc.
- M. Justin Bloch s’est restreint à quelques articles classiques : taupelines et oualines en couleurs et mélangés.
- MM. Alfred Lecomte et Cie exposent surtout des peignés : peignés purs, peignés mixtes, cardés, façonnés, rasés, drapés, et une belle gamme de draps d’hiver pour dames.
- MM. de Montagnac et fils, l’une des plus anciennes maisons de la place, dont le nom et la marque de fabrique sont universellement connus, exposent des draps envers fourrure, mélangés pour pardessus en belles et bonnes nuances, des astrakans fantaisie, une série d’articles faits principalement pour la femme.
- MM. Aug. Robert et fils ont une belle exposition de ces noirs fins qui sont la vieille réputation de Sedan, d’édredons, ouatines en couleur, côtelés pour pantalons de cheval, façonnés genre mérinos, diagonales, satins légers et cheviottes.
- M. Jules Rousseau a un bel assortiment de nuances vives et nouveautés, cheviottes, ïhibet, vigogne, cachemiriennes, poils debout, astrakans, etc., etc.
- Enfin, M. J. Stacker a des façonnés peignés et drapés, des lisses, des côtelés pour pantalons de cheval en noir et couleur bien traités; de plus, quelques échantillons de peignés, laine et soie en pardessus, jaquettes et pantalons, nous montrent un fervent qui veut sortir des chemins battus.
- La ville de Sedan a actuellement /i5,000 habitants; elle est bâtie sur la xVIeuse, à 22 kilomètres de Mézières, chef-lieu du département. En retraçant l’histoire générale de la fabrication des draps au commencement de ce chapitre, nous avons indiqué qu’en 16.46 Nicolas Cadeau, que d’autres appellent Cadet, du Dijonval, avait fondé à Sedan la première manufacture de draps fins imitant ceux de Hollande et d’Espagne. On raconte à ce propos que l’établissement de ce fabricant était à la veille de fermer lorsque Colbert, qui voyait avec grand intérêt la production de ces tissus, trouva moyen de faire porter au roi un habit vert en drap léger, et de lui faire dire devant la cour assemblée pour une partie de chasse que l’étolTe qu’il portait, de fabrication sedanaise, était belle et bien bonne ; les courtisans ne manquèrent pas de se rendre un à un chez Nicolas Cadeau, et lui achetèrent bientôt à un prix exorbitant un stock de marchandises dont celui-ci ne savait comment se débarrasser. Après lui, Abraham Chardron reprit la manufacture du Dijonval : il fit venir de divers centres les machines perfectionnées qu’il avait vues dans ses voyages aux Pays-Bas, appela à
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- Sedan des ouvriers étrangers et transforma en une fabrique modèle un établissement qui, jusque-là, luttait péniblement contre la concurrence étrangère. Cette manufacture eut seule, jusque vers 1666, le privilège de fabriquer des draps fins. A cette époque, Colbert rendit ce droit commun à tous les fabricants sedanais.
- L’industrie de cette ville fut vivement protégée en 1769 par le ministre Choiseul, qui accorda des distinctions honorifiques aux plus grands manufacturiers, notamment aux sieurs Poupart et Louis Labaucbe, qui furent anoblis, et dont les établissements furent érigés en manufactures royales. La maison Poupart occupait alors à elle seule près de A,000 ouvriers.
- Nous avons dit, dans notre histoire générale du drap, que ce fut Bonjean qui, en 1S3A, commença à faire des nouveautés à Sedan. Mais il faut savoir que cette création fut uniquement due au hasard. Comme on lui présentait un jour l’échantillon d’un drap qui allait être mis sur le métier à tisser, il trouva que la matière ne donnait pas à l’étoffe un aspect suffisamment marchand ; l’idée lui vint alors d’introduire dans la pièce quelques fils de soie dont le levage serait réglé par un métier jacquart; et il adressa le tissu terminé à un tailleur de Paris. Celui-ci répondit par une forte commande ; la nouveauté était créée.
- 11 est à remarquer cependant que ce fut une ville normande qui profita de l’industrie des nouveautés. « Tombée aux mains d’Elbeuf, dit Louis Reybaud, elle devint un instrument de guerre contre Sedan qui l’avait imaginée. Comment expliquer que le pays qui l’a vue naître en ait gardé la moindre part? Par une cause naturelle : la question des distances. Sedan est à soixante lieues de Paris, Elbeuf n’en est qu’à trente. Pour les types fixes et peu variables, tels que les draperies, les distances ne sont rien en industrie; les préférences tiennent à d’autres causes : au taux des salaires, à l’exécution suivie. Pour les types de fantaisie renouvelés à chaque saison, les distances sont d’un grand poids; on est plus loin des modèles dont il conviendrait de s’inspirer, des conseils qu’il faut prendre, des goûts qu’il faut étudier. Ce qui doit être la mode est flottant, pour ainsi dire, dans l’air; le deviner à propos, l’imposer au besoin, voilà le secret du métier. Les caractères des populations étaient également aux prises, et le Normand, avec ses idées promptes, son esprit ouvert et délié, devait avoir le dessus sur ces bons habitants des Ardennes,
- qui tiennent du Lorrain et du Flamand par la solidité et l’honnêteté de leurs principes. »
- Aujourd’hui Sedan compte plus de cent maisons de fabrication de draperies et de nouveautés, un certain nombre de négociants en laines et blousses, quelques filatures, teintureries, maisons d’apprêts et àteliers de construction de machines pour drap.
- FABRICANTS DE TISSUS DE LAINE DU RAYON DE VIENNE
- Seize fabricants se sont réunis pour former Y Exposition collective anonyme cle la draperie viennoise; ce sont : — MM. Blanc aîné et Gie; — Bouvier frères ; Brocart et Cie; — J. Burle; — F. Chulliat et Cie; — Dumas et Cie; — V. Dumas; — Durieux fils; — Journet jeune; — L. Noir; — L. Revol et fils; — Reymond frères, fils et Cie ; —M. Rivoire; — J.-B. Rousset; — Seguin aîné; — Yaganav frères. En dehors de ces exposants deux ont une vitrine spéciale à leur maison : MM. Bonnier jeune et fils, et Pascal Yalluit et Cie.
- MM. Blanc aîné et Cie nous montrent quelques bons imprimés en nuances claires et foncées où le coton domine.
- MM. Bouvier frères exposent des étoffes pour pantalons et paletots fort bien travaillées et à bas prix. Celte maison qui possède filature, tissage et ateliers d’apprêt, est une des plus anciennes de la place; c’est à elle que l’on doit l’invention de la velouteuse à sec, qui adonné naissance à tous les procédés dont on se sert aujourd'hui pour obtenir des effets de poils sur des étoffes unies; elle a obtenu une médaille d’or en 1878.
- MM. Brocard et Cie ont pour principaux articles des fantaisie d’été et des tissus pour vareuses de femmes; ils ont aussi obtenu une médaille d’or en 1S78.
- M. J. Burle expose des nouveautés été et hiver pour confections; il a obtenu en 1878 une médaille d’argent.
- MM. F. Chulliat et Cie traitent aussi l’article imprimé, bien évidemment par des moyens et procédés à peu près identiques.
- MM. Dumas et Cie (ancienne maison Dumas et Hugon), fabriquent surtout la nouveauté pour confectionneurs ; ils ont obtenu une médaille d’argent en 1878.
- MM. V. Dumas, Durieux fils, Journet jeune, L. Noir, se bornent à l’imprimé classique; il n’y a plus là
- Supplément a lIndustrie textile du 15 Juin.
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- de ces nuances risquées et d’un goût douteux exigées autrefois dans le commerce d’exportation ; le coton joue toujours le rôle principal. Il y a bien, de-cide-là, quelques échantillons de pure laine, mais ils sont en petit nombre.
- MM. Reval et fils, Reymond frères, fils et Cie, et Rivoire, exposent des fantaisies pour confections.
- M. J.-B. Rousset fabrique fort bien les articles nouveautés pour été et hiver, convenant les uns et les autres pour la confection.
- MM. Seguin aîné et Vaganay frères nous montrent du classique en imprimé avec une grande sobriété de couleurs.
- MM. Bonnier jeune et fils exposent des draps imprimés qu’on prendrait pour de la haute nouveauté tissée, tant l’illusion est grande. Cette maison a obtenu une médaille de deuxième ordre à Melbourne en 1888. Une vue de l’usine (manufacture de Béche-vienne) lait voir au public que l’on a affaire à un établissement considérable.
- MM. Pascal Yalluit et Cie ont envoyé des articles fantaisie (bulgares, burrels, waters, etc.), tissés à la mécanique, et des draps imprimés bon marché. Deux albums d’échantillons, l'un pour les nuances claires, l’autre pour les fonds noirs, sont joints à cette exposition.
- Vienne est la première ville industrielle du département de l’Isère, bien qu’elle ne soit que la seconde par son importance ; elle est située à 27 kilomètres au sud de Lyon, sur la grande ligne du chemin de fer de Paris à la Méditerranée et au confluent du Rhône et de la Gère. C’est essentiellement une ville manufacturière : près de la moitié de sa population y vit de la fabrication du drap.
- Cette industrie ne remonte guère à Vienne au delà de 1750. La première carde rotative a été introduite dans cette ville en 1806, et la première tondeuse à lames hélicoïdales en 1819. Une statis-tisque locale mentionne qu’en 1835 elle fabriquait déjà 40,000 pièces de 18 aunes, ce qui décèle déjà une certaine importance; les ratinés avaient lait jusque-là sa réputation et sa fortune. A partir de cette époque, la fabrication des draperies nouveautés y prit une grande extension. Mais c’est surtout Veffilochage qu’elle a pratiqué la première en vue d’un réemploi industriel qui forma bientôt et forme encore aujourd’hui la base de la fabrication des draps de Vienne.
- Les premiers essais d’effilochage furent faits en
- 1838 par un nommé Court, dit Lanceron, maître cardeur et filateur; mais ce ne fut qu’en 1843 qu’un sieur Guichard en fit en grand la fabrication et parvint à la faire introduire dans la fabrication des draps grossiers, dits mirandoles, spéciaux au pays. A partir de ce moment, la majorité des fabricants, qui se montrait hostile à l’utilisation de ce déchet, l’employa sur une grande échelle, et aujourd’hui le drap renaissance de Vienne est des plus estimés de la consommation.
- Plus de 2,000 ouvriers et ouvrières sont maintenant employés dans cette ville au classement des chiffons de laine et aux diverses manipulations que ces matières ont à subir pour être converties en fils. Ceux-ci sont employés dans la ville, mais aussi à Thisv pour la confection des droguets, à Saint-Dié pour la fabrication des laines, et surtout par la place de Cours (Rhône), réputée pour ses couvertures, rideaux et portières à bon marché en laine ou en coton.
- FABRICANTS DE TISSUS DE LAINE DU RAYON DES VOSGES
- Cinq exposants représentent plus particulièrement la région Est de la France ; ce sont MM. Amos frères et Cie,de La-Neuveville-les-Raon (Vosges); —la manufacture de la Roche (Meurthe-et-Moselle); — Vve Couchot jeune et fils, de Bar-le-Duc; — Dietsch frères, de Liepvre (Alsace); —et la Société anonyme des tissus de laine des Vosges, au Thillot (Vosges).
- MM. Amos frères et Cie, de La Neuveville-lez-Raon, se sont spécialisés dans les articles pour fabricants de chaussures.
- La manufacture de La Roche (Meurthe-et-Moselle), a élégamment agencé des draps et nouveautés en nuances claires et foncées pour hommes, dames et enfants, ainsi qu’un grand choix de molletons, le tout encadré par des flanelles de diverses nuances fort bien drapées et faisant ressortir les articles exposés. L’ensemble des dessins et nuances ne ressemble plus aux compositions des produits français d’Elbeuf et du Midi; la fabrication de cette maison a un cachet absolument exotique auquel nous ne sommes pas habitués; il y a là une question de prix dont, naturellement, il faut tenir compte.
- L’exposition de la maison Vve Couchot jeune et fils, de Bar-le-Duc, se compose de flanelles de santé (dites irrétrécissables, garanties telles et brevetées), tissus soie et laine grand teint pour chemises et lingerie (jouissant de la même qualité), flanelles batistes
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- (sorte de mousseline de laine extra-fine), flanelle kachemyr (flanelle croisée), des flanelles toile laine et une belle série de flanelles lisses et croisées. On remarque dans la vitrine un nouveau tissu breveté, le Tien-Se, tissu laine et soie grand teint et irrétrécissable pour chemiserie, lingerie, etc., dont les fraîches nuances font encore ressortir le magnifique blanc des flanelles.
- MM. Dietsch frères, de Liepvre (Alsace), ont été récompensés par la Société industrielle de Mulhouse pour avoir introduit en Alsace la fabrication des draps peignés; leur exposition, qui se compose de tissus teints par MM. Wallerand, Wiart et Cie, de Cambrai, nous montrent qu’ilsyont excellemment réussi. Nous y relevons une grande variété d’étoffes de tous genres : tissus pour manteaux de dames, pour robes, irlandais hiver, draperie pour hommes, drap de bain éponge, satin rayé pour doublure, doublures de manche, etc. Ces exposants ont obtenu en 1867 une médaille d’argent.
- Enfin l’exposition la plus étendue est celle de la Société anonyme des tissus de laine des Vosges, sise au Thillot. Avant 1863, ce hameau n’était qu’une section de la commune de Ramonchamp ; érigé en village depuis cette époque, il s’est développé peu à peu, jouit d’une voie ferrée depuis 1879, et compte aujourd’hui 3,000 habitants. Sa situation sur le croisement des routes de Besançon à Saint-Dié et de Paris à Bâle tout en se trouvant sur la rive droite de la Moselle, en fait actuellement un centre des plus importants. Nous avons vu, au chapitre VI, que la fabrication des tissus de coton y était prépondérante : il y a actuellement 800 métiers tissant ce textile, dont 200 au Thillot même sous la raison sociale E. Bluche et Gie, — 400 appartenant à la maison bien connue Gros-Roman, Marozeau et Cie, de Wesserling, à la section du Prey, — et 200 à la maison Ancel, entre le Thillot et Fresse. Mais la fabrication des tissus de laine n’y est représentée que par la Société anonyme à la vitrine de laquelle nous nous arrêtons en ce moment, et qui se compose de tissus classiques en laine peignée et cardée pour robes et draperies. Les établissements de cette société se trouvent sur la rive gauche de la Moselle, à l’ouest du Thillot, au lieu dit à la Courbe, parce que la rivière y décrit coup sur coup plusieurs lacets. Ils étaient occupés en 1840 par un petit moulin hydraulique, lequel fut acheté, ainsi que quatre hectares de terrain, par M. Noël, notaire à Rupt, qui s’associa alors avec un Anglais, M. Johnston, pour en faire un tissage de
- coton. Ces industriels ne réussirent pas, et l’usine fut achetée par MM. Stehelin, qui la transformèrent en un tissage de laine et l’alimentèrent avec les produits de leur filature de laine peignée de Kœnig-shoflen, près Strasbourg. Pendant la guerre, l’établissement arrêta forcément en raison de la rupture des communications entre le tissage et la filature; l’annexion sépara définitivement ces deux manufactures; mais la douane autorisa l’entrée en franchise de 100,000 kilogrammes à introduire pendant deux ans, ce qui permit au tissage de s’organiser pour trouver une autre alimentation. Jusque-là, il ne s’y fabriquait que des mousselines qui s’exportaient surtout au Japon, quand tout à coup le Mikado rendit un décret qui obligeait ses sujets à s’habiller à l’européenne. C’est alors que la Société se mit à faire les articles classiques de Reims qui figurent à son exposition. Vraisemblablement cela lui a réussi, car de 392 métiers qu’elle mettait en activité en 1873, elle est actuellement arrivée à 724, dont 366 au Thillot, 268 à Erougemont et 90 à Saint-Maurice.
- Elle a, en outre, édifié en 1884 une filature de 8,000 broches, et en 1885 des ateliers d’apprêt pouvant traiter aujourd’hui environ A,000 mètres de flanelle par jour; enfin, en 1886, elle a innové dans le pays la fabrication des jerseys, ce qui lui permet de livrer à la consommation 250 à 300 kilogrammes de tricot par jour.
- FILATEURS ET FABRICANTS DE TISSUS DE LAINE DE LA BELGIQUE.
- Le travail de la laine est connu en Belgique depuis un temps immémorial. En refaire l’historique, ce serait refaire l’histoire de ce petit pays, redire les vicissitudes par lesquelles les événements politiques n’ont cessé de le faire passer, les migrations auxquelles les luttes qu’il a eu à. supporter sans trêve pendant son existence ont obligé ses habitants, et comme conséquence, ses industries; ce serait redire l’ancienne prospérité de Bruges et d’Ypres, rappeler les faits qui ont fait hériter Verviers et toute la vallée de la Vesdre d’une industrie qui florissait au xe siècle dans ces deux villes llainandes, rappeler aussi les efforts tentés par l’Angleterre pour enlever à la Belgique cette industrie elle-même et ses ouvriers.
- Avant 1840, époque à partir de laquelle nous voyons l’industrie de la laine se préparer, comme toutes les industries en général, à l’évolution et au rapide développement qu’elle a subis pendant la
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- seconde moitié de notre siècle et qui en sont la caractéristique la plus marquante, l’industrie de la laine était presque entièrement concentrée à Verviers; mais elle s’y réduisait à la fabrication des draps et étoffes de laine, et sa production pouvait être évaluée annuellement à 200,000 pièces environ représentant une valeur approximative de A0 millions de francs; la filature de la laine cardée n’existait pour ainsi dire pas en Belgique. Dans les autres provinces du pays, en Brabant, dans les Flandres et la province d’Anvers, la fabrication s’exercait surtout sur les étoffes laine et coton, les baies, les flanelles et les couvertures de laine.
- Actuellement, bien que ce soit Verviers qui soit encore le siège principal de l’industrie de la laine, celle-ci existe dans un grand nombre de localités, chaque endroit spécialisant certains genres : ainsi Bruxelles et Saint-Nicolas s’occupent de la fabrication des châles et tartans ; Matines, Herenthals, Buffel et Liège des baies et des couvertures de laine; Benaix, Mouscron, Gand, Audenaerde, Saint-Nicolas, Bruxelles, Grammont, B raine-V Alleu d, etc., des tissus demi-laine et des petites étoffes foulées; Anvers, Bruxelles, Binant, Tournai, Verviers, des mérinos, cachemires et autres tissus peignés d’introduction nouvelle en Belgique.
- Disons quelques mots des diverses branches de cette industrie, et commençons par les fils.
- Nous relevons ici quatre exposants de Yerviers : — MM. Petit et Follet, —Léon Lejeune, — Serwyr-Byron ei Cie, — et F. et G. Yoos (maison fondée en 1802), — qui ont envoyé des fils pour tricotage, des fils simples en laine pure, des fils mélangés laine et coton, etc., des nos 50 à 90, écrus, blanchis, retordus, flammés, boutonnés,etc.;—et un de Pepinster,M. Bonvoisin fils, pour les fils de fantaisie. De plus, un grand nombre de fabricants de tissus, dont nous indiquerons les noms tout à l’heure, ont exposé des fils dans leurs vitrines.
- Afin qu’on puisse apprécier l’importance de l’industrie de la filature de laine en Belgique, nous donnons ci-dessous le tableau des exportations de fils de laine depuis 18A0 :
- 18Zil à 1850 (moyenne annuelle). 29.000 kil.
- 1851 à 1860 — ..... 505.000—
- 1861 à 1870 - .... 1.892.000—
- 1871 à 1880 — 5.894.000 - •
- 1885 — .... 9.380.000 —
- 1886 — 11.213.000 —
- lgg7 — 11.581.000 —
- 1383 — ............ 12.010.000 —
- Ces fils s’exportent dans tous les pays d’Europe où s’exerce le tissage ; voici la part qui revient aux principaux :
- Allemagne et Autriche. 3.944.000 kil.
- Angleterre........... 7.079.000 —
- France................... 663.000 -•
- Autres pays............... 324.000 —
- Total....... 12.010.000 —
- Si nous ajoutons à ce chiffre, qui ne comprend que les fils de laine cardée, une quantité qu’il est difficile de déterminer, mais qu’on peut évaluer aujourd’hui à 1,250,000 kilogrammes prise par l’industrie indigène autre que la fabrique de Verviers, nous arrivons à une production de fils destinés au tissage de plus de d 3 millions de kilogrammes, d’une valeur, aux cours actuels, d’environ 65 millions de francs. Cette industrie se concentre presque exclusivement dans l’arrondissement de Yerviers, et notamment dans cette ville elle-même, qui présente l’un des ensembles les plus complets qui existent dans le monde entier pour la transformation de la laine brute en laine lavée, épaillée, filée et fabriquée, chacune de ces opérations constituant une industrie spéciale et indépendante des autres. Pour donner une idée de l’accroissement considérable qu’a pris ce centre d’affaires, il nous suffira de rappeler que le mouvement des escomptes faits à Verviers par la Banque Nationale de Belgique depuis 1855, époque de la fondation de son comptoir en cette ville, s’est élevé de 2,56A,000 francs en 1855 à 17,205,000 fr. en 1860, — 51,787,000 francsen 1870, — 86,99A,000fr. en 1880, — et 91,760,000 francs en 1887.
- Quant à la filature de la laine peignée, elle ne s’est implantée en Belgique qu’en 1875. Divers établissements ont été fondés, mais c’est surtout à Verviers qu’ils prennent de l’extension : huit usines y fonctionnent déjà, cinq pour le peignage et la filature, trois pour la filature exclusivement; les produits de ces établissements passent exclusivement à la consommation locale. Des laines peignées sont exposées par MM. Ducz et fils, de Peruwelz, — et Pierre Fauchamps, de Verviers.
- Arrivons aux tissus. Nous avons ici vingt-six exposants qui sont, par ordre alphabétique : — MM. Aubin, Sauvage et Gie, d’Ensival, pour les nouveautés pour hommes en peigné et cardé; — Biolley frères, de Verviers; — Chalten et Blanjean, de Dison; — L. et H. Darimont et frères, de Verviers, pour les draps en cardé destinés à l’exportation; —J. Déliiez
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- et David fils, pour les peignés noirs et fantaisie ; — Duesberg et Cie, de Verviers, pour les draps militaires, de voitures, d’administration, de communautés religieuses; — L. et J. Garot, de Verviers, pour les nouveautés; — J.-J. Ilenrion, de Hodi-mont; — H.-J. Lejeune-Vincent, de Dison; — Henri Lieutenant, de Pépinster, pour les matelassés pure laine, vêtements de dames, tweeds et meltons d’été, façonnés cardés et peignés noir et couleur, fantaisies épaisses pour vêtements d’hiver; — Leroy frères et Cie, de Beaumont, pour les baies-flanelles, dourets et molletons; — Jean Moumal, de Dison, pour les étoffes nouveautés en laine peignée, laine et soie, et tissus pour pardessus en nuances solides; — M. Albert Oudin et Cie, de Dinant, pour les mérinos, cachemires et châles; — M. Peltzer et Gie, de Verviers, pour les nouveautés en cardé, moskowas, satins, flanelles, draps de laine et draps de billards; — Pierre Roestenberg, de Malines, pour les couvertures et couvre-lits en laine tissée au métier jacquart ; — lwan-Simonis, de Verviers, pour les batistes, satins-laines, et nouveautés cardées et peignées ; — la Société anonyme de Loth, pour les satins de Chine (zanellas), cheviots, fantaisie, etc. ; —Sagehomme fils, de Dison, — Sagehomme-I)ebaar(id.); —A.-J. Sauvage, de Francomont-lez-Ensival; — et Jean Tasté, de Verviers. — Ces quatre dernières maisons exposant des tissus lourds : coatings, duffels, etc., draps de couleur pour la troupe et l'ameublement, mousselines, etc. Tous les exposants belges participent en outre à une Exposition collective des fabricants de draps et [dateurs de Verviers.
- Ces diverses maisons, d’ailleurs, sont les plus anciennes et les plus importantes du cercle vervié-tois. — La maison Biolley frères, par exemple, a été fondée en 1822 à Juslenville, où était le siège de son établissement il y a fort peu d’années; elle est la première qui, en 1826, employa la laineuse dite ballon. —La maison Duesberg et Gie est avantageusement connue dans l'industrie lainière depuis 18A3 et faisait partie de la firme Pirenne et Duesberg, qui a été liquidée en J 873. — La maison Peltzer et Cie (ancienne maison Peltzer et Lieutenant) est la plus considérable de la Belgique et est connue dans le I monde entier, voire même dans l’extrême Orient,
- 1 où elle écoule ses spanish-stripes; c’est elle qui a fondé en Belgique l’industrie du lavage des laines ; j qui, en 1835, implanta dans la mère patrie la fabri-| cation des nouveautés que Bonjean venait de créer à
- | Sedan, et qui a introduit celle du peignage méca-
- nique dans l’arrondissement de Verviers. —La maison Iwan Simonis est la plus ancienne du cercle vervié-tois; elle date de 17/15 et forme aujourd’hui une puissanie société manufacturière. C’est chez elle qu’en 182h le mécanicien anglais Topham établit les premiers foulons en fer dits bacs anglais à pression, etc., etc.
- Les tissus légers sont généralement, en Belgique, consommés dans le pays même. En 1887, il en a été exporté 502,000 kilogrammes, chiffre qu’on retrouve à peu près toujours le même d’année en année. Quant aux draps et tissus similaires, leur exportation est considérable; en 1887, elle a atteint à peu près 1,500,000 kilogrammes et s’est ainsi répartie :
- Allemagne................. 76.500 kil.
- Angleterre............. 162.500 —
- Brésil.................... 32.500 —
- États-Unis................ 88.500 —
- France................... 518.000 —
- Pays-Bas................. 161.000 —
- La Plata................. 12Ù.500 —
- Suisse................... 76.000 —
- Autres pays............. 196.000 —
- La France, l’Allemagne et l’Angleterre, compris dans ces chiflres, ne servent que de pays de transit, et une bonne partie des quantités que la Belgique leur livre est destinée à des pays transocéaniques avec lequels elle n’entretient pas de relations directes.
- FILATEURS ET FABRICANTS DE TISSUS DE LAINE DE LA HOLLANDE.
- La Hollande n’est pas représentée dans la classe que nous examinons. La fabrication des tissus de laine est cependant fort ancienne dans les Pays-Bas, car déjà du temps des Carlovingiens les chefs francs employaient les draps bleus foulés de la Frise pour se couvrir les épaules. C’est du reste de la Néerlande que sont sortis presque tous les ouvriers qui portèrent chez les autres peuples le secret de cette industrie. Après avoir traversé une longue série d’années en tenant le premier rang dans la production des lainages, ce pays, complètement absorbé par son prodigieux commerce, se laissa enlever par d’autres nations, l’Angleterre particulièrement, la suprématie qu’elle possédait dans cette branche de production.
- Au commencement de notre siècle, le gouvernement des Pays-Bas eut recours à la protection, pour ranimer dans ses provinces la fabrication textile, et il y réussit assez bien; seulement cette industrie se trouva déplacée, et, pour ce qui concerne la laine,
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- certaines villes, qui jadis tenaient la tête, furent éclipsées par d’autres, et notamment par Tilbourg. Les Pays-Bas tiennent aujourd’hui une place honorable dans l’industrie lainière; ils marchent même, sous le rapport de la production, en tenant compte de leur faible étendue et de leur population, avec les Etats les plus favorisés; mais ils sont un peu dépassés par la Belgique, dont les draps mieux traités leur créent une concurrence difficile à soutenir.
- FILATEURS ET FABRICANTS DE TISSUS DE LAINE DU GRAND-DUCHÉ DE LUXEMBOURG.
- Ce petit pays, assez mal connu des Français, est représenté à l’Exposition par la Société anonyme des draperies luxembourgeoises (ancienne maison Godcliaux frères et Cie),de Schleifmühl, près Luxembourg, qui a envoyé des satins, castors et draps nouveautés pure laine en articles d’été, d’hiver et de demi-saison, pour pantalons et autres vêtements d’hommes, des tissus légers en diverses nuances, des nouveautés pour confections de dames, des molletons teints en pièce et mélangés, etc. Cette manufacture date de 1828, elle comprend lavage, épaillage, teinture, filature, tissage et apprêts pour draperies. Elle a obtenu une médaille d’argent à Londres en 1851, une médaille d’argent à Paris en 1855 et une médaille d’or en 1878.
- L’industrie lainière est celle qui tient le premier rang dans le Grand-Duché. La généralité des tissus fabriqués dans ce pays sont des étoffes façonnées, des molletons et des flanelles, qui trouvent leurs principaux débouchés dans les États du Zollverein, la France, la Suisse, l’Angleterre et l’Amérique. Plusieurs fabriques luxembourgeoises utilisent les laines du pays, mais l’industrie en achète aussi à l’étranger.
- FILATEURS ET FABRICANTS DE TISSUS DE LAINE DE LA GRANDE-BRETAGNE.
- Nous relevons en Angleterre vingt exposants dont un seul, MM. W. Hollins et G0 (limited), de Nottin-gham, a envoyé des fils de bonneterie et des fils mélangés laine et coton (formant ce qu’on appelle le genre mérinos ou vigogne). Les autres nous montrent des tissus : les vitrines les plus remarquables sont celles de MM. Hunt et Wintherbotham (Limited), de Dursley, dans le pavillon desquels nous relevons des
- cuirs écarlates et blancs pour vêtements de chasse, cuirs pour livrées en toutes nuances et qualités, sergés et peignés mousselines pour les tropiques, draps de billards, draps d’officier bleu et écarlate fourni à l’État anglais, draps pour voitures (spécialité de l’ouest de l’Angleterre), draps écarlates pour revers en laine douce, tissus en vigogne, doeskings noirs et bleus, peignés noirs, flanelle unie et rayée, etc.
- Après euv, il y a lieu de citer MM. John Carter et Cie, d’Halifax, pour leurs draps imprimés pour vêtements ; — MM. H.-G. Pozter et Cie, de Londres, pour leurs plaids, couvertures de voyage, tweeds, homespuns et manteaux ; — MM. Jonathan Thorp et fils pour leurs astrakans fins et tissus pour manteaux de dames; — MM. Marling et Cie, de Stroud, pour leurs cachemires, beavers, meltons et peaux de daims ; — MM. Nielson, Chaw et Mac Grégor, de Glasgow, pour leurs tartans, draps d’uniformes, couvertures, etc.
- En laine comme en coton, les progrès de l’industrie anglaise ont été fort rapides : le nombre des broches à filer la laine était de 275,000 en 1850, — 1,281,000 en 1861, — 1,821,000 en 1871, --2,182,000 en 1875, etc.; et le nombre des métiers à tisser de 32,617 en 1850, — 46,848 en 1861, — 61,059 en 1871, — 81,647 en 1881, etc., etc.
- L’industrie lainière actuelle est, on le sait, des plus importantes dans la Grande-Bretagne, et d’après une statistique de 1888, ce pays renfermerait actuellement 2,625 établissements travaillant la laine dont 1,800 pour la laine cardée, 125 pour les laines renaissance, et 700 pour la laine peignée; — l’industrie lainière y occupait en tout 280,133 personnes, dont 134,605 dans la laine cardée, 3,431 pour les laines renaissance, et 142,097 pour la laine peignée.
- Au xic siècle pourtant, l’Angleterre ne produisait encore que quelques étoffes grossières qui étaient ou consommées dans la contrée ou exportées en France. Mais, vers le milieu du xivc siècle, grâce à des mesures de protection efficaces, la fabrication des tissus de laine y prit quelque développement : le système protecteur, que les Anglais combattent aujourd’hui avec tant d’ardeur, leur assura bientôt une certaine prédominance dans cette industrie. Édouard III commença par attirer un certain nombre de familles flamandes possédant la connaissance des bons procédés de fabrication, puis prohiba successivement l’exportation des béliers, afin de conserver à l’agriculture du royaume la production de la
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- matière première et celle des tissus de laine de fabrication étrangère. Ses successeurs marchèrent dans cette voie, notamment Henri VII, qui avait habité les Pays-Bas au temps où il était exilé, et avait eu le loisir de se rendre compte des ressources qu’une nation peut trouver dans l’industrie. En 1660, Charles II publia même un édit confirmant d’une façon absolue la prohibition de la sortie des laines, qualifiant de crime l’infraction commise contre cette prescription, et soumettant les délinquants à l’amende, à la prison et à la confiscation ; le même monarque encourageait l’exportation des tissus en les exemptant de tous droits de sortie, et chercha à améliorer la laine anglaise par l’achat de nombreux troupeaux de brebis et béliers des meilleures races que produisait l’Espagne. Auxvi® siècle, les vexations du duc d’Albe, sous Philippe II d’Espagne, à l’égard de ceux des habitants des Pays-Bas qui professaient la religion réformée, amenèrent l’immigration en Angleterre d’un certain nombre de manufacturiers et d’ouvriers flamands; ceux-ci furent bien accueillis par la reine Élisabeth, qui les autorisa à former des établissements à Warwick et dans plusieurs autres localités des contrées d’Essex et de Kent ; de cette époque date l’introduction en Angleterre de la fabrication des tissus ras et légers. Norwich, dans le canton de Norfolk, devint un des principaux centres producteurs.
- Mais, après une longue tourmente, les provinces des Pays-Bas avaient repris leur activité industrielle en recouvrant le calme et la tranquillité. Dans la Hollande comme dans les Flandres, les manufactures s’étaient relevées dès le commencement du xvne siècle; leurs produits renommés, surtout leurs draps de qualité fine très recherchés partout, leur permettaient de lutter avec avantage contre les fabriques anglaises. Celles-ci, de leur côté, redoublaient d’efforts ; leur accroissement et leur prospérité suivirent constamment cette progression ascendante, et il n’y eut d’interruption à cet état de choses que lors de la guerre de l’Indépendance américaine, époque où le commerce des fils et tissus de laine diminua de moitié.
- Au xvme siècle, les différentes sortes d’étoffe.^ fabriquées dans la Grande-Bretagne étaient spécialisées dans quelques centres; la production de la draperie commune appartenait plus spécialement au Yorkshire, province dont les laines originelles convenaient parfaitement pour être mélangées à celles d’Espagne, les premières étant employées en chaîne
- et les secondes en trame. Leeds, Halifax, Hudders-field et Wakefield étaient les localités de cette province où se trouvaient les principales fabriques de lainages. Dans le Warwickshire, aux environs de Goventry, et à Exeter, dans le Devonshire, on fabriquait quantité de serges, pannes et droguets; Salis-bury fournissait des flanelles, Oxford des pannes, et Colchester, dans le comté d’Essex, des étoffes bayettes, dont le nom dérivait des manufacturiers flamands Bays, qui furent les premiers à en fabriquer.
- En 1782, les exportations de l’Angleterre en fils et tissus de laine, s’élevaient, d’après Roland de la Platière, à 50 millions environ. C’est l’époque où Arkwrigt produisit les découvertes de Iliggs ; on ne tarda pas à appliquer à la laine les moyens usités pour le filage du coton. Une ère nouvelle s’ouvrit pour les manufactures anglaises au moment de l’emploi de lajenny, et la consommation des lainages augmenta considérablement alors que leur prix diminua. La production des laines brutes, estimée à Zi5 millions de kilogrammes à la fin du xvme siècle, arriva, en 1850, à 95 millions de kilogrammes, et l'importation des laines exotiques, qui n’atteignait pas plus de 5 millions de kilogrammes, s’éleva à 8 millions en 1820, 30 millions en 18/10, et dépassait 50 millions de kilogrammes en 1850; et si l’on songe que l’exportation des laines, indigènes ou autres, atteignait cette même année, 12 millions de kilogrammes, on trouvera que l’industrie de nos voisins mettait en œuvre à cette époque environ 125 millions de kilogrammes de laine.
- On appréciera mieux encore les progrès réalisés par l’industrie des lainages en Angleterre en examinant l’accroissement considérable de la population dans les villes du Royaume-Uni où elle est l’objet d’une vaste exploitation. Ainsi le West-Riding, où l’on ne comptait au commencement de ce siècle que 600,000 habitants, en renfermait en 1850 plus de 1,500,000; durant la même période, la population d’Halifax a augmenté des deux tiers; elle s’est triplée à Rochdale, presque quadruplée à Leeds et Hudders-field; mais c’est à Bradford que cet accroissement s’est produit dans des proportions véritablement surprenantes. Vers 1790, quelques métiers à filer furent introduits en secret dans cette ville, qui ne renfermait alors qu’environ 10,000 habitants, et où le filage comme le tissage de la laine ne se pratiquaient qu’à la main dans les familles; les procédés mécaniques eurent beaucoup de peine à s’y faire !
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- adopter et au commencement du siècle on n’y comptait encore que trois ou quatre filatures ; puis, peu à peu, le nombre en augmenta; on commença à appliquer, en 1825, les moyens mécaniques au tissage des étoffes; l’emploi de la chaîne coton en 1834 vint imprimer un grand élan à la fabrication. On mit en œuvre en 1830 le poil de chèvre et l’alpaga; à quelque temps de là on mélangea la soie et la laine, et, comme résultat, en 1860, la population atteignait près de 150,000 habitants. Nous avons dit plus haut quelle était l’importance actuelle de l’industrie lainière dans la Grande-Bretagne.
- Filateurs et fabricants
- DE TISSUS DE LAINE DE L ’ AUT RI ClIE-IION G RIE.
- L’Autriche n’est représentée que par quatre exposants : — MM. Heinrich Bruck et Gustave Engelmann, de Brünn (Moravie), pour les nouveautés en laine peignée ; —FrédéricPollak, de Vienne, pour des châles fantaisie; — et MM. Anton Demuth et fils et J. L. Salomon, tous deux de Reichenberg (Bohême), le premier pour les draps d’Orient, croisés et satins, nouveautés pour pantalons, le second pour les draps fins.
- Les principales provinces où est concentrée en Autriche la fabrication des tissus de laine sont la Bohême, la Moravie et la Silésie autrichienne, représentées par les villes de Brünn, Reichenberg, Vienne, Linz, et quelques autres localités de moindre importance. C’est en 1832 que l’industrie de la laine peignée a été introduite dans l’empire; elle y est aujourd’hui prédominante et donne même lieu à quelques exportations. Une statistique de 1880 accuse en Autriche, pour le tissage de la laine cardée, 1,609 métiers mécaniques et 22,000 à la main, — et, pour la laine peignée, 4,428 métiers mécaniques et 13,704 à la main.
- Il est regrettable que la Hongrie n’ait rien envoyé à l’Exposition dans la classe 32, car l’industrie lainière y occupe un rang important tant au point de vue de la préparation du produit brut qu’à celui de la fabrication proprement dite.
- Comme établissements considérables travaillant la laine brute, nous citerons surtout deux lavoirs considérables : l’un, le plus ancien, celui de la Société anonyme de lavage, outillé en 1868 par la maison Houget et Teston, de Verviers ; l’autre, outillé en 1885, celui deM. Wollffen et Cie, dont les machines proviennent de la maison Snock, d’Ensival. Ces deux
- manufactures travaillent exclusivement à façon, recevant les laines brutes pour les laver et les vendre moyennant commission : le prix du traitement est très élevé, mais les lavoirs ne sont en activité que d’avril à octobre; ils chôment tout l’hiver faute de laines à laver.
- Les fabriques de tissus de laine les plus importantes du pays sont celles de drap, et parmi elles les manufactures de MM. Regenhardt et Cie, à Presbourg et à Losonets, dans le ressort de Budapesth, produisant chacune environ 100,000 mètres de drap exclusivement destiné à l’armée, et qui ont été créées à l’époque où le gouvernement hongrois exigeait que les tissus servant à l’équipement de l’armée fussent fabriqués dans le pays; puis celle de Gacs, dans le ressort de Budapesth, qui occupe environ 300 ouvriers. En Transylvanie, il n’v a guère que de petites fabriques du même genre, occupant de 50 à 100 ouvriers seulement, mais dont le matériel est à la hauteur des derniers progrès : —ce sont notamment celles de MM. W. Scherg et Cie, Lang et Cie, et F. Leonhardtet Cie, situées toutes trois à Kronstadt; — celledeM. A. Scharer, à Ilermanstadt, dans le ressort de Kronstadt,— et celle deM. Gebr.Zimmermann, à Schassburg. Ces manufactures ne travaillaient guère jusqu’ici que les laines roumaines, faisant surtout des genres communs dont elles trouvaient le débouché en Roumanie; mais, par suite delà guerre douanière avec ce.pays, les fabricants ont dû modifier leurs articles et ont abordé les genres fins pour la consommation de la bourgeoisie hongroise, et ils n’ont pas trop mal réussi. Parmi les localités renfermant de petits producteurs travaillant pour leur compte particulier, il faut citer Heltan, près Her-manstadt, qui en compte près de trois cents, faisant des tissus d’un bon marché surprenant, sorte de drap commun le plus souvent en laine beige, ne recevant aucune teinture, fortement foulé, et d’une solidité à toute épreuve. Nous mentionnerons encore la corporation des petits fabricants de Deutsch-Proben, du comtat de Neutra, dans le ressort de Presbourg, qui a créé des ateliers qui commencent à soutenir la concurrence contre les fabricants d’Autriche.
- FILATURES ET FABRICANTS DE TISSUS DE LAINE DE LA RUSSIE.
- L’exposition russe comprend 13 exposants dont 4 pour les draps de laine cardée : (MM. les héritiers de J. Andreef, à Ekaterinenbourg ; I. Machkovsky j
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- et fils, de Klinty ; Nicolas Saponoff, fils, de Moscou, et K.-N. Sapojkoff, de Kleintzi); — 5 pour les lainages peignés, beiges, mohairs, reps, satins et tissus mélangés: (MM. K.-J. Boutugine, de Moscou; J.-E. Egoroft', de Moscou; F. Mikaïloff, de Moscou, maison fondée en 18/i5 ; M.-A Pautchenkoff, de Ba-kino; la Société de la fabrique Bogorodks, à Moscou); — 3 exposants de mouchoirs et châles de laine : (MM. D.-L. Kretova, de Moscou ; Matveef fils, de Moscou; et V.-S. Zaharoff, de Moscou); — et 1 pour les tissus d’ameublement : (Société de la manufacture V.-J. Beloff, de Moscou, maison créée en 1814). Le coloris de ces étoffes laisse généralement un peu à désirer, mais la fabrication est bonne.
- On sait que c’est seulement depuis Pierre le Grand que la Russie a pris rang parmi les nations industrielles : la fabrication des fils et tissus de laine et de coton est celle qui jusqu’à présent y a fait le plus de progrès. La statistique la plus récente attribue à la Russie 30 filatures de laine occupant 3,217 ouvriers et produisant 10 millions de francs de filés par année ; — 432 fabriques de draps, dans lesquelles travaillent 66,519 ouvriers produisant approximativement pour une valeur de 135 millions d’étolfes par an; — 147 tissages d’étoffes de laine rases employant 21,816 ouvriers et livrant au commerce pour environ 50 millions de francs de tissus divers, pour la plupart en laine mélangée.
- Dans ces chiffre ne sont pas compris les établissements lainiers de la Sibérie, de la Pologne et de la Finlande. En outre, la filature de laine peignée n’y entre que pour une faible part, car il n’y a que neuf filatures de ce genre dans toute la Russie : 3 à Moscou, 2 à Sosnouvice, 3 à Lods, 1 à Varsovie et 1 à Tzeustochow. La fabrique de draps la plus importante dans la contrée est la maison Hornton, de Saint-Péterbourg, qui occupe environ 6,000 ouvriers. Il est à remarquer, à ce propos, que le pays n’est pas exportateur. Le paysan n’y porte que du coton imprimé dit boïka ; l’habitant des petites villes se contente de tissus de laine ; il n’y a que dans les grandes villes que l’on porte le tissu peigné.
- FILAI EU RS ET FABRICANTS DE TISSUS DE LAINE DU PORTUGAL.
- Nous avons en Portugal quinze exposants dont cinq grandes compagnies particulières pour la fabri-
- cation des tissus de laine : celles cl’Alemquer, d’Aren-tella, d’Ârroyos, de Campo-Grancle, et la Companhia manufactora de artifactos, de Malha, ayant toutes leur siège central à Lisbonne. Les autres fabricants qui figurent au Champ de Mars sont : — MM. Alçada et Mouzaco, de Corvilha; — Francisco Luis d’Al-meïda (de Lisbonne); —Gregorio Balthazar (de Corvilha) ; — Antonio Augusto Lopez da Costa (de Moimenta da Serra) ; — Bernardo Daupias et Cil‘ (de Lisbonne); — Francisco José Lopès (de Lisbonne); — Campos Mello et Innas (de Corvilha) ; — Ramito et Mesquita (de Lisbonne) ; —José Rodriguès Rogeiro (de Corvilha); — et José Mendès Veigu (de Corvilha). Nous relevons là des draps peignés légers pour vêtements, châles frangés à carreaux, tissus pour confections de dames, draps de billards, casi-mirs, draps imprimés, cheviots, diagonales, tissus pour livrées et uniformes, etc.
- La plupart des provinces de ce pays ont d’ailleurs une fabrication qui leur est propre. Dans celle d’Alemtejo, par exemple, et notamment dans le district de Portalègre, on produit des couvertures, étamines, ceintures, draps dits saragoça, châles et jupons de couleurs consommés dans le pays. — Dans la province d’Algarve, l’industrie de la laine offre un caractère purement domestique : quelques centaines de métiers y produisent de la bure et des couvertures.
- La province de Beïra nous présente cette industrie dans son pins grand développement : dans la Haute-Beïra, les districts de Coïmbre et de Vizeu fabriquent, dans la petite industrie, des draps saragoça, des draps de couleur à rayures et carreaux, de l’étamine et de la bure; dans la Basse-Beïra, c’est au contraire, la grande industrie qui domine, notamment dans la ville de Corvilha, qui produit des casi-mirs, de la castorine, des draps dits raglans, de la sérafme, des tissus à carreaux de couleur, etc. Lisbonne et Porto fournissent les mordants pour la teinture; l’Espagne, l’indigo, la garance et la cochenille; les environs de Corvilha, l’écorce de noyer; les localités du district de la Guarda, le pastel; Villa-Nova de Foscoa, le pastel, et les communes de la frontière d’Espagne, le savon. Le district de Guarda, compris dans la même province, a aussi de nombreuses fabriques de drap.
- Le Brésil et les colonies portugaises sont les débouchés des produits de cette industrie.
- Supplément a l Industrie textile du 15 Juillet.
- •J9* Fascicule.
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- F ILATEURS ET FABRICANTS DES TISSUS DE LAINE DES ÉTATS-UNIS.
- Sept exposants en tout : un seul pour les étamines, — The united States Bunting G0, de Lowell, — et six fabricants de tissus de laine peignée pour robes : — the Arlington Mills, de Lawrence; — MM. Walter Brown Son et C°, de Boston ; — Justice, Baleman et C°, de Philadelphie ; — James Lynck, de New-Yorck; — William Mac Naughnon’s sons, de New-Yorck ; — et The Middlesex Mills, de Lowell. Rien de bien intéressant ni de bien nouveau.
- La première manufacture de tissus de laine établie aux États-Unis fut fondée à Hartford (Connecticut), en 1791, c’est-à-dire à l’époque où le gouvernement américain établit le premier tarif destiné à protéger ses fabriques. Mais ce fut seulement vers 1813 qu’une Société, qui se forma à Gashen, organisa un établissement pour la fabrication des lainages. Cette Société ne réussit pas, car le rétablissement de la paix en Europe eut pour résultat d’inonder le marché américain de produits anglais et la força de se dissoudre ; mais quelques années plus tard de nombreux établissements se montaient dans la Pennsylvanie, le Vermont, le New-IIampshire et le Massa-chusets.
- D’après le recensement de 1880 les États-Unis possèdent *2,680 établissements qui travaillent la laine, dont 1,990 pour la laine cardée — (sont compris dans cette catégorie les feutres, tapis, articles de bonneterie, etc.), —et 696 pour la laine peignée; 161,489 individus étaient occupés dans cette industrie, dont 86,504 dans les établissements de laine cardée, 18,803 dans la fabrication des tapis, 28,817 dans la bonneterie et le reste dans les manufactures de chapeaux de feutre.
- Signalons à ce propos la dernière statistique relevée pour l’industrie lainière au Canada, pays voisin
- Colonies anglaise MÉTIERS. 5 BROCHES. Z|00
- Manitoba 5 680
- New-Brunswick 136 5.500
- Nouvelle-Écosse 122 9.550
- Ontario 2.661 166.220
- Ile du Prince-Édouard... 70 3.360
- Québec • 861 37.760
- Total........ 3.658 201.270
- FILATEURS ET FABRICANTS DE TISSUS DE LAINE DE LA RÉPUBLIQUE ARGENTINE.
- La République Argentine ne compte pas moins de trente-trois exposants de tissus de laine ; la plupart ont envoyé des ponchos et couvertures du pays, quelques-uns des dessus de lits, châles en vigogne, cache-nez, tentures, etc. Citons entre autres : — MM. L. Cardozo, Diez et Quevodo, I. Espinoza, Rich. Isamendi, J.-L. Montezanes, II. Morioni, M. Salas, etc., tous de Salta; — J. Granada, de Formosa; — M. Malbran, d’Andalgala, etc.; — sans compter les commissions auxiliaires de Catamarca, Cordoba, Corrientès, Rosario de Lerma, Santiago del Estero, Tucaman, etc. Mais l’exposition la plus remarquable est celle de M. Adrien Prat, de Buenos-Ayres, qui a monté dans cette ville une usine occupant quatre cents ouvriers et comprenant lavage, filature (neuf cents broches), tissage, teinture et apprêt. Il expose ici toute une série de draps pour l’armée et les chemins de fer et des couvertures de voyage aux dessins éclatants. Dans un pays où l’on ne trouve aucune des ressources des grands centres industriels d’Europe, l’exemple de M. Prat est à signaler tout particulièrement.
- Quelques exposants nous montrent, en outre, de curieux spécimens de fils à la main; c’est ainsi que la commission auxiliaire de Formosa nous fait voir de la laine filée par les sauvages, — la commission auxiliaire de San-Rafael (Mendoza), des fils de laine de Guanaco, etc.
- Nous avons déjà dit que la République Argentine était le pays du monde qui renfermait le plus grand nombre de moutons; nous avons trouvé à ce propos, dans un coin du pavillon de cette république, un tableau graphique de M. Gabriel Carasco indiquant le nombre de moutons existant dans les principales contrées du globe par 100 habitants; nous en donnons ci-dessous la traduction, tout en faisant remarquer que l’auteur n’indique pas sur quelles données il se fonde pour arriver à ce pourcentage :
- MOUTONS
- par 100 habitants.
- Belgique.......................... 6
- Suisse............................ 16
- Australie........................ 17
- Hollande......................... 21
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- A L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1889.
- 527
- MOUTONS
- par 100 habitants.
- Suisse, Italie................. 30
- Allemagne.................. U1
- France......................... 59
- Russie, Portugal, Hongrie... 62
- Danemark.........„............. 78
- États-Unis..................... 87
- Nonvège.................... 92
- Angleterre................... 105
- Espagne....................... 131
- République Argentine....... 2.387
- T ISSUS D E LAINE DU JAPON.
- Le ministre de la guerre à Tokio a exposé de beaux spécimens de draps et flanelles de la fabrique de Sendjon, propriété de l’État japonais. La grande concurrence qu’a à supporter l’industrie de ce pays lui vient de l’Angleterre et de l’Allemagne. Mais le Japon fait actuellement pour la laine les mêmes efforts que pour le coton, et ces derniers commencent à être couronnés de succès ainsi que nous l’avons fait remarquer à nos lecteurs en étudiant l’exposition des fils et tissus de ce textile.
- TISSUS DE LAINE DU MEXIQUE.
- Le Mexique n’a pas exposé, mais nous devons mentionner ce pays en raison de l’extension que semble y devoir prendre l’industrie lainière. Quatre fabriques travaillent ce textile; elles sont situées dans l’État de Puebla; la laine qu’elles emploient est purement indigène. Ce sont celles de Conception (1,300 broches), Telarania (1,200 broches), El Cristo (1,2Û0 broches) et El Allô (000 broches). Ces fabriques produisent à l’année 150,000 à 200,000 zarapes, du prix moyen d’une piastre à une piastre et demie; 8,000 couvertures valant de 17 à 18 réaux; 8,000 à 10,000 frazadas oscuras pour les Indiens valant douze réaux la pièce, et 100,000 à 120,000 douzaines de rebozos valant depuis 25 s. jusque 5 p, la pièce.
- TISSUS DE LAINE DU CHILI.
- Dans le pavillon du Chili, nous relevons, au nom de quatre exposants, quelques mantes de laine et tissus cardés de qualité commune envoyés par MM. Segundinaet PaulinaEscaray, d’Antofagasta ; — la fabrique de tissus de laine de Santiago ; — Galle-guillos frères et Juana de Hernandez, tous deux de Victoria.
- TISSUS DE LAINE DE L’ÉQUATEUR.
- Signalons encore ici cinq exposants : la Commission coopérative d’Àmbato (couvertures de laine) ; — la Commission coopérative de Quito (ponchos); — M. Manuel Jijon, de Quito (casimir); — M. Manuel Palacios, de Quito (couvertures) ; — et M. Léopoldo Salvador, de la même ville (molletons).
- Rien de bien remarquable et exposition simplement destinée à donner une idée de l’industrie indigène.
- CHAPITRE IX
- Les fils et tissus de soie.
- S’il faut en croire les Chinois, ce seraient eux qui, plus de deux mille ans avant Jésus-Christ, auraient les premiers connu l’art d’élever le ver à soie et d’en filer le cocon : cette industrie aurait été inventée par Siling-Chi, femme de l’empereur Hoang-Ti (2698 ans avant J.-C.). Il est question de la soie dans les documents les plus anciens que possède ce peuple : le Chou-Kim.j, rédigé par Confucius, mentionne un tribut de soie sous le règne de Yu (2022 ans avant J.-C.); le Tcheou-li, sorte de recueil de rituels et règlements écrits au xiic siècle avant notre ère, parle de l’obligation imposée à l’impératrice et aux femmes de la cour de porter toute leur attention sur la cueillette de la feuille du mûrier, l’éducation des vers, le tirage et le tissage de la soie ; et le Chi-Kimj collection d’odes antérieures au vie siècle, parle de tissus de brocart, et nous montre les habitations entourées de mûriers. A ces diverses époques, on n’emplovait les étoffes de soie que pour les cérémonies religieuses ou la confection des étendards ; ce fut plus tard seulement que les empereurs commencèrent à s’en vêtir, puis les étoffes de soie remplacèrent la monnaie dans les transactions, et leur usage se répandit peu à peu dans le public.
- De la Chine, l’art du filage de la soie fut introduit en Corée deux cents ans avant Jésus-Christ, après la chute delà dynastie des Tsin, par des réfugiés du pays; puis de la Corée il passa au Japon, au moment
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- LES INDUSTRIES TEXTILES
- où, d’après l’historien chinois Ma-Touan-Li, l’empereur Won-Ti s’empara d’une partie de la péninsule coréenne, dans le premier siècle avant notre ère. Au me siècle il était introduit au Tonkin (alors Ji-Han).
- Les relations fréquentes des Chinois avec l’Asie centrale, et le commerce de ce peuple avec le Rho-raçan, la Bactriane, l’Inde, le Rhotan et la Perse, amenèrent les Romains à connaître les étoffes de soie. Parmi les traits de luxe inouï qui firent alors sensation, il faut citer l’emploi fait par César de voiles de soie pour garantir les spectateurs dans les jeux donnés à Rome en l’an A6 avant notre ère. On disait alors que ces tissus venaient de la Sérique, et les Chinois étaient désignés sous le nom de Sères, tous noms qui viennent sans contredit du nom de la soie, qui se disait sse chez les Chinois, que les Coréens prononçaient sfr, les Mandchoux sirghe et les Mogols sirket.
- Toutefois, on ignorait encore, à cette époque, en Europe, comment était produite la soie, car, si l’exportation des soieries était permise en Chine, la sortie des graines de ver à soie était sévèrement prohibée. C’est à peine si l’on savait qu’elle provenait d’une chenille; on trouve mention seulement de cette indication dans Pausanias auii® siècle et dans les écrits des pères et des docteurs de l’Église au ive siècle.
- Ce fut seulement au vie siècle, sous le règne de Justinien, que le ver à soie fut introduit en Europe. 11 fallut pour cela des circonstances particulières. Une princesse chinoise du ve siècle, en A19, avait été fiancée à un roi du Rhotan, dans l’Asie occidentale, et avait frauduleusement importé dans le pays des œufs de ver à soie. Deux moines persans, après avoir longtemps séjourné dans le pays, s’y instruisirent dans l’art d’élever le ver à soie et d’en retirer le fil qu’il produisait; ils vinrent confier à l’empereur que le fameux textile était produit par un ver dont l’acclimatation en Europe serait sans doute facile. L’empereur leur promit de grandes récompenses s’ils voulaient entreprendre à nouveau le voyage et lui rapporter ce ver; grandement alléchés par ces promesses, ceux-ci partirent et revinrent bientôt avec des graines de ver à soie renfermées dans un bambou. Arrivés à Constantinople ils les firent éclore dans du fumier et enseignèrent à ceux qui voulaient les entendre la manière d’élever le ver et d’en retirer le textile. Ils dotèrent ainsi l’empire grec, et principalement le Péloponnèse, d’une industrie qui devint bientôt très considérable.
- Longtemps les Grecs furent seuls à avoir le mono-
- pole de la soie; il n’v eut que la guerre qui put le leur retirer. Ce furent en effet des habitants de Cépha-lonie, Athènes, Thèbes et Corinthe qui, amenés prisonniers à Païenne en 1187 par le comte Roger, premier roi de Sicile, enseignèrent aux habitants de cette ville à élever le ver à soie. La Sicile ne fut pas longtemps à profiter de cette découverte, et bientôt Lucques, Florence, Bologne, Milan, Venise, acquirent une grande réputation pour la fabricatiou de leurs soieries.
- Au xiif siècle, les papes, qui possédaient le Comtat d’Avignon, y introduisirent le mûrier et le ver à soie; c’est à partir de ce moment que les tissus de soie furent connus en France. Il se monta quelques tissages là où on pouvait espérer avoir du fil, mais l’industrie proprement dite prit bien peu d’extension. Louis XI, en 1A80, comprit que ce n’était qu’avec des maîtres que l’on pourrait acquérir une certaine vogue dans la fabrication, et il fit venir de Grèce et d’Italie des ouvriers spéciaux auxquels il accorda de grands privilèges : ceux-ci s’établirent particulièrement à Tours. Cette ville fut longtemps le centre de la fabrication des soieries françaises, et donna son nom à certains genres d’étoffes encore bien connus aujourd’hui.
- Sous François Ier, en 1520, les guerres des Guelfes et des Gibelins nous envoyèrent d’Italie des ouvriers sans travail qui vinrent s’établir à Lyon : ce fut là le commencement de la prospérité de cette ville au point de vue industriel et du monopole qu’elle devait plus tard s’acquérir dans l’industrie des soieries. La cité était, depuis son origine romaine, une grande place de transit; elle formait l'un des nœuds principaux du commerce entre le Nord et le Midi, entre les Flandres et l’Allemagne, entre l’Italie, la Provence, la xMéditerranée etl’Orient; ses foires étaient célèbres, et l’on y pratiquait déjà les procédés les plus raffinés de l’art et du commerce.
- Mais ce ne fut que sous Henri IV qu’on commença véritablement à planter le mûrier et à élever le ver à soie dans les parties méridionales de la France. On connaissait alors en fait de soieries les doucettes, les marcelines, les gros de Tours : les brocarts et les tissus consistants ne vinrent que plus tard. Sully voyait alors de mauvais œil l’usage des soieries se répandre dans les classes élevées; il préférait,disait-il, « de vaillants et laborieux soldats à tous ces petits marjolets de cour revêtus d’or et de pourpre ». Olivier de Serres, cependant, n’était pas du même
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- avis, et croyait avec raison que la soie pouvait devenir une source de profits pour l’agriculture. Colbert, en 1666, pensait de même, et plus tard accordait à tout agriculteur qui plantait un mûrier dans ses possessions une prime de vingt sols par arbre. Cette dernière mesure porta ses fruits : avant la révocation de l’édit de Nantes, Lyon comptait environ dix mille métiers à soie; mais cette mesure lui en fit perdre un grand nombre. Les deux tiers des ouvriers lyonnais émigrèrent, et la proscription française implanta à Crefeld et en Angleterre l’industrie que la proscription italienne avait amenée à Lyon.
- A cette époque, les tissus de soie étaient encore d’un prix inabordable, et seuls les grands de la cour et les riches bourgeois pouvaient en posséder. Le désir que beaucoup avaient de se procurer des étoffes façonnées et la difficulté de tisser ces étoffes en élevait encore le prix. Les métiers de tissage étaient alors assez compliqués et d’un maniement difficile; on n’y voyait que cordes et pédales, et plusieurs ouvriers étaient nécessaires pour la manœuvre de ces engins; on y employait plus particulièrement des jeunes filles dites tireuses de lacs, et des ouvriers alors appelés, comme aujourd’hui, canuts, obligés de conserver toute la journée des positions fatigantes et peu naturelles qui déformaient leurs membres et abrégeaient leur vie. On sait que ce fut Jacquart qui, en 1800, par l’invention de son métier, vint metire un terme à cette situation. Aujourd’hui le métier Jacquart est répandu partout, mais il arriva de son appareil ce qu’il advient des meilleures inventions : le jury de l’Exposition de 1801, à laquelle il l’avait envoyé, lui donna comme encouragement une médaille de bronze « comme invention, dit le rapport, d’un mécanisme qui supprime un ouvrier dans la fabrication des tissus brochés ». Le célèbre inventeur ne pouvait faire mentir le proverbe ; Nul n’est, prophète en son pays.
- 11 nous semble qu’une industrie aussi importante que celle des soieries exige que nous nous arrêtions avec quelques détails sur les diverses transformations qu’elle a subies depuis les premiers temps de son introduction en France. La Chambre de commerce de Lyon, à l’obligeance de laquelle nous sommes heureux de rendre hommage, nous a, sur notre demande, communiqué, à ce propos, une Notice assez étendueet des plus intéressantes sur l’industrie de la soie en France avant et après 1789, et nous a autorisé à en
- faire profiter nos lecteurs; nous l’en remercions vivement.
- « L’anniversaire des événements qui ont profondément modifié, il y a un siècle, toute les anciennes lois d’existence de notre production de soieries, — y est-il dit, — évoque presque invinciblement un retour vers le passé. Quel a été le sort de cette industrie d’art et deluxe qui, avant 1789, vivait, comme on l’a dit, « de l’église et du trône », et dont les étoffes somptueuses étaient, dans les costumes, comme le symbole des hiérarchies sociales? Comment s’est-elle pliée aux exigences d’une époque passionnée d’égalité et éprise du bon marché des produits? Quelle était sa situation il y a cent ans, et quelle est-elle aujourd’hui? Quelle somme de richesses représentait-elle dans l’ensemble des industries du pays, et quelle somme de richesses un nouveau siècle de labeurs lui a-t-il ajouté? C’est ce parallèle entre deux époques si pleines de contrastes que nous essayerons de faire. »
- Voici comment est retracée l’histoire de l’industrie de la soie avant 1789 :
- « Il faut consulter les rapports des inspecteurs des manufactures pour trouver les documents les plus authentiques sur l’état de l’industrie en France à la veille de la Révolution. Dans un état dressé par l’un de ces inspecteurs, Roland de La Platière, en 1784, on comptait alors de 28,000 à 30,000 métiers de soieries, savoir :
- A Lyon : 18,000 métiers, dont 12,000 en étoffes figurées;
- A Nîmes : 3,000 métiers;
- A Tours : 1,200 à 4,500 métiers;
- A Paris : 2,000 métiers, dont partie en gazes.
- « Le reste était disséminé à Avignon, qui, au xvu° siècle, possédait 1,800 métiers, dont 500 en damas et autres étoffes façonnées, à Rouen, à Marseille, à Toulouse, à Narbonne et autres lieux. 11 y avait de plus à Lyon, à Saint-Chamond, à Saint-Étienne, à Paris, à Tours, etc., 12,000 métiers au moins de rubans, galons et autres objets de passements; — 17,000 à 18,000 métiers de bas de soie et de filoselle à Montpellier, à Ganges, à Lyon, à Paris, à Nîmes, à Dourdan, dans l’Ile-de-France. Enfin, indépendamment des dentelles d’or et d’argent des manufactures de Paris et de Lyon, les dentelles de soie noire qui faisaient l’objet d’exportations considérables en Espagne, en Portugal, en
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- Allemagne, en Hollande, étaient devenues l’objet d’une fabrication plus ou moins importante sur plusieurs points de la France, notamment à Fontenay, à Montmorency, à Gisors, à Saint-Pierre-ès-Champs, etc.
- « Ges diverses industries transformaient annuellement, en moyenne, 1,250,000 à 1,300,000 kilogrammes de soie; la moitié à peine était produite par les 6 à 7 millions de kilogrammes de cocons récoltés clans le Midi de la France ; l’autre moitié était importée du Piémont et de l’Italie par le Pont-du-Beauvoisin ; des Deux-Siciles et du Levant par Marseille; de la Perse, de Nankin, de Chine, par Londres, Stockholm et Copenhague. Ces estimations paraissent toutefois devoir être considérées comme un maximum exceptionnellement atteint.
- « Les années qui précédèrent la Révolution devaient être une période d’épreuves pour l’industrie de la soie. Les modes anglaises, Y anglomanie, comme on disait alors, faisaient la guerre aux soieries; les mousselines, les linons et les basins dans le costume des femmes, les draps dans le costume des hommes, avaient détrôné le velours, le satin, le taffetas; et lorsqu’en 1788 un état des métiers est dressé par les ordres des consuls de Lyon, on ne trouve plus que l/i ,782 métiers, dont 5, A A 7 vacants, et 9,335 métiers travaillant, savoir :
- Métiers à tire..........
- — à velours.......
- — de façonnés.. .
- — de plein........
- — de gaze et crêpes
- Total.......
- « A ce moment, la consommation de la soie en France s’élevait de 10,600 à 112,000 balles représentant une valeur de 30 à 33 millions de francs. Saint-Étienne, Saint-Charnond, Paris et Tours consommaient de 2,500 à 3,000 billes ; il réstait donc 8,500 à 9,000 balles pour les fabriques de Lyon.
- « Ces soies se vendaient la livre, en 1789, à Lyon:
- Les organsins de Piémont et d’Italie........ 27 à 32r
- Les organsins de France..................... 25 30
- Les trames de Naples, Milan, Parme et Venise 22 26
- Les trames de Florence...................... 23 28
- Les soies grèges d’Italie, des Deux-Siciles et
- du Levant............................... 16 20
- Les soies grèges de France.................. 17 21
- Les soies grèges de Nankin (Chine).......... 20 24
- La filoselle ou galette ................... 6 7
- Les douppions d’Italie ou de France........ 8 9
- « Les soies de France passaient pour être les plus
- belles du monde : « Il n’y a point d’organsins com-« parables à ceux du Yivarais, du Dauphiné et de la « Provence, dit M. Verninac, préfet du Rhône, dans « sa Description physique et politique du dèparte-« ment du Rhône, publiée en l’an X. Les trames du « Dauphiné, de la Provence et du Languedoc, F émet portent sur celles de l’étranger. Ainsi la France n’a « rien à désirer, ni quant à l’art de mettre la soie « en valeur, ni quant à la qualité de la soie. Mais « ce qu’elle récolte de ses qualités premières est « loin de suffire aux besoins de ses manufactures. « Elle est obligée d’appeler à son secours les organ-« sins du Piémont et de Bergame, les trames de « Yicence et de Parme, et les petites soies de Sicile, « du Levant et de Nankin. Mais ajoute-t-il, puisqu’il « est impossible de s’en passer, peut-être le gouver-« nement devrait-il autoriser la sortie du numéraire « pour les acquitter. L’Allemagne et le Nord le rem-« placeraient abondamment en soldant les marchan-« dises que les matières premières, causes de cet « écoulement de numéraire, nous mettent à même « de leur adresser. »
- « La fabrique des soieries est, en effet, depuis longtemps déjà, une grande industrie d’exportation. Les trois quarts des hb à 50 millions de francs qu’elle produit annuellement sont destinés à la foire de Leipzig, son plus important débouché, et à la Russie. Seule, elle a fait rentrer, en trois ans la plus grande partie des capitaux engloutis sous le règne de Louis XV, dans nos guerres malheureuses avec l’Allemagne. Aussi, quelques années plus tard, Mayeuvre, rappelant au Conseil des Cinq-Cents, dans la séance du 8 fructidor an VII, la grandeur déchue de la fabrique lyonnaise, pouvait-il dire que, par son industrie « dont l’univers « d’un pôle à l’autre » était tributaire », elle « valait « autant à la France que la plus riche colonie ».
- « Si, à la fin du siècle dernier, l’art de la soie est répandu sur plusieurs points du territoire, c’est chez nous qu’il a trouvé le milieu le plus favorable à son épanouissement. Fille de l’industrie italienne, l’industrie lyonnaise ne se contente pas de copier servilement le passé et de marcher dans le sillon que Florence, Gênes, Lucques et Venise ont tracé devant elle. Dès le xvne siècle, les métiers qu’elle a inventés lui ouvrent des horizons nouveaux ; elle se dégage des réminiscences italiennes et crée un art décoratif original.
- « Des dessinateurs qu’on n’égalera plus font oublier les magnilicences de l’art oriental et les
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- charmes de l’art gothique. Un élève de Lebrun, le peintre Jean Revel, après avoir découvert, avec les « points rentrés », des transitions de nuances et des gradations de coloris inconnues avant lui, transporte sur 1’étoffe les plus superbes interprétations de fleurs naturelles dans 1 q Marché de Paris et Vile de Cytlière.
- « Sous Louis XV se révèle cette élégance aisée et facile, cette fantaisie aimable qui donne un cachet de distinction originale même aux caprices dépravés de la mode. Si, comme l’a dit quelque part M. Arsène Houssaye, « l’art doit être l’expression des rêves de « l’esprit et des battements du cœur de chaque géné-« ration », ces navires aux mâtures ornées de fleurs, ballottés sur des flots de corail et de nacre ; ces entrelacs de branchages peuplés de personnages et d’oiseaux fantastiques, ces chinoiseries mises en honneur par la marquise de Pompadour, montrent avec quelle fertilité inventive des dessinateurs comme Pillement, Douait, Donnât Nonnote, excellent à approprier l’ornementation des étoffes au goût du jour. Mais ces satisfactions données aux caprices éphémères de la favorite royale, nos fabricants reviennent aux grandes traditions artistiques avec Gally Gallien, à la fin de du règne de Louis XV, et avec Philippe de La Salle, dont les hardies conceptions resteront l’expression la plus haute de l’art décoratif appliqué aux tissus.
- « Philippe de La Salle, dessinateur doublé d’un mécanicien, perfectionne lui-même le métier, au moyen duquel il traduit sur l’étoffe, avec la navette comme avec un pinceau, tantôt ces tendres idylles, ces poétiques pastorales telles que la Jardinière, encadrées de rinceaux du plus pur Louis XVI, tantôt ces magnifiques compositions, chefs-d’œuvre de coloris, de grâce et de distinction qu’on appelle le Faisan, les Perdrix, le Panier fleuri.
- « C’est aux sources pures, dans l’étude passionnée de la nature où se trouve le principe de tout renouvellement et aussi de toute règle dans l’inspiration, que ces « Raphël de la mode », comme on a pu les appeler, ont trouvé le secret de cette largeur de composition, de cette élévation de style, de cette correction de dessin qui donnent la valeur d’une véritable relique d’art à des lambeaux de soie tissée, que les grandes collections publiques se disputent de nos jours. En s’enrôlant sous la bannière industrielle, ils ne craignent pas de déroger; ils y trouvent quelquefois la fortune, toujours la considération et les honneurs. Philippe de La Salle est anobli par Louis XVI.
- « C’est à Lyon que l’art a tout d’abord contracté, avec l’industrie, cette alliance étroite qui devait être proclamée beaucoup plus tard.
- « Aussi, avec quel orgueil les auteurs lyonnais de la fin du xviiih siècle parlent-ils de notre industrie! « C’est, dit l’un d’eux, dans tes murs et au milieu « des places publiques que je voudrais voir élever « des statues à tous les hommes célèbres que tes « manufactures ont enfantés; laisse à d’autres le soin « d’en ériger à ces héros qui ont dévasté la terre et « l’ont remplie du bruit de leurs exploits meurtriers. « Que dans ton enceinte consacrée à l’utilité générale « et au bien public, on ne voie que des monuments « élevés aux arts d’industrie, propres à éterniser la « mémoire de tes habiles négociants, des dessina-« teurs de génie, des artistes dont les noms sont « dignes de passer à la postérité. »
- « LVlmiration et en même temps l’attachement que les Lyonnais professent pour leur industrie déborde dans le lyrisme excessif de ce langage. Avec quelle sollicitude et quelle vigilance inquiète ne veillait-on pas à la conservation de ce précieux patrimoine, legs de trois siècles d’efforts accumulés! Les « manufactures distinctives » de la ville de Lyon, comme on les appelait, personnifiaient plus encore qu’aujourd’hui l’aciivité industrielle de notre vieille cité. Les nombreuses cités qui sont venues se grouper autour d’elles pendant le cours du xixÈ siècle n’existaient pas encore ou n’étaient qu’à l’état d’embryon. Vandermonde, dans son rapport de 17Qà à l’Assemblée nationale, estimait qu’à la veille de la Révolution la fabrique des soieries représentait les sept huitièmes de la totalité du travail à Lyon, et les là,782 métiers recensés en 1788 donnaient du travail à 58,500 ouvriers de tous genres. C’était presque la moitié de la population de notre vide, et toute prospérité dérivait de la prospérité du tissage.
- « Mais cet attachement, disons mieux, ce culte des Lyonnais pour leur industrie était fait de quelque chose de plus élevé que de l’intérêt. Cette « grande manufacture de draps d’or, d’argent et de soie », était le produit d’un long passé d’efforts, de sacrifices et de dévouements. Nos ancêtres aimaient passionnément leur industrie, non seulement parce qu’elle était déjà pour eux un héritage de gloire, mais encore parce qu’ils avaient souffert pour la soutenir et la conserver.
- « D’après les lambeaux épars de l’histoire de la Fabrique lyonnaise qui nous sont connus, on peut
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- voir que, de tout temps, ni les inquiétudes, ni les épreuves ne lui ont manqué.
- « A peine arrive-t-elle à l’adolescence, héritière désormais incontestée, mais très jeune encore, des fabriques italiennes, que la révocation de l’Édit de Nantes en 1685 vient la mettre à deux doigts de sa perte. Des colonies de tisseurs vont essaimer en Angleterre, en Suisse, en Hollande, en Allemagne. Celles qui partent des villes placées depuis 1667 sous le régime des règlements de Colbert ne paraissent pas, comme on l’a si souvent écrit, avoir été très nombreuses, car ces règlements exigeaient la profession de la foi catholique pour arriver à la maîtrise. Mais les franchises et les privilèges attachés à ses quatre grandes foires avaient fait affluer dans notre ville, devenue un des premiers marchés financiers de l’Europe, de nombreux banquiers suisses et allemands. Ces banquiers avaient fondé des comptoirs à côté des comptoirs italiens dps Médicis, des Sforza, des Mascranny, des Fazzi, etc ; ils passent en masse la frontière. L’industrie de la soie réclamait de gros capitaux; ces capitaux émigrent avec ces exilés qui cherchent à payer l’hospitalité-étrangère en apportant à leur nouvelle patrie les arts et les industries de la France.
- « Notre ville avait compté jusqu’à 10,000 métiers de soieriers et 8,000 métiers de rubans, galons et passements, et, avec Saint-Étienne et Saint-Cha-mond, elle occupait, quelques années auparavant, 28,000 ouvriers à « l’art de la soyerie » ; elle n’occupait plus, comme on le voit dans une déclaration du Consulat conservée dans les Archives de l’hôtel de ville, que 10,000 ouvriers à peine à la fin de l’année 1701.
- « La révocation de l’Édit de iSantes, à laquelle viennent s’ajouter les tristesses de la fin du règne de Louis XIV, va-t-elle chasser au xvir siècle l’industrie dont les dissensions intestines des Guelfes et des Gibelins ont doté notre ville au xve? Les Lyonnais feront face à l’orage, et il faut lire dans cette même déclaration de 1701 l’exposé des prodiges de charité qu’une généreuse émulation dans l’abnéga-lionet le dévouement entre le Consulat et la population tout entière réalise, pour lutter contre le malheur des temps et parer à l’émigration menaçante des ouvriers.
- <( La « Maison de la Charité » et l’Hôlel-Dieu s’endettent pour voter des secours; les recteurs, les administrateurs, les trésoriers font perpétuellement des avances qui, pour ceux-ci, s’élèvent jusqu’à cin-
- quante mille francs chacun ; le Consulat, a ne pouvant « suppléer entièrement », fait assembler les bourgeois et marchands « chacun dans leur paroisse » et ceux-ci établissent des notables chargés de quêter dans toutes les maisons « en état de faire des au-« mènes »; chaque particulier «se taxe suivant ses « forces », et ces « aumônes volontaires montent à « environ vingt-mille livres par mois qui sont distri-« buées avec attention et économie, tant eu denrées « qu’en argent » .Tous ces dévouements se prodiguent « particulièrement en faveur de nos pauvres ouvriers « et pour soutenir nos manufactures. »
- « Soutenir nos manufactures », voilà le programme, la grande pensée, la préoccupation suprême. C’est sur elles que repose tout l’espoir de notre grande cité; tous les cœurs battent à l’unisson quand il s’agit de les sauvegarder. Et de nos jours encore nos tisseurs ont conservé comme une place à part dans les préoccupations publiques : les crises ouvrières qui les frappent gardent le privilège d’émouvoir davantage, de provoquer un plus grand élan de charité que les souffrances, non moins dignes de sympathies, des ouvriers des autres industries.
- « Ces efforts ne resteront pas vains. Ils devront être souvent renouvelés plus tard, pour une industrie de luxe, industrie d’exportation par surcroît, qui, comme telle, avait à compter non seulement avec les fluctuations de la richesse publique, mais encore avec les fortunes de guerres incessantes lui ouvrant ou lui fermant tour à tour ses débouchés. Mais aucun sacrifice ne coûtera pour retenir à Lyon, pendant les mauvais jours, les ouvriers tisseurs de soieries, et la fabrique lyonnaise écrira au xvme siècle la page la plus brillante de son histoire.
- « Le nombre des métiers recensés à Lyon par les maîtres-gardes de la communauté se relève à 8,381 en 1739, à 9,A0à métiers en 1752, à 11,007 métiers en 1768, et de 15,000 à 18,000 métiers de 1780 à 1789.
- « Les ruines de 1685 ont été relevées. Ce coup d’adversité eût pu être fatal et irréparable, comme l’avaient été, pour Lucques et pour Florence, les rivalités des Guelfes et des Gibelins, deux siècles et demi auparavant. Au lieu de l’abattre, l’épreuve devait la tremper davantage. Les réformés n’ont pas pu emporter avec eux les traditions d’art et de suprême élégance qui resteront jusqu’à nos jours notre attribut réservé. C’est pour les étoiles d’un ordre inférieur que les fabriques de Spitalfields, en Angleterre, de Harlem, en Hollande, de Bâle et de
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- Zurich, en Suisse, de Berlin, de Crefeld, en Allemagne, entreprennent d’engager la lutte avec les fabriques françaises. Dès cette époque, Lyon fait en quelque sorte l’apprentissage des rivalités avec lesquelles elle aura à se mesurer pendant le siècle suivant, et cette précoce initiation n’aura pas été sans profit pour elle.
- « Sous l’étreinte de ces rivalités naissantes, la Manufacture lyonnaise, qu’llenri IV et Louis XIII avaient, par lettres patentes de 1605 et de 16A1, exceptionnellement exemptée « des longueurs, frais « et dépens de chefs-d’œuvre qui se pratiquaient « dans les autres villes », s’applique à desserrer les mailles étroites dans lesquelles les règlements de Colbert essayent de l’emprisonner. Sous la pression de la nécessité, la discipline de ces règlements, si tyranniques sur le papier, s’accommode, en fait, aux exigences des circonstances, et notre industrie conserve une grande part de cette liberté par laquelle elle s’est implantée et a prospéré sur notre sol. Tantôt ce sont des étoffes nouvelles non prévues par les règlements, comme les fillatrices, les popelines, les raz de Saint-Maur, les camelots, etc., que les maîtres-gardes obtiennent, en 1690, la permission de fabriquer; tantôt c’est le Consulat, investi par d’anciens privilèges communaux de la souveraineté la plus étendue, qui interprète « sous le bon plaisir », plus nominal que réel, du roi et du Conseil d’État, tel ou tel article des statuts de la corporation. Le Corps de la fabrique lui-même a rédigé tous les règlements sanctionnés par le pouvoir royal, y compris ceux de Colbert. Ceux-ci deviennent-ils gênants, la communauté les modifie, les remanie, les transforme et les amende à son gré. Delà cette versatilité de statuts, de règlements, d’arrêts du Conseil, de lettres patentes souvent contradictoires, se superposant les unes aux autres et relâchant singulièrement, pour le plus grand profit de la liberté du travail, les entraves de ce réseau compliqué de prescriptions.
- « Aussi combien nous sommes loin, au xvme siècle, de l’étroite servitude des premiers règlements du xvie siècle ! Sous l’empire de ces règlements, en 1580, comme en font foi les registres consulaires de l’époque, les quatre maîtres de métiers de l’art de la soie saisissent chez des ouvriers des pièces de velours tramées fil et tramées lin, « ce qui, disent-ils, est un « grand déshonneur et un grand scandale dans cette « ville ». Le 15 juin 1737, le Consulat décerne des louanges à un fabricant qui a présenté des échan-
- tillons d’une étoffe mélangée soie et coton, de bonne qualité, où il entre un « vingt-cinquième de soie en « chaîne », et il lui accorde une prime, considérable pour l’époque (6,000 livres), pour la fabrication de cette étoffe nouvelle, nommée levantine.
- « Que les esprits et les temps sont changés! Dès ce moment, la Grande Manufacture de draps d’or, cVargent et de soie, conserve ses préférences pour les étoffes savantes de contextures, rehaussées par le dessin et le coloris ; mais elle comprend déjà que la recherche du goût ne doit pas exclure l’abaissement des prix; elle s’efforce d’approprier ses étoffes aux besoins d’une consommation plus étendue et plus générale, et elle cherche, en même temps, dans ses instruments detissage, les simplifications propres à abaisser le coût de la production, à diminuer la fatigue et à réduire le nombre de ses ouvriers.
- « En 1687, Galantier et Blache, originaires d’Avignon, ont monté le métier à petite tire, à boutons, auquel, au dire d’un auteur spécialement compétent, Paulet, Lyon doit plus de cent cinquante étoffes nouvelles.
- a En 1720, Garin invente une machine qui facilite le tireur de lacs dans la grande tire, et obtient pour l’exploitation de cette machine un privilège de cinq ans, avec prime de vingt écus pour chaque machine utilisée.
- « En 1725, Basile Bouchon, précurseur de Jacquart, imagine, pour le tissage des étoffes à petite tire, l’aiguille qui lira, sur un papier sans fin, le dessin produit par des trous percés sur ce papier. De 1728 à 173A, il perfectionne ce métier, substitue au papier des cartons enlacés et le rend, mais trop coûteusement, propre à la fabrication des grands dessins.
- « En 17ÛA, Vaucanson supprime le presseurde lacs du métier Falcon et invente le cylindre appelé à garder plus tard son nom, sous la nouvelle forme carrée, dans le métier Jacquart.
- « En 1766, Ponson, ouvrier tisseur, invente pour la fabrication des armures, le métier à accrochages que Verzier perfectionnera un peu plus tard, en vue de la fabrication des petits façonnés,
- u Chacun a apporté son concours à l’œuvre commune ; — les fabricants, en poursuivant la recherche de nouveaux tissus; — le Consulat, en favorisant l’initiative de tous les progrès ; — les dessinateurs, en sollicitant la consommation par des créations incessantes ; — les teinturiers, en découvrant de riches i couleurs; — les ouvriers, en perfectionnant sans relâche l’outillage de la production.
- Supplément a l Industrie textile du 15 Août.
- 30e Fascicule.
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- « On sent qu’une société, dont les mœurs seront différentes des mœurs de l’ancienne société française, est en formation. Les modes changent rapidement; le luxe devient l’apanage d’un plus grand nombre; la vogue des indiennes et des étoffes imprimées, l’adoption des papiers peints pour tentures, tout indique la voie dans laquelle l’industrie doit entrer.
- « L’évolution démocratique de l’industrie de la soie est commencée; notre fabrique a interrogé les exigences naissantes d’une consommation plus étendue; elle a déjà acquis une vision Très nette de l’avenir qui l’attend; elle est préparée à ses nouvelles destinées. »
- Voyons maintenant ce qu’est la fabrication des soieries à V époque actuelle :
- « On vient de voir comment l’industrie de la soie, et en particulier la fabrique lyonnaise avait employé le xviii® siècle, et elle pouvait à bon droit s’enorgueillir de son œuvre. Gomment a-t-elle utilisé le xixe siècle? Les documents statistiques que nous publions plus loin vont l’apprendre. Mais, pour bien juger la situation actuelle, il est nécessaire de remonter aux événements qui l’ont préparée : le présent est-il formé d’autre chose que des legs accumulés du passé?
- « Non contente, en quatre-vingt-treize, de disperser ses fabricants, d’anéantir ses capitaux, de fermer ses ateliers, la Révolution va changer toutes ses anciennes conditions d’existence : cette industrie, dont les produits ont été jusque-là l’emblème de la • suprématie sociale, va se trouver en présence d’une société nouvelle qui fait table rase des privilèges, nivelle les fortunes et appelle le grand nombre à l’aisance, comme à l’égalité politique. Désormais il s’agira moins de créer des étoffes somptueuses, remarquables par leur richesse, que d’arriver à les mettre à la porté de tous, s’il est possible. Les bornes de la consommation sont déplacées et reculées.
- « La fabrique lyonnaise, placée dans l’alternative de disparaître ou de se plier à cet ordre de choses nouveau se transformera avec une souplesse surprenante. Le nombre de ses métiers, tombé au-dessous de 2,500 pendant la tourmente révolutionnaire, s’est déjà relevé de 1809 à 1813, apogée de nos manufactures sous le premier Empire, à plus de 11,000 métiers en activité, produisant 27 millions de francs d’étoffes. On produirait davantage si les ouvriers tisseurs, décimés par les levées successives, étaient
- plus abondants. Mais à quel prix cette résurrection industrielle a-t-elle été achetée? Pour s’en rendre compte il faut lire la lettre que la Chambre de commerce de Lyon écrivait, le 26 novembre 1809, à son secrétaire, M. Mottet, à Paris, en le chargeant confidentiellement de signaler au Ministre de l’Intérieur la situation nouvelle faite à notre industrie : les fabricants lyonnais manquent de bras, ils s’arrachent les ouvriers, ils ne peuvent remplir tous les ordres qui leur viennent soit de l’intérieur, soit de l’étranger ; « mais que faisons-nous? dit cette lettre, de « l’étoffe indigne que le fabricant d’autrefois le plus « barbare n’aurait pas voulu avouer. Il sort de nos « ateliers la moitié de ces produits en marchandises « abjectes et que les fabriques de Suisse, de Prusse « d’Italie et d’Allemagne ne voudraient pas avoir « faites. Sont-ce là, ajoute la Chambre de commerce « de Lyon, les chefs-d’œuvre qui faisaient connaître « Lyon à tout le monde et qui lui donnaient la pré-« dominance dans l’Europe manufacturière? » Que faut-il admirer dans ce cri cl’alarme poussé au milieu d’une prospérité renaissante : les regrets que coûtent à nos industriels l’abandon des vieilles traditions, ou l’énergique résolution avec laquelle ces mêmes industriels changent leur orientation et font courber leurs préférences séculaires devant les exigences modernes?
- « Naguère, industrie d’art parfois, industrie de haut luxe toujours, la fabrique des soieries, sans perdre complètement son ancien caractère, — car des dessinateurs comme Bony, Berjon, Déchazelle ont recueilli l’héritage des Revel et desPh. de La Salle,— s’efforce de devenir une industrie de grande consommation.
- « Jacquart apparaît, et, par son invention, il ouvre, comme à point nommé, la voie du travail automatique et de la grande production manufacturière.
- « Le blocus continental avait, pendant quelques années, fait de notre ville le grand entrepôt européen des cotons du Levant ; notre industrie a appris à mieux connaître ce textile et à en tirer un meilleur parti. Lorsque la fumée des champs de bataille se sera dissipée et que partout on se remettra au travail pour réparer les calamités de la guerre, c’est encore Lyon qui, avant la Suisse et l’Allemagne, cherchera avec les mélanges de la soie et du coton à satisfaire les consommations appauvries. Le jury de l’Exposition nationale de 1819, où ces mélanges apparais-
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- sent pour la première fois, constate que cette industrie nouvelle, délaissée ensuite et reprise de nos jours, occupe près de la moitié des ouvriers lyonnais.
- « Gensoul, dès 1805, applique la vapeur à la filature des cocons, et c’est de Lyon que part le signal de cette grande et heureuse transformation. Singulière coïncidence : c’est par la plus délicate manipulation que se lève pour l’industrie de la soie l’aurore de la grande manufacture, c’est elle qui la première va initier à cette puissance naissante de la vapeur les populations des campagnes, où elle restera fixée à côté des magnaneries et des champs de mûriers. Plus tard, c’est encore à Lyon que le moulinage des soies à tours comptés automatiquement sera découvert.
- « Dès les premières années de la Restauration, les emplois inespérés et croissants des fils de bourre de soie dans les ateliers lyonnais inspirent la filature mécanique de ces déchets. Cette belle industrie naît tout d’abord dans le département de la Drôme, avant de se répandre dans l’Europe entière, entraînée loin de ses centres d’approvisionnements naturels de matières premières par la similitude de son outillage avec celui des industries des fils de laine et de coton.
- « Lorsqu’après 1850 une épidémie meurtrière décime les éducations de vers à soie dans le monde entier et évoque les plus désespérantes mais aussi les plus fausses prédictions, c’est en France qu’elle est vaincue par un savant illustre. M. Pasteur découvre, avec la rigueur des lois scientifiques, les règles qui doivent présidera la sélection des semences et régénérer la sériciculture dans le monde entier.
- « En dernier lieu, pour ne prendre que les grandes étapes de notre histoire industrielle du xixe siècle, n’est-ce pas encore la Fabrique lyonnaise qui, avec le concours inestimable de ses teinturiers, de ses imprimeurs, de ses apprêteurs, après avoir emprunté aux peuples de l’Orient la fabrication des foulards, applique, en les perfectionnant, les mêmes procédés aux tissus mélangés de coton, et invente, vers 1869-1870, cette jeune et déjà si vivace et si florissante industrie des étoffes teintes en pièce, dont l’étranger s’efforce de s’emparer.
- « L’industrie lyonnaise qui, auxxvif et xvme siècles, était restée cette industrie d’élégance raffinée que les autres fabriques cherchent vainement à déposséder en plagiant ses dessins, en soudoyant ses ouvriers,
- devient au xixe siècle, dans le domaine de la grande production et du bon marché, l’initiatrice de ces mêmes fabriques. Elle ouvre la voie, soit par les mélanges de divers textiles, soit par l’économie des matières premières ; elle provoque les améliorations de son propre outillage et de l’outillage de toutes les industries préparatoires de sa matière première; ses marchands de soie, commerçants et industriels à la fois vont initier l’Espagne, les pays du Levant, l’Inde, le Japon, la Chine, aux méthodes les plus perfectionnées de la filature de la soie.
- « Lyon n’est pas seulement le plus grand atelier du monde pour l’industrie de la soie, il est plus encore: il en est la grande école.
- « Nulle part, si l’on excepte les fabriques d’importance secondaire, comme les vieilles fabriques anglaises, résignées à se cantonner dans certains genres spécialement appropriés à ce mode de travail, et les fabriques américaines créées de toutes pièces par un régime protecteur à outrance; nulle part le tissage mécanique n’a acquis une aussi grande ampleur et n’a été appliqué à d’aussi nombreux tissus qu’à Lyon.
- « Une enquête dont les chiffres ont été puisés aux sources les plus sûres, puisqu’ils ont été relevéssur le rôle des patentes, nous appprend que, sur les 85,000 à 90,000 métiers quelle aoccupés en 1888, laFabrique lyonnaise a fait battre, tant à Lyon que dans les départements voisins, plus de 20,000 métiers mus
- mécaniquement, savoir :
- NOMBRE
- de métiers
- départements. mécaniques.
- l\hône...................... 2.215
- Isère1...................... 9.402
- Loire...................... 3.453
- Savoie...................... 1.019
- Ardèche..................... 1.001
- Drôme......................... 620
- Ain........................... 502
- llaute-Savoie................. 395
- llaute-Loire.................. 282
- Saône-et-Loire................ 235
- Vaucluse...................... 105
- Gard........................... 64
- Puy-de-Dôme.................... 26
- Métiers de tulle et dentelles
- desoie............,835
- Total.......... 20.154
- 1. Y compris 700 à 800 métiers d’étoffes travaillant à la fois pour Saint-Étienne et pour Lyon.
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- « Or, d’après les statistiques allemandes, la fabrique de Grefeld, la plus importante de l’Allemagne, qui trouve cependant, pour la fabrication spéciale du velours et de la peluche à bas prix, des conditions particulièrement favorables au tissage automatique, n’a occupé en 1888 que 3,810 métiers mécaniques à côté de 26,496 métiers à la main.
- « A Zurich, d’après la dernière statistique de la Société de l’industrie de la soie, on comptait, au 31 décembre 1885, A,122 métiers mécaniques seulement à côté de 20,808 métiers à la main.
- « La Fabrique lyonnaise ne s’est donc pas dérobée à la loi de la grande industrie. Cependant, et c’est là un de ces mille traits de mœurs industrielles qui déconcertent tant les étrangers curieux d’étudier notre industrie si insaisissable dans ses contrastes et son originalité, l’antique organisation du travail à Lyon a été respectée. Ces grands établissements sont, pour la plupart, l’œuvre d’industriels intermédiaires exécutant, sur un plus large théâtre, à l’exemple des chefs d’atelier de la Croix-Rousse, le tissage à façon. Des 188 établissements de tissage mécanique de la soie recensés dans notre région, sur le rôle des patentes de 1888, 34 seulement appartiennent en propre aux fabricants lyonnais; les J 54 autres ont été créés par des entrepreneurs de travail à façon.
- « Les fabricants lyonnais, habitués de longue date à s’affranchir du souci d’un matériel industriel, trouvent dans cette constitution originale qui survit aux petits ateliers, les avantages de la grande manufacture et en même temps une liberté d’allures précieuse pour une industrie dépendante de tous les caprices de la mode. Ainsi est née cette légende, si accréditée à l’étranger, que notre industrie est restée rebelle au régime des vastes organisations de tissage mécanique. Si l’on n’aperçoit pas les panaches de hautes cheminées fumantes sur le plateau de la Croix-Rousse, celles-ci peuplent les campagnes des dépar-ments circonvoisins où notre industrie remontant en quelque sorte à ses origines pastorales —telle qu’on la voit encore chez les peuples de l’Asie — avait déjà associé la culture des champs au tissage de la soie.
- a Dès les dernières années de l’Empire, les métiers ne restent plus agglomérés sur certains points de la ville, dans le quartier Saint-Just et sur les rives de la Saône, du xve au xvni0 siècle, —à la Croix-Rousse, Vaise, la Guillotière, les Brotteaux au xixe siècle. Le jury de l’Exposition nationale de 1819 constate déjà ! à propos des étoffes mélangées, « qu’il a fallu asso-« cier les campagnes, dans un rayon de plus de deux
- « myriamètres, à cette branche de la prospérité lyon-« naise ». Bientôt le mouvement se propage des faubourgs aux communes voisines, et le recensement prescrit par M. de Gasparin,“préfet du Rhône à la fin de 1833, nous apprend que, sur les 31,083 métiers recensés dans le département, 5,263 étaient déjà disséminés, à Tarare (1,170), à l’Arbresle (1,022), à Saint-Genis-Laval (958), à Neuville (784), à Limo-nest (320), à Saint-Laurent-de-Chamousset (21 4), à Givors (104), au Bois-d’Oingt (99), etc. Et M. Arlès-Dufour, dans une brochure publiée en 1834, estimait que, si l’on eût fait la même enquête dans les départements de la Loire, de Saône-et-Loire, de la Drôme, de l’Isère et de l’Ain, etc., on aurait trouvé plus de 9,000 métiers de soieries.
- « A ce moment, commence cette lutte ouverte entre les tisseurs urbains et les tisseurs de la campagne, qui fait explosion avec les émeutes sanglantes de 1831 et 1834. Mais l’impulsion est donnée et toutes les tentatives que les ouvriers lyonnais renouvelleront, à plusieurs reprises, en 1848, en 1869, en 1885, pour l’enrayer, ne feront qu’accélérer cet exode. Jl est imposé par les nécessités inexorables d’une concurrence étrangère grandissante et d’une production moins parfaite, mais à bas prix, rendue accescible aux femmes par les perfectionnements apportés à l’instrument de tissage.
- « Une évolution, disons le mot, une révolution aussi profonde ne pouvait pas s’accomplir sans des souffrances et des déchirements pour les ateliers à la ville, doublement frappés. Mais, s’il était besoin de la justifier, on pourrait dire que, dès le milieu de ce siècle, le tissage intra muros avait atteint le summum de sa production. Le rayonnement de notre industrie était tellement une loi de progrès économique que, même dans les périodes de prospérité comme celles qui ont précédé et accompagné la réforme écono-nomique de 1860, ou qui ont suivi la guerre de 1870-1871, tous les accroissements de l’outillage, soit à la main, soit mécanique, se feront en dehors de la ville ; et tandis qu’aujourd’hui il reste à peine dans notre enceinte urbaine 12,000 métiers de tissage, de 35 à 40,000 qu’on y comptait pendant la plus brillante période des étoffes façonnées et brochées, le nombre des métiers dans les campagnes n’a pas cessé de s’accroître.
- « A l’ancienne et grande unité du travail dans l’enceinte de la ville, la marche du temps a substitué cette trinité du travail à la main, dans la ville, avec
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- 12,000 métiers; du travail à la main, dans les campagnes avec 55,000 à 60,000 métiers, et enfin du lissage mécanique avec plus de 20,000 métiers, qui forment aujourd’hui, dans leur étroite alliance, les trois grandes assises de notre production manufacturière.
- « D’industrie exclusivement urbaine et locale qu’elle était autrefois, la Fabrique de soieries est devenue une industrie régionale, et elle étend ses rameaux dans un rayon de plus de 80 kilomètres.
- « Mais en irradiant ainsi de plus en plus, en perdant en intensité sur le vieux sol lyonnais ce qu’il gagnait en étendue dans le voisinage, le travail se raréfiait chaque année à Lyon et condamnait à un chômage chronique des ateliers, chaque année plus nombreux. De là à conclure à une déchéance de notre industrie, il n’y a qu’un pas. 11 a été d’autant plus aisément franchi que les faux prophètes prédisant l’éclipse prochaine de nos fabriques de soieries ne lui ont jamais manqué, même dans son propre sein, et que, numériquement parlant, l’effectif de notre industrie a un peu décru depuis quelques années. En 1873, en effet, on l’évaluait approximativement de 110 à 120,000 métiers, dont 6,000 métiers mécaniques.
- « Il importe autant, fût-ce même dans une Notice comme celle-ci, de se dégager d’un optimisme trop confiant que du scepticisme décourageant. On ne saurait oublier, cependant, qu’un métier mécanique fonctionnant équivaut à plus de trois métiers à la main occupés durant le même temps. Déplus les métiers mécaniques agglomérés dans de grands établissements tissent des étoffes réclamant des remaniements de montages moins fréquents ; de ce chef ils éprouvent des chômages moins nombreux et moins prolongés. Cette partie de notre outillage représente donc, comme quantité de tissus, l’équivalent de 75,000 à 80,000 métiers à la main. Et si on les ajoute aux 65,000 à 70,000 métiers à bras réunis, par exception, en usines, ou le plus souvent disséminés, épars dans les petits ateliers de la ville ou de la région, on reste convaincu que jamais les forces productrices de notre industrie n’ont atteint ce degré de puissance.
- « Un phénomène à peu près semblable s’est manifesté dans toutes les autres industries de la soie, notamment dans la filature et le moulinage.
- « Le moulinage comptait en 1875, 376,500 tavelles,
- | il ne compte plus, en 1888, d’après les rôles des
- patentes, que 263,534 tavelles; mais, soit par l’accroissement de la vitesse du travail, soit à cause de la perfection plus grande des soies grèges européennes ou asiatiques, la production de chacune des tavelles a, de l’aveu des hommes les plus compétents, doublé depuis quinze ans.
- « La filature était représentée, en 1875, par 27,253 bassines; elle n’est plus représentée, en 1888, que par 10,314 bassines ; mais l’amélioration de la qualité des cocons avec la régénérescence de nos anciennes races de vers à soie, l’emploi plus général des batteuses et des jette-bouts mécaniques, une division mieux entendue du travail pour la cuisson des cocons, etc., etc.; tout cela a doublé et, dans quelques cas, triplé le produit moyen de chaque unité de travail.
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- « Les apparences sont encore trompeuses quand on conclut de la diminution des valeurs de production ou d’exportation au déclin de notre fabrique de soieries. Les statistiques de production, dressées par la Chambre syndicale des soieries, donnent pour la moyenne des cinq dernières années 1884-1888, le chiffre de 367 millions de francs d’étoffes produites, alors que cette moyenne atteignait 450 millions de francs annuellement pendant la période 1871-1875; en même temps nos exportations de soieries, après avoir touché 438 millions de francs pendant la moyenne 1871-1875, ont fléchi à 220 millions de ^francs pendant la moyenne 1884-1888. Mais, faut-il le rappeler, les valeurs produites ne sont pas toujours le critérium de la puissance d’une industrie; le progrès marche souvent de pair avec le déclin des prix, et tel est le cas pour la fabrique de soieries depuis une vingtaine d’armées.
- « Grâce au relèvement des récoltes de soies européennes et à l’afflux des soies de l’extrême Orient, le prix de la soie a diminué de moitié; les mélanges de bourre de soie, de coton et de laine ont affaibli la valeur moyenne de nos étoffes; enfin le tissage mécanique est venu encore ajouter son économie à celle que nos industriels réalisaient sur leurs matières premières, et il arrive, sous ces influences réunies qu’une diminution de valeur cache une augmentation des qualités produites ; à telle enseigne que les 429 millions de francs de soieries françaises (y compris les passementeries et les rubans) exportées pendant la moyenne décennale 1867-1876, correspondent d’après les documents officiels à un poids de 3,697,388 kilogrammes de tissus de toute nature,
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- tan lis que les 234 millions de francs exportés en J 888 correspondaient à un poids plus élevé de 3.091,466 kilogrammes de tissus.
- « Ajoutons que les tableaux de l’Administration des douanes ne sont pas toujours le miroir fidèle de nos exportations. Des quantités importantes de soieries sont aujourd’hui expédiées à l’étranger par les maisons de Paris comme confections, articles de modes et menus colifichets de toilette, ou passent la frontière dans les malles des vovageurs étrangers qui viennent, par millions chaque année, visiter la capitale.
- « L’accroissement des importations étrangères en France (36 millions annuellement, de 1867 à 1876) témoigne de l’ardeur des rivalités étrangères privilégiées par les faveurs que la mode accorde aux tissus à bas prix. Là encore, toutefois, les chiffres officiels ne doivent pas être acceptés sans contrôle. Il est de notoriété publique qu’une grande partie des étoffes suisses et allemandes entrent en France pour bénéficier du grand marché de vente de Paris, et une très grosse part des étoffes de soie pure importées d’Angleterre consiste dans ces tissus corah ou tussah de la Chine, de l’Inde et du Japon, réexpédiés ensuite dans le monde entier après avoir fourni aux ouvriers de nos ateliers de teintures et d’impressions un surcroît nullement négligeable de travail et de salaires.
- « Certaines fabriques étrangères se sont développées dans ces dernières années, mais par quels moyens? en se barricadant derrière des murailles protectrices déplus en plus hautes, tandis que notre marché leur restait libéralement ouvert. Et malgré le déchaînement des convoitises protectionnistes qui visent à lui fermer ses débouchés en Amérique, en Allemagne, en Italie, en Autriche, en Russie, la Fabrique lyonnaise, avec ses trois cents chefs d’industrie, ses soixante marchands de soie, ses vastes ateliers de teinture et d’apprêt, reste la plus haute personnification de l’industrie des soieries, non seulement en France, mais dans le monde entier.
- « D’après les statistiques de la production de la soie publiées par le Syndicat des marchands de soie de Lyon, la consommation de la soie en Europe et aux États-Unis peut être estimée, année moyenne, à dix millions de kilogrammes, chiffre auquel il faut ajouter environ 3,400,000 kilogrammes de fds de déchets de soie de toute nature provenant des vers à soie du mûrier et des vers à soie sauvages de l’Inde,
- de la Chine et du Japon (M. Rondot : Y Art de la soie, t. II, p. 329). La part de l’industrie française est de 4,500,000 kilogrammes de soies grèges et ouvrée et de 1,100,000 à J,200,000 kilogrammes de fils de déchets de soie, et la Fabrique lyonnaise représente à elle seule une consommation moyenne annuelle de
- 2.300.000 à 2.400.000 kil. de soie ouvrée 900.000 à 1.000.000 — de soie grège pour tissus spéciaux et étoffes teintes en pièces.
- 700.000 à 800.000 — de fils de déchets de soie.
- « Le tiers de la soie récoltée en Europe ou exportée par les divers pays du Levant et de l’extrême Orient est donc tissé par la Fabrique lyonnaise qui y ajoute encore de 4 millions à 4,500,000 kilogrammes de filés de coton et de laine pour ses mélanges.
- « Il n’est pas un genre que celle-ci ne produise, depuis les tissus les plus simples jusqu’aux plus compliqués, depuis les étoffes les plus diaphanes, comme les crêpes, les gazes, les tulles, jusqu’aux plus lourdes et aux plus épaisses commes les étoffes pour voitures, pour tentures et pour ameublement ; depuis les soies à coudre jusqu’aux passementeries.
- « Par un de ces caprices dont elle est coutumière, la mode porte-t-elle ses engoûments sur un tissu qui lui est resté étranger, comme elle l’a fait dans ces dernières années pour les velours et peluches coton et bourre de soie? Fabricants, tisseurs, constructeurs de métiers, apprêteurs, teinturiers rivalisent d’émulation pour en doter notre ville, et il y a peu d’exemples que de ce faisceau d’efforts ne résulte pas pour elle une acquisition qui viendra accroître désormais le fonds commun de la collectivité industrielle.
- « Cette universalité de la production lyonnaise s’étendant à tout, se manifeste, plus qu’elle ne l’aura jamais fait à aucune des grandes expositions universelles précédentes, à l’Exposition universelle de 1889, et rien ne saurait mieux affirmer sa vigoureuse vitalité.
- « La mode, sans abandonner les mirages du bon marché à tout prix, commence à rendre ses faveurs aux tissus de plus belles qualités et aux étoffes brochées et façonnées qui sont restées l’apanage réservé des métiers de la ville, et la vie renaît déjà dans les ateliers décimés de la Croix-Rousse.
- a De quels fâcheux présages n’accompagnait-on pas, naguère encore, ce réveil espéré et redouté à la fois de la consommation ! Ce personnel de tisseurs
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- d'élite, dispersé pendant les mauvais jours, pourrait-il être retrouvé? Tous ces petits constructeurs d’ustensiles de tissage, groupés autour d’eux, n’avaient-ils pas disparu? Pourrait-on reconstituer ces ateliers de issage, inactifs depuis tant d’années, ces anciens cabinets de dessin et de mise en carte, d’où étaient sortis tant de modèles de grâce et de bon goût?
- « Une fois de plus, la Fabrique'lyonnaise, mettant en œuvre toutes ces ressources, a renoué la chaîne interrompue des vieilles traditions; la renaissance du façonné l’a trouvé prête à produire à la fois ces somptueuses étoffes brochées ou façonnées de soie, d’or et d’argent, valant jusqu’à âOO et 500 francs le mètre, et ces tissus teints en pièces où la soie entre pour une proportion infinitésimale et dont le prix descend au-dessous de 50 centimes le mètre.
- « C’est que nulle autre ville ne possède, à côté d’une organisation aussi parfaite, soit de métiers mécaniques, soit de métiers à bras dans les campagnes, ces incomparables tisseurs de la Croix-Rousse, attachés à leur industrie comme le paysan à ses plaines et à ses montagnes, jaloux de leur indépendance, mais poussant au suprême degré l’amour-propre de leur travail, doués cl’une ingéniosité inépuisable, habiles à tourner toutes les difficultés de tissage. Jacquart était un des leurs; ils aiment à le rappeler, et la passion des petits perfectionnements de détail les hante en même temps que ces utopies sociales, ces rêveries mystiques qui charment, dans leur isolement, le bruit monotone de leurs métiers.
- « Nulle autre ville ne présente un tel corps de traditions lentement acquises par la suite des siècles, un trésor aussi inépuisable de connaissances accumulées, à commencer par le maniement du fil de soie qui constitue à Lyon comme une aptitude héréditaire, qu’il s’agisse de tissage, de teinture, d'apprêt ou de toute autre manipulation. C’est à ces aptitudes particulières permettant d’employer les soies les plus fines que nous avons dû notamment l’industrie du tulle et des dentelles façonnées qui est venue s’implanter d’Angleterre à Lyon à la fin du xvme siècle et qui occupe aujourd’hui, soit au tissage, soit à la broderie, près de 10,000 ouvriers ou ouvrières. Nulle part on n’a porté aussi loin l’étude approfondie de la matière première. Les relations constantes de nos fabricants avec les filateurs et les mouliniers du Midi de la France et de l’Italie l’avaient développée de longue date; elle s’est affinée encore au contact de ce grand marché universel des soies asiatiques dont le commerce lyonnais est parvenu, à force d’ef-
- forts, à déposséder Londres afin de suppléera l’insuffisance des récoltes de soies européennes décimées par les maladies.
- « Il y a trente ans à peine, la presque totalité des soies de l’extrême Orient importées en Europe étaient débarquées à Londres : l’immense majorité de ces mêmes soies arrive maintenant à Marseille ou à Lyon. Sur les 43,481 balles expédiées de Schanghaï en Europe pendant la moyenne annuelle des trois dernières campagnes soyeuses 1885-1886, 1886-1887, 1887-1888, 6,642 balles seulement étaient destinées à Londres et 36,839 balles à Marseille, pour le marché de Lyon. La proportion est la même pour Canton : des 24,804 balles expédiées de ce port en Europe pendant la même période, 12,040 balles étaient expédiées pour Marseille, contre 2,764 balles pour Londres. En ce qui est des exportations de Yokohama, la prépondérance de la France sur l'Angleterre est encore plus forte : 12,786 balles pour Lyon contre 1,081 balles pour Londres, sur un total de 13,867 balles expédiées, toujours pendant la même période triennale.
- « La condition des soies de Lyon, qui constate les affaires faites sur notre marché, a enregistré, pendant l’année 1888, 5.183.520 kilogrammes de soies de toutes provenances, savoir :
- Soies de France... 656.610 kil.
- — d’Espagne.... 53./189 —
- — de Piémont.. 196.314 —
- — d’Italie 893.549 —
- — de Brousse.. 129.225 —
- — de Syrie 195.234 —
- — du Bengale.. 79.726 —
- — de Chine.... 890.253 —
- — de Canton... 821.420 —
- — du Japon.... 1.048.374 —
- Soies tussali 163.822 —
- Soies diverses 55.504 —
- Total.... 5.183.520 kil.
- « Et dans ces chiffres ne figurent pas les soies asia-
- tiques et autres soies étrangères que nos maisons
- d’importation vendent et expédient directement, sans les laire passer par notre ville, aux fabriques de la Suisse, de l’Allemagne, de l’Autriche, de la Russie, de l’Amérique du Nord, etc., de telle sorte que l’on peut estimer à plus de 6 millions de kilogrammes représentant, même aux bas prix actuels, une valeur de 250 à 300 millions de francs, les quantités de soies de toutes provenances dont le commerce lyonnais a trafiqué pendant l’année 1888.
- « Ce grand marché, dont l’existence remonte loin
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- — car dès le milieu du xvie siècle, Lyon avait été déclaré l’unique entrepôt de toutes les soies étrangères importées en France — a été tenu, à toutes les époques, comme l’un des éléments les plus indispensables de la constitution économique de nos manufactures. Fondé, à l’origine, sur des privilèges d’un autre âge, il n’a pris tout son essor et n’a acquis une réelle ampleur que dans la seconde moitié du siècle, à cet air fortifiant de la liberté d’importation et d’exportation complète dont certains intérêts voudraient le priver de nos jours. C’est cependant à l’abondance, à la variété et au choix des matières premières mises à sa portée que notre grande industrie est redevable, pour une large part, de ce ressort, de celte souplesse incomparables avec lesquels elle a pu, dans ces dernières années, atténuer et même conjurer, malgré les circonstances les plus défavorables, les détresses industrielles qui jalonnent, à des dates si rapprochées, les diverses étapes de son histoire.
- « On a admiré, avec raison, l’élasticité et l’énergie dont elle a fait preuve après 1860, lorsque la mode, délaissant les étoffes façonnées et brochées auxquelles sa prospérité, pour ne pas dire son existence, paraissait attachée, la Fabrique lyonnaise dut se confiner presque exclusivement dans la production de l’étoffe simple et unie. On a rappelé avec justice, à sa louange, la fertilité inventive qu’il lui a fallu déployer, avec le concours de ses teinturiers — ses dessinateurs devenant inutiles — pour conserver une originalité et vaincre la monotonie de ses produits. Mais quelles ressources bien plus grandes encore | n’a-t-il pas fallu mettre en jeu dans ces dernières années pour satisfaire, par des créations incessantes d’armures, par des combinaisons nouvelles ou des applications imprévues de matières, par des procédés expéditifs de travail, les exigences inconstantes et insaisissables de la consommation! Au prix de quels efforts constamment renouvelés est-elle parvenue à récupérer sur un point ce qu’elle perdait sur un autre !
- « 11 y a quelque vingt ans, la fabrication des étoffes inférieures de soie mélangée de coton, presque complètement délaissée, après avoir pris naissance à Lyon au commencement du siècle, représentait quelques millions de francs à peine. Aujourd’hui, la fabrication de ces mêmes étoffes, à laquelle une industrie nouvelle — et celle-là encore d’origine essentiellement lyonnaise — l’industrie de la teinture en pièces, a imprimé un décisif essor, forme l’une des
- grandes assises de notre production. Elle a compté pour là7 millions de francs, c’est-à-dire pour les deux cinquièmes dans l’ensemble des valeurs produites en 1888.
- « Si l’on remonte seulement à dix ans, les statistiques publiées annuellement par la Chambre syndicale des soieries nous apprennent que de 90 millions, en 1879, le chapilre des failles noires et couleurs est tombé à 25 millions 1/2 en 1888; de 30 millions, en 1879, les étoffes façonnées de soie pure fléchissent à moins de 17 millions en 1888 ; de 56 millions, en 1879, les satins noirs et couleurs teints en flottes s’abaissent à 15 millions en 1888. Toutes ces pertes et bien d’autres ont dû être compensées par des étoffes nouvelles, comme les armures pour robes qui, de 2 millions en 1879, s’élèvent à50 millions en 1888 ; les satins tramés coton teints en pièces, dont la production passe de 2h millions en 1879 à 38 millions en 1888 ; les armures tramées laine, qui montent de 2 millions en 1879 à 8 millions 1/2 en 1888, etc., etc.
- « Une évolution incessante, une mobilité sans trêve, un renouvellement perpétuel, telle est de nos jours plus que jamais la loi de l’existence de notre industrie : loi parfois très dure ; mais elle y a été préparée par des traditions séculaires qui, avec l’expérience du passé, préparent l’avenir.
- a Cette juste pondération entre la tradition et le progrès forme le précieux héritage de quatre siècles d’expérience ; elle se transmet d’âge en âge par le système d’hérédité commerciale qui a prévalu de tout temps parmi nous. 11 est assez rare que le fils succède au père, mais presque toujours c’est un employé, souvent fils de tisseur, quelquefois tisseur lui-même dans sa première jeunesse, qui continue la maison du chef d’industrie et la fait fructifier à son tour. Il subsiste une certaine filiation des idées dans la conduite de l’entreprise et ce recrutement, qui s’opère par une espèce de sélection des aptitudes professionnelles, infuse incessamment un sang nouveau dans le corps industriel.
- « La même étroite alliance du passé et du présent se retrouve encore dans les nombreuses institutions de tous ordres se rattachant à l’industrie de la soie à Lyon.
- « S’il nous était permis de retracer ici l’histoire de ces institutions et de leurs origines, on verrait que toutes sont venues à leur heure, créées, pour ainsi dire spontanément, d’un consentement unanime, comme le fruit naturel des événements qui les ont
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- A L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1839.
- fait naître d’époque en époque. De là l’absence de ces vastes établissements fondés d’un seul jet, d’après un plan d’ensemble frappant les regards des visiteurs étrangers ; de là une diversité d’institutions isolées, se complétant l’une par l’autre, un défaut d’unité, reflétant cet esprit d’individualisme un peu jaloux qu’on trouve au fond du caractère lyonnais.
- « Tels sont :
- « Dans l’ordre commercial : la Condition des soies qui a servi de modèle à tous les autres établissements similaires de l’Europe avec ses services annexes du Bureau de titrage, du Bureau de décreusage, du Bureau de conditionnement des laines et du coton, du laboratoire de chimie ; le Magasin général des soies ; les Chambres syndicales des fabricants de soieries et des marchands de soies de Lyon ; l’Essai public des marchands de soies et des fabricants de soieries; le Laboratoire d’études de la soie et le laboratoire de chimie de la Douane de Lyon, tous deux créés depuis quelques années seulement .
- a Dans l’ordre de l’enseignement technique et professionnel: l’École de la Martinière, l’École supérieure de commerce et de tissage, l’École centrale lyonnaise, l’École de chimie industrielle près la Faculté des sciences de Lyon, très jeune et déjà florissante ; les cours chaque année plus nombreux de la Société d’enseignement professionnel, l’École municipale de tissage de la place de Belfort.
- « Dans l’ordre de l’enseignement artistique : l’École Saint-Pierre où s’entretient cette culture de l’art inséparable de la fortune de la Fabrique lyonnaise ; le Musée d’art et d’industrie du Palais du commerce avec sa bibliothèque, riche de plusieurs milliers d’échantillons, conservatoire des plus purs chefs-d’œuvre de notre industrie.
- « Dans l’ordre des institutions de prévoyance et de charité : la grande Société de secours mutuels et la Caisse de retraites des ouvriers en soie fondées à la suite des événements de 1848 et qui compte 5.000 membres; la Caisse de secours des fabricants de soieries et des marchands de soie, créée en 1874 ; la Caisse de prêts pour les chefs d’ateliers, fondée à la suite des événements de 1831, etc., etc.
- 241-
- « Toutes ces institutions si diverses représentent et personnifient, dans leurs organisations éparses, ce singulier assemblage de l’esprit de tradition allié à l’esprit de progrès, que J.-C. Scaliger définissait, il y a trois cents ans, dans ces vers qui étaient gravés avant la Révolution dans la cour de l’Hôtel de Ville :
- Fulmineis Bhodanus quâ se fugal incitus undis.
- Quâque, pigro dubitat flumine lentus Arnr, Lugdunum jacet, antiquo novus orbis in orbe, Lugdunumve velus orbis in orbe novo.
- « Ancien monde au milieu du nouveau ou nouveau monde au milieu de l’ancien », voilà bien la marque caractéristique de cette industrie, glorieuse de ses origines séculaires, respectueuse des anciennes coutumes, attachée à son passé ; mais inquiète de l’inconnu, gardant le regard fixé sur l’avenir et toujours fidèle à notre vieille devise : Avant, Avant, Lion li melhor.
- Aujourd’hui, les rivaux anciens de Lyon n’existent plus: de Paris, Nîmes et Tours qui constituaient autrefois des fabriques importantes de soieries, il ne reste plus que des vestiges ; Saint-Etienne seul exploite encore avec intelligence et succès P article du ruban et garde le premier rang dans cette spécialité ; mais Saint-Etienne est un parvenu à côté du praticien lyonnais de la soie et en est un rejeton, comme Saint-Chamond, la ville du lacet et de la passementerie de soie et de coton.
- —• Pour examiner d’une façon fructueuse l’Exposition des fils et tissus de soie, nous diviserons notre étude en quatre groupes :
- 1° Soies grèges et ouvrées, déchets peignés et fils de bourre;
- 2° Soieries et étoffes mélangées de Lyon ;
- 3° Soieries et rubans de Saint-Étienne ;
- 4° Galons, lacets, soutaches, etc., de Saint-Chamond et autres localités.
- Mais auparavant, de même que nous l’avons fait pour le coton, le lin et la laine, nous allons dresser les tableaux comparatifs des importations et exportations de soies et soieries, pour ce qui concerne la France, avant la date de la dernière exposition et avant celle actuelle. (Voir les tableaux, pages 242 et suiv.)
- Supplément a l’Industrie textile du 15 Septembre,
- 31e Fascicule.
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- 242: LES INDUSTRIES TEXTILES
- TABLEAU COMPARATIF DES IMPORTATIONS DES SOIES EN FRANCE de 1876 a 1878 et de 1886 a 1888
- SPÉCIFICATION. ANNÉES. ANNÉES.
- FnUVr<iNAiNLiEi. 1878. 1877. 1876. 1888. 1887. 1886.
- kil. kil. kil. kil. kil. kil.
- Angleterre.... 620.200 360.675 686.769 )) )) ))
- Pos. ang. méd. )) 50 159 )) » »
- Italie 690.100 225.062 617.068 693.566 990.170 782.831
- Soies grèges écrues y Turquie 277.600 189.769 353.666 395.612 660.680 391 975
- compris les douppions.' Indes anglaises. 118.800 78.068 109.060 )) )> ))
- * Chine 1.796.100 563.608 2.057.921 1.513.856 2.311.769 2.616.866
- Japon )) )) )) 598.228 600 110 1 185 685
- Autres pays... 930.700 666.897 1.113.259 606.618 388.902
- Totaux 6.033.300 2.061.929 6.735.660 3.605.856 6.751.631 6.775.357
- Angleterre.... 60.700 66.717 92.576 )) )) ))
- Allemagne 600 621 966 )) C ))
- Soies moulinées Italie 1.175.500 945.856 1.562.610 260.558 706.938 665.608
- Suisse 6.000 3.692 6.965 » » ))
- Autres pays.., 1.600 17 88 123.596 68.365 73.578
- Totaux 1.226.200 996.503 1.661.001 386.156 775.303 719.186
- Soies teintes à coudre, à
- broder et à dentelles .. 16.300 8.756 9.996 10.710 18.677 22.061
- Soies autres 700 7.709 12.275 2.973 6.555 1.739
- Angleterre .... 22.700 261.807 337.813 Ï) )> »
- Espagne 7.760 37.155 77.503 )) )) ))
- Italie 1.360.600 933.703 » 1.817.685 961.520 1.160.835
- Bourres et frisons en 1 Chine » )) 1.398.381 993.875 1.561.251 1.367.663
- masse Suisse 107.900 139.951 219.888 )) » )>
- 1 Japon » )) » 809.235 931.325 916.859
- Turquie 308.700 100.626 266.818 335.901 389.066 666.365
- Autres pays... 1.157.700 626.698 1.052.637 1.306.617 1.536.369, 1.886.958
- Totaux 2.965.360 2.097.960 3.351.060 5.261.313 5.377.689 5.752.680
- Angleterre ... 15.900 7 357 51.652 )) )> »
- Italie . 83.300 29.119 95.319 )) » )) }
- Peignés et cardés Suisse 19.600 3.666 7.397 )) » »
- Autres pays ... 12.500 6.389 9.610 )) )) ))
- Totaux 131.100 66.509 166.028 90.986 95.629 96.982
- Angleterre.... 97.700 75.608 178.991 67.075 62.979 50.779
- Filés rm fleuret, Suisse 157.800 130.990 205.666 169.630 171.103 251.783
- Autres pays... 79.300 69.169 96.532 72.897 105.766 119.098
- Totaux 336.800 275.967 680.969 269.602 339.866 621.660
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-
-
-
- A L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1889.
- 243
- TABLEAU COMPARATIF DES EXPORTATIONS DES SOIES EN FRANCE
- m? 4 876 A 1 878 TT TYR \ 886 A \ 888
- SPÉCIFICATION. DESTINATION. ANNÉES. ANNÉES.
- 1878. 1877. 1876. 1888. 1887. 1886.
- kil.’ kil. kil. kil. kil. kil.
- Angleterre.... 50.533 196.027 97.570 77.534 127.865 46.621
- Belgique 7.071 10.512 611 11.652 18.878 1.693
- Soies grèges écrues, y \ Allemagne ( Espagne 50.794 53.574 60.812 47.668 60.345 39.277 75.272 76.700 80.514 66.913 98.160 67.751
- compris les douppions. / Italie • 624.841 334.307 622.972 502.138 684.861 813.746
- Suisse 340.716 277.937 431.235 700.045 556.314 534.843
- V Autres pays... 177.812 197.074 106.245 154.898 207.435 208.422
- Totaux 1 305.341 1.124.337 1.358.255 1.598.239 1.742.780 1.771 236
- Angleterre.. . 6.806 12.179 4.440 » )) »
- Allemagne .... 13.548 12.787 20.163 )) )) ))
- Soies moulinées < Italie 6.702 7.321 15.456 )) )) ))
- I Suisse 63.539 51.063 76.334 258.802 257.530 284.362
- Autres pays... 2.734 1 022 223 49.898 44.100 40.587
- Totaux 93.329 84.372 116.616 308.700 301.630 324.949
- Soies teintes à coudre, à Angleterre .... 13.097 9 6.480 18.907 )) )) ))
- broder et à dentelles.. Allemagne... 6.854 12.198 11.844 l) )) i)
- Autres pays... 24.633 19.624 45.595 )) )) ))
- Totaux 44.584 38.302 76.346 7.026 30.612 16.370
- Soies autres .'in/i fisi 9*>Q 31 31 ft 903
- . loz.îyo L\\ji\. yoo
- Soies bourre et frisons^ Angleterre.... 223.411 157.910 188.471 347.340 185.697 178.052
- Suisse 256.846 114.450 201.510 340.445 302.963 431.563
- Autres pays... 271.110 319.905 235.973 568.713 365.091 486.552
- Totaux 751.367
- .yo4 oOo./Jl JL i U JL). JL O /
- Soies peignées et cardées. Suisse .. 426.442 265.357 307.395 603.238 QELA 7£Q 936.389
- Autres pays...
- 125.671 123.752 98.304 298.499 198.984 219.732
- Totaux 552.113 389.109 /irtPi RQQ 1 7Q7 1 1 fifi A 91
- Soies filées ou fleuret. . » 140.365 139.858 107.135 212.433 184.455 171.419
- Fils de bourrette ou de'
- déchets de bourre de|
- soie.. 160.132 189.697 112.651 618.313 528.035 435.041
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-
-
-
- LES INDUSTRIES TEXTILES
- 2 hh
- TABLEAU COMPARATIF DES IMPORTATIONS DE SOIERIES EN FRANCE
- de 1876 a 1878 et de 1886 a 1888.
- SPÉCIFICATION.
- ''unis
- pure
- façonnés ou bro-^ cliés..........
- Tissus
- de
- soie
- S
- ( d’or ou ( fin .. d’argenu faux.
- unis...
- mélangés'
- /d’autres
- [matières'
- [façonnés ou \ brochés.
- Gazes et crêpes de soie pure ou mélangée......................
- Tissus de bourre de soie c purs y compris les foulards. ( mélangés
- de soie pure
- velours.
- autres.
- Rubans
- de soie Jï velours, mélangée ( autres..
- de bourre de soie pure ou mélangée..........
- PROVENANCE.
- Angleterre
- Suisse........
- Autres pays...
- Totaox
- Allemagne... Autres pays.
- Totaux ..
- Allemagne ..
- Suisse.....
- Autres pays.
- Totaux..
- 1878.
- kil.
- 91.603
- 115.4/i7
- 75.157
- 282.207
- 1.014
- 8
- 52
- 96.118
- 18.931
- 115.049
- 66
- 9.043
- 15.896
- 6.444
- 7.845
- 2.182
- 8.929
- 131
- 11.242
- 336
- 15
- ANNÉES.
- 1877.
- kil.
- 67.334
- 90.479
- 82.036
- 239.849
- 265
- 10
- 179
- 50.600
- 7.706
- 58.306
- 5.602
- 43.341
- 6.930
- 3.972
- 2.689
- 6.180
- 158
- 9.027
- 82
- 69
- 1876.
- kil.
- 71.737
- 120.704
- 48.614
- 241.055
- 167
- 13
- 71
- 57.604
- 6.991
- 64.595
- 5.689
- 60.611
- 6.541
- 1.630
- 2.020
- 8.397
- 1.358
- 11.775
- 83
- 103
- 1888.
- kil.
- 64.881
- 303.857
- 242.704
- 611.442
- 114
- 37
- 724
- 129.569
- 3.264
- 21.260
- 6.859
- 7.735
- 256
- 582
- 2.233
- 500
- 3.315
- 119
- 1.907
- 11
- ANNÉES.
- 1887.
- kil.
- 66.625
- 293.556
- 190.257
- 550.438
- 154
- 55
- 1.590
- 111.203
- 3.782
- 16.107
- 4.205
- 3.304
- 114
- 634
- 3.776
- 559
- 4.969
- 17
- 139
- 243
- 1886.
- kil.
- 51.990 240.722 143.774
- 436.486
- 45
- U
- 610
- 94.468
- 619
- 29.953
- 4.930
- 1.034
- 160
- 574
- 1.870
- 441
- 2.885
- 166
- 85
- 85
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-
-
-
- A L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1889.
- 245
- 1
- TABLEAU DES EXPORTATIONS DE SOIERIES 1876 A 1578 ET DE 1886 A 1888
- ANNÉES. ANNÉES.
- 1878. 1877. 1876. 1886. 1887. 1886.
- kil. kl. kil. kil. kil. kil.
- 750.399 800.232 1.091.577 762.913 696.838 618.095
- 63.810 51.490 42.098 21.165 14.120 16.337
- 96.364 98.002 105.156 62.920 61.047 47.634
- 6.526 4.734 5.774 1.733 769 2.453
- 45.169 35.058 28.233 60.707 31.585 27.573
- 29.721 22.585 26.134 15.655 38.525 33.503
- 31.138 10.946 28.180 34.243 30.423 63.635
- 16.609 5 004 12.410 20.836 9.671 6.952
- 4.827 5.955 9.424 9.813 3.427 3.302
- 317.366 314.505 426.182 218.522 207.243 393.211
- 2.989 2 366 8.714 1.708 647 631
- 6.722 4.599 23.946 8.016 6.993 8.745
- 82.294 56.287 75.647 56.142 51.829 32.961
- 1.453.934 1.461.763 1.883.475 1.274.373 1.153.117 1.255.032
- 56.274 44.914 29.562 22.982 21.748 36.489
- 1.578 322 473 1 199 4 263 4.915
- 13.631 2.981 7.757 9.175 11.785 14.028
- 26.702 15.014 14.075 5.506 6.736 6.148
- 98.185 63.231 51.867 38.862 4A.532 61.580
- 6 121 16.017 16.425 7.089 4.556 4.138
- 3.929 11.256 7.416 11.350 4.610 7.727
- 365.681 155.833 75.854 454.000 394.007 551.697
- 73 922 58.302 46.479 49.836 48.228 43.913
- 47.870 45 392 42.267 29.497 11.800 51.687
- 12.780 5.157 16.530 133.822 105.625 39.923
- 277.489 200 900 162 938 1.063.521 832.007 931.109
- 777.742 465 584 344.068 1.730.676 1.391.667 1.618.229
- 20.365 )> )) 7.248 7.595 18.391
- 81.059 71.362 24.125 20.896 19.170 43.538
- 19.378 12.401 11.140 15.775 20.175 29.317
- 27.506 22.956 16.559 26 54A 30.108 27.527
- 127 923 106.719 51.824 63.215 69.453 100.382
- 48.949 138.346 141.689 69.372 98.215 “ 91.046
- 25.933 32.409 18.546 16.395 8 402 23.493
- 5.952 5.160 4.569 )) » ))
- 1.640 808 3.689 » ))
- 4.278 5 597 4.718 )) » ))
- 3.316 5.054 6.065 )) » »
- 15.186 16.619 19.041 17.615 20.750 26.865
- 20.569 48.395 31.182 13.191 18.784 5.470
- 16.375 23.748 15.284 5.038 7.042 9.456
- 6.535 6.996 29.059 56.949 29.984 19.415
- 44.867 44.582 42.098 21.504 23.126 25.379
- 88.340 123.721 117.623 96.682 78.936 59.720
- 22.666 8.013 20.109 17.069 30.538 38.032
- 107.708 52.356 62.887 192.677 156.855 174.711
- 2.295 270 117 1.010 332 807
- SPÉCIFICATION.
- PROVENANCE.
- Angleterre.. Belgique.... Allemagne.., Portugal
- Espagne.....
- Italie......
- Tissus de soie pure unie.<( Suisse......
- Turquie.....
- Egypte......
- Etats-Unis...
- Brésil......
- Algérie ....
- ^ Autres pays.
- Totaux
- ( Angleterre..
- Tissus de soie façonnés] Italie......
- ou brochés............\ Etats-Unis...’
- ( Autres pays.
- Totaux
- Tissus de soie mélan-(fin.., gée d’or ou d’argent/faux
- ! unis.
- Tissus de soie mélangée d’autres matières.
- 'façonnés
- ou
- brochés.
- Angleterre. Allemagne..
- Italie......
- Suisse......
- Autres pays.
- Totaux. ,
- Gaze et crêpes de soin\ i“s,lete^e • • pure ou mélangée.......[ |"ays:
- Totaux
- Tissus de bourre ) s de soie y compris //, les foulards. ]melan!,es
- ! Angleterre.. Allemagne .. Etats-Unis... Autres pays.
- Totaux................
- Autres rubans de soie.
- Totaux.
- Rubans de soie mélangée
- en velours...........
- Autres rubans de soie
- mélangée.............
- Rubans de bourre de soie pure ou mélangée...
- Angleterre.. Allemagne... Etats Unis... Autres pays.
- p.245 - vue 257/438
-
-
-
- 246
- LES INDUSTRIES TEXTILES
- SOIES GRÈGES ET OUVREES,
- DÉCHETS PEIGNÉS,
- FILS DE BOURRE DE SOIE.
- La filature de soie en France est de faible importance, par rapport à l’industrie des soies grèges, qui
- fait la fortune de nos départements du sud-est. Le tableau suivant montre que, malgré la crise qui sévit depuis plusieurs années sur la production de la soie, cette fabrication se maintient dans d’assez bonnes conditions.
- Voici ce tableau :
- STATISTIQUE OFFICIELLE DES ÉTABLISSEMENTS SÉRICICOLES,
- OUVRIERS EMPLOYÉS, FORCE ABSORBÉE, NOMBRE DE BASSINES ET TAVELLES
- DÉSIGNATION. 1876. 1877. 1878. 1879. 1880. 1881. 1882. 1883. 1884.
- s s l Fileries de cocons.. 471 451 382 424 446 385 355 350 328
- Z 11 Moulineries de soie
- 1 J j grège 880 850 795 807 1.011 951 1.012 1.030 1.007
- 85 3 ' Établissemts mixtes. 89 83 140 139 46 49 57 60 65
- Totaux 1.440 1.384 1.317 1.370 1.503 1.385 1.424 1.440 1.400
- , ( Hommes.. 4.229 3.782 3.430 4.393 3.738 3.710 3.651 3.735 3.565
- Nombre \ r, < Femmes. 43.495 38.982 32 818 36.812 38.502 35.844 36.441 36.444 35.312
- d ouvriers. / _ , , { Enfants... 9.978 10.334 7.620 6.538 8.067 5.934 6.190 7.637 6.584
- Totaux 57.702 53.098 43.868 47.743 50.307 45.488 46.282 47.816 45.461
- Force en che- ,
- , /a vapeur.. 1.907 1.605 1.846 1.871 1.926 1.994 2.027 2.018 1.954
- ^ hydrauliq. moteurs..; J ^ 3.437 3.486 3.512 3.611 3.236 3.242 4.233 5.414 5.410
- Totaux 5.344 5.091 5.358 5.482 5.162 5.236 6.260 7.432 7.364
- Nombre de bassines... . 27.367 20.557 18.420 19.216 19.430 18 628 17.894 16.404 15.422
- Nombre de tavelles 1.129.729 1.128.216 1.064.109 1.105.465 1.213.574 1.501.898 1.606.255 1.640.552 1.643.686
- En regard de ce tableau, indiquant uniquement le nombre officiel des établissements d’ouvriers, de bassines et tavelles, et la force absorbée, il nous semble intéressant de citer les chiffres de la production annuelle de soie grège dans ces dernières années ainsi que celles des pays concurrents de la France. (Voir ci-contre.) Nous y joignons trois
- tableaux statistiques inédits qui nous semblent présenter de l’intérêt :
- 1° La statistique de la filature de soie en France, d’après le rôle des patentes de 1888 ;
- 2° La statistique du moulinage ;
- 3° Et la statistique des filatures mécaniques de déchets de soie dans le monde.
- p.246 - vue 258/438
-
-
-
- A L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1889.
- 247
- PRODUCTION EN SOIE GRÈGE DES PRINCIPAUX PAYS PRODUCTEURS.
- 1882. 1883. 1884. 1885. 1886. 1887. 1888.
- kii. kil. kil. kil. ki’.. kil. kil.
- EUROPE OCCIDENTALE France 772.000 611.000 483.000 535.000 677.000 717.000 798.000
- Italie 2.370.000 3.200.000 2.810.000 2.457.000 3.188.000 3.476.000 3.566.000
- Espagne 110.000 95.000 85.000 56.000 52.000 78.000 83.000
- Autriche-Hongrie 125.000 180.000 142.000 168.000 217.000 264-000 307.000
- Totaux 3.377.000 4.086.000 3.520.000 3.216.000 4.134-000 4.535.000 4.754.000
- LEVANT ( Brousse Anatolie < ( Autres localités.. 90.000 180.000 185.000 172.000 206.000 188.000 170.000
- Salonique, Yolo Andrinople ' 80.000 110.000 95.000 100.000 125.000 135.000 120.000
- Syrie 235.000 290.000 230.000 256.500 233.000 340,000 231.000
- Grèce 20.000 20.000 20.000 20.000 20.000 20.000 18.000
- Totaux 425 000 600.000 530.000 548.500 584-000 683.000 539.000
- ASIE CENTRALE
- Caucase (1) 250.000 250.000 200.000 75.000 93.000 55.000 50.000
- EXTRÊME ORIENT (‘2) Chine : Exp. de Shanghaï.... 2.402.000 2.121.000 2.695.000 2.631 000 2.444.000 2.491.000 2.256.000
- — — de Canton 1.052.000 900.000 774.000 715.000 1.110.000 1.079.000 695.000
- Japon : — de Yokohama... 1.436.000 1.155.000 1.346.000 1.372.000 1.484 000 2.128.000 2.400.000
- Indes : — de Calcutta 456.000 536.000 861.000 760.000 781.000 791.000 1.055.000
- 5.346.000 4.712.000 5.676.000 5.478.000 5.819.000 6.489.000 6.406.000
- Totaux généraux ... 9.398.000 9.648.000 9.926.000 9.317.000 10.630.000 11.762.000 11.649.000
- (1) Y compris les soies consommées dans le pays ou expédiées en Russie.
- (2) Y compris les exportations à destination de l’Amérique et de Bombay.
- p.247 - vue 259/438
-
-
-
- LES INDUSTRIES TEXTILES
- mm
- STATISTIQUE DE LA FILATURE DE SOIE EN FRANCE, I)’APRÈS LE ROLE DES PATENTES DE 1888.
- DEPARTEHEXTS.
- CANTONS.
- Ain . .
- Lliuis.. Poncin.
- Alpes (IItes-)| Serres.
- Ardèche.
- Annonay.......
- Antraigues....
- Aubenas.......
- Bourg-Sl-Andéol
- Burret........
- Chomerac......
- Joyeuse.......
- Lamastre......
- Largentière ..
- La Voulte.....
- Le Cheylard...
- Les Vans......
- Montperat.....
- Privas......
- Rochemaure.... S1 - Martin - Va-
- lamas......
- St-Pierre-Ville.
- Satillan....
- Serrièrês.....
- Thueyts.......
- Tournon.......
- Vallon.......
- Vernoux.......
- Villeneuve-de -
- Berg.......
- Viviers.......
- Totaux
- B.-du-Rhône.I ^rg°tn‘.......
- | Saint-Remy....
- FILATURES.
- Nombre d'établis se-ments.
- Corrèze. . . . | Bort......
- Côte-d’Or ,.| Font"e-FrancBC.
- Bourdeaux.... Bourg-de-Péage Buis-les-Baron-
- Drômc....{ nies............
- Chabeuil........
- Crest...........
- Die............
- Report.
- 41
- 10
- Nombre
- de
- bassines.
- 100
- 126
- 18
- »
- 282
- 40
- 50
- 392
- 271
- »
- 265
- »
- 397
- 149
- 90
- 100
- 13
- 107
- 2.300
- 10
- 50
- 100
- 229
- 379
- Drôme.
- Gard.
- CANTONS.
- Report........
- I Dieulefit. . .
- Grignan.....
- Loriol......
- Luc.........
- Marsanne. .. Montélimar.
- Nyons.......
- Pierrelatte.. Rémusat. ...
- Romans......
- Saint-Donat. Saint-Jean-en Royans..
- S1-Paul-Trois Châteaux.. Saint-Vallier. Valence.....
- Totaux.
- Alais.........
- Alron.........
- Anduze........
- Bagnols.......
- Barjac........
- Genolhac.
- La Salle-Saint-
- Pierre.....
- Le Vigan......
- Pont-Sl-Esprit.
- Renoulins.....
- Roquemaure... Saint-Ambroix S1 - André - de-Valborgne... S* - Hippolyte -
- du-Fort.....
- Saint-J ean-du -
- Gard........
- Sumaine.......
- Uzès..........
- Vallerangue... Villeneuve-lez-Avignon.......
- FILATURES.
- Nombre
- d’éta-
- blisse-
- ments.
- Totaux.
- Garonne vII.-)|Toulouse.
- 10
- 1
- 1
- 5
- »
- 1
- 2
- 1
- 1
- 2
- »
- 4
- 28
- 11
- 1
- 9
- 1
- 4 1
- 7
- 5 2 1 1
- 8
- 11
- 3
- 3
- 4
- 86
- Nombre
- de
- bassine:
- 379
- 50
- 32
- 422
- »
- 9
- 135
- 18
- 24
- 44
- »
- 230
- 1.343
- 647
- 42
- 395
- 20
- 198
- 40
- 523
- 360
- 53
- 3
- 40
- 404
- 408
- 288
- 776
- 195
- 160
- 252
- 4.806
- CANTONS.
- Hérault.
- Ganges......
- Grignac.....
- S1 - Martin - de -Londres...
- Totaux.. Indre-et-Loire| Tours.
- Isère.
- Bourgoin......
- La Tour-du-Pin Pont- de-Beau-
- voisin......
- Pont-en-Royans
- Rives.........
- Roussillon....
- Saint-Geoire... Saint-Marcellin S^Symphorien.
- Vizille.......
- Voiron......
- Totaux.
- Loire.
- [ Bourg-Argent al Chambon-Fra-gerolles.... Pelussin..... Rive-de-Gier.. Saint-Chamond Saint-Etienne Saint - Genest-Malifaux... Saint-Jean-So leymieux...
- Totaux.
- Loire (Hte—).<
- Chaise-Dieu. . Montfaucon. . Saint-Didier-la
- Seauve.....
- Tence........
- Yssengeaux...
- Totaux.
- Pas-de-Calais! Ardres.
- Puj de-Dôme |
- FILATURES.
- Nombre
- d’éta-
- blisse-
- ments.
- 10
- 1
- 1
- 12
- Nombre
- de
- bassines.
- 532
- 603
- 48
- 1.183
- 12
- 70
- 82
- 18
- 18
- CANTONS.
- Rhône.
- Condrieu......
- Givors........
- Limarest......
- Lyon..........
- Neuvil.-s/Saône S'-Genis-Laval.
- Tarare........
- Thizy.........
- Villeurbanne..
- Totaux..........
- Savoie..| SWean-d-Maur.
- Seine..... | .........
- Seine—et- Dise
- Tarn-et—Gar. Var........
- Meulan. .. Isle-Adam.
- Draguignan.
- Vaucluse.
- Apt.......
- Avignon.... Beaumes... Bédarrides. Bollerie.... Bonnieux. . Carpentras. Cavaillon...
- L’Isle.....
- Malaucène. Mormoiron. Orange....
- Pernes......
- Pertuis....
- Vaison. ... Valréas.
- FILATURES.
- Totaux.........
- Totaux généraux.
- Nombre
- d’éta-
- blisse
- ments.
- 33
- 211
- Nombre
- de
- bassines.
- 101
- 98
- 60
- 32 45
- 163
- 33 103
- 81
- 5
- 32
- »
- 130
- »
- 39
- 42
- 763
- 10.314
- Nota. — Outre les éléments ci-dessus recensés, les rôles des patentés indiquent encore l’imposition des bobines et des broches syst. Meynard, ci-après désignées :
- Broches de filature. Bobines de flotteurs.
- Ardèche » 84
- Drôme 120 »
- Pas-de-Calais )) 1.002
- Rhône » 414
- Seine » 432
- Seine-et-Oise )) 1.001
- Vaucluse 412 944
- 532 3.967
- p.248 - vue 260/438
-
-
-
- Supplément a l’Industrie textile du 15 Octobre. 32» Fascicule
- STATISTIQUE DU MOULINAGE DE LA SOIE EN FRANCE, D’APRES LE ROLE DES PATENTES DE 1888.
- CANTONS.
- Ain.
- S Lhuis... ’ *( Poncin..
- Totaux....
- Alpes (ntes-)| Serres.
- Ardèche.... (
- Annonay...’... Antraigues..-... Aubenas......
- Bourg-SVAndéol
- Burret.....
- Choinerac..-... Joyeuse......
- Lamastre......
- Largentière. ..
- La Voulte.....
- Le Cheylard...
- Les Vans......
- Montperat.....
- Privas........
- Rochemaure...
- : S*-Martin-Vala-
- mas.........
- S1 Pierre-Ville.
- Satillan......
- Serrières.....
- Thueyts.......
- Tournon.......
- Vallon........
- Vernoux.......
- Villeneuve de Berg.... Viviers ...
- Totaux......
- B.-du-Rhône
- Orgon ..... Saint-Remy.
- Totaux.......
- Corrèze. ... | Bort.......
- Côte-d’Or... | Font^-Franç. .
- / Bourdeaux . . Bourtr-de-Péage Buis-les-Baron-
- nies.........
- Chabeuil ......
- I Crest.........
- | Die.........
- J Dieulefit. .....
- ( Grignon.......
- Loriol.........
- I Luc..........
- I Marsane.......
- f Montélimar. ..
- Nyons..........
- Pierrelatte...
- Rémusat........
- ^ Romans........
- Drôme.
- A reporter.
- MOULINAGE
- Nombre d’éta- blisse- ments. Nombre de tavelles. Nombre de broches fuseaux.
- 1 250 1.400
- 1 2.366 46.474
- 2 2.616 47.874
- 1 340 1.136
- 6 3.28’2 20.680
- 20. 6.624 69.860
- . 55: 17.922 192.789
- )) » » ))
- 9 3.181 33.479
- 21 7.338 72.943
- 1 396 4.250
- 2 366 2.744
- 7 4.773 41.502
- 5 2.220 17.606
- )) 4.653 37.731
- 1 344 3.596
- 5 \ .654 14.331
- 52 22.257 194 396
- 4 324 6.583
- 3 1.627 9.030
- 25 12.078 118.393
- 1 1.287 2.263
- 1 155 479
- 19 6.915 66.098
- 1 462 5.214
- 1 489 4.683
- 4 2 408 19.688
- 5 1.754 17.040
- 5 •1.504 11.890
- 264 104 607 967.268
- 1 115 507
- 1 280 649
- 2 395 1.156
- 1 2.320 7.240
- )) )) »
- .3 638 6.145
- -4 844 4-566
- 3 1.394 11.122
- 2 674 5.049
- 24 8.698 78.412
- h 2.280 19.420
- 15 5.248 52.152
- 10 5.574 32.133
- 16 6.444 54.635
- 2 760 9.249
- 4 844 6.684
- 9 2.490 28.366
- 10 2.290 10.503
- )) » ))
- 1 320 1.213
- 7 1.443 10.648
- 114 39.941 330.297
- 3I)ÉPARTEM£XTS.
- CANTONS.
- Drôme.
- Report..........
- Saint-Donat.. Saint-Jean-en-
- Royans.....
- Sl-Paul-Trois Châteaux... Saint-Vallier.. Valence....
- Totaux.... ....
- Gard...,
- Alais._____
- Alron.. .... Andüze. ... Bagnols.... Barzac.:.... Genolhac1 . Lasalle-S^Pier®
- Le Vigan.....
- Pont-S^Esprit Renoulins.... Roquernaure.. Saint-Ambroix Saint - André -de-Valborgne S1 - Hyppolite -
- du-Fort.....
- Sl-Jean-du-Gard
- Sumaine.......
- Uzès..........
- Valleraugue.. . 1 Villeneuve-lez-1 Avignon........
- Totaux ..........•
- Garonne (H,-) | Toulouse.
- Hérault.
- ( Ganges.. ....
- i Grignac....
- ‘ ') S‘-Martin - de-
- ( Londres......
- Totaux..........
- Indre-et-Loire| Tours.
- Isère.
- Bourgoin.......
- La Tour-du-Pin Pl-de-Beauvois. Pont-en-Royan
- I Rives.........
- ( Roussillon.....
- Saint-Geoire... Saint-Marcellin S^Symphorien.
- Vizille........
- Voiron.........
- Totaux.
- Loire.
- Bourg-Argental Chain bon -Fra-gerolles......
- A reporter.
- Nombre
- d'éta-
- blisse-
- ments.
- ll/l
- 4
- 10
- 3
- 3
- 136
- 10
- 11
- 11
- 15
- 6
- 21
- moulinage
- Nombre
- de
- tavelles.
- 39.9/rl
- 1.153
- 877
- 3.167 1.624 1.314
- ZjS.076
- 100
- 1.779
- 782
- 350
- 713
- 3.72/t
- 1.297
- 1.297
- 100
- »
- 280 1 763 2.388 »
- 250
- 3.22/i
- 1.363
- 1.25/i
- 205
- 10.827
- 8.509
- 1.786
- 10.295
- Nombre de broches fuseaux.
- 330.297
- 9.530
- 7.25/t
- 1/1.573 15.619 15'/|33
- 392 706
- Zt80
- 8.163
- 9.282
- Zt.160
- 9.Zi82
- 31.567
- 13.306
- »
- 13.306
- 126
- 100
- »
- 598
- 26.632
- 57.79/1
- »
- 500
- 21.578
- 4.441
- 13.854
- 250
- 125.927
- 103.839 6 096
- 109.935
- MOULINAGE
- DÉPARTEMENTS. CANTONS. Nombre d’éta- blisse- Nombre de tavelles. Nombre de broches fuseaux.
- ments.
- R p.pnrt 21 10.295 109.935
- 'Pelussin 45 11.312 108.678
- Rive-de-Gier. . 12 2.747 14-624
- Saint-Chamond 16 6.359 31.193
- Loire Saint-Etienne.. Saint - Gencst - 10 1.139 10.088 10.791
- Malifaux.... Saint-Jean-So - 8 2.406
- leymieux.... 1 360 1.204
- Totaux 113 34-618 286.508
- : Chaise-Dieu. .. 4 1.037 3.347
- Montfaucon. .. 33 9.209 35.520
- Loire (Hte—). Sl-Didr-la-Séauve 2 273 621
- * Tence 6 1.930 ~6.398
- Yssengeaux.... 2 439 1.254
- Totaux 47 12.888 47.140
- Pas-dc-Calais | Al’dres 1 636 3 744
- Puy-de-Dôme. 1 3 1.409 7.402
- Condrieu 1 144 "576
- Givors 5 1.626 9.690
- 1 Limonest 1 288 864
- | Lyon 28 11.248 50.826
- Rhône Neuvil.-s/Saône 1 2.089 3.037
- -... .. Sl-Genis-Laval. 2 270 5.006
- ' Tarare 1 2.100 15.800
- Thizy 1 600 4.800
- Villeurbanne. . 1 300 618
- Totaux 41 18.765 91 227
- Savoie S1 J"-de-Maurne 1 840 5.922
- Seine )) )) 284
- Seine-et-Oise Meulan . ... 1 180 ))
- Isle-Adam 1 335 J)
- Totaüx 2 565 »
- Var Draguignan.... 1 336 5 124
- Apt 2 626 4.52!
- Avignon 2 904 3.459
- Rea, unies 1 462 1.360
- Bédarrides.... 9 3.189 20.472
- Bollerie 4 1.349 5.324
- Bonnieux » )) - »
- Carpentras.... 1 264 668
- Vaucluse. . .< Cavaillon 1 )) 640
- L’Isle 12 5.370 18.428
- Malaucène.... 2 270 2.164
- Mormoiron.... 2 997 2.759
- 1 Orange 4 1.612 11.288
- Pnrnes 1 600 1.723
- Pcrt.uis » » »
- Vaison. ...... 4 1.430 6.392
- Valréas. ...... 5 1.634 7.208
- Totaux 50 19.337 86.921
- Totaux généraux. 708 263.396 2.122.628
- tsO
- P-
- O
- A L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1889
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- 250
- LES INDUSTRIES TEXTILES
- La production annuelle de la filature mécanique des déchets de soie dans le monde entier s’élève de 3.500.000 kilogrammes à 4.000.000 de kilo-
- grammes produits par 410.000 à 420.000 broches réparties dans 76 établissements que voici (voir le tableau ci-dessous) :
- STATISTIQUE DES FILATURES MÉCANIQUES DE DÉCHETS DE SOIE DANS LE MONDE ENTIER.
- PAYS ET VILLES. NOMRRE d’établissements.
- / Ain (Tenay, Argis, Saint-Rambert,
- Nantua) lx
- Aube (Troyes) 1
- Gard (Saint-Jean du Gard) 1
- F rn n r* p Loire (Doizieux) 1
- Marne (Fismes) 1
- Nord (Roubaix, Lille), 2
- Rhône (Amplepuis, Thizy) 2
- Somme (Amiens) 1
- Vosges (LaCroix-aux-Mines,Bussang) 2
- Total 15
- ( ' /'Bradfort 1
- York ) Bri£house 7
- ) Halifax 2
- ( Huddersfield 1
- \cheShire....\ f.0”s!et°n" 3
- Angleterre..( / ( Macclesfield 5
- ( Lancaster 1
- Lanças 1er...) Rochsdale 1
- ( Bell Busch 1
- Nottingham (Nottingham) 3
- Halifax (Sowerby-Bridge) 1
- TOTAL 23
- Bâle 6
- Lucerne 1
- 1 Ambrecticon 1
- Suisse ( Bnochs 1
- i Eichtal 1
- Kriens-Rothen 1
- Rorbas 1
- TOTAL 12
- PAYS ET VILLES. NOMBRE. d’établissements.
- / Muhlbach 1
- Alsace \ Colmar 1
- ) Soultzmat 1
- ( Yungoltz 1
- Allemagne ..
- ( Tiefenstein 1
- 1 Bade ) Walkirsch 1
- ( Zell 1
- Prusse rhénane (Hilden) 1
- TOTAL 8
- Novare 2
- Yesi i
- Zugliano i
- Perosa Argentina. i
- TOTAL 5
- Bregenz 1
- Autriche... Goritz 1
- Sagrado 1
- TOTAL 3
- Russie Moscou 1
- Connecticut (South Manchester).... 1
- États-Unis... i New-York (New-York) à
- 1 Pensylvanie (Philadelphie) 1
- New-Jersey (Paterson) 1
- TOTAL 7
- Jppnn Yokohama V
- Indes I Bombay 1
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-
-
-
- A L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1889. 251
- , Les filateurs, mouliniers et fabricants de fils à coudre en soie de la région lyonnaise se sont réunis en Exposition collective au nombre de quarante-deux. Nous allons relever leurs noms par ordre alphabétique, en spécifiant, lorsque cela nous sera possible, outre la spécialité des produits exposés, la date de création de chaque maison, le nombre et le siège de ses établissements, et les récompenses obtenues par elle antérieurement, d’après les indications de chaque vitrine :
- 1. Alfred Antoine et Cie, à’A lai s (Gard). — Cette
- maison a été fondée en 1872 et possède des filatures à Alais et Mialet (Gard) ;elle expose des soies grèges, et a obtenu une médaille de bronze en 1878.
- 2. Armand y et Cie, de Lyon. — Fondée en 1850,
- cette maison a une succursale à Paris et des agences sur toutes les places soyeuses. de l’Europe et de l’extrême Orient; elle expose des soies ouvrées asiatiques, et a obtenu une médaille d’argent à Lyon en 1873 et une médaille d’or à Paris en 1878.
- 3. Aürelle frères, de Loriol (Drôme). — Maison
- fondée en 1873; expose des organsins filature Syrie 18/20 d. et organsins filature Italie 18/20 et 22/24 d.
- 4. Barrés frères, de Saint-Julien-en-Saint-Alban
- (Ardèche). — Maison fondée en 1810, expose des soies grèges et ouvrées ; a obtenu une prize medal à Londres en 1851, une médaille d'argent à Paris en 1855, une médaille d’honneur à Londres en 1862, une médaille d’argent à Paris en 1867, une médaille mérite à Vienne en 1873 et une médaille d’or à Paris en 1878.
- 5. A.-A. Bastide, de Vinezac (Ardèche). — Expose
- des organsins et soies grèges.
- 6. J. Bérard, de Châteauneuf-de-Mazenc (Drôme).
- — Maison fondée en 1848 ; expose des soies grèges et ouvrées (organsins filature et ou-vraisons 22/24 d. et 26/28 d. ; grège 9/10 filature; grège 11/12, 13/14).
- 7. Oscar-Louis Bernard, à Mirmande (Drôme).
- — Expose des soies ouvrées de diverses provenances.
- 8. Louis Blanciion, de Saint-Julien-en-Saint-
- Alban (Ardèche). — Maison fondée en 1827; expose des soies grèges et ouvrées (grège extra-jaune 9/11 d., organsins extra 24/25 d.
- article pour peluche, grège extra-jaune 14/16d.) ; — a obtenu une médaille d’or à Paris en 1844, une médaille d’honneur en 1855, une première médaille à Londres en 1862, une médaille d’argent à Paris en 1867, une médaille de progrès à Vienne en 1873, une médaille d’or à Paris en 1878 et une médaille d’or à Anvers en 1885.
- 9. Veuve B. Blanciion fils et Cie, de Flaviat (Ardèche). — Maison fondée en 1835 ; expose des soies grèges et ouvrées ; — a obtenu une prize medal à Londres en 1862, une médaille d’or à Privas en 1865, une médaille d’argent à Paris en 1867, une médaille de mérite à Vienne en 1873 et une médaille d’argent à Paris en 1878.
- 10. Louis Bourdon et Cie,. filatures de soies grèges
- à Saint-Jean-du-Gard, Saint-André-de-Valborgne, Uzès et Barge ton (Gard). — Maison fondée en 1752 ; expose des soies grèges ; — a obtenu des médailles de première classe à Londres en 1851, à Paris en 1855 et à Londres en 1862, une médaille d’argent à Paris en 1867, une médaille d’or à Lyon en 1872, une médaille de progrès à Vienne en 1873, une médaille à Philadelphie en 1876; a été hors concours comme membre du jury à Paris en 1878, et a obtenu un diplôme d’honneur à Amsterdam en 1883.
- 11. Marius Bouvier, à Die (Drôme). — Expose
- diverses soies ouvrées, des organsins et trame ordinaire et à tours comptés, et des grenadines (trame tours comptés 30 deniers kadedah, poil jaune 17/19 et 25/27, organsins Japon grand, organsin Canton réglage Grant, grenadines 3 et 4 fils pour Calais).
- 12. Emile Brunsciiwig, d’Aulas (Gard).—Maison
- fondée en 1876 ; possède des usines à Aubas et Le Mouna; expose des déchets de soie piqués en tous genres, en loquettes et en nappes.
- 13. Emile et Paul Carrière, de Ganges (Hérault) et
- Saint-André de Majencoules (Gard). — Cette maison possède quatre filatures et moulinages, expose des soies grèges et ouvrées de tous titres pour satins, velours, bonneterie et tulles, et a obtenu une médaille d’argent à Paris en 1878.
- 14. J. Ciiabert et Cle, de Chomèrac (Ardèche), —
- Maison fondée en 1835, a un comptoir à
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- LES INDUSTRIES TEXTILES ’u
- Lyon, et diverses filatures de soies grèges et moulinages de soies ouvrées; elle expose des soies grèges dans tous les titres pour organsins, trame, pour emplois en grèges et autres, et des soies européennes et asiatiques ouvrées pour organsins, trame, tours comptés et non comptés, poils, grenadines, crêpes, ondées, ouvraisons dites anglaises, organsins et trames tussah Chine à tours comptés, ainsi que divers tussah Inde, filature à l’européenne, organsins et trames, etc. Elle a obtenu une médaille d’argent en 1867, une médaille d’or à Lyon en 1872, une médaille de progrès à Vienne en 1873, une médaille à Philadelphie en 1876, une médaille d’or à Paris en 1878 et un diplôme d’honneur à Anvers en 1885.
- 15. Chaix et Cie, de Lyon. — Il s’agit ici de la
- « Société en commandite par actions pour le commerce et l’industrie delà soie », fondée en 1885. Les produits exposés sont des organsins, apprêts ordinaires, spéciaux, velours et autres, 3 bouts, 4 bouts, etc.; des trames de divers classements, spécialement en 3, 4 et 5 bouts, surtout en articles secondaires et soie courante ; des grèges en titres ordinaires et surtout en titres spéciaux : 30, 50, 100, 200, 300, 400 deniers et au delà; des doup-pions de belle qualité en grèges et en trames; des articles en fils mélangés, soie et coton, soie et laine, de divers titres et qualités, tordus et non tordus, pour les étoffes soie, les serges flanelles, etc.
- 16. Emile Ciiampestève, de Montèlimar (Drôme).
- — Maison fondée en 1852; possède des usines au Teil et à Aps, expose des organsins Canton filature, organsins Japon, grappes Syrie, etc.; — a obtenu une médaille de bronze à Paris en 1878.
- 17. Virgile Ciiareyre, de Saint-Forlunat (Ardèche),
- — Usines à Saint-Fortunat et aux Ollières; expose des soies grèges et ouvrées (organsins satin, organsins blancs, organsins verts, velours 3 bouts) ; —a obtenu une médaille de bronze à Paris en 1878, et une médaille d’or à Anvers en 1885. Cette maison produit annuellement 10.000 kilogrammes en soie grège, et 1.000 kilogrammes en soie ouvrée.
- 18. Combièr frères, de Livron (Drôme). — Expose
- des soies grèges et ouvrées.
- 19. Joseph Cor'en, de Salon (Bouches-du-Rhône).
- — Maison fondée en 1830; expose des soies grèges et ouvrées; — a obtenu une médaille à ' Paris en 1878. b
- 20. Pierre Courthial et Lafayolle-Giraud, de
- Valence-sur-Rhône (Drôme). — Maison fondée en 1849; a en activité 380 bassines produisant annuellement de 36,000 à 40,000 kilogrammes; ses principales filatures sont à Beaumont-lez- Valence (Drôme), Vals-les-Bains (Ardèche) et Lamastre (Ardèche) ; elle possède 12 moulinages produisant annuellement 100,000 à 105,000 kilogrammes d’organsin ou trame. Ses produits exposés consistent en organsin et trame, titres et apprêts spéciaux pour velours, peluche et grenadine. Elle a obtenu des récompenses à Lyon en 1872, et à Paris en 1878.
- 21. Cuchet père et fils et Cie, d'Aubenas (Ardèche).
- — Maison fondée en 1832; expose des soies grèges et ouvrées et spécialement des organsins Syrie ; — a obtenu une médaille d’argent à Paris en 1878.
- 22. E. Dadre, d’Alais (Gard). —Expose des soies
- grèges accompagnées de cocons.
- 23. Denis et Cie, de Fismes (Marne). — Filature de
- bourre de soie fondée en 1857 ; expose des cordonnets pour coutures et passementeries, et des schappes pour tulles et dentelles.
- 24. Odelon Dumas, de Saint-Andrè-de-Crozières
- (Ardèche). — Expose des soies grèges, filées à divers titres.
- 25. Léon Dussol, de Sumène (Gard). — Expose des
- soies grèges.
- 26. Régis Fayol, de Charmes (Ardèche). — Expose
- des soies grèges et ouvrées (organsin blanc 21/23 d.; organsin jaune 23/25 d.; grège blanche. 10/12 d.; grège jaune 14/15 d.; grège verte 13/15 d.). . .
- 27. A. Fougeirol, des Ollières (Ardèche). — Usines
- aux Ollières et à Saint-Laurent-du-Pape; dévidage à Chalençon et à Saint-Laurent-du-Pape; tissage mécanique de soieries à Ollières. Cette maison expose des soies grèges et ouvrées de France, des organsins et trames de Chine, du Japon et du Bengale, des trames tussah, et spécialement des organsins. de France et du Bengale pour peluches et velours; — elle a obtenu une médaille d’argent à Paris en 1855, une médaille d’argent à
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- A L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1889.
- Paris en 1867, une médaille d’or en 1878, et une médaille d’or à Anvers en 1885.
- 28. Fougéirol et E. Garnier, de Tram (Var). —
- Expose des soies grèges, ouvrées, des cocons de soie et déchets qui en proviennent.
- 29. A. Franque b alme et fils, d'Avignon. — Expose
- des grèges blanchies pour chaînes, organsins jaunes pour filature et organsins Japon et , trames tussah tours comptés trois bouts.
- 30. F. César Gervais, d’Anduze (Gard). — Maison
- fondée en 1832; expose des soies grèges extra des Cévennes; — a obtenu une médaille de mérite à Vienne en 1873, et une médaille d’argent à Paris en 1878.
- 31. James Monroe Grant, chez MM. Chabrières,
- Morel et Cie, de Lyon. —Expose des préparations de fils pour faciliter le dévidage après teinture des flottes de soie ouvrées, crues, v teintes, etc.
- 32. L. Martin et Cie, à Lyon et Lassalle (Gard). —
- Expose des soies grèges.
- 33. Eugène Molle, kAubenas (Ardèche). — Maison
- fondée en 1861, possédant une filature à Villeneuve; expose des soies grèges et ouvrées (organsins Chine filature 20/22 d.; organsin filature de Syrie 29/21 d.; organsin Chine tsallée 36/40 d.; grège 11/13 d.; cocons de France, organsin de France, filature et ou-vraison 24/26 d.).
- 34. H. Palluat et Testenoire, de Lyon. — Maison
- fondée en 1836; possède en .France des filatures et moulinages dans chacune des localités de Largentière, Moulinet, S igai ière, Le lleclus et Bréseur (Livron), un moulinage à Le Dei'ot (Drôme), et six moulinages à Au-benas; en Espagne, des filatures à San-Diego (Murcie), Fuen-Santa {id.), Malecon {id.), Segorbe {id.), Batifora (Valence), et Ujigar (Grenade); en Syrie, quatre filatures à Le Krey (mont Liban), et une à Hamana {id.) ; en Italie, des filatures à Sinigaglia (usine Para-diso), et à Pérouse (usine Baldini et Louis Ghia) en compte social. Elle alimente en Italie trois filatures et en France douze moulinages. . . . Les produits qu’elle expose consistent en
- soies grèges et ouvrées. Elle a obtenu une prize medal à Londres en 1862, une médaille d’or à Valence (Drôme) en 1863, une médaille d’argent à Paris en 1867, un diplôme d’honneur au Havre en 1868, une médaille
- d’or à Ancône en 1869, une médaille d’argent à Valence en 1872, un diplôme d’honneur à Vienne en 1873, un diplôme d’honneur à
- • - Anvers en 1885, et un grand diplôme d’honneur à Paris en 1878.
- 35. L. Payen et Cie, de Lyon, et Berhampore [Ben-
- gale). — Maison fondée en 1839; possède des filatures àNovi (Italie), Murcie (Espagne), Vigolo (Tyrol), diverses filatures en France avec la maison Chabert et Cie, et des moulinages en Italie en participation avec M. Auguste Beaux. Elle expose des soies grèges et ouvrées de Bengale, Italie, Espagne, Tyrol, et tussah de l’Inde ; —elle a obtenu une médaille de progrès à Vienne en 1873 et un grand prix à Paris en 1878.
- 36. Société anonyme pour l’exploitation en France
- des filatures Serrel, à Lyon. — Cette société, au capital de 800,000 francs, possède trois filatures situées aux Vans (Ardèche), à Boçhemaure (Ardèche) et Cliabreuil (Drôme); la direction industrielle en est confiée à MM. J. Chabert et Cie, de Chomérac(Ardèche), et les soies se vendent en grèges. Elle possède des agences à Paris, Calais, Crefeld, Bâle, Zurich et Moscou; elle produit annuellement 30,000 kilogrammes de grèges et occupe 500 ouvriers. Elle expose des grèges mi-fin jaunes 20/22 d.; des organsins extrajaunes 42-43, apprêt velours, des organsins mi-jaunes 24/26, apprêt satin, etc.
- 37. Stroiil, Schwartz et Ci,!, à La Croix-aux-
- Mines (Vosges). — Filatures de bourre de soie, fondée en 1855 ; possède une succursale à Bâle et des dépôts à Paris et Lyon; expose des schappes, cordonnets pour couture, dentelles, passementerie et broderie.
- 38. Ernest Teissier du Cros, à Valleraugue (Gard).
- — Maison fondée en 1792; expose des soies blanches et des grèges et ouvrées pour toutes espèces de tissus, soieries, velours, crêpes, tulles, dentelles, gazes à bluter; — a obtenu une prize medal à Londres en 1851, une. médaille de première classe à Paris en 1855, une prize medal à Londres en 1862, une médaille d’or à Marseille en 1862, un diplôme d’honneur à Nîmes en 1863, une médaille d’argent à Paris en IS67, et une médaille d’or en 1878.
- 39. Thomas frères, à Avignon. — Exposent des
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- 254
- LES INDUSTRIES TEXTILES
- soies grèges du pays, organsin filature du pays, trame de Chine à tours comptés, et trame de Chine en raie.
- 40. Trapier frères, à Chomèrac (Ardèche). —
- Maison fondée en 1815; expose des soies grèges et ouvrées (grège cocons pays 14/16 d.; grège premier choix 11/12 d.; organsin blanc premier choix, apprêt satin 21/22 d.); a obtenu une médaille d’argent en 1867 et un rappel en 1878.
- 41. Albin Tromparent, à Privas (Ardèche). —
- Expose une série de soies ouvrées (ouvraison tours comptés, titre 123 deniers, 2 fils, 476 mètres de long et 455 échevettes). Maison produisant annuellement 70,000 kilogrammes, possédant 15 usines à Privât, Vais, Burzet, Saint-Pierre-de-Colombier, Saint-Symphorien-cCOzon, Labatie, Dieulefit, etc.
- 42. Louis Vertupier-Colombier, Crest (Drôme). —
- Maison fondée en 1798 (anciennement Colombier père et fils); possède une usine à Chau-méane, et une autre aux Porterons, dans le canton de Crest ; elle expose des grèges et organsins de France, des grèges du Japon (kakédah) 11/12 d.; 0 kil. 750, n° 1, et des trames Japon à tours comptés : 27 deniers.
- Le commerce de la soie est exercé à Lyon par plus de soixante maisons, qui forment une corporation dite des marchands de soie, des plus intelligentes et des plus honorables. Par leur hardiesse raisonnée en même temps que par la solidité de leurs opérations, ces marchands ont su enlever à Londres la suprématie de l’importation des soies de Chine et du Japon, et ont fait de Lyon le premier des marchés d’Europe. Le mouvement des conditions européennes étant de 15 millions de kilogrammes, il atteint à la condition de Lyon 5,183,000 kilogrammes, etàcelle de Saint-Étienne, qui est son satellite, 1,300.000 kilogrammes, soit, pour le marché de Lyon et son annexe, 6.400,000 kilogrammes ; près d’un tiers de ce chiffre est consommé par Lyon.
- Les marchands de soie lyonnais n’étaient autrefois que des négociants commissionnaires recevant de France ou de l’étranger des soies qu’ils vendaient pour le compte du producteur, en se portant garants du règlement de la facture,- le plus souvent, alors, ces marchandises avaient été produites au moyen des avances faites par eux aux industriels, et devenaient pour ainsi dire le gage des sommes avancées. Peu à
- peu ils se sont plus directement intéressés dans la production, et aujourd’hui bon nombre d’entre eux sont devenus des industriels ayant des établissements à eux ou faisant travailler à façon des fabricants de la région.
- De cette organisation résulte pour la fabrique lyonnaise un grand avantage, puisqu’elle a sous la main le plus grand marché européen de la soie. Pour les détenteurs de matières premières, au contraire, l’inconvénient est parfois grand : carie fabricant voit de trop près le stock, il est ainsi porté à s’exagérer les existences; sa politique est encline à la baisse, il s’approvisionne au jour le jour, de sorte que le marché des soies souffre de dépressions continuelles qui détruisent la spéculation raisonnable. La même défaveur se ferait sentir sur le coton si le marché français, au lieu de se trouver au Havre, était à Rouen ou dans les Vosges.
- Les transactions en soie se font à Lyon avec la plus entière liberté dans les offres des négociants, sans passer par une Bourse spéciale et sans avoir besoin de la sanction d’un courtier. Le marché se traite sur échantillons soumis à l’acheteur; le prix convenu, le lot est essayé à la Condition, et, une fois vendu, on en établit le prix marchand pour la facture. On vend parfois des quantités moindres qu’une balle, mais la règle admise est que le poids ne soit pas inférieur à 25 kilogrammes, et les exceptions sont nombreuses. Les ventes se font à quatre-vingt-dix jours de date, escomptables au taux de 6 pour 100 l’an. La commission des marchands de soie varie de 1 à 2 1/2 pour 100; le courtage est fixé officiellement à 1/2 pour 100.
- Aux divers filateurs lyonnais il faut ajouter les exposants de soies retorses et de grèges de Faris : MM. Charles Barbier fils; — Alphonse Beauvillain (fabrique à Chambly, Oise); — Alexandre Carton (fabrique à Crouy-en-Thelle, Oise); — Ernest Chardin et Cie (usine à Persan, Oise); — Amédée Charpentier et Remy (fabrique à Neuilly-en-Thelle, Oise); — Émile Hamelin et Cie (filature de douppions à Bagnols-sur-Cèze, dans le Gard, et à Condolet, et manufacture aux Andelys, Eure); —Pierre Laville et Léopold Caron; — Albert Perrot; — les fils de Victor Pic-quefeu (fabrique à Neuilly-en-Thelle); — P.-G. Plailly (retorderie mécanique à Paris, et fabrique à Neuilly-en-Thelle pour les ouvraisons à la main) ; — Raffard; et Vaquet-Fessard et fils, dans les vitrines desquels nous relevons une grande variété de soies écrues et teintes pour broderies et drape-
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- A L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1880.
- 255
- ries, soies d’Alger pour tapisserie, cordonnets, schappe à broder sur tulle, soies imperlées de divers genres, soies floches, soies sur cartes pour ganterie, chaussures, tailleurs, dentelles, pour métiers suisses et à fil continu, pour machinesCaumont pour machines à coudre de tous systèmes, trames, organsins, etc.
- LES SOIERIES DE LYON.
- La fabrication lyonnaise en matière de soieries est universelle : tous les articles auxquels la soie se prête sortent sans exception de ses ateliers, depuis le velours épais jusqu’à la gaze impalpable, depuis le brocart épinglé et rebouclé d’or, à 200 francs le mètre, jusqu’à la guenille brillante de 0 fr. 75 dont se pare la fille de campagne. Les autres fabriques possèdent des spécialités : Crefeld a le velours schappe, Zurich les étoffes légères, Gôme le satin et la faille, Lyon seul possède l’universalité des produits. Nous ne saurions mieux faire d’ailleurs, pour donner une idée de la variété des étoffes lyonnaises, que d’indiquer le détail de la production des divers tissus qu’elle a fabriqués dans ces dernières années (voir le tableau, page 256).
- L’exposition collective des fabricants de la région lyonnaise forme en quelque sorte le joyau du groupe des fils et tissus. C’est un véritable éblouissement, et la Chambre de commerce de Lyon, qui l’a organisée, a réussi à montrer aux visiteurs la prédominance incontestable et la haute valeur de l’industrie française en ce genre. La collectivité ne comprend pas moins de 124 exposants, dont 67 pour les soieries unies, velours et nouveautés de toute sorte, 5 pour les tulles de soie, 8 pour les soies teintes, 42 pour les soies grèges et ouvrées ainsi que les déchets de soie, et 2 pour les graines de ver à soie. Nous ne nous occupons ici que des tissus proprement dits, renvoyant aux chapitres divers où ils ont été ou seront ultérieurement traités tout ce qui concerne les tulles, soies grèges, etc.
- Déjà, dans la voie centrale qui conduit à la galerie des Machines, l’exposition lyonnaise commence ; on lui a réservé un pavillon spécial ou deux de ses fabricants, qui sont passés maîtres en matière de haute nouveauté, ont réuni leurs modèles les meilleurs et les plus beaux ; il est difficile d’imaginer fabrication supérieure et de plus de cachet ; là le goût français s’est donné ample carrière, et l’art de l’étalagiste a aidé d’une façon merveilleuse à en faire ressortir toute la délicatesse. Grands façonnés
- pour robes et confections, brocarts et lampas brochés, damas et velours d’ameublement de tous styles sont là étalés sous les yeux du public, qui ne peut qu’admirer leur aspect artistique, l’éclat de leurs teintes, l'originalité de leurs dessins. Les maisons dont les produits figurent dans ce pavillon sont MM. Schultz, Gourdon et Cie (maison fondée en 1825), et Ant. Lamy et Au g. Giraud (maison fondée en 1800). La plupart de ces étoffes ont été retenues spécialement par un certain nombre de maisons étrangères qui s’en sont réservé la disposition.
- Nous trouvons d’autres fabricants non moins méritants en passant de la voie centrale dans l’exposition lyonnaise proprement dite. Là encore, c’est le triomphe de l’art industriel français élevé à un niveau qui lui acquiert sur tous ses concurrents une prépondérance indéniable. L’ensemble est des mieux organisés, et il est facile de voir qu’une main expérimentée a prêté son concours à l’agencement général des produits. Des deux côtés de la porte d’entrée sont placées deux vastes vitrines : l’une occupée par les façonnés pour ameublements et robes de MM. Bouvard et Matheron fils (maison fondée en 1780); l’autre par les magnifiques soieries unies noir et couleurs, veloutines soie et laine-soie, peaux de soie, tonkinoises et failles de toute sorte, de MM. Ducoté, Caquet-Vauzelle et Côte (maison fondée en 1773).
- Tout en face du portique, la Chambre de commerce de Lyon a placé dans une vitrine centrale des règlements, notices, etc., relatifs à diverses institutions dirigées ou subventionnées par elle. Ce sont ceux de la Société de secours mutuels et de la Caisse de retraites des ouvriers en soie, fondée en 1850 ; de la Condition publique des soies, laines et cotons, fondée en 1805, du Musée d'art et d’industrie, créé en 1864 ; de Y École centrale industrielle de Lyon, fondée en 1857; de la Société d'enseignement professionnel du Rhône, fondée en 1864; du Laboratoire d'étude de la soie, fondé en 1885; de Y École de chimie industrielle annexée à la Faculté des sciences, fondée en 1883; de Y École supérieure de commerce eide tissage de Lyon, fondée en 1872, et de Y École de comptabilité pour les jeunes filles, fondée en 1857. Nous aurons l’occasion de revenir sur la plupart de ces institutions lorsque nous nous occuperons de l’économie sociale dans ses rapports avec l’industrie textile. Quatre beaux bronzes, dont un seul,
- Fileuse, de Mme Signoret Le Dieu, se rapporte à la
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- '256
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- TABLEAU DE LA PRODUCTION DE LA SOIE PAR LA FABRIQUE LYONNAISE
- en, 1886, 1887 et 1888.
- 1886. 1887. 1888.
- fr. fr. fr.
- 13.000.000 13.000.000 : 'J 12.000.000
- 12.000.000 13.500.000 13.500.000
- 5.000.000 A.000.000 3.000.000
- 600.000 650.000 250.000
- 9.000.000 9.000.000 7.800.000
- 6.500.000 6.500 000 . 6.900.000
- 8.000.000 . 9.000.000 12.000.000
- 17.000.000 19.000.000 17.500.000
- 1.500.000 1.500.000 1.600.000
- 2.000.000 5.000.000 9.000.000
- 3.000.000 A.000.000 5.300.000
- 1.000.000 1.200.000 2.000.000
- 52.000.000 53.000.000 50.500.000
- 2.500.000 2.000.000 2.000.000
- » » 3.A00.000
- 133.100 000 1A1.350.000 1A6.750.000
- 15.000.000 IA.500.000 16.700.000
- 3.000.000 2.500.000 . 3.000.000
- î 7.500.000 6.500.000 7.600.000
- 2.500.000 1.000.000 1.200.000
- 2.500.000 2.800.000 A.000.000
- 3.200.000 3.500.000 3.500.000
- .33.700.000 30.800.000 36.000.000
- 25.000.000 18.000.000 15.000.000
- 35.000.000 36.000.000 38.000.000
- 6.000.000 6.000.000 6.000.000
- 7.500.000 8.000.000 6.600.000
- 8.000.000 7.200.000 6.300.000
- 10.000.000 10.500.000 8.600.000
- 150.000 100.000 100.000
- 3.500.000 3.500.000 A.000.000
- 15.000.000 16.500.000 IA.500.000
- 1.500.000 1.500.000 1.850.000
- 3.000.000 A.000 000 5.700.000
- , 2.000.000 3.000.000 A.000.000
- 116.650.000 114.300.000 110.650.000
- ; : n
- DÉSIGNATION.
- Étoffes unies de soie ou de bourre de soie pure.
- Failles et taffetas, noirs souples et cuits...................
- Failles et taffetas de couleurs. .............................
- Satins noirs et couleurs tout soie...............'............
- Velours rayés noirs et couleurs......... .....................
- Velours noirs et couleurs tout soie...........................
- Taffetas et sergés pour parapluies et ombrelles...............
- Doublures, sergés, armures, marcelines, florentines, lustrines.
- Foulards écrus, imprimés ou teints............................
- Taffetas rayés et quadrillés, cuits et souples................
- Moires antiques et françaises, noires et couleurs.............
- Pékins rayés satins de toutes sortes..........................
- Etoffes de soie pure unies, pour ameublements et églises......
- Armures noires et couleurs pour robes, surahs, etc............
- Marcelines, florentines, teintes en pièces....................
- Pongée uni et imprimé...........................................
- Totaux..............
- Étoffes façonnées et brochées de soie pure.
- Étoffes façonnées, lisérées, damas, armures, droguets noirs et couleurs... Étoffes pour ameublements et ornements d’église,.damas, lampas, etc....
- Velours façonnés et lattés noirs et couleurs, gilets.....................
- Grands façonnés et lattés, satins et moires façonnées....................
- Étoffes façonnées pour cols-cravates..............................
- Façonnés soie et schappes teints en pièces, robes et pongées façonnés.... Foulards façonnés soie ou soie et schappe, au carré......................
- Totaux........................
- Étoffes unies mélangées de soie, de colon, de laine, etc.
- Satins noirs et couleurs, tramés coton...................................
- Satins tramés coton, teints en pièces pour chapellerie, modes, rubans, etc.
- Velours unis, noirs et couleurs, tramés coton............................
- Velours unis, noirs et couleurs, mécaniques..............................
- Peluches pour modes et chapellerie....................................
- Popelines, siciliennes, bengalines et autres armures tramées laine teintes
- en flottes et en pièces.........................................J.
- Étoffes unies pour voitures..............................................
- Satins imprimés..........................................................
- Turquoises, failles, sergés, armures tramées coton pour modes et doublures. Étoffes unies, mélangées coton, laine, fil, pour ameublement et églises...
- Armures surah teintés, en soie et schappe.....................
- Tissus de suie, bourre de soie, coton, fil, pr robes, doublures et ameublements
- , ’ '. : - ( • * • ' _ i , 'J Ji '
- A reporter..... ...............
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-
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- A L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1889. 257
- TABLEAU DE LA PRODUCTION DE LA SOIE PAR LA FABRIQUE LYONNAISE en 1886, 1887 et 1888.
- DÉSIGNATION. 1883. 1887. 1888.
- fr. fr. fr.
- Étoffes unies mélangées de soie, de colon, de laine, etc. (Suite).
- Report 116.650.000 11/1.300.000 110.650.000
- Tissus pour parapluies et ombrelles, tramés coton 5.000.000 5.000.000 5.000.000
- Etoffes unies mélangées pour cols-cravates 500.000 1.500.000 2.500.000
- Mélangés divers et armures, chinas, sergés, failles, etc., teints en pièces. 5.000.000 6.500.000 5.800.000
- 1.000.000 1.500.000 3.000.000
- Totaux 128.150 000 128.800.000 126.950.000
- Etoffes de soie façonnées, mélangées de colon, laine, etc.
- Étoffes façonnées, trame ou chaîne coton ou laine pour robes. 5.000.000 5.500.000 7.000.000
- Velours rayés, façonnés, lattés, tramés coton 15.000.000 5.800.000 3.000.000
- Étoffes façonnées pour voitures 250.000 200.000 250.000
- R Étoffes façonnées pour ameublements, ornements d’église, tissé, dorures. 3.000.000 3.300.000 II. 000.000
- Velours lisérés façonnés pour l’Orient et les Indes 600.000 600.000 1.000.000
- 1.000 000 900.000 900.000
- 200.000 200.000 200.000
- Gazes rayées et façonnées, avec et sans velours 3.000.000 3.500.000 1.500.000
- Étoffés façonnées mélangées pour cols-cravates. 1.800.000 2.500.000 2.900.000
- Totaux 29.850.000 22.500.000 20.750.000
- Étoffes mélangées d'or ou d’argent) pour le Levant et les Indes.
- Étoffes unies et façonnées, soie pure ou mélangée de coton, or et argent
- fin, mi-fin et faux 6.000.000 5.000.000 5.000.000
- Brocades coton et or faux. • 200.000 1.000.000 800.000
- Totaux 6.200.000 6.000.000 5.800.000
- Tissus divers.
- 1 Crêpes noirs et couleurs 10.000.000 8.000.000 7.500.000
- I Crêpes deXhine 1.200.000 1.200.000 1.800.000
- | Mousseline unie et façonnée )) )) 1.500.000
- I Gazes soie et soie chaîne coton 2.000.000 2.000.000 1.900.000
- | Grenadines 2.300.000 2.000.000 1.600.000
- | Tulles unis, façonnes, brodés 8.600.000 8.600.000 8.900.000
- I Dentelles, guipures et dentelles avec or fin Zi.500.000 Zl./lOO.OOO Zl.500.000
- 6.250.000 7.500.000 5.500.000
- Totaux 3Zi.850.000 33.700.000 33.200.000
- 6,000.000 6.000.000 7.500.000
- Passementeries soie, coton, laine, etc • • 7.800.000 8.000.000 e./ioo.ooo
- Totaux généraux. 379.450.000 377.150.000 383.350.000
- Supplément a l’Industrie textile du 15 Novembre.
- 33» Fascicule
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- 258
- LES INDUSTRIES TEXTILES
- spécialité industrielle de la section, figurent aux quatre coins de cette vitrine.
- Un peu plus loin un petit pavillon renferme sous verre un groupe de douze petits appareils employés à Lyon pour le conditionnement de la soie, reproduits au cinquième.
- Une grande et large vitrine occupe le fond de la première salle, c’est celle de M. J.-A. Henry, maison qui date de plus d’un quart de siècle. Nous remarquons dans cette exposition : — les diverses pages d’un livre de prières, manuscrit du xvie siècle, dont les caractères qui semblent imprimés sont tissés dans la soie; — une chasuble style italien du xve siècle en broderie couchure or fin, point de soie aniique et point de soie espagnol ; — une autre chasuble, art gothique xvie siècle, fond brocart à anges, couchure or fin en mi-relief; — une autre, style xvne siècle, brocart broderie or fin, relief et mi-relief; — une autre encore xvie siècle, imitation du point de Venise en couchure or fin ; — une portière imitation de broderie chinoise, point de nœuds à la Bonasse ; — des tissus dorés pour les Indes, etc.
- Tout est à citer d’ailleurs dans cette phalange industrielle. Notons parmi les tissus auxquels leur éclat et leurs dispositions artistiques de haut goût assurent une place hors de pair dans l’ensemble: — les étoffes pour ameublements et voitures, articles du Levant et reproduction d’étoffes anciennes de MM. Léon et Adrien Emery ; — les armures et velours, poults de soie et satin duchesse, de MM. Gustelle et Ponson (maison fondée en 1829); — les pékins quadrillés et façonnés riches de MM. Poncet père et fils (maison fondée en 18A9);— les hautes nouveautés de MM. Tresca frères, Sicart et Cie (maison fondée en ISIih et possédant des usines et tissages mécaniques à Vizille, Voiron, La Murette, Sainte-Eulalie, Pont-en-Royans, Charlieu, l’Arbresle et Lyon) ; — les armures noir et couleur de MM. Boucharlat frères et Pellet; — les nouveautés pour robes, modes et confections de MM. Bardon, Ritton et Mayen (maison fondée en 18AA, qui possède des établissements de tissage à Nantua, Condrieu, Morestel etChainpier) ; — les grands façonnés de MM. Bérard et Ferrand (maison fondée en 18/15) ; — les hautes nouveautés de MM. J. Béraud et Cie; — les écharpes et rubans larges de MM.Bonnetain,Bayleet Cie (maison fondée en 18(13);— les damas de soie et velours de Gênes de MM. Bres-son, Agnès etCie; —les soieries imprimées haute fan-
- taisie de MM. Brunet-Lecomte, Moïse et Cie (maison fondée en 184 A); — les façonnés noir et couleur de MM. Champagne, Range etVernay; — les étoffes pour ameublements et ornements d’église de MM. Chatel et V. Tassinari (maison fondée en 1762 par Camille Pernon dont on voit le portrait tissé dans la vitrine); — les nouveautés pour robes de MM. Devaux et Bachelard (maison fondée en 1813); —les mêmes de MM. Galle, Chaboud et Faye, et Gourd et Cie(maison fondée en 1812, possédant des usines mécaniques à Faverges, en Haute-Savoie);—les soieries imprimées, façonnées et gaufrées de MM. V. Ogier, L. Duplan et Cie (maison fondée en 1852, dont le tissage est à Vizille, dans l’Isère); —les tissus façonnés teints en pièces, tout soie ou mélangés coton et laine, de MM. L. Peimezel et Cie (maison fondée en 1870, possédant cinquante-cinq agences en Europe, Asie, Afrique, Amérique et Océanie, et des usines de plane-tage, polissage, brodage, gaufrage, etc.); — les étoffes pour robes et ameublements de MM. J.-M. Piotet et Rocque (maison fondée en 1861, suite de la maison Géménix fondée en 1820); — les soieries pour robes de MM. Roux père et fils (maison fondée en I8/16); — et celles de MM. Guivet et Delaroche (maison fondée en 1865); les foulards écrus teints en fils et en pièces pour robes, cravates, doublures, et les nouveautés pour l’Orient et les Indes de MM. A.-L. Trapadoux frères et Cie (maison fondée en 185A, usines à Bour-goin, Isère; — et les soieries façonnées noir et couleur de MM. Arquische, Voisin et Grospellier; — de MM. Atuyer, Bianchini et Ferier (maison fondée le 1er janvier 1889); — de M. E. Duchamp; — etc.
- Les velours en tous genres et les peluches sont plus particulièrement représentés par MM. Roche et Cie (velours soie trame coton au fer et mécanique pour modes, (leurs, gainerie et ornements d’église, maison fondée en 1858); — Bickert et Besson (velours mécaniques brochés et unis);—Étienne Charbin (peluches en soie, lin, ramie et jute en toutes largeurs pour ameublement, tenture et gainerie, et velours pour confection et modes ; maison fondée en 18A7 et possédant des usines mécaniques à Lyon et Saint-Nazaire-en-Royans, Drôme); — Clayette et Mantelier jeune (velours unis noirs et couleurs au fer et mécanique) ; — Gautier, Bellon etC16 (veloursà disposition et velours unis noirs et couleurs, tout soie et tramés coton, pour robes, modes, etc., maison fondée en 1839); — J.-B. Martin (peluches en noir et en couleur pour chapellerie, modes et ameublement, et velours au fer et mécanique en noir et en couleur,
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- A L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1889.
- 259
- maison possédant un moulinage de soie à Tarare et une teinturerie à Roanne, et des maisons de vente à Paris, Lyon et Londres); —Audebert et Cie (velours unis en toutes largeurs, noir et couleurs, maison possédant des usines de tissage mécanique et à bras à Saint-Pierre d’Albigny et à Freterive, en Savoie, fondée en 18/16); —Lemaître et Cie (velours riches pour confections, maison fondée en 1870).
- Quelques fabricants représentent plus spécialement le crêpe : ce sont : — MM. Bianchini, Bernard et Cie (crêpes de Chine, maison fondée en 1828); — Durand frères (maison fondée en 1767); — A. Montessuy et A. Chômer (crêpes, crêpés, crêpes lisses, crêpes français et crêpes anglais, maison possédant des usines de moulinages, ourdissages et tissages à Renage, dans l’Isère, et de teinture en noir et couleur, gaufrage et apprêls à Lyon); H. Pravaz et Boufïîer (crêpe des Deux-Mondes, crêpes lyonnais, etc., ancienne maison Riboud, fondée à la fin du xviii* siècle); — Tabourier, Bisson'et Cie (crêpe de Chine uni, façonné, teint et imprimé, etc.);—A. Rosset (crêpes de Chine unis et façonnés, maison fondée en 1859).
- Comme produits plus spéciaux nous nommerons :— les doublures pour tailleurs, merveilleux et surahs de MM. Benoît, Tabard et Cie; — les lustrines et marce-lines, armures en noir, blanc et couleurs pour confections, et doublures en noir dépouillé pour tailleurs, de MM. Thomasset, Capony et Gerin (maison fondée en 1815); — les nouveautés pour parapluies et ombrelles de MM. Araud neveu et C. Eyraud ; — les soieries spéciales pour éventails de MM. Barrai, Cha-nay et Cie; — les soieries pour voitures de MM. Bov-riven frères (maison à Madrid); — les satins unis noir et couleurs, talfetas et armures teints en pièces de MM. Brosset-Heckel et Cie, et Gendre et Cie (maison fondée en 1828); — les foulards, pochettes, tissus pour cols, cache-nez, de MM. L. Gonindard, L. Jance et Cie; — les siciliennes et bengalines, moires françaises et moires antiques de M. C. Guigou (maison fondée en 1873); —les tissus nouveautés pour cols-cravates deMM. Jaboulay, Burin et Corel; — les surah unis et rayés de MM. Jaillet, Leplattenier et Cie (maison fondée en 1798); — les satins rayés et quadrillés, levantines diagonales de MM. Machard frères et Gie (maison fondée en 1869, possédant un moulinage à Grigny, Rhône);— les soieries pour doublures, gilets et robes de MM. Mallevul, Masson et Cie; — les foulards, mou-
- choirs, cravates et lavallières de M. E. Prudhon (maison fondée en 188/Q; — les étoffes de soie pure pour parapluies, en-cas et parasols de MM. Revel père et fils (maison fondée en 1851); — les soieries doubles en tous genres pour tailleurs et couturières de M. Reyre-Louvier; — les gazes à bluter de MM. Tapissier frères; —les nouveautés pour cols et cravates de M. V. Turge (maison fondée en 1879); — les étoffes pour garnitures, lingerie, corsets de MM. J. Vermorel et Cie (maison fondée en 1836); — et les soieries pour caoutchouc, lustrines, etc., de MM. Viallar, Guéneau et Chartron (maison possédant une manufacture à Charlieu, Loire, et un tissage mécanique à Chauffart Saône-et-Loire).
- Les soieries noires ont un excellent représentant dans la maison : les petits-fils de C.-J. Bonnet et Cie (fondée en 1810, et possédant des usines de filature, moulinage et tissage à Jujurieu, dans l’Ain).
- Toutes ces étoffes, intelligemment étalées sous les yeux du public, placées dans une suite de larges salles et alignées dans des vitrines bien éclairées et spacieuses, sont unanimement admirées des visiteurs étrangers et français de l’Exposition. C’est bien là le cachet de notre industrie nationale, si vive, si alerte, si pleine de goût. Aussi n’y a-t-il pas lieu de s’étonner que, pour éviter les contrefaçons et assurer à la fabrique de Lyon sa prépondérance universellement reconnue en matière artistique, la municipalité de cette ville, par délibération du 27 juillet 1886, ait institué une marque qu’elle met à la disposition des fabricants de la cité pour être apposée sur leurs tissus en cours de fabrication et en attester officiellement l’origine. La marque lyonnaise est délivrée sous contrôle, et son application a lieu sous la surveillance d’une commission spéciale présidée par le maire de Lyon, et composée de délégués de tous les corps élus de la ville. Seules les étoffes tissées à Lyon peuvent être pourvues de cette estampille, dont on peut voir le type dans l’une des vitrines de la section.
- Nous signalerons tout particulièrement aussi une exposition que nous n’avons pas mentionnée plus haut, celle de l’École municipale de tissage de Lyon. Un magnifique portrait de Jacquart, entièrement tissé en soie et admirablement rendu, et quelques épures de remettage, également tissées sur soie et rappelant le cours de théorie de la première année
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- d’enseignement, donnent au public une excellente idée de la supériorité de l’instruction technique de cet établissement et des excellents résultats qu’on en obtient. Nous reviendrons sur l’organisation spéciale de l’école de tissage de Lyon lorsque nous en arriverons au chapitre relatif à l’économie sociale et industrielle.
- Nous devons dire ici quelques mots de l’organisation séculaire de la fabrique lyonnaise, qui a été indiquée d’une manière générale dans l’historique retracé plus haut. Sauf quelques exceptions, le fabricant lyonnais ne possède ni métiers ni usines ; il emploie les métiers et les usines des autres. « Il évite ainsi, dit M. Aynard, les deux plus grands dangers de l’industriel : le capital englouti dans les immobilisations, puis la production outrée et intempestive parce qu’il faut faire marcher l’usine ou les métiers que les frais généraux constants dévorent dans l’inaction. C’est pourquoi notre fabricant peut ne point s’enrichir, mais il succombe très rarement. Une faillite de fabricant atteignant quelque importance est chose à peu près inconnue à Lyon. »
- Ce qu’il y a d’étrange, c’est que cette organisation qui subsiste dans les ateliers de la ville en vertu de la coutume de plusieurs siècles, a été appliquée au métier mécanique qu’on a commencé à employer vers 1860. Groupés en grandes usines pour remplacer le métier à bras, il semblait que les métiers mécaniques dussent retomber à la charge du fabricant. Point du tout ; les grands usiniers aui possèdent les métiers mécaniques sont des entrepreneurs de main-d’œuvre, des lâcherons pour le compte des fabricants à la manière des petits chefs d’ateliers de la Croix-Rousse. En cela se découvre la cause de la solidité exceptionnelle de la fabrique de Lyon. Si cette organisation se révèle souvent bien dure pour la main-d’œuvre grande ou petite, elle sauvegarde cependant l’intérêt général en ce qu’elle permet d’éviter le fléau endémique de toutes les autres industries, à savoir la surproduction. Par ce système le fabricant lyonnais n’est point un industriel pur, et c’est pourquoi dans les actes anciens on le dénomme marchand. Il fournit le capital, la matière première, la création, l’indication ouïe choix de l’article, et court le risque commercial; l’ouvrier lui apporte à forfait et l’outil et le bras, tandis que, dans les autres industries, le patron a tout à sa charge, le bras est donné contre un salaire.
- Les métiers à bras sont répandus à Lyon et dans
- la région, spécialement dans le Rhône, la Loire, l’Isère et l’Ardèche. Les métiers mécaniques sont presque tous groupés à Yoiron (Isère), et dans les localités voisines, Moirans, Saint-Geoire, etc. Le pouvoir de production du métier mécanique étant supérieur à trois métiers à la main, la fabrique lyonnaise dispose d’une force représentant 120,000 à 130,000 métiers ordinaires. Gela paraît être le plus haut point de sa puissance; le point minimum se trouve au moment de la révocation de l’édit de Nantes et de la Révolution française, où le nombre des métiers était tombé à 2,000, c’est-à-dire soixante-quinze fois moins qu’à l’heure présente. En comptant toutes les industries accessoires, le travail de la matière première, Saint-Étienne et Saint-Chamond, on peut dire que la soierie met sur pied, dans la région du sud-est, une armée de plus de 600,000 travailleurs dont l’état-major est à Lyon.
- Le fabricant lyonnais ne possède pas davantage les magnifiques ateliers dans lesquels se prépare ou s’achève le tissu : ateliers de teinture, d’apprêt, de gaufrage, d’impression, qui recouvrent avec tant d’art les misères de l'étoffe brute du charme de la couleur, ou bien lui donnent l’illusion de la richesse. La bonne organisation de toutes ces industries accessoires constitue l’une des causes principales de la supériorité de Lyon. Un fabricant de la Prusse rhénane disait en 1859 à Louis Reybaud : « Donnez-moi les ateliers de préparation de Lyon, et je transporte Lyon à Elberfeld. »
- Quant à la vente des produits, le fabricant travaille également d’une manière sûre, c’est-à-dire qu’il exécute le plus souvent des commissions ; celui qui travaille pour le placard, c’est-à-dire qui amasse un stock de marchandises ou les consigne, emploie ce système d’une manière permanente et peut s’en bien trouver; ce n’est un expédient que pour les rares maisons mal conduites. Cependant on est contraint de confesser que la fabrique de Lyon est en état d’infériorité au point de vue de l’art du commerce et de la science des débouchés en comparaison de ses principaux concurrents de Suisse ou d’Allemagne. Certains progrès ont été accomplis, un plus grand nombre de jeunes hommes acquièrent la connaissance des marchés étrangers et vont au-devant des clients, mais on a encore trop l’habitude de les attendre dans les comptoirs.
- 11 nous reste à parler du tisseur lyonnais, du canut; nous ne le ferons point sans une ardente
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- sympathie. Le tisseur lyonnais est le dernier représentant des anciennes races ouvrières françaises; il a conservé son antique organisation et sa figure ; c’est en quelque sorte Y autochtone de notre industrie. Ce ne serait pas tout à fait un paradoxe d’avancer que ce petit chef d’atelier tisseur de la Croix-Rousse constitue comme une sorte d’aristocratie ouvrière; il est plus ancien que le patron qui en est plus souvent issu. Nous avons vu que ce n’est que de nos jours que Lyon a pris les allures de la grande production; auparavant, c’était une juxtaposition de petits ateliers. Le tisseur lyonnais prouve aussi par son caractère qu’il est ancien; qu’on regarde ce travailleur ingénieux, actif et probe, qui tisse mélancoliquement des choses brillantes, à l’air sombre et doux, aux yeux pensifs, toujours entre la résignation et la violence, raisonneur et raisonnable, au fond très sensé, et poursuivant volontiers la chimère, ne se croyant plus rélégué dans sa généralité et restant sectaire, attaché profondément à son sol, s’assistant et empêchant ceux de sa classe de s’élever, acceptant tout avec l’ironie sournoise de Guignol, n’est-ce point encore le Lyonnais? C’est un chercheur. La Chambre de Commerce stimule l’esprit de découverte en donnant aux tisseurs qui lui soumettent des inventions de modestes primes qui varient de cent à cinq cents francs; il ne s’agit ordinairement que d’inventions secondaires, ou plutôt de perfectionnements mécaniques, mais toujours fort ingénieux, et qui aident à la création des articles nouveaux. En 1887, on a pu récompenser ainsi vingt-deux de ces inventeurs ouvriers. Nous ne devrions plus nous servir de ce mot d’ouvrier qui n’est que partiellement juste : de même que le fabricant lyonnais n’est pas tout à fait un industriel, de même le tisseur chef d’atelier n’est pas tout à fait un ouvrier; il participe des deux, car il travaille manuellement tout en étant entrepreneur. Le chef d’atelier lyonnais, propriétaire du métier et de l’outillage fait un contrat de façon, à ses risques et périls, pour l’exécution de la pièce de soierie. 11 concourt très souvent au travail, mais il est aidé, on devrait dire il était aidé, tant la race s’en éteint, par un véritable ouvrier appelé du nom aimable de compagnon avec lequel il partage par moitié le prix de façon convenu. C’est ce compagnon qui est l’ouvrier pur, ouvrier des plus misérables, car le fabricant ne peut payer qu’une fois le prix de la façon et en compensation du local, de l’usage d’un métier peu coûteux et de ses accessoires, fourni par le chef d’atelier, il est opéré par ce chef d’atelier un prélèvement de
- 50 pour 100 sur celui qui fait le travail manuel. Si un patron louait des métiers et des outils à ce taux, on considérerait ses exigences comme abusives et intolérables. Aussi est-ce la misère de ce pauvre compagnon dont le fabricant n’était point coupable, qui a été l’une des causes des grandes insurrections de 1831 et 183/i. La question n’existe plus parce que le compagnon disparaît peu àpeu depuis l’émigration ininterrompue du travail de la soierie à la campagne. Le chef d’atelier, qui avait souvent autrefois cinq à six métiers en marche devait s’occuper plus de surveillance que de travail manuel; il faut maintenant qu'il fasse l’ouvrage de son ancien collaborateur.
- Le travail urbain est de plus en plus réduit; si l’on estimeque la fabrique lyonnaise emploie 55,000 à 60,000 métiers à bras, il est difficile d’en compter plus de 10,000 à 1*2,000 restant à Lyon, dispersés dans 5,000 à 6,000 ateliers. En 18A8, il y avait encore 50,000 à 60,000 métiers dans la ville. Le travail urbain n’a point été supplanté par le travail rural seulement en raison du bon marché; c’est plutôt à cause de la sécurité qu’il donne au fabricant. L’émigration a commencé avec l’insurrection de 1831, et après chaque soulèvement ou discussion violente ce mouvement de dispersion dans la campagne s’est accentué.
- C’est toujours la question du tarif, c’est-à-dire la recherche de la fixité des prix à façon, qui a amené toutes les discordes entre les patrons et les ouvriers. Ces débats sont anciens, et ils n’appartiennent point qu’à notre libre temps; en 1693, en 1744 et en 1776, il y eut déjà des conflits du même genre allant jusqu’à l’émeute et à la répression sanglante. Cette poursuite chimérique du tarif, toujours persistante, et qui a failli amener de nouveaux désordres en 1885, procède des idées de règlement arbitraire des anciennes corporations. Elle est en même temps le témoignage du mal profond qui a toujours affligé la fabrique lyonnaise et contre lequel le tisseur, à toutes les époques, a voulu se révolter bien inutilement, car il se soulevait contre la force des choses et contre une organisation qui ne pouvait que comporter des prix librement débattus, ou bien disparaître. Certes, l’instabilité et le chômage qui atteignent périodiquement l’industrie de la soierie, industrie de luxe et esclave de la mode plus que toutes les autres, en font retomber plus durement les conséquences que partout ailleurs sur le tisseur, en raison même de' son indépendance de petit patron propriétaire d’outil-
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- lage. Si le salaire avait besoin d’une justification, c’est dans l’industrie lyonnaise qu’il la trouverait. Le socialisme dit à l’ouvrier de prendre la machine comme au paysan de prendre la terre. À Lyon, le tisseur possède la machine, et sur lui seul pèse le risque de la concurrence et du chômage sous lequel il succombe ! trop souvent. Ce tisseur délicat, élite de la famille ouvrière, subit en moyenne cent jours de chômage par an, et pendant qu’il travaille il ne gagne pas autant que le robuste maçon qui ne met en œuvre que ses muscles. Les pauvres artisans de la navette, instrument des faibles et des femmes, sont moins bien rémunérés que la force brutale. Notre tisseur n’a de bons jours que lorsque les étoffes très riches ou de haute nouveauté qui peuvent supporter de grands prix de façon sont en vogue, ou lorsque la fabrique produit en masse un article dit de fond comme a été l’étoffe noire de 1860 à 1870; le travail prend alors ce caractère durable qui est la sauvegarde de l’ouvrier.
- L’erreur bien excusable du tisseur lyonnais, qui poursuit à côté de la chimère du tarif immuable d’autres impossibilités, telles que celles de frapper d’une taxe les étoffes fabriquées dans la fabrique, ou bien d’établir une marque municipale qui crée une sorte de privilège pour les étoffes fabriquées dans l’intérieur de Lyon, son erreur, disons-nous, c’est de ne point comprendre qu’il faut opter. On ne peut être à la fois indépendant des patrons et ne pas en subir les conséquences. Le tisseur lyonnais travaille sous le régime de la liberté absolue; il n’est point un ouvrier d’usine, il s’en vante; pour rien au monde il ne voudrait abdiquer sa liberté. C’est une sorte d’artiste, il aime mieux garder son indépendance, lutter contre le fabricant, traiter avec lui de puissance à puissance, être maître de son modeste atelier plutôt que de goûter la sécurité du travailleur d’usine. Mais si, pendant des périodes assez longues, le chef d’atelier tisseur a pu amasser de l’aisance, devenir propriétaire (car il est à remarquer qu’une partie des immenses maisons de la Croix-Rousse sont possédées en commun par pièces ou par étages par les tisseurs), à d’autres moments sa liberté devient singulièrement périlleuse. Il épouse toutes les chances bonnes ou mauvaises; il ne dépend de personne, mais en revanche le patron ne contracte aucune obligation précise envers lui ; il fait partie d’un stock flottant d’outils et de bras qu’on emploie et qu’on délaisse, selon l’état des affaires.
- Cette organisation antique peut-elle durer? On
- entrevoit ses merveilleux côtés; elle donne l’indépendance au travailleur, elle maintient la famille, elle stimule l’esprit d’invention, elle donne un appui et une sécurité considérables au fabricant. Est-elle tout à fait condamnée? On ne peut se résigner à le croire. Certes il faut faire la part de l’inévitable. Le métier mécanique ne reculera pas, au contraire ; il s’appliquera à un nombre d’articles de plus en plus grand. Le travail à la campagne est un grand bienfait; pendant que notre tisseur souffre, les nombreux métiers épars dans la région ont mis l’aisance dans ces familles, qui ont tour à tour pour les nourrir la terre et l’industrie, qui peuvent ainsi faire face au mal cruel du chômage. Le rapporteur du concours régional de 1885, tenu à Lyon, a constaté que le travail de la soie répandu dans les campagnes avait été, par les ressources qu’il apporte, l’une des causes déterminantes des grandes améliorations constatées dans l’agriculture du Rhône.
- Peut-on dépouiller les campagnes de cet avantage naturel? Peut-on empêcher la science de faire son œuvre sans cesse inachevée? Ce sont bien là des lois d’airain contre lesquelles on ne peut rien, mais le tisseur urbain n’en représente pas moins une valeur précieuse qu’il faut ménager. Cette valeur est considérable; personne ne nie que le tisseur lyonnais ne soit le premier en son genre; son habileté est extrême; nul autre que lui, appuyé sur sa tradition de près de cinq siècles, ne peut produire ces étoffes splendides qui ne sont pas la quantité, mais qui sont la qualité, qui créent la réputation, et qui sont comme l’enseigne brillante de la fabrique lyonnaise dans le monde.
- En outre, le tisseur lyonnais s’associe aux créations du patron; la Croix-Rousse est pour le fabricant comme un immense laboratoire d’essai placé sous sa main. On ne saurait croire ce qu’il faut créer d’échantillons pour arriver à trouver l’article qui doit plaire dans la saison prochaine. Ces échantillons doivent être faits promptement, dans le milieu propice de la ville; ce n’est point au métier paysan ou bien au métier mécanique qu’on pourra demander la souplesse et l'esprit ingénieux du canut. 11 n’est point rare de voir dans ces ateliers minuscules cinq ou six fabrications différentes qui sont menées de front. Le jour où on laisserait s’éteindre cet actif foyer de créations industrielles qui s’appelle la Croix-Rousse, une faute morale serait commise, mais il y aurait en même temps une faute d’intelligence industrielle qui pourrait entraîner la décadence de
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- Lyon. Encore une fois, pouvoir tout faire et bien faire, c’est l’originalité et la force de la fabrique lyonnaise, et c’est le résultat de l’effort commun du patron et du tisseur urbain; ils sont solidaires.
- À coup sûr, les difficultés sont grandes, le fabricant ne se maintient que par des prodiges d’économie et d’activité. Mais on pourrait lui rappeler les observations fort justes que M. Louis Reybaud lui adressait en 1859 : « L’organisation de la fabrique couvre trop le fabricant et laisse trop l’ouvrier à découvert. » On peut entrevoir deux réformes possibles. Il semble qu’à Lyon le fabricant use trop largement de l’outillage de l’ouvrier. Nous avons signalé ce travail d’échantillonnage fait parle tisseur et qui est si précieux pour le fabricant. Ce travail est payé seulement en promesses de façons, c’est-à-dire que, si l’article cherché par l’échantillon aboutit à une commande, l’ouvrier l’exécute; si l’essai a été inutile, l’ouvrier a perdu son temps. Même lorsque la production d’un échantillon amène du travail à l’ouvrier, il faut que ce travail s’étende à plusieurs pièces, autrement l’ouvrier risque encore de faire une besogne trop mal rémunérée. En effet, pour beaucoup d’articles nouveaux, il faut ce qu’on appelle de nouveaux montages ou appareillages de métiers. Ces montages coûtent parfois jusqu’à 80, 100 irancs et au delà pour exécuter une pièce dont la façon ne dépasse pas en moyenne 100 francs. Si l’article réussit et alimente pour longtemps le métier, ces frais de premier établissement peuvent être récupérés à la longue ; mais, s’il ne se produit qu’une ou deux pièces, la main-d’œuvre reste trop maltraitée. Il est vrai de dire qu’en principe une indemnité est due; mais, en pratique, le fabricant s’en affranchit le plus souvent en inscrivant sur le livret de l’ouvrier, ce qui forme contrat, la mention sans garantie de montage. C’est user trop rigoureusement du droit que de transformer ainsi le tisseur en agent d’expérience gratuite. Les maisons de fabrique pourraient passer chaque année quelques milliers de francs à leurs frais généraux pour payer les échantillons ou les montages d’articles nouveaux afin de parer aux cas où les façons obtenues n’indemniseraient pas suffisamment le tisseur. En entrant ainsi en participation d'outillage dans ces circonstances spéciales, elles rendraient un service énorme à leurs collaborateurs de la Croix-Rousse et à elles-mêmes.
- Et enfin, ne peut-on point calmer, en quelque mesure, la grande inquiétude de l’ouvrier, qui est le manque de suite dans le travail? Cela est plus dif-
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- ficile ; les caprices de la mode sont devenus de plus en plus brusques ; c’est de l’art commercial que de pouvoir s’assurer les consommations constantes; mais est-il impossible de réserver aux tisseurs urbains les articles de production continue et de rejeter à la campagne ceux qui sont le plus incertains? La permanence dans les engagements est la clef de voûte des bons rapports entre patrons et ouvriers. La fabrique de Lyon, par humanité comme par intérêt, doit la préférence à ses collaborateurs d’élite, et doit savoir accomplir quelques sacrifices en leur faveur.
- On ne saurait oublier qu’il ne se forme plus d’apprentis à la Croix-Rousse. On s’en aperçoit au moment actuel, où il y a pour Lyon le plus heureux retour vers la fabrication d’art et de nouveautés dont il a le monopole; la pénurie des bras en arrête le grand essor. Pour ses œuvres supérieures, cette noble industrie de la soie, dont après l’Italie nous gardons la tradition orientale, n’est plus représentée dans le monde que par les quelques milliers de tisseurs retranchés sur le plateau de la Croix-Rousse. Ne pas s’attacher à les faire vivre serait un recul de civilisation. Ces bons ouvriers sont âgés; au train rapide des choses il ne serait point surprenant qu’avant vingt ans la fabrication d’un beau lampas, d’un velours ciselé ou d’un drap d’or devînt une curiosité historique entretenue coûteusement par l’État comme celle des Gobelins. Et alors Lyon ne serait plus que le centre banal d’une industrie découronnée.
- FABRICANTS DE RUBANS ET SOIERIES DE SAINT-ÉTIENNE.
- Trente exposants : MM. G. Balay et Varagnat; — Just. Barlet; — P. Barrallon ; —Boudarel fils et Cha-vanon; —Chaize frères ; —E. Chorel-Escorbia ; —
- F. Colcombet et Cie; — J. Coste ; — G. Décot ; — Décousus et Journoud; — J.-B. Dumas; — E. Dunès;
- — Durel et Guichard ; — E. Fessy ; — J. For est etCie ;
- — A. Forissier ; — Fraisse ; — Merley fils et Cie; — Garaud;—Pascal etC10; — A. Gauthier; —J. Gerin et C10 ; — Giron frères ; — Marcoux et Chateauneuf ; —
- J. et P. Neyret; — Pinatelle et Brossy ; — Ch. Re-bour; — A. Sarda; — J. Schoeler et P. Brunon;
- — P. Staron jeune et Cie; — P. Troyet et Cie; — Vallat et Deville.
- Ces divers industriels se sont réunis en exposition collective sous le patronage de la Chambre de Commerce de Saint-Étienne.
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- L’exposition cle MM. G. Balay et Varagnat se compose principalement de galons haute nouveauté et de rubans façonnés pour tentures et ameublements.
- Celle de M. Just. Barlet se compose de passementeries de divers genres.
- M. P. Barrallon s’est spécialisé dans les galons pour chapeaux d’hommes dont il expose des types fort bien fabriqués, en noir notamment.
- MM. Boudarel fils et Chavanon exposent de beaux spécimens de rubans pour l’exportation (velours, cravates, etc.). Leur vitrine renferme, comme pièce originale à signaler, une corbeille de fleurs faite de rubans de leur fabrication, qui retient souvent l’attention du public.
- MM. Chaize frères ont une fort belle exposition de lisses pour le tissage de la rubanerie et des soieries : celles-ci sont toutes sans nœuds ni coudage de fil au maillon, fabriquées de divers systèmes pour la mise aux bois. Citons par exemple les lisses fixes qui se fixent une à une aux bois par une enlaçure à celui du bas et un nœud serré à celui du haut ; les lisses mobiles, enfilées sur une cordelette et se prêtant à tous les genres d’armures, pouvant, après avoir servi à un article uni, servir à toute autre disposition par suite du déplacement facile des lisses sur le bois; et les lisses enlacées servant aussi facilement et simultanément à toutes dispositions de chaînes: tous ces genres sont à maillons sans coloris ou bien colorés ou vernis. Citons encore des remisses à mailles mobiles et cristeiles fixes ou extensibles fabriquées sur des métiers de l’invention des exposants, qui assurent pouvoir en fournir à des prix fort bas pour la qualité des fils, plus de 5,000 portées de 80 mailles en une journée.
- M. E. Ghorel-Escorbia expose de fort bons types de rubans de velours à envers satin soie, noirs et couleurs.
- MM. F. Colcombet et Cie ont l’une des plus belles expositions de rubans noirs et couleurs, unis, façonnés, haute nouveauté et velours de toute la section : l’ensemble de leur vitrine présente un caractère artistique qui les met absolument hors de pair.
- L’exposition deM. J. Coste se compose de festons et broderies pour garnitures de corsets : dans cette spécialité où le bon goût est de rigueur, cette maison s’est créé de longue date une excellente réputation.
- M. G. Décot nous fait voir de fort jolies nouveautés pour cravates dont la facture ne laisse rien à désirer.
- MM. Décousus et Journoud ont l’une des plus
- belles vitrines en rubans nouveautés unis et façonnés, cravates de dames, passementeries, etc.
- L’exposition de M. J.-B. Dumas, toute spéciale, se compose de tissus élastiques pour chaussures, ceintures, jarretières, portefeuilles, etc., de ses manufactures de Saint-Étienne et Ministrol (Haute-Loire).
- M. E. Dunès nous montre quelques beaux types de galons, franges, marabouts, parures, etc.
- MM. Durel et Guichard ont une exposition du meilleur goût en rubans noirs et de couleurs unis et façonnés de toutes largeurs : il y a là quelques spécimens de haute nouveauté des plus remarquables.
- M. E. Fessy a une collection de soies teintes de nuances fort bien venues, et dont les écheveaux, élégamment disposés en gamme chromatique, donnent à la vitrine un cachet tout particulier. Cet industriel a obtenu une médaille d’argent à Anvers en 1883.
- MM. J. Forest et Cie exposent de fort beaux types de rubans de velours et de peluches en pièces, tissés mécaniquement, quelques satins teints en pièces, diverses étoffes pour doublures et quelques vignettes et menus de table tissés. Cette maison a des succursales de vente à Lyon et Paris; elle est titulaire de médailles d’argent obtenues aux expositions de Paris 1878, Hanoï 1887, et à Barcelone 1888.
- M. A. Forissier fabrique bien le ruban pour cravates de dames, plastrons, etc.
- MM. Fraisse, Merley et Cie ont une magnifique collection de rubans blancs moirés et unis pour bannières, ceintures, etcv quelques rubans noirs fort bien venus et différents types couleur en haute nouveauté.
- MM. Garand, Pascal et Cie fabriquent fort bien le ruban uni et façonné; les divers types pour l’exportation qui figurent dans leur vitrine confirment amplement la bonne réputation de cette maison.
- M. A. Gauthier excelle surtout dans le ruban imprimé dont il nous fait voir quelques types des mieux venus. Cet industriel a obtenu une médaille à Londres en 1862, une médaille d’argent à Paris en 1867 et une médaille d’or en 1878.
- MM. P. Gérin et Cie exposent des rubans haute nouveauté pour modes dont ils font ressortir tout le caehet, en formant avec les plus beaux d’entre eux des nœuds fort réussis permettant d’en apprécier la bonne facture et le fini.
- MM. Giron frères ont importé en France, dans leur usine de Chantegrilles (Saint-Étienne), la fabrication mécanique des velours et peluches poil schappe :
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- leur exposition renferme de fort beaux types de velours pour modes fabriqués par six pièces à la fois et de peluches d’ameublement fabriqués par quatre pièces, des mieux réussis, joints à quelques satins d’ameublement de très bon goût. Cette maison a obtenu aux diverses expositions les plus hautes récompenses, notamment une médaille d’or à l’Exposition de 1878.
- MM. Marcoux et Châteauneuf fabriquent de fort jolis rubans haute nouveauté pour ceintures et cravates : quelques spécimens représentent des sujets d’actualité (tour Eiffel, portrait du Président Carnot, etc.).
- MM. J. et P. Neyret, maison fondée en 1829 et possédant des succursales à Paris et à Londres, se sont spécialisés dans les rubans d’ordres et pavillons nationaux, rubans pour sociétés, bannières, etc., dont ils nous font voir une riche collection. Cette maison a obtenu diverses médailles aux Expositions de Londres 1862, et Paris 1867 et 1878.
- MM. Pinatelle et Brossy, qui ont fait breveter en France la fabrication mécanique du velours au fer, nous en font voir quelques beaux modèles pour modes des mieux réussis.
- M. Ch. Rebour a l’une des plus belles expositions en rubans fantaisie grande largeur pour écharpes et ceintures; l’ensemble a un cachet de fraîcheur et d’originalité qui retient l’attention du visiteur.
- M. A. Sarda est le premier fabricant qui, en 1853, dans son usine de iMazeaux, a tissé mécaniquement le ruban velours : il nous en montre quelques spécimens bien réussis, ainsi que que quelques rubans de soie façonnés et moirés.
- MM. J. Schœler et P. Brunon, maison fondée en 187A, ont une fort jolie vitrine en rubans unis et nouveauté, soie et mélangés pour robes et confections. Ces industriels ont obtenu une médaille d’argent en 1878.
- MM. P. Staron jeune et Cle nous montrent une belle exposition de vignettes tissées et rubans à figurines pour cravates, etc. Fabricants depuis 1866, ces industriels ont mérité en 1878 une médaille d’argent.
- MM. P. Troyet et Cie exposent quelques types réussis de failles, gazes et rubans gaufrés et imprimés.
- Enfin MM. Vallat et Deville se sont spécialisés dans les rubans en noir solide, velours, moirés et fantaisie de toutes largeurs, ils ont obtenu une médaille d’argent à Anvers en 1885.
- La fabrication du ruban à Saint-Étienne date du xie siècle, mais elle n’a pris une importance vraiment considérable que lors de l’importation de Suisse en France du métier à la barre, dit à la zurichoise, au xme siècle. Depuis longtemps, dans cette ville, on était habitué à travailler le bois et le fer pour les fabriques d’armes et de quincaillerie qui étaient nombreuses, aussi trouva-t-on sur les lieux quantité d’ouvriers tout prêts à le construire. Le tissage des rubans donna immédiatement des résultats fructueux et se décupla bientôt en attirant à lui le capital déjà amassé dans le pays par les autres industries. Ces commencements expliquent pourquoi à Saint-Étienne, comme nous le dirons tout à l’heure, le travail se trouve divisé en petits ateliers de famille au lieu d’être groupé en totalité dans les grandes usines ou entre les mains de maisons puissantes qui en auraient le monopole; si, d’une manière générale, cet état de choses se modifie avec le temps, il ne saurait jamais changer pour ce qui concerne le ruban haute nouveauté, qu’il est beaucoup plus fructueux de fabriquer à la main, car il exige non seulement l’application constante d’ouvriers habiles et ayant déjà le goût exercé, mais surtout, comme à Lyon, de fréquents renouvellements de montages de métiers, montages qui sont souvent difficiles, et sont d’ailleurs, comme dans cette dernière ville, exécutés par les ouvriers eux-mêmes. Par ce régime, les tisserands se trouvent ainsi intéressés au succès de la fabrique, ils perfectionnent sans cesse leur métier ; et, à ce propos, il est remarquable de constater que, dans la fabrication des métiers pour rubans, il n’y a pas une seule découverte qui soit due à un ingénieur ou à un mécanicien de profession.
- Il est difficile d’évaluer d’une façon précise le nombre de métiers dépendant actuellement de la fabrique de Saint-Etienne; on peut dire cependant qu’il doit avoisiner 25,000. Chacun de ces métiers exigeant trois personnes pour sa manœuvre, soit un ouvrier principal et deux aides qui sont ordinairement des femmes, cela implique par conséquent 75,000 ouvriers et ouvrières.
- Le tiers de ces métiers, 7,000 à 8,000, est disséminé chez les montagnards des départements de la Loire et de la Haute-Loire ; ce sont de petits métiers tissant une seule pièce à la fois et qui jouent un rôle très précieux dans l’industrie stéphanoise, car ils permettent la fabrication économique des rubans à grande largeur, les écharpes, par exemple; un millier environ seulement sont montés pour le
- Supplément a l’Industrib textile du 15 Décembre.
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- velours. Les deux autres tiers, 17,000 métiers, sont à Saint-Étienne même; ceux-là, au contraire, sont tous à plusieurs pièces, c’est-à-dire tissent parallèlement un certain nombre de rubans, depuis quatre jusqu’à trente-deux, et atteignent par suite plusieurs mètres de largeur; 8,000 de ces métiers fabriquent des rubans unis, 5,000 sont construits à la jacquart pour les rubans brochés ou façonnés, Zi,000 sont consacrés à la fabrication des rubans de velours.
- Des 17,000 métiers de Saint-Étienne, 1,500 seulement marchent à l’aide de moteurs mécaniques, — la maison Giron frères, en possède 1.000 à elle seule, — plus des deux tiers sont mus par des moteurs hydrauliques. Sur ces 1,500, les rubans de taffetas en occupent plus de 900, les rubans de velours 600. Les autres métiers sont disséminés, comme nous l’avons déjà dit, dans de petits ateliers qui généralement en contiennent trois; l’un d’eux est occupé par le chef d’atelier, qu’on appelle aussi ouvrier passementier en souvenir de la première industrie du pays, et qui est propriétaire des métiers; les deux autres sont manœuvrés, soit par des membres de sa famille, soit par des jeunes gens qui ne possèdent pas encore de métier. Le prix d’un métier varie entre 800 et 3,000 francs; ces jeunes gens économisent rapidement 200 francs dans les années ordinaires; ils versent alors cette somme en acompte pour se procurer un métier de 800 francs, et on leur fait crédit du reste; petit à petit ils arrivent chefs d’atelier, c’est-à-dire ouvriers passementiers à leur tour.
- Ce sont les chefs d’atelier qui discutent le prix de façon pour chaque travail avec les fabricants; en raison de la variété des genres, qui chaque année changent avec la mode, il n’y a pas de tarif. Le chef d’atelier donne toujours à ses compagnons la moitié du prix qu’il reçoit lui-même; l’autre moitié lui reste pour le loyer des métiers et du local, certains faux frais et son bénéfice.
- Mais, si le tissage se fait en grande partie chez l’ouvrier seul, les préparations qui le précèdent ainsi que celles qui le suivent se pratiquent dans l’établissement central des fabricants et sous les yeux de leurs directeurs. De ce nombre sont l’ourdissage, commun à tous les tissages, ainsi que le canetage. Les billots sous lesquels sont ourdis les organsins appartiennent au maître passementier qui doit faire le ruban; on lui livre aussi les canettes qui supportent les trames, le tout constituant ce qu’on appelle un chargement, c’est-à-dire tout ce qui est nécessaire pour l’exécution du nombre de pièces de
- ruban que commande le fabricant. Des registres très bien tenus et d’une comptabilité assez compliquée indiquent le poids et la nature de ces matières premières ainsi que les conditions que le passementier doit remplir.
- On peut évaluer pour l’Europe entière la production de la rubanerie à environ 300 millions de francs. Dans cet ensemble, un gros tiers appartient à la France; la Suisse et l’Allemagne ont chacune à peu près un quart; l’Autriche le quatorzième ou le quinzième; l’Angleterre presque la même quantité; l’Italie, l’Espagne, le Portugal, la Belgique, la Russie et la Turquie se partagent le reste, à peine quelques millions, mais avec tendance à une augmentation notable.
- AUTRES FABRICANTS DE SOIERIES DE FRANCE ET FABRICANTS
- I)E TRESSES, LACETS ET GALONS, ETC.
- Nous relevons encore dans la section des soieries françaises (classe 33), les noms de MM.— Alamagny et Oriol, de Saint-Chamond (Loire);— Balas frères, d’Izieux (Loire); — Delauney et Pingault, de Paris; — Flaxand et Cie, de Saint-Chamond; —Huber et Cie, de Paris; —Aimé Laplace, de Chambéry; — Massing frères et Cie, de Paris; — Strohl-Schwartz et Cie, delà Croix-aux-Mines (Vosges).
- La maison Alamagny et Oriol, de Saint-Chamond, est connue de vielle date; son exposition comprend une collection des plus complètes de galons (galons soie, galons militaires, etc.); — tresses (perlées, à franges, à côtes, etc.) ; — ganses (polonaises, etc.) ; — tissus pour boutons, etc.; le tout excellemment fabriqué et nous permettant de constater que cette maison s’est maintenue à la hauteur du bon renom qu’elle s’est acquis.
- MM. Balas frères, d’Izieux, sont ceux qui ont introduit en France la fabrication des tresses en alpaga et mohair. Leur vitrine en renferme des spécimens magnifiques et des plus variés, ainsi que des tresses organsins de toutes qualités, tubes soie, etc. Cette importante maison a été créée à Saint-Chamond en 1830 et a été transportée en 183A à Izieux.
- MM. J.-B. Delauney et Paul Pingault, de Paris. (9, rue du Sentier), exposent quelques beaux types de gazes de soie et divers échantillons de soieries rayées pour écharpes. Ces industriels ont obtenu une médaille de bronze en 1878.
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- MM. Flaxand et Cie, de Saint-Chamond, représentent excellemment la fabrication spéciale de cette ville : tresses noires en alpaga, mohair et cachemire, tresses de couleur façonnées et à bandes, ganses diagonales, soutaches mohair, etc.
- MM. Huber et Gie, de Paris, (20, rue Rambuteau) se sont spécialisés dans la fabrication des peluches pour chapeaux d’hommes, où ils ont acquis une réputation hors de pair. Quelques spécimens de chapeaux haute forme placés à l’intérieur de la vitrine permettent de juger de l’excellence des produits exposés. Cette importante maison, dont les manufactures se trouvent à Tarare et Sarreguemines, et qui possède des succursales'de vente à Paris, Londres, New-York, xMadrid, Milan, Bruxelles, Vienne, Amsterdam et Damas (Syrie), a toujours obtenu les plus hautes récompenses aux diverses expositions : médaille de prix à Londres en 1851, médaille de lre classe à Paris en 1855 et 1867, médaille d’or en 1878, diplôme d’honneur à Anvers en 1885, etc.
- M. Aimé Laplace, de Chambéry, expose des gazes et foulards de la fabrication spéciale de cette ville. Cet industriel est depuis longtemps le seul de cette localité qui fabrique cet article.
- MM. Massing frères, de Paris (rue Béranger, 20), ont réuni dans leur vitrine une magnifique série en gamme chromatique de peluches et peluches de soie : les couleurs en sont fraîches et vives, et l’ensemble a beaucoup de cachet. Cette maison a des manufactures à Puttelange, Sarralbe et Pont-à-Mousson, et des succursales de vente à Londres, New-York et Milan.
- Enfin nous joindrons à ces fabricants l’exposition de fils retordus en bourre de soie de MM. Strohl-Schwartz et Cie, de la Croix-aux-Mines. Fils en blanc ou couleur pour couture, passementerie, broderies, tricots, dentelles, etc., se rencontrent bien agencés dans cette vitrine, l’une des meilleures de la classe. Ces industriels ont augmenté considérablement leur fabrication depuis 1878 ; une pancarte, dans la vitrine, nous fait connaître qu’ils fabriquaient alors 31,325 kilogrammes de cordonnets, et qu’ils ont fabriqué, en 1888, 78,786 kilogrammes. Ils ont une maison de vente à Bâle (Suisse).
- Nous croyons devoir ici retracer, en quelques mots, l’histoire de l’industrie des lacets et galons en France.
- La fabrication du lacet a été importée d’Allemagne en France à la suite des guerres du commencement
- de ce siècle : le premier tissage a été créé en 180/i par M. Richard, à Saint-Chamond.
- Durant de longues années la production de cet article qui ne servait guère alors qu’à la chaussure, à la chapellerie et aux corsets, a été des plus restreintes; puis d’importantes manufactures furent créées, notamment celles de MM. Hervieu, Tamet, Michel, Joseph Balas et Simon, et lorsqu’en 1851, J.-F.-M. Roux créa la tresse organsin, qui bouleversa les articles pour tailleurs, la fabrique de Saint-Chamond se transforma d’une façon complète. Des mécaniciens hardis et intelligents organisèrent de puissants ateliers de construction de métiers, des fabricants de fuseaux et débattants s’établirent dans la ville, et la teinturerie des soies prit une extension inconnue jusque-là.
- En 1860, l’introduction de la fabrication des tresses alpaga et mohair donna une nouvelle impulsion à l’industrie de Saint-Chamond. Comme nous l’avons dit plus haut, c’est à MM. Balas frères, d’Izieux, qu’on est redevable de cette innovation. Gabriel Balas partit alors à Bradford afin d’étudier sur place les différents genres de fils de laine propres à cette fabrication, et Florian Balas alla faire un stage à Barmen et à Elberfeld pour étudier les métiers, la fabrication et les apprêts de ces nouveaux articles; ils montèrent les premiers trois cents métiers à Izieux, ce qui amena nécessairement l’installation de teintureries en noir et couleur le long de la rivière du Gier.
- Aujourd’hui les fabriques de lacets de la Loire, qui arrivaient à peine à 6 ou 7 millions d’affaires il y a trente ans, dépassent le chiffre de 26 millions, dont les deux tiers vont à l’étranger.
- SOIE ARTIFICIELLE.
- Le moment nous paraît venu de parler d’une invention qui, bien qu’elle ne figure pas, à proprement parler, dans la section des fils et tissus de soie, nous paraît devoir trouver sa place à cet endroit de notre exposé ; nous voulons parler des types de soie artificielle exposés par M. de Chardonnet dans la galerie des machines, et par M. du Vivier dans le pavillon des Forêts du Trocadéro. La recherche d’une matière textile artificielle pouvant rivaliser avec la soie a longtemps exercé les savants et les industriels;
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- mais le problème semble aujourd’hui avoir fait un grand pas, et les deux solutions que nous pouvons voir à l’Exposition ont l’une et l’autre leurs avantages.
- La première en date (1) est celle qu’a trouvée M. de Chardonnet, qui a su tirer parti de la propriété que possède la cellulose nitrée de se dissoudre dans l’alcool et l’éther pour en obtenir, par la dessiccation, des filaments soyeux. Il s’agit en réalité d’un collodion spécial qui est débité en fils ténus. Voici, d’ailleurs, le procédé.
- La continuité du fil, sa transparence, les jeux de lumière intérieurs, l’éclat soyeux ne peuvent s’obtenir qu’en filant une solution liquide. La cellulose pourrait servir, mais elle n’a pas de véritable dissolvant : il faut la nitrater, la filer en collodion, et la débarrasser ensuite d’une partie de son acide nitrique. On peut employer les diverses celluloses à condition qu’elles soient pures et non altérées par les réactifs. M. de Chardonnet a surtout étudié les cotons et les pâtes sulfureuses de bois tendres. Avec ces matières, on forme une cellulose octonitrique pure, dissoute à raison de 6,5 pour 100 dans un mélange de 38 d’éther et Ù2 d’alcool. Ce collodion est renfermé dans un réservoir en cuivre étamé où une pompe à air entretient une pression de plusieurs atmosphères et qui se continue inférieurement par une rampe ou sont implantés des tubes de verre terminés par une portion capillaire. Un second tube enveloppe chacun des premiers et reçoit un excès d’eau par une tubulure latérale. Cette eau, retenue par une garniture en caoutchouc, retombe autour du tube d’enveloppe. Le collodion, chassé par l’orifice du tube capillaire, est immédiatement solidifié à la surface au contact de l’eau, et tombe avec cette eau à l’état de fil ; une pince mue automatiquement le prend et le porte sur des bobines tournant au-dessus. Les fils provenant des becs voisins sont réunis en une sorte de grège. Chaque bec est muni d’un obturateur pour régler la grosseur du fil. Afin de ne pas perdre le dissolvant, becs et bobines sont renfermés dans une cage vitrée, où circule une même masse d’air, constamment réchauffé à l’entrée de la machine (pour sécher les fils), et refroidi à la sortie (pour recueillir les vapeurs). Les écheveaux
- fl) La première communication faite à l’Académie des sciences par M. de Chardonnet date du 7 mai 1889, mais le procédé était décrit dans un pli cacheté déposé par l’auteur le 7 novembre 1887.
- sont ouvrés comme les soies de cocons. On procède ensuite à la dénitratation.
- Les divers pyroxyles perdent de leur acide nitrique dans les bains tièdes réducteurs et même dans l’eau pure, mais la réaction est plus complète dans l’acide nitrique dilué. L’acide nitrique de la cellulose est enlevé par une dissociation qui marche d’autant plus vite que le bain est plus chaud et plus concentré, mais qui peut être poussée d’autant plus loin que le bain est plus froid et dilué. L’auteur emploie l’acide nitrique à la densité de 1,32 ; la température doit descendre lentement de 35 à 25 degrés. A la fin, la cellulose devient gélatineuse, éminemment apte à absorber par endosmose diverses substances, notamment les matières colorantes et les sels. Elle ne dégage plus alors que 100 à 110 centimètres cubes de bioxyde d’azote par gramme. Les dissolvants du collodion n’ont plus d’action, les fils ont perdu leurs propriétés explosives et peuvent servir sans danger dans la plupart des applications, surtout mélangés à d’autres textiles; mais on peut les rendre moins combustibles peut-être que le chanvre ou le coton, en leur faisant absorber, au sortir du bain nitrique, du phosphate d’ammoniaque. (Cette dernière combinaison de cellulose et de sel dégage, en tenant compte de l’eau hygrométrique, 85 à 90 centimètres cubes de bioxyde d’azote par gramme.)
- La densité de la soie artificielle, 1,49 environ, est comprise entre celle des grèges (1,66 environ), et celle des soies cuites (1,/i3 environ). La charge de rupture varie de 25 kilogrammes à 35 kilogrammes par millimètre carré (30 à Zi 5 pour les soies grèges de cocons, 15 à 20 pour 100 de moins pour les soies cuites). L’élasticité est analogue pour les soies naturelles et artificielles (élasticité des essayeurs, c’est-à-dire allongement avant rupture, 15 à 25 pour 100; élasticité réelle, h à 5 pour 100 environ). Le diamètre des soies artificielles peut varier de moins de 1 millimètre à plus de Ù0 millimètres ; la souplesse peut donc être réglée suivant le but proposé. Le brillant surpasserait celui des soies de cocons.
- On peut aussi teindre par les procédés ordinaires ; la soie artificielle est même la seule fibre qui se comporte dans les bains à peu près comme la soie de cocons (à condition de ne pas trop chauffer). Quoique M. de Chardonnet n’ait eu à sa disposition ni un outillage complet ni des ouvriers exercés, il a pu montrer au Champ-de-Mars quelques échantillons imitant les types de la soierie.
- Les coupes de soie artificielle filée dans l’eau
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- (comme il est dit ci-dessus) montrent chaque brin sous la forme d’un cylindre cannelé : ceci tient au retrait du noyau après solidification de l’enveloppe. Si l’on remplace l’eau par l’alcool, la pellicule superficielle demeure rétractile, et le cylindre circulaire.
- M. de Chardonnet a cherché à modifier ces procédés en dissolvant le pyroxyle dans l’acide acétique pour y incorporer de la gélatine, mais il aurait trouvé que le fil devenait) friable et perdait toute valeur pratique.
- D'après M. de Chardonnet, le fil de grège, formé de deux brins de fibroïnes reliés par le grès, serait le produit de deux sécrétions différentes; la fibroïne préexisterait dans les organes de la soie ; le grès serait émis par les lèvres des filières : le contact des deux liquides amènerait leur coagulation. Mais c’est là un point à étudier par les naturalistes.
- Tel est le procédé, que son auteur vient d’ailleurs de vendre à une compagnie américaine pour la somme d’un million.
- La seconde solution est due à M. du Vivier, qui, sous le nom de soie française, est arrivé également à produire une soie végétale excellente. C’est précisément en dissolvant un mélange de cellulose trini-trique et de pyroxyle dans l’acide acétique cristalli— sable — procédé qui, d’après M. de Chardonnet, ne peut donner qu’un fil friable et sans valeur pratique, — que M. du Vivier a obtenu un résultat tout contraire. Le produit, loin d’être Iriable, serait en effet d’une ténacité remarquable, encore bien qu’un peu inférieure à celle de la soie naturelle, ainsi que sa conductibilité, et son éclat serait supérieur.
- D’ordinaire, au lieu de se servir de la cellulose nitrique, M. du Vivier emploie à son gré le coton du peuplier noir ou même la cellulose du buis, qu’il obtient en réduisant simplement le bois lui-même en poudre impalpable et en faisant subir à cette poudre le traitement nitrique ordinaire. Il s’agit de dissoudre lacellulose trinitrique ainsi obtenue, et mélangée d’une certaine proportion de gélatine, dans l’acide acétique cristallisable, et il faut pour cela une grande quantité de cette substance qui, dans le commerce, est relativement chère. En conséquence, M. du Vivier se procure économiquement l’acide acétique en brûlant du bois en vase clos ; n’importe quel bois, le sapin excepté, et de préférence les bois durs. Cette combustion lui procure abondamment l’acide pyroligneux d’où il extrait aisément l’acide acétique. Mais, outre
- l’acide pyroligneux, elle lui fournit encore du charbon, des goudrons lourds et légers, et de l’alcool mêthylique, tous produits secondaires dont la vente suffit à couvrir, et au delà, les frais d’achat, de préparation et de cuisson du bois, en sorte que la fabrication de l’acide acétique cristallisable, non seulement est réalisée sans frais par l’opérateur, mais lui procure même un léger bénéfice.
- Ce mode de procéder entraîne à une grande consommation de bois, tant pour l’obtention de la cellulose que, plus encore, pour la fabrication de l’acide acétique. D’après les appréciations de M. du Vivier, l’établissement d’une usine en des proportions convenables pour une grande exploitation lui donnerait lieu d’utiliser chaque année la totalité des coupes d’un arrondissement forestier, autrement dit d’une conservation. Cette indication est en soi un peu vague, mais elle donne un élément pour arriver à quelque chose de plus précis. Le produit des coupes des forêts domaniales de 1875 à 1885 a été, en nombre rond, de 280 millions de francs, ce qui a fait une moyenne de 28 millions par an, lesquels, divisés par les trente-deux conservations de France, donneraient par conservation un chiffre de 875,000 francs de bois. Il est vrai que les coupes des forêts communales et hospitalières ne sont pas comprises dans ce chiffre; et si les bois domaniaux comprennent un million d’hectares environ, ceux des communes et des hospices n’en comprennent pas moins de 1,915,000, soit près de2 millions. Mais, d’autre part, il faudrait déduire du rendement total les bois absorbés par la charpente et l’industrie, plus abondants au sein des forêts de l’État que tous les autres. En tous cas, si la fabrication de la soie de bois par M. du Vivier absorbait chaque année du bois jusqu’à concurrence de 1 million à 1,500,000 francs, il faut reconnaître qu’il y aurait là pour nos forêts un débouché fort appréciable. Or, le faible prix de revient de la soie française de cellulose par les procédés de M. du Vivier semblerait devoir assurer promptement à ce nouveau produit une prédominance évidente sur les produits similaires, puisque ce prix de revient, d’après les renseignements fournis par M. du Vivier, ne serait pas supérieur pour le fil écru à 3 fr. 68 le kilogramme, soit 5 francs le kilogramme j avec l’amortissement du capital. Il y a dans cette industrie naissante de la soie de bois un emploi nouveau du bois qui se trouve en ce moment, par suite de l’emploi du fer dans les constructions, délaissé pour une foule d’usages.
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- SOIES ET SOIERIES D* A U T R IG II E-HONGIUE
- Au point de vue commercial il faut rattacher à l’Italie toutes les provinces séricicoles de l’Autriche, à l’exception de la Hongrie.
- Nous avons vu que la production de cocons la plus forte en Autriche était dans le Tyrol méridional ; mais cette production ne peut suffire à alimenter les filatures locales, qui sont obligées de s’alimenter au dehors pour le surplus de leurs besoins; il en est de même dans le Frioul, l’Istrie et la Dalmatie.
- Les dernières statistiques (1888) établissent comme suit l’importance de l’industrie de la filature de soie en Autriche-Hongrie :
- FILATURES.
- ( Départ1 de Trente et Rovereto... 21
- Tyrol ) — Riva et Arco......... 9
- méridional! — Pergine et Ruia...... 5
- ( Clés.......................... 7
- ÏË
- Frioul : Filatures à vapeur.............. 6
- — — à la main.................... (?)
- Hongrie : Filature de Ujvidek............. i
- — — de Pancsova.................. 1
- Les 42 filatures du Tyrol méridional comprennent environ 2,600 bassines avec 600 à 700 batteuses; les filatures du Frioul représentent ensemble 432 bassines; et dans celle de la Hongrie, la filature de Ujvidek a 180 et celles de Pancsova 80 bassines.
- Les commencements de l’industrie séricicole en Hongrie ne datent que de la première moitié du siècle dernier : c est vers cette époque qu’un général d’origine française, au service de l’Autriche, fit les premiers essais de culture dans la vallée du Danube.
- Quant à 1 industrie des soieries elle est assez fortement implantée dans Je voisinage de Vienne, à Saint-Polton, Brünn et Richemberg, grâce aux droits protecteurs imposés en 1878 et 1882. Les soies de couleur sont teintes à Vienne, et celles pour noir sont envoyées à Lyon ou à Crefeld. On fait surtout en Autriche les velours de soie pure ou mélangée, les satins unis ou à dessins, étoffes pour parapluies, foulards, rubans, gazes, etc. 11 y a une certaine exportation en Angleterre, dans l’Amérique du Nord, en Allemagne, en Turquie, en Italie et un peu en France.
- SOIES ET SOIERIES DE LA SUISSE.
- D’après la statistique qui a été faite en 1883 au moment de l’Exposition de Zurich, le nombre des ouvriers occupés dans l’industrie de la soie en Suisse à cette époque était le suivant :
- OUVRIERS.
- Filature de soie et bourre de soie...... 6.846
- Retordage, dévidage, etc................ 6.688
- Tissage de rubans et travaux accessoires 12.581 Fabrication des tissus, etc............. 20.270
- 46 385
- Le travail se faisait sur 29,716 métiers à la main et 4,007 mécaniques; il y avait 19 établissements de moulinage et 5 de filage, la plupart en schappe.
- Les Suisses prétendent que l’industrie de la soie à Zurich est aussi ancienne qu’à Lyon ; elle y aurait été üansférée de la Lombardie au xme siècle. Déjà, en 1240, des chroniqueurs mentionnent le métier à soie dans cette ville, et, dans la seconde moitié du siècle, il en est question dans diverses ordonnances des autorités publiques. Les étoffes qui ont été fabriquées dans ces années de début n’étaient cependant pas les damas, velours et brocarts lourds et façonnés, tels que les livraient au moyen âge les villes de Byzance, Palerme et Venise; on y fabriquait alors des étoiles légères en soie écrue, crêpes, gazes et mousselines qu’on expédiait en Lorraine, en Belgique, en Hongrie et en Souabe.
- La fabrication des soieries fleurit au xive siècle, souffrit beaucoup des circonstances généralement défavorables de la première moitié du xve et ne put reprendre un certain développement que dans la seconde moitié du xvie, par suite de l’immigration des réformés expulsés de Locarno en 1555. A cette époque, on introduisit à Zurich l’élevage des vers à soie et le moulinage des soies écrues. On a dû, depuis lors, renoncer en raison du climat à la première de ces industries, mais la seconde est encore conservée de nos jours dans le pays ; il s’y produit actuellement plus de trames que d’organsins, et les mouliniers suisses ont atteint un degré de perfection remarquable dans le travail des grèges asiatiques, particulièrement difficiles à ouvrer ; c’est de cette branche qu’est issue la fabrication des soies à coudre et du cordonnet dont quelques spécialités se vendent un peu à Paris. Le moulinage est établi dans les cantons d’Argovie, de Thurgovie et de Zurich.
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- A la suite de la révocation de l’Édit de Nantes en France, un certain nombre d’ouvriers expulsés apportèrent en Suisse l’industrie de la fabrication d’étofle de soie qui y était inconnue; mais, lorsqu’ils purent retourner en France, ils apportèrent par contre à Lyon l’industrie de la construction des métiers employés à Zurich, dits métiers à la zurichoise, ou à la barre.
- Durant le xvne siècle, ce furent surtout des tissus en soie écrue qui se fabriquèrent à Zurich, et c’est là que l’étoffe dite crêpe de Chine? imitation d’un tissu asiatique, fut fabriquée pour la première fois ; on y faisait aussi le foulard, le taffetas, le damas, le ruban et même le velours, et on exportait à Lyon quantité de ces divers articles. Au xvme siècle, la fabrication atteint sa plus grande prospérité : on y fait alors le crêpe de Bologne, la mousseline mi-soie imprimée, la serge tout soie et tramée coton pour doublures. C’est dans notre siècle qu’on a ajouté à ces divers articles les levantines, satins tout soie et trame coton, les marcelines et divers articles en tissu façonné, qu’on a remplacé l’ancien métier à la main par le métier lyonnais à marcheur et régulateur, et qu’on a introduit dans la ville quelques métiers mécaniques; de plus, la fabrication de la cité se répandit dans tout le canton, et déjà, en 18A2, sur soixante-deux fabricants, il n’y en avait que vingt et un à Zurich, et les autres à Horgen, Thalweil, Mân-nedorf, Riesbach et Hirslanden.
- Zurich est aujourd’hui, après Lyon, le centre le plus important d’Europe pour la fabrication des soieries, notamment les articles légers comme satins, marcelines et satins tramés coton pour doublures.
- Dix-huit fabricants représentent le groupe suisse; en raison de l’importance de cette contrée pour la soierie, nous croyons devoir les nommer tous et spécifier quels sont les produits exposés. Tous se sont réunis pour former Y Exposition collective de l'industrie séricicole zurichoise.
- MM.
- 1. Baumann aîné et Cie, à Zurich. — Exposent des
- soieries unies noir et couleurs, soieries façonnées, nouveautés, gazes et spécialement des articles blancs et grisailles en genres riches ; possèdent un tissage mécanique à Hoügg.
- 2. Baumann et Strendi, à Horgen (Zurich). —
- Maison fondée en 1839; exposent des étoffes unies, armures et nouveautés.
- . Brunner, à Mânnedorf (Zurich). — Expose des cache-nez et foulards façonnés; a un tissage mécanique et à la main.
- . Arnold Doldez, à Meilen (Zurich). — Expose des taffelas rayés, quadruplés et chinés, quelques cache-nez et surah unis et quadrillés.
- . Honnegger frères, Koïlikeret Cie, à Brem-Garten (Argovie). — Exposent des merveilleux surahs, taffetas, marcelines; ont un tissage mécanique.
- . Hofammann et Vollenweider, à Zurich. — Exposent des étoffes tout soie et tramées coton, doublures ; ont un tissage mécanique et à la main.
- . G. Leuthold et fils, à Enge (Zurich). — Exposent des châles, écharpes et fichus.
- . J. Mayer et Gie, à Zurich. — Exposent des foulards et cache-nez.
- . Noz et Diggelmann, à Zurich. —Exposent des nouveautés pour robes.
- . Ryffel et Cie, à Siaefa (Zurich). — Exposent des satins, de la faille veloutine et des armures tout soie et mi-soie.
- . Em. Schaerer, à Zurich. — A une exposition de soieries unies et nouveauté.
- . Scharzenbach, Landis, à Thalweil (Zurich). — Exposent des étoffes pour cravates et doublures, des cache-nez, de la moire française et des damas.
- . Tissage mécanique d’Aldisweil. — A une exposition de damas noir et couleurs en qualités moyennes, pékins, faille française, velours et peluche de schappe, velours tout soie et étoffes façonnnées pour cravates.
- . Stehli-Hirt, à Zurich. — Maison des plus importantes, ayant des tissages mécaniques et à la main à Obfelden, une filature et moulinage à Germignaga (Italie), et des bureaux à Milan, Paris, Londres et New-York; expose des peluches, velours, et surtout une spécialiié de soieries noires sans charge, teinture végétale, dont la maison J. Sperri, à Zurich, a acquis l’exclusivité pour la Suisse, l’Allemagne et l’Autriche.
- . Tissage mécanique de Horgen (Zurich).—Expose des unis, façonnés, nouveautés.
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- LES INDUSTRIES TEXTILES
- 16. Tissage mécanique de Ruti (Zurich). — Expose
- des tissus teints en pièces, unis et imprimés.
- 17. Tissage mécanique de Wiutherthur. — A une
- exposition de genres courants en noir pour robes et confections, étoffes pour parapluies, doublures et fourrures, façonnés, velours, le tout teint en fils.
- 18. Tissage mécanique de Zurich. — A des usines
- à Ottenbach, Richtersweil et Bach, et des succursales de vente à Waiblingen (Wurtemberg) et New-York; expose des soieries noires et couleurs, unies et façonnées pour robes, et des doublures pour parapluies et cravates.
- 19. Werdmuller et C°, de Kempten (Zurich) el
- Zurich.— Ont des agences à Paris et à Londres et un tissage mécanique et àla main; exposent des soieries pour robes et cravates, des fichus et foulards pour l’exportation.
- Le dernier relevé de la production zurichoise (1883), qui figure ici pour la presque totalité, e*t le suivant :
- Étoffes unies, taffetas........... 202.073 pièces.
- — à armures.................. 231.585 —
- — sur jacquarts............... 18.004 —
- — teintes en pièces ...... 38.884 —
- d’une valeur totale de 90,720 francs. L’exportation a eu lieu dans les proportions suivantes :
- France et Angleterre................ 30.173.000
- Allemagne........................ 7.214.000
- Autriche-Hongrie.................... 3.091.000
- Orient.............................. 8.061.000
- Amérique du Nord.................... 26.169.000
- Autres pays......................... 16.012.000
- 90.720.000
- Actuellement les opérations avec la France paraissent florissantes, mais elles diminuent avec l’Angleterre pour les grands articles, car elle ne saurait lutter avec la concurrence française. L’Allemagne, qui développe rapidement son industrie, est de plus en plus fermée pour eux; l’Autriche, l’Espagne et l’Italie ne permettent, en raison de leurs droits protecteurs, que l’entrée d’un petit nombre d’articles, et le principal débouché de la fabrication suisse est le marché américain.
- En raison du peu d’étendue du pays, la consommation des soieries suisses à l’intérieur est peu importante ; il en résulte dès lors, comme dans tous les pays qui ne travaillent guère que pour l’exportation, que les mauvaises années ont un contre-coup
- très vif dans ce pays, et que le nombre des métiers ' en marche traduit d’une façon remarquable toutes ces secousses commerciales.
- Le second centre des soieries suisses, après Zurich, est Bâle', maison n’y fait exclusivement que le ruban. Cette ville est la rivale de Saint-Étienne, dans des conditions de production qui sont cependant absolument différentes. A Saint-Étienne, nous l’avons vu, il n’y a pas de grandes usines, la fabrication se fait au foyer domestique et le métier est la propriété de l’ouvrier. Bâle, au contraire, réunit les ouvriers rubaniers dans de grands ateliers, et emploie beaucoup de métiers mécaniques. Les fabricants y produisent tous les genres ; ils trouvent dans cette façon d’agir des avantages d’économie et de temps qui leur permettent de lutter pour le prix, s’ils ne peuvent rivaliser pour le fini et le bon goût avec les productions stéphanoises.
- SOIES ET SOIERIES D’iTALIE.
- L’Italie tient toujours le premier rang dans l’industrie séricicole européenne. Voici quelle a été la production des grèges dans ces dernières années :
- ANNÉES. GRÈGES VERTES. GRÈGES JAUNES. TOTAUX.
- kil. kil. kil.
- 1880..... 2.000.000 800.000 2.800.000
- 1881 ...... 2.038.000 927.000 2.965.000
- 1882 ...... 1.480.000 890.000 2.370.000
- 1883 ...... 1.760.000 1.440.000 3.200.000
- 1884 ...... 1.370.000 1.440.000 2.810.000
- 1885 ...... 1.142.000 1.315.000 2.457.000
- 1886 ...... 1.378.000 1.810.000 3.188.000
- 1887 ...... 1.319.000 2.157.000 3.476.000
- Hovennes 4880/87 1.560.875 1.347.375 2.908.250
- Ces soies ont été exportées soit écrues, soit teintes et à coudre, dans les proportions suivantes :
- SOIES TEINTES
- soies écrues. et à coudre.
- Quint. kil.
- 1865........................ 15.258 3.583
- 1870 ....................... 21.650 30.737
- 1875......................... 34.281 9.400
- 1880....................... 34.962 12.782
- 1881.. ..-.-............... 43.711 18.883
- 1882.. ..................... 41.228 9.360
- 1883 ....................... 41.427 12.502
- 1884 .................... 40.140 34.779
- 1885.. ..................... 41.743 38.863
- 1886 ..................... 45.583. 56.884
- 1887 ....................... 44.850 94.562
- 1888 ....................... 50.817 17.967
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- A L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 18S9.
- Le grand marché des soies est à Milan ; sa situation géographique l’impose. Au centre de l’Italie du Nord, cette ville reçoit une grande partie des soies italiennes ainsi que la production du Tyrol ; elle est aussi abondamment pourvue de soies d’Asie qui lui arrivent par Brindisi ; c’est là que les fabriques italiennes se procurent les /i00,000 à 500,000 kilogrammes de soie que nécessite la fabrication des
- Des soies grèges ont été envoyées à l’Exposition par MM. Amphoux et Dalgas, de Florence; — Aug. Beaux, de Milan (soie grège de Casatisma); — Sep-tirne Craponne, de Turin ; — Henti Santini, d’Osimo (Ancône); — Semenza et Ravazi, de Milan; — la Société anonyme pour l’industrie de la soie, de Torre-sina; — Antoine Tarditi, de Bra; — et Louis Teoni et Cie, de Castelfogognario. .
- Il faut dire que les (dateurs italiens cherchent par tous les moyens possibles à économiser les frais, et à réduire la main-d’œuvre, aidés jusqu’à un certain point par l’abandon de la perfection dans les produits par certains consommateurs : ainsi ils séparent le battage et l’opèrent à une température moindre; ils lilent à une eau moins chaude que les (dateurs français, il font tourner moins vite, donnent à
- 273
- tissus, et cette place est fréquentée aussi par nombre d’industriels de Suisse, d’Autriche et d’Allemagne. L’ambition italienne serait de faire de Milan le premier marché d’Europe et de détourner les acheteurs et les vendeurs du marché de Lyon, comme celui-ci a fait pour Londres. Mais le but est loin d’être atteint.
- Voici quels sont les chiffres les plus récents relatifs à la statistique de la filature de soie en Italie :
- la même (lieuse plus de fil à dévider, et par tous ces moyens atteignent une production de âôO à 500 grammes de soie par bassine et par jour, c’est-à-dire le double du chilfre auquel on atteint en France. Leurs mouliniers se sont outillés pour donner satisfaction avec toutes sortes de grèges aux demandes multiples de la consommation ; ils n’ont reculé devant aucune transformation de l’outillage : purgeoirs, roquets, fuseaux, machines à brosser la grège, utilisant l’acier partout, marchant avec une grande vitesse. Grâce à cela, l’Italie est toujours à la tête de l’industrie séricicole : sa filature, comme nous venons de le voir, a produit dans ces dernières années près de 3 millions de kilogrammes de grège, et son moulinage près de à,500,000 kilogrammes de soies ouvrées ; elle voit, malgré les progrès réa-
- STATISTIQUE DES FILATURES DE SOIE D’ITALIE D’après Stefano Beiuzzo, vice-président de la Chambre de commerce de Bergame.
- FILATURES. ANNÉES.
- 1863-67. 1838-69. 1870-71. 1872. 1880. 1882.
- Moyenne. Moyenne. Moyenne. ..
- Chauffage à fea nu :
- Filatures 2 44 176 165 160 33 30
- Bassines à. 382 4.513 4.330 4.000 790 720
- Quantité de cocons filés, en kilos. 936.000 1.137.500 1.030.000 1.000.000 197.000 180.000
- Chauffage à la vapeur :
- Filatures 19 34 44 52 71 72
- Bassines 1 061 2.014 2.595 3.100 5.300 5.350
- Quantité de cocons filés, en kilos. 514.000 875.000 1.115.000 1.300.000 2.200.000 2.400.000
- Totaux :
- Filatures 263 210 209 212 104 102
- Bassines 5.443 6.527 6.925 7.100 6.090 6.070
- Quantité de cocons filés, en kilos. 1.450.000 2.012.500 2.145.000 2.300.000 2.397.000 2.580.000
- Supplément a l’Industrie textile du 15 Janvier.
- 35e Fascicule.
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- LES INDUSTRIES TEXTILES
- Usés ailleurs., la renommée de ses organsins du Piémont persister, et toutes les fabriques rechercher, à cause de leurs qualités spéciales, les organsins et trames de Milan, les grèges de la Toscane, de Naples et Messine, de Fossombrone et du Frioul qui s’y trouvent rattachés.
- Quant aux soieries, c’est à Gôme surtout que s’en est concentrée la fabrication. La Chambre de commerce de cette ville a exposé quatre albums renfermant les échantillons des tissus de soie des principales manufactures de la ville et où dominent le satin et la faille; mais ces produits italiens sont loin d’avoir la perfection des nôtres, et leurs étoffes sont fort irrégulières, sans doute à cause de l’inhabileté des ouvrières, dont beaucoup sont très jeunes et ne fournissent qu’un travail médiocre.
- En dehors de cela, nous relevons les produits de quelques fabriques de Naples et des environs, par exemple divers types de la soierie nationale de San-Leucio, envoyés par M. G. de Alteriis, de Naples; des écharpes en soie, bourses, bonnets, etc., deM. Raphaël Massa, de la même ville, et des soieries de Sorrente, par M. Natal Miccio, de Sorrente. Il faut y ajouter les couvertures en bourre de soie et coton de M. Marie Bosio, de Milan; et des écharpes romaines de M. Joseph Nolfi, de Rome.
- SOIES ET SOIERIES DU PORTUGAL.
- Cette industrie est fort ancienne au Portugal, où elle a été introduite par les Arabes : il en est question àCoïmbre vers 17/i2, puis en 1752 sous le ministère du marquis de Pombal, où une filature modèle fut établie près de Bragance aux frais de l’État. Les soies qu’on y obtint d’abord purent rivaliser avec celles d’Italie, puis leur furent préférées par la consommation locale.
- Protégée de nouveau par la reine Marie Ire, elle donna de beaux résultats à la fin du siècle dernier : on atteignit une récolte de 36,000 kilogrammes de soie grège dans les premières années du xixe siècle ; suspendue durant les guerres du premier empire, elle fut reprise, et atteignit son apogée de 1860 à 1870, à l’époque où le Portugal fut appelé à fournir des œufs de vers à soie sains pour remplacer les graines de France infectées par la pébrine. La maladie ayant envahi les vers à soie portugais, la sériciculture déclina rapidement, et elle n’existe plus aujourd’hui que dans les provinces de Tras-os-Montes, des deux Beira et de l’Estramadure. Cependant, quoique
- bien déchue et ne pouvant soutenir aujourd’hui la lutte avec les produits similaires de France et d’Angleterre, elle a encore assez d’importance et produit des tissus unis, brodés ou damassés, dès velours, des rubans, des mouchoirs, de la passementerie et quelques dentelles. On fait des soies moulinées et torses à Lisbonne, Lamego, Porto, Sinfaès, Amarante, Marco de Canavezès, Povoa de Lanhoso, Armamar, Valença et Funchal. Les principaux débouchés sont les colonies portugaises, le Brésil et l’Espagne.
- 11 n’y a pour ce pays que cinq exposants : pour les grèges, M. José Joaquim d’Oliveira, de Braga ; — pour les fils à coudre, MM. Simao Ribas, de Guarda, et F. Cabrai, père et fils, de Villa-da-Rua ; — poulies tissus, MM. Antonio Augusto Lopes da Costa, de Lisbonne (étoffes pour chasubles) ; — et Francisco Antonio Ramires, de Lisbonne (failles couleur, satins unis et damas).
- SOIES ET SOIERIES DE LA BELGIQUE.
- L’industrie du moulinage fait entièrement défaut à la Belgique : on a bien tenté de l’implanter dans le pays, mais toujours sans succès. Par contre il s’y trouve quelques fabriques relativement importantes de soie à coudre et filatures de schappe, notamment à Ath, et des tissages de satins forts à Anvers, Alost, Lierre, Lede et Deynze.
- Les soies ont été importées en Belgique en 1887 pour 152,638 kilogrammes et exportées pour 13,605 kilogrammes; voici le détail des importations qui seules nous semblent intéressantes ;
- Soies de France.......... 108.126 kil.
- — d’Allemagne....... 32.907 —
- — d’Angleterre....... 10.349 —
- — de Suisse............... 769 —
- — des Pays-Bas....... 394 —
- — d’Italie................. 16 —
- — d’autres pays...... 77 —
- 152.638 kil.
- Les soies à coudre et à broder ont donné lieu au mouvement que voici depuis 18M ;
- ANNÉES. IMPORTATION S, EXPORTATIONS.
- Quantités moyennes. Valeur. Quantités moyennes, Valeur.
- 1841-50.. 26 271 1.177.000 4.358 372.000
- 1851-60.. 57.451 3.113.000 9.194 541.000
- 1861-65.. 99.071 5.262.000 20.892 850.911
- 1866-70.. 82.597 8.664.600 26.463 1.724.500
- 1871-75.. 200.850 21.401.400 129.768 7.167.200
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- A L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1889.
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- ANNÉES. IMPORTATIONS. EXPORTATIONS.
- Quantités moyennes. Valeur. Quantités moyennes. Valeur.
- 1876-80.. 218.461 17.354.800 115.530 6.312.600
- 1881-85.. 132.215 9.255.000 39.444 2.169.600
- 1886 91.244 6.387.000 14.387 791.000
- 1887 82.208 5.344-000 26.122 1.437.000
- Les importations et exportations en tissus de soie, rubans compris, se sont chiffrées comme suit:
- IMPORTATIONS.
- EXPORTATIONS.
- Quantités moyennes. Valeur. Quantités moyennes. Valeur.
- 1841-50.. 63.183 6.733.000 2.211 216.000
- 1851-60.. 85.722 12.155.000 3.492 447.000
- 1861-65.. 117.029 17.040.710 4.495 671.140
- 1866-70.. 127.155 21.426.200 4.810 698.400
- 1871-75.. 202.585 26.605.200 6.221 638.000
- 1876-80.. 183.045 26.693.000 5.566 421.000
- 1881-85.. 174.351 11.332.800 6 756 371.400
- 1886 135.439 8.804.000 9.041 497.000
- 1887 152.638 12.668.954 13.605 993.165
- Les exposants belges se sont réunis en une exposition collective qui compte sept industriels; deux pour les fils : MM. Armand Jamme et Cie, de Saint-Hadelin-Nessonvaux, fabricant le fil de bourrette, écru, simple, retors, et mélangé et le fil pour seri-cine ; et MM. Wauters et E. Gooremans, d’Ath, fila-teurs de schappe et fabricants de cordonnets pour velours, soieries, passementerie, bonneterie, à coudre et à broder ; — et cinq pour les tissus ; trois de Deiynze, MM. Lagrange frères ; Lagrange-Peeters; Jules Sneuws et F. Vanlandeghem ; — un d’Alost : M. Adrien Smith; — et un de Verriers, M. F.-J. Thiry. Signalons principalement dans cette collection les failles noires, satins, diagonales et moscovites, auxquels quelques-uns ont joint divers spécimens de damas fantaisie de qualité moyenne.
- SOIES ET SOIERIES DE L’ESPAGNE.
- La filature de soie n’est représentée que par un seul exposant, M. J. Lopez Rodriguez, de Séville, qui a envoyé quelques types de grèges.
- Le produit des récoltes soyeuses de ce pays est filé presque exclusivement aujourd’hui dans les provinces de Valence et de Murcie : on compte à Valence 550 bassines en 1888, réparties dans neuf filatures ; à Murcie et dans les provinces du sud de l’Espagne (Grenade, Séville, Talavera de la Reina), 420 bassines sont en activité pendant six à dix mois de
- l’année. Dans les autres provinces de la Péninsule on ne trouve qu’une filature régulière à Ugigar, actuellement en transformation, et qui produit environ 4,000 kilogrammes de grèges. Les autres établissements de ce genre, qui fonctionnaient en Catalogne, en Aragon, en Estramadure et en Andalousie, sont fermés faute de matière première pour les alimenter. Le moulinage produit environ 7,500 kilogrammes de soie ouvrée à Séville, Murcie, Tolède, Grenade et Cordoue.
- Apportée par les Syriens dans le pays, l’industrie de la soie y fut florissante au xe siècle et considérable au xue. Avant la maladie, la production y était de 800,000 kilogrammes ; mais, depuis lors, une diminution très forte s’est produite, comme on peut en juger par les chiffres suivants, qui représentent la production en soie grège dans les dernières années :
- 1861 300.000 kil.
- 1872 170.000 —
- 1873 130.000 —
- 1878 55.000 —
- 1879 40.000 —
- 1880 70.000 —
- 1881 84-000 —
- Nous avons indiqué plus haut, dans un tableau général, ce qu’elle a été de 1882 à 1888.
- La fabrication des soieries est exclusivement concentrée dans le rayon de Barcelone. Elle est représentée par trois exposants : MM. Bouelle frères et Andrès Sard, de Barcelone; — G. Fabregas, de Tarrasa.
- SOIES ET SOIERIES DE L’ANGLETERRE.
- L’Angleterre est ici représentée par dix-huit exposants. Un seul, MM. Lister et Cie, de Bradfort, représente la fabrication des fils retors à tricoter, à broder, pour boutonnières, etc. Son exposition, formant pavillon spécial et figurant un château fort fait de bobines de soie, est réellement originale.
- Tous les autres industriels exposent des soieries. Nous citerons parmi les pavillons les plus dignes d’attention ceux de MM. J. Bright et frères, de Rochdale, pour leurs peluches de soie, imitation loutre et castor ; — de MM. Debenham et Freebody, de Londres, pour leurs châles frangés unis et leurs tissus pour confections ; — de MM. Grout et Cie, de Londres, pour leurs crêpes noirs (deuil et chapeaux), crêpes handkerchie fa de couleur (châles et mouchoirs), crêpes japonais, de Chine, novi, mogol, etc. ; — de
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- LES INDUSTRIES TEXTILES
- MM. Legros, Thompson et Cie, de Londres, pour leurs crêpes de deuil imperméables en souple, demi-souple, chiffon,avec bordure, etc.; — de MM. Lewis et Allenby, de Londres, pour leurs damas de soie blanche et brodée, soieries imprimées, rayées, etc.; — et de M. J.-O. Nicholson, de Macclesfied, pour ses foulards et leurs tissus brochés et damassés.
- La sériciculture proprement dite n’existe pas dans la Grande-Bretagne. Les essais faits avec peu de succès en 1606 par Jacques Ier, poursuivis dans le parc Saint-James par Charles Ier en 1629, sont de temps en temps renouvelés dans le comté de Cork, en Irlande, et dans les comtés de Kent, de Devon et de Cornouailles, mais sans résultats bien appréciables.
- SOIES ET SOIERIES DE LA TURQUIE
- et de l’égypte.
- Les soies des Turquies d’Europe et d’Asie comprennent celles d’Anatolie, de Syrie, et de ce qu’on appelle en sériciculture la province d’Andrinople (Volo, Salonique, Andrinople, Roumélie, Bulgarie).
- En Anatolie, les grèges ont été produites de 1886 à 1888 dans les proportions suivantes :
- 1883. 1887. 1888.
- kil. kil. kil.
- Grège verte 25.000 15.300 8.000
- — blanche.... 11.000 39.200 AA-000
- — jaune 170.000 131.500 118.000
- 206.000 186.000 170.000
- Les exportations, é • durant la même période, ont
- DESTINATION. 1886. 1887. 1888.
- kil. kil. kil.
- Lyon 116.200 100.750 91.080
- Paris O O O s 20.150 18.A80
- Marseille )) 1.550 ))
- Italie 1.200 775 660
- Angleterre 5.A00 7.750 3.300
- Allemagne A.700 6 200 A. 620
- Amérique 10.200 12.A00 9.900
- Autriche 3.500 A. 650 3.960
- Empl. dans le pays 800 775 »
- 163.000 155.000 132.000
- Il est à remarquer que l’exportation sur Lyon tend à décroître. En 1887 on évaluait les filatures à 73, comptant 2,981 bassines.
- En Syrie, le tissage de la soie a surtout une
- extrême importance, et nous voyons figurer à l’Exposition trois exposants de Beyrouth (Boulad et Cie) et de Damas (Ghanagé et Bédaouï ; et Yansouni, Zabalé et Cie).
- Les produits de cette fabrication vont très peu en Europe, ils sont surtout destinés à la fabrication indigène, à l’Égypte, et à quelques provinces de l’Empire ottoman. C’est surtout dans l’art de mêler à la soie des fils d’or et d’argent que les tisseurs de cette contrée excellent, bien que le tissage en soit effectué sur des métiers à la main des plus grossiers; mais ils ont fort à compter avec la concurrence européenne qui, avec son outillage perfectionné, leur dispute assez souvent les marchés sur lesquels ils sont les plus connus.
- Une grande partie des tissus syriens sont rayés, ils sont tissés chaîne coton et tramés avec la soie du pays. Parmi eux il y a lieu de citer tout particulièrement les kaffiés, les manteaux, les écharpes, les surah pour vêtements, les tissus pour ameublements, les rideaux à grands dessins, les taies d’oreiller, les ceintures, les pantoufles et les blagues à tabac.
- Les kaliiés sont des tissus fabriqués à Beyrouth, Damas, Homs et Hama, tout soie ou demi-soie, souvent avec des fils d’or ou d’argent, que l’on emploie comme coiffure en été, et que l’on porte autour du cou en hiver. — Lesmanteaux, que l’on fabrique surtout à Damas, Beyrouth et Alep, sont faits tout soie ou soie et coton, ou bien encore chaîne soie et trame en soie mêlée d’or ou d’argent; ils forment une particularité du costume syrien et sont presque entièrement absorbés parla consommation indigène. — Les écharpes, tissus presque toujours destinés à l’exportation, sont de soie et coton ou bien de soie avec fils d’or et d’argent. — Les surah pour vêtements, fabriqués à Beyrouth, Damas, Alep, Homs, et Hama, parfois d’après des modèles indiens, se font en tout soie ou soie et coton, rayés de diverses couleurs (rouge, blanc, vert, noir et bleu), et trouvent généralement preneur dans les villes de l’Empire ottoman et dans toute l’Egypte. — Les tissus pour ameublement, toujours fabriqués en coton et soie à Beyrouth, Damas et Alep, avec une grande variété de dessins, sont exportés en Europe ou indirectement aux États-Unis, et semblent destinés à obtenir partout une grande vogue. — Les rideaux à grands dessins, tout soie ou soie et coton, sont teints en diverses couleurs (rouge, bleu, marron, etc.), et ont dans la trame des fils d’or ou d’argent qui forment très bon effet. — Les taies d’oreiller, tout soie ou soie et
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- A L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1889.
- coton avec fils d’or ou d’argent, forment une spécialité de la fabrication de Zuke, dans le Liban. — Les ceintures, qui se font en rayé ou quadrillé, tout soie avec fils d’or et d’argent ou soie et coton, trouvent un très grand débouché en Egypte, en Anatolie, en Grèce et à Constantinople. Les pantoufles sont en soie et laine avec fils d’or ou d’argent; on les fabrique à Zuke. — Enfin les blagues à tabac sont aussi faites dans la même ville et exportées en grande partie à Paris, où on les vend dans les maisons orientales : elles se fabriquent en soie et or ou soie et coton.
- La production en soie dans le même pays est relativement peu importante. Pour ne citer que les chiffres de 1888, sur 849,100 ocques de cocons récoltés, 12,000 ont été réservés au grainage, 20,000 ont été filés à l’arabe pour Damas, 75,000 ont été conservés en cocons secs pour l’exportation, et le surplus a été filé par 7,757 bassines en activité (149 filatures).
- Enfin, dans la province d’Andrinople, les cocons sont filés à l’européenne, avec les procédés perfectionnés usités dans les usines de France et d’Italie. Nous n’avons pu recueillir, sur la production des divers districts dans ces dernières années, que des renseignements trop incomplets pour pouvoir les citer ici.
- SOIES DE L’ASIE CENTRALE.
- Nous avons peu de données sur la production en soie des contrées de l’Asie centrale. Voici, comme document, l’évaluation de M. Benjamin, consul des États-Unis à Téhéran, pour 1884 :
- KIL. DE SOIE.
- Ghilan...................... 225.000 à 230.000
- Mazandéran................ 18.000 à 20.000
- Azerbaïdzan.................. 17.000 à 18.000
- Khoraçan...................... 8.000 à 9.000
- Khousistan et Fars............ 7.000 à 8.000
- 275.000 à 285.000
- Dans le Turkestan russe, M. Coutouly, consul de France, évalue la production comme suit :
- KIL. DE SOIE.
- Boukharie 980. .000 à i L.OOO, .000
- Ferghanah 2/|0. .000 à 230 000
- Zeraplielane 1G0. ,000 à 170 .000
- Environs de Khodjend.. 45. 000 à 50. .000
- Tachkend 30. ,000 à 35. .000
- Khi va 45 .000 à 50 .000
- Kachgarie 160. ,000 à 165, .000
- 1.660.000 à 1.720.000
- SOIES DE CHINE.
- Deux exposants de ce pays ont envoyé des soierie : Teng-Tchio-Yung, de Canton, et Lie-Sien-Lie et Cie, qui habitent Neuillv (Seine).
- Nous avons donné plus haut le total général de chaque année; en voici le détail, indiquant les quantités par Shanghaï et Canton depuis 1875. ( Voir les tableaux, page 278.)
- SOIES ET SOIERIES DU JAPON.
- Nous avons dit plus haut quelle était la valeur de l’industrie du Japon au point de vue séricicole; l’exposition de ce pays est en rapport avec son importance, car il ne comprend pas moins de cinquante-quatre exposants, la plupart ayant envoyé des soies grèges, et d’autres des étoffes de soie du pays, dites karaori, uncori (pour vêtements), schuchinori (sorte de damas), kanoko, fouksa (écharpe en soie brodée d’or), kaïki, hirakinu, habutaye, kinuthijonu, shiro-habutaye, uzurathirimen (crêpes de Chine), etc. Les divers ministères ont exposé, celui de la Guerre des étoffes de soie spéciales pour cartouchières fabriquées dans la fabrique de Sendjou, appartenant à l’État, et celui de l’Agriculture et du Commerce des soies grèges de la filature Tomioka.
- Voici quelle a été l’exportation des soies grèges par Yokohama dans ces dernières années, d’après les circulaires de la Chambre de commerce de cette ville ( Voir tableau A, page 280).
- Ces grèges sont de titres fort irréguliers et supportent environ 12 à 15 pour 100 de frais avant que consignation en soit faite par l’acheteur en Europe ou en Amérique. Le poids moyen des balles est calculé à raison de 50, 51 et 52 kilogrammes. Le gouvernement japonais favorise intelligemment le développement de l’industrie de la soie dans le pays, et il y a aujourd’hui une vingtaine de filatures montées à l’européenne. Yokohama est devenu un centre de premier ordre pour le commerce des soies, c’est aujourd’hui le marché régulateur de tous les pays d’Europe et d’Amérique qui se pourvoient de soie au Japon.
- Il nous paraît intéressant défaire connaître la liste des arrivages sur le marché de Yokohama pendant la campagne de 1887-1888, prise comme type, et qui nous donne une idée de la part de chaque
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-
- LES INDUSTRIES TEXTILES
- EXPORTATIONS DE SHANGAI
- DESTINATIONS.
- 1875-76. 1876-77. 1877-78. 1878-79. 1879-80. 1880-81. 1881-82. 1882-83. 1884-85. 1885-86. 1886-87. 1887-88. 1 88-89.
- balles. balles. balles. balles. balb s. balles. balles. balles. balles. balles. balles. balles. balles.
- Angleterre 27.037 30.971 21.755 18.687 21.376 21.008 11.674 11.948 8.381 9.592 4.844 5.490 5.184
- France 31.163 32.920 24.936 33.394 33.476 43.188 28.181 29.593
- 39.460 34.758 37.262 ( 38.499 32 700
- Italie, Suisse 3.601 3.269 2.001 2.564 1.387 2.735 1.179 1.874
- États-Unis 7.128 A. 322 6.613 6.842 9.373 9.334 7.070 5.459 5.417 7.643 ' 6.021 3.741 4-060
- Ports divers 1.629 1.873 3.737 3.333 3.937 7.303 2.865 2.245 4.075 3.980 2.666 4.594 3.541
- Totaux en balles 70.158 73.335 57.042 64.820 69.549 83.568 50.969 51.119 57.333 55.973 50.793 52.334 45.485
- kil. kil. kil. kil. kil. kil. kil. kil. kil. kil. kil. kil. kil.
- Cocons secs 115.000 86.000 81.000 76.000 48.000 » » » » » )) » ))
- Soit en kil. de soie... 3.323.000 3.467.000 2.700.000 3.064.000 3.280.000 3.928.000 2.935.000 2.402.000 2.695.000 2.631.000 2.387.000 2.459.000 2.256.000
- balles. balles. balles.
- Soies tussah » » )) » )) » » » » « 10.650 6.583 2.515
- EXPORTATIONS DE CANTON
- 1875-76. 1876-77. 1877-78. 1878-79. 1879-80. 1880-81. 1881-82. 1882-83. 1884-85. 1885 86. 1886-87. 1887 88. 1888-89.
- balles. balles. balles. balles. balles. balles. baltes. balles. balles. balles. balles. balles. balles.
- France 7.586 8.367 7.008 5.597 6.875 4.113 8.537 5.388 5.819 6.810 15.406 13.905 6.085
- Angleterre 5.616 7.771 4.891 3.927 5.925 1.419 5.876 6.471 2.228 1.906 4.130 2.256 3.554
- caisses. caisses. caisses. caisses. caisses. caisses. caisses. caisses. caisses. caisses. caisses. caisses. caisses.
- | Amérique 6.338 7 267 5.460 9.043 10.729 7.767 8.915 9.284 6.100 8.784 5.570 6.200 4.381
- piculs. piculs. piculs. piculs. piculs. piculs, piculs. piculs. piculs. piculs. piculs. piculs. • piculs.
- 9 Bombay 3.930 1.572 2 538 2.730 2.673 3 721 2.747 4.901 2.637 1.683 2.950 6.000 1.400
- Soit en kil. de soie... 1.011.300 1.034*500 848.000 837.500 1.030.000 660.000 1.033.000 1.052.000 774-000 715.000 1.357.000 1.411.000 695.000
- IY.-B. — Les balles sont de 47 kilogrammes nets ; les caisses, de 50 livres anglaises (22 kil. 280) ; les piculs, de 60 kilogrammes.
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-
- A L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1889,
- 279
- province dans la production générale. Les totaux sont exprimés en balles japonaises (on sait que la balle japonaise vaut 55 cattiés environ et que le cattié vaut 60 A gr. 53).
- Kodzuké (Djoshu).............. 12.151
- Musashi (Bushu)................ 7.161
- Shinano (Sinshu).............. 16.338
- Kai (Koshu).................. Zi. 125
- Iwashiro et Iwaki............. 11.049
- Owari et Mino................ 3.190
- Uzen........................... 2.353
- Rikuzen........................ 2.174
- Sosliu.......................... 145
- Yashu............................ 766
- Tsuneshu......................... 216
- Ètchigo...................... 1.556
- Buzen............................. 44
- Bungo............................ 116
- Chikugo........................... 26
- Hizeu.............................. 3
- Higo.............................. 18
- Kagoshima......................... 32
- Iliuga............................ 24
- Kisliu......................... 1.107
- Sunshu............................ 52
- Zushiu.......................... 28
- Sanshu........................... 191
- Yenshu............................ 51
- Isé.............................. 117
- Awa................................ 6
- Goshu............................ 455
- Iakushiu.......................... 45
- Etchizeu......................... 175
- Etchu............................ 872
- Ugo.............................. 350
- Rikucliiu........................ 770
- Mutsu.............................. 4
- Sapporo........................... 21
- Santanshu........................ 580
- Sakushu........................... 78
- Yenshu............................ 45
- Unshu............................. 15
- Bitchiu........................... 15
- Bingo............................. 28
- Tchoshu........................... 48
- Iwami.............................. 6
- Kishu............................. 10
- Hoki............................... 6
- Hiroshima.......................... 2
- Total................... 66.564
- Soit en kilogr., environ... 222.000
- A l’Exposition figurent deux tableaux qui nous paraissent des plus intéressants, et, comme leur place est tout indiquée dans ce travail, nous croyons devoir les reproduire; l’un est relatif à l’exportation des soies et soieries japonaises de 1884 à 1888, l’autre à la production de la soie au Japon d’après
- les statistiques officielles publiées par le gouvernement japonais en 1886. ( V. les tableaux B, page 280 et Cy page 281.)
- SOIES ET SOIERIES DES INDES.
- Les filatures de soie à l’européenne sont représentées, dans le Bengale, par 10,170 bassines environ, réparties dans les districts de Bajshave, Moorshedabad, Beerthoom et Midnapore. Mais le district de Moorshedabad est de beaucoup le plus important, comme le montre le tableau suivant :
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-
-
- (A)
- DESTINATIONS.
- («)
- EXPORTATION DES SOIES GRÈGËS PAft YOKOHAMA.
- France........
- Angleterre....
- États-Unis....
- Autres pays....
- Totaux
- 1875-76. 1876-77. 1877-78. 1878-79. 1879-80. 1880-81. 1881-82. 1882-83. 1884-85. 1885-83. 1886-87. 1887-88. 1888-89.
- balles. balles. balles. balles. balles. balles. balles. balles balles. balles. balles. balles. balles.
- 4.878 10.760 9.305 4.701 5.031 4.481 3.647 4.645 14.046 10.355 11.872 16.225 19.200
- 8.362 9.584 10.064 10.934 7.624 12.387 10.973 14-167 214 315 518 2.411
- 108 150 1.411 3.200 5.175 5.376 7.022 9.589 11 143 15.034 14.000 20.960 20.800
- 243 723 1.244 432 67 95 134 333 )) )) » )) ))
- 13.591 21.217 22.024 19.267 17.897 22.339 21.776 28.734 25.403 25.704 26.390 39.596 40.000
- EXPORTATIONS DES SOIES ET SOIERIES JAPONAISES, DE 1884 A 1888.
- 1884 1885 1883 1887 1888
- QUANTITÉS. VALEURS. QUANTITÉS. VALEURS. QUANTITÉS. VALEURS. QUANTITÉS. VALEURS. QUANTITÉS. VALEURS.
- kil. fr. kil. fr. ki'. fr. kil. fr. kil. fr.
- Soies grèges 1.269.530 44.028.688 1.486.606 52.135.488 1.594.532 69.285.448 1.877.668 77.120.012 2.830.013 103.667.444
- Douppions 413 6.412 )) )) 22.040 369.552 26.472 447.736 13.778 199.164
- Déchets de filature 562.179 4.082.228 431.784 2.690.526 637.206 5.190.492 650.066 5.019.120 909.824 5.738.492
- Bourre de soie 679.212 2.620.556 477.778 1.850.212 703.683 3.333.056 658.554 3 230.192 885.080 3.777.484
- Foulards )) )> )) )) 2.471.781 4 935 708 2 307 438 4.585‘ 124
- Soirîes en pièces 5.130 96.084 11.797 218.192 8.153 245.016 14.559 540.980 20.905 1.032.136
- Totaux 2.516.464 50.833.968 2 407.965 56 894.418 2.965.614 78.423.564 5.699.100 91.293.748 6.967.038 118.999.844
- wmmammmmm
- LES INDUSTRIES TEXTILES
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-
-
- Supplément a l’Industrie textile du 15 Février. 3C* Fascicule
- (C)
- PRODUCTION DE LA SOIE AU JAPON
- Filatures de cocons et Fabriques de soieries, en 1886, d’après les statistiques officielles du Gouvernement japonais.
- DÉPARTEMENTS. FILATURES A L’EUBOPÉENNE FABRIQUES DE SOIERIES DÉPARTEMENTS. FILATURES A L’EUROPÉENNE FABRIQUES DE SOIERIES
- NOMBRE \ de Filatures ayant plus de 10 bassines. PRODUCTION PURE MÉLANGÉE NOMBRE de Filatures 1 ayant plus 1 de 10 bassines. I PRODUCTION PURE MÉLANGÉE
- en kammés. en kilos. tan. mètres. tan. mètres. en kammés. en kilos. tan. mètres. tan. mètres.
- Tokio-Fu... 1 327 1.308 )) )) )) )) Report.... 1.126 154.725 628.994 1.291.168 11.620.512 112.233 1.010.097
- Kioto-Fu... 27 852 3.408 454.034 4.086.306 46.027 414.243 Akita 1 53 212 10 90 )) »
- Osaka-Fu... )) )) » )) )) )) )) Tukiu 5 1.052 4.208 )) )) » ))
- Kanagawa.. 7 3.367 13.468 113.509 1.021.581 62.800 526.200 Kanazawa. . 6 461 1.844 87.225 785.026 » ))
- Niogo 21 1.251 5.004 )) » )) » Toyama... 14 1.329 5.316 70.890 638.010 )) ))
- Nagasaki... 2 79 316 2.744 24.696 16 144 Tottori. .. 1 50 200 )) )) )) ))
- Nügata 9 9.112 36.448 )) )) )) )) Shinane.. . )) )) )) )) 468 )) »
- Siirtama.... 18 4.502 18.008 224.209 2.017.881 )) )) Okayama... 5 403 1.612 52 720 )) ))
- Guma 43 36.767 157.148 306.749 2 760.741 )) )) Hiroshima.. )) )) )) 80 » » ))
- Tshiba » )) )) )) )) )) )) Yamazuthi.. 2 120 480 )) )) )) ))
- Ibaraki 8 5.348 21.392 12.610 113.490 77 693 Wakayama. )) )) » )) )) )) ))
- Totshighi. . 1 1.096 4.394 )) )) )) • )) Tokushima. . )) )) )) » 1.242 )) ))
- Miyé 2 722 2.878 20 180 )) )) Yehimé. .. 1 49 196 138 3.267 )) »
- 50 2.266 9.064 9.268 83.412 2.878 Or» Q09 Koti )) )) 363 )) ))
- Sizuoka.... 2 140 560 )) )) )) )) Fukuska.. 8 227 908 )) 10.539 39.992 359.928
- Yamamashi. 129 13.286 53.144 130.930 1.178.370 )) » Oita 11 211 844 1.171 )) )) »
- 14 1.411 5.644 )) )) )) Saga 1 80 320 )) 7.131 94 846'
- Ghifu 255 11.533 46.132 » » )) )) Kumamoto. )) )) )) 789 19.035 » »
- Nagano .... 496 55.851 223.404 37.095 338.855 435 3.915 Miyasaki. .. 1 28 112 2.175 )) )) »
- Miyaki 2 250 1.000 )) )) )) )) Kagoshima. )) )) )) » 2.565 34 306
- Tukushima. 11 3.430 13.720 » )) )> )) Okimawa... » )) )) 285 )) )) ï>
- Swati 2 154 620 » )) )) )) Hakodaté. . )) )) )) )) )) )) J)
- Aomori.... 2 78 312 )) )) )) )) Sapporo.... )) )) » )) )) )) ))
- Yumugata.. 24 2.903 11.612 )) )) )) )) Nemuro.... )) )) )) )) )) )) ))
- Areporter. 1.126 154-725 628.994 1.291.168 11.620.512 112.233 1.010.097 Totaux.. . 1.182 158.788 645.246 1.454.286 13.088.574 152.353 1.371.177
- A L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1889.
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-
-
- 282
- LES INDUSTRIES TEXTILES
- Ces filatures appartiennent à quatre maisons principales :
- 1° Louis Payen et Cie, de Lyon, dont les établissements se divisent en quatre groupes :
- 1er groupe : Division de Moorshedabab : — Gadee, Choa, Ohorumpore, Teakattah, Satoge, Gosrepore, Plassey, Faucbkattiah, Norudah, Soojahpoore, Bazar-parah, Naraïmpore (2,225 basssines);
- 2e groupe : Division de Raphaye : — Casella, Sahebgunge (535 bassines);
- 3e groupe : Division de Maldah : —Bolahat(IS5 bassines) ;
- 4e groupe : Division de Midnapore : —Goorellee, Pauchcoorah (535 bassines).
- 2° Bengal Silk Company, dont les établissements se divisent en deux groupes :
- Dans la division de Moorshedabad : — Ranga-muttee et 11 succursales (1,500 bassines);
- Dans la division de Beerthoom : — Gonatea et 2 succursales (700 bassines).
- 3° Robert Watson and C° : quatre groupes d’établissements :
- 1er groupe : Division de Raphahe : — Surdah et 12 succursales (2,000 bassines);
- 2e groupe : Division de Moorshedabad :— Fureed-poore et 2 succursales (600 bassines) ;
- 3e groupe : Division de Maldah : — Baragariah et 4 succursales (1,000 bassines) ;
- 4e groupe : Division de Midnapore : — Gathal et 2 succursales (700 bassines).
- 4° M. A. Fergusson :
- Un seul groupe d’établissements dans la division de Moorshedabad : — Rammaghur et 2 succursales (400 bassines).
- Ces filatures sont approvisionnées par les cocons récoltés dans les villages indigènes situés dans un rayon même assez étendu. Leur production peut être évaluée à 150,000 kilogrammes de soie grège environ, expédiée à Marseille et à Londres par Calcutta et Bombay.
- La production des filatures indigènes (Commer-colys, Debkondoo, Kongroo, Rhadnagore) est plus considérable que la production des filatures euro-
- péennes, mais une très grande quantité de ces soies de filature inférieure est expédiée dans la Birmanie, le S:am, etc., ou est consommée dans le pays, de sorte qu’il est impossible d’en apprécier l’importance avec quelque exactitude.
- Les deux tableaux suivants figurent à l’Exposition : l’un représente l’exportation des soies et soieries de l’Inde de 1878 à 1888, c’est-à-dire de la dernière exposition à celle actuelle ; l’autre nous donne l’importation de ces mêmes produits dans la même période {Voir les tableaux, page 283).
- LES SOIES DES ÉTATS-UNIS.
- Le gouvernement des États-Unis a envoyé à l’Exposition un certain nombre d’échantillons de soie grège dévidée à la filature expérimentale de Washington : cette soie, exposée par M. C.-Y. Rilev, un entomologiste américain qui, depuis nombre d’années, fait les plus grands efforts pour introduire l’industrie séricicole sous toutes ses formes dans le Nouveau-Monde, est artistement disposée de façon à représenter les armes des États-Unis. M. Riley y a joint soixante-quatre échantillons de cocons produits aux États-Unis provenant de races françaises et italiennes et de reproduction américaine, une carte des États-Unis indiquant les parties du pays où ont été produits les cocons exposés, divers objets employés par le département de l’agriculture pour l’instruction des sériciculteurs, un manuel distribué gratuitement aux sériciculteurs1, de courtes instructions imprimées pour les mêmes2, etc.
- Malgré tous les efïorts de M. Riley, la filature n’existe pour ainsi dire pas aux États-Unis. On peut citer, d’après ce qu’il a déjà écrit sur cette question, trois établissements faisant filer leurs cocons : la ferme de Silkville, dans le Kansas ; puis une colonie de Français et d’Italiens établie dans la Caroline du Nord, àFayetteville;etune colonie d’Italiens à Yine-land, dans le New-Jersey. D’après M. Rondot il y aurait une filature à Corinth, dans le Missouri, et une autre à San-Francisco. Le Six annual report of the Bureau statistics of New-Jersey (page 202) indique qu’il y en a une autre, fondée par un Français à la Nouvelle-Orléans en 1883, comprenant
- 1. The mulberry silk-icorm being a manuel of instructions in silk culture, by,C. V. Riley m. a. Ph. D. (six revised édition with illustrations).
- 2. Fundamental instructions for rearing silk-worms (read carefully chapter IV of the « Mulberry silk-worms»).
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- A L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1889.
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- douze bassines exclusivement alimentées par des cocons américains. Enfin, il y a trois ans, le Congrès a autorisé le Commissaire de l’Agriculture à établir une filature de soie à Washington, sous les auspices du département de l’Agriculture, et à y faire l’essai
- du mécanisme automatique de Serrel, dont l’inventeur est, comme on le sait, de New-York ; à cet effet une subvention a été votée et elle a été renouvelée chaque année, y compris 1889. Des expériences tentées officiellement après l’exposition de Philadel-
- EXPORTATION DES SOIES ET SOIERIES DE L’iNDE, DE 1878 A 18881 (Quantités en livres anglaises de 453 grammes.)
- ANXÉES. SOIE BRUTE. BOURRE DE SOIE. COCONS. SOIE A COUDRE. TISSUS I)E SOIE. TISSUS MÉLANGÉS. * DIVERS.
- 1878-1879 1.329.599 )) » 230 1.566.003 87.473 3.532
- 1879-1880 563.210- 788.481 49.815 162 1.983.574 117.420 19
- 1880-1881 550.665 733.464 18.447 1.630 1.914.819 193.852 114
- 1881-1882 340.750 747.693 28.383 271 1.913.972 112.167 440
- 1882-1883 501.576 834 415 25.432 107 2.330.296 182.563 88
- 1883-1884 672.710 886.045 44.059 136 2.503.064 122.438 46.222
- 1884-1885 531.205 953.183 82.713 308 3.120.578 108 363 39.704
- 1885-1886 358.071 1.023.807 56.889 698 3.355.392 132.054 17.217
- 1886-1887 449.515 4.020.595 113.814 28 2.845.062 170.379 36.896
- 1887-1888 435.558 998.235 173.374 13 3.170.276 189.704 20.411
- (I) Le tableau des exportations comprend non seulement les soies provenant du ver à soie du mûrier, mais aussi celles des autres vers à soie, tels que le tasar ou tussab.
- IMPORTATION DES SOIES ET SOIERIES DE L’iNDE DE 1878 A 1888
- (Quantités en livres anglaises de 453 grammes.)
- ANNÉES. SOIE BRUTE. SOIE A COUDRE. TISSUS DE SOIE. TISSUS MÉLANGÉS. DIVERS.
- 1878-1879 1.813.999 2.021 6.615.723 1.382.369 1.422
- 1879 1880 2.005.020 466 6.721.033 932.079 874
- 1880-1881 2.511.802 1.045 10.465.346 1.751.330 1.327
- 1881-1882 1.760.595 1.618 9.663.958 1.315.286 1.567
- 1882-1883 2.385.980 2.989 7.666.307 1.038.121 1.686
- 1883-1884 2.210.893 4.636 8.764.906 1.730.960 11.738
- 1884-1885 1.831.702 4.943 9.199.725 4.672.560 7.955
- 1885-1886 1.732.559 5.954 8.099.424 1.956.987 2.788
- 1886-1887 1.737.893 10.318 .487.676 2.363.410 3.646
- 1887-1888 2.598 597 13.301 10.584.361 3.573.355 1.603
- phie dans le but d’établir des filatures à San Francisco, à la Nouvelle-Orléans et à Philadelphie, n’ont pas donné de résultats satisfaisants. Mentionnons encore qu’au point de vue de l’élevage du ver on fait de grands efforts pour essayer de remplacer le
- mûrier par le maclura aurantriaca, fort abondant aux États-Unis.
- D’après M. Rondot, et suivant les indications du rapport publié en 1883 par M. William G. Wickoff, le moulinage serait solidement organisé dans la con-
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- LES INDUSTRIES TEXTILES
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- trée. Le premier moulin fut érigé en 1810 à Mans-field, dans le Connecticut, par Rodney Hanks et Horatio Hanks, et les fondations d’usines, les perfectionnements de machines, les formations de grandes compagnies se sont succédé particulièrement depuis 1884. Les principaux ateliers sont établis dans les États de New-York, Connecticut, Pensylvanie, Massachusetts et New-Jersey.
- Bien que les États-Unis produisent encore peu de soie, la fabrication des soieries y est très avancée, grâce au système douanier qui impose de 50 p. 100 en moyenne les tissus de soie étrangers. La ville de Paterson, dans le New-Jersey, est le centre principal de la fabrication des soieries sur la terre américaine, et, avec raison, elle a été baptiése le Lyon américain. Cette fabrication y a été introduite du Massachusetts vers 1838, et elle y a progressé rapidement. En 1860, il n’y avait encore, il est vrai, que quatre fabriques, mais en 1866 on en comptait déjà douze avec 2,000 ouvriers; en 1873 vingt-cinq, avec 4,000 ouvriers ; en 1876, trente-deux, avec 8,000 ouvriers. Nous trouvons tous ces chiffres, dans le bulletin que publie la Silk association of America. Depuis l’année du centenaire (1876), la progression a dépassé toutes les prévisions, à ce point qu’après la dernière statistique il n’y avait pas à Paterson moins de quatre-vingt-treizefabriques employant 13,000 personnes, payant 5,300,000 dollars de salaires, et produisant annuellement 16 millions de dollars de marchandises.
- En considérant le pays dans son ensemble, on y comptait, en 1880, 381 établissements dans lesquels se fabriquaient des soieries. Le capital engagé dans cette industrie était de 19 millions de dollars, et le personnel ouvrier se composait de près de 30,000 personnes, recevant en salaires une somme de 9,000,000 de dollars par an. Aucun autre État de l’Union n’approche de New-Jersey pour l’importance de cette fabrication, importance qui se traduit pour Paterson par une production annuelle de 14 millions de dollars de soieries. New-York, qui vient immédiatement après, ne compte que pour 7.800,000 dollars; Philadelphie vient au troisième rang avec 3 millions de dollars. En 1850, les États-Unis comptaient à peine 29 fabriques ayant ensemble un capital de 434,000 dollars, et donnant de l’occupation à 857 ouvriers, tandis qu’aujourd’hui ils ont 388 manufactures de soieries produisant pour plus de 40 millions de dollars de marchandises.
- A l’Exposition, les fabriques de soieries des États-Unis ne sont représentées que par quelques échantillons de médiocre valeur envoyés par M. William Henri Grant, de Paterson.
- Les soies consommées par ces fabriques leur sont en majeure partie envoyées d’Europe et d’Asie.
- Voici quelle a été l’importation des soies écrues aux États-Unis dans ces dernières années :
- ANNÉES MOYENNE ANNUELLE
- et périodes triennales. de l’importation.
- kil.
- 1864 à 1866..................... 192.000
- 1867 à 1869..................... 261.000
- 1871 à 1872.................... 416.000
- 1873 à 1875..................... 462.000
- 1876 à 1878..................... 564.000
- 1879 à 1881................... 1.057.000
- 1882 ........................ 1.306.000
- 1883 ........................ 1.477.000
- Ces soies écrues entrent en franchise.
- Dans un récent rapport publié dans le courant de l’Exposition1, M. Riley a retracé les efforts tentés depuis longtemps aux États-Unis en vue d’y introduire l’industrie séricicole : « Cette question de la sériciculture, — y lisons-nous, — a toujours eu un intérêt plus ou moins vif pour les peuples des États-Unis, et, depuis les premiers jours de la colonisation, l’établissement séricicole dans le pays a été l’objectif poursuivi par d’innombrables efforts. — Pendant le règne de Jacques Ier d’Angleterre, c’est-à-dire au commencement du xvne siècle, la sériciculture fut tentée pour la première fois en Virginie ; d’autres tentatives furent faites depuis, mais échouèrent naturellement par la raison que les cultures du tabac, du coton et de la canne à sucre étaient plus avantageuses que celle du ver à soie. Bien des années plus tard, l’attention fut de nouveau attirée sur ce sujet, qui commençait à prendre de l’importance, lorsque la révolution vint de nouveau le reléguer à l’arrière-plan. Après la déclaration d’indépendance, de faibles efforts furent faits pour acclimater le ver à soie dans des États plus septentrionaux, et, d’après William H. Vernon, de Rhode-Island, l’élevage des vers dans le Connecticut
- 1. Rapport sur les productions agricoles des États-Unis d’Amérique, préparé sous la direction du Secrétaire de l’agriculture des États-Unis, en vue de l’Exposition de 1889 à Paris. (Commissariat général des États-Unis d’Amérique, à l’Exposition universelle de 1889.)
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- A L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1889.
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- au commencement de ce siècle rappportait de 150,000 à 200,000 francs par an. Cependant cette industrie dura peu, et, de fait, le climat des Etats de la Nouvelle-Angleterre n’est pas le plus propice à la culture du ver à soie. La dépression financière de la seconde décade du siècle provoqua, de la part du congrès, un amendement demandant au secrétaire du Trésor d’avoir à lui soumettre un rapport sur la sériciculture et sur l’opportunité qu’il y aurait à l’encourager en Amérique. Ce rapport fut soumis en 1828 par le secrétaire Rusch, et ensuite publié. Mais aucun acte législatif n\n résulta, quoique cependant il ait existé avant 1847 des droits sur l’importation de la soie grège ; ces droits montèrent à certaines époques à 20 pour 100, mais en général ils n’étaient que de 12 pour 100. C’est peu après que souilla ce vent d’engouement pour le morus multi-caulis qui, en 1838 et 1839, tourna la tête aux gens raisonnables et fit sombrer toutes les tentatives sérieuses et sensées qui avaient été faites pour placer la sériciculture sur une base solide. On produisit en quelques années 400,000 livres de cocons (poids brut probablement). Mais cette culture disparut de nouveau dans la dernière partie de la quatrième décade, ne laissant aucun résultat durable, à part les mûriers répandus en un certain nombre d’endroits du pays, et qui plus tard ont rendu un certain service. Mais enfin c’est de tous ces efforts, dirigés vers le même but et aidés par le concours de sages et nombreux droits protecteurs, qu’est née la présente industrie séricicole des États-Unis. »
- En présence de ce langage, nous devons nous attendre, à bref délai, à voir une campagne s’ouvrir pour l’établissement de droits de douane à l’entrée des soies écrues aux États-Unis.
- SOIES ET SOIERIES
- DES AUTRES CONTRÉES DE L’AMERIQUE.
- Le Mexique est le premier pays qui ait reçu des mûriers d’Europe : les premiers y ont été introduits par Fernand Cortès, au xvie siècle. Depuis ce temps, on n’a guère cessé de faire de petites éducations près de Oajaca, de Tetla et de Ixmiquilpan. 11 n’y a pas bien longtemps encore, en mars 1886, le gouvernement de l’État de Puebla publiait un décret par lequel il accordait des primes aux producteurs de soies.
- De nombreux essais de culture ont été faits dans l’Amérique centrale depuis environ cinquante ans. Ce
- sont les États de Guatemala et San-Salvador qui en ont profité le plus.
- Dans le pavillon du premier, à l’Exposition, quelques grèges figurent sous le nom de Mme Maria Samayra, de Guatemala, et quelques échantillons de soieries unies sous ceux de Mme Sanchez, de Quezalle-nougo, et du Dr Gustave E. Gusman, de Guatemala. Dans le pavillon du second, quelques tissus de soie sont exposés par des habitants de la ville de San-Salvador : — MM. Pedro Azucena, Rito Chacon, et D1' David J. Guzman; ces derniers sont indiqués comme fabriqués avec la soie du bombyx salvato-rensis.
- Dans les autres parties de l’Amérique, nous ne relevons guère de soies et soieries que dans l’Uruguay et la République Argentine, ce qui tient à ce que de nombreux Italiens ont émigré dans ces contrées et y ont apporté leur passion pour les vers à soie. Dans le pavillon du premier nous relevons des échantillons de grèges exposés par MM. Pascual Harriague, de Salto; Serafin d’Algado, de Montevideo; Luis de la Torre (id.); et l’Association rurale de Montevideo. Dans celui de la République Argentine, nous n’avons à relever que divers types de grèges envoyés par M. Félix Francia, de Santa-Fé, et la Commission auxiliaire d’Entre-Rios, ainsi qu’un poncho en soie au nom de la Commission auxiliaire de Tucuman.
- CHAPITRE X.
- Les dentelles et les tulles.
- Ce qui caractérise spécialement le genre dentelle, c’est l’enchevêtrement spécial des mailles entre elles, terminé par une torsion entre les fils de rencontre. Ces mailles ne peuvent être dès lors sujettes à glisser, et sont arrêtées très solidement. Elles forment dès lors un tissu fort solide et résistant aux lessivage.
- Dans le tulle, au contraire, les fils se fixent plutôt par des ligatures régulières, on peut toujours les défiler sur une étendue assez grande, alors qu’on ne
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- LES INDUSTRIES TEXTILES
- saurait jamais obtenir de la dentelle que de menus fragments.
- Au point de vue industriel, la fabrication de l’un et l’autre de ces deux genres est essentiellement distincte. Celle de la dentelle est purement manuelle, et ne demande pour ainsi dire pas de matériel; celle du tulle, essentiellement mécanique, exige l’emploi de métiers à la Jacquart, qui pour la haute nouveauté coûtent en moyenne 25,000 francs chacun.
- La dentelle.
- Toute dentelle se compose de deux parties : le fond et la fleur ou dessin.
- Le fond uni constitue Y entoilage, parce qu’il contient la fleur ou ornement appelé toi lé, nom qui lui vient de son tissu serré et sans relief ressemblant à la toile, et aussi de ce qu’il est souvent fait de mousseline et même de toile fine. On lui donne encore les noms de champ, réseau, treille, et on lui applique alors différentes appellations : fond de Bruxelles, fond clair, fond double, etc. Quelques dentelles, notamment certains points et guipures, ne s’exécutent pas sur un fond, et les fleurs sont rattachées les unes aux autres par des fils irréguliers, festonnés, que l'on appelle des brides.
- La fleur ou dessin est souvent faite soit en même temps que le fond (comme dans la Valenciennes et la malines), soit séparémement, et, dans ce dernier cas, elle est enchâssée dans ce fond ou appliquée à la surface. Dans certaines parties du dessin laissées vides, on fait ce qu’on appelle des jours.
- Toute dentelle a deux bords ; le picot ou couronne, formé d’un rang de petites pointes également espacées, et le pied au engrêlure, qui consiste en réseaux plus serrés destinés à maintenir les points du fond et à coudre la dentelle au vêtement qu’elle doit orner.
- On divise les dentelles en deux genres principaux : les dentelles aux fuseaux et les dentelles au point.
- 11 est à peine besoin de décrire la manière de faire la dentelle aux fuseaux. On se sert pour cela d’un carreau, sorte de petite planche carrée ou ovale rembourrée de façon à former un coussin et que l’ouvrière place sur ses genoux, et de fuseaux faits de bois et en nombre variant de h à 200 et au-dessus, subordonné à la largeur du tissu et à la richesse du dessin. Les bobines des fuseaux se trouvant chargées de fil plus ou moins mince, selon la finesse du tissu qu’il s’agit de produire, la den-
- tellière fixe sur le carreau le dessin à imiter et pique une fine épingle jaune de 17 millimètres de haut sur un point principal de ce dessin. L’épingle sert de point d’appui au fil. D’autres épingles sont ensuite fixées à d’autres points du dessin, et l’ouvrière compose alors le tissu en croisant les fuseaux, en les faisant passer les uns sur les autres, et en les changeant de place tout en leur imprimant un mouvement de rotation. Au fur et à mesure que le travail avance ou s’achève, l’ouvrière retire les épingles et les place plus loin. Toutes les personnes qui ont visité la section belge de l’Exposition ont pu voir des ouvrières flamandes occupées à ce travail.
- Quant à la dentelle au point ou à Vaiguille, elle se fabrique, comme son nom l’indique, à l’aide de l’aiguille, sur un dessin exécuté sur du parchemin blanc ou verdâtre lorsqu’il s’agit de faire une dentelle fine, et sur du papier (vert ou bleu foncé) quand ou veut confectionner une œuvre de qualité moyenne ou commune. Le produit du point à l’aiguille est un tissu réticulaire à mailles hexagonales, tantôt simples, tantôt ornées. Les fleurs du point à l’aiguille se font en certains cas simultanément avec le fond.
- Notons qu’on donne parfois le nom de point à la dentelle au fuseau lorsqu’on dit : point de malines, point de Valenciennes, etc., et qu’on donne encore ce nom à une espèce particulière de réseaux lorsqu’on dit : point de Paris, point de neige, point d’esprit, point à la reine, point à carreaux, à chaînette, etc.
- On doit faire remonter l’origine de la dentelle à la broderie à jour, dont l’usage pour l’ornementation du linge devint général au xvie siècle. Tantôt on chargeait les bords de broderie pleine, tantôt les points à jour y dessinaient mille arabesques, tantôt enfin, avec des bouts effilés, on tressait des franges d’une précision géométrique : cette broderie, bien que variée à l’infini, fut désignée sous le nom général de point coupé. A l’époque de la Renaissance, où une alliance intime rapprocha les beaux-arts de l’industrie, on composa des recueils de dessins1 pour ce
- 1. Le principal de ces ouvrages, qui eut plusieurs éditions en 1587 et 1623, a pour titre : les Singuliers et nouveaux Pourlraicts et ouvrages de lingerie, servans de patrons à faire toutes sortes de poincls, couppés, lacés et autres, nouvellement inventez au profit et contentement des nobles dames et demoiselles et autres gentils esprits amateurs d'un tel art, par le seigneur Frédéric de Vinciolo, vénitien. Paris, 1587.
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- genre de travail, qui commença alors à occuper les loisirs des dames. On en ornait les chemises, les mouchoirs, les draps et les taies d’oreillers, et c’était la soie qui servait de matière première à ce genre de travail.
- Il y avait différentes façons défaire le point coupé. L’une d’elles consistait à former sur un petit métier un réseau de fils qu’on croisait et qu’on entrelaçait afin d’obtenir la combinaison cherchée, et sous lequel on fixait une fine toile dite quaintain. On cousait les fils et la toile ensemble dans tous les contours du dessin, et l’on découpait ce qui était supeifhi; de là le nom de point coupé. D’autres fois le modèle était reproduit sans aucun toilé : des fils partant à égale distance d’un même centre servaient de supports à d’autres fils ; on les mêlait ensemble pour en faire des carrés, des triangles, des rosaces et autres dessins géométriques, recouverts au point de boutonnière (point noué), et formant une broderie lourde et compacte trouée de jours çà et là.
- Peu à peu, le point coupé fit place au passement, terme générique embrassant les galons, les lacets et les cordonnets, qu’ils fussent d’or, d’argent, de soie, de lin, de coton ou de laine, et dont le nom venait de ce que les objets qu’il désignait étaient faits de fils passés ou entrelacés les uns dans les autres. Par degré ce travail fit des progrès, il s’embellit de dessins variés, on y employa un fil plus fin, et le passement, ainsi perfectionné, devint avec le temps la dentelle.
- Le mot dentelle n’existe cependant pas en France dans les anciens vocabulaires1; il faut, pour l’y voir figurer, que la mode ait produit des passements dentelés. C’est dans un livre de modèles publié à Montbéliard, en 1598, qu’on trouve les premiers dessins « pour dan tel les ».
- C’est à Catherine de Médicis qu’on doit l’introduction en France de la mode des points coupés, qui florissait surtout en Italie. Successivement la fraise, sous Henri II et Henri III, le col rabattu, sous Henri IV, en lurent ornés. On publia bien sous les Valois des édits sur le luxe pour en défendre le port, et l’on n’en compte pas moins de dix de 1549 à 1583,
- 1. Les diclionnaires de Rob. Estienne (15à9), de Frère de l’Aval (15Z|9), de Nicot (1606) ne le donnent pas. On trouve dans Cotgrave : « Dentelle : petite bordure dentelée faite au fuseau ou à l’aiguille ». Dans le dictionnaire de l’Académie, de 1694, on lit aussi : « Dentelle : sorte de passement à jour et à mailles très fines, ainsi nommé parce que les premières qu’on fit ôtoient dentelées. »
- mais les rois eux-mêmes donnaient alors mauvais exemple en portant des fraises monstrueuses, « si roides qu’elles craquaient comme du papier » i. Henri IV le premier, qui publia de nouvelles ordonnances contre les « clinquants » et dorures, joignit l’exemple à la parole en portant un habit de drap gris doublé de taffetas sans ornements; mais la reine Margot, Gabrielle d’Estrées et Bassompierre soutenaient trop bien ce genre de luxe pour le voir disparaître : les comptes de garde-robe de la première femme de Henri IV sont pleins d’entrées de point coupé et de passements à l’aiguille. Avec Marie de Médicis apparaît l’énorme collerette en éventail bordée de belle dentelle et maintes fois reproduite par le pinceau de Rubens.
- A l’avènement de Louis XIII, le luxe ne connaissait plus de bornes. Les points de France et d’Italie venaient de faire leur apparition : l’Église leur fit bon accueil pour la décoration des autels, la régente les porta elle-même parce qu’elle aimait la magnificence, la cour l’imita, et Richelieu ne dit rien parce qu’il ne demandait pas mieux que de laisser à la noblesse la faculté de se ruiner. Mais, lorsque les courtisans en arrivèrent à demander que leurs pensions fussent mises en rapport avec les exigences du temps, la régente publia, en 1613, un « Règlement pour les superfluités des habits », par lequel le port de toute dentelle ou broderie était absolument défendu. On portait alors le col rabattu en point et bordé de dents profondes, et l’on mettait des garnitures de point aussi bien aux manchettes à revers que sur l’embouchure des bottes ; on se fera une idée de l’extravagance de ce temps en fait d’ajustement quand nous aurons rappelé qu’à sa mort Cinq-Mars n’avait pas moins de trois cents paires de ces garnitures de dentelles (1642).
- Après le mariage de Louis XIII, Anne d’Autriche abandonna la collerette de la reine mère : de ce moment tout fut à l’espagnole, la mode s’inspira de la cour de Madrid. On doit croire que le luxe des habits était excessif, à voir les ordonnances royales qui tentent de rappeler ceux qui les portaient à plus de modération; mais celles-ci ne réussirent qu’à faire naître de nouvelles satires : on se moqua surtout de l’édit qu’on désigna alors du nom de Code Michaud, et qui entra dans des détails si minutieux qu’il excita au plus haut point l’hilarité du peuple. j
- 1. Perronania, Cologne, 1691.
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- Le Gode Michaud avait été publié lorsque quelques familles nobles en arrivèrent à garnir de dentelles les linceuls des défunts.
- Durant la régence d’Anne d’Autriche, ce furent surtont les Frondeurs qui se firent remarquer dans le port de la dentelle; les embouchures débottés des élégants de la cour, toujours remplis de deux ou trois rangs de point de Gênes, avaient alors une dimension exagérée et ressemblaient à de vastes entonnoirs; lajégente elle-même donnait l’exemple de ce luxe, ses portraits la représentent portant une berlhe de riche point, ajustement dont la mode datait de son arrivée en France, et sa main est entourée d’une double manchette à grandes découpures.
- Néanmoins les édits somptuaires ne firent pas défaut sous son règne; nous citerons notamment l’un d’eux, du 27 novembre 1660, qui, après avoir défendu tous « passements, tous points coupés étrangers, tous points de Gênes », etc., et les passements et dentelles de France ayant plus d’un pouce de largeur, permet pendant l’espace d’une année l’usage des « collerettes et manchettes» qu’on possédait déjà, et qui, ce délai passé, ne pourraient plus être garnis que d’une dentelle faite dans le royaume et n’excédant pas la largeur prescrite; l’édit s’en prend ensuite aux canons, qui entraînent un « excès de dépense insupportable par la quantité de passements, points de Venise et de Gênes » dont ils sont chargés, et en prohibe l’usage. Nous ne savons si cet édit reçut une application quelconque, toujours est-il que, quelques années après, le luxe des courtisans était tout aussi effréné. « A la cour de France, écrit S. d’Al-quié1, on regarde comme peu de chose d’acheter des rabats, manchett.es et canons de la valeur de 13,000 écus. » En 1682 on portait encore plus que jamais des dentelles, mais le Mercure galant de cette époque annonce que « les canons et les rhin-graves deviennent tout à fait hors de mode ».
- Plus que jamais les points de Gênes et de Venise étaient alors en faveur, et on les préférait aux dentelles de France, dont l’aspect, au dire de Roland de la Platière et de Savary, était lourd et commun. Voyant alors qu’il ne pouvait, au moyen d’édits spéciaux, faire accorder la préférence aux produits français par la cour, le gouvernement usa d’un autre moyen et créa des manufactures de dentelles.
- A ce moment les dentelles connues et employées étaient les suivantes :
- 1° Le point, qu’on faisait surtout à Venise, à Gênes, à Bruxelles et en Espagne ;
- 2° La bisette, étroite et grossière dentelle au fuseau, fabriquée dans les environs de Paris par les paysannes, notamment à Gisors, Saint-Denis, Montmorency et Villiers-le-Bel : elle ne devait pas avoir bien grande valeur, si nous en jugeons par ce proverbe que nous trouvons relaté par le dictionnaire de l’Académie du temps : « Ce n’est que de la bisette » ;
- 3° La gueuse, dentelle de fil d’une simplicité qui s’accordait avec son nom, qui était alors d’un usage général, mais qui plus tard, à partir des premières années du xvnr siècle, ne fut guère portée que par les basses classes : les fleurs, faites en même temps que le réseau de fond, étaient formées par un fil lâche et très gros;
- !x° La campane, dont les festons rappelaient les grelots et sonnettes qui lui donnèrent son nom : c’était une étroite et fine dentelle blanche aux fuseaux qu’on cousait sur d’autres dentelles, soit pour les rehausser, soit pour remplacer le picot lorsqu’il était usé ;
- 5° La mignonnette, fine et légère dentelle faite de fil de Lille blanchi à Anvers, et dont la largeur ne dépassait jamais deux à trois pouces, et que l’on fabriquait dans les environs de Paris, la Lorraine, l’Au-verge, Arras, la Suisse, et surtout Bayeux : elle était en haute faveur pour les coiffures et divers ornements, à cause de sa transparence et de sa légèreté, et on en faisait un commerce d’exportation considérable ;
- 6° Le point doublé, ainsi appelé parce qu’il exigeait un nombre double de fils, et dénommé encore point de champ (parce qu’il se faisait dans les campagnes) zi point de Paris;
- 7° La Valenciennes, dentelle des plus délicates fabriquée au fuseau dans la ville de ce nom avec le même fil pour le dessin et pour le fond;
- 8° La malines, nom générique donné par le commerce de cette époque à toutes les dentelles de la Flandre, à l’exception du point de Bruxelles et du point double;
- 9° La dentelle de fil d’or ;
- 10° La guipure, « sorte de dentelle ou passement, dit Savary, fait de cartisane et de soie tordue » ; la cartisane était une petite lanière de mince parchemin, qu’on recouvrait d’un fil de soie, d’or ou d’argent; elle formait le relief des dessins; la soie, en-
- 1. Les Délices de la France, par Savinien d’Alquié, 1670.
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- A L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1889.
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- roulée autour d’un gros fil ou cordonnet, était nommée guipure : de là le nom de cette dentelle1.
- Nous disions donc tout à l’heure que Colbert avait résolu d’obtenir en France des résultats semblables à ceux auxquels l’Italie arrivait avec ses points, de façon à ce que l’argent que l’on employait à ces objets de grand luxe ne sortît pas du royaume. Sur la recommandation du sieur Ruel, il choisit en 1665 une dame Gilbert, native d’Alençon, déjà familiarisée avec la manière de faire le point de Venise, lui avança 50,000 écus et l’établit dans son château de Lonray (Orne), avec trente dentelières qu’il avait fait venir à grands frais d’Italie. Cette dame se mit à l’œuvre et revint bientôt à Paris avec les premiers spécimens de son travail.
- 11 s’agissait pour Colbert de faire connaître cette fabrication. Colbert en parla au roi, réussit à lui inspirer le désir de voir ces produits, lui fit annoncer à la cour qu’il venait de fonder en France une manufacture de dentelles aussi fines et aussi bien faites que celles de Venise ou de Gênes, et fixa le jour où il irait les voir. Le ministre fit alors arranger fort artistement les échantillons de la dame Gilbert dans l’un des salons du palais, sur une tenture de damas cramoisi, et le roi, enthousiasmé à cette vue, fit compter une somme importante à la directrice de la manufacture et témoigna hautement le désir que personne désormais ne parût avec d’autres dentelles, auxquelles il donna immédiatement le nom de point de France. On devine ce qui arriva : les courtisans s’empressèrent d’acheter ces produits, et le point de France fut prescrit par l’étiquette de la cour.
- Ce ne fut pas tout : une ordonnance royale du 5 août 1665 fonda la manufacture des points de France, prohibant l’introduction en France des dentelles italiennes, et prescrivant la création, dans « les villes du Quesnoy, Arras, Reims, Sedan, Château-Thierry, Loudun, Alençon, Aurillac et autres du royaume, de manufactures de toutes sortes d’ouvrages de fil, tant à l’aiguille qu’au coussin, en la manière des points qui se font à Venise, Gênes, Raguse et autres pays étrangers, qui seroient appelés points de France », et accordant à cet ensemble de fondations un privilège exclusif de dix ans et un don de 36,000 francs. Une société de capitalistes se forma immédiatement pour faire marcher l’entreprise; on nomma huit directeurs aux appointements
- 1. Miss Bury Palliser, History of lace. — Londres, 186o.
- de 12,000 livres par an, et les assemblées générales se tinrent à l’hôtel Beaufort, à Paris. N’ayant à craindre de concurrence ni à l’étranger ni en France, l’affaire naturellement réussit à merveille : en 1669, on commença à distribuer aux actionnaires 50 pour 100 de leurs versements ; en 1670, on distribua 120,000 livres entre tousles associés, et en 1673, les bénéfices furent encore plus grands. En 1675, au moment de l’expiration du privilège, le capital fut remboursé aux actionnaires, le reste des profits partagés, et Colbert fonda à Paris une nouvelle manufacture qu’il établit au bois de Boulogne, au château de Madrid. Le point de France'avait alors supplanté le point de Venise, mais, comme il se faisait à l’aiguille et que la fabrication en était lente et la demande suivie, son prix restait toujours excessivement élevé, et tous ceux qui, en France, n’avaient pas une fortune suffisante le remplaçaient par la dentelle au fuseau.
- Les quelques ouvrières italiennes enrôlées par la dame Gilbert ne purent suffire dès le début au travail des manufactures; celle-ci fut obligée d’enrôler des ouvrières du pays pour y suppléer. Ces ouvrières ne firent d’abord que du mauvais travail, mais leur maîtresse leur ayant distribué à chacune une besogne facile pour arriver par la division à un ensemble plus compliqué, elles changèrent petit à petit le point de France primitif, et quelques-unes créèrent un genre à elles qui devint 1 % point d’Alençon. Argentan, de son côté, prospérait de même et créait la bride d’Argentan.
- Un chiffre qui peut donner une idée de l’importance du commerce de la dentelle en France et de l’immense consommation qui s’en faisait est celui de la recette des droits d’entrée sur ce produit, qui, en 1707, fut sous-affermée a Étienne Nicolas, moyennant la somme de 200,000 livres. Le droit était alors de 50 livres par livre pesant de dentelle ; il en entrait donc annuellement en France plus de â,000 livres, qui, estimées au bas prix de 1,000 livres par livre pesant, représenterait h millions de notre monnaie. Cependant, M. Aubry1 estime que la fraude se pratiquait alors sur une vaste échelle, et que le sous-fermier ne donnait 200,000 francs au fermier général qu’avec la certitude de quelque profit pour lui-même, et il est d’avis que ce chiffre, quoique élevé, est
- 1. F. Aubry. Rapport sur les dentelles, fait à la Commission française de l’Exposition universelle de Londres, 1851.
- Supplément a l’Industrie textile du 15 Mars.
- 37* Fascicule.
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- loin de représenter la valeur des dentelles étrangères qui entraient en France à cette époque : 8 millions seraient à peine le chiffre vrai.
- Le goût de la dentelle en point de France ne fit que s’accroître sous la seconde partie du règne de Louis XIV. Tous les ornements d’église un peu riches en furent ornés : des aubes « garnies d’un grand point de France brodé, antique », des nappes d’autel garnies d’argentan figuraient dans les registres des fabriques1. Faire de la dentelle devint alors l’occupation favorite des dames, et, parmi les nombreuses gravures qui nous restent de cette époque, il y en a une de 1691, représentant une « fille de qualité faisant de la dentelle », avec cette légende : Après dîner, vous travaillez au point.
- L’industrie dentellière était à cette époque répandue dans toute la France. Dans les Ardennes le point de point de Sedan prenait du renom, et Charleville occupait un grand nombre de dentellières. Des maisons de fabrication s’étaient aussi établies à Aurillac et à Murat : le point d’Aurillac était réputé pour sa solidité. Lyon avait la spécialité des dentelles d’or ou d’argent en fini ou en faux, rehaussées de perles ou d’autres ornements. On connaît la renommée des dentelles d’Eu et la réputation de ce réseau mince à losanges qu’on appelle point de Dieppe. Mais c’est surtout la ville de Valenciennes qui l’emportait sur toutes les autres par la beauté et le fini de son travail : elle donna alors son nom à un genre spécial bien connu.
- Deux modes célèbres augmentèrent à cette époque les diverses manières de porter ostensiblement la dentelle, ce furent la coiffure «à la Fontanges » et la cravate « àlaSteinkerque ». L’origine de la première vient de ce que, dans une partie de chasse, les cheveux de la duchesse de Fontanges s’échappèrent du ruban qui les retenait ; celle-ci noua à la hâte son mouchoir de point autour de sa tête, ce qui produisit une coiffure si légère et si gracieuse que le roi, enchanté, pria la belle favorite de la garder toute la soirée : le lendemain, toutes les jeunes dames parurent à la cour coiffées à la Fontanges. L’origine de cravate à la Steinkerque vint de la bataille de ce nom, gagnée en 1692 par le maréchal de Luxembourg contre le prince d’Orange ; on avait tout à
- coup sonné la charge, les princes du sang nouèrent à la hâte leur cravate, se précipitèrent sur le champ de bataille, fondirent .sur l’ennemi, et revinrent avec leurs cravates pendant d’une façon négligée; les steinkerques firent fureur pendant plusieurs années2.
- Sous le règne de Louis XV, les manchettes démesurément grandes devinrent l’objet capital de la toilette des hommes comme il faut, et ces manchettes, dites pleureuses, furent remplies de dentelles; les jabots en absorbèrent aussi des quantités considérables. Mais, sous ce roi, le point de France eut pour concurrents le point d’Angleterre et la malines. Les points d’Alençon et d’Argentan furent déclarés par la mode dentelles d'hiver, et chaque dentelle eut sa saison déterminée : le Dictionnaire de l’Académie française de l’époque daigne noter qu’on « porte le point en hiver ».
- Le règne de Louis XVI commença le déclin de la florissante industrie de la dentelle de France. Marie-Antoinette, qui aimait la simplicité, encouragea par son exemple l’adoption des mousselines et des linons, qui exigeaient pour garnitures des dentelles légères comme la malines. L’Église presque seule restait fidèle aux beaux points.
- La Normandie accaparait à cette époque le commerce des dentelles. Ce fut elle qui inaugura la dentelle en soie plate dite blonde, ainsi nommée parce que tout d’abord on la fabriquait avec de la soie nankin. On y faisait aussi des dentelles blanches à fil de lin en réseau simple, dite points de Bruxelles, et les fonds doubles désignés sous le nom de points de champ.
- Le succès des dentelles françaises excita à cette époque l’émulation des Flandres. Les villes flamandes organisèrent dans les couvents des associations d’ouvrières dentellières, et, pour en accaparer le monopole, un édit de Bruxelles du 20 décembre 1698 prononça la confiscation contre toute personne qui embaucherait des dentellières.
- La Révolution, qui supprima les jours de luxe et d’élégance, fut fatale au commerce de la dentelle, et amena la fermeture de plus de trente manufactures, notamment de celles de Sedan, Charleville, Mézières,
- «K
- \. lnv. de l’église Saint-Gervais, à Paris (Arch. de l’emp., LL, 854).
- 2. Miss Bury Palliser, Hislory of lace.
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- Dieppe, le Havre, Pont-TÉvêque, Honfleur et Eu; certains points, comme ceux d’Aurillac, de Murat et de Bourgogne, disparurent à tout jamais. Le clergé et la noblesse, qui étaient les principaux clients de l’industrie dentellière, n’avaient plus les ressources d’autrefois, et la Belgique, en particulier, hérita de l’habileté proverbiale des ouvrières de Valenciennes, qui s’y réfugièrent en grand nombre.
- En 1801, les belles dentelles commencèrent à reparaître. Par un perfectionnement du point de raccroc, on apprit à réunir plus facilement les morceaux de dentelle destinés à former les grandes pièces ; dix ouvrières parvinrent à produire en un mois ce qui coûtait autrefois une année de travail. En outre, le commerce s’était transformé d’une façon complète : les ouvrières, ne pouvant se réunir ensemble ni dans les couvents ni dans les manufactures de l’État, travaillèrent à domicile, et l’on put ainsi fabriquer des articles à meilleur prix.
- Quelque temps après, la Belgique devint une province française, et Napoléon Ier se fit couronner empereur. Le premier de ces événements attacha à la France un pays qui s’était fait une renommée dans l’industrie des dentelles; le second développa dans le reste du pays le goût des produits de grand luxe. La demande fut si grande que le mode de production s’en ressentit. Les anciens dessins de dentelles furent trouvés trop ouvragés, on les remplaça par des genres plus clairs, d’un goût et d’un style plus légers, et l’on inventa la dentelle application : ce fut surtout l’un des genres qui permit de disséminer le travail en un grand nombre d’ouvrières pour en réunir ensuite les différents éléments en un seul bloc. C’est à cette époque qu’on inaugura ce qu’on appelle les dessins de l'Empire : à lignes droites, à vases de fleurs, etc.; et Napoléon Ier, à l’exemple des rois qui avaient autrefois favorisé ces industries, voulut bien encourager par de nombreuses commandes personnelles les maisons de fabrication d’Alençon et de Bruxelles. L’exemple du souverain mit rapidement ces produits en vogue.
- Une seule fabrique résista cependant à ces avances, ce fut celle de Valenciennes. Les principales dentellières de ce pays avaient élu domicile à Bruxelles, comme nous l’avons dit tout à l’heure, et celles qui restaient s’étaient rejetées sur d’autres métiers qui leur semblaient plus lucratifs. Ce fut en vain qu’un atelier fut monté, par ordre de l’Empereur, à l’hospice général de cette ville. Le succès ne répondit pas à
- ces efforts, Chantilly vint bientôt prendre la place de l’antique cité flamande.
- De 1813 à 1830, l’industrie des dentelles resta stationnaire. La cause doit en être attribuée beaucoup moins aux évènements politiques d’alors qu’à une invention nouvelle qui aurait pu bouleverser complètement ce commerce domestique, nous voulons parler de la fabrication du canevas à la mécanique. Comme on appelait alors point de Tulle la dentelle aux fuseaux à réseau clair, on donna à ce produit le nom de tulle. C’était en effet le tulle uni qui nous arrivait de Nottingham.
- Peu à peu la fabrication de ce produit nouveau se perfectionna en Angleterre. Elle ne nous envoya d’abord que des produits grossiers, et en particulier ceux désignés sous le nom de meklin et de tulle-bobin (dentelle à bobines), dont nous parlerons à propos des tulles. Ce fut ce qui sauva l’industrie de la vraie dentelle, comme on l’appelait alors. En 1818, Calais se mit à imiter l’Angleterre. Pour un moment, on crut que la dentelle avait vécu : la rapidité avec laquelle on fabriqua le tulle, son bon marché extrême, défiaient largement toute concurrence, et c’était en vain que les commerçants français essayaient de vendre sciemment leurs produits à perte, ils étaient partout repoussés. Qui le croirait? Ce furent les États-Unis d’Amérique qui détournèrent tout péril. Les premières offres qui furent faites dans ce pays par la France furent acceptées, et quand l’Angleterre, toujours pratique, vit quelle pourrait tirer parti du commerce des anciennes dentelles, elle les acheta largement à la France pour les revendre à son ancienne colonie.
- Cette nouvelle phase du commerce de la dentelle suscita une concurrence extrême entre l’industrie domestique et l’industrie manufacturière. Un grand nombre d’industriels abandonnèrent la dentelle pour fabriquer le tulle, d’autres, au contraire, préférèrent reprendre la dentelle en laissant là le tulle qu’ils avaient essayé de fabriquer. Il advint une telle abondance de ce dernier produit qu’il fut complètement déprécié ; la dentelle, au contraire, restait toujours dans des prix élevés. Bientôt résulta naturellement ce classement qui existe encore aujourd’hui, et qui fait de l’un un produit de haut luxe, et de l’autre un produit recherché des classes aisées lorsqu’il s’agit de hautes nouveautés et de fantaisies d’un goût délicat, mais qui, fort souvent, est un produit plus commun
- echerché par le peuple et la petite bourgeoisie.
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- A partir de ce moment, la fabrication proprement dite des dentelles fut conservée en France, alors qu’elle disparaissait en grande partie au dehors, — à l’exception toutefois de certains pays comme la Belgique, où elle est toujours des plus vivaces, — et qu’elle était remplacée par la dentelle mécanique. Aujourd’hui, la vraie dentelle est sujette avant tout aux variations delà mode; ses dessins changent forcément à chaque instant, et la consommation s’en agrandit toujours. Comme elle est avant tout un produit de goût, il est fort probable qu’elle restera longtemps une spécialité française.
- Avant d’étudier la dentelle à l’Exposition, nous allons, comme nous l’avons fait précédemment pour les autres branches de l’industrie textile que nous avons jusqu’ici examinées, dresser les tableaux de la balance des échanges pour ce produit entre la France et l’étranger de 1877 à 1886. ( Voir les tableaux pages 293 et 294.)
- FABRICANTS DE DENTELLES DU PUY.
- L’industrie dentellière de l’Auvergne, dont la ville du Puy est le centre principal, est celle qui doit être considérée comme la plus ancienne et la plus importante de la France.
- Dans les quatre départements de la Haute-Loire, du Cantal, du Puy-de-Dôme et de la Loire, elle occupe 125,000 à 130,000 dentellières, parmi lesquelles 70,000 environ pour celui de la Haute-Loire, dont elle est l’unique industrie.
- Les exposants de la ville du Puy, réunis en collectivité, sont au nombre de douze; ce sont MM. H. Achard; — F. Arnaud-Grasset; — F. Dulac; — Durieu-Achard : — P. Ferry-Bonnon; — J. Mengin; — A. Moiselet; — J. Pontvianne; — E. Robert; — Teyssier-Garnier; — Touranche-Jouve et J. Aidai. Nous relevons dans leur vitrine d’ensemble, qui s’étend sur une longueur de vingt mètres environ, un nombre considérable de dentelles de la région, i sous forme de coussins, volants, rideaux, éventails, aubes, corsages, burnous, stores, mantilles, fichus Marie-Antoinette, cols, bonnets et bandes de toutes dimensions, d’une grande fraîcheur, d’un bon goûtet d’un cachet indiscutables. Une peinture de Vazeille, au milieu de ces produits, reproduit quelques types de dentellières de la Haute-Loire au travail.
- En dehors de cette exposition collective, MM. P. et J. Farigoule, du Puy, ont exposé quelques dentelles fantaisie or sur tenture de velours rouge, quelques
- rideaux en guipure d’art, et des échantillons de dentelle en ramie.
- Cette industrie a dans le pays une origine très éloignée. Un document qui en prouve l’ancienneté est une relation que nous trouvons dans les chroniques du Puy du xvie siècle, où il est dit que les merciers de Notre-Dame-des-Anges, « qui, suivant l’usage, faisaient dans la ville le commerce des passementeries, broderies, dentelles, etc., comptaient alors quarante boutiques, et qu’ils figuraient, avec enseignes et torches, au premier rang dans les solennités religieuses ».
- Comme dans toutes les autres régions, cette industrie spéciale eut souvent à souffrir des édits somptuaires qui s’étendaient à toute la France ; mais, en 1640, notamment, elle menaça de disparaître à l’occasion d’un édit spécial du Parlement de Toulouse que fit publier le sénéchal du Puy. Cet édit défendait sous peine d’une forte amende, à toute personne, de quelque sexe, qualité ou condition qu’elle fût, de porter sur ses vêtements de la dentelle « tant de soye que de fil blanc, ensemble passement, clinquant d’or ni d’argent, fin ou faux ». On alléguait pour motifs à ces restrictions absurdes la difficulté de trouver des servantes (puisque la plupart des femmes étaient occupées au travail des fuseaux), et l’habitude qu’avaient prise les femmes du peuple de porter de la dentelle, ce qui rendait impossible la distinction extérieure des castes. Le pays était consterné. Un religieux, le P. Régis, témoin de la désolation des habitants, prit l’initiative de se rendre à Toulouse et obtint du Parlement la révocation de l’ordonnance. II se rendit ensuite en Espagne, et arriva à ouvrir ce marché, et par suite celui de l’Amérique du Sud, au commerce de l’Auvergne. Canonisé plus tard, cet homme de bien est aujourd’hui, sous le nom de saint François Régis, le patron des dentellières.
- Tous les auteurs anciens qui ont parlé des choses du commerce, comme Peuchet et Savary, représentent les manufactures du Puy comme les plus florissantes de France : elles savaient se plier à toutes les exigences de la mode, et lorsque celle-ci rechercha moins les dentelles de fil, elles n’hésitèrent pas à fabriquer des blondes, blanches et noires. Elles tiraient alors de Harlem les fils qu’elles employaient, par l’intermédiaire des fabricants de Lyon et Rouen. « En temps de paix, dit Peuchet, il s’en vendait les trois quarts en Europe ; le royaume de Sardaigne en prenait pour 120,000 francs par l’entremise des mar-
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- TABLEAU COMPARATIF DES IMPORTATIONS DE DENTELLES EN FRANCE, DE 1877 A 1886
- PROVENANCE. 1877. 1878. 1879. 1880. 1881. 1882. 1883. 1884. 1885. 1886.
- Dentelles de fil.
- fr. fr. fr. fr. kil. kil. kil. kil. kil. kil.
- Allemagne 12.998 15.971 15.210 19.622 47 2.386 3.897 2.599 612 112
- Belgique 1.355.662 2.349.305 1.998.356 1.924.091 1.457 1.463 1.657 1.942 1.319 1.159
- Autres pays 121.164 83.022 67.067 78.440 332 259 1.397 2.397 162 131
- Totaux 1.489.824 2.448.298 2.080.633 2.022.153 1.836 4.108 6.951 6.938 2.093 1.402
- Valeurs » » » » 23.868 246.480 213.640 222.106 60.697 32.947
- Dentelles de soie.
- kil. kil. kil. kil. kil. kil. kil. kil. kil. kil.
- Allemagne 29 31 16 54 152 594 68 1.187 158 280
- Belgique 459 1.064 150 97 201 152 559 139 73 61
- Angleterre 308 305 182 189 1.333 763 1.618 1.551 657 144
- Autres pays 23 68 61 45 44 24 47 37 59 127
- Totaux 819 1.468 409 385 1.730 1.533 2.292 2.914 947 612
- Valeurs 65.520 95.420 23.722 23.100 190.300 137.970 206.280 262.260 94.700 55.080
- Dentelles de coton.
- fr. fr. fr. fr. kil. kil. kil. kil. kil. kil.
- Belgique 179.618 237.215 130.918 134.469 481 4.802 6.796 3.795 5.445 5.474
- Angleterre 150.021 119.921 80.427 105.626 7.025 131.488 284.468 231.717 170.207 114.476
- Autres pays 24.661 31.440 33.169 25.358 391 2.878 10.140 16.069 14.950 16.195
- Totaux 354.300 388.576 244.514 265.453 7.897 139.168 301.404 251.581 190.602 136.145
- Valeurs )> » )) 157.940 4.175.040 6.028.080 8.553.754 10.054.256 7.018.275
- !
- A L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1889.
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- LES INDUSTRIES TEXTILES
- TABLEAU COMPARATIF DES EXPORTATIONS DE DENTELLES DE FRANCE, DE 1877 A 1886
- DESTINATION. 1877. 1878. 1879. 1880. 1881. 1882. 1883. 1884. 1886. 1886.
- Dentelles de fil.
- fr. fr. fr. fr. fr. fr. fr. fr. fr. fr.
- Allemagne 173.339 152.646 25.797 100.849 46.319 56.229 176.095 47.341 63.545 107.044
- Belgique 6.833 36.081 156.544 6 610 19.592 12.445 56.219 10.388 21.361 14.522
- Angleterre 204.096 257 951 210 894 101.936 37.161 100.523 54.501 82.437 104.904 113 010
- Suisse 12.218 8.312 12.987 34.384 41.939 15.997 10.834 )) 21.980 3.450
- États-Unis (0. atl.) 269.990 265.872 465.140 630.719 471.859 636.050 844.716 622.225 679.497 1.086.735
- Autres pays 48.408 55.884 322.802 20.464 44.800 34.102 21.373 15.544 18.463 74.180
- Totaux 714.884 776.746 1.194.164 894.962 661.670 855.346 1.163.738 777.935 909.750 1.398.941
- Dentelles de soie.
- fr. fr. fr. fr. fr. fr. fr. fr. fr. fr.
- Allemagne 135.894 206.370 140.512 197.427 179.714 103.218 65.283 3.846.983 2.822.861 403.422
- Belgique 323.733 602.468 414.978 9.653 44.110 21.677 688.940 1.400.565 98.544 583.116
- Angleterre 237.149 93.626 96.316 57.196 118.675 176.848 240.705 152.050 218.681 253.517
- Italie 19.400 37.109 19.510 53.429 120.625 267.015 229.177 209.414 165.744 186.124
- Suisse 363.603 61.927 29.256 27.304 61.397 229.462 227.247 15.368 31.604 32.448
- États-Unis (0. atl.) 302.426 229.963 187.040 201.000 708.840 862.400 395.756 528.985 703.797 854.359
- Autres pays 36.135 125.283 63.985 32.103 52.400 70.015 75.916 75.916 142.476 291.187
- Totaux 1.418.340 1.356.746 951.597 578.112 1.285.761 1.730.635 1.923.024 6.229.281 4.183.708 2.604.173
- Dentelles de colon.
- fr. fr. fr. fr. fr. fr. fr. fr. fr. fr.
- Allemagne 94.656 156.521 202.713 763.315 718.753 83.213 902.297 66.261 183.353 139.910
- Belgique 112.982 223.426 213.973 56.911 122.706 191.144 28.183 290.711 116.149 177.803
- Angleterre 143.221 295.983 171.044 220.842 937.929 537.543 155.750 269.371 296.541 358.460
- Espagne 21.203 9.564 21.358 12.830 2.654 5.298 6.770 5.210 61.795 95.698
- Italie 4.629 36.670 30.779 94.494 105.995 96.428 208.962 22.170 33.561 42.336
- États-Unis (0. atl.) 655.428 644.357 1.284.430 3.097.536 3.152.831 2.840.647 3.097.536 1.489.733 538.501 925.879
- Autres pays 71.104 69.949 125.520 334.459 236.959 310.464 334-459 216.437 223.899 283.361
- Totaux 1.103.223 1.436.470 2.049.817 4.580.387 5.277.827 4.064.737 4.933.757 2.359.893 1.453.799 2.023.447
- Dentelles de laine.
- kil. kil. kil. kil. kil. kil. kil. kil. kil. kil.
- Angleterre 12.769 3.286 1.827 2 762' 760 7.360 920 1.873 22.836 35.926
- États-Unis 12.347 42.310 14-478 20.941 16 960 8.855 3.776 7.178 56.289 15.674
- Autres pays 2.386 7.531 2.338 6.682 3.841 6.453 1.319 2.284 70.350 183.467
- Totaux 27.502 53.127 18.643 30.385 21.561 22.668 6.015 11.335 149.475 235.067
- Valeurs 2.227.662 3.718.890 932.150 1.215.400 862.440 906.720 240.600 506.750 6.726.375 5.641.608
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- chands de Turin, qui les distribuaient atout le pays ; Florence et l’Espagne en avaient chacune pour 200,000 francs; la Guyenne en exportait par Bordeaux pour 200,000 francs ; il s’en expédiait pour 50,000 francs aux Indes espagnoles; le reste se vendait en France par le moyen des colporteurs. » Actuellement, l’industrie de la dentelle est encore des plus vivaces et des plus prospères en Auvergne. « Rien de plus curieux, dit Louis Reybaud, que la ville du Puy un jour de marché. Rangées à la file, les jeunes filles offrent aux chalands la marchandise ouvrée de leur main ; elles traitent directement, sans intermédiaires, débattent leurs prix et défendent leurs tissus avec l’opiniâtreté et l’intelligence de négociants consommés. Elles savent, à quelques centimes près, ce qu’elles doivent en tirer, et remportent leur lot plutôt que d’en démordre. Au premier aspect d’une chaumière, on voit que la dentelle est pour le pays une ressource capitale ; les carreaux, quand ils cessent d’être à l’œuvre, sont alignés sur les murs comme les cuivres dans une cuisine bien tenue. L’été, on s’y exerce sur le seuil des portes ; l’hiver, on se range autour d’une lampe commune dont les reflets ont été calculés de manière à fournir à la ronde une dose de jour égale et régulière. » — « C’est une ressource bien modeste, ajoute-t-il. Pour lutter contre les machines et leur exécution accélérée, il a fallu déduire déplus en plus la façon qui reste à l’ouvrière, les frais déduits; un carreau n’est pas un instrument bien coûteux ; avec cinq francs on se le procure et il fournit un long service, mais il faut acheter le fil, les fuseaux, les épingles, payer quelques menues dépenses. C’est là un bien mince contingent. Des populations moins vaillantes en éprouveraient du découragement, elles abandonneraient une besogne devenue par trop ingrate, celles-ci n’en ressentent que plus d’ardeur ; elles s’efforcent de diminuer les distances par un surcroît d’activité. Les mains se montrent plus agiles, les veillées se prolongent. Il est impossible d’assister, sans être touché, au spectacle de cette vigueur mêlée de résignation, de cette volonté plus forte que l’obstacle. On reconnaît à ce signe la solide et patiente race qui a donné à nos armées tant de bons officiers, et aux carrières civiles tant d’hommes éminents. Cependant ces qualités auraient pu pécher par l’excès. Dans une industrie affolée de nouveautés, quelle figure aurait faite l’Auvergne si elle s’en fût tenue à ses vieux modèles? Sur quelques points, l’esprit du pays a donc transigé. A côté de la fabri-
- cation élémentaire, qui se maintient par la bonté du produit et la modicité du prix, il s’est fait une place pour les articles plus ornés, des guipures blanches d’un style oriental, des guipures noires mélangées de perles en jais, enfin des dentelles de laine noire et couleur dans lesquelles le Yelay met les rivalités au défi. »
- 11 y a une soixantaine d’années, en effet, le Puy ne fabriquait guère que des dentelles communes ayant toutes un nom emprunté au rituel : pater, ave, chapelet, etc. Aujourd’hui il produit toutes espèces de dentelles blanches et de couleur, en soie, coton ou laine, des blondes de toutes sortes, des dentelles noires au fond le plus fin, des applications, des fonds simples et doubles, etc. C’est lui qui fabrique le meilleur marché de toute la France. Il est surtout concurrencé par la Saxe, qui copie servilement les modèles qu’il produit chaque année, mais il lutte avec succès contre elle.
- Les encouragements ne manquent pas aux habitants du Puy pour la fabrication de la dentelle : le Conseil général du département et la Société agricole et commerciale du Puy accordent souvent des récompenses pour cette industrie, et, dans presque toutes les communes, ont été fondés des ateliers-écoles où les jeunes filles apprennent leur art sous la direction de dentellières expérimentées. Il a été créé dans la ville un musée de dentelles, où sont réunis les spécimens de tous les pays et de tous les temps, et où les ouvrières trouvent un aliment pour leur intelligence et leur imagination.
- FABRICANTS DE DENTELLES DU CALVADOS
- Quatre industriels du canton de Douvres (Calvados), MM. Gauthier aîné et Gauthier jeune, tous deux deBeuville; — Levillin, de Saint-Aubin-sur-Mer;— et Paysant, d’IIermanville, se sont réunis en exposition collective; ils exposent ensemble une robe en tulle noir commandée par M"16 Carnot.
- Dans le Calvados, la fabrication des dentelles s’implanta d’abord dans la ville de Caen, qui fit de bonne heure des types en fil noir et en fil blanc; ceux de fil noir étaient les plus estimés. Mais sa véritable réputation lui vint de la spécialité qu’elle s’était faite de la confection des blondes à partir de 1745. Les blondes de Caen eurent longtemps un succès immense en France, et furent exportées sur une grande échelle; on en fit dans presque toutes les chaumières des régions environnantes ; elles étaient d’un blanc
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- pur et d’une très grande légèreté ; les dentellières qui les faisaient travaillaient l'été en plein air, et l’hiver dans des greniers pratiqués au-dessus des étables, afin que le feu, dont la fumée est redoutable pour ce genre de travail, ne fût pas nécessaire. En 18â0, la mode se lassa des blondes, et immédiatement les ouvrières de la région de Caen se mirent à faire de la dentelle noire : elles y acquirent rapidement le succès. C’est ce genre de dentelles qu’on y fait encore aujourd’hui, ainsique des blondes d’or et d’argent mêlées parfois de perles.
- FABRICANTS DE DENTELLES DE PARIS.
- Nous en relevons quatre à l’Exposition; la Compagnie des Indes; —M. Ernest Lefébure; — MmeVve Albert Pagny et M. A. Warée.
- La Compagnie des Indes, dont le directeur est M. Georges Martin, a l’une des plus belles expositions de la section. Parmi les pièces étalées dans cette riche vitrine, nous relevons : un voile de mariée en point d’Alençon (ayant exigé pour son exécution 16,500 journées de travail d’ouvrières) ; une partie de toilette en même point commandée par Mme Carnot ; un éventail en même point ; une écharpe en blonde espagnole ; une robe en dentelle Chantilly ; un échantillon de dentelle régence en point d’Alençon rosacé, et une reproduction de vieux point d’Argentan. Tout cela a une fraîcheur et un éclat incomparables, un cachet et une distinction hors de pair.
- M. Ernest Lefébure, l’une des maisons les plus réputées de France, a l’une des plus belles vitrines de la section. Parmi les pièces exposées, nous relevons : des dentelles blanches en point Colbert, point de France fond diamant, et point Burano ; des volants en dentelle noire de Bayeux; un paravent et divers abat-jour en point d’Argentan, etc.
- Mme yve Albert Pagny, dont la fabrique est à Bayeux, expose une riche collection de belles pièces de dentelles ; à noter principalement un châle carré et un volant de lm,10 en point de Bayeux (dit de Chantilly); un rochet de dentelle point de France au fuseau; une écharpe de même point, et une autre en blonde mate de Bayeux.
- Enfin M. A. Warée, que nous aurons encore à signaler à propos des tissus d’ameublement, a
- pareillement une superbe vitrine. Comme pièces remarquables, nous y relevons : une garniture de manteau d’Opéra lacis or en travail à l’aiguille ; une garniture de drap Louis XV exécutée au fuseau ; un couvre-lit guipure arabe style Louis XV des plus soignés; une garniture lacis à l’aiguille pour pelisse d’enfant ; une garniture drap de lit guipure Louis XV au fuseau; un coffret de mariage xvnc siècle couvert en point de Venise ; un paravent avec point de Venise appliqué sur glace style Louis XV, etc., etc.
- Nous croyons devoir dire quelques mots des principaux genres de dentelles les plus connus en France, en dehors, bien entendu, de ceux dont nous avons déjà parlé.
- Et d’abord, le point d’Alençon. — Ainsi qu’on le sait déjà, ce point est entièrement fait à l’aiguille sur un modèle de parchemin divisé en fragments : les morceaux de dentelle sont ensuite réunis par des points invisibles; il faut maintenant douze ouvrières pour la fabrication, il en fallait autrefois dix-huit. Le dessin, gravé sur cuivre, s’imprime sur des morceaux de parchemin de 0m,25 de long, numérotés dans l’ordre convenable. On pique le dessin, et le parchemin est ensuite bâti sur un double morceau de grosse toile. Les contours du dessin sont formés par deux fils plats que l’ouvrière conduit avec le pouce de sa main gauche, et qu’elle fixe par de très petits points faits de distance en distance avec un autre fil qui passe dans les piqûres. Quand le tracé est fini, l’ouvrage est donné à la rêséleuse qui fait le fond, lequel est de deux sortes, bride ou réseau. Le fond „ de brides ne se fait pour ainsi dire plus; il consiste en grandes mailles à six pans, recouvertes de points de boutonnière. Quant au réseau, on le fait par rang dans le sens du pied au picot. — La fleur se remplit au point noué ou de boutonnière : l’ouvrière doit être pourvue d’une longue aiguille spéciale et de fil fin; elle travaille de gauche à droite comme lorsqu’on fait une boutonnière, mais, arrivée à l’extrémité du rang, elle revient au point de départ, menant son fil de droite à gauche ; elle recommence alors un nouveau rang en travaillant sur ce fil, qu’elle prend avec les mailles ou points du rang qu’elle vient de finir. Viennent ensuite les modes ou jours, et diverses autres opérations. Lorsqu’elles sont terminées, on coupe les fils qui attachent ensemble le parchemin, la grosse toile et la dentelle en passant un rasoir entre les deux toiles; on remédie aux défauts, s’il y en a, et il ne reste plus maintenant que le grand et
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- difficile travail de réunir les morceaux d’une manière imperceptible : cette besogne est dévolue aux premières ouvrières, elle exige les plus grands soins, c’est ce qu'on appelle Y assemblage. — Cette opération terminée, on passe sur les fleurs, pour en égaliser et polir la surface, un instrument d’acier appelé aficot, qui remplace la patte de homard dont on se servait il y a encore quelques années.
- Le point <VArgentan ne se fait presque plus. Une particularité de cette dentelle est la bride picotée, souvenir peut-être du point de Venise. On l’appelle aussi bride bouclée parce que le picot n’est qu’une petite boucle, et bride épinglée parce que, pour le faire, on pique une épingle dans la boucle.
- La région de Bayeux est aujourd’hui devenue la plus importante de France pour les fines dentelles noires. L’industrie des blondes mates pour l’exportation y a été particulièrement relevée par M. Auguste Lefébure : il s’en est exporté et il s’en exporte encore de grandes quantités pour l’Espagne sous forme de mantilles. Pour réussir dans cette fabrication, il fallait mettre de côté le goût français et adopter un genre de dessins surchargés et lourds, appropriés aux costumes et aux usages des pays auxquels on les destinait.
- La dentelle de Chantilly est absolument du même genre de dessin et de fabrication que celle de Bayeux. Elle se distingue cependant par la finesse du réseau et le tissu serré des fleurs, ce qui lui donne la fermeté qui caractérise en ce genre les produits de première qualité.
- Enfin, à Mirecourt, se fait le genre Bruxelles. La guipure de Cluny, née dans le pays, s’y est fort améliorée. L’inventeur de cette guipure, Mme Gandillot, a parfaitement réussi à reproduire d’anciennes guipures entièrement abandonnées. L’une est connue sous le nom de guipure d’art ; à l’autre on a donné le nom de guipure de Venise, mais cette fois avec raison. Toutes deux se font au fuseau, elles ont de grands traits de ressemblance.
- DENTELLES DE LA BELGIQUE.
- Quinze fabricants de dentelles ont pris part à l’exposition, dont trois de Grammont : Mmes de Groote sœurs, MM. Everaert-Leclerq, Mmes Stocquart sœurs ; — huit de Bruxelles : MM. Boval de Beck, Jules Lava, Adolphe Lavalette et Cie, la Compagnie des Indes, MM. Minne-Dansaert, Stroobant-Boogaerdts, Mme Vandevelde et M. Léon Saire ; — deux de Bruges :
- Mme de Meulenaere et M. Gillemon de Cock ; — un d’Ypres:M. René Begerens; — et un de Courtrai : Mmes Vanderplancke sœurs.
- En dentelles de Grammont, l’une des expositions les plus remarquables est celle de M. Èveraert-Leclercq, qui, sous forme de châles, volants, éventails et ombrelles, a réuni une collection d’un travail exquis. — A citer aussi, dans la vitrine de Mmes de Groote, des garnitures fines, mouchoirs, dessus de bas, écharpes, châles fins, et surtout divers éventails fantaisie dont l’un, style Louis XV, montre une « dame turque couchée dans un hamac ».
- Parmi les exposants de Bruxelles, plusieurs pavillons spéciaux sont réellement éblouissants. Citons, par exemple, la Compagnie des Indes, dont toutes les pièces seraient à louer : un voile de mariée en point à l’aiguille, un volant en guipure de Venise, un autre en Valenciennes de Flandre, une écharpe en application d’Angleterre, un éventail en dentelle noire de Grammont, un volant en dentelle de Malines, un autre en Valenciennes antique, etc. — Tout aussi remarquable est le pavillon deM. Minne-Dansaert ; ici nous notons : une parure, un volant, une berthe et un mouchoir en point de Bruxelles, un volant blanc style Louis XVI en point à l’aiguille, un voile de mariée en point de Bruxelles fond à l’aiguille et fleurs au fuseau, un éventail noir chantilly à l’aiguille, des reproductions de vieux point de Bruxelles à l’aiguille, etc. — A citer encore dans le beau pavillon de M. Stroobant-Boogaerdts : des dentelles torchon Médicis et Renaissance, des volants pour aubes, empiècements pour rideaux, baies et draps délit, guipures des Flandres style Louis XIV, et une collection de treize guipures d’art en points de Valenciennes, Malines, Paris, gaze (Bruxelles), duchesse, de Venise, d’Angleterre, d’Alençon, d’Argentan, de rose, burano, russe et antique.
- Dans les exposants de Bruges, Mme de Meulenaere a le pavillon le plus remarquable. La pièce principale est une dentelle dite royale (brevetée par l’exposant), faite au moyen de 1,600 fuseaux, et dont on nous présente la première exécution. Notons aussi un berceau brodé en dentelle vénitienne, et divers types en dentelles torchon.
- Les Flandres se disputent avec l’Italie l’honneur J de l’invention de la dentelle. Nous ne saurions nous
- Supplément a l’Industrie textile du 15 Avril.
- 3&e Fascicule.
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- prononcer sur cette prétention ; mais nous savons cependant, par les œuvres des peintres, que la fabrication de la dentelle est fort ancienne dans ce pays. A l’église Saint-Pierre de Louvain par exemple figure, dans une des chapelles latérales du chœur, un tableau de Quentin Metsys, daté de 1595, dans lequel on voit une jeune fille faisant de la dentelle avec des fuseaux, sur un carreau à tiroir semblable à ceux dont on fait usage aujourd’hui.
- Dans les Pays-Bas, l’art de faire la dentelle fit longtemps partie de l'éducation des femmes : Charles-Quint avait décrété qu’il devait être enseigné dans les écoles et les couvents, et encore aujourd’hui il y a en Belgique un grand nombre d’écoles où l’on apprend à faire de la dentelle, et dont les unes dépendent de couvents tandis que les autres sont des fondations de la charité privée.
- A un certain moment, en raison des droits élevés auxquels ont toujours été soumises les dentelles flamandes à leur entrée en France, la fraude se pratiqua sur une grande échelle. On utilisait pour cela des chiens qu’on nourrissait grassement en France, et qu’on conduisait ensuite en Belgique, où ils étaient enchaînés et maltraités; au bout de quelque temps on ajustait sur eux la peau d’un chien plus grand et l’on remplissait de dentelle l’espace intermédiaire; les chiens, remis en liberté, prenaient en toute hâte le chemin de la France. On fut obligé, pour empêcher cette manœuvre, d’offrir aux préposés de la douane une prime de trois francs par chien : ceux-ci en ont tué, d’après les statistiques, le chiffre énorme de AO,278 de 1820 à 1836.
- Nous croyons devoir dire quelques mots des différentes dentelles fabriquées en Belgique.
- .Le point de Bruxelles est habituellement désigné sous le nom de point d'Angleterre. C’est là une erreur que l’histoire nous explique. II a pour origine la prohibition faite en 1662 par le Parlement anglais de toute espèce de point. Comme on usait beaucoup de point de Bruxelles à la cour de Charles II, les marchands commencèrent par gager des ouvrières belges qu’ils firent travailler en Angleterre; mais cela ne leur réussit pas, car la Grande-Bretagne ne récoltait pas de lins suffisamment fins pour la confection des fils de ces dentelles. Ils adoptèrent ensuite un moyen plus expéditif, consistant à introduire en contrebande les plus beaux spécimens de la Belgique et à leur donner la qualification de dentelles anglaises.
- A partir de ce moment, le nom de point de
- Bruxelles fut remplacé par celui de point d'Angleterre. On pourra se faire une idée de l’importance de cette contrebande lorsqu’on saura qu’en 1678 le marquis de Nesmond fit la prise d’un navire chargé de dentelles en fraude, et que la cargaison se composait de 7AA,953 aunes de dentelle, non compris les mouchoirs, cols, fichus, tabliers, jupons, éventails et gants qui en étaient garnis.
- II y a deux sortes de fonds dans la dentelle d’Angleterre : la bride et le réseau. Le premier ne se fait plus que sur commande; il est fort ancien, car on trouve dans les comptes de Mme Du Barry « neuf aunes d’Angleterre à bride1 2 ». Le réseau se fait de trois manières : à l’aiguille, au fuseau ou à la mécanique. Dans les deux premiers cas, on fait de petites bandes larges de 0m,25 qu’on réunit ensemble par un point dit de raccroc, longtemps connu des seules dentelières belges; mais le plus souvent aujourd’hui on fait le fond à la mécanique. Il y a également deux sortes de fleurs : celles à l’aiguille appelées point à l’aiguille, et celles au fuseau nommées point plat.
- Aujourd’hui, toutes ces dentelles se portent blanches, mais longtemps, en raison de la difficulté et de la dépense du blanchissage, on les portait de couleur fauve, et parfois, pour leur donner cette nuance, on les lavait dans du café.
- La fabrication du point d’Angleterre ne se fait pas par une seule ouvrière, mais par une série de personnes dont chacune est chargée d’un travail spécial. Van Hoolsbeck* en énumère huit, qui sont :
- 1° Les brocheteuses (en flamand drocfielessen), chargées de la fabrication du vrai réseau;
- 2° Les dentellières (kantwerkessen), qui font l’en-grelure ou lisière de la dentelle;
- 3° Les faiseuses de point à l’aiguille (naeldewer-kessen), confectionnant les fleurs en point;
- A0 Les fonneuses [grondiwerkessen), exécutant ce qu’on appelle le fonnage, travail qui consiste à faire les jours dans les fleurs en plat ;
- 5° Les pointeuses (laschwerkessen), qui rattachent les diverses bandes les unes aux autres;
- 6° Les platteuses (platwerkessen) exécutant les fleurs en plat et le point duitsche-slag;
- 1. Comptes de Mme Du Barry [ïiib\. imp., Mss. fonds français, n08 8, 157-89.
- 2. Dr Van Hoolsbeck, VIndustrie, dentelière en Belgique (Bruxelles, 1863).
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- 7° Les striqueuses ou appliqueuses {strikessen), attachant et cousant les fleurs sur le tulle ;
- 8° Les gazeuses (.gasaerkesseii), chargées de réunir le fond, les fleurs et les ornements nécessaires tout d’une pièce.
- Il arrive, mais bien rarement, que la dentelle en point d’Angleterre est faite à l’aiguille par la même ouvrière (fleur et réseau) ; on la désigne alors sous le nom de point gaze.
- Le point d’Angleterre a toujours suivi les dispositions de la mode. Les plus anciens dessins ressemblent à une découpure de papier. Ils sont de style gothique pur, rappelant les ornements de l’architecture; ils ont été remplacés par les dessins à lignes onduleuses qui prévalurent jusqu’à la Révolution; ceux-ci firent place au style fleuri du premier Empire, qui ne fut pas sensiblement modifié sous la Restauration; aujourd’hui, les dessins deviennent chaque jour plus naturels et plus artistiques.
- Après le point de Bruxelles, nous mentionnerons la Valenciennes, importée à Ypres du Hainaut français au xvne siècle, ainsi que nous l’avons dit en parlant de l’histoire des dentelles françaises, et qui a pour principaux centres Bruges, Courtrai et Menin, dans la Flandre occidentale, Gand et Alost dans la Flandre orientale. Elle est généralement fort étroite, les plus larges se font à Ypres. Le fond est un réseau carré qui fait admirablement ressortir le mat du dessin; jusqu’en 1833, le dessin ne se composait que de fleurettes uniformes et clairsemées : ce fut un fabricant d’Ypres, Duhayon-Brunfaut, qui le premier y apporta plus de variété.
- Signalons encore en Belgique la dentelle de Gram-mont., qui était autrefois une dentelle blanche commune, et qui est aujourd’hui une belle dentelle noire remarquable par sa solidité et la régularité de son exécution ; son bas prix en fait une redoutable concurrence pour les produits français du Calvados. Cette dentelle est du genre chantilly et sous tous rapports inférieure aux dentelles françaises : la maille en est grosse, et dans les dessins on évite toute difficulté d’exécution; mais ces dessins sont néanmoins bien choisis et produisent de l’effet. On s’attache à imiter dans la mesure du possible les plus belles dentelles de Bayeux : le travail est soigné et les prix assez bas ; de là un succès croissant.
- A Bruges, on fait une sorte de dentelle qu’on a d’abord nommée guipure duchesse, puis guipure des Flandres, et enfin guipure de Bruges ; c’est l’imita-
- tion perfectionnée et rajeunie d’une guipure du xvue siècle; elle est blanche et se compose de fleurs tissées au fuseau et rattachées entre elles par des barrettes à picots.
- DENTELLES DU PORTUGAL.
- La fabrication des dentelles est fort ancienne en Portugal ; elle était florissante au xvie siècle. Il n’y avait pas alors de manufacture proprement dite, mais un travail à domicile qui s’exécutait surtout dans les couvents. Cette industrie disparut presque entièrement à partir de 17A9, époque où une loi prohiba le port de la dentelle aux laïques, et punit de bannissement ceux qui en feraient commerce. Elle reprit avec vigueur en 1755, sous le ministère du marquis de Pombal, lorsque Lisbonne sortit de ses cendres, après le fameux tremblement de terre de l’année. Le gouvernement fonda alors d’importantes manufactures qui prospérèrent sous ses auspices.
- Aujourd’hui, les dentelles modernes de Portugal sont surtout étroites et en coton, dans le genre de la malines ; les plus larges, pour volants, sont en soie. Quelques-uns des types du genre étroit figurent à l’Exposition sous forme de bandes, collerettes, bordures de vêtements, exposés par l’École industrielle Maria Pia, de Lisbonne, en dessins originaux de la directrice, Mlle M. A. Bordallo Pinheiro, sous le nom de dentelles de Peniclie. D’autres dentelles de Peniche et d’autres désignées sous le nom de dentelles de Setubal, en bandes de dessins variés, figurent dans l’Exposition du musée industriel et commercial de Lisbonne.
- Il y a une quarantaine d’années, on faisait à Lisbonne et dans les environs une grosse dentelle blanche dont le dessin produisait un grand efïet, et qu’on exportait de ce pays dans l’Amérique du Sud; ce genre ne se fabrique plus aujourd’hui.
- DENTELLES D’iTALIE.
- L’Italie est représentée par la maison Jesurum et Gie, de Venise et Paris, qui possède une vaste vitrine renfermant un très grand nombre d’imitations de dentelles et guipures vénitiennes. Patronnée par la municipalité de Venise et le gouvernement italien, celte maison est à Venise Y école professionnelle de réparation des dentelles anciennes. C’est donc une véritable école professionnelle de dentellières.
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- Nous avons dit plus haut que l’industrie française de la dentelle y avait pris naissance à la suite des importations fréquentes de l’Italie. Cette fabrication est donc fort ancienne dans ce pays. Les habitants revendiquent même l’invention du point à l’aiguille.
- Les genres qui, dès le principe, furent plus connus dans le commerce étaient les dentelles de Venise, de Milan et de Gênes1. Aujourd’hui, en dehors de la manufacture officielle qui figure à l’Exposition, et qui est parvenue à le reconstituer en partie, le point de Venise n’est plus guère représenté en Italie, dans l’industrie domestique, que par une petite dentelle commune, à l’ancien dessin en losange, que les paysannes de Palestrina viennent offrir aux voyageurs; le point de Milan a disparu et le point de Gênes réside tout entier dans une sorte de dentelle à dessins géométriques, ornée de longues franges, dont on décore, à Gênes, les ornements d’église, les pièces des trousseaux de mariage, le linge de table, et dont on exporte les modèles les plus communs dans l’Amérique méridionale et en Californie.
- DENTELLES D’ESPAGNE.
- 11 y a eu au xvie siècle un point d’Espagne spécial à la Péninsule, mais qui n’a jamais été bien répandu à l’étranger. Ce fut néanmoins l’Espagne qui enseigna aux Flandres à faire les points à l’aiguille, et qui apprit d’elle, en retour, à se servir des fuseaux.
- Jusqu’en 1830, on ne fit dans ce pays que des dentelles lourdes et assez grossières ; la fine et délicate dentelle ne se fabriquait que dans les monastères, qui la destinaient uniquement au culte. Quelques spécimens étaient si délicats qu’ils ne pouvaient qu’être l’œuvre de personnes pour qui le temps n’est pas de l’argent, et qui faisaient de leur travail une œuvre de dévotion. Après la dispersion des couvents à cette époque, on imita les modèles dont on s’était emparé.
- On ne fit du point d’Espagne en France que dès les premières années du xvne siècle. Cette fabrication lut introduite par un huguenot, Simon Châtelain, protégé spécialement par Colbert, qui, en raison de son habileté, le mit à l’abri des rigueurs dont
- 1. Voir à ce propos les intéressantes brochures de M. Merü : Origine ed uso deüe Trine a fila di refe, 186/r et de M. Fr. Nardi: Sull' origine dellJ arte del ricamo (Padoue, 1839).
- avaient à souffrir ses coreligionnaires. Châtelain mourut en 1665, à la tête d’une grande fortune.
- Aujourd’hui, on ne fait plus en Espagne que des blondes qui se fabriquent exclusivement dans la Manche et surtout en Catalogne, dans les villages de la côte et surtout à Barcelone; et quelques dentelles d’or, mais avec un or mal préparé et de nuance rougeâtre. C’est évidemment la mantille qui est l’objet principal de la fabrication. Toute Espagnole se sert autant que possible de trois mantilles différentes : l’une en blonde blanche, devant contraster un peu avec le teint, est réservée aux jours d’apparat; une autre est en blonde noire garnie d’un haut volant; la troisième (imantilla de tiro), sert pour l’usage ordinaire : elle est faite de soie noire et garnie de velours. La mantille d’une Espagnole est sacrée aux yeux de la loi, elle ne peut être saisie pour dettes.
- La plus belle exposition de dentelles espagnoles est celle de la maison Ricardo Fauste, fournisseur de la maison royale d’Espagne, à Barcelone : la vitrine renferme de jolis spécimens de mantilles-écharpes, mantilles dites salerosa, cravates, volants, mouchoirs, aubes, garnitures d’autel, ombrelles en blonde, éventails, voilettes, etc., en soie, laine et fil. Quelques mantilles, châles, mouchoirs et volants sont aussi exposés par Mme Yve José Feiter et fils, de Barcelone ; et José Pardonas, de la Coruna.
- DENTELLES DE RUSSIE.
- Une manufacture de dentelles avait été fondée à Novogorod, sous le règne de Pierre le Grand ; elle disparut quelques années après la mort de ce monarque. Sous le règne de Catherine II, il y eut aussi à Saint-Pétersbourg douze fabricants de dentelles d’or qui, à ce moment, pouvaient à peine suffire aux commandes de la cour.
- Aujourd’hui, il n’y a plus en Russie de manufactures de dentelles proprement dites : les dentellières travaillent chez elles, et quelques dames pauvres en ont fait leur occupation. Cette industrie n’existe d’ailleurs que dans le nord du pays, surtout à la campagne, et les divers spécimens fabriqués sont vendus à Saint-Pétersbourg. Quelques types figurent à l’Exposition, au nom de MM. Mathieu, de Saint-Pétersbourg; les dessins en ont tous le caractère oriental.
- En Finlande, àNardenbal, près d’Abo, les gens du pays offrent aux étrangers des jouets en dentelle,
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- des petits jupons, etc.; c’est un souvenir du temps où une communauté de religieuses cisterciennes existait dans cet endroit.
- DENTELLES D’ANGLETERRE.
- L’art de faire la dentelle est fort ancien en Angleterre : M. Aubry cite un traité passé en 1390, entre l’Angleterre et la ville de Bruges, où pour la première fois il est fait mention de ce genre de tissu ; et sous le règne d’Édouard III, en 1463, les « laces, corses, ribans, fringes de soie et de file, etc. » furent prohibés. Il ne s’agissait, bien entendu, à cette époque, que du passement, dont l’apparition a précédé dans tous les pays celle de la véritable dentelle.
- Jusque sous le règne d’Élisabeth (1558-1603), l’usage de ces tissus fut restreint aux gens de cour; mais, à partir de cette époque, les testaments et inventaires montrent qu’on en trouve dans les boutiques et magasins. Diverses ordonnances furent publiées par cette reine pour restreindre le luxe des habits et, comme partout et toujours, restèrent sans effet : il est vrai que la reine ne prêchait pas d’exemple.
- Les dentelles anglaises étaient à cette époque presque entièrement des tissus d’importation de Flandre, d’Italie, etc. Il en fut de même sous Jacques Ier (1603-1623). En 1635, Charles Ier ayant prohibé les dentelles et points étrangers, la dentelle au fuseau d’Angleterre prit une place importante dans le commerce. Elle disparut presque entièrement sous le règne du puritanisme (1649-1660), pour réapparaître avec le retour des Stuarts. Charles II (1660-1685) renouvelle alors les prohibitions de son père contre l’importation des articles étrangers, il est imité par ses successeurs, Jacques II (1685-1688), Guillaume II (168S-1702) et la reine Anne (1702-1714), ainsi que par les princes de la maison de Hanovre ; mais la contrebande, qui se pratiquait alors sur une grande échelle, annihilait tous ces efforts.
- Aujourd’hui, les principaux genres de dentelles anglaises sont :
- 1° Celles des comtés de Bedfort, Northampton et Buckingham, où cette industrie a été introduite tant par les Flamands qui fuyaient les persécutions du duc d’Albe que par les protestants français obligés de s’exiler à la suite de la révocation de l’Édit de
- Nantes. Les dentelles de ces trois comtés, faites au fuseau, sont à peu près semblables : les dessins sont d’imitation flamande, le fond est le fin réseau de Bruxelles; le comté de Bedfort a un genre particulier, on y mêle aux arabesques orientales des dentelles de Malte, des feuilles strictement imitées de la nature. Dans le comté de Buckingham, on fait aussi des dentelles noires très bien comprises en grandes pièces, notamment à Hanslape, Olney et Newport-Pagnel.
- 2° Celles dites de Hornton, dans le Devonshire, qui a connu cette industrie par des réfugiés flamands et brabançons. Ces dentelles ont longtemps conservé le caractère flamand ; mais depuis quelques années l’application d’Hornton a presque entièrement fait place à la guipure moderne, qui consiste en fleurs reliées ensemble par des barrettes à picots, des points de lacet, du réseau ou des points de boutonnière ; elles montrent aussi beaucoup de facilité à imiter les dessins de Bruxelles, qu’elles rendent avec beaucoup d’exactitude. La guipure d’IIornton est la dentelle favorite de la reine Victoria. Elle est presque d’étiquette à la cour d’Angleterre.
- 3° Celles d’Irlande, qui sont de plusieurs sortes, mais sont, pour la plupart, des copies de points étrangers : le bruxelles irlandais se fait particulièrement à Clones, la guipure d’Irlande à Carrikmacross, et la Valenciennes à l’école de la comtesse d’Erne, à Lishnakea. Parmi les principales écoles d’apprentissage de l’île, citons celle de Tallow, dirigée par les religieuses d’un couvent; celle delà famille Saint-Georges, à Headfort ; celle de miss Latouche, à Kill-manle, etc. Une dentelle particulière au pays est le lacet irlandais, fait de fil de lin avec fond au crochet et dans lequel on introduit des fleurs et autres dessins remplis de points à jours.
- Quelques dentelles de Hornton et Buckingham ont été envoyées à l’Exposition par MM. Blacburn et C°, de Londres, et divers spécimens de dentelles d’Irlande par MM. Robinson et Cleaver, de Belfast.
- DENTELLES DES AUTRES PAYS.
- Pour les autres pays nous relevons : dans le pavillon de la République Argentine, quelques bordures de dentelles envoyées par la Corranission de demoiselles, de Corrientes, et les Commissions auxiliaires de Santiago de l’Estero, Tucuman et Cata-marca. Dans celui du Brésil, des dentelles au crochet
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- exposées par MM. Boris frères, de Ceara; pour taies d’oreiller, serviettes, etc., qui, d’après une note qui figure dans la vitrine, se fabriquent à Sobral (au nord de Ceara), et se vendent très cher au nord et au sud du Brésil. A l’exposition du Chili, quelques dentelles du pays au nom de MM. Sandoval i Hermanos, de Chillan ; — dans le pavillon de la République Dominicaine, des dentelles envoyées par la Commission provinciale de la Vega; — dans celui de l’Equateur, des types de dentelles indiennes exposées par la Commission coopérative de Quito ; — dans celui du Guatemala, des échantillons soumis par Mmcs Carrera, Magee et Montes, toutes trois de Guatemala, et par Mme Sanchez, de Quezaltenango ; — dans celui du Paraguay, des dentelles dites nanduti pour garnitures de lingerie, envoyées par Mmes Lorenza Ces-pedès, Dores Pedroza, etc., d’Assomption; — dans celui de San-Salvador quelques dentelles au crochet exposées par les départements de la Libertad et San-Salvador; — enfin dans celui de Venezuela, des dentelles dites soles de Macaraibo et rejillas, exposées par la Société El Cojo, R. Nones et Cie, de Maca-raïbo, et par trois dames du pays habitant Paris, Mmes Luisa Alvarado, ElviraDelfino et J. Finaly.
- Le Tulle.
- Les origines de l’industrie tullière sont assez complexes et passablement obscures.
- La première pensée de fabriquer mécaniquement un tissu se rapprochant de la dentelle, pensée encore mal définie et qui était loin d’embrasser alors dans toute son étendue la carrière à parcourir, a vu le jour, selon les Anglais, dans la Grande-Bretagne, et, suivant les Français, a pris naissance en France. D’une part, M. Ferguson prétend que l’idée en serait due au pasteur Lee, curé de Calverton (Not-tingham), qui, voyant sa femme forcée de tricoter pour les besoins de la famille, aurait tenté d’exécuter mécaniquement le travail qui jusque-là ne se faisait qu’avec les doigts. Son invention ne fut pas appréciée en Angleterre. Il la porta en France, à Henri IV; mais, après l’assassinat de ce monarque, il mourut dans la misère ; sa fabrication fut rapportée en Angleterre par son frère. D’autre part, une notice publiée en 1851 par la chambre de commerce de Calais attribue à un ouvrier de Nîmes, au commencement du xvn® siècle, l’invention du métier à bas ; persécuté par les bonnetiers et fabricants du pays, ce
- Français serait allé porter son invention en Angleterre.
- Ces premières machines semblent avoir eu plutôt pour but la fabrication du tricot, sinon de la dentelle.
- Le premier qui visa réellement à imiter la dentelle fut un fabricant de bas au métier, Hammond, en 1768. Frappé de la cherté des dentelles de sa femme, il se demanda si, par un procédé analogue à celui qu’il employait pour ses tricots, il ne pourrait arriver à en fabriquer mécaniquement, et il arriva à tisser une sorte de tissu à mailles auquel il donna le nom de twist-net. Le général Poncelet prétend qu’Hammond n’est autre que le héros d’un conte populaire, et qu’il n’existe dans le catalogue officiel anglais aucun patenté de ce nom. Après tout, cet inventeur n’a peut-être pas pris de brevet.
- Quelques années après, en 1779, un ouvrier français, Caillon, inventait une machine du même genre et la soumettait à l’appréciation de l’Académie des sciences. Une commission nommée pour examiner son métier trouvait concluants ses résultats et lui faisait accorder une gratification de 1,000 livres tournois et la maîtrise de bonnetier.
- En France, les essais de Caillon furent oubliés, tandis qu’en Angleterre ils furent repris en 1773 par de grands industriels, Taylor père et fils, deNottin-gham. Ceux-ci brevetèrent le métier qu’ils avaient perfectionné, le cédèrent ensuite aux sieurs Morris et Flint, et ceux-ci à la maison John Hayne et Cie. On arrivait alors à produire avec ce métier, non pas absolument le réseau de la dentelle, mais une sorte de passementerie à grands jours destinée à former des bordures de rideaux d’abord, et ensuite le mecklin, sorte de tissu à mailles rondes dont nous avons signalé tout à l’heure l’importation en France.
- L’industrie tullière commençait à prendre naissance. En 1775, un mécanicien de Nottingham, Crâne, imagina d’ajouter une chaîne à ce métier, et inventa le métier warp, le même qu’on appelle à Lyon métier à la chaîne.
- La bobine ne fut trouvée qu’en 1799 par John Lindley, de Nottingham : elle seule permit de fabriquer la maille hexagonale du tulle. Les produits qu’elle donna furent désignés en France sous le nom de tulle-bobin et en Angleterre sous celui de bobin-net-lace. Mais cette amélioration, qui devait cependant devenir la base de la fabrication moderne, ne fut pas d’abord appréciée. Ce fut seulement lorsque Lindley s’associa en'1807 avec Heathcoat (ou plutôt
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- Heathcot, comme le nom est orthographié dans les patentes des métiers à tulle), et prit un brevet collectif avec lui, que le nouveau tissu, qui ressemblait alors complètement au fond de la dentelle, conquit les faveurs de la mode et procura aux deux inventeurs des bénéfices considérables.
- Cinq ans plus tard, deux ouvriers régleurs de métiers, Kendal et Morlay, trouvaient le métier dit straight-bolt (chevilles droites), et y acquéraient aussi une grande fortune. Successivement, l’émulation des chercheurs aidant, on créa les divers métiers à bobine connus sous les noms de circulaire, travers-warp, puscher (pousseurs), twist, et enfin le Leaver, du nom de son inventeur, le seul aujourd’hui qui soit presque exclusivement en usage dans la fabrication.
- La sortie de ces métiers était prohibée pour toute la Grande-Bretagne. Les uns disent que leur introduction en France date de 1815, époque où, d’après un état fourni en 1820 par la mairie de Saint-Pierre, un sieur Webster serait parvenu à tromper la vigilance de la douane britannique et aurait introduit dans cette ville des métiers warp et straight-bolt ; les autres, de 1816, année où MM. Thomassin et Cie montèrent à Douai un métier travers-warp, et assurent leurs droits d’importation en laissant une simple déclaration à la préfecture du Nord, le 1 h août.
- Les années suivantes, d’autres industriels arrivèrent encore à faire passer des métiers à tulle d’Angleterre en France. Une déclaration relevée sur les registres de la mairie de Calais porte en effet la mention que voici : « Le 13 avril 1819, par-devant nous, maire de la ville de Calais, sont comparus les sieurs James Clarck, Richard Polhill, Thomas Pain, Édouard Pain et Thomas Dawton, tous cinq anglais, lesquels nous ont déclaré qu’ils formaient en cette ville, à compter de. ce jour, un établissement pour la fabrication du tulle nommé warp et twist. »
- Cette année, le 25 août 1819, avait lieu à Paris une exposition industrielle. Le sous-préfet de Boulogne écrivit au maire de Saint-Pierre que « depuis quelques années » il s’était fondé une manufacture de tulle dans sa commune, et qu’il engageait le propriétaire de la fabrique à y envoyer des échantillons1. Webster, qui fermait ses ateliers à tous les
- 1. Reboul, Mémoire historique sur le tulle, Calais, 1885; Bertrand, le Livre d'or de Sainl-Pierre-lès-Calais, Calais, 1884.
- yeux de peur qu’on lui prît le secret de sa fabrication, refusa de concourir. D’après une lettre écrite le 6 juillet par le maire de Saint-Pierre au sous-préfet, nous voyons qu’il avait pris comme prétexte que ses pièces de tulle n’étaient pas réussies, et qu’il ne pouvait conséquemment les soumettre au jury.
- Ce qui rendait fort difficile à cette époque les débuts de cette industrie, c’est que, d’une part, il n’existait pas en France de fdature de coton qui pût fournir des fdés retors assez fins pour cette fabrication, et que, d’autre part, l’introduction des filés anglais en France était absolument interdite; il fallait donc de toutes façons introduire ces filés en fraude. « Dans la période de la contrebande, — dit à ce propos M. Mony, l’un de ceux qui, en 1870, faisaient partie de la commission parlementaire sur le régime économique, —j’ai passé cinq années de mon enfance sur les bords de la mer, entre Calais et Boulogne, et nous connaissions, nous tous qui étions des gamins à cette époque, les contrebandiers. Le bateau qui servait à faire la contrebande s’appelait le Smuggler. Cette contrebande se faisait avec une activité excessive, une audace incroyable, Je ne sais s’il y avait des tolérances de la part de la douane, mais j’ai souvent vu les douaniers tués. Les smuggler s étaient ce que la marine avait produit de plus audacieux et de meilleur quant à la course. Nos marins, qui avaient combattu sur les corsaires du capitaine San-ville, dont les habitants de Calais connaissent bien le nom, ont été les premiers smugglers. Le smuggler était une embarcation petite, très légère et très longue qui, lorsqu’elle était renversée par un coup de mer, était relevée aussitôt par les marins; ils se mettaient à l’eau pour la tourner, les marchandises, barriques d’eau-de-vie et filés, étaient attachées ensemble, si bien que, s’ils étaient poursuivis et serrés de trop près, on ne trouvait rien : on coupait le nœud et tout s’enfoncait. Cette contrebande se faisait au moyen de 500 à 600 bateaux faisant jour et nuit la course entre l’Angleterre et la France, et transportant d’énormes quantités de marchandises. Les temps de mer les plus mauvais étaient les meilleurs pour eux ; ils débarquaient la nuit, et c’est sur les points de débarquement, dans les dunes, à Wis-sant, qu’il se livrait de petites batailles entre les douaniers et les contrebandiers. Tout s’accomplissait ainsi ; les enfants et toute la population étaient contre les douaniers pour favoriser les contrebandiers. »
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- Jusqu’en 1823, tous les métiers à tulle étaient construits par des Anglais. On était obligé, pour les introduire en France, d’en envoyer les différentes pièces comme vieux fer dans autant de directions, et de les réunir ensuite. Les deux premiers métiers de construction française furent montés cette année par Mehaux et Liêvin Delhayes, ouvriers au service du sieur Dubout, qui devaient quelques années plus tard devenir eux-mêmes fabricants. Quelques manufacturiers anglais chargèrent alors leur compatriote Webster, toujours fabricant à Saint-Pierre, d’offrir à Dubout un bénéfice de 2,000 francs sur le prix de chaque métier, s’il voulait le leur céder : cet industriel refusa.
- En 1824, apparut à Saint-Pierre la première machine circulaire (ainsi appelée du mouvement circulaire des bobines); elle fut achetée par MM. Jenny et Sailly et mise en marche par M. Ferguson. L’apparition de ce métier décida de l’avenir de la fabrication française; de nombreuses machines furent construites sur le même modèle et répandirent bientôt dans toute la France les produits calaisiens et saint-pierrois.
- Malheureusement, il advint à cette époque ce qui arrive souvent aux débuts d’une industrie. Lorsqu’il fut constaté que le tulle donnait de réels bénéfices, tout le monde voulut devenir fabricant, et, de 1826 à 1838, des .masses énormes de marchandises furent jetées sur le marché. Les prix s’avilirent, et cette production démesurée d’un seul et même article, qui ne trouvait plus de débouchés suffisants, amena une crise sous le poids de laquelle l’industrie tullière faillit un moment succomber. En France comme en Angleterre, l’engouement pour cette fabrication avait été exagéré, et M. Feklin nous apprend que de 1824 à 1826, notamment, médecins, avocats, pasteurs et artisans avaient engagé leurs fonds dans les métiers à tulle. Gomme résultat, les prix du tulle diminuèrent, les bénéfices furent moins élevés, sinon nuis, bon nombre de négociants se ruinèrent.
- En 1834, la crise tullière avait atteint un degré d’intensité inouïe ; des pétitions furent adressées au gouvernement pour lui demander de l’atténuer en abaissant les droits sur les cotons filés anglais nos 170 et 180, qu’une ordonnance royale avait soumis à une rétribution de 8 francs par kilogramme. Ce furent les industriels de Guinesqui se mirent à la tête du mouvement, auquel la chambre de commerce de Calais
- prêta un concours effectif. Le gouvernement fit droit à ces demandes en abaissant les droits d’entrée sur les fils de cotons et en augmentant ceux sur les tulles.
- En 1835, M. Fecklin constate qu’il y a en Europe 6,850 métiers à tulle, dont 5,000 pour l’Angleterre et 585 pour la France, ces derniers répartis dans les villes de Calais, Saint-Pierre, Boulogne, Saint-Omer, Douai, Lille, Caen, Saint-Quentin et Lyon. D’autre part, les pétitions dont nous parlions tout à l’heure constatent que l’on consommait en 1833, en France, pour 15 millions de francs de tulle.
- Le tulle uni était pour ainsi dire, à cette époque,
- 1 unique produit de la fabrication ; on pouvait y joindre encore des articles de fantaisie étroits et communs à petits dessins nommés tattings. On trouva moyen alors, en Angleterre, de faire dans le tulle une sorte de petite mouche formant semé appelée point cl esprit. Mais cette nouveauté ne resta pas longtemps le privilège de la Grande-Bretagne, il fut bientôt importé en France par les fabricants Cham-pollier et Pearson.
- La fabrication ne fut complètement modifiée que lorsqu’on parvint, en 1836, à appliquer le jacquard aux métiers. Le premier brevet pour cette application fut pris en France le 28 décembre 1836 par Hind et Draper, qui réussirent à produire ainsi des dessins de dentelle sur fondbobin. Le second brevet, pris en 1839, est de Wright, qui, sur métier pusher, obtint les mêmes effets, au moyen de cartons sur la largeur du réseau. Ce ne fut qu’en 1841 que MM. Ilooton et Deverelle prirent un brevet pour les Leavers jacquardés, qui sont encore aujourd’hui les plus employés à Nottingham et à Calais.
- Lorsque la ville de Calais se vit en possession de métiers qui pouvaient avantageusement la placer au piemier rang de 1 industrie tullière, elle perfectionna ceux-ci annuellement, et, grâce au goût et au fini de ses dessins innovés et modifiés suivant les caprices de la mode, elle finit par avoir la préférence sur Nottingham. En 1846, une note publiée par la chambre de commerce de cette ville estimait qu’il y avait à cette époque en France 1,800 métiers à tulle, dont 908 à Calais et à Saint-Pierre. Ces 1,800 métiers, y était-il dit, représentaient une valeur de 12millions-la main-d’œuvre, les frais et les bénéfices étaient estimés 4 millions, et la matière première 9 millions, dont 4 millions en cotons anglais et 5 millions en cotons français.
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- Nous allons maintenant donner pour le tulle,
- — comme nous l’avons fait pour la dentelle, — les tableaux des importations et exportations de ce produit entre la France et l’étranger, de 1877 à 1886. (Voir les tableaux, page 306.)
- FABRICANTS DE TULLE DE CALAIS-SAINT-PIERRE.
- Rien ne peut mieux donner l’idée de la fabrication si variée et si complète de Calais-Saint-Pierre que la collection des produits qu’elle a exposés au Champ-de-Mars.
- Trente-deux fabricants, les meilleurs et les plus expérimentés de cette industrieuse cité, ont réuni là tout ce que l’imagination fertile, jointe aux tendances artistiques les plus pures, a pu chez eux créer de plus parfait, et nous montrent une fois de plus que, lorsque le bon goût est en jeu, la France sait toujours enfanter des merveilles. Nous ne devons oublier aucun de leurs noms; ce sont : MM. G. Arnett; — L. Bomy; — J. Cordier; —Gordier-Levray; — A. Cadart; — E. Davenière; — G. Delannoy; — Fournier et Cie; — L. Gruez; — Gaillard père et fils; — H.Hénon; — H. Herbelot; — P. Huyghe;
- — Fontaine et Rieder; — Eug. Lasson et Ci0; — H. Lemaître; — P. Lavoine; — Gh. Lecomte; — Lenique et Picquet; — Lebas père et fils ; — Lepel-letier frères ; — A. Mahieu ; — A. Merlen; — Min ne et Gest; — Noyon frères, — H. Rembert ; — Robert West ; — Smith frères ; — Testelin aîné ; — et Villaret.
- Le dédale de ces vitrines formerait une étendue de plus de cent mètres en longueur. Toutes sont remplies d’une profusion de dentelles mécaniques, non pas seulement remarquables comme prix de fabrication et originalité de dessin, mais encore disposées et étalées avec un art véritable : des fonds de couleur diversement et habilement choisis font ressortir avec avantage le délié du réseau et les contours du tissu, et impressionnent agréablement le public visiteur.
- Nous ne pouvons évidemment arrêter nos lecteurs à chaque exposant, mais nous ne saurions pas ne pas mentionner tout particulièrement dans ce défilé de produits si riches, et, ajouterons-nous, si français, les hautes nouveautés en dentelles espagnoles, chantilly et guipures, et notamment les fichus andalous de M. Paul Devienne ; les laizes, voilettes et volants fond Bayeux, les spanish matelassées et les écharpes de MM. Robert West et Lenicque et Piquet; les dentelles souris, volants chantilly haute nouveauté de
- lm,60, et les cravates de M. H. Rembert ; les voilettes riches de MM. Eug. Lasson et Cie; les blondes fines et Valenciennes, les dentelles mécaniques en point cl’Espagne de M. Henri Hénon (membre du jury et hors concours); les guipures soie avec laizes assorties et les malines aux riches dessins des maisons Georges Arnett et E. Davenière; les hautes nouveautés exposées par MM. Fournier et Gie; l’élégante collection envoyée par M. Darquer-Bacquet ; les imitations de chantilly de M. Henri Herbelot, etc.; nous en citerions encore de bien méritants, mais il faut nous borner. Quelques-uns de ces fabricants ont des succursales un peu partout, et ont établi des maisons de vente ou de fabrication dans les grands centres (Paris, Lyon, New-York, Londres, etc.).
- En outre, il suffit de considérer les médaillons qui figurent dans les vitrines de MM. P. Devienne, G. Arnett, Rob. West, J. Cordier, H. Hénon, etc., pour voir qu’un certain nombre de ces industriels ont déjà lutté sur le terrain pacifique des expositions, et y ont remporté plus d’une victoire.
- En retraçant l’histoire générale de l’industrie du tulle, nous avons indiqué quels avaient été les débuts de cette fabrication à Calais et Saint-Pierre (aujourd’hui réunies en une seule ville sous le nom de Calais-Saint-Pierre); nous allons compléter ces renseignements par quelques indications :
- Ce fut en 1843 que les manufactures de tulle de Calais se transportèrent la plupart à Saint-Pierre, où il s’en trouvait déjà un grand nombre : elles furent chassées de Calais par un arrêté du maire, du 11 avril de ladite année, qui à la suite de plaintes assez vives de quelques habitants incommodés par le bruit des métiers en marche, fit défense absolue de travailler de nuit. Les Calaisiens devinrent d’autant plus volontiers Saint-Pierrois que déjà, depuis 1839, plusieurs industriels de cette autre cité avaient pris l’initiative de faire marcher leurs métiers à la vapeur, alors que jusque-là la plupart tournaient à bras : beaucoup louèrent la force motrice et purent ainsi alléger la tâche de leurs ouvriers.
- En 1851, les fabricants de Saint-Pierre exposèrent pour la première fois, à Londres, des produits de leur fabrication. Ils y obtinrent des récompenses égales à celles qui furent accordées aux manufacturiers anglais. D’après une statistique qui fut dressée à cette occasion, il y avait à cette époque à Saint-Pierre 130 fabricants et 500 métiers; la valeur du matériel était d’environ 10 millions de francs et celle des produits exportés du même chiffre ; la production
- Supplément a l’Industkib textile du 15 Mai.
- 39e Fascicule.
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- LES industries; textiles
- TABLEAU COMPARATIF DES IMPORTATIONS DE TULLES EN FRANCE, DE 1877 A 1886
- PROVENANCE. 1877. 1878. 1879. 1880. 1881. 1882. 1883. 1884. 1885. 1886.
- Tulles de soie.
- kil. kil. kil. kil. kil. kil. kil. kiL kil. kil.
- Allemagne 61 119 216 30 142 111 21 22 63 41
- Angleterre 10.160 11.602 9.646 9.389 14.717 10.223 4.792 4.140 2.142 7.892
- Autres pays 165 100 146 511 293 106 57 80 111 87
- Totaux. 10.386 11.821 10.008 9.930 15.152 10.440 4.870 4.242 2.316 8.020
- Valeurs 747.792 743.902 550.440 546.150 1.136.400 522.000 243.500 212.100 162.120 777.940
- |f Tulles de coton.
- fr. fr. fr. fr. kil. kil. kil. kil. kil. kil.
- Angleterre 1.823.489 2.147.432 2.640.230 3.085.478 249 6.000 6.637 11.871 7.231 8.299
- Autres pays 284.535 380.044 336.077 531.458 2.134 6.093 12.557 23.953 21.051 16.973
- Totaux )) )) » )> 2.383 12.093 19.194 35.824 28.282 25.272
- Valeurs 2.108.024 2.527.476 2.976.307 3.616.936 23 830 241.860 383.880 2.686 800 1.682.779 1.225.692
- TABLEAU COMPARATIF DES EXPORTATIONS DE TULLES DE FRANCE, DE 1877 A 1886
- DESTINATION. 1877. 1878. 1879. 1880. 1881. 1882. 1883. 1884. 1885. 1886.
- Tulles dt soie.
- kil. kil. kil. kil. kil. kil. kil. kil. kil. kil.
- Allemagne 13.148 13.500 17.302 7.767 9.713 8.266 4.346 13.648 20.397 15.395
- Belgique 30.209 17.456 16.693 7.594 10.420 19.412 206.959 195.285 108.037 72.327
- Angleterre 49.373 43.664 36.850 55.744 76.484 102.506 23.324 17.319 35.727 35.280
- Italie 6.697 9.019 8.290 7.651 8.273 5.732 6.493 10.584 24.139 15.359
- Suisse 965 3.195 3.139 1.948 2.701 2.830 951 1.995 3.008 3.606
- États-Unis (0. atl.) 3.451 4.189 11.101 22.473 19.901 62.019 56.590 46.508 53.631 71.873
- Autres pays 3.914 5.520 5.058 2.954 4.657 1.943 1.189 2.074 6.081 4.275
- Totaux 107.757 96.543 98.433 106.131 132.149 202.708 299.852 287.413 251.020 218.115
- Valeurs 8.836.074 6.758.020 5.905.980 6.367.860 14.536.390 18.243.720 38.980.760 25.867.170 30.122.400 19.630.350
- Tulles de colon.
- kil. kil. kil. kii. kil. kil. kil. kil. kil. kil.
- Allemagne 4.864 4.530 9.873 10.933 15.226 7.553 6.794 14.184 22.095 13.172
- Belgique 93.218 96.576 137.364 146.470 186.238 134.977 49.444 82.119 !2:)8.015 174.776
- Angleterre 45.837 43.794 65.913 64.908 83.522 94.517 109.032 87.090 86.402 51.761
- Italie 12.636 16.670 25.122 12.759 11.383 17.080 10.488 7.586 17.896 11 031
- États-Unis (0. atl.) 18.495 16.997 22.682 51.605 69.146 123.718 68.291 30.610 62.574 69 828
- Autres pays 14.905 10.545 6.907 11.032 18.253 9.984 9.395 4.813 9.745 11.972
- Totaux 189.955 189.212 267.861 297.707 383.768 387.829 252.444 226.402 406.727 332.540
- Valeurs 9.307.945 8.325.328 12.589.467 13.992.229 13.451.880 11.634.870 7.603.310 9.056.080 23.996.893 19.619.860
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- en pièces atteignait là millions de mètres, et en bandes là O millions; la population s’élevait alors à
- 11.500 habitants, parmi lesquels on pouvait compter
- 1.500 Anglais.
- A l’Exposition de 1855, un métier à tulle fut exposé au nom des fabricants de Saint-Pierre. On comptait à cette époque dans le ressort de la Chambre de commerce de Calais 610 métiers de divers systèmes. Une médaille d’honneur fut alors accordée à l’ensemble des produits de l’industrie tullière de Calais et Saint-Pierre; Nottingham, qui comptait à cette époque 3,500 métiers, n’obtint pas une récompense supérieure.
- Successivement, le nombre des métiers en activité à Saint-Pierre augmenta considérablement. En 1860 il était de 663, en 1868 de 879, en 1870 de 939; il est aujourd’hui de 1,700 environ. A toutes nos expositions universelles les fabricants de cette ville ont pris part et ont obtenu les plus hautes récompenses.
- 11 est à remarquer que le tulle est un article avant tout soumis aux caprices de la mode, et que son écoulement ne peut être assuré que si l’on sait en renouveler à point les dispositions des dessins, et mettre suffisamment en relief les modèles les plus heureux. Les manufacturiers de Calais-Saint-Pierre n’ont rien à se reprocher de ce chel, et on les a toujours trouvés à l’avant-garde du progrès.
- Le 1er janvier 1872, par exemple, une école de dessin a été créée pour les applications du dessin à l’industrie tullière : elle a déjà donné d’excellents résultats.
- En 1883, sur l’initiative du président de la Chambre consultative des arts et manufactures de Saint-Pierre, une Chambre syndicale des fabricants de tulle a été fondée : cette chambre compte aujourd’hui près de deux cent cinquante membres, et, grâce au concours qu’elle veut bien prêter à la place, des différends de plus d’un genre ont été souvent aplanis. L’échantillonnage, cette plaie de la fabrication tullière, a été l’une des premières questions dont elle s’est occupée : des collections entières, chèrement fabriquées et demandées en triple et en quadruple, étaient jetées au panier par les commissionnaires, qui remettaient des ordres aux concurrents de ceux dont ils les avaient obtenus. On disait même que certains d’entre eux en faisaient commerce et les revendaient à des marchands de poupées. La Chambre syndicale a alors décidé qu’à l’avenir, tout achat ne donnerait droit comme échantillon qu’à 1 pour 100 au maximum de la quantité commissionnée de chaque dessin, et que toute demande supplémentaire devrait être dorénavant facturée. La copie des dessins est
- encore l’une des questions vitales de la fabrication du tulle dont a dû s’occuper la Chambre syndicale, et il y a lieu d’espérer qu’en raison de son intervention, nous ne verrons plus de ces fabricants qui vivent absolument de l’intelligence et de l’activité des autres et profitent de leur travail en imitant servilement un dessin et en le vendant facilement à meilleur prix, en s’épargnant frauduleusement les frais de dessinateur. Grâce à la vigilance de cette chambre, bien des questions spéciales au commerce du tulle commencent à être réglementées; on s’y est occupé à différentes reprises des droits sur les tulles, de l’unification des règlements d’atelier, etc. Aujourd’hui, dans un bulletin mensuel, elle renseigne ses adhérents sur toutes les questions qui intéressent l’industrie qu’elle représente; c’est maintenant une sorte de syndicat professionnel, gardien vigilant des intérêts de la fabrication du tulle, et de l’existence duquel il n’est pas douteux que la place de Calais-Saint-Pierre ne retire un jour grand profit.
- A la fin de 1884, l’industrie tullière de Sa:nt-Pierre a subi une crise dont il est peu d’exemples dans l’histoire de l’industrie. Une surproduction amenée à la suite de plusieurs années prospères, et causée par le délaissement momentané de l’article tulle par la mode, amena la ruine d’un nombre considérable de maisons de la place et la faillite de toutes les maisons de banque. Mais, depuis ce temps-là, ceux qui ont pu résister à ce terrible choc en ont ressenti une nouvelle vigueur, et la fabrication du tulle a presque repris le rang élevé qu’elle occupait autrefois dans cette industrieuse cité.
- FABRICANTS DE TULLE DE CAUDRY ET DU NORD.
- Les fabricants de tulle de Caudry se sont réunis, comme ceux de Calais-Saint-Pierre, en un groupe collectif, et ont organisé une exposition de leurs produits qui mérite de retenir l’attention. Beaucoup pensaient jusqu’aujourd’hui que cette ville ne faisait que l’uni et laissait à Calais la spécialité de la fantaisie et de la haute nouveauté. La jolie collection de chantilly, spanish et autres genres, sous forme de grandes laizes, fichus, mantilles et confections que ces fabricants du Nord ont envoyée à l’Exposition est là pour nous détromper.
- L’ensemble des produits de Caudry, qui s’étend sur une longueur de 38 à 40 mètres environ, sans atteindre l’importance et la variété de la série des
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- produits calaisiens, plus étendue d’ailleurs, et par conséquent plus fournie, s’en rapproche tellement, dans certains genres, qu’un œil exercé peut seul en faire la diflérence.
- Trente fabricants de tulle composent cette exposition collective; ce sont, par ordre alphabétique : MM. Beauvillain-Fontaine; — Bodhuin frères; — A. Bracq-Toiïlin et Cie; — J. Bracq-Garpentier ; — N. Bracq-Mairesse ; —J.-B. Bricourt fils ; — A. Carpentier et Cie; — les fils de Carpentier-Fontaine; — J.-B. Collery-Leclercq ; — II. Davaine ; — J. Fontaine ;
- — Gabet-Bricourt ; — E. Guenne ;— E. Hallette et Cie;— Henninot-Henninot; —P. Jacquemin-Tof-flin; — A. Jovenin; — Z. Lefebvre-Ziller ; — E. Le-grand-Bricout; — Legrand frères et Cie; — D. Messager- Bauchard;—N. Oblin-Wasson ; —• G. Playez;
- — A. Plezfils; — Plez et sœur; — Plez-Postry; — Poret fils et Lemaire; — A.-J. Postrv-Payen; — A. et H. Rey; — H. Tilmant, — et J. Tofïlin et Cie.
- Quelques renseignements sur la fabrication de Caudry intéresseront, croyons-nous, nos lecteurs.
- C’est vers 1820 que les premiers métiers à tulle ont fait leur apparition dans cette ville ; il ne servaient alors qu’à faire le tulle uni.
- Jusqu’en 18AO, ces métiers furent peu nombreux; mais, à partir de cette date, la fabrication augmenta sensiblement jusqu’en 1860, époque où les. traités de commerce, en permettant l’introduction en France de quelques articles de nouveauté, arrêtèrent net l’essor que prenait l’industrie de Caudry.
- Une statistique dressée alors mentionne que le nombre des métiers à tulle uni fonctionnant vingt-quatre heures par jour était en France de 817, dont 3A3 à Caudry; en 186A, il n’était plus en France que de A70, et, en novembre 1867, ce nombre était ramené à 238, dont 18A pour Caudry.
- Durant cette crise, un certain nombre d’industriels de la ville se rendirent à Calais, Paris, Lyon, Bruxelles et Nottingham pour étudier la fabrication de ces divers centres; ils en rapportèrent des idées nouvelles qu’ils s’empressèrent de mettre en pratique, montèrent les premier métiers Leavers pour la fantaisie, et, voyant que leurs essais leur donnaient des résultats favorables, ils n’hésitèrent pas à sacrifier leur vieux matériel et à le remplacer par des métiers neufs.
- A partir de 1875, l’industrie tullière de Caudry entra dans une période extraordinaire de développement. Cela dura dix ans. Pendant ce temps, la
- population fut doublée, les fortunes particulières s’accrurent sensiblement et la population ouvrière vécut dans une plus grande aisance.
- En 1870, on comptait dans la ville 200 métiers bobins pour les tulles unis, et A0 leavers pour les articles de fantaisie ; il n’y avait encore aucun métier bobinot pour la fabrication des rideaux. En 1875, il n’y avait plus que 175 métiers à tulle uni, les métiers à tulle fantaisie atteignaient le chiffre de 75, et l’on commençait à monter quelques métiers bobinots.
- En 1880, par suite de ventes de matériel et de mises au rebut, le nombre des métiers bobins pour tulle uni se trouvait réduit à 100, les leavers s’élevaient à plus de 200, et l’on comptait une quinzaine de métiers bobinots. Voici maintenant quel a été, dans ces dernières années, le recensement fait à Caudry par l’administration des contributions directes :
- ANNÉES. MÉTIERS bobins. MÉTIERS leavers. MÉTIERS bobinots.
- — — — —
- 1886.... 87 326 21
- 1887.... 96 3Zi2 28
- 1888.... 109 319 28
- 1889..., 97 298 31
- La diminution, pour 1889, résulte de grands incendies qui sont survenus à Caudry depuis novembre 1888.
- En temps ordinaire, lorsque tous les métiers fonctionnent régulièrement, ils peuvent produire annuellement une quantité de tulle dont la valeur, au prix actuel de la marchandise, représente une somme de plus de 20 millions.
- Cette industrie a en outre amené l’établissement dans la ville de Caudry de quatre importantes maisons cl’apprêt, où les tulles reçoivent leur dernière façon avant d’être définitivement livrés au commerce : ces maisons travaillent sans cesse et font un chiffre énorme d’affaires par an. Plus de 5,000 personnes, fabricants, dessinateurs, contremaîtres, employés, apprêteurs-teinturiers, ouvriers de toutes sortes et leurs familles, sont employées au travail du tulle; sur le reste de la population, 2,500 personnes environ, 2,000 au moins, s’occupent de petits commerces qui en relèvent plus ou moins directement.
- Enfin le tulle fournit encore du travail aux habitants des villages environnants, qui viennent chercher en fabrique les pièces dont ils veulent faire le découpage chez eux : 3,000 personnes environ, étrangères à Caudry, se livrent à cette occupation.
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- Nous rattacherons au groupe collectif de Caudry les expositions de deux habitants du Nord qui figurent dans la classe des tissus de coton : celles de MM. Louis Tofflin et Cie, de Caudry, et de MM. Pariot et Ray, de Lille. La première maison, qui possède des ateliers spéciaux de blanchisserie et d’apprêt, nous montre une jolie collection de rideaux haute nouveauté, guipures pour ameublements, vitrages, couvre-lits, édredons, etc.; la seconde expose quelques rideaux guipure et une série de tulles unis en bandes et en laizes.
- FABRICANTS DE TULLES DE LYON.
- Cinq maisons font partie de l’exposition collective de l’industrie lyonnaise, ce sont :
- MM. Dognin et Cie; — J. Laval et F. Tronel ; — H. Marion et A. Collon ; — J. Marion aîné et fils ; — Joseph Micoud et Jules Rigollier. En dehors de cette collectivité figure une maison de Paris dont l’usine est à Lyon : Geay et Joanny-Guillement.
- MM. Dognin et Gie, maison fondée en 1805, possédant aussi une fabrique à Calais-Saint-Pierre, des succursales de vente à Paris, Lyon et Londres, et un atelier de broderie à Condrieu (Rhône), exposent des tulles de soie unis de toute beauté et quelques dentelles brodées à la main d’une facture irréprochable.
- MM. J. Laval et F. Tronel, qui possèdent une usine mécanique et hydraulique à Nantua (Ain), et des ateliers d’apprêt à Fontaine-sur-Saône (Rhône), nous montrent quelques beaux tulles fantaisie pour robes de bal en imitation de malines et des chenillés pour voilettes.
- MM. H. Marion et A. Collon, qui ont une maison de vente à Paris, ont surtout envoyé des châles, fichus et écharpes en tulle de soie, laine et laine et soie.
- MM. J. Marion aîné et fils, maison fondée en 181 A, et qui a des succursales à Paris et Londres, a une riche collection de tulles genres alençon, chantilly, malines, armures, illusion, bobin, brussels, net, tulles pour voilettes, tricotine métal or, argent et acier; dentelles spanish, etc.
- MM. Joseph Micoud et Jules Rigollier (ancienne maison Lelarge, fondée en 1850) nous montrent de jolies nouveautés en blonde espagnole et chantilly, sous forme de fichus, écharpes, mantilles, robes, etc.
- Enfin, l’exposition de MM. C. Geay et Joanny-
- Guillement se compose d’une jolie série de tulles de soie fantaisie parmi lesquels il y a à remarquer un volant noir de grande hauteur et une robe blanche en application sur tulle du meilleur goût.
- TULLES DE BELGIQUE.
- Le premier métier à tulle fut établi à Bruxelles en 1801 ; il y en eut ensuite à Termonde en 1817, à Gand en 18130, etc.; mais cette industrie ne prit réellement pied dans le pays que lorsqu’en 183A un sieur Washer établit à Bruxelles huit métiers dans le but de faire du tulle uni à double et triple torsion, pour y coudre les fleurs au fuseau de l’application de Bruxelles. En quelques années, ce fabricant réussit à surpasser les produits anglais, et, depuis ce temps, ce tulle a remplacé l’ancien fond fait à la main, dont le prix était fort élevé.
- Aujourd’hui, la Belgique a la spécialité de deux genres de tulles unis blancs, pour fonds de dentelles : le tulle de Bruxelles à la maille hexagonale, et le tulle de Malines à la maille plus ronde. Le premier est de beaucoup plus solide que le second.
- TULLES D’ANGLETERRE.
- Comme nous l’avons déjà dit, le grand centre de la production anglaise, c’est Nottingham. Cependant cette ville a perdu beaucoup de son prestige. Elle possédait, d’après la statistique publiée à l’occasion de l’Exposition de 1862, 2,AA8 métiers; or en 1868, s’il faut en croire des documents fournis par la Chambre de commerce de cette ville, il n’y avait plus que 1.800 métiers fabriquant des articles de soie et de coton. Aujourd’hui ce chiffre doit encore être diminué, car il a été, dans ces dernières années, expédié sur Saint-Quentin et Caudry une quantité de vieux métiers qui sont actuellement employés en France pour la fabrication des tulles communs en coton : ces machines n’ont pas été remplacées.
- Aussi les exposants ne sont-ils pas nombreux. Nous n’en trouvons que deux de cette ville : MM. Wiliam Lockwood, et Whites et Bâtes.
- L’origine de la fabrication du tulle à Nottingham date de l’installation de James Heathcoat dans cette ville, ainsi que nous l’avons rapporté en retraçant l’histoire de cette industrie. Heathcoat commença par faire des bandes de tulle à peine larges de trois centimètres, ensuite il en fit qui en avaient quatre-vingts.
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- Ces premières machines exigeaient soixante mouvements pour faire une maille (ce qu’on obtient aujourd’hui avec douze); elles produisaient 1,000 mailles en une minute (résultat qui semblait alors merveilleux, les fuseaux n’en faisaient que cinq ou six dans le même temps), tandis qu’aujourd’hui on peut arriver à 30,000 et plus. En 1811, des ouvriers, surexcités par la société les Lucidités, entrèrent dans sa manufacture et y détruisirent vingt-sept machines, d’une valeur de 8,000 livres. Ce fut alors qu’il transporta son industrie à Tiverton, dans le Devon1. Il représenta cette ville à la Chambre des communes de 1834 à 1859. En 18*23, lorsque son brevet tomba dans le domaine public, chacun à Nottingham voulut faire du tulle; des artisans mirent leurs capitaux en commun pour acheter une machine; des clergymen, des hommes de loi, des médecins les imitèrent. A la suite de la baisse du tulle qui résulta de la surproduction, des désastres eurent lieu, plusieurs des manufacturiers devinrent fous ou se suicidèrent; mais l’industrie du tulle était pour jamais fixée à Nottingham.
- CHAPITRE XI
- Les broderies et les passementeries.
- On fabrique généralement en France quatre sortes de broderies : 1° la broderie de toilette ou broderie blanche, comprenant la lingerie, les rideaux, etc.; — 2° la broderie de fantaisie, comprenant les objets de couleur et sur étoffes, tels que châles, robes, bourses, sacs, etc.; — 3° la broderie or ou argent pour costumes religieux, civils et militaires, emblèmes, étoffes d’ameublement, etc.; — 4° la broderie en laine ou soie sur canevas ou tapisserie à l’aiguille.
- La broderie blanche s’exécute sur divers points de la France, et se fait sur mousseline, jaconas, batiste ou tulle. Elle peut se diviser en quatre classes : la
- 1. Miss Bury Palliser, Ilistory of lace. — Ferguson fils, Histoire du tulle et des dentelles mécaniques en Angleterre, etc.
- broderie commune et la broderie courante, dont s’occupent surtout les fabricants de Saint-Quentin; la broderie fine, que l’on produit dans les Vosges et dans la Meurthe; et la broderie d’ameublement, dont Alençon et Tarare sont les deux principaux centres de fabrication. On fait aussi un peu de broderie blanche à Paris, mais ici les principales maisons n’emploient qu’un petit nombre d’ouvrières pour opérer les raccords et broder les chiffres et les armoiries : elles font tailler leurs tissus et imprimer le dessin sur l’étoffe à Paris même; mais elles envoient les pièces ainsi préparées dans les départements, où des entrepreneurs les délivrent aux ouvrières et se chargent d’en surveiller l’exécution. La broderie terminée est ensuite réexpédiée à Paris où elle subit en dernier lieu les opérations du blanchissage et du reprisage pour les petits défauts. — La broderie de fantaisie a, au contraire, son siège principal à Paris. Le travail se fait ici par l’intermédiaire d’entrepreneuses qui sont propriétaires de leurs dessins : celles-ci visitent les fabricants de châles, les grands magasins de nouveautés et de confections, pour leur offrir des modèles. Lorsque le négociant a fixé son choix, il remet à l’entrepreneuse une certaine quantité de châles et de pièces d’étoffes, et celle-ci, moyennant un prix déterminé, se charge de tout le travail et de la fourniture des soies, des perles et autres matières qui lui sont nécessaires. Elle commence par faire poncer sur l’étoffe le dessin en une ou même en plusieurs couleurs (si la broderie doit être nuancée), puis elle livre la pièce soit aux ouvrières qu’elle emploie dans son atelier, soit à des sous-entrepreneurs qui font travailler des ouvrières en chambre : dans ce dernier cas, elle fournit les soies qu’elle donne en compte, au poids. En dehors de Paris, les principaux centres de fabrication sont ; Lyon, Nancy, Ëpinal, Toul, Mirecourt, Lunéville, Plombières, Fon-tenay-le-Château, Lorquin, Darney, Saint-Mihiel, Vau-couleurs, Neufchâteau, Saint-Dié, Alençon, Tarare, Caen, Le Puy, Lille, Cambrai et Saint-Quentin. — La broderie d*or ou d'argent se fait surtout à Paris; elle s’est relevée depuis le commencement du siècle : les grandes cérémonies publiques ont en effet remis en honneur les broderies des costumes d’apparat, et les églises, décorées plus somptueusement, ont aussi recherché des vêtements plus brillants. Toutefois, dans cette division de la broderie, la production est forcément très restreinte et bornée à un petit nombre de consommateurs. Mais c’est là aussi que le sentiment archéologique et l’art de la broderie ont pu
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- se produire avec plus d’éclat. Les plus beaux spécimens des broderies anciennes ont rehaussé souvent par la comparaison le mérite des productions modernes. L’alliance de soies de couleurs mélangées aux heureux effets de l’or et de l’argent a aujourd’hui enfanté des produits qui approchent du mérite artistique de ces broderies d’autrefois.
- Quant à la passementerie, l’usage a consacré les cinq divisions suivantes : passementerie nouveauté, d’ameublement, militaire, pour voitures et livrées, pour vêtements d’hommes. —La passementerie nouveauté se fabriquesurtoutàParis, Lyon, Saint-Étienne et Saint-Chamond ; elle comprend les ganses, cordons, tresses, galons, agréments au métier, au cousu, au crochet, boutons à l’aiguille noirs ou couleurs pour robes ou vêtements de dames ; nous en avons déjà dit quelques mots en étudiant la section des tissus de soie. La France, en ce genre, tient un rang fort élevé comme tous les produits qui ne doivent leur écoulement qu’au bon goût qui a présidé à leur confection, et ses moindres modèles sont copiés à l’étranger. — La passementerie d’ameublement constitue une branche moins importante : nous vendons plus cher, mais nous fabriquons souvent mieux que l’étranger, particulièrement pour nos modèles des styles Louis XIV, Louis XV et Louis XVI. — La passementerie militaire tourne trop chez nous à la passementerie nouveauté, nous recherchons trop l’élégance et la légèreté, et nous sommes, sous ce rapport, inférieurs aux autres nations. — Nous sommes bien placés dans la passementerie pour voitures. — Enfin la mode a proscrit depuis longtemps chez nous la passementerie pour vêlements d'hommes, et l’usage du brandebourg et du galon chamarré est depuis longtemps abandonné en France. —En dehors des villes que nous avons désignées, les principaux centres pour la passementerie sont Beauvais, Amiens, Saint-Quentin, Loudun, Toulouse, Caen, Nîmes, Tours, Nantes et Clermont.
- Les métiers dont les passementiers font maintenant usage sont variés dans leur forme et leur destination : ceux que l’on peut considérer comme classiques sont la haute lisse, la basse lisse, le jacquart, le métier à la barre et le métier Donzé ; puis, dans un autre ordre de fabrication, le métier à fuseaux tournants, le métier à franges et le crochet. Sur les cinq premiers il s’opère un véritable tissage avec chaîne et trame, sur les autres ce n’est plus qu’un entrelacement de fils. Les métiers à haute et basse lisse
- employés par les anciens tissutiers ont longtemps servi seuls à la fabrication. Le jacquart, adopté par les passementiers lyonnais dès son origine, ne fut employé dans la passementerie parisienne que vers 1835 : il remplaçait la haute lisse et constituait une importante innovation. Ce fut également en 1835 que s’introduisit à Paris le métier à la barre dont les rubaniers de Saint-Étienne et de Saint-Chamond se servaient pour leur fabrication depuis 1750. Peu de temps après, le système jacquart fut appliqué aux métiers à la barre pour la passementerie façonnée. L’année 1835 peut donc être regardée comme le point de départ du développement de la nouveauté dans la passementerie et de l’article pour ameublement. On n’employa plus dès lors que le coton recouvert de soie au lieu du fil qu’on recouvrait de la même façon, et, au lieu de la frange tout en soie qui datait du règne de Louis XIV, on fabriqua la frange retorse soie âme coton (frange guipure). Quant au métier Donzé, il sert principalement à faire les articles en perles, il se combine du travail à la main et du travail fort simple de deux pédales. Sur les métiers au crochet on fait la passementerie en cordons de soie qui a été inaugurée en 1855.
- Mais si les objets fabriqués avec les engins que nous venons d’indiquer sont considérables, ceux qui sont faits à l’établi le sont bien plus encore. On appelle ouvrages à l’établi tous ceux qu’on exécute à la main, et qui appartenaient autrefois exclusivement aux passementiers-boutonniers : c’est l’une des parties les plus gracieuses de cette industrie ; elle varie à tout moment ses dispositions pour satisfaire au besoin de changement et aux mille caprices de la mode. Une grande partie des travaux de ce genre sont surtout l’œuvre de femmes et d’enfants qui y trouvent une rémunération suffisante pour mener une existence indépendante.
- Parmi les villes que nous avons citées plus haut, quelques-unes se sont créé des spécialités : Tours fait plutôt l’article pour ameublement et les écharpes pour le clergé ; Beauvais fabrique la passementerie militaire et les articles de nouveauté pour meubles, etc.
- Quant à la confection des boutons, elle est une des branches principales de l’industrie parisienne. C’est de 1820 à 1821 que l’on fit à Paris les premiers boutons pour habits en cordonnet de soie uni; vers 1828, on y commença la fabrication des boutons de cordonnet à dessins sur un métier à la jacquart faisant douze rangées de tissu à la fois ; en 1831, on
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- parvint à imiter les boutons en tôle de fer recouverts d’un tissu de soie ou de laine, que les Anglais nous vendaient fort cher depuis 1828. Le bouton à l’aiguille, façonné, pour femmes, fait aussi l’objet d’une fabrication très active. Enfin, on vend à Paris beaucoup de boutons brodés à la main sur un moule et fabriqués aux environs de Chantilly, dans des ateliers appartenant à des passementiers parisiens : le travail de ces boutons se fait généralement à la main, mais pour les fonds de quelques-uns on emploie la machine dite peloteuse.
- En dehors de l’industrie du bouton, la passementerie parisienne en tous genres a une égale importance. Les passementiers de Paris font exécuter leurs travaux par des chefs d’atelier ou des façonniers qui travaillent en autant de genres qu’ils ont de métiers spéciaux. Ces façonniers, à qui le fabricant fournit presque toutes les matières premières, sont par conséquent payés à la pièce et pour la façon seulement.
- Les broderies.
- Ce furent Paris et Lyon qui longtemps en France eurent le monopole de l’industrie de la broderie. Cette fabrication devait avoir une certaine importance dans ces cités, puisqu’il y existait, à ce que rapporte Duhamel de Monceau, une confrérie de « brodeurs, découpeurs, égratigneurs, chasubliers », sous l’invocation de saint Clair. Le corps des brodeurs fut réuni en communauté par Étienne Boileau, prévôt de Paris, et leurs statuts furent révisés en 1648. Ces statuts présentaient alors des particularités fort bizarres; l’un des articles, par exemple, donnait droit aux brodeurs du roi de faire enlever chez les maîtres, par des hoquetons, les ouvrières qui leur convenaient. Au moment de la réorganisation des jurandes, en 1776, les brodeurs furent incorporés aux passementiers-boutonniers*
- On peut dire qu’au moyen âge, la broderie était un art dans toute l’acception du mot : le brodeur créait le dessin à mesure qu’il exécutait son travail, et improvisait ainsi des chefs-d’œuvre à l’aide de son aiguille, comme le miniaturiste avec son pinceau. La broderie, à cette époque, était réservée pour les ornements d’église; plus tard, les princes du sang eurent la permission d’en porter, et sous Philippe le Bel elle supplanta les fourrures. Ce ne fut qu’en 1550 que les simples particuliers furent autorisés à en porter sur leurs vêtements et que ce genre de
- travail tomba dans le domaine de l’industrie. Sous Charles IX et Henri III, les costumes étaient brodés à ce point qu’ils en étaient « tout roides », selon l’expression du temps.
- Au xvie et au xvne siècle, l’or et l’argent jouaient encore un très grand rôle dans les ornements des vêtements. La profusion en devint telle sous Henri IV et Louis XIII, qu’en 1601 et 1613, le port en fut interdit. Peu de temps après, on étendit la même défense à la broderie de fil de lin ; mais ces rigueurs maintes fois renouvelées, pendant la plus grande partie du règne de Louis XIV, entravèrent tout simplement l’industrie des brodeurs, mais n’apportèrent, en réalité, aucune entrave au luxe de l’époque.
- Ce fut sous Louis XV que cette industrie prit le plus d’essor. On citait alors comme les plus remarquables les broderies de Marseille sur batiste et mousseline, les broderies en chaînette de Vendôme, et les broderies de soie d’or ou d’argent de Lyon. Ce ne fut qu’en 1785 que la ville de Saint-Quentin, l’une de celles où l’industrie de la broderie blanche est aujourd’hui des plus répandues, commença à broder en blanc sur mousseline et tarlatane, aux lieu et place de la Saxe, qui, jusque-là, avait eu pour ainsi dire le monopole de cetle branche spéciale.
- Le centre de la fabrication le plus important fut cependant Nancy. La broderie blanche, qui jusque-là s’était faite au passé et sur la main, commença à s’y exécuter sur le tambour, métier spécial apporté de Chine en Europe vers 1750. On citait encore à cette époque les villes de Saint-Nicolas (Meurthe) pour ses filets brodés destinés à garnir les ornements d’église, et de Ligny (Meuse) pour ses manchettes brodées sur étoffes de fil et de coton. En 1801, l’industrie de la broderie disparut complètement de Nancy. On raconte qu’elle y réapparut un instant de 1809 à 1814. Il y avait, à cette époque, beaucoup de prisonniers de guerre en Lorraine ; plusieurs, par désœuvrement ou pour améliorer leur sort, se mirent à broder au métier des bandes et des entre-deux, et la maison Balbâtreaîné occupa, entre autres, quatre-vingts officiers espagnols qui surpassaient en habileté les meilleures ouvrières. Ce ne fut qu’en 1830 que Nancy reprit dans cette industrie le rang qu’elle y occupe encore aujourd’hui, et cette réintroduction dans les Vosges d’une industrie qui y dépérissait fut due à la concurrence de la Suisse.
- Quelques années auparavant, en effet, la consom-
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- mation française de l’Est ayant augmenté, quelques fabricants suisses, qui jusque-là ne s’occupaient que de la fabrication d’articles d’ameublement brodés au crochet et au passé, voulurent fournir aux nouvelles demandes.
- L’industrie de la broderie blanche fine s’établit alors sur une grande échelle dans le canton d’Ap-penzell; une main-d’œuvre à meilleur marché amena la production d’articles à des prix très avantageux, la ville de Paris devint le principal client de la Suisse, et, bien que la broderie étrangère fût prohibée en France, réussit à y envoyer couramment des dessins qui revenaient ensuite à l’état de broderies sur les marchés français. Sur les plaintes de nos négociants, une surveillance plus active fut organisée à la frontière suisse; mais l’on vit alors les fabricants de Saint-Gall se liguer contre la douane, et, moyennant une prime de 5 à 10 pour 100, créer une association de contrebandiers dite ligue des passeurs, pour introduire chez nous les articles de leur pays.
- Ce fut alors qu’un certain nombre de personnes tentèrent de réintroduire dans les Vosges l’industrie autrefois si florissante de la broderie blanche. On doit citer parmi elles Mme Chancerel, qui établit à Ghamberg, dans les Vosges, une manufacture spéciale dans laquelle elle donna à de jeunes paysannes l’instruction et l’éducation nécessaires, les logeant et les nourrissant sous condition expresse qu’elles apprissent à broder au métier ; les broderies de Chamberg commencèrent d’abord par concurrencer sérieusement les broderies suisses, et finalement elles leur furent préférées. Dès ce moment, les Vosges acquirent une importance exceptionnelle dans la fabrication de la broderie, et cette importance fut encore augmentée par l’initiative d’un grand nombre de maisons de Paris et de Nancy qui se mirent en rapport avec des entrepreneurs pour propager la broderie au métier dans les villages des Vosges limitrophes de la Franche-Comté.
- Voici quel a été dans ces dix dernières années le mouvement des échanges entre la France et l’étranger pour ce qui concerne la broderie sur tissus de coton, la seule relevée par la douane (Voir le tableau, page 31 A).
- FABRICANTS DE BRODERIES DE PARIS.
- Nous avons ici seize exposants : MM. Alfred-Ch. Ancelot, — Aylé-Idoux et Cie; — Myrtille Beer, —
- Blazy frères ; — Max-Clair Leproust ; — Crouvezier et fils; — Pierre Douairet; — Eug. Dumont; — Emile Henry; — Francis Lemperière; — Ch. Le Bel Delalande; — Ponteau;— E. Fichet et Cie; — Poiret frères et neveu; — Reichenbach et Cie; — Léon Rocheron ; — Mme Louise Schmidt.
- M. Alfred-Ch. Ancelot, maison importante qui a des succursales de vente à Calais et Lyon, et une fabrique à Levallois-Perret, nous montre une riche collection de broderies haute nouveauté sur tulle et soie pour robes et vêtements de dames.
- MM. Aylé-Idoux et Cie exposent une belle collection de broderies mécaniques, notamment de bandes et entre-deux : ces importants fabricants ont des succursales à Sarcelles (Seine-et-Oise) et à Appenzell et Saint-Gall, en Suisse.
- M. Myrtille Beer est un fabricant d’ornements d’église de premier ordre. La pièce principale de leur vitrine est une chasuble artistique style xve siècle, forme romaine, dont le fond, les ornements et les personnages ont été entièrement brodés au point, et qui a demandé 1,185 journées de travail. Elle est accompagnée d’autres chasubles forme française et forme espagnole, d’une exécution remarquable.
- MM. Blazy frères, que nous avons déjà mentionnés à propos des fils de laine, exposent des tapisseries de style à l’aiguille sur canevas, drap, satin, étamine, ouvrages de dames, etc. Parmi les tapisseries à l’aiguille sur canevas, les pièces principales représentent le Sommeil de l'Amour, d’après L. Perrault, et les Baigneuses provençales, d’après Joseph Vernet; leur dimension a exigé certainement un travail considérable. A mentionner encore une feuille de paravent style Louis XIII, une chasuble ancienne reconstituée, la fraction d’une carpette style oriental brodée à l’aiguille en laine canadienne, etc.
- M. Max-Clair Leproust, importante maison dont l’usine est à Crépy-en-Valois (Oise), nous fait voir des broderies pour ameublements, rideaux, portières, panneaux, tapis, coussins, écrans, etc.
- MM. Crouvezier et fils nous montrent une belle collection de mouchoirs brodés et à jour, draps et taies d’oreillers brodés, dessus de lits brodés, etc. Cette maison, fondée en 180A, est l’une des plus réputées pour les broderies fines à la main, et elle a obtenu les meilleures récompenses à nombre d’expositions.
- M. Pierre Douairet expose des mouchoirs brodés qu’il appelle mouchoirs échelles, à dessins extrême-
- Supplément a l’Industrie textile du 15 Juin.
- 40e Fascicule.
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- TABLEAU COMPARATIF DES IMPORTATIONS DE BRODERIES DE COTON A LA MAIN, DE 1877 a 1886 •
- PROVENANCE. 1877. 1878. 1879. 1880. 1881. 1882. 1883. 1884. 1885. 1886.
- fr. fr. fr. fr. kil. kil. kil. kil. kil. kil.
- Allemagne 48.985 81.147 57.300 92.845 655 16.385 20.158 14.183 9.864 4.652
- Angleterre M.H4 29.736 44.206 52.655 280 521 674 826 1.538 2.734
- Suisse 4.893.107 5.313.073 5.264.126 6.594.574 3.496 67.342 153.141 129.727 133.239 120.470
- Autres pays. . . 31.491 50.208 18.646 12.249 59 430 718 1.101 919 1.459
- Totaux 5.017.697 5.474.164 5.384.258 6.752.323 4.490 84 678 174.691 145.837 145.560 129.315
- Valeurs » » )) » 269.400 8.810.510 8.559.859 7.204.348 6.768.540 5.301.970
- ' TABLEAU COMPARATIF DES EXPORTATIONS DE BRODERIES DE COTON A LA MAIN, DE 1877 A 1886
- DESTINATION. 1877. 1878. 1879. 1880. 1881. 1882. 1883. 1884. 1885. 1886.
- fr. fr. fr. fr. kil. kil. kil. kil. kil. kil.
- Angleterre 140.522 55.053 124.202 183.363 299.603 6.483 2.833 5.339 3.446 3.392
- Espagne 7.490 70.598 286.015 7.740 1.570 335 338 800 515 635
- États-Unis (0. atl.) 10 650 3.450 40.340 24.705 34.645 20.390 14.927 7.628 28.202 6.663
- Autres pays 273.972 218.016 204.224 216.645 238 921 13.672 17.571 30.869 18.196 6.672
- Totaux 432.634 347.117 655.781 432.453 574.739 40.880 35.669 44.636 51.079 17.362
- Valeurs » )) )) )) )) 3.066.000 2.675.175 3.570.880 3.830.925 1.241.383
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- ment originaux; l’une des pièces exposées a été acquise par Mme Carnot.
- M. Eug. Dumont, dont la fabrique est à Poussav (Vosges), s’est spécialisé dans la guipure d’art et le point de Venise : la pièce principale est un service de table moyen âge fait en ce point, et de toute beauté; quelques draps bordure guipure et des dessous de lampe complètent l’exposition.
- M. Émile Henry, maison fondée en 1800, a deux vitrines : — l’une spéciale aux ornements d’église et aux tapisseries pour ameublement dans laquelle nous relevons de jolis spécimens de tapisseries aupetitpoint, au point de Hongrie, ombrés Louis XIV pour tentures et sièges, broderies au passé, en chenille, rococo et au tambour, sur damas, avec passements, broderies d’or et parfdages, reproduction de broderies vénitiennes sur toile et sur étamine, copie authentique de broderies italiennes du xvie siècle, reproduction de guipures antiques en point de Venise, broderies Renaissance, etc.; — l’autre, consacrée spécialement à des ouvrages d’art à l’aiguille, dans laquelle nous relevons: un panneau des Gobelins, d’après Boucher, entièrement exécuté au petit point ; Flore à son lever, d’après Nallier, et Marie-Antoinette, de Narbonne Pelé, à l’aiguille.
- M. François Lampenière est l’un de nos meilleurs brodeurs haute nouveauté pour robes et confections ; il expose entre autres un manteau de cour en damas soie rouge brodé or, fabriqué spécialement pour une maison anglaise, et dont la facture et le cachet sont de tous points remarquables.
- M. Gh. Le Bel Delalande a dans sa vitrine de fort belles tapisseries sur canevas, sur chaises gothiques et fauteuils Renaissance, et des ouvrages de dames en broderies artistiques fort coquets : il y a lieu, entre autres, de mentionner un paravent brodé en velours cramoisi, de toute beauté.
- MM. Pontèau, E. Fichet et Cie exposent des broderies haute nouveauté pour manteaux de cour, robes de ville, robes de bal, confections, garnitures, etc.
- MM. Poiret frères et neveu ont l’une des plus belles vitrines de la classe en tapisserie sur canevas à la main pour meubles en petit point; il y a entre autres un meuble de salon complet Louis XVI de dessin inédit et des mieux réussis, un fauteuil gothique, une chaise Marie-Antoinette, quelques pièces style Renaissance et un panneau Henri II représentant une AImèe, d’après le tableau de Sichel, dont la facture ne laisse rien à désirer.
- MM. Reichenbach et Cie, qui possèdent des fabriques à Saint-Gall, Saint-Quentin, Grenoble et Argen-teuil, nous font voir de belles broderies fantaisie pour robes, cravates, bandes et entre-deux.
- M. Léon Rocheron expose de fort belles broderies à la main sur tentures de soie et rideaux de tulle uni.
- Enfin Mme Louise Schmidt expose de magnifiques broderies artistiques pour robes de ville et robes de bal, voilettes brodées, chenillées et perlées.
- AUTRES FABRICANTS DE BRODERIES DE FRANCE.
- Il nous reste à mentionner les expositions de MM. A. Bazin et F. Frenzer; — Delaunay-Foucault et Cie; — tousdeux d’Angers; — Deschamps-Hain, de Fontenav-le-Château (Vosges); Bonnassieux-Guidot, de Tarare ; — Godart fils, de Lyon; — L. Benjamen, de Nancy ; — L. Gorsse, de Gordes (Tarn) ; — Félicien Mauguière, de Fontenois-la-Ville (Haute-Saône) ; — A. Rousseaux et Mme Désiré Janssens, de Thaon (Vosges), — et M. Albert Trêves fils, de Saint-Quentin.
- MM. A. Bazin et F. Frenzer, d’Angers, dont la fabrique est à Saint-Pierre-de-Chemitte, nous montrent quelques belles broderies sur robes en coton et en soie.
- MM. Delaunay-Foucault et Ci0, d’Angers, exposent quelques châles du pays, bandes et bonnets brodés à la mécanique.
- MM. Deschamps-Hain, de Fontenay-le-Château, se sont spécialisés dans les chiffres pour trousseaux et armoiries en broderies de luxe à la main et au métier.
- MM. Bonnassieux-Guidot, de Tarare, et Godart fils, de Lyon, exposent des broderies nouveauté pour robes et modes.
- M. L. Benjamen, de Nancy, maison qui possède une succursale à Rosière, aux Salines, expose de la broderie à la main sur lingerie : mouchoirs, chemises et pantalons de femmes, collerettes, etc.
- M. Gorsse, de Gordes, expose des spécimens de broderies mécaniques sur lingerie : jupons, bas de robes, collerettes, mouchoirs, entre-deux, etc.
- M. Félicien Mauguière ne nous montre qu’une seule pièce, mais excellemment réussie : un rideau en guipure d’art avec filet brodé en fil de lin.
- M. A. Rousseau et Mme Désiré Janssens, de Thaon, ont une belle collection de broderies blanches mi-
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- fines et fines, initiales blanc et couleur, draps, mouchoirs, etc.; quelques imitations de broderies grecques et romaines sont assez bien réussies.
- M. Albert Trêves fils, de Saint-Quentin, expose des broderies blanches à la mécanique sur nansouk, mousseline, percale, taies d’oreiller, mouchoirs de Cambrai et de Cholet, et quelques broderies sur cachemire pour vêtements de dames.
- BRODERIES DE LA SUISSE.
- La fabrication de la broderie en Suisse, dont nous avons retracé l’origine dans notre historique, et qui, dès le début, se pratiquait entièrement à la main, est aujourd’hui l’une des industries mécaniques les plus importantes de ce pays. Elle n’y a pris cependant un très grand développement sous cette forme qu’à une date relativement récente. D’après des renseignements puisés à bonne source, le nombre de métiers, en 1867, ne dépassait pas 700 ; en 1872, époque où on les relève officiellement pour la première fois, on en recense 6,384, ce qui accuse, comme on le voit, un accroissement considérable ; en 1876, le nombre en atteignait presque 10,000 ; en 1880, il était exactement de 13,573; enfin en 1885, dernière année relevée, il est de 21,377; il est vrai que, dans ce dernier chiffre, la statistique comprend les métiers qui existent dans le Vorarlberg et la Bavière, ce qui, en réalité, ramène à 20,000 le nombre des machines en mouvement en Suisse ; mais il faut dire qu’en réalité, les métiers en activité dans le Vorarlberg, la Bavière et le Wurtemberg fonctionnent exclusivement pour le compte des industriels suisses, qui leur envoient en admission temporaire les fils nécessaires, grâce à une entente avec l’Autriche et l’Allemagne.
- Voici quels ont été les chiffres relatifs à l’exportation, la consommation et la production de la broderie suisse dans ces dernières années :
- ANNÉES. EXPORTATION. CONSOMMATION OU vente en Suisse. PRODUCTION totale.
- 1865.... à.000.000 2.000.000 6.000.000
- 1870.... 19.000.000 6.000.000 25.000.000
- 1875.... 36.000.000 9.000.000 45.000.000
- 1880.. . 53.000.000 13.000.000 66.000.000
- 1881.... 52.000.000 18.000.000 70.000.000
- 1882.... 59.000.000 13.000.000 72.000.000
- 1883,... 6Z(.000.000 16.000.000 80.000.000
- 1884... • 68.000.000 17.000.000 85.000.000
- 1885.... 81.000.000 23.513.000 105.000.000
- 1886.... 23.000.000 5.200.000 28.700.000
- Vingt-sept fabricants se sont ici réunis en exposition collective; presque tous appartiennent à la ville de Saint-Gall; les autres sont des centres de Hérisan, Frauenféld, Trogen, Gossau, Gois, Flawil, Rheineck, Oberuzwill, Saint-Margreten, Heiden et Arbon.
- Nous citerons parmi les produits exposés les plus remarquables les cachemires brodés soie pour confections d’enfants et les flanelles et mousselines brodées de MM. Adler frères, de Hérisan et Saint-Gall ; — les broderies fines en blanc, robes et crêpes, de MM. Bachtold, Diem et Lutz, de Hérisan ; — les rideaux brodés au crochet, les mouchoirs brodés à la mécanique et les broderies fines à la main sur linge de dames, draps de lit et taies d’oreiller, de MM. Blumer, Leemann et Cie, de Saint-Gall ; — les costumes brodés, de MM. Britt et Brandie, de Frauen-feld; — les vitrages de toutes longueurs brodés à la mécanique (sur métiers à navettes), de M. Grôbli, de Gossau; — les imitations de broderies Madères, de M. Jean Pfândler, de Rheineck; — les décorations brodées du pavillon de Saint-Gall, exécutées par M. Fritz Schelling, de Saint-Gall; —les robes brodées soie et coton, style Renaissance, de MM. Seiler, Preisig et Cie, de Saint-Gall ; — les broderies à la machine à fil continu (Schi/flimaschinenstickerei) de MM. Stander, Zurcher et Gie, de Saint-Gall et Arbon; — les bandes et entre-deux sans apprêt, de M. Sturzenegger, de Saint-Gall, etc., etc.
- Aujourd’hui, l’industrie de la broderie peut se diviser, en Suisse, en trois branches principales :
- 1° La fabrication du rideau, qui se fait encore généralement à la main ou au métier jacquart. Le centre de cette industrie est à Appenzell. Les ouvrières sont disséminées sur presque tout le littoral du lac de Constance, c’est-à-dire qu’il y en a dans leTyrol, en Bavière, dans le Wurtemberg, dans le grand-duché de Bade, dans le canton de Saint-Gall et de Thurgovie. Elles travaillent à domicile et rapportent à Appenzell et à Saint-Gall les rideaux en écru qui sont blanchis et apprêtés dans les établissements spéciaux de ces deux cantons. La machine à coudre joue un rôle important dans la fabrication du rideau et du store.
- 2° Vient ensuite la broderie fine sur linon ou batiste, qui continue à se fabriquer par la méthode ordinaire, sur un tambour où le tissu est tendu par une courroie. L’ouvrière, munie de son aiguille à
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- deux pointes, brode en suivant le dessin imprimé sur l’étofïe.
- 3° Enfin la brouerie à la mécanique sur jaconas et mousseline.
- « ' '. ...
- BRODERIES ANGLAISES.
- Bien que ce soit principalement Glasgow et Belfast, c’est-à-dire l’Écosse et l’Irlande, qui, dans la Grande-Bretagne, fabriquent la broderie, celle-ci n’en est pas moins toujours désignée sous le nom de broderie anglaise, parce que le commerce s’en fait principalement à Londres. C’est vers 1770 que cette fabrication a commencé en Écosse, et dix ans plus tard en Irlande. M. Aubry affirme qu’en 1801 il y avait déjà dix à douze maisons de commerce s’occupant de broderies à Glasgow, et cinq ou six à Belfast. En 1852, ce commerce s’était surtout étendu dans le sud et dans l’ouest de l’Écosse, et dans plus de la moitié des comtés de l’Irlande ; il donnait de l’occupation à plus de 250,000 femmes.
- Il y a à l’Exposition quatre maisons de Londres pour cette spécialité : M. J.-J. Cash, pour la broderie blanche à la main sur objets de lingerie, et notamment les initiales brodées ; — la Ladies Work Society, pour les broderies or et soie sur étoffes de soie, et les tapisseries à l’aiguille ; — MM. Proctor et C°, pour les broderies indiennes or sur velours; — et MM. Vicars et Poirson, pour les broderies de fantaisie à l’aiguille.
- BRODERIES BELGES.
- La broderie belge n’est guère représentée à l’Exposition que par quelques spécimens de broderie fantaisie à la main et à la machine envoyés par Mm* Alida Gœtghebeur, d’Ixelles, et M. Alovs Kock, d’Anvers.
- La broderie blanche à la main ne se fait plus en Belgique que par quelques vieilles ouvrières. Elle a été remplacée, — depuis 1882 seulement, — par la broderie à la mécanique, qui comprend aujourd’hui une cinquantaine de métiers et fournit du travail à environ 200 ouvriers et ouvrières. Cette industrie est alimentée en partie par l’Angleterre, qui envoie broder à façon dans le pays des pièces de nouveautés pour robes, qui lui sont ensuite réexpédiées en partie par l’exportation, en Australie, aux deux Amériques, etc.
- La broderie sur tulle au crochet occupe aussi un assez grand nombre d’ouvrières dans la province d’Anvers, et ses principaux centres de commerce sont Bruxelles, Anvers et Lierre : elle est appliquée depuis le mouchoir jusqu’aux rideaux et ornements d’église. Il y a un peu d’exportation en Hollande et dans l’Amérique du Nord.
- La broderie or et argent a son siège dans un certain nombre de villes : Bruxelles, Bruges, Gand, Anvers, Malines, Louvain, Namur, Saint-Nicolas. C’est surtout dans l’ornement d’église que la Belgique excelle ; chasubles, étoles, chapes, mitres, bannières, etc.
- BRODERIES ORIENTALES.
- Les broderies orientales ont un cachet tout particulier qui ne permet pas de les confondre avec les broderies d’Europe. Généralement, elles sont très riches, mais rarement elles sont belles.
- Citons, par exemple, les crêpes brodés de la Chine exposés par M. Teng-Tchio-Yung, de Canton, représentant toujours les éternelles rivières, oiseaux et pagodes que nous retrouvons dans tout ce qui touche à ce pays, arrangés sans goût et sans la moindre idée de ce que peut être la perspective : tout cela est original et peut figurer avec distinction dans le cabinet d’un amateur de curiosités, mais on n’y retrouve guère le véritable goût des pays d’Europe. Nous dirons la même chose des fuchsias brodés exposés dans la section japonaise par M. Sozayemon Nishimura, de Kioto.
- Dans la section des colonies anglaises, nous relevons cependant de jolis spécimens de velours indiens brodés or, employés pour dais de parade, parasols de dignitaires, housses d’éléphants et de chevaux, exposés par MM. Ardhésir et Biranysi, de Fort-Bombay, par la maison Bhumgara Franzu Pastorsjee, de Bombay et Madras. Mais, il faut le dire aussi, il y a un peu dans tout cela d’origine européenne. Autrefois, les Portugais avaient pour habitude d’envoyer broder leurs satins aux Indes par des indigènes d’après des dessins européens, et il est resté quelque chose de tout cela, car ces ornements en forme d’arabesques dénoncent clairement leur origine italienne du xvie siècle.
- En Turquie, une collection de broderies anciennes et modernes est exposée par MM. Ainadjoglow, Semtor, Cohen et Cie, de Constantinople.
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- LES INDUSTRIES TEXTILES
- AUTRES RRODERIES DE L’ÉTRANGER.
- Parmi les autres nations représentées pour l’industrie de la broderie, nous citerons : la Grèce, représentée par environ quarante dames du pays, qui toutes exposent des broderies or pour ornements du culte, et fantaisie pour vêtements et ameublements ; — la Serbie, qui compte près de trente exposants, qui presque tous nous montrent des costumes, parties ou accessoires de vêtements revêtus de broderies soie et or principalement : vestons, ceintures, gilets, sandales, chemises, mouchoirs, jarretières, serviettes, coussins, etc. ; — la Roumanie, dont sept exposants ont envoyé une grande variété d’articles brodés : taies d’oreiller satin et velours, couvertures d’album en velours, chemises en toile brodées soie et pailletées d’or, mouchoirs et porte-mouchoirs, tableaux en poil de chameau brodés de laine blanche et verte, etc. ; — la République de Saint-Marin, où trois dames exposent des broderies d’ameublement au crochet et en perles ;—le grand-duché de Luxembourg, où M’lle Reu-land, de Luxembourg, expose une croix brodée pour chasuble, des orfrois pour dalmatiques et chapes, écharpes de bénédiction, etc. ; — enfin toutes les contrées américaines, comme la République Argentine (draps et châles brodés) ; la Rolivie (broderies indigènes à jour, guatos de vigognes); le Chili (initiales brodées à la main); Guatemala (ouvrages de broderie sur tissus de coton); la République Dominicaine (garnitures de cheminée brodées) ; l’Équateur (broderies indiennes); le Paraguay (mouchoirs et linge du pays brodés, dessus de chaise avec initiales, etc.) ; et San-Salvador (coussins de soie brodés, drapeau de Salvador avec l’écusson brodé, etc.).
- LES PASSEMENTERIES.
- Au xvie siècle, les maîtres tissutiers-rubaniers fabriquaient les ouvrages de passementerie « à la marche, au peigne, à la tire, à la navette, à la haute et basse lisse » ; mais il y avait à Paris d’autres ouvriers qui façonnaient les mêmes passements d’or et d’argent, de soie, de laine et de filoselle « à l’aiguille, au dé, aux doigts, au crochet et aux fuseaux ». Ces ouvriers passementiers, érigés en communauté par Henri II en 1558, obtinrent d’autres statuts en 1635, et prirent le nom de « passementiers, boutonniers et enjoliveurs ». Ces statuts énumèrent longuement les ouvrages qui dépendent du métier.
- Quoique revêtus de l’approbation du lieutenant civil au Châtelet de Paris, les nouveaux statuts des passementiers ne furent confirmés qu’en 1653 par lettres patentes de Louis XIV. Ces lettres rappellent qu’en août 1636, les passementiers avaient donné un secours en argent au roi Louis XIII pendant le siège de la ville de Corbie.
- Depuis longtemps, les passements, qui étaient alors les premières dentelles à raison de la profusion qu’on en faisait dans les vêtements, étaient l’objet des rigueurs des lois somptuaires. Plusieurs fois, l’usage des passements d’or et d’argent avait été défendu; des déclarations successives avaient déterminé leur largeur, le nombre des rangs de boutons et les endroits où ces objets pouvaient être placés sur les habits des hommes et des femmes. Vers 1660, une nouvelle déclaration ordonna la suppression totale de tous passements ou autres ornements de soie sur les habits, sans distinction entre les produits des manufactures françaises et étrangères : l’industrie des passementiers eut tellement à souffrir de cette mesure qu’on fut obligé de revenir l’année suivante à des prescriptions moins sévères.
- Victimes des lois somptuaires, les passementiers ne s’en trouvaient pas moins protégés, par certains côtés, d’une façon excessive. Ainsi l’usage s’étant introduit, vers 169â, de porter, au lieu de boutons de soie, des boutons de la même étoffe que celle des habits, il fut aussitôt interdit aux tailleurs de fabriquer des boutons de drap ou de toute autre étoffe. En 1695, le roi, informé que les ouvriers en drap de soie de la ville de Lyon fabriquaient des rubans d’or et d’argent et des étoffes de soie destinés à être cousus par les tailleurs sur les moules des boutons, défendit expressément de faire et de porter toute espèce de boutons faits au métier; cette déclaration fut même renouvelée en 1736 à propos de l’invention récente des boutons en tissus de crin.
- Les boutons recouverts d’étoffe n’étaient d’ailleurs pas les seuls dont la fabrication fût prescrite au profit des passementiers. Déjà, en 1712, un arrêt du Conseil avait prohibé la fabrication des boutons de corne « qui se jetaient au moule et recevaient toute sorte d’impressions sans que la main et l’aiguille y eussent aucune part ». De là une série de procès contre les rubaniers, les merciers, les tailleurs, indépendamment des contestations que les autres attributions des passementiers occasionnaient avec les tireurs d’or, les brodeurs, et même les fourbisseurs et les fondeurs. C’est du reste dans le but d’éteindre en
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- A L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1889.
- 319
- partie ces rivalités que les passementiers, bouton-niers, crépiniers, blondiniers, faiseurs d’enjolivements, furent réunis en 1773 aux brodeurs, puis incorporés en 1784 aux tissutiers-rubaniers, pour former avec eux le cinquième des six corps de marchands de la ville de Paris, sous la dénomination de fabricants d’étoffes, tissutiers-passementiers-bro-deurs.
- Quelques années après, la Révolution vint rendre aux industries qui composaient cette corporation la liberté de leurs allures, et permettre à chacune de se développer sans crainte des saisies et de procès. Alors le travail au métier, si longtemps entravé par les réserves faites au profit des uns et les interdictions prononcées dans l’intérêt des autres, put être appliqué d’une manière générale à la plupart des articles de passementerie et vint donner une nouvelle importance à cette industrie. Ce fut alors que Saint-Etienne et Saint-Chamond commencèrent à se livrer à ce genre de fabrication.
- Avant de passer en revue les diverses vitrines qui renferment ces articles, nous donnons ci-après le relevé des importations et exportations de passementerie pour la France dans la période décennale 1877-1880. ( Voir le tableau page 320 et suivants).
- FABRICANTS DE PASSEMENTERIE DE PARIS.
- Dix-huit exposants figurent pour cette spécialité : MM. Louis Bernard fils; — Biais aîné et Gie; — Charles Chenevière ; — A. David frères ; — Achille Delcourt; — E. Dieutegard; — A. Goujon; — F. Jo-livet, F.-M. Lasvigne et Cie; — Louis Langlois; — Paul Molier; — F.-F. Neveu; — G. Pielard et Bertin-Conrads ; — Henri Richenet et Eugène Gou-lette; — Jules Roussel; — Ermans Saunier; — J. Tezenas du Montiel; — Vaugeois et Binot; — et Vve Camille Weber et fils.
- M. Louis Bernard fils, dont la fabrique est à Saint-Étienne, expose des galons brochés pour dames, des galons pour tailleurs, et quelques spécimens de tresses, lacets et ganses fantaisie.
- MM. Biais aîné et Cie, maison fondée en 1782, se sont spécialisés dans les ornements d’église. Ils exposent d’abord une chasuble, chape et étole pastorale, brodées en or fin à double face ; une chasuble serin moyen âge en satin cramoisi avec personnages brodés à l’aiguille; une mitre de même style et mêmes broderies ; une mitre romaine brodée couchure or fin
- en relief, et une étole pastorale drap or, brodée or avec rehauts de couleur. Cette maison a toujours obtenu les premières récompenses à toutes les expositions.
- M. Charles Chenevière a de beaux spécimens en passementerie d’ameublement de divers styles en soie, laine et coton, et de passementerie pour voitures et wagons.
- MM. A. David frères nous font voir quelques spécimens de passementeries cousues pour dames.
- MM. E. Dieutegard se sont spécialisés dans la passementerie en perles noires; la pièce principale, représentant le chiffre de la maison brodé en noir sur fond vert clair, ne manque pas d’originalité.
- M. Achille Delcourt a une fort belle vitrine de passementerie d’or et d’argent; nous y notons une collection des plus complètes de traits, lames, filés or et argent, filés couleur et irisés, milanaises, cane-tilles, paillettes, frisettes, cordonnets et ganses pour cartonnages et confiseurs, étamines or et argent pour costumiers, bouclettes et lames tournées or et argent, nouveautés pour ruches, ganses pour galons, épaulettes, etc.
- M. A. Goujon est un bon passementier d’ameublement ; ganses, embrasses, glands, fournitures pour tapissiers se rencontrent dans sa vitrine ; la pièce principale exposée est un panneau en passementerie de ramie fort bien exécuté.
- MM. F. Jolivet, F.-M. Lasvigne et Cie nous montrent de la passementerie nouveauté pour vêtements de dames, en or ou soie, au crochet.
- M. Louis Langlois expose quelques types de passementerie or et argent pour dames, et galons or et couleur pour voitures.
- M. Paul Molier (ancienne maison Pinson, fondée en 1827) a une belle vitrine de chenilles tissées à la mécanique et de ganses de fantaisie (coton et or, soie et coton, etc.).
- M. F.-E. Neveu, important fabricant de moquettes, dont l usine est à Lequenne, dans la Somme (et qui compte 400 métiers mécaniques, 250 à la main, teinturerie, retordage et préparations), expose des spécimens fort bien réussis de passementerie pour carrosserie, wagons et sellerie; galons pour voitures, sangles, surfaix, etc.
- MM. G. Piélard et Bertin-Conrads nous font voir de la passementerie pour dames en perles longues d’acier, de nacre, etc.
- MM. Henri Richenet et Eug. Goulette se sont spécialisés dans les mêmes articles.
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- TABLEAU COMPARATIF DES IMPORTATIONS ET EXPORTATIONS EN PASSE31ENTERIE DE SOIE, LAINE, COTON ET LIN, DE 1877 A 1886.
- 1877. 1878. 1879. 1880. 1881. 1882. 1883. 1884. 1885 1886.
- !. — Passeme literie de soi e et de bour re de soie.
- IMPORTATIONS EN FRANCE '
- Pure.
- kil. kil. kil kil. kil. kil. kil. kil. kil. kil.
- Allemagne 72 437 7.668 31 259 725 133 869 257 69
- Angleterre 754 1.689 2.666 766 339 426 401 155 52 66
- Suisse 7 8 40 89 53 55 82 5 4 ))
- Autres pays 60 11 43 630 15 36 24 22 24 98
- Totaux 893 2.145 10.417 1.516 666 1.242 640 1.051 337 233
- Mélangée. -
- Angleterre 5 » )) » » 483 2.168 1.437 88 90
- Suisse 8 )) )) » » » » 25 )) 40
- Autres pays » 1 )) 1 1 10 236 114 293 12
- Totaux 13 1 » 1 1 493 2 404 1.576 381 142
- EXPORTATIONS DE FRANCE.
- Pure.
- Allemagne 4. 242 12.557 16.568 6.853 7.695 7.922 3.824 5.001 6.923 4.428
- Belgique 1.195 2.439 1.917 3.307 3.346 3.132 2.493 1.247 3.878 20.73ZI
- Angleterre 35.030 49.996 51.957 40.393 46 117 61.657 42.208 18.748 12.601 15.782
- Autriche 1.067 2.038 2.453 1.654 2.834 10.452 1.085 717 395 306
- Espagne 7.430 10.589 7.953 6.755 6.266 7.016 4.931 4.233 3.109 2.204
- Italie 3.398 6.106 3.992 5.442 8.195 4.568 5.142 4.956 12.343 7.349
- Suisse 1.354 8.780 9 639 6.875 7.523 9.151 13.445 2.398 1.306 4.155
- Mats-Unis (0. atl.) 23.702 23.853 35.546 34-608 27.234 11.312 15.217 11.083 15.213 15.870
- Autres pays 3.814 5.714 5.961 4.331 6.516 4.944 3.008 3.193 3.460 3.205
- Totaux 81.232 122.072 135.986 110.218 115.726 120.154 91 .*353 51.576 59.228 74.033
- Mélangée.
- Allemagne 3.667 3.390 4.812 5.450 3.779 3.774 1.855 4.287 4.561 7.224
- Angleterre 25.882 38.525 58.232 75.387 92.739 89.788 57.768 44.990 39.897 51.821
- Espagne 3.115 3.344 4.795 15.265 20.307 13.049 7.717 7.339 6.017 2.745
- Italie 4.303 4.797 7.081 8.182 12.228 9.644 13.297 40.188 16.990 17.643
- Suisse 766 1.714 1.917 4.309 4.644 9.690 5.762 2.893 1.405 13.038
- États-Unis (0. atl.) 8.451 4.653 4.414 5.966 6.358 3.923 2.799 14.745 14.556 10.940
- Autres pays 6.223 4.798 3.646 6.179 7.507 3.755 3.339 3.562 2.917 2.440
- Totaux 52.407 61.221 84.897 120.738 187.562 133.623 92.537 118.004 86.343 105.851
- 1
- LES INDUSTRIES TEXTILES
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- Supplément a l’Industrie textile du 15 Juillet. 41* Fascicule.
- i ? 'j'jit: . • • • • 1877. 1878. 1879. 1880. 1881. 1882. 1883. 1884. 1885 1886.
- II. - - Passement erie de ootor i.
- IMPORTATIONS EN FRANCE.
- kil. kil. kil. kil. kil. kil. kil. kil. kil. kil
- Allemagne 27.802 24.960 19.506 23.747 34.591 98.051 140.624 147.949 112.844 114-831
- Angleterre 9.250 3.950 3.050 4.508 10.150 25 754 63.561 43.370 56.657 39.290
- Suisse 110.995 66.891 96.748 123.484 31.379 25.889 31.996 47.438 43.998 60.035
- Autres pays 1.052 1.838 922 1.030 4.042 11.304 11.755 11.957 13.638 16.176
- Totaux 149.099 97.639 120.226 152.769 80.132 160.998 247.936 250.714 227.137 230.332
- EXPORTATIONS DE FRANCE.
- Belgique 20.903 115.008 16.307 14.122 14.440 15.656 22.100 43.646 51.966 78.805
- Angleterre 14.680 19.286 21.876 36.045 27.344 17.339 13.746 9.941 18.288 36.900
- Espagne 6.980 8.124 7.966 11.239 11.053 9.882 9.852 11 827 15.036 14.268
- États-Unis (0. atl.) 12.262 4.151 13.760 9.231 21.693 22.603 12.777 18.494 34.641 24.948
- Brésil 7.883 3.974 2.249 3.471 13.380 6.593 6.790 5.825 6.832 6.670
- Algérie 19.879 26.146 28.467 21.758 15.354 27.860 35.829 20.097 28.540 24.053
- Autres pays 83.266 77.080 69.929 81.296 91.386 130.370 138.382 135.167 138.635 174.291
- Totaux 165.853 153.769 160.254 177.162 194.650 230.363 239.476 244.997 293.938 359.935
- m. — Passementerie de lin.
- IMPORTATIONS EN FRANCE.
- Blanche 1 908 1.137 1.096 1 1.767 I 398 6.177 5.986 2.874 6.527 8.825
- Teinte en tout ou partie 1 349 1 1 51 1 4 » ! 547 1.910 1.957 4.510 540
- EXPORTATIONS DE FRANCE.
- Ècrue 4.677 4.377 3.823 3.244 3.554 3.025 1.449 3.515 4.280 3.457
- Blanche 6.004 2.749 1.805 3.359 2.583 2.473 697 1.864 269 986
- Teinte 3.723 4.203 4.909 2.769 2.757 4.015 2.885 1.757 102 586
- IV. - - Passsementerie de laine.
- IMPORTATIONS EN FRANCE.
- Pure.
- Allemagne 16 » 50 52 109 51.499 52.172 75.035 46.169 123.032
- Belgique » ». )) » )) 500 637 1.286 13.403 899
- Autres pays 9 7 27 » 26 792 1.184 5.543 2.495 2.531
- Totaux 25 7 77 52 135 52.791 54.093 81.864 62.067 126.462
- Mélangée. ,
- Allemagne 47.334 33.453 8.472 12.292 12.190 10.780 » )) » »
- Autres pays 2.541 4.319 312 2.689 1.277 » » » )) ))
- Totaux 49.875 37.772 8.784 14.981 13.467 10.780 )) )) )) ))
- A L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1889,
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-
- TABLEAU COMPARATIF DES IMPORTATIONS ET EXPORTATIONS EN PASSEMENTERIE DE SOIE, LAINE, COTON ET LIN, DE 1877 A 1886.
- co
- IsS
- to
- 1877. 1878. 1879. 1880. 1881. 1882. 1883. 1884. 1885. 1886.
- IV. — I 3assementeri e de laine (S uite).
- EXPORTATIONS DE FRANCE.
- Pure.
- k.il. kil. kit. kil. kil. kil. kit. kil. kil. kil.
- Allemagne 15.797 7.641 14.856 23.871 37.401 28.444 70.163 54.816 62.802 59.984
- Belgique 45.121 26.826 18.803 18.408 31.291 73.408 142.444 109.568 29.443 48.567
- Angleterre 90.234 43.029 48.499 87.149 98.004 255.267 287.638 381.074 190.387 215.529
- Espagne 23.807 22.403 26.938 50.422 46.240 57.137 68.388 56.676 42.487 44.150
- États-Unis (0. Atl.) 96.541 53.901 61.273 77.427 114.976 73.864 90.930 40.317 52.360 104.840
- République Argentine 104.213 42.876 9.175 21.332 14.941 117.588 45.728 98.611 85.900 7.478
- Autres pays 91.351 78.989 57.900 46.604 103.744 127.451 98.522 179.079 127.415 234.292
- Totaux 467.064 275.585 237.444 325.213 446.597 733.139 803.813 920.141 590.794 714.840
- Mélangée.
- Angleterre 42.189 44.634 26.131 20.465 80.323 81.190 56.034 65.682 36.168 47.384
- États-Unis (0. Atl.) . 53.204 47.436 75.750 139.478 56.930 16.674 20.848 8.019 17.804 19.937
- République Argentine 22.201 15.448 96.618 201.244 246.741 218.281 320.755 241.065 240.430 4.169
- Autres pays 38.201 49.631 31.993 93.483 23.834 40.819 21.741 26.754 33.032 35.333
- Totaux 155.945 157.149 230.492 454.670 407.828 356.964 419.378 341.520 327.434 106.823
- V. — Passementeries d’or ou d’argent.
- IMPORTATIONS EN FRANCE.
- Les importations de passementeries d'or et d'argent ont été absolument nulles.
- EXPORTATIONS DE FRANCE.
- En fin.
- Allemagne 997 1.520 413 267 271 506 361 117 50 74
- Angleterre 434 868 1.082 924 1.107 1.684 8.746 5.234 3.149 1.537
- États-Unis (0. Atl.) 714 1.156 509 340 210 206 267 62 3.048 718
- Autres pays 3.947 7.253 5.749 2.465 1.069 1.509 1.581 4.652 9.979 18.658
- Totaux 6.092 10.797 7.753 3.966 2.657 3.905 10.955 10.065 16.226 20.987
- En faux.
- Allemagne 384 1.146 809 596 766 636 668 1.691 3.446 1.093
- Angleterre 2.021 4.628 2.103 2 449 389 868 1.452 807 9.023 3.917
- Espagne 728 686 596 1.192 557 949 160 83 84 366
- Suisse 52 1.207 674 1.436 1.195 1.366 6.374 3.348 774 1.077
- États-Unis (0. Atl.) 6.801 8.335 5.966 8.221 9.573 4.984 4.332 6.182 27.069 7.827
- Autres pays 2.357 5.294 5.653 3.162 2.415 1.550 1.996 4.879 5.481 4.823
- Totaux 12.343 21.296 15.801 17.056 14.895 10.353 14.982 16.990 45.877 19.103
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- M. Juste Roussel expose quelques filets et passementeries pour dames : il y a là quelques corsages fort bien réussis.
- M. Ermans Saunier a l’une des plus belles vitrines de la section en passementeries et broderies pour vêtements de dames. On y remarque des pièces magnifiques devant lesquelles s’arrête la foule des visiteurs : citons entre autres une robe de cour en velours bleu brodée or, un paravent brodé soie et orné de passementeries de couleur, de longues guirlandes de lierre en perles vertes, des coussins, ornements détachés, etc.
- M. Tezenas du Montcel a réuni dans sa vitrine quelques nouveautés pour passementeries, ganses, ruches, chenilles, etc.
- MM. Vaugeois et Binot, maison fondée en 1795, dont les fabriques sont à Lyon et Colombes (Seine), exposent de fort beaux spécimens de passementeries et ganses dorées pour insignes, drapeaux riches, vêtements militaires et d’administration, bannières d’église, pavillons de société, costumes de théâtre, etc. La pièce principale est un trophée Renaissance en or fin entièrement brodé au point.
- Enfin, Mme Yve Camille Weber et fils ont une belle vitrine en passementerie d’ameublement : garnitures pour sièges et tentures, glands, embrasses, etc., soie, laine et coton.
- AUTRES FABRICANTS DE PASSEMENTERIE DE FRANCE.
- Quatorze exposants français complètent la spécialité de la passementerie. Nous en relevons cinq à Lyon : MM. Armand fils, Fessel et Cie; — Contamin et André; — Muraour et Pellerin; — Laurent Pitiot et C. Vincent; — quatre à Brassac-les-Mines (Puy-de-Dôme) ; MM. Francisque Béal; — Pierre Fallet; — VvePh. Frantz; — et J. Portanier; deux à Nîmes (Gard) : MM. L. Guérin et Prosper Pallier; — et Eug. Lebée et fils, de Saint-Quentin.
- MM. Armand fils, Fessel et Cie, de Lyon, importante maison qui a des succursales à Paris et Marseille, se sont spécialisés dans la passementerie d’ameublement laine et soie.
- MM. Contamin et André ont une exposition des plus coquettes en passementerie pour meubles : ils ont des maisons à Lyon, Paris et la Tour-du-Pin (Isère), et une fabrique à iMontcarra (Isère), com-
- prenant teinture, blanchisserie et ateliers de fabrication.
- MM. Muraour et Pellerin se sont spécialisés dans les dorures pour passementeries et broderies : leur vitrine ruisselle de filets, traits, lames, cannetilles, paillettes en or, argent, fin métal blanc, mi-fin et faux; cette maison a une succursale à Paris.
- M. Laurent Pitiot a une 'vitrine remplie de fort beaux types en tapisserie d’ameublement soie et coton : franges, glands, embrasses pour tentures, galons, etc. Cette maison, fondée en 1860, a une succursale à Lyon.
- M. C. Vincent s’est spécialisé dans la passementerie d’or et d’argent pour bannières, trophées, ameublements, etc., et pour l’armée.
- MM. Francisque Béal, Vve Ph. Frantz, Pierre Fallet et J. Portanier forment ensemble l’exposition collective de Brassac-les-Mines, composée principalement de passementeries cousues noires en coton ou perles pour dames, et quelques ganses de même couleur.
- M. L. Guérin, de Nîmes, maison créée en 1828, expose des spécimens fort bien faits de lacets, tresses et cordons pour la mercerie et la passementerie.
- M. Prosper Pallier a une exposition presque similaire en articles de même destination.
- Enfin MM. Eug. Lebée et fils, de Saint-Quentin, exposent aussi quelques lacets ferrés, tirettes, cordonnets, etc.
- Nous avons examiné, dans la section des soieries, les expositions des villes de Saint-Chamond, Saint-Étienne, Izieux, etc.
- PASSEMENTERIES DE BELGIQUE.
- L’industrie de la passementerie a été importée de France en Belgique vers 1850; elle a pris aujourd’hui dans ce pays une assez grande importance.
- La contrée excelle surtout dans la passementerie d’ameublement, représentée à l’Exposition par une maison importante de Bruxelles, M. Noguès-Richard, qui a ornementé d’un façon merveilleuse l’une des portes d’entrée de la section belge. C’est d’ailleurs à Bruxelles que cette industrie a son négoce pour les articles riches, mais les articles d’exportation se font plutôt à Genappe, Templeuve, Alost, Anvers, Liège et Gand : cette exportation est dirigée vers la
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- Hollande, l’Angleterre et un peu le Nord de la France.
- La fabrication des franges pour stores, — une industrie pour laquelle la Belgique a un certain renom, — est bien représentée par M. Alph. Coec-kelberg (ancienne maison Yan Hocg), de Bruxelles.
- Des passementeries pour équipements militaires sont exposées par M. Auguste Fonson, de Bruxelles, et d’autres pour vêtements de dames et enfants, boutons nouveauté, etc., par MM. Thiroux et fils, de la même ville. Ces articles sont bien travaillés et comportent certainement tout le fini désirable. Mme Joseph Vanhil, d’Anvers, expose aussi une jolie bande travaillée en perles de couleurs.
- On fabrique aussi en Belgique quelques tresses, ganses, lacets et soutaches, à Bruxelles, Alost, Genappe, Templeuve, Cureghem, Anderlecht, etc. Le seul exposant pour cette spécialité est M. Henri Torley, de Cureghem.
- CHAPITRE XII
- La bonneterie
- et les accessoires du vêtement.
- Autrefois, quand un vaudevilliste voulait faire rire le public aux dépens d’un sujet, il disait qu’il était bonnetier. Ce temps est aujourd’hui passé. De nos jours le fabricant de bonneterie est souvent un grand industriel occupant plusieurs centaines d’ouvriers, ses ateliers renferment les machines les plus délicates mues à la vapeur, et les produits qu’il crée sont un de nos meilleurs articles d’exportation : la bonneterie française fait en moyenne 200 millions d’afîaires par an, distribue 16 millions de salaires, et fait vivre plus de 300,000 personnes; c’est donc l’une des branches importantes de notre activité nationale.
- La cause de cette extension, — car la bonneterie mécanique n’existait pour ainsi dire pas il y a trente ans, — vient de ce que les articles de cette industrie se prêtent à une consommation des plus éten-
- dues et à une variété de prix des plus diverses. Tous les vêtements du corps peuvent maintenant être faits en tricot, depuis la chemise jusqu’au veston et au chapeau, et sur un même article, comme le bas, on trouve des différences allant de vingt centimes à vingt francs la paire, suivant la matière et la maille. Le mode de vente à réclame des grands magasins de Paris a d’ailleurs fortement aidé à la vente de ces produits, qui forment l’une des bases les plus productives de l’étalage sur le trottoir, à l’adresse de la masse.
- Cette industrie est d’ailleurs tout aussi intéressante pour le patron et l’ouvrier que pour le consommateur. Elle exige chez le premier, pour le choix des matières premières, le goût et la précision des articles, la minutie dans les détails, la direction des machines et l’administration de son usine, des connaissances assez spéciales pour que les centres actuels de fabrication aient moins à craindre la concurrence. Chez le second, elle ne demande pour ainsi dire pas de force, mais seulement de l’intelligence et de l’adresse, et permet à la classe ouvrière de s’employer à tous les degrés, du plus fort au plus faible, et d’une façon rémunératrice.
- De nos jours, les fabriques de bonneterie sont disséminées en France sur tous les points du territoire; les départements dans lesquels cette industrie est le plus développée sont l’Aube, la Marne, l’Oise, la Somme, le Gard, l’Hérault, la Seine, le Calvados et la Haute-Garonne. Les matières premières employées à cette fabrication sont principalement le coton, la laine pure ou mélangée de coton, le cachemire, la soie, la bourre de soie et le fil de lin. La bonneterie de coton se fait en grande partie en Champagne, principalement à Romillv, mais on fait également des articles en coton à Troyes, Falaise, Guibray, Moreuil, Saint-Just, le Vigan, Saint-Jean-du-Gard, Arras et Rouen. La bonneterie de laine se fabrique surtout en Picardie, dans le Santerre, surtout à Yillers-Bretonneux, Roye, Hangest et Har-bonnières; mais les gros articles pour les marins et la classe ouvrière se font dans la Haute-Garonne, l’Eure et les Basses-Pyrénées, et les articles de fantaisie dans l’Oise et l’Aube, principalement à Aix-en-Othe. La bonneterie de soie se fabrique un peu à Troyes, Paris et Saint-Just, mais les centres les plus importants se trouvent dans le Midi, à Nîmes, Lyon, Ganges, le Yigan, Saint-Hippolyte et Saint-Jean-du-Gard. Enfin, la bonneterie de lin, qui décline de jour en jour à cause de la difficulté qu’il y a à
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- fabriquer de beaux articles en ce genre, et aussi parce que ces tissus ont l’inconvénient de se durcir à l’usage, se fabrique surtout à Hesdin et dans quelques autres communes du Pas-de-Calais.
- LA BONNETERIE.
- Le corps des bonnetiers comprenait autrefois trois états qui avaient été constitués en communautés séparées : les marchands bonnetiers, les bonnetiers au tricot ou des faubourgs, et les fabricants de bas au métier.
- Les marchands bonnetiers, qui composaient originairement le corps, étaient appelés également aul-nuciers ou mitonniers. Les derniers statuts qui leur avaient été donnés dataient de 1608 et de 1638. On y voit que le chef-d’œuvre à faire pour être reçu maître bonnetier consistait en un bonnet de laine, anciennement appelé aulnuce, ou deux bonnets à usage d’homme qu’on nommait crèmioles. Il fallait faire aussi un bonnet carré de drap fin, le tailler, encofiner et presser; confectionner une toque de velour plissé, et brocher un bas d’estame ou de soie.
- Les bonnetiers en tricot, ou maîtres ouvriers en bas et autres ouvrages en tricot, n’habitaient et ne travaillaient que dans les faubourgs. Ils tricotaient ou brochaient à l’aiguille des bas, des bonnets ou des camisoles. Dès 1527, ils avaient été érigés en communauté particulière, et une ordonnance de Louis XIV, en 1668, confirmée par un arrêt du Parlement du 23 février 1716, les réunit au corps des bonnetiers de la ville de Paris.
- Quant aux fabricants de bas au métier, leurs statuts dataient de la fin du xvne sièle. On avait donné le nom de bas de chausses, ou simplement de bas, à la partie inférieure des chausses, lorsque la mode était venue de diviser ce vêtement à la hauteur du genou. Avant la fin du xvie siècle on ne connaît pas d’autres bas que ceux d’étoffe, et les premiers bas de soie tricotés apparurent seulement sous le règne de Henri II ; le tricot à la main donna par la suite l’idée du tricot mécanique.
- L’honneur de cette invention paraît devoir être attribué au pasteur William Lee, ainsi que nous l’avons mentionné en retraçant l’histoire du tulle.
- Tout d’abord la nouvelle de cette invention fit sensation en Angleterre. Sur l’invitation de son favori, lord Hunsdon, la reine Élisabeth alla faire une visite à Banhill-Row pour l’examiner. Elle comptait y voir faire de la soie au métier, mais grand fut son désappointement quand elle vit qu’on avait affaire qu’à une machine qui confectionnait de gros tricots de laine. Malgré les insistances de lord Hunsdon, elle ne voulut pas accorder à William Lee le monopole de la fabrication des bas au métier, par la raison, dit-elle, que « le privilège exclusif de faire des bas ne peut être accordé à une seule personne sans préjudice pour le public ». Hunsdon n’en mit pas moins son fils en appremissage chez Lee, et celui-ci, en travaillant avec l’inventeur, réussit à fabriquer des bas de soie au métier. La patente-monopole ne lui fut pas plus accordée pour cela. Lee se réfugia en France, à Rouen, s’y fixa avec huit ouvriers et autant de métiers, et, comme nous l’avons dit au chapitre X, y mourut inconnu quelques années après.
- Les Anglais tiennent beaucoup à avoir la priorité sur la France pour tout ce qui concerne le tricot; ils ont même confié à la peinture le soin de perpétuer cette opinion, car chez eux un tableau classique bien connu représente William Lee en méditation près de sa fiancée confectionnant un tricot. Il n’est pourtant que la tradition qui ait pu nous renseigner à ce sujet, car aucun écrit ancien ne mentionne cette invention, et il n’est pas du tout certain que les. Anglais aient été les premiers à porter du tricot.
- Les chroniques françaises nous apprennent, au contraire, que les premiers vêtements tricotés furent portés par Henri II au mariage de sa sœur, et l’on trouve très bien les expressions « mailles, aiguilles à tricoter » dans les ordonnances de 157A sur la pêche.
- Tout ce qu’on peut dire avec certitude, c’est que dès les premières années du xvne siècle, une compagnie de tisseurs au métier s’était formée en Angleterre dans le but de régulariser les salaires et de s’opposer à ce qu’on employât d’autres ouvriers que ceux qui avaient fait leur apprentissage. En 16/tO, il y avait à Nottingham deux maîtres bonnetiers qui achetaient les articles faits dans le pays. Cette fabrication se répandit bientôt dans les contrées de Derby et de Leicester. Le premier métier fut introduit à Leicester en 1671, et malgré les préjugés qui avaient cours contre la bonneterie faite au métier, en 1700
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- cette industrie avait déjà pris de grands développements, et en 1750 on y comptait 1,800 métiers.
- Nous n avons guère, pour la France, de renseignements que ceux relatifs aux corporations, mentionnés tout à l’heure. Roland de La Platière, le seul qui avant 1789 ait écrit sur les tissus, évaluait la production de la bonneterie en 1785 à 60 millions de livres, dont moitié pour la bonneterie de soie, qui aujour-d hui est descendue à un chiffre inférieur. Nous savons aussi, d’après Y Encyclopédie, qu’il y avait à cette époque un grand nombre d’espèce de tricots : le tricot double, le tricot sans envers, le tricot à mailles nouées, le tricot dentelle, guilloché, broché, à cotes de melon, peluché, chiné, à mailles coulées, etc., ce qui suppose une industrie assez étendue et une fabrication passablement avancée.
- On dit qu auparavant le secret de la machine à bas avait été surpris aux Anglais par un Français nommé Hindi et, qui monta une manufacture près de Paris. Celle-ci fut si prospère que ses ouvriers furent érigés en corporation au mois de février 1672. Elle fut ensuite réunie en 1723 au corps de la bonneterie, qui demeura composé des trois corps dont nous avons parlé, jusqu’en 1776.
- A l’origine, les ouvriers en bas au métier ne pouvaient faire que des bas de soie ; cette restriction dictée dans l’intérêt des ouvriers en tricot, fut moins sévère après 1684. Alors on autorisa les ouvriers à mettre en œuvre sur la moitié de leurs métieis toutes les matières autres que la soie, pourvu que le fil eût un certain degré de finesse. Plus tard, en 1/00, on se borna à déterminer les villes dans lesquelles pouvaient s’exercer la fabrication des bas au métier, et pendant une partie du xvme siècle le privilège exclusif de travailler la soie. Le même arrêt du 30 mars 1700 défendit d’exporter les métiers à l’étranger et même de les transporter d’une ville à l’autre dans l’intérieur du royaume. Grâce à ces mesures et aux règlements de 1720, de 1743 et de 1754, tant pour la fabrication des bas que pour celle des autres ouvrages de bonneterie au métier, la France était arrivée à fournir presque tous les pays étrangers. Les métiers purent être librement établis dans presque toutes les villes du royaume en 175/1, et leur exportation fut autorisée en 1758.
- Avant la Révolution, en dehors de Paris, labonne-teiie de soie se fabriquait à Lyon, Nîmes, Montpellier, Ganges et Dourdan.
- Voici comme exemple quels ont été les exportations de 1784 :
- Bonneterie de fil.............. 175.000 francs.
- Bonneterie en filoselle......... 83.400 —
- Bas de laine................ 355! 520 —
- Bonnets de laine............... 413.200 —
- Bonneterie de poil et de laine
- mélangés...................... 910.300 —
- Bonneterie en soie........... 3.375.100 —
- Total............... 5.312.520 francs.
- La Révolution arrêta le développement de la bonneterie française, dont les produits furent alors dépassés par ceux de l’industrie étrangère. Cependant, vers 1806, les améliorations apportées à l’outillage de la filature en général donnèrent les moyens de perfectionner la fabrication. A la même époque furent inventés le métier à maille fixe et le métier à chaînette; plus tard, d’autres métiers permirent de fabriquer deux bas à la fois et de faire du tricot sans envers double et en grande largeur. Longtemps néanmoins la bonneterie ne put écouler ses produits qu’à l’intérieur : on n’exportait plus que des bas de luxe et quelques bonnets grecs, fez, casquets de lunis, et autres articles destinés aux pays orientaux.
- Mais à partir de 1835, la bonneterie de coton fit la première des progrès sensibles : l’emploi du métier ciiculaire, qui prit à cette époque une grande extension, permit de fabriquer non seulement des bas, mais aussi des gilets, camisoles, jupons et autres objets en tricot coupé à la pièce. Dans le même moment quelques villes, Troyes surtout, conquirent une réputation méritée dans la fabrication de la ganterie ordinaire en fil d’Écosse, en bourre de soie, en matières mélangées, et leurs produits commencèrent à pouvoir se vendre sur les marchés étrangers. Encouragée par cet exemple, l’industrie picarde, dont la bonneterie supérieurement travaillée ne pouvait lutter contre le bon marché de la fabrication saxonne, utilisa à son tour le métier circulaire : ses essais commencèrent en 1851, ils avaient complètement réussi en 1855, et la bonneterie de laine française commençait à trouver alors des débouchés nouveaux. D’un autre côté, la bonneterie de luxe améliorait encore ses produits et conservait aussi la faveur que n’ont cessé d’avoir en Amérique, en Turquie et autres pays, les bas de soie ouvragés, unis, brodés et à jour, les mitaines, châles, écharpes, voiles de Ganges, Nîmes, etc. Paris se mettait également au niveau du
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- progrès pour sa bonneterie de fantaisie, et perfectionnait ses bas de soie et ses tricots pour les théâtres.
- Il résultait alors de ce mouvement progressif que l’exportation de la bonneterie, dont la valeur avait à peine dépassé 6 millions en 1846 et n’était supérieure que d’un million au chiffre de 1884, arrivait en 1859 à 10,134,076 francs.
- Depuis cette époque, les progrès dans la fabrication ont été encore plus sensibles, et nos diverses Expositions universelles nous ont permis d’en relever de nouveaux à chaque période décennale. Celle de 1867 a vu les premiers succès des métiers rectilignes automatiques; celle de 1878 en a vu le développement, avec cette particularité que les systèmes des métiers employés permettaient non seulement le travail en atelier avec force motrice, mais encore celui du façonnier à domicile. Nous verrons, lorsque nous nous occuperons des machines, que l’Exposition actuelle fixe le complet développement des métiers rectilignes automatiques, et permet de constater le réveil des métiers circulaires. Les premiers répondent maintenant aux besoins les plus variés de la fabrication, et vont, avec la tricoteuse mécanique, jusqu’à satisfaire aux besoins de la famille ou de la vente au détail : une ère nouvelle s’annonce toutefois, marquée par l’emploi des métiers à grand nombre de têtes et nécessitant la force motrice et le fonctionnement en atelier. Les seconds, très prospères jusqu’en 1867, concurrencés de 1867 à 1878 par les articles dits proportionnés, ont repris à partir de 1878 avec l’article jersey un essor nouveau et considérable qui est aujourd’hui dans un plein épanouissement.
- Nous ne parlons pas ici des progrès dans la teinture, l’impression, la préparation des matières premières et les apprêts de la bonneterie, qui n’ont pas été moins considérables que ceux réalisés sur le matériel proprement dit.
- L’article bonneterie, tel qu’il figure à l’Exposition, peut être divisé en cinq catégories :
- 1° Le tissu à mailles, qui a son centre principal à Troyes;
- 2° L’article de Paris, qui comprend surtout la bonneterie fine;
- 3° L’article fantaisie, dont Roanne a à peu près le monopole ;
- 4° L’article dit du Midi, se travaillant à la tricoteuse ;
- 5° Les articles fabriqués dans la Somme, le Nord, les Vosges, etc.
- Mais avant d’aborder l’examen des diverses vitrines, nous allons, pour observer l’ordre que nous avons adopté dans ce travail, dresser l’état comparatif des importations et exportations dans la période décennale écoulée depuis la dernière exposition.
- (Cet état comparatif est donné au moyen des tableaux compris dans les pages 328 et 329 ci-après.)
- Il y a lieu de faire remarquer ici que les Exportations de bonneterie, bien supérieures aux importations, se font le plus généralement par l’intermédiaire de commissionnaires résidant en France et pour la plupart à Paris, mais dont une grande partie est de nationalité étrangère, ou emploie un personnel étranger dont il fait l’éducation à notre détriment; ceux qui résident à l’étranger sont peu employés, et il n’y a presque pas de maisons qui traitent directement avec le dehors.
- Quant à l’importation, elle vient en grande partie d’Allemagne, d’Angleterre ou de Suisse. La bonneterie d’origine allemande ou suisse vient chez nous à cause de son bas prix plutôt qu’en raison de sa qualité; la bonneterie anglaise à cause de son cachet spécial de fabrication et pour répondre aux besoins et aux goûts des Anglais qui habitent la France.
- BONNETERIE DU RAYON DE TROYES.
- Troyes est véritablement le centre de la fabrication de la bonneterie en France. Comme renseignements comparatifs avec l’année de la dernière Exposition, nous pouvons dire qu’en 1878 il y avait dans cette ville 8,000 ouvriers et ouvrières par proportions à peu près égales, et qu’en 1888 ce nombre s’est élevé à 10,000 environ; qu’en 1878 on comptait dans la même localité 1,021 métiers dans les usines et 1,426 aux domiciles des ouvriers, et qu’en 1888 il y avait 3,118 métiers dans les usines et seulement 608 aux domiciles des ouvriers. Aujourd’hui, le nombre des usines de Troyes est de plus de 300, et la fabrication de la bonneterie y atteint un chiffre d’affaires qui dépasse 50 millions.
- Le genre de cette ville comprend un très grand nombre d’articles, depuis le Chausson grossier jusqu’au corsage de femme le plus fin. Il est représenté tout d’abord par seize industriels formant l’exposition collective de la chambre syndicale de bonneterie
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- TABLEAU COMPARATIF DES IMPORTATIONS ET EXPORTATIONS EN BONNETERIE DE SOIE, LAINE, COTON ET LIN, DE 1877 A 1886.
- 1877. 1878. 1879. 1880. 1881. 1882. 1883. 1884. 1885. 1886.
- I. — Bonnet erie de soie et de bourre de soie.
- IMPORTATIONS EN FRANCE.
- kil. kil. kil. kil. kil. kil. kil. kil. kil. kil.
- Allemagne 2.765 4.160 4.199 5.495 5.458 4.503 4.719 3.892 5.865 7.419
- Angleterre llxlx 2.107 1.158 1.782 3.102 2.724 2.623 2.457 1.923 2.223
- Italie 31 30 40 37 13 18 69 14 75 17
- Suisse 35 362 5 24 104 274 631 1.291 1.600 2.739
- Autres pays 109 30 3 15 27 10 8 86 43 51
- Totaux 3.684 6.689 5.405 7.353 8.704 7.529 8.050 7.770 9.510 12.449
- EXPORTATIONS DE FRANCE.
- Allemagne 1.094 1.904 1.565 1.608 1.158 773 518 339 1.449 478
- Belgique 3.907 3.343 4.230 4.839 4.709 4.544 2.167 195 2.142 968
- Angleterre 3.646 277 524 329 791 3.771 2.158 518 2 873
- Autres pays 1.113 1.149 2.381 2.555 3.857 1.767 2.690 3.586 4.024 2.756
- Totaux 9.760 6.673 8.700 9.331 10.515 10.855 7.533 4.638 7.617 5.075
- II. — Bonneterie de laine.
- IMPORTATIONS EN FRANCE.
- Allemagne » » » )) 153 16.411 25.881 51.977 112.394 187.584
- Angleterre y> )) )) )) 687 15.709 17.730 47.889 7.584 115.432
- Suisse . » » )) » 106 1.948 3.351 4.400 7.403 8.557
- Autres pays 2 » )) 20 137 3.328 4.905 5.544 5.641 4.731
- Totaux 2 » » 20 1.083 37.396 51.867 109.410 201.249 316.304
- EXPORTATIONS DE FRANCE.
- Allemagne 59.855 64.252 75.077 60.781 57.866 91.795 61.218 68.546 92.608 133.797
- Belgique 48.335 36.321 59.816 47.572 60.378 67.453 54.615 77.276 61.178 66.040
- Angleterre 51.225 22.879 25.073 26.732 47.274 71.040 51.904 49.564 81.116 49.693
- Espagne 58.253 53.757 37.062 29.923 16.707 42.764 21.298 23.734 32.164 32.923
- Italie 35.519 25.219 25 305 25.836 26 962 27 433 29 730 30 997 \ Q 77A
- Suisse 37.101 32.286 29.949 46.038 46.480 65.644 39.597 52.450 46.906 61.244
- États-Unis (0. Atl.) 40.098 32.972 39.129 64.768 54.863 47.464 64.016 34.404 57.461 109.231
- Uruguay 21.300 18.659 30.355 22.506 42.839 32.043 23.673 15.616 19.050 13.628
- République Argentine 31.596 56.698 84.062 77.091 209.945 75.942 110.981 105.083 51.678 126.258
- Algérie 49.317 43.843 42.912 78.368 78.495 109.404 113.936 62.206 60.612 85.545
- Autres pays 196.587 169.176 152.926 192.462 191.242 168.328 147.077 93.867 102.503 120.791
- Totaux 629.186 556.062 601.666 672.077 833.041 799.310 748.045 613.843 625.070 810.769
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- Supplément a l’Industrie textile du 15 Août.
- 1
- 1877. 1878. 1879. 1880. 1881. 1882. 1883. 1884. 1885. 1886.
- III. — Bonnetei ie de coton.
- IMPORTATIONS EN FRANCE. *
- kil. kil. kil. kil. kil. kil. kil. kil. kil. kil.
- Allemagne )) )) )) )) 1.438 26.580 84.688 85.102 97.809 94.422
- Angleterre » )) )) )) 8.128 42.528 43.217 45.034 47.046 47.055
- Italie » )) )) )) 2.008 3.123 6.980 5.850 5.480 4.546
- Autres pays » )) » )) 7.065 2.287 8.682 6.715 8.798 10.756
- Totaux » » )) )) 18.639 74.518 143.567 142.701 159.133 156.779
- EXPORTATIONS DE FRANCE.
- Allemagne 29.396 30.068 27.061 26.838 44.682 44•574 50.100 36.203 63.112 72.623
- Belgique 36.289 33.607 30.429 39.237 45.126 43.743 54.701 87.949 78.402 128.778
- Angleterre 2a.234 26.959 19.905 23.925 38.629 153.129 104.910 100.895 75.513 78.056
- Espagne 15.703 11.979 22.369 12.265 14.965 27.147 30.835 32.763 16.263 27.520
- Italie 18.755 20.220 20.262 22.586 20.323 24.794 25.287 25.714 21.821 21.473
- Turquie 15.669 36.214 24.821 28.170 48.783 42.278 33.669 43.154 43.189 44.874
- États-Unis (0. Atl ) 15.313 21.754 22.690 59.741 123.811 143.634 135.935 163.724 115.915 175.386
- Brésil 26.066 37.921 28.095 42.429 43.820 53.296 65.084 60.558 52.731 70.968
- République Argentine 54.242 99.487 49.684 51.150 118.012 103.102 95.657 113.420 121.127 345.097
- Algérie 108.971 96.477 i29.735 116.862 98.373 110.734 102.101 117.578 161.159 126.442
- Autres pays 153.727 190.246 151.044 199.397 218.483 304.981 316.897 267.708 252.633 261.890
- Totaux 498.365 604 932 526.095 622.600 815.007 1.051.412 1.015.176 1.049.666 1.001.865 1.353.107
- IV. — Bonneterie de lin. -
- —— * S IMPORTATIONS EN FRANCE.
- Les importations en bonneterie de lin ont été absolument nulles.
- EXPORTATIONS DE FRANCE. -
- Divers pays 1.835 5.207 3.328 5.229 8.289 13.761 7.732 4.236 4.262 2.162 j
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- LES INDUSTRIES TEXTILES
- de l’Aube : MM. Bellemère, Giroux et fils ; — Belle-mère-Vergeot ; — A. Boudet-Delavelle ; —Bruley frères; — Carré et fils; — Desgrez etRuotte;—Doré et Cie; — Gambey frères; — Herbin frères; — 0. Hirlet; — H. Hutin-Moriat; — A. Quinquarlet fils; —Rabanis etGhamprenault; —E. Racoillet; — Raudin et Mathieu.
- En dehors de ces fabricants, nous avons à citer comme vitrines particulières : MM. Doué et Lamotte, de Troyes; — Ernest Jofïrov-Damoiseau, de Troyes; — Charles Marin, de Marigny-le-Chatel (Aube); — M. Mauchaufïée et Cie, de Troyes; — Poron frères, fils, et Mortier, de Troyes ; — Remy et Bauley aîné, de Troyes.
- MM. Bellemère-Giroux et fils, de Romilly-sur-Seine (Aube), se sont spécialisés dans la fabrication des bas et chaussettes en laine et en coton.
- M. F.-P. Bellemère-Vergeot, de Romilly-sur-Seine, se sont plutôt attachés aux tissus jerseys en mêmes matières.
- M. E. Albert Boudet-Delavelle, de Troyes, exposent aussi l’article bas en couleurs unies.
- MM. Zénon et Jules Bruley frères, d’Estissac (Aube), ont une belle vitrine de bonneterie à côte en laine et en coton.
- MM. Carré et fils, de Palis (Aube), fabriquent excellemment le bas et la chaussette.
- MM. Desgrez et Ruotte, de Troyes, ont une jolie collection de gilets, pantalons et cache-corsets en maille-fine, laine et coton.
- MM. Doré et Cie exposent des bas et chaussettes en coton, laine, mérinos, fil perse et schappe.
- MM. Albert et Henry Gambey frères, de Troyes, nous montrent l’article bon marché en bonneterie de coton, article petit piqué, bas sans coutures, dessins, etc.
- MM. Herbin frères ont une jolie série de gilets, camisoles, pantalons, bas-maillots en coton et laine. Ces industriels ont filature et tissage, et possèdent un comptoir à Buenos-Ayres.
- M. Oscar Hirlet, de Troyes, expose des articles fins en coton, laine et soie, et fabrique le véritable article suisse à côtes, soie, coton et laine.
- M. Max Hutin-Moriat, de Rilly-Sainte-Cyre (Aube), nous fait voir une belle collection de bas et chaussettes en coton écru et en couleurs unies et rayées, et de bas et chaussettes de fil, unis, rayés et brodés.
- M. Avit Quinquarlet fils, d’Aix-en-Othe (Aube),
- expose surtout des bas à côtes rectilignes à dessins mécaniques et des bas sans couture.
- MM. Rabanis et Champrenault, de Troyes, se sont spécialisés dans les bas et chaussettes fil et coton uni et à côtes.
- M. L. Émile Racoillet, de Troyes, expose des chaussons et bottines tricotés, nattés, à côtes et fourrés.
- MM. Raudin et Mathieu, de Troyes, maison bien connue pour ses procédés de blanchiment, se borne à nous montrer quelques spécimens de bonneterie de laine et de coton.
- MM. Doué et Lamotte, de Troyes, sont surtout réputés pour les bas et chaussettes en coton teints en noir indégorgeable ou en « bleu alsacien » indestructible.
- M. Joffroy Damoiseau, de Troyes, a une exposition des plus complètes comme produits de la fabrication de Troyes en articles bon marché : bas d’enfants à côtes unis et rayés, camisoles de femme en mérinos, caleçons de bain, bonnets de coton, costumes de gymnastique, etc.
- M. Ch. Marin, de Marigny-le-Chatel, a une belle collection de bas fins en couleurs de toutes nuances et diversement brodés en laine et coton, maille unie et rayure fantaisie.
- MM. Mauchauffée et Gie, dé Troyes,'maison importante qui a des succursales à Paris et New-York, a l’un des plus beaux étalages de la section : ces industriels exposent surtout des caleçons et chemises de soie et quelques bas ; constructeurs de métiers, ils nous montrent les photographies d’un métier rectiligne à côte à dix-huit têtes, et d’un métier à douze têtes à rayures pour articles proportionnés en mailles unies fines sortant de leurs ateliers.
- MM. Poron frères, fils, et Mortier, de Troyes, maison des plus importantes (1,400 ouvriers), qui possède filature de coton, teinture, blanchisserie, impression et ateliers de construction de métiers à bonneterie et succursale à Paris, a une belle collection de bas imprimés et gilets en coton. Nous relevons dans sa vitrine les photographies de métiers Cotton à douze ou quinze têtes avec appareils à rayures à trois couleurs pour longs de bas et de chaussettes, construits dans leurs ateliers.
- Enfin MM. Remy et Bauley aîné, de Troyes, se sont spécialisés dans la fabrication des bas et chaussettes fantaisie grand teint ; ils exposent quelques types rayés et à carreaux en nuances vives et divers spécimens teints en noir indestructible et en bleu fran-
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- çais garanti à la lessive : un échantillon de bas noirs lessivé plusieurs fois après un usage prolongé figure dans leur vitrine, et la nuance encore fraîche en démontre clairement la solidité.
- BONNETERIE DU RAYON DE PARIS.
- Dans la classe de la bonneterie, Paris se distingue tout particulièrement ; on y voit de fort jolies choses empreintes de ce cachet tout français, non seulement pour le fini de la fabrication, mais encore pour l’élégance de la coupe dans les objets confectionnés. Ces articles sont absorbés par la consommation française.
- Le rayon de cette ville comprend vingt exposants de bonneterie : MM. Beaumont frères — Bernheim frères; — P.-H. Bertholet; — Jean A. Blais-Mousseron ; — Théod. Boileau; — Léon Buquet; — Boutin et fils; — Couturat et Cic; — Émile M. Dors-ner-Bellerée; — B. Auguste Feutry; — Eug.-H. Fournier; — Hubert Herdhebaut; — Eugène Hervy (ancienne maison Charles Ënot); — Hirch, Regleyfils et Cie; — François Lafont; — Milon; — C. Neyret et Cie; — H. Renard et A. Mahy; — Alphonse Tonnel; — Verdier et Schultz, tous ayant leur siège social à Paris; — et M. Adolphe Bertout, de Puteaux. Nous allons passer en revue leurs diverses vitrines.
- MM. Beaumont frères, — rue du Mail, 7, — exposent une grande variété de chemises et caleçons, et flanelles confectionnées.
- Nous retrouvons le genre Troyes avec les jerseys pour dames, cache-corsets, costumes gymnastes, chemises et caleçons en tissus guernesey de MM. Bernheim frères, dont l’usine est à Paris, — 196, boulevard Voltaire.
- M. P.-H. Berthollet, — 82, rue d’Hauteville, — s’est spécialisé dans les caleçons et gilets pour hommes et enfants.
- M. Jean-A. Blais-Mousseron, dont l’usine est à Paris, — 50, rue Croix-des-Petits-Champs, — s’est attaché à la fabrication des jerseys confectionnés haute nouveauté pour dames, et des costumes pour fillettes et garçonnets.
- M. Théod. Boileau, — 67, rue de Rivoli, —expose une fort jolie série de bas fins et brodés de toutes nuances de sa fabrique de Marseille-le-Petit (Oise).
- M. Léon Buquet, — 33, rue des Bourdonnais, — nous fait voir une collection de bas et chaussettes d’une infinité de nuances ; cachou, bleu marine,
- loutre, rouge, noir, bleu foncé, bleuté, collège, etc., de sa manufacture de Merville-au-Bois (Somme).
- MM. Goutin et fils, — 54, boulevard Haussmann, — ont une belle série de chemises, caleçons, gilets et crêpes de santé.
- MM. Couturat et Cie, — 118, rue de Rivoli, — maison de fabrication très étendue, qui a à Troyes un établissement de tricot, teinture et impression, un atelier de construction de métiers et un comptoir à New-York, expose de la bonneterie teinte et imprimée de beaucoup de cachet : bas rayés, à carreaux, mouchetés, brodés à jour, chemises de soie, etc.
- M. Émile-M. Dorsner-Bellerée, — 144, rue de Rivoli, — expose des genres se rapprochant de ceux de Roanne : châles d’enfants, fichus, manteaux, capelines, articles d’enfants, lainages au tricot, etc.
- M. B.-Auguste Feutry, — 98, rue Saint-Denis, — a une fabrique de tricots à la main à Brest (Finistère), et des usines à Roanne et Moreuil (Somme); nous relevons dans sa vitrine une élégante collection de brodequins, capulets, capelines, robes et manteaux.
- M. Eugène-H. Fournier, — 11, rue des Halles, — s’est spécialisé dans les articles en laine tricotée en haute nouveauté et fantaisie pour châles, manteaux . frangés, sorties de soirée, etc. ; il y a là des spécimens de toutes nuances dont l’agencement intelligent et de bon goût fait plaisir à l’œil.
- M. Hubert Herdhebaut, — 11, rue d’Enghien, — excelle surtout dans deux genres : la ganterie fine, (gants et mitaines) en soie, fil et laine, et la laine tricotée pour chaussures, manteaux, châles et capulets; ses ateliers sont situés à Puteaux, Lorient, Moreuil et Hangest-en-Santerre.
- M. Eugène Hervy, — 61, rue de Rivoli, — dont la fabrique est à Vitré (Ille-et-Vilaine), expose des genouillères, camisoles d’enfants, moufles, chaussures et bavettes en laine tricotée à la main.
- MM. Hirch, Regley fils et Cie, — 12, faubourg Poissonnière, — nous montrent une série de gilets, pantalons, bas et chaussettes en coton, fil, laine et soie.
- M. François Lafont, de même que M. Milon, — 98, rue Saint-Honoré, — bonnetiers de l’Opéra, nous font voir toute une collection de maillots pour la danse, imitation d’animaux pour le théâtre, et bas de fantaisie pour la scène (bordelais, vieux Rouen, espagnol, jardinière, écossais, etc.).
- MM. G. Neyret et Cie, — 17, rue d’Uzès, —
- « créateurs du gant jersey (laine, fil et soie), et de
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- la coupe cintrée », semblent exceller surtout dans la ganterie fine et brodée, ce produit essentiellement parisien, et dans les costumes jerseys pour dames, brodés et haute nouveauté; ils ont un tissage mécanique à Glichy (Seine) et une usine à vapeur à Geton (Oise).
- MM. H. Renard et Mahy, — 26, rue aux Ours, — ont dans leur vitrine une belle série de modèles de jerseys fantaisie pour dames, et quelques belles paires de gants brodés en coton.
- M. Alph. Tonnel, — 30, rue de Rivoli, — nous montre de forts jolis bas et chaussettes couleur uni et rayé en vigogne, organsin, angora, kachmyr pur, kachmyr et soie, kachmyr et mérinos, etc.
- MM. Verdier et Sshultz, — 13, rue d’Uzès, — qui ont une succursale à New-York, et des fabriques à Fère-Champenoise, Meaux, Nîmes et Troyes, se sont fait une spécialité des impressions d’Alsace sur bas, chaussettes, gilets et pantalons; ils nous présentent deux articles brevetés : les rayures en long fabriquées automatiquement, et les semelles et pointes de bas renforcées automatiquement « augmentant la force du tricot, tout en conservant la souplesse du tissu ».
- Enfin M. Adolphe Bertout, dont la fabrique est à Puteaux et la maison à Paris, a, en tissus jerseys supérieurs de toutes nuances pour costumes de dames et d enfants, l’une des plus belles vitrines de la section : quelques jerseys pour dames d’une coupe très élégante sont là comme spécimens de ce qu’on peut en obtenir pour la consommation.
- BONNETERIE DU RAYON DE ROANNE.
- Les fabricants de Roanne (Loire) se sont réunis en une exposition collective qui comprend une collection fort variée de leurs produits. Celle-ci, représentée par MM. J.-B. Berthelier-Vernay, — Bour-dely et Bancillon, — Mlle Anna Golombat, — J. Du-creux, — Murgue frères, — Oudin et Millet, — Pauly-Robelin, — E. Roche, — Saunier-Prudhon — et P. Vimort-Dubuis, — comprend surtout la bonneterie fantaisie : capelines brodées ornées de rubans, robes et manteaux d’enfants frangés en haute nouveauté, châles brodés, capotes Emma au crochet, et tous ces gracieux objets à l’aiguille, au cadre, au métier dont la vogue est aujourd’hui si grande et si méritée. Le cachet et l’élégance de cette vitrine sont incontestables, et les visiteurs s’arrêtent pour en admirer le bon goût et l’agencement.
- BONNETERIE DU MIDI.
- Les fabricants de ce rayon sont surtout concentrés dans les départements du Gard, des Hautes-Pyrénées et de l’Hérault. Sept figurent à l’Exposition : MM. A. Bretonville, de Ganges (Hérault) ; — Louis Brun fils, d’Arre (Gard); — Pierre-J. Cornet, de Bagnères-de-Bigorre (Hautes-Pyrénées); — Devèze-Verdier, de Sauve (Gard) ; —LéonDussol, deSumène, (Gard) ; — J. Rieu aîné et fils aîné, deLimoux (Aude) ; — G. Valery-Pène, de Tuzaguet (Hautes-Pyrénées).
- M. A. Bretonville, de Ganges, est une maison qui a des succursales à Paris, Londres, Vienne et Moscou ; elle expose des bas et chaussettes de haute fantaisie, rayés de plusieurs couleurs, mouchetés ou couverts de dessins des plus originaux, et quelques camisoles, caleçons, maillots et gilets de soie, laine ou coton.
- M. Louis Brun, d’Arre, expose quelques chaussettes et bas proportionnés avec anglaisage, en coton, fil perse, mi-soie, unis, rayés et à jour, et des bas sans couture.
- M. Pierre-J. Cornet, de Bagnères-de-Bigorre, a dans sa vitrine une belle collection de jupons, bérets, châles frangés haute nouveauté, laine et soie, provenant de sa fabrique de Gerde (Hautes-Pyrénées).
- M. Devèze-Verdier, de Sauve, expose quelques robettes, brassières, jupons, mitaines, et camisoles en gros tricot.
- M. Léon Dussol, de Sumène, fabrique surtout la bonneterie de soie en gants, bas, mitaines, etc. ; cet industriel possède une filature de soie dont il utilise les produits.
- MM. J. Rieu aîné et fils aîné, de Limoux, se sont bornés à exposer quelques gilets et caleçons tricotés au métier.
- Enfin M. J. Valery-Pène s’est uniquement spécialisé dans l’article gilet de chasse en laine de couleurs foncées, fabriqué dans sa manufacture de Tuzaguet.
- BONNETERIE DE LA SOMME, DU NORD,
- DES VOSGES, ETC.
- Nous rangeons dans cette catégorie les exposants de la Somme : MM. Bouly-Lepage, à Moreuil, et Dheilly-Hordé, de Villers-Bretonneux; — ceux du Nord : MM. Alexandre Dansette, de Lille ; — Eugène
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- Masurel et Jules Desurmont et fils, de Tourcoing; — ceux de Seine-et-Oise : MM. Dujoncquoy, Jacquemet et Bigot, de Ville-Lebrun, près Dourdan, et Lemaire-Sevestre, de Pussay; — ceux des départements de l’Est : MM. J. et S. Lévy frères, de Nancy (Meurthe-et-Moselle), et Eug. Hantz-Nass, de Rechésy (territoire de Belfort) ; — enfin un exposant de lTlle-et-Vilaine : M. Paul Thubert, de Vitré.
- La vitrine de M. Bouly-Lepage, de Moreuil, est l’une des plus complètes de la section : elle se compose de costumes pour gymnastes, canotiers, véloci-pédistes, etc., en laine et en coton; caleçons à fonds renforcés pour cavaliers ; costumes pour enfants ; jerseys pour dames, etc. Cette maison, fondée en 1830, possède deux usines : à Moreuil (ancienne maison Bouly père), et à Harbonnières (ancienne maison Lavalard frères). Elle a une succursale à Paris et un atelier de construction de métiers. Nous remarquons dans sa vitrine la photographie d’un métier à seize têtes, système Cotton, pour bas diminués à rayures trois couleurs, construit dans la maison.
- M. Dheilly-Hordé, de Villers-Bretonneux, expose des vestons et gilets de chasse supérieurement fabriqués.
- M. Alexandre Dansette, de Lille, a réuni dans sa vitrine une collection des plus complètes de vêtements en bonneterie : gilets demi-ouverts pour hommes et enfants; gilets hygiéniques avec plastron; caleçons, chemises et chemisettes de divers genres; maillots, ceintures hygiéniques, etc. Cet industriel possède une filature de laine.
- M. Eugène Masurel, de Tourcoing, a ajouté depuis un an la fabrication de la bonneterie comme annexe de l’établissement de filature et retorderie François Masurel frères dont nous avons déjà parlé à propos des fils de laine. Nous relevons dans sa vitrine trois spécialités sur lesquelles il y a lieu d’attirer l’attention : tout d’abord, le système de pure laine naturelle, tant préconisé en Allemagne comme hygiénique par le docteur Jæger; puis le genre merino (laine et coton) que produit Nottingham en si grande quantité; enfin le tissu jersey que nous importions d’Allemagne depuis tantôt dix ans, et qui, comme nous l’avons déjà vu, se fait aujourd’hui par toute la France aussi bien et meilleur marché. »
- MM. Jules Desurmont et fils, de Tourcoing, sont, nous dit une inscription, « seuls fabricants concessionnaires du système du docteur Jæger ». Depuis
- que ce fameux docteur a trouvé que les tissus de laine en teinte beige naturelle étaient le meilleur protecteur contre le froid et la chaleur sous toutes les, zones et depuis que toutes les célébrités médicales ont recommandé ces étoffes aux rhumatisants, leur fabrication s’est fort étendue. La vitrine de MM. Jules Desurmont en est presque entièrement remplie. Cette maison a des succursales de vente à Paris, Lyon, Marseille, Nantes et Lille.
- MM. Dujoncquoy, Jacquemet et Bigot, de Ville-Lebrun, maison fondée en 1766 et comprenant filature, tissage, foulage, apprêts et teinture, exposent des chaussons et brodequins en laine foulée, fourrés et semelés, et quelques gants et moufles; ils ont une succursale de vente à Paris.
- M. Lemaire-Sevestre, de Pussay, fabrique aussi les chaussons et brodequins de tricot noirs et couleurs, les chaussons tresse et lisière, et les pantoufles semelées cuir.
- MM. J. et S. Lévy frères, de Nancy, exposent des tricots hygiéniques en laine naturelle du système du docteur Jæger, et des chemises, caleçons, gilets, jupons, cache-corsets, maillots, etc.
- M. Eug. Hantz-Natss, de Rechésy, maison de construction de métiers de bonneterie, nous fait voir toute une collection de bonneterie genre tricot, bas, chaussettes, camisoles, cache-corsets, genouillères et autres.
- Enfin M. Paul Thubert, de Vitré, a dans sa vitrine de beaux articles de bonneterie laine ou soie tricotés à la main ou à la machine.
- BONNETERIE DE LA BELGIQUE.
- C’est dans la ville de Lenze (Hainaut) que se trouve en Belgique le siège principal de la fabrication de la bonneterie. Cette cité est représentée à l’Exposition par deux exposants : MM. Fontaine frères, qui se sont spécialisés dans l’article gilet de chasse; — et M. A. Renaud-Hautrive, qui expose des vestes de chasse haute nouveauté, bas et chaussettes de laine, coton, fil d’Écosse et soie, châles à la Jacquart, robes fantaisie, etc.
- Les fabricants de Lenze qui, de 1850 à 1860, se servaient exclusivement des petits métiers à la main français et anglais, y ont substitué depuis cette époque les machines perfectionnées pour le tissage de la bonneterie haute nouveauté, maillots diminués, proportionnés, à côtes et à maillles unies, etc.; ils font
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- aujourd’hui un peu d’exportation en Hollande, Angleterre, Italie, Roumanie et Amérique, et l’on constate chez eux, d’année en année, de véritables progrès.
- BONNETERIE DE LA SUISSE.
- La Suisse est celui des pays étrangers dont l’exposition de bonneterie est la plus remarquable. Nous y relevons onze exposants, tous importants : MM. Blu-mer, Yotsch et Gle, de Schaffhouse, qui se sont spécialisés dans les sous-vêtements en laine, soie et coton pour hommes, dames et enfants, destinés à l’exportation; — MM. Buser et Kaiser, de Laufen-bourg (Argovie), qui ont envoyé des gilets, camisoles, cache-corsets à côtes, en soie, laine, coton et mélangés ; — M. Albert Handschin, de Liestal, des sous-vêtements pour l’exportation en bonneterie fine, à côtes élastiques et fantaisie en tout genre;
- — M. Meyer Wœspi, d’AIstetten (Zurich), des camisoles et caleçons en coton, laine, etc., fabriqués sur métiers circulaires et rectilignes; — M. Rumpf, de Bâle, des étoffes et sous-vêtements en crêpe de santé, vêtements hygiéniques de l’invention de l’exposant ;
- — MM. Schatzmann, His et Cie, de Murgenthal (Argovie), manufacture de tricots à côtes en tout genre, en soie pure, mi-soie, schappe, cachemire de l’Inde, laine, mérinos, fil d’Écosse et coton; de gants tricotés en cachemire, angora et laine, et de fichus en tout genre pour l’exportation ; — MM. Sie-benmann-Brunn et Cie, de Schônenwerd (près Aarau), maison fondée en 1808 : confection soignée de gilets et caleçons en soie, mi-soie, laine et coton; — MM. Strœhl et Cie, de Zofingue, fabrique de tissus en crêpe de santé, soie laine et fil d’Écosse; — MM. Thiébaud, de Gouvet, maison fondée en 1847, qui expose des ouvrages très soignés faits à la main en bonneterie desoie fine; — la « Fabrique de tricotage à la machine », de Berne, qui nous montre une collection de cache-corsets, camisoles,gilets en soie, laine et coton, ainsi que des ventrières hygiéniques adoptées par le gouvernement fédéral comme équipement militaire; — M. Yellinger, de Wœdensweil, manufacture de gants de soie, filoselle et fil perse;
- — enfin MM. Leuthold et fils, d’Enge (Zurich), maison fondée en 1832, qui expose delà bonneterie desoie : fichus, écharpes, châles, articles fantaisie, etc.
- G’est surtout dans la bonneterie de soie que la Suisse excelle : les fichus et foulards, notamment,
- sont exportés en quantités assez considérables en France et en Angleterre.
- BONNETERIE DE L’ANGLETERRE.
- Nous n’avons dans ce pays que sept exposants en bonneterie ; MM. J. et J. Cash, de Coventry; — la Donegal Industrial Fund ; — la Harrison Patent Knit-tingMachine G0, de Manchester; —MM. Nielson, Shaw et Mac Gregor, de Glasgow; —Bobert Pringle et fils, de Hareick (Écosse); — la Société Rylands et fils, de Manchester, auxquels s’est joint un exposant australien, la maison Tyler et G0, de Llandyssil (Nouvelle Galles du Sud).
- Il y a là toutes les variétés belles et communes, notamment des articles en coton à mailles fines dont l’éclat de blanc et la pureté d’apprêt attirent spécialement l’attention ; quelques produits en bourre de soie genre fantaisie ; et les tricots de la matière dite merino, mélange de laine douce et de coton préparés et filés ensemble, qui permet aux tissus qui en sont fabriqués de conserver après lavage une élasticité supérieure à ceux de laine pure ; — nous avons vu que cette matière commençait à être employée en France, notamment par la fabrication débutante de Tourcoing.
- BONNETERIE DE L’ESPAGNE.
- Quatre exposants, dont deux de la province de Barcelone : MM. Regarens Guri y Plobet (de Tarrasa), et Minguet y Pradejordo (de Barcelone); — et deux de la province de Gerona : MM. Nasslorens (d’Olat), et Secrest et fils (id.). — La principale fabrication de ce pays est plus particulièrement faite sur métiers circulaires de grands diamètres produisant des pièces de tricots dans lesquels on coupe aux ciseaux des bas, chaussettes, gilets, caleçons, jupons, etc., destinés à être vendus à très bas prix : la bonneterie à lisières et proportionnée commence seulement à y prendre pied.
- BONNETERIE DE LA GRÈGE.
- Cette contrée se borne à nous montrer quelques spécimens de bas pour hommes, article de grande consommation dans le pays pour ceux encore nombreux qui y portent l’ancien costume national. Les
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- exposants sont MM. François Douratzo, de Syra (Gyclades) ; — Emmanuel Jannidès, de Amorgos (Gyclades); — Constantin Theodorato, de Lixouri (Céphalonie); — Kiouriana Tourkisti, de Hydra (Argo-lide et Gorinthie); — et Mme Marie Trivelopoulo, de Patras (Achaïe et Eolide).
- BONNETERIE DE ROUMANIE ET SERBIE.
- Ces deux pays comptent un nombre considérable d’exposants dont les produits, fort originaux du reste et d’un cachet tout à fait caractéristique, sont alignés pêle-mêle au milieu d’autres tissus dans une suite de quelques vitrines bien ornées. Dans la section roumaine, ce sont les bas et jupes en laine qui dominent ; dans la section serbe, les chaussettes et ceintures principalement.
- BONNETERIE DE L’AUTRICHE.
- L’Autriche n’est pas représentée à l’Exposition en matière de bonneterie. C’est surtout en Bohême que ce genre de fabrication s’est concentré : la place de Tœplitz, notamment, est réputée pour ses articles à bas prix en coton et en laine fabriqués sur métiers circulaires, et celle de Strakonitz pour ses fez ou bonnets orientaux. Ce bonnet, qui est comme on le sait celui de la majeure partie des populations musulmanes, se fait de plusieurs manières :
- 1° Entièrement tricoté à l’aiguille ;
- 2° La partie conique tricotée à la main et la partie cylindrique travaillée sur métier circulaire ;
- 3° Entièrement fait sur métier rectiligne à tricot.
- La teinture et surtout le foulage et l’apprêt sont difficiles à bien réussir.
- Accessoires du vêtement.
- Il nous reste maintenant, pour compléter ce chapitre, à étudier les divers objets accessoires du vêtement et de la toilette dont la façon rentre d’une manière plus ou moins éloignée dans l’industrie textile. Nous examinerons rapidement :
- 1° Les gants, moufles, mitaines et articles similaires ;
- 2° Les cravates, foulards et objets de même genre ;
- 3° Les chemises, cols, manchettes et autres pièces de lingerie pour hommes ;
- Ii° Les objets de lingerie pour femmes et enfants;
- 5° Les parapluies, ombrelles et similaires ;
- 6° Les corsets ;
- 7° Les accessoires en tissus élastiques (bretelles, jarretières, ceintures montées, etc.);
- 8° Les éventails et écrans;
- 9° La mercerie et les articles pour tailleurs et couturières.
- 1° Les gants.
- En examinant les objets relatifs à l’industrie de la bonneterie, nous avons naturellement déjà cité les noms des exposants qui fabriquent le gant. Celui-ci se fait en coton, en laine, en bourre de soie et en fil. — Le gant de coton se fabrique de deux façons différentes : tissé ou cousu. Le premier genre est fait sur le petit métier à tricot, gant à gant, doigt à doigt, et cousu ensuite à la main ; le second est au contraire fabriqué sur des métiers à chaînes en grandes pièces d’étoffes de deux et trois mètres de largeur qui sont apprêtées de manière à posséder de la fermeté, du brillant et de l’élasticité, et sur lesquels les gants sont découpés à l’emporte-pièce. Les gants tissés portent le nom classique de gants en fil d’Écosse, les gants cousus celui de gants satin-peau. On fabrique encore passablement ces produits en France, mais la ganterie de coton de Saxe à bon marché lui fait une terrible concurrence. La ganterie en tricot de laine foulée et drapée n’est presque plus consommée en France; elle a été tuée par l’introduction d’un gant anglais en tricot grossier, peu élégant, mais que la mode a réussi un moment à faire adopter par le public. La ganterie en bourre de soie est localisée dans une série d’articles spéciaux ; gants de deuil, gants pour ecclésiastiques, longs gants pour dames en couleur claire, etc. Enfin le gant de fil est un article d’été qui ne se fait pour ainsi dire plus.
- Les gants qui se portent le plus aujourd’hui sont les gants de peaux, dont nous croyons devoir dire ici quelques mots, puisque leur exposition est comprise dans la classe qui nous occupe.
- Le principal centre de fabrication est Grenoble, dont les manufacturiers, au nombre de trente-six, se sont réunis en une magnifique exposition collective. Des inscriptions qui figurent dans leur vitrine nous
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- font connaître que l’industrie de cette ville représente 35 millions d’affaires, occupe 25,000 personnes, produit annuellement 12 millions de paires de gants, et nécessite une main-d’œuvre de 15 millions de francs. Après Grenoble vient Paris, réputé surtout pour la ganterie de luxe, puis Milhau, Niort, Chaumont, Saint-Junien et Lunéville, toutes d’ailleurs représentées à l’Exposition. D’autres villes comme Nancy, Lyon, Rennes, Blois, Tours, Dijon, etc., fabriquent exclusivement pour la consommation locale.
- La fabrication des gants de peau est généralement peu connue en dehors des spécialistes : nous croyons intéressant de lui consacrer quelques lignes.
- Les soins que l’on apporte à la confection des gants de ce genre sont longs, complexes et minutieux. Leur confection se divise en quatre parties : mégisserie, — teinturerie, — coupe — et couture.
- La mégisserie consiste à épiler la peau et à remplacer la matière graisseuse et muqueuse remplissant les interstices du tissu cellulaire par une nourriture nécessaire à la bonne conservation du cuir. Elle est composé de farine, de jaune d’œufs, de sel et d’alun. Le travail se fait à grande eau : le sel humecte et conserve la peau, l’alun le tanne, la farine la nourrit, le jaune d’œufs l’assouplit.
- La peau, au sortir de la mégisserie, devient blanche et soyeuse, et après un laps de temps nécessaire pour que le cuir absorbe bien sa nourriture, elle est soumise au travail de la teinture. Là, elle est d’abord purgée des principes contraires à la fixation de la couleur ; puis à l’aide d’une brossée d’un mordant ammoniacal, on lui applique sur le côté nommé fleur, auquel adhérait autrefois le poil, la couche voulue de couleur. Elle est soumise ensuite à une très haute température, séchée, puis ouverte sur une lame de fer demi-circulaire, tranchante à sa partie convexe, nommée palisson.
- Après l’opération de la teinture, la peau est soumise à la coupe. D’abord le dollage lui enlève les chairs à l’aide d’un couteau large et tranchant, ce qui l’amincit et la délie ; ensuite le dépeçage se fait par la coupe, suivant des tailles fournies par l’usage, puis Yétavillon ou l’établissement du gant dans le sens de la longueur de cette même taille. Le gant ainsi travaillé est prêt à être fendu suivant des calibres ou mains de fer tranchantes qui ont servi de point de repère au dépeceur. Puis les fourchetteuses
- cherchent à trouver dans les tombées du cuir la fourniture nécessaire à l’achèvement du gant.
- Chacune des pièces, gant, pouce, fourchette, bords, bandelette, boutonnières et gousset, choisies et triées par chacun des ouvriers de la coupe, sont ensuite rassemblées et soumises à la couture.
- La couture à la machine est très usitée ; la couture à la main, quoique plus solide et plus belle, est délaissée en raison de son haut prix de revient. La couture à la main se fait au point de piqûre avec de la soie torse; afin d’arriver à plus de régularité, l’ouvrière fait usage d’une mécanique en forme d’étau denté ; elle pince entre les deux lèvres de cette mécanique les deux morceaux de peau qu’elle veut coudre ensemble et passe successivement l’aiguille dans chacune des dents.
- La couture à la mécanique se fait à l’aide de la machine à coudre ordinaire ; les gants sont cousus an point de surjet ou piqués à l’aide de divers systèmes de machines spéciales.
- Le gant cousu est ensuite classé suivant qualité, dressé et mis en douzaine.
- Ajoutons que les peaux qui sont presque seules employées pour la fabrication des gants sont celles d’agneau et de chevreau, les premières donnant des produits plus solides et plus fins que les secondes. Les dénominations de peaux de chien, de daim, de chamois, etc., s’appliquent à des peaux d’agneau ou de chevreau très fortes, et parfois à des peaux de moutons.
- Suivant leur préparation, ces peaux fournissent des gants de dénominations différentes. Les gants glacés, par exemple, s’obtiennent par la mégisserie, les gants de castor par le chamoisage; quant aux gants de Suède, on les fabrique en retournant les peaux mégissées et mettant en dehors le côté de la chair lissé par un ponçage.
- Dans le commerce, les gants sont établis par dimensions. Les mains d’homme, de femme et d’enfant sont classées dans quatre séries pour la longueur et cinq séries pour la largeur ; des échelles de proportion ont servi de base à un numérotage par lettres et par chiffres qui est représenté par une collection de 224 calibres de main et de pouce et 112 calibres de fourchette et d’enlevure. Cette classification est due à Jouvin, auquel on vient d’élever une statue à Grenoble au cours de l’Exposition.
- On emploie généralement pour boutonner le gant
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- le bouton ordinaire, qu’on a essayé à diverses époques, mais toujours avec insuccès, de remplacer par des agrafes, œillets à grilles, lacets, verrous, etc.
- 2° Les cravates.
- On divise généralement les cravates, au point de vue de la nuance, en :
- 1° Noires;
- 2° De fantaisie ;
- 3° Blanches pour soirées, uniforme ou livrée ;
- Et, au point de vue de la fabrication, en cravates dont on fait le nœud soi-même et en cravates dont le nœud est tout fait, ces dernières se divisant en cravates à plastron et cravates à nœud.
- Ce sont uniquement des maisons parisiennes qui, à l’Exposition, représentent cette fabrication. Elles surtout, d’ailleurs, au nombre d’une centaine, imaginent chaque année des modèles nouveaux, et ce sont leurs types qui, exposés et achetés par les fabricants français et étrangers, sont rapidement imités et font la mode du moment.
- En dehors de Paris, les deux principaux centres français de production sont Lyon et Saint-Étienne, la première pour les cravates d’hommes et de femmes en soie pure, la seconde pour les cravates de soie ou tramé coton pour dames ; Lyon compte environ une cinquantaine de fabricants et Saint-Étienne une trentaine.
- Les tissus intérieurs des cravates servant de doublure sont en laine ou en coton et proviennent de Villefranche (Rhône), Reims, Rouen, Roubaix et Saint-Quentin. Cette fabrication se fait à la main ou à la machine à coudre ; elle occupe, en France, environ 3,000 hommes, 15,000 femmes et A,000 enfants.
- L’importation des cravates et foulards- a été, dans ces dernières années, d’après les relevés de l’administration des douanes :
- Kilogrammes.
- 1878 26.452
- 1879 37.527
- 1880 • • • • 27.075
- 1881 . . . .. 21.373
- 1882 . .. . 1/1.176
- 1 «88 11.803
- 188/i 18.210
- 1885 14.602
- 1886 12.489
- L’exportation est nulle.
- Ménage prétend que le mot cravate serait une
- corruption de carabatte, sorte de collet particulier à l’usage des carabins. Ces carabins n’étaient autres que les corps de cavaliers qui remplacèrent les argoulets et les reîtres, et qui, au lieu de l’arquebuse courte et de la masse, furent armés du pistolet ou de l’escopette ou carabine. D’autre part M. Hayem, d’après Furetière, prétend que la cravate, ou plutôt le cravate (le mot fut d’abord du genre masculin), doit son origine aux Cravates ou Croates que, sous le règne de Louis XIII, Rantzau et Gassion introduisirent dans l’armée française. On avait remarqué dans l’uniforme croate un certain ajustement adapté au cou, d’un tissu commun pour les soldats, de mousseline ou d’étoffe de soie pour les officiers. Cette pièce d’étoffe faisait le tour du cou, revenait se nouer par devant en rosette et laissait tomber gracieusement sur la poitrine deux bouts, tantôt unis, tantôt garnis d’un gland ou d’une houppe. Cet ajustement fut adopté par la troupe des cavaliers nouvellement formée, et le nom qui le désignait servit à désigner les soldats eux-mêmes. Le nom de roval-cravate s’appliqua à un des régiments les plus renommés de l’armée française et ne disparut que lorsque les soldats furent licenciés par la Révolution. Cette dernière étymologie nous paraît plus vraisemblable que la première.
- 3° La lingerie pour hommes.
- La lingerie pour hommes embrasse les produits suivants :
- 1° Les chemises blanches et de couleur, en coton, en toile, en flanelle et en tissus de fantaisie ;
- 2° Les caleçons en toile, en croisé, en coton, en flanelle et en tissus de fantaisie ;
- 3° Les gilets en flanelle et en tissus mixtes;
- lx° Les devants de chemise en toile et en coton, unis ou brodés, ou de fantaisie ;
- 5° Les faux-cols, manchettes et plastrons de chemises.
- Tous ces articles sont exposés par des confec-, donneurs parisiens et témoignent d’une recherche constante du beau dans les modifications des formes et le fini du travail. Un grand nombre de modèles originaux figurent dans les vitrines de MM. Beaumont frères, — J. Belleux, — P.-H. Berthollet, — A. Bleu-sez jeune, — la maison du Bon Marché, — L. Cal-vayrac, •— E. Carré et Cie, — Ed. Charvet, —Ed. Chevallier, — Colombier et Cie, — A. Dehesdin et
- Supplément a l’Industrie textile du 15 Septembre.
- 41* Fascicule.
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- neveu, — E. Doucet jeune, — Dulieu, — Lazare Franck, — S. Hayem aîné, etc., etc., qui ont abordé cette spécialité.
- La fabrication des chemises est fort ancienne en France, car les vieux chroniqueurs du moyen âge font souvent mention de cet accessoire du vêtement. Mais ce n’est qu’à partir du xve siècle que cet objet de lingerie prit une certaine importance dans le costume. A cette époque, en effet, la fabrication des toiles s’étant perfectionnée dans la Frise, les seigneurs tinrent à faire parade d’un tissu considéré comme objet de luxe, et la mode vint alors d’entailler les habits pour qu’on pût voir le linge.
- Sous Charles VIII et sous Louis XII, la chemise était adoptée déjà d’une manière générale par les hommes et par les femmes; les vêtements étaient coupés, tailladés de manière à la laisser paraître au cou, aux bras, aux épaules et à l’estomac. Sous François Ier, les crevés pour laisser voir le linge se multiplièrent de tous côtés, dans le dos, sur la poitrine et même sur les cuisses.
- Sous Henri II, la chemise, jusqu’alors froncée autour du cou, se trouva cachée par le pourpoint ; mais on la garnit alors d’un col rabattu et on ajouta des manchettes aux poignets. Ces appendices de la chemise donnèrent lieu, sous le règne suivant, à plusieurs modes excentriques, notamment à celle des fraises, des cols montés, des rabats de toutes formes et de toutes grandeurs, les uns en linon, les autres en points coupés.
- Après la mort de Mazarin, la chemise devint plus apparente que jamais, par suite de l’écourtement du corsage et des manches du pourpoint ; mais vers 1680 une réaction se fit dans le costume : la chemise fut entièrement cachée par la veste et le justaucorps, la cravate dissimula le col, et longtemps la chemise ne se trahit plus que par le jabot et les manchettes.
- Peu à peu, cependant, le justaucorps se déboutonna, la veste s’ouvrit et devint le gilet moderne; alors les bouts de la cravate se raccourcirent et cessèrent de tomber, le col ressortit; le jabot, de plus en plus rare, finit par disparaître, et le devant de la chemise se montra. Cette transformation s’est achevée dans les premières années de notre siècle.
- Depuis ce temps, la chemise n’a plus eu à subir que quelques modifications dans la coupe, quelques changements dans les dispositions du col, des plis et
- des poignets, pour devenir telle que nous la portons aujourd’hui.
- Avant 1880, les chemises étaient généralement faites à façon par les lingères. Ce fut seulement vers cette époque qu’un fabricant, Lamy-Housset, s’annonça comme chemisier sur mesure, apporta des soins tout particuliers à la coupe et s’attacha à donner à la chemise la précision que les tailleurs mettent dans la confection des habits. Son exemple ayant été suivi par d’autres négociants, la fabrication de la chemise devint l’objet d’une industrie spéciale, très prospère aujourd’hui.
- L’industrie des faux cols est connexe à celle des chemises. C’est à l’Exposition nationale de 1834 que ces objets de toilette ont été exhibés pour la première fois : les rapports du jury signalent alors avec éloge des « cols brisés » qui, par des procédés particuliers, prenaient la forme du cou. Aux Expositions de 1849, il en est à peine question dans les comptes rendus spéciaux. A celle de Londres, en 1862, M. de Fran-queville, rapporteur, signale l’extension de ce genre de fabrication, et il est d’avis que « l’industrie des faux cols est l’une de celles qui ont ressenti le plus vivement la bienfaisante influence des traités de commerce ». Aux Expositions de 1867 à Paris et de 1873 à Vienne, on constate de nouveaux et importants progrès dans cette industrie, et enfin, en 1878, M. Hayem, rapporteur, précise que « les faux cols français luttent avantageusement avec les produits similaires anglais ».
- Dans des notes dues à M. W. Ozouf, président de la Société des coupeurs-chemisiers, nous lisons les détails suivants relatifs à la fabrication des faux cols en gros. « Le faux col est un article spécial de toilette complètement détaché de la chemise; il exige des ateliers spéciaux. Sa confection est minutieuse, en ce sens qu’il doit s’adapter correctement à la chemise. Pour faire cent douzaines de faux cols, il faut:
- « 1° Six machines à coudre alimentées par des prépcirateuses ou bâtisseuses au nombre de quinze ;
- « 2° Plus quinze autres ouvrières pour la finition et les boutonnières; total : trente ouvrières.
- « Cent douzaines de faux cols, étant payées en moyenne 1 fr. 25 la douzaine, produisent 125 francs de façon. Trente ouvrières, gagnant chacune 3 francs par jour en moyenne, ont un salaire total de 90 francs.
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- Il reste environ 35 francs par jour à la maîtresse d’atelier. Sur ces 35 francs, il faut déduire le fil et l’entretien des machines, soit environ 10 francs. C’est donc 25 francs de bénéfice net que prélève l’entrepreneuse sur la façon de cent douzaines de faux cols. »
- Sur l’industrie de la chemiserie en gros et des devants de chemise pour l’exportation, le même praticien s’exprime ainsi : « Le gros a de grands ateliers en province. Telle maison exige trois ateliers produisant chacun cinquante douzaines de chemises par semaine. Chacun de ces ateliers occupe cent ouvrières. La façon de la douzaine de chemises est de 9 francs y compris les frais d’expédition sur Paris. Voici comment on procède : les devants, les cols et les poignets sont fabriqués à l’avance à Paris. Les coupeurs commencent par les cols, puis ils font les poignets, et ils terminent par les devants. Le tout se fait par douzaine. Toutes ces parties sont numérotées par ordre de tailles. Pour produire 600 douzaines de devants de chemises par mois, il faut 75 ouvrières et un nombre de machines à coudre proportionnel. Les cols et les poignets destinés aux chemises sont fabriqués dans les mêmes conditions. »
- Voici d’autres renseignements relatifs à la fabrication du caleçon en gros. « Celle-ci est du ressort de la machine à coudre, depuis la préparation jusqu’au bâtissage. Une ouvrière mécanicienne peut faire douze caleçons par jour à raison de 25 centimes la la pièce. Le mode de fabrication est ainsi établi : une maison de confection de province possède, je suppose, soixante machines à coudre. Elle loue ses machines à raison de 20 francs par mois l’une, mais à condition qu’elle fournira pour chaque machine trente douzaines de caleçons dont la façon sera payée lx fr. 75 la douzaine. Or l’entrepreneuse ne payant cette douzaine que 3 francs à l’ouvrière, il lui reste 90 francs, sur lesquels il faut défalquer ses 20 francs de machine, son fil et l’entretien, soit 10 francs. Il reste donc 60 lrancs de bénéfice net par mois à l’entrepreneuse. »
- Pour le gilet de flanelle destiné à l’exportation, voici quelle est l’organisation des fabricants en gros : « Cet article se fait à la machine à coudre. Une ouvrière mécanicienne peut faire six gilets de flanelle par jour, à raison de 60 à 70 centimes de façon par pièce. Elle paie la location de la machine, le fil, l’entretien de la machine et sa faiseuse de boutonnières.
- Son travail exige beaucoup de soins et de propreté. En somme, elle peut réaliser un salaire de 80 francs par mois. »
- La fabrication de détail, pour la consommation intérieure et de luxe, est agencée d’une façon un peu différente : « Les façons de détail, étant exécutées à Paris, sont payées plus largement que celles du gros, parce que :
- « l°Le temps fixé pour l’exécution est plus limité;
- « 2° Parce que les mesures prises sur le client demandent plus de précision dans le fini.
- « D’ailleurs le travail de l’ouvrière de Paris est plus correct et mieux suivi. En outre, l’outillage est meilleur. Ainsi un atelier fabriquant quotidiennement trente chemises occupe 20 ouvrières, dont 3 monteuses, 2 mécaniciennes et 15 finisseuses. Les monteuses sont payées en moyenne 3 fr. 50 par jour, les mécaniciennes h francs, les finisseuses travaillent à la pièce : elles font deux chemises à raison de 1 fr. 40 l’une. La chemise entière étant payée à raison de 5 fr. 50 à l’entrepreneuse, elle reçoit pour trente chemises 75 francs. Le salaire de ses ouvrières s’élevant à 60 fr. 50, et son fil ainsi que l’entretien de ses machines lui coûtant 2 fr. 50, il lui reste donc un bénéfice de 3 fr. 50 par jour. — La confection en détail des gilets de flanelle et des caleçons suit à peu près les mêmes proportions que celle de la chemise. Chaque gilet de flanelle est payé 1 fr. 50. Le caleçon est payé 1 fr. 50 à 2 francs. La façon en est toujours soignée ; elle est enjolivée par des points de piqûre extra, tels que points de chaînette, points de chausson, etc. Les ouvrières gagnent h francs par jour. »
- Dans la fabrication de détail intervient le coupeur-chemisier. « La coupe des chemises veut de l’habileté et de l’intelligence; le coupeur doit connaître le dessin linéaire. Il prend, comme le tailleur, les mesures sur toutes les parties du corps du client. Il en dresse les plans et en dessine les patrons, puis en rassemble tous les détails. Il prépare ensuite le tissu, le mouille, et, après l’avoir bien étiré et plié, il se prépare à le couper. Il donne à l’ouvrière toutes les pièces coupées, savoir : le dos, le grand devant, les manches, les pointes de manches, les pièces d’épaule, le petit devant, le col, les poignets, les barrettes et les pattes. Il prépare l’échancrure basée sur la conformation du cou du client, et fait son bulletin très détaillé de toutes les mesures qu’il a prises. Quand l’ouvrière lui rend l’ouvrage qu’il lui
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- a confié, il le vérifie et constate le résultat. Il émarge au livre de coupe et fait un autre bulletin pour la blanchisseuse. C’est lui qui demande la chemise pliée sur telle longueur, sur telle largeur, et qui fait toutes les observations pour obtenir un blanc bien conditionné. »
- Sous le nom générique de « pièces de lingerie cousues », les états de douane indiquent les chiffres suivants pour le commerce des articles qui nous occupent :
- ANNÉES. IMPORTATIONS. EXPORTATIONS.
- kil. kil.
- 1882;............. 33.020 1.283.710
- 1883.............. 83.6/»9 1.220.075
- 188/i............. 191.776 1.328.619
- 1885 .......... 187.268 979.071
- 1886 .......... 102.7/i3 789.585
- h° Lingerie pour femmes et enfants.
- La lingerie pour femmes comprend :
- 1° Les chemises de jour et de nuit, les camisoles, les pantalons, les jupons, les cols et les manches, les parures, les peignoirs, les fichus, etc.;
- 2° Les trousseaux, qui se composent de tous les articles que nous venons d’énumérer, plus le linge de ménage, tel que taies d’oreiller, draps, nappes, serviettes, etc.
- Quant à la lingerie pour enfants, elle se compose de tout ce qui constitue la layette, c’est-à-dire des chemises, jupons, brassières, bavoirs, guimpes, bonnets, langes, jupons, robes, robes de baptême, pelisses, etc.
- Ce sont des fabricants de Paris qui exclusivement participent à l’Exposition pour ces spécialités et c’est dans la lingerie fine qu’ils excellent ; rehaussées par le goût français, les confections qu’ils exposent ne craignent aucune comparaison ; — beaucoup sont garnies avec des Valenciennes, des blondes, des rubans et des dentelles en imitation. Il faut dire aussi qu’en réalité Paris est, en France, le principal centre de production de ces articles, et si ce n’est là que s’en fabrique le plus grand nombre, du moins peut-on dire que c’est de cette ville que partent le plus de tissus servant à la fabrication, pour y revenir après avoir été confectionnés sur
- presque tous les points de la province. Cependant quatre places sont très renommées pour la fabrication de la lingerie et méritent une mention spéciale, ce sont : Saint-Quentin, Argentan, Saint-Omer et Verdun.
- Le travail est ici organisé comme dans l’industrie de la lingerie pour hommes. Les maisons les plus importantes font exécuter elles-mêmes tous leurs travaux dans leurs ateliers ; mais le plus grand nombre des lingères est obligé d’avoir recours à des entrepreneuses de lingerie qui parfois emploient à leur tour des sous-entrepreneuses. Ces sous-entrepre-neuses n’ont à s’occuper que de la façon. On leur donne généralement les objets tout taillés et prêts à être cousus; quelquefois cependant on leur remet le tissu en pièce.
- Les prisons et les établissements religieux travaillent aussi pour plusieurs entrepreneuses, mais on ne fait dans les pénitenciers que les articles communs, tandis que la lingerie fine est confiée en général aux ouvrières des couvents.
- L’industrie de la lingerie pour femmes et enfants est aussi l’une de celles où l’emploi de la machine à coudre s’est le plus répandu. On se sert de la machine aussi bien chez les grandes lingères que chez les sous-entrepreneuses. Néanmoins le travail à la machine, quoique plus régulier, n’est jamais aussi solide ni aussi bien fini que le travail fait à la main, et jusqu’à ce jour on ne l’a utilisé que pour la confection des articles ordinaires ou destinés à l’exportation.
- « De même que dans la lingerie pour hommes, dit M. Hayem, il y a lieu de distinguer les maisons de détail des maisons de gros; ici même, la distinction est encore plus profonde, car, d’une part, il est très rare que les consommateurs songent à s’adresser aux maisons de gros, et, d’autre part, la plus grande partie des maisons de détail se contente d’acheter aux maisons de gros et de servir d’intermédiaire entre elles et le public. Ajoutons seulement que, grâce au grand nombre d’articles qu’embrasse la lingerie proprement dite, beaucoup de maisons, et de maisons de nouveautés, se créent des spécialités et se cantonnent dans la fabrication de tel ou tel genre ou la confection de tel ou tel article. Il en est de même, d’ailleurs, des maisons de gros : telle maison s’occupe seulement des articles pour enfants; telle autre, de la lingerie plate; telle autre, de la lingerie façonnée et brodée ; telle autre, des cols et manches et des parures. Toutes ces branches de la lingerie
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- suffisent à constituer des maisons importantes, souvent considérables. »
- Cette industrie de la lingerie en général est fort ancienne en France. Les maîtresses-lingères étaient organisées en communauté dès le xme siècle. Saint Louis leur donna des statuts et permit aux pauvres lingères d’installer leurs marchandises le long du cimetière des Innocents : de là vient le nom de rue de la Lingerie que porte encore, à Paris, la rue ouverte sur cet emplacement pendant le règne de Henri II.
- Les statuts des lingères furent renouvelés, modifiés et confirmés à diverses reprises, notamment par Louis XIV en 16Û5.
- Les maîtresses exerçant le métier avaient à cette époque la dénomination de marchandes, maîtresses toilières, lingères, canevassières en fil. Elles vendaient tant en gros qu’en détail « toutes sortes de toiles de lin, chanvre, batiste, linon, Cambray, Hollande, canevas, fil blanc et jaune, et généralement toutes autres sortes de toiles et de marchandises faites, tant chemises que caleçons, rabats et autres manufacturées concernant ledit état, pour la commodité et le soulagement du public. »
- Jusqu’au règne de Louis XIII, le linge de corps se porta sans ornement; la beauté de la toile suffisait pour en faire un objet de luxe. Mais les étoffes et les pierres précieuses ayant été défendues, on imagina d’ajouter aux lingeries des points coupés, des broderies et des dentelles, qu’on fit venir de Gênes et de Venise. L’industrie des lingères en prit une grande importance, mais, — ainsi que nous l’avons dit en retraçant l’histoire de la dentelle, — elle devint l’objet de mesures répressives.
- Outre les manchettes, cols, fichus, camisoles et caleçons, les lingères façonnaient le linge de lit et le linge de table, notamment le linge damassé pour nappes et serviettes ; mais elles n’étaient pas seules à vendre ces differents articles. Les merciers, « vendeurs de tout et faiseurs de rien », comme on disait alors, exerçaient aussi le commerce des toiles et des marchandises de lingerie.
- Les nouveaux statuts accordés aux lingères en 1782 consacrèrent à cet égard les droits respectifs des corporations. Ainsi les merciers et les lingères vendaient concurremment, tant en gros qu’en détail: les toiles de lin, de chanvre, d’étoupe; — les toiles ouvrées ou damassées; — les canevas, coutils, treilles; — le linon, les batistes ; — les fils et rubans de fil, écrus et blancs; — les layettes d’enfant, avec
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- tout l’assortiment nécessaire, même de drap et lainage; — les mouchoirs, les toiles de coton et de fil de coton, tant en blanc qu’en écru ; — les dentelles, les mousselines unies, rayées et brodées ; — les basins rayés et croisés; — les futaines, et généralement tout ce qui concernait les marchandises de toilerie, lingerie, provenant des fabriques nationales ou de celles des pays étrangers.
- Les maîtresses-lingères jouissaient seules du droit d’entreprendre, tailler, coudre et façonner les marchandises qui viennent d’être énoncées, ainsi que les vieux linges ; mais les merciers partageaient avec elles le droit de vendre ces mêmes marchandises toutes façonnées. L’article 3 des statuts de 1782 déclarait, en effet, que rien n’était innové quant aux droits appartenant aux marchands merciers de vendre les marchandises de lingerie faites, sans toutefois qu’il leur fût permis de les façonner. Seulement, pour distinguer les boutiques des marchandes lingères de celles des marchands merciers qui faisaient le commerce des toiles, les lingères avaient une banne blanche et les merciers une banne brune. L’inscription des lingères sur leurs tableaux et tapis portait Magasin de lingerie et toilerie, et celle des merciers Mercerie et toilerie.
- La Révolution débarrassa les lingères de la rivalité des merciers, et lorsqu’au rétablissement de la paix la France eut renoué ses relations avec les nations étrangères, l’industrie de la confection du linge ne tarda pas à prendre un très grand développement. Chacune des fabrications relatives à la lingerie d’homme, à celle des femmes et des enfants, au linge de table, devint si considérable que chacune d’elles forma bientôt une industrie distincte.
- La fabrication des parapluies et ombrelles est devenue aujourd’hui assez imporiante en France. Il y a quelques années, ellle se trouvait presque uniquement concentrée à Paris, Lyon, Angers, Orléans et Bordeaux. Il faut maintenant joindre à ces villes d’autres centres comme Aurillac, Toulouse, Nantes, Rennes, Rouen, Pau, Sedan, Nancy, Grenoble, Lille, Abbeville et Reims. Cette spécialité n’est représentée à l’Exposition que par quelques maisons de Paris : MM. Meurgey et Cie, — Léon Porte, — Ém. Renard, — Oct. Triquet, etc.
- 5° Les parapluies.
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- Les tissus employés dans cette industrie sont de trois genres : les cotonnades, qui se fabriquent à Rouen ; les alpagas (laine et coton), qui sont presque exclusivement de fabrication anglaise; et la soierie, pour laquelle Lyon reste encore le centre le plus considérable de l’Europe.
- Quant aux montures, celles qui sont presque seules en usage aujourd’hui, sont en acier et se fabriquent à Paris, Lyon et Pont-le-Roide (Doubs) ; les montures en jonc tendent visiblement à disparaître, et les montures en baleine ne sont plus guère employées à cause du prix excessif de la matière première.
- Les bois pour manches, dont Paris a à peu près le monopole, proviennent de France (cornouiller, épine ou aubépine, noisetier ou sanguin employés à l’état de brins, et charme, chêne, hêtre, sycomores et érable débités en bâtons) ; d’Afrique (myrte, olivier, laurier-thym, oranger, caroubier, etc.); de l’Inde (riz bambous, joncs, lauriers, readjahs, parruches, etc.); de la Guyane, etc.
- Pour les poignées, on emploie, soit la bijouterie, qui joue un grand rôle dans ce genre d’ornementation, soit les cornes de bœuf, buffle, bélier on rhinocéros, ou encore l’os, l’écaille, les terres cuites, la porcelaine, le verre, le cristal, ou bien les pierres (cornalines, jaspes, lapis, agates, onyx, vraies ou imitées).
- On compte qu’il peut y avoir, employés à l’industrie des parapluies, environ 4,500 hommes, dont une partie seulement s’occupe exclusivement des ouvrages ayant trait à la fabrication directe, tandis qu’un grand nombre exerce des professions qui ne s’y rattachent qu’indirectement, et 6,000 à 7,000 femmes ou jeunes filles. Les hommes seuls travaillent en atelier.
- Voici les chiffres relatifs au commerce de ces articles :
- IMPORTATIONS. EXPORTATIONS.
- fr. pièces. fr. pièces.
- 1877. 352 32 2.305.418 »
- 1878. 1.419 129 2.490.510 »
- 1879. 1.012 92 2.478.261 »
- 1880. 616 56 2.064.097 »
- 1881. .. 21.740 2.174 2.347.668 »
- 1882. .. 152.080 15.203 1.654.260 165.426
- 1883. .. 178.010 17.801 1.251.620 125.162
- 1884. .. 151.760 15.176 1.850.110 135.011
- 1885. .. 156.840 15.684 1.272.300 127.230
- 1888. .. 160.410 16.041 1.129.030 112.903
- Cette industrie est donc exportatrice.
- 6° Les corsets.
- Le nom de corset s’appliquait, dans l’origine, au corsage de la jupe de dessous. Les premiers appareils, montés sur des appareils en fil de laiton avec des buses de baleine sur le devant, datent du règne de François Ier; ils s’appelaient alors basquines ou vasquines. Sous Charles IX, les basquines prirent le nom de corps piqué, celui de corset leur fut donné seulement au xvip siècle.
- En même temps que les basquines, on avait imaginé les vertugadins, destinés à faire bouffer les jupes. L’ampleur de ces vêtements nécessitait une si grande quantité d’étoffe, que le roi, par une déclaration du 17 janvier 1563, fit défense aux femmes d’avoir des vertugadins de plus d’une aune ou une aune et demie de tour. Mais, en 1565, une autre déclaration permit aux femmes et aux filles « d’en porter à leur commodité, et néanmoins avec toute modestie». Malgré cette recommandation, la mode amena de nouvelles exagérations, et, sous Henri IV, les appendices et les bourrelets placés sur les hanches furent remplacés par des cerceaux tenus en suspens autour du corps. Quelque ridicules qu’on ait pu les trouver à leur apparition, les vertugadins ne furent abandonnés que vers la fin du règne de Louis XIII. A partir de ce moment, les femmes eurent recours aux fausses tournures : l’une de ces tournures en toile gommée, appelée criarde, se portait généralement en 1711, lorsque la mode des vertugadins revint avec les paniers et les cerceaux. Les paniers, après être restés en usage pendant la plus grande partie du xvme siècle, disparurent d’une manière si complète avec l’ancien régime que, cette fois, l’on pouvait croire l’extrême bouffissure des robes à tout jamais bannie de la toilette des femmes ; mais rien nest plus inconstant que la mode, et il nous était réservé de voir les exagérations des vertugadins, des paniers et des cerceaux se reproduire de nos jours avec les crinolines, les jupons à ressorts d’acier et les tournures modernes.
- La confection des corsets ne constituait pas autrefois une industrie particulière. Il résulte des statuts accordés aux couturières en 1780 et de ceux donnés aux tailleurs fripiers en 1784 que les maîtresses et les maîtres de ces deux communautés faisaient concurremment les « corps, corsets et paniers baleinés ».
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- A L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1889.
- L’industrie du corset n’a pris un véritable développement qu’à partir de l’année 1820, époque à laquelle s’établit à Paris la maison Regnier-Cailquot, qui se livra la première à la fabrication en gros de cet article. Les changements que les corsets subirent alors servirent de point de départ à toutes les améliorations dont ils ont été l’objet par la suite. Avant 1828, il n’avait ôté pris que deux brevets d’invention pour les corsets ; on en demanda soixante-quatre de 1828 à 1868.
- La fabrication du corset se divise en trois catégories : les corsets faits à la main et sur mesure; les corsets faits par les maisons de gros et les corsets faits au métier.
- Dans la première catégorie, on pourrait ranger les corsets orthopédiques, travaux spéciaux très délicats, qui demandent une connaissance assez approfondie de l’anatomie : aussi ces travaux ne sont-ils exécutés avec succès que par certaines maisons spéciales. Nous dirons même qu’il en est qui ont acquis dans ce genre de travail un talent remarquable par la suppression presque complète des armatures en fer, qui font le plus souvent de ces corsets des appareils insupportables.
- Les corsets faits à la main par les corsetières sont sans contredit ceux qui sont appelés à remplir le mieux le programme que nous avons tracé tout à l’heure; cette classe de fabricants ayant constamment à se rendre compte des exigences de chaque sujet, il est évident que c’est à eux qu’il faut faire appel pour améliorer dans un sens hygiénique la fabrication du corset. A ce sujet, nous dirons même que, depuis quelques années, le corset a subi une modification heureuse en se présentant sous la forme dite ceinture, laquelle soutient également les seins, comme le fait le corset montant, mais avec l’avantage ne ne plus comprimer l’extrémité, inconvénient grave qui a souvent empêché l’allaitement. De toutes les nations, la France, ou pour mieux dire Paris, a conservé et conservera encore longtemps la supériorité dans la fabrication des corsets sur mesure ; il est incontestable que les produits des fabricants parisiens se distinguent par le bon goût de leur coupe et leur parfaite exécution.
- Quant aux corsets faits par les maisons de gros, nous nous bornerons à dire qu’étant une marchandise faite à la grosse pour l’exportation, ces corsets
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- sont coupés et exécutés sans aucune connaissance des besoins du corps; les fabricants donnent alors de l’attrait à leur variété de luxe en les faisant en tissus de couleur à tons vifs et en les ornant avec des broderies de toutes nuances.
- Enfin l’industrie des corsets tissés au métier a pris une très grande importance depuis son apparition à Bar-le-Duc, il y a cinquante ans.
- Deux mécaniciens se sont occupés, dès le principe, de la fabrication des corsets à la mécanique : Grégoire en 1805, et Jean Werly, à Bar-le-Duc, en 1832. Les dispositions adoptées par tous deux reposent sur des modifications de forme et de montage du cylindre-ensouple de Pétolfe. Grégoire se servait d’une ensouple à courbure variable déterminée à l’avance et disposée d’une manière particulière. L’ensouple de Jean Werly est formée d’une espèce de chaîne sans fin qui permet aux fils de prendre des inflexions et de décrire certaines courbures pendant le travail. Le métier Werly est le seul employé aujourd’hui.
- Son métier primitif ne tissait qu’un corset à la fois : il est à huit couteaux et la chaîne sans fin y est tendue au moyen d’un contrepoids en fonte dont les fils, divisés par 36, 68 et 66, se trouvent reportés sur un certain nombre de bobines mobiles. Le nombre des fils varie de 2,000 à 2,600 par corset, suivant sa largeur. Le fond du tissu est obtenu par un manchon, et le dessin, c’est-à-dire les rondes bosses (hanches, poitrines et dos), par un jeu de cartons de vingt-quatre numéros seulement, qui permet de tisser les corsets de tous genres en variant à l’infini les proportions. La longueur du corset est disposée sur la largeur du métier. L’ouvrier se sert de deux marches, l’une pour le tissu simple, l’autre pour le tissu double, ou étoffe qui doit recevoir la baleine. Au moyen d’un mécanisme très compliqué, l’ouvrier tire l’étoffe des hanches ou des poitrines au fur et à mesure du tissage, et l’enfonce entre des fuseaux de fer mobiles à l’aide de coins en bois affectant la forme des poitrines et des hanches. Le corset, une fois tissé, est diminué en haut et en bas de son excédent d’étoffe, puis il est successivement bordé, palmé, bordé d'œillets, lavé et apprêté. Vapprêtage, également inventé par Jean Werly, consiste en une série de bustes en cuivre chauffés à la vapeur et imitant les formes de la femme.
- Le brevet d’invention de Jean Werly n’était que de cinq ans ; en 1837, il prit un brevet de quinze années.
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- Mais lorsque l’invention primitive fut tombée dans le domaine public, l’industrie, qui l’avait jugée à sa valeur, s’en empara. Lyon commença, Paris suivit, puis vinrent le Wurtemberg, la Belgique. Bien des modifications ont été apportées de nos jours au premier métier à ronde bosse de Jean Werly, le principe de l’invention est toujours resté le même; mais on a pu, grâce à d’heureuses transformations, diminuer la fatigue de l’ouvrier, — les essais pour faire marcher le métier à l’aide d’un moteur ne semblent pas encore avoir abouti, —• augmenter son salaire, doubler et tripler la production, car maintenant on tisse de deux à quatre corsets sur le même métier.
- La fabrication des corsets tissés est aujourd’hui complètement localisée à Bar-le-Duc, qui nous fait voir au Champ-de-Mars une fort jolie exposition collective de ses produits. Cette ville renferme 11 fabriques, occupant 300 ouvriers et h 00 ouvrières, produisant une quantité de corsets qu’on peut évaluer en moyenne annuelle à 2 millions de francs. Ces corsets sont à peu près destinés moitié à la France, moitié à l’Angleterre : une bonne partie, au cours de la fabrication, est envoyée dans les Vosges, notamment à Vaucouleurs, pour y recevoir une broderie dans le tissu même.
- Quelques brevets ont été pris à différentes époques pour la fabrication du corset à la mécanique, et on a pu voir, entre autres, à l’Exposition de 1867, un métier mu à la vapeur destiné à la fabrication des corsets sans couture, et inventé par M. Opper, de New-York; mais aucune des nouvelles machines n’est encore entrée dans le domaine industriel.
- En dehors de la fabrication mécanique de Bar-le-Duc, c’est le corset fabriqué à la main par l’industrie parisienne qui représente à l’Exposition l’industrie nationale. Parmi ceux qui s’occupent de cette fabrication, les uns travaillent sur mesure, les autres confectionnent pour la consommation populaire et l’exportation. Ce sont les villes de Lyon, Laigle et Avesnes qui travaillent surtout ce dernier article. On y distingue deux genres différents : les corsets de coutil, vendus en gros de 2A à 2A0 francs la douzaine, et les corsets de soie, livrés à raison de 250 à 600 francs la douzaine, les premiers exportés dans l’Amérique du Sud, l’Espagne, etc. ; les seconds en Angleterre, en Allemagne, etc.
- 7° Les tissus élastiques.
- L’invention des tissus élastiques date d’hier. On la doit à un officier autrichien. Il fabriqua d’abord ce produit à Vienne, puis il vint se fixer à Paris, où il établit une grande manufacture dans le quartier Saint-Denis. Durant quelques années, il eut le monopole de sa découverte ; mais un jour, sans qu’il en eût vent, ses procédés traversèrent la Manche. Il l’apprit alors qu’il était trop tard pour s’armer contre la concurrence. Les Anglais ne tardèrent pas à s’arroger la suprématie du marché. Leurs articles étaient meilleurs et moins chers. Aujourd’hui ce sont eux qui fournissent presque toute la consommation. Trois centres, Leicester en première ligne, puis Derby et Coventry, se sont partagé cette spécialité. La première fabrique surtout les tissus élastiques pour bottines; les autres, ceux pour bretelles, ceintures, jarretières, chapeaux de femmes, bandages herniaires, bas-varices et articles de bureau.
- C’est en 1833 que le caoutchouc fut appliqué pour la première fois à la confection des articles de toilette. On en fit d’abord des sous-pieds de pantalons et des socques, dont les dames anglaises se servaient alors communément en temps de boue. Quelques années après, un gantier de Leicester eut l’idée de l’employer pour serrer le poignet des gants. Les bretelles et les jarretières suivirent de près, mais l’invention ne tarda pas à être décriée : il arrivait, en effet, qu’en hiver le caoutchouc durcissait, tandis qu’en été les chaleurs le faisaient mollir de manière à empêcher toute tension. Le problème à résoudre était de le rendre insensible aux changements de température. Comme il arrive souvent, ce fut le hasard qui se chargea de la solution. Jusque-là on le frottait de blanc de Meudon pour le rendre moins adhésif; un jour qu’on n’avait pas cette substance sous la main, on le remplaça par du soufre en poudre. L’expérience démontra que le caoutchouc ainsi traité avait la propriété de ne pas subir les effets résultant des variations de température, si ce n’est peut-être dans les très grands froids. On étudia le phénomène de plus près, on reconnut que le soufre augmentait dans des proportions considérables l’élasticité de la matière : le caoutchouc vulcanisé était découvert. Ce fut, pour la fabrication des tissus élastiques, le début d’une extension considérable.
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- En France, l’industrie des tissus élastiques comprend deux genres bien distincts : les tissus tout coton ou chaîne-laine, dans lesquels la soie n’entre que comme moyen d’ornementation, et qui se fabriquent à Rouen et Paris, et les tissus tout soie qui se fabriquent à Saint-Étienne et Saint-Chamond. Les deux premiers centres livrent leurs étoffes partie à l’état de tissu non manufacturé, partie à l’état de bretelles, jarretières ou ceintures montées; les deux autres ne les fournissent au commerce qu’à l’état de tissu brut.
- Rouen ne possède que deux maisons pour la fabrication de ces articles : MM. Lucien Fromage et Cie, et Rivière et Cic, dont les manufactures se trouvent à Darnétal et Saint-Sever, et qui, toutes deux, sont représentées d’une façon très complète à l’Exposition. Paris compte cinq ou six maisons ayant leurs ateliers soit à Quevauvilliers (Somme), soit à Paris; le principal exposant parmi ces derniers est M. Paul Bailly, dont la manufacture est rue Dutot. Tous les métiers marchent à la vapeur dans ces deux centres, et emploient des fils de caoutchouc de provenance française.
- Saint-Étienne et Saint-Chamond, dont nous avons parlé à propos des tissus de soie, ne font que les tissus élastiques en tramé soie ; mais, excepté dans les organsins dont la chaîne est de soie, c’est toujours le coton qui accompagne et soutient le fil caoutchouc pour former la chaîne. La première de ces deux villes produit surtout les tissus pour chaussures, la seconde ceux pour bretelles et jarretières. Presque tous les métiers marchent à la main dans ces deux centres, et emploient des fils de caoutchouc anglais.
- Le montage des tissus élastiques ne se fait guère qu’à Paris et Rouen. Dans cette dernière ville, ce sont les deux manufactures de cette ville, dont la production, du reste, représente à peu près les trois quarts de ce qui se fait en France, qui montent elles-mêmes leurs tissus; l’une d’elles cependant a une maison à Paris pour le montage de quelques articles spéciaux.
- Cette industrie est en partie exportatrice : les envois, en dehors d’objets manufacturés de Paris et Rouen, dépassent de 20 pour 100 en moyenne la vente à l’intérieur. Les centres de Saint-Étienne et Saint-Chamond n’exportent qu’en Amérique leurs tissus bruts; ils se trouvent forcés de ne pas les envoyer en
- monture aux États-Unis, avec lesquels ils se trouvent notamment en relations, en raison des tarifs presque prohibitifs établis par ce pays sur les articles confectionnés.
- Nous croyons devoir dire quelques mots de la fabrication des tissus élastiques.
- Le fabricant de fils de caoutchouc reçoit ceux-ci à l’état naturel ou vulcanisé et en fils plus ou moins gros, qu’il doit étirer et bobiner pour le travail du tissage. Lorsque ce fil grossier a subi une macération plus ou moins prolongée dans de l’eau additionnée de potasse, ce qui a pour but de le ramollir, l’ouvrier prend l’une de ses extrémités, et l’attache à un dévidoir à jante plate, solidement construit, qu’il fait tourner d’une main avec beaucoup de rapidité au moyen d’une manivelle. Le fil s’enroule autour de ce dévidoir en se tendant, car l’ouvrier le serre fortement entre les doigts de l’autre main, de manière à l’étirer à sa plus grande longueur. Cet étirage varie de 6 à 10 pour 1 ; un peu d’habitude professionnelle donne aisément le degré de pression à exercer pour arriver au résultat désiré. L’étireur est ganté de doigtiers en drap qui empêchent le fil de couper les chairs par son passage rapide entre les doigts. Le drap, mouillé préalablement, a l’avantage de conserver longtemps son humidité, et de faciliter le glissement du fil. Lorsque celui-ci vient à casser, l’ouvrier en prend les deux extrémités, et, après les avoir essuyées, les coupe en biseau; il rapporte les coupures fraîches l’une sur l’autre et leur fait subir une forte pression en roulant le fil entre les ongles de ses pouces ; l’adhérence devient complète.
- Le fil, amené au degré d’amincissement voulu et serré autour du dévidoir, perd toute son élasticité après une tension prolongée de trente-six à quarante-huit heures, et on peut le bobiner à volonté. Un compteur, adapté au bobinoir employé, donne le nombre de mètres bobinés. Les bobines ayant été tarées d’avance, l’ouvrier, lorsqu’il suppose avoir envidé environ 500 grammes de fil de caoutchouc sur chacune d’elles, fait une pesée qu’il répète jusqu’à poids exact. A ce moment, le compteur indique le nombre de mètres enroulés.
- La vente de ces fils de caoutchouc se fait généralement au numéro, et le n°l indique 100 mètres au demi-kilogramme; le n° 35, qui est le plus employé, donne 3,500 mètres à la livre.
- Pour rendre l’élasticité aux fils de caoutchouc
- Supplément a l’Industrie textile du 15 Octobre.
- 44e Fascicule.
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- étirés, en terme technique pour les faire revenir, il suffit de les soumettre à une chaleur de 60 à 70 degrés centigrades.
- L’opération du tissage de ces fils est à peu près la même que celle de lous les articles très étroits; comme dans les métiers à rubans, les bobines de fil sont généralement dévidées directement, ce qui économise l’ourdissage, mais chaque bobine isolée est munie d’un frein qui règle l’échappement ou l’alimentation. C’est surtout en Angleterre que des perfectionnements ont été apportés à ces métiers, notamment pour la fabrication des terrys croisés.
- 8° Les éventails.
- La fabrication des éventails est essentiellement française, et constitue l’une des branches importantes de l’article de Paris. Un grand nombre d’industries y coopèrent, parmi lesquelles les principales sont la tabletterie, la dorure, la miroiterie, la papeterie, la plumasserie, l’orfèvrerie, la bijouterie, la ciselure, la sculpture, la gravure, la peinture et la broderie. Cette industrie occupe environ mille ouvriers, ouvrières et apprentis des deux sexes, et les communes, villages et hameaux du département de l’Oise en comptent à peu près trois mille. Un grand nombre, dans cette région, s’occupent du débit des bois d’éventail à l’aide de scies mécaniques, notamment à Méru, Sainte-Geneviève, Creil et Hermes. Voici quel a été le commerce de ces objets dans ces dernières années :
- IMPORTATIONS EXPORTATIONS
- Ivoire, nacre Ivoire, nacre
- ou écaille. Autres, ou écaille. Autres.
- kil. kil. kil. kil.
- 1882 .... 280 5.738 3.900 84.765
- 1883. .. 216 8.084 635 89.131
- 1884 . 143 6.295 1.939 67.257
- 1885 . 100 6.652 1.097 68.242
- 1886 . 153 10.834 1.330 61.850
- Cette industrie est donc exportatrice.
- À l’Exposition, les fabricants parisiens représentent cette spécialité.
- Nous croyons devoir dire quelques mots des procédés de fabrication. Le seul véritable éventail qui mérite ce nom est l’éventail plissé, qui se compose de deux parties, la monture et la feuille, toutes deux préparées par des fabricants différents.
- La monture, appelée en terme technique bois ou
- pied, se compose des brins qui forment la gorge, ou partie intérieure de l’éventail, et des panaches ou maîtres-brins qui protègent la feuille lorsque l’objet est fermé. Les brins et les panaches sont d’abord débités à la scie dans le bois, l’os, la corne, l’ivoire ou l’écaille, par le débiteur, des mains duquel ils passent au façonneur qui leur donne à la lime la forme voulue. Ces deux façons peuvent être données soit à la main, soit à la machine. Une fois préparé par le façonneur, le bois passe successivement entre les mains du graveur, du sculpteur, du doreur, du poseur de paillettes ; il est alors terminé et envoyé à Paris au fabricant ou éventailliste. Lorsque le pied est entre les mains de cet industriel, on pose d’abord la rivure, petite tige de métal qui passe dans la tête des brins et des panaches et les maintient réunis; les extrémités de la rivure sont munies d’une petite rondelle de métal, ou quelquefois elles sont ornées d’un strass, ou d’une autre pierre fausse ou vraie, suivant la richesse de l’éventail. La mode de porter l’éventail suspendu au côté a fait ajouter à la tête de cet objet une bélière dont les yeux remplacent les rondelles de la rivure.
- La feuille, simple ou double, est en papier, en vélin, en parchemin, en canepin, en taffetas, en satin, en moire, en crêpe, en gaze ou en dentelle. Lorsqu’elle est en papier, on la double souvent d’une peau très fine appelée cabrètille. Un dessinateur compose le sujet, que l’on fait ensuite lithographier ou graver pour le colorier, à moins qu’on ne l’exécute en chromolithographie. Pour les éventails riches, la feuille est peinte à la main, à la gouache ou à l’aquarelle, sur vélin ou papier, par les feuillistes (profession qui a pris beaucoup d’extension depuis quelques années, grâce aux écoles professionnelles de filles dans lesquelles elle est enseignée). Lorsque la feuille est prête, on la plisse dans un moule en papier très fort. L’ouvrière enduit alors de colle les deux côtés des flèches, bouts minces et flexibles des brins; elle ouvre les plis à l’aide de la sonde, y introduit l’extrémité des flèches en replissant à mesure, fait glisser la feuille sur les flèches jusqu’à ce qu’elle affleure : il ne reste plus ensuite qu’à faire la bordure. Pour les éventails communs ou ordinaires, celle-ci consiste en une étroite bande de papier ou de toile collée à cheval au bord de la feuille ; poulies éventails d’un plus grand prix, on dessine et on imprime la bordure à l’aide d’un mordant, et on la dore ensuite en fin ou en faux, suivant le cas. Le décorateur reprend l’éventail ainsi préparé; il com-
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- plète l’enjolivement de la feuille du pied et des panaches par des ornements d’or, d’argent, par des émaux, des peintures, etc., et le livre à l’ouvrière chargée de faire la visite et de donner la dernière main à l’éventail en posant les glands, les houppes, les marabouts, ; cela fait, la même ouvrière assortit les étuis, et l’éventail peut être livré au commerce.
- 9° La mercerie.
- La mercerie n’est représentée dans la classe que nous parcourons en ce moment que parles fabricants de boutons de Paris, qui nous montrent cet article en une variété infinie : boutons métalliques d’uniformes militaires, boutons de livrée, de fantaisie pour robes et confections, en émail, en porcelaine, en os, en nacre, en ivoire, en passementerie, en étoffes de toute nature. Les trois quarts des tissus pour boutons sont fournis par la France, à l’exception d’une partie de ceux en soie pour la fabrication desquels Lyon s’est laissé dépasser par la concurrence étrangère.
- Voici les états statistiques du commerce des articles que la douane comprend sous le nom de mercerie, de 1877 à 1881 :
- IMPORTATIONS EXPORTATIONS
- Mercerie Mercerie Mercerie Mercerie
- commune. fine. commune. fine.
- kil. kil. kil. kil.
- 1877. .. 20.678 52.168 7.384.559 1.797.595
- 1878. .. 35.215 62.706 7.077.325 1.899.537
- 1879. .. 35.599 65.994 6.523.452 1.990.134
- 1880. .. 23.040 47.984 6.959.413 2.258.714
- 1881. .. 21.926 16.724 6 956.703 1.993.526
- Nous sommes obligés de nous arrêter à 1881, parce que, à partir du 1er janvier 1882, les diverses marchandises qui figurent dans les publications statistiques sous la dénomination de mercerie ont été réunies à d’autres articles (tabletterie, bimbeloterie, etc.), ou reprises sous de nouvelles dénominations.
- La profession de mercier est la plus ancienne parmi celles remontant au moyen âge, car, dès la seconde race, on voit un « roi des merciers » qui, à Paris et dans toute la France, était le premier, ou pour mieux dire le seul officier qui veillât sur tout ce qui concerne le commerce et les arts et métiers; néanmoins, quelques auteurs fixent au règne de Charlemagne la présidence d’un suprême magistrat
- des marchands : au moins il paraît certain que son installation est fort ancienne et que celui qui exerçait cette magistrature de police marchande jouissait des plus grands privilèges.
- On l’appelait roi des merciers parce que les merciers faisaient seuls autrefois tout le commerce. Les autres corps de marchands et les communautés des arts et métiers n’ont été établis distinctement qu’assez tard, sous la troisième race des rois de France. C’était le roi des merciers qui donnait les brevets d’apprentissage et les lettres de maîtrise, exigeant des droits considérables pour leur expédition. Ce magistrat souverain avait des lieutenants dans les principales villes pour faire exécuter ses ordonnances dans les provinces et pour exercer la même juridiction que celle qui lui était attribuée dans la capitale.
- Par un édit du 11 août 1776, le roi Louis XV régularisa sur les bases les plus complètes les jurandes et communautés de commerce, arts et métiers, en instituant six corps marchands et quarante-quatre communautés, en première ligne desquelles figure le drapier-mercier, qui « pourra tenir et vendre en gros et en détail toute sorte de marchandises, en concurrence avec tous les fabricants et artisans de Paris, même ceux compris dans les six corps ; mais il ne pourra fabriquer ni mettre en œuvre aucunes marchandises, même sous prétexte de les enjoliver ».
- Dans le tarif des droits de réception dans les six corps et les quarante-quatre communautés, nous voyons que ces droits étaient, pour les drapiers-merciers, de mille livres, chiffre le plus élevé, ce qui créait en leur faveur une maîtrise qu’ils recevaient à prix d’argent. Ces marchands des six corps, à l’exclusion des quarante-quatre communautés, jouissaient de la prérogative de parvenir au consulat et à l’échevinage.
- La taxe de capitation (aujourd’hui patente des commerçants), fixée pour chacune des classes assignées aux corps et communautés de la ville de Paris, comprenait vingt-quatre classes, dont la plus forte était de 300 livres et la plus faible de 1 livre 10 sous ou sols. Les drapiers-merciers étaient distribués dans les vingt classes que voici, depuis et compris la première à 300 livres jusques et compris celle de 9 livres :
- « 1° Les marchands grossiers vendant en gros, en balles et sous cordes, tout ce que les autres corps peuvent vendre en détail, à l’exception toutefois de la draperie ;
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- « 2° Les marchands de draps et étoffes d’or, d’argent et de soie ;
- « 3° Les marchands de dorure qui ne vendent que des galons, des bordures, des dentelles, des franges, des ganses, des ceintures, etc.;
- « 4° Ceux qui font négoce de camelots, étamines, crêpons, serges, droguets, toitaines, et toutes étoffes de laine mêlée de soie, fil et coton, etc. ;
- « 5° Les joailliers faisant commerce de pierres précieuses, perles, joyaux d’or et d’argent, etc.;
- « 6° Les marchands de toile, linge de table, menue lingerie, basins, coutils, etc.;
- i 7° Les marchands de points et dentelles de fil, de batistes, de linons, de mousselines, etc.;
- « 8° Ceux qui ne vendent que des soies en bottes;
- « 9° Ceux qui font commerce de peausserie, comme maroquins, basanes, chamois, etc. ;
- « 10° Les marchands de tapisseries, tant" de Ber-game qu’autres, qui vendent aussi des courtes-pointes, des couvertures, des étoffes pour faire des meubles;
- « 11° Les marchands de fer vendant du fer en barres, verges, en plaques, en tôle, et même de l’acier, de l’étain, du plomb et du cuivre ;
- « 12° Les quincailliers, comprenant la coutellerie, taillanderie, serrurerie, instruments et outils pour ouvriers et artisans ;
- « 13° Ceux qui vendent des tableaux, des estampes, des candélabres de lustres, pendules, horloges, tables de marbre et autres marchandises pour l’ornement des appartements ;
- « 14° Les marchands de miroirs et de glaces pour les carrosses, de toilettes, de sacs et de coussins de velours pour dames;
- « 15° Ceux qui font négoce de rubans d’or, d’argent et de soie, de coeffes de taffetas et de gaze, d’éventails, de manchons et de gants;
- a 16° Les marchands papetiers qui vendent de toute sorte de papiers et de fournitures pour écrivains ;
- a 17° Ceux vendant de la chaudronnerie, ouvrages en cuivre et en fonte, et toute marchandise de dinan-derie ;
- « 18° Les vendeurs de toiles cirées en gros et en détail, qui vendent aussi des parapluies, des guêtres, casaques, porte-manteaux, chapeaux, etc.;
- « 19° Les marchands de menue mercerie, qui vendent de la boutonnerie, des rubans et rouleaux, soie et fil à coudre, lacets, aiguilles, épingles, dés à coudre, etc.;
- « 20° Et enfin les petits merciers vendant de la
- patenosterie ou chapelets, des peignes, des livres d’enfants et jouets, et tout ce qui se nomme de la bimbeloterie. »
- Cette énumération fait ressortir combien, à cette époque déjà, le commerce était multiple et répondait aux besoins de toutes les industries, et combien le corps des merciers, méritait son nom (du latin merx, qui signifie toute marchandise dont on puisse faire trafic). 11 explique pourquoi le corps des merciers a toujours été regardé comme le plus important parmi les six corporations de marchands : sa prépondérance était telle, que c’était toujours parmi ses membres que les juges et prévôts étaient choisis.
- On sait que, de nos jours, la mercerie est devenue une spécialité s’appliquant à toutes les fournitures pour tailleurs et couturières, et aussi à difïérents articles de fantaisie qui sont le complément obligé des exigences de la mode.
- CHAPITRE XIII
- Les tapis et tissus d’ameublement.
- L’industrie des tapisseries et tapis nous vient d’Orient. Dès les temps les plus reculés, on a fabriqué dans ce pays des tissus plus ou moins riches, où étaient peintes, tissées ou brodées, des compositions bizarres d’hommes, déplantés et d’animaux ; celles-ci, importées en Grèce, y furent traitées avec plus d’art et d’élégance, puis elles se répandirent dans les pays voisins, chez lesMèdes d’abord, puis chez les Perses, qui leur empruntèrent tout ce qui pouvait contribuer à la décoration de leurs tentes, et acquirent à les fabriquer une grande réputation. Les villes de l’antiquité dans lesquelles cette industrie finit par avoir une grande importance furent Babylone, Tyr, Sidon et Pergame.
- C’est sur le métier à hautes lisses, c’est-à-dire à chaîne verticale, — qui d’ailleurs paraît avoir été le plus anciennement employé pour produire une étoffe quelconque, — que s’exécutaient ces tissus. Les Égyptiens furent les premiers qui, en vue de faciliter et de hâter la fabrication des toiles et tissus
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- ordinaires, disposèrent différemment la chaîne et le travail, et rendirent le métier horizontal en lui donnant, par opposition, le nom de métier à basses lisses.
- En France, il est difficile de connaître à quelle époque précise fut introduite l’industrie des tapisseries. On connaît certains faits, cependant, qui permettent de la faire remonter assez haut. Ainsi, par exemple, on sait qu’au ixe siècle, saint Anselme, évêque d’Auxerre, fit exécuter pour son église cathédrale une grande quantité de tapisseries et de tapis ; qu’en 985, les religieux de Saint-Florent, de Saumur, confectionnaient eux-mêmes, dans leurs enclos, des tapisseries et étoffes précieuses; et qu’en 1025, il existait à Poitiers une manufacture de tapisseries et tapis avec figures d’animaux, portraits de rois et d’empereurs et sujets tirés de l’histoire sainte.
- De bonne heure cette fabrication se développa dans les villes de Troyes, Beauvais, Arras, Aubusson, Felletin et Tours. Dans un mémoire publié en 1783, Château-Favier, inspecteur des manufactures de la Marche, prétend que les fondateurs des manufactures de Felletin et d’Aubusson ont été les Sarrasins répandus dans ces contrées au vme siècle, et qu’après leur expulsion ce furent les comtes de La Marche qui, dans le but de conserver cette industrie dans leurs domaines seigneuriaux, firent venir à grands frais les meilleurs tapissiers de Flandre dans le pays. On sait justement qu’en Flandre il y eut des fabriques de tapisseries renommées, notamment à Bruxelles et à Bruges, et que c’est dans la première de ces deux villes que François Ier et Henri II firent exécuter en tapisserie les batailles et le triomphe du grand Sci-pion, d’après les cartons de Jules Romain.
- Quoi qu’il en soit, d’autres auteurs prétendent que nous devons uniquement aux croisades l’introduction de la fabrication des tapis chez nous, d’où le nom de sarrasinois donné aux ouvriers qui les premiers s’occupèrent de ce genre de travail. Ce nom est aussi celui qui est donné aux fabricants de tapisseries dans le recueil des règlements des arts et métiers de la ville de Paris.
- Au xiie siècle, ces fabricants formaient dans la capitale une corporation fort importante, qui jouissait de plusieurs privilèges, et notamment de l’exemption gratuite du service du guet. Ce privilège leur ayant été contesté par Jehan de Champians, maître des tisserands, ils présentèrent une requête
- au roi Louis IX pour que cette exemption leur fût maintenue. Il est à croire que ce monarque fit droit à leur demande, car les statuts promulgués en 1277, 1280 et 1302 n’imposent à cet égard aucune obligation aux sarrasinois. Nous voyons même, plus tard, qu’aux termes d’une ordonnance du 8 février ll\8h ils en furent déclarés francs et quittes « sans avoir rien à payer ». Ajoutons qu’ils ne devaient au roi rien de « ce qu’ils achetaient et vendaient de leur métier », qu’ils étaient exonérés de toutes charges autres que celles qui leur étaient communes avec les bourgeois de la ville de Paris, et qu’il leur était permis de teindre eux-mêmes les étoffes qu’ils employaient dans la fabrication de leurs produits. Ces étoffes comprenaient les laines, les soies, l’or et l’argent filés.
- Nous devons dire, cependant, que, en nous rapportant aux documents de l’époque, le travail des ouvriers sarrasinois paraît n’avoir consisté qu’en une sorte de broderie. Il est dans tous les cas certain qu’ils ne travaillaient pas en haute-lisse. Ils avaient pour concurrents d’autres ouvriers appelés hauts-lissiers établis longtemps après eux à Paris; il s’ensuivit même quelques procès entre les représentants de ces deux industries, car nous voyons, en 1295, le Châtelet de Paris rendre une sentence en faveur des tapissiers de haute lisse contre les tapissiers sarrasinois qui travaillaient les tapis à la façon du Levant.
- A la fin du siècle, toutefois, on reconnut la nécessité de fondre en un seul et même corps ces deux genres de métiers. Commencée en 1301, cette fusion fut entièrement consommée par des statuts communs aux deux professions, qui furent transcrits sur les registres du Châtelet « le samedi d’après les Brandons de l’année 1302 ». On ajouta, en conséquence, de nouveaux articles de 1277 et 1280. Le corps forma une corporation à part jusqu’à l’année 1625, époque à laquelle ils furent réunis à d’autres corps de métiers avec lesquels ils n’avaient pourtant qu’une affinité éloignée, tels que les couverturiers-notrés-sergiers et les courtepointiers-courtiers.
- C’est à Fontainebleau que fut établie, sous François 1er, la première manufacture française de tapisseries qui ait porté le nom de Manufacture royale. Ce monarque réunit quelques tapissiers de haute lisse dans cette ville, et, par lettres patentes du 22 janvier 1535, leur donna comme directeur Babou de La Bourdaizière, surintendant des Bâtiments
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- royaux. Un peu plus tard, il adjoignit à ce chef Sébastien Sarlo, son peintre et architecte ordinaire, par ordonnance du 27 décembre 1541, et Nicolas de Neuville, sieur de Villeroi. Le roi confia l’exécution des modèles ou patrons à quelques-uns des peintres français ou étrangers qui travaillaient à décorer le palais de Fontainebleau : le plus renommé de ceux-ci est Francesco Primatticcio, dit le Primatice, qui fut nommé plus tard, en 1559, surintendant des Bâtiments royaux.
- La manufacture de Fontainebleau fut maintenue par Henri II, qui en donna la direction à Philibert Delorme, son architecte ordinaire, et créa une autre fabrique à Fhôpital de la Trinité. Celle-ci acquit bientôt un grand développement par suite des privilèges qu’elle obtint; il en sortit de remarquables produits, notamment les tapisseries de Saint-Merry, exécutées par Dubourg, maître tapissier, sur le dessin de Henri Lerambert.
- Les guerres religieuses de cette époque et les perturbations auxquelles la France fut livrée sous les règnes des fils de Henri II exercèrent leur fatale influence sur les manufactures royales. Lors de l’avènement de Henri IV, les fabriques de tapisseries se trouvaient dans un état complet de décadence; quelques historiens prétendent même qu’elles étaient presque totalement anéanties.
- Ce fut Henri IV qui imprima le meilleur essor aux manufactures de tapisseries, et établit sur des bases solides ce qu’avaient seulement ébauché ses prédécesseurs. Il commença d’abord par installer, rue de la Tixeranderie, dans un logis appelé la Maque, où ils fabriquèrent principalement des tentures d’or et d’argent frisés, des ouvriers en or et en soie qu’il fit venir d’Italie. Il établit ensuite une fabrique de tapisseries de haute lisse, en 1597, au faubourg Saint-Antoine, dans la maison professe des jésuites, vacante par suite de l’expulsion de ces religieux, sous la direction de Girard Laurent et Dubourg ; mais cet atelier dut être transféré en 1603 dans les galeries du Louvre, à la suite de la décision prise cette année en conseil, relative au rétablissement des jésuites. Il installa en outre dans les bâtiments qui restaient de l’ancien palais des Tournelles, en partie démoli sous Charles IX, une colonie de tapissiers de haute lisse qu’il fit venir de Flandre, qui créèrent une manufacture de tapisseries dites façon de Flandre, et dont il confia la direction générale au sieur de Fourcy, intendant des Bâtiments royaux, et aux fabricants
- flamands Marc de Comans et François de La Planche, qu’il ennoblit par lettres patentes dejanvier 1607, et auxquels il conféra un privilège qui ne s’étendit pas seulement à la ville de Paris, mais encore à tous les lieux du royaume où il leur plairait de s’établir. Enfin, en 1604, il installa dans la galerie du Louvre un dernier atelier de tapis dits façon de Perse et de Turquie, atelier qui devint le point de départ du célèbre établissement de la Savonnerie, et dont la direction fut confiée à Pierre Du Pont; ce ne fut néanmoins qu’en 1608 que le brevet de logement dans la galerie fut délivré à celui-ci1. Henri IV avait l’intention de transformer ce dernier atelier en manufacture lorsqu’il mourut assassiné.
- Les projets du monarque défunt ne furent repris qu’en 1626. Pierre Du Pont s’adressa à Louis XIII au moment où ce roi venait y voir les modèles qu’on y exécutait; sur l’avis du souverain, il présenta sa requête au Conseil royal, et, le 17 avril 1627, un arrêté accordait à Pierre Du Pont et à Simon Lourdet, son ancien apprenti, la fabrique et ^manufacture de toute sorte de tapis ou autres ameublements et ouvrages du Levant en or, argent, soie et laine, pour dix-huit années, à commencer du 1er juillet 1627. L’arrêt octroyait aux entrepreneurs, dans la maison de la Savonnerie, soit leur logement particulier, soit tous les locaux nécessaires à la manufacture, ainsi qu’une pension annuelle de 1,500 livres; il leur fut permis, de plus, de faire venir et d’ouvrer toutes les étoffes qu’exigeait leur fabrication, et ce sans que les maîtres jurés des métiers pussent ni les en empêcher, ni exercer un droit de visite sur lesdites étoffes ; nul ne put, en outre, sans leur permission et sous peine de confiscation à leur profit, établir dans le royaume des métiers pour cette fabrication; enfin ils étaient déclarés, ainsi que leurs enfants nés ou à naître qui continueraient plus tard la manufac^ t.ure, commensaux et domestiques de la maison du roi. En retour de ces faveurs, les entrepreneurs furent tenus, dans toutes les villes du royaume où ils s’établiraient, d’enseigner leur art à un certain nombre d’enfants pauvres à eux confiés par les administrateurs des hôpitaux. Ces enfants, dont le nombre
- 1. Les méthodes de fabrication du temps se trouvent consignées dans une brochure in-/i° de 42 pages de Pierre du Pont: Stromatourgie, onde Vexcellence de la manufacture des tapis de Turquie, nouvellement établie en France, sous la conduite du noble homme Pierre Du Pont, tapissier du roi, ès-dits ouvrages. — Paris, en la maison de l’auteur, en la galerie du Louvre, 1634.
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- | était fixé à cent pour la ville de Paris, devaient être
- | logés dans la maison de la Savonnerie, près Chaillot,
- | entretenus des deniers donnés par le roi pour les
- | pauvres, et au besoin des deniers pris sur les
- revenus des hospices. La durée de leur apprentissage était déterminée à six années, à l’expiration desquelles les jeunes gens jouissaient du droit de maîtrise sans être obligés à un chef-d’œuvre ni à payer un droit, et sous la seule condition de se présenter devant le procureur du roi des lieux où ils auraient fait leur apprentissage, à l’effet de prêter serment entre les mains de ce magistrat; il demeurait en outre expressément interdit à qui que ce fût de retirer aucun de ces apprentis pour les faire travailler ou les recevoir en service sans le consentement des entrepreneurs.
- En dehors de cette manufacture, il restait encore celle des tapissiers façon de Flandre, fondée par Henri IV dans l’ancien palais des Tournelles. Celle-là ! fut transportée dans la maison desGobelins, au faubourg Saint-Marcel, en 1630. François de La Planche et Marc de Comans y étaient remplacés par leurs fils Chai les de Comans et Raphaël de La Planche. Puis en 1633, à la suite de contestations nombreuses entre les deux directeurs, le Conseil d’État, par arrêt du 30 juillet 1633, permit à chacun des chefs « d’exercer à l’avenir, séparément et en divers lieux, boutiques et magasins, chacun à son profit particulier, et sans responsabilité ou solidarité de l’un pour l’autre, les manufactures desdites tapisseries, et ce pour l’espace de temps qui restait à courir des dix-huit années pour lesquelles le traité avait été conclu avec leur pères ». C’est ce qui fit que les deux associés se séparèrent; Charles de Comans resta auxGobelins, Raphaël de La Planche alla s’établir au faubourg Saint-Germain, dans une rue qui a longtemps porté son nom.
- A cette époque, la maison des Gobelins était depuis deux siècles déjà en possession d’une célébrité industrielle. Elle tenait son nom d’une famille de teinturiers originaires de Reims, qui vinrent s’établir à Paris au xve siècle. L’un d’eux, Gilles Gobelin, avait acquis une grande fortune dans son industrie, et avait agrandi son patrimoine en achetant des propriétés considérables le long de la Bièvre, dont les eaux étaient alors réputées pour la teinture. Il avait eu pour successeur Philibert Gobelin, son fils, et cette famille avait dirigé la teinturerie jusqu’à la
- troisième ou quatrième génération ; elle acheta alors des titres ou des emplois. Les Gobelins laissèrent leur industrie entre les mains de la famille des Canaye, qui y ajoutèrent la fabrication des tapisseries de haute lisse.
- Ce fut seulement en 1662 que l’établissement des Gobelins, qui avait surtout travaillé jusque-là pour les nobles et la haute bourgeoisie, commença à fabriquer des tapisseries pour le compte du roi. A cette époque, le célèbre peintre Le Brun en prit la direction, et c’est de son arrivée à la tête de la munufac-ture que date la substitution définitive de la peinture complète aux anciens cartons de tapisserie. Les modèles qu’il composa lui-même ou en collaboration avec d’autres peintres, et qui furent pour la plupart reproduits sous ses yeux, sont de véritables chefs-d’œuvre. Une pléiade d’artistes entra auxGobelins de 1663 à 1690, sous sa direction : Baptiste iMonnoyer, peintre de fleurs; Nicosius Bernaërt, peintre d’animaux; Van der Meulen, peintre de batailles, et d’autres encore. On fabriquasous Le Brun 19 tentures complètes de tapisserie en haute lisse d’une surface totale de à,110 aunes carrées, et 3A tentures de tapisseries en basse lisse de à,29A aunes carrées. On peut citer parmi les plus belles pièces : Y Histoire de Louis XIV, les Éléments, les Douze mois de l’année, etc. Le Brun ne modifia cependant en rien les conditions du travail; il laissa aux tapissiers leurs anciens errements ; aussi ne trouve-t-on pas de différence sensible dans le coloris des tapisseries de cette époque et celui de l’école précédente, mais les détails des modèles sont plus beaux, et l’ornementation a un caractère indéniable de grandeur.
- Dans le même temps, la manufacture de la Savonnerie exécutait, d’après les modèles de Baptiste Monnayer, Francart, Blain, Fontenoy, Le Moyne, des travaux importants qui, soit à raison de leur nombre prodigieux, soit à raison de leur caractère décoratif, échappent à toute description : tapis pour les galeries du Louvre et de Versailles, meubles, paravents, sièges de toutes formes, portières, etc.
- A Le Brun succéda Mignard, en 1690. Mais ce peintre n’exerça jamais, à proprement parler, les fonctions de directeur; il se fit remplacer par l’architecte De Chapelle-Bessé, intendant des bâtiments du roi et contrôleur au département de Paris. L’année suivante, sous cette direction, on instituait aux Gobelins une Académie de dessin d’après l’antique et le modèle vivant sous la direction de trois, puis de
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- quatre membres de l’Académie de peinture et de sculpture.
- En 1694, les travaux de la manufacture furent suspendus. Quelques ouvriers s’engagèrent dans l’armée française; d’autres retournèrent en Flandre, leur pays natal; d’autres encore se rendirent à Beauvais, où un sieur Bégaie directeur de la manufacture fondée en cette ville trente ans auparavant, les occupa quelques années aux tapisseries qu’il faisait exécuter, soit pour le roi, soit pour le commerce; enfin les maîtres tapissiers continuèrent à faire travailler à leurs dépens pour ne pas perdre leurs bons ouvriers. De plus, le roi commanda, en 1696, trois morceaux de tapisserie destinés à Trianon.
- Au commencement de 1699, J.-H. Mansard fut nommé surintendant des Bâtiments, arts et manufactures du royaume. Ce fut lui qui rendit aux fabriqués de tapisseries toute leur activité. L’organisation des Gobelins fut complétée sous sa direction par la nomination d’un peintre-inspecteur obligé à résidence et chargé de suivre l’exécution des tapisseries.
- Le duc d’Antin succéda à Mansard de 1708 à 1736; il se borna à reproduire les tentures composées dans la période précédente, à l’exception d’une seule, la Chasse de Louis XIV, par Oudry, qui représente, par conséquent, l’œuvre accomplie pendant une gestion de vingt-huit ans. Durant la même période, on doit signaler aussi l’abandon complet de l’Académie de dessin, qui ne fut rétablie qu’en J 736 par le contrôleur des finances Orry.
- Sous la direction de Soufflot, qui vint ensuite, une innovation importante fut apportée dans la fabrication des tapisseries. Avant 1737, le mode d’opérer forçait obligatoirement à sacrifier le modèle. Dans le travail de basse lisse, les tableaux étaient coupés par bandes, et rapprochés en cet état de la chaîne sous laquelle ils restaient pendant toute la durée du travail nécessaire à leur reproduction ; l’original n’était donc aperçu de l’ouvrier qu’à travers les fils horizontalement tendus. Dans le travail de haute lisse, les tableaux étaient appliqués sur la chaîne pour en calquer directement les contours, mais les copies étaient incomparablement plus fidèles, puisqu’ils permettaient cette fréquente comparaison à l’aide de laquelle on peut immédiatement saisir et réparer les défauts. Dans l’un et l’autre cas, le modèle était perdu.
- Ce fut alors qu’un habile tapissier, Neilson, qui
- devint plus tard chef d’atelier de basse lisse, eut l’idée de reporter sur un papier transparent tous les traits du tableau à reproduire et d’appliquer ensuite ce papier sur la chaîne. Ce procédé ne fut d’abord adopté que pour la haute lisse, et seulement en 1749 pour la basse lisse; dans ce dernier travail, les traits du dessin sont reportés sur un papier huilé placé sous les fils de la chaîne et qui guide l’ouvrier dans son travail, tandis que le tableau, placé derrière lui comme à la haute lisse, détermine le choix de ses couleurs; le dessin calqué, se trouvant à contresens, est rendu dans le sens de l’original, parce que l’ouvrage qu’il imite se trouve être lui-même une contre-épreuve.
- Ce fut aussi sous la direction de Soufflot, en 1757, que fut appliqué par Yaucanson le mécanisme à l’aide duquel on peut redresser les métiers de basse lisse et examiner l’ouvrage sans détendre la pièce. Dans le système à haute lisse, en effet, où l’ouvrier travaille assis devant sa chaîne tendue perpendiculairement, la fabrication est relativement facile à suivre, car le tisseur a eu soin d’appliquer sur les fils, à l’aide d’une pierre noire qu’il mouille avec sa salive, les contours de son modèle, et c’est sur ceux-ci qu’il se guide. Dans le système à basse lisse, dans lequel l’ouvrier fait hausser et baisser les fils de chaîne par le moyen des marches, l’estomac et les coudes appuyés sur l’ensouple où s’enroule l’ouvrage, il aperçoit difficilement les traits qu’il doit suivre à travers la chaîne, et de plus il ne peut juger du travail que par l’envers, et les bouts de laine ou de soie dont cette partie est toujours couverte ne lui permettent pas de saisir l’effet des mélanges. Vaucanson imagina alors, sur la demande de Soufflot, le procédé qui permet de redresser les métiers de basse lisse et de considérer l’ouvrage sans détendre la pièce. Il est à remarquer, cependant, que ce mécanisme, encore en usage aujourd’hui, ne dispense pas de détacher les lames et les marches, de sorte que l’opération de redressement du métier n’est pas assez facile et assez prompte pour pouvoir être repétée fréquemment; elle ne se fait qu’après chaque pliée; il en résulte toujours nécessairement une infériorité pour le travail en basse lisse.
- A la même époque, Neilson remit en faveur aux Gobelins le travail en basse lisse, qui y était absolument abandonné. Il obtint à cet effet du gouvernement une décision portant que tous les élèves de la maison commenceraient leur apprentissage dans la basse lisse et sous sa direction, et il établit chez
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- lui un séminaire de douze jeunes apprentis, qui, formés de bonne heure dans la pratique de cet art difficile, et se succédant sans interruption les uns aux autres, dispensèrent la manufacture de l’obligation de tirer du dehors des ouvriers médiocres ou incapables, ce qu’elle était obligée de faire jusque-là. A la vérité, le séminaire fut supprimé par l’administration sous la direction de Pierre, peintre du roi, qui succéda à Soufflot en 1782, mais cette suppression ne fut pas de longue durée. Il en fut d’ailleurs du séminaire comme de l’école de dessin établie dans la manufacture des Gobelins, que l’on supprima aussi plusieurs fois, mais à laquelle on fut toujours obligé de revenir.
- En 1783, Neilson pria le Ministre de pourvoir à son remplacement ; il alléguait, entre autres, que sa fortune s’était engloutie dans les avances qu’il avait faites et qui ne lui avaient jamais été remboursées, même partiellement; à sa demande étaient jointes celles de deux de ses associés, Audran et Gazette, qui désiraient redevenir simples chefs d’atelier recevant des honoraires. Ces demandes prouvaient que le mode d’attribuer des salaires à la tâche ne suffisait qu’à rémunérer de leurs peines ceux qui voulaient fabriquer vite et négliger au besoin la perfection.
- On hésita longtemps à changer les tarifs; enfin Guillaumot, qui succéda à Pierre, en 178',), comme directeur de la Savonnerie et des Gobelins, proposa un nouveau mode de payement plus rationnel, qui, en décembre 1791, reçut l’approbation du directeur général, et fut immédiatement appliqué. Les Gobelins comprenaient alors 116 ouvriers et 18 apprentis; la Savonnerie, 20 ouvriers et 16 apprentis ; le personnel fut alors divisé en diverses classes par catégories de talents et de capacité, avec la perspective pour les classes inférieures d’arriver aux rangs plus élevés en acquérant plus d’habileté.
- Sous la Terreur, les manufactures de tapisserie ne disparurent pas, malgré les critiques de VAmi du Peuple, du fameux Marat, sur « l’invention des manufactures à la charge de l’État » qui coûtaient des sommes énormes au public, « sans autre compensation que quelques fragments d’une tapisserie qui restait parfois quinze ans sur le métier. »
- Les manufactures royales ayant été séparées de l’administration des domaines de la liste civile par la loi du 19 novembre 1792, Roland de La Platière, Ministre de l’Intérieur, chargé de présenter le
- compte rendu de la situation de ces manufactures, montra la possibilité de les faire marcher à l’aide du concours de l’industrie privée, et parvint ainsi, mais seulement pour les six premiers mois de 1793, à obtenir des subsides provisoires. Il avait conçu l’idée de faire de ces manufactures des établissements commerciaux, et d’intéresser le personnel aux bénéfices possibles de la fabrication. Déjà il avait renvoyé comme inutiles les trois peintres attachés aux Gobelins et le chimiste attaché à l’atelier de teinture, remplacé le directeur Guillaumet par un chef d’atelier des Gobelins, Audran, lorsqu’il cessa d’être Ministre avec la chute des Girondins, au parti desquels il appartenait.
- Paré, qui lui succéda comme Ministre, n’adopta nullement ces idées, et pensa que les établissements où se fabriquait la tapisserie devaient continuer comme par le passé à ne produire que des articles de luxe ; ceux-ci, par un arrêté du Comité de Salut public du 2â mai 179A, furent placés au nombre de trois, — Savonnerie, Gobelins et Beauvais, — sous la direction et la surveillance de la Commission de l’agriculture et des arts.
- Peu de jours après, un autre arrêté institua un jury d’artistes, chargé d’examiner les tableaux existant aux Gobelins et à la Savonnerie, et de décider ceux qui mériteraient, en raison de leur perfection, d’être exécutés par des artistes des manufactures, en ayant soin d’éliminer ceux qui offraient des emblèmes ou des sujets incompatibles avec les mœurs et les idées républicaines. Dans l’établissement des Gobelins, douze tableaux furent supprimés; mais dans celui de la Savonnerie, deux tableaux de fleurs seulement échappèrent au rigorisme des examinateurs. Il fallut donc s’occuper de rechercher de nouveaux modèles.
- On songea alors à procéder par voie de concours pour les remplacer, on arrêta même un programme dans ce but; mais, en attendant, on fit servir comme modèles divers tableaux choisis dans la galerie du Musée et dans les salles de l’Académie de peinture. Le Comité des arts et de l’agriculture, qui décidément voulait ramener l’activité dans les fabriques dont il avait la charge, alloua, le 26 juin 179â, un subside de 30,000 francs aux artistes et ouvriers de la Savonnerie et des Gobelins, en raison de la cherté des subsistances. La même année, au mois d’août, le Comité de Salut public ordonnait que l’atelier de teinture des Gobelins serait remis en activité et dirigé par le teinturier Galley. Enfin Audran, l’ancien
- Supplément a l’Industrie textile du 15 Novembre.
- 45« Fascicule.
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- directeur, suspect d’incivisme et destitué en 1793, fut réintégré en avril 1795 et indemnisé largement ; mais il ne jouit pas longtemps de cette faveur : deux mois après il mourait, et était remplacé par l’ancien directeur Guillaumot, qu’il avait lui-même supplanté.
- Notons deux faits marqués relatifs à ces manufactures : en 1800, le rétablissement aux Gobelins de l’institution des apprentis, supprimée par Roland de La Plalière, et, en 1803, la nomination d’un Directeur unique des ateliers de teinture, Roard, pour les trois fabriques des Gobelins, de la Savonnerie et de Beauvais.
- Avec l’Empire commença pour ces établissements une ère nouvelle. A partir de cette époque jusqu’à la Révolution de 1848, elles firent partie, en effet, de la dotation de la couronne, et ne travaillèrent plus que pour le compte du souverain.
- La période impériale fut l’une des plus glorieuses pour les manufactures de tapisseries. On choisit alors, pour modèles des tapisseries à exécuter, des tableaux représentant les épisodes de la Révolution et les faits d’armes célèbres de l’époque : la Visite de Bonaparte aux pestiférés de Jaffa, d’après Gros ; Bonaparte passant le Saint-Bernard, d’après David; Y Entrevue des empereurs Napoléon et Alexandre sur le Niémen, d’après Girodet; la Mort de Desaix, d’après Régnault, etc. On y créait en même temps, sous la direction de Roard et avec l’aide de Chaptal et Berthollet, une École pratique de teinture dont le ministère de l’intérieur supporta tous les frais, et où il se forma nombre d’élèves distingués qui, plus tard, allèrent fonder à Paris, Lyon, Rouen, Mulhouse, etc., des ateliers renommés.
- A cette époque fut introduit pour la première fois dans le travail des tapisseries le système des hachures à deux ou trois nuances, et la façon d'enter les couleurs les unes dans les autres. C’est en 1812 qu’eut lieu le premier essai de travail à deux nuances par Gilbert Deyrolle, artiste tapissier travaillant en basse lisse. Son fils, qui portait le même prénom, convertit le procédé en théorie, et l’appliqua sur une grande échelle. Ces modifications se produisirent sous l’administration du baron des Rotours, qui, en 181(3, avait succédé au directeur Lemonnier.
- En 1825, la manufacture des Gobelins fut réunie à celle de la Savonnerie, et les métiers de basse
- lisse supprimés furent envoyés à Beauvais. L’année précédente, Chevreul avait été nommé Directeur des ateliers de teinture, et devait, au moyen de ses cercles chromatiques, dont l’application pratique est immédiate dans l’art du tapissier, bouleverser l’art de la teinture.
- Cette même année, le baron des Rotours inventa un procédé évitant de rouler les tableaux qui servaient de modèles, et qui privait l’administration de pouvoir copier les toiles qu’on ne voulait pas soumettre à cette nécessité. Son système consista simplement à établir derrière chaque métier une fosse où l’on pût faire descendre le tableau, qui restait fixé sur un châssis, et ne subissait ainsi aucune détérioration.
- Mis à la retraite en 1833, le baron des Rotours fut remplacé par Lavocat; à ce dernier succéda le peintre Badin, en 18â8. Ce fut alors que l’administration de la manufacture de Beauvais fut réunie à celle des Gobelins ; toutes deux rentrèrent dans le domaine national et furent placées dans les attributions du Ministre du Commerce et de l’Agriculture. Un conseil de perfectionnement fut chargé d’étudier toutes les questions se rattachant au travail artistique et au progrès de ces établissements.
- En septembre 1850, on sépara de nouveau Beauvais des Gobelins; Badin fut placé à la tête de la première, et A.-L. Lacordaire à la tête de la seconde. Enfin, en septembre 1852, les manufactures furent attribuées au ministère d’État, et le 11 décembre de la même année, un sénatus-consulte les a rendues depuis lors à leur destination véritable, qui est de décorer les résidences du chef de l’État et de contribuer au progrès des arts et à la gloire nationale.
- EXPOSITION DE LA MANUFACTURE DES GOBELINS.
- Ce vaste établissement a aujourd’hui perdu presque toute sa splendeur et son activité; mais il a gardé ses métiers de tapisserie, et il n’a point perdu son prestige sur les imaginations populaires. Son personnel, misérablement rétribué, est composé d’artistes hors ligne, dont quelques-uns sont des maîtres très appréciés dans les écoles de Paris. Aucun pays n’a tenté de les imiter, et la France, à défaut d’argent, en recueille beaucoup d’honneur.
- Au rez-de-chaussée de la galerie centrale qui aboutit au palais des Machines, du côté qui donne
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- entrée à Sèvres, la grande tapisserie suspendue en largeur a été exécutée d’après M. Ehrmann. Elle a pour sujet : les Lettres, les Sciences et les Arts. Elle est destinée à la Bibliothèque nationale, ainsi qu’un autre qui fait face, la Filleule des fées, qui avait été composée par Mazerolle. La mort toute récente de Mazerolle nous interdit d’appuyer sur des critiques qui seraient sans fruit; elle manque d’esprit, de clarté et de tournure, tandis que celle de M. Ehrmann est, dans les tons, soutenue, et dans le dessin, énergique et élégante.
- L’une des deux salles qui occupent le haut de l’escalier exhibe la décoration de l’escalier d’honneur du palais du Sénat : quatre paysages de style, XAra rouge, d’après M. Alfred de Gurzon; le Faisan, d’après M. Lansyer; le Chevreuil, d’après M. Rapin, et les Cigognes, d’après M. Paul Colin. Une grande pièce, exécutée en haute laine dans les ateliers de la Savonnerie, est due à MM. J.-B. Lavastre et Olivier Merson ; elle est destinée à la Bibliothèque nationale. La Marine, Y Industrie, la Guerre, Y Art et les Sciences, d’après M. Ch. Lamure, avec des médaillons renfermant des scènes allusives, dans un fond rouge vif, iront compléter cette décoration de haut goût.
- A propos du rouge vif que nous notons ici, nous ferons remarquer que les colorations actuelles ont complètement mis en fuite les colorations surannées. C’est à M. Chevreul, à son fameux cercle chromatique, que ces résultats sont dus. Pour notre part, nous ne pouvons qu’admirer les travaux du chimiste et du physiologiste ; mais ils auront dans l’avenir, dans un avenir assez peu éloigné, des résultats désastreux. La palette des anciens tapissiers, ou, pour nous servir d’une expression plus juste, des navettes chargées de laine ne répondaient qu’à des effets très simples : la série très peu étendue des verdures, des ciels, des nuages, des chairs dans l’ombre ou la clarté, des vêtements en rouge, en jaune et en gris, des ors et des argents, à la rigueur les orfrais. Tout le génie des dessinateurs, — et il a été considérable, — se contentait de ces éléments primitifs, francs, mais peu combinés. La gamme créée par Chevreul est infinie. On veut, on peut traduire les tableaux les plus compliqués. Il en résulte que les peintres les moins coloristes, tels que J.-D. Ingres, ont pu faire décrocher leurs plafonds, par exemple le Triomphe d’Homère, et exiger les verts, les roses pâlis ou les gris les plus orthodoxes.
- A l’exposition de l’Union centrale desgarts décoratifs, en 1884, l’explosion des mécontentements s’est marquée de toutes parts.
- Mais à côté de cette question sérieuse, il en est une autre non moins capitale : les laines teintes sont fatalement destinées à subir les effets destructeurs de la lumière. Rien ne peut les y soustraire. Les admirables suites que possède le Mobilier national, d’après Lebrun, Mignard, Desportes, Boucher, n’ont résisté que par la simplicité des palettes de ces décorations. M. Alfred Darcel, directeur des Gobelins avant d’être directeur du musée de Cluny, a pu se convaincre de l’altération des types les mieux accentués. Il a organisé, durant la période de l’Exposition, une exhibition d’objets du mobilier ecclésiastique dans la partie gauche du Trocadéro; il avait reçu d’une église bienveillante des tapisseries du xve siècle : il les jugea si altérées, si effacées à l’endroit, qu’il dut les suspendre à l’envers! Sic transit gloria mundil
- Citons, pour être complet et pour insister sur des œuvres bien combinées, le Manuscrit et Y Imprimerie, d’après M. Hermann; les Digitales, d’après M. Desgoffes; le Héron, d’après M. Bellel; h Statue, d’après M. Paul Flandrin, et Y Ibis, d’après M. Ma-loizel.
- La décoration du salon d’Apollon du palais de PÉIysée a été confiée à M. Galland. Seize panneaux, en hauteur et en largeur, figurant à l’Exposition, témoignent de l’ingéniosité, de la science, du goût délicat de ce maître. M. Galland occupe une place considérable parmi les décorateurs de ce temps. Parfois des amateurs étrangers viennent frapper à la porte de son atelier si bien connu. C’est un honneur pour notre pays que d’avoir ainsi des maîtres si recherchés dans les deux hémisphères.
- EXPOSITION DE LA MANUFACTURE DE BEAUVAIS.
- L’exposition des tapisseries de Beauvais n’a pas l’ampleur et la magnificence de celle des Gobelins. On ne produit ici, en effet, que des applications prévues, des panneaux ou des meubles, canapés, fauteuil, écrans, etc. Nous signalerons tout particulièrement trois panneaux, l’un d’après Philippe Rousseau, les Hérons, et la Mosaïque et la Tapisserie, d’après Olivier Merson, placés sur les montants du portique ouvrant sur la grande galerie des Machines.
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- Le célèbre établissement de Beauvais datedel06â et fut autoriséfpar lettres patentes. Voici à ce sujet ce que rapporte Peuchet dans son Dictionnaire universel de la Géographie commerçante, publié ultérieurement [: « Un sieur Louis Hinard, marchand tapissier et bourgeois de Paris, très expert dans la fabrication et le commerce des tapisseries de haute et basse lisse façon de Flandre, ayant été proposé au Roi par M. Colbert pour fonder à Beauvais un établissement sur le modèle et à l’instar de celui qui avait été créé dans un des faubourgs de la capitale vers la fin du règne de Henri IV, Louis XIV accorda au sieur Hinard les mêmes privilèges et immunités qui avaient été octroyés par son aïeul aux sieurs Comans et de La Planche. 11 y ajouta :
- « 1° Une concession privilégiée et industrielle de trente ans, soit à Hinard, soit à ses associés, tant pour la ville de Beauvais que pour toute l’étendue de la province de Picardie, pour y faire seuls toutes tapisseries de verdure et à personnages, en haute et basse lisse ;
- « 2° L’autorisation de mettre au-dessus de leurs ateliers et maisons les armes du Roi, avec cette inscription : Manufacture royale de tapisserie ;
- « 3° Le don d’une somme de 30,000 livres pour être employée en achat de bâtiments convenables ; de plus, le prêt de pareille somme pour les frais d’installation et l’achat des matières de fabrication nécessaires. La somme prêtée n’était remboursable qu’après six ans et ne produisait pas d’intérêts. Seulement les entrepreneurs étaient astreints à mettre dans leur manufacture cent ouvriers français ou étrangers pendant les six premières années de la concession. »
- Il ne nous semble pas utile de donner ici, tels qu’ils étaient réglés par les lettres patentes, les détails de l’organisation de cette manufacture. Mentionnons pourtant que le Roi donnait chaque année à cet établissement des tableaux faits par les peintres de l’Académie; qu’il accordait une somme annuelle de 30 livres pour chaque apprenti ; que les entrepreneurs de la manufacture étaient autorisés à ouvrir dans leur enclos des boulangeries, brasseries de bière, teintureries, etc.; que des exemptions de tailles et de charges municipales étaient accordées aux personnes qui s’y trouvaient employées; enfin que les entrepreneurs étaient autorisés à fournir chaque année à la maison du Roi une tenture du prix de 20,000 livres, et que cette somme devait leur être
- payée sur un bon délivré après la présentation de ladite tenture.
- Ce fut surtout au moment où les peintres Oudry et Boucher eurent en main la direction de la manufacture que celle-ci prit un réel développement. On l’avait d’abord destinée à travailler en haute et basse lisse, puis on abandonna la haute lisse pendant un demi-siècle à cause de la cherté de la main-d’œuvre. En 1780, M. Demenony fit travailler tous les genres de fabrication et obtint même l’autorisation d’y faire confectionner des tapis façon du Levant.
- Cette important établissement a eu ses mauvais jours comme les manufactures des Gobelins et de la Savonnerie. La période impériale lui fut favorable comme à ces dernières; de 180A à 1848, il fit partie, comme les deux autres, de la dotation de la couronne.
- Aujourd’hui, il travaille, concurremment avec les Gobelins, pour l’ameublement des propriétés de l’État. Seulement, la teinture des matières employées à Beauvais ne se fait pas dans la manufacture, mais aux Gobelins.
- LES TAPIS.
- Presque toujours ceux qui ont traité l’histoire des tapis l’ont unie presque entièrement à l’histoire des tapisseries. Nous devons ici les séparer complètement et nous attacher maintenant à ne parler que des premiers.
- Avant 1789, les tapis ne furent que de grands morceaux de luxe, l’industrie des genres communs n’existait pas, et seuls l’ameublement et la teinture avaient profité des grandes leçons des manufactures royales de tapisserie. Ce furent Aubusson et Felletin qui commencèrent à fabriquer, le premier des tapis veloutés et ras de qualité supérieure, le second des tapis communs. Dans ses Éléments de statistique, publiés en 1805, J. Peuchet dit qu’à cette époque il ne se produisait pour ainsi dire plus de tapisseries qu’aux Gobelins, les moquettes, notamment, commençaient à devenir d'un grand usage, sans que toutefois la consommation en fût bien régulière ; on les faisait alors beaucoup à Abbeville, Amiens et Rouen. A Aubusson, celui qui sut le mieux répandre les produits de la fabrication de cette ville dans leur consommation usuelle sans rien leur ôter de leur cachet original fut Sallandrouze de La Mornaix,
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- dont nous retrouverons les descendants comme exposants tout à Fheure.
- La paix générale, après la chute du premier Empire, fut l’occasion d’un grand mouvement d’expansion dans la fabrication des tapis. On vit alors à quel point l’Angleterre avait su pousser la consommation de ces articles, et comment, pour satisfaire au besoin général, des manufactures étaient arrivées à produire économiquement des tissus communs. Nos fabricants commencèrent à tourner leurs vues de ce côté ; et dès 1819, en n’accordant aux tapisseries fines qu’une médaille d’argent, et en réservant la médaille d’or pour un autre concours et pour d’autres tissus, le jury de l’Exposition qui eut lieu alors à Paris détermina la direction dans laquelle il voulait qu’on se plaçât. Quatre ans plus tard, en 1823, le nombre des fabriques s’était accru et le chilïre du prix de revient avait baissé : tous les genres à la fois s’étaient perfectionnés.
- En 1827 apparaît le tapis à points noués : c’était commercialement un genre nouveau de fabrication qui commençait à se répandre. Il ajoutait à la solidité des tissus riches de haute laine.
- En 183â, deux modifications importantes voient le jour. D’une part, au lieu de laine, on adopte dans les tissus du genre de la Savonnerie l’usage du fil de chanvre ou de coton pour les chaînes, afin d’éviter la destruction par les insectes; d’autre part, on applique le métier Jacquard au tissage des moquettes et des tapis communs. De 1839 à 184â, on constate enfin de grands progrès dans la fabrication des moquettes et des tapis ras d’Aubusson, qui prennent une plus grande place dans la consommation générale.
- La révolution de 18â8 vient pour un instant entraver les efforts de l’industrie, mais l’année 1849 est marquée par l’invention du tapis-chenille, l’une des plus remarquables qui aient été introduites dans cette fabrication, bien que ce genre de tissu ne puisse jamais être mis en comparaison avec la moquette pour la solidité.
- La première Exposition universelle à Londres, en 1851, donna une impulsion favorable à l’industrie des tapis. Pour la première fois on vit apparaître une moquette à cinq grilles, c’est-à-dire à cinq chaînes de couleur ; le genre Bruxelles, c’est-à-dire
- la moquette bouclée anglaise ; le tapis d’Axminster, velouté en haute laine et à nœuds ; enfin cette même année, M. Bright, membre du Parlement, tissait dans son importante manufacture, à la mécanique, sur un métier inventé par Wood, la moquette bouclée en laine, qu’il essayait, sans succès toutefois, d’imprimer directement.
- En 1855, la moquette à chaîne imprimée, fabriquée sur des métiers mécaniques du système Scharp, dont il avait été fait antérieurement de multiples essais en Angleterre, notamment par Whytork dans l’usine gigantesque de M. Crossley, d’Halifax, obtenait un plein succès; la Grande-Bretagne triplait avec cette fabrication le chiffre de sa production. Dans le même temps, les États-Unis commençaient à monter des fabriques de tapis, et l’amélioration des teintures dans tous les genres est un des faits à constater.
- Actuellement, nous sommes les fournisseurs du monde entier pour les tapis riches et les belles qualités, et même pour quelques qualités communes ; mais l’Angleterre a réussi à accaparer tous les marchés pour la vente des tapis imprimés et des genres à bas prix. C’est pourquoi, malgré un commerce d’échanges assez actif, notre importation est supérieure à notre exportation, ainsi qu’on peut en juger par les chiffres suivants.
- De 1882 à 1886, cette importation s’est élevée à :
- 1882. 1883. 1884. 1885. 1886.
- kil. kil. kil. kil. kil.
- Allemagne 40.701 33.886 23.914 39.953 33.193
- Belgique.. 2.186 27.933 9.199 17.719 7.634
- Angleterre 299.658 629.788 805.923 719.426 669.877
- Turquie. . 99.920 115.464 107.896 104.636 70.923
- Égypte. .. 2.345 2.097 1.455 1.666 1.592
- Indes angl. 9.533 15.878 7.548 5.380 2.821
- Autres pajs... 13.489 14.217 12.111 9.524 14-300
- 467.832 828.863 968.046 898.304 800.344
- Les exportations de tapis de France durant la même période ont été de :
- 1882. 1883. 1884. 1885. 1886.
- kil. kil. kil. kil. kil.
- Allemagne 70.498 24.153 17.568 20.044 20.082
- Belgique.. 75.985 84.183 83.750 117.829 137.998
- Angleterre 38.252 32.298 23.340 33.604 22.562
- Espagne. . 32.803 11.116 6.470 7.938 23.781
- A reporter 217.538 151.750 131.128 179.415 204.423
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- 1882. 1883. 1884. 1885. 1886.
- kil. kil. kil. kil. kil.
- Report.... 217.538 151.750 131.128 179.415 204.423
- Italie..... 18.353 22.005 10.848 10.466 11.254
- Suisse.... 32.083 13.500 17.767 15.069 6.979
- Algérie... 9.874 14.268 16.942 13.061 12.522
- Autres pays... 50.054 52.121 47 174 50.150 28.851
- 327.902 253.624 223,859 268.161 264.029
- En France, le siège principal de la fabrication des tapis français est toujours établi dans le département de la Creuse. Aubusson, qui est le grand centre, fabrique tous les genres, surtout les ras et les veloutés. Nous citerons ensuite Nîmes, Tourcoing, Lannov, Beauvais, pour la moquette, la chenille et le velouté; Abbeville et Amiens, pour la moquette seule, etc., etc.
- Nous allons maintenant étudier les diverses expositions de la classe 21, qui comprend non seulement les tapis et tapisseries, mais encore toutes les étoffes d’ameublement (tissus d’ameublement proprement dits, dentelles d’ameublement, toiles cirées, tissus en crin, en sparterie, etc.).
- FABRICANTS DE TAPIS ET ÉTOFFES
- d’ameublement
- DU RAYON DE PARIS.
- Nous comptons ici dix-huit exposants : l’Association ouvrière et artistique pour la décoration des tissus, de Suresnes (Seine); — MM. Léon Berchoud, —• Charles Berger, — Louis Blondet, — Bourgeois frères, — Boyer et Cie, — Chamagne et Cie, — Léon Ghanée et Gie, — Paul Duché, — Quenardel et Cie, — M. Gâche et Cie, — C. et R. Hamot, — Hordé et Simon, — Legrand frères, — tous de Paris ou ayant leur siège social en cette ville; — Marie Lévy et Lauer, de Puteaux (Seine), — Albert Pacon, — F. Piquée et Gendre, de Paris, — et H.-S. Wallet, de Neuilly (Seine).
- L’Association ouvrière et artistique de Suresnes soutient son excellente réputation en nous montrant l’une des expositions les plus remarquables de la classe. Elle y a réuni toute une collection, arrangée avec le plus grand art, de portières à franges en velours de coton imprimé, — tapis de table en velours de soie, — drapés d’ameublement en velours de lin et de jute simple et double face, à une ou plusieurs couleurs sur chaque face, — des coussins du
- meilleur cachet, — des velours de soie et lin ornés de broderies métalliques au couso-brodeur, etc., — tous objets méritant de retenir l’attention des amateurs et dénotant chez ces exposants un sentiment artistique indéniable et un goût véritablement français. Cette maison a obtenu une médaille d’or à Amsterdam, en 1883.
- M. Léon Berchoud expose non loin de là quelques étoffes décoratives pour meubles et tentures d’un fort bon effet.
- La collection de tissus imprimés de M. Charles Berger constitue l’un des ensembles les plus remarquables de la classe. Le premier panneau représente un sujet tiré d’une illustration de Walter Scoot, un Fauconnier et une Fauconnière du moyen âge ; il est encadré de deux rideaux en soieries style Louis XYI, de fort beau coloris. A côté se trouve un rideau velours de Gênes de lm,40 de large, imitation parfaite des velours ciselés anciens du xvie siècle. Au centre du second panneau est une imitation magnifique d’un tapis velouté de Perse relié de fils d’argent de la collection Albert Goupil ; on y a joint des rideaux velours de jute double face sur lesquels l’impression donne, à s’y méprendre, le brillant séduisant et le velouté des tapis d’Orient ; enfin une collection de tapis de table, coussins, tentures murales, etc., orne le pourtour et la façade de cette installation. L’usine de cette maison se trouve au Pecq (Seine-et-Oise).
- MM. Boyer et Cie, de Paris, se sont spécialisés dans les impressions sur laine, toujours pour ameublement. La pièce principale de leur exposition est une tapisserie imprimée et coloriée de 3m,10 sur lm,60 (y compris une bordure de 0m,30), représentant quatre scènes flamandes : la Danse, le Repas, la Fête et les Joueurs.
- D’autres panneaux de môindre dimension et de sujets divers (chasse, fleurs, etc.) figurent alentour. Ce genre de tapisserie est destiné à l’ornementation murale des salles à manger, salles de billard, cabinets de travail, etc.), et peut être agrandi à volonté par une verdure de même style qu’on y raccorde sur les côtés.
- MM. Charmagne et Cie, dont les ateliers sont situés dans le château de Clichy, exposent leurs tentures peintes bien connues sous le nom de tapisseries de
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- Clichy. Ce sont des tissus laine ou soie fabriqués en blanc avec des matières premières de choix, peintes sur châssis à l’aide d’une palette spéciale, et dont les couleurs sont ensuite fixées à la vapeur; les tapisseries peuvent alors se nettoyer à grande eau, se dégraisser, se détacher et se retoucher en cas d’accident. Elles sont employées avec succès à la décoration des édifices publics, châteaux, etc. Tout le monde a pu voir, à ce propos, les spécimens qui figurent au Grand Hôtel et à l’Hôtel de Ville de Paris; de loin, ils donnent l’illusion de véritables Gobelins. À l’Exposition, nous remarquons comme pièces principales un grand panneau de 3m,20 sur lm,60, fragment des Chasses de Guise du Garde-Meuble, un meuble Marie-Antoinette au complet, figurant des Amours d’après Lebrun, et divers panneaux de moindre dimension : le Triomphe d'Am-phytrite, copie du Garde-Meuble; un Vase de fruits d’après Vaspandon; des Chiens d’après de Penne, et un essai sur velours pour paravent qui ne présente aucun empâtement de couleurs. Les exposants mettent en outre sous les yeux du public un magnifique album contenant la reproduction phototypique des principaux tableaux anciens ou modernes copiés sur tentures par leur méthode, véritables œuvres d’un fini irréprochable, qui donnent l’illusion de l’original lui-même. En tête des fascicules de cet album figurent un grand nombre de lettres émanant des maîtres de la peinture contemporaine qui ont bien voulu prendre part à la grande manifestation artistique de l’École des beaux-arts en 1881, entre autres Feyen-Perrin, H. Dubois, Harpignies, Henner, Fal-guière, Mazerolle, Gluck, etc., et tous félicitent l’habile artiste en témoignant du vif intérêt qu’ils attachent à voir propager ce genre de peinture.
- L’exposition de MM. Ghanée et Cie, de Paris, se compose d’une riche collection de velours d’Utrecht frappés, et de peluches de soie et de lin. Cette importante maison a sa fabrique à Amiens, et des succursales de vente à Lyon, Bordeaux, Marseille, Toulouse, Londres, Bruxelles, Turin, Venise, Amsterdam et Madrid.
- MM. Gâche et Cie (ancienne maison Vayson) se contentent d’exposer un fort beau tapis Savonnerie en point noué de A mètres sur 5, fabriqué dans leurs ateliers, et figurant une sorte de cul-de-lampe encadré, qu’ils ont entouré d’un côté de moquettes
- d’appartement et de l’autre de moquettes pour escalier.
- La maison Hamot présente des œuvres où brillent surtout ces qualités de goût et de recherche élégante dont l’apanage n’a jamais été contesté à cette industrie. Cette maison ne produit que des tapis artistiques : elle s’est attachée, dans sa fabrication d’Aubusson, à reproduire des tableaux de maîtres. Un intérêt d’actualité, en quelque sorte, retient notamment beaucoup de visiteurs de l’Exposition devant la reproduction de la Cascade, le tableau du peintre Mazerolles, mort au cours de l’Exposition. Ce panneau moderne mérite à d’autres points de vue l’attention dont il est l’objet, car il offre un exemple victorieux de la plus grande difficulté qui se puisse rencontrer en matière de tissage. La figure peinte par Mazerolles est, en effet, complètement nue. Or, lorsqu’un sujet présente une draperie coupant le modèle, l’artiste chargé de tisser peut, s’il commet une erreur dans les proportions, rectifier à l’endroit où il change les couleurs pour la draperie ; mais lorsqu’il doit tisser sans discontinuer le dessin du corps humain, toute faute dans les proportions devient saillante et irréparable. C’est cette considération qui rend si méritoire l’exécution remarquable de cette belle pièce. Viennent ensuite trois tapis persans, reproduction absolument fidèle, comme couleur, finesse et matière, des originaux ayant appartenu à M. Albert Goupil. L’un est en soie, les deux autres en laine avec inscriptions en argent. Le But, de Boucher, reproduction du tableau du Louvre, Le Bain de Psyché et l'Amour, d’après Jules Romain, et VAutomne, de Lebrun, sont des reproductions de tapisseries du Garde-Meuble exécutées dans des proportions qu’exigent nos appartements modernes. Nous remarquons encore un tapis de la Savonnerie, dessin Louis XVI, et un très beau meuble à personnages genre Louis XV, d’après Boucher, exécutés tout en soie et identiques à l’ancien; une très belle banquette en savonnerie à bordure gros bleu. Citons aussi les fauteuils, canapés, écrans, panneaux genre verdure, tous exécutés sur de très beaux documents.
- Dans l’exposition de MM. Hordé et Simon, la pièce principale est une reproduction de tapisserie ancienne de 3m,60 sur 2m,90, tissée au jacquart, représentant en allégorie les Fêtes de Trianon. On y a joint deux panneaux de moindre dimension, Chasses sous Louis XV, réduction de deux tableaux qui
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- figurent dans la section des Arts libéraux, un tapis de table application chenille, également fait au jac-quart, et quelques types de soieries laine et soie avec ornements de métal.
- Dans l’exposition de MM. Legrand frères, deux types de tissus spéciaux à cette maison attirent plus particulièrement l’attention : ceux imprimés en relief de couleur, soit sur velours d’Utrecht (genre velours de Gênes), soit sur drap (genre soutache ou application), pour sièges, tentures, tapis de table, tapis de jeux, etc., et l’impression métallique, également en relief, imitant la broderie or ou argent, et dont l’emploi, par conséquent, est varié à l’infini. Cette fabrication a été récompensée, notamment au point de vue industriel, par une médaille d’or décernée par la Société d’encouragement, et au point de vue artistique par une autre médaille d’or attribuée par l’Union centrale des arts décoratifs.
- M. Albert Pacon s’est spécialisé dans les toiles peintes et imprimées. Au centre de son exposition figure une fort jolie tenture murale (sujets héraldiques encadrés d’une bande fantaisie avec initiales) au-dessous de laquelle est une peinture sur treillis avec personnages pour dessus déportés; sur les côtés sont deux panneaux imprimés sur satin drapé par le procédé Guitel, dont l’un est la reproduction d’une broderie persane du xvie siècle appartenant au Musée des arts décoratifs, et l’autre une tenture de chambre à coucher à M. le comte de Cain de Saint-Amour.
- MM. F. Piquée et Gendre, maison fondée en 1758 et dont l’usine est à Amiens, exposent des velours unis haute et basse laine en grande et petite largeur, des velours d’Utrecht pour meubles, quelques velours gaufrés de style (dessinés par P. Tétrel), et des spécimens de velours cati dit de Naples.
- Enfin, l’exposition de M. H.-S. Wallet, de Neuilly, à l’exception d’un tapis de pied en point d’Orient genre Savonnerie, ne se compose que de pièces en point de Beauvais. Parmi les principales, nous citerons : un joli panneau Louis XV dont le sujet, composé dans la maison, représente un joueur de mandoline dans un jardin; deux panneaux Louis XV avec meubles correspondants (canapé, fauteuils et chaises) représentant deux sujets Watteau, XEscarpolette et le Mai : une verdure gothique pour cabinet de tra-
- vail ; un canapé Louis XVI avec des Fleurs comme sujet de fond ; une bande Louis XV Fleurs sur fond jaune, etc.
- FABRICANTS DE TAPIS ET TAPISSERIES
- d’aubusson.
- Six exposants de cette ville figurent dans la classe; ce sont MM. Édouard L. Bernaiix, — Braquenié et Cie, — Croc père et fils et Jorrand, — Théophile Louillat, — Sallandrouze frères — et Pierre Nicot.
- Dans l’exposition de M. Édouard Bernaux, nous relevons comme pièces à signaler un panneau placé au centre, de 3m,50 sur 2m,65, représentant la Place du palais ducal à Venise (acheté par le Président de la République); un autre sur les côtés figurant la scène de Vénus et Vulcain, de Boucher (lm,70 sur lm,35) ; deux autres, Y Été et P Automne, de Galland (lm,70 sur lm,25) ; une imitation de vieille tapisserie du Garde-Meuble, les Chasses de Guise (2m,90 sur lm,85); le Joueur de flûte, de Boucher (2 mètres sur 1 mètre), et un meuble Louis XV (canapé et deux fauteuils), sur lesquels sont relevés les principaux passages de la Fêle villageoise, de Boucher. Toutes ces tapisseries sont en Aubusson pur.
- MM. Braquenié et Cle ont l’une des expositions les plus brillantes de la classe. Deux des pièces qu’ils nous montrent sont en Savonnerie : un tapis d’Orient dont l’original fait partie de la collection Goupil, et un panneau de Fleurs, d’après Desportes ; le reste est en Aubusson. Signalons par exemple, garnissant l’intérieur du pavillon central, douze panneaux sur fond métal représentant les Douze mois d’Audran, et plus de trente autres aux alentours, parmi lesquels XÉchange des deux reines, d’après Rubens (Isabelle de Bourbon et Anne d’Autriche échangées par la France et l’Espagne pour épouser, l’une PhilippeIV, l’autre Louis XIII), qui n’a pas demandé moins de sept ans de travail; la Liseuse, d’après Fragonard; des Fleurs, copiées d’après J.-B. Monnoyer; la Portière de Diane, d’après J.-B. Oudry, à fond soie, copié sur un original du Garde-Meuble; XAutomne et le Printemps, dessinés par Hermann ; un canapé Louis XVI copié à Fontainebleau; un paravent, la Dame de Boussac, du musée de Cluny, et diverses tapisseries d’après F. Boucher, Hubert Robert, Van Dael, etc. Dans cette riche collection, les exposants
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- de la classe 21 ont choisi un magnifique écran, composé par la maison pour l’offrir à Mme Carnot. Nous retrouverons le même fabricant à Malines, dans la section belge.
- Dans l’exposition de MM. Croc père et fils et Jor-rand, la pièce principale est un magnifique panneau en Aubusson, représentant une Chasse au cerf. A droite et à gauche ont été placées des moquettes jacquart de A mètres sur 5 mètres d’une seule pièce: d’un côté une carpette, de l’autre un tapis. Plus loin est un panneau Savonnerie tissé sur métier horizontal.
- La collection de tapis exposée par la maison Sal-landrouze frères se compose de toutes pièces variées fabriquées mécaniquement. C’est d’abord un tapis à lez, imitation de point d’Orient, dont le métier breveté fonctionne dans la galerie des Machines, et que nous décrirons en son lieu et place. A côté se trouve lin spécimen superbe, par le développement et la beauté de l’exécution, d’un tissu nouveau, dont le point également breveté rappelle à s’y méprendre, et pour des prix modérés, celui des plus riches tapis d’Orient. Puis vient une série de moquettes jacquart et de carpettes en velouté d’Aubusson à dessins encadrés et tissés d’une seule pièce. Cette maison, qui date d’un siècle, compte quatre générations de fabricants de tapis; elle emploie A00 métiers à tisser, 100 métiers à apprêts, occupe 800 ouvriers et produit annuellement plus de 250,000 mètres carrés de tapis.
- Enfin, l’exposition de M. Pierre Tricot se compose de diverses tapisseries point d’Aubusson, dont nous citerons le Départ du mousse, pièce de grandes dimensions, et divers panneaux plus petits, un cadre à personnages d’après Watteau, le portrait de M. Carnot, etc.
- FABRICANTS DE TAPIS
- et étoffes d’ameublement du nord.
- Le Nord est représenté dans cette classe par huit exposants : quatre de Tourcoing : MM. H.-A. Parent et cie, — J. Rombeau et Monnier, — Moulin-Pipart, — et Masure fils ; — deux de Roubaix : MM. Yanou-tryve et Cie, et Adolphe Catteau ; — deux de Lannoy : MM. Deffrennes-Duplouy frères, et Ferdinand Leborgne.
- L’exposition de MM. H.-A. Parent et Cie comprend des tapis en pièce et des foyers et carpettes de même article, le tout fabriqué en moquettes jacquart, article dans lequel la fabrication française a fait tant de progrès depuis l’adoption du métier mécanique, et qui tend un peu à remplacer les tapis imprimés anglais si mauvais à l’usage. Les tissus exposés sont tous à quatre grilles, moyen terme qui permet de produire à un prix raisonnable des tissus de beaucoup d’effet. Nous notons dans cette exposition des carpettes de 3m,50 sur A'",50, et nous rappellerons, à ce propos, que MM. Parent possèdent chez eux le plus grand métier mécanique de carpettes jacquart qui existe en France, tissant 2m,A5 de large d’une seule pièce, et nécessitant un emplacement de 8 mètres de long sur 8 mètres de large. La même maison expose aussi des tissus pour ameublement, depuis les soieries en satin, en gros de Tours, en tapisserie fond soie, destinés à la classe riche, jusqu’aux articles en coton, jute ou laine, pour tapis de table ou portières, à l’usage d’une clientèle moins fortunée, et dans lesquels elle est arrivée à une grande finesse de tissu et à une richesse de coloration et de dessin réellement remarquables.
- Dans la même ville, MM. J.-L. Rombeau et L. Monnier exposent des tapis d’Orient. Quoi qu’on en ait dit, la France jouit pour cet article d’une incontestable supériorité, et exécute avec un succès reconnu des connaisseurs les points de Smyrne, de Turquie, de l’Inde et de la Perse. Il suffit, pour s’en convaincre, d’examiner attentivement la carpette fond rose qui se voit sur le panneau de droite de ces exposants, reproduction exacte d’une ancienne tapisserie de grande valeur. Entièrement fait à la main et ayant exigé un travail considérable, ce tissu ne renferme pas moins de sept millions de points. MM. Rom-beau et Monnier ont encadré ce tapis de moquettes veloutées jacquart de divers styles du meilleur effet.
- Le panneau de droite est occupé par un tapis fond bleu en point de Smyrne avec bordure de fleurs, et par un autre tapis de style égyptien en point de l’Inde sur fond vieil or. Une carpette reproduisant le coloris et le point de Perse occupe le panneau de face, et constitue — avec le portrait de M. le Président Carnot, au point noué, et diverses portières en velours lin et jute double face — une exposition d’un relief incontestable. Cette collection, l’une des plus remarquables de la classe, attire l’attention des visiteurs.
- Supplément a l’Industrie textile du 15 Décembre.
- 46e Fascicule.
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- LES INDUSTRIES TEXTILES
- Ces industriels ont obtenu en 1873 une médaille d’argent.
- Les produits de M. Moulin-Pipart, de Tourcoing, font très bonne figure dans cet ensemble. Nous y remarquons, entre autres, deux carpettes de 3m,50 ; l’une, genre Smyrne, figurant un bouquet se détachant sur fond gros bleu dans un portique de style mauresque; l’autre, en fond crème, grosse Savonnerie genre Aubusson ; puis une série d’échantillons de tapis en point noué genre Smyrne, Persan et Aubusson, que cette maison fabrique jusqu’à 15 mètres de largeur sur toutes les longueurs, des I types de moquettes et des foyers frangés (daghes-tans) genre oriental aux nuances tendres des mieux réussies. La maison a obtenu une médaille d’or en 1878, et était déjà titulaire de récompenses à Paris en 1869 et à Vienne en 1873.
- M. Masure, de Tourcoing, s’est borné au genre classique. La réputation de cet industriel comme fabricant de moquettes en laine et fil de lin est assise depuis longtemps. Son exposition se compose de carpettes de grande dimension en moquette courante à encadrements assortis, dont un magnifique tapis rose Louis XVI occupant tout le panneau du fond et un passage à point chenillé sur le devant. Cet industriel a obtenu une médaille d’or en 1878.
- La maison Vanoutryve et Cie, de Roubaix, — l’une des maisons de fabrication les plus importantes et les plus considérées de France, — n’a pas une exposition en rapport avec le bon renom qu’elle s’est depuis longtemps acquis. Celle-ci comprend quelques velours de Gênes des styles Louis XIV, Louis XV et Louis XVI, — magnifiques il est vrai ; — quelques tissus d’ameublement fantaisie dessinés par MM. Arth. Martin et P. Tétrel, — des portières égyptiennes et des spécimens de peluches de lin. Cette maison a obtenu une médaille de progrès à Vienne en 1873, et des médailles d’or à Philadelphie en 1876, Paris 1878, Melbourne 1880, etc.
- M. Adolphe Catteau, de Roubaix, s’est spécialisé dans les tissus brodés. Son tissage est à Roubaix, mais il a installé à Paris depuis 1868 un atelier de 22 machines à broder, sous la direction de M. Nay-rolles. Nous remarquons sur le devant de son exposition un magnifique panneau rectangulaire or sur velours rouge au chiffre de M. le Président Carnot et acheté
- par lui; et sur le fond, trois portières or sur velours encadrées de tentures en velours de soie ou étoffes d’ameublement dessinées par M. Tetrel. Çà et là figurent des lampas, brocards, velours de Gênes pour fauteuils, du meilleur effet.
- Nous arrivons aux exposants de Lannoy. Cette petite ville, située, comme on le sait, à 5 kilomètres de Roubaix, fabrique surtout les courtepointes et couvertures, généralement en coton, quelquefois en mi-laine, et possède d’importantes manufactures de tapis et tissus d’ameublement.
- Parmi elles, la fabrique de MM. Deffrennes-Duplouy frères tient l’un des meilleurs rangs. Ces industriels exposent à titre de tissus ayant un caractère d’originalité incontestable, des étoffes en paille de lin imprimée pour escaliers, parquets, passages et couloirs; cette paille est retenue par quelques fils de chaîne qui en maintiennent régulièrement les brins ; elle a été fortement écrasée sous des rouleaux de calandre, puis apprêtée d’une façon spéciale et enfin imprimée; c’est incontestablement l’une des nouveautés de l’Exposition. A mentionner encore, dans la collection de ces fabricants, des tissus en chenille pour rideaux, portières, etc., des tapis de table frangés et des portières orientales aux couleurs éclatantes parsemées de fils d’or.
- L’une des expositions les plus remarquables est celle de M. Ferdinand Leborgne, de Lannoy, maison qui comprend 155 métiers pour tapis et 350 pour étofïes d’ameublement. Nous signalerons parmi les pièces les plus remarquables un panneau broché bas prix, 2m,30 snr lm,30, imitation des anciens Gobe-lins, fait sur métier jacquart en point de Nîmes. Quatre de ces panneaux représentent les Jardins d’Armide; ils ont été rapportés, et forment contre l’un des murs de la salle une magnifique carpette-moquette de 5m,20, garnie d’une bordure assortie de 30 centimètres du meilleur effet. Mais la maison a voulu montrer qu’elle savait faire tout aussi bien des pièces d’un coût fort élevé, et elle a placé dans son exposition un panneau imitation Savonnerie, fait sur le même métier par les mêmes procédés que la moquette tout soie, et qui est Fune des belles pièces de la classe. Mentionnons encore des panneaux pour rideaux fond soie,—des carpettes-moquettes 6 mètres sur 2m,80, grandeur portière, à fond rouge, auxquels une combinaison de laine mohair donne un brillant qui les rapproche singulièrement des tapis
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- turcs; — des galeries fond vieil or; — des étoffes algériennes, coton et soie ; — des moquettes pour tapis de pied épaisses et très hautes en laine ; — des étoffes d’ameublement en jute, (matière que M. Leborgne a été le premier à utiliser en 1878 pour ce genre de tissus) et chaîne coton lamé d’or; — des « bissacs ou sacs de chamelier » employés comme couvertures de siège, etc.
- AUTRES FABRICANTS DE TAPIS
- ET ÉTOFFES D’AMEUBLEMENT DE FRANCE.
- Nous avons encore à signaler pour ces articles six exposants : MM. G. Gaston Louchet-Bernaud, d’Amiens;
- — Mellerio, Fossé et Têtard, de Persan (Seine-et-Oise),
- — J. Laurent-Baugé, de Cours (Rhône) ; — Lemaire fils et Dumont, de Dammartin (Seine-et-Oise); — Alfred Picheral et Cie, de Nîmes (Gard) ; — et Sorel frères, de la même ville.
- L’exposition de M. G. Louchet-Bernaud, d’Amiens (ancienne maison Bernaud-Laurent et gendre, fondée en 1800), se compose de peluches de soie, velours de coton d’Utrecht et ramie, et de quelques moquettes fines imitant la tapisserie ancienne.
- Il faut surtout y remarquer des peluches de soie dites excelsior, dans lesquelles les reflets sont obtenus mécaniquement et par frappage, — de beaux spécimens de velours de soie gaufrés, — et quelques velours de coton fond crème imprimés en couleurs voyantes.
- L’exposition de MM. Mellerio, Fossé et Têtard, de Persan (Seine-et-Oise), comprend deux vastes panneaux. Dans l’un, la pièce principale est une carpette en point noué turc de grandes dimensions, de chaque côté de laquelle se trouvent deux belles moquettes jacquart tissées mécaniquement, dessinées par Henri Lechopier, et sur le devant quelques types de daghestans-foyers, fabrication chenille; dans l’autre, nous relevons une jolie série de carpettes fabrication chenille, réduction fine, 'dessinées par le même.
- MM. Alfred Picheral etCie, de Nîmes, exposent une sorte de tapis broderie point tapisserie breveté par eux, fort épais, en teinte solide et d’un prix peu élevé, qu’ils appellent tapis-velours Picheral.
- MM. Sorel frères, de Nîmes (manufacture de la Lampèze), exposent en imitation de point de Beau-
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- vais un ameublement complet dessiné par V. Baron, de Paris; — un panneau de même point représentant un Paon sur le dessin de M. Audibert, de Nîmes ; — et un autre figurant un Vase de fleurs sur le dessin de M. Thurner, de Paris. Ces industriels ont une maison à Paris.
- DENTELLES POUR AMEUBLEMENT.
- Trois exposants, MM. Edmond J.-L. Deltenre, — L. Legendre, Mahieux et Hennequin, — et Warée, tous trois de Paris, soutenant dignement le renom de l’industrie française de luxe.
- Dans l’exposition de M. Deltenre, la pièce principale est un couvre-lit en dentelle Renaissance de grandes dimensions, autour de laquelle figurent des rideaux en dentelles de Cluny, quelques guipures d’art, et un rideau en genre nouveau, combinaison des dentelles Renaissance et Cluny.
- MM. L. Legendre, Mahieux et Hennequin,— que nous avons rencontrés déjà dans la classe 32 (tissus de laine) exposent des rideaux en guipure de France, genre breveté par eux, et quelques écharpes orientales brodées à jour pour cache-pots et fauteuils.
- Mais l’exposition qui surpasse de beaucoup toutes les autres est celle de la maison Warée, de Paris, dont nous avons déjà parlé à propos des dentelles du vêtement (classe 3â). La pièce principale est une portière mauresque en fil d’or travaillée à l’aiguille, véritable prodige de fabrication, laissant voir, malgré l’unité de la matière employée, une diversité de tons remarquable et dont on ne peut se lasser d’admirer la beauté de l’ordonnance du dessin et la délicatesse des détails. Citons rapidement un magnifique rideau Louis XV en soie blanche ; — un panneau Louis XIV en point de Venise appliqué sur satin ;— un grand rideau application française en fil de lin aux fuseaux; — un rideau en dentelle arabe écrue travaillé aux fuseaux, dans l’ornement duquel jouent des tulipes d’un grâce exquise; — un store dentelle or pour glace sans tain; — un grand rideau lacis mohair et soie à la main.
- Les travaux aux fuseaux ont été exécutés à Mire-court, dans les Vosges, et ceux à l’aiguille à Luxeuil et Saint-Loup, dans la Haute-Saône. Dans ces deux départements, M. Warée occupe 2,000 ouvriers. Cette fabrication a été créée en Comté par cet industriel il y a une quinzaine d’années. On n’y produisait avant
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- lui que des articles communs. On voit par ce que nous venons de dire le chemin parcouru et les résultats acquis. Déjà, lors de l’Exposition de Barcelone, les produits de cette maison avaient attiré l’attention chez nos voisins. Aujourd’hui, elle s’est surpassée en quelque sorte, et quand un industriel peut présenter une exposition de cette importance à quelques mois de distance, sans une redite, sans une réminiscence, il a non seulement affirmé la puissance de son industrie, mais il en a élevé le niveau en même temps qu’il a maintenu sur les marchés étrangers la prépondérance de l’art industriel français.
- Cette maison a obtenu en 1878 une médaille d’or; elle a été hors concours aux Expositions de Paris 1882 (arts décoratifs), et Barcelone 1889 (membredu jury).
- TOILES CIRÉES ET LINOLEUMS.
- La fabrication des toiles cirées et linoléums en France comprend huit types qui sont :
- 1° Les toiles cirées enduites et grasses, qui, par leur fabrication grossière, ne peuvent être employées que pour emballage, intérieur de caisses destinées à l’exportation, et tous usages où leur imperméabilité les rend préférables au simple papier goudronné. Ces toiles se fabriquent par pièces de 9 mètres à 40 mètres en diverses largeurs; les poids varient, suivant forces, de 350 grammes à 1 kil. 500 par mètre carré.
- 2° Les toiles cirées pour jjarquets d’appartements, couloirs, etc. Elles sont imprimées de dessins fantaisie avec envers brut ou enduit, et destinées à recouvrir les parquets ou carrelages, à préserver les murs contre l’humidité. Le poids, suivant qualité, est de 1 kilogramme à 2 kil. 500 par mètre carré.
- 3° Les toiles cirées fabriquées avec un mélange d’huiles cuites et de déchets de liège pulvérisés formant pâte. Elles sont communément appelées 'linoléums et servent pour les mêmes usages que les toiles cirées pour appartements. Le poids, suivant qualité, est de 1 kil. 250 à 3 kil. 500 et même A kilogrammes par mètre carré.
- lx° Les toiles cirées légères enduites sur tissus de coton simple ou molletonné, envers brut ou envers enduit. Elles imitent généralement les bois de toutes essences, dessins de mosaïques, fleurs, etc., ou le linge blanc uni ou damassé. Elles servent uniquement à recouvrir les meubles, tels que tables, buffets, commodes, etc. Elles se fabriquent par pièces de
- 11 mètres de diverses largeurs; les poids en varient de 500 grammes à 1 kil. 250 le mètre carré.
- 5° Les toiles cirées enduites ou plutôt trempées. Elles se font sur tissus de coton ou de soie, et sont généralement appelées toiles gommées ou taffetas gommés. Elles sont employées dans les hôpitaux pour envelopper les membres malades, ne sont pas absolument imperméables, et ne doivent pas être confondues avec les tissus caoutchoutés et vulcanisés dont l’usage est bien différent. Ces toiles se font en diverses largeurs et qualités, et leurs poids varient suivant les épaisseurs demandées.
- 6° Les toiles cirées légères sur coton. Elles se font généralement en couleurs unies, noir principalement, sont lisses ou gaufrées, imitant les grains de la peau, et sont employées par une quantité considérable de petits industriels fabriquant Y article de Paris exporté dans le monde entier et dont la France a le monopole. Elles servent notamment à confectionner : les carnets de poche, buvards, sous-mains, serviettes d’avocats, tous articles de bureau, fourreaux de parapluie, petites voitures d’enfants, jouets en tout genre, porte-monnaies, sacs de dames, articles de voyage, sellerie, carrosserie, etc.
- 7° Les toiles cirées fortes sur coton s’employant pour les industries où une plus grande résistance est nécessaire, principalement pour la carrosserie, les wagons de chemins de fer, rideaux de voitures, banquettes, sièges en tout genre, etc.
- 8° Les toiles cirées sur tissus de coton genre moleskine, communément appelées moleskine-cuir. Elles se font généralement lisses, ne servent que pour les garde-crottes des voitures, et aussi dans les machines à imprimer.
- Il existe, tant à Paris qu’en province, seize fabricants de toiles cirées en différents genres. Ce sont MM. A. Cerf, de Paris (maison existant depuis plus de quarante ans) : — Davoust, de Paris (quarante-cinq ans) ; — A. Delalande, de Paris (quarante ans) ; — P. Duval. de Paris (trente-cinq ans) ; — J. et H. Faucille, de Paris (vingt-cinq ans) ; — A. Garnier, de Paris, ancienne maison Ch. Le Crosnier (cinquante ans) ; — H. Langlois, de Paris (cinquante ans) ; — Marie et Fortin, de Paris (quarante ans) ; — Jules Martin, de Paris (cent ans) ; — F. Soulage, de Paris (trente-cinq ans); Compagnie française de linoléum, de Choisy-le-Roi (six ans); — MM. Chedin et Cie, de Bourges (trente-cinq ans) ; — A. Bérard, de Lyon (vingt-cinq ans); — F. Courjon père et fils, de Lyon
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- (quarante ans) ; — E. Maréchal, de Lyon (quinzeans) ;
- — et G. Chapman, des Préaux, près Pont-Audemer (six ans).
- Nous allons passer en revue les collections de celles de ces maisons qui ont envoyé leurs produits à l’Exposition de ‘±889.
- Toiles cirées. — Nous relevons six exposants : MM. Arthur Cerf, de Paris; — Georges Chapman, des Préaux, près Pont-Audemer (Eure) ; — Chedin et Cic, de Bourges (Cher); — Davoust et Cie, de Paris;
- — Paul Duval, de Paris; — et J. Arthur Garnier (ancienne maison Ch. Le Crosnier), de Paris.
- M. Arthur Cerf, de Paris, a son usine à Stains. Il expose quelques types de toiles cirées pour descentes d’escalier et parquets.
- M. Georges Chapmann, des Préaux, s’est spécialisé dans les toiles-cuir noires pour carrosserie et sellerie, et en couleur pour tapissiers.
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- MM. Chedin et Cie exposent surtout la toile cirée blanche pour tapis de table imitant le linge damassé, et quelques tapis souples dits afghans.
- MM. Davoust et Gie, de Paris, membres du jury, ont de beaucoup la plus belle exposition de la classe. Dans le pavillon spécial qui leur a été réservé figurent tous les genres de toiles cirées : — imitation de bois pour tables ; — carpettes pour salles à manger et devants de lavabos; — parquets pour appartements; — toile enduite pour bonnets de douches; — tabliers de nourrices et sacs à éponges; — toile ardoisée pour tableaux d’école; — soie enduite pour ballons; — parquets spéciaux pour voitures; — chemins pour escaliers, etc.
- M. Paul Duval, de Paris, dont l’usine est au Bourget (Seine), expose surtout des tapis de table avec sujets (cartes, portraits historiques, etc.), et quelques toiles de parquets.
- Enfin M. Arthur Garnier, de Paris, dont la fabrique est aussi au Bourg et, expose de grandes pièces imitant les tapis de dimensions, et quelques toiles pour tables.
- Nous donnons ci-dessous la valeur des échanges pour les toiles cirées ( Voir le tableau page 368).
- Linoléum. — Nous rangerons dans une catégorie produits exposés par la Compagnie fran-
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- LES INDUSTRIES TEXTILES
- çaise du Linoléum, de Paris; —par la Compagnie Lin-crusta Valton, de Pierrefitte (Seine), et la maison Quenardel et Gic, de Paris.
- Les matières premières du Linoléum sont, comme on le sait, le liège pulvérisé en mélange avec de l’huile de lin. Chacun connaît les différents genres de tapis de toute sorte, unis ou imprimés à la planche, qu’on en fabrique généralement : descentes d’escaliers, devants de lavabos, parquets de bureaux, etc. La Compagnie française du Linoléum, fondée il y a quelques années au capital de 2 millions 250,000 francs, dans le but de faire fabriquer par des ouvriers français ces articles monopolisés tout d’abord par l’Angleterre, nous en montre ici de fort jolis types. Elle y a joint diverses tentures peintes à la main dont la principale, placée au centre de l’un des panneaux occupés par elle, de 3m,55 sur 2m,/i5, figure le Sacre d'un chevalier; de chaque côté, deux autres tentures murales oblongues et de moindre dimension, représentent l’une XAurore, l’autre le Crépuscule. Ces divers produits sont faits en bandes de 0m,50, raccordées entre elles; ce raccordement, pour ainsi dire invisible, dispense de l’emploi en fabrication de cylindres coûteux d’une dimension exagérée. L’usine de la Compagnie du Linoléum est à Orly (Seine-et-Oise).
- Les produits de la Compagnie Lincrusta-Valton diffèrent de ceux-ci en ce que la sciure de bois remplace le liège en poudre dans la fabrication, et en ce que les articles sont en relief plein au lieu d’être absolument plats. Nous relevons dans cette exposition des tentures à l’aspect du cuir pour salles à manger, salles de billard, bibliothèques, vestibules, escaliers, etc. ;— des tentures en tons métalliques imitant les anciens cuirs de Cordoue et donnant des décorations murales du plus riche effet; — des faïences très employées pour tendre les salles de bain, cabinets de toilette, vestibules, serres, et bandeaux au-dessus des fenêtres à l’extérieur des maisons; — des lambris donnant l’aspect du bois sculpté; — des bordures et galons utilisés pour l’encadrement de toute sorte de tentures et la décoration des cadres, etc.
- Tous ces genres de tentures sont imperméables; elles peuvent être lavées à grande eau et subir sans crainte les intempéries de la température ; on ne les voit donc ni se tacher par l’humidité comme le papier et les étoffes, ni se moisir comme les cuirs, ni se piquer par les insectes comme le bois, ou jouer sous l’influence des changements de température; aussi sont-elles souvent employées dans les cas où l’on
- peut avoir à craindre les détériorations par l’humidité : plafonds de wagons dans les chemins de fer, décorations des salons de navires, etc.
- Nous plaçons dans cette section les cuirs exposés par la maison Quenardel et Cie (ancienne maison Dulud), de Paris. De magnifiques spécimens de cuirs de Cordoue, de Venise, portugais et flamands figurent dans le pavillon spécial qui a été réservé à cette importante maison. Quelques meubles montés avec le meilleur goût (paravents, tabourets de piano, chaises et fauteuils) nous permettent d’apprécier l’excellent parti qu’on peut tirer de ces produits. L’usine de fabrication est à Neuilly-sur-Seine, les ateliers de décoration et la maison de vente à Paris.
- — Nous ajouterons à la même catégorie les tissus de caoutchouc lisse ou maroquiné, enduit noir et couleur pour carrosserie, banquettes de chemins de fer, bateaux et tapisseries, carpettes, de vestibule en caoutchouc vulcanisé découpé, de MM. Torilhon et Gie dé Paris, dont l’usine est à Clermont-Ferrand.
- SPARTE RIE ET TAPIS D’ALOÈS.
- Une seule maison de fabrication, MxM. Lemaire fils et Drumont, de Dammartin (Seine-et-Oise), représente cet article. Son exposition se compose de tentures en sparterie, descentes d’escalier en aloès teint, tapis-brosse en fibres de coco, hamacs, chaussures fantaisie, etc.
- tissus d’ameublement en crin.
- Cette catégorie comprend trois exposants : MM. L. et A. Gente frères, — J. E. Gobet, — et Yve C. Poulet et Poulet fils, tous de Paris.
- L’usine de MM. L. et A. Gente frères est au Mans. Leur exposition se compose de tissus pour stores (grands dessins tissés en jacquart, petits dessins à la lisse), pour banquettes de cafés, bateaux, wagons, unis et brochés, noir et couleur, etc.
- Les fabriques de M. J.-E. Godet sont à Senlis et Hendicourt. Nous relevons surtout dans son exposition des tissus pour tailleurs, couturières, chapeaux, bottines, tournures et corsets.
- Mme VveC. Poulet et M. Poulet fils nous font voir les
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- mêmes genres de tissus sous forme d’écrans, coussins, chaises, tabourets, etc.
- Gomme on le sait, on ne peut tisser en crin plus de 0m,80 de largeur de tissu, en raison de la longueur limitée du produit qui sert de matière première à la fabrication, et encore est-il nécessaire de faire venir ces crins de l’Amérique du Sud. Ceux-ci n’arrivent pas en France directement, mais passent par l’Allemagne, qui les travaille et les dégraisse, et les envoie sur le marche de Londres. C’est là que vont les chercher les fabricants français.
- Nous donnons la comparaison des échanges, pour les tissus d’ameublement en crins dans le tableau de la page 365.
- TAPIS ET TAPISSERIES DE LA BELGIQUE.
- Dans la section belge, l’exposition la plus remarquable est celle de MM. Bracquenié et Cie, qui, sous le titre de Manufacture royale de Belgique, ont à Malines une succursale de leur maison de Paris. Les pièces principales qu’ils ont envoyées sont deux magnifiques panneaux d’après W. Geerts, en tapisserie de Malines : l’un le Bibelot, Pautre figurant « les gentilshommes confédérés remettant, le 15 avril 1566 à Marguerite de Parme, au palais de Bruxelles, une requête par laquelle ils réclament la liberté de conscience », tapisserie appartenant au Sénat belge. MM. Bracquenié et Cie ont joint à leur exposition les divers cartons d’une tapisserie exécutée pour l’hôtel de ville de Schaerbek.
- En dehors de cette maison, nous n’avons plus à signaler dans la section des articles d’ameublement de la Belgique que quelques tapisseries, tentures, étolïes d’ameublement, « par application de la tinc-tographie à l’industrie textile » de MM. Dratz frères et Cie, d’Ixelles ; — des moquettes jacquart au nom de MM. Govaert frères, d’Alost; — diverses broderies pour ameublement, de MM. Lavalette et Cie, de Bruxelles. — Une maison de Berchem-lez-Anvers, MM. Van Nuffel frères, fondée en 1750, et qui possède une succursale à Paris, représente, en outre, l’industrie de la toile cirée. Nous relevons dans son exposition des parquets de 8m,80 de large ;— des impressions mécaniques de lm,83 ; — des passages et escaliers dos cirés et dos écrus ; — des tapis pour carrossiers, afghans, imperméables pour lits et tentes ; —
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- toiles à peindre pour artistes ; — plafonds de voitures et de chemins de fer, etc. — Une autre maison de Bruxelles, MM. Van Oye et Cie, s’est spécialisée dans la fabrication des nattes, paillassons, tissés d’articles de rotins, etc., dont on nous présente une collection assez fournie.
- TAPIS ET TISSUS D’AMEUBLEMENT DES AUTRES PAYS.
- En dehors de l’importante fabrique de tapis de MM. John Crossley et fils, d’Halifax, la plus considérable du continent, qui a envoyé à l’Exposition une riche collection de carpettes et foyers de toutes grandeurs, au jacquart et à l’impression, nous n’avons à signaler, dans la section anglaise, que des fabricants de linoléum qui exposent leurs produits sous forme de carpettes encadrées, passages, couloirs, etc., aux vives couleurs, de toutes qualités et de toutes grandeurs. Les principaux exposants pour cette spécialité sont: — MM. John Barry Ostlere et C°, de Kircaldy; — la Cortiane Floor Covering C°, de Londres; — la Mitcham Linoléum and Floor Cloth C° de Londres; — Michael Nairn et C°, de Kircaldy, etc.
- A citer encore, en Autriche-Hongrie, l’exposition de tapis haute laine de la maison Ignace Guizkey, de Mafifersdorf (Bohême), et de rideaux en chenille de M. Frédéric Pollat, de Vienne ; — en Espagne, la jolie collection de sparterie envoyée par MM. José Ferez et fils, de Barcelone ; — en Hollande, les tapis Smyrne de M. W. Stevens, de Kralingen-les-Rotterdam, et ceux de la Manufacture royale de tapis de Deventer (établie depuis 1790, et depuis 1848 transformée en Société anonyme et occupant 300 ouvriers); — en Suisse, les étoffes imprimées pour ameublements, de MM. Rieter, Ziegler et Gie, de Zurich; — en Grèce, en Roumanie et en Serbie, une quantité considérable de tapis en style du pays.
- Nombre de républiques américaines ont aussi envoyé des spécimens de l’industrie locale : — l’Équateur des tapis de chanvre faits à la main et des tapis de coco ; — San-Salvador des nattes de salon en jute, etc. Citons enfin quelques tapis des États-Unis; Philadelphie est aujourd’hui la plus grande fabrique de tapis du monde. Les débuts de la fabrication dans cette ville datent de trente ans à peine avec M. John Bromlay, qui occupait deux métiers dans un petit atelier; il existe actuellement 172 éta-
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- 1877. a 1878. 1879. 1880. 1881. 1882. 1883. 1884. 1885. 1886.
- Toile 3 oirées pour ameublemei at.
- IMPORTATIONS EN FRANCE.
- Toiles cirées en lin. kil. kil. kil. kil. kil. kil. kil. kil. kil. kil.
- Allemagne 9.816 5.047 3.498 3.061 4.371 2.278 2.289 4.988 1.455 1.766
- Belgique 2.859 4.028 7.449 9.239 11.199 7.407 7.852 246.556 12.916 6.004
- Angleterre 33.369 24-943 72.636 138.664 247.804 409.737 422.046 718.136 433.719 548.004
- Autres pays 2.144 498 \ .123 2.577 2.304 2.346 2.960 5.637 12.994 1.899
- Totaux 48.188 34.516 84.706 153.541 265.678 421.768 435.147 975.317 461.084 537.673
- Toiles cirées en coton.
- Allemagne 12.298 9.239 9.974 7.757 7.205 5.477 7.817 4.394 23.273 8.302
- Belgique 130.484 136.273 159.161 171.108 198.334 198.231 245.052 45.610 268.153 283.170
- Angleterre 528.671 795.753 830.481 903.323 1.048.056 1.326.957 1.444.235 855.051 1.061.490 1.231.159
- Autres pays. 394 634 1.280 1.964 2.553 3.309 2.048 2.403 717 157
- Totaux 671.847 941.899 1.000.896 1.084.152 1.256.148 1.533.974 1.669.152 907.458 1.353.633 1.523.787
- EXPORTATIONS DE FRANCE.
- Toiles cirées en lin.
- Allemagne 22.155 25.339 10.904 5.797 13.226 28.319 7.081 4.456 6.966 2.453
- Belgique 53.900 11.604 60.134 11.342 14.242 11.010 20.159 20.514 19.811 15.883
- Angleterre 3.439 1.666 4.740 4.823 2.756 12.226 17.619 32.823 7.228 2.358
- Espagne 40.939 9.668 11.512 44.835 5.000 34.916 73.559 9.408 42.575 65.519
- Suisse 25.881 15.158 18.671 7.586 9.404 7.382 5.345 6.219 3.734 7.730
- Algérie 19.509 30.696 46.174 34.835 89.424 54.690 46.237 33.326 25.396 62.884
- Autres pays 37.012 37.017 37.950 38.247 50.820 29.814 47.142 19.187 32.746 31.909
- Totaux 202.835 131.148 191.085 147.462 184.872 178.357 217.142 125.933 138.455 188.736
- Toiles cirées en coton.
- Espagne 27.639 36.699 65.643 60.381 171.183 100.619 84.307 148.541 103.293 82 719
- Italie 1.037 2.670 3.948 2.382 1.320 2.964 1.424 3.897 4.237 5.640
- Suisse 7 352 7.140 7.268 7.793 4.774 5.569 3.634 1.997 4.237 4.382
- Algérie 13.446 14.747 15.026 14.611 25.311 32 402 33.891 32.072 89.204 98.538
- Autres pays 42.336 37.813 35.230 33.983 54.773 41.023 32.786 41.012 142.685 62.951
- Totaux 91.810 99.069 127.115 119.150 257.361 182.577 156.042 227.519 m343.746 254.230
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- blissements faisant battre 7,350 métiers, et employant 17,800 ouvriers. La production s’est élevée, en 1888, à 71,500,000 yards de tapis d’une valeur approximatixe de 48 millions de dollars.
- PRODUITS ORIENTAUX ET COLONIAUX.
- Nous devons une mention spéciale aux produits orientaux ou coloniaux : kilims de Smyrne, serbias, djerbes et guetifs d’Alger, fréchias de Tlemcen, ous-saadas de Boghar, hamels et métraks de Laghouat, nattes en jonc et stores en rotin de la Cochinchine, nattes de la région de Loango (Gabon), nattes en latanier de la Pointe-à-Pitre (Guadeloupe), tapis en laine d’Yanaou (Inde française), nattes des Wallis (Nouvelle-Calédonie), tapis mendiants de la Réunion, nattes décorées du Sénégal, produits en bambous de l’Annam, etc. Il y a dans ces pays une excessive variété d’objets d’ameublement que nous ne saurions passer sous silence, et une fabrication originale près de laquelle nous ne pouvons pas ne pas nous arrêter.
- Les tapis, surtout, méritent une attention spéciale. Il n’y entre pas un atome de fil de lin ou de coton, et la laine y est nouée brin à brin; il en résulte qu’en la foulant aux pieds on ne fait que serrer le nœud, et par conséquent ajouter à leur solidité. De plus, comme la laine est très longue, quand une ou deux générations ont passé dessus, la suivante les envoie à la tonte et se trouve avoir des tapis encore fort bons qu’un Européen prendrait pour des tapis neufs. Les Orientaux sont peu partisans du progrès ; ils professent une horreur instinctive pour toute innovation; leurs tapis sont chauds, moelleux, durables, peu leur importe que la laine ne donne que des teintes plates, peu leur importent leurs dessins. Ceux-ci consistent toujours en rayures, grecques, arabesques, carrés, losanges, à peine quelques tentatives de rosaces et de fleurs grossières, jamais de feuillage, d’architecture, de nature morte ou vivante.
- Le tapis de Smyrne proprement dit se fabrique dans l’Anatolie et principalement àOuchack, Gourdès et Roula; chacune de ces trois villes donne un cachet particulier à ses produits. C’est à Ouchack surtout que se fabriquent les tapis à haute laine. Les ouvrières sont toutes d’origine turque; les femmes turques sont exclusivement employées à la fabrication du kilim, tapis à double face. A Ouchack, on compte 2,000 métiers, dont 600 environ sont en activité toute l’année; 3,000 ouvrières femmes et 500 jeunes filles travaillent au tissage; elles
- sont payées à raison [de h francs à 4 fr. 50 par semaine, et chacune d’elles tisse par jour de 0m,20 à 0m,25 de longueur sur 60 de largeur. D’après la moyenne de ces dernières années, |la France a acheté par an une moyenne de 22,000 mètres carrés de ces tapis de Smyrne, et l’Angleterre 53,000; l’Amérique n’en a pas pris plus de 16,000. On tisse encore à Smyrne, outre le tapis à nœud pure laine, d’autres dont la chaîne est en fil de chanvre ou de lin, et des moquettes.
- Les mêmes tapis, moins beaux, se fabriquent en Algérie. Les tapis algériens sont surtout de quatre sortes :
- 1° La serbia, ou tapis moquette. C’est le plus remarquable, tant sous le rapport de la qualité de la laine employée que par l’agencement des nuances.
- 2° Le guétif, qui se distingue par la longueur de ses poils, et sa confection bien soignée ;
- 3° Le hambel, simple tissu croisé qui a cependant beaucoup de force et de durée, servant à la fois de tapis et de couverture, dessiné avec bandes longitudinales de couleurs diversement alternées.
- 4° Le métrah, qui ressemble, à certains égards, à la serbia, mais a le poil ras comme le hambel.
- Le prix de revient de ces différents tapis est très difficile à fixer dans notre colonie; il varie suivant le cours des laines et les arrangements pris avec les ouvriers tisseurs, lorsqu’ils ne sont pas confectionnés dans les familles, ce qui arrive fréquemment. On les fabrique sous la tente, et on en voit assez peu dans le commerce, car ils entrent surtout dans la circulation par suite du partage des biens, de ventes par autorité de justice, ou lorsque le besoin et la misère forcent les détenteurs à s’en défaire. Les métiers employés sont très simples : ils consistent en quatre perches dont deux sont posées verticalement et deux horizontalement; la trame est étendue sur les deux perches horizontales, et le tissu se fait au moyen d’une navette grossière appelée retal. Le tout est serré avec un peigne en fer nommé khctala. Les femmes arabes lavent, cardent, peignent et filent elles-mêmes la laine destinée à la préparation de ces tapis, les fils sont teints par des teinturiers juifs du pays qui ont presque seuls le mnnopole de ce travail. Le tissage se fait ensuite par un ouvrier spécial qui compose en même temps le dessin en se faisant aider par les femmes de la famille. Get ouvrier va de douar en douar porter son industrie, et il reçoit en | moyenne 10 francs par mètre de tapis de 2m,50 de
- Supplément a l’Industrie textile du 15 Janvier.
- 47e Fascicule.
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- LES INDUSTRIES TEXTILES
- large, et l’hospitalité du chef de la tente. Les tapis algériens se fabriquent plus particulièrement à Kalace et aux environs de Mascara, ainsi que dans les tribus des environs de Biskra et Gonstantine.
- CHAPITRE XIV
- Teinture; impression et blanchiment; apprêts.
- Il faut remonter aux temps les plus anciens pour retrouver l’origine de l’art de la teinture. On sait en effetqu’autrefois'commeaujourd’hui, l’homme, à l’état sauvage, s’est plu à colorer les cheveux, les ongles, les dents ou la peau, et même à fixer sur les lambeaux de vêtements dont il se servait des nuances plus ou moins éclatantes. On sait aussi, d’après les livres saints, qu’Oliab savait travailler en étoffes et tissus de fils de différentes couleurs, ainsi qu’en broderies d’hyacinthe et de pourpre, et que Salomon faisait revenir de Tyr des étoffes teintes en bleu, en écarlate et en cramoisi. Du reste, rien que le fait d’avoir trouvé des momies égyptiennes revêtues de bandelettes bleues montre suffisamment combien l’art de teindre était connu de toute antiquité.
- Parmi les peuples anciens, les uns, comme les Grecs, y attachèrent tant d’importance qu’ils consacrèrent certaines couleurs à la divinité : le rouge à Jupiter, le vert bleuâtre à Neptune, le vert éclatant à Gybèle, le bleu céleste à Junon et le jaune d’or à Vénus. D’autres, comme les Romains, s’en servirent sous Domitien, dans les jeux du cirque, pour distinguer en six sections les conducteurs de charges : il y avait les bleus, les verts, les dorés, les blancs, les rouges et les pourpres.
- Pline est le premier auteur qui parle de la teinture. Au livre XXXV, chapitre XLII, il nous fait connaître que le genre d’impression par mordançage et teinture était pratiqué en Égypte; et plus loin, dans le même livre, chapitre XXVII, parlant du luxe des Romains, il nous donne quelques détails intéressants sur la pourpre de Tyr, genre dans lequel excellaient les Phéniciens, et sur l’emploi de l’indigo. Il est regrettable que nous ne connaissions pas les pro-
- cédés en usage chez les Grecs et les Romains pour obtenir les nuances et teintes dont ils se servaient, ce qui tient évidemment à ce que ces peuples, qui regardaient le travail manuel comme indigne d’hommes libres, ne voulurent y prêter aucune attention.
- Toujours est-il que si nous en croyons un auteur allemand du dernier siècle, Bischolf, les matières colorantes utilisées par eux étaient nombreuses; celui-ci cite notamment : la pourpre, le coccus ou écarlate, le kermès, le sang des oiseaux, l’orcanette, le fucus, le genêt, la violette, le lotus médicago ar-borea, l’écorce de noyer et le brou de noix, la garance et le pastel.
- Il fallut le retour des croisades et la découverte de l’Amérique pour imprimer de notables progrès à l’art de teindre. C’est ainsique les croisés rapportèrent de leurs expéditions quelques produits nouveaux qui facilitèrent les manipulations, et notamment l’alun de roche, auquel la ville de Rocca donna son nom. Entre temps, vers l’an 1300, Frederico Oricelli découvrait l’orseille par la réaction des produits ammoniacaux sur la matière colorable de certains lichens. Enfin la découverte du Nouveau Monde nous valait l’introduction enEuropedurocou, du campêche, du bois du Brésil et de la cochenille.
- En France, c’est surtout lorsqu’en 1550 un Rémois, Gilles Gobelin, dont nous avons parlé dans le précédent chapitre à propos de la tapisserie, vint établir une teinturerie à Paris, sur les bords de la Bièvre, et poser dans l’établissement de la Folie-Gobelin les premiers fondements de la manufacture de ce nom, que la teinture fit de réels progrès. A noter, à propos de cet établissement, la découverte, en 1630, par le Hollandais Gorn. Drebbel, du mordant écarlate dont Colbert acheta le secret pour le donner à la fabrique; jusque-là, le rouge que l’on obtenait avec la cochenille et le mordant d’alumine était yineux.
- Au siècle suivant, en 1770, nous voyons Michel Haussmann, de Colmar, établir à Rouen une teinturerie en rouge de garance ou rouge turc, ou encore rouge d’Andrinople, du nom du premier berceau de cette teinture, qui resta longtemps secrète. En 1787, grâce aux essais et représentations du chimiste Dufay, Vindigo, d’abord repoussé par les industriels et banni par les gouvernements, obtint enfin droit de cité dans les teintureries européennes.
- On aurait pu croire alors que la teinture n’avait plus qu’à se replier sur elle-même pour perfectionner ses procédés, lorsque la chimie étonna le
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- A L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1889.
- monde par la création d’une série de couleurs artificielles dont l’éclat surpassait tout ce que l’on avait jamais vu jusqu’à cette époque.
- La première matière colorante artificielle qui ait été adoptée par les praticiens est la murexide, due à Proust en 1818, étudiée en 1839 par Liebig et Wohler, mais qui ne donna réellement de résultats que lorsque Lauth, en 1855, parvint à la fixer de toutes pièces sur la laine et la soie au moyen d’un sel de mercure, et lorsque Camille Kœchlin, l’année suivante, sut l’appliquer sur le coton mordancé avec des sels de plomb et de mercure. On en obtint des nuances fort brillantes et qui, par cela même, eurent un grand succès ; mais leur vogue fut éphémère en raison de leur peu de solidité.
- Lorsqu’en 1856 Greville Williams découvrit la cyanine, ou bleu de quinolèine, la nouvelle matière colorante remplaça la première; son peu de solidité, cependant, ne lui assura de même qu’un succès passager.
- Il en fut tout autrement de la mauvéine, que Perkins sut trouver l’année suivante, et qui ouvrit une voie fertile à la synthèse des couleurs par l’utilisation des produits de la distillation du goudron de houille. La découverte de ce corps attira de suite l’attention sur Y aniline, que Runge, en 1834, avait extraite du goudron et qu’il avait appelée kyanol en raison de ses réactions colorantes, et à laquelle Erdmond, en 1840, en l’étudiant plus à fond, avait donné son nom. Le prix inabordable de ce produit fut un obstacle à son emploi immédiat, et, jusqu’à ce que des chimistes eussent pu indiquer le moyen de le préparer industriellement, il fallut le considérer comme une simple curiosité.
- Mais Zinin, le premier, en 1842, commença à en obtenir une certaine quantité sous le nom de benzidiam par la réduction de la nitrobenzine avec le sulfhydrate d’ammoniaque. Hofmann, l’année suivante, démontra que les bases produites jusque-là étaient identiques entre elles, ce qui permit d’arriver à en produire davantage. Enfin, en 1854, Béchamp fit connaître en France la méthode de préparation qui encore aujourd’hui sert à la préparation industrielle.
- A partir de ce moment, l’aniline entra réellement dans le commerce. On chercha le moyen d’en retirer un violet que Perkins en extrayait, mais qu’il avait protégé par un brevet, et en cherchant dans cette
- voie on arriva au rouge. La découverte de cette matière colorante, qui n’avait jusque-là été signalée qu’accidentellement par Hofmann, qui l’avait obtenue par l’action du tétrachlorure de carbone sur l’aniline, fut due, en 1859, à Verguin, chimiste de la maison Renard, de Lyon, qui la baptisa du nom de fuchsine. Ce fut tout un événement pour l’industrie de la teinture.
- Verguin commença à l’appliquer sur une grande échelle dans l’établissement qu’il dirigeait. Il se servait alors, comme oxydant, du chlorure d’étain anhydre; mais Girard et Delaire, en 1860, ayant indiqué le procédé plus pratique par l’acide arsé-nique, quifut immédiatement appliqué par Nicholson, à partir de ce moment, les chimistes purent en obtenir des quantités considérables, et les découvertes utiles à l’industrie se succédèrent sans interruption. Ilofmann surtout fit à cette époque d’importantes recherches sur la fuchsine, et les violets qu’il trouva plus tard furent le point de départ de la longue et précieuse série des dérivés alkylés de la rosaniline.
- Nous ne saurions indiquer ici toutes les découvertes utiles auxquelles aboutit l’étude scientifique des matières colorantes artificielles : nous nous contenterons de signaler les principales.
- Ainsi, par exemple, c’est en 1861 que Lauth applique la dimèthylaniline à la fabrication de son violet, et qu’on voit apparaître le vert à Valdéhyde d’Usèbe, la première matière colorante verte tirée du goudron, et le bleu d’aniline de Girard et Delaire.
- C’est en 1862 que, en étudiant le bleu d’aniline, Nicholson découvre la remarquable propriété des matières colorantes du goudron de former des acides sulfuriques colorants et solubles dans l’eau.
- C’est en 1863 qu’apparaissent les violets de Hofmann; — en 1866, que Bardy indique l’emploi du chlorure de benzile dans la préparation de nuances très bleutées, et que ce nouveau procédé d’oxydation permet au violet de dimèthylaniline de Lauth d’acquérir une grande importance industrielle ; en 1867 qu’apparaît la première base amidée parmi les matières colorantes, le vert à l’iode qui à cette époque vient faire concurrence au vert à l’aldéhyde.
- Durant tout ce temps, les couleurs dérivées des combinaisons diazoïques, quoique ne conquérant pas d’une façon aussi immédiate leur place dans l’industrie, se développaient peu à peu. Les recherches de Griess sur l’action de l’acide nitrique sur les
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- LES INDUSTRIES TEXTILES
- amides aromatiques, qui avaient amené la production de l’amidoazobenzol, dataient en réalité de 1858; mais ce ne fut qu’en 1864 que Nicholson tenta, avec insuccès du reste, d’introduire ce corps dans le commerce comme jaune d'aniline. L’essai de Nicholson eut cependant un résultat au point de vue industriel, ce fut la découverte d’une nouvelle matière colorante bleue, Vinduline, que Caro et Martins trouvèrent en traitant justement l’amidoazobenzol par le chlorhydrate d’aniline; la même induline fut d’ailleurs trouvée en 1866 par Coupier, au moyen de l’oxydation de l’aniline pure par la nitrobenzine ; mais elle n’apparut à l’état de combinaison sulfonée qu’en 1868.
- De 1866 date l’apparition du brun de Manchester ou vésuvine, la première matière colorante azoïque découverte par Caro en étudiant l’action de l’acide nitreux sur la métaphénylènediamine; — de 1867, celle du rouge de Magdala, obtenu par Schiendl en appliquant la réaction de l’induline à la naphthylamine; — et, en 1871, de la safranine par le même procédé.
- Quelques années auparavant, en 1863, Nicholson avait obtenu, en retravaillant les résidus de prépa-tion de fuchsine, plusieurs corps du groupe de l’indu-line et de la rosaniline, et notamment la phosphine, la première matière colorante du goudron appartenant à la série des bases quinoléine, et qui resta longtemps la seule couleur basique jaune. Mais le premier jaune d’une nuance réellement belle fut obtenu en 1868 par Martins, en chauffant de la diazonaph-taline avec de l’acide nitrique, et le premier orange, dit orange palatin, fut dû aux recherches de Caro, qui l’obtint par le même moyen avec la tétrazodi-phényle.
- Mais tout cela [n’était le résultat que de recherches sinon empiriques, du moins de tâtonnement. Le hasard seul avait produit les plus belles découvertes, et ce n’était jamais en poursuivant un but déterminé qu’on était arrivé aux résultats acquis. A partir de ce moment, la science guide plutôt les expérimentateurs.
- Le point de départ des recherches scientifiques a été l’hypothèse deKékulé sur la constitution des carbures d’hydrogène de la série de la benzine, qui, seule, a permis de comprendre la relation existant entre la constitution et les propriétés colorantes des corps mis au jour, et a enseigné la signification de l’iso-
- mérie des dérivés de la benzine dans leur production.
- Le premier résultat fut la synthèse de Yalizarine artificielle par Graebe et Libermann en 1868, qu’appliquèrent simultanément Perkinset Caro; —vint ensuite l’introduction des matières colorantes azoïques, obtenues par l’action directe de combinaisons dia-zoïques sur des amines et des phénols, et qui comprennent une si grande variété de nuances ; — puis les recherches de Bayer en 1861 sur la phtalêine, qui nous ouvrent la perspective d’une autre série des belles matières colorantes, dont les plus précieuses sont les dérivés de la fluorescéine et de la cérulêine; — les travaux de 0. et’ S. Fischer, qui conduisirent à la synthèse d’une quantité de nouvelles couleurs lorsque des chimistes eurent prouvé que les couleurs de rosaniline appartenaient au groupe du triphénylméthane; — enfin les recherches de Graebe sur le bleud’alizarine, qui démontrèrent qu’on avait affaire à un dérivé de l’anthraquinoléine, et conduisirent à une synthèse de la quinoléine ordinaire et à une étude approfondie de ses dérivés.
- Cette introduction de la théorie scientifique dans l’art du teinturier a amené nécessairement dans ces dernières années des modifications profondes dans l’emploi d’autres procédés. D’anciennes méthodes de teinture, de blanchiment et d’impression ont été étudiées d’une façon plus scientifique et sensiblement perfectionnées : citons, par exemple, le procédé appliqué au rouge turc, semblable à l’ancien, si l’on veut, mais autrement rapide, tout en donnant des résultats aussi largement satisfaisants.
- La chimie minérale a été appelée aussi au secours de la teinture. N’est-ce pas l’imprimeur Lightfoot qui, en 1863, par la découverte du noir d’aniline, nous a fait connaître la propriété particulière des sels métalliques de transmettre l’oxygène, et a créé le procédé classique actuel? —N’est-ce pas l’imprimeur Brooke qui, en étudiant la manière dont se comportent les combinaisons d’antimoine à l’égard du tanin, a enseigné un procédé pour fixer les couleurs d’aniline qu’on utilise journellement pour la teinture sur coton? —Aujourd’hui, grâce aux travaux des chimistes alsaciens, le chrome commence à jouer un rôle comme mordant à l’état de sesquioxyde, le vanadium, le cérium et nombre de métaux, qui n’étaient guère connus que des savants, commencent à pénétrer dans les ateliers et à trouver leur application pratique. Bref, le progrès est indiscutable, et l’alliance féconde de la science et de l’industrie ne peut que le rendre encore plus réel et plus efficace.
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- l’impression.
- L’industrie des tissus imprimés, qui, dans les Indes, remonte aux temps les plus reculés, n’a été introduite en Europe qu’au commencement du xviii6 siècle. Elle se développa d’abord en France, où l’on importa les procédés asiatiques qui consistaient à appliquer les couleurs sur l’étoffe au moyen du pinceau (d’où le nom de toiles peintes encore usité de nos jours); puis, après la révocation de l’Édit de Nantes, elle se propagea en Angleterre et en Suisse, où s’étaient réfugiés quelques-uns de nos compatriotes. Favorisée sur le territoire helvétique par le régime de liberté qui régnait dans cette contrée, exempte de douane et affranchie des entraves créées par les maîtrises et les jurandes, elle se répandit en peu de temps dans les cantons de Bâle, Claris, Neuf-châtel, etc., pour pénétrer de là en Allemagne. Mais avant d’être connue dans cette contrée, en 1856, où, sur l’instigation de Schœle, d’Augsbourg, dont le nom est resté célèbre chez nos voisins, une fabrique d’indiennes fut créée dans la cité que nous venons de nommer, l’industrie de l’impression sur étoffes avait pris pied depuis dix années déjà dans la petite république de Mulhouse, où une autre manufacture avait été installée par trois de ses habitants : Samuel Kœchlin, J.-H. Dolfus et J.-J. Schmaltzer.
- Longtemps, cependant, les toiles de l’Inde (d’où le mot indiennes tire son origine) eurent la prédominance sur les produits européens. Nous ne fournissions en effet nos marchés que de toiles grossières et communes; les Indes, au contraire, n’y envoyaient que des étoffes de luxe toujours enlevées à un prix rémunérateur. Peu à peu, néanmoins, l’Europe eut la priorité : d’une part, l’impression au moyen d’une planche de bois sur laquelle des dessins était gravés en relief, et qui devait plus tard nous conduire aux planches plates et aux rouleaux, inaugurée en France par un industriel dont le nom est resté inconnu, se substitua au pinceautage ; d’autre part, la solidité et l’éclat des couleurs que parvinrent à obtenir plusieurs industriels d’Alsace déterminèrent les négociants français à abandonner les produits orientaux qui, jusque-là, avaient si longtemps obtenu une vogue méritée.
- La concurrence des principales fabriques entre elles suscita alors, et notamment en France, d’importants perfectionnements, et ces perfectionnements devinrent surtout sérieux lorsque ces fabriques s’ad-
- joignirent comme directeurs, en 1780, les principaux employés de la maison Schoele, d’Augsbourg. C’est ainsi, par exemple, qu’on donna plus de solidité aux rouges de garance par une addition de craie dans le bain de teinture et par des passages au savon. C’est ainsi encore qu’on commença à débouillir les mordants au moyen de certains procédés. Successivement, de 1780 à 1800, on inaugura les teintures en jaune et olive avec les graines d’Avignon, la teinture en gaude, celle en quercitron, puis l’impression sur plusieurs bleus d’indigo dont on réservait les objets blancs sur quelques-uns au moyen d’un mastic qui plus tard a été remplacé par le vitriol bleu et le verdet. Enfin Oberkampf, le premier en France, ainsi que nous l’avons dit à propos des tissus imprimés de Rouen, inaugura le procédé de l’impression au rouleau. Ajoutons cependant que ce procédé ne prit qu’une extension restreinte, car longtemps encore on continua à appliquer au pinceau la plupart des couleurs d’enlumi-nage, afin d’obtenir plus de régularité pour les indiennes de belle qualité.
- Une innovation qui fit prendre à cette industrie une face toute nouvelle fut la création, en 1782, d’une machine à planches plates pour l’impression des grands dessins meubles et tentures et pour les ramages à une seule couleur appelés camaïeux; de là le nom de machine à camaïeux donné à cet outil. Bien qu’il y ait loin de cet appareil à la machine à planches plates dont l’application fut postérieure, et qui permit de rapporter mécaniquement les dessins, ce n’en était pas moins, pour l’époque, une invention considérable.
- Nous avons déjà fait ressortir tout ce que l’industrie des toiles peintes doit à Oberkampf de perfectionnements et de progrès. Ceux-ci prennent surtout leur origine du fameux édit de Louis XVI, rendu en 1759, qui leva la prohibition des indiennes en France, et qui, consommant une révolution commerciale déjà opérée de fait par l’introduction illicite des toiles peintes et par leur fabrication clandestine, permit à Oberkampf de créer dans la vallée de Jouy la première manufacture d’indiennes.
- A partir de 1800, il y a entre l’Angleterre et la France, non seulement lutte politique, mais encore lutte industrielle pour la fabrication des toiles peintes, et ce sont les événements de l’époque qui déterminent chez chacune des deux nations rivales le mode de fabrication à adopter. Chez les Anglais,
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- que le blocus continental exclut de tous les marchés d'Europe, on fabrique surtout pour les colonies, on vise le bon marché, et, pour atteindre ce but, nos concurrents multiplient autant que possible les machines qui simplifient le travail et font vite et | bien. Chez nous, au contraire, qui pour les mêmes | raisons trouvons chez les divers pays du continent autant de débouchés que de marchés, nos manufacturiers s’attachent plus particulièrement à la fabrication des indiennes de luxe, s'occupent à en varier et multiplier les couleurs tout en leur conservant 1 éclat et la solidité nécessaires. Il résulte de là que ce sont les Anglais qui, les premiers, appliquent l’impression à l’aide de la machine à planche plate fixe et à rapport, puis l’impression par la machine à rouleaux de cuivre gravés ; enfin le perfectionnement apporté dans l’art de la gravure sur rouleaux au moyen de molettes en acier et du tour à graver; tandis que les Français, au contraire, représentés notamment par les manufacturiers de Mulhouse et de l’Alsace, étudient plus particulièrement les procédés chimiques et y font des découvertes d’une extrême importance dont nous avons déjà signalé quelques-unes, mais sur lesquelles nous croyons nécessaire d’attirer plus particulièrement l’attention.
- D’abord on se borna à imprimer sur des toiles communes venues de la Suisse des couleurs d’application à l’huile siccative ou au vernis, en dessins à une ou deux couleurs, rouge et noire, les seules qu'on sût produire alors. On apprit ensuite à préparer le mordant rouge ou d’alumine, et l’acétate de fer, ou bain noir, dont on se servait pour obtenir le noir ou le violet, ce qui permit de fixer par teinture la matière colorante delà garance, dont l’usage remontait, dans les Indes, à la plus haute antiquité. On put dès lors produire trois couleurs bon teint : le rouge, le violet et le noir dans toutes leurs dégradations de nuances, et obtenir, en les mariant avec goût, des effets qui donnèrent une grande valeur aux premiers produits. Cependant, le petit nombre de couleurs dont on disposait alors exigeait beaucoup d’habileté et d imagination chez l’artiste qui devait donner aux étoffes assez de variété et d’agrément pour en provoquer la vente. En outre, la fabrication se résumait à cette époque en quelques opérations assez simples qui n’étaient pas sans inconvénient. C’est ainsi que les toiles arrivaient déjà blanchies de la Suisse ou d’Orange, alors dans les États du Pape ; on les faisait macérer pendant quelques heures dans une eau faiblement aiguisée d’acide sulfurique afin
- de les débarrasser des oxydes ou matières terreuses qui auraient pu les salir; puis on les engallaitpour prévenir après l’impression le coulage du mordant, qu’aurait occasionné un excès d’alun, et on les cy-lindrait avant de les imprimer. Mais cet engallage avait le grave inconvénient de rendre le blanchiment des fonds plus difficile après le garançage.
- Quelques années plus tard, la fabrique d’indiennes s’enrichit d’une nouvelle couleur d’enluminage, 1 indigo, qu’on désoxygénait par le sulfure d’arsenic dissous dans la potasse, et qu’on appliquait au pinceau après l’avoir épaissi à la gomme sénégale. Puis on associa au bleu la nuance jaune rouille fournie par l’acétate de fer, soit pour en faire directement une couleur, soit pour obtenir du vert par superposition au pinceau sur l’indigo. Ainsi se multipliaient les nuances dont pouvait disposer le fabricant.
- Le moment vint enfin où la science prit sa place dans les fabriques. Le premier qui entra résolument dans cette voie fut Jean-Michel Haussmann, à Colmar, et surtout Daniel Kœchlin, à Mulhouse. On commença à ne plus se contenter des articles teints, et on fit quelques couleurs d’application à bases et à dissolvants d’étain. Les genres vapeur ne tardèrent pas également à apparaître, cochenille, carmin d’indigo, prussiates, cachou, décoction decampêche, de bois rouge, etc. On eut aussi les couleurs métalliques qui vinrent s’ajouter à celles du fer, et qui dérivaient de l’antimoine, de l’étain, du mercure, du manganèse. C’est à cette série qu’appartient la plus belle découverte de Daniel Koechlin : l’emploi du chrome, qui donna le jaune, l’orange, le vert, et cet acide qui, avec l’indigo, créa les genres les plus ingénieux, et, avec plus d’une matière colorante, les oxydations les plus commodes. Déjà cet industriel avait doté la fabrication de l’indienne d’un genre très riche, consistant à faire ressortir les dessins enluminés sur fond rouge d’andrinople; ce fut encore lui qui préconisa l’usage de l’oxyde brun de manganèse pour les fonds dits solitaires, et qui donna sa forme définitive au genre lapis qui eut alors un grand succès de vogue et n’a guère varié depuis. Les services qu’il rendit à l’industrie de l'impression sont d’ailleurs considérables.
- A tout ceci il faut ajouter que nombre d’industries profitèrent, parallèlement à l’industrie de l’impression, des progrès auxquels celle-ci a donné lieu, notamment la filature et le tissage, la fabrication des produits chimiques, le blanchiment, etc. Pour le chrome, par exemple, dont nous venons de parler,
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- l’introduction de ce produit dans les ateliers d’impression de tissus amena la fondation, en Angleterre, en France et en Allemagne, d’usines pour le traitement des minerais et l’extraction des chromâtes de potasse, alors que, avant 1820, le chrome et ses dérivés étaient d’un très haut prix et ne se trouvaient qu’à titre de curiosité dans les laboratoires de chimie. Même observation à propos du chlore, des acides, oxydes, et de ces divers agents employés soit pour le blanchiment des étoffes, soit pour la formation et le fixage des couleurs. C’est ainsi encore que l’industrie de l’impression donna lieu dans le Vaucluse à une extension considérable de la culture de la garance, produit alors nécessaire à la teinture des mordants imprimés, et qu’on retirait presque entièrement de Smyrne et de l’île de Chypre. De même, lorsqu’on commença à employer dans l’impression des étoffes le bleu de Prusse, la fabrication de ce produit nécessita la création de grandes usines qui fournirent bientôt à l’industrie plusieurs milliers de kilogrammes de prussiate, ainsi que de son dérivé le prussiate rouge. La découverte, en 1817, par M. Guimet, de Xoutremer artificiel est encore le résultat de la fabrication des toiles peintes, et cette découverte a une extrême importance si l’on veut bien se rappeler qu’avant cette époque, la substance appelée outremer était d’un prix exorbitant et s’extrayait à grand’peine et par grains du lapis-lazuli. Nous pourrions encore citernombre d’exemples de ce genre montrant que, dans toutes les contrées où elle a pu s’établir, l’industrie de l’impression a créé à cette époque et développé de nouvelles richesses.
- La situation de l’Angleterre et de la France, au point de vue de la fabrication des toiles peintes, changea totalement après la chute de l’Empire et l’abolition du régime du blocus continental : l’Angleterre s’attacha à produire des indiennes fines, sans toutefois négliger les moyens de fabriquer à bon marché ; la France essaya de fabriquer à bas prix, tout en cherchant de plus en plus à perfectionner la fabrication des qualités fines dont jusque-là elle avait le privilège. De là résulta une lutte et de grands efforts qui tournèrent essentiellement au profit de l’industrie. Jusque-là on s’était attaché presque exclusivement à fabriquer des indiennes en imitation de celles de l’Inde, dont elles portaient d’ailleurs les dénominations telles que surates, ca-lancas, patnaces, etc. ; on s’efforça alors de créer de nouveaux genres spéciaux à la fabrique européenne,
- et on en arriva bientôt à rendre tributaires de notre fabrication les pays mêmes d’où venaient autrefois ces tissus. En 1837, nos exportations en tissus de coton teints et imprimés s’élevaient déjà à 1 million 695,000 kilogrammes; en 1859, elles atteignirent 2,860,000 kilogrammes.
- A partir de cette époque, les découvertes faites dans le domaine des matières colorantes artificielles que nous avons rappelées à propos de la teinture changent totalement l’industrie de l’impression sur étoffes; le matériel perfectionné et innové par les maisons Tulpin frères, Ducommun, Mather et Platt, Société alsacienne de constructions mécaniques, etc., répond à tous les besoins.
- Malheureusement, en France, l’industrie de l’impression n’a pas l’importance quelle a acquise dans les pays industriels qui lui font le plus directement concurrence. Tandis que nous ne comptons guère chez nous qu’une centaine à peine de machines à imprimer réparties dans trente-cinq ou quarante usines de la Seine-Inférieure, du rayon de Paris, des Vosges, etc., nous en trouvons plus de 1,100 en Angleterre, près de ZiOO aux États-Unis, plus de 800 en Russie, etc.; nous nous trouvons absolument, de ce chef, dépassés par l’étranger.
- TEINTURE ET APPRÊTS DE SOIES ET SOIERIES.
- Nous relevons dans cette section :
- Pour les soies teintes, douze maisons : — MM. Besançon aîné, de Paris; — Bonnet, Ramel, Savigny, Giraud, Marnas, et Cie, des Charpennes-Lyon ; — Burel, Burtin et Déchandon, de la Digonnière-Saint-Étienne (Loire) ; — Gocheteux, Deldique et Vanden-broucke, de Roubaix (Nord); — J. Corron et Baudoin, de Lyon ; — j.-B. Fessy, de Saint-Étienne-la-Yallette (Loire) ; — Gillet et fils, de Lyon ; — Ilulot et Colin-Ghambaut, de Puteaux (Seine) ; — Lohse, de Paris ; — Anthelme Lyonnet, de Paris ; — Renard, Villet et Bunaud, de Lvon-Villeurbanne; — et Mme Simon, de Givors (Rhône). Quelques-unes de ces maisons s’occupent aussi de la teinture des tissus.
- Pour les apprêts et la teinture des soieries, six maisons : — MM. Gantillon et Cie, de Lyon; — Garnier et Voland, de la même ville; — Grobon, de Miribel (Ain); — Henri Pervilhac, de Lyon; — Th. Luthringer, de la même ville ; — J.-B. Martin, de Tarare ; — et Francisque Voland, de Lyon.
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- Nous allons examiner successivement les diverses vitrines de ces exposants.
- M. Besançon aîné, de Paris, dont la maison date de 1829, s’est spécialisé dans les noirs légers sur soie dits noirs Masson, qu’une inscription dans la vitrine nous indique comme étant « les seuls qui ne reprennent pas à la teinture la perte du décreusage ». Il nous montre, teints de cette façon, des trames et organsins pour passementerie, des trames pour tissus, et quelques bobines de cordonnets pour boutonnières, soies à coudre et fantaisie mi-soie pour machines. Les noirs légers sont, comme nous le dit fort bien l’exposant, des noirs sans charge destinés aux articles de choix. A ce propos, nous ferons observer que la charge est malheureusement sur les soies poussée à un point tel (jusqu’à 200 et même àOO pour 100) que le brin n’est plus souvent que le support de gallo-tannates de fer, et produit des étoffes se coupant rapidement et prenant dans les magasins cet aspect que l’on n’a que trop bien désigné du nom de cirage, et cette teinte poisseuse et terne qui éloigne le consommateur. La charge en soie n’est pas un procédé contre lequel on doit trop s’élever, et lorsqu’on ne donne au fil qu’un maximum de 60 à 70 pour 100 en sus de la perte du décreusage, on arrive à conserver à la fibre ses qualités de brillant, de souplesse et d’élasticité, tout en le faisant augmenter de volume et le rendant apte à donner plus de main aux tissus ; mais on n’arrive que trop souvent à dépasser 100 pour 100, et à constater les inconvénients que nous venons de signaler.
- La maison Bonnet, Ramel, Savigny, Giraud, Marnas, et Cie, des Charpennes-Lyon, groupement social de diverses fabriques qui date de 1885, est la première que nous rencontrons sur notre route exposant des soies en flottes teintes en couleurs d’aniline. Nous sommes loin du temps où les bois, la cochenille, le safranum, le bleu de France, le rocou et le cachou dominaient en maîtres. Il fallait alors de grandes connaissances pour l’emploi de ces matières; aujourd’hui, on a affaire à des couleurs d’un mode d’application uniforme, qui répondent à tous les besoins et qui n’exigent du teinturier qui sait bien composer ses bains qu’un peu d’œil pour mettre au ton, qu’un peu d’habitude des manipulations du secouage et du chevillage, et un tour de main que donne l’expérience. C’est généralement le procédé du bain de savon qui se trouve employé aujourd’hui, soit bain de savon
- neuf, soit vieux bain de décreusage ayant servi à la note. Dans ces teintes en couleur comme dans les teintes noires, on pratique aussi la charge sur une grande échelle, de 20 à Ù0 pour 100 ; c’est le tanin, l’alun, le bichlorure d’étain en teinture, et le sucre après teinture pour donner du croquant, qui servent de base à ces applications.
- Voici encore une autre exposition de soies de couleur, teintes lumières pour la saison d’automne 1889, agencées en gammes chromatiques bien fondues et suivies, par la maison Burel, Burtin et De-chandon, de la Digonnière-Saint-Ëtienne. Un fort beau bouquet de soies teintes des mieux réussies se détache sur l’ensemble et donne à la vitrine un cachet tout particulier.
- Non loin de là, MM. Cocheteux, Deldicque et Van-denbroucke, de Roubaix, ont exposé une jolie série d’écheveaux de schappe et trame tussah pour ameublement, en nuances solides et des plus variées. Ils sont arrivés à une véritable perfection. Cette maison a des dépôts à Paris et Lyon.
- MM. J. Corron et Baudoin, de Lyon, maison fondée en 1830, se sont spécialisés dans la teinture en blanc des soies souples et des soies chargées. C’est surtout l’eau oxygénée qui, de nos jours, tend à remplacer le soufrage dans le blanchiment : avec ce procédé on détruit réellement les pigments colorés, tandis qu’avec l’ancien on ne fait que les tranformer en leur donnant la facilité de se reconstituer.
- La vitrine de M. Fessy, de Saint-Étienne-la-Valette, nousr amène aux soies de couleurs. Il y a là un choix des plus heureux qui mérite de retenir l’attention.
- Nous nous arrêtons en face de l’exposition de l’importante maison Gillet et fils, de Lyon, fondée en 1838. Celle-ci possède trois usines : l’une à Serin-Lyon, où l’on teint en noir l’organsin et la trame cuite, les soies à coudre et à franges, les tissus crépés noirs et couleurs, le crêpe anglais, et les tissus de soie pure et mélangée en noir et couleur; une autre à Izieux (Loire), où l’on teint une spécialité de toile souple noire ; et une troisième à Vaize-Lyon, où se fabriquent les produits tinctoriaux nécessaires aux deux premières. Elle a obtenu dans toutes les expositions les plus hautes récompenses.
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- La maison Hulot et Goîin-Ghambault, de Puteaux, — la plus ancienne et la plus importante du département de la Seine pour la teinture des matières employées dans la fabrication des tissus fantaisie et d’ameublement, et qui s’est acquis une réputation hors de pair par les progrès généraux qu’elle a apportés dans la teinture en écheveaux, — nous montre cinq cent quatre spécimens de nuances sur trente-deux matières différentes comme provenance, nature et ouvraison. Il y a là, entre autres, six séries de teintes de saison assorties sur vingt matières diverses, qui représentent un travail considérable et font ressortir les difficultés de l’échantillonnage. Nous signalerons encore : — pour la bonneterie en schappe ou mi-soie, une série de nuances lustrées, noir et blanc; — pour les tissages gaze et grenadine, une série de soies grèges couleur, noir et blanc (teinture sur soie crue qui se fait surtout à Paris); une série de nuances fines sur trame et organsin tussah, en blanc, rose, ciel et noir ; — une collection remarquable de nuances sur soie et sur laine à l’alizarine dont les tons clairs nous ont paru plus frais et plus beaux que ce qu’il nous a été donné de voir jusqu’ici dans ce genre encore tout nouveau de teinture; — enfin une collection de noirs sur soie et sur fantaisie pour marchands de soie : cordonnet anglais, noir fin de Paris du poids pour poids à 100 pour 100, noir léger dit noir à la violette (à cause de sa légère odeur qui rappelle celle de cette fleur), noir et gros bleu aux marques spéciales de la maison, trame soie 100 pour 100 pour passementerie, cordonnet fantaisie noir fin 100 pour 100, et demi-fin 200 pour 100 pour franges et boutons, trame noir fin léger spécial pour ganses et guipures, etc. Cette exposition, l’une des plus belles et des plus remarquables de la Classe, a été examinée avec soin et admirée par tous ceux qui connaissent les difficultés de la teinture en écheveaux, et la mention Grand prix que nous lisons dans la vitrine de MM. Hulot et Colin-Chambaut à la fin de l’Exposition nous montre que le jury a jugé comme nous le choix hors ligne et l’exécution supérieure.
- M. Lyonnet, de Paris, nous ramène aux anciennes couleurs et nous fait voir quelques beaux spécimens de soies retorses teintes : — en pourpre (reproduction à la cochenille du rouge tyrien) ; — en ponceau (de Dribbel et Gilles Gobelin); — en pastel et garance (reproduction des plus anciennes couleurs); — en gaude, vert de gaude, indigo, bleu de France, bleu
- Reymond, cramoisi, etc., — le tout reposant sur une peluche de schappe teinte en pièce. L’exposant a ôté délégué ouvrier à l’Exposition de Philadelphie et membre du Jury à l’Exposition des Sciences et Arts industriels de 1886, il a obtenu une médaille d’or à l’Exposition ouvrière de 1888.
- Avec MM. Renard, Villette et Bunaud, de Lyon, voici de nouveau les couleurs d’aniline. Ges industriels ont agencé en spirale des flottes de soies et schappes teintes figurant une grande gamme chromatique des plus remarquables. Fondée en 1780, cette importante maison s’est surtout spécialisée dans les blancs et nuances pour draperies résistant au foulon. Elle a obtenu une médaille d’argent en 1867, une grande médaille à Vienne en 1873, une médaille d’or à Paris en 1878, et une grande médaille d’or à Anvers en 1885.
- Enfin Mme Simon, de Givors, nous fait voir quelques échantillons de soies en flottes teintes dans de bonnes conditions.
- Nous voici arrivés aux maisons d’apprêts de soieries. On sait toute l’importance de cette spécialité pour la majorité des tissus qui ont la soie pour base. Les articles riches pour robes pourraient s’en passer, mais les articles légers (comme les satins, foulards, mossouls, pongees, surahs, chinas, florentines, doublures, gazes, mousselines, dorures, lustrines, moires, etc., soit en tissés, soit teints en pièces), ne sont utilisables que lorsqu’ils ont reçu les soins de l’apprêteur. Les opérations que le tissu subit dans les maisons d’apprêt sont longues et nombreuses ; il y en a de quinze à dix-huit suivant l’étoffe, et toutes fort variables et fort délicates, puisqu’en fin de compte la façon exigée n’est que de quelques centimes. L’un des écueils à éviter est le déchevillage des fils de soie par le passage dans les bains; mais on est arrivé à le réparer en partie dans ces derniers temps par l’emploi du peigne à assouplir du système André Lyon. La matière préférée des apprêts semble être aujourd’hui une dissolution de paraffine dans la benzine, précédée quelquefois, lorsqu’on veut plus de fermeté dans le tissu, d’une application faible et superficielle d’une gomme ou d’nn mucilage à l’aide d’un foulard.
- La maison Gantillon et Cie est de beaucoup, en ce genre, la maison la plus importante de Lyon. Elle
- Supplément a l’Industrie textile du 15 Février.
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- ! n’est d’ailleurs que le résultat, à partir de 1885, de la fusion de la presque totalité des maisons d’apprêts j de la ville, au nombre de quatorze : — D. Gantillon et Cie, — G. Garnier et Cie, — Vignet frères, — succursale Gantillon-Garnier-Yignet, — Allard frères, — Soudy et Fouilleron, — Bozon et Longuet, — G. Lorderereau et Cie, — G. Chardon, — Courand, — Dubois père et fils et Miciol, — H. Pervilhac et Cie, — Pellizon et Cie, — et Richard. Quelques-unes de ces usines sont très anciennes; l’une d’elles possède des archives qui remontent à 1789. Le personnel occupé est de quinze cents ouvriers ; la force motrice utilisée de 1,200 chevaux-vapeur. La maison apprête annuellement de 85 à 90 millions de mètres de tissus.
- Dans la même ville, la maison Garnier et Yoland s’occupe de la teinture en même temps que de l’apprêt. On sait que la teinture proprement dite des soieries est l’une des industries qui ont fait le plus de progrès depuis la dernière Exposition de 1878, surtout la teinture en pièces. Auparavant on ne teignait guère que des doublures, des foulards, des articles tramés en schappe, et quelques étoffes à réseaux ; on a essayé ensuite des tramés coton en couleurs faciles, et notamment en noir. Mais aujourd’hui on fait en toutes nuances des soies pures**et mélangées, on fait même le décreusage sur tissus, opération délicate, surtout avec les mélanges de laine rebelles à l’action du savon bouillant.
- La maison Grobon et Cie, de Miribel, est justement l’un des exposants qui traitent le plus de tissus où il entre de la soie grège destinée à être décreusée après tissage : étoffes chaîne soie grège tramées laine, satins chaîne grège tramés coton écru, tissus j-oie et coton teints en deux nuances (la soie en couleur unie et le coton en noir), tissus laine et soie également en nuances dissemblables, mais moins variées ; un grand nombre de ces types figurent dans la vitrine. Il y a aussi quelques tissus brochés en grand teint; la soie qui produit l’effet broché est teinte avant tissage avec les couleurs d’alizarine, rouge, bleu et marron, le jaune au quercitron, le bleu pur au bleu Victoria et les noirs à l’aniline. Ges coloris peuvent impunément subir le passage en savon bouillant lorsqu’on décreuse la soie du fond de l’étoffe ; ce fond est ensuite laissé blanc ou teint en nuances très claires. Cette maison qui, en 1848, avait monté à Lyon une teinturerie sur tissus foulard, chaîne soie grège et trame schappe, n’a trans-
- porté son usine à Miribel qu’en 1857; celle-ci oc- j cupe actuellement une surface de 9,000 mètres, et des ateliers d’apprêts y ont été créés depuis 1887. Le tout est installé mécaniquement ; le personnel est de quatre cents ouvriers, et la production d’étoffes teintes ou apprêtées est d’environ 24,000 mètres.
- Nous passons ensuite devant l’exposition de la maison Th. Luthringer, de Lyon, qui s’est spécialisée dans les apprêts du crêpe lisse et les impressions sur crêpes lisses, grenadines, crêpes français et crêpes anglais; devant celle de la maison J.-R. Martin, de Tarare, qui nous montre de beaux spécimens desoies teintes en noir, et quelques peluches et velours bien traités, et nous arrivons aux procédés spéciaux de gaufrage exposés sur tissus de soie par M. Francisque Yoland, de Lyon.
- Jusqu’en 1880, le gaufrage ne s’appliquait uniquement, à Lyon, qu’à quelques tissus légers ; on transformait l’uni par de petits effets en des genres granités d’une note uniforme, que l’on modifiait quelque peu selon les exigences de la mode, mais que l’on maintenait toujours dans la même tonalité.
- Ceci tenait à l’outillage primitif que l’on employait alors, et qui rendait fort restreinte la consommation de cet article, puisqu’il n’y avait jamais de créations nouvelles. L’exposant a aujourd’hui monté un outillage spécial et une collection de cylindres gaufreurs dépassant mille patrons différents ; il est arrivé à produire par an environ trois cents dessins nouveaux sur armures, moires, pékins de toute sorte, crêpes, etc.; il a, de plus, innové un genre spécial, dit gaufrè-im-primè, en complétant le gaufrage par l’impression, appliquant de la couleur dans certaines parties des motifs et opérant à l’aide de planches gravées se rapportant d’une façon exacte au dessin gaufré. C’est également à son initiative qu’on doit la création à Lyon du ruban découpé, gaufré et imprimé pour la chapellerie, la lingerie et l’article de Paris, dont, jusqu’ici, Saint-Étienne avait exclusivement le monopole en France.
- TISSUS IMPRIMÉS LAINE, COTON OU SOIE.
- Les exposants qui nous montrent des tissus imprimés seuls ou accompagnés de tissus teints sont au nombre de sept : MM. Bœringer, Zurcher et Cie, d’Épinal (Vosges); — Joly fils et Sauvage, de Paris;
- — Legrand frères, de Paris; — Marchai, Falck et Cie,
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- de Troyes ; — la Blanchisserie et Teinturerie de Thaon; — Thuillier et Virard, de Darnétal, — et la Société anonyme de Saint-Julien, à Saint-Julien (Aube).
- La Société en commandite par actions Bœringer, Zurcher et Cie a été créée à Épinal en 1881, succédant à la maison Zurcher frères, dont les prédécesseurs J„-J. Zurcher et Cie avaient fondé avant 1770 un établissement d’impression à Cernay, près Mulhouse. Par suite de la séparation de l’Alsace d’avec la France, le tissage vosgien manquait d’ateliers de finissage, et c’est alors qu’on a créé, comme nous le disons autre part, l’établissement de Thaon pour le blanc et la teinture, et plus tard celui d’Épinal pour l’impression. Cette dernière manufacture a dix-sept machines à imprimer, et les bâtiments couvrent près de deux hectares de terrain. On y imprime à la machine jusqu’à lâO centimètres de large, en coton pour la plus grande partie, mais aussi sur laine et sur soie; c’est de beaucoup l’établissement de France le plus important en ce genre. Il y a deux ans on y a construit un atelier de gravure : avant cette époque, on faisait graver les dessins en Alsace. Comme l’industrie des toiles peintes n’existait pas dans l’Est, tout a été à créer, presque tous les ouvriers ont été tirés d’Alsace, et tout l’établissement de Cernay a été transporté à Épinal.
- MM. Joly frères et Sauvage, de Paris, exposent une série de tentures brevetées, en tissu grossier teint et imprimé, pour portières, tapisseries de halls, tribunes, salles de réception, etc. Ces genres spéciaux, à bon marché, sont d’un elfet très décoratif, et plusieurs salles ou pavillons de l’Exposition sont venus leur demander l’enjolivement de leurs vestibules ou portes d’entrée ; citons notamment le pavillon de la Perse, la Classe 30, le Danemark, l’Algérie, le Val d’Osne, le Métropolitain, etc.
- MM. Legrand frères, de Paris, nous montrent à nouveau de fort beaux spécimens des impressions en relief que nous avons déjà admirées clans la section des tissus d’ameublement. Ces tissus ont aussi été choisis, comme ceux de la maison précédente, pour décorer certaines sections de l’Exposition, entre autres l’Autriche-Hongrie, les Arts libéraux de la section espagnole, les annexes de la section russe, les pavillons du Guatemala, du Chili, etc. Nous voyons ici les procédés d’impression brevetés par ces industriels appliqués à la robe, la chaussure, la
- coiffure, les jeux de tric-trac et de roulette, les tableaux-annonces, etc.
- MM. Marchai, Falck et Cie, l’une des plus importantes maisons de Troyes, nous montrent divers tissus de bonneterie de coton imprimés grand teint et excellemment traités, et de fort belles impressions rongées sur tricot et bonneterie de laine. Les mêmes exposants nous font voir quelques couleurs unies sur tricots de coton, entre autres un bleu marine indé-gorgeable de toute beauté. Us ont en outre breveté un nouveau noir grand teint sur coton et fil d’Écosse, qu’ils garantissent indégorgeable, et dont ils nous montrent l’effet sur divers spécimens d’étoffes et tricots qui figurent dans leur vitrine : tissus unis et rayés, bas, chaussettes, etc.; en comparant avec ces différents types un paquet de fil jumel prélevé sur la partie de coton noir qui a servi à les fabriquer, les visiteurs peuvent se rendre compte que le tissage n’a rien fait perdre à la teinte de sa vivacité. Deux belles séries d’écheveaux de fils de coton et de laine, disposées en fer à cheval et arrangées en gammes chromatiques des mieux fondues de chaque côté de la vitrine, complètent admirablement cet ensemble, l’un des plus remarquables et des plus foncièrement pratiques de la section.
- L’établissement de Blanchisserie et Teinturerie de Thaon, que nous examinons à cette place en raison des nombreux articles d’impression sur coton qui figurent dans sa vitrine, a été créé en 1872 ; il s’étend sur 1,500 mètres carrés de superficie, et il a expédié, en 1888, 782,768 pièces, représentant environ 70 millions de mètres de tissus manutentionnés. Nous parlerons dans quelques instants de son exposition de blanc. Comme matériel d’impression, il possède six machines à imprimer; nous voyons dans sa vitrine des impressions de tout genre, aussi bien sur tissus légers que sur satin-chaîne. Gomme teinture, il y a à signaler celles en rouge turc qui y ont grande importance, les doublures, notamment les envers noirs grand teint et teint ordinaire, et les articles d’exportation comme les bleus guinées pour l’Afrique, et les percalines noires, bleues ou rouges pour Saïgon.
- Nous avons encore à mentionner la maison Thuillier et Virard, qui possède à Darnétal deux grandes usines comprenant un matériel important et occupant trois cents ouvriers. Nous relevons dans leur vitrine
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- de fort beaux spécimens d’impressions sur mousselines, mouchoirs, bas, étoffes de soie, etc. L’une des pièces est une tenture de nuance bleue reteinte sur la moitié seulement (pour bien faire voir la différence dans la nuance), et imprimée.
- Enfin, dans l’exposition de la Société anonyme de Saint-Julien, près Troyes (Aube), nous signalerons tout particulièrement les articles imprimés : impressions sur coutils pour ameublement, dessins divers sur robes de coton, impressions sur croisés de basse qualité, tissus avec envers de couleur unie et endroit imprimé, impressions genre, gouache, etc., et quelques grenats et rouges de naphthylamine développés sur tissus.
- BLANCHIMENT ET BLANCHISSAGE.
- En dehors de l’exposition de la Blanchisserie de Thaon, dont nous venons de parler, et qui, outre les articles classiques de blanc pour lingerie, comprenc des articles molletonnés (croisés et brillantés, piqués de Saint-Quentin), des façonnés de tout genre, des percales moirées d’Alsace, des blancs spéciaux pour l'Algérie, des serviettes nids d’abeilles et éponges, des articles pour corsets et des blancs d’exportation, nous signalerons encore les vitrines de la Blanchisserie de Courcelles, — de MM. Bré-mond fils, de Gholet, — et Vandewynckèle père et fils, de Gomines et Halluin (Nord).
- La Blanchisserie de Courcelles (propriété de la Rente foncière), à Paris, ne fait autre chose que le blanchissage à neuf des rideaux, services damassés, trousseaux et layettes. Sa vitrine contient divers spécimens fort bien traités.
- L’exposition de M. Brémond fils, de Gholet, se compose d’une collection d’échantillons et spécimens de tissus de lin (toiles, mouchoirs, serviettes, etc.) blanchis; nous y relevons les types blanc de lait, grand blanc, dégrasonné, etc.
- Enfin MM. Vandewynckèle père et fils, de Gomines et Halluin, sont blanchisseurs et crémeurs de fils de lin. Ils ont réuni dans leur vitrine, sous forme de paquets de fils et d’écheveaux, de numéros moyens et fins, toutes les nuances qu’il est possible d’ob-
- tenir sur ces matières parfois si difficiles à bien traiter. Nous avons relevé le blanc parfait, le trois quarts blanc, le demi-blanc, le quart blanc, le blanc (leur, le blanc azuré, le crémé, le bis, le dolasse, l’ocré clair, l’ocré jaune, le jaune de chrome et le lessivé. Quelques paquets de matières dues au blanchiment figurent à côté des fils de lin ; notons, entre autres, du jute en quart blanc, du fil de ramie en blanc parfait et du fils de chanvre en blanc fleur. Ges industriels ont obtenu une médaille d’argent en 1867 et une médaille d’or en 1878.
- TEINTURE DE FILS ET TISSUS DE COTON ET DE LAINE.
- En raison de la difficulté de séparer l’un de l’autre le coton et la laine, qui souvent sont traités par les mêmes exposants, nous nous voyons ici forcés de les examiner ensemble. Nous examinerons donc successivement les vitrines de teintureries de Paris, du Nord, de la Seine-Inférieure et des autres départements, que nous classerons ainsi en quatre groupes :
- Dans le rayon de Paris, nous avons MM. Agnellet frères; — Eugène Aubert; — les fils de Cartier-Bresson, tous trois de Paris. — Chappat et Cie, de Glichy;— G. Coget et II. Lacour, de Puteaux; — H. David et Cie, d’Arcueil; — H. Fleury, de Paris;
- — les fils de A. Guillaumet et G. Maës, de Suresnes;
- — A. Hart, d’Ivrv; — Henry Monnot, de Paris; — Montenot père et fils, de Paris ; — Henri Petitdidier, de Saint-Denis; — Poiret frères et neveu, de Paris;
- — et Isidore J.-F. Thomas, de Paris.
- Dans le Nord ; MM. A. Gocheteux et Cie, de Roubaix; — Fl. Descat-Leleux fils, de Lille; — S. Gra-witz, de Lille; — Motte et Bourgeois, de Roubaix ; — Motte et Meillassoux frères, de Roubaix; — Emile Roussel, de Roubaix; — J.-M. Sauziou, de Bohain.
- Dans la Seine-Inférieure : MM. Daniel Fauquet et Cie, de Rouen; — Théophile Grison, de Lisieux;
- — Lecœur frères, de Bapaume-lez-Rouen ; — Paul A. Miray, de Darnétal-lez-Rouen ; — A. Monpin et H. Saint-Remy, d’Elbeuf; — Raoul Tussel et Georges Blayr, d’Elbeuf.
- Dans les autres départements : MM. Kœchlin-Baumgartner et Ci0, de Luxeuil (Haute-Saône); — Abel Henry et Cio, de Savonnières-Devant-Bar-le-Duc (Meuse), — et Gh.-F. Steiner, de Belfort.
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- Teinturiers du rayon de Paris. — MM. Agnellet frères, que nous rencontrons les premiers, se sont contentés d’exposer quelques marlys et tulles teints et apprêtés. Cette importante maison, qui s’est spécialisée dans la fabrication des articles pour modistes et maisons de confection (carcasses de chapeaux de dames, etc.), ne figure ici que pour rappeler qu’elle teint elle-même les fournitures qu’elle livre à sa clientèle.
- M. Eug. Aubert, de Paris, a breveté un système spécial de gaufrage inaltérable dont il obtient les meilleurs résultats. Une série de tissus gaufrés de toutes nuances, depuis le crêpe noir jusqu’aux tissus gaufrés des teintes les plus claires, figurent dans la vitrine et permettent d’apprécier l’excellence du procédé.
- La maison Les Fils de Cartier-Bresson, dont nous avons déjà eu l’occasion de parler à propos des fils de coton, expose toute une collection de cotons retors en nuances grand et petit teint, traitée dans ses usines de Pantin (Seine), et de Celles-sur-Plaine (Vosges).
- MM. Ghappat et Cie, deClichy, ont une exposition remarquable de tissus teints en laine pure ou laine et soie : mérinos, cachemires d’Ecosse et de l’Inde, valencias, voiles, bagnos, mousselines, châles, vigognes, etc. Cet établissement considérable, qui occupe plus de cinq cents ouvriers, est la plus ancienne teinturerie parisienne industrielle, car elle a été fondée en 1800 par Pierre Gonin, qui ne s’occupait, dans ses ateliers de l’île Saint-Louis, que de la teinture, en toutes nuances, des écheveaux de laine, de soie et de coton. En 1822, M. François Boutarel, gendre de Pierre Gonin, apportait dans l’usine, dont il devenait l’un des gérants comme associé de son beau-père, la teinture et l’apprêt de toutes les étoiles de laine tissées en écru. Resté seul à la tête de l’établissement en 1828, M. F. Boutarel le dirigea pendant quinze années; en 18A5, il le transporta à Clichy-la-Garenne dans l’emplacement qu’il occupe encore aujourd’hui. De 1850 à 1860, il fut dirigé par M. Aimé Boutarel, qui s’associa M. Louis Ghappat. En 1870, la direction passa aux mains de MM. Ghappat père et fils; enfin, en 1885, la mort de Chappat père laissait la direction de l’usine à M. F. Ghappat, son fils, qui la dirige depuis trente ans et la main-
- tient à la hauteur où l’ont placée les travaux de son père et de ses devanciers.
- MM. Goget et Lacour, de Puteaux, ont l’une des vitrines les plus complètes et les plus remarquables de la section. Nous relevons notamment dans leur vitrine des articles foulés genre draperie admirablement teints, des articles laine et soie en deux couleurs, des brochés, pékins, voiles en uni et carreaux, etc., et divers spécimens d’apprêts des mieux réussis : apprêts de velours fond laine et fond soie, apprêt des gaufrés, etc. Cette maison a été fondée en 1823 par M. Francillon, associé avec le frère de J.-B. Dumas, puis ensuite avec le chimiste lui-même ; il est résulté de ce concours de l’expérience et de la science une série de découvertes utiles qui ont été immédiatement mises en pratique dans cet établissement. Après avoir continué longtemps seul la direction de sa maison, M. Francillon eut pour successeurs ses trois fils, sous la raison sociale Francillon et Cie jusqu’en 1886, époque à laquelle s’est formée la Société C. Goget et H. Lacour, pour continuer la teinture en écosse et mérinos qu’elle avait adoptée, tout d’abord, et y ajouter celle de la laine, de la soie et du coton, le traitement des draps et vigognes, et les foulages, drapages, gaufrages, moirages, découpages de tous tissus ou tissés teints. Une marque spéciale pour les noirs a été déposée par cette maison en France, en Angleterre et aux États-Unis : le « diamant noir inaltérable ». La superficie de l’usine occupe actuellement plus d’un hectare, son personnel se compose d’environ cinq cents ouvriers, elle a besoin d’une force motrice de 850 chevaux-vapeur et traite actuellement plus de 150,000 pièces de tissus.
- La maison H. David et Gie, d’Arcueil, s’occupe de la teinture, apprêt et tirage à poil des tissus de coton, et de la teinture des laines et cotons en écheveaux. Elle expose des clairvaux noirs grand teint, quelques finettes de couleur et flanelles de coton, et divers types de fils teints : laine et coton pour passementerie, à coudre en coton, moulinés coton, etc.
- M. Fleury n’a pas une vitrine bien importante; il expose des cotons purs ou mélangés reteints, des soies mélangées reteintes.
- L’une des bonnes expositions est celle de la maison Les Fils de A. Guillaumet et G. Mae, de Suresnes,
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- réputée de longue date pour la teinture des mérinos, cachemires d’Écosse, cachemires purs, cachemires de l’Inde, henriettas, mérinos doubles, mousselines, voiles, articles de Picardie et de Roubaix, tissus d’ameublement, draperies jerseys, etc. Cette maison est la réunion de la teinturerie de Puteaux, fondée en 1851 par M. A. Guillaumet et de celle fondée à Clichy par M. Rouquès et dirigée par son gendre, M. G. Maës. A Suresnes, les bâtiments couvrent une superficie de plus d’un hectare et demi ; on y occupe huits cents ouvriers sans compter les femmes qui travaillent au dehors ; quatre moteurs à vapeur transmettent aux ateliers une force de 1,200 chevaux, et la production s’en élève environ à 800 pièces de 500 mètres par jour.
- M. A. Hast, d’Ivry-sur-Seine, a une bonne exposition de tissus nouveauté, teints et apprêtés : tamar-tines lisses et crêpées, barèges à bordures et unis, etc., et quelques étoffes écrues teintes en deux nuances.
- La maison Magnier, de Paris, est l’une des mieux réputées pour ses tissus reteints, ses apprêts et nettoyages à sec. Nous voyons dans sa vitrine des échantillons fort bien réussis d’étoffes de laine et de coton teintes deux et trois fois, des dentelles anciennes nettoyées à neuf, teintes et apprêtées, des crêpes de Chine teints en noir, etc.
- Même observation pour la maison Montenot et fils, de la même ville (teinturerie du Chapeau-Rouge), qui expose des tissus reteints pour la deuxième et la troisième fois, des tulles et dentelles réapprêtés à neuf, un cachemire des Indes nettoyé et apprêté, des reps d’ameublement, etc.
- M. G. Petitdidier, de Saint-Denis, est une bonne et ancienne maison de teinture, nettoyages et apprêts. Sa vitrine renferme quelques types fort curieux d’étoffes de soie avant et après nettoyage, qui nous font apprécier l’excellence du traitement, des tamartines et barèges teints, et diverses étoffes teintes et apprêtées : éoliennes, damas soie, gazes Dona et 'Victoria, etc. Cette maison date de 1807, et a eu comme raisons sociales : Joly-Belin (1807-1837); Petitdidier, gendre de Joly-Belin (1837-1864); Petitdidier et fils (1864-1868); H. Petitdidier, petit-fils de Joly-Belin (1868); E. Petitdidier (1886); G. Petitdidier, arrière-petit-fils de Joly-Belin (1888).
- MM. Poiret frères et neveu, de Paris, exposent des spécimens fort variés de laines teintes à tricoter, pour crochet, etc., disposées en gammes chromatiques, et traitées dans leur établissement de Saint-Épin (Oise).
- Enfin la maison Thomas, de Paris, expose quelques échantillons de laine et coton, et poudre pour papiers peints.
- Teinturiers du Nord. — La maison A. Cocheteux et Cie traite spécialement la teinture et les apprêts de velours de lin, de jute et de ramie, ainsi que les velours d’ameublement renaissance et de Gênes, et la draperie pour hommes et pour dames. Cette maison occupe cent vingt ouvriers, 50 chevaux de force motrice, étant donné que la teinture en écheveaux est surtout du travail manuel.
- L’ancienne et importante maison F. Descat-Leleux fils expose une grande collection de draperies de laine, teintes en tout genre, ainsi que quelques autres tissus, tels que satins de Chine, jerseys, etc.
- Le fondateur de cette maison, M. Descat-Leleux, s’est établi à Lille en 1830, reprenant l’usine de M. Braemt, son oncle, et venant de Roubaix, où il avait appris, dans la maison de son père, les premières notions de la fabrication, de la teinture et des apprêts. Sous la vive impulsion de son chef, la maison Descat-Leleux ne tarda pas à prendre une grande extension et à traiter tous les genres de tissus de laine. Aux divers articles déjà teints par elle vinrent s’adjoindre, à partir de l’année 1868, les draps en laine peignée et laine cardée pour les vêtements d’hommes et la confection de dames. La vogue de ces articles, qui sont une source importante de prospérité pour l’industrie de Roubaix et de Tourcoing, est due en grande partie à la maison Descat-Leleux, qui n’a reculé devant aucun sacrifice pour contribuer à fonder, dans ces deux villes, l’industrie de la draperie, jusqu’alors l’apanage presque exclusif des villes de Sedan, Elbeuf et Louviers. Vers l’année 1873, M. Descat-Leleux, frappé depuis longtemps du peu de solidité de la teinture en bleu ordinaire, se mit en rapport avec] MM. Schützenberger et de Lalande, qui avaient, l’année précédente, pris un brevet pour un nouveau mode de réduction de l’indigo par l’hydrosulfite de soude. Il parvint, avec ce j nouveau procédé, à faire des bleus d’une solidité complète et qui ne salissaient pas le linge comme les bleus anglais teints par l’indigo. En 1878, MM. Des-
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- cat-Leleux prirent un brevet pour une machine à griller les tissus au moyen du gaz d’éclairage. Cette machine, universellement connue, fonctionne actuellement dans toutes les teintureries et blanchisseries de tissus ; elle figure à la Classe 58 dans l’exposition de MM. F. Dehaître et Gie, concessionnaires du brevet. Par son importance industrielle, la qualité de ses apprêts et la solidité de ses teintures, la maison F. Descat-Leleux fils, dirigée depuis dix ans par M. Floris-Descat, est considérée comme la première de la région du Nord, où les établissements de ce genre se sont multipliés. Elle a obtenu à Paris, en 1878, la première récompense et la croix d’officier de la Légion d’honneur pour son chef; dans toutes les expositions étrangères, elle a été également classée au premier rang.
- La maison S. Grawitz, qui a exposé quelques bons teints en noir d’aniline, est célèbre par les procès que son chef a intentés à ses confrères. Cet industriel a installé une teinturerie à Lille, rue du Pont-du-Lion-d’Or.
- C’est en 187A que ce pseudo-chimiste, jusque-là parfaitement inconnu, a paru à l’horizon, et s’est ingénié à breveter des procédés bien connus qui lui ont permis d’intenter à nombre de teinturiers français des procès restés fameux, depuis celui de \ 877, contre Wibaux-Florin et Gaydet père et fils, terminé par un arrêt en sa faveur en 1886, jusqu’à ceux de ces dernières années : l’un contre Beck, terminé en sa faveur par un arrêt de la Cour d’appel d’Angers du 22 juillet 1889, mais dans laquelle les experts se sont divisés et ont cru bon de présenter deux rapports adverses ; l’autre contre Humbert, Camprois, Fievet-Delimal et veuve Foveau-Piédanna, qui a annulé les brevets et certificats pris par lui du 30 septembre 187A au 22 mars 1877, et l’a débouté de son action en contrefaçon. « Tandis qu’en Allemagne et dans beaucoup d’autres pays, disait récemment à ce propos une revue technique allemande des plus compétentes S le noir d’aniline peut être fabriqué partout le monde, la préparation de ce corps en nature ainsi qu’en teinture et en impression est monopolisée en France par les brevets de M. Samuel Grawitz; » et plus loin il ajoute : « Lorsque M. Grawitz voulut
- 1. Leipziger Monatschrifi fur Textile Industrie, n°6,1889, p. 283. — Voir aussi Deustche Fcirberzeitung, 1889, p. 252; Oesterreich's Wollen und Leinen Industrie, 1889, n° 151, p. 732; Chemiker Zeitung, n° 59, du 2Zi juillet 1889.
- répéter la partie et demander en Allemagne un brevet pour ses noirs, sa demande fut repoussée par le Patentant allemand, dont M. A.-W. Hofmann faisait alors partie, parce que ses procédés ne présentaient rien de nouveau pour l’Allemagne, après les publications contenues dans les quinze premières années de Wagner s Jahresbericht der Chemischen Technologie, en particulier 1865, page 619; 1871,
- page 775, et 1872, page 711, ainsi que dans Schnet-zenberger Schrœder, matières colorantes ; Berlin, 1872. » Dans un ouvrage récemment publié1, M. Noelting, directeur de l’École de chimie de Mulhouse, a d’ailleurs réfuté de la façon la plus claire les prétentions de M. Grawitz. Une lettre collective des membres du Comité de chimie de la Société industrielle de Mulhouse, publiée le 29 mai 1889, a en outre établi qu’en 187A tous les éléments qu’on fait concourir à la formation du noir d’aniline étaient connus ; — que le noir inverdissable avait été obtenu par Runge en 183à ; — par Charles Lauth dès 1868 d’une façon industrielle ; — par Glanzmann en 1874 ; — et que, d’autre part, les procédés aux ferri ou ferrocyanures avaient permis à certains industriels d’Alsace de fabriquer industriellement, dès 1870, par vaporisage, des noirs résistant assez aux acides pour répondre aux exigences de la clientèle ; de l’avis des signataires de cette lettre, l’application de la chaleur, la durée de la teinture, la concentration des bains, le dosage des éléments qui les constitue, tout ce que revendique, en un mot, M. Grawitz, ne saurait faire l’objet d’un brevet : c’est un simple tour de main. « Eh bien, ajoutent-ils, nous déclarons formellement que le jour où le tour de main pourra devenir l’objet d’un brevet, l’industrie en sera si profondément atteinte quelle en sera compromise. En ce qui concerne la teinture et l’impression, la possibilité de breveter toutes les recettes et toutes les manières de les employer aboutirait à bref délai à la fermeture de tous les établissements. » C’est bien aussi notre avis.
- 1. Histoire scientifique et industrielle du noir d'aniline. Lire aussi le Mémoire de réfutation présenté à la Cour de Douai, en 188ù, par MM. Wibaux-Florin et Gaydet, dont Fauteur est M. Jules Persoz, directeur de la Condition des laines et soies de Paris ; et la Réponse au rapport d'expertise sur la valeur des brevets de M. Grawitz, présenté à la Cour d’appel d'Angers par MM. Gautier et Bardy, par MM. Ch. Girard, directeur du Laboratoire municipal de Paris, et Noelting, directeur de l’École de chimie de Mulhouse.
- Lire enfin l'Industrie textile, années 1886, 1887, 1888, 1889, 1890, passim.
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- LES INDUSTRIES TEXTILES
- MM. A. Motte et Meillassoux frères se sont surtout attachés à la teinture des tissus pour robes, dans laquelle ils se sont acquis une réputation méritée. C’est surtout ce genre d’étoffes qu’ils exposent dans leur vitrine, où ils nous en montrent de nombreuses pièces qui paraissent supérieurement réussies. La maison a été fondée en 1866 par M. Alfred Motte, avec le concours de MM. Meillassoux, directeurs de la maison Bernadotte; l’association fut complétée plus tard par l’adjonction de M. J.-B. Meillassoux; aujourd’hui les trois frères ont organisé leur teinturerie, notamment dans ces dernières années, sur un pied qui en fait l’un des établissements les mieux outillés de la région.
- MM. Motte et Bourgeois sont presque les premiers qui, à Roubaix, ont importé la teinture de la draperie ; cette maison a été aussi fondée par M. Alfred Motte, auquel l’industrie de la ville est redevable de tant de progrès et de féconde activité. Cette exposition ne laisse rien à désirer.
- M. Ëmile Roussel est l’un des plus importants teinturiers de France pour les articles robes en laine et coton et les tissus d’ameublement. Cet industriel a été le premier qui, il y a vingt-trois ans, a appliqué industriellement sur coton le violet Hoffmann par le bichlorure d’étain, et qui, il y a vingt ans, a donné la solution industrielle la plus satisfaisante de la teinture des fils de coton pour les bleus solubles. C’est encore lui qui a devancé ses confrères dans l’application delàcorallinepar l’aluminate de soudeet le chlorure de zinc dans des proportions différentes de celles employées pour les bleus solubles. La plupart de ces nuances sont relevées dans sa vitrine, qui est l’une des plus appréciées de la classe.
- Enfin, l’exposition de M. Sauzion, de Bohain, est des plus remarquables. Elle se compose de fils de coton en bleus de cuve et rouges d’alizarine, de fils de jute et de ramie traités pour le meuble et la nouveauté, de fils de laine grand teint pour châles, et d’une série de pelotes de laine en chiné et mouchetée de diverses nuances pour bonneterie et broderie, le tout excellemment traité et des mieux soignés. L’exposant a obtenu un diplôme d’honneur à Boulogne-sur-Mer en 1887.
- Teinturiers de la Seine'Inférieure. — La maison Daniel-Fauquet et C*% de Rouen, expose quelques
- spécimens de teintures grand teint sur cotons filés et en laine.
- M. Grison, de Lisieux, expose des draps imprimés. Son exposition, tout à fait spéciale, en dehors des procédés trouvés et appliqués par lui, contient des échantillons de l’application d’une invention réellement nouvelle; ce sont des draps teints en noir et imprimés en couleurs dites rougeantes. Cette invention de M. Grison imite à s’y méprendre la nouveauté tissée et offre des avantages de bon marché qui permettent d’obtenir des habillements à très bas prix et d’une solidité irréprochable. M. Grison expose également des imprimés ordinaires sur draps; la netteté des dessins et le brillant des coloris font le succès de ces étoffes pour pantalons et habillements complets. C’est par des procédés sans cesse créés et renouvelés que M. Grison s’est fait une spécialité d’impressions sur draps. Il a obtenu trente brevets d’invention pour la teinture, l’impression et les apprêts des draps. Il est l’auteur d’un ouvrage estimé, intitulé la Teinture au xixe siècle, en deux volumes in-8°, contenant ù60 échantillons, et 53 cartes dans le texte.
- MM. Lecœur frères, de Bapaume-lez-Rouen, ont une belle collection de cotons filés et de cotons en laine, les premiers occupant le fond et les côtés, et élégamment agencés sous forme de paquets et d’écheveaux de nuances les plus variées, les seconds placés dans de petits casiers sur le devant.
- M. Paul Miray, de Darnétal, est l’un des plus importants teinturiers en cotons filés de la région normande. Nous relevons dans sa vitrine une variété considérable de nuances : bleus d’indigo, roses d’alizarine, violets de méthylaniline.
- Cette maison occupe aujourd’hui cent vingt-cinq ouvriers.
- MM. A. Monpin et H. Saint-Rémy, d’Elbeuf, se sont spécialisés dans la teinture des laines pour draperie résistant au foulage. La laine étant destinée à être filée après teinture, il faut éviter de la cordeler et de la feutrer ; ces industriels n’ont pu l’éviter pour la laine peignée qu’en teignant en bobines, au lieu de remuer dans le bain de teinture le textile mis en écheveaux, comme cela se pratiquait autrefois. Toutes les nuances de fond sont obtenues chez eux à l’aide des trois couleurs rouge, jaune et bleu. Il est facile
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- d’obtenir les deux premières solides à l’air, mais la troisième ne peut être donnée pratiquement qu’avec l’indigo appliqué par la cuve.
- Teinturiers des autres régions. — La maison Kœchlin-Baumgartner et Cie, de Luxeuil, est celle qui, en France, en 1883, a créé la première teinturerie en rouge d’Andrinople àl’aüzarine. Depuis sa création, l’importation étrangère (Suisse, Angleterre, Alsace), qui était considérable, a complètement cessé, sauf pour quelques articles insignifiants et sans importance; la production de cette fabrique atteint aujourd’hui le chiffre de Zi5,000 pièces par an. Cette maison est aussi la première qui, en mordançant au préalable en alumine et magnésie, a trouvé le moyen de former toutes les matières colorantes azoïques sur tissus de coton; elle fait figurer dans son exposition quelques spécimens des résultats obtenus de ce chef. Dans sa vitrine sont aussi exposés des tissus blanchis à l’eau oxygénée et magnésie sans chlore, mais on sait que ce n’est là qu’un résultat intéressant au point de vue scientifique et qui ne peut encore être introduit dans le domaine pratique, par suite du prix encore trop élevé du bioxyde de baryum.
- A la suite des résultats obtenus par la maison Kœchlin-Baumgartner, une usine concurrente s’est montée sur le territoire français, celle de M. Charles Steiner, de Belfort. Celui-ci expose non loin de là des tissus de coton imprimés en rouge d’Andrinople à l’alizarine sous diverses formes : tentures, dessous de lampes, robes, mouchoirs à figurines, châles, etc.
- TEINTURIERS DE LA BELGIQUE.
- Ce pays est faiblement représenté à l’Exposition. Citons notamment parmi les exposants : M. Léon Neefs, de Louvain, pour ses teintures en bleu d’indigo sur toiles de lin, toiles d’étoupes, toiles mixtes, cotons et shirtings en mat et calandrés, et ses noirs ordinaires inverdissables sur toiles et cotons; — MM. A.-J. Staes et G18, de la même ville, pour leurs teintures du même genre en bleu de cuve, pour l’exportation sur guinées, morées, pagnes et basins, et quelques nuances en ardoise et noir sur tissus de lin, — et M. Émile Idiero, d’Anderghem, pour ses rouges d’Andrinople, noirs d’aniline et autres couleurs grand teint sur fils de coton.
- Il faut encore mentionner une sorte de collection
- d’enseignement formée d’échantillons de fils et tissus de laine et de fourrures teintes en nuances variées, exposée par un ancien professeur à l’Ecole professionnelle de Verviers, M. Van Laer, auteur d’un Aide-Mémoire du teinturier publié en 187Zi, et d’un Album du teinturier et du fabricant, contenant de nombreux échantillons, ouvrages dont les éditions ont été détruites, paraît-il, dans un incendie.
- TEINTURIERS DES AUTRES PAYS.
- Les autres pays à signaler dans l’industrie de la teinture sont peu nombreux. Notons cependant en Russie des impressions genre rouge turc, des roses d’alizarine en motifs du pays, et quelques lainages ras en belles nuances, exposés par la Société de la fabrique de teintures de Moscou ; — en Suisse, des tissus de coton teints en rouge d’Andrinople, unis et imprimés, bien réussis, exposés par MM. J. Han-hart-Solivo, de Dietikon (Zurich), et Godfried Hoffmann, de Uznach (Saint-Gall); — en Angleterre, des tresses de paille aux couleurs les plus diverses, et qui, comme on le sait, forment l’une des spécialités dont ce pays a pu conserver le monopole, exposées par MM. Lye et fils, de Luton ; — enfin nombre de spécimens de tissus teints que nous relevons dans les divers pavillons des Républiques américaines, et qui ne présentent rien de remarquable : la plupart sont des écharpes teintes en couleur à base d’aniline que nous avons trouvées mal nuancées et mal unies.
- Les promeneurs qui ont porté quelque attention sur l’Exposition coloniale de l’esplanade des Invalides ont pu aussi remarquer bien des spécimens de tissus teints ; ils ont pu s’arrêter, notamment, dans le village javanais, devant une femme accroupie et se livrant à l’industrie locale et tout à fait primitive des toiles peintes : cette indigène a devant elle une pièce de calicot blanc étendue sur une perche et sur laquelle se trouvent crayonnés des chimères et des scorpions; à l’aide d’un petit entonnoir à bec effilé monté sur un manche en bois, elle puise un peu de cire fondue dans un récipient posé sur un réchaud à côté d’elle, et dépose sur le dessin une traînée qui, lorsqu’on teindra plus tard la pièce en plein bain, formera réserve. Les fonds sont cachou ou indigo; les couleurs sont solides et bien tranchées. Ce spectacle a toujours attiré beaucoup de monde, et nous ne voulons pas l’oublier à cette place.
- Supplément a l’Industrie textile du 15 Mars.
- 49e Fascicule.
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- LES INDUSTRIES TEXTILES
- Matières colorantes.
- Bien quela fabrication proprement dite des matières colorantes n’intéresse qu'indirectement le fabricant de fils ou de tissus, ou même les teinturiers, nous croyons cependant que nos lecteurs nous sauront gré de leur rappeler les grandes lignes de l’exposition toute spéciale de la classe 45 consacrée officiellement aux Produits chimiques et pharmaceutiques, mais dans laquelle nos principales maisons de fabrication de produits tinctoriaux ont tenu une place importante et honorable : les quelques mots que nous allons en dire termineront cette première partie de notre travail.
- MATIERES COLORANTES ARTIFICIELLES.
- Voici d’abord‘les matières colorantes artificielles. L’une des expositions les plus remarquables est celle de la Société parisienne des couleurs d’aniline, de Tremblay-Creil, qui nous montre de beaux échantillons de plusieurs pigments intéressants, inventés et brevetés dans ces dernières années par les fabricants allemands dont cette Compagnie est concessionnaire ou représentante. A côté des bleus soufrés (bleus de méthylène divers), nous voyons la rhoda-mine, les verts et les violets acides, sulfoconjugués, les fuchsines sans arsenic, le jaune d’alizarine, de nombreux orangés et ponceaux; puis d’autres produits qui ne nous regardent plus, comme l’oxalgine, médicament qui fait concurrence à l’antypirine, et la lanoline, extraite du suint de mouton, dont l’emploi se généralise pour la préparation des pommades pharmaceutiques.
- Non loin de là se trouve l’exposition de MM. Durand, Huguenin et Cie, de Saint-Fons, près Lyon, raffineurs concessionnaires des huiles de houille des fours Carnés, de Bilbao et Terrenoire, et concessionnaires des brevets Horace Kœchlin et N. Otto Witz pour la fabrication de la matière colorante dite indophénol. Ce dernier est, on le sait, le produit de la combinaison de la nitrosodiméthylaniline et des naphtols, remarquable par l’analogie de ses propriétés avec celles de l’indigo : en l’associant avec ce dernier corps, ces industriels ont obtenu des nuances qui ont à la fois le brillant et le fond des teintures du premier, la solidité et la résistance des bleus de cuve à l’indigo pur; l’indophénol se désoxygène et se réoxyde exactement comme l’indigo, il n’y a
- donc aucune perturbation dans la teinture et les nuances obtenues sont plus belles et moins chères. A côté, toujours dans les couleurs solides, la gal-léine, la céruléine, de nombreuses indulines, déplus nombreux azoïques, puis la fuchsine et ses dérivés violets et bleus exempts d’arsenic : la maison a réussi, en effet, à faire refleurir sur le sol français cette industrie créée par Coupier et dont l’étranger semblait avoir monopolisé le secret.
- Nous notons en passant MM. Gilliard-Mounet et Cartier, qui nous font voir des spécimens de résor-cine et dérivés (bleu, brun, jaune, violet).
- Voici maintenant l’exposition de MM. Guinon, Picard et Jay, de Saint-Fons, près Lyon, qui se sont surtout spécialisés dans la fabrication de l’acide pi-crique dont ils exhibent de magnifiques cristaux, ainsi que du trinitrocrésol, diverses variétés d’aurines et corallines solubles à l’alcool et à l’eau, et de l’acide oxalique retiré des résidus des fabrications des produits nitrés.
- La maison Ruch et fils, de Pantin, de création récente, figure pour la première fois à une exposition : elle y tient cependant une place honorable par le grand nombre de nouveautés. Nous voyons dans sa vitrine toute la série des couleurs dites Congo, premiers dérivés azoïques auxquels on ait reconnu la propriété de teindre directement le coton sans mordants ; puis les écarlates brillants, autres azoïques de la plus grande beauté, le vert malachite, les rosa-nilinespolyméthylées, de nouveaux bleus. Les échantillons exposés sont remarquablement beaux.
- L'une des expositions les plus importantes est celle de la Société anonyme des matières colorantes et produits chimiques de Saint-Denis (établissements A. Poirrier et J. Dalsace), qui expose des produits sinon nouveaux, du moins d’un très grand intérêt. Nous citerons, entre autres, ses couleurs coton dérivées des oxyamines, découvertes par E. Nœlting et A. Rosensthiel, à la fois très belles, vives et solides, et, ce qui les distingue de beaucoup de leurs aînées, très peu sensibles en général à l’action des acides; — le rouge Saint-Denis n° 2, préparé avec l’azoxyor-thotoluidine ; — le rouge Saint-Denis n° 1, plus bleu, préparé avec l’azoxyxylidine; — le rouge Saint-Denis n° 3, plus jaune, dérivé del’azoxyparatoluidine ; — le rouge Saint-Denis n°4, orangé, préparé avec l’azoxy-
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- aniline; — la nigrisine, autre création de la maison obtenue en partant de la nitrosodiméthylaniline, teignant le coton mordancé au tanin et à l’émétique en jolies nuances grises, solides à la lumière, utiles pour obtenir des tons rabattus avec le bleu de méthylène. A côté, nous voyons de beaux échantillons des produits classiques de la maison : orangés, violets de Paris, etc. Au moyen de pancartes ingénieusement disposées dans sa vitrine, la Société de Saint-Denis nous met d’ailleurs au courant des dates principales de l’histoire de son développement : 1860, exploitation de l’aniline et de la rosolane; — 1875, exploitation de la préparation en vase clos des amines secondaires et tertiaires aromatiques; — 1868, exploitation de la fuchsine ; — 1875, brevets Roussin pour les couleurs azoïques ; — 1887, découverte des diazos dérivés des diazooxyamines dont les principaux sont les différents rouges de Saint-Denis dont nous venons de parler plus haut.
- Citons encore, parmi les exposants, MM. Steiner frères, de Vernon (Eure), qui exposent notamment de l’azurine, du brun naphtol, du vert russe, et un produit nouveau dit bleu d’indigo. Ces industriels ont créé à Saint-Marcel une usine spéciale où sont rafiinées et distillées des naphtes d’huiles légères de goudrons de houille et dans laquelle ils ne fabriquent que des benzines spécialement destinées au dégraissage.
- En dehors de ces exposants, M. A. Réchamp, pharmacien au Havre, nous fait voir à titre de document divers spécimens d’aniline, nitrate d’aniline, fuchsine et violet Béchamp. Nous avons rappelé dans notre historique que c’est à ce savant qu’on doit la préparation encore actuellement en usage de l’aniline par la réduction de la nitrobenzine au moyen de l’acide acétique et du fer.
- BASES ET SELS DERIVES DE LA HOUILLE.
- Passons maintenant aux expositions de bases et sels dérivés de la houille.
- Voici, en premier lieu, celle de MM. Félix Dehaynin et Cie, de Paris, qui nous montrent à un grand état de pureté tous les carbures extraits du goudron : benzines, toluène, xylène, anthracènes riches, naphtaline, puis des phénols de même origine. La condition essentielle de toutes ces préparations de colo-
- rants est la pureté des matières premières : sous ce rapport, les produits de la maison Dehaynin ne laissent rien à désirer.
- Une exposition non moins intéressante est celle de MM. Brigonnet et Naville, de la Plaine-Saint-Denis. Cette maison, comme on le sait, a mis en œuvre les procédés de M. Vincent pour la fabrication du chlorure de méthyle au moyen de la triméthylamine retirée des vinasses; elle obtient cet éther chimiquement pur et produit avec son concours des dérivés méthylés de toute beauté, en outre de la diméthyl-aniline exempte de monométhylaniline, ce qui est d’une difficulté extrême et constitue un progrès important dans la fabrication des couleurs dérivant de cette matière première essentielle. De ce même chlorure de méthyle, la maison fabrique du chloroforme chirurgical, de l’anisol et quelques autres dérivés méthylés. Dans la même vitrine figurent encore quelques produits d’industries qui sortent de notre cadre : l’exalgine, qui, comme médicament, paraît avoir quelque valeur ; des extraits de résidus de sucraterie, des cornes et cuirs torréfiés à la vapeur sèche, etc.
- Citons encore MM. Durand, Huguenin et Cie, de Saint-Fons, près Lyon, pour leurs ortho et parani-trotoluène, ortho et paratoluidine, et leurs sels, benzines, etc.
- COULEURS NATURELLES.
- BOIS ET EXTRAITS TINCTORIAUX.
- Les couleurs naturelles sont particulièrement représentées par les carmins et sulfates d’indigo de M. Nicolas Becker, de Paris; —lesorseilles, indigos et leurs dérivés, de MM. Guinon, Picard et Jay, de Saint-Fons ; — l’hématoxyline de MM. Sordes, Huil-lard et Cie, de Suresnes (Seine).
- Les bois tinctoriaux figurent surtout dans l’exposition de M. Ernest Dubosc, du Havre, qui nous en montre toute une collection en divers états : en bûches, papillotés, moulus, etc. Les principaux bois exposés sont le campêche, le bois de Cuba, le lima, le fustet, le curcuma, le calliatour, etc.
- Pour les extraits tinctoriaux nous nous arrêterons de préférence en face des vitrines de MM. E. Coez et Cie, de Saint-Denis, qui, comme on le sait, four-
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- nissent à l’industrie des produits liquides et pâteux qui font prime sur tous nos marchés industriels et nous montrent ici sous cette forme de nombreux spécimens de bois jaune, fustet, quercitron, graines de Perse, gaude, sumac, divididi, épine-vinette, etc.; — de MM. Gilliard-Monnet et Cartier, de Lyon, réputés pour leurs extraits de châtaignier et de sumac; — de MM. Guinon, Picard et Jay, de Saint-Fons, qui exposent des extraits de gaude, fernambouc, sapan, campêche, etc.; — de M. AdolpheKaulek, de Puteaux, qui a envoyé de fort beaux échantillons de laques ; — de la maison « les héritiers de Charles Meissonnier », de Saint-Denis, qui nous montrent surtout des extraits de garance et d’orseille, — enfin de MM. Ser-vière, Jayet et Charvet, de Saint-Clair de la Tour-du-Pin (Isère), qui se sont spécialisés dans la fabrication des extraits tanniques.
- Aucune de ces expositions ne présente rien de bien nouveau,, mais elles sont curieuses en tant qu’elles affirment la vitalité d’une industrie que la colossale production des pigments semblait devoir éteindre.
- COULEURS D’IMPRESSION.
- Les couleurs d’impression proprement dites sont surtout exposées par les maisons Levainville et Raimbaud, de Paris; — les outremers, par MM. Deschamps frères, de Vieux-Jean-d’Heurs, dans l’Isère (bleus fixes dits de Dole) ; — Georges Dornemann, de Lille (outremers bleus, verts, violets, rouges); — Émile Guimet, de Lyon (outremer en poudre et en boules); — Jatowski jeune et Loiseau, de Poitiers (poudre pour les blanchisseuses); — Edmond Menu, de Lille (outremer en pastilles); — Jules Picot, de Paris (verts et violets d’outremer); — Frédéric Richter, de Lille (spécialité pour azurages du papier, du badigeon, du sucre, etc.); — et Louis Robelin, de Dijon (Côte-d’Or). — Les ocres, par MM. Legros, Piatet Leau, de Pourrain, dans l’Yonne (ocres jaunes et rouges, brutes et travaillées), — et Parquin, Gau-chery, Zagorowski et Lechiche, d’Auxerre et Sanilly, dans le même département (ocres en poudre lavées et non lavées).
- PRODUITS POUR LE BLANCHIMENT.
- Parmi les produits pour le blanchiment, l’eau oxygénée est représentée par diverses maisons.
- M. Porlier, du Perreux (Seine), l’applique à la soie tussah, aux crins, aux cheveux, aux plumes, à la cire, et nous en montre de nombreux spécimens obtenus industriellement. Cet industriel est le premier qui, en 1880, ait produit ce corps en grand et a permis par ses procédés, et notamment en fabriquant le bioxyde de baryum sur une échelle considérable, d’en abaisser le prix de revient. La Compagnie française de produits oxygénés, de Paris (Lévesque et Bloche), a une exposition non moins remarquable : la laine, la soie et autres textiles exposés ont un éclat que l’acide sulfureux ne saurait certainement donner. — Même observation pour les divers produits blanchis à l’eau oxygénée de M. Georges Chauvel, de Paris.
- Nous passons sous silence les nombreux exposants de colles, gélatines, savons et autres matières pour apprêts.
- PRODUITS CHIMIQUES PROPREMENT DITS.
- Enfin il a lieu de signaler dans cette même section tous les produits chimiques qui trouvent leur emploi dans les industries de la teinture, de l’impression et du blanchiment : les acides nitrique, sulfurique, chlorhydrique, hypochlorites de chaux (connus commercialement sous le nom de chlore sec ou chlore liquide), l’eau de javel, les carbonates de soude et de potasse, sulfate d’ammoniaque, sulfate de baryte de la Manufacture de produits chimiques du Nord, de Lille et Saint-André-lez-Lille ; — les acide sulfurique, sulfate et carbonate de soude, acide nitrique, produits dérivés du chlore, sulfates de potasse et de fer, de la Société anonyme de produits chimiques de Saint-Gobain, Chauny et Arcy ; — les carbonates et bicarbonates de soude, soude caustique et ses sels, chlorure de calcium, acide chlorhydrique et ammoniaque, de la Société Solvay et Cie, de Dombasle-sur-Meurthe (Meurthe-et-Moselle) ; — les potasses raffinées, sels de soude, chlorures et sulfates de potasse de la maison Vve Ch. Dècle et Cie, de Rocourt, près Saint-Quentin (Aisne) ; — les sulfites et bisulfites de MM. A. Labarre et Cie, de Montreuil-sous-Bois (Seine); — les bisulfites de soude et de chaux, sulfates de fer et de soude, nitrates de fer et de cuivre de MM. Paul Moreau et Cie, de Saint-André-lez-Lille ; — les aluns sous divers états (ordinaire, écrasé, en poudre, épuré), et les sulfates de fer de M. Paul Marguerite, de la Charlonny d’Uriel (Aisne) ; — les sulfates d’alumine, savon trisulfuré, trisulfure de
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- carbone, de M. Ernest Noël, deNoyon (Oise); — les sels d’étain de MM. Pommier et Cie, de Gennevilliers (Seine) ; — les acide acétique, acétate de soude, sulfate de cuivre, verts de Schweinfurth pour l’impression, noirs de fumée, de M. Auguste Theurier fils, de Pierre-Beurte, dans le Bhône (maison fondée en 1809 à Pouilly-sur-Saône, par J.-B. Mollerai); — les acide tartrique, crème de tartre, sel de sergnette et tartrate de chaux, de MM. Mante, Legré et Cie, de Marseille; — le sel de soude antiseptique pour blanchissage et blanchiment, breveté; de M. Jules Moret, de Paris.
- EXPOSANTS ÉTRANGERS.
- Nous n’avons jusqu’ici mentionné que les exposants français; les sections étrangères ont dans l’industrie des matières colorantes quelques bonnes expositions.
- Pour les matières colorantes artificielles, par exemple, nous signalerons, en Angleterre, la Clayton aniline G0 (limited), qui nous montre des produits absolument nouveaux, notamment des azoïques que nous ne connaissons pas encore et qui forment la série : rouge de carnotine, brun de carnotine, marron, orange, etc., de carnotine. Il est assez original de voir un fabricant étranger mettre ses produits sous le parrainage du président Carnot. La maison expose aussi de très beaux mordants ou apprêts : des sulfocyanures, des sulfoléates et sulfo-ricinates [ pour la préparation des tissus, ainsi que d’excellentes matières premières pour la fabrication des couleurs artificielles : hydrocarbures, dérivés nitrés et amidés, azobenzol, sels de benzidine et de toluidine. — Nous citerons encore la Société pour l’industrie chimique de Bâle (Suisse), pour ses bleus
- Victoria, bleu de nuit, violet à l’éthyle, tartrazine (jaune solide à l’air et au foulon), jaune naphtol, aura-mine (jaune serin), rhodamine, etc. Cette Société paraît avoir pris la suite de quelques anciennes maisons de cette place, dont nous retrouvons ici quelques succès antérieurs.
- Les couleurs naturelles sont surtout représentées par les innombrables échantilllons d’indigo qui figurent dans les expositions de la Martinique (A.-J. Thierry, à la Grande-Rivière), du Sénégal (Ernest Noirot, administrateur colonial), du Cambodge (Planté, Phnom-Penh), de Guatemala (préfets de Jalapa et Jutiapa), et de San-Salvador : cette dernière exposition, très remarquable, ne comprend pas moins de dix-sept exposants.
- Enfin parmi les exposants de produits chimiques propres à la teinture, à l’impression et au blanchiment, nous mentionnerons : en Belgique, les maisons David et Débouché, de Moustier-sur-Sambre, pour ses bisulfite de chaux, bicarbonate de soude, sulfites et bisulfites de soude ; — E. Hicguet, D. Lefèvre et Cie, de Laeken, pour ses sulfate et nitrate de soude ; — Solvay et Cie, d’Ixelles-Bruxelles, pour ses cristaux de soude et produits ammoniacaux ; — Victor Werolte, de Liège, pour ses produits magnésiens, bichromate et composés de chrome; — et Ziegerlé-Kunh, de Verviers, pour ses potasses et soudes. En Angleterre, la Société Eglington Chemical C°, de Glasgow, pour ses soudes et bichromates de potasse; — et la maison Stevenson, Carlile et C**, de la même ville, pour ses composés du chrome, aluns et couperoses. Enfin, en Espagne, les maisons Palu y Gost, de Reuss (Tarragone), et À. Soler y Cadellans, d’Areyns dè Munt (Gerona),* pour leurs sels de tartre.
- FIN DE LA PREMIÈRE PARTIE.
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- PREMIÈRE PARTIE
- APPENDICES
- I. Liste Officielle des Récompenses accordées aux Exposants des diverses classes de l'Industrie Textile.
- II. Table des Matières contenues dans la Première Partie.
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- LISTE OFFICIELLE
- DES
- RÉCOMPENSES ACCORDÉES AUX EXPOSANTS
- CLASSE 18.
- Ouvrages du tapissier et du décorateur.
- LISTE DU JURY.
- Leys................. France.
- Janlet (Émile)..... Belgique.
- Legriel.............. France.
- Reynaud (J.)....... Japon.
- Garraux (Louis).... Tunisie.
- Berolatti.......... Italie.
- Bubeck (Guillaume).. Suisse.
- Ouri (Alphonse).... France.
- Parfoury ............ France.
- Williamson........... France.
- Ingersoll (W.-M.-E.).. États-Unis.
- Benda (A.).......... France.
- Verrebout (Auguste). France.
- Grands prix.
- Cantini (Jules). — France.
- Comité de l’exposition tunisienne. — Tunisie.
- Goyers (frères). — France.
- Jacquier (Francis et Aimé). — France. Janlet (Gustave). — France.
- Nishimura (Sozayemon). —Japon. Protectorat de l’Annam et du Tonkin.
- — Annam-Tonkin.
- Varangoz (Charles). — France.
- Médailles d'or.
- Briots (F.). — Belgique.
- Brot (Léopold et fils). — France. Caussinus. — France.
- Chovet (L.). — France.
- Cloetens (Pierre). — Belgique.
- Evrard (Léonce). — Belgique.
- Godon (Julien). — France.
- DES DIVERSES CLASSES
- DE L’INDUSTRIE TEXTILE
- Gosse (Célestin). — France.
- Iida (Schinchichi). — Japon.
- Itasse (Adolphe). — France.
- Jackson (George) et Sons. — Grande-Bretagne.
- Jansen. — France.
- Kawashima (Zinbei). — Japon. Kavvabata (Matayemon). — Japon. Lameire (Charles). — France.
- Legrain (Eugène). — France.
- Lemaigre (Gustave). — France. Marcotte et Cic. — France.
- Martin (Arthur). — France.
- Mikoshi (Tokuyemon). — Japon.
- Muller (frères). — Suisse.
- Ota (Zinnoyei). — Japon.
- Rémon (Georges). — France.
- Remlinger et Yinet. — France.
- Simonet (Édouard). — France.
- Tanaka (Rishichi). — Japon.
- Tardif. — France.
- Thiébault (Alfred). — France. Valdinocci. — Italie.
- Van Poecke Renault. — France. Zoppino (frères). — Suisse.
- Médailles d'argent.
- Abadie (et fils). — Grèce.
- Ali el Sekka. — Tunisie.
- Almaraz y Guillen. — Mexique. American Braided Wire C°. — États-Unis.
- Aubrun (Pierre). — France.
- Argand, Baraduc et Cie. — France.
- Bay (J.-G.). — France.
- Beer (M.). — France.
- Bellot (Pierre). — France.
- Bohme Schwarzcr et Cie. — Suisse.
- Bon Marché. — France.
- Bougarel (Marien). — France.
- Brémard (Albert). — France. Bhumgara (Framjee Pestonjee).
- Grande-Bretagne.
- Carmoy. — France.
- Castillo (Daniel). — Mexique. Charrier et Ci0. — France.
- Cleis et Jezler. — Suisse.
- Denis (Victor). — Belgique.
- Devillers et Cic. — Belgique. Domenech (J.). — Mexique. Doumaux (L.). — France. Drouet-Langlois. — France.
- Eliaers (A.-E.). — France.
- Gallais et Welter. — France.
- Gécèle (A.-A.). — Russie.
- Haas (Joseph de). — France.
- Hallé (Charles). — France.
- Hartford Woven Wire Mattress C". États-Unis.
- Hermanus (Paul). — Belgique. Hirschi. — Serbie. Huber-Meyenberger. — Suisse. Hubert (Albert). — France.
- Jefe (gouvernement de Tépic). Mexique.
- Juan Coll y Molas. — Espagne. Kaepplin (Paul). — France.
- Lazzerini (Paul). — Algérie.
- Lefranc (M,ie Marie). — France. Lenoir (F.-G.). — France.
- Liobet et Renart. — Espagne. Loichemolle et fils. — France. Margotin. — France.
- Mohamed Terjman. — Tunisie. Neiter (J.). — France.
- Oliman (Manuel). — Mexique.
- Poiret (Henri). — France. Puttemans (Bonnefoy). — Belgique. Raygasse et Margry. — France. Reijenga. — Pays-Bas.
- Supplément a l'industrie textile du 10 décembre
- Appendice i.
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-
-
-
- II
- LES INDUSTRIES TEXTILES
- Reille (frères). — France.
- Robcis (G.). — France.
- Salagnad (Ferdinand). — France. Société des marbres de Schemtou. — Tunisie.
- Société marbrière de Guelma. — Algérie.
- Sulzer (H.) and C°. — Suisse. Wegmann (Mrae Anna). — Suisse.
- Wite (de) (Charles). — Belgique.
- Médailles de bronze.
- Aberlé. — Belgique.
- Antignat (Ve). — France.
- Bancilhon (Louis). — France.
- Baouman (Joséphine). — Serbie. Bariloussoff'. — Russie.
- Baud (Joseph). — France.
- Becquemie. — France.
- Benezech (Henri). — France.
- Berc (Paulin). —France.
- Bertin et Foucher. — France. Bertrand. — Algérie.
- Boucher (Henri). —France.
- Boverie (E.-J.). — France.
- Brauburger. — Belgique.
- Brunot et Bracony. — France. Carpentier. — France.
- Casciani (Raphaël). — France.
- Chambre syndicale des peintres en décors (Exposition ouvrière). — France.
- Clair-Leproust. — France.
- Collectivité Lemaire, Richard et Chon-gas Buseghian. — Perse.
- Couturier et Cir. — France.
- Daniel (Jules). — France.
- Danielli jeune. •— France.
- Dieudonné (Edmond). — Belgique. Eymonaud (Ernest). — France. Gauthier (L.-N.). — France.
- Gelli. — Italie.
- Gisbert (Julio). — Espagne.
- Gleyzes (Paul). — France. Gouvernement de AguasCalientes. — Mexique.
- Gouvernement de Puebla. — Mexique. Gouvernement de Zacatecas.—Mexique. Greneu (Théodore). — France.
- Gruot (Henri). — France.
- Guérir (frères). — France. Guillon-Bainville. — France, lladj Mohamed el Sekka. — Tunisie, llaguenauer (jeune). — France.
- Ikuta (Masakiyo). — Japon.
- Jaccoux. — France.
- Jadoul. — France.
- Jeffrey et Cic. — Grande-Bretagne. Lamotte (Fernand). — France. * Lazareff. — Russie.
- Le Bel Delalande. — France.
- Leroue et Fischbacli. — France. Lesourd (Mlle) (C.). — France.
- Lorémy et Dubosson. —France.
- Louvre (Grands magasins du). —France. Lozada (Luiz del Carmen). — Mexique.
- Lunde jeune (Cari). — Norvège. Maatoug. — Tunisie.
- Malard (Louis). — France.
- Mangin (Charles). — France.
- Manteau (Charles). — Belgique.
- Masson (G.-A.). — France.
- Mercier (frères). — France.
- Minié (H.-A.). — France.
- Mustapha el Sekka. — Tunisie. Mustapha Terdjman. — Tunisie. Nicolacopoulo. — Grèce.
- Perrot et Texier. — France. Posschelle-Delalou. — Belgique. Quarré (G.). — France.
- Richon (Mateo). — Espagne.
- Resenwald (Edmond). — France. Rousset (M,le). — France.
- Tena (Ililario). — Mexique.
- Yalin et Gorô. — France.
- Verstraete (A.). — Belgique.
- Vienney (J.-B.) — France.
- Villain et Cie (Petit-Saint-Thomas). — France.
- Zacchiri. — Italie.
- Mentions honorables.
- Argongue (Joseph). — France.
- Barreau (Michel). — France.
- Boudier (Émile). — France.
- Busnel (Ernest). — France.
- Camillerie (François). — Algérie.
- Cauty (Lottie). — Grande-Bretagne. Dave (Ve de). — France.
- Decam (Paul). — France.
- Desgranges (Eugène). — France. Evanhoe Frank N. — États-Unis.
- Favre (Eugène). — France.
- Fleck (frères). — France.
- Forgues (M1,u). — France.
- Forni (M"'e Rosine). — Suisse.
- Fraissard (Antoine). — France.
- Gavazza (Jean). — Algérie.
- Grassaud (H.-F.). — France.
- Knitted Mattress C”. — États-Unis. Kremer (Exposition ouvrière).—France. Lazaro. — Espagne.
- Leemans (Ernest-M.). — France. Leprovost (Pierre). — France.
- Lévy. — France.
- Lucescu. — Roumanie.
- Marti (Gustavo). — Espagne.
- Michel (Albert). — France.
- Parent (Frédéric). — France.
- Quinet (Eugène). — France.
- Richon (Mateo) fils. — Espagne.
- CLASSE 21.
- Tapis, tapisseries et autres tissus d’ameublement.
- LISTE DU JURY.
- Davoust........... France.
- Louka Ivanische-vitch (le docteur).. Serbie.
- Legrand (Victor).... France.
- Mohamed ben Siam Algérie.
- Willy Ginzkey.... Aut.-Hongrie.
- Cambourg (le baron
- de)............ Colonies.
- Duplan............ France.
- Tresca (Édouard)... France.
- De Somer von Ge-
- nechten........ Belgique.
- Duché Paul....... France.
- Marino Clado..... Grèce.
- Grands prix.
- Braquenié et Ci0. — France et Belgique. Grossley (John) et fils. — Grande-Bretagne.
- Ilamot et Cie. — France.
- Leborgne (Ferdinand). — France. Manufacture nationale de Beauvais. — France.
- Manufacture nationale des Gobelins. — France.
- Sallandrouze (frères). — France. Warée. — France.
- Médailles d'or.
- Ben Azis ben Gana. — Algérie. Berchoud. — France.
- Bernaux. — France.
- Bigex (E.). — Grande-Bretagne.
- Catteau (Adolphe). — France. Collectivité de la Perse. — Perse. Collectivité roumaine. — Roumanie. Compagnie française du linoléum. — France.
- Croc et Jorrand. — France.
- Dounia (Mmc Polyxène). — Grèce. Fabrique royale de Devenler. — Pays-Bas.
- Hordé et Simon. — France.
- Kojina Sadahichi. — Japon.
- Lavalette et Ci0. — Belgique. Louchet-Bernaud. — France. Madagascar. — France.
- Masure fils. — France.
- Moulin-Pipart. — France.
- Ouvroir d’Athènes. — Grèce.
- Puginier (MRr). — Annam-Tonkin. Quenardel et Cie. — France.
- Saurel frères. — France.
- Syndicat de Pirot. — Serbie. Vanoutryve et Cic. — France.
- Médailles d'argent.
- Adelaida Salvador. —Équateur.
- Alibert et Cic. — Madagascar.
- Amadij Natago Lam Toro. — Sénégal. Amar Saleum. — Sénégal.
- Amis du travail manuel. — Grand-duché de Finlande.
- Association ouvrière. — France.
- Banque coloniale portugaise. — Portugal.
- Barbouchi. — Tunisie.
- Bariloussof (J.). — Russie.
- Barry, Ostlere et Cie. — Grande-Bretagne.
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-
-
- V L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1889.
- ni
- Belin (Biskra). — Algérie.
- Ben Mansour el Hadj Hessaïn. — Algérie. Berger (Ch.). — France.
- Blondet (Louis). — France.
- Bou Hafs ben Mansour. — Algérie. Bourgeois frères. — France.
- Bousaada (commune de). — Algérie. Boutzouvi (M,ne). — Grèce.
- Bruno da Silva. — Portugal.
- Caramanos (S.). — Grèce.
- Canano. — Roumanie.
- Cerf fils. — France.
- Chanée et Cie. — France.
- Cliedin et Gie. — France.
- Chellala (Annexe de). — Algérie. Chesnay. — Annam-Tonkin.
- Comité de Saint-Louis. — Sénégal. Comité de l’Inde française. — Inde française.
- Comité de Siam. — Siam.
- Commission des Olympies. — Grèce. Commune indigène de Beni-Mansour. — Algérie.
- Commune indigène de Boghar. — Algérie.
- Commune indigène de Djelfa. — Algérie. Commune indigène du Fort-National. — Algérie.
- Commune indigène de Laghouat. — Algérie.
- Commune indigène mixte Sebdou béni Sinassir. — Algérie.
- Constantoulakis (D.). — Grèce. Corticine floor Covering C°.— Grande-Bretagne.
- Dames de Belgrade (association des). — Serbie.
- Dames de Niscli (association des). — Serbie.
- Defresnes-Duplouv. — France.
- Delterne (Edmond J.-L.) — France. Fujimoto. — Japon.
- Garnier. — France.
- Gâche et Cie. — France.
- Gente frères. — France.
- Godet. — France.
- Govaert frères. — Belgique.
- Laradj ben Ali. — Algérie.
- Legendre, Mahieux, llennequin. — France.
- Lemaire et Dumont. — France.
- Lévy et Lauer. — France. Lincrusta-Valton et Cie. — France. Louillat. — France.
- Mas Candela (Manuel). — Espagne. Mellerio, Fossé et Têtard. — France. Musée des colonies. — Portugal.
- Nairn et Ciu. — Grandre-Bretagne. Nicolopoulo (Mme Anastasie). — Grèce. Noirot. — Sénégal.
- Parent et Giu. — France.
- Perez é hijo (José). — Espagne.
- Picheral et Cie. — France.
- Piquée et gendres. — France.
- Pollak (Fredrik). — Autriche-Hongrie. Popovitch (Mm0 Yela). — Serbie.
- Poulet (Ve) et fils. — France,
- Province d’Hannoï. — Annam-Tonkin. Province de Quang-Yan. — Annam-Tonkin.
- Rieter, Ziegler et Cio. — Suisse. Rombeau et Monnier. — France. Sainte-Enfance (Établissement de la). — Cochinchine.
- Sidi Elie, roi des Maures Brakna. — Sénégal.
- Si Salah ben Ali ben Belkassem. — Algérie.
- Stévens. — Pays-Bas.
- Storey Brothers et C°. — Grande-Bretagne.
- Stoykovitch (Mmc). — Serbie.
- Torrilhon et Cie. — France.
- Tricot. — France.
- Tunisien (Gouvernement). — Tunisie. Van Nuffel frères. — Belgique.
- Wallet. — France.
- Zantsou (Sœurs). — Grèce.
- Médailles de bronze.
- Abdel Kader ben Derrouïche.—Algérie. Adamopoulo (Jean). — Grèce.
- Affaires indigènes (Service des). — Nouvelle-Calédonie.
- Ahmed ben Ghachouh Caïd. — Algérie. Ahmed ben Fana. — Algérie.
- Akagavva. — Japon.
- Andrianopoulo (Mme). — Grèce.
- Anna Botez (Mmc). — Roumanie.
- Antonio Flores. — Équateur.
- Avinenc. — Gabon-Congo.
- Balutesco (Marie). — Roumanie. Barber-Andrew (Ch ). — Algérie. Bazicanoi (Z.). — Roumanie.
- Barouch. — Tunisie.
- Beloff. — Russie.
- Bou Ameran Ould Ali. — Algérie. Bunescu (J.). — Roumanie.
- Chamagne et Cie. — France.
- Chapman (Georges). — France.
- Djilali bel Kheir. — Algérie.
- Détenus (Travaux des). — Serbie. Domnica Dumitrescu. — Roumanie. Dratz frères et Cie. — Belgique.
- Duval. — France.
- Glanvill and C". — Grande-Bretagne. Gouvernement Sud-Africain. — République Sud-Africaine.
- El Iladj Monaj ben Mohamed. —Algérie. Helme (James) et Cie. — Grande-Bretagne.
- Ilori. — Japon.
- Janlet (Gustave). — Belgique.
- El Khâtir ben Belkassem. — Algérie. Lajonkaire (de). — Algérie. Laurent-Banjet. — France.
- Larrea. — Équateur.
- Manylovitch (Sreta). — Serbie. Maigonnet. — France.
- Ministère de l’industrie, — Japon. Mitani (Asa). — Japon.
- Mitcham Linoléum and Hoor Clothes C°. — Grande-Bretagne.
- “I
- Mahomed ben Mouâz. — Algérie.
- Nicholson (J.-O.). — Grande-Bretagne. Noguchi (Kakubei). — Japon.
- Nouet. — Nouvelle-Calédonie.
- Pacon (Albert). — France.
- Panas (Jean). — Grèce.
- Pecqueur (Mma Léona). — Gabon-Congo. Planté. — Cambodge.
- Radosavlievitch (Stoyana). — Serbie-. Raykovitch (Krouna). — Serbie.
- République Argentine. — République Argentine.
- Ritta el Elena Negulescu. — Roumanie. Rylands et fils. — Grande-Bretagne.
- Salah Loghressi. — Algérie.
- Service local. — Mayotte et Comores.
- Si Mohamed ben Snoussi. — Algérie.
- Taïeb ben Taïeb. — Algérie.
- Tsongas. — Grèce.
- Vassiliki. — Grèce.
- Van Oye et Cie. — Belgique.
- Mentions honorables.
- Bel Abed ould Amar. — Algérie.
- Beny (J.-B.). — Guadeloupe.
- Capetaniou (Athina). — Grèce.
- Commission coopérative. — Équateur. Donegal industrial Fund. — Grande-Bretagne.
- El Iladj Ahmet ben Djelloul. — Algérie. Kada Ould Mostefa. — Algérie.
- Lakdar ben Ahmed. — Algérie.
- Lazari (Eumorphoula). — Grèce.
- Louka (C.). — Grèce.
- Mitakos (C.). — Grèce.
- Moline (Simon). —Algérie.
- Mohamed ben Zaccour. — Tunisie.
- Nattes (Exposition collective). — Tahiti. Neilson, ShawetMac Gregor. — Grande-Bretagne.
- Nina Souchem. — Tunisie.
- Pilon, Huet et Rigolard. — France.
- Righa (Mrae Hélène). — Grèce.
- Saéton. — Cambodge.
- Sceretis (Agathangelos). — Grèce.
- Si Ahmed ould si Mohamed ben Rerrass.
- — Algérie.
- Sonsonate (Département de). — Salvador.
- Sous-comité de la Pointe-à-Pitre. — Guadeloupe.
- Treloar et fils. — Grandre-Bretagne. Trottmann. — Suisse.
- Willi von Bergen (B.). — Suisse.
- CLASSE 30
- Fils et tissus de coton.
- LISTE DD JURY.
- Noblot........ France.
- Eloy (Emile).... Belgique.
- Ponnier (Alfred). France.
- Waddiiidgton (Evelyn)....,. France.
- Martcirell (Ber- ,
- nardino).... Espagne,
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-
-
-
- LES INDUSTRIES TEXTILES
- Leigh (Joseph).. Mendes da Silva Grande-Bretagne.
- (Alfredo) Portugal.
- Sifferen (D.)... Russie.
- Besselièvre France.
- Descat France.
- Schwob France.
- Sérol (Georges). France.
- Troullier France.
- Jourdain WaHaert (Au- France.
- guste) Wassermann France.
- (Max) États-Unis.
- Widmer France.
- Pollock (G.-L).. Grande-Bretagne.
- Champalle France.
- Grands prix.
- Baranofï (Asaph) et Cie. — Russie. Baranoff (Compagnie de la manufacture Baranoff). — Russie.
- Dolfus-Mieg et Cie. — France.
- Espana industrial (La). — Espagne. Girard et Cie. — France.
- Keittinger et fils. — France.
- Kunz (Henri). — Suisse.
- Parellada y Cia. — Espagne.
- Parmentier Van Ilœgaerden et Cie. — Belgique.
- Rylands et fils. — Grande-Bretagne. Société anonyme de filature et filteries réunies. — Belgique.
- Zahar Morozoff fils. — Russie.
- Médailles d'or.
- Barlow et Jones. — Grande-Bretagne. Barrois (Théodore). — France.
- Boigeol frères et Varnod. — France. Bossut, Roussel et Cie. — Belgique. Bourcard fils et C'15. — France. Cartier-Bresson (les fils de). — France. Claude Géhin (Ve). — France.
- Cocquel et Cie. — France.
- Companhia de Fiaçao e Tecidos Lisbo-nense. — Portugal.
- Companhia daRéal fabrica de Fiaçao de Thomar. — Portugal.
- Companhia Petropolitana. — Brésil. Cornet. — Colonies françaises. Dechelette-Despierres et Champussy. — France.
- Desgenétais frères. — France. Dewhurts (John) et fils. — Grande-Bretagne.
- Diermann fils et Cie. — Belgique. Dumortier-Guignet (Victor). — France. Dupuis, Merle et Ci0. — France. Escandon. — Mexique.
- Fabrica de Vecid et Rinch. — Brésil. Fauquet-Lemaître (J.-Alfred). —France. Garnier et Cie. — États-Unis.
- Gavito e hijo. — Mexique.
- Géliot (N.) et fils. — France.
- Gérard (Hilaire). — Belgique.
- Germain (Jules). — France. Gouvernement de l'État de Puebla. — Mexique.
- Gouvernement de l’État de Veracruz. — Mexique.
- Gresland (Constantin). — France. Gros-Roman et Cie. — France.
- Guerry et Dupéray. — France. Guilloud-Chaland. — France.
- Hartmann et fils. — France. Karetnikoff et fils (A.). — Russie. Konchine (N.-N.). — Russie.
- Lemaître, Lavotte et Cie. — France. Madero y Cia. — Mexique.
- Manchon (Ernest) et frères. — France. Mercier et Cic. — France.
- Mieg (Charles) et Ci0. — France. Monckarnie (Philippe). — Belgique. Poiret frères et neveu. — France. Poizat-Coquard. — France.
- Rivero (Valentin). — Mexique.
- Roanne (Exposition collective). — France.
- Rondeaux (Henry). — France.
- Sarn et Cia (Espagne).
- Société anonyme des filatures et tissages Pouyer-Quertier. — France.
- Société anonyme Florida. — Belgique. Société des manufactures d’indiennes de KouvaiefT. — Russie.
- Société la Dendre. — Belgique. Swainson, Birley et C°. — Grande-Bretagne.
- Tofflin (Louis) et Cie. — France. Vandersmissen frères. — Belgique. Vincent (Ad.) et Auger-Vincent. — Belgique.
- Médailles d'argent.
- Alexandre et Schwartz. — France. Arano (Vinda de Claudio). — Espagne. Atlantic Mills. — États-Unis.
- Balny (Georges). — Brésil.
- Barron Forbes y Cia. — Mexique. Baudot (Jules) et Cie. — France. Baudoin-Risler et Cie. — France. Beernaest (Félix). — Belgique.
- Béguin (Paul Ve). — France.
- Berger (Casimir). — France.
- Berger (Casimir) et Cie. — France. Bezançon (P. et C.). — France.
- Binder (G.) et Jalla jeune. — France. Bluche (E.) et Cie. — France.
- Bonnel (P.-Gustave). — France. Boutry-Doulers. — France.
- Casabo et Cia. — Espagne.
- Cash (J. et J.). — Grande-Bretagne. Casse et Cie (A.). — Russie.
- Catteau (Louis), Hassebroucq fils. — France.
- Chatelard père et fils. — France. Comité du district fédéral. — Mexique. Compania Manufactura. — Mexique. Companhia da fabrica d’Algodoes de Xabregas. — Portugal.
- Companhia (Brazil industrial).— Brésil. Companhia Fiaçao Portunse. — Portugal.
- Conde (M.-M.). — Mexique.
- Cotonnière de Saint-Étienne. — France. Coulombe frères et Tautin. — France. Debièvre (Anatole). — France. Decaudin-Béguin. — France.
- Derbeneff (N.) fils. — Russie.
- Erhard (Victor). — France.
- Fessel et Milliat. — France.
- Filature d’Oisel (G. Leverdier). — France.
- Fiers (La ville de). — France.
- Foray (Ve) et Girin. — France.
- Géliot (Henri). — France.
- Ghilain frères. — Belgique. Gouvernement de l’État de Durango. — Mexique.
- Gouvernement de l’État de Michoacan. — Mexique.
- Gouvernement de l’État de San Luis Potosi. — Mexique.
- Gouvernement de l’État de Sinaloa. — Mexique.
- Grandisson e Ilijos. — Mexique. Halbout et Cie. — France.
- Haynes (George). — Grande-Bretagne. Ilemptinne (Jules de). — Belgique. Heygere (Camille) et Cie. — Belgique. Hollins (William) et Cie. —Grande-Bretagne.
- Isabey et Cie. — Belgique.
- Isay, Bechmann, Zeller et Cie. — France. Johnson (Jabez), Son, Allsop et C°. — Grande-Bretagne.
- Joukofï (A.-A.). — Russie.
- Juillard et Mégnin. — France.
- Kahn (A.-N.), Lang et Gie. — France. Kœchlin (Fritz) (les successeurs de). — France.
- Kœchlin (Georges) et Cie. — France. Lang (les fils d’Emmanuel). — France. Lecomte (Nicolas). — France.
- Lecomte (Charles) et Duchemin père et fils. — France.
- Lehujeur (Jules). — France.
- Lemaistre (frères). — France.
- Lung (Albert). — France.
- Maciel (D.). — Mexique.
- Manchon (Albert), Lemaître et Cie. — France.
- Matienzo (Jean). — Mexique.
- Meunier et Cie. — France.
- Michelez fils aîné etPlessier. — France. Musée colonial de Lisbonne. — Portugal.
- Pariot et Ray. — France.
- Pawloflf (S.-P.). — Russie.
- Pelaez (Pedro). — Mexique.
- Peters (J.-V.). — France.
- Poizat frères. — France.
- Remy-Yon (Ernest). — France.
- Retzina frères. — Grèce.
- Rincon Gallardo (P.). — Mexique. Rivière et Cie. — France.
- Rossignol et Ilamelin. — France.
- Rubio (Carlos M.). — Mexique.
- Salèz Perez. — Vénézuela.
- Sanchez Guillermo. — Guatemala. Sapin fils (Gustave). — France.
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-
- A L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1889.
- v
- Schick et Oestreicher. — Autriche. Schlumberger,Steinen et Cie.—France. Sebixeff. — Russie.
- Société anonyme des Filatures de Laval. — France.
- Société cotonnière de Saint-Étienne-de-Rouvray. — France.
- Société des manufactures d’Yassou-ninski. — Russie.
- Stackler (II.). — France.
- Sunaga (Y.). — Japon.
- Suzor (Ferdinand). — France.
- Touron (E.) et Cie. — France.
- Viarmé (L.), Frings et Ck‘. — France. Yoigt (Émile). — Franck.
- Walter-Seitz. — France. Westphalen-Lemaistre. — France.
- Wild (Nicolas) et frères. — Belgique. Willimantic Linen et C°. — États-Unis.
- Médailles de bronze.
- Agathoclis (C.-P.) et Cie. — Grèce. Alexandroff frères. — Russie.
- Anhaya et Cie. — Brésil.
- Arizpe (F.) y Ramos. — Mexique. Association industi’ielle portugaise à Lisbonne. — Portugal.
- Azucena (Pedro). — Salvador.
- Bahia et Genro. — Portugal.
- Blaudelz et Millerot. — France. Bomfim. — Brésil.
- Bresson (Édouard). — France. Calogeropoulo. — Grèce.
- Chagué (Maurice) et Cie. — France. Charpentier (Amédée) et Rémy. — France.
- Chauvin (Baptiste). — France.
- Clément et Chamrion. — France. Collette fils et Mouquet. — France. Comité local de Pondicherry. — Inde française.
- Commission centrale de la province de Minas Géraes. — Brésil.
- Commission de l’État des Andes. — Vé-nézuéla.
- Companhia de L. Ilemajac. — Mexique. Compagnie manuf'acterière de Salguei-ros. — Portugal.
- Couleru, Chatel et Cic. — France.
- Davila Iloyos. — Mexique. Defresnes-Duplouy frères. — France. Deberneflf (P.-T.). — Russie.
- Etheguien. — Mexique.
- Exposition du roi de Siam. — Siam. Exposition collective de la Tunisie. — Tunisie.
- Exposition de l’Inde française. — Inde française.
- Exposition permanente de la Guyane française. — Guyane.
- Exposition permanente du Sénégal. — Sénégal.
- Faure-Beaulieu-France.
- Fleurot et Cic. — France.
- Fokine (N.-N.) — Russie.
- Galland (Gustave). —France.
- Gatuellas y Pascuet. — Espagne. Geistodt-Kiener et Cic. — France. Georges (Édouard). — France.
- Gonzalès (E.). — Mexique. Gouvernement de la République du Paraguay. — Paraguay.
- Gouvernement de l’État de Yucatan.
- — Mexique.
- Ilantz Nass. — France.
- Jansen en Tilanus. — Colonies néerlan-landaises.
- Juan (Herederos de Vicente). — Espagne.
- Kariakina (les héritiers de E.-S.). — Russie.
- Kœhl et Cic. — France. Kralingsche-Katoen Mÿ. — Pays-Bas. Labzin (J.-J.). — Russie.
- Lavallard et Cie. — France.
- Lenormand (G.) — France.
- Lezin Barousse. — Mexique.
- Libertad D. Davila. — Mexique.
- Loyand (Auguste). — France.
- Magat (frères). — France.
- Marechallat et Mercier. — France. Mariani (José). — Portugal.
- Melcheis. — Mexique.
- Millet (J.-Victor). — France.
- Morcel, Lepetit et Cic. — France. Mouret-Demoncheaux (L.-Octave). — France.
- Musée industriel et commercial de Porto. — Portugal. Naton-Demonccaux. — France. Negrette (Martinez F.). — Mexique. Novikoff (A.-N.). — Russie.
- Otto Wogau. — Russie.
- Ouvroir d’Athènes. — Grèce.
- Redo (Joaquin). — Mexique. Requebœuf (Constant). — France. Rigaut (Ad. et E.). — France.
- Rœder (Gustave). — Brésil.
- San Cayetano. — Mexique.
- Sénégal. — Colonies françaises. Simonara. — Japon.
- Sini (J.-M.). — Mexique.
- Stricker et Diem. — Suisse.
- Taditch (Mme Anna). — Serbie. Thuillier-Desmarest. — France.
- Trianti fils. — Grèce.
- Tunisie (Exposition collective). — Tunisie.
- Valle (F. del). — Mexique.
- Van dem Bemdem (J.-B.). — Belgique. Zorilla (J.). — Mexique.
- Witz et Esstinger. — France.
- Ménlions honorables.
- Amady Natago. — Sénégal.
- Assoçiaçao Fraternal de fabricantes de Tecidos. — Portugal.
- Avila. — San Salvador.
- Barbosa (G.-G.). — Portugal. Bascheseiseaisha. — Japon.
- Beltrami (Eug.). — Grèce.
- Cantzourou (Athina). — Grèce.
- Caramanos (S.). — Grèce.
- Caramouza (Mme Irène). — Grèce. Carantzis (D.). — Grèce.
- Commission coopérative de Quito. — Équateur.
- Costa (Joaquin Martins d’Oliveira). — Portugal.
- Daoûssi (M,uo Théodora). — Grèce. Département de San Salvador. — Salvador.
- Département de San Vicente. — Salvador.
- Direction des prisons, à Pojarevatz. — Serbie.
- Enriquez (W.). — San Salvador. Eugenoula. — Grèce.
- Exposition collective d’Ispahan. — Perse.
- Ferreira (Carlos da Silva). — Portugal. Geortzi (M,,,<!). — Grèce.
- Ghougas. — Perse.
- Godde (Albert). — France. Gouvernement de l’État de Guanajuato. — Mexique.
- Gouvernement de l’État de Guerrero. — Mexique.
- Gouvernement de l’État de Oaxaca. — Mexique.
- Ginglanesco (Élisaveta Toma). — Roumanie.
- Guèdes et Cie (Manoel). — Brésil. Guimaraes (Antonio da Costa) fils et Cie.
- — Portugal.
- Ilarel frères. — France.
- Joannidou (Mme Sophie). — Grèce. Karstin et Hadlich. — Brésil.
- Kuwada. — Japon.
- La Providencia. — Mexique.
- Leduc et Remy. — France.
- Maglivera (M'"0 Georgette). — Grèce. Mitsena. — Grèce.
- Mizota. — Japon.
- Municipalité de Vragna (La). — Serbie. Moraïti. — Grèce.
- Okada (Jiutaro). — Japon.
- Ouvroir de Poros. — Grèce.
- Palacios. — Équateur.
- Pellegrin (M,ne). — Algérie.
- Perrin fils. — France.
- Phloundra (Paraskevi). — Grèce. Protonotario (Sophie). — Grèce. Province de Hanoï. — Annam-Tonkin. Province de Muong. — Annam-Tonkin. Province de Sontay. —Annam-Tonkin. Richard. — Perse.
- Rindin (J.). — Russie.
- Sacca (MIllC Irène). — Grèce.
- Sarli (Théodora). — Grèce.
- Sawai (Katsujiro). — Japon. Schlessinger (Mu,c). — Salvador.
- Société pour l’instruction du peuple.
- — Roumanie.
- Stfanoula. — Grèce.
- Tokuara (Sataro). — Japon.
- Wilmot et Cie (Clementhe II). — Brésil. Yusef Gerbi. — Tunisie.
- Yusef (S.-M.-IIaïat). — Tunisie.
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- VI
- LES INDUSTRIES TEXTILES
- CLASSE 31.
- Fils et Tissus de lin, de chanvre, etc.
- LISTE DU JURY.
- Magnier France.
- Leirens Belgique.
- Simonnot-Godard... France.
- Faucheur France.
- Chaper Colonies.
- Stcvelly (J.) Gdo-Bretagne.
- Saint (Ch.) France.
- Widmer France.
- Andreœs (R.-W.-I.). Gde-Bretagne.
- Le Blan (Paul) France.
- Hassebroucq (Victor) France.
- Grands prix.
- Casse (J.) et fils. — France. LinificioetCanapificionazionale.—Italie. Morel et Verbeke. — Belgique.
- Rey aîné. — Belgique.
- Société anonyme La Lys. — Belgique. Société anonyme de Pérenchies. — France.
- York Street Flax SpinningC0. — Grande Bretagne.
- Médailles d’or.
- Bertrand (Edmond). — France. Brémond fils. — France.
- Bricout-Molet et fils. — France. Carmichael frères et Ci0. — France. Cauvin-Yvose (E.), petit-fils. •—France. Chambre de commerce d’Armentières. — France.
- Comité linier du Nord. — France. Crespel et Descamps. — France Deblock (D.). — France.
- Demidoff (W.-F.) — Russie.
- Deneux frères et Cie. — France.
- De Smet et Dhanis. — Belgique. Droulers-Vernier (P.-Charles).— France. Filature de lin d’Essonne. — France. Garnier-Thiébaut frères. — France. Gratry et Cie. — France.
- Guillemaud aîné. — France, lleuzé, Goury et Le Roux.— France. Janvier père et fils et Cie. — France. Kyd frères. — France.
- Lambin (Ignace). — France.
- Lanicl père et fils. — France.
- Mahieu (Auguste). — France.
- Ménard (Antoine). — France.
- Meunier et Cie. — France. Nicolle-Verstraëte (Ernest). — France. Parmentier (P.) et Ck'. — Belgique. Pouchain (Victor). — France.
- Ramie française. — France.
- Renshavv and C° limited. — Grande-Bretagne.
- Société linière gantoise. — Belgique. Société de la manufacture linière Sido-roflf (S.). — Russie.
- Turpault (A.). — France.
- Union linière du nord. — France. Villard, Castelbon et Vial. — France.
- Médailles d'argent.
- Alafousofl (I.-J.). — Russie.
- Bock père et fils. — Belgique.
- Benoît (Albert). — Belgique.
- Bisson et Guilbcrt. — France. Bonassieux fils. — France.
- Brunet y Serrât. — Espagne.
- Casais (JA. — Espagne.
- Chaplet fils et Pivert. — France. Chapon frères. — France.
- Costa Guimaraes (Antonio da) fils et Cie. — Portugal.
- Cousin frères. — France.
- Crépy fils et Ciü. — France.
- Crespel (Ve G.) et fils. — France.
- Devos frères. — France.
- Dickson et Cie. — France.
- Drieux (V.) et Ci0. — France.
- Duhamel (Léon). — France.
- Exposition permanente des colonies. — Colonies.
- Gavelle-Brierre. — France.
- Gavelle, Hall et Cic. — France.
- Govaert frères. — Belgique. Huret-Lagache et Cie. — France.
- Island Spinning G°. — Grande-Bretagne. Japon (Collectivité), — Japon.
- Lefebvre (Alexandre). — France. Lheureux fils (Eugène). — France. Mamouaka. — Colonies.
- Marques, Garait y G1'. — Espagne. Migeon jeune (P.-Lucien). — France. Niquet (Isaïe). — France.
- Ouvrard (Calixte). — France.
- Raës (J.) la Flandre. — Belgique. Ravinet(A.), Grisez (E.)ct Cie. — France. Robinson et Clcaver — Grande Bretagne.
- Saint-Léger (Victor). — France.
- Samson (Jean) — France.
- Scrive frères. — France.
- Service local de Nossi-Bé. — Colonies. Simonnet (Camille). —- France.
- Société générale de la Ramie. — France. Société anonyme linière de Courtrai.— Belgique.
- Société anonyme linière de Saint-Léonard. — Belgique.
- Société anonyme linière Saint-Sauveur. — Belgique.
- Ullathorn and C°. — Grande-Bretagne. Vancauwenberghe (G.), Davenport (S.) et Cie. — France.
- Van Gheluwe-Lefèvre. — Belgique.
- Médailles de bronze.
- Association de femmes à Belgrade. — Serbie.
- Association de femmes à Nisch. — Serbie.
- Association linière. — Belgique. Collège de la Régénération. — Portugal. Darras frères. — France.
- De Kien (Léonard). — Belgique.
- Desmazières (Louis). — France.
- Dierkens Verschoore (O.). — Belgique.
- Donegal Industrial Fund. — Grande-Bretagne.
- Lambin (Auguste).— France.
- Lanes (J.-Edmond). — France.
- Oberlaender (F.-M-). — Autriche.
- Oliveira-Costa(Joaquim-Martins d’). — Portugal.
- Planteydt (P.). — Pays-Bas.
- Service local de Mayotte. — Colonies.
- Vancauwenberghe (A.), Seys(E.), Snovv-den (W.). — France.
- Wautebs, Desc*amps, Ritter et Cic (Société linière athoise). — Belgique.
- Mentions honorables.
- Association collective. — Serbie.
- Brésil (Collectivité). — Brésil.
- Col'ectivité du Nicaragua. — Nicaragua.
- Dierman fils et Cie. — Belgique.
- États-Unis d’Amérique (Collectivité). — États Unis.
- Herederos de Juan Vicente.— Espagne.
- Mashi-Boseki-Kaisha. — Japon.
- Mexique (Collectivité). — Mexique.
- Musée commercial de Porto. — Portugal.
- Leite (Rodolphe). — Portugal.
- République de Saint-Marin (Collectivité). — Saint-Marin.
- Roumanie (Collectivité). — Roumanie.
- Service local du Gabon et du Congo.— Gabon-Congo.
- Sirot. — Inde française.
- Syndicat commercial du Pirot. — Bulgarie.
- CLASSE 32.
- Fils et Tissus de laine peignée. Fils et Tissus de laine cardée.
- LISTE DU JURY.
- Dauphinot France
- Mullendorff (Ch.).. Belgique.
- Huot France.
- Jourdain (Eugène). France.
- Duché (Pierre).... Tunisie.
- Brück (Heinrich).. Autriche-Hongrie.
- Linck (Armand)... Belgique.
- Planas (José) Espagne.
- Woodhouse (Edwin) Grande-Bretagne.
- Godchaux (Louis).. Luxembourg.
- Pires (Julio-José).. Portugal.
- Lipinski (S.-C.)... Russie.
- Balsan (Auguste).. France.
- Blin (Théodore)... France.
- Brocard France.
- Boussus France.
- Bréant France.
- Lagache France.
- Lelarge France.
- Nivert (Emilien).., France.
- Robert France.
- Siéber (Henri) France.
- Thézard France.
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- A L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1889.
- VII
- Ytuno (Martinez).. Rép.Argentine. Echaurren (Valero) Chili.
- Audresset (J.).. France.
- Bartlie (Eugène)... France.
- Hussenot (Hubert). France.
- Giburt.......... France.
- Grands prier.
- Association des fabricantes de Sabadell. — Espagne.
- Bellest (E.) et O. —France.
- Breton (L.) et fils. — France.
- Chambre de commerce de Roubaix. — France.
- Chambre de commerce de Tourcoing. — France.
- Exposition collective de draperies viennoises. — France.
- Exposition des fabricants de drap de la ville de Sedan. — France.
- Grandjean (A.) et Cio. — France. Leclerc-Dupire. — France.
- Simonis (Iwan). — Belgique.
- Société du commerce et de l’industrie lainière de la région de Fournies. — France.
- Tabourier, Bisson et Cic. — France. Médailles d'or.
- Alba, La Source et Puech (A.).— France. Allari et Ciü (Léon). — France.
- Antoine (H.-C.). — France.
- Belin (Ch.) et Cio. — France. Berjonneau-Demar. — France.
- Biolley frères. — Belgique.
- Bonvoisin fils. — Belgique.
- Bossuat et Gaudet. — France. Buirette-Gaulard. — France.
- Carissimo (Florent et Henri). — France. Colectividad de fabricantes de Tarrasa. — Espagne.
- Communeau et Driard. — France. Demuth (Antoine et fils). — Autriche Demachy et Sellière. — France. Dietsch frères. — France. Dumortier-Cuignet. — France.
- Elie, Franche! et Cic. — France. Exposition collective des fabricants de couvertures de la ville d’Orléans. — France.
- Exposition collective du gouvernement de Tunis. — Tunisie.
- Foster (John) and Son. — Grande-Bretagne.
- Fraenckel-Blin. — France. Gamounet-Dchollande. — France.
- Garot (1.. et J.). — Belgique.
- Gonzalez (Eusebio). — Mexique.
- Goujon et Bourgeois. — France, llenrion (J.-J.). — Belgique.
- Holden (Jonathan). — France. Lecorneur et Olivier. — France. Lejeune-Vincent (H.-J.). — Belgique. Lejeune (Léon). — Belgique. Lieutenant (Henri). — Belgique. Marling et Ciu. — Grande-Bretagne.
- Marteau frères. — France.
- Masse (Paul). — France.
- Masurel (François). — France. Michaïloff et fils. — Russie.
- Michau (Th.) et Ci0. — France.
- Michel et Bureau fils. — France. Montagnac (E. de) et fils. — France. Motte (Alfred) et Ciü. — France.
- Noirot, Janson et Cic. — France. Olombel (Philippe). — France.
- Pâté frères. — Fr ance.
- Peltzer et fils. — Belgique.
- Poiret frères et neveu. — France. Pollet (César et Joseph). — France. Poullot (J.). — France.
- Prat (Adrien). — République Argentine Prinvault (Raynald). — France.
- Reyrel et Ciu. — France.
- Rodriguez y Ilermano. — Espagne. Rousseau (Jules). — France.
- Roussel (F.) père et fils. — France. Schwartz et Ciu. — France.
- Société anonyme de Loth. — Belgique. Stackler (Ch.-L.-Joseph).— France. Tasté (Jean). — Belgique.
- Ternynck frères. — France.
- Valluit (Pascal) et Cic. — France. Walbaum père et fils et Desmarets. — France.
- Médailles d'argent.
- Adeline Neveu. — France.
- Apperly, Curtis et C°. — Grande-Bretagne.
- Aubin, Sauvage et Cic. — Belgique. Benoist et Ci0. — France.
- Bernier (L.) et Cie. — France.
- Bisson, Savreux et Fromont.— France. Blais-Mousseron. — France.
- Bloch (Justin). — France.
- Bonnier (jeune) et fils. — France1 Boudou. — France.
- Boulet et Lecerf. — France.
- Bourgeois frères. — France. Boutiouguine (K.-J.). — Russie.
- Burdy (Jean). — France.
- Campos Mello et Irmào. — Portugal. Canthelou (Albert). — France.
- Chatten et Blanjean. — Belgique. Chedville (Désiré). — France. Clarenson et Lebret. —France. CollectivitédesÉtats-Unis.—États-Unis. Colliard (Ch.). — France.
- Comité du district fédéral. — Mexique. Compagnie de lainages d’arroios, Lisbonne. — Portugal.
- Compagnie de lainages de Campo Grande. — Portugal.
- Cottereau (Albert). — France. Darimont et frères. — Belgique. David-Labbez (les filé de). — France. Delahaye (Julesj. — France.
- Desse, Jonquoyet Gie. — France.
- Duché (G.) et Cie. — France.
- Duesberg et Ci0. — Belgique.
- Elauine fils (Fedor). — Russie.
- Exposition collective de Mazamet. — France.
- Fabrica La Fronteriza. — Mexique. Flament (Ch.) et fils. — France.
- Florin (Aug.) et fils. — France, fornells y Compania. — Espagne. Fortin (Eugène). — France.
- Garvie et Dtas. — Grande-Bretagne. Casse frères. —France.
- Geoffroy Castanet et Ci0. —France. llamelle-David et Gic. — France.
- Héloin (II.). —France.
- Hiroux-Dupont. —France.
- Hospice des enfants de Zacatecas. — Mexique.
- Hubinet (Louis). — France.
- Lecallier (Ve) et fils. — France. Lecomte (Alfred) et Cic. — France. Lefebvre (Aimé) et Ci0. —France. Lesser et Garnier. — France. Levent-Frenoy, Ludvviq et Cie. — France. Longeon-Mutel. —France.
- Ministère de la guerre. — Japon. Mommers (Chrétien) et Cie. — France. Moumal (Jean). — Belgique.
- Muriedas tlermanos. —Mexique. Naude (D.). — France.
- Niquet (Ernest). — France. Nouvion-Jacquet. —France.
- Olivier (Philogène). —France.
- Oudin (Albert) et Cio. — Belgique.
- Petit et Follet. — Belgique.
- Pollack (Frédéric). —Autriche. Richard (Jules). — France.
- .'agehomme Debaar. —Belgique.
- Sala Hermanos. — Espagne.
- Salvans Hermanos y Busqucts. — Espagne.
- Shnyder (J.-J.) Waedensweil. — Suisse. Société anonyme de tissus de laine des Vosges. — France.
- Société Franco-Belge de Santiago. — Chili.
- Stansiîeld, Brown and C°. — Grande-Bretagne .
- Stavaux (Clovis). —France.
- Tournier (Jules) et fils. — France. Trotry et Trotry-Latouche fils. — France.
- Vaillant et Ve Pruvot. — France.
- Veiga (José-Mendès). — Portugal. Vilcoq et fils. — France.
- Voigt (Em.). — France.
- Voos (F. et G.). — Belgique.
- Voos (J.-J.). — France. Windish-Robcrto. — Mexique.
- Zaccour (Mohammed ben). — Tunisie.
- Médailles de bronze.
- Achem Zarrouck. —Tunisie.
- Alçada et Mouzaco. — Portugal.
- Alcaz. — Roumanie.
- Antonio Luna. — Mexique.
- Armitage frères. — Grande-Bretagne. Barbouchi frères. — Tunisie.
- Béraud. — Pays-Bas.
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-
- VIII
- LES INDUSTRIES TEXTILES
- Berne (J.-M.). — France.
- Boudier et Petrequin. — France. Brossel (Jean). — France.
- Casabo y Compania. — Espagne. Collectivité de la Bolivie. — Bolivie. Collectivité de Guatemala. — Guatemala. Collectivité de l’Equateur. — Equateur. Collette fils et Mouquet. — France. Commission auxiliaire de la République Argentine. — République Argentine. Costa Antonio-Augusto-Lopez da). — Portugal.
- Couchot jeune (Ve) et fils. — France. Delaunay et Pingault. — France.
- Delbez et David fils. — Belgique.
- Duez et fils. — Belgique.
- Elaguine (A.) et fils. — Russie.
- Escara y Paulina et Secundina. — Chili. Fabrica de Técidos do Rinck. —Brésil. Fanchamps (Pierre). — Belgique. FontanalsArmengoly Jover. — Espagne. Frédet-Magnin. — France.
- Grisay (Adolphe). — France, Herederos de Vincente (Juan). — Espagne.
- Ilunt et Winterbotham. — Grande-Bretagne.
- Legris père et fils et Maurel. — France. Liacuri frères. — Mexique.
- Lemaire et Mention. — France.
- Letona et Cle. — Mexique.
- Lèvent, Deflandre et Cortaillod. — France.
- Lopez (llijos de José R.). —Espagne. Machkovvski (J.) et fils. — Russie. Magne (Émile). — Algérie.
- Maistre (Jules). — France.
- Malbran (Manuel). — République Argentine.
- Martinel frères. — France.
- Matvvïeff (J.-M.) fils et Cic. — Russie. Mély père et fils. — France.
- Prats e Hijos. — Espagne.
- Porter (H.-G.) and C°. — Grande-Bretagne.
- Rodriguez (ülpiano). — Espagne. Roestenberg (Pierre). — Belgique. Saddock Tamar. — Tunisie.
- Salomon (J.-L.). — Autriche.
- Salvado e Llorens (Miguel). — Espagne. Samson-Lepesqueur fils. — France. Sapojkoff (K.-N.). — Russie.
- Safonoff (N.-J.) fils . — Russie.
- Savoye et Ci0. —France. Tanquart-Dugué, Pénicaud et Cic. — France.
- Tirard et Quinton. — France.
- Rogeiro (José-Rodrigues). — Portugal. Valentin-Goulley et Spément. —France. Vitalis frères. —France.
- Zimmermann et Berger. — France.
- Mentions honorables.
- Andreff (les héritiers de J.). — Russie. Balthazar (Gregorio). — Portugal. Bonnaud (Moïse). — France.
- Carter (John) and C°. — Grande-Bretagne.
- Chauffert et Cie. — France.
- Collectivité de draperies communes de Serbie. — Serbie.
- Collectivité de Roumanie. —Roumanie. Dames de Belgrade. — Serbie.
- Delos (Jules) fils. — France.
- Egoroff (J.-E.). — Russie.
- Exposition collective de couvertures de Grèce. — Grèce.
- Galleguillos frères. — Chili.
- Hernandez (Juana de). — Chili.
- Kleiber (J.-K.). — Russie.
- Kretowa (M,,,e D.-J.). — Russie. Legendre, Mahieux et Ilcnnequin. — France.
- Leroy frères et Ci0. — Belgique. Méquesse (Louis). — Algérie. Mohammed-Chemah. — Tunisie.
- Munch frères. — Serbie.
- Pecquin (Léon). — France.
- Rogojnikoff (Mmo M.-J.). — Russie. Sagehomme fils. — Belgique. Serwir-Byron et Cie. — Belgique.
- Si el Hadj bou hafs ben Mansour ben Ilabid. — France.
- Thorp (Jonathan) and Sons. — Grande-Bretagne.
- Voisin (Jules). — France.
- Zarouck Mohammed Chérif. — Algérie.
- CLASSE 33
- Soies et tissus de soies.
- LISTE DU JURY.
- Itondot (Natalis) .. France.
- Varango (L.) Russie.
- Lilienthal France.
- Gauthier (Antoine) France.
- Hébrard (Jacques). Colonies.
- Giquel (Emile).... Chine.
- Fouquier (Paul) ... Egypte.
- Wardle (Thomas) .. Grande-Bretagne.
- Clado (Marino).... Grèce.
- Nakade (S.) Japon.
- Doisy Perse.
- Mégroz Suisse.
- Vollenweider(Ulrico) Suisse.
- Blanchon (Gaston). France.
- Courthial France.
- Isaac (Auguste).... France.
- Permezel France.
- Rebour France.
- Sauvage France.
- Sevène France.
- Vin (Jean) Belgique.
- Borrel y Pujadas.. Espagne.
- Rampoldi Italie.
- Peny (J.) Japon.
- Siber Suisse.
- Boufher (A.) France.
- Germain France.
- Grands prix.
- Baumann aîné et Cie. — Suisse.
- Bardon, Ritton et Mayen. — France.
- Bérard et Ferrand. — France.
- Bonnet (les petits-fils de C.-J.) et Ciu. — France.
- Bouvard (E.) et Mathevon fils. — France. Bresson, Agnès et Cic. — France. Brosset-IIeckel et Cio. — France. Brunet-Lecomte, Moïse et Cio. —France. Chambre de commerce de Lyon. — France.
- Chabert (J.) et Cic. — France.
- Chatel et Tassinari. — France. Colcombet (F.) et Cie. — France.
- Ducoté, Caquet-Vauzelle et Cote. — France.
- Durand frères. — France.
- Emery (L. et A.). — France.
- Filature impériale de Tomyoka. — Japon.
- Giron frères. — France.
- Gourd (A.) et Cie. — France.
- Henry (J -A.). — France.
- Lamy (A.) et Giraud (A.). — France. Montessuy (A.) et Chômer (A.) — France.
- Palluat (H.) et Testenoire. —France. Payen (Louis) et Cîc. — France.
- Piotet (J.-M.) et Roque (J.). — France. Poncet père et fils. — France.
- Sapojnikoff (A. et W.). — Russie. Schwarzenbach-Landis (J.). — Suisse. Schulz, Gourdon et Cie. — France. Tissage mécanique de soieries à Adlisweil. — Suisse.
- Tresca frères, Sicard et Cio. — France. Troyet (P.) et Cie. — France.
- Médailles d'or.
- Antoine (A.) et Cie. — France.
- Armandy et Cie. — France.
- Audibert (L.) et C'°. — France.
- Balay (G.) et Varagnat. — France.
- Barrés frères. — France.
- Baumann et Streuly. — Suisse. Beauvillain (A.). — France.
- Beaux (A.). — Italie.
- Béraud (J.) et Ci0. — France.
- Blanchon (Ve) fils et Cie. — France. Boudon (L.) et Cio. — France.
- Bright (John) and Brothers. — Grande- * Bretagne.
- Carastamati (MmC). — Grèce.
- Chaix et Ci0. — France.
- Champagne, Range et Vernay. —France. Charbin (E.). — France.
- Combier (Maurice) et Cic. — France. Craponne (S.). — Italie.
- Cuchet père et fils. — France.
- Décot (G.). — France.
- Décousus et Journoud. — France. Devaux et Bachelard. — France. Fabregas y Rafart (C.). — Espagne. Forest (J.) et Cîe. — France.
- Fougeirol (A.). — France.
- Fraisse, Merley fils et Cic. — France. Gauthier, Bellon et Cie. — France. Gindre et Ci0. — France.
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- A L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1889.
- IX
- Giraud (C.-O.) et Cic. — Russie.
- Grout and C°. — Grande-Bretagne. Gustelle et Ponson. — France, llamelin (E.) et Ci0. — France, llasegavva (Hanshichi). — Japon.
- IIuber (E.) et Ciü. — France.
- Ida. — Japon.
- lto (Kosayemon). — Japon.
- Jaboulet, Burin et Dorel. — France. Kanasawa Nenshi Kaisha. — Japon. Katzuyama-Seishi-Kaisha. — Japon. Kavvashima (Zimbei). — Japon.
- Le Gros, Thompson and C°. — Grande-Bretagne.
- Lister and C°. — Grande-Bretagne. Mandard, Chardin et Gi0. — France. Marcoux et Châteauneuf. — France. Martin (J.-B.). — France.
- Martin (L.) et Ci0. — France.
- Massing frères et Cie. — France. Nicholson (J.-O.). — Grande-Bretagne. Noz et Diggehnann. — Suisse.
- Norwich Crape C°. — Grande-Bretagne. | Ogier (V.), Duplan (L.) et Cic. — France. O.shimashosha. — Japon. Owatari-Seishijo. — Japon.
- Picquefeu (les fils de V.). — France. Pinatelle et Brossy. — France.
- Pially (P.-G.). — France.
- Rokkosha. — Japon.
- Rosset (A.). — France.
- Rütschi et Ciu. — Suisse.
- Sait (Sir Titus Bart), Sons and C°. — Grande-Bretagne.
- Simono (G.) et Cie. — Russie.
- Société anonyme pour l’exploitation en France des filatures Serrel. — France. Société de la manufacture de soieries de Moscou Moussy (P.-A.) et héritiers de Goujon (P.) réunis. — Russie. Solovieff (J.-J.). — Russie.
- Staron (P.) jeune et Ciu, — France. Stehli-Hirt (E.). — Suisse.
- Strohl, Schwarz et Ciu. — France. Tabard (B.) et Ci0. — France. Tabourier, Bisson et Ciu. — France. Teissier du Gros (E.). — France.
- Tissage mécanique d’étoiles de soie de Winterthur. — Suisse.
- Tissage mécanique de llorgen. — Suisse. Tissage mécanique de soie de Ilüti. — Suisse.
- TrapadouX frères et Cio. — France. Vermorel (S.) et Ci0. — France. Wauterset Cooremans(E.). — Belgique. Yonesawa Seishijo. — Japon.
- Médailles d’argent.
- Abdoulinoff-Mirza-Boukarine, à Samar-kant. — Russie.
- Ameiya. — Japon.
- Amphoux et üalgas. — Italie.
- Araud neveu et Eyraud (C ). — France. Arquische, Voisin et Grospellier. — France.
- Atuyer, Bianchini et Férier. — France.
- Azucéna (Pedro). — Salvador.
- Barrai, Chanay et Cie. — France.
- Bastide (A.-A.). — France.
- Bianchini, Bernard et Cio. — France. Bickert et Besson. — France.
- Bonnetain (E.), Bayle et Cie. — France. Bosio (Marie). — Italie.
- Boucharlat frères et Pelet. — France. Boulard et Ci0. — Egypte. Bouto-Kiichiro. — Japon.
- Bouvier (M.). — France.
- Boyriven frères et Gi0. — France. Brunschwig (E.). — France.
- Carrière (E. et P.). — France.
- Carton (A.). — France.
- Cash (J. et J.). — Grande-Bretagne. Charreyre (Virgile). — France. Chorel-Escorbia (E.). — France. Chrisocomo (Marie). — Grèce.
- Clayette et Mantelier jeune. — France. Cocosli (N.). — Grèce.
- Constantinidi (Philio). — Grèce.
- Coren (J.). —France.
- Dadrc (E.). — France.
- Daté. — Japon.
- Denis et Ci0. — France.
- Duchamp (E.). — France.
- Dumas (J.-B.). — France.
- Dumas (O.). — France.
- Durel et Guichard. — France.
- Dussol (Léon). — France.
- Fayol (Régis). — France.
- Filature du gouvernement local de Kanga. — Japon.
- Fougcirol et Garnier (E.). — France. Franquebalme (A.) fils et Giu. — France. Gakosha. — Japon.
- Galle, Chaboud et Faye. — France. Gérin (J.) et Cie. — France.
- Gervais (F.-César). — France.
- Giretti. — Italie.
- Gonindard (L.), Jance (L.) et Ci0. — France.
- Gouvernement de l’État de Oaxaca. — Mexique.
- Gouvernement tunisien. — France. Grout. — France.
- Guigou (C.). — France.
- Guivet et Delaroche. — France. Ilazzopoulo (Mme P.). — Grèce.
- Hosoya Seishijo. — Japon.
- Ilonegger frères, Koelliker et Cic. — Suisse.
- Jaillet, Leplantier et Ciu. — France. Kameda. — Japon.
- Kanasawa Seishijo. — Japon. Kawamoto. — Japon.
- Kimura. — Japon.
- Koensha. — Japon.
- Lachard frères et Ciu. — France.
- Laval (J.) et Tronel (F.). — France. Lemaître et Ciu. — France.
- Li-Sen-Lee. — Chine.
- Marion (II.) et Collon. — France. Matsushiro Seishi-Kaisha. — Japon. Ministère des colonies. — Colonies françaises.
- Mohamed-ben-Zaccour. — Tunisie. Morand (Marius). — France.
- Moriyama. — Japon.
- Neyret (J. et P.). — France.
- Ouvroir d’Athènes. — Grèce.
- Paillac (A.). — France.
- Palizzi (José). — Mexique. Papachristo-Gramatiki. — Grèce. Poitou (G ). —France.
- Ramirès (F.-A). — Portugal.
- Revel père et fils. — France. Reyre-Louvier (E.). — France. Rhigopoulo frères. —Grèce.
- Roche et Cie. — France.
- Roux père et fils. — France.
- Ryffel et Ciü. — Suisse.
- Sarda (Aug.). — France.
- Schaerer (E.). — Suisse.
- Schœler (J.) et Brunon (P.). — France. Semenza et Ravazi. — Italie.
- Silva (Alexandre). — Chili. .
- Smits (Adrien). — Belgique.
- Société anonyme pour l’industrie de la soie à Toresina. — Italie.
- Soumitomo Seishijo. — Japon.
- Stavriani Artino. — Grèce.
- Steiner (R.) — Suisse.
- Tadenuma. — Japon.
- Tapissier frères. — France.
- Tarditi (A.). — Italie.
- Thomas frères. — France.
- Thomasset, Capony et Gérin. —France. Tissage mécanique de Zurich. —Suisse. Tokosha. — Japon.
- Trapier frères. — France.
- Tromparent (A.). — France, furge (N.). — France.
- Vallat et Deville. — France.
- Vaquez Fessart et fils. — France. Vertupier-Colombier (L.). — France. Viallar, Guéneau et Chartron.— France. Vischer et Burckhardt. — Suisse. Vitlemescu (MUe Sophie). — Roumanie. Werdmüller et Ciu. — Suisse. Yokoyama, — Japon.
- Yong Heng. — Chine.
- Zaglodine (J.-P.). — Russie.
- Médailles de bronze.
- Akashiba Seishijo. — Japon.
- Alteriis (G. de). — Italie.
- Arriague (Pascual). — Uruguay. Association des femmes de Belgrade. — Serbie.
- Association rurale de Moiitévidéo. — Uruguay.
- Aurclle frères. — France.
- Barbier fils (C.). — France.
- Barbouclii frères. — Tunisie.
- Barrallon (P.). — France,
- Bérard (J.). — France.
- Berger (Ch.). — France.
- Bernard (O.-L.).— France.
- Betsicoura sœurs. — Grèce.
- Bigex (D.). — Grande-Bretagne. Boiteux (H.). — Brésil.
- Supplément a l'industrie textile du 15 Janvier.
- Appendice, il.
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- LES INDUSTRIES TEXTILES
- Bonnet (J.-B.)-— France. *
- Boudarel fils et Chavanon. — France. Bourgoin-Meiffre. — Annam-Tonkin. Brunner (A.). — Suisse.
- Butoarella (Antonio). — Mexique. Catsaïtis (Jean). — Grèce.
- Chaco (Rito). — Salvador.
- Charapestève (E.). — France. Charpentier (A.) et Rémy. — France. Commission provinciale de Tacna. — Chili.
- Coste (Joannès). — France.
- Cyphioti. — Grèce.
- Cyrizopoulo (Ciriacos). — Grèce. Dolder (A.). —Suisse.
- Dupuis de Lavaur (Ve). — France. Forissier (A.). — France.
- Fukida Seishijo. — Japon.
- Garaud, Pascal et Ciu. — France. Goldarbeiter (L.-S.). — Russie. Gouvernement-de Vénézuéla. — Véné-zuéla.
- Hinde (F.) and Sons. — Grande-Bretagne.
- Hossoya Seishi Kaisha. — Japon.
- Ilortz (F.). — Suisse.
- Jamme (Armand) et Ci0. — Belgique. Jeannacopoulo. — Grèce. Kanayaina-Sha. — Japon.
- Kavvaï. — Japon.
- Kinko. — Japon.
- Lagrange frères. — Belgique. Lagrange-Peeters. — Belgique.
- Laplace (Aimé). — France.
- Laville et Caron. — France.
- Mallevai, Masson et Cie. — France. Massa (R.). — Italie.
- Mayer (S.) et C‘°. — Suisse.
- Mentis (Spiridion). — Grèce.
- Mitsukoshi Bosekijo. — Japon.
- Molle (E.). — France.
- Monjo y Xirinachs. — Espagne. Moschoviti (Antonitsa). — Grèce. Mousrné Daroumé. — Japon.
- Nagaï. — Japon.
- Nonaka. — Japon.
- Oliveira (José Joaquim d’). — Portugal. Paisu (Maria). — Roumanie.
- Paes et fils (F. Cabrol). — Portugal. Pascalides frères. — Grèce.
- Perrot (A.). — France.
- Prud’hon (E.). — France.
- Quintanilla (P.) et sa fille. — (Mexique. Rezende (Maria de). — Brésil.
- Rodriguez Lopez (J.). —Espagne. Saddock-Tamar. — Tunisie.
- Santini (Henri). — Italie..
- Salo. —- Japon.
- Seishi Kairiogensha-SankosÜKD..— Japon. Shunmei-Sha. — Japon;
- Seeuws (J.) et Vanlandeghemi (F.'. — Belgique.
- Shiban. —Japon.
- Shojo-Kan. — Japon. Stanislescu-Paraschiva. — Ko>ama nie. Takano. — Japon.
- Takayamagumi. — Japon.
- i Takihi-Yahel. — Japon.
- Tateyama. — Japon.
- Teoni (Louis) et Cio. — Italie.
- | Taditch (Anna). — Serbie.
- ! Tsouro. — Japon.
- Yasuda (Rieymon). — Japon. Aronezawa-Seikenjo. — Japon.
- ! Zarrouk (Alchem). — Tunisie.
- Mentions honorables *
- Alexandropoulo (Anna). — Grèce. Asahigumi. — Japon.
- Association des femmes de Schabatz. — Serbie.
- Astcri (Assinio). — Grèce.
- Bunescu (S.-M.). — Roumanie, i Bunescu (Sevastita). — Roumanie. Ghadli-ben-Salak-Hadjia. — Tunisie. Cha Ratsi (Catherine). — Grèce.
- ! Chazigeorgio (Marie). — Grèce, j Chrysomali (Anio). — Grèce.
- I Collectivité des paysans de Bogorotzk — Russie.
- Collignon. — Nouvelle-Calédonie. Commission auxiliaire de Tuguman. — République Argentine. Constantopoulo (Michel). — Grèce. Coutsi (Calliope). — Grèce. Dazea(Eug.). — Grèce.
- Doncaki (Hélène). — Grèce.
- Dracoulako (Cyriaki). — Grèce. Enriquez. — San-Salvador.
- Eramikawa. —Japon.
- Faria (Fabio-Antonio). — Brésil.
- Fiol de Pereira (Dr). — Uruguay.
- Ford (Mme Alice). — Nicaragua.
- Francia (Félix). — République Argentine.
- Frangouli (Angélique). — Grèce.
- Furuya. — Japon.
- Georgiadès (Marie). — Grèce.
- Ghanagé et Bedaoni. — Égypte.
- Girard (Simon). Algérie.
- Go. — Japon.
- Gouvernement de Chihuahua. — Mexique.
- Gouvernement de l’Etat de Chiapas. — Mexique.
- Gouvernement de Puebla. — Mexique. Guzman (Dr Gustave). — Guatemala. Hernandez (Miguel). — Mexique. Ivvamoto. —Japon, kakufukusha. — Japon.
- Kavahari. — Japon.
- Laganako (Angélique). — Grèce. Lambert (Virgilio). — Brésil. Lam-Thi-Em. — Cochinchine.
- Lcjarza (Jésus). — Nicaragua.
- Lopes da Costa (A.). — Portugal. Lambopoulo (Marie). — Grèce. Marcopoulo (Eugénie). — Grèce. Markowitch (Anna). — Serbie^ Marineseu (Ana). — Roumanie. Matzavaco (Hélène). — Grèce.
- Médina (Francisco). —Nicaragua. Mohamed-Chemah. — Tunisie.
- Nakata. — Japon.
- Nicolaidès (Marie). — Grèce.
- Nihisoroi. — Japon.
- Nolfi (J.). — Italie.
- Nomura. — Japon.
- Oki. — Japon.
- Orphelinat de Culao Gieng. — Cochinchine.
- Palairos. — Equateur.
- Panteli (Caliope). — Grèce. Papajeanopoulo (Stavroula). — Grèce. Patsopoulo Anastasie. — Grèce. Pigadioti (Polixène). — Grèce. Poenareanu. — Roumanie.
- Ponction. — Cochinchine.
- Raïssis (A.). — Grèce.
- Ribas (Simao). — Portugal.
- Rivas (Salvador). — Nicaragua.
- Rizos (Apostolos). — Grèce.
- Roumelioti (Tsoïa). — Grèce.
- Saldana (Rafael). — Mexique.
- Salgado (Sérafin). — Uruguay.
- Samayra (J. Maria). — Guatemala. Sanchez (Mme). — Guatemala. Sanghiogensha. — Japon.
- Scordouli (A.). — Grèce.
- Son Dicp. — Cochinchine.
- Stavrescu (AL). — Roumanie. Thai-hun-vo. — Cochinchine.
- Torre (Luiz de la). — Uruguay.
- Urruela (M,no). — Guatemala.
- Ushida. —Japon.
- Vacalopoulo (Dimitro).— Grèce. Velissario (Catherine). — Grèce. Velikitch (Costa). — Serbie.
- Vroïli (Hélène). — Grèce.
- Xavier (Thérésa). — Brésil.
- Yoshimura. — Japon.
- Yushida. — Japon.
- Ziegler et Cic. — Perse.
- CLASSE 3A.
- Dentelles, tulles, broderies et passementeries.
- LISTE DU JURY.
- Binot................. France.
- Robyn-Stocquart (E.).... Belgique.
- Lefébure.............. France.
- Blazy................. France.
- Nos (Jayme)........... Espagne.
- Jesurum............... Italie.
- Muller (Burta)........ Suisse.
- Aider (Otto).......... Suisse.
- Crouvezier............ France.
- Dieutegard............ 1 rance.
- Hénon................. France.
- Oriol................. France.
- Ducret................ Colonies.
- Woytt.................. Équateur.
- Noirot-Biais.......... France.
- Grands prix.
- Aylô Idoux. — France et Suisse. Begerem (René). — Belgique. Davenière. —: France.
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- A L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1889
- Directoire commercial de Saint-Gall. — Suisse.
- Exposition collective du gouvernement tunisien. — Tunisie.
- Lava (Jules). — Belgique.
- Langlois. — France.
- Martin (Georges). — France et Belgique.
- Minne-Dansaert. — Belgique.
- Neveu.— France.
- Roi d’Annam (S. M. le). — Annam-Ton-kin.
- Robert. — France.
- Robert-West. — France.
- Warée. — France.
- Médailles d’or.
- Ancelot. — France.
- Arnett. — France.
- Beer (Myrtille). — France.
- Bello (Francisco et Jorge). —Portugal. Bonnassieux-Guidot. — France.
- Bôval de Beck. — Belgique. Chenevière. — France. Darcker-Bacquet. — France. Delaunay-Foucault. — France.
- Dillmânt (M",c de). — France.
- École de dessin industriel de Saint-Gall. — Suisse.
- École industrielle de dona Maria Pia, à Peniche. — Portugal.
- Exposition permanente des colonies. — Annam-Tonkin.
- Farigoule. — France.
- Fisch. — Suisse.
- Fiter (Ve Hijos de José). — Espagne. Fonson (Auguste). — Belgique. Fournier et Cie. — France.
- Geay et Joanny-Gillemety. — France. Groote (de) (Vierendel). — Belgique. Hansen (Mme Ida). — Danemark.
- Henry (Émile). — France.
- Herbelot. — France.
- Hummel et Seclig. — Suisse.
- Lavisson (W.). — Russie.
- Le Bas père et fils. — France.
- Lecomte et Cie. — France.
- Lemaire. — France.
- Lenique, Piquet et Cie. — France. Magin-Mora (Ve). — Espagne. Meulenacre (M‘“e de). — Belgique. Millet et Ve Ferry. — France. Gouvernement mexicain. — Mexique. Ministère de l’instruction publique. — Mexique.
- Ministère de la justice. — Cambodge. Nishimura. — Japon.
- Noguès Richard. — Belgique.
- Noyon. — France.
- Pagode des sept congrégations de Cho-len. — Cochinchine.
- Pagode de la congrégation de Canton.
- — Cochinchine.
- Pagny (Ve). — France.
- Pitiot. — France.
- Pfaïndler. — Suisse.
- Poiret frères et neveu. — France. Protectorat de l’Annam et du Tonkin.
- — Annam-Tonkin.
- Puginier (Mgr). — Annam-Tonkin. Reichenbach et Cie. — France. Rittmeyer et Clc. — Suisse.
- Rocheron. — France.
- Sacré (Léon). — Belgique.
- Saunier (Ermans). — France.
- Schelling (Fritz). — Suisse.
- Seiler, Preisig et Cic. — Suisse. Sonderegger (Tanner). — Suisse. Sturzenegger. — Suisse.
- Thiroux et fils. — Belgique.
- Trêves fils. — France.
- Weber (Ve) et fils. — France.
- VVetter. — Suisse.
- Médailles d’argent.
- Aboulinoff Mirza et Boukharine. — Russie.
- Achard. — France.
- Ahmed Bou Bidah. — Tunisie.
- Ananiadi (Amélie). — Grèce. Asconcellos. — Portugal.
- Bachtoe Diem et Lutz. — Suisse.
- Balas frères. — France.
- Bazin (V.) et Frunzer. — France. Bernard. — France.
- Blancarte (Inès). — Mexique. Blumer-Leeman et Gie. — Suisse. Bomy. — France.
- Brugarolas (Jayme). — Espagne.
- Cadart. — France.
- Calleja et Paterno (Ve de Calleja Juana M.), Manila. — Colonies espagnoles. Caméra Leme (de). — Portugal.
- Carrion Lopez (Carmen). — Espagne. Chesnay. — Annam-Tonkin. Clair-Leproust. — France.
- Collège de la Paz. — Mexique. Commission de l’exposition du Paraguay. — Paraguay.
- Contamin et André. — France. Cordier-Levray. — France.
- David. — France.
- Declercq-Clément. — Belgique. Devienne. — France.
- Donegal industrial Fund. — Grande-Bretagne.
- Douairet. — France.
- Ducasble. — Brésil.
- Dybowska (M"'c). — Espagne.
- École de jeunes filles de Copenhague. — Danemark.
- École normale d’institutrices. — Chili. École des arts et manufactures de femmes de Mexico. — Mexique. École nationale secondaire de jeunes filles. — Mexique.
- Escuela de Artes y Ofiicios de Ferol. — Espagne.
- Fauste (Ricardo). — Espagne. Ferry-Bonnon. — France.
- Fontaine et Rieder. — France.
- Foyn (Catherine). — Norwège.
- François (Pierre). — Italie.
- Frantz (Ve). — France.
- Frascati. — Italie.
- Gorsse. — France.
- Gorodetzkaja (A.-P.), directrice de l’école des bourgeois de Moscou. — Russie.
- Goujon. — France.
- Guérin. — France.
- Ilallette. — France.
- Hôpital de San Salvador. - Salvador. Instituto feminile. — Saint-Marin. Jolivet, Lasvigne et Ci0. — France. Kolonine (P.-J.). — Russie. Kouwschinnkoff (A.). — Russie. Kubsteiner et Meyer. — Suisse.
- Ladies, Work Society (the). — Grande-Bretagne.
- Lamperière. — France.
- Lavalette. — France.
- Laval et Tronel. — France. Lebel-Delalande. — France.
- Lebée. — France.
- Lemaître. — France.
- Lemire. — Annam-Tonkin.
- Lepeltier. — France.
- Levôque et Cie. — Belgique.
- Lockwood (William). — Grande-Bretagne.
- Luéas et Cie. — Espagne.
- Mankievitz (Henriette). — Autriche-Hongrie.
- Marion aîné et fils. — France.
- Moiselet. — France.
- Muraour et Pellerin. — France.
- Musée industriel et commercial de Lisbonne. — Portugal.
- Musée industriel et commercial de Porto. — Portugal.
- Nielsen (Mme Anna). — Moscou. Nicholson (J.-O.). — Grande-Bretagne. Pallier. — France.
- Postry-Payen. — France.
- Pouteau, Fichet et C',!. — France. Rembert. — France.
- Richenet et Gouiette. — France. Robinson et Cleaver. — Grande-Bretagne.
- Rodriguez Guadaloupa. — Mexique. Sarantopoulo (Élie). — Grèce.
- Sasse (Mlle Mathilde). — Danemark. Schmidt (Mmc Louise). — France. Schveizer et Cie. — Suisse.
- Silva (Alexandro). — Chili.
- Smits et Cie. — Belgique.
- Sofronie (Ve). — Roumanie.
- Souratoff (P.-P.). — Russie.
- Stander, Zurcher et Cic. — Suisse. Stroobant-Boogacrdts. — Belgique. Tobler. — Suisse.
- Tilmant. — France.
- Tofïlin et Cic. — France.
- Torley (Henry). — Belgique.
- Vallentin (Mniu). — Danemark. Vanderplancke sœurs. — Belgique. Vandezande-Goemaere ( Ve). — Belgique. Vasconcellos (Joaquim de). — Portugal.
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- LES INDUSTRIES TEXTILES
- Vicars et Poirson. — Grande-Bretagne. Whitt et Bâtes. — Grande-Bretagne. Yong-Hen. — Chine.
- Médailles de bronze.
- Achera Zarrouk. — Tunisie.
- Aider. — Suisse.
- Aliantchikova (Catherine). — Russie. André (Jean). — Grèce.
- Aouïda Bismut. — Tunisie.
- Aran (Buenaventura). — Espagne. Armand, Fessel et Cie. — France.
- Asile de Guadaloupa. — Mexique. Bçriloussoff (J.-O.). —Russie.
- ; Béal. — France.
- Benjamin (Ve). — France.
- Binger (Capitaine). — Sénégal.
- Bonnan. — Tunisie.
- Bouillon, Toflln et Ci0. — France, j Boris frères. — Brésil.
- Britt et Brandie. — Suisse.
- Brumgara (F.-P.). — Grande-Bretagne (Indes).
- Carpentier-Fontaine (les fils de). — France.
- Carpentier Gille de Cordaal. — Paraguay.
- Castamieda (Antonia). — Mexique. Charcon (Mlle) et Sorolovitch.— Serbie. Chouthi (Mmc). — Grèce.
- Cohen (Esther). — Tunisie.
- Collectivité de Torjok. — Russie. Collectivité de Kato-Livathous. — Grèce. Collectivité de Vénézuéla. — Vénézuéia. Collectivité de Bolivie. — Bolivie. Commission auxiliaire de Tucuman. — République Argentine.
- Cordier (Jules). — France.
- Coutsourida (M,ne). — Grèce. Cruchon-Carbonnet (Mme). — France. Dalmatoff (K.-D.), directeur de l’école populaire de Saint-Pétersbourg. — Russie.
- Delcourt. — France.
- Delannoy. — France.
- Denis. — France.
- Département de San Salvador. — Salvador.
- Direction de l’exposition des travaux féminins de la ville de Paris. — France.
- Dorn (Milc). — Équateur.
- Driva (Mnu). — Grèce.
- Dulac (Florimond). — France.
- | Dumont. — France,
- j École de la Corogne (Pardinas, direc-
- teur). — Espagne.
- Ecole des dames d’Athènes. — Grèce. École professionnelle de jeunes filles de Santiago. — Chili.
- i École de jeunes filles de Guatalaxara. — Mexique.
- École de Mazatlan n° 1. — Mexique. École de Mazatlan n° 2. — Mexique. École des aveugles de Mexico. — Mexique. j
- Élèves du conservatoire de musique de Mexico. — Mexique.
- Eustathio (Michel). — Grèce.
- Eutychie (M'nc Phoca). — Grèce. Everaert-Leclercq. — Belgique. Exposition collective de Saint-Marin.
- — Saint-Marin.
- Fallet. — France.
- Feuquer (Mile). — France.
- Fische (Mile). — Autriche.
- Florenza (Rosalie). — République Argentine.
- Gabet-Devouge. — France.
- Gaehwiller. — Suisse.
- Giandolfi. — Italie.
- Garay (Josephina). — Espagne.
- Gill de Cordai (Mmc Carmen). —Paraguay. Goetghcbuer (Alida). — Belgique. Gonzalès (Rita). — Paraguay. Gouvernement de Tamaulipa. — Mexique.
- Gouvernement de Jalisco. — Mexique. Gouvernement de Oaxaca. — Mexique. Gouvernement de Puebla. — Mexique. Grobli. — Suisse.
- Gruez. — France.
- Guerqué (Mllc). — France.
- Guimaraës. — Brésil.
- Hanssens Hap. — Belgique. Hayat-Yusup (S. M.). — Tunisie. Henninot-Henninot. — France.
- Hospice de San Salvador. — Salvador. Iluber Meyenburger (von). — Suisse. Hutin (Fernand). — France.
- Ibrahim ben Ali ben Saïd. — Algérie. Instituto di Borgo. — Saint-Marin. Institution de jeunes filles de la province de Durango. — Mexique.
- Kaja Berg. — Norvège.
- Kouvelchinicofl' (Yvan-Nicolas) et fils. — Russie.
- Lachaise (Mme) (Collectivité du Cher). — France.
- Lachica (Angela) et Martinez y Cardenas Federica). — Mexique.
- Lavalette et Cie. — Belgique.
- Legrand frères et Ciu. — France.
- Lopez Castello Branco (Maria-A.). — Portugal.
- Lucsescu (Mmc). — Roumanie. Lyssen-lié. — Chine.
- Magne et Cie. — Algérie.
- Maison des exposés de Pernambuco. — Brésil.
- Maison des exposés. — Mexique. Markovitch (Anna). — Serbie. Mauguière. — France.
- Merlen. — France.
- Metaxa (Famille). — Grèce.
- Micoud et Rigollier. — France,
- Miller (A.-K. M"‘e). — Russie.
- Molier. — France.
- Mine et Gest. — France.
- Naëf (Jacob). — Suisse.
- Oblin-Vasson (Modeste). — France. Orphelinat des dames de Notre-Dame-de-l’Espérance. — Brésil.
- Ouvroir d’Athènes. — Grèce.
- Paillac frères. — France.
- Palmo (M"'e). — Grèce.
- Petersen (Julie). — Danemark.
- Piélard et Bertin-Conrads. — France. Plez et sœurs. — France.
- Popovitch (Anton.). — Serbie. Preschlin. — Suisse.
- Preux (Mllc). — France.
- Procter et Ci0. — Grande-Bretagne. Revithi (Mn,e). — Grèce, lley (Alfred et Henri). — France. Ribciro (A.). — Brésil.
- Rindine (J.-E.). — Russie.
- Ring (Nanna1. — Danemark.
- Roblez Limarez (Mlle Clotiide). — Mexique.
- Roussel. — France.
- Rousseaux. — France.
- Sabitoff Kazan. — Russie.
- Sautière. — France.
- Schelling (Joannes). — Suisse. Shimidza. — Japon.
- Smith frères et Cic. — France. Simonesco (M|le Ida). — Roumanie. Sondercgger et Cie. — Suisse. Steiger-Weger. — France. Teng-Tchio-Yung. — Chine. " Testelin aîné. — France.
- Valdès (Mme Conception). — Mexique. Villot (Mllc). — France.
- Vidal (Sgnaie). — France. Weber-Bedmer.
- Xenocratès (Mmc). — Grèce.
- Zellveger. — Suisse.
- Mentions honorables.
- Aagetveit (Mmc). — Norvège. Abraumenkova (A.-A. M"uj. — Russie. Abraham Ilayat et Haïm Mettoudi. — Tunisie.
- Aguilar (M”'e Laura). — Mexique. Ahmou ben Sergui. — Algérie.
- Ahmed ben Zaïd. — Algérie.
- Alviza (Mmc Adelaida). — Espagne. Appolina Rija (M"’e ivanova). — Russie. Aranjo (MmcMaria de Jesu). — Mexique. Ardeshir et Byramji. — Grande-Bretagne.
- Arnaud-Grosset (Félix). — France. Arrocha (J.). — Portugal.
- Asile de Guadalupe. — Mexique. Association des dames de Belgrade. — Serbie.
- Association de l’industrie domestique. — Norvège.
- Avila (Mme Isabel). — Mexique.
- Badescu (M"'e Maria). — Roumanie. Bandeville (Mlue). — France.
- Belen Vega. — Mexique.
- Ben Mansouret Iladj Essaïn. —Algérie. Ben dra ben Rahma. — Algérie. Bénichou (MIIeÉtoile). —Algérie. Beshir ben Abdalah. — Tunisie. Bodhuin frères. — France. Bracq-Mairesse (Nestor). — France.
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- A L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1889.
- Bracq-Carpentier (Jules). — France. Bracq-Tofllin et Ci0. — France.
- Braolio Jauregui. — Mexique.
- Bravo (MI,1C Marguerita). — Chili. Bricout (J.-B.) lils. — France.
- Brugada (Eduardo). — Paraguay.
- Bunel (M"‘cj. — Guadeloupe.
- Casilda Hidalgo (M",c). — Espagne. Castillo (Mmej. — Espagne.
- Castro (Mm0 Antonia). —Mexique. Collège national de demoiselles de San Salvador. — Salvador.
- Collery Leclercq (J.-13.). — France. Commission coopérative de Quito. — Équateur.
- Conçeiçao Andrade (Mmcs Élisada et Souza). — Portugal.
- Cyphiotis. — Grèce.
- Davaine (Hyacinthe). — France. Departement de la Union. — Salvador. Département de Chatalelango. — Salvador.
- Département de Santa Anna. — Salvador.
- Département de la Libertad. — Salvador.
- Deschamps-Iïain. — France.
- Despotaki (M‘"e Angélique). — Grèce. Dessylla Eumorpliia (M1110). — Grèce. Diaz Casas (MIDes y Luisa). — Mexique. Dominguez (Juan). — Espagne. Dominguez (Sofia) aîné. — Mexique. Duran (M"'e). — Équateur. Durieu-Achard. — France.
- École des travaux manuels de filles de Kioto. — Japon.
- École de dentelles de la préfecture de Tokio. — Japon.
- École de l’Indépendance. — Mexique. Escombrera (Mme d’). — Équateur. Estrada (Mmc Louisa). — Mexique. Exposition collective de Finlande. — Finlande.
- Exposition collective de Nicaragua. — Nicaragua.
- Flora Moura. — Brésil.
- Forni. — Suisse.
- Fontaine (Julius). — France.
- Prias (Mme Maria). — Mexique. Gabet-Bricourt (Irénée). — France. Garouphali (M'ne Zoo). — Grèce. Gelescova (M""'s). — Russie. Germain-Lemaire. — France.
- Gigioli (Clara) et Lovenskida (Mmet). — Italie.
- Cornez (Mn,c Néandra). — Mexique. Gonzalèz (M"1,; Victoria V. dé). — Paraguay.
- Gonzalès (M'"c Genoveva). — Mexique. Gonzalès (doberta). — Mexique. Gouvernement de Coahuila (École primaire). — Mexique.
- Gouvernement de Saint-Louis-de-Po-tosi. — Mexique.
- Gouvernement de Michoacan. — Mexique.
- Grimsgaard (Mmc Marice). — Norvvège.
- Guillen (M"p). — Équateur.
- Guttierez (M'"e Lorenza). — Mexique. Ilonoria de Di mas (M'lu). — Salvador. Huyghe. — France.
- Ilatzpoulo (Minc Madeleine). — Grèce. Hatzigeorges (M,nc Marie). — Grèce. Igglesi (Mme Margentine). — Grèce. Iversen (M'ne Lydia). — Norvège. Izmirowa (Mmc). — Russie. Jacquemin-Tofïlin (Placide). — France. Jeannacopoulo (Hélène). — Grèce. Jesus-Ruys (Mme Maria de). — Mexique. Jovenin. — France.
- Kaschinytzeoff. — Russie.
- Kitro (M,I1C Hélène). — Grèce.
- Kujo Yosé (M“,c). — Japon. Krantchanine (Mme Starka). — Serbie. Krstitchsosa (Mme). — Serbie. Lefebvre-Zeller (Jules). — France. Legrand-Bricout (Émile). — France. Lambiri (M"'c Maria). — Grèce. Lascarato (M'"c Élisabeth). — Grèce. Lasson (E.) et Cic. — France. Loustilkoft. — Russie.
- Machain de Cartabio (Mme Aurélia). — Paraguay.
- Mahieu (A.). — France.
- Malte (Mmo Mercedès). — Chili. Mancilla (M"'c Theresa). — Chili.
- Mano (Mm0 Marie). — Roumanie. Manzano (Torrès). —Guatemala. Marinesco (Mmc Anna). — Roumanie. Martinès (Bénita). — Salvador. Martinez (Carlotta). — Mexique. Martinez (M,uc Joséfa). — Mexique. Mastoropoulo (M'”° Hélène). — Grèce. Médina Francisca (M‘,,e). — Nicaragua. Mentis Spiridion. — Grèce. Messager-Bouchard (Désiré). — France. Moura (Mmc Joanna). — Brésil. Nedeikovich (Catrine). — Serbie.
- Nestor (Mme Eugénie). — Roumanie. Nicolaidi (M"'ü Irène). — Grèce.
- Nieto (Joaquin). — Mexique.
- Ortis (Jésus). — Mexique.
- Pàmental (M",c Julia). — Mexique. Pelivanovitch. — Serbie.
- Pena (Mu,ü Teresa). — Salvador.
- Pareira (Mmc Trinidad). — Mexique. Philippova (M‘"u M.-J.). — Russie. Pinéda (Mmu Concepcion). — Mexique. Pineiro (M",e Coiuepcion). — Espagne. Pireira (M‘nc Irène). —- Portugal.
- Playez (Germain). — France.
- Plez (Auguste) fils. — France. Plez-Postry. — France.
- Pontvianne. — France.
- Portanier. — France.
- Preux (Mllc Lucienne). — France.
- Psatlii (MulC Antiope). — Grèce.
- Ramirez (Mme Carlotta). — Mexique. Rapazeano (Mme Zoé). — Roumanie. Refugio Rodriguez. — Mexique, liefugio Jimenez. — Mexique.
- Rccalde (M'ue Dolorès). — Paraguay. Rivarola (Mmo Martinac). — Paraguay. Robert (Eugène). — France.
- Roblez (M,rc Rita). — Mexique. Rodriguez (M'“e Florentina) et Sanchez (Mme Morice). — Mexique.
- Rodriguez (Mn,u Celia). — Mexique. Romero (M'"e Concepcion). — Nicaragua.
- Salalinde (M"le Rosario). — Paraguay. Salinas. — Mexique.
- Samartzi (Mn,e Alexandra). — Grèce. Sandovali hermanos. — Chili.
- Santos (Mme Rosa). — Mexique.
- Scrini (Mmo Jeanne). — Grèce.
- Scrini (M'nc Athina). — Grèce.
- Solalinda (Eelipa) et Alcoccra (Mm,s). — Mexique.
- Stamkovitih (Mmc Mara). — Serbie. Stanilescu (M'”6 Nathalie). — Roumanie. Tersibachitch Lyoubitza (M'“<). — Serbie.
- Van Lil (Mme). — Belgique.
- Velay (Mmc). — France.
- Velkovitch (Hélène). — Serbie. Vellissarios. — Grèce.
- Vidithiwa (Mme Zocka). — Serbie. Villalba (M"10 Benita). — Paraguay. Villaret (Jules). — France.
- Vincent (Charles). — France.
- Will (M,ne E.). — Guadeloupe. Xénogratous (P.). — Grèce.
- Yaquez (M. le consul). — Pérou.
- Yovitih (Mmu Militza). — Serbie. Yohanides (M'1'"). — Grèce.
- Zaborskaia (Mmo). — Russie.
- CLASSE 35.
- Articles de bonneterie et de lingerie. Objets accessoires du vêtement.
- LISTE DU JURY.
- Hayem (Julien).... France.
- Bergen (M.-A. Van).. États-Unis.
- Farcy (E.)........ France.
- Mortier (A.)...... France.
- Veit.............. Autriche-Hongrie.
- Jonniaux.......... Belgique.
- Florand'(J.)...... Rùssie.
- Blumer-Egloff..... Suisse.
- Borel............. France.
- Hugot............. France.
- Klotz............. France.
- Parent............ France.
- Dchesdin ......... France.
- Fa'.cimaigne...... France.
- Grands prix.
- Collectivité des fabricants de gants à Grenoble. — France.
- Fromage et CiC. — France.
- Rivière et Cie. — France.
- Tréfoussc et Cic. — France.
- Médailles d'or.
- Anglade. — France.
- Bally et Schmitter. — Suisse.
- Bertholet. — France.
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- il! •. Ifiî
- xw
- LES INDUSTRIES TEXTILES
- Blumer-Votsch et Ci0. — Suisse..
- Boudât frères. — France-Bon Marché (Au). — France. Bouly-Lepage. — France.
- Brun. — France.
- Capterosses et Cie. — France.
- Charageat frères. — France.
- Charvet. — France.
- Chillet et Collonge. — France. Collectivité des fabricants de lainages à Roanne. — France.
- Collectivité des fabricants de la ville de Bar-le-Duc. — France.
- Courvoisier, Bourgoin et 0e. — France. Couturat et Cic. — France.
- Daudé et Cia. — France.
- Dent-Alcroft et C°. — Grande-Bretagne. Dutoict et Cic. — Belgique.
- Duvelleroy. — France.
- Fayaud. — France.
- Fontaine frères. — Belgique.
- Francoz fils. — France.
- Franck. — France.
- Gagne-Petit (Mson du). — France.
- Jay (E. et S.). — France.
- Jeitcles sohn. — Autriche-Hongrie. Kees. — France.
- Lepetit-Charollet. — France.
- Leuthol et fils. — Suisse.
- Lévy et Jacobs. — Belgique.
- Lévy et Picard. — France.
- Marchand, Bignon, Animer et Cic. — France.
- Mauchauffé et Cie. — France.
- Mayer, Strouse et Cie. — États-Unis. Meurgey. — France.
- Neyret et Cic. — France.
- Perrin frères et Cic. — France. Raux-Brunnarius et Cie. — France. Reynier. — France.
- Sueur et Cie. — France.
- Teste, Pichat, Moret et Cin. — France. Tonnel. — France.
- Verdier et Schultze. — France. Zimmerli et Cie. — Suisse.
- Médailles d'argent.
- Adt frères. — France.
- Ahrvveiler. — France.
- Akar et Cie. — France.
- Alric et fils. — France.
- Amos frères. — France.
- Aubertin. — France.
- Bac. — France.
- Bagriot. — France.
- Bailly. — France.
- Bach (Ilipolito). — Espagne.
- Beaumont frères. — France.
- Bernheim frères. — France.
- Berthe, Wulveryck et Scrvas. — France. Blaise-Mousseron. — France.
- Blum, Gerson et Cic. — France. Boileau. — France.
- Boulenger. — France.
- Bourgeois. — France.
- Boussard et Morisson. — France.
- Bretonville. — France.
- Bruley frères. — France.
- Bruycker (de) et Cic. — Belgique. Buscarlet et fils. — France.
- Buser et Keiser. — Suisse.
- Carcault. — France.
- Carré et Ciu. — France.
- Cash (J.-J.). — Grande-Bretagne. Cattaert. — France.
- Cavert et d’Hangest. — France. Chabaud. — France.
- Chantepie et Gie. — France.
- Chevalier. — France.
- Cornet. — France.
- Compagnie manufacturière d’ouvrages en tricot. — Portugal.
- Dacier (MmC). — France.
- Dannhauser frères. — Autriche-Hongrie.
- Dargouge frères. — France.
- Dennery. — France.
- Desurmont et fils. — France. Dheilly-Hordé. — France.
- Didron. — France.
- Doré et Cic. — France.
- Duc. — France.
- Dufaux, Mathieu et André. — France. Dujoncquoy, Jaquemet et Bigot. — France.
- Dulieu. — France.
- Dussausse. — France.
- Dutoict-Marlin et Cic. — France. Evette. — France.
- Fédou (Mllc). — France.
- Folmer-Clogg et Cu. — États-Unis. Fontaine. — France.
- Gourdé. — France.
- Graffeuil. — France.
- Grouiller. — France,
- Grun (Cari). — Autriche-Hongrie.
- Grut fils et Ciu. — France.
- Gueudet. — France.
- Hallén frères. — Norwcge.
- Handschin, — Suisse.
- Jlantz-Nass. — France.
- Henneguy. — France.
- Herbin frères. — France.
- Ilill (C.-G.) et Cie. — Grande-Bretagne. Hirsch, Régley fils et Cie. — France. Ilis, Imboden et Cic. — Suisse. Honisberg frères. — Autriche-Hongrie. Jaeger. — Autriche-Hongrie. Joffroy-Damoiseau. — France.
- Jossu. — France.
- Josselin (M”lC) et Cic. — France. Krakauer et Cic. — Autriche-Hongrie. Kreycy. — Autriche-Hongrie.
- Lafont. — France.
- Laflèche. — France.
- Larsen et fils. — Danemark.
- Lecomte et Migeon. — France.
- Legée frères. — France.
- Lemaire-Vallé fils. — France.
- Lepault et Deberghe. — France. Leprince fils (Henri). — France. Libron. — France.
- Loutrel frères. — Belgique.
- Louvet. — France.
- Lyon (Amasa) et Cie. — États-Unis.
- Malo fils. — France.
- Masson et fils. — France.
- Matas y compania. — Espagne.
- Mayer (Gabriel). — Grand-duché de Luxembourg.
- Meunier et Cifi. — France.
- Meyer Waespi et C‘C — Suisse. Morsaline. — France.
- Navette. — France.
- Neumark, de Moscou. — Russie. Oulman. — France.
- Pæchter. — Autriche-Hongrie.
- Paisseau frères. — France.
- Père (Félix). — France.
- Pilté et Clapjn. — France.
- Raby et Cic. — France.
- Regasens Guri y Llobet. — Espagne. Remy et Baulet aîné. — France.
- Renard (Émile). — France. Renaud-Hautrive. — Belgique.
- Rodien. — France.
- Roulinat frères et Pradier. — France. Roth et Goldschmidt. — États-Unis. Rumpf. — Suisse.
- Ruttiens (Mrac). — Belgique.
- Salomon jeune. — France.
- Siebenmann, Braun et Cio. — Suisse. Sigels frères. — États-Unis.
- Slaters frères et C°. — Grande-Bretagne.
- Smith et Wright. — Grande-Bretagne. Steiner (V.). — Russie.
- Terray, Chaix et Cie. — France.
- Tharel. — France.
- Thébault. — France.
- Timister (L.-J.). — Russie.
- Triquet. — France.
- Valery-Pène. — France.
- Villain et Gu'. — France.
- Vivent. — France.
- Wolfshon.
- Médailles de bronze.
- Antoine. — France.
- Avinenc. — Gabon-Congo.
- Azucena (Pedro). — Salvador.
- Barbier. — France.
- Barril hermanos. — Espagne.
- Bar et Lecoq. — France. Bellemère-Giroux et fils. — France. Bellemère-Vergeot. — France.
- Belleux. — France.
- Belval (Muc). — Belgique.
- Benjamen (L.). — France.
- Berrurier. — France.
- Bertout. — France.
- Blanchard (MmC). — France.
- Blanco et fils. — France.
- Bleusez jeune. — France.
- Bonnevey. — France.
- Boucart (Léonie). — Belgique. Bouchet-Dedieu (Mme). — France. Brédian (Mmc). — France.
- Calvayrac. — France.
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- A L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1889.
- xv
- Carballcda'y Fougerat. — Mexique. Carré et fils. — France.
- Caulier et Delbroucq. — Belgique. Chamid. — France.
- Chanudet. — France.
- Choteau (L.). — France.
- Chronopoulos (G.). — Grèce. Chromolithie (Gie de). — France. Clément. — France.
- Cogne.— France.
- Colin. — France.
- Colombier et Ciu. — France.
- Compain. — France.
- Coutin et fils. — France.
- Creuzy. — France.
- Dansette. — France.
- Day (Gustave). — Belgique. Département de Schabatz. — Serbie. Département de Nisch. — Serbie. Derooster (R.). — Belgique.
- Desgrez et Ruotte. — France. Devèze-Verdier. — France.
- Direction des prisons. — Serbie.
- Doué et Lamotte. — France. Dorsner-Bellerée. — France.
- Dreux. — France.
- Duguen. — France.
- Dumont. — France.
- Dussol. — France.
- Elosegui (Antonio). — Espagne. Ettlinger (V11) et fils. — France. Ettlinger (A. et J.). — Grande-Bretagne. Fabre. — France.
- Feigl. — Autriche-Hongrie.
- Feutry. — France.
- Floquet et fils. — France.
- Fonson (Aug.). — Belgique.
- Fournier. — France.
- Gaday. — France.
- Gargiulo frères. — Italie. Gilbert-Breton. — France.
- Grandjean. — France.
- Gruyter (Mélanie de). — France. Grégoire. — France.
- Grelaut-Lécuyer. — France. Herdhebaut. — France, lier Paquet. — France. llervé-Vaissière. — France, iïervy. — France.
- Hirlet. — France.
- Jacquet. — France.
- Jansen et Tilanus. — Pays-Bas.
- Jouatte. — France.
- Krasinski. — Russie.
- Kretova (Daria). — Russie.
- Labet. — France.
- Laborde et Cic. — France.
- Lanfrey. — France.
- Lange-Porcherot. — France.
- Laporte. — France.
- Lemaire-Sevestre. — France.
- Legrain. — France.
- Leprince (Désiré). — France.
- Lévy (J. et S.) frères. — France.
- Lévy (les fils de Simon). — France. Loewinger et Laufer. — Autriche-Hongrie.
- Lubin. — France.
- Mabille et fils. — Belgique.
- Malinowski (W.-K.). — Russie. Marcault. — France.
- Mangin. — France.
- Manuel frères. — France.
- Margui y Esquena. — Espagne.
- Marguin et Gie. — France.
- Marin. — France.
- Marix. — France.
- Marion et Collon. — France.
- Martin (F.-J.) etCic.— Grande-Bretagne. Masson (Victorine). — Belgique. Masurel. — France.
- Mathieu. — France.
- Meyer (Émile). — France.
- Miguell y Peradejordi. — Espagne. Ministère du commerce. — Serbie. Molinier. — France.
- Moser. — Autriche-Hongrie.
- Navarro (José). — Espagne.
- Oriol (Ségur) (Ilijos de J.). — Espagne. Palaccios. — Équateur.
- Payen et Cie. — France.
- Peifler. —- France.
- Penet. — France.
- Pinho (J.) et Cie. — Brésil.
- Pillet. — France.
- Poroi. — Tahiti.
- Postel. — France.
- Prévôt et Lafon. — France.
- Pringle (Robert) et fils. — Grande-Bretagne.
- Prudon. — France.
- Quincarlet (Avit) fils. — France. Quinzard. — France.
- Rabanis et Champrenault. — France. Raudin et Mathieu. — France.
- Renard et Mary. — France.
- Reynaud. — France.
- Robbiati. — Italie.
- Rollin (Ve). — France.
- Sacrest e Ilijos. — Espagne.
- Santos Hernandez (Francisco). — Espagne.
- Schmitter. — Suisse.
- Schwob. — France.
- Schwoner et Cu‘. — Autriche-Hongrie. Sineux et Cie. — France.
- Sourget. — France.
- Straehl et Cic. — Suisse.
- Stunzi et Cic. — Suisse.
- Tenaillon. — France.
- Thubert. — France.
- Tillier. — France.
- Tricnont (Joseph). — Belgique. Tricotage à la machine de Berne. — Suisse.
- Ville de Lescovatz. — Serbie.
- Weisz. — Autriche-Hongrie.
- Wellinger. — Suisse.
- Zugati (Ilijos de Julia A.). — Espagne.
- Mentions honorables.
- Aguiar (Julia). — Mexique.
- Américain Braided, WireetC0.
- ! Unis.
- -États-
- Barth. — France.
- Bascones. — Guatémala.
- Beffre. — France.
- Bellenger. — France.
- Bény. — Guadeloupe.
- Benoit frères. — France.
- Bernier (C.). — Guadeloupe.
- Bernier (Marie). — Guadeloupe. Bénégas (Ildefonso). — Paraguay.
- Besso (M.) et C°. — Grèce.
- Bonnouvrier. — France.
- Boris frères. — Brésil.
- Bouchemi (N-). — Grèce. Boudet-Delavelle. — France.
- Braun. — Autriche-Hongrie.
- Buquet. — France.
- Cardinal. — France.
- Castro (Martinez de). — Mexique. Cellular-Clothing C°. — Grande-Bretagne.
- Chacon (Rito). — Salvador.
- Chanu. — États-Unis.
- Cidez (Mn,e Juana). — Espagne.
- Comité central. — La Réunion.
- Comité d’Exposition. — Inde française. Comité du district fédéral. — Mexique. Commissariat de l’exposition du Chili. — Chili.
- Commission de Saint-Domingue. — République Dominicaine.
- Commission du Paraguay. — Paraguay. Commission de Pernambuco. — Brésil. Constantin. — Grèce.
- Coutsoucopoulos (N.). — Grèce.
- Correia Guedes (M"'e). — Portugal. Correia (Manoel-Nunès). — Portugal. Costa et Cic (Pereira da). — Portugal. Cunisse-IIenriet. — France.
- Davoult. — France.
- Département de Oujitzé. — Serbie. Département de Podrigné. — Serbie. Département de Knajévatz. — Serbie. Département de Kragouyevatz. — Serbie.
- Département de Krovschevatz. — Serbie.
- Département de Roudnik. — Serbie. Département de Tojolitza. — Serbie. Département de Vragna. — Serbie. Département de Valiévo. — Serbie. Département de Yagodina. — Serbie. Deravin. — Guadeloupe. Donegal-Industrial Fund. — Grande-Bretagne.
- Duchatellard. — Guadeloupe,
- Duclos. — France.
- Exposition permanente des colonies. — Cochinchine.
- Exposition permanentei — Cambodge. Exposition permanente des colonies. — Guyane française.
- Figols hermanos. — Espagne,
- Florentz (Mrae Rose), — République Argentine.
- Gambcy frères, — France,
- Gargiuio (E.) et Cic. — Italie,
- 1 Gargiulo (IL), — Italie.
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- XVI
- LES INDUSTRIES TEXTILES
- Gasmann (Mlle). — Norvège.
- Girard. — France.
- Gouvernement de Hawaï. — Hawaï. Gouvernement de Miclioacan. — Mexique.
- Gouvernement de Puebla. — Mexique. Gouvernement de Tabasco. — Mexique. Graça-Duque et Cie. — Portugal. Grison. — France.
- IJalty (Luis). — Uruguay.
- Hayès et Jeaimeney. — Nouvelle-Calédonie.
- llenriot. — France.
- Hirano. — Japon.
- Hutin-Moriat. — France.
- Jacobson et llerdan. — Roumanie. Juillcrat (Edmondo). — Chili.
- Kimpel (Abrahas). — Portugal.
- Lalïon (Eugène). — France.
- Laurent (E.). — Guadeloupe.
- Lion (Mmc) et fille. — Brésil.
- Lévy (S.). — France.
- Lopez Torrès (J.). — République Argentine.
- Maillard (M,k). — France. Maret-Repland et Cie. — Algérie. Manoury. — France.
- Matas et Cie. — Chili.
- Melekessoff (E.-N.). — Russie.
- Menneret. — France.
- Ministère de l’agriculture et du commerce. — Japon.
- Muiron (Mme). — France.
- Municipalité de Kgnajévatz. — Serbie. Nakamura (Naojiro). — Japon. Nakamura (Gisuke). — Japon. Nakashima. — Japon.
- Négrel. — France.
- Noirot. — Sénégal.
- Nova. — France.
- Noyés et Cic. — États-Unis.
- Oury (Ve). — France.
- Paez (Luz). — Mexique.
- Pallier (A.). — République Argentine. Pam et Cie. — Autriche-Hongrie. Protectorat de l’Annam et du Tonkin. — Annam-Tonkin.
- Quinty (Jeanne). — Nouvelle-Calédonie. Rabeau (VB). — France.
- Racoillet. — France.
- Raimondi. — République Argentine.
- Reis Sobrinho (A.-A.). — Portugal.
- Reret de Gonzalez (Florentina). — Paraguay.
- Rocha et Cic. — Portugal.
- Rogojnikolï. — Russie.
- Savina-Soboleva. — Russie. Schmidt-Verrier. — France.
- Schovaers (Mmc A.). — Belgique.
- Service local. — Mayotte-Comores. Shalett (IL). — Portugal.
- Shimomura. — Japon.
- Société anonyme de tissus de Lazare. ; — Brésil.
- Sthatopoulo frères. — Grèce.
- Théodolin (Mme). — Roumanie.
- Thiébaud. — Suisse.
- Thomas. — France.
- Topin. — Nouvelle-Calédonie.
- Tremlett (Washington). — Grande-Bretagne.
- Tsaussopoulo frères. — Grèce.
- Usulut’n (Département de). — Salvador. Warentzoff (P.-A.). — Russie.
- Ypata ülivieri et Cie. — Uruguay.
- CLASSE 36.
- Habillements des deux sexes.
- liste du jury.
- Muzet (Alexis)...... France.
- Vaxelaire-Claes..... Belgique.
- Leduc............... France.
- Patay............... France.
- Fluss (Émile)....... Autriche-Hongrie,
- Reitlinger (Théodore) France.
- Reyre (Antonio!..... Équateur.
- Marino (José Alvarès). Espagne.
- Rumrill (James)..... États-Unis.
- Ablett (W.-J.)....... Grande-Bretagne.
- Zarate (Édouard-E.). Mexique.
- Bernales (R.)....... Pérou.
- Grant............... Roumanie.
- Appert (Aristide).... France.
- Bessand (Charles)... France.
- Guillaumou.......... France.
- Haas................ France.
- Marcade............. France.
- Touzet (Henri)...... France.
- Aron................ Colonies.
- Lowenstern (Adolf).. Autriche-Hongrie. Outeiro-Ribeiro(J.-M.) Portugal.
- Iscovesco............ Roumanie.
- Grunwaldt (Édouard). Russie.
- Sporri (J.)......... Suisse.
- Ducher (Hippolyte).. France.
- Galoyer............. France.
- Morin-Hiélard....... France.
- Vessière (Paulin).... France.
- Grands prix.
- Christy et Cie. — Grande-Bretagne. Fanion fils aîné. — France.
- Mossant frères. — France.
- Stetson (John) et Cie. — États-Unis. Tirard frères. — France.
- Médailles d'or.
- Akar et Cic. — France.
- Alberti. — France.
- Amour et Raynal. — France.
- Bandelier et Bonhomme. — France. Beneke frères. — États-Unis.
- Berteil (Ve). — France.
- Bisch (Ch.). — France.
- Chambre de commerce de Manille. — Espagne.
- Chaumonot et Cie. — France.
- Coïon (René). — France.
- Collin (Louis). — France.
- Comité du district fédéral. — Mexique. Commission centrale. — Serbie. Commission des Olympies. — Grèce.
- Compagnons et aspirants dû devoir. — France.
- Coquillot. — France.
- Cordicr (Hyacinthe). — France.
- Currie (William) and C°. — Grande-Bretagne.
- Dahl. — Danemark.
- Dennery père et fils. — France.
- Dunlap et Cie. — États-Unis.
- Dupont et Pélissier. — France. Exposition permanente des colonies. — Colonies.
- Fils de Sais (les). — Espagne.
- Fonson (Auguste). — Belgique.
- Frans fils. —- Belgique.
- Frivas (Juan). — Espagne.
- Furnica (la Société). — Roumanie. Gandriau fils. — France.
- Garau (Ve) et fils. — Espagne.
- Gillet. — Belgique.
- Gouvernement tunisien. — Tunisie. Hattat (Frédéric). — France.
- Hermann (Daniel). — Autriche-Hongrie. Huard (Louis). — France.
- Janrieret et Cie. — Suisse.
- Javey et Cio. — France.
- Jaekel. — Russie.
- Jeandron-Ferry. — France.
- Kampmann et Cic. — France.
- Kompert frères. — Autriche-Hongrie. Langenhagen (C. de). — France. Langenhagen (O. de). — France. Leborgne, Simon et Cic. — France.
- Lee frères. — Grande-Bretagne.
- Legris (Charles). — France.
- Lincoln, Bennett et Cic. — Grande-Bretagne.
- Lobb (John). — Grande-Bretagne.
- Lopez frères. — Équateur.
- Louvel et Cie. — France.
- Lye et fils. — Grande-Bretagne.
- Mandl (M. et J.). — Autriche-Hongrie. Manfield et fils. — Grande-Bretagne. Manufacture de feutres et de chapeaux (ancienne maison Laville, Petit et Crespin). — France.
- Maretiano frères. — Uruguay.
- Margaine (Mme). — France.
- Mayer (Mirtil). — France.
- Mégemont père et fils et Raffard. — France.
- Ministère des affaires étrangères. — France.
- Ministère de la guerre. — États-Unis. Monier (Alexis) et ses fils. — France. Monteux et Cie. — France.
- Mouillet, Maréchal et Lalanne.—France. Navarro et Lopez. — Équateur. Normandin. — France.
- Olivier Muller et Cie. — France.
- Paisu (Mme Marie). — Roumanie. Pasquier et Cie. — France.
- Perchellet. — France.
- Pinet (François). — France.
- Plassard Morin et Cie. — France.
- Provot (Eugène). — France.
- Quesney frères. — France.
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- A L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1839.
- XVII
- Rousseau et Cic. — France.
- Rousset frères. — France.
- Sauvage (Henri). — Algérie.
- Schloss et Cie. — États-Unis. Schritzmeyer. — Brésil.
- Secrétairerie d’État des travaux publics. — Mexique.
- Service local de Saïgon. — Cochinchine. Simbeck (Ramon). — Mexique.
- Simon et Cie. — France.
- Strakosch. — Autriche-Hongrie. Thiébaud. — Suisse.
- Valcke frères. — Belgique.
- Villain et Cie. — France.
- Viol et Duflot. — France.
- Weiss. — Russie.
- Médailles d'argent.
- Aguilar (Mme Luz de). — San Salvador. Altairac (Frédéric). — Algérie.
- Amoua (Moïse). — Algérie.
- Armeniaco (Jean). — Grèce.
- Arué (Prince). — Tahiti.
- Asile de Dona Maria Pia. — Portugal. Auber. — France.
- Avinenc. — Gabon.
- Baillet (Léopold). — France.
- Bailly (Edmond). — France.
- Barcia. — Nicaragua.
- Bartrum, Harvey et Gie. — Grande-Bretagne.
- Basset (Adolphe). — France.
- Beauregard (Christian de) et Cie. — France.
- Béchir ben Abdallah. — Tunisie. Becker (G.). — Roumanie.
- Belin. — Algérie.
- Bello (François-Antonio). — Portugal. Berger (Ve). — France.
- Berger et Belœil. — France.
- Bert (Bernard). — France.
- Berthod et Picot. — France.
- Birnbaum et fils. — Grande-Bretagne. Bodin (Mmc Virginie). — France. Bonnadier (Alfred). — France.
- Bounaix jeune. — France.
- Braillon. — France.
- Brau. — Cochinchine.
- Brenu (Jean). — Belgique.
- Burstert (Pierre). — France.
- Cabezza Rossi et Gie. — République Argentine.
- Candris (Charalambe). — Grèce.
- Capell. — République Argentine. Carcâno (Margareto). — Mexique. Carette et Philipponnat. — France. Chapelle (Auguste). — France.
- Caro frères. — Espagne.
- Charles (Jules) et Cie. — France. Charbonnier, Gaillard et Ciu. — France. Charles jeune. — France. Chauvallon-Jacquet. — France.
- Cognacq (Ernest). — France.
- Cohen (E -IL). — Algérie.
- Collectivité de l’industrie rurale. — Russie. i
- Collectivité de fabricants de chaussures j d’IIasparren. — France.
- Collin (Carlos). — Chili.
- Comité d’Exposition de l’Inde. — Inde française.
- Comité départemental de Cochabama. — Bolivie.
- Commission de la ville de Maracaïbo. — Vénézuéla.
- Commission des colonies néerlandaises — Pays-Bas.
- Constantidesco. — Roumanie.
- Cooksey et Cic. — Grande-Bretagne. Coqueugniot. — France.
- Cornevot (Alfred). — France.
- Cording (Georges). — Grande-Bretagne. Cordonnier (Tullus). — France.
- Corné. — France.
- Coryn (Jules). — Belgique.
- Coussorélis. — Grèce.
- Crochard et ses fils. — France. Cuverville (William). — France. Dario-Arcos. — Équateur.
- Daude frères. — France. Dauphin-Hemet. — France.
- Debenham et fils et Frebodin. — Grande-Bretagne.
- Decourdemanche et Cie. — France. Delion (A.). — France.
- Debréal. — France.
- Dequen (Émile). — France.
- Desvignes (Mm“). — France.
- Djaburov (B.). — Roumanie.
- Digon et Lafontaine. — France.
- Doncil (Mme) — Chili.
- Dorléans (Ve Mélanie). — France. Defresne-Fillette et Vidal. — France. Dunand et Leblond. — France. Durst-Wild frères. — France.
- Elosegui (Antonio). — Espagne.
- Esparza (Tiburcio). — Mexique.
- Espino (François). — Mexique. Estebenet et fils. — Uruguay.
- Estiarte et Sole. — Espagne.
- Fabre (Jules). — France.
- Fain. — Roumanie.
- Febvre (MUe Marthe). — Algérie. Ferlin-Naubon. - France.
- Ferreira. — Brésil.
- Fils de A. Gailly (les). — France.
- Fils de L. Picard (les). — France. Forminsky. — Russie.
- Fournier (Guillaume). — France. Franke. — Roumanie.
- Franklin. — États-Unis.
- Freitas-Soares et Rochas — Brésil. Fretin (Auguste). — France. Friedlander. — États-Unis.
- Gaillard (Louis). — France.
- Galeieff. — Russie.
- Galoffre (Eugène). — France.
- Gauché. — Chili.
- Gayet et Gi0- — France.
- Gaza (Alfredo). — Espagne.
- Geiger. — France.
- Général commandant la division d’Alger. — Algérie.
- Gibault (Auguste). — France.
- Gibson (Mme Élisa) — Tahiti.
- Girkovitch. — Serbie.
- Giroult (André). — France.
- Godchau (Adolphe). — France.
- Gomès et fils. — Portugal.
- Gomez (Nicolas). — Mexique.
- Gosse fils. — France.
- Gouvernement de l’État de Campêche. — Mexique.
- Gouvernement hawaïen. — Hawaï. Gouvernement de l’État de Chiapas. — Mexique.
- Gouvernement de l’État d’Oaxaca. — Mexique.
- Gouvernement de la République Sud-Africaine. — République Sud-Africaine.
- Gouvernement de Yucatan. — Mexique. Granados (Francisco) et frères. — Guatemala.
- Greco (Dominique). — Italie.
- Gresset (Gustave). — France.
- Guiraud. — Réunion.
- Guillaume fils aîné. — France. Halimbourg (Jules). — France, llarmer et Cie. — Grande-Bretagne, llaudricourt. — France.
- Haulet (Albert). — France.
- Ilenrick (MUc). — France.
- Hirsch et Weill. — France.
- Hochet (Eugène). — France.
- Hoffer (Francis). — France.
- Hospice des enfants de l’État de Zaca-tecas. — Mexique.
- Hubert. — Grande-Bretagne. Hunervadel-Schiiplin. — Suisse, lilie Nistia. — Roumanie.
- Jacobson et Chard. — Russie. Jaudounenc. — France.
- Johnson et Gic. — Grande-Bretagne. Jouffroy d’Abbans (C. de). — Ile de Kerguelen.
- Kahn (Paul). — France.
- Keil. — Portugal.
- Kelly (Alberto). — Guatemala. Konstantinovitch. — Serbie.
- Kriegck (Nicolas). — France.
- Laborie et Rocliard. — France.
- Laloue (\drien). — France.
- Langangne (Émile). — France.
- Lara (José-Maria). — Mexique.
- Laurent (Edmond). — France.
- Lecluze et Oger. — France.
- Lefrère (P.). — France.
- Lemaire, délégué du gouvernement persan. — Perse.
- Lempart (Léon). — Roumanie.
- Leneveu (Auguste). — France.
- Lengelé et Cie. — France.
- Le Roy. — France.
- Leucatidès et frères. — Grèce.
- Lévy jeune (Eugène). — France.
- Lévy (Lucien et Martin). — France. Liardet (Mme IL). — Australie. Linn-Faulkner. — France.
- Littaut. — France.
- Supplément a l’indusikie textile du 15 Féveiep.
- Appendice iii.
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- xym
- LES INDUSTRIES TEXTILES
- Lombard (Oscar). — France.
- Loisel. — France.
- Maciel (Dionisio). — Mexique.
- Madrid (Carlos). — Équateur.
- Maïa et Cie. — Brésil.
- Malfroy (Camille). — Australie.
- Mamby (John). — Grande-Bretagne. Mandleberg et Cie. — Grande-Bretagne. Mandrea et Cie. — Roumanie. Manufacture de chapeaux de paille Wild frères. — France.
- Manufacture royale (ancienne maison Costa-Braga). — Portugal. Marinkovitch (Milosch). — Serbie. Marinkovitch (Sava). — Serbie. Marinkovitch et Radosavlievitcht. — Serbie.
- Martinez (Tomas). — Mexique.
- Marquez (Modesto). — Mexique.
- Masson et Larousse. — France.
- Marx et Cic. — France.
- Massicault (Mrae). — Tunisie.
- Menget (Victor). — France.
- Meroni frères. — Italie.
- Mindy. — Uruguay.
- Morales (Cecilio). — Guatemala. Moralès (Gregorio). —#Guatemala. Moreno (Benito). — Mexique.
- Moriceau. — Nouvelle-Calédonie. Mottier (Charles). — France. Municipalité de Ipijapa. — Équateur. Municipalité de La Paz. — Bolivie. Netto et Hijos. — Espagne.
- Neumann (Maurice). — Autriche-Hongrie.
- Neuvirth (Mathias). — Roumanie.
- Nicoll et Cie. — Grande-Bretagne. Noirot. — Sénégal.
- Olechinsky (Wladimir). — Roumanie. Otsuka. — Japon.
- Panopoulo. — Grèce.
- Padilla (Mm0 Ilippolyta). — Mexique. Pansard (Paul). — France.
- Pavon (Miguel). —Mexique. Pelletier-Vidal. — France.
- Pernot fils. — France.
- Perron (Ferdinand). —France.
- Petit (Auguste). — France.
- Petit (Auguste). —France.
- Petitgas (François). — Danemark. Peyrache frères. — France.
- Pighini (Auguste). — France.
- Pineiro Requiào. — Brésil.
- Piris et Cic. — Espagne.
- Plassard, Morin et Cie. — France.
- Prager (Sigismond). — Roumanie.
- Préfet de Quiché. — Guatemala.
- Prevet et Cic. — France.
- Province de Muong. — Tonkin.
- Provot (Paul). — France.
- Raboteau. — France.
- Raffin (Bertrand). — France.
- Ramirez (Emeterio). — Mexique. Randall (Henry). — Grande-Bretagne. Baudin (Léon). — France.
- Raoul. — Ile de Kerguelen.
- Refera et fils. — France.
- | Reis (Alfredo-José das). — Portugal. Reiser-Leconte. — France.
- Renevier. — France.
- Rey cousins et Cie. — France.
- Reynaud et Salles. — Mexique. Rodriguez (Mmo Guadalupe). —Mexique. Roger (Ve). — France.
- Roi de Siam (S. M. le). — Siam.
- Romanâ (Rafaël). — Guatemala.
- Rosa Pintano de Vinezo. — Équateur. Roussillon (Auguste). — France. Rousseau-Brondeix. — France. Rousseau. — France.
- Roxo (A. et Trmao). — Portugal. Sabitof. — Russie.
- Saclonière. — France.
- Sacreste et Ijos. — Espagne.
- Salomon (Ouda et Alexis). — France. Savart. — France.
- Schreschwesky. — Autriche-Hongrie-Schoy. — Belgique.
- Schorestène et Cie. — France.
- Schwartz (Michel). — France.
- Senaker (Alfred). — États-Unis. Senkowsky. — Russie.
- Serra (Andrès). — Espagne.
- Servajean et Gouvernet. — France. Service des affaires indigènes de Nouméa. — Nouvelle-Calédonie.
- Shillaber and C°. — États-Unis.
- Simon et Cio. — France.
- Sol et Cie. — France.
- Stefanesco (Nicolas). — Roumanie. Storch (Léon). — France.
- Strakosch (Julius). — Autriche-Hongrie.
- Suzer (H.-J.). — France.
- Thiéry aîné et Cie. — France. Thonnerieux (Louis). — France. Thyraud et Gall. — France. Tikhomiroff. — Russie.
- Torrès (Ignacio). — Mexique.
- Trancart. — France.
- Ulliac (Maison). — France.
- Vaudenbos (Eugène). — Belgique.
- Vidali (A.). — Grèce.
- Walter Buller (Sir). — Australie. Warton. — République Argentine.
- Weil (Albert). — France.
- Weimann. — Danemark.
- Wiéner fils. — Autriche-Hongrie.
- Médailles de bronze.
- Abadie Colin. — France.
- Abarca (Jaime). — République Argentine.
- Abrioux et Cie. — France.
- Agious (Vincent). — Grèce.
- Alvès. — Portugal.
- Alligon (Solidaire). — Algérie.
- Alonso et Mora (José). — Espagne. Amady Natago. — Sénégal.
- Amaya (Carmen de). — San Salvador. Amiel (Paul). — France.
- Amis touristes (les). — Russie.
- Antonoff. — Russie.
- Antonyevitch. — Serbie.
- Araiza. — Mexique.
- Aramayo (Mme). — Bolivie.
- Artola (Comtesse Carolina de). — Bolivie.
- Asencio (Félix). — Algérie.
- Asile de Maria Pia. — Portugal. Association des dames de Belgrade. — Serbie.
- Association générale d’ouvriers tailleurs. — France.
- Barouch. — Tunisie.
- Barragan (Sébastian). — Mexique.
- Barth (Mlle). — France.
- Barros. — Cochinchine.
- Bellot (Mn° Marguerite). — France.
- Béni Mansour (les). — Algérie. Berthelot (Marie). — France. Bittencourt. — Brésil.
- Bittmann (Ignace). — Autriche-Hongrie.
- Bizarro. — Portugal.
- Blavier et Ilautefeuille. — France. Boisselier fils. — Portugal.
- Boris frères. — Brésil.
- Boudard. — France.
- Briol (Mme). — Roumanie.
- Brou (Ernest). — France.
- Brunot (L.). — France.
- Bunesco (J.). — Roumanie.
- Bunesco (Marie). — Roumanie.
- Bunesco (Sevatitza). — Roumanie. Burosse (Paul). — France.
- Cadet (René). — France.
- Caetano. — Portugal.
- Calophtis. — Grèce.
- Caltsibanis (Vasile). — Grèce.
- Carozzi (Joseph). — Italie.
- Carvalhat (Alfredo). — Portugal. Carvalho Antrade et Cie. — Brésil. Castets aîné. — France.
- Cea (Fernandez). — Espagne.
- Cercle de Boussaada. — Algérie.
- Cercle de Dellys. — Algérie. Cervantès-Donaciano. — Mexique. Chabaud jeune et Cie. — France. Chanson (Charles). — France.
- Chesnay. — Tonkin.
- Chevillot (Eugène). — France.
- Chevron (Hippolyte) et Cie. — France. Chollet (Alexandre). — France.
- Chollet (Victor). — France.
- Coiffard (Ve). — France.
- Collectivité des fabricants de chapeaux de Saint-Barthélemy. — Guadeloupe. Comité de l’Exposition. — Uruguay. Comité de Potosi. — Bolivie. Commission de l’État des Andes. — Vé-nézuéla.
- Commission coopérative d’Ambato. — Équateur.
- Commission de l’État de Guzman-Blan-co. — Vénézuéla.
- Commission de l’État de Lara. — Vénézuéla.
- Commission de Pernambuco. — Brésil. Commune d’Aumale. — Algérie.
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-
- A L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1889.
- XIX
- Commune de Boghar. — Algérie. Commune de Chellala. — Algérie. Commune de Djelfa. — Algérie. Commune de El-Milia. — Algérie. Commune de Fort-National. — Algérie.
- Commune de Gardaïa. — Algérie. Commune de Laghouat. — Algérie. Commune de Soukcharas. — Algérie. Commune de Mégare. — Grèce. Cordero et Cie. — Portugal.
- Corréa et fils. — Portugal.
- Coudreau. — République Argentine. Coulon (F.-L.-N.). — France. Coulourgiotis. — Grèce.
- Crevani. — Pérou.
- Czarnecki (Alexandre). — Roumanie. Dames de l’Immaculée-Conception. — Gabon.
- Damnianovitch. — Serbie.
- Davila. — Mexique.
- Davalos et Ci0. — Mexique.
- Daza (le général). — Bolivie.
- Decré (MIle Charlotte). — France. Delamarre (Eugène). — France.
- Dellac (M'“e). — États-Unis.
- Dellacha. — République Argentine. Destsikas (Luc). — Grèce.
- Devès frères. — Bolivie.
- Deydier. — France.
- Dianoux (Léon). — Espagne. Djevairovitch. — Serbie.
- Dimba War. — Sénégal.
- Dirickx (Mme). — Belgique.
- Domingo (José). — Espagne.
- Donat. — Iles Marquises.
- Dumas. — France.
- Dumitresca. — Uoumanie.
- Durand (François). — Algérie.
- Dyschko. — Russie.
- Echegarra (Juan). — Espagne.
- Elchille (Catarina). — Guatemala. Fabrique nationale de chaussures. — Guatemala.
- Faes(A.). —France.
- Faugur. — Espagne.
- Fernandes et Fernandes. — Portugal. Ferrier frères. — France.
- Festa (Étienne). — France.
- Fleck frères. — France.
- Fongeu. — France.
- Fonseca (de La) et fils. — Portugal. Gaissad. — France.
- Gai et Lévy. — France.
- Garand frères. — France.
- Garreau (Ernest). — France.
- Gautillot (Charles). — Algérie. Gautrand et Altignan. — France. Gengoux (J.-B.). — Belgique. Georgesco (Costica). — Roumanie. Georgios. — Grèce.
- Gluclich. — Autriche-Hongrie.
- Gomez. — Mexique.
- Gonzalez (Mlle Genoveva). — Mexique. Gonzalez (Enrique). — Mexique. Gouvernement de l’État d’Aguascalien-tes. — Mexique.
- Gouvernement de l’État de Guerrero. — Mexiqne.
- Gouvernement de l’État de Jalisco. — Mexique.
- Gouvernement de l’État de Michoacan. — Mexique.
- Gouvernement de l’État de Morelos. — Mexique.
- Gouvernement de l’État de Queretaro. — Mexique.
- Gouvernement de l’État de Puebla. — Mexique.
- Gouvernement de l’État de San Luis Potosi. — Mexique.
- Gouvernement de l’État de Tabasco. — Mexique.
- Gouvernement de l’État de Tamaulipas. — Mexique.
- Gouvernement de l’État de Vera-Cruz. — Mexique.
- Gouvernement de l’État de Zacatecas. — Mexique.
- Gouvernement de l’État de Coahuila. — Mexique.
- Grunbaum (Léon). —Autriche-Hongrie. Guérin (Gustave). — France.. Giuglanesco. — Roumanie.
- Gueuequin. — France.
- Guthmann (Ve). — France.
- Ilahn (Dr). — Cambodge.
- Hartmann (Maurice). — Serbie. Ilelland. — Norvège.
- Hernandez (Filipe). — Nicaragua. Hernandez (Tomas). — Mexique.
- Herth. — France.
- Hildisch. — Norvège.
- Hough et Ford. — États-Unis.
- Ibrahima N- Diaye. — Sénégal.
- Joguet. — France.
- Kahn frères. — France.
- Kazzovitz (Philippe). — Autriche-Hongrie.
- Knegevitch (Yarem). — Serbie. Knejevitz (Dmitri). — Serbie.
- Korb et Cie. — France.
- Koslovits. — France.
- Kunzle Blatter. — Suisse.
- Lacroix. — France.
- Langlade (Joamen). — France. Langweil (Aloys). — Autriche-Hongrie. Lebrun, Vidal et Cie. — France.
- Lecerf (Edmond). — France.
- Lefèvre (E.). — France.
- Léger (Mme)- —France.
- Legrand (Alexandre). — France. Lemus-Dubreuil. — Chili.
- Léon (M,nc). — France.
- Lemit (Mlle). — E’rance.
- Le Roy (Georges). — France.
- Lheronde. — La Réunion.
- Loisel. — République Argentine.
- Lovvy (Maurice). — Autriche-Hongrie. Loriot et Cie. — France.
- Luck Santhor. — Cambodge.
- Lugo. — République Dominicaine.
- Luna (Michel). — Mexique.
- Lunel. — France.
- Manchounskaia. — Russie.
- Marchand (J.-M.). — France.
- Marescot (J.). — Chili.
- Massard (Mme). — France.
- Martin (Ferdinand). — Roumanie. Mequesse (Louis). — Algérie.
- Mercier (Ve). — France.
- Messinezis. — Grèce.
- Meyer-Schefïer. — Roumanie.
- Michel (Joseph). — France.
- Mills (Samuel). — Grande-Bretagne. Model et Cie. — Algérie.
- Mohamed Mitinji et Ahmed ben Kroupa. — Algérie.
- Monier (Victor). — Algérie.
- Moraisin. — France.
- Morin (Antoine). — France. Moschachlaidès. — Grèce.
- Municipalité de Rabinal. — Guatemala. Murakami (Isao). — Japon.
- Mils et Corruble. — France.
- Naess. — Norvège.
- Napoléone (Cossimo). — France. Nicholson and C°. — Grande-Bretagne. Nicolayevitch. — Serbie.
- Nicolitch (Jean). — Serbie.
- Oliveira (J.-M.-P.). — Brésil.
- Orantes (Manuel). — San Salvador. Ordonez (Manuel). — République Argentine.
- Ornelas. — Portugal.
- Papaspyropoulo, Poulopolo et Saccani. — Grèce.
- Paternotte et fils. — Belgique. Pecqueur (Mmc Léona). — Gabon.
- Pena. — Nicaragua.
- Pénitencier de l’île Ducos. —Nouvelle-Calédonie.
- Perpinia. — Grèce.
- Perez (Luisa). — Guatemala.
- Perreirai (Custodio). — Portugal. Petremaud (Guillaume). — Suisse. Peyronnet fils. — France.
- Pierni. — Italie.
- Picard (Raymond). — France.
- Pigelet. — France.
- Plassard, Morin et Ci0. — France.
- Plé frères. — France.
- Pobo (Mme). — Espagne.
- Poénaréanu. — Roumanie.
- Poiret (Auguste). — France.
- Privé (Auguste). — France.
- Préfecture de Tepic. — Mexique.
- Rafaël (Maurice). — France.
- Ranciat (Henri). — France.
- Rauber (Émile). — Suisse.
- Remon (J.). — France.
- Renard (F.) et Gie. — France.
- Ribaut (Dominique). — France.
- Riel (Lucien). — France.
- Ribeiro. — Brésil.
- Rissler (Mme Ve de). — Bolivie.
- Robert frères. — France.
- Rodriguez. — Guatemala.
- Rolstad. — Norvège.
- Romero (Francesco). — Espagne.
- Roy (Ilippolyte). — France.
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- XX
- LES INDUSTRIES TEXTILES
- Royce, Gasconice et Cip. — Grande Bretagne.
- Ruef (Henri). — France.
- Salvednaa. — Nicaragua.
- Sakuragoumi. — Japon Salazar M.). — Portugal.
- Salles (Maison). — France.
- Savitch. — Serbie.
- Shmoli (Miltiade). — Égypte.
- Serrano (Pedro) — San Salvador. Santos (Chan-José). — Mexique. Schamarine et fils. — Russie.
- Scheidel (Ve). — France.
- Schlussel (Laurent). — Gabon. Sequeira. — Nicaragua.
- Service local de la Martinique. — Martinique.
- Service local de Nossi-Bé. — Nossi-Bé. Silva (Joaquin Pereira). — Portugal. Silva (Joaquin Rodriguez). — Portugal. Simon neveu. — France.
- Smirnofi. — Russie.
- Solorzano (Mme). — Mexique.
- Sintas. — Uruguay.
- Sornet, Diot et Cie. — France.
- Soulage (Ferdinand). — France.
- Souto et Cie. — Portugal.
- Standaft (Mme). — France.
- Subert. — France.
- Syndicat des confectionneurs.— Serbie. Syndicat des fourreurs. — Serbie. Talavera (Esteban). —Mexique. Tangery (Emeri). — Autriche-Hongrie. Tassaux (René). — France.
- Theiss (Carol). — Roumanie.
- Tematahi — Tahiti.
- Todorovitch (Kamen). — Serbie. To-y-Rovira. — Espagne.
- Tracez (Mme). — France.
- Trezel (Louis). — France.
- Troy (Calixte de;. — Belgique. Turbeaux (Yves). — France.
- Lranga et Pecora. — République Argentine.
- Valido (Ambroise). — République Argentine.
- Van Heck (J.-L.). — Pays-Bas.
- Van der Weene (Ve). — Tahiti.
- Vasquez (Felicia). — Chili.
- Vedernikoff. — Russie.
- Veinberg. — Russie.
- Verdin (Paul). — France.
- Vidal (Juan). — Espagne.
- Vignat (Ve Auguste). — France. Vilardel de Vila (MUe Carmen de). — Espagne.
- Villacorta. — San Salvador. Villavicencio (Mlle de). — San Salvador. Ville de Tlemcen. — Algérie.
- Ville de Gotera. — San Salvador. Vissotsky. — Russie.
- Voinesco (Siméon). — Roumanie. Wandin (Mmc de). — San Salvador. Wedeles (J ). — Autriche-Hongrie. Weismann et Kahn. — France. Westlands, Laidlaw and G°. — Grande-Bretagne.
- Zarate — Mexique.
- Zerva. — Grèce.
- Zoiopoulo. — Grèce.
- Mentions honorables.
- Aguilar. — Mexique.
- Alcantara et Gie. — Portugal.
- Almeida Reis. — Portugal. Ammann-Labhart et Gie. — Suisse. Anagnostopoulo. — Grèce.
- Ancona (Mme Guadalupe de). — Mexique.
- Arandjelovitch. — Serbie.
- Arbib (E.). — France.
- Arco (Joaquin). — Portugal. Arnaoutovitch. — Serbie.
- Athanassio (Jean). — Grèce. Bacojeanopoulo. — Grèce.
- Badillo. — Mexique.
- Bagnitch (Mme K.). — Serbie.
- Barboza. — Portugal.
- Baret lMn° Rosina). — La Réunion. Barrera. — San Salvador.
- Barriel (Victor). — République Dominicaine.
- Bass (Sigismond). — Autriche-Hongrie. Bebin. — Bolivie.
- Belkacem ben Ali. — Algérie.
- Beltzer et Anderson. — France. Bernard (M'"°). — La Réunion. Bernandeau et Gougeard. — France. Bebus. — France.
- Blacoyevitch. — Serbie.
- Blanc (Antony). — La Réunion.
- Blanco (Beaigno). — Espagne.
- Boros. — Autriche-Hongrie. Bois-Villiers (Anne de). — La Réunion. Bois-Villiers (M1,,e E ). — La Réunion. Boudier (Paul). — France.
- Boullerot (MUe). — France.
- Bourgeois (Mlle). — France.
- Braga. — Portugal.
- Bravo (MUe Rosaura). — Mexique. Bukowsky (Thomas). — Roumanie. Buitrago (Gregorio). — San Salvador. Campos (MUe). — San Salvador. Carballo. — Espagne.
- Carvellas. — Grèce.
- Cavalier. — République Argentine. Cerra. — Portugal.
- Cervano. — Mexique.
- Cervantès (Jésus). — Mexique. Chambeos. — Grèce.
- Charralambo. — Grèce.
- Ctiavez (Felipe). — Mexique.
- Chavez (M110 de). — Mexique.
- Cheyroux (Jean). — France.
- Chitoye. — Guatemala.
- Choza (Gaetano). — Nicaragua.
- Cilenti. — République Argentine. Commission auxiliaire. — République Argentine.
- Contos (Jean). — Grèce.
- Deffer (Marcello). — République Dominicaine. .
- Delot. — France.
- ! Demosthène (Pierre). — Grèce. Demoulin. — France.
- Département de Kynaewatz. — Serbie. Département de la Libertad. — San Salvador.
- Département de la Paz. — San Salvador. Département de San Vicente. — San Salvador.
- Desvignes (Mm0). — Uruguay.
- Dimas (Charles). — Grèce.
- Dolezon (E.). —France.
- Dolorès (Andrès). — Algérie.
- Duran (Cruz). — Mexique.
- Eskenasy (Joseph). —Autriche-Hongrie. Fagard (Louis). — France.
- Feijo. — Équateur.
- Flory (Jules). — Monaco.
- Fontaine (M‘nc Louis). — La Réunion. Fontanarosa (J.-M ). — République Argentine.
- Galissa (Ricardo). — Espagne.
- Garau (José). —Espagne.
- Georgevitch (Stanko). — Serbie. Gerendi (Mme de). — Autriche-Hongrie. Giraud (F.). — France.
- Gutierrez (Ignacio). — Mexique.
- Gogry (Ernest). — France.
- Gonzalez (Mme). — San Salvador. Gonzalez et Tejedouro. — Portugal. Gouvernement de l’État de Guanajuato. — Mexique.
- Granet et Aligon. — Algérie.
- Grijalva. — Nicaragua.
- Grondin (Mlle,. — La Réunion.
- Grulich. — Roumanie.
- Guérin. — France.
- Guinet (Émile). — France.
- Guzman (Antonio). — Mexique. Harmand (Mme). — France.
- Hayès et Jeannenay. — Nouvelle-Calédonie.
- Hermelin-Payet (Ve). — La Réunion. Ilerrera (MUc Christine). — Mexique. Ilerrerau (Trinidad). — Mexique. Hochmann. — Roumanie. IIuet-Berneval. — France.
- Jonesco. — Roumanie.
- Jo-quera (Jésus). — Chili.
- Jubete de la Fuente. — Espagne.
- Klein (Pierre). — Espagne.
- Katsimbalis. — Grèce.
- Komaroff. — Russie.
- Labbeyi. — Tahiti.
- Laurin et Lalondrelle. — France.
- Le Berre. — Gabon.
- Levenson. — Serbie.
- Lévy (Valentin) — Algérie.
- Linhaça (Jaâs). — Portugal.
- Liquidée (Mm0). — La Réunion. Lisandro. — San Salvador.
- Liacuri frères. — Mexique.
- Lopez (Mlle Rafaëla). — Mexique. Mâcheras. — Grèce.
- Machello frères. — République Argentine.
- Maeva-Te-Oumere. — Tahiti.
- Maillard (Prudent). — France.
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- Ü
- A L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1889.
- XXI
- Maniadakis. — Grèce.
- Manolis. — Grèce.
- Mantout Chiche. — Algérie.
- Mardochée (Sultan). — Algérie. Marinovitch (Yovan). — Algérie.
- Mati (Mme). — Tahiti.
- Mayer (Jean). — Autriche-Hongrie. Meiners (Frédéric). — République Argentine.
- Maldonovitch. — Serbie.
- Michalopoulo. — Grèce.
- Michailesco (Mmc). — Roumanie. Monani fils. — Algérie.
- Mottier (Charles). — France. Moureaux., — France.
- Mozzacciodi (Louis). — République Argentine.
- Municipalité de Leskovatz. — Serbie. Municipalité de Chachadum. — Guatemala.
- Municipalité de Jocotan. —Guatemala. Municipalité de San Agustin. — Guatemala.
- Municipalité de San Miguel de Petapa. — Guatemala.
- Munoz (Escribano). — Espagne.
- Münz. — Autriche-Hongrie.
- Mura Kami. — Japon.
- Myaotovitch (Mme). — Serbie. Mylekovitch. — Serbie.
- Nachmias. — Grèce.
- Neves. — Portugal.
- Odavitch et Arramovitch. — Espagne. Oeho (Peoro). — Espagne.
- Olagaray (Juan). — Mexique.
- Ortiz (Justo). — Guatemala.
- Ortiz (M110'Maria). — Mexique.
- Ortiz (Pedro). — Guatemala.
- Ortiz (Valeriano). — Guatemala.
- Oviedo (Mlle Maria). — Nicaragua. Olagaray (Juan). —Mexique.
- Pacheco de Rosas (Mme Emilia). — Chili. Palacios (Antonio). — Mexique.
- Palomo (Mmc). — Mexique.
- Panet. — France.
- Panitch. — Serbie.
- Parrot (Mllc Maria). — Portugal. Pantelitch. — Serbie.
- Paykovitch (Mme). — Serbie.
- Perez (Matheo). — Guatemala. Phostiras. — Grèce.
- Pierret (Justin). — France.
- Pinentel (Francisco). — Mexique. Peneda (Mlle Concepcion). — Mexique. Pion (François). —France.
- Plataroti (Louis). — République Argentine.
- Pons et Cie. — Espagne.
- Popp. — Roumanie.
- Porumboiu. — Roumanie.
- Pultar. — Autriche-Hongrie.
- Rumini (Mlle Louise). — France.
- Rego (Antonio-Pereira). — Portugal. Rivière (Ve). — La Réunion. . Rodriguez (Crux). — Guatemala. Rodriguez (Mazarita). — Guatemala. Romo (Vitalia de). — Chili.
- Rousseau frères. — France.
- Salas (Emeteris). — Mexique.
- Salazar (MUe Dolorès de). — San Salvador.
- Salazar (Mm0 Mamuela de). — San Salvador.
- Savignoni. — France.
- Scatolini (Victoria). — Italie.
- Scavia (J.). — République Argentine. Schabatz (Département de). — Serbie. Schneider (David). — France. Serraciotis. — Grèce.
- Silva Miguel. — Portugal.
- Skerlitch (Milosch). — Serbie. Sokovitch (Mmc). — Serbie.
- Solalinde (Mme de Alcocer) —Mexique. Souto (Roderigo). — Portugal.
- Souto et Cio. — Portugal.
- Sprenfico. — République Argentine. Stanescu. — Roumanie.
- Stanoyevitch. — Serbie. Stanimirovitch. — Serbie. Tchourmitch. — Serbie.
- Técher (Ve Hubert). — La Réunion. Tholitch (Mita). — Serbie.
- Thomas (MUe). — La Réunion.
- Thinard (Jean). — France.
- Timothée. — La Réunion.
- Torres (Anastasio). — Mexique. Tsaoussis. — Grèce.
- Tschourtschitz. — Serbie.
- Tsizitas. — Grèce.
- Urruela. — Espagne.
- Valdez-Porfirio. — Mexique.
- Valerio (Joano). — Mexique.
- Valo (Berta). — Roumanie.
- Vellozo (Manoël). — Portugal. Vandenberghe. — Uruguay. Vidakovitch. — Serbie. Vidal-Balauzategni. — Espagne.
- Vidali (C.). —Grèce.
- Viennot (Charles). — Tahiti.
- Viet (Julien). — France.
- Villegas (Antonio). — Mexique. Yovanovitch (Georges). — Serbie. Yovanovitch (Givu). — Serbie. Zaldibar. — Espagne.
- Zamudio (Mn°). — La Réunion. Zevayrovitch. — Serbie.
- CLASSE Zi5.
- Produits chimiques et pharmaceutiques.
- LISTE DU JURY.
- Scheurer-Kestner.... France.
- Roscoe (Sir Henry).. Grande-Bretagne.
- Riche (Alfred)...... France.
- Jungileich (Émile)... France.
- Bergé (Henri)....... Belgique.
- Rousseau (Paul)..... Brésil.
- Lastarria........... Chili.
- Newberry.............. États-Unis.
- Candiani............ Italie.
- Penafiel (le Dr)---- Mexique.
- Monrad Kronh....... Norvège.
- Thyssen (le Dr).... Pays-Bas.
- Schneider (le ,Dr). • • Russie.
- Pector (E.)........ San Salvador.
- Lunge (le Dr)...... Suisse.
- Boude (Frédéric).... France.
- Dehaynin (Félix).... France.
- Frémy........... France.
- Friedel............ France.
- Knieder............ France.
- Kolb (Jules)....... France.
- Lequin.............a France.
- Levain ville (Georges) France.
- Lorilleux.......... France.
- Michaud fils aîné... France.
- Roux (Jules)....... France.
- Schloesing......... France.
- Schutzenberger..... France.
- Troost............. France.
- Tugot (Jules)...... France.
- Dubois (E.)......... Nicaragua.
- Fougner (Johan).... Norvège. Oliveira(Domingosd’) Portugal.
- Hogg (W. Douglas).. Grande-Bretagne.
- Bonnard (de)....... France.
- Hardy (Ernest)..... France.
- Suillot (H.)....... France.
- Yée (Amédée)....... France.
- Grands prix.
- Arnavon. — France.
- Billault. — France.
- Chance Brothers. — Grande-Bretagne. Genevoix et Cie. — France.
- Compagnie de Saint-Gobain, Chauny et Cirey. — France.
- Hardy-Milori. — France.
- Laire (de) et Cie. — France.
- Lefranc et Cie. — France.
- Ménier. — Brésil.
- Milly (de). — France.
- Nobel. — Russie.
- Pechiney et Cie. — France.
- Poulenc frères. — France.
- Price’s Patent Candie C°. — Grande-Bretagne.
- Société pour l’industrie chimique. — Suisse.
- Solvay et Cie. — France et Belgique. Tanret. — France.
- Médailles d'or.
- Nou-
- Administration pénitentiaire.
- velle-Calédonie.
- Adrian et Ci0. — France.
- Arguello hijo (José). — San Salvador.
- Arlot (Ve) et Cie. — France.
- Artus. — France.
- Asselin. — France.
- Bapst et Hamet. — France.
- Béchamp. — France.
- Berguerand. — France. Bolloré-Sœhnée. — France.
- Borax Company. — Grande-Bretagne. Boston, Rubber, Schoe. — États-Unis. Botelberge et C°. — Belgique.
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-
-
-
- XXII
- LES INDUSTRIES TEXTILES
- Boulfroy. — Russie.
- Brigonnet et Naville. — France.
- Brito (E.) Cunlia. — Portugal.
- Brunner, Mond et C°. — Grande-Bretagne.
- Camus et Ci0. — France.
- Glayton, Aniline et G0. — Grande-Bretagne.
- Chassaing et Cie. — France.
- Chassevant. — France.
- Cheseborough C°. — États-Unis. Chesnay et Cio. — Nicaragua.
- Coez et Cîe. — France.
- Comité colonial. — Pays-Bas. Commission norvégienne. — Norvège. Compagnie des colonies. — Pays-Bas. Compagnie Luz Stearica. — Brésil. Compagnie de Pachuca. — Mexique. Compagnie des Salins. — France.
- Cook et Cie. — Grande-Bretagne. Cusinberche (Ve) et fils. — France. Darrasse et Landrin. — France.
- David et Débouché. — Belgique.
- Dècle (Ve) et Ci0. — France.
- Deschamps frères. — France et Russie.
- Desmarais frères. — France.
- Desnoix (Julien). — France.
- Devoe et Cie. — États-Unis.
- Doix, Mulaton et Wolf!. — France. Dubosc. — France.
- Dubosc frères et Subert. — France. Durand fils et Cic. — France.
- Durand, Iluguenin et Ci0. — France. Eglingtong C°. — Grande-Bretagne. Expert Bezançon et Ci0. — France. Fabrique chimique. — Pays-Bas. Fabrique lombarde de produits chimiques. — Italie.
- Faure. — France.
- Figuero (Aurélia). — San Salvador. Fournier et Ci0. — France.
- Foyn. — Norvège.
- Franco et Filhos. — Portugal.
- Gigodot et Laprévote. — France. GilliarJ-Monnet et Cartier. — France. Glaizot. — France.
- Gouvernement de San Salvador. — San Salvador.
- Gouvernement du Paraguay. — Paraguay.
- Gouvernement néerlandais. — Pavs-Bas.
- Guibal. — France.
- Guimet. — France.
- Guinon, Picard et Jay. — France. Huileries et savonneries. — Italie. Hutchinson et Cie. — France.
- India Rubber et Cie. — France.
- Istrati. — Roumanie.
- Jacotin, Binoche et Cie. — France. Jacquand et Cie. — France.
- Joudrain et Cie. — France.
- Kaulelc. — France.
- Konya frères. — Roumanie. Krestovnikoff frères. — Russie. Kuenemann et Cie. — Russie.
- Lambotte. — Belgique.
- Lefebvre et Ci0. — France.
- Lepage. — Brésil.
- Leroy (Ve). — France.
- Levasseur. — France.
- Lever. — Grande-Bretagne.
- Lizariturgui y Rezola. — Espagne. Manufacture de gélatine. — Suisse. Margaritti. — Grèce. Marguerite-Delacharbonny. — France. Marques de Hollanda. — Brésil. Meissonier. — France.
- Mines de Bouxwiller. — France. Ministère de l’agriculture. — Japon. Ministère des finances. — Grèce. Moreau et Cie. — France.
- North british Rubber C°. — Grande-Bretagne.
- Pease. — États-Unis.
- Perré et fils. — France.
- Pommier et Ci0. — France.
- Pontier (André). — France.
- Quiroga. — Bolivie.
- Raeymackers et Cie. — Belgique. Ragosine. — Russie.
- Revere Rubber et Cie. — États-Unis. Richter. — France.
- Rommel (Mme V°). — France.
- Roques. — France.
- Roulet et Cie. — France.
- Salines de Salsomaggiore. — Italie. Samora Correa. — Portugal.
- Saraidaris et Athanasiades. — Grèce. Schibaef. — Russie.
- Schlagdenhaufen et Ileckel. — Sénégal.
- Schmidt. — Russie.
- Scott. — République Argentine. Serpette, Lorois, Langlois et Ci0. — France.
- Société centrale de produits chimiques. — France.
- Société de la dynamite. — France. Société des cirages français. — France et Russie.
- Société du sulfure de carbone. — France.
- Société des huiles minérales. — France. Société des quinquinas. — France. Société des téléphones. — France. Société d’Haumont. — France.
- Société du naphte de Bakou. — Russie. Société générale des téléphones. — France.
- Société russe du naphte. — Russie. Solvay process C°. — États-Unis. Sordes, lluillard et Cie. — France. Stéarinerie de l’Est. — France. Stéarinerie française. — France. Stevenson, Carlile et C°. — Grande-Bretagne.
- Taillandier. — France.
- Tancrède (Aimé). — France.
- Thomas — France.
- Torrilhon et Cia. — France.
- Valentine et Ci0. — États-Unis. Voussakis. — Grèce.
- Médailles d'argent.
- Angulo (N.). — San Salvador.
- Aspinall. — Grande-Bretagne.
- Arnoul. — France.
- Baron. — France.
- Bartholomen et Cie. — Brésil.
- Beau. — Grande-Bretagne.
- Bertrand. — France.
- Beslier. — France.
- Biard. — France.
- Bishop et fils. — Grande-Bretagne. Bocquillon-Limousin. — France. Borghes de Castro. — Brésil. Borne-Scrimser et Cie. — États-Unis. Borrel. — France.
- Bourgeois. — France.
- Bourgeois et Cie. — France.
- Brown et C°. — États-Unis.
- Burroughs, Wellcome et C°. — Grande-Bretagne.
- Carof et Cie. — France.
- Carrière frères. — France.
- Casassa et Cie. — France.
- Catillon. — France.
- Cezeraria Reali. — Italie.
- Césarine (Sœur). — Miquelon.
- Chalmel. — France.
- Chamorro y Javala. — Nicaragua. Chatanay. — France.
- Claudon. — France.
- Col. — France.
- Compagnie de calcination des os. — Russie.
- Compagnie des asphaltes. — France. Compagnie des produits antiseptiques. — France.
- Compagnie de Rio-Tinto. — France. Compagnie parisienne de couleurs d’aniline. — France.
- Compagnie principale du gaz. — République Argentine.
- Cook y Ilijos. — Vénézuéla.
- Costa (Ribeira da). — Portugal.
- Cotton oil prod. — États-Unis.
- Currie et C°. — Grande-Bretagne. Daguin et Ci0. — France.
- Dahl et Cie. — Norvège.
- Daniel et Cic. — France. Decourdemanche. — France.
- Dee oil C°. — Grande-Bretagne.
- Deiss de Salon. — France.
- Delà Madriz. — Vénézuéla. Département de Garcia. — San Salvador.
- Derrien. — France.
- Dida. — France.
- Dornemann. — France.
- Duboé-Dausse et Boulanger. — France. Duperron. — France.
- Duquesnel et Millot. — France.
- École Ouro Preto. — Brésil.
- Elisseef. — Russie.
- Exposition des stéariniers de la région lyonnaise. — France.
- Fairchild Brothers. — États-Unis.
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-
-
-
- A L’EXPOSITION UNIVERSELLE
- François, Grellou et Ci0. — France. Froger-Bourdon. — France.
- Fumouze. — France.
- Gartenberg. — Autriche-Hongrie. Gavian (Ignacio). — Mexique.
- Giguet-Leroy. —France.
- Gobierno. — Mexique.
- Grandval. — France.
- Hanez y Lamarque. — Mexique.
- Hartog et Cie. — France, llatton. — France.
- Hausmann. — Suisse.
- Hérubel. — France.
- Ilimmelbauer. — Autriche-Hongrie. Higguet, Lefèvre et Cie. — Belgique. Hogg. — Grande-Bretagne.
- Iloniolle et Cie. — France.
- Ilouzeau et Gie. — France.
- Impérial (la) et la Iberia « Garcia ». — Espagne.
- Isdahl et Cie. — Norvège.
- Ivanoff et Savinkoff. — Russie.
- Jeffrey et Cie. — Grande-Bretagne. Jijon. — Équateur.
- Lacour. — France.
- Lancelot et Cie. — France.
- Landolt et Ci0. — Suisse.
- Laso de la Vega. — Mexique.
- Léca et Cie. — France.
- Lécluse Trewœdal (de frères). — France.
- Lecouppey. — France.
- Lefebvre. — France.
- Legloahec. — France.
- Leirinka. — Portugal.
- Lemoine et Couturier. — France. Lepechkine. — Russie.
- Lerenard. — France.
- Malleval père et Routtand. — France. Mante-Legré et Ci0. — France. Monclova Hermanos. — Porto-Rico. Morel. — France.
- Neujan et Delaite. — Belgique.
- Nikita Ponizovkine. — Russie.
- Noël. — France.
- Nogueira. — Portugal.
- Noirot. — Sénégal.
- Nubian Manufactory. — Grande-Bretagne.
- Olive. — France.
- Oppenheimer. — Grande-Bretagne. Parquin et Cio. — France.
- Perez y Parraga. — San Salvador. Pestalozzi. — Suisse.
- Petit. — France.
- Pickering et fils. — Grande-Bretagne. Pilon frères et Buffet. — France. PliiÇh.e et Cie. — France.
- Polakiewicz. — Russie.
- Porlier. — France.
- Puyo. — Chili.
- Raffinerie de soufre. — France.
- Rigaud et Chapoteaut. — France. Rigollot et Cie. — France.
- Ringaud, Meyer et Cie. — France. Robelin. — France.
- Roguier. — France.
- Ruch et fils. — France.
- Sampaïo. — Brésil.
- Schamphelære (de). — Belgique. Seaburg et Johnston. — États-Unis. Serra. — Portugal.
- Sessa, Cautie et Ci0. — Italie.
- Sevoz et Boasson. — France. Serzinsky. — Autriche-Hongrie. Société de fabrication de suif fondu — France.
- Société de produits chimiques. — Bel g'ique.
- Société de Vedrin. — Belgique. Société des glaces et verres. — Belgique.
- Soetenaey. — France.
- Szizepanouski. — Autriche-Hongrie. Tchiknaverof. — Russie.
- Tessier, Huyard et Ci0. — France. Theurier. — France.
- Thévenot. — France.
- Totin. — France.
- Trinidad Garcia. — Mexique.
- Tsolakis. — Grèce.
- Upton. — États-Unis.
- Valdez. — Guatémala.
- Vassilieff. — Russie.
- Veneque et fils. — France.
- Warner et Cie. — États-Unis.
- Weeger. — France.
- Zavoianni et Ci0. — Grèce.
- Médailles de bronze.
- Ajuria (Antonio). —* Mexique.
- Araulo (Jésus). — San Salvador. Arriaga et Lane. — Portugal.
- Aubry. — République Argentine. Bardou-Job. — France.
- Barnielle. — France.
- Basallo. — Mexique.
- Becker. — France.
- Belin de Ballu. — Russie.
- Bell Manufactury et G1’. — États-Unis. Benedictus. — Belgique.
- Bernard frères. — France.
- Berthiot. — France.
- Bira. — Portugal.
- Blumsky. — Russie.
- Boakes Roberts. — Grande-Bretagne. Boimare. — République Dominicaine. Bonnier et Burnet. — France. Borthen. — Norvège.
- Bossière. — France.
- Bourdon. — France.
- Boutemy. — France.
- Broad. — Grande-Bretagne.
- Brodsky. — Russie.
- Erookharen Rubber Slioe G0. — États-Unis.
- Bujardet. — France.
- Burnand. — Suisse. . «'
- Bustamente et frères. — San Salvador, Calleja. — Espagne.
- Gapgrand-Mothes et Gie. — France. Carcamo. — San Salvador.
- Caron. — France.
- XXIII
- Garonis. — Grèce.
- Caustier. — France.
- Cautin. — France.
- Cayetano Ibarguen. — Nicaragua. Cazilaris. — Grèce.
- Gistac. — Uruguay.
- Clarke. — Grande-Bretagne.
- Clostre. — France.
- Chambon. — France.
- Chapelle frères. — France.
- Ghavariber. — France. Chevallier-Escot. — France.
- Collas. — Grèce Constantin. — France. Combier-Deschaux. — France. Commission de Zamora. — Vénézuéla. Compagnie de Fuente-Pierra. — Espagne.
- Compagnie de l’Afrique occidentale. — Sénégal.
- Compagnie de produits oxygénés. — France.
- Conovv. — Norvège.
- Coucouli. — Grèce.
- Crâne. — États-Unis.
- Cross. — Sénégal.
- Croulard. — France.
- Cuntellas. — Portugal.
- Curiel. — Vénézuéla.
- Déjardin. — France.
- Delpech. — France.
- Département de Cabanas. — San Salvador.
- Département de San Miguel. — San Salvador.
- Département de San Salvador. — San Salvador.
- Devoto, Rocha et Cie. — République Argentine.
- Draisma van Walkenburg. —
- Bas.
- Dubois. — France.
- Dominguez. — Porto-Rico.
- Eidsvaag. — Norvège.
- Emazabal. — Vénézuéla.
- Escobar. — Chili.
- Esmieu. — France.
- Fernandez. — San Salvador.
- Ferras. — Portugal.
- Ferreira et Gie. — Brésil.
- Fibich Staviarsky. — Autriche. Fournier Bon et Gie. — France. Genevoix, Ilomolle et Cie. — France. Germot et Lefèvre. — France. Goussard. — France.
- Griffiths frères et Cie. — Grande-Bretagne.
- Grigorescu. — Roumanie.
- Grisé. — Mexique.
- Grorichard. — France.
- Grove. — Chili.
- Guttierez-Eslevez. — Vénézuéla.
- Ilaret. — France.
- Harris. — Angleterre,
- Hatzolini. — Italie.
- Jardim. — Brésil.
- Jerimounski. — Russie.
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-
-
-
- XXIV
- Johnsen. — Norvège.
- Jossen. — Cochinchine.
- Jullien. — France.
- Korab-Bojemsky (Dr). — Russie. Kweding. — Norvège.
- Laflèche-Bréham. — France. Langlebert. — France.
- Lamouroux. — France.
- Lebœuf. — France.
- Lecat. — France.
- Lefebvre et Ciu. — France.
- Legros, Piat et Leau. — France. Lemercier. — France.
- Lepage et Cie. — États-Unis.
- Leory. — France.
- Leroy des Closages. — France. Limousin et Cie. — France. Loukofnikoff. — Russie.
- Magleish. — États-Unis.
- Manette. — Chili.
- Matzeko. — Japon.
- Ménetrel. — France.
- Menu. — France.
- Mercatti et Cie. — Grèce.
- Mercier. — France.
- Micheau. — France.
- Miranda Sanmento (Yosé de). — Portugal.
- Morel et Georget. — France.
- Mourrut. — France.
- Mouysset. — France.
- Murillo. — Mexique.
- Murray et fils. — Grande-Bretagne. Natton. — Gabon-Congo.
- Nauman. — Suisse.
- Offenheim Singer. — Roumanie. Orantes. — Espagne.
- Ossowetsky et Cie. — Russie.
- Pedro Abadie d’Amapala. — Honduras. Pena (Suchitoto). — San Salvador. Pennés et Boissard. — France. Peres-Freites. — Porto-Rico.
- Petrovici et Gheorghevici. — Roumanie.
- Poly. — France.
- Poulain et Cio. — France.
- Pradal et Cie. — Espagne.
- Prudon et C1*. — France.
- Regis. — Chili.
- Renard. — France.
- Reynal fils et Cie. — France.
- Rezende. — Brésil.
- Riche. — Saint-Pierre.
- Rios. — Chili.
- Rodriguez. — Guatemala.
- Roguier et Burnet. — France.
- Roudel frères et Genestout. — France. Rozière. — France.
- Russia Cernent C°. — États-Unis. Samson et Millaud. — France.
- Sanchez. — Vénézuéla.
- Sancy. — France.
- Schmid. — Chili.
- Schmidt. — Grande-Bretagne.
- Scott. — Angleterre.
- Si Ally Kristinos — Inde française. Société anonyme de Madrid. — Espagne.
- LES INDUSTRIES TEXTILES
- Campos-Nelson. — Brésil.
- Carrasco. — Mexique.
- Castaneda. — San Salvador.
- Castelfort. — Bolivie.
- Castellano. — Guatemala.
- Castellijos. — San Salvador.
- Castille. — République Dominicaine. Chapman. — Vénézuéla.
- Chat. — France.
- Chatel. — La Uéunion.
- Chauten. — Suisse.
- Chauvel. — France.
- Chevaillier. — France.
- Christy. — Grande-Bretagne.
- Coeytaux. — Suisse.
- Collins’s fils.et Cic. — États-Unis. Cordeiro. — Brésil.
- Cotelle. — France.
- Cotias. — Brésil.
- Crudenaire et Chanut. — France. Cruzel. — Monaco.
- Damiano. — Grèce.
- Dartiguelongue. — France.
- Dégremont. — France.
- Denaeyer. — Belgique.
- Département de Santa-Ana. — San Salvador.
- Desesquelles. — France.
- Despiuoy et Cie. — France.
- Devold. — Norvège.
- Dias. — Brésil.
- Diego Monterio Silva. — Portugal. Digne. — France.
- Dominiquez. — Espagne.
- Dufour. — France.
- Eirin. — Uruguay.
- Esménard. — France.
- Fabrica do Retiro. — Brésil.
- Farstad. — Norvège.
- Fayard, Blayn et Cie. — France. Fernandez. — Espagne.
- Ferrer (Ve). — Espagne.
- Forbes..— Mexique.
- Furtado. — Portugal.
- Gaffard. — France.
- Garnier. — France.
- Gastakdi. — Italie.
- Gennetas. — Grèce.
- Genouvès. — Algérie.
- Gerschel et Cie. — France. Golembiovvski. — Nouvelle-Calédonie. Golliez. — Suisse.
- Gomez. — San Salvador.
- Gorecki. — Russie.
- Greslan. — Nouvelle-Calédonie. Guerillot. — France.
- Guinarez. — Portugal.
- Guini. — Grèce.
- Halperin. — Roumanie.
- Harumoto. — Japon.
- Ilasegavva. — Japon.
- Haynes. — Grande-Bretagne.
- Ileckey. — Inde française.
- Ilenriquez. — Portugal.
- Ilickisson. — Grande-Bretagne. Ilerbera (Francisco). — Guatemala, llurtado. — Mexique.
- Société anonyme stéarique. — Italie. Société d’Auderghem. — Belgique. Société de Batna. — Algérie. .
- Société de produits chimiques. — Chili. Société hygiénique et pharmaceutique. — Espagne.
- Société des produits chimiques. — Russie.
- Souillard. — France.
- Sphingter, Grin et G\ — États-Unis. Spirs. — Mexique.
- Sprungli. — Suisse.
- Steinbach frères. — Russie.
- Steiner. — France.
- Subira y Marques. — Espagne.
- Suge. — Japon.
- Tassy de Montluc (Ve). — France. Tayoba. — Brésil.
- Thesen. — Norvège.
- Troubat. — France.
- Tschupp et G1". — Suisse.
- Tucker. — Grande-Bretagne.
- Ugarte. — Bolivie.
- Urbain. — France.
- Val. — Brésil.
- Van Messen. — Belgique.
- Veras. — Brésil.
- Verne. — France.
- Werweiy. — Pays-Bas.
- Vial. — Chili.
- Ville d’Usulutan. — San Salvador. Viennot. — France.
- Weinstein. — Russie.
- Wortmann. — Roumanie.
- Xanthakis. — Grèce.
- Menlions honorables.
- Abelous et Cie. — France.
- Allemanne. — République Argentine. Alineida. — Portugal.
- Araujo (Juan). — San Salvador. Araujo (Pedro). — San Salvador. Armas. — Vénézuéla.
- Armour et Cie. — États-Unis.
- Avlami. — Grèce.
- Bachs Hermanos. — Espagne. Bakkerg. — Pays-Bas.
- Beauhaire, Bouffard et Cie. — France. Baarngé. — Espagne.
- Bartibas. — Algérie.
- Benedetti (Benoît). — Chili.
- Bénitès. — Espagne.
- Berisso. — République Argentine. Bernard. — France.
- Berthier et Gic. — France.
- Berumdez. — Vénézuéla.
- Besegher. — France.
- Bisseuil et Cie. — France.
- Blumsky. — Russie.
- Boggio et Aulagne. — France. Bonberger et Magilin. — Roumanie. Borck. — Danemark.
- Bouchou. — France.
- Boussiron. — Paraguay.
- Bourgette et Fruneau. — France. Brequin. — France.
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-
-
-
- A L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1889.
- XXV
- Jatowski et Loiseau. — France.
- Jensen et Lengebeck Petersen. — Danemark.
- Jeyes Sanitary Compouds C". — Grande-Bretagne.
- Johnston. — États-Unis.
- Joubert. — France.
- Jouisse. — France.
- Juny (Francisco-J.). — Espagne.
- Kabar. — Nouvelle-Calédonie.
- Knight. — Grande-Bretagne.
- Kuhna. — Portugal.
- Labarre. — France.
- Labadie. — France.
- Lacomme. — France.
- Lafoy et Cottais. — France.
- Lagèse et Cazes. — France.
- Lagos. — Chili.
- Lallemand. — Algérie.
- Leivas. — Brésil.
- Lepape. — France.
- Leroy, dit Thioust. — France. Lesquendieu. — France.
- London Rubber. — Grande-Bretagne. Loucel (Dr). — San Salvador.
- Lugano. — États-Unis.
- Maillard et Radanne. — France. Mameda. — Brésil.
- Mansfeld, Bullner et Lassen. — Danemark.
- Mantzavinos et Colenti. — Grèce. Margry. — Algérie.
- Mariano G ornez. — Guatemala.
- Massat. — France.
- Mazarakis. — Grèce.
- Melendez y Perez. — San Salvador. Meyer. — Norvège.
- Michailovitch. — Serbie.
- Mondova. — Espagne.
- Morril. — Mexique.
- Moure. — France.
- Oliveira. — Portugal.
- Olovianichnikolï. — Russie. Papaphotos. — Grèce.
- Parelius. — Norvège.
- Patronis. — Grèce.
- Pedro Gatell. — Porto-Rico.
- Perez. — Mexique.
- Pernon, Bagos et Cie. — Inde française. Pessoa. — Portugal.
- Pinho (Pharmacie). — Brésil.
- Pinto y Hijos. — San Salvador. Pokormy. — Russie.
- Porta-Chiquimala. — San Salvador. Potier. — La Réunion. Quentin-Charpentier. — France. Quintalla. — Portugal.
- Rapin. — Suisse.
- Rey frères. — République Argentine. Ricardo Maas. — République Argentine. Rocca. — République Argentine. Rodriguez. — Chili.
- Rouland frères. — France.
- Rousseau (Louis-M.). — France.
- Salas. — Vénézuéla.
- Sante-Morri. — République de Saint-Marin.
- Serra. — Espagne.
- Serrière, Jayet et Charvet. — France. Sigalin (A.). — Russie.
- Sigalin (R.). — Russie.
- Silva (Da). — Portugal.
- Sinitzine. — Russie.
- Société de crédit (Banda). — Pays-Bas. Société de Haren-lez-Bruxelles. — Belgique.
- Soler y Cadellans. — Espagne. Sommaria. — France.
- Soza. — San Salvador.
- Stamencovitch. — Serbie.
- Standart Malt. — Grande-Bretagne. Tanner et Siegwart. — Suisse. Tamborrel. — Mexique.
- Tenggren. — Norvège.
- Theiler. — Roumanie.
- Thierry. —Martinique.
- Tobias (Dr Ismaël). — San Salvador. Tobias (Rafaël). — San Salvador. Triantafilopoulo. — Grèce.
- Trifound Georgewitz. — Serbie. Tsaconas. — Grèce.
- Vacher. — Nouvelle-Calédonie.
- Vargas. — Portugal.
- Varquez Magan. — Espagne.
- Vicente Urcullo. — Nicaragua.
- Ville de San Salvador. — San Salvador. Villemot. — France.
- Virgilis Lopez et Cie. — Brésil. Wagnon. — Suisse.
- Ward. — États-Unis.
- Werotte. — Belgique.
- Wilkens. — Brésil.
- Wolfï. — Norvège.
- Zigsis. — Grèce.
- CLASSE Z16.
- Procédés chimiques de blanohiment, de teinture, d’impression et d’apprêt.
- LISTE DU JURY.
- Cordier......... France.
- Crafif......... États-Unis.
- Decaux.......... France.
- Persoz.......... France.
- Vallet.......... France.
- De Walque....... Belgique.
- Grands prix.
- Blanchisserie et teinturerie de Thaon. — France.
- Bœringer, Zurcher et Cie. — France. Bonnet, Ramel, Savigny, Giraud et Cie. — France.
- Chappat et Cie. — France.
- Corron (J.) et Baudouin. — France. Descat-Leieux fils. — France.
- Gillet et fils. — France.
- Grobon et Cle. — France.
- Guillaumet (les Fils de A.) et Maës (G.). — France.
- Ilulot et Colin-Chambaut. — France. Motte et Mellassoux frères. — France. Renard, Villet et Bunand. — France.
- Médailles d'or.
- Alsberge et Vanoost. — Belgique.
- Burel, Burtin et Déchandon. — France. Cocheteux et Cle. — France.
- Coget et Lacour. — France.
- Daniel, Fauquet et Ci0. — France. Gantillon et Cie. — France.
- Garner et Cie. — États-Unis.
- Grison (Théophile). — France.
- Henry (Abel) et Gie. — France.
- Idiers (Émile). — Belgique. Kœchlin-Baumgartner et Cie. — France. Lecœur frères. — France.
- Lohse. — France.
- Martin (J.-B.). — France.
- Miray (Paul-A.). — France.
- Monpin (A.) et Saint-Remy (H.). — France.
- Motte et Bourgeois. — France.
- Neefs (Léon). — Belgique.
- Parmentier et Cie. — Belgique. Petitdidier. — France.
- Poiret frères et neveu. — France. Roussel (Émile). — France.
- Société La Béverie. — Belgique. Société de la fabrique de teintures de Moscou. — Russie.
- Staes et Cie. — Belgique.
- Steiner (Charles). — France.
- Tassel (Raoul) et Blay (Georges). — France.
- Vandewinckele (Charles). — Belgique. Vandewinckele et fils. — Belgique.
- Van Steenkiste (Achille). — France. Voland (Francisque). — France.
- Médailles d'argent.
- Aubert (Eugène). — France. Blanchisserie de Courcelles. — France. Botty (Ve) et Ci0. — Belgique.
- Brémond fils. — France.
- Caron (Émile). — Belgique. Cartier-Bresson (les Fils de). — France. Cocheteux, Deldicque et Vandenbrocke. — France.
- Compagnie de la fabrique royale de filature de Thomar. — Portugal. Compagnie lisbonnaise de filature et tissage à Lisbonne. — Portugal. Compagnie nationale d’imprimerie et teinture à Alcantara. — Portugal. Cornet. — Inde française.
- David et Cie. — France.
- Duez et fils. — Belgique.
- Fleury (A.). — France.
- Garnier et Voland. — France. Hanhart-Solivo. — Suisse.
- Hart (A.). — France.
- Hofmann (Godfried). — Suisse.
- Lecomte et Duchemin père et fils. — France.
- Supplément a l’industrie textile du 15 Mars.
- Appendice iv.
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-
- XXVI
- LES INDUSTRIES TEXTILES
- Lecotte et Chesnais. — France. Luthringer (Thiébaud). — France. Marchai, Falck et Cie. — France. Montenot père et fils. — France. Ouvrard. — France.
- Paillac frères. — France.
- Sauzion (J.-M.). — France.
- Société anonyme de Saint-Julien. — France.
- Thomas (Isidore). — Belgique.
- Thuillier et Virard. — France.
- Trumpy et Jenny. — Suisse.
- Turpault. — Pondichéry.
- Médailles de bronze.
- Bancroft (John) et Bloede (Victor). — États-Unis.
- Besançon aîné. — France.
- Csaki (Arnim). — Autriche.
- Exposition permanente des colonies à Paris. — Cambodge.
- Fessy (J.-B.-Ennemond). — France. Govaret frères. — Belgique.
- Inouye (Kiubei). — Japon.
- Jolly fils et Sauvage. — France. Lyonnet (Anthelme). — France.
- Monnot (Henry). — France.
- Pervillhac (Henry). — France.
- Richard et Cie. — Suisse.
- Wiggins (H.-B.) fils. — États-Unis.
- CLASSE 54.
- Matériel et procédés de la filature et de la corderie.
- LISTE DU JURY.
- Max-Richard...... France.
- Bède............. Belgique.
- Imbs............. France.
- Bessonneau....... France.
- Paraf............. Colonies.
- Le Coustellier.... France.
- Grands prix.
- i Grun (F.-J.). — France.
- | Martin (G.). — Belgique.
- ! Société alsacienne. — Alsace.
- Société verviôtoise. — Belgique.
- j
- Médailles d'or.
- I
- Belfast Ropevvork Company. — Grande-Bretagne.
- Benet (A.), Duboul et Cie. — France, i Bourgeois-Botz et fils. — France.
- Chambre de commerce de Lyon. — France.
- Chantiers de la Buire. — France. Corderie ibérique. — Espagne. Duesberg-Delrez. — Belgique. Harding-Cocker. — France.
- Lonhienne fils. — Belgique.
- Metcalfe et Courant. — France. National cordage company. — États-Unis.
- Rieter et Cie. — Suisse.
- Ryo-Catteau. — France.
- Société de construction de Bitschwil-ler. — Alsace.
- Société de la ramie française. — France. Stein (Ad.). — France. Vertongen-Goens. — Belgique.
- Vimont. — France.
- Médailles d'argent.
- Abreu. — Portugal.
- Albert (Corderie de Granville). — France.
- Alcan (Ve). —France.
- Alexandre père et fils. — France. Arsenal de Salamine. — Grèce.
- Azavedo (D’j et Ciu. — Portugal. Beaumont. — France.
- Bisson et Guilbert. — France.
- Bodin. — France.
- Chaffaroux. — France.
- Collectivité des exposants du Sénégal (Dimbawar, Ahmady, Natap, Lans-Toro, Noirot (Ernest). — Sénégal. Comité de l’exposition de l’Inde française. — Inde française.
- Compagnie de Fives-Lille. — France. Crignon fils. — France.
- Defraiteur. — Belgique.
- Despa et fils. — Belgique.
- Flottage Grant. — France.
- Frété et Cie. — France.
- Gadeau de Kcrville. — France.
- Georges (Ed.). — Belgique. Goldschmidt. — Autriche. Gouvernement du Paraguay. — Paraguay.
- Guérin et Vallée. — France.
- Hattersley and son. — Grande-Bretagne.
- Ileilman-Ducommun. — Alsace. Honegger-Amsler. — Suisse.
- Ilouget. — Belgique.
- Hubinet. — France.
- Lebreton.— France.
- Ledran. — France.
- Ligny. — Belgique.
- Manufacture de cardes, de Ruti. — Suisse.
- Manufacture royale de Serbie. — Serbie.
- Mérelle. — France.
- Mirapeis. — Espagne.
- Parfait-Dubois. — France.
- Puche et Perez. — Espagne.
- Ramis et Garau. — Espagne.
- Risler de Cernay. — Alsace.
- Soler et Figuras. — Espagne.
- Storhay de Tourcoing. — France.
- Taulé et Cic. — Espagne.
- Uhlmann. — Suisse. Vermeire-IIellebaut. — Belgique. Wilson frères. — Grande-Bretagne.
- Médailles de bronze.
- Barbier. — France.
- Battaglia. — Italie.
- Cabu (E.). — France.
- Collectivité de la Nouvelle-Calédonie (Affaires indigènes, pénitencier de Boureuil, Hayéo et Jecumeney, Michel). — Nouvelle-Calédonie.
- Collectivité des exposants du Guatemala (Manufacture de San Juan, Zoca-tapaquez, Guillenno Sanchez, municipalités de Languin et de Mataques-cumla). — Guatemala.
- Collectivité des colonies portugaises (Musée des colonies, Sena de Santiago, banque coloniale, collectivité industrielle). —Colonies portugaises.
- Collectivité serbe (Nicelitscho Zaphyrvo et Ratayé, Zvelkovitch, Spatische, Culadenovitch, Petrovitch, Stoylseo-vitch). — Serbie.
- Service local du Gabon, Congo et Schlussel. — Gabon-Congo.
- Collectivité tunisienne (gouvernement tunisien, compagnie franco-africaine. Mohammed ben Aman). — Tunisie.
- Collectivité mexicaine (gouvernement des États de : Michoacan, Guewero, Hidalgo, Yucatan, Oaxaca, Puebla, Queretaro, Zacatecas, Chiapas, Gania Baneda, Huertce (Antonio), Matute (Juan). — Mexique.
- Colonie de Tahiti. — Tahiti.
- Compagnie de ventilation l’Aérophore. — France.
- Commission provinciale de Santiago. — Chili.
- Comité de Vénézuéla. — Vénézuéla.
- Coulon. — France.
- Cuau fils aîné. — France.
- Debargue. — France.
- Fortin (Ve). — France.
- Gauchot. — France.
- Gottmann et Lecomte. — France.
- International wool Improved and C°. — États-Unis.
- Jamain. — France.
- Jametel et Cic. — Belgique.
- Kosakoff. — Russie.
- Lallemand — France.
- Landreal. — France.
- Landtsheer (de). — France.
- Lefèvre et Cie. — Belgique.
- Mahon frères. — France.
- Meunier. — France.
- Mouchère. — France.
- Nachtel et Dineso. — Roumanie.
- Offroy et Pfeiffer. — France.
- Pelletier. — France.
- Piérard. — France.
- Planté. — Cambodge.
- Platt et Cie. — France.
- Province de Phu-Yen. — Annam-Ton-kin.
- Riche. — France.
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- A L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1889.
- XXVII
- Romeas. — France.
- Service local de Cochinchine. — Co-chinchine.
- Simianu. — Roumanie.
- Sous-comité de la Pointe-à-Pitre. — Guadeloupe.
- Tayrac (De). — France.
- Valrnzaela (Pedro).
- Vütorull. — Roumanie.
- Velter-Carol. — Roumanie.
- Mentions honorables.
- Delahaye (Victor). — France. Delalande. — France.
- Dubus (Ve). — France.
- Le Gofï. — France.
- Martin (J.-B.). — France.
- Michotte (Félicien). — France.
- Millet (Félix). — France.
- Mladenovitch. — Serbie. Niquel-Bourgeois. — France.
- Noizeux. — France.
- Petit (Armand). — France.
- Prat frères. — France.
- Rochatte. — France.
- CLASSE 55.
- Matériel et procédés du tissage.
- LISTE Dü JURY.
- Denis (Gustave)..... France.
- Lee (Sir Joseph).... Gde-Bretagne.
- Escher (Rud)........ Suisse.
- Buxtorf............. France.
- Guérin (Louis)...... France.
- Pépin............... France.
- Danzer (Henry)...... France.
- Grands prix.
- Ateliers de construction de Ruti, successeur de Gaspard Honegger. — Suisse.
- Compagnie des Fonderies et forges de l’Horme (Chantiers de la Buire). — France.
- Hodgson (George). — Grande-Bretagne. Snoeck (Ve Mathieu). — Belgique.
- Médailles d’or.
- Benninger frères. — Suisse.
- Bonamy (A.). — France.
- Deneux frères et Cie. — France.
- Dubied (E.) et Cie. — Suisse.
- Eurêka Fire-Hose C°. — États-Unis. Grosselin père et fils. — France. Lenique, Piquet et Ci0. — France. Neveu (Étienne). — France.
- Orelle (J.) aîné. — France.
- Paget (Arthur). — Grande-Bretagne. Roger-Durand (Ve). — France. Ryo-Catteau. — France.
- Sachsische Webstuhlfabrik. — Allemagne.
- Saurer (F.) et fils. — Suisse.
- Société alsacienne de constructions mécaniques. — France.
- Société verviétoise pour la construction des machines. — Belgique. Tatham and Ellis. — Grande-Bretagne. Tissages et ateliers de construction Diederichs. — France.
- Verdol et Gi0. — France.
- Médailles d’argent.
- Barette frères (P. et A.). — France. Bauche (G. et H ). — France. Carbonnelle (H.-B.) et Cie. — France. Carreras (Alberich Ve é hijos de J.). — Espagne.
- Coint-Bavarot et G". — France. Compagnie de Fives-Lille. — France. Crosset et Debatisse. — Belgique. Dégageux (H.). — France.
- Dinouard (L.). — France.
- Duquesne (A.). — France.
- Fellow (Henry). —France.
- Ferlât (André). — France.
- Ferrot (Charles). — France.
- Fribourg (J.). — France.
- Fritschelles (O.). — Suisse.
- Gadel (Charles). — France.
- Godard (L.). — France.
- Gourdin. — France.
- Grammont et Sirodot. — France. Harrisson (Patent Knitting machine company). — Grande-Bretagne. Leclère (I.) et Damuzeau père et fils. — France.
- Lemaire (F.-L.). — France.
- Lessert (F. de). — France.
- Mary et fils (aîné). — France.
- Méri, Agasse-Émery (E.), gendre. — France.
- Messmer. — France.
- Perreaux (L.-G.), Foussard, successeur. — France.
- Radiguet (C.-A.). — France. Sallandrouze frères. — France.
- Société des ateliers de Bitschvviller. — Alsace-Lorraine.
- Wassermann (G.). — Suisse. Wiesendanger et Cie. — Suisse.
- Médailles de bronze.
- Haencus-Gathies (Dr). — Belgique. Hantz-Nass. — France.
- Joubert. — France.
- Lacroix (C.-E.). — France.
- Lamouret (A.). — France. Marcadier (Édouard). — France. Olivier (Léon). — France.
- Papst (Ernest). — Allemagne.
- Raze (L.). — France.
- Roumégas (Alexandre). — France. Sarron (Étienne). — France.
- Sparre (comte P.-A. de). — France. Vallée (Ph.). — France.
- Wuhrmann et Cie. — Suisse.
- Mentions honorables.
- Amady Natago, Balla, Dimba, War, Ibrahim N’diaye. — Sénégal. Argellier (E.-M.-A.). — France.
- Bachir de l’Oued Amisoure. — Algérie. Bellavoine (E.). — France.
- Charpillon père et fils. — France. Cherif de Tebessa. — Algérie.
- Comité d’exposition. — Inde Française. Dorez. — France.
- Feder (V.). — France.
- Letellier (V.). —France.
- Magne et Cie. — Algérie.
- Mennecke (F.). — France.
- Musée des colonies. — Colonies portugaises:
- Piat et Piérel. — France.
- Planté. — Cambodge.
- Raffin frères et Dumaret. — Cochinchine.
- Service local (Gabon). — Gabon-Congo. Service local (Saigon). — Cochinchine. Turquès (François). — France. Warquier (Alph.). — France.
- CLASSE 56.
- Matériel et procédés de la couture et de la oonfeotion des vêtements.
- LISTE DU JURY.
- Agnellet-Parfait.... France.
- Gotendorf............. États-Unis.
- Godillot (Alexis).... France.
- Hurtu............... France.
- Peugeot (Benjamin). France. Légat.................. France.
- Grands prix.
- Batley et Keats. — France.
- Cornely (E.) et fils. — France.
- International Button H. S. M. C. ____
- États-Unis.
- Wheeler et Wilson S. M. C. — États-Unis.
- Brochon (Émile). — France. Chaize frères. — France. Darriey (Jules). — France. Dépierre (X.). — France. Elmering et Cie. — France. Fayrac (J.-E.-A. de). — France. Fisch (Théodore). — Suisse. Fleuret (E.-L.). — France. Fouilleux. — France.
- Foulfoin. — France. Fransberger (M.). — France. Gallet (Eugène). — France.
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-
- XXVIII
- LES INDUSTRIES TEXTILES
- Médailles d'or.
- Bonnaz. — France.
- Compagnie française de machines à coudre. — France.
- Coq fils et Simon. — France.
- Darracq. — France.
- Davis (S. M. C.). — États-Unis.
- Howe Machine Company. — Grande-Bretagne.
- Leconte. — France.
- New-Home S. M. C. — États-Unis.
- Paine Shoe Lasting C°. — États-Unis. Singer S. M. C. — États-Unis.
- Société anonyme pour l’exploitation des brevets. — France et États-Unis. White S. M. C. — États-Unis.
- Médailles d'argent.
- Bâcle (D.). — France.
- Brion frères. — France.
- Chertemps. — France.
- Dailloux. — France.
- Fourmentin. — France.
- Garnier. — France.
- Hachée. — France.
- Halma. — France.
- Johnson. — États-Unis.
- Lachman Rerseaming Seconig Machine Company Juan. — Grande-Bretagne. Mauny (Mme). — France.
- Mouchot. — France.
- Nardi. — France.
- Pernet. — France.
- Peyrot. — France.
- Philippe. — France.
- Pinède. — France.
- Société générale mercantile. — France. Thabourin. — France.
- Médailles de bronze.
- Abadie. — République Argentine. Bentayou. — France.
- Bittencourt. — Brésil.
- Bonnot (Louis). — France.
- Bossut. — Belgique.
- Clément (Ve). — France.
- Couteau. — France.
- Curtat et Guespin. — France.
- Daudé et Cie. — France.
- Delvert. — France.
- Dohis et Robert. — France.
- Dorman Seconig Machine et Engineering Company. — Grande-Bretagne. Durozoi. — France.
- Godard. — France.
- Gotendorf (James). — France.
- Grinô. — France.
- Huguenin. — France.
- Jay (Ve). — France.
- Lavigne (Ve). — France.
- Lehman (A.) et fils. — Suisse.
- Martin (F.-J.) and C°. — Grande-Bretagne.
- Mayer. — France.
- Merle (M1Ies). — France.
- Minister and G°. — Grande-Bretagne. Monier (Antoine). — France.
- Nash (Isidor). — Grande-Bretagne. Onfray. — France.
- Ratouis. — France.
- Raynal. — France.
- Renaud-Damidaud fils. — France. Rottenburger. — France.
- Rubatto. — France.
- Sarriot. — France.
- Scherding. —France.
- Ségaut. — France.
- Souche. — France.
- Stockman. — France.
- Taire. — France.
- Tiersot. — France.
- Ullathorne et Cie. — Grande-Bretagne.
- Mentions honorables.
- Anapliotis. — Roumanie.
- Ariol (B.). — République Argentine. Bisch. — France.
- Eaton. — États-Unis.
- Fabre. — France.
- Francisco Martin Torrei. — Brésil. Godât. — France.
- Gonzalez Salustiano. — Espagne. Guerre. — France.
- Janssens. — Belgique.
- Kirby Beard et Cie. — Grande-Bretagne. Lavigne (Paul). — France.
- Lotz. — France.
- Magaud (Joseph). — France.
- Martin. — France.
- Michau.— France.
- Robert (Victor). — France.
- Ruger père et fils. — France.
- Thomas. — France.
- Tillinghast (S.-M.). — États-Unis. Wingate (Mrae). — États-Unis.
- CLASSE 58.
- Matériel et prooédés de la papeterie, des teintures et des impressions.
- LISTE DU JURY.
- Ermel............ France.
- Sloane........... États-Unis.
- Dehaltre......... France.
- Godin............ Belgique.
- Tostrup.......... Norvège.
- Buffaud............ France.
- Lhuillier........ France.
- Marinoni......... France.
- Corron........... France.
- Grands prix.
- Darblay père et fils. — France. Dautrebande (H.) et Thiry (F.). — Belgique.
- Tuleux. — France.
- Médailles d'or.
- Alauzet (Ve) et Tiquet. — France. Caslon. — Grande-Bretagne.
- Dutartre. — France.
- Enschedé et Zonen. — Hollande. Escher, Wys et Cie. — Suisse.
- Fabrique de cellulose de Moss. — Norvège.
- Fabrique de cellulose de Vestpos. — Norvège.
- Fabrique de pâtes de bois d’Embretfos. — Norvège.
- Fabrique de pâtes de bois d’Enoso. — Grand-duché de Finlande.
- Foucher frères. — France.
- Guy (Constant). — France.
- Mac Kellar, Smits and Jordan and G°. — États-Unis.
- Naeyer (de) et Cic. — Belgique.
- Schultz (Frédéric). — France.
- Société alsacienne de constructions mécaniques. — France.
- Steinlen et Ci0. — Allemagne.
- Turlot (Alfred). — France.
- Voirin (Jules-P.-A.). — France.
- Weibel (J.-B.) et Cie. — France.
- Médailles d'argent.
- Badoureau. — Grande-Bretagne.
- Barre. — France.
- Beaudoire et Gie. — France. Bichelberger (P.), Champon et Cie. — France.
- Bridault. — France.
- Brissard. — France.
- Ceferino Gorchs. — Espagne.
- Charaire et fils. — France. Christophersen (Ch.). — Norvège.
- Debié (F.-J.-Eugène). — France. Derriey (Jules). — France.
- Fabrique de pâtes de bois d’Aadalen. — Norvège.
- Gavillet (William). — France.
- Golding and C°. — États-Unis. Hermitte. — Grande-Bretagne. Ilorteur. — France.
- Jouandon. — France.
- Kientzy frères. — France.
- Lagerman, Typotheter and Justifier and C°. — Grande-Bretagne.
- Lang (Louis) et fils. — France.
- Legrand. — France.
- Lemoine (Ernest). — France.
- Lhermite (A.-G.). — France.
- Martel, Catala et Cie. — France.
- Martin (Aug.) et Cie. — Suisse.
- Mayeur (Gustave). — France. Monseline. — Algérie.
- Oerjebuck. — Norvège.
- Peignot. — France.
- Procop, Débouchaud, Mattard et Cie. — France.
- Renault (Georges). — France.
- Rochette. — France.
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-
- A L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1889.
- XXIX.
- Schmautz frères et fils. — France. Société anonyme de Kummené. — Finlande.
- Stœsser et fils. — France.
- Thompson. — États-Unis.
- Thorne type and setting machin Company. — États-Unis.
- Trouillet (Aug.). — France.
- Warnery frères. — France.
- Zuber et Rieder. — France.
- Médailles de bronze.
- Adam. — France.
- Barbier. — France.
- Berthier et Durey. — France.
- Binet (Louis) et Cic. — France.
- Bonnet et Cie. — France.
- Boudreaux. — France.
- Chambron. — France.
- Chantrenne (A.). — Belgique.
- Chasles. — France.
- Chazal. — France.
- Colley (W.-W.) et Cie. — Grande-Bretagne.
- Dépierre (J.). — France.
- Doublet. — France.
- Fabrique de cellulose de Bamble. — Norvège.
- Fabrique de pâtes de bois de Land. — Norvège.
- Fouché. — France.
- Kammeer (société de produits lithographiques). — France.
- Klein. — France.
- Knecht (J.) et Cic. — Suisse.
- Landa. — France.
- Lathoud. — France.
- Lhuillier-Manin. — France.
- Magand. — France.
- Marcilly. — France.
- Merakerburg. — Norvège.
- Michela. — France.
- Pfister et Hamm. — France.
- Picq.— France.
- Revert. — France.
- Roger (Léon-A.). — France.
- Sanglier. — France.
- Schoumacher (Ve). — France.
- Société des papeteries de Dieppe. — France.
- Vieuxmaire. — France.
- Vital (Armand). — France.
- Weill et Dreyfus. — France.
- Weiller et Cie. — France.
- Mentions honorables.
- Berjot. — France.
- Bertrand. — France.
- Calado. — France.
- Campbell Printing press manufacturing Company. — États-Unis.
- Catala (Charles) fils. — Belgique.
- Coquel (Georges). — France.
- Cottens père et fils. — France.
- Crave (V.). —France.
- Descombes. — France.
- Dieber. — France.
- Dubois, Harissart et Cottet. — France. Dupuis (F.-B ). — France.
- Durr. — France.
- Erard (A.-V.). — France.
- Fauvel. — France.
- Fraser (A.), Neil et Cic. — Grande-Bretagne.
- Fougeadoire. — France.
- Gousset. — France.
- Goux. — France.
- Granger. — France.
- Grisot (Aug.). — France.
- Hachée (Léon). — France.
- Haller (F.). — Suisse.
- Harsant. — France.
- Jacobsen. — Norvège.
- Joyeux, Hammond. — France.
- La Jurassienne. — France.
- Laval. — France.
- Lecerf (Ve Léon). — France.
- Lecompte. — France.
- Miller (Edward L.). — États-Unis. Naudin. — France.
- Noisette (Paul). — France.
- Paris. — France.
- Parrain et Gaigneur. — France. Pepin-Vieillard (Alfred) et Perrin (Ed.).
- — France.
- Pingrié. — France.
- Plain. — France.
- Raymond. — France.
- Reuille (Élie). — France.
- Rose (Victor). — France.
- Santiago Bas y Rey. — Espagne. Simonet (Maxime). — France.
- Sivart. — France.
- Taesch père et fils. — France. Tambeur (Ve). — France.
- Teillac. — France.
- Teixera (Dos Santos). — Brésil. Thevenon (Louis) et Gie. — France. Tissot (Paul). — France.
- Turbelin (Alphonse). — Belgique. Vigreux et Petit. — France.
- Vriendt (André de). — Belgique.
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-
-
- LES INDUSTRIES TEXTILES
- TABLE
- DES MATIÈRES CONTENUES DANS LA PREMIÈRE PARTIE
- Préface............................................... ni-vin
- Les matières premières et produits de l’industrie textile
- CHAPITRE Ier. Le COTON BRUT................................ 2
- ---- Les cotons d’Amérique....................... 5
- —=— — d’Afrique........................ 9
- ---- — d’Asie.......................... 11
- ---- — d’Océanie....................... 12
- ---- — d’Europe.....:.................. 13
- ---- Les pays consommateurs..................... 13
- ---- Les marchés régulateurs.................... 14
- CHAPITRE IL Le lin et le chanvre bruts................... 17
- ---- Statistique culturale française............ 27
- ____ Les lins et chanvres français.............. 31
- ------- — de Belgique...... 33
- ---- ' — de Hollande...... 34
- ---- — de Russie.............. 36
- ---- — d’Iralie............... 36
- ---- — d’Irlande.............. 36
- ---- — d’Algérie.............. 37
- —— — des autres pays ... 37
- CHAPITRE III. La laine.................................. 38
- ---- Le suint de la laine....................... 42
- ---- Les laines de France....................... 47
- ---- — d’Australie..................... 52
- ---- — de la Plata..................... 65
- ---- — du Cap.......................... 69
- ---- — de Russie....................... 69
- ____ — d’Angleterre.................... 70
- ---- — de Hongrie...................... 71
- __— — d’Italie........................ 71
- ---- — de Portugal..................... 71
- ---- - d’Espagne....................... 72
- ---- — de Grèce........................ 72
- ____ — d’Algérie....................... 72
- ____ — du Chili........................ 72
- ---- — du Transwaal.................... 72
- ---- Les marchés régulateurs.................... 73
- CHAPITRE IV. La soie brute.............................. 79
- ---- La soie brute en France depuis 1878... 80
- CHAPITRE IV. Production italienne.......................... 83
- ----- — espagnole........................ 83
- ----- — austro-hongroise................. 84
- — de l’Extrême-Orient.............. 85
- ----- — des Colonies françaises....... 86
- CHAPITRE V. Textiles exotiques et spéciaux .... ........... 66
- Le jute..................................... 88
- La ramie.................................... 91
- L’alfa...................................... 92
- Le crin végétal............................. 95
- ----- L’agave, maguey, ixtle ou pite........... 97
- ----- Le chanvre de Manille ou abaca........... 98
- L’ananas.................................... 99
- Le chanvre de la Nouvelle-Zélande.......... 100
- Le yucca, l’abelmoschus, l’abutilon, l’a-
- pocynum................................. 101
- La massette, le tilleul.................... 101
- CHAPITRE VI. Les fils et tissus de coton................... 102
- Filateurs de coton de larégion normande... 111
- — — du Nord... 116
- — — de l’Est... 118
- — des autres régions.. 119
- Tissus de coton de France................ 120
- Fabr. de tissus de coton du rayon d’Amiens. 121
- de Condé-sur-Noireau... 122
- de la Ferté-Macé........ 122
- — du rayon de Fiers... 122
- d’Evreux................ 124
- de la Haute-Saône..... 124
- de la région normande... 125
- du rayon de Paris..... 127
- de Roanne............... 128
- de Tarare............... 128
- de Thizy................ 129
- durayondeSt-Quentin... 130
- de Troyes............... 130
- Filât, et fab. detissus de coton d’Angleterre. 131 d’Autriche-Hongrie... 132
- de la Belgique..... 132
- de la Suisse......... 133
- — du Portugal........... 134
- — d’Espagne............. 134
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-
-
- - -I
- ——
- -1-
- A L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1889.
- CHAPITRE VI. Filât, et fab. de tissus de Tunisie........ 135
- ---- — de Roumanie.......... 135
- ---- — des États-Unis....... 135
- ---- — des Indes............. 136
- ---- — du Mexique............ 137
- ---- —. du Brésil............. 137
- ---- — du Japon.............. 137
- CHAPITRE VII. Fils et tissus de un de chanvre et de jute. .. 138
- ---- Filateurs de lin de France.......... 153
- — de jute de France.............. 158
- ---- — de chanvre de France............ 158
- ---- Fabr.de fil à coudre en lin de France... 160
- ---- — de tissus de lin du groupe duNord... 161
- ---- — de Normandie...................... 165
- ---- — de Bretagne, d’Anjou et du Maine... 165
- ---- — des Vosges........................ 166
- — du Midi.......................... 166
- Filât, et fab. de tissus de ramie en France. 166
- Filât, et fabricants de tissus de lin, chan-
- vre, jute ou ramie de la Gde Bretagne. 167 Filât, et fab. de tissus de lin, de chanvre ---- — et de jute de la Belgique..... 168
- — — de la Hollande........... 170
- —— — — de l’Italie............ 179
- ---- — — de la Russie........... 171
- — *— de l’Autriche-Hongrie... 172
- — — des autres pays d’Europe. 172
- ---- — — du Brésil.............. 173
- J CHAPITRE VIII. Fils et tissus de laine........................ 173
- ---- Peigneurs et effiloch. de laine en France. 183
- ---- Filateurs de laine en France............ 193
- ---- Fabr.detissusde laine durayon d’Amiens. 195
- — de l’Aisne............. 195
- — de Beauvais............ 197
- ---- — de Cours.................. 197
- . — d’Elbeuf.................. 198
- ---- — de Fourmies............... 201
- de Lisieux............... 204
- ---- — do Louviers............... 205
- ---- — de Mazamet................ 206
- ---- — d’Orléans................. 208
- ---- — de Paris.................. 208
- de Reims................. 210
- de Roubaix-Tourcoing.. 212
- de Sedan................. 215
- de Vienne................ 217
- ---- — des Vosges................ 218
- ---- Filât, et fabr.de tis. delainedelaBelgique. 219
- ---- — de la Hollande............ 221
- ---- — du Luxembourg........... 222
- ---- — de la Grande Bretagne. 222
- ---- — de l’Autriche-Hongrie.. 224
- ---- — de la Russie.............. 224
- ---- — du Portugal............ 225
- ---- — des États-Unis.......... 226
- ---- — de la Rép. Argentine.. 226
- ---- — du Japon............... 227
- ---- — du Mexique............. 227
- ---- — du Chili............... 227
- — de l’Équateur.......... 227
- CHAPITRE IX. Fils et tissus de soie........................ 227
- ---- Soies grèges et ouvrées, déchets peignés, fils
- CHAPITRE IX. de bourre de soie............................... 246
- ---- Les soieries de Lyon..................... 255
- ---- Fabricants de rubans et soieries de Saint-
- ---- Étienne.................................. 263
- . —— Autres fabricants de soieries en France et
- ---- fabricants de tissus, lacets et galons... 266
- ---- Soie artificielle.......................... 267
- ---- Soies et soieries de la Suisse............. 270
- ---- — d’Italie....................... 271
- — du Portugal.................. 274
- — de Belgique.................. 274
- ---- — de l’Espagne................... 275
- ---- — de l’Angleterre............... 275
- — de l’Égypte.................. 276
- ---- — de Asie centrale............... 277
- ---- — de Chine....................... 277
- — du Japon..................... 277
- ---- — des Indes...................... 279
- — des États-Unis................. 282
- ---- — desautres contréesdel’Amérique. 285
- CHAPITRE X. Les dentelles et les tulles........................ 285
- ---- La dentelle................................ 286
- ---- Fabricants de dentelles du Puy..................... 292
- ---- — du Calvados........! 295
- — de Paris........... 296
- Dentelles de la Belgique................... 297
- ---- — du Portugal...................... 299
- — d’Italie......................... 299
- ---- — d’Espagne...........................„ 300-
- — de Russie........................ 300
- ---- — d’Angleterre..................... 301
- ---- — des autres pays.................. 301
- ---- Le tulle........................................... 302
- Fabricants de tulles de Calais-Saint-Pierre. 305
- ---- — de Caudry et du Nord. 307
- de Lyon................. 309
- ---- — de Belgique........... 309
- ---- — d’Angleterre........... 309
- CHAPITRE XI. Les broderies et les passementeries............. 310
- ---- Les broderies............................ 312
- ---- Fabricants de broderies de Paris........... 313
- ---- Autres fabricants de broderies de France. 315
- ---- Broderies de la Suisse..................... 316
- ---- — anglaises........................ 317
- ---- — belges........................... 317
- ---- — orientales...................... 317
- Autres broderies de l’étranger............. 318
- Les passementeries......................... 318
- Fabricants de passementerie de Paris. .. 319
- ---- Autres fabr. de passementerie de France .. 323
- ---- Passementeries de Belgique................. 323
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- CHAPITRE XII. La bonneterie et les accessoires du vêtement. 324
- ---- La bonneterie............................ 325
- ---- Bonneterie du rayon de Troyes........... 327
- ---- — de Paris....................... 331
- ---- — de Roanne........................ 332
- ---- — du Midi.......................... 332
- ---- — de la Somme, du Nord, des
- ---- — Vosges, etc..................... 332
- ---- — de la Belgique................... 333
- ---- — de la Suisse..................... 334
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- XXXII
- LES INDUSTRIES TEXTILES A L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1889
- CHAPITRE XII. Bonneterie de l’Angleterre...................... 334
- ---- de l’Espagne................ 334
- ---- — de la Grèce.................. 334
- ---- — de Roumanie et Serbie...... 335
- ------------------ — de l’Autriche............... 335
- ---- Les accessoires du vêtement.............. 335
- ---- Les gants................................ 335
- ---- Les cravates............................ 337
- ---- La lingerie ponr hommes.................. 337
- ---- La lingerie pour femmes et enfants...... 340
- ---- Les parapluies........................... 341
- ---- Les corsets.............................. 342
- Les tissus élastiques................... 344
- ---- Les éventails............................ 346
- La mercerie.............................. 347
- CHAPITRE XIII. Les tapis et tissus d’ameublement.............. 348
- E xposition de la Manufacture des Gobelins. 354
- ---- — de Beauvais. 355
- ---- Les tapis................................ 356
- ---- Fabr. de tapis et étoffes d’ameublement du
- ---- — rayon de Paris.. •............... 358
- ---- — et tapisseries d’Aubusson........ 360
- — et étoffes d’ameublement du Nord. 361 Autres fabr. de tapis et étoffes d’ameublement de France........................... 363
- ---- Dentelles pour ameublement.. !........... 363
- ---- Toiles cirées et linoléums........... 364
- Sparterie et tissus d’aloès.............. 366
- Tissus d’ameublement en crin............. 366
- ---- Tapis et tapisseries de la Belgique..... 367
- CHAPITRE XIII. Tapis et tissus d’ameublement d’autres
- pays.........................,...... 367
- ------ Produits orientaux et coloniaux....... 369
- CHAPITRE XIV. Teinture, impression et blanchiment, apprêts. 370
- L’impression........................... 373
- Teinture et apprêts de soiefe et soieries.. 375
- Tissus imprimés, laine, coton ou soie... 378
- Blanchiment et blanchissage.............. 380
- -— Teinture des fils et tissus de coton et de
- ---- laine........................................... 380
- -— — Teinturiers du rayon de Paris.. 381
- — — du Nord................. 382
- ---- * ' — — de la Seine-Inférieure. 384
- ---- — — des autres régions.. 385
- ---- Teinturiers de la Belgique.............. 385
- — des autres pays..................... 385
- Matières colorantes...................... 386
- —— Matières colorantes artificielles...... 386
- Bases et sels dérivés de la houille.... 387
- Couleurs naturelles : bois et extraits tinc-
- ---- toriaux................................ 387
- Couleurs d’impression.................... 388
- Produits pour le blanchiment............. 388
- Produits chimiques proprement dits .... 388
- Exposants étrangers...................... 389
- APPENDICE
- Liste officielle des récompenses accordées aux exposants des diverses classes de l’industrie textile................ i-xxvm
- ERRATA :
- P. 101. — lre colonne, titre : au lieu de abuliton................................. lire abutilon
- P. 101. — 2e colonne, ligne 30 : au lieu de abuliton............................... lire abutilon
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