Les Industries textiles à l'Exposition Universelle de 1889
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- LES INDUSTRIES TEXTILES
- A L’EXPOSITION DE 1889
- Supplément a l’Industrie textile du 15 Mars.
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- LES INDUSTRIES TEXTILES
- A L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1889
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- Produits , Appareils e ± Procédés
- TRAITEMENT DES MATIÈRES TEXTILES
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- HENRY DANZER o.tf,*
- Ancien Directeur et Professeur de l’Ecole de Filature et de Tissage Mécanique de Mulhouse Ancien Elève du Laboratoire de Chimie Industrielle de Mulhouse Membre honoraire de la Société des Sciences Industrielles de Lyon Membre du Conseil de Direction de l'Association des Industriels de France; de la Société d’Encouragement
- pour l’Industrie Nationale, etc., etc.
- ittembre bcs Canutés et àu 3ury beu (Êspoaittonsï b? ÿarte 1889
- iîtoiîfou 1891, Cljtcaga 1898
- DEUXIEME EDITION
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- TOME TROISIEME
- PUBLIÉ PAR
- L’ADMINISTRATION DU JOURNAL “ L’INDUSTRIE TEXTILE ”
- Société Anonyme, Capital : 200,000 francs 40 bis, Rue de Douai, 40 bis — PARIS
- Droits de traduction et de reproduction entièrement réservés.
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- LES INDUSTRIES TEXTILES
- À L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1889
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- TROISIÈME PARTIE
- L’ÉCONOMIE SOCIALE DANS L’INDUSTRIE TEXTILE
- Lorsque le visiteur de la partie textile de l’Exposition universelle s’est rendu compte, dans la section des tissus, de l’éblouissant et remarquable travail des étoffes exposées, quand il a admiré, dans la galerie des machines, les ingénieux métiers dont les mille rouages parfont automatiquement toutes les opérations de la filature, du tissage, des apprêts et de la teinture, alors, du milieu des sensations si complexes qu’il éprouve en présence de cette grandeur industrielle dont il vient d’avoir la brusque révélation, se dégage une pensée, confuse d’abord, précise ensuite, à laquelle il ne peut se soustraire : il songe, en effet, aux hommes auxquels on doit toutes ces magnificences, à leur état matériel, à leur condition morale. Après avoir étudié les œuvres, il se demande ce qu’en deviennent les auteurs, et il est porté instinctivement à rechercher la condition des ouvriers de l’industrie textile, à étudier leur situation, leur manière d’être.
- S’il écoute ce qui se dit autour de lui, il n’entend à ce sujet que des contradictions. De bons esprits lui assurent que nombre de patrons attachés à cette industrie se sont préoccupés d’améliorer la situation de leur personnel, et qu’autour de leur usine des institutions ont été créées en vue du bien-être des ouvriers qu’ils emploient. Tout au contraire, le Congrès socialiste qui, quelques jours durant, a fait entendre, pendant l’Exposition, ses imprécations habituelles, lui affirme que l’industrie textile, comme toutes les autres, fait payer cher ses services et que
- « les travailleurs, dont l’Exposition universelle est l’œuvre, sont condamnés à la misère au milieu des plus colossales richesses que jamais société humaine ait possédées ».
- Il désire savoir à quoi s’en tenir. Les déclarations sonores et irritantes ne lui sauraient suffire; ce qu’il veut, ce sont des preuves, des actes, des faits. Derrière le produit, il veut connaître le producteur, sa manière de vivre, ses rapports avec ceux qui le dirigent. Il sait que l’usine a fait le vide dans la campagne, qu’elle a arraché les paysans à la charrue et les a agglomérés, à titre d’ouvriers, autour de ses machines ; et il se demande ce que sont devenus ces travailleurs depuis leur transformation et quelle est leur vie. Est-ce la paix qui règne au sein de la famille industrielle ? Est-ce, au contraire, la guerre sourde ou vivace, ennemie de tout contact utile? Comment s’y prennent et les patrons pour venir en aide aux ouvriers et ces derniers pour se venir en aide à eux-mêmes? Ce sont là des questions que lui pose partout le Champ de Mars.
- Hâtons-nous de dire qu’il y trouve réponse à l’Esplanade des Invalides, dans une section particulière à laquelle on a donné le nom <X Exposition cCÉconomie sociale, et que nous allons étudier, dans cette troisième partie, au point de vue des institutions qui concernent l’industrie textile en particulier.
- Jusqu’aujourd’hui, dans toutes les Expositions qui se sont succédé en France, on s’était avant tout préoccupé des perfectionnements de l’industrie et des
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- progrès de la science, sans songer d’une façon spéciale à ces travailleurs dont nous parlons et dont l’habileté et le labeur étaient cependant la cause première des travaux qu’on y admirait. On récompensait les patrons, parfois quelques collaborateurs, mais on oubliait trop souvent les ouvriers.
- A l’Exposition actuelle, on a voulu, pour la première fois-, non pas grouper ensemble les œuvres des ouvriers, — pensée généreuse qui n’aboutit pas toujours à un résultat fructueux, — mais stimuler le zèle et le dévouement de ceux qui s’occupent plus spécialement de la classe laborieuse, en organisant une Exposition plus spéciale des œuvres ouvrières et sociales créées par eux. En face de cette Exposition du Centenaire, il semble,, en effet, qu’il y ait là une étape où l’on se retourne vers le chemin parcouru, et 11 y a cent ans, s’est-on dit, un mouvement a commencé, plein de promesses pour ceux qui sont le plus grand nombre; la grande industrie, qui n’existait pas alors, a vu le jour et de nouveaux besoins ont été créés à ceux dont elle a utilisé les bras : quelles œuvres, à travers ces années troublées et fécondes, ont été organisées dans l’intérêt des travailleurs? quelles institutions nouvelles ont été édifiées pour le plus grand bien des ouvriers? »
- Pour répondre à cette demande, l’Exposition d’Êconomiesociale a donc été créée. «Elle comprend, dit l’arrêté ministériel du 9 juin 1887 qui l’institue, d’une part, les œuvres d’initiative privée, créées soit par les patrons, soit par les ouvriers, soit par entente entre les patrons et les ouvriers, pour améliorer la condition morale et matérielle de ces derniers ; d’autre part, les institutions et les établissements créés et entretenus dans le même but par l’État, les villes et autres circonscriptions ou autorités compétentes, ainsi que par les associations et les particuliers. »
- Un questionnaire méthodique, préparé par une Commission d’organisation spéciale, a été alors rédigé dans le but de guider les exposants et les enquêteurs, et quinze sections spéciales ont été créées à l’Exposition pour répondre à la classification de la Commission ; elles comprennent successivement : 1° la rémunération du travail ; 2° la participation aux bénéfices ; 3° les syndicats professionnels ; U° l’apprentissage et l’enseignement professionnel ; 5° les sociétés de secours mutuels ; 6° les caisses de retraite ; 7° les assurances sous diverses formes ; 8° l’épargne ; 9° les associations coopératives de consommation ; 10° les associations coopératives
- de crédit ; 11° les habitations ouvrières ; 12° les cercles, récréations et jeux pour ouvriers ; 13° l’hygiène sociale ; 14° les institutions diverses créées par les chefs d’exploitation en faveur de leur personnel ; 15° les statistiques et documents divers relatifs à la situation sociale de la grande et petite industrie.
- En voici le libellé :
- Section I. — Rémunération du travail.
- Formes et conditions, expresses ou tacites, du louage d’industrie, ou contrat de travail. Périodicité et modes du payement des salaires.
- Primes ou sur-salaires, alloués à la quantité produite, à la qualité du produit, ou à l’économie sur la matière première et le combustible.
- Contrat de fermage. Rémunération en nature des ouvriers agricoles.
- Travail des femmes et des enfants dans les manufactures.
- Encouragement au travail. Médailles et prix. Habileté de l’ouvrier industriel ou agricole et récompenses à la durée de ses services.
- Section II. — Participation aux bénéfices.
- Participation dans les bénéfices. Systèmes divers adoptés. Mode d’emploi du produit de la participation.
- Règlements et statuts. Modèles de comptabilité. Métayage.
- Associations coopératives ouvrières de production. Systèmes divers adoptés pour la constitution de la gérance, des intérêts du capital et la rémunération des auxiliaires.
- Section III. — Syndicats professionnels.
- Syndicats professionnels. Chambres syndicales patronales. Chambres syndicales ouvrières. Chambres syndicales mixtes. Trades-Unions. Institutions coopératives diverses.
- Syndicats agricoles.
- Chômages. Grèves. Arbitrage obligatoire ou facultatif.
- Prud’hommes. Bourses du travail. Placement des ouvriers et des employés. Sociétés savantes, industrielles ou autres, fondées pour l’étude des questions d’économie sociale dans les centres manufacturiers. Statuts et travaux de ces sociétés.
- Section IY. — Apprentissage. Enseignement professionnel.
- Contrat d’apprentissage. Enseignement technique donné dans l’atelier même, ou dans des écoles et des cours fondés, soit par l’usine, soit par une réunion de chefs d’industrie, soit par les ouvriers eux-mêmes.
- Écoles ménagères. Orphelinats industriels et agricoles.
- Établissements destinés aux enfants moralement abandonnés.
- Sociétés de patronage pour les apprentis.
- Enseignement aux futurs ouvriers et aux futurs patrons des notions économiques, sociales et industrielles, et du fonctionnement pratique des institutions de prévoyance.
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- A L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1889.
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- Section V. — Sociétés de secours mutuels.
- Sociétés de secours mutuels. Soins médicaux. Médicaments. Indemnité de chômage. Secours à domicile. Dispensaires. Séjour à l’hôpital. Soins de convalescence. Séjour aux eaux. Frais funéraires.
- Pensions de retraite servies par les sociétés de secours mutuels.
- Avantages accordés aux sociétés de secours mutuels approuvés pour leur permettre de contracter sur la tête de leurs membres une assurance collective en cas de décès.
- Admission des femmes. Secours accordés à l’occasion de la naissance d’un enfant.
- Tableaux statistiques des maladies.
- Section VI. — Caisses de retraites et rentes viagères.
- Caisses nationales des retraites pour la vieillesse.
- Pensions et rentes viagères immédiates ou différées constituées par l’État, les compagnies d’assurances et les particuliers.
- Section VII. — Assurances contre les accidents et sur la vie.
- Assurances individuelles ou collectives au profit des ouvriers contre les accidents en cas d’incapacité de travail, temporaire ou permanente, par blessure ou mutilation, ou en cas de mort. Retenues opérées d’office dans ce but sur les salaires des ouvriers. Prélèvements faits pour le même objet sur les frais généraux ou les bénéfices.
- Systèmes divers tendant à faire assurer l’ouvrier contre les accidents par l’État, par les compagnies privées à primes fixes ou mutuelles, par les syndicats industriels constitués à cet effet obligatoirement et d’office aux termes de la loi.
- Assurances par les compagnies au profit du patron, contre sa responsabilité civile en cas d’accidents.
- Assurances sur la vie : en cas de décès, mixtes, à terme fixe, différées et combinaisons diverses, par l’État, les syndicats ou les compagnies d’assurances. Primes ou demi-primes d’assurances payées pour les ouvriers par les patrons ou par des sociétés créées dans ce but.
- Tables de mortalité.
- Statistiques des accidents de toute nature.
- Assurances diverses : incendie, grêle, épizooties.
- Section VIII. — Épargne.
- Caisses d’épargne nationales et postales.
- Caisses d’épargne scolaires.
- Caisses d’épargne placées sous la surveillance de l’État.
- Sociétés d’épargne pour l’achat, en commun, de valeurs à lots, système de la Fourmi.
- Systèmes divers d’encouragement à l’épargne.
- Taux de l’intérêt. Subventions. Adoption d’un taux supérieur pour les dépôts les plus faibles.
- Systèmes divers adoptés ou proposés pour la conservation provisoire, ou le placement définitif de l’épargne individuelle ou collective des ouvriers et employés.
- Dépôt en compte courant dans la caisse de la maison.
- Dépôt dans une caisse publique.
- Placement obligatoire ou facultatif de l’épargne ouvrière
- en parts d’intérêts ou actions de l’établissement industriel.
- Constitution du patrimoine de l’ouvrier pendant son séjour dans l’usine, par voie de capitalisation à intérêts composés, sur livret individuel, du produit de. la participation aux bénéfices, des dividendes d’une société coopérative de consommation ou des subventions du patron avec ou sans retenue opérée sur le salaire.
- Section IX. — Associations coopératives de consommation.
- Associations coopératives de consommation.
- Systèmes de vente au prix courant ou au prix coûtant d’aliments, de vêtements, d’objets de ménage. Cuisines et réfectoires. Boulangeries économiques. Règlements, statuts, comptes et budgets. Spécimens d’objets vendus avec la double indication du prix coûtant et du prix courant.
- Section X. — Associations coopératives de crédit.
- Associations coopératives de crédit. Systèmes divers adoptés. Responsabilité illimitée ou engagements restreints. Banques populaires. Banques agricoles Raffeisen. Crédit agricole.
- Avances faites par l’État ou par des sociétés financières aux associations ouvrières de production ou aux ouvriers.
- Prêts d’honneur. Caisse de prêts pour aider au mariage.
- Section XI. — Habitations ouvrières.
- Systèmes d’habitations ouvrières isolées avec ou sans cour et jardin, dont il est possible de devenir propriétaire par annuités, comprenant le loyer et l’amortissement.
- Système des grandes maisons contenant beaucoup de logements agglomérés.
- Logements garnis pour ouvriers célibataires.
- Plans d’habitations salubres et à bon marché.
- Associations coopératives ouvrières pour la construction, l’appropriation, la vente ou la location de maisons ouvrières. Building societies.
- Location au prix courant avec attribution à l’ouvrier locataire, sur un livret de retraite ou d’épargne, de la différence entre ce prix courant et le prix de revient.
- Encouragements à construire des maisons ouvrières par prêts à taux réduit de l’État et des villes et par dégrèvement d’impôt et autres avantages.
- Section XII. — Cercles d'ouvriers. Récréations et jeux.
- Cercles d’ouvriers. Working men’s clubs. Construction. Organisation. Bibliothèques. Collections, cours, conférences, jeux, récréations, exercices. Orphéons, fanfares, tir et gymnastique.
- Section XIII. — Hygiène sociale.
- Lois, règlements et statuts relatifs à l’hygiène sociale. Alcoolisme, moyens employés pour le combattre. Statistique et documents.
- Sociétés de tempérance et installations qui en dépendent. Système de Gothembourg. Salles de rafraîchissement.
- Protection des enfants du premier âge, des apprentis et des femmes en couches.
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- Bains et lavoirs. Piscines.
- Salubrité et sécurité des ateliers.
- Précautions contre Jes accidents de fabrique. Règlements d’usines.
- Section XIV. — Institutions diverses créées par les chefs d’exploitation en faveur de leur personnel.
- Gratifications, parts d’intérêt, participation individuelle.
- Subventions sur frais généraux, ou prélèvements, à quelque titre que ce soit, sur les bénéfices pour des institutions de secours, de prévoyance, d’épargne, d’éducation et d’instruction. Crèches, asiles, écoles.
- Enseignement professionnel donné dans l’usine.
- Caisses de secours des mines et fabriques avec ou sans retenues sur les salaires.
- Infirmeries, secours aux malades, aux blessés, aux femmes en couches, aux veuves et aux orphelins.
- Ouvroirs de fabriques.
- Dots aux jeunes ouvriers.
- Caisses des retraites et asiles pour les vieillards et les mutilés. Assurances contre les accidents et sur la vie, sur frais généraux, avec ou sans retenues sur les salaires.
- Caisses d’épargne particulières des usines et fabriques.
- Économats et cantines. Réfectoires économiques.
- Avances gratuites aux ouvriers.
- Logements gratuits ou à prix réduits.
- Chauffage gratuit. Location ou vente à bon marché, par les patrons aux ouvriers, de terrains pour cultiver ou construire. Avances faites spécialement dans ce but.
- Institutions particulièrement applicables aux exploitations rurales. Droits d’usage. Secours médicaux et hospices pour les ouvriers agricoles.
- Établissements qui, d’une manière générale, ont fait les efforts les plus grands et les plus heureux, tant pour améliorer la condition matérielle et morale de leur personnel, que pour mieux établir la solidarité entre les facteurs de la production.
- Section XV. — Grande et petite industrie.
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- Statistiques et documents relatifs à la concentration de l’industrie dans de grands établissements. Petits ateliers. Efforts faits pour les propager. Industries domestiques et application de la force motrice à ces industries. Travail de la femme au foyer domestique. Alliance du travail industriel et du travail agricole.
- Émigration et rapatriement. Stations hospitalières.
- Recettes et dépenses de la famille ouvrière.
- Le programme est vaste, comme on le voit.
- Cette exposition spéciale, renfermée dans une immense salle découpée en quatorze sections, est installée — contraste saisissant — en face des pavillons de l’Annam, du Cambodge et du Tonkin. D’un côté de l’axe de l’Esplanade, l’Orient figé dans son immobilité quarante fois séculaire; de l’autre, l’Occident où bouillonnent tous les problèmes du monde moderne.
- Nous entrons.
- Avant d’aborder l’industrie spéciale qui nous
- préoccupe, nous voulons cependant jeter un coup d’œil sur l’ensemble.
- En y pénétrant, nous sommes frappés tout d’abord de l’immense quantité de dessins géométriques et de tableaux de chiffres qui tapissent les murs.
- Vous êtes-vous jamais égarés, en visitant le Salon annuel des beaux-arts, dans ces galeries où l’on expose les lavis d’architecture et les projets de restauration des monuments antiques? Vous n’y avez certes jamais rencontré personne : comme jadis à l’Odéon dans les temps légendaires, c’est là qu’on peut aller chercher la fraîcheur et le silence, pour rêver en paix loin du bruit et des agitations de la foule. On avait prédit le même succès aux organisateurs de l’Exposition d’économie sociale; on leur avait dit que les dessins exposés mettraient en fuite les visiteurs les plus intrépides et surtout décourageraient, dès le seuil, les femmes qui pardonnent tout, sauf l’ennui, et que dans toute Exposition il faut avoir pour soi sous peine de courir à un échec certain.
- Ces sinistres prévisions ne paraissent pas s’être réalisées, car nous voyons autour de nous grande affluence de visiteurs qui paraissent, tous et toutes, prendre un vif intérêt à cette exhibition d’un nouveau genre.
- C’est que ces diagrammes et ces tableaux numériques n’ont d’austère que l’apparence. Sous leurs lignes et sous leurs chiffres se cachent ou plutôt se manifestent les questions les plus hautes, qui touchent au bonheur et à la moralité des familles.
- D’une manière générale, il nous paraît utile de consacrer à ces tableaux quelques mots d’explication.
- Tout le monde connaît aujourd’hui les ressources que présente l’application du dessin à la statistique, ce qu’on appelle la statistique graphique. Elle est maintenant d’un emploi usuel, c’est une langue universelle, un volapük avec lequel chacun doit être maintenant familiarisé, car on voit journellement traduire ainsi les fluctuations des valeurs de Bourse, celles du baromètre et du thermomètre, les mouvements de la population, ceux des récoltes et du commerce de la France, etc. Cette méthode n’ajoute rien au fait, si ce n’est la clarté et l’élégance. Elle se borne à le traduire aux yeux. C’est ce procédé qu’ont adopté un très grand nombre d’exposants appartenant à l’industrie textile, pour donner plus de relief à leur exposition sociale et frapper rapidement l’esprit du visiteur sans l’obliger à tendre son atten-
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- A L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1889.
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- tion, déjà émoussée auparavant sur les merveilles du Champ de Mars.
- En veut-on un exemple? Voici une filature existant depuis plus de quarante ans. Celui qui veut étudier pareil établissement au point de vue social commence tout d’abord par en examiner les caractères généraux et notamment par se rendre compte de la durée du séjour des ouvriers dans les ateliers. Combien l’usine emploie-t-elle d’ouvriers depuis ZiO, 39, 38, 37, 2 ou 1 ans? Assurément ces chiffres sont, pour beaucoup d’établissements, la pierre de touche qui permet de juger du reste ; car l’ouvrier séjourne dans une usine ou la quitte suivant qu’il s’y trouve heureux ou malheureux. Mais comment indiquer aux visiteurs la proportion de stabilité du personnel? Un tableau serait bien long, ne frapperait pas les yeux et effrayerait beaucoup de personnes. C’est alors qu’on a recours au diagramme. Pour construire ce que nous pourrions appeler la courbe de stabilité, on classe les ouvriers d’après la durée de leur séjour, 0 à 1 an, 1 an à 2 ans et ainsi de suite. On ramène ensuite chaque catégorie à un total de 1,000 en la divisant par l’effectif total. Ce sont ces divers rapports qu’on exprime par des hauteurs proportionnelles mesurées sur la verticale correspondant à chacune de ces durées de séjour; puis on réunit par un trait continu les sommes de ces verticales ou « ordonnées » dont la somme égale 1,000. La courbe ainsi obtenue est très significative.
- Autre exemple. Un tissage existant depuis le commencement du siècle a créé pour ses ouvriers une caisse de retraites qui possède un certain nombre d’adhérents et de pensionnaires. Pour faire saisir du premier coup d’œil la proportion entre les uns et les autres, rien de mieux que d’élever pour chaque année des hauteurs proportionnelles aux nombres absolus d’adhérents et de pensionnaires à la même échelle. On obtient de la sorte deux courbes qui permettent immédiatement d’apprécier les résultats.
- Voici encore une courbe indiquant le mouvement du capital d’une caisse d'épargne privée, établie dans une filature depuis plus de cinquante ans. Toutes les années de la période considérée se succèdent hori-rizontalement à intervalles égaux de gauche à droite. Pour chaque année, on a tracé une bande verticale dont la hauteur est proportionnelle au capital que possédait alors la caisse, tout comme si on avait juxtaposé côte à côte les piles de louis représentant les encaisses successives. Ce dessin exprime de la façon la plus nette l’histoire de cette caisse, c’est un
- miroir fidèle où se peignent toutes les influences qui ont successivement réagi sur l’encaisse.
- Comme on le voit, ces graphiques ont un langage : ils instruisent, ils révèlent, parfois ils dénoncent, ils font penser. Les chiffres sont arides et lents ; le dessin est rapide et intuitif ; il signale la loi de continuité des phénomènes et en relève les anomalies, qu’il oblige à expliquer si elles sont réelles, à rectifier si elles proviennent simplement d’une erreur. Grâce à cet artifice du dessin, la statistique cesse d’être rébarbative et inaccessible en dehors d’un petit cercle d’initiés, pour devenir accueillante et se mettre à la portée de tous.
- Telle est la traduction que la plupart des exposants ont donnée à leurs initiatives et aux institutions qui en découlent. A moins qu’elle ne se matérialise dans une maison ouvrière, un ouvroir ou toute autre création analogue, une institution de prévoyance est une abstraction immatérielle qu’on ne peut mettre en vitrine; mais elle aboutit, par le jeu même de son fonctionnement, à des chiffres qui se prêtent à l’établissement d’une ou de plusieurs courbes.
- Pour éviter la monotonie d’aspect qu’aurait engendrée la juxtaposition de dessins accrochés au mur, un très grand nombre d'exposants les ont encadrés dans un meuble élégant et ont surmonté leur installation d’une décoration où s’est déployé leur goût. C’est là qu’ils ont inscrit leur raison sociale, disposé en forme de panoplie ou de trophée les attributs parlants de leur industrie, de façon à apprendre au public, dès le premier coup d’œil, à quelle catégorie d’industrie (tisserands, filateurs, teinturiers, bonnetiers, blanchisseurs, etc.) s’appliquent les institutions exposées, le tout couronné par le buste du fondateur de l’usine ou de celui de ces chefs successifs qui l’a le plus honorée.
- Dans le même but, beaucoup d’industriels ont illustré leur exposition par des vues photographiques ou autres, par des modèles en relief figurant des maisons ouvrières, des hospices, des bains ou des économats.
- En somme, l’effet d’ensemble est satisfaisant au point de vue purement esthétique et pittoresque. Voyons maintenant s’il est aussi excellent au point de vue économique et moral, que nous allons aborder pour ne plus le quitter.
- Supplément a l'Industrie
- TEXTILE DU 15 MARS.
- III. — 2e Fascicule.
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- LES INDUSTRIES TEXTILES
- CHAPITRE PREMIER
- Rémunération du travail dans l’industrie textile.
- Lorsque, dans une industrie quelconque, on étudie les conditions du travail, partout on retrouve le salaire sous des formes multiples et avec les combinaisons les plus variées.
- C’est qu’en effet cette rémunération est conforme à la nature des choses : elle est le prix du service rendu et du travail accompli, la conséquence de ces mille relations que suscitent à tout instant l’ingénieuse liberté de l’homme et l’infinie diversité de ses besoins.
- Telle est même l’impérieuse nécessité du salaire qu’on ne s’imagine pas ce que serait sans lui le travail des hommes.
- C’est la raison pour laquelle nous débutons, dans cette étude sur l’économie sociale dans l’industrie textile, en examinant les diverses questions relatives au salaire des ouvriers qui gagnent leur vie dans cette spécialité.
- Le contrat de salaire, on le sait, revêt d’une manière générale deux modes d’une nature économique et juridique bien distincte : le salaire au temps et le salaire à la tâche. Nous rencontrons ces deux modes dans l’industrie textile. Pour n’en prendre que les exemples les plus communs, nous dirons par exemple que les ouvriers attachés aux métiers à filer sont généralement payés à la journée et les ouvriers tisseurs à la pièce.
- Une question se pose à ce propos : c’est celle de savoir auquel de ces systèmes de rémunération l’on doit donner la préférence. Il y a lieu ici de distinguer. De l’avis général, lorsque les facultés de l’ouvrier, ses forces intellectuelles ou matérielles sont louées au jour, au mois, à l’année, dès lors, qu’il travaille beaucoup ou qu’il s’abandonne à l’indolence dont peut seule triompher non son intérêt individuel, mais la surveillance de ses chefs, il escompte d’avance la rémunération promise : peu lui importe la perfection du produit ou le fini de sa tâche, les risques pèsent seuls sur le maître pour lequel il réduit au minimum sa puissance productive. Lorsque, au contraire, l’ouvrier est soumis au travail à façon, en ce cas, plus libre de son temps, mais aiguillonné par l’espérance de voir son salaire grandir avec l’importance de sa tâche, il produit
- plus et mieux, et il supporte seul les risques d’une exécution trop hâtive ou les erreurs de ses calculs. Le salaire à la tâche est donc à priori plus moralisateur et plus juste.
- Mais il faut ajouter, par contre, qu’il fournit parfois des produits médiocres, en raison d’une concurrence exagérée, qu’il fatigue l’ouvrier et provoque facilement la mauvaise foi des travailleurs.
- Cependant, à notre avis, le salaire aux pièces rétribuant le travailleur selon ses œuvres, ses aptitudes et ses efforts, mérite malgré tout la préférence; mais les machines lui font, dans certaines industries textiles, une place souvent minime, et c’est là pourquoi, comme nous le verrons tout à l’heure, on est obligé d’avoir recours au procédé de la prime pour donner un certain ressort à l’intérêt individuel.
- Entre ces deux modes de salaires, on en trouve dans certaines spécialités textiles un troisième qui n’est à proprement parler qu’un travail à la tâche perfectionné, c’est celui dans lequel, pour des travaux particuliers, l’ouvrier devient un véritable entrepreneur. Il prend à la tâche un travail exigeant le concours de plusieurs camarades, il assigne à chaque membre de cette équipe le labeur voulu, et la différence entre les salaires qu’il paye et la rémunération qu’il reçoit de l’usine constitue son profit. C’est là un mode de salaire très usité dans la fabrication des soieries à la main et que nous avons spécifié dans notre premier volume en étudiant le travail du canut de la Croix-Rousse et de ses compagnons. Ce n’est autre chose au demeurant que le marchandage, système très décrié par quelques-uns, prôné par d’autres, qu’un décret du 2 mars 18â8 avait même prohibé et qu’on rétablit ensuite.
- Quant à l’époque fixée pour la distribution de ce salaire, elle varie considérablement suivant les spécialités textiles. Dans certains cas, comme dans le tissage à la main, la rémunération est généralement donnée à l’ouvrier lorsqu’il a accompli sa tâche, c’est-à-dire lorsqu’il peut livrer à son patron la pièce terminée. D’autres fois — et ceci est le cas le plus général — elle est donnée après une période de temps déterminée, soit toutes les huitaines, toutes les quinzaines ou tous les mois. Le jour de paye a lieu d’habitude le samedi, mais un certain nombre de manufacturiers préfèrent le fixer à un autre jour de la semaine, afin d’inciter l’ouvrier à conserver son gain et à ne pas le dépenser le dimanche.
- Quant au salaire à Vannée, il n’est guère usité dans l’industrie textile. Toutefois, nous connaissons
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- A L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1889.
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- des tissages mécaniques de la région du Rhône, où certaines catégories d’ouvrières sont pensionnaires de l’établissement où elles travaillent, y sont nourries, logées et blanchies, et ne reçoivent leur salaire qu’à la fin de chaque année.
- Sur cette question générale de la rémunération du travail, diverses questions accessoires se greffent naturellement. Nous allons les examiner rapidement dans ce premier chapitre.
- La première est la distinction à établir entre le taux nominal et le taux réel du salaire. Tout à l’heure, en effet, nous allons nous trouver obligé de citer quelques c hiffres moyens de rémunération. La question se pose alors de savoir quelle signification l’on doit attacher à ces chiffres.
- D’aucuns veulent parfois juger des conditions d’une in dustrie d’après les chiffres nominaux des salaires. La main-d’œuvre, à leur sens, figure pour une part i mportante clans les frais généraux de la production ; il est utile de s’en rendre compte, et, par une habile statistique des salaires, on peut en déduire la cherté ' relative ou l’infériorité qui affecte telle production déterminée. Ce raisonnement n’est pas exact, et, à notre avis, le taux .nominal du salaire n’est qu’un indice trompeur. Ce n’est pas-la somme payée à l’ouvrier qui cause le bon marché ou la cherté de la main-d’œuvre, car un travail peu rémunéré est parfois un travail très coûteux pour le manufacturier qui le commande. Il s’agit de voir moins le prix payé que la quantité de travail effectif obtenu moyennant telle somme déterminée, que le prix de la vie pour l’ouvrier, ses mœurs, ses habitudes, le milieu social dans lequel il vit. Un fabricant, par exemple, paye un salaire nominal de 3 francs et obtient un produit de 6 francs; un autre paye un salaire de 6 francs et obtient un produit de 18 francs; le salaire réel est beaucoup moins élevé dans le deuxième casque dans le premier. De même, tel ouvrier tisserand reçoit 6 francs à Lille ; tel autre, pour le même travail, reçoit 3 francs à Courtrai, à quelques lieues de la ville flamande; mais l’un se trouve en Belgique, où la vie est beaucoup moins chère; l’autre dans le Nord, où elle l’est plus, et, pour apprécier ici le salaire réel, il faut nécessairement comparer le prix de la vie à Lille et à Courtrai.
- Telle est la vérité.
- Cependant la foule, qui juge ces questions, se laisse trop souvent éblouir par le taux en argent du salaire. Elle oublie ce que sont le pouvoir d’achat de la monnaie et les variations qui l’affectent; elle ne
- considère pas l’ensemble des consommations et la somme d’objets utiles qu’il faut obtenir; elle ne pense pas que, en maint endroit, la condition de l’individu peut être dure avec des salaires qui lui font envie, et que c’est se préparer des mécomptes que de chercher toujours l’absolu, comme d’autres poursuivent indéfiniment l’idéal.
- C’est la raison pour laquelle, dans les exemples que nous allons donner plus loin, nous ne manquons pas de donner certaines indications qui nous paraissent indispensables, comme le nom du chef de l’usine dont nous indiquons les salaires nominaux pour une spécialité textile déterminée, le nom de la localité où se trouve assise la manufacture, le nombre d’heures auquel correspond le salaire obtenu, en un mot, les divers éléments qui peuvent aider le lecteur à dégager le taux du salaire réel.
- Il est cependant de ces éléments que nous n’avons pas la possibilité d’apprécier et qui font, malgré tout, que les chiffres cités sont toujours sujets à caution. Telle usine du centre de la France occupe des ouvriers de deux races opposées. Les uns arrivent du Nord, ils sont durs au travail, énergiques, patients, agissant ferme; non loin d’eux, venus d'un chaud climat où la nature les a comblés de ses faveurs, quelques centaines d’ouvriers indolents travaillent mollement ; les uns et les autres reçoivent le même s alaire, mais les uns le trouvent suffisant, les autres jugent qu’on ne paye jamais assez le peu de travail qu’ils consentent à donner. Le patron, de son côté, trouve, il est vrai, une différence à son profit dans la production et les résultats obtenus des premiers. Nous ne pouvons évidemment apprécier toujours exactement une situation de cette sorte. D’autre part, si, après une hausse de salaire pour ces mêmes o uvriers, les consommations correspondantes suivent la même variation, et si le pouvoir d’achat reste le même, sera-ce vraiment un supplément de rémunération que celui indiqué par le taux nominal du salaire ?
- Ces diverses considérations nous amènent à spécifier quelles peuvent être, dans l’industrie textile en p articulier, les diverses causes qui influent sur les salaires, soit dans le sens d’une diminution, soit dans le sens d’un accroissement. Ceci va nous amener à effleurer d’une façon sommaire diverses questions spéciales se rattachant par leur origine à la grande question des salaires.
- L’un des éléments dont il y a surtout lieu de tenir compte est la durée de la journée de travail. Notons
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- tout d’abord que de nos jours cette durée a sensiblement diminué. Chacun sait quels choquants abus offrait le travail des filatures et tissages au début du siècle. Sismondi, plus tard Auguste Blanqui et Vil— lermé, nous ont appris combien alors était désastreuse la durée excessive de la journée de présence à l’usine, qui allait fréquemment jusqu’à quinze, seize et même dix-sept heures, même pour les enfants. Depuis la fin du règne de Louis-Philippe, la journée, pour la plupart des industries textiles, a été ramenée à douze, onze et même dix heures ; elle a été considérablement abrégée, autant par l’intervention du législateur, qui, comme on le sait, a fixé, en 1848, la durée maxima à douze heures, que par la pression exercée par les ouvriers, usant du droit de coalition, et aussi par l’initiative des patrons eux-mêmes. Plus tard, la loi du 19 mai 1874 a régi le travail des enfants et des filles mineures.
- Tout récemment, des novateurs ont voulu compliquer cette question. Au lieu de maintenir uniformément, à un taux donné comme autrefois, la durée des heures de travail pour les ouvriers de l’industrie textile, on voudrait faire varier cette réduction en rapport avec leur âge et leur sexe. Une pareille réglementation, nous voulons l’espérer, ne serait jamais légalement sanctionnée, car elle aurait deux inconvénients majeurs : l’un moral, l’autre matériel. Au point de vue moral, elle placerait les enfants en dehors de toute surveillance, puisque leur sortie de l’usine s’effectuerait avant celle de leurs parents. Au point de vue matériel, elle nuirait au bon ordre de l’atelier, en forçant les ouvriers à travailler à des heures différentes de celles des femmes et des enfants, qui, très souvent, sont leurs auxiliaires indispensables ; elle obligerait bon nombre de patrons à ne plus exiger de ces ouvriers qu’un travail moindre et conséquemment les forcerait à diminuer leurs salaires ; elle engendrerait conséquemment des conflits, des cessations de travail, des grèves, c’est-à-dire la ruine et la misère pour les patrons aussi bien que pour les ouvriers.
- Nous venons de prononcer le mot de grève. Nous devons nous y arrêter un instant, étant donné que, de ce côté encore, nous avons là un élément dont on se sert trop souvent comme d’une arme pour demander une modification dans le salaire.
- Un économiste anglais, M. Walker, s’est ingénié à calculer quel temps il fallait pour combler la perte de salaire résultant d’une grève, à supposer qu’une augmentation de 5 pour 100 fut consentie. Le
- résultat trouvé a été le suivant : la perte d’un mois de salaire n’est couverte qu’après l’expiration d’une année trois cinquièmes au taux le plus élevé (years of work at the extra rate) ; la perte de six mois exige comme compensation neuf années trois cinquièmes avec le nouveau salaire ; enfin, celle de douze mois et demi n’est réparée qu’après l’expiration d’une période de vingt ans.
- Ainsi donc, la perte est immédiate ; le gain est éloigné quand il n’est pas éventuel. De plus, les grèves sont loin de donner un résultat utile pour les ouvriers; la plupart même se terminent sans augmentation des salaires.
- Avant de se mettre en grève, les travailleurs devraient prévoir ces conséquences possibles. Us s’imaginent à tort que le salaire est quelque chose d’élastique, susceptible d’être indéfiniment étendu ; ils semblent ignorer qu’il est arrêté par certaines limites qu’il ne saurait franchir. Ce salaire est, en réalité, la représentation de la plus-value produite par le travail de l’ouvrier, déduction faite du profit que doit percevoir le fabricant. S’il absorbe presque toute la plus-value, il est évident que la grève ne peut aboutir ; et aboutirait-elle, par suite de l’inexpérience des patrons ou de l’urgence des travaux, ses résultats n’auraient aucun caractère durable.
- Nous avons effleuré tout à l’heure une autre cause qui, celle-là, a une influence directe sur le salaire : nous voulons parler du prix de la vie. Gomme nous le verrons plus loin, lorsque nous examinerons les rémunérations accordées à chaque spécialité textile en particulier, les salaires de l’industrie textile ont partout augmenté. On peut évaluer cette augmentation à 50 pour 100, certain d’être plutôt en dessous qu’au-dessus de la vérité. Mais dans quelles proportions le prix des subsistances que consomme l’ouvrier a-t-il augmenté?
- Il est bien difficile de répondre d’une façon précise à une semblable question. Cependant, en consultant les budgets des familles ouvrières décrites dans les ouvrages de Le Play, on peut jusqu’à un certain point s’en rendre compte. On voit alors que la nourriture et le logement ont subi depuis quelques années une légère augmentation, mais que les dépenses diverses, en en exceptant celles qui représentent, à proprement parler, des dépenses de luxe, se réduisent en réalité à peu de chose et ont plutôt diminué. Ainsi, par exemple, l’instruction est partout gratuite, le service médical tend à le devenir, le prix des tissus est bien inférieur à celui d’autre-
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- fois et les grands magasins de nouveautés livrent des vêtements pour toutes les classes à des prix considérablement réduits, le pain non plus n’a pas augmenté. Bref, on peut estimer, d’après les calculs le plus généralement admis, que près de la moitié des dépenses d’un ménage d’ouvriers [hh pour 100 à peu près) a diminué, mais qu’un peu plus de la moitié de ces dépenses (56 pour 100) a augmenté de prix dans une proportion de AO pour 1 00 pour la nourriture qui représente les deux tiers et de 25 pour 100 pour le loyer qui représente l’autre tiers. En somme, il est manifeste que la condition des salaires s’est améliorée.
- Ce qui le prouve, à n’en pas douter, et mieux que des chiffres toujours contestables, c’est que les ouvriers consomment aujourd’hui les choses nécessaires en plus grande quantité qu’autrefois : c’est un fait qui saute aux yeux de tous. Que l’on cherche aujourd’hui le type de quelques-unes de ces familles ouvrières, appartenant à l’industrie textile, décrites par Le Play avant 1880 : on ne les trouvera plus.
- Voici, par exemple, la famille du cordier de la Basse - Bretagne, observée en 1851, que l’on voit se nourrir de soupe au pain d’orge, de bouillie et de crêpes de sarrasin', de pain mangé avec des pommes de terre, de lait et de beurre. La viande, le cidre et l’eau-de-vie n’apparaissent sur sa table que dans les grandes occasions ; l’habitation , formée seulement d’un rez-de-chaussée, ne comprend souvent qu’une seule pièce, où la famille se tient avec les deux vaches ; les offices religieux et surtout la fête du patron de la paroisse sont la principale diversion aux travaux ordinaires de la famille. Ces temps-là sont bien changés !
- La famille du tisserand de Mamers, également observée par Le Play en 1850, se nourrit principalement de pain sans aucun assaisonnement ou avec addition d’un peu de beurre, de fromage et de hareng salé. Elle ne mange de viande que les jours de fête et ne consomme régulièrement à la maison aucune boisson fermentée ; cependant, déjà, l’ouvrier prend quelquefois le matin un petit verre d’eau-de-vie. Il y a là six personnes : le père, la mère et quatre enfants, et la dépense totale s’élève par an à 350 francs. Évidemment, il y a maintenant amélioration.
- Et qu’on veuille bien noter que ce ne sont pas là des exceptions : tout cela a été choisi comme le type le plus exact des ouvriers de la région. Aussi est-on heureux de constater qu’aujourd’hui l’ouvrier est incomparablement mieux logé et mieux nourri qu’il y a trente ans.
- Le sexe du travailleur est aussi l’un des éléments qui influent sur le taux de la rémunération.
- Dans l’industrie textile, comme dans la plupart des autres, le salaire des femmes est généralement inférieur à celui des hommes. Les principales causes de cette infériorité sont faciles à dégager : les femmes ont généralement une puissance productive moindre, leurs emplois sont beaucoup plus restreints, elles ont moins de besoins et sont disposées par cela même à se contenter d’un plus faible salaire, elles sont moins portées à se mettre en grève, et souvent la mère de famille accepte un modeste salaire pour compléter celui de son mari. C’est surtout en filature que les femmes sont employées, parce que le travail qu’on leur demande n’exige guère qu’une surveillance attentive ; mais aussitôt que ce même travail exige l’emploi d’une force musculaire quelconque, tout de suite on fait appel au concours des hommes. C’est ainsi que, par exemple, les femmes sont chargées de la surveillance des métiers de préparation pour lin, laine ou coton, des métiers continus à filer le lin, mais qu’elles sont remplacées par les hommes pour le service des métiers renvi-deurs en laine ou coton ou pour la manœuvre des cardes à lin. Cependant, dans l’industrie du tissage, lorsque le travail est facile et n’exige pour ainsi dire que de l’attention, comme lorsqu’il s’agit des toiles de lin unies, par exemple, les femmes sont employées au même titre que les hommes et peuvent arriver à obtenir un salaire équivalent.
- En dehors du travail à l’usine, nous devons mentionner pour les femmes le travail des petits ateliers et celui à domicile. Un très grand nombre d’occupations féminines relèvent ici de l’industrie textile, et c’est dans cette spécialité qu’on peut faire rentrer les brodeuses, corsetières, couturières en robes, culot-tières, dentelières, giletières, etc. Le salaire, pour ces diverses catégories, est aussi bien inférieur à celui des hommes ; toutefois, pour certaines ouvrières de choix comme celles qui sont occupées au travail de la broderie de luxe, la rémunération obtenue se rapproche sensiblement du salaire moyen des hommes : on récompense alors l’habileté et le savoir-faire.
- A propos de cette question, relevons en passant quelques attaques dirigées justement contre le travail des femmes dans les usines. On a soutenu qu’il était de nature à compromettre leur santé, à blesser leur moralité, et puis l’on a affirmé que l’emploi des femmes n’était pour le patron qu’un moyen de dépri-
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- mer les salaires et d’augmenter par là son profit. Bref, on a dit : « Le mari à l’atelier, la femme à la maison. »
- Sans nul doute, dans une société idéale, où les salaires seraient élevés, les maris sobres, les maladies rares, où la mort, plus clémente dans ses arrêts, ne donnerait pas le spectacle de veuves et d’orphelins réduits à la misère, dans une telle société nous dirions : « Le mari à l’atelier, la femme à la maison. » Le salaire du mari suffirait au ménage; la femme préparerait les aliments, ferait les travaux domestiques de couture et de blanchissage, et contribuerait par ses soins à rendre l’intérieur plus gai et moins froid; elle pourrait encore, si le temps le lui permettait ou si le salaire du mari était insuffisant, s’adonner chez elle à quelques petites occupations douces et aisées, dont le produit viendrait servir d’appoint au budget du ménage. Mais, malheureusement, les cités de Solente n’éclosent que dans l’imagination des poètes, et notre pauvre humanité doit compter avec une foule de tristesses et de maux. Le chef de famille vient-il à mourir, que va faire sa veuve et comment nourrira-t-elle ses jeunes enfants? Voici une orpheline : elle a quinze ans ou seize ans; elle est sans famille, sans amis, sans soutien; il lui faut lutter pour l’existence ; que faire dans une région où le travail à l’usine est presque le seul qui s’offre à elle? Lui direz-vous : « Le mari à l’atelier, la femme à la maison? » Elle vous répondrait qu’elle aussi forme ce souhait, mais que jusqu’à sa réalisation elle est bien obligée de demander au travail de l’usine, pour ne pas le demander à la prostitution, son pain quotidien. Et la femme dont le mari est malade, et celle dont le mari, paresseux ou ivrogne, laisse dans les cabarets le fruit d’un travail irrégulier, les empêcherez-vous de demander à l’usine un complément de ressources? Évidemment, tous les soins de ceux qui s’occupent des questions sociales doivent tendre à restreindre dans des proportions pratiques le travail de la femme à l’usine, à l’améliorer, à lui faciliter l’accès d’autres professions plus en rapport avec ses aptitudes ; mais il n’est pas possible, sous prétexte de la protéger, de lui interdire ce genre de travail.
- Revenant à la question du salaire, nous trouvons encore, parmi les éléments qui peuvent augmenter ou diminuer le salaire, la prime et l’amende. Nous allons nous y arrêter.
- Dans toutes les circonstances de la vie où il est question d’un travail rémunéré, on a coutume en
- bien des cas de récompenser le travailleur s’il crée un produit satisfaisant et de le punir si ce produit est défectueux. De là deux éléments qui peuvent augmenter ou diminuer le salaire, et que nous venons de mentionner.
- Qu’est-ce que la prime? C’est un surplus de salaire attribué aux ouvriers en raison des éléments du produit sur lesquels ils ont une action directe et proportionnellement à cette action. Ces éléments sont généralement au nombre de trois : la matière première, la quantité produite, la perfection du produit. L’ouvrier peut économiser sur la matière première ; il peut produire dans un temps donné une quantité plus grande que la quantité normalement admise, de façon à diminuer les frais généraux ; enfin il peut fabriquer, s’il y apporte du soin et de l’attention, un produit supérieur et dont le prix de vente pourra être établi dans de meilleures conditions.
- La prime relative à l’économie de matière première n’est guère admise dans l’industrie textile que pour ce que nous pourrions appeler les travailleurs auxiliaires. Ainsi sont le chauffeur et le graisseur d’une filature qui peuvent réaliser une économie sur le charbon ou sur l’huile ou la graisse employées par rapport à une dépense maxima prévue d’après les données de l’expérience. On récompense alors ces auxiliaires par une prime au prorata du boni qu’ils permettent de réaliser.
- Mais le système de prime” le plus communément usité dans l’industrie textile est celui qui consiste à élever le prix de façon de l’unité en raison de la production par unité de temps, ou à attribuer en sus d’un salaire journalier fixe une prime en progression croissante avec la production. Tel est le cas d’un atelier de filature de laine peignée où les fileurs seraient payés à l’unité de longueur de fil et suivant un tarif croissant avec la production journalière de chacun d’eux, et où les contremaîtres recevraient, en sus de leurs appointements mensuels, un surplus de salaire progressant plus rapidement que la production par broche des métiers placés sous leur surveillance. Nous donnerons du reste tout à l’heure des exemples de primes usitées dans certains ateliers de filature et de tissage, figurant à l’Exposition.
- Enfin nous avons dit que la prime pouvait être accordée en raison delà perfection du produit. L’appréciation de cette perfection appartient alors à la direction.
- Notons en passant que, dans l’organisation des tarifs à la prime pour la production acquise, il y a
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- un danger à prévoir, c’est que l’ouvrier trouve plus d’intérêt à produire beaucoup qu’à éviter les défauts dans le produit, si ces défauts ne donnent lieu qu’à une retenue fixe en argent. Mais un remède facile à employer consiste, au lieu d’une retenue en argent, à appliquer pour chaque défaut un rabais équivalent sur le chiffre de la production, d’où une décroissance rapide de la prime.
- Évidemment, le système de la prime a un inconvénient, c’est celui de compliquer la comptabilité déjà si ardue des grands établissements industriels. Mais cette complication même, en permettant aux chefs de l’établissement d’étudier l’influence de tous les détails de fabrication sur le prix de revient, est une garantie de bonne gestion. Plusieurs manufacturiers, du reste, nous ont affirmé, après expérience faite, que, sauf pour l’organisation du début, cette comptabilité peut être tenue sans grand surcroît de travail pour les employés qui en sont chargés.
- Nous venons de parler des retenues fixes en argent qu’on peut appliquer pour défauls dans le travail produit et qui conséquemment diminuent le salaire de l’ouvrier. Ce sont là les amendes.
- Diverses propositions de loi ont été faites à diverses reprises en vue d’en proposer l’abolition. Rien ne serait plus absurde. Le patron n’a en effet que trois sanctions dont il peut user actuellement envers l’ouvrier qui lui fait un mauvais travail : la réprimande, l’amende et le renvoi. La réprimande ne peut être indéfiniment renouvelée, ou bien elle n’exercerait plus d’influence sur celui qu’elle vise. Restent donc l’amende ou la mise à pied. L’une représente la perte d’une partie du salaire, l’autre de la totalité. Entre les deux mesures, il ne nous paraît pas qu’il puisse y avoir d’hésitation possible, d’autant plus que la première peut être retirée à la suite d’une faute pardonnée, tandis qu’il n’y a plus à revenir sur la seconde, faute de voir s’émousser l’autorité de la direction.
- Hâtons-nous de dire cependant que nous admettons parfaitement comme juste et légitime qu’on limite ces amendes, lorsque le patron en est seul juge, ou encore qu’on en fasse rentrer le produit à des œuvres utiles à l’ouvrier. Mais, dans l’intérêt de ce dernier, laissons subsister cette juridiction si simple, si économique, et ne risquons pas d’assurer, dans bien des cas, l’impunité, par suite de la crainte de tous les embarras d’une poursuite judiciaire, et de la répugnance du patron à créer pour son ouvrier un casier judiciaire.
- Pour terminer cet examen rapide des causes influant sur le taux des salaires, que nous ne voulons pas poursuivre plus loin, nous mentionnerons en dernier lieu parmi ces causes la protection douanière. Quel degré d’influences cet élément a-t-il sur la rémunération du travail? C’est ce que le temps ne nous permet pas de discuter ici. Non est hic locus. Mais il est certain que cette influence est réelle. On comprend facilement que des filateurs ou des fabricants , protégés contre la concurrence étrangère, puissent plus aisément maintenir certains salaires si cette protection est suffisante, ou même les augmenter si elle leur fait réaliser des profits considérables au sein d’une population incessamment accrue et d’une demande toujours croissante.
- Enfin, pour terminer ce qui a rapport aux salaires, rappelons les utopies qui se sont produites dans ces derniers temps à leur propos. Des novateurs hardis, rêvant de refaire une société sur des bases nouvelles, envisagent la « politique des salaires » sous une double forme. Certains demandent un minimum légal, assigné par l’État au libre cours des rémunérations de l’ouvrier; d’autres vont plus loin et demandent la fixation du taux du salaire par l’Etat, avec garantie du travail. Avec de telles affirmations, on enlève les applaudissements des foules chez qui la passion a plus de prises que le bon sens ; et quand l’économiste leur dit que la richesse, étant le fruit de l’intelligence et du travail, suppose une inégalité de facultés, fondement de toutes les autres, lorsqu’il soutient que la propriété est une émanation de la personnalité, qu’elle découle de la nature et des besoins de l’homme et qu’en dehors d’elle la société ne saurait se concevoir, on ne trouve rien à répondre, rien, sinon l’insulte ou de vagues déclamations d’un socialisme intransigeant. Mais pour tout homme impartial, la fixation des salaires par l’État est une atteinte aux droits de la propriété et du travail. Ce sera toujours pratiquement irréalisable. Tel est notre avis, absolu et radical.
- RÉMUNÉRATION DU TRAVAIL DANS LA FILATURE DE COTON.
- Les salaires de la filature de coton ont subi depuis le commencement du siècle des variations sensibles. Lorsque ce textile se filait à la main, une femme occupée à ce travail gagnait au plus 0 fr. 40 par jour; aujourd’hui, comme nous allons
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- le voir, ce salaire est considérablement augmenté.
- Citons d’abord un document qui nous paraît ici avoir grand intérêt. Ce sont les résultats publiés par la Société industrielle de Mulhouse, au nom du regretté Charles Grad, rapporteur du Comité de statistique de cette Société, à la suite d’une enquête
- EMPLOIS. 1835. 1845.
- fr. c. fr. c.
- Contremaîtres 2 91 3 50
- Régleur 1 88 2 30
- Graveur 1 50 1 80
- Sellier 1 50 1 83
- Batteur (femmes) 0 96 1 OA
- Cardes, réparateur 1 33 / 1 Zi2
- Cardes, soigneuse 0 87 1 »
- Fileur à bras 1 75 2 60
- Fileur automate ))
- Rattacheur 0 65 0 75
- Afin de bien fixer dans quelle période l’augmentation signalée par M. Grad avait été plus rapide, nous avons calculé ci-dessous l’accroissement pour 100 dans la période 1835-1855 d’une part, et dans celle qui va de 1855 à 1880 d’autre part; nous laissons de côté le réparateur de cardes dont le salaire a baissé pour des causes que nous ignorons et les salaires où les termes de comparaison font défaut :
- AUGMENTATION POUR 100.
- PROFESSIONS. 1835-1855. 1855-1880.
- Contremaîtres 50 A3
- Régleur 15 61
- Graisseur 5 96
- Sellier 61 65
- Batteur (femmes) 10 60
- Cardes (soigneuse).... 16 58
- Rattacheur . . 92 8U
- On voit que le mouvement de hausse des salaires a été généralement plus rapide dans la période 1855-1880 que dans la période 1835-1855.
- Si nous voulions nous référer aux statistiques seules publiées par les exposants eux-mêmes, nous aurions peu à glaner au sujet des chiffres relatifs aux salaires de l’industrie cotonnière. Mais nous trouvons dans un ouvrage publié à l’occasion de l’Exposition de 1889 par MM. Alf. Renouard et Moy sur les institutions ouvrières du Nord des indications sur ce sujet dont nous ferons notre profit. Il s’agit des salaires destinés dans les établissements cotonniers de MM. J. Thiriez père et fils, à Laos, près Lille.
- minutieuse faite en Alsace sur les salaires de la filature de coton de 1835 à 1880. Les chiffres consignés dans cette enquête ont été relevés sur les feuilles de paye et présentent plus de garantie que les renseignements sur les salaires recueillis par voie administrative.
- augmentation
- 1855. 1865. 1880. pour 100
- fr. c. fr. c. fr. c.
- Il 37 h 58 6 25 115
- 2 17 2 88 3 50 86
- 1 58 2 50 3 10 107
- 2 h 2 2 50 Il » 160
- 1 06 1 33 1 70 77
- 2 83 2 22 2 70 103
- 1 01 1 31 1 60 81
- 3 75 h 12 » 113
- 2 50 3 52 Il 25 1A3
- 1 25 1 Z|2 2 30 . 256
- Ceux-ci comprennent : 1° filature de coton proprement dite; 2° retorderie avec adjonction de blanchisserie, teinturerie et glaçage de fils retors ; 3° fabrication de fils pour tissus; k° fabrication de fils à coudre; 5° atelier de constructions mécaniques ; et 6° atelier de constructions civiles. On y fabrique les fils de coton simples, retors, câblés, écrus, blanchis, teints, laminés, glacés et lustrés, toutes les sortes de fils à coudre en coton et en lin, et les fils destinés à la ganterie, la bonneterie et les tulles.
- La filature de coton comprend 90,000 broches et se trouve naturellement divisée en métiers de préparation d’une part, métiers à filer d’autre part. Les métiers à filer, du système renvideur, sont installés dans deux grands édifices à rez-de-chaussée de chacun un hectare environ; les métiers de préparation, divisés en salles de battage, de carderie, de peignage, des étirages et des bancs à broches, sont placés dans un bâtiment annexe.
- La retorderie est de 50,000 broches, elle se divise en retorderie proprement dite et préparation accessoire des fils retors : les métiers à retordre sont des systèmes self-acting et continus; les machines accessoires comprennent le dévidage, le bobinage, le gazage, le laminage, le glaçage, l’épluchage et le paquetage. On prépare dans ces ateliers, avec la blanchisserie, la teinturerie et l’atelier de gazage, les fils pour tissus et les fils à coudre, mis finalement sous la forme commerciale d’écheveaux, pelotes ou bobines pour la consommation courante. La fabrication mécanique des bobines en bois pour recevoir le fil rentre également dans cette branche d’industrie.
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- L’atelier de constructions mécaniques comprend une forge, un atelier de meules, des tours, machines-outils, machines d’ajustage et de montage; on y construit une partie des métiers employés par la filature et la retorderie de l’établissement, et on y fait toutes les réparations même importantes qu’exige le matériel industriel, y compris le moteur.
- Enfin, l’atelier de constructions civiles a été spécialement créé, un peu pour la construction et l’entretien des bâtiments de l’établissement lui-même, mais surtout pour l’édification des habitations pour ouvriers et des locaux nécessaires aux institutions économiques de la maison, dont nous parlerons tout à l’heure. C’est de là que partent les ordres pour terrassements, nivellements, maçonneries, charpente, menuiserie, couvertures et peintures ; on y trouve l’outillage nécessaire aux divers corps d’état, des meules pour la fabrication mécanique du mortier, et toutes les machines à scier, raboter, toupies, mortaises, etc., pour le façonnage des charpentes et de la menuiserie. A certains temps, les machines de cet atelier sont également utilisées pour travailler le bois qui entre dans les métiers et fabriquer tous les objets mobiliers des usines Thiriez.
- Voici comment se fait la répartition des salaires dans les différentes catégories d’ouvriers de la filature proprement dite :
- Ouvriers de préparation........... 3 » à 3 25
- Ouvrières — .......... 2 10 à 2 50
- Fillettes......................... » 90 à 2 »
- Ouvriers fileurs (suivant l’âge).... Zi 50 à 6 50
- Grands rattacheurs................ 2 75 à 3 50
- Petits — .............. 1 » à 2 »
- Dans les autres ateliers de la retorderie, ateliers de constructions, les salaires peuvent être cotés comme suit :
- Hommes............................ 3 » à 5 »
- Femmes........................... 2 » à 3 »
- Garçons........................... 1 » à 3 »
- Filles............................ » 90 à 2 70
- Ouvriers d’état................... h b à 7 »
- Apprentis......................... 1 » à 3 »
- Depuis une vingtaine d’années, ces salaires ont augmenté dans une proportion considérable : 40 pour 100 pour les uns et plus de 100 et 200 pour 100 pour les autres. De plus, ces diverses rémunérations s’augmentent aujourd’hui de primes que nous allons indiquer.
- En dehors de leur salaire fixe, les ouvriers dont la conduite et le travail ont été jugés satisfaisants tou-
- chent, en effet, chaque quinzaine sous forme de gratification une prime, qui varie de 1 à 4 francs, suivant la catégorie à laquelle ils appartiennent. Cette gratification est appliquée toujours par l’un des patrons, mais de concert avec le contremaître; tout préjudice causé dans le travail, toute absence non motivée, en entraînent forcément la suppression, mais cette suppression n’est que partielle, si la faute est considérée comme légère. Il y a de ce chef pour la maison une dépense qui varie de 40,000 à 45,000 francs par an.
- Dans les établissements dont nous parlons, la durée du travail journalier est toujours de douze heures; le samedi, elle est réduite à dix, les deux heures qui restent étant consacrées au nettoyage des machines. Ce nettoyage se fait à l’arrêt, il est rigoureusement défendu pendant la marche et puni de fortes amendes et du renvoi. Le travail de douze heures n’est dépassé sous aucun motif, même pour rattraper le temps perdu par suite de la rupture d’une pièce importante du matériel usinier.
- Le travail du dimanche, qui souvent, comme on le sait, mène l’ouvrier à ne pas travailler le lundi, est proscrit de même avec la dernière rigueur : aucun employé n’a droit ce jour de faire apparition dans les bureaux et les patrons n’y reçoivent ni courrier, ni télégramme. Le travail de nuit, jugé avec raison immoral et nuisible à la santé des ouvriers, est aussi défendu.
- Depuis la fondation de l’établissement, le chômage a pu être évité. Nombre d’ouvriers, dans ce grand département industriel, ont trop souvent détruit l’équilibre de leur budget et contracté des habitudes regrettables par suite de l’irrégularité du travail de certains ateliers ; l’ouvrier certain du lendemain, même avec un salaire modéré, est toujours beaucoup plus heureux que celui qui touche irrégulièrement des salaires élevés ; aussi l’absence de tout arrêt des établissements Thiriez a-t-elle une importance relative que nous croyons devoir relever.
- Tout ouvrier qui entre dans l’usine s’astreint au travail de douze heures. Les irrégularités de présence, considérées comme nuisibles au bon ordre de l’atelier, sont sévèrement défendues. La règle veut que les « permissions » ne soient accordées que pour des motifs sérieux et par les patrons seuls; que les absences non motivées, surtout celles du lundi, entraînent la suppression de la gratification de quinzaine et l’application d’une amende déterminée ; enfin que la récidive soit punie de la « mise en quinzaine », c’est-à-dire du renvoi après quinzaine de paye.
- Les salaires sont distribués tous les quinze jours,
- Supplément a l’Industrie textile du 15 Avril.
- iii. — 3c Fascicule.
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- LES INDUSTRIES TEXTILES
- le jeudi, à la sortie de midi; les chefs de la maison sont de ceux qui ont choisi intentionnellement cette heure et ce jour, de préférence au samedi, jour usuel de paye dans le Nord; de la sorte, l’ouvrier, qui doit encore travailler l’après-midi, remet son gain à sa femme en rentrant chez lui pour prendre son repas; le samedi, au contraire, moins pressé de rentrer, parce qu’il ne travaille pas le lendemain et qu’il a le temps de se reposer, il va dépenser au cabaret la majeure partie de ce qu’il a gagné.
- Chaque ouvrier, qu’il soit à la tâche ou à la journée, reçoit un billet daté, portant le cachet de la maison, sur lequel son compte est détaillé; il peut ainsi, ou le contrôler lui-même, si c’est un homme fait, ou le faire vérifier par ses parents, si c’est un enfant ; dans ce dernier cas, la mention de la gratification est une indication utile pour tout ce qui concerne son travail et sa bonne conduite.
- Jamais les ouvriers ne sont payés ensemble, même les fileurs et les rattacheurs qui travaillent sur les mêmes métiers : chacun reçoit, avec son billet de quinzaine, la somme exacte qui y est portée. On évite ainsi aux ouvriers la tentation toute naturelle d’aller faire leur répartition au cabaret pour échanger leur monnaie, ce qui les amène à des dépenses inutiles et les force à y conduire des enfants.
- RÉMUNÉRATION DU TRAVAIL DANS LA FILATURE DE LAINE.
- M. César Poulain, membre de la Chambre de commerce de Reims, a publié, il y a quelques années, sous forme de tableaux synoptiques et de diagrammes, des données très intéressantes sur les salaires dans la filature de laine. Le travail de M. Poulain nous donne, à partir de 1815, et pour chaque année jusque \ 879, les prix de façon de filature pour 1 kilogramme de laine, le prix du mètre de mérinos de qualité déterminée, le salaire des ouvriers fileurs, le prix de la laine de Champagne lavée à fond, et la valeur tant des importations de laines étrangères que des exportations de tissus fabriqués. De ce travail, nous extrayons la partie relative au salaire, et nous y constatons la progression suivante :
- fr. c.
- De 1789 à 1813................ 1 50
- De 181Zi à 1830.............. hausse légère.
- 1830.......................... 2 »
- 1850.......................... 2 50
- 1860......................... h. 25
- 1868 (à partir de)............ 5 »
- Le salaire a donc plus que triplé; il s’est accru de 233 pour 100, pendant que la façon de filature a baissé dans la proportion de 25 à 1, et que le mérinos vaut onze fois moins. En effet, le prix de façon de la filature de laine peignée, qui était en 1800 de 5 sols 6 deniers l’échée de 500 aunes, soit 32 francs le kilogramme, est tombé en 1879 à 1 fr. 25, et le prix du mérinos, qui était de 16 sols le mètre, les dix croisures, en 1808, est tombé à 1 fr. 25.
- Des salaires de Reims, rapprochons un tableau publié par M. Ernest Brelay dans Y.Économiste français du 13 septembre 188A sur les salaires de Four-mies :
- Années. Fileurs. Rattacheurs. Ouvrières. Mécaniciens. Journaliers,
- — fr. c. fr. c. fr. c. fr. c. fr. c.
- im... li » 1 )) » 70 3 » 1 50
- 1860... Zl 65 1 35 1 35 k 35 2 75
- 1870... 5 20 1 60 1 80 5 85 2 80
- 1882... 5 60 2 40 2 25 6 20 3 50
- ce qui fait une augmentation pour 100 de
- ZlO IZlO 220 107 133
- Ici encore ce sont les ouvriers dont le salaire initial était le plus faible, qui ont participé à la hausse dans la mesure la plus forte.
- Enfin pour bien spécifier ce que sont les salaires actuels de la filature de laine, nous prendrons comme type, dans le même ouvrage où nous avons relevé les divers éléments relatifs à la filature de coton, les établissements lainiers de MM. Seydoux, Sieber et C‘% au Cateau (Nord).
- Ces établissements, qui s’étendent sur une superficie de kk, 165 mètres carrés, comprennent peignage, filature et tissage. Nous ne nous occuperons pour le moment que des deux premiers.
- Voyons d’abord le peignage. Celui-ci comprend le triage des laines, le désuintage, le lavage, le séchage, le cardage, l’étirage, le lissage et le peignage proprement dits.
- Le triage se fait au Cateau par des femmes, mais nous devons signaler que, dans d’autres localités du Nord, on en confie parfois le soin à des hommes. Il se fait aussi au Cateau à la journée, mais quelquefois, dans les autres usines dont nous parlons, aux pièces. Au cas du travail à la journée, on paye le trieur k fr. 50 par jour et la trieuse 2 fr. 25 ; au cas du travail aux pièces, on donne depuis 1 franc jusqu’à 2 francs par 100 kilogrammes de laine brute,
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- suivant le genre ou la provenance ou le nombre de qualités à faire au triage. Dans quelques usines où le travail se paye à la journée, lorsqu’il y a chômage, on attribue à l’ouvrier, à titre d’indemnité, 50 p. 100 de son salaire ; mais ceci n’arrive jamais dans le cas du travail aux pièces, où l’ouvrier gagne davantage.
- Le désuintage, opération qui vient ensuite, se fait par des manœuvres qu’on paye depuis 2 fr. 75 jusqu’à 3 fr. 50 par jour.
- Pour le lavage, on emploie un chef-laveur et quelques aides : le premier gagne de 3 fr. 50 à A fr. 25 par jour suivant mérite, les autres de 3 francs à 3 fr. 50.
- Le séchage se fait soit à la carde, soit dans des salles chauffées : dans le premier cas, il ne nécessite aucune main-d’œuvre et ne coûte que la vapeur employée; dans le second cas, il exige pour le transport et le maniement de la laine l’emploi d’hommes et d’enfants auxquels l’on donne de 2 fr. 25 à 3 fr. 50 par jour.
- Dans l’opération du cardage, le salaire varie suivant le système employé; si les cardes sont chargées mécaniquement, un homme à 3 francs par jour suffit pour un atelier; si elles sont chargées à la main, on utilise généralement des femmes qu’on paye 2 fr. 25. Les ouvriers débourreurs et aiguiseurs de cardes sont payés de 3 fr. 25 à A francs.
- Le personnel employé aux étirages est recruté parmi les femmes et les jeunes filles : son salaire varie de 2 fr. 25 à 2 fr. 75.
- Les lisseuses sont confiées à des femmes à 2 fr. 55.
- Enfin les machines à peigner sont soignées au Gateau, comme cela se pratique d’ailleurs dans la région de Roubaix et Tourcoing, par des jeunes gens de seize à vingt et un ans, payés 3 fr. 50 par jour, et par des femmes de 2 fr. 15 à 2 fr. 35; dans la région de Fourmies, on confie ces mêmes machines à des jeunes filles, les garçons étant de préférence occupés en filature, et on les paye en moyenne 2 fr. 25 par jour.
- Les emballeurs, aides de toutes sortes, sont payés par jour 3 fr. 25 à 3 fr. 50.
- Passons à la filature. Celle-ci comprend deux opérations très distinctes : la préparation et la filature proprement dites.
- Les machines de préparation sans exception sont soignées par des femmes gagnant de 2 fr. 25 à 2 fr. 35 par jour, suivant leur aptitude, les gros métiers étant toujours payés meilleur marché.
- Les machines de filature, qui ne sont guère repré-
- sentées que par les métiers à filer renvideurs, sont dirigées par des hommes auxquels sont adjoints deux enfants « rattacheurs ». Le travail de fileur est rémunéré à l’échée, dont le prix initial est calculé de telle sorte, pour chaque genre, qu’il permet à l’ouvrier conduisant un seul métier de gagner A fr. 50 à 5 francs net. Les rattacheurs sont payés, les petits de 1 fr. 25 à 1 fr. 50, et les grands de 2 francs à 2 fr. 25. Ces rattacheurs se recrutent parmi les enfants des deux sexes, depuis douze ans jusque seize et dix-huit ans.
- Les ouvriers employés à la mise en caisse, aux expéditions, gagnent 2 fr. 50 en moyenne.
- Les mécaniciens (tourneurs et ajusteurs), au service de la filature, touchent 7 fr. 50 à 8 francs.
- Pour connaître si les salaires, dont nous venons d’énumérer la teneur, ont augmenté ou diminué, il suffit de consulter les statistiques dressées dans la région du Cambrésis à l’époque où la maison Paturle-Lupin, prédécesseur de MM. Seydoux, Sieber et Cie, a édifié sa filature.
- A cette époque, le salaire des fdeuses à la main était de 60 à 75 centimes par jour; elles travaillaient de douze à quinze heures et ne produisaient pas plus de 62 à 69 grammes de fil; aujourd’hui, les ouvriers fileurs ou renvideurs gagnent de A fr. 50 à 5 francs par jour, ils ne travaillent que onze heures trois quarts à douze heures, et la production de leurs métiers, qui varie suivant numéro, a dans certains cas centuplé.
- En outre, en se reportant seulement à vingt-cinq ans en arrière, on peut dresser le tableau comparatif que voici ;
- Salaires journaliers.
- Journaliers (hommes de peine)............
- — (hommes de corvéesd’atelier).
- Trieuses de laines (femmes et filles)....
- Chauffeurs, conducteurs de machines à
- vapeur................................
- Dégraisseurs de laines...................
- Soigneuses de peignage et de filature....
- En 1863. En 1888.
- fr. c. fr. c.
- 2 50 3 ))
- 2 75 3 75
- 1 65 2 25
- 3 50 h 50
- 2 25 3 à 3 50
- 1 50 2 25
- Fileuses à bras.................)
- — sur métiers renvideurs. $ ^ ^ A 50 à50à5 »
- En sus des salaires indiqués ci-dessus, les fileurs reçoivent des primes de bonne conduite, qui sont de 12 francs par semaine, exclusivement accordées aux ouvriers à la journée qui ne se sont absentés de leur travail que pour des moiifs légitimes, prévus par les règlements. De plus, ceux d’entre eux qui sont les plus actifs augmentent leur production et par
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- suite leur gain, en arrivant à l’atelier avant la limite extrême assignée par le règlement pour l’entrée.
- La paye du personnel se fait par quinzaine, le mardi. Ce jour a été choisi pour la même raison que nous avons indiquée plus haut dans notre examen de la rémunération du salaire dans la filature de coton. La veille du jour de versement, le compte de chacun est établi par le payeur, qui remet le lendemain à chaque ouvrier un bulletin détaché d’un livre à souche en même temps que la somme qui lui revient. En cas d’erreur de compte — ce qui arrive rarement — l’ouvrier, muni de son bulletin, en réfère à son contremaître et celui-ci au payeur. Une rectification est faite sur-le-champ si la réclamation est trouvée juste.
- Les ouvriers tisseurs à la mécanique sont payés au fur et à mesure de l’achèvement de leur coupe par le caissier de l’établissement dans lequel ils travaillent, suivant un bordereau dressé par un comptable du tissage mécanique. 11 se trouve ainsi qu’il y a de ce chef à payer tous les jours un certain nombre de tisserands.
- Les ouvriers tisseurs à la main sont aussi payés lorsque leur pièce est terminée ; on mesure celle-ci en leur présence, et on leur donne le prix de façon au mètre convenu par avance entre eux et les patrons. Nous reviendrons du reste plus loin sur la question spéciale de la rémunération des ouvriers dans l’industrie du tissage.
- RÉMUNÉRATION
- DU TRAVAIL DANS LA FILATURE DE LIN.
- Nous référant une fois encore à l’ouvrage que nous avons indiqué tout à l’heure, nous prendrons comme type de notre étude pour les salaires de la filature de lin, l’établissement de la Société anonyme linière de Pérenchies, dans la commune de ce nom, située près de Lille, dans le département du Nord.
- Cette usine, qui s’étend sur une superficie de 35,000 mètres carrés environ, comprend filature et tissage. Nous ne nous occupons pour le moment que dé la première des industries.
- On trouve dans cette industrie deux opérations préliminaires pour le long brin : le peignage du lin à la mécanique et son repassage à la main; deux opérations spéciales pour l’étoupe : le cardage et le peignage; une autre spéciale au lin, l’étalage; enfin
- les étirages, le banc-brochage, le filage et le dévidage, communs au lin et à l’étoupe.
- Les ouvriers peigneurs sont payés à la journée et touchent îles garçons de machines, 2 francs à 2 fr. 25, et les enfants qui manœuvrent les presses, 1 fr. 25 à 1 fr. 50. Les repasseurs à la main sont payés aux pièces sur la base de 3 fr. 50 à Zi francs les 100 kilogrammes peignés.
- Le cardage se fait généralement par des hommes qui gagnent 2 fr. 50 par jour.
- Toutes les autres opérations de la filature indistinctement sont confiées à des femmes qui gagnent à la journée : les ouvrières « étaleuses », 2 francs à 2 fr. 25, les « étirageuses » 1 fr. 60 à 2 francs, les banc-brocheuses » de 2 fr. 10 à 2 fr. 50, les fileuses de 2 francs à 2 fr. 50, et les démonteuses 1 fr. 15 à 1 fr. 25. Les dévideuses travaillent aux pièces et sont payées suivant le nombre d’écheveaux dévidés, elles gagnent par jour de 2 francs à 3 fr. 50; enfin les paqueteurs se font de h francs à h fr. 25 par jour et sont payés au paquet.
- Ces salaires sont sensiblement les mêmes que ceux payés à Lille dans la même industrie.
- Ces salaires ont augmenté sensiblement depuis la création de l’établissement. Pour le prouver, nous reproduisons le tableau suivant, relevé par nous dans le compte rendu de l’enquête ordonnée en 1860 par le Conseil supérieur du commerce, et qui reproduit le taux exact des salaires payés depuis 18A8 dans une filature sise dans un département voisin, le Pas-de-Calais, à Rollepot-lez-Frévent, appartenant à la Société Cohin et Cie. Cet établissement se trouvait alors dans une situation identique à celui de Pérenchies, et les salaires payés devaient être sensiblement les mêmes.
- ANNÉES. SOIGîn DE PRÉPJ' femmes. EURS lkations. enfants. FILEURS. YAROULEURS. DÉVIDEURS. à LA TACHE. PAQUETEURS à LA TACHE.
- fr. c. fr. c. fr. c. fr. c. fr. c. fr. c.
- A i » 0 35 i » 0 70 0 80 1 25
- 1849 1 25 0 30 1 20 0 80 1 05 1 25
- 1850 1 25 0 50 1 20 0 80 1 05 1 25
- 1851 1 25 0 50 1 20 0 80 1 10 1 25
- 1852 1 25 0 50 1 20 0 70 1 15 1 25
- 1853 1 50 0 60 1 25 0 70 1 20 1 35
- 1854 1 50 0 60 1 25 0 75 1 20 1 35
- 1855 1 50 0 75 1 25 0 75 1 05 1 85
- 1856 1 50 0 75 1 30 0 80 1 » 1 80
- 1857 1 50 0 75 1 30 0 80 1 35 1 80
- 1858 1 50 0 75 1 30 0 90 1 40 1 90
- 1859 1 50 0 75 1 30 0 90 1 45 1 80
- 1860 1 50 0 75 1 35 1 .» 1 45 1 90
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- En comparant aux chiffres que nous indiquons plus haut, on voit qu’il y a progression sensible.
- Il en est de même pour le tissage, dont nous indiquons plus loin les salaires, car nous trouvons dans le compte rendu de la même enquête qu’en 1860, les bobineuses gagnaient de 1 fr. 50 à 2 fr. 25 par jour, les ourdisseuses de 1 fr. 50 à 2 fr. 25, les pareurs de 2 fr. 50 à A fr. 50, les tisserands de 1 fr. 75 à 2 fr. 75.
- L’augmentation des salaires a eu nécessairement sa répercussion sur le bien-être de l’ouvrier. Nous ne voulons pour preuve que ce fait, qu’il n’existait en 1860 qu’une seule boucherie dans le village de Pérenchies, tandis qu’il y en a actuellement cinq qui toutes font de bonnes affaires.
- A Pérenchies, le système des primes à la production est appliquée, quand il est possible, pour certaines catégories de contremaîtres et d’ouvriers, suivant l’économie qu’ils peuvent réaliser. Comme exemple, nous citerons les ouvrières employées à la surveillance des bancs à broches : chaque fois qu’une série de bobines est pleine, la soigneuse en fait la levée et reçoit un plomb, elle touche alors une prime, si au bout de la journée le nombre de plombs qu’elle présente est supérieur au nombre moyen de levées de bobines obtenu généralement. Les ouvrières de filature proprement dites peuvent aussi toucher une prime lorsqu’elles arrivent à être assez habiles pour soigner deux faces de métier à filer à la fois, soit 176 broches, au lieu d’une seule face, comme cela se pratique dans la plupart des établissements similaires.
- Les journées de travail sont, comme dans l’industrie textile en général, de douze heures, divisées par trois repos, ainsi que Je veut la loi de 1874.
- Les payements se font par quinzaine, le samedi.
- RÉMUNÉRATION
- DU TRAVAIL DANS LA FILATURE DU CHANVRE.
- Nous prendrons ici comme type, dans l’Exposition même, l’important établissement de filature et tissage de chanvre de MM. Janvier père et fils et Cie, au Mans. Cette usine occupe dans la ville une superficie de 127,050 mètres carrés. Nous ne nous occuperons pour l’instant que de la filature.
- Le mode de salaire employé est, suivant les ateliers, à la journée ou à la tâche.
- Avant de spécifier le taux proprement dit des salaires, nous indiquerons tout d’abord que les batteurs de chanvre et les jeunes gens employés au service des peigneuses mécaniques sont payés à la pièce, c’est-à-dire aux 100 kilogrammes. Le salaire des peigneurs à la main est basé sur le même principe, mais le calcul est établi sur le poids rendu en filasse et non sur le poids brut délivré à l’ouvrier; le peigneur est, de cette façon, encouragé à donner le plus de rendement possible, ce qui constitue un avantage pour lui et pour l’usine. Les femmes employées aux préparations de la filature, les fileuses, et les hommes chargés du service des cardes sont payés à lajournée; les dévideuses sont payées à la tâche, soit à tant pour cent écheveaux, suivant la grosseur du fil.
- Voici maintenant pour 1888, comparativement à 1867 et 1878, les salaires moyens des ouvriers divers employés dans l’établissement, calculés sur douze heures :
- 1867. 1878. 1888.
- 12 heures. 12 heures. 12 heures.
- fr. c. fr. c. fr. c.
- Batteurs de chanvre 3 50 3 75 3 85
- Peigneurs 3 40 4 » 3 90
- Ébaudreurs 2 55 2 80 2 75
- Hommes de manutention 2 25 2 75 3 »
- Enfants aux peigneuses 1 10 1 40 1 45
- Ouvriers aux cardes 2 75 3 » 3 25
- Femmes aux préparations.... 1 80 2 10 2 10
- Fileuses 1 70 2 10 2 10
- Aide-fileuses 1 30 1 50 1 65
- Enfants auxlevéesdes bobines. 0 80 1 » 1 05
- Dévideuses 1 60 1 90 1 85
- La durée de la journée varie suivant l’activité de la vente; mais les changements, quand ils deviennent nécessaires, ne se font ordinairement qu’une ou deux fois dans l’année et se traduisent le plus souvent par l’augmentation ou la diminution d’une ou deux heures de travail. Dans certaines années cependant, le travail journalier a été quelquefois réduit à huit heures. Lajournée actuelle est de neuf heures.
- Les comptes pour le règlement des salaires sont arrêtés tous les quatorze jours, 1 q mardi. Nous reproduisons à ce propos la note suivante ; « La paye se faisait autrefois le samedi, mais les ouvriers avaient contracté la fâcheuse habitude de ne pas venir le lundi à l’atelier. Il fut alors décidé que l’argent ne leur serait remis que le mardi et que les comptes seraient réglés la veille au soir. De cette façon, M. Bary (prédécesseur de MM. Janvier) obtint un double résultat. D’abord il coupa court aux habitudes
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- LES INDUSTRIES TEXTILES
- invétérées, et de plus, du lundi, veille de la quinzaine, il fit un jour où la production en toile devint presque double des autres. On constate, en effet, que dans les quatre à cinq jours qui précèdent le règlement des salaires, le travail prend une très grande activité, et plus particulièrement le lundi, veille de la paye. Cela s’explique; il s’agit pour les ouvriers de rendre, avant l’arrêté de compte, leur pièce de toile qui mesure environ 100 mètres. En opérant ainsi, ils touchent le lendemain le montant de cette pièce, alors que, en cas de retard, il ne leur aurait été payé que quatorze jours après. » — « Le mode de payement par quinzaine semble être celui qui rentre le mieux dans les conditions d’existence de la classe ouvrière... L’ouvrier est loin d’avoir les qualités de la fourmi de la fable ; il est assez enclin à la prodigalité lorsqu’il vient de toucher son argent. Le payement tous les huit jours encouragerait encore ce penchant. Mais le règlement à la fin de chaque mois aurait pour lui l’inconvénient de le forcer à demander du crédit aux fournisseurs ou des avances à son patron. »
- RÉMUNÉRATION DU TRAVAIL DANS L’iNDUSTRIE DU TISSAGE.
- Nous allons examiner quels sont les salaires correspondant, en matière de fabrication de tissus, à ceux des industries de filature étudiés ci-dessus, à savoir ceux pour les :
- 1° Tissage du coton ;
- 2° Tissage de la laine ;
- 3° Tissage du lin ;
- 4° Tissage du chanvre.
- 1° Tissage du coton. — Charles Grad a fait une enquête sur les salaires du tissage du coton à la même époque où il recueillait les données relatives à la rémunération du travail dans la filature du même textile, que nous avons citées plus haut. Les chiffres recueillis par lui se rapportent plus particulièrement à l’Alsace; les voici :
- Tissage à Dornach, près Mulhouse, de 1831 à 1880.
- Nature du travail. 1831. 1880. Augmentation.
- — fr. c. fr. c. —
- Contremaîtres 2 58 5 » 94 pour 100
- Tissage : hommes et femmes. 1 » 2 30 130 —
- Parage : hommes 3 » U 72 57 —
- Ourdissage : femmes 1 15 2 75 140 —
- Bobinage : femmes et enfants. » 90 1 65 86 —
- Tissage dans le Val d’Orhey, de 1850 à 1880.
- Nature du travail. 1850. 1880! Augmentation.
- — fr. c. fr. c. —
- Contremaîtres ... 2 50 4 » 43 pour 100
- Tissage : hommes ... 1 06 1 80 69 —
- — femmes ... 0 85 1 40 67 —
- Parage : hommes ... 2 50 3 »> 20 —
- Ourdissage : femmes . . . 1 40 2 » 43 -
- Bobinage : enfants ... 0 80 1 » 25 —
- Manœuvres ... 1 50 1 80 20 —
- Mécaniciens ... 3 » 3 75 25 —
- Ouvriers ... 2 » 2 55 26 —
- La progression moyenne des salaires a été de 101 pour 100, à Dornach, dans l’espace de cinquante ans. Au Yal d’Orbey, en trente ans, la hausse moyenne a été de 38 pour 100 ; mais les salaires féminins se sont accrus dans des proportions bien supérieures.
- Nous pouvons encore citer, à propos de l’industrie du tissage, les chiffres moyens relevés pour le tissage de la laine dans l’établissement de MM. Sev-doux, Sieber et Cie, et pour le tissage du lin dans celui de la Société anonyme de Pérenchies.
- 2° Tissage de la laine. — Chez MM. Seydoux, Sieber et Cie, il faut distinguer les métiers mécaniques et les métiers à la main. Mais en raison de l’infinie variété de genres fabriqués, nous ne pouvons donner que des chiffres généraux et nous contenter de dire que les ouvrières des métiers de préparation à la mécanique gagnent de 2 à 3 francs; les tisseurs ou tisseuses à la mécanique, 3 fr. 50 à 4 francs par jour, suivant production; les tisseurs ou tisseuses à la main, 1 fr. 30 à 4 fr. 50, suivant le genre de tissus.
- Ces salaires sont en augmentation sensible sur ceux d’autrefois. Ainsi, par exemple, en 1863, le gain des tisseurs et tisseuses à la mécanique n’était que de 2 fr. 35 à 3 francs dans les mêmes établissements. Celui des mécaniciens employés au tissage, qui varie aujourd’hui de 4 fr. 50 à 8 francs, ne dépassait guère 3 fr. 50 à 6 francs.
- Actuellement, des gratifications de production sont accordées à ceux des ouvriers qui atteignent une production déterminée. Elles sont établies de la manière suivante :
- Étant donné qu’un métier à tisser d’une largeur déterminée, battant à une vitesse régulière, doit jeter par jour un nombre de duites que nous supposons fixé à 70,000, en tenant compte des pertes de temps qui se produisent forcément dans l’atelier pour les entrées et sorties aux heures de repas et
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- A L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1889.
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- les arrêts de métiers pour regarnir la navette et réparer les défauts de fabrication, il se trouve des ouvriers qui font produire à leur métier plus de duites que le minimum réglementaire de 70,000 précité. Ce sont des tisseurs qui arrivent à l’atelier avant la limite extrême assignée par le règlement pour l’entrée, circonstance qui se répète trois fois par jour et peut leur faire gagner dix minutes chaque fois; ces mêmes ouvriers sont aussi assez habiles pour n’avoir que le nombre d’arrêts de métier strictement indispensable. Us en sont alors récompensés comme suit :
- A la fin de chaque trimestre, le compte de fabrication est fait et la moyenne par jour est calculée. Si l’on trouve qu’un métier, par exemple, a atteint une moyenne journalière de 75,000 duites au lieu de 70,000, on attribue au tisseur chargé de ce métier, à titre de gratification, une façon supplémentaire de 15 centimes au millier de duites : ceci lui donne, pour un métier, 75 X 0,15 ou 1 fr. 25, et, pour deux métiers qu’il conduit généralement, 22 fr. 50 par trimestre.
- Mais, évidemment, ce nombre de duites et cette prime de gratification sont des plus variables; un métier d’uue autre largeur, par exemple, ne donnera que 60,000 duites; mais, vu la difficulté de fabrication, la prime pourra être de 20 centimes, ce qui donnera à l’ouvrier, pour 63,000 duites, 12 fr. 60, ou pour deux métiers, 25 fr. 20.
- 3° Tissage du lin. — A la Société anonyme de Pérenchies, que nous prenons ici comme type, les salaires sont organisés de la façon suivante :
- Le bobinage et l’ourdissage sont confiés à des femmes qui gagnent, les premières, à la lâche, de 90 centimes à \ franc au paquet bobiné ; les secondes, à la journée, 3 francs en moyenne.
- Les deux opérations suivantes sont confiées à des hommes. Les lamiers gagnent, par jour : le chef, A francs; les gamins sous ses ordres, 2 fr. 75, et quant aux pareurs, ils sont payés, soit «à la coupe» de toiles, soit plus généralement par le système dit à semaine bonne, c’est-à-dire avec un salaire fixe par semaine, avec droit au salaire total si un cas de force majeure oblige les ouvriers à chômer quelques jours de la semaine. Par le système à semaine bonne, le salaire hebdomadaire est de 30 francs; par le système à la coupe, il est souvent plus élevé, mais fort variable.
- La mise en cannettes se fait par des femmes qui gagnent 1 fr. 80 au paquet envidé.
- Enfin, au tissage proprement dit sont employés indistinctement hommes et femmes travaillant aux pièces, suivant un prix de façon variable avec la largeur de la toile et le nombre de fils à la « duite » qui y est contenu, et donnant droit à un salaire hebdomadaire qui varie de 15 à 25 francs et plus.
- 4° Tissage du chanvre. — Au tissage de MM. Janvier père et fils, au Mans, tout le personnel est payé à la tâche, comme suit :
- Les dévideuses et les enfants chargés de faire les trames sont payés 1 fr. 25 les 100 écheveaux.
- Les pareurs reçoivent de 0 fr. 90 à 1 fr. 50 par 100 mètres, suivant la quantité de fils dont sont composées les chaînes, la qualité de ces fils, et la difficulté de les sécher en raison de leur grosseur.
- Les tisseurs et tisseuses sont payés au mètre de toile fabriquée, à des prix variant suivant les articles et les largeurs.
- Les éplucheuses reçoivent de 0 fr. 20 à 0 fr. 45 par pièce de toile de 100 mètres, et les noueuses sont réglées suivant le nombre de fils quelles ont rattachés.
- Yoici le salaire comparatif moyen des ouvriers employés dans l’établissement en 1867,1878 et 1888 :
- 1867. 1878. 1888.
- 12 heures. 12 heures. 12 heures.
- Dévideuses 1 60 1 90 1 80
- Ourdisseuses 2 65 3 10 3 12
- Noueuses 2 25 2 60 3 15
- Pareurs k Z|0 5 20 6 32
- Trameuses : enfants .... 0 95 1 20 1 22
- Monteurs de chaînes.... 2 75 3 » 3 25
- Tisseurs : femmes 1 80 2 l\ 5 2 32
- — hommes . » )) 3 16
- Éplucheuses 2 05 2 65 3 12
- RÉMUNÉRATION DU TRAVAIL DANS LA TEINTURERIE ET LA BLANCHISSERIE.
- Dans ces deux genres d’industries, le salaire est presque entièrement fixé à l'heure. Nous n’en relevons que deux types à l’Exposition, ce qui n’est évidemment pas suffisant, étant donnée la diversité des traitements suivant les spécialités et les textiles : l’un est la teinturerie Gillet et fils, de Lyon; l’autre, l’ancienne blanchisserie Vetillard, du Mans, annexée aujourd’hui aux établissements de MM. Janvier père et fils.
- Dans la teinturerie Gillet, le salaire est de 41 à 55 centimes pour les ouvriers, de 33 à 39 centimes
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- LES INDUSTRIES TEXTILES
- pour les manœuvres, et de 21 à 27 centimes pour les ouvrières. La journée de travail est de dix heures; les heures supplémentaires sont payées 25 pour 100 en plus. La paye a lieu le samedi de chaque semaine, dans un local annexe de Tusine. — Certains travaux, en petit nombre, s’appliquant à un cinquième du personnel, sont majorés d’une prime, si l’on obtient une quantité et une qualité de travail déterminées; cette prime peut s’élever à 10 ou 15 pour 100 du salaire. — M. Gillet estime que, depuis un quart de siècle, les salaires ont subi dans son usine une hausse progressive qu’on peut évaluer à 10 pour 100 au moins et souvent 20 à 25 pour 100 pour les ouvriers coloristes habiles.
- Dans la blanchisserie de MM. Janvier, le salaire des hommes varie de 27 à 28 centimes ; celui des femmes, de 17 à 18 centimes, et celui des jeunes gens, de 12 à 16 centimes.
- RÉMUNÉRATION DU TRAVAIL DANS LA PETITE INDUSTRIE TEXTILE.
- Il s’agit ici surtout du travail de la femme occupée daus des professions qu’on peut considérer comme appartenant à l’industrie textile. Nous ne pouvons en ce qui les concerne que citer sous toutes réserves les chiffres publiés, car il existe pour elles divers éléments perturbateurs du salaire qui ne sont pas à retenir lorsqu’il s’agit des hommes : ainsi beaucoup d’entre elles sont nourries; beaucoup aussi, sans l’être complètement, prennent un repas chez le patron. Quoi qu’il en soit, voici, d’après VAnnuaire statistique de 1884, le prix moyen de la journée des femmes à Paris au cours des trois années 1853, 1871 et 1881 ;
- 1853. 1871. 1881.
- Professions. — — Augmentation.
- — fr. c. fr. c. fr . C. —
- Blanchisseuses 2 50 3 » 3 25 30 pour 100
- Brodeuses 1 » 3 » k 25 112 —
- Corsetières 1 50 2 » 2 » 33 —
- Couturières en robes.. 1 75 2 » 2 » 14 —
- Culottières 2 50 4 » 4 » 60 —
- Dentellières 2 30 3 » 3 » 30 —
- Fleuristes 2 50 3 » 3 » 20 —
- Lingères 1 50 2 » 2 » 33 —
- Piqueuses de bottines, 2 50 3 » 3 » 20 —
- Moyenne générale. 2 12 2 78 2 95 39 pour 100
- La rémunération de la femme a donc gagné, comme on le voit, à l’augmentation du salaire masculin. A la même époque, la statistique constatait
- que la moyenne générale du salaire de l’ouvrier parisien étaiten 1853 de 3 fr. 82, en 1871 de A fr. 99 et en 1881 de 5 fr. 66, d’où il résultait que ce salaire était à peu près doublé.
- L’augmentation du salaire des ouvrières parisiennes pour les spécialités que nous venons d’indiquer n’a donc été, de 1853 à 1881, que de 39 pour 100 ; elle est donc inférieure à la moyenne générale d’augmentation des ouvriers de l’industrie textile.
- Si nous remontons d’une dizaine d’années avant 1853, nous trouvons une statistique dressée en 18AA par Louis Blanc dans son livre sur VOrganisation du travail. A cette époque, les ouvrières, dans les professions qui précèdent, gagnaient respective-
- ment :
- fr. c.
- Blanchisseuses....................... 2 »
- Brodeuses............................ 1 50
- Corsetières.......................... 1 »
- Couturières.......................... 1 25
- Culottières.......................... 1 75
- Dentellières......................... 1 50
- Fleuristes........................... 1 50
- Lingères............................. 0 90
- Piqueuses de bottines................ 1 50
- Moyenne..................... 1 43
- D’où il suit que, de 18AA à 1881, l’augmentation du salaire a été de 62 pour 100 pour les blanchisseuses, de 183 pour 100 pour les brodeuses, de 100 pour 100 pour les corsetières, de 60 pour 100 pour les couturières, de 128 pour 100 pour les culottières, de 100 pour 100 pour les dentellières et les fleuristes, de 122 pour 100 pour les lingères et de 100 pour 100 pour les piqueuses de bottines.
- Cependant, comme nous l'avons déjà dit, il faut remarquer que ces chifires ne représentent qu’une moyenne. Il y a des ouvrières à Paris et dans toutes les villes, pour les spécialités que nous venons d’énumérer, qui doivent accepter des salaires inférieurs à ceux qui précèdent et d’autres, au contraire, qui sont de véritables artistes se font payer fort cher.
- Ainsi, pour prendre une année comme exemple, en 1860, d’après l’enquête faite à cette époque par la Chambre de commerce de Paris, sur les 106,310 ouvrières de l’industrie parisienne, on en comptait 73 gagnant de 7 francs à 10 francs, 69A gagnant A fr. 50 à 6 Irancs, 1,26A gagnant A francs; 2,250 gagnant 3 fr. 50 ; Ail gagnant 3 fr. 25, 7,588 gagnant 3 francs, 2,055 gagnant 2 fr. 75, 17,873 gagnant 2 fr. 50, 7,723 gagnant 2 fr. 25, 2A,810 gagnant 2 francs, 7,6AA gagnant 1 fr. 75,
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- A L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1889.
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- 16,722 gagnant 1 fr. 50, 7,093 gagnant 1 fr. 25, 6,505 gagnant 1 franc, 2,â29 gagnant 0 fr. 75 et 1,176 gagnant seulement 0 fr. 50. Il ne se rencontrait donc pas à cette époque 12,000 ouvrières gagnant plus de 2 fr. 75 par jour, en y comprenant les directrices d’atelier et les contremaîtresses, qui ne peuvent être à proprement parler considérées comme des ouvrières.
- Dans les départements, les chiffres sont un peu différents. Les voici pour les mêmes périodes que nous venons d’énumérer :
- 1853. 1871. 1881.
- Professions. — — — Augmentation.
- — fr. c. fr. c. fr. c. —
- Blanchisseuses......... 1 25 1 50 1 75 ZiO pour 100
- Brodeuses.............. 0 98 1 65 1 70 73 —
- Corsetières............ 0 97 1 62 1 71 76 —
- Couturières en robes.. 1 08 1 62 1 80 66 -
- Culottières............ 1 05 1 45 1 80 61 —
- Dentellières........... 1 08 1 75 1 60 90 —
- Fleuristes............. 133 1 70 1 95 66 —
- Giletières............. 0 95 1 51 1 75 86 —
- Lingères............... 0 90 1 29 1 58 75 —
- Modistes............. 1 12 1 60 1 66 68 —
- Piqueuses de bottines. 1 » 1 66 1 78 78 —
- Moyenne générale. 1 07 1 68 1 77 65 pour 100
- Gomme on le voit, ces salaires étaient, en 1853, deux fois moins élevés que ceux de Paris; mais en 1881 l’écart s’est atténué, la progression a été beaucoup plus rapide et même plus forte que pour les salaires masculins.
- SUR-SALAIRES.
- Un certain nombre d’industriels attribuent à leurs ouvriers, en dehors de la paye à laquelle ils ont droit, une rémunération supplémentaire de leur travail, non plus en argent, mais en nature. Celle-ci n’en est pas moins un salaire comme l’autre, avec cette différence qu’elle a pour seule cause la libéralité du patron. Gomme exemple de rémunération de cette sorte, nous relevons celles qui sont accordées au personnel des quatre établissements dont nous avons étudié plus haut l’organisation salariale au point de vue des industries du coton, de la laine, du lin et du chanvre, à savoir ceux de MM. J. Thiriez père et fils, de la Société anonyme linière de Péren-chies, de MM. Seydoux, Sieber et Cie et de MM. Janvier père et fils.
- I- — Les institutions qui, dans les établissements de MM. J. Thiriez père et fils, peuvent être considérées à ce point de vue sont les suivantes :
- 1° Une crèche de 30 berceaux, spéciale aux enfants des ouvriers de l’usine qui y sont admis de trois mois à trois ans, et contenant : dortoir, pouponnière, cabinet pour les mères, lavabos, vestiaire, petite cuisine pour tenir les boissons chaudes et salle de bains.
- 2° Un asile réservé aux enfants des ouvriers et des habitants de la banlieue (qui n’ont ni asile ni école) pouvant contenir 150 enfants, qui y sont admis de trois à sept ans. (En outre, à la fête de Saint-Nicolas et à la distribution des prix, des vêtements de saison sont distribués à tous les élèves.)
- 3° Un orphelinat pour 70 jeunes filles, créé spécialement pour les ouvrières de la maison, contenant : salle à manger, promenoir, cour, dortoirs, lavabos, vestiaires et salle de bains. (Les enfants y sont admis à partir de l’âge de trois ans et peuvent y rester indéfiniment.)
- h° Une école pour enfants de treize à quinze ans, suivie par 90 garçons et 170 jeunes filles. (Les prix destinés aux élèves se composent de livrets de Caisse d’épargne de 20, 15 et 10 francs, d’objets utiles donnés aux premiers dans chaque faculté et de vêtements comme encouragement à tous les autres.)
- 5° Une distribution quotidienne de secours aux ouvriers malades et aux femmes en couches, variant par jour de 0 fr. âO pour les enfants de treize à seize ans à 1 franc pour les hommes mariés, et augmentés proportionnellement au nombre d’années de service dans la maison. (Les ouvriers sont engagés, en outre, par les patrons à faire partie de sociétés de secours mutuels locales, ce qui ne les prive pas des secours de la maison.)
- 6° L’institution de pensions de retraite pour les ouvriers en récompense de leurs longs services.
- 7° Une caisse d’épargne créée dans la maison, toujours ouverte pour recevoir même les plus petites sommes, et donnant 6 pour 100 d’intérêt aux déposants quand leur dépôt n’excède pas 1,500 francs. (En 1889, cette caisse avait environ 200,000 francs à 300 déposants.)
- 8° Une allocation de 0 fr. 50 par jour et par enfant aux réservistes et aux territoriaux. (Cette petite somme, jointe à ce qu’accordent les municipalités, allège un peu la charge des familles ouvrières de la maison.)
- 9° La distribution de charbon au prix coûtant au personnel. (Le payement se fait par une retenue de 5 francs par quinzaine.)
- 10° L’édification de 250 habitations économiques
- SupplIsubnt a l’Insdstrie textilb du 15 Avril.
- iii. — 4S Fascicule.
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- 26 LES INDUSTRIES TEXTILES
- de différentes grandeurs pour ouvriers et employés, aux prix mensuels de location de 10, 15, 16, 18 et 20 francs suivant leur importance. Ces maisons ont toutes une cave, un rez-de-chaussée, deux étages et un jardin.
- 11° Une installation de bains et douches pour les ouvriers. Les douches se prennent pendant le travail, chaque atelier a son jour, et dix personnes environ y passent en une heure, ce qui donne une perte de temps insignifiante. (Les bains se prennent le dimanche, de six heures du matin à midi, et chaque soir à la sortie des ateliers.)
- 12° L’installation de deux vastes salles à manger, l’une pour les femmes, l’autre pour les hommes, où l’on trouve de la bière de bonne qualité qui est cédée au prix coûtant : l’achat de cette bière est faite par un employé délégué à ce service, les patrons ne s’en occupent pas. Ce réfectoire a été créé pour les ouvriers qui demeurent trop loin et afin de soustraire surtout les femmes et les jeunes filles à l’air vicié et au danger des cabarets.
- 13° Une association coopérative de consommation dite la Prévoyante, association formée par le personnel des établissements Thiriez, qui seul peut s’y approvisionner. Les ventes s’y fout au comptant et les bénéfices sont partagés tous les six mois entre les acheteurs, associés ou non, proportionnellement à leurs achats.
- \ li° Une maison de sœurs garde-malades, attachées à l’établissement, et obligées de se tenir gratuitement à la disposition des ouvriers malades, pour les soins à leur donner le jour et la nuit.
- 15° Enfin, quand la maladie d’un ouvrier se prolonge, ses camarades d’atelier demandent à faire entre eux une quête pour lui venir en aide et y sont autorisés s’il y a lieu ; les patrons, pour encourager cette vraie fraternité, doublent toujours la somme qui a été recueillie.
- Les institutions économiques de la maison Thiriez sont nombreuses, comme on le voit. Il ne nous a pas été possible d’évaluer par le détail ce qu’elles coûtent à l’établissement, en raison du caractère aléatoire de quelques-unes d’entre elles : le taux peut en être fixé annuellement entre 75,000 et 100,000 francs suivant les années, soit pour 1,535 ouvriers un sursalaire annuel de 49 à 65 francs par tête.
- Actuellement sont à l’étude : 1° un établissement complet de bains, comprenant des bains ordinaires, de vapeur et sulfureux, des douches froides et une
- piscine de natation, et 2° un lavoir, si utile au point de vue de l’hygiène des habitations.
- II. — Chez MM. Seydoux, Sieber et Ci0, les sursalaires comprennent les attributions suivantes :
- 1° Une école primaire pour les garçons de neuf à douze ans, qui ne sont pas munis du certificat d’instruction élémentaire exigé par l’article 9 de la loi du 19 mai 1874, dont l’entretien coûte à la maison environ 2,700 francs par an ;
- 2° Une salle d’asile pour les enfants des ouvriers, dont le personnel et le matériel sont depuis 1872 à la charge des patrons, ce qui leur constitue une charge d’environ 10,000 francs par an;
- 3° Une école primaire pour les filles des employés et ouvriers, dont l’entretien représente une dépense annuelle de 5,000 francs;
- 4° Un fourneau économique, dans lequel on délivre au prix coûtant pour le personnel des usines, sur la présentation d’une carte, les vivres nécessaires à l’alimentation des familles ; et pour lequel les frais accessoires (local, éclairage, chauffage, matériel et personnel) constituent une dépense de 2,500 fr. par an;
- 5° Une caisse de secours mutuels alimentée par le produit des amendes, à laquelle MM. Seydoux, Sieber et Cie attribuent annuellement une somme de 7,300 fr. répartie entre leurs divers établissements ;
- 6° Des pensions de retraite accordées par la maison sans aucune retenue sur les salaires, constituant pour elle une charge annuelle d’environ 20,000 fr. ;
- 7° Des secours spéciaux aux veuves et familles d’ouvriers, s’élevant par an à 6,750 francs;
- 8° Les soins des médecins attachés aux établissements, ainsi que les médicaments et les frais de sépulture gratuits pour tous les ouvriers, constituant une dépense annuelle de 13,000 francs;
- 9° Une crèche, dont le fonctionnement nécessite un versement par la maison de 3,000 francs par an.
- Si nous récapitulons le montant des diverses charges que la maison Seydoux, Sieber et Cie a acceptées en faveur de ses ouvriers, nous avons ;
- fr.
- École primaire de garçons............. 2.700
- Salle d’asile......................... 5.000
- École primaire de filles.............. 9.000
- Fourneaux économiques................. 2.500
- Caisse de secours..................... 7.300
- Pensions de retraite................ 20.000
- Secours spéciaux...................... 2.850
- Médecins, médicaments, sépultures. 13.000 Crèche......................... 3.000
- Total............ 65.350
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- soit, pour 2,765 travailleurs, un sur-salaire annuel d’environ 24 francs par ouvrier.
- Mais en dehors de ces dépenses faciles à supputer, la maison Seydoux procure encore à ses ouvriers des avantages que l’on ne pourrait évaluer d’une façon aussi précise; par exemple, les avances annuelles faites aux ouvriers pour leur faciliter les moyens de devenir propriétaires, d’autres avances sans intérêts faites à ceux qui pour leurs besoins légitimes peuvent se trouver momentanément gênés ; le fonctionnement d’une caisse d’épargne pour les ouvriers et les employés ; l’agencement des salles de bains pour le personnel, etc.
- Enfin, dans la ville du Gateau, nombre d’institutions particulières fonctionnant pour le public, mais toujours avec des classes particulières pour le personnel des usines Seydoux, ont été créées depuis la fondation de la maison par la plupart de ceux qui l’ont successivement dirigée. Nous nommerons principalement le refuge des vieillards, dit Asile Saint-Charles, fondé par M. Charles Seydoux aîné, en 1854 ; l’hôpital Paturle, construit en 1861 par Mme Paturle-Lupin, veuve du fondateur de la maison ; la Société de charité maternelle du Gateau, fondée en 1871 sur l’initiative de Mme Charles Seydoux, qui du reste en a toujours été la présidente; la distribution d'eaux potables dans les quartiers populeux, à laquelle Mme veuve Auguste Seydoux a consacré en 1875, comme frais de premier établissement, une somme de 200,000 francs; enfin, la fondation de diverses pensions viagères d'ancienneté pour les ouvriers et les ouvrières, s’ajoutant à celles données par la maison et fondées, les unes par M. et Mme Auguste Seydoux, les autres par Mme veuve Auguste Seydoux.
- III. — A la Société anonyme de Pérenchies, voici quelles sont les diverses formes que présentent les différentes catégories de sur-salaires attribués au personnel :
- 1° L’installation d’écoles primaires, dites de fabrique, pour les enfants des deux sexes travaillant dans l’établissement; occasionnant pour le traitement de l’instituteur et de l’institutrice, les fournitures de classe et l’éclairage, une dépense de 2,800 francs par an ;
- 2° Une salle d’asile pour les enfants des ouvriers, pour lesquels l’entretien du matériel, l’entretien de deux religieuses et d’une bonne, etc., nécessitent une dépense annuelle de 3,500 francs;
- 3° Le fonctionnement d’un corps de musique uni-
- quement composé des ouvriers de l’établissement de Pérenchies, comprenant pour le traitement d’un professeur de solfège et d’un chef de musique, l’achat et l’entretien des instruments et partitions, et l’attribution d’une subvention annuelle, une dépense de 4,300 francs ;
- 4° L’équipement d’une compagnie de pompiers et l’attribution d’une subvention à une compagnie de gymnastes, les membres de l’une et de l’autre étant toujours choisis dans le personnel de l’usine : coût, 1,200 francs;
- 5° L’établissement d’un orphelinat de seize lits, uniquement réservé aux jeunes ouvrières dont les parents ont travaillé à la filature ou au tissage, nécessitant pour la surveillance, le chauffage, l’éclairage, etc., une dépense de 3,500.francs;
- 6° Le fonctionnement d’un dispensaire pour les malades entraînant une dépense de 9,000 francs pour les honoraires du médecin, le traitement d’une sœur de service, les secours temporaires et l’achat de médicaments et de vivres pour les plus nécessiteux ;
- 7° L’attribution du demi-salaire aux femmes des ouvriers réservistes, 2,500 francs;
- 8° Une subvention de 1,100 francs à une Société de secours spéciale aux ouvriers de l’usine;
- 9° Des gratifications et pensions aux vieux serviteurs atteignant actuellement 3,500 francs;
- 10° Des dons de vêtements et diverses gratifications aux enfants des ouvriers au jour de leur première communion : coût moyen, 3,000 francs;
- 11° Diverses gratifications au prorata des années de service accordées au personnel durant les trois jours de la kermesse annuelle : ensemble, 2,500 fr. ;
- 12° Une perte voulue sur la location de 170 maisons d’ouvriers au-dessous du taux normal : 800 fr. ;
- 13° Une perte d’intérêts consentie sur le fonctionnement d’une Caisse d’épargne pour les ouvriers de l’établissement, perte que l’en peut chiffrer par 500 francs par an en moyenne. (Cette Caisse, créée en 1880, renferme 180,000 francs appartenant aux seuls ouvriers ; pour éviter la trop grande progression de ce chiffre, on a dû faire replacer à la Caisse d’épargne postale, ou bien consacrer à l’achat de maisons et de terrains, ou encore utiliser en achat d’obligations foncières une partie de cette somme, et on a limité dans l’avenir à 2,000 francs par famille l’importance de l’épargne dont l’établissement accepte l’accumulation suivant la loi de l’intérêt composé à raison de 2 et demi pour 100 tous les six mois.)
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- LES INDUSTRIES TEXTILES
- 14° Une perte également consentie sur la vente d’un groupe de maisons, soit 400 francs à raison d’une maison par an. (Ce groupe renferme une série d’habitations calquées sur le modèle adopté par la Société immobilière de Lille ; leur coût est de 2,200 à 2,400 francs; elles sont vendues 1,800 francs.)
- 15° Enfin, le fonctionnement d’un économat pour les ouvriers nécessitant annuellement 2,600 francs de dépenses et frais divers à la charge de l’établissement.
- Si nous récapitulons ces diverses spécifications, nous avons :
- fr.
- École primaire........................ 2.800
- Salle d’asile........................... 3.000
- Société de musique..................... Zi.300
- Pompiers et gymnastes................... 1.200
- Orphelinat.............................. 3.500
- Dispensaire............................. 9.000
- Demi-salaire aux femmes des réservistes. 2.500
- Société de secours................... 1.500
- Pensions aux vieux serviteurs........... 3.500
- Première communion...................... 3.000
- Kermesse annuelle....................... 2.500
- Location de maisons..................... 8.000
- Caisse d’épargne.......................... 500
- Économat................................ 2.500
- Vente de maisons.......................... 400
- Total........... 48.800
- Ce qui fait pour les 1,375 ouvriers de Pérenchies, qui seuls participent à ces libéralités, une somme annuelle de 35 fr. 50 par ouvrier.
- Dans ces dépenses ne sont pas compris les loyers des bâtiments nécessaires au fonctionnement de ces diverses institutions, l’attribution du demi-salaire aux blessés en cas d’accidents durant tout le temps de leur convalescence, l’entretien d’une bibliothèque de prêt pour les ouvriers et les ouvrières, etc.
- IV. — Dans la maison Janvier père et fils, l’importance des sur-salaires a pour base les institutions suivantes :
- 1° Un fourneau alimentaire destiné à assurer aux ouvriers une nourriture à meilleur marché et de meilleure qualité que celle du dehors ;
- 2° Des secours aux femmes en couches ;
- 3° Des secours aux malades et aux convalescents;
- 4° L’attribution aux mêmes de frais médicaux gratuits ;
- 5° La gratuité des produits pharmaceutiques nécessaires ;
- 6° L’institution des bains pour ouvriers ;
- 7° Le payement de leur salaire aux ouvriers blessés ; -
- 8° L’attribution aux ouvriers de secours pendant
- leur service militaire ou du salaire pendant leurs vingt-huit ou treize jours de service légal;
- 9° Le payement des primes d’assurance contre les accidents pour tout le personnel ;
- 10° La répartition gratuite entre un certain nombre de familles d’ouvriers de terrains à usage de jardins. D’après une note de MM. Janvier père et fils figurant à l’Exposition, ces diverses œuvres leur ont coûté en 1888 :
- fr. c.
- Fourneau alimentaire...................... 1.065 20
- Secours aux femmes en couches............... 240 »
- — malades et convalescents......... 260 »
- Frais médicaux............................ 279 »
- — pharmaceutiques et bains............... 1.105 30
- Temps payé aux ouvriers blessés, défalcation faite des sommes reçues de l’assurance ...................................... 300 »
- Secours divers (temps de services militaires) .................................... 200 »
- Primes d’assurances sur les accidents... 450 »
- Valeur locative des terrains concédés gratuitement aux ouvriers...................... 615 »
- Total............ 4.514 40
- A déduire : les recettes de la Caisse de secours (amendes pour infractions au règlement et rabais pour mauvais traitements).................................. 175 75
- Net.............. 4.338 65
- Dans ce relevé, MM. Janvier père et fils n’ont pas compris un certain nombre d’institutions créées par leur prédécesseur, M. Bary, qui continuent à fonctionner chez eux à la satisfaction de tous : Caisse d’épargne à 5 pour 100 pour employés et 6 pour 100 pour ouvriers, avances gratuites consenties sans intérêt en cas de nécessité reconnue, logements gratuits accordés à des surveillants et contremaîtres en raison de leur ancienneté, etc.
- Nous détaillerons, du reste, ces diverses œuvres, ainsi que celles des diverses manufactures précédemment étudiées et en indiquerons le fonctionnement dans les chapitres qui vont suivre.
- CHAPITRE II
- La Participation aux bénéfices dans l’industrie textile.
- M. Charles Robert, l’un de ceux qui depuis de longues années se sont fait les apôtres du système que nous allons examiner et dont l’autorité en cette
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- matière est universellement reconnue, définit la participation aux bénéfices : « une libre convention, expresse ou tacite suivant les cas, par laquelle un patron donne à son ouvrier ou employé, en sus du salaire normal, une part dans les bénéfices sans participation aux pertes ».La participation n’est donc pas une simple libéralité; elle fait l’objet d’un contrat plus ou moins clairement formulé, plus ou moins sous-entendu; dans tous les cas, elle se rattache, non pas à une idée de charité, de pure générosité ou d’aumône, mais à l’exécution du contrat de travail.
- Un certain nombre d’économistes sont partisans de ce système, un plus grand nombre y sont hostiles et le considèrent comme une manière dangereuse et inutile d’exciter les appétits de l’ouvrier. Nous indiquerons tout à l’heure notre avis.
- En attendant, il nous paraît intéressant d’indiquer comment la participation aux bénéfices est entendue dans la pratique, de quelle façon elle est appliquée le plus généralement, de quelles différentes façons, en un mot, s’opèrent les prélèvements sur les bénéfices déclarés,comment ils sont répartis et comment ils sont distribués.
- Au point de vue du prélèvement à opérer, les méthodes le plus généralement usitées sont au nombre de trois. Ce prélèvement est fait tantôt sur le chiffre d’affaires ou la quantité des produits; tantôt sur le bénéfice net, dans une proportion fixée par un règlement; tantôt enfin ce prélèvement est fait en vertu d’une décision prise chaque année par le patron, suivant les bénéfices de l’exercice, mais dont le quantum n’est pas prévu par avance.
- La première méthode a cet avantage qu’elle ne révèle pas au public, surtout aux concurrents souvent intéressés à le connaître, le chiffre du bénéfice réalisé. Mais la fixation du tantième à prélever de cette façon n’est pas sans présenter quelques difficultés, car le chef d’entreprise est souvent exposé dans ce cas à se tromper sur la proportion exacte entre son chiffre d’affaires et le bénéfice qu’il en retire. Une foule de circonstances imprévues et indépendantes de sa volonté peuvent, dans le cours d’une année, modifier cette proportion et diminuer ou augmenter plus ou moins le bénéfice réel qui lui restera. Avec cette méthode, le rapport que l’entrepreneur a cherché, établi, d’après le chifïre d’affaires ou la quantité de produits, entre le résultat de son entreprise et le quantum de la participation, est soumis à des aléas qui l’exposent involontairement à donner
- tantôt plus, tantôt moins que ce qu’il avait eu l’intention d’accorder.
- C’est pour éviter cette incertitude que certains chefs d’industrie, partisans de la participation, préfèrent avoir recours à la seconde méthode et prélever sur le bénéfice net le tantième à distribuer. En suivant ce système, le patron a l’avantage de n’abandonner à son personnel que la portion de bénéfices qu’il avait bien l’intention de lui accorder et de n’avoir rien à distribuer s’il n’y a pas eu de bénéfices nets. Le reproche que l’on peut faire à cette méthode, c’est la divulgation dans une certaine mesure des résultats de l’exercice; mais ce reproche perd beaucoup de sa gravité lorsqu’il s’agit, par exemple, d’une Société anonyme dont, aux termes de la loi, l’inventaire et le bilan doivent être tenus à la disposition de tous les actionnaires. C’est pour cela, sans doute, qu’on voit beaucoup plus souvent la participation aux bénéfices ainsi comprise appliquée par des Sociétés plutôt que par des particuliers qui dirigent seuls une industrie.
- Pour éviter les inconvénients des deux premières méthodes, on peut enfin avoir recours à une troisième qui consiste à ne pas fixer d’avance par règlement le taux de la participation et à déterminer chaque année le tantième alloué. Mais ici, il faut bien l’avouer, le stimulant pour l’intéressé est moins grand par suite de l’incertitude où il est sur le quantum de la part distribuée.
- Au point de vue de la répartition, le système de la participation aux bénéfices comprend deux méthodes ; la répartition est collective ou individuelle. Dans le premier cas, la somme prélevée est versée en totalité à un fonds commun servant à alimenter des caisses de secours ou de retraites; dans le second cas, elle est répartie entre les travailleurs dans des conditions variables. En général, le partage se fait au prorata des salaires payés à chacun dans l’année; toutefois, dans quelques entreprises, il se fait, en tenant compte et du montant des salaires payés et du nombre d’années de services : par là on arrive à récompenser simultanément.et le travail fourni dans l’année et l’ancienneté dans l’établissement. Enfin dans quelques entreprises, mais en très petit nombre, la répartition se fait par tête, sans tenir compte du salaire. Cette méthode est la plus simple, elle est également la plus favorable pour les travailleurs les moins rétribués ; mais elle ne paraît pas très rationnelle, puisque, l’importance du salaire payé étant considérée comme rémunération propor-
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- tionnelle du concours donné à l’entreprise, la participation accordée pour ce concours doit être dans une certaine mesure proportionnée au salaire.
- Enfin, au point de vue de la distribution, il existe aussi pour la participation aux bénéfices deux méthodes : la distribution est immédiate ou différée. La part de l’intéressé peut lui être remise après la clôture de l’exercice; il en a dès lors la disposition absolue, libre à lui delà dépenser ou de la mettre sagement de côté pour l’avenir. La part peut au contraire être réservée : elle est dans ce cas versée au compte du participant, soit dans une caisse spéciale établie par le chef de l’entreprise au profit de son personnel, soit entre les mains d’une compagnie d’assurances, soit enfin dans la caisse de retraites et d’assurances de l’État. Cette réserve, destinée à constituer plus tard au travailleur un capital ou une rente viagère, le protège contre les entraînements auxquels il pourrait être tenté de céder s’il touchait annuellement le montant de sa participation. Il voit grossir chaque année, par l’accumulation des intérêts, la somme qui devra lui revenir, et les habitudes d’ordre, d’épargne, de prévoyance se développeront progressivement en lui. Cette somme assurera dans l'avenir ses premiers besoins quand viendront pour lui les jours d’incapacité de travail et le moment du repos.
- Suivant les dispositions du règlement, ce capital ainsi réservé est la propriété absolue ou conditionnelle du participant. Dans le premier cas, il lui appartient définitivement dès la clôture de l’exercice, sans qu’il en ait toutefois la disposition; s’il vient à quitter l’établissement, il touche à sa sortie le montant des sommes (capital et intérêts) inscrites à son compte. Dans le second cas, le capital réservé ne lui appartient définitivement que moyennant certaines conditions d’ancienneté de service ou d’âge; s’il vient à quitter l’établissement avant d’avoir rempli ces conditions, il perd tout droit sur les sommes accusées à son compte et le montant en est réparti entre les autres participants dont il vient ainsi grossir la part. Dans quelques établissements, on applique simultanément les deux méthodes de distribution immédiate ou différée.
- Maintenant, veut-on connaître notre opinion sur la participation aux bénéfices? La voici : A notre avis, certaines formules démocratiques sont dangereuses, parce qu’elles excitent un enthousiasme exagéré. Quand on les approfondit, on est affligé de les trouver décevantes, mais généralement on les accepte
- sans les critiquer, parce qu’elles sont agréables et commodes. La participation est dans ce cas.
- Il ne manque pas de rêveurs parmi les socialistes sincères pour déclarer que la participation aux bénéfices sera la solution décisive du paupérisme. C’est inepte.
- La participation est un mode de rémunération excellent, nous venons de le dire ; elle offre de grands avantages, il importe de l’étendre, mais ses applications ne sauraient être que limitées. Ce système ne peut être vraiment utile que s’il fonctionne d’une manière stable ; les ouvriers goûteraient peu un mode de rétribution reposant sur des éventualités de gain qui ne se présentent que dans des circonstances rares et exceptionnelles. On comprend que certaines manufactures qui ont de vastes capitaux, un crédit solide, de nombreuses clientèles, un outillage perfectionné, une direction savante et habile, soient exposées à bien moins de risques que les modestes entreprises; aussi peuvent-elles prendre des engagements durables, tandis que le petit industriel, qui côtoie parfois la faillite, ne peut pas offrir à ses ouvriers comme appât sérieux une participation à des bénéfices qui, trois années sur cinq, sont nuis ou médiocres.
- La participation n’a donc aucunement la valeur d’une panacée.
- Cette combinaison est, sans doute, préconisée par des publicistes qui se vouent à la propagande comme à un apostolat ; elle attire l’attention, fournit à la presse et aux réunions publiques l’occasion de dissertations applaudies, mais elle ne saurait être que très bornée dans ses effets.
- On abuse des ouvriers quand on leur montre la participation comme un paradis qui les attend après leurs rudes étapes dans la misère.
- La participation n’est praticable dans un pays tel que la France que dans deux ou trois cents entreprises, et nous reconnaissons que ce résultat serait considérable ; mais on se tromperait si l’on y voyait la condition générale du futur régime du travail.
- Les Trades-Unions, bien plus avisées que les coureurs de chimères du continent, ont depuis longtemps préféré le solide au casuel et déclaré qu’elles aimaient mieux une bonne augmentation de salaires que la meilleure participation. Rien n’est plus sensé que ce raisonnement. Le salaire, on le saisit, on le tient; la participation, on court après et souvent on la manque.
- Est-il vrai, ainsi qu’on le répète, que la participa-
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- tion transforme et améliore partout les sentiments du personnel des entreprises? On affirme que les ouvriers participants deviennent aussitôt des modèles d’assiduité; ils s’épuisent à la besogne, ne gâchent plus la marchandise, s’ingénient pour inventer des méthodes de travail permettant de faire vite et bien. Le tableau est enchanteur et ne déparerait pas un ! chapitre de Fénelon. Quelques sceptiques ont pourtant contesté l’exactitude de ces peintures; ils prétendent que le zèle du personnel dépend surtout de l’impulsion de ses chefs et que la perspective d’un profit équivalent à un ou deux mois de salaires sera rarement assez brillante pour donner pendant l’année entière une ardeur douteuse aux ouvriers d’un atelier. Nous verrons plus loin ce qu’en pensent ceux qui ont appliqué le système chez eux.
- Soyons donc en garde contre notre sensibilité. Nous reprochons aux hommes de 18A8 leurs illusions pater-nitaires; nous ne sommes que trop enclins au même travers en attribuant à certains changements des vertus qu’il est naïf d’y chercher.
- Il faut considérer la participation sous son aspect véritable, reconnaître qu’elle n'est pas susceptible d’une application générale, confesser que si les avantages qu’elle offre aux travailleurs sont incontestables, ces avantages n’ont pas la portée matérielle et morale qu’on leur suppose et repousser toute déclamation.
- Ceci dit, nous allons passer en revue les divers systèmes d’application de la participation aux bénéfices chez les divers exposants français et étrangers de l’industrie textile figurant à l’Exposition d’économie sociale.
- LA PARTICIPATION AUX BENEFICES EN FRANCE
- Participation aux bénéfices
- dans la fabrique d'indiennes de M. Besselièvre, à Maromme {Seine - Inferieure).
- Cet établissement comprend 270 ouvriers. Le système de la participation y est appliqué depuis 1877.
- Le taux de la participation n’est pas déterminé d’avance : le bénéfice à partager est représenté par une somme, variable au gré du patron, fixée après l’inventaire et mise à la disposition du personnel, une fois l’exercice clos.
- Les ouvriers admis à la participation (hommes et femmes) ne sont pas arbitrairement choisis; ceux-là seuls ont droit à cet avantage, s’ils ont vingt-cinq ans
- d’âge et s’ils appartiennent à la maison depuis cinq ans au moins. Les jeunes gens appelés à vingt et un ans sous les drapeaux ne perdent en rien leurs droits déjà acquis : il leur est tenu compte du temps * passé dans l’établissement avant leur vingtième année, la durée de leur séjour étant seulement interrompue pour le temps du service militaire.
- La somme attribuée à chacun, proportionnellement au salaire de l’année, est divisée en deux parts; la première part, le payement en espèces, est remise à l’intéressé : c’est la jouissance immédiate, ou tout au moins la disposition immédiate d’une partie de l’épargne acquise; la seconde, l'épargne proprement dite, est inscrite sur un « livret de prévoyance » et produit un intérêt annuel fixé à h pour 100.
- Un article du règlement détermine les cas dans lesquels doit avoir lieu la liquidation du livret (à la mort du titulaire, — en cas de maladie incurable, — à l’âge de soixante ans, — enfin après vingt ans de séjour dans la maison et quarante-cinq ans d’âge).
- Les porteurs de livrets ne perdent jamais leurs droits, même lorsqu’ils quittent l’établissement. Les sommes inscrites aux livrets leur appartiennent et doivent leur être remises, avec les intérêts, dans le cas de liquidation prévu par le règlement.
- Un comité consultatif, composé de six collaborateurs déjà intéressés dans les affaires de la maison et de six délégués nommés par les ouvriers, est chargé d’opérer chaque année la répartition de la somme attribuée aux participants. Ce comité doit servir d’intermédiaire entre le patron et les ouvriers, si une difficulté quelconque d’interprétation se présentait. Les participants ont le privilège de ne pouvoir être renvoyés de la maison que sur l’avis du comité.
- Nous reproduisons ci-après le règlement imprimé en tête de chaque livret de participant :
- Article premier. — Afin de donner à ses collaborateurs une preuve d’affection, M. Besselièvre fils a décidé de leur abandonner, chaque année, une part du bénéfice net de son inventaire.
- Art. 2. — M. Besselièvre se réserve de fixer chaque année, après la clôture de son inventaire, au 31 mai, la somme à distribuer aux participants, cette somme devant être répartie entre eux au prorata de leurs salaires de l’ann4e écoulée.
- Art. 3. — Sont mis au rang des participants tous les collaborateurs, hommes et femmes, qui sont âgés d’au moins vingt-cinq ans et qui auront travaillé depuis au moins cinq ans consécutifs dans les établissements actuellement exploités par M. Besselièvre.
- Art. h. — La somme revenant chaque année aux inté-
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- LES INDUSTRIES TEXTILES
- ressés sera divisée en deux parts égales. La première moitié sera distribuée en espèces. La seconde moitié sera portée au livret de prévoyance distribué à chaque ayant droit. Les sommes portées au livret de prévoyance seront productives d’intérêt au taux de h pour 100 l’an.
- Art. 5. — Les sommes portées au livret de prévoyance ne seront remboursées aux ayants droit, avec leurs intérêts, que lors de la liquidation de chaque compte.
- Art. 6. — La liquidation n’aura lieu que dans les cas suivants :
- Lors de la mort du titulaire; —en cas de maladie incurable dûment constatée, le rendant incapable de tout travail; — après vingt ans de travail consécutif dans la maison et quarante-cinq ans d’âge; — si le titulaire a atteint l’âge de soixante ans. — Dans tous les cas, la liquidation n’a lieu qu’à l’expiration de l’année courante, c’est-à-dire après le 31 mai de chaque année.
- Art. 7. — Après cette liquidation, si les titulaires travaillent encore dans la maison, les sommes totales leur revenant pour les années suivantes leur seront versées en espèces.
- Art. 8. — Les sommes inscrites sur les livrets appartiendront, en toutes circonstances, aux titulaires, même à ceux qui quitteraient la maison avant la liquidation de leurs livrets.
- Art. 9. — Les participants nommeront au suffrage six délégués choisis parmi eux, et qui, réunis aux six collaborateurs déjà intéressés dans les affaires de la maison, constitueront un comité consultatif, sous la présidence de M. Besselièvre ou de son délégué.
- Art. 10. — Le comité consultatif aura principalement pour mission : 1° de présider chaque année à la distribution de la somme attribuée aux participants; 2° de prononcer le renvoi des participants qui, pour une cause quelconque, devraient cesser d’appartenir à la maison ; 3° de donner son avis sur tous les détails d’organisation que M. Besselièvre jugera bon de lui soumettre.
- Art. 11. — M. Besselièvre se réserve de modifier et de reviser le présent règlement lorsqu’il en reconnaîtra la nécessité.
- Art. 12. — En toute circonstance, M. Besselièvre pourra user du droit qui lui appartient de renoncer au système de la participation, notamment pour le cas où il cesserait d’exercer son industrie ou la transmettrait à un successeur. La question de la liquidation des livrets serait alors réglée par M. Besselièvre ou ses représentants.
- La participation, organisée dans ces conditions, a
- répartie comme suit : Sommes attribuées à la Années.- participation. Nombre des Participations. Proportion de la participation avec les salaires payés.
- 1878 fr. 10.000 96 p. 100. 11,67
- 1879 15.000 96 17,36
- 1880 15.000 99 16,71
- 1881 15.000 128 11,29
- 1882 15.000 118 11,77
- 1883 10.000 116 8,17
- 1884 20.000 116 16,35
- 1885 10.000 120 8,07
- 1886 10.000 126 7,63
- 1887 10.000 132 7,26
- 1888 10.000 131 7,26
- Dans une notice qui figure à l’Exposition,M. Besselièvre assure que l’application de ce système dans son usine a donné des résultats matériels et moraux dignes de remarque, et voici comment il les résume :
- « Les ouvriers, dit-il, ont parfaitement compris, à tous les points de vue, les avantages du système.
- « Sous le rapport matériel, ils ont apprécié l’augmentation de salaire que la participation leur assure et qui a pu atteindre jusqu’à 16 et 17 pour 100 dans les meilleures années. Une vieille ouvrière de la fabrique résumait cet avantage en disant qu’avec sa part et celle de son mari, également occupé dans l’établissement, elle avait pu, dans une année, payer le loyer de sa maison et les impôts.
- « L’inscription au livret de prévoyance d’une portion de la somme attribuée aux participants a donné à tous l’habitude de l’économie, si bien que la plupart portent spontanément chaque année, à la Caisse d’épargne instituée dans l’établissement, la part que la participation leur donne en sus de leur salaire.
- « A un point de vue plus élevé, les ouvriers, déjà attachés à la maison par des liens solides, ont senti que ces liens devaient se resserrer encore par la solidarité qu’établit, entre eux et le patron, la participation à une œuvre commune. Par leur vigilance et leurs soins assidus, ils ont su faire de véritables économies dont la maison a profité, et le rapprochement entre eux et le chef de la maison est tel, que les ouvriers se plaisent à dire ; notre fabrique, noire indienne, et qu’il n’est pas dans la maison d’événement heureux ou malheureux auquel ils ne s’associent de tout cœur, prenant leur part des joies et des deuils comme s’ils étaient de la famille même du patron. »
- Participation aux bénéfices dans la fabrique de tulles de MM. Boçjnin et Cla, à Lyon.
- La maison Dognin est non seulement une maison de fabrication du tulle, mais elle se complique d’un atelier de construction de métiers et d’une maison de vente. Il en résulte que le travail y revêt des formes multiples, qu’il s’opère par des catégories de personnes ayant entre elles fort peu de ressemblances professionnelles, et que conséquemment la participation n’y peut avoir le caractère de généralité que l’on rencontre dans des entreprises indus-
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- trielles exploitant des produits simples et peu variés.
- Dans le système de participation adopté, il y a lieu de distinguer l’application qui en est faite aux employés de celle que reçoivent les ouvriers.
- « A peu près tous les employés de la maison — lisons-nous dans une note de M. Auguste Isaac, associé de MM. Dognin et Cie — ont un intérêt dans le service spécial auquel ils sont attachés. Les formules varient beaucoup. Pour l’un, c’est la quantité de pièces qu’il met en teinture; pour l’autre, le chiffre de marchandises que livre son rayon. Pour celui-ci, c’est l’économie qu’il apporte dans telle ou telle manutention; pour celui-là, la célérité qu’il obtiendra dans l’achèvement de certains travaux convenus.
- « A l’égard des employés principaux dont la mission est de centraliser et de surveiller plusieurs services, l’intérêt se compose d’autant de primes, et chaque prime a le plus souvent une formule différente. Cela peut paraître au premier abord une complication excessive et un surcroît de travail pour les chefs de la maison; il n’en est rien, les intéressés eux-mêmes en prennent toute la peine et constituent ainsi à peu de frais les différents chapitres d’une intéressante statistique.
- « La plupart des employés principaux touchent, sous forme de primes variables, les trois quarts de leurs émoluments. Ces primes n’étant calculées qu’à la fin de l’année commerciale, beaucoup règlent leur modeste budget sur leur appointeront fixe, ou sur une fraction seulement des primes entrevues d’après les précédents exercices. Dans une année heureuse, le gros chiffre va donc à l’épargne.
- « Le cabinet de dessin est considéré comme une entreprise spéciale, ayant son budget et son inventaire basés sur les prix payés au dehors dans les cabinets de dessin omnibus. Le bénéfice est réparti, suivant conventions, entre la maison et les metteurs en carte, au prorata de l’appointement fixe et suivant l’ancienneté de chacun.
- « Les employés de la principale maison de vente sont intéressés en commun sur son chiffre général, en plus de la provision que reçoit chacun sur ses ventes particulières. De cette façon, le vendeur de l’exportation, par exemple, sacrifie moins facilement les intérêts de son collègue pour la province. L’intérêt mutuel atténue, dans une grande mesure, les tiraillements des intérêts personnels. La clientèle n est pas exposée à ne trouver personne qui s’inté-
- resse à elle. Les comptables, les employés aux écritures secondaires, les garçons eux-mêmes participent à cet intérêt spécial, au prorata de leurs salaires. De cette manière, on obtient, dans les années actives, une plus grande somme de travail individuel et même une pression des plus zélés sur les plus mous. Pas de demandes d’employés supplémentaires ! On désire être le moins possible pour se partager la prime.
- « Cette méthode n’offre pas grand inconvénient au point de vue de la divulgation des résultats, l’intérêt portant toujours sur un chiffre partiel. C’est le chiffre de telle ou telle partie de la maison, et non pas celui de toute la maison.
- « Le même esprit a présidé à l’organisation du système de participation qui fonctionne dans notre usine mécanique depuis 1882 et s’adresse spécialement à la classe ouvrière. Les ouvriers sont divisés en sept catégories suivant le nombre d’années de service. Le salaire annuel de chacun (salaire fixe ou total de travaux à façon) est multiplié par le chiffre de la catégorie, et le produit ainsi obtenu sert de base à la répartition. Ainsi l’ouvrier qui a trente ans et plus de service a, pour un salaire égal, sept fois la part du jeune compagnon qui en est à sa première année.
- « La prime à partager représente un tant pour 100 du bénéfice spécial de l’usine; la quotité n’est pas divulguée. On affiche seulement dans les ateliers, après l’inventaire, le facteur de répartition, c’est-à-dire le chiffre qui, multiplié parle salaire et multiplié par la catégorie, donne pour produit la part de chacun individuellement. Cette part a donné pendant les six dernières années les résultats suivants :
- Pour la lro catégorie de 0 90 à 1 25 0/0 du salaire.
- 1 30 à 2 60
- 2 70 à 3 95
- 3 60 à 5 25 /l 65 à 6 50
- 5 à5 à 7 80
- 6 35 à 9 20
- « Afin d’apprécier par des termes connus l’importance de la prime, nous dirons qu’elle représente pour des ouvriers de la 5e catégorie (de quinze à vingt ans de services) la valeur d’une obligation de la ville de Lyon.
- « Ajoutons que la distribution de ces sommes n’est pas faite par la maison, mais par la Caisse d’épargne de la ville par suite d’un accord avec l’administration de cet établissement. Les intéressés sont convo-
- Suppi.ément a l’Industrie textile du 15 Avril.
- iii. — 5* Fascicule.
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- qués à l’hôtel de la caisse par une lettre qui leur indique la somme qu’ils ont à recevoir. Là, on leur demande s’ils veulent qu’on leur fasse la remise de leur argent en espèces ou s’ils désirent que la somme à laquelle ils ont droit, de par la bienveillance de leurs patrons, soit portée en leur nom sur un livret. La première année (1882), ZiO pour 100 des intéressés sont de la sorte devenus déposants, et nous croyons inutile d’ajouter qu’ils ne le seraient pas devenus autrement. »
- Les résultats moraux obtenus par cette manière de faire sont consignés dans la note que voici, de M. Isaac :
- « Le sacrifice que s’est imposé la maison en abandonnant chaque année une part de son bénéfice d’usine est compensé surtout par la plus grande stabilité du personnel, l’élévation progressive de son niveau intellectuel et moral, et une continuité de bons rapports entre patrons et ouvriers, malgré la sévérité relative de la discipline maintenue dans les ateliers. »
- Participation aux bénéfices dans les magasins de nouveautés du Bon Marché, à Paris.
- Tout le monde connaît, à Paris, les magasins de nouveautés du Bon Marché, rue du Bac, qui par leur étendue et leur organisation forment un établissement pour ainsi dire unique au monde, occupant au moment de l’Exposition 3,/tOO employés répartis en 32 rayons.
- C’est en 1876 que le chef de la maison, M. Bouci-caut, a organisé dans ce vaste établissement le système de la participation aux bénéfices. Avant cette époque, pour faciliter à ses employés la constitution d’un capital destiné à assurer leur avenir, il consentait, depuis plusieurs années, à recevoir en dépôt leurs épargnes et il servait à ces dépôts volontaires un intérêt de 6 pour 100, fort supérieur, par conséquent, à l’intérêt qu’ils pouvaient retirer d’aucun placement de fonds. Mais il y avait à cette manière d’agir un défaut, c’est que le sacrifice imposé à la maison ne profitait pas à tout le personnel. Tous n’étaient pas en situation d’épargner; les employés qui avaient déjà acquis une position et dont la rétribution était accrue par un intérêt sur leurs opérations pouvaient faire des économies; mais les employés qui ne jouissaient- pas de ces avantages
- supplémentaires ou à qui le défaut d’instruction interdisait l’espoir de les obtenir, tout le personnel inférieur, en un mot, pouvaient malaisément économiser sur leurs appointements, M. Boucicaut se chargea donc d’épargner pour eux.
- Il institua alors, le 31 juillet 1876, au profit de ceux de ses employés qui comptaient cinq années de service dans la maison et qui n’avaient point d’intérêt, soit sur les affaires, soit sur les bénéfices, soit sur la vente générale de leur rayon, une Caisse de prévoyance qui conserve son nom. Voici l’avis par lequel il porta cette création à la connaissance de son personnel, et qui a toujours été reproduit en tête des livrets remis par la caisse aux ayants droit.
- « En instituant la présente Caisse de prévoyance, nous avons voulu assurer à chacun de nos employés la sécurité d’un petit capital, qu’il puisse retrouver au jour de la vieillesse, ou qui, en cas de décès, puisse profiter, aux siens. Nous avons voulu, en même temps, leur montrer d’une manière effective quelle est l’étroite solidarité qui doit les unir à la maison. Ils comprendront mieux que l’activité de leur travail, le soin des intérêts de la maison, l’économie du matériel mis à leur disposition, sont autant de devoirs qui tournent au profit de chacun. Ils se pénétreront davantage des principes que nous ne cessons de leur prescrire; ils sauront mieux, y étant plus directement intéressés, que le succès dépend de leurs soins, de leur bonne tenue et de l’attention qu’ils apporteront à satisfaire la clientèle, but auquel nous tendons tous. »
- Nous avons tenu à reproduire cette déclaration parce quelle est caractéristique : elle démontre que M. Boucicaut faisait reposer la prospérité de sa maison sur une étroite solidarité entre les patrons et les employés, et qu’il était convaincu que tous les avantages assurés à ceux-ci cimentaient cette solidarité pour le plus grand bien de tous. Elle démontre aussi combien il était sincère lorsqu’en posant, sept ans auparavant, la première pierre de son nouvel établissement, il annonçait l’intention de lui donner une organisation philanthropique.
- La Caisse de prévoyance Boucicaut est aujourd’hui alimentée exclusivement par les sommes que la maison prélève, le 31 juillet de chaque année, sur les bénéfices réalisés. Cette somme est répartie entre les paiticipants au prorata de leurs appointements. Le compte ouvert à chacun s’accroît des intérêts
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- annuels calculés à k pour 100 et du produit de chaque répartition nouvelle. Quand une demoiselle employée vient à se marier, elle peut demander que le montant de son livret lui soit remis le jour de son mariage. En cas de décès, les sommes revenant au titulaire d’un livret sont versées à son conjoint, veuf ou veuve, à ses enfants ou à ses ascendants. Voici, du reste, le règlement qui détermine les conditions d’âge ou de services permettant aux titulaires d’exiger les sommes inscrites à leur compte :
- Article premier. — Une caisse de prévoyance, fondée à titre de pure libéralité en faveur des employés, est instituée dans la maison du Bon Marché par MM. Boucicaut et fils, et sera régie sous leur autorité, avec le concours des intéressés de la maison, conformément aux dispositions ci-après.
- Art. 2. — Seront admis à participer aux bénéfices de cette caisse tous les employés ayant cinq années de présence non interrompue dans la maison au 31 juillet de chaque année
- Les employés ayant déjà un intérêt, soit sur les affaires générales de la maison, soit sur la vente de leur rayon, sont exceptés de la participation.
- Art. 3. — La caisse de prévoyance s’alimente au moyen d’une somme prélevée sur les bénéfices de la maison, et dont le chiffre est fixé, au 31 juillet de chaque année, par MM. Boucicaut et fils, d’après les résultats de l’inventaire.
- Art. 4- — Il est ouvert au nom de chaque employé participant un compte individuel pour la répartition des sommes versées en vertu de l’article 3.
- Chaque participant reçoit en outre un livret indiquant sa situation à l’égard de la caisse de prévoyance.
- La répartition, pour l'année de la fondation de la caisse, aura lieu d’après un règlement spécial annexé au présent.
- Pour les années suivantes, la répartition se fera proportionnellement au chiffre total des appointements reçus par chaque employé durant l’année commerciale, en calculant la quote-part minima sur un chiffre d’appointements de 3,000 francs, même pour les employés ayant gagné moins, et la quote-part maxima sur un chiffre de 4,500, même pour les employés ayant gagné plus.
- Toutefois, les employés qui se seront absentés pendant plus d’un mois, pour quelque cause que ce soit, ne seront compris dans la répartition que proportionnellement à leur temps de présence, en prenant pour base le chiffre maximum de 3,000 francs dans le cas où le chiffre de leurs appointements serait moindre.
- Art. 5. — Il est bonifié à tous les comptes individuels un intérêt de 4 pour 100, qui est calculé au 31 juillet de chaque année sur le compte de chaque participant et s’y ajoute, sauf plus prompt règlement des intérêts pour les comptes qu’il y aurait lieu de solder dans le courant de l’année.
- Art. 6. — Le droit à la caisse de prévoyance est acquis :
- 1° Aux employés, hommes, comptant vingt années, et aux employées, dames, comptant quinze années d’emploi non interrompu dans la maison;
- 2° Aux employés, hommes, ayant atteint soixante ans, et
- aux employées, dames, ayant atteint cinquante ans d’âge (1).
- Lorsque l’une ou l’autre de ces conditions sera remplie, et seulement dans ce cas, sauf les exceptions prévues par les articles 9, 10 et 13, le compte pourra être liquidé, soit sur la demande du titulaire, soit d’office, et le montant pourra lui en être remis, à moins que MM. Boucicaut et fils ne préfèrent, dans l’intérêt de leur employé, se charger eux-mêmes du placement à son profit.
- Art. 7. — L’employé ayant atteint la limite d’âge ou de service prévue par l’article 6 peut rester attaché à la maison. Dans ce cas, son compte cesse de participer aux déchéances prévues par l’article 12, mais continue à s’accroître des intérêts et de la participation aux bénéfices sans qufil en soit rien remis à l’employé jusqu’à ce qu’il quitte la maison (2).
- Art. 8. — Les absences autorisées et les absences pour cause de maladie ne seront pas considérées comme interruption d-; présence à l’égard de la Caisse de prévoyance, à la condition cependant de ne pas se prolonger au delà de trois mois.
- Pour tout autre cas, MM. Boucicaut et fils se réservent d’apprécier la situation du participant et de statuer s’il y a lieu de le maintenir ou de le rayer.
- Toutefois, les employés appelés sous les drapeaux, et qui rentrent à la maison aussitôt après avoir terminé leur service, reprennent de plein droit la situation qu’ils occupaient dans la participation au moment de leur départ.
- Art. 9. — En cas de décès d’un participant, quel que soit son âge ou son ancienneté dans la maison, les sommes figurant à son compte arrêté à l’inventaire précédent seront remises à son conjoint veuf ou veuve, à ses enfants légitimes, adoptés ou légitimés, à ses petits-enfants ou à ses ascendants, ou placés à leur profit, dans les proportions, aux époques et de la manière déterminée par MM. Boucicaut et fils.
- Art. 10. — Si un employé participant se trouve atteint d’infirmités ou de maladies entraînant incapacité de travail, MM. Boucicaut pourront à toute époque disposer en sa faveur ou en faveur des siens de tout ou partie de la somme inscrite à son compte.
- Art. 11. — Si un employé participant est admis par la suite au titre d’intéressé, soit sur les affaires générales de la maison, soit sur la vente de son rayon, il cesse de faire partie de la Caisse de prévoyance et le montant de son compte, arrêté à la dernière date d’inventaire, est
- (1) Le 31 juillet 1886, ces deux paragraphes ont été modifiés comme suit :
- « Le droit à la Prévoyance Boucicaut est acquis :
- 1® Pour un tiers aux employés hommes ou dames comptant dix années de présence non interrompue dans la maison;
- 2° Pour deux tiers aux employés hommes comptant quinze années de présence non interrompue dans la maison;
- 3° Pour la totalité aux employées dames comptant quinze années de présence non interrompue dans la maison;
- 4° Pour la totalité aux employés hommes comptant vingt années de présence non interrompue dans la maison ;
- 5° Pour la totalité également aux employées dames ayant quarante-cinq ans et aux employés hommes ayant cinquante ans révolus. »
- (2) En 1877, les mots : « Sans qu’il en soit rien remis à l’employé jusqu’à ce qu’il quitte la maison » ont été remplacés par ceux-ci : « Il n’aura pas la disposition du capital, mais il pourra, s’il le désire, en toucher l’intérêt annuel. »
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- LES INDUSTRIES TEXTILES
- réservé pour lui être versé après accomplissement des conditions prescrites par l’article 6. Ce compte ainsi réservé s’augmentera chaque année de l’intérêt calculé à U pour 100 (1).
- Art. 12. — L’employé qui quitte la maison, soit volontairement, soit par suite de renvoi pour n’importe quelle cause, avant d’avoir atteint la limite d’âge ou le nombre d’années de présence, prévus par l’article 6, est déchu de tous ses droits de participation.
- La somme disponible inscrite à son compte est répartie, au 31 juillet suivant, entre tous les comptes participants, et de la manière expliquée à l’article Zi.
- La même répartition a lieu en cas de décès d’un employé qui ne laisse ni conjoint, veuf ou veuve, ni descendants, ni ascendant®.
- MM. Boucicaut et fils se réservent la faculté d’apprécier la gravité des torts encourus par les employés qu’ils seraient amenés à congédier, afin d’user d’indulgence s’il y a lieu et de remettre en ce cas au titulaire tout ou partie de la somme inscrite à son compte, sans être tenus de s’expliquer sur les motifs de leur décision (2).
- Art. 13. — La dame ou la demoiselle participante qui contracte mariage, quel que soit son temps de séjour, et même si elle quitte la maison, a droit au payement des sommes figurant à son compte, et le montant lui en sera remis le jour de son mariage.
- Art. lâ. — La répartition des déchéances survenues par décès, démission ou renvoi, n’a lieu qu’une fois par an, au 31 juillet. En conséquence, les comptes industriels qu’il y a lieu de régler dans le courant de l’année ne participent en rien, soit aux bénéfices éventuels, soit au mouvement des employés, pendant ladite année, et sont toujours arrêtés au 31 juillet précédent, sauf règlement des intérêts jusqu’au jour de la liquidation.
- Art. 15. — Les employés participants ne peuvent prétendre à aucun droit sur les sommes portées à leurs comptes individuels, à moins d'avoir accompli les conditions déterminées par l’article 6.
- Art. 16. — Dans tous les cas, les sommes à payer ou rentes à servir par suite des présentes dispositions soit aux employés, soit aux conjoints, veuves ou veufs, ascendants ou descendants, ou à toutes autres personnes désignées ou à désigner, sont expressément accordées à titre de libéralités et pour aliments, et comme telles, demeurent incessibles et insaisissables.
- Cette déclaration sera reproduite sur tous les registres, écritures et actes que besoin sera.
- Art. 17. — Dans le cas d’une dissolution de la Société actuelle et seulement si les succès eurs se refusaient à
- (1) Le 31 juillet 1886, le commencement de cet article a été modifié comme suit : « Dès qu’un employé participant a un intérêt, soit sur les bénéfices, soit sur les affaires de la maison, soit sur la vente générale de son rayon, il cesse.... »
- (2) En 1877, ce dernier paragraphe a été modifié et complété dans les termes suivants : « MM. Boucicaut et fils se réservent la faculté d’apprécier la gravité des torts encourus par les employés qu’ils seraient amenés à congédier, ou la valeur des motifs allégués par les employés qui partiraient volontairement, afin de décider s’il peut y avoir lieu de remettre au titulaire tout ou partie de la somme inscrite à son compte, et à laquelle il n’a pas droit sans être tenus de s’expliquer sur les motifs de leur décision. »
- continuer leur concours à la Caisse de prévoyance, le compte de chaque employé serait liquidé et le montant lui en serait remis.
- Art. 18. — Il est statué en dernier ressort sur les réclamations et demandes ayant rapport au présent règlement par MM. Boucicaut et fils, qui en demeurent seuls juges, sans appel ni recours, se réservant tout droit de modifier le présent règlement, sans que les modifications qu’ils adopteraient produisent aucun effet rétroactif.
- MM. Boucicaut et fils ont fixé la dotation de la caisse de prévoyance, pour l’année de fondation, à la somme de 61,500 francs, ainsi divisée :
- 1° 30,000 francs, donnés à titre de dotation pour l’année 1875-1876. Cette somme a été répartie entre tous les employés participants, proportionnellement au chiffre total des appointements touchés par chacun d’eux, du 1er juillet 1875 au 30 juin 1876. La répartition a eu lieu conformément aux prescriptions de l’article h du règlement général.
- 2° 31,500 francs, donnés spécialement par MM. A. Boucicaut et fils, pour reconnaître les services de leurs anciens employés. Cette deuxième somme a été répartie de la manière suivante, au compte des employés ayant plus de cinq années de présence non interrompue dans la maison.
- Pour chaque année de présence :
- Francs.
- Du 1er août 1860 au 31 juillet 1865............ 50
- — 1865 — 1870............ 65
- — 1870 — 1875........... 100
- En conséquence, le compte de chaque employé participant ayant cinq années de présence :
- Francs.
- Au 31 juillet 1861, a été crédité de................ 1.135
- — 1862 — 1.075
- — 1863 — 1.025
- — 186A — 975
- — 1865 — 925
- — 1866 — 875
- — 1867 — 800
- — 1868 — 725
- — 1869 — 650
- — 1870 — 575
- — 1871 — .............. 500
- — 1872 — Z|00
- — 1873 — 300
- — 187A — 200
- — 1875 — 100
- Voici maintenant quelle a été la progression de la
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- A L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1889.
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- caisse de prévoyance depuis sa fondation jusqu’à l’époque de l’Exposition :
- Capital de la caisse formée par le total des sommes portées aux livrets des employés fr. c. Nombre des employés participants.
- Au 31 juillet 1876. 61.500 » 128
- — 1877. 120.083 05 199
- — 1878. 200.641 40 275
- — 1879. 288.924 30 351
- — 1880. 377.223 20 443
- — 1881. 465.573 35 515
- — 1882. 567.834 55 592
- — 1883. 661.338 90 699
- — 1884. 763.831 60 738
- — 1885. 885.948 70 851
- — 1886. 1.009.130 10 995
- — 1887. 1.150.375 45 1.250
- — 1889. 1.348.369 65 1.491
- Gomme on a pu le voir par le règlement cité plus haut, il y a un certain nombre d’autres employés (la maison en compte 3,400) qui n’ont aucun droit à la caisse de prévoyance et participent aux bénéfices, au moyen d’un tantième réglé :
- 1° Pour le personnel de la vente, d'après le montant des articles vendus;
- 2° Pour les chefs ou les sous-chefs de rayons, d'après le chiffre d’affaires de chaque rayon.
- Enfin, en dehors des deux genres de participation aux bénéfices, il y en a dans la maison un troisième, institué en 1877 par Mme Boucicaut après la mort de son mari.
- Cette dame a en effet intéressé ses employés, en formant une société avec un certain nombre d’entre eux. La maison de commerce est divisée en 400 parts, et Mme Boucicaut a autorisé ses employés à se rendre acquéreurs d’un certain nombre de ces parts. Chaque part est de 50,000 francs; 170 parts sur 400 appartiennent aux employés. Les bénéfices annuels de la maison sont répartis entre ces 400 parts. Pour faciliter aux petits employés l’achat d’une part, on leur permet de se réunir et de constituer ensemble le capital nécessaire. Des garçons de magasin, des cochers, des demoiselles de magasin se sont associés pour acquérir des parts.
- Il en résulte que le modeste employé économe a : 1° son traitement fixe ; 2° une part sur le chilfre de vente ou la participation à la caisse de prévoyance, s’il n’est pas intéressé; 3° une part sur les bénéfices nets, au prorata de sa part de propriété.
- Quant à la manière de calculer le bénéfice, elle
- a été établie clairement en 1880 par Mme Boucicaut, dans les termes que nous indiquons ci-après, au moment où elle a passé avec 96 chefs de service et employés de la maison un acte notarié, d’après lequel le Bon Marché a pris le caractère d’une véritable association coopérative. M,ne veuve Boucicaut en effet s’associa alors pour deux cinquièmes de parts un certain nombre de ses employés déjà propriétaires d’une épargne ou d’un capital dont ils ont fait l’apport à titre de commandite. Le capital de la maison, qui était de 20 millions de francs, appartint pour 12,500,000 francs à Mme veuve Boucicaut et pour 7,500,000 francs aux employés associés. La Société fut déclarée en nom collectif à l’égard de Mme veuve Boucicaut et en commandite seulement à l’égard de tous les autres intéressés. La réserve statutaire, d’abord fixée à 6 millions de francs, a été, en juillet 1886, portée à 20 millions de francs. Elle a été constituée au moyen d’un prélèvement de 40 pour 100 sur les bénéfices nets. Il a été créé, de plus, une réserve d’incendie avec 10 pour 100 des bénéfices nets annuels, à prélever pendant toute la durée de la Société et augmentés de leurs intérêts.
- Voici l’article 10, relatif à la répartition des bénéfices :
- « Sur les bénéfices de la maison il sera prélevé : les frais généraux ; les prélèvements de la gérance ; la part qui aura pu, suivant les usages antérieurs de la maison, en être attribuée à certains employés; l’intérêt à 6 pour 100 du capital social et l’intérêt aussi à 6 pour 100 de la réserve statutaire, lesdits intérêts à répartir aux associés selon leurs droits.
- « Le solde desdits bénéfices constituera les bénéfices nets.
- « Le solde sera attribué : 10 pour 100 à la réserve incendie ; 40 pour 100 à la réserve statutaire portée à 20 millions de francs ; 50 pour 100 aux associés, proportionnellement à leur mise.
- « Lorsque la réserve statutaire sera complète, les associés répartiront entre eux les 40 pour 100 de bénéfices ci-dessus affectés à la constitution de cette réserve. »
- Ajoutons que, Mme Boucicaut étant morte quelques années après, la Société en commandite simple, créée pour l’exploitation du Bon Marché, s’est transformée en une commandite par actions, dont la raison sociale est : Plassard, Morin, Fillot et Cie, du nom des trois gérants directeurs, que Mme Bou-
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- cicaut s’était substitués par ses volontés dernières. Les co-associés de Mme Boucicaut, au nombre de 373, presque tous employés ou anciens employés de la maison, sont demeurés seuls propriétaires de l’actif social, Mme Boucicaut ayant astreint ses représentants à leur céder les parts qu’elle possédait encore au moment de son décès.
- Participation aux bénéfices, à la Société anonyme de filature d’Oissel
- (ancienne maison Octave Fauquet et Cie, à Oissel).
- Le fonds de dotation de 30,000 francs a été alors divisé en six cents parts de 50 francs chacune et réparti entre les participants dans la proportion d’une à dix parts par tête, suivant le mérite des candidats. Chaque prélèvement annuel, également divisé en six cents parts, est partagé de la même manière.
- La répartition est donc basée, non sur le chiffre des salaires, mais sur l’importance des services rendus. Chaque année, la somme non distribuée va grossir une masse disponible au moyen de laquelle la maison pensionne un certain nombre de vieux ouvriers.
- Les conditions requises pour être admis aux béné-
- Cet établissement, consacré au filage du coton, a été fondé, en 1560, par M. Octave Fauquet et a été transformé, en 188/t, en Société anonyme. Il fait mouvoir 45,000 broches et occupe 320 ouvriers.
- C’est à l’initiative de M. Fauquet qu’a été due, en 1877, l’application dans cette usine du système de la participation aux bénéfices. Tout d’abord, des associés ne voulurent pas en entendre parler, et ainsi que M. Fauquet l’a expliqué lui-même dans sa déposition devant la Commission extra-parlementaire des acsociations ouvrières : « Le système était nouveau, nullement pratiqué en Normandie; ils ne voyaient pas bien le but et ils concevaient des craintes. » Finalement, cette résistance fut surmontée, et aujourd’hui une Caisse de prévoyance et de retraite fonctionne dans la maison, alimentée : l°par une première dotation de 30,000 francs; 2° par un prélèvement annuel de 5 pour 100 sur les bénéfices; 3° par le profit réalisé sur des articles de consommation achetés en gros et revendus à la population ouvrière de l’usine moyennant un léger bénéfice (1,500 à 2,700 francs par an).
- fices de la participation sont : être âgé de dix-huit ans au moins et avoir servi dans l’établissement durant cinq années consécutives. Le participant a la faculté de toucher en espèces le tiers de sa part annuelle; après dix ans de services, il peut disposer de la moitié de la valeur de son livret ; mais la totalité de son compte ne lui est payée qu’après vingt ans de services dans la maison ou à l’âge de cinquante-cinq ans. Les sommes réservées portent intérêt au taux annuel de lx pour 100.
- Lorsqu’un participant vient à décéder, le montant de son livret est remis à ses représentants légitimes.
- Le participant qui quitte la maison de son plein gré. ou qui est congédié pour des motifs autres que ceux de réduction du personnel, ne peut revendiquer aucune des sommes sur lesquelles il n’a pas un droit déjà acquis.
- L’ouvrier ou l’employé qui rentre dans l’établissement après avoir accompli son service militaire reprend les droits qu’il avait avant son départ.
- Voici deux tableaux qui donnent la situation de la Caisse de participation jusqu’à la fin de l’année 1885, Le premier concerne les recettes :
- ANNÉES. IMPORTANCE des DONATIONS. INTÉRÊTS DES SOMMES en dépôt dans la caisse de la maison. RISTOURNE DES COMPTES des membres participants PARTIS. BÉNÉFICES RÉALISÉS par les rentes d'articles de consommation. TOTAL des RECETTES.
- 1876 fr. 30.000 fr. c. » « fr. c. » )> fr. c. » » fr. c. 30.000 »
- 1877 20.000 1.081 40 548 90 » » 21.630 30
- 1878 15.000 1.833 25 623 64 » )> 17.456 89
- 1879 6.000 2.193 15 1.440 46 2.129 14 11.762 75
- 1880 5.000 2.875 20 922 63 1.696 26 10.494 09
- 1881 10.000 2.840 30 454 72 2.442 91 15.737 93
- 1882 12.000 3.172 62 1.949 86 2.773 15 19.895 63
- 1883 12.000 3.392 74 3.625 59 1.967 33 20.985 67
- 1881 12.000 3.820 49 1.090 65 2.027 19 18.938 33
- 1885... 20.000 3.021 45 )) )) 1.501 39 24.522 84
- Totaux 142.000 24.230 60 10.656 45 14.537 37 191.424 42
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- A L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1889.
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- Le second a trait aux dépenses :
- ANNÉES. RÉPARTITIONS E FF NOMBRE ET IMPORTANCE des parts. ECTUÉES SOMMES. INTÉRÊTS dus aui participants. SECOURS à diverses œuvres de BIENFAISANCE. SECOURS. RETRAITE aux membres participants incapables DE TRAVAILLER. TOTAL des DÉPENSES.
- fr. c. fr. c. fr. c. fr. c. fr. c. fr. c.
- 1877 36? parts de 50 » chac. 18.100 » 576 27 80 »» » » 18.756 27
- 1878 376 — 33 33 — 12.532 08 945 91 162 10 » » 13.640 09
- 1879 378 _ 25 ». — 9.450 » 1.194 78 100 »» » » 10.744 78
- 1880 391 — 25 » — 9.775 » 1.429 21 392 78 45 >» 11.641 99
- 1881 368 — 25 »» — 9.200 » 1.677 64 205 »> 78 » 11.160 64
- 1882 418 — 33 33 — 13.931 94 1.917 05 118 15 190 50 16.157 64
- 1883 421 — 35 >» — 14.735 » 2.114 31 159 50 426 33 17.435 14
- 1884 439 — 35 » — 15.365 » 2.417 87 119 27 725 13 18.627 27
- 1885 451 — 35 » — 15.785 » 1.363 76 434 35 485 >» 18.068 11
- Totaux 118.874 02 13.636 80 1.771 15 1.949 96 136.231 93
- Nous extrayons de la déposition de M. Octave Fau-quet devant la Commission extra-parlementaire des associations ouvrières les passages suivants, qui font ressortir quelques-uns des résultats obtenus par le régime dont nous venons d’exposer l’organisation :
- « Je me suis appliqué à faire comprendre mon projet aux ouvriers ; j’ai cherché à gagner leur confiance ; je leur ai dit que nous étions tous attachés à la même industrie, que nous en vivions, et qu’il n’était pas indifférent pour l’ouvrier que le patron gagnât de l’argent ou en perdît ; je les ai priés de bien se pénétrer de cette idée qu’ils étaient intéressés à la consommation des objets nécessaires pour faire marcher les machines, au bon emploi de la matière première, à la qualité et à la perfection des produits.
- « Ce langage n’avait probablement pas grande chance d’être compris de prime abord, mais j’ai vu par la suite qu’on y avait réfléchi et qu’on s’en était pénétré. Ainsi, nous avons vu diminuer dans une proportion notable, dans l’espace des quatre ou cinq premières années, les frais généraux résultant de l’emploi des matières pour l’alimentation des machines. Chaque fois que je réunissais les ouvriers, je les entretenais de ce sujet; il n’y a plus de progrès depuis trois ou quatre ans, mais je considère que nous en avons réalisé un sérieux qui persiste.
- « ... Il est certain que la participation a fixé chez nous les pères de famille, les ouvriers qui commandent, ceux qui ont de l’influence sur les autres; quant à son effet sur les jeunes gens des deux sexes, il a été nul. Nous avions abaissé à dix-huit ans l’âge requis pour pouvoir être participant ; mais les jeunes gens sont extrêmement mobiles, ils changent facile-
- ment d’atelier, de profession, et, d’autre part, je tiens strictement à ce que celui qui est sorti de chez nous fasse de nouveau cinq ans avant d’être admis à la participation. »
- Ajoutons que M. Octave Fauquet a fait les efforts les plus méritoires pour répandre au moyen de la participation, parmi le personnel de sa maison, les principes de l’épargne :
- « Pour parvenir à entraîner nos collaborateurs (ouvriers), dit-il, dans une lettre du 9 mars 1882, dans la voie des dépôts à la Caisse de retraites pour la vieillesse, j’ai affecté personnellement, au moment de la dernière distribution, une somme de 5,000 francs à des versements à cette caisse; j’en ai attribué, séance tenante, environ la moitié à des blessés, à des orphelins et même à des valides, et j’ai promis que le reste serait appliqué en primes à ceux qui feraient personnellement des dépôts pour eux ou leurs enfants. Afin de déterminer ce dernier entraînement, j’ai profité de l’occasion de la réunion pour faire à mes propres enfants attribution de dépôts à la même Caisse de retraites, en expliquant que, nul ne connaissant l’avenir et l’expérience prouvant que la fortune se transmet rarement à des générations nombreuses dans la même famille, je considérais leur rendre ainsi un très grand service. »
- Participation aux bénéfices dans la teinturerie de MM. Renard, Villet et Bunand, à Lyon.
- Depuis vingt ans, MM. Renard, Villet et Bunand ont organisé dans leurs ateliers un système de
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- LES INDUSTRIES TEXTILES
- primes proportionnelles aux bénéfices. Ces primes, qui constituent une véritable participation, sont distribuées à tous les ouvriers et ouvrières de la maison et au prorata de la somme des salaires de chacun.
- L’inventaire est tenu secret et on n’indique pas
- i tant pour cent attribué aux ouvriers.
- Voici le relevé des comptes de ces primes :
- Année. Répartition. Année. Répartition.
- 1868 13.826f35 Report.. 107 754f27
- 1869 11.604 70 1879 10.371 45
- 1870 9.604 40 1880 18.524 35
- 1871 4.810 30 1881 2L.054 45
- 1872 16.677 60 1882 22.991 45
- 1873 12.602 75 1883 10.932 75
- 1876 11.041 25 1884 14.187 70
- 1875 7.176 30 18^5 7.093 75
- 1876 7.683 75 1886 17.627 70
- 1877 1878 2.454 » 10.273 85 1887 12.520 45
- reporter. 107.754f40 Total ... 243.059f30
- Répartition au 1er avril 1888.... 8.587 45 251.646f 75
- LA PARTICIPATION AUX BÉNÉFICES
- a l’étranger.
- A l’Exposition spéciale de la participation aux bénéfices et dans une section à part figurait une collection de brochures et documents relatifs à la participation à l’étranger, extraits d’un nombre très varié de publications, telles que les Bulletins de la Société industrielle de Mulhouse, les Bulletins suisses d’utilité publique (Schvoeizerische Zeitschrift fur Gemeinnülzigkeit), l’ouvrage de M. le Dr Bohmert, de Leipzig, sur la question de la participation [Die Gewinnbetheiligung), celui sur la condition des ouvriers et manufactures de la Suisse (.Arbeiterverhalt-nisse und Fahrikenrichtungen der Schweiz), etc.
- Nous avons résumé, d’après ces diverses publications, tout ce que nous y avons rencontré pouvant intéresser nos lecteurs au point de vue de la participation aux bénéfices dans les divers établissements textiles de l’étranger.
- Participation aux bénéfices dans la maison G. Steinheil, Dieterlein et Cie
- [filature de coton, blanchisserie et impression, il Rothau [Alsace).
- Les diverses phases par lesquelles a passé la participation aux bénéfices dans les établissements de
- Rothau sont des plus curieuses à étudier; d’abord, parce que cette participation y est d’ancienne date; puis, parce qu’elle y a été appliquée sous diverses formes et a pu ainsi constituer une série d’expérimentations utiles à connaître.
- Disons d’abord que l’origine des fabriques y remonte à 1806 ; qu’après diverses transformations, celles-ci ont été gérées, en 1847, par une Société en commandite, et qu’en 1872 elles sont devenues la propriété d’une Société anonyme, qui s’est fondée au capital de 2,200,000 francs.
- C’est en 1847 qu’on y a établi la participation des ouvriers. Seulement on la fit collective, en attribuant les fonds qui en provenaient à l’entretien de diverses institutions fondées par la maison pour le bien-être des ouvriers, et on décida que le personnel se trouverait intéressé dans la même proportion aux bénéfices et aux pertes. Le taux établi fut de 10 pour 100. Le régime dura vingt et un ans.
- En 1868, sans vouloir transformer entièrement cette participation, on la laissa partiellement collective en la diminuant un peu et on la rendit individuelle en augmentant le taux d’ensemble : 7 pour 100 furent alors attribués aux œuvres ouvrières et 5 pour 100 en sus à chaque membre du personnel. Le taux de 5 pour 100 fut ensuite ramené à 4 pour 100 et celui de 7 pour 100 à 6 pour 100, soit en tout 10 pour 100.
- Tout alla bien tant qu’il n’y eut que des bénéfices. Mais l’industrie du coton, en Alsace, ayant été très malheureuse de 1868 à 1872, les fabriques de Rothau subirent d’importantes pertes que le personnel ne pouvait ni ne devait contribuer à couvrir. Instruite par cette expérience, la nouvelle Société qui se substituait alors à l’ancienne décida que les ouvriers ne seraient plus à l’avenir intéressés aux pertes.
- Telle a été la genèse du régime de la participation à Rothau. Voici comment il est actuellement spécifié par l’article 51 des statuts de la Société :
- Le bénéfice net résultant de l’inventaire sera partagé de la manière suivante, savoir :
- Il sera distribué aux actionnaires un premier dividende représentant 5 pour 100 du montant du capital social versé. Ce prélèvement opéré, le restant des bénéfices sera attribué :
- 1° 30 pour 100 à la gérance, avec la garantie d’un minimum de 4,000 marks ou de 5,000 francs pour chacun des gérants, venant s’ajouter à la rétribution fixe que leur alloue l’article 22. En cas de perte ou de bénéfice insuffi-fisant, ce minimum de Zi,000 marks ou de 5,000 francs sera payé ou complété au moyen du fonds de prévoyance;
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- 2° 10 pour 100 mis à la disposition des gérants pour être affectés, en partie et avec un maximum de à pour 100, à leurs employés, conformément aux dispositions de l’article 23 des statuts, et en partie au compte d’ouvriers pour subventionner la caisse de secours mutuels et de retraite et la caisse des veuves, comme aussi pour faire face aux secours à accorder à des ouvriers nécessiteux, et enfin pour subvenir aux frais des cours d’adultes et de la bibliothèque. Si, lors de la dissolution de la société, ce compte présentait un excédent, l’assemblée générale statuerait sur son emploi; si, au contraire, il présentait un déficit, ce déficit serait porté au compte des profits et pertes. Il est bien entendu que les dispositions qui précèdent ne donnent aucun droit d’immixtion quelconque dans les affaires de la société, ni aux employés ni aux ouvriers, qui auront à s’en rapporter aux comptes approuvés par l’assemblée générale;
- 3° Et le solde aux actionnaires, soit 60 pour 100, dont une partie sera immédiatement répartie entre eux et dont l’autre partie servira à alimenter le fonds de prévoyance, propriété collective des actionnaires, de la manière déterminée à l’article 53.
- D’après ces mêmes statuts, les pertes sont supportées par les actionnaires seuls. Les gérants ne sont responsables que dans les limites du capital qu’ils ont souscrit. Dans aucun cas, ils n’ont à rembourser les parts des bénéfices des exercices précédents, les résultats de chaque bilan étant considérés comme définitivement acquis.
- Les héritiers ou les représentants des droits d’un gérant décédé ou démissionnaire participent aux bénéfices de l’exercice en cours, mais seulement pour le temps qui s’est écoulé entre la dernière répartition et le décès ou la démission. La différence entre le montant de leur part et la somme qui a été attribuée à ce gérant pour l’exercice entier est partagée entre les autres gérants. Dans aucun cas, ces héritiers ou ayants droit ne peuvent exiger le règlement immédiat du compte du gérant décédé ou démissionnaire. Ils sont tenus d’attendre que le résultat de l’exercice soit connu ; car c’est d’après ce résultat seulement qu’est déterminée leur part. Ajoutons — fait tout naturel — qu’un gérant révoqué n’a aucun droit sur les bénéfices de l’année en cours.
- Les 10 pour 100 des bénéfices attribués au personnel conformément à l’article 51 des statuts sociaux se sont élevés :
- Fr. c.
- Au 30 juin 1874 à................... »
- — 1875 à............... 8.635 41
- — 1876 à.............. 12.219 80
- — 1877 à.............. 10.210 »
- — 1878 à............... 3.408 10
- — 1879 à............... 3.487 15
- — 1880 à............... 3.497 86
- Supplément a l’Industrie textile du 15 Mai.
- Au 30 juin 1881 à............. 10.105 59
- — 1882 à.............. 11.356 97
- — 1883 à. ............. 8.906 46
- — 1884 à.............. 10.629 42
- Nous n’avons pas les chiffres pour les années suivantes. Durant toute cette période, la fabrique de Rothau a occupé environ 000 ouvriers. On y a appliqué autant que possible le régime du salaire aux pièces. Le taux de la rémunération du personnel a été le même que celui en vigueur dans les fabriques analogues de la contrée.
- Participation aux bénéfices dans la filature de coton de MM. Keller frères,, à Fischental, canton de Zurich (Suisse).
- Voici un exemple de participation qui n’a en aucune façon donné les résultats qu’on en attendait. Après l’avoir mis en pratique, les chefs de la maison y ont rapidement renoncé.
- Il est bon que nous disions d’abord qu’il ne s’agit ici que d’un tout petit établissement de 6,700 broches occupant quarante ouvriers seulement, et que la participation, comme on va le voir ci-après, y était appliquée d’une façon toute particulière. >
- Pour bien montrer les diverses phases par lesquelles a passé le système dans cette usine, nous allons donner connaissance,, en premier lieu, du document ci-dessous, dans lequel MM. .Keller frères annonçaient à leur personnel qu’ils l’intéressaient à leurs bénéfices :
- Fischental, le 1er janvier 1872.
- Chers ouvriers,
- Après avoir réduit, il y a quelque temps déjà, la durée du travail journalier à 12 heures sans diminuer le taux des salaires, il nous est donné aujourd’hui de réaliser pour la première fois le projet que nous nourrissons depuis longtemps de vous accorder, sous la forme de dépôts d’épargne, une part des bénéfices proportionnée à l’importance de vos services. A l’avenir, nous procéderons de même après chaque exercice prospère. Cette institution sera régie par les dispositions suivantes :
- 1° A moins' de besoins exceptionnels, le participant ne peut toucher à la somme inscrite à son crédit ;
- 2° Cet avoir a un caractère exclusivement personnel et ne saurait être ni cédé à un tiers, ni engagé ;
- 3° Tout ouvrier qui nous quitte ou qui se fait congédier de la maison avant d’avoir accompli deux années de services non interrompus perd tout droit à la participation; il en est de même de celui dont nous aurions à nous plaindre sous le rapport du travail ou de l’honnêteté ;
- iii. — 6° Fascicule.
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- U° Chaque participant a la faculté de monter son avoir au moyen de dépôts personnels ;
- 5° Les sommes portées aux comptes des ouvriers sont productives d’un intérêt-de 5 pour 100 dès le jour de leur inscription ;
- 6° Le présent titre doit être exhibé par l’intéressé à chaque nouveau versement ou à chaque remboursement.
- Chers ouvriers, vous ne pouvez manquer de reconnaître que vous agirez dans votre propre intérêt aussi bien que dans le nôtre : 1° en vous stimulant les uns les autres à diminuer les frais de réparation et d’exploitation, par les précautions de toutes sortes, la ponctualité et les soins de propreté que demande l’emploi des machines ; 2° en développant, par votre vigilance et votre zèle, la quantité et la qualité du produit. De ces précautions, de cette vigilance et de ce zèle dépendent, en effet, la prospérité de l’entreprise et les résultats annuels. Nous nous efforcerons, de notre côté, à concourir au bien commun, dans la mesure du possible, sur le périlleux terrain des achats et des ventes. Que Dieu veuille nous accorder, pendant la nouvelle année, à vous et à nous, sa bénédiction i et nous préserver de tout malheur.
- Keller frères,
- ! Filateurs de coton.
- ! • . • . \ ' -
- I ' ' .....
- Ce système fut appliqué une première année et les ouvriers reçurent pour leur part une somme de ; 1,200 francs prélevés sur les bénéfices nets et
- représentant 8 pour 100 des salaires. Les parts individuelles varièrent entre 15 et 60 francs.
- La seconde année, une légère modification fut consentie par MM. Keller : les participants purent la facilité de retirer les parts provenant de la première année, mais il fut stipulé qne le montant de chaque participation resterait dans la caisse pendant une année.
- Ce fut alors que, pour les chefs de rétablissement, la désillusion arriva. Voici en quels termes MM. Keller frères écrivirent en 1875 à un économiste qui s’intéressait à leur système comment ils furent obligés d’y renoncer :
- C’est avec un véritable enthousiasme que nous avons entrepris, il y a trois ans, de réaliser dans notre filature la solution pratique du problème de la participation des ouvriers aux bénéfices de l’entreprise. Nous nous étions promis d’obtenir de cette institution d’excellents résultats et nous avions adressé à nos ouvriers une chaleureuse exhortation. Ils devaient veiller avec un soin particulier à l’entretien des machines; s’efforcer, par leur activité au travail et par un judicieux emploi des matières premières, à augmenter la qualité et la quantité des produits ; contribuer enfin à faire croître les bénéfices de l’entreprise dont une partie leur était attribuée. Les sommes distribuées, inscrites au nom de chaque ouvrier dans un livret d’épargne, produisaient un intérêt de 5 pour 100. Les participants étaient invités aussi à augmenter leur avoir, dans la mesure du possible, au moyen de dépôts supplémentaires. Nous avions rêvé qu’après un certain nombre d’années, «jes fonds d’épargne pourraient acquérir
- l’importance d’un véritable capital qui, conservé dans' la maison, constituerait une sorte de commandite prenant elle-même part aux bénéfices et procurant aux ouvriers la faculté de concourir, par l’entremise d’un délégué, à la fixation d’un bilan annuel.
- Depuis, nous avons déposé chaque année, dans la Caisse d’épargne, une somme de 1,200 francs, qui a rapporté, à chacun de nos trente-six à quarante ouvriers, 8 pour 100 du montant de son salaire annuel. Aujourd’hui, hélas ! nous éprouvons une cruelle désillusion qu’il nous coûte beaucoup devous annoncer, parce que nous sommes profondément peinés d’avoir vu s’évanouir nos espérances.
- Dès la première répartition, nous constations du mécontentement au lieu de recueillir de la reconnaissance. Plus d’un ouvrier aurait préféré qüe les 1,200 francs fussent distribués tout de suite en espèces (cette somme aurait pu servir précisément à fêter la Saint-Berchtold et le carnaval). Quelques-uns seulement ajoutèrent dans la suite à leur avoir des dépôts personnels. Aussitôt que le délai de remboursement fut expiré, on prétexta toute sorte de besoins pour retirer les épargnes. Il ne resta bientôt plus que quelques comptes créditeurs, dont l’ensemble représentait à peine la part totale d’une année. Nos salaires ordinaires sont égaux à ceux payés dans les autres filatures; sans être élevés, ils suffisent aux besoins des ouvriers économes et auraient permis à notre personnel de mettre de côté les ressources provenant de la participation. Quelques-uns des participants étaient, il est vrai, gênés par des dettes contractées avant leur entrée dans la maison; d’autres avaient à lutter contre les maladies; mais ce qui manquait surtout au plus grand nombre, c’était le discernement nécessaire pour bien régler les dépenses du ménage. En général, plus le gain est élevé, plus la consommation est grande et la dépense irréfléchie : la volonté d’épargner n’existe pas; dès lors, il ne saurait y avoir de prospérité ! On rencontre bien ici et là, dans quelques familles, des esprits sensés,; mais combien d’ouvriers ne voyons-nous pas épuiser leurs ressources pour donner satisfaction à de déplorables habitudes d’ivrognerie ! Afin que la mesure de nos désillusions fût comble, cet état de choses s’aggrava encore l’été dernier. Ayant remarqué que six ouvriers agricoles, occupés chez nous moyennant un salaire journalier deé francs, dissipaient régulièrement le dimanche et le lundi, en buvant et en jouant, leur gain hebdomadaire, nous voulûmes les arracher au cabaret pour lès remettre dans la voie du travail. Hélas! nous ne recueillîmes que leurs moqueries. Nous avons même grandement peur que le dénûment et les privations dont ils souffrent, pendant l’hiver rigoureux que nous traversons, ne soient pas suffisamment efficaces pour les guérir.
- Cependant, nous éprouvons la satisfaction de signaler six ménages dont la situation prouve que, par le travail et l’économie, les ouvriers peuvent arriver à une aisance relative et à une heureuse vie de famille.
- Quant aux espérances que nous avions conçues de voir notre personnel, stimulé parla perspective d’une part des bénéfices, s’efforcer de développer les résultats de l’entreprise,-elles ne se sont nullement réalisées. L’ouvrier à la journée n’a pas manifesté, pendant les trois dernières années, le moindre intérêt pour les affaires de l’établissement. Paresseux et négligents comme auparavant dès que le surveillant <a tourné le dos, assidus lorsque celui-ci reparaît, les ouvriers, à peu d’exceptions près, attendent impatiemment l’heureélemiidi et celle du repos du soir. Le travailleur occupé- à forfait ou aux pièces apporte un peu plus d’activité &son travail; mais ces derniers modes
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- de rémunération ne sont que partiellement applicables dans une filature.
- Ces résultats nous rendent perplexes. En bons démocrates, nous ne pouvons cependant, théoriquement, repousser l’idée que le régime de la participation est favorable aux ouvriers. Mais nous devons reconnaître que, pratiquement, il restera inapplicable aussi longtemps qu’on aura affaire à la classe ouvrière actuelle, en grande partie dépravée, insouciante et sensuelle, ne vivant qu’au jour le jour, ne travaillant que pour ne pas mourir de faim, préférant en réalité ne pas travailler du tout et changeant à chaque instant comme à plaisir de domicile et de patron. -
- Dès lors, il est nécessaire pour le patron d’assurer avec fermeté le bon ordre, de maintenir solidement les rênes de l’autorité, s’ilveut empêcher que toute l’organisation ne se disjoigne et que la maison ne croule. Nous conseillerions volontiers de faire la tentative, coûteuse, mais assurément très instructive, de confier une filature ou un tissage de coton à une association ouvrière (l’État pourrait, moyennant un intérêt déterminé, avancer les fonds nécessaires à l’acquisition de l’établissement). On verrait alors, nous en sommes persuadés, la jalousie et l’envie que soulèverait la distribution des fonctions entre les ouvriers, les inégales dispositions au travail, l’estimation exagérée ou la dépréciation du talent, la diversité des qualités intellectuelles faire naître une si déplorable confusion que, dès la fixation du premier bilan, les associés se battraient dans l’usine comme de jeunes chevaux dans une écurie (qu’on nous pardonne la comparaison), — et la question sociale serait résolue l
- Pourquoi le caractère des ouvriers n’est-il pas, en général, plus élevé? A quoi faut-il attribuer les causes de cet état de choses? Il est bien difficile de le déterminer : les parents, l’école, l’église, l’usine en sont plus ou moins responsables !
- Nous cherchons vainement un remède [universel pour l’amélioration des conditions sociales. Une multitude de moyens doivent être collectivement employés; mais.pour les mettre, en pratique, il est indispensable qu’il y ait entente entre les patrons et les ouvriers. La question des habitations, celles de l’épargne, des caisses de, prêts et de maladie, de la fourniture à bon marché des aliments et des vêtements sont des sujets qui intéressent tout le monde.
- Ce qui nous paraît le plus exécrable, c’est-le procédé, d’origine étrangère, qui consiste à détourner les ouvriers de leur travail pour les pousser à faire grève.- -Nous voudrions une bonne fois conseiller aux apôtres des ouvriers de consacrer leur activité à des tâches plus nobles, à celles notamment qui se donneraient pour but d’arracher à leurs turpitudes les fainéants, les ivrognes et les joueurs, de les ramener à.leurs familles, de les retenir à leur travail! Ce serait une œuvre bienfaisante et méritoire qui leur vaudrait la sympathie de tous les hommes bien pensants. Nous n’avons pas appris, hélas! qu’ils aient fait le moindre effort dans ce sens. Constamment, au contraire, nous les voyons agir dans une voie opposée. Comme conclusion, nous croyons devoir faire remarquer d’une manière toute particulière que c’est avant tout par une meilleure éducation dans la famille, par l’école et par la religion, qu’on pourra assurer à la génération à venir une existence plus digne et plus heureuse.
- »' . Keller frères.
- Les auteurs de cette lettre en écrivaient une autre, quelques années après, le 29 mai 1877, corrigeant un peu l’impression de découragement qui se dégageait de la lecture de la première. Nous en retirons les lignes suivantes :
- Nous devons reconnaître que, depuis l’élimination des éléments les plus mauvais, nos ouvriers nous ont donné plus de satisfaction. Néanmoins, nous, ne nous sommes pas engagés dans une nouvelle expérimentation du système de la participation et aucun vœu n'a été formulé à ce sujet par le personnel. Nous laissons donc à d’autres le soin de renouveler l’essai. A titre de renseignement, nous vous signalons le mode d’opérer employé avec succès par un fabricant de nos amis. Les procédés de ce patron sont les suivants :
- 1° Une sévérité extrême à l’égard des ouvriers : toute faute est punie par des retenues ou des amendes,
- 2° Aucune préoccupation en ce qui touche le bien-être individuel : les ouvriers doivent s’aider eux-mêmes. (Toutefois la maison loue au personnel des habitations confortables et saines.)
- 3° La construction et l’entretien des machines dans les meilleures conditions, en vue d’une production abondante} et rapide. •">
- lx° Cette production, importante sous le double rapport: de la quantité et de la qualité, a pour résultat de fournir aux ouvriers de plus forts salaires, en même temps qu’elle fait prospérer davantage les affaires du patron.
- Les ouvriers sont satisfaits de ce régime et le préfèrent à toute autre condition de travail.
- Participation aux bénéfices dans la maison Schœffer, Lalance et Cl°
- (blanchiment, teinture, impression et apprêts, à Pfastadt, près Mulhouse).
- La participation de cette maison date de 1874 : elle a ceci de particulier qu’elle n’est que partielle, c’est-à-dire qu’elle ne s’applique qu’à certains travailleurs de choix. Ayant observé à l’époque précitée que, de leurs mille ouvriers, un quart seulement avait plus de cinq ans d’ancienneté, MM. Schaeffer, Lalance et G1* voulurent donner à une partie de leur personnel un intérêt dans la prospérité de l’entreprise, afin de constituer un noyau de travailleurs d’élite sur l’habileté desquels ils pourraient se reposer. Voici comment les statuts déterminèrent les conditions de cette participation :
- Les contremaîtres et ouvriers de lre classe seront seuls admis à participer à cette caisse. Pour être de lre classe, il faut avoir travaillé dans l’établissement pendant trois années consécutives, être âgé d’au moins vingt-cinq ans,, avoir une bonne conduite, ne jamais arriver au travail en état d’ivresse et se distinguer par son zèle et son applica-
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- tion. Les gérants, sur les rapports des chefs d’atelier, arrêteront chaque année la liste des ouvriers de lrc classe ; ils seront libres d’en augmenter le nombre et de rayer de la liste ceux qui ne mériteraient plus d’y figurer.
- Après que l’assemblée générale aura approuvé les comptes de chaque inventaire, les gérants fixeront la somme à distribuer aux contremaîtres et aux ouvriers de lre classe. Cette somme sera répartie entre les ayants droit au prorata de leurs salaires de l’année écoulée. A cet effet, on ouvrira un compte à chacun des intéressés sur un livre spécial ; on divisera les parts individuelles en trois parties égales : le premier tiers sera distribué en espèces; le second tiers sera porté au livret de prévoyance de chacun des ayants droit et produira un intérêt annuel de 5 pour 100 ; le troisième tiers restera au crédit des divers comptes jusqu’au nouvel inventaire ; l’année suivante, cette somme en compte, augmentée de ses intérêts à 5 pour 100, sera ajoutée à la part revenant à chacun et le total divisé par tiers, comme il est dit plus haut.
- Tout participant qui quittera l’établissement de son plein gré perdra sa somme en compte ; celle-ci reviendra à la masse et sera ajoutée à la somme à répartir l’année suivante. On procédera de même à l’égard de ceux qui, par décision des gérants, seront rayés de la lre classe. (Un droit réel sur le troisième tiers n’est donc acquis qu’après l’écoulement d’une année; cette disposition a pour but d’empêcher les ouvriers de quitter l’établissement sans motif sérieux.)
- Il sera nommé par tous les contremaîtres et ouvriers de lro classe un comité consultatif de sept membres (deux contremaîtres, quatre ouvriers et une ouvrière). Lorsqu’un participant aura été renvoyé de l’établissement, soit pour inconduite, soit par suite de chômage, soit pour toute autre cause, ce comité aura à décider si la somme en compte lui sera remise ou fera retour à la masse. Sur l’avis de ce comité, les gérants pourront accorder aux participants des congés temporaires n’entraînant pas la perte de la somme en compte ni les droits à l’ancienneté; mais les permissionnaires devront reprendre leur travail à l’époque convenue.
- Les sommes portées aux livrets de prévoyance ainsi que les sommes en compte ne seront remboursées aux ayants droit, avec leurs intérêts, que lors de la liquidation de chaque compte. La liquidation n’aura lieu que dans les cas suivants :
- 1° A la mort du titulaire;
- 2° En cas de maladie incurable entraînant incapacité de travail dûment constatée par trois médecins que la maison désignera ;
- 3° Après vingt ans de travail consécutif dans la maison et quarante-cinq ans d’âge;
- A0 A 60 ans d’âge.
- Après cette liquidation, si les titulaires travaillent encore dans l’établissement, les sommes totales leur revenant, pour les années suivantes, d’après l’article 5, leur seront versées eh espèces,
- . Voici quelques renseignements fournis par MM. Schaeffer, Lalance et Cie dès le début de la participation dans leur usine, à l’appui de ces statuts :
- Les traitements et les salaires s’élèvent annuelle-
- ment à 700,000 francs environ. La maison considère quelle ne peut étendre les avantages de la participation à tout le personnel, si elle veut — sans assumer des charges trop lourdes — conserver aux parts individuelles quelque peu d’importance et ne pas rendre illusoires les effets du régime. Mais elle a imaginé une ingénieuse innovation qui consiste à dresser, à la suite de l’état des participants effectifs, une liste des candidats à la participation admis en qualité d’aspirants participants. Elle espère attacher ainsi à la maison 100 à 200 ouvriers de plus et étendre peu à peu l’influence du système sur le tiers du personnel. La division du montant individuel en trois parts a pour but : 1° de fournir au personnel les moyens de satisfaire plus aisément à ses besoins présents; 2° de lui faciliter la formation d’un petit capital pour l’avenir ; 3° de l’attacher davantage à l’établissement. Les chefs de l’entreprise reconnaissent les inconvénients qu’il y a à conserver dans la maison les fonds des livrets d’épargne et des comptes individuels ; mais ce mode de procéder — qui d’ailleurs facilite le fonctionnement du système — est imposé par l’absence d’une caisse publique de dépôt destinée à recevoir les épargnes de cette nature.
- Les résultats matériels obtenus de 1874 à 1885 sont relevés dans le tableau que voici :
- Nombre Salaire total Sommes affectées
- des des à la
- Années, participants. participants. participation.
- fr, c. fr. c.
- 187A-75... 112 113,619 20 11.361 92
- 1875-76... 151 155.9A3 35 12.A75 06
- 1876-77... 201 208.252 60 1A.577 70
- 1877-78... 236 235.6AA 90 15.316 90
- 1878-79... 266 263.A13 20 15.80A 80
- 1879-80... 306 30A.898 65 16.769 AO
- 1880-81... 330 329.788 85 19.787 35
- 1881-82.., 310 312.879 75 18.772 80
- 1882-83... 336 331.269 » 19.876 15
- 1883-8A... 3A9 3A9.026 AO 20.9A1 60
- 165.683 68
- Dont à déduire les sommes en compte perdues par les titulaires................. 3.071 52
- 162.612 16
- L’extrait suivant d’une note de M. Auguste Lalance, écrite le 15 avril 1885, permet d’apprécier les résultats moraux î
- Nous avons actuellement 1,05A ouvriers; nous en avions près de 1,000 en 1874. Le nombre des participants est arrivé à peu près au maximum correspondant e notre règlement et nous ne pensons pas l’augmenter.
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- La somme affectée à la participation pourra, dans les années prospères, atteindre jusqu’à 25,000 francs, mais, d’après nos prévisions, elle n’ira pas au delà.
- Vous remarquerez que, dans ces dix ans, 3,071 francs seulement ont été perdus pour les participants, par suite de départs; notre but de fixer davantage nos ouvriers a été atteint. Il y aura toujours des départs, résultant de causes diverses; mais ce que nous avons réussi à combattre, ce sont les départs irréfléchis et sans motifs.
- Participation aux bénéfices dans la filature de coton de MM. Chessex et Iiôssly, à Schajfhouse (Suisse).
- Cet établissement occupe environ 150 ouvriers, dont 109 femmes. La participation aux bénéfices y a été établie en 1868 ; elle est organisée de la manière suivante :
- Chaque année, on prélève sur les bénéfices, en faveur des ouvriers, un tant pour cent déterminé. La maison met en réserve une fraction de ce prélèvement, en vue d’éviter que, pendant les mauvaises années, les participants ne soient privés de tout encouragement ; en outre, elle ne distribue pas en espèces la totalité des fonds à répartir. Une partie de ceux-ci est versée dans une caisse destinée à assurer les ouvriers contre le besoin en cas de maladie et à augmenter les secours ordinaires alloués aux travailleurs victimes d’accidents (la somme retenue dans ce but est d’ailleurs peu importante, la maison fournissant à la caisse des malades son concours pécuniaire). Le reste du fond de répartition est inscrit dans des livrets d’épargne et porte intérêt ; les participants ont la faculté de le retirer ou de l’augmenter, mais la caisse n’opère les remboursements que par acomptes : fin mars (un quart), fin juin (un quart), et fin décembre (le solde). De l’avis des patrons, ce mode de répartition stimule les travailleurs à épargner leurs gratifications, à en faire des dépôts productifs d’intérêts, à se créer ainsi des ressources pour les moments de gêne ; d’un autre côté, il permet aux chefs de la maison de se rendre compte des progrès des ouvriers sous le rapport économique ; car les livrets d’épargne passent sous leurs yeux à la fin de chaque année, au moment de l’inscription des nouvelles parts.
- Les sommes qui restent à la caisse d’épargne au delà, du nouvel an, ainsi que les dépôts volontaires jouissent d’un intérêt plus élevé.
- Les ouvriers qui quittent la maison ou qui en sont
- congédiés pour cause d’inobservation du règlement, perdent tous droits sur les sommes non encore disponibles, dont le montant est versé dans la caisse des malades. Ceux qu’on est obligé de congédier sans que, par leur conduite, ils aient provoqué cette mesure, reçoivent à leur sortie le montant total de l’épargne, augmenté des intérêts.
- Cette organisation a procuré jusqu’ici aux ouvriers ordinaires une augmentation de salaire d’environ 5 pour 100 ; mais cette augmentation a été beaucoup plus sensible pour les anciens travailleurs et les contremaîtres, qui participent aux bénéfices dans des proportions plus importantes.
- Aucun droit de contrôle n’est accordé au personnel.
- A diverses reprises, la maison a déclaré qu’elle était satisfaite des résultats obtenus.
- Participation dans les bénéfices dans la Société anonyme de filature de Schaffhouse (Actien-Gesellschaft Kammgarn-Spinnerei Schaffhausen).
- L’établissement occupe à peu près 300 ouvriers et fait mouvoir 17,000 broches. Il a d’abord appartenu à M. Schœller qui, en 1867, s’associant avec M. Lang, inséra dans l’acte de vente une stipulation en faveur de la participation du personnel aux bénéfices. Cette stipulation portait qu’il était attribué aux ouvriers un tant pour cent déterminé et invariable du produit net annuel, que le chiffre de ce taux ne devait être connu que des chefs de la maison, que les parts individuelles devaient être proportionnées au montant des salaires, tout en subissant légèrement l’influence de l’ancienneté, mais que cependant, avant toute répartition, on devait pourvoir aux besoins de la caisse des malades, dans des conditions suffisamment larges pour que le concours pécuniaire des ouvriers ne fût pas nécessaire.
- Ce système continua à être appliqué lorsqu’en 1878 la maison Schœller et Lang devint Schœller et fils. En 1885, lorsque la firme fut transformée en Société anonyme, il fut stipulé dans les statuts que 10 pour 100 des bénéfices nets annuels, après déduction de l’intérêt de 5 pour 100 à servir au capital-action, seraient inscrits au crédit du compte des ouvriers, pour être employés à subventionner la caisse des malades, à payer les primes
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- ! d’assurances en cas d’accidents, et à fournir au personnel des gratifications et des pensions. On ajouta J que le conseil d’administration aurait seul qualité pour déterminer la destination de ces fonds.
- Pendant les dernières années, une grande partie des sommes provenant de la participation a été versée à une Compagnie d’assurances pour servir à constituer des pensions de vieillesse (altersrente) en laveur d’ouvriers ayant plus de douze ans de services. Chaque pension est de 150 francs et l’intéressé en a la jouissance à l’âge de 55 ans. Les gratifications ne sont pas remises directement en espèces; la maison les inscrit dans les livrets d’épargne où ! elles produisent intérêt : le participant peut en toucher la moitié au bout de six mois et la totalité après un an de dépôt. -
- Participation aux bénéfices \ dans la fabrique de tapis de John Crossley and sons,
- \ r. à Halifax (Angleterre).
- L’établissement Crossley, d’Halifax, est l’un des ! plus grands du monde entier : il est universellement ] connu. En 1868, M. Crossley, propriétaire de cette fabrique, transforma la firme sociale en une société par actions limited au capital de 1 million 100,000 livres (27 millions 500,000 francs) divisé en actions de 10 livres ou 250 francs. Lui-même resta propriétaire de 800,000 livres, soit 20 millions, et \ répartit le reste du capital entre 1,130 actionnaires. Il imagina alors,, pour engager ses ouvriers à devenir actionnaires, à leur accorder non seulement l’avance des fonds nécessaires, mais un droit de pré-! férenoe pour l’acquisition des titres. Les ouvriers | actionnaires, d’après son système, devaient payer les intérêts des avances au taux de 5 pour 100 et rembourser le capital emprunté avec leur part de dividende., C’est en suivant cette méthode que, la première année, sur un dividende de 15 pour 100 distribué, un tiers , constitua l’intérêt du capital avancé et .les deux autres tiers furent inscrits au compte de chaque participant comme capital rem-î boursé.
- Tout ce que nous savons, c’est que, dès la première année, environ 10,000 actions représentant p^r conséquent 100,000 livres ou 2 millions 500,000 francs furent souscrites dans ces conditions par 150 ouvriers et employés de la maison sur un
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- personnel de 5,000 travailleurs. Assurément c’est peu. -
- L’auteur anglais Thornton, qui dans son ouvrage On labour parle de ce mode de • participation tout particulier, affirme que l’organisation a fonctionné jusqu’ici à la satisfaction de tous les intéressés.
- « Le contremaître qui me servait de guide pendant ma visite à la fabrique, raconte-t-il, me parlait avec enthousiasme des avantages du système imaginé par MM. Crossley. L’établissement, depuis qu’il était devenu limited, avait pris, d’après lui, des développe-i mènts extraordinaires. Les bâtiments couvraient plusieurs arpents dé terrain, et cependant on ne trouvait que difficilement la place pour de nouvelles machines devenues nécessaires. Une telle, extension des affaires ne pouvait être attribuée, disait-il, qu’à ce fait qu’un plus grand nombre de personnes s’intéressait au succès de l’entreprise. Jusqu’alors ses camarades et lui avaient cru agir dans toute la mesure dè leurs moyens pour assurer la prospérité de la maison; mais ils reconnaissaient que leur concours était susceptible de se développer dans des proportions bien plus larges et ne devait même pas être dédaigné lorsqu’il s’agissait de procurer à l’entreprise de nouveaux clients. »
- Cependant il y a une sourdine à mettre à cet enthousiasme. L’auteur allemand, Prince-Smith, qui parle aussi de ce système de participation, prétend de son côté que bien peu d’ouvriers ont fait chez MM. Crossley leurs dépôts au moyen de leurs épargnes, et que bon nombre d’actions prises par eux l’ont été au nom de capitalistes qui, par ces intermédiaires, s’assuraient un droit de préférence pour des titres très estimés et très rémunérateurs.
- D’autre part, MM. Crossley, répondant à une lettre de renseignements qui leur a été adressée sur les, résultats du nouveau régime, se sont contentés d’écrire laconiquement cette phrase : « Un grand nombre de nos ouvriers ont des actions de la Société, ce qui assure .leur zèle dévoué et la prospérité de la fabrique. »
- Participation aux bénéfices dans la fabrique de toiles peintes% de MM. Geilinger frères à Winterthur (Suisse)* <•
- Yoici encore un exemple de participation appliquée seulement durant un certain nombre d’années,
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- puis abandonnée en présence du peu de résultat obtenu.
- La fabrique occupe 90 à 100 ouvriers. La participation y a été organisée en 1867. Tous les ouvriers y étaient admis.
- En 1867, elle avait apporté aux ouvriers ordinaires 5 pour 100 des salaires ; de 1868 à 1870, 1 à 2 pour 100 ; en 1872, 10 pour 100 ; et, en 1873 et 187A, 12 à 20 pour 100 ; mais les contremaîtres et les employés supérieurs ont obtenu des parts plus élevées.
- La répartition était à peu près proportionnelle au montant des salaires. L’ancienneté, les services spéciaux, l’exactitude, la régularité étaient récompensés par une élévation des parts; la paresse, les chômages résultant de l’inconduite, etc., donnaient lieu à une réduction. Les parts de bénéfices étaient payées comptant : aux enfants, sous la forme de gratifications de nouvel an ; aux adultes, en partie à la clôture de l’exercice, en partie par fractions à des époques déterminées. Le personnel n’avait pas la faculté de contrôler les écritures.
- Voici en quels termes, à l’occasion d’une enquête sur le régime de la participation, l’un des chefs de la maison en apprécie l’application chez lui :
- En raison des faibles résultats fournis par les exercices 1868-1871, il n’est pas possible d’émettre une opinion concluante sur l’influence de ce régime. Quelques-uns des ouvriers semblent peu apprécier la perspective de participer aux bénéfices; mais un grand nombre d’autres, notamment les éléments les plus solides et les meilleurs de notre personnel, démontrent par leurs paroles et par leurs actes qu’ils s’intéressent vivement à cette institution. A ma grande joie, je puis ajouter que pas un seul participant ne s’est servi de la somme qui lui était allouée sur les. bénéfices de l’exercice 1872, répartie en 1873, pour se livrer à des excès, et qu’en général, il a été fait un bon emploi de cette ressource. Aussi suis-je de plus en plus persuadé que lorsqu’on se décide à accorder au personnel une part des bénéfices, ce qu’il y a de plus logique à faire, c’est de lui payer tout de suite en espèces. L’intéressé sait mieux que personne où le bât le blesse et bien souvent ce n’est pas avec un livret d’épargne qu’on peut lui venir en aide. Celui qui réellement est en situation de mettre quelque argent de côté le confiera volontiers, de lui-même, à la caisse d’épargne et je sais qu’une bonne partie de notre personnel est entrée dans cette voie. Sur les uns, la participation a exercé une influence absolument favorable; chez d’autres, par contre, il n’y a pas grand’chose à espérer.
- Dans une deuxième lettre, datée de novembre 187/1, il est dit :
- En général, je dois l’avouer, les espérances que m’avait fait concevoir au début le système de la participation rie se sont pas entièrement réalisées. Sous bien des rapports,
- les ouvriers ne comprennent pas encore que toute négligence dans l’accomplissement de leurs obligations est aussi préjudiciable à celui qui la commet qu’aux autres coopérateurs. Les excitations auxquelles les ouvriers ont été en butte pendant ces dernières années, et l’effrayante exagération qu’on a faite du tableau de leur misère et des bénéfices des patrons ont certainement contribué à amener ce résultat. Je déplorerais que l’État intervînt en fa-véur de la participation aüx bénéfices par voie législative. D’un autre côté, l’application de ce régime à des entreprises de l’État ne me paraît possible et avantageuse que dans un petit nombre de cas. Sa mise en pratique dans l’adriiinistration dgs postés et télégraphes se ferait peut-être au détriment du public.
- Dans une communication la plus récente (datée du 23 mai 1877), M. J.-J. Schappi, ancien associé ! qui s’était retiré de l’entreprise depuis environ deux ans et demi, a dit :
- A ma connaissance, il n’y a aucun fait nouveau à signaler. Les conditions de l’organisation ne se sont pas modifiées et le taux de la participation est resté le même. Malheureusement les résultats des derniers exercices n’ont pas été avantageux. On n’a pu distribuer que de faibles parts individuelles, et, par suite, beaucoup d’ouvriers n’ont pas attaché une grande importance à cette recette accessoire et incertaine. ’
- CHAPITRE III
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- Les Syndicats professionnels dans l’industrie textile.
- Un mouvement bien digne d’attention se produit depuis quelques années dans les contrées industrielles de l’Europe. Partout les artisans se groupent par professions pour défendre les intérêts de leur métier. Ce mouvement, tout spontané d’abord, est devenu si puissant qu’il a entraîné les législateurs. Ceux-ci, décidés par l’opinion, d’hostiles ou indifférents qu’ils étaient, sont devenus favorables et ils ont songé à réglementer cés sociétés nées sans eux. Spectacle étonnant, car ces associations dont ôn s’occupe tant aujourd’hui, que l’on permet, auxquels on confère des droits, étaient, il y a encore un quart de siècle, proscrits par l’opinion et par la loi.
- Le moyen âge avait vu un mouvement tel que celui dont nous sommes témoins. Les artisans de ces cités s’étaient, dès les xme et xive siècles, formés en associations et leurs sociétés, reconnues par les législateurs d’alors,- devinrent nombreuses et fortes. Mais bientôt les gouvernants, pour contenter le
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- besoin d’argent qui les tourmentait, portèrent à l’institution deux graves atteintes. Us mirent sur les compagnies de métiers des impositions de toute sorte, ce qui obligea ces compagnies à augmenter leurs droits de réception et à rendre conséquemment plus difficile l’accès de la profession. Mais surtout ils eurent l’idée funeste de créer pour les vendre des charges de maîtres : de sorte que, pour avoir droit d’exercer un métier, il ne fallait plus être capable, mais pouvoir payer un certain prix. Enfin, la réglementation fit rage, comme nous le démontrons plus loin.
- Les corporations, attaquées avec ardeur par les écrivains du xvme siècle qui leur reprochaient avec raison le monopole dont elles jouissaient, leur esprit d’exclusion, leurs règles étroites ennemies des inventions et des perfectionnements, furent supprimées par Louis XVI, à la sollicitation du ministre Turgot en 1776. Mais ce dernier, en obtenant cette mesure, obtint aussi qu’il fût défendu aux artisans de s’associer même librement. Des mesures de police furent prises aussi à l’égard des artisans, car on ne prétendait point, en supprimant la surveillance que les corporations exerçaient sur leurs membres, laisser ceux-ci sans règles. D’après l’édit de 1776, nul ne pouvait exercer une industrie ou un commerce sans une déclaration préalable faite à la police. Cette déclaration contenait les noms, demeure et profession du déclarant, et elle devait être renouvelée à tout changement de domicile ou de métier. Qui cessait d’exercer sa profession devait le déclarer aussi. Les noms et adresses des ouvriers employés devaient être tenus à la disposition du lieutenant de police. Enfin, dans chaque quartier ou section de quartier, les artisans et commerçants devaient nommer des syndics chargés de faire observer les règlements de police, de veiller au moins à leur exécution et de signaler toute infraction.
- L’Assemblée constituante de 1791, qui abolit définitivement les corporations de métiers, un instant rétablies après la chute de Turgot, ne remit pas en force les autres dispositions de son édit; mais comme lui elle défendit aux artisans de former même des associations volontaires. C’est là une prohibition qui n’a été levée que cinq ans seulement avant l’Exposition de 1889, par la loi de 1884.
- Dans les lignes qui vont suivre, nous allons rapidement indiquer d’abord ce qu’ont été les associations professionnelles se rattachant à l’industrie
- textile.sous le régime des corporations ; puis, ce que sont avant 1889 ces mêmes associations sous le régime de la loi de 1884.
- LES ASSOCIATIONS PROFESSIONNELLES DE L’INDUSTRIE TEXTILE SOUS LE RÉGIME DES CORPORATIONS
- Les corporations, avons-nous besoin de rappeler ce qu’elles étaient? La plupart de nos lecteurs le savent, et, du reste, nous venons de l’indiquer.
- Au fond, un seul sentiment animait ces associations : l’exclusivisme ; et chez elles, on s’occupait moins de faire que d’empêcher les autres de produire.
- Ce fut Colbert qui organisa légalement leurs privilèges. Ce ministre édicta, en quelques années, cent cinquante règlements et, en 1669, quatre grandes ordonnances qui enserrèrent l’industrie — celle des textiles notamment — dans un réseau d’où elle ne pouvait s’échapper. Toute initiative personnelle était sévèrement réprimée. 11 donna certains procédés qui devaient être employés à l’exclusion de tous autres : toute innovation constituait une contravention. ^
- Quelques exemples feront mieux saisir notre appréciation.
- Voici, entre autres, l’ordonnance du mois d’août 1669, prescrivant les longueur et largeur que doivent avoir les draps, serges rases, façons de Metz, de ChâÏ07is, de Reims, de camelots, bouracans, étamines, fracs, droguets, tiretaines. Elle accorde, pour son exécution, un délai de quatre mois, après lequel tous les anciens métiers seront brisés. Le nombre des fils à la chaîne, la longueur du peigne, la qualité de la laine sont déterminés. Tous les draps devaient être visités ou marqués au retour du foulon, et confisqués, s’ils n’étaient pas conformes aux règlements. On peut juger par là de la situation des fabricants de draps.
- Mais ce ne fut pas tout. Le 18 mars 1671, le même ministre publia une instruction en trois cent dix-sept articles pour composer les couleurs.
- Les règlements concernant le lissage entrent dans les plus minutieux détails. Les laines doivent être visitées avant d’être mises en vente. Elles ne doivent pas être tenues dans un lieu humide, ni être mouil-
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- lées, ni être mêlées de qualités différentes, sous peine de 100 livres d’amende.
- Une autre ordonnance du 16 octobre 1717 prescrit un poids de quatre onces pour les bas d'hommes, ni plus ni moins. Toutefois, elle permet de fabriquer des bas de moindre poids pour l’étranger. Elle accorde, en outre, à la ville de Lyon, la permission de fabriquer des bas avec de la soie teinte; mais elle maintient la prohibition pour les autres villes de fabrique. Un arrêt du 21 novembre 1720 autorise la fabrication de bas à deux fils pour l’Italie et autres pays du Midi. Une nouvelle ordonnance du 6 mai 1769 augmente le poids des bas : les bas de filoselle pour hommes pèseront cinq onces, pour femmes, trois onces.
- En 1676, paraît un règlement pour les fabriques de toile de Normandie, prescrivant la qualité du lin ou du chanvre, le nombre des fils pour les toiles blancardes et fleuret, la longueur et la largeur qu’elles doivent avoir, défendant de les blanchir et de les acheter sans qu’elles soient marquées. L’ordonnance de 1711 impose l’obligation de porter à cette fin, à la halle de Rouen, toutes les toiles de métier.
- Cependant, jusqu’au 28 octobre 1669, la chapellerie avait échappé à ces règlements; alors, ils lui permettent l’emploi de la pure laine, du castor et de quelques autres poils, ils prohibent formellement celui du poil de lièvre. Des chapeliers s’étant avisés, pour rendre les chapeaux plus solides, de mêler le poil de vigogne au poil de castor, la corporation elle-même demanda un édit qui interdit cette innovation. Elle l’obtint, mais par cela même supprima notre exportation en Angleterre et en Allemagne.
- A tout instant, nos fabricants s’apercevaient qu’ils ne pouvaient produire ce que leur demandait l’étranger. Alors, ils sollicitaient le gouvernement de vouloir bien apporter quelques modifications à ses règlements. Ainsi, en 1669, prescription d’une largeur spéciale pour les draps du Levant; arrêt du Conseil du 22 octobre 1697 la modifiant; autre arrêt du 20 novembre 1708, apportant de nouvelles modifications. Une ordonnance de 1669 fixe à une aune la largeur des serges et ratines du Dauphiné. Les étrangers refusent de les prendre. Ce ne fut qu’en 1698 qu’on permet aux fabricants de revenir à l’ancienne largeur. Pendant vingt-neuf ans, cette industrie avait donc été condamnée à perdre ses débouchés au dehors. Le 20 novembre I7â3, un arrêt règle les largeurs des draps de Sedan; le 12 janvier 17hh, un autre prescrit de nouvelles largeurs.
- h9-
- Aujoürd’hui, le fabricant tissait une étoffe que le lendemain un règlement lui défendait de vendre.
- Pour maintenir cette réglementation, sans cesse, la maréchaussée, les inspecteurs tombaient dans les ateliers, bouleversant tout, s’appropriant, les procédés secrets, les dévoilant, suspendant le travail, ruinant souvent le crédit par une fausse ou mauvaise interprétation de l’état des affaires; « coupant, dit Roland, qui était un de ces inspecteurs, souvent quatre-vingts, quatre-vingt-dix, cent pièces d’étoffe, dans une seule matinée, en confisquant un nombre énorme, frappant en même temps le fabricant de lourdes amendes, brûlant les objets de contravention en place publique, les jours du marché, les attachant au carcan avec le nom du fabricant, et menaçant de l’y attacher lui-même en cas de récidive ». Et pourquoi toutes ces sévérités, toutes ces inquisitions? Uniquement pour une matière inégale, ou pour un. tissage irrégulier, ou pour le défaut de quelque fil en chaîne, ou pour celui de l’application d’un nom, quoique cela provînt d’inattention, ou pour une couleur de faux teint, quoique donnée pour telle. « J’ai vu faire, continue Roland, des descentes chez des fabricants, avec une bande de satellites, bouleverser leurs ateliers, répandre l’effroi dans leur famille, couper des chaînes sur le métier, les enlever, les saisir, assigner, ajourner, faire subir des interrogatoires, confisquer, amendes, les sentences affichées, et tout ce qui s’ensuit : tourments, disgrâces, la honte, frais, discrédit. Et pourquoi? Pour avoir fait des pannes en laine qu’on faisait en Angleterre, et que les Anglais vendaient partout, même en France; et cela, parce que les règlements de France ne faisaient mention que des pannes en poil. »
- Gela se passait à la fin du xviii® siècle. Un arrêt de 178A prescrit que la longueur des mouchoirs fabriqués dans le royaume sera égale à la largeur.
- Le carcan pour les marchandises était ordonné par l’édit de 1679, avec affichage du nom du fabri-;, cant et des ouvriers coupables. A la seconde récidive, les hommes étaient accrochés au pilori en compagnie de la marchandise.
- Ajoutons qu’en raison de ces règlements, les gens de loi exploitaient habilement les corporations, faisant vibrer la corde des susceptibilités professionnelles pour entamer des procès sur l’interprétation des privilèges embrouillés et des immunités labyrinthiques des unes et des autres, procès qui, étant interminables, constituaient de véritables fiefs plan-
- iii. — Fascicule.
- Supplément a l’Industrie textile du 15 Mai.
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- tüfeux au profit de certains cabinets d’avocats et de
- certaines études de procureurs. Lorsque Louis XVI abolit ces institutions surannées, il y avait des procès durant depuis quatre cents ans, avec des milliers d’incidents, et les frais de justice absorbaient 85 pour 100 du produit des cotisations, le reste passant aux cérémonies religieuses de la fête du patron, qui, avec la chicane, constituaient la grande occupation corporative.
- LES ASSOCIATIONS PROFESSIONNELLES DE L’INDUSTRIE TEXTILE SOUS LE RÉGIME DE LA LOI DE 1884.
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- La Constituante avait dépassé le but. En prohibant toute association de gens de même profession, elle avait violenté la nature humaine, qui pousse à se grouper les individus ayant des intérêts identiques, exerçant le même métier.
- Aussi, malgré la loi, quelquefois dans le secret, le plus souvent sous le regard bienveillant de l’administration, de nombreuses associations professionnelles se formèrent de tous côtés. Bon nombre d’entre elles maintinrent longtemps leur organisation, d’autres se transformèrent en sociétés de secours mutuels. Mais ce mouvement, né de la force des choses, s’accentua singulièrement pendant les vingt-cinq dernières années qui précédèrent 1884. Le rapide développement des manufactures, la concentration des industries dans les villes, le changement dans la proportion des populations agricoles et manufacturières, firent naître de nombreuses associations ; toutefois la différence des situations et des buts poursuivis différencia sensiblement les syndicats de patrons et ceux des ouvriers.
- Au moment où a été promulguée la loi de 1884, il existait à Paris un certain nombre de syndicats patronaux de l’industrie textile se composant d’adhérents payant une cotisation et élisant la Chambre syndicale proprement'dite. Celle-ci n’était le plus souvent composée que d’une vingtaine de membres consacrant gratuitement leur temps aux intérêts communs. Voici les chiffres indiqués par la statistique de 1884 à 1889:
- 1884 .. 101 1887 .. 598
- 1885 .. 285 1888 .. 859
- 1886 .. 359 1889 .. 877
- Cette organisation est encore celle qui existe aujourd’hui. Voici à peu près les diverses fonctions que remplissent les chambres parisiennes dont nous parlons:
- 1° Toutes les fois que des débats s’élèvent au sujet des tarifs de douane, des traités de commerce, de la fixation des impôts, les Chambres syndicales prennent auprès des pouvoirs publics la défense des intérêts de leur commerce ou industrie particulière.
- 2° Elles aident leurs membres à soutenir leurs intérêts contre les administrations publiques et les municipalités. Si l’on songe à la quotité des contributions et des taxes municipales à Paris et dans les grandes villes, on comprend l’importance de cette fonction.
- 3° Le tribunal de commerce de la Seine, voyant de jour en jour les affaires arriver plus nombreuses à la barre, a pris peu à peu l’habitude de renvoyer les parties à l’arbitrage des Chambres syndicales. Leurs décisions sont presque toujours ratifiées : cette mesure était illégale avant la loi de 1884, mais cette dernière l’a sanctionnée en autorisant par son article 6 les tribunaux de commerce à consulter les Chambres syndicales sur toutes les questions contentieuses. Nous ajouterons que, même en dehors du renvoi ordonné par le tribunal, beaucoup d’affaires sont conciliées directement, moyennant 5 ou 10 francs, par les bureaux des Chambres syndicales, sans qu’il y ait eu assignation. On peut dire à ce propos que, sans leur intervention, le tribunal de commerce de la Seine serait absolument impuissant à remplir sa tâche légale.
- 4° La décadence de l’apprentissage, les funestes conséquences qu’elle entraîne pour certaines industries ont poussé plusieurs syndicats à créer des écoles professionnelles. Nous pouvons citer, parmi celles de ces institutions qui de près ou de loin peuvent être considérées comme se rattachant à l’indus-drie textile, les écoles fondées et dirigées par les Chambres syndicales de la confection pour dames, des corsets, des dentelles, de la passementerie, de l’ameublement, l’école professionnelle des apprentis tailleurs, etc.
- 5° Mais il faut bien l’avouer, la raison qui trop souvent a provoqué les patrons à former des Chambres syndicales a été la nécessité de résister aux grèves. C’est seulement par cette union étroite des patrons que leur résistance a pu être efficace.
- La plupart des Chambres syndicales patronales
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- -de Paris sont organisées en groupes importants. Celles qui se rapportent plus particulièrement à l'industrie textile font partie de deux de ces groupes: l’Union nationale du commerce et de l’industrie, qui réunit actuellement 86 Chambres dont 9 textiles et fait paraître un journal hebdomadaire qui porte le même nom quelle, et l’Association générale du commerce et de l’industrie des tissus qui fait paraître un bulletin mensuel.
- L’ Union nationale, dont le siège est 10, rue de Lancry, est, comme on le voit, le plus important des deux groupes. Son syndicat général, qui se compose des présidents et secrétaires de toutes les Chambres fédérées, a organisé les services suivants :
- 1° Un service pour les brevets d’invention et les marques de fabrique tant à l’étranger qu’enFrance; 2° un service de contentieux ; 3° la vérification des feuilles de contributions; Zi0 un laboratoire d’essais et d’analyses chimiques; 5° un service de renseignements commerciaux; 6° la vérification des lettres de voitures; 73 un office de traductions; 8° un office d’assurances. Enfin le journal du groupe syndical publie à prix réduit des annonces commerciales des adhérents des syndicats.
- L’organisation de ce groupe est très puissante. Il prend l’initiative de la fondation de nouvelles Chambres syndicales, auxquelles, par l’économie de ses services généraux, il donne les moyens de vivre. A l’extérieur, il exerce aussi une certaine action, en dirigeant les élections du tribunal et de la Chambre de commerce, en organisant la section française aux principales expositions de l’étranger, etc.
- Voici, parmi les Chambres syndicales appartenant à ce groupe, celles qui se rapportent à l’industrie textile :
- 1° Chambre syndicale du commerce des laines;
- 2° Chambre syndicale de la bonneterie ;
- 3° Chambre syndicale des tissus et nouveautés ;
- 4° Chambre syndicale des teinturiers en soie, laine, coton, etc. ;
- 5° Chambre syndicale de la teinture et du nettoyage ;
- 6° Chambre syndicale des confectionneurs pour hommes et enfants ;
- 7° Chambre syndicale de la draperie ;
- 8° Chambre syndicale de la passementerie, boutons, etc. ;
- 9° Chambre syndicale des marchands-tailleurs.
- Quant à Y Association générale du commerce et de Vindustrie des tissus et matières textiles, dont le siège est 8, rue d’Aboukir, elle se divise en autant de sections qu’il y a parmi ses membres de représentants d’industries textiles diverses. Son organisation est la même.
- Voyons maintenant les associations professionnelles ouvrières.
- Avant la loi de 1884, il existait également à Paris un certain nombre de syndicats ouvriers. Bon nombre d’entre eux cependant n’existaient que sur le papier. Comme on le sait, en effet, au moment des grèves les ouvriers affluent ; mais en temps de travail normal ils se retirent pour ne pas payer leurs cotisations.
- Voici les chiffres indiqués par la statistique de 1884 à 1889:
- 1884 68 1887... .... 501
- 1885 .. 221 1888... .... 725
- 1886 .. 280 1889... .... 821
- En somme, il n’y a donc qu’une faible partie des ouvriers engagés dans les syndicats ; mais cette minorité organisée puise dans son organisation et dans la désorganisation de la majorité une telle force qu’elle mène parfois tout le corps d’état. Puis l’envoi de délégations ouvrières aux expositions universelles, les subventions que l’État et le Conseil municipal de Paris accordent aux syndicats à cette occasion, donnent une impulsion factice à l’organisation syndicale.
- Parmi les causes qui ont agi sur la formation des syndicats professionnels, il nous faut également signaler l’action des sociétés secrètes révolutionnaires, qui ont cru voir dans cette organisation un moyen d’augmenter leur puissance, Depuis 1871, l’Internationale et le Social democrat Partei ont substitué comme base de leur formation le groupement corporatif à la « section » composée primitivement d’adhérents appartenant à des professions diverses. Parmi les syndicats ouvriers de l’industrie textile, Y Association philanthropique des ouvriers tailleurs, par exemple, était, dès 1867, affiliée à l’Internationale et faisait appel à l’aide des ouvriers étrangers pour soutenir ses grèves.
- L’organisation de ces syndicats est à peu près uniforme. La plupart du temps, un bureau de quinze à vingt membres, élu par l’assemblée générale et renouvelé annuellement, dirige l’association et perçoit les cotisations.
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- Eux aussi se sont fédérés comme les syndicats de patrons. Les deux principaux groupes de Paris sont : X Union des syndicats ouvriers de France et VUnion fédérative. L’une et l’autre ont leurs journaux. La première a comme organe le Moniteur des syndicats ouvriers qui porte en sous-titre le qualificatif « journal républicain socialiste », ce qui suffit à en caractériser les tendances; la seconde, qui se subdivise en fédérations régionales, possède de son côté pour organe le journal le Prolétariat, qui puise ses inspirations à l'Internationale.
- Ces indications générales établies, nous allons examiner, dans les différentes branches de l’industrie textile, les principaux types d’associations syndicales fonctionnant au moment de l’Exposition.
- SYNDICATS. PROFESSIONNELS SE RAPPORTANT A'L’INDUSTRIE DE LA SOIE.
- Association de la fabrique lyonnaise.
- Cette association, qui a son siège à Lyon, 7, rue de la République, a été fondée en 1868. Elle compte environ 200 membres. Elle est représentée par une chambre syndicale composée de 20 membres élus pour cinq ans et renouvelables par un cinquième et par an. Un membre n’est rééligible qu’après un an d’intervalle.
- Le bureau nommé chaque année comprend : un président, un vice-président, un trésorier et un secrétaire.
- Elle a pour but l’étude et la défense des intérêts généraux de l’industrie des soieries, soit :
- 1° De créer un centre d’action et de surveillance qui aide au développement et à la prospérité des diverses branches de l’industrie soyeuse.
- A cet effet, l’association possède la collection complète des tarifs de douanes de tous les pays, tarifs qu’elle tient au courant de toutes les modifications qui surviennent et dont elle prévient ses adhérents.
- Elle possède également les lois, textes divers et de nombreux documents se référant aux diverses sections de la propriété industrielle : marques de fabrique, dessins, etc.
- Les lois et la jurisprudence concernant les impôts (contribution foncière, mobilière, des portes et
- fenêtres, patentes, etc.), l’enregistrement, sont étudiées et suivies avec attention, et une foule de difficultés sont journellement résolues, avec promptitude et au mieux des intérêts des adhérents.
- 2° L’association facilite le règlement des litiges qui peuvent s’élever soit entre ses adhérents, soit entre un adhérent et un commissionnaire ou un entrepreneur de tissage à façon, etc.
- Ces litiges sont portés directement devant les membres de la chambre par les parties ou renvoyés par le Tribunal de commerce.
- Dans la plupart des cas voici la procédure suivie : les parties exposent devant le président de la .Chambre syndicale de l’association les divers points du litige qui les divise. Après cet exposé, on leur demande si elles sont dans l’intention de terminer ce litige devant la chambre syndicale. S’il y a réponse affirmative, ce qui arrive dans la plupart des cas, les parties signent un compromis relatant les points du litige et posant les questions à résoudre ; les parties désignent dans le compromis chacune un arbitre et nomment, d’accord, le président de la Chambre comme troisième arbitre; elles donnent pouvoir à ces arbitres de statuer en dernier ressort comme amiables compositeurs.
- Les trois arbitres signent l’acceptation de mission, discutent et rendent une sentence arbitrale qui est notifiée aux parties.
- Les fonctions d'arbitres ou d’experts sont, en principe, gratuites. — Un simple droit de 10 francs par partie en cause est perçu au profit de la caisse de l’association.
- 3° L’association organise la mise en commun de tous les renseignements recueillis sur la moralité et la solvabilité de la clientèle.
- Le service des renseignements commerciaux a une très grande importance, si l’on remarque que les affaires de la fabrique lyonnaise représentent au moins ZiOO millions de francs par an.
- Voici succinctement comment fonctionne ce service : un sociétaire indique au chef de service le nom et l’adresse d’un client dont il désire connaître la moralité, la solvabilité, le genre d’affaires, etc.
- Si le nom demandé n’existe pas dans les archives, le service écrit immédiatement aux correspondants de la localité où se trouve le client, et par retour du courrier, ou à peu près, les renseignements arrivent.
- Un renseignement est toujours demandé à plusieurs sources et se trouve ainsi contrôlé ipso facto.
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- Une feuille isolée est affectée au client en question. C’est la fiche.
- Plus tard, six mois, un an après, sur nouvelle demande d’un sociétaire, de nouveaux renseignements sont pris et inscrits sur la fiche à leur date.
- En un mot, la fiche devient une sorte de casier commercial indiquant les transformations et les vicissitudes de la clientèle de la fabrique.
- Les renseignements sont communiqués, au siège de l’association. Cette mesure a pour objet d’obliger le plus possible le sociétaire à faire part des notes et renseignements qu’il possède lui-même. Cette pratique assure la véritable mise en commun des informations.
- Le nombre des fiches au 31 décembre 1888 s’élevait à 32,153, se divisant comme suit :
- Paris.................... 8.081
- Province................ 13.857
- Étranger................ 10.215
- Enfin un service de contentieux centralise les poursuites et représente les sociétaires dans les faillites, arrangements ou autres affaires litigieuses.
- Le contentieux donne lieu à une perception qui, en dehors du remboursement des déboursés et des frais judiciaires, ne peut s’élever au-dessus de 5 pour 100 du capital encaissé. Ces 5 pour 100 sont attribués : h pour 100 au correspondant de l’association et 1 pour 100 à la caisse de la Société.
- De 1872 à 1888 inclus, le service du contentieux s’est occupé, pour compte des adhérents, de 1,796 affaires représentant un passif de 18,099,587 francs.
- Les ressources de l’association s’élèvent annuellement à 30,000 francs environ provenant : 1° des cotisations annuelles de 150 francs par maison adhérente; 2° du produit des honoraires sur recouvrements litigieux ; 3° de divers remboursements laits par des sociétés qui ont leurs archives et leurs services installés dans les locaux de l’association.
- Les dépenses (traitement du personnel, renseignements, impôts, abonnements et souscriptions, loyer, etc.) absorbent à peu près la totalité des recettes.
- Au 30 décembre 1888, soit après vingt ans d’existence, l’actif disponible s’élevait à 22,037 fr. 15.
- La chambre syndicale s’occupe de toutes les questions économiques, industrielles et commerciales qui intéressent l’industrie des soieries, telles que traités de commerce, tarifs douaniersj admission tempo-
- raire des fils et tissus, etc., les lois sur la propriété industrielle, sur la durée du travail dans les manufactures, les transports, etc., etc.
- La chambre a prêté son concours à la Chambre de commerce pour l’organisation des expositions auxquelles a participé la fabrique comme à Vienne, Philadelphie, Paris, et quelquefois même se charge, avec l’appui de la chambre de commerce qui lui vote une subvention spéciale, de la direction et de l’organisation complète comme à Melbourne, Amsterdam et Anvers.
- Les élections commerciales au Tribunal, à la Chambre de commerce, au Conseil de prud’hommes, sont aussi l’objet de ses préoccupations.
- C’est par l’intermédiaire de la chambre que la Chambre de commerce communique à la fabrique de soieries tous les documents, échantillons, etc., que le gouvernement envoie comme pouvant intéresser l’industrie lyonnaise.
- Dans le but de faciliter les rapports entre les fabricants et les tisseurs pour les discussions qui peuvent surgir à l’occasion des prix de façon ou autres questions techniques, l’Association s’est subdivisée en autant de groupes que de spécialités de tissus.
- Lorsqu’une demande concernant une de ces catégories est formulée soit par des fabricants, soit par des tisseurs, elle est immédiatement transmise au délégué du groupe qui fait nécessairement partie de la chambre syndicale.
- Le groupe est réuni par les soins de ce délégué ; il étudie, délibère et envoie sa réponse à la chambre syndicale avec prière de la faire connaître aux intéressés.
- Cette procédure a été fréquemment employée dans diverses discussions relatives surtout aux prix de façon de tissage.
- La chambre syndicale de la fabrique a, de concert avec le syndicat des marchands de soie, fondé la Caisse générale de secours. Elle a également coopéré avec le même syndicat à la création de Y Essai de soie des fabricants et marchands de soie réunis.
- Union des marchands de soie de Lyon.
- L’Union des marchands de soie a son siège à Lyon, 29, rue Puits-Gaillot; elle a été fondée le 10 janvier 1870. Outre la défense des intérêts généraux du
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- commerce des soies, Y Union, représentée par son syndicat, étudie les ressources des pays producteurs ou consommateurs de soie. A cet effet, chaque année, le syndicat procède à une enquête sur la production de la soie dans le monde entier. Les résultats de ce travail sont résumés dans une brochure qui offre le plus vif intérêt à tous les points de vue. La statistique porte sur le nombre des sériciculteurs, les quantités de graines mises à l’incubation ; les quantités récoltées ; le prix de vente des cocons. Tous ces renseignements, soigneusement établis et contrôlés, sont consultés avec fruit par les intéressés.
- Le syndicat intervient dans les règlements de litiges portés ou renvoyés devant lui.
- Enfin, il fournit à ses adhérents des renseignements sur la clientèle qui achète des soies.
- Peuvent être admis comme adhérents, outre les marchands de soie résidant à Lyon et qui payent une cotisation de 150 francs par an, des membres correspondants résidant en France ou à l’étranger et qui acquittent une cotisation annuelle de 25 francs.
- L’administration de Y Union est confiée non pas au syndicat, mais au bureau seulement, et voici pourquoi :
- Le commerce de la soie à Lyon est cosmopolite ; il comprend des négociants italiens, espagnols, asiatiques, etc. Ces négociants peuvent faire partie des syndicats professionnels. L’Union en a admis au sein du conseil syndical pour toutes les questions techniques, commerciales, économiques ; mais en ce qui concerne la direction et l’administration proprement dites, la loi de 1884 exigeant pour les membres qui en sont charges la qualité de Français, l’Union a décidé que le bureau (président, vice-président, trésorier et secrétaire) serait seul apte à administrer et diriger.
- L’Union comptait, en 1889, 58 sociétaires; son budget annuel s’établit par 12,000 à 13,000 francs, tant en recettes qu’en dépenses.
- Chambre syndicale du Tissage mécanique des soieries.
- Le Syndicat du tissage mécanique des soieries a son siège à Lyon, rue Neuve, 18; il a été fondé le 27 avril 1884.
- Aux termes de ses statuts, le Syndicat a pour but,
- comme toutes les associations de ce genre, de développer les rapports et de resserrer les liens de confraternité entre patrons tisseurs de soieries; de donner de l’unité aux règles de cette industrie; de réunir les renseignements intéressant le tissage; d’agir en toute occasion auprès du Gouvernement, des Douanes, des Chambres de commerce, etc.; de solliciter des autorités compétentes toutes réformes ou mesures utiles ; d’intervenir comme expert ou arbitre dans les contestations qui peuvent être portées ou renvoyées devant lui.
- Tout patron de tissage mécanique ou contremaître tisseur à bras peuvent en faire partie, pourvu qu’ils exercent leur industrie en France.
- Les usiniers tisseurs mécaniques ont seuls voix délibérative; les contremaîtres tisseurs à bras ont seulement voix consultative.
- La cotisation se compose d’uq droit d’admission fixe, et d’une contribution annuelle de 1 franc par métier mécanique jusqu’à 300 métiers, et de 50 centimes pour les métiers mécaniques en sus.
- La contribution est de 25 centimes par métier à bras.
- Le nombre de métiers est déterminé par la feuille d’imposition à la patente.
- Le Syndicat a fondé un organe officiel : le Moniteur du tissage mécanique des soieries, paraissant le 15 de chaque mois.
- Le Moniteur contient un bulletin qui indique les genres de tissus le plus en faveur; il appelle l’attention des manufacturiers sur les prix de façon susceptibles d’être modifiés ; il signale les brevets d’invention, les procédés se rapportant particulièrement au tissage des soieries.
- Enfin, il s’occupe spécialement, au point de vue de cette industrie, de tout ce qui concerne les impôts, les réformes économiques, etc.
- Le syndicat a organisé un service d’offres et de demandes d’ustensiles de tissage, afin de faciliter l’échange et la location des « harnais » de métier.
- Le secrétariat tient également un registre poulies offres et demandes d’employés, ouvriers, ouvrières.
- La Chambre syndicale s’occupe de toutes les questions économiques, industrielles ou commerciales qui touchent à l’industrie des soieries.
- Au mois de mars 1889, le nombre des sociétaires s’élevait à soixante.
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- Le budget annuel s’établit :
- En recettes : 7,200 francs.
- En dépenses : 7,000 francs.
- La réserve au 21 mars 1889 était de 2,054 fr. 05.
- Cercle des Teinturiers et Apprêteurs réunis de Lyon.
- Le Cercle des Teinturiers, fondé vers 1846, ne comprenait, jusqu’à ces dernières années, que des teinturiers; tout récemment, les apprêteurs y ont été admis. Il a son siège à Lyon, place des Terreaux, 1.
- Le Cercle, bien que n’ayant pas encore rempli les formalités légales pour se constituer en Chambre syndicale, joue le même rôle que ces associations.
- Il étudie les mesures à prendre pour sauvegarder les intérêts de la teinture et des apprêts.
- 11 se préoccupe des élections commerciales et industrielles de la Chambre de commerce, du Tribunal et du Conseil de prud’hommes.
- Ses ressources financières se composent de cotisations de 50 francs, dont chaque maison adhérente paye un certain nombre variant suivant son importance.
- L’administration et la direction sont confiées à un Conseil, composé d’un président, d’un vice-président, d’un trésorier, d’un secrétaire et d’un économe.
- Le Cercle a organisé un service particulier de secours aux veuves et enfants d’anciens confrères tombés dans le malheur. Les ressources de cette caisse sont fournies par le Cercle, mais sans base fixe*
- Le Cercle comptait, en mars 1889, quarante sociétaires.
- Syndicats ouvriers de Tisseurs en soie.
- Il existe à Lyon cinq associations syndicales de tisseurs en soie : la Chambre syndicale de l'union des Tisseurs et similaires, la Chambre syndicale des Tisseurs, la Corporation des Tisseurs lyonnais, la Chambre syndicale des Tisseurs de velours à deux pièces et le Syndicat professionnel des Tisseurs de velours unis de la ville de Lyon et de la campagne.
- Les trois premières de ces associations, qui sont
- les plus importantes, renferment 3,500 à 4,000 adhérents environ, répartis presque également entre elles.
- De ces diverses associations, la Corporation des Tisseurs a été fondée sous l’influence d’opinions religieuses; elle se relie à Y Union chrétienne des Fabricants de soierie et à la Corporation des employés de la Fabrique lyonnaise.
- SYNDICATS PROFESSIONNELS SE RAPPORTANT A L’iNDUSTRIE DU LIN
- Comité linier du nord de la France.
- La création de ce Comité remonte en 1849, époque où, sous le nom de Comité linier (sans qualificatif), il fut organisé à Paris, rue des Petites-Écuries, par M. Feray, filateur à Essonnes. Composé de tout ce que la France comptait d’hommes distingués dans l’industrie du lin, il s’était réservé, d’après ses statuts, « la mission de veiller aux intérêts de l’industrie qu’il représente, de développer et d’améliorer la culture et la fabrication du lin, de prendre toutes les mesures convenables dans l’intérêt commun, et de faire toutes les démarches et réclamations nécessaires ».
- Bien que, par sa situation à Paris, il fût plus à même de correspondre directement avec les Chambres et le Ministre du Commerce, et d’être ainsi tenu au courant de tout ce qui pouvait le concerner, il sentit bientôt la nécessité de se rapprocher du principal centre de la filature de lin en France, et, en 1862, il se transporta à Lille. Il prit alors le nom de Comité linier du nord de la France. Il fut alors décidé que ses dépenses seraient couvertes au moyen d’une cotisation payée par chaque adhérent.
- A cette époque, d’autres associations du même genre furent établies en France, notamment le Comité linier de la Seine-Inférieure, fondé sous le patronage de la Société centrale d’agriculture de Rouen, et le Comité linier du littoral, centre de neuf Comités spéciaux de la Bretagne, dont le siège fut à Saint-Brieuc d’abord, puis à Lanvollon (Côtes-du-Nord. Mais toutes ces associations sont aujourd’hui disparues.
- Seul le Comité linier du nord de la France est resté sur la brèche. Successivement dirigé par des personnalités d’une grande activité, qui, en toute occasion
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- et avec le plus louable désintéressement, ont mis leur temps au service de l’industrie linière, il a pris une part importante aux négociations et aux démarches qu’a nécessitées l’étude des questions économiques relatives à cette industrie.
- Syndicat des fdateurs de lin et d'ètoupes.
- Cette association, fondée en 1882, a son siège à Lille, dans les locaux de la Société industrielle du Nord. Son but est, pour les patrons syndiqués, de se défendre contre la grève des ouvriers : « Les fila -teurs soussignés, est-il dit dans le livret des statuts, en présence des difficultés nouvelles qui se dressent chaque jour devant eux, et notamment des grèves dont les uns sont victimes et dont tous sont menacés, sentant la nécessité d’affirmer par des actes leur entière solidarité, déclarent par les présentes se constituer en syndicat pour la défense des intérêts généraux de leurs industries. » Pour constituer la Société, chaque adhérent a versé, lors de la séance de fondation, une cotisation de 25 centimes par broche de filature au mouillé, et de 40 centimes par broche de filature au sec. La somme recueillie a servi à former un fonds de secours, qui a été déposé en compte courant dans l’une des principales mai-spns de banque de Lille, et dont le but est de venir en aide aux filateurs syndiqués frappés d’interdit ou victimes d’une grève. Depuis lors, aucun appel de fonds n’a été fait.
- Les mesures à prendre par l’association en cas de grève sont énumérées dans les articles 7 à 13 des statuts, dont voici la teneur :
- Art. 7. — En cas d’interdit ou de grève totale ou partielle d’un ou de plusieurs établissements compris dans la présente association syndicale, le ou les industriels intéressés en donneront immédiatement connaissance au Comité, qui en appréciera la cause; et s’il reconnaît que l’industriel est dans son droit, il lui assurera le concours du Syndicat.
- Art. 8. — Les filateurs adhérents qui se croiront lésés par une décision du Comité pourront toujours en appeler à l’assemblée générale qui, sur leur demande, devra être convoquée par le président du Comité.
- Art. 9. — Le Syndicat considère comme nécessitant son appui l’interdit ou la grève d’un établissement, provoqués :
- 1° Par le refus, de la part du patron, de dépasser le taux habituel des salaires dans la région où son établissement est situé;
- - 2° Par la prétention des ouvriers de réduire la durée du travail à moins de douze heures par jour;
- 3° Par la prétention des ouvriers, si leur patron leur refuse l’augmentation qu’ils réclament, de quitter leur travail sans avoir fait la quinzaine réglementaire aux anciennes conditions.
- Toute autre prétention qui pourrait surgir de la part des ouvriers ou des patrons sera soumise à l’appréciation du Syndicat, qui décidera si elle est admissible.
- Art. 10. — L’appui du Syndicat se traduit :
- 1° Par le refus de ses membres d’accepter dans leurs ateliers des ouvriers d’un établissement où une grève totale ou partielle se serait déclarée, et ce, pendant.toute la durée de la grève, plus un mois après sa cessation;
- 2° Par l’interdiction dans leurs ateliers de toute quête ou propagande en faveur des grévistes; ,
- 3° Par l’allocation à l’industriel frappé d’interdit ou de grève d’une indemnité de :
- Quinze centimes (15 c.) par semaine et par broche de filature au mouillé;
- r Vingt centimes (20 c.) par semaine et par broche de filature au sec.
- Les quotités ci-dessus pourront être augmentées, si le Comité le juge nécessaire dans l’intérêt général; mais cette mesure ne pourra être prise que par l’assemblée générale, spécialement convoquée à cet effet.
- Art. 11. — Si les moyens indiqués à l’article précédent restent inefficaces, le Comité devrait provoquer la réunion d’une assemblée générale, à laquelle il proposerait telle mesure que les circonstances pourraient nécessiter.
- Art. 12. — Aucun industriel ne sera fondé à réclamer d’indemnité au Syndicat, si la grève dont il est victime n’a pour effet d’arrêter au moins 20 pour 100 du nombre total des broches de son établissement.
- Aht. 13.— En aucun cas, l’indemnité allouée à un industriel ne lui sera acquise avant la cessation de la grève; il ne la touchera qu’autant qu’il n’aura pas accepté d’autres conditions que celles préalablement approuvées par le Syndicat.
- Les membres du Syndicat, sauf le cas de grève, ne se réunissent qu’une fois l’an en assemblée générale, le premier ou le second mercredi de novembre; mais il peut être tenu des assemblées extraordinaires toutes les fois que cinq membres du Syndicat en expriment le désir par écrit, et chaque fois qu’un membre en fait la demande pour en appeler d’une décision à son égard.
- L’administration est confiée aux mains d’un comité directeur composé de cinq membres élus au scrutin secret par l’assemblée générale de novembre. Pour que cette assemblée soit valablement constituée, il faut qu’elle réunisse les deux tiers au moins des membres du syndicat ; au cas où ce chiffre n’est pas atteint, elle est convoquée à bref délai et délibère, quel que soit le nombre des membres présents.
- Le comité directeur choisit dans son sein un président, un secrétaire et un trésorier; il se renouvelle par cinquième tous les ans, suivant l’ordre d’ancienneté dans les fonctions, mais le membre sortant
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- n’est pas immédiatement rééligible. Il se réunit sur la convocation de son président toutes les fois qu’il y a nécessité, statue sur les demandes qui lui sont adressées, examine toutes les questions qui peuvent se rattacher aux intérêts du Syndicat, et en propose à l’assemblée générale les solutions qu’elles lui paraissent comporter.
- La dissolution de ce Syndicat ne peut jamais être prononcée qu’à la majorité des deux tiers des voix de tous les membres adhérents à l’association.
- SYNDICATS PROFESSIONNELS SE RAPPORTANT A L’INDUSTRIE DE LA LAINE
- Société du Commerce et de VIndustrie lainière de la région de Fourmies.
- Ce Syndicat patronal a été fondé le 11 décembre 1877 et déclaré d’utilité publique le 2 juillet 1886. Il se compose de membres résidents et honoraires, dont le nombre est limité à cent cinquante; vingt-cinq membres payent une cotisation qui varie d’après le budget des dépenses, elle ne peut être inférieure à 20 francs et supérieure à àO francs. Elle se divise en quatre comités : 1° filature ; 2° peignage ; 3° tissage, et h° commerce général, et elle est régie par un conseil d’administration composé de vingt membres, choisis parmi les résidents. Le bureau de ce conseil comprend un président, un vice-président, un secrétaire, un trésorier et un archiviste bibliothécaire.
- Jusqu’en 1881, cette Société n’a pas publié de bulletin; mais elle s’est signalée par l’organisation, à Fourmies, d’un bureau de conditionnement et de mesurage (1877), et par l’établissement d’une succursale de l’association des propriétaires d’appareils à vapeur du nord de la France (1877). Elle a manifesté son action à propos de diverses questions d’intérêt local, telles que le canal de la Sambre à la Meuse, le chemin de Trélon à la Capelle, la défense des intérêts régionaux devant les Commissions d’enquête, la participation aux Expositions, etc. A partir de 1881, elle a publié un Bulletin mensuel d’abord, aujourd’hui semestriel.
- Depuis 1882, elle a créé, avec l’aide de subventions de la ville de Fourmies et de la commune de Wignehies, un concours annuel de chauffeurs et des
- cours de peignage, filature et tissage, dont hous parlons dans le chapitre suivant. C’est à elle aussi qu’on doit la transformation de l’école primaire supérieure de garçons de la ville de Fourmies en école supérieure et professionnelle.
- Syndicats ouvriers de la laine.
- Ces syndicats sont nombreux dans tous les centres lainiers du territoire. Nous énumérerons comme exemple ceux qui, au moment de l’Exposition de 1889, avaient été créés dans le département du Nord:
- 1° Chambre syndicale ouvrière de tissage, créée en 1875, ayant son siège rue Saint-Pierre, 281, à Roubaix ;
- 2° Chambre syndicale des ouvriers fileurs et des rattacheurs en laine, créée le 18 août 1880, Grand’Place, 1", à Roubaix;
- 3° Chambre syndicale des ouvriers rentreurs pour la préparation et la confection des tissus, créée le 1er octobre 1880, rue de Sébastopol, 16, à Roubaix;
- h° Syndicat des ouvriers en tapis, créé le 1er mai 1881, place Charles-Roussel, chez M. Dejot, à Tourcoing ;
- 5° Syndicat des ouvriers tisserands du rayôn industriel d’Avesnes-lez-Aubert, créé le IA novembre 1886, à Avesnes-lez-Aubert ;
- 6° Chambre syndicale des ouvriers ourdisseurs de la ville de Roubaix, créée le 19 décembre 1886, place de la Liberté, à Roubaix ;
- 7° Chambre syndicale des ouvriers de tissage, créée le 1er janvier 1888, rue du Grand-Chemin, à Roubaix ;
- 8° Chambre syndicale des ouvriers monteurs de jacquart de Roubaix et des environs, créée le h mars 1888, Grand’Place, à Roubaix.
- De ces diverses associations nous citerons comme type la plus ancienne, la Chambre syndicale ouvrière de tissage de Roubaix. D’après ses statuts, elle a pour but de s’occuper « des intérêts des différents corps de métiers composant l’industrie de Roubaix ». Pour arriver à remplir cette mission, « elle intervient en conciliation, par voie de délégation, dans les différends qui peuvent surgir entre les
- Supplément a l'Industrie textile du 15 Mai.
- iii.
- 8® Fascicule.
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- LES INDUSTRIES TEXTILES
- patrons et les ouvriers, de manière à pacifier les parties en discussion et à éviter les conflits qui pourraient en résulter », et « elle fournit aux conseils de prud’hommes des experts fondés, pour procéder à l’expertise des ouvrages, et cherche à entrer en conciliation avec le syndicat des patrons, de façon à obtenir satisfaction sur toutes les questions en litige.
- Elle est composée de 51 syndics nommés comme suit :
- 5 tisserands et 2 suppléants.
- 3 ourdisseurs —
- 3 rentreurs —
- 2 lainiers —
- 5 fileurs —
- 3 teinturiers —
- 5 mécaniciens —
- 3 charpentiers —
- 3 fondeurs —
- Ces syndics sont élus en assemblée générale, nommés pour un an, et renouvelés par moitié tous les six mois. Ils nomment un président renouvelable tous les trois mois. Les membres sortants sont rééligibles. On ne peut être syndic qu’après avoir fait partie de la société depuis six mois et sous condition d’être majeur, de jouir de ses droits civils, de savoir lire et écrire correctement, d’être ouvrier ou contremaître d’un corps de métier, et de n’avoir subi aucune condamnation infamante.
- L’association se compose d’adhérents ouvriers professant les différents métiers se rattachant à l’industrie de Roubaix et ayant dix-huit ans accomplis. Il n’yapas de membres honoraires. Les femmes attachées à la fabrique roubaisienne sont reçues sociétaires, mais elles ne peuvent adresser d’observations ou de propositions à la Chambre que par écrit ou par l’intermédiaire de deux de ses membres.
- La cotisation est de 10 centimes par semaine : le produit en est affecté aux frais de bureau, à la location et à l’éclairage de la salle, en indemnités aux syndics pour leurs pertes de temps, ainsi qu’aux secrétaires chargés des convocations, enfin aux honoraires des conseils ou experts lorsqu’il y a lieu.
- L’administration est confiée aux mains d’une commission, élue en assemblée générale, choisie parmi les membres de la Chambre, et se composant d’un président, d’un vice-président, d’un secrétaire, d’un trésorier et d’un vice-trésorier.
- La Chambre syndicale se réunit régulièrement tous les premiers dimanches de chaque mois, à trois
- heures de l’après-midi, et les membres de l’association sont convoqués en assemblée générale tous les deuxièmes dimanches de chaque mois.
- Les questions relatives aux litiges et au placement des ouvriers se règlent de la manière suivante :
- Tout adhérent ayant des difficultés avec son patron peut toujours se présenter au secrétariat de la Chambre ; là, il expose la cause et les motifs de son litige, et alors le secrétaire, s’il le trouve urgent, convoque dans les vingt-quatre heures les membres du syndicat exerçant la même profession que l’ouvrier plaignant, ainsi que deux des syndics dont les métiers s’en rapprochent le plus ; le président et le secrétaire sont obligés d’assister à la réunion provoquée par la plainte de l’ouvrier. Ce dernier vient exposer ses différends, et après délibération, les syndics se prononcent. Quelle que soit leur décision, « ils conseillent l’ouvrier, lui donnent les moyens d’arriver à la conciliation, et si ce but n’est pas atteint, lui indiquent la marche à suivre pour se faire rendre justice ; si l’ouvrier est dans l’incapacité de s’expliquer convenablement dans ses tentatives de conciliation, les syndics, à sa demande, délèguent un des leurs, soit auprès du patron, soit auprès du Conseil des prud’hommes, afin de chercher à épuiser toutes les voies de conciliation entre les parties en cause. La réclamation de l’ouvrier étant reconnue équitable et les moyens de conciliation ayant été épuisés en vain, les syndics peuvent, s’ils le jugent nécessaire, ou à la requête du plaignant, convoquer le syndicat pour connaître à examiner l’affaire; celui-ci, après avoir pris l’avis du Conseil judiciaire, peut ordonner de poursuivre la cause en litige par tous les moyens légaux. »
- Quant au placement des ouvriers, il est facilité par l’ouverture de deux registres spéciaux, en permanence au secrétariat, laissés à la disposition des adhérents pour y inscrire leurs demandes de travail. De leur côté, les patrons « sont invités à adresser leurs offres au syndicat ».
- Afin de familiariser les ouvriers avec les lois spéciales qui les concernent, l’association a fait afficher, dans la salle des réunions, toutes sortes de tableaux contenant les lois sur les conseils de prud’hommes, les livrets, les usages et conditions du travail usité dans chaque corps de métier, ainsi que les lois et décrets qui concernent les réunions, coalitions et sociétés.
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- SOCIÉTÉS INDUSTRIELLES
- s’occupant de questions relatives a l’industrie textile.
- Il n’existe aucune société industrielle française dont les travaux sont exclusivement relatifs à l’industrie textile. Mais comme presque toutes, dans les divers centres, ont publié et récompensé des mémoires se rapportant à cette industrie, ont institué des prix pour un progrès donné de cette spécialité, ont créé des sections déterminées pour en discuter les intérêts, etc., nous devons donc dire quelques mots des principales, en les examinant par ordre de date de création.
- Société d'encouragement pour l’industrie nationale.
- La première en date est la Société d’encouragement pour l’industrie nationale, fondée à Paris en 1801; reconnue d’utilité publique le 21 avril 1824, et dont le but, disent les statuts, est « l’amélioration et le développement de toutes les branches de l’industrie française ». Son siège est à Paris, rue de Rennes, 44. Elle se compose de membres ordinaires payant une cotisation de 36 francs par an; de membres à vie autorisés à verser un capital unique de 500 francs ; et de membres perpétuels donateurs, admis à capitaliser leur cotisation à perpétuité par un payement de 1,000 francs, et dont le droit est indéfiniment transmissible par succession. Les fonds provenant de ces souscriptions sont employés :
- 1° A décerner des prix pour l’invention, le perfectionnement et l’exécution des machines ou des procédés avantageux à l’agriculture, aux arts et aux manufactures ;
- 2° A introduire en France les procédés établis avec avantage dans les manufactures étrangères ;
- 3° A répandre l’instruction technique, soit par la voie de l’impression et la gravure, soit en faisant former des élèves dans les branches d’industrie utiles à naturaliser ou à étendre en France ;
- 4° A faire des expériences nécessaires pour juger le degré d’utilité qu’il est possible de retirer des nouvelles inventions annoncées au public.
- Gomme on le voit, le but est complet, et il suffit de parcourir le Bulletin mensuel que publie cette
- Société pour être convaincu qu’il est atteint. Ce bulletin, qui se compose chaque fois d’un fascicule de six à sept feuilles d’impression avec des planches gravées sur cuivre et de nombreux dessins sur bois, contient les procès-verbaux des séances, les mémoires et les rapports adoptés dans ces réunions, des extraits des communications écrites ou imprimées, de la correspondance, des articles de fond sur des sujets scientifiques et techniques, utiles à l’industrie, à des chroniques et revues exposant les découvertes nouvelles intéressant le commerce ou les arts, etc., et forme aujourd’hui une encyclopédie progressive des arts et métiers depuis le commencement du siècle. Sa collection se compose de trois séries: la première comprenant 52 volumes de 1801 à 1853 ; la seconde avec 20 volumes seulement, de 1854 à 1873 ; la troisième commençant au 1er janvier 1875 et actuellement en cours de publication.
- La Société d’encouragement a placé à sa tête un bureau composé d’un président, quatre vice-présidents, deux secrétaires, un trésorier et deux censeurs nommés par un conseil d’administration.
- Ce dernier conseil est de cent membres et comprend 7 comités :
- 1° Le comité des arts mécaniques (seize membres) ;
- 2° Des arts chimiques (seize membres) ;
- 3° De l’agriculture (seize membres) ;
- 4° Des arts économiques (seize membres) ;
- 5° De l’art des constructions et des beaux-arts appliqués à l’industrie (seize membres) ;
- 6° Du commerce (dix membres) ;
- 7° De l’emploi des fonds (dix membres).
- Ce conseil est chargé de prendre toutes les mesures nécessaires pour atteindre le but que se propose la Société ; il s’assemble dans son hôtel, à huit heures du soir, le deuxième et le quatrième vendredi de chaque mois ; deux fois par mois, les membres reçoivent un compte rendu in-8° des séances, qui donne l’analyse des lectures et communications faites, ainsi que l’ordre du jour de la séance suivante, et tient lieu de convocation.
- Les prix que décerne la Société d’encouragement sont de divers genres. Tout d’abord, il y a les grandes médailles, au nombre de six, dont une est attribuée chaque année à l’auteur, français ou étranger, dont les travaux ont eu l’influence la plus favorable sur les progrès de l’industrie française et qui sont: la médaille de l’architecture et des beaux-
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- arts, à l’effigie de Jean Goujon ; celle de l’agriculture, à l’effigie de Thénard ; des arts physiques, à l’effigie d’Ampère; du commerce, à l’effigie de Ghaptal; des arts mécaniques, à l’effigie de Prony ; et des arts chimiques, à l’effigie de Lavoisier. Il y a ensuite deux grands prix de 12,000 francs, l’un fondé par le marquis d’Argenteuil, l’autre fondé par la Société, alternant l’un avec l’autre, pour la distribution tous les trois ans; puis diverses fondations qui sont: 1° la fondation Gustave Roy, de 6,000 francs, pour le perfectionnement de l'industrie cotonnière; 2° le prix Euphège Baude, de 5,000 francs, destiné à récompenser un progrès remarquable dans le matériel de construction et de génie civil ; 3° la fondation Fourcade, de 800 francs, pour les ouvriers des fabriques de produits chimiques ayant le plus d’années de services dans la même maison ; 4° enfin la fondation d’Aboville de 10,000 francs, divisés en trois prix, qui doivent être attribués avec intérêts échus à tel manufacturier qui aura employé à son service, pendant une période déterminée, des ouvriers estropiés, amputés ou aveugles, et qui, par ce moyen, les aura soustraits à la mendicité. Outre cela, la Société d’encouragement met elle-même annuellement au concours un certain nombre de prix avec affectations spéciales pour chacun d’eux, relatifs aux arts mécaniques, chimiques, économiques, agricoles, etc. ; enfin, elle décerne des médailles aux contremaîtres et ouvriers sachant lire et écrire, qui lui sont signalés par les chefs d’établissements.
- Société des ingénieurs civils.
- La Société des ingénieurs civils a été fondée le 4 mars 1848 par un groupe d’anciens élèves de l’École centrale des arts et manufactures ; elle a été reconnue d’utilité publique le 30 décembre 1860. Son but est, d’après ses statuts : « 1° d’éclairer, par la discussion et le travail en commun, les questions d’art relatives au génie civil ; 2° de concourir au développement des sciences appliquées aux grands travaux de l’industrie ; 3° d’étendre, par le concours actif de ses membres, l’enseignement professionnel parmi les ouvriers ou les chefs d’industrie ou d’atelier; enfin, li° de poursuivre par l’étude des questions d’économie industrielle, d’administration et d’utilité publique, l’application la plus étendue des
- forces et des richesses du pays ». Son siège, fixé à Paris, a été successivement établi à la Société d’encouragement (alors rue du Bac), puis au manège de la rue Duphot, à l’imprimerie Chaix, rue Bergère, enfin, dans l’hôtel actuel qu’elle a édifié cité Rougemont. Ses membres, dont le nombre est illimité, se divisent en ordinaires (payant un droit d’admission de 25 francs et une cotisation annuelle de 36 francs, pouvant être remplacée par une somme de 600 francs une fois payée) ; associés et honoraires exempts de toute cotisation. Dans les six mois qui suivent leur admission, les sociétaires doivent adresser au secrétariat de la Société, soit un mémoire sur une question industrielle et scientifique, soit une notice détaillée sur des travaux exécutés. Ceux-ci se réunissent régulièrement deux fois par mois, et les dernières réunions de juin et de décembre sont des assemblées générales dans lesquelles le trésorier soumet à l’approbation de la Société les comptes du semestre écoulé.
- L’administration de la Société des ingénieurs civils et l’organisation de ses travaux sont confiés à un comité élu tous les ans dans l’assemblée générale de décembre et composé de trente membres. Dix de ces membres font partie du bureau et comprennent un président, quatre vice-présidents, quatre secrétaires et un trésorier. De 1848 à 1860, le fauteuil de la présidence a été occupé neuf fois par des ingénieurs civils d’origine diverse (M. Eugène Flachat, cinq fois ; MM. Perdonnet et Vuigner, deux fois ; et M. Stéphane Mony) et quatre fois seulement par des centraux (MM. J. Petiet, C. Polonceau, Ch. Callon et A. Faure) ; de 1861 à 1870, quatre fois par des ingénieurs d’origine diverse (M. Flachat, deux fois; M. H. Tresca et M. le général Morin) et six fois par des centraux (MM. J. Petiet, Salvetat, Nozo, Love, Alcan — ce dernier professeur de fdatureet tissage au Conservatoire des arts et métiers — et Vuillemin) ; enfin de 1871 à 1889, trois fois seulement par des ingénieurs d’origine diverse (MM. Lavalley, H. Martin et H. Tresca) et douze fois par des centraux (MM. Yvon-Villarceau, Émile Muller, Molinos, Jordan, Richaid, de Dion, J. Farcot, Gottschalk, H. Mathieu, E. 'lrélat, Marché et de Comberousse). Depuis 1876 les anciens présidents font de droit partie du comité.
- Les travaux de la Société des ingénieurs civils sont renfermés dans un bulletin qui, d annuel jusque 1875, est devenu trimestriel en 1875, bi-men-suel en 1876, et mensuel depuis cette époque.
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- . Société libre
- d'émulation du commerce et de l'industrie de la Seine-Inférieure.
- Cette Société, dont le siège est à Rouen, pourrait avec quelque raison faire remonter son origine jusqu’en 1789, car elle ne fit alors que continuer le rôle du Bureau d'encouragement qui disparut à ce moment dans la tourmente ; mais elle ne fut officiellement constituée qu’en 1792 et elle ne fut déclarée d’utilité publique qu’en 1851.
- Elle se divise en quatre sections, dont une de mécanique et d’industrie, et nous n’étonnerons personne en disant que, dans un centre d’industrie textile comme celui de la Seine-Inférieure, on s’y occupe souvent des faits relatifs à cette industrie.
- On doit à son initiative des œuvres nombreuses. Mais parmi celles-ci, l’une de celles qui, au point de vue spécial où nous nous plaçons dans cet ouvrage, nous intéresse le plus, est la création de cours publics et gratuits, parmi lesquels nous voyons figurer un cours de tissage, et un cours de chaleur appliqué aux diverses industries de la région.
- La Société dispose d’un budget de 1A,000 francs ; elle reçoit des subventions de la ville de Rouen, du département de la Seine-Inférieure et du ministre du commerce.
- Société industrielle de Reims.
- Cette Société a été fondée en \ 833 et déclarée d’utilité publique le 17 novembre 1861. Son but est de « perfectionner et étendre l’industrie manufacturière et commerciale de Reims, en recherchant les inventions, économies et améliorations applicables à la fabrique et en propageant les institutions propres à relever la condition morale et matérielle des ouvriers ». Elle se compose de membres titulaires, payant une cotisation annuelle de 100 francs, s’ils habitent Reims ou la banlieue, et de 50 francs dans le cas contraire ; de membres correspondants ou honoraires exempts de toute cotisation. Elle est gérée par un conseil d’administration composé d’un président, d’un vice-président, d’un trésorier, d’un secrétaire et d’un secrétaire-archiviste, et ses travaux sont élaborés dans sept comités dénommés : 1° de l'industrie des tissus et de leur fabrication ; 2° de mécanique; 3° de physique et de chimie ;
- 4° de commerce ; 5° des beaux-arts ; 6° d’économie sociale et d’enseignement ; 7° de géographie. Le conseil d’administration se réunit le deuxième vendredi de chaque mois, et les comités tous les trois mois au moins, sur la convocation de leurs présidents ; il y a en outre, chaque année, deux assemblées générales, l’une en janvier pour le renouvellement du bureau, l’autre en avril pour l’attribution des prix du concours.
- Bien qu’organisée en 1833, la Société industrielle de Reims ne fonctionna activement que dans les dix premières années de sa fondation. Elle institua dans cette période la Société des Déchets, ouvrit un cours de tissage et de montage, fit à ses frais des essais d'encollage et de tissage mécanique pour lesquels elle acheta en 1836 les trois premiers métiers à tisser qui aient battu mécaniquement à Reims ; mais en 1843 eut lieu la dernière assemblée générale. Elle resta alors complètement délaissée, et quelques-uns de ses membres seulement continuèrent à s’occuper isolément des questions d’intérêt général. Durant cette période, il n’y eut pas de président, mais un conseil formé de cinq présidents de section ; la seconde année, on élut comme président M. Croutelle neveu, qui conserva ces fonctions neuf ans. La Société de Reims ne se réunit plus alors qu’en 1851 , époque où elle vota 1,000 francs pour envoyer des délégués ouvriers à l’exposition universelle de Londres, puis se reconstitua définitivement en 1857. M. de Brunet fut élu président, M. Yilleminot lui succéda en 1860 ; les comités se réorganisèrent sur l’impulsion de M. Mau-mené, d’importants travaux furent élaborés sur la manutention des laines et la fabrication des vins de Champagne; des cours de dessin, de fabrication, de droit commercial furent créés ; une association fut fondée pour la construction des cités ouvrières (Société qui, quelques années plus tard, céda la suite de ses affaires à l’Union foncière). Bref, à partir de cette époque, la Société de Reims entra dans une voie nouvelle d’activité dont elle ne s’est plus départie depuis lors. En 1866, M. Yarnier succéda à M. Villeminot comme président ; ceux qui ensuite ont été successivement à la tête de cette association industrielle sont : MM. Auguste Walbaum (1870) ; Martin-Ragot (1873); Ad. Dauphinot (1877); E. Garnier (1879) et C. Poulain (1882).
- La Société de Reims publie, à intervalles irréguliers, un bulletin dont la collection forme actuellement 67 fascicules seulement et près de 14 volumes.
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- Elle a institué des cours publics et gratuits de chauffage et conduite de machines à vapeur, de géométrie descriptive, un cours secondaire pour les jeunes filles, etc.
- Société industrielle d’Amiens.
- Cette Société a été créée le 4 5 décembre 1860. Elle se compose de membres titulaires résidants (payant une cotisation annuelle de 50 francs), de titulaires non résidants (36 francs) et de membres correspondants ou honoraires ; les résidants peuvent devenir membres à vie par un versement d’une somme de 100 francs. Elle est administrée par un conseil composé d’un président, d’un vice-président, d’un premier et d’un second bibliothécaire. Ce conseil et ces comités se réunissent séparément et une fois par mois en assemblée générale.
- La Société industrielle d’Amiens a publié, depuis sa fondation, un bulletin mensuel ; elle décerne annuellement divers prix et récompenses suivant un programme divisé en quatre catégories : 1° arts mécaniques et construction ; 2° filature et tissage; 3° agriculture, histoire naturelle, physique et chimie; 4° économie politique et sociale. Mais ce qui la distingue particulièrement de beaucoup d’autres sociétés de même genre, ce sont les nombreux cours quelle a organisés dans la ville d’Amiens, suivis par des élèves auxquels elle décerne, après concours, des récompenses spéciales. Ces cours, au nombre de onze, sont les suivants : 1° cours théorique de tissage; 2° de tissage pratique; 3° de teinture ; A0 de mécanique ; 5° de coupe de velours de colon; 6° d’allemand; 7° d’anglais (hommes); 8° d’anglais (dames); 9° de comptabilité commerciale (hommes); 10° de comptabilité commerciale (dames); enfin 11° de géographie commerciale.
- Cette Société a organisé à Amiens diverses expositions à différentes époques et un musée commercial permanent. Deux tables décennales de ses travaux ont été publiées : la première en 1875, la seconde en 1884.
- Société des sciences industrielles de Lyon.
- Cette Société, placée au centre même de la région française du travail de la soie, date de 1862. Elle se compose de membres titulaires payant une cotisa-
- tion annuelle de 30 francs, de membres correspondants payant 15 francs, et de membres honoraires. Elle se divise en comités dans lesquels se répartissent les sociétaires suivant leurs spécialités et leur compétence ; et elle est administrée par un conseil pris parmi les membres titulaires résidant à Lyon et composé : d’un président, de deux vice-présidents, d’un secrétaire général, de deux secrétaires adjoints, d’un trésorier, d’un archiviste-bibliothécaire, d’un conservateur des machines et collections, d’un économe et de quatre conseillers. Elle a, comme moyens principaux d’action, des concours et des conférences publiques, et elle publie trimestriellement des Annales renfermant les procès-verbaux de ses séances et de ses travaux.
- Société industrielle de Saint-Quentin et de l'Aisne.
- Cette Société a été fondée le 5 octobre 1858, sur l’initiative de la Chambre de commerce de Saint-Quentin ; elle a été déclarée d’utilité publique le 23 novembre 1876. Elle se compose de membres ordinaires payant une cotisation de 50 francs, et de membres adjoints, correspondants ou honoraires, ne payant rien. Elle est gérée par un conseil composé d’un président, d’un vice-président, d’un trésorier, d’un secrétaire, d’un vice-secrétaire et d’un archiviste-bibliothécaire. Quatre comités sont formés dans son sein portant les noms : 1° physique et mécanique ; 2° chimie et industrie agricoles ; 3° commerce et industrie des fds et tissus ; 4° économie politique et sociale. Chaque membre s’y inscrit suivant sa qualité. Elle se réunit annuellement le premier samedi des mois de février, avril, juin, août et décembre. Elle publie trimestriellement un bulletin spécial de ses travaux.
- Ce qui distingue surtout la Société de Saint-Quentin, ce sont, comme à Amiens, ses cours, installés dans un local gratuitement offert par la ville, dont les portes sont ouvertes au public, et qui sont ; 1° cours de tissage à la main (théorie et pratique); 2° de tissage pratique (pour le tissage mécanique); 3° de mise en carte ; 4° de dessin ; 5° de broderie mécanique; 6° de mise en carte de dessin de brode-rie; 7° de lingerie (étude de la machine à coudre); 8° de mécanique; 9° de chauffage de machines à vapeur; 10° de chimie industrielle; 11° de construction; 12° de géographie industrielle et commerciale;
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- 13° d’anglais; 1A° d’allemand; 15° de droit commercial et industriel; 16° d’économie politique; 17° de sucrerie indigène. Des primes et des récompenses sont attribuées, à la suite d’un concours annuel, aux élèves les plus méritants.
- En 1873, un groupe de membres de cette Société, après avoir fait appel à tous ceux qui emploient des ouvriers et aux personnes qui s’intéressent aux choses humanitaires, s’est constitué en « Société de logements ouvriers » et a réalisé sur divers points de la ville de Saint-Quentin des groupes de maisons très saines et suffisamment spacieuses, destinées au logement de l’ouvrier de fabrique.
- Société scientifique et industrielle de Marseille.
- Marseille étant un important marché pour les laines du Levant et d’Afrique, la Société industrielle de la ville n’a pu manquer de s’occuper parfois des transactions auxquelles donne lieu ce textile, ainsi que les autres importés dans son port. Elle a été fondée en 1871. Elle se compose de membres fondateurs versant une cotisation annuelle de 50 francs ; perpétuels, versant une somme unique de 1,000 francs ; associés, n’habitant pas Marseille et versant une quotité annuelle de 20 francs. Elle est administrée par un conseil composé d’un président, de trois vice-présidents, de trois secrétaires, de deux bibliothécaires, d’un trésorier et de quatre commissaires, soit quatorze membres élus annuellement dans une assemblée générale des fondateurs, en décembre. Les membres de la Société se réunissent le deuxième jeudi de chaque mois. Tous les trois mois se publie un Bulletin contenant les procès-verbaux des séances, ainsi que la publication des travaux lus en séance mensuelle et approuvés par le bureau.
- C’est sous ses auspices qu’a été fondée, en 1885, l’Association des propriétaires d’appareils à vapeur du sud de la France.
- Société industrielle de Rouen.
- Cette Société a été fondée, en 1872, par un groupe de trente personnes appartenant à l’industrie et au commerce rouennais ; elle a été déclarée d’utilité publique le 18 juillet 1876. Elle ne comprend qu’une seule catégorie de membres dont la cotisation est fixée à 20 francs. Elle est administrée par un bureau
- composé d’un président, deux vice-présidents, un secrétaire de correspondance, un secrétaire de bureau, un secrétaire adjoint, un archiviste et un trésorier, tous éligibles en janvier de chaque année. Elle comprend des comités, nommant chacun un président, un secrétaire et un secrétaire adjoint, et dénommés comités de: 1° chimie; 2° mécanique; 3° commerce et statistique; h° histoire naturelle et hygiène; 5° beaux-arts; et 6° utilité publique, se réunissant une fois par mois. Le premier vendredi de chaque mois, la Société tient une séance générale. Elle publie un bulletin bi-mensuel.
- Parmi les fondations qui lui sont propres, il y a lieu de citer l’Association normande des propriétaires d’appareils à vapeur, et la Société rouennaise pour prévenir les accidents de fabrique. Chaque année, elle distribue un certain nombre de médailles, d’après un programme de prix élaboré par ses divers comités.
- Société industrielle du Nord de la France.
- Cette Société a été fondée en 1873 sur l’initiative de la Chambre de commerce de Lille, et déclarée d’utilité publique le 12 août 187A. Elle se compose de membres ordinaires payant une cotisation annuelle de 50 francs et de membres fondateurs ayant opéré un versement unique de 500 francs. Elle est administrée par un bureau composé d’un président, quatre vice-présidents, un secrétaire général, un secrétaire du conseil, un bibliothécaire et un trésorier; elle comprend quatre comités dénommés : 1° de chimie ; 2° de filature et tissage ; 3° de génie civil ; h° de commerce et d’utilité publique. Les comités se réunissent une fois par mois, et la Société tient mensuellement une assemblée générale. Le bulletin qu’elle publie, l’un des plus substantiels et des plus réputés de France, est trimestriel.
- La Société industrielle du nord patronne : l’Association des propriétaires d’appareils à vapeur du nord de la France, en décernant chaque année des primes aux chauffeurs les plus méritants qui lui sont signalés ; l’Institut industriel du nord, auquel elle a accordé dès le principe une subvention de 5,000 francs pour le perfectionnement de son outillage ; et les cours municipaux de filature et de tissage, en attribuant à ses élèves, à la suite d’un concours, des diplômes et des certificats de capacité. Elle décerne en outre des prix pour les langues
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- vivantes aux employés de commerce et aux élèves des écoles et lycées de la région, et son comité de commerce récompense spécialement les comptables les plus méritants. Enfin, chaque année, elle décerne des prix et des médailles aux lauréats d’un programme élaboré par ses comités, qui comprend un grand nombre de récompenses spéciales, telles que les quatre prix de fondation Kuhlmann, de 100 francs chacun; le prix Agache, de 1,000 francs; les prix Danel et Roussel, de 500 francs chacun, etc., etc., et elle organise à des époques intermittentes des conférences techniques publiques d’un grand intérêt. Cette Société est certainement l’une des plus actives du genre, et la région industrielle du nord lui est redevable de travaux importants.
- Société industrielle de Fiers.
- Cette Société a été fondée en 1875. Elle a son siège à Flers-de-l’Orne, centre de fabrication de tissus de coton bien connu. Elle se compose de membres titulaires payant 20 francs et de membres honoraires à 10 francs. Elle est administrée par un bureau composé d’un président, d’un vice-président, d’un secrétaire général, d’un secrétaire des séances, d’un conservateur-archiviste, d’un trésorier et de trois conseillers. Cinq comités ont été formés par ces soins : 1° de fabrication de tissus', 2° de chimie; 3° de mécanique; 4° de législation, commerce et statistique; 5° de rédaction de rapports sur les documents envoyés à la Société. Elle publie semestriellement un bulletin de ses travaux. Elle a son siège dans le local de l’École industrielle de Fiers, où se trouvent en même temps une bibliothèque et un musée organisés par ses soins.
- Société industrielle de l’Est.
- Cette Société a été fondée en J 882, à Nancy, par un groupe d’ingénieurs de l’École centrale. Elle se compose de membres ordinaires (payant un droit d’admission de 10 francs, et une cotisation annuelle de 30 francs pouvant être rachetée par une somme de 500 francs donnant droit au titre de fondateur) et de membres correspondants exempts de toute cotisation. L’administration en est confiée à un bu-
- reau électif composé d’un président, de six vice-présidents, d’un secrétaire général, de trois secrétaires, d’un trésorier, d’un bibliothécaire et d’un bibliothécaire adjoint. L’organisation des travaux a six comités ainsi divisés : 1° mécanique; 2° physique, chimie, histoire naturelle, hygiène, agriculture ; 3° architecture, travaux publics, arts industriels; 4° métallurgie, mines, salines, géologie; 5° statistique, géographie, commerce, économie politique, tarifs de douanes et de transports ; 6° brevets d’invention, législation industrielle, assurances. Elle patronne l’École industrielle de l’est, en délivrant à ses élèves des prix et des diplômes après examen. Elle publie un bulletin semestriel.
- Société industrielle d’Elbeuf.
- Cette Société a été fondée en 1860 et déclarée d’utilité publique le 23 janvier 1864.
- Elle se compose de membres ordinaires payant une cotisation annuelle de 50 francs.
- Le bureau du conseil d’administration est composé d’un président, de deux vice-présidents, deux secrétaires, un trésorier et un bibliothécaire-archiviste.
- Cette Société publie chaque année un bulletin de ses travaux. Elle décerne annuellement divers prix et récompenses, suivant un programme divisé en plusieurs catégories.
- De nombreux cours ont été organisés par cette Société et sont suivis par des élèves auxquels elle décerne, après concours, des récompenses spéciales.
- Ces cours, au nombre de dix pour les jeunes gens, et de quatre pour les dames et les jeunes filles, sont les suivants :
- 1° Dessin linéaire et d’ornement; 2° dessin et modelage ; 3° dessin industriel ; 4° chimie industrielle ; 5° géométrie ; 6° physique ; 7° comptabilité commerciale et industrielle ; 8° lissage, notions générales des procédés de fabrication; 9° allemand ; 10° anglais.
- La Société industrielle d’Elbeuf possède un musée où sont réunis et classés avec le plus grand soin des échantillons de son industrie drapière. Elle accorde une subvention annuelle à l’école professionnelle manufacturière d’Elbeuf.
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- A L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1889.
- LES CONSEILS DE PRUD’HOMMES.
- Parmi celles des villes françaises chez lesquelles fonctionnent des tribunaux de prud’hommes, trois seulement, Paris, Lyon et Saint-Étienne, en possèdent de spéciaux relatifs à l’industrie textile. La première, du reste, 9, quatre conseils distincts et les deux autres deux.
- Mais, dans un grand nombre de cités situées dans des centres textiles, les électeurs de l’unique conseil de prud’hommes sont divisés en plusieurs catégories, dont une a trait à l’industrie textile proprement dite.
- A ce propos, il nous paraît intéressant de nous arrêter un instant sur cette institution.
- Personne n’ignore les services que les conseils de prud’hommes ont rendus et rendent encore à la classe ouvrière. Institués pour maintenir l’harmonie entre patrons et ouvriers, ces tribunaux n’ont pas manqué à leur mission conciliatrice.
- * Pendant de longues années, ces conseils ont fonctionné régulièrement, sans qu’aucune contestation sérieuse soit survenue entre les membres d’origine diverse qui les composaient. L’immense majorité des ouvriers paraissait accepter sans arrière-pensée les jugements de ces assemblées mixtes dont les discussions, la plupart du temps, faisaient loi.
- Depuis une dizaine d’années, cependant, un esprit nouveau paraît s’être emparé des juges élus et de leurs électeurs. A Lille, à Lyon, à Paris, de graves dissentiments se sont produits parmi les prud’hommes : la bonne entente a été rompue; à plusieurs reprises, les décisions rendues par les présidents patrons ont été contestées et annulées par les présidents ouvriers. A Lille, le fonctionnement de la justice a été arrêté pendant plusieurs semaines, comme nous le disons plus loin; à Lyon, le débat entre les prud’hommes patrons et les prud’hommes ouvriers a pris, en 1884, des proportions fâcheuses; enfin, à Paris, en 1888, l’attitude des prud’hommes ouvriers appartenant à la fraction du parti socialiste avancé a été la cause déterminante d’une grève dont les péripéties ont justement préoccupé l’opinion publique.
- En même temps, la politique, qui, par miracle, avait été écartée des élections, faisait son apparition. Comme toujours, c’est Paris qui a pris l’initiative du mouvement. Aux dernières élections, les comités ont
- imposé aux candidats des programmes essentiellement politiques. Sans se préoccuper de la valeur professionnelle des candidats, de leur moralité, de leurs connaissances pratiques et de leur désintéressement, les comités ont choisi exclusivement des politiciens, qui n’avaient d’autre titre que d’avoir passé leur vie à déblatérer contre le capital et les prétendus exploiteurs du peuple. On leur imposa le mandat impératif et on alla même jusqu’à exiger de ces candidats l’engagement de prendre parti toujours et quand même pour l’ouvrier et de rendre invariablement un jugement favorable à ce dernier en cas de contestation avec son patron. 11 va sans dire que cet engagement scandaleux a éLé accepté sans la moindre protestation par les candidats avancés et qu’il a été religieusement exécuté. Le premier résultat de ces menées socialistes a été de désintéresser les électeurs du scrutin : lors du renouvellement des conseils de prud’hommes celte année même (1889), les abstentions ont été nombreuses. Dans les grands centres, c’est à peine si les élus nommés au deuxième tour ont pu réunir le quart des électeurs inscrits; dans les villes d’importance secondaire, quelques électeurs seulement ont pris la peine de voter et les conseils ont été constitués à un nombre dérisoire de voix.
- C’est alors que l’attention du gouvernement, sollicité par les menées du parti socialiste ouvrier, s’est portée sur l’organisation des conseils de prud’hommes. 11 résolut d’intervenir. Deux projets de loi, portant modification de l’organisation de ces institutions, ont été déposés en lSSh et 1886.
- Avant d’en analyser les dispositions, il n’est pas sans intérêt de jeter un coup d’œil sur les diverses transformations que la législation des prud’hommes a subies.
- C’est sur l’initiative de Napoléon Ier que le Corps législatif a voté la loi du 18 mars 1806 instituant les conseils de prud’hommes. La seule juridiction spéciale qui maintenait alors l’équilibre des rapports industriels était celle des Chambres consultatives, créées par une loi du 22 germinal an IX (12 avril 1803). Ces Chambres, bien que chargées avant tout de faire connaître les besoins et les améliorations des manufactures, devaient aussi traiter de la police des ateliers et des obligations entre les ouvriers et ceux qui les emploient. La loi qui les instituait soumettait les affaires de police entre ouvriers et apprentis, entre industriels et artisans, à Paris, à la juridiction du préfet de police; dans les villes de province, à celle
- Supplément a l’Industrie textile du 15 Juin.
- ni, — 9° Fascicule.
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- des commissaires généraux ; dans les communes, à celle des maires et des adjoints. Bien évidemment, cette institution ne pouvait suffire : il y avait là une juridiction incomplète, mal définie, exercée par des hommes dont les connaissances, en matière de contestations industrielles, étaient notoirement restreintes; il fallait autre chose. De passage à Lyon, Napoléon reçut à ce propos les doléances de la Chambre de commerce, qui lui demanda de créer une institution sur des bases plus larges et plus en rapport avec la situation progressive de l’industrie. De là naquit la loi de 1806.
- Lyon d’abord, puis Clermont, Rouen, Nîmes, furent dotés de conseils de prud’hommes ; quatre ans après, il y en avait vingt dans toute la France. La loi de 1806 n’avait eu en vue que la situation particulière de la ville de Lyon et avait simplement laissé au gouvernement toute latitude de l’appliquer à d’autres villes; le conseil était alors composé de neuf membres, dont cinq négociants-fabricants et quatre chefs d’atelier patentés ; elle fut successivement complétée par d’autres lois : l’une, du 11 juin 1809; l’autre, du 20 février 1810. Celles-ci précisèrent les pouvoirs des conseils de prud’hommes qu’elles autorisèrent à juger toutes contestations entre marchands fabricants, chefs d’atelier, contremaîtres, ouvriers, compagnons, apprentis, sans limiter aucunement la somme qui en ferait l’objet; elles indiquaient que les jugements seraient définitifs et sans appel jusqu’à 100 francs (un décret de 1806 avait d’abord fixé 60 francs), que le nombre des prud’hommes patrons devait toujours être supérieur à celui des prud’hommes ouvriers, qu’il nommait lui-même et pour un an son président et son vice-président, et se renouvelait par tiers chaque année ; enfin, que le corps électoral du conseil des prud’hommes figurerait sur une liste nominale composée de marchands fabricants, chefs d’atelier, contremaîtres, ouvriers, compagnons, apprentis, tous patentés. L’âge de l’électeur était fixé à vingt-cinq ans et celui de l’éligible à trente ans.
- On ne s’occupa plus de cette utile institution avant 18/18. Nous passons sous silence une ordonnance royale du 12 novembre 1828 autorisant « les membres des conseils de prud’hommes à porter pour insigne, dans l’exercice de leurs fonctions, soit à l’audience, soit au dehors, une médaille d’argent suspendue à un ruban noir en sautoir ».
- En I8/18, une nouvelle loi fut votée. Déjà, depuis quelques années, à Paris surtout où l’institution ne
- datait que de 18/i/i, on commençait à reprocher à la loi de 1806 l’exclusion des ouvriers proprement dits, c’est-à-dire non patentés, et l’admission en plus grand nombre des patrons dans les conseils. On eût vite fait de l’abroger. Le ministre du commerce, Flocon, quelques mois après la proclamation de la République, présentait ce projet; celui-ci était renvoyé le même jour au comité du travail; un rapport d’urgence était présenté, le 21 mai, par Leblond ; il était discuté, le 26, par l’Assemblée nationale et adopté le 27. 11 était difficile de procéder plus sommairement. Cette loi était toute une révolution. Le corps électoral était naturellement augmenté ; le nombre des prud’hommes patrons était égal à celui des prud’hommes ouvriers. Pour les premiers, le certificat du droit de patente d’une année fut déclaré suffisant, et pour les seconds, il fut supprimé ; de plus, l’âge de l’électeur fut abaissé à vingt et un ans et celui de l’éligible à vingt-cinq ans. L’une des particularités de la loi fut le mode d’élection à deux degrés : une première élection n’avait d’autre but que le vote par les patrons et par les ouvriers d’une liste de candidats de part et d’autre triple de celui des membres à nommer ; une seconde élection — celle-ci définitive—indiquait quels étaient les prud’hommes choisis sur chaque liste par le corps électoral. La présidence du conseil, déférée alternativement par voie d’élection à un patron et à un ouvrier, fut fixée à trois mois; en outre, le vice-président devait toujours être un prud’homme appartenant à l’élément opposé à celui qui occupait la présidence. Enfin, dans certaines villes, le nombre des catégories, qui n’était que de deux pour tous, fut porté à trois, et l’on créa, à Lyon notamment, une catégorie d’ouvriers proprement dits, souvent domiciliés chez le chef d’atelier et ne possédant pas de métier.
- Cette organisation, qui malheureusement dans un grand nombre de cas consacrait l’oppression du patron par l’ouvrier, ne put durer plus de quatre ans ; aussi un décret de mars 1852 replaça-t-il provisoirement les conseils de prud’hommes sous le régime antérieur des lois de 1806 et de 1810. Le 1er juin 1852, une nouvelle loi était votée ; sous le nouveau régime, le président et le vice-président furent nommés par le chef de l’État; la loi stipula même que, moyennant certaines conditions, ils pouvaient être choisis en dehors du conseil, et la durée des fonctions de président et de vice-président fut fixée à trois années — amélioration absolument indispensable pour remédier à la mobilité perpétuelle qui
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- résultait de l’élection trimestrielle fixée par la loi antérieure ; — l’âge de l’électeur fut élevé à vingt-cinq ans et celui de l’éligible à trente ans; on exigea des électeurs patrons qu’ils fussent patentés depuis cinq ans au moins et en résidence depuis cinq ans dans la circonscription du conseil, et des électeurs ouvriers qu’ils sussent lire et écrire et qu’ils exerçassent leur industrie depuis cinq ans. Enfin, il fut stipulé que le renouvellement des conseils se ferait par moitié tous les trois ans, que les électeurs patrons nommeraient les prud’hommes patrons et les électeurs ouvriers les prud’hommes ouvriers. Tout ceci est encore en partie la base de la loi qui nous régit actuellement.
- On n’y apporta aucune réforme avant le 7 février 1880, époque où fut promulguée une loi qui, après avoir été adoptée par la Chambre et rejetée par le Sénat en 1878, avait été représentée en 1879 et avait été acceptée. Celle-ci visait surtout la formalité du bureau. Au lieu d’en laisser le choix au gouvernement , l’article 1er stipulait : « Les membres des conseils de prud’hommes, réunis en assemblée générale, éliront parmi eux, à la majorité absolue des membres présents, un président et un vice-président; en cas de partage des voix, le conseiller le plus ancien en fonctions sera élu » ; et l’article 2 : « Lorsque le président sera élu parmi les prud’hommes patrons, le vice-président ne pourra l’être que parmi les prud’hommes ouvriers et réciproquement. » Pour éviter les compétitions de personnes, il n’y eut plus alternance dans la présidence et la vice-présidence des conseils; et la durée des fonctions du président et du vice-président, toujours rééligibles, d’ailleurs,fut fixée à un an. Les fonctions de prud’homme patron ne devinrent plus gratuites, car dorénavant patrons et ouvriers touchèrent une indemnité égale dont le taux fut fixé par la municipalité de la ville où ils siégeaient. Enfin, la loi décida que les bureaux de conciliation, qui, jusque-là, avaient toujours été présidés par un prud’homme patron, le seraient alternativement par un patron et un ouvrier.
- Quatre ans plus tard, il se passa dans le conseil de Lille — grand centre d’industrie textile, comme on le sait — un événement qui servit de prétexte à une modification à cette loi. Des prud’hommes ouvriers de cette ville ayant accepté dans leurs affiches électorales le mandat impératif et l’une des clauses de ce mandat leur enjoignant toujours de se prononcer en faveur de l’ouvrier toutes les fois que celui-ci serait «à la barre du conseil, en présence
- d’un patron, les prud’hommes patrons refusèrent d’accepter pour collègues des hommes dont l’indépendance était aussi compromise et donnèrent collectivement leur démission. Tout naturellement cette démission empêchait le fonctionnement du conseil et, pendant plus d’une année, il n’y eut plus de tribunal arbitral à Lille pour juger les contestations entre patrons et ouvriers. La loi du 11 décembre I88Z1, composée de deux articles, fut votée et promulguée en vue de remédier à cette situation anormale et d’empêcher que cet exemple ne fût suivi par d’autres tribunaux de prud’hommes. Elle édicta qu’après deux élections successives qui auraient eu lieu pour remplacer les membres démissionnaires, si les membres nouvellement nommés refusaient ou s’abstenaient systématiquement de siéger, les membres prud’hommes régulièrement élu% acceptant le mandat et se rendant aux convocations, constitueraient le conseil, à quelque élément qu’ils appartinssent, pourvu que leur nombre fût égal à la moitié du nombre total des membres dont le conseil devait être formé.
- Le projet soumis actuellement (1889) à la Chambre comprend soixante et onze articles. Nous ne nous arrêterons pas à les analyser en détail. Nous voulons seulement signaler les points principaux sur lesquels évidemment portera l’effort de la discussion.
- La législation de 1853, encore en vigueur, exigeait pour l’inscription sur les listes électorales vingt-cinq ans d’âge, trois ans de domicile dans la circonscription, enfin cinq ans de patente pour les patrons et le même nombre d’années d’exercice de leur profession pour les ouvriers. Il y avait là des garanties suffisantes et par-dessus tout nécessaires. Le nouveau projet fait table rase de cette organisation et n’assujettit plus les électeurs qu’aux conditions requises pour figurer sur les listes électorales politiques, c’est-à-dire vingt et un ans d’âge et six mois de domicile. Les conditions d’éligibilité sont également modifiées. On jugeait autrefois que l’âge minimum de trente ans n’était pas trop élevé pour être apte à remplir les fonctions de juge prud’homme : cet âge est abaissé maintenant à vingt-cinq ans, et il suffit en outre pour les patrons et pour les ouvriers d’être électeur prud’homme et de savoir lire et écrire. Ce n’est ni plus ni moins le suffrage universel et, partant, l’introduction dans les conseils de la politique et de l’élément antisocial qui, dans certains centres, a su s’approprier et gar-
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- der pour lui seul la direclion des classes de travail proprement dites.
- Mais il est un second point d’une importance tout aussi grande et qui nous menace, s’il est voté, d’un genre de justice absolument arbitraire, c’est le nouveau mode d’appel institué par le projet devant l’assemblée générale du conseil. Actuellement, l’appel des jugements des conseils de prud’hommes est porté devant les tribunaux de commerce. Le projet contient une disposition aux termes de laquelle l’appel a lieu désormais devant l’assemblée du conseil, non compris ceux de ses membres qui ont pris part au premier jugement. Ainsi donc, après avoir élargi la compétence de la juridiction des prud’hommes, on réserve à ce même tribunal le droit de connaître en appel des affaires sur lesquelles il a déjà statué en première instance, à la seule condition que la section ne soit pas composée des mêmes juges. En réalité, c’est une véritable aberration judiciaire. Est-il admissible en effet qu’une même personne puisse siéger au même tribunal, tantôt comme juge de première instance, et tantôt comme juge d’appel? Et n’y a-t-il pas lieu de supposer qu’un juge, un juge ouvrier surtout, impliqué dans une affaire, n’use des relations qui peuvent exister entre lui et ses collègues chargés, de vider l’appel pour arriver à une solution en sa faveur?
- On le voit, les auteurs du projet de loi semblent avoir pris à tâche de faire disparaître tout ce qui faisait la raison d’être de la juridiction des prud’hommes. Au lieu de confier le choix des conseillers prud’hommes à une élite ou tout au moins à des hommes dont l’âge et les antécédents offrent quelque garantie de maturité et de jugement, ils ont au contraire affecté de supprimer toutes les condiiions d’âge et de domicile que le législateur avait sagement exigées des électeurs. Ils savent fort bien que c’est le moyen d’assurer le triomphe des incapacités les plus turbulentes. Cette extension du suffrage se comprend d'autant moins qu’une expérience qui se passe sous nos yeux en démontre tous les jours les inconvénients. Ainsi on a voulu confier au suffrage univeisel le choix des tribunaux consulaires. Comme par enchantement, le niveau des élus s’est abaissé dans des proportions incroyables et les électeurs ont déserté le scrutin.
- Enfin, pour achever cette œuvre de destruction, les auteurs de la proposition de loi accordent aux prud’hommes le droit exorbitant, en cas d’absence, de se faire représenter, non seulement par un
- parent, mais aussi « par une personne exerçant la même industrie ». On veut faire une nouvelle plateforme aux orateurs de cabaret.
- Nous ignorons quel sera le sort de ce projet de loi. Mais ce que nous savons, c’est que s’il est voté, c’en est fait des conseils de prud’hommes, et que cette institution, qui aurait été si utile, si bienfaisante au point de vue social, aura vécu.
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- CHAPITRE IV
- Les diverses formes d’enseignement dans l’industrie textile.
- Ce chapitre comprend deux parties bien distinctes : l’enseignement de l’industrie textile proprement dite ; puis l’enseignement primaire élémentaire donné aux ouvriers des établissements textiles.
- La première comporte tous les genres d’enseignement ayant pour objet l’acquisition des connaissances nécessaires à l’exercice d’une profession textile et comprend tout aussi bien l’instruction donnée dans les écoles, sans distinction de degré, qui préparent aux différentes branches de la filature, du tissage ou de la teinture, que celle des cours populaires professés dans le même but sous le patronage d’association industrielle, ou de municipalités.
- La seconde envisage toutes les insiitutions d’enseignement organisées par les industriels dans leurs établissements, en vue de faire acquérir à leurs ouvriers l’instruction élémentaire exigée par la loi et qui leur fait défaut. Dans ce nombre nous comprenons non seulement les écoles primaires privées dues à l’initiative patronale, mais encore les ouvroirs, les orphelinats, etc., qui concourent au même résultat en le perfectionnant et y ajoutant l’instruction pratique.
- Ces deux genres de créations méritent que nous nous y arrêtions un peu.
- On peut discuter longuement sur la meilleure forme à donner à l’enseignement technique : on discute moins en général sur l’utilité même de cet enseignement. C’est qu’en effet les professions industrielles et commerciales ont pris, depuis 1789 et dans le cours de ce siècle, une importance qui ne pouvait même pas être soupçonnée sous l’ancien régime. « A une société reposée et enfermée dans les limites
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- que lui avait assignées la nature, ne connaissant et ne pratiquant guère avec les nations voisines d’autres échanges que celui des idées, a succédé — dit M. Oct. Gréard — une société affairée, expansive, sollicitée de toutes parts par les intérêts du commerce et de l’industrie, mise en demeure, non plus seulement de soutenir l’éclat de sa grandeur héréditaire par la propagande de la production littéraire ou des découvertes scientifiques dont elle n’a pas cessé d’être le foyer, mais de lutter sur tous les marchés du monde pour le . développement de sa richesse matérielle, pour la vie. Sur une population de 15 millions d’hommes engagés dans les branches diverses de l’activité nationale, plus de là millions sont voués aux professions industrielles ou commerciales, tandis que les professions libérales en retiennent à peine 80,000. »
- Ces chiffres, pour n’avoir peut-être pas une précision absolument rigoureuse, n’en attestent pas moins la transformation profonde qui s’est opérée dans notre état social, et ils démontrent par cela même l’insuffisance de notre ancien système d’éducation. Comme le disait déjà Arago en 1836, « ce n’est pas avec des alexandrins qu’on extrait la soude du sel marin ». Ce n’est pas non plus, ajouterons-nous, avec une instruction purement classique que le fabricant de tissus fabriquera ses étoffes à meilleur compte, que le négociant en fils ouvrira à ses produits de nouveaux débouchés.
- Cette population si nombreuse qui se rattache au commerce et à l’industrie textiles réclame un système d’éducation nouveau. Elle veut un enseignement qui réponde mieux à ses besoins, qui la prépare plus directement aux professions qu’elle exerce, qui forme des négociants et des industriels, comme l’enseignement classique forme des lettrés et des savants. L’enseignement technique s’impose donc comme une conséquence nécessaire de la transformation de notre état social : et cette nécessité paraît encore plus impérieuse, si l’on examine la situation nouvelle de nos relations avec les étrangers. La lutte entre les peuples, qui était jadis l’exception, devient aujourd’hui la règle et constitue l’état normal des rapports internationaux. Cette lutte, il est vrai, ne se poursuit pas à coups de canon, et elle se porte de plus en plus sur le terrain de la production et des échanges; mais bien qu’on l’ait qualifiée, par antiphrase sans doute, de pacifique, elle est en réalité tout aussi meurtrière pour les vaincus que les plus sanglantes défaites. Or, on peut l’affirmer sans
- crainte d’être démenti, la victoire, ici comme ailleurs, appartiendra à celui qui aura le mieux préparé les armes du combat, c’est-à-dire au plus instruit. L’organisation de l’enseignement technique n’est donc pas une simple question pédagogique : c’est, au premier chef, une question vitale pour notre pays.
- Voilà pourquoi nous voudrions que, dans le haut enseignement qui se donne dans les écoles spéciales, une partie fût réservée au domaine de la filature et du tissage, généralement ignoré d’une façon absolue de nos ingénieurs les plus méritants, qui ont à subir un stage nouveau et toujours très long, lorsqu’ils se destinent à l’une des branches de 1 industrie textile. Très ferrés sur les questions de chemins de fer et de construction, les centraux et les polytechniciens sont radicalement ignorants lorsqu’on les met en présence d’un renvideur ou d’un métier à tisser. Nous voulons bien que leur instruction préliminaire les rend aptes à comprendre rapidement le mécanisme de ces outils; mais comme l’industrie textile est tout un monde et comporte, si on veut l’étudier à fond, l’étude de douze ou quinze branches diverses et complexes, ils sont forcés de se spécialiser dans Tune d’elles, sans pouvoir songer à passer facilement de Tune à l’autre.
- De là, nécessité de créer des écoles de filature et de tissage. La seule institution de ce genre qui existât en France a été l’école de Mulhouse, supérieurement organisée et admirablement outillée, grâce à la généreuse initiative de la Société industrielle et de nombreux manufacturiers de la contrée. C’est de là que sont sortis un grand nombre de nos directeurs de tissage et de filature.
- Mais aujourd’hui que Mulhouse ne fait plus partie du territoire français, il a bien fallu songer à remplacer cet établissement dont elle était fière. Un certain nombre d’écoles similaires ont été créées depuis lors ; mais nous devons à la vérité de constater qu’aucune d’elles ne l’égale et ne possède un matériel de démonstration aussi étendu et aussi complet. Hâtons-nous de dire cependant que de grands efforts sont faits en ce sens et qu’il n’est pas douteux que nous n’arrivions à bref délai à des résultats remarquables.
- Si notre industrie textile a pu atteindre cette hardiesse de conception, cette sûreté d’exécution, cette haute valeur artistique qui se sont manifestées avec tant d’éclat à l’Exposition de 1889, c’est en majeure partie aux ingénieurs sortis des écoles spéciales ou
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- aux directeurs de premier ordre ayant puisé une instruction solide dans les écoles de filature et de tissage qu’elle le doit. A ce point de vue, l’enseignement technique industriel a depuis longtemps fait ses preuves et sa nécessité n’est plus contestée.
- Les avis sont au contraire très partagés pour celles de ces écoles où se fait exclusivement l’instruction professionnelle des ouvriers, et qu’on désigne sous les divers noms d’écoles professionnelles, manuelles, d’apprentissage, de métiers, etc. Jusqu’à ces dernières années, l’État paraissait se désintéresser complètement de ces écoles. D’autre part, les adversaires de l’apprentissage scolaire étaient nombreux; et on admettait couramment dans le monde des patrons que l’apprentissage ne pouvait se faire qu’à l’atelier, que la pratique de la profession valait cent fois mieux que l’école, et qu’après tout, en face de l’extrême division du travail qui caractérise notre organisation industrielle moderne, l’ouvrier n’avait pas besoin de tant d’instruction.
- Avec de pareils raisonnements, on a longtemps piétiné sur place, et cependant est-il bien difficile de les réfuter ?
- On dit que l’apprentissage d’un métier doit se faire à l’atelier. Mais ne sait-on pas que cet apprentissage à l’atelier a presque complètement disparu de nos mœurs industrielles? Sous l’ancien régime, les corporations, les maîtrises et les jurandes formaient des apprentis. L’industrie s’est affranchie de ces entraves, mais on peut dire qu’elle ne forme plus d’apprentis ou que ceux qu’elle emploie n’ont plus d’apprenti que le nom. L’apprenti de l’industrie moderne arrive à l’atelier sans vocation précise, sans avoir souvent les notions les plus élémentaires du métier auquel il se destine, et non seulement il ne trouve autour de lui rien de ce qui peut lui en donner l’esprit, mais tout semble concourir à lui en inspirer le dégoût. Pour les ouvriers, j c’est déjà un futur concurrent qu’il faut bien se gar-| der d’instruire dans son métier. Pour les patrons,
- | c’est trop souvent un instrument de profit qu’ils emploient à des travaux qui n’ont rien de commun avec la profession. Nul ne lui enseigne les procédés de son métier qu'il apprend quand il peut.
- Prenons comme exemple l’industrie lyonnaise des tissus de soie. Autrefois, l’apprentissage du tisserand était dans cette ville l’objet de règlements ! minutieux qui prouvaient l’intérêt qu’on attachait à cette institution. Le conseil de prud’hommes avait tout spécialement dans ses attributions la surveil-
- lance de l’apprentissage, lequel donnait lieu à un contrat fort sérieux entre le chef d'atelier et les parents de l’enfant. Le maître logeait et nourrissait ordinairement l’apprenti et prenait l’engagement de lui enseigner sa profession; ce dernier était, par contre, tenu de travailler dans des conditions de durée et de rémunération qui permettaient au chef d’atelier de réaliser un profit et de se payer des soins qu’il avait pris pour former l’apprenti ; on comprend combien l’étude de la profession de tisseur était faite dans des conditions favorables. L’enfant vivait dans la famille du chef d’atelier; il était initié peu à peu à tous les procédés, à tous les tours de main du tissage; il assistait au montage des métiers au moment des changements d’articles si nombreux à cause des exigences de la consommation. Il y avait là une éducation professionnelle par les yeux, les oreilles et les mains. C’est dans ces conditions qu’ont été formés ces habiles chefs d’atelier qui tissent à Lyon avec tant de perfection les articles les plus riches, les plus compliqués, d’une exécution la plus difficile, et sont les collaborateurs si utiles des fabricants de façonné et d’ameublement.
- Aujourd’hui, les temps sont bien changés. La tendance universelle de produire au meilleur marché possible a conduit la fabrique lyonnaise à transporter graduellement et depuis un demi-siècle le tissage en dehors do Lyon et dans tous les départements voisins. On a établi d’abord des métiers à la main dans les villages, puis on a réuni un grand nombre de métiers à Ja main dans une usine, enfin on est arrivé à l’usine avec moteur mécanique, dans laquelle la division du travail est poussée aussi loin que possible.
- Il s’est donc produit ce fait que le nombre de mètres de tissu produit par la fabrique lyonnaise est allé toujours en augmentant, pendant que le nombre des métiers n’a fait que diminuer à la Croix-Rousse, et cela tout particulièrement dans ces dernières années. On a donc cessé de former des apprentis dans les petits ateliers.
- C’est à cette disparition de l’apprentissage dans ces ateliers qu’on a essayé de suppléer en créant à Lyon même des écoles d’apprentissage ou en tentant d’instituer des cours pour les apprentis tisserands. La même observation peut être faite dans la même ville pour l’industrie de la teinture en soie. U y a trente ou quarante ans, l’industrie de la teinture se recrutait uniquement au moyen de l’apprentissage. Des jeunes gens de la ville et de la campagne fai-
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- saient avec les maîtres teinturiers de véritables contrats que souvent l’on passait devant notaire. L’apprentissage durait trois ans dans les ateliers de teinture en noir, et quatre ans dans ceux de teinture en couleur.
- Aujourd’hui, l’embauchage des manœuvres fournit la part la plus large du personnel de la teinture, et | l’apprentissage, la plus petite. Cela tient à des causes multiples, dont les principales sont : l’extrême division du travail et l’introduction des machines.
- 1° L’extrême division du travail a augmenté en raison directe de l’importance grandissante des ateliers, qui devaient donner satisfaction aux besoins toujours croissants de la production. Anciennement, toutes les opérations et manipulations s’effectuaient dans un local restreint et par un petit nombre d’ouvriers. L’apprenti était ainsi initié successivement à chacune d’elles. Lorsqu’il possédait la connaissance de ces diverses opérations et manipulations, l’apprenti était appelé, dans les ateliers de teinture en couleur, à teindre lui-même. Mais alors, le plus souvent, les procédés de teinture offraient, dans l’application, plus de difficultés que de nos jours. On employait surtout les matières colorantes végétales, lesquelles exigent l’emploi des mordants et des combinaisons d’applications très variées. La découverte des nouvelles couleurs dérivées de la bouille a simplifié, en beaucoup de cas, les procédés de teinture et rendu plus facile la profession du teinturier.
- 2° L’introduction des machines, non seulement comme force motrice, mais encore comme agents de main-d’œuvre, a nécessairement amené la suppression d’opérations faites jadis à la main. Tout a donc concouru à la simplification du travail manuel, qui paraît expliquer l’indifférence présente à faire des apprentis. En dehors d’un certain nombre de sujets d’élite, recrutés le plus souvent par l’ancien mode de l’apprentissage, la plupart des travailleurs remplissent surtout un rôle de manœuvre. Par ce terme, qui ne doit pas être pris en mauvaise part, nous entendons qu’un homme peut exécuter le travail qu’on lui confie presque sans initiation préalable et dans un temps relativement limité.
- Voilà donc le mal dont souffre aujourd’hui notre industrie. Les hommes les plus compétents en matière pédagogique ou industrielle l’ont depuis longtemps signalé comme un péril national : il n’y a plus
- d’apprentis dans nos ateliers ; et c’est au hasard, sans discernement des aptitudes, sans préparation suffisante, que se recrute de plus en plus le gros de notre armée industrielle.
- Mais si le mal est profond, il n’est pas cependant sans remède. Nous venons de le dire tout à l’heure : ces apprentis, que l’industrie n’a plus le loisir ou le goût de préparer chez elle, l’école revendique l’honneur de les former. L’ancienne forme d’apprentissage, l’apprentissage industriel, paraît avoir vécu; une nouvelle forme d’apprentissage, l’apprentissage scolaire, doit, en grande partie du moins, le remplacer.
- On objecte que c’est là une véritable utopie et que l’apprentissage scolaire ne produira jamais des résultats pratiques qu’on puisse comparer avec ceux de l’apprentissage à l’atelier. L’objection a quelque chose de vrai, et nous convenons sans difficulté que l’école, avec son caractère forcément classique et toujours un peu fictif, ne saurait présenter l’image exacte de la vie réelle et faire des ouvriers absolument prêts au travail de l’atelier. Mais aussi bien n’est-ce pas là, à notre avis tout au moins, le rôle de l’école technique du premier degré. Telle que nous la concevons, cette école doit avoir pour but, non pas de faire émerger quelques sujets se rapprochant, par leur habileté précoce, de l’ouvrier complet, mais plutôt de donner au plus grand nombre les qualités nécessaires pour devenir le plus rapidement possible de bons ouvriers ; il lui appartient de fournir aux jeunes gens la méthode de travail, de solliciter la révélation de leurs goûts, de les initier théoriquement et pratiquement à l’intelligence complète et aux procédés de détail que comporte l’industrie textile à laquelle ils se destinent; en un mot, de développer, en même temps que les aptitudes intellectuelles qui font l’homme, les aptitudes pratiques qui font l’ouvrier. Or qu’y a-t-il là de chimérique et qu’il soit impossible à réaliser?
- On objecte encore la division du travail, et on a dit que la portion infiniment restreinte du métier, à laquelle l’ouvrier moderne est de plus en plus réduit, rend inutile et superflu tout ce déploiement d’instruction. L’objection paraît grave, mais elle n’est pas irréfutable. Tout d’abord, et en admettant même que le travail soit aussi divisé qu’on le prétend, en résulterait-il nécessairement que 1 ouvrier n’ait aucun avantage positif à retirer de 1 instruction que donne l’école? En aucune façon. L ouvrier instruit fera certainement mieux son travail, si
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- limité soit-il, que l’ouvrier ignorant; il le fera avec plus de goût, plus d’intelligence, plus de prudence ; et l’on verra peut-être moins se produire ces accidents du travail qui réduisent à la misère ceux qui en sont victimes et qui préoccupent tant aujourd’hui l’opinion publique. Et puis, est-il bon que l’ouvrier soit voué d’avance et à perpétuité à une tâche unique et exclusive? Une crise peut éclater qui ruine l’industrie à laquelle il était attaché ; sa santé ébranlée ou tout autre événement peut l’obliger à changer de métier : que deviendra-t-il alors et où trouvera-t-il ses moyens d’existence, s’il ne sait rien en dehors de son ancien métier et s’il n’a pas une instruction suffisante pour en pratiquer utilement un nouveau?
- Enfin, n’est-ce pas méconnaître l’importance de l’ouvrier dans les perfectionnements de la production que de lui refuser toute instruction professionnelle? Jacquart n’était-il pas un ouvrier? Et ne voyons-nous pas, dans cette spécialité de la soie, une série de mécanismes, aussi simples qu’ingénieux, résultant des observations incessantes des tisseurs et pour lesquels la Chambre de commerce de Lyon décerne chaque année des récompenses? Ne retrouvons-nous pas aussi, dans les métiers mécaniques les plus compliqués, les heureuses copies des dispositifs, conçus, combinés ou prévus le plus souvent par de modestes tâcherons? Et n’est-il pas évident que les progrès de l’industrie n’auraient qu’à gagner si cet esprit d’invention, que l’ouvrier peu instruit tient de sa seule intuition de l’économie du travail, était soutenu et développé par les connaissances techniques que l’école peut donner?
- Ceci posé et sans nous arrêter à d’autres considérations, nous allons examiner successivement quelles sont, en France, les différentes créations relatives à l’enseignement de l’industrie textile. Comme corollaire, nous étudierons en passant un certain nombre d’institutions textiles, d’un caractère technique bien déterminé, qui nous paraissent devoir trouver place dans ce chapitre, et nous compléterons ce qui les concerne en mentionnant les publications qui traitent plus spécialement de l’industrie qui nous intéresse. Enfin, nous terminerons en examinant les institutions d’enseignement créées par les filateurs, tisseurs, teinturiers, etc., dans leurs établissements, tels que ouvroirs, orphelinats, écoles primaires, etc.
- ÉCOLES DE DEGRÉS DIVERS DANS LESQUELLES SE DONNE L’ENSEIGNEMENT DE L’INDUSTRIE TEXTILE.
- Ecole supérieure de commerce et de lissage de Lyon.
- Cette institution a été fondée en 1872, sur l’initiative de la Chambre de commerce de Lyon, par un groupe d’industriels de cette ville, à la tête desquels se trouvait M. Philippe Testenoire, membre de la Chambre. L’enseignement fut alors purement commercial, et l’établissement prit le nom d’École supérieure de commerce de Lyon.
- A partir d’octobre 1876, elle devint école mixte de commerce et de tissage. On avait remarqué qu’à la fin de chaque année, un certain nombre d’élèves sortis de l’école allaient prendre, chez différents maîtres particuliers, des leçons de tissage. Le conseil d’administration de l’école, approuvé en cela par la Chambre de commerce, décida la création d’une section de tissage, laquelle ne recevrait que les élèves ayant au moins suivi les cours de première année de la section de commerce. Un certain nombre de métiers de différents genres, à bras ou à vapeur, furent mis à la disposition du nouvel enseignement, avec un chef d’atelier et un nombre suffisant d’ouvriers, sous la direction de M. Saint-Cyr Penot fils, ancien constructeur de machines dans la maison André Kœchlin, de Mulhouse, et que son père avait fait venir à Lyon comme sous-directeur à l’école. La Chambre de commerce alloua généreusement à cette création une somme de 50,000 francs, destinée à couvrir une partie des dépenses, et l’État accorda une subvention de 10,000 francs.
- Aujourd’hui, l’institution a pris rang parmi les écoles supérieures de commerce reconnues par l’État, avec examen spécial à l’entrée et limitation des élèves reçus, et l’enseignement du tissage y est entièrement séparé de celui de la section commerciale. C’est de lui seul que nous avons à nous occuper ici.
- Cet enseignement est à la fois théorique et pratique.
- Le cours de théorie se donne durant quatre heures de la journée. Il comprend l’étude de l’éducation des vers à soie, de la filature, de l’ouvraison, du titrage
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- du conditionnement, de l’ourdissage, du pliage et du remettage, l’examen des armures classiques et la décomposition de plus de cent échantillons d’étoffes de toute nature. Chaque décomposition est suivie de l’empoutage et du colletage nécessaires pour la reproduction de l’échantillon donné. Un lisage, une machine à piquer et un repiquage aident aux démonstrations. On étudie le montage et l’organisation des métiers, les divers organes de la mécanique Jacquart, ainsi que la tenue des livres du teinturier, de l’our-disseuse, de la dévideuse et du maître ouvrier.
- Les cours pratiques varient de trois heures et demie à quatre heures par jour. Us sont donnés par des contremaîtres sous le contrôle du professeur de mécanique et du professeur adjoint de théorie. L’enseignement porte sur une vingtaine de métiers, de systèmes divers (Sallier, Diederichs, Laeserson et Wilcke, Delvigne et Durand, etc.), tissant la faille, le foulard, le velours uni et façonné, la peluche, le satin, le pékin, la brillantine, le damas façonné pour meubles, la broderie façonnée, la gaze, les rubans, le tulle, etc., et un certain nombre de machines préparatoires.
- Pendant le dernier trimestre, les élèves, sous la conduite de leur professeur de théorie, vont visiter des ateliers de tissage.
- L’ouverture des cours a lieu, chaque année, le mardi qui suit le premier lundi d’octobre. Mais on admet des élèves à toute époque de l’année : ceux qui, arrivés après la rentrée, ne peuvent plus suivre les leçons données aux autres élèves, reçoivent un enseignement individuel et sont admis à subir l’examen de sortie lorsqu’ils ont achevé leurs cours.
- Les élèves sont occupés à l’école tous les jours, sauf les dimanches et jours fériés, de huit heures du matin à onze heures et demie et d’une heure et demie à cinq heures et demie du soir. La durée des études est d’une année scolaire (dix mois). Les jeunes gens qui ont passé une année entière au lissage peuvent ensuite, sur leur demande, être autorisés à travailler gratuitement sur les métiers pendant le premier trimestre de l’année scolaire suivante.
- Des certificats sont accordés aux élèves qui satisfont aux examens de sortie.
- Ecole municipale de tissage de Lyon.
- Alors que l’institution dont nous venons de parler est avant tout destinée à former des patrons, celle-ci
- est surtout destinée aux employés qui veulent se préparer à entrer en fabriques ou aux ouvriers-maîtres qui se destinent au métier. Elle a son siège place Belfort, n° 2.
- Les ateliers sont au nombre de trois : 1° l’atelier mécanique, comportant divers types de métiers des modèles les plus connus et différents spécimens de métiers de préparation, le tout mis en mouvement par un moteur à gaz Otto; 2° celui des métiers à la main renfermant également un certain nombre de modèles sur lesquels les élèves font eux-mêmes de petites cartes, lisent leurs dessins, etc. ; 3° celui de théorie appliquée.
- Un musée, renfermant de riches collections de tissus de soie et une bibliothèque spéciale très complète, sont à la disposition des élèves.
- Des chefs d’atelier et contremaîtres très expérimentés sont attachés à l’établissement.
- Ecole de fabrication de Nîmes.
- Au début de ce siècle, Nîmes fabriquait surtout l’article robe et les châles madras. Presque tous les dessins venaient de Lyon. A cette époque, tous les tissus d’art se fabriquaient à la grande lisse et la majorité des ouvriers était forcément composée de gens habiles, connaissant [très bien leur métier. Lorsque la fabrication mécanique se transforma sous la forme du jacquart et devint ainsi accessible à un plus nombreux personnel, on songea à organiser l’enseignement textile.
- Une école de dessin lut d’abord fondée en 1832; puis, en 1837, une école de fabrication. Les deux institutions ont été réunies en une seule en 1876 et confiées à M. Alf. Milhaud, qui dirigeait la première depuis 1838 et qui est encore à sa tête aujourd’hui. Ces écoles ont rendu de grands services à l’industrie locale en lui fournissant des dessinateurs et en contribuant même à la création de tissus nouveaux dont quelques-uns ont apporté la fortune dans le pays.
- L’école de fabrication de Nîmes est surtout fréquentée par des jeunes gens employés dans les ateliers de la ville, qui viennent suivre les cours pendant deux heures par jour. L’enseignement du dessin comprend le plein et l’ornement d’après l’estampe et d’après nature, au lavis, à la gouache et la composition ; la mise en carte des tissus d’après les méthodes ordinaires; les nuances des dessins avec les couleurs
- Supplément a l’Industrie textile du 15 Juin.
- iii. — 10e Fascicule.
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- des palettes des laines et des soies (partie importante qui est l’objet de soins tout spéciaux). Les élèves sont, en outre, exercés sur les métiers divers employés dans la région, dont l’école possède une collection complète et sur lesquels ils exécutent les tissus qu’ils ont conçus, dessinés, mis en carte et nuancés.
- Le budget annuel, supporté par la ville, approche de 10,000 francs.
- École municipale de tissage de Sedan.
- Cette institution a été fondée en 1881, à l’occasion d’une crise intense qui se fit sentir sur la fabrication dans ce centre important de l’industrie dra-pière. La municipalité de la ville, désireuse d’arriver aux moyens de lutter contre les épreuves que subissait l’industrie locale, réunit les fabricants à l’hôtel de ville. L’examen de la situation mit en relief la cause de la crise : jusqu’alors Sedan, s’abandonnant à des habitudes prises de longue date et se fiant à son ancienne renommée, avait presque entièrement continué à produire des tissus unis, alors que les préférences de la consommation se portaient du côté des façonnés. La transformation de la fabrication seda-naise s’imposait donc. Or, à cette époque, la connaissance des tissus façonnés était le privilège de quelques industriels qui en avaient fait une étude spéciale et de contremaîtres instruits et formés par eux; il fallait songer à propager autant que possible ce mode de fabrication, et, pour atteindre ce résultat, on voulut fonder sans retard une école. Séance tenante, la création en fut décidée et la commission de direction élue.
- Bientôt après, ce comité prit possession à cet effet d’un bâtiment municipal, situé place de Elle, au centre de la ville, composé de trois étages élevés ne formant chacun qu’une seule et vaste pièce. Il désigna le professeur, fit installer le matériel pour l’enseignement théorique et monta vingt métiers variés pour l’instruction pratique. L’école ouvrit ses portes le 1er octobre 1881.
- L’admission s’yfaitsans condition d’âge. Les cours comportent trois années d’étude. Us ont lieu tous les jours, le soir, pour la partie théorique; et, pour la partie pratique, les vingt métiers des ateliers sont mis à la disposition des élèves toute la journée, sous la surveillance et la direction d’un contremaître spécial de tissage. Chacun des membres du comité assiste
- tour à tour aux séances et visite les travaux des élèves. Des concours trimestriels ont lieu entre les jeunesgens, dont les conceptions sont corrigées par le professeur et vérifiées par le comité. Un diplôme est délivré à la fin de leurs études aux élèves méritants.
- Le montant des dépenses, couvertes par le budget municipal, varie de 8,500 à 9,000 francs par an. Le ministre du commerce accorde une subvention de 2,000 francs.
- École française de bonneterie, à Troyes.
- Cette école, qui a son siège rue de Paris, 16, à Troyes, a été fondée en 1888 par une Société anonyme sous le patronage spécial de la Chambre syndicale des fabricants de bonneterie.
- On y admet les jeunes gens âgés de quinze ans au moins, justifiant d’une instruction primaire élémentaire. La rétribution scolaire est de 250 francs. Il y a des bourses et des demi-bourses.
- La durée des études comprend deux années. L’enseignement porte sur les mathématiques appliquées à l’industrie, le dessin, la technologie de la filature de la laine et du coton, la fabrication des divers tissus à mailles, et des travaux pratiques.
- École drapière d’Elbeuf.
- A la suite de l’enquête de 1883 sur la situation des industries françaises, la Société industrielle et la Chambre de commerce d’Elbeuf signalèrent la nécessité de créer dans cette ville un enseignement technique spécial pour l’industrie drapière. Un projet fut établi par les soins de la Société industrielle. De son côté, la municipalité d’Elbeuf, également convaincue de l’importance de cette création, s’engagea à contribuer à la dépense. Le département de la Seine-Inférieure avait déjà promis son concours. Dans ces conditions, une commission, présidée par M. Dau-tresme, ancien ministre du commerce, fut constituée; après des études approfondies, après un voyage en France et en Allemagne durant lequel elle put étudier le fonctionnement des diverses écoles techniques pour la fabrication des tissus, cette commission présenta un projet définitif.
- Le but poursuivi était de compléter par un ensei-
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- gnement nouveau les cours de la Société industrielle d’Elbeuf, qui fonctionnent le soir et le dimanche, mais qui ne s’adressent qu’aux jeunes gens et aux ouvriers ayant leur journée prise.
- L’École drapière d’Elbeuf a été ouverte en 1887, rue de Caudebec, n° 34, dans une maison spécialement aménagée à cet effet. Les salles de travaux pratiques. et les ateliers furent pourvus d’un matériel choisi avec soin. Son but est de procurer aux futurs employés et contremaîtres un bagage scientifique suffisant pour exercer leur profession avec intelligence et de donner en outre à ceux qui se destinent à la partie purement commerciale des connaissances générales sur les textiles, leur fabrication et leur mise en œuvre.
- Les cours sont théoriques et pratiques et divisés en deux années. Durant la première année, tous les élèves suivent les mêmes cours; en seconde année, ils sont partagés en trois sections : 1° section de commerce; 2° section de tissage, montage, nuançage; 3° section des apprêts, comprenant la teinture, la filature, le foulage et les apprêts proprement dits.
- Aucune condition d’âge n’est imposée aux candidats. Ceux-ci subissent un examen d’entrée portant sur la langue française, l’arithmétique, la géométrie, l’algèbre (facultatif), la physique et la chimie, la géographie, la comptabilité, les langues étrangères et le dessin. Les bacheliers sont dispensés de l’examen d’entrée.
- Les cours professés sont ceux de mathématiques, physique et chimie industrielle, teinture, tissage et apprêts, filature, commerce général, géographie commerciale, anglais et allemand, dessins linéaire et d’ornement, travaux manuels.
- Le temps affecté par semaine aux différentes leçons est de quarante-huit heures, sur lesquelles vingt-huit sont consacrées aux travaux pratiques. Les travaux d’atelier n’ont d’autre but que de familiariser les élèves avec les outils et les matières premières employées, et de leur faire connaître à fond la composition des machines employées dans la fabrication elbeuvienne.
- L École est un externat : les élèves y séjournent de huit heures à midi et de deux heures à six heures, le jeudi compris.
- Le budget annuel, couvert par les subventions de l’État, du département, de la ville, de la Société industrielle et par les rétributions scolaires, est de 36,000 francs. Les élèves du canton d’Elbeuf payent 60 francs en première année et 80 francs en se-
- conde année ; ceux des autres cantons du département de la Seine-Inférieure, 120 francs en première année et 160 francs en seconde année ; ceux des autres départements, 240 francs en première année et 320 francs en deuxième année ; enfin, les étrangers, 360 francs en première année et 480 francs en seconde année. Des bourses d’externat peuvent être accordées aux familles qui en font la demande.
- École professionnelle de Reims.
- L’École professionnelle de Reims est un établissement public d’enseignement, créé en vue de préparer les jeunes gens aux professions industrielles et commerciales. Elle n’était à l’origine qu’un externat libre; mais, depuis le 1er janvier 1882, elle reçoit des boursiers de l’État. Ses élèves sont internes (payant 750 francs), demi-pensionnaires (400 francs) et externes (gratuits). La durée des études est de trois années. En troisième année, les élèves sont spécialisés selon leurs aptitudes particulières; un examen d’entrée, portant sur les matières de l’enseignement primaire, est de rigueur.
- Parmi les travaux pratiques au sein de l’École, nous trouvons ceux relatifs à la filature et au tissage, dont le matériel, renfermé dans une salle de 14 mètres sur 11 mètres, comprend : une peigneuse, un étirage, un bobinoir (construit par les élèves), un renvideur, un continu à filer et à retordre, quelques dévidoirs et romaines, un appareil dynamométrique pour déterminer le degré d'élasticité des fils ; un ourdissoir, une encolleuse à main, dix-neuf métiers à tisser à la main dont un armure et cinq jac-quarts ; quatre métiers à tisser mécaniques pour tissus unis et façonnés, chacun d’un type différent et du plus récent modèle; un lisage accéléré pour le perçage des cartons, el des accessoires divers.
- École industrielle de Fiers.
- La Société industrielle de Fiers (Orne) avait fondé, quelque temps après la guerre de 4 870, des cours théoriques et pratiques destinés à former pour cette contrée, où l’industrie des tissus s’est développée avec la rapidité que l’on sait (voir notre tome Ier), des directeurs d’usine et des contremaîtres, ainsi qu’à
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- familiariser les ouvriers avec les métiers mécaniques, Ces cours comprenaient le dessin, la filature, le tissage et la chimie industrielle. Après avoir attiré au début un certain nombre d’élèves, installés, d’ailleurs, d’une manière défectueuse, en butte, il faut le dire, à l’indifférence et quelquefois même à l’hostilité de fabricants à vues étroites, qui ne distinguaient dans cette création que le moyen de se créer des concurrents, ils périclitèrent.
- Sur ces entrefaites, le collège de Fiers fut reconstruit. La municipalité, qui n’assistait pas sans regrets au déclin des cours de la Société industrielle qu’elle subventionnait, profita de l’occasion pour les annexer au nouvel établissement ; des bâtiments spéciaux furent construits et abritèrent le laboratoire, les salles de filature et de tissage, et les ateliers de travaux manuels.
- En 1883, en même temps que le nouveau collège, une véritable école industrielle ouvrit ses portes. Cette école reçoit aujourd’hui des jeunes gens qui ont terminé leurs études et qui viennent y suivre exclusivement des cours techniques; elle reçoit, en outre, des élèves de l’enseignement secondaire du collège, qui suivent en même temps un ou plusieurs de ces cours.
- Son enseignement comporte :
- 1° Un cours de tissage, comprenant l’étude des matières textiles et la fabrication des tissus les plus variés. Les élèves y ont à leur disposition un ourdissoir, sept métiers à tisser à bras, montés d’après divers systèmes, six métiers mécaniques, etc. ;
- 2° Un cours de chimie appliquée au blanchiment et à la teinture, joint à un cours d’analyse des matières minérales et colorantes ;
- 3° Un cours de dessin industriel, joint à un cours de dessin d’ornement appliqué à l’industrie des tissus ;
- h° Des travaux manuels, comprenant une partie théorique pour l’étude des bois, des pierres, des métaux, etc., et une partie pratique où les élèves sont exercés, durant seize heures par semaine, à des travaux de menuiserie, tournage sur bois et sur métaux, ajustage et forge;
- 5° Des cours d’anglais et des cours d’allemand.
- Le budget spécial de l’École industrielle de Fiers est de 9,300 francs. Le prix de l’externat est de AOO francs, élevé à 600 francs pour les élèves autorisés à suivre simultanément les cours des deux sections.
- ÉCOLES PROFESSIONNELLES DANS LESQUELLES SE DONNE L’ENSEIGNEMENT ANNEXE DE L’INDUSTRIE TEXTILE.
- École professionnelle des apprentis tailleurs de Paris.
- Cette école a été fondée en 1881, sous le patronage de la Chambre syndicale des maîtres tailleurs. Une association, composée de membres fondateurs et de membres souscripteurs, a été fondée dans ce but. L’objet poursuivi est de former de bons ouvriers et de relever le niveau de la main-d’œuvre, qui a beaucoup baissé depuis l’invention de la machine à coudre.
- Ouverte avec huit apprentis et deux professeurs, l'École compte aujourd’hui une cinquantaine d’apprentis et huit professeurs.
- La durée des études est de trois années.
- La durée du travail effectif des élèves est de dix heures par jour. Une heure est consacrée à un complément d’instruction primaire.
- Le travail d’atelier est organisé par groupes, composé d’un professeur et de quatre ou cinq apprentis de différente force; chaque groupe fait indistinctement l’habit, la jaquette, le pardessus, etc. Pendant les deux premières années, le travail à la main est seul pratiqué. Les enfants changent de groupe tous les six mois, de façon à ne pas être toujours sous la direction du même professeur. La spécialisation est évitée avec soin.
- L’École est alimentée de travail par les maîtres tailleurs, qui payent la façon de chaque vêtement au tarif ordinaire de leur maison. De ce chef, les ressources de l’institution atteignent 15,000 francs par an.
- L’établissement ne reçoit que des élèves externes, il est gratuit et prend de préférence les enfants pauvres. Cependant quelques-uns appartiennent à des familles aisées qui y sont admis en payant une rétribution.
- Les enfants sont gratifiés chaque semaine, si leur conduite et leur travail sont satisfaisants, d’un bon de satisfaction de 1 franc en première année, de 2 francs en deuxième année et de 3 francs en troisième année ; mais le montant de ces bons ne leur est délivré qu’à la fin de leur apprentissage : quelques-uns d’entre eux emportent ainsi à leur sortie
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- un pécule de 100 à 130 francs. En outre, tous les samedis, une somme de 0 fr. 25 à 0 fr. 75 est remise immédiatement aux plus méritants.
- Les élèves déjeunent à l’École ; il leur est fourni gratuitement un plat de légumes et un plat de viande.
- Les dépenses annuelles de l’École atteignent 32,000 francs, chiffre relativement élevé, mais difficile à réduire en raison du nombre considérable des maîtres auxquels on ne peut confier individuellement plus de cinq élèves.
- Plus de deux cents jeunes gens ont été formés jusqu’à présent par l’École professionnelle des tailleurs de Paris; ils ont déjà rendu de grands services à la corporation, et cette institution mérite à un haut degré les encouragements qu’elle reçoit de l’État et du Conseil municipal de Paris.
- Le Comité de direction serait, paraît-il, désireux de compléter l’organisation de son École par des cours de coupe et de technologie du vêtement. La situation financière ne lui a pas permis de réaliser cette création éminemment utile.
- COURS FONDÉS EN DEHORS DES ÉCOLES
- Cours de tissage de la Société d'enseignement professionnel du Rhône.
- La Société d’enseignement professionnel du Rhône a été fondée en 186à, à Lyon, dans le but de créer des cours d’adultes, et spécialement des cours professionnels pour les ouvriers, les apprentis et les employés. Cette création était destinée à combler une lacune, dont l’importance a été démontrée par les progrès ultérieurs de la Société. Lyon possède une population ouvrière extrêmement nombreuse. Il fallait à cette population des cours lui permettant, à la sortie de l’école primaire, d’employer utilement ses heures de loisir, de conserver et d’augmenter ce qu’elle avait appris, et surtout d’acquérir les connaissances spéciales nécessaires à l’exercice intelligent de ses professions. Un groupe d’hommes distingués et dévoués se proposa de donner satisfaction à ce besoin en faisant appel à l’initiative privée et en ouvrant des cours analogues à ceux des associations polytechnique et philotechnique de Paris. La Société,
- du reste, a été reconnue d’utilité publique en 1878.
- Elle poursuit son but par trois moyens : bibliothèque, conférences et cours. Les conférences ont lieu chaque dimanche de l’hiver. La bibliothèque, qui se compose d’une bibliothèque centrale et de sept succursales créées par les élèves eux-mêmes, se compose de 2,800 volumes; elle est ouverte tous les soirs, les professeurs et les élèves peuvent emporter les livres chez eux. Quant aux cours, qui ont tous lieu le soir de huit heures à dix heures et le dimanche matin d’octobre à avril, ils sont au nombre d’une quinzaine et ont lieu deux ou trois fois par semaine ; chacun d’eux doit, pour être fait, être demandé par vingt élèves au moins. C’est parmi eux que nous trouvons parmi ceux se rapportant à l’industrie textile un cours de tissage théorique et pratique, un cours de coupe, un cours de dessin appliqué à la tapisserie.
- Ces cours ne sont pas absolument gratuits. La Société a reconnu que la gratuité absolue était une cause d’insuccès pour les cours d’adultes. Elle a donc exigé le payement d’un droit d’inscription, qui est généralement de 3 francs pour tout le semestre et dont sont dispensés seulement ceux qui ne peuvent pas le payer. L’expérience et une observation sérieuse des résultats obtenus dans les différents cours, où les cotisations sont plus ou moins régulièrement payées, ont montré que cette cotisation est absolument nécessaire dans l’intérêt même des élèves. Ceux qui ont payé suivent ordinairement le cours avec assiduité et y travaillent; de plus, cette cotisation, si faible qu’elle soit, les intéresse à l’œuvre tout entière et sauvegarde leur dignité, en éloignant d’eux toute idée d’aumône. Au contraire, ceux qui ne payent pas viennent plus irrégulièrement et profitent moins des leçons; le plus souvent même ils désertent complètement. Chaque élève, en payant son droit d’inscription, reçoit une carte personnelle, qu’il est tenu de présenter au besoin.
- Le bon fonctionnement des cours est assuré par des commissaires. Ceux-ci sont des élèves désignés à l’élection par leurs camarades, au nombre d’un par dix élèves et de quatre au maximum par cours. Leurs fonctions peuvent se résumer de la manière suivante ; 1° tenir et relever le registre des présences existant dans chaque cours et sur lequel tout élève présent doit signer à chaque leçon ; 2° adresser des lettres aux élèves inexacts, s’informer des motifs de leur absence et chercher à les faire revenir au cours, en allant les visiter au besoin à leur domicile ; 3° perce-
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- voir les cotisations. Gette institution des commissaires rend d’immenses services ; elle relève la dignité des élèves et les amène à s’intéresser énergiquement au bon fonctionnement dé la Société en leur confiant une large part de son administration. Aucune mesure de discipline n’est prise dans les cours en dehors de leur action.
- Les récompenses de fin d’année sont extrêmement recherchées. Une médaille de bronze détermine des efforts très sérieux, et une simple mention est désirée avec une ardeur qu’on ne peut soupçonner sans l’avoir constatée. Il est particulièrement intéressant de voir côte à côte à ces distributions de prix le père et le fils venir chercher tour à tour une mention méritée avec un zèle égal et après des efforts plus ou moins heureux.
- Les ressources financières de la Société d’enseignement professionnel du Rhône, qui s’élèvent d’ordinaire de 90,000 à 95,000 francs, consistent en : 1° subventions des ministères du commerce et de l’instruction publique ; 2° subventions du conseil municipal de Lyon, du conseil général du Rhône et de la Chambre de commerce de Lyon ; 3° cotisations des sociétaires; 4° souscription ouverte en permanence d’une somme annuelle, avec engagement pour cinq ans ; 5° droits d’inscription des élèves ; 6° intérêts des sommes en dépôt. Les dépenses consistent principalement en traitement du personnel enseignant, dépenses des cours (loyers, éclairage, chauffage, etc.), matériel d’enseignement, impressions diverses, distribution des prix et frais généraux.
- Cours de tissage de la Société du commerce et de l'industrie lainière de Fourmies.
- Ces cours, ouverts en 1886, ont été fondés sans aucun secours du département et de l’État, mais avec les seules cotisations d’un certain nombre de manufacturiers, membres de la Société, et les subventions des communes de Fourmies et de Wignehies.
- Ils ont lieu tous les soirs, de sept heures et demie à neuf heures et demie, afin que les adultes puissent s’y rendre leur journée terminée. Ils ont une durée de deux ans et comprennent : un cours élémentaire de tissage en soixante leçons, un cours supérieur de tissage en trente leçons, un cours de filature et de peignage en trente leçons, et un cours d’échantillonnage
- en trente leçons. Un matériel industriel des plus complets est à la disposition des élèves.
- Les ouvriers français des établissements qui participent à l’entretien annuel de l’école et les ouvriers étrangers qui y sont autorisés par le conseil de la Société peuvent suivre les cours. Des examens devant des juges compétents permettent de décerner chaque année aux auditeurs, suivant leur mérite, des médailles, certificats, etc.
- Les cours se terminent fin juin ; ils sont repris le 15 septembre. La distribution des récompenses a lieu à la rentrée.
- Cours de lissage et de teinture
- du Conservatoire des arts et métiers, de Paris.
- Tout le monde connaît, à Paris, le Conservatoire des arts et métiers, qui occupe, rue Saint-Martin, l’ancien prieuré de Saint-Martin des Champs. Cet établissement a été organisé, sous forme de musée industriel, en 1796 et définitivement installé en 1798. A cette date seulement commencèrent les cours publics. Il n’y eut d’abord que trois « démonstrateurs » chargés d’expliquer à heure fixe le fonctionnement des machines exposées dans les galeries et un « dessinateur », et ce ne fut qu’en 1819 qu’on décida qu’il y serait donné un enseignement public et gratuit des sciences appliquées aux arts industriels.
- Les premiers cours qui furent professés ont été ceux de mécanique et de chimie appliquées aux arts, auxquels fut adjoint un cours d’économie politique. En 1819, on créa un cours de physique industrielle, et, en 1848, un cours de céramique.
- Ce ne fut qu’en 1852 et 1854 que des cours de füalure et tissage et de teinture et impression furent créés sur la demande de la Chambre de commerce de Paris.
- Depuis cette époque, un grand nombre d’autres cours sont venus s’ajouter à ceux-là, et, aujourd’hui, il y en a dix-sept ainsi répartis :
- I. — Arts mécaniques. — Cours de : 1° géométrie appliquée; 2° cours de mécanique générale; 3° de filature et tissage ; 4° de métallurgie et travail des métaux; 5° d’électricité industrielle;
- II. — Arts de construction. — Cours de ; 6° géométrie descriptive ; 7° constructions civiles ;
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- III. — Physique. — Cours de : 8° physique appliquée aux arts ;
- IV. — Arts chimiques. — Cours de : 9° chimie générale ; 10° chimie industrielle ; 11° teinture, céramique et verrerie;
- V. — Agriculture. — Cours de : 12° chimie agricole; 13° agriculture; 14° travaux agricoles et génie rural ;
- VI. — Sciences économiques et législation. — Cours de : 15° économie politique et législation industrielle ; 16° économie industrielle et statistique ; et 17° droit commercial.
- Ces cours ont lieu le soir, de novembre à avril. Ils sont répartis, pour la plupart, en plusieurs années d’enseignement, l’ensemble des matières composant un programme exigeant pour être développé jusque cinq années. Us ont le caractère de conférences. Les auditeurs ne sont astreints à aucune formalité d’admission ni d’assiduité.
- Les riches collections du Conservatoire national des arts et métiers ont une réputation universelle. La collection de Vaucanson ne comprenait, en 1783, que 60 machines, parmi lesquelles figuraient au premier rang les machines à soie. En 1817, le premier catalogue publié accuse 3,279 numéros; actuellement ce nombre est d’environ 12,000. L’établissement contient, en outre, le dépôt des brevets d’invention expirés, les marques de fabrique, une collection de brevets étrangers, un portefeuille industriel d’un grand intérêt historique, une bibliothèque de 3,200 volumes, des laboratoires de physique et de chimie, un laboratoire d’électricité et les principaux éléments d’un laboratoire de mécanique. Le Conservatoire constitue, en somme, le musée le plus riche et le mieux installé du monde entier.
- Cours de teinture et tissage de la Société industrielle d'Amiens.
- La Société industrielle d’Amiens a construit, pour y installer ses services, un local d’une superficie de 2,000 mètres presque entièrement couverts et qui ne lui a pas coûté moins de 300,000 francs. C’est là qu’elle a établi ses ateliers de teinture et de tissage, joints à d’autres de menuiserie, forge et ajustage. On y trouve, en outre, plusieurs salles de cours,
- une salle pour les conférences, une bibliothèque de 5,000 volumes, une salle de lecture, un fumoir pour les sociétaires, des salles pour les services administratifs, et un musée industriel et commercial qui a reçu un grand développement et qui contient notamment de nombreuses collections des tissus de tout genre fabriqués autrefois à Amiens avec une monographie complète de ces échantillons. La Bourse de commerce se tient dans l’une des salles, ce qui ne contribue pas peu à faciliter les relations entre les industriels et les commerçants de la région.
- Les cours relatifs à l’industrie textile sont au nombre de six : 1° cours de chimie appliquée à la teinture ; 2° cours de teinture et manipulations tinctoriales; 3° cours de tissage théorique; 4° cours de tissage pratique; 5° cours de coupe de velours de coton ; 6° cours de mise en cartes.
- Le cours de chimie tinctoriale et celui de teinture et manipulations tinctoriales comprennent chacun trois années et sont suivis simultanément par les mêmes élèves. Dans la première année, le double enseignement porte sur la chimie inorganique ; l’élève apprend à connaître principalement les acides, les bases, les sels, les mordants qu’il doit employer plus tard ; il les met en usage dans les leçons de manipulations et apprend à en reconnaître la nature et la pureté. Dans la deuxième année, les substances tirées des végétaux, les matières colorantes et astringentes qui en dérivent, sont étudiées et caractérisées ; l’élève les essaye, les compare et les applique sur des tissus. Dans la troisième année, les procédés divers de teinture sont passés en revue ; les matières colorantes dérivées de l’aniline, de la naphtaline, de l’acide phénique, etc., sont formées, préparées et appliquées avec les notions théoriques à l’appui et les modifications variées de la pratique. Ces cours sont bien outillés ; douze cuves chauffées au gaz, avec tambours actionnés par un moteur à gaz, deux hottes et tout le matériel et les produits nécessaires pour les expériences, les analyses et la teinture, sont à la disposition des élèves.
- De même que les cours de teinture, les cours de tissage, inaugurés en 1864, comprennent surtout deux parties : le cours théorique et de théorie pratique et le cours pratique et de travaux d’atelier. Le premier comprend trois années d’étude, de vingt-cinq leçons chacune et d’une durée d’une heure et demie; le second correspond aux trois années de théorie et exige aussi soixante-quinze séances de travaux d’atelier, qui ont lieu le di-
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- manche de huit heures du matin à midi. Le matériel mis à la disposition des élèves est dû en partie à la générosité des sociétaires; il comprend environ quarante métiers à lames ou à la jacquart, soit à bras, soit à la mécanique, pour tapis, velours épinglé, velours de Gênes, velours d’Utrecht, linge ouvré, piqué, matelassé, rubané, de petites dimensions ou de grandeur normale ; des métiers de préparation : ourdissoir, encolleuse, cannetière, bobineurs, etc.; des appareils et tableaux de démonstration, etc.
- Le budget annuel de la Société industrielle d’Amiens dépasse AO,000 francs, non compris le budget de l’école d’apprentissage, qui est de 13,000 francs. L’État, le département de la Somme et la ville d’Amiens contribuent ensemble à ce budget pour une somme de 18,500 francs. Le reste est fourni par la Société elle-même et provient des cotisations de ses membres et des ressources diverses.
- Cours de tissage
- fondés par la Société industrielle d’Elbeuf.
- Les cours publics et gratuits ont été la première et la plus importante création de la Société industrielle d’Elbeuf; de quatre qu’ils étaient en 1859, comportant quatre heures par semaine, leur nombre s’est élevé jusqu’à quinze. Parmi eux, nous voyons figurer un cours de tissage, dont la durée est de deux ans.
- La Société a un budget annuel d’environ 17,000 francs. Ses ressources se composent, outre les cotisations de ses membres, de subventions de la ville d’Elbeuf, du département de la Seine-Inférieure et du Ministère du commerce.
- Cours municipaux de filature et de tissage de Lille.
- Ces cours, qui ont lieu dans le local de l’Institut industriel du Nord, ont été fondés en 1871, avec le concours de la Chambre de commerce, qui voulut bien offrir à la municipalité une somme de 1,600 fr. durant trois années pour les frais d’installation, et de la Société industrielle du Nord, qui fit don d’une
- somme de 5,000 francs comme participation à l’achat du premier matériel nécessaire pour les démonstrations.
- Trois cours sont faits toutes les semaines sur la filature de lin, la filature de coton et le tissage. Us ont lieu soit le soir, soit le dimanche pendant la matinée, afin de permettre aux ouvriers et contremaîtres de les suivre en dehors du temps consacré à leur travail. Le programme est toujours alfiché à l’avance dans toute la ville.
- A la fin de l’exercice, ceux des auditeurs qui croient avoir suffisamment profité des leçons du professeur se font inscrire pour passer un examen devant une commission composée d’industriels désignés dans ce but par la Société industrielle du Nord. Des primes d’encouragement et des certificats de capacité leur sont alors délivrés suivant l’instruction professionnelle dont ils ont fait preuve.
- Aujourd’hui, le matériel, depuis la fondation des cours, a décuplé en importance, grâce aux acquisitions qui ont été faites ultérieurement, et aux dons généreux des constructeurs les plus considérables de France et d’Angleterre.
- Cours de fabrication de la Société industrielle de Reims.
- La Société industrielle de Reims a organisé, rue Ponsardin, n°18, un certain nombre de cours, qui ont lieu le soir et qui généralement sont divisés en deux sections : élémentaire et supérieure. Ces cours sont publics et gratuits, ouverts à toute personne âgée au moins de quatorze ans. Parmi eux nous relevons un cours de fabrication et de tissage.
- Cours professionnels de tissage de Saint-Étienne.
- Ces cours, qui se tiennent à la Rourse du travail, ont été fondés, en 1889, par M. Matricon, sous les auspices de la Chambre syndicale des ouvriers passementiers et tisseurs réunis; ils sont subventionnés par la ville. On y admet les jeunes gens âgés de quatorze ans au moins, sur simple inscription. Us ont lieu
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- A L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1889.
- le soir, du 1er octobre au 30 juin : leur durée est de deux ans. Ils comprennent deux leçons par semaine, de deux heures chacune ; il y a travail sur métier à tisser, dans la matinée du dimanche, une fois par mois.
- Cours de dessin et mise en carte de la Société industrielle de Saint-Quentin.
- Ces cours, appliqués plus spécialement à la fabrication des broderies et des tissus de la région de l’Aisne, sont publics et gratuits. Ils sont suivis par des ouvriers et employés de tout âge. Ils sont annexés à d’autres cours, tels que ceux de mécanique pratique, de dessin industriel, etc., qui peuvent être suivis par les mêmes auditeurs.
- Cours de tissage de la Société libre d'émulation du commerce
- et de Yindustrie de la Seine supérieure.
- Ces cours sont absolument gratuits. Us ont lieu le dimanche et le soir dans la semaine, au siège de la Société.
- Des concours et des examens ont lieu à la fin de chaque année, et des médailles sont distribuées en séance publique aux élèves qui se sont le plus particulièrement distingués.
- 9 b : ’ , ' , '
- INSTITUTIONS TECHNIQUES D’AIDES ET DE RECHERCHES POUR L’iNDUSTRIE TEXTILE.
- Essai de soie des fabricants et des marchands de soie réunis, à Lyon.
- L’Union des marchands de soie et l’Association de la fabrication lyonnaise ont fondé, d’un commun accord, le A juillet 1882, un Essai de soie, établissement où se détermine le titre de la soie, c’est-à-dire le rapport du poids à la longueur du fil.
- Cette création a pris la forme de Société anonyme ru capital de.100,000 francs divisés en 200 actions
- %
- de 500 francs qui ont été souscrites : 150 par des marchands de soie, et 50 par des fabricants de soieries. ’
- Le but poursuivi est l’établissement à Lyon d’un Essai destiné à faire profiter les sociétaires et le commerce en général de toutes les améliorations techniques et économiques dont peut être susceptible l’essayage des soies.
- L'Essai n’a pas pour but de répartir à ses actionnaires le maximum des profits que son industrie peut lui procurer; il est, au contraire, accepté, en principe, qu’une partie des bénéfices qui seront attribués au fonds de réserve sera employé au perfectionnement et au développement de l’Essai et à une réduction de tarifs.
- Les bénéfices nets sont, d’après les statuts, attribués comme suit : .
- 10 pour 100 au fonds de réserve;
- 25 pour 100 aux actionnaires;
- 30 pour 100 au syndicat des marchands de soie;
- 10 pour 100 au syndicat de la fabrique;
- 15 pour 100 à la caisse générale de secours des fabricants et marchands de soie ;
- 10 pour 100 au personnel de l’Essai.
- Les exercices 1887 et 1888 ont notamment donné de très bons résultats. Le matériel étant à peu près amorti, la distribution des bénéfices se réalisera sans doute pour l’exercice 1889.
- L'Essai a reçu, en 1886, 18,616 échantillons à titrer; en 1887, 2A,129, et la progression continue.
- Les recettes s’élèvent à environ 75,000 francs l’an, et les dépenses à 55,000 francs.
- Société de garantie contre le piquage d'once, à Lyon.
- L’origine de la Société de garantie remonte à 18Û0. A cette époque, le vol des soies, vulgairement appelé piquage d'once, était pratiqué à Lyon pour ainsi dire au grand jour. Certains industriels, disent , les relations de l’époque, avaient boutique ouverte pour la vente des soies volées, depuis la soie grège ou moulinée jusqu’à la soie teinte prête à être tissée; les unes et les autres provenant de soustractions commises par tous les intermédiaires qu’employait le fabricant.
- On évaluait alors à 10 millions de francs la valeur i
- I
- Supplément a l’Industrie textile du 13 Juin.
- iii, — 11» Fascicule.
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- LES INDUSTRIES TEXTILES
- de la soie détournée annuellement au préjudice de la fabrique lyonnaise.
- Émus de cet état de choses, un certain nombre d’honorables fabricants fondèrent à Lyon, le 8 mai 1840, la Société de garantie contre le piquage d’once.
- Aux termes de ses statuts, la Société doit prévenir et empêcher les détournements, les fraudes et les abus dans les industries et commerces ayant trait à la soie; seconder l’autorité, la renseigner, faciliter ses recherches et ses poursuites ; combattre et dénoncer toute organisation criminelle portant atteinte à la loyauté des transactions et à la prospérité des affaires.
- Les perfectionnements relatifs à l’industrie des soies et soieries sont également dans ses attributions.
- L’appui bienveillant des autorités fut acquis dès le début à la Société de garantie. — L’existence légale lui fut accordée par décision ministérielle du 13 décembre 1843.
- Ses statuts lui permettant de ne pas rester cantonnée dans la recherche et la répression des vols de soie, mais de s’occuper aussi des intérêts généraux du commerce et de l’industrie des soies, la Société mit, dès le début de son existence légale, toute son activité et toute son influence au service de la grande industrie lyonnaise. Elle devança ainsi l’organisation de la Chambre syndicale de la fabrique lyonnaise et du Syndicat des marchands de soie et leur traça leur voie.
- Elle entretint une correspondance active avec les députés du Rhône au sujet des traités de commerce avec la Chine et la Belgique, des tarifs douaniers, des lois sur les livrets d’ouvriers, les dessins industriels et les marques de fabrique.
- Elle créa divers comités pour l’étude des questions intéressant la fabrique lyonnaise, savoir :
- Un comité de contentieux et de consultations juridiques auquel étaient attachés deux avocats ;
- Un comité ayant pour but l’étude des découvertes utiles à l’industrie soyeuse et à leur propagation ;
- Un comité chargé des affaires de contrefaçon, de copies de dessins et de concurrence étrangère.
- Elle projeta la création d’un comité qui tiendrait un registre de renseignements sur la solvabilité des débiteurs peu connus.
- Elle proposa l’organisation d’une exposition permanente de toutes les améliorations et inventions re-
- latives à la fabrique des soieries ; les objets seraient réunis dans un local spécial, sous la direction d’un conservateur chargé de les cataloguer et de faciliter aux industriels les moyens de les étudier et de les propager.
- Cette idée, très agrandie, a été mise à exécution par la Chambre de commerce de Lyon, en 1864, par la création du Musée d’art et d’industrie installé au Palais du commerce.
- Elle demanda à la Chambre de commerce et obtint d’elle la plupart des organisations spéciales aux soies et soieries qui existent actuellement, notamment :
- L’établissement d’un essai public pour le décreusage et le titrage des soies grèges et ouvrées ;
- La publication, tous les quinze jours, du cours officiel des soies par le corps des courtiers ;
- L’organisation d’un poinçonnage officiel pour tous les perçages relatifs à la mécanique Jacquart, afin d’obtenir dans la fabrication l’uniformité complète de tous les ustensiles.
- L’emploi d’une double sache, munie d’un lacet dont les extrémités sont réunies par un plomb avec le sceau de la Condition des soies. Dans les ballots ainsi enveloppés, aucune soustraction ne peut être opérée dans le trajet de la Condition chez le destinataire, lequel a seul le droit d’enlever le sceau de la Condition des soies.
- Mais l’étude de ces importantes questions n’a jamais fait perdre de vue à la Société le but primordial qu’elle poursuit : la répression et l’extinction du piquage d’once. !
- Elle adopta notamment et patronna le système breveté de M. Arnaud, consistant dans l’emploi de fils de couleurs diverses, comme « pantimure » de flottes de soie mises en teinture et devant rentrer intactes après cette opération. Ce système a beaucoup contribué, par le contrôle qu’il exerçait, à la moralisation de l’industrie de la teinture; il a été appliqué de 1842 à 1867.
- La Société fonda, en 1844, une société dite « des déchets », qui avait pour but, en achetant tous les déchets de soie, d’enlever au trafic des piqueurs d’once toute apparence d’honnêteté. Malheureusement, sans qu’on puisse en saisir exactement les motifs, cette Société n’a pas atteint le but qu’on poursuivait et a cessé d’exister.
- Pendant longtemps la Société de garantie a payé en moyenne 8,000 à 9,000 francs de primes par an pour la répression du piquage d’once. Aussi ses re-
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- cherches persévérantes ont-elles amené peu à peu une décroissance dans le nombre et surtout dans l’importance des vols de soie.
- Un des moyens préventifs des plus efficaces employés par la Société fut la publication des condamnations pour piquage d’once en fascicules périodiques. Ces fascicules indiquaient, outre le nom des condamnés, les nouvelles ruses mises en œuvre parles fraudeurs, et suggéraient ipso facto les moyens de prévenir les infidélités. Depuis plusieurs années ces publications ont cessé.
- Il serait trop long d’énumérer les travaux de tout genre de la Société de garantie. La lecture de ses procès-verbaux démontre quelle remplissait le rôle des chambres syndicales actuelles ; elle a aidé, par ses conseils, à créer les sociétés similaires de Saint-Étienne et de Paris.
- La Société de garantie, dont peut faire partie tout fabricant de soieries, marchand de soie, teinturier, etc., établi à Lyon ou dans la banlieue, est gérée par un conseil d’administration composé d’un président, d’un vice-président, d’un trésorier, d’un secrétaire et de quatre conseillers, nommés pour quatre ans par l’assemblée générale et rééligibles.
- Ce conseil a pleins pouvoirs pour fixer les primes à allouer aux agents de l’autorité et à toutes personnes ayant contribué à la révélation et à la répression du piquage d’once.
- Toutes les primes allouées aux agents sont versées entre les mains de M. le secrétaire général pour la police, qui en fait la répartition suivant les indications du conseil auquel il adresse un état émergé par les intéressés.
- Les indicateurs (c’est-à-dire les personnes autres que les agents) touchent directement leurs primes au siège social.
- Les ressources financières de la Société de garantie sont assurées :
- 1° Par les cotisations annuelles qu’elle perçoit de ses sociétaires (104 en 1887) et dont le taux qui était de 150 francs en 1840 — de 100 francs en 1848 — de 50 francs en 1858, a été réduit à 25 francs en 1873;
- 2° Par les arrérages de rentes qu’elle possède.
- Les registres alphabétiques des condamnations tenus par la Société montrent que, depuis l’année 1852, elle est intervenue dans 849 affaires de piquage d’once, à l’occasion desquelles 1,247 personnes ont été condamnées.
- Voici le tableau des condamnations pour piquage d’once et des primes distribuées par la Société depuis l’année 1870 :
- Nombre Primes
- Années. d'affaires. Condamnations. distribuées.
- 1870 17 23 11 4.140 fr. 3.100 »
- 1871 8
- 1872 14 20 18 24 53 4.470 » 4.480 »
- 1873
- 1874 \ 1875 ) 43
- 10.815 o
- 1876 ) 35
- 1877 \ 45 6.975 »
- 1878 . . I 36
- 1879 \ 70 8.600 »
- 1880 ... ) 24 5.430 »
- 1881 \ 39
- C<\ CO GO OO GO CO *T1 34 52 ( 2.320 » l 5,170 »
- 1884 20 34 3.700 »
- 1885 ) 26 39 ( 2.695 »
- 1886 \ 1 1.905 »
- 1887 1 18 30 ( 2.890 »
- 1888 \ ( 550 »
- Enfin, il faut mentionner, en terminant, qu’en cas de dissolution de la Société de garantie, tout l’actif disponible doit, aux termes des statuts, être affecté, moitié à l'École de la Martinière et l’autre moitié à la Caisse générale de secours des fabricants de soieries et des marchands de soie de Lyon.
- ENSEIGNEMENT PAR LES JOURNAUX ET REVUES PÉRIODIQUES.
- Les revues ou journaux français spéciaux à l’industrie qui nous intéresse sont relativement peu nombreux. Le principal organe, celui dont la notoriété est universellement reconnue de tous les industriels, est la revue illustrée Y Industrie textile, qui mensuellement publie un fascicule de 40 pages de texte avec de nombreuses et intéressantes gravures. En 1889, cette revue publie son cinquième volume.
- Voici maintenant quels sont les principaux journaux qui peuvent être cités :
- 1° Moniteur des fils et tissus, journal hebdomadaire in-folio, à Paris ;
- 2° L'Industrie lainière, même journal que le précédent, dont le titre a été changé pour les envois à la clientèle spéciale ;
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- Sh
- 3° Les Tissus, journal paraissant les 15 et 30 de chaque mois, à Elbeuf, traitant des modes les plus nouvelles dans des causeries accompagnées de types d’étofles ;
- li° Le Dessinateur elbeuvien, journal de dessins et d’échantillons nouveautés, paraissant cinq fois par saison, à Elbeuf;
- 5° Le Jacquard, revue mensuelle, grand in-8°, publié à Elbeuf;
- 6° Le Moniteur de la bonneterie et du tricot, journal bi-mensuel publié à Paris;
- 7° Le Bulletin mensuel des [dateurs de laine cardée, de la Seine-Inférieure, de l’Eure et du Calvados, paraissant le 1er de chaque mois;
- 8° Journal de la bonneterie française, publié à Troyes sous les auspices de la Chambre syndicale des fabricants et marchands de bonneterie en gros, paraissant le 1er de chaque mois ;
- 9° Le Journal circulaire du marché linier de Lille, journal in-4°, publié à Lille, sous les auspices du comité linier du Nord, paraissant le jeudi;
- 40° Le Journal des tissus, journal bi-mensuel, in-folio, publié à Sedan.
- 11° Le Moniteur des soies, journal hebdomadaire, publié à Lyon;
- 12° Le Bulletin des soies et des soieries, journal hebdomadaire, publié à Lyon;
- 13° Le Moniteur du tissage mécanique des soieries, journal mensuel, publié à Lyon.
- Il nous paraît intéressant, en regard de ces publications françaises, de noter quelles sont les principales éditées à l’étranger. On y verra que le nombre de revues illustrées du genre de Y Industrie textile y est beaucoup plus considérable. Pour l’Angleterre, nous avons :
- 1° The Textile Mercury, revue mensuelle illustrée, publiée à Manchester;
- 2° The Textile Manufacturer, revue mensuelle, également publiée à Manchester;
- 3° The Journal of fabrics and textile industries, revue mensuelle illustrée, publiée à Bradford ;
- lx° The Wool and textile fabrics, a weeckly trade Journal, journal essentiellement commercial, publié mensuellement à Londres;
- 5° The Irish trade journal, revue mensuelle illustrée, publiée à Belfast;
- 6° The TextileBecorder, revue mensuelle illustrée, publiée à Manchester;
- 7° Hosiery Review, revue de bonneterie mensuelle illustrée.
- Pour l’Allemagne, il y a lieu de citer comme principaux organes textiles :
- 1° Bomenés journal für Tcxtil-Industrie, revue paraissant le 10 et le 25 de chaque mois, publiée sous la direction de C. Romen, de Charlottenbourg ;
- 2° Leipsiger Monatsschrift für Textile-Industrie, revue mensuelle illustrée publiée, à Leipzig, laquelle publie également deux autres publications, l’une mensuelle, Mittheilungen aus und für Textil-Berufs-genossenschaften, l’autre hebdomadaire : Wochen-bericlite der Leipsiger Monatsschrift für Textil-lndustrie ;
- 3° Das Deutsche Wollengewerbe, revue paraissant le jeudi et le dimanche, à Grumberg;
- k° Die Textil-Zeitung, revue hebdomadaire, illustrée, paraissant à Berlin;
- 5° Muster-Zeitung, für die Tuclibranche, journal mensuel, édité à Aix-la-Chapelle, traitant particulièrement de l’échantillonnage des tissus de laine;
- 6° Centralblatt für die Textil-Industrie, revue hebdomadaire, paraissant à Berlin.
- Pour l’Autriche, les deux principales publications textiles sont :
- 1° OEsterreich's Wollen und Leinen-Industrie, revue bi-mensuelle, h Reichenberg;
- 2° OEsterreich-Ungarisclier anzeiger für die Ge-sammte Textil-lndustrie, journal bi-mensuel, paraissant à Vienne.
- En Italie, le seul journal qui mérite d’être mentionné est le Bulletino delV Associazione délia induslria laniera italiana, revue mensuelle, publiée à Biella.
- Enfin, si nous voulons passer en Amérique, nous y retiendrons les publications que voici :
- 1° The Textile Record of America, revue mensuelle illustrée, publiée à Philadelphie ;
- 2° Boston Journal of commerce and coiton, wool and iron, revue mensuelle illustrée, publiée à Boston ;
- 3° Textile manufacturing World, revue mensuelle in-folio illustrée, publiée à Boston ;
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- A L ’ R X PO SITIO N UNIVERSELLE DE 1 889.
- 4° The'Manufacturer's review and industrial retord, devoted to the cotton woolen, silk and linen industries, etc., revue mensuelle illustrée, publiée à New-York.
- ORPHELINATS ANNEXES A DES ÉTABLISSEMENTS
- ' TEXTILES.
- •
- Orphelinat de la filature de coton de MM. J. Thiriez père et fils, à Loos.
- ; Cet orphelinat compte soixante pensionnaires. Les enfants y sont reçus à partir de trois ans.
- La création de cette institution date de 1872 et prit naissance d’une façon toute fortuite. A cette époque, MM. Thiriez avaient des sœurs qui dirigeaient une crèche qu’ils avaient créée, ainsi que les écoles annexées à leurs établissements. L’une de leurs jeunes ouvrières orphelines fut mise, un soir, brutalement à la porte par un logeur sous un prétexte futile. La pauvre enfant, ne sachant où passer la nuit, vint frapper à la porte des sœurs en les suppliant de lui donner asile; celles-ci, touchées de son abandon et du danger auquel elle était exposée, demandèrent le lendemain à MM. Thiriez la permission de la garder indéfiniment. L’idée vint alors à ces charitables industriels de rendre le même service à plusieurs autres jeunes ouvrières sans parents, et l’orphelinat fut créé.
- Les orphelines qui y sont reçues payent 15 francs par mois de trois à treize ans. Leur entrée ne donne lieu à aucun contrat, et lorsqu’elles ne sont plus contentes dans la maison, elles peuvent la quitter si bon leur semble. Une fois admises, elles sont autorisées à sortir pour des mariages ou des funérailles de proches parents, et les membres de leur famille peuvent venir les voir tous les premiers dimanches du mois.
- A son entrée, toute orpheline doit présenter les actes de décès de ses parents, son acte de naissance et un certificat de vaccine.
- Au-dessous de l’âge de douze ans, elles sont élevées par les sœurs qui les nourrissent et les entretiennent, remplaçant le mieux possible leurs parents défunts. On leur apprend à coudre, et elles sont envoyées à l’école de la manufacture pour tout ce qui concerne leur instruction. Au-dessus de douze ans, elles sont admises à la filature où elles travaillent
- 85
- absolument comme les autres ouvrières, ayant le même ouvrage et le même salaire suivant leur âge, leur ancienneté et leur aptitude, soit à la journée, soit à la tâche; elles arrivent le matin à la cloche et vont prendre leurs trois repas à la maison des sœurs qui est la leur.
- Chaque orpheline a son lit particulier et les dortoirs sont rangés, chaque matin, par les jeunes filles elles-mêmes avant leur départ pour l’atelier,
- A son entrée dans la maison, toute pensionnaire reçoit un livret mis chaque quinzaine à jour par les sœurs et indiquant : d’un côté, les dépenses de l’enfant ; de l’autre, les recettes, c’est-à-dire le montant de son gain pendant la quinzaine : ce gain est d’ailleurs attesté par le billet de paye qu’elle reçoit comme toutes les autres ouvrières de la maison et qui a ici l’utilité défaire connaître à la sœur directrice la conduite de l’orpheline au travail par l’importance de la rémunération qui s’y trouve relatée. La sœur retient alors 1 fr. 15 par jour pour le logement, le blanchissage, la nourriture et le raccommodage des vêtements des jeunes filles, puis elle note les différents frais d’habillement et les menues dépenses, achats de fantaisie ou autres, qui leur ont été autorisées.
- Autant que les heures de repas le permettent, les orphelines sont initiées par les sœurs aux soins du ménage ; on leur fait faire un peu de cuisine, de lessive, de repassage, etc.
- On comprend que les plus jeunes, avant d’être admises dans la fabrique, ne gagnent pas, durant la période de leur apprentissage, de quoi suffire à leurs dépenses ; elles sont alors constituées en arriéré. Mais, à l’âge de quatorze ans, elles commencent à se suffire, compensent petit à petit leur arriéré et font des économies.
- Leur argent, joint aux récompenses qui leur sont données à la Sainte-Catherine, est placé à la caisse d’épargne de l’établissement, aux intérêts cumulés de 6 pour 100 l’an ; à leur majorité, toutes ont ainsi en leur possession une somme relativement importante, suffisante même parfois pour leur constituer une petite dot.
- Contrairement aux autres fondations des mêmes industriels, qui toutes exigent d’eux des sacrifices assez considérables, l’orphelinat s’alimente de lui-même sans grever le budget des institutions ouvrières de MM. Thiriez.
- L’économie des institutions de ce genre nous paraît, d’ailleurs, digne d’être vulgarisée, en raison
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- LES INDUSTRIES TEXTILES
- dè sa réalisation facile pour les chefs d’établissement qui emploient un nombreux personnel et veulent bien faire le sacrifice de l’installation première. Les orphelinats ordinaires ne sont alimentés le plus communément que par des ouvroirs et n’ont souvent pour toute ressource que des travaux de couture ou de broderie généralement peu payés, la concurrence que ces maisons se font entre elles étant elle-même une cause de l’amoindrissement et de la modicité des salaires. Aussi la plupart de ces établissements sont-ils forcés de demander une pension ou le versement d’une somme une fois payée pour admettre une orpheline, ou bien encore ils doivent recourir à la bienfaisance publique.
- Les salaires plus élevés que peuvent payer les industriels, relativement à ceux dévolus aux travaux à l’aiguille, dispensent les orphelinats industriels d’avoir recours à l’aliment précaire de la charité. Ainsi que nous venons de le dire, non seulement les orphelines se suffisent et font même des économies pour l’époque de leur majorité, mais encore cette combinaison permet de recueillir de pauvres jeunes filles sans parents, avant l’âge où elles peuvent gagner un salaire quelconque, les mettre à l’abri de l’abandon et de la misère jusqu’à l’âge initial où elles pourront être admises dans la fabrique avec la presque certitude que cette bonne action ne sera pas onéreuse à celui qui l’aura faite. Les manufacturiers qui ont l’emploi d’un grand nombre d’apprenties trouveront dans cette institution une pépinière d’ouvrières stables, honnêtes et de bonne volonté, dont ils disposeront selon les nécessités de leurs travaux et l’immense service qu’ils auront rendu aux pauvres enfants abandonnées ne leur aura coûté que l’initiative d’une bonne action.
- Chez MM. Thiriez, il n’y a pas d’âge fixe pour la sortie : les orphelines peuvent rester aussi longtemps qu’elles le veulent à l’orphelinat. La plupart, vers vingt et un ans, sont recherchées en mariage par des ouvriers qui savent apprécier leurs qualités. La demande en est faite à la supérieure, qui, en bonne mère de famille, prend des renseignements et s’entend avec les patrons pour l’acceptation ou le rejet de la demande. Les fiancés ont des jours déterminés où ils viennent causer avec leurs fiancées dans la salle de réception des sœurs, ou bien ils sont autorisés à sortir sous la conduite d’un parent qui présente toutes les garanties. A l’occasion des fiançailles, les patrons, les sœurs et leurs camarades leur font chacun un cadeau, de sorte que le ménage
- se trouve monté sans bourse délier. Toutes les orphelines assistent à la messe de mariage et y chantent plusieurs morceaux.
- En dehors des heures de travail, les orphelines jouent ou causent en se groupant suivant leur âge et leurs préférences. Le dimanche, après avoir assisté à la messe et aux vêpres, elles font des promenades sous la conduite des sœurs; elles y sont accompagnées par d’autres camarades d’atelier, qui, en dehors des repas qu’elles vont prendre avec leurs parents, passent presque toute la journée chez elles.
- L’orphelinat a une section chorale, dont le chef est une orpheline. Une maîtresse de musique vient à des jours fixés pour les répétitions. C’est là un élément de distraction qu’elles apprécient beaucoup.
- A la fête de l’usine et à certaines fêtes locales, elles font chaque année un voyage soit à la mer, soit dans les environs de Lille. Ces excursions ont pour elles un grand attrait.
- Pour remplacer les réjouissances que les ouvrières ayant leurs parents peuvent trouver dans leur famille, toute fête spéciale (première communion, mariage, etc.) dans les familles de leurs patrons devient pour elles l’occasion d’une autre fête composée de chants, de petites comédies, de monologues même, et qui se termine par une distribution de cadeaux appropriés à leurs besoins du moment.
- Tous les services relatifs à l’orphelinat sont confiés aux soins des sœurs de Saint-Vincent-de-Paul, sous la direction de la femme de l’un des patrons qui, de concert avec elles, organise tout ce qui a rapport à ces différentes institutions.
- Les locaux affectés à l’orphelinat se composent :
- — d’un lavabo-vestiaire où elles se dévêtent de leurs châles et se lavent les mains avant de se mettre à table ; — d’une vaste salle à manger, munie de tables à tiroirs dans lesquels elles placent après chaque repas les objets dont elles se sont servies; — d’un promenoir couvert; — d’une cour;
- — de dortoirs avec lavabos ; — d’un grand vestiaire où chacune a une armoire spéciale assez grande pour y ranger sa garde-robe complète en bon ordre; — enfin de salles de bains dans le sous-sol.
- La salle à manger est chauffée par un calorifère. Elle est ventilée par des cheminées d’appel et l’arrivée de l’air se fait sous les appuis de châssis. Les salles sont hautes, de façon à avoir un grand cube d’air.
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- Orphelinat de la Société anonyme linière de Perenchies.
- Cet orphelinat est moins important que le précédent et ne donne asile qu’à seize pensionnaires, toutes filles d’ouvriers décédés de la Société anonyme linière de Perenchies. Il est placé sous la direction des sœurs de Sainte-Marie-d’Angers.
- La pension des orphelines depuis l’entrée jusqu’à la sortie est fixée à 75 centimes, perçus par les sœurs qui, moyennant cette faible somme, se chargent de la nourriture et de l’entretien des pensionnaires. Dès le début, ces jeunes filles, toutes ouvrières à la filature de l’établissement, ne gagnent pas ce salaire ; l’avance leur en est faite chaque jour, déduction faite de ce qu’elles peuvent recevoir, et l’intérêt leur en est compté. Mais très rapidement leur salaire devient plus élevé ; directement remis aux sœurs, il est porté au compte des pensionnaires, qui bénéficient du même intérêt qu’elles ont payé antérieurement. Il arrive de cette façon que non seulement les ouvrières de l’orphelinat balancent leur compte, mais qu’elles arrivent à se faire un petit pécule qui sert plus tard à leur établissement.
- Toutes les orphelines font leurs lits elles-mêmes, rangent leurs vêtements, etc.; elles participent aux réunions organisées par les ouvrières des établissements de la Société de Perenchies.
- INSTITUTIONS' D’ENSEIGNEMENT PROPREMENT DITES
- ANNEXÉES A DES ÉTABLISSEMENTS TEXTILES.
- Enseignement du dessin de broderie dans la fabrique de tulles de MM. Dognin et Cie, de Lyon.
- MM. Dognin et Cie ont organisé à leur succursale de Condrieu une école de dessin pour les ouvrières brodeuses. L’enseignement est donné par l’une des maîtresses de la principale école de filles de la localité. Toutes les jeunes filles du pays, attachées ou non à la maison, sont autorisées à venir y apprendre le dessin depuis l’âge de sept ans. Les cours sont surveillés par l’inspecteur départemental des beaux-arts, et les élèves y ont reçu à plusieurs reprises des récompenses du ministre de l’instruction publique.
- Apprentissage dans la maison Janvier père et fils, du Mans.
- L’apprentissage des ouvrières fileuses et tisseuses se fait dans l’usine même. Il ne se paye pas, mais l’ouvrière qui veut bien se charger de l’éducation d’une apprentie reçoit une gratification, comme compensation de la perte de temps qu’elle subit par les arrêts plus fréquents et plus longs de son métier. La perte de matières est subie par la maison.
- Il existait autrefois une école primaire destinée aux enfants employés dans les ateliers, mais elle a été supprimée depuis la promulgation de la loi du 19 mai l^lx sur le travail des enfants dans les manufactures.
- Écoles primaires, bibliothèques, ouvroirs et autres institutions annexées à divers établissements textiles.
- Voici quels sont les principaux établissements que nous relevons à l’exposition :
- Fabrique d'indiennes de M. Besselièvre fils, à Maromme (Seine-Inférieure). — Une école pour les ouvriers et ouvrières de moins de vingt ans a été ouverte dans cet établissement, le 12 juin 1869, et fonctionne depuis cette époque. Les cours, professés par l’instituteur de la commune et son adjoint, ont lieu chaque soir de cinq à sept heures. La fréquentation de l’école est obligatoire jusqu’à vingt ans. La lecture, l’écriture, l’arithmétique, l’histoire de France, la géographie, la grammaire française, le style, la législation usuelle et la comptabilité constituent le programme d’enseignement. Chaque année, des prix, consistant en livrets de caisse d’épargne ou en robes et chemises en indiennes de la maison, sont distribués aux plus méritants.
- Une bibliothèque, mise à la disposition de tout le personnel, est annexée à l’école. Elle compte /t20 volumes, qui sont prêtés aux ouvriers de la fabrique et emportés par eux pour les lire à domicile. Le nombre des prêts dans les six dernières années (1883-1888) a atteint 2,55à, soit une moyenne de â25 par an. Le catalogue comprend des livres d’histoire, de littérature, des récits de voyage, la collection complète du Magasin pittoresque, et quelques romans à la portée des jeunes gens.
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- Des leçons élémentaires d’histoire naturelle (zoologie, botanique et géologie) ont été données dans ces dernières années par le patron lui-même aux élèves de l’école, et des conférences et lectures ont été faites par M. Besselièvre pour tout le personnel de la fabrique. On peut citer comme preuve des résultats obtenus l’exemple d’un jeune homme qui a passé avec succès l’examen du volontariat conditionnel, et celui d’une jeune fille admise aux examens du brevet élémentaire et qui est aujourd’hui directrice d’une école primaire dans une commune du département.
- Filatures et tissage de coton de M. Albert Lung, ci Moussey et Petite-Faon (Vosges). — M. Lung entretient à ses frais dans ses établissements, deux écoles dirigées par les instituteurs primaires de Moussey et de Petite-Raon. Il n’occupe pas d’enfants au-dessous de treize ans.
- Filature de coton et tissage de velours de MM. Mercier et Ci0, à Ourscarnp {Oise). — L’Exposition nous fait connaître que, parmi les fondations principales annexées à ces établissements, figurent une salle d’asile, des écoles et un cours pour adultes.
- Manufacture de draps de troupe de Villeneuvette {Hérault). — A cet établissement sont annexés une école pour les garçons, ouverte toute l’année, de quatre heures à six heures du soir, et un cours pour adultes, ouvert seulement du 1er octobre au 31 mars, l’une et l’autre confiés à un instituteur dépendant de l’Académie de Montpellier. Une école de filles est tenue par une institutrice libre : un catéchisme de persévérance est fait une fois par semaine pour les jeunes filles, dans les locaux de cette école.
- Blanchisserie et teinturerie de Tliaon ( Vosges). — Parmi les institutions de ces établissements figure une bibliothèque publique pour le personnel, que nous devons signaler.
- Fabrique de broderie mécanique de M. A. Trêves fils, à Saint-Quentin. — Le chef de la maison perfectionne l’instruction professionnelle de ses ouvriers en envoyant à ses frais les débutants suivre les cours de broderie mécanique fondés par la Société industrielle de Saint-Quentin et dont nous avons parlé plus haut.
- .Quant à l’enseignement scolaire, il est donné dans un local annexé à l’établissement, par un ancien professeur du lycée de Saint-Quentin. Il y a trois
- divisions. Chaque trimestre, il y a un concours et des primes sont données aux meilleurs élèves, et chaque année, distribution de prix, présidée habituellement par le maire de Saint-Quentin ou par l’un des sénateurs ou représentants du département; les prix des concours trimestriels et de la distribution annuelle consistent en primes en argent. L’école est ouverte non seulement aux ouvriers de la fabrique, mais aussi aux enfants du dehors qui désirent en profiter. 1
- Filature et tissage de laine de MM. Seydoux, Siè-ber et Cie, au Caleau. — Nous avons déjà parlé de cet établissement à propos des salaires. Rappelons ici qu’il comporte :
- 1° Une école primaire pour les garçons d.e neuf à douze ans, qui ne sont pas munis du certificat d’instruction élémentaire, exigé par l’article 9 de la loi du 19 mai 1879 ;
- 2° Une salle d’asile pour les enfants des ouvriers, dont le personnel et le matériel sont depuis 1.872 à la charge des patrons! ;
- 3° Une école primaire pour les filles des employés et ouvriers. Un instituteur est chargé de l’école primaire des garçons, une sœur de la salle d’asile, et une institutrice de l’école primaire des filles.
- Filature Vincent, Ponnier et Cie, à Sènonnes {Vosges). — Il existe dans cette maison un ouvroir où des jeunes filles apprennent à travailler sous la direction de maîtresses spéciales. Ces fillettes sont j habillées gratuitement par la dame patronnesse, qui pourvoit également à tous les frais nécessaires à la marche de cette institution.
- Filature et tissage de lin de la Société anonyme linière de Perenchies {Nord). — À cet établissement que nous avons cité déjà à propos des salaires, sont ! annexées ~ . ' T\ i
- 1° Une école primaire pour les garçons, dirigée par un instituteur ;
- 2° Une école primaire pour les filles, dirigée par une institutrice ; . T . - * •>,j
- 3° Une salle d’asile, confiée aux soins de deux religieuses et d’une bonne. Toutes les dépenses sont à la charge de la Société. • . ,-r
- Filature de colon et relorderie de MM. J. Thiriez père et fils de Loos {Nord). — Nous avons aussi parlé de cet établissement au chapitre premier.
- A cette place, nous rappellerons qu’il comporte : '
- L° Un asile réservé aux enfants des ouvriers et des
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- A L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1889.
- habitants de la banlieue (qui n’ont ni asile ni école).
- 2° Une école pour enfants de treize à quinze ans. Dans le premier, les élèves reçoivent, à la Saint-Nicolas et à l’époque de la distribution des prix, des vêtements de saison; dans le second, les prix distribués aux élèves se composent de livrets de caisse d’épargne de 10, 15 et 20 francs, d’objets utiles donnés aux premiers dans chaque faculté, et de vêtements comme encouragement à tous les autres. Ces diverses créations sont sous la direction des sœurs.
- Filature cle coton de M. Waddington, à Saint-Remy-siu'-Avre. — Les enfants employés dans cet établissement sont envoyés à l’école communale, mais la maison leur fournit gratuitement les livres et les cahiers dont ils ont besoin. Les plus méritants reçoivent à la fin de l’année, comme récompense, des livrets de caisse d’épargne.
- Une bibliothèque a été fondée en 1889. Elle comprenait, en 1889,692 volumes. Les livres sont prêtés aux ouvriers sur leur demande. Le fonctionnement de cette institution et l’achat de livres nouveaux sont assurés par line subvention annuelle de 600 francs que fournit la maison.
- Filature et tissage de coton de M. Walter Seitz, à Granges [Vosges). — Sous le nom de maison de patronage, M. Seitz a annexé à son établissement un bâtiment spécial, tenu par trois religieuses hospitalières et comportant notamment :
- 1° Une école maternelle autorisée où les enfants des ouvriers sont recueillis et soignés toute la journée depuis deux ans jusqu’à six.
- 2° Une salle spéciale divisée en deux parties, l’une pour les garçons, l’autre pour les filles, qui à partir de six ans vont aux écoles communales et trouvent les premiers une salle spéciale où ils peuvent faire leurs devoirs, les secondes un ouvroir où elles prennent l’habitude de l’ordre et du travail, Ces enfants ont aussi là leurs récréations et sont conduits en promenade aussi souvent que possible. Les ouvriers viennent les y chercher au sortir de l’usine.
- 3° Un patronage pour les jeunes filles, tenu spécialement les dimanches et fêtes, où on leur donne d’utiles notions d’économie domestique. Les jeunes garçons, de leur côté, lorsque l’âge leur permet d’entrer à l’usine comme apprentis (à partir de treize ans révolus et ayant leur certificat d’études), sont envoyés au patronage de la paroisse.
- Le linge confectionné à l’ouvroir par les petites filles, et dont l’étoffe est donnée par M. Walter Seitz, est distribué deux fois par an à tous les enfants comme récompense.
- Fabrique de toiles de MM. Garnier-Thièbaut frères, à Gérardmer (Vosges). —A cet établissement sont annexés un ouvroir où les jeunes ouvrières viennent le jeudi apprendre à coudre et à tricoter, et une salle d’asile où sont recueillis en tout temps de 35 à A5 enfants âgés de moins de six ans : le tout sous la direction de. trois sœurs de la Compassion. En dehors des heures de classe, ces enfants sont gardés jusqu’au moment où les parents quittent les ateliers. Une sœur, chargée de l’ouvroir, distribue également du travail de couture aux femmes d’ouvriers qui s’occupent de soigner leur ménage.
- Une école primaire pour les enfants des ouvriers est tenue par un instituteur maître et un adjoint. Des prix, consistant en livrets de caisse d’épargne, sont donnés annuellement aux élèves les plus méritants.
- Une bibliothèque a également été fondée. Les volumes sont délivrés gratuitement par les soins de l’instituteur aux ouvriers qui en font la demande.
- Filature et tissage de jute de MM. Saint frères, à Flixécourt, Saint-Ouen, etc. (Somme). — Voici quelle est la situation en 4 888, au point de vue de l’enseignement primaire, dans les diverses usines d’Ha-rondel, Saint-Ouen, Flixécourt, Moulins-Bleus, Pont-Remy et Gamaches, qui appartiennent à ces industriels.
- A Harondel, une école mixte a été fondée en janvier 4 87A. A cette époque, elle recevait la plus grande partie des enfants des ouvriers ; mais depuis la loi qui a institué l’instruction gratuite et obligatoire, les enfants au-dessous de douze ans vont aux écoles des villages environnants, et l’école de l’usine reste exclusivement réservée à ceux âgés de douze à quinze ans, attachés à l’établissement, qui n’ont pas encore obtenu leur certificat d’instruction primaire. Elle a 63 élèves, divisés en quatre classes, qui suivent à tour de rôle un cours de deux heures chaque jour. Les cours sont ceux des écoles primaires. Cette école est dirigée par un instituteur breveté, payé par la maison.
- A Saint-Ouen, l’école a été fondée il y a vingt ans environ. Elle fonctionne exactement comme celle d’Ha-rondel, et elle est fréquentée par 50 enfants atta-
- Supplément a l’Industrie textile du 1S Juillet.
- iii.
- 12e Fascicule.
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- chés à l’usine. Elle est dirigée par un instituteur breveté, payé par la maison. Une gratification de 20 francs est accordée à chaque enfant qui obtient son certificat d’études.
- A Flixécourt, il n’y a pas d’école d’usine ; les enfants vont à l’école du village, et des dispositions sont prises pour que ce service soit fait chaque jour très régulièrement.
- A Moulins-Bleus, usine dont l’installation remonte à 1884-1885, MM. Saint ont construit une école de hameau au centre de leurs maisons ouvrières. Cette école a coûté 18,000 francs, terrain compris. Elle est dirigée par un instituteur et un adjoint, payés par l’administration.
- A Pont-Remy, MM. Saint déclarent que cette usine, acquise deux ans avant l’Exposition, est à peine organisée ; leur intention est d’y installer une école comme celles de leurs autres établissements.
- Enfin, à Gamaches, MM. Saint n’emploient là que 200 ouvriers pour la filature de coton. Une école n’est pas nécessaire, le service étant suffisamment fait par la -ville, et ils envoient .régulièrement les enfants à l’école communale.
- CHAPITRE V
- Les Sociétés de secours mutuels dans l’industrie textile.
- « 11 est d’un homme de cœur de se suffire autant qu’il le peut et de porter avec courage le poids de sa propre fortune, disait un jour l’archevêque de Paris aux ouvriers convalescents de l’asile de 'Vin-cennes ; ne commencez donc pas par vous désintéresser de vous-mêmes, pour vous abandonner mollement à la charité des autres ; mais sortez de vous-mêmes, dégagez ces énergies latentes que tout homme possède et ne soyez à charge à personne lorsqu’il vous est possible de faire autrement. »
- Certes, lorsque l’éminent prélat formulait avec une si noble ardeur ces excellents conseils, il ne doutait pas plus que nous n’en doutons nous-même des sentiments de juste fierté qui animent les ouvriers et leur font préférer le travail à l’assistance. Mais si, en prin-
- cipe, tous ont la ferme intention de repousser ce qui pourrait blesser leur dignité d’hommes, il faut bien reconnaître aussi, dans la pratique, que la vie du travailleur est entourée de tant de soucis, soumise à tant d’événements fortuits, exposée à tant d’infortunes inopinées, qu’il est bien difficile pour l’artisan réduit à ses propres forces de se soustraire à la terrible épreuve de la misère, dans laquelle s’évanouissent trop souvent les meilleures aspirations et les plus généreuses pensées.
- Le côté vraiment pénible, en effet, de la situation de l’ouvrier, ce n’est pas l’obligation de travailler qui lui est commune avec tout le monde; ce n’est même pas l’abaissement possible des salaires; c’est la nature précaire de ses ressources, qui cessent immédiatement avec son travail. Une maladie, une blessure, jettent dans le dénuement, du jour au lendemain, un ouvrier laborieux, rangé, aisé. Il ne peut vivre et faire vivre les siens pendant son chômage sans contracter une dette, et, la plupart du temps, il ne peut ensuite payer cette dette qu’en s’écrasant de fatigue et en prenant sur son nécessaire. Le crédit, d’ailleurs, est très restreint, parce que le fournisseur lit à livre ouvert dans la situation de l’ouvrier et sait aussi bien que lui ce qu’il peut gagner par un surcroît de travail ou économiser par un surcroît de privations.
- De là l’origine des sociétés de secours mutuels, dont le but est d’assurer aux travailleurs ainsi qu’à leur famille, moyennant une légère contribution mensuelle, cette sécurité qui fait la force du travail et la joie du foyer. Grâce à cette institution, basée sur les principes féconds de l’association, tous obtiennent les garanties les plus sûres pour conserver cette dignité personnelle dont la classe ouvrière fait tant de cas et dont elle devient plus jalouse encore à mesure que son instruction se développe; grâce à cette fusion des intérêts communs, chacun reste maître de soi-même. Isolé, l’ouvrier ne s’appartenait pas ; il appartenait presque fatalement à la maladie et à la misère. Uni, tout en conservant son action individuelle et sa liberté, il acquiert pendant les bons jours la confiance qui double les forces et se prépare pour les mauvais jours une aide, un soutien qu’il ne doit pas à la charité d’autrui, mais à sa propre prévoyance.
- Assurément, l’épargne est un puissant moyen de conjurer les malheurs à venir : c’est même le premier qui s’offre à la pensée. Elle constitue un fonds de réserve pour parer aux éventualités, et de plus, les sommes économisées par les ouvriers et placées
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- par eux dans les caisses particulières ou publiques produisent, en attendant leur emploi, un intérêt qui n’est pas à dédaigner, puisqu’il a fait dire à un homme d’esprit que dans la caisse d’épargne un et un font trois. Mais s’il est incontestable que les caisses d’épargne sont une excellente institution, produisant des résultats très heureux, on ne peut nier que la faculté laissée avec raison à l’individu de reprendre ses fonds quand il le veut diminue dans une certaine mesure la sécurité pour l’avenir. Les besoins naissent à chaque instant, ils sont impérieux. Après bien des hésitations, on se décide à aller chercher ce qu’on avait déposé, et le trésor lentement accumulé disparait rapidement. Et nous ne supposons pas que ce soit pour satisfaire de frivoles désirs ou de fâcheux entraînements que l’on aille retirer ses économies. Non, la maladie est venue, suivie de son long cortège de frais ; toutes les ressources ont été englouties, heureux encore si l’on a pu, à l’aide de l’argent puisé à la caisse d’épargne, arriver à la fin du traitement et attendre le jour où les forces et le travail pourront permettre un nouveau gain.
- Tous ces dangers, toutes ces craintes s’évanouissent, en grande partie du moins, pour ceux qui sont membres d’une société de secours mutuels, car c’est la société qui les soigne et qui les indemnise même du dommage causé par l’interruption du travail. Il est donc facile d’apercevoir immédiatement la grandeur d’une institution qui produit de pareils résultats.
- Cette idée de se réunir pour s’aider mutuellement est fort ancienne. Sans vouloir rechercher dans la nuit des temps les diverses applications qui ont pu en être faites, disons que c’est le christianisme qui a développé, affermi le principe de la solidarité des individus, en venant affirmer à la face du monde les idées d’égalité et de fraternité.
- La plus austère doctrine philosophique de l’antiquité, le stoïcisme, résumait sa morale dans cette maxime : « Supporte et abstiens-toi ! » grande maxime sans doute, capable de communiquer à l’âme de celui qui s’en est pénétré une noble indépendance en le mettant en quelque sorte en dehors et au-dessus des événements, mais dangereuse, parce qu’elle décourage l’activité individuelle et qu’en isolant les hommes, elle rompt pour ainsi dire le lien des sociétés.
- Bien supérieur est le principe évangélique qui prescrit 1 amour du prochain : « Aimez-vous les uns les autres et faites à autrui ce que vous voudriez qu’on fît à vous-même », disait le Christ à une époque où
- une partie du genre humain était mise au rang des bêtes de somme, où les esclaves étaient presque considérés comme des choses. C’était poser la base fondamentale de l’association; car si l’on s’aime, on peut se réunir, et si l’on s’abrite mutuellement, on est fort : « Lorsqu’un arbre est seul, dit M. de Pom-meraye, il est battu du vent et dépouillé de ses feuilles, et ses branches, au lieu de s’élever, s’abaissent comme si elles cherchaient la terre ; lorsqu’une plante est seule, ne trouvant point d’abri contre l’ardeur du soleil, elle languit, se dessèche et meurt. »
- Malheureusement, les idées ont le triste sort de marcher lentement dans l’humanité; aussi l’organisation de cette pensée de mutuels secours a été longue et a demandé bien des siècles.
- Au moyen âge, des corporations et des confréries se formèrent et rendirent assurément des services à l’ouvrier en le protégeant contre une société toute bardée de préjugés; mais ces associations devaient périr par l’exagération même des principes qui en avaient été la source. Ayant la mission de défendre l’individu, elles finirent par l’absorber, par lier sa liberté d’action. Aussi la Révolution de 1789 renversa-t-elle ces réceptacles du monopole et de l’esprit d’intolérance. Les éléments d’union disparus, il fallut bien les remplacer par de nouvelles institutions : les sociétés de secours mutuels commencèrent à se fonder.
- Le premier essai sérieux de mutualité en France fut fait, en 1754, par les six corps des marchands de Paris sous le nom de Maison d’association ; mais la méfiance de l’autorité, qui en comprima bientôt l’essor, fit avorter l’entreprise. Il en fut de même d’une compagnie d’assurances pour la santé, proposée en 1770 par Ghamousset. A la Révolution, les ouvriers ayant voulu s’associer par spécialité d’état, l’Assemblée constituante s’y opposa : c'était, disait-elle, l’office de la nation de fournir du travail aux valides et des secours aux infirmes; mais l’État prenait ainsi des engagements qu’il ne devait ni ne pouvait obtenir. En 1792, un médecin, Marsillac, conçut le double projet des sociétés civiques qui assureraient des secours aux artisans malades ou nécessiteux et de maisons d'industrie qui donneraient gratuitement à leurs enfants une certaine éducation et des métiers. Toutefois, les sociétés de secours mutuels proprement dites, formées par des ouvriers laborieux et économes, ne se sont établies que depuis le commencement du xixe siècle. En 1800, la Société philanthropique de Paris institua
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- dans son sein un comité chargé d’étudier l’organisation et de favoriser le développement de ces sociétés. En 1820, elle publia une instruction détaillée sur l’économie des sociétés d’amis (friendly socie-lies) qui existaient déjà d’ancienne date en Angleterre. Depuis 1830, et surtout depuis la loi de 1850 et le décret de 1852, l’appui et le patronage du gouvernement et des municipalités aidant, les associations de secours mutuels se sont multipliées dans tous les départements et, à l’heure actuelle, il n’est plus de centre industriel ou commerçant qui ne possède une société particulière.
- Toutes ces sociétés, quelles quelles soient, donnent gratuitement les soins du médecin et les médicaments aux sociétaires malades. Or chacun sait que c’est une grosse charge pour le petit budget d’une famille que de subvenir à toutes les exigences d’une maladie, et, quelque modérée qu’elle puisse être, une note de pharmacien est toujours lourde à payer.
- Elles accordent, en outre, une indemnité pour suppléer au défaut du travail pendant la maladie. Cette indemnité est minime,' nous le reconnaissons ; mais elle est cependant suffisante pour empêcher la privation absolue du nécessaire. La tranquillité d’esprit est une des premières conditions du rétablissement de la santé. Quand il aura la certitude que ceux qui l’entourent ne tomberont pas dans le dénument le plus affreux, le malade attendra plus patiemment l’heure où, ayant reconquis ses forces, il pourra reprendre vaillamment sa tâche.
- Enfin, elles pourvoient aux frais des funérailles des membres décédés. Elles assurent à chacun un enterrement convenable et décent, et lui évitent autant que possible l’humiliation de la fosse commune, portant ainsi, avec juste raison, leur sollicitude sur les sociétaires, même jusqu’après leur mort.
- Le but que poursuivent les sociétés de secours mutuels est donc le soulagement immédiat des misères les plus cruelles de notre humaine nature. Et comment y arrivent-elles? Par l’association, par la réunion des efforts isolés des ouvriers et par l’action de leurs forces concentrées. Chaque sociétaire paye une légère cotisation mensuelle, et c’est sur le produit de ces cotisations que sont prélevées les sources destinées à faire face à tous les frais. Les sociétaires ne sont pas tous malades dans la même année, et l’argent des individus bien portants, ajouté aux versements de ceux qui sont soignés, forme un total suffi-
- sant pour subvenir à toutes les, dépenses. C’est une véritable assurance. Certes, les compagnies d’assurances ne pourraient pas faire de bien grands sacrifices si toutes les maisons assurées venaient à brûler ; mais on couvre les frais d’un sinistre à l’aide des primes versées par celles qui ne brûlent pas. Là aussi est tout le secret des sociétés de secours mutuels et ainsi s’explique qu’on puisse tant obtenir en payant si peu.
- Nous ne pouvons entrer ici dans l’étude approfondie du mécanisme de l’institution. Disons, toutefois, qu’on distingue trois sortes de sociétés de secours mutuels : les sociétés déclarées d’utilité publique en vertu de la loi du 15 juillet 1850, les sociétés approuvées suivant le décret organique du 26 mars 1852, et les sociétés simplement autorisées conformément aux articles 291 et 292 du code pénal. Les sociétés déclarées d’utilité publique diffèrent des autres en ce qu’elles peuvent recevoir, par un décret rendu sous la forme des règlements d’administration publique, le droit d’acquérir des immeubles à titre gratuit et onéreux. Les sociétés approuvées ne jouissent pas de ce droit, mais elles ont des privilèges qu’elles partagent avec les premières : location d’immeubles, possession d'objets mobiliers, acceptation de donations et legs avec l’autorisation du préfet jusqu’à concurrence de 5,000 francs et par décret pour les sommes excédant ce chiffre, jouissance gratuite de locaux mis à leur disposition par leurs communes pour leurs réunions, fournitures des livrets et registres nécessaires à leur administration et à leur comptabilité, remise des deux tiers des droits municipaux sur les convois, exemption des droits du timbre et d’enregistrement, sauf les exceptions prévues par la loi du 23 août 1871, versement des fonds libres moyennant un intérêt annuel de h 1/2 pour 100 à la Caisse des dépôts et consignations, caisse de retraites avec intérêts de Ix 1/2 pour 100 et concession de pensions viagères calculées d’après des tarifs à 4 pour 100 (décret du 20 décembre 1886), subventions proportionnelles de l’État à chaque versement à la Caisse des retraites, assurances collectives en cas de décès, récompenses honorifiques : tels sont les avantages qu’offrent aux sociétés de secours mutuels approuvées les décrets des 26 mars 1852 et 26 avril 1856, les lois des 11 juin 1868 et 20 décembre 1872. Enfin, les sociétés simplement autorisées n’ont pas d’existence civile; l’arrêté préfectoral qui les autorise leur concède seulement le droit de réunir leurs sociétaires
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- sous les conditions prescrites par les lois et d’agir dans la limite de leurs statuts.
- Quelles qu’elles soient du reste, presque toutes les sociétés de secours mutuels se composent d’associés participants et de membres honoraires. On entend par associés participants les individus qui ont souscrit l’engagement de se conformer aux règlements de la société et qui participent aux avantages de l’association. Les membres honoraires sont ceux qui, par leurs soins, leurs conseils et leurs souscriptions, contribuent à la prospérité de l’association, sans participer à ses avantages.
- Certains économistes se sont élevés contre l’admission des membres honoraires dans les sociétés de secours mutuels. Contrairement à leur avis, nous pensons que les ouvriers ne doivent pas répudier la main qui demande à les aider, à les soutenir, quand cette main leur offre, non plus une charité passagère et humiliante qui soulage un instant sans guérir, mais un soutien durable, une coopération incessante et intime, une communauté de sentiments et de vie qui devient un lien puissant, avantageux aux deux parties. « Un illustre historien, disait récemment un orateur écouté, a écrit ces paroles qui sont gravées dans la mémoire de tous les hommes instruits : il y a quelque chose qui vaut mieux que les jouissances matérielles, mieux que la fortune, mieux que la santé elle-même, c’est le dévouement à la science. Augustin Thierry s’est trompé ; il y a quelque chose de plus doux encore que les joies sereines de l’intelligence, c’est de soulager l’infortune, c’est de compatir aux maux d’autrui, même quand on ne les a pas soufferts. » Personne assurément ne voudra voir dans ces paroles une apologie de l’aumône, à laquelle il faut renoncer résolument si l’on veut faire des hommes. Pour quelques sous que l’on donne aux malheureux, on leur prend, en effet, leur seule dignité, le sentiment de l’indépendance, et leur seule richesse, le goût et l’habitude du travail ; on transforme ces lutteurs en mendiants. Et nous ne parlons pas seulement ici de ces libéralités de hasard, arrachées presque toujours par l’importunité ; nous parlons aussi des secours portés à domicile par les membres des sociétés charitables, avec la science et la régularité d’une administration publique. On l’a dit avec infiniment de raison : partout où la bienfaisance s’exerce par des aumônes, la population est vicieuse, languissante, abâtardie; partout, au contraire, où l’on répand le travail au lieu de la sportule, où l’on remplace le
- mendiant par l’ouvrier et l’esclave par l’homme, la moralité et le bien-être renaissent, la race se fortifie, les esprits se retrempent, la richesse publique se développe.
- Malgré leurs récents progrès, d’ailleurs, les sociétés de secours mutuels en sont toujours à la période d’enfantement; et ceux qui les fondent seront obligés longtemps encore de recourir à des hommes habitués à la pratique des affaires, ce n’est pas que les ouvriers manquent d’intelligence, mais ils manquent d’expérience; il faut leur montrer le chemin dans les commencements. L’un des moyens de leur être utile, c’est d’entrer avec eux dans leurs associations. D’autre part, la cotisation ne peut jamais être élevée et les besoins, au contraire, sont toujours très grands; la présence d’un certain nombre de membres honoraires est donc encore très désirable à ce point de vue. Enfin, il n’est pas moins important d’accoutumer les riches et les pauvres à faire le bien en commun et à se voir réciproquement de leur beau côté. Laissons donc les conditions sociales se rapprocher ; le grand élément de la civilisation du monde moderne, c’est le fusionnement des masses.
- On s’est demandé également si, pour compléter et assurer l’harmonie de tous les intérêts humains, on ne devrait pas encourager l’admission des femmes dans les sociétés de secours mutuels. Quelle que soit la gravité des objections qui ont été soulevées à ce sujet, l’auteur de l’Ouvrière nous semble avoir résolu victorieusement la question dans une page éloquente que nous ne saurions mieux faire que de citer tout entière. « Il estnaturel, dit M. Jules Simon, que les femmes aient recours aux mêmes institutions que les hommes, ayant plus de besoins et moins de ressources. Quand on songe à la quantité de ménages où le mari se dérange un ou deux jours par semaine, et qui ne se soutiennent que par les privations, le travail et l’économie de la femme, on ne peut s’empêcher de penser qu’il y a tout à la fois de la barbarie et de l’imprévoyance à réserver pour les hommes le bénéfice de l’association. Aucune institution ne peut être réellement bienfaisante qu’à la condition d’unir tous les membres de la famille dans un même intérêt et dans une même espérance. Quoi ! le mari recevra pendant sa maladie les visites du médecin, des remèdes en abondance et une indemnité de chômage ; et si sa femme qui l’a soigné, qui l’a veillé, qui s’est exténuée pour suffire à tous les besoins de la famille, gagne la fièvre à son
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- tour, elle sera abandonnée sur son lit de souffrance, seule, sans remèdes ! Que devient le mariage dans cette condition? Que devient cette solidarité de plaisirs et de peines qui en fait la sainteté ? Dès que l’association de secours mutuels se transforme en institution égoïste, elle va directement contre son but, car elle sépare ceux qu’elle devrait unir. Elle est faite, au contraire, pour fortifier la famille, en rassurant la tendresse de l’époux et du père; c’est ainsi qu’il faut l’entendre pour lui laisser toute sa grandeur morale. » A tant d’excellentes raisons, nous n’en ajouterons qu’une seule, et nous dirons que refaire la santé de la femme, c’est refaire la vie des enfants, c’est assurer à l’avenir des générations fortes et énergiques.
- Il importe, toutefois, que les sociétés de secours mutuels, destinées à introduire sous le toit du pauvre le sentiment de la sécurité, ne perdent jamais leur caractère d’institutions graves et presque religieuses. Il existe dans un certain nombre de villes du Nord un certain nombre de sociétés dont l’origine est assez ancienne et qui, sous le nom de sociétés de malades, constituent de véritables associations de buveurs. Elles ont toutes leur siège dans un cabaret ; c’est là qu’elles tiennent leurs assises de chaque mois et qu’elles consomment à la fin de l’année, dans une orgie, la partie des amendes et des cotisations qui n’a pas été absorbée par les secours. Il est évident que si l’on avait pu y introduire des membres honoraires, ils auraient provoqué la refonte des statuts et ramené ces institutions à leur but véritable.
- L’excellence des résultats partout obtenus par les sociétés de secours mutuels a conduit un certain nombre de patrons à se demander si, en dehors des associations existantes, il ne serait pas utile de créer des sociétés spéciales dans les manufactures et ateliers. Un instant, on a hésité ; on craignait, en effet, de voir ces associations, formées entre personnes de même profession, dégénérer en foyers de coalitions industrielles et même d’agitations révolutionnaires; mais on s’est bientôt ravisé en pensant à l’avantage qu’il y aurait à constituer ainsi de véritables familles vivant de la même vie, animées du même esprit de confraternité, où l’on apprécierait mieux les besoins de chacun et où il serait difficile de se faire attribuer des secours sans y avoir réellement droit. L’élan une fois donné, le mouvement ne s’est plus arrêté, et c’est dans l’Alsace que nous en trouvons les premières applications.
- A Munster, on commença par former avec les
- cotisations des ouvriers de la fabrique une caisse de secours qui fut bientôt dans une situation tellement prospère qu’elle permit de faire des pensions de retraite aux invalides de l’établissement. Il est vrai de dire que MM. Hartmann et fils lui accordent chaque année une subvention considérable.
- Puis voici Guebwiller, où l’on voit MM. Bourcart subventionner la caisse de secours de leurs ouvriers, en leur donnant tous les six mois autant de fois trois francs qu’il y a d’associés. Le reste est payé par les sociétaires, sauf les dépenses exceptionnelles qui sont supportées par la maison.
- Dans le grand établissement de Wesserling fonctionnent, à la même époque, simultanément six caisses de secours administrées par des comités nommés par les sociétaires et présidés par des chefs d’atelier. Les patrons, MM. Gros, Odier, Roman et Cie, leur allouent des dons annuels très importants.
- Ce qu’il faut surtout remarquer dans le règlement de toutes ces caisses particulières, c’est que, tout en faisant porter au patron la plus lourde charge dans les dépenses, le patronage y est cependant atténué autant que possible. Le maître ne s’est réservé aucun moyen d’influence prépondérante ; il n’est qu’un simple sociétaire comme les autres et le respect de l’indépendance des ouvriers est poussé par lui aussi loin qu’il peut aller. C’est de là, croyons-nous, que dépend tout le succès des combinaisons de cette nature.
- Mais arrêtons ici ces considérations. Les sociétés de secours mutuels appartenant à l’industrie textile qui figurèrent à l’Exposition sont nombreuses. Parmi elles, nous ne voulons en choisir que quelques-unes. Nous étudierons comme type cinq sociétés : l’une, absolument formée de tous les ouvriers d’une industrie spéciale, la Société de secours mutuels des ouvriers en soie de Lyon, subventionnée par la Chambre de commerce de cette ville et ne se rattachant à aucun établissement spécial ; deux autres, dépendant de manufactures textiles particulières; la Société de secours mutuels des ouvriers de la blanchisserie et teinturerie de Tliaon (Vosges) et la Société de secours mutuels de la fabrique d’indiennes de MM. Fr. Kettinger et fils, de Lescure (Seine-Inférieure); enfin, deux autres d’un genre tout spécial : la Société de secours mutuels des ouvriers alsaciens de la fabrique d’Elbeuf fondée dans la manufacture de draps Blin et Blin, de cette ville, et la Société des employés de la Belle-Jardinière, à Paris.,
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- Cette Société, sans contredit la plus considérable de la région du Rhône, par le nombre de ses adhérents, l’étendue de son action salutaire et les ressources pécuniaires dont elle dispose, est une société d’hommes et de femmes, ces dernières se trouvant admises en raison de la place considérable qu’elles occupent dans l’industrie de la soie.
- Il était de toute impossibilité qu’elle fût subventionnée par les patrons eux-mêmes. Nous avons en effet expliqué, lorsque dans notre premier volume nous avons parlé de l’exposition collective des industriels lyonnais, qu’il n’y avait point à Lyon d’ateliers dirigés par des patrons propriétaires et renfermant un grand nombre d’ouvriers. Au contraire, chaque tisseur travaille dans son domicile, avec sa famille, ou tout au plus avec deux ou trois compagnons. Le fabricant qui fournit la matière première, l’invention, la direction et court les risques, ne peut exercer aucune influence de bienfaisance directe sur ces très petits ateliers, puisqu’il n’a point avec eux de relations permanentes, et que le tisseur qu’il emploie aujourd’hui ne sera pas celui qu'il emploiera demain.
- Mue par une pensée généreuse et afin de parer aux inconvénients de ce système de travail au point de vue spécial qui nous occupe, la Chambre de commerce de Lyon s’est substituée au patron dans l’exercice de la protection et de l’aide qu’il doit accorder. De là l’origine des subventions qu’elle accorde et, qui atteignent le chiffre, tout à fait exceptionnel dans des sociétés de cette nature, de cent vingt-mille francs par an. De plus, la Chambre retirant la plupart de ces ressources de l’exploitation de la condition des soies, c’est-à-dire de l’industrie soyeuse elle-même, a voulu répartir ces bénéfices sur les ouvriers tisseurs qui, en qualité de collaborateurs indirects, avaient aidé, dans une certaine mesure, à les lui procurer. Elle a voulu enfin venir en aide à ceux qui, après une vie de travail et d’économies, sont dans l’impossibilité de satisfaire aux nécessités de la vie, et elle a augmenté la pension qu’ils pouvaient retirer de la Caisse de retraites annexée à la Société.
- Nous allons indiquer de quelle façon est organisée cette association.
- La Société de secours mutuels des ouvriers en soie de Lyon ainsi que la caisse de retraites qui y est annexée, fondées sous les auspices des fabricants de soieries, ont été autorisées et reconnues comme établissements d’utilité publique par un décret du 9 avril 1850, qui leur conférait l’existence civile jusqu’au 9 avril 1880. Elles ont été reconstituées sans limitation de durée par un nouveau décret en date du 23 avril 1883.
- Ces deux institutions, dont le siège est à Lyon, ont pour but, l’une de secourir dans le cas d’incapacité de travail résultant de maladies, blessures au inlirmités susceptibles de guérison, l’autre, d’assurer des pensions viagères pour la vieillesse.
- La Société de secours mutuels au moyen des souscriptions de donateurs, de la subvention ordinaire annuelle allouée par la Chambre de commerce, des dons et legs qui lui sont faits et des cotisations des membres participants, accorde à ses membres :
- 1° Les soins du médecin ;
- 2° La délivrance gratuite des médicaments;
- 3° Un secours en argent de 2 francs aux hommes et de 1 fr. 50 aux femmes, pour chaque journée d’incapacité de travail ;
- h° La fourniture à prix réduits des bains, bandages et autres appareils chirurgicaux;
- 5° Le secours mutuel aux femmes en couches ;
- 6° Les soins du médecin ainsi que les remèdes aux enfants et apprentis des sociétaires moyennant un abonnement annuel de 5 francs;
- 7° Les frais de mariage et de sépulture dans les limites exactes du règlement ;
- 8° Une prime annuelle de 10 francs, versée à la Caisse nationale des retraites pour la vieillesse ;
- 9° Le droit à une seconde prime de 10 francs, accordée par la caisse de retraites annexée à la Société.
- Pour le service médical, le territoire du ressort de la Société est divisé en onze sections ayant chacune un médecin titulaire et un médecin suppléant.
- Les honoraires des médecins sont payés par abonnement annuel à raison de 3 francs par tête de sociétaire malade ou non. Les accouchements sont payés à part et au prix de 25 francs.
- Le médecin suppléant n’est rétribué que lorsqu’il fait le service du médecin titulaire, qui ne touche aucun honoraire pour le temps pendant lequel il est suppléé.
- Les malades sont visités une fois par semaine par un de leurs co-sociétaires.
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- L’administration a fondé en 1857, à côté de ses bureaux, une pharmatie spéciale. Primitivement, il y avait dans chaque section un pharmacien rétribué pour la fourniture des médicaments moyennant un abonnement annuel et par tête de sociétaire malade ou non. Cette organisation, qui paraissait offrir le double avantage de la proximité des officines pour les malades et de la fixation de la dépense pour la Société, laissait beaucoup à désirer. En effet, d’un côté les pharmaciens réclamaient sans cesse contre l’insuffisance de l’abonnement ; de l’autre, les malades se plaignaient de la qualité des médicaments et du peu d’obligeance qu’ils rencontraient chez les fournisseurs dont tous les égards étaient réservés aux autres clients.
- Une expérience de plus de trente années a démontré l’utilité de l’installation de notre pharmacie spéciale et, malgré les craintes qu’inspirait au début la centralisation du service, nous n’avons jamais eu qu’à nous féliciter de cette création.
- L’indemnité journalière de maladie n’est pas allouée si l’incapacité de travail n’excède pas trois jours. Elle ne peut être allouée au delà de neuf mois consécutifs d’incapacité de travail. Elle est de 2 francs pour les hommes et de 1 fr. 50 pour les femmes pendant les soixante premiers jours. Elle est réduite à 1 fr. 50 pour les hommes et à 1 fr. 125 pour les femmes pendant les soixante jours suivants et enfin 1 franc poulies hommes et 0 fr. 75 pour les femmes pendant les cent cinquante derniers jours.
- Les sociétaires qui ont épuisé le temps pendant lequel l’indemnité journalière est due ne peuvent plus recevoir que des secours extraordinaires, qui sont alloués par le conseil d’administration suivant les ressources disponibles.
- La Société prend sous sa protection les orphelins de ceux de ses membres qui viennent à décéder. Elle étend son appui sur les veuves des sociétaires qui le réclament. Elle aide les uns et les autres par des secours extraordinaires et temporaires prélevés sur son fonds de réserve.
- Dans la fourniture des appareils chirurgicaux, la Société prend à sa charge un sixième de leur valeur pour les objets dont le prix n’excède pas 6 francs et un quart pour ceux dont le prix dépasse ce chiffre.
- Les enfants et apprentis des sociétaires âgés de moins de dix-huit ans, en payant un abonnement annuel de 5 francs, ont droit aux soins du médecin et aux médicaments.
- Les frais de mariage sont ceux que nécessite la
- délivrance en due forme des actes de l’état civil. La Société ne prend pas à sa charge les frais de contrats , de consentements, de sommations respectueuses, d’actes de notoriété, non plus que ceux de cérémonies religieuses.
- Les frais funéraires comprennent, outre les frais dus aux mairies, le prix du cercueil, les frais de convocation des sociétaires aux convois, enfin les frais de sépulture religieuse, à quelque culte reconnu par la loi que le sociétaire appartienne.
- La Société fournit pour tous les convois un drap mortuaire revêtu de ses insignes.
- Dès qu’un sociétaire a acquitté une annuité de cotisations, il a droit à une prime de 10 francs, qui est versée à la Caisse nationale des retraites pour la vieillesse. S’il paye plusieurs annuités à la fois, la Société lui place immédiatement autant de primes qu’il a payé d’annuités.
- De son côté, la Caisse de retraites, au moyen d’une seconde subvention allouée par la Chambre de commerce sur les produits de la condition des soies, accorde annuellement des primes de 10 francs chacune aux membres de la Société.
- Le nombre de ces primes étant limité à 6,000, elles sont distribuées aux sociétaires en commençant d’abord par les plus âgés, et, s’il y a excédent, aux déposants ayant versé de leurs deniers personnels au moins 15 francs à la Caisse de retraites dans l’année, toujours en commençant par les plus âgés.
- Les primes accordées pour la constitution des pensions, ainsi que les dépôts particuliers des sociétaires, sont versés à la Caisse nationale des retraites pour la vieillesse, instituée par la loi du 18 juin 1850. Ces pensions sont donc servies et garanties par l’Etat et leur liquidation a lieu d’après les tarifs adoptés par le gouvernement.
- On voit que la Caisse de retraites des ouvriers en soie, chargée du placementdes fonds que la Chambre de commerce alloue chaque année pour subvenir au service des primes acquises à tous les sociétaires participants, n’est qu’un intermédiaire entre les membres de la Société de secours mutuels et la Caisse nationale des retraites pour la vieillesse, à laquelle elle effectue des versements au nom de chacun de ses membres en particulier. Elle constitue donc en faveur de chaque sociétaire un livret individuel qui reste acquis au titulaire avec toutes les sommes qui y ont été inscrites, alors même qu’il serait exclu de la Société.
- Cette latitude de constituer des livrets nominatifs,
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- que ses statuts accordent à notre institution, n’existe pas dans les autres Sociétés dont les versements au fonds de retraite sont collectifs.
- En outre, la Caisse de retraites statue sur les demandes de secours annuels et viagers qui lui sont adressées par les sociétaires ayant obtenu, pour cause d’infirmités prématurées, la liquidation anticipée de leur retraite et auxquels elle peut venir en aide au moyen d’un prélèvement sur les intérêts de son fonds de réserve lorsque le chiffre de leur pension est reconnu insuffisant.
- Les allocations accordées sur les intérêts du fonds de réserve ne peuvent en aucun cas, cumulées avec le montant de la rente viagère obtenue, élever la retraite annuelle de chaque sociétaire ainsi assisté au-dessus de 300 francs.
- La Société de secours mutuels des ouvriers en soie de Lyon reçoit, comme nous l’avons dit, des membres participants des deux sexes. Elle admet, en outre, sans conditions d’âge ni de profession, des membres honoraires qui payent une cotisation annuelle de 24 francs.
- Pour être admis comme membre participant, il faut être âgé de dix-huit ans au moins et de trente-cinq ans au plus, exercer un état ou une profession se rattachant à l’industrie des soies, être domicilié dans la circonscription de la Société, dont les limites, parfaitement définies, comprennent aujourd’hui les six arrondissements municipaux de la ville de Lyon et une partie du territoire des communes suburbaines de Caluire-et-Cuire et de Villeurbanne. Il faut, en outre, produire un certificat de bonne vie et mœurs, être exempt de toute infirmité qui s’opposerait à un travail habituel et journalier et remplir en un mot toutes les conditions imposées par le règlement. Les sociétaires participants ne sont immatriculés et ne participent aux bénéfices du secours mutuel qu’après un stage de six mois.
- La cotisation des membres participants est fixée à 2 francs par mois pour les hommes et à 1 fr. 50 par mois pour les femmes.
- La Société est administrée par un conseil composé de quarante et un membres, dont un président, quatre vice-présidents et trente-six administrateurs.
- Le président de la Chambre de commerce en exercice est de droit président de la Société.
- Les membres du conseil d’administration sont choisis moitié parmi les sociétaires honoraires et moitié parmi les sociétaires participants.
- Le conseil délègue à une commission administrative
- composée de six de ses membres, dont un président, choisis par moitié dans les deux catégories de sociétaires, tous les pouvoirs nécessaires à la gestion ordinaire des affaires.
- La Caisse de retraites est gérée, sous la surveillance de la Chambre de commerce, par un conseil d’administration composé de six membres, dont deux choisis parmi les vingt sociétaires participants faisant pariie du conseil d’administration de la Société de secours mutuels.
- Toutes les décisions prises par le conseil d’administration et par la commission administrative sont mises à exécution par l’agent comptable.
- Cet agent est placé sous les ordres immédiats de la commission administrative et a sous sa direction le personnel dont le concours est jugé nécessaire en raison de l’étendue des opérations de la Société. 11 est détenteur et comptable de tous les deniers et valeurs de l’association et en est responsable ainsi que de la régularité des payements.
- Une diminution a été constatée dans le capital de réserve de la Société de secours mutuels de 1857 à 1871 inclusivement, mais elle ne constitue pas un déficit. Elle résulte de l’application de l’article 26 des anciens statuts qui disposait que, lorsqu’en fin d’année, le fonds de réserve dépasserait 200,000 fr., l’excédent serait réparti en primes supplémentaires de retraites entre les sociétaires âgés de plus de quarante-cinq ans.
- L’accroissement notable de ses réserves en 1880 provient d’un boni réalisé sur ses obligations de la ville de Lyon, qui lui ont été remboursées pour la plupart avec primes en exécution de la loi du 23 décembre 1879, autorisant l’emprunt de conversion et d’unification de la dette municipale.
- Les excédents de dépenses de la Caisse de retraites constatés depuis 1881 résultent principalement du retrait qui a été fait d’une somme de 5,000 francs que les anciens statuts allouaient à cette institution pour ses frais de gestion et qu’elle est maintenant obligée de prélever sur son fonds de réserve.
- L’excédent de recettes que présente la Caisse de retraites en 1888 provient d’un legs dont le recouvrement a eu lieu dans le courant de cet exercice.
- Il nous a paru intéressant de jeter un coup d’œil rétrospectif sur l’ensemble des opérations de nos deux institutions réunies depuis leur fondation jusqu’à ce jour, et voici les résultats qu il nous a été donné de constater :
- Supplément a l’Industrie textile du 15 Juillet.
- iii.
- 13° Fascicule.
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- L’indemnité d’incapacité de travail a été allouée à Al,343 malades (12,194 hommes et 29,149 femmes) en faveur desquels il a été ordonnancé 1 million 501,580 journées (430,845 pour les hommes et 1,070,735 pour les femmes) montant ensemble à 2,210,547 Ir. 25, soit 7(53,939 fr. 47 pour les hommes et 1,44(5,607 fr. 78 pour les femmes.
- Il a été payé sur ces ordonnancements 2 millions 192,756 fr. 59.
- Il a été distribué en outre 49,144 fr. 25 en secours extraordinaires; 15,951 fr. en secours aux veuves et orphelins; 284,252 fr. 59 en secours annuels et viagers.
- Enfin il a été payé 493,136 fr. 53 en honoraires aux médecins; 688,972 fr. 17 en frais de pharmacie, bains et appareils chirurgicaux; 218,512 fr. 63 en frais de funérailles, mariages, jetons de présence et divers, et 723,365 fr. 53 en frais d’administration.
- Outre les dépôts particuliers des sociétaires qui ont atteint le chiffre de 758,100 francs, il a été versé à la Caisse nationale des retraites pour la vieillesse une somme de 3,427,510 francs représentant 342,751 primes.
- Les pensions viagères que l’on a fait liquider forment ensemble environ 366,000 francs de rentes.
- Il faut remarquer que dans ce chiffre ne sont pas comprises les liquidations obtenues directement en dehors du concours de la Société par des membres qui l’ont quittée avant d’avoir atteint l’âge fixé pour l’entrée en jouissance de leur retraite.
- Il a été encaissé 4,273,143 fr. 28 en allocations de la Chambre de commerce; 193,172 francs en souscriptions de membres honoraires ; 3,217,931 fr. 50 en cotisations de sociétaires participants ; 11,228 fr. en abonnements des enfants et 1,216,609 fr. 12 en dons, legs et intérêts des fonds placés.
- En résumé, les recettes s’étant
- élevées à............................. 8.912.083 90
- et les dépenses à..................... 8.093.601 29
- le fonds de réserve général disponible était, au 31 décembre 1888, de...................................... 818.482 61
- Savoir : 365,272 fr. 87 pour la Société de secours mutuels et 453,209 fr. 74 pour la Caisse de retraites.
- L’éloquence de ces chiffres démontre clairement l’importance de cette association, qui compte 39 années d’existence et répand les bienfaits de la mutualité sur près de 6,000 sociétaires, tous fidèles à ob-
- server les égards de confraternité qu’ils se doivent les uns aux autres.
- La Société a progressé d’un pas lent, mais assuré et constant, sans s’être un seul instant laissé détourner de son but. Aussi est-elle aujourd’hui parvenue à un degré de prospérité qui ne laisse que bien peu de chose à désirer. Grâce aux avantages exceptionnels qu’elle offre à ses adhérents, elle a déjà rendu, et est appelée à rendre dans la suite, des services considérables aux ouvriers de l’industrie lyonnaise. Le haut patronage de la Chambre de commerce, qui l’a si richement dotée, et les sympathies qui l’entourent de toutes parts sont les meilleurs garants de son avenir.
- Société de secours mutuels des ouvriers de la blanchisserie et teinturerie de Thaon [Vosges).
- Nous donnons ci-dessous les statuts de cette Société :
- TITRE PREMIER
- COMPOSITION DE LA SOCIÉTÉ
- Article premier. — II est fondé à Thaon, à partir du 15 décembre 1872, une Société de secours mutuels entre tous les ouvriers de la blanchisserie et teinturerie de Thaon.
- Art. 2. — Tous les ouvriers, ouvrières et contremaîtres, par le fait qu’ils sont occupés à l’usine, sont membres de cette Société, à l’exception des femmes mariées.
- Art. 3. — Afin de ne pas créer à la caisse de secours des charges écrasantes, la direction évitera autant que possible de prendre de nouveaux ouvriers d’une constitution maladive on viciée. En cas d’admission de ce genre, elle recourra à l’avis du médecin.
- Art. h. — Aucun ouvrier de quarante ans et au-dessus, entré à l’usine après la fondation de la Société, ne pourra en faire partie. Il pourra être fait exception pour des ouvriers sortant des caisses de secours de Wesserling et de Rothau, à condition que ces caisses payent, pour les-dits ouvriers, une soulte dont l’appréciation sera réservée au comité.
- Article additionnel du 22 juillet 1875. — Aucun ouvrier ne pourra être reçu membre de la caisse de secours sans avoir été visité par le médecin de la caisse.
- Art. 5. — Outre les membres participants, la Société comprendra un nombre illimité de membres honoraires, reçus par le comité, et qui contribueront, par leurs cotisations, à la prospérité de l’œuvre sans participer à ses avantages.
- Article additionnel du *2l\ février 1874. — 1° Tous les
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- hommes mariés, avec ou sans enfants, et tous les veufs ayant des enfants qui font partie de la Société de secours de Tliaon payeront, à partir de ce jour, une cotisation supplémentaire de ZiO centimes par quinzaine, moyennant laquelle leurs femmes et leurs enfants auront gratuitement les soins du médecin de la Société et les médicaments qu’il prescrira; 2° les ouvriers âgés de plus de quarante ans, qui, aux termes des statuts, ne peuvent plus faire partie de la caisse de secours, pourront ,être admis à cotiser ZiO centimes par quinzaine pour avoir droit, pour eux et leurs familles, aux soins du médecin et aux médicaments qu’il prescrira, sans avoir aucun droit à l’indemnité de chômage en cas de maladie.
- Article additionnel du 19 avril 1877. — Les familles des veuves dont les enfants travaillent à l’usine peuvent faire partie de la caisse des familles, moyennant la cotisation de ZiO centimes par quinzaine.
- Article additionnel du 21 avril 1877. — Tous les membres sociétaires de la caisse de secours verseront, à dater de ce jour, une cotisation spéciale et supplémentaire de 5 centimes par quinzaine, dont le produit est destiné à la création d’un fonds de retraite pour les vieillards faisant partie de la caisse de secours comme membres sociétaires.
- Article additionnel du 18 août 1878. — 1° Les veuves travaillant à l’usine, ayant des enfants en bas âge qui ne travaillent pas à l’usine, peuvent être admises, sur l’avis conforme du médecin, à cotiser Z[0 centimes par quinzaine et à bénéficier ainsi, pour elles et leurs enfants, des avantages offerts par la caisse des familles. Si, après deux mois de travail à l’usine, elles ne demandaient pas à bénéficier de cette faculté qui leur est offerte, elles seraient déchues à tout jamais de ce droit; 2° le comité décide que cette règle sera appliquée à tous les ouvriers entrant à la fabrique et ne réunissant pas les conditions voulues pour faire partie de la caisse de secours.
- Article additionnel du 18 juin 1880. — Dorénavant, tous les membres des familles nouvelles seront examinés par le docteur, qui n’admettra à bénéficier des avantages offerts par la caisse des familles que les individus qui ne seront pas atteints de maladies chroniques ou incurables. Dorénavant aussi, une femme séparée de son mari, travaillant ailleurs, ne pourra pas cotiser pour lui, comme cela est arrivé.
- TITRE II
- ADMINISTRATION DE LA SOCIÉTÉ
- Art. G. — La Société est administrée par un comité composé comme suit :
- 1° Le chef de l’usine et quatre employés supérieurs désignés par lui;
- 2° Un certain nombre de membres, délégués et élus par les ouvriers des ateliers, et dont le nombre s’accroîtra au fur et à mesure du développement de l’usine.
- Art. 7. — Les délégués des ouvriers sont nommés, chaque année, au scrutin de liste et à la majorité absolue des membres majeurs composant la Société. Ils sont rééligibles.
- Art. 8. — Le comité nomme dans son sein, au scrutin secret, un président, un vice-président, un secrétaire, un secrétaire adjoint, un trésorier, un trésorier adjoint. Les autres membres restants sont assesseurs du comité.
- Art. 9. — Les membres du comité, désignés à cet effet, visitent et suivent les malades et les inscrivent sur leurs carnets. Le président dirige et surveille; le secrétaire tient le registre des sociétaires et rédige les procès-verbaux des séances du comité et des assemblées générales; le trésorier reçoit les cotisations et paye les secours votés par le comité et arrête chaque mois la caisse.
- Art. 10. — Chaque procès-verbal des séances sera signé par trois de ses membres et celui de chaque assemblée générale par le bureau.
- Art. 11. — Le comité se réunit, sur la convocation de son président, toutes les fois que ce dernier le juge nécessaire. Le président est tenu de convoquer le comité quand trois de ses membres lui en font la demande par écrit.
- Art. 12. — La caisse a deux clefs, l’une confiée au trésorier, l’autre à un membre du comité désigné par ses collègues.
- Art. 13. — Le placement des fonds disponibles sera fait conformément aux décisions du comité.
- TITRE III
- REVENUS DE LA SOCIÉTÉ
- Art. 14. — Les revenus de la Société se composent :
- 1° Du produit des cotisations, dont la retenue sera régulièrement faite à chaque paye de quinzaine et qui sont fixées à 1 pour 100 du salaire ;
- 2° Des cotisations des membres honoraires, fixées à un minimum de 30 francs par personne et par an;
- 3° Des cotisations des membres de la caisse des familles;
- û° Des subventions qui pourront être accordées par la direction;
- 5° Des intérêts des capitaux placés;
- 6° De la cotisation spéciale de 5 centimes par quinzaine pour le fonds des retraites.
- TITRE IY
- SECOURS
- Art. 15. — Tout sociétaire tombé malade fera promptement prévenir un des membres du comité.
- Celui-ci, après l’avoir inscrit dans l’un des livres tenus à cet effet dans chacun des ateliers, délivrera un bulletin revêtu du timbre de la Société, contre lequel le secours sera payé par le trésorier et remis au malade par l’un des membres du comité.
- Art. 16. — Le sociétaire malade recevra gratuitement :
- 1° Les soins du médecin; 2° les médicaments qu’il prescrira; 3° un secours en argent fixé par jour de maladie à la moitié de son salaire moyen des trois derniers mois de travail, sans que ce secours puisse excéder 2 fr. 50 par jour.
- Art. 17. — Le secours en argent n’est accordé au sociétaire qu’à partir du troisième jour de sa maladie. Si un convalescent, après quelques jours de travail, redevient malade, la déduction des deux jours n aura pas lieu pour cette seconde maladie, qui sera considérée comme la continuation de la première.
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- Art. 18. — Les sociétaires nouveaux n’auront droit à un secours en argent qu’à partir de la fin du second mois de leur admission. Au bout de trois mois de maladie, le secours est réduit à la moitié; au bout de six mois, au quart, et, au bout d’un an, tout secours cesse, après consultation du comité. Si entre deux maladies d’un sociétaire, il n’y a pas au moins un mois de travail régulier et non interrompu, les six mois, au bout desquels le secours est réduit au quart, comprendront aussi le temps de la première maladie.
- Art. 19. — Les maladies provenant d’inconduite ou de coups reçus dans les rixes ne donnent droit à aucun secours.
- Art. 20. — En cas de décès d’un sociétaire, il sera remis, à titre de secours et pour frais de sépulture, une somme de 10 francs pour un mineur et de 20 francs pour un majeur. Quatre membres du comité accompagneront le convoi.
- Article modificatif du là juillet 1876. — La caisse de secours fournira le cercueil et la croix pour l’enterrement du membre décédé; en outre, elle donnera à la famille du défunt une somme de 6 francs, s’il n’avait pas atteint l’âge de dix-huit ans révolus au jour du décès, et une somme de 10 francs, s’il avait dix-huit ans révolus.
- Article additionnel du 13 juin 1884. — Un secours de 10 francs sera accordé aux membres de la caisse de secours pour chaque naissance d’un enfant légitime. Toutefois, ce secours ne sera dû qu’aux familles dont le chef fait partie depuis au moins un an de la caisse de secours.
- Art. 21. — L’ouvrier valide qui quitte l’usine, soit de son plein gré, soit parce qu’il en a été renvoyé, cesse de faire partie de la Société et d’avoir droit aux secours médicaux et pécuniaires en cas de maladie. U n’a aucune revendication à exercer envers la caisse de la Société.
- Article additionnel du 8 août 1878. - Dès l’instant qu'il sera reconnu qu’une fille est enceinte, elle sera rayée immédiatement de la liste des membres de la caisse de secours, et sera tenue de payer la cotisation de quarante centimes par quinzaine de la caisse des familles.
- Si, après ses couches, elle est de nouveau admise à l’usine, son admission à la caisse des familles sera soumise à une délibération spéciale du comité et n’aura lieu que sur l’avis conforme du médecin de la caisse. En aucun cas, elle ne pourra faire partie de la caisse de secours.
- TITRE V
- DES MÉDECINS
- Art. 22. — Il sera pourvu au service médical par les soins et aux frais de l’usine.
- Art. 23. — Les ordonnances du médecin ne se délivreront que sur des bulletins revêtus du timbre de la société.
- Art. 24. — Le médecin devra se rendre chez le malade aussitôt qu’il aura été appelé, et faire des visites aussi fréquentes que l’état du malade l’exigera.
- Article additionnel du 29 octobre 1877. — Les grands parents des membres de la caisse de secours auront droit aux visites du médecin et aux médicaments.
- Art. 25. — Lorsque le médecin jugera convenable que le convalescent peut reprendre son travail, il en donnera avis au comité.
- Art. 26. — Si le médecin ou le comité découvre chez un sociétaire et constate avec certitude la simulation d’une maladie, le trompeur ne recevra aucun secours.
- Art. 27. —Les médecins rendront compte à l’assemblée générale de l’état sanitaire des sociétaires et proposeront telles mesures qu’ils croiront utiles aux intérêts de la société et au soulagement des malades.
- TITRE VI
- DU PHARMACIEN
- Art. 28. — Si le comité le juge convenable, il tiendra constamment à la disposition des médecins une collection des médicaments ordinairement employés. Il traitera, comme il lui paraîtra convenable, de la fourniture des autres médicaments nécessaires.
- Art. 29. —Le pharmacien ne délivrera les médicaments que sur la présentation du bulletin timbré, contenant l’ordonnance du médecin, et il veillera à ce qu’aucune fraude ne puisse être commise. Il ne pourra délivrer plus d’une fois des médicaments sur la même ordonnance, à moins que cette ordonnance ne le prescrive.
- Art. 30. — Le pharmacien remettra, tous les six mois, au comité, le mémoire de ses fournitures, en y joignant les bulletins comme pièces justificatives. Le mémoire énoncera les noms, prénoms et le domicile des malades, ainsi que la date de la livraison des médicaments.
- ArT. 31. — Autant que possible, les malades devront fournir les vases et les bouteilles devant contenir les médicaments ou en consigner le prix eux-mêmes.
- TITRE VII
- DES ASSEMBLÉES GÉNÉRALES
- Art. 32. — Il y aura une assemblée générale annuelle de tous les membres sociétaires majeurs. La convocation en sera faite par le comité. Les absents non excusés payeront un franc d’amende au profit de la caisse de secouis.
- Art. 33. — Le président rendra un compte rendu détaillé et raisonné des opérations de la caisse et de la marche de la Société pendant la période écoulée; les comptes rendus annuels, conservés dans les archives, comprendront tout ce qui est de nature à intéresser la Société.
- Art. 34. — Les questions non prévues par les statuts et provisoirement décidées par le comité seront vidées dans les assemblées générales.
- Art. 35. — Toute proposition de modifier ou de compléter les statuts ne pourra être adoptée qu’en assemblée générale, après avoir été soumise à l’examen du comité et qu’autant qu’elle réunira les deux tiers des voix des membres présents.
- TITRE VIII dissolution
- Art. 36. — La dissolution de la Société ne pourra être proposée ou discutée qu’en assemblée générale extraordinaire. Dans ce cas, la convocation devra être faite avec
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- un soin tout particulier, avec indication de la grave question mise à l’ordre du jour. Si elle est prise en considération par la majorité, une commission de six membres nommés séance tenante en fera un rapport dans une nouvelle assemblée générale extraordinaire convoquée avec les soins prescrits plus haut.
- Art. 37. — Pour que la dissolution soit prononcée, il faut que la proposition réunisse les deux tiers des voix des membres présents.
- Art. 38. — Si la dissolution est prononcée, il sera pris, sur les fonds restant en caisse, une somme suffisante pour assurer les secours dus aux sociétaires malades au moment de la dissolution, et l’excédent sera employé à former une caisse de retraites pour les ouvriers de l’établissement. L’assemblée qui aura prononcé la dissolution prendra toutes les mesures pour que cette liquidation ait lieu avec toutes les garanties d’intelligence, de probité et de justice qui peuvent être exigées.
- Société de secours mutuels de la fabrique d'indiennes de MM. François Keittinger et fils, de Lescure {Seine-Inférieure).
- Cette association, d’abord simplement autorisée, a été approuvéé le 17 septembre 1853. Elle est uniquement composée d’hommes et de jeunes gens occupés dans la manufacture de MM. Keittinger. Le premier règlement en a été élaboré en 1851 et c’est en 1852 qu’il a été mis en vigueur. Grâce à des subventions patronales importantes, elle a rapidement fonctionné.
- De 1851 à 1856, la cotisation a été fixée à \ O fr. !\0 ; de 1857 à 1860, elle a été fixée à 11 fr. 70, et de 1861 à 1889 elle a été portée à 12 francs. Seulement, de 1851 à 1856 les secours en argent et les soins médicaux étaient seuls donnés; mais, à partir de 1857, la Société a ajouté les médicaments aux avantages matériels distribués par elle, et aujourd’hui ceux-ci peuvent être énumérés comme suit : 1° 1 franc par jour pendant trois mois de maladie et 0 fr. 50 les mois suivants, puis un secours éventuel jusqu’à la fin de la maladie de 5 fr. 85 par mois ou 0 fr. 20 par jour; 2° une indemnité de 3 francs par visite de médecin; 3° tous les médicaments nécessaires ; A0 un secours aux incurables évalué à 70 ou 80 francs par an ; 5° une retraite à soixante-cinq ans; 6° une indemnité de 35 francs à la famille d’un membre décédé.
- La Société se compose de membres participants et de membres honoraires, mais ces derniers ne sont que h sur 173.
- Pour être admis, les sociétaires doivent, au
- moment de leur entrée, travailler dans l’établissement Keittinger. Toutefois, les enfants des sociétaires sont admis sans cette formalité à partir de quatorze ans. Les sociétaires qui quittent l’établissement continuent à faire partie de la Société. Après quarante-cinq ans, aucun sociétaire n’est admis.
- La mise d’entrée est de 2 francs pour les sociétaires âgés de quatorze à vingt ans, de 6 francs pour ceux de vingt à trente-cinq ans et de 9 francs pour ceux de trente-cinq à quarante-cinq ans.
- Tous ne sont secourus qu après trois mois de sociétariat. Pendant les deux premières années, ils n’ont droit qu’à trois mois de secours. Après deux ans, ils ont droit, quand la maladie continue au delà de trois mois, à un nouveau secours de 0 fr. 50 pendant trois autres mois.
- Le sociétaire qui part au service militaire est réintégré à son retour, sans payer de nouvelle mise d’entrée; mais il est tenu de faire un mois de santé, avant d’avoir droit à aucun secours.
- Au décès d’un sociétaire 35 francs sont remis à la famille, et une députation de sociétaires assiste à l’inhumation.
- La Société est administrée par : 1 président nommé pour cinq ans; 1 vice-président; 1 secrétaire; 1 trésorier; 8 receveurs de cotisations; 6 inspecteurs de malades, soit en tout 18 membres nommés pour trois ans et rééligibles par tiers chaque année.
- Aucun d’eux ne touchant d’émoluments, les emplois étant tenus gratuitement, c’est ce qui a fait jusqu’à ce jour le bien-être de la Société; puis le local-est fourni par MM. François Keittinger et fils, pour les réunions générales, ce qui évite encore de ce côté des frais de location.
- La Société a deux réunions semestrielles, la première en janvier et la deuxième en juillet.
- Les malades peuvent prendre le médecin de leur choix, une indemnité de 3 francs est allouée par visite.
- Un fonds de retraites a été institué conformément au décret du 26 avril 1856 et'placé à la Caisse des dépôts et consignations.
- A soixante-cinq ans d’âge et vingt années de sociétariat, les sociétaires ont une pension qui est actuellement de 80 francs. Contrairement à ce qui a lieu dans la plupart des sociétés, la pension n’est pas uniforme, elle augmente de 1 franc par année supplémentaire : ainsi un sociétaire qui a vingt et un ans de société à soixante-cinq ans touche
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- 81 francs, celui qui en a vingt-deux touche 82 îrancs et ainsi de suite avec accroissement de 1 franc par année supplémentaire; par conséquent, le sociétaire qui entre actuellement à la Société à l’âge minimum, c’est-à-dire à quatorze ans, est assuré d’avoir une pension de 111 francs à soixante-cinq ans, à cause de ses 51 années de sociétariat dont 31 sont regardées comme supplémentaires et payées à raison de 1 franc, soit 80 plus 31, ou 111 francs.
- Le sociétaire qui touche une pension de retraite perd ses droits aux secours monétaires quand il est malade, mais il continue d’avoir droit aux soins médicaux et pharmaceutiques jusqu’à la fin de ses jours.
- Après trois mois de retard dans ses cotisations, un sociétaire peut être rayé de la Société ; il le serait aussi pour immoralité, ou faits scandaleux, ayant mérité une peine correctionnelle.
- La Société de secours mutuels des ouvriers de MM. François Keittinger et fils a encaissé, de 1851
- à 1887, la somme de................. 107.518 69
- y compris les intérêts et les subventions de la caisse de retraites.
- Les dépenses de toute nature se sont élevées à...................... 50.12/i 18
- Ce qui portait l’avoir général, au 31 décembre 1887, à...................... 57.39A 51
- Voici, du reste, les statuts de cette Société :
- Article premier. — La Société a pour but :
- 1° De payer une indemnité pendant le temps de la maladie aux sociétaires;
- 2° De payer une indemnité aux sociétaires pour les soins du médecin;
- 3° De payer les médicaments fournis aux sociétaires malades ou indisposés;
- lf D’accorder une indemnité aux sociétaires reconnus infirmes ou incurables;
- 5° D’accorder une retraite aux sociétaires âgés de soixante-cinq ans, conformément au décret du 26 avril 1856;
- 6° De payer une indemnité à la famille d’un décédé.
- Art. 2. — La Société se compose de membres participants et de membres honoraires ou associés libres.
- Les membres participants sont ceux qui souscrivent l’engagement de se conformer aux présents statuts et règlement et qui participent aux avantages de l’association.
- Les membres honoraires sont ceux qui, par leurs conseils et leurs souscriptions, contribuent à la prospérité de l’association sans participer à ses avantages.
- Art. 3. — Les membres honoraires sont admis par le bureau de la Société, sans condition d’âge, de sexe ni de
- domicile; leur cotisation ne peut être moins de 6 francs par année; ils sont invités aux réunions générales, sans être tenus d’y assister.
- Art. k- — Pour être admis membre participant, il faut être d’une conduite régulière, âgé de quatorze ans au moins et de quarante-cinq ans au plus, travailler au moins depuis deux mois dans l’établissement de MM. François Keittinger et fils.
- Les sociétaires ont la faculté de faire admettre leurs fils à la Société, quoiqu’ils ne soient point employés à l’établissement; les âges de quatorze ans et quarante-cinq ans, ainsi que les autres conditions imposées par les statuts, leur sont également applicables pour être admis sociétaires.
- L’admission ne peut avoir lieu qu’après que l’ouvrier ou le fils de sociétaire auront justifié, par un certificat du médecin, qu’ils jouissent d’une bonne santé et qu’ils ne sont atteints d’aucune maladie incurable, ni d’infirmités; ils devront en plus présenter un relevé de leur acte de naissance ou tout au moins un bulletin. Les sociétaires sont admis en assemblée générale, au scrutin et à la majorité.
- Pour être admis membre participant, il faut demeurer dans les communes suivantes :
- Amfreville-la-Mivoie, Anthieux-sur-le-Port-Saint-Ouen, Belbeuf, Bapaume, Blosseville-Bonsecours, Boos, Bois-guillaume, Canteleu, Darnétal, Déville, Grand-Quevilly, Gouy, laNeuville-Champ-d’Oisel, Mesnil-Esnard, Maromme, Mont-Saint-Aignan, Notre-Dame-de-Franqueville, Petit— Quevilly, Rouen, Saint-Aubin-Épinay, Saint-Pierre-de-Franqueville, Sotteville, Saint-Étienne-du-Bouvray et Saint-Léger-du-Bourg-Denis, en tout vingt-quatre communes.
- Art. 5. — Si un ouvrier, au moment d’entrer dans la Société, cachait au médecin, ou ne faisait pas la déclaration d’une blessure ou d’une infirmité dont il pourrait être atteint, il serait privé des secours qui pourraient lui appartenir s’il lui survenait une maladie résultant de la blessure dont il était atteint avant son entrée dans la Société, et pourrait même être rayé d’après une délibération du bureau.
- Art. 6. — Tout sociétaire doit verser à la caisse commune 1 franc par mois, 12 francs par an.
- La cotisation de 1 franc par mois est payée mensuellement.
- La maladie n’interrompt pas le versement de la cotisation, et le malade la paye jusqu’au sixième mois.
- Les ouvriers qui se présenteront pour faire partie de la Société devront, en outre de la cotisation fixée, verser une mise d’entrée dans la Société; cette mise sera de 2 francs pour les ouvriers de quatorze à vingt ans, de G francs de vingt à trente-cinq ans, et de 9 francs pour ceux de trente-cinq à quarante-cinq ans.
- Après quarante-cinq ans aucun ouvrier ne pourra être admis à faire partie de la Société; les jeunes gens de quatorze à vingt ans ne pourront être admis sans le consentement de leurs parents. Ce consentement sera donné sur papier non timbré.
- Art. 7. — La mise d’entrée stipulée article 6 ne sera exigible que par tiers par chaque mois, à partir de l’entrée de l’ouvrier dans la Société, de manière que cette mise d’entrée soit entièrement payée après trois mois d’association.
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- Art. 8. — Les sociétaires ne seront secourus en cas de maladie qu’après leurs trois premiers mois, s’ils ont versé leur mise d’entrée et payé régulièrement leur cotisation.
- Si, à l’expiration de leurs trois premiers mois, ils n’ont pas satisfait à cette double obligation, ils seront passibles d’une amende de 50 centimes.
- Art. 9. — Si les sociétaires tombaient malades avant l’expiration des trois premiers mois qui se seraient écoulés depuis leur entrée dans la Société, ils seraient exemptés pendant la durée de leur maladie, qui devra être constatée par le médecin, de verser leur cotisation et affranchis de l’obligation de compléter, après leur guérison, les cotisations non versées; par cette cause, ils ne seraient pas exemptés de compléter leur mise d’entrée, mais on leur accorderait du temps pour y parvenir; ce temps serait d’autant de mois qu’il resterait de tiers dus sur la valeur de la mise d’entrée; les sociétaires qui tomberaient malades avant l’expiration des trois premiers mois n’auraient droit à aucun secours tout le temps de leur maladie.
- Art. 10. — Tout sociétaire, après trois mois d’inscription sur les registres de la Société, ayant rempli avec exactitude les conditions stipulées par le règlement, a droit à une indemnité pour les soins du médecin, aux médicaments et à 1 franc par jour; une indisposition de trois jours ne donne pas droit à l’indemnité de 1 franc par jour; l’indemnité n’est accordée qu’à partir du quatrième jour. Quand la maladie continue, le malade reçoit chaque dimanche le secours auquel il a droit.
- Art. 11. — Les sociétaires malades ne pourront, pendant les deux premières années de leur entrée dans la Société, exiger plus de trois mois de secours. Après deux ans, ils auront droit, si leur maladie continue pendant plus de trois mois, à un nouveau secours de 50 centimes par jour pendant trois autres mois. Après six mois de maladie, dans le courant d’une année, soit d’une seule fois, soit en plusieurs reprises, les malades ne pourront exiger plus. Si les six mois de maladie sont en plusieurs reprises, le payement est toujours effectué à raison de 1 franc par jour pour les trois premiers mois, et de 50 centimes pour les trois mois suivants.
- Art. 12. — Si l’on reconnaissait qu’il y eût fraude de la part d’un sociétaire pour prolonger, en sa faveur, le sacrifice de la Société, le secours serait immédiatement supprimé, et le sociétaire devrait payer une amende qui pourrait être, d’après l’appréciation du bureau, de 3 à 0 francs.
- Art. 13. — Tout sociétaire malade pour cause de débauche ou inconduite n’aura droit à aucun secours; il en serait de même si la maladie ou la blessure était le résultat de dispute dont il serait le provocateur.
- Tout ouvrier blessé à son travail et recevant les secours de l’établissement de MM. F. Keittinger et fils n’a pas droit aux secours journaliers de la Société, mais il a droit aux soins du médecin et aux médicaments.
- Les sociétaires ne peuvent demander, en cas de chômage, aucune allocation de secours à la Société.
- Art. IA. — Tout sociétaire cessant de travailler dans rétablissement peut rester sociétaire en continuant de résider dans les communes désignées dans l’article A; pour sa facilité, il peut anticiper son payement pour tout le temps qu’il lui sera convenable.
- Art. 15. — La cotisation doit être payée régulièrement ;
- si un sociétaire tombait malade et qu’il soit redevable de plus de deux mois de cotisation, il serait privé d’autant de jours de secours journaliers qu’il en devrait au-dessus des deux mois expirés. Les médicaments et le médecin lui seraient s^uls accordés; après trois mois de retard, aucun secours n’est accordé.
- Cette privation de secours ne viendrait pas en déduction de ce qu’il devrait.
- Si le sociétaire cessait d’habiter les communes désignées article A, il ne pourrait plus faire partie de la Société et cesserait de payer sa cotisation et d’avoir droit aux secours et à aucune part sur le fonds social; mais s’il rentrait dans les limites, il pourrait être rétabli sur la liste des sociétaires, sans être obligé de payer une nouvelle mise d’entrée, mais il serait tenu de faire un mois de santé avant d’avoir droit à aucun secours. Si, pendant son absence, il lui était survenu une infirmité ou une de ces maladies incurables, il pourrait être rayé entièrement et n’aurait droit à aucun remboursement.
- Si, d’après cet article, un sociétaire cesse défaire partie de la Société en ne continuant pas d’habiter dans une des communes mentionnées article A, il peut, par des considérations spéciales, visant la caisse de retraites, rester néanmoins membre participant, à la condition toutefois qu’il puisse justifier de dix années de sociétariat et d’une preuve d’exactitude dans le payement de ses cotisations pendant ce laps de temps. Le conseil administratif ne pourrait accorder cette faveur qu’à ces conditions et il ne pourrait l’accorder que pour l’arrondissement de Rouen, comprenant les cantons de Boos, Buchy, Clères, Darnétal, Duclair, Elbeuf, Grand-Couronne, Maromme, Pavilly et Rouen, en tout quinze cantons.
- Le membre participant qui resterait sociétaire dans ces conditions devrait adresser immédiatement, en cas de maladie, au siège de la Société, un certificat du médecin traitant constatant la maladie et la durée probable, condition essentielle sans laquelle aucune réclamation ne serait admise.
- Les sociétaires prenant des médicaments ailleurs que chez le pharmacien attitré de la Société subissent une réduction de 25 pour 100 sur le montant de ce qui peut leur être dû, de ce fait le pharmacien de la Société faisant cette réduction pour tous les produits pharmaceutiques fournis à la Société.
- Les secours en argent que l’association serait contrainte, faute d’occasion directe, d’envoyer soit par la poste ou par tout autre moyen, le seraient aux frais du sociétaire.
- Les sociétaires jouissant de la faveur ci-dessus mentionnée doivent payer les amendes mentionnées article 2A, s’ils ne viennent pas aux réunions, mais ils ne sont pas assujettis aux services des inhumations.
- Art. 16. — Tout sociétaire partant pour l’armée n’a rien à réclamer à la Société au moment de son départ; par exemple, à son retour il est réadmis de droit sans avoir aucune nouvelle mise d’entrée à payer, mais il est tenu de faire un mois de santé avant d’avoir droit à aucun secours; si pendant son absence il lui était survenu une infirmité ou une de ces maladies incurables, il pourrait être rayé entièrement de la Société.
- Pendant son séjour sous les drapeaux, le sociétaire peut, afin de s’attribuer le bénéfice des années supplémentaires (comme il est dit article 36, paragraphe premier des articles spéciaux concernant les pensions de retraites), payer le montant de sa cotisation annuelle afin d’augmen-
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- ter d’autant d’années à 1 franc sa pension de retraite.
- Si le sociétaire devenu militaire et ayant adhéré à cette clause venait à mourir en activité de service, les sommes versées par lui pendant ce laps de temps seraient remises à sa famille; mais, sauf cette disposition particulière, la famille du décédé n’aurait rien à réclamer à la Société.
- Art. 17. — En cas de décès d’un sociétaire, la Société remettra à sa famille la somme de 35 francs; six sociétaires devront assister à son inhumation; ils seront pris par numéro d’ordre et désignés par le secrétaire ; le sociétaire commandé pourra changer son tour avec d’autres sociétaires; mais si le remplaçant manquait au service, ce serait celui appelé par son numéro d’ordre qui serait répréhensible; il subirait une amende de 50 centimes.
- Dans le classement des numéros d’ordre par section, les membres formant le conseil de la Société sont retranchés des sociétaires pour former une section spéciale dans laquelle ils sont désignés à tour de rôle pour assister à chaque inhumation, afin de constater la présence ou l’absence des sociétaires désignés pour assister à l’inhumation du sociétaire décédé. L’amende pour les membres du bureau est également de 50 centimes, mais dans tous les cas un des membres du bureau doit toujours être présent à l’inhumation, afin de rendre l’exécution de cet article facile et pratique.
- Si, d’après cet article, les sociétaires sont astreints d’assister à l’inhumation des sociétaires décédés, cela n’est obligatoire pour eux que pour les associés résidant au moment de leur mort dans les communes mentionnées article 4 ; il n’y a ni obligation, ni amende pour l’inhumation des associés qui, profitant des faveurs de l’article 15, demeureraient en dehors des communes mentionnées article 4.
- Les amendes et les cotisations arriérées seront toujours retenues aux sociétaires sur le premier versement effectué par la Société.
- ADMINISTRATION
- Art. 18. — Pour administrer les affaires de la Société, il est nommé à la majorité absolue, par tous les sociétaires, une commission de neuf membres qui constituera le bureau. 11 sera nommé, en outre de la commission, un chef de section par vingt sociétaires qui formeront une section ; le chiffre en est donc indéterminé.
- Les chefs de section feront partie du bureau et seront rééligibles comme les membres du bureau aux commissions de surveillance.
- Les sociétaires appelés à ces diverses fonctions sont nommés pour trois ans et renouvelables par tiers chaque année.
- Le bureau, étant constitué, choisira dans son sein un vice-président, un secrétaire et un trésorier; les six autres formeront la commission de surveillance. Bien que les chefs de section feront partie du bureau et participeront à ce choix, ils ne pourront, étant investis de fonctions spéciales, être appelés aux emplois institués par ce paragraphe.
- Le président est, aux termes du décret du 18 juin 1864, élu pour cinq ans.
- Art. 19. — Dans le cas où un membre du bureau cesserait de travailler dans l’établissement de MM. F. Keittin -geret fils, il sera pourvu à son remplacement à la première
- réunion générale, lesdites fonctions ne pouvant être exercées que par les sociétaires occupés dans l’établissement.
- Art. 20. — Les membres du bureau seront tenus de se réunir tous les mois pour prendre connaissance des affaires de la Société, vérifier les comptes du trésorier, l’état de gestion confié à chaque chef de section, fixer le taux des cotisations qui pourront momentanément augmenter si le besoin en est reconnu.
- Art. 21. — Les fonctions du bureau consisteront dans la gestion de toutes les affaires de la Société. Le secrétaire tiendra le livre des délibérations, où seront inscrits les observations et les arrêtés pris par le bureau, et sur lequel on constatera le chiffre reconnu des recettes et des dépenses de chaque mois, de manière qu’on y trouve les renseignements nécessaires de vérifications du compte du trésorier et de ceux des chefs de section. Le trésorier tiendra le grand-livre, où sera ouvert un compte à chaque sociétaire ; au crédit sera portée la recette faite sur chaque sociétaire; au débit, les sommes qui leur auraient été délivrées en cas de maladie; il tiendra aussi un livre de caisse où seront portées les recettes et les dépenses; les chefs de section auront, outre la part qu’ils prendront aux affaires traitées par le bureau, des fonctions spéciales qu’ils exerceront chacun dans leur section. Ainsi ils tiendront un livre où sera ouvert un compte à chaque sociétaire faisant partie de la section dont ils seront chargés. Sur ce compte sera porté le versement des cotisations et des mises d’entrée, et l’importance des secours, de manière que chaque compte présente l’état réel de situation de chacun des sociétaires de la section, relativement à ses obligations et aux sacrifices de la Société. Le chef de section indiquera sur le livret ou carte remis à chaque sociétaire le montant des versements de chacun et des sommes qui leur seraient attribuées en cas de maladie ; les chefs de section devront refuser toutes les fractions de mois que l’on voudrait leur donner.
- Les chefs de section devront remettre les sommes reçues au trésorier tous les premiers du mois.
- Le trésorier, en recevant le compte de chaque chef de section, devra parapher le compte de chaque sociétaire et le porter au compte correspondant du grand-livre.
- Art. 22. — Le trésorier ne doit conserver qu’une somme suffisante pour satisfaire aux charges de la maladie; cette somme ne doit pas dépasser 400 francs; le surplus devra être placé à la caisse d’épargne, pour être placé ensuite à la Caisse des dépôts et consignations, conformément à l’article 13 du décret du 26 mars 1852.
- Lorsque le trésorier aura besoin d’argent, il ne pourra en prendre à la caisse d’épargne ni à la Caisse des dépôts et consignations, ni vendre des coupons de rente que la Société possède, qu’après avoir obtenu l’autorisation du conseil d’administration et le visa du président ou, en cas d’empêchement, du vice-président.
- Dans le cas où le trésorier serait empêché par un motif quelconque de toucher de l’argent, soit à la caisse d’épargne ou à la Caisse des dépôts et consignations, ou de ne pouvoir, en un mot, s’occuper de ses fonctions, il pourrait, à l’aide d’une procuration, transmettre ses pouvoirs au président, vice-président ou secrétaire pour remplir momentanément ses fonctions.
- Art. 23. — La commission de surveillance a des fonctions spéciales à remplir; c’est elle qui est chargée de la surveillance des malades; elle est secondée par des visi-
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- teurs pris à tour de rôle et chargés d’aller voir les malades tous les huit jours ou plus souvent, s’il est possible.
- Les sociétaires, étant réunis en association pour en obtenir les secours promis, doivent s’acquitter régulièrement des cotisations et supporter avec résignation toutes les adversités qui pourraient affliger la Société. Ils doivent se visiter dans leurs maladies et s’intéresser à ce que les soins du médecin et des médicaments soient assidûment donnés aux malades; étant unis par un lien sincère de fraternité, ils doivent se donner mutuellement les renseignements utiles sur tout ce qui peut intéresser chacun des membres dans le cas d’adversité, manque de travail ou toute circonstance malheureuse; enfin, tous les sociétaires doivent, selon leurs facultés, accepter les fonctions que la Société réclame de leur dévouement en donnant leur part de services dans le conseil d’administration.
- Les visiteurs doivent se rappeler, en plus, que l’argent de l’ouvrier laborieux et du père de famille ne doit servir qu’à soulager les malades seulement; ils doivent rendre un compte exact des abus et infractions au règlement qu’ils pourraient remarquer chez les malades; ils doivent en rendre compte à la commission de surveillance, qui peut, après en avoir prévenu le président, convoquer une réunion du bureau pour savoir s’il n’y a pas lieu de supprimer les secours, conformément à l’article 12 du règlement.
- Le visiteur qui se serait entendu avec un malade pour prolonger en sa faveur les sacrifices de la Société pourrait encourir la même peine.
- Art. 21\. — Par reconnaissance pour son bien-aimé fondateur, M. François Keittinger père, la Société se réunira chaque année, le jour anniversaire de sa fête, c’est-à-dire le dernier dimanche de janvier, en l’église de la paroisse, pour assister à la messe et offrir un pain bénit; cette cérémonie, qui n’est pas obligatoire, n’attribue aucune amende aux sociétaires qui ne peuvent y assister.
- Cette cérémonie est suivie de la réunion générale, dans laquelle il est donné connaissance des opérations effectuées pendant le semestre et établissant le compte au 31 décembre de l’année précédente.
- A cette réunion, les sociétaires absents sont, comme pour la réunion générale du mois de juillet, passibles des amendes imposées dans cet article.
- La Société se réunira également en assemblée générale le troisième dimanche de juillet, à midi, dans un local faisant partie de l’établissement de MM. F. Keittinger et fils, accordé par ces messieurs pour les réunions générales.
- On fera l’appel un quart d’heure après l’heure indiquée; ceux qui n’y répondront pas seront passibles d’une amende de 25 centimes; elle sera de 50 centimes pour ceux qui manqueront entièrement à la séance, et de 75 centimes pour les membres du bureau.
- Aucun membre ne pourra prendre la parole, si elle ne lui est accordée par .le président de l’assemblée; le sociétaire qui se présenterait en état d’ivresse serait expulsé et subirait la même amende qu’il aurait encourue étant absent.
- Il sera rendu compte par le président, à l’assemblée générale, de la gestion de l’exercice expiré, de l’état des finances et du compte de chaque chef de section; on y entendra les propositions du bureau et celles émanant des sociétaires; ces dernières devront être déposées, par écrit, aux mains du président au moins un mois avant la
- réunion générale de l’assemblée, de manière que le bureau ait pu en prendre connaissance dans la réunion du bureau qui précédera la convocation de l’assemblée générale.
- Quelle que soit l’opinion du bureau relativement à la proposition, il devra la soumettre à l’appréciation de l’assemblée générale.
- Art. 25. — Quiconque, dans une assemblée, aura troublé l’ordre et persistera après un premier rappel à l’ordre, sera condamné à une amende de 50 centimes, qui sera double en cas de récidive; il est également interdit dans les réunions générales de s’occuper de questions politiques et religieuses; la même interdiction a également lieu dans les réunions du bureau.
- Art. 26. — La Société accorde une indemnité pour les-visites du médecin; cette indemnité, sauf modification future, est fixée à 2 fr. 50 par visite; cette somme ne pourrait être augmentée par les membres du conseil qu’en présence de circonstances spéciales de prospérité que l’état des finances pourrait permettre de constater ; dans tous les cas, cette somme ne peut être inférieure à 2 fr. 50, ni supérieure à 3 francs.
- Les sociétaires ne se feront soigner par un médecin de leur choix qu’autant que ce médecin jouira de l’estime publique et sera agréé par le bureau.
- Les malades recevront une feuille de visite qui leur sera remise par leur chef de section, sur laquelle ils seront tenus défaire inscrire, par le médecin, la date du jour où la maladie commence, la date de chaque visite faite et la date où il juge à propos que le malade peut reprendre ses travaux.
- La feuille de visite sera présentée aux sociétaires qui iront visiter le malade, et sera remise, à l’issue de chaque maladie, à leur chef de section; cette feuille servira au bureau pour constater le nombre des visites qui auront été faites pendant la maladie.
- Le sociétaire qui, après une maladie, négligerait de remettre sa feuille de visite à son chef de section s’exposerait par ce moyen à perdre l’indemnité accordée pour le médecin, et cette dépense resterait à ses frais.
- Art. 27. — Les sociétaires malades ou indisposés ont droit aux médicaments accordés par la Société; les formalités à remplir, pour la première fois, sont de présenter au secrétaire la première ordonnance délivrée par le médecin et le livret du sociétaire, qui justifiera que le sociétaire est en règle; le secrétaire apposera sa signature ou un cachet qui indiquera au pharmacien qu’il peut délivrer les médicaments demandés.
- Cette formalité n'est exigible que pour la première fois seulement, mais il faut toujours que la personne chargée d’aller chercher les médicaments soit munie du livret du sociétaire, ou les médicaments seront refusés.
- Art. 28. — Le président peut s'entendre avec une autre Société approuvée pour lui confier, à charge de réciprocité, tout ou partie du service médical et pharmaceutique dont un sociétaire un peu trop éloigné pourrait avoir besoin.
- Le président devra chaque année transmettre à l’autorité compétente le compte rendu des opérations de la Société.
- SERVICE MÉDICAL ET PHARMACEUTIQUE
- Supplément a l’Industrie textile du 15 Juillet.
- iii. — 14* Fascicule.
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- LES INDUSTRIES TEXTILES
- FONDS SOCIAL ET PLACEMENT DES FONDS
- Art. 29. — Le fonds social se compose :
- 1° Des cotisations des membres participants;
- 2° De celles des membres honoraires;
- 3° Du produit des amendes ;
- U° Du droit d’entrée;
- 5° Des dons et legs particuliers dont l’acceptation a été approuvée par l’autorité compétente;
- 6° Des subventions accordées par l’État, le département ou la commune;
- 7° Des fonds placés et des intérêts échus.
- Le fonds social est placé de la manière suivante :
- 1° A la Caisse des dépôts et consignations pour le compte de la caisse de retraites;
- 2° En comptes courants à la Caisse des dépôts et consignations ;
- 3° A la caisse d’épargne.
- Art. 30. — Tout sociétaire blessé a droit au premier bandage. Quant aux suivants, ils sont à la charge du sociétaire.
- Tout sociétaire à qui l’emploi d’un bandage double serait prescrit par un médecin devrait également être fourni la première fois par la Société; les suivants seraient, comme pour les simples bandages, à la charge du sociétaire.
- Art. 31. — Un fonds de retraite a été créé, conformément au décret du 26 avril 1856, et placé à la Caisse des dépôts et consignations.
- Art. 32. — Ce fonds se compose :
- 1° Des prélèvements annuels faits par la Société sur les excédents de recettes ;
- 2° Des subventions spéciales accordées par l’État, le département et la commune;
- 3° Des dons et legs faits à la Société dont l’acceptation a été approuvée par l’autorité compétente;
- lx° Des intérêts annuels des fonds placés à ce compte.
- Art. 33. — Tous les ans, dans la réunion du mois de janvier, il sera décidé, en assemblée générale, sur le placement des fonds restés disponibles, et la somme à déposer pour augmenter le fonds de retraite seia placée, et, par autorisation de M. le préfet de la Seine-Inférieure, les fonds restés libres seront placés en comptes courants à la Caisse des dépôts et consignations, conformément à l’article 13 du décret du 26 mars 1852.
- Art. 3û. — Les fonds de réserve, dont les intérêts servent à accorder des secours aux infirmes et aux incurables, sont placés à la Caisse des dépôts et consignations, conformément à l’article 13 du décret du 26 mars 1852.
- Les fonds servant au fonctionnement et à l’alimentation des pensions sont placés à la Caisse des dépôts et consignations, pour le compte de la Caisse de retraite, au nom de la Société, conformément au décret du 26 avril 1856.
- Art. 35. — Tout sociétaire, après une maladie de six mois, qui est reconnu par le médecin être incurable ou infirme, n’aura plus droit aux secours journaliers accordés par la Société; mais il lui sera accordé une indemnité prise sur les intérêts des fonds placés, dont la Société touche les revenus, et qui sera réglée chaque année par les membres du conseil administratif d’après les res-
- sources de la Société; cette somme ne pourrait toutefois être supérieure au montant des retraites servies aux pensionnaires.
- Tout sociétaire devenu incurable et touchant une indemnité, comme il est dit ci-dessus, continue d’avoir droit au médecin et aux médicaments fournis par la Société.
- Les invalides par maladie seront inspectés tous les ans pour savoir s’ils ne peuvent pas être réintégrés parmi les membres titulaires payants.
- CAISSE DE RETRAITES
- Réglementation pour les pensions de retraite.
- Art. 36. — Titre premier. — Les sommes placées à la caisse de retraite de la vieillesse, pour les constitutions des pensions, sont placées à capital réservé, les pensions sont servies par la caisse de retraite. Pour avoir droit à la retraite, les sociétaires doivent justifier qu’ils ont soixante-cinq ans d’âge et vingt années d’association continues dans la Société; ils sont tenus à fournir leur acte de naissance, qui est indispensable pour qu’il soit envoyé à l’appui des pièces à produire pour leur faire délivrer leur pension.
- La pension est annuelle et viagère; elle est fixée à 80 francs pour les sociétaires qui sont entrés dans la Société à la limite d’âge, c’est-à-dire de quarante-quatre à quarante-cinq ans et qui comptent, à soixante-cinq ans, vingt années de sociétariat; de 81 francs pour ceux qui seront entrés de quarante-trois à quarante-quatre ans; de 82 francs pour ceux qui seront entrés de quarante-deux à quarante-trois ans, ainsi de suite avec accroissement d’un franc par chaque année de sociétariat jusqu’au minimum pour les sociétaires entrés à quatorze ans, âge avant lequel nul n’est admis dans la Société; la somme de 80 francs fixée pour la retraite pourra être augmentée quand les intérêts et les fonds placés à la caisse de retraite le permettront; mais, en aucun cas, la pension de retraite ne devra excéder le décuple de la cotisation annuelle.
- Titre IL — Celui qui quitte volontairement la Société ou qui se fait rayer, faute de payement, perd ses droits ; s’il demande dans un temps plus reculé à faire partie de la Société, le temps qu’il aurait fait avant la nouvelle admission ne lui est pas compté pour le supplément qu’il aurait à toucher pour augmenter sa retraite.
- Le sociétaire qui part pour l’armée est, à son retour, admis, comme il est dit article 16, sans verser une nouvelle mise d’entrée et les années qu’il a faites avant son départ lui sont comptées; celui que son travail éloigne momentanément du siège de la Société, du moment qu’à son départ il en a fait la déclaration et réglé son compte à son retour, peut reprendre son rang dans la Société, en se reportant toutefois à l’article 15 du règlement.
- Titre III. — Le sociétaire dont la pension remplace désormais pour lui l’indemnité journalière continue à recevoir le droit aux soins du médecin et des médicaments délivrés par la Société ; sa cotisation reste fixée à 12 francs par an, mais elle est payée en son nom et prise sur les intérêts des fonds libres dont la Société touche les revenus. Il est loisible à tous les sociétaires parvenus à l’âge fixé pour la mise à la retraite de demander l’ajour-
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- nement de leur pension, soit pour jouir plus longtemps des avantages de l’association dans leur plénitude, soit pour obtenir une pension d’un chiffre plus élevé. Le sociétaire qui demande l’ajournement de sa pension, soit pour la recevoir à soixante-six ans ou soixante-sept, dernier âge qu’il peut fixer, recevra en plus de sa pension, qui est toujours fixée à la catégorie d’âge à laquelle il appartient, un supplément de 10 francs par an s’il a demandé à n’entrer en jouissance qu’à soixante-six ans, et de 20 francs s’il a demandé pour soixante-sept ans. Ce supplément lui sera payé tous les trois mois, à raison de 10 ou 20 francs, selon l’âge qu’il aura fixé; ce supplément lui sera payé jusqu’à la fin de ses jours et pris sur les intérêts des fonds libres.
- Titre IV. — Les fonds libres dont la Société touche les revenus servent :
- 1° A acquitter les cotisations des membres mis à la retraite;
- 2° A payer l’indemnité aux pensionnaires qui demandent l’ajournement de leur pension, conformément au titre mentionné ci-dessus;
- 3° A accorder une indemnité aux sociétaires devenus infirmes avant l’âge, tel qu’il est dit article 35 du règlement. Le surplus des intérêts qui n’est pas absorbé dans l’année est déposé soit à la caisse de retraite, soit à la Caisse des dépôts et consignations.
- Les dons et legs faits à la Société sont placés à la caisse de retraite en vue d’en accroître les capitaux.
- Si, à un moment donné, le fonds de retraites se trouvait épuisé, chose peu probable, les ayants droits recevront le montant de leur pension pris sur les intérêts des fonds libres, jusqu’au moment où il soit possible de leur reconstituer leur pension d’après la part des fonds de retraites qui auraient fait retour à la Société.
- RADIATION. — EXCLUSION
- Art. 37. — Cesseront de faire partie de la Société et seront rayés des registres, sans pouvoir prétendre à aucun remboursement :
- 1° Celui qui laisse passer trois mois sans payer sa cotisation;
- 2° Celui qui se refuserait à payer une amende imposée par le règlement;
- 3° Celui qui est reconnu en avoir imposé par de fausses déclarations pour se faire admettre;
- 4° Celui qui se fait accorder des secours par supercherie ;
- 5° Celui dont la conduite est notoirement déréglée et scandaleuse;
- 6° Celui qui est condamné à une peine correctionnelle ou infamante.
- Art. 38. — Dans le cas où un sociétaire serait passible de radiation, le bureau, après avoir fait un examen scrupuleux des griefs qui lui sont imputés, lui donne connaissance du résultat de son enquête pour qu’il puisse présenter ses moyens de justification; il en est fait rapport à la plus prochaine assemblée générale.
- Art. 39.—Les sociétaires pourront toujours faire partie de la Société en continuant de résider dans les communes désignées article l\. La faveur de l’article 15 pourra leur être accordée si leur situation à la Société présente les conditions exigibles à cet efiet.
- Le présent règlement a été lu et adopté en assemblée générale le 28 janvier 1883.
- Nous ne pouvons mieux faire que de reproduire, à la suite de ce document, le rapport qui figurait à l’Exposition sur cette Société, et que voici :
- I. — Dans les œuvres qui peuvent prendre rang parmi celles qui se recommandent à la philanthropie, les associations de secours mutuels doivent tenir une des premières places dans la section de l’Exposition universelle de 1889, concernant l’économie sociale, car ces œuvres ont rendu tant de services à la classe laborieuse et ouvrière que l’on ne peut méconnaître les services multiples rendus par elles aux innombrables familles d’artisans et d’ouvriers divers.
- Ainsi quand l’on songe qu’une modique cotisation de 0 fr. 04 à 0 fr. 05 prélevée sur le salaire journalier met celui qui adhère aux principes de la mutualité à l’abri des conséquences fâcheuses et ruineuses de la maladie et que cette minime somme lui procure le médecin, les médicaments et un secours monétaire, on est étonné de voir que le sociétariat ne soit pas encore plus répandu.
- 11 est un fait certain que la mutualité fait des progrès sensibles et que son extension est manifestement constatée par les rapports annuels présentés au chef de l’État, puisque, en 1860, on comptait 1 mutualiste sur 70 habitants, et qu’en 1865 ce chiffre descendait à 48, puis à 43 en 1875 et enfin à 29 en 1885.
- Mais ce dernier chiffre, quoique satisfaisant, devrait encore diminuer, car tout ouvrier soucieux de son avenir et de sa sécurité personnelle devrait envisager l’éventualité des maladies qui amènent avec elles la désolation, puis la misère, compagnes toujours inséparables de leurs exploits et de leur présence. Ce qui fait donc dire aux gens prévoyants et économes que celui qui ose braver les atteintes possibles de ce déplorable fléau est bien imprudent et téméraire, car personne au monde ne devrait oser en affronter l’approche, vu que l’on n’en connaît que trop les conséquences funestes et déplorables. Une maladie n’a pas besoin d’être longue pour être coûteuse et 150, 200 et 250 francs ne sont pas longs à être absorbés ; pour en arriver là, que faut-il? Une fièvre quelconque qui nécessite la présence d’un médecin presque tous les jours pendant les quinze premiers jours de la maladie, puis une visite tous les trois ou quatre jours pendant le mois suivant et
- voilà vingt-cinq visites à raison de 5 francs ou... 125 fr.
- En ajoutant à cette dépense les médicaments s’élevant approximativement à.................... 60 »
- pour les vingt-cinq ordonnances, on arrive au
- chiffre de...................................... 185 fr.
- de dépenses. Eh bien, combien cette maladie absorbera-t-elle d’années de cotisation si l’on ajoute à cette somme déjà forte environ cinquante-cinq journées de secours à 1 franc ou................ 55 »
- ce qui porterait la somme à..................... 240 fr.
- Ces secours absorberaient vingt années de cotisation annuelle de 12 francs. Voilà la véritable économie pour l’ouvrier, celle dont il profite dans la mesure la plus large, et il faut admettre qu’un ouvrier peut bénéficier au bout de trois mois de sociétariat de tous ces avantages. Un ouvrier qui a payé par exemple trois mois de cotisation peut recevoir 240 francs de secours. Voilà certainement de ces
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- LES INDUSTRIES TEXTILES
- faits qui se présentent et qui attestent surabondamment les bienfaits de la mutualité ; avoir versé :
- 3 fr. pour trois mois de cotisation,
- 2 » d’entrée pour admission, soit en totalité
- la somme de 5 fr. et recevoir 240 francs de secours, c’est l’invraisemblance, vu que cette pièce de cent sous rapporte 4800 pour 100.
- Si ce fait est anormal, il n’en est pas moins vrai que d’autres secours, quoique moins considérables, représentent des bénéfices relativement énormes.
- Ainsi la Société de secours mutuels des ouvriers de l’établissement de MM. François Keittinger et fils à Les-cure, près Rouen, dont le président a l’honneur de présenter ce rapport, a distribué à beaucoup de ses coassociés de nombreux secours et pour n’en citer que quelques-uns comme exemple, elle atteste que trois, notamment, ont reçu :
- Le premier, 431 francs de secours, argent, soins médicaux et pharmaceutiques, contre 213 francs versés par lui pour ces cotisations;
- Le deuxième, 673 francs de secours, argent, soins médicaux et pharmaceutiques, contre 167 francs versés par lui pour ses cotisations ;
- Le troisième, 1,840 francs de secours, argent, soins médicaux et pharmaceutiques, contre 366 francs versés par lui pour ses cotisations.
- Ces lotisations ont donc produit :
- 200 pour 100 au premier;
- 400 — au deuxième;
- 500 — au troisième.
- Beaucoup d’autres cotisations représentent des intérêts de 50, 100 et 150 pour 100. Voilà ce que peut produire la mutualité ; les rapports sont concluants et suffisent d’une manière irréfutable à démontrer aux incrédules que les associations de secours mutuels sont des œuvres philanthropiques de premier ordre, dont l’assistance est incontestablement liée à l’existence du travailleur économe et prévoyant, de celui, en un mot, qui a peur de la misère et qui cherche à en atténuer les effets à l’aide du concours bienfaisant des sociétés de secours mutuels.
- II. — En plus des secours qu’il est en droit d’attendre de l’association mutuelle, le travailleur a la perspective de la pension de retraite qui lui est servie à soixante-cinq ans; actuellement la plupart des sociétés de secours mutuels ont institué des caisses de retraite qui fonctionnent et qui ont déjà de nombreux pensionnaires.
- Eh bien, si quelquefois il y avait regret de la part de certains mutualistes, de ceux qui ne sont jamais malades, à payer une cotisation qui ne leur sert à rien, vu qu’ils jouissent d’une santé irréprochable, ils ont deux conditions qui doivent leur faire oublier bien vivement cette mauvaise pensée ; la première est celle de songer que l’on est utile à ses semblables en contribuant, à l’aide de sa cotisation mensuelle, à la prospérité de l’œuvre mutuelle, et la deuxième est celle d’entrevoir dans l’avenir de la pension de retraite, celle qui rapporte de 18 à 33 pour 100, selon la durée du sociétariat. (Art. 36 des statuts ci-annexés.) Est-ce que cela n’est rien ?
- Recueillir à soixante-cinq ans et jusqu’à la fin de ses jours des intérêts d’un capital variant de 18, 20, 25, 30 et 33 pour 100 et surtout d’un capital qui a déjà rapporté pour certains des sommes relativement considérables en secours de toute sorte : argent, soins médicaux et phar-
- maceutiques, c’est indubitablement une économie sociale de premier ordre.
- Dans la Société de secours mutuels des ouvriers de l’établissement de MM. François Keittinger et fils, de Les-cure, près Rouen, la pension de retraite varie selon la durée du sociétariat; ainsi, pour avoir droit à la pension, il faut soixante-cinq ans d’âge et vingt années de sociétariat.
- Il est à remarquer, d’après ce tableau, que vingt ans de sociétariat accordent 80 francs de pension, que vingt et un accordent 81 francs, que vingt-deux accordent 82 francs, et ainsi de suite avec accroissement de 1 franc par année supplémentaire. C'est pour cela que vingt années accordent le taux minimum, soit 80 francs, et que cinquante et une années accordent le taux maximum, soit 111 francs.
- Le sociétaire entrant à la Société à quatorze ans est donc récompensé de son long sociétariat par 31 francs d’excédent, puisque le sociétaire, entré à quarante-cinq ans, ne touche que 80 francs et lui 111 francs. Ce système de répartir ainsi la pension rencontre l’approbation de beaucoup de mutualistes ; en effet, dans la plupart des sociétés, la rente est uniforme, ce qui porte ombrage aux anciens, qui ont, par leurs nombreuses cotisations, contribué dans une large part à la formation du capital social.
- III. —Eh bien, d’après ce qui précède, que l’ouvrier sérieux et économe établisse le compte de ce que lui produiraient 12 francs placés annuellement chez un particulier, qui lui ferait 4 pour 100 d’intérêt, et il verra que cette somme de 12 francs, placée tous les ans, s’élèverait, avec les intérêts capitalisés :
- Au bout de 20 ans, à 3571' 19, lui donnant 14f 28 de rente.
- — 30 — 672 75 — 26 91 —
- — 40 — 1,139 84 , — 45 59 —
- — 51 — 1,915 47 — 76 60 —
- Tandis que la Société de secours mutuels lui accorde, à soixante-cinq ans, pour une cotisation de 12 fr. pendant :
- 20 années, une rente de 80 francs.
- 30 — — 90
- 40 - — 100
- 51 — — 111
- / et 20 ans de société on a . 1 25 — i \ 30 — « < 35 - ^ j 40 — < ! 45 — \ 51 . — TAUX de LA PENSION. REPRÉSENTANT un CAPITAL DE (i) POUR un VERSEMENT DE RAPPORTANT tant POUR 100.
- francs. 80 85 90 95 100 105 Ht (1) francs. 2.213 2.351 2.490 2.628 2.766 2.905 3.071 francs. 240 300 360 420 480 540 612 33.5 28.33 25 » 22.61 20.83 19.44 18.13
- (1) Dernier chiffre que l'on peut fixer, puisque l’admission a lieu à quatorze ans et qu'à l'âgo de soixante-cinq ans on a cinquante ot une années de sociétariat. (à) Capital fixé sur la rente 3 pour 100 au taux de 83.
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- La Société, quoique doublant, triplant et quintuplant les intérêts précédents, donne le comble à la mesure en distribuant des secours, tandis que le particulier ou banquier, qui fait capitaliser les capitaux dans l’espoir d’en bénéficier, reste froid et indifférent devant la maladie qui torture et ruine son client.
- IV. — En énumérant les chiffres des économies produites à l’aide de quelques centimes de cotisation journalière à la caisse mutuelle et dont il vient d’être fait mention, a-t-on tout dit sur les bienfaits de ces belles institutions? Non, certes; car si les sociétés de secours mutuels répandent des secours à profusion, elles ont en outre l’avantage de diminuer, dans de notables conditions, les frais des hôpitaux, vu que l’ouvrier qui a su adhérer au sociétariat peut rester au milieu de sa famille et se faire soigner par sa femme, ses enfants et ses amis, ce qui lui évite un changement désagréable et pénible dans son existence. L’hôpital n’est pas, il faut bien le reconnaître, du goût de tout le monde; l’ouvrier malade qui a auprès de lui sa femme et ses enfants s’attriste bien moins sur son sort que le malheureux ouvrier qui gémit sur un lit d’hôpital, entouré d’un côté d’un agonisant et, de l’autre, d’un malheureux désespéré qui geint, voisinage peu gai pour un malade, il faut bien l’avouer. Avec l’association mutuelle, ces fâcheuses conditions sont évitées, et la Société, tout en prodiguant ses secours et ses soins, a permis à un bon père de famille et à un bon époux de rester au milieu des siens pour y recueillir des soins dévoués et désintéressés, qui lui sont excessivement sensibles et qui hâtent bien certainement sa guérison. L’isolement et, conséquemment, l’ennui sont préjudiciables au malade, tandis que la présence de la famille le réconforte et lui fait supporter plus patiemment son mal et ses souffrances.
- V. — Là ne s’arrêtent pas encore les bienfaits de la mutualité, et si cette dernière empêche un certain nombre de ma ades d’aller à l’hôpital, en les favorisant des soins de ceux qui leur sont chers, elle procure d’autres avantages non moins précieux.
- Or, si l’accord et l’union existent et régnent dans la plupart des ménages, peut-on dire que ce soit une règle générale? Non, certainement; malheureusement, l’harmonie n’y règne pas toujours, et certaines habitudes d’intempérance ou autres vices ne sont pas étrangers à la rupture des bons rapports conjugaux.
- Que i ésultera-t-il en cas de maladie, si la victime de cette malheureuse situation n’a pas compris les bienfaits de la mutualité, en n’adhérant pas au sociétariat? Il en résultera que, sans argent et sans ressources, l’hôpital seul sera son salut. Qu’adviendra-t-il de cette absence du maître du logis dans de telles conditions? Si celui' qui l’abandonne est l’âme de la maison, il s’ensuivra de bien malencontreuses conséquences à son retour au logis; la consternation régnera sur ce cœur, ulcéré déjà par la souf-fiance morale, en constatant les suites déplorables d’une absence qu’il aurait bien dû s’éviter en participant aux bons offices de la mutualité, lesquels lui eussent permis de rester au logis et d’éviter le scandale causé par l’intempérance et le libertinage du gardien du logis, qu’un moment d’isolement a malheureusement égaré et complètement perdu.
- . d après ce qui précède, il est facile de juger
- es socie es de secours mutuels et de les apprécier à leur véritable valeur, il est utile de donner sur leur organisa-
- tion les renseignements puisés et recueillis par la pratique et l’expérience de chaque jour.
- Cette Société, composée de 112 membres de 1860 à 1880, a constaté qu’une cotisation de 12 francs par an lui avait suffi pour faire face à ses dépenses générales ; mais, pour y parvenir, les secours ne devaient pas dépasser les suivants :
- 1 franc pour les trois premiers mois de maladie;
- 50 centimes pour les trois mois suivants;
- 2 francs par visite de médecin ou 300 francs de fixe;
- 25 francs à la famille d’un membre décédé;
- 70 francs par an aux grabataires, puis les médicaments.
- Ces secours ont accusé, pour vingt années, 26,543 fr. 67 de dépenses.
- Soit 26,543 fr. 67 : 20 ou 1,327 fr. 18 par année : 112, chiffre moyen des sociétaires, ce qui constitue pour chacun d’eux une charge de 11 fr. 85, ainsi répartie :
- Secours en argent .... 4r 23
- Soins médicaux ... 2 73
- Frais pharmaceutiques .... 2 74
- Frais funéraires ... 0 36
- Frais divers .. 1 79
- Soit en totalité........... llf85
- La cotisation de 12 francs accuse donc un excédent de 0 fr. 15; il serait donc téméraire d’avoir une cotisation inférieure sans courir le risque d’échouer la première année, en étant privé surtout de dons honoraires; il n’y a que ces derniers qui ont permis à la Société dont il est question dans ce rapport de constituer un capiial social.
- Pour les visites des médecins, il faudrait, si l’on vou'ait les payer à raison de :
- 2 fr. 50 élever la cotisation à 13 francs;
- 3 francs — 14 francs;
- 4 francs — 15 francs;
- 5 francs — 16 francs.
- La moyenne des visites est.de 152,8 pour 112 membres, chiffre qui permet de fixer l’augmentation à appliquer à la cotisation si l’on veut augmenter le prix de visite des médecins.
- Société de secours mutuels des ouvriers alsaciens de la fabrique d’Elbeuf.
- Cette Société a été fondée entre les ouvriers de la maison Blin et Blin, l’une de celles qui, après les événements de 1870, a préféré quitter le sol alsacien accaparé par l’ennemi et venir s’implanter sur le sol français pour y transporter son industrie florissante, plutôt que d’en laisser le bénéfice à l’étran- ! ger. Elle a entraîné avec elle la majeure partie de ! ses ouvriers; ceux-ci ont fondé une société de se- j cours mutuels à laquelle les patrons, qui s’y sont, du reste, fait inscrire comme membres honoraires, s’intéressent par des libéralités incessantes, et
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- LES INDUSTRIES TEXTILES
- dont il nous paraît intéressant de reproduire les statuts in extenso :
- CHAPITRE PREMIER
- BUT DE LA SOCIÉTÉ
- Article premier. — La Société fondée par les ouvriers de l’établissement Blin et Blin a pour but : 1° de donner les soins du médecin et les médicaments aux sociétaires malades ; 2° de leur payer une indemnité pendant le temps de leur maladie ; 3° de pourvoir à leurs frais funéraires.
- CHAPITRE II
- COMPOSITION DE LA SOCIÉTÉ
- Art. 2. — La Société se compose de sociétaires du sexe masculin participant aux avantages de l’association et ayant à se conformer à ses statuts, et de souscripteurs libres ou membres honoraires qui, sans participer à ses avantages, contribuent à la prospérité de l’association par leurs soins, leurs conseils et leurs dons ou souscriptions.
- Art. 3. — Le nombre des sociétaires participants est illimité, ainsi -que celui des membres honoraires.
- CONDITIONS ET MODE D’ADMISSION ET D’EXCLUSION
- Art. Zi.— Les sociétaires sont admis par le bureau après avoir pris connaissance des présents statuts et avoir déclaré les accepter et vouloir s’y soumettre. Pour être admis, il faut n’avoir pas moins de seize ans et pas plus de quarante, être valide, d’une bonne constitution, d’une conduite régulière, n’être atteint ni d’épilepsie, ni d’une maladie chronique quelconque, et être domicilié depuis six mois dans la ville d’Elbeuf ou dans les communes attenantes, à condition d’être ouvrier de la fabrique d’Elbeuf.
- Art. 5. — L’admission par le bureau est provisoire. En cas de refus d’admission par la majorité dans la plus prochaine assemblée générale, mais au plus tard trois mois après l’admission provisoire, les versements des cotisations du sociétaire refusé lui seront restitués.
- Art. 6. — Les membres honoraires sont admis par le bureau sans condition d’âge, de sexe, de santé ni de domicile.
- Art. 7. — Cessent de droit de faire partie de la Société les membres participants qui n’ont pas payé leur cotisation depuis trois mois, ou qui sont en retard de trois mois pour le payement d’une amende infligée en vertu des présents statuts.
- Art. 8. — L’exclusion est également de droit: 1 pour condamnation infamante; 2° pour préjudice causé volontairement aux intérêts de la Société; il est causé préjudice à la Société par tout membre qui, faisant encore partie d’une autre société de secours mutuels, spéculerait sur les primes de maladie ou sur les secours médicaux ; 3° pour conduite déréglée et notoirement scandaleuse.
- Art. 9. — Est rayé également de la liste des sociétaires tout membre convaincu d’avoir usé de fraude pour faire prononcer son admission, en dissimulant son âge ou son état de maladie.
- Art. 10. — Ne fait plus partie de la Société tout socié-
- taire qui cesse d’être domicilié dans une des localités désignées à l’article Zi.
- CHAPITRE III
- ADMINISTRATION, SERVICE MEDICAL ET PHARMACEUTIQUE
- Art. 11. — L’administration est confiée à un comité ou bureau composé d’un président, de deux secrétaires, d’un trésorier et de quatre administrateurs.
- Art. 12. — Le président, les secrétaires et le trésorier sont élus en assemblée générale pour un an. Ils sont indéfiniment rééligibles. Nul ne peut être membre du bureau, s’il n’est Français et s’il ne jouit pas de ses droits civils et civiques.
- Art. 13. — Les quatre administrateurs sont pris à tour de rôle, pour une durée d’un mois, sur une liste arrêtée par l’assemblée générale annuelle; deux de ces administrateurs sont visiteurs pendant la première moitié du mois, les deux autres la deuxième moitié du mois.
- Art. IZi. — Ne peuvent faire partie du bureau que les sociétaires âgés de vingt-deux ans révolus.
- Art. 15. — Le président surveille et assure l’exécution des statuts; il contrôle la tenue des écritures (art. Z|3) et la conservation des archives. Il adresse chaque année, au préfet, le compte rendu prescrit par l’article 13 de la loi du 15 juillet 1850. 11 est secondé par les secrétaires et le trésorier. — Ce dernier fait en outre les recettes et les payements de la Société. A l’assemblée générale annuelle, il présente le compte rendu de la situation financière.
- Art. 16. — La mission des administrateurs visiteurs est d’assurer à l’égard des maiades l’exécution des statuts, et de porter, en cas de besoin, aux sociétaires l’indemnité due en cas de maladie (art. 35, alinéa U) ; de veiller à ce qu’ils reçoivent exactement les visites du médecin et les médicaments prescrits ; enfin de signaler au bureau tous les abus et les infractions aux statuts qu’ils auront pu remarquer pendant le cours de leurs visites. Dans leurs visites, ils seront munis de leur livret de visite spécial (art. Zi3, § 5), qu’ils représenteront au bureau à chaque réunion mensuelle (art. 18).
- Art. 17. — La Société se réunit en assemblée générale le 1er janvier de chaque année, de deux à quatre heures de l’après-midi, pour entendre le rapport sur sa situation, pour procéder à l’élection de son bureau, arrêter la liste des administrateurs, et pour résoudre éventuellement toute question qui pourra lui être soumise. Le président peut, en outre, convoquer d’office l’assemblée générale.
- Art. 18. — Le bureau se réunit le premier dimanche de chaque mois, en même temps que se font les versements des cotisations, et au même lieu, tant pour assister à ces versements que pour entendre le rapport des visiteurs, prendre connaissance des réclamations, prononcer l’admission ou la radiation provisoire de ses membres, décider sur les amendes à infliger et régler le service médical et pharmaceutique.
- Art. 19. — Toutes ces réunions (art. 17 et 18) auront lieu dans l’établissement de MM. Blin et Blin, avenue Léon-Gambetta, à Elbeuf. Les membres du comité sont tenus d’y assister, à moins d’excuse valable, sous peine d’amende de 0 fr. 50 par absence. Toute discussion politique, reli-
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- gieuse ou étrangère au but de la mutualité est interdite aussi bien dans les réunions du bureau que dans celles de la Société.
- CHAPITRE IV
- OBLIGATIONS DES SOCIÉTAIRES ENVERS LA SOCIÉTÉ
- Art. 20. — La cotisation de chaque sociétaire participant est de 1 franc par mois, payable d’avance. En outre, chaque sociétaire aura à verser un droit d’entrée se montant, suivant l’âge du postulant, savoir : à 3 francs, s’il n’a pas vingt ans révolus; à 6 francs, entre vingt et trente ans; à dix francs, s’il a trente ans révolus. Ce droit d’entrée ne dispensera pas du payement de la cotisation pendant le mois d’épreuve exigé par l’article 36. Est dispensé du payement du droit d’entrée tout sociétaire admis qui aurait déjà fait partie de la Société et qui en serait sorti en vertu de l’article 10.
- Art. 21. — Les versements sont reçus des mains de tout mandataire des sociétaires par le trésorier en réunion du bureau (art. 18). Néanmoins, les sociétaires sont invités à faire ces versements personnellement autant que faire se pourra.
- Art. 22. — Tout membre de la Société qui n’aura pas payé deux cotisations mensuelles consécutives sera puni d’une amende de 0 fr. 50. De plus, ses droits aux avantages stipulés à l’article 35 sont suspendus jusqu’à ce qu’il se soit mis en règle. Le tout sans préjudice de l’exclusion prévue à l’article 7.
- Art. 23. — Tous les versements faits par un sociétaire exclu en vertu des articles 7, 8, 9, 10 et 30 restent acquis à la Société.
- Art. 2à. — Tout sociétaire peut se libérer 3, 6 ou 12 mois à l’avance, sans préjudice de l’application des pénalités des articles 7 et 22.
- Art. 25. — Les membres honoraires payent une souscription de 12 francs par an, payables d’avance en totalité, par quarts ou par douzièmes, au gré du souscripteur.
- Art. 26. — En cas de maladie d’un sociétaire, il est tenu d’en donner avis immédiatement au président. La délivrance des soins et secours ne part que de ce moment.
- Art. 27. — Les sociétaires malades ne sont, en aucun cas, dispensés du versement de leur cotisation, qui pourra être prélevée, ainsi que les amendes, sur le chiffre de secours qui leur est accordé en vertu de l’article 35, § 2.
- Art. 28. — Les visiteurs de service (art. 16) sont tenus de se présenter, au commencement de chaque semaine, au président qui leur remet le relevé des malades qu’ils auront à visiter deux fois par semaine. Toute négligence du visiteur pourra lui coûter une amende de 1 franc à prononcer par le bureau.
- Art. 29. — Dans le cas de décès d’un membre de la Société et après que sa famille en aura informé le président, une députation de douze sociétaires est convoquée par les soins du bureau et à la diligence des,visiteurs de service pour assister aux obsèques. Les douze sociétaires désignés sont tenus d’y assister ou de s’y faire remplacer par des co-sociétaires, après en avoir averti le président, sous peine d’une amende de 0 fr. 50. La désignation de la députation se fera chaque fois sur une liste arrêtée
- d’avance et de manière que chaque sociétaire ait son tour.
- Art. 30. — Tout sociétaire qui, dans les réunions faites en vertu des présents statuts, n’a pas une tenue convenable ou donne l’occasion à des querelles, ou tente d’exercer des violences par paroles ou par voies de fait, payera une amende de 0 fr. 50. En cas de récidive, il est frappé de l’exclusion de la Société.
- Art. 31. — Tout sociétaire malade et jouissant des secours stipulés à l’article 35 devra garder le lit ou la chambre, à moins que le médecin ne lui ait ordonné de sortir. Dans ce cas, il est défendu au malade de participer à des fêtes ou à des jeux publics; il est tenu d’être rentré chez lui à sept heures du soir en été, à cinq heures en hiver — le tout sous peine d’un .avertissement, et, en cas de récidive, de suppression des secours alloués en vertu de l’article 35.
- Art. 32. — Tout sociétaire malade est tenu d’apposer sa signature sur le livret du visiteur de service.
- Art. 33.— Tout sociétaire est invité à contribuer, par la propagande, à l’extension et à la prospérité de la Société; la vraie fraternité exige aussi que ceux qui ont les moyens de se passer des secours de petite durée qui pourraient leur être alloués en vertu des présents statuts y renoncent volontairement au profit de l’œuvre. Quant aux membres du comité, ils ont pour devoir, en outre, de remplir très exactement les fonctions qui leur sont dévolues, de ne se rebuter d’aucune peine et de braver toutes les répugnances qui pourront les assaillir pendant leurs visites aux malades.
- CHAPITRE Y
- DES OBLIGATIONS DE LA SOCIÉTÉ ENVERS SES MEMBRES
- Art. 31\. — Aussitôt que le président aura été avisé d’un cas de maladie (art. 26), il délivrera un bon de soins portant la date, le nom et l’adresse du sociétaire malade et les noms du médecin et du pharmacien. Ce bon est immédiatement remis par le visiteur de service au médecin chargé de soigner le malade.
- Art. 35. — Les soins du médecin, les médicaments et une indemnité hebdomadaire sont donnés au sociétaire malade dans les conditions ci-après relatées. L’indemnité pécuniaire est fixée à 10 francs par semaine pendant les six premiers mois de la maladie. Après ce délai, le bureau décide s’il y a lieu de continuer l’indemnité en en fixant le chiffre et la durée. Lorsque le sociétaire malade ne pourra venir en personne toucher son indemnité, un des visiteurs sera chargé de la lui porter à domicile. Une indisposition de moins de six jours ne donne lieu à aucun secours en argent ; mais une maladie plus prolongée donne droit à l’indemnité à partir du premier jour. Pour les soins à domicile à donner par le médecin aux ouvriers n’habitant pas Elbeuf, Caudebec, Orival ou Saint-Aubin, la Société ne payera le médecin que suivant le tarif d’Elbeuf; la différence excédant ce tarif restera à la charge du sociétaire malade. L’obligation de fournir les soins du médecin et les médicaments cessera : 1° lorsque le médecin aura certifié que le sociétaire qui les réclame n’en a pas besoin; 2° lorsque la maladie aura pris un caractère chronique; 3° si la maladie se prolonge plus de six mois. L’obligation de payer une indemnité cessera également
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- avant le délai de six mois ci-dessus fixé, lorsque le médecin aura certifié que le sociétaire auquel cette indemnité était payée se trouve en état de reprendre ses travaux.
- Art. 36. — Le sociétaire n’a droit aux avantages de l’association qu’un mois après son premier versement.
- Art. 37. — Aucun secours n’est dû pour les maladies causées par la débauche ou l’intempérance, ni pour les blessures reçues dans une rixe, lorsqu’il est prouvé que le sociétaire a été l’agresseur, ni pour blessures reçues dans une émeute à laquelle il aura pris une part volontaire. La Société n’accorde pas de secours pour cause de chômage.
- Art. 38. — La Société ne paye aucune opération, comme les saignées ou les ventouses, qui n’aurait pas été ordonnée par le médecin.
- Art. 39. — Les suites d’accidents de machines, de brûlures ou d’explosions arrivés à un sociétaire pendant son travail industriel et par suite de ce travail ne lui donnent droit à aucun des avantages de la Société.
- Art. 40. — La Société paye à la famille d’un sociétaire, en cas de décès de celui-ci, une indemnité de 45 francs pour les frais d’inhumation.
- Art. Al. — Tout sociétaire qui a fait pendant six mois au moins ses versements à la Société peut obtenir, s’il le demande et si sa position mérite intérêt, une indemnité de 20 francs pour frais d’enterrement de sa femme, en cas de décès de celle-ci.
- Art. 42. — Aucune indemnité pour frais d’inhumation n’est accordée pour un sociétaire qui se serait suicidé.
- CHAPITRE VI
- TENUE DES ÉCRITURES
- Art. 43. — La comptabilité se borne à la tenue des livres suivants : 1° un livre des sociétaires et membres honoraires tenu par le président et portant pour chacun la date et le chiffre de ses versements de cotisation et d’amende ; 2° le double de ce même livre tenu par le trésorier; 3° un livre de caisse par recettes ou entrées, et dépenses ou sorties et placements de fonds ; 4° un livre des bons de soins (art. 34) dans l’ordre de leur délivrance, avec indication de la date de la guérison; 5° les livrets des visiteurs (art. 16 et 32).
- CHAPITRE VII
- FONDS SOCIAL ET PLACEMENT DE FONDS
- Art. 44. — Le fonds social se compose : 1° des versements des sociétaires et des membres honoraires; 2° des subventions accordées par les patrons des ouvriers, par les communes ou le département; 3° des fonds placés; 4° du produit des amendes prononcées en vertu des articles 19, 22, 28, 29 et 30 des présents statuts.
- Art. 45. — Le reliquat des opérations mensuelles est versé au fur et à mesure à la caisse de MM. Blin et Blin, qui paye à la Société en compte courant un intérêt de 5 pour 100 par an. Néanmoins, ce placement ne pourra excéder la somme de 2,000 francs. Tous les fonds dépas-
- sant ce maximum seront convertis en rentes sur l’État par les soins de MM. Blin et Blin.
- Art. 46. — A l’assemblée annuelle (art. 17), il sera statué sur l’emploi des fonds disponibles, s’il y a lieu, et sur la quotité à affecter au fonds de réserve.
- CHAPITRE VIII
- MODIFICATION, DISSOLUTION ET LIQUIDATION JUGEMENT DES CONTESTATIONS
- Art. 47. — Toute proposition de modification aux statuts devra être soumise d’abord au bureau, qui jugera s’il doit y donner suite. Aucune modification ne pourra y être faite qu’à la majorité des membres présents à l’assemblée générale et sauf le cas prévu à l’article 48 ci-après. Les modifications statutaires ne pourront être mises en vigueur sans avoir été autorisées par le préfet.
- Art. 48. — Le fonds de réserve de la Société ne devra jamais être inférieur à 1,000 francs. — Si ce minimum était exposé à diminuer, Je comité aurait le droit de prononcer une augmentation de la cotisation stipulée à l’article 20, sauf ratification ultérieure par la prochaine assemblée générale.
- Art. 49. — La Société ne peut se dissoudre qu’en cas d’insuffisance constatée de ses ressources. Elle ne pourra en aucun cas prononcer sa dissolution qu’en assemblée générale spécialement convoquée à cet effet et par un nombre de voix au moins égal à l’unanimité moins quatre voix. Tout nombre de sociétaires dépassant quatre continuera à former la Société.
- Art. 50. — En cas de dissolution de la Société, l’assemblée générale aura à décider de l’emploi des fonds disponibles, en se conformant aux lois. Les présents statuts ont été adoptés successivement par délibération de l’assemblée générale dans ses séances de juin 1877, de mai, de juin 1883 et du 11 novembre 1888.
- Société de secours mutuels du personnel de la Belle Jardinière.
- Tout le monde connaît, à Paris, les magasins de la Belle Jardinière, rue du Pont-Neuf. Les employés de cette maison ont fondé entre eux, en mars 1868, une société de secours mutuels dont nous croyons utile de citer les statuts comme type de ceux d’un grand établissement de nouveautés.
- CHAPITRE PREMIER
- FORMATION ET BUT DE LA SOCIÉTÉ
- Article pbemier. — Une société est formée par les présentes sous le titre de Caisse de secours mutuels du personnel de la Belle Jardinière, pour une durée illimitée à compter du jour de sa constitution, entre les employés présents et à venir de la maison de la Belle Jardinière qui adhèrent aux présentes. Elle sera régie par les conditions
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- qui vont être énoncées et qui feront loi entre les adhérents.
- Art. 2. — Le but de cette association est de mettre chacun des sociétaires à l’abri du manque de soins en cas de maladie, de la privation en cas de besoin et de lui procurer, à son décès, d’honorables funérailles. A cet effet, les adhérents contribuent à la formation d’un fonds social qui leur permet : 1° de procurer gratuitement aux sociétaires, en cas de maladie, les soins du médecin et les médicaments, sauf les exceptions prévues dans l’article 12; 2° de leur payer une indemnité journalière pendant le temps de leur maladie; 3° de venir en aide aux sociétaires dont les besoins seraient justifiés; A0 de pourvoir aux frais funéraires lors de leur décès ; 5° de constituer dans les limites des ressources de la Société une pension de retraite aux sociétaires âgés ou infirmes. Le tout conformément aux présentes conventions et au règlement qui sera édicté pour en faciliter l’exécution.
- CHAPITRE II
- COMPOSITION DE LA SOCIÉTÉ
- Art. 3. — La Société se compose, en nombre illimité, de membres participants ou sociétaires proprement dits et de membres honoraires.
- Art. A. — Sont sociétaires proprement dits tous les employés de l’un ou l’autre sexe faisant partie de la maison de la Belle Jardinière, de ses succursales, ainsi que de ses maisons d’achat ou de fabrication et de tous les coupeurs, pompiers et ouvrières travaillant depuis au moins une année, soit dans l’intérieur de la maison, soit dans les ateliers qui en dépendent. Peuvent continuer à demeurer sociétaires les employés de toute catégorie actuellement dans la maison qui la quitteraient sans motifs de renvoi déshonorant et continueraient à remplir les conditions de la présente association. Ne pourront toutefois user de cette faculté les employés, quels qu’ils soient, admis après le 30 juin 1892. A partir de cette dernière date, tout employé nouveau qui sera admis dans la maison et qui ensuite la quittera pour un motif quelconque cessera en même temps d’être sociétaire au titre participant.
- Art. 5. — Les membres honoraires sont ceux qui, employés ou non de la maison, sont admis, à raison de leurs soins, de leurs conseils ou de leurs souscriptions, à contribuer à la prospérité de l’association sans rien réclamer d’elle. Sont de plein droit membres honoraires les directeurs composant la gérance de la Société ayant pour objet l’exploitation de la maison de la Belle Jardinière.
- Art. 6. — Les droits des sociétaires consistent en leur participation au bénéfice des présentes conventions et au droit de faire partie de l’assemblée générale et du Comité consultatif. Les sociétaires du sexe féminin ne feront toutefois pas partie de l’assemblée générale ou du Comité consultatif. Pourront seulement faire partie du Comité consultatif et assister aux assemblées générales les membres honoraires du sexe masculin.
- Art. 7.— Les membres honoraires sont admis à la majorité des voix, sur la présentation des présidents, par le Comité consultatif, sans condition d’âge, de sexe et de domicile. Tout membre honoraire, employé de la maison, pourra toujours à son choix devenir sociétaire et, à partir
- de ce moment, profiter de tous les avantages attachés à ce titre en participant à toutes les charges.
- Art. 8. — Sont exclus de la Société les membres qui auront subi une condamnation infamante. En outre, la radiation et l’exclusion de tout sociétaire ou membre honoraire pourra être prononcée : 1° en cas d’exclusion de la maison de la Belle Jardinière pour motif déshonorant; 2° en cas d’improbité ou de conduite notoirement scandaleuse; 3° pour préjudice volontairement causé aux intérêts de la Société. Seront également exclus de la Société les membres qui auront causé un préjudice quelconque aux intérêts de la maison de commerce de la Belle Jardinière. Enfin sont considérés comme démissionnaires, et rayés de droit des contrôles de la Société, les employés de toute catégorie de la Belle Jardinière admis après le 30 juin 1892, qui ensuite auront quitté la maison pour un motif quelconque. Les radiations seront prononcées par le Comité consultatif, le sociétaire ayant été préalablement convoqué et entendu. Les cotisations versées par un sociétaire exclu ou rayé ne seront pas remboursées.
- CHAPITRE III
- ADMINISTRATION DE LA SOCIÉTÉ
- Art. 9.— L’administration de la Société est confiée à un Comité composé des gérants de la Société de la Belle Jardinière, en qualité de présidents, et de quinze membres, dont douze seront pris parmi les membres participants faisant partie du personnel de la Belle Jardinière. Les trois autres pourront être choisis parmi les membres honoraires. Les fonctions de président sont exercées par le plus ancien des gérants de la Société ayant pour objet l’exploitation de la maison de la Belle Jardinière, et, en cas d’absence, démission ou empêchement quelconque, par le gérant qui lui succède par ordre d’ancienneté.
- Art. 10. — Les membres du Comité consultatif seront choisis en assemblée générale. Seront nommés membres du Comité consultatif les quinze membres qui auront réuni le plus grand nombre de voix, avec condition de réunir au moins au premier vote le quart des suffrages des membres présents. Si cette condition n’est point remplie au premier tour de scrutin, un second vote aura immédiatement lieu et seront nommés membres du comité consultatif les quinze membres qui réuniront cette fois le plus grand nombre de voix, sans tenir compte de la condition, exigée dans le premier cas, de réunir au moins le quart des suffrages des membres présents. La durée des fonctions des quinze membres du Comité consultatif sera de trois années; ils se renouvelleront chaque année par tiers; le premier Comité sera renouvelé par voie de tirage au sort, tout membre sortant est rééligible. Les décisions du Comité consultatif seront prises à la majorité des voix ; en cas de partage, la voix du président sera prépondérante. Le choix des médecins et des pharmaciens sera fait par le Comité consultatif.
- Art. 11.—Les présidents sont chargés d’adresser chaque année à l’autorité compétente le compte rendu exigé par l’article 20 du décret du 26 mars 1852. Ils surveillent et assurent l’exécution des statuts et de toutes les décisions prises par le Comité consultatif; iis signent tous actes et représentent la Société même en justice. En conséquence et de conventions expresses, toutes actions seront suivies à leur requête au nom de la Société, et tous pou-
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- Supplément a l’Industrie textile du 15 Août.
- iii. — 15c Fascicule.
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- voirs les plus étendus, même de transiger ou de compromettre, leur sont conférés.
- Art. 12. — Le Comité consultatif prend toutes les mesures nécessaires à la bonne administration de la société. Il a pour mission, notamment, de prononcer sur l’admission, l’exclusion ou la radiation des sociétaires ou des membres honoraires; sur les secours extraordinaires à accorder; sur le refus de secours dans le cas où la maladie aurait été causée par débauche, intempérance ou rixe, pourvu dans ce cas qu’il soit établi que le sociétaire était l’agresseur; sur l’application des amendes et des pénalités; et à donner son avis sur toutes les questions qui lui seraient soumises par un des présidents, un de ses membres, ou dix sociétaires collectivement. Les membres du Comité seront délégués alternativement à l’effet de visiter les malades et de faire un rapport au Comité sur l’état du malade et sur son mode de traitement; cette mission, sauf le cas d’excuses, sera remplie à peine d’exclusion.
- Art. 13. — Le Comité consultatif se réunira régulièrement tous les trois mois sur la convocation du présidènt, sauf les autres cas d’urgence, pour entendre le compte rendu des opérations et prendre toutes les mesures nécessaires.
- Art. l/i- — Au Comité consultatif sont adjoints, sans droit de voter, un secrétaire et un trésorier dont la situation sera, s’il y a lieu, déterminée par le Comité consultatif.
- Art. 15.— Le secrétaire est nommé par les présidents à la majorité des voix, la voix du président en fonctions étant prépondérante; il est choisi de plein droit parmi les sociétaires. Il a pour mission de conserver les archives de la Société. Il devra inscrire sur un registre la liste générale de tous les adhérents avec leurs noms, prénoms et demeures ; rédiger les procès-verbaux, les convocations et la correspondance de l’association; tenir les feuilles de visite, les écritures de la Société et exécuter, aux effets ci-dessus, les décisions prises par le Comité consultatif.
- Art. 16. — Le caissier de la Société de la maison de la Belle Jardinière est de plein droit trésorier de la Société. Il est chargé de conserver les fonds, de faire les recettes, les payements et les placements. 11 paye sur un mandat visé par un des présidents. Les caissiers de chaque succursale seront chargés des mêmes fonctions à l’égard des sociétaires et membres faisant partie de leur succursale-lis devront tous les ans transmettre au trésorier et solder entre ses mains leurs comptes de l’exercice; leurs fonctions seront exercées sous la surveillance du représentant des gérants de la Société de la Belle Jardinière dans chaque succursale, lequel exercera, vis-à-vis des employés qu’il dirige et avec l’autorisation du président, les fonctions de délégué de l’association.
- Art. 17. — Les livres nécessaires seront tenus par les caissiers et pourront à toute réquisition être vérifiés par les présidents de la Société.
- CHAPITRE IV
- FONDS SOCIAL
- Art. 18. — Le fonds social se compose : 1° d’un droit d’entrée fixe de 5 francs ; 2° d’une cotisation mensuelle de 2 fr. 50 exigible à compter du jour de l’admission comme employé de la maison de la Belle Jardinière ou comme membre honoraire; 3° d’une cotisation supplé-
- mentaire de 2 francs par an payable en deux fois, en avril et en octobre; h° des dons et legs faits à la Société; 5° de toutes les recettes ordinaires ou extraordinaires qui pourraient être faites par la Société.
- Art. 19. — La recette est faite chaque mois par les soins du trésorier, qui retiendra le montant de la cotisation sur les appointements des sociétaires employés de la maison. Quant aux membres sociétaires ne faisant plus partie de la maison, ils devront payer mensuellement leur cotisation. Ils pourront, sur l’avis du Comité consultatif, être définitivement rayés des rôles de la Société s’ils sont restés trois mois sans payer cette cotisation. Les membres honoraires verseront le montant intégral d’une année de ladite cotisation de 2 fr. 50 par mois, plus la cotisation annuelle supplémentaire de 2 francs dans le premier trimestre de chaque année, sur un reçu signé du trésorier. Ils seront considérés comme démissionnaires à défaut de payement dans le courant dudit trimestre. Toute personne peut devenir à perpétuité membre honoraire en versant une somme de 200 francs.
- Art. 20. — Les fonds de la Société seront placés par les soins du Comité consultatif.
- Art. 21. — Les fonds ainsi acquis à la Société lui appartiennent irrévocablement et ne pourront être l’objet d’aucune répétition à quelque titre que ce soit.
- CHAPITRE V
- OBLIGATIONS ENVERS LA SOCIÉTÉ
- Art. 22. — En outre de ces versements, chaque sociétaire est tenu de remplir exactement les fonctions qui lui sont confiées par les présidents, à peine d’une amende d’un franc ou d’exclusion, en cas de manquements réitérés. En cas de changement de domicile, chaque sociétaire est tenu de faire connaître exactement son adresse à peine d’une amende d’un franc.
- Art. 23. — Des fonctions ne pourront être confiées aux membres honoraires que sous acceptation de leur part.
- Art. 2/i. — Chaque sociétaire doit prévenir l’administration sitôt qu’il connaît la maladie, les besoins ou le décès d’un sociétaire. Il est formellement interdit à aucun des associés de céder ou de transférer, à un titre quelconque, ses droits dans la Société.
- CHAPITRE VI
- OBLIGATIONS DE LA SOCIÉTÉ ENVERS SES MEMBRES
- Art. 25. — En cas de maladie ou d’accident, les soins du médecin et les médicaments sont fournis au sociétaire malade sur les bases qui sont fixées par le Comité consultatif au début de chaque année.
- Art. 26. — Il lui est en outre alloué, pour subvenir à ses besoins, une somme de 3 francs par jour pendant six mois et seulement une somme de 1 fr. 50 par jour pendant les trois mois suivants. Lorsqu’un sociétaire se trouvera dans l’impossibilité absolue de se faire soigner chez lui, le président pourra autoriser son envoi, aux frais de la Société, dans une maison de santé, telle que la maison Dubois. Dans ce cas, pendant le temps que durera son séjour à la maison
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- de santé, le sociétaire n’aura aucun droit à l’indemnité journalière. Quant aux femmes sociétaires employées ou travaillant comme ouvrières dans la maison ou dans l’un de ses ateliers et mariées légitimement, il leur est alloué, pour tous frais d’accouchement, ainsi que pour tout chômage qui précède ou suit l’accouchement, une somme fixe de 50 francs.
- Art. 27. — Dans le cas où la maladie durerait au delà de neuf mois prévus par l’article précédent, le Comité consultatif avisera aux mesures à prendre; il avisera de même à toutes les mesures, même extraordinaires, à prendre suivant les circonstances des maladies, décès ou épidémies. Tout sociétaire malade est tenu de prévenir par lettre le président, qui fait constater la maladie soit par un des médecins de la Société, soit par un des membres du Comité consultatif délégué comme visiteur. Les secours en argent et les médicaments ne lui sont accordés qu’à partir du jour de la réception de la lettre rendant compte de la maladie. La formalité qui précède est indépendante de l’obligation qui incombe à tout sociétaire de fournir, à la fin de la maladie, un certificat de son médecin pour justifier de la durée de l’incapacité de travail. Tout membre sociétaire demeurant en province devra d’abord prévenir par lettre le président dès le jour où la maladie se sera déclarée et ensuite justifier, par une attestation légalisée de son médecin, de la durée de sa maladie. Tout membre sociétaire demeurant en province, dans une ville où la maison de la Belle Jardinière a une succursale, profitera du bénéfice des articles 25 et 26. S’il demeure dans une ville dans laquelle la maison de la Belle Jardinière n’a pas de succursale, il ne profitera que du bénéfice de l’article 26.
- Art. 28. — En cas de décès de l’un des membres de la Société habitant Paris, les funérailles seront réglées aux frais de la Société sur la base d’une septième classe, sans pouvoir dépasser la somme de 150 francs et une députation de vingt membres, pris autant que possible à tour de rôle, sera désignée par les présidents pour y assister. Pour le décès d’un sociétaire habitant la province, une allocation de 150 francs sera faite aux héritiers pour alléger les frais funéraires.
- Art. 29. — Des secours extraordinaires pourront également être accordés à tout sociétaire nécessiteux lorsqu’il aura été reconnu en avoir besoin.
- CHAPITRE YII ASSEMBLÉES GÉNÉRALES
- Art. 30. — Tous les ans, le 1er mars ou, si cette date tombe un dimanche, le 2, les sociétaires seront réunis en assemblée générale au siège de la maison de la Belle Jardinière. Un avis spécial sera dressé quinze jours à l’avance à la diligence du secrétaire aux sociétaires qui ne font pas partie de la maison; les autres seront avertis par un avis affiché dans les magasins et ateliers de Paris et des succursales quinze jours à l’avance. La présence aux assemblées générales est un devoir pour les sociétaires résidant à Paris. L’assemblée est régulièrement constituée, quel que soit le nombre des membres présents.
- Art. 31. — L’assemblée générale est présidée parle président le plus ancien, assisté des autres présidents, du trésorier et du secrétaire; elle entend le rapport du président sur l’exercice écoulé, approuve les comptes et statue,
- à la simple majorité des membres présents, sur toutes les mesures extraordinaires qui peuvent intéresser la Société. Les procès-verbaux seront rédigés par le secrétaire de la Société et seront signés par les présidents présents.
- CHAPITRE VIII
- MODIFICATION DES STATUTS
- Art. 32. — Les présents statuts ne pourront être modifiés que dans le cas où la modification aurait été proposée par cent sociétaires proprement dits, six semaines au moins avant la réunion trimestrielle du comité consultatif, qui statuera dans sa réunion suivante sur l’admission ou le rejet de la proposition et sera seul juge de l’opportunité de cette modification et de sa présentation à l’assemblée générale lors de sa prochaine réunion annuelle. Les modifications adoptées devront être soumises à l’approbation du gouvernement.
- CHAPITRE IX
- DISSOLUTION ET LIQUIDATION
- Art. 33. — L’association ne peut être dissoute que par l’assemblée générale à la majorité absolue et dans le seul cas de dissolution de la société ayant pour objet l’exploitation de la maison de la Belle Jardinière.
- Art. 3ù. — La liquidation sera faite sous la surveillance des présidents par le trésorier, qui continuera à donner, pendant six mois, des secours aux anciens associés malades ou qui viendraient à décéder dans les termes des statuts. Passé ce délai, les fonds disponibles seront répartis, au prorata de leur nombre d’années entières de sociétariat, entre toutes les personnes faisant partie de la société au jour de la dissolution, non compris les membres honoraires.
- Art. 35. — La Société cesse de plein droit vis-à-vis d’un associé par suite de son décès et les sommes par lui dues ou versées à son décès dans la caisse sociale sont acquises définitivement au fonds social sans répétition.
- Nous devons compléter ces statuts par divers renseignements qui ont leur importance.
- Ainsi, en cas de changement de domicile, chaque sociétaire est tenu de faire connaître aussitôt sa nouvelle adresse, à peine d’une amende de 1 franc.
- On inflige une amende atout membre de la Société, qui, étant désigné par le président pour assister aux funérailles d’un sociétaire décédé, n’a pas rempli son devoir entièrement.
- Une amende est également applicable aux sociétaires qui, à la suite d’une maladie quelconque, ont repris leur travail, sans en prévenir le jour même le secrétaire. »
- Tout sociétaire malade est tenu d’en informer immédiatement le président ou le secrétaire, sous
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- peine de perdre le droit à l’indemnité. Cette formalité ne dispense pas de l’obligation de fournir un certificat du médecin qui a donné ses soins, pour la justification de la durée de la maladie.
- Les sociétaires sont autorisés à s’adresser directement aux médecins pour réclamer leurs soins. Mais ils doivent, dans le plus bref délai possible, faire confirmer leur demande par le secrétaire.
- En principe, les sociétaires ont droit aux médicaments prescrits par les médecins de la Société.
- Sont néanmoins spécialement exceptés de la nomenclature des médicaments fournis et laissés à la charge des sociétaires :
- 1° Les spécialités pharmaceutiques;
- 2° Le vin de quinquina et ses dérivés au coca ou à la poudre de Colombo ;
- (La Société ne donne que la mixture ou solution fluide pour mettre dans le vin.)
- 3° Les eaux minérales de table ;
- 4° Les bandages ou fournitures chirurgicales quelconques.
- La Société accorde également tous les bains dits médicianux, sauf les bains de vapeur sèche ou de fumigation.
- Les cartes de bains non utilisées dans le délai de quarante-cinq jours sont périmées. Elles ne sont plus reçues dans les établissements attachés à la Société.
- En cas de décès d’un de ses membres, la Société prend à sa charge les frais funéraires, calculés sur la base d’un convoi de 7e classe qui comprend :
- Corbillard de 7e classe................. 22f
- Drap mortuaire.......................... 5
- Cercueil en sapin plat..................... 25
- Taxe et terrain de cinq ans................ 60
- Service religieux y compris les chaises.. 23
- Croix ou écusson............................ 2
- Cent lettres d’invitation.................. 6
- Pourboires................................... 4 50
- Timbres............................... • 0 Zi5
- Soit au total...... 147f95
- » En outre, une somme de 4 francs est réservée pour certains cas spéciaux nécessitant l’emploi d’un carton bitumé.
- L’usage ayant consacré l’habitude que tous les sociétaires ont prise de verser à chaque décès une cotisation uniforme de 0 fr. 10, les fonds ainsi recueillis permettent :
- 1° De remplacer la bière en sapin par une bière en chêne;
- 2° De déposer sur le corbillard au nom de tout le personnel de la Belle Jardinière une grande couronne en perles, conforme au modèle accepté et uniforme pour tous.
- Le reliquat est remis à la famille du décédé.
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- En dehors des sociétés de secours mutuels créées dans les établissements textiles et dont nous venons de citer les statuts, nous pourrions encore en citer un certain nombre fonctionnant dans des conditions similaires, et attachées aux établissements G. et H. Bauche, de Reims (constructeurs de machines à lai-ner), Micliau et Cie, de Beauvois (filature et tissage de laines), blanchisserie et teinturerie de Thaon (Vosges), Waddington, de Saint-Rémy-sur-Avre (filature et tissage de coton), etc., sans compter les Sociétés parisiennes des dessinateurs de fabrique (rue Saint-Placide, 34), des ouvriers en soie (impasse Saint-Polycarpe, 2j, la Société lyonnaise des ouvriers en soie, etc. Mais il nous semble que les divers types que nous venons de donner constituent une indication suffisante pour ceux qui veulent se rendre un compte exact du fonctionnement de ces diverses associations.
- Un mot cependant pour terminer ce chapitre. Ce sera de la statistique.
- En 1814, on ne comptait dans toute la France que 114 sociétés de secours mutuels. En 1830, leur nombre s’élevait à 451. Mais si elles avaient ainsi quadruplé en seize ans, elles étaient en 1848 treize fois plus nombreuses qu’en 1814. Cette progression remarquable se maintint, et de 1848 au 15 juillet 1850, on eut à compter 441 nouvelles sociétés; puis 242 autres de cette date au 26 mars 1852, date du décret qui les vise. A cette époque, on comptait 2,222 sociétés de secours mutuels.
- Leur importance était alors suffisante pour justifier la publication d’un rapport officiel annuel sur les sociétés.
- Depuis lors, elles ont d’ailleurs continué leur marche ascendante.
- Au 31 décembre 1852, on connaissait 2,43S sociétés comptant 249,472 membres, dont l’avoir total s’élevait à 10,714,877 francs.
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- Dix ans plus tard, au 31 décembre 1862, il y avait A,852 sociétés possédant un effectif de 689,OAA membres, dont l’avoir total était de 30,287,650 francs.
- La perte de l’Alsace-Lorraine nous enleva 351 sociétés.
- Aussi, au 31 décembre 1872, on constata une progression moins rapide. Le nombre des sociétés de secours mutuels est de 5,793. Les mutualistes sont au nombre de 798,501. Leur avoir total est de 57,990,878 francs.
- Dix ans plus tard, on compte 7,272 sociétés ayant un effectif de 1,180,751 sociétaires. Leur avoir, au 31 décembre 1882, est de 107,366,375 francs.
- Enfin, au 31 décembre 1889, le nombre des sociétés est de 9,A1A, comptant 1,A72,285 membres et possédant 183,587,950 francs.
- Voilà donc près d’un million et demi de citoyens qui ont résolu, par l’association libre, le problème de l’assurance contre la maladie et dont beaucoup ont, en outre, résolu celui de la retraite pour la vieillesse.
- Mais c’est le double, c’est le triple que les mutualistes devraient être.
- Les Fi'ienclly Societies anglaises comptent 7 millions et demi de membres.
- Pourquoi la France ne compterait-elle pas autant de mutualistes?
- CHAPITRE VI
- Les caisses de retraite dans l’industrie textile.
- Les sociétés de secours mutuels, ainsi que nous venons de le voir, sont destinées en partie à aider l’ouvrier en temps de maladie. Mais derrière l’indisposition, qui peut ne pas attaquer le travailleur, vient toujours la vieillesse, cette maladie contre laquelle il n’y a ni médicament ni médecin, et qui l’atteindra infailliblement si sa vie se prolonge. Alors les forces ne sont plus momentanément brisées et le repos devient une nécessité.
- Comme leur nom l’indique, les caisses de retraite, dont il a du reste été quelque peu question dans le précédent chapitre, ont été instituées pour recevoir les sommes versées par un certain nombre de so-
- ciétaires et leur servir un revenu annuel à un âge déterminé. Le calcul des probabilités appliqué aux chances de mortalité est un élément des opérations de ce genre ; car les annuités que payent les caisses de retraite sont réglées non seulement d’après le taux de l’intérêt composé des sommes versées par chaque déposant, mais encore d’après la part dont les prédécédés ont grossi le fonds social.
- Dès l’année 1635, des pasteurs de Berlin établirent sur ces données une caisse au profit de leurs veuves. Dans la seconde moitié du xvme siècle, plusieurs mathématiciens, Euler entre autres, essayèrent de donner une base scientifique aux institutions de cette nature, et l’on vit les caisses de veuves se multiplier en Russie, en Danemark et dans tout le nord de l’Allemagne. La tsarine Catherine II en fonda une pour toute la Russie en 1772. La même année, Mazères, mathématicien français, publia à Londres un projet de constitution de rentes viagères au profit des ouvriers ; un texte de loi conforme à son plan fut admis par la Chambre des communes en 1773, mais repoussé par la Chambre des lords. Une nouvelle proposition, appuyée sur les tables de mortalité de Price, ne devait pas avoir plus de succès en 1789. En 1798, une caisse générale de retraites fut fondée à Hambourg.
- Ces questions étaient également agitées en France. Dès 175A, Chamoussel avait tenté d’appliquer aux principales causes d’indigence, à la maladie et à la vieillesse, l’association mutuelle et le calcul des probabilités. Au début de la Révolution, la tontine La-farge, celle des sans-culottes et l’administration nationale des épargnes du peuple furent des entreprises déloyales où l’on abusa de la confiance des ouvriers qui avaient cru s’assurer par leurs économies une retraite pour leurs vieux jours. La Convention se préoccupa d’organiser des caisses de retraite et le mathématicien Duvillard fut chargé de lui présenter un plan d’association de prévoyance; mais les événements ne permirent pas de donner suite à ce travail qui fut seulement imprimé. Un mémoire sur le même sujet, présenté en 1809 par Mourgues au conseil général des hospices de Paris, n’eut pas plus de résultat. Toutefois, un certain nombre de caisses de retraite se formèrent à cette époque à Paris et dans les départements ; leurs opérations furent de courte durée.
- Sous le règne de Louis-Philippe, des projets nouveaux furent élaborés par le duc de Mouchy, par 1 ingénieur Cazeau, par Olinde Rodrigues et Macquet,
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- Bergson et Romanet. C’étaient autant de provocations à l’initiative du gouvernement ; aussi un projet de loi sur les caisses de retraite venait d’être annoncé aux Chambres lorsque la Révolution de 1848 arriva. Un rapport sur cette question fut lu à l’Assemblée constituante, le 6 octobre 1849, par M. Benoist d’Azy ; mais ce fut seulement l’Assemblée législative qui fonda, par une loi du 18 juin 1850, la Caisse générale des retraites, modifiée depuis par différents décrets ou règlements, et qui subsiste encore actuellement.
- L’utilité des caisses de retraite n’est pas contestable. Elles assurent la conservation des épargnes quotidiennes, donnent un avenir à des classes qui vivraient au jour le jour ou dans l’inquiétude, et conséquemment diminuent le nombre des mendiants et celui des pauvres admis dans les hospices ; elles permettent enfin au travailleur dont les forces déclinent de suppléer à l’insuffisance de son salaire.
- On a prétendu que les caisses de retraite, basées sur le calcul des chances de mortalité, et absorbant dans la masse commune les mises des prémourants, encourageaient les placements à fonds perdus, propageaient l’égoïsme et tendaient à détruire l’esprit de famille, à abolir l’héritage. Mais c’est abuser ici du sens des mots. D’une part, il y a deux tables d’annuité, l’une avec aliénation du capital, l’autre pour le cas de restitution du capital aux héritiers du déposant, et l’option entre ces deux tables a été laissée aux intéressés. D’autre part, les déposants ne sont pas, comme dans une tontine, partagés en séries et en classes dont les membres ont un intérêt mutuel à la mort de leurs co-associés; chaque dépôt constitue un contrat complet, et le livret constate le chiffre de rente correspondant au capital versé. Loin de porter préjudice à la famille, la caisse de retraites admet que tout versement du mari ou de la femme est supposé fait dans l’intérêt des deux époux et profite par moitié à tous deux; elle vient en aide aux enfants qui n’auraient pu assister suffisamment leurs vieux parents. A la différence des sociétés privées d’assurance sur la vie, elle a un maximum que les déposants ne peuvent dépasser, ce qui ne permet pas les opérations aléatoires ; elle ne se prête point à des résiliations de contrat qui favoriseraient la dissipation, et elle n’exige pas des déposants, sous peine de déchéance, une continuité et une régularité de versements auxquelles il est impossible d’assujettir l’ouvrier.
- On croirait que des combinaisons tout à la fois si
- simples et si sages, qui n’ont pour but en définitive que d’assurer le repos et la sécurité de la vieillesse, ne devraient rencontrer partout que les sympathies des intéressés? Faut-il le dire cependant? l’institution des caisses de retraite a beaucoup de peine à conquérir dans l’esprit des masses la place qui lui appartient. C’est tout au plus si, en se chargeant de presque toute la dépense, les patrons peuvent obtenir de leurs ouvriers qu’ils veuillent bien consentir à distraire chaque mois quelques centimes de leur salaire pour assurer le repos de leurs vieux jours. Il y a un mot bien connu dans les ateliers et qui explique en partie cette apathie : « L’hôpital n’est pas fait pour les chiens! » Mourir à l’hôpital, voilà l’avenir auquel se résignent gaiement des hommes qui, en d’autres moments, portent jusqu’à l’excès le sentiment de la fierté personnelle et l’horreur de l’aumône. 11 est vrai que cette résignation devient moins gaie, à mesure qu’ils voient approcher le moment où il leur faudra aller solliciter véritablement ce lit d’hôpital qui leur inspirait si peu de frayeur autrefois. Ils voudraient bien alors s’être préparé un autre refuge, même au prix de quelques privations; mais quand cette pensée leur vient, il est trop tard pour obvier au danger. « Si jeunesse savait et si vieillesse pouvait », c’est l’éternel refrain de l’histoire des ouvriers et un peu des autres hommes. D’ailleurs, il n’y a point d’hôpitaux partout; les trois quarts des localités rurales en sont dépourvues. Là même où il y en a, qui ne sait que, pour y être admis, il faut recourir à une foule de démarches et de formalités qui laissent au malade, dans la plupart des cas, le temps de souffrir et même de mourir. C’est donc folie que de s’exempter de toute préoccupation de l’avenir pour compter sur les institutions de bienfaisance.
- Mais allons plus loin : supposons qu’en tout lieu et en tout temps, le travailleur qui s’est refusé à économiser pour l’époque des maladies et de la vieillesse soit aussi bien traité que celui qui s’est constitué membre d’une société de secours mutuels, d’une caisse de retraite, etc., s’ensuit-il qu’il n’y ait entre eux aucune différence? La différence, qu’on le sache bien, est encore très grande ; car l’aumône, nous ne saurions trop insister sur ce point, a toujours quelque chose d’humiliant pour celui qui aurait pu y échapper. Or les seuls moyens qui restent au premier de conserver son existence, il les doit entièrement à la charité de ceux qui ont été plus sages que lui; tandis que le second peut se flatter
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- légitimement, lorsqu’il est secouru par une société de prévoyance, de ne devoir qu’à lui-même les ressources qu’il obtient. Véritable rentier, il vit des sueurs de son travail, il mange son propre pain. Cette satisfaction morale n’est-elle pas du plus grand prix pour celui qui a conservé le sentiment de sa dignité !
- Dans un certain nombre d’établissements, les patrons ont pris l’habitude de servir des pensions à leurs ouvriers âgés ou infirmes. Le défaut de cette organisation, c’est de faire du secours accordé une sorte de libéralité gratuite ou, si l’on veut, de récompense, qui a certainement son bon côté, puisqu’elle est pour l’ouvrier un encouragement à s’en rendre digne par sa bonne conduite et par son travail; mais on peut, crovons-nous, lui reprocher de ne pas stimuler assez vivement l’esprit d’initiative et de ne pas travailler assez directement à inspirer le goût de l’épargne et l’habitude de la prévoyance. Or il ne faut jamais perdre de vue que c’est là le point capital vers lequel il faut faire converger tous les efforts. Du moment que ce déplorable esprit d’imprévoyance, qui ruine et démoralise la population ouvrière, aura été vaincu, tout le reste deviendra facile.
- Il y a longtemps déjà, frappées des inconvénients de ce système, onze des principales maisons de Mulhouse résolurent d’y remédier. Le problème était celui-ci : amener les ouvriers à consentir à une retenue sur leur salaire, assez faible pour ne pas leur être une gêne, assez forte pour pouvoir produire une pension de retraite, capable de les nourrir. Pour ne pas effrayer les ouvriers, les onze associés ne leur demandèrent que de consentir à une retenue de 3 pour 100 sur leurs salaires, laquelle somme serait versée en leur nom à la Caisse de retraite de l’État. Mais comme une retenue aussi faible ne pouvait donner droit qu’à une pension assez maigre, et que cependant il était impossible de demander aux ouvriers un sacrifice plus considérable, ces fabricants s’engagèrent, par acte notarié, à déposer, en outre, dans une caisse commune et à leurs propres frais, trois centièmes du total des salaires qu’ils distribuaient chaque année à tous les ouvriers des deux sexes de leurs établissements. A la retenue de 3 pour 100 consentie par l’ouvrier, l’association ajoutait ainsi 2 pour 100, ce qui, pour chaque ouvrier souscripteur, élevait le montant des dépôts à 5 pour 100 de la solde et devait lui permettre d’arriver à un chiffre de retraite
- suffisant pour vivre. 11 restait disponible 1 pour 100 des salaires, qui devait servir d’abord à couvrir les frais de gestion, puis à distribuer immédiatement des secours aux ouvriers déjà trop vieux pour pouvoir supporter utilement la retenue réglementaire, au moment où la caisse entrait en fonction, enfin à élever dans la suite le taux des pensions qui seraient reconnues insuffisantes. Malgré les sacrifices des patrons, malgré l’intérêt évident des ouvriers, cette caisse de retraite ne réussit pas.
- Néanmoins, l’expérience était pleine d’enseignements, et d’autres maisons résolurent d’en profiter.
- Le premier fut M. de Grimaldi, qui fonda pour les usines de Dieuze une institution du même genre, et qui, pour mieux encourager les ouvriers à faire des versements à la Caisse des retraites, s’engagea à payer pour eux :
- 1° Quel que fût leur âge, une somme égale à celle qu’ils abandonneraient eux-mêmes;
- 2° Une prime d’âge annuelle et graduée pour les ouvriers âgés d’au moins quarante-cinq ans et ayant dix ans de service dans l’établissement. Cette combinaison fut bientôt appliquée dans les établissements de MM. Charles Kestner, à Thann, à Mulhouse et à Bellevue, ainsi que dans celui de MM. Bourcart, à Guebwiller.
- A Wesserling, où la situation isolée de la fabrique permettait d’imposer aux ouvriers, comme condition d’entrée, l’obligation de faire partie de l’association de secours mutuels, la prospérité de l’institution permit de servir à tous les ouvriers infirmes ou âgés des pensions de retraite, qui purent s’élever à plus d’un franc par jour.
- Nous arrêtons là ces exemples. Le plus grand obstacle que puisse rencontrer l’institution des caisses de retraite, c’est la difficulté d’obtenir de l’ouvrier qu’il consente à des retenues directes sur son salaire. Quel qu’il soit, le salaire, à ses yeux, représente la dépense de chaque jour; c’est d’après lui que se moulent les habitudes, et c’est dans ce sens qu’on peut dire très justement que le salaire du travailleur ne représente presque jamais que le nécessaire. Aussi, comme nous le verrons par les exemples que nous relèverons à l’Exposition, nombre de caisses de retraite sont instituées par les patrons eux-mêmes, sans demander aucune contribution aux travailleurs.
- A ce propos, nous ne pouvons nous empêcher de remarquer combien ce genre d’institution de pré-
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- voyance est peu nombreux à l’Exposition pour les industries textiles. Nous savons cependant qu’il est suffisamment répandu. Mais il semble que bon nombre d’industriels craignent qu’on publie ce qu’ils ont fait pour leurs ouvriers. Cette délicatesse peut être respectable, mais nous la croyons exagérée et mal entendue. Le but de l’Exposition d’économie sociale n’est pas, en somme, de faire le panégyrique des patrons qui ont manifesté plus ou moins de dévouement et d’intelligence; on a voulu, avant tout, montrer par des exemples qu’on peut faire à peu près partout ce qui s’est fait dans quelques établissements privilégiés, et faire comprendre par des faits, aux patrons et aux ouvriers, que la misère n’est pas un mal aussi incurable qu’on le croit généralement, faute d’avoir essayé de le combattre ou pour l'avoir tenté par des moyens mal combinés. Les manufacturiers qui, soit par modestie, soit pour n’avoir pas l’air de faire la leçon à leurs confrères moins heureux ou moins bien inspirés, hésitent à livrer au public les renseignements nécessaires, nous paraissent donc obéir à des scrupules excessifs, en privant du bénéfice de l’exemple ceux qui peut-être n’attendent que cette impulsion pour les suivre dans la même voie.
- CAISSES DE RETRAITE
- DÉPENDANT DE SOCIÉTÉS DE SECOURS MUTUELS D’ÉTABLISSEMENTS TEXTILES
- Les diverses sociétés de secours mutuels dont nous avons donné les statuts dans le précédent chapitre ont presque toutes organisé, comme on a pu le voir, des pensions de retraite pour leurs membres adhérents. Nous retiendrons, comme type, la caisse des retraites de la société de secours mutuels des ouvriers de la manufacture d’indiennes de MM. Keit-tinger et fils, de laquelle un rapport, déposé à l’Exposition, fait spécialement ressortir les résultats.
- Caisse de retraite de la Société de secours mutuels des ouvriers de la manufacture d'indiennes de MM. Keittinger et fils, à Lescure.
- Cette Société de secours mutuels, ainsi qu’il résulte du rapport auquel nous faisons allusion, a
- effectué annuellement des versements au compte de la Caisse nationale des retraites pour bénéficier des ‘ subventions. En dix-huit ans,
- Les versements s’élevaient à .... 6.444 fr.
- Les subventions avaient produit. . 4.647 »
- Et les intérêts................. 5.753 52
- Soit en totalité...... 16.8ZiA 52
- Les fonds placés ont conséquemment produit :
- Pour les subventions...... 72.11 pour 100
- Pour les intérêts......... 89.28 —
- En tout......... 161.39 —
- . 1 franc y a donc produit 1 fr. 6139.
- Aujourd’hui, la Société possède à ce compte la somme de 40.285 fr. 97, non compris l’année 1888. Elle a servi depuis 1874, époque des premières pensions, 16 pensions, dont 10 sont éteintes par décès; elle a placé, pour obtenir le capital ci-dessus, 13.044 francs. L’argent a donc rapporté 208.84 pour 100 pour les trente-deux années, subventions et intérêts.
- Pour stipuler le taux de la pension, une société de 100 membres peut établir un roulement de vingt années à la caisse des retraites; elle peut compter qu’approximativement il y a 40 membres qui ont de quarante-cinq à soixante-cinq ans et qui arrivent, dans l’espace de vingt années, à l’âge de la retraite.
- 11 y a, par conséquent, à prévoir les décès qui doivent être basés sur les âges de quarante-cinq à quatre-vingt-cinq ans, puisque les membres ayant, au moment de la formation du tableau, l’âge maximum, c’est-à-dire soixante-cinq ans, auront quatre-vingt-cinq ans vingt ans plus tard, et que ceux ayant quarante-cinq ans, âge minimum, en auront soixante-cinq. Par conséquent, en vingt années, il meurt, d’après les chiffres constatés, 65 pour 100 des membres se trouvant dans cette catégorie. D’où il résulte que, sur 40 membres, 14 seulement sont encore existants au bout de cette période. Puis vient le chiffre des radiations des sociétaires de quarante-cinq à soixante-cinq ans, dont la moyenne est de 10 pour 100, soit le chiffre de 4 membres à rayer. D’où l’on constate qu’il n’y a que 10 membres à compter au bout de vingt ans, soit 25 pour 100 seulement. Par conséquent, on peut, en se basant sur les versements annuels que la Société peut effectuer, en y comprenant les subventions proba-
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- blés et les intérêts, se figurer quel sera le chiffre approximatif des capitaux disponibles à cette date et fixer le taux de la pension de retraite.
- En faisant le calcul des décès en vingt années, et en y détaillant les séries d’âges, on constate qu’au bout de vingt ans il reste 10 membres sur AO inscrits, en y comprenant les radiations, soit 25 p. 100 qu’absorberaient ces 10 pensions au bout de ces vingt années.
- 10.000 francs pour des pensions de A0 francs (1)
- 12.500 — 15.000 —
- 17.500 — 20.000 —
- 22.500 — 25.000 —
- 50 —
- 60 — 70 —
- 80 — 90 —
- 100 —
- Et ainsi de suite, avec 250 francs d’augmentation par 10 francs de pension donnés à chaque pensionnaire : 10 X 250 = 2,500 francs.
- Une société qui commence à servir ses pensions avec 10,000 francs de capital doit, si elle veut retrouver son capital intact après vingt années, faire des placements annuels qui provoquent des subventions et des intérêts équivalents à la somme qui se trouve aliénée annuellement. Ainsi, il y a deux pensions à servir annuellement contre 1,5 décès et radiations à constater, soit 25 pour 100 du capital à servir pour l’obtention de ces deux pensions qui sont à retrancher annuellement des fonds disponibles.
- Exemple. Les 2 pensions de A0 francs coûtant 2,000 francs et le retour pour décès étant de 1,5, soit 1,500 francs, il en résulte qu’il y a annuellement 500 francs à combler à l’aide des placements, subventions et intérêts, si l’on ne veut pas voir son capital anéanti par les pensions vingt ans après, puisque 20 X 500 égalent 10,000 francs, montant des 10 pensions servies au bout des vingt années.
- Si ces 10 pensions, encore existantes au bout de vingt ans, étaient de :
- L’alimentation annuelle
- Absorbant serait du 1/20°, ou
- 50 fr. 12.500 fr. 625 fr.
- 60 » 15.000 » 750 »
- 70 » 17.500 » 875 »
- 80 » 20.000 » 1.000 »
- 90 » 22.500 » 1.125 »
- 100 » 25.000 » 1.250 »
- (!) L argent est compté à 4 pour 100 pour les pensions ; 80 francs de pension exigent 2,000 francs de capital.
- Il est donc prudent, pour une société qui n’est pas favorisée de dons honoraires, de ne pas laisser attaquer son fonds social à la caisse des retraites; elle doit le maintenir toujours en équilibre et veiller à ce que l’alimentation annuelle soit toujours en rapport avec la vingtième partie du capital, supposé aliéné au bout de vingt ans pour les 10 pensions. Par ce système, on peut s’attribuer le revenu des intérêts, dont le capital reste stationnaire.
- En vue d’une augmentation de pension, il est indispensable, et cela va de soi, d’effectuer d’importants versements en vue de cette éventualité.
- Les chiffres qui précèdent sont basés sur une association de 100 membres ; mais ils peuvent s’attribuer sur n’importe quel nombre.
- Une société de 150 membres devrait avoir, selon les probabilités, 15 pensions au bout de vingt ans, et une de 200 membres, 20 ; et ainsi de suite.
- Les 15 et 20 pensions représentant le quart des inscrits au tableau pour la période de vingt années, il en résulte que les chiffres des inscriptions au tableau pour cette durée sont de 60 et 80, donnant par année les chiffres dont les pensions sont à servir à tour de rôle.
- Les radiations et les décès réduisant ces chiffres au quart pour l’aliénation des capitaux, il en résulte que 1,500 francs seraient nécessaires à l’alimentation annuelle pour servir 3 pensions annuelles de 80 francs, puisque 2,000 francs placés pour chacune d’elles, multipliés par 3, équivalent à 6,000 francs et que les radiations et les décès ramènent au fonds social 75 pour 100, ou A,500 francs, soit bien le chiffre de
- 1,500 francs.
- Puis 2,000 francs seraient nécessaires à l’alimentation annuelle pour servir A pensions de 80 francs, puisque 2,000 francs placés pour chacune d’elles, multipliés par A, égalent 8,000 francs et que les radiations et les décès ramènent au fonds social 75 pour 100, ou 6,000 francs, soit bien le chiffre de 2,000 francs.
- Nous allons maintenant examiner les divers types de caisses de retraite figurant à l’Exposition, étudiés dans les établissements textiles proprement dits.
- Supplément a l'Industrie textile du 15 Août.
- ni. — 11e Fascijule.
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- LES INDUSTRIES TEXTILES
- CAISSES DE RETRAITE
- CRÉÉES DANS LES ÉTABLISSEMENTS TEXTILES.
- Pensions de retraite des ouvriers des établissements J. Thiriez père et fils, à Loos.
- Une pension de retraite est assurée aux anciens ouvriers des filature et retorderie de coton Thiriez père et fils, de Loos (Nord), après trente années de présence dans la maison. Celle-ci a cela de particulier qu’elle est faite sans qu’ils y participent par des versements. On les engage, en outre, à porter, leurs versements à la Caisse de retraite de l’État, soit directement, soit par l’intermédiaire de leur Société de secours mutuels, ce qui n’empêche pas, s’ils ont cette prévoyance, de pouvoir réunir cet avantage à celui que leur procure la maison et de suffire ainsi à assurer l’indépendance de leur vieillesse.
- Voici quel est le règlement spécial à cette maison :
- Article premier. — En récompense de leurs longs services, les ouvriers, à soixante ans, touchent une pension viagère de 400 francs par an, payable par douzième fin de chaque mois, s’ils ont trente ans de services dans l’établissement.
- Art. 2. — S’ils ont plus de trente ans de présence à soixante ans, leur pension est augmentée de 15 francs par chaque année en plus. Ainsi, l’ouvrier,
- Entré à 30 ans, touche, à 60 ans, 400 francs par an.
- 25 — — 475 —
- 20 — — 550 —
- 15 — — 625 —
- Art. 3. — L’ouvrier entré après l’âge de trente ans n’a pas droit à la retraite (d’ailleurs, l’entrée dans l’établissement d’un ouvrier âgé de plus de trente ans est une exception).
- Art. 3 bis. — Par exception, ceux entrés dans l’établissement entre trente et trente-cinq ans avant 1889 pourront continuer à travailler un, deux, trois ou quatre ans, pour avoir trente ans de services et obtenir la pension de 400 francs.
- Art. 4. — En cas d’infirmités précoces rendant tout travail impossible, l’âge de soixante ans n’est pas nécessaire pour donner droit à une pension de retraite ; il suffit de vingt années de services commencés avant l’âge de trente ans.
- La pension de retraite indiquée article 1er est alors diminuée de 15 francs par chaque année en moins de trente ans de présence et réglée d’après le tableau suivant :
- Nombre d’années de travail. Pension.
- 29................................. 385 fr.
- ................................... 370 »
- 27................................. 355 »
- Nombre d’années de travail. Pension.
- 26................................ 340 fr.
- 25................................ 325 »
- 24................................ 310 »
- 23............................... 295 »
- 22............................... 280 »
- 21................................ 265 »
- 20................................ 250 >»
- Art. 5. — A partir du règlement de la pension, l’ouvrier désirant et pouvant encore travailler pourra demander une occupation à demi-journée jusqu’à l’âge de soixante-cinq ans avec un salaire à déterminer.
- Il touchera sa pension chaque mois comme ceux qui quitteront complètement l’établissement.
- Art. 6. — Pour les femmes, la pension sera de 300 francs pour trente années de travail, augmentée de 10 francs par chaque année en plus.
- Art. 7. — Les ouvriers pensionnés jouiront des institutions de l’établissement, excepté des secours en cas de maladie.
- Art. 8. — Les vieux ouvriers actuels (1889) entrés dans l’établissement après l’âge de trente-cinq ans, n’ayant droit à aucune pension, pourront être occupés Ajournée pleine jusqu’à l’âge de soixante ans seulement. Au-dessus de cet âge, ils pourront faire un demi-jour jusqu’à soixante-cinq ans.
- Exceptionnellement, à partir de soixante ans, un secours mensuel de 1 franc par mois par chaque année de travail pourra leur être accordé, soit qu’ils fassent un demi-jour ou qu’ils quittent le travail.
- Ainsi, celui qui aura quinze ans de travail touchera 15 francs par mois; celui qui aura vingt ans de travail touchera 20 francs par mois.
- Ce secours leur sera continué après soixante-cinq ans.
- Art. 9. — Les ouvriers qui n’auront quitté l’établissement que pour leur service militaire ne seront pas considérés comme sortis, et toutes les années de travail leur seront additionnées.
- Caisse de retraite des magasins de nouveautés du Bon Marché, à Paris.
- Le h août 1866, Mme Boucicaut a fondé dans sa maison une caisse de retraite spéciale pour ceux de ses employés qui, n’étant pas intéressés dans les bénéfices ou dans les opérations de la maison, n’y reçoivent que des appointements.
- Cette caisse reçut de Mme Boucicaut une dotation immédiate d’un million ; mais quelques mois plus tard, la fondatrice, « afin d’assurer largement, dit-elle, le sort de tous ceux qui contribuent à la prospérité de sa maison », ajouta à cette dotation première, sous forme d’une donation entre vifs, c’est-à-dire irrévocable, une nouvelle somme de k millions, prise également sur sa fortune personnelle.
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- A L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1 889.
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- La caisse fonctionné depuis lors, sans aucune contribution de la part du personnel, avec le revenu de la dotation et un prélèvement de 5 pour 100 sur les bénéfices de la Société civile. Le minimum des pensions servies est de 600 francs, le maximum a été porté de 1,200 à 1,500 francs. La pension est acquise par vingt années de service, mais elle n’est servie aux femmes qu’à l’âge de quarante-cinq ans et aux hommes qu’à cinquante ans.
- Des secours peuvent être accordés aux employés en activité de service qui seraient dans l’impossibilité de continuer à remplir leurs fonctions, aux veuves et aux orphelins mineurs des employés.
- Le conseil qui administre la caisse de retraite est composé des gérants et administrateurs de la maison et de six personnes, choisies annuellement parmi les membres de la Société civile, appartenant par conséquent au personnel de la maison, et désignées par l’assemblée générale; il est rendu compte des opérations de la caisse à cette même assemblée générale.
- Le contrôle est complet.
- Pensions de retraite des employés des magasins de nouveautés de la Belle Jardinière, à Paris.
- Dans cette maison, une retraite est assurée aux employés après un certain nombre d’années de service dans la maison, sous les conditions suivantes, que nous extrayons du règlement voté par l’assemblée générale de 1881.
- Art. 2. — Prendra part à la distribution de la somme qui aura pu être votée, tout employé, coupeur ou pompier, qui remplira les conditions suivantes : 1° avoir annuellement un salaire, des appointements ou intérêts, quelle qu’en soit la base, inférieurs à dix mille francs, nourriture non comprise; 2° avoir, au 31 janvier qui précédera le vote, quatre années de service dans la maison ; 3° justifier chaque année, par l’inscription sur un livret de la Caisse des retraites, qui aura été demandé par l’employé et fourni par la Société, de versements effectués par l’employé sur ses économies.
- Art. 3. — Le livret pourra être au nom des enfants de l’employé.
- Art. k. — Pour prendre part à la répartition aussitôt après avoir achevé sa quatrième année, l’employé devra justifier d’économies personnelles au cours de cette année, celles faites dans les années antérieures ne donnant aucun droit.
- Art. 5. — Tout employé réunissant les conditions ci-dessus aura droit, après quatre années révolues, à une unité de répartition, avec augmentation d’une unité tous les ans. Toutefois, il ne pourra jamais être versé au nom d’un employé une somme supérieure à celle que lui-même aura déposée dans l’année écoulée au 31 janvier. Les adhérents remplissant les conditions et ayant plus de quatre ans de présence ont donc droit à autant d’annuités qu’ils comptent d’années de service moins trois.
- Art. 8. — L’employé opérera ses versements à capital réservé ou aliéné, à son choix. Les versements par la Société seront faits avec réserves du droit de retour au profit du donateur. Après dix ans d’emploi non interrompu dans la maison, ou en cas de décès, les sommes versées par la Société seront définitivement acquises à l’employé au moyen de la renonciation, qui sera faite à son profit ou à celui de ses enfants, de la réserve ci-dessus. Les sommes versées parla Société seront toujours incessibles et insaisissables.
- Art. 9. — Les absences autorisées et les absences pour cause de maladie ou de service militaire ne seront pas considérées comme interruption de présence, à la condition cependant de ne pas se prolonger, dans les deux premiers cas, au delà de trois mois, et à la condition par Remployé de rentrer à la maison après avoir terminé son service militaire. Sauf ces exceptions, l’employé qui ne fera plus partie de la maison, pour quelque cause que ce soit, avant dix ans de service, n’aura aucun droit au capital versé par la Société. Ce capital fera retour à la Société, d’après les lo's et règlements sur la caisse des retraites
- Art. 10. — Dispositions transitoires. — Tout employé réunissant les conditions de l’article 2 et qui, dans le mois du vote du présent règlement, aura demandé à la gérance de lui procurer un livret, pourra prendre part, suivant le mode de répartition de l’article 5, à la somme qui aura été votée, et sans avoir pour cette première année à justifier d’aucun versement personnel.
- Diverses caisses de retraite annexées h des établissements textiles.
- Parmi les diverses institutions du même genre qui figurent à l’Exposition, nous citerons celles qui fonctionnent dans les établissements suivants.
- Filature et tissage de laines de MM. Tli. Michau et C'e, à Beauvois [Nord). — Le quantum de la pension n’est pas réglementé. Il dépend de l’âge du travailleur, du nombre d’années de séjour dans la maison, de la fonction qu’il y occupe, de son salaire habituel, et d’une foule d’autres circonstances que les chefs de la maison apprécient seuls. Aucune retenue n’est faite sur les salaires pour acquérir des droits à cette retraite.
- Filature et tissage de coton de MM. Vincent
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- LES INDUSTRIES TEXTILES
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- Pounier et Cie, à Senonnes (Vosges). — Une retraite est accordée après quinze ans de service aux ouvriers âgés de quarante-cinq ans. En cas d’accident, la pension est réversible au profit de la veuve et des orphelins. Nous relevons à l’Exposition le tableau comparatif suivant entre les années 1866 et 1889 :
- 1866. 1889.
- Effectif des adhérents.... 1.150
- Nombre de pensionnaires . 30
- Taux de la pension........ 200 fr.
- Avoir de la caisse.......... 60.000 »
- Apport annuel du capital. »
- 1.555
- 83
- 300 fr. 258.000 »
- 10.500 »
- Filature et tissage de coton de M. Waddington, à Saint-Bémy-sur-Avre. — Une caisse de retraite a été fondée en 1878. Le tableau suivant, qui figure à l’Exposition, rend compte de la situation actuelle :
- Nombre de retraités................ 74
- Pension moyenne................... 224 fr.
- Somme dépensée jusqu’en 1888. 114.551 fr.
- Filature de lin et tissage de toiles de M. Alfred Dutilleul, à Armentières (Nord). — La caisse de retraites de cet établissement n’est qu’en formation. Alimentée pour le moment par le produit des amendes jusqu’à concurrence de 60 pour 100, elle donnera lieu à un règlement déterminant les conditions d’admission à la retraite et la quotité de cette retraite. D’autres sommes viendront ultérieurement s’ajouter à ce produit.
- Société anonyme des tissus de laine des Vosges, au Thillot (Vosges). — 11 est retenu 1 pour 100 sur le salaire, en vue d’une retraite qui est donnée après vingt-cinq ans de service et soixante ans d’âge. L’administration de cette caisse est confiée au comité de la caisse de secours de l’établissement. La retraite est égale à la moitié du salaire. Le fonds est augmenté annuellement par des subventions patronales.
- Blanchisserie et teinturerie de Thaon (Vosges). — Depuis 1877, les ouvriers versent 5 centimes par semaine en vue de la création d’une caisse de retraite. Ces cotisations ont produit jusqu’en 1888 les sommes suivantes :
- 1877 507 fr.
- 1878 757 »
- 1879 ...... 891 »
- 1880 928 »
- 1881 1.109 »
- 1882 1.066 »
- 1883..... ..... 1.056 »
- 1884 1.109 »
- 1885 .... 1.164»
- 1886 1.255»
- 1887 1.379 »
- 1888 1.413 »
- A ces diverses sommes ont été ajoutées par les
- fondateurs de l’établissement d’autres sommes pro-
- venant d’une part de 5 pour 100 dans les bénéfices
- nets des usines. Ces bénéfices ont été nuis de 1877
- à 1880 ; mais, à partir de cette date, ils ont été versés
- progressivement comme suit :
- Subventions patronales Capital accumulé
- annuelles. provenant desdites subventions.
- 1880 10.637 fr. 10.637 fr.
- 1881 11.128 »» 21.766 »
- 1882 11.691 » 33.456 »
- 1883 15.611 » 49.068 »
- 1884 15.544 » 64.612 »
- 1885 23.384 » 86.996 »
- 1886 24.406 » 111.482 »
- 1887 36.022 » 147.504 »
- 1888 40.015 » 187.519 »
- Fabrique d'indiennes de M. Besselièvre fils, à Maromme (Seine-Inférieure). — Une caisse de retraite a été fondée dans cet établissement en avril 1869.
- Les employés reçoivent, après dix ans de service, une somme égale à une année de leur traitement, et après vingt ans, une somme égale à deux années de leur traitement. Cette somme est payée, au décès de chacun d’eux, dans les mains de ses héritiers, ou versée entre les mains de l’employé lui-même quand il a atteint soixante ans d’âge et vingt ans de service.
- Depuis 1869, dix-neuf pensions de retraite ont été liquidées et ont donné lieu au payement d’une somme de 60,000 francs environ.
- Nous lisons dans le règlement : « Il est entendu que dans le cas où, par suite de circonstances imprévues, l’établissement cesserait de travailler ou passerait dans des mains étrangères, la part de chacun serait faite en lui attribuant, d’après les conditions ci-dessus, la somme qui lui reviendrait le jour où l’établissement cesserait d’être exploité. Il est également entendu que tout employé qui viendrait à quitter la maison perdrait tout droit à l’assurance instituée comme il est dit ci-dessus. »
- Caisse de retraite des établissements de MM. Saint frères, à Flixècourt, Saint-Ouen, etc. — Le règlement de cette caisse étant commun depuis le 1er janvier 1888 à celui de la caisse de secours
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- proprement dits et de la caisse contre les accidents, nous examinons le fonctionnement général de ces diverses institutions de prévoyance dans le chapitre suivant.
- *
- Qu’il nous soit permis, en terminant ce chapitre, de caractériser les projets utopiques de certains de nos représentants au cours de l’année 1889, tendant à la création d’une caisse « nationale » ouvrière de prévoyance.
- A notre avis, ce serait ouvrir une caisse qui, pour les contribuables, ne pourrait être qu’un tonneau des Danaïdes.
- Il faut envisager résolument en face ce genre de questions. La Société est arrivée à un état de perfectionnement suffisant pour pouvoir adopter un parti. Autrefois, la charité, alimentée par des fondations qui s’inspiraient de l’esprit religieux, donnait une sorte de cote mal taillée, offrant au paupérisme une satisfaction telle qu’elle ; sans être cassé, ce ressort n’est plus assez puissant. L’État a dû prendre sa part avec les départements et les communes du soulagement de la misère accidentelle et chronique, et des institutions d’épargne ont permis à ceux qui vivent de leur travail de pourvoir aux besoins de demain avec le superflu d’aujourd’hui. Grâce à ce triple facteur, il s’est créé un état social, acceptable sans être parfait, et dont les défauts sont devenus, pour les politiciens, un thème à récriminations et à revendications.
- La question à décider est celle de savoir s’il convient mieux de faire table rase de ce qui existe, de laisser l’aumône dans la poche du riche, de libérer les gens de tout ordre et de tout rang, vivant du produit de leur travail ou de leurs revenus, du souci d’épargner pour améliorer le bien-être de leur vieillesse, et de substituer à l’ensemble actuel de protection sociale un régime dans lequel l’État viendrait au secours de tous et dans lequel l’assistance publique constituerait non plus une faveur, mais un droit, une fonction sociale et nationale, faisant de tous les Français acculés par l’âge ou les infirmités au chômage professionnel, une véritable congrégation de frères Moraves.
- Il existe en France 88/1,568 hommes et 896,776 femmes ayant de 55 à 60 ans; 747,696 hommes et 755,439 femmes de 60 à 65; 533,570 hommes et
- 567,792 femmes de 65 à 70; 406,677 hommes et 430,680 femmes de 70 à 75; 217,545 hommes et 250,734 femmes de 75 à 80; 81,535 hommes et 108,695 femmes de 80 à 85; 25,316 hommes et 36,555 femmes de 85 à 90; 5,205 hommes et 7,762 femmes de 90 à 95; 736 hommes et 1,300 femmes de 95 à 100; 70 hommes et 120 femmes au-dessus de 100 ans. C’est donc, en prenant les pensionnaires à 55 ans, c’est-à-dire à l’âge où le déclin s’accentue, un total de 5 millions 958,742 personnes qui auraient droit à être secourues, soit six millions en chiffres ronds, car il faudrait bien, une fois le principe admis, accorder cette indemnité viagère à tous ceux qui se trouveraient dans l’incapacité de gagner leur vie. Or six millions de parties prenantes, quand bien même, par suite d’une habile graduation des secours, on abaisserait la moyenne individuelle à 300 francs, supposerait une dépense de dix-huit cents millions.
- Sans doute on pourrait faire subir à ce devis des retraites de nombreuses défalcations, quoiqu’il ne soit pas juste de n’en pas faire également jouir tout le monde, puisque c’est le produit du travail de tous rendu en contributions, qui alimenterait cette dépendance du ministère de la bienfaisance publique. Mais on doit bien se persuader qu’une fois la dépense engagée pour une somme quelconque, l’effet d’engrenage se produirait; en quelques années, ce budget atteindrait deux milliards. Or, à cette augmentation de dépenses- publiques correspondrait une diminution de la production nationale, le travail n’étant plus aiguillonné par le souci de l’épargne et la crainte de la misère, que l’on aurait chassée de ce monde. Ce serait la mort de la poule aux œufs d’or devenue étique et stérile, et l’on ne tarderait pas à reconnaître, avec la Convention, qui, elle aussi, avait voulu pensionner tout le monde, que le meilleur emploi que l’on puisse faire de l’argent des contribuables, c’est de le laisser dans leur poche et que tous ces projets ne sont que des chimères politiques.
- CHAPITRE YII
- Les institutions de secours et d’assurance ^ dans l’industrie textile.
- Dans les cas de maladie ou d’accident, les ouvriers employés dans les établissements industriels tombe-
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- LES INDUSTRIES TEXTILES
- raient rapidement dans la misère si l’on ne venait à leur secours; le devoir d’un patron est alors de ne pas laisser dans le besoin un travailleur qui s’est dévoué à son service et qui peut-être a usé sa santé dans sa fabrique.
- Chez un grand nombre de chefs d’usine, on rencontre à cet égard une initiative louable; le patron alloue directement des secours aux ouvriers malades et il intervient par ses libéralités personnelles en faveur des sujets qui lui sont signalés comme en ayant le plus besoin.
- Mais il y a à ce système plusieurs inconvénients. Tout d’abord, ces libéralités doivent nécessairement avoir un terme; en outre, elles peuvent porter à faux. Dans le premier cas, tous ceux qui ne sont pas compris dans la distribution des secours sont mécontents ou envieux. Dans le second cas, ceux qui ne savent se plaindre et montrent plus de courage à supporter l’adversité participent moins que les autres aux secours auxquels ils peuvent prétendre.
- Comme remède, l’idée est venue, dans certains groupes manufacturiers, soit de prélever un tantième sur les bénéfices pour les affecter à une distribution de secours aux ouvriers, soit de consacrer le produit des amendes ou autres recettes fortuites au même but, soit encore de réunir aux libéralités du patron une quotité minime versée à époque fixe par les ouvriers, afin d’arriver au même résultat et de constituer des caisses de secours aux avantages desquels les travailleurs peuvent participer suivant des conditions préalablement établies.
- Ces diverses idées ont été mises à exécution, en France, dans un certain nombre de manufactures textiles. Nous ne saurions entrer ici dans l’examen des nombreuses questions que soulève ce genre d’institution. Quelle doit être la durée des secours pour certains cas particuliers, pour la femme accouchée, par exemple, et quel est le temps de rigueur qui doit lui être accordé pour lui permettre de reprendre son travail? Est-il raisonnable, comme le font certains patrons, d’exclure les filles-mères, qui comme les autres apportent leur concours à l’actif de la caisse, dont le travail profite également au succès et à la prospérité de l’usine, dont l’enfant a les mêmes droits à l’existence que les enfants légitimes, et auxquelles il est difficile de refuser le moyen de réparer leur faute en élevant leur enfant? Au point de vue des accidents, vaut-il mieux, pour l’industriel, s’assurer à une Compagnie d’assurance ou rester son propre assureur? Ce sont là autant de
- questions dont l’étude nous entraînerait trop loin. L’examen rapide que nous allons faire des principaux types de caisses de secours et d’assurance des manufactures textiles figurant à l’Exposition nous permettra d’indiquer sommairement quelles ont été les principales solutions préférées.
- Caisse de secours des établissements Vinchon et Cie, à Roubaix.
- Les établissements de MM. A. Xinchon et Cie comprennent, à Roubaix : 1° un peignage de laines, rue Marquisat, et 2° une filature et un retordage, rue Deregnaucourt. Chacun d’eux possède une caisse de secours dont nous allons indiquer l’organisation.
- 1° Caisse de secours du peignage de MM. A. Vinchon et Cie. —Cette institution a été créée en 1869; elle a en vue les maladies et les accidents. En cas de maladie, les ouvriers reçoivent les soins gratuits et des secours en argent, comme nous allons l’indiquer. En cas d’accident, toutes les charges qui résultent d’une incapacité permanente restent entièrement à la charge des patrons, qui ont passé contrat, comme nous le dirons tout à l’heure, avec une Compagnie d’assurance ; mais en cas d’incapacité temporaire, les frais, qui consistent dans l’attribution de soins gratuits et de salaire complet, sont supportés moitié par les patrons, moitié par la caisse de secours.
- Cette caisse est alimentée par les ouvriers et les patrons. Les premiers versent 25 centimes par semaine pour les hommes et 20 centimes pour les femmes; les seconds accordent à la caisse des primes sur la production et y font souvent des dons.
- Moyennant ces versements, en cas de maladie, la caisse pourvoit :
- 1° Au payement des indemnités aux malades et aux femmes en couches. — Les hommes reçoivent 1 fr. 50 par jour pour les trois premiers mois et 0 fr. 75 par jour pour les trois mois suivants; les femmes malades ou en couches, 1 fr. 12 pendant les trois premiers mois et 0 fr. 65 pendant les trois mois suivants ;
- 2° Aux honoraires du médecin ;
- 3° Aux fournitures des médicaments délivrés gratuitement aux malades et aux blessés ;
- h° Aux frais d’inhumation.
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- Chaque année (à la fête dite des Fabricants) se fait le règlement des comptes; l’excédent des versements, jusqu’à concurrence de 800 francs, est laissé à la Caisse d’épargne de Roubaix, à titre de réserve ; le surplus est partagé entre les sociétaires au prorata du temps pendant lequel ils ont participé à la cotisation.
- Pour les accidents, voici en quoi consiste l’organisation.
- Les patrons, comme nous l’avons dit, ont contracté à une Compagnie une assurance contre les incapacités permanentes de travail résultant d’accidents et ils en payent la prime eux-mêmes, à raison de 0 fr. àO par 100 francs de salaires payés, plus 22 francs par générateur et par an.
- Moyennant ces versements, la Compagnie garantit les indemnités suivantes :
- 1° 1,000 fois le salaire quotidien en cas de mort ou d’incapacité totale permanente, telle que la cécité complète, l’amputation d’un bras ou d’une jambe ;
- 2° Deux tiers de l’indemnité ci-dessus, en cas d’incapacité permanente ou partielle de travail entraînant la perte radicale du pouce et de trois doigts de la main droite ;
- 3° Un tiers de l’indemnité ci-dessus, en cas d’incapacité permanente ou partielle entraînant la perte radicale du pouce et de trois doigts de la main gauche ou deux doigts de la main droite.
- Quant aux incapacités temporaires de travail, nous avons dit qu’elles étaient laissées à la charge des patrons et des ouvriers qui sont ainsi intéressés à s’avertir et à se prémunir mutuellement contre le danger. La Société d’assurances n’intervient pas ici.
- D’après un tableau qui figure à l’Exposition, résumant d’une manière détaillée les opérations de la caisse de secours du peignage de MM. Vinchon depuis son origine, on peut constater que, durant cette période de dix-neuf ans, les ouvriers de cet établissement ont été assurés contre les accidents et les maladies par un versement annuel moyen de 9 fr. 18.
- fr. c.
- Les cotisations des ouvriers, déduction faite
- des ristournes, ont donné................. 76.154 65
- Les versements des patrons ont été de..... 87.333 34
- Les amendes se sont élevées à................ 8.901 05
- Les intérêts des dépôts à la Caisse d’épargne ont produit.................................... 372 35
- Ce qui a donné une recette de.......... 172.781 39
- Les ouvriers malades et blessés ont reçu, en
- secours et indemnités..................... 123.242 70
- Payé aux médecins : 17.879 fr. 25; — aux pharmaciens : 16.803 fr. 90; — pour inhumations et divers : 1.548 fr. 20. Ensemble. 36.231 35 Les Compagnies "d’assurances ont réalisé un
- bénéfice de............................... 12.507 34
- 11 reste en caisse (dépôt à la Caisse d’épargne). 800 »
- Ce qui donne comme dépenses......... 172.781 39
- 2° Caisse de secours de la filature de retordage de laines de MM. A. Vinchon et Cie. —Cette caisse a été fondée, comme la précédente, en 1869. En cas de maladie, les ouvriers reçoivent, par son intermédiaire, des soins gratuits et des secours en argent. En cas d’accident, les incapacités permanentes sont à la charge des patrons qui, pour cet établissement, n’ont cependant passé aucun contrat avec une Compagnie d’assurances; et les incapacités temporaires, pour lesquelles les ouvriers reçoivent le salaire entier jusqu’à complète guérison, sont payées moitié par la caisse, moitié par les patrons.
- La caisse est alimentée :
- 1° Par une retenue de 0 fr. 25 opérée sur la semaine des fileurs et de 0 fr. 15 sur celle des rat-tacheurs et des soigneuses;
- 2° Par le versement des amendes encourues par les ouvriers;
- 3° Par un versement fixe des patrons, de 250 francs par an ;
- U° Par des dons volontaires des patrons.
- Les sociétaires reçoivent gratuitement les soins des médecins de la Société, les médicaments et les secours en argent, savoir :
- 1° 11 fr. 50 par semaine pour les fileurs, pendant les trois premiers mois de maladie et 5 fr. 75 pendant les trois mois suivants;
- 2° 6 fr. 75 par semaine pour les ratlacheurs et les soigneuses pendant les trois premiers mois et 3 fr. 35 pendant les trois mois suivants;
- 3° En cas à’accouchement, les ouvrières mariées reçoivent des secours en argent pendant trois semaines.
- Quand un accident, se produisant dans le cours du travail, met un ouvrier dans l’impossibilité de rester à son poste, il reçoit de la caisse, jusqu’à ce qu’il puisse reprendre le travail, les mêmes secours que les malades; et la maison, comme nous venons de le dire, complète elle-même le chilfre de son salaire, calculé sur les douze heures de travail.
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- LES INDUSTRIES TEXTILES
- Cependant les honoraires du médecin, calculés à raison de 2 francs par sociétaire et par an, sont payés uniquement par la caisse de secours, qui prend également à sa charge les médicaments et les frais d’inhumation.
- Bien entendu, les sociétaires n’ont droit aux secours qu’autant que leur incapacité de travail est constatée par le médecin spécialement attaché à la Société.
- Chaque année, à. la « fête des Fabricants », jour de chômage annuel traditionnel, il est rendu compte des opéraiions de l’année. Les excédents, jusqu’à concurrence de 350 francs, sont laissés à la Caisse d’épargne de Roubaix à titre de réserve ; le reste est partagé entre les sociétaires au prorata du temps pendant lequel ils ont participé à la cotisation.
- Les opérations de la caisse, pendant les dix huit années de son fonctionnement, sont détaillées comme suit à l’Exposition :
- fr. c.
- Les sociétaires ont versé comme cotisations
- (déduction faite des ristournes)......... 19.709 75
- Les patrons ont donné à la caisse de secours. 5.379 60
- Les amendes ont été de...................... 1.A69 à0
- Les intérêts des dépôts à la Caisse d’épargne ont produit................................. 230 90
- Ce qui a donné comme receltes....... 26.789 65
- Il a été payé aux malades comme secours.... là.726 55
- — au médecin....................... 5.98A »
- — au pharmacien.................. à.788 20
- — pour inhumations et divers. 9à0 90
- Il reste en caisse (dépôt à la Caisse d’épargne). 350 »
- Ce qui produit comme dépenses...... 28.789 65
- Caisse de secours de MM. Seydoux, Sieber et Cie, filaleurs de laine, au Cateau et à Bousies.
- Une caisse de secours est établie depuis plus de quarante ans dans l’établissement du Cateau et depuis 1886 seulement dans celui de Bousies. L’organisation est la même pour toutes deux. Elles sont du type de celles qui n’exigent, pour fonctionner, aucune retenue des ouvriers auxquels elle s’adresse.
- Les recettes se composent, en effet :
- 1° De tous les dons qui peuvent être faits soit par la maison, soit par toute autre voie;
- 2° Des amendes payées par les ouvriers pour infraction à la discipline ou au règlement des établissements ;
- 3° D’une somme égale au montant de ces amendes, versée par la maison ;
- . U° Du produit de la vente des fosses d’aisances aux cultivateurs des environs.
- Les dépenses comprennent uniquement :
- 1° Les secours accordés au gré du conseil d’administration et qui servent d’importance suivant la situation particulière de l’ouvrier comme aussi suivant les ressources de la caisse;
- 2° Les jetons de présence à 1 franc des ouvriers administrateurs.
- Elle n’a en vue que les maladies et les couches des femmes mariées. Le règlement accorde à ces dernières, pour dix jours, une indemnité de 20 francs qui est totalement supportée par la maison. MM. Seydoux et Sieber prennent également à leur charge les honoraires des médecins, les médicaments et les frais d’inhumation.
- Voici quelle est la situation de la caisse au dernier exercice, du 1er juillet 1887 au 30 juin 1888.
- Du côté des recettes :
- fr. c.
- Amendes....................................... 1.803 »
- Donation de MM. Seydoux, Sieber et Cie, comme
- équivalent des amendes........................ 1.803 »
- Amendes de l’école................................ 13 20
- Allocation faite par MM. Seydoux, Sieber et Ci0. 3.000 »
- Intérêts payés par la maison....................... 5 10
- 6.62i 30
- Du côté des dépenses :
- 63à secours montant à........................ 5 312 50
- 233 jetons de présence........................... 233 »
- Intérêts payés à la maison........................ 23 50
- Solde créditeur au 30 juillet 1888............. 1.035 50
- 6.62A 30
- Caisse de secours des filatures Thiriez père et fils et Cie, à Loos.
- En voici le règlement, que nous croyons pouvoir présenter comme un de ceux les plus logiquement et les plus justement établis.
- Article premier. — Les ouvriers malades, et dont la maladie est constatée par un médecin, reçoivent les secours suivants, s’ils travaillent depuis trois mois :
- Hommes mariés............ 1 fr. » par jour de maladie.
- Hommes et femmes au-dessus de seize ans......... 0 fr. 60 — —
- Enfants de douze à seize ans. 0 fr. A0 — —
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- Art. 2. — Considérant les services rendus par les ouvriers en raison de leur ancienneté dans l’établissement, ces sommes sont augmentées de :
- Un quart pour ceux travaillant depuis trois ans sans être sortis;
- Moitié pour ceux travaillant depuis six ans sans être sortis ;
- Trois quarts pour ceux travaillant depuis neuf ans sans être sortis;
- Elles seront doublées pour ceux travaillant depuis douze ans sans être sortis.
- Art. 3. — Les ouvriers sont portés malades à la réception du certificat du médecin. — Un nouveau certificat doit être donné chaque semaine jusqu’à guérison.
- Art. à. — Les ouvriers malades qui seront soignés dans les hôpitaux recevront la moitié du tarif.
- Art. 5. — Il n’est rien donné pour une maladie de moins de trois jours, ni pour une maladie causée par l’ivresse ou autre cause non avouable.
- Art. 6. — Les ouvriers faisant un commerce quelconque soit par eux-mêmes, soit par des membres de leur famille, ne reçoivent que la moitié du tarif.
- Art. 7. — Après trois mois de maladie dans l’année, les secours sont réduits de moitié pendant une durée de trois mois. Ensuite, ils sont réduits de moitié pendant six mois.—Le tarif complet n’est appliqué à nouveau qu’après un travail consécutif de six mois.
- Art. 8. — Les femmes en couches ne sont pas considérées comme malades, mais reçoivent les mêmes secours pendant leur absence de l’atelier qui est obligatoire pendant six semaines. Ce temps est le minimum jugé nécessaire pour qu’elles soient bien rétablies et que leur nouveau-né ait tous leurs soins pendant les premiers mois.
- Après ce délai, si elles sont malades, elles rentrent naturellement dans le cas ordinaire et sont tenues aux certificats du médecin comme il est dit ci-dessus. — Ces ouvrières savent que, dès l’âge de trois mois, elles peuvent confier leurs enfants à la crèche de l’établissement et les y laisser jusqu’à l’âge de trois ans, époque à laquelle ils passent à la salle d’asile.
- Art. 9. — La veuve et les enfants ne travaillant pas d’un ouvrier décédé reçoivent, suivant son ancienneté dans l’établissement (trois, six, neuf ou douze ans), 0 fr. 20, 0 fr. 30, 0 fr. Z|0 ou 0 fr. 50 par jour et par personne, pendant trois mois, pour les aider à subvenir aux premiers besoins dans cette circonstance pénible.
- Art. 10. — Nous engageons vivement les ouvriers à faire partie des sociétés de secours mutuels qui sont établies à Lille, à Loos et dans les communes. Les secours que ces sociétés donnent en cas de maladie, ajoutés à ceux qu’ils reçoivent de l’établissement sans aucun versement, leur permettront de traverser cette période critique sans faire de dettes.
- Il n’y a pas de règlement pour les ouvriers blessés. Mais il est de règle, dans les établissements Thiriez, que les travailleurs blessés dans la maison reçoivent leur salaire complet pendant le temps qu’ils ne travaillent pas, et gratuitement les soins du médecin et les médicaments nécessaires.
- Caisse de secours de la filature et du tissage de coton de MM. Vincent Ponnier et Cie, à Senones.
- Dans ces établissements, les dépenses ont compris de 1866 à 1879 :
- 1° Les frais de médecin ;
- 2° Les frais de pharmacien ;
- 3° Les secours aux femmes en couches, stipulés moitié du salaire durant un mois;
- h° L’indemnité de chômage aux ouvriers malades, soit moitié du salaire au cours de la maladie.
- De 1880 à 1884, ces mêmes dépenses ont englobé :
- 1° Les frais de médecin;
- 2° Les frais de pharmacien ;
- 3° Les secours aux femmes en couches.
- La caisse de secours, de 1866 à 1879, a été alimentée par une cotisation de 2 pour 100 sur les salaires des ouvriers et par une somme équivalente versée par les patrons. De 1880 à 1884,1a cotisation, pour les uns et les autres, n’a plus été que de 1 pour 100.
- A partir de cette époque, les cotisations ouvrières ont été complètement supprimées, et les frais sont depuis lors entièrement à la charge des patrons.
- Une fondation de deux lits a été faite par les patrons à l'hôpital de la commune pour les ouvriers âgés ou infirmes.
- Caisse de secours de la filature et du tissage de laines de MM. P. Michau et 6'ie, à Peauvois.
- Pour alimenter la caisse, on lui attribue le produit des amendes infligées aux ouvriers, soit pour arrivée tardive et non justifiée à leurs travaux, soit pour infraction aux règles de la maison ou pour défaut dans le travail. Des règlements imprimés et affichés dans chaque salle spécifient très exactement ces amendes, de sorte que les ouvriers qu’elles frappent en sont prévenus d’avance par une simple lecture. Lorsque, au bout de l’année, ces produits ont été heureusement jugés indifférents, la maison verse la différence.
- Un hôpital est également ouvert dans l’établisse-
- Suppi.ément a l’Industrie textile du 15 Août.
- m. — 17* Fascicule
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- ment pour les anciens ouvriers qui n’ont pas de moyens suffisants d’existence, pour les infirmes, ainsi que pour les ouvriers et ouvrières malades ; il y a là un aménagement presque luxueux, d’une propreté rigoureuse, des salles très aérées, un jardin de plaisance planté d’arbres, des salles d’hydrothérapie, bains de vapeur, etc. Le service médical est fait tout spécialement par un docteur attaché à la maison qui, à certaines heures, donne, dans une salle réservée, des consultations gratuites pour tous. Il a à sa disposition, appartenant à l’hôpital, les principaux instruments et appareils de médecine et de chirurgie moderne. Tous les soins donnés aux malades sont absolument gratuits, ainsi que les médicaments.
- Caisse de secours de la fabrique de tulles de MM. Dognin et Cie, à Lyon,
- Les ouvriers reçoivent gratuitement les secours médicaux et pharmaceutiques. « Cette coutume, nous dit une note de M. Aug. Isaac, associé de la maison, remonte à une époque où les sociétés de secours mutuels et les dispensaires étaient moins répandus qu’actuellement. L’importance de ces secours est assez considérable, surtout pour la partie féminine du personnel. »
- Caisse de secours des fabricants de soieries et des marchands de soie de Lyon.
- En 1873, la fabrique lyonnaise venait de participer avec éclat à l’Exposition universelle de Vienne et d’affirmer, au lendemain de nos désastres, la vitalité de son industrie.
- Des avaries non sans gravité avaient été causées aux marchandises exposées dans les grands halls autrichiens. Comme de juste, les fabricants, qui voyaient leurs étoffes endommagées, réclamèrent ; une expertise eut lieu et le gouvernement austro-hongrois consentit à une indemnité de 10,987 francs à répartir entre divers exposants.
- Plusieurs de ceux-ci eurent alors une idée généreuse qui, d’ailleurs, était à l’ordre du jour des préoccupations de l’ensemble de la fabrique. Ce fut de créer une caisse de secours pour les fabricants
- malheureux ou leur famille et de conserver pour première mise de fonds le montant de l’indemnité qui devait leur être allouée.
- Cette idée fut fort bien accueillie, elle fit du chemin et tous les exposants consentirent à abandonner leur quote-part.
- La caisse de secours était dès lors fondée, grâce à ce bon mouvement et aussi, disons-le, à la chambre syndicale de la soierie, qui fournit à la jeune société les premiers éléments d’organisation et qui a continué de lui offrir l’hospitalité dans ses bureaux.
- Comme cela convenait, les marchands de soie furent aussi compris avec les fabricants.
- Suivant les statuts de la société, des fonds de secours peuvent être attribués aux fabricants et aux marchands de soie tombés dans le malheur ou à leurs enfants dans le besoin. Les secours peuvent être donnés à toute personne ayant été fabricant de soieries ou marchand de soies, sans qu’il soit nécessaire qu’elle ait appartenu aux chambres syndicales des soies ou des soieries.
- Le commerce des soies et le tissage des belles étoffes enrichissent souvent à Lyon, ou du moins permettent en principe de faire honneur à ses affaires ; mais il y a des naufrages et des ruines qui entraînent à leur suite des misères qui, pour être ordinairement cachées, n’en sont pas moins vives.
- Il convenait que la grande industrie lyonnaise n’oubliât pas ses collaborateurs malheureux, qu’elle leur donnât au moins une obole d’une main aussi généreuse que discrète.
- C’est pourquoi toutes les demandes adressées au comité de la caisse de secours restent secrètes. Si elles sont rejetées, aucun motif ne doit en être donné. Si elles sont accueillies, aucun nom ne figurera aux comptes du budget.
- Il est facile de comprendre les raisons qui dictent cette façon d’agir ; la révélation de la misère ou de la gêne est souvent plus dure que cette misère, que cette gêne; d’autre part, elle détruirait tout le crédit qui reste peut-être au malheureux ou qu’il pourrait retrouver plus tard.
- Les recettes de la caisse se composent d’une généreuse allocation de la chambre de commerce, des cotisations des fabricants et des intérêts des fonds appartenant à la caisse et formant une réserve.
- Quant aux dépenses, on sait les causes qui les provoquent.
- L’administration est confiée à un comité émanant des chambres syndicales des soies et des soieries.
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- C’est une intéressante institution de secours que celle qui ne s’applique pas aux ouvriers, aux humbles, mais à ceux qui, après avoir fait partie d’un haut commerce à titre de patrons, de chefs de maison, finissent par être souvent plus malheureux que leurs plus modestes tisseurs.
- Rien n’est à l’abri des coups de fortune; Lyon, la ville de la charité, a compris qu’il était souvent plus généreux de porter secours aux anciens riches que de réserver ses dons aux seuls pauvres d’origine.
- Voici le résumé des opérations de la caisse pendant les douze dernières années (1877-1888) :
- Années. Nombre de secourus. Secours et pensions. fr. c. Frais d'administration. fr. c.
- 1877... 11 9.360 )) 30 20
- 1878. . 16 11.340 )) 26 40
- 1879... 20 16.480 )) 39 60
- 1880... 26 19.245 )) 19 15
- 1881... 22 20.445 )) 24 90
- 1882... 25 22.943 )) 70 70
- 1883... 23 23.390 15 7 50
- 1884... 27 26.635 )) 26 05
- 1885... 31 27.199 )) 27 90
- 1886... 34 32.049 50 16 95
- 1887... 37 34.269 15 16 85
- 1888... 41 34.175 40 47 25
- Totaux 277.531 20 353 45
- Les pensions accordées varient entre 50 et 100 francs par mois. Cependant, dans quelques cas extraordinaires, un secours de 300 à 500 francs est alloué avec une destination déterminée.
- Caisse de secours de la Société industrielle de la Schappe, ci Roubaix.
- Cette caisse fonctionne à l’aide d’une retenue de 1 pour 100 sur les salaires de quinzaine.
- Les secours ne sont attribués qu’en cas de maladie, au gré du gérant.
- Lorsque, à la lin de l’exercice, la réserve utilisable atteint 1,500 francs, le surplus est partagé entre les ouvriers au prorata de leurs salaires.
- Caisse de secours de la Société anonyme des tissus de laine des Vosges.
- Cette caisse a été installée le 20 août 187A, quatre
- ans après la fondation de l’établissement. En voici le règlement :
- Article premier. — Il est institué pour le personnel employé par la Société anonyme des tissus de laine des Vosges une association de caisse de secours sous la dénomination de la Prévoyante. Eile sera administrée par un comité pris parmi ses membres ainsi que l’article 14 l’indique.
- Le but de cette association est d’assurer à ses membres des secours pendant la maladie et une inhumation convenable.
- Art. 2. — Tout le personnel occupé par la Société anonyme est tenu d’être membre de la caisse.
- Le comité peut acepter les femmes et les enfants du personnel occupé; il aura à en fixer la cotisation.
- Art. 3. — La cotisation des sociétaires employés aux ateliers est fixée à 1 pour 100 du salaire. Cette cotisation sera versée pour la première fois le 28 août prochain.
- Art. 4. — Les frais de pharmacie et de médecin sont à la charge de la caisse.
- Art. 5. — Les écritures de la caisse seront tenues gratuitement par l’un des employés du bureau de l’établissement, sous la surveillance du président. La situation de la caisse sera affichée chaque semestre près de la porte d’entrée, à l’endroit le plus visible.
- Art. 6. — La Société anonyme s’engage à donner des secours en espèces ou en nature aux membres qui lui seront désignés par le comité.
- Art. 7. — Il sera remis à chaque membre de la présente institution un livret mentionnant les statuts de l’association. Un membre, pour aller consulter le médecin, devra être muni de ce livret, sur lequel sont inscrits les secours qui lui seront accordés.
- Il est du devoir de chaque membre de prévenir le président de toute feinte de maladie, afin que les secours ne soient distribués qu’aux membres en ayant réellement besoin.
- Art. 8. — Dès que la caisse sera en état de le faire, des secours pourront être accordés aux sociétaires munis d’un certificat de médecin, constatant une maladie réelle. Dans ce cas, outre les frais de médecin et les drogues, ces secours, à dater de la troisième journée de maladie, ne pourront pas dépasser par jour le double de la cotisation mensuelle payée par le malade.
- Chaque nouveau membre ne recevra de secours de la caisse qu’après ses deux premières cotisations.
- Art. 9. — N’auront toutefois aucun droit aux secours bénéficiés par l’association les ouvriers se trouvant dans lés conditions suivantes :
- 1° Les maladies ou blessures résultant de rixes, d’excès de boissons, en un mot d’inconduite ;
- 2° Les maladies secrètes ;
- 3° Les maladies chroniques ou incurables engendrées avant l’entrée de l’ouvrier à l’établissement.
- Se trouvent dans cette même condition les femmes pendant la durée de leurs couches, réglée d’avance à vingt jours. Après cette période de temps, s’il survient une maladie, la malade recevra les secours ordinaires.
- Art. 10. — Sera déchu de tous droits au bénéfice de la caisse le malade secouru qui serait rencontré dans un i cabaret, comme aussi celui dont la maladie se déclarerait
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- LES INDUSTRIES TEXTILES
- pendant le mois qui suivrait sa dénonciation préalable de sortie de l’établissement.
- Art. 11. — Au décès d’un souscripteur, les frais de sépulture seront supportés par la caisse.
- Art. 12. — Un membre reconnu malade par le médecin devra remettre entre les mains du président son livret de l’association.
- Art. 13. — Les versements ne seront pas exigés des ouvriers incapables de travailler.
- Art. là. — Pendant le courant du mois de juillet de chaque année, les membres de la caisse auront à nommer par voie de scrutin, à la majorité relative des voix, un comité chargé de la surveillance et du bon fonctionnement de la caisse. Ce comité sera composé d’un président et de cinq membres adjoints. Le premier membre sortant sera le président et les cinq autres suivants les membres adjoints.
- Art. 15. — Lorsque le comité aura à modifier les statuts de l’association, il ne pourra le faire sans l’autorisation du chef de l’établissement. Ce comité devra se réunir chaque fois que les intérêts de la caisse l’exigeront; et en tout cas au moins une fois par mois, le samedi soir ou le dimanche de chaque arrêté de paye.
- Art. 16. — Le présent recueil de conventions de l’association de la caisse de secours a été arrêté pour être exécuté de bonne foi par tous les membres fondateurs, après lecture à eux faite.
- Art 17.— En cas de dissolution de la société, les fonds en caisse seront à partager aux membres actuels, d’après leur temps de présence à l’établissement et d’après leur cotisation moyenne.
- Depuis la fondation de la caisse jusqu’au 31 décembre 1888, le comité chargé du bon fonctionnement de l’insiitution, et dont il est question dans les statuts que nous venons d’indiquer, a pris un certain nombre de délibérations qu’il nous paraît intéressant de reproduire, à titre d’étude des situations diverses dans lesquelles peut se trouver une création de ce genre :
- Du 17 janvier 188à. — Par suite d’une épidémie, la situation financière de la Prévoyante risquant de devenir mauvaise, le comité décide que, tenant à voir ses membres malades toujours avec les meilleurs soins, il élèvera la cotisation si cela devient nécessaire.
- Du 21 novembre 1887. — Quand un décès se produira, le comité aura tout particulièrement à s’occuper de l’enterrement, qui sera fait dans les mêmes conditions, aussi bien pour le membre à l’aise que pour le plus pauvre, pour le plus vieux aussi bien que pour le plus jeune. Le cercueil devra toujours être fait sur le même modèle. La couleur extérieure différera cependant: pour les membres mariés, il sera couvert de papier chêne, et pour les célibataires, il sera couvert de papier blanc garni de quelques imitations de fleurs en papier bleu.
- Concernant l’office religieux, il faut également une parfaite égalité, ni plus ni moins pour l’un que pour l’autre. Tl y a cependant le cas du décès d’un membre de la société de musique la Moselle, où le chef doit décider si
- toute la société de musique devra assister à l’enterrement pour y jouer des morceaux de circonstance.
- Du 15 décembre 1888. — Au lieu de renouveler le comité en juillet de chaque année, il le sera courant de décembre et le sera pour deux années consécutives.
- Lors de la fondation de la société, le nombre des sociétaires n’était que de 370 : aussi cinq membres adjoints suffisaient-ils. Le nombre des sociétaires étant actuellement de 730, le comité décide de porter à dix le nombre des membres adjoints, de façon que la société soit toujours au courant des soins et secours qui pourraient être nécessaires à ses membres malades.
- Pour le renouvellement du comité, qui devra avoir lieu encore avant la fin de l’année, il sera conseillé de composer une liste dans laquelle entreront les deux sexes proportionnellement au nombre des sociétaires de chaque sexe; c’est-à-dire que, s’il y avait autant d’hommes que de femmes, il serait juste que le comité fût composé par moitié d’hommes et de femmes. Il sera également conseillé de répartir les membres du comité proportionnellement à l’importance des différents ateliers.
- Du 22 décembre 1888. — Service médical. — Le comité décide que, ne voulant ni médecin ni pharmacien attitrés, le choix de l’un et de l’autre est laissé aux sociétaires. Cependant la Société ne sera jamais engagée à plus de frais aux médecins et pharmaciens étrangers qu’à ceux de la localité, c’est-à-dire que si la consultation du médecin de la localité est de 1 fr. 50, la caisse n’aura pas à verser plus au membre qui aura jugé bon de consulter ou faire venir un médecin étranger à la localité.
- Sociétaires en dehors des ateliers. — Tout membre quittant les ateliers après y avoir été membre pendant deux ans pourra, sur sa demande, sous condition d’acceptation par le comité, conserver ses droits de sociétaire en payant régulièrement sa cotisation qui serait celle donnée par la moyenne des dix dernières cotisations.
- Bains. — C’est avec beaucoup de reconnaissance que la Société a accepté de la Société des tissus de laine des Vosges l’installation de bains qu’elle vient de lui donner, sous condition que, si la caisse de secours en a les revenus, elle en aura également les frais.
- Cette installation, si bien coordonnée, ne pourra qu’aider, sous tous tous les rapports, la bonne marche de la Prévoyante; et, en effet, il est beaucoup de maladies que les médecins ne pourraient, sans l’aide de ces bains, que difficilement soigner, notamment les maladies de peau, qui désormais pourront être efficacement combattues.
- Le comité décide que le prix du bain, de n’importe quel genre des huit variétés qui existent, sera payé 25 centimes, y compris le linge qui sera fourni par la Société. Le comité espère que, ordonné ou non par le médecin, chaque sociétaire comprendra qu’il doit prendre un bain de propreté au moins chaque trimestre.
- Du 29 décembre .1888. — Le comité est heureux d’apprendre que la Société anonyme veut bien encore continuer, tout comme par le passé, à payer les primes d’assurances contre les accidents, précieux avantage pour les sociétaires, car il leur procure des indemnités sérieuses. La Société suisse d’assurances contre les accidents « la Winterthur » nous garantit 1,000 fois le salaire journalier en cas de mort, 500 fois le salaire en cas d’invalidité, où l’accident a pour effet de diminuer de moitié la capacité du travail et enfin 250 fois le salaire quotidien si l’accident cause au blessé un préjudice permanent.
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- Caisse de secours de la fabrique de toiles de MM. Garnier-Thièbaut frères, à Gèrardmer.
- Une caisse de secours fonctionne depuis 1875 dans cet établissement. Elle est aujourd’hui alimentée par un versement mensuel de 1 franc par chaque ouvrier, puis par des dons annuels des patrons et de leurs familles.
- Le nombre des ouvriers inscrits est de 220; mais les enfants et les vieillards, tout en ne faisant aucun versement, profitent également des avantages que procure cette caisse.
- Ces avantages consistent dans la gratuité des médicaments, visites et soins du médecin, les soins et la surveillance de l’une des sœurs, les frais d’accouchement et d’enterrement.
- Dans le cas d’urgence, une petite pharmacie établie dans l’usine fournit aux ouvriers les médicaments qu’il est indispensable d’avoir sous la main.
- Une salle de bains chauds gratuits est à la disposition des ouvriers.
- Pendant l’hiver, les ouvriers habitant loin de l’usine peuvent prendre leur repas de midi dans un réfectoire chauffé.
- Caisses diverses de prévoyance fonctionnant dans les établissements de MM. Saint frères, à Flixecourt, Saint-Ouen, etc.
- Comme nous l’avons indiqué dans le chapitre précédent, les institutions de prévoyance dont nous donnons plus loin les règlements fonctionnent depuis le 1er janvier J 888. Antérieurement et depuis 1860, les établissements de MM. Saint frères ne comprenaient qu’une caisse de secours dont le but était :
- 1° De procurer les soins du médecin et les médicaments aux ouvriers malades ;
- 2° De leur payer une indemnité pendant le cours de leur maladie.
- Cette caisse était alimentée par une petite retenue de :
- 1° 0 fr. 35 par quinzaine sur le salaire des hommes;
- 0 fr. 25 par quinzaine sur le salaire des femmes et des enfants;
- 2° Par le produit des amendes infligées aux ouvriers, abandonnées par les patrons;
- 3° Par des sommes versées par les chefs de la maison jusqu’à concurrence de celles dépensées, le produit des retenues et des amendes étant toujours loin de suffire aux besoins.
- Cette caisse a fonctionné pendant vingt-huit ans à la satisfaction de tous, et MM. Saint n’y ont apporté de modifications que parce qu’ils voulaient y adjoindre une caisse de retraite et ériger en droit pour les ouvriers ce qu’ils avaient accordé gracieusement jusqu’alors.
- Nous allons donner le règlement de l’organisation fonctionnant depuis le 1er janvier 1888.
- Le règlement général, d’abord, dont nous reproduisons ci-dessous les articles, commence par spécifier que « dans le but de compléter les mesures déjà prises pour prémunir leur personnel contre les maladies, les accidents et la vieillesse, MM. Saint frères décident de modifier les conditions des caisses de secours existant dans leurs établissements et de fonder deux autres caisses : l’une contre les accidents; l’autre pour retraites à la vieillesse. Ces trois caisses sont distinctes et ont des règlements spéciaux. Chaque établissement aura une caisse de secours spéciale. Quant à la caisse contre les accidents et à celle pour retraites à la vieillesse, elles seront communes à tous les établissements et centralisées à Flixecourt ». Voici ce règlement :
- Article premier. — Sont abonnés aux trois caisses tous les employés et ouvriers attachés aux établissements de Flixecourt, Saint-Ouen, Harondel et Moulins-Bleus.
- Art. 2. — Les trois caisses sont alimentées par :
- 1° Les versements faits par les employés et ouvriers;
- 2° Une somme versée par MM. Saint frères, égale au tiers desdits versements ;
- 3° Les amendes dont MM. Saint frères font l’abandon;
- U° Les dons faits par des personnes généreuses;
- 5° Les intérêts qui seront servis par MM. Saint frères à k pour 100 l’an sur la moyenne des soldes mensuels de chaque caisse; ce compte d’intérêts sera arrêté tous les six mois.
- Art. 3. — Les versements des employés et ouvriers sont fixés comme suit :
- 0 fr. 50 chaque quinzaine pour les hommes;
- 0 fr. 50 chaque quinzaine pour les jeunes gens gagnant au moins 2 francs par jour;
- 0 fr. 35 chaque quinzaine pour les femmes et les enfants.
- Les versements sont dus jusqu’au jour de la sortie inclusivement.
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- Art. 4. — La totalité des encaissements sera répartie comme suit :
- 70 pour 100 à la caisse de secours;
- 10 pour 100 à la caisse des accidents;
- 20 pour 100 à la caisse des retraites.
- Cette proportionnalité pourra toujours être modifiée suivant les besoins de chaque caisse.
- Art. 5. — Il est créé, dans chaque établissement, un conseil de surveillance chargé d’appliquer les règlements spéciaux des trois caisses. Ce conseil est composé de sept membres :
- Trois nommés par MM. Saint frères;
- Trois nommés par les employés et ouvriers;
- Le directeur de l’usine.
- Le conseil nomme son président.
- A tout ouvrier à la tâche faisant partie du conseil de surveillance, il sera fait une remise de ses versements de quinzaine pendant la durée de ses fonctions.
- Art. 6. — Pour contrôler et coordonner la marche des trois caisses dans les divers établissements, il est institué à l’usine centrale de Flixecourt un conseil supérieur.
- Ce conseil est composé comme suit :
- Les présidents des conseils de surveillance ;
- Les médecins des établissements, sous la présidence de l’un de MM. Saint frères ou de leur délégué.'
- Art. 7. — Le conseil supérieur statuera sans appel sur les réclamations qui pourraient être élevées contre les décisions des conseils de surveillance.
- Art. 8. — Le conseil supérieur pourra proposer des modifications tant au règlement général qu’aux règlements spéciaux des trois caisses; ces modifications ne seront applicables qu’après approbation de MM. Saint frères, qui se réservent aussi l’initiative de celles à apporter.
- Art. 9. — Chaque établissement affichera l’état de situation de sa caisse de secours tous les quinze jours et ceux des caisses contre les accidents et pour retraites à la vieillesse tous les trois mois.
- Art. 10. — Tout abonné passant d’un établissement dans un autre conservera ses droits acquis.
- Art. 11. — Tout abonné renvoyé ou quittant la maison de son plein gré ne pourra réclamer le remboursement des versements qu’il aura faits et qui resteront acquis à la masse.
- Art. 12. — En cas de dissolution des caisses, le conseil supérieur réglera l’emploi ou la distribution des soldes en caisse, en commençant par assurer le service des pensions de retraite.
- Art. 13. — Le fait d’être ou d’entrer au service de l’un des quatre établissements désignés dans l’article 1er indique adhésion complète aux règlements des trois caisses, ainsi qu’au présent règlement général, et renoncement à toutes poursuites contre MM. Saint frères pour les faits contre lesquels ces trois caisses ont pour but de garantir les abonnés.
- En dehors de ce règlement général, chaque caisse a son règlement spécial. Celui de la caisse de secours, que nous reproduisons ci-dessous, a pour but ; « 1° de procurer les soins du médecin et les
- médicaments aux employés et ouvriers malades ; 2° de leur payer une indemnité pendant le cours de leur maladie. » En voici les divers articles :
- Article premier. — La caisse de secours est alimentée ainsi qu’il est dit dans le règlement général.
- Art. 2. — Tout abonné malade est visité gratuitement par le médecin de l’établissement dans les communes de...
- Lorsqu’un médecin, sur la demande d’un abonné, jugera une consultation nécessaire, il appellera un de ses collègues d’usines, et cela sans frais pour le malade.
- Art. 3. — Tout abonné résidant dans l’une des communes désignées à l’article 2, qui consultera un médecin autre que celui de l’établissement, supportera les frais de consultation et de médicaments.
- Art. 4. — Pour tout abon é ne résidant pas dans l’une de ces communes, les visites d’un médecin des établissements seront facultatives, mais non gratuites; le malade aura droit nonobstant aux médicaments gratuits à prendre dans une pharmacie désignée.
- Art. 5. — Lorsqu’un abonné tombera malade, il devra en faire ou faire faire la déclaration au bureau le jour même.
- L’état des malades sera constaté par le médecin et consigné sur un registre ad hoc.
- Art. 6. — La durée de la maladie ne comptera que du jour fixé par le médecin.
- Pendant le cours de la maladie, les abonnés seront visités aussi souvent que le médecin le jugera nécessaire. Ceux qui seront en état de sortir viendront prendre consultation du médecin aux jours et heures fixés dans le local désigné à cet effet dans chaque établissement.
- . Art. 7. — Il est alloué aux abonnés malades :
- Une indemnité quotidienne de 1 franc pour ceux versant 0 fr. 50 ;
- Une indemnité quotidienne de 0 fr. 50 pour ceux versant 0 fr. 35.
- Cette indemnité ne pourra être payée pendant plus de :
- 1 mois après 3 versements de quinzaine,
- 2 — 6 — —
- 3 — 12 — —
- 4 — 18 — —
- Lorsque la maladie durera plus de quatre mois, le malade ayant effectué plus de dix-huit versements de quinzaine aura droit, à partir du cinquième mois, aux médicaments gratuits et à une demi-indemnité journalière, soit :
- 0 fr. 50 pour ceux versant 0 fr. 50;
- 0 fr. 25 — — 0 fr. 35.
- Cette demi-indemnité ne pourra être payée plus de quatre mois.
- L’abonné qui, ayant été payé pendant quatre mois ou plus par la caisse de secours, reprendra son travail est considéré comme entrant à nouveau.
- Art. 8. — L’indemnité ne commencera à courir que le troisième jour de la maladie, dimanches et fêtes exceptés, et sera payée par quinzaines échues.
- Art. 9. — Le malade, aussitôt guéri, devra en faire la déclaration au bureau; il sera retenu l’indemnité d’une journée à celui qui aurait négligé de la faire.
- De son côté, le médecin, de concert avec le conseil de
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- surveillance, inscrira sur le registre à ce destiné le jour où l’abonné sera en état de reprendre son travail.
- Art. 10. — Les abonnés malades ne résidant pas dans l’une des communes désignées dans l’article 2 et se faisant soigner par un médecin autre que ceux des établissements devront, dès le début de leur maladie, faire parvenir au bureau un certificat de leur médecin constatant le jour où elle a commencé, puis, toutes les quinzaines, un certificat sur le vu duquel l’indemnité journalière sera payée, et enfin un certificat constatant que l’abonné est en état de reprendre son travail.
- Ces abonnés auront à fournir la note du pharmacien accompagnée des ordonnances du médecin; ces pièces devront, avant payement, être visées par un des médecins des établissements.
- Art. 11. — Les médicaments pris par les abonnés qui continuent à travailler seront à leur charge.
- Art. 12. — Les abonnés affectés de maladies reconnues chroniques entraînant incapacité de travail intermittente n’auront pas droit à l’indemnité journalière pendant leurs absences; ils auront droit aux soins du médecin et aux médicaments.
- Continuant à faire les versements de quinzaine, ils auront droit à l’indemnité journalière lorsqu’ils seront atteints d’une autre maladie.
- Art. 13. — Les femmes enceintes travaillant depuis six mois au moins dans la maison auront droit, lorsqu’elles accoucheront, à un secours de quinze francs s’il n’y a pas plus de trois mois qu’elles ont quitté leur travail. Sur ce secours sera prélevée la somme due, soit au médecin, soit à la sage-femme.
- Art. 1/n — Les maladies occasionnées par l’ivrognerie, l’inconduite et toute espèce d’excès ne donnent droit à aucun secours ni indemnité.
- Art. 15. — Lors du décès d’un abonné, il sera alloué un secours de 10 francs; si c’est un père ou une mère de famille, cette indemnité sera augmentée de 5 francs par tête d’enfant au-dessous de seize ans.
- Art. 16. — Les hommes appelés par le service militaire auront droit, dès leur rentrée, aux secours de la caisse comme avant leur sortie.
- Art. 17. — Les abonnés quittant la maison avec permission écrite devront faire parvenir chaque quinzaine leur cotisation au bureau par l’un des conseillers, autrement ils seront déchus de leurs droits aux secours.
- Art. 18. — En cas d’accident, les frais de médecin et de pharmacien et les indemnités journalières seront supportés par la caisse de secours, sauf la restriction de l’article 3.
- Art. 19. — Tout abonné qui, sauf le cas d’urgence, appellerait le médecin en dehors de sa tournée payera, au profit de la caisse une visite ordinaire fixée à 1 franc pour le jour et 2 francs pour la nuit.
- Un avis spécial additionnel informe les abonnés qui ont droit aux soins gratuits du médecin, qu’en cas de maladies de leurs familles, le médecin de l’établissement les soignera gratuitement — Sont exceptés les accouchements.
- Le règlement de la caisse contre les accidents, dont le but est de payer une indemnité aux abonnés
- victimes d’un accident dans le service de la maison exclusivement (tout autre accident ne donnant droit qu’aux avantages de la caisse de secours) est formulé comme suit :
- Article premier. — La caisse est alimentée comme il est dit dans le règlement général.
- Art. 2. — Toute blessure sera assimilée à une maladie au point de vue des soins médicaux, des médicaments et de l’indemnité journalière, suivant le règlement de la caisse de secours qui supportera ces frais; exceptionnellement, les trois versements de quinzaine nécessaires pour avoir droit à l’indemnité journalière ne seront pas exigés en cas d’accident.
- Lorsque la maladie durera plus de trente jours, l’indemnité journalière sera augmentée de moitié à compter du jour de l’accident.
- Art. 3. — Lorsque la gravité de l’accident nécessitera le transport dans un hôpital voisin, les frais de transport, d’hôpital et autres seront supportés par la caisse des accidents; l’indemnité journalière sera servie à la famille par la caisse de secours.
- Art. Zi. — Lorsque, après quatre mois, le blessé ne sera pas en mesure de reprendre son travail, le conseil décidera ce qu’il y aura lieu de faire pour soins médicaux, médicaments et indemnité journalière.
- Art. 5. — En dehors de l’indemnité quotidienne fournie au blessé par la caisse de secours jusqu’à quatre mois, il lui sera alloué par la caisse des accidents une indemnité sur les bases suivantes :
- 1° En cas d’infirmité permanente :
- a. Perte d’un œil, du pouce, de deux ou trois doigts de la main, ankylosé de la hanche, du genou, du cou-de-pied, raccourcissement de 3 centimètres au moins d’un membre inférieur, 300 francs.
- b. Perte d’un membre, ankylosé de l’épaule, du coude, du poignet, perte de quatre doigts de la main, de tous les doigts du pied, fracture non consolidée d’un membre supérieur ou inférieur, 600 francs.
- Un accident qui, sans amener la perte d’un membre, entraîne l’impossibilité de s’en servir, sera assimilé à la perte de ce membre.
- c. Cécité complète ou perte de deux membres, 900 fr.
- 2° En cas de mort :
- 1,200 francs à l’époux survivant ou aux ayants droit.
- Si le décédé est sans famille (ascendants ou descendants en ligne directe) aucune indemnité ne sera due.
- Art. 6. — La caisse étant créée pour venir, en cas d’accident, en aide à l’infirmité apportant une gêne au travail, toute blessure autre, telle que plaie des parties charnues, perte d’une phalange, etc., ne peut donner d’autres droits que ceux stipulés à l’article 2.
- Pour les autres accidents, le conseil supérieur aura qualité pour en décider.
- Art. 7. — Si le blessé est mineur, l’indemnité à laquelle il a droit ne lui sera versée qu’à sa majorité;jusqu’à cette époque, l’intérêt à Ix pour 100 en sera servi à ses parents ou à son tuteur par la caisse.
- Enfin, le règlement de la caisse de retraites pour la vieillesse, dont le but est de « donner des pensions aux employés et ouvriers âgés et devenus incapables de travailler », est stipulé comme suit :
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- Article premier. — Pour avoir droit à une pension de retraite, il faut avoir au moins soixante-cinq ans d’âge et vingt-cinq ans de services consécutifs dans la maison.
- Art. 2. — Lorsque l’abonné sera sorti, puis rentré, le conseil supérieur examinera dans chaque cas si et dans quelle proportion il devra être tenu compte, pour déterminer sa pension, des années de service antérieures à sa dernière sortie.
- Art. 3. — La pension annuelle sera d’autant de fois sept francs qu’il y aura eu d’années de service consécutives.
- Art. 4. — Quand un abonné, ayant soixante-cinq ans d’àge et vingt-cinq ans de services consécutifs, continuera à travailler, la base de la pension de retraite sera progressivement augmentée d’un franc pour chaque année supplémentaire.
- Art. 5. — La pension sera payée trimestriellement (1er janvier, avril, juillet, octobre) au pensionnaire lui-même, ou sur la présentation d’un certificat de vie en cas d’éloignement.
- Art. 6. — Le conseil supérieur examinera, dans chaque cas, ce qu’il sera possible de faire pour les abonnés ayant vingt ans de services consécutifs et atteints d’infirmités entraînant incapacité complète de travail.
- Art. 7. — Les pensionnaires auront droit gratuitement, en outre, aux soins du médecin et aux médicaments dans les conditions du règlement de la caisse de secours qui supportera ces frais.
- Voici quel a été le mouvement des caisses, dont
- nous venons de parler , dans les divers établisse-
- ments de MM. Saint frères, de 1860 à 1888 : Malades-
- Années. Recettes. Dépenses. Adhérents. secourus.
- 1860.. 1.250 1.000 175 75
- 1861.. 3.500 2.000 225 104
- 1862.. Zl.OOO 2.000 380 153
- 1863.. 6.000 4.500 400 280
- 1864.. 7.000 5.500 630 325
- 1865.. 9.000 7.500 850 580
- 1866.. 9.500 10.000 920 660
- 1867.. 10.500 9.000 980 580
- 1868.. 11.500 10.200 1.000 610
- 1869.. 12.000 10.000 1.150 680
- 1870.. 11.500 10.230 1.190 650
- 1871.. 12.000 10.000 1.380 725
- 1872.. 15.000 12.350 1.560 875
- 1873.. 16.250 17.000 1.700 1.250
- 187/!. . 18.500 19.000 1.900 1.000
- 1875.. 19.000 19.500 2.100 1.290
- 1876.. 20.000 20.500 2.175 1.100
- 1877.. 22.500 22.300 2.350 1.200
- 1878.. 26.500 21.000 2.400 1.120
- 1879.. 29.000 2/1.000 2.520 1.300
- 1880.. 31.000 35.000 2.790 1.675
- 1881.. 36.000 33.000 3.000 1.520
- 1882.. 36.500 32.000 2.920 1.725
- 1883.. 38.500 34.000 3.215 1.480
- 188/i.. 41. 000 38.000 3.330 1.860
- 1885.. 42.000 36.000 3.480 1.625
- 1886.. 44.000 52.500 3.650 2.190
- 1887.. 46.500 49.000 3.800 2.025
- 1888.. 55.000 52.500 3.960 1.980
- La caisse de secours contre les accidents, instituée le 1er janvier 1888, a versé à divers ouvriers 1,911 fr. 18 pendant l’année 1888.
- La caisse de retraites pour la vieillesse, instituée le 1er janvier 1888, a versé 2,78A francs à dix-sept pensionnaires pendant la même année.
- Caisse de secours des établissements cotonniers de M. Albert Lung, à Moussey et à la Petite-Raon ( Vosges).
- Il a été créé dans ces établissements une caisse de secours dont tous les ouvriers des usines font partie.
- Cette caisse est administrée par un comité composé comme suit : 1° le chef des établissements ; 2° le caissier; 3° les directeurs; h° trois membres délégués par les ouvriers des filatures; 5° trois membres délégués par les ouvriers des tissages.
- Les délégués des ouvriers sont nommés pour trois ans au scrutin secret et à la majorité absolue des hommes majeurs se trouvant dans la société. Ils sont rééligibles.
- Le comité nomme dans son sein, au scrutin secret, un président et un vice-président. Le caissier des établissements est de droit secrétaire-trésorier.
- Les membres du comité visitent les malades. Le président dirige et surveille. Le secrétaire-trésorier, de son côté, tient les comptes, rédige les procès-verbaux des séances du comité, reçoit et paye, arrête et expose la situation de la caisse. Chaque procès-verbal est signé par les membres du comité présents à la séance.
- Le comité se réunit au moins une fois par an, sur la convocation du président.
- Pour alimenter la caisse, chaque sociétaire subit, sur son salaire mensuel, une retenue de 2 pour 100. De son côté, M. Lung y verse toutes les amendes imposées dans ses établissements pour absences sans permission, retards ou toutes autres infractions aux règlements d’atelier; il lui alloue en outre annuellement une somme de 200 francs et il lui paye, à raison de 5 pour 100, les intérêts du fonds de réserve, ainsi que ceux des retenues et versements mensuels.
- Cette société compte environ 555 membres. Jusqu’aujourd’hui, à la fin de chaque exercice, on a toujours constaté un léger excédent des recettes sur
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- les dépenses, et conséquemment une augmentation de la réserve. Celle-ci se monte aujourd’hui à près de 9,000 francs. CHAPITRE VIII
- Caisse de secours de la fabrique d'indiennes de MM. Besselièvre fils, à Maromme [Seine-Inferieure). L’épargne dans l’industrie textile.
- Cette caisse existe depuis 1869, sans retenues sur les salaires et les appointements. Elle est alimentée par un revenu fourni par MM. Besselièvre et a distribué depuis vingt ans 28,700 francs. Les secours du médecin et du pharmacien sont assurés gratuitement à tous les ouvriers blessés pendant le travail, et leur salaire leur est compté pendant le temps d’absence que la blessure entraîne. Des secours spéciaux sont accordés aux femmes en couches. Un salaire de trois semaines leur est assuré, à la condition qu’elles soient absentes pendant quinze jours à l’occasion de leur accouchement. a Dans le cours d’une existence qui a déjà dépassé la moyenne de la vie humaine, disait, il y a quelques années, M. Levasseur, j’ai employé mes loisirs à retrouver, dans le passé, l’histoire souvent obscure, et dans le présent l’histoire souvent agitée des classes laborieuses; et, de mes études, j’ai tiré cette conclusion que les deux assises fondamentales de l’amélioration morale et matérielle des ouvriers, qui occupe à si juste titre notre société contemporaine, sont l’instruction et l’épargne ; que, par conséquent, les deux plus grands services qu’on puisse rendre aux ouvriers consistent à leur donner le bienfait de l’éducation et à leur inspirer la vertu de la
- Voici le règlement de cette caisse : prévoyance. »
- Article premier. — Une caisse de secours est instituée, en mémoire de M. Besselièvre père, au profit des ouvriers de l’établissement fondé par lui il y a environ cinquante ans. Art. 2. — Cette caisse est destinée à venir en aide aux ouvriers indigents ou malades. Art. 3. — Tout ouvrier qui travaille dans l’établissement a droit à l’assistance de la caisse; mais tout ouvrier qui cesse d’être occupé dans l’établissement n’a plus droit à cette assistance. Art. k. — La caisse est alimentée par un revenu que MM. Besselièvre fils se réservent de fixer chaque année. Art. 5. — La caisse fonctionne sous la direction d’un comité composé de six membres élus par les ouvriers et choisis parmi tout le personnel de l’établissement. Art. 6. — Le comité nomme chaque année un président, un vice-président et un secrétaire-trésorier. Art. 7. — Le comité distribue les secours, visite les malades et prend toutes les mesures qu’il juge convenables pour faire utilement l’emploi des fonds mis à sa disposition. Les femmes en couches ont droit à une somme représentant trois semaines de leur salaire, à la condition de s’abstenir de tout travail pendant deux semaines au moins. Art. 8. — Chaque année, dans le courant du mois d’avril, le comité rend compte de sa gestion par un rapport dont les intéressés peuvent prendre connaissance. Art. 9. — Le comité se renouvelle tous les ans par tiers. Les membres sortants sont toujours rééligibles. Art. 10. — Des modifications au présent règlement pourront être faites sur la proposition du comité et avec le consentement de MM. Besselièvre. C’est assez notre avis. De l’instruction et de ses bienfaits, nous avons dit ce que nous pensions au chapitre de l’enseignement professionnel, nous n’avons donc à nous occuper ici que de l’épargne seule. Généralement, nous nous faisons du mot « épargne » une idée incomplète. Ce n’est pas, sachons-le bien, un mot de circonstance inventé à l’usage de la moralisation des masses. C’est, ainsi que l’ont fait remarquer tous ceux qui ont touché de près ou de loin à cet important problème, un grand fait économique qui s’impose à toutes les sociétés, à tous les temps, et qui a été la condition première de l’existence et du progrès de la civilisation dans le passé, comme il sera toujours dans l’avenir la condition nécessaire de son développement. Voulez-vous savoir, nous dit un économiste, de quelle manière vivaient les hommes dans les sociétés primitives? Lisez Y Histoire des voyages et voyez comment vivent encore aujourd’hui les sauvages de la Nouvelle-Hollande ou les tribus nègres qui habitent les régions du centre de l’Afrique ; vous connaîtrez alors dans quelle profonde misère peut parfois végéter l’espèce humaine, quel terrible niveau d’égalité devant la faim et la mort peut peser sur des races entières durant de longs siècles, et vous remarquerez que parmi les vertus et les connaissances qui leur manquent, l’une de celles dont l’ab-
- Supplément a l’Industrie textile du 15 Septembre. xii. — 18e Fascicule.
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- sence leur est le plus préjudiciable est la notion de l’épargne.
- Il y a là pour nous tous un enseignement. Quand Montesquieu a voulu nous faire comprendre l'horreur du gouvernement despotique, il a pris pour exemple le sauvage, qui, pressé par la faim, et voyant suspendus au-dessus de sa tête les fruits savoureux qui se balancent sur la tige des palmiers, coupe l’arbre. Le sauvage satisfait son appétit, mais l’arbre est abattu, et, pendant de longues années, son tronc infertile ne nourrira plus personne.
- Dans les derniers rangs de la race humaine sont les Esquimaux, qui habitent les contrées voisines de l’Océan glacial du Nord. Quand le soleil d’été, qui brille sans nuit pendant des mois entiers sur leur horizon, fond les glaces, ils se livrent à la pêche et trouvent en abondance poissons et phoques ; c’est le temps des réjouissances, ils s’abandonnent sans retenue à leur appétit. Mais le soleil disparaît, l’hiver revient avec ses rigueurs et sa longue nuit de plusieurs mois ; pas de provisions ; l’heure des cruelles privations est arrivée; les figures se creusent et la mort fait une large moisson. Pourquoi? C’est qu’un sentiment a manqué à ces Esquimaux ; la prévoyance. Ils n’ont pas su comprendre, dans les moments d’abondance, qu’ils auraient dû réserver une part pour les besoins du lendemain.
- Un dernier exemple. Le Chili est, certes, un des pays civilisés de l’Amérique, relativement du moins. Cependant les villageois, qui sont pour la plupart des Indiens, ne sont pas encore très avancés dans l’idée de la prévoyance. Leurs coteaux, derniers contreforts des Andes, sont couverts de vignobles qu’ils cultivent avec plus ou moins de soin. Quand vient l’époque de la vendange, tout le village est en liesse, on y fait de copieuses libations; le voyageur qui passe risque de trouver tous les habitants plongés dans l’ivresse. La fête ne cesse que lorsque les tonneaux sont vides; mais, le reste de l’année, on boit de l’eau.
- Ce sont là les résultats de l’imprévoyance. Dans la vie sauvage, comme dans le monde civilisé, elle engendre pour tous, grands ou petits, une misère irrémédiable ; sur un sol fertile, au milieu même des biens que la nature donne spontanément, les hommes sont presque toujours dans le dénûment.
- Voyons, au contraire, ce que produit l’épargne. Pour cela, il n’est pas besoin heureusement de passer les mers et de franchir les montagnes. Jetons simplement les yeux autour de nous. Nous
- apercevons partout des demeures magnifiques, de somptueux hôtels, des édifices, des fabriques, des magasins ; mais, à quelque usage que soient affectées ces pierres entassées symétriquement, que de travaux elles ont dû nécessiter, que de riches mobiliers elles abritent! Quel sujet de réflexion, quand on songe qu’il y a deux mille ans, ce même sol était à peu près inculte et nu, et que les hommes qui y vivaient différaient peu des sauvages dont nous parlions tout à l’heure! Quelle transformation opérée par la volonté humaine ! De cette nature primitive, il ne reste plus rien à l’horizon.
- Étendons notre vue par la pensée. Embrassons la France entière et même l’Europe, et demandons-nous ce qu’était cette partie du monde, où tant de richesses sont produites chaque année, où brillent tant de lumières et où se déploie tant d’activité, alors que l’homme n’avait pas encore engraissé le sol de ses sueurs fécondes?
- Ces merveilles, qui donc les a créées, sinon l’épargne? Nos premiers pères, aux prises avec les difficultés de la vie, ont fini par comprendre cette vertu, et c’est l’agriculture qui la leur a d’abord enseignée. Lorsque l’homme a passé de la vie nomade du chasseur à la vie sédentaire et agricole, il ne lui a plus suffi de tuer chaque jour le gibier destiné au repas, il lui a fallu commencer à prévoir. L’expérience lui a montré qu’après la récolte, il ne devait consommer tout son blé, ni en quelques semaines, ni même dans l’année, mais qu’il devait en réserver une partie pour ensemencer de nouveau et obtenir encore une récolte l’année suivante ; c’est là le propre de l’épargne : conserver pour reproduire.
- Mais bientôt on s’est élevé au delà de cette prévoyance élémentaire ; l’épargne s’est accrue et a fructifié. L’agriculteur a réservé beaucoup plus qu’il n’était nécessaire pour sa propre subsistance et pour ses semailles. Alors, pendant qu’il était lui-même sur son sillon, un autre homme a pu se détacher de la culture, travailler dans un atelier, et, recevant le supplément de blé du laboureur, lui fabriquer en échange une charrue, des vêtements, une maison : l’industrie était née. L’artisan lui-même n’a consommé qu’une partie du salaire qu’il recevait; il a épargné le reste et s’en est servi, soit pour agrandir sa maison, soit pour acheter des matières premières, soit pour payer le salaire à d’autres ouvriers qui ont travaillé sous ses ordres. L’artisan est devenu un entrepreneur, et, chacun économisant sur sa production ou sur le prix légitime qu’il recevait pour sa
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- production, laboureur, ouvrier, manufacturier ont, par la modération des désirs et par l’épargne, augmenté leur avoir, accru leur fortune particulière, en même temps qu’ils constituaient la fortune publique. Car c’est ainsi, par les réserves successives des générations, que se sont accumulés sur le sol de l’Europe ces capitaux qui sont comme les couches d’engrais dans lesquelles poussent avec vigueur tous les fruits de la civilisation. Qu’on ne l’oublie pas, en effet, l’épargne est à la civilisation ce que la terre végétale est à la moisson.
- Du tableau que nous venons d’esquisser, si nous voulons tirer une définition de l’épargne, nous dirons: épargner, c’est consommer moins qu’on ne produit. C’est ce que l’illustre auteur de la Science du Bonhomme Richard formulait en ces termes : « Pour épargner, dépensez chaque jour un sou de moins que vous ne gagnez. »
- Reconnaissons maintenant que l’épargne est l’un des éléments les plus nécessaires pour le bien général de toute société humaine, et que pour tout individu elle est très désirable, puisqu’elle conduit à la richesse ou tout au moins à la sécurité. Nous ajouterons qu’elle est absolument indispensable à tous ceux qui vivent du produit de leur travail, que ce travail rende par année des millions de bénéfices ou produise seulement un modique salaire par jour. Pour les uns comme pour les autres, la maladie peut venir; l'âge et les infirmités viendront assurément, si une mort prématurée n’a pas brisé la vie avant le temps; le chômage peut priver l’ouvrier de son salaire; la crise ou des accidents de mille espèces peuvent priver l’entrepreneur de ses bénéfices, et tous sont exposés à une déchéance, s’ils n’ont pas fait d’économies pour les mauvais jours et mis de côté une part de la moisson pour l’hiver de la vie. L’industriel et le commerçant le savent en général, et l’imprévoyance n’est pas leur défaut. Tous les ans, ils s’appliquent à mettre en réserve une certaine somme, et quand ils n’y sont pas parvenus, ils se plaignent à juste titre de n’avoir rien gagné dans l’année. Cette réserve, ils la placent comme ils l’entendent, quelquefois hors de leur industrie, le plus souvent dans leur industrie, où elle fructifie davantage. Us étendent le cercle de leurs affaires; puis, quand ils ont assez épargné pour vivre de loisirs, ils liquident, et dans la vente de leur établissement ils retrouvent la valeur de leurs épargnes accumulées. C’est, ainsi qu’agissent d’ordinaire beaucoup de patrons, et ils agissent sagement.
- Mais nouscroyons entendre les ouvriers nous dire: « Ah! il est bien facile d’épargner à celui qui a pu se procurer toutes les satisfactions ; si nous avions les mêmes ressources que nos patrons, nous nous engagerions volontiers à faire des économies. » Nous leur répondrons : « Oui, sans doute, il est plus facile de faire des économies à qui gagne plus; cependant, ne vous faites pas illusion, l’épargne est difficile dans toutes les positions et possible dans presque toutes, parce qu’elle est une limitation de nos désirs et que son principe réside moins dans un excédent de revenus que dans un acte de ferme volonté. Voyez les ouvriers dans leurs ateliers et dans leurs familles; ils n’ont pas tous le même salaire, ni les mêmes charges. Les uns gagnent plus, les autres moins ; le prix de la journée, pour plusieurs d’entre eux, varie peut-être du simple au double ; les charges dans une proportion plus lorte encore ; le célibataire a trois fois moins à dépenser qu’un père ayant deux enfants en bas âge et une femme obligée de rester à la maison pour les élever. Cependant consultez-les, et dites si les économies de chacun sont toujours en raison directe de son salaire et en raison inverse de ses charges. »
- Il y a sans doute un certain nombre de besoins, comme manger, dormir, se vêtir, que tout homme doit satisfaire sous peine de mourir et qui constituent en quelque sorte le minimum d’existence. Le prix de ce minimum, l’ouvrier n’en peut rien distraire pour l’épargne ; il faut qu’il se le procure par son travail et qu’il le consomme tout entier. Mais ce minimum lui-même, il est impossible de le fixer d’une manière précise, car il est variable. Pour le sauvage, le minimum est peut-être quelque racine trouvée au fond d’un bois ou le lambeau d’étoffe grossière dont il se fait une ceinture. La civilisation nous a rendus plus difficiles, et nous nous en félicitons. Mais, dans notre société même, croit-on que le minimum soit pour tous ce qu’il est, par exemple, pour le paysan de la basse Bretagne? Non, le nécessaire varie avec les conditions et les usages établis. Il n’est pas le même pour un homme du monde et pour un ouvrier, pour un ouvrier d’élite et pour un manœuvre. Gela n’implique, du reste, aucune inégalité politique ou sociale ; ce n’est pas un principe, ce n’est pas une règle. C’est un fait. Un fonctionnaire ne pourrait pas, quand il le voudrait, sortir en blouse ; il y a quantité de gens très pauvres, plus pauvres que la plupart des ouvriers, pour lesquels une mise décente et par conséquent assez coûteuse fait partie
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- du minimum. Ce sont là des différences qui tiennent au détail de l’organisation de notre société; d’autres tiennent à la nature même. Par exemple, une nourriture substantielle est plus ou moins nécessaire, selon le tempérament de l’individu et le genre de ses occupations ordinaires. Et non seulement le minimum varie avec les classes, mais il varie avec le temps pour chaque classe : c’est même cela qui constitue essentiellement le progrès. Ainsi, en France, une chaussure complète fait maintenant partie du nécessaire pour un ouvrier de la campagne, et ce n’est pas depuis longtemps. Nos Conseils de salubrité, qui pourtant usent bien mollement de leurs droits, ne laisseraient pas subsister une heure les taudis dont les artisans se contentaient il y a un siècle. Le nécessaire dont nous parlons n’est donc pas ce nécessaire mobile et dont l’appréciation, d’ailleurs, dépend en grande partie de l’énergie des caractères, mais c’est ce que nous pourrions appeler le nécessaire absolu, c’est-à-dire la somme qui représente en nourriture, vêtement et logement, tout ce qui est indispensable, sous peine de mort. L’épargne peut commencer au moment où finit le minimum ainsi entendu et restreint.
- Au delà de ce strict nécessaire, que de besoins nous nous créonsI Nous ne voulons pas, comme un certain philosophe scythe dont parle La Fontaine, les retrancher. Ils peuvent être légitimes quand nous avons le moyen de les satisfaire. Ils ont même leur valeur morale, car ils sont l’aiguillon le plus puissant de l’activité humaine, et, par suite, une des principales causes du progrès de l’industrie et de l’amélioration de tous. Les peuples que cet aiguillon ne presse pas assez énergiquement, comme il arrive dans certaines contrées du Midi, languissent et ne s’élèvent ni en bien-être ni en moralité. Mais nous constatons que ce sont là des besoins créés par nous et non imposés par la nature; nous sommes les enfants de nos habitudes. Au minimum variable d’où dépend notre existence, nous ajoutons des jouissances diverses, selon le pays, le temps, le milieu dans lequel nous vivons, et quand une fois nous avons contracté certaines habitudes de consommation ou de bien-être, tout retranchement nous semble être comme une sorte d’amputation et produit des douleurs et des regrets, qui ne se mesurent ni à l’importance des objets retranchés, ni à la quantité de fortune subsistante* mais presque uniquement à la force d’âme du patient.
- Dans toutes les conditions, il y a un certain
- nombre d’individus qui atteignent sans grand effort à la somme de jouissances à laquelle les a habitués la société dans, laquelle ils vivent : ceux-là jouissent et économisent ; leur vie est en quelque sorte équilibrée. Il y en a d’autres qui n’arrivent à se hausser à cette somme de jouissances qu’en tendant tous les ressorts de leur existence, qui s’épuisent pour paraître, et qui se trouvent par leur faute dans l’impossibilité de faire la part de la prévoyance. C’est un des déplorables effets d’un luxe exagéré; nous devons dire toutefois que si nous les retrouvons à tous les degrés de l’échelle sociale, ce n’est pourtant pas dans la classe ouvrière que nous voyons ce travers d’une imitation maladroite et d’une envie malsaine faire les plus regrettables ravages.-
- Nous voulons maintenant répondre à une objection, peu sérieuse, sans doute, mais que nous avons entendu faire par des ouvriers contre l’épargne : « À quoi bon, disaient-ils, mettre de l’argent de côté; le patron prétendra que nous gagnons trop et réduira notre salaire. » Le bon sens nous dit combien est fausse cette opinion. L’ouvrier qui est à la merci de son patron, ce n’est pas celui qui gagne et qui économise, c’est, au contraire, celui qui n’a pas d’épargnes et qui ne reçoit qu’un mince salaire. Ce dernier ne peut pas attendre ; il faut qu’il mange et qu’il trouve, à quelque condition qu’on lui offre, l’emploi de ses bras. Nous en avons vu de fréquents exemples. Vienne une disette, et la cherté du pain aura pour effet immédiat la diminution des salaires ; vienne la morte saison ou une crise, etlemême effet se produira. Cet effet, sachons-le, provient de causes diverses et dont plusieurs s’imposent au patron comme à l’ouvrier; mais l’habitude de vivre au jour le jour est une de ces causes et livre le salarié sans défense. L’ouvrier qui peut discuter son salaire, qui pèse d’un certain poids dans le règlement de ses propres intérêts, c’est celui qui, ayant derrière lui le soutien de ses économies, peut dire : j’attendrai. On n’a cessé depuis un demi-siècle de demander la 1 iberté de la coalition; on a aujourd’hui armé la classe ouvrière de ce droit, dont il était juste qu’elle jouît, comme il est sage qu’elle en use avec réserve. Mais la coalition sans l’épargne est un vain mot. Pour faire valoir leurs réclamations, il faut que les coalisés s’abstiennent de travail jusqu’à ce que l’entente avec les patrons ait été rétablie, et, pour vivre plusieurs jours sans travail, il faut des économies. L’épargne augmente donc l’indépendance en face du patron ; elle donne une jouissance plus tranquille du
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- présent par la sécurité de l’avenir. Pour plusieurs, elle est le marchepied à l’aide duquel ils s’élèveront de la condition de salarié à celle d’entrepreneur; pour tous, quand viendront les jours d’épreuve, elle est le bouclier qui repoussera la misère et qui le préservera contre ses humiliations et ses mauvaises pensées. C’est donc pour l’ouvrier une question qui intéresse tout à la fois son indépendance, sa tranquillité d’âme et sa dignité personnelle.
- Les efforts répétés depuis des siècles par la plupart des peuples civilisés pour défendre l’homme contre les événements qui toujours viennent le frapper à l’imprévu; leurs combinaisons, diverses assurément dans la forme, mais tendant toutes vers un même but, suffisent pour nous convaincre que partout on a considéré la prévoyance comme un devoir sacré et impérieux pour l’homme sensé et honnête. A notre tour, nous comprendrons aussi que si nous ne nous aidons pas par nous-mêmes, si nous ne cherchons pas à assurer l’avenir, nous n’avons pas le droit d’accuser la fortune, le sort, la destinée, la société et les gouvernements, non plus que la Providence, des maux auxquels, moins insouciants, nous eussions pu parer facilement. Et ne nous flattons point surtout de pouvoir traverser la vie sans accident. On l’a dit et répété dans toutes les langues : « Les trois maux les plus effrayants qu’un ouvrier ait à redouter sont le chômage, la maladie et la vieillesse ; il faut prévoir leur arrivée et se prémunir contre leur présence, car l’un ou l’autre surviendra infailliblement. » Ne comptons pas davantage sur le temps et ne vivons pas comme si notre vie nous était garantie pour une longue suite d’années. Le poète nous en avertit :
- Le temps nous presse
- D’un constant effort;
- Hier la jeunesse,
- Ce jour la vieillesse,
- Et demain la mort !
- Tous autant que nous sommes, riches ou pauvres, vieux ou jeunes, prévoyons et épargnons. « Le malheur enlaidit l’âme », a écrit Chateaubriand ; il prédispose mal les hommes aigris par la souffrance à recevoir les leçons de la morale. Commençons par combattre la souffrance de tous les jours, celle qui se fait sentir la première, c’est-à-dire la misère. Au lieu de prendre le livre par la fin, ouvrons-le au commencement, et le commencement en toutes choses au point de vue économique, c’est le travail et l’épargne. C’est la loi de l’homme en tous rangs et
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- en tous lieux. « Si quelqu’un affirme que vous pouvez vous enrichir autrement que par le travail et l’économie, disait Franklin, ne l’écoutez pas : c’est un empoisonneur. »
- Pour seconder la prévoyance, la société a diverses institutions qui ne créent pas l’épargne sans doute, mais qui lui permettent de se mettre à l’abri des tentations journalières et qui la rendent plus fructueuse. « L’argent brûle la poche de celui qui l’y garde, et il tend constamment à s’en échapper », dit un proverbe populaire, et le proverbe a cent fois raison. 11 ne suffit donc pas d’inspirer aux ouvriers le désir de faire des économies, il faut aussi et surtout leur procurer les moyens de sauvegarder leur petit pécule et de se créer un capital par l’accumulation de leurs dépôts successifs. De là l’origine des caisses d’épargne, la plus ancienne et la plus simple sans contredit des institutions de prévoyance.
- 11 y a un siècle, il n’existait de caisse d’épargne dans aucun pays, nul alors ne s’inquiétait de ce que devenaient les économies du pauvre, et, d’ailleurs, ces économies étaient rares.
- Le paysan entassait, quand il le pouvait, quelques pièces blanches qu’il réservait pour les grandes circonstances de la vie ou qu’il employait à acheter, comme cela se pratique encore aujourd’hui, un lopin de terre. L’artisan et l’ouvrier des villes n’entassaient guère, parce qu’ils gagnaient peu. C’est au xvme siècle qu’on a inauguré les caisses d’épargne, instituées d’abord à Hambourg, puis tentées en France pendant la Révolution, et enfin établies définitivement en Angleterre en 1798. En 1818, lorsque les grandes guerres de l’empire et les ennuis de l’occupation étrangère eurent rasséréné les esprits et fait place aux idées de paix, une première caisse d’épargne fut ouverte à Paris, sous la présidence du duc de La Rochefoucauld-Liancourt, à l’instigation de Benjamin Delessert, et dans l’hôtel même de la Compagnie royale d’assurances maritimes. A. Prévost, agent général de la caisse centrale, organisa la comptabilité avec un ordre et une simplicité merveilleuses. Depuis ce temps, les caisses d’épargne se sont peu à peu multipliées et aujourd’hui nous en possédons une dans presque toutes nos villes de France.
- Chacun en connaît le mécanisme. Deux fois par semaine, le dimanche et le lundi, c’est-à-dire aux jours où l’ouvrier est le plus libre, chacun peut apporter ses économies. Elles sont reçues depuis 1 franc au minimum jusqu’à 300 francs au maximum.
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- Huit jours après le dépôt, la caisse remet au déposant un petit livre, assez semblable aux livrets d'ouvriers, sur lequel est inscrite la somme déposée et où seront inscrites successivement les sommes qui y seront ajoutées jusqu’à la limite de 2,000 francs fixée par la loi. Ces sommes produisent un intérêt, modique sans doute, mais qui est encore supérieur à celui que l’Etat donne ordinairement aux acquéreurs de bons du Trésor, et qui suffit pour récompenser et encourager l’épargne. Au delà de la limite légale, la caisse achète pour le compte du déposant un titre nominatif de rente sur l’État.
- Ce franc, déposé le dimanche dans la caisse par l’ouvrier, se serait envolé en dépenses frivoles s’il était resté dans sa poche ; il est maintenant sous bonne garde; il n’en a même plus la disposition immédiate, car il ne peut le retirer que huit jours après en avoir fait la demande ; c’est assez pour mettre une barrière aux désirs. Un Romain conseillait, comme un moyen infaillible de dompter la colère, de réciter les vingt-cinq lettres de l’alphabet avant de s’abandonner à son emportement. Les huit jours ainsi interposés par les règlements entre le désir et la réalisation sont un moyen plus efficace encore de préserver l’épargne.
- Les caisses d’épargne possèdent aujourd’hui en dépôt une somme énorme appartenant pour la majeure partie aux classes ouvrières. Mais ces capitaux ne restent pas inutilement entassés. Celui qui les a déposés les retire bien rarement pour satisfaire une fantaisie, presque toujours pour faire face à une nécessité ou pour tenter une opération fructueuse. C’est avec les fonds économisés que l’ouvrier se marie, quelquefois même qu’il s’établit ou qu’il entreprend des commandes importantes; beaucoup agissent ainsi. Chaque année, des millions sortent des caisses par une porte pour alimenter la production et améliorer le sort de ceux qui les ont versés, tandis que par l’autre porte entrent d’autres millions, fruit de nouvelles économies.
- Les ouvriers ne sauraient trop apprécier les avantages que présentent pour eux les caisses d’épargne. Que de fois n’est-il pas arrivé que les économies d’un homme laborieux, si chèrement acquises, et par ses rudes travaux et par les constantes privations de sa femme, lui étaient ravies par la fraude au moment où elles lui étaient devenues le plus utiles! En présence de tant d’improbités, de tant de catastrophes dans les hautes régions financières, de tant de déceptions regrettables dans les placements, les ou-
- vriers ne sauraient s’entourer de trop de précautions pour ne pas compromettre en un jour ce qui leur a coûté des années à recueillir, ce que l’âge de plusieurs ne leur permettrait pas de ressaisir s’ils venaient à le perdre. Ils doivent donc s’attacher aux garanties solides plutôt qu’aux intérêts élevés, aux forts dividendes. Or, dans l’organisation actuelle des caisses d’épargne, l’argent déposé est garanti par l’État; il y a conséquemment pour tous sécurité complète; de plus, les fonds peuvent être apportés et repris en tout temps et sur tous les points du territoire, ce qui est un immense avantage.
- Bien peu de gens donnent une attention sérieuse aux détails arides des chiffres; c’est à peine si l’on connaît les principaux résultats que produisent les caisses d’épargne, même au point de vue purement pécuniaire. Ainsi, un seul franc déposé chaque semaine dans une caisse d’épargne se trouve, à l’expiration de la trente-deuxième année, atteindre plusieurs milliers de francs. Mais, au moyen de dépôts successifs plus élevés, il arrive tous les jours que des ouvriers prévoyants parviennent, en bien moins de temps encore, à disposer, vers le milieu de leur carrière, de sommes deux et trois fois plus fortes, sans s’être privés, pendant ces années d’économie, d’aucune des jouissances raisonnables dont nous avons tous besoin.
- En présence d’avantages si importants, on peut se demander comment il se fait que l’épargne soit encore si loin d’avoir atteint en France les proportions qu’elle a prises dans d’autres pays, en Angleterre notamment. D’abord, il ne faut pas oublier qu’elle date à peine parmi nous de soixante ans; l’accroissement continuel qu’elle reçoit chaque année nous permet d’ailleurs d’espérer que tous nos ouvriers, sans exception, comprendront bientôt tout ce que cette généreuse institution peut leur procurer de bien-être.
- Trois mesures essentielles ont contribué, du reste, au développement de l’épargne en Angleterre. Par la première, qui date de 1861 — et que nous n’avons instituée que tardivement en 187A — le gouvernement britannique a converti tous ses bureaux de poste en succursales de la caisse d’épargne, et il est allé ainsi au-devant des populations rurales, qui n’avaient pu jusqu’alors profiter de l’institution qu’à grand’peine. — Par la seconde mesure, le même gouvernement a admis dans les diverses caisses de l’État, moyennant un léger escompte, tous les timbres-poste qui sont présentés. Il en est résulté que
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- les plus petits versements, dans les localités les plus éloignées, ont pu être adressés sans déplacement aux diverses caisses d’épargne, et l’introduction de ce billet de banque du peuple dans les transactions ordinaires a contribué à sauver du naufrage des quantités incalculables de petites économies. — Enfin, par la troisième disposition, il a autorisé tous les déposants à transformer, sans frais et sans déplacement aucun, leurs économies, soit en rentes viagères, soit surtout en assurances en cas de décès, et cette dernière combinaison, toute de prévoyance pour la famille, prévaut généralement en Angleterre.
- On ne saurait croire combien les plus petits détails d’exécution, lorsqu’il s’agit de mesures générales, influent sur les résultats à obtenir. Dans chaque famille, en Angleterre, même parmi les gens de la condition la plus ordinaire, on habitue les enfants, dès l’âge le plus tendre, à pratiquer l’épargne et la prévoyance sous une forme ou sous une autre. Afin de bien leur inculquer cette pratique, les Anglais ont établi partout où ils l’ont pu, jusque dans les paroisses les plus pauvres, ce qu’ils appellent des Penny Saving Banks, ou caisse d’épargne des gros sous. On pourrait à peine se figurer parmi nous les bons effets qu’a produits cette création de si minime importance à première vue. Chaque enfant peut y déposer ce qu’il veut, jusqu’à concurrence d’un franc par semaine; mais il est obligé de déposer quelque chose chaque semaine, ne fut-ce qu'un centime, s’il veut conserver son droit de faire partie de l’association. Dans le cas où il vient à manquer une seule fois, son argent lui est rendu, et il n’en retire aucun bénéfice. Mais s’il persiste, sans désemparer, jusqu’à la fin de l’année, il se trouve avoir un tiers en sus delà somme déposée par lui. Nous avons bien en France la tirelire de nos enfants et la caisse d’épargne scolaire, mais la première n’est en quelque sorte que le résultat d’une disposition bienveillante des parents, et la seconde dépend beaucoup du zèle qu’y mettent les instituteurs; et ni l’une ni l’autre n’ont le caractère d’un acte ou d’une transaction sérieuse qui intervient entre l’enfant agissant de son plein gré et un établissement étranger à la famille.
- La caisse d’épargne, nous l’avons dit, ne reçoit pas de versement inférieur à un franc; la loi, les nécessités de son administration, déjà si paternelle et si minutieuse, ne lui permettent pas de descendre plus bas et de s’imposer ainsi un surcroît de complications. Certes, dira-t-on, un franc, c’est peu de
- chose, nous en convenons; et cependant combien de personnes, sans être dans le dénuement, éprouvent de la difficulté à réunir d’un seul coup une pareille somme, et à la distraire ainsi de leurs modestes ressources! Il faut bien songer à cela et venir au-devant de ces personnes pour réunir, sou à sou, leurs économies et leur permettre d’aborder à leur tour la grande caisse d’épargne, lorsqu’ils pourront lui tendre leur pièce ronde d’un franc. Celle-là sera suivie d’une seconde, puis d’autres encore; la saine habitude sera prise, surtout si, dès le jeune âge, on a su y amener les enfants. « Gardons bien les sous, les shellings se gardent eux-mêmes », dit le proverbe anglais qu’Alfred de Vigny fait répéter à son John Bull du beau drame de Chatterton. Un sou gaspillé, du reste, peut ouvrir une fissure au termite qui ruinera la plus grosse maison ; un sou épargné peut être, au contraire, le point de départ d’une vie réglée, heureuse, quelquefois même prospère. Et puis, disons avec Franklin que toutes les vertus se tiennent ou s’attirent : elles sont sœurs. Des habitudes sobres, rangées, économes, fortifient le sentiment de la famille, foyer de tous les dévouements et qui n’a pas de pires ennemis que le gaspillage, le désordre et la débauche.
- Arrivons maintenant au côté véritablement pratique de la question qui nous occupe et voyons comment ont été établies dans les manufactures et ateliers de l’industrie textile des caisses d’épargne distinctes de celles qui fonctionnent en dehors de ces établissements.
- Comme toujours, ce sont les industriels de l’Alsace qui, les premiers, ont prêché d’exemple. Un assez grand nombre de fabricants de Mulhouse et des environs furent les premiers, en effet, à fonder des caisses d’épargne dans leurs ateliers, bien avant que le gouvernement eût songé à en établir dans le Haut-Rhin.
- Après eux, on fonda une caisse d’épargne libre, et voici comment.
- L’ouvrier, recevant son salaire à des époques très rapprochées, n’en pouvait évidemment mettre en réserve qu’une faible partie ; mais c’était une raison de plus pour le soustraire à la tentation de la dépense, comme il arrivait presque toujours quand il l’avait dans la main. Mais, d’un autre côté, il n’était pas facile de trouver une personne qui voulût bien recevoir gratuitement et faire fructifier, au profit de nombreux dépositaires, des sommes dont la faible
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- importance et le fractionnement infini devaient nécessiter une administration assez compliquée. D’ailleurs, il ne faut pas oublier que le caractère essentiel d’une caisse d’épargne est d’être toujours prête à rendre les dépôts confiés, et, dans certaines circonstances, cette obligation pouvait devenir désastreuse pour un établissement condamné à la nécessité contradictoire d’engager les capitaux confiés pour les rendre productifs, et de les conserver libres afin de pouvoir les restituer à la première demande. Malgré ces difficultés, deux hommes de cœur, MM. Dollfus et Kœchlin, voulurent bien se charger de la gestion d’une caisse centrale à l’usage de toute la population de Mulhouse. Elle commença ses opérations le 30 juin 1827. Dès les premiers jours, elle reçut des dépôts considérables, et la confiance qu’inspiraient les gérants lui permit de traverser sans crise bien des jours difficiles. Elle cessa naturellement de fonctionner lorsque finstitution à Mulhouse d’une caisse d’épargne de l’État eut cessé de rendre nécessaire le dévouement de ses fondateurs.
- Mais un certain nombre de caisses privées demeurèrent, et parmi elles celle de l’établissement de Wesserling, fondée en 1821. Trop isolé pour qu’il fût possible à ses ouvriers de porter leurs réserves dans aucune des succursales de l’État, il a été obligé de continuer à la gérer. Les dépôts, dans cette usine, rapportent 5 pour 100 et sont volontaires, sauf deux exceptions : 10 les jeunes gens en apprentissage sont tenus de déposer à la caisse d’épargne une partie déterminée de leur salaire et de laisser accumuler leurs dépôts jusqu’à la fin de leur apprentissage ; le produit est alors mis en totalité à la disposition des parents ; 2° les jeunes filles dont le salaire atteint la somme de 5 francs au moins par semaine, doivent laisser à la caisse d’épargne un douzième de leur paye; ces dépôts successifs et leurs intérêts accumulés forment un capital qui ne leur est délivré qu’au moment où elles quittent la fabrique, c’est-à-dire le plus souvent à l’époque de leur mariage.
- Depuis ce temps, les exemples de caisses d’épargne particulières fonctionnant en dehors de l’État se sont multipliés partout en France. Nous en relevons à l’Exposition quelques types se rattachant à des établissements spécialisés dans l’industrie textile. Nous allons les étudier. Commençons d’abord par la suivante qui, au moment de l’Exposition, n’existe plus, mais qu’on a cru intéressant d’y faire figurer en raison des éléments spéciaux qu’elle comporte et de son organisation suggestive.
- Ancienne association des tisseurs de Lyon subventionnée par /’ancienne caisse de prêts dite du Prince impérial.
- A la fin de l’année 1862 furent jetées les premières bases de l’Association des tisseurs lyonnais, ayant pour objet la production des étoffes de soie par les tisseurs eux-mêmes, et sans l’intervention du patron dont on voulait se passer. Des statuts furent rédigés et approuvés. Une commission de vingt et un membres, nommée par l’assemblée générale des premiers adhérents, fut chargée de recueillir les souscriptions. Une faible cotisation hebdomadaire était exigée au moyen de laquelle chaque adhérent devait arriver à verser le montant de l’action ou des actions pour lesquelles il voulait souscrire.
- Cette organisation fonctionna jusque vers la fin de l’année 1866; à cette époque, les sommes ainsi recueillies formaient un total de 125,000 francs environ.
- Les événements qui se produisirent en octobre de cette même année vinrent hâter la constitution définitive de la Société. En raison de la crise commerciale qui sévissait alors à Lyon, plusieurs réunions tumultueuses eurent lieu à la Croix-Rousse et vinrent faire une manifestation devant la préfecture.
- Dans l’entrevue des délégués ouvriers avec le préfet, ceux-ci insistèrent surtout pour que le gouvernement fit hâter le vote de la nouvelle loi sur les sociétés commerciales, afin que l’Association des tisseurs, sur laquelle ils paraissaient fonder beaucoup d’espérance, pût bientôt se constituer définitivement.
- Après en avoir référé au gouvernement, le préfet réunit à nouveau les délégués des groupes, ainsi que les administrateurs de l’Association et leur fit connaître les intentions gouvernementales. La loi sur les sociétés commerciales ne pouvant pas être votée avant un temps relativement long, l’empereur promettait, aussitôt les formalités légales accomplies, de rendre un décret autorisant la constitution de la Société en société anonyme; de plus, pour témoigner sa sympathie pour Fentreprise, il mettait à sa disposition une somme de 300,000 francs à fournir par la nouvelle caisse dite du Prince impérial.
- Il fut convenu que cette somme serait avancée à titre de prêt et dans les conditions les plus avanta-
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- geuses pour la Société. Les administrateurs de la Société promirent aussi de faire tout leur possible pour activer le complément des souscriptions.
- Ce complément du capital fut rapidement souscrit et le minimum exigé par la loi fut versé pour chaque action. La Société put être définitivement constituée avant la fin de l’année 1866.
- Le tiers de la somme de 300,000 francs promise fut réparti entre les trois sociétés qui se rattachaient à l’industrie du tissage : les teinturiers, les tullistes et les tisseurs. Les deux autres tiers furent versés au Garde-meuble pour être employés en commandes d’étoffes à l’Association des tisseurs.
- Les conditions de ce crédit motivèrent d’assez longs pourparlers entre les administrateurs de la Société du Prince impérial et ceux de l’Association des tisseurs. L’intérêt devait être réglé au taux de la Banque de France.
- L’Association des tisseurs fut donc lancée dans la voie des opérations industrielles et commerciales. Devait-elle répondre aux espérances qui l’avaient fait naître? Encouragée et appuyée par de puissantes sympathies, elle pouvait beaucoup.
- Malheureusement, le conseil d’administration, composé en grande partie d’hommes dévoués, très capables d’apporter un précieux concours au point de vue purement industriel, ne sut pas s’élever à la hauteur de vues qu’exigeait la circonstance. Au lieu de chercher, pour gérant, un homme expérimenté, ayant déjà donné des preuves de son intelligence des affaires, mais à qui il fallait offrir une position en rapport avec son mérite, ainsi que quelques membres le proposaient, la majorité, ne comprenant pas l’utilité de ce qu’elle appelait gros traitements, préféra confier ce poste à un ancien employé de fabrique, auquel, du reste, elle ne laissa que très peu d’initiative. Il était assisté d’un membre du conseil d’administration qui, sous le titre d’administrateur délégué, avait une autorité au moins égale à la sienne.
- On comprend facilement qu’avec une telle organisation, il était difficile de lutter avec les maisons de fabrique dont les chefs ont l’autorité et l’esprit de suite nécessaires à la conduite des grandes affaires.
- Aussi l’exécution des premières commandes faites par le Garde-meuble, avec les soins donnés à la création de quelques dessins et articles nouveaux, destinés à l’Exposition de Paris, furent-ils les plus importants travaux de ses débuts.
- A l’Exposition de 1867, son étalage fut à peine
- remarqué. Les craintes comme les espérances qu’elle avait suscitées commençaient à disparaître.
- Le cadre de ses opérations resta assez restreint malgré le crédit ouvert à la Société du Prince impérial, dont elle usa jusqu’en 1876. A cette époque, cette dernière, qui songeait à liquider, réclama le remboursement des sommes prêtées. Gomme ce remboursement à bref délai pouvait avoir des conséquences désastreuses pour l’Association des tisseurs, ses administrateurs sollicitèrent un arrangement qui fut consenti. Le règlement s’effectua par des traites échelonnées, dont la dernière fut payée en mai 1877.
- Ce remboursement accompli, l’Association continua ses opérations jusque vers le milieu de l’année 1879, opérations insuffisantes pour répondre aux frais généraux. Les deux tiers du capital étant alors absorbés par les déficits, la liquidation se trouvait imposée par les statuts.
- Le conseil d’administration convoqua donc les actionnaires en assemblée générale extraordinaire ; la dissolution de la Société fut prononcée et on nomma des liquidateurs. Ces derniers réalisèrent rapidement l’actif et, après avoir désintéressé tous les créanciers, purent distribuer à chaque actionnaire une somme de 15 francs par action.
- Cette opération terminée, il resta un reliquat qui, joint à quelques rentrées imprévues, fut placé à la Caisse des dépôts et consignations à perpétuité, et dont l’intérêt est employé annuellement en distribution de livrets de la Caisse d’épargne aux élèves des écoles municipales.
- Ainsi vint échouer cette nouvelle tentative de Société de production, qui avait si vivement préoccupé l’opinion publique lors de sa formation.
- Des sociétés pareilles formées par les teinturiers, les tullistes et les tailleurs eurent le même sort à Lyon.
- Caisse d'épargne des établissements A. Lung à Moussey et à la Petite-Raon.
- M. Lung a fondé, dans ses établissements, une caisse d’épargne particulière où tous les petits versements sont acceptés contre un livret et des intérêts à 5 pour 100. Cette caisse existe depuis vingt-huit ans.
- En 1861, année de sa fondation, elle comprenait 21 déposants ouvriers — soit 91/2 pour 100 du personnel occupé à cette époque — et les dépôts étaient
- Supplément a l’Industrie textile du 15 Septembre.
- iii. — 19» Fascicule.
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- LES INDUSTRIES TEXTILES
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- ensemble de 6,576 fr. 50, ce qui faisait en moyenne 274 francs par déposant. En 1888, elle compte 134 déposants— soit 24 pour 100 des ouvriers employés — et les dépôts s’élèvent à 120,015 fr. 75, ce qui constitue une moyenne par déposant de 962 fr. 80.
- « Grâce à cette institution — lisons-nous dans une note de M. Lung qui figure à l’Exposition — plus de vingt chefs de famille qui, il y a vingt-huit ans, ne possédaient absolument rien, ont acheté ou bâti une maison non loin des établissements — avec jardin, cela va sans dire. — Beaucoup ont même acheté un champ, voire un pré, une vache qui est nourrie partie sur la propriété de l’ouvrier, partie sur une propriété louée. Quelques-uns arrivent même à entretenir la vache exclusivement sur leur propriété. »
- Caisse d'épargne et de prévoyance des établissements J. Thiriez père et fils, à Loos.
- Voici le règlement spécial à cette maison :
- Article premier. — La caisse d’épargne et de prévoyance a pour but de faciliter aux ouvriers de l’établissement le placement des petites économies qu’ils parviennent à faire s’ils n’en ont pas un besoin immédiat et leur retrait facile lorsqu’ils en ont un emploi utile.
- Art. 2. — Les intérêts à 5 pour 100 l’an sont comptés et payés le 30 juin et le 31 décembre.
- Il ne sera jamais calculé ni payé d’intérêts à d’autres époques.
- Art. 3. — Chaque déposant reçoit un livret sur lequel les dépôts et les remboursements sont inscrits au fur et à mesure, ainsi que les intérêts acquis tous les six mois.
- Art. A. — La caisse est ouverte tous les jours de dix heures à midi, et, après chaque payement, à tous les ouvriers qui veulent y faire un dépôt.
- Ceux qui préfèrent laisser une somme fixe par quinzaine l’indiquent au bureau. Ce dépôt est déduit de leurs salaires et porté sur le billet de payement.
- Ils sont naturellement libres de faire suspendre cette retenue et de la faire reprendre quand bon leur semble.
- Art. 5. — L’avoir d’un ouvrier à la caisse d’épargne et de prévoyance ne pourra pas dépasser 2,000 francs. Lorsqu’il aura atteint cette somme, pour continuer ses versements, le déposant devra prélever sur son épargne l’argent nécessaire à l’achat d’une valeur sûre — rente sur l’État ou obligation garantie; — alors son dépôt redevenant infé-férieurà 2,000 francs, il pourra continuer à verser ses économies de chaque quinzaine jusqu’à ce que son compte ait atteint de nouveau 2,000 francs, après quoi il recommencera la même opération.
- L’établissement sera à la disposition des ouvriers et se
- chargera, sur leur demande, de l’achat de valeurs indiquées ci-dessus.
- Art. 6. —Le remboursement partiel ou total d’un dépôt se fera le lendemain de la demande faite au bureau par le déposant.
- Art. 7. — Tout ouvrier quittant l’établissement doit reprendre son épargne. 11 en reçoit le montant contre la remise de son livret.
- Nos renseignements nous permettent d’ajouter que MM. Thiriez engagent vivement leurs ouvriers, par tous les moyens en leur pouvoir, à profiter des avantages de la caisse d’épargne et de prévoyance. Ils leur rappellent qu’elle leur permet de placer à intérêt les petites sommes qu’ils parviennent à économiser. Ils ne sont donc plus exposés à les dépenser inutilement et elles leur forment petit à petit, avec les intérêts accumulés, une épargne sérieuse qui leur est très utile dans l’avenir.
- Les ouvriers dès lors savent que si, à certaines époques de la vie, leurs salaires suffisent à peine, beaucoup d’entre eux peuvent économiser à d’autres moments, soit :
- 1° Avant le mariage, quand ils n’ont pas de parents à soutenir ou à assister;
- 2° Au début du mariage, quand l’homme et la femme travaillent et qu’ils n’ont pas ou peu d’enfants ;
- 3° Quand les enfants sont grands et qu’ils travaillent tous.
- Il faut donc qu’ils aient la prévoyance d’économiser à ces moments-là, pour mieux traverser les périodes difficiles, par exemple, quand les enfants sont tous en bas âge, que la maladie ou le chômage atteint un des membres de la famille et aussi pour tâcher d’être indépendant quand l’âge sera venu pour eux de se reposer.
- Pour faciliter à leurs ouvriers l’épargne, qui est à peu près impossible si tous les achats du ménage ne sont pas faits au comptant, et pour les engager à abandonner le système d’acheter à crédit, ce qui leur coûte beaucoup plus cher, ajoutons que MM. Thiriez font des avances sans intérêts à ceux de leurs ouvriers qui le demandent pour un motif sérieux. Ces avances sont retenues petit à petit sur leurs salaires. Nous nous en occuperons dans un chapitre ultérieur à propos des sociétés de crédit.
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- A L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1889.
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- Caisse cl’épargne
- des établissements Th. Michau et CiQ, à lieauvois.
- Tout employé, quel que soit son grade, comme tout ouvrier de cette maison, a le droit de verser, quand il lui plaît, chaque jour s’il le veut, une somme aussi minime qu’elle soit. Celle-ci est reçue et inscrite au nom du déposant sur son livret, et, dès le jour de cette inscription, l’argent rapporte 6 pour 100 d’intérêt annuel.
- Tout déposant peut, quand il le veut, retirer son petit capital.
- A chaque semestre, les comptes sont balancés et les intérêts capitalisés.
- Depuis que cette caisse fonctionne, le montant des économies réalisées par le personnel dépasse S00,000 Irancs.
- Caisse d'épargne de la maison Seydoux, Siéber et Cie, au Catcau.
- Cette caisse a été fondée en 1868. Les employés de la maison y participent seuls. Le taux de l’intérêt est fixé à 5 pour 100 sans aucune retenue.
- L’encaisses’élèveordinairementàenviron 20,000 fr. pour 200 déposants.
- Lorsque le dépôt dépasse 1,000 francs, il est ouvert au déposant un compte courant au grand-livre, au taux de 3 pour 100 d’intérêt, sans aucune retenue.
- Les dépôts ainsi constitués représentent actuellement 2,900,000 francs appartenant à 325 employés et ouvriers des diverses fabriques du Cateau (maison mère), de Bousies et de Mauroy.
- Caisse d’épargne des établissements Balas frères,
- fabricants de tresses et lacets à Izieux {Loire).
- Presque toutes les ouvrières possèdent leur livret d’économies qui leur rapporte h pour 100 d’intérêt par an.
- Il est d’usage que ce petit pécule leur serve de dot au moment de leur mariage.
- D’après la statistique de ia maison, elles se marient en moyenne à vingt-quatre ans.
- Caisse d'épargne de la Société anonyme linière de Perenchies.
- Voici le règlement spécial à la maison :
- Article premier. — Il est constitué, dans l’établissement de la Société anonyme linière, à Perenchies, une caisse à recueillir et à capitaliser les petites économies des ouvriers au fur et à mesure qu’elles se réalisent.
- Art. 2. — Chaque ouvrier qui en fera la demande recevra un livret sur lequel on inscrira les versements du déposant, ainsi que' les remboursements qui seront réclamés.
- Art. 3. — L’intérêt des sommes déposées sera compté à 5 pour 190 par an et payé le 1er avril et le 1er octobre. Il ne sera jamais calculé ni payé d’intérêt à d’autre époque.
- Art. 4. — Les remboursements des sommes versées s’effectueront chaque mardi qui suivra le payement de quinzaine, soit en totalité, soit en partie, au gré des déposants.
- Art. 5. — Les ouvriers qui quitteront l’établissement sont tenus de reprendre la totalité de leur versement et ils en auront le montant contre la remise du livret d’épargne.
- Afin de bien faire comprendre aux ouvriers l’intérêt qu’ils peuvent avoir à verser leurs économies à la caisse d’épargne de la maison, le chef de l’établissement de Perenchies a fait afficher dans tous les ateliers, outre le règlement ci-dessus, deux tableaux qui donnent à première vue la somme acquise au bout d’un certain nombre d’années :
- 1° A l’aide d’une. économie de 0 fr . 10, (deux sous) par journée de travail;
- 2° A l’aide d’une retenue de 5 francs à chaque payement de travail.
- Voici ces tableaux :
- Somme économisée
- par un versement de 0 fr. 10 par jour de travail, soit 30 francs par an.
- Même somme déposée
- Ladite somme mise dans la caisse de
- de côté, sans intérêts, produira. MM . A gâche fils , avec l’accumulation
- des intérêts compris.
- En 5 ans...... 150 fr. 165 fr.
- 10 — 300 » 377 »
- 15 — 450 » 647 »
- 20 — 600 » 992 »
- 25 — 750 » 1.431 »
- 30 — 900 » 1.993 »
- 35 1.050 » 2.609 »
- 40 — 1.200 » 3.624 »
- 45 1.350 » 4.791 »
- 50 — 1.500 » 6.280 »
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- Somme économisée
- par un versement de 5 francs par quinzaine, soit 130 francs par an.
- Même somme déposée Ladite somme mise dans la caisse de
- de côté, sans inté- MM. Agache fils ,
- rêts, produira. avec l’accumulai ion
- des intérêts compris.
- En 5 ans 650 fr. 718 fr
- 10 — 1.300 » 1.635 ))
- 15 — 1.950 » 2.305 ))
- 20 — 2.600 » 4.298 ))
- 25 — 3.250 » 6.208 ))
- 30 — 3.900 » 8.637 ))
- 35 — 4.550 » 11.741 »
- Z|0 — 5.200 » 15.704 »
- 45 — 5.850 » 20.761 ))
- 50 — 6.500 » 25.215 ))
- Le livret que chaque ouvrier reçoit à son premier versement reproduit également en première page les tableaux ci-dessus.
- Caisse d'épargne de la blanchisserie et teinturerie de Thaon [Vosges).
- En 1875, une caisse d’épargne a été instituée dans cet établissement. L’intérêt bonifié aux ouvriers est de 5 pour 100.
- Cette institution a été complétée par la création, l’année suivante, d’une succursale dans la commune de Thaon, de la Caisse d’épargne d’Épinal, due à l’initiative du directeur et créée à la suite d’une demande adressée par lui à cet efïet au conseil municipal.
- En 1879, une caisse d’épargne scolaire a été créée en vue de la petite épargne.
- De ce triple appel à l’économie, adressée avec tant de persévérance et sous des formes si diverses, il est résulté que, au 31 décembre 1888, le total des dépôts effectués, tant dans les caisses de l’usine qu’à la caisse d’épargne de la commune, se montait à 1,454,048 fr. 44, soit près de 1 million et demi.
- Caisse d'épargne de la fabrique d'indienne de M. Besselièvre fils, à Maromme [Seine-Inférieure).
- Une caisse d’épargne particulière a été fondée dans cet établissement depuis 1879. La somme des dépôts faits par les ouvriers atteignait, au 31 décembre 1888, la somme de 140,000 francs.
- Cette institution fonctionne d’après le règlement suivant :
- M. Besselièvre, dans un but de favoriser et d’encourager l’épargne chez les ouvriers;
- Considérant que les plus petites économies s’accumulant forment, avec le temps, une grosse somme (avec l’intérêt à 6 pour 100, le capital est doublé en douze ans);
- Considérant que les jeunes gens qui économiseraient chaque année une somme de cent francs (soit 2 francs par semaine) arriveraient ainsi à l’âge de soixante ans, avec les intérêts accumulé?, à posséder uu capital de 10,000 fr. environ;
- A résolu d’instituer une caisse d’épargne ouverte aux ouvriers de son établissement.
- Les ouvriers pourront déposer à cette caisse toutes les sommes résultant de leurs économies, jusqu’au minimum de 1 franc.
- Les sommes déposées produiront intérêt à 6 pour 100 l’an jusqu’à concurrence de 1,000 francs. Pour les sommes qui dépasseraient 1,000 francs, l’intérêt sera de 5 pour 100.
- Les intérêts partiront du premier jour de chaque semestre et seront réglés les 1er janvièr, 1er avril, 1er juillet et 1er octobre de chaque année, sur la balance du compte de chaque déposant.
- Les ouvriers pourront retirer leur argent sur simple demande, en totalité ou par fraction. Toutefois, quand un déposant aura versé à la caisse 300 francs, cette somme pourra être convertie en un titre de rente sur l’État français. Dans ce cas, M. Besselièvre tiendra compte aux déposants de la différence d’intérêt, à la condition que les titres de rente restent dans ses mains.
- S’il arrive qu’un ouvrier déposant quitte la maison, la somme lui appartenant lui sera immédiatement remboursée.
- M. Besselièvre se réserve de faire au présent règlement toutes les modifications qui, par expérience, seraient reconnues nécessaires. 11 se réserve d’ailleurs le droit de renoncer à l’institution et d’opérer alors la liquidation générale de tous les livrets.
- Caisse d'épargne de la maison Gillet et fds, teinturiers à Lyon.
- Une caisse de dépôts d’épargne fonctionne dans cette maison depuis de longues années. Le taux d’intérêt servi est de 4 pour 100 à vue. Le minimum des versements est de 5 francs, et la somme déposée ne doit pas excéder 1,000 francs ; ce. chiffre atteint, on invite le déposant à en effectuer le remploi, suivant son bon plaisir, en lui conseillant pourtant l’achat de valeurs de tout repos et non de titres d’aventure.
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- A L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1889.
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- Caisse d'épargne des établissements cotonniers de M. Walter-Seilz, à Granges ( Vosges).
- Dans cette maison également, les ouvriers sont encouragés à l’épargne par la création d’une caisse de dépôts, qui leur paye 5 pour 100 d’intérêt et date de 188h. Les dépôts s’élèvent, au moment de l’Exposition, à 45,418 fr. 35.
- Caisse d'épargne des établissements cotonniers, de M. Waddington, à Saint-Remy-sur-Avre.
- Une caisse de dépôts a été créée dans cette maison depuis de longues années. Le taux d’intérêt est de 5 pour 100.
- Au 31 décembre 1888, le nombre des déposants est de 226 et le total des dépôts de 374,316 francs.
- Caisse d’épargne des établissements cotonniers, de MM. Vincent Ponnier et Cie, à Senonnes.
- Une caisse d’épargne a été instituée dans ces établissements en 1876. L’intérêt servi est de 5 pour 100.
- Une note qui figure à l’Exposition nous apprend que le nombre des déposants, qui n’était que de 41 en 1876, arrive à 460 en 1888, et que le montant des dépôts est passé de 78,700 francs en 1876 à 446,680 francs en 1888.
- CHAPITRE IX
- Les Sociétés coopératives de consommation dans l’industrie textile.
- C’est en 1848 que les questions d’association ont commencé à être débattues en France. On n’employait guère dans le langage de cette époque le mot
- de coopération, mais le vent était aux associations populaires ; ce mouvement ne dura point.
- Douze ans après, un réveil se produisit : des hommes convaincus essayèrent de donner au mouvement coopératif un caractère pratique, des journaux spéciaux furent fondés pour le propager et le défendre, des légistes rédigèrent de bons plans et des statuts. Le gouvernement impérial fut amené à faire modifier par les Chambres le régime, jusque-là très restrictif, des associations ; le résultat fut la loi du 24 juillet 1867 sur les sociétés à capital variable.
- Aucun mouvement bien accentué cependant ne se produisit en faveur de la coopération, et il y a quinze ans encore, on pouvait compter le nombre d’associations de ce genre qui existaient en France. Mais, depuis quelques années, ce que nous pourrions appeler le « parti coopératif » a pris une revanche éclatante ; un congrès coopératif a eu lieu à Paris en 1885 et a été suivi de plusieurs autres, d’année en année ; de plus, la plupart des sociétés coopératives de France se sont unies entre elles par le lien d’une fédération, qui aujourd’hui a son organe à elle, rédigé par le secrétaire général, M. Fouge-rousse.
- C’est surtout l’exemple des pays voisins qui a donné l’essor à ces tentatives, et nous sommes heureux de constater que ce sont des ouvriers de l’industrie textile qui, en Angleterre principalement, ont pris l’initiative de ce mouvement. En 1844, en effet, à Rochdale, près Manchester, 28 tisserands en flanelle s’engageaient à vërser, chaque semaine, 2 pence (20 centimes) à une caisse commune. Dès qu’ils eurent réuni 28 livres (700 francs), ils ouvrirent un magasin, ruelle du Crapaud (Toad’s lane). Cette société, connue sous le nom fameux des a Équitables Pionniers de Rochdale », comptait, à la fin de 1887, 11,178 membres; le montant des ventes totales dépassait 10 millions 500,000 francs et le capital souscrit par les sociétaires était de 8 millions 202,500 francs, ce qui représente une moyenne de 733 fr. 80 par membre. Le dernier dividende payé, déduction faite de toutes les retenues d’usage, a été de 3 fr. 60 par action de 25 francs, représentant pour la boucherie 14 fr. 40 pour 100 et pour les autres articles 12 fr. 50, ou en totalité 26 fr. 90 pour 100. Il est à remarquer que, depuis la fondation en 1844, les versements n’ont jamais dépassé 20 centimes par semaine, par chaque associé.
- Pour prouver le bien que pourrait partout amener la coopération, il nous suffira de citer l’exemple de ce qui
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- se passe encore actuellement au village de Marquette, dans le Nord. Dans cette commune, assez éloignée de Lille, des personnes ingénieuses ont amassé un petit pécule en venant y vendre divers articles d’épicerie deux fois plus cher qu’au chef-lieu. Elles ont alors construit des maisons ouvrières et, après installation de débits d’épicerie, elles louent maintenant des logements avec engagement formel que le locataire se fournira d’épicerie chez le propriétaire. N’est-il pas évident qu’une société coopérative de consommation qui se serait établie à Marquette aurait empêché tous ces abus.
- Actuellement (1889), le gouvernement a déposé sur le bureau de la Chambre un projet de loi relatif aux sociétés coopératives. Nous croyons bien faire en en donnant une analyse sommaire.
- Le premier titre concerne les dispositions générales relatives aux associations coopératives. Actuellement, le capital de ces sociétés ne peut dépasser 200,000 francs ; le maximum serait porté à 300,000. Le gouvernement éstime qu’il ne convient pas d’aller plus loin ; il fait observer que l’expérience des années récentes fait craindre la spéculation et qu’il faut se garder d’autant plus des gros capitaux que la loi n’impose qu’un versement du dixième. De plus, les augmentations ne pourraient être décidées que d’année en année, et chacune d’elles ne pourrait être supérieure à 300,000 francs. Pour éviter l’accroissement fictif du capital, toute augmentation n’aurait lieu qu’après libération complète des actions précédemment émises.
- Afin de réduire les frais qui pèsent sur les associations lors de leur formation, il serait stipulé que la déclaration constatant la souscription et le versement pourrait être faite sous seing privé. En même temps, et pour le même motif, on restreindrait les conditions de publicité.
- Les actions continueraient à être nominatives et le maximum de l’action resterait fixé à 50 francs. Le premier versement serait du dixième, soit 5 francs ; de plus, la société pourrait être formée de sept membres seulement, ce qui mettrait alors le capital initial à 35 francs.
- La loi projetée simplifie les dispositions de la loi de 1867 sur la tenue des assemblées générales.
- Dans la pensée du gouvernement, les sociétés coopératives, par leur caractère même, réclament, au point de vue fiscal, un régime particulier. Elles n’ont, pour ainsi dire, qu’un capital main-d’œuvre. Pour en ménager la formation et la consolidation, le
- gouvernement propose de soustraire à l’impôt toute société coopérative dont le capital représenterait au moins 2,000 francs par associé. En outre, pour faciliter la création des sociétés ouvrières, la loi projetée dispense du timbre et de l’enregistrement les actes destinés à la constitution et à la dissolution des sociétés coopératives.
- Deux modifications essentielles sont apportées à la loi de 1867 relativement aux sociétés à capital variable. A l’avenir, ces sociétés ne pourraient être formées pour une durée supérieure à cinq aimées ; le contrat pourrait être renouvelé, mais les membres qui feraient partie de la société, les tiers qui seraient en rapport avec elle, sauraient qu’elle est temporaire ; la situation serait aussi plus nette et plus précise. D’autre part, aux termes de la loi de 1867, l’associé qui est exclu a le droit de réclamer sa part, mais il reste soumis pendant cinq ans aux obligations existant au moment de sa retraite. En outre, l’associé qui cesse de faire partie de la société a le droit de recevoir, à l’expiration de l’année sociale pendant laquelle il la quitte, sa part telle qu’elle résulte de l’inventaire dressé à ce moment.
- En ce qui concerne les sociétés à capital fixe, le projet de loi contient des dispositions nouvelles destinées à assurer le crédit des associations coopératives par l’acquisition de ce capital fixe. La société coopérative aurait ainsi un caractère mixte, composé de main-d’œuvre et de capital. La loi projetée autorise, de plus, dès la création de la société, l’adjonction d’adhérents commanditaires; c’est, un pas de plus vers la constitution de fortes associations coopératives.
- Le titre IV est relatif au transport des créances. On sait que l’article 1690 du code de commerce exige, en cas de transport de créances, des formalités coûteuses. Pour les éviter, la nouvelle loi stipule que les actes portant cession totale ou partielle des créances qui appartiennent à une association coopérative pourront être faits dans la forme sous seing privé. Bien plus7, un article de la nouvelle loi oblige le débiteur à fournir son acceptation ; si celui-ci refuse, la signification est faite à ses frais. On accorde enfin aux sociétés coopératives une atténuation de droits d’enregistrement pour tous actes relatifs aux transports de créances.
- Tel est l’ensemble de ce nouveau projet qui, comme on peut en juger, à côté de certaines stipu-i lations fort critiquables, renferme un ensemble de
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- dispositions qui constituent pour les sociétés coopératives une réelle amélioration.
- Tout ce que nous pouvons dire jusqu’aujourd’hui, c’est que le parlement est animé d’une certaine mauvaise volonté contre des associations très légitimes. On peut avoir des doutes sur l’utilité de la loi proposée, attendu que la législation en vigueur est bien suffisante, ainsi qu’il appert du succès que ces sociétés ont obtenu ; mais ce que l’on ne saurait nier, c’est que ce sont des entreprises utiles qu’il est bon d’encourager et que l’on ne doit entraver en rien, si l’on pense avec nous que le meilleur 'des encouragements est la liberté absolue.
- Le grand ennemi des associations coopératives est le boutiquier. Cependant, le détaillant, que nous sachions, est un intermédiaire officieux, mais ni officiel, ni obligatoire. Si ce cas arrivait, il faudrait que le législateur, au lieu de la loi innocente dans la tromperie des marchandises vendues, soumît le débitant à un contrôle rigoureux et tarifât étroitement ses bénéfices, comme pour les bureaux de tabac. Les sociétés coopératives, qui tendent à doubler la valeur de l’unité monétaire, en éliminant des budgets modestes, les profits des boutiquiers, sont une chose excellente et que l’on ne saurait trop encourager. Il est odieux de penser que celui qui ne peut acheter à la fois qu’un quart de sucre à l’épicier du coin le paye sur le pied de 1 fr. 60 le kilogramme, tandis que le riche ne le paye que \ fr. 10, parce qu’il peut en acheter plusieurs kilogrammes. C’est là toute l’économie des sociétés coopératives, et tout ce que l’on peut regretter, c’est qu’il y aura toujours des imprévoyants et des besogneux qui iront au fur et à mesure de leurs besoins, se fournir chez le regrattier d’en face ou d’à côté.
- Certes, nous ne nous étonnons pas que, comme tout ce qui est simplement bon et fécond, les sociétés coopératives soient combattues par les révolutionnaires qui ne voient dans l’esprit d’association qu’un bélier propre à battre en brèche la propriété et la civilisation. Ne fût-ce que parce que les sociétés coopératives ne s’adressent qu’aux gens économes, sobres, rangés, laborieux, elles méritent l’animadversion de ceux dont la clientèle se recrute plus spécialement parmi les citoyens qui n’ont d’autre tirelire que le zinc des mas troquets. Mais ce qui nous surprend tristement, c’est de voir des hommes, qui sont notoirement des esprits éclairés, oublier tous les principes et toutes les traditions de l’école libérale pour prendre parti contre les sociétés coopératives
- en faveur des boutiquiers, dont les premières peuvent débaucher la clientèle.
- Il est évident qu’une partie des progrès de la métaphysique sociale doit tendre à l’amélioration du bien-être matériel, sans quoi l’humanité serait vouée au pur spiritualisme, père de l’ascétisme et de la déraison mystique. D’autre part, il est certain que la manière la plus pratique d’accroître le bien-être est d’en amoindrir le prix de revient, afin qu’avec un salaire x l’homme puisse satisfaire le plus de besoins possible. De là la convenance sociale de diminuer, autant que possible, les dépenses parasitaires qui n’ajoutent rien à la qualité intrinsèque de la marchandise. Tels sont les transports, et voilà pourquoi il faut remplacer par des chemins de fer, où la traction vaut 5 centimes par tonne et par kilomètre, les routes où elle en coûte 20; par des routes, les chemins où elle en coûte AO, et par des chemins les sentiers où elle en coûterait 100. Le commerce est dans le même cas ; à l’instar des transports, il n’est pas absolument parasitaire, car il faut bien qu’il y ait des gens qui s’occupent d’approvisionner, d’emmagasiner, de classer et de lotir la marchandise, — de même qu’il faut la prendre au lieu de production et la transporter pour l’approcher du consommateur. Mais le commerce devient parasite quand, sans nécessité, on lui paye un tribut dont on peut se dispenser par une simple mesure de prévoyance.
- C’est là le rôle des sociétés coopératives. Par l’intermédiaire de l’associé directeur, elles achètent en gros les articles dont leurs adhérents savent qu’ils auront besoin et elles les répartissent entre leurs membres, réalisant sur les prix du commerce de détail des bénéfices considérables, attendu qu’elles n’ont ni publicité à payer, ni réclame commerciale à soutenir, ni capital à rémunérer, ni famille à entretenir, ni non-valeurs à compenser, ni déchets à passer par profits et pertes. C’est la ruine des boutiquiers qui se trouvent dans le rayon d’action de ces sociétés, dit-on ; soit ! mais c’est la prospérité et le bien-être des milliers de familles qui bénéficient de cette mutualité domestique. Il n’est pas possible que la coopération remplace d’une façon absolue le commerce de détail, attendu qu’il y aura toujours assez de gens imprévoyants, insouciants et ambulants, pour que les boutiquiers conservent une clientèle taillable et corvéable à merci. D’ailleurs, ceux-ci périraient en partie, que ce ne serait qu’une suite de la métempsycose économique, qui est une loi du progrès social. Ils renaîtraient au travail sous une
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- LES INDUSTRIES TEXTILES
- autre forme : car, tant que l’humanité existera, le travail humain aura son application, puisque sa cessation serait la fin du monde.
- Les chemins de fer ont fait disparaître les diligences, les voiturins, les maîtres de poste et les rouliers; la télégraphie urbaine et la téléphonie ont mis les commissionnaires à la retraite ; la chimie a tué la garance, la gaude et l’indigo. Nous pourrions faire un chapitre à la façon de Montaigne, rien qu’en citant les éliminations dont les temps contemporains ont été témoins. Si le parasitisme pouvait avoir le même sort, il faudrait s’en féliciter; c’est un des desiderata communs de toutes les écoles qui se sont occupées de science sociale et de la perfectibilité humaine qui en est le but. On devrait, par tous les moyens possibles, aider à la propagation des sociétés coopératives, si celles-ci devaient avoir cette vertu sublime ; car il ne faut pas perdre de vue que le jour où consommateurs et producteurs pourront entrer en relations directes, le problème des salaires sera résolu, attendu que le gain journalier sera doublement augmenté, en raison de la plus-value acquise par les marchandises au lieu de production et de la moins-value du prix de revient à la consommation, par la suppression des intermédiaires, dont l’intervention suffit pour porter de 10 centimes à Meulan à Ù0 centimes à Paris le prix d’un litre de lait, et de 2 centimes à la Halle à 20 centimes à Neuilly celui d’une botte de carottes.
- Malheureusement, depuis quelques années, l’optique électorale rapetisse tout et le suffrage universel est descendu pour cela au-dessous de l’égoïsme légendaire du suffrage censitaire qui, sous Louis-Philippe, avait tenté d’enfermer la France dans une arrière-boutique. C’est ainsi que, pour ménager les petits patentés, qui dans les conseils municipaux personnifient l’oligarchie démocratique, beaucoup de nos représentants se montrent trop enclins à favoriser l’exploitation du petit acheteur par le petit vendeur, au mépris des doctrines dont le parti libéral s’est toujours réclamé.
- SOCIÉTÉS COOPÉRATIVES DE CONSOMMATION PROPREMENT DITES
- Société coopérative la Prévoyante des établissements J. Thiriez père et fils, à Loos.
- Cette Société coopérative a été créée par MM. Thiriez, de Loos, exclusivement pour leurs ouvriers. Elle
- ne date que du 1er avril 1888; elle avait jusque-là fonctionné comme économat pendant trois ans.
- Le fonds social se compose de parts d’association de 50 francs en nombre indéterminé. Un sociétaire ne peut en posséder plus de quatre.
- Il y a, pour les souscripteurs, deux manières de se libérer : ou bien en versant 50 francs immédiatement ou en laissant à chaque inventaire la moitié des bénéfices qui pourraient revenir jusqu’à payement complet de la part souscrite. Dans l’un ou l’autre cas, la libération de leur part effectuée, ils en sont reconnus associés au moyen d’un reçu tiré d’un livre à souche portant un numéro d’ordre et les signatures du président du conseil d’administration, du secrétaire et de l’administrateur délégué. Chaque associé a, d’ailleurs, un carnet spécial qui indique son avoir dans l’association ; ce carnet est mis à jour par le comptable et visé à chaque inventaire parle trésorier et un membre du conseil d’administration. Après leur payement complet, les parts d’association sont productives d'intérêt à 5 pour 100 ; elles ne peuvent être cédées à qui que ce soit.
- Tout ouvrier ou ouvrière employé dans les établissements J. Thiriez père et fils peut être associé ou simple membre consommateur. Pour devenir associé, il suffit d’en faire la demande à un membre du conseil d’administration, d’adhérer aux statuts et de souscrire une part d’association payable comme nous venons de le dire. Les adhésions sont constatées par l’inscription sur un registre en tête duquel sont transcrits les statuts, ainsi que les nom, prénoms, domicile et qualité de l’associé. Quant à ceux qui désirent seulement jouir des avantages du magasin social sans faire partie de l’association, ils n’ont qu’à se faire inscrire au magasin à leur premier achat.
- Aussitôt qu’un ouvrier associé cesse de faire partie des établissements Thiriez, non seulement il ne peut continuer à s’approvisionner au magasin social (à moins que, sur sa demande, appuyée par les patrons, le conseil d’administration ne l’y autorise à titre d’ancien ouvrier et comme membre non associé), mais encore il est remboursé de son avoir dans l’association ; le jour de sa sortie, il ne lui est pas compté d’intérêts depuis le dernier inventaire et les bénéfices résultant de l’exercice en cours ne lui sont payés qu’après l’inventaire qui suit son départ en même temps qu’aux autres associés.
- Tout associé peut se retirer quand bon lui semble. Il lui suffit de prévenir le conseil d’administration et son avoir lui est aussitôt remboursé.
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- Le conseil peut exclure de l’association, après l’avoir entendu, tout sociétaire qui travaille contre les intérêts communs et cherche par des propos malveillants à nuire à la considération de l’association ou par des manœuvres quelconques à semer la désunion parmi ses membres.
- Si un sociétaire meurt, son avoir est remis à ses ayants droit à leur première demande.
- La veuve d’un sociétaire décédé peut alors être autorisée par le conseil d’administration à remplacer son mari dans l’association.
- Quant aux héritiers ou créanciers d’un associé, ils ne peuvent, sous quelque prétexte que ce soit, provoquer d’apposition de scellés sur lesbiens ou valeurs de l’association, ni s’immiscer en aucune manière dans son administration. Ils sont tenus de s’en rapporter aux inventaires.
- L’association est administrée par un conseil de douze membres, élus en assemblée générale. Ce conseil est nommé pour trois ans. Après ce délai, il est renouvelé par tiers chaque année, les deux premières années par voie de tirage au sort; les membres sortants sont toujours rééligibles. Il se réunit au moins une fois par mois au siège social et nomme un président, un vice-président, un secrétaire et un trésorier ; il faut toujours au moins sept membres pour qu’une délibération soit valable. C’est lui qui règle les achats et les articles à acheter, détermine le tarif des ventes, vérifie la qualité des marchandises et reçoit les observations des acheteurs, fixe le traitement du personnel, etc., et fait généralement tous les actes que nécessite la gestion de l’association. 11 nomme un administrateur délègue, qu’il charge d’exécuter ses décisions et particulièrement celles concernant l’achat et la vente, et il peut le choisir en dehors du conseil. Cet administrateur délégué a seul la signature sociale, mais il n’en peut faire usage pour aucun emprunt, tout emprunt pour engager l’association devant être voté en assemblée générale et contresigné par le président du conseil d’administration, ainsi que par le vice-président et le trésorier.
- L’administrateur délégué, responsable de tous ses actes, doit fournir un cautionnement que fixe le conseil. Il n’est élu que pour trois ans, mais il est toujours rééligible. Il est entièrement sous la dépendance du conseil, qui peut le révoquer; c’est le conseil qui juge les difficultés qu’il peut avoir avec les associés, et c’est d’accord avec ce conseil qu’il prend les employés chargés de l’aider dans ses fonctions. Il assiste aux séances et y a voix consultative. Ses fonc-
- tions sont rétribuées, à moins qu’on ne trouve un sociétaire qui consente à les remplir gratuitement.
- Une assemblée générale a lieu tous les ans en avril. Des assemblées générales extraordinaires peuvent être convoquées par le conseil s’il le juge utile. Le conseil peut aussi être appelé à convoquer l’assemblée, s’il en est requis par une demande de la moitié plus un des associés. Ses convocations ont lieu par un avis affiché au siège social pendant les quinze jours qui précèdent la réunion. Cette assemblée se compose de tous les sociétaires âgés de vingt et un ans et possédant une part d’association entièrement payée ; tous les associés y ont voix délibérative, mais ne peuvent se faire représenter; leur vote a lieu par tête et non en raison du nombre des parts des associés. Elle est présidée par le président du conseil d’administration, et, à son défaut, par le vice-président. L’ordre du jour est arrêté par le conseil et affiché, mais une réunion de vingt sociétaires qui aurait une proposition à faire peut appeler le conseil à la soumettre en assemblée, sous condition de la déposer au siège social, revêtue de leurs signatures, dix jours avant la réunion. A la séance, les décisions sont prises à la majorité des voix et, en cas de partage, la voix du président est prépondérante. Il doit y avoir au moins le quart des associés présents; mais, en cas contraire, il est fait une nouvelle convocation sous les huit jours et l’assemblée délibère quand même.
- Toutes les ventes se font au comptant, au prix ordinaire du commerce de détail. Cette coutume a été établie dans le but d’apprendre l’ouvrier à gérer lui-même son petit pécule sans être obligé de faire des retenues sur son salaire. Dans les sociétés où l’on fait crédit, aux jours de paye, l’ouvrier n’a presque rien à toucher, situation très fâcheuse qui peut aigrir certains travailleurs et qu’exprime fort bien cet ouvrier de Bessèges, qui, lors des dernières grèves, disait au citoyen Fournière : « Voici vingt-cinq ans que je travaille dans la mine et il ne m’est pas arrivé une seule fois de voir dans ma main une pièce de 20 francs. » Toutes les ventes sont inscrites, du reste, sur un carnet spécial qui reste aux mains de l’acheteur.
- Le carnet de compte courant de chaque associé est divisé en deux parties : le compte réel et le compte supposé. Le compte réel est celui qui mentionne le compte exact de l’acheteur, c’est-à-diré le détail des versements, des intérêts et des sommes retirées ; le compte supposé est dressé en supposant que l’acheteur laisse à la Société en son nom tous
- Supplément a l’Industkib textile du 13 Octobhe.
- ni. — ‘20e Fascicule.
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- ses bénéfices, et qu’il laisse capitaliser bénéfices et intérêts. De cette façon, en comparant son compte réel à son compte supposé, l’associé se rend parfaitement compte de l’épargne importante que lui fourniraient, au bout d’un certain nombre d’années, tous ses bénéfices capitalisés, s’il ne les touchait pas à chaque inventaire.
- Tous les ans, au 31 mars, l’inventaire est fait par le conseil et les agents de l’association. Les bénéfices nets (c’est-à-dire frais généraux déduits après payement de l’intérêt du capital) sont ainsi répartis :
- 5 pour 100. à la caisse de prêts;
- 5 pour 100 à la réserve sociale ;
- 90 pour 100 aux acheteurs, associés ou non, au prorata de leurs achats.
- Seuls, les consommateurs dont les achats ont atteint le chiffre de 50 francs par semestre ont droit à cette dernière répartition. Un inventaire approximatif est également fait le 30 septembre pour permettre la distribution des bénéfices semestriels.
- La dissolution de Cette société coopérative ne pourrait avoir lieu que si la moitié du fonds social Se trouvait absorbé par des pertes. Dans ce cas, le conseil serait tenu de provoquer la réunion de l’assemblée générale, qui pourrait faire discuter cette dissolution, mais seulement à la majorité des deux tiers des sociétaires. La délibération qui prononcerait la dissolution déterminerait le mode de liquidation.
- Société coopérative des, Blanchisserie et Teinturerie de Thaon.
- Au début de la Société de Thaon, en 1872, la direction avait créé un économat pour l'usage exclusif de ses ouvriers. Dès que le personnel ouvrier eut acquis une certaine stabilité, cette institution fut transformée en boulangerie coopérative d’abord.
- Cette boulangerie était administrée par un comité de quinze ouvriers nommés par une assemblée générale des sociétaires. C’est au sein de ce comité qu’on choisissait un président et un vice-président, éligibles pour un an seulement. Les premiers accessoires de boulangerie, tels que pétrins, corbeilles, balances, etc., avaient été achetés grâce à un premier versement de 5 francs faits à fonds perdus par chaque sociétaire; un second versement de 10 francs
- minimum (pouvant être effectué au besoin par versement de 2 fr. 50 dans un délai de quatre quinzaines) avait eu lieu antérieurement pour les achats de farine, combustible, salaire du boulanger, location et entretien du four et autres frais divers. Chaque membre était tenu d’acheter son pain à la Société coopérative, et il était stipulé que ceux qui prendraient leur pain ailleurs pouvaient être exclus de la Société. Deux membres du comité, à tour de rôle, faisaient la vente, qui avait lieu tous les jours, de sept heures à neuf heures du soir, excepté le dimanche, où elle était faite de six heures à huit heures du matin. Chaque sociétaire était muni de deux livrets. Dans l’un, on faisait les inscriptions journalières, il était arrêté le mercredi soir, jour de paye, et si le sociétaire ne payait pas régulièrement à la quinzaine, on lui retenait d’office le tout à la fabrique, la quinzaine suivante. L’autre livret concernait l’extrait du grand-livre pour ce qui le concernait. Disons toutefois qu’il pouvait être accordé crédit à un sociétaire qui, par suite d’une maladie, se serait trouvé dans l’impossibilité de subvenir à ses besoins; ce crédit, dans tous les cas, était fixé par le comité et suivant la situation de l’intéressé.
- A la fin de l’année, les bénéfices étaient répartis entre les sociétaires au prorata de leurs achats et portés à leur compte, chacun pouvant en demander du reste le remboursement, lequel ne pouvait lui être fait que vingt jours après qu’il en eût fait la demande au président. Enfin, en aucun cas, les 10 francs versés à la formation de la Société coopérative pour les frais de premier établissement ne pouvaient être remboursés que si un membre de la Société devait la quitter par force majeure ; dans tout autre cas, il fallait attendre que l’inventaire suivant fût fait et les comptes arrêtés.
- En 4 886, cette boulangerie coopérative fut transformée en société civile anonyme, à capital variable, et elle existe depuis cette époque, fonctionne et prospère extraordinairement sous le régime des statuts suivants :
- Entre les soussignés : Munsch Louis et tous ceux qui seront admis par la suite,
- Il est formé une Société civile anonyme coopérative à capital variable, aux conditions ci-après.
- Article premier. — La Société a pour objet l’achat, la préparation, la confection et la vente aux associés et au public des denrées et marchandises servant à l’alimentation, à l’habillement, à l’enseignement et autres usages courants.
- Elle pourra acheter ou construire des bâtiments pour
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- emmagasiner, préparer et vendre les matières alimentaires et autres mises en vente.
- Art. 2. — Elle prend la dénomination suivante : Société de coopération de Thaon.
- Art. 3. — Le siège de la Société est à Thaon.
- Art. 4. — La Société sera définitivement constituée et commencera le jour où les sociétaires seront au nombre de vingt au moins.
- Elle finira au jour du premier inventaire qui suivra l’expiration de la dixième année à partir de la constitution définitive.
- Art. 5. — Chacun des sociétaires soussignés s’engage à verser à la caisse sociale une mise de fonds de 12 fr. 50, payable le jour même où la Société sera définitivement constituée.
- Chaque sociétaire nouvellement admis devra s’engager à verser une somme égale à celle déjà versée par chacun des anciens sociétaires à titre de mise de fonds, plus les sommes déterminées par l’article 9 ci-après.
- Le capital social, formé des mises de fonds de tous les sociétaires, est susceptible d’augmentation et de diminution, conformément aux dispositions des articles 48 et suivants de la loi du 24 juillet 1867 sur les sociétés; mais il ne peut, par la reprise des apports, autorisée par ledit article 48, être réduit au-dessous de 250 francs.
- Art. 6. — Le versement des mises de fonds est constaté par un récépissé au nom du sociétaire. Ce récépissé est signé du président et du secrétaire du conseil d’administration. Il n’est pas négociable et ne peut en conséquence être cédé ni transmis à qui que ce soit.
- Art. 7. — Outre la mise de fonds dont il est question plus haut, chaque sociétaire verse à la caisse sociale une cotisation annuelle dont le montant est déterminé par le conseil d’administration ou par l’assemblée générale, sur la proposition du conseil d’administration.
- Art. 8. — La Société peut toujours admettre de nouveaux sociétaires; l’admission des sociétaires nouveaux ne peut avoir lieu qu’en vertu de la décision de l’assemblée générale, après avis et proposition du conseil d’administration. Les effets partent de l’inventaire qui suit la délibération portant admission.
- Art. 9. —Le sociétaire nouveau jouit des droits et reste soumis aux obligations résultant, soit des présents statuts, soit des délibérations de l’assemblée générale dont il est considéré comme ayant une parfaite connaissance. Il verse à la caisse sociale: i° une somme égale à celle versée par chacun des anciens sociétaires à titre de mise de fonds; 2° une somme à fixer par le conseil, représentant l’équivalent de la part proportionnelle de chaque sociétaire dans les réserves sociales et dans les bénéfices réalisés et non répartis; 3° une autre somme de 10 francs en compensation des avantages résultant pour l’associé nouveau des soins et dépenses d’organisation de la Société, de l’amortissement antérieur de l’outillage social et de la constitution du fonds de liquidation.
- Cette dernière somme de 10 francs est portée à un fonds de liquidation, lequel est acquis à la Société jusqu’à sa dissolution, sans remboursement aucun aux associés qui cessent, pour une cause quelconque, de faire partie de la Société.
- Les intérêts à 5 pour 100 de la balance de ce compte sont passés à chaque inventaire par frais généraux.
- Dans le cas où l’associé nouveau ne pourrait verser
- immédiatement le montant des trois dernières cotisations ci-dessus, son compte courant avec la Société portant intérêt à 5 pour 100 l’an, arrêté à chaque inventaire, en serait débité et serait ensuite balancé au moyen d’un versement de 2 fr. 50 effectué le lendemain de chaque paye de quinzaine à la Blanchisserie et Teinturerie de Thaon.
- Faute de réalisation exacte de ces payements, l’exclu-, sion pourrait être prononcée contre le sociétaire. Sur le remboursement auquel il pourrait alors avoir droit, il serait prélevé au profit du fonds de liquidation ce qui pourrait rester à verser sur les 10 francs et les intérêts attribués à ce fonds.
- Art. 10. — Tout sociétaire peut se retirer de la Société au moyen d’une déclaration consignée sur un registre spécial, tenu au siège de la Société ; la retraite part de l’inventaire du semestre dans Je courant duquel a été faite la déclaration.
- Art. 11. — L’assemblée générale extraordinaire a le droit de prononcer l’exclusion d’un sociétaire.
- Toutefois, l’exclusion ne sera définitive qu’après deux délibérations tenues à quinze jours d’intervalle.
- Les effets partiront de l’inventaire suivant.
- Art. 12. — La retraite et l’exclusion des sociétaires cessent d’être praticables si le capital est réduit au minimum fixé par l’article 5.
- Art. 13. — Lors de la retraite volontaire ou forcée du sociétaire, la Société lui rembourse contre remise de son récipissé : 1° la mise de fonds; 2° sa part du fonds de réserve; 3° sa part de bénéfice suivant l’inventaire d’où part la retraite ou l’exclusion. S’il y a des pertes, le remboursement n’a lieu que sous la déduction de la part dans ces pertes. La somme à rembourser reste dans la caisse sociale jusqu’à la clôture de l’inventaire suivant, pour garantie des éventualités de l’inventaire.
- Art. 14. — Un règlement particulier, proposé par le conseil d’administration et approuvé par l’assemblée générale ordinaire, détermine au surplus les conditions de l’admission, de la retraite et de l’exclusion des associés.
- Art. 15. — En cas de retraite volontaire ou forcée d’un sociétaire, de même qu’en cas de décès d’un sociétaire, la Société n’est pas dissoute ; elle continue de plein droit entre les autres membres, sans qu’en aucun cas il puisse y avoir lieu à apposition de scellés ni à inventaire spécial.
- Le sociétaire sortant et les représentants du sociétaire décédé n’ont droit qu’au remboursement des sommes indiquées sous l’article 13.
- Art. 16. — La Société est administrée par un conseil composé de seize membres nommés par l’assemblée générale et choisis parmi les sociétaires.
- Art. 17. — Le conseil se renouvelle par quart chaque année; les membres sortants sont toujours rééligibles.
- En cas de vacance, pour une cause quelconque, dans le courant de l’année, le conseil pourvoit provisoirement au remplacement.
- Art. 18. — Chaque année, le conseil nomme parmi ses membres un président, un vice-président et un secrétaire.
- Le président du conseil représente la Société en justice, tant en demandant qu’en défendant; il la représente aussi dans tous les actes qui l’intéressent, tous pouvoirs lui étant dès à présent donnés à cet effet.
- Art. 19. — Le conseil d’administration se réunit au lieu désigné par la convocation aussi souvent que les besoins
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- de la Société l’exigent et au moins deux fois par semestre.
- La présence de neuf membres au moins est nécessaire pour la validité des délibérations.
- Les délibérations sont prises à la majorité des voix. En cas de partage, la voix du président est prépondérante. Si la majorité n’est que de cinq voix, la minorité peut demander le renvoi à une autre séance.
- Les délibérations du conseil sont transcrites sur un registre spécial et signées au moins du président et du secrétaire. Les copies ou extraits sont certifiés par le président.
- Art. 20. — Le conseil a les pouvoirs les plus étendus pour la gestion des biens et affaires de la Société.
- Il pourvoit à l’établissement, à l’aménagement, à l’approvisionnement des magasins sociaux, à la préparation, suivant les procédés qui lui paraissent les plus convenables, des denrées et marchandises destinées à la vente. Il règle le mode et les conditions de la vente. 11 petit transiger, compromettre, donner tous désistements et mainlevées avec ou sans payement.
- Il arrête les comptes à soumettre à l’assemblée générale et propose l’emploi à faire des bénéfices.
- En cas de construction de bâtiments, il traite, s’il le croit convenable, avec tous les entrepreneurs, aimablement ou par adjudication publique. 11 règle, s’il y a lieu, le mode et les conditions des emprunts hypothécaires par voie d’émission d’obligations ou tout autre adoptée par l’assemblée générale extraordidaire.
- Art. 21. — Le conseil peut déléguer tout ou partie de ses pouvoirs à un ou à plusieurs agents pris dans son sein ou parmi les autres associés.
- Art. 22. — Les fonctions de membre président ou secrétaire du conseil d’administration sont gratuites. Celles des agents sont régies par la délibération du conseil qui les nomme.
- Art. 23. —11 est nommé chaque année, dans l’assemblée générale ordinaire, un commissaire associé ou non chargé de remplir la mission de surveillance prescrite par la loi.
- 11 a droit, en tout temps et toutes les fois qu’il le juge convenable dans l’intérêt social, de prendre communication des livres pour examiner les opérations de la Société. En cas d’urgence, il a le droit de convoquer l’assemblée générale.
- Il peut, en outre, recevoir en dehors de l’administration telles attributions qu’il convient à l’assemblée générale de lui conférer.
- Art. 2Zi. — A la fin de chaque semestre, le commissaire fait un rapport à l’assemblée générale ordinaire sur la situation de la Société, sur le bilan et sur les comptes présentés par les administrateurs.
- Il doit remettre ce rapport au conseil au moins quinze jours avant la réunion de l’assemblée générale.
- Il est alloué au commissaire la rétribution que fixera l’assemblée générale.
- Art. 25. — L’assemblée générale représente l’universalité des sociétaires. Tous les associés sont appelés à en faire partie.
- Art. 26. — L’assemblée est ordinaire ou extraordinaire. L’assemblée générale ordinaire entend le rapport du commissaire sur la situation de la Société, sur le bilan et sur les comptes présentés par les administrateurs.
- Elle discute et, s’il y a lieu, approuve ces comptes et fixe l’emploi des bénéfices. Elle statue en ce qui concerne la gestion courante des affaires sociales.
- Sont soumises aux règles des assemblées extraordinaires celles qui ont à délibérer sur :
- 1° La constitution de la Société;
- 2° Des modifications ou des extensions à l’objet de la Société ;
- 3° L’achat d’immeubles ou la construction de bâtiments;
- k° Les emprunts hypothécaires ;
- 5° L’exclusion des membres et l’admission de membres nouveaux;
- 6° Des modifications aux statuts ;
- 7° La continuation de la Société au delà du terme fixé ou sa dissolution avant ce terme.
- Art. 27. — Les assemblées générales ordinaires sont régulièrement composées si la moitié des sociétaires sont présents ou représentés.
- Pour la régularité des assemblées extraordinaires, la représentation des deux tiers au moins des membres est nécessaire.
- L’assemblée générale ordinaire se réunit après chaque inventaire.
- Art. 28. — En outre, l’assemblée générale peut être convoquée, soit par le conseil d’administration, soit dans les cas légalement prévus par le commissaire.
- La convocation doit aussi avoir lieu si le quart des associés en fait la demande par écrit au conseil d’administration en indiquant l’objet de la réunion.
- Art. 29. — Les convocations ont lieu au moins deux jours à l’avance par affiches apposées ou comme le décidera le conseil d’administration.
- En cas d’assemblée extraordinaire, les placards indiquent l’objet de la réunion.
- La convocation sera tenue pour régulière, à moins que des protestations soient faites dans l’assemblée générale même et que celle-ci n’en reconnaisse le bien fondé, auquel cas il y aurait lieu à convocation nouvelle.
- Art. 30. — Il ne peut être discuté, dans les assemblées générales, que des questions touchant à l’objet de la Société. L’ordre du jour est fixé par le conseil d’administration. Toutefois, il y est fait des additions si vingt membres au moins en font par écrit la demande signée et adressée trois jours à l’avance au conseil d’administration.
- Art. 31. — Les assemblées générales sont présidées par le président, à son défaut, par le vice-président du conseil d’administration. En cas d’absence de tous les deux, la présidence est dévolue par élection.
- Au président sont adjoints, comme assesseurs, le plus âgé et le plus jeune des membres majeurs présents. Le bureau choisit son secrétaire.
- Art. 32. — Nul ne peut se faire représenter aux assemblées générales si ce n’est par un sociétaire.
- Le bureau est juge de la régularité de la procuration.
- Art. 33. — Dans toutes les assemblées générales, les délibérations sont prises à la majorité des voix des membres présents ou représentés. Dans les assemblées extraordinaires, cette majorité doit comprendre le quart des sociétaires.
- Art. 3l\. — Les délibérations de l’assemblée générale sont constatées par des procès-verbaux inscrits sur un registre spécial et signés des membres du bureau. La liste de présence y est annexée.
- Les copies et extraits sont signés par le président et le secrétaire du conseil d’administration.
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- Art. 35. — Tous les six mois, aux dates des 31 mai et 30 novembre, il est dressé un inventaire général de l’actif et du passif de la Société. Cet inventaire, examiné d’abord par M. le commissaire, est mis à la disposition des sociétaires, ainsi que le bilan et le rapport du commissaire au moins cinq jours avant celui de l’assemblée générale ordinaire semestrielle de juin et décembre.
- Le premier inventaire sera dressé, quelque soit le temps alors écoulé depuis la constitution, à la date du 31 mai ou du 30 novembre qui suivra la constitution de la Société.
- Il sera soumis à l’assemblée générale ordinaire dans les délais et formes statutaires.
- Art. 36. — Sur les bénéfices nets de chaque exercice constatés par inventaire, il est prélevé 15 pour 100 qui sont affectés : 1° 13 pour 100 à la formation d’un fonds de réserve qui reste la propriété du sociétaire ; 2° 2 pour 100 à la formation d’un compte de prévoyance dont le fonctionnement sera réglé par le conseil d’administration et qui sera employé à venir en aide aux sociétaires qui se trouveraient dans le besoin par suite d’incapacité de travail ou de toute autre cause à apprécier par le conseil.
- Art. 37. — Le surplus du bénéfice sera réparti entre les sociétaires au prorata du chiffre représentant le prix des achats faits pendant le semestre expiré pour le compte de chaque associé.
- Art. 38. — Si l’inventaire constate des pertes, elles sont supportées d’abord par le fonds de réserve, et, au besoin, par le fonds social formé de la mise de tous les sociétaires.
- Art. 39. — L’assemblée générale extraordinaire peut apporter aux présents statuts les modifications dont l’expérience aura fait connaître l’utilité. Elle peut décider notamment :
- 1° L’extension ou la restriction des opérations de la Société ;
- 2° L’augmentation ou la diminution du fonds social;
- 3° La dissolution anticipée ou la prolongation de la Société ;
- A0 La réunion ou fusion avec d’autres Sociétés commerciales.
- Elle peut aussi modifier les attributions d’intérêts, de produits et de bénéfices.
- Art. A0. — Lors de la dissolution de la Société, la liquidation est faite par un ou plusieurs liquidateurs choisis par l’assemblée générale extraordinaire, qui détermine en môme temps le mode de liquidation.
- A partir de la dissolution, la Société n’existe plus que pour sa liquidation sans qu’aucun intéressé puisse, durant cette opération, invoquer des droits particuliers aux choses sociales.
- Les bénéfices réalisés depuis l’inventaire précédent sont répartis conformément aux dispositions de l’article ci-dessus.
- Après l'acquit de toutes les dettes et charges de la Société, le reliquat net, y compris le solde du compte de liquidation, est réparti également entre les sociétaires.
- Art. Al. — Il est attribué juridiction au tribunal de commerce d’Épinal pour tout ce qui concerne la présente Société jusqu’à sa liquidation définitive.
- Fait à Thaon, en autant d’originaux que de parties intéressées, le A janvier 1886.
- Gomme nous l’avons dit tout à l’heure, cette Société est d’une prospérité extraordinaire. Avec un
- capital minime, elle est arrivée, en 1888, à faire pour 153,000 francs d’affaires, qui ont donné un bénéfice net de 21,126 fr. 95, soit 13.8 pour 100 du chiffre des ventes et 93.3 pour 100 du capital engagé,— (le matériel du magasin et de la boulangerie étant aujourd’hui complètement amorti). Ce chiffre d’affaires a suivi la progression que voici :
- 1879. 18.896 fr. 188A... 93.983 fr.
- 1880. 26.637 )) 1885... 105.730 ))
- 1881. A2.118 )) 1886.,. 115.396 »
- 1882. 88.187 )) 1887... 126.72A »
- 1883. 92.878 )) 1888... 153.085 ))
- et les bénéfices ont été dans la même période :
- 1879. 1.391 fr. 188A... 10.20A fr.
- 1880. 3.089 )) 1885.., 13.908 ))
- 1881. 3.883 » 1886... 15.12A »
- 1882. 9.089 )) 1887.., 17.A6A ))
- 1883. 9.713 )) 1888... 21.126 95
- Au 31 décembre \ 888, le capital l liquide se com-
- posait de :
- Capital-actions 1. 610 fr.
- Fonds perdu.. 2. 0A5 »
- Dépôts des sociétaires 8. 32A 05
- Fonds de réser ve 10. 661 50
- Total.... 22. 6A0 55
- se décomposant comme suit :
- Capital- Fonds Dépôts des Fonds de
- actions. perdu. sociétaires. réserve.
- fr. fr. fr. c. fr. c.
- 1879. 605 310 627 65 76 ))
- 1880. 750 380 8A0 10 133 »
- 1881. 8A0 A35 1.A3A 85 AA 8 »
- 1882. .... 1.020 603 1.675 20 831 »
- 1883. .... 1.060 791 1.957 A5 2.127 »
- 188A. .. . 1.060 891 2.067 60 3.136 »
- 1885. .... 1.060 1.050 3.A37 30 A.379 »
- 1886. .... 1.320 1.A91 A.A81 30 6.0A1 »
- 1887. .... 1.3A0 1.6A5 6.003 15 7.985 »
- 1888. .... 1.610 2 0A5 8.32A 05 10.661 50
- De ce qui précède il résulte que, non seulement cette institution a pour avantage de procurer à ses adhérents et au public des denrées de première qualité à des prix modérés, mais elle est encore un excellent stimulant à l’épargne, car elle met, tous les six mois, à la disposition des sociétaires, leur part de bénéfices réalisés qu’ils sont libres de lui laisser en dépôt, leur rapportant 5 pour 100 d’intérêt par an.
- Plus d’un ouvrier a pu, de la sorte, amasser un
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- LES INDUSTRIES TEXTILES
- petit pécule qui lui a permis, dans la suite, d’acquérir un lopin de terre sur lequel, grâce aux prêts hypothécaires de la Société de secours mutuels de l’établissement, il a construit sa maison,
- Société coopérative des établissements cotonniers de MM. Vincent Ponnier et CiQ, à Senonnes (Vosges).
- Ces industriels avaient établi à Senonnes un économat très bien approvisionné, donnant des marchandises de premier choix et au prix de revient, sans prélever aucun bénéfice. Cette institution fonctionnait parfaitement; mais les anciens fournisseurs, leurs parents et amis, firent une telle guerre à cette institution que les chefs de la maison, en présence de l’indifférence des ouvriers, crurent devoir la liquider.
- Ils proposèrent alors aux ouvriers de la remplacer par une société coopérative, ayant des magasins de vente dans les diverses localités où la maison possède des usines et qu’ils exploiteraient à leur profit.
- C’est ce qui a été fait. Une société coopérative a été créée sous le nom d’ « Union des ouvriers de Movenmoutier », comprenant les divers services de boulangerie, épicerie et mercerie. Elle a été constituée à capital variable. La maison a fourni gratuitement le local, le four, la première installation, et elle a fait pour la première mise de fonds quelques avances, qui depuis lors ont été remboursées avec les bénéfices.
- Au début, les actionnaires, au nombre de 1 Al, ont versé 20 francs par action.
- Après le premier exercice, la valeur des actions a été accrue de 20 francs au moyen d’un prélèvement sur les bénéfices, et il a été créé 25 actions nouvelles de 20 francs formant une deuxième série.
- Après le deuxième exercice, une partie des bénéfices a été employée pour porter la première série des actions à 50 francs et verser 8 francs par titre sur la deuxième série.
- Après le troisième exercice, une troisième série d’actions de 20 francs a été créée. Une partie des bénéfices a été mise à la réserve, et le bénéfice de la deuxième série a été ajouté aux actions qui valaient hlx fr. 60 au moment de l’Exposition.-
- Économats.
- Économat de la Société anonyme des tissus de laine des Vosges, au Thillot.
- « Les trois raisons suivantes, — lisons-nous dans une notice qui figure à l’Exposition, — ont engagé la maison à s’occuper de l’économat :
- « 1° Trop souvent des poursuites en payement étaient faites contre des ouvriers, et toujours, ici comme ailleurs, c’étaient toujours les plus malheureux qui en subissaient les conséquences.
- « C’était navrant de voir ces énormes frais de poursuites. Les quelques exemples suivants sont suffisamment édifiants :
- Proportion pour 100
- Noms Créance Noms des Montant des frais de la
- dos débiteurs. poursuivie, créanciers, des frais. créance.
- Veuve Canet......... 15f90 A lf85 32
- Émilie Laurent...... 5 65 B 18 60 330
- Ferdinand Herzog.. 59 85 C 6 85 11
- Madeleine Boileau. 108 » D 21 65 2/i
- Léonie Helle........ 21 95 E 6 95 31
- Alphonse Thiriet... 210 » F 260 » 122
- â21f35 320f 90 76
- « 2° Les usines de la Société se trouvant à un grand kilomètre des magasins d’approvisionnement, les ouvriers demeurant autour des usines formant la majeure partie du personnel se trouvaient, en raison de cette grande distance, très gênés surtout par les gros temps.
- « 3° Enfin, il fallut arriver à trouver des approvisionnements à meilleur compte.
- « Depuis longtemps, il eût été facile de faire cette installation. Malheureusement, le groupe d’ouvriers pouvant s’approvisionner n’était pas assez important pour qu’il fût possible d’avoir la certitude d’un chiffre d’affaires permettant de donner la vitalité nécessaire, étant donné qu’il paraissait indispensable de poser comme condition que le client devait rester aussi libre après qu’avant de se fournir où il lui conviendrait.
- « La force des choses finit bien vite par précipiter l’installation. Les ouvriers ayant demandé, par lettre du 2 août 1887, que la maison créât un économat : « En réponse à la lettre du 2 août, leur fut-il
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- A L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1889.
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- « répondu, lettre signée de la grande majorité des « chefs de famille, pour faciliter les choses, lé ma-« gasin d’approvisionnement que vous demandez « va être installé dans la cour même de T usine aux « lieux et place des chambres du directeur. La mai-« son ne voulant profiter d’aucun bénéfice prendra « ses mesures pour qu’un inventaire soit fait chaque « fin de semestre. Les bénéfices nets seront répartis a aux clients au prorata des fournitures faites. Les « résultats de chaque inventaire seront affichés près « de la porte d’entrée des usines, à l’endroit le plus « visible.
- « Enfin nous devons ajouter que, ne voulant « aucune pression qui puisse forcer les uns' et les « autres à s’approvisionner ici, veuillez prendre note « que ceux qui ne voudront pas user de notre éco-« nomat seront tout aussi bien considérés que ceux « qui s’y approvisionneront. »
- « Quelques jours après, l’économat était installé. 11 fonctionne depuis cette époque dans les meilleures conditions. »
- Actuellement, la maison se charge des achats, qu’elle opère directement sur les lieux de production, parfois même sur place dans certains cas.
- Pour la fourniture du pain, les ouvriers ont choisi eux-mêmes leur boulanger. Il y en a sept dans le bourg du Thillot. On les mit en concurrence au début pendant une semaine, et le choix s’arrêta sur celui qui fournit la meilleure qualité. Aucun engagement cependant n’a été pris avec ce fournisseur.
- L’économat ne s’occupe pas de la fourniture de la viande, celle-ci étant toujours vendue à très bas prix et en bonne qualité.
- Un employé choisi dans le personnel de la maison tient les écritures, surveille le service et vient même aider au détail dans les moments de presse. Les émoluments de cet employé sont de 5 pour 100 sur les bénéfices bruts.
- Quant à la vente au détail, elle est faite par une ouvrière spéciale, admise après concours, de façon à avoir une autorité certaine sur ses compagnes et qui touche 2 et demi pour 100 dans les bénéfices.
- Economat de la Société anonyme linière de Pêrenchies.
- Voici le règlement de cette institution :
- 1. L’économat étant établi uniquement dans l’intérêt du personnel des filatures et du tissage, aucun agent ou
- ouvrier ne peut y prendre de marchandises que pour son usage particulier et celui des membres de sa famille habitant avec lui.
- 2. Tout contrevenant à cette disposition sera immédiatement privé de toute fourniture.
- 3. Il ne sera délivré de marchandise que sur la présentation d’un livret spécial : ce livret sera fourni aux ayants droit par l’économat.
- U- Pour obtenir des marchandises, le porteur d’un livret le remettra au magasin de denrées avec une note écrite mise dans le livret, indiquant la nature et la quantité des marchandises qu’il désire avoir. L’employé du magasin inscrira sur le livret la demande faite; il en fera le produit et le total, la remise des marchandises sera faite ensuite au porteur du livret, avec son livret. Chaque partie prenante est servie à son tour d’arrivée, sans aucune exception.
- 5. Les ouvriers pourront apporter avec eux à leur entrée dans les ateliers leur livret de magasin, dans lequel ils auront inscrit leurs demandes sur une note détachée. Ces livrets, déposés chez le concierge, seront recueillis et remis à l’économat qui délivrera, à la sortie des ateliers, les denrées qui auront été demandées.
- 6. Dans aucun cas, la valeur des marchandises délivrées ne doit dépasser les deux tiers du salaire des ayants droit.
- 7. Le payement des marchandises dont l’inscription est portée au livret de l’économat n’a jamais lieu en espèces; il est fait à la fin de chaque quinzaine pour les ouvriers ou à chaque fin de mois pour les employés, au moyen d’une retenue égale au montant des marchandises prises pendant cette quinzaine ou ce mois, retenue opérée sur le salaire ou le traitement du titulaire.
- 8. Le titulaire d’un livret pourra, avec l’autorisation écrite du directeur, faire dans certains cas des achats au comptant. Ces achats seront relatés sur une facture payable immédiatement à la caisse de la filature.
- 9. Les prix des marchandises sont affichés dans le magasin ; ils sont fixés à raison des prix d’achat.
- 10. Les jours et les heures de distributions de marchandises aux diverses catégories d’ouvriers seront fixés par un avis affiché chez le concierge de l’établissement.
- 11. Tout ouvrier quittant l’usine ne pourra obtenir le décompte du salaire lui revenant qu’après avoir restitué son livret de magasin.
- 12. Le livret de magasin sera retiré à toute personne qui causerait ou tenterait de causer du désordre dans le magasin des denrées.
- Au moment de l’Exposition, le pain ne se vendait pas à l’économat, et on faisait l’essai pour cette denrée d’un système spécial qui permettait à l’ouvrier de l’acheter chez le boulanger qui lui convenait. Le gérant des établissements de la Société anonyme linière avait passé contrat avec tous les boulangers de la localité de Pérenchies pour obtenir d’eux la vente à ses ouvriers, contre cachets remboursables à l’économat, du pain de toutes qualités, à cinq centimes au-dessous de la cote officielle de Lille. On espère que, de la sorte, les ouvriers s’adres-
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- seront au fournisseur qui leur convient et en obtiendront leur pain à meilleur compte, et que de leur côté les boulangers, certains d’être payés comptant, n’ont plus besoin de surélever leurs prix pour compenser les mauvais crédits.
- Le total annuel des ventes de l’économat de la Société anonyme linière de Perenchies est d’environ 180,000 francs.
- Économat du peignage de MM. Vinchon et Cie, à Roubaix.
- Chaque hiver, et pendant les moments de chômage, un économat, installé dans cet établissement, vend aux ouvriers des vêtements, des couvertures, du charbon et des denrées alimentaires.
- De 1871, date de sa création, à 1888, les ventes se sont élevées à 387,000 francs, soit une moyenne de 21,000 francs par an.
- Boulangerie et boucherie des établissements de MM. Th. Michau et C'°, à Beauvois {Nord).
- Une boulangerie fonctionne dans ces établissements uniquement pour le service des ouvriers.
- L’achat à cette institution n’est pas obligatoire. Le pain y est toujours vendu avec une différence en moins sur le prix courant de la semaine.
- Dans les mêmes conditions, on a installé une boucherie; mais les ouvriers peuvent également pour cet article s’approvisionner où bon leur semble.
- CHAPITRE X
- Les sociétés de crédit dans l’industrie textile.
- Les sociétés de crédit à l’usage des ouvriers, — plus communément connues sous le nom de banques populaires, — sont nées du mouvement coopératif contemporain. Nous allons très rapidement retracer leur origine.
- Les premières banques populaires ont été établies
- à Berlin en 18/18, sous l’impression et sous l’influence de la Révolution qui allait accomplir de si grands changements en Europe. La Révolution de 18A8 n’a été elle-même que le développement inévitable de celle de 1789 et du grand courant d’idées qui ont été agitées pendant le xvme siècle. Pour expliquer les origines des banques populaires et des sociétés coopératives de crédit, il faut remonter jusqu’au point de départ de ce courant.
- S’il est un fait historiquement établi, c’est que la Révolution de 1789, aussi bien en France que chez les divers peuples où elle a eu quelque contre-coup, n’a pas exactement correspondu aux théories diverses et aux projets de réformes qui l’ont préparée. Les véritables promoteurs de ces théories et de ces réformes, Fénelon, Boisguilleberf, Vauban, Montesquieu, Quesnay, Turgot, Condillac, en France ; Hume et Adam Smith, en Angleterre; Yerri et Filangieri, en Italie; Campomanès et Florida Blanca, en Espagne, avaient eu surtout en vue une amélioration sérieuse de la condition des classes laborieuses. Us avaient plutôt préparé une réforme sociale qu’une réforme politique. Divers événements ont fait dévier le courant qu’ils avaient provoqué : 1° la guerre de Sept ans, désastreuse pour la France; celle de l’indépendance des États-Unis, désastreuse pour la monarchie des Bourbons dont elle ruina les finances, et les guerres de la fin du xvme siècle qui substituèrent à un mouvement de réformes politiques et sociales un courant militaire; 2° la résistance des classes supérieures et de la royauté elle-même à ce courant de réformes qui prit, après les malheurs de la guerre de Sept ans, un caractère révolutionnaire avec Diderot, Rousseau et Condorcet, et même communiste avec Morelly, Mably et Brissot; 3° le développement de l’industrie manufacturière et la transformation du travail sous l’influence de l’emploi de la vapeur, qui désorganisèrent les anciens ateliers et disposèrent les esprits à placer les ouvriers sous une sorte de quasi-servitude.
- L’Assemblée constituante avait cru faire la part des classes laborieuses en abaissant toutes les taxes de consommation. De 1791 à 180A, les classes laborieuses n’ont payé aucun impôt. Cela explique, après la guerre et ses succès, leur silence pendant la Révolution. Mais quand Napoléon eut rétabli les taxes de consommation, il ne resta plus rien pour les classes laborieuses des conquêtes de cette dernière. L’abolition des dîmes, celle des droits féodaux, la vente des biens nationaux ne les concernaient pas ; celle
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- des tailles avait été très peu de choses pour elles. Elles n’étaient même pas libres de défendre leurs salaires. Dans une communication récente (1888) faite à l’Académie des sciences morales et politiques, l’un des professeurs les plus distingués de l’Ecole de droit de Paris a pu dire, sans être contredit, que le Code civil ne connaissait pas les classes laborieuses, qu’il n’avait rien prévu pour elles. Par contre, le Code pénal y avait largement suppléé.
- Ces explications sont nécessaires pour comprendre comment le grand mouvement populaire dont Fénelon et Vauban avaient été les inspirateurs a pu aboutir, après les plus cruels malheurs, à une Constitution qui ne reconnaissait le droit de vote qu’à 90,000 personnes sur 30 millions d’habitants, puis qu’à 200,000 sur 34 millions, et qui interdisait à tous les gens vivant de salaire de se réunir pour le défendre ; comment dès lors les systèmes de Fourier, Saint-Simon, Robert Owen, acceptés par les esprits qui étaient au courant des théories socialistes du siècle dernier, courant dont Babeuf et Buonarotti ont été les metteurs en œuvre, se sont sourdement propagés parmi les ouvriers des villes, agglomérés dans les usines et les manufactures. La petite société officielle de 200,000 électeurs ne s'en occupait nullement ; c’est à peine si l’éclat des pamphlets de Louis Blanc et de Proudhon, dans les dernières années de la monarchie de Juillet, put faire penser à quelques esprits inquiets et soupçonneux que le sous-sol contenait bien des mécontents, bien des victimes et bien des ennemis de l’ordre social.
- Aux théories de Morelly et de Mably, aux projets chimériques de Fourier et de Robert Owen, aux plans humanitaires de Saint-Simon, Louis Blanc et Proudhon substituèrent des discussions plus directes sur les intérêts positifs, immédiats des ouvriers, sur leur part dans les jouissances sociales et dans les bénéfices de la production ; ils trouvèrent le terrain déjà préparé par les économistes. Turgot, Ricardo avaient depuis longtemps enseigné que, par l’effet de l’application au travail et au salaire de la loi de l’offre et de la demande, le travailleur était toujours réduit au minimum de la rémunération, et que ce minimum suffisait à sa subsistance. Sismondi, Rossi n’étaient pas éloignés d’accepter les mêmes idées.
- Lassalle et Karl Marx les propagèrent en Allemagne en les présentant sous une sorte d’appareil scientifique. Ils soutinrent que les travailleurs ne recevaient pas leur juste part et qu’ils ne pouvaient améliorer
- leur condition en s’élevant jusqu’à la possession d’un capital.
- Dans la plupart des autres États de l’Europe, il n’avait pas été accordé plus d’attention à ce mouvement qu’en France ; partout la Révolution de 1848 surprit les gouvernements et les trouva imprévoyants, impuissants, désarmés.
- Sans doute, dès la fin de 1848, des hommes cFÉtat, des économistes, des publicistes, MM. Thiers, Tro-plong, Bastiat, Michel Chevalier, l’habile argumen-tateur contre Louis Blanc, mettaient les fers au feu; mais l’intluence de leurs écrits est demeurée très limitée, car aux théories ils répondirent plutôt par d’autres théories que par des faits. Remarquons que Proudhon, Louis Blanc, Lassalle, Karl Marx et puis Rodbertus, Engels, Schœllle; M.-H. Georges, s’appuyaient ou se sont appuyés sur les idées qui régnaient depuis longtemps dans les classes supérieures, que Voltaire a considérées comme la base même de l’ordre social, qu’à soixante ans d’intervalle Turgot et Ricardo ont démontrées comme résultat final des lois économiques ; remarquons encore que Sismondi, Léon Faucher, Blanqui ont ajouté que cette condition était devenue plus dure encore par la transformation du travail manuel en travail mécanique et par l’application à ce dernier de la vapeur. Des livres, des discours, des pamphlets ne suffisaient plus.
- #
- C’est ce que comprit un magistrat allemand éminent, M. Schulze, né à Delilsch. M. Schuîze s’est montré homme supérieur; il a fait sur une vaste échelle de prudentes expérimentations sociales ; son nom ne doit pas être oublié. Il est parti des principes suivants :
- 1° Le salaire laisse aux classes laborieuses, toutes dépenses légitimes satisfaites, un surplus qui, par l'épargne et la fructification de l’épargne, leur permet d’accumuler un capital et d’améliorer ainsi leur condition naturelle et morale; 2° elles possèdent dans leur probité, leur application au travail, leur habileté technique, un capital immatériel de grande valeur; il importe de le dégager, de le mettre en œuvre; 3° elles y parviendront par l’association, la mutualité,la solidarité,d'où l’idée de la coopération; 4° elles ne doivent compter que sur elles-mêmes, que sur elles seules (.selbsthülfe).
- Ces principes répondaient aux accusations des
- Supplément a l’Industrie textile du 15 Octobre.
- iii. — 21e Fascicule.
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- socialistes. Us étaient plus catégoriques que les raisonnements de M. Thiers, les thèses de M. Mignet et même que l’harmonie générale de Bastiat. Us révélaient une connaissance supérieure des faits sociaux, ils remplaçaient les discussions académiques par la vérification des faits. Us renfermaient cependant une idée dont l’exactitude et l’application ne pouvaient être entièrement acceptées. Schulze-Delitsch, qui s’appuyait sur la solidarité des travailleurs, a laissé dans l’oubli la solidarité supérieure des diverses classes sociales, fondement de la société. Nous allons voir un autre réformateur démontrer par les faits la méprise de Schulze-Delitsch. Nous constaterons même que ce dernier a dû avoir recours à cette solidarité supérieure et générale.
- Un succès extraordinaire, — et pour beaucoup de bons esprits encore inexplicable, — a répondu à la pensée de Schulze-Delitsch. II n’a pas, il est vrai, ménagé sa peine, car, de 1848 à 1882, il s’est tout entier consacré à son œuvre.
- D’après le compte rendu de 1885, il n’y a pas moins de 2,148 banques populaires, sur lesquelles 896 ont fait connaître le résultat de leurs opérations pour ladite année. Les mises sociales se sont élevées à 107 millions 841,000 marks, les réserves à 21 millions 581,000 marks, les dépôts divers à 401 millions 801,000 marks, les avances à 507 millions 806,000 marks, les escomptes à 391 millions 429,000 marks, les comptes courants à 520 millions 225,000 marks, le tout au 31 décembre 1885. Ces résultats ne représentent probablement que la moitié ou les deux tiers de l’ensemble des 2,148 banques populaires allemandes. U en résulte qu’elles forment déjà un instrument plus puissant que la Banque d’Angleterre ou que la Banque de France.
- Nous ajouterons que les banques populaires ne sont qu’un des éléments de l’œuvre de Schulze-Delitsch : il a embrassé, dans ses diverses parties, l’ensemble des institutions du crédit populaire. De là les sociétés coopératives de production au nombre de 1,070 en 1885, celles de consommation au nombre de 678, et celles de construction au nombre de 33.
- Ces résultats ont rencontré deux sortes d’adversaires : 1° les amis et les agents du gouvernement et des classes supérieures, qui ont craint de trouver en face d’eux un mécanisme indépendant et puissant qu’ils ne pourraient diriger, — ce sont les moins dangereux ; — et 2° les socialistes, qui ont soutenu que les banques populaires ne profitaient pas aux
- classes laborieuses et qu’elles n’avaient pas changé la société.
- D’après les relevés de 1884, sur 802 banques populaires, les sociétaires se classent ainsi : petits industriels, 30 pour 100 ; — petits propriétaires et cultivateurs, 25 pour 100; — ouvriers de la grande industrie, 5 pour 100; — agriculteurs, 3 pour 100; — marchands en détail, 10 pour 100; — marins et voituriers, 5 pour 100 ; — employés et domestiques, 3 pour 100 ; — rentiers, 8 pour 100 ; — classes libérales, 7 pour 100. La clientèle des banques populaires est donc surtout dans les derniers rangs des classes moyennes, celles qui se renouvellent sans cesse dans le milieu des salariés ; elles accomplissent donc réellement leur fonction. C’est ce qu’il faut bien comprendre, c’est en facilitant le passage du salarié à la condition de petit patron, transformation intéressante, échelle de Jacob permanente, qu’elles améliorent la condition de l’ouvrier.
- 11 est vrai que les banques populaires n’ont pas changé la société, mais elles l’ont améliorée; c’est le résultat que peuvent se proposer des réformateurs Sérieux. Elles ont complété la preuve, déjà préparée par les caisses d’épargne, que le salaire comporte bien un élément générateur du capital, que les théorèmes de Turgot et de Ricardo reposaient sur des observations insuffisantes, et les accusations des socialistes sur des bases fausses. Depuis, les caisses d’épargne postales et scolaires ont rendu la démonstration plus palpable encore.
- Le mécanisme des banques Schulze-Delitsch est fort simple : chaque banque est indépendante ; elle est constituée par les- sociétaires solidairement responsables, au prorata de leurs actions, des opérations sociales. Les sociétaires sont admis par le conseil d’administration, sauf appel à l’assemblée générale. La part sociale est la même pour tous, chaque sociétaire ne peut en avoir qu’une seule. U la paye par acomptes mensuels. Les sociétaires ont seuls droit aux avances et à l’escompte qui ne peuvent dépasser le double des versements. Les avances sont faites contre remises d’effets négociables. Elles ne peuvent excéder 1,000 francs par sociétaire.
- Tout ce qui est au delà du double des versements doit être garanti par une caution solidaire. La durée movenne des avances est de trois mois. L intérêt et les commissions représentent en moyenne 8 à 9 pour 100. La banque est gérée par un comité renouvelable par tiers chaque année. Les bénéfices sont répartis chaque année. Tout sociétaire peut
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- quitter la Société en prévenant six mois à l’avance; il n’a droit qu’à ses versements, payables cinq mois après sa sortie. 11 reste tenu des engagements sociaux pendant deux ans. Il peut être rayé par décision de l’assemblée générale s’il manque à ses engagements. Les banques acceptent les dépôts de toute personne. La solidarité des sociétaires sert de garantie; c’est la meilleure preuve de la solidarité générale des classes. Enfin une banque centrale établie à Berlin sert d’intermédiaire entre toutes les banques. Elle est actuellement dirigée par M. Schenk.
- Six ans après la fondation à Berlin, en 1848, de la première banque populaire, M. Raffeisen en établissait une à Heddersdorf-Neuwied, dans le Palatinat, sur un mode différent. Schulze-Delistch s’était placé sur le terrain économique classique; il avait dit aux classes laborieuses : « Ne comptez que sur vous-mêmes, épargnez, réunissez vos épargnes, adminis-trez-les solidairement, les capitaux viendront à vous. » M. Raffeisen accepte ces mêmes bases, mais il les modifie et les complète. Il dit aux classes laborieuses : « Les banques populaires ne doivent pas rechercher le lucre. 11 ne peut être pour elles question de dividende, l’assistance mutuelle seule doit procurer le bien-être aux travailleurs. » C’est là en effet une différence fondamentale avec Schulze-Delistch. Il y a mieux : la banque populaire, de l’avis de M. Raffeisen, doit être considérée comme un mécanisme social, une institution sociale. Fait-elle des bénéfices? Forme-t-elle des réserves? Tout ce qui excédera les parts ou mises des sociétaires reviendra à la nation, à l’État, en cas de dissolution, afin de servir de fonds à d’autres banques populaires. Les sociétaires ne sont pas ici propriétaires du fonds social. Ils n’ont droit qu’à leurs mises sociales et à un intérêt annuel qui ne doit pas dépasser 4 pour 100.
- Malgré ces différences, le succès n’a pas été moins extraordinaire. En 1882, 121 banques populaires type Raffeisen (Darlehn’s Casse Verein) sur 300 ont envoyé leurs comptes rendus ; en 1886,300 sur 1,000. Il résulte de la statistique de 1882 que les opérations de chaque banque Raffeisen sont en moyenne aussi élevées que celles des banques Schulze-Delistch plus anciennes.
- Voilà donc 3,000 banques populaires en Allemagne, disposant d’énormes capitaux. Les banques Raffeisen sont, il est vrai, plus agricoles qu’urbaines; c’est l’inverse pour les banques Schulze-Delistch. Elles se sont propagées dans la vallée du
- Rhin, où elles ont opéré une amélioration morale considérable.
- *
- * =»
- Deux causes expliquent le succès si remarquable des banques populaires allemandes : la libre disposition des épargnes des classes laborieuses, et la tradition immémoriale des races germaniques en faveur de l’association. Les mêmes causes ont exercé leur influence en Russie. Nul peuple en Europe ne pratique, surtout dans les masses profondes des classes laborieuses, l’association depuis plus longtemps et avec plus de succès que ce peuple russe, comme l’attestent le mir pour la culture du sol et l’artèle pour le commerce et l’industrie.
- A la suite des lois sur l’émancipation des serfs, M. Longuinine, qui a été le promoteur des banques populaires en Russie, se rendit à Berlin, étudia le mécanisme des banques Schulze-Delistch, et installa en 1864 la première banque populaire russe à Ra-gestwenkoï avec vingt et un associés. Les règles qu’il lui imposa et qui ont été adoptées par la plupart des banques populaires russes participent des deux types allemands : 1° solidarité et mutualité; 2° les sociétaires ne sont pas propriétaires du fonds social. Les conditions des avances et de la gestion sont les mêmes.
- En 1884, il existait en Russie 1,325 banques, dont 727 avaient présenté leurs comptes.
- Passons à l’Italie. Le succès des banques populaires dans ce pays est si bien connu que nous ne donnerons que quelques très rapides renseignements à leur sujet. Elles sont aussi de deux types, comme en Allemagne : 1° les banques populaires proprement dites, qui ont été établies sous l’impulsion de M. Luzalti et de M. Ettore Lévi, avec le concours des grandes caisses d’épargne et des sociétés de secours mutuels; 2° les caisses rurales d’après le type Raffeisen, que M. Leone Wollemborg a fondées depuis quelques années dans le Padouan.
- En 1885, on comptait en Italie 300 banques populaires. En 1883, 250 banques possédaient, capital versé, 64 millions 613,000 francs, les dépôts s’élevaient à 261 millions 431,000 francs, les comptes et prêts 604 millions, le portefeuille 167 millions. Le mécanisme est à peu près le même qu’en Allemagne, mais la législation est différente. Les socié-
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- taires peuvent posséder plusieurs parts et ne sont pas solidaires. Néanmoins, ces banques inspirent et méritent une grande confiance ; c’est un instrument puissant appelé à rendre à l’Italie de précieux services. La clientèle est la môme qu’en Allemagne ; cependant le prorata afférent aux ouvriers des villes et aux journaliers des campagnes est plus élevé.
- Les caisses rurales de M. Wollemborg, au nombre de 20, sont beaucoup plus récentes et plus modestes. Elles sont toutes agricoles. Ces caisses fonctionnent sans apport social, sans capital ; mais les sociétaires sont solidaires. Grâce à cette solidarité, elles ont trouvé des dépôts. Le conseil d’administration, composé du maire, du curé et du médecin, se réunit tous les huit jours ou tous les quinze jours. 11 reçoit les remboursements des débiteurs ou les versements des capitalistes ; puis il distribue les sommes encaissées aux divers emprunteurs, tous sociétaires. C’est bien là la caisse mutuelle, la mutualité réelle.
- Les causes du grand développement des banques populaires en Italie ne sont pas les mêmes qu’en Allemagne. On peut les ramener aux suivantes : 1° la libre disposition des épargnes ; 2° la simplicité fraternelle des mœurs; 3° l’élévation du taux de l’intérêt ou la rareté du capital; Zi° la tradition chrétienne. Inutile d’insister sur les trois premières, qui sont parfaitement connues. La tradition chrétienne est très profonde et très vivace en Italie. Dès le xiii® siècle, sous l’influence de saint François d’Assise, des essais de crédit populaire ont eu lieu en Italie, et ont été l’origine des Monti di piela et des Monti frumentari, qui ont été de véritables banques populaires. On en trouve la preuve dans l’histoire du Banco de iNaples, qui remonte à un Monti di piela fondé en 1539 par Charles-Quint. Les Monti di piela et les Monti frumentari existent encore, comme au surplus les Opéré pie, qui font certainement honneur à l’Italie.
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- 11 n’a pas encore été fondé en Espagne et en Portugal de banques populaires proprement dites ; mais en outre des monts-de-piété, on y rencontre d’anciennes institutions de crédit agricole, connues en Espagne, du nom de positos, très curieuses à étudier. Elles se rapprochent du type RalTeisen. Ce sont i de véritables caisses de crédit mutuel gérées par les j municipalités. Elles leur appartiennent et les intérêts ' des avances sont attribués au fonds social. Elles
- font surtout des avances en semences, remboursables sur les récoltes, avec intérêt à 6 pour 100.
- Les positos ont servi au Portugal pour se doter d’une excellente organisation de crédit agricole. Ils sont encore en Espagne au nombre de 3,000. Au xvie et au xvue siècle, on en a compté jusqu’à 12,000, avec un capital de 120 millions. Ils ont été, au xvme et au xix8 siècle, la proie des révolutionnaires, c’est-à-dire des convoitises des particuliers, qui les ont spoliés des deux tiers de leurs ressources. 11 y aurait ici matière à bien des réflexions. Les accusations portées contre l’Espagne par Llorente, Weil et Buckle seront tôt ou tard relevées. En tout cas, l’Espagne a connu la mutualité et le crédit populaire bien longtemps avant la France et le reste de l’Europe.
- En Belgique, en Hollande, en Suisse, les banques populaires ont pris un assez grand développement, en Belgique surtout, grâce au concours de M. d’An-drimont et de l’abbé Van den Driessche, qui ont accompli des merveilles à Leghem et Eegliem.
- Dans les États Scandinaves, la bonne organisation des banques solidaires les a rendues moins nécessaires.
- Il en est de même dans l’immense groupe anglo-saxon. On n’y rencontre pas de banques populaires, grâce à la puissante organisation des banques. En Angleterre, les succursales des banques remplissent les fonctions de banques populaires ; il en est de même pour les cobanques d’Ecosse, qui comptent 900 succursales. La plupart de ces succursales font des avances aux ouvriers et surtout aux cultivateurs, sur le cautionnement solidaire de deux personnes. Aussi la coopération, par qui les sociétés de consom-tion, de production et de construction ont pris de si grands développements en Angleterre, a-t-elle laissé la banque de côté. Aux États-Unis, on compte plus de 6,600 banques, y compris les caisses d’épargne qui font la banque. C’est dire que les banques populaires n’y pourraient que difficilement prospérer. Les avances sont facilement obtenues. Même situation au Canada, au Cap, et surtout en Australie. Les banques australiennes sont un des mécanismes les plus extraordinaires de l’esprit anglo-saxon. Elles sont de trois catégories, dont deux spéciales à la colonisation et au crédit agricole.
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- On ne compte pas en France plus d’une dizaine de banques populaires. Plusieurs expérimentations ont été faites : la plupart n’ont abouti qu’à des échecs. Ceux-ci ont été particulièrement nombreux et importants à Paris. Le milieu parisien, qui est le plus grand centre de la petite industrie sur le globe, présente cependant des conditions de succès exceptionnelles; mais à côté de ces conditions de succès, il faut mettre en ligne des obstacles de diverse nature.
- Un capucin, le P. Ludovic de Besse, a été le véritable promoteur des banques populaires en France. 11 en a fondé plusieurs, parmi lesquelles celle de Paris, rue des Lombards, d’Angers, de Saint-Cha-mond, qui, jusqu’aujourd’hui du moins, sont prospères. Deux autres sont en formation à Toulouse et à Aix.
- Il n’est pas possible encore de présager l’avenir des banques populaires chez nous; mais ce que nous pouvons affirmer, c’est qu’elles ne s’y développeront qu’avec de notables changements dans nos idées et nos mœurs. Elles ont, en effet, pour ce qui nous concerne, pour condition absolue l’esprit de dévouement. Il faut donc que cet esprit, si rare à rencontrer en France en dehors des personnes qui agissent sous l’influence du sentiment religieux, ressuscite en quelque sorte parmi nous, pour que non seulement les banques populaires, mais toutes les institutions de crédit populaires puissent y fleurir. 11 faut aussi que les Français apprennent à tenir en bride leurs habitudes d’isolement, de poursuite du gain à tout prix.
- Notre excessive individualité nous a été longtemps utile; mais elle peut devenir ici une cause de notable infériorité. Qu’avons-nous à mettre en ligne à côté des 3,000 banques populaires allemandes, des 1,300 banques russes, des 300 banques d’Italie, des 3,000 positos d’Espagne, des 6,000 banques des Etats-Unis et des banques d’Australie?
- Nous avons cru intéressant de retracer rapidement cet historique des banques populaires.
- Nous allons maintenant indiquer quelles sont les banques populaires ou autres institutions de crédit que nous avons à signaler à l’Exposition, relatives à l’industrie textile.
- Caisse de prêts pour les chefs d'ateliers tisseurs de la ville de Lyon.
- Cette Caisse, fondée en 1832, a été autorisée et reconnue comme établissement d’utilité publique, par ordonnance royale du 9 mai 1832.
- A son origine, il lui a été donné par :
- M. le ministre de l’Intérieur..... éO.OOO fr.
- M. le ministre du Commerce... 25.000 »
- La Chambre de commerce de Lyon.. 15.000 »
- M. le préfet du Rhône..... 10.000 »
- Total de sa dotation....... 90.000 fr.
- De plus, le Trésor lui a prêté, le 25 novembre 1832, la somme de 150,000 francs.
- Cette institution consent des prêts seulement aux chefs d’ateliers tisseurs qui sont mariés et établis à Lyon ou dans la banlieue de cette ville. Elle leur prête, à 5 pour 100 d’intérêts, des sommes variant de 50 à 500 francs, suivant le nombre de métiers et la valeur du matériel garnissant l’atelier.
- Comme garantie, elle inscrit sur les livrets d’acquit de l’emprunteur la somme prêtée, et fait porter ces livrets chez les fabricants pour qui il travaille.
- Les fabricants donnent à la Caisse un reçu des livrets contenant engagement par eux de retenir la huitième partie des façons pour le compte de la Caisse de prêts jusqu’à complet payement de la dette. Lorsque la dette est soldée, les livrets sont acquittés et le chef d’atelier peut contracter un nouvel emprunt.
- Cette institution rend de grands services aux tisseurs, qui trop souvent ont des suspensions de travail, pendant lesquelles les chefs d’atelier empruntent pour vivre sans être obligés de vendre à vil prix leur matériel, ce qui les mettrait dans l’impossibilité de reprendre le travail lorsque le chômage est passé.
- En outre, sans l’appui de la Caisse de prêts, un grand nombre de chefs d’ateliers, qui travaillent chez eux avec leurs femmes et leurs enfants, verraient leurs ateliers et leurs ménages vendus sur la place publique, par suite de longues interruptions de tra- ] vail qu’ils ne pourraient supporter; toutes ces familles si intéressantes seraient alors dispersées et obligées d’abandonner leur profession. Les ateliers mécaniques et les ouvriers de la campagne tissent
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- actuellement toutes les étoffes faciles à faire, tandis que les fabricants donnent aux tisseurs établis à Lyon les articles de nouveauté. Le tissage de ces articles exige toujours l’achat d’appareils de mécanique coûtant souvent fort cher ; ceux qui peuvent les acheters sont assurés d’avoir de l’ouvrage, c’est alors à la caisse de prêts qu’ils s’adressent en cas de manque de ressources suffisantes. Autrefois, c’étaient les fabricants qui faisaient des avances à leurs chefs d’ateliers pour les frais de montage, ce qui obligeait ces derniers à prendre l’ouvrage que leur donnait celui à qui ils devaient, que cet ouvrage fût avantageux ou non, tandis qu’en empruntant à la Caisse de prêts, ils travaillent pour les fabricants qui leur fournissent les articles les plus rémunérateurs.
- Les chefs d’ateliers savent qu’ils ont besoin de la Caisse de prêts et font tout leur possible pour la rembourser; mais il y en a que la misère accable, d’autres qui meurent insolvables. La Caisse éprouve alors forcément des pertes.
- Depuis cinquante-six ans qu’elle existe, la Caisse de prêts a fait environ 60,000 prêts d’une moyenne de 100 francs, soit 6 millions prêtés, sur lesquels elle a perdu environ 180,000 francs, soit 3 pour 100 des sommes prêtées.
- Administrée avec ordre et économie et soutenue par les subventions annuelles du Conseil municipal (3,500 francs), et de la Chambre de commerce (1,500 francs), et par les intérêts qu’elle encaisse, elle a pu jusqu’à présent couvrir ses frais généraux et ses pertes en conservant son capital intact. Elle a un bureau composé d’un agent comptable caissier, d’un teneur de livres, d’un employé chargé des livrets, et d’un commis visiteur.
- Ce bureau rend des comptes toutes les semaines à une Commission exécutive, qui de son côté rend les siens, une fois par an, à la Commission administrative. Les fonds non employés sont déposés à la caisse du mont-de-piété, à 2 pour 100 d’intérêts; ils s’élèvent à la fin de l’année 1888 à 212,000 francs.
- Société de crédit pour les petits ateliers de tissage mécanique, de Lyon.
- La Société de crédit pour les petits ateliers de tissage mécanique de Lyon a été fondée le 9 juin 1881, au capital de 130,000 francs, divisé en 260 actions de 500 francs chacune.
- Comme son titre l’indique, cette Société a pour but de consentir des prêts aux tisseurs afin de monter des petits ateliers mécaniques de A à 6 métiers, mis en mouvement par des moteurs domestiques, ou par transmission d’une force motrice, voisine de l’atelier.
- La Chambre de commerce de Lyon, voulant encourager cette nouvelle organisation, donna à cette Société une subvention de Zi0,000 francs, à condition, toutefois, que la Société organiserait des petits ateliers modèles qui seraient ouverts au public; les tisseurs et les personnes intéressées ont pu les visiter et prendre des renseignements sur les prix d’organisation et d’entretien et sur leur fonctionnement.
- La Société a immédiatement créé dans le centre de la Croix-Rousse, 2, place Belfort, deux ateliers, un de A et l’autre de 6 métiers, mis en mouvement par deux moteurs à gaz, système Otto, de la force d’un cheval pour l’atelier de 6 métiers et d’un demi-cheval pour celui de A métiers. Ces ateliers comprennent plusieurs genres de métiers en bois et en fer, à petite et à grande vitesse.
- Outre l’organisation de ces ateliers ainsi mis à la disposition du public, la Société a prêté des sommes variant de 3,000 à 12,000 francs pour organiser 7 ateliers dans l’intérieur de la ville de Lyon. De ces 7 ateliers, A se servent de moteurs à gaz Otto et 3 d’une force voisine.
- La Société a obtenu de la Compagnie du gaz une forte réduction sur le prix de vente du gaz consommé par les moteurs appliqués à l’industrie de la soierie; elle ne paye que 20 centimes le mètre cube au lieu de 30 centimes 1/A.
- En résumé, la Société a aidé à l’organisation :
- 1° De 2 ateliers de velours à quatre pièces, système Durand, de Lyon ; un atelier de A métiers et l’autre de 3 métiers;
- 2° D’un atelier de 6 métiers en bois dits à battants libres, tissant les étoffes unies et armures;
- 3° De A ateliers de A à 6 métiers, pour tisser des foulards, dorures, damas et différents façonnés, ces derniers à grande vitesse.
- Enfin, au commencement de l’année 1886, la Société, considérant que l’expérience des petits ateliers mécaniques était terminée, et que les prix de façon qui étaient payés à cette époque suffisaient pour assurer l’existence de ces ateliers, a cédé gratuitement à la ville de Lyon tout son matériel, mé-!
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- tiers et"accessoires, à condition d’organiser une école de tissage théorique et pratique, etc.
- En ce qui concerne les 7 ateliers que la Société a organisés, 5 ont disparu pour des causes diverses :
- Les deux ateliers de velours doubles ont cédé tout leur matériel à la Société.
- Deux ont été saisis et vendus par les propriétaires de l’immeuble.
- Enfin un a disparu en abandonnant ses métiers pour prix de la location.
- Quant à l’atelier de 6 métiers qui tisse des foulards et des dorures, il lui est très difficile de se soutenir avec les prix des façons, qui ne sont pas assez élevés.
- En ce qui concerne l’atelier de 6 métiers à battants libres, s’il avait constamment de l’ouvrage, même au prix actuel, son directeur serait satisfait de sa transformation, parce que ses frais généraux et d’installation ont été beaucoup moins élevés que pour les autres; les métiers de bois sont moins chers que ceux de fer, et un moteur à gaz d’un demi-cheval est suffisant pour actionner les 6 métiers. L’atelier consomme par métier et par journée de 11 heures 18 centimes de gaz.
- Il est bon d’ajouter que ce dernier atelier travaille constamment depuis son début pour la même maison, les petits-fils de Claude-Joseph Bonnet.
- Les causes qui ont empêché aux petits ateliers de réussir sont de plusieurs sortes, mais il faut citer en première ligne :
- 1° L’abaissement extraordinaire des prix des façons, qui ont été dans certains articles jusqu’à 58 pour 100 des prix payés en 1882;
- Exemple : les velours à h pièces, qui étaient payés à cette époque 1 fr. 25 le mètre, sont actuellement payés 0 fr. 55; les dorures chaîne coton à 2 pièces, qui étaient à cette époque payées 0 fr. 50 le mètre, sont aujourd’hui payées 0 fr. 22 ; on assure même qu’ils avaient été offerts à 0 fr. 18 le mètre ;
- 2° Le travail n’est pas assez régulier. C’est tout au plus si les métiers sont alimentés pendant la moitié de l’année ;
- 3° Les métiers sont très chers; ceux de velours de !i pièces, système Durand, valaient en 1882 2,000 francs; aujourd’hui, nous croyons que l’on
- pourrait se les procurer neufs, chez l’inventeur, pour 1,200 francs;
- h° Le prix des moteurs à gaz est trop élevé : 2,800 francs par cheval, en place, pour actionner 6 à 8 métiers à façonné; de plus, la consommation du gaz est, par journée de 11 heures, de 2m3,25 au prix de 20 centimes le mètre ;
- 5° Enfin il faut citer l’opposition de plusieurs propriétaires qui n’ont pas voulu laisser établir des métiers mécaniques dans leurs immeubles, soit par crainte d’accidents, soit pour éviter une trop grande trépidation donnée aux planchers.
- Il est vivement à regretter que les petits ateliers de tissage mécanique n’aient pas donné le résultat auquel on devait s’attendre. Néanmoins, on ne doit pas admettre que l’expérience soit absolument concluante, et que la mise en mouvement du métier à soie par une force purement mécanique ne puisse remplacer dans une large mesure l’action de la force physique du tisseur.
- En résumé, la Société de crédit a fait des expériences très intéressantes, qui n’ont échoué que par des causes qui peuvent disparaître à l’avenir, et elle a rendu à la ville de Lyon le service d’avoir été le point de départ de l’École municipale de tissage.
- Caisse de 'prêts et dépôts de la maison J. Thiriez père et fils, à Laos.
- Cette institution fonctionne à la société coopérative la Prévoyante dont nous avons parlé dans le chapitre précédent, à l’usage exclusif des ouvriers de la maison.
- Dépôts. — Indépendamment des bénéfices que les sociétaires sont libres de toucher ou de laisser à intérêts à l’association, ceux qui veulent déposer des sommes même très minimes, sommes qu’ils économisent en vue d’un achat prochain ou pour grossir leur épargne, peuvent faire ces dépôts chaque jour au bureau de l’association.
- Ces dépôts, faits entre les mains du comptable, sont inscrits sur un carnet restant entre les mains du sociétaire; ils forment une caisse spéciale et sont l’objet d’une comptabilité particulière.
- La caisse, la comptabilité et les livres des socié-
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- taires sont vérifiés chaque mois par le trésorier et un administrateur.
- Ces petites sommes ne rapportent pas d’intérêls. Quand elles atteignent une certaine importance, 20 francs par exemple, elles peuvent, sur la demande du déposant, être portées à son compte courant et rapportent alors 5 pour 100 Tan.
- Ces dépôts sont naturellement remis au sociétaire, par le comptable, à sa première demande.
- Prêts d’honneur. — Quand un sociétaire ne peut faire ses achats au comptant, par suite de chômage, de maladie, ou pour toute autre bonne raison, il peut demander un prêt au conseil d’administration de la société coopérative, qui statue sur sa demande.
- La demande doit être faite sur une note adressée au conseil d’administration, sur un imprimé spécial délivré au bureau de l’association.
- Ces prêts se font sans intérêts.
- Le mode de remboursement de ces avances est fixé chaque fois par le conseil ; il se fait, soit par acomptes successifs, soit par l’abandon des bénéfices à chaque inventaire.
- L’emprunteur s’engage d’honneur à remplir les conditions arrêtées d’accord avec lui.
- Il peut et doit naturellement hâter le remboursement convenu, si des circonstances particulières le lui permettent.
- La caisse qui alimente les prêts dont nous venons de parler est représentée par une retenue de 50 pour 100 sur les bénéfices.
- Le conseil d’administration en a la libre disposition. Il rend compte des opérations de cette caisse aux assemblées générales, sans toutefois citer les noms des emprunteurs.
- L’ensemble de ces prêts ne peut en aucun cas être supérieur à l’avoir du sociétaire, augmenté d’une somme de 100 francs.
- Caisse de prêts des établissements A. Lung, à Moussey et la Petite-Paon.
- M. Lung prête sans intérêts à ceux de ses ouvriers qui n’ont pu acquérir leurs maisons d’habitation sans s’obérer, et se contente de rentrer peu à peu dans ses avances au moyen de retenues mensuelles.
- 11 fait aussi sans intérêts des avances dans le cas de chômage occasionné par maladie ; et il leur en
- accorde encore dans certains cas, notamment dans le but très louable de déshabituer les ouvriers de l’achat au livret chez les fournisseurs pour payer au mois.
- Caisse de prêts des établissements de MAL Vincent Ponnier et Cie, à Senonnes.
- A signaler enfin que des avances sont faites dans cette maison aux ouvriers au taux de h pour 100 Tan.
- CHAPITRE XI
- Les habitations ouvrières dans l’industrie textile.
- Bien souvent, dans ces derniers temps, l’attention publique a été attirée sur une question d’un intérêt vital pour le plus grand nombre : l’amélioration des logements ouvriers.
- Il est incontestable que l’habitation exerce sur les mœurs, les habitudes, les conditions d’existence des travailleurs, une influence prépondérante. L’ouvrier qui a un chez-soi convenable, sain et propre, est moins tenté d’aller dépenser son salaire à l’estaminet ou chez le marchand de vin ou d’aller chercher au dehors des distractions grossières ou immorales.Son intérieur le retient ; il vit en famille et prend le goût de l’épargne. S’il peut devenir propriétaire de la maison habitée par lui, il ne sera certainement pas partisan du communisme et de l’anarchie.
- Aussi beaucoup d’économistes estiment-ils que Tune des meilleures digues contre les utopies collectivistes et contre la démoralisation du peuple est l’extension à la classe ouvrière de la propriété personnelle, et surtout l’attribution aux ouvriers d’une maison qui leur soit propre, d’un home. Wous avons une classe de paysans propriétaires dont l’existence est regardée comme la meilleure garantie que nous possédions contre la révolution sociale. Le danger de la révolution sociale serait à jamais conjuré si nous avions une classe non moins nombreuse d’ouvriers propriétaires.
- Malheureusement, nous sommes loin de cet idéal.
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- Non seulement l’ouvrier français n’est presque jamais propriétaire de la maison qu’il habite, mais trop souvent il occupe un logement exigu et malsain. Dans nos centres industriels textiles, il n’est que trop souvent difficile aux ouvriers de trouver des logements habitables à des prix qu’ils puissent payer. Ils sont réduits à se loger dans des habitations insalubres par elles-mêmes, que l’encombrement rend encore plus malsaines.
- Comment remédier à cet état de choses? Et d’abord dans quelles conditions convient-il d’édifier et d’aménager les maisons destinées à fournir aux classes laborieuses et peu favorisées de la fortune des maisons à bon marché?
- A Paris, où Je nombre de ceux qui ont une maison propre est relativement restreint, et où un grand nombre de personnes ou d’individus sont réunis sous un même toit, toutes les fois que la chose est possible, la maison habitée « bourgeoisement » est de beaucoup préférable à tout immeuble exclusivement destiné à l’ouvrier. Une exception est à faire cependant pour les maisons industrielles qui réunissent l’atelier et le foyer. C’est qu’en effet, dans la maison bourgeoisement habitée, — c’est l’expression consacrée,— le niveau intellectuel s’élève au contact des personnes plus instruites; les idées de propreté se développent et finissent par entrer dans les habitudes ; l’hygiène y gagne, et, partant, la santé. D’ailleurs, dans ce cas, ce n’est point faire une mauvaise opération que de louer à un bon ouvrier, il y en a, — le nombre en est grand, — qui payent fort régulièrement leur loyer, et c’est avec raison qu’un économiste a déclaré que « le logement de la classe ouvrière dans la maison bourgeoise n’a pas seulement des avantages au point de vue moral » et qu’il en « présente aussi de très réels au point de vue physique et même politique ».
- Mais en province, où la plupart de ceux qui habitent un étage ou un appartement sont le plus petit nombre, il n’en est pas de même, et la question de l’amélioration des logements ouvriers se réduit à deux termes : la cité ou la petite maison.
- La cité est fort décriée. L’ouvrier, disent certains économistes, n’est pas chez lui, — pas plus qu’on n’est chez soi dans un collège ou une caserne, — et il ne prend pas dans ce genre de logement le goût de l’intérieur, de la vie de famille. Le but qu’on se propose n’est donc pas rempli. De plus, la cité offre une proie facile aux maladies contagieuses.
- Ces observations ont un côté fort juste, mais il
- convient cependant d’observer qu’il y a cité et cité. Quelques modèles sont connus qui laissent le moins possible à désirer, et il en est qui sont réellement saines et bien tenues. D’ailleurs,, la cité, dans les grandes villes, est, momentanément du moins, souvent nécessaire, tant que la valeur du terrain empêche la construction de petites maisons ailleurs que dans des quartiers excentriques, et tant que beaucoup d’ouvriers se voient obligés par les nécessités professionnelles d’habiter des quartiers plus centraux.
- Mais les petites maisons sont bien évidemment le résultat auquel il faut viser en province. Si l’on est obligé de construire ces maisons dans la banlieue, il faut alors se préoccuper d’une autre question, celle de la multiplication des voies de transport à bon marché. Il n’y a plus alors de ces agglomérations de familles, si contraires à l’hygiène, et de ces négligences multiples dans la tenue des parties d’une maison dont u^ent tous les locataires. Avec la petite maison, l’ouvrier jouit de l’illusion de la propriété.
- Nous ne nous étendrons pas d’ailleurs plus longtemps sur la question générale des maisons ouvrières, et nous allons voir tout de suite quelle solution lui a été donnée parmi ceux des représentants de l’industrie textile qui ont pris part à l’exposition d’économie sociale.
- I. — Les habitations ouvrières en France.
- Les maisons en commun des tisseurs de Lyon.
- Commençons par un exemple spécial à une grande ville dont la principale industrie est le tissage de la soie.
- Un assez grand nombre de maisons dans les quartiers ouvriers de Lyon sont la propriété de tisseurs parvenus à un certain degré d’aisance.
- Ces immeubles sont le plus souvent possédés en commun par plusieurs tisseurs qui se sont rendus acquéreurs des divers étages de la maison dont chacun d’eux forme une propriété distincte et divise. Suivant le nombre des étages on trouve ainsi quatre ou cinq propriétés superposées. Il y a lieu à arrangement entre les propriétaires pour les réparations d’entretien concernant l’ensemble de l’immeuble (toiture, gros murs, escaliers, etc.). La loi, au surplus,
- Supplément a l’Industrie textile du 15 Novembre.
- iii. — 22e Fascicule.
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- a prévu ce mode de propriété (art. 664 du Gode civil).
- Il arrive fréquemment qu’une grande maison tout entière est habitée par des tisseurs, dont chacun est propriétaire de l’étage où il a installé son atelier.
- Le IVe arrondissement de Lyon (Croix-Rousse) renferme 274 maisons possédées en commun par 985 tisseurs. Le Ier arrondissement compte 16 maisons, dont les propriétaires, au nombre de 100 environ, sont tous tisseurs.
- Il est intéressant de noter à cette place cette organisation de la propriété ouvrière qui paraît être spéciale à la ville de Lyon.
- Cités ouvrières des filatures de coton de M. Albert Lung, à Moussey et à la Petite-Raon ( Vosges).
- Les cités ouvrières de M. Lung sont formées de maisons bâties isolément, entourées d’un jardin et dont chacune forme un logement. Toutes comportent un rez-de-chaussée composé de trois pièces et d’une cuisine, un grenier et une cave. La distance entre chaque maison est de 4 à 5 mètres; le terrain libre fait partie du jardin, lequel s’étend derrière l’habitation. Chacune couvre un espace de 60 mètres, et les jardins ont une superficie moyenne de 500 mètres.
- Les locations sont fixées à 10 francs par maison et par mois, jardin compris.
- Les maisons peuvent être achetées par les ouvriers au prix réduit de 2,000 francs, payables par acomptes de 25 francs par mois, avec intérêts réciproques à 5 pour 100 l’an.
- Suivant le prix de revient ci-dessous, ces maisons coûtent à M. Lung 2,500 francs.
- Terrain. Emplacement et jardin....... 198 »
- Maçonnerie, fouilles et pavage........ 1.256 65
- Charpente et planchers.................. £57 75
- Toiture, lattes et tuiles............... 269 »
- Plafonds................................ 60 50
- Portes et fenêtres...................... 180 »
- Ferblanterie. Chéneaux et tuyaux de
- descente............................... 15 »
- Communs, clôtures, terrassements,
- arbres................................. 28 10
- Fontaine commune. Part dans les frais d’installation........................... 35 »
- Total .................... 2.500 »
- Les cités ouvrières sont au nombre de quatre et comprennent ensemble trente-deux maisons. Sur ce
- nombre, douze ont été acquises par autant de chefs de famille ouvriers et sont entièrement payées.
- En dehors des cités ouvrières, M. Lung possède, à proximité de ses établissements, vingt logements répartis en cinq bâtiments, dont le prix de location n’est que de 6 et 7 francs par mois. Ces logements se composent chacun d’une cuisine, de deux pièces, d’une cave, d’un grenier et sont pourvus d’un petit jardin.
- Cités ouvrières des établissements cotonniers
- de M. D, Walter-Seitz, à Granges (Vosges).
- Ces logements sont bien situés, aérés et exposés au soleil. Un jardin tient à chaque maison. Chaque ménage a seul sa moitié de maison et sa porte d’entrée pour les logements de quatre pièces, ou bien il a seul son palier pour les logements de trois pièces et pour ceux de deux pièces.
- Le prix des habitations varie de 80 à 120 francs par an, suivant qu’elles sont de deux, trois ou quatre pièces; elles ont chacune une cave et un grenier indépendants, de façon que chaque logement forme un ensemble bien isolé.
- M. Walter-Seitz assure contre l’incendie, à ses frais, le mobilier des ménages ouvriers habitant ses cités.
- Habitations ouvrières des établissements Saint frères, filaleurs et tisseurs de jute.
- Les habitations ouvrières, bâties par MM. Saint frères et disséminées autour de leurs différentes usines, sont au nombre de 453, avec 1,900 habitants, réparties et louées comme suit :
- Nombre
- Usines. de maisons. Habitants. Loyers annuels.
- Flixecourt.............. 23 108 65 »
- Harondel................ 58 331 60 »
- Saint-Ouen.......... 164 838 52 et 78 »
- Moulins-Bleus....... 93 412 65 et 78 »
- Pont-Reray.............. 80 88 gratis
- Gamaches................ 35 123 80 »
- Les loyers sont payés par quinzaine.
- Toutes les maisons ont un jardin de 300 mètres carrés au minimum; elles ont également des dépen-
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- dances pour bûcher, buanderie, etc. Le prix de revient de chacune d’elles est en moyenne de 2,400 francs. Le revenu, déduction faite des frais d’entretien, réparations, impôts, qui sont à la charge de MM. Saint frères, est environ de 1 1/2 pour 100 du capital immobilisé, qui se monte à 1 million 200,000 francs environ.
- En exceptant quelques maisons qui existaient dans certaines usines au moment où les propriétaires actuels en sont devenus acquéreurs, il n’y a autour de leurs fabriques que deux types d’habitations :
- 1° Celles comprenant un rez-de-chaussée surmonté d’un étage légèrement mansardé. La surface est de 6m,30 sur 4m,80, divisée en deux pièces, soit quatre pièces par maison ;
- 2° Et celles comprenant un rez-de-chaussée surmonté d’un étage, puis un grenier. La surface est de 6m,55 sur 5m,36, divisée en deux pièces, soit quatre pièces par maison et un grenier.
- Le prix de loyer varie suivant le type de maison et aussi suivant la surface du jardin.
- La plus grande propreté est exigée, ainsi que le bon accord entre voisins. Pour s’en assurer, MM. Saint font visiter régulièrement les maisons par des inspecteurs spéciaux. Tout locataire qui ne tient pas son habitation convenablement ou qui, par ses agissements, trouble l’ordre dans le voisinage, est renvoyé.
- MM. Saint déclarent que c’est à peine s’ils ont un nombre suffisant de ces maisons ouvrières. Chaque année, ils en construisent de nouvelles pour satisfaire aux demandes toujours croissantes de leur personnel.
- Maisons ouvrières de M. J. Scrive, fabricant de toiles à Marcq-en-Barœuil (Nord).
- Au village de Marcq-en-Barœuil, près Lille, ont été édifiées, en 1854, \ 39 maisons ouvrières, connues sous le nom de Cité Scrive, sur une superficie de 2 hectares 40, tenant à la grande route de Lille à Menin.
- Les six frères Scrive formèrent à cette époque, au capital de 360,000 francs, par acte notarié du 1er juillet de ladite année, une société ayant pour but : « 1° La construction sur le territoire de Marcq-en-Barœuil, près Lille, de maisons et d’habitations d’ou-
- vriers; 2° l’acquisition ou la cession de terrains nécessaires tant pour la construction de ces maisons et de leurs dépendances que pour l’établissement de rues spacieuses; 3° la location desdites maisons à des loyers modérés qui ne pourront pas dépasser l’importance de 8 pour 100 du prix de revient des constructions et du terrain, l’expérience ayant démontré que dans d’autres localités cette proportion a dû être atteinte pour couvrir l’intérêt à 4 pour 100 du fonds social et des autres frais généraux; 4° la vente à des ouvriers des immeubles appartenant à la société et au simple prix de revient des constructions et du terrain qui leur sert d’assiette. »
- A cette époque, rien de semblable n’avait encore été créé dans le Nord, et l'on doit rendre cet hommage à la famille Scrive qu’elle a été la première dans toute la région à prendre l’initiative de ce genre d’institutions philanthropiques.
- Nous n’avons pas à décrire cette cité, dont on peut trouver d’ailleurs une description exacte avec pians dans l’ouvrage sur les maisons ouvrières du regretté Émile Muller.
- Rappelons qu’elle comprend deux types de pavillons : soit deux maisons côte à côte, soit quatre maisons ; chaque maison a deux pièces au rez-de-chaussée, deux à l’étage, un grenier et un jardinet. Le prix de location par habitation est de 13 francs par mois ; la perception se fait très aisément par le garde de la cité assisté d’un employé comptable qui passent chaque quinzaine à domicile.
- Dans le règlement de la cité, qui date de 1863, il est recommandé de ne pas conserver dans les habitations les eaux sales de lessive et de cuisine. L’escalier, dans les pavillons occupés par deux ménages, doit être nettoyé par le locataire de l’étage ; le locataire du rez-de-chaussée est chargé de la propreté des latrines et des allées, il a aussi à sa charge le nettoyage du ruisseau et de la rue sur toute la façade de son habitation et de son jardin; en compensation, il reçoit seul le prix des vidanges, etc.
- (Autour de cette ancienne cité s’élèvent les établissements utiles ou charitables groupés à l’entour par la famille Scrive : citons une église, des écoles de garçons et de filles, une salle d’asile et une salle de patronage. 11 y a, en outre, spécialement pour la cité, une société de musique, une caisse de secours pour les ouvriers malades et les femmes en couches, et une institution de pension de retraites pour les anciens ouvriers devenus incapables de travailler après trente ans de services.)
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- LES INDUSTRIES TEXTILES
- Habitations ouvrières de la filature de Crouzilles, ii Marçon (Sarthe).
- Il existe, à côté de l’usine, en plusieurs groupes, 35 logements d’ouvriers qui en dépendent ; le loyer varie de A fr. 25 à 6 fr. 50 par mois.
- Chaque logement possède jardin, cave, cabane à lapins, poulailler, droit de four, de buanderie, de lavoir à la rivière.
- 25 à 30 ouvriers sont, en outre, logés dans des maisons leur appartenant ou appartenant à l’un d’eux.
- M. Marquet, propriétaire de l’usine, facilite à ses ouvriers, par des prêts et avances, l’acquisition de logements. Les ouvriers venus du dehors s’attachent ainsi au pays et à l’usine.
- Habitations ouvrières de la Société anonyme linière de Pèrenchies.
- Six groupes de maisons, comprenant ensemble 180 habitations, ont été construits spécialement pour les ouvriers des établissements de Pèrenchies. Ces six groupes se recommandent surtout par le bon marché de la location. Ils sont dénommés :
- 1° Le Réduit : maisons au loyer de 7 fr. 50 par mois, comprenant chacune une salle commune, un cabinet à l’arrière et un débarrassoir ; en haut, trois chambres, et sur le côté, outre un jardinet attenant à l'habitation, un vaste jardin commun divisé en parcelles, louées 2 francs par an; le jardinet et la parcelle ont une étendue d’environ 500 mètres carrés par maison. Les ouvriers peuvent se rendre acquéreurs de ces habitations moyennant 1,800 francs payables par annuités ;
- 2° La cité de la Cour : maisons à 3 francs par mois?
- 3° La cité Saint-Antoine : 5 francs par mois;
- Zi° La cité du Précipice : 7 francs par mois, avec 500 mètres de jardin par maison ;
- 5° La cité du Bas-d’Enfer : 8 francs par mois;
- 6° La Nouvelle Cité : 10 francs par mois. Ce dernier groupe renferme les habitations les plus confortables et les mieux tenues, copiées sür le type de la
- Société immobilière de Lille. Les ouvriers peuvent s’en rendre acquéreurs moyennant 2,000 francs (le sacrifice consenti par les propriétaires est de ZiOO fr. par habitation).
- Cités ouvrières de la maison Garnier-Thièbaut frères, à Kichomprè-Gèrardmer.
- Suivant l’importance des familles, chaque logement se compose de deux, trois ou quatre chambres, auxquelles sont joints une cave, un grenier et un petit jardin. A chaque bâtiment il existe une buanderie et une fontaine. La location se paye mensuellement, de 2 fr. 50 à h francs par chambre.
- Habitations économiques
- de la maison J. Thiriez père et fils, de Loos.
- Ces habitations peuvent être considérées comme le modèle du genre ; elles réalisent, à notre avis, le dernier mot du progrès en matière de logements ouvriers.
- 250 maisons de différentes grandeurs sont actuellement construites sur un vaste terrain, à proximité de l’établissement.
- Elles sont toutes bâties entre rue et jardin. Les rues ont JO mètres de largeur; elles sont bien droites, aérées et munies de larges trottoirs. Le sol est imperméable et bien sec; les boues et immondices sont enlevées journellement, et, en été, on veille à un arrosage fréquent; enfin, toutes les conditions de salubrité sont parfaitement remplies.
- Toutes ces maisons ont un petit jardin de 100 mètres carrés et sont disposées par groupes de 5, 10, 15 autour d’un grand square de 3,000 mètres, de sorte que l’air et la lumière circulent librement partout.
- Elles sont toutes bien séparées les unes des autres, ainsi que les jardins, dont le palissadage est convenablement entretenu pour que le locataire soit tout à fait chez lui. 11 n’y a ni cour, ni pompe, ni cabinets qui soient communs.
- Les maisons sont plus ou moins grandes, suivant qu’elles sont destinées à loger des familles plus ou moins nombreuses. Les prix de location sont naturellement proportionnés au coût de construction. Ils
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- varient de 10 à 20 francs par mois. Leur nombre, suivant les loyers, est ainsi réparti :
- 1° Maisons d’employés à 600 francs par. an ;
- 2° — louées 20 francs par mois ;
- 3° — — 18 —
- 4° — — 16 —
- 5° — — 16 —
- 6° — — 15 et 14 francs par mois ;
- 7° — — 10 francs par mois.
- Nous croyons d’un grand intérêt pratique de donner sur ces habitations quelques détails précis :
- 1° Les maisons d’employés sont construites sur 5m,50 de façade, sur la route nationale de Lille à Loos, et 40 mètres de profondeur ; elles se composent d’un couloir et de deux pièces au rez-de-chaussée (salle à manger et salon), plus une cuisine, une laverie, avec cabinet et pompe dans la cour. A l’étage, trois chambres, dont deux assez larges et une faisant plutôt fonction de cabinet de toilette ou de chambre d’enfant; dans la mansarde, deux petites chambres et un grenier sur le derrière. Ces maisons sont construites avec beaucoup de soin, convenablement munies d’armoires, peintes et tapissées partout.
- 2° Les maisons de petits employés, à 20 francs par mois, sont construites sur 5 mètres de largeur et 25 mètres de profondeur. Elles ont toutes une cave spacieuse et convenablement aérée. Elles se composent, au rez-de-chaussée, d’un couloir, d’un petit cabinet à l’entrée et, derrière, d’une pièce à demeure, véritable salle à manger, ouvrant sur la cuisine et, par une porte à deux vantaux vitrée, sur la petite cour qui précède le jardin ; elles ont leur pompe et leur cabinet particulier. A l’étage, deux chambres indépendantes. Dans la mansarde, sur le devant, une chambre de garçon et, derrière, un grenier.
- 3° et 4° Les maisons à 16 et 18 francs par mois sont bâties sur le même modèle, mais établies sur 4m,40 de façade. La profondeur est la même.
- 5° Les maisons à 15 francs sont semblables aux précédentes, mais si elles sont louées à un prix moindre, c’est parce que leur situation est moins bonne au point de vue de la rue (elles donnent sur une rue en retour et non sur le passage principal).
- 6° Les maisons à 13 francs, 13 fr. 50 et 14 francs sont les premières qui aient été construites. Elles dilrèrent des précédentes en ce qu’elles ne possèdent ni mansardes (elles n’ont qu’un grenier au-dessus de
- l’étage), ni la petite cuisine dans la cour, qui se trouve remplacée par un simple débarrassoir couvert. Leurs prix sont différents à cause de la grandeur du jardin, qui se trouve variable par suite de la disposition des terrains. Les deux premiers types de maisons ont été construits, l’un avec couloir donnant accès dans la pièce du fond, c’est-à-dire n’obligeant pas la traversée de la salle du devant ; l’autre sans couloir, c’est-à-dire avec passage forcé dans la pièce du devant pour arriver à celle de derrière. La pratique a démontré à MM. Thiriez que les maisons avec un couloir, laissant une salle, même petite, sur le devant, destinée à mettre les meubles les plus beaux, quelques cadres, etc., étaient préférées ; aussi ont-ils, pour l’avenir, adopté ce système.
- Quant aux jardins, ils ont tous une profondeur de 15 à 16 mètres (le terrain ayant en moyenne 25 mètres en longueur, la maison étant construite sur 7m,50 et la cour ayant lm,50 à 2 mètres). C’est à peu près suffisant.
- 7° Les maisons à 10 francs, payables 5 francs par quinzaine, ont été bâties en 1886-1887. Elles sont construites sur un terrain de 4m,40 de largeur et 25 mètres de profondeur. Le rez-de-chaussée se compose d’une pièce principale de 4m,20 sur 5 mètres (comprenant un petit vestibule d’entrée de 1 mètre sur lm,80, pour que l’entrée ne se fasse pas directement dans la salle), de l’escalier pour aller à l’étage et en dessous de l’escalier de la cave. La cave comprend toute la surface de ladite pièce. Cette salle unique communique par une porte vitrée avec une petite cuisine de 2 mètres sur lm,50, destinée simplement à préparer les aliments et à l’occasion la lessive, pour permettre de tenir propre la salle à demeure. Elle communique également par une porte vitrée avec une petite cour où sont les cabinets et la pompe qui précède le jardin. L’étage se compose de deux chambres indépendantes, mais communiquant par une porte pour permettre la surveillance des enfants par les parents. Ces maisons ont été construites pour de jeunes ménages ou des ménages ayant un ou deux petits enfants; leur modèle convient assez aux ouvriers : aussi MM. Thiriez vont-ils en construire vingt nouvelles.
- Les maisons à deux étages, disposées de la même façon et aux extrémités du groupe des maisons à 10 francs, pour faire pavillon, sont à l’usage de ménages nombreux, et comprennent quatre chambres très convenables.
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- Le revenu moyen de ces habitations est pour les propriétaires de 2 1/2 à 3 pour 100.
- Toutes sont construites en excellents matériaux, munies de bons trottoirs de lm,50, avec écoulement parfait des eaux ménagères par de petits aqueducs qui les amènent dans un aqueduc central les conduisant dans les fossés de la commune de Loos et de là à la Deule.
- Sur chaque porte se trouve une petite plaque de fonte avec le nom du locataire (coût : 50 centimes).
- Elles ne sont louées qu’à des ouvriers honnêtes et de bonne conduite.
- Les sous-locations ne sont pas autorisées : on estime qu’elles sont l’origine de trop de désordres dans les familles.
- Dans toutes ces maisons, comme on vient de le voir, — sauf dans celles louées à 10 francs par mois, faites spécialement pour les jeunes ménages ou ceux n’ayant pas d’enfants, — il y a trois chambres à coucher : chambre des parents, chambre des filles, chambre des garçons, pour que la séparation des sexes soit possible.
- Les locataires ne deviennent pas propriétaires de leurs maisons. MM. Thiriez estiment que cela présente bien des inconvénients, surtout avec les lois de succession actuelles; néanmoins, l’établissement facilite la propriété à ses ouvriers, mais en dehors des habitations économiques, uniquement réservées pour ceux qui ne peuvent arriver à être propriétaires. D’ailleurs, les locataires ont tous les avantages de la propriété (les maisons étant louées, comme nous l’avons dit, au taux de 2 1/2 à 3 pour 100 du prix de la construction), sans en avoir les inconvénients, ni encourir les risques.
- Toutes ces maisons sont louées exclusivement aux ouvriers des filatures de MM. Thiriez. Ceux-ci s’engagent à ne faire servir leur demeure que pour habitation, sans y faire aucun commerce. Tout locataire ne peut loger dans sa maison que sa femme et ses enfants non mariés, à moins de convention spéciale et par écrit. Les chambres doivent être blanchies à la chaux au moins tous les ans, du 1er mars au 30 avril : passé cette date, elles le sont d’office aux frais du locataire.
- La visite des maisons est faite deux ou trois fois par an.
- Avant d’entrer dans une maison, tout ouvrier la visite pour constater qu’il n’y a pas de dégradations.
- La retenue du loyer est faite sur la paye de la quinzaine.
- Logements à bon marché de la Société anonyme des tissus de laine des Vosges, au Thillot.
- Les maisons ouvrières du Thillot, louées 102 fr. 70 par an aux ouvriers de la Société anonyme, sont des maisons à rez-de-chaussée se composant d’une salle à manger, d’une chambre à coucher et d’une cuisine, le tout avec grenier séparé, cave et jardin de 60 mètres carrés. Les aisances, fontaine, buanderie et séchoir occupent un bâtiment réservé. Il n’y a que trois entrées pour quatre bâtiments.
- En voici le règlement, lequel est remis à chaque locataire à son entrée dans le logement (sous déduction de 25 centimes pour prix du livret, sur lequel tout inspecteur peut écrire ses observations) :
- Article premier. — Chaque bâtiment comprend douze iogements, dont quatre par corridor.
- Art. 2. — Le logement de droite, au rez-de-chaussée, est le premier logement ; le logement de gauche, au rez-de-chaussée, est le deuxième logement; le logement de droite, à l’étage, est le troisième logement; le logement de gauche, à l’étage, est le quatrième logement.
- Art. 3. — Pour chaque période de quatre semaines allant d’une paye à l’autre, le prix de location de chaque logement est de :
- Premier logement du rez-de chaussée :
- 1° Une cuisine......................... lf 60 .
- 2° Une petite chambre contiguë à la cui- ( 4f40
- sine...................................... 2 80 )
- 3° Une autre grande chambre.................... 3 50
- Total................... V 90
- Le logement peut au besoin être divisé en deux parties, comme suit :
- 1° La cuisine et la petite chambre, ensemble pour Zé 40
- 2° La grande chambre seule, pour................. 3 50
- Art. 4. — La location est payable à chaque paye de quatre semaines et compte à partir de midi.
- Art. 5. — Afin d’éviter les suites d’une mauvaise tenue du logement, qui pourraient être terribles, suites en tout cas toujours désagréables, nous conseillons de laver les planches au moins une fois par semaine.
- Les corridors et les escaliers étant en commun, il faudra qu’ils soient soignés à tour de rôle.
- 1° Au rez-de-chaussée :
- Le corridor et l’escalier seront tenus par le logement n° 1 la première et troisième semaine de chaque paye, et le logement n° 2 aura à apporter ses soins la deuxième et quatrième semaine de chaque paye.
- 2° A l’étage :
- Le logement n° 3 devra soigner le corridor et l’escalier la première et troisième semaine de chaque paye, le logement n° 4 la deuxième et quatrième semaine.
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- Art. 6. — Chaque corridor ayant son cabinet d’aisances tout à fait spécial, ce cabinet devra également être tenu à tour de rôle :
- La première semaine de la paye, par le logement n° 1 ;
- La seconde semaine de la paye, par le logement n° 2;
- La troisième semaine de la paye, par le logement n° 3 ;
- La quatrième semaine de la paye, par le logement n° h.
- Art. 7. — Chaque bâtiment ayant sa fontaine spéciale, elle devra être soignée également à,tour de rôle. A chaque trois payes seulement, le même logement aura à s’en occuper pendant toute la semaine :
- La première semaine, par le logement n° 1;
- La deuxième semaine, par le logement n° 2;
- La troisième semaine, par le logement n° 3;
- La quatrième semaine, par le logement n° h.
- La fontaine coule continuellement. Cependant, en temps de sécheresse, le robinet devra être tenu fermé; c’est d’ailleurs dans l’intérêt de tous.
- Art. 8. — Quant aux cours et chemins respectivement à chaque bâtiment, les soins devront être apportés suivant le même ordre que pour les fontaines (art. 7).
- Art. 9.— Il est défendu de brûler en tout temps de l’essence de pétrole.
- Art. 10. — Il est expressément défendu d’aller la nuit au grenier avec une lumière autre qu’une lanterne. La porte d’entrée du corridor devra être clanchée la nuit et aussi pendant les jours de pluie.
- Art. 11. — Si plusieurs plaintes ont lieu au sujet d’un locataire pour scandale, tapage nocturne ou tout autre fait troublant la tranquillité des locataires, ce locataire pourra être congédié dans les quarante-huit heures.
- Si les plaintes consistaient en ce qu’il tient trop salement ses chambres ou qu’il ne suit pas les prescriptions des articles 6, 7, 8 et 9, des amendes au profit de la caisse de secours lui seraient infligées, et si elles ne produisaient aucun effet, il aurait à déménager également dans les quarante-huit heures.
- Art. 12. — Il est défendu de laisser séjourner quoi que ce soit sur les chemins des piétons. Les objets à déposer doivent être déposés dans les cours. Les voitures ne peuvent ni entrer ni sortir des cours que par le chemin vicinal.
- Art. 13. — Les chemins d’accès aux logements étant notre propriété, les personnes étrangères aux logements n’ont pas à y passer; et si elles y passent, c’est simplement par tolérance. En tout cas, les voitures qui n’ont pas à s’arrêter aux logements ne devront jamais y passer. Quant aux autres, elles y passeront, mais elles ne devront pas trotter dans ces petits chemins.
- Art. lâ. — Les bassins des fontaines devront être soignés tous les jours, conformément à l’article 7.
- II. — Les habitations ouvrières a l’étranger.
- Les Cités ouvrières de Mulhouse.
- Chaque fois qu’il est question des logements ouvriers, l’esprit se reporte à l’initiative prise, à Mul-
- house, il y a quelque quarante ans, par un certain nombre d’industriels philanthropes de cette ville, qui ont été les premiers, au moment où les questions sociales n’attiraient pas l’attention avec l’acuité qu’elles ont actuellement revêtue, à s’occuper de l’habitation de l’ouvrier. Mulhouse représentant l’une des villes où l’industrie textile est le plus étendue, nous devrons dire quelques mots des maisons qui y ont été édifiées en vue de loger les ouvriers, et ce avec d’autant plus de raison qu’elles figuraient à l’Exposition d’économie sociale, où leur histoire et leur situation actuelle étaient exposées dans une note du regretté docteur Penot, à laquelle, du reste, nous emprunterons une grande partie des données que nous allons exposer.
- C’est en juin 1853 qu’a été fondée la Société mul-housienne des Cités ouvrières. D’abord composée de douze actionnaires, au capital de 300,000 francs, représenté par soixante actions de 5,000 francs, elle choisit pour son président M. Jean Dollfus, qui en avait été le principal promoteur. Depuis, le nombre des actionnaires s’est élevé à vingt et celui des actions à soixante et onze, ce qui a porté le capital à la somme de 355,000 francs. Le gouvernement impérial voulut bien faire accorder à cette œuvre naissante une subvention de 300,000 francs, qui a été pour elle un honorable encouragement et un si grand bienfait qu’on peut dire qu’elle a été une des plus puissantes causes du résultat inouï qu’on a obtenu. Cette somme entière a été employée à couvrir les dépenses nécessitées par l’établissement des rues, trottoirs, égouts, fontaines, palissades et en général de tout ce qui est d’utilité publique, comme plantations d’arbres, bains et lavoir, boulangerie, restaurant, etc. Ainsi, on a pu dégrever chaque maison de la part proportionnelle qu’elle aurait eu à supporter de ces frais généraux, et réduire son prix à ce que coûtent seulement sa construction et le terrain qu’elle occupe.
- Par suite du traité intervenu avec l’État, à cause même de cette subvention, la Société s’est engagée à vendre ses maisons aux ouvriers au prix de revient, ou à les leur louer à un taux ne dépassant pas 8 pour 100 de ce prix. Ce revenu doit faire face aux frais de toute nature : contributions et assurances, enrretien, appointements et salaires des employés de la direction, etc. Le surplus est affecté à payer les intérêts du capital souscrit, lesquels, par suite des statuts, ne peuvent pas dépasser h pour 100. Le boni, s’il y en a un, est appliqué à des dépenses d’utilité publique à l’usage des habitants de la Cité.
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- L’objet que la Société s’est proposé, et qu’elle a atteint du reste avec bonheur, est de construire des maisons destinées à loger un seul ménage et de les vendre aux ouvriers au prix coûtant, en leur accordant, pour se libérer, de longs termes qui peuvent aller jusqu’à quatorze et même au besoin jusqu’à seize ans. Tant que les maisons n’ont pas trouvé d’acquéreurs, elles sont mises en location. Les ventes se font d’ailleurs sous certaines conditions qui ont pour objet le maintien de l’ordre, de la propreté et d’une certaine uniformité extérieure, sans avoir rien de gênant pour les acheteurs. Parmi ces conditions, la suivante mérite d’être signalée : l’acquéreur ne peut pas vendre sa maison avant dix ans, à dater du jour du contrat, ni sous-louer une partie de son logement à une autre famille, sans une autorisation expresse du Conseil d’administration.
- Ces réserves ont dû être exigées, parce qu’on ne voulait pas laisser se réunir sous le même toit un trop grand nombre de personnes étrangères les unes aux autres. C’eût été retomber dans un des inconvénients les plus graves qu’on reprochait aux anciens logements, et qu’on voulait éviter à tout prix. Quant à la vente, il fallait se mettre en garde contre des spéculateurs qui n’auraient pas manqué d’acheter des maisons à bon marché pour les louer ensuite à des prix élevés; de sorte que l’ouvrier, dont on avait uniquement le bien-être en vue, n’aurait rien gagné à la combinaison qu’on avait imaginée à son avantage et aux sacrifices qu’on allait s’imposer. Sans doute l’administration eût été maîtresse de ne pas traiter directement avec ces spéculateurs; mais il leur eût été trop facile d’arriver à leurs fins en faisant acheter ces immeubles par des hommes de paille, qui les leur auraient immédiatement revendus, sous l’appât du plus mince bénéfice.
- Toutefois, la condition de rester propriétaire pendant dix ans n’est pas absolue, et lorsque le nouvel acheteur est un autre ouvrier, l’autorisation de passer marché est toujours accordée. Il en est de même pour les sous-locations, qui sont permises lorsqu’il semble qu’il n’en peut résulter aucun inconvénient pour la famille du propriétaire. Cependant, malgré cette dernière exigence et la surveillance constamment exercée, il s’est introduit à cet égard quelques abus regrettables, en ce sens que, sans en avoir prévenu l’administration, des propriétaires ont admis dans leurs maisons un trop grand nombre de locataires, ce qui les a obligés à réduire leurs
- propres logements à un espace très exigu. Leur but, facile à deviner, est de se procurer de nouvelles ressources, afin d’acquitter dans un temps plus court le prix total de leurs maisons. On remarque, en effet, que cet abus va en diminuant peu à peu, à mesure que les propriétaires approchent du terme de leur libération. Si, à cause de ce motif, le comité des cités ferme un peu les yeux sur cette infraction à ses règlements, on peut être assuré qu’il ne la tolérerait pas dans le cas où il y verrait quelque danger pour l’ordre ou les mœurs.
- Dans le but d’encourager dans la classe ouvrière l’esprit d’économie, de favoriser le sentiment de la famille et de la propriété, un généreux donateur, M. Salathé, ancien notaire à Mulhouse, a mis à la disposition de la Société industrielle une rente de 1,200 francs. Conformément au vœu du donateur, cette somme est divisée en trois parts de â00 francs chacune et employée de la manière suivante.
- 11 est accordé, chaque année, en mai, une somme de â00 francs à trois ouvriers de fabrique, Alsaciens, nés de parents alsaciens, domiciliés à Mulhouse ou Dornach, désignés par une commission spéciale nommée à cet effet.
- Depuis 1873, cette rente est annuellement partagée entre trois ouvriers désirant acquérir une maison et remplissant les conditions stipulées par M. Salathé. Ces prix sont naturellement très recherchés et disputés par de nombreux concurrents.
- Les ventes ont lieu au moyen d’un premier versement de 250 à 300 francs, selon la valeur de l’immeuble. Cette somme est portée au crédit de l’acheteur et sert à payer les droits et les frais, lorsque le moment est venu de passer définitivement contrat. Le restant du prix d’acquisition s’obtient au moyen de versements obligatoires de 18 à 25 francs, faits de mois en mois jusqu’à libération entière. Si un ouvrier se présente pour devenir propriétaire avant d’avoir réuni, par ses économies, la somme totale de 250 ou 300 francs exigée comme premier versement, il peut être aussi mis en possession d’une maison, à la condition seulement d’augmenter de quelques francs sa rétribution mensuelle, jusqu’à ce qu’il ait ainsi complété ce qui lui manquait d’aborcl.
- Le premier versement ayant été effectué dans son entier, les payements mensuels exigés ne sont pas plus élevés que ceux qu’on prend en ville pour la simple location d’appartements moins grands et moins salubres. Ils ne sont que légèrement supé-
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- rieurs aux loyers demandés par l’administration des Cités pour ces mêmes maisons, parce qu’on ne porte au compte de l’acquéreur que 5 pour 100 du capital représentant la valeur de l’immeuble ; tandis qu’on en demande de 7 à 8 pour 100 au locataire. Lorsqu’un ouvrier a acheté, par exemple, une maison de 3,000 francs, dont il aura entièrement acquitté la valeur en treize ans et quelques mois, il n’aura déboursé, en réalité, au bout de ce temps, que 1,300 francs de plus que s’il n’avait été que locataire. C’est donc à ce prix seulement que sa maison lui est revenue, quoiqu’il ait joui déjà depuis treize ans de tous ses droits de propriétaire, et qu’il soit alors possesseur d’un immeuble d’une valeur plus grande que celle qu’il avait au moment de l’acquisition ; car, à Mulhouse, le prix des terrains et des maisons tend toujours à augmenter avec le chiffre de la population.
- La manière d’établir le compte particulier de chaque acheteur est très régulière et fort simple. On remet à l’ouvrier un livret contenant la reproduction exacte du compte courant qui le concerne. Chaque année, ce compte est réglé à l’intérêt réciproque de 5 pour 100 à partir, à l’avantage de l’acheteur, de la date même de chaque versement; tandis qu’il n’est débité, à la fin de chaque exercice, que de la différence d’intérêt qui reste à sa charge. Par cette combinaison, à laquelle il ne peut que gagner, on lui a créé une véritable caisse d’épargne, où il vient placer, de mois en mois, des sommes dont l’ensemble et le produit constituent successivement ses payements annuels.
- A chaque versement, l’acheteur reçoit une quittance détachée d’un journal à souche, pour rendre impossible toute contestation ultérieure. Au moyen de cette comptabilité, dont son livret reproduit le double fidèle, l’acheteur peut reconnaître à tout moment sa situation vis-à-vis de l’administration et apprécier le montant des économies à faire par lui et sa famille, pour arriver à sa libération complète au bout d’un temps donné.
- Les loyers sont régulièrement payés. Quant à la vente des maisons, elle est allée en progressant à mesure que les ouvriers ont mieux compris les avantages que leur offrait la Cité, et que les habitudes d’économie ont gagné de plus en plus parmi eux ; si bien que les 1,124 maisons construites jusqu’ici ont déjà trouvé des acquéreurs. Mais lorsque la mort a enlevé un père de famille ; lorsque la conscription a appelé sous les drapeaux un jeune homme dont le
- salaire grossissait les ressources de la communauté, ou lorsque, par suite des souffrances de l’industrie cotonnière, des ouvriers ont dû quitter Mulhouse et que d’autres se sont vus dans l’impossibilité de continuer leurs versements, il est arrivé que plusieurs ont été forcés de résilier leur bail. Cette opération s’est toujours faite à l’amiable, et, le plus possible, dans l’intérêt de l’acheteur, qu’on a considéré alors comme s’il n’avait été que simple locataire et à qui on a rendu le surplus de ses versements mensuels. Supposons, par exemple, qu’au bout de dix mois on ait à résilier un bail, et que l’acheteur ait donné 25 francs par mois, soit en tout 250 francs ; on ne le considère plus que comme un locataire dont on aurait reçu seulement 18 francs par mois ou 180 fr. pour dix mois et on lui rend la différence, c’est-à-dire 70 francs, sauf indemnité à lui retenir en cas de dégradations. Quant au premier versement de 250 à 300 francs, il lui est intégralement rendu avec les intérêts, car il n’a pas eu d’emploi, l’acte de vente n’étant pas encore passé; ce qu’on retarde toujours jusqu’à ce que l’acquisition de la maison paraisse bien assurée.
- Ce système est équitable, comme on voit ; on pourrait même dire qu’il est généreux aux yeux de la loi qui stipule que les acomptes sont perdus en cas de résiliation de bail. Mais dans une œuvre toute de philanthropie, qui a pour but d’habituer les ouvriers à l’épargne, en leur offrant le stimulant attrait de la propriété, on devait leur faciliter les moyens d’acquérir et les exonérer de toute chance de perte.
- Un tableau qui figure à l’Exposition donne l’état des constructions, des ventes de maisons, des versements faits par les acheteurs depuis 1854 jusque fin 1888. On y voit que, à la fin de 1888, les sommes versées tant pour achat de maisons que pour intérêts, loyers, frais de contrats, impositions, assurances, etc., atteignent l’énorme chiffre de près de 4,600,000 francs. L’institution a donc fonctionné comme une excellente caisse d’épargne, provoquant les économies par l’appât si puissant de la propriété.
- Qui sait à combien se monteraient aujourd’hui ces mêmes épargnes, si elles n’avaient pas été énergiquement provoquées par le puissant appât de la propriété? Pas à grand’chose probablement; à rien peut-être.
- Indépendamment des maisons destinées à la vente, on a élevé un grand établissement distribué en chambres convenablement meublées, qu’on loue au bas prix de 6 francs par mois à des célibataires
- Supplément a l’Industrie textile du 15 Novembre.
- ni. — 23e Fascicule.
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- hommes, qui sont le plus généralement de jeunes ouvriers sans parents à Mulhouse. Us y trouvent des logements généralement plus propres et plus sains qu’ils ne pourraient le faire en ville, même en payant un loyer un peu supérieur, et une salle commune, chauffée et éclairée en hiver, où ils peuvent passer leurs moments de loisir. Ils y sont soumis à certaines prescriptions, comme d’être rentrés avant dix heures du soir, et de n’y introduire jamais aucune femme.
- La Société des Cités a construit successivement des maisons de différents modèles, les unes à étage sur rez-de-chaussée, et les autres à rez-de-chaussée seulement. Les premières se partagent en plusieurs systèmes : 1° rangées de maisons adossées deux à deux, et dont chacune a un jardin sur le devant. Ces maisons, à part celles qui terminent les rangées, ont l’inconvénient de ne recevoir le jour que par la façade, et d’être moins abondamment pourvues que les autres d’air et de lumière ; aussi a-t-on renoncé à continuer ce genre de construction ; 2° maisons par groupes de quatre, au milieu d’un jardin qui se trouve partagé en autant de parties égales, pour que chaque propriétaire en ait sa part afférente. Cette disposition est bien préférable, parce que, permettant d’avoir des ouvertures de deux côtés dans les appartements, elle les rend plus sains et plus gais. C’est celle qu’on a définitivement adoptée. Toutefois, il faut remarquer que ces maisons, étant plus grandes et ayant une cave en sous-sol, sont plus chères que celles dont j’ai parlé plus haut ; 3° c’est précisément pour ceux qui ne pourraient pas les acquérir, mais qu’on tenait à faire jouir également des avantages de la Cité, qu’on en a élevé d’autres, à simple rez-de-chaussée, réunies aussi quatre à quatre, afin de conserver les principales qualités de ce système, tout en rendant leur prix accessible aux ouvriers les moins bien partagés; 4° enfin, il a été construit un petit nombre de maisons entre cour et jardin ; elles sont aussi par rangées et ressemblent, pour leur construction, à celles dont j’ai parlé en premier lieu. Je décrirai plus tard ces différents types dans l’espérance d’être utile à ceux qui voudraient élever ailleurs des cités ouvrières, en tenant compte de l’expérience déjà acquise.
- Dans les maisons par rangées, le jardin se développe par devant ; dans celles qui sont groupées par quatre, il règne par devant et sur la moitié du pignon, jusqu’à la clôture de l’habitation adossée. Ainsi chaque logement et son jardin sont isolés;
- chaque propriétaire est clos et chez soi. La surface d’une maison est d’environ 40 mètres carrés et le jardin en a 120. Pour agrandir l’espace habitable, on a donné un peu plus de surface aux constructions à rez-de-chaussée sans étage; la différence est prise sur le terrain à cultiver, de manière que le tout est également de 160 mètres carrés.
- Un jardin donne à l’ensemble un grand avantage et encore un plus grand agrément. Le propriétaire y récolte une partie du jardinage qu’exige sa table, et dont on peut estimer la valeur de 30 à 40 francs par an. Mais s’il y attache un haut prix, c’est surtout à cause des agréables distractions qu’il y trouve pour lui, sa femme et ses enfants. Ces derniers, tant qu’ils sont en bas âge, y peuvent jouer en plein air, sans être exposés à aucun des dangers que présentent nos rues toujours si fréquentées. La famille se plaît à entretenir ce petit terrain avec un grand soin, et quelquefois même avec une certaine coquetterie. Les jeunes filles savent y faire la part des fleurs, qu’elles groupent souvent avec beaucoup de goût; quelques-unes en font un petit commerce. Tous se réunissent pour occuper leurs moments de loisir à planter, arroser, récolter, ou se reposer le soir à la fraîcheur, pendant la belle saison, au milieu de cette verdure qui leur appartient, au lieu de se disséminer comme ils l’auraient fait autrefois ; les femmes restant chez elles, et les hommes dépensant follement, à goûter les plaisirs moins honnêtes du cabaret, un argent qui ferait défaut à leur famille.
- Lorsque, en 1864, M. Dupuy, ministre de l’instruction publique, vint à Mulhouse, il voulut voir la Cité ouvrière. Ayant rencontré la femme d’un ouvrier dans la maison qu’il avait demandé à visiter dans tous ses détails, il lui adressa plusieurs questions, celle-ci entre autres : « Où votre mari passe-t-il ses soirées? — Avec nous, depuis que nous avons notre maison », répondit la femme, résumant naïvement d’un seul mot ce qui fait le plus grand mérite de l’œuvre.
- Des rues spacieuses séparent les propriétés. La principale, la rue de Strasbourg, a onze mètres de largeur, dont trois occupés par une double rangée de trottoirs. Les rues transversales n’ont que huit mètres, ce qui est déjà une largeur suffisante. Des fontaines publiques s’élèvent de distance en distance, mais toujours assez rapprochées les unes des autres. Dans tout l’intérieur de la Cité, et pour servir à l’ornement comme à l’assainissement du quartier, des ran-
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- gées de tilleuls bordent toutes les rues qui, le soir, sont éclairées au gaz.
- Le prix de revient des maisons bâties a dû varier depuis l’origine, parce que, d’une part, la valeur de tous les matériaux s’est élevée, et que, d’autre part, la journée des ouvriers maçons, charpentiers et autres est devenue plus forte, à mesure que le prix des denrées a haussé. Aujourd’hui, on peut estimer à 5,000 francs le coût d’une maison à étage sur rez-de-chaussée et à A,000 francs, celui d’une maison à simple rez-de-chaussée, en y comprenant le sol et la construction.
- Le terrain employé pour chaque groupe de quatre logements représente une surface de 912 mètres carrés, dont le quart, pour un logement, est de 228 mètres répartis comme ci-après :
- Surface de la bâtisse............. Zt2m, 50
- — du jardin.................. 123m,90
- — des rues et passages....... 61m, 60
- Total............... 228m »
- Les clôtures des groupes et jardins sont en lattes de sapin, croisées en losanges sur des traverses également en sapin, et clouées sur poteaux en chêne de 0m,08 sur 0m,10 ; elles ont 0m,90 de hauteur.
- Nous devons ajouter ici, à l’occasion des prix de revient des cités de Mulhouse, que depuis que la Société a achevé de remplir les conditions imposées par la subvention de l’État, et absorbé au delà de ce secours en travaux d’utilité publique, elle a dû grever chacune des habitations nouvellement construites de sa part proportionnelle dans les dépenses générales, tandis que les premières en avaient été exemptées par suite de la libérale munificence du gouvernement.
- Ce n’est pas seulement à la classe ouvrière que la Société des Cités a rendu service en élevant un quartier très étendu, mais à la ville entière, on peut le dire. On sait avec quelle rapidité la population s’accroît à Mulhouse. Sans doute on aurait vu, dans les douze dernières années, surgir plus de constructions, qu’on en a élevé en dehors de la Cité; mais on serait certainement resté bien au-dessous de ce qu’a pu faire une société jouissant d’un grand crédit, dont l’action se continue d’année en année, suivant l’étendue des besoins qui se manifestent. Sans ce puissant concours, les logements dont on dispose en ville seraient devenus plus rares, plus chers, plus resserrés, et tout le monde à peu près aurait à s’en ressentir. En outre, précisément parce que les loge-
- ments qu’offrent les Cités se trouvent dans de très bonnes conditions de toute nature, les maisons nouvelles qu’on a élevées à l’usage des ouvriers ont dû suivre cet exemple et subir ce progrès; de même qu’on a vu s’améliorer peu à peu, au grand avantage des locataires, et afin de ne pas être trop dépréciés par la comparaison, les nombreux logements occupés par la classe ouvrière en ville.
- Nous avons dit plus haut que la Société des Cités avait eu principalement en vue de vendre les maisons à mesure qu’elle les construirait, et quelle y a parfaitement réussi. Elle a voulu employer constamment à des constructions nouvelles les sommes qu’elle faisait rentrer par ces ventes successives; mais comme les payements ne se font qu’à longs termes, et qu’on ne voulait pas s’arrêter dans l’édification d’un quartier qui se peuple si vite, il a fallu recourir à des emprunts, qu’on a fait hypothéquer sur les maisons elles-mêmes, dont la valeur se dégrève de plus en plus. On s’était d’abord adressé à la Société du Crédit foncier dont on avait obtenu un prêt de 82,250 francs, hypothéqué sur 98 maisons de la première Cité, au taux de 5 pour 100 d’intérêt, plus A9 centimes pour 100, pour frais d’administration, remboursables en 60 termes semestriels. Mais plus tard, cette compagnie financière, instituée pour faire des avances sur immeubles, avait tellement haussé le taux de son intérêt, que l’administration des cités dut renoncer à elle, ayant heureusement trouvé à Mulhouse des capitalistes plus faciles, qui lui ont confié des fonds à h pour 100 l’an. On peut estimer aujourd’hui la population des Cités ouvrières à 8,000 âmes.
- Pour se mettre en état de construire des maisons à bon marché, la Société des Cités a acquis successivement de vastes terrains un peu en dehors de la ville, mais dont une partie s’y trouve déjà englobée, ses constructions en ayant bientôt provoqué d’autres sur les champs avoisinants. L’espace sur lequel s’élève la première cité, compris entre la route de Colmar et celle de Belfort, a été acquis à raison de 1 franc le mètre carré, et sur celui qui se trouve situé entre le canal de décharge et les premières fabriques de Dornach, on a coté successivement de 70 à 90 centimes le mètre carré, dans les prix de vente des maisons ou jardins. L’emplacement a été choisi de manière à ne pas payer les terrains trop cher, et dans le voisinage du plus grand nombre de fabriques de Mulhouse et de Dornach, afin d’éviter aux ouvriers un trop long trajet, qu’ils doivent faire
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- quatre fois par jour. Les deux cités sont à cheval sur le canal de décharge dont leurs extrémités forment comme les quais. On communique de l’une à l’autre au moyen d’un pont.
- Les prix auxquels on cède les maisons ne sont pas avantageux, seulement parce qu’ils permettent aux ouvriers de devenir facilement propriétaires, mais ils le deviennent tous les jours davantage par la plus-value qu’acquièrent ces immeubles. Il faut remarquer en effet que, dans le quartier quelles occupent, le terrain a notablement augmenté de valeur, d’abord par la création même des cités et ensuite par la construction, dans le voisinage, de diverses fabriques et de plus de 300 logements d’ouvriers et autres constructions dus à des spéculateurs qui ont suivi l’élan imprimé. Si ces maisons ont surgi dans d’autres vues et dans d’autres idées, il n’en faut pas moins reconnaître que leur apparition a été fort utile. C’est toujours une augmentation de logements et, par conséquent, une tendance à une diminution de loyers, pour une classe dont le chiffre augmente chaque année, par suite de l’extension continuelle des établissements industriels. Parce que les loyers sont devenus plus abordables et les logements plus spacieux, on a vu des familles d'ouvriers, habitant autrefois les villages de nos environs, s’établir en ville, à proximité des fabriques où ils travaillent. Us évitent ainsi les longues courses qu’ils étaient réduits à faire soir et matin, en toute saison et par tous les temps, ce qui était une fatigue pour tous et particulièrement pour les enfants; sans compter ce que la morale pouvait avoir à souffrir de ce mélange de jeunes gens des deux sexes, parcourant de nuit de grandes distances, loin de la surveillance de leurs parents. En outre, le voisinage de leurs demeures leur permet aujourd’hui de rentrer chez eux à midi et d’y prendre un repas plus substantiel que celui dont ils apportaient la modeste substance avec eux le matin en se rendant au travail. On compte que près de la moitié des habitants de la Cité se compose ainsi d’anciens villageois.
- Il a été décidé, et nous l’avons déjà dit, que la Société des Cités emploierait à des travaux d’utilité publique, dans l’intérêt des habitants de ses maisons, les sommes qui resteraient disponibles à la fin de chaque exercice. C’est ainsi que le comité d’administration a déjà pu alléger, en y prenant part, les dépenses de la ville dans des travaux que nécessitait la création d’un quartier très populeux. Il a contribué pour 31,000 francs à l’érection d’une salle d’asile
- qui contient 250 enfants et qui va être agrandie ; la Cité contribuant pour une somme de à,000 à 5,000 francs à la nouvelle dépense à faire. Il a donné à ,000 francs de subvention à la salle d’asile de la rue Franklin, élevée à proximité de la Cité et qui reçoit un certain nombre de ses enfants. Il a payé à,000 francs pour construire le pont qui réunit les deux cités, et il renonce chaque année à un loyer de 300 francs sur deux maisons concédées en jouissance à une diaconesse pour son logement et à un médecin pour ses consultations aux malades. Les secours incessants et dévoués que présente ce régime sanitaire sont fort appréciés des habitants de la Cité.
- La boulangerie a été établie dans le même bâtiment que le restaurant. Le pain qu’elle débite, toujours d’excellente qualité et rigoureusement pesé, se donne de 5 à 10 centimes la miche de 2 kil. 500 au-dessous du prix de la boulangerie qui vend au meilleur marché en ville ; mais on exige de ceux qui veulent profiter de cet avantage le payement au comptant du pain qui leur est livré. On a voulu faire perdre ainsi à l’ouvrier la ruineuse habitude qu’il a trop généralement contractée d’acheter à crédit, c’est-à-dire en réalité fort cher et sans se rendre un compte bien exact de sa dépense. Malheureusement, trop peu d’entre eux ont compris l’utilité de cette prévoyante mesure, et la boulangerie de la Cité est loin de compter autant de chalands qu’on pourrait le désirer. Ce moyen de provoquer l’économie n’a donc pas eu tout le succès qu’on devait en espérer. On y vend cependant pour 6,000 et 7,000 francs de pain par mois. Peut-être les groupes d’ouvriers, qui se sont formés depuis peu à Mulhouse pour se venir mutuellement en aide, vont-ils résoudre plus efficacement ce difficile problème.
- Le restaurant a essayé de résoudre, de son côté, la grande question de la vie à bon marché. En s’approvisionnant aux bons moments, cet établissement, qui est étranger à l’administration, peut donner à des prix très réduits ce qu’on payerait bien plus cher ailleurs. Pour 60 à 75 centimes, on peut y faire un dîner convenable (pain, 05 c. ; soupe, 10 c.; bœuf, 20 c. ; légumes, en deux sortes, 15 c.). Toutefois, si cette dépense peut convenir à quelques employés et à certains ouvriers célibataires, elle n’est pas à la portée de beaucoup de ces derniers. Ceux-ci sont obligés de se contenter d’une nourriture plus grossière et moins fortifiante. Quant à ceux qui sont mariés, il
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- est bon qu’ils vivent dans leur ménage. Le pot-au-feu est, en définitive, une des pierres angulaires de la famille, et il serait très fâcheux de voir des ouvriers y renoncer pour se donner les vaines distractions d’une table commune. Quelques-uns cependant envoient de temps en temps chercher au restaurant un ou deux mets destinés à compléter leur repas.
- Voulant profiter de la généreuse libéralité du décret en date du 3 février 1851, par lequel l’État s’engageait à payer un tiers de la dépense à faire par les villes qui établiraient des bains et lavoirs publics, l’administration municipale de Mulhouse, aidée de M. Jean Dollfus, qui offrit de couvrir de ses propres deniers un second tiers des frais, fit élever un établissement de cette nature dans la rue deDidenheim, au milieu d’un quartier peuplé de nombreux ouvriers, parce qu’on y compte plusieurs manufactures de grande importance. Cette utile institution a eu le plus heureux succès. On peut estimer de 8,000 à 9,000 le nombre des bains qui s’y donnent annuellement et à plus de AO,000 celui des lavages qu’y viennent opérer dans le même temps une multitude de femmes d’ouvriers. Frappé de l’importance d’un pareil résultat, le comité de l’administration des Cités a tenu à employer une partie de la subvention qu’il avait reçue de l’État à créer des bains et lavoirs au centre même des habitations qu’il faisait construire. Dans l’origine, on y avait ouvert dix cabines contenant chacune une baignoire en métal émaillé; le bain n’y coûtait que 15 centimes, linge compris. Aujourd’hui, cet établissement a pris un grand développement : il ne contient pas moins de trente-quatre cabines éclairées, chauffées et très confortablement aménagées. Quoique le prix de revient du bain, avec linge, se soit élevé, par suite de ces nouveaux frais, à 37 1/2 centimes, la fréquentation est loin d’en avoir diminué, ce qui est l’indice d’un progrès sensible tant dans les conditions matérielles de la classe ouvrière que dans ses habitudes d’hygiène.
- En même temps, l’administration faisait creuser à proximité de la seconde Cité, sur un terrain fourni par la ville, un lavoir pour soixante personnes et une vaste piscine de 112 mètres carrés de superficie, alimentés par l’eau chaude, toujours courante, que rejette un de nos grands établissements industriels, disposant d’une force motrice de 500 chevaux-vapeur. Le bain y coûte 5 centimes et on en a compté plus de
- mille en un mois, dans la belle saison ; le lavage y est gratuit. On devine ce que cette grande facilité peut avoir d’heureuse influence sur la propreté et l’hygiène publique.
- Nous ajouterons que la maison Dollfus-Mieg et Cie a fait élever, à Dornach, un grand lavoir sous toit, où sont admises gratuitement toutes les femmes de leurs ouvriers, et qu’un certain nombre de fabricants ont fait disposer l’écoulement de leurs eaux chaudes à l’extérieur, de manière qu’elles puissent être utilisées par toute personne qui veut les employer au lavage. Il serait à désirer que des dispositions aussi utiles et si peu coûteuses fussent adoptées dans toutes les villes où on trouve des machines à vapeur.
- C’est aussi au moyen d’eaux chaudes provenant de fabriques que sont alimentés les bains et le lavoir de la Cité. Celui-ci se compose d’une grande salle couverte, dans laquelle l’eau vient remplir un bassin où elle se renouvelle constamment. Les femmes y peuvent laver debout, abritées contre les éclaboussures, afin que leurs vêtements ne se mouillent pas. Il en coûte 5 centimes pour passer deux heures dans l’établissement, et ce temps est suffisant pour laver et sécher le linge que chaque femme y apporte. Afin de hâter l’opération, on a placé dans la salle une essoreuse à force centrifuge (hydro-extracteur) mise en mouvement au moyen de deux manivelles. Deux femmes rangent simultanément leur linge dans l’appareil, qu’elles font mouvoir ensuite avec facilité. Au bout d’un instant, ce linge a perdu presque toute l’eau qu’il retenait, sans avoir subi l’action énervante de la torsion, et il ne reste plus qu’à terminer par un prompt séchage. Dans la belle saison, la laveuse l’emporte dans cet état et se contente de l’étendre au soleil. En hiver, elle peut profiter du séchoir de l’établissement, sorte de vaste armoire à température élevée, où il suffit de le maintenir pendant quelques minutes. Ce lavoir a eu un grand succès comme les bains ; le séchoir à air chaud est peu employé.
- Comme on le voit, la Société des Cités ne s’est pas contentée d’édifier des habitations ouvrières, elle a encore voulu procurer aux travailleurs auxquels elle assure un logement convenable des satisfactions auxiliaires qui ne sont pas à dédaigner. Elle a donc rempli hautement son devoir social, et personne ne doit lui ménager en cette occasion les félicitations auxquelles elle a droit.
- Nous terminerons cet aperçu sur les maisons
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- ouvrières de Mulhouse en résumant dans le tableau époques des maisons des cités ouvrières de cette suivant les prix de revient et prix de vente à diverses ville :
- ANNÉES. TYPES. TRAVAUX divers par maison. PRIX de construc- tion par maison. SURFACE du terrain par maison. VALEUR par le mèt. car. DU TERRAIN maison. Total. PRIX de revient d’une maison. FRAIS généraux et fonds de réserve par maison. PRIX de vente d’une maison.
- fr. C. fr. c. mèt. car. fr. c. fr. c. fr. c. fr. C. fr. c.
- 1854 liaisons contiguës groupées par 4, à étage. 200 » 2.000 )) 208 » 1 10 228 80 2.428 80 )) O O c*
- ±854 — — — 250 » 2.400 » 270 » 1 10 297 » 2.947 » )) 2.900 »
- J 866 — — — 280 )) 2.600 » 270 » 1 50 405 » 3.285 » 265 )) 3.550 »
- 1877 _ — — 314 )) 3.000 )) 228 » 1 80 410 » 3.724 » 526 » 4,250 »
- 1877 — à rez-de-chaussée. 314 )) 2.200 » 228 » 1 80 410 » 2.924 » 326 » 3.250 »
- 1884 — _ _ 339 » 2.250 » CO 'H 2 64 485 75 3.074 75 325 25 3.400 »
- 1886 _ — — 339 )) 2.250 » 219 » 2 90 635 10 3.224 10 275 90 3.500 »
- 1887(1) — — à étage. 300 )> 3.381 25 222 80 3 » 668 » 4.349 25 610 75 4.960 »
- 1888(1) 480 » 3.750 » 201 20 3 20 643 85 4.873 85 ’726 15 5.600 »
- (1) Type perfectionné adopté en dernier lieu. — Dans le prix de 1888 sont comprises des clôtures en fer sur socle en ciment.
- moyens de les éviter, de les diminuer ou de les neutraliser.
- CHAPITRE XII
- L’hygiène dans l’industrie textile.
- L’hygiène étant la science qui enseigne les moyens de conserver la santé, en faisant connaître et éviter les causes qui produisent les maladies; l’hygiène professionnelle devient l’étude des professions considérées par leur côté nuisible. Ce côté nuisible est peut-être moins directement visible dans l’industrie textile que dans toute autre, mais on peut dire d’une manière générale qu’aucun métier n’est à l’abri des influences pathologiques professionnelles.
- Tout homme, disait Voltaire, a plus ou moins les vices de sa profession. Cette pensée est vraie en biologie comme en morale. Qu’on entende par vices les dispositions des individus au mal moral ou au mal physique, toujours on est forcé de reconnaître que chacun de nous se trouve plus ou moins sous la dépendance de causes susceptibles de vicier son corps ou son esprit. Laissant aux moralistes le soin de montrer comment on doit protéger l’âme, les hygiénistes ont noté les troubles corporels inhérents à l’exercice de chaque profession, et ils ont dit les
- On a parfois taxé leurs écrits d’exagération ; on a eu raison de le faire, lorsque, à l’exemple de Ramazzini, les auteurs mettaient sur le compte de la profession les écarts de régime de l’ouvrier en dehors de l’atelier. Cette confusion évitée, la liste des maux physiques inhérents à l’exercice des arts industriels est encore trop longue. Le travail manuel moderne en effet, avec ses perfectionnements empruntés à toutes les sciences, avec ses auxiliaires aussi puissants que terribles, la physique et la chimie, a des inconvénients qu’il faut connaître. Pour les connaître tous, il suffit de consulter un bon traité d’hygiène industrielle. L’industrie textile a été étudiée, de son côté, d’une façon spéciale par quelques hygiénistes ; le D1' Duchesne notamment a publié, il y a quelques années, sur cette question, une étude substantielle sur les questions d'hygiène qui la concerne dans les Bulletins de la Société industrielle d’Amiens.
- Mais il ne suffit pas de bien connaître le mal, il faut encore l’enrayer et prendre des précautions de nature à l’éviter. Celles-ci peuvent être divisées en deux groupes :
- 1° Celles qui sont prises par l’autorité;
- 2° Celles qui sont dues aux chefs d’industrie.
- Dans tous les pays civilisés, l’autorité veille plus
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- ou moins à ce que les entreprises industrielles n’exercent pas une influence fâcheuse sur la santé publique. Gomme les autres nations, la France possède une législation créée dans ce but.
- Jusqu’à ce jour, — nous croyons bon de le rappeler, — la législation française ne contient que deux dispositions principales relatives à l’hygiène générale : le décret du 15 octobre 1810 et la loi du 19 mai 1871. Le décret du 15 octobre 1810 ne se préoccupe que du danger et de l’insalubrité, au point de vue des récoltes et des habitations voisines; c’est ainsi qu’il divise les ateliers dangereux et insalubres en trois catégories : ceux de la première classe, qui ne peuvent être placés à côté des habitations; ceux delà seconde classe, qui peuvent être placés à côté des habitations, mais à la condition que certaines dispositions soient prises et qu’une enquête de commodo et incommodo ait eu lieu ; enfin il place en troisième catégorie les ateliers qui, pouvant être maintenus à côté des habitations, restent sous la surveillance de la police. Quant à la loi du 19 mai 187â, elle ne s’applique qu’aux enfants et aux filles mineures. En dehors de ces deux dispositions législatives principales, il existe encore sur la question toute une série d’ordonnances et de décrets, qu’il serait fastidieux de rappeler ici.
- Au moment de l’Exposition de 1889, on a parlé vaguement de déposer sur la question un nouveau projet de loi. En réalité, nous le demandons, celui-ci est-il bien nécessaire? Y a-t-il urgence à soumettre à une nouvelle réglementation nos industriels qui, depuis de longues années, font de louables efforts, couronnés d’ailleurs de succès, pour assurer aux travailleurs qu’ils emploient l’hygiène désirable? Nous savons fort bien que certains hygiénistes, qui jamais n’ont mis le pied dans une filature ou un tissage, affirment très haut que toutes nos manufactures sont insalubres et qu’il faut les assainir. Mais ces pseudosavants en sont encore à l’industrie de 18â0. Tout le monde sait qu’à l’heure actuelle les patrons, loin d’être indifférents au sort des travailleurs qu’ils emploient,, consacrent tous leurs soins à leur assurer l’air et l'espace nécessaires. Dans l’industrie textile entière, il y a tendance vers le mieux, et déjà un certain nombre de nos établissements sont, pour ainsi dire, irréprochables. Si l’ouvrier avait, en rentrant chez lui, un foyer salubre, une habitation saine, s’il n'abusait pas trop des boissons sous toutes les formes, d’une manière générale sa santé en serait de beaucoup améliorée. Mais ce n’est pas dans l’atelier
- qu’il s’étiole; bien au contraire, les salles de travail sont partout ventilées ; l’air, la lumière et l’eau circulent; les moteurs et les appareils dangereux sont entourés de grilles : tout, en un mot, concourt à rendre le travail facile, à prémunir les travailleurs contre les accidents professionnels, à les placer dans des conditions hygiéniques satisfaisantes. Notons toutefois que les progrès ont été d’une manière générale beaucoup plus rapides en province que dans les environs de Paris. Il n’y a aucune comparaison à établir entre les tissages du Nord, où les précautions hygiéniques sont souvent poussées très loin, avec certains ateliers parisiens et certaines usines de nos communes suburbaines de Saint-Denis, Saint-Ouen et Ciichy, qui passent pour être restées au point de vue hygiénique dans un état marqué d’infériorité. Ce n’est pas la première fois d’ailleurs que Paris est dépassé par la province : cela est si vrai qu’on peut même dire qu’aucune des améliorations matérielles en faveur des classes ouvrières n’a pris naissance ni à Paris ni dans ses environs. Ce sont toujours les industriels de province qui ont pris l’initiative des réformes ou qui ont donné l’exemple.
- Avons-nous besoin de rappeler les associations créées dans le but de veiller à la bonne hygiène et à la sécurité des travailleurs? Tous nos lecteurs les connaissent mieux que nous : l’association de Mulhouse, celle de Rouen, et notamment l’association des industriels de France, à laquelle nous avons nous-mêmes l’honneur d’appartenir et qui, comme on le sait, rémunère pour la surveillance et l’inspection des usines des inspecteurs à demeure, chargés mensuellement d’adresser à un inspecteur principal siégeant à Paris un rapport sur les faits relevant de leur service. Tous nos lecteurs savent que, chaque année, cette association publie des bulletins dans lesquels elle indique les meilleurs moyens de préserver les ouvriers des accidents de toute sorte relevant de l’hygiène et de l’installation générale des usines aussi bien que résultant de la marche des mécanismes proprement dits. Est-il rien de plus instructif que la lecture de ces documents?
- La législature nouvelle ne serait donc qu’une superfétation d’apparat, et les ouvriers peuvent parfaitement s’en passer. Non seulement l’initiative privée a pris les devants, comme nous venons de l’indiquer, mais encore les règlements sur les manufactures et ateliers suffisent complètement, ainsi que M. de Freycinet a pu lui-même le constater, alors qu’il fut chargé par le gouvernement de Napoléon III
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- d’une mission à ce sujet, qu’il remplit du reste avec beaucoup de distinction et dont il a consigné les résultats dans un intéressant rapport. Il ne serait, paraît-il, nullement question dans la réglementation nouvelle à laquelle on peut soumettre nos industries, ni de fortifier la discipline du travail, ni de punir par exemple les ouvriers qui allument une pipe dans une atmosphère explosible ou qui ne prennent aucune précaution contre les dangers de feu ou d’explosion.
- On ne viserait absolument, comme toujours, que le patron, le chef d’usine, le capital en un mot, aux efforts duquel on se refuse toujours à rendre hommage, et qu’on mettrait à la merci de fonctionnaires n’ayant ni les connaissances ni les qualités nécessaires à la mission délicate dont ils seraient chargés.
- Nous allons indiquer quelles sont les institutions d’hygiène dues plus particulièrement aux patrons de l’industrie textile, et qui à l’exposition d’économie sociale ont paru plus particulièrement attirer l’attention des visiteurs.
- CRÈCHES INDUSTRIELLES.
- Les crèches sont des établissements fondés par la charité privée où l’on donne asile, pendant le jour, aux petits enfants pauvres âgés de moins de trois ans, dont les mères travaillent hors de leur domicile ou sont occupées chez elles par un travail salarié continu.
- La pensée première de l’œuvre des crèches, en France, est due à M. Marbeau , ancien adjoint au maire du Ier arrondissement de Paris. Dans une brochure qu’a couronnée l’Académie française, le fondateur de ces institutions définit le but auquel il a voulu atteindre :
- « Augmenter et améliorer la population, épurer les mœurs de la classe pauvre, l’exciter à la propreté, à la résignation et lui faciliter les moyens de travailler,... donner aux riches une occasion de plus de venir efficacement au secours des malheureux et de développer dans le cœur de leurs enfants le sentiment de la piété et de la charité,... diminuer la misère et peut-être les crimes ; tels sont les effets qu’on peut attendre des crèches si elles sont dirigées toujours dans l’esprit de charité qui a présidé à leur fondation. »
- Cette citation définit très exactement le résultat qu’ont donné des crèches industrielles annexées à
- certains établissements textiles et le bien qu’en retire journellement la population laborieuse qui y travaille.
- Le fonctionnement de tous ces établissements est généralement très simple. Chaque-matin, dès cinq heures et demie, heure de l’entrée dans la plupart des fabriques, les mères apportent à la crèche leurs enfants emmaillotés. Ils sont immédiatement dépouillés de leurs vêtements, qu’on expose dans un hangar aéré ; ils sont ensuite lavés, puis revêtus de l’uniforme de l’établissement. Vers midi, une fois par jour (et parfois plus souvent) les mères viennent allaiter leurs nourrissons ou leur donner leur biberon dans une salle affectée à cet effet. Le soir, à huit heures et demie, les enfants, auxquels on a fait reprendre leurs vêtements, sont remis à leur mère, chaudement enveloppés l’hiver dans des châles disposés à cet effet. Le dimanche, les crèches sont fermées.
- Tout le matériel de ces établissements se compose de petits berceaux garnis de leurs paillasses et de leurs matelas pour les enfants qui ne marchent pas encore et de petites chaises pour ceux qui marchent.
- On ne saurait se défendre d’une réelle émotion lorsqu’on visite l’une des crèches situées dans les quartiers populeux de certaines grandes villes. Marbeau raconte à ce propos, dans l’un de ses rapports, une histoire pleine d’intérêt. Un charbonnier apportait journellement la provision de charbon à l’une des crèches de Paris. Il demande si l’on peut voir, et Dieu sait si le public est inspecteur-né de ces établissements : plus on les visite, plus ils ont de ressources et mieux ils sont tenus. L’Auvergnat ôte ses sabots, se découvre et entre bien doucement : c’était l’heure du sommeil et tous les enfants étaient dans leurs berceaux. Il fait le tour de la salle, examinant tout avec une émotion visible; arrivé devant un tronc qui sert à recueillir l’aumône des visiteurs, il s’arrête, réfléchit et, sans dire un mot, y dépose son offrande qui absorbait la majeure partie du gain de la journée. 11 ne troubla point le sommeil des enfants ; mais en franchissant le seuil de la crèche, il dit : « C’est bien! oh! que c’est bien! » et partit, les larmes aux yeux.
- « Oh ! que c’est bien ! » Cette parole résume tout. On ne saurait, en effet, se défendre de louer ceux qui aident ainsi à conserver les enfants de la France, favorisent chez les mères la moralisation et arrêtent toujours tant soit peu la dégénérescence physique des déshérités de la fortune.
- De telles institutions doivent être encouragées, et l’on peut en attendre les plus consolants et les plus | salutaires résultats.
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- A L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1889.
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- Crèche des établissements lainiers de MM. Seydoux, Sieber et Cie, au Cateau.
- Cette crèche a été fondée en 1878. Elle a été édifiée dans un bâtiment spécial indépendant. Tout d’abord elle a été exclusivement réservée aux enfants des ouvriers des usines Seydoux, Sieber et C!e; mais, à la suite de demandes qui leur ont été faites, les chefs de la maison ont dernièrement décidé que, dans les conditions que nous indiquons plus loin, les enfants des personnes étrangères à leur usine pourraient également y être amenés.
- Le nombre des admissions annuelles a été jusqu’aujourd’hui de quarante-cinq à cinquante ; les enfants sont reçus depuis l’âge de quinze jours jusqu’à un an; ils peuvent rester à la crèche jusqu’à leur entrée à l’asile.
- Les bâtiments de la crèche occupent une superficie de 1,200 mètres carrés. D’après le relevé des comptes de fondation, l’édification a coûté :
- Construction................. 33,000 francs.
- Mobilier, linge et frais cle premier aménagement............. 5,000 »
- Total....... 38,000 francs.
- Le service de santé est assuré par le médecin de la maison. Une sœur de charité, directrice, assistée de femmes de service, reçoit les enfants dès le matin à l’heure de l’ouverture des ateliers et les remet aux parents le soir à sept heures. Les dimanches et jours fériés, l’établissement est fermé.
- Dès le principe, le prix d’admission à la crèche a été de âO centimes par jour pour un enfant et de 60 centimes pour deux , la nourriture et les vêtements de l’enfant étant complètement gratuits. Puis, le prix a été sensiblement diminué, et il est actuellement, sous les mêmes conditions, de 20 centimes par jour et par tête pour les enfants des ouvriers des établissements Seydoux, Sieber et Cie, et de 50 centimes pour les personnes étrangères.
- Il est à remarquer que la faible cotisation exigée pour l’admission n’est généralement pas à la charge des ouvriers, mais qu’elle est le plus souvent payée, notamment pour les familles nombreuses, soit par des personnes étrangères, soit par la Société de charité maternelle du Cateau, dont Mme Charles Seydoux a été la fondatrice et est encore actuellement la présidente.
- De 1883 à 1889, la moyenne des dépenses pour la crèche annexée à leur établissement du Cateau a représenté, pour MM. Seydoux, Sieber et Cie, une somme de 5,000 francs et, la moyenne des recettes, un total de 2,000 francs.
- Les recettes ne sont autres que le total des prix d’admission. Quant aux dépenses, on peut les chiffrer de la manière suivante :
- Entretien du bâtiment et du mobilier 100 francs.
- Chauffage, éclairage, etc........... 500 »
- Nourriture des enfants............ 1.500 »
- Vêtements......................... 900 »
- Religieuse et ses aides ( une aide
- pour dix enfants)............... 2.000 »
- Total......... 5.000 francs.
- La moyenne des journées de présence de 1883 à 1889 ayant été de 7,770, ce qui représente environ 322 jours de présence par enfant, la dépense peut être considérée comme ainsi répartie :
- Par année, pour un enfant........ 1/j3 fr. ».
- Par jour — — ........ 0 fr. 67.
- Crèche des établissements cotonniers de MM. J. Thiriez père et fils.
- Cette crèche a été installée, en 1872, dans un ensemble de constructions des mieux agencées, renfermant un grand nombre des institutions économiques de la maison. Elle est entièrement réservée aux enfants des ouvriers de cette maison, et les soins qui y sont donnés sont entièrement gratuits et à la charge des patrons.
- Cette crèche est de trente berceaux ; les enfants y sont admis gratuitement de trois mois à trois ans. Elle se compose :
- 1° D’un lavabo-vestiaire comprenant deux lavabos avec eau chaude et eau froide, un nécessaire de toilette complet pour chaque enfant, une armoire pour déposer les effets avec lesquels ils viennent à la crèche et qu’ils remplacent, à leur arrivée, par des vêtements spéciaux restant dans la maison, une baignoire pour les bains qu’on donne fréquemment, et une cuisinière pour préparer les aliments ;
- 2° D’une salle à manger et d’une salle de jeu d’enfants ou pouponnière ;
- 3° D’un dortoir avec lits de camp pour les plus
- Supplément a l’Industrie textile du 15 Décembre.
- iii. — 24e Fascicule.
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- grands et berceaux ordinaires pour les plus petits;
- 4° D’une salle où les mères allaitent leurs enfants ;
- 5° D’un préau couvert où les enfants jouent quand le temps le permet;
- 6° De cabinets.
- Le chauffage est assuré par deux bouches de calorifères dans chaque salle.
- La ventilation — très importante dans une crèche — se fait par des cheminées d’appel prenant l’air en haut de la salle ou en bas, à volonté. L’arrivée de l’air se fait sous les appuis de châssis et pénètre dans la salle quand on soulève plus ou moins de petites trappes formant tablette d’appui à l’intérieur.
- Les mères amènent leurs enfants à la crèche le matin en venant au travail. Au déjeuner, à midi et au goûter, elles viennent les allaiter. Quant aux enfants qui ne sont plus nourris par leur mère, ils reçoivent une nourriture appropriée à leur âge et à leur tempérament.
- Un berceau complet, avec ses divers accessoires, coûte environ 60 francs; son entretien est de 6 à 8 francs par an.
- Le trousseau complet de chaque enfant pour l’hiver et pour l’été — qui appartient à la crèche — coûte environ 10 à 15 francs par an. La nourriture, les soins, le blanchissage reviennent à environ 0 fr. 70 par jour et par enfant. Outre ces frais, il faut compter le local, le mobilier, le traitement des sœurs, l’éclairage, le chauffage et diverses autres dépenses.
- La crèche des établissements Thiriez est dirigée par deux sœurs de Saint-Vincent de Paul, qui prennent les aides nécessaires.
- Crèche des établissements Garnier-Tliièbaut frères, à Gèrardmer.
- MM. Garnier-Thiébaut ont installé à Kichompré, dans le même bâtiment que leur salle d’asile, une crèche comprenant un préau couvert, un pouponnât, un dortoir, une salle d’allaitement, un cabinet de toilette, des lavabos, cabinets et vestiaires. Ce bâtiment, édifié sur la route de Gèrardmer à Granges, est bien aéré.
- Cette crèche est actuellement fréquentée par vingt enfants.
- Deux fermes, dans Kichompré, fournissent le lait nécessaire aux nouveau-nés et aux familles d’ouvriers de l’endroit.
- BAINS POUR OUVRIERS.
- La majorité des ouvriers ne prend guère de bains. Il y a à cela plusieurs raisons : la première, c’est qu’ils sont ignorants et ne soupçonnent pas la nécessité d’assurer au tégument naturel l’intégrité de ses fonctions; la seconde, c’est qu’ils sont insouciants, un peu en conséquence de la raison précédente — ce sont de grands enfants qu’il faut prendre par la main pour les engager dans la bonne voie ; — la troisième, c’est que l’argent et le temps, qui est aussi de l’argent, leur manquent, au moins pour aborder une pratique dont les frais représenteraient une notable proportion du salaire journalier.
- Ce sont surtout les ouvriers de l’industrie textile qui ont besoin de bains. Poussière de coton, de lin, de laines, poussières métalliques, précipitation des matières colorantes, tout cela finit à la longue par enduire la peau des travailleurs, l’incruster, en obstruer les pores, en modifier fâcheusement la nutrition et les aptitudes physiologiques.
- C’est pour ces raisons qu’un certain nombre d’industriels ont installé dans leurs établissements des bains à l’usage de leurs ouvriers.
- Parmi ceux qui figuraient à l’Exposition dans l’industrie textile, nous signalerons les types suivants :
- Bains et douches pour ouvriers organisés
- dans les établissements J. Thiriez père et fds, de Loos.
- Dix baignoires sont à la disposition du personnel, le dimanche, de six heures du matin à midi, et chaque soir à la sortie des ateliers.
- Une salle de douches tièdes et cercles est, en outre, installée dans l’établissement. Celles-ci se prennent pendant le travail. Chaque atelier a son jour. Elles sont naturellement facultatives. Dix personnes environ passent à la douche en une heure;
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- c’est une perte de temps insignifiante: pendant qu’un ouvrier se déshabille, le précédent prend une douche et se rhabille immédiatement pour laisser place au suivant. Cette installation, très peu coûteuse, est hygiénique au premier chef et fort utile dans toute usine.
- Bains pour ouvriers institués par la Société anonyme des tissus de laine des Vosges.
- « Ces bains — lisons-nous dans une note qui figure à l’Exposition — sont installés dans une situation merveilleuse ; d’un côté, ils reçoivent directement, sans aucuns frais, l’eau de condensation de moteurs à vapeur qui toujours est à une température de 37 degrés; de l’autre, les eaux froides d’une puissante source dont la température est de 6 degrés, été comme hiver. Cette installation est assez complète et comprend onze bains différents :
- « a. Douche en pluie froide et chaude ;
- « b. Douche en colonne chaude et froide;
- « c. Douche en colonne oblique chaude et froide;
- « d. Grand bain de baignoire chaud;
- « e. Piscine ;
- « f. Bain de vapeur (boîte de sudation).
- « L’eau du canal, qui sert à la piscine, est à une température très régulière ; elle a déjà travaillé en passant dans une turbine et se trouve légèrement chauffée en hiver. »
- La Société a remis l’administration de ces bains entre les mains de la caisse de secours « la Prévoyante » (voir plus haut), qui perçoit à son profit 25 centimes par bain, linge compris.
- CHAPITRE XIII
- Les institutions d’agrément pour ouvriers dans l’industrie textile.
- Un proverbe dit qu’en toutes choses il est bon de joindre l’utile à l’agréable. On ne saurait en trouver une plus louable application que lorsqu’il s’agit du
- travail de l’ouvrier. L’utile, nous venons, dans les pages précédentes, d’en dresser un rapide bilan; nous allons compléter ce que nous en avons dit en y ajoutant les institutions d’agrément proprement dites créées par un certain nombre d’industriels appartenant à l’industrie textile en faveur du personnel qu’ils emploient.
- A tout travail assidu il faut une diversion. Les pouvoirs publics ont, du reste, dans beaucoup de communes, compris l’utilité des distractions d’agrément en organisant à époques fixes des fêtes et des divertissements d’un caractère essentiellement populaire et démocratique; souvent même les manufacturiers participent à ces réjouissances par le don de subventions spéciales et de prix plus ou moins importants.
- Mais ce genre de participation n’a pas un caractère patronal aussi accentué que si ces prix et subventions, ayant alors un cachet moins grand de généralité, étaient accordés par les patrons aux seuls ouvriers de leurs établissements qui seuls auraient le droit d’y prendre une part active ; et si, plus souvent répétés dans les mêmes conditions, ils procuraient aux ouvriers, à des intervalles beaucoup plus rapprochés, les distractions dont ils ont besoin. C’est ce qu’ont compris un certain nombre de manufacturiers dans les établissements desquels nous relevons, à l’Exposition d’économie sociale, des créations d’agrément particulièrement intéressantes à connaître.
- Dans un très grand nombre de cas, il s’agit surtout de sociétés de musique — chorales ou instrumentales — créées par les ouvriers appartenant à un établissement déterminé. Nous ne disserterons pas ici sur la question de savoir si la musique adoucit les mœurs et jouit d’influences spéciales, mais tout le monde convient qu’elle est l’un des arts d’agrément les plus suggestifs et les plus passionnants, susceptibles de procurer des distractions répétées et incessantes. A ce titre, on ne saurait mieux choisir pour retenir les ouvriers contre les habitudes oisives des dimanches et jours fériés ou contre les attractions dangereuses du cabaret. Les sociétés de tir et de gymnastique rentrent dans la même catégorie. Les répétitions, les exercices, l’étude des partitions, les organisations de concerts, les participations aux concours remplissent tous les moments perdus et constituent une sauvegarde suffisante pour détourner l’esprit de tout attrait néfaste.
- A côté de ces institutions qui conviennent surtout
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- aux hommes, plusieurs industriels ont créé des institutions d’agrément pour les femmes et les jeunes filles. A celles-ci conviennent surtout les réunions du dimanche et des jours de fête, où elles peuvent se retrouver ensemble et organiser entre elles, sous la bienveillante direction d’une surveillante spéciale, des promenades, des parties de jeu, voire même des comédies.
- Enfin, chez quelques manufacturiers, les enfants ont aussi leur part dans les institutions d’agrément ; et c’est à leur intention qu’on voit organiser des Arbres de Noël, des voyages à l’époque de leur première communion, etc.
- Institutions d'agrément pour ouvriers créées par la Société anonyme des tissus de laine des Vosges.
- Les institutions de ce genre créées à la Société anonyme des Vosges sont au nombre de deux : les Sociétés de musique pour les adultes et un Arbre de Noël pour les jeunes enfants.
- Sociétés de musique. — D’après les documents qui figurent à l’Exposition, deux sociétés de musique ont été créées parmi les ouvriers de la Société anonyme des tissus de laine des Vosges : la Con-cordia, fondée le 15 mai 1875, autorisée le 22 juin 1882, et la Moselle, fondée le 8 novembre 1884, autorisée le 12 octobre 1886. La première, qui comptait 15 membres au 31 décembre 1875, en avait 21 au 31 décembre 1888; la seconde, qui comptait 30 membres en 1884. était arrivée à 47 membres en 1888. Voici le règlement de cette dernière :
- Article premier. — La Société, qui se compose de membres exécutants et de membres honoraires, aura pour titre : la Moselle.
- Art. 2. — La Société sera administrée :
- 1° Par un président honoraire, qui sera de droit le chef de l’établissement ou son fondé de pouvoir ;
- 2° Par un vice-président ainsi qu’un chef de musique, l’un et l’autre choisis par le président honoraire et parmi les directeurs de l’établissement;
- 3° Par cinq membres exécutants dont les deux sous-chefs et trois membres. Le chef de musique aura à choisir un secrétaire pour tenir les comptes de la Société, ainsi que ses deux sous-chefs. Quant aux trois musiciens faisant partie du conseil d’administration, ils devront être nommés à l’élection.
- Tous les membres administrateurs devront toujours être au complet.
- Art. 3. — Pour faire partie de la Société, il faudra que le nouveau sociétaire soit présenté par deux membres et ensuite agréé par le président.
- Art. ti. —Répétitions et exécutions des morceaux. —Ces répétitions ne devront avoir lieu que deux fois par semaine, y compris celle du dimanche; s’il y avait nécessité à ce qu’elles aient lieu plus souvent, le chef aurait alors à prendre des mesures de concert avec les sous-chefs.
- Art. 5. — Cotisations. — Les membres honoraires auront à payer une cotisation annuelle de dix francs. Quant aux membres exécutants, la cotisation sera de 50 centimes mensuellement.
- Art. 6. — Modification des statuts. — Si les besoins venaient à se faire sentir, le conseil d’administration pourrait modifier les règlements, mais toujours sous la ratification du président.
- Art. 7. — Fonds. — Les fonds versés à la caisse seront destinés à couvrir les dépenses que le conseil d’administration jugera nécessaires au bon fonctionnement de la Société, notamment à l’achat d’instruments et de morceaux de musique.
- Art. 8. — Nationalité. — Chacun des membres devra être Français, et tout individu appartenant à une nationalité étrangère ne pourra en faire partie à un titre quelconque.
- Art. 9. — Mineurs. — Les mineurs ne pourront être admis dans la Société sans l’autorisation de leurs parents ou tuteurs.
- Art. 10. — Tenue et habillement. — Si la Société adopte un costume, il devra différer complètement de la tenue militaire. On n’emploiera pour les grades aucun insigne distinctif adopté pour les armées de terre ou de mer, de même pour les médailles qui ne ressembleront nullement aux décorations nationales ou étrangères ni aux médailles d’honneur.
- Art. 11. — Aucune modification ne sera apportée dans les statuts sans l’autorisation de l’administration préfectorale.
- Art. 12. — Dissolution de la Société. — Si la Société venait à se dissoudre, le reliquat provenant de la liquidation serait versé à la caisse de secours de l’établissement de la Courbe.
- Arbre de Noël. — Cette institution, qui date du 25 décembre 1887, a pour but d’amuser les enfants au-dessous de 14 ans faisant partie du personnel de la Société ou rattachés à lui, en leur distribuant, soit des jouets appropriés à leur âge et à leur sexe, soit des objets utiles de première nécessité. C’est là une récréation qui amuse toujours aussi bien les parents que les enfants, et qui a réussi à un tel point que la première année — 25 décembre 1887 — 350 personnes, enfants compris, y ont assisté, et que la seconde année — 25 décembre 1888 — 540 personnes en ont fait partie. Dans les deux cas, la Société de musique la Moselle a prêté son con-
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- cours à la fête en jouant des morceaux de son répertoire. La réunion des 330 enfants qui ont assisté à cette dernière récréation s’est trouvée composée comme suit :
- Age des enfants. Garçons. Filles. Total.
- Au-dessous de 2 ans ... 23 20 44
- De 2 à 4 ans 18 27 45
- De à à 6 ans 23 23 46
- De 6 à 8 ans 20 36 56
- De 8 à 10 ans 2 4 20 44
- De 10 à 12 ans 30 18 48
- De 12 à là ans 24 23 47
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- pour 132 invitations faites conformément à un exemplaire spécial des mieux réussis.
- Sociétés à'agrément créées dans divers établissements textiles.
- Dans les manufactures textiles qui figurent à l’Exposition, nous notons parmi celles qui possèdent des sociétés de ce genre :
- 1° La maison de teinture Gillet et fils de Lyon, dont chacune des usines de Lyon (Serin) et d’Izieux possède une société de musique vocale;
- 2° La maison Saint-Frères qui, sans avoir, à proprement parler, de société musicale attachée à ses diverses usines, subventionne, dans les villages où ses établissements sont installés, les sociétés de musique locales composées en grande partie d’ouvriers. Ces subventions varient de 100 à 300 francs chaque année, et on leur fournit en outre les instruments, uniformes, etc.;
- 3° La blanchisserie et teinturerie de Thaon qui a créé dans son personnel des sociétés de chant et de musique instrumentale et des sociétés de tir et de gymnastique ;
- h° La maison Walter Seitz, de Granges (Vosges), qui, en 1887, a organisé une société de musique [la Fraternelle) qui, en 1889, comptait A0 exécutants et environ 20 jeunes élèves. Gette Société avait obtenu en 1888, au concours régional d’Épinal, trois récompenses dont deux premières médailles; et au moment de l’Exposition cinq de ses jeunes gens venaient de s’engager comme musiciens au 152e de ligne. Notons que dans le village où est située
- l’usine existe également une société de tir autorisée par le gouvernement, dont M. Walter Seitz, comme maire de la commune, est président d’honneur, et dont beaucoup d’ouvriers de l’établissement font partie, s’exerçant régulièrement les dimanches au tir à l’arme de guerre;
- 5° La Société linière de Pérenchies, dans le personnel de laquelle a été recrutée une société de musique comprenant 68 exécutants, ayant déjà pris part à divers concours et cueille çà et là quelques lauriers. Dans cette maison, une salle de réunion est également mise à la disposition des jeunes ouvrières le dimanche, à partir de quatre heures et demie de l’après-midi ; on y a réuni des jeux de toute sorte, et des sœurs apprennent aux ouvrières des pièces de comédie qu’elles jouent au jour de la Sainte-Gaiherine devant leurs parents, toujours heureux et fiers des talents de leurs enfants ;
- 6° La Société des grands magasins du Bon Marché, qui a organisé pour son personnel féminin des réunions du soir et des cours de musique vocale, et pour les hommes des sociétés de musique, d’escrime, etc.
- Citons encore parmi les industriels qui ont organisé des institutions similaires : MM. J. Thiriez père et fils, J. Scrive et fils, Besselièvre, etc., etc.
- CHAPITRE XIV
- Monographie sommaire au point de vue social des principaux établissements textiles dont il est question dans ce volume.
- Nous venons d’indiquer dans les précédents chapitres quelles ont été les institutions ouvrières ayant figuré à l’Exposition d’économie sociale en 1889, créées en faveur de leur personnel par un certain nombre d’établissements industriels appartenant à l’industrie textile. Il nous reste maintenant à dire ce que sont ces établissements, en retraçant leur histoire, en faisant le récit de leurs diverses étapes et de leurs agrandissements successifs, et énumérant à nouveau et dans leur ensemble les institutions sociales dues à leur initiative. Nous pourrons, de cette façon, parmi ces institutions, exposer l’orga-
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- nisation de quelques-unes que leur caractère spécial ne nous a pas permis de classer parmi celles que nous avons jusqu’ici étudiées. Afin de ne faire aucun double emploi, nous renverrons aux chapitres précédents pour la description de celles que nous avons précédemment mentionnées.
- FILATURE ET TISSAGES MECANIQUES DE LAINES DE MM. SEYDOUX, SIEBER ET Cie, AU CATEAU, A MAUROY ET A BOUSIES.
- Ces établissements, situés tous dans le Nord, comprennent un peignage de 74 machines, une filature de 02,000 broches, et plusieurs tissages de laines peignées et cardées, réunissant ensemble 2,000 métiers. Les deux premières manufactures, ainsi que l’un des tissages, sont situés au Cateau; un autre tissage a été construit à Mauroy, dans le canton du Cateau ; et une troisième est en activité à Bousies, dans le canton de Landrecies.
- C’est à Paturle-Lupin, ancien député et pair de France, qu’on doit la fondation de la maison en 1818. Jusque-là, le peignage, la filature et le tissage de la laine s’étaient faits en France presque exclusivement à la main, et c’était alors une innovation remarquable que l’édification d’un établissement mécanique réunissant trois branches importantes de l’industrie lainière.
- Le peignage d’abord. Avant que cette opération se fît mécaniquement, la maison Paturle-Lupin occupa longtemps 3,000 ouvriers à la main, répartis non seulement dans les villages voisins du Cateau où se trouvait la filature, mais aussi dans les environs de Denain et de Saint-Amand où elle avait deux succursales avec 800 ouvriers chacune ; elle avait en outre à son service un grand nombre de travailleurs disséminés dans les départements de l’Aisne et des Ardennes.
- L’une des premières, elle fit des essais de peignage mécanique. Vers 1834, elle créa une machine dite « vaudoise », qui fonctionna une dizaine d’années, donnant des résultats très appréciables ; puis, après l’abandon de cette peigneuse en 1844, elle en innova une autre qui porta le nom de la maison, plus parfaite au point de vue de la netteté des produits, mais inemployable pour le travail des laines fines qui se fit encore à la main. L’apparition de la
- peigneuse Heilmann en 1S89, construite en vue du traitement de toutes sortes de laines, vint marquer la fin du peignage manuel. La maison Paturle en acheta immédiatement soixante.
- En 1879, la majeure partie des anciennes machines Heilmann fut remplacée par des peigneuses Meunier, dont la production journalière est plus élevée et d’aussi bonne qualité. Actuellement, la maison Seydoux, Sieber et Ciepossède 68 peigneuses Meunier et 6 peigneuses Heilmann, ces dernières construites par la maison Schlumberger, de Guebwil-ler, et d’un modèle nouveau.
- La filature ne se composa aussi dès le début que de fileurs et fileuses à la main, répandus dans les campagnes du Cambrésis. Les premières machines importées par la maison Paturle-Lupin en 1820 étaient des continus à culettes; on ne put les utiliser que pour plier les chaînes, les trames continuèrent à être filées à la main.
- En 1826, le mull-jenny fit son apparition ; cette ingénieuse machine, dont nous avons retracé l’origine dans notre premier volume, permettait de fabriquer toutes sortes de fils et donnait d’excellents résultats au point de vue de la qualité et du prix de revient du produit : la maison Paturle en acheta 29 de J 60 broches chacune, ce qui lui permit d’édifier dans le pays une première filature mécanique de à,000 broches. Par suite d’augmentations successives et rapides, ce nombre atteignit 22,000 en 1842 et 33,500 en 1854.
- En 1864, le métier self-acting renvideur, depuis longtemps à l’étude, supplanta le mull-jenny. La maison Seydoux monta alors 17,000 broches du nouveau système, ce qui porta à 5,500 broches l’importance de sa filature.
- En 1872, à la suite de substitutions successives, tous les anciens mull-jennys avaient été remplacés par des renvideurs ; l’établissement comptait alors 55,000 broches ; il y a été ajouté depuis cette époque 2,000 broches de continus à filer et 5,000 de continus à retordre, ce qui donne un total de 62,000 pour 1888.
- Enfin les établissements Seydoux, Sieber et Cie comptent, comme nous l’avons dit tout à l’heure, plusieurs tissages. Avant 1853, la fabrication des étoffes de laine pour le compte de cette maison se faisait exclusivement à la main; 6,000 ouvriers environ, groupés dans toutes les communes des cantons du Cateau, de Clary et de Solesmes, tissaient dans leurs demeures respectives les fils qui
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- leur étaient fournis par la filature du Cateau. Un grand nombre de travailleurs occupaient aussi des métiers dans des villages beaucoup plus éloignés, ce qui força un moment la maison, pour éviter un long trajet à une grande partie de ses ouvriers, d’entretenir des succursales dans divers arrondissements du Nord, de l’Aisne et de la Somme, notamment à Swuy, Cambrai, Estournel, Clary, Ligny, Bethen-court, Mauroy, Vertain, Poix, Meunevret, Lemé, Serain, Hargicourt, Vendhuile, Maries et Ronsoy.
- Les premiers métiers mécaniques, au nombre de 10, commencèrent à fonctionner chez MM. Sey-doux, Sieber et Cie, dans le courant de l’année 1853. Les produits de ces machines, d’abord inférieurs à ceux des métiers à la main, s’améliorèrent bien vite, et le nombre des métiers mécaniques atteignait 50 en 1854, 400 en 1866, 1,600 en 1878; il atteint actuellement 2,000, comme nous l’avons dit plus haut.
- Le tissage à la main est encore représenté par 800 métiers à la main, affectés à des articles de nouveautés, dont les produits sont reçus au Cateau et à Mauroy.
- Actuellement, les ateliers de MM. Seydoux, Sieber et Cie occupent au Cateau une superficie de 44,165 mètres carrés, en y comprenant le peignage et la filature. Le tissage, qui chiffre 500 métiers, fabrique des articles très variés dont les principaux sont les bengalines, draps d’Alma, crêpes de Lahore et de Chine, cachemires hindou, mérinos doubles, drap cachemire, drap Victoria, vigognes, cachemires chaîne soie, casimirs fantaisie, satins rayés, façonnés mohair, articles de draperie façonnée en tout genre et de draperie fantaisie, etc. Il n’est pas sans intérêt, à propos de l’article mérinos, de relater ici que ce tissu qui, pendant de longues années, jouit dans la consommation d’une faveur marquée, donna son nom à la maison Paturle-Lupin ; encore actuellement, le tissage Seydoux, Sieber et Cle est désigné dans le Cambrésis sous l’appellation le Mérinos.
- Le tissage de Mauroy, entièrement à la main, occupe une superficie de 2,500 mètres carrés. Cet établissement est plus spécialement affecté à la fabrication des tissus de haute nouveauté qui ne se fabriquent guère que de cette façon, comme les barèges, grenadines, byzantines, rideaux, foulards, pékins, crêpes anglais, voiles façonnés, épinglés, popelines, gazes damassées et guipures, mérinos écossais, velours laine, etc.
- Le tissage de Bousies, qui date de 1867, est le plus important de tous : il comprend 1,500 métiers mécaniques, et les bâtiments y occupent une superficie totale de 20,000 mètres carrés. On y fabrique surtout les mérinos, écosses, châles mérinos et écosse, mousseline, biarritz, serges, satins de Chine, flanelles en tout genre, drap cheviot, drap amazone, drap Tonkin, etc.
- Tous les produits manufacturés que nous citons ici sont expédiés à la maison de vente, 23, rue de Paradis, à Paris, et vendus par ses soins.
- La mise en œuvre de tous ces établissements exige, à l’heure actuelle, un capital social de 18 millions de francs. Leur ensemble donne lieu à une production annuelle de 1 million de kilos environ de laines peignées et 1,050,000 en laines filées. Les tissages emploient par an 1,050,000 kilos de fils de laine peignée, 150,000 kilos de fils de laine cardée et 65,000 kilos de fils cheviot, mohair, coton et soie, soit au total 1,265,000 kilos de fils, donnant lieu à une production de 112,000 pièces de divers tissus.
- Le personnel ouvrier des usines Seydoux, Sieber et Cie comprend, pour les deux établissements mécaniques du Cateau et de Bousies, 2,765 ouvriers et apprentis, et pour les tissages à la main du Cateau et de Mauroy, 800 ouvriers travaillant chez eux. En voici le dénombrement pour le Cateau :
- Hommes............................ 752
- Femmes............................ 480
- Filles mineures de 16 à 21 ans... 153
- Garçons au-dessous de 16 ans. .. 150
- Filles au-dessous de 16 ans. 155
- 1.690
- A Bousies, le même personnel est réparti comme suit :
- Hommes...................... 475
- Femmes......................... 290
- Garçons de 16 à 21 ans......... 160
- Filles de 16 à 21 ans.......... 150
- 1.075
- soit un total de 2,765 travailleurs, dont 1,997 ouvriers et ouvrières proprement dits et 768 filles mineures et enfants des deux sexes, non compris les 800 ouvriers à la main de Mauroy. Dans ce personnel, on ne compte pas plus de 1 pour 100 d’étrangers.
- Le recrutement de ces ouvriers est facile, la création des institutions économiques annexées aux établissements Seydoux, Sieber et Cie, et dont nous
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- avons parlé dans les chapitres précédents, attirant de préférence les travailleurs de ce côté. Pour faciliter les groupements familiaux dans leurs ateliers, les chefs de la maison ont ordonné que les enfants des ouvriers seraient toujours admis comme apprentis chez eux, de préférence à ceux des personnes que rien n’attache à leurs usines. Il en résulte que des familles entières travaillent au Cateau et à Bousies depuis un certain nombre d’années.
- Ce nombre d’années d’ailleurs a pu être facilement relevé; il donne lieu, pour les 1,997 ouvriers proprement dits, au classement que voici :
- Ouvriers ou ouvrières occupés. Nombre.
- Depuis 15 jusque 21 années De 20 à 25 ans ... 249 . .. 178
- — 25 à 30 — 89
- — 30 à 35 — 06
- — 35 à 40 — 49
- — Z|0 à 45 — 26
- — 45 à 50 — 5
- — 50 ans et plus ... 14
- ce qui donne pour plus d’un tiers des ouvriers au moins 15 ans de service.
- Nous avons indiqué, page 18, comment le travail est rémunéré pour le peignage et la filature, et page 21, comment il se rémunère pour le tissage.
- Dans les trois principales divisions de l’établissement du Cateau — le peignage, la filature et le tissage — un directeur est affecté à chacune de ces branches, secondé par des chefs d’atelier ou des contremaîtres; quant aux succursales de Bousies pour le tissage mécanique et de Mauroy pour le tissage à la main, chacune d’elles comporte un directeur et un certain nombre d’employés suivant son importance.
- L’importance des salaires distribués peut être évaluée comme suit : au Cateau, 1,600,000 francs; à Bousies, 800,000 francs; à Mauroy, 200,000 francs.
- Dans ces chiffres ne sont pas compris les appointements des directeurs, employés et contremaîtres des fabriques du Cateau, de Bousies et de Mauroy, ainsi que des garçons de magasin, agents de la maison de commerce de Paris et des comptoirs établis à l’étranger; le montant total de ces appointements est de 400,000 francs; le nombre des directeurs, employés et agents est de 184.
- Nous avons énuméré, page 26, quelle était, sous forme de subventions en nature, l’importance des sur-salaires dont jouissent les ouvriers des établissements Seydoux, Sieber et Cie. Nous allons reprendre chacun d’eux et amplifier les renseignements que
- nous avons déjà donnés, en mentionnant en outre les autres institutions qui n’ont pas été indiquées.
- École primaire pour les garçons. — Comme nous l’avons signalé page 88, l’établissement possède une école primaire pour les garçons de douze à quinze ans, non munis du certificat d’instruction élémentaire exigé par l’article 9 de la loi du 19 mai 1874. Cette école, dirigée par un instituteur laïque payé par la maison, comprend 43 élèves, répartis en deux cours. Le premier cours a lieu de 9 heures à midi, le deuxième de 2 heures à 5 heures, c’est-à-dire pendant les heures de travail. Les filles de douze à quinze ans ne sont admises dans les ateliers que munies du certificat d’instruction élémentaire précité.
- Salle d'asile. — Une salle d’asile a été fondée en 1852 par la maison, qui en paye tous les frais, entretien, personnel et matériel. Cet asile est fréquenté par 308 enfants de 3 à 7 ans, appartenant aux familles des ouvriers. Il est dirigé par trois sœurs de la Sagesse. Le médecin attaché à l’établissement y fait de fréquentes visites.
- Ecole primaire pour les filles. — Enfin, à ladite salle d’asile est annexée une école primaire pour les filles des employés et ouvriers; elles y sont reçues depuis l’âge de sept ans jusqu’à douze ans. Cette école, dirigée également par trois sœurs de la Sagesse, est divisée en trois sections, comprenant ensemble 202 élèves. L’instruction comprend la lecture, l’écriture, la grammaire, des notions d’arithmétique, d’histoire et de géographie, et les travaux à l’aiguille. Chaque année, de nombreuses élèves obtiennent le certificat d’instruction primaire.
- Réunion dominicale. — Le dimanche, une réunion de jeunes filles, ouvrières de l’établissement, a lieu à l’asile. L’asile et l’école des filles, avec les cours et jardins qui en dépendent, occupent une superficie totale d’un demi-hectare. L’achat du terrain et la construction des bâtiments de l’asile ont coûté, en chiffres ronds, 68,000 francs ; le mobilier, 10,000 francs.
- Voici maintenant quelques renseignements sur le coût de ces diverses institutions.
- La moyenne des dépenses des cinq dernières
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- années représente, pour un an, une somme de 10,000 francs, qui se répartit comme suit :
- Entretien des bâtiments et assurance Entretien du mobilier Chauffage, éclairage, blanchissage, etc. ... Toile, mercerie, objets divers, médicaments aux enfants Fournitures de classe, récompenses, etc.. Appointements de quatre religieuses...... Gages de domestiques et des filles de service 800 fr. 600 » 1.200 » 1.500 » 1.000 » 2.400 » 2.500 »
- Total 10.000 fr.
- L’école des filles, annexée à l’asile, a été ouverte en 1856. Elle a coûté, pour achat de terrain et construction, 38,000 francs, et pour mobilier 3,500 francs. La dépense d’une année représente, d’après les cinq dernières années, 5,000 francs, soit:
- Pour entretien des bâtiments, etc Chauffage, éclairage, entretien de mobilier. Fournitures classiques, récompenses Appointements de quatre religieuses 500 fr. 1.000 » 1.100 » 2.400 »
- Total 5.000 »
- Fourneaux alimentaires. — Un fourneau économique est établi près de la filature du Gateau. On y délivre, tout préparés aux ouvriers, sur la présentation d’une carte, du bouillon, de la viande et des légumes. Ces denrées leur sont fournies au prix coûtant.
- Le personnel se compose d’une religieuse, assistée de deux servantes. 1
- Il y a toujours environ 200 ouvriers inscrits pour se pourvoir au fourneau.
- Les rations sont ainsi réglées :
- Viande, 70 grammes.................. OflO
- Bouillon, 45 centilitres............ 0 15
- Légumes, 41 centilitres............. 0 10
- Les trois rations réunies........... 0 30
- Caisse d'épargne. — Nous avons étudié d’une façon détaillée cette institution, page 187. Nous n'avons plus à y revenir.
- Bains. — Dix salles de bains sont à la disposition du personnel de l’établissement.
- Les ouvriers payent le bain 10 centimes; il est gratuit lorsqu’il est ordonné par le médecin de l'établissement.
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- é.v -i
- Installation hygiénique des ateliers. — Les bâtiments sont séparés par de vastes cours. Les anciens sont à étages ; les nouveaux, qui forment le plus grand nombre, à rez-de-chaussée.
- Les ateliers sont vastes, aérés, bien éclairés et tenus avec une grande propreté. Tous sont chauffés à la vapeur.
- La plupart des salles de filature sont munies d’appareils aérophores, qui introduisent l’air frais de l’extérieur, en même temps qu’ils y répandent une certaine fraîcheur par l’eau qu’ils pulvérisent au-dessous des plafonds.
- Les ateliers où les ouvriers sont nombreux sont arrosés au chlorure de chaux.
- L’été, des boissons hygiéniques sont distribuées gr atuitement pendant le travail.
- Précautions contre les accidents. — Les engrenages, partout où ils présentent des dangers et où il est possible de le faire, sont munis de boucliers.
- Précautions contre l'incendie. — Tous les établissements de MM. Seydoux, Sieber et Cie sont assurés contre l’incendie à vingt et une Compagnies.
- En outre, il existe, tant à l’établissement de Bou-sies qu’à celui du Gateau, une organisation qui comporte :
- 1° Un poste de veilleurs, qui, chaque nuit, fait de nombreuses rondes dans les salles ;
- 2° Une section de vingt-cinq pompiers, pris parmi les ouvriers aptes au service des pompes et salariés pour ce service ; 1 * ' ...
- 3° Trois pompes à incendie et un extincteur instantané, ce dernier pour les commencements d’incendie ; ............
- "4° Des réservoirs d’eau établis sur différents pbints, pour l’alimentation rapide des pompes.
- Caisse de secours mutuels. — Dans les établissements du Gateau et de Bousies fonctionnent des caisses de secours. Chacune d’elles est organisée sur les mêmes bases.
- Tous les ouvriers et ouvrières en font partie ; il ne leur est fait pour cela aucune retenue.
- Chaque caisse est alimentée par le produit des amendes infligées pour infractions au règlement de la maison.
- Supplément a l’Industrie textile du 15 Janvier.
- ni. — 25e Fascicule.
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- LES INDUSTRIES TEXTILES
- m
- MM. Seydoux, Sieber et Cic versent en outre annuellement à titre de dons :
- 1° Une somme égale au montant de ces amendes, soit 1,800 francs environ pour le Cateau et 1,000 fr. pour Bousies ;
- 2° Une somme complémentaire de 3,000 francs pour le Cateau et de 1,500 francs pour Bousies.
- Chaque caisse de secours mutuels est administrée par un conseil de quatre employés et de douze ouvriers élus par leurs camarades.
- Les secours sont donnés en argent ; ils varient, selon la situation des ouvriers secourus, entre 6 et 15 francs par quinzaine. Ils sont exclusivement réservés aux malades, qui reçoivent gratuitement les soins du médecin et les médicaments ; de même pour les blessés.
- Les dépenses s’élèvent annuellement à 0,000 fr. environ au Cateau et 3,000 à Bousies.
- Pensions de retraite. — Des pensions de retraite sont accordées par la maison, sans retenue sur les salaires, à titre de récompense pour les services rendus, aux anciens employés, ouvriers et ouvrières, que l’âge ou les infirmités rendent incapables de travailler.
- MM. Seydoux, Sieber et Cie payent de ce chef chaque année environ 21,000 francs.
- Le nombre actuel des pensionnés est de : 8 employés, dont la pension viagère est de 800 à 1,000 francs, 36 ouvriers, dont la pension viagère est de 300 à âOO francs, et 12 ouvrières, dont la pension viagère est de 150 francs.
- Secours spèciaux. — Indépendamment des sommes distribuées par ses caisses de secours mutuel, la maison donne des secours spéciaux à des veuves, et principalement à des familles d’ouvriers plus particulièrement éprouvés par les revers ou la maladie.
- Pour ces secours spéciaux, la maison paye chaque année :
- Au Cateau........... â.000 fr.
- A Bousies........... 2.500 »
- A Mauroy.............. 250 »
- En sus des sommes ci-dessus versées en espèces, MM. Seydoux, Sieber et Cie payent par an les honoraires de deux médecins :
- Tous les ouvriers, sans exception, ont droit aux secours précités, médecin, médicaments, frais funéraires, et ce gratuitement.
- Efforts et sacrifices faits en vue d’éviter le chômage. — Dans les années de crise, la maison Seydoux, Sieber et Cie n’a jamais hésité à vendre à perte certains tissus, pour éviter le chômage, même partiel, de ses ateliers.
- De plus, dans ces mauvais moments, et alors qu’elle avait encore de nombreux tisseurs à la main, elle a souvent fait distribuer dans les communes des secours en argent. Ceux-ci, en 1862, notamment, se sont élevés à là,000 francs et en 1868 à 10,000 fr. Enfin, en 1886, la maison, pour parer à la douloureuse nécessité d’un chômage partiel, a été jusqu’à s’imposer le sacrifice d’accepter, à très bas prix de façon, des chargements de laines à peigner, à filer et même à tisser, s’écartant ainsi, pour la première fois depuis sa fondation, de son programme, qui a toujours consisté à ne produire que pour son propre compte.
- Secours aux femmes en couches et crèches. — Il est accordé aux ouvrières mariées dix journées entières de paye à la suite d’accouchement.
- En 1878, une crèche a été annexée à la salle d’asile. Les enfants y sont reçus depuis l’âge de quinze jours jusqu’à un an, et peuvent y rester jusqu’à leur admission à l’asile. Leur nombre est en moyenne de â5 à 50. Le service de santé est assuré sévèrement à la crèche par le médecin de la maison.
- Nous avons donné sur cette utile création des renseignements détaillés page 185 ; nous y renvoyons le lecteur.
- Précautions prises en faveur de la moralité des ouvrières. — La moralité est assurée par la discipline et la bonne tenue exigées dans l’établissement.
- A l’exception du tissage mécanique, où la chose ne serait pas pratique, les sexes sont séparés dans les ateliers.
- — Nous arrivons maintenant à l’étude des institutions particulières qui ne sont pas destinées d’une façon toute spéciale au personnel de l’établissement, mais dont les règlements renferment toujours en sa faveur des clauses favorables.
- L’un au Cateau, l’autre à Bousies.... 4 - 500 fr. Médicaments chez les pharmaciens.. 6.700 »
- Frais de sépulture (tout compris)... 1.800 »
- Ensemble..,. 13.000 »
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- Refuge des vieillards (don de M. Ch. Seydoux aîné). — En 1854, M. Charles Seydoux aîné, député du Nord, commandeur de la Légion d’honneur, l’un des anciens chefs de l’établissement, devenu associé commanditaire, fit don à la ville du Cateau d’une grande propriété sise rue du Maréchal-Mortier, au Cateau.
- Cet immeuble, selon le vœu du donateur, est affecté en partie à un refuge de vieillards sans ressources.
- Une salle d’asile a été établie par la ville du Cateau dans une autre partie de la propriété.
- Des maisons attenantes à l’hospice et faisant parlie du même immeuble sont occupées gratuitement par des ménages d’ouvriers pauvres.
- Enfin, ladite propriété, située dans un des plus beaux quartiers du Cateau, agrémentée d’un immense jardin, représente une valeur d’environ 140,000 francs.
- \ 8 hommes et 12 femmes sont actuellement pensionnaires du Refuge des vieillards, dit Asile Saint-Charles. La ville fait les frais de leur entretien.
- Hôpital Paturle (don de Mme veuve Paturle-Lupin). — Un hôpital a été construit en 1861 par Mme Paturle-Lupin, veuve du fondateur de la maison et associée commanditaire de la maison.
- Mme Paturle a, en outre, doté l’hôpital de rentes nécessaires à l’entretien de lits et fait donaiion de cet établissement à la ville du Cateau, avec des clauses particulières en faveur des ouvriers de la maison Seydoux, Sieber et Cie.
- Plus tard, douze lils ont été fondés successivement par M. et Mme Auguste Seydoux et par M. et Mme Henri Sieber.
- Aujourd’hui, l’hôpital contient 35 lits et 4 salles. Sa valeur mobilière et immobilière est évaluée à environ 150,000 francs.
- La ville, pour subvenir au complément de tous les frais d’entretien de l’hôpital Paturle, n’a besoin d'inscrire annuellement à son budget qu’une somme de 2,000 francs.
- Société de charité maU ruelle du Cateau. — La Société de charité maternelle du Cateau a été fondée en 1871 sur l’initiative de Mme Charles Seydoux, qui en a du reste été toujours la présidente.
- Cette Société a pour but de secourir les femmes en couches qui se trouvent dans le dénuement.
- Elle a commencé à l’aide de dons particuliers et
- des souscriptions des membres honoraires. La première année, elle a secouru 55 femmes; elle en secourt aujourd’hui annuellement une moyenne de 100.
- Son encaisse, à la fin de 1872, était de 1,000 fr. ; aujourd’hui le fonds de réserve est de 7,000 francs.
- Les secours consistent en layettes, lait, viande, etc. La quotité par femme secourue qui, la première année, représentait une valeur de 25 francs, atteint aujourd’hui une valeur de plus de 36 francs.
- Pensions viagères d'ancienneté s'ajoutant à celles données par la maison (fondation de M. et Mme Auguste Seydoux). — Le 1er janvier 1873, M. et Mme Auguste Seydoux ont fondé des pensions viagères de : 100 francs par an pour les ouvriers et 80 francs par an pour les ouvrières comptant à cette époque 40 ans de services dans l’établissement.
- Ces pensions spéciales s’appliquèrent, lors de leur fondation, à 37 ouvriers et 32 ouvrières. Elles sont encore aujourd’hui servies par les héritiers de M. et Mme Augusle Seydoux à 20 ouvriers et 13 ouvrières.
- Enfin les pensions de 100 francs et de 80 francs ci-dessus sont tout à fait indépendantes de celles servies aux anciens ouvriers et ouvrières par la maison à titre de récompenses et sans retenues sur les salaires, les premières n’étant considérées que comme des gratifications s’ajoutant aux pensions de retraite.
- Pensions viagères d’ancienneté, augmentant le nombre de celles données par la maison (fondation de Mme veuve Auguste Seydoux, en mémoire de M. Auguste Seydoux). — En 1878, après le décès de M. Auguste Seydoux, Mme Auguste Seydoux, en mémoire de son regretté mari, qui s’était constamment préoccupé du bien-être de ses ouvriers, mit à la disposition de la maison Seydoux, Sieber et Cle une somme de 200,000 francs, à titre de don et pour être convertie en rente française 3 pour 100, ce revenu devant être affecté à des pensions de retraite.
- Lesdites pensions augmentent le nombre de celles que la maison accorde à ses anciens ouvriers et ouvrières, sans retenues sur 1rs salaires, ainsi qu’il a été déjà dit plus haut.
- Le nombre des pensionnés est actuellement au total de 56 ouvriers et ouvrières ; l’importance totale des pensions est de 20,770 francs.
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- Distribution d'eau potable dans tous les quartiers de la ville du Cateau (fondation de Mme veuve Auguste Seydoux, en mémoire de M. Auguste Sey-doux). — Au cours de la même année 1878, Mme Auguste Seydoux, voulant exécuter les derniers désirs de son mari, qui, pendant de longues années, avait été maire du Cateau, et tenant elle-même à donner un témoignage de sa sollicitude pour tout ce qui peut contribuer à l’assainissement et au développement de la ville du Cateau, fit donation à celle-ci de la somme de 200,000 francs, prenant en outre à sa charge tous les frais de donation, acceptation et autres.
- Moyennant cette donation nette de 200,000 francs, la ville devait établir une distribution d’eau potable dans tous ses quartiers, en commençant par les plus pauvres et les plus déshérités.
- La ville ne perdit point de temps et bientôt fut construite une usine hydraulique qui élève des sources abondantes et distribue l’eau dans tous les quartiers sans exception.
- On compte effectivement, dans toute la ville et ses faubourgs, A3 bornes-fontaines, quant à présent.
- Une fontaine monumentale a été érigée sur la place Thiers ; on y lit sur le bronze cette inscription : « Fondation Auguste Seydoux ».
- Le conseil municipal du Cateau, reconnaissant du don de Mme Paturle, a donné, en 1861, à la rue Bilbac, où est érigé l’hôpital, le nom de boulevard Paturle. 11 donna, en 1878, à la rue Saint-Quentin le nom de rue Auguste-Seydoux.
- Nous n’étonnerons personne en disant qu’à l’établissement central du Cateau, où fonctionnent la plupart des institutions ouvrières que nous avons mentionnées, il n’y a jamais eu de grève.
- A Bousies, en 1885, un commencement de grève s’est manifesté. Les ouvriers donnaient comme grief qu’ils ne se croyaient pas aussi bien partagés que ceux du Cateau sous le rapport du salaire et de l’organisation de leur caisse de secours. Détrompés sur le premier point et ayant obtenu satisfaction sur le second par une réorganisation de leur caisse de secours sur les mêmes bases que celle de la maison mère, ils n’ont pas tardé à reprendre leur travail.
- MANUFACTURE DE DRAPS DE VILLENEUVETTE
- (iiérault),.
- Nous devons mentionner à cette place cette ancienne fabrique, qui occupait à l’Exposition d’économie sociale une place digne d’attention.
- Elle a été fondée en 1666, sous le ministère de Colbert qui, voulant introduire en France des industries qu’il jugeait prospères en Angleterre, édifia à Villeneuvette de vastes ateliers pour la fabrication des draps destinés aux Échelles du Levant et aux Indes. En raison des difficultés de la lutte sur le terrain communal, plusieurs privilèges et immunités lui furent accordés. La province du Languedoc lui alloua en outre, jusque 1789, une pension de 3,000 francs à titre d’encouragement.
- Le domaine de Villeneuvette, sur lequel se trouve érigée la manufacture, avait, lors de sa fondation et d’après une note écrite en 1681, une surface de 275 hectares. En 1889, cette surface, par suite d’achats successifs, a été portée à 670 hectares. On y cultive l’olivier, le mûrier, la vigne et le blé; des prés servent en outre à la pâture de 800 moutons.
- Les institutions dues à l’initiative des propriétaires de Villeneuvette sont les suivantes :
- Instruction des ouvriers. — Villeneuvette ayant été, depuis 1677, dix ans après la fondation de la manufacture, érigée en commune, possède une école pour les garçons confiée à un instituteur dépendant de l’Académie de Montpellier, et une école de filles tenue par une institutrice lettrée. A l’école des garçons, une note figurant à l’Exposition nous apprend que le nombre d’élèves est de 17 en 1888, et que l’instruction y est donnée de A heures 20 à 6 heures du soir, 9 élèves suivent en outre un cours d’adultes du 1er octobre au 31 mars, et 15 élèves un cours d’apprentis, du 1er avril au 31 août. Ce sont les enfants des ouvriers de la manufacture et du domaine qui fréquentent ces écoles. L’instruction religieuse est confiée au prieur de Mourèze, dont Villeneuvette est une annexe diocésaine. Un catéchisme de persévérance est fait une fois par semaine pour les jeunes filles.
- Habitations gratuites et jardins. — De 1866 jusqu’aujourd’hui, douze propriétaires se sont succédé dans la direction de Villeneuvette. Tous ont parti-
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- cuïièrement porté leur attention sur le logement de l’ouvrier. A l’heure actuelle, 98 maisons ont été mises « gratuitement » à la disposition des ouvriers ; sur ce nombre, Ih sont établies dans l’enceinte même de la manufacture.
- Des jardins sont mis, également à titre gracieux, à la disposition des ouvriers qui en demandent, ce qui leur permet d’avoir des légumes, quelques fruits, et surtout de varier leurs occupations et de se livrer, en dehors de l’usine, à un exercice en plein air.
- Secours en cas de maladie ou de besoin. — En cas de maladie, les ouvriers ont à leur disposition, moyennant la somme de 8 francs par an et par famille, les remèdes gratuits, et ils peuvent user des services de l’un des deux médecins attachés à l’établissement. Ils peuvent cependant, s’ils le désirent, faire venir d’autres médecins à leurs frais.
- Si la maladie continue, la direction intervient, de façon à permettre à tous ceux qui appartiennent au personnel de la maison de rester dans leur famille au lieu d’aller à l’hôpital.
- Du reste, une caisse de secours pour les plus nécessiteux fonctionne dans l’établissement depuis soixante-cinq ans; elle est alimentée par une retenue de 1 pour 100 sur le salaire des ouvriers et sur le iraitement des employés qui sont logés dans l’établissement.
- Pensions de retraite. — Une note nous apprend, sans donner plus d’explications, que des pensions de retraite sont accordées aux ouvriers âgés ou infirmes, et que, si les retenues sont insuffisantes, ce qui arrive toujours, la direction complète la somme nécessaire.
- Encouragement de la vie de famille. — Pour permettre à quelques mères de famille de travailler dans les ateliers, on leur donne la permission de sortir une demi-heure avant les autres ouvriers. Elles peuvent ainsi s’occuper de leur ménage.
- Lorsque les maisons qu'elles habitent se trouvent dans l’intérieur de l’enceinte de la manufacture, on les autorise à s’y rendre plusieurs lois par jour.
- Efforts en vue de rendre la vie de l'ouvrier plus facile. — A part la cote mobilière et personnelle, les ouvriers de Villeneuvette sont exonérés de toute charge communale.
- La direction a donné le logement gratuit au seul
- boulanger de la commune, à l’épicier et au boucher.
- Les marchands du dehors, qui viennent débiter leur marchandise sur place, ne payent aucun droit.
- Un restaurant-auberge a été installé pour certains ouvriers étrangers et nomades.
- Stabilité. — Nous extrayons d’une notice qui figure à l’Exposition les lignes suivantes :
- « Plusieurs familles ouvrières se perpétuent à Villeneuvette depuis plus de cent quarante ans, et beaucoup d’autres y sont depuis plus de trente ans.
- « Plusieurs familles se succèdent depuis plus longtemps que la famille du patron actuel, qui n’y est que depuis environ cent ans.
- « Les ouvriers de Villeneuvette arrivant en général à une vieillesse assez avancée, et tenant à travailler tant que leurs forces le leur permettent, il arrive qu’il n’y a pas toujours assez de places disponibles pour les jeunes gens qui grandissent et, alors, plusieurs de ces derniers sont amenés à s’expatrier.
- « Et comme les pères de famille sont portés à laisser partir les jeunes gens les plus forts, il arrive, après une période plus ou moins longue, que l’ensemble de la population n’a peut-être pas ce degré de force et de santé qu’elle posséderait si la cause relatée ci-dessus n’existait pas.
- « Voici un inconvénient d’un autre genre, qui a pour cause la fixité, ou mieux la régularité du travail :
- « Les ouvriers de la manufacture, sachant trop que le travail ne leur manquera pas, ne sont pas assez disposés à faire des économies. »
- SOCIÉTÉ ANONYME DES TISSUS DE LAINE DES VOSGES, AU THILLOT (VOSGES)
- Avant 1803, le Thillot était une section de la commune de Ramonchamp. Erigé en commune à cette époque, il s’est développé peu à peu.
- Les 3,000 habitants que la commune compte actuellement se trouvent répartis en différentes sections. Le Thillot, incendié en 183â, ne comptait guère qu’un millier d’habitants; sa reconstruction en fit un joli petit bourg. Sa situation, sur le croisement des routes de Besançon à Saint-Dié et de Paris à Bâle, et sur la rive droite de la Moselle, en fait un
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- centre important, surtout depuis 1879 que la voie ferrée est ouverte.
- Tous les corps de métiers y sont aujourd’hui à peu près représentés. De toutes les grandes fabrications, celle des tissus y est surtout prépondérante. Plusieurs tissages de coton y forment ensemble 800 métiers, dont l’un de 200 sous la raison sociale E. Bluche et Cie; un autre de ZiOO appartenant à la maison Gros-Roman, Marozeau et Cle, de Wesserling, et un troisième de 200 à M. Ancel. D’autre part, la fabrication des tissus de laine y est représentée par les usines de la Société anonyme des tissus de laine des Vosges, qui se trouvent sur la rive gauche de la Moselle, à l’ouest du Thillot, au lieu dit la Courbe, parce que la rivière y décrit coup sur coup plusieurs lacets. Nous allons indiquer comment ces usines y ont été fondées.
- Jusqu’en 1849, il existait de temps immémorial un petit moulin mû, comme tous les autres du pays, par la force hydraulique, et appartenant à M. Noël, notaire à Rupt et grand propriétaire fermier. Attiré par la situation, M. Forel acheta le moulin en 1849, ainsi que quatre hectares de terrain, et s’associant à la même époque un Anglais habitant Paris, Mi Johnston, décida de l’abattre pour en faire un tissage de coton. Les travaux commencèrent, mais ils durèrent si longtemps que les propriétaires finirent par se décourager et mirent en vente l’usine à demi achevée.
- Celle-ci fut rachetée, en 1858, par M. Hinder-mann, ferblantier à Remiremont, de concert avec un entrepreneur du pays, M. Antoine Pierre. Il fut décidé que ce dernier devait terminer les bâtiments et que son associé fournirait les machines. Effectivement, dès J 860, 120 métiers à tisser, fournis par la maison Stehelin et Cie, commencèrent à battre.
- Malheureusement, la situation de l’industrie cotonnière devint plus que mauvaise à l’époque, par suite de la guerre de sécession américaine. L’entrepreneur se retira le premier. Les années 1863 et 186Û ayant été désastreuses, son associé, à son tour, dut arrêter l’usine.
- Dès les premiers mois de 1867, l’un de ses fils, Émile Hindermann, prit sur lui de remettre en marche le tissage ; mais la situation de l’affaire était si obérée que l’établissement ne put fonctionner longtemps ; la faillite fut déclarée.
- En juillet 1869, l’établissement fut mis en vente. MM. Stehelin et Cie, principaux créanciers, l’achetèrent pour 60,000 francs. Ils s’entendirent cette fois,
- non plus pour l’exploitation d’un tissage de coton, mais pour le tissage de la mousseline de laine à la mécanique, avec un jeune inventeur du Gateau, M. Adam, qui avait pris un brevet pour cette industrie.
- Le 1er janvier 1870, le premier métier était mis en route, quoique les machines se trouvassent dans un état déplorable. Toutefois, la fabrication et la production étant bonnes, MM. Stehelin se décidèrent à transformer en filature de laine peignée leur filature de coton dite de la Chartreuse, comprenant 3,600 broches, située à K œn i gshoffen, près Strasbourg. Cette transformation fut rapide, car en mai 1870 le tissage travaillait de ces fils.
- A cette époque éclata la guerre franco-prussienne. Les fils vinrent à manquer. Puis l’annexion sépara la filature du tissage; ce dernier resta livré à lui-même. La douane autorisa alors l’entrée en franchise de 100,000 kilogrammes, à recevoir pendant deux années; cette façon défaire permit au tissage de s’organiser pour trouver une autre alimentation.
- Un événement se produisit à cette époque qui força le tissage à changer sa fabrication de mousselines. Celles-ci étaient, en effet, surtout exportées au Japon. Or le Mikado ordonna à ses sujets de s’habiller à l’européenne. On dut alors transformer les métiers pour fabriquer des articles classiques de Reims.
- Aujourd’hui, la Société anonyme des tissus des Vosges possède trois tissages : l’un au Thillot, de 366 métiers, l’autre à Erougement, de 261, et un troisième à Saint-Maurice, de 90. En outre, une filature de 8,000 broches a été montée au Thillot en 1884, et un atelier de bonneterie pour la fabrication des jerseys, en 1S86.
- Voici quel est le règlement du personnel :
- Article premier. — Tout ouvrier entrant dans nos ateliers devra être muni d’un livret en règle et le présenter au bureau pour y inscrire son entrée.
- Art. 2. — Tout ouvrier entrant dans notre établissement aura la liberté de le quitter pendant les premiers quinze jours. Les chefs auront également le droit de le congédier pendant le même temps.
- Ce temps écoulé, une dénonciation réciproque de quatre semaines est exigée, à moins d’un engagement préalable.
- Art. 3. — La dénonciation devra être faite le samedi de la paye, et ce jour-là seulement, au bureau, où l’employé l’inscrira sur un registre à souche.
- Art. A. — Les comptes pour la paye seront arrêtés tous les samedis de chaque quatre semaines, et la paye aura lieu le samedi suivant.
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- Art. 5. — Les ouvriers qui se sont rendus coupables d’inconduite, de malversation, de désobéissance ou d’insultes, pourront être renvoyés sans dénonciation.
- Art. 6. — En cas de chômage, il pourra être offert aux ouvriers, dans les cas prévus par la loi, de travailler quelques heures de plus pour les dédommager du chômage éprouvé.
- Art. 7. — Aucun ouvrier ne pourra rester dans les salles pendant les heures de repas, excepté le graisseur et les contremaîtres.
- Art. 8. — Aucun ouvrier ne pourra sortir de l’établissement sans avoir une permission de sortie, sous peine d’une amende égale à la valeur de la journée.
- Art. 9. — 11 est expressément défendu d’amener des personnes étrangères aux ateliers. Le contremaître est personnellement responsable de cette défense.
- Art. 10. — Il est expressément défendu de fumer aux ateliers, sous peine d’une journée d’amende.
- Art. 11. — Tout ouvrier qui aura fait entrer des boissons dans l’établissement pourra être renvoyé ou puni très sévèrement.
- Art. 12. — Tout ouvrier qui viendra au travail dans un état d’ivresse sera mis à l’amende pour sa journée et pourra être, le cas échéant, renvoyé sans dénonciation.
- Art. 13. — Pour éviter tout danger de feu, les ouvriers ne pourront allumer eux-mêmes leurs lampes.
- Art. 1 lx- — Dans l’intérêt des chefs, ainsi que dans celui des honnêtes ouvriers, aussi souvent qu’il sera jugé nécessaire, les ouvriers seront visités à la sortie.
- Art. 15. — Tous les ouvriers travaillant dans l’établissement sont personnellement responsables des outils ou objets qui leur sont confiés. Ceux des objets perdus ou brisés seront remplacés à leurs frais.
- Art. 16. — Les réclamations relatives à la paye devront être faites au plus tard le lundi suivant du jour de la paye. Passé ce délai, elles ne seront plus admises.
- Art. 17. — Tout ouvrier qui rendra son ouvrage mal fait subira une amende proportionnée au défaut de son ouvrage.
- Art. 18. — Tout ouvrier qui aura sali ou déchiré le présent règlement ou tout autre règlement particulier affiché dans les salles sera mis à l’amende ou renvoyé sans dénonciation.
- Voici quelles sont les institutions ouvrières instituées par la Société anonyme des tissus de laine des Vosges :
- Caisse de secours la Prévoyante. — 11 fut question d’organiser cette caisse au début de la création de la Société, mais les ouvriers ne s’y prêtèrent pas. Toutefois, l’idée fit son chemin, et quatre ans après, les statuts en furent élaborés et acceptés par le personnel.
- Nous avons donné des renseignements détaillés, page 131, sur cette institution : nous y renvoyons le lecteur.
- Caisse de retraite et assurances contre les accidents. — Jusqu’au moment de la fondation de la caisse de secours, la Société payait une partie des frais de service médical. Ses subventions ayant été continuées par la suite, le comité de la Prévoyante décida, en 1885, qu’il continuerait à les recevoir, mais sans y toucher, en laissant capitaliser les intérêts, la retenue de 1 pour 100 affectée à la caisse de secours suffisant largement à couvrir les frais.
- Un capital commença donc à se former. La Société anonyme décida de le consacrer à une caisse de retraite, et, cinq années plus tard, la maison assura contre les accidents tout son personnel. Dans ce but, dès 1880, elle augmenta sa subvention annuelle de façon à arriver à moitié des recettes des cotisations. Cette assurance fut conclue en 1879 avec la Société suisse la Winiherlhur.
- Le capital disponible au 31 décembre 1888 est de 9,7ZiO fr. 90. Gomme nous l’avons expliqué page 12k, l’administration de cette somme est confiée au comité de la caisse de secours.
- Économat. — Nous avons donné page 158 des renseignements suffisants sur cette institution : nous n’y reviendrons pas.
- Maison de famille. — Cet immeuble, qui a été ouvert le 1er avril 1887, a surtout pour but de fournir un foyer à l’ouvrier sans famille, et notamment à l’Alsacien qui arrive au Thillot sans savoir un mot de français.
- L’organisation comprend :
- 1° Le logement d’un surveillant alsacien et de sa famille ;
- 2° Une cuisine et quatre caves de chacune quatre mètres carrés, servant de magasin d’approvisionnement ;
- 3° Une vaste salle à manger pouvant recevoir trente pensionnaires, cette salle à manger servant également de salle de récréation où différents jeux et des livres sont à la disposition des pensionnaires ;
- k° Sept chambres-dortoirs de chacune quatre lits.
- Le chauffage de l’immeuble est fait à la vapeur et l’éclairage à l’électricité :
- En voici le règlement :
- Article premier. — Le logement, le feu, la lumière et le blanchissage seront fournis gratuitement par la maison.
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- Art. 2. — L admission doit être acceptée par le surveil lant, sous rectification du chef de l’établissement. La sortie est complètement libre : il suffit de prévenir le sur veillant deux jours à l’avance.
- Art. 3. — Le prix de la pension est de vingt-deux sous par jour; il est réglé régulièrement chaque paye de quatre semaines.
- Art. A. armoire
- — Chaque pensionnaire a son lit et son
- Art. 5. — L’entrée de spiritueux est formellement interdite, sous peine d’exclusion immédiate.
- Art. 6. — Le pensionnaire ne travaillant pas par sa faute sera congédié immédiatement.
- Art. 7. — La police intérieure est faite par le surveillant, qui peut, en cas de choses pouvant donner lieu à des désagréments, renvoyer immédiatement le coupable de la pension.
- Le menu est varié autant que possible. Il comprend : un café au lait à sept heures du matin, un repas confortable avec potage, viande, dessert et vins à midi, un morceau de pain à quatre heures, et un repas substantiel à sept heures et demie du soir, avec pain à discrétion aux deux repas principaux.
- Logements à bon marché. — Nous avons donné sur ces maisons, page J7/i, des renseignements auxquels nous renvoyons le lecteur.
- Hydrothérapie. — Nous avons indiqué, page 187, de quelle manière est organisée l’institution des bains pour ouvriers à la Société anonyme des tissus de laine des Vosges.
- Société de musique et arbre de Noël. — On peut se reporter page 188 pour les détails relatifs à ces institutions d’agrément.
- FILATURE ET TISSAGE DE LAINE DE MM. TH. MICHAU ET Cie, A EEAUVOIS (NORD).
- Ces établissements, qui comprennent aujourd’hui peignage, filature, tissage de tissus unis et fantaisie, et fabrication de jerseys, ont été fondés en 1851 par M. F. Vogel. Ils débutèrent par un tissage à la main, mais ce ne fut qu’en 1857 que commença l’édification des premiers bâtiments qui devaient renfermer à sa mort, advenue en 1882, 8,000 broches de filature et plus de 1,300 métiers à tisser. La fabrication se bornait alors aux mousselines de laine, aux
- mérinos, aux barèges-voiles et à quelques-uns de leurs dérivés les plus simples. La maison avait établi un comptoir sur le continent américain et une maison de vente à Londres.
- M. Th. Michau, directeur de la succursale de Londres, succéda à M. Vogel, et, trois ans durant, continua son œuvre au nom des héritiers. En 1885, il voulut devenir indépendant, et, groupant autour de lui quelques capitalistes, ainsi qu’un certain nombre d’anciens collaborateurs, ses camarades de veille, il forma — avec M. Fay, son collègue pendant de longues années, alors fondé de pouvoirs de la maison — la Société Th. Michau et Cie, qui devint propriétaire de ces importants établissements.
- A l’heure actuelle, la Société Th. Michau et Cie paye annuellement deux millions de francs de salaires pour la fabrique de Beauvois seule, y compris la façon à la main. Elle fait en moyenne et par an pour 25 millions de francs d’affaires, dont 20 millions pour l’exportation.
- La force motrice nécessaire à la marche de l’établissement de Beauvois est fournie par un seul moteur à vapeur Compound développant, à 5 kil. 500 de pression aux générateurs et une admission de vapeur correspondant au dixième du volume du grand cylindre, un travail indiqué sur les pistons de 900 chevaux-vapeur. Deux autres moteurs de 250 chevaux ont, en outre, été conservés, soit pour produire l’éclairage électrique dans les divers services pendant et après l’arrêt du moteur principal, soit pour actionner les machines préparatoires de tissage en cas de réparation.
- Les institutions ouvrières de la maison, commencées par M. F. Vogel et développées par M. Th. Mi-chaud, sont les suivantes :
- Boulangerie. — Voici d’abord une boulangerie, dont nous avons sommairement indiqué l’organisation page 160. Actuellement, le pain de six livres y est vendu 75 centimes, ce qui constitue en faveur des ouvriers une différence de 25 centimes sur le prix de vente dans la commune.
- Boucherie. — Gomme nous l’avons également indiqué page 160, une boucherie fonctionne dans les mêmes conditions.
- Habitations à bon marché. — La plupart des ouvriers habitent Beauvois et Fontaine ; néanmoins,
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- un groupe d’habitations à bon marché, installées dans les environs de l’usine, permet à ceux qui préfèrent se rapprocher de la fabrique de jouir de logements très salubres.
- Hôpital. — Un hôpital est ouvert aux anciens ouvriers n’ayant pas de moyens suffisants de subsistance, aux infirmes ainsi qu’aux ouvriers et ouvrières malades. Nous en avons indiqué le fonctionnement page 130.
- Société de secours mutuels. — Une Société de secours mutuels, fonctionnant à. la façon des institutions du même genre, a été créée à Beauvois. MM. Th. Michau et Cie subventionnent largement et annuellement cette Société, qui jusqu’ici marche fort bien et se trouve dans une ère de prospérité qui lui permet de faire beaucoup de bien.
- Caisse d'épargne. — Une caisse d’épargne avait, dès le principe, été fondée par M. F. Yogel, désireux d’inculquer aux ouvriers le goût de l’épargne et de l’ordre, en leur permettant d’échapper aux tentations de dépenses inutiles et inopportunes. Cette institution utile a été continuée par la Société Th. Michau et Cie ; nous en avons expliqué le fonctionnement page 147.
- Caisse de secours. — Il existe dans l’établissement une autre institution dite « caisse de secours » dont le but est de servir une partie de leurs salaires aux ouvriers en cas de maladie ; nous avons indiqué page 129 de quelle façon elle est organisée.
- Caisse de retraite. — MM. Th. Michau et Cie ont encore fondé dans l’établissement de Beauvois une caisse de retraite pour la vieillesse; nous en avons parlé page 123.
- Subventions pendant les périodes de service militaire. — Chaque année, un grand nombre d’ouvriers et employés doivent quitter l’établissement pour accomplir une période de service militaire de treize à vingt-huit jours. Dura lex, sed lex. Ce chômage forcé prive l’ouvrier de son salaire, l’empêche de subvenir aux besoins de sa famille et lui cause un préjudice considérable.
- Fort heureusement, la prévoyance de MM. Th. Michau et Cie va généreusement au-devant de ces diffi-
- cultés. D’après une règle dont la maison ne s’est jamais départie, les employés perçoivent intégralement leurs appointements pendant la période d’absence. Les ouvriers, de leur côté, reçoivent un don de 25 francs s’ils font vingt-huit jours, et de 15 francs s’ils font treize jours.
- Subvention aux écoles de Beauvois. — Les ouvriers sont tenus d’envoyer leurs enfants aux écoles de la commune, que la maison a gratifiées d’un matériel industriel complet, permettant de les initier aux éléments de la mécanique par les méthodes modernes.
- Nous ferons remarquer à ce propos l’importance du personnel des établissements Th. Michau et CIe, qui dépasse un effectif de 3,000, en y comprenant les employés et ouvriers des deux sexes occupés au dedans et ceux travaillant au dehors.
- FILATURE ET RETORDERIE DE COTON
- DE MM. J. THIRIEZ PÈRE ET FILS, A LOOS, PRÈS LILLE.
- Ces importants établissements, situés sur le territoire de Lille et la commune de Loos, ont été créés en 1832 par M. Julien Thiriez, père des propriétaires actuels. Édifiés sur une superficie de vingt hectares; nous avons indiqué, page 16, la composition du matériel.
- Pour mettre celui-ci en œuvre, la force motrice employée est de 1,800 chevaux-vapeur, produits par six machines alimentées par vingt générateurs du type à bouilleurs avec réchauffeurs latéraux. La consommation journalière du moteur est d’environ 40,000 kilos de charbon, car c’est là aussi qu’on puise la vapeur nécessaire à la blanchisserie et au chauffage des ateliers.
- Le personnel des usines Thiriez est de 1,535 ouvriers, ainsi répartis :
- Hommes Femmes 793 361
- Filles mineures de 16 à 21 ans.. 218
- Garçons au-dessous de 16 ans (de 12 à
- 16 ans) 70
- Filles au-dessous de 16 ans (de 12 à
- 16 ans) 93
- Total.... 1.535
- Pour les hommes, il y a lieu de citer les chiffres qui dénotent la bonne hygiène des ateliers et leur
- Supplément a l’Industrie textile du 15 Avril.
- m. — 26e Fascicule
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- peu d’influence nocive sur la santé des ouvriers : ainsi 22 sont âgés de soixante à soixante-dix ans, 56 de cinquante à soixante, et 122 de quarante à cinquante, le reste comprenant 205 de trente à quarante et 2hh de vingt à trente ; parmi les femmes, 2 seulement sont dans la catégorie de soixante et un à soixante-dix ans, 6 dans celle de cinquante à soixante, 25 dans celle de quarante à cinquante, 69 dans celle de trente à quarante, et 357 dans celle de vingt à trente : il y a donc dans les ateliers une proportion par rapport au grand âge plus forte chez les hommes que chez les femmes ; cela tient à ce que nombre de jeunes filles, une fois mariées, quittent l’atelier et s’adonnent aux soins du ménage de préférence au travail de l’usine.
- Par rapport au nombre d’années de service dans les établissements dont nous parlons, la répartition s’établit comme suit :
- Hommes. Femmes.
- De 1 à 5 ans de service 275 205
- — 5 à 10 — 265 170
- — 10 à 15 — 182 129
- - 15 à 20 — 101 55
- — 20 à 25 — 30 13
- — 25 à 30 - 8 ))
- — 30 à 35 — 1 ))
- — Z|0 à A5 — )) ))
- 862 572
- Le nombre des anciens ouvriers est, comme on le voit, considérable.
- Un mot en passant sur la manière dont ces travailleurs sont recrutés.
- Les patrons se sont réservé le droit exclusif de choisir leur personnel et de le renvoyer, s’il y a lieu, ne laissant aucune latitude sous ce rapport aux contremaîtres ou directeurs placés sous leurs ordres ; à leur avis, l’admission et le renvoi des travailleurs a trop d’importance pour que le soin en soit laissé à l’appréciation des subordonnés. Ils ont de plus adopté, comme règle, que les enfants des ouvriers travaillant dans l’usine doivent toujours être admis de préférence à ceux que rien n’y attache, et que les contremaîtres et directeurs doivent être pris avant tout dans le personnel aux lieu et place de ceux qui arrivent d’autres manufactures. Tout chef d’atelier, une fois admis dans l’usine Thiriez, prend alors l’engagement formel de ne jamais être boutiquier, afin d’éviter ultérieurement tout prétexte de préférence pour les ouvriers et ouvrières qui composeraient sa clientèle.
- Les observations à présenter, les conseils à demander, les réclamations à formuler, ne peuvent être faits qu’à l’un des patrons, tous les ouvriers indistinctement étant toujours reçus par les chefs de la maison lorsqu’ils en expriment le désir. Les changements dans le personnel sont également à la charge des patrons : l’avancement n’est donné qu’au mérite, à l’ancienneté et à la bonne conduite.
- Ajoutons que l’on se montre impitoyable pour le moindre écart relatif à la moralité : tout contremaître, par exemple, quelque capable qu’il soit, est immédiatement congédié s’il est en faute. Les rapports de l’état-major avec le personnel sont surveillés de près, la plus grande convenance est exigée et dans les ateliers les sexes sont séparés.
- Avec cette manière de procéder, les patrons finissent par connaître entièrement leur personnel et se l’attachent plus intimement par leur esprit de justice et la droiture dont ils font preuve à leur égard.
- Nous avons indiqué, page 17, comment se fait la rémunération du travail. Le lecteur peut s’y reporter. Nous avons également énuméré, page 25, les sursalaires accordés sous diverses formes aux ouvriers : nous croyons utile de les mentionner ici à nouveau, ce qui nous permettra d’appeler l’attention sur quelques particularités passées sous silence.
- Asile. — L’asile édifié par MM. Thiriez reçoit non seulement les enfants des ouvriers, mais aussi ceux des habitants de la banlieue de Lille, qui n’a ni asile ni école. Les uns et les autres sont admis de trois à sept ans.
- Le dispositif comprend un lavabo-vestiaire, un préau qui sert de salle à manger, une salle des gradins où se font les classes, une cour couverte et des cabinets.
- La cuisine est au sous-sol.
- Les salles sont chauffées au moyen d’un calorifère. La ventilation s’en fait par de larges châssis ouvrants et des impostes à bascule.
- Les enfants entrent le matin à l’asile à 8 heures, ils en sortent à 6 heures. Ils dînent tous dans la maison leur dîner se compose de soupe, pain, viande, légumes et bière.
- Tous les petits soins nécessaires à des enfants de trois à sept ans leur sont donnés par deux sœurs de Saint-Vincent de Paul et les aides nécessaires suivant le moment de la journée. Les sœurs les instruisent en les amusant, elles varient les exercices pour ne pas les fatiguer et jouent avec eux. L’été, elles leur
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- font faire des promenades à la campagne ou les conduisent jouer dans des prairies à l’abri de tout danger et en plein air. Elles s’occupent avec une sollicitude et un dévouement inappréciables autant de leur corps que de leur esprit et de leur cœur, et elles arrivent sous ce rapport à d’excellents résultats.
- Tous les petits enfants sortent à sept ans, sachant lire, écrire, compter, un peu de dessin, des éléments d’histoire, de géographie et du système métrique ; en somme, bien préparés pour apprendre.
- Deux fois par an, à la distribution des prix et à l’occasion de la Saint-Nicolas, on fait à tous une distribution de vêtements très appréciée des parents, dont le budget « habillement » se trouve notablement allégé.
- Ecole pour garçons et filles. — Cette école est dirigée par des sœurs de Saint-Vincent de Paul munies de leur brevet. Elle est fréquentée par 230 élèves, garçons et filles, de douze à quinze ans, travaillant dans les ateliers.
- Tous savent lire et écrire, mais quel que soit leur degré d’instruction, les leçons leur sont continuées jusqu’à quinze ans.
- Les classes se suivent pendant toute la journée par 25 à 30 élèves à la fois, groupés suivant leur savoir, et se remplaçant de deux heures en deux heures.
- Pour les filles, on alterne l’enseignement ordinaire avec des leçons de couture.
- La distribution des prix aux élèves de l’asile et de l’école se fait solennellement chaque année. Elle est précédée d’une courte récapitulation des leçons de l’année, de chœurs par la section chorale de l’Orphelinat, et de petites comédies jouées par les enfants de l’asile et quelques orphelins.
- Crèche. — Cette crèche est spéciale aux enfants des ouvriers de la maison, qui y sont admis de trois mois à trois ans.
- Nous avons donné, page 185, des renseignements détaillés sur cette institution : nous n’avons plus à y revenir.
- Orphelinat. — Cet orphelinat a été créé pour les ouvrières orphelines.
- Ces jeunes filles, ayant presque toutes plus de douze ans, travaillent dans les divers ateliers de l’usine. Leur entrée ne donne lieu à aucun contrat, elles peuvent quitter l’orphelinat quand elles ne sont
- plus contentes. Les sœurs remplacent leurs parents; en dehors des heures de travail, elles leur apprennent à faire le ménage, laver, repasser, coudre, etc. Elles ont chacune un livret spécial, sur lequel les sœurs marquent leurs gains et leurs dépenses. Elles donnent 1 fr. 15 par jour pour logement, nourriture, blanchissage, etc. Elles font donc des économies; aussi, en se mariant, ont-elles une petite dot, variant de 1,000 à 5,000 francs. Le dimanche, d’autres compagnes viennent se joindre à elles; elles font des promenades sous la direction d’une sœur, et de temps en temps on leur fait faire un petit voyage à la mer ou aux environs de Lille.
- Nous avons, d’ailleurs, donné sur cet établissement des renseignements détaillés (page 85) ; nous y renvoyons le lecteur.
- Tous les services relatifs à la crèche, à la salle d’asile, à l’orphelinat, sont confiés aux soins des sœurs de Saint-Vincent de Paul, sous la direction de la femme de l’un des patrons qui, de concert avec elles, organise tout ce qui a rapport à ces différentes institutions.
- Secours aux ouvriers malades. — Les ouvriers dont la maladie est constatée par un médecin reçoivent, sans avoir fait aucun versement, 1 franc par jour de maladie pour les hommes mariés, 0 fr. 60 pour les célibataires et les femmes au-dessous de seize ans, et 0 fr. 40 pour les enfants de treize à seize ans.
- Pour récompenser les services rendus par un séjour plus ou moins prolongé dans la maison, les sommes ci-dessus sont augmentées.
- Les mêmes secours sont accordés aux femmes en couches.
- Nous renvoyons le lecteur aux renseignements plus détaillés que nous avons donnés page 128.
- Hygiène des ouvriers. — Les ateliers sont vastes, bien aérés, les machines suffisamment espacées pour permettre une circulation facile.
- Précautions contre les accidents. — Les engrenages sont garantis avec beaucoup de soin et le nettoyage des métiers pendant la marche est rigoureusement défendu. De toutes les parties des ateliers on peut avertir par un coup de sonnette le mécanicien, qui arrête la machine motrice immédiatement.
- Pension de retraite. — En récompense de leurs
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- LES INDUSTRIES TEXTILES
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- longs services, les ouvriers, à soixante ans, touchent une pension viagère de 400 francs payable par douzièmes, fin de chaque mois, s’ils ont au moins trente ans de présence dans l’établissement.
- Cette utile institution a été examinée par nous page 122 ; nous y renvoyons le lecteur.
- Caisse d’épargne. — Une caisse a été créée pour permettre aux ouvriers de placer facilement leurs plus petites économies, et pour qu’ils n’aient pas la tentation de les dépenser inutilement.
- Nous avons donné sur cette institution des renseignements page 146 ; nous croyons inutile d’y revenir.
- Allocations aux réservistes et aux territoriaux. — Les réservistes et les territoriaux touchent 0 fr. 50 par jour, et par enfant qui, joints à ce que leur accordent les municipalités, viennent alléger un peu cette charge si lourde pour beaucoup de familles d’ouvriers.
- Distribution de charbon à domicile. — Les ouvriers peuvent demander leur charbon à l’établissement. Ils le payent le prix coûtant rendu à domicile.
- Le payement se fait par une retenue de 5 francs par quinzaine.
- L’économie qu’ils font sur cette dépense, du prix de gros au prix qu’ils payeront au petit détaillant, est, par ce moyen, de 40 pour 100 environ.
- Habitations économiques. — La question du logement étant l’une des plus importantes, l’établissement a construit des maisons de différentes grandeurs, et par suite de différents prix de location, pour répondre aux besoins des familles plus ou moins nombreuses. Deux cents habitations sont actuellement construites; leurs prix de location sont de 10, 15, 16, 18 et 20 francs, suivant leur importance. Cette question a été examinée longuement page 172 ; nous y renvoyons le lecteur.
- Bains et douches. — Nous renvoyons aux renseignements que nous avons donnés page 186.
- Réfectoire. — Un certain nombre d’ouvriers et d’ouvrières demeurant assez loin de l’établissement dînent dans l’usine. Ils ont à leur disposition deux vastes salles à manger, l’une pour les femmes, l’autre pour les hommes, et ils y trouvent de la
- bière de bonne qualité qu’on leur cède au prix coûtant.
- Les achats sont faits par un employé délégué à ce service, les patrons ne s’en occupent pas.
- L’idée de ce réfectoire a été amenée par la nécessité de faire changer d’air les ouvriers et les ouvrières à l’heure des repas, et le désir de les empêcher d’aller dîner au cabaret où les jeunes filles surtout courent incontestablement des dangers.
- Association coopérative de consommation. — Cette association, sur laquelle nous avons donné des renseignements détaillés page 152, est formée par le personnel des établissements Thiriez, qui seul peut s’y approvisionner.
- Une caisse de prêts d’honneur, dont nous avons également expliqué le fonctionnement page 167, aide les sociétaires momentanément gênés et leur permet d’acheter au comptant.
- Maison de sœurs garde-malades. — Des sœurs garde-malades sont à la disposition des ouvriers de l’établissement et de tous ceux de la commune de Loos, et leur donnent des soins le jour et la nuit. Elles remplacent, quand il le faut, la mère de famille malade, font le ménage, soignent les enfants avant leur départ pour l’école, et permettent au mari de se reposer la nuit et d’aller à son travail l’esprit tranquille, sachant que sa femme et ses enfants ont tous les soins nécessaires et que tout est en ordre dans sa maison.
- Les ouvriers de Lille-Esquermes jouissent des mêmes avantages, grâce à une institution semblable fondée antérieurement à celle de Loos par un des chefs de l’établissement.
- Le règlement des sœurs garde-malades leur permet de passer deux nuits sur trois près des malades. Elles acquièrent les connaissances médicales spéciales par un long stage dans les hôpitaux.
- Quêtes faites entre les ouvriers et les patrons. — Quand la maladie d’un ouvrier se prolonge, ses camarades d’atelier demandent à faire entre eux une quête pour lui venir en aide, et y sont autorisés s’il y a lieu.
- L’établissement, pour encourager cette vraie fraternité, double la somme qui a été recueillie.
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- A L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1889.
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- FILATURES ET TISSAGES DE COTONS
- DE M. ALBERT LUNG, A MOUSSEY ET A LA PETITE-RAON (VOSGES).
- Les établissements de M. Lung sont situés dans la partie supérieure de Moussey, canton de Senones, arrondissement de Saint-Dié (Vosges) ; ils sont échelonnés sur les rives du Rabodeau, dans une vallée riante bordée de hautes forêts de sapins, sur des terrains d’un seul tenant ayant environ 20 hectares de superficie, disposés de manière à utiliser les chutes d’eau sans interruption.
- Ils ont été fondés en 1861 par MM. Émile et Albert Lung ; ils fonctionnent donc depuis vingt-huit ans. M. Émile Lung étant décédé en 1883, son frère, depuis cette époque, est seul propriétaire des usines de Moussey et de la Petite- Raon.
- Quelques chiffres donneront une idée de la rapidité d’expansion de ces établissements cotonniers :
- En 1861, les filatures comprenaient 10,000 broches mulljenny ; aujourd’hui, elles renferment 19,000 broches self-acting et continu.
- En 1861, les tissages comprenaient 250 métiers anciens ; aujourd’hui, ils renferment 560 métiers nouveaux.
- En 1861, la force motrice était fournie uniquement par de vieilles roues hydrauliques équivalant à 90 chevaux ; aujourd’hui, les usines sont activées par 4 turbines de la force de 220 chevaux et par 4 machines à vapeur ayant une force de 195 chevaux, soit par une force totale de 415 chevaux.
- En 1861, les établissements employaient 280 ouvriers; aujourd’hui, ils en occupent 555 à 560.
- En 1861, les ouvriers habitaient en partie Moussey et assez loin des fabriques, en partie, les villages environnants, et ceci va sans dire, encore plus loin des établissements; aujourd’hui, les 560 ouvriers habitent la localité même et tout à proximité des usines.
- La population ouvrière est très stable. Elle se compose des familles qui se trouvaient sur place en 1861, et de celles qui sont venues se grouper aux premières à mesure de l’augmentation des établissements. On peut dire que cette population ne renferme aujourd’hui aucun individu étranger. Elle est indigène.
- Les salaires, très rémunérateurs, ont été considé-
- rablement augmentés depuis vingt-huit ans. Jamais leur fixation ou règlement n’a donné lieu à contestations, et les grèves sont une calamité inconnue dans les usines de M. Lung.
- Les ouvriers sont très attachés aux usines. Ils y restent et y vieillissent.
- M. Lung s’est donc montré un industriel de mérite. Par son intelligence, son activité, ses soins constants, il a fait de ses filatures et tissages des établissements dont il peut être fier à juste titre.
- Il a fait plus et mieux que cela. Plein de sollicitude pour l’amélioration matérielle, intellectuelle et morale de la condition de ses ouvriers, il a créé des cités ouvrières, des logements à prix réduits, une caisse d’épargne, une caisse de secours, des écoles, etc. Nous allons rappeler comment fonctionnent ces diverses institutions.
- Cités ouvrières. — Nous en avons parlé page 170 ; nous y renvoyons le lecteur.
- Caisse d'épargne. — Nous renvoyons à ce que nous en avons dit page 145 du présent volume.
- Avances sans intérêts aux ouvriers. — Nous avons expliqué, page 168, de quelle façon ces prêts étaient organisés dans les établissements de M. Albert Lung.
- Caisse de secours. — Nous ne reviendrons pas sur ce que nous avons dit de cette institution page 136.
- Écoles. — 11 en a été question page 88 de ce volume.
- Précautions contre les accidents. — « Toutes les précautions et mesures nécessaires, lisons-nous dans une notice qui figure à l’Exposition, sont prises dans les ateliers de M. Lung pour éviter les accidents du travail.
- « Aussi les accidents sont-ils très rares dans ses usines et, nous pouvons ajouter, très légers.
- « Il n’y a jamais eu mort d’ouvrier, jamais perte de membre. En vingt-huit ans, les quatre accidents les plus graves et les plus regrettables ont consisté, pour chacune des victimes, dans la perte partielle d’un doigt.
- « Les autres accidents survenus n’ont causé que des blessures dont les médecins ont eu facilement
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- LES INDUSTRIES TEXTILES
- raison, et dont les suites les plus graves ont été des incapacités de travail temporaires.
- « Nous devons ajouter que les chômages pour accidents ne sont pas à la charge de la caisse de secours, mais à celle de M. Lung, qui les paye sans aucune réduction et comme si l’ouvrier n’avait pas interrompu son travail. »
- Autres institutions. — La même notice continue ainsi :
- « M. Lung a fait bâtir, de ses deniers, sur un terrain qu’il a acheté tout exprès, au centre de Moussey et dans le voisinage de la maison commune et des écoles publiques, une belle et grande maison exclusivement pour les postes et télégraphes, et où les services sont parfaitement installés, le receveur et sa famille très bien logés.
- « Dans ce même quartier central, M. Lung a acquis, pour son compte, des terrains assez vastes environnant les maisons d’école et la maison commune, terrains qu’il se propose de convertir, à ses frais, en places publiques plantées d’arbres, pour le plus grand bien de tous les habitants, des services communaux et surtout des enfants des deux sexes fréquentant les écoles.
- « La route existant entre Moussey et laPetite-Raon est située sur la rive gauche du Rabodeau, au pied des contreforts d’une montagne, contreforts très accidentés, rocheux et exposés au nord. A raison de sa mauvaise exposition, de ses nombreuses pentes et contre-pentes, de son peu de largeur et de son manque de fossés, cette route est d’une insuffisance très préjudiciable aux intérêts des localités importantes qu’elle dessert.
- « Depuis près d’un demi-siècle, la rectification en était demandée et projetée.
- « Mais le peu de ressources des communes intéressées, les retards éprouvés dans la réalisation des emprunts départementaux, et aussi la limitation des crédits de la caisse des chemins vicinaux, en un mot, le manque d’argent n’avait pas permis d’exécuter cette œuvre si éminemment utile.
- « Ici encore, l’initiative généreuse de M. Lung est venue aplanir les diffîculiés.
- « M. Lung a commencé par offrir une souscription ferme de 10,000 francs; puis il s’est adressé aux autres industriels de la vallée, desquels il a obtenu 5,460 francs; il a ensuite sollicité une contribution de la commune de Moussey et celle-ci a voté 7,000 francs. De sorte que, en cumulant ces res-
- sources avec les fonds en caisse, l’apport de terrains et la subvention proportionnelle de l’État, on se trouve en présence d’une disponibilité de 41,586 fr., sans aucun sacrifice de la part du département, et à valoir sur un devis total de construction de 88,000 francs, acquisitions et sommes à valoir comprises.
- « M. Lung ne s’en est pas tenu là.
- « Pour hâter l’exécution de ce chemin important et assurer le parachèvement des travaux, — parachèvement sans lequel ceux-ci risqueraient d’être stériles, — M. Lung est de nouveau intervenu et a offert spontanément au département de lui prêter, sans intérêts, les sommes nécessaires, remboursables en cinq années. Ces avances pourront atteindre et même dépasser 30,000 francs. »
- FILATURE ET TISSAGE MÉCANIQUE DE COTON DE M. D. WALTER-SEITZ, A GRANGES (VOSGES).
- L’industrie cotonnière fut créée, à Granges, de 1856 à 1860, par M. Étienne Seitz, dont les premières usines, établies successivement, comprenaient, en 1864, 18,000 broches de filature et 180 métiers à tisser.
- M. Seitz s’adjoignit, en 1864, son gendre, M. D. Walter-Seitz, et, tout en traversant la crise provoquée par la guerre de sécession des États-Unis et la guerre de 1870, les deux associés augmentèrent leur industrie en la portant à 24,000 broches de filature et à 650 métiers mécaniques à tisser. La carrière industrielle de M. Seitz fut couronnée par la croix de la Légion d’honneur qu’il obtint en 1877.
- Après la mort de M. Seitz, fondateur, les usines furent partagées en 1884. M. Walter-Seitz eut en partage une filature de coton de 12,000 broches et un tissage de 300 métiers qu’il augmenta et porta à 550 métiers.
- Dans l’intérêt de la santé des ouvriers, M. Walter-Seitz a fait installer l’éclairage électrique dans ses usines, par deux dynamos d’une puissance de 700 lampes à incandescence, de chacune 16 bougies.
- Les institutions ouvrières de la maison sont les suivantes :
- Maison de patronage. — Cette institution comporte une école maternelle et deux « patronages »,
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- A L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1889.
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- dont l’un pour les jeunes garçons et l’autre pour les jeunes filles. Nous en avons expliqué le fonctionnement page 89.
- Service hygiénique. — Les malades sont aussi l’objet de la grande sollicitude de M. Walter-Seitz. Il y a un médecin attaché aux usines, ainsi qu’une pharmacie, où les remèdes sont fournis gratuitement.
- Une religieuse hospitalière est affectée spécialement aux soins des ouvriers malades et de leurs familles, qui sont ainsi soignés à domicile.
- Pour les cas graves, M. Walter fait admettre à ses frais les malades à l’hospice de Bruyères.
- Pour les 500 ouvriers travaillant dans les établissements Walter-Seitz, ce service de santé s’étend à plus de mille personnes et est complètement à la charge de M. Walter-Seitz.
- Tous les ouvriers et le personnel des usines sont aussi assurés à ses frais contre les accidents.
- Économats. — Pour procurer aux ouvriers les denrées alimentaires, vêtements et objets de première nécessité, aux prix les plus réduits, M. Walter-Seitz a installé, à chaque usine, des économats donnant à la classe ouvrière un avantage de 10 à 15 pour 100.
- Cités ouvrières. — Nous en avons expliqué le fonctionnement page 170.
- Caisse de dépôts. — Nous en avons parlé page 149.
- Harmonie, Sociétés de tir. — Ces institutions d’agrément ont été l’objet d’explications spéciales dans ce volume.
- Une notice qui figure à l’Exposition estime comme suit les frais nécessités par la création de l’œuvre de l’école maternelle et du service hospitalier :
- Terrain (10 ares).................. 2.000 fr.
- Bâtiment.......................... 10.000 »
- Mobilier scolaire................... 550 »
- Mobilier de la pharmacie, instruments et produits.................... 550 »
- Installation des trois sœurs :
- Mobilier de ménage, ustensiles, lingerie.............................. 3.500 »
- Total............ 16.600 fr.
- Les dépenses annuelles faites par M. Walter-
- Seitz, depuis 1884, pour les diverses institutions dont nous venons de parler ci-dessus, sont estimées comme suit :
- École maternelle................... 1.650 fr.
- Patronage............................ 150 »
- Service hygiénique ( médecin et
- pharmacie)...................... 1.850 »
- Assurances (accidents)............... 500 »
- Musique.............................. 500 »
- Tir................................... 50 »
- Total........... Zi. 700 fr.
- FILATURE DE COTON
- ET TISSAGE DE VELOURS DE MM. MERCIER ET Cie, A OURSCAMP (OISE).
- L’établissement d’Ourscamp a été fondé, en 1882, dans les bâtiments de l’ancienne abbaye de ce nom. Il comprend actuellement une filature de coton de 27,224 broches, une retorderie de 4,652 broches, et un tissage mécanique de velours de coton de 682 métiers, produisant tous les genres de velours unis et à côtes variant de poids, entre 170 et 610 grammes le mètre.
- 805 ouvriers, occupés régulièrement pendant toute l’année, forment, avec les enfants et les adultes non employés, une population de 1,407 personnes, dont 1,354 sont logées dans les habitations construites dans l’enclos de l’établissement.
- Ce tissage de velours, de beaucoup le plus important de France, a été commencé en 1856 avec 40 métiers; puis ce nombre a successivement augmenté, passant à 304 en 1862, 482 en 1868, 634 en 1878, 682 en 1888. Autrefois, ce genre de tissu se fabriquait uniquement à la main, de sorte qu’on peut dire que la fabrication mécanique d’Ourscamp a été, en son temps, un progrès sensible, qui a eu pour conséquence une augmentation très grande dans la consommation du velours de coton, et une diminution considérable de son prix de vente.
- L’Exposition d’économie sociale se contente d’énumérer les titres des principales institutions ouvrières de l’établissement d’Ourscamp : crèche; — salle d’asile; — écoles ; — cours d’adultes; — médecins et médicaments ; — chapelle et services religieux ;
- — magasins de vente pour denrées alimentaires et vêtements; — chauffage; — cuisine économique;
- — réfectoire; — caisse de secours; — caisse d’é-
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- LES INDUSTRIES TEXTILES
- pargne; — fondation pour retraites aux anciens ouvriers; — sociétés de musique, de gymnastique, d’archers, de sapeurs-pompiers.
- FILATURE ET TISSAGE DE COTON DE M. E. WADDINGTON, A S AIN T-REM Y-SUR-A V RE.
- Ces établissements comprenaient, au 31 décembre 1888, lin personnel de 1,234 ouvriers et employés (30 employés, 586 ouvriers hommes, 470 femmes et 148 enfants) auxquels on distribuait une somme annuelle de 1 million 023,878 francs de salaires (71,928 francs pour les employés et 951,957 francs pour les ouvriers).
- Voici quelles sont les institutions ouvrières à la charge de la maison :
- Crèche. — Cette création date de 1872. En 1888, on y relevait 59 enfants inscrits. Le nombre des journées de présence était de 6,024. La dépense moyenne annuelle était de 4,297 francs.
- École maternelle. — Elle a été fondée en 1874. h y avait, en 1888, 92 enfants inscrits. On relevait 17,775 journées de présence. La dépense moyenne annuelle supportée par la maison était de 4,374 fr.
- Écoles. — Comme nous l’avons dit page 89, depuis 1883, le chef de la maison fournit gratuitement les livres et les cahiers aux écoles communales que fréquentent ses ouvriers, et des livrets de caisse d’épargne sont attribués comme prix .aux premiers élèves.
- Totalité du salaire aux réservistes. — Ceux des ouvriers qui font leurs vingt-huit jours ou leurs treize jours reçoivent leur salaire pendant le temps de leur service.
- Pensions de retraite. — Nous en avons parlé page 124.
- Caisse de prévoyance. — On se reportera à la mention que nous en avons faite page 149.
- Société de secours mutuels. — Celle-ci a été fondée en 18*27. Les dépenses ont été en 1888 de 20,216 francs, et les recettes de 20,400, ces dernières ainsi réparties :
- Cotisation du personnel..,(....... 16.364 fr.
- Amendes et divers................ 2.236 »
- Cotisation de la maison........... 1.800 »
- 20.400 fr.
- Logements ouvriers. — M. Waddington a bâti 193 maisons pour ses ouvriers, au loyer annuel de 45 à 95 francs ; sur ce nombre 164 sont avec jardin. L’ensemble de ces constructions lui a coûté 418,134 francs.
- Stabilité du personnel. — Nous relevons enfin à l’Exposition le tableau suivant, qui démontre combien le personnel occupé dans les établissements de Saint-
- Remy-sur-Avre est stable : Ouvriers ayant 55 années de présence 2
- — 50 — 6
- — 41 - 12
- — 36 — 28
- — 31 — 24
- — 26 — 49
- — ‘ 21 — 62
- — 18 — 91
- — 15 — 109
- — 12 — 115
- — 9 — 148
- — 6 — 222
- — 3 — 336
- FILATURE, TISSAGE ET BLANCHISSERIE DE COTON,
- DE MM. VINCENT PONNIER ET Cie,
- A SENONES (VOSGES).
- Ces établissements ont été fondés en 18Æ0. Les chiffres suivants résument les progrès faits depuis cette époque dans les diverses branches qu’ils comportent :
- En 1840. En 1889.
- Assurance contre les accidents. — Tous les ouvriers sont assurés contre les accidents à une compagnie française.
- Bibliothèque. — Nous renvoyons le lecteur à ce que nous en avons dit page 89.
- Broches de la filature...... 24.750
- Production journalière.... 420 kil.
- Nombre d’ouvriers............... 425
- Métiers à tisser................ 106
- Production journalière .... 2.120 mèt.
- Nombre d’ouvrières.......... 150
- Ouvriers de la blanchisserie. 30
- 50.404 3.118 kil.
- 450
- 1.007
- 32.677 mèt. 450 325
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- A L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1889.
- 209
- Rappelons ici les principales institutions ouvrières de la maison dont nous avons parlé dans les précédents chapitres :
- Caisse de retraites. — V. page 124.
- Caisses de secours. — V. page 129.
- Ouvroirs. — V. page 88.
- Économats. — V. page 158.
- Caisse d'épargne. — V. page 149.
- Le personnel est très stable.
- FILATURE ET TISSAGE MECANIQUE DE TOILES, DE LA SOCIETE ANONYME LINIÈRE DE PÉRENCH1ES (SOMME).
- Les établissements de la Société anonyme de Pérenchies comprennent deux filatures et deux tissages : une filature de lin et d’étoupes de 22,000 broches à Pérenchies et une autre de A,000 broches à la Madeleine-lez-Lille, et deux fabriques de toiles et tissus d’ameublement à Pérenchies et à Lille, comprenant ensemble 315 métiers. Les moteurs nécessaires à la mise en mouvement de cet important matériel comportent 1,700 chevaux-vapeur.
- Les manufactures de Pérenchies, qui forment le principal noyau de cet ensemble, ont été achetées en 1848 par M. D. Agache, père des propriétaires actuels. M. D. Agache était déjà filateur à Lille depuis 1828 ; il fut donc l’un des premiers industriels qui représentèrent à cette époque, à Lille, l’industrie, alors rudimentaire et de peu d’étendue, de la filature de lin à la mécanique. Lorsque, associé avec M. Droulers, il acheta la fabrique de Pérenchies, celle-ci ne comprenait alors que la filature de lin et de l’étoupe, et comptait 6,000 broches avec un personnel de 300 ouvriers; en 1807, le nombre de broches atteignait 16,000 et le nombre des ouvriers 500; en 1870, il y avait 17,000 broches avec une préparation de 70 peigneuses d’étoupes et 550 ouvriers.
- Ce fut à cette époque que le chef actuel de ces établissements, M. Édouard Agache, prit en main leur gérance ; successivement et d’année en année, il agrandit la filature, y annexa en 1874 la fabrication des toiles, et en 1881, celle des tissus d’ameublement en jute et en lin, et acheta ultérieurement à
- la Madeleine, une filature de lin et à Lille un tissage de toiles. Actuellement, les ateliers de Pérenchies, qui constituent toujours le centre essentiel de la fabrication, s’étendent sur 50,000 mètres de terrain, et leur superficie, calculée comme étant sur le même plan, est d’environ 35,000 mètres carrés.
- Jusqu’en 1887, les établissements dont nous nous occupons ici étaient connus sous la raison sociale « Agache fils » ; M. Édouard Agache était seul associé en nom collectif, la commandite étant faite par ses frères et sœurs. A cette époque, afin de donner à l’affaire un plus grand développement, tout en permet tant dans l’avenir une plus grande mobilisation de parts d’intérêts dans la même famille, les capitaux des associés furent mis en parts de société anonyme pour cinquante ans, sous le nom de « Société anonyme de Pérenchies » ; à ce propos, il a été notoirement stipulé, par une clause spéciale dans les statuts, que la transmission d’actions à des tiers ne pourrait être faite que si ces derniers étaient agréés du conseil d’administration.
- Aujourd’hui, le nombre des ouvriers occupés dans les diverses usines de la Société au travail du lin sous ses diverses formes est de 1,995, dont 1,375 pour Pérenchies et 620 pour Lille et la Madeleine. Si nous en faisons la répartition par âge et par sexe, nous arrivons à la statistique suivante pour Pérenchies :
- Hommes Femmes .... 314 310
- Garçons de 16 à 21 ans .... 146
- Filles de 16 à 21 ans 233
- Garçons au-dessous de 16 ans. 121
- Filles au-dessous de 16 ans... .... 119
- 1.243
- Lille et la Madeleine, nous avons :
- Hommes 202
- Femmes . ... 150
- Garçons de 16 à 21 ans 73
- Filles de 16 à 21 ans 115
- Garçons au-dessous de 16 ans 38
- Filles au-dessous de 16 ans... 42
- 620
- Dans ce personnel n’est pas compris un état-major composé d’un fondé de pouvoir, de sept sous-gérants, affectés à la direction des principales branches industrielles ou commerciales de la maison, et d’un très grand nombre d’employés de bureaux. A noter qu’une partie de cet état-major participe aux bénéfices de la maison dans des proportions déterminées spécialement pour chacun et acceptées
- Supplément a l’Industrie textile du 15 Mai.
- iii. — 27e Fascicui e.
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- 210
- LES INDUSTRIES TEXTILES
- par eux, leur assurant, dans leur département respectif, un quantième proportionnel à l’importance et à la durée de leurs services.
- Le personnel ouvrier proprement dit reçoit, de son côté, des primes de production, comme nous l’avons indiqué page 21. Ce personnel est des plus stables : nous n’en voulons pour preuve que la présence, dans ces usines, d’un certain nombre d’ouvriers entrés à Pérenchies au moment où M. Agache père prenait possession de la filature.
- Le chiffre actuel des affaires de la maison dépasse annuellement 6 millions en fils et atteint, pour la fabrication de la toile, en voie d’extension, 2 millions 800,000 francs. Ces divers produits sont vendus à Lille, dans la maison de commerce, rue du Vieux-Faubourg.
- A Pérenchies, où se trouve l’usine principale, les salaires atteignent de 900,000 à 950,000 francs par an, suivant les articles fabriqués. A la Madeleine, ce chiffre est de 450,000 francs.
- Les salaires varient avec les diverses occupations attribuées aux travailleurs ; nous en avons indiqué le taux, page 20, pour les diverses catégories d’ouvriers.
- Les institutions économiques, dues à l’initiative de la maison, sont, pour la plupart, réunies dans un vaste établissement situé près des usines et placé sous la direction des Sœurs de Sainte-Marie d’Angers. En voici l’énumération succincte :
- École de fabrique. — Cette école a été établie près des bâtiments de la Société pour éviter aux enfants qui, d’après la loi de 1874, doivent recevoir l’instruction primaire élémentaire, un trop long détour pour se rendre à l’école communale. Un instituteur et une institutrice y sont attachés. Les fournitures de classes sont données gratuitement par la maison. L’espace est suffisamment vaste ; l’aérage et la ventilation ne laissent rien à désirer.
- Salle d’asile. — Les enfants des environs sont reçus dans une salle d’asile qui leur est spécialement réservée. Deux religieuses et une bonne pour les plus petits en ont la direction. Le matériel nécessaire à l’enseignement s’y trouve au grand complet et l’installation scolaire y est faite suivant les modèles que l’expérience a reconnus les plus commodes. Un programme a été arrêté pour l’enseignement, développé de manière que la salle d’asile devienne la préparation raisonnée de l’école de fabrique.
- Un lavoir pour les enfants est annexé à la salle
- d’asile ; on y lave les pensionnaires et on leur apprend à se laver eux-mêmes.
- Orphelinat. — Nous avons donné, page 87, des renseignements sur l’organisation de cette institution ; nous y renvoyons le lecteur.
- Réunion dominicale. — Une salle de réunion est mise à la disposition des jeunes ouvrières le dimanche, à partir de quatre heures de l’après-midi. On y a réuni des jeux de toute sorte et une bibliothèque. Les Sœurs apprennent aux ouvrières des pièces de comédie qu’elles jouent, au jour de la Sainte-Catherine, devant leurs parents, toujours heureux et fiers du talent de leurs enfants.
- Dispensaire. — Les ouvriers malades ou blessés sont soignés à l’usine; un médecin est attaché à l’établissement et une Sœur de service donne des soins et délivre les médicaments à ceux qui en ont besoin. En outre, la maison donne aux blessés le demi-salaire durant tout le temps de leur convalescence.
- Société de musique. — Nous avons parlé de cette Société page 188.
- Société de secours mutuels. — Cette Société, dite « Société Saint-Mathieu », fonctionnait depuis longtemps sous le régime de l’autorisation. Elle a été approuvée il y a quelques années et, à ce titre, reçoit annuellement une subvention de 500 francs de l’État. Un don annuel de 1,100 francs du chef de la maison lui permet de fonctionner largement, pour le plus grand bien de ses associés.
- Demi-salaire aux réservistes. — Les femmes des réservistes peuvent, durant l’absence de leur mari à titre de réserviste, toucher à sa place son demi-salaire ; elles reçoivent, en outre, une légère rémunération suivant le nombre de leurs enfants.
- Pensions aux vieux serviteurs. — Les vieux travailleurs de l’usine reçoivent, lorsque leurs forces ne leur permettent plus de travailler, une pension laissée au gré du chef de la maison et qui varie avec le nombre de leurs années de présence aux établissements de la Société linière.
- Don de vêtements. — 11 est de tradition dans la maison de distribuer aux enfants des ouvriers, le jour de la première communion, des vêtements neufs et une gratification.
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- Gratifications de kermesse. — La kermesse, ou fête annuelle de Pérenchies, est un moment de liesse pour tout le monde ; elle dure trois jours, durant lesquels l’établissement est en chômage. La maison distribue à cette occasion, au prorata des années de service, des gratifications à ses ouvriers; les jeunes ouvrières font un voyage à la mer sous la direction des Sœurs.
- Caisse d'épargne. — Nous avons indiqué, page 147, quel était le règlement de cette institution, créée en 1880 et qui rend ici les plus grands services ; nous n’y reviendrons pas.
- Habitations ouvrières. — Nous en avons parlé page 172.
- Économat. — Nous avons indiqué, page 159, le fonctionnement de cet économat et notamment la combinaison adoptée par le chef de la maison poulies achats de pain ; nous n’avons plus à y revenir. Nous ajouterons à ce que nous avons dit que tous les achats sont remboursés par des retenues à la paye de quinzaine et qu’ils sont limités aux deux tiers du salaire des ouvriers.
- FILATURE DU LIN ET TISSAGE MÉCANIQUE DE TOILES DE M. ALFRED DUTILLEUL,
- A ARMENTIÈRES (NORD).
- Dans ces établissements ont été installées un ensemble d’institutions s’adressant à tous les âges et à toutes les conditions.
- Pour les circonstances ordinaires de la vie des ouvriers , une caisse de prévoyance pour les jeunes gens, une société de secours mutuels particulière à l’établissement, des sociétés de consommation, une boulangerie coopérative, une caisse de retraites, etc.
- Pour les circonstances extraordinaires, une caisse de secours, des sœurs garde-malades, et une caisse d’assurance contre les accidents.
- Caisse de prévoyance pour les jeunes gens. — Le salaire, dans l’industrie de la fabrication de la toile, est à peu près le même pour tous les tisserands, jeunes gens et hommes mariés. Pourtant leurs charges sont bien différentes. Quelle facilité pour eux s’ils peuvent, jeunes gens, économiser pour les besoins de leur futur ménage ! Tel est le but de cette
- caisse, qui n’en est encore qu’aux versements de prévoyance, car elle n’est fondée que depuis peu de temps.
- L’adhésion n’y est pas obligatoire, mais les cotisations versées demeurent acquises à la caisse, même quand le jeune homme perd ses droits en quittant l’établissement.
- Elle est alimentée par une cotisation de 20 centimes par semaine pour chaque adhérent.
- Le patron verse une quote-part égale au produit des cotisations.
- Un règlement interviendra prochainement, qui déterminera le mode et la quotité des allocations à distribuer aux adhérents après leur mariage, cette quotité croissant proportionnellement au nombre d’enfants qui proviendront de cette union.
- Société de secours mutuels. — Une société de secours particulière à l’établissement a été instituée pour venir en aide aux ouvriers en cas de chômage, pour indisposition ou autres causes diverses. Les conditions de cette société ne présentent rien de particulier, mais cette société particulière intéresse plus directement l’ouvrier qui participe à sa gestion et en surveille de plus près le fonctionnement.
- L’adhésion n’est pas obligatoire. Les adhérents peuvent également faire partie d’autres sociétés de secours mutuels. Les cotisations versées demeurent acquises à la société spéciale de l’établissement, même si l’ouvrier, quittant l’usine, cesse de pouvoir recourir à cette société.
- La cotisation est de 15 centimes par semaine poulies hommes et de 10 centimes pour les femmes. Les secours sont de 7 francs par semaine pour les hommes, 3 fr. 50 pour les femmes pendant les trois premiers mois et de moitié de ces quotités pendant les trois mois suivants.
- En cas de décès, une somme déterminée est allouée pour frais funéraires aux funérailles des adhérents.
- La société compte 200 membres effectifs et des membres honoraires parmi les patrons ou les membres de sa famille. La cotisation des membres honoraires atteint annuellement un chiffre de 700 francs.
- Afin de permettre à l’ouvrier d’atténuer les dépenses ordinaires de la vie, il a été institué dans l’établissement une boulangerie coopérative, une société pour l’achat et la vente du charbon, une autre pour l’achat et la vente des épiceries, pour l’achat et la vente des vêtements et de la chaussure.
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- Toutes ces sociétés sont actuellement distinctes, en raison de ce qu’elles n’ont pas été établies simultanément. Elles doivent être groupées ultérieurement et former un tout homogène dont les résultats seront plus considérables encore.
- L’adhésion n’est obligatoire pour aucune des sociétés de consommation ou coopératives.
- Boulangerie coopérative. — Fondée par les capitaux du patron, elle est administrée par les ouvriers adhérents, qui désignent parmi leurs camarades un comité présidé par le patron.
- Tous les bénéfices sont distribués deux fois par an, au prorata du chiffre des achats de chaque adhérent.
- Les prix de vente sont ceux du commerce local.
- La livraison a lieu à la fabrique et la vente se fait au pain, d’un poids déterminé.
- Les livraisons sont payées comptant ou par retenue sur le prochain salaire.
- La boulangerie produit environ 50,000 kilogrammes de pain par an; pour 100 kilogrammes de farine, on obtient 135 kilogrammes de pain; le bénéfice est d’environ 20 pour 1 00 du prix de vente.
- Société pour la vente du charbon. — Constituée par actions de 20 francs chacune, chaque ouvrier peut posséder une seule action. La société peut vendre le charbon à tous les ouvriers de l’usine en dehors des actionnaires.
- L’administration de la société est toujours aux mains des ouvriers qui nomment leurs mandataires. Ceux-ci sont présidés par le patron.
- Le charbon est vendu avec un bénéfice réduit de 20 pour 100 environ. Les livraisons sont déduites sur le salaire à raison de 2 ou 3 francs par semaine, suivant l’importance de la livraison et du salaire, et par décision de la société représentée par son comité d’administration. Les bénéfices sont ainsi répartis :
- 1° 80 pour 100 aux acheteurs au prorata de leurs achats ;
- 2° 10 pour 100 au compte d’épargne des actionnaires ;
- 3° 10 pour 100 réservés pour parer aux éventualités.
- Société pour la vente des épiceries. — Elle est constituée sur les mêmes bases et fonctionne dans les mêmes conditions que la précédente.
- Les achats sont payés comptant ou sur la demande de l’acheteur par retenue sur le prochain salaire.
- Société pour la vente des vêtements, chaussures, etc. — Elle est également établie sur les mêmes bases et fonctionne dans les mêmes conditions. Toutefois, en raison du caractère particulier de ces achats, un certain crédit peut être accordé à l’acheteur et donnera lieu à des payements partiels par autorisation du conseil d’administration.
- Caisse d'épargne. — Une caisse d’épargne fonctionne aussi dans l’établissement sous la direction et la responsabilité du patron. Les dépôts et les retraits sont entièrement libres; les comptes-courants produisent intérêts à raison de 5 pour 100 l’an.
- Caisse de retraites. — Une caisse de retraites est également en formation. Alimentée pour le moment par le produit des amendes jusqu’à concurrence de 60 pour 100, elle donnera lieu à un règlement déterminant les conditions d’admission à la retraite et la quotité de cette retraite. D’autres ressources viendront ultérieurement s’ajouter à ce produit partiel des amendes lorsque la fusion de toutes les caisses et sociétés permettra d’affecter aux secours et aux retraites une partie des bénéfices qu’elles pourront produire.
- Sœurs garde-medades, caisse de secours et quêtes. — Les institutions que nous venons d’énumérer s’appliquent aux circonstances ordinaires de la vie ouvrière, mais il y a encore à atténuer les conséquences de la maladie grave des accidents dans le travail.
- Pendant la maladie, les soins sont donnés par des sœurs garde-malades, qui ont été établies sous l’inspiration de M. A. Dutilleul, par une réunion de quelques patrons au bénéfice de leurs ouvriers. Les services de ces sœurs sont absolument gratuits pour l’ouvrier; les patrons supportent seuls les charges résultant de cet établissement.
- Pour atténuer la gêne amenée par une maladie grave, intervient la caisse de secours particulière à l’établissement. Administrée par les ouvriers, sous la présidence du patron, cette caisse est alimentée par le produit des amendes jusqu’à concurrence de h pour 100.
- Des quêtes, auxquelles contribuent les ouvriers et le patron, sont enfin autorisées dans l’établissement le jour de paye, pour les circonstances exceptionnelles.
- Caisse d'assurances contre les accidents. — Contrairement à ce qui se fait dans la plupart des éta-
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- blissements, ce sont les ouvriers de l’usine qui ont constitué une société d’assurances-accidents. Cette société encaisse les primes versées par le patron et les ouvriers, et alloue les indemnités prévues par les statuts en cas d’accident, sans recherche de responsabilité, quelles que soient la cause et la gravité de l’accident.
- Le bénéfice résultant de cette organisation constitue un capital de réserve garanti par le patron et les ouvriers contre toute éventualité.
- Des modifications à la quotité des primes, à l’attribution des bénéfices, pourront être apportées quand le capital de réserve aura atteint un chiffre suffisant et dès à présent déterminé.
- Bibliothèque. — Signalons encore, dans cet établissement, l’existence d’une bibliothèque fondée par le patron pour ses ouvriers et qui s’accroît graduellement par des cotisations volontaires et par diverses libéralités.
- FILATURE DE CHANVRE, TISSAGE
- ET BLANCHISSERIE DE MM. JANVIER PÈRE, FILS ET Cie, AU MANS (sARTIIe).
- Cette maison a été fondée, en 18/16, par M. Eugène Bary. Elle appartient aujourd’hui à MM. Janvier, qui furent ses collaborateurs intéressés jusqu’en 1883 : M. Janvier père pendant trente-sept ans etM. Janvier fils pendant quinze ans.
- Dans la première partie de son existence, elle fit labriquer ses toiles dans un certain nombre de communes du département de la Sarthe, par des tisserands à la main.
- Le siège de la maison était alors au Foulon, à la Fertê-Bernard. Il fut transféré ensuite au Mans, en 1855.
- C’est dans cette ville que, de 1860 à 1862, ont été spécialement construits les ateliers où furent installés, à la même époque, des métiers de filature et de tissage.
- Depuis le mois de novembre 1876, une blanchisserie de toiles et de fils, créée à la fin du siècle dernier, par M. Marcelin Vétillart, a été annexée à l’établissement.
- La superficie totale des deux usines est de 127,050 mètres carrés.
- Montée à un capital de 1 million de francs, la maison peut, grâce à son organisation et à son outillage, exercer son industrie complètement par elle-même.
- Après avoir acheté chez le cultivateur le chanvre broyé, elle le transforme d’abord en fils de divers numéros qui, blanchis ou écrus, sont utilisés pour la fabrication de plus de cent cinquante genres différents de toiles.
- Pour ces diverses opérations, l’usine se divise en trois ateliers :
- 1° La filature, qui compte 1,473 broches et dont dépendent le pilonnage de chanvre, situé au Mans, sur le bord de la Sarthe, et le peignage mécanique et à la main, contigu aux ateliers de la filature ;
- 2° Le tissage proprement dit, de 160 métiers, avec leurs machines de préparations;
- 3° La blanchisserie de fils et de toiles, située à Pontlieue-lez-le-Mans, sur l’Huisne, et reliée à l’usine par un téléphone.
- Deux machines verticales jumelles, construites à Rouen, ayant 50 chevaux nominaux de force et faisant 124 chevaux dans les cylindres, donnent le mouvement aux métiers de la filature et du tissage ; et une machine, du même système, de 20 chevaux nominaux, a été installée à la blanchisserie.
- Le service est assuré par 46 employés et agents, dont 11 pour le service général de la maison, 10 pour celui du magasin des toiles, 4 pour le service général de l’usine, 4 pour le service spécial de la filature, 6 pour celui du tissage, 6 pour celui de la blanchisserie et 5 à des services divers.
- La filature est conduite par un directeur qui a sous ses ordres un contremaître de battage de chanvre, celui du peignage et un surveillant chargé de s’occuper des métiers à filer et de diriger les enfants nécessaires pour les levées de bobines. Son personnel se compose en outre de 4 hommes de peine pour le service et la réception des chanvres, 2 pelo-teurs, 6 batteurs de chanvre, 2 casseurs de chanvre, 12 peigneurs à la main, 7 ébaudreurs, 12 jeunes gens occupés au service des peigneuses mécaniques,
- 14 femmes travaillant aux préparations de la filature, 4 hommes travaillant aux cardes, 16 fileuses,
- 15 enfants des deux sexes, occupés à lever les bobines, 11 dévideuses, 1 mécanicien, 1 menuisier,
- 1 femme et 5 hommes de service, 4 hommes de peine, pour la manutention des filasses et des étoupes.
- Du côté du tissage, le directeur a sous ses ordres
- 2 surveillants pour les préparations et 3 pour le
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- tissage proprement dit. Le personnel se compose de 28 dévideuses à la mécanique, 10 dévideuses à la main, 4 femmes et 21 enfants pour le travail des trames, 7 ourdisseuses, 7 pareurs, 4 noueuses, 2 femmes et 8 hommes de service, 28 tisseurs, 118 tisseuses, 4 éplucheuses, 1 mécanicien, 1 menuisier et 9 divers.
- Pour la blanchisserie, le directeur a sous ses ordres, pour le service général de la blanchisserie, 6 hommes, parmi lesquels il y a 3 contremaîtres ou chefs d’équipe pour les diverses opérations subies par les fils et les toiles. Le personnel se compose en outre de 9 hommes occupés aux toiles, 5 aux fils, 5 femmes occupées aux fils, 1 menuisier, 3 hommes et 2 femmes à des services divers.
- En dehors de ces deux usines, la maison occupe 45 ouvrières pour la confection de sacs, bâches et autres objets, et 19 tisserands à la main, travaillant chez eux.
- Le personnel des trois ateliers, de la filature, du tissage et de la blanchisserie (504 personnes), se décompose donc en 174 hommes, 276 femmes et 54 enfants.
- Lors de la création de l’usine, M. Barv avait fait venir, du département du Nord, 15 à 20 ouvriers, qui sont à peu près tous retournés dans leur pays. L’un de ceux qui sont restés, après avoir été contremaître au lissage, en est actuellement le directeur. Ces ouvriers, choisis avec soin parmi les meilleurs, avaient servi à en former d’autres pris dans le pays même, et c’est ainsi que, depuis, la maison a recruté exclusivement son personnel au Mans ou dans les environs.
- Les contremaîtres eux-mêmes sont pris le plus généralement à l’atelier. Les ouvriers sont, par ce fait, toujours stimulés par l’espoir d’arriver à une situation meilleure, comme l’ont fait, avant eux, le directeur et les contremaîtres actuels.
- Il n’y a pas au Mans de bureau de placement ni de bourse de travail. Le personnel se recrute, au fur et à mesure des besoins de la fabrication, par les ouvriers eux-mêmes, qui préviennent leurs parents ou amis des places devenues vacantes. On exige toujours le livret.
- Nous avons indiqué quelle était la rémunération du travail pour les diverses branches de l’industrie de ces établissements, nous n’y reviendrons pas. Il nous paraît intéressant d’étudier sommairement les principales institutions ouvrières qui y ont été créées.
- Voici d’abord celles de ces institutions organisées en vue d’améliorer les salaires.
- Participation aux bénéfices. — Pour stimuler l’activité et le dévouement du personnel des divers employés payés à l’année, M. Bary s’est servi des gratifications d’inventaire. Ses successeurs ont voulu imiter son exemple et, chaque année, ils réservent un tant pour 100 sur les bénéfices pour cet emploi spécial. Cette somme est partagée entre les chefs d’atelier, suivant les résultats obtenus par eux, et entre les employés d’après les services qu’ils ont rendus.
- Primes annuelles aux anciens contremaîtres. — Sur cette caisse, on prélève également quelques primes accordées à de vieux contremaîtres pour leurs longs et loyaux services.
- Salaire assuré aux réservistes. — Les appointements sont intégralement payés, pendant leurs périodes d’exercices, aux employés qui, appartenant à la réserve de l’armée ou de la territoriale, sont appelés à faire vingt-huit jours ou treize jours. Les dispensés qui font un service de deux mois jouissent des mêmes avantages.
- Apprentissage. — Nous en avons parlé déjà, nous n’avons plus à y revenir. —Passons maintenant aux institutions créées en vue d’aider la famille ouvrière dans son état normal ou de santé.
- Habitations ouvrières. — En raison de leur ancienneté dans la maison, un certain nombre de nos surveillants sont logés gratuitement, soit dans les dépendances de l’usine, soit dans les logements extérieurs.
- Aux plus anciens ouvriers il est concédé également à titre gratuit un coin de terre (120 mètres carrés environ) qu’ils entretiennent eux-mêmes, soit le dimanche, soit le soir ou le matin dans la belle saison. Ce jardin est suffisant pour fournir les légumes nécessaires à une famille de quatre à cinq membres : il produit en moyennne par an 50 francs. Actuellement, quarante et un ménages sont dans ce cas.
- Ces jardins, qui dépendent de l’usine, mesurent 4,931 mètres carrés. En outre, un vaste terrain ayant une superficie de 9,577 mètres carrés a été concédé gratuitement aux ouvriers par les héritiers de M. Bary; ils y cultivent principalement la pomme de terre et les haricots. La surface attribuée à
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- chaque famille est de 527 mètres carrés, le produit est d’environ 57 francs.
- Fourneau économique. — Une note qui figure à l’Exposition nous donne sur cette institution d’intéressants renseignements :
- « Pour ceux qui n’ontpas de jardin ou qui demeurent loin de l’atelier — dit cette note — il existe dans l’usine un fourneau dont voici l’historique et le fonctionnement :
- « En l’organisant, notre regretté prédécesseur, M. Bary, avait eu la philanthropique pensée de remédier aux inconvénients que présentait, pour la plupart des ouvriers et surtout des ouvriers de sa fabrique, l’éloignement de leurs demeures, généralement situées à l’extrémité des faubourgs de notre ville, c’est-à-dire à 2 et même 3 kilomètres de l’atelier.
- « En raison de cette grande distance, la presque totalité des travailleurs était réduite à ne se nourrir que d’aliments froids, du fromage le plus souvent, ou bien à avoir recours aux cabarets voisins de l’usine, dont la fréquentation avait pour leur santé et leur bourse les plus fâcheux effets.
- « M. Bary consacra donc un bâtiment spécial à l’installation d’une cuisine à laquelle il adjoignit un réfectoire pouvant contenir sans peine trois cents personnes.
- « Les frais de premier établissement, non compris le bâtiment, se montèrent à 3,500 francs environ. Au début, de nombreuses hésitations se manifestèrent de la part des ouvriers, qui ne voulurent pas rompre tout d’abord avec des habitudes contractées de longue date. Vaincus au bout de quelques mois par l’évidence des avantages que présentait l’organisation nouvelle, ces hésitations disparurent. Aujourd’hui, après vingt ans de fonctionnement, notre fourneau compte toujours comme consommateurs assidus les deux tiers environ de notre personnel ; l’autre tiers, demeurant près de l’atelier, est composé d’ouvriers pouvant, en général, aller, dans l’intervalle des heures de travail, prendre leur repas en famille; quelques-uns même de ces derniers emportent des aliments chez eux.
- « Les ouvriers ne payent pas en argent les aliments qui leur sont nécessaires, ils reçoivent en avance de payement, sur le salaire de chaque quinzaine, des bons de fourneau, qui leur sont remis au fur et à mesure de leurs besoins par sommes de 1, 2, 3, h, 5 francs, etc.
- « Ces bons sont de 5, 7 1/2, 10 et 15 centimes. Les ouvriers sont, en outre, porteurs d’un jeton en métal, représentant la valeur d’un plat avec une cuiller ou une fourchette. Ils doivent le remettre à l’employé qui leur délivre leur portion. Lorsque ces divers objets sont rendus après le repas, le jeton en métal est restitué à l’ouvrier. Ce système de payement par bons a l’avantage de faciliter la distribution des aliments, à tel point qu’elle ne dure que quelques minutes à chaque repas, tout en ne nécessitant que cinq employés pour servir 250 à 300 personnes, lesquelles défilent avec ordre devant la table où sont à l’avance dressées les portions qui vont être distribuées.
- « Voici le tarif de quelques objets de consommation que nous mettons à la disposition des ouvriers :
- Soupe grasse, portion composée de 100 grammes de
- pain et de 80 centilitres de bouillon......... 0f 15
- Soupe maigre, mêmes quantités..,................ 0 10
- Viande (bœuf, veau ou mouton), 80 grammes.. 0 15
- Haricots au beurre ou riz au lait, 50 centilitres.. 0 10
- Choux ou pommes de terre, 60 centilitres........ 0 10
- Lentilles ou betteraves, 40 centilitres......... 0 10
- « De la charcuterie, de la salade, des fruits, du fromage, etc., sont également mis à la disposition des ouvriers.
- « Les prix ci-dessus s’appliquent à des portions entières. Il est délivré des demi-portions de quantité moitié moindre à 0 fr. 05 et 0 fr. 07 1/2.
- « Le cidre est, dans notre région, la boisson habituelle de la classe ouvrière; le fourneau n’en a pas d’autre. Le prix du litre varie de 0 fr. 15 à 0 fr. 25.
- « Nous achetons la viande chez le plus important boucher de la ville, qui, en raison des quantités importantes livrées, nous fait des conditions exceptionnelles.
- « Les légumes proviennent de vastes terrains cultivés qui entourent l’usine.
- « Sans parler des frais de jardinage et sans compter aucun loyer pour le local, le déficit que présente dans chacun de nos inventaires annuels l’exploitation de notre fourneau donne un total de 21,302 fr. 16 pour vingt ans, soit une moyenne de 1,065 fr. 10 par année. Nous estimons que ce sacrifice est compensé et bien au delà par le profit que retire de cette organisation notre population ouvrière.
- « Il nous a été, d’ailleurs, facile de remarquer que, grâce à cette alimentation bien préférable à
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- celle qu’avaient auparavant nos ouvriers, leur santé s’était améliorée dans de très heureuses proportions, que les forces des enfants s’étaient en général accrues, et qu’il y avait eu, à partir de 1868, une notable diminution dans le nombre et la fréquence des maladies, dont notre maison a toujours pris à sa charge les frais de toute nature pour son personnel. »
- Avances au personnel. — Une autre note mentionne les avances au personnel. « Jusqu’à l’année dernière, y est-il dit, nous nous sommes montrés très larges pour accorder des avances à notre personnel, puisqu’il a été donné à ce seul titre 2,659 fr. en 1887. Nous avons reconnu qu’il y avait là un abus susceptible d’enlever aux ouvriers l’ardeur que nous constatons dans les derniers jours de la quinzaine. Nous écoutons cependant encore les demandes qui nous sont adressées par un père ou une mère de famille qui ont besoin d’une somme pour un emploi spécial ; c’est ce qui se produit surtout quand arrive le payement des loyers.
- « Il a été versé cette année en avances 1,795 fr.
- « Nous n’avons pas connaissance qu’un seul ouvrier recommandable de notre maison ait été expulsé de son logement; car jamais, dans ce cas, une famille ne se serait adressée à nous en vain.
- « D’une façon générale, notre principe a toujours été d’éviter aux ouvriers des frais de justice inutiles. Les huissiers de la ville et, avec eux, la plupart des fournisseurs, savent fort bien que s’ils veulent obtenir le payement des créances, ils ne doivent demander ni jugements, ni saisies-arrêts. A tous, à l’exception toutefois des cabaretiers, il suffit de se présenter à l’usine avec leur note. Si l’ouvrier reconnaît la dette, nous obtenons presque toujours de lui, ou qu’il payera tout de suite, ou, le plus souvent, qu’il s’acquittera par acomptes de 1 à 5 francs, à prélever sur ce qu’il doit toucher à chaque quinzaine.
- « Sur les salaires, nous retenons également les avances faites aux ouvriers; presque toujours elles sont acquittées partiellement. Il en est de même pour la toile que nous leur cédons à prix coûtant. »
- Hygiène des ateliers. — « Il n’y a pas dans notre industrie, continue la même note, de mortalité professionnelle. Au point de vue de l’hygiène, le seul danger que puissent offrir la manipulation du chanvre et son travail au cours des diverses opérations qu’il doit subir résulte des poussières ténues qui se dé-
- gagent de sa fibre. Il fallait donc, pour l’atelier de filature et aussi pour celui du tissage, assurer :
- « 1° Un cube d’air considérable;
- « 2° De larges baies pour l’accès de l’air et de la lumière ;
- « 3° Des moyens de ventilation énergiques ;
- « h° Un certain degré d’humidité favorable à la fabrication.
- « Ces conditions ont été toutes remplies.
- « Les ateliers ont reçu un développement géométrique très grand. Le volume d’air réservé à chaque ouvrier est supérieur à 35 mètres cubes. Ces bâtiments sont sans étage et éclairés par le haut. Ce mode d’éclairage répartit mieux qu’aucun autre la lumière d’une façon égale pour tous les ouvriers occupés dans l’atelier. Il a, de plus, l'avantage de produire pendant l’été une ventilation naturelle d’un effet très puissant, par réchauffement de la toiture vitrée dans laquelle sont ménagés de nombreux châssis.
- « Pour donner à l’atmosphère un certain degré d’humidité, la descente des eaux pluviales se fait par des colonnes creuses, en fonte, qui débouchent dans des caniveaux construits sous le sol des ateliers et recouverts de planches. A défaut d’eau de pluie, on peut, à volonté, faire circuler l’eau de condensation des machines à vapeur.
- « Les ateliers sont chauffés pendant l’hiver au moyen de serpentins dans lesquels on fait circuler de la vapeur. »
- Caisse d'épargne. — La maison accepte les sommes économisées par ses employés et ouvriers, mais encore celles qu’ils apportent du dehors. Le taux d’intérêt servi aux employés est de 5 pour 100, quelle que soit la somme ; aux ouvriers de 6 pour 100 jusqu’à 2,000 francs et de 5 pour 100 au-dessus de ce chiffre.
- Au 30 juin 1888, la cotisation était la suivante : 23 employés avaient déposé 177,000 francs et 22 ouvriers 16,195 fr. A5.
- Parmi les institutions créées en vue d’aider la famille au moment de ses crises, il y a lieu de signaler particulièrement les suivantes.
- Soins médicaux gratuits. — Lorsque les ouvriers sont malades, ils sont soignés aux frais de la maison, soit à la consultation du médecin désigné lorsqu’ils peuvent s’y rendre, soit à domicile. Des bons sont, à cet effet, délivrés à ceux qui en font la demande.
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- Les médicaments prescrits sont aussi délivrés gratuitement chez le pharmacien de la maison.
- Caisse de secours. — Il existe dans l’établissement une caisse de secours destinée à faire face aux frais de maladie, alimentée pour une faible partie par les amendes infligées aux ouvriers pour infraction aux règlements des ateliers, et aussi pour les rabais pour mauvais travail. Le complément est intégralement versé par la maison. Voici quelle en a été la situation dans les cinq dernières années :
- Du 1er juillet au 30 juin. Amendes pour infractions aux règlements. Retenues pour mauvais travail. Subventions de la maison.
- fr. c. fr. c. fr. c.
- 1883-1884.. • 391 50 62 05 1.104 »
- 1884-1885 ... 180 15 43 50 1.271 05
- 1885-1886... 232 35 33 05 1.352 50
- 1886-1887 ... 166 45 51 05 1.094 10
- 1887-1888 ... 231 60 56 35 1.356 35
- Lorsque le mal qui retient l’ouvrier hors de l’ate-tier est le résultat d’une blessure reçue dans le travail, c’est l’établissement seul qui supporte tous les frais et l’ouvrier touche en outre, pendant tout le temps de la maladie, son salaire ordinaire. Pour ceux qui sont payés à la tâche, la base est prise sur la moyenne de leur salaire pendant les six dernières quinzaines.
- Diverses institutions ont été créées en faveur des femmes et des enfants :
- Mères de famille. — Les mères de famille qui en font la demande sont autorisées à n’arriver à l’atelier, le matin, qu’après l’heure réglementaire, afin de pouvoir mener leurs enfants en bas âge aux crèches ou aux salles d’asile.
- Ouvrières en couches. — Aux ouvrières en couches, un premier secours de vingt francs est donné par l’établissement au moment de leur délivrance, sans préjudice des subventions qui peuvent leur être accordées au même titre si elles sont retenues trop longtemps éloignées de l’atelier.
- Institutions d'agrément. — Enfin signalons la note suivante qui correspond aux institutions que nous avons examinées au chapitre précédent :
- « M. Bary, notre prédécesseur, avec le désir constant d’être agréable à son personnel, a payé maintes fois le cirque à tous ses ouvriers; il étendait même ses invitations à leurs proches parents.
- « Nous nous proposons d’installer, pour l’été pro-
- chain, dans la cour de l’usine, quelques appareils de gymnastique. Nous espérons combattre ainsi l’attraction des cabarets voisins pendant les heures de repos.»
- — Dans les établissements de MM. Janvier père et fils, le personnel est très stable, comme le montre le tableau suivant, qui résume la situation à ce point de vue au 31 décembre 1888 :
- Ouvriers occupés depuis moins de 6 mois. 81
- de 6 mois à 1 an....... 68
- de 1 à 2 ans........... 54
- de 2 à 5 ans........... 60
- de 5 à 10 ans.......... 68
- de 10 à 20 ans......... 106
- de 20 à 30 ans.......... 58
- de *30 à 40 ans........... 7
- de 40 à 50 ans........... 2
- 504
- Ajoutons que M. Bary, fondateur des établissements, est mort en 1883. 11 a laissé par testament, à ses ouvriers sans enfants, une rente viagère ; à ceux chargés de famille, une rente qu’ils ont aussitôt touchée ; et à tous les employés et ouvriers, un mois d’appointements ou de salaire.
- FABRIQUE DE TOILES DE MM. GARNIER-THIEBAUT FRÈRES,
- A KICHOMPRE,
- GÉRARDMER (VOSGES).
- Cette maison a été fondée à Gérardmer en 1817, par François Thiébaut, grand-père maternel de MM. Garnier. De ses deux enfants, l’un, M. Louis Thiébaut, reprit la suite de ses affaires ; l’autre, une fille, épousa M. Jean-Baptiste Garnier.
- M. Jean-Baptiste Garnier commença la fabrication en 1833; son fils aîné, M. Émile Garnier, entra dans la maison en 1853 et fut mis en nom en 1860, sous la raison sociale Garnier-Thiébaut et fils. M. Jules Garnier entra également dans la maison deux ans après. En 1867, M. Garnier père ayant quitté les affaires, ses deux fils s’associèrent pour continuer la fabrication en leur nom, sous la raison sociale Garnier-Thiébaut frères.
- Le tissage mécanique de la maison n’a cependant été construit qu’en 1869, à Kichompré, à 3 kilomètres de Gérardmer, au confluent de la Jamagne et de la Vologne. Lors de la construction de l’usine, Kichompré ne comptait que quatre maisons dont une
- Supplément a l’Industrie textile du 15 Juin.
- m.—* 28e Fascicule.
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- LES INDUSTRIES TEXTILES
- maison forestière et une scierie appartenant à l’État et deux fermes. Maintenant il forme un véritable village comprenant 400 habitants ; de nombreuses constructions ont été élevées : maisons d’ouvriers, école primaire, école maternelle, hôtel, etc. Une machine à vapeur et deux turbines actionnent le tissage et la blanchisserie. On y fabrique des toiles unies en lin et en chanvre, des mouchoirs, linge de toilette et de table en ouvré et damassé. Les articles tissés au métier Jacquart sont en grande partie dessinés, lus et mis en carte à l’usine. Sont annexés au tissage des ateliers de forge et de menuiserie.
- Voici quelles sont les œuvres philanthropiques créées dans ces établissements, et dont la plupart ont, du reste, été examinées en détail dans les chapitres antérieurs.
- Orphelinats. — En 1800, M. et Mrae Jean-Baptiste Garnier-Thiébaut firent à la commune de Gérardmer le don d’une propriété pour la fondation d’un orphelinat destiné à recueillir et à élever des enfants pauvres, principalement des jeunes filles. Successivement et à l’aide des dons de la commune et d’autres habitants de l’endroit, l’établissement a pris de l’importance et aujourd’hui, soixante orphelins y sont recueillis et élevés. Les garçons restent à l’orphelinat, quel que soit leur âge, jusqu’au complet achèvement de leur instruction primaire; les jeunes filles, jusqu’au moment où elles peuvent se suffire à elles-mêmes, après être devenues pour la plupart d’habiles ouvrières en couture, broderie, etc.
- Cités ouvrières. — Voir page 172.
- Crèche, ouvroir et bibliothèque. — Voir pages 89 et 100.
- Caisse de secours. — Voir page 133.
- Asile et école 'primaire. — Voir page 89.
- FILATURE ET TISSAGE DE JUTE,
- I)E MM. SAINT FRÈRES A FLIXÉCOURT, IIARONDEL, SAINT-OÜEN, ETC., ETC.
- La maison Saint frères a été fondée en 1835, époque où trois frères, Pierre, François et Aimable Saint, inaugurèrent à Beauval, près Doullens (Somme), la fabrication à la main des toiles d’emballage en étoupes de lin. Lorsque celle-ci fut bien établie,
- Pierre Saint resta à Beauval, François s’installa à Amiens pour vendre les produits, Aimable monta une maison à Rouen dans le même but. La vente s’étant développée, une quatrième maison fut fondée à Paris par Victor Saint, fils d’Aimable, place du Chevalier-du-Guet, numéro 8.
- Nous n’établirons pas la filiation généalogique des chefs de la maison. 11 nous suffira de dire qu’ac-tuellement, ceux-ci sont MM. Charles Saint (frère de Victor), Jules-Abel Saint (fils de François), Guillaume Saint (fils de M. Charles Saint) et Henri Saint (fils de Jean-Baptiste et petit-fils d’Aimable).
- C’est en 1840 que MM. Saint frères commencèrent à filer le jute, en 1845 qu’ils fabriquèrent la toile à sacs à la main et s’occupèrent de la confection des sacs.
- En 1856, ils commencèrent, les premiers en France, à tisser le jute à la mécanique, sur des métiers spéciaux étudiés par eux, dans un établissement sis à Paris, 74, rue de Ménilmontant.
- Cet essai ayant réussi, ils inaugurèrent à Flixé-court, près de Beauval, un premier tissage mécanique à la tête duquel fut placé M. Jean-Baptiste Saint. Ce tissage prospéra et son développement devint si important que la création d’autres établissements dans le voisinage fut successivement décidée. On commença, en 1861, par celui d’Harondel, à 6 kilomètres de Flixécourt, où l’on installa une filature et un tissage de jute ; puis on continua, en 1863, en érigeant à Saint-Ouen, à 3 kilomètres d’Harondel, une filature de lin, chanvre et jute.
- Plus tard, MM. Saint frères achetèrent l’usine des Moulins-Bleus, où se fabriquait alors la toile à voiles, et y établirent la filature et le tissage du jute. Enfin l’agglomération des usines Saint se compléta par l’achat de celle de Pont-Remy, où la Société linière de ce nom exploitait la filature et le tissage du lin, du chanvre et du jute; la transformation de l’usine de Pont-Remy permit même la suppression de deux fabriques annexes, le tissage de l’Étoile, près Flixécourt, et celui de Luneray (Seine-Inférieure) où se faisaient de petites toiles spéciales à la main.
- Ces divers établissements, sauf celui de Pont-Remy, établi sur la Somme, sont situés dans la vallée de la Nièvre, sur la rivière de ce nom, allant se jeter dans la Somme à Moulins-Bleus, après avoir fourni, sur une étendue de 13 kilomètres, de la force motrice aux usines disposées sur ses rives et qui y occupent une superficie de près de 800,000 mètres carrés.
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- Flixécourt est toujours resté l’établissement central et dirigeant, auquel les autres sont reliés par un réseau télégraphique et téléphonique qui permet notamment de régler uniformément les heures de travail des diverses usines au moyen d’appareils électriques.
- Chaque année, tous les établissements Saint s’accroissent d’annexes ou se transforment, tant pour les constructions que pour le matériel industriel, sans cesse entretenu et successivement renouvelé. En dehors de ces usines, MM. Saint ont encore acquis, en \ 882, à Gamaches (Somme), une filature de coton, qui est venue compléter l’approvisionnement général de matières premières nécessaires à cette colossale fabrication.
- D’une façon générale, l’impression qu’on ressent en visitant toutes ces usines aux gigantesques proportions est qu’il a fallu certainement plus de 60 millions pour les construire et les faire fonctionner telles qu’elles sont ; et l’on ne peut se figurer, par la pensée, l’importance et la beauté réelle de l’outillage général, l’excellent choix, la parfaite tenue des machines, l’intelligente économie des constructions nouvelles, dont les combinaisons simples permettent d’agrandir un atelier dans tous les sens avec une étonnante rapidité.
- Il ne faut pas perdre de vue qu’il n’v a pas bien longtemps que s’est accentué le développement prodigieux des affaires auxquelles la famille Saint a imprimé une puissante direction, toujours unique. C’est à celle-ci, bien plus qu’à l’importance des capitaux courageusement employés dans cette industrie considérable, qu’on doit attribuer les succès continus de MM. Saint frères. L’esprit de suite a fait merveille.
- Comme les matières traitées dans ces usines sont, à de très rares exceptions près, aussi encombrantes que lourdes, MM. Saint ont compris l’immense avantage de répartir sur une voie ferrée leurs établissements, au lieu de les concentrer en un seul groupe d’ateliers et de magasins. Le plus difficile était de se raccorder à la grande ligne du Nord ; pour cela, ils ont construit, de leurs deniers, une voie à grande section, partant d’Hangest-sur-Somme et allant aboutir à Flixécourt, à la rencontre du chemin de fer de Frévent à Gamaches, qui traverse leurs autres établissements. Ainsi, toute la circulation du jute, du chanvre et du lin pour la fabrication, la houille, les colonnes de fonte et autres matériaux de construction pénètrent partout, en wagons, dans des bâti-
- ments clos et couverts, dans lesquels se font aussi les chargements des toiles, sacs, ficelles, cordages, tissus d’ameublement, et qui, de là, se rendent soit à leurs entrepôts de la Chapelle-Paris ou à ceux de Rouen, soit dans leurs succursales, soit directement à la consommation. Pour construire cette ligne, il leur a fallu traverser des endroits marécageux et acheter chèrement de grandes étendues de terrains. Actuellement, elle fonctionne avec vingt-quatre wagons, dont huit à plate-forme et seize couverts, remorqués par trois locomotives qui y circulent constamment pour desservir les divers établissements. Chacun d’eux peut ainsi recevoir sans cesse des matériaux de construction, des matières premières, de la houille, et en même temps échanger les produits de sa fabrication suivant les genres qu’elle comporte.
- Comme nous l’avons dit tout à l’heure, la centralisation des marchandises et ordres est établie en Pusine de Flixécourt. Toutefois, tandis que les établissements d’Harondel, de Saint-Ouen et Moulins-Bleus sont dirigés par Flixécourt, celui de Pont-Remy est dirigé directement par le siège social de Paris, rue du Pont-Neuf, 4, et celui de Gamaches par la maison de Rouen.
- Aujourd’hui, les principaux établissements de MM. Saint frères comprennent sept centres qui sont:
- 1° Beauval, berceau de la famille, où s’est continué le tissage à la main (environ 100 ouvriers) ;
- 2° Flixécourt, usine centrale, régie des autres établissements, comprenant tissage et apprêts de jute, lin et chanvre, bûcherie, teinturerie, couture de sacs et blanchisserie (environ 1,000 ouvriers) ;
- 3° Harondel, filature et tissage de jute (environ 1,400 ouvriers) ;
- 4° Saint-Ouen, filature et corderie mécanique de jute et de chanvre (environ 1,400 ouvriers) ;
- 5° Moulins-Bleus, filature et tissage de jute (environ 1,000 ouvriers) ;
- 6° Pont-Remy, filature et tissage de lin et de jute (environ 700 ouvriers) ;
- 7° Gamaches, filature de coton (environ 300 ouvriers).
- Soit au total un personnel d’ouvriers et employés des deux sexes d’environ 5,900 personnes. Mais, pour compléter cette énumération, il faudrait y ajouter un certain nombre de dépôts de fabrication à la main, embrassant quelques communes des arrondissements d’Amiens, Abbeville et Doullens. Ces
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- dépôts, qui donnent du travail aux populations trop éloignées des usines, délivrent des fils à des ouvriers qui tissent chez eux des sortes communes. Les principaux sont pour la toile, Belloy-sur-Somme, Brucamps et Berneuil; pour les sacs : Longpré-les-Corps-Saints, Bourdon, Ganaples, Pernois, Haver-nas et l’Étoile. Dans ces dernières localités, la couture des sacs se fait à la main.
- Des maisons de vente sont établies à Paris, Rouen, le Havre, Caen, Rennes, le Mans, Dunkerque, Reims, Nantes, Bordeaux, Marseille, Lyon, Anvers, Alger, Oran, Constantine, Tunis, etc.
- Voici quelques chiffres relatifs à l’importance des divers établissements :
- Production journalière en
- fils................ 75.000 kilogrammes.
- Consommation journalière
- de fil.............. 30.000 —
- La différence est comblée par des achats au dehors :
- Production journalière de la corderie............. 15.000 kilogrammes.
- Production journalière des tissages de toile....... 160.000 mètres.
- Confection journalière de sacs...................... 55.000
- Fabrication mensuelle de bâches..................... 3.500
- Consommation journalière moyenne de houille...... 70.000 kilogrammes.
- Force motrice.............. 7.200 chevaux.
- Le nombre de broches est le suivant :
- Ilarondel................ 7.520 j Dont 4.120
- Saint-Ouen............... 8.320 r pour chanvre
- Moulins-Bleus............ 6.120 1 et lin à sec et
- Pont-Remy................. 4.808 ) 22.648 pour jute.
- Gamarches................. 28.700 en coton.
- Les métiers à tisser mécaniques sont ainsi répartis :
- Harondel.....
- Flixécourt....
- Moulins-Bleus Pont-Remy...
- Et les métiers à la main :
- Beauval Belloy 102 J 120 > 282
- Autres localités 60 1
- Rappelons ici sommairement les diverses institutions économiques de la maison.
- Maisons ouvrières. — Nous en avons parlé page 170. En dehors de celles que nous avons
- 457
- 406
- 490
- 200
- 1.553
- mentionnées à cette place, quantité d’autres maisons sont en construction ou projetées pour un très prochain avenir.
- Caisse de 'prévoyance. — Voir page 133.
- Écoles d'usines. — Voir page 89.
- FABRIQUE DE TRESSES ET LACETS DE MM. BALAS FRÈRES A IZIEUX (LOIRE).
- La maison a été fondée en 1830 à Saint-Chamond par M. Joseph Balas, elle n’a été transportée à Izieux qu’en 1834. La fabrique proprement dite a été édifiée en 1848.
- Diverses inventions successives ont favorisé son extension : tout d’abord celle de la tresse organsin en 1851 par J.-T.-Marie Roux, qui bouleversa les articles pour tailleur; puis en 1860 celle de l’alpaca et du mohair dont MM. Balas frères ont implanté la fabrication en France, à la suite de divers voyages à Bradford de M. Gabriel Balas et à Barmen et Elber-feld de M. Florian Balas.
- « Quelque temps après leurs voyages — dit une note que nous relevons à l’Exposition — munis de tous les renseignements, de toutes les machines, la maison Balas frères possédait trois cents métiers travaillant l’alpaca et le mohair, alors qu’actuelle-ment plus de cent mille fuseaux exportent ses tresses à la Suisse, à l’Espagne, au Portugal, à l’Angleterre et aux États-Unis.
- « La conséquence immédiate de l’exportation de cette industrie a été d’en amener une autre et qui est le complément de celle du lacet, c’est-à-dire la teinturerie en noir et couleur des fils et tresses de laines et mohairs. Aujourd’hui, la rivière du Gier est bordée de puissants établissements de teinture.
- « Enfin, les fabriques de lacets d’izieux et de Saint-Chamond, qui arrivaient à peine à 6 ou 7 millions d’affaires il y a trente ans, dépassent aujourd’hui le chiffre de 26 millions dont les deux tiers vont à l’étranger. »
- Voici quelles sont les diverses institutions philanthropiques de la maison.
- Maison de ménage pour ouvrières internes. — MM. Balas ont créé, pour celles de leurs ouvrières dont l’habitation est trop éloignée, quatre cents lits dans leurs établissements. Les jeunes filles s’en vont
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- chez leurs parents le samedi soir pour en revenir le lundi matin. De grandes cuisines sont à leur disposition et chaque fille a son garde-manger spécial. La soupe ou potage est donnée gratuitement trois fois par jour.
- Un service ad hoc est formé pour l’ordre, la propreté et l’hygiène et tout le conlort désirable à donner aux ouvrières, qui trouvent dans la maison un bien-être que la plupart ne peuvent se procurer chez leurs parents.
- Cet agencement revenant à 0 fr. 30 par tête, les ouvrières peuvent ainsi faire facilement des économies, puisque les journées des laceteuses, dévi-deuses, double uses, émoucheteuses, plieuses, etc., ressortent de 1 f. 60 à 3 fr. 25 suivant leur habileté et leur conduite au travail.
- Livret d'économie. — Nous en avons parlé p. 147.
- Travail à domicile. — Les usines d’Izieux donnent également du travail aux mères de famille à préparer chez elles, et, tout en faisant leur ménage, elles trouvent à la fin du mois une recette de 30 à 60 francs.
- FABRIQUE
- d’indiennes de mm. besselièvre fies,
- A MAROMME (SEINE-INFERIEURE).
- Cette maison, fondée en 1823 par M. Besselièvre (Jean-Baptiste-Thermidor), a passé, en 1857, aux mains de MM. Charles et Émile Besselièvre et est exploitée par M. Charles Besselièvre depuis 1867.
- La production normale (sauf dans les temps de crise) est de 80,000 pièces de 100 mètres par an.
- Le personnel de la maison comporte environ 230 ouvriers et employés, appartenant tous à la localité, sauf les chimistes et les dessinateurs, ordinairement originaires d’Alsace, et répartis comme suit :
- Employés................... 30
- Hommes.................... 124
- Jeunes gens................ 21
- Femmes..................... 42
- Jeunes filles............... 9
- 226
- Les salaires, pour les employés, sont payés à l’année. Leur importance varie de 6,000 francs à 12,000 francs pour les employés supérieurs, de 1,500 francs à A,000 francs pour les autres.
- Les ouvriers sont payés à la journée. Les hommes gagnent 3 francs, les femmes 1 fr. 80 pour dix heures de travail. Les gratifications attachées aux postes spéciaux augmentent de 1 franc à 2 francs le salaire quotidien de la plupart des ouvriers, de 0 fr. 50 à 1 franc celui des ouvrières.
- Les institutions philanthropiques de la maison sont les suivantes :
- Participation aux bénéfices. — Nous en avons parlé page 31.
- Écoles. — Voir page 87.
- Bibliothèque. — Voir page 87.
- Confèrences. — Voir page 88.
- Caisse d’épargne. — Voir page 148.
- Caisse de secours. — Voir page 137.
- Caisse de retraites. — Voir page 124.
- Le personnel est très stable. On peut, en effet, classer comme suit les ouvriers et employés d’après leur durée de séjour :
- De 1 à 2 ans.................. 22
- De 2 à 5 ans.................. 54
- De 5 à 10 ans................. 51
- De 10 à 20 ans................ 56
- Au-dessus de 20 ans........... 47
- 230
- Trois employés comptent 31, 37 et 38 ans de séjour ;
- Trois ouvriers et une ouvrière sont dans la maison depuis 44, 45 et 48 ans;
- Le doyen de l’établissement a 55 ans de services non interrompus.
- TEINTURERIES DE SOIES DE MM. GILLET ET FILS, A LYON ET IZIEUX.
- Ces établissements comportent trois genres d’industries ;
- 1° La teinture en noir de la soie en flottes ;
- 2° La teinture en noir et en couleur des tissus en soie pure, des tissus mélangés de soie et coton, de soie et laine ;
- 3° La fabrication de produits chimiques.
- Ces industries sont réparties en trois usines : la première, située à Lyon, quai de Serin ; la deuxième, à Izieux (Loire); la troisième, à Lyon, au plan de Vaise.
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- Dans chacune d’elles, le recrutement du personnel est local ; il se pratique dans la ville et les quartiers voisins des usines.
- Sa stabilité est très grande, la maison attachant beaucoup d’importance à occuper les mêmes personnes.
- Les périodes d’activité ou de chômage y sont irrégulières et entièrement subordonnées à la mode. Rien ne peut les faire prévoir.
- Le salaire est fixé au mois ou à l’heure. Au mois pour un dixième, à l’heure pour neuf dixièmes du personnel. Nous en avons parlé pages 23-24.
- Le recrutement se fait par embauchage. Comme garanties, on exige des certificats de travail et, le plus souvent, l’on prend des informations sur la moralité.
- La durée moyenne du travail est de dix à onze heures par jour.
- La paye, pour les ouvriers travaillant à l’heure, a lieu le samedi de chaque semaine, dans un local annexe de l’usine.
- Depuis l’année 1865, il n’y a pas eu de grèves à l’usine de Serin (Lyon). En 1878, une grève s’est produite à Izieux (Loire).
- Il nous paraît intéressant de suivre dans cette industrie l’ouvrier à toutes les périodes de la vie industrielle.
- Apprentissage.— Les enfants occupés dans l’industrie sont surtout recrutés parmi les enfants d’ouvriers travaillant à l’usine ou dans les quartiers voisins. Ils sont dans la proportion de 1 à 15 du personnel adulte.
- L’enfant s’initie aux travaux de la profession, sans avoir le titre d’apprenti. En effet, dans la branche principale de l’industrie exercée par la maison (teinture en noir), il n’y a pas, à proprement parler, de métier à apprendre.
- Dans tous les cas, l’enfant, fille ou garçon, loge toujours en famille et reçoit un salaire dès le jour de son entrée. Arrivé à dix-huit ans, le garçon est payé à raison de 3 francs pour dix heures de travail, et la jeune fille du même âge atteint le chiffre de 2 francs, pour le même nombre d’heures.
- Parmi les enfants entrés très jeunes à la maison, se recrute en grande partie le personnel des contremaîtres et chefs de poste.
- Il existait autrefois, dans l’usine de Lyon (Serin), une école de garçons; cette école a été supprimée depuis quelques années et remplacée par l’établisse-
- ment, aux environs des ateliers, de divers cours du soir ouverts par la Société d’enseignement professionnel du Rhône dont nous avons déjà parlé. Un certain nombre de jeunes gens suivent ces cours.
- A l’intérieur de l’usine, on enseigne aux jeunes filles la lecture, l’écriture, et surtout la couture, le blanchissage et le repassage, auxquels on ajoute quelques notions de cuisine et de comptabilité domestique.
- Institutions cVagrément. — Dans chacune des usines de Lyon (Serin) et d’Izieux il existe une société de musique vocale.
- Primes et gratifications. — Chaque année, la maison distribue une part importante de ses bénéfices à un grand nombre de collaborateurs, c’est-à-dire à environ un dixième du personnel.
- L’importance de cette répartition varie annuellement, suivant les résultats obtenus et atteint, depuis la valeur de quinze jours de travail, jusqu’à un mois, deux mois, une année, plus quelquefois. Les chefs de la maison apprécient, parmi leur personnel, ceux qui rendent les plus grands services. Ils agissent sans règle absolue, mais décident suivant chaque cas particulier et les usages des années précédentes.
- Salle d'asile. — Une salle d’asile a ôté construite et est entretenue aux frais de la maison. Cet asile reçoit indistinctement les enfants du quartier, qui y sont au nombre d’environ 70. Les menues dépenses et le traitement de deux maîtresses s’élèvent, par an, à la somme de 1,800 francs.
- Caisse d'épargne. — Nous en avons parlé page 148.
- Assurances contre les accidents. — Les ouvriers sont assurés contre les accidents par la maison qui ne fait aucune retenue, mais paye la journée entière, les frais médicaux et pharmaceutiques, jusqu’au règlement final à intervenir avec la Compagnie d’assurances. On améliore constamment les ateliers, tant au point de vue de l’hygiène qu’à celui de la diminution des accidents.
- Incendie. — Un service est organisé contre l’incendie; mais, de ce côté-là, les risques à courir sont peu à redouter, le fer et la brique étant les matériaux employés dans les constructions.
- Sociétés de secours mutuels. — Il n’y a pas de Société de secours mutuels particulière, mais on en-
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- A L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1889.
- gage, en payant la moitié de la cotisation, les ouvriers et ouvrières à faire partie de l’une des nombreuses Sociétés de secours mutuels de la ville. Cette combinaison a l’avantage, si l’ouvrier vient à quitter l’usine, de ne pas interrompre le cours de ses versements, et de ne pas lui faire perdre ses droits à la retraite.
- à 75 heures; ce qui permet de produire, avec le même personnel, une quantité de travail dans le rapport de 2 : 3.
- Le nombre des mutuellistes est de
- 180 hommes. 76 femmes.
- Total...... 256 personnes.
- réparties entre 18 ou 20 sociétés de secours mutuels.
- Caisse de 'prévoyance et de retraite. — Il est de tradition de ne pas renvoyer les ouvriers qui ont travaillé de longues années dans l’usine : on les occupe à l’atelier où ils reçoivent une pension, s’ils n’ont pas de ressources ou s’ils sont incapables de remplir un emploi. Rien, à notre avis, ne donne plus satisfaction à l’ouvrier que de lui permettre de travailler tant qu’il est apte à le faire. Le passage d’une vie active à une vie toute de repos produit rarement un heureux effet sur l’ouvrier qui s’ennuie et souffre bien vite de l’inactivité.
- Efforts faits pour éviter le chômage. —L’usine évite depuis longtemps d’embaucher ou de renvoyer beaucoup d’ouvriers à la fois. L’industrie de la teinture, se pratiquant à façon, ne permet pas, pendant les périodes de chômage, de travailler pour produire à l’avance. On s’est donc trouvé en face de ce problème :
- « Étant donné un personnel d’un nombre approximativement toujours le même, lui procurer, par an, 3,000 heures de travail, soit 300 journées de 10 heures chacune, au moyen d’une industrie à façon sur laquelle les changements de la mode exercent une grande influence et amènent dans le cours de la même année des périodes multiples d’activité ou de chômage. »
- Pour obtenir le résultat cherché, la maison demande à son personnel, dans les moments de morte saison, de supporter une journée, quelquefois même deux de chômage par semaine. Par contre, dans les mois d’activité, outre les six journées complètes de 10 heures, elle l’appelle à faire des heures supplémentaires pouvant s’élever de 12 à 15 par semaine. (Ces heures supplémentaires sont majorées de 25 pour 100.)
- On passe donc, par une semaine, d’un minimum de Ù5 à 50 heures de travail, à un maximun de 70
- Infirmerie. — Une infirmerie fait partie de la maison. On y soigne les blessures légères reçues dans le travail ; on visite et on donne des soins à domicile à tous les ouvriers auxquels survient un accident durant le travail.
- Voici maintenant quelques institutions spéciales en faveur des femmes et des enfants.
- Secours aux femmes en couches. — Depuis vingt ans environ, on a l’habitude de payer un mois de salaire aux ouvrières en couches, mais avec obligation de rester dans leur ménage pendant ce mois.
- Dot aux jeunes ouvrières. — Il est encore un autre usage, c’est de remettre aux jeunes ouvrières, lors de leur mariage, la somme de 100 francs, pour leur aider à faire face aux frais de premier établissement.
- Efforts faits pour laisser la mère et l’épouse au foyer. — Les mères de famille ont des facilités pour venir plus tard au travail. Payées à l’heure, elles peuvent, travaillant ainsi à l'usine, vaquer aux soins du ménage et de leurs enfants.
- Sorties séparées. — Les sorties et entrées de l’atelier s’opèrent séparément et, autant que possible, dans des espaces de temps différant entre eux d’un quart d’heure environ.
- Tempérance. — Dans l’usine, la tempérance est strictement observée. A l’extérieur, au moment des entrées et sorties, nombre d’ouvriers devraient assurément ne pas céder à l’entraînement qui pousse à la buvette, toujours placée sur le chemin de l’atelier; mais, en somme, il n’y a pas d’ivresse manifeste et le lundi pas d’absence, suite des excès du dimanche.
- Une marque certaine d’entente et d’union, c’est que depuis 1865, à Lyon et depuis 1878, à Izieux, comme nous l’avons dit plus haut, nulle grève n’est survenue, aucune réunion ou tentative quelconque ne s’est produite à cet effet.
- Quant à des faits particuliers, prouvant l’attachement aux patrons, on peut dire que cet attachement se manifeste lorsqu’une circonstance l’autorise ou le justifie, telle que mariage d’un membre de la
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- famille, cinquantenaire de la fondation de la maison, etc.
- BLANCHISSERIE ET TEINTURERIE DE THAON (VOSGES).
- Nous ne pouvons mieux parler des établissements de Thaon qu’en reproduisant l’intéressante notice adressée à ce sujet aux membres du jury de la classe 46 par M. A. Lederlin, administrateur délégué de la société :
- « Lors de l’Exposition universelle de 1878, dit cette notice, j’ai eu l’honneur de soumettre à MM. les membres du jury de la classe 48 un aperçu indiquant :
- « 1° Les causes qui ont motivé, en 1872, la création de la blanchisserie et teinturerie de Thaon;
- « 2° Les difficultés qui ont dû être surmontées ;
- « 3° Les résultats obtenus ;
- « 4° L’organisation du travail.
- « Le jury a su apprécier mes efforts et a décerné à l’établissement que je dirigeais depuis six ans une médaille d’or.
- « Il m’a semblé qu’il était de mon devoir de montrer, en 1889, à MM. les membres du jury de la classe 46 quels ont été les progrès réalisés depuis 1878 et quelle est aujourd’hui la situation de cet établissement.
- « La haute récompense que nous a décernée le jury de 1878 m’a fait un devoir de ne reculer devant aucun effort ni aucun sacrifice pour chercher à réaliser tous les progrès possibles et pour placer la blanchisserie et teinturerie de Thaon au premier rang parmi les établissements façonniers du continent.
- « Une entreprise industrielle a non seulement pour but de produire bien et de produire beaucoup, elle doit avant tout être rémunératrice et répondre à la confiance de ses actionnaires par une gestion intelligente de leurs capitaux.
- « De plus, en présence des modifications profondes que provoquent dans l’industrie les progrès inouïs de la mécanique et de la chimie, une administration prévoyante ne saurait trop amortir ses immeubles et son outillage, ni constituer de réserves assez puissantes pour lui permettre de faire face à toutes les éventualités et à tous les perfectionnements.
- « 11 faut, par conséquent, éviter toute dépense qui ne soit pas strictement indispensable, mais aussi entrer hardiment dans la voie du progrès et ne pas s’arrêter devant une dépense productive.
- « C’est ce que le conseil d’administration de Thaon a admirablement compris, et les résultats de cette politique sage et progressive ont dépassé toutes les espérances.
- « Un des facteurs les plus importants d’un établissement façonnier est représenté par la main-d’œuvre, qu’il est essentiel d’avoir dans de bonnes conditions.
- « On ne peut y arriver que par la stabilité du personnel et les institutions qui lui procurent à bon marché tout ce qui est nécessaire à l’existence matérielle et intellectuelle.
- « Tout ce qui peut attacher l’ouvrier à une industrie a été fait à Thaon :
- « 1° Société de secours mutuels (voir page 98);
- « 2° Société coopérative (voir page 154) ;
- « 3° Caisse de retraite (voir page 124) ;
- « 4° Logements et terrains de culture à bon marché ;
- « 5° Bains, douches, etc.;
- « 6° Impulsion vigoureuse donnée à l’enseignement primaire, élémentaire et supérieur ;
- « 7° Cours de dessin, de travail manuel;
- « 8° Bibliothèque publique (voir page 88) ;
- « 9° Sociétés de chant et de musique instrumentale ;
- « 10° Sociétés de tir et de gymnastique.
- « Toutes ces institutions ont été créées à Thaon. Elles sont prospères, ainsi que l’on peut s’en rendre compte par les documents que j’ai envoyés à l’exposition d’économie sociale (esplanade des Invalides), sections 9, 11 et 14.
- « Tout en achetant par grandes quantités et aux meilleures conditions possibles le combustible et les matières qui permettent de transformer le coton écru en calicot blanc pour lingerie, en doublure pour vêtements et pour ameublement, il faut que les frais de transport, qui entrent pour une large part dans leur prix de revient, soient réduits au minimum, ce que l’on n’obtient qu’en les amenant pour ainsi dire à pied d’œuvre, sans rompre charge.
- « Dans ce but, une voie de raccordement de 1,820 mètres avec la ligne de Nancy à Gray permet d’amener la houille devant les générateurs à vapeur et distribue dans toute l’usine les wagons de tissus, de drogues ou de matériaux qui lui sont adressés.
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- A L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1 889.
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- « Dans l’usine même, les wagons sont chargés des tissus blanchis, teints, imprimés et apprêtés et réexpédiés dans toutes les directions.
- « Thaon a pris une part active à la création du canal de l’Est par la souscription de parts de garantie et par l’allocation d’une forte subvention pour l’établissement, à 150 mètres de l’usine, d’un port de navigation intérieure, où les bateaux venant des divers bassins houillers lui amènent chaque année vingt mille tonnes de charbon, sans compter tous les autres matériaux de grosse consommation.
- « Le port est relié à l’intérieur de 1’usine par un réseau de chemin de fer à voie étroite qui a un développement de A kilomètres et qui relie, en outre, tous les ateliers entre eux.
- « Un ingénieux système permet aux wagonnets qui desservent cette voie étroite de circuler alternativement sur le dallage des ateliers et sur les rails, ce qui constitue une économie considérable de main-d’œuvre et de matériel roulant.
- « Dans un vaste établissement comme Thaon, qui s’étend sur 500 mètres de longueur et 300 mètres de large, il était essentiel d’éviter au personnel les pertes de temps causées par les courses et la correspondance entre les chefs de service.
- « Un réseau téléphonique relie entre eux tous les ateliers et tous les bureaux, et nous avons tout lieu d’espérer que, dans un avenir prochain, Thaon sera en communication téléphonique avec Épinal et les principaux centres industriels des Vosges.
- « Une puissante usine à gaz produit tout le gaz nécessaire à l’éclairage des ateliers et au ilambage des tissus. En outre, l’éclairage électrique fonctionne à Thaon depuis 1879 et, au fur et à mesure des progrès réalisés, il y a pris un grand développement.
- « 5 dynamos alimentent AO lampes à arc et 1A0 lampes à incandescence et, lorsque les moteurs sont momentanément arrêtés, des accumulateurs électriques assurent la continuité de l’éclairage.
- « Le chômage forcé est ce qu’un établissement façonnier doit craindre le plus ; aussi le service contre les incendies est, à Thaon, l’objet d’une sollicitude toute spéciale. Un poste de veilleurs de nuit, rigoureusement contrôlé, a sous la main de puissantes pompes à incendie et 300 tonneaux d’eau, munis chacun d’un seau et répartis dans tous les ateliers, de façon à pouvoir éteindre immédiatement un incendie naissant.
- a Comme le manque d’eau pourrait occasionner un chômage lorcé dans les grandes sécheresses de
- l’été ou les gelées intenses de l’hiver, ou encore en cas de dégradations du barrage qui alimente le canal usinier, il a été paré à cette éventualité par l’installation de puissants moteurs à vapeur qui permettent de remplacer complètement la force motrice hydraulique.
- « I)e plus, des puits à grande section vont chercher, à 5 ou 0 mètres en contre-bas du sol, une nappe d’eau souterraine, d’une pureté parfaite, qui assure toute l’eau nécessaire aux moteurs et aux multiples opérations du blanchissage et de la teinture. Ces puits fournissent plus de 10,000 litres à la minute.
- « L’usine de Thaon a expédié, en 1888,782,568 pièces, représentant environ 70 millions de mètres de tissus manutentionnés, soit en moyenne 233 kilomètres par jour.
- « En 1889, il nous est permis de compter que la production atteindra entre 800,000 et 900,000 pièces.
- « Outre les articles classiques de blanc pour lingerie, que nous faisions déjà il y a onze ans, nous avons donné un grand développement aux articles molletonnés (croisés et brillantés, piqués de Saint-Quentin), aux façonnés de tout genre, aux percales moirées d’Alsace, aux blancs spéciaux pour l’Algérie, aux serviettes nids d’abeille et éponges, aux articles pour corsets, et enfin, depuis près de deux ans, aux articles destinés à remplacer, sur les marchés des colonies françaises de l’extrême Orient, les produits anglais, suisses et allemands.
- « En teinture et en impression, notre développement est encore plus remarquab'e.
- « Le rouge turc, à lui seul, a chez nous une importance égale à celle de bien des industries qui s’en occupent exclusivement, et cependant il ne représente qu’une faible partie de notre production totale.
- « Dans la doublure, nous battons nos concurrents français et anglais sur toute la ligne, par la perfection de nos envers noir grand teint et teint ordinaire et de nos impressions sur tissus légers comme sur les plus beaux satins-chaîne. En 1878, nous avions une machine à imprimer ; actuellement, nous en avons six, qui ont de la peine à suffire à la tâche.
- « Les articles d’exportation aussi ont acquis une grande importance. L’Algérie, le Sém gai, le Congo et surtout l’Indo-Chine française nous procurent de nouveaux débouchés; nos bleus-guinêe pour l’Afrique, nos percalines noires, bleues ou rouges pour Saigon sont très appréciés et les commandes de ces articles
- Supplément a i/Industrib textile du 15 Juillet.
- iii. — 29* Fascioui e.
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- prennent chaque jour une importance plus considérable. »
- Avec une organisation comme celle qui vient d’être
- décrite, on comprendra que les résultats que nous donnons ci-dessous aient pu être obtenus. Les chiffres qui vont suivre sont concluants :
- SITUATION
- AUGMENTATION.
- En 1878. En 1889.
- Population 1.900 3.400 1.500 '
- Nombre d’ouvriers 772 1.246 474
- Salaires 565.440 fr. 60 1.071.393 fr. 35 500.000 francs
- Force motrice hydraulique 480 chevaux 550 chevaux 70 chevaux
- Force motrice à vapeur 180 — 800 — 620 —
- Nombre de moteurs à vapeur 3 16 13
- Surface de chauffe des générateurs 809 mètres carrés 2.006 mètres carrés 1.191 mètres carrés
- Consommation de houille „.. 10.000 tonnes 20.000 tonnes 10.000 tonnes
- Superficie des ateliers 4 hectares 1/2 5 hectares 5.000 mètres carrés
- Voies ferrées, largeur normale (lm,50).... 1.820 mètres 1.820 mètres ))
- Chemins de fer à voie étroite 520 mètres 4.010 — 3.500 mètres
- Lampes électriques à arc )) 40 40
- Lampes électriques à incandescence )) 140 140
- Postes téléphoniques » 11 11
- Pièces manutentionnées 453.533 782.568 329.000
- Métrages manutentionnés 37.553.880 70.000.000 32.000.000
- Chiffre des façons 2.621.934 4.858.816 fr. 30 2.200.000 francs
- Valeur des actions 5.000 fr. (pair) 12.500 francs 7.500 francs
- Le capital-actions est de 3,500,000 francs.
- De plus, il avait été émis pour 1,953,000 francs d’obligations.
- Toutes ces obligations sont remboursées depuis le 15 février 1889.
- Le coût total de l’usine a été de. 6.298.037f 69
- Elle a été amortie de........... 2. 689.253 34
- Elle ne figure donc plus sur les
- livres au 30 juin 1888 que pour.. 3.608.78Af35
- Les réserves se montent à 862,658 fr. 33.
- 11 a été distribué aux actionnaires, en intérêts et dividende :
- En J878-1879........ 5 pour 100.
- En 1879-1880.............. 5 —
- En 1880-1881.............. 6 —
- En 1881-1882.............. 6 —
- En 1882-1883.............. 7 1/2 —
- En 1883-1884.............. 7 1/2 —
- En 188/1-1885............. 9 —
- En 1885-1886.............. 9 —
- En 1886-1887............. 10 —
- En 1887-1888............. 10 —
- FABRIQUE DES BRODERIES A LA MECANIQUE DE M. A. TRÊVES FILS,
- A SAINT-QUENTIN (AISNE).
- Une notice qui figure à l’Exposition donne sur cet établissement les renseignements suivants :
- « Notre maison a été fondée en 1840 ; et, dès cette époque, nous avons commencé à fabriquer les tissus et les broderies; nous occupions un nombre assez considérable d’ouvriers des deux sexes dans les environs de Saint-Quentin.
- « En 1882, nous avons centralisé nos moyens d’action et nous avons construit une usine dans un quartier neuf de Saint-Quentin, le faubourg Saint-Jean, la route de Cambrai.
- « Il n’y avait là que des terrains vagues ou peu cultivés, presque improductifs.
- « Notre initiative a donné une vie nouvelle à cette partie de la ville.
- « Des constructions se sont élevées; d’anciens ouvriers tisseurs, qui se trouvaient sans ouvrage par
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- • A L’EXPOSITION UN1VEHSELLE DE 1889.
- suite de la disparition des tissus plissés, des festons mécaniques et des basins, ont fait école dans notre usine ; aidés de la Société industrielle, qui nous compte parmi ses fondateurs, nous avons créé un nouveau noyau d’ouvriers pour la broderie mécanique.
- « Pour mieux faire apprécier nos efforts, pour mieux faire comprendre les difficultés que nous avons dû. surmonter, il est nécessaire que nous esquissions un cours historique de cette industrie.
- « C’est un Français,- un Alsacien, Heilmann, de Guebwiller, qui a inventé, en 1830, le métier à broder mécanique. Malheureusement, à cette époque, les ateliers de construction, absorbés par l’établissement des filatures et des tissages, dédaignèrent cette invention.
- « Méconnu par ses compatriotes, Heilmann transporta son métier en Suisse.
- « Aujourd’hui, cette industrie représente, dans ce pays, un chiffre de plus de 100 millions d'affaires par an; de là, elle s’est répandue en Allemagne, qui atteint un chiffre également annuel de 59 millions de marks (environ Ih millions de francs).
- « Aux vingt mille métiers de la Suisse et aux douze mille métiers de l’Allemagne, nous, en France, nous opposons nos deux mille métiers et un chiffre d’affaires s’élevant à peine à 12 millions de francs.
- « Nous sommes dans cette branche une industrie naissante, non par notre existence commerciale, mais par la transformation radicale que nous avons dû apporter à notre organisation. Nos ouvriers travaillent au nombre de points, base à peu près similaire au nombre de duites ou de fils en trame dans le tissage.
- « L’ouvrier habile et laborieux peut facilement gagner (5 à 7 francs par jour; son salaire est absolument entre ses mains, et, s’il veut travailler, sa situation devient certainement meilleure que celle de l’employé de commerce ou du petit boutiquier. Nous devons cependant reconnaître qu’il y a des périodes de chômage; elles sont imprévues; la mode, la température, un hiver ou un ôté prolongés peuvent enrayer la vente des tissus brodés.
- - « Dans ces circonstances, nous comprenons alors le devoir que nous impose notre situation d’industriel, de patron, c’est-à-dire de père de notre famille ouvrière.
- - « Au lieu de faire la broderie à façon pour les maisons de tissus, de nouveautés, de confections, comme dans les moments prospères, nous brodons
- alors sur nos propres tissus et nous nous constituons un stock.
- « C’est l’existence assurée pour nos ouvriers, mais c’est un grave préjudice pour nous, car ce stock est vendu sans bénéfice, quelquefois à perte; à ces époques de mévente ou de crise, les Suisses et les Allemands viennent peser lourdement sur notre marché et déprécient nos marchandises par la vileté de leurs prix.
- « Lorsque, au contraire, la vente est satisfaisante, en plus de leurs salaires, nous allouons à nos ouvriers des gratifications et des primes.
- « Dans ce cas, l’ouvrier qui atteint à sa quinzaine un nombre de points raisonnable reçoit en supplément une prime variant de 3 francs à 5 francs.
- u Nous faisons à nos ouvriers des avances calculées sur le nombre de pièces commencées au moment de la quinzaine.
- « Quand une famille d’ouvriers est frappée, soit par un décès, soit par la maladie du chef, nous allouons un secours en argent et nous nous préoccupons de donner du travail à la femme ou aux enfants, s’ils sont déjà en âge de travailler.
- « S’ils sont locataires d’une des maisons que nous avons fait construire, nous faisons la remise des termes qu’ils nous doivent.
- « L’esprit de nos ouvriers les portant à être un peu nomades, nous avons fondé un prix de 100 fr. pour l’ouvrier qui sera resté cinq ans à la fabrique et 500 francs pour une période de dix ans.
- « Pour attacher les familles d’ouvriers à l’usine et aussi dans un but de moralité facile à comprendre, nous exigeons, dans la limite du possible, que les fileurs et les fileuses soient l’épouse ou les enfants de l’ouvrier brodeur.
- « Les ouvriers entrent à la fabrique à sept heures du matin et en sortent à sept heures du soir ; mais par la suspension du travail à dix heures, à midi, heure du dîner, et à quatre heures, le travail effectif n’est que de dix heures. »
- Voici quelles sont les principales institutions philanthropiques de la maison.
- Enseignement professionnel. — Les ouvriers sont envoyés par la maison au cours de broderie mécanique de la Société industrielle de Saint-Quentin dont nous avons parlé page 81.
- Enseignement scolaire. — Nous en avons parlé page 88.
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- LES INDUSTRIES TEXTILES
- Maisons ouvrières. — Une note dit à ce propos :
- « Nous possédons de vastes terrains près de notre fabrique et nous avons commencé la construction de maisons ouvrières.
- « Nous eussions procédé à l’installation d’une véritable cité ouvrière ; mais, en raison de la crise, nous avons ralenti ces travaux.
- « Des entrepreneurs, des propriétaires sont venus entourer notre usine de constructions; par l’édification spontanée d’un certain nombre de maisons dans un moment difficile, nous eussions causé une perturbation dans les intérêts de nos voisins.
- « Ce projet est ajourné, mais nous n’y renonçons pas; nous suivrons pour le réaliser les précédents créés par l’éminent et regretté Jean Dollfus, de Mulhouse. »
- MANUFACTURE DE TISSUS IMPRIMES d’épinal (VOSGES).
- La Société en commandite par actions Boeringer, Zurcher et Cie a été créée à Épinal en 18S1. Elle a succédé à la maison Zurcher frères, dont les prédécesseurs, J.-J. Zurcher et C’9, avaient fondé, avant 1770, un établissement d’impressions à Cernay, près de Mulhouse, en Alsace.
- Par suite de la séparation de l’Alsace de la France, le tissage vosgien manquait d’ateliers de finissage, et l’on a créé l’établissement de Thaon pour le blanc et la teinture (voir ci-dessus), et, plus tard, celui d’Épinal pour l’impression.
- La manufacture d’Épinal a 17 machines à imprimer et les bâtiments couvrent près de deux hectares de terrain. On y imprime à la machine jusqu’à lhO centimètres de large. Les étoffes imprimées sont en coton pour la plus grande partie; on y fait aussi l’impression sur laine et sur soie. Cet établissement est de beaucoup le plus important de France dans sa spécialité.
- Il y a deux ans, on a construit l’atelier de gravure; jusqu’alors, on faisait graver les dessins en Alsace, dont on était tributaire et dont on est arrivé à s’affranchir.
- L’industrie des toiles peintes n’existant pas dans l’Est, tout a été à créer; presque tous les ouvriers ont été tirés d’Alsace, tout l’établissement de Cernay a été transporté à Épinal et beaucoup augmenté. Voici les principales institutions ouvrières :
- Habitations pour ouvriers. — On a construit des maisons ouvrières sur le modèle de celles de Mulhouse, chaque logement ayant son jardinet. Des facilités sont données à l’ouvrier pour devenir propriétaire.
- Economat. — 11 existe un économat basé sur | l’association des ouvriers entre eux et exclusivement j, géré par eux. Les résultats moraux et pécuniaires [ sont très bons.
- Soins médicaux gratuits. — Les caisses de malades et de retraites n’ont pas encore pu être installées; en attendant, la Société paye le médecin et fournit gratuitement les médicaments aux ouvriers j malades.
- La maison achète ses tissus et les manutentionne; elle a toute son organisation commerciale propre, ses voyageurs à elle tant en France qu’à l’étranger, où elle cherche à étendre le plus possible ses relations pour atteindre le double but d’empêcher, autant qu’il y a moyen, l’introduction en France de produits similaires étrangers et exporter le plus possible de produits français.
- Les tableaux des douanes indiquent qu’il est entré en 1883 pour plus de 12 millions d’impressions de l’étranger en France; ce chiffre est tombé à 7 millions en 1888.
- ATELIER PARISIEN DE BRODERIES MÉCANIQUES DE M. ADOLPHE CATTEAU, DE ROUBAIX
- Cet atelier de broderies est installé depuis 1887 au premier étage des numéros 5 et 7 de la rue des Immeubles-Industriels. Deux vastes salles se faisant suite, et éclairées par de larges fenêtres qui donnent sur la rue, renferment, établies sur deux rangs et très bien espacées, vingt-deux machines à broder mises en mouvement par de puissants moteurs.
- Deux autres grandes pièces servent, l’une de salle de préparation et de travail pour les apprenties, l’autre de réfectoire. Dans cette dernière sont des fourneaux à gaz, sur lesquels les ouvrières peuvent réchauffer ou faire cuire leurs aliments.
- Le personnel se compose, au moment de l’exposition, de trois premières ouvrières faisant fonction de contremaîtresses et distribuant le travail, de vingt-deux brodeuses occupées aux machinas et de plusieurs apprenties.
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- A L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1889.
- Les ouvrières reçoivent, suivant leur valeur proportionnelle, un salaire variant de 0 fr. AOàOfr. 65 l'heure, les apprenties 0 fr. 20 à 0 fr. 30 l’heure. La journée commence à huit heures et finit à six heures. Elle ne comprend donc que neuf heures de travail, en défalquant l’heure destinée au déjeuner. On a trouvé, en effet, qu’il convenait de ne pas contraindre les ouvrières à un travail assidu trop prolongé, et on leur accorde un quart d’heure poulie goûter, à quatre heures, moment de répit qui coupe ainsi en deux le travail de l’après-midi. Ce quart d’heure est largement- regagné par l’activité que mettent les brodeuses à reprendre le travail.
- Toutes les ouvrières participent aux bénéfices, suivant un système particulier qui ne coûte rien à la maison et que voici :
- La valeur du travail a pour base ce que la maison payait autrefois aux divers façonniers qu’elle occupait avant de monter pour son compte les ateliers de la rue des Immeubles. Le bénéfice se trouve formé par l’activité de l’ouvrière, par la supériorité du travail, qui permet d’obtenir une plus-value de prix, et par l’économie des matières, l’ouvrière ayant intérêt à ne rien gâcher.
- Sur le bénéfice ainsi produit et constaté aux inventaires semestriels, 25 pour 100 sont partagés entre les ouvrières au prorata de leurs notes ; les 75 pour 100 restants sont réservés à la maison de vente et lui servent à baisser certains prix pour soutenir la concurrence, à augmenter le chiffre des affaires et à fournir à l’atelier un travail constant. L’absence de chômage est le résultat de cette combinaison.
- Chaque ouvrière, en prenant un nouveau travail, reçoit une fiche indiquant la valeur de ce dernier, et, à la fin de chaque semaine, l’ouvrière vient à la paye et remet au directeur ses notes de semaine. Celles-ci sont additionnées en sa présence et portées à son compte. A ce moment, l’ouvrière peut présenter au directeur ses observations, sans que cela lui cause le moindre préjudice.
- A la fin de chaque semaine, tous les comptes sont arrêtés ; les bénéfices sont partagés au prorata des notes et les sommes varient suivant le degré d’habileté de chaque ouvrière.
- Afin de montrer ce qu’ont pu gagner les ouvrières par ce système de participation, voici ce qu’ont touché exactement, depuis deux ans, trois brodeuses de différentes aptitudes :
- MAXIMUM Mademoiselle A'.
- 1887 ........ 1er semestre ... 184 fr.
- 1887 ....... T — ... 252 95
- 1888 ....... 1er — ... 267 90
- 1888 ........ 2I! — ... 258 75
- 963 60
- M O Y E N K E
- Ma lemoiselle ) '.
- 1887 ...... lor semestre ... 165 fr.
- 1887........ 2e — ... 167 90
- 1888 ...... 1er — ... 169 10
- 1888 ....... 2'" — ... 175 85
- 677 85
- M I X I M U M
- Mademoiselle Z,
- 1887 ....... le‘ semestre ... 95 fr.
- 1887 ...... 2e — ... 119 40
- 1888 ...... 1er — . . 109 15
- 1888 ....... T — ... 115 65
- 439 20
- Bien qu’une progression constante se fasse remarquer dans la part de bénéfices que perçoivent les ouvrières, ceci n’implique point qu’elles fassent plus de besogne : ceci indique uniquement qu’elles font un travail de plus en plus supérieur. Ici, la quantité d’ouvrage est peu, la qualité est tout. Cette dernière seule peut assurer des bénéfices certains, car ce n’est qu’en recherchant la qualité et non la modicité des prix de vente que les brodeurs français peuvent soutenir la lutte contre la concurrence étrangère et en triompher. Les ouvrières n’ont donc qu’un intérêt : faire du travail supérieur qui leur donne un plus gros bénéfice. D’où, pour elles, la nécessité de n’être pas de vulgaires copistes, mais d’avoir toujours l’esprit en éveil, de développer sans cesse leur goût, leur intelligence, et de devenir, en un mot, de véritables artistes.
- Avec cette manière de faire, l’habileté et le goût ainsi développés chez les ouvrières ont permis d’instituer un « concours de modèles ». Tous les nouveaux modèles — il y en a 1,200 par an environ — sont mis au concours. Quant au jury appelé à se prononcer irrévobablement, c’est le public : sans se douter qu’ils portent un jugement, les acheteurs désignent ainsi Zi 00 modèles par an qui sont conservés et exécutés en grande quantité.
- Enfin, la direction s’occupe également de la santé
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- LES INDES T RIK S TE Y TI L E S
- des ouvrières. Trois fois par mois le docteur passe à l’atelier, se rend compte de l’état de santé de toutes les ouvrières et prescrit les ordonnances qu’exécute le pharmacien.
- MAGASINS DU BON MA K GHli, A PARIS.
- Aristide Boucicaut, fondateur des vastes établissements connus sous le nom de Magasins du Bon Marche et dont la réputation est aujourd’hui universelle, a débuté dans la vie par être un modeste employé. Fils d’un petit chapelier de Belléme (Orne), il était entré tout jeune dans le commerce des nouveautés, et la recherche d’une position l’avait amené à Paris. Ayant la légitime ambition de devenir chef de maison, il accepta en 1852, à l’âge de quarante-deux ans, la proposition de devenir, par voie d’association, l’un des propriétaires d’une maison de nouveautés établie à l’extrémité de la rue du Bac et qui avait pour enseigne Au Bon Marché. Le quartier, où de grands percements ont apporté l’air et la lumière et qui doit à l’œuvre de M. Boucicaut tant de vie et de mouvement, était alors triste et obscur ; la rue du Bac n’aboutissait qu’à des ruelles étroites, la maison était de médiocre importance, le chiffre des affaires ne dépassait pas à50,000 francs par an, le nombre des employés était de vingt environ ; M. Boucicaut en prit la direction effective et lui •donna tout aussitôt une vive impulsion.
- Dix ans plus tard, en 1863, quand il en devint seul propriétaire, le chiffre des affaires avait atteint sept millions, le nombre des employés s’était accru en proportion.
- Aussitôt il songea à l’amélioration du sort de son personnel; il se souvint qu’il avait débuté comme ceux qui alors étaient sous ses ordres. Il commença par réduire les heures de présence au magasin pour diminuer les fatigues des employés, et pour leur procurer un peu de repos et de véritable liberté il inaugura la règle, qui depuis s’est généralisée, de fermer entièrement les dimanches et jours de fête. Par l’établissement d’un service médical, il assura des soins gratuits à tout son personnel. II se préoccupa d’assainir les logements des jeunes employés qui habitaient dans l’établissement. 11 améliora et surveilla lui-même leur nourriture.
- Indépendamment de ces soins matériels, il éleva l’échelle des traitements et y ajouta en même temps
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- un intérêt sur les ventes que chaque emplojé effectue, les habituant tous par là à identifier leur profit personnel avec la prospérité de la maison. Il ne restait plus qu’à stimuler leuf zèle et' à les tenir en haleine par des perspectives d’avancement : il y pourvut en établissant dans sa maison une hiérarchie régulière dont tout employé peut gravir successivement les échelons, sans avoir à invoquer d’autres titres que l’ancienneté et la valeur de ses services.
- Enfin, il voulut donner à sa clientèle des satisfactions qu’elle ne rencontrait pas ailleurs à cette époque. Il supprima l’ennui des paquets, et il organisa dans Paris et sa banlieue un service quotidien de voitures pour la distribution à domicile des moindres emplettes. Ne pouvant étendre cet avantage à la province, il y suppléa en concédant à ses clients le transport gratuit par chemin de fer de tout envoi dont le prix dépasse 25 francs. Toutes ces innovations sont aujourd’hui passées à l’état classique, mais il n’est pas mauvais de rappeler quelles ont été imitées par d’autres maisons, et que c’est M. Boucicaut qui en a pris l’initiative.
- Tant d’efforts furent récompensés par un succès sans exemple. Six ans s’étaient à peine écoulés depuis que M. Boucicaut était devenu seul propriétaire de la maison, qu’il s’y trouvait trop à l’étroit en raison de son chiffre d’affaires : il se rendit propriétaire des maisons voisines, de façon à pouvoir acquérir un îlot tout entier entre quatre voies importantes, et il résolut de ne démolir ses magasins que successivement, et à mesure que les constructions nouvelles permettraient l’installation des services qui céderaient la place aux maçons. La première pierre des bâtiments actuels du Bon Marché fut posée le 9 septembre 1869, par Mme Boucicaut. Sous cette pierre, dans une boîte de plomb, est renfermée une déclaration sur parchemin, signée de M. Boucicaut, de son fils et des principaux employés ; nous en extrayons la phrase suivante, parce qu’elle marque nettement quelles généreuses préoccupations remplissaient l’âme de M. Boucicaut : « Je désire donner à cette construction toute spéciale une organisation philanlhrophique qui me permette, en me rendant utile à mes semblables, de témoigner à la Providence ma profonde reconnaissance pour le succès dont elle n’a cessé de couronner mes efforts; car devenu chef de cette maison en 1852, alors que son chiffre d’affaires ne dépassait pas 450,000 francs, je puis évaluer ce même chiffre, pour l’année 1869, à la somme de 21 millions. » On retrouve dans cette
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- déclaration l'homme bienfaisant qui devait, en 1S70, mettre des sommes importantes à la disposition de la Société de secours aux blessés; qui devait, après le siège, distribuer par milliers des portions d’aliments aux pauvres de son quartier; à qui la Société d’encouragement au bien devait, en 1872, décerner une , médaille d’or pour les œuvres de bienfaisance organisées par lui sur la rive gauche; qui devait enfin, en 1876, ajouter à tous ses bienfaits la distribution gratuite de lait pour les vieillards et les petits enfants des familles nécessiteuses.
- De nos jours, le principal souci de la plupart de nos architectes est de construire une belle façade, grandiose ou élégante, suivant la destination du bâtiment; on se tire ensuite de la distribution intérieure du mieux que l’on peut. M. Boucicaut était un esprit trop pratique pour s’accommoder de ce système; il voulait que l’installation de chaque service fût prévue à l’avance, dans les conditions d’espace, de lumière, de dégagement les plus commodes pour le personnel et les plus agréables pour le public ; il lui fallait des galeries spacieuses et bien éclairées, où la circulation fût facile. Ces exigences, comprises par un architecte habile, ont abouti à faire des bâtiments actuels du Bon Marché un monument remarquable par la disposition harmonieuse de toutes ses parties et par la distinction de son aspect extérieur. La construction a duré dix-huit années, parce qu’afin de n’apporter aucune interruption dans les opérations de la maison, il fallut, avant de reconstruire un côté des bâtiments, que cette partie fût déjà remplacée et évacuée. L’installation, telle qu’elle existe aujourd’hui, ne fut définitivement terminée qu’en octobre 1887 ; mais, dès avril 1872, une partie importante des nouvelles constructions put être inaugurée. Ce fut pour le bienveillant patron l’occasion de donner à son personnel une nouvelle preuve de l’intérêt qu’il lui portait, par l’institution de cours gratuits de musique vocale et instrumentale, de langue anglaise et d’escrime; par l’établissement, à son usage, d’une bibliothèque et de salles de jeux. Trois ans plus tard, le 15 mars 1875, l’achèvement d’une nouvelle partie des bâiiments permit à M. Boucicaut de placer gratuitement à la disposition des artistes peintres et sculpteurs une galerie où ils peuvent exposer leurs œuvres et les faire connaître des mil--liers de personnes,qui fréquentent chaque jour l’éta^ blissement.
- . Ce fut l’année suivante qu’il fonda la Caisse de prévoyance dont nous avons parlé précédemment.
- Mais il ne fut pas donné à cet homme de bien de suivre longtemps la marche de cette dernière institution. 11 mourut presque subitement le 26 décembre 1877, après avoir vu, dans le cours de cette année, le chiffre de ses affaires s’élever à 66 millions 679,584 francs, et sa maison acquérir sans conteste le premier rang dans le commerce parisien. Son fils, déjà atteint d’une maladie mortelle, lui survécut moins de deux années; et, le 18 octobre 1879, Mme Boucicaut demeura seule propriétaire du Bon Marché. C’était une lourde charge que la conduite d’un pareil établissement. Mmo Boucicaut eût pu se retirer avec une grande fortune et jouir au sein de l’opulence d’un repos bien gagné; elle n’eut, au contraire, d’autre pensée que d'assurer la conservation de l’établissement créé par son mari et auquel tant d’existences étaient attachées. Elle constitua, le 14 janvier 1880, pour l’exploitation du Bon Marché, une société en commandite simple entre elle-même et les principaux de ses collaborateurs, qui devinrent ainsi ses associés. Le fonds social fut fixé à 20 millions, divisé en quatre cents parts de 50,000 francs : Mmc Boucicaut souscrivit 12,500,000 francs pour son compte personnel et les quatre-vingt-seize employés qu’elle admit à s’associer avec elle durent fournir 7,500,000 francs, mais les plus grandes facilités pour se libérer graduellement furent accordées à ceux qui ne pouvaient acquérir immédiatement le prix d’une part. Pour rendre l’association accessible à un plus grand nombre d’employés, chaque part fut ensuite divisée en huit coupures. Pour prévenir l’intrusion dans la société d’éléments étrangers au personnel de la maison, Mme Boucicaut se réserva le droit d’acquérir, au prix d’inventaire, toute part ou portion de part de tout commanditaire qui viendrait à se retirer ou à mourir. L’intention de la fondatrice était de se défaire graduellement, au profit d’employés de la maison, des paris qu’elle avait souscrites; mais, par-dessus tout, elle ne voulait pas que les bénéfices réalisés par le Bon Marché pussent devenir une source de fortune pour d’autres que ceux dont le travail et l’intelligence les avaient produits.
- Cette pensée était si fortement arrêtée dans son esprit que, quelques années plus tard, sentant la mort venir, elle institua, à côté de la Société com^ merciale du Bon Marché, une Société civile à laquelle elle concéda le droit exclusif d’acquérir les parts de la^ Société commerciale qu’elle-même se trouverait
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- posséder encore au moment de son décès. Cette Société civile a reçu aussi le droit de se rendre propriétaire, pour le compte de la Société commerciale, des bâtiments occupés par le Bon Marché, afin qu’ils ne puissent être détournés de leur destination. En un mot, cette Société civile est une sorte d’être moral créé pour assurer la perpétuité de l’entreprise commerciale, pour l’empêcher d’être dénaturée ou de passer en des mains étrangères. Elle était enfin une légataire universelle que Mmc Boucicaut se réservait de substituer, par son testament, à l’Assistance publique, pour le cas où l’exécution de ses dernières volontés rencontrerait des difficultés chez cette administration.
- Le jour où la Société civile fut constituée, le A août 1886, fut marqué par une autre fondation, l’institution d’une Cuisse de retraites en faveur des employés du Bon Marché ; nous en avons parlé précédemment.
- Mmc Boucicaut avait eu la satisfaction de voir les immenses constructions du Bon Marché s’achever heureusement, et les plans de son mari se réaliser dans toute leur étendue. La prospérité de la maison allait toujours grandissant ; les affaires avaient atteint et promptement dépassé le chiffre de cent millions par an. La généreuse bienfaitrice pouvait considérer son œuvre en ce monde comme terminée. Elle s’éteignit doucement, le 8 décembre 1887, à Cannes, dans sa villa Soligny, laissant à ce personnel du Bon Marché, dont elle avait fait sa famille, une marque éclatante de son affection et de sa libéralité. Les employés, réunis, le dimanche 11 décembre, dans la grande galerie de l’établissement, pour entendre la lecture du testament de Mmc Boucicaut, apprirent par cette lecture qu’elle léguait à chacun d’eux une somme variant de 1,000 à 10,000 francs, suivant l’ancienneté de ses services. L’exécution de cette disposition testamentaire exigea une somme de 16 millions. Par ce môme testament, modèle de précision et de clarté, où tout était minutieusement calculé et détaillé, elle léguait 2,645,000 francs pour la fondation à Lille, Rouen et Chalon-sur-Saône de maisons de refuge en faveur des ouvrières; — 1 million à la maison des jeunes ouvriers de Saint-Nicolas,à Paris; — 500,000 francs à l’établissement des jeunes économes, et autant à l’internat professionnel de Picpus ; — 600,000 francs à la maison de retraite de Fontenay-aux-Roses ; — autant à l’hospice des vieillards de Bellême, fondés paivelle
- et son mari; — 210,000 francs aux pauvres de Paris; — 100,000 francs à chacun des bureaux de bienfaisance de Verjux, son pays natal, et de Bellême, — et 50,000 francs à ceux de Cannes et de Fontenay-aux-Roses; — 100,000 francs à chacune des cinq associations fondées par le baron Taylor : peintres, musiciens, artistes dramatiques, professeurs et inventeurs, — et autant à l’association des journalistes; —100,000francs à M. Pasteur, à qui elle avait déjà, de son vivant, donné 150,000 francs; — 300,000 francs à l’archevêque de Paris ; — 100,000 francs à chacun des consistoires des cultes luthérien, calviniste et israélite, — et 25,000 francs aux Grecs orthodoxes. Le linge et les bijoux étaient légués aux maisons d’éducation de la Légion d’honneur, et les tableaux, à l’exception de ceux qui étaient donnés à titre de souvenir à des amis, étaient répartis entre les musées du Louvre et du Luxembourg. Le surplus de sa fortune était donné à l’Assistance publique, pour être affecté à la construction d’un hôpital à Paris. On ne pouvait faire un plus noble usage d'une richesse bien acquise.
- Par suite de la mort de Mme Boucicaut, la Société en commandite simple créée pour l’exploitation du Bon Marché se transforma en une commandite par actions, dont la raison sociale devient : Plassard, Morin, Fillot et Cie, du nom des trois gérants-directeurs que Mme Boucicaut s’était substitués par ses dernières volontés. Les coassociés de la maison, au nombre de 373, presque tous employés ou anciens employés de la maison, demeurèrent seuls propriétaires de l’actif social, Mme Boucicaut ayant astreint ses représentants à leur céder les paris qu’elle possédait encore au moment de son décès.
- Le Bon Marché se trouve donc actuellement sous la haute direction des trois gérants désignés par M'ue Boucicaut en reconnaissance des services qu’ils lui avaient rendus et quelle les « suppliait de continuer à cette maison dans laquelle elle avait mis toute sa fierté et sa sollicitude ». Le président de ce comité de direction est M. Plassard, qui avait été à partir de 1878 le conseil personnel de Mme Boucicaut et à qui elle avait demandé en 1885 d’accepter la présidence du conseil d’administration qu’elle s’était adjoint pour l’aider dans la conduite de la maison. Le second gérant, M. Morin, a fait son début dans le commerce au Bon Marché où il est entré le 1er août 1856 et qu’il n’a jamais quitté : il est le plus ancien des employés de la maison où il a passé
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- par tous les degrés de la hiérarchie établie par M. Boucicaut. Chef de comptoir le 1er février 1868, administrateur le 1er août 187/i, fondé de pouvoirs en 1880, vice-président du conseil d’administration, le 23 novembre 1885, il est devenu l’un des gérants au décès de Mme Boucicaut. Le troisième gérant, M. Fillot, a fait également toute sa carrière au Bon Marché où il est entré le 1er septembre 1861. Chef des caisses en 186/i, et administrateur le 1er août 187/i, il est devenu fondé de pouvoirs en 1877 et vice-président du conseil d’administration en novembre 1885. On le voit : si l’un des trois gérants apporte dans le comité de direction les lumières et l’expérience du jurisconsulte, les deux autres, formés par M. Boucicaut lui-même, y sont comme la tradition vivante des fondateurs de la maison.
- Au-dessous de ce comité si fortement constitué, et qui concentre entre ses mains toute l’autorité des patrons disparus, se trouve un conseil d’administration composé de quatorze membres, dont chacun dirige un des grands services de la maison. C’est en conseil que se discutent, avant toute nomination par la gérance, les choix proposés par chaque administrateur pour remplir les postes devenus vacants dans son département. Ce conseil délibéré également sur les traités à passer, sur les affaires à conclure, sur les commandes à faire. Pour empêcher q ue l’esprit de routine ne pénètre dans le conseil, il est spécifié que tout administrateur, arrivé à l’âge de cinquante ans, doit cesser ses fonctions et qu’il sera pourvu à son remplacement par la gérance. L’ assemblée générale sera appelée, dans l’avenir, à renouveler ou à confirmer les pouvoirs de la gérance.
- Indépendamment de ces 373 actionnaires de la commandite, le Bon Marché compte 81 employés ayant un intérêt sur l’ensemble des affaires de la maison, et 158 ayant un intérêt sur les affaires de leur comptoir. L’intérêt sur le chiffre des affaires fait beaucoup plus que doubler les émoluments du personnel ; et, comme il dépend de chaque employé d’accroître sa participation par un redoublement de zèle et d’activité, on peut dire que chacun est rémunéré selon ses œuvres, c’est-à-dire conformément à la justice.
- Là est sans doute un des secrets de la prospérité du Bon Marché. L’autorité est en haut, l’unité de direction est complète; l’impulsion se transmet sans affaiblissement à tous les degrés de la hiérarchie où
- la discipline est maintenue par le stimulant le plus efficace : l’intérêt immédiat et tangible du subordonné. Comment pourrait-on expliquer autrement l’ordre merveilleux qui règne dans cet immense établissement — où il arrive fréquemment ZiOO à 500 colis dans une seule journée — où l’on a vérifié, l’an dernier, 87,107 caisses ou ballots pesant ensemble 5 millions et demi de kilogrammes? Par quelle perte pourrait se traduire la moindre inexactitude, la moindre négligence dans cette vérification ? Quelle ne serait pas l’importance du coulage si la vigilance avec laquelle la distribution, la manutention et la mise en vente des marchandises sont surveillées, venait à se relâcher?
- La maison du Bon Marché a pour objet le commerce des nouveautés, mais ce mot de nouveautés est entendu dans un sens tellement large qu’il comprend non seulement ce qui est relatif à la toilette des femmes, mais tout ce qui se rapporte à l’habillement des deux sexes et même tout ce qui peut contribuer au confortable ou à l’ornement des habitations. On y rencontre tous les articles qui peuvent entrer dans les cinq grandes catégories suivantes :
- 1° Les soieries, la draperie, les lainages, les tissus de fantaisie, les indiennes ;
- •2° Les costumes et confections pour dames, les vêtements pour hommes, garçons et fillettes, les jupons, peignoirs et robes de chambre, les modes et coiffures, les cravates, les gants et la chaussure;
- 3° Les trousseaux et layettes, les toiles, les calicots, le linge de table et de maison, les rideaux, la bonneterie pour les deux sexes, les chemises, mouchoirs, ruches et dentelles ;
- l\° Les étoffes pour ameublements, les meubles, sièges et tapisseries, les literies, couvertures et tapis de tout genre ;
- 5° La parfumerie, les rubans, les fleurs, la passementerie et la mercerie, les jouets, les articles de voyage et de chasse, les articles de Paris, de Chine et du Japon.
- La vente se fait au comptant, et l’on comprend sans peine quels avantages la continuelle disposition de fonds aussi considérables assure aux opérations de la maison.
- Le Bon Marché ne se borne pas à vendre les nou-v eautés achetées par lui en fabrique ; il est lui-même un centre de production des plus importants par le nombre des ouvriers qu’il occupe et par la qualité
- Supplément a l'Industrie textile du 15 Août.
- iii. — 30 Fascicule.
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- des articles qu’il confectionne ou qu’il transforme. Il s’est imposé de tirer exclusivement du pays les matières qu’il emploie, à l'exception de certaines sortes de dentelles qui ne se font pas en France. Trousseaux et layettes, linge de table et de maison, mouchoirs brodés et unis, chemises et gilets de flanelle, pantalons en tissus, toute cette fabrication est coupée et préparée dans les manutentions du Bon Marché ; elle est ensuite expédiée aux entrepreneurs de Paris ou de province, avec l’obligation de tout coudre à la main à l’exclusion des machines : ainsi le veut la préférence marquée des clientes pour les articles cousus à la main. Les entrepreneurs auxquels le Bon Marché fournit ainsi de l’occupation emploient 15,750 ouvriers. Les costumes pour dames, les jupes, les matinées, sont coupés, préparés et en partie confectionnés au Bon Marché même par environ 200 manutentionnaires et ouvrières ; ces articles sont terminés au dehors dans 78 ateliers qui travaillent exclusivement pour la maison et qui ne comptent ensemble pas moins de 1,400 ouvrières. Les confections pour dames occupent 80 personnes dans la maison, et au dehors 1,100 ouvriers et ouvrières, répartis en 75 ateliers. Les modes et coiffures sont l’œuvre d’un personnel nombreux de modistes et d’ouvrières, installées dans la maison et dans 22 ateliers au dehors. Pour les vêtements d’hommes et de garçonnets, le nombre des ouvriers du dehors, travaillant à façon, a été en 1888 de 600, et celui des ouvriers travaillant à l’intérieur a été de 80. Enfin les ateliers de tapisserie, installés dans une des dépendances du Bon Marché, occupent environ 200 ouvriers et ouvrières. Tous les ateliers établis à l’intérieur ne laissent rien à désirer sous le rapport de l’air, de la lumière et de la commodité des installations. Les chiffres qui viennent d’être cités expliquent suffisamment pourquoi l’on ne pourrait hésiter à classer le Bon Marché au rang des grandes usines.
- Gomment sont réunies ces marchandises qui arrivent journellement de tous les points du territoire français et souvent aussi des pays les plus lointains : de l’Arménie, de la Perse, de la Chine et du Japon? Qui préside à leur choix, à leur classement? Qui détermine les transformations qu’elles doivent subir avant d’être mises en vente? Qui pourrait se flatter de réunir les connaissances nécessaires? On ne pouvait venir à bout d’une pareille tâche que par la division du travail. La direction a distribué les
- marchandises, d’après leurs analogies entre elles, en hl départements qu’on appelle des comptoirs ou rayons. A la tête de chacun elle a placé un chef responsable qui est chargé de l’administrer comme un patron pourrait faire de sa propre maison. Le chef de rayon organise et dirige le personnel qui est placé sous ses ordres. Il soumet au conseil les opérations qu’il juge avantageuses ou utiles ; il lui communique, avec un avis motivé, les propositions envoyées par les fabricants de province. Il faut faire preuve de goût, de tact et surtout de flair, car l’important est de deviner quelle direction la mode prendra à la saison prochaine. S’agit-il d’étoffes, des conférences ont lieu entre les fabricants et les chefs des rayons intéressés. On discute les mérites respectifs et les chances des quadrillés, des rayures larges ou étroites, des unis et des nuancés. Quand le conseil a statué, les chefs de rayons se mettent en route et visitent, pour recueillir des offres ou faire des commandes, tous les grands centres de fabrication : Lyon pour les soieries, — Roubaix et Reims pour les lainages, — Elbeuf et Sedan pour les draps, — Calais pour les dentelles, — Armentières, Cambrai et les Vosges pour les toiles fines et le linge de table, — partout enfin où les appelle une spécialité reconnue ou une réputation de bon aloi.
- La marchandise est arrivée ; elle est répartie entre les comptoirs, elle n’attend plus que le client : comment faire venir celui-ci? c’est l’œuvre de la publicité. On ne compte pas exclusivement sur les journaux pour obtenir ce résultat. Le moyen le plus efficace consiste à placer la marchandise elle-même sous les yeux du client par une exposition publique, à permettre ainsi de la voir, de la palper, de se rendre compte de ce qu’elle vaut. Le Bon Marché organise, tous les ans, douze de ces expositions, où la foule accourt et qui sont de véritables foires. La composition varie suivant la saison : en février les blancs et la ganterie, en mars les nouveautés de printemps et les costumes, en mai les toilettes d’été, en septembre les tapis et les ameublements, en octobre les toilettes d’hiver, en décembre les jouets et les articles d’étrennes. Cette dernière a le privilège de faire venir des légions d’enfants et la foule des donneurs d’étrennes qui ne visitent guère en temps ordinaire les magasins de nouveautés.
- Mais il y a des gens qui craignent la foule ou qui n’aiment pas à se déplacer, il y a la province dont il
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- faut provoquer les ordres : de là l’adoption d’un second mode de publicité. Des catalogues illustrés, souvent fort volumineux, contenant la nomenclature détaillée, avec indication des dimensions et des prix de tous les articles mis en vente, sont imprimés en nombre considérable pour être expédiés en province et à l’étranger; mais ils ne sont point distribués sans discernement. Un service spécial recueille le nom et l’adresse de toute personne qui a eu, une fois, affaire au Bon Marché ; c’est à ses clients, présumés fidèles et qui justifient souvent cette prévision, que les catalogues sont adressés en premier lieu ; ils ne sont refusés à aucune des personnes qui les demandent. Mais ces catalogues, si explicites qu’ils puissent être, ne sauraient faire apprécier le mérite d’une étoffe : on voudrait la voir, on souhaite un échantillon. Qu’à cela ne tienne, le service des échantillons est là qui fonctionne sans relâche. Des machines découpent en bandes étroites, puis en petits carrés, des pièces entières de toutes les étoffes mises en vente : un bataillon de 120 à 150 jeunes filles fixe ces carrés sur des cartes toutes préparées, et voilà des milliers d’échantillons prêts à être expédiés à quiconque en a réclamé l’envoi.
- Des échantillons ne vous suffisent pas : vous voulez des explications, peut-être des conseils ? Vous voulez savoir s’il est possible de satisfaire une fantaisie qui a traversé votre esprit. Vous souhaitez un morceau d’un tissu qui vous a séduite l’an passé. N’hésitez pas à écrire. Qu’est-ce qu’une lettre de plus ou de moins dans l’avalanche de lettres qui, chaque matin, s’abat sur le Bon Marché : ce courrier, on ne le compte pas, on le pèse pour calculer approximativement, s’il dépasse 50 kilogrammes, le nombre d’auxiliaires qu’il faut faire monter pour dépouiller la correspondance ; car la besogne doit se faire rapidement. De 5,000 à 6,000 lettres sont étalées sur une grande table, devant 250 commis; elles sont immédiatement ouvertes, classées et distribuées entre les divers services, suivant leur objet. 2,000 lettres en moyenne sont des commandes qui doivent être expédiées avant la fin de la journée, parce qu’il serait impossible de rejeter le travail d’un jour sur l’autre sans arriver à l’encombrement et au désordre. Quant aux lettres de demandes de renseignements, le chef de rayon indique en marge la substance de la réponse à donner, et le reste est l’office d’un bureau de la correspondance. Ce bureau est exclusivement composé de dames qui sont pourvues du brevet du pre-
- mier degré ou du brevet d’enseignement supérieur ; un certain nombre y joignent le brevet pour les langues étrangères. Ce sont ces dames qui rédigent les lettres et les écrivent de leur belle main.
- Les femmes, on le voit, et surtout les jeunes personnes, tiennent une certaine place dans l’organisation du Bon Marché ; beaucoup de besognes ou peu fatigantes ou délicates leur sont exclusivement confiées. Elles-mêmes sont l’objet des soins les plus attentifs. Rien n’est épargné pour leur assurer, dans leurs rapports avec de nombreux employés, le respect et les égards qui leur sont dus. Elles ont un réfectoire particulier, des cours spéciaux, leur salon de lecture et de récréation où elles peuvent faire entre elles de la musique. Celles qui n’ont pas leur famille à Paris sont logées, au nombre de 150, dans l’ancien hôtel particulier de Mme Boucicaut, où elles occupent chacune une chambre proprette, en pleine lumière et bien aérée. Elles sont soumises à un règlement dont la stricte observation est exigée. L’installation et la surveillance de ce bataillon féminin étaient un objet constant de sollicitude pour Mme Boucicaut, et l’on reconnaît, dans l’ensemble des mesures prescrites par elle, une mère intelligente. Ajoutons qu’elles peuvent suivre, tous les mercredis, des cours de musique vocale.
- Il n’est pas pris un moindre soin des jeunes employés qui n’ont ni famille, ni correspondant à Paris et qui sont logés rue de la Chaise, n° 22, dans un immeuble aménagé tout exprès par la maison. Logement, service, nourriture, soins médicaux, cours de langue et de musique vocale et instrumentale : tout est gratuit. Des prix sont décernés régulièrement pour stimuler l’émulation, et ceux des jeunes gens qui se distinguent particulièrement dans l’étude de l’anglais vont passer six mois à Londres.
- Ces divers titres ont valu à la maison du Bon Marché de belles récompenses. Déjà, en 1878, elle a obtenu le diplôme d’honneur pour ses institutions philanthropiques. Mais le prix le plus significatif est la médaille d’or du prix Audéoud que lui a décerné l’Académie des sciences comme encouragement à ses « études, travaux et services relatifs à l’amélioration des classes ouvrières et au soulagement des pauvres ».
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- LES INDUSTRIES TEXTILES
- MAGASIN DE NOUVEAUTES DE LA BELLE JARDINIÈRE, A PARIS
- La « Belle Jardinière » a été fondée en 1826, dans la Cité, par un petit mercier, P. Parissot, qui donna son nom à sa boutique en raison du voisinage du marché aux fleurs. Il établit d’abord un magasin « à prix fixe » — innovation pour l’époque — de vêtements pour ouvriers ; successivement il l’agrandit en abordant la vente de la veste et de la redingote de l’employé, pour arriver à celle des vêtements en gros de tout genre, après avoir annexé à son échoppe les vingt-cinq maisons qui constituaient le pâté au coin duquel avait été inaugurée la modeste maison du début. En 1856, le capital de l’entreprise, par suite de ces agrandissements successifs, était estimé à 3 millions.
- En 1866, les anciens bâtiments de la Belle Jardinière, expropriés pour la construction du nouvel Hôtel-Dieu, furent transférés dans l’établissement grandiose et confortable que tout le monde connaît, situé rue du Pont-Neuf où il occupe une superficie de 3,/iOO mètres. Deux des gérants qui ont effectué cette translation sont encore aujourd’hui à la tête de l’administration de la maison, dont la raison sociale est Ch. Bessant, Rochard et Clc. Aujourd’hui, le chiffre d'affaires y dépasse 38 millions, les magasins renferment un stock d’environ 300,000 paletots de mesures assorties, et 80 coupeurs ont peine à desservir vingt salons d’essayage, où viennent s’habiller et s’équiper sur mesure les catégories les plus diverses de la société. Nous allons les visiter sommairement.
- Voici d’abord les sous-sols. Nous y remarquons trois immenses soutes à charbon assurant l’alimentation de douze calorifères à air chaud, ainsi que des machines à vapeur motrices et productrices de l’électricité. Nous voyons aussi une canalisation d’eau en état de répondre à tous les besoins permanents et occasionnels, tels que le fonctionnement des ascenseurs et monte-charges, l’alimentation d’eau à tous les étages et sur tous les points pour tous usages, notamment pour le service des pompes à incendie et pour le remplissage constant des bassins de réserve en haut de l’édifice. Pour éviter
- les inconvénients de l’insuffisance d’eau amenée par le service des eaux de Taris, la maison a fait disposer des pompes qui puisent constamment de l’eau dans des puits d’un très grand débit et maintiennent aux prises d’eau une pression de 7 atmosphères. Un ingénieur chef de service surveille les machines motrices ainsi que celles appliquées à l’hydraulique et à la production de l’électricité, en même temps qu’il assure l’éclairage des mille et une divisions de l’établissement, à tous les étages, au moyen de 1,500 lampes à incandescence et de plus de 100 lampes à arc voltaïque. L’application des transformateurs Ferranti permet d’obtenir celle-ci à un prix de revient sensiblement inférieur au taux consenti par les usines fournissant au public. Enfin, le service d’incendie est confié à un personnel entraîné par une véritable répétition générale tous les dimanches, dans la matinée, sans préjudice du roulement incessant des rondes dans tout l’établissement qu’enregistrent les appareils de contrôle automatique du système Collin. — Le sous-sol renferme encore de véritables magasins où se voient d’innombrables piles de pièces de drap et de toile et des réserves considérables de vêtements confectionnés de tout genre; puis de vastes magasins rayonnés affectés aux réserves de cravates, de bonneterie, de chaussures, etc. ; enfin des salles spéciales pour la réception des marchandises, les ateliers de coupe et la chemiserie de commande, et les services d’expédition pour les succursales (dix maisons auxquelles on fait des envois journaliers, en paniers recouverts de toile) ; des bascules et tous les engins propres aux emballages y sont disposés d’une façon très pratique pour que le travail s’opère rapidement et sans interruption .
- Au-dessus des sous-sols sont six étages. Si nous gagnons le premier, au moyen de l’un des ascenseurs Edoux qui en font le service, nous arrivons au rayon dit des grandes pièces. Entre douze grandes séparations qui divisent l’étage, sont disposés de très nombreux meubles où, dans un classement méthodique, sont rangées de formidables collections de gilets, pantalons, pardessus, jaquettes, vestons, vêtements de chasse et de vélocipédie. Ce classement en rayons est singulièrement facilité par de petits appareils à bon marché, en métal nickelé, dits porte-pantalons et porte-vêtements conformateurs : avec ces suspenseurs, on range très vite et fort bien tous vêtements et l’on assure leur parfaite con-
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- servation. Partout à cet étage règne un grand confort; des sièges et des canapés sont répartis dans les magasins, de façon à épargner la fatigue aux acheteurs, auxquels par ailleurs la lumière est octroyée avec profusion pour qu’ils puissent y voir et acheter les divers articles exempts de tares et répondant bien à la garantie de qualité annoncée.
- Au deuxième étage se profilent d’abord les rayons suivants : livrées, comprenant la grande et la petite livrée et les uniformes, robes de chambre et vestons de flanelle, caoutchoucs pour hommes et dames et cache-poussière; puis on arrive aune partie réservée aux bureaux de la direction, avec cabinets de travail des gérants, ainsi qu’à la salle du conseil. D’autre part, on pénètre dans un atelier spécial de coupe, affecté aux coupeurs de modèles pour vêtements d’enfants ainsi qu’à la coupe de la draperie pour les vêtements sur mesure. Puis voici encore une grande salle disposée pour que 80 coupeurs y puissent travailler à l’aise et tailler force grandes pièces, pantalons et gilets, ainsi que les vêtements d'enfants, de dames, les uniformes pour militaires et collégiens. (Disons ici que ces coupeurs de la maison mère ne débitent pas tous les vêtements établis sur mesure ou confectionnés, puisque, comme nous le dirons plus loin, la maison possède encore à Paris une très grande usine de coupe et de fabrication, rue Didot, et ce, sans préjudice des maisons de fabrication de Lille et d’autres villes, où elle a formé d’importants ateliers qu’elle maintient en activité permanente dans les meilleures conditions possibles.) La coupe des doublures ayant été opérée par les coupeurs-apprêteurs, la matière première du vêtement pourrait être utilisée, s’il n’y manquait encore la mercerie, la passementerie et les boutons ; à cet effet, un magasin renfermant ces assortiments a mission de compléter le paquet des diverses étoffes coupées pour être transformées en objets d’habillement.
- Il convient de nous arrêter en passant au rayon dit de la commande, qui à lui seul fait 5 millions d’affaires, dans lesquels la section des vêtements sur mesure pour enfants et des tailleurs pour dames entre pour un gros chiffre, et dans lequel des étalages dits « pendus », de lm,20 de hauteur, nous montrent les divers types de drap bien disposés sur des chevalets, à hauteur d’homme et en pleine lumière. On passe de là au rayon dit de la livrée sur
- mesure, qui fournit, en dehors des livrées spéciales et de grand luxe, tous les uniformes, notamment ceux de garçons de recette ; c’est là que l’habit du personnel de service est l’objet des soins les plus entendus: la coupe de ce vêtement, la longueur des basques, leur forme, ont été étudiées particulièrement de façon à différencier sensiblement l’habit du maître, par exemple, de celui du maître d’hôtel, tout en donnant à chacun d’eux une élégance très remarquée. Tout à côté se trouve le rayon des uniformes militaires, avec un bureau des mieux organisés en vue de la prise des mesures et de l’attribution respective des pièces à tailler aux différents coupeurs selon leur spécialité. Une sonnerie électrique est installée pour l’appel de chaque coupeur et une bibliothèque renferme les feuilles de commande conservées, donnant la faculté de s’y reporter par l’indication d’un simple numéro inséré dans le vêtement; des fiches de classement s’y rattachent. Mentionnons aussi une collection spéciale de gravures, de costumes et d’uniformes anciens et modernes, mises à la disposition de la clientèle et qui facilite beaucoup la composition d’uniformes nouveaux.
- C’est ici le lieu de faire remarquer les soins minutieux qui sont pris pour que les commandes sur mesure donnent lieu à une satisfaction absolue. Le vêtement est essayé dans des salons ad hoc, où sont disposées des glaces tournantes à double face inventées par M. Charles Rochard, l’un des gérants de la maison ; le brevet porte sur la disposition nouvelle de miroirs à deux faces pouvant tourner librement sur galets autour d’un pivot central dans un chemin de roulement, de manière à recevoir toute inclinaison convenable. Combiné avec un miroir fixe, il permet à une personne de se voir de face, de dos, ou sur une partie quelconque d’elle-même. Les installations des salons d’essayage sont telles que, pour la commande seulement, quarante personnes peuvent sans se gêner « essayer » ensemble. A côté de ce salon général est un salon plus spécial destiné aux amazones ; il s’y dresse un cheval de grandeur naturelle, tout harnaché et près duquel est un montoir.
- Nous montons au troisième étage. Il est occupé tout d’abord par le rayon ecclésiaslique : on y entre par une porte sculptée près duquel est un mannequin figurant un suisse en grande livrée. Beaucoup de commandes s’exécutent en ce rayon sur mesure, mais on y voit aussi un stock important de vête-
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- LES INDUSTRIES TEXTILES
- ments prêts à être livrés immédiatement: mozettes de chanoine, costumes d’enfants de chœur, aubes, rochets, surplis, soutanes à queue et rondes, manteaux romains, douillettes, costumes de bedeaux, etc. Des salons de coupe et d’essayage ont été réservés en annexe et l’ecclésiastique trouve là réunis tous les types et modèles qui doivent assurer son choix ou sa commande.
- Près de là se trouve ce qu’on est convenu d’appeler la réserve, divisée en trois sections : 1° celle du rayon des grandes pièces, administrée par un bureau dit manutention ; 2° celle des pantalons et gilets; 3° celle du rayon des enfants, ayant également sa manutention. Partout y existe un double contrôle des existences pour la comptabilité-marchandises, absolument indépendant de la comptabilité-caisse. De nombreux employés, dits réservistes, travaillent en permanence à l’entretien en bon état des vêtements ou à leur classement par prix et par tailles. Deux fois et plus par semaine, les rayons de vente sont réapprovisionnés par les services de la réserve, sans que les employés aient à s’absenter de leurs postes : tout est en effet transmis, soit par pièce par le système très pratique de la bretelle montée sur poulie, sur demande par téléphone, soit par chariots de monte-charge, selon l’importance des rassortiments.
- Au quatrième étage de ce monde industriel on trouve les caisses principales, avec le personnel de la comptabilité, les services de la correspondance, du contentieux, de l’ingénieur, et celui fort intéressant de la distribution et de la réception des grandes pièces et des pantalons. Un chef de service y préfixe les prix de façon alloués à l’ouvrier et lui attribue de l’ouvrage selon ses capacités et sa spécialité de travail. Non loin de ce service est le bureau de contrôle des ventes; puis on pénètre successivement dans dix ateliers considérables de retouche et de pompe, pour lesquels les fers et les fourneaux de chauffe sont établis en dehors, dans l’intérêt de l’hygiène des travailleurs.
- Au cinquième étage, sont encore installés des ateliers de pompe ; des magasins de draperies avec machines spéciales de contrôle pour le mesurage et l’essai des étoffes ; l’économat et aussi le service de la préparation des catalogues et de la propagande extérieure.
- Enfin, au sixième étage, à côté de réserves diverses de marchandises, fonctionne le service du téléphone
- pour l’intérieur et l’extérieur, assuré à la perfection par un essaim de jeunes filles. C’est là également qu’un certain nombre d’employés et de garçons de magasin ont leurs logements avec lavabos à eau courante et installations hygiéniques complètes.
- En dehors de l’établissement de la rue du Pont-Neuf, à Paris, la Belle Jardinière a créé des maisons d’achat à Elbeuf, Sedan, Lille et Huddersfield; des succursales de vente à Marseille, Lyon, Nantes, Angers, Saintes, Lille, Elbeuf et Paris (place Glichy) ; et des ateliers de fabrication de vêtements à Lille et à Paris, ce dernier situé dans un vaste immeuble, rue d’Alésia et rue Didot. Il nous paraît utile de le parcourir rapidement, en l’étudiant étage par étage, comme nous l’avons fait pour l’établissement central.
- On y entre d’abord dans une pièce destinée à la réception et à l’expédition des marchandises, au centre de laquelle est un puissant ascenseur servant également de monte-charge et qui relie et dessert le sous-sol et les étages. A droite et à gauche se trouvent de vastes salles servant de réserve pour la draperie, où les pièces sont disposées en un classement spécial par prix et destination d’étoffe, soit pour été, soit pour hiver.
- Un large escalier en fer conduit au premier étage, où se trouvent, à droite, les ateliers de la coupe mécanique des doublures, ainsi que chemises, gilets et caleçons de flanelle; le tranchage s’y fait au couteau circulaire fixé sur une machine à découper du système Armand Labre. On passe de là aux ateliers de confection des chemises blanches, où la préparation des toiles se fait à la main en vue de la couture à la machine, et où s’opère également la coupe à la main, à l’aide de grands ciseaux, des chemises de flanelle sur plusieurs épaisseurs à la fois. Plus loin, on assiste au travail très curieux de l’assemblage des doublures coupées, pour vêtements d’enfants, paletots, poches, pantalons et gilets. En face l’escalier a été installé un vaste magasin de préparation de la passementerie et de la mercerie.
- Passant à gauche de l’escalier, nous entrons dans une ruche en pleine activité : l’atelier des coupeurs à la main pour pantalons. Il y a là soixante de ces artistes, répartis par deux à chaque grande table et ayant derrière eux l’assortiment de patrons correspondant aux tailles et genres demandés.
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- Le second étage présente, en face l’escalier, les bureaux de la direction de l’immeuble, avec téléphone ; et, à droite, les divers ateliers de confection de pantalons, où se pratique notamment le cambrage au fer qui réclame un véritable tour de main pour être bien fait. Dans l’intérêt de la santé des ouvriers, la salle de chauffe des fers est encore établie en dehors des ateliers du travail.
- Nous voici maintenant dans les ateliers de retouche ou de pompe. A gauche, nous pénétrons dans les ateliers de coupe de vêtements d’enfants. C’est là que, sur les patrons composés par l’atelier des modèles de la maison mère, sont coupés ces merveilleux costumes d’enfants dont la coupe est absolument inimitable.
- Au même étage, sur le côté droit, on trouve le vestiaire des employées et ouvrières, distinct de celui des hommes. A chaque étage sont de même disposés de chaque côté de l’escalier douze cabinets d’aisances affectés par moitié à chacun des deux sexes.
- Nous abordons le troisième étage. En face de l’escalier se trouve l’atelier de coupe des gilets.
- Puis, à droite, nous entrons dans l’un des ateliers de confection des grandes pièces : des ouvrières y préparent et disposent les pièces pour qu’elles soient pressées et unies au fer. Ce seul atelier compte près de 150 personnes, hommes et femmes; le travail s’y fait aux pièces. Tous ces ateliers sont surveillés par un bureau spécial de centralisation et de contrôle, qui vérifie le travail avec minutie.
- Revenant à l’escalier central, nous pénétrons, à gauche, dans les ateliers de coupe à la main des grandes pièces, où plus de soixante coupeurs opèrent en pleine lumière, à raison de deux par chaque grande table. Des marqueurs, écrivains et garçons de service sont attribués à chaque étage et à chaque atelier, de telle façon que les ouvriers et ouvrières n’ont aucun prétexte pour sortir de leurs ateliers respectifs.
- L’ascenseur nous permet de descendre au sous-sol. Laissant de côté les nombreuses soutes à charbon, à coke, etc., les ateliers de menuiserie, de serrurerie et d’entretien du matériel, les calorifères établis à droite et à gauche des bâtiments, nous y rencontrons d’abord une réserve de toile à garnir les vêtements, qui est des plus importantes ; puis nous pénétrons dans les ateliers de décatissage à la vapeur, clans d’autres réservés au mouillage méca-
- nique des coutils à froid, suivis d’autres renfermant des machines à imperméabiliser les étoffes.
- Dans un endroit retiré du sous-sol, nous voyons des ouvriers triant des chiffons et procédant à leur emballage par catégories. Le croirait-on? La seule vente de ces chiffons produit au moins 50,000 francs par an.
- Là encore nous trouvons une salle à manger, vaste et bien aménagée, pour les ouvrières : celles-ci peuvent y faire librement leur petite cuisine et soixante places, munies d’un fourneau à gaz, sont mises gratuiiement à leur disposition. De la salle à manger on pénètre dans divers magasins constituant la grande réserve des doublures, des toiles diverses, des articles pour chemiserie, etc. ; et à l’extrémité de ces immenses magasins, nous trouvons l’atelier dit de ^échantillonnage. On y débite là, à la scie circulaire, les chutes d’étoffe, provenant des coupes de vêtements en échantillons de 8 centimètres sur h, dont on réunit ensuite des séries en petits carnets destinés à la clientèle. Non loin de là, un vestiaire avec lavabo a été réservé aux garçons couchant dans les magasins.
- Toute la maison est éclairée à l’électricité. Le gaz n’est utilisé que pour la cuisine des ouvriers. .
- Le capital social des divers établissements de la Belle Jardinière est de 15 millions seulement, représentés par 60 parts qui, subdivisées en dixièmes, forment actuellement un total de 600 parts nominatives, auxquelles les intérêts et dividendes sont payés après l’inventaire de janvier.
- Disons, en terminant, un mot des établissements sociaux de la maison.
- En 1866 furent jetées les bases d’une intéressante œuvre d’assistance pour les malades qui, en 1867, se constitua en une véritable société sous le titre de Caisse de secours mutuel du personnel de la Belle Jardinière. Nous en avons parlé antérieurement dans le cours de ce volume.
- Mais nous devons ajouter ici qu’en cas d’insuffisance des cotisations diverses, la société vient généreusement au secours de la caisse par une subvention parfois très importante.
- En mourant, Parissot, le fondateur de la maison, a laissé un capital de près de 600,000 francs à affecter à des retraites en faveur des plus anciens ouvriers ; mais la caisse de secours n’en a pas reçu lamoindre obole. Heureusement, en 1&92,M. Finance,
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- LES INDUSTRIES TEXTILES
- 240
- dont la mère avait épousé M. Denis Parissot, a laissé à son tour un capital de 400,000 francs qui est venu augmenter d’autant les fonds de la caisse de secours.
- En dehors de cette caisse, il y a lieu de mentionner la Caisse des retraites. Pour bénéficier des avantages de cette institution, les employés et ouvriers des deux sexes n’ont qu’à effectuer certains versements, en somme très modérés, lesquels contribuent à la constitution du fonds des retraites. Et comme les sommes versées par les intéressés restent généralement inférieures au total indispensable pour assurer les pensions à des époques préfixées, c’est encore la société de la Belle Jardinière qui, dans ce cas, comble la différence et complète le montant exigible pour la capitalisation voulue. Les fonds de la Caisse des retraites sont déposés à la Caisse nationale des Dépôts et consignations, où ils s’accroissent des intérêts annuels sans cesse capitalisés.
- Enfin mentionnons les institutions d’agrément de la maison : deux sociétés musicales, l’une « le Choral de la Belle Jardinière »,et l’autre « l’Harmonie de la Belle Jardinière » dont les lauriers obtenus dans les divers concours ne se comptent plus. Ces deux groupes musicaux prêtent notamment leur concours
- — à titre de société de bienfaisance — à un bal organisé annuellement par les employés au profit des pauvres de l’arrondissement.
- La « Belle Jardinière » réalise donc, comme on le voit, l’alliance des arts, de l’industrie et du commerce, et la cimente par la solidarité la plus active et la plus complète entre tous ses collaborateurs.
- Nous voici arrivé au terme de cette longue étude. Nous remercions nos lecteurs d’avoir bien voulu patiemment nous suivre dans le dédale de ces trois volumes, où nous avons essayé de résumer autant que possible et de préciser la situation des arts textiles au moment de la grande manifestation de 1889. Mais, nous devons le dire, si nous avons pu mener à bien cette œuvre difficile qu’aucun avant nous n’avait osé entreprendre, à quelque exposition que ce fût, c’est que nous y avons été aidé par d’actifs collaborateurs ; et, en terminant, nous croirions manquer à notre devoir en n’exprimant pas nos remerciements à nos amis Alfred Renouard et Émile Flavien, qui, à cet égard, nous ont fourni, avec le plus grand désintéressement, tous les matériaux qu’ils avaient à leur disposition.
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- TABLE DES MATIERES
- CONTENUES DANS LA TROISIÈME PARTIE
- L’économie sociale dans l’industrie textile
- Pftges.
- 5
- CHAPITRE PREMIER. — Rémunération du travail dans l’industrie textile.
- Généralités............................................... 10
- Rémunération du travail dans la filature de coton......... 15
- — dans la filature de laine............... 18
- — dans la filature de lin................. 20
- — dans la filature du chanvre............. 21
- — dans l’industrie du tissage............. 22
- — dans la teinturerie et la blanchisserie. 23
- — dans la petite industrie textile........ 24
- Sur-salaires.... ......................................... 25
- CHAPITRE II. — La participation aux bénéfices dans l’industrie textile.
- Généralités............................................. 28
- I. — La participation aux bénéfices en France............. 31
- Dans la fabrique d’indiennes de M. Besselièvre, à Ma-
- romme................................................. 31
- Dans la fabrique de tulles de MM. Dognin et Cie, à Lyon. 32 Dans les magasins de nouveautés du Bon Marché, à Paris. 34 A la Société anonyme de la filature d’Oissel....... 38
- Dans la teinturerie de MM. Renard, Villet et Bunand, à Lyon......................................................... 39
- II. — La participation aux bénéfices à l’étranger............. 40
- Dans la maison G. Stenheil, Duterlens et Cie, filature de coton, blanchisserie et impression, à Rothau (Alsace).. 40
- Dans la filature de coton de MM. Relier frères, à Fischen-
- tal, canton de Zurich (Suisse).................... 41
- Dans la maison SchœlTer, Lalance et Cio, blanchiment, teinture, impression et apprêts, à Pfastadt, près Mulhouse................................................ 43
- Pages.
- Dans la filature de coton de MM. Chessex et Hossly, à
- Schaffouse (Suisse)..................................... 45
- Dans la Société anonyme de filature de Schaffouse....... 45
- Dans la fabrique de tapis de John Grossley and Sons, à
- Halifax................................................. 46
- Dans la fabrique de toiles peintes de MM. Geilinger frères, à Winthertur.............................................. 46
- CHAPITRE III. — Les syndicats professionnels dans l’industrie textile.
- Généralités.................................................. 47
- Les associations professionnelles de l’industrie textile
- sous le régime des corporations......................... 48
- Les associations professionnelles de l’industrie textile sous le régime de la loi de 1884...................... 50
- I. — Syndicats professionnels se rapportant à l’industrie de
- la soie................................................. 52
- Association de la fabrique lyonnaise......................... 52
- Union des marchands de soie de Lyon.......................... 53
- Chambre syndicale du tissage mécanique des soieries... 54
- Cercle des teinturiers et apprêteurs réunis de Lyon....... 55
- Syndicat des ouvriers tisseurs de soie....................... 55
- II. — Syndicats professionnels se rapportant à l’industrie
- du lin.................................................. 55
- Comité linier du Nord de la France ....................... 55
- Syndicat des filateurs de lin et d’étoupes................... 56
- III. — Syndicats professionnels se rapportant à l'industrie
- de la laine............................................. 57
- Société du commerce et de l’industrie lainière de la région
- de Fourmies................................................ 57
- Syndicats ouvriers de la laine............................... 57
- IV. — Sociétés industrielles s'occupant de questions relatives
- à l'industrie textile................................... 57
- Société d’encouragement pour l’industrie nationale.... 59
- — des ingénieurs civils............................. 59
- — libre d’émulation du commerce et de l’industrie
- de la Seine-Inférieure.......................... 60
- Supplément a l’Industrie textile du 15 Septembre,
- jii. — 31« Fascicule.
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- II
- LES INDUSTRIES TEXTILES
- Tagos.
- Société industrielle de Reims............................... 61
- — industrielle d’Amon................................. 62
- — des sciences industrielles de Lyon.................. 62
- — industrielle de Saint-Quentin et de l’Aisne..... 62
- — scientifique et industrielle de Marseille........... 63
- — industrielle de Rouen............................... 63
- — industrielle du Nord de la France................... 63
- — industrielle de Fiers............................... 64
- — industrielle de l’Est............................... 64
- — industrielle d’Elbeuf............................... 64
- V. — Les conseils de prud'hommes............................. 65
- Généralités............................................... 65
- CHAPITRE IV. — Les diverses formes d’enseignement dans l’industrie textile.
- Généralités................................................. 68
- I. — Écoles de degrés divers dans lesquels se donne l'ensei-
- gnement de l'industrie textile......................... 72
- École supérieure de commerce et de tissage de Lyon.... 72
- — municipale de tissage de Lyon............... 73
- — de fabrication de Nîmes.............................. 73
- — municipale de tissage de Sedan.............. 74
- — française de bonneterie, à Troyes............. 74
- —- drapière d’Elbeuf................... ............. 74
- — professionnelle de Reims............................. 75
- — industrielle de Fiers............... ................ 75
- II. — Écoles professionnelles dans lesquelles se donne l'ensei-
- gnement annexe de l'industrie textile.................. 76
- École professionnelle des apprentis tailleurs de Paris... 76
- III. — Cours fondés en dehors des écoles..................... 77
- Cours de tissage de la Société d’enseignement professionnel du Rhône............................................... 77
- — de tissage de la Société du commerce et de l’indus-
- trie lainière de Fourmies........................ 78
- — de tissage et de teinture du Conservatoire des arts
- et métiers de Paris................................ 78
- de teinture et de tissage de la Société industrielle
- d’Amiens......................................... 79
- ..—-, de tissage fondés par la Société industrielle d’Elbeuf................................................... 80
- .— municipaux de filature et de tissage de Lille.... 80
- :— de fabrication de la Société industrielle de Reims. 80
- — professionnels de tissage de Saint-Étienne......... 80
- — de dessin et mise en carte de la Société indus-
- trielle de Saint-Quentin........................... 81
- — de tissage de la Société libre d’émulation du com-
- merce et de l’industrie delà Seine-Inférieure.. 81
- IV. — Institutions techniques d’aides et de recherches pour
- l'industrie textile.................................... 81
- Essai de soie des fabricants et des marchands de soie
- réunis, à Lyon........................................... 81
- Société de garantie contre le piquage d’once................ 81
- V. —Enseignement par les journaux périodiques................. 83
- Revues et journaux français................................. 83
- — — étrangers................................. 84
- VI. — Orphelinats annexés à des établissements textiles.... 85 Orphelinat de la filature de coton de MM. J. Thiriez père
- et fils, à Loos......................................... 85
- Orphelinat de la Société anonyme linière de Perenchies.. 87
- Pages.
- VII. — Institutions d'enseignement proprement dites annexées
- à des établissements textiles..................... 87
- Enseignement du dessin de broderie dans la fabrique de
- tulles de MM. Dognin et Cie, à Lyon................... 87
- Apprentissage dans la maison Janvier père et fils, au Mans. 87
- VIII. — Écoles primaires, bibliothèques, ouvroirs et autres
- institutions annexées à des établissements textiles. 87 — Fabrique d’indiennes de M. Besselièvre fils, à Ma-
- romme (Seine-Inférieure).......................... 87
- Filature et tissage de coton de M. Albert Lung, à
- Moussey et Petite-Raon (Vosges)................... 88
- Filature de coton et tissage de velours de MM. Mercier et Cic, à Ourscamp (Oise)....................... 88
- Manufacture de drap de troupe de Villeneuvette
- (Hérault)......................................... 88
- Blanchisserie et teinturerie de Thaon (Vosges).... 88
- Fabrique de broderie mécanique de M. A. Trêves
- fils, à Saint-Quentin (Aisne)..................... 88
- Filature et tissage de laine de MM. Seydoux, Sieber
- et Cie, au Cateau (Nord).......................... 88
- Filature Vincent, Ponnier et Cie, à Senones
- (Vosges).......................................... 88
- Filature de lin et tissage de toiles de la Société
- anonyme de Perenchies (Noi’d)..................... 88
- Filature de coton et retorderie de MM. J. Thiriez
- père et fils, de Loos (Nord)...................... 88
- Filature de coton de M. Waddington, à Saint-Rémy-
- sur-Avre......................................... 89
- Filature et tissage de coton de M. Walter-Seitz, à
- Granges (Vosges).................................. 89
- Fabrique de toiles de MM. Garnier-Thiébaut, à Gé-
- rardmer (Vosges).................................. 89
- Filature et tissage de jute de MM. Saint frères, à Flixecourt, Saint-Ouen (Somme)....................... 89
- CHAPITRE V. — Les sociétés de seoours mutuels dans l’industrie textile.
- Généralités................................................. 91
- Société de secours mutuels des ouvriers en soie de L3'on. 95
- Société de secours mutuels des ouvriers de la blanchisserie et teinturerie de Thaon................................ 98
- Société de secours mutuels de la fabrique d’indiennes de
- MM. François Keittinger et fils, de Lescure.............. 101
- Société de secours mutuels des ouvriers alsaciens de la
- fabrique d’Elbeuf...................................... 109
- Société de secours mutuels du personnel de la Belle Jardinière..................................................... 112
- Sociétés de secours mutuels diverses....................... 116
- Statistique................................................ 116
- CHAPITRE VI. — Les caisses de retraite dans l’industrie textile.
- Généralités............................................... 117
- 1. — Caisses de retraites dépendant de sociétés de secours
- mutuels d’établissements textiles..................... 120
- Caisse de retraites de la Société de secours mutuels des ouvriers de la manufacture d’indiennes de MM. Keittinger et fils, à Lescure.......................... 120
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- A L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1889.
- ni
- Pages.
- Il. — Caisses de retraites créées dans les établissements textiles............................................... 122
- Pensions de retraites des ouvriers des établissements
- J. Thiriez père et fils, à Loos....................... 122
- Caisse de retraites des magasins de nouveautés du Bon
- Marché, à Paris......................................... 122
- Pensions de retraites des employés des magasins de nouveautés de la Belle Jardinière, à Paris................... 123
- Diverses caisses de retraites annexées à des établissements textiles............................................ 123
- — Filature et tissage de laines de MM. Th. Michau
- et Gie, à Beauvois (Nord)........................ 123
- — Filature et tissage de coton de MM. Vincent, Pon-
- nier et Cio, à Senones (Vosges).................. 123
- — Filature et tissage de coton de M. Waddington, à
- Saint-Rémy-sur-Avre.............................. 124
- — Blanchisserie et teinturerie de Thaon (Vosges).... 124
- — Filature de lin et tissage de toiles de M. Alfred
- Dutilleul, à Armentières (Nord).................. 124
- — Société anonyme des tissus de laine des Vosges,
- au Thillot (Vosges).............................. 124
- — Fabrique d’indiennes de M. Besselièvre fils, à Ma-
- romme (Seine-Inférieure)......................... 124
- — Caisse de retraite des établissements de MM. Saint
- frères, à Flixecourt, etc........................ 124
- Appréciations et généralités.............................. 125
- Statistique............................................... 125
- CHAPITRE VII. — Les institutions de secours dans l’industrie textile.
- Généralités............................................... 125
- Caisse de secours des établissements Vinchon et Cic, à
- Roubaix................................................ 12G
- Caisse : 1" Caisse de secours du peignage de MM. A. Vinchon et Cia................................................ 126
- Caisse : 2° Caisse de secours de la filature et du retordage
- de laine de MM. A. Vinchon et Cie..................... 127
- Caisse de secours de MM. Seydoux, Sieber et Cie, filateurs
- de laine au Cateau et à Bousies (Nord)................ 128
- Caisse de secours des filatures Thiriez père et fils, à Loos
- (Nord)................................................. 128
- Caisse de secours de la filature et du tissage de coton de
- MM. Vincent Ponnier et Cle, à Senones (Vosges).... 129
- Caisse de secours de la filature et du tissage de laines
- de MM. Th. Michau et Cie, à Beauvois (Nord)........... 129
- Caisse de secours de la fabrique de tulles de MM. Dognin
- et Cio, à Lyon......................................... 130
- Caisse de secours des fabricants de soieries et des marchands de soie de Lyon..................................... 130
- Caisse de secours de la Société industrielle de la Schappe,
- à Roubaix.............................................. 131
- Caisse de secours de la Société anonyme des tissus de
- laine des Vosges...................................... 131
- Caisse de secours de la fabrique de toiles de MM. Garnier-
- Thiébaut et Cio, à Gérardmer (Vosges).................. 133
- Caisses diverses de prévoyance fonctionnant dans les établissements de MM. Saint frères, à Flixécourt......... 133
- Caisse de secours des établissements cotonniers de M. Albert Lung, à Moussey et la Petite-Raon..................... 136
- Caisse de secours de la fabrique d’indiennes de M. Besselièvre fils, à Maromme................................. 137
- CHAPITRE VIII. — L’épargne dans l’industrie textile.
- Pages.
- Généralités........................................... 137
- Ancienne association des tisseurs de Lyon, subventionnée par l’ancienne caisse de prêts dite du prince impérial. 144 Caisse d’épargne des établissements A. Lung, à Moussey
- et la Petite-Raon (Vosges).......................... 145
- Caisse d’épargne et de prévoyance des établissements
- J. Thiriez père et fils, à Loos (Nord).................. 146
- Caisse d’épargne des établissements Th. Michau et Cie,
- à Beauvois (Nord)...................................... 147
- Caisse d’épargne de la maison Seydoux, Sieber et Cie, au
- Cateau (Nord).......................................... 147
- Caisse d’épargne des établissements Balas frères, fabricants de tresses et lacets, à, Izieux (Loire)..... 147
- Caisse d’épargne de la Société anonyme linière de Peren-
- chies (Nord)......................................... 147
- Caisse d’épargne de la blanchisserie et teinturerie de
- Thaon (Vosges)....................................... 148
- Caisse d’épargne de la fabrique d’indiennes de M. Besselièvre fils, à Maromme (Seine-Inférieure)................ 148
- Caisse d’épargne de la maison Gillet et fils, teinturiers à
- Lyon.................................................. 148
- Caisse d'épargne des établissements cotonniers de
- MM. Walter-Seitz et Cie, à Granges (Vosges)............ 149
- Caisse d’épargne des établissements cotonniers deMM.Wad-
- dington, à Saint-Rémy-sur-Avre......................... 149
- Caisse d’épargne des établissements cotonniers de
- MM. Vincent Ponnier et Cie, à Senones.................. 149
- CHAPITRE IX. — Les sooiétés coopératives de consommation dans l’industrie textile.
- Généralités........................................... 149
- I. — Sociétés coopératives de consommation proprement dites. 152
- Société coopérative la Prévoyante des établissements
- J. Thiriez père et fils, à Loos (Nord)............. 152
- Société coopérative de blanchisserie et teinturerie de
- Thaon (Vosges)........................................ 154
- Société coopérative des établissements cotonniers de MM. Vincent, Ponnier et Cie, à Senones........... 158
- II. — Économats............................................ 158
- Économat de la Société anonyme des tissus de laine des
- Vosges, au Thillot (Vosges)......................... 158
- Économat de la Société anonyme linière de Perenchies
- (Nord)................................................ 159
- Économat du peignage de MM. Vinchon et Cic, à Roubaix
- (Nord)............................................... 160
- Boulangerie et boucherie des établissements Th. Michau et Cie, à Beauvois (Nord)........................ 160
- CHAPITRE X. —- Les sooiétés de crédit dans l’industrie textile.
- Généralités............................................ 160
- Caisse de prêts pour les chefs d’ateliers tisseurs do la. ville de Lyon...........................................'. 165
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-
-
-
- IV
- LES INDUSTRIES TEXTILES
- Pages.
- Société de crédit pour les petits ateliers de tissage mécanique de Lyon........................................ 165
- Caisse de prêts et dépôts de la maison J. Thiriez père et
- fils, à Loos.............................................. 167
- Caisse de dépôts............................................ 167
- Caisse de prêts d’honneur................................. 168
- Caisse de prêts des établissements A. Lung, à Moussey
- et la Petite-Raon....................................... 168
- Caisse de prêts des établissements de MM. Ponnier, Vincent et Cie, à Senones.................................. 168
- CHAPITRE XI. — Les habitations ouvrières dans l’industrie textile.
- Généralités............................................ 168
- I. — Les habitations ouvrières en France................... 169
- Les maisons en commun des tisseurs de Lyon............. 169
- Cités ouvrières des filatures de coton de M. Albert Lung,
- à Moussey et la Petite-Raon........................... 170
- Cités ouvrières des établissements cotonniers de M. D.
- Walter-Seitz, à Granges (Vosges)...................... 170
- Habitations ouvrières des établissements Saint frères, fila-
- teurs et tisseurs de jute, à Flixecourt (Somme)...... 170
- Maisons ouvrières de M. J. Scrive, fabricant de toiles, à
- Marcq-en-Barœuil (Nord)............................... 171
- Habitations ouvrières de la filature de Crouzille, à Marçon
- (Sarthe).............................................. 172
- Habitations ouvrières de la Société anonyme linièro de
- Perenchies (Nord)..................................... 172
- Cités ouvrières de la maison Garnier-Thiébaut frères, à
- Kichompré-Gérardmer (Vosges).......................... 172
- Habitations économiques de la maison J. Thiriez père et
- fils, à Loos (Nord)................................... 172
- Logements à bon marché de la Société anonyme des tissus de laine des Vosges, au Thillot (Vosges)................. 175
- II. — Les habitations ouvrières à l’étranger................ 175
- Les cités ouvrières de Mulhouse......................... 175
- CHAPITRE XII. — L’hygiène dans l’industrie textile.
- Généralités............................................ 182
- Crèches industrielles......................................... 184
- Crèche des établissements lainiers de MM. Seydoux, Sie-
- ber et Cic, au Cateau.................................... 185
- Crèche des établissements cotonniers de MM. J. Thiriez
- père et fils, à Loos................................... 185
- Crèche des établissements Garnier-Thiébaut frères, à Gé-rardmer.................................................... 186
- Bains pour ouvriers............................................. 186
- Bains et douches pour ouvriers organisés dans les établis-
- - sements J. Thiriez père et fils............................. 186
- Bains pour ouvriers institués par la Société anonyme des tissus de laine des Vosges.......................... 187
- CHAPITRE XIII. — Les institutions d’agrément dans l’industrie textile.
- Pages.
- Généralités............................................... 187
- I. — Institutions d’agrément pour ouvriers créées par la So-
- ciété anonyme des tissus de laine des Vosges....... 188
- — Sociétés de musique................................. 188
- — Arbre de Noël....................................... 188
- II. — Sociétés d’agrément créées dans divers établissements
- textiles............................................. 189
- — Dans la maison de teinture Gillet et fils, de Lyon. 189
- — Dans la maison Saint frères......................... 189
- — A la blanchisserie et teinturerie de Thaon.......... 189
- — Dans la maison Walter-Seitz, de Granges............. 189
- — A la Société linière de Perenchies................. 189
- — A la Société des grands magasins du Bon Marché. 189
- — A la maison J. Thiriez père et fils................. 189
- — A la maison J. Scrive et fils....................... 189
- — A la maison Besselièvre, de Maromme................. 189
- CHAPITRE XIV. — Monographie sommaire au point de vue social des principaux établissements textiles dont il est question dans ce volume.
- Filature et tissages mécaniques de laine de MM. Seydoux,
- Sieber et Cie, au Cateau, à Mauroy et à Bousies............ 190
- École primaire pour les garçons........................... 192
- Salle d’asile............................................. 192
- École primaire pour les filles............................ 192
- Réunion dominicale........................................ 192
- Fourneaux alimentaires.................................... 193
- Caisse d’épargne.......................................... 193
- Bains................................................... 193
- Installation hygiénique des ateliers...................... 193
- Précautions contre les accidents.......................... 193
- Précautions contre l’incendie............................. 193
- Caisse de secours mutuels................................. 193
- Pensions de retraites..................................... 194
- Efforts et sacrifices faits en vue d’éviter le chômage... 194
- Secours aux femmes en couches et crèches.................. 194
- Précautions prises en faveur de la moralité des ouvrières. 194
- Refuge des vieillards..................................... 195
- Hôpital Paturle........................................... 195
- Société de charité maternelle du Cateau................... 195
- Pensions viagères d’ancienneté s’ajoutant à celles données
- par la maison........................................ 195
- Pensions viagères d’ancienneté augmentant le nombre de celles données par la maison...................... 195
- Manufacture de draps de Villeneuvette......................... 196
- Instruction des ouvriers.................................. 196
- Habitations gratuites et jardins.......................... 196
- Secours en cas de maladie ou de besoin.................... 197
- Pensions de retraite.................................... 197
- Encouragement de la vie de famillo........................ 197
- Efforts en vue de rendre la vie de l’ouvrier plus facile... 197 Stabilité........................................... 197
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- A L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1889.
- v
- Société anonyme des tissus de laine des Vosges, au Thillot..
- Caisse de secours la Prévogante........................
- Caisse de retraite et assurances contre les accidents..
- Économat...............................................
- Maison de famille......................................
- Logements à bon marché.................................
- Hydrothérapie..........................................
- Sociétés de musique et Arbre de Noël...................
- Filature et tissage de laine de MM. Th. Michau et Cie, à
- Beauvois.................................................
- Boulangerie............................................
- Boucherie..............................................
- Habitations à bon marché.........•.....................
- Hôpital................................................
- Sociétés de secours mutuels............................
- Caisse d’épargne.......................................
- Caisse de secours......................................
- Caisse de retraites....................................
- Subventions pendant les périodes de service militaire... Subvention aux écoles de Beauvois......................
- Filature et relorderie de coton de MM. J. Thiriez père et fils,
- à Locs...................................................
- Asile..................................................
- École pour garçons et filles...........................
- Crèche ................................................
- Orphelinat.............................................
- Secours aux ouvriers malades...........................
- Hygiène des ouvriers...................................
- Précautions contre les accidents.......................
- Pensions de retraite...................................
- Caisse d’épargne.......................................
- Allocations aux réservistes et aux territoriaux..........
- Distribution de charbon à domicile.....................
- Habitations économiques................................
- Bains et douches.......................................
- Réfectoire.............................................
- Association coopérative de consommation................
- Maison de sœurs garde-malades..........................
- Quêtes faites entre les ouvriers et les patrons........
- Filatures et tissages de coton de M. Albert Lung, à Moussey.
- Cités ouvrières........................................
- Caisse d’épargne.......................................
- Avances sans intérêts aux ouvriers.....................
- Caisse de secours......................................
- Écoles.................................
- Précautions contre les accidents.......................
- Autres institutions....................................
- Filature et tissage mécanique de coton de M. D. Walter-Seitz,
- à Grang&s................................................
- Maison de patronage....................................
- Service hygiénique.....................................
- Économats........................................
- Cités ouvrières........................................
- Caisse de dépôts.......................................
- Harmonie, sociétés de tir..............................
- Filature et tissage de velours de MM. Mercier et Cic, à Ours-
- camp ....................................................
- Crèche ................................................
- Salle d’asile..........................................
- Écoles.................................................
- Cours d’adultes........................................
- Médecins et médicaments................................
- Pages.
- Chapelle et services religieux........................... 207
- Magasifls de vente pour denrées alimentaires et vêtements. 207
- Chauffage................................................ 207
- Cuisine économique....................................... 207
- Réfectoire............................................... 207
- Caisse de secours........................................ 207
- Caisse d’épargne......................................... 207
- Fondation pour retraites aux anciens ouvriers............ 208
- Sociétés de musique, de gymnastique, d’archers et de sapeurs-pompiers........................................ 208
- Filature et tissage de coton de M. E. Waddington, à Saint-
- Rémy-sur-Avre.............................................. 208
- Crèche................................................... 208
- École maternelle......................................... 208
- Écoles................................................... 208
- Totalité du salaire aux réservistes...................... 208
- Pensions de retraite..................................... 208
- Assurances contre les accidents......................... 208
- Bibliothèque............................................. 208
- Caisse de prévoyance..................................... 208
- Société de secours mutuels............................... 208
- Logements ouvriers..................................... 208
- Stabilité du personnel...........'..................... 208
- Filature, tissage et blanchisserie de coton de MM. Vincent
- Ponnier et Cic, à Senones.................................. 208
- Caisse de retraites...................................... 209
- Caisses de secours....................................... 209
- Ouvroirs.......................................... 209
- Économats................................................ 209
- Caisse d’épargne....................................... 209
- Filature et tissage mécanique de toiles de la Société anonyme
- linière de Perenchies...................................... 209
- École de fabrique..................................... 210
- Salle d’asile............................................ 210
- Orphelinat............................................... 210
- Réunion dominicale....................................... 210
- Dispensaire............................................. 210
- Société de musique....................................... 210
- Société de secours mutuels............................... 210
- Demi-salaire aux i-éservistes............................ 210
- Pensions aux vieux serviteurs............................ 210
- Don de vêtements......................................... 210
- Gratifications de kermesse............................... 211
- Caisse d’épargne......................................... 211
- Habitations ouvrières.................................. 2.1
- Économat............................................... 211
- Filature du lin et tissage mécanique de toiles de M. Alfred
- Dutilleul, à Armentières................................... 211
- Caisse de prévoyance pour les jeunes gens................ 211
- Société de secours mutuels............................... 211
- . Boulangerie coopérative................................. 212
- Société pour la vente du charbon......................... 212
- Société pour la vente des épiceries...................... 212
- Société pour la vente des vêtements, chaussures, etc... 212
- Caisse d’épargne......................................... 212
- Caisse de retraites...................................... 212
- Sœurs garde-malades, caisse de secours et quêtes....... 212
- Caisse d’assurance contre les accidents.................. 212
- Bibliothèque............................................ 212
- Filature de chanvre, tissage et blanchisserie de MM. Janvier
- père et fils, au Mans...................................... 213
- Participation aux bénéfices.............................. 214
- Pages.
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- VI
- LES INDUSTRIES TEXTILES.
- Pages.
- Primes annuelles aux anciens contremaîtres............... 214
- Salaire assuré aux réservistes........................... 214
- Apprentissage............................................ 214
- Habitations ouvrières.................................... 214
- Fourneau économique...................................... 215
- Avances au personnel................................... 216
- Hygiène des ateliers................................... 216
- Caisse d’épargne......................................... 216
- Soins médicaux gratuits.................................. 216
- Caisse de secours....................................... 217
- Mères de famille......................................... 217
- Ouvrières en couches..................................... 217
- Institutions d’agrément.......:........................ 217
- Fabrique de toiles de MM. Garnier-Thiébault frères, à Kichom-
- pré-Gérardmer.............................................. 217
- Orphelinats.............................................. 218
- Cités ouvrières.......................................... 218
- Crèche, ouvroir et bibliothèque.......................... 218
- Caisse de secours........................................ 218
- Asile et école primaire................................. 218
- Filature et tissage de jute de MM. Saint frères, à Flixecourt,
- Harondel, Saint-Ouen, etc................................... 218
- Maisons ouvrières........................................ 220
- Caisse de prévoyance..................................... 220
- Écoles d’usine........................................... 220
- Fabrique de tresses et lacets de MM. Balas frères, à Izieux.. 220
- Maison de ménage pour ouvrières internes................. 220
- Livret d’économie....................................... 221
- Travail à domicile....................................... 221
- Fabrique d'indiennes de M. Besselièvre fils, à Maromme...... 221
- Participation aux bénéfices............................ 221
- Écoles................................................... 221
- Bibliothèque........................................... 221
- Conférences............................................ • 221
- Caisse d’épargne......................................... 221
- Caisse de secours....................................... 221
- Bibliothèque............................................. 221
- Teintureries de soies de MM. Gillet et fils, à Lyon et Izieux. 221
- Apprentissage............................................ 222
- Institutions d’agrément................................. 222
- Primes et gratifications................................. 222
- Pages.
- Salle d’asile........................................... 222
- Caisse d’épargne........................................ 222
- Assurances contre les accidents......................... 222
- Incendie................................................ 222
- Sociétés de secours mutuels............................. 222
- Caisse de prévoyance et de retraite..................... 223
- Efforts faits pour éviter le chômage.................... 223
- Infirmerie.............................................. 223
- Secours aux femmes en couches........................... 223
- Dot aux jeunes ouvrières................................ 223
- Efforts faits pour laisser la mère ou l’épouse au foyer. 223
- Sorties séparées....................Y................... 223
- Tempérance........................................... 223
- Blanchisserie et teintureiie de Thaon....................... 224
- Société de secours mutuels.............................. 224
- Société coopérative..................................... 224
- Caisse de retraite...................................... 225
- Logements et terrain de culture à bon marché............ 225
- Bains, douches, etc..................................... 225
- Impulsion vigoureuse donnée à l’enseignement primaire,
- élémentaire et supérieur.............................. 225
- Cours de dessin, de travail manuel...................... 225
- Bibliothèque publique................................... 225
- Sociétés de chant et de musique instrumentale........... 225
- Sociétés de tir et de gymnastique....................... 225
- Fabrique de broderies à la mécanique de M. A. Trêves fils, à
- Saint-Quentin........................................... 226
- Enseignement professionnel.............................. 227
- Enseignement scolaire................................... 227
- Maisons ouvrières....................................... 228
- Manufacture de tissus imprimés d'Épinal...................... 228
- Habitations pour ouvriers............................... 228
- Économat................................................ 228
- Soins médicaux gratuits................................. 228
- Atelier parisien de broderies mécaniques de M. Adolphe Cat-
- teau, de Boubaix.......................................... 229
- Historique et institutions sociales..................... 229
- Magasins du Bon Marché, à Paris............................ 230
- Historique et institutions sociales..................... 230
- Magasins de la Belle Jardinière, à Paris..................... 236
- Historique et institutions sociales................... 236
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- Paris. — F ..-Juin, réunie?-' -fl Saint-Benoît.
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