Les grandes usines
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- PARIS. TYPOGRAPHIE OE E. PLOX ET Cie, RUE GARANCIÈRE, 8.
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- LES
- GRANDES USINES
- ÉTUDES INDUSTRIELLES
- EN FRANCE ET A L’ÉTRANGER
- PAll
- TU RGAN
- PARIS
- CALMANN LÉVY, LIBRAIRE-ÉDITEUR
- RUE AUBER, 3, ET BOULEVARD DES ITALIENS, I 5 A LA LIBRAIRIE NOUVELLE,
- 1879
- Tous droits réservés.
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- PRÉFACE
- A la fin de février 18T6, la France, encore toute meurtrie de la guerre et de la Commune, surprise par l’écrasante majorité que la gauche venait d’acquérir dans la Chambre des députés, restait comme frappée de stupeur; la vie industrielle et commerciale s’éteignait doucement sans secousse, tandis que la vie politique, envahissant les pensées, prenait peu à peu toute l’âme et tout le temps de chacun.
- A force de lire les journaux extrêmes, les gens finissaient par s’enflammer eux aussi. Toute conversation dégénérait en querelles. Les amitiés les plus anciennes, les familles les plus unies, n’étaient pas^i l’abri de divisions politiques que la plupart de ceux qui les partageaient auraient eu bien du mal à expliquer.
- La peur de l’étranger, la peur des chimères intérieures arrêtait le sang de nos veines, et notre or allait s’enfouir dans les caves de la Banque où les milliards s’entassaient infructueux.
- Cette décomposition latente frappait cependant les esprits habitués à se redresser contre le danger.
- On cherchait.
- Je cherchais comme les autres.
- Naturellement, dans le sens de mes études ordinaires.
- L’idée me vint qu’une Exposition internationale pourrait être un grand bien, qu’elle serait une garantie de notre sagesse au dedans comme
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- PRÉFACE.
- au dehors, qu’elle permettrait aux peuples étrangers, sympathiques à nos douleurs, de nous donner une preuve d’intérêt; qu’en tout cas elle ménagerait un terrain commun sur lequel on pourrait causer d’autre chose que de M. de Bismarck et de M. Barodet, alors l’homme important du moment.
- J’avais vu en 1874, au moment du concours de moissonneuses de Mettray, une Commission composée des notabilités les plus accentuées des partis les plus tranchés fonctionner admirablement sans insultes mutuelles; les hommes qui ne se connaissaient pas et se haïssaient platoniquement pour leurs prétendus principes, s’entendre parfaitement sur les intérêts communs, et je me disais : Il en sera de même des comités organisateurs d’une Exposition.
- En se voyant souvent, me disais-je, en travaillant au même but : le relèvement de la patrie, les ennemis si farouches apprendront à s’estimer l’un l’autre, et l’on finira peut-être par reconstituer quelque chose de solide avec cette nation qui s’égrène.
- Si l’Exposition n’a pas rempli pleinement cette grande mission, elle l’a, du moins, commencée.
- Un matin donc, le rêve de réconciliation de la France avec elle-même et avec les autres me bourdonnait dans l’esprit plus nettement qu’à l’ordinaire; j’allai voir mon cher maître M. de Girardin, à l’heure matinale où il veut bien me recevoir. C’était, je crois, le 26février; la Chambre venait de se constituer; il n’y avait pas de ministère; on était très-sombre.
- Je trouvai chez lui M. de Marnyhac fort mélancolique, déclarant qu’il ne vendait plus rien, et que le commerce allait de mal en pis.
- * M. de Girardin, debout, regardait dans le noir de l’avenir et ne voyait rien venir.
- — Et vous, Turgan, qu’est-ce que vous dites?
- —Moi, je dis qu’il faut faire tout de suite, n’importe comment, pour deux cents millions de travaux publics, et une Exposition universelle.
- M. de Girardin me regarda quelques instants avec cette fixité lucide
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- PRÉFACE.
- III
- qui rend son regard si gênant pour les esprits troubles ou déloyaux.
- — il a raison. Écrivez-moi cela.
- M. de Marnyhac s’inclina avec une sorte de désespérance vague qu’une chose pareille pût jamais arriver.
- Le soir, parut dans la France un magnifique article intitulé : LA BUE, dans lequel M. de Girardin disait avec sa haute raison et son expérience profonde :
- • ••••••«••••«»
- Ce que la prudence et la prévoyance prescrivent de faire aux favorisés du travail, parmi lesquels je suis, et aux privilégiés de rhéritage, parmi lesquels seront mes héritiers , je vais le leur dire.
- La prudence et la prévoyance leur prescrivent de renoncer à l’emploi abusif de mots qui ne servent qu’à égarer les esprits et qu’à irriter les passions : de ce nombre sont ceux-ci : Radicalisme, Socialisme.
- Ce qu’il faut combattre exclusivement, c’est le révolutionarisme, en faisant descendre et pénétrer aussi profondément que possible ces idées, ces maximes :
- Tout par la discussion, rien par l’insurrection ;
- Tout par la science, rien parla violence;
- Tout par la patience, rien par la précipitation ;
- Tout par le travail et l’épargne, rien par la conspiration et la spoliation;
- Tout par les bulletins de vote, rien par les pavés des rues ;
- Tout par les débats législatifs, rien par les sociétés secrètes.
- Ce qu’est un radical, ce qu’est un socialiste , je ne le sais pas et je ne pourrais pas le dire-, mais ce qu’est un révolutionnaire, je le sais et je vais le dire.
- C’est l’ignorant, c’est l’impatient, c’est le présomptueux, c’est le factieux, c’est le criminel, qui, sans mandat, s’arroge le
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- IV
- PRÉFACE.
- droit de condamner à mort un gouvernement et de l’exécuter, sans s’inquiéter de savoir comment et par qui ce gouvernement sera remplacé, sans se soucier des immenses désastres du lendemain et des implacables réactions du surlendemain.
- Aucune indulgence, aucune miséricorde pour le révolutionarisme, mais à la condition qu’il ne puisse alléguer pour excuse qu’il n’avait pas ou qu’il n’avait plus la liberté de tout dire et la liberté de tout contredire, celle-ci faisant contre-poids à celle-là et l’équilibrant !
- Oh! la belle et glorieuse tâche qu’aurait à accomplir M. le maréchal de Mac Mahon s’il adoptait imperturbablement cette règle de conduite :
- Laisser tout dire, tout contredire, tout discuter, tout réfuter ;
- Laisser, sans essayer jamais de peser sur aucun de leurs votes, les majorités électorales et les majorités législatives aller, en toute liberté, de gauche à droite et de droite à gauche, ce qui est, en tout pays, l’invariable loi du pendule politique;
- Laisser, sans s’en inquiéter et sans s’en préoccuper, les cabinets se succéder plus ou moins rapidement les uns aux autres, ce qui, après tout, est un des moyens de recruter, de former, de discipliner et de grossir l’effectif ministériel;
- N’avoir l’œil constamment et exclusivement fixé que sur un seul point :
- La Rue.
- Sur ce mot LA RUE, j’avais trouvé une raison valable d’exposer mon idée, et j’écrivis à M. de Girardin une lettre qu’il inséra dans la France du 1*r mars, en la faisant précéder de quelques lignes amies :
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- PRÉFACE.
- Mercredi, 1er mars 1878.
- Le directeur de T importante publication intitulée : les Grandes Usines, M. Turban, à qui j’avais confié en 1851 la rédaction en chef du journal hebdomadaire le Bien-Etre universel, m’adresse la lettre suivante qui relève la question qu’il faut empêcher de devenir la question palpitante :
- A Monsieur Emile de Girardin.
- Mon cher maître,
- Avec votre instinct si vrai des choses du moment, vous‘avez écrit la Rue.
- «Avoir l’œil sur la Rue », dites-vous; mais qu’entendez-vous par là? Cela semble dire que tout perturbateur de la voie publique devra être immédiatement appréhendé, exporté, fusillé; ce serait donc la solution de la question du prolétariat par le massacre.
- 11 est impossible que ce soit votre pensée; certainement vous avez voulu dire :
- Vous qui allez gouverner, faites ce qu’il faut pour que l’ouvrier ne descende pas dans la rue.
- Permettez-ffloi, mon cher maître, de vous le rappeler, l’ouvrier ne descend pas dans la rue de son plein gré ; il aime bien mieux travailler, créer de beaux produits, élever ses enfants et, s’il le peut, économiser pour réaliser cet idéal extrême : être un jour possesseur d’un petit terrain pour y édifier une demeure.
- Mais quand le patron, ayant épuisé ses ressources et son crédit, commence à ne plus faire travailler qu’à demi-journée, puis à quart de jour ; lorsque, le cœur navré de dé • sorganiser une équipe formée souvent avec tant de peine, il arrive à dire a ses hommes : Mes enfants, il n’y a plus d’ouvrage.
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- PRÉFACE.
- Que voulez-vous que fasse l’ouvrier? U va dans la rue, et là, on le tue.
- Avez-vous pensé quelquefois à la rage furieuse qui doit prendre un homme qui veut travailler et auquel on dit ; 11 n’y a pas d’ouvrage? Quand, après avoir été d’atelier en atelier, il rentre le soir chez lui sachant-qu’il ne travaillera pas le lendemain,
- 11 va dans la rue et on le tue.
- Nous n’en sommes pas là, Dieu merci; mais, avant tout, il ne faut pas ÿ arriver.
- Depuis la guerre, ou plutôt depuis cette absurde paix qui a élevé une muraille de la Chine parle milieu de l’Europe, les autres pays souffrent plus que nous, c’est vrai; mais le mal peut nous atteindre.
- Déjà quelques signes de malaise se manifestent : beaucoup d’industriels semblent attendre je ne sais quelle époque miraculeuse pour hasarder leurs capitaux et leurs efforts.
- Par la liberté, dites-vous, tout va se ranimer comme par enchantement.
- Abstraitement, vous avez raison; mais, en fait, je crains que le miracle ne se produise pas instantanément ; on ne décrète pas le mouvement, on ne décrète pas la vie. Trop d’entraves pratiques existent encore dans notre législation, trop détenteurs dans nos habitudes administratives. L’initiative privée, affranchie de ces liens, saura se développer; mais en attendant il y aura peu d’ouvrage, et alors la Rue.
- Pardonnez-moi, mou cher maître, mais je me rappelle la Rue. J’étais interne des hôpitaux, au faubourg Saint-Martin, en 1848, et j’ai vu tuer bien des braves gens, mes voisins, qui n’auraient pas demandé mieux que d’être à leur atelier, s’il avait marché en plein.
- Il me semble qu’il y aurait quelque chose
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- PRÉFACE.
- VII
- à faire tout de suite, qui laisserait le temps à la liberté industrielle d’être discutée par les Chambres et adoptée par les mœurs.
- Vous qui savez si bien dire, conseillez donc à nos législateurs :
- 1* De voter bien vite pour 200 millions de travaux, et il y a assez de travaux reconnus urgents pour que je ne les indique pas.
- 2° Et, dans la même séance, de décider qu’il y aura à Paris, en 1878,, une Exposition internationale universelle.
- Alors il y aura de l’ouvrage pour tout le monde; l’ouvrier étant à l’atelier et gagnant largement sa vie, il n’y aura pas besoin d’avoir l’œil sur la Rue.
- Pendant ce temps-là, comme vous le désirez, on dira, on contredira, on discutera, on réfutera; ceux qui excellent dans l’art de parler pour ne rien dire parleront tant qu’ils voudront, et, Sans que la circulation soit troublée, les cabinets se succéderont les uns aux autres ; peut-être cependant vaudrait-il mieux en avoir un bon tout de suite, et qu’on n’ait pas à changer trop souvent les ministres des travaux publics, de l’agriculture et du commerce.
- Vous me répondrez qu’il y aura toujours des ivrognes, des paresseux et des voleurs, et qu’il faudra avoir l’œil sur eux; pour ceux-ci la police correctionnelle suffit. La Rue n’est dangereuse que quand les bons ouvriers y descendent.
- Votre tout dévoué,
- Turgan.
- A demain la réponse. — E. de G.
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- PRÉFACE.
- vin
- M. Francis Magnard, un des meilleurs lecteurs de la presse parisienne, sut trouver dans ma lettre et insérer dans le Figaro du % mars au matin ce que je désirais voir reproduire et propager.
- M. de Girardin avait développé l’autre jour cette théorie, qu’il fallait tout laisser dire et ne surveiller que la rue pour que l’ordre n’y soit point troublé. M. Turgan lui répond, dans une lettre que publie la France, que quelques signes de nulaisese manifestent dans l’industrie française. Pour y couper court, voici ce qu’il propose :
- Vous qui savez si bien dire, conseillez donc à nos législateurs :
- 1° De voter bien vite pour deux cents millions de travaux, et il y a assez de travaux reconnus urgents pour que je ne vous les indique pas.
- 2° Et, dans la même séance, de décider quil y aura à Paris, en 1868, une Exposition internationale universelle.
- Alors il y aura de l’ouvrage pour tout le monde; l’ouvrier étant à l’atelier et gagnant argement sa vie, il n’y aura pas besoin d’avoir l’œil sur la rue.
- F. M.
- Aucun autre journal ne dit mot.
- Le 2 mars au soir paraissait dans la France unelettre de M. de Girardin que je reproduis presque en entier, car elle rend bien l’état des esprits •au % mars 1876. Cette lettre indique bien aussi qu’à cette époque, l’idée d’une Exposition universelle, toute sympathique qu’elle fût à l’auteur de la lettre, était une proposition absolument imprévue et nouvelle qui avait bien peu de chances d’être adoptée.
- Je crois que, d’accord avec M. le président de là République, les deux Chambres qui viennent d’être élues agiraient sagement sielles se donnaient pour tâche de refaire résolument en 1876, pour le travail national et pour le crédit public, ce que fit résolument en 1852 le gouvernement de 1851,
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- PRÉFACE.
- IX
- ce qui l’affermit, et lui donna dix-huit an nées de durée malgré de grosses fautes commises.
- Lorsque l’argent abonde, c’est qu’il est sans emploi. 11 n’y a qu’à l’employer; alors il n’y aura pas à craindre que le travail manque, et que la consommation languisse.
- Le plus intéresse' à ce quelle ne languisse pas, c’est le gouvernement, car les impôts sur la consommation sont la principale de ses branches de revenus.
- La France doit à ses chemins dé fer l’immense essor industriel qui lui a permis d’atteindre au sommet d’une puissance financière dont, avant 1852, les esprits les plus hardis n’auraient pas osé annoncer et calculer la hauteur. Qu’elle les achève donc, ne fut-ce que par reconnaissance pour eux ! Cette nature de travail peut se passer d’emprunt. La garantie d’intérêt suffit, et comme elle rapporte indirectement à l’État plus quelle ne lui coûte directement, il n’y a point à hésiter et à marchander avec elle.
- A l’égard des autres grands travaux d’utilité publique et de prévoyance sociale auxquels ne saurait s’adapter la garantie d’intérêt, alors que la France les subventionne sans craindre de recourir largement, très-largement à l’emprunt! 11 y a lieu de prétendre et de soutenir que si M. Rouher, en 1860, alors ministre des travaux publics, était entré résolument dans la voie qui lui était tracée par le libre échange, dans lequel il venait de lancer l’industrie française, les dernières fautes désastreuses de la politique extérieure de l’Empire n’eussent pas été commises; l'Allemagne, cette patrie du Zollwerein, eut été entraînée par la rapidité du courant. Sans la pusillanimité de M. Rouher, sans le manque à sa parole donnée, solennellement donnée aux intérêts français,
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- PRÉFACE.
- il est à croire que l’idée d’entreprendre ce qu’il a accompli ne fût jamais entrée dans l’esprit de M. de Bismarck, si audacieux quil fut ét qu’il soit.
- La richesse se mesurant à la vitesse de circulation du disque monétaire sous toutes ses formes, si je faisais une objection à la première conclusion de votre lettre, ce serait pour trouver insuffisant le vote de deux cents millions de travaux. Que sont maintenant deux cents millions de travaux?
- Quant à voire deuxième conclusion, je la trouve juste , j’y adhère 'pleinement.
- Bien que je sache tout ce qu’on pourrait objecter contre elle, je n’hésite pas à déclarer que ce serait une très-heureuse et très-féconde idée qu’une Exposition internationale universelle en 1878.
- Mon appui le plus ferme et le plus chaleureux lui est donc acquis par ces quatre raisons :
- Premièrement, parce qu’elle donnerait une vive et subite impulsion à toutes les industries de tous les pays;
- Deuxièmement, parce qu’elle déterminerait le conseil municipal de Paris à hâter l’achèvement des grands travaux commencés;
- Troisièmement, parce que tout ce qui stimule l’esprit d’émulation apaise l’esprit de révolution et transforme l’esprit de conquête;
- Quatrièmement, et enfin, parce que les grandes expositions internationales universelles sont la gloire de l’ouvrier.
- Emile de Girardin.
- A cette longue lettre du rédacteur en chef de la France je répon dais quelques lignes sans intérêt aujourd’hui, mais où je trouve cepen dant ces phrases finales qui sont toujours vraies :
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- PRÉFACE.
- XI
- > Je vous en prie, laissons l’histoire'et-le passé. J’aime mieux m'avouer vaincu tout ; de suite.
- Au nom du ciel, pensons au présent et à . l’avenir ; et, pour en revenir au souvenir que vous avez évoqué, gardons-nous de la Rue par des moyens modernes et non par la tuerie traditionnelle. Comme vous le dites, mon cher maître, l’évolution s’est faite, cette fois, « avec des carrés de papier » ;
- , mais que la Chambre nouvelle ne s’y fie pas.
- Si elle ne comprend pas que nous sommes en 1876 et pas en 1830, ni en 1848, ni en 1851, — si elle n’est pas contemporaine, si - elle passe son temps à rabâcher le passé et à rééditer de vieux clichés d’injures rétrospectives , si elle ne s’occupe pas des vrais besoins de l’ordre matériel, — si elle ne nous remet pas à notre place en avant des nations, ce ne sera plus le carré de papier qui la menacera. Elle aura à choisir entre le pavé de Juin, les baïonnettes de Brumaire ou le fer de lance de 1815.
- Le lendemain, M. de Girardin publiait dans la France un article qui eut un grand retentissement. Il ne doutait plus, il affirmait.
- EXPOSITION UNIVERSELLE INTERNATIONALE.
- Samedi 4 mars 1876.
- Le 1" avril 1878, il y aura onze ans que l’Exposition universelle internationale de 1867 appelait à Paris le monde entier, ses souverains, ses savants, ses agronomes, ses industriels, ses commerçants, ses voyageurs, ses curieux et aussi les plus renommés parmi ses ouvriers.
- A cette époque, il semblait que ce dut être l’inauguration de la grande ère pacifique. La paix était non-seulement dans
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- PRÉFACE.
- tous les esprits, mais aussi dans tous les cœurs. Le sentiment qui parlait n était pas l’étroit sentiment de la rivalité et de l’envie; c’était le large sentiment de l’émulation et de l’impartialité. Le besoin commun de tous et de chacun était celui de se rendre réciproquement justice. Ce qui était bien, ce qui était nouveau, ce qui constituait une invention réelle, un perfectionnement judicieux, un progrès accompli, c’était à qui le distinguerait, le reconnaîtrait le premier et le proclamerait le plus haut! La tâche du jury était facile, car il n’avait guère qu’à prêter l’oreille au jugement de tous sur tous ; c’était moins une tâche de juré qu’une tâche de greffier. Jamais ne fut plus manifeste la puissance du milieu sur la nature humaine. Jamais on ne vit plus distinctement qu’elle est ce qu’il est.
- En cette année décisive, s’il se fût trouvé un homme d’Etat, un Napoléon de la paix, un Cavour de la paix, un Bismarck de la paix, qui s’appropriât cette vérité, qui en fit la base de sa politique, c’en était fait du faux équilibre européen, tombant en ruine ; c’en était fait du vieux monde, de la guerre et déjà conquête ! 11 n’y eût plus eu désormais de tués, d’amputés et d’invalides que les invalides, les amputés et les tués du travail et de l’accident, ce qui eût été encore trop; mais l’humanité l’inspirant, la science 11 eut pas tardé à en diminuer le nombre.
- L’idée d’une Exposition universelle internationale à Paris, en 1878, est une idée dont la justesse et dont les conséquences heureuses m’ont frappé; c’est pourquoi je me suis empressé d’insérer la lettre de son promoteur, M. Turgan, l’un de mes anciens lieutenants.
- Il serait à désirer que cette idée entrât dans le 'programme du futur cabinet défi-
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- PRÉFACE.
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- . : :;4
- XIII
- nilif; mais pour qu’elle y entre certainement, il n’y a point de temps à perdre. Le moyen de lui donner la consistance nécessaire, ce serait que les chefs d’industrie la prissent sous leur patronnage, soit en concourant à la convocation d’un grand meeting spécial dont assurément l’autorisation ne rencontrerait pas d’objection, soit en orga-nisantunpétitionnementgénéral, dont leçon-seilmunicipalde Paris pourraitprendre l’initiative et donner l’exemple, qui seraitimman* quablement suivi avec une grande ardeur.
- Émile de Girardjn.
- Forcé de faire un voyage dans le Midi, je partis content de voir mon idée adoptée chaleureusement par la France et relevée par le Figaro, mais ne croyant pas du tout qu’elle arriverait à éclore un jour et à donner le résultat que l’on a vu.
- J’ai assez vécu dans les secrètes pensées des grands pour savoir combien ces immenses concours de masses leur déplaisent; ayant le culte de leur personnalité, ils la sentent fondre dans ces flots populaires, et cela les exaspère.
- Si l’humanité allait se réveiller majeure et découvrir combien les administrés sont au-dessus des administrateurs, combien les gouvernés l’emportent sur les gouvernants?
- Là est le danger.
- Aussi, me disais-je, jamais ni les gouvernements, ni les oppositions (ces gouvernements au petit pied qui aspirent à l’être sur un plus grand), ne laisseront faire une chose pareille.
- Mais en revenant du Midi, je trouvai chez moi une carte de M. Fernand de Rodays, gérant du Figaro, qui avait bravé les intempéries de la saison et la distance pour venir me trouver dans ma retraite.
- Cela devenait de plus en plus sérieux.
- J’allai immédiatement rendre à M. de Rodays sa visite, et après un court entretien avec lui et M. Magnard,ie me rendis tout droit chez
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- XIV
- PRÉFACE
- M. de Villemessant, qui avait toujours été charmant pour moi, et que e retrouvai plus vert et plus acéré que jamais.
- —- Voyons, qu’est-ce que c’est que votre Exposition?
- Je plaidai la cause de la France, de la paix, dé l’union des peuples, etc.
- — Et vous?
- Il paraît que sur cette interrogation, à laquelle je n’avais pas songé, ’eus l’air si vraiment étonné que M. de Villemessant me regarda, je dois l’avouer, avec un dédain fort peu dissimulé.
- Mais, comme il est, avant tout, malgré sa brusquerie, un homme bien élevé, il remonta bien vite de l’hésitation à la bienveillance et me demanda ce que je désirais. Je lui remis alors la note suivante, qui parut le 10 mars, à la première page du Figaro, et dans les autres journaux mentionnés à la suite de la note :
- EXPOSITION UNIVERSELLE de 1878.
- 10 mars.
- Une Exposition universelle doit avoir lieu en 1878. La période décennale est écoulée.
- Si elle n a pas encore été officiellement annoncée, c’est sans doute parce que les préoccupations d’un autre ordre en ont distrait le gouvernement et la Chambre.
- Pour organiser une entreprise aussi considérable, pour construire les installations appropriées, pour que les industriels eux-mêmes puissent combiner leurs efforts, il faut du temps. Deux ans suffisent, il est vrai; mais on ne doit pas perdre un jour.
- Un grand nombre de questions de détail se soulèvent au premier abord. Il faut du temps pour qu’elles se produisent, il faut du temps pour les résoudre. L’emplacement des installations sera-t-il le palais de l’Industrie et ses alentours, le Champ de Mars ou le champ de courses de Longchamps ?
- Y a-t-il un autre site mieux approprié?
- Les bâtiments seront-ils carrés, ronds ou
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- PRÉFACE.
- XV
- ovales? et mille autres sujets de discussions qui amèneront de longs retards à la décision dernière.
- Pour éviter ces retards, pour préparer le travail aux commissions officielles, nous appelons le public à concourir à cette grande œuvre internationale. Une commission d’études est formée. Elle fait appel à toutes les bonnes idées.
- S’adressant d’abord aux ingénieurs, aux architectes, aux entrepreneurs et aux constructeurs français ou étrangers, elle met au concours le projet d’installation de l’Exposition universelle de 1878.
- Le meilleur mémoire, avec les plans qui devront être annexés, sera publié dans un numéro spécial avec la vue d’ensemble et les figures explicatives.
- Ce numéro paraîtra le 15 avril.
- On recevra les mémoires jusqu’au 8 avril inclusivement.
- Les mémoires pourront être déposés :
- Aux bureaux du Figaro, rue Drouot, 26;
- De la France, rue du faubourg-Montmartre, 10 ;
- Du Petit Journal, rue Lafayette, 61 ;
- Des Grandes Usines, rue Auber, 3.
- En posant la nécessité d’une sanction en 1878, et en engageant la discussion sur l’emplacement à choisir, la question gagnait du temps et se développait non plus comme une possibilité, mais comme un fait.
- Je ne sais pas où j’avais imaginé qu’une période décennale eût été légalement décidée pour les Expositions universelles internationales; mais ayant voulu rechercher depuis si une loi, un décret, un arrêté quelconque, avait déterminé cette période décennale, jamais je n’ai pu le retrouver.
- Après avoir mis le bon à insérer sur ce manifes’te, M. de Villemessant réfléchit un instant et me dit gravement :
- — Et Decazes, lui en avez-vous parlé?
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- XV!
- PRÉFACE.
- J’y avais bien pensé, mais mon défaut de confiance dans les gouvernements quels qu’ils soient m’avait empêché d’aller le trouver.
- — Voilà ma carte, allez-y demain matin.
- Je fis part à M. de Girardin de l’observation de M. de Villemessant; il la trouva juste, me donna aussi sa carte, et le lendemain matin, le Figaro dans ma poche, je me rendis au ministère des affaires étrangères.
- Le ministre me reçut, et, au lieu de parler, je lui présentai la note du Figaro.
- Les circonstances étaient difficiles pour la France : devait-elle prendre une part active aux événements d’Orient qui se préparaient? devait-elle se recueillir?
- Après quelques secondes de réflexion, le duc Decazes releva la tête et me dit :
- — Je ne vous défends pas de continuer votre campagne.
- C’était tout ce que je voulais. Je voyais bien qu’au fond il était loin d’être persuadé que je réussirais, mais je savais que, dans un si bon esprit, la conviction se formerait. En effet, j’ai appris depuis, qu’au conseil des ministres, le duc avait insisté sur l’opportunité de la mesure, qu’il en avait si bien compris la portée au point de vue des relations étrangères qu’il aurait de grand cœur accepté d’être commissaire général s’il n’avait pas été ministre à ce moment.
- En sortant du ministère, je me recueillis et je sentis combien ma demande avait été hasardeuse. Mon instinct m’avertissait des résistances à vaincre, des apathies à soulever : l’opinion des amis que je rencontrais n’était pas saisie par la grandeur et la hardiesse même de l’œuvre. Ceux qui acceptaient l’idée la trouvaient prématurée.
- L’heureuse pensée me vint d’aller demander l’appui de Victor Hugo. Il y avait vingt-six ans que je ne l’avais vu; mais pour moi il me semblait qu’il devait comprendre.
- Victor Hugo ne put me recevoir. Le Sénat l’appelait à Versailles, et les difficultés politiques de cette époque si troublé prenaient tout son temps. Je reçus cependant de lui la lettre suivante :
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- PRÉFACB.
- XV U
- Versailles, 10 mars.
- Soyez assez bon, Monsieur, pour venir me voir le jour qui vous plaira, le soir , à neuf heures, samedi et lundi exceptés. Je causerai bien volontiers avec vous de ces questions où vous êtes si compétent, et je serai charmé de vous serrer la main
- Sijné : Victor Hugo.
- Je me hâtai d’accepter l’invitation, et, tout ému d’être en présence du grand écrivain, du poëte divin dont si souvent avec le pauvre Gautier nous avions déclamé les œuvres sublimes, je montai la rue de Clichy, où Victor Hugo m’accueillit comme s’il m’avait vu la veille, et me mena dans son salon, où je retrouvai mes anciens amis de YÉvénement de 1849, Meuriee et Vacquerie. Je retrouvai aussi le docteur Sée, mon interne, quand j’étais externe à l’hôpital Saint-Antoine, et je fis connaissance avec M. Ernest Lefebvre, alors tout préoccupé des affaires de la ville de Paris.
- Il me fut impossible de parler à Hugo, absorbé par les préoccupations de l’amnistie qu’il demandait. 11 m’invita à diner le lendemain. Mais lorsque, à table, j’essayai de parler de l’Exposition de 1878, M. Spul-ler me dit durement :
- — Vous voulez donc nous empêcher de faire le centenaire de 1789?
- Je commençais à être inquiet, lorsque, après le dîner, Hugo me prit à part et m’invita à parler.
- Il écoutait avec attention, se rappelait un voyage fait à Lille avec le prince président; il revoyait dans sa mémoire les caves des tisserands : il parla plutôt à lui-même qu’à moi. Je l’entendais, sans souffler mot, pénétré par le charme de cette parole du maître si simple et si touchante, quand il ne rugit pas, ce charme qui, plus encore que sa colère, \ fait sa véritable force et l’instrument certain de la domination naturelle l subie avec reconnaissance par tous ceux auxquels il permet de ' l’approcher.
- Il parla ainsi longtemps, et je ne cherchais pas à l inlerrompre; puis il se leva, rentra dans le salon, fit un geste de la main; les conversations particulières cessèrent à l’instant.
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- Hugo dit alors qu’il fallait que l’Exposition se fit. Il raconta Paris centre des transactions du monde, Paris ville des peuples, ce Paris qu’il aime à la passion, — il vit ce qui s’est réalisé : Ces masses arrivant de tous les points du monde pour s’instruire chez nous mutuellement, nous apportant la fleur de leurs productions, le résultat de leurs efforts, apprenant surtout à Paris cette vie facile, libre, et où chaque individualité, pourvu qu’elle vaille quelque chose, se meut d’elle-même sans entraves et sans tristesse. Ces foules de cent mille âmes réunies sur quelques hectares, se coudoyant, calmes, attentives,
- Sans une rixe,
- Sans un homme ivre.
- A peine quelques vols ou plutôt tentatives do vol, moins que dans un de nos grands magasins de nouveautés.
- Le poëte voyait, le maître imposait sa volonté.
- La cause était définitivement gagnée.
- Dès le lendemain le Rappel se joignait à la France, au Figaro, au Petit Journal, à la Patrie. — Le conseil municipal se préoccupait de l’Exposition, et, malgré l’opposition de quelques journaux français et étrangers que nous ne nommerons pas, un des premiers actes du nouveau ministère fut de consacrer par un décret qu’il y aurait, en 4878,. une Exposition universelle internationale.
- Le président de la République française,
- Sur le rapport du ministre de F agriculture et du commerce,
- Décrète :
- Art. lor. Une exposition universelle des produits agricoles et industriels s’ouvrira à Paris le 1er mai 1878, et sera close le 31 octobre suivant.
- Les produits de toutes les nations seront admis à cette exposition.
- Art. 2. Un décret ultérieur déterminera les conditions dans lesquelles se fera l’exposition universelle, le régime sous lequel seront placées les marchandises exposées et
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- PRÉFACE.
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- les divers genres de produits susceptibles d’être admis.
- Art. 3. Le ministre de l’agriculture et du commerce est chargé de l’exécution du présent décret.
- Fait à Versailles, le 4 avril 1870.
- Maréchal de Mac-Mahon , *
- duc de Magenta.
- Par le président de la République :
- Le ministre de Vagriculture et du commerce,
- Teisserenc de Bort.
- L’Exposition était décidée en principe : il fallut régler bien des choses, compléter la commission supérieure, nommer les comités d’admission, choisir l’emplacement.
- La France lutta avec persévérance pour diriger le choix du gouvernement vers l’espace de terrain compris au bois de Boulogne entre les lacs et le Ranelagh, entre la porte d’Auteuil et la porte Maillot, pour que les dépenses énormes nécessitées par la construction et l’aménagement du palais ne fussent pas perdues; mais ce fut inutile; on décida que le Champs de Mars recevrait un édifice temporaire, et que l’on édifierait au Troeadéro une construction bizarre, assez décorative vue de loin, moins agréable vue de près,-mais surtout difficilement utilisable à cause de sa forme arquée et de l’étroitesse de ses galeries.
- Le mouvement commençait cependant à s’accentuer en faveur de l’idée; les attaques de l’étranger, les hostilités sourdes ou déclarées des partis s’atténuaient, tous les esprits se tendaient vers l’œuvre nationale, lorsque le 46 mai vint raviver les fureurs politiques, détourner du travail ceux qui ne demandaient qu’à s’y livrer et apporter une perturbation profonde qui se traduisit par une stagnation presque complète de six mois.
- Heureusement, le commissariat et les comités d’admission étaient constitués; sous la direction vraiment patriotique de M. Dietz-Monnin, auquel notre industrie française ne saurait trop prodiguer ses remercî-ments, les comités s’organisèrent et fonctionnèrent avecun zèle soutenu, malgré le découragement qu’ils rencontraient chez les industriels.
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- II fallut les inviter à exposer ; plusieurs refusèrent, le plus grand nombre resta hésitant. — C’est ainsi qu’ou arriva jusqu’à la fin de novembre.
- Le Palais se construisait cependant, mais sans zèle, presque sans foi.
- Enfin la crise se termina, et le 26 décembre je pouvais insérer dans la France l’article suivant :
- Comme president d’un des comite's d’admission, j’étais, samedi22 décembre, convié à la visite officielle des bâtiments de l’Expo sition.
- Bien que je sois loin de tout approuver, surtout remplacement choisi, j’ai rapporté de cette visite une impression profonde.
- C’est beau, ce sera splendide, et surtout c’est fait.
- Par quels prodiges d’activité, par quel judicieux emploi des nouveaux procédés de construction, le Palais s’est-il dressé debout dans cette plaine; comment cette œuvre colossale du Trocadéro a-t-elle pu se terminer en quelques nuits? nous le raconterons un jour.
- Aujourd’hui nous devons surtout crier :
- A Vœuvre! à Vœuvre!
- Ne nous laissons pas endormir dans une trompeuse sécurité. Nous pouvons être prêts, c’est vrai, mais nous n’avons plus que quatre mois pour décorer et remplir le palais.
- Plusieurs comités d’installation de la section française n’ont pas terminé leurs travaux.
- Beaucoup d’exposants français ont hésité à la dernière heure, et, tandis que les étrangers ne doutaient ni de notre- exactitude, ni de notre succès, un grand nombre — je dis un grand nombre — et non quelques-uns des nôtres, ont ralenti leurs travaux.
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- 11 était temps que la crise politique cessât ; un mois de plus, il était trop tard.
- Mais tout cela est réparable. En quatre mois, en France, on fait bien des choses.
- Mais il n'y a plus que quatre mois.
- Quant à la visite officielle, elle m’a paru bien hâtivement conduite, manquer de dignité, presque de convenance.
- On ne fait pas une aussi solennelle démarche au pas de course, comme on emporte une redoute. Je sais bien qu’il faisait un froid de glace, que le sol est incomplètement nivelé et que les portes sont absentes ; mais ce n’est pas une raison de courir si vite : dans des circonstances comme celles-là, un chef d’Etat ne doit jamais avoir l'air pressé.
- M. Teisserenc de Bort rayonnait, lui qui me disait mélancoliquement en mai 1876 :
- « C’est moi qui en aurai tous les ennuis, mais ce n’est pas moi qui la finirai. «
- J’ai pu lui répondre hier : « Vous voyez que c’est tout le contraire. Vous revenez au bout de six mois, et vous trouvez tout terminé. «
- Tout? non pas tout.
- 11 y a encore à faire les honneurs de notre pays à ceux qui ont répondu à notre appel.
- Et je dois dire ici que M. Teisserenc do Bort, aidé de M. Edmond' Teisserenc, son fils et son chef de cabinet, a rempli cette difficile mission de la façon la plus gracieuse et la mieux adaptée aux circonstances, malgré la détestable distribution de l’hôtel qu’il habite Malgré des efforts surhumains, l’installation ne marchait pas vite,, et vers la fin de janvier, je trouvais nécessaire de rappeler aux exposants français que quatre-vingt-dix jours seulement les séparaient, d’une échéance qu’ils ne pouvaient laisser protester.
- La France donne, aujourd’hui, à sa troisième page, un plan indiquant la distribution
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- des classes dans la partie du palais réservée à la section française.
- A côté de ce plan est l'instruction envoyée aux exposants français pour leur expliquer minutieusement les procédés qu’ils doivent employer pour faire parvenir leurs colis jusqu’à la place désignée.
- Cette instruction leur rappelle que les 20, 27, 28, 29 et 30 avril seront consacrés au nettoyage et à la mise en ordre dernière, de sorte qu’aucun colis ne pourra pénétrer dans le palais à partir du 26. 11 ne reste donc plus que quatre-vingt-dix jours.
- Quatre-vingt-dix jours pour que les objets soient en place.
- C’est une échéance solennelle que pas un ne doit laisser protester.
- Au dedans, comme au dehors du Palais, la France va comparaître devant le monde.
- Dans quatre-vingt-dix jours, nos ennemis viendront voir si les blessures qu’ils nous ont faites sont encore saignantes, si les coups dont nous nous sommes nous-mêmes si cruellement frappés nous ont abattus sans retour.
- ÎVos amis, ceux qui cherchaient autrefois dans la France force et justice, ceux qui n’ont pas applaudi à nos douleurs, pourront constater avec joie les rassurants symptômes de notre vie renaissante.
- Mais il ne faut pas se faire d’illusion. Depuis 1867, les autres peuples, chez lesquels la vie industrielle n’a pas été interrompue, ont fait de grands progrès; chez nous, la résurrection a été lente, notre marche en avant commence à peine ; beaucoup d’entre nous, bercés par nos gloires passées, ont trouvé prématurée l’Exposition de 1878; ils craignaient encore d’exciter l’envie; sachons nous contenter de mériter le respect.
- Dans quatre-vingt-dix jours!
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- Puis ce fut quarante jours avant le 4“ mai que je crus devoir écrire :
- Quarante jours seulement nous séparent du 25 avril, terme extrême fixé parla commission pour que l’installation soit terminée; et cependant si quelques comités ont accompli leur mission, d’autres ne montrent pas une hâte aussi méritoire.
- 11 est vrai que ces derniers sont en petit nombre, qu’ils promettent, nous dit-on, de retrouver bientôt le temps perdu. La classe IX, imprimerie et librairie, est la moins avancée ; elle aura fort à faire si elle veut être prête en temps 'utile.
- La galerie des machines, celle dont Vinstallation est la plus longue et la plus pénible, commence à s’animer- elle montre déjà quelques volants dressés; le premier, M. Berendorf y termine le montage de ses grands appareils destinés au travail des cuirs et des maroquins.
- Plusieurs classes ont déjà leurs vitrines un peu garnies de glaces; parmi elles, la classe XLVIII (teinture et blanchiment), la classe XXXVII (bonneterie et lingerie), pourraient être achevées en quelques jours.
- Gomme nous l’avions espéré, chaque classe a été laissée libre de son ornementation. Les uns, comme les céramistes, ont revêtu leurs murs et leurs dressoirs avec du drap grenat ; les autres se sont contentés de toiles peintes en brun rougeâtre; d’autres encore ont préféré les verts de plusieurs tons.
- La bonneterie a adopté la teinte tilleul;, la parfumerie, le bleu clair.
- Les vitrines sont pour la plupart en bois noirci plus ou moins ouvragé; quelques classes, comme laXXXVÏiï(habillements des deux sexes), ont été jusqu’au chêne sculpté; les décorateurs de cette dernière classe ont eu la bonne idée dé poser autour de l’étoffe vert olive qui forme leurs parois une bande imitant la bordure des tapisseries dites verdures de Flandre.
- L’agencement de la classe XXVII, appareils de chauffage et d’éclairage, est très-habilement combiné.
- Il fallait pouvoir suspendre au plafond des lustres, lampes et autres lourds appareils. L’architecte chargé des travaux a dressé, en fonte, fer et tôle, toute une armature qui deviendra invisible dans l’ornemen-tatiou et pourra supporter des lustres de 1,200 et de 3,000 kilo* grammes.
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- La classe voisine XLI, objets de voyage et de campement, me paraît moins heureusement disposée.
- Ses vitrines en imitation de bambou et ses parois revêtues d’une couleur violette d’aniline, condamnée à disparaître avec la lumière vive de l’été, choquent le regard, surtout à la suite des autres salles, d’une décoration plus française.
- Les sections étrangères commencent à recevoir les envois de leurs exposants et se hâtent pour être à même de placer les objets qui leur arrivent, non pas un à un, comme chez nous, mais par navires et par trains complets.
- Le déchargement des wagons est facilité, à l’extérieur du palais, par la présence de grandes grues sur les rails, fournies, les unes par le Creusot, d’autres par M. Appleby, exposant anglais.
- A l’intérieur, de petits chemins de fer portatifs, posés sur le plancher, et placés par le même M. Appleby pour l’Angleterre, et par M. Decauville pour la France, amènent jusqu’au pied des vitrines les objets d’exposition, qui échappent ainsi aux secousses et aux chances de rupture.
- Ces arrivages sont chaque jour plus fréquents et plus considérables.
- En ce moment, une partie du grand vestibule de l’École militaire s’est trouvée brusquement remplie par une masse de colis divers venant de Hollande et des colonies hollandaises de l’extrême Orient; des arbres entiers font partie de ce convoi. Le même pays a déposé, à l’extrémité sud de la galerie des machines étrangères, une collection de canons, d’alîêts, entourant un matériel d’ambulances, voitures comprises.
- La Suisse a depuis quelques jours terminé l’ornement d’une salle destinée à son horlogerie.
- Le plafond montre des poutres apparentes peintes et ornées, complétant le cadre d’un vélum tendu, et figurant à s’y méprendre un vitrail. Les parois de cette salle sont recouvertes de cuir repoussé, argenté ou doré.
- Dans ce même pays, beaucoup de vitrines ont leurs glaces, et dans la galerie des machines, les constructeurs de Lucerne, de Zurich, de Wintterthur et de Saint-Gall montent des machines-outils.
- Des charpentiers et menuisiers russes se hâtent de façonner les bois
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- qu’ils travaillent avec tant d’adresse; mais ils sont loin d’être en avance.
- Les quelques visiteurs militaires ou civils admis par grande exception dans le palais du Champ de Mars s’arrêtent devant l’atelier chinois, où se dressent des vitrines tellement ouvragées, sculptées, peintes et vernies que, sans leur taille, elles seraient elles-mêmes des objets d’étagère. Il me paraît difficile que leur contenu soit plus curieux encore que le contenant.
- L’Angleterre ne semble pas se presser beaucoup; mais comme elle n’a pas cloisonné l’espace dont elle peut disposer, elle pourra en quelques jours mettre en place les produits au moment de leur arrivée. Cette section est aujourd’hui remarquable par un grand vélum à dessins d’anciens cachemires —blanc, jaune et brun — d’un caractère tout à fait particulier.
- Le Canada est bien plus avancé que la métropole ; ses vitrines sont debout, et il a envoyé toute une cargaison de voitures légères, de sleighs élégants, des canots, des roues, des machines, des moissonneuses , des faucheuses d’un système inconnu en France et d’un travail remarquable, des échantillons de bois, des peaux et des fourrures. Une partie de ces envois, et ce n’est pas la moins intéressante, se trouve dans l’annexe de la section anglaise, du côté de Grenelle.
- Dans l’enceinte, bien que hors du palais, les exposants fleuristes et pépiniéristes ont, depuis huit jours, exécuté rapidement leurs plantations ; des collections de rosiers et d’arbustes remplissent tous les espaces laissés vides par les constructions.
- Il y a même des espaliers jusque sur la paroi externe des petits bâtiments renfermant les machines motrices.
- C’est ainsi que, presque en face de la porte Rapp, M. Chevalier, de Montreuil, vient de fixer au mur trois magnifiques pêchers dont les branches s’allongent en forme de lyre.
- Legros œuvre du palais devient chaque jour méconnaissable ; l’ossature en fer, qui paraissait si aride et si froide, se recouvre de terres cuites et de faïences d’un grand effet.
- Un procédé nouveau de décoration rapide s'exécute au moyen d'étoupes empâtées dans du plâtre et moulées dans des creux affectant toutes les formes d’ornementation.
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- On applique adroitement les reliefs ainsi obtenus pour dissimuler la tôle des grandes colonnes carrées des vestibules ; on en compose aussi les caissons des plafonds. Sous la peinture et la dorure, cette ornementation si rapide et si bon marché donne des reliefs d’une richesse extraordinaire, eu égard surtout au prix d’exécution.
- Des statues colossales se dressent de tous côtés, des perrons et des bal astres de pierre se découvrent. Le tableau change et s’épanouit à vue d’œil.
- Le spectacle est si intéressant qu’on ne se sent plus le courage de l'amer quelques défectuosités de l’œuvre.
- Le 30 mars, j’écrivais encore :
- L’Angleterre a devancé la France.
- La première vitrine, complètement garnie de ses produits, est celle de MM. Adams and Bromley, céramistes, à Hanley (Staffordshire). Elle contient des vases et des pièces d’ornement en faïence : un lion, des enfants portant une coupe.
- Dans un des vases, un bouquet de fleurs, orné de rubans, porte une inscription à la gloire de l’Angleterre et de la France, i L’espace occupé par la section anglaise s’est couvert en quelques jours de très-jolies vitrines, noir et or, cfui seront bientôt remplies.
- La section française semble encore bien en retard; et cependant, le 15 avril, tout emplacement dont on n’aura pas pris possession rentrera au pouvoir de l’administration, qui en disposera comme bon lui semblera.
- Tant pis pour les hésitants.
- Tant pis pour ceux qui n’ont pas cru à la réalité de l’œuvre; ils verront leurs rivaux et leurs concurrents entourés et admirés par la foule, tandis que les retardataires et les déserteurs resteront dans un oubli mérité.
- Les Anglais se distinguent par l’extrême propreté qui règne dans toute l’étendue de leur section : ils ont tellement bien conçu leur procédé de manutention au moyen de petits chemins de fer Appleby, qu’ils peuvent apporter leurs colis et les déballer sans fausses manœuvres, sans poussière. Ils appliquent cette vérité banale, il est vrai, mais si rarement comprise, que pour ne pas avoir à nettoyer, il faut s’arranger pour ne pas rendre soi-même ce nettoyage nécessaire.
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- Il n’en est pas de même chez nous. Comment la section française pourra-t-elle s’installer avec rapidité et sécurité, si, à côté d’une salle entièrement terminée, il s’en trouve d’autres encore toutes pleines de copeau et de balayures ?
- Déjà le comité de la classe XX, une des premières terminées, est orcé de cacher avec des papiers ses étagères et ses dressoirs.
- Du côté des sections étrangères, tout l’arrivage s’exécutant par chemins de fer, l’ordre est parfait, le débarquement propre et facile; chez nous, au contraire, les camions se succèdent, apportant avec eux la boue qui deviendra bientôt de la poussière.
- Quelques-uns, trop chargés, montent difficilement les rampes assez roides qui conduisent au plancher du palais, et causent déjà, à certaines heures, un encombrement qui ne fera qu’augmenter.
- Il y a environ 8,000 exposants parisiens. Je sais bien que, parmi eux, quelques-uns n’ont pas besoin de lourdes charrettes pour faire leur emménagement; mais il y aura encore trop de véhicules de toutes sortes pour la mauvaise disposition des abords.
- Comme on ne peut faire entrer les camions dans les salles, ni débarquer les colis à la pluie, au milieu des champs de rosiers, il serait temps de penser à cette menaçante éventualité en établissant des points de débarquement, où des chemins de fer à petite section, reliés à ceux qui seraient posés, comme dans la section anglaise, sur le plancher même des salles, recevraient les colis parisiens et les porteraient sans encombre, et sans risques de fracture, jusqu’à l’emplacement qu’ils doivent occuper.
- L’importante question des abords semble avoir été presque partout négligée; est-ce par suite de cet esprit d’incrédulité et de malveillance dont l’Exposition a souffert depuis sa naissance? mais rien n’est disposé pour recevoir les visiteurs et les mettre à l’abri de la pluie ou du soleil.
- De quelque côté que l’on se présente, il y a toujours un espace découvert à traverser, pour pénétrer dans le Palais. La gare même du chemin de fer, en est séparée.
- Il y a bien à la porte Rapp un commencement d’auvent et de toit destiné, paraît-il, à rallier l’édifice avec la voie publique; mais je ne pense pas que plus de quatre ou cinq voitures puissent s’y trouver à couvert en même temps.
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- Partout ailleurs, les visiteurs, marchant dans le sable ou la boue, apporteront clans le Palais les traces de leur passage. Ne serait-il pas sage d’établir, dès à présent, des passages asphaltés et couverts ?
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- Hélas! tout ce que je prévoyais alors s’est pleinement justifié.
- Tout le temps de l’Exposition, la malpropreté et l’instabilité du sol ant été l’objet de critiques méritées. — Il fallait venir chaussé de bottes fortes et marcher péniblement dans le sol caillouteux des allées du dans la boue des planchers arrosés à outrance pour masquer la poussière. L’angleterre seule tenait ses salles propres et convenable* oaent nettoyées.
- Il en est résulté une déplorable inélégance de costume de la part les visiteurs, inélégance que nos ouvriers en soieries et nos fabricants i’habillements de luxe peuvent reprocher avec juste raison aux Drganisatcurs de l'Exposition.
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- Pour tâcher de pallier le défaut d’exactitude dans l’aménagement lont la terminaison avait été fixée au 20 avril, j’écrivais le 15 de ce nois :
- Pour tous ceux qui ont vu les progrès faits dans la dernière semaine, il n’est pas douteux que l’on ne puisse ouvrir le 1or mai.
- Bien certainement, un ou deux mois encore auraient permis de ;erminer avec moins de précipitation quelques parties du monument jui s’exécutent un peu vite. II est également évident que beaucoup l’exposants, surtout dans la section française, auraient désiré avoir plus de temps pour l’arrangement particulier de leurs propres installa-;ions, et qu’un petit nombre de comités d’installation n’ont pas assez activement poussé les travaux communs à la classe entière.
- Depuis 1851 il en a toujours été ainsi.
- J’ai toujours, pendant la première quinzaine d’une exposition internationale, entendu le bruit des marteaux ouvrant quelques caisses arrivées en retard ; toujours j’ai eu à m’éloigner prudemment de panneaux un peu trop récemment peints. Toute personne qui a fait construire sait très-bien qu’il faut aménager dans une maison pour que !es entrepreneurs et les ouvriers se décident à la quitter.
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- Pour ceux qui n’ont pas, depuis le commencement des travaux, suivi pas à pas l’œuvre grandissante, une visite à l’heure présente né donne pas une première impression favorable.
- Bien que la plus grande partie des échafaudages et des établis aient déjà disparu, il en reste encore assez pour gêner l’installation dernière; en regardant mieux on voit, à peu d’exceptions près, que toutes les vitrines françaises sont debout et garnies de leurs glaces ; pour ce qui concerne les étoffes, l’orfèvrerie, la bijouterie, la cristallerie, les glaces, les papiers peints, les meubles, la carrosserie et tous les admirables produits de l’industrie parisienne, on connaît avec quelle rapidité les habiles commis de nos magasins savent procéder à leur étalage. Il n’y a donc rien à craindre de ce côté.
- Pour d’autres industries, où les produits plus lourds demandent plus d’efforts, les objets sont presque tous apportés; il n’y a guère qu’à les ajuster ; l’imagination féconde et le goût de nos exposants sauront tirer un bon parti desVleux semaines qui restent encore.
- Quelques-uns ont plus à faire ; ce sont ceux qui se sont chargés de décorer des salons entiers avec les produits qu’ils exposent. Aussi ne quittent-ils pas un instant leurs chantiers.
- Dans la classe XVIII, M. Collinot, l’associé et le continuateur du regrettable M. de Beaumont, s’est donné la tâche difficile de revêtir une salle entière avec les belles faïences orientales qu’il compose au Parc des Princes sur les cartons de son ami. 11 se hâte de terminer une salle à manger japonaise, un fumoir persan, une salle de bain turque, un salon français avec parois et colonnettes tout en faïence, dont il remplira les espaces vides avec des vases énormes et des pièces d’ornementation de toute dimension.
- Les vélums et les plafonds tendus sont presque tous en place, et leur infinie variété donne d’heureuses oppositions. Signalons principalement l’agencement artistique de la classe XXIV, toute lambrequinée de velours d’un bleu rabattu, bordée de passementeries de môme couleur.
- La classe XIX, cristaux, verrerie et vitraux, n’a pas cloisonné l’espace qui lui était accordé, de sorte que, contrairement à la plupart des autres classes, tous ses exposants seront visibles pour les visiteurs qui passeront dans la longue galerie vitrée au bord de laquelle elle vient s’ouvrir.
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- Dans la section française, c’est là un grand avantage, car le cloisonnement à portes étroites, adopté généralement, rend bien difficile de se diriger et de se reconnaîlre.
- Jusqu’à présent, les vestibules, rues et passages, ne portent aucunes plaques indicatives qui puissent guider le public dans ce labyrinthe; trois galeries transversales ont été nommées par la foule galerie d’Iéna, galerie Rapp et galerie de l’École militaire.
- Sur les plans déjà publiés, les passages vitrés, longitudinaux, et les autres galeries transversales plus petites, n’ont pas encore de nom; il me semble indispensable non-seulement de leur en donner un, mais encore de l’afficher à leurs intersections, ce qui serait une petite dépense et aiderait beaucoup les visiteurs à se retrouver. Si la pancarte portant le nom de la rue contenait aussi l’énumération des classes voisines et de leurs produits, !e parcours serait encore plus facile, et chacun irait au point cherché par lui, sans perte de temps, et sans être forcé de questionner incessamment les gardiens.
- Les indications sont presque inutiles dans les sections étrangères; car, sauf la Belgique, la Suisse et l’Autriche, les autres États ont laièsé la vue s’étendre au loin entre les vitrines.
- La section anglaise est presque terminée. Dans leur galerie des machines, nos voisins procèdent au montage aussi rapidement que possible.
- Les États-Unis viennent d’envoyer une partie de leur exposition, escortée d’un détachement de soldats et de matelots, dont les officiers portent avec élégance leur riche uniforme, en surveillant le transport de leurs précieux colis.
- Suède, Norvège, Espagne, Autriche et Russie s’efforcent d’arriver à temps.
- Le Japon déballe avec ardeur des vases de porcelaine dure, splendides de coloris et de glacé, parmi lesquels je recommande aux connaisseurs deux grands cylindres fond bleu ornés de paquets de fleurs en saillie.
- L’Italie, qui jusqu’à présent ne nous avait montré que des montagnes de caisses, sera certainement prête avant la fin du mois, si elle procède aussi rapidement que depuis trois jours.
- Autant qu’il est possible d’en juger maintenant, l’exposition italienne
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- PREFACE.
- XXXI
- sera beaucoup plus belle -qu’en 1867; déjà parmi les meubles d’art, dont le rangement s’effectue, se montrent de véritables chefs-d’œuvro d’ébénisterie et de sculpture sur bois et métal.
- Hier, M. Yung, de Milan, agent de change de profession, mais ébéniste dilettante, découvrait un bureau très-ouvragé, couvert de sujets mythologiques exécutés par un procédé particulier, où les bois de diverses couleurs, les métaux, l’ivoire, la nacre, habilement mélangés, produisent un grand effet.
- Des têtes de lion et des fleurs en bois sculpté, argentées par la galvanoplastie, procédé nouveau et appelé à un grand avenir, ajoutent à ce meuble une ornementation un peu chargée, mais très-réussie.
- Au devant on déballait un mobilier complet, chaises, fauteuil, canapé, construit en longues cornes de bœuf, rehaussés de cornes de bélier.
- Le milieu d’une des salles italiennes est occupé par un grand dressoir en bois brun naturel sculpté, œuvre de M. Frullini, de Florence, et destiné à renfermer les échantillons de cigares de la ferme des tabacs d’Italie. Quatre grands griffons portent la boîte vitrée où seront déposés les tabacs; elle est surmontée d’un couronnement qu’entourent des aigles de même matière et de même couleur.
- Le portail italien est une véritable œuvre d’art dans toutes ses parties ; il se développe sur 35 mètres de large et atteint une hauteur de 15 mètres.
- Il a été construit par le professeur Bazile, de Palerme, dans le style italien du dix-septième siècle. Le gros œuvre est recouvert de terres cuites exécutées par Yalenti, de Palerme ; leur surface est décorée avec des festons, bouquets de fleurs, rubans, peu saillants et très-élégants.
- Le portail forme cinq arcades soutenues par des colonnes on mar-moridée, imitant le vert antique, composées par Ciccaghi, de Rome; d’autres ornements blancs sur fond gris sont de M. Brugnoli, de Pérouse.
- La première des cinq entrées est dédiée à la musique, comme l’indique une grande lyre enlacée de lauriers, au-dessus de laquelle sont alignés les portraits en mosaïque de Bellini, Donizetti, Rossini. La
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- PRÉFACE.
- seconde entrée est dédiée à l’architecture, et les médaillons représentent Yitruve, Palladio et Bramante.
- L’entrée principale porte les armes d’Italie, et dans la mosaïque, les médaillons de Dante, de Raphaël et de Titien. L’arcade suivante, dédiée au commerce, a pour ornements les portraits de Christophe Colomb, Marco Polo et Flavio Gioja.
- Les portraits de Galilée, Yolta et Galloni surmontent la dernière entrée consacrée aux sciences. Du côté de la galerie transversale est un grand médaillon en majolique qui représente le Colosso.
- Dans la corniche principale se détachent, en terre cuite, les médaillons de Cellini, Machiavel, l’Arioste, le Tasse, Pétrarque, Léonard de Yinci.
- Sous le vestibule sont des portraits en majolique de Victor-Emma-nnel, Humbert 1er et de la reine Marguerite. Sur quatre pilastres dominant l’ensemble s’élèvent des statues : l’Agriculture, par Masini, de Florence; l’Industrie, par Allegretti, de Parme, et deux Génies, par Monteverde.
- L’exécution de tous ces détails a été confiée à des exposants de grand mérite : les mosaïques sont de Venise et de Murano, les majo-liques de Farini et du comte Feniani, de Faenza. Un poinçon en fer, forgé au marteau par M. Franci, de Sienne, sert de hampe au drapeau italien.
- Cette façade est la plus heureusement placée de toutes, car seule elle a devant elle un jardin et peut être vue à quelque distance lorsqu’on arrive par la galerie faisant suite à la porte Rapp.
- Le drapeau noir, jaune et rouge flotte déjà sur la façade belge, et bientôt la rue des Nations verra flotter également les étendards de tous nos invités.
- Aux annexes, dans les jardins, règne une extrême activité; l’eau depuis longtemps reçue sous le palais du Champ de Mars, dans la canalisation de sûreté desservant les pompes en cas d’incendie, a traversé le pont d’Iéna dans ses larges tuyaux pour venir arroser les pelouses déjà verdoyantes du Trocadéro. Dans trois jours, l’eau remplira les bassins de la cascade.
- Les vestibules du monument, si longtemps encombrés, se dégagent; on garnit les parois des salles destinées à l’exposition rétrospec-
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- PRÉFACE, XXXIII
- tive, et, pendant qu’on fait sécher à grand renfort de réchauds les plâtres du soubassement, on dore les arêtiers des dômes, la coupole et la loge de l’orgue qui dominent la grande salle.
- La colossale Renommée qui doit surmonter le dôme est prête à être hissée à son poste; lorsqu’elle aura embouché sa trompette d’airain, les portes s’ouvriront,
- Le 1er mai,
- Dans quinze jours!
- Enfin arriva la veille de la cérémonie solennelle.
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- La journée de demain, 1" mai 1878, restera comme un jour mémorable dans l’histoire de notre Paris.
- Demain, le canon tonnera pour proclamer la résurrection éclatante de la France qui vient enfin de secouer virilement le manteau de deuil dont elle abritait son apathie et sa torpeur.
- 4ssez de tristesse ! Assez d’humilité ! Elles servent trop souvent à la paresse inconsciente de prétexte honnête.
- Quoi qu’on en dise au dehors et même au dedans, la France est toujours la grande nation.
- L’art, l’industrie, le commerce sont des forces aussi : ce sont h s nôtres.
- L’art, l’industrie, le commerce ont payé la rançon de nos fautes. Ils ont relevé notre ville ; demain ils nous rendront la fierté perdue.
- Reportez-vous au mois de mai 1871, pensez au Paris que nous avaient laissé la politique et la guerre. Voyez ce qu’il sera demain.
- Nous pouvons le dire ici avec un juste orgueil, car c’est de ce journal qu’est partie l’idée de l’Exposition universelle, Paris a convié le Monde à venir, tous les peuples sont venus.
- G’est que Paris est la ville de l’Art, de l’Industrie et du Commerce. C’est que tous ceux qui, dans les deux continents, ont Argent et Intelligence, y viennent naturellement, et que, pour se montrer à ce public cosmopolite constitué par tous ceux qui possèdent argent et intelligence, — ceux-là qui créent ou qui vendent : artistes, industriels, commerçants, se déplaceront toujours au premier appel.
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- PRÉFACE
- Ils sont tous accourus des points les plus éloignés de la sphère apporter dans notre ville les produits de leur travail et de leurs efforts.
- Ils sont tous venus, ne nous reprochant qu’une chose, notre manque de foi en eux et en nous, erreur qui nous a fait choisir un emplacement borné où nous avons été forcés de mesurer parcimonieusement l’espace.
- Ils auraient voulu venir plus nombreux, apporter plus de richesses, et s’ils témoignent leur mécontentement, c’est de se trouver trop à l’étroit.
- — Vous nous invitez à venir, me disait M. de Thaï, l’un des commissaires russes, et vous ne nous offrez qu’un tabouret, quand nous aurions besoin d’une maison entière.
- Espérons que dans dix ans, lorsque nous célébrerons, par une exposition solennelle, le centenaire de 1789, nous trouverons à mieux loger nos hôtes et nous-mêmes.
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- Oui, chose incroyable, Trocadréo et Champ de Mars, tout est plein.
- Plein, dans le Palais ; plein, sur ce qu’on appelle encore les jardins; plein, sur les quais, presque jusque dans l’eau. Palais, hangars, chalets, kiosques, restaurants, fontaines, statues, serres, arbres rares, arbres fruitiers, collections de fleurs couvrent tout ce qui a pu être couvert; de sorte que, depuis ces derniers jours, je cherche comment le public pourra circuler et se reconnaître, au milieu de tous ces édifices et de tous ces objets, et l’on en apporte encore et l’on en construit toujours.
- Au frocadéro.
- Au Trocadéro, la pente toujours très-sensible du terrain permet de voir et de se diriger facilement. Je conseille , pour une première visite rapide, d’entrer par le vestibule du Trocadéro, de parcourir la colonnade, en jouissant du panorama splendide qui se déroule sous les yeux, depuis les coteaux de Saint-Cloud jusqu’aux tours Notre-Dame; puis, suivant à peu près l’ordre de marche du cortège officiel, de descendre l’escalier de quinze marches et la rampe assez roide, pour
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- PRÉFACE.
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- aller passer sons les grottes qui dominent les bassins, de regarder les statues dorées représentant les diverses parties du monde, et les quatre colosses : Taureau, Cheval, Éléphant et Rhinocéros. dont la France a depuis longtemps déjà donné la description et signalé les auteurs.
- Lcspns,
- De là, sans s’arrêter à visiter un à un les nombreux pavillons de l’Algérie, des Forêts, du Maroc, du Japon, de la Chine, les aquariums et autres attractions, il faut passer troisqaonts. Un premier sur le quai creusé pour maintenir libre la circulation générale entre Paris, Auteuil et Sèvres, ce qui a été très-intelligemment exécuté pour la rive droite.
- Le pont d’Iéna, surélevé et rélargi, mais où malheureusement on a laissé les anciennes statues équestres à la place qu’elles occupaient avant le rélargissement.
- Elles faussent le coup d’œil ; de quelque endroit qu’on se place , elles viennent s’interposer maladroitement pour cacher quelque point curieux. Ne pourrait-on les reculer aux limites nouvelles du tablier? Il me semble qu’on a fait des déplacements plus difficiles que celui-là.
- Entre le pont d’Iéna et le troisième pont qui passe sur une autre voie creusée pour le passage des voitures allant de Paris à Grenelle, il faut bien se garder de s’aventurer au milieu des kiosques et des serres bordant les passages qui descendent à la Seine; ce n’est pas encore terminé, et il est difficile de ne pas consacrer à cet îlot une journée tout entière pour le moins.
- Devant le Vestibule.
- J’en dirai autant des premiers pavillons en bordure sur ce côté du Champs de Mars. A l’exception du train d’ambulance de la Société de secours aux blessés, la plupart des expositions sont encore dans la période désaventageuse de l’installation.
- On doit continuer sa marche vers le palais, regarder les beaux rhododendrons envoyés par M. \Vood, horticulteur de Rouen, les statues bronzées fondues par le Yal d’Osne, et, s’engageant à gauche
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- clans une allée latérale, monter sur l’un des deux observatoires placés l’un à droite, l’autre à gauche de la pelouse verdissante qui mène à l’escalier accédant à la terrasse du palais.
- Du haut du labyrinthe de gauche, on voit très-commodément le développement des annexes et du palais. En se tournant du côté de la Seine, le premier batiment est un restaurant cachant à moitié le pavillon de l’administration des Tabacs; puis viennent :
- S’étendant circulairement vers l’est, le Creusot devant lequel se dresse le fac-similé grandeur naturelle du célèbre marteau pilon qui frappe un coup de 200,000 kilogrammes — le pavillon du ministère des travaux publics, — l’annexe de chauffage et de l’éclairage, — les expositions de Terre-Noire, de la Compagnie parisienne du gaz, — des hauts fourneaux de Saint-Chamond.
- En se retournant vers le sud, on voit à ses pieds un vaste bassin, animé par une cascade, entouré de massifs d’arbres rares et décoré de statues. Le regard, en se relevant, trouve devant lui le perron et les balustrades de la grande terrasse, élevée de quinze marches au-dessus du sol.
- Un grand escalier central et trois latéraux, séparés par des vasques à jets d’eau, jaillissant de groupes statuaires, donnent, par leurs belles lignes, un aspect monumental bien différent de celui des baraques variées qui encombrent le parc et les quais.
- La terrasse est belle; elle a 280 mètres de long sur 20 de largeur; du côté du palais, elle est bordée de statues gigantesques figurant, en regardant de gauche à droite :
- L’Autriche, par Deloye; l’Espagne, par Doublemard; la Chine, par Caplier; le Japon, par Aiselin; l’Italie, par Marcellin; la Suède, par Allasseur ; la Norwége, par Lequien ; l’Amérique du Nord, par Caillé ; l’Australie, par Roubeaùd jeune; l’Angleterre, par Allard; les Indes anglaises, par Cugnot.
- Le vestibule.
- Trois portes s’ouvrent sur la terrasse; entrons par celle du milieu, en passant sous un grand balcon auquel on accède par deux escaliers en tourelles. Je ne sais encore si le public sera admis sur ce balcon; je
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- PRÉFACE.
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- l’espère, car de là seulement on pourra voir en entier le palais du Tro-cadéro et sa cascade. Au-dessus est le lourd écusson supporté par deux génies et sur lequel se lit le mot : Pax, aujourd’hui noire devise nationale.
- La moitié gauche du grand vestibule, auquel cette porte donne entrée, est réservée à la France; la partie droite est à l’Angleterre. Marchons vers la partie française, passons devant le temple grec destiné à loger Sèvres, les Gobelins; allons regarder le Charlemagne dî M. Thiébaut et jeter de loin un coup d’œil sur la longue galerie des machines, qui n’est pas encore régulièrement installée, mais où nous pouvons voir déjà briller au premier plan les hautes tours en cuivre rouge des appareils Savalle.
- Revenons sur nos pas, en passant de l’autre côté du temple des manufactures nationales. Sous le dôme central, nous trouvons d’abord une statue équestre du prince de Galles. Derrière, sont disposés dans deux pagodes indiennes et de chaque côté d’elles les cadeaux offerts à rhérilier de la couronne d’Angleterre par les monarques asiatiques reconnaissant la suzeraineté de l'impératrice des Indes.
- Allons jusqu’au pavillon de droite, dont les quatre angles sont décorés par des pyramides métaux, étain, cuivre et produits de la métallurgie anglaise. Là est l’entrée de la grande galerie des machines étrangères, où les nations qui n’ont pas de machines ont trouvé à s’élargir pour augmenter l’espace restreint dont elles pouvaient disposer dans le palais.
- Celte galerie sera curieuse à visiter en détail, mais dans quinzo jours.
- l<a rve des Valions.
- N’entrons pas non plus, pour cette première visite, à rintérieur des sections étrangères; l’étalage n’y est pas encore complet ; suivons le parcours du cortège, par le promenoir découvert appelé rue des Nations, parce que les sections étrangères y ont construit en façade, soit de simples maisons nationales, soit des édifices plus.ou moins riches composés de matériaux de construction ou d’ornement, étant eux-mêmes des objets d’exposition.
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- PRÉFACE
- Ici tout est en ordre, les drapeaux llottent au vcr.l, le sol est sablé; partout où il y avait une lacune, on s’est hâté de mettre des vitraux, des grilles ouvragées, des statues ou des arbres.
- Pendant sept cents mètres, on marche de surprise en surprise, d’admiration en admiration; jamais rien de semblable n’a été rêvé, et encore moins exécuté.
- Le Travail manuel*
- Cette rue des Nations mène au vestibule de l’Ecole militaire, dont une partie a été donnée à la Hollande, mais dont tout le côté gauche forme la galerie française du travail manuel.
- Là sont les arts mineurs et les petites industries qui n’ont pas besoin de force motrice puissante pour exécuter leurs produits délicats , merveilles d’adresse et de goût, dont personne ne nous dispute la supériorité.
- Dans cette galerie du travail sont établis les bijoutiers en doublé, MM. Hérissé, Savart, Plichon, rivaux heureux des joailliers de la classe XXXIX. — Madame Larue fabrique, sous les yeux du public, ses bijoux pour poupées; — M. Boursier, des bijoux en filigrane; — madame Gosse Périer, des fleurs artificielles en toutes matières; — mademoiselle Natté, des fleurs en plumes; —MM. Souchet, des fleurs en émail; — MM. Susincher et Pétro, des perles soufflées; — Postel, des boutons en os et nacre; — Krebs et Gay, des pipes en écume; — le comité du Doubs, des pièces d’horlogerie; — Yerdé-Delisle et Lefébure, des dentelles; — Comin, des chapelets; — Rennes, des brosses; — Cayron, de petits bronzes; — Pierrotin, Blavier et Merle, des articles de vannerie; — Duvelleroy, des éventails.
- Deux métiers peu connus et bien curieux y sont aussi mis en mouvement : une machine à broder de MM. Lemaire et Naude, puis le métier à la barre avec lequel on fait, à Saint-Étienue, les beaux rubans si renommés, métier toujours modifié et amélioré par les véritables artistes qui s’en servent et dont M. Champrony nous montre un curieux spécimen.
- Au mur, sur les parois de la salle attribuée aux artistes allemands, MM. Permis et Stolz ont dressé deux grandes orgues.
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- Le groupe III*
- L’ordre du cortège a été bien réglé, car le groupe III est le plus avancé de cette partie du Palais et le plus élégamment orné.
- En quittant la galerie du travail, on entre par des arceaux d’où pendent en rideaux des filets de pêche gracieusement drapés.
- Le premier salon traversé est le salon de nos colonies françaises. Mayotte et Nossibé en ont fourni les produits. — Après, est la classe XXIV, brosserie, vannerie, maroquinerie, l’article de Paris dans tous ses développements ; — la parfumerie, — la coutellerie, — les appareils de chauffage et l’orfèvrerie.
- A droite, brillent les cristaux, les glaces, les verres. —A gauche, sur des dressoirs, sont présentés les innombrables envois de céramistes.
- Nos tapissiers parisiens, si chers, mais si habiles, viennent ensuite, et l’on débouche dans l’avenue Rapp.
- Avant de suivre l’avenue Rapp, pour aller gagner la porte du même nom et sortir du palais, il faut rompre un peu la marche méthodique et aller admirer une des plus belles, la plus rare peut-être des curiosités contenues dans le palais, le chef-d’œuvre de M. Deck. C’est le panneau, côté droit, sous la première arcade de la loggia nord, faisant suite à la galerie Rapp.
- Jamais il n’a été composé en céramique décorative une pièce de cette importance et de cette valeur. Sur 10 mètres de hauteur au moins s’élève un paysage dont le sujet ressemble un peu aux fantaisies méditerranéennes de Carie Vernet, de Claude Lorrain ou plutôt de Vœnix; à gauche, s’épanouit un grand arbre; derrière, s’élève une montagne, sur les flancs de laquelle s’étage un village italien; — adroite, une colonne rompue, des boucliers, des vases, un paon ; — de chaque côté, hors du cadre, deux grands personnages féminins représentant l’orfèvrerie, la céramique; ce panneau est peint par MM. Legrain et Gluck, composé par MM. Erhmann et Jœger, assemblé par carreaux que M. Deck a réussis avec un éclat de ton et un brillant de glacé dont il doit être bien satisfait. Plus naïf et moins riche de couleur et de matière, mais bien étonnant encore est le grand panneau appliqué par la Société de Creil et Montereau sur le mur
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- extérieur du pavillon des beaux-arts de la section française, à côté de l’édifice si rapidement élevé par la ville de Paris.
- La composition de Creil semble une de ces grandes tapisseries du moyen âge reproduites en carreaux de faïence grossière, presque mate : elle représente deux seigneurs de la Renaissance assis dos à dos et regardant chacun de leur côté un paysage rempli de chasseurs, de chevaux, de chiens et d’animaux,
- La porte Rapp.
- Passons vite, rentrons dans la galerie Rapp, dont, je ne sais pourquoi, on a encombré le milieu avec une réduction en pierre sculptée du château de Pierrefonds; et, avant de sortir, arrêtons-nous un instant à l’entrée de l’annexe qui longe l’avenue de La Bourdonnaye, pour rendre hommage à la mémoire de M. de Dion, ingénieur distingué, mort il y a quelques jours, après avoir créé pour ce bâtiment annexe un système de construction entièrement nouveau, d’une incomparable hardiesse, joignant la solidité à la légèreté et sur lequel nous reviendrons avec détails lorsque nous décrirons les nombreuses machines agricoles et autres contenues sous cette carène renversée, qui semble se tenir toute seule sans traverses et sans tirants.
- Demain, il faut que tous les exposants aillent au Champ de Mars ; les sénateurs, les députés vont se trouver réunis, pour la première fois, en présence de la France laborieuse, tout entière assemblée sur son véritable terrain. Il faut que tous les regards leur disent :
- « Messieurs du Parlement,
- « Nous avons fait notre devoir, faites le vôtre. Assez de prorogations, assez de vacances, assez de discussions vaines. Nous vous demandons des rails, des canaux, des ports, des ponts, un matériel de guerre supérieur à tout autre, des traités de commerce mieux étudiés. Faites bien et surtout faites vite ; il est temps.
- « Vous êtes les bien venus chez nous, messieurs du Parlement; ceux qui travaillent encore vous saluent. »
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- LE Ier MAI
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- L’ouverture eut lieu au jour indiqué; l’émotion fut grande, comme on peut le voir par l’article suivant écrit au retour de cette imposante cérémonie :
- L’Exposition universelle est ouverte le 1er mai, jour désigné, à deux heures.
- La déclaration solennelle s’est faite sur la plate-forme qui domine la grande vasque de la cascade auTrocadero, et des salves d’artillerie ont signalé à la ville, entière cet événement pacifique constatant une fois de plus celte vérité aujourd’hui indiscutable, c’est que Paris est bien la vraie capitale choisie du monde civilisé.
- Sans doute il aurait fallu quelques jours de plus pour que tou objet fût à sa place, pour que toute caisse ait disparu; mais je me rappelle 1851, 1855, 1867; j’ai assisté aux inaugurations, je puis en toute conscience affirmer qu’en 1878, l’installation est beaucoup plus avancée, à son ouverture, que ne l’ont été les Expositions précédentes. Dans huit jours, toutes les salles en retard seront aussi complètement terminées qu’elles l’ont été autrefois au bout d’un grand mois.
- L’effort de la dernière quinzaine a été puissant; les mesures avaient été si bien prises que le débarquement de près de quatre mille cinq cents wagons s’est effectué sans confusion, sans accident, et souvent ils contenaient des pièces d’un poids énorme du maniement le plus difficile.
- Mais les chemins de fer à grandes et petites sections, les grues à
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- bras ou à vapeur, les équipes de débardeurs ou de marins ont rendu de tels services que l’on a regagné les retards causés par l’apathie ou la négligence bien naturelle, du reste, dans l’état actuel de l’Europe.
- L’exécution des jardins surtout a été réellement magique : les arbres, les arbustes, les statues, les rivières, les lacs ont couvert le sol avec la promptitude et la précision des changements à vue d’une féerie anglaise. Sur tout le passage du cortège, il ne reste rien d’incomplet, tout est en ordre.
- Au Trocadéro, un escalier de six marches conduit les invités au péristyle soutenu par des colonnes de marbre et pavé de mosaïques qui précède et entoure la salle des fêtes.
- Le cortège part de ce vestibule et de la première galerie qui domine la cascade, pour descendre par un escalier de quinze mètres, jusqu’aux allées un peu roides qui longent les huit bassins médians superposés : les personnages illustres qui le composent viennent se réunir au-dessous du grand bassin inférieur d’où jaillissent une gerbe de trente mètres et deux jets d’eau d’une égale élévation.
- Au-dessous du taureau doré de Caïn et du cheval de Rouliiard la marche est devenue plus régulière sur le plan horizontal qui se dirige vers le Champ de Mars par le pont d’Iénâ.
- Les visiteurs ont sous les yeux, au premier plan, le pavillon de l’astronomie sur les parois duquel ils peuvent admirer les portraits de Clesibius, Posidonius, Galilée et Archimède, —puis le pavillon de l’administration des forêts et celui de l’Union céramique.
- A droite, le jardin japonais et les pavillons du Maroc.
- Ils passent le premier pont sous lequel on a creusé le nouveau quai établi avec une grande entente des besoins de la voirie parisienne, pour que la circulation générale ne fût pas entravée. Entre ce premier pont et la Seine on voit, à gauche, l’annexe de la classe LXYI, génie civil, et à droite l’annexe de la classe LXVII.
- Le cortège s’engage sur le pont d’Iéna surélevé et élargi, mais dont on a laissé les statues équestres sur leurs anciens piédestaux, ce qui fausse un peu la perspective et n’est pas d’un très-bon effet. — En arrivant au quai de la rive gauche, il rencontre à droite une fontaine de M. Durenne sur le modèle de M. Fremiet, à gauche une autre fontaine également de M. Durenne dressée sur des motifs anciens.
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- La pelouse verdoyante qui continue l’axe du pont pour aller retrouver le perron du palais est encore trop neuve pour supporter le passage d’une assemblée nombreuse; on passe donc à droite et à gauche de cette pelouse bordée par les belles statués bronzées du val d’Osne, et bordées de splendides rhododendrons haute tige couverts de fleurs d’un rouge éclatant. Ces beaux arbres viennent de chez M. C. Wood, horticulteur à Rouen.
- On se réunit au grand escalier de quinze marches montant à la grande terrasse qui s’étend en avant de la façade nord du vestibule d’Iéna.
- Six grands candélabres ornent les rampes de l’escalier, dont les inarches sont séparées en trois parties par des bassins et des cascades.
- On entre par le porche du grand dôme en passant sous un large balcon auquel on accède par deux escaliers en tourelles, et la foule pénètre dans le Palais par le vestibule vaste et imposant dont il faut admirer le plafond aux caissons ovales éclairés par la dorure. — A gauche sont les grands cadres ornés de colonnes en manière de temple grec. — C’est là que sont les tapisseries des Gobelins et les chefs-d’œuvre de Sèvres.
- Dans ce même vestibule, dont la partie droite a été réservée à l’Angleterre, une grande statue équestre, en bronze, du prince de Galles, derrière laquelle sont exposés les trésors de la collection indienne du prince, composée surtout des présents qui lui ont été faits, à son dernier voyage, par les souverains indigènes dépendant des possessions asiatiques de l’Angleterre.
- Jusqu’ici le cortège a pu se développer à son aise ; mais à partir du grand vestibule d’Iéna, ce n’est plus un cortège, c’est un défilé, car les rues et voies longitudinales sont étroites, et quatre personnes, cinq au plus, peuvent marcher de front. — On s’engage dans la rue des Nations où se trouvent alignés , d’un côté les façades des nations étrangères, de l’autre les pavillons en chapelet disposés pour l’exposition de peinture et qu’on a eu soin de border d’arbustes et d’arbres verts.
- Dès l’entrée, la vue se trouve arrêtée sur une. grande statue de la Diane chasseresse mise en terre cuite par Doulton ; un peu plus loin, un cheval énorme se cabre retenu par un palefrenier un peu
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- mince pour un si gigantesque coursier. Celte composition en bronze est de M. Boehm et a été fondue par MM. Joung and Cd de Pimlico.
- \ droite, un vitrage commence la paroi de la section anglaise; il est suivi d’une maison en briques construite par M. Lascelles. — Viennent après le pavillon, — résidence du prince de Galles, la maison en terre cuite de Doulton, le pavillon Cubitt, copie d’une maison de Greys’ inn lload, dans le vieux Londres : cette dernière est séparée par une grille en fer ouvragé d’un modèle de maison de campagne au xvii® siècle, construite par MM. Collinson et Lock pour contenir dans ses pièces intérieures leur exposition d’ameublements anciens. Passons vite devant la maison de bois des Etats-Unis et les autres édifices exotiques, dont nous avons déjà entretenu les lecteurs de VUnivers illustré, et dont ils ont vu dans nos planches la figure exacte relevée par nos dessinateurs.
- Le défilé, continuant sa marche, arrive dans le grand vestibule de l’Ecole militaire, parallèle au vestibule d’Iéna. On l’a nommé galerie du travail, parce qu’on y a réuni des ouvriers travaillant de leurs mains, sans le secours de forces motrices.
- En entrant, on voit les tables de M. Héricé, qui a poussé si loin la fabrication des bijoux en doublé dont la plupart ne le cèdent aux bijoux en métal plein ni en élégance ni en richesse apparente.
- On rentre dans la section française par la première galerie vitrée, dite Galerie du groupe III, en passant devant une décoration imprévue, très-heureusement formée par des filets de pêche drapés en rideaux.
- Le premier salon traversé est le salon de nos colonies françaises; Mayotte etNossibé en ont fourni les produits. —La classe XXIV, brosserie, vannerie, tabletterie, maroquinerie, l’article Paris dans tous ses développements, est traversée par le défdé qui rencontre à sa gauche la parfumerie, les papiers peints, la coutellerie, l’horlogerie; — à droite, les appareils d’éclairage et de chauffage et l’orfèvrerie; il est reçu par une grande avenue de 1 5 mètres, dite avenue Saint-Dominique, au milieu de laquelle s’élève un grand vase en faïence imitation de Palissy, exécuté par M. Barbiset.
- La marche du cortège a été bien tracée, car le groupe III est le plus avancé dans celle partie du Palais et le plus brillamment orné.
- En continuant la galerie du groupe III, après avoir passé l’avenue
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- Saint-Dominique, à droite brillent les cristaux, glaces et verreries, gloire de l’industrie française.
- En face les céramistes, grands et petits, depuis ceux qui font les assiettes et les soupières, Hache et Pepin-le-Halleur, Piliwuyt, Havi-land, jusqu’aux artistes décorateurs comme Deck dont nous raconterons avec d’autant plus de soin les merveilleux travaux que, véritablement, en 1878, la céramique joue le premier rôle dans toute l’Exposition.
- Le défilé passe devant les meubles de MM. Allard, Gueret, Balny, Mercier, Penon et Débouché, dans l’avenue Rapp, où il est arrêté par un fac-simite du château de Pierrefonds occupant dans le milieu de la galerie une place d’honneur qui me paraît peu motivée.
- Coupant en travers les salons des tissus de laine et de soie, les produits des forêts et des mines, le monde ofliciel jette à droite et à gauche un coup d’œil rapide sur la belle collection de machines envoyée par nos constructeurs français qui ne sont pas tous prêts.
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- Le 1er mai, jour de l’ouverture solennelle de l’Exposition, restera pour tous les Français, pour les Parisiens surtout, un souvenir ineffaçable.
- Pour ceux qui, comme moi, ont pu assister à la cérémonie, non dans les tribunes, mais simplement dans le parc du Trocadéro, sous le balcon où l’ouverture a été proclamée, l’émotion a été profonde et unanime. C’est que l’on sentait bien que ce n’était pas seulement une fête ordinaire, un simple déploiement d’apparat; c’était la patrie tout entière qui se proclamait vivante, et bien vivante, après sept années de silence et de résignation.
- Il y a si longtemps qu’on lit et qu’on entend dire que la pauvre France, autrefois nation puissante et respectée, n’est plus aujourd’hui que l’ombre d’elle-même, —qu’elle est abattue, désunie et incapable de faire un effort sérieux quelconque.
- Les esprits chagrins de l’intérieur et les malveillants de l’extérieur ont été forcés de convenir cette fois que la France, s’ignorant elle-même, avait accompli en peu de mois une œuvre si colossale qu’aucun autre pays n’aurait été capable d’en faire autant.
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- Paris avait appelé le monde entier, et le monde entier est venu, même l’Allemagne, — tardivement, il est vrai, un peu à contre-cœur, mais enfin elle était venue.
- La France, qui doutait d’elle-même, constatait à son grand étonnement, à sa grande joie, qu’elle comptait encore non-seulement en Europe, mais jusqu’aux limites les plus reculées de l’extrême Orient.
- Notre outrecuidance d’autrefois, si exagérée par nos ennemis, qu’on nous reprochait tant, était bien déchue. Nous avions dépassé la résignation pour arriver à la torpeur, et la France s’endormant dans une léthargie douloureuse s’en allait doucement vers une anémie mortelle.
- De combien de plaisanteries n’avait-on pas accablé cette œuvre salutaire 1 L’Exposition ne devait jamais se terminer, disait-on; elle devait rester honteusement inachevée. Il n’y viendrait personne; plus tard, on répandait le bruit que l’ouverture serait retardée dhin mois. Jusqu’au dernier jour, on inventait les contes les plus absurdes. Les exposants ne devaient pas assister à la fête d’ouverture ; il ne fallait pas garnir .ses vitrines, il fallait couvrir les machines. Ce que j’ai entendu de choses insensées ne peut se répéter; j’en suis triste pour ceux qui les ont colportées.
- Comment s’étonner que l’installation ait été un peu mollement poussée par des gens inquiets, découragés, craignant sans cesse et la guerre extérieure et les fautes de la politique intérieure? Mais, dès que le cérémonial d’ouverture fut publié, dès que l’on comprit que c’était sérieux cette fois, et que les retardataires en seraient pour leur courte honte, il se fit une si formidable poussée que tous, patrons et commis, architectes, jardiniers, manœuvres et marins, avec un dévouement admirable et une habileté merveilleuse, terminèrent tout ce qui pouvait être terminé, masquèrent adroitement ce qui restait inachevé, enlevèrent les échafaudages, les échelles, les établis, et quand, à deux heures, la tribune dominant la cascade se remplit des notabilités françaises et des étrangers illustres, qui venaient par leur présence affirmer hautement leur sympathie pour la France, le décor était si bien combiné que l’on pouvait croire accompli l’entier et dernier achèvement de l’œuvre.
- Il faut rappeler ici, pour les conserver dans notre mémoire reconnaissante , le nom des grands personnages étrangers qui représentaient
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- chez nous leur Dation. Citons d’abord le prince de Galles, portant l’uniforme de général anglais, rouge et or; le prince héritier de Danemark; le duc de Leuchtemberg; le duc d’Aoste; le prince Henri des Pays-Bas ; le roi don François d’Assise. Les attachés militaires des ambassades avaient revêtu leurs plus brillants uniformes; les chefs de missions asiatiques étaient resplendissants d’or et de broderies.
- La tribune établie sur la terrasse,, avec des draperies de velours formant tente et relevées de cordelières d’or, avait devant elle les six grandes statues dorées représentant les parties du monde, et dressées là comme pour servir de cadre au tableau.
- De chaque côté de la cascade et longeant les vertes pelouses, s’étendait une haie de troupes placées d’abord depuis le Trocadero jusqu’aux ponts, puis du pont jusqu’au péristyle du Palais; ces soldats, peu nombreux, maintenaient, au milieu d’une foule compacte, un large espace vide pour le passage du cortège.
- Lorsque, les discours officiels étant prononcés, un signal parti de la tribune fit tonner le canon du quai et du Mont-Valérien; quand le cortège commença à descendre les marches du Trocadero, la foule, atteinte d’une émotion profonde et sérieuse, eut comme une révélation subite de la grandeur de l'événement qui se passait sous ses yeux. Les conversations animées qui avaient fait supporter gaiement deux ou trois ondées cessèrent brusquement; personne ne bougea plus, suivant du regard le cortège qui s’éloignait, se dirigeant vers le pont; ce fut seulement quand il disparut sous la porte du vestibule du Palais que les spectateurs retrouvèrent la parole et le mouvement.
- L’impression se répandit avec cette vibration singulière qui pénètre dans les profondeurs des masses. Partout les drapeaux flottèrent aux fenêtres. Partout s’improvisa une illumination générale de la ville. Les rues, les boulevards, se remplirent d’une foule énorme, mais calme et tranquille. Les uns cherchaient à oublier les chagrins passés, à raviver les souvenirs des fêtes de leur jeunesse.
- Les plus jeunes, ceux qui n’ont pas subi, comme nous, les hontes de la défaite, regardaient avec étonnement la joie de leurs aînés apprenant, pour la première fois, ce que c’est que le sentiment de la patrie.
- Quelle leçon que cette soirée ! Il faut qu’elle ne soit pas perdue ; que les nombreux étrangers arrivés déjà dans Paris, ceux qui, pen-
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- PRÉFACE. ,
- dant six mois, vont se succéder parmi nous, emportent d’ici le sentiment profond que, si nous le voulons, nous pouvons encore chasser de notre esprit les dessentiments mesquins qui semblent nous séparer si profondément et effacer les traces de nos discordes civiles aussi rapidement que nous avons réparé les désastres matériels de nos défaites.
- Commençons par nous vaincre nous-mêmes;^ le reste viendra à son heure, et, ce jour-là, les drapeaux, les illuminations ne seront pas ménagés.
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- CLASSES LXXYI — Lï
- Commençons par la classe *7G, et, pour ne rien laisser passer d'important, suivons pas à pas l’ordre établi par les organisateurs dans les hangars élevés sur le quai d'Orsay. On y pénètre par les portes ouvertes à la descente du pont de l’Alma. Le Champ de Mars était si plein que l’on n’a trouvé pour la mécanique agricole aucun emplacement convenable : il a fallu la reléguer non-seulement en dehors même du palais, mais en dehors du Champ de Mars.
- Si l’espace accordé avait été suffisant, les constructeurs n’auraient pas été mécontents d’être séparés des antres industries, puisque la porte d’entrée pour venir à eux était la plus rapprochée du centre de Paris. Mais l’étendue est si restreinte que souvent les exposants ont mêlé leurs produits, et que, parfois, chez un même exposant, les instruments placés les uns sur les autres peuvent donner lieu à des confusions regrettables.
- Quand depuis vingt ans on étudie la construction des machines agricoles, on peut voir que de la simple charrue à la machine à battre la création et la construction ont fait des progrès considérables.
- Je sais bien qu’il s’agit aujourd’hui de machines de concours, nécessairement plus soignées; cependant les industriels capables de faire* les machines exposées doivent bien construire également les machines de vente courante.
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- Le fer forgé, la fonte malléable, la fonte ordinaire, la fonte durcie, l’acier et le bois sont appliqués avec un discernement merveilleux aux différentes pièces des machines suivant leur usage.
- Les simples constructeurs de charrues eux-mêmes, prenant exemple sur les outils plus compliqués, ont trouvé des dispositions nouvelles : quelques-unes sont parfaitement applicables. Quelquefois, au contraire, la complication poussée à l’extrême, loinxl’être un bien, les a conduits à des assemblages bizarres et inapplicables ; nous signalerons cependant ces combinaisons fantasques, parce que souvent elles révèlent chez leur inventeur un désir de bien faire et renferment parfois aussi des principes nouveaux qui, autrement combinés, pourraient devenir applicables.
- La première collection qui se trouve, à main droite, en entrant dans le pavillon, est celle de M. Mcixmoron de Dombasle, de Nancy. C’est un riche échantillon des célèbres charrues inventées par l’ancien cultivateur dèRoville.
- Dès 1810, M. de Dombasle, dont le nom est resté européen, fondait à Roville, dans la Meurthe, sa'fabrique qu’il transféra en 1842! à Nancy : depuis son origine jusqu’à nos jours, cette maison a livre 63,276 instruments, tant en France qu’à l’étranger et dans les colonies : la coupe de son versoir, les dispositions de son avant-train ont été imitées dans presque toute la France, où la charrue dite Dombasle est toujours l’une des plus employées, malgré T introduction plus récente de la forme Howard et des autres types adoptés dans certaines régions. Nous ne décrirons pas spécialement chaque pièce de cette collection la plus justement favorisée par les organisateurs de la classe, car elle couvre 120 mètres carrés et frappe la première la vue du visiteur.
- Le choix des matières employées y est excellent ; les versoirs sont presque toujours en acier, quelquefois en bois, lorsqu’il s’agit do terres très-collantes*, le sep est en fer cornière. Les charrues polysocs, tourne-oreilles, défonceuses, butteuses, les scarificateurs et les rouleaux sont fabriqués avec grand soin, et fournissent à la région de l’Est un outillage varié.
- L’usine de Nancy construit aussi les râteaux, les semoirs, les coupe-racines, les hache-paille, les tarares et même les fouloirs de vendange.
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- Immédiatement à côté, M. Aussenard, de Pitliiviers (Loiret), nous présente, parmi d’autres outils, un instrument qui doit, s’il est solidement exécuté, rendre de bons services : c’est une sorte de grande herse à roues et à levier dont les dents sont entremêlées de diviseurs.
- Les instruments de M. Parquin, en bois et en fer, ont une apparence rustique devant plaire aux agriculteurs : un solide scarificateur à cinq socs avec paroirs derrière, une charrue à versoir de bois, des socs à pointe d’acier, sont d’une bonne fabrication courante.
- Chez M. Foret-Colin, de Guise (Aisne), nous voyons des brabants doubles en fer forgé, dans lesquels la fonte ordinaire est remplacée par la fonte malléable pour certaines pièces de l’instrument qui ont besoin de beaucoup de solidité (lumières de eoutres et de rasettes, tête de brabant servant à maintenir la crémaillère, etc.). Les versoirs sont hélicoïdes et mobiles; il est facile d’en diminuer le développement pour former le sillon; les socs sont en acier; on les remplace aisément au moyen de deux boulons qui les maintiennent. Eh avant du coutre sont placées deux petites rasettes mobiles qui coupent le gazon . et le jettent dans le fond du rayon. On peut aussi se servir de rasettes pour enfouir le fumier. L’attelage est horizontal à crémaillère; il se relève par des chevilles : ce système d’attelage rend le tirage moins lourd, le point de traction étant très-rapproché du point de résistance.
- A côté s’étend la très-importante collection de la maison Delahaye et Bajac, de Liancourt. — Grand propagateur des brabants doubles, M. Delahaye a fondé en 1850, à peu de distance de l’usine de M. Al-baret, des ateliers qui prennent chaque jour plus d’importance. Son exposition est très-belle; on y voit au premier plan une gigantesque défonceuse travaillant à 0m,60 de profondeur en exigeant, de l’aveu même du constructeur, un attelage de dix-huit bœufs. Nous remarquons, au milieu de la collection de M. Delahaye, si connue des personnes qui suivent les expositions et les concours régionaux, un nouveau trisoc sur bâtis en fer qui me paraît excellent. Je signalerai aussi une charrue fouilleuse, dans laquelle la traction se fait latéralement par une courbure donnée au court timon d’attelage : par cet arrangement, les animaux marchent sur un même plan, sans que l’un d’eux soit forcé de piétiner dans la raie profonde que creuse toujours cette espèce de charrue.
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- Rappelons, et sans la recommander, simplement comme idée à appliquer autrement, une charrue de M. David, de Sarlat, à double versoir, équilibrée en balance, comme les charrues à vapeur, et dont le virement s’exécute en faisant pivoter la barre d’attelage sur le sep. C’est un principe nouveau, qu’on pourra peut-être appliquer en le combinant mieux.
- M. Souchu-Pinet, de Langeais (Indre-et-Loire), introducteur en Touraine du versoir Howard, est un de nos meilleurs constructeurs du centre de la France. Ses instruments d’extérieur et d’intérieur se distinguent par l’élégance des formes et la bonne exécution de ses fers forgés ; M. Souchu-Pinet, pour les instruments destinés à la culture de la vigne, vient immédiatement après M. Renaut-Gouin, dont nous décrirons plus loin l’exposition si intéressante.
- M. Souchu-Pinet est une des plus jeunes étoiles de là glorieuse pléiade des constructeurs d’Indrè-et-Loire; j’ai suivi ses progrès constants et ses efforts pour innover et modifier sans cesse, en les rendant applicables aux diverses espèces de culture, les instruments qu’il fabrique.
- Comme son voisin, M. Serre, à Brie-Comte-Robert (Seine-et-Marne), semble doué du don d’innovation; il a inventé, pour le binage des betteraves, un grand instrument avec engrenages, dont les socs dessinés en fer à cheval doivent agir horizontalement et sont séparés par des rondelles verticales : n’ayant jamais vu fonctionner cet instrument, je ne puis que le signaler à l’attention des visiteurs •
- M. Bonnet, à Rémy (Oise), a perfectionné certaines parties de la brabant double, à laquelle il joint un appareil à arracher les betteraves et les pommes de terre.
- M. Defosse-Delambre, de Yarennes (Somme), est encore un de ces constructeurs dont on doit admirer le travail de forge : ses extirpa-teurs, ses brabants et sa charrue trisoc sont remarquablement bien exécutés. Il en est de même de l’exécution de MM. Henry frères, à Dury-lez-Amiens.
- Il y a beaucoup à regarder chez M. Boitel, de Soisscns : ses brabants doubles portent une modification qui facilite le réglage en marche : ses extirpateurs, scarificateurs, houes à cheval et autres instruments destinés à la culture de la betterave, sont très-intéres-
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- sanls. Pour transmettre le tirage, il tourne en torsade le fer rond dont on fait en général des maillons de chaînes, le rendant ainsi rigide dans une certaine partie. Il le solidifie par la suppression des soudures.
- Dans bien des cas, cette torsade serait d’un meilleur usage qu’une simple barre.
- MM. Noir frères, à Hamps, semblent avoir le goût des complications ; espérons que leur fabrication ordinaire est plus simple, car la plupart des instruments apportés par eux sur le quai d’Orsay doivent être d’une application difficile. J’en dirai autant de M. Watelier, d’Emmerin (Nord) ; je voudrais voir manœuvrer ses outils pour betteraves : bineuses et piocheuses, pour me rendre compte de leur travail.
- Ses petites charrues double brabant sont d’un très-joli travail de îorge, ainsi que la plupart de ses instruments.
- M. Nicod, à Éternoz (Doubs), fabrique des charrues dont le versoir et le soc tournent aisément sous le sép par une pointe rapportée.
- M. Candelier, de Bucquoy, expose des rouleaux à grand diamètre, plusieurs modifications des disques du Crosskill, des charrues brabant et toute la collection des outils à cultiver la betterave.
- M. Puzenar a fondé à Bourbon-Lancy (Saône-et-Loire), à proximité du fer et de la houille, une fabrique presque spécialement consacrée à produire des herses en fer de divers modèles vendues à bas prix.
- Les nouvelles herses articulées de ce constructeur sont divisées en trois, quatre, cinq et six parties. — Toutes ces parties, fait remarquer M. Puzenat, sont brisées : ce qui permet aux herses de bien travailler dans tous les terrains, même les plus inégaux, et de se prêter à toutes les ondulations du sol, quelles qu elles soient. Une barre d’équilibre en fer, disposée à l’arrière, avec anneaux brisés mobiles, évite le chevauchement des parties delà herse qui a toujours lieu dans les herses articulées ordinaires.
- La barre d’équilibre empêche en même temps le soulèvement de l’arrière et rend la herse très-énergique, quoique très-souple ; elle achève aussi l’ameublissement du sol et couvre la semence lorsque ce travail n’a pas élé suffisamment bien effectué ; enfin elle sert quand on veut dégorger la herse.
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- Avant de continuer notre visite à l’Annexe qui contient les machiner de la classe 76, revenons sur nos pas et arrêtons-nous de nouveau devant l’exposition de MM. Delahaye et Bajac, de Liancourt. Nous avons déjà signalé le nouveautrisoc, sur bâti en fer, de ces intelligents constructeurs; nous donnons aujourd’hui le dessin (fig. 4) de cet instrument.
- Immédiatement après les herses de M. Puzenat (fig. 2), nous trou-. vons chez M. Bourdin un grand instrument destiné à mettre en état de culture des bois dont on a abattu la superficie.
- Cette machine d’une extrême solidité doit exiger l’emploi d’une force considérable, surtout à cause des lames transversales qui garnissent latéralement le crochet principal.
- M. Moisant expose des charrues doubles brabants et des extirpa-teurs d’une très-belle fabrication.
- M. Breloux, de Nevers, s’est adonné à la reproduction de rouleaux Crosskill de modèles variés. 11 y joint les laveurs de racines, coupe-racines, hache-paille, appareils à cuire, houes à cheval, râteaux, manèges et machines à battre.
- M. Chapu, d’Orbigny (Indre-et-Loire), n’est pas un constructeur de profession ; c’est un laboureur épris de son art, qui a voulu perfectionner lui-même l’instrument de sa profession. Je n’ai pas vu ses instruments en marche, et je ne puis parler que d’après ses affirma tions. Il dit avoir obtenu les meilleurs résultats, pour recouvrir les semences, d’un instrument armé de six petits socs avec mancheron unicpie, et qu’il conduit comme une charrue. Un autre instrument de M. Chapu est destiné à la plantation de la vigne; c’est un engin à double versoir que l’on fait travailler au fond de la raie tracée d’abord par une charrue ordinaire : l’action de cet instrument a pour but de faire ce que l’on appelle en Touraine l’aujoux, et de rendre plus rapide le travail du planteur. M. Chapu m’a paru surtout préoccupé d’une idée dominante : faciliter la sortie du soc hors la terre au moment où le laboureur se prépare à tourner : quel que soit donc l’instrument qu’il fabrique, M. Chapu établit au-dessous de l’age un ressort en hélice qu’il loge en partie dans une boîte cylindrique.
- Tant que le soc est enfoncé dans la terre et que les chevaux tirent sur l’instrument, ce ressort comprimé par la traction s’enfonce dans
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- le cylindre; si, au contraire, le laboureur attire à lui le mancheron, l’action du ressort sert à dégager l’ensemble et à faciliter la manœuvre.
- Les ressorts de M. Chapu me paraissent bien faibles eu égard au poids de l’armature sur laquelle ils doivent agir; mais s’ils n’ont pas l’effet que s’est proposé l’inventeur, ils doivent au moins, au point de vue de l’attelage, diminuer la pression du coup de collier et pendant toute la marche répartir plus également l’effort de traction et par conséquent le rendre moins pénible.
- MM. Lemaire, Auger et Amiot, de Bresles (Oise), ont été justement favorisés par la commission d’admission qui leur a attribué un des grands emplacements dans la classe 76 : on voit tout de suite que ces constructeurs habitent un pays fertile et de riche culture, car leur fabrication très-belle convient surtout aux cultivateurs qui peuvent payer largement une grande variété de formes et un choix de matières de première qualité. Leurs brabants doubles disposés en bascules comme les socs des charrues à vapeur sont ainsi construits pour éviter la révolution des versoirs, Le tirage se modifie très-rapidement en faisant glisser la chaîne de traction le long de la branche inférieure d’une grande maille fixée sous l’essieu qui porte l’appareil au moyen duquel on règle le travail de la machine. MM. Lemaire, Auger et Amiot ont vendu un grand nombre d’exemplaires de cette sorte de charrue, qui a donné en service les résultats les plus satisfaisants. Iis fabriquent aussi les brabants doubles ordinaires aux versoirs desquels ils ont apporté dans certains cas une modification qui, pour les terres fortes et collantes, peut avoir de bons résultats. Ce versoir, dit à grilles, est divisé en cinq palettes laissant entre elles un espace égal à la largeur de la palette elle-même.
- Pendant le travail sur cette surface intermittente, l’argile détachée du sol ne peut se coller et retombe facilement pour former le sillon. Cette sorte de débourrage, en quelque sorte automatique, pourrait être appliqué avec avantage à des charrues de tous modèles et de toutes tailles.
- Dans la houe à cheval de MM. Lemaire, Auger et Amiot, les couteaux en acier sont mobiles et se règlent facilement selon la largeur du semoir employé antérieurement. Pour les extirpateurs, les grandes dents doubles en acier sont mobiles sur les barres et fixées au moyen
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- de clavettes. Toute vis est proscrite : ces constructeurs, même pour le réglage, ont supprimé les pas de vis, qu’ils remplacent soit par des leviers, soit par des chevilles.
- J’ai toujours conseillé cette modification pour les instruments de culture quels qu’ils soient, même pour les machines à récolter, toutes les fois qu’il est possible de supprimer l’écrou et de 1« remplacer pai une clavette.
- Les coupe-racines, les rouleaux lisses ou briseurs, les râteaux à cheval, et tous les instruments de la fabrique de Bresles, sont aussi remarquables par leurs bons agencements que par leur exécution matérielle.
- M. Pinel, à Thil en Vexin (Eure), a imité les dispositions de la charrue américaine avec siège, instrument nouveau dont nous retrouvons de si excellents spécimens dans l’annexe de l’avenue de Suffren : il y a ajouté un timon, ce qui peut avoir son utilité; mais il a placé le soc assez loin en arrière du siège. Le conducteur est ainsi forcé de se retourner fréquemment pour voir les résultats du travail ; il me semble qu’il vaudrait mieux mettre le siège tout à fait en arrière si le poids du laboureur ne devait pas enlever le soc hors de terre ; nous reviendrons sur ces dispositions en examinant les charrues américaines.
- La fabrique de M. Tritschler, de Limoges, est une des plus importantes parmi les établissements qui, depuis trente années, se sont développés sur divers points de la France et ont prospéré rapidement en s’occupant de la construction des instruments agricoles principalement pour leur région.
- La maison Tritschler fabrique aussi l’outillage complet destiné à la préparation des kaolins et des pâtes à porcelaines; l’usine de Limoges expose dans la classe 7G une collection complète d’instruments agricoles parmi lesquels nous remarquons une charrue dans laquelle l’oreille et le soc tournent sous le sep avec une grande facilité. M. Tritschler a adopté le soc à pointe d’acier rapportée, non pas carrée, mais aplatie.
- M. Bruchet, de Craon (Mayenne), expose un semoir, des faucheuses, une baratte, une machine à affûter les scies. Sa faucheuse est montée avec brancards et palonniers; cette disposition est bonne parce que
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- l’on peut atteler alternativement un ou deux chevaux, suivant l’épaisseur de la récolte et la force des animaux employés.
- M. Desjardins, du Sap (Orne), expose un semoir à engrais qui, d’après lui, doit répandre d’une façon très-régulière aussi bien les engrais que les grains : plusieurs particularités de construction, et notamment la roue à double denture, agissant en deux directions, distinguent ce semoir du Chamber’s qui est encore aujourd’hui presque le seul en usage ; mais l’élévation de son prix peut être un obstacle à son introduction dans la petite culture et même dans la culture moyenne.
- MM. Boucher etC!e, de Fumay (Ardennes), se sont surtout attachés a établir des instruments au meilleur marché possible : leur faucheuse à un cheval marquée 290 francs serait abordable aux plus petites bourses. Je voudrais la voir fonctionner et réussir dans son travail, car jusqu’à présent l’emploi d’un seul cheval dans ce genre de machine m’a paru bien insuffisant.
- J’ai vu fonctionner parfaitement bien des moissonneuses attelées d’un seul animal. Mais dans les prairies, naturelles surtout, la résistance de l’herbe molle est si forte qu’il faut la puissance de deux bons chevaux pour en triompher.
- Vient ensuite le compartiment consacré à la colonie de Met (ray,- car Metlray ne se contente pas d’être l’établissement d’éducation modèle par excellence que chacun connaît, où les législateurs étrangers viennent prendre d’utiles leçons; Mettray est encore une usine.
- Là, sous la haute direction deM. Blanchard, l’honorable vice-président de la Société d’agriculture d’Indre-et-Loire, un chef d’atelier expérimenté fait fabriquer aux jeunes élèves de l’institution des instruments d’agriculture et surtout de taillanderie renommés.
- Celte année nous remarquons des herses, des fouloirs à vendange, hache-paille, coupe-racines, tarares, concasseurs, broyeurs de pommes au milieu desquels s’élève un tombereau forme anglaise avec rallonges, hausses et fourragère.
- Sur le mur sont appliqués les outils de drainage et de culture qui ont valu à la colonie de Mettray un si grand nombre de médailles dans les concours régionaux et les comices agricoles. Tous ces instruments sont fabriqués dans la colonie même et expérimentés par l’un des
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- meilleurs agriculteurs de France, M. Guimas, chef de culture de Mettray.
- Nous adresserons un seul reproche à M. Blanchard, c’est de ne pas faire connaître d’urib façon plus répandue que Mettray construit des instruments agricoles, la marque de fabrique de la colonie étant la meilleure de toutes les garanties pour le bon choix des matériaux et la bonne exécution.
- Entre Mettray etM. Garnier, de Redon, se trouvent les charrues, herses-râteaux de M. Plissonnier, de Lyon, constructeur de quelques bons appareils à labourer la vigne, et dépositaire intelligent de toutes les nouvelles machines inventées chez les autres, en France, en Angleterre et en Amérique : il est, pour le Lyonnais, ce que M. Renault Goirin a été pour sa région, initiateur des faucheuses, des moissonneuses, des machines à battre, de grands et petits modèles."
- Son voisin, AL Garnier, de Redon, est un des plus grands constructeurs de la région de l’Ouest ; il fabrique dans son usine un très-grand nombre d’instruments et de machines que la situation exceptionnelle de Redon permet de vendre à des prix extraordinairement bon marché, eu égard à leur excellente qualité.
- Redon est un petit port très-fréquenté des caboteurs, situe au confluent des rivières de Vilaine, de i’Oust et de i’Àff, au point de croisement des canaux de Bretagne qui vont de Nantes à Brest et à Lorient, de Redon à Rennes et à Saint-Malo, à la jonction des chemins de fer d’Orléans et de Brest.
- Les charbons, le fer, la fonte y arrivent par cabotage à très-bas prix. Les plus beaux bois des forêts de Bretagne sont apportés par canaux et par voie ferrée.
- S’étant-rendu compte do cette excellente situation, en 1862, M. Garnier fonda son usine à Redon en revenant de Londres, où le département d’Ille-et-Vilaine l’avait envoyé pour examiner les machines agricoles.
- M. Garnier occupe actuellement, à la fabrication exclusive des machines agricoles, plus de cent vingt ouvriers, aidés par un matériel complet de machines-outils à bois et à fer.
- Ces conditions favorables expliquent le succès de M. Garnier et les bas prix de ses produits.
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- Les herses avec bâtis de bois varient de 20 francs, pour les herses pesant 35 kilogrammes, jusqu’à 45 francs, pour les herses de 90 kilogrammes.
- Elles sont assemblées à boulons, sans tenons ni mortaises ; les dents carrées sont placées angulairement dans le sens du tirage et légèrement inclinées pour pouvoir être plus énergiques au besoin. Sur le dos de la herse, des traîneaux en saillie empêchent toute déformation; ils servent aussi au conducteur de guide assuré pour la direction de son instrument, car ils doivent toujours être dirigés dans le sens du tirage.
- Les herses en fer, parallélogrammiques ou articulées, paraissent très-solidement fabriquées; avec un supplément de 40/000 du prix d’acquisition, les dents sont en acier au lieu d’être en fer.
- M. Garnier a exposé aussi une grande herse, dite à chaînon, dont le but est de passer sur les terres comme dernier hersage de semence ou de préparation fine.
- Comme les dents de la herse à chaînon s’usent par le travail, il était indispensable de les rendre faciles à remplacer par un système simple; ces dents mobiles sont à deux pointes, une courte et une longue, suivant le plus ou moins de profondeur que l’on veut atteindre par le hersage.
- Les charrues, montées sur le bois de chêne d’excellente qualité, portent des versoirs tracés logiquement, d’après des études dont M. Garnier a exposé les épures sur le mur du pavillon derrière'sa collection
- En consultant ces dessins, au moyen de lignes tirées en longueur et en hauteur, il est possible de se rendre compte, et de la résistance qu’opposera le versoir à la traction, et du renversement plus ou moins complet que devra éprouver la bande de terre renversée par la charrue.
- Ce n’est donc plus au hasard seul, ou bien à. l’imitation des maîtres anciens, que les versoirs seront établis dorénavant.
- La collection de charrues exposées dans la classe 76 par l’usine de Redon, soit à monture de bois, soit à monture d(a fer, attire l’attention des agriculteurs pour la bonne exécution des instruments et le bas prix auquel ils sont cotés.
- En effet, M. Garnier a mis le prix de vente sur toutes les pièces exposées, procédé qui devrait être imité de tous, et qui aurait dû être exigé par le règlement général.
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- A côté des charrues proprement dites, nous voyons, par exemple, pour le prix de 70 francs, une solide fouilleuse montée sur bois, et armée de trois dents fortes en fer aciéré. Ces dents étroites, quoique très-robustes, labourent le sous-sol sans le mélanger avec les couches supérieures, augmentant ainsi l’épaisseur de la couche perméable» sans inconvénient pour les terres pauvres qu’elles assainissent en évitant de rien changer à leurs conditions ordinaires de culture.
- Les cultivateurs, système Colman, sont encore chers, puisque le moindre vaut 210 francs; mais leur construction est d’une solidité à toute épreuve.
- L’usine de Redon construit aussi les rouleaux unis ou brise-mottes, les râteaux et les faneuses, tous les instruments d’intérieur, coupes-racines, dépulpeurs, concasseurs, aplatisseurs, hache-paille de divers modèles, etc.
- On fabrique encore chez M. Garnier un autre instrument au moyen duquel on peut utiliser une plante qui pousse naturellement avec une grande énergie dans tout l’ouest de la France, et qui fournit une nourriture reçue avec avidité par les bêtes à cornes et les chevaux, quand elle a été débarrassée par un broyage énergique des épines qui hérissent ses tiges.
- L’ajonc ou jonc marin, qui, le plus souvent, ne sert qu’à chaulfer les fours des fermes, devient, par ce moyen, un fourrage vert pendant la saison où le sol ne produit rien.
- Pour être d’un usage certain, tous ces instruments doivent être actionnés par un manège, caries ouvriers des campagnes s’habituant peu à peu, aujourd’hui, à voir exécuter par des chevaux ou des locomobiles tout ce qui demande un effort continu, emploient peu toutes les machines dont nous venons de parler, quand elles doivent être mues à bras, lis ont en quelque sorte raison, car, pour être mû à bras, le modèle est le plus souvent trop petit et débite peu, relativement à la force employée.
- Il en est de même des batteuses à pointes, si à la mode, sous le nom de batteuses suisses, ainsi que des grands tarares déboureurs qui en sont la conséquence naturelle; ces machines peuvent à la rigueur être mues «à bras dans une très-petite exploitation où l’agriculteur bat pour lui-même, pendant quelques heures; mais elles ne peuvent être
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- sérieusement appliquées quand le battage doit durer toute la journée, et, surtout quand c’est pour les autres que le journalier doit tourner la manivelle.
- M. Garnier construit des manèges à un ou deux chevaux du prix très-raisonnable de 250 francs. Il y en a même de 225 francs.
- Mais celui qu’il affiche 275 francs me semble d’une solidité assurée et d’un bon usage.
- Pour les exploitations plus importantes, on dispose a Redon des batteuses et des manèges d’un plus grand poids pouvant donner un plus grand travail.
- Le compartiment de M. Garnier termine le côté droit du premier pavillon consacré à la classe 76; nous sommes donc forcés de revenir sur nos pas pour examiner le côté gauche de ce pavillon où nous trouvons dès l’abord, et même avant d’entrer, le nom de M. Albarel de Liancourt.
- En décrivant, au mois de mars dernier, l’exposition annuelle des machines agricoles, annexe du concours d’animaux gras au palais de l’Industrie, nous mentionnions une lampe électrique placée sur l’échafaudage d’un des exposants, et nous émettions l’idée que cette lumière nouvelle pourrait très-probablement avoir, comme éclairage usinier et agricole, un emploi auquel ses inventeurs étaient loin de s’attendre.
- Dans un très-grand nombre de cas, en effet, il est possible, soit par la transmission d’un moteur à eau, soit par l’utilisation d’une machine à vapeur déjà installée, soit enfin en se servant d’une loeomobile, d’actionner une machine Gramme ou autre, et de produire un feu électrique éclairant sans danger une cour de sucrerie ou de ferme, un champ ou des travaux de chemin, de pont, de constructions diverses; je ne croyais vraiment pas que cette prédiction fût si tôt accomplie, et j’ai été aussi étonné que charmé en trouvant, à la grille même du pavillon de l’Alma, une petite loeomobile combinée parM. Albaret justement pour cet usage.
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- Gomme je n’ai pas va fonctionner cet appareil, je laisse à M. Alba-ret tonte la responsabilité de sa description :
- « Nous pensons, dit le constructeur, que ce mode d’éclairage pourrait aussi rendre des services pour vaquer pendant la nuit à des travaux tels que le moissonnage et le battage, afin d’éviter aux ouvriers la fatigue résultant des ardeurs du soleil, et aussi obtenir un travail plus important dans un temps donné.
- « C’est surtout dans le but d’obtenir ce résultat que nous avons imaginé lappareil se composant : t° d’une locomobile ordinaire produisant la force motrice; 2° d’une ou de plusieurs machines électriques système Gramme, ou autre; 3° d’une potence servant à porter la lanterne et le régulateur, le tout monté sur quatre roues afin de rendre facile le déplacement de l’appareil.
- « La machine à vapeur locomobile ne diffère en rien des modèles habituellement employés par les agriculteurs et les industriels. Elle est du système horizontal avec chaudière tubulaire, et la force est de trois à quatre chevaux; mais si l’on voulait faire servir cette locomobile à donner le mouvement à une batteuse, en même temps qu’à éclairer le travail, il serait mieux de mettre une machine plus forte; elle pourrait être aussi du type vertical ; mais cela nécessiterait quelques changements ou d’autres dispositions.
- « La machine Gramme est placée sous le corps cylindrique et en avant de la boite à feu. Elle est fixée sur un patin en fonte, boulonné à la chaudière. Elle est actionnée au moyen d’une courroie par une poulie placée sur l’arbre manivelle de la locomobile. Le mât est. à l’avant de l’appareil et en forme certainement la partie la plus importante. Le tout est facilement transportable et ne demande aucune installation préalable pour fonctionner.
- «Le mât est formé de tubes enfer emmanchés les uns dans les autres et arrêtés par des frettes; ils sont armés de croisillons et de fils de fer articulés, afin de faciliter le démontage et le transport. Ce mât est ainsi monté sur un axS horizontal, lequel articule sur deux tourillons. La potence peut aussi tourner autour de cet axe horizontal afin de la rabattre pour le démontage.
- « A l’avant de la cheminée, est installé un petit treuil à chaîne commandé par des engrenages et une manivelle. La partie inférieure de
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- la cheminée est fixée à la chaudière; elle est faite en tôle épaisse afin de fournir une résistance suffisante pour maintenir le mât. Sur cette partie fixe vient se boulonner une autre partie dont l’extrémité supérieure est maintenue par deux tirants. Elle porte une poulie à gorge sur laquelle vient passer la chaîne du treuil qui est accrochée au mât. On comprend facilement qu’en faisant tourner le tambour dans un sens ou dans l’autre, on obtiendra l’abaissement ou le relèvement du mât.
- a La lanterne est placée à l’extrémité de la potence, où elle est maintenue par une corde passant sur de petites poulies. On peut, par conséquent, la descendre, lorsqu’on veut régler les régulateurs, changer les charbons, ou pour tout autre motif. Ou la'descend aussi lorsqu’on veut changer de place la machine pour éclairer un autre point. Dans ce cas, la lanterne se place sous un bâti du treuil. Pour démonter la potence, quand il faut transporter l’appareil à une distance suffisamment grande ou pour le mettre à l’abri, on commence par descendre la lanterne, puis on abaisse le mât au moyen du treuil et on le démonte aux jonctions des tubes après avoir préalablement enlevé l’armature. »
- D’ici à bien peu de temps nous verrons la lumière électrique portative installée dans les campagnes. Comme lumière fixe, tous les grands moulins l’utiliseront certainement.
- Depuis que nous faisons le compte rendu du concours annuel du palais de l’Industrie, nous n’avons cessé de demander aux constructeurs de machines agricoles un épandeur d’engrais solide, moins compliqué , moins altérable et surtout moins cher que le Chambers et ses différentes imitationé. M. Albaret, toujours à la recherche des idées justes, a construit, d’après les idées de M. Gandrille, un épandeur à engrais et à plâtre.
- Porté par un bâti mobile sur deux roues, il se compose d’une trémie fermée par un couvercle et dont le fond est formé par un grand tambour mobile. Dans le spécimen exposé cet hiver, ce tambour était en tôle; mais les engrais pulvérulents, et notamment les superphosphates, contiennent toujours des principes altérant le métal, et M. Albaret, dans le semoir exposé cette année, a remplacé la tôle par le bois.
- Dans son mouvement de rotation, le cylindre se charge d’une
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- légère couche de la matière à répandre et la présente aux barbes d’une brosse cylindrique armée de brins végétaux venant d’une liane nommée piasava.
- Celte brosse parallèle au tambour tourne rapidement, détache l’engrais du cylindre de bois qui tourne, au contraire, très-lentement, et projette la poussière sur le sol.
- La piasava sert aujourd’hui en brosserie pour les brosses à laver, les balais et surtout les brosses des machines à balayer le macadam de la ville de Paris.
- Comme dans le Chambers, la paroi antérieure de la trémie se termine, à sa rencontre avec le tambour, par une vanne qu’on abaisse ou qu’on lève au moyen d’une vis à manivelle fixée à chaque extrémité de la trémie; on peut ainsi régler la quantité de poudre qui doit entraîner le cylindre de bois. Le mouvement est donné par un engrenage droit fixé sur le moyen de l’une des roues ; il est transmis directement à l’arbre horizontal qui porte la brosse et de cet arbre à l’essieu parallèle du tambour par un engrenage d’angle commandant une vis_ sans fin.
- Une ingénieuse disposition rapproche les deux axes progressivement à mesure que s’usent les brins de piasava de la brosse.
- Lorsqu’on së sert de l’épandeur d’engrais par un vent assez fort, ce à quoi l’on est quelquefois forcé, car en agriculture on ne choisit pas toujours son temps, le courant d’air, prenant la poussière par le travers, l’envoie assez loin. M. Albaret a obvié à cet inconvénient en ajoutant une trémie de descente qui prend toute la largeur de la brosse et s’abaisse jusqu’à environ dix centimètres du sol. ' .. _
- C’est très-bien quand il s’agit de répandre l’engrais en couverture sur un sol parfaitement roulé préalablement; mais il arrive souvent cpie l’engrais se répand quelque temps avant les semailles, quelquefois même pendant les préparations du sol, et qu’alors des mottes ou despierres de plus de dix centimètres se trouvent sur la terre et heurtent la trémie de descente assez rudement; il faudrait donc que celte trémie inférieure se terminât par une vanne comme la trémie supérieure.
- Quand iljfait grand vent et que le sol est un'peu rugueux, on attache simplement à la partie inférieure du semoir une vieille toile qui
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- traîne sur le sol à l’arrière de l'instrument et empêche toute déperdition de l’engrais.
- Tout à l’entrée du papillon de la classe 76, M. Albaret nous montre une nouveauté, de son avis, encore à l’état d’étude; mais il me semble cependant qu’il aurait déjà pu indiquer, par une étiquette ou une affiche explicative, quel était le but de la machine; car tout le monde passe devant sans se douter qu’on laisse sans la regarder la solution d’un problème intéressant.
- Voyant les constructeurs se préoccuper de lier la gerbe mécaniquement avant le battage, M. Albaret a très-justement pensé que, pour les agriculteurs qui vendent leur paille, il était encore plusutile qu’elle fut liée après le battage : mieux encore, comme cette paille est destinée soit au rationnement de cavalerie, soit au transport dans les grandes villes où elle se vend au poids, le constructeur a eu l’idée de faire précéder le liage par un pesage automatique, le tout fonctionnant au sortir d’une machine abattre fixe mue par la vapeur ou parun manège.
- Directement au-dessous de l’ouverture d’où la paille secouée s’échappe pour tomber hors de la batteuse, est posé, parallèlement aux autres axes de la machine, un essieu portant disposés en croix quatre rangs de baguettes perpendiculaires à sa direction.
- La paille tombe sur le rang de baguettes le plus rapproché de la batteuse, s’y accumule, et, lorsque le poids des brins amoncelés dépasse le contre-poids qui retient le rang de baguettes qui lui fait prolongement de l’autre côté de l’essieu, l’appareil fait tourniquet, bascule, et la ligne de baguettes suivantes vient prendre la place de la première ligne pour se charger de nouveau de la paille sortant de la batteuse, et ainsi sans discontinuer.
- Chaque lot de paille s’échappant du tourniquet vient tomber entre des bras qui le serrent pour le mouler en botte, tandis qu’un grand crochet recourbé portant le fil de fer se déroulant d’une bobine entoure la botte et l’enlace.
- Les deux extrémités du fil de fer, prises dans un mécanisme analogue à celui des moissonneuses-lieuses, sont tordues en hélice comme les bouchons de vin de Champagne, et, au moment où il se coupe, la botte est rejetée au dehors, solidement liée et prête à être mise en charrette.
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- M. Albaret se propose d’étudier encore et de perfectionner ce mécanisme si complexe qui pourra trouver bien d’autres applications que le pesage et le pliage de la paille.
- Pour toutes les matières encombrantes : foin, laine, coton, qui se vendent au poids et par balles, la peseuse-lieuse de M. Albaret rendra de très-grands services en épargnant les longues et difficiles manœuvres du pesage ordinaire; mais pour être utilisée ainsi, il faut que la machine soit disposée de manière à ce qu’elle puisse faire à la fois trois ou au moins deux liens, un seul n’étant suffisant que pour la paille.
- A côté de la batteuse-lieuse, M. Albaret a disposé un petit appareil très-intéressant qui a pour but de démontrer par quelles séries de combinaisons on peut transformer rapidement et simplement la puissance en vitesse et inversement la vitesse en puissance ; deux séries d’engrenage à grand et à petit rayon, agissant alternativement sur un point ou sur un autre, donnent une démonstration évidente de ce principe connu.
- L’étude de cette nouvelle combinaison mécanique a conduit M. Albaret à d’importants perfectionnements pour certaines de ses machines, notamment hache-maïs, manèges, presses à fourrages surtout. Ce dernier instrument a besoin de rapidité pour commencer son opération , et de force pour la terminer. La nouvelle combinaison d’engrenage répond parfaitement à cetle double nécessité.
- Les manèges, semoirs à toutes graines, faucheuses et moissonneuses, soit imitation pure et simple de machines étrangères, soit combinaison personnelle, ont été souvent décrits et sont fabriqués par les ateliers de Liancourt avec des soins particuliers.
- M. Albaret a compris, l’un des premiers, que tous ces instruments, qu’on appelle instruments d’intérieur de ferme, n’étaient réellement d’une grande utilité que s’ils étaient actionnés par un manège ou par une machine à vapeur : on se trouve en effet devant cette alternative de composer des hache-paille, coupe-racines, concasseurs, etc., débitant, plus qu’on ne peut le faire avec d’autres moyens plus simples, mais exigeant une force musculaire telle qu’elle ne peut se continuer longtemps; ou bien de composer ces mêmes instruments pour une force relativement plus faible; mais alors ils ne débitent pas assez, et les ouvriers agricoles les délaissent.
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- M. Albaret, qui se trouve dans un pays de grande culture, au milieu de distilleries et de sucreries où l’on est habitué aux moteurs mécaniques , a composé pour les grandes fermes de forts et solides instru-mënts, tous munis de moyens de transmission avec des manèges ou des locomobiles; le constructeur insiste beaucoup sur la facilité qu’il a donnée à ces mêmes instruments de pouvoir être mus à bras par une manivelle rapportée à volonté. Il est vrai que cela se peut, mais ce ne serait que pendant quelques minutes seulement.
- Ce qui distingue surtout la fabrication de Liancourt, c’est que les instruments les plus simples sont exécutés par des ouvriers habitués à faire des machines bien plus grandes et bien plus compliquées: ainsi, à Liancourt, on construit des machines à vapeur fixes et mobiles de grandes batteuses, tout aussi belles, tout aussi complètes que les plus fameuses batteuses étrangères.
- Le plus grand modèle exposé cette année, et qui demande une force de huit à neuf chevaux-vapeur, est tout ce qu’il y a de plus complet et de plus remarquable en ce genre, par la justesse des combinaisons et par la perfection de l’exécution; non-seulement cette machine bat, secoue la paille, vanne le grain; mais encore elle le trie en plusieurs qualités dans un appareil cylindrique qu’une brosse parallèle nettoie sans cesse pour que le grain soit rendu aussi propre que possible.
- A côté de tous ces instruments pour lesquels M. Albaret a reçu tant de récompenses aux Expositions et aux concours régionaux, nous voyons encore divers outils plus ou moins importants, tels que chaudières , appareils à cuire les légumes avec pression de vapeur, rouleau armé de lames tranchantes disposées en hélice, pour le nettoyage des forêts de pins, système Courregelonge ; enfin l’outil nouveau et bizarre que MM. Albaret et Truffart appellent un releveur de prairies, et qui, d’après l’inventeur et le constructeur, serait un instrument merveilleux pour préparer au fauchage mécanique les prés versés et enmêlés.
- Je n’ai pas vu fonctionner cet instrument, mais je doute un peu de son efficacité et de son utilité jusqu’à preuve du contraire ; en voici la description :
- Sur un essieu, sont fixés sept à huit longs coutres descendant obliquement sans toucher le sol ; autour de ce même essieu tournent des lames plus courtes; le tout a pour but de passer dans les prés avant
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- a faucheuse et (le démêler d’une manière définitive jusqu’au passage delà faucheuse ces herbes qui, pour une cause ou pour une autre, sont plus touffues et versent en mêlant leurs brins.
- Je crois qu’il est plus simple, lorsque ces points versés sont peu étendus, de les faire couper à la faux, ou bien, si c’est tout le pré qui est versé par la pluie ou le vent, c’est le plus souvent sur un seul sens, et la faucheuse coupe très-bien, en relevant les brins couchés, ou même en marchant en travers perpendiculairement à la direction de.... la verse.
- A côté de M. Albaret, le Comité d’installation a donné une olace honorable à M. Henry, successeur de M. Joseph Pinet.
- M. Henry est un ancien capitaine d’artillerie, officier de la Légion d’honneur, chargé longtemps de la direction des machines à la manufacture d’armes de Cbâtellerault. Depuis 1873, il dirige la Société exploitant les ateliers d’Abilly avec cette science et cette perfection qui caractérisent les établissements d’artillerie de l’État.
- Les usines d’Abilly (Inde-et-Loire) ont été fondées , il y a plus de cinquante ans, par M. Louis Pinet père, sur la rivière de Claise, dont la chute fournit la force à l’usine.
- Sur cette rivière, affluent de la Creuse, M. Louis Pinet avait édifié des ateliers de construction pour moulins, papeteries et machineries diverses. '
- En 1843, M. Joseph Pinet, qui avait alors vingt-deux ans, prit la direction des ateliers, fit plusieurs inventions qui développèrent son établissement, et enfin combina en 1854 le manège qui porte son nom et qui, par son succès rapide, s’est répandu dans le centre èt . l’ouest de la France, à une époque où la machinerie agricole était bien rarement adoptée dans les campagnes.
- Le cultivateur du centre, peu lettré, regarde avec méfiance les instruments trop compliqués pour son éducation imparfaite, trop chers pour ses ressources. Le bon aspect extérieur des appareils de M. Pinet a triomphé de ces méfiances et a contribué beaucoup à la vulgarisation des procédés mécaniques dans le centre et l’ouest de la France.
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- Il faut qu’au premier regard jeté sur une machine, elle ne repousse pas l’agriculteur par sa complication, et que par la symétrie et le bon agencement de ses formes, elle indique déjà que ses organes joueront facilement et qu’on n’aura pas le triste échec, après de grands efforts et des frais élevés, d’avoir dans le hangar, exposée à la risée des voisins, une machine qui ne va pas.
- Dès l’abord, le paysan a vu que les machines de M. Pinet devaient aller, et bien que quelques-unes d’entre elles ne répondent pas à toutes les données du problème, elles sont restées en faveur dans la grande, la moyenne et même la petite culture.
- Le manège Pinet réalisait du premier coup le problème depuis longtemps cherché, d’obtenir une force au moyen des chevaux ou des bœufs de l’agriculteur, sans embarrasser les animaux dans les barres d’une transmission passant sous leurs pieds.
- Bien qu’il se fasse un grand nombre de ces manèges dits en dessous, il n’en est pas moins vrai que, dans la plupart des circonstances, ils sont dangereux pour les bestiaux, qu’ils présentent plus de frottement et que leur installation à tiges rigides ou à genouillères est toujours plus difficile que celle d’une courroie qui peut s’allonger et changer de direction dans tous les sens.
- Une machine agricole mobile ne doit pas avoir la précision de disposition des machines de l’industrie. Le sol sur lequel elle repose est souvent loin d’être plan ; les chevaux qui la mettent en mouvement n’ont pas la régularité de la vapeur ou d’une chute d’eau. Tantôt, se lançant dans le collier, ils développent une force inopportune ; tantôt ils s’arrêtent tout court, et mettent en danger les organes de la machine et leurs compagnons de travail. Il y a donc là des conditions particulières que M. Pinet réalisa avec beaucoup de bonheur.
- La première d’entre elles était de faire passer la transmission au-dessus des chevaux; pour cela, il a eu l’idée d’élever une colonne centrale en- fonte creuse qui représenterait, renversée, une fusée d’essieu d’environ deux mètres : au centre est une tige portant une poulie à son extrémité supérieure; son extrémité inférieure se termine par un pivot tournant dans un godet.
- La tige servant d’axe de rotation est lifï^dans l’intérieur de la colonne, à l’exception d’un collier dç douze centimètres environ qui
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- l’étreint à l’extrémité supérieure et dans lequel elle tourne à frottement ; cette colonne creuse est assujettie sur une base formée d’une plaque de fondation en fonte, recevant également toutes les autres pièces du mécanisme, et fixée sur une croix en bois qui pose sur le sol où elle est arrêtée par de forts coins de fer passant dans des anneaux.
- A la base de la colonne tourne une bague ou sont ménagés de deux à six logements pour insérer la tête des leviers. Cette même bague forme le centre d’une roue dentée à dents très-fortes qui engrènent avec un pignon placé au centre d’une roue dentée beaucoup plus “ légère et à dents plus nombreuses. Cette dernière roue engrène aveele pignon fixé à la base de l’essieu qui traverse la fusée'-et dont l’extrémité supérieure porte la poulie dans la gorge de laquelle passe la courroie.
- Cette disposition de roues droites a l’avantage de faire agir les dents sur des plans parallèles et non sur des surfaces obliques; aussi dans les secousses il peut y avoir du jeu sans cependant que les dents cessent de mordre l’une sur l’autre.
- Dans les circonstances où un pignon d’angle se désengrènerait, les dents parallèles peuvent se toucher par une partie seulement de leur étendue, mais elles ne se séparent pas l’une de l’autre. La difficulté principale de cet agencement était de pouvoir atteindre au centre de la colonne creuse le pignon liéà la tige formant essieu ; il faut en effet que la colonne, pour se maintenir droite et supporter l’effort de la poulie, soit fixée solidement sur le sol et que, pour cela, sa base adhère fortement à la plaque de fonte qui sert de support. Comment donc atteindre ce pignon au travers de la colonne sans en diminuer la stabilité?
- En échancrant cette base de quelques centimètres seulement, la dent de la roue de renvoi peut rencontrer une dent du pignon, et cela suffit pour créer le mouvement sans diminuer en rien la solidité de l’appareil. Cette disposition, qui a rendu tout possible , est le véritable point remarquable de l’invention de M. Pinet.
- Les bonnes combinaisons du manège Pinet donnent à la poulie de commande une vitesse de cent vingt-cinq tours à la minute, et cette vitesse transmise à des poulies d’un plus petit rayon portées par les instruments à faire mouvoir, — batteuses, — tarares, etc., — la multiplie assez pour éviter tous les engrenages si dangereux contre ceux qui n’ont pas l’usage habituel des machines.
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- Il est cependant nécessaire d’appeler sur ces dangers l’attention des personnes qui possèdent ces manèges et en général tous les manèges à dents découvertes. — Il faut absolument interdire au conducteur des chevaux de monter sur les leviers ou même sur la plate-forme qui surmonte l’attache de ces leviers; les plus graves accidents pourraient en résulter. Je conseillerais à M. Henry de chercher quelques dispositions protectrices contre les imprudences que tendent toujours à commettre des ouvriers inexpérimentés.
- Il s’est déjà vendu plus de onze mille de ces manèges, et je suis certain qu’Àbilly en aurait vendu beaucoup à l’Exposition, si M. Henry avait obtenu assez de place pour répéter au Champ de Mars l’heureuse disposition que je me rappelle avoir été présentée par M. Pinet sur le champ du comice de Châtellerault, il y a déjà quelques années.
- Le manège n’était pas exposé seul, mais faisait partie d’un ensemble que M. Pinet appelait, je crois, l’atelier agricole. — C’était sous un hangar, une longue et légère transmission portant plusieurs poulies sur lesquelles s’attelaient successivement divers instruments, — pompes, lave-racines, hache-racines, hache-paille, machine à battre, tarare, moulin, et même un tour, afin de façonner au besoin une pièce de fer.
- L’ensemble, autant que je me le rappelle, était d’un prix fort modéré — et donnait déjà, à cette époque où les machines étaient encore suspectes, bien grande envie de l’acquérir aux agriculteurs qui l'examinaient.
- Combien davantage aujourd’hui, où toute ferme importante a déjà faucheuse et moissonneuse, cet ensemble constitué économiquement et solidement aurait eu des chances de réussir l
- La difficulté toujours croissante.de réunir les dix-huit ou vingt personnes nécessaires au service des machines à battre à grand travail aurait fait accueillir avec grande faveur une disposition permettant de s’en affranchir.
- Le succès des machines dites batteuses suisses, dont le petit modèle peut, à la rigueur, être mû à bras, vient de cette réaction contre la grande machine; mais la machine à pointes, suisse ou allemande, ou fabriquée en France, a un grand défaut, même quand elle est assez solidement fabriquée et qu’elle est d’un assez grand modèle pour supporter l’effort d’un manège à un ou deux chevaux.
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- Elle n’est pas ordinairement accompagnée d’un tarare débourreur pouvant être mené par le manège.
- Il en résulte que le tas de grains et de balles amoncelé rapidement devant la batteuse doit être nettoyé à bras, ce qui est interminable quand il s’agit d’un certain nombre d’hectolitres.
- L’usine d'Abilly se trouve dans une situation très-favorable pour remplir cette lacune : elle possède depuis longtemps, pour compléter son ancienne batteuse en bout, un tarare débourreur excellent,très-solide et tout agencé pour être actionné par le manège, en passant par h batteuse sur laquelle des poulies de renvoi sont disposées a cet effet.
- La combinaison est si intelligemment préparée que le tarare n’a pas besoin d’être placé dans le prolongement de la ligne de direction de la batteuse; il peut être mis à angle droit quand la place ne se prête pas à cet allongement de l’appareil.
- Que la machine soit à batteur lisse comme l’ancien modèle Pinet, ou à pointes comme le nouveau modèle fabriqué à Abilly, le raisonnement est le même, et je regrette vraiment pour M. Henry que la place lui ait manqué pour disposer manège, batteuse et tarare débourreur munis de leurs courroies, afin de montrer combien est simple et pratique la manœuvre de ces excellents appareils.
- Je n’ai vu, dans toute l’Exposition française et étrangère, aucun autre ensemble pouvant rivaliser sur ce point avec les machines d’Abilly. M. Lanz, deManhein, seul, si mes souvenirs sont exacts, à eette disposition de batteuse et de tarare débourreur commandés par le manège et pouvant marcher ensemble ou séparément.
- Pour fournir le blé livrable au moulin directement, le tarare ordinaire à main suffit, comme après le battage de la plupart des machines mues par la vapeur.
- On peut également, en changeant les grilles du tarare débourreur, s’en servir pour ce dernier nettoyage.
- J’établissais dernièrement avec M. Henry le prix 4’ensemble de l’appareil complet :
- Le manège à trois chevaux était compté pour................. 296 fr.
- La batteuse avec secoueur de paille pour................. 295
- Le tarare pour.........................................:.... 189
- Et les courroies pour environ............................... 40
- Le total était alors de
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- Mais en achetant le modèle do machines un peu plus fort, par conséquent plus solide et battant plus de gerbes, on pourrait avec un total de mille francs, c’est-à-dire avec la dépense de deux ou trois années de battage, à la grande batteuse à vapeur, et location, qui ne vient chez vous que le jour qu’il convient à son propriétaire, avoir un appareil de batterie complet.
- Cet appareil de battage serait desservi par le personnel de la ferme seul, et à votre disposition pour le jour où il vous plaît de battre; très-facilement transportable d’une ferme à l’autre, il vous laisserait on plus, pendant tout le reste de l’année, un manège dont la présence rendrait sérieusement efficaces tous les instruments d'intérieur « que les ouvriers agricoles se refusent le plus souvent à faire marcher à bras. •
- Telle que l’exposition de M. Henry est disposée, on peut bien voir que ses machines, bois, fer et acier, sont construites par des ateliers bien montés; mais il est bien impossible de se figurer exactement les services qu’elles peuvent rendre.
- Auprès des manèges, batteuses et tarares qui ont fait la réputation de la maison Pinet, une faucheuse et une moissonneuse construites à Abilly montrent les mêmes qualités d’excellente fabrication.
- La faucheuse a été établie sur le système Wood qu’ont imité tous les constructeurs français ; l’acier fondu, le fer forgé lui donnent une solidité à toute épreuve, et je viens de le constater en fauchant des sainfoins et des luzernes dans des pièces assez mai disposées pour le fauchage mécanique.
- La faucheuse Tourangelle d’Abilly s’est vaillamment comportée dans les secousse et au milieu des pierres, sans éprouver la moindre rupture ni le plus petit dérangement. La bonne courbure des dents de garde, légèrement relevées en pointe de sabot, a mis à l’abri des chocs les dents de la scie.
- Ces dernières sont fabriquées à Abilly même et trempées seulement dans la partie tranchante; tout le milieu de la dent restant en acier doux résiste à la rupture bien mieux que si la dent était entièrement durcie.
- Abilly possède aussi une moissonneuse qui porte son nom et qui s’appelle VAbillienne; elle est établie sur le système Johnston qui a
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- été choisi comme type de moissonneuse par les imitateurs français, comme la Wood a été imitée comme faucheuse*
- M. Henry l’a modifiée en substituant le fer à la fonte et l’acier au fer, toutes les fois que cela a été possible : il a combiné un système de graisseurs à fermetures automatiques, qui peuvent être divisées de la machine et ne sont pas fondues avec les pièces comme dans la Wood dont elles sont imitées en partie. - ~
- Une tige filetée que la trépidation agite légèrement conduit l’huile coulant au long des filets : la bielle reliée au volant par une articulation sphérique analogue à celle de l’ancienne sprague, mais s’usant beaucoup moins.
- Par une simple substitution d’engrenages, on peut changer la vitesse de la scie et s’en servir pour faucher des luzernes et des sain-foins, mais non des prés.
- N’ayant pas à payer les droits énormes qui frappent l’introduction des machines étrangères, M. Henry peut vendre sa faucheuse 550 francs, et sa moissonneuse 950.
- Nous ne saurions trop engager les agriculteurs français à soutenir i les efforts des constructeurs nationaux en se servant de leurs machines : plus l’atelier de réparation est à portée de l’agriculteur, plus tôt il pourra faire remettre en état sa machine brisée, faussée ou usée.
- Tout en tenant un compte de reconnaissance à MM. Pilter, Decker et Mot, Rigault, Dudouy, Waite Burnell et autres importateurs qui nous apportent les machines étrangères, nous devons cependant toutes nos sympathies à MM. Henry, Albaret, Hidien, Cumming et autres constructeurs nationaux qui ont eu le courage de s’adonner à la construction des faucheuses et des moissonneuses.
- Si M. Henry n’est pas le premier qui ait entrepris de vaincre le préjugé qui semblait nous interdire cette fabrication, nous pouvons affirmer qu’il est au moins l’un des premiers, car sa moissonneuse parut avec honneur à l’important concours de Meltray au milieu des meilleures machines étrangères en 1874.
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- Avec M. Meugniot, de Dijon, qui succède à M. Henry, nous revenons aux charrues, aux scarificateurs et aux herses : nous trouvons chez ce constructeur les mêmes excellentes dispositions qui distinguent aujourd’hui la fabrication française, même pour les instruments les plus simples, et les soins de fabrication qu’on ne remarquait point il y a vingt ans.
- Dans une des grosses charrues à versoir de bois de M. Meugniot, je vois un arrangement particulier du coutre, tellement rapproché du versoir que c’est la pointe du coutre lui-même qui fait l’extrémité du soc trancanht : M. Meugniot a peut-être ainsi voulu contraindre les laboureurs à se servir du coutre que le plus souvent ils trouvent gênant, et commencent par enlever dès que la charrue arrive à la ferme.
- Une des herses de M. Meugniot a ses dents plantées dans un bâti en bois cintré : je ne sais quel avantage le constructeur peut tirer de cette courbure, si ce n’est pour l’élégance de la forme.
- M. Bruel, de Moulins, expose des herses, des scarificateurs, dès appareils à travailler la vigne , des charrues tournant sous sep , et des butleurs solides et bien étudiés.
- Ses rouleaux, et surtout le rouleau-squelette, me paraissent très-bien agencés.
- En parcourant le catalogue dé M. Bruel, je trouve les prix indiqués d’un bon marché relatif qu’explique la situation des ateliers de ce constructeur dans le pays du fer et de la houille.
- A partir de ce point du pavillon d’Orsay, l’installation de la classe 76 est faite sans ordre raisonné, à cause sans doute de l’espace restreint dont on disposait. Ainsi, à côté des charrues de M. Bruel, nous trouvons les marmites en fonte de la société de Rosières, et les écuries et selleries pour châteaux de la Ménagère.
- Ces écuries et cette sellerie, bien qu’à mon avis elles ne soient pas du tout à leur place, sonttout à fait bien disposées : d’abord le sol est pavé de briques sur champ, sorte de pavage peu usité en France, mais très-employé en Angleterre et en Hollande, et avec raison : rien n’est plus-propre, plus solide, plus adapté à former le soi d’une écurie ou d’une vacherie.
- Les stalles en madriers de chêne, solidement joints par des boulons,
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- les mangeoires garnies de fonte émaillée, les râteliers en fer, tout est bien fait en même temps pour l’usage auquel l’ensemble est destiné, et cependant taxé à des prix de vente abordables pour ceux qui désirent mettre un petit coin de luxe dans la simplicité de leur exploitation rurale.
- On doit, même en comprenant le prix des transports, en s’adressant à la Ménagère, établir ces stalles moins chèrement et surtout plus rapidement qu’en se servant des ouvriers locaux.
- Vient ensuite une petite exposition très-habilement dressée, où l’on trouve en même temps les rouleaux brise-mottes ou plombeurs de MM. Demarly et Fouquar et le semoir à engrais de M. Josse que nous retrouvons dans l’annexe de l’avenue Labourdonnaye.
- Puis viennent, dans un inextricable enlacement, les machines de toutes natures de MM. Fortin frères, à Montereau, qui me semblent être animés par l’esprit d’inventions en tous genres :
- Machines à battre, tarares, locomobiles, instruments d’intérieur,-pompes, grands brabants, et même de petits brabants pour culture de la vigne, manèges tournant en dessus des chevaux, imitation du manège Pinet, dans lequel la colonne de fonte est remplacée par quatre barres de fer soutenant la bague dans laquelle tourne l’arbre moteur.
- Entre autres inventions est une charrue montée sur bois, dans laquelle la pointe du soc est mobile et peut s’allonger au moyen d’une rainure. Dans cette même charrue, les roues de l’avant-train font mouvoir un engrenage, sous l’action duquel tourne une roue circulaire placée derrière le paîonnier perpendiculairement à la direction de la charrue : cette roue est armée de longues dents destinées ài écarter probablement des herbes, peut-être du fumier.
- M. Fortin aurait bien dû afficher sur sa charrue une notice pour en expliquer la marche et l’usage.
- Les machines de M. Coutelet, fabricant d’instruments agricoles à Étrepiily (Seine-et-Marne), charrues ordinaires et brabants tourne-oreilles, sont d'une bonne fabrication, et les prix affichés sur chacune d’elles sont modérés, eu égard aux métaux, fer et acier, qui les composent.
- Comme M. Fortin et bien d’autres inventeurs, M. Coutelet devrait, soit par prospectus, soit par affiches, donner au public l’explication
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- d’une herse circulaire surmontée d’un galet pesant qui doit aussi se déplacer circulairement et produire un effet voulu.
- Après M. Coutelet vient un compartiment où l’on trouve au premier plan un petit modèle de charrue compliquée, exposé par M. Moret Bailly, agriculteur à la ferme de la Goutte, canton d’Orgelet (Jura), qui, lui non plus, ne dit pas à quel usage peut être destiné cet engin, au-dessous duquel apparaît une petite charrue avec ses différentes pièces de rechange et sur laquelle il est écrit : « Charrues en acier forgé par un outillage spécial. Fines, à Toulouse (Haute-Garonne). »
- En arrière sont placés de beaux instruments en fer ^scarificateurs et charrues de M. Pillier, à Lieusaint (Seine-et-Marne), qui ne se contente pas du coutre tranchant, mais y ajoute une autre espèce de coutre en forme de soc et de versoir réunis, pour précéder le coutre tranchant : en arriérent du même constructeur est un semoir à graines, sur lequel se lit cette mention : « Semoir agitateur, à bandes mobiles centrifuges longitudinales, se dirigeant par derrière, évitant un homme. » Cet instrument est solide et bien construit.
- Dans le même compartiment, nous trouvons exposé par M. Morlet, à Gouvernes, près Lagny (Seine-et-Marne), d’abord une petite paroire à main et à roulettes, puis un instrument d’un bien joli travail de forge, qui peut, au moyen de divers changements, se modifier en scarificateur, en butteur, se rétrécir ou s’élargir et même porter une sorte de grosse fourche à trois doigts aplatis que je voudrais bien voir fonctionner.
- Derrière est un semoir de M. Palante, à Bianay-lez-Arras (Pas-de-Calais), en avant duquel apparaissent : une lilliputienne charrue tourne-oreille envoyée par M. Vullierme, à Saint-Pierre de Soucy (Savoie); une houe à cheval combinée avec un butteur, par M. Eveloy, à Armani court, près et par Compiègne; du même constructeur, un arracheur de betteraves qui a déjà obtenu la médaille d’or au concours spéeia-de la Société d’agriculture de Compiègne, en 1877.
- Nous lisons ensuite : « Charrue perfectionnée, exposée par M. Cha-bert, à Quissac (Gard). » Je cherche où sont les perfectionnements; ils me semblent consister dans la pointe rapportée au soc et dans deux manivelles au moyen desquelles on modifie la position des mancherons et de l’aee.
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- A côté, et très-habilement forgée, mais ne portant aucune espèce d’indication, est une charrue très-intéressante, dans laquelle le constructeur a eu pour but, ainsi que dans les charrues devant être mues par la vapeur, de pouvoir labourer dans tous les sens, à peu près comme dans la charrue de MM. Lemaire, Auger et Amiot; seulement Tinventeur inconnu bfai tasculer les mancherons par-dessus l’age, réalisant ainsi l’économie de la seconde paire de mancherons.
- Derrière est une forte et belle charrue brabant de M. Jules Lecomte, à Quincy-Ségy (Seine-et-Marne) ; tout à fait en arrière, et caché par le nettoyeur et trieur de madame Jérôme (d’Amiens), disparaît sous la poussière Un butteur que son timon semble destiner à être conduit par des bœufs; une charrue de M. François Cunin, à Valcourt (Haute-Marne). Un autre butteur à trois socs de M. Monteil, à Sentel par Bazout (Aveyron).
- Tout à fait enterré dans le sable est un instrument envoyé par M. Pary, négociant à Limoges, et qui doit avoir pour objet de transporter aussi près de terre que possible les matières agricoles; également sous la poussière, non montés et sans indications quelconques, sont entassés pêle-mêle les trieurs de M. Berton (d’Angers) devant lesquels s’élève le décortiqueur de M. Bouchet (de Paris).
- Cet instrument, qui, dans les nouvelles tentatives de fabrication du pain, réduit le blé en farine sans le passage sous l’ancienne meule de moulin , répond à un besoin nouveau. Il se compose de trois pilons pyramidaux recouverts d’un tissu de fils métalliques et qui agissent sur le grain par un mouvement de haut en bas commandé par un essieu coudé. M. Boucher n’a exposé que la partie supérieure de son appareil : dans un dessin posé sur le bâti qui porte les pilons, nous voyons bien la figure d’un ventilataur placé au-dessous, mais il est difficile de se figurer exactement la marche de la machine.
- Dans le même compartiment où sont placés pêle-mêle les nombreux instruments que nous venons d’énumérer, est un petit outil modeste que son prix de 25 francs recommande particulièrement. En tout cas, Fessai n’en serait pas cher; voici la note qui l’accompagne et que M. Magnan (d’Aix en Provence), mieux avisé que ses voisins, a mise à la disposition des visiteurs.
- « Le semoir provençal, dit le constructeur, est destiné à foire les
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- semences à raies ea même temps qae le labour s’exécute, et remplace tout simplement la femme ou l’enfant qui d’ordinaire suit la charrue en déposant le grain» Il procure une économie considérable de main-d’œuvre et de semence, et se recommande tout particulièrement par sa légèreté, la simplicité de son mécanisme et surtout par la modicité de son prix.
- « Pour faire usage du semoir provençal, il faut le placer sur les petites charrues dont on se sert habituellement pour le travail des semailles; l’araire provençal en bois peut parfaitement le recevoir.
- k Le semoir, par la place qu’il occupe sur l’age de la-charrue entre l’avant-corps et l’étançon, et par son poids modéré, ne détruit nullement l’équilibre de la charrue.
- u La mise en marche de l’instrument se produit par le roulement de la roue qui, fixée à l’extrémité d’un levier, suit par sa mobilité les ondulations du sol. Cette roue communique par une chaîne le mouvement au distributeur qui fait tomber le grain régulièrement dans le sillon que la charrue vient d’ouvrir. Dès que la charrue est arrêtée, le semoir cesse forcément de fonctionner. De même on en suspend à volonté le fonctionnement en relevant la roue au-dessus du sol.
- « La trémie contient 7 litres et permet de marcher environ une heure sans être obligé de la remplir. »
- Ce semoir a reçu une médaille au concours régional de Digne en 1875, et au concours régional de Carcassonne en 1876; je doute cependant qu’il obtienne des récompenses aussi importantes et aussi nombreuses que le célèbre semoir Jacquet-Robillard qui se trouve placé presque en face de lui, sur le côté droit du pavillon de l’agriculture.
- Le semoir Jacquet-Robillard est un des bous instruments de la con-^ struction française; il lutte sans désavantage avec les meilleurs semoirs anglais; il en a déjà été livré 3,500 dans tous les pays de l’Europe, et les Belges, grands connaisseurs d’instruments agricoles, l’estiment beaucoup.
- Avec cet instrument, très-solidement établi et très-facile à conduire, on peut semer non-seulement les blés, mais les graines les plus fines.
- MM. Robillard et Maréchal, successeurs de M. Jacquet-Robillard, ont exposé aussi un distributeur d’engrais, dont les dispositions prin-
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- cipales ne diffèrent pas beaucoup de celles du Chamber’s et qui a l’avantage sur ce dernier d'être notablement meilleur marché, puisqu’il ne coûte que 500 francs.
- Passons devant les batteuses de MM. Brouhot et Lotz; nous les retrouverons dans l’annexe de la Bourdonnaye, et, lorsque nous traiterons la question du nettoyage des grains, nous parlerons en bon liea des trieurs dé MM. Caramija-Maugé et de Y Eurêka , machine à brosser et lustrer le blé.
- Signalons les instruments d’intérieur de ferme, la batteuse et le manège de M. Tanvez-Lever, constructeur à l’usine de la Tourelle, à Güingamp (Côtes-du-Nord). Le manège surtout est bien entendu etbien construit; les prix portés par le constructeur ne sont pas trop élevés.
- M. Waite, Burnell, Huggins et Cle, représentant plusieurs exposants américains, anglais et français, n’ont, dans la classe 76, qu’une presse à fourrages, une batteuse et quelques instruments d’intérieur de ferme; nous retrouverons ces exposants dans l’annexe de la Bourdonnaye et dans les annexes anglaises et américaines.
- MM. Waite, Burnell et C° sont aussi les représentants de M.Mahoû-deau, dont le moulin à vent élevé sur la berge de la Seine, entre les deux pavillons de la classe 76, derrière le restaurant Fànta, attire si justement l’attention de tous les agriculteurs désireux de se procurer à bon marché un moteur simple et solide.
- Le moulin à vent de M. Mahoudeau n’est pas précisément une nouveauté, car il s’en trouve déjà en service un très-grand nombre d’exemplaires aussi bien à l’étranger qu’en France : attelé à de simples pompes élévatoires de mines à tiges de bois, il est encore l’agent le plus commode pour faire monter de l’eau sans qu’on ait à se préoccuper de lui.
- Avec ce moulin le débit n’est pas considérable, mais il est constant; les fractures ou autres accidents sont rares, les réparations faciles et peu coûteuses. C’est une force en quelque sorte gratuite, comme celle des roues pendantes du Midi.
- Nous ne saurions trop insister pour engager les agriculteurs où les propriétaires ruraux qui ont besoin d’élever l’eau, d’aller visiter ce moulin à vent.
- La question du bottelage automatique est devenue une des grandes
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- questions de la mécanique agricole, surtout depuis que les botteleürs ont élevé leurs exigences au prix de 25 centimes par quintal de cent livres : ils demandent en plus la nourriture et le vin.
- Dans les années où le prix du fourrage dépasse 10 francs par cent kilogrammes, 25 centimes par cent liens sont peu de chose sur le prix total du foin bottélé; mais lorsque, comme cette année, on arrive à peine à la moitié de ce prix, on hésite, avec raison, à grever aussi lourdement son produit pour le livrer à l’acheteur : on hésite encore bien plus quand le bottelage n’est qu’une mesure d’ordre intérieur, pour régulariser les rations et éviter les pertes de fourrage ou de paille. Aussi les machines à botteler sont-elles fort entourées â l’Exposition : une d’entre elles, construite par M. Guitton, de Corbeil,me paraît très-simple et très-bon marché : elle a de plus le grand avantage d’être peseuse en même temps que botleleuse; il ne lui manque que de faire les liens. 5
- Pour les grandes exploitations , il serait possible de combiner une, machine pour cette opération ; mais dans la moyenne et la petite culture, cela n’a pas très-grand intérêt, puisqu’on peut les préparer d’avance pendant les heures de pluie ou de repos forcé par une circonstance quelconque.
- Les liens retenus par deux ressorts au fond d’une auge qui fait le plateau d’une romaine, reçoivent le fourrage jusqu’à ce que la romaine ait agi en indiquant que le poids voulu est atteint. On abaisse alors sur le fourrage, au moyen de deux poignées, des ressorts en tôle d’acier * que l’on accroche à des pédales fonctionnant dans des guides. Le poids seul du pied et le léger effort de la jambe compriment légèrement le foin ou la paille, et les mains restent libres pour nouer la pointe des liens.
- En réunissant le pesage au liage, M. Guitton a rendu sa machine utilisable même par des ouvriers non botteleürs de profession : les livraisons à l’armée et même aux acheteurs des villes peuvent avoir ainsi une garantie absolue de poids que n’exige pas en général le service dans les fermes. Cependant, sans être aussi rigoureusement nécessaire, la possibilité de peser exactement la nourriture qu’on donne aux animaux est utile, quand même cela ne serait que comme moyen de contrôle.
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- ' Lès poids de la romaine de M. Guillou s’accrochent dans des trous dont l’éloignement est calculé par demi-kilogramme : lorsqu’on pèse des fourrages encore un peu frais, surtout lorsqu’ils sont destinés à; des fournitures militaires , il faut se préoccuper de forcer un peu le poids de la botte. Quand il s’agit d’envoyer le fourrage à quelque distance, on réunit dix ou vingt des bettes pesées par la petite bolteleuse pour en former des bottes plus grosses dans une machine à presser non pas à outrance, mais assez, cependant, pour réduire le volume sans altérer la qualité du fourrage ou de la paille.
- Ces bottes de dix à vingt rations sont liées par des liens en gros fils de fer à boucles et à crochets qui peuvent resservir presque indéfiniment.
- Là grande botteleuse-réunisseuse coûte 300 francs, mais la petite botteleuse-peseuse n’en coûte que 90 : elle sera bientôt dans toutes les fermes où règne l’esprit d’ordre et où on ne laissait traîner et perdre dans les cours et les écuries du foin et de la paille que faute d’un moyen économique de bottelage. Au moyen de deux mancherons et de deux roulettes, la botteleuse Guitton peut se transporter facilement et sans fatigue, de la ferme au pré ou d’un bout du grenier à l’autre.
- Après la très-intéressante collection deM. Guitton, nous retrouvons un compartiment d’ordre composite.
- Au premier plan sont les soufflets de forge et les forges portatives de M. Enfer jeune. Quelques appareils sont garnis d’étaux, de machines à percer, etc. : ce petit outillage mécanique, si commode dans les campagnes où l’on est éloigné souvent d’un atelier de réparation, rendrait de bien grands services s’il était mieux compris.
- Nous conseillons à M. Enfer de développer en le solidifiant l’appareil exposé. Il serait indispensable de mettre, sinon une hotte, au moins un rideau de tôle entre le foyer et les ouvriers qui travailleraient à l’étau ou à la machine à percer : le plateau est beaucoup trop court pour qu’il puisse servir de banc de travail; de plus, il manque une enclume; il manque aussi à cet ensemble des brancards et des roues afin de pouvoir être transporté facilement à l’endroit où les réparations se montrent nécessaires.
- M. Enfer, qui est déjà dans une très-bonne voie, par la combinaison
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- de ce qu’il appelle sa forge diable portative, arrivera facilement à compléter son attirail d’atelier mobile.
- Dans lé même compartiment, est venue s’échouer une moissonneuse envoyée de Bazancourt (Marne) par M. Batte, moissonneuse démontée dont les dispositions rappellent celles de Walter A Wood ; ce qu’on peut voir de cette machine paraît bien fondu et bien forgé; il est regrettable qu’on n’ait pas pu ou voulu en rassembler les pièces éparses pour en faire un ensemble.
- M. Savary, de Quimperlé, expose des tarares et divers instruments d’intérieur de ferme parmi lesquels nous remarquons_des manivelles pour actionner le piston de plusieurs modèles de baratte dont le réservoir est formé par une cruche en terre à goulot étroit.
- On a déjà bien essayé d’appliquer à la fabrication du beurre des procédés mécaniques ayant pour but de rendre moins pénible l’effort musculaire que demande cette opération; mais en général les batteuses ou les batteurs de beurre commencent par retirer le récipient de la baratte hors des engrenages et se servent de la tige qui relie les mécanismes au piston comme du manche d’une baratte ordinaire, prétendant qu’ils arrivent ainsi plus facilement à terminer leur opération.
- De toutes les barattes mécaniques exposées dans les comices et les concours régionaux, je n’en ai encore vu aucune acceptée avec faveur par les fermières de ma région très-beurrière cependant.
- En dehors de l’ancienne baratte à manche, je ne connais qu’un seul appareil dont elles aient bien voulu se servir; je l’ai par hasard acheté dans une vente et n’ai jamais pu connaître le nom de l’inventeur.
- Le récipient est une sorte de baquet plus étroit du bas que du haut et aplati latéralement; il se ferme avec un couvercle en bois de chêne qui, en se renversant, sert de tablette à pétrir et à former le beurre.
- A peu près à la moitié de sa hauteur, le baquet est traversé par une tige portant quatre palettes évidées de plusieurs trous pratiqués aux angles de leur bord libre; la tige portant les palettes tourne au moyen d’une manivelle qui ne demande pas tant de force que le manche de l’ancienne baratte.
- Lorsque le beurre est fait, on tire le baratin par une ouverture placée à la partie inférieure au niveau du fond; on lève le couvercle,'
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- et l’on jette dans le baquet lui-même l’eau froide ou refroidie que l’on a préparée pour cet usage.
- . Comme le baquet est évasé, il est facile d’y faire toutes les manutentions de la préparation du beurre, d’y renouveler les eaux de lavage que l’on retire par l’ouverture inférieure, et sur la face interne du couvercle bien lisse et bien polie on peut modeler le beurre en petits pains sur lesquels on fait ensuite avec un fuseau les raies striées fort goûtées par le commerce.
- Il y a certainement d’autres bonnes barattes mécaniques que la mienne, mais elle a le grand avantage de pouvoir être facilement nettoyée et, à cause de la largeur de son ouverture, de ne pas exiger de transvasements inutiles.
- , Non loin des barattes Savary sont des appareils pour la production artificielle des poulets et autres volailles. ..
- H m’a été impossible de trouver le nom de l’exposant et l’explication de son procédé.
- Unautre anonyme, que le représentant de M, Valck-Virey n’a pu me désigner autrement que comme un notaire delà Drôme, a appliqué le long du mur une invention très-ingénieuse, grâce à laquelle, sans sortir de son lit, pendant la nuit, ou sans interrompre ses occupations pendant le jour, on peut distribuer automatiquement dans les écuries la ration des vaches et des chevaux, aux heures précises que l’on a désignées.
- Voici en quoi cette invention consiste et comment elle fonctionne :
- Au sommet est une horloge à poids et à réveil; lorsque le poids dont la chute fait sonner le réveil s’échappe à l’heure marquée, il rencontre dans sa chute la palette d’un déclanchement, qui, en s’abaissant d’un côté, se soulève de l’autre, pour donner passage à un petit boulet de fonte.
- Celui-ci, s’échappant de la chambre où il était retenu, roule le long d’un tuyau légèrement incliné , rencontre une série de déclanchements correspondant à des plateaux sur lesquels est placée la ration destinée à être jetée dans la mangeoire sous-jacente. -
- Le boulet, en pesant sur le déclic, fait basculer le plateau ; l’avoine ou le foin tombe devant l’animal, et le boulet, continuant sa course, fait basculer ainsi deux, trois, quatre, cinq plateaux et au besoin
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- davantage. L’étable etrécurie reçoivent leur provende à l’heure exacte, et personne n’a été dérangé.
- Au-dessous de chaque plateau pend une sonnette dont le tintement rassure entièrement le propriétaire des animaux et lui confirme la bonne exécution des dispositions prises.
- J’avais d’abord considéré ce mécanisme comme un joujou, ou comme l’ingénieuse combinaison d’un charretier paresseux ; mais en l’examinant de plus près, j’ai trouvé qu’il valait la peine d’être signalé aux lecteurs du Journal d'agriculture pratique.
- L’inventeur, dont je regrette de n’âvoir pu me procurer le nom, vend l’ensemble, horloge, tuyau, boulet, plateau, quarante francs. Ce système de déclanchement à heure fixe peut être employé à bien d’autres choses qu’à distribuer les rations dans une écurie.
- Je viens de faire, avec divers semoirs à engrais, des expériences répétées. Tous ces instruments, quels qu’ils soient, ont un défaut capital : les roues sont trop basses et trop minces pour le sol ameubli sur lequel elles doivent rouler : on ne sème pas des engrais pulvérulents sur une friche solide, ni en hiver par la gelée.
- Avec les semoirs actuels, dans les terres finement préparées pour les semailles, il faut deux chevaux pour mouvoir une trémie renfermant quatre cents kilogrammes au départ même, quand les terres sont sèches , à plus forte raison quand il a plu. 11 y a là quelque chose à trouver; j’appelle sur ce point fattention des constructeurs.
- Ce que nous disons pour les semoirs à engrais, nous le répétons de même pour les semoirs à grains : ainsi je suis persuadé que le semoir à grains de M. Leclère, de Rouen, quelque bien construit qu’il me paraisse, doit demander deux bons chevaux pour sa manœuvre. Cette machine, basée sur des principes analogues à ceux des semoirs Smyth, s’engorge moins et peut travailler utilement même quand la terre est moins ameublie qu’elle ne devrait l’être, et si elle est mélangée d’herbes traînantes et de fumiers pailleux ; mais comme tous les instruments du même genre, il a les jantes trop étroites, et les roues trop tranchantes doivent entrer dans le guéret en rendant la traction pénible aux chevaux.
- M. Valck-Virey, constructeur à Saint-Dié (Vosges), a fait depuis quelques années de grands progrès et comme constructeur et comme
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- entrepositaire des machines, faucheuses et moissonneuses surtout fabriquées par d’autres que par lui. Son exposition est très-soignée; plus avisé que ses voisins, il a eu le bon esprit de conserver un représentant exact, à un moment où la plus grande partie des autres fabricants ont abandonné leur exposition, sans y laisser personne pour répondre aux visiteurs : et c’est un grand tort, car c’est en ce moment même, entre la moisson et la vendange, que les agriculteurs sont le plus libres; aussi la foule remplit aujourd’hui les pavillons de la classe 76 presque déserts dans les mois précédents où le travail retenait dans leurs fermes ceux-là mêmes qui visitent pour étudier et acheter.
- La bonne disposition et l’excellente construction des machines de M. Valck-Virey, telles que machines à battre et instruments d’intérieur de toute nature et de toute taille, attirent les visiteurs charmés de trouver enfin quelqu’un à qui parler.
- Sa charrue tourne-sous-sep au moyen d’un ressort est un instrument commode et sur, qui sera bientôt répandu dans toute la région exploitée par M. Valck-Virey.
- Un petit instrument monté sur brouette pour la facilité du transport est destiné à découper les sarments de vigne pour les enterrer ensuite comme engrais afin de fumer la vigne qui les a produits. Je ne ferai pas d’objection à la machine ; elle exécute bien ce pourquoi elle a été combinée, et son couteau en guillotine se meut facilement entre les deux glissières verticales qui le maintiennent; mais je proteste contre Tutilité de l’opération. Pour qu’elle soit excusable, il faudrait que les terres aient bien besoin d’être aérées, et que les matériaux propres -au chauffage soient bien bon marché, dans le pays où l’on découperait ainsi les sarments pour les enterrer : ce qu’il y a d’utile dans le sarment comme engrais, les cendres peuvent aussi bien le fournir, et l’on a, de plus, le chauffage si commode de la javelle de vigne.
- Entre autres instruments spéciaux et curieux, M. Valck-Virey fabrique ce qu’il appelle le mello-extracteur, ou essoreuse à miel qui a pour principal avantage de pouvoir extraire le miel des rayons sans en altérer la cire, permettant ainsi de replacer plusieurs fois les mêmes rayons dans la ruche , d’où il résulte une plus grande production de miel. M. Valck-Virey établit ces machines à miel avec ou sans engre-
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- nages : dans le dernier cas, il se sert de cordes pour transmission.
- M. Kuhn, de Jarville, près Nancy, au milieu d’instruments divers, expose une machine à battre à pointes de grand modèle sous laquelle est établi un criblage : il est regrettable que cette machine ne fonctionne pas.
- M. Guilieux, de Segré, a réuni une collection très-variée et très-intéressante de machines de toute nature servant aux usages les plus variés. Nous remarquons parmi eux une très-intéressante charrue brabant sur laquelle il a monté d’un côté un soc ordinaire et de l’autre les trois gros crochets d’une fouilleuse : au liëu~d’ouvrir la raie d’abord à la charrue ordinaire et de faire suivre par la fouilleuse, ce qui demande double personnel et double attelage, avec la charrue fouilleuse de M. Guilieux, on exécute alternativement les deux opérations sans être forcé de posséder double attirail.
- On n’a qu’à retourner l’instrument à chaque extrémité de la raie.
- Quand on n’a plus besoin de fouiller, on remplace les dents par un deuxième corps de charrue, et l’instrument se trouve ainsi transformé en une charrue brabant double : ce changement se fait très-rapidement et très-simplement au moyen d’une simple elef.
- Le concasseur de fruits à cidre, du même constructeur, montre, par la bonne disposition de la trémie très-allongée, que M. Guilieux se rend bien compte des opérations que doivent exécuter ces machines : son fouloir à vendange est, en effet, surmonté d’une trémie élevée en hauteur, qui s’applique beaucoup mieux à l’entassement et au passage des grappes de raisins.
- M. Guilieux, comprenant combien il était difficile dans une exploitation agricole d’installer commodément une élévation d’eau, a construit, dans le compartiment qui lui était réservé, un puits sur lequel il adapte un manège actionnant la pompe-chaîne qui porte son nom. Cette pompe, employée primitivement comme élévateur de purin, se compose d’un tuyau en fonte dans lequel est engagée une chaîne sans fin en fer et armée d’une série de petites boules sphériques en fonte. La chaîne passe à la partie supérieure dans une gorge correspondant soit à un manège, soit à une manivelle à main. Le liquide, entraîné dans le tuyau par la succession des boulets, finit par s’y engager d’unemanière assez suivie pour arriver à la surface du sol et se déverser au dehors.
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- En cas de rupture, il est facile de raccommoder la chaîne avec des S préparés d’avance : cette pompe a, pour les exploitations agricoles, cet avantage précieux qu’il n’y a plus ni piston ni clapets, ces derniers étant, par leur jeu inégal et leur susceptibilité, le siège ordinaire de toutes les imperfections des pompes.
- Les liquides les plus épais ne produisent aucun engorgement; ils sont soulevés par la pompe-chaîne dont ils n’entravent pas l’action. La gelée ne peut y causer de rupture , puisque la colonne se vidant d’elle-même quand la machine s’arrête, il n’y a jamais d’eau gelée dans le tuyau, puisqu’il est vide. La sécheresse n’a aucune influence sur la pompe-chaîne, que l’on retrouve toujours prête à fonctionner, quelle que soit la longueur de son inaction. Il n’en est pas de même des pompes à piston, qu’il faut amorcer longtemps avant d’en obtenir un effet utile.
- Le manège placé par M. Guilleux directement sur le puits tient beaucoup moins de place que tout autre procédé analogue, puisque le cheval tourne autour du puits dont la largeur diminue l’espace pris par la rotation. f
- En parcourant le catalogue de M. Guilleux , nous y trouvons une disposition qui pourrait bien indiquer la solution du problème des semoirs : c’est ce qu’il appelle le tombereau-rouleau. Voici la description que donne l’inventeur de ce procédé et des raisons qui l’ont conduit à créer le tombereau-rouleau :
- Ayant fait, dit M. Guilleux, une prairie dans un sol un peu bas, il nous fut impossible, pendant deux hivers trop humides, d’y transporter l’engrais, les roues du tombereau y creusant de véritables
- ormeres.
- Nouvel essai l’année suivante, après avoir doublé la largeur des roues. Le résultat, moins mauvais cette fois, ne répondait cependant pas encore à notre désir, qui était de conserver à la prairie une surface plane et régulière.
- C’est alors que nous vint l’idée de supprimer les roues et de monter le tombereau sur un rouleau.
- Le succès fut complet; on put immédiatement transporter le fumier, et, après l’opération, la surface de la prairie se trouva parfaitement dressée.
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- Ce rouleau s’adapte à tout tombereau de la manière suivante :
- Sur l’essieu du tombereau sont fixés les deux montants servant de support à l’axe sur lequel tournent les rouleaux. Cet axe est relié au charti du tombereau, à chacune de ses extrémités, par deux arcs-boutants.
- Quand on n’a plus besoin du rouleau, on l’enlève pour remettre les roues, et l’instrument se transforme ainsi en tombereau ordinaire ; la substitution s’opère en moins d’un quart d’heure.
- Ainsi, avec ce nouvel instrument, on transporte en toutes saisons lé fumier sur les prairies humides. Et, tout en faisant èe'travail, on dresse et l’on améliore son sol au lieu d’y faire des excavations comme cela a lieu avec le tombereau ordinaire.
- Mais son emploi n’est pas uniquement borné aux prairies; on l’utilise encore dans la culture comme rouleau-plombeur, et ce rouleau devient pesant ou léger à volonté en chargeant plus ou moins la caisse.
- M. Guilleux a inventé encore un autre procédé qu’il appelle cric-à-vis pour le transport des lourds fardeaux et spécialement des bois. Le chargement des billes de noyer, de chêne, de peuplier ou de tout autre arbre est une opération fréquente dans la vie rurale ; c’est une des plus difficiles et des plus dangereuses, car la flèche ou les brancards peuvent échapper et se briser, blessant hommes et chevaux; on est souvent forcé de recommencer cette opération toujours lente et pénible. La petite machine de M. Guilleux se fixe sur l’essieu, et, au moyen d’une manivelle, on soulève sans grand effort le fardeau entouré par la chaîne, que l’on attache à chaque extrémité à l’aide d’une maille à doubles crochets fortement boulonnée à l’extrémité de lavis.
- A côté de M. Guilleux, et pour terminer le premier pavillon de la classe 76, s’étendent les produits de la fabrique de M. E. Bodin, directeur de la célèbre ferme-école des Trois-Croix, près de Rennes.
- L’établissement de M. Bodin a été créé en 1832 par M. Bodin père et est dirigé depuis dix ans par son fils, qui lui a succédé comme directeur de la ferme-école.
- Cette usine, qui avait commencé avec deux ou trois ouvriers et un outillage des plus modestes, emploie actuellement cent vingt à cent cinquante ouvriers. Ses bâtiments occupent une étendue de plus d’un
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- hectare. Une machine à vapeur de quarante chevaux met en mouvement un outillage en rapport avec l’importance de rétablissement.
- Un vaste bâtiment, couvrant près de cinq cents mètres carrés, vient d’y être construit pour mettre à d’abri les bois débités, classés suivant leur rang d’ancienneté de débit.
- Les scies verticales et circulaires existent déjà depuis [dus de vingt ans dans les ateliers. On y a installé dernièrement une scie à ruban, des mortaiseuses et raboteuses. Tout se fait donc, par des machines, avec la régularité que donne ce mode de travail.
- L’usine fabrique elle-même, avec le plus grand soin dans le choix des matières premières, tous les détails des divers instruments. Les boulons, dont la bonne qualité est si importante pour la solidité et la duree des machines, sont forgés avec le meilleur fer au bois; — chaque pièce est vérifiée et calibrée d’après un type conservé, ce qui assure la bonne adaptation des rechanges.
- Les machines à vendre sont essayées dans une ferme de cent hectares, qui a obtenu en 1870 la prime d’honneur des fermes-écoles.
- M. Badin, dans ses publications, affirme avoir vendu plus de 55,000 instruments, depuis la fondation de l’usine., nombre bien justifié par . la quaïitédes produits exposés.
- Sur les dressoirs sont rangés les charrues à versoirs allongés, courts ou moyens, avec ou sans avant-train, —brabants, — fouilleuses, arraeheuses de pommes de terre, etc., etc., — en collection com-. plète.
- Les machines à battre, manèges, scarificateurs, herses, sont d’une fabrication très-soignée et d’un bon dessin. Je regrette d’v voir représentée la faucheuse montée en moissonneuse à palettes, instrument Incommode dont il ne faut pas répandre l’usage.
- Parmi les petits instruments d’intérieur de ferme, signalons une baratte à palettes dont le grand modèle doit être très-commode.
- Entre les deux pavillons, sont les appareils de labourage à vapeur de M. Debains qui ont si bien fonctionné à Petit-Bourg et qui méritent une description particulière.
- Le comice agricole de la Marne a la première place dans le second pavillon de la classe 76. Au milieu des instruments champenois que nous allons mentionner, il a donné une large hospitalité aux machines
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- importées par M. Pii ter. Parmi les constructeurs et les importateurs, cette faveur a été l’objet de vives réclamations ; mais je diffère en cela des opposants ; j’aurais voulu non pas qu’on éloignât M. Pilter comme importateur, mais bien au contraire qu’on admît dans leè pavillons de la classe 76 les machines importées par MM. Decker et Mot, Rigaud, Osborne, Waite-Buraelle, Dudouy, auxquels l’agriculture française doit tant.
- Si, en effet, aujourd’hui nos constructeurs français, tels que MM. Henry, Hidien, Cumming, Bodin, etc., fabriquent et vendent en France les faucheuses et des moissonneuses, c’est biennaux importateurs, et surtout à M. Pilter, que cela est dû, aux dépenses qu’il n’a pas craint de faire, à son courage, à sa persévérance que rien n’a pu lasser.
- Je ne peux donc que louer absolument le Comice de la Marne d’avoir, par une subtilité, il est vrai, mais très-justement, aidé M. Pitler à mettre sous les yeux des agriculteurs ses excellentes machines.
- Naturellement, le Comice a placé ces adhérents à l’entrée même du pavillon. M. Raussin, serrurier-mécanicien à Châlons-sur-Marne, expose un râteau à cheval en tôle avec siège et dont les dents sont en tôle découpée ; malheureusement elles sont terminées par des pointes si aiguës que l’usage de ce râteau, excellent dans une prairie natu-relle, serait de l’effet le plus déplorable dans une luzerne ou dans un sainfoin un peu caillouteux, si l’on voulait faucher la seconde coupe avec une machine.
- Les petits cailloux soulevés par cette herse ou plutôt par ce scari ficateur auraient bien vite cassé toutes les dents de la scie-coupeuse.
- Derrière sont des rouleaux, plombeurs, squelettes et Crosskill, à côté d’appareils qui ont l’air de treuils, mais dont l’usage n’est pas indiqué : au mur est accrochée une pompe en fonte de M. Barthélemy, constructeur à Vitry-le-Français (Marne), à cylindre alézé et dont le piston et le clapet sont en bronze, permettant, dit le constructeur, d’élever le liquide sans presses-étoupes, par le mouvement seul du balancier ordinaire.
- Du même constructeur est un rouleau-plombeur, avec brancards, bien établi.
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- A côté, un autre rouleau à grand diamètre, portant la marque de la fonderie de Vitry, en forme de squelette, également exposé par M. Barthélemy. —Dans le même compartiment, se joignent des tarares de M. Jacques Toussaint; — une petite machine à cintrer et lier les cercles de barriques, du même M. Raussin que nous venons de nommer; — une charrue à double oreille de M. Charlier, de Cour-tisoîs (Marne); — une autre brabant tourtfe-oreille construite par Breduillar, de Reims; — un coupe-racines à axe vertical envoyé par v M. Paul-François, de Vitry-le-Français (Marne).
- Le même exposant a dressé sur un cadre des traits en fil de fer ou de laiton câblés avec des cordelettes et qui doivent être très-solides.
- Puis vient la fourche automatique javeleuse de M. Lefebvre-Léger, de Somme-Suippe. Une notice affichée par l’exposant dit que cette fourche se compose de trois dents inférieures assez longues^ permettant de ramasser les pailles et fourrages fauchés en andains.
- Dans le sens opposé, un rabatteur formé de deux dents retient les tiges de la javelle à former; une petite tige destinée à le faire mouvoir est adaptée au manche par une douille mobile. -
- Pour opérer, on place la main droite à la partie supérieure du . manche, et la gauche près de la douille qu’elle fait glisser ou pour ouvrir le rabatteur; lorsque celui-ci maintient les tiges* un petit ressort le fixe dans cette position.
- On peut alors assembler la javelle jusqu’à sa formation complète; la main droite presse le ressort, et la douille est ramenée à sa position en relevant le rabatteur.
- L’inventeur affirme qu’on fait ainsi cent douzaines par jour avec une seule personne.
- L’enlèvement d’un écrou transforme cet outil en fourche simple.
- La fourchet Lefebvre a encore été perfectionné par l’emploi des manches légers et solides qui viennent d’Amérique : son utilité serait appréciable pour mettre les avoines en javelle, et même pour parfaire les javelles de la moisonneuse.
- Je crains que M. Lefebvre ne se fasse illusion sur l’utilité pratique de son instrument, un peu compliqué pour les ouvriers agricoles.
- Au-dessus et attaché au mur est, dans un écusson, un trophée composé de tous les instruments de culture de la vigne, de récolte
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- des raisins, de fabrication et réparation des tonneaux; mais cé trophée est sans nom d’auteur.
- En avant, deux machines à boucher et à serrer le fil de fer, de M. Lemaire, à Épernay (Marne). A côté, un appareil de M. Frial, d’Épernay, dont le but est de tirer en bouteilles les vins mousseux et autres. Elle est basée sur la théorie du siphon, mais me semble un peu compliquée.
- Plus loin est la machine à laver et brosser les bouteilles, dont l’inventeur, M. Charles Witte, fait remarquer qu’elle est munie d’une brosse articulée prenant la forme de la bouteille, litre ou cannette, et enlève aussi facilement les dépôts que la couche de cendre, sans avoir recours aux acides toujours nuisibles.
- Il a été construit, dit M. Witte, diverses machines à rincer ; elles ne sont pas pratiques, ou elles ne donnent que des résultats insuffisants. Dans les machines à perle, à gravier ou en grains de fonte, les chapelets sont impuissants pour enlever la couche de cendre grasse formée par le recuit des bouteilles ou le dépôt de vin et de bière, et il reste presque toujours quelques grains dans lé fond des bouteilles ; les machines à goupillon ordinaire ne parcourent qu’une partie de la bouteille.
- Cette machine, abandonnée par son auteur, aurait pu, je crois, avoir chance d’être vendue à un grand nombre d’exemplaires si elle avait été essayée fréquemment sous les yeux du public.
- Le rinçage des bouteilles est, en effet, une opération très-importante pour quelques industries spéciales dérivant de l’agriculture, et, dans la vie domestique, au point de vue surtout de la salubrité, elle devrait être infiniment plus soignée et mieux surveillée.
- Combien de fois déjà n’a-t-on pas cherché à atténuer la dépense des échalas qui servent à soutenir les vignes? Le Comice départemental de la Marne, qui doit se connaître en matière de viticulture, a.accordé l’hospitalité à une nouvelle combinaison d’échalas exposée par M. Ménard, serrurier mécanicien à Aï (Champagne). C’est une barrette de bois dont l’extrémité inférieure est entourée par une spirale en fil de fer se repliant pour former pointe et solidifiée par l’extrémité de ce fil de fer qui, passant sous la spirale, remonte au long de la tige.
- Puis viennent les machines de M. Piller, et d’abord la faucheuse et
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- les deux moissonneuses Wood dont il a été bien souvent question dans ce journal. Je n’en recommencerai donc pas la description, mais je dois une mention spéciale de reconnaissance à la petite Vood à un cheval qui m’a été bien précieuse cette année pour venir en aide à mes autres grosses moissonneuses à deux chevaux et m’a permis de terminer à temps l’enlèvement de ma moisson.
- Je ne l’avais achetée à M. Piller que pour couper les avoines, les orges et les blés bas : M. Pii ter lui-même ne répondait pas d’un bon travail dans les blés forts, Cependant je la mis en ligne avec les ma-'*' chines à deux chevaux dans les mêmes pièces, et, tout en conservant une supériorité très-grande pour l’orge, l’avoine et les blés bas, elle peut, par un bon maniement des râteaux * se tirer parfaitement d’affaire au milieu des froments les plus épais.
- Pendant dix jours consécutifs, avec trois relais de chevaux, elle n’a cessé de travailler quatorze heures durant sans interruption. Le seul arrêt causé a été déterminé par la chute de l’écrou qui tient le couvercle du débrayage et par suite du petit croissant d’acier qui embrasse le ressort .
- Il faudrait, je crois, remplacer cet écrou par une clavette.
- Il est vrai que mes hommes, habitués au maniement des faucheuses et des moissonneuses, ont le plus grand soin de maintenir en excellent -état les lames des seies qu’ils changent environ toutes les heures. Pour la petite Wood, il n’est pas besoin de chevaux de force extraordinaire; un bon cheval moyen suffit; mais si Ton veut continuer d’une façon suivie, il faut relayer toutes les deux heures.
- Comme comparaison de travail avec les grandes machines à deux chevaux, la petite Wood, malgré la différence de largeur du tablier, faisait certainement les deux tiers et non la moitié du travail d’une grande machine, et l’attelage était beaucoup moins fatigué et plus allègre.
- Elle est si bien équilibrée que l’animal se meut librement et est tout à fait dans la main du conducteur; comme la petite moissonneuse est très-basse, elle travaille facilement sous les noyers, et le conducteur peut faire le tour du tronc des arbres et résoudre presque entièrement le problème de se passer de moissonneurs à la faux ou à la faucille ; ce que Ton ne peut faire avec les machines à deux chevaux sur lesquelles le timon et les deux chevaux n’ont pas une action aussi précise que celle des brancards et d’un seul cheval.
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- Aussi le personnel de la ferme était-il dans un véritable enthousiasmer lequel, communiqué aux voisins, a fait vendre dans ma région, par M. RenaultrGarein r correspondant de M. Pitler, un bon nombre de ces petites machines.
- Les métairies moyennes ont rarement le relai delà machine à deux chevaux; beaucoup de petits cultivateurs ne possèdent qu’un seul cheval, et quant aux moissonneurs à façon qui, après avoir coupé leur propre récolte, vont chez les autres, il leur est infiniment plus commode de n’avoir qu’un cheval que d’être forcés d’en entretenir deux. De plus, il est beaucoup plus facile de loger dans une remise la machine à un eheval que la machine à deux chevaux.
- Enfin, raison tout à fait indiscutable, beaucoup de personnes pourront disposer de 750 francs qui hésiteraient à en avancer 1,100.
- Nous ne dirons rien non plus de la faucheuse Samuelson, placée sur le devant de F exposition de M. Piller, sinon qu’elle est de tous points excellente.
- Près de la Wood à un cheval est exposée la Wood lieuse. Sera-t-elle toujours et en toute circonstance applicable à la culture française et au climat de notre pays? De ceci, je ne puis répondre; mais ce que je puis dire, c’est que ce chef-d’œuvre de mécanique réalise un problème à la solution duquel il a été longtemps difficile de croire.
- Est-il bon de lier mécaniquement à mesuré que l’on coupe ? est-il, d’autre part, opportun de couper haut ou bas? Ceci dépend absolument et de l’état du terrain, et de l’état des récoltes, et de ee que l’on veut faire ultérieurement de la paille. Ce qu’il y a de certain, c’est que la machine Wood lie et lie bien. Elle lie avec du fil de fer ; mais il est à étudier sérieusement par une mise en service comparative de quelque durée, s’il faut modifier la matière du lien ou continuer pour cet usage à prendre un fil métallique.
- Toutes les fois que les habitudes du pays et les convenances de la ferme font moissonner en laissant ce qu’on appelle du chaume, c’est-à-dire la partie inférieure de la tige, ainsi que les herbes bonnes ou mauvaises qui couvrent la terre au pied de la céréale , l’usage de la machine-lieuse peut être adopté avec avantage.
- Le bottillon produit par le liage doit contenir beaucoup de grains sous peu de volume, être enlevé presque instantanément et battu à
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- mesure, comme cela se pratique encore en Touraine, où l’onxoupe d’abord à la faucille l’extrémité supérieure qui porte l’épi, et où l’on coupe ensuite à la faux les tiges restées, ainsi que les herbes qui les entourent : par ce procédé on peut hâter beaucoup l’enlèvement des grains; on fauche la paille restée quelques semaines après seulement, quand la main-d’œuvre est devenue moins chère et que le grain est mis à l’abri ou même vendu.
- Aux environs des grandes villes où la paille se vend très-bien et compose une partie du revenu, on a intérêt, au contraire, à faire l'opération en un seul temps; et dans ce cas, si l’on se sert de la moissonneuse-lieuse, il faut avoir des terres bien roulées et surtout bien nettoyées d’herbes, car le liage instantané, sans quelques jours ou au moins quelques heures dè séchage au soleil, peut emprisonner dans les gerbes des feuilles-et des tiges encore vertes et qui, s’échauffant et fermentant, mettraient en danger les meules faites trop à la hâte*
- On me dira qu’on peut mettre en moyettes et attendre la dessiccation; mais, avec des années comme celle-ci, on ne sait quand Ôn pourra entasser ses moyettes, et l’herbe prise dans le pied de la gerbe peut toujours s’y mal comporter. Dans les pays à climat sec où la main-d’œuvre est rare, la lieuse est un véritable bienfait. Ce a’est-pas tant par l’économie 4’argent qu’elle donne que par la possibilité de suivre dans le liage l’abattage si rapide de la moissonneuse.
- J’ai encore bien vu cela cette année; u faut au moins sept ou huit lieurs actifs pour mettre en gerbes, en les entassant par sept ou par treize, à l’abri d’un changement de temps. Bien qu’il soit plus facile de se procurer des lieurs que des faucheurs, et qu’on puisse employer à cette opération les soldats que met à la disposition des agriculteurs le ministre de la guerre, il n’en est pas moins vrai que l’on ne trouve pas toujours huit lieurs par machine, et, par conséquent, des blés coupés et non liés peuvent rester le soir sur le champ exposés à un brusque orage. 11 faut ensuite les tourner et les retourner, cè qui augmente notablement le temps et les frais de la moisson. Il y a dans le Champ de Mars d’autres moissonneuses-lieuses, mais c’est encore M. Pilter qui avait importé la première.
- Dans le même compartiment, toujours présentés par M. Pilter,
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- sont les instruments d’intérieur construits par MM. Lenoir et Parmentier, àRaon-l’Étape (Vosges). — M. Pilter est également le représentant de plusieurs autres maisons qui trouvent dans son organisation commerciale des bureaux et des correspondants qu’ils se créeraient difficilement eux-mêmes.
- Ainsi nous retrouvons encore dans son compartiment des fouloirs à vendange de M. Julhia, de .Cahors; des chaudières à cuire des aliments, de M. Chariot Maury, du Mans (Sarthe); des tarares de M. Fauchard, constructeur à Châtenois (Vosges). Pour les constructeurs dès départements, c’est en quelque sorte comme une marque de garantie que d’être acceptés sur le catalogue de M. Pilter, dont l’expériencé en ces matières est connue.
- Sous cette même protection est venu se placer M. Godefroy, de Livarot (Calvados), qui expose une jolie collection d’instruments de laiterie et de fromagerie : les barattes, baquets, seaux, filtres et moules à fromages, rien n’y manque, et le tout présente l’apparence d’une excellente fabrication.
- Les constructeurs des appareils nettoyeurs du blé ont exposé, la plupart à deux places, dans l’un des pavillons de la classe 76 et dans l’annexe de l’avenue dé Labourdonnaye. Leurs machines sont nombreuses et importantes, et, bien que la question soit plutôt industrielle qu’agricole, nous devons au moins les énumérer.
- La petite et la moyenne culture se servent peu de ces instruments. Les machines à battre sont aujourd’hui assez perfectionnées pour fournir un blé vendable au meunier, et, quand il s’agit de semences, la plupart des cultivateurs, après un ou deux passages répétés dans un bon tarare, terminent l’opération par le triage dans un crible à main, opération suivie, pour les plus soigneux, d’une manœuvre qui consiste à jeter à la pelle, avec mouvement demi-circulaire, le blé sur l’aire ou sur le plancher du grenier ; les grains les plus lourds étant naturellement projetés le plus loin, et les cultivateurs leur attribuant une puissance germinative supérieure aux grains les plus légers, sont recueillis pour la semence. Ces opérations de criblages à la main ou de pelletages, tout en débarrassant le blé de la plupart des graines d’avoine, de seigle, de nielle, de vescereau, laissent encore à sa surface des poussières dont la présence est loin d’être utile et
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- qui ne peuvent être enlevées que par les moyens énergiques dont le prix est assez élevé, mais dont l’effet est plus certain. Quelques grandes exploitations connues, vendant leur récolte comme blé de semence, ont donc intérêt à acquérir des nettoyages perfectionnés.
- Avec la mode des petites machines à pointes , le trieur deviendra indispensable; car, avec ces machines, tout est mêlé, et dans les blés très-sales le repassage au tarare, quoique indéfiniment répété, est insuffisant même pour préparer le blé devant servir à la nourriture de a terme.
- Lebon pain est absolument nécessaire, surtout pour ceux qui en font la base de leur nourriture, comme les agriculteurs, et avec le système qui tend à s'introduire de nourrir les journaliers externes presque en tout temps, il y a intérêt à leur donner le pain le meilleur possible et surtout le plus satisfaisant à l’œil; car, sans-cela, ils se plaignent, le jettent, réclament de plus fortes proportions d’autres aliments plus chers à se procurer que le pain lui-même.
- Les graines à farine colorante que le tarare laisse encore dans le blé ne sont pas toutes inoffensives, et pour sa propre santé on a intérêt direct à les expulser.
- Déjà dans le premier pavillon de la classe 76 nous avons rencontré,- * exposé, sous le nom bizarre d'Eureka, par MM. Newberry et Harrison, un ensemble de machines américaines construites à Lille et qui doivent donner un bon résultat, mais sont plutôt destinées aux minotiers qu’aux agriculteurs. C’est d’abord un nettoyeur avec mouvements en zigzag à plan incliné dont le fonctionnement est ainsi décrit par l’inventeur lui-même : <c Le blé est introduit dans un ventilateur dont l'aspiration enlève la poussière et-les corps légers, pendant que les menus grains qui peuvent être utilisés sont déposés dans un tiroir spécial.
- « Après ce premier nettoyage, le blé est reçu sur une série de cribles animés d’un mouvement de va-et-vient qui retiennent les graines d’avoine, les menues pailles, etc. Un de ces cribles est spécialement disposé pour enlever la nielle et les autres mauvaises graines. Avant de quitter l’appareil, le blé passe dans un dernier séparateur qui achève de le débarrasser de toutes les impuretés qui auraient pu échapper aux premiers cribles. Une baguette mobile placée en tête
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- de chaque crible permet d’en augmenter ou d’en diminuer la capacité de manière à traiter des blés de toutes grosseurs.
- « Un nettoyeur à claies verticales, une machine à brosser le blé complètent la série au sortir de laquelle le blé doit être débarrassé des corps étrangers. »
- Moins chers, plus simples et évidemment plus agricoles sont les trieurs de M. Marot, de Niort, dont le moins cher, marqué 270 francs, est destiné à séparer du froment les graines rondes, l’ivraie et l’orge même à l’état de méleil.
- Ce trieur, que M. Marot décrit ainsi dans une notice, se compose d’un cylindre horizontal à alvéoles renfermé dans un bâti en bois surmonté d’une trémie, en prolongement de laquelle se meut, au moyen d’une roue à rochet, un petit appareil composé de deux cribles inclinés.
- Le crible supérieur retient à sa surface toutes les impuretés et les grosses graines rondes; le crible inférieur laisse passer les ivraies, les menues graines, et tout ce déchet se réunit dans un tiroir placé sur les traverses du bâti.
- Le froment suit la pente des cribles, pénètre au moyenjjj#i entonnoir dans le cylindre; au centre de ce cylindre est fixé un chenal ou dalle dans lequel roule une hélice mise en mouvement par un peitt engrenage. .
- La première partie du cylindre est composée d’alvéoles d’un diamètre tel que le froment et les graines rondes peuvent s’y loger dans le mouvement de rotation; le contenu de ces alvéoles est monté dans le chenal, tandis que les orges et les avoines que leur longueur a empêchées d’y prendre place, suivent la pente du cylindre et viennent s’écouler par une ouverture ménagée à une distance calculée.
- Le froment et les graines rondes, montés dans le chenal, sont entraînés par l’hélice jusqu’à une section correspondant perpendiculairement à la seconde partie du cylindre; les alvéoles réduits de cette seconde partie emmagasinent les seules graines rondes; le mouvement de rotation les monte dans le chenal dont l’hélice les expulse à l’extrémité du bâti, tandis que le froment exempt d’avoines, d’orges et de graines rondes, suit la pente jusqu’au trou de sortie.
- A ce trieur connu et reproduit plus ou moins exactement vient s’ajouter le nouvel élément : le crible à alvéoles perforés.
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- Le froment me*e au seigle, ou l’avoine à l’orge, après s’être purgés de graines rondes, arrivent en sortant du premier cylindre sur une enveloppe en métal uni, séparée de ce cylindre par une lame roulée en spirale, qui ramène le mélange vers une ouverture ménagée à sa partie supérieure, d’où il tombe sur le cylindre à alvéoles perforés qui recouvre tout l’appareil.
- Le seigle ou l’avoine passent au travers de la perforation; le froment ou les orges s’écoulent à l’extrémité du cylindre.
- M. Marot expose aussi des machines plus compliquées et plus chères pour meuneries et brasseries : un tableau appendu au-dessus de son bureau montre la disposition du nettoyage "des orges de MM- Gib-son Richardson, construit et assemblé avec les machines de M. Marot.
- M. Clert, de Niort, s’est préoccupé davantage des agriculteurs proprement dits : au milieu des grandes machines d’une construction très-soignée et qui sont destinées soit à la meunerie, soit à la préparation du blé de semence, il a inventé un petit trieur à simple effet, du prix de 110 francs, et qui est bien suffisant pour l’usage des fermes, car il extrait toutes les graines rondes et divise le blé en deux qualités, ce qui est déjà beaucoup, étant donné le prix de l’instrument.
- M. Pernollet, de Paris, a fait aussi un petit crible-trieur de 410 francs qui, dit-il, peut opérer par jour sur environ trente-cinq hectolitres; le grand modèle, agissant sur soixante hectolitres par jour, coûte 200 francs, et répond à tous les besoins.
- Plus de sept mille cinq cents cribles-trieurs ont été fournis par la maison Pernollet, dont la réputation est depuis longtemps établie.
- Depuis 1873, elle a ajouté à sa fabrication celle des trieurs à alvéoles et en a déjà livré plus de trois mille quatre cents.
- L’application de la tôle perforée mobile, qui est de sa création, contribue beaucoup au travail de ce système.
- Elle s’attache aussi à une fabrication permettant un démontage facile au cas de réparation.
- Le crible-trieur à tôles mobiles peut s’appliquer au nettoyage et à la division de tous les grains et de toutes les graines ; il s’applique aussi très-avantageusement dans l’industrie et le commerce. Aussi tous les fabricants de conserves, en France et à l’étranger, en sont pourvus;
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- un grand nombre de chocolatiers, de producteurs ae cacaos, de cafés, l’emploient très-avantageusement.
- L’application de la tôle perforée mobile généralise donc l’emploi de cet instrument partout, soit pour l’agriculture, la meunerie, la brasserie, le commerce et l’industrie.
- Nous trouvons encore les trieurs-émoteurs de M. Lhuillier, de Dijon, et les nombreuses machines de M. Hgnette, que nous retrouverons dans une autre classe. Tous ces nettoyeurs sont presque également bons, et l’acheteur agricole doit être surtout guidé par le prix et la proximité de l’atelier du constructeur.
- Dans le midi de la France, on ne se contente pas d’un nettoyage à sec : aussi quelques constructeurs du Midi ont exposé des machines où le grain n’est pas seulement cassé et ventilé, mais encore lavé.
- Les blés de Provence et du midi de la France ont depuis longtemps été lavés à grande eau et séchés au soleil sur Faire', les grains de ces régions n’étaient battus ni avec le fléau,* ni avec les machines, mais dépiqués sur l’aire par les pieds des chevaux; ils se chargeaient ainsi de terre et de petits cailloux.
- D’autre part, la température du Midi favorisait le séchage à l’air libre, bien difficile dans les provinces du Centré et du Nord.
- M. Maurel, de Marseille, a exposé une laveuse verticale, dont le type le plus fort, avec un passage de quatre-vingts litres d’eau par minute, peut laver de seize à vingt hectolitres de blé par heure, en employant trois chevaux de force; elle marche avec une vitesse de quatre cents tours par minute, nettoie, lave et sèche le blé sans qu’il soit besoin de l’étaler sur l’aire.
- •M. Rebel, de Moissac, a exposé une laveuse horizontale : elle nettoie et lave au moyen d’un passage d’eau d’une extrême rapidité et par une aspiration puissante qui sépare les pierres, les cailloux, les mottes de terre, plus pesants que le blé, après en avoir séparé les poussières, charbons et autres corps plus léger. Le courant emporte les fragments de charançons et autres insectes, et, dit l’inventeur, nettoie le bon grain et le racle jusque dans .es fentes de sa rainure. La laveuse de M. Rebel demande le passage de quarante litres d’eau par minute, prend la force d’un cheval-vapeur et nettoie de quinze à trente hectolitres, suivant la marche du travail et la malpropreté du blé.
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- La machine de M. Rebel coûte 2,665 francs, ce qui la met tout à fait en dehors de l'agriculture et la classe dans les machines industrielles. II n’en est pas de même d’un petit crible-trieur que le même constructeur vend 8 francs et dont il explique ainsi l’usage et les qualités. Ce crible, suspendu en l’air, un peu renversé, qu’on secoue doucement avec les mains, sépare les impuretés du grain, telles que grains charbonnés, vesces et vesceroles, graines rondes, triangulaires de toutes grosseurs et de toutes formes, terres, poussières, cailloux, pierres; en un mot, il prépare les grains et semences d’une manière parfaite, ainsi que les blés pour la nourriture de l’homme.
- On s’en sert également pour donner l’avoine très-pureaux chevaux.
- Les grands appareils de M. Rose, de Poissy, qui donnent des résultats parfaits, sont plutôt destinés à la meunerie qu’à l’agriculture.
- Bien que son grand tarare aspira leur cribleur à double effet soit offert par lui à la culture et qu’il puisse être mû à bras, je le crois plus propre à la meunerie ou aux grandes exploitations qui tiennent à préparer elles-mêmes leurs semences. Quant aux autres machines, telles que la colonne épointeuse à fils d’acier et les trieurs simples, doubles, parallèles ou superposés aux mouilleurs automatiques, je puis en recommander l’examen aux meuniers ; mais je crains que leur prix élevé n’en éloigne les agriculteurs.
- Je ne veux pas terminer cette rapide revue des machines à nettpyer le grain sans signaler une très-intéressante petite invention que j’ai trouvée en parcourant la section suisse : c’est un appareil à débarrasser le blé de l’ailiou.
- Une des graines adventices les plus difficiles à trier et dont la présence est le plus désagréable, est l’ailiou, dont la forme, la dimension et le poids diffèrent très-peu de ceux du froment.
- Gette graine, d’un joli violet, exhale une odeur d’ail corrompu, absolument infecte; quelques-unes seulement dans un sac de blé communiquent à la farine et au pain la saveur la plus désagréable. Beaucoup de champs en sont exempts heureusement; mais, dans le centre-ouest de la France et dans quelques parties de l’Angleterre, la plante qui la produit se maintient dans les terres avec persistance, résistant même au passage du sainfoin et de la luzerne, qui détruisent ou atténuent beaucoup la plupart des mauvaises herbes.
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- M. Millot, de Zurich , a inventé une très-ingénieuse machine qui, dit-il, enlève cette graine malfaisante.
- Il part de ce principe, que l’aillou est moins résistant à la pression que le froment, et il a combiné sa machine avec plusieurs cylindres dont un, sous-jacent, est en caoutchouc vulcanisé. Lorsque les grains de froment passent entre ce dernier cylindre et les cylindres supérieurs, ils dépriment légèrement le cylindre en caoutchouc et s’échappent sans être modifiés.
- L’aillou, au contraire, plus mou, est aplati, en quelque sorte laminé, et, n’ayant plus la forme ni la densité du hl£, peut être éliminé ensuite par les appareils ordinaires de séparation, qui sont tous justement basés sur la différence de formes et de densités des graines qu’il s’agit de séparer.
- Bien d’autres combinaisons ayant le même but se trouvent encore dans le palais du Champ de Mars; nous les signalerons lorsque nous les rencontrerons en continuant notre visite des sections françaises et étrangères.
- M. Pécard, constructeur à Nevers, que nous retrouverons dans les annexes, expose dans la classe 76 de bons rouleaux, des hache-paille, des coupe-racines de grandes dimensions, très-bien construits. Un tonneau étanche, muni d’une pompe et marqué 700 francs seulement, me paraît un bon outil, soit pour le purin, soit pour l’eau.
- A côté, M. Paupier a réuni sa collection de bascules et de balances et ses appareils de pesage indispensables aujourd’hui où tout se vend au poids et non plus à la mesure.
- M. Dudouy, auquel l’agriculture doit tant , et pour sa persévérance à propager l’usage des engrais complémentaires et pour ses importations d’instruments agricoles, a composé un broyeur-mélangeur d’engrais minéraux pour que l’agriculteur puisse préparer lui-même dans sa ferme, avec des matières premières connues et achetées sous des marques de tout repos, les poudres fertilisantes qu’on lui vend le plus souvent mélangées avec des matières inertes.
- M. Primat, constructeur à Bordeaux, expose divers instruments pour la culture de la vigne et la fabrication du vin.
- M. Baquet, constructeur à Vernon et cultivateur à Vesly (Eure), a combiné un appareil qu’il appelle commode-laiterie, qui, d’après lui,
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- supprimerait les caves-laiteries et dans lequel, par une ventilation facile à produire, on activerait la montée de la crème dans des tiroirs disposés à cet effet.
- M. Con verse t-Cadas, à Châtillon-sur-Seine, fabrique des coupe-racines de tous genres et de toutes grandeurs.
- M. Borel a placé sur un dressoir circulaire tous les grands et petits instruments de taillanderie dont peuvent avoir besoin l’agriculteur ou l'horticulteur.
- M. Victor Febvre, constructeur à Lyon-Vaise, a réuni dans son compartiment plusieurs modèles des œnothermes de M. Terrel des Chênes, pour le chauffage des vins, ainsi qu’un échantillonnage de pompes à soutirage montées sur brouette.
- M. Delarouzée a dressé en fer forgé et en tôle galvanisée toutes les garnitures d’écuries, mangeoires, etc.
- M. Périsse, de Tergnier (Aisne), à côté de broyeurs pour pommes, poires et raisins, montre un système de rouleaux à larges rayons couplés par deux ou par trois selon les besoins.
- M. Bichon, d’Agen, a inventé ce qu’il appelle le tractoir agricole, c’est-à-dire une poulie montée sur un bâti et qui peut servir en même temps pour attirer la charrue entre les rangs de vignes sans que le palonnier à fleur de terre vienne en casser les bourgeons, ou bien à mouvoir la charrue sur des plans très-inclinés tandis que le cheval marche sur la crête du mamelon ou de la colline.
- M. Düru, de Bordeaux, derrière ses bascules de grandes dimensions, adassé sur des tablettes, au long du mur, des boîtes renfermant divers instruments de mesurage, comme poids, longueurs et capacités. Le ministre de l’instruction publique a acheté cinq cents exemplaires d’une de ces boîtes pour servir à l’instruction primaire.
- M. Gautreau, de Dourdan, est un de nos fabricants français qui dans les dernières années ont fait le plus de progrès. Bien qu’il construise un grand nombre de machines à battre, mues par des locomo-biles, cet industriel a consacré beaucoup de temps et d’études à inventer des machines moyennes à deux ou trois chevaux. Dans l’une de ces combinaisons, destinée surtout aux batteurs à façon, le manège est porté sur l’avant-train réuni à la batteuse par deux flasques cintrées, sous lesquelles passent les chevaux. J’ai vu au con-
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- cours de Châtellerault fonctionner cette machine avant qu’elle soit aussi perfectionnée qu’aujourd’hui, et elle donnait déjà les meilleurs résultats.
- Mentionnons encore la disposition adoptée dans le nouveau semoir de M. Gautreau pour modifier la distribution.de la semence sans, changer les engrenages de commande.
- M. Gautreau décrit ce mécanisme en ces termes : « La roue d’angle est solidaire de la roue porteuse et donne le mouvement à un pignon calé sur un petit arbre vertical qui entraîne à son tour le pignon du disque monté sur l’arbre des cuillers. Celui-cf porte à sa surface plusieurs diamètres d’engrenages concentriques et de même pas, mais variant par le nombre des dents. Ge disque, en un mot, est garni de \% diamètres et remplace donc \ % engrenages de rechange.
- « Les changements de vitesse s’obtiennent très-facilement et instantanément. Il suffit de tourner la manivelle, qui, solidaire de l’arbre fileté, entraîne la fourchette, qui à son tour déplace le pignon. Ce dernier, à déplacement fibre, peut engrener avec chacun des diamètres du disque denté. Une aiguille indique sur une plaque graduée les divisions correspondant aux differents diamètres du disque.
- « Ainsi, en tournant la manivelle, on change en quelques instants la vitesse du distributeur, sans avoir besoin de démonter le semoir et d’employer des pièces de rechange. »
- M. Delcey, mécanicien à Riehebourg (Haute-Marne), a placé à l’entrée du second pavillon de la classe 76 une machine à battre à pointes, élevée sur un plancher sous lequel tourne le levier du manège, il me semble, dans un rayon bien court : au-dessous est une très-intéressante collection de vases de laiteries, de fromageries, de MM. Girard et Cie. J’y remarque surtout une presse à vis pour comprimer les fromages.
- M. Boully-Joly, constructeur à Bourbonne-les-Bains, au milieu de charrues, rouleaux, scarificateurs, soumet à l’examen des visiteurs une faucheuse de sa composition et dans laquelle les organes moteurs sont réunis dans une boîte fermée.
- MM. Charles Fourier, Collin, Jolibois, Corneux, Boudard, tous constructeurs de la Marne et de la Haute-Marne, ont envoyé des charrues, des scarificateurs, des arracheurs de pommes de terre et
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- autres instruments analogues rangés en face du compartiment occupé par le Comice agricole de la Marne.
- M. Mony, de Sens (Yonne), est inventeur d’un nouveau système de sep portant séparément l’oreille, le soc et sa pointe dans un assemblage un peu compliqué; il faut remarquer ses palonniers en fer à arêtes.
- Près de là sont des brouettes et seaux en tôle de M. Camuzat, de Bagnolet, et le grand chariot de MM. Martin Sabon et Albert Renault ; cette lourde voiture ne me paraît pas un bon argument pour l’emploi, en agriculture, des véhicules à quatre roues.
- Une brabant tourne-oreille de M. Normand-Gourdain, de Villers-aux-Flots; une brouette et un tonneau à vendange de M. Défis; un plantoir à pommes de terre de Mr Delayen ; un tarare de M. Poiré-Yarlet, à Buire-le-Sec; une collection de ventilateurs à grains de MM. Mure, et de M. Thorel, à Yers-lez-Amiens; des harnais de M. Goubé, de Paris; des fers à bœuf forgés mécaniquement par MM. Gérard, de Reims, et des fers à cheval de M. Fuzellier, composent un compartiment composite complété par des barattes et des instruments de mesurage, de MM. Mure, de Lyon.
- Une machine à laver les tonneaux de MM. Pesant frères peut avoir son utilisation dans les grands vignobles, mais me paraît bien chère dans les exploitations ordinaires.
- Mentionnons en passant la très-importante installation de distillerie agricole de M. Champonnois.
- M. GaiUot, de Baune, construit pourégrapper le raisin une machine inventée par M. de la Loyère, remplaçant avec aventage, comme rapidité surtout, l’égrappage à la main. Cet égrappoir débarrasse de leurs râpes dix hectolitres de vendange au quart d’heure.
- Un beau fouloir à vendange, des pompes à soutirage et une grue pour pressoir sont à signaler aux viticulteurs.
- Dans le même compartiment qui est placé sous la protection du Comité d’agriculture de Baune, on voit de très-bons échantillons de tonnellerie, un nouveau système de siphon, des pompes, des trieurs et une petite bineuse piocheuse de M. Lapostolle-Lévêque, de Trou-hans (Côte-d’Or).
- Des charrues décavaillonneuses de M. Nadaud, deBlaye (Gironde),
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- ont pour but d’enlever mécaniquement le cavaillon, c’est-à-dire la petite levée de terre que le laboureur laisse entre les ceps.
- Puis viennent les beaux tarares et la grande baratte de M. Joly, de Ferrières, derrière lesquels, appliqués au mur, sont les fers pour déformation du pied du cheval construits par un habile maréchal qui n’a pas daigné mettre son nom sur son tableau.
- En arrière d’une houe, d’une charrue vigneronne et d’un buttoir sont placées les petites charrues à un seul mancheron M. de Boyries, à Soussans (Gironde). L’oreille est à charnière et la pointe du soc mobile.
- L’excellente fabrication de M. Moreau-Chaumier, de Tours, est bien connue; au milieu est placée pour terrains accidentés une petite charrue vigneronne. Au moyen d’une vis placée latéralement et qui déplace lé soc et l’oreille, on peut, avec cette charrue, chausser ou déchausser indifféremment, mouvement qui s’accentue à l’aide de l’articulation des mancherons. Un autre mouvement dans le sens vertical est obtenu par l’articulation de Page auquel on peut donner plus ou moins de pente; une branche verticale percée de trous sert de guide. Une bonne innovation consiste dans l’application sur le frayor d’un contre-frayon qui se remplace aisément quand il est usé.
- Sous le titre de viticulture de l’Anjou, M. Borit, de Vauldel-nay-Rillé (Maine-et-Loire), a rangé les instruments de labour, de binage et de nettoyage de la vigne, en usage dans la région qu’il habite, et dont la fabrication comme forge et taillanderie ne laisse rien à désirer.
- Derrière cet exposant, M* Emile Hémart, d’Amiens (Somme), a placé une moissonneuse d’un système personnel et dans laquelle il aurait été impossible peut-être de trouver quelques combinaisons applicables, si elle avait été développée et si elle avait été mise en service dans une des expériences entreprises sur ces machines ; mais telle qu’elle est, pliée et ensevelie sous la poussière, il est bien difficile d’en supposer le fonctionnement.
- L’installation de M. Renault-Gouin, de Sainte-Maure, si connu de toutes les personnes qui s’occupent de viticulture et qui, sur les indications du marquis de Quinemont, président du Comice de Chi-non, a le premier construit la modification aux charrues désignées
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- aujourd’hui sous le nom de charrues vigneronnes, est véritablement bien intelligente et bien instructive. Pour donner au public une idée nette du travail que peuvent accomplir les instruments vignerons qu’il fabrique, il a dressé trois rangs de vignes sur des piquets et fils de fer, avec tendeur de M. Louet, d’Issoudun. Entre les rangs il a disposé en allure de travail, d’abord l’espèce de charrue vigneronne proprement dite, qu’il fabrique en quantités considérables.
- Ge qui distingue cette espèce de charrue des autres, c’est que la monture qui porte le soc, l’oreille et le frayon est inclinée en dehors de l’age du côté de là ligne des pieds de vigne, ce qui permet d’approcher bien plus du pied même qu’avec les charrues ordinaires, dont la monture est directement sous l’age. Les dispositions particulières des extrémités de ce dernier font que, au moyen de trous et de clavettes, on peut éloigner encore plus, suivant les besoins, la barre d’attelage et les mancherons. Avec cette charrue, j’ai vu faire à d’habiles laboureurs de véritables tours de force, surtout quand ils ont affaire à un cheval intelligent, patient et bien dressé. Les herses à mancheron pouvant s’ouvir suivant l’écartement des rayons et porter au besoin des dents ou socs de formes variables pour se changer en extirpateurs, en houes et même en raclettes, sont maintenant, grâce à M. Renault-Gouin, d’un usage courant et peuvent s’adapter à tous les genres de travaux.
- Le même constructeur a, sur plus grands modèles, ce qu’il appelle Y âge multiple, c’est-à-dire que sur un même bâti il peut placer plusieurs espèces de socs simples ou doubles, des crochets de défonceuses, des buttoirs, des arrache-pommes de terre, des décavaillonneuses et les ferrements variés de toutes formes demandés par les différentes opérations de la culture ordinaire, en dehors même de ce qui regarde spécialement la vigne. Entre les rayons est un tréteau figurant un cheval sur lequel M. Renault-Gouin a étendu un harnais spécial à la culture de la vigne et de tout ce qui se travaille en ligne. Bien que, par la disposition adoptée par M. Renault-Gouin, le palonnier des attelages ordinaires puisse être rejeté aussi loin que possible du pied de vigne, il a encore l’inconvénient, surtout au moment du labour du rechaussage, s’opérant le plus souvent quand les bourgeons sont déjà sortis, de heurter et de briser ces bourgeons. En relevant le
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- palonnier près de la croupe comme celui des cnevaux de halage, la traction est communiquée à la charrue par une chaîne, et rien ne vient plus toucher la vigne.
- On peut ajouter ce palonnier cintré à un harnais de carriole ordinaire; mais, dans les grandes exploitations, il est préférable de se servir de la disposition exposée par M. Renault. 11 faudra toutefois faire attention à ce que le point où sera attachée la chaîne ne soit pas trop excentrique ; car, sans cette précaution, l’effort n’aurait lieu que sur un des côtés du collier, et le cheval se blesserait certainement au bout de quelque temps à l’épaule qui supporterait seule la charge.
- M. Renault-Gouin a été un des premiers, parmi les constructeurs régionaux, assez avisé pour comprendre qu’il avait assez à faire chez lui pour fabriquer les instruments spéciaux auxquels il doit sa réputation. Il n’a pas tenté de copier les moissonneuses, faucheuses, tarares, batteuses et autres machines importées de l’étranger ou faites en France. Il s’est fait l’actif propagateur et le correspondant de tout ce que la machinerie agricole moderne a conçu de mieux depuis dix ans, et il a fondé dans le centre agricole si important qui entoure Sainte-Maure une véritable maison de commission qui donne sécurité aux cultivateurs par le choix d’un homme auquel ils ont confiance, et par la certitude de pouvoir faire réparer les machines et d’obtenir promptement les pièces de rechange dont ils ont besoin.
- Près de là sont les auges, les barbotons, les moulins à sel en céramique non cuite de M. Dumesnil-Laliennier, de Crécy ; — une charrue à soc changeant de M. Renard, à Hévy (Yonne) ; — les ustensiles d’écurie de MM. Bougourd et Colombiés; — et , perdus au milieu des pressoirs et presses de toutes natures et de toutes tailles, les barattes de M. Carré, de Vendôme; —le râteau à cheval et les instruments vigerons de M. Bédin, de Niort (Deux-Sèvres); — les bacs et abreuvoirs de M. Raboisson-Évrard, à Soissons; — les botteleuses de M. Guilhem, à Toulouse; — les moulins agricoles, machines à battre et manèges de MM. Texier et fils, de Vitré ; — de grandes barattes sans nom d’auteur; — des appareils de nettoyage du blé de M; Poly, à Ferrières ; — de grandes et belles charrues de M. Durand, de Monte-reau ; — des pompes dont nous parlerons en leur lieu, et îe ne sais
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- vraiment pourquoi une photographie représentant un miroira alloue!tes s’adaptant au bout du fusil ; — et un trieur monétaire du système de M. Benoit, de Dijon, dont il me paraît bien peu probable que les agriculteurs aient un urgent besoin.
- L’Exposition n’a plus qu’un mois à vivre; nous devons donc nous hâter de passer dans les sections étrangères sans nous arrêter au pied de l’escalier si roide qui réunit ou plutôt qui sépare les bâtiments de la classe 76 du palais du Champ de Mars.
- Nous passons devant la si intéressante collection de M. Decauville, ~ dont il nous sera possible de faire ultérieurement la description, puisque Petit-Boürg est tout près de Paris, et nous traversons à grands pas le jardin d’Iéna pour arriver au pavillon annexé à l’exposition anglaise qui abrite les machines agricoles. C’est un grand bâtiment longeant l’avenue Suffren, du côté de la gare du chemin de fer : il est formé de trois galeries à toit cintré communiquant latéralement entre elles.
- Si, du haut des marches qui descendent dans ce hall, on regarde l’ensemble de l’exposition anglaise, on sent que le génie de l’arrangement et de la propreté a présidé à cet aménagement : tout est propre, nettoyé, peint, doré, astiqué avec un soin remarquable. Au premier ' coup d’œil, la comparaison n’est guère flatteuse pour l’exposition française du quai d’Orsay qu’il est bien difficile de maintenir propre avec le sol poudreux qui l’entoure. Les Anglais ont le goût du nettoyage, du balayage et de l’arrosage, aussi bien dans les annexes que dans le palais. Il est facile, d’autre part, en voyant les noms des exposants se détachant très-lisiblement en grandes lettres d’or sur fond noir, de se rendre compte que la plupart d’entre eux appartiennent à d’anciennes et riches maisons qui n’ont rien épargné pour figurer avec avantage dans ce concours universel. On voit aussi là les noms les plus connus des importateurs estimés qui ont popularisé ces machines en France. MM. Pilter, Dudoüy, Waite-Burnel, Decker et Mot, Pécard figurent au-dessous du nom des grandes maisons anglaises dont ils sont les intelligents commissionnaires en France.
- Commençons par la première travée; nous voyops toute la série des machines de M. Garrett représenté par M. Pilter. Les locomobiles et les machines à battre à grand travail et à système aussi perfectionné
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- que possible sont accompagnées d’un élévateur de paille, accessoire très-utile de la batteuse qui reçoit la paillé au sortir des secoueurs et l'emmène par un plan incliné jusqua la hauteur de six mètres. Ce même appareil peut élever aussi les foins et autres fourrages. Des semoirs, un moulin d’ancienne mode à meule de silex complètent cette collection.
- Puis vient le grand étalage plus industriel qu’agricole de M. ftobeÿ comprenant des machines fixes, locomobiles, des moulins, des scies à ruban ou circulaires.
- La moissonneuse Burgess et Key, grand et fortjnstrument de première solidité, a pour représentant M. Dudouy, directeur de l’agence centrale des agriculteurs de France. MM. Burgess ont été des premiers, il y a plus de vingt ans, à rendre possible le moissonnage mécanique : comme la plupart des machines anglaises, leur moissonneuse est presque tout entière en fer forgé et non en fonte.
- Elle est modifiée, dit M. Dudoüy, de manière que les râteaux et les traverses intermédiaires peuvent au besoin s’abaisser très-bas et plonger en avant de la scie : ceci est une grande amélioration quand il s’agit d’une moisson courte et couchée. Cette disposition rend inutiles les deux traverses additionnelles qu’on était obligé d’apporter dans les anciennes machines, et permet de n’employer que quatre bras au lieu de six, ce qui, pour les moissons fortes en paille, était un sérieux inconvénient.
- Le poids de la machine est réduit à 500 kilogrammes par la substitution du fer forgé à la fonte. La roue intérieure est beaucoup plus grande et plus large, et est faite entièrement en fer forgé, et elle est munie d’un support ferré au moyeu.
- La grande roue motrice est élargie au moyen de ferrements en fer forgé. Les doigts sont ouverts en arrière afin d’empêcher l’engorgement. Le plan de la scié et les pointes sont inclinés de manière à pouvoir couper les plus mauvaises récoltes tombées et courbées. Au moyen d’un levier spécial, le conducteur peut varier à volonté cette inclinaison des pointes selon l’état de la moisson à couper.
- La faucheuse des mêmes constructeurs présente Une nouvelle disposition pour retirer, enlever et remettre la scie en arrière de la gaine au lieu de la tirer par l’extrémité comme dans les autres machines :
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- cette disposition épargne beaucoup de temps et évite de fausser la scie en la forçant. D’autres arrangements également nouveaux facilitent l’emploi de cette faucheuse.
- Viennent ensuite les semoirs Smyth et Coultasy — les locomobiles Barrows et Stewart, — les semoirs, les sarcleuses de M. Woolnough. — les coupe-racines et les manèges de M. Maldon, — les sarcleuses, les scarificateurs et la belle charrue trisoc de M. Bail, — la grande exposition de MM. Ruston, Proctor et Cie dont les machines à battre, les moulins et les locomobiles sont célèbres, — enfin les locomotives routières de MM. Aveling et Porter avec l’outillage accessoire comme chariots, et une machine à moissonner de 3m,50 de large qui fonctionne poussée d’arrière en avant par une locomotive.
- Dans les moissonneuses ordinaires, le va-et-vient de la scie est déterminé par le mouvement de la roue qui, en même temps, porte l’appareil et sert d’origine de mouvement. Dans la moissonneuse exposée par MM. Aveling et Porter, les roues qui portent la scie, le tablier et le rabatteur n’ont pas d’engrenages; le mouvement est transmis à ces organes par une chaîne correspondant au moyen d’une poulie avec la machine à vapeur.
- MM. Ransomes, Sims etHead, d’Ipswich, ont fait un splendide étalage de machines à battre, delocomotives routières, de locomobiles et de machines demi-fixes. Sur l’une des batteuses nous voyons signalé, comme perfectionnement important, qu’elle possède un appareil pour broyer la paille. Les machines françaises en travers, au contraire, sont fabriquées de manière à ne pas la briser, et leurs constructeurs reprochent aux machines en bout cette altération dont se vante, au contraire, la machine anglaise. Une des locomobiles de MM. Ransomes, Sims et Head est combinée pour pouvoir brûler la paille, les roseaux, les longues bruyères, les tiges de maïs, dans les pays où les autres combustibles font défaut.
- L’établissement d’Ipswich expose différentes variétés de charrues à oreilles très-longues, des bisocs, des trisocs et même un quadrisoe pour enterrer la semence, une faneuse dont la nécessité chez nous est contestable surtout pour nos départements du Centre et du Midi ; puis de ces râteaux à dents lourdes et pointues, d’un si mauvais usage dans les prairies artificielles où l’on doit faire repasser la faucheuse
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- pour la seconde coupe; — des buttoirs et quelques instruments particuliers de labour pour les pays tropicaux. Les représentants, en France, de MM. Ransomes, Sims et Head, sont MM. Decker et Mot, dont le commerce s’étend de plus en plus.
- MM. Hornsby et fils, de Grantham, représentés en France par M. Pécard, ont été des premiers, par la parfaite solidité de leurs moissonneuses et faucheuses, à acclimater dans notre pays ces excellents outils.
- J’ai depuis sept ans une des anciennes machines de M. Hornsby, nommée la Governor, et je dois déclarer qu’en cor e aujourd’hui, malgré les perfectionnements, ou plutôt les prétendus perfectionnements apportés à toutes ces machinés, c’est encore celle-là que j’achèterais.
- Malgré ses défauts, elle a fait huit campagnes, les premières surtout dans les terrains les moins préparés au passage d’un tel outil, et cependant elle a encore fonctionné mieux que jamais cette année, concurremment avec trois autres machines nouvelles.
- Elle est difficile à loger ; son centre de gravité est trop élevé ; elle est lourde aux chevaux ; mais dans les blés forts, garnis d’herbes épaisses, comme c’était le cas en 1878, elle a travaillé là où les autres ne pouvaient rien faire. Les engrenages droits à plan parallèle sont toujours plus visibles à ceux qui commencent à se servir de ces outils, et le siège se trouve sur le timon bien en avant de l’appareil coupeur : ce qui, d’après mon avis, a été très à tort remplacé par le siège latéral.
- Le conducteur, placé à trois mètres en avant de la barre coupeuse, très-élevé au-dessus de ses chevaux dont il est bien plus maître ainsi, voit à travers le blé sur le sol du champ les pierres et autres obstacles, tandis qu’assis latéralement comme aujourd’hui en porte-à-faux, et placé en quelque sorte comme un volant sur une raquette, il se trouve quelquefois projeté au loin, ainsi que c’est arrivé au concours de Mettray.
- La grande moissonneuse, dite Victoria, est pourvue de toutes les combinaisons pour modifier le travail en marche. Il en est de même du modèle 1878; mais pourquoi avoir exposé encore là faucheuse combinée avec son appareil à râteau à main, très-mauvaise disposition condamnée par tout le monde ?
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- La faucheuse, dite Paragon, deM. Hornsby, est pourvue de cer-lains perfectionnements dont quelques-uns ont une véritable utilité; les voici tels que les décrit une note du constructeur : « Nouvelle coulisse à ressorts pour retenir la barre de bielle dans la scie, remplaçant le petit écrou et boulon et dispensant de l’emploi de toutes les pièces relâchées par rapport à la scie et de l’emploi d’une clef; levier perfectionné pour relever le porte-lame, beaucoup plus léger que l’ancien levier. La bielle est bien perfectionnée, étant beaucoup plus forte et plus durable. L’ancien boulon articulé est remplacé par un arrêt à ressort qui retient la scie fermement, mais qui en facilite le détachement instantané sans dévisser aucun écrou. Le boulon de manivelle est d’un accès plus facile, la bielle étant libre en dévissant un seul écrou en face de la plaque manivelle. Le levier d’embrayage et de débrayage est maintenant mû par un simple mouvement du pied du conducteur sans descendre du siège. Le porte-lame est suspendu en charnière, pour être facilement relevé pendant le transport ou le voyage, étant retenu dans cette position par un cliquet à ressort ; il peut être relevé pour passer au-dessus des andains et des obstacles. La traction latérale est évitée, la pression causée parle poids du timon est enlevée du cou des chevaux. Tous les écrous sont calés pour empêcher leur relâchement. Le bâti est d’un modèle tout nouveau qui est plus fort, plus léger, plus durable que celui de l’ancien système. Le porte-lame est mis en ligne plus droite et parallèle avec l’axe des roues, afin de pouvoir s’adapter plus facilement aux inégalités des terrains. Une nouvelle forme de doigts à double plaque, arrangée de manière à laisser passer toute ordure et à l’empêcher de s’attacher aux scies et de les engorger. Graisseurs efficaces pour la lubrification parfaite de tous les coussinets. Dans la machine combinée, l’inconvénient de changer la plaque du timon est maintenant évité ; une plaque additionnelle étant désormais superflue, le changement nécessaire de la position du timon s’opère en glissant le long d’une barre brevetée construite dans ce but, de sorte que le changement est effectué rapidement et facilement. »
- M. Hornsby expose encore une belle charrue trisoc, des cribles, des nettoyeuses de blé de grande taille et des machines à battre renommées. A la machine à battre envoyée au Champ de Mars, nous
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- trouvons une disposition de détail que nous devons signaler à tous nos batteurs à façon. On sait combien prend de temps l’arrimage d’une batteuse avant que l’on commence à la mettre en mouvement.
- Cela tient surtout aux soins à prendre pour fixer les coins et les freins qui doivent la rendre absolument immobile pendant le battage. Ordinairement les coins sont mobiles et ne se fixent qu’à grand renfort de fiches en fer enfoncées dans la terre. Dans la batteuse de M. Hornsby, les coins formant freins sont reliés par un cadre en fer et serrés normalement l’un vers l’autre par une tige filetée dont une manivelle facilite lemouvement.
- Bien que la place donnée à M. Fowler, de Leeds, ne lui ait pas permis d’amener au Champ de Mars plusieurs machines très-importantes, entre autres la charrue du Sutherland, son exposition est cependant très-belle et d’une extrême importance.
- A côté d’une magnifique locomotive-locomobile dont toutes les pièces sont en acier, M. Fowler a exposé l’outillage de la culture à vapeur avec ses derniers perfectionnements. — Cette question de la culture à vapeur est si peu connue en France, elle semble encore si chimérique, même à .quelques bons esprits, qu’avant de décrire les appareils exposés, nous croyons bien faire en reproduisant quelques passages de la conférence faite sur ce sujet parM. Decauville, de Petit-Bourg, au Congrès des ingénieurs civils :
- « C’est au commencement de ce siècle, dit M. Decauville, que le génie pratique des Anglais fut attiré par ce problème, de remplacer par la vapeur les animaux de trait qui peuvent être employés plus utilement à produire de la viande et des engrais.
- « te major Prats en 4810, John Heatchcoat en 4833, Mac Roe en 4839, Hanman en 4849 et lord Willoughby en 1851, ont tous consacré leur temps et leur argent à chercher la solution de ce problème qui devait enfin se trouver résolu de la façon la plus satisfaisante par John Fowler en 4852. A cette époque, une association fut formée entre un mécanicien anglais, John Fowler, un fermier écossais, David Greig, et un sollicitor, Addison, pour exploiter l’idée de l’appareil à labourer que John Fowler avait imaginé.
- « L’atelier que l’on installa à Leeds (Yorkshire) n’occupait tout d’abord que quelques ouvriers, et c’est l’année suivante, au concours
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- de la Société royale d’agriculture d’Angleterre, à Gloucester, que la jeune Société John Fowler et Cie montra le premier emploi de la machine à vapeur au travail de la terre.
- « Depuis cette époque -, toutes les façons de culture purent être données par ce moyen, et l’on vit successivement la défonceuse, le scarificateur, la herse, et enfin le rouleau dont l’usage n’était pas réclamé par la culture anglaise et dont le premier fut construit pour préparer les ensemencements de betteraves en France en 1873.
- « Le succès de MM. John Fowler et Ciene fit qu’augmenter sans interruption chaque année, et vingt-cinq ans après la fondation de leurs ateliers, au mois de janvier 1877, trois mille locomotives avaient été livrées par eux pour le labourage à la vapeur dans toutes les parties dumonde, et leurs ateliers de Leeds occupaient quatorze cents ouvriers, « On ne peut pas dire que le labourage à la vapeur présente une économie considérable comme dépense de travail par hectare; mais les résultats sont tellement différents qu’il est impossible d’établir une" comparaison bien exacte entre les labours par les chevaux ou les boeufs et les labours par la vapeur.
- i1 « Le prix de revient de la culture mécanique est nécessairement très-variable suivant le combustible qui est employé et suivant la manière de calculer l’usure et l’amortissement des appareils.
- a Voici, cependant, comment il paraît logique d’établir la dépense d’un appareil double de 10 chevaux, comme ceux qui fonctionnent à Petit-Bourg depuis 1868.
- « L’équipe se compose de deux chauffeurs conduisant chacun une locomotive, d’un laboureur dirigeant la charrue et d’un charretier pour approvisionner les machines d’eau et de charbon. Ce n’est que pour les labours profonds qu’il est nécessaire d’ajouter un manoeuvre pour aider à faire basculer la charrue à chaque bout du champ ; c’est donc au maximum cinq hommes qui sont employés, et le travail fait par journée de dix-huit heures peut s’élever en moyenne à :
- 1 hectare fouillé à....
- ou 2 hectares 112 labourés à
- — 5 hectares labourés à...
- — 12 hectares cultivés à.
- — 20 hectares hersés à...
- — 24 hectares roulés à......
- 50 cent. 30 —
- 20 — 12 —
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- « Les dépenses sont :
- L’intérêt à 5 p. 100 dé l’appareil double composé de deux locomotives de 10 chevaux avec charrue, cultivateur, herse, rouleau!, tonneaux à eau, en tout 50,000 fr., soit 2,500 fr. par
- an ou pour 200 jours de travail, par jour........... 12.50
- L’amortissement du même matériel à raison de 10 p. 100, soit 5,000 fr. ou par jour................................. 25 >
- Usure, casse, etc., 2,500 fr. ou par jour Deux câbles de 1,200 fr. chaque, durant 200 jours, par jour... Huile, chiffons, bois d'allumage, 625 fr. par an, chaque jour.. Charbon, 1,000 kil. briquettes d’Anzin à 34 fr. la tonne rendue 12.50 12 » 3.15
- au magasin 34 « 1.50 15 -
- Eau, 10 mètres cubes à 0 fr. 15
- Main- l 2 chauffeurs à 5 fr ; ...7. . 10 fr. )
- d’œuv.U laboureur à 5 fr 5 fr. î
- Transport d’eau et charbon J 2 chevaux 12 { l 1 chartier 4 > 16
- 131.65
- « Par conséquent les prix de revient, en comprenant intérêt, amortissement et toutes les dépenses en général, reviennent par hectare :
- Pour le défonçage à 50 centimètres, à........... 131.65
- (Ce travail ne peut être exécuté à aucun prix par les bœufs ou les chevaux.)
- Pour le labour à 30 centimètres.............................. l. .66
- — 20 — .......................... 26.33
- Pour la cultivation ou déchaumage, à...................... 10.88
- Pour le hersage, à.......................................... 6.53
- Pour le labourage, à........................................ 5.48
- « Quelques-uns de ces travaux, comme le défonçage, ne peuvent être exécutés avec des chevaux; car il y a impossibilité d’atteler trente bœufs sur le même instrument; d’autres, comme le roulage, diffèrent essentiellement du travail obtenu par les animaux; car dans cette opération, faite à la vapeur, le rouleau, entraîné à la vitesse d’un cheval au trot, agit par percussion, tandis que, traîné par les chevaux ou les bœufs, il n’agit que par son poids.
- « On remarquera que la dépense principale dans ce prix de revient consiste dans l’intérêt et l’amortissement qui figurent pour 37 fr. 50 par jour. Il est certain que, maintenant que l’éclairage électrique, système Albaret, permet de continuer les travaux de culture pendant la nuit, la dépense d’amortissement pourrait être sensiblement diminuée en travaillant nuit et jour, ou tout au moins compenserait la dépense de l’appareil électrique.
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- « L’avantage capital du labourage à la vapeur est de permettre de donner à la terre les façons dans le temps le plus propice, sans s’occuper de la trop grande sécheresse ni de la trop grande humidité. Le hersage à la vapeur est, en effet, une opération tellement énergique que l’on devrait plutôt l’appeler la pulvérisation du sol à la vapeur.
- « Un autre avantage de ce système de culture est d’éviter le piétinement des chevaux ou des bœufs sur le sous-sol, qui devient en quelque sorte imperméable. Un statisticien anglais a calculé qu’en labourant un champ, les chevaux appuyaient sept cent cinquante mille fois le pied sur un hectare; c’est donc soixante-quinze pas par mètre carré qui sont évités.
- « Le labourage à la vapeur a également l’avantage d’employer un très-petit nombre d’ouvriers et de permettre par conséquent-de les mieux choisir et de les mieux payer.
- « Au moment de la dernière Exposition, en 1867, il y avait quinze ans que les Anglais labouraient à la vapeur, et cette application était déjà faite sur près de trois cents fermes; en France, il y avait bien en quelques tentatives, mais elles n’avaient pas réussi.
- « A la suite du concours international de Petit-Bourg, en 1867, le mouvement commença en France, mais bien lentement, car en 1878 il n’y a que quatorze fermes labourant à la vapeur, et en Angleterre il y en a plus de mille. Cette période de 1867 à 1878 a donc été marquée dans ce dernier pays par un développement incessant, puisque le nombre des fermes labourant à la vapeur a augmenté de sept cents.
- v En recherchant les causes de notre infériorité sous ce rapport, on est arrivé à l’attribuer à un grave inconvénient qui, plus encore que la question d’une mise importante de capital, devait empêcher la propagation rapide de ce système : c’est la suppression des chevaux et des bœufs pour la culture de la terre, alors qu’il en faudra un grand nombre pour rentrer la récolte des betteraves.
- « En Angleterre, où la culture à la vapeur paraît être arrivée à son maximum de développement, on doit remarquer que les produits de la terre sont surtout des céréales, des fourrages et fort peu de racines; il est donc toujours facile de rentrer les récoltes avec un petit nombre de bœufs et de chevaux*
- « En France, où la culture de la betterave a pris une extension consi-
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- dérable, la situation est tout à fait différente; aülieu d’avoir à sortir des» champs, à une époque généralement favorisée par le beau temps, des récoltes de céréales qui dépassent rarement en grains et paille 7,000 à S,000 kilogrammes par hectare, on se trouve à l’automne en présence de récoltes de betteraves s’élevant en moyenne à 35,000 ou 40,000 kilogrammes, mais arrivant quelquefois , comme en 4875, à 60,000 et 70,000 kilogrammes, et encore faut-il remarquer que, la saison pluvieuse étant surtout favorable aux betteraves, plus la récolte est abondante, et plus il y a de difficultés pour la sortir des champs.
- « Dans de telles circonstances, celui qui applique la culture à la vapeur peut être très-embarrassé, et, si l’humidité persiste, sa situation devient extrêmement critique. C’est ce qui est arrivé en décembre 4875 à M. Decauville aîné, qui ne put se tirer d’embarras qu’en créant son porteur ; et le débardage des betteraves pouvant aujourd’hui s’exécuter mécaniquement, on peut dire que, grâce aux chemins de fer portatifs, le labourage à la vapeur pourra désormais se propager aussi rapidement en France qu’en Angleterre. »
- Les charrues exposées, peu différentes de celles que j’ai vues fonctionner à Petit-Bourg, ont un bâti en fer forgé d’une extrême solidité, dont on comprend aisément la nécessité en pensant aux résistances quelquefois considérables rencontrées par les machines, surtout dans les premiers temps de leur emploi, quand les terres sont soumises pour la première fois à l’énergie de leur traitement.
- Les charrues du Champ de Mars sont accompagnées d’un échantillonnage intéressant de socs et de versoirs employés dans différents pays et dans des circonstances variées; ainsi,, on y retrouve le ver-soir allongé du Kent, l’oreille évidée des environs de Magdebourg, le soc et l’oreille employés dans la culture silésienne, et qui sont placée presque à l’angle droit de la ligne de traction.
- Les herses gigantesques, les scarificateurs formidables étonnent les agriculteurs français, peu habitués à ces proportions considérables; mais ce qui les surprend le plus, c’est l’énorme charrue de 70 centimètres de profondeur précédée d’une plus petite, placée à 25 centimètres environ au-dessus de la grande et marchant en même temps.
- La charrue supérieure est chargée de renverser dans la raie de la charrue inférieure les pierres répandues sur le sol dans une localité du
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- Hanovre, me dit-on, et qui recouvrent d’excellentes terres cultivables placées sous la couche de pierres.
- Au mur est accrochée la photographie du Suther land plough, instrument inventé exprès pour défricher les terres du duc, et qui est formé d’un énorme crochet qui pénètre jusqu’à 70 centimètres en terre et bouleverse pierres, racines, troncs d’arbres, que l’on emporte ensuite dans une sorte de bateau glissant sur la-terre et tiré parla locomobile.
- | MM. Fowler et Cie ont également combiné un système de bateaux pouvant porter les locomobiles dans les larges tranchées qui sillonnent les terres dans la Guyane anglaise.
- : Le grand rouleau à vapeur, qui ne pouvait se loger dans l’annexe anglaise, a été, par M. Decauville, de Petit-Bourg, représentant en France de M. Fowler, placé dans la classe 76, au pied de cet escalier de trente-quatre marches, si malencontreusement élevé entre les machines agricoles françaises et le parc du Champ de Mars.
- A côté des appareils de culture à vapeur de M. Fowler, dont nous donnons aujourd’hui deux nouveaux spécimens, la charrue du Sutherland, dont nous avons parlé dans notre précédent article, et le mélangeur à disques alternés dont les arbres, au lieu d’être parallèles, sont placés obliquement, et brassent par ce défaut même de parallélisme la terre et la chaux dans les terres du duc, —- se trouve la collection envoyée par MM. Marshall. — Les locomobiles, locomotives routières, les machines fixes de cet industriel ont été récompensées par une médaille d’or. —Sa machine à battre à double ventilateur est d’une construction remarquablement soignée ; elle possède pour le battage de l’orge une pièce à cannelures destinée à ébarber le grain avant le triage.
- On doit remarquer aussi le procédé pour caler les roues de cette machine à battre. Au lieu de resserrer les deux coins de bois au moyen de tringles et de vis comme M. Ransomes, M. Marshall les rapproche et les assujettit avec une chaîne dont les maillons sont accrochés dans une crémaillère.
- MM. Richmond et Chandler, de Salford Manchester, exposent un bel assortiment de concasseurs, de hache-maïs, de hache-paille. Ces instruments sont d’une très-belle fabrication. Les grands modèles peu-
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- vent être actionnés par un moteur; les plus petits portent des manivelles devant être mues à bras.
- M. Boby, de Bury Saint-Edmond’s, construit des tarares et des nettoyeurs d'une espèce particulière et qu’il décrit ainsi :
- « La disposition de cette machine diffère de celle de toute autre machine pareille imaginée jusqu’ici. Elle consiste en un bâti en bois, avec une large trémie; la grille du tamis se compose d’un grand nombre de fils de métal, très-solides et très-fortement tendus. Ces fils sont placés horizontalement sur des barres à rainures poinçonnées par une position oblique. La machine est munie-de glissoires; elle est mue en avant et en arrière au moyen d’une manivelle, à la manière ordinaire; la possibilité d’engorgement est évitée par l’introduction de minces lames ou anneaux de fer entre chaque fil d’archal qui retiennent les graines dans une position longitudinale (parallèle aux fils) et qui en ôtent parfaitement tous les grains minces ou mauvais, ainsi que la poussière, etc. ; de cette manière, le tarare fonctionne comme nettoyeur automatique. »
- « La méthode adoptée jusqu’ici, ditM. Boby, pour séparer les grains minces ou légers des bons grains, était d’employer des machines à souffler. Mais tous ceux qui s’occupent du commerce de grains ou de blé connaissent les grands désavantages de cette méthode. Car il faut non-seulement passer le blé deux fois, et souvent même après ces travaux répétés et cette perte de temps on n’a pas obtenu le résultat désiré. C’est-à-dire que l’on trouve, après un examen attentif, une grande quantité des meilleurs grains mêlés avec les grains légers, tandis que dans les bons et gros grains triés il en reste une grande quantité de mauvaise qualité pour laquelle, quand c’est de l’orge, les brasseurs doivent néanmoins payer l’impôt en pure perte. Si, au contraire, le blé a été passé une seule fois par le tarare automatique breveté de M. Boby, une séparation parfaite est opérée, puisqu’il est impossible qu’un gros grain passe par les tamis avec les grains légers et vice versa, qu’un seul grain léger se trouve parmi les bons grains. »
- Le même constructeur a combiné pour ébarber l’orge un arrangement qu’il est assez difficile de comprendre sans en voir la figure. M. Boby le décrit de la manière suivante :
- «r Le cylindre est en fer et par conséquent beaucoup plus fort que
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- ceux en fil d’archal employés ordinairement. Par le centre passe une tige très-solide en fer forgé à laquelle est attachée une garniture de lames dont la rotation est très-rapide. Le cylindre est fixé parfaitement droit sur le châssis , et non pas en position inclinée comme à l’ordinaire, ce qui très-souvent fait tomber l’orge avant qu’elle soit parfaitement ébarbée. Mais malgré la position droite du cylindre, la forme des lames est telle qu’elles poussent d’elles-mêmes les grains d’orge le long du tuyau, de sorte que pas un seul grain ne peut déboucher par l’auget sans avoir subi l’action de toutes les lames. »
- M. Boby recommande cette machine très-efficace, à l’aide de laquelle un seul homme peut ébarber 22 hectolitres par heure.
- Le même M. Robert Boby fabrique des faneuses à double effet dont il préconise l’excellence. Je-crois qu’en Angleterre, en Hollande et dans le nord de la France, cet instrument est appelé à rendre quelques services dans les prairies naturelles; mais dans le centre et le sud de notre pays, je n’en vois pas bien la nécessité.
- Quant à la luzerne, au trèfle et au sainfoin, je crains que cette sorte de battage n’en fasse tomber les feuilles et les graines. Dans ma culture personnelle, je me suis toujours très-bien trouvé de ne pas laisser secouer à la fourche les herbes coupées.
- Dès le lendemain du jour où la fancheuse les a jetées sur le sol, je lès fais entasser en ligne et en quelque sorte enrouler avec le râteau à pédale allant et revenant : dès le soir j’en fais de petites veilloches, que je réunis en menions plus gros, et enfin en meules. Le constructeur lui-même avoue qu’il faut bien se garder de ne pas projeter l’herbe trop haut, car sans cela on perd d’abord les semences, et l’herbe se couche trop serrée en retombant de trop haut.
- Le mieux pour toutes ces manœuvres est de se servir simplement du râteau américain et d’amonceler l’herbe, de telle manière qu’une très-petite partie repose sur le sol et que l’air entoure autant que possible de tous côtés la masse soulevée.
- La maison Samuelson a exposé ses faucheuses et moissonneuses dont il se vend encore tous les ans des milliers d’exemplaires, malgré les inventions nouvelles d’autres constructeurs. — Ces machines sont les plus simples, et leur exécution est irréprochable. —2,300 moissonneuses Samuelson fonctionnent déjà dans notre pays à la grande satis-
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- faction de ceux qui les emploient. Cette maison est représentée en France par M. Pilter.
- MM. J. et F. Howard ont fait une splendide exposition. Les nombreuses charrues de tous modèles avec ou sans roues de MM. Howard sont aujourd’hui imitées par nos meilleurs constructeurs : il en est de même de leurs batteuses et de leurs charrues à arracher les pommes de terre. Ils font aussi des brabants, des bisocs et même des trisocs. On a bien essayé d’arriver jusqu’à quatre socs; mais je crois qu’il faut laisser ce nombre aux charrues à vapeur dont MM. Howard fabriquent de beaux modèles concurremment avec M.Fowler.
- Depuis vingt ans MM. Howard travaillent leurs propres terres mécaniquement et ont vendu plusieurs centaines d’appareils.
- A cet effet ils ont disposé une machine qu’ils appellent locomotive du fermier; elle est de la force nominale dé 8 chevaux; mais comme elle travaille à une forte pression, on peut, dans la pratique, tripler cette force.
- Ce moteur peut à lui seul, au moyen de deux ancres, attirer la charrue et faire un long travail ; mais il est cependant préférable d’avoir deux de ces locomotives portant chacune un treuil et s’avançant parallèlement de chaque côté du champ. Ce dernier procédé, appelé système double, apporte plus de sécurité, fait perdre moins de temps au transport et à la préparation, coûte moins cher de main-d’œuvre, et exige une moindre longueur de câble.
- Les cylindres moteurs se trouvent non sur les bouilleurs, mais auprès du conducteur, entre le tender et la chaudière, qui n’a pas de poids à supporter comme dans les machines ordinaires.
- M. Howard fabrique encore le râteau en fer qui porte son nom et auquel le léger râteau américain a fait une si grande concurrence, surtout depuis que l’on emploie les faucheuses dans les prairies artificielles. -
- La moissonneuse Howard a obtenu, autant que je puis me rappeler, le grand prix au concours de Grignon. La machine primée à cette époque, et à laquelle M. Howard semble avoir renoncé, pour construire un nouveau modèle appelé par lui moissonneuse simplex, avait, suivant moi, deux avantages importants : d’abord, le système moteur était porté par deux roues au lieu d’une, de sorte que le galet sur
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- l’extrémité duquel repose la barre coupeuse n’avait presque aucun poids à supporter, et que le point de réunion entre cette barre coupeuse et l’appareil moteur n’était pas, comme dans toutes les moissonneuses d’aujourd’hui, exposé à un effort d’enfoncement et de flexion quand le terrain n’est pas parfaitement uni.
- Dans cette moissonneuse, dite internationale, les engrenages n’étaient pas concentriques aux roues; ils étaient aménagés à l’intérieur d’une calotte fixée sur l’essieu.
- De plus, le siège était, comme dans la Hornsby governor, élevé sur le timon, afin que le conducteur pût voir en avant le jeu de sa barre coupeuse, et non comme aujourd’hui uniquement la croupe de ses •chevaux.
- Le nom de Howard est un des grands noms de la machinerie agricole, et les hautes récompenses reçues par cette maison sont pleinement justifiées.
- Le nom de Coleman est devenu célèbre dans l’acricuiture depuis quelques années par l’invention de l’instrument particulier qui, sous le nom de cultivateur, déchaumenr, scarificateur, est aujourd’hui em-1 ployé presque partout pour des usages différents. C’est une sorte de herse garnie de mancherons et portée sur des roues. Un levier puissant monte et descend le bâti sur lequel les dents sont fixées, et peut les hausser de telle sorte qu’elles ne touchent plus du tout au sol pendant le transport, ou les rabattre de plus en plus bas pour qu’elles pénètrent à plusieurs degrés de profondeur dans la terre qu’elles déchirent et soulèvent plus ou moins énergiquement, sans cependant la renverser comme le fait la charrue ordinaire.
- Cet instrument porte cinq ou sept dents auxquelles on ajoute, suivant besoin, des socs de formes et de largeurs différentes. Le plus souvent ces socs forment un simple triangle équilatéral. Le Coleman est plus ou moins élevé sur ses roues suivant qu’on le destine à cultiver des terres légères ou des sols résistants. Pour la culture du houblon, on a construit un Coleman particulier sans roues de derrière, porté seulement par des galets sur le devant.
- MM. Coleman ont encore exposé cette année des tarares, des trieurs et divers autres instruments que les agriculteurs pourront retrouver chez M. Pilter.
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- Signalons les manèges et instruments d’intérieur de MM. Woods, Coksedge et C,#, Suffolk Iron Works Stowmarket (Angleterre), les faucheuses et les moissonneuses de M. Bamlett, de Thirsk.
- Si l’on quitte la grande salle carrée de l’Angleterre pour se diriger vers la carrosserie du même pays, on rencontre encore quelques machines agricoles intéressantes : ainsi le semoir de M. Reid, d’Aberdeen, qui mène environ cinq mètres de large et qui est assez bien disposé pour que, pendant le travail, les roues s’attachent aux deux extrémités perpendiculairement à Taxe et que, pendant la route, ces mêmes roues puissent se dresser latéralement eJLparallèlement à la longueur, ce qui en rend le transport très-facile.
- Les machines de nettoyage de blés ou de gruaux de M. Dell, la mouilleuse économique de froment, son émotleur, le monteur, le chargeur et le déchargeur de sacs du même fabricant ont été examinés avec intérêt parles meuniers et les agriculteurs.
- MM. Smith et fils, de.Kettering, représentés par M. Pilter, ont montré des houes à cheval ainsi qu’une très-intéressante machine destinée à éclaircir les betteraves.
- M. Këarsley, une moissonneuse avec changement de marche, une faucheuse à déversoir automatique, une faucheuse à un cheval.
- M. Le Butt, de Bury-St-Edmunds, dans le comté de Suffolk, au milieu de nettoyeurs et de vanneurs très-remarqués, a exposé un semoir à main pour semer dans les jardins toutes espèces de graines de fleurs ou de potager. Sa mangeoire pour les volailles et les faisans est protégée contre les animaux, et le tout par un couvercle de verre qui *erme automatiquement quand la volaille ne prend pas sa nourriture.
- A côté était une moissonneuse pourvue du botteleur automatique breveté de Neale, appareil pour couper et lier avec la ficelle le blé ou toute autre céréale, en gerbes ou bottes de dimensions, au moyen d’un procédé dont le coût ne dépasse pas 60 centimes par 40 ares.
- En face, exposé par MM. Walstencroft, est un appareil qui n’est pas spécialement agricole, mais qui, pour les installations rurales, doit être recommandé, malgré son nom ridicule de Empire washer. C’est une laveuse qui se compose de deux cylindres conducteurs placés sur une cuve également en bois. Les cylindres opèrent ensemble et agissent sur le linge exactement comme les jointures des doigts le font
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- dans le blanchissage à la main. Une toile sans fin est disposée sur les cylindres inférieurs, et empêche que le linge s’embrouille en même temps qu’elle fournit le savon.
- La machine à essorer est si bien disposée qu’elle tourne avec la moitié de l’effort que les autres essoreuses exigent. Le mécanisme est tel que l’emploi de l'huile devient inutile. La plus petite machine, dit le fabricant, est garantie pour pouvoir essorer n’importe quelle pièce* depuis un col de dentelle jusqu’à une couverture de lit.
- Cette machine complète pèse tout emballée 30 kilogrammes, et-peut-être facilement transportée.
- En face était un nouvel outil un peu cher, puisqu’il coûte environ 450 francs, et qui ne peut être utilisé que dans de grandes exploitations spéciales.
- « La machine perfectionnée à déterrer les pommes de- terre, de Penney, dit le constructeur, est d’une efficacité prouvée par dès essais répétés. La terre est détachée, et les pommes de terre sont portées à la surface et étalées sur le sol, prêtes à être ramassées, dans une proportion d’environ 2 hectares par jour; les frais sont ainsi diminués de presque 50 p. 4 00 sur la manière habituelle.
- « La construction de cette machine est telle qu’elle peut être facilement menée par une paire de chevaux; et le conducteur, par le moyen d’un simple levier, qui hausse et baisse la machine, et arrête entièrement le mouvement des fourchettes toürnantés en cas de besoin, a une complète surveillance sur le tout. Elle est solidement construite; un simple ouvrier de ferme peut la manier avec facilité sans en avoir eu précédemment l’expérience. »
- Une autre machine du même fabricant, combinée pour assortir les pommes de terre, les sépare en trois grosseurs : petites, pour la semence et pour le marché. Elle les débarrasse de la terre en même temps, et peut être aisément manœuvrée par un jeune homme.
- La petite machine produit à peu près 800 à 4,000 kilos par heure; la grande machine produit à peu près 4,000 à 4,500 kilos par heure
- « Le grand avantage de celte machine consiste-dans l’action combinée des cribles avec les rouleaux, qui empêche les pommes de terre de s’attacher ou de remplir les trous des cribles. »
- Dans le compartiment réservé au Canada, on a pu voir des fau-
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- cheuses, des moissonneuses et autres machines, surtout un hache-paille, sous le nom deCampion, très-apprécié, fabriqué par M. Watson d’Ayr.
- Les autres instruments du même fabricant sont également très-bien construits.
- M. Ahell a exposé une moissonneuse remarquable comme travail de bois et de fer ; il en est de même des machines de M. Sawyer, grand' manufacturier d’Hamilton. Les charrues de M. Graig et de M. Vary ont été appréciées.
- MM. Frank et Ketchum fabriquent des râteaux; M. Grenn, de Waterfort, des faucheuses et des moissonneuses : toute cette machinerie agricole du Canada est d’une fabrication particulièrement soignée.
- Il en est de même dans la section américaine ; là étaient réunies tes machines les plus hardies et les plus nouvelles qui ont fait pendant toute l’Exposition l’admiration aussi bien des constructeurs que des visiteurs.
- On trouvait, en commençant, les produits de la maréchalerie mécanique du Globe Horse Shoe Nails.
- Puis venaient les charrues de M. Derre, établi à Molini, (Illinois), Le chef de la maison a commencé à construire des charrues en 1837, et a fondé la fabrique qu’il dirige en \ 8 47.
- La terre d’alluvion de la vallée du Mississipi et de toute la vaste étendue de terrain arrosée par ses affluents exige une charrue construite sur le meilleur modèle, du meilleur acier fondu, durci et susceptible du plus beau poli.
- « La série de charrues marquées GP, dit le constructeur, travaille également bien dans le gazon, l’argile, le terrain pierreux ou les jachères. Elle ne se colle jamais dans le plus court terrain d’alluvion, et elle peut ainsi faire beaucoup plus d’ouvrage par jour, et avec plus de facilité pour les chevaux et pour le laboureur, que les autres charrues. La forme longue et la couche aisée de l’oreille retournent la terre en repliant complètement le sillon sur lui-même, et le disque dacier fondu, large et plat, tranche toute la largeur de sillon que l’oreille peut retourner. Toute la surface de la charrue est en acier fondu et durci. La finesse et la dureté acauises par la forge et l’ajus-
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- tage donnent un poli de miroir que le sable ne peut pas rayer, et que la terre collante ne peut salir.
- « Les charrues marquées TR sont particulièrement adaptées aux terrains boueux, à la terre noire et collante, lorsqu’elle est humide, et si dure, quand elle est sèche, que la terre se brise en gros morceaux et exige un travail spécial qui se fait par le soc, la forme particulière ‘de l’oreille, et la position du soc. »
- Les charrues pour lés terres argileuses conviennent pour les sols de glaise et de sable lourds, et l’on s’en sert principalement sous les latitudes méridionales, où la terre ne se modifie pas par la gelée.
- La charrue surmontée d’un siège, surnommée charrue-cabriolet de Gilpin, est construite entièrement en fer et en acier, à l’exception du timon et des palonniers. On y attelle ordinairement trois chevaux de front, un cheval et une roue restant dans le sillon. « Les-chevaux sont attelés au bout de l’arbre de la charrue tout naturellement, et l’on manie la charrue au moyen d’un levier qui lient le soc dans la terre à la profondeur voulue, de manière qu’il ne peut ni varier ni sauter, quels que soient les obstacles. »
- i La charrue de Gilpin est un modèle de simplicité. Elle n’a aucune complication de leviers ni d’engrenages; un seul levier détermine toutes les opérations de la charrue. •
- « La Gilpin fait un sillon droit, quelles que soient les inégalités ou la dureté du terrain. La roue et le cheval qui sont dans le' sillon maintiennent les raies uniformes : ce qui est impossible pour les charrues de ce genre qui roulent les deux roues en dehors du sillon. La Gilpin garde toujours une position horizontale à n’importe qu’elle profondeur; elle laboure et tient le niveau de la surface labourée, et ne peut facilement se renverser.
- tr La Gilpin est tout en fer et en acier, et assez forte pour tout travail auquel on l’emploie. Elle est en quelque sorte indestructible; elle n’a rien qui puisse se pourrir ni s’user, excepté les parties qui fonctionnent dans le sol, lesquelles peuvent se renouveler à peu de frais. » dette charrue roule plus légèrement qu’aucune autre charrue roulante, parce que les roues portent le poids de la charrue et la garantissent contre le frottement du soc à la base du sillon.
- L’instrument se maintient ferme et solide dans son travail; il ne peut
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- s'arracher du sol, sans soulever la charrue entière avec le conducteur. Les charrues qui travaillent en dehors de leur bâti sont facilement rejetées hors du sillon par la dureté du sol ou par des obstructions.
- La charrue multiple ou polysocs, de Derre, est faite en fer et en acier. Elle s’attelle soit avec trois chevaux de front, soit avec quatre chevaux par paires : elle travaille avec une roue dans le sillon. On manie la charrue au moyen d’un levier, qui en règle l’entrée à différentes profondeurs; le même levier avec une cheville sur la boîte lève les socs de la charrue en dehors de la terre pour changer de sillon sans aucun effort. Le timon et l’attache sont unis à l’arbre par une cheville qui leur laisse effectuer librement un mouvement dans le sens vertical, ne produisant ainsi aucune pression sur le cou des chevaux et donnant un tirage direct par les palonniers et par l’extrémité du timon.
- Les râteaux à cheval, à siège et à pédale étaient nombreux dans la section américaine. Quelques-uns d’entre eux avaient été ornés avec ce luxe de polis et de nickelage dont les Américains avaient cette année paré leurs machines. On ne saurait croire quels services rendent, dans la grande et la moyenne culture, ces râteaux légers. Pour ma part, s’il fallait m’en passer aujourd’hui, je déserterais plutôt la culture; j’aimerais mieux, je crois, me passer de faucheuses que de râteaux. La faucheuse, en effet, remplace seulement les hommes, tandis que le râteau à cheval et à pédale peut aisément exécuter le travail de huit à dix femmes. Or on sait ce que font huit à dix femmes avec des râteaux à main dans un pré ou dans une luzerne.
- Ces râteaux sont tous basés à peu près sur le même principe, c’est-à-dire qu’ils se composent d’un bâti portant les dents en gros fils d’acier recourbé et mené par deux hautes roues très-légères en bois travaillé avec cet art merveilleux dont les Américains ont donné cette année une si grande preuve en disposant justement, à côté de l’exposition des râteaux, des spécimens de leur charronnage en divers bois et notamment en hickory ou noyer blanc. A la première vue, tous ces râteaux sont .pareils, à l’exception que l’un d’entre eux porte un parasol tendu au-dessus du siège. Il faut bien y regarder pour voir
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- que dans le Bay State Rake, fabriqué par MM*. Martin et 0% de New-York, l’effet de ressort fait céder la dent au moindre obstacle, ce qui empêche d’arracher, comme dans les Howard, les cailloux enfoncés en terre par le rouleau; que cet effet de ressort, disons-nous, est produit par un boudin de fil d’acier, relié avec l’extrémité de la dent, tandis que dans le Taylor le ressort est un boudin superposé appuyant sur l’extrémité supérieure de la dent sur laquelle il agit par un mouvement de bascule.
- Dans un même instrument du système Hollingworth le ressort faisant faire bascule est appuyé au-dessous de l’extrémité de là dent. Dans le Lion il n’y a pas de ressorts. MM. Markt et Ci8, de New-York, qui le fabriquent, en font ainsi ressortir les avantages : « Un rouage différentiel partage la force également entre les deux roues, en proportion exacte de leur vélocité. Ôn peut exécuter un mouvement en arrière sans que la râtelée soit levée. H n’y à ni rouage, rochet, crochet ou ressorts attachés aux roues en donnant de l’embarras, en se détériorant par l’usure ou s’embrouillant avec le foin. Les roues n’ont point de moyeux saillants qui écoreent les arbres en rentrant à la remise. C’est à volonté un râteau à décharge automatique ou à levier. On peut râteler toutes sortes d’herbes sèches ou humides. Les dents sont indépendantes^et ne s’enfoncent pas dans le sol. Elles peuvent être fixées en toutes positions, à volonté. »
- Les dents se baissent par leur propre gravité, mais à l’aide d’une attache; elles peuvent être soutenues en position par des ressorts.
- Dans le Coatès, c’est la dent qui en se prolongeant autour de la barre releveuse est le ressort même. Le Tiger fabriqué par Stoddard se distingue par une seconde barre en bois que les dents traversent et qui les maintient à un éloignement régulier. Le prix de ces instruments que nous retrouvons en déppt chez MM. Pilter, Dudouy, Peltier jeune, Decker et Mot, Rigault et à la maison Cavelier, le premier importateur du Bay State, est tellement modéré, car il n’atteint pas trois cents francs, qu’ils auront bientôt remplacé partout ces incommodes et lourds râteaux Howard et leurs dérivés.
- A côté des râteaux brillaient les célèbres faucheuses et moissonneuses américaines qui, depuis quelques années, font tant parler d’elles dans les concours régionaux et les essais particuliers, et sur •
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- tout qui, lors du concours d’animaux gras, ont été toujours si bien présentées sur le terrain annexé au palais de l’Industrie , que le mini-‘ stère de l'agriculture accorde aux machines agricoles. Bien qu’elles aient eu grand succès et que beaucoup de visiteurs soient venus les étudier ou seulement les regarder attentivement, je n’ai pas à féliciter la Commission américaine de cette partie de son installation.
- Dans nos modestes comices, nous donnons à ces magnifiques produits de la construction moderne un bien autre aspect que celui présenté par les estrades rétrécies sur lesquelles on avait enlevé et resserré les faucheuses et les moissonneuses américaines.
- Si jamais la moissonneuse de M. Case nous faisait l’honneur de se présenter au comice de Chinon, nous ne la laisserions pas mêlée à d’autres machines, enchevêtrée d’un côté avec une batteuse, et de l’autre avec la Mac-Cormick.
- Heureusement, j’ai pu me procurer un grand tableau chromolithographique qui représente la machine Case en travail, et j’ai pu me rendre compte de son fonctionnement : pour la bien comprendre, il faut remonter à la moissonneuse primitive des Gaulois, nos pères, signalée par Palladius. La description qu’en donne cet auteur indique une sorte de tombereau ou de wagonnet léger à deux roues pleines; un bœuf attelé à l’envers poussait cet engin, comme une brouette, vers le blé.
- Le tord du tombereau était armé d’un peigne à longues dents où les épis s’arrêtaient pour être tranchés à la faucille par le conducteur; de là, ils tombaient dans le wagonnet.
- La paille restant après la chute de l’épi était abandonnée ou ramassée .plus tard. La machine construite dans le Visconsin par MM. I. Case et Cie est la moissonneuse gauloise, perfectionnée, il est vrai, mais -basée sur la même théorie agricole, précieusement conservée à travers les âges dans une partie du Chinonais, où l’on moissonne en deux temps : une première fois à la faucille, pour l’épi; une seconde fois à la faux, pour la paille.
- En effet, pourquoi, puisqu’il faudra délier pour battre, s’évertuer dans une main-d’œuvre longue et coûteuse, dont on devra faire la contre-partie avant de livrer les épis à la batteuse?
- Voici comment il procède :
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- Sa barre coupeuse mesure environ 5 mèlres de large et est poussée en avant par quatre chevaux. On pourrait, en France, la faire moins large et alors n’employer que deux ou trois animaux.
- L’homme est debout à l’arrière, comme un timonier, conduisant l’attelage placé sous sa main et pouvant diriger la marche de la machine par une barre correspondant à une roue placée tout à fait sur l’arrière et agissant en véritable gouvernail.
- Un grand levier, s’élevant ou s’abaissant pour se fixer par une clavette à la barre verticale dressée sur le timon, aux pieds mêmes du conducteur, lui.donne la facilité d’élever ou d’abaisser, pendant la marche, la coupe de la machine.
- Un rabatteur, semblable à un dévidoir en hélice, courbe les tiges de blé vers la scie qui les tranche : il les couche, non sur un tablier fixe comme dans les autres machines, mais sur une toile sans fin, qui les porte, par un mouvement lent et régulier, dans la caisse d’un chariot marchant parallèlement à la moissonneuse.
- On supprime ainsi cette armée de lieurs indispensables pour suivre la rapidité d’exécution de la moissonneuse ordinaire, et, si l’on perd quelques grains de blé dans le chargement et le déchargement du chariot, on les regagne bien en ne laissant pas sur le sol cette quantité d’épis, que les lieurs y oublient par négligence, souvent aussi avec préméditation pour les glaneuses de leur famille.
- Cette machine règle sa coupe à la hauteur des épis les plus bas; et comme, dans les pays où on l’emploie, on ne tient pas à la paille dont une partie reste adhérente à la terre, on l’abandonne.
- Si la litière manquait, comme chez nous, il serait facile, avec une faucheuse ordinaire et un râteau à cheval, d’enlever à peu de frais le chaume restant après la moisson.
- Nous ne reviendrons pas sur les machines Walter et Wood, faucheuses simples ou combinées, moissonneuses ordinaires ou moissonneuses-lieuses : nous les avons décrites dans le compartiment de M. Pilter lorsque nous avons traversé le second pavillon quai d’Orsay de la classe 76. -
- A côté d’elles, très-remarquée aussi, avait été placée toute la série des Osborne et principalement la lieuse de ce fabricant la mieux placte en vue sur le passage du public. La note distribuée par il. Os-
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- berné contient de cette machine une description que nous reproduisons en entier, parce qu’elle donne bien l’idée de ce que peut être une moissonneuse-lieuse :
- « La coupe du blé est à peu près identique avec celle de machines ordinaires, à part quelques modifications de transmissions nécessitées par des dispositions nouvelles.
- « Les rabatteurs tournant autour d’un axe horizontal et parallèle au mouvement de la scie pénètrent dans la récolte et inclinent les tiges de céréales à peu près jusqu’au tablier; c’est pendant ce mouvement qu’a lieu la section des tiges. Elles sont de la sorte disposées perpendiculairement à la disposition du mouvement de la scie.
- « Le tablier est recouvert d’une toile sans fin donnant un mouvement de translation de gauche à droite; aux deux extrémités sont des rouleaux qui le maintiennent et lui impriment son mouvement ; un troisième rouleau existe au sommet de l’angle formé par la toile, lequel contribue à la faire passer de sa direction horizontale à sa position oblique; dans toute cette partie inclinée, une seconde toile également sans fin est supperposée à la première; elle est aussi maintenue et dirigée par deux rouleaux, un à chacune de ses extrémité.
- « La céréale à peine arrivée sur le tablier immobile est entraînée par le mouvement de translation, et arrivée au plan incliné, elle est prise entre les deux toiles, monte avec celles-ci et les abandonne à l’extrémité supérieure du plan; elle tombe alors sur une table où va s’exécuter le liage.
- « Cette table est munie d’une crémaillère s’engrenant avec une roue dentée et permet ainsi au conducteur de la pousser en avant ou en arrière, suivant la longueur de la récolte qu’il veut lier; il y est adapté un appareil lourd se formant par un grand bras coudé, lequel, suivi d’une aiguille, est animé de deux mouvements continus, l’un de droite à gauche, et l’autre de haut en bas et vice versa. Un peu en arrière de sa pointe, l’aiguille est percée et reçoit un (il de fer, lequel fait plusieurs circonvolutions sur des galets fixes tous disposés sur le bras coudé; ce fil se rend ensuite sur la bobine où il est emmagasiné, laquelle est placée au niveau de la table et ne laisse dérouler le fer qu’avec une difficulté calculée, de façon que la gerbe soit fortement serrée.
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- « Le lien qui est d’abord attaché automatiquement sous la table sur laquelle est venue s’accumuler la céréale coupée, se trouve ensuite développé suivant une courbe décrite par la pointe du bras au-dessus de cette table, et il enlace ainsi les tiges en les serrant fortement, plus il se rapproche de son extrémité fixe; c’est quand ces parties sont voisines qu’un double crochet mû automatiquement les saisit et les tord dans l’espace de quelques^ secondes. La gerbe est liée.
- « Un ciseau spécial, que fait mouvoir la machine, vient alors couper le fil de fer pour que la gerbe soit abandonnée, et un système particulier fixe de nouveau l’extrémité libre du fil qui vient d’être coupé: le bras coudé se relève alors pour décrire une courbe nouvelle et recommencer un travail identique.
- « La table où s’opère le liage étant disposée , comme nous l’avons dit précédemment, de façon à avancer ou reculer, à la volonté du conducteur, il en résulte que les tiges coupées arrivent toujours à la même place; mais le lien peut être transporté sur elles en lieu tel que la gerbe soit toujours bien confectionnée. » ;;
- Une autre moissonneuse-lieuse, construite par MM. Johnston et Cie, était le principal objet d’attraction du compartiment de MM. Decker et Mot. Cette machine avait cela de particulier que, au lieu de nouer la gerbe avec du fil de fer, elle faisait le lien avec de la ficelle ordinaire: mais je crains que combinée et exécutée peut-être un peu à la hâte pour l’Exposition, elle n’ait pas atteint complètement le résultat xlésiré : je ne l’ai pas vue fonctionner toujours également bien dans les nombreuses visites que je lui ai rendues ; mais je suis certain que, avant la moisson prochaine, les habiles constructeurs qui ont déjà composé l’ancienne et la nouvelle moissonneuse Johnston, l’excellente faucheuse du même nom et la si remarquable faucheuse-moissonneuse qui, sous le nom de Merveilleuse3 justement mérité, a remporté tant de triomphes dans tous les concours, trouveront bien moyen de faire une moissonneuse-lieuse absolument irréprochable.
- La moissonneuse Johnston à un cheval que je devais essayer chez moi, concurremment avec la Wood à un cheval, est arrivée trop tard pour que je puisse l’éprouver serieusement ; mais celle que j’ai vue au.dernier concours des Champs-ÉIvsées et à l’Exposition du Champ
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- de Mars parait devoir réussir aussi bien que ies autres machines Johnston.
- Je ne saurais trop recommander ces machines à un cheval ; elles font certainement plus des dèux tiers dù travail d’pne grande machine, et sont bien plus faciles à manœuvrer. Le cheval, bien que seul, semble se fatiguer moins qu’attelé à deux sur une moissonneuse plus lourde. Le prix de 800 francs est très-abordàble à la moyenne culture et aux moissonneurs à façon ; tandis qu’il m’est impossible de recommander, surtout pour les prairies naturelles, la faucheuse simple à un cheval; c’est tout au plus si elle pourrait être employée dans une luzerne ou un sainfoin léger et élevé, et encore ne faudrait-il pas vouloir prendre trop bas.
- La moissonneuse-lieuse Mac Cormick, qui a eu les plus grandes récompenses en France et en Angleterre, était, quant à l’exemplaire exposé près de la machine Case, extrêmement remarquable par l’exé-eution de ses pièces. Le bec porte-fil d’acier fonctionnait à merveille; les chaînes plates paraissaient solides et bien disposées; le travail du bois et de l’acier fondu était tout à fait satisfaisant; bien que, la machine ne pût être mue qu’à la main, le nœud se faisait très-bien, et je ne l’ai jamais vue ne pas réussir à faire sa gerbe.
- Je trouve cependant la planchette où le liage s’opère un peu trop haute : dans des moissons très-mûres, le blé doit s'égrener dans la chute. Ceux qui voudront l’examiner aujourd’hui devront s’adresser à MM. Walt, Burnell et Cie.
- Nous avons encore à signaler dans la section américaine l’échantillonnage des faucheuses, des moissonneuses, dites Championo, venant de la manufacture de Springfield et représentées à Paris par M. Rigault. Ces outils, d’une très-belle fabrication, étaient justement estimés. Dans l’une de ces faucheuses, le mouvement de va-et-vient qui est transmis à la scie par un principe mécanique tout nouveau , le mode d’insertion, la poignée de la scie et sa réunion avec la tige de la bielle sont, je crois, les plus simples et les plus commodes.
- Avant de quitter la section américaine, nous signalons aux agriculteurs un instrument que nous retrouverons sans doute plus facile à examiner dans les prochains meetings agricoles et qui était trop mal placé pour qu’on puisse se rendre un compte exact de son fonctionne-
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- ment; il est destiné à semer le grain en foule et à le recouvrir par deux lignes de petits socs fixés à un bâti triangulaire. Un siège domine le semoir de la charrue polysocs combinés; un fort essieu reliant deux roues hautes porte la caisse du semoir, et les socs enterrent le grain.
- La machinerie agricole danoise était représentée par des charrues à versoirs d’acier de MM. Hansen, Pedersen et Yestergaart, bien équilibrées et très-belles de forge; un semoir de M. Rasmussen et un épandeur d’engrais de MM. Caroc et Leth. Mais ce qui était surtout remarquable, c’était toute une série très-importante d’appareils de laiterie, principalement pour la fabrication du beurre et du fromage.
- La Suède exposait des charrues d’acier de MM. Eklund et de la Goteborgs Mekaniska Verkstads Akliebolag, des faux de la fabrique de Lango Bruk, une faucheuse île M. Lindbom, une faucheuse et une moissonneuse Palmerantz.
- L’Exposition est terminée. Malgré notre désir de parler de tout et de tous, il est évident que nous avons dû encore oublier bien des choses ; mais nous retrouverons certainement tout ce qui pouvait avoir une valeur et une application à notre culture française chez nos persévérants et habiles importateurs, M. Piller, Decker et Mot, Decau-ville, Dudouy, Walte Burnell, Rigault, Peltier jeune, Pécard, Cavelier, pour lesquels l’Exposition de 1878 aura été un véritable triomphe ^confirmant le bien opéré de leurs importations précédentes et préparant un champ plus vaste à leurs éludes futures.
- Comme remarque générale, nous pouvons dire, à la grande louange de la machinerie agricole aussi bien française qu’étrangère, que, seule parmi les industries qui ont pour but la construction de machines-outils spéciales aux divers métiers, elle nous a satisfaits, maisnon étonnés.
- Les agriculteurs français ont eu ce bonheur depuis quelques années, par les concours de Petit-Bourg, de Grignon, de Mettray, par les expériences qui accompagnent les concours régionaux et les comices, de pouvoir se faire une éducation pratique qui leur a permis de juger sainement les machines présentées et, par leur juste appréciation, de donner aux constructeurs des conseils souvent suivis.
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- On peut expliquer ainsi le progrès véritablement extraordinaire des dix dernières années.
- Les autres industries devraient bien imiter en cela l’exemple donné par les agriculteurs; combien ils gagneraient à s’entendre au lieu d’opérer isolément et de se cacher les uns aux autres les améliora tions qu’ils croient apporter à leur outillage!
- Espérons voir se développer et s’étendre encore cette fraternité agricole si salutaire, si indispensable en tout temps et surtout dans le nôtre.
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- M. GEORGES VILLE
- LA THÉORIE DE LA FERTILITÉ. — LES ENGRAIS CHIMIQUES
- Du côté de Passy, à l’extrémité ouest du parc du Trocadéro, près de l’endroit où était autrefois le jardin du couvent des Bons hommes, à côté du pavillon de l’anthropologie, s’élève le petit pavillon contenant le résultat des travaux de M. Georges Ville, professeur au Jardin des plantes, et le petit champ diminutif du champ national d’expériences de Vincennes, où le maître continue ses expériences et fait des cours intéressant au plus haut degré tous ceux qui s’occupent de production agricole.
- J’ai mis plus d’une heure, en m’adressant à toutes les personnes les plus compétentes, pour découvrir l’exposition de M. Ville. Je ne sais à qui adresser le blâme; mais, vraiment, on a donné des places bien en vue à des choses dont T importance est bien moindre et dont la mise en relief était bien moins honorable pour la France.
- Les découvertes de M. Ville, les formules qu’il a données, ses collections de plantes venant à l’appui de sa doctrine, ses appareils d’analyse aussi bien du soi que des végétaux, enfin la preuve palpable, vivante, de la vérité de sa théorie, auraient dû avoir une place d’honneur sur le passage de tout le monde, comme Sèvres, comme le Creu-zot, comme les plus grandes de nos gloires nationales.
- Ce n’est qu’après avoir cherché partout, derrière les cafés, les pavillons de toutes nationalités, passé des ponts et des passerelles
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- qu’on arrive, en persévérant, jusqu’à cette école pratiqué de la fertilité.
- C’était déjà un grand tort d’avoir mis à Yincennes, à l’est de Paris, dans un bois charmant, il est vrai, mais où vont bien rarement les provinciaux qui visitent la capitale, le champ d’expériences et les cours. On ne peut se figurer les millions de matière alimentaire non gagnés annuellement et les dépenses inutiles faites par nos cultivateurs, qu’aurait épargnés la diffusion de la doctrine de Georges Ville.
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- Il y a près de (rente ans, j’étais interne à la Pitié; un de mes amis, comme je le retrouve dans mes noies, vint me chercher pour me conduire à Grenelle voir le laboratoire d’rnrde nos anciens collègues, interne en pharmacie, qui, disait-on, faisait pousser du blé dans du verre pilé.
- Le premier objet qui, en entrant, frappa mes regards fut une petite machine à vapeur, à grande vitesse, de Flaud, faisant fonctionner tout le jojLir une pompe destinée à alimenter trois énormes réservoirs en tôle qui servaient eux-mêmes à renouveler l’atmosphère de cinq à six véritables édifices de fer et de verre,-où des plantes emprisonnées vivaient, grâce à cette ingénieuse disposition.
- Plus loin, c’étaient des serres à claires-voies, où d’autres plantes cultivées dans des sols artificiels, formés de sable calciné ou de verre pilé, à l’exclusion de toute substance inconnue, accusaient, par la progression réglée de leur développement, la variété des conditions d’existence qu’on leur avait faite.
- Puis venaient des laboratoires de chimie, où les produits de ces nombreuses cultures, soumis à l’analyse la plus rigoureuse par les procédés les plus délicats, attestaient la nature différente des agents qui avaient concouru à leur formation.
- Cette vaste organisation, créée tout d’une pièce et à grands frais par un jeune homme au début de sa carrière, produisit sur moi une impression que le temps n’a pas affaiblie.
- C’était l’époque où la chimie organique commençait à prendre son essor. M. Ville s’était proposé d’analyser pendant leur vie les végétaux que, jusqu’alors, on n’avait étudiés qu’après leur mort; et, après les
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- LA THÉORIE DE LA FERTILITÉ LES ENGRAIS CHIMIQUES. .93
- avoir analysés, il s’était dit qu’en synthétisant leurs éléments,il devait arriver à les recomposer. Pour écarter, dès l’abord, toute objection qui aurait pu lui être faite sur l’intervention du sol, il avait commencé par en établir un, le plus notoirement inerte qu’il avait pu.
- L’analyse des plantes mortes lui avait donné pour résultat quatorze éléments en proportions différentes, mais toujours les mêmes, et pas
- d'autres :
- Eléments organiques Eléments minéraux
- Carbone Phosphore Manganèse
- - Hydrogène Soufre Calcium " ~
- Oiygène Chlore Magnésium
- Azote Silicium Fer Sodium Potassium
- Il avait donc eu l’idée, par des arrosages tenant en dissolution les corps minéraux, et par des compositions d’atmosphères renfermant les gaz désignés plus haut, de donner une vie artificielle aux germes de la graine et d’entretenir cette vie pour ainsi dire scientifiquement.
- Tout était pris en note, surtout les quantités d’aliments divers donnés à la plante; et lorsqu’elle était devenue adulte, on la pesait, on analysait ses matériaux, et le résultat de l’expérience était conservé — matériellement dans un bocal.— dogmatiquement consigné sur un registre.
- Je quittai le laboratoire de Grenelle, persuadé que M. 'Ville était dans une bonne et utile direction d’études, mais emportant la conviction qu’il ne pourrait pousser à bout ses travaux commencés.
- Il y avait là trop de conditions d’insuccès pour que la persévérance d’un homme eût chance d’en triompher.
- Il était alors bien difficile, en effet, d’analyser convenablement une plante morte : les diverses compositions de l’oxygène, de l’hydrogène, du carbone et de l’azote sont assez variées et assez instables pour qu’il fût difficile de les noter avec précision, surtout il y a trente ans; mais assurer et suivre la vie d’une plante dans des conditions aussi peu naturelles, dans lesquelles la moindre inattention, le moindre oubli pouvait être suivi du décès de ladite plante, cela me paraissait invraisemblable : un coup de soleil un peu fort, une gelée inattendue, le manque d’eau ou sa trop grande abondance, pouvaient rendre vaines les expériences après six mois de soins et de constante attention.
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- Je trouvais alors trop difficile de mener à bien ce qui me semblait une curiosité de laboratoire; aussi je fus très-étonné. lorsque, quelques années après, assistant, comme rédacteur scientifique d’un journal, aux séances de l’Académie des sciences, je vis arriver au palais Maza rin M. Ville., venant développer, au moyen de splendides photographies, une théorie complète de la végétation au point de Vue chimique.
- Quelque temps après, il était nommé professeur de physique végétale au Muséum d’histoire naturelle, et, en 1860, il installait à Vin-cennes son champ d’expériences agricoles et un cours des plus suivis.
- Voici le résumé des observations de M. Ville : -
- Les éléments organiques, carbone, hydrogène et oxygène, combinés soit entre eux, soit avec les divers éléments minéraux, seraient empruntés par les plantes, pour la plus, grande partie, à l’air et à l’eau. L’azote serait pris en partie à l’atmosphère, en partie au sol.
- Certaines-plantes, comme les légumineuses, seraient constituées pour prendre à l’air presque tout l’azote dont elles ont besoin , tandis que d’autres végétaux, comme les graminées, sont forcés de chercher leur azote dans le sol.
- Les éléments organiques forment les 95 centièmes de la substance des végétaux : trois de ces éléments présentent ce fait singulier que, quel que soit le végétai et quelle que soit la partie du végétal, tige, feuille ou graine, leur quantité proportionnelle varie peu ; il n’en est pas de même pour la proportion d’azote, qui est extrêmement variable et dont le maximum se trouve dans les graines.
- Dans une substance végétale quelconque, le carbone et l’oxygène figurent chacun pour 40 à 45 centièmes, l’hydrogène pour 5 à 6, et l’azote pour \ à %.
- Les éléments minéraux sont inégalement répartis. Ainsi l’acide phos-phorique, la potasse et la magnésie prédominent dans le fruit et la graine, tandis que la silice, la chaux, l’oxyde de fer, les sulfates et les chlorures sont logés dans la tige et les feuilles.
- De ces nombreuses expériences, M. Ville a encore conclu que l’absence de l’un des éléments constitutifs des plantes paralysait l’action des autres éléments; il a vu aussi que l’abondance de tel ou tel élément, suivant la nature de la plante, déterminait chez celle-ci un bien-être particulier, suivi d’un développement extraordinaire, comme si
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- là présence de cet élément dans le sol ou dans l’atmosphère donnait aux organes de la plante une aptitude particulière à s’assimiler tous les aliments mis à sa portée, qu’elle les trouve dans le sol ou bien qu’on les lui apporte du dehors sous une forme quelconque, pourvu qu’ils soient solubles ou puissent le devenir.
- G’est là, suivant moi, la grande et importante découverte de M. Ville; c’est la base fondamentale de tout système de culture au moyen de ce qu’il appelle la Dominante.
- C’est-à-dire, par exemple, l’azote pour le froment, la potasse pour les pois, haricots, pommes de terre et surtout pour4a-vigne.
- D’études en études, M. Ville a été amené à formuler la proposition suivante : « Les plantes privées de leur dominante, atteintes par conséquent dans l’une de leurs conditions les plus essentielles d’existence, deviennent la proie des organismes inférieurs, champignons microscopiques, pucerons, etc. » Explication des épidémies végétales.
- N’est-ce pas là également une des raisons du succès des eaux minérales qui viennent apporter dans l’économie, à l’état soluble, les éléments indispensables à la composition de l’individu et qu’il ne pouvait trouver dans son alimentation ordinaire? Il en est de même en partie des déplacements qui vous mettent en présence d’aliments contenant des corps absents du sol où vous vivez d’ordinaire.
- Il est, en elfet, impossible, quand une terre ne contient qu’une petite quantité de potasse ou de chaux, par exemple, de lui en donner abondamment par le fumier des animaux, nourris de plantes de cette même terre qui n’a pu leur en donner suffisamment.
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- Plus tard, quand je fus amené à cultiver moi-même une certaine étendue de terrain, tout en continuant scrupuleusement les habitudes du pays, dans ce qui me semblait raisonnable et déduit, j’appliquai la doctrine Ville, d’abord à quelques pièces, puis sur un plus grand espace.
- Mon étonnement fut bien grand, et celui de mon personnel encore bien davantage, quand avec quelques centaines de kilogrammes de superphosphates, sans aucune addition de fumier, nous créâmes une récolte de trente hectolitres de froment à l’hectare dans des terres où le seigle arrivait à peine à épier.
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- Depuis cette époque, le résultat m’a toujours prouvé la vérité de la théorie de la Dominante.
- Dans un voyage au pays de Galles, pour visiter les usines à cuivre de M. Vivian de Swansea, il me fut possible d’étudier la fabrication des superphosphates établie par le grand industriel afin d’utiliser les acides sulfureux provenant du grillage des pyrites de cuivre.
- Quelque temps après, j’ai vu à Saint-Etienne et surtout à Bessége la récolte du sulfate d’ammoniaque, résidu delà fabrication du coke, traité par les procédés Carvès.
- Frappé de la déperdition d’ammoniaque qui s’échappait dans les airs, partout où il y a combustion de houille, ou production de fonte dans les hauts fourneaux, etc.; déplorant la perte d’acide sulfureux des grillages de minerais de cuivre, de plomb et de zinc ; pensant aux ressources de notre pays en phosphates, faluns, carbonates et-sulfates de chaux, et sources de potasse de toute nature, je m’étais imaginé qu’une association d’hommes instruits, intelligents et honnêtes qui se seraient réunis pour activer la production de toutes ces richesses perdues, concentrer la fabrication et le commerce des matières fertilisantes inorganiques, ferait en même temps une bonne affaire et une tentative utile.
- Je soumis ces réflexions à deux puissantes maisons de banque, leur expliquant que, si l’on pouvait obtenir des Chambres une loi qui assurât, sur la récolte, au vendeur d’engrais le même privilège qu’au vendeur de semence, on pourrait avec sécurité faire aux agriculteurs des livraisons de matières fertilisantes en échange d’effets escomptables, opération sûre et lucrative pour la société, et inappréciable bienfait pour les agriculteurs qui auraient en même temps trouvé un crédit qui leur manque et la garantie d’une marque d’engrais à l’abri de tout soupçon.
- Les financiers ne comprirent pas alors.
- Depuis, ils ont essayé dè tirer partie de quelques fragments de l’idée.
- Et cela ne leur a pas trop bien réussi.
- Ils sont forcés d’aller au loin chercher des phosphates et des plios-phorites, tandis que nos phosphates nationaux, achetés par des courtiers de Bordeaux, vont fertiliser l'Angleterre : le commerce des
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- engrais chimiques ne prend pas l’extension que la logique lui avait assignée.
- Le cultivateur n’a qu’une confiance bien limitée dans ces courtiers parcourant les campagnes pour lui offrir des engrais revêtus des noms les plus pompeux et composés de poudres grises de différents tons.
- Aussi je dis à tous mes voisins : Gardez-vous bien d’acheter autre chose que des produits primitifs connus et venant de maisons sûres.
- Défiez-vous de tous les mélanges, de tous les guanos naturels ou non; il y en a peut-être de bons, mais vous n’avezaucun moyen de vous en assurer. Ne répandez pas ces poudres, dont quelques-unes sont encore bien chères, sans avoir étudié vos terres; lisez les livres de M. Georges Ville, et si vous pouvez, suivez ses leçons; si vous venez à l’Exposition, tâchez de trouver le pavillon où M. Georges Ville a réuni le résultat de ces études, et le petit jardin où il vous montrera comment on peut faire pousser, à peu de frais, des choux et des maïs gigantesques .
- Le seul reproche que l’on pourrait faire à M. Ville, c’est de ne s’être préoccupé que du côté chimique de la question et pas assez de l’état physique des terres à cultiver; mais il répondra qu’il ne peut pas tout embrasser, et que, lorsqu’on a trouvé une loi comme celle de la dominante y on a le droit de se reposer.
- Ce qu’il ne fait pas.
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- Les wagons américains dérivent du paquebot; les wagons européens ont, pour la plupart, imité la diligence; les wagons français semblent venir directement de la patache et ne s’en éloigner qu’avec regret, tant est lente leur amélioration.
- A l’Exposition de cette année, il y a, meme dans la section française, des progrès sérieux; quelques spécimens d’un bon augure pour l’avenir, mais les wagons en service journalier sont encore, à de bien rares exceptions, absolument détestables, et comme suspension et comme aménagements.
- J’ai voyagé il y a quelques jours dans une voiture de première classe de la Compagnie d’Orléans, le numéro 91, qui est bien le plus abominable véhicule dans lequel onpuisse avoir le malheur d’être transporté.
- Le mouvement de trépidation du *91 rappelait , plus accentué encore, celui d’un tombereau passant au trot sur le pavé. Les glaces tremblaient à se briser; toute la boiserie gémissait des secousses, et quant aux coussins, je suppose qu’ils n’ont jamais été recardés. Si encore on ne se servait du vieux matériel que pour les petits parcours; mais il y a des gares importantes, celle de Tours, par exemple,! où les améliorations étaient si imprévues, si peu probables, que les plaques tournantes ont un développement trop court pour manœuvrer les grandes voitures nouvelles de la Compagnie, et qu’alors on est forcé de composer des trains rapides avec d’anciennes voitures de tout modèle et de tout format — dont les tampons ne se joignent même pas dans leur entier diamètre.
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- Et cependant, la Compagnie d’Orléans est une de celles qui, dans les derniers temps, ont commencé à montrer de meilleures dispositions envers les voyageurs.
- Jusqu’aux années dernières, on semblait, dans nos chemins de fer, s être donné et avoir résolu en partie le problème d’arrêter plutôt que de favoriser la tendance du public à profiter du nouveau moyen de transport.
- On se préoccupait uniquement de développer le mouvement des marchandises; toutes les pensées étaient pour le colis, voyageur patient que l’on empile comme on veut, qui ne récalame jamais quand on le heurte un peu fort ou qu’on retarde son arrivée de quelques heures et même de quelques jours; toutes les attentions des bureaux étaient donc dirigées vers le colis.
- Au point de vue de la manie administrative, quelle admirable chose que ce colis! Comme il se prêtait bien à la classification, à la tarification. Tarifs communs, tarifs spéciaux, tarifs de transit; de combien de tableaux, d’arrêtés, d’ordonnances, de notes, de rappels de notes, q’a-t-il pas été l’objet! Quel prétexte perpétuel pour afficher dans toutés les gares les signatures du directeur général, du préfet et même du ministre !
- Si bien qu’à force de classifier et de réglementer les colis, on est arrivé à composer pour eux ce volumineux Livre-Chaix, dans lequel les bureaux commencent à ne plus pouvoir se reconnaître eux-mêmes.
- Quant au voyageur, on n’avait pas encore pensé que c’était lui qui était l’origine nécessaire de ce colis tant désiré; on le considérait comme un accessoire gênant, et on le traitait comme tel.
- Aujourd’hui encore, on ne peut faire le moindre parcours en chemin de fer sans entendre les justes imprécations des victimes des inconfortabilités de toute nature accumulées par les dispositions antérieures.
- Heureusement, ces restes de la barbarie tendent à disparaître, comme nous pouvons le constater en étudiant les wagons exposés au Champ de Mars.
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- Avant d’examiner les wagons exposés, il faut rappeler sommairement quelles sont les nécessités nouvelles auxquelles doivent satisfaire ceux qui ont accepté la charge de diriger l’exploitation privilégiée des chemins de fer.
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- Comparer sans cesse les anciens procédés de locomotion avec les chemins de fer pour absoudre ces derniers de toutes leurs imperfections, est un procédé commode, mais absolument inexact.
- Avec les anciens modes de transport, la vitesse était moindre, il est vrai, et la vitesse est un élément très-important dans une époque où le temps est si précieux; mais la vitesse n’est pas tout.
- L’humanité est l’humanité, et par cela même que vous êtes un voyageur, vous ne devenez pas un corps saint.
- Les anciens procédés de transport tenaient compte des besoins et des faiblesses de l’humanité. Sans parler du voyage en chaise de poste qui était un plaisir, les diligences, les malles-poste même, s’arrêtaient a chaque relais; on pouvait toutes les deux heures, au moins, reprendre pour quelques minutes la position verticale, étendre ses membres, quelquefois monter une côte à pied, — en cas d’urgence même faire arrêter la voiture. Les repas étaient respectés, et le reste aussi ; enfin, on était libre de choisir son mode de transport. Les Concurrences existaient pour les petites comme pour les grandes distances.
- Aujourd’hui, en France, il y a monopole, et il faut se soumettre au monopole.
- Si Vous ne pouvez supporter le chemin de fer tel qu’il est, restez chez vous.
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- En Allemagne, le progrès est venu de la concurrence. Depuis qu’il y a une seconde ligne pour aller de Paris à Bérlin, chaque Société cherche à attirer les voyageurs, soit par des dispositions mieux prises pour rendre le trajet plus rapide, soit par le meilleur aménagement des wagons.
- Et cela non-seulement pour les voyageurs de première classe, mais encore pour ceux de seconde. Ainsi, sur la ligne nouvelle, via
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- Bleyberg-Potsdam, entre Aix-la-Chapelle et Berlin , le sleeping-carr en circulation contient des compartiments de seconde classe tout aussi bons quë ceux de première, et dans lesquels, moyennant six marcs pour la nuit, on peut se coucher dans un véritable lit avec dès draps, avoir droit à un water-closet, à un cabinet de toilette garni de serviettes, eau chaude, savon, brosse, etc.
- Dans ces wagons, même avec un billet de seconde classe, on n’est pas forcé, comme chez nous* de passer de longues heures plié comme un 4.
- Ôn peut se redresser debout, faire quelques pas' pour dégourdir ses membres; on n’est pas forcé de descendre sous la pluie ou dans la neige pour courir souvent assez loin du point où s’arrête le wagon, afin d’aller chercher le « retirade » ou le buffet.
- Le domestique du sleeping-carr peut descendre à toute station, prendre un déjeuner préparé qu’il pose sur une petite table, et vous mangez tranquillement à l’heure où vous avez faim, — sans être forcé d’attendre les quelques minutes d’arrêt, toujours insuffisantes, que les administrations françaises vous accordent si parcimonieusement.
- Je n’ai jamais pu comprendre, par exemple, pourquoi à Tergnier, sur la ligne du Nord, et aux Aubrais, sur L’Orléans, buffets très-bons aujourd’hui, on ne donnait que seize et dix-huit minutes pour prendre son repas, tandis qu’avec vingt ou vingt-cinq minutes, ou aurait le, temps de se nourrir sans s’étouffer et de respirer un peu.
- Ces dix minutes sont-elles donc si nécessaires au parcours ?
- Si elles le sont , que les Compagnies s’arrangent pour qu’on puisse manger en wagon, ce qui est bien difficile quand on est empilé huit en première, dix en seconde , dans un espace où les Allemands ne mettent que quatre, cinq, au plus six voyageurs, comme dans les excellents wagons qui viennent par Bleyberg jusqu’en gare dé Paris.
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- Avec le mode actuel, on ne voyage que par nécessité absolue, ou quand un attrait puissant vous attire ; dans des conditions mieux calculées, les déplacements seraient bien plus fréquents. Je suis sûr qu’ils doubleraient au moins.
- Les femmes, les enfants, les personnes âgées, les infirmes et ceux
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- qu^ sans être absolument infirmes) ont quelques lésions sans gravité, mais que le chemin de fer peut accroître, voyageraient bein plus souvent s’ils s'y trouvaient bien.
- Ils voyagent peu ou pas du tout.
- En effet, avec une vitesse de 15 à 20 kilomètres et même jusqu’à 30, les chocs, même assez forts, même fréquents, sont très-supportables; mais, à la marche de 60 et 75 kilomètres, la trépidation de bas en haut, ou d’arrière en avant, quand les wagons sont mal attelés, et surtout le mouvement de lacet, causent une fatigue très-sensible aux meilleures constitutions. ~—
- La rencontre brutale des croisements ou des aiguillages, le mouvement de lacet tout à fait accentué se manifestant trop souvent dans nos lignes françaises, maintiennent le voyageur dans une crainte désagréable de déraillement : joint à la privation de sommeil, ce malaise le laisse, à l’arrivée, tout brisé et peu disposé à recommencer.
- Les directeurs de nos lignes ont montré qu’ils se rendaient compte de ces inconvénients , et les wagons exposés par les Compagnies d’Orléans, de l’Est et du Nord y obvient en partie.
- Mais il y a encore beaucoup à faire pour l’amélioration aussi bien du matériel fixe que du matériel roulant.
- Le seul prétexte que le monopole puisse alléguer pour subsister, c’est de satisfaire pleinement le public ou au moins de faire, dans ce but, tous les efforts possibles.
- Les wagons et modèles de wagons exposés cette année sont nombreux, *
- Il faut beaucoup de temps pour les étudier, car ils sont répartis sur tous les points de l’Exposition.
- Ainsi, la plus grande partie des wagons français est logée dans l’annexe longeant l’avenue de La Bourdonnaie, du côté de l’École militaire; les autres voitures françaises sont à près de 800 mètres de là, remisées sous le grand hangar du bord de l’eau, près de la porte de Passy, au pied du Trocadéro.
- Les recherches ne sont guère plus faciles dans les sections étrangères; ainsi le Pulman Palace qui vient d’arriver est resté dehors, sur la voie ferrée, à cause de sa longueur; on le recouvre d’un abri
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- fait à la hâte, car il ne peut rentrer ni dans l’intérieur du palais ni dans les annexes.
- Les wagons autrichiens si intéressants à étudier sont séparés les uns des autres : partie dans la grande galerie des machines, partie dans un hangar, au coin de l’avenue de SufiFren.
- Les wagons belges, seuls, se trouvent réunis dans la grande galerie des machines.
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- Commençons par le wagon américain \e Pulman Palace car, fabriqué à Detroit Schops et qui s’étend sur une longueur de vingt mètresenvi-ron; sa caisse, renforcée par de solides armatures, n’est pas appuyée par un longeron suspendu sur des ressorts parallèles à l’axe et porté par des essieux espacés de distance en distance; dans le wagon américain, les roues et les essieux, couplés deux par deux, forment ensemble un train analogue au train des voitures attelées de chevaux; il est placé aux deux extrémités du wagon.
- Les ressorts sont à pincettes et reliés trois par trois.
- La caisse est divisée à l’intérieur par compertiments,dont les sièges peuvent se transformer en lits; du plafond s’abaissent une série de cadres sur lesquels on met aussi des matelas. On peut circuler d’un bout à l’autre du Pulman Palace, pourvu naturellement d’un cabinet de toilette et de ses accessoires. On y accède par une petite plateforme à chaque extrémité de la voiture.
- La grande réputation des wagons américains nous fait craindre que le modèle envoyé par M. Pulman ne soit pas ce que les États-Unis possèdent de mieux en moyens de transport : sur*une étendue aussi longue, on doit pouvoir faire des aménagements encore préférables.
- Le sleeping-carr de la Société internationale des wagons-lits, que tout le monde visite dans la section belge, et dont il y a en service ordinaire quelques similaires sur nos lignes, est, à mon avis, mieux disposé. Le corridor, au lieu d’être dans le milieu, comme dans le Pulman, est sur le coté : assez large et assez haut pour qu’ori puisse y faire une promenade de quelques pas : de petits strapontins relevés sur la paroi s’abaissent au besoin, pour que les personnes réveillées de bonne heure puissent, sans gêner les dormeurs enfermés dans leur cabine, fumer, lire ou regarder le paysage.
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- L’entrée s’ouvre latéralement à l’une des extrémités, où sont également établis le cabinet de toilette, le poêle et les water-closets : une fois les voyageurs montés, ce couloir d’entrée sert de place au valet de chambre chargé du service du wagon. Quatre cabines ont accès sur le corridor et se ferment par une porte à persiennes : il y en a deux grandes, à quatre places, et deux petites, à deux places seulement.
- Lorsqu’on est seul dans Un compartiment destiné à deux, ou deux dans un compartiment destiné à quatre, on est réellement bien; il est bien difficile dç faire beaucoup mieux. —.
- Les lits, suffisamment larges, protégés par des rideaux formant alcôve, sont garnis d’oreillers, de couvertures et de draps dans lesquels on peut se coucher comme dans un lit ordinaire.
- L’arrangement est un peu moins commode lorsque le compartiment est complet et que les lits supérieurs ont été abaissés jusqu’à la moitié dë la hauteur ; certaines personnes se préoccupent d’abord de la présence d’un autre voyageur couché au-dessus d’elles; mais cette appréhension est bien vite dissipée par l’usage.
- Ges wagons, construits en Belgique, sont parfaitement suspendus : une rondelle en caoutchouc vulcanisé est interposée à l’extrémité du ressort, puis par la Compression de la rondelle de caoutchouc.
- Sur la plupart des parcours, les règlements d’administration autorisent les voyageurs à rester couchés jusqu’à sept heures , quand bien même le train arriverait plus tôt au lieu de destination : c’est donc un véritable hôtel roulant, et la somme qu’on paye pour en profiter n’est pas plus chère que la dépense dans un hôtel. J
- Si cette mesure était régularisée sur tous les parcours, un commerçant pourrait partir dé Bordeaux le soir après ses affaires faites et arriver à Paris le matin, puis s’habiller après avoir fait sa toilette : il verrait à Paris ses correspondants, reprendrait le soir le sleeping-carr et arriverait le lendemain matin à Bordeaux, n’ayant été absent de chez lui qu’un seul jour.
- Ilest regrettable que les Compagnies françaises n’aient pas accueilli les voitures de nuit avec la même faveur que les administrateurs dés autres pays; le tarif est de 24 francs pour la nuit entre Paris et Bordeaux, de 36 francs entre Paris et Lyon, tandis que sur tous les autres
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- points de l’Europe il n’est que de 10 à \% francs, et même, de Cologne à Bruxelles, il est réduit à 8 seulement.
- Paris-Cologne et Paris-Francfort, dont une partie seulement du parcours passe sur les lignes françaises, jouissent d’un tarif plus abordable* Dans toute l’Allemagne du Nord, excepté de Cologne à Berlin, les wagons-hôtels donnent asile aux voyageurs de seconde classe.
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- La Compagnie d’Orléans, justement préoccupée de satisfaire les \ oyageurs exécutant ce que l’on pourrait appeler dè véritables traversées, c’est-à-dire le voyage qui dépasse quatre à cinq heures et principalement pendant la nuit, expose, dans l’annexe de l’Est, une des grandes voitures qu’elle a mises en servicedepuis quelques mois, à la grande reconnaissance de ceux qui s’en servent.
- Dans le wagon exposé, un compartiment spécial est affecté aux voyageurs qui veulent payer le droit de s’étendre et de dormir horizontalement. Ce compartiment, contrairement à l’habitude de nos wagons français, où le coupé est placé juste à l’endroit le plus défavorable, à été ménagé dans les nouvelles voitures, non pas tout à fait au milieu, mais, au moins, un peu en arrière de l’essieu, au-dessus duquel on a laissé le coupé traditionnel.
- Le compartiment appelé lit-toilette renferme trois fauteuils, dont le dossier logé au fond d’une niche se rabat pour former lit; un cabinet de toilette complet communique au compartiment. Sur la cloison qui l’en sépare, s’appliquent deux tablettes qu’il est possible de relever. Le compartiment est éclairé au gaz comprimé, qu’emmagasinent des cylindres placés sous la caisse.
- Le prix des places des lits-toilettes est resté fort cher : moitié en sus du prix de la place; mais enfin c’est un acheminement vers le bien dont il faut tenir compte à la Compagnie d’Orléans.
- M. Solacroup n a rien épargné pour donner à ses voitures une bonne suspension; de même que dans le wagon de nuit exposé par les Belges, rattache du ressort au longeron est munie d’une rondelle en caoutchouc; en outre, entre le longeron et la caisse, une seconde rondelle amortit les chocs. ^
- Pourquoi les constructeurs de cette voiture ont-ils conservé, pour
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- lés autres compartiments, la séparation qui empêche de se coucher en long sur la banquette lorsqu’on a la chance de ne pas avoir de compagnon de route? Pourquoi, au contraire, n’avoir pas fait comme les Allemands et les Autrichiens, qui, en rendant mobile le siège de chaque place, permettent de rapprocher les deux fauteuils placés l’un en face de l’autre, de manière à former un semblant de lit?
- On peut ainsi profiter de la solitude temporaire que le hasard vous donne, tandis que, dans la disposition ancienne maintenue aux voitures nouvelles, on est toujours forcé de dormir assis, ce qui est impossible à certaines personnes et pénible pour toutes^.
- Pourquoi aussi avoir conservé ce coupé vitré sur trois faces et qui n’a plus de raison d’être?
- On comprenait cet arrangement dans les anciennes diligences, où la vue de l’attelage et du paysage pouvait être un agrément; mais le coupé tel qu’il est encore compris par nos administrations de chemins de fer est la place la plus fatigante et la plus dangereuse de toutes.
- Atteint de tous côtés par le soleil, la poussière et le froid, le coupé subit plus que tout autre compartiment les mouvements de trépidation et de lacet; en cas d’accident, il est le premier effondré. Ces inconvénients n’ont aucune compensation pour le voyageur, dont la vue est plutôt agacée que réjouie par les mouvements du wagon voisin.
- Quoi qu’il en soit, sollicitons M. Solacroup de son initiative, et demandons-lui s’il ne pourrait pas appliquer, sans trop de frais, à son ancien matériel, la suspension double, si nécessaire lorsque la voie n’est pas parfaite.
- Le wagon exposé par le Nord possède aussi son compartiment de lit-toilette. C’est toujours à peu près le même système : le dossier basculant pour former lit, avec addition de cabinet de toilette et dé ses compléments.
- Au lieu des tablettes de l’Orléans, on a disposé de chaque côté du cabinet de toilette de petits sièges qui peuvent être occupés par des gardes-malades ou par les voyageurs eux-mêmes quand ils veulent changer de place.
- Chaque lit est payé 15 francs en plus du prix ordinaire de première classe, quel que soit le point de la route où l’on monte. Le Nord a
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- remplacé, dans la seconde suspension, entre caisse et longeron, le caoutchouc par un ressort en spirale emprisonné dans une boîte.
- Pour ne pas contrevenir aux vieilles habitudes, le compartiment de lits-toilettes du Nord est à l’extrémité du wagon, directement sur l’essieu; mais la voie ferrée du Nord est très-bien entretenue : ses bandages de roue prennent très-bien le rail, et, surtout depuis les derniers temps, la traction y:est très-satisfaisante. On est donc très-bien dans le lit-toilette, et beaucoup de voyageurs le préfèrent aux wagons de nuit de la Société internationale.
- Le meilleur compartiment de nuit exposé est, selon moi, celui de la Compagnie de l’Est, placé au milieu delà voiture à égale distance des deux essieux; il est spacieux, renferme les mêmes lits, à peu près lés mêmes cabinets de toilette et les mêmes petits fauteuils de supplément que celui du Nord; mais il y possède en plus une petite tablé mobile que l’on peut mettre où l’on veut.
- La double suspension à rondelles de caoutchouc est semblable à celle de l’Orléans; toute la construction est bien soignée.
- Le J^idi a fait aussi un effort en faisant construire par M. Chevalier, de Grenelle, un wagon ou les compartiments communiquent entre eux par une porte, afin de donner accès au-cabinet de toilette et au water-closet. Entre le longeron et la caisse, une plaque de caoutchouc fait double suspension.
- Nous mentionnerons aussi, mais sans grand éloge, les wagons exposés par le Lyon et l’Ouest, qui ont conservé, à peu de chose près, les mêmes aménagements que ceux de leurs wagons en service.
- Le Lyon, dont la voie est presque partout excellente, et dont les voitures sont posées sur trois essieux, n’a pas adopté la suspension par rondelles; il semble ne pas songer à modifier la disposition intérieure des compartiments ordinaires.
- En revanche, il a exposé un wagon-salon fort beau, mais d’un usage restreint.
- Quant à l’Ouest, il continue à mettre le coupé sur l’essieu, et comme modification nouvelle, ayant voulu recevoir les bagages dans le wagon même, il leur donne la meilleure place, juste au milieu de la voiture.
- Nous espérions épuiser dans cet article le sujet des wagons; mais
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- les expositions belges et autrichiennes, ainsi que l’annexe de Passy, renferment encore d’assez heureuses innovations pour qu’il soit impossible de les passer sous silence.
- Jusqu’à présent, nous nous sommes étendus surtout sur les wagons destinés aux parcours de nuit; mais, dans les longues traversées, le jour aussi doit être passé en wagon, et actuellement les compartiments les mieux disposés sont loin de donner satisfaction entière aux voyageurs. ^
- Je sais bien que toutes les Compagnies ont plusieurs wagons-salons ornés avec luxe; mais l’emploi de ces wagons-salons si chèrement établis est très-restreint et d’un prix inabordable.
- Comme wagon de jour, la voiture exposée dans la grande galerie des machines étrangères par la Commission impériale d’Autriche me paraît, au contraire, avoir été exécutée sans grands frais et cependant être très-bien entendue.
- ; Dans le compartiment de première classe, où l’on accède par un escalier et une plate-forme, on a placé des sièges mobiles comme les chaises d’une promenade publique : ce sont tout simplement des fauteuils en fer garnis d’une peau de maroquin tendue, reposant sur. des lames d’acier faisant ressort; une table est au milieu, sur laquelle on peut manger, écrire ou simplement poser ses livres, sacs ou autres objets de voyage
- Cette disposition des sièges a l’avantage que toute trépidation vient s’y perdre ; c’est un milieu entre l’élasticité peut-être un peu exagérée de certains coussins allemands et l’absolue absence d’élasticité de nos coussins français.
- Dans ce compartiment, comme dans une chambre, —- bien étroite, il est vrai, -rr- on peut se mouvoir discrètement sans doute, mais on n’est pas tenu à rester de longues heures dans le même plan, comme sur nos banquettes françaises, où l’on ne peut causer que de profil avec son voisin immédiat.
- Les constructeurs de la société belge Nagelmackers avaient essayé de remédier à cette immobilité forcée du corps sur le coussin fixe, en plaçant sur pivot, comme des tabourets de piano, une partie des sièges
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- du magnifique wagon beaucoup trop luxueux qu'ils laissent sans usage dans une des remises de la gare du Nord.
- Le compartiment autrichien, beaucoup plus simple, est bien mieux compris.
- Dans le même wagon autrichien, la seconde classe est un peu moins favorisée que la première : tes places sont des bancs fixes ; mais il y a un couloir au milieu, et les sièges, bien que couverts de moleskine, au lieu de maroquin, sont cependant suffisamment élastiques.
- Dans la section belge, MM. Nagelmackers ont mis sous les yeux du public les plans d’un train qu’ils ont proposé à la Compagnie de Lyon d’établir, sans frais pour elle, sur la ligne de Paris à Nice : l’idée de wagons de jour, commodes et d’un prix accessible à tout le monde, est développée dans ce projet. -
- Les voyageurs du train spécial partiraient dans la soirée, couchés dans leur alcôve, et seraient, dans la matinée suivante, invités à passer, pour le déjeuner, dans un autre wagon disposé en salle à manger précédant un salon. Ils pourraient, sans descendre du train et sans (s’étouffer à la hâte dans les buffets, prendre leur repas à une table où ils auraient tout le temps nécessaire. Si le nombre des voyageurs était trop considérable, on pourrait ajouter un second wagon-buffet semblable ou faire deux services consécutifs dans la même salle à manger, comme cela se pratique sur les paquebots du Rhin.
- Le wagon-buffet communiquant par une plate-forme aux chambres à coucher, chacun pourrait retourner chez lui après son repas, s’il ne préférait passer au salon ou au fumoir.
- Cet arrangement modifierait heureusement le système français et rapprocherait notre matériel roulant des aménagements du paquebot.
- Ce projet n’a rien d’irréalisable. En effet, le train laisserait, en arrivant à Lyon, les wagons-hôtels occupés pendant la nuit par les voyageurs arrivés à destination, et l’on rattacherait à leur place les wagons-buffets avec leurs approvisionnements tout préparés.
- Ces mêmes buffets ambulants, laissés à Marseille ou sur un autre point déterminé, reviendraient à Lyon par le train remontant et céderaient au soir leur place dans le train aux wagons-lits détachés le matin.
- Espérons que les négociations de M. Nagelmackers près de la Com-
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- pagnie Paris-Lyon-Méditerranée réussiront, et que ce train modèle sera bientôt non-seulement en service ordinaire, mais encore imité par les autres Compagnies, notamment par celles de l’Orléans et du Midi, qui transportent tant de malades aux stations thermales des Pyrénées.
- H manque cependant encore un perfectionnement sans lequel il serait bien difficile d’établir convenablement le buffet roulant; il faut absolument trouver un moyen de supprimer la poussière, dont il est si difficile de se défendre et qui envahirait les plats ; c’est un problème à résoudre, mais il ne doit pas être impossible*
- Le moyen une fois trouvé, les Compagnies privilégiées arriveraient peut-être à la longue à l’appliquer même aux voitures de seconde et de troisième classe, qui finiraient enfin, elles aussi, par être accompagnées d’un wagon-buvette.
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- Dans la même galerie belge, nous trouvons deux voitures d’un type particulier, destinées au service des chemins de fer de l’État belge pour les petites distances. Ce sont des wagons mixtes, dans lesquels le même longeron porte : la machine, le fourgon à bagages, un compartiment de première classe et un compartiment de seconde.
- Un de ces véhicules, construit par M. Ch. Evrard, deMolenbeek près de Bruxelles , est vendu en tout 30,000 francs. Une voiture du m me système, construite, pour la caisse, par M. Cabany, et pour le moteur par la Société de Boussu, se trouve à côté et renferme à peu près les mêmes dispositions. .
- Dans ces voitures, les sièges sont placés en longueur avec un banc dos à dos au milieu ; on y monte à chaque extrémité par un escalier et une plate-forme. 11 y a peu d’eau et peu de charbon à emporter, car l’ensemble est bien léger, comparé aux poids énormes que les Compagnies françaises sont forcées de déplacer pour le service de la moindre station.
- Au point de vue de leurs intérêts bien entendus, je leur conseillerais d’étudier s’il ne vaudrait pas mieux peut-être, en certains cas, se servir pour les petits parcours de ces voitures légères, dépensant peu et usant à peine la voie, que de«ctiarroyer inutilement et chère-
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- ment, pour le service de quelques personnes, les lourds wagons du vieux matériel. .
- Pour les trains de petite vitesse absolument sacrifiés par elles, elles trouvent plus commode d’attacher derrière un train de marchandises quelques vieux wagons de rebut. Mais n’est-ce pas là une mauvaise économie? _
- Espérons que les chemins de fer récemment rachetés par l’État fourniront au ministre des travaux publics et au conseil d’administration que l’on vient de nommer pour les gérer, la possibilité d’expérimenter toutes les innovations qui, après examen préalable, seraient jugées susceptibles d’amener une amélioration comme économie, sécurité et commodité des voyageurs.
- La nomination, dans ce conseil d’administration, de M. Gustave Lëbaudy, député de Seine-et-Oise, président de l’association pour le développement et l'amélioration des moyens de transport, en est une garantie certaine.
- Il s^ura faire prévaloir dans le conseil les principes de l’association
- qu’il à fondée, et triompher par sa fermeté des résistances que la
- routine oppose toujours au progrès.
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- Depuis la multiplication des tramways aux environs et à l’intérieur des grandes villes, et en présence des tentatives qui vont encore se renouveler pour rendre applicables les chemins de fer à voie étroite, les inventeurs se sont efforcés de combiner des types de moteurs légers et d’un prix d’établissement et d’usage aussi modéré que possible.
- On a cherché à éviter le foyer rempli de charbon incandescent pouvant être une cause d’incendie ou d’incommodité pour les wagons traînés aussi bien que pour les édifices bordant la voie, et en même temps devenir un objet d’effroi pour les chevaux rencontrés sur le parcours.
- Le foyer a de plus l’inconvénient de produire de la fumée et d’exiger un approvisionnement de charbon encombrant, lourd et salissant.
- Plusieurs constructeurs ont su réaliser par des procédés différents le problème de la traction mécanique sans foyer.
- La machine là moins semblable à la locomotive ordinaire est la
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- machine Mekarski, où l’air comprimé se chargeant de vapeur d’eau est employé à la locomotion.
- Trois différentes applications du système Mekarski ont été exposées : deux dans l’annexe de Passy,et une troisième dans la grande galerie des machinés, au matériel des mines, classe 50.
- L’invention Mekarski consiste à se servir de la détente de l’air comprimé emmagasiné dans un ou plusieurs cylindres, par une machine fixe placée au point de départ ; le train porte donc sa force accumulée au moment où il quitte sa station, et ne la produit pas en route, comme dans les locomotives actuelles. ~~
- Sur un des types exposés, et qui est destiné au service des tramways de Nantes, les réservoirs d’air comprimé, au nombre de dix, sont en tôle de ce métal résistant appelé acier doux, analogue à celui dont on se sert pour les canons de fusil ; le diamètre des cylindres est de 0m,50, l’épaisseur de la tôle est de 0",008. Les réservoirs sont éprouvés à la pression de trente et une atmosphères.
- Les dix réservoirs, dont la contenance totale de 3,800 litres est divisée en deux batteries dont on peut se servir alternativement, l’une de 2,000 litres, l’autre de 800, sont logés sous la voiture même que l’appareil doit mouvoir.
- On devait évidemment se préoccuper, avant tout, de la solidité de ces cylindres au point de vue de la sécurité des voyageurs et de la certitude du service. On a donc fait plusieurs expériences pour se rendre compte de ce qui résulterait si l’on parvenait à percer brusquement un de ces réservoirs : par la chute d’un corps pesant et pointu, on a déterminé une perforation; l’air s’esf échappé bruyamment, mais sans projection d’éclats.
- Les cylindres sont naturellement éprouvés à chaque voyage, puisqu’on y comprime, avant le départ, de l’air à 28 ou 30 atmosphères au moyen de la machine fixe; le chargement est ainsi une épreuve, et comme la pression va en diminuant à mesure qu’on s’éloigne de la station première, il ne peut y avoir de rupture pendant la route. Il y a donc plutôt moins de danger qu’avec les locomotives à foyer, qui, pendant les arrêts, peuvent être surchauffées et faire explosion.
- Entre les réservoirs et le régulateur placé sous la main du conducteur, l’air traverse un réservoir spécial installé verticalement sur la
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- plate-forme d’avant et contenant 120 litres d’eau chaude dont la température au départ est d’environ 4 60 degrés.
- L’air barbote dans cette eau et en sort chaud et saturé de vapeur * ce qui permet de le faire agir avec détente dans les cylindres moteurs. On obtient par cet artifice un travail double de celui que l’on pourrait obtenir avec la même quantité d’air employé sec à la température ordinaire.
- Au sortir du barboteur, l’air chargé de vapeur d’eau s’échappe par une soupape pour se rendre dans les cylindres moteurs. Cette soupape bombée est fixée par une tige rigide à un diaphragme élastique qu’un matelas d’air maintient en équilibre.
- Le mécanicien, tenant à la main la poignée d’un volant agissant par une hélice, déplace la soupapeyen laissant échapper, par une section plus ou moins grande, l’air comprimé, auquel on ne conserve ainsi que la quantité voulue de sa pression primitive.
- Ces ingénieuses dispositions ont pour résultat de réchauffer l’air comprimé, dont la détente produirait, s’il était sec et froid, un tel effet que l’appareil moteur, — les huiles et les graisses surtout,— serait congelé et ne pourrait se prêter à aucun mouvement.
- Pendant la marche, la détente diminue dans les réservoirs, mais l’action sur les cylindres est maintenue constante par le régulateur et même augmentée au besoin, si l’on rencontre des rampes à gravir.
- On peut aussi renverser le mouvement des tiroirs et arrêter aussi rapidement que possible.
- La rapidité et l’instantanéité de l’arrêt forment, en effet, une des plus grosses difficultés de la traction mécanique sur les voies publiques; pouvoir éviter un choc nuisible à la voiture, pouvoir éviter surtout d’écraser quelqu’un, doit être une des préoccupations des constructeurs.
- En marche ordinaire, les arrêts exécutés par la machine Mekarski •— sur ordre — ont été opérés entre cinq et sept secondes ; en huit secondes et demie dans les grandes vitesses de 25 kilomètres à l’heure. Il est évident que le conducteur, agissant avec sa propre volonté, peut arrêter plus vite, c’est-à-dire sur un espace de 45 à 20 mètres.
- Dans certaines conditions, avec le régulateur à air comprimé , on
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- pourrait obtenir un arrêt encore plus prompt ; mais alors il faudrait se préoccuper de la secousse qu’éprouveraient la voiture el les voyageurs qu’elle contiendrait.
- Les cas d’accident deviendront de plus en plus rares avec l’habitude qui se fera tous les jours davantage de ce mode de locomotion ; ils deviendront bientôt moins fréquents que ceux causés par lès attelages de chevaux, dont on n’est pas beaucoup plus maître que des machines.
- L’administration de la ville de Paris n’a pas accepté pour le service des tramways-nord, dont la traction va se faireypoûr certains parcours, par la machine Mekarski, l’approvisionnement d’air comprimé porté par la voiture elle-même; elle a exigé que l’appareil moteur fût renfermé tout entier, réservoir, cylindres et régulateur, dans une petite locomotive à laquelle les constructeurs ont donné l’aspect extérieur d’un petit omnibus.
- Dans cette locomotive, les réservoirs ont 90 centimè' ’ ”*
- mètre, mais l’épaisseur de la tôle est portée à 14 millimètres; le réservoir d’eau chaude , le régulateur sont semblables à ceux que nous venons de décrire. Les dispositions sont prises pour que la machine puisse fournir une course de plus de 15 kilomètres sans qu’il soit nécessaire de changer de nouveau les réservoirs.
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- La petite locomotive (1 mèt. 10 de largeur sur 1 mèt. 55 de hauteur) pour exploitation souterraine remplacera l’attelage des chevaux et pourra être employée dans des galeries où la locomotive avec foyer ne saurait l’être, à cause de la présence possible du grisou et de la crainte d’incendie.
- Le réservoir d’air comprimé, en tôle d’acier doux, a été éprouvé à 35 atmosphères; sa capacité est de 1,500 litres. L’approvisionnement de la machine au départ, sous une pression de 30 atmosphères et à la température de 15 degrés, est de 56 kilog. d’air,
- Le petit réservoir, placé à l’arrière, contient 75 litres d’eau, dont la température, au départ, est d’environ 160 degrés. L’air comprimé, sortant du grand réservoir, barbote dans cette eau chaude avant de se rendre aux cylindres moteurs.
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- Dans cès conditions, la dépense d’air est de 1 kilogramme par tonne kilométrique.
- Le chargement s’effectue au moyen de réservoirs d’accumulation alimentés eux-mêmes par des compresseurs installés au jour.
- ^ La force motrice doit être de 8 chevaux par machine à charger dans une heure. Le calorique et l'eau chaude dépensés sont restitués à chaque voyage par une circulation de vapeur.
- Le poids total de la machine est de 2,300 kilogrammes.
- Cette petite machine étant destinée au service d’une voie très-étroite , il est à craindre que l'action alternative des cylindres'placés en dehors des roues ne produise un mouvement d'oscillation pouvant amener peut-être des déraillements dans certains cas. Il serait , je crois, préférable, et cela ne me paraît pas difficile, de loger ïes jcylindres moteurs entre les roues, le plus près possible du centre dé * la machine.
- Le temps nous a manqué pour décrire les machines motrices nouvelles exposées par MM. Yeyher, Richemond et Ci0, Cail, Lamm et Francqj, Corpet et Bourdon, Harding, Gouin, et les voitures à vapeur deM. Bollée, du Mans.
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- Le 10 août arrivait au Champ de Mars une locomotive routière partie de Zurich le 27 juillet, à quatre heures du matin. Elle a passé par Belfort, Langres, en suivant la route nationale n° 19 dans toute son étendue.
- La locomotive routière a parcouru 580 kilomètres en neuf jours de travail et est entrée dans l’enceinte de l'Exposition le 10 août, à onze heures du matin.
- Une autorisation spéciale pour rouler sur la voie publique avait été accordée par M. de Freycinet à M. Schmidt, constructeur de celte machine, qui a pu accomplir, sans arrêt forcé ni accidents, le plus grand parcours qu’une machine à vapeur ait parcouru par voie de terre.
- Le constructeur m’affirme que des rampes de 16 centimètres par mètre sur de petites longueurs, et de 14 à 9 sur une plus grande étendue, ont été franchies; la traversée des villes s’est effectuée sans
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- inconvénient. La machine est en parfait état; on voit seulement un peu d’usure sur le fer des roues motrices.
- Pour effectuer ce trajet de 580 kilomètres, il a été consommé 4,250 kilogrammes de houille achetés en route et environ 25,000 kilogrammes d’eau.
- La plus grande distance parcourue sans renouveler la provision d’eau a été de 20 kilomètres.
- La locomotive suisse porte sur trois roues, deux motrices et une directrice : cette dernière obéit à un levier dont la-poignée est placée au devant du chauffeur.
- L’appareil tourne dans un cercle de 6 mètres de diamètre : l’ensemble pèse 6,300 kilogrammes, eau, charbon et outillage spécial compris, et peut traîner en terrain plat un chargement brut de 25 tonnes.
- Combinée de manière à faire le service de pompe à vapeur contre l’incendie, elle coûte, locomotive, pompe et tuyaux compris, la somme de 28,000 francs.
- Une poulie, placée latéralement, permet, lorsqu’elle est fixée, de l’employer comme force motrice à tous usages agricoles ou industriels.
- C’est un bon exemple à suivre, et déjà j’ai vu entre Versailles et Saint-Cyr une locomotive routière faisant le service du génie et traînant des fourgons chargés de bois.
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- LA PULVÉRISATION
- LES BROYEURS. — LE PAIN
- Si l’on entre dans l’annexe de La Bourdonnaye par la porte de la Seine, on trouve, à main gauche, au milieu des étagères couvertes par les engrais pulvérulents, une exposition peu étendue comme surface, mais bien intéressante comme résultat de longues et persévérantes études, et comme base de travaux à venir.
- Au milieu sont superposés des cubes de % décimètres de côté, dont le but est de frapper les yeux du visiteur, pour lui faire entrer dans l’esprit, par une image saisissante, les avantages de la pulvérisation des corps employés dans l’agriculture ou dans la métallurgie.
- En face, à côté des instruments agricoles dont cette galerie est le hangar, est un modèle réduit des appareils de pulvérisation de l’exposant. Cet ensemble bien modeste, et qui passera certainement inaperçu d’un grand nombre de ceux qui auraient le plus grand intérêt à l’étudier, a été exposé par M. Menier, député de Seine-et-Marne.
- M. Menier, bien connu comme industriel, ne limite pas son activité à. ses affaires personnelles ; il se préoccupe avec ardeur des intérêts de l’humanité comme des siens propres, et dépense largement son argent et son temps lorsqu’il croit être sur la voie d’une idée juste.
- S’il n’est pas toujours compris, et si on ne lui rend pas la justice qui lui est due, cela tient surtout à ce que les sujets abstraits et qui ne sont pas d’une utilité directe et immédiate ont de la peine à vaincre l’indifférence publique.
- Cela tient aussi à l’intensité même avec laquelle M. Menier insiste sur
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- la démonstration qu’il donne des vérités qui lui paraissent évidentes.
- Dans cette question de la pulvérisation, par exemple, M. Menier s’est attaché à formuler ce que l’on fait inconsciemment depuis des siècles; il a voulu généraliser des faits empiriques isolés et en constituer une méthode rationnelle et déduite.
- Suivons le raisonnement de M. Menier : les deux plus grands ennemis de l’homme sont la distance et lé temps : la distance est presque entièrement maîtrisée, puisque, avec le fil télégraphique et ses applications nouvelles, on a l’ubiquité intellectuelle, et qu’avec les chemins de fer on atteint matériellement un résultat presque aussi satisfaisant.
- Le temps se trouve donc en partie vaincu, quant à ce qui regarde l’homme lui-même ; mais la terre sur laquelle il agit, soit à' la surface pour produire, parla culture, les grains, le vin, la viande, le sucre, la laine, le chanvre, et autres produits alimentaires ou textiles, etc. ; soit dans sa profondeur pour en tirer les minerais, la terre est encore rebelle à la rapidité de transformation que voudrait lui imposer M. Menier.
- « PulVérisons, dit-il; puisque nous avons aujourd’hui étudié et dompté les forces physiques de la nature, employons-les pour la vaincre.
- « Pulvérisons, car en pulvérisant nous augmenterons indéfiniment les surfaces de contact et, par conséquent, la rapidité des réactions, et nous offrirons ainsi en aliment aux plantes des matières devenues solubles en quelques mois, tandis que, naturellement, si l’on avait laissé ces mêmes corps à l’état de blocs, il leur aurait fallu des milliers d’années pour devenir comestibles aux êtres végétaux. »
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- La pratique agricole, de tous temps, n’a pas fait autre chose : les labours, le hersage, le roulage ont pour but de pulvériser la couche arable, afin d’y faire pénétrer l’air et l’eau, et la rendre attaquable à toutes les réactions produites par la décomposition des plantes, décomposition qui émet sans cesse des gaz à l’état naissant et principalement de l’acide carbonique, ce qui change les protocarbonates insolubles en bicarbonates solubles.
- Jusqu’à présent, ce sont les siècles seuls qui ont accompli ces transformations.
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- LA PULVÉRISATION. 121
- Pour en déterminer la marche, M. Menier a fait une série d’expériences et représente leurs résultats par les cubes dont nous avons parlé plus haut; ainsi, il a été conduit à affirmer qu’étant donné un cube de % décimètres de côté taillé dans un bloc compacte, ce cube ne serait dissous qu’en six mille six cent soixante ans.
- Si l’on divise ce cube en morceaux de 1 décimètre d’arête, la solution s’opérera en mille six cent soixante-six ans.
- En dés de 4 centimètre de côté, cent soixante-six ans seront encore nécessaires.
- Concassé en fragments de 1 millimètre, le soîïchrsera dissous en seize ans.
- Broyé en dixièmes de millimètre, un an et sept mois suffiront.
- Enfin, pulvérisé à 1 centième de millimètre, il ne faudra plus que cinquante-huit jours pour rendre assimilables les éléments qui le composent.
- C’est ainsi qu’on pourra utiliser comme engrais des roches contenant des proportions notables de potasse comme les feldspaths, les granits et les roches volcaniques. Le rôle de la potasse en agriculture est aujourd’hui trop connu pour que nous ayons besoin d’insister sur l’importance de son emploi.
- Ce qu’il nous faut étudier surtout, ce n’est pas la théorie admise, mais bien les moyens, que l’Exposition nous fournit, delà mettre en pratique, en examinant les broyeurs Carr, Baugh, Anduze, Vapart-Hignette, et la très-ingénieuse machine construite par M. Arbey et inventée par MM. Durand et Ghapitel.
- L’ensemble d’appareils qui constituent l’exposition de M. Menier forme le modèle d’une petite usine complète, renfermant concasseurs, broyeurs et chambres cloisonnées pour recevoir et classer les corps pulvérisés.
- Bien que le broyeur choisi par M. Menier puisse au besoin désagréger de gros morceaux des pierres les plus dures, on a cependant jugé préférable à Noisiel de les diviser d’abord entre les puissantes mâchoires d’une machine à levier. Les fragments obtenus au moyen de ce travail préparatoire sont montés par une vis sans fin dans le broyeur Vapart-Menier qui en termine la pulvérisation.
- Le Vapart est basé sur une théorie entièrement nouvelle. Jusqu’à
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- présent, tont broyage était le résultat d’une pression avec ou sans frottement ; pression lente et énergique amenant l’écrasement comme dans le stone-breaker, les meules verticales, les cylindres cannelés ou lisses; pression rapide et répétée produisant choc, comme dans le marteau, le bocard, le pilon et autres procédés de broyage.
- Dans quelques autres machines à broyer, l’effet est obtenu en joignant à la pression une friction plus ou moins énergique, un arrachement déterminé par les aspérités des surfaces , cannelures ou dents qui pressent et frottent le grain ou autre matière à,pulvériser, — soit de surface à surface, soit de grain à grain.
- Dans celte catégorie, on peut comprendre les meules horizontales, les anciens moulins à poivre, à café, avec noix centrale, ainsi que plusieurs des nouveaux broyeurs exposés.
- Le Vapart n’a ni écrasement entre deux surfaces, ni frottement.
- On pourrait presque dire qu’il est la représentation matérielle de la théorie de l’arrêt, comme l’exposait Le* Verrier.
- « Supposez, me disait-il un jour, un corps dans l’espace, animé d’une vitesse idéalement rapide ; supposez également que ce corps puisse être arrêté brusquement par une force physique qui ne soit pas représentée par une plaque ou un corps matériel quelconque .- bien qu’il n’y ait pas choc, par cela seul qu’il y aurait arrêt, ce corps, si cohérent qu’il fût, serait immédiatement réduit en poussière impalpable, et ses molécules dispersées dans toutes les directions. »
- Pour M. Le Verrier, la rupture d’un boulet sur une cuirasse aurait eu lieu, même quand la cuirasse n’aurait pas existé matériellement et si elle avait été remplacée par une action magnétique assez forte pour empêcher brusquement le boulet de continuer sa course.
- Dans lë Vapart, le corps à broyer est projeté par la rotation d’un plateau tournant horizontalement avec une grande vitesse; il est arrêté brusquement par une paroi verticale qui matérialise l’arrêt et le change en choc.
- Quelle que soit la cohésion du corps projeté, nodule de phosphate, granit ou blende, il se désagrégé par ce choc, et, comme le plateau horizontal supérieur ne touche pas à la paroi inférieure verticale, les fragments retombent par cet intervalle sur un plan incliné, qui les conduit au centre d’un second plateau tournant d’où ils sont renvoyés
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- violemment sur la paroi, et ainsi de suite trois ou quatre fois, suivant le corps à broyer et la finesse que l’on veut obtenir.
- Pour diriger la projection et empêcher qu’elle n’ait lieu suivant la tangente du plateau horizontal tournant, ce qui aurait eu pour résultat de faire atteindre la paroi sous un angle très-aigu, l’inventeur a disposé, de distance en distance, des barres saillantes servant de directrices à la matière projetée; il a, de plus, garni la paroi d’ondulations profondes et répétées; les surfaces de ces ondulations sont calculées de telle sorte que la matière conduite par la directrice et s’échappant du plateau vienne frapper à 45 degrèlf environ la garniture de la paroi que les constructeurs ont nommée fourrure.
- Dans cet appareil, l’effet de coincement qui se produit forcément dans la plupart des autres broyeurs n’existe pas; il y a donc économie de la force perdue à triompher de cet effet.
- Quelle que soit la dureté du corps et sa résistance à la désagrégation, il n’y a pas à craindre la rupture des essieux et la déformation des surfaces.
- Voici dans quelles circonstances il a été inventé :
- M. Vapart est un des directeurs les plus habiles de la célèbre Société de la Vieille-Montagne, dont les établissements principaux sont à Liège.
- La réduction du zinc exige une pulvérisation aussi fine que possible des minerais, carbonates, silicates et sulfures dont le zinc est extrait; de même qu’il est besoin de multiplier les surfaces de contact avec l’air et l’eau pour modifier les roches désagrégées qui forment la terre arable, de même il faut multiplier les surfaces de contact avec l’air pour débarrasser la blende de son soufre; avec le charbon pour débarrasser le zinc des corps avec lesquels il est uni dans le minerai.
- Les anciens broyeurs à noix, ou les appareils Carr, employaient une force coûteuse, se déformaient et s’usaient rapidement. M. Vapart chercha donc et trouva le broyeur actuel, dont la Vieille-Montagne se sert aujourd’hui dans toutes ses usines, en réalisant une grande économie, tout en obtenant des résultats préférables.
- Bientôt d’autres établissements, Saint-Gobain et autres, employèrent le Vapart pour le broyage des pyrites. M. Menier, préoccupé depuis longtemps de là pulvérisation des phosphates et autres corps
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- applicables comme engrais minéraux, étudia le Vapart et y apporta une modification que nous trouvons reproduite dans son exposition.
- Gomme le volume des fragments diminue en descendant de plateau en plateau, leur poids diminue proportionnellement, et la projection est naturellement moins intense.
- Pour maintenir cette force égale, il fallait ou bien modifier la vitesse de rotation de l’essieu d’abord au second plateau, puis au troisième, ce qui était une difficulté mécanique non insoluble, mais difficile et chère à résoudre; M. Menier a préféré allonger le rayon du plateau en conservant le même arbre.
- Par cet allongement du rayon, la circonférence du plateau d’où s’échappe la matière à pulvériser-étant animée d’un mouvement plus rapide, l’effet de fronde doit être plus énergique, et la force plus' grande doit compenser la diminution du poids de chaque fragment.
- C’est le même raisonnement qui fait, dans les cartouches de chasse, augmenter la charge de poudre à mesure que diminue le diamètre des plombs employés.
- Dans P exposition Menier, au sortir du Vapart, les matières tombent dans une bluterie, et tout ce qui n’est pas réduit en poudre assez fine retourne par une hélice dans l’entonnoir d’entrée du broyeur pour le traverser une seconde fois.
- Ce qui a traversé la bluterie est chassé, par un puissant ventilateur, dans une suite de chambres analogues à celles où se dépose le blanc de zinc; elles sont séparées les unes des autres par des diaphragmes en planches, fermant incomplètement, et forçant l’air chargé de poussière à une circulation contournée, qui l’amène dans d’autres chambres où les diaphragmes ne sont plus en bois, mais en toile; en arrivant dans ces derniers compartiments, l’air ne porte plus que des corpuscules presque impondérables qui, en s’amassant, forment le dernier numéro du classement, les plus gros grains, naturellement les plus lourds, s’étant déposés presque exactement par ordre de grosseur.
- Le broyeur Vapart, créé pour la pulvérisation des corps les plus durs et les plus pesants, a cependant d’utiles applications pour le broyage du riz et du café; et surtout pour la décoricalion de l’avoine.
- Parmi les usages signalés par les constructeurs, nous trouvons la désagrégation des pierres blanches à la Société des Blancs minéraux
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- de Meudoïij la pulvérisation de l’iris et du bois de santal chez M. Cou-dray, à Saint-Denis, et celle plus extraordinaire encore des feuilles de rose, chez M. Saint-Germain, à Paris.
- La question du broyage est une des plus importantes parmi les questions de l’industrie humaine.
- Que de fabrications ont pour base la désagrégation des corps minéraux ou organisés et leur réduction en poudre —» même en dehors de la mise en farine des blés et autres grains!
- Cette dernière opération, pour la France seulement, donne une production annuelle qui, d’après la notice officielle,~peut être évaluée à deux milliards deux cent quatre-vingts millions de farine et deux cents millions d’issues.
- La métallurgie, la céramique tout entière, la verrerie, les produits chimiques, industries fondamentales, —la poudrerie, la pharmacie, les produits alimentaires utilisent des broyeurs plus ou moins parfaits, mais absolument indispensables à leur existence.
- Les efforts pour le perfectionnement des anciens procédés ou la création de nouveaux appareils ont été considérables, et les sections françaises et étrangères en ont exposé de tout modèle et pour tout usage. Mais la plupart de ces machines sont inertes et ne fonctionnent pas, et celles qui fonctionuent ne peuvent donner qu’une idée incomplète, au point de vue économique, de leur usage et surtout de leur durée.
- Comment n’a-t-on pas profité de la présence simultanée, à Paris, de tous ces engins ayant un même but, pour en installer des spécimens dans une usine à proximité du Champ de Mars —Il n’en manque ni à Grenelle ni au Bas-Meudon, — et là, leur imposer un travail effectif non de quelques minutes, mais de quelques mois ?
- Pendant ce temps, on aurait calculé les forces exigées, les résultats obtenus; on aurait tenu compte des ruptures, des arrêts; on aurait constaté l’usure des pièces.
- Le sujet en valait la peine, et l’on aurait rendu un véritable service.
- Il eût été opportun, pendant l’Exposition, avant la dispersion des appareils, d’instituer non pas un concours, mais un essai prolongé et sérieux qui pût fixer les industriels, fort indécis devant
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- 's machines au repos qui ne disent rien, ou devant ces prospectus qui disent peut-être un peu trop.
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- - Parmi les broyeurs quelquefois animés, les visiteurs remarquent; dans l’annexe de l’avenue La Bourdonnaye, classe 55, exposé à côté des wagons, un appareil absolument nouveau et dont le principe est basé sur l’imitation la plus complète possible du cassage à la main.
- 11 a été inventé par MM. Durand et Chapitel et construit par M. Arbey; là encore il n’y a ni frottement, ni pression, ni écrasement; le concassage a lieu par le coup violent et en quelque sorte instantané de masses d’acier fondu lancées à toute volée par la rotation d’un cylindre : l’objet à briser tombe par une trémie supérieure, glisse sur une table inclinée faite d’une plaque d’acier de 3 centimètres d’épais* ' seur et percée de trous, et reçoit le choc de la masse au moment où la table percée devient horizontale et légèrement cintrée.
- Si les morceaux sont suffisamment réduits par le coup pour passer par lek trous de la grille, ils la traversent : ceux qui ont échappé au premier choc en reçoivent immédiatement un autre, et ainsi de siïite jusqu’à parfait achèvement du travail;
- L’axe qui porte les marteaux étant animé d’une vitesse de dix-sept cents tours à la minute, on comprend à quelle formidable percussion sont exposées les matières introduites dans l’auge formée par la plaque trouée qui, après s’être étendue sous les marteaux, remonte obliquement en arrière et sert de grille à tamiser. En effet, en se relevant, après avoir frappé, les marteaux, agissant comme une pelle, enlèvent la matière broyée et la projettent contre la grille.
- Plusieurs modèles de la machine Durand et Chapitel fonctionnent journellement et montrent la puissance de ce nouvel engin : il y a des marteaux depuis 60 kilogrammes jusqu’à \ kilogramme, et des tamis de toutes grosseurs.
- Primitivement inventé pour la préparation du macadam-, du ballast et des bétons, l’appareil a été employé avec avantage pour la pulvérisation du coke, puis pour le travail des os verts et des phosphates, afin de préparer ces matières au travail des meules ou autres pulvérisateurs.
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- Il me semble très-apte au premier concassage préparatoire des quartz aurifères, des granits, des phosphates en-roches et autres corps qui ne pourraient être immédiatement livrés aux appareils de pulvérisation fine.
- Je crois que pour ces usages, il doit être préférable au broyeur américain Baugh’s, dont plusieurs types sont exposés dans l’annexe Suffren, auprès des machines agricoles; en tous cas, il est infiniment meilleur marché et doit employer moins de force.
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- te plus grand modèle du broyeur Baugh’s destiné à la pulvérisation des minerais, phosphates et autres corps très-durs, rappelle beaucoup l’ancien moulin à poivre dans une proportion gigantesque : un grand entonnoir en fonte, armé de fortes dents disposées en hélice, reçoit le corps à broyer; au centre de l’entonnoir pivote un arbre armé de saillies qui chasse et presse contre les dents fixes le corps à broyer ; après une première pulvérisation, la matière passe entre deux surfaces dentées, disposées coniquement en sens inverse de l’entonnoir.
- Pour empêcher la rupture de l’appareil, en cas de coincement par le passage d’un corps trop résistant, des contre-poids sont disposés comme dans les cylindres des laminoirs.
- MM. Baulig’s ont exposé dans des bocaux toutes les poudres produites par leur appareil, depuis la blende la plus dure jusqu’à la farine de céréales. Leur étagère est très-habilement disposée.
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- Le broyeur Anduze, sans être aussi récent que le Yapart, date seulement de quelques années; comme le broyeur Carr, il tourne perpendiculairement au sol, au lieu de pivoter sur un axe et de se mouvoir horizontalement à la surface de la terre comme les meules et autres broyeurs analogues.
- Comme le Carr, il doit être animé d’une grande vitesse; il agit par choc, par pression, par section et par arrachement, ce qui lui permet de réduire au besoin en fragments pulvérulents des corps légers et mous. Avec le broyeur triturateur Anduze, on a fait jusqu’à de la poudre de plumes ou dë bouchon. Avec cet appareil, j’ai vu réduire
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- en filaments pulvérulents de la corde, de vieilles espadrilles, des filets de pêche; écraser en poudre du verre, du papier, des cailloux, des phosphates, de la corne, et enfin mettre du blé en farine.
- L’appareil se compose d’une trémie par laquelle les objets pénètrent entre deux couronnes dentées en fonte qui passent l’une au devant de l’autre avec un degré d’écartement plus ou moins rapproché, suivant qu’on serre ou qu’on relâche plus ou moins une vis sans fin commandée par un petit volant en dehors de l’appareil ; on peut faire agir ce volant même pendant le travail, et varier la grosseur de la poudre à volonté.
- Les dents des couronnes forment des séries concentriques et diminuent de volume et d’écartement en se rapprochant du bord externe; la force centrifuge contraint la matière soumise au broyage à passer d’abord entre les plus larges, pour s’ehgagner peu à peu entre les plus étroites.
- De grands broyeurs Anduze, destinés aux minerais, phosphates et autres corps durs et pesants, sont construits par MM. Mignon et Rouart.
- Un modèle moyen est disposé pour la mouture des blés.
- De petits Anduze, de toutes formes et de toutes dimensions, sont fabriqués à Beaucourt par MM. Japy et réservés aux usages domestiques pour réduire en poudre le café,1e poi vre, etc. ; dans les Anduze^ construits à Beaucourt, les surfaces dentées, au lieu d’être en couronne, sont disposées en plaques coniques rentrant l’une dans l’autre et tournant le plus souvent suivant un plan horizontal.
- De même que dans les grands broyeurs Anduze, les dents vont en diminuant et en se rapprochant, du centre au bord externe.
- MM. Japy ont cherché aussi à réaliser par ce procédé la mouture économique des grains exécutée à domicile; ils y ont réussi, surtout dans la mouture des grains, orges, seigles, avoines concassés et broyés pour la nourriture du bétail.
- La note du catalogue officiel qui précède la liste des exposants de la classe 69 établit les chiffres suivants :
- La consommation moyenne de pain par jour et par habitant est de 582 grammes, équivalant à 450 grammes de farine.
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- La consommation intérieure totale pour 36 millions d’habitants est donc de 16,200,000 kilogrammes par jour, et par an de 5 milliards 913 millions de kilogrammes de farine.
- La moyenne annuelle des importations de farines diverses pendant lès .cinq années 1872-1876 a été de 13,247,660 klogrammes; celle des exportations pendant la même période a été de 125,093,880 kilogrammes, non compris les farines de provenance étrangère qui ont joui de l’admission temporaire.
- Une paire de meules, dans les conditions ordinaires, moud par jour 20 hectolitres, en dépensant une force de 4 chevaux-vapeur; la meunerie emploie donc incessamment en France 15,000 paires de meules et 60,000 chevaux-vapeur, et, en évaluant à 38 francs le prix moyen de 100 kilogrammes de farine, on peut estimer la valeur de sa production totale annuelle à 2 milliards 280 millions de francs en farine et 200 millions de francs en issues, sans tenir compte des quantités de farines employées dans les industries alimentaires.
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- Ces calculs portent seulement sur la consommation française; — pour l’Europe entière, on pourrait évaluer à environ 20 milliards le chiffre d’affaires déterminé par l’achat et les différentes transformations des céréales en pain et matières alimentaires analogues.
- Aussi les appareils destinés au traitement des céréales sont-ils nombreux au Champ de Mars.
- Les anciens systèmes de meunerie et de mouture marchent vers une transformation complète.
- Le petit moulin, soit à vent, soit à eau, pratiquant la mouture à façon et se payant en nature, a déjà pour adversaires redoutables les grandes minoteries pourvues d’un outillage perfectionné de nettoyage, de triage, de bluterie et surtout de sassage, au moyen desquelles on obtient des produits beaucoup plus propres et plus sains que ne peuvent les donner les pittoresques installations encore échelonnées sur tous les petits cours d’eau de la France.
- Même dans les campagnes les plus reculées, on commence à ne plus accepter le pain de mauvaise couleur et de mauvais goût fait avec des farines mal blutées, point sassées, venant de grains non débarrassés
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- des impuretés de toutes sortes, —graines plus ou moins malsaines, insectes, poussière, tels que le meunier à façon Les rend au cultivateur ou les vend à l’ouvrier des villages.
- Les grands établissements de minoterie, bien que n’étant pas tous à l’abri de reproches et ne s’abstenant pas toujours scrupuleusement de mêler au froment de bonne qualité d’autres graine et des blés échauffés ou charançonnés, offrent au moins le grand avantage d’une comptabilité claire; aussi beaucoup de cultivateurs, qui faisaient moudre à façon, préfèrent vendre leur blé et acheter de la farine, que de subir les écarts, souvent exagérés, du façonnier, qui ne se défend plus guère qu’au moyen d’un auxiliaire puissant : le crédit -— qu’il fait aux boulangers et aux artisans des villages et desJxmrgs achetant de trop petites quantités de farine pour pouvoir s’adresser aux grandes minoteries de la région. « -
- Travaillant presque sans frais et jusqu’ici maître de ses clients, le meunier à façon a pu se refuser au progrès, mais il va bientôt y être contraint; car si, d’un côté, les grands minotiers lui enlèvent peu à peu les boulangers, d’un autre, la création de petits moulins .domestiques demandant peu de force et prenant peu de place le menace également.
- Je ne sais si les nombreux visiteurs qui entourent journellement les nouveaux appareils de mouture, dans les sections française, autrichienne , suisse, sont tous intéressés directement aux questions soulevées; mais évidemment, pour la plupart, ce ne sont pas de simples promeneurs : à leurs questions, à l’attention qu’ils apportent, il est facile de voir qu’ils sont venus là pour étudier sérieusement.
- Quel sera dans l’avenir le résultat de cet examen et de ces études, on ne peut le préjuger encore; mais on peut affirmer, dès à présent, que les industries meunières, grandes et petites, doivent prendre en très-sérieuse considération les progrès des broyeurs métalliques ou céramiques de differents modèles, surtout des cylindres autrichiens et suisses.
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- Là encore il y aurait lieu d’établir non un concours, mais une série d’essais, de longue durée.
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- Les préjugés qui refusent toute qualité aux farines fabriquées autrement qu’avec la meule en silex sont-ils oui ou non fondés?
- En quoi les farines produites en dehors de cet unique procédé de fabrication diffèrent-elles chimiquement et physiquement?
- Quels sont les appareils qui, à égalité de force et de temps employés , extraient d’une certaine quantité de grain la plus grande somme de farine employable à la panification?
- Quels sont les appareils qui, avec le moins de force et de temps et pour le moindre capital immobilisé, nettoient lelnieux le grain, et enlèvent le plus complètement les germes nuisibles?
- Et autres questions qui ne seront résolues que par la suite des temps et des essais particuliers, tandis qu’elles l’auraient été en quelques mois par un examen sincère fait de commun accord.
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- Dans la section française, l’exposition des meules de silex montre quels progrès a faits cette industrie qui consiste à assembler avec du plâtre fin ou des ciments particuliers les morceaux de silex provenant de gîtes célèbres et dont la région de la Ferté-sous-Jouarre est le type français le plus renommé.
- Épernon, Nogent-le-Rotrou, Saint-Màrs-la-Pile, Cîayrac, ont aussi exposé des échantillons de leur fabrication.
- Les machines à tailler et à dresser les meules sont nombreuses et intéressantes ; elles essayent de remédier à l’un des plus grands inconvénients des meules de silex dont le travail au burin fait voler une poussière délétère pour les poumons et de petits éclats bien dangereux pour les yeux.
- Des tours armés de burin d’acier ou de diamants, surtout de ces diamants noirs rebelles à la taille, nommés carbons, tendent à remplacer le travail à la main.
- Le rayonnement des meules, qui doit être exécuté mathématiquement dans des directions voulues, a de tout temps éveillé l’attention des inventeurs et des mécaniciens.
- Dans les grandes fabriques de meules et dans les moulins importants, il peut être fait par des tours automoteurs spéciaux comme ceux de M. Roger; mais dans les moulins moyens et petits, on se sert
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- d'outils conduits à la main dont la machine de M. Touaillon est un des meilleurs exemples.
- L'usage du charbon ou diamant noir, qui sert déjà dans un grand nombre d’industries à tourner les surfaces de cylindres composés de matières trop dures, comme la fonte Gruzon, le granit, etc., pour être entamées par l’acier, etc., est préconisé par M. Millot, de Zurich, pour le rayonnage des meules.
- Le diamant, pris dans un cène en laiton et serré par la pression d’une vis dans une douille d’acier, peut être changé et aiguisé lorsqu’il perd de son acuité.
- La machine Millot, fonctionnant automatiquement, est cependant d’un prix assez modéré pour être employée presque dans toute notre, meunerie moyenne.
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- La meule blutante deM. Aubin est toujours très-entourée. M. Aubin a voulu réunir dans une seule opération la mouture et la bluterie; pour cela, dans l’assemblage de la mosaïque de silex qui constitue une meule, il a remplacé les meules gisantes pleines par la disposition, suivante:
- Le rayonnage adopté est le rayonnage au centre, chaque rayon ayant la même excentricité : un sur deux de ces rayons est remplacé par une ouverture de même forme dans laquelle vient s'adapter un châssis en fonte recouvert d’une toile métallique; la meule courante superposée est la même que dans la mouture ordinaire.
- Dès que la farine atteint le degré de finesse suffisant, elle passe à travers la toile métallique des châssis ou boîtes blutantes sans avoir besoin de parcourir tout le rayon de la meule pour quitter la pierre.
- Afin de prévenir l’engorgement, activer le blutage et le régulariser, un appareil spécial placé sous la meule donne à la boîte blutante une secousse produisant un tamisage et déterminant le passage de la farine à mesure qu’elle se produit.
- Le son qui vient sortir à la circonférence, n’ayant pas été mélangé à la farine, n’en est pas chargé et ne i’émporte pas avec lui : il est recueilli large et sec.
- M. Aubin fait remarquer que la farine n’est pas fatiguée ni échauffée
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- inutilement par le frottement de la meule, puisqu’elle échappe immédiatement à son action.
- Le constructeur évalue au quart de la force par paire de meules en mouvement l’économie de cette force motrice pour moudre une même quantité de blé dans le même temps. La farine extraite n’a pas besoin d’être chassée jusqu’à la circonférence pour sortir des meules, puisqu’elle est absorbée par les tamis blutants à mesure qu’elle se produit.
- MM. Aubin et Baron offrent à tous Ceux qui voudraient contrôler leurs assertions de visiter leur moulin de Bouray (Seine-et-Oise), ligne d’Orléans, où vingt-cinq meules dé leur'système fonctionnent journellement.
- Au côté de sa meule blutante, M. Aubin expose un petit moulin monté sur chariot et qui peut indifféremment être mis en mouvement par l’eau, le^ent, la vapeur, ou même un manège à cheval.
- Labluterie est installée directement sous la meule, ce qui supprime tous les transports des produits de la mouture, soit manuellement, soit au moyen d’élévateurs ou autres mécanismes.
- Ce moulin mobile a le grand avantage de pouvoir être transporté de maison en maison et loué sans plus de difficulté qu’une machine à battre.
- Les cultivateurs qui voudront être bien sûrs de consommer la farine de leur propre blé pourront donc faire venir à leur ferme le moulin Aubin, comme ils font venir la batteuse.
- Il est à désirer que cet usage se répande; les mêmes entrepreneurs pourraient avoir en même temps les machines à moissonner , à battre et à moudre, et entretenir ainsi les ouvriers mécaniciens devenus aujourd’hui indispensables dans les Campagnes.
- Cette réunion de machines pourrait aussi être le résultat d’une coopération entre plusieurs fermes voisines, ce qui se fait déjà pour les faucheuses, les moissonneuses et ies batteuses.
- Un des meilleurs résultats de l’emploi des procédés mécaniques dans les exploitations agricoles a été d’imposer par la communauté d’intérêt des associations partielles, des syndicats d’aide mutuelle, à des esprits jusqu’ici bien rebelles à toute idée de société, à des voisins plus disposés à se froisser qu’à s’en tr'aider.
- Tout le monde aujourd’hui vent manger du bon pain.
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- Le public appelle bon pain du pain le plus beau possible, d’un aspect et d’une odeur agréables.
- Le public a raison.
- On a beau lui dire :
- — Mais lè pain légèrement teinté de gris jaunâtre est infiniment plus nourrissant; il contient plus de gruau, et le gruau renferme plus de gluten : le gluten est azoté, tandis que la farine trop blanche n’est guère que de l’amidon, qui n’est pas un aliment complet.
- Le public se méfie; il n’a ni le temps ni la possibilité de vérifier si la teinte de la pâte est réellement sincère, si la coloration même légère est effectivement due à un mélange convenable de gruau bien préparé, ou si, au contraire, elle résulte d’une imperfection dans le nettoyage des grains accompagnés alors dans la mouture par les graines devescereaux, de nielles, de coquelicots, d’aillou ou de toute autre plante adventice qui se trouvent trop souvent dans le froment.
- Peut-être aussi la teinte bistrée est-elle due à un sassage incomplet ayant laissé dans la farine une trop forte proportion de l’enveloppe du gerrpe, ce qui a déterminé le changement de la fermentation normale en fermentation d’abord lactique, puis ammoniacale; dans ce cas, il y a production d’ulmine et, sous Je couteau, l’action de l’air a teinté la pâte.
- Les rares personnes qui se connaissent en farine et en pain sauront bien distinguer ce qui a déterminé la coloration, et elles préféreront avec raison au pain trop blanc une teinte rappelant, en très-léger, le ton du macaroni, vermicelle et autres pâtes presque entièrement composées du gluten du blé.
- Mais le public, qui ne peut erîtrer dans ces détails, doit exiger du pain franchement blanc et de bonne odeur. Les procédés de moulure sont maintenant assez perfectionnés pour que le consommateur puisse se montrer difficile.
- La question d’un prix un peu élevé, quand ce prix ne dépasse pas le quart de la moyenne ordinaire, semble moins qu’autrefois préoccuper l’acheteur : c'est surtout la bonne qualité qu’il demande.
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- Dans les villes, la concurrence a bientôt fait justice d’un mauvais
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- boulanger; dans la vie rurale, des habitudes nouvelles ont peu à peu élevé le niveau de la fabrication.
- le sais bien qu’il se fait encore beaucoup trop de pain avec des farines composées dés éléments les moins normaux.
- Criblures, blés piqués, grainages, surtout quand le blé est cher, sont encore employés, mêlés à l’orge, au seigle, pour faire ce que l’on appelait autrefois — avec une sorte d’ostentation de sobriété — pain de ferme.
- Mal levé, visqueux, bien souvent mal cuit, ce pain conservait assez longtemps une sorte d’humidité qui lui donnaifuhe apparence de fraîcheur; mais souvent aussi il moisissait par cela même et devenait insalubre.
- Depuis quelques années, le nouveau mode de contrat qui tend à se répandre partout entre les journaliers auxiliaires et les cultivateurs a fait remplacer l’ancien pain bis par du pain très-mangeable.
- Autrefois les journaliers externes n’étaient nourris que pendant les quelques jours de la moisson; pour les autres travaux, ils apportaient leur pain dans leur panier contenant leur repas du jour; les cultivateurs, n’ayant que leur famille à nourrir, se contentaient de pain bis et même de pain noir qu’ils tiraient de leur méteil (mélange de seigle et de blé); forcés aujourd’hui d’offrir du pain à des étrangers, ils n’osent pas leur en donner de mauvais, et ils font bien; car, dans ce cas, les journaliers en jettent une partie aux chiens, murmurent et même ne reviennent plus. Une maison où le pain serait connu pour mauvais d’une façon suivie serait peu recherchée par les faucheurs, les bêcheurs, et trouverait moins facilement qu’une autre des femmes de journée, laveuses, couturières, repasseuses, qui sont devenues fort difficiles aujourd’hui à se procurer et surtout à contenter.
- Nous ne pouvons que les approuver ; car, sans mériter le reproche de gourmandise, la première préoccupation d’un être humain raisonnable doit être d’apprendre à discerner entre les aliments qu’il introduit dans son organisme.
- Le mens sana in corpore sam des anciens est toujours exact, et l’on fait avec raison peu de cas d’un héros malade ou seulement indisposé.
- Gomme, en France, la base de la nourriture est le pain, on peut dire que le pain irréprochablè est la première base d’une bonne santé.
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- Retournons à l'Exposition et signalons les instruments nouveaux qui tendent vers ce but; — citons d'abord les grandes machines à battre, dont le principal mérite, qui rachète une partie de leurs inconvénients, consiste à opérer un premier nettoyage pendant le battage même. .
- H y a, dans cette direction, des progrès considérables : là plupart d’entre elles criblent le grain assez purement pour que les sacs puissent être envoyés directement chez le meunier : quelques-unes 4’entre elles sont disposées non-seulement pour le débarrasser des matières étrangères, mais encore pour classer le froment grain à grain, comme le fait celle de M. Albaret, de Liancourt, qui le divise en quatre qualités.
- Une des graines adventices les plus difficiles à trier et dont la présence est la plus désagréable, est l’aillou, dont la forme, la dimension et le poids diffèrent très-peu de ceux du froment.
- Cetté graine, d’un joli violet, exhale une odeur d’ail corrompu, absolument infecte; quelques-unes seulement dans un sac de blé communiquent à la farine et au pain la saveur, la plus désagréable. Beaucoup de champs en sont exempts heureusement; mais, dans le centre, le centre ouest de la France et dans quelques parties de l’Angleterre , la plante qui la produit se maintient dans les terres avec une persistance résistant même au passage du sainfoin et de la luzerne, qui détruisent ou atténuent beaucoup la plupart des mauvaises herbes.
- M. Millot, de Zurich, a inventé une très-ingénieuse machine qui, dit-il, enlève cette garantie malfaisante.
- Il part de ce principe que l’aillou est moins résistant à la pression que le froment, et il a combiné sa machine avec plusieurs cylindres dont un, sous-jacent, est en caoutchouc vulcanisé. Lorsque les grains de froment passent entre ce dernier cylindre et les cylindres supérieurs, ils dépriment légèrement le cylindre en caoutchouc et s’échappent sans être modifiés.
- L’aillou, au contraire, plus mou, est aplati, en quelque sorte laminé, et, n’ayant plus la forme ni la densité du blé, peut être éliminé ensuite par les appareils ordinaires de séparation, qui sont tous justement
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- basés sur la différence de formes et de densité des grains et graines qu’il s’agit de séparer.
- Les expositions françaises de la classe 76 et de la classe 52 son très-riches en tarares et cribles de toutes natures et de toutes dispositions. Nous y trouvons, entre autres, les trieurs et les épierreurs de M. Clert, de Niort, dont la réputation est justement méritée; les cribles trieurs ventilateurs et diviseurs de M. Pernollet; les trieurs-diviseurs de M. Caramija-Maugé, ceux de M. Thorel, la nouvelle grande machine exposée sous le nom d'Eurêka, qui a pour but de nettoyer, brosser et lustrer le blé. — Ces appareils^àtnsi qu’un grand nombre de leurs similaires, fonctionnent, le blé étant sec; d’autres machines, inventées en général dans le Midi, lavent le blé et le nettoient dans l’eau.
- Les blés de Provence et du midi de la France ont, depuis longtemps, été lavés à grande eau et séchés au soleil sur l’aire : les grains de ces régions n’étaient battus ni avec le fléau, ni avec les machines, mais dépiqués sur l’aire par les pieds des chevaux; ils se chargeaient ainsi de terre et de petits cailloux.
- D’autre part, la température du Midi favorisait le séchage à l’air libre, bien difficile dans les provinces du Centre et du Nord : les machines à laver exposées dans la classe 52 viennent donc du Midi.
- M. Maurel, de Marseille, a exposé une laveuse verticale, dont le type le plus fort, avec un passage de 80 litres d’eau par minute, peut laver de 16 à 20 hectolitres de blé par heure en employant trois chevaux de force; elle marche avec une vitesse de-quatre cents tours par minute, nettoie, lave et sèche le blé sans qu’il soit besoin de l’étaler sur l’aire.
- M. Rebel, de Moissac, a exposé une laveuse horizontale : elle nettoie et lave au moyen d’un passage d’eau d’une extrême rapidité et par une aspiration puissante qui sépare les pierres, les cailloux, les mottes de terre, plus pesants que le blé, après en avoir séparé les poussières, charbons et autres corps plus légers. Le courant emporte les fragments de charançons et autres insectes, et, dit l’inventeur, nettoie le bon grain et le racle jusque dans les fentes de sa rainure. La laveuse de M. Rebel demande le passage de 40 litres d’eau par minute, prend la force d’un cheval-vapeur et nettoie de 15 à 30 hectolitres , suivant la marche du travail et la malpropreté du blé.
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- Je ne fais que reproduire les assertions des inventeurs, regrettant de nouveau de ne pouvoir, sans une sérieuse mise en service dans une usine non loin du Champ de Mars, contrôler la vérité de leurs affirmations.
- M. Maurel cite les nombreux moulins, en Provence, en Italie, en Suisse, en Afrique, où sont employées ses laveuses. M. Rebel déclare qu’il en a établi en Auvergne, dans le Tarn et à Moissac; il affirme énergiquement qu’elles fonctionnent à la grande satisfaction des acquéreurs....
- Maïs pourquoi faut-il que les visiteurs français et étrangers venus à l’Exposition dans l’espérance de pouvoir y acquérir une opinion cer*^ taine sur les procédés réunis au Champ de Mars, soient encore forcés de parcourir la France , l’Europe et même l’Afrique, quand il eût été si facile de leur mettre sous les yeux, en un seul point, les machines déjà amenées à Paris?
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- Bien connu comme industriel et comme commerçant, M. Toufflin a voulu faire à ses frais ce que nous aurions voulu voir exécuter sous la haute direction de l’administration supérieure.
- Il a construit un pavillon dans lequel il a installé tout ce qui concerne le nettoyage, la mouture et la panification.
- Ce pavillon, placé à l’angle sud-est du quadrilatère formé par le Champ de Mars, devant l’École militaire, près de la porte Tourville, est toujours rempli de visiteurs; la plupart s’empressent d’acheter, pour le goûter, le pain qu’ils viennent de voir fabriquer.
- Bien que M. Toufflin n’ait installé dans son pavillon, pour chaque opération, qu’un seul modèle, et qu’il n’ait pas cru devoir expérimenter différents spécimens de nettoyeurs, bluteurs, broyeurs, pétris-seurs et fours, il n’en a pas moins rendu un grand service, en faisant partiellement, lui, simple particulier, ce que l’État aurait dû faire plus complètement.
- Il a appelé l’attention de la foule, et cette étude aura certainement
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- des résultats importants, quand ce ne serait que par la discussion qu’elle soulève.
- Comme nettoyage etbluterie, il a choisi l’outillage dé la maison Rose frères , constructeurs à Poissy.
- •Le tarare aspirateur américain de M. Rose, agissant parle poids spécifique du grain soumis à l’épuration, dégage les blés germés, avariés, charançonnés, enlève line bonne partie de l’aillou, la cloque, le glouton, l’ivraie, lanesle, la rougeole, la paille, la pousière et tout ce que les anciens admirateurs du pain de ferme se faisaient un honneur de consommer. '
- Du même constructeur est aussi la colonne épointeuse à fil d’acier, ayant pour but de démoucheter le blé noir, en enlevant la petite pointe colorée que, dans certaines années, le grain porte à son extrémité la plus aiguë; une forte aspiration enlève la pouussière produite pendant le travail.
- Les trieurs perfectionnés de M. Rose séparent les grains en graines longues ou rondes; ils enlèvent l’orge, l’avoine, la nielle, la vesce et les autres graines légumineuses ou oléagineuses qui, à la mouture, produisent des piqûres, ou taches colorées altérant la blancheur et la qualité de la farine.
- Tous les nettoyages de M. Rose vont jeter leur poussière dans une chambre spéciale, mettant ainsi l’ouvrier meunier à l’abri de ces émanations malsaines.
- On sait, en effet, combien sont dangereuses pour la santé les pous sières de battage et de nettoyage ; rien que le séjour prolongé auprès d’une machine à battre pendant son travail, dans'certaines années surtout, est suivi de maux de tête et de nausées; ce qui fait suffisamment comprendre combien ces impuretés doivent être dangereuses quand elles arrivent jusque dans le pain.
- Au premier étage du pavillon Toufflin fonctionne aussi tin petit appareil nouveau dont le but est de mouiller légèrement le blé avant la mouture.
- Pour bien régulariser la quantité d’eau employée, les constructeurs ont fait une petite roue à godets qui marche d’autant plus activement qu’il passe plus de grains. S’il n’en passe pas, le mouilleur ne fonctionne pas; il se met en marche dès que le froment arrive du nettoyage.
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- Si ce dernier donne une quantité de 500 kilogrammes par heure, et que l’on veuille mouiller à 3 0/0, ou règle l’arrivée de l’eau à cette quantité; si par hasard il passait 1*000 kilogrammes, la proportion du mouillage resterait la même, car c’est le poids du blé passant qui active ou diminue le travail.
- M. Toufilin, qui, je crois, est propriétaire pour la France du brevet Carr, a choisi cet instrument pour réduire son blé en farine.
- Était-ce bien parmi les nouveaux engins celui qu’il aurait dû choisir?
- Ses concurrents disent que non; ses agents disent que oui.
- Les fabricants de meules de silex condamnent sans discussion la machine Carr, parce qu’elle est en métal.
- Comme pour les autres meules métalliques, où la boulange est au contact de l’acier, du fer ou de la fonte, ils prétendent que ces métaux font la farine bleue. Quand on leur demande pourquoi, ils ne peuvent trouver de réponse formelle.
- Ils sont assez affirmatifs pour la fonte, en supposant, bien hypothétiquement , que le contact de la farine la décarbure, ce qui la noircp.
- Ils disènt aussi, mais moins positivement, qu’il peut se détacher quelques parcelles ferrugineuses nuisibles à la santé. Quand cette dernière supposition serait justifiée, il serait encore préférable d’absorber quelques atomes de fer que des éclats de silex. ,
- En dehors de l’usage spécial pour la mouture, on reproche au broyeur Carr, et je crois que c’est avec raison, la dépense considérable de forces qu’il exige pour marcher même à vide, ce qu’il est facile de constater à première vue, en remarquant la largeur des poulies relativement à la petitesse des plateaux de travail.
- Comme le broyeur Carr est employé dans beaucoup d’installations d’usines, j’ai entendu beaucoup discuter sur les causes probables de ce besoin exagéré de forces que rien ne semble justifier.
- Le plus souvent on l’attribue à la résistance de l’air qu’ont à vaincre les barrettes des plateaux.
- Un ingénieur de beaucoup de mérite et de beaucoup d’esprit, M. Bourdin, inventeur de plusieurs machines fort ingénieuses, telles que l’appareil Dubroni, le compteur des voitures de place, et surtout du nouveau système d’embrayage sans point mort, si ingénieusement
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- employé aux pédales des machines à coudre, à émis à ce sujet une explication paradoxale, mais dans laquelle il y a peut-être quelque chose de vrai.
- —Voyez, dit-il, avec quelle facilité pivote une toupie et tout ce qui se tourne dans un plan parallèle à la surface de la terre.
- La machine Carr se mouvant, au contraire,.avec une extrême rapidité, perpendiculairement à la surface du sol, dans le sens de l’action de la pesanteur, ne trouverait-elle pas, par ce fait, des résistances particulières dont la loi n’a encore été ni recherchéey-ni, à plus forte raison, établie?
- Y aurait-il des phénomènes de pesanteur d’induction comme il y a des phénomènes d’électricité induite? N’y aurait-il pas production d’électricité ou d’aimantation par cette rotation rapide du fer et de l’acier?
- En tout cas, il est intéressant pour les industriels et les physiciens de se rendre compte du pourquoi la machine Carr demande une si grande force pour sa mise en mouvement à vide.
- Quoi qu’il en soit, M. Toufflin se déclare fort satisfait de ce broyeur, surtout parce que, m’ont dit ses agents, les barrettes rondes des plateaux pulvérisent sans déchirer, ne découpent pas le son comme d’autres appareils, elle détachent entièrement de toutes traces de matières comestibles.
- Celte dernière assertion est contestée par d’autres concurrents dont l’un m’a montré dans un bocal des sons encore fort gras, recueillis par lui à la sortie du broyeur Carr, et qu’il se faisait fort de rendre aussi nets que possible dans l’appareil dont il était le représentant.
- Quelles que soient les objections de détail, l’installation du Carr au pavillon Toufflin démontre victorieusement qu’il est possible de faire industriellement de la farine panifiable autrement qu’avec des meules en silex.
- A la consultation des hôpitaux de Paris, s’il vient un homme aux épaules déformées, aux membres nerveux, roidispar de cruelles douleurs, à la face d’un gris violacé exprimant un pénible sentiment d’angoisse et d’étouffement, le médecin de service ne s’y trompe guère.
- — Vous êtes ouvrier boulanger, dit-il.
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- Et il se hâte de signer la feuille d’entrée du pauvre diable, qui, s’il ne meurt pas bientôt d’un rhumatisme aigu, restera toute sa vie perclus de rhumatismes * chroniques, portant une altération profonde du système artériel et condamné à quitter un métier qui, s’il ne le tue pas, le rendra certainement infirme.
- Comment donc alors les pétrins mécaniques ont-ils autant de difficultés à être adoptés, dans les boulangeries autres que celles des grands établissements de l’État, les hôpitaux, les couvents, etc.?
- On dit que MM. les grands meuniers, qui possèdent une partie des fonds de boulangerie de Paris et qui les donnent à gérer à des contremaîtres à façon, n’ont aucune raison de faire la dépense d’un atelier mécanique tant qu’ils trouveront, moyennant huit francs par jour ou plutôt par nuit, des gens qui auront le courage de risquer leur santé, pour que la ville, eu s’éveillant , trouve tout apprêté son pain fraîchement cuit.
- Il y a d’autres raisons : d’abord le défaut de place dans les caves où l’on boulange ; puis, disent les adversaires des pétrisseurs mécaniques,! e geindre, qui a ses mains et ses bras plongés dans la pâte, en sent mieux les modifications et peut à sa volonté régulariser suivant la fermentation l’aération nécessaire; d’autre part, les pains vendus dans les boulangeries parisiennes, surtout dans les quartiers riches,, sont extrêmement variés, et la diversité de leurs sortes ne permet pas, dit-on, d’en faire de chaque espèce des quantités assez importantes pour monter une coûteuse machinerie qui débite beaucoup trop pour les petites quantités qu’on fait à chaque fois.
- Ces raisons peuvent être bonnes, bien que, suivant moi, tous les efforts tendant à supprimer ou au moins à soulager le dur métier du geindre auraient dû être plus encouragés qu’ils ne l’ont été jusqu’à présent.
- Ce n’est pas qu’il manque de pétrins mécaniques à l’Exposition ; il y en a, au contraire, un grand nombre de : MM. Boland, Louis Lebaudy, Ménesson, Durvie, Honoré Dumas, Lesobre, Michel Page; mais ils ne fonctionnent pas au Champ de Mars, et celui-là même qui est installé dans le pavillon Toulïïin est en générai immobile, et sert le plus souvent de tréteau pour porter les planches sur lesquelles sont disposés les petits pains avant l’enfournement.
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- Le seul pétrin que j'ai vu fonctionner de temps en temp3 est la pétrisseuse de M. Lecart, exposée dans l’annexe de La Bourdonnaie, à la classe 52. Celui-là est basé sur un principe absolument nouveau qui réussira peut-être à pénétrer dans les boulangeries et surtout dans les grandes fermes, où le pétrissage manuel du pain est toujours avec raison considéré comme une difficulté.
- M. Lecart est boulanger de profession ; il connaît à fond les nécessités auxquelles doit répondre un pétrin et les objections faites aux autres appareils munis de malaxeurs presque toujours métalliques dont on ne peut guère modifier la marche pendant l’opération : au lieu de chercher comme les autres à soulever la pâte par des bras droits ou en hélices qui l’étirent et la divisent peut-être un peu inopportunément, M. Lecart s’est ingénié à faire que ce soit la pâte elle-même qui, en se détachant du pétrin par son propre poids et en retombant en nappe, se malaxe et s’aère assez également et assez rapidement pour que l’opération ne dure que quelques minutes.
- L’appareil se compose d’une auge circulaire en forme de lentille, largement ouverte au centre pour que l’ouvrier puisse, en se penchant légèrement, y entrer les bras, la tête et la partie supérieure du corps. La pétrisseuse exposée peut contenir environ 500 kilogrammes de pâte, mais nous n’y avons guère vu traiter qu’environ la moitié de cette quantité. La farine, venant de chez MM. Aubin et Baron, y était mise d’un seul coup, et non par portions successives comme dans la fabrication ordinaire, mélangée avec l’eau et avec une très-légère fraction de levain, puis entraînée dans la rotation du tambour lenticulaire , rotation déterminée par une manivelle faisant tourner un arbre en fer qui sert d’axe à deux galets disposés parallèlement à deux autres et sur lesquels repose verticalement et librement la pétrisseuse.
- Après quatre à cinq minutes, quand le mélange est aussi complet que possible, on ralentit le mouvement, et, à mesure que la pâte formée arrive au sommet du tambour, elle s’en détache en lames et vient s’accumuler en s’enroulant dans la partie inférieure : — l’ouvrier boulanger , diminuant la vitesse de l’appareil et l’arrêtant de temps en temps, ramène avec une raclette la petite quantité de pâte qui adhère au bois dont est formé le récipient, plonge ses mains dans
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- la masse, l’étire et juge ainsi du moment où l'opération doit être arrêtée.
- Déjà, en 4814, Lembert, boulanger à Paris, avait inventé une machine à peu près analogue, nommée Lembertine, et qui se composait d’une caisse quadrangulaire en bois tournant sur son axe; mais la Lembertine était fermée hermétiquement, la pâte ne-prenait pas l'air, et la fermentation était incomplète, tandis que toute la théorie de M. Lecart est justement basée sur l’idée dominante d’obtenir au contact de l’air des cellules dans le pain par l’emprisonnement de cet air dans la pâte, plutôt que par le développement exagéré de l’acide carbonique déterminé pendant la fermentation et dont l’action détruit forcément une certaine quantité des matières alimentaires du blé.
- En 1867, pour éviter ce même sacrifice de matières alimentaires, M. Dauglish avait préconisé un système par lequel on insufflait dans la pâte, sans fermentation, de l’acide carbonique dégagé au moyen de l’action de l’acide sulfurique sur le blanc de Meudon.
- M. Dauglish alléguait que l’acide carbonique dégagé du blanc de Meüdoh coûtait moins cher que l’acide carbonique produit par la décomposition du glucose de farine, et évaluait à 20 0/0 l’économie obtenue par son procédé.
- J’ai cherché au Champ de Mars, sans les retrouver, les globes de M. Dauglish que j’avais vus installés à la boulangerie des hôpitaux de Paris et dans un grand établissement aménagé tout exprès à Londres, dans Oxford Street, autant que je peux me rappeler. Il est probable que l’usage n’aura pas donné raison à M. Dauglish.
- M. Lecart évalue plus modestement à 3 ou 4 0/0 l’économie-matière de son procédé; quant à l’économie-argent, elle serait, suivant lui, supérieure encore, et la qualité notablement meilleure.
- J’ai mangé deux fois du pain fait par le procédé Lecart : l’odeur en est agréable; la mie peut supporter sans se rompre un léger étirage, et les cellules, assez larges, offrent ce vernis brillant qui est un des signes les plus certains d’une bonne panification bien exécutée avec de bonnes farines.
- M. Lecart a, en outre, inventé un système de fours superposés et dont la coupole n’est élevée au-dessus de la sole que de la hauteur nécessaire pour enfourner le pain à cuire. N’avant pas reçu l’autori-
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- sation de le faire fonctionner au Champ de Mars, il n’a pu mettre sous les yeux du public cette disposition, qui, dit-il, réduit les frais et le temps de la cuisson.
- M. Lecart estime qu’avec la combinaison de ses pétrins mécaniques et de ses fours, il serait possible de créer à peu de frais et dans très-peu d’espace de petits établissements de boulangerie pouvant desservir un certain rayon, sans transport onéreux du pain fabriqué; il diffère en cela de MM. Barrabé etToufflin, dont, au contraire, le but est de prouver qu’il faut faire le pain dans de grandes manutentions, où le blé sera nettoyé, moulu, et le pain fabriqué par grandes masses, évitant ainsi les frais de transports entre les différents temps de la fabrication.
- Bien qu’ayant des points de départ très-opposés et un mode d’exécution bien différent, ces praticiens, l’un et l’autre, prétendent qu’il est possible de réduire très-notablement le prix du pain et d’arriver à la formule posée, je crois, par Lavoisier :
- Le pain au prix du blé,
- la quantité d’eau introduite dans la farine élevant à 120 kilogrammes le poids de cette farine transformée en pain, et cet écart de vingt kilogrammes en plus devant suffire pour payer les frais de mouture et de panification.
- Ces affirmations demandent à être sérieusement contrôlées.
- Il faut de plus tenir compte, au point de vue financier, de cette circonstance que le pain se paye assez rarement au comptant, soit à cause de l’heure à laquelle il est distribué, soit à cause du fractionnement de son prix, ou bien encore, le plus malheureusement, à cause des habitudes de crédit souvent facilité par le boulanger pour se rendre en quelque sorte maître de ses clients — pratique dangereuse pour lui-même et qui l’amène finalement à être dans la main du commerçant en farine.
- Plusieurs fois déjà, des personnes ne connaissant pas bien les questions commerciales se rattachant au commerce des grains, des farines et du pain, ont essayé d’apporter des améliorations à l’état actuel ; mais il s’est fait de grandes ruines autour de cette question, et elle a besoin d’être examinée avec prudence par ceux qui entreprendraient de la résoudre.
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- Je dois signaler à tous les industriels et ingénieurs qui s’occupent du traitement des grains les expositions bien intéressantes des sections autrichiennes et suisses.
- Il y a là des machines et des procédés tout à fait différents de la mouture française, et qui ont pris Une extension tellement considéarble qu’ils menacent gravement notre meunerie nationale.
- Déjà, depuis quelques années, le remoulage, c’est-à-dire l’écrasement des gruaux, après séparation de la première fleur et duson, se faisait entre des cylindres tenant très-peu de place, demandant beaucoup moins de force que la meule de silex et donnant une farine que les Autrichiens prétendent très-supérieure à ce que nos meuniers font de mieux.
- Le premier passage s’exécutait encore à la meule; mais Dusage- des cylindres ayant donné pour Y exécution de la seconde opération des résultats économiques très-satisfaisants, on chercha naturellement à s’affraqchir également, pour le premier broyage, des coûteuses et encombrantes installations de l’ancien système, et les constructeurs s’efforcèrent d’arriver à combiner des machines qui pussent travailler directement le grain sans meule de silex.
- M. Pini, de Vienne, expose la série d’outils au moyen desquéls il coupe d’abord le blé, l’écrase, enlève les germes, moud les gruaux et blute la farine.
- La machine à couper est très-intéressante : elle se compose de dix plateaux d’acier percés de trous à arêtes vives, qui tournent en face de couteaux horizontaux : le grain, tombant par une trémie, se prend dans les trous du plateau et est coupé par la rencontre de l’arête de ces couteaux avec le tranchant des barres fixes. L’écraseur se compose de trois cylindres : deux à courts rayons, se faisant face et agissant par leurs surfaces cylindriques sur la surface circulaire d’un troisième cylindre à rayon beaucoup plus grand, qui se meut entre eux deux.
- M. Hoerde, de Vienne, expose des machines à bluter par la force conlrifuge, d’autres outils de meunerie, ainsi qu’une très-ingénieuse disposition nouvelle pour purifier et classer les semoules au moyen d’une ventilation énergique.
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- U une de ces machines, dite Sensitiva, est construite de telle sorte que le produit à purifier est soumis depuis son entrée jusqu’à sa sortie à 35 courants de vent dans les machines anciennes et à 60 dans les nouvelles. À côté est la série Némelka de Simmering, de Vienne ; elle vient d’être achetée tout entière pour être expérimentée par un de nos meuniers français.
- Dans la section hongroise, MM. Granz et O, constructeurs à Buda* Pest et à Ratibor, nous montrent leur système complet de mouture uniquement par cylindres et sans autre opératiojnjmtérieure. Les cylindres sont en fonte trempée, matière pour la perfection de-laquelle M. Granz lutte avec le célèbre Gruson, de Magdebourg. Ces cylindres sont cannelés en hélice, plus ou moins éloignés ou plus ou moins profonds suivant les degrés de finesse des produits qu’on veut obtenir.
- Ils sont lisses dans les machines destinées à terminer le travail en mettant en farine les gruaux résultant des premiers passages.
- M. Granz convient que ses appareils font, du premier jet, moins de farine panifiable et plus de gruau ; mais il estime qu’après les trois opérations qu’exécutent ses moulins cylindriques, la farine est meilleure, plus fine et mieux classée que celle obtenue par nos meules. Comme preuve de cette perfection relative, il signale que, depuis 1874, il a vendu plus de 1,650 moulins compresseurs.
- M. Granz énonce ainsi la marche de ses machines :
- Les principales opérations de la mouture haute sont les suivantes :
- Le broyage, la désagrégation, la conversion définitive en farine;: chacune de ces trois opérations suivie du sassage et du nettoyage de la boulange obtenue.
- Le blé, après être épointé et nettoyé sur meules, ou sur toute autre machine de ce genre, est d’abord cassé dans un moulin broyeur à cylindres strié de grosses cannelures.
- On broie trois, quatre et même six fois de suite sur les cylindres, selon le degré de finesse à obtenir et selon la mouture plus ou moins énergique, en se servant graduellement, pour chaque opération suivante , de cylindres de plus en plus fins.
- En divisant la boulange obtenue, on obtient :
- De la farine de premier jet, mais beaucoup moins que sur meules
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- (pas même la moitié autant) et de beaucoup plus blanche , puisque les sons ne sont jamais si énergiquement attaqués par les cylindres que par les meules;
- De gros gruaux auxquels adhèrent encore des particules de sons;
- Des gruaux fins et de. la grosse farine entremêlée de particules de sons que Ton doit en séparer par les aspirateurs. Le dernier résidu ne doit contenir que des sons purs.
- Les gros gruaux du broyage sont désagrégés sur des cylindres à surface unie où ils sont écrasés pour pouvoir en séparer les sons des gruaux fins. ~
- Quand on travaille du blé dur, les cylindres sont commandés seulement par la friction de leur surface, ce qui attaque moins la boulangé, tandis qu’on emploie des roues motrices de diamètres différents en travaillant du blé tendre, comme aussi dans la mouture forcée'.
- En divisant le produit de celte seconde opération, au moyen des sasseurs ou sur des tamiseurs centrifuges, on obtient des farines fines, des gruaux fins et de la grosse farine graveleuse, lesquels se détachent très-bien sûr le nettoyeur de M. Ch. Haggenmacher des sons adhérents encore : la grosse et les gros sons, avec les gruaux fins qui y adhèrent encore, sont, ou passés de nouveau entre les cylindres à surface unie ou à cannelure fine, ou bien on peut les finir sur meules. ,
- Les gruaux fins nettoyés et les grosses farines ainsi obtenues sont livrés aux convertisseurs à cylindres lisses et à vitesse différentielle, pour y être terminés.
- La farine obtenue par ces cylindres est de beaucoup plus blanche que celle fabriquée par les meules.
- Pour le convertisseur, M. Ganz vient d’appliquer une nouvelle construction brevetée, système Mechwart, permettant de travailler avec la pression que l’on juge nécessaire pour chaque opération, sans que cependant les coussinets s’échauffent, puisque la friction y est complètement annulée.
- Les anneaux en acier, tendus siir les axes des deux cylindres extérieurs, tournent avec eux et absorbent ainsi la pression, eii transformant la friction glissante en un frottement roulant d’où résulte une grande économie en force motrice.
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- M. Wegmann, de Zurich, à voulu, tout en conservant le système des cylindres, échapper au reproche que Ton fait généralement à remploi des métaux pour la réduction des blés en farine : il a revêtu les rouleaux de manchons en porcelaine de 2 centimètres d’épaisseur.
- Les premiers instruments de cette espèce étaient uniquement destinés à la seconde mouture des gruaux venant de grains déjà écrasés par d’autres procédés ; une machine nouvelle, inventée par le même constructeur, fait aussi, avec des cylindres, la première opération; seulement, au lieu d’être lisses, les rouleaux sont à pans coupés, et chaque facette est elle-même creusée de cannelures , qui sont également striées.
- La théorie de M. Wegmann s’appuie sur sa conviction que les cellules contenant les parties farineuses se fendant sous une pression faible, on ne pourrait obtenir mieux en exerçant une pression plus forte : aussi, dit M. Wegmann, la machine exposée, qui est à cylindre en porcelaine à vitesse différentielle, n’exige pas plus de la force d’un cheval pour remoudre environ 450 kilogrammes à l’heure.
- Il n’y a, ajoute le constructeur, aucun avantage à augmenter ce travail, car il se formerait une couche trop épaisse entre les cylindres, d’où il résulterait que toutes les parties des gruaux et écales n’étant plus en contact immédiat avec les cylindres, une partie serait soustraite à leur action, et les parties farineuses encore adhérentes aux écales n’en seraient pas détachées.
- Tous les corps étrangers et plus durs que les substances farineuses échappent au broiement, et cela parce que, pour les laisser passer, les deux cylindres extérieurs s’éloignent des deux intérieurs, ce qui est uniquement rendu possible parla pression automatique qu’il donne aux cylindres extérieurs
- Les mécaniciens suisses semblent attacher une grande importance à tous ces instruments de meunerie qui sont établis avec les plus grands soins de fonte et de construction. Les machines de Ml Millot, à Zurich, sont surtout parfaitement montées et donnent d’excellents résultats : il en est de même du sasseur rotatif de MK.' Buhlmann et Eunz, qui décrivent ainsi leur procédé :
- « Après être assortis par les tamis, les gruaux tombent sur des plateaux en fer, qui tournent avec une vitesse de 170 tours par minute.
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- Les bons gruaux, qui sont en même temps les plus lourds, sont jetés dans le compartiment extérieur : la force de projection sur les gruaux inférieurs et plus légers étant moins grande, ceux-ci tombent dans le compartiment du milieu, tandis que les matières très-légères et nuisibles sont entraînées par le courant d’air aspirateur dans la chambre à poussière. Ainsi le but est atteint d’une manière très-simple, mais parfaite, par la combinaison heureuse de la force centrifugé avec l’aspiration. »
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- Nous avons insisté sur les machines autrichiennes et suisses, parce qu’elles démontrent une véritable révolution dans l’industrie de la meunerie; nous avons aussi reproduit, mais sans les garantir, des assertions qui, si elles étaient pleinement justifiées par la pratique, enlèveraient une grande partie de leur valeur aux gigantesques constructions qui couvrent nos cours d’eau, et de nouveaux industriels, possesseurs de petites locomobiles, pourraient établir dans les espaces les plqs restreints des ateliers de mouture, luttant de perfection avec nos marques les plus renommées.
- C’est là un sujet grave, digne en tous points d’attirer l’attention de M. le ministre de l’agriculture et du commerce.
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- CARROSSERIE
- Yoici venir une véritable industrie parisienne. Sauf deux ou trois voitures anglaises ou américaines, notre exposition française, surtout en voitures de luxe, est, sans contestation, supérieure à toute autre par le nombre d’abord, puis par la perfection des modèles et de l’exécution.
- Les documents officiels évaluent à 4 00 millions de francs la valeur de la production annuelle en France et à soixante mille le nombre des ouvriers de l'industrie des voitures. Ils sont tous bien payés, de 4 à \% francs par jour, suivant leur talent : quelques-uns, plus habiles, travaillant à la tâche, se font encore de plus fortes journées.
- Que d’industries secondaires vivent encore de la carrosserie ! les fabricants de ressorts et d’essieux, les quincailliers spéciaux , les lan-terniers, les plaqueurs, les passementiers.
- Dans lés matières employées sont les fers et tes aciers français, les bois indigènes : chêne, frêne, orme, noyer, hêtre, acacia,peuplier, poirier ;
- Les bois étrangers : acajou, hickory, tulipier, teakj
- Les cuirs, maroquins, draps, reps, satins, moquettes, passementeries , glaces, toutes matières absolument françaises et dont il est ainsi consommé des quantités importantes.
- Les machines-outils appliquées avec grand avantage par les constructeurs de charronnage, de roues, de ressorts et d’essieux entrent difficilement dans les ateliers parisiens de la carrosserie de luxe.
- C’est un préjugé qui sera difficilement déraciné de l’esprit et de»
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- clients et des constructeurs, persuadés à tort que les scies à rubans, les mortaiseuses, les toupies, les pilons et les perceuses ne font pas aussi bien que la main de T homme.
- Il est certain que le travail manuel est indispensable pour obtenir un certain fini, une élégance dernière; mais tout ce qui demande un développement extrême de la force, tout ce qui a besoin.de strictes proportions est aussi bien et mieux obtenu par les procédés mécaniques.
- Le préjugé consistant à croire que remploi des outils automoteurs appliqués avec discernement est une concurrence au salaire des ouvriers, est également faux. Au contraire, la consommation s’en accroît dans des proportions considérables, et tout le monde en profite.
- Aussi le nombre des carrossiers s’aidant des machines, non directement, mais en achetant des roues, essieux, ressorts et autres pièces de voitures toutes faites, s’accroît-il chaque jour, et, quand ils ont assez de goût pour choisir un bon modèle chez les maîtres de leur industrie , ils arrivent à fabriquer des voitures fort convenables et qui se vendent très-bien.
- En 1878, Cent soixante voitures au moins ont été rangées au Champ de Mars. En 1867, il n’y en avait que soixante-dix. Jusqu’en 1867, c’est-à-dire en 1851,1855,1862, une seule grande maison française, MM. Belvalette, suivait les expositions et s’en trouvait bien. Cette année, à l’exception de M. Erhler, tout le monde est venu : placées sur trois rangs, les voitures occupent les deux tiers delà première galerie, s’étendant depuis le vestibule d’Iéna parallèlement à l’avenue de la Bourdônnaye.
- On peut, à première vue, constater la présence de plusieurs mail-coâch dans la section française. — En 1867, Belvalette seul avait osé amener un mail français pour lutter avec les mails anglais de Peter et de Hooper; cette année, il y en a sept ou huit.
- La présence de ces voitures, considérées par les carrossiers comme le critérium d’un fabricant, est un signe caractéristique des progrès atteints dans nos ateliers : la conception et l’exécution de ce type classique de l’ancienne diligence anglaise devenue aujourd’hui le nec plus ultra de la haute vie demandent de longs mois, plus d’une année. —
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- CARROSSERIE. IS3
- Oser innover dans les proportions ou les aménagements d’un mail est en carrosserie une hardiesse grave.
- Les mails sont tous sur le même modèle les différences sont peu appréciables. Cependant, en y regardant avec attention, on voit que les uns ont donné plus d’importance à la caisse centrale, les autres , au contraire, l’ont amoindrie et resserrée pour donner plus de développement aux installations extérieures.
- En général, le choix des couleurs, le plus souvent train rouge et caisse bleue, est satisfaisant; mais j’aime moins les cuirs jaunes, daim gris, qui papillotent et ôtent dé la distinction à cette voiture sérieuse. — Le mail est une voiture classique de chasse, de courses, de campagne , dont la peinture doit être adaptée à l’usage. — Ainsi je trouve que M. Million a eu tort de peindre son mail avec le fond vert et les filets blancs d’une voiture de ville. Je préfère de beaucoup le train jaune et la caisse brune de l’Anglais Holland, bien que sa forme soit démodée, et même le mail tout rouge de Kelner, malgré la teinte un peu laquée de son vermillon. Le mail Belvaletle, celui de l’Américain Brewster et le très-remarquable similaire de Laurie Marner, tous les trois caisse bleue et train vermillon franc, sont de vrais chefs-d’œuvre de carrosserie.
- La voiture anglaise est la plus séduisante à l’œil, mais je crains que le passage de roues, qui donne justement cette élégance d’aspect, n’ait forcé le constructeur à faire ses ressorts de l’avant-train un peu courts et par conséquent un peu durs.
- Les autres mails français ont été présentés par MM. Million, Desou-ches, Furstemberg, Rotschild, Morel, Labourdètte.
- Les voitures de gala à housses tendent à disparaître; il n’y en a qu’une en France, le grand coupé huit-ressorts fait par Rotschild pour le prince Ypsilanti. — La voilure du lord-maire, de Laurie Marner, malgré ses sculptures dorées trop lourdes et surchargées , doit être visitée et admirée pour la forme de sa caisse par tous ceux qui s’intéressent à la haute carrosserie.
- Citons dans la section française une voiture de cérémonie, qui tient le milieu entre les voitures d’apparat et les voitures d’usage : c’est le grand landau à cinq glaces, de M. Binder aîné. — Trop lourd pour deux chevaux, il aura un très-grand air, étant attelé à quatre.
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- Arrivons maintenant aux voitures d'usage. Commençons par les lam\ daus, devenus à la mode aujourd'hui, avec tant de raison , depuis les perfectionnements apportés.
- Les anciens landaus allemands formant équipage tantôt fermé, tantôt découvert, étaient fort laids et assez incommodes ; il fallait beau* coup de temps pour les transformations. Aujourd’hui, les modifications sont instantanées. D’abord on pouvait bien abattre là capote de l’arrière, mais le vitrage de devant restait fixé. Tout cela joignait assez mal , et l’eau et le vent filtraient par les fentes.-Les glaces latérales arrêtées dans la toiture empêchaient l’ouverture des portières ou se détraquaient dans la manœuvre.
- De plus, comme le toit était mobile, il fallait renforcer beaucoup la caisse, si bien qu’on était obligé d’enjamber comme si l’on entrait' dans une baignoire.
- Tous ces inconvénients ont aujourd’hui disparu. Si nous examinons le landau exposé par MM. Belvalette, — véritable type du landau moderne, — nous voyons d’abord que la double capote s’abat avec une extrême facilité par l’heureuse disposition des cercles, qui, différant de diamètre, rentrent en s’abattant les uns dans les autres, évitant ainsi de produire la disgracieuse épaisseur de soufflet de forge comme dàns les landaus primitifs.
- Les compas étant solidaires, il n’y a pas, comme autrefois, à faire le tour de la voiture pour les redresser. De plus, un ingénieux ressort précipite ce redressement dès qu’on a dépassé le point de bandage du ressort.
- Au lieu de maintenir la portière dans la hauteur de la caisse, on l’a descendue assez pour que les personnes qui sont dans le landau n’y soeint.pas plus encaissées que dans une calèche.
- Les glaces, placées dans une première coulisse enchâssée dans les coulisses naturelles de la portière, descendent d’elles-mêmés quand on ouvre.
- Enfin le rebord à franchir en entrant ou en sortant est diminué par une heureuse application de l’acier.
- Pendant quelques années MM. Belvalette avaient même supprimé ce rebord, en établissant le fond même de la voiture par une tôle d’acier ; mais le poids trop élevé du métal a fait renoncer à ce procédé*
- Il y a de beaux et bons landaus exposés par presque tous les car-
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- rossiers de Paris. Le gris foncé de Mi Desouches est d’une belle coupe. La province et l’étranger commencent, eux aussi, à bien fabriquer le landau; celui de M. Planté-Monpribat, de Pau, ne le cède pas aux voitures parisiennes, pas plus que celui de M. Sala, de Milan.
- Une voiture nouvelle, dérivée du landau, commence à prendre faveur : c’est le landaulet, qui est au coupé, surtout au coupé trois quarts, ce que le landau est à la vieille berline. MM. Bel Valette ont été des premiers à perfectionner le landaulet, dont ils commencent à vendre presque autant que de coupés. C’est une_excellente innovation , surtout pour les femmes qui ne tiennent pas à étaler leurs jupes dans une Victoria.
- Beaucoup de carrossiers ont exposé des landaulets; il me semble en avoir vu un dans la section russe.
- Les coupés à un cheval sont nombreux. La forme carrée, actuellement adoptée partout, ne me plaît guère. Il me semble que j’ai souvenir de coupés mieux dessinés, en 4867. On a essayé quelques nouveautés dans le mode d’ouverture, un des inconvénients du coupé, étant donné l’amplitude des jupes modernes pénétrant assez difficilement par les portières qui ne peuvent s’ouvrir sur plus de quarante-cinq degrés. Le coupé est plutôt adopté par les hommes.
- Un carrossier parisien, M. Desouches, je crois, a eu l’idée d’entailler le panneau de la portière pour qu’elle puisse se développer par-dessus la roue, ouvrant plus largement l’entrée et servant en même temps de garde-crotte. Un autre carrossier l’ouvre de gauche à droite vers le train de devant; je ne sais pas trop ce qu’il y gagne, et il est forcé de mettre une aile devant la roue de derrière.
- Les omnibus exposés sont tous assez laids et peu commodes : c’est encore un type à chercher.
- Le seul à peu près bien est le petit omnibus de M. Jeantaud, pareil à ceux de la compagnie des fiacres de Paris.
- Les voitures à deux roues sont en grand progrès; le cabriolet et le tilbury de nos pères ont absolument disparu. C’est le cart qui domine ; nos carrossiers parisiens y excellent; cependant, comme exécution et surtout comme prix, nous préférons encore la jolie charrette anglaise de John Robert affichée 22 livres sterling.
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- L’industrie des fleurs et plumes, occupant en majorité les femmes, assure un salaire rémunérateur pour beaucoup de jeunes filles et de mères de famille, et ce n’est pas seulement la fabrication des fleurs en elle-même, mais encore leur utilisation, leur adaptation à diverses pièces de l’habillement, qui donne satisfaction à cette classe si intéressante des femmes voulant vivre dans la noble indépendance que donne le travail personnel.
- La production annuelle française peut être estimée à 25 millions de francs pour les fleurs et à 15 millions pour les plumes destinées à la parure. Dans ces 40 millions, les matières premières entrent, au minimum, pour trois cinquièmes; c’est donc 16 millions de salaires répartis pour les femmes et à 2 fr. 50 par jour, plus souvent 3 fr. 50, quelquefois davantage pour les ouvrières laborieuses et habiles.
- Depuis dix ans, le nombre des ateliers réguliers de fleuristes^ de 2,000, s’est élevé à 3,000.
- Il y a de plus tous les ateliers accessoires, quincaillerie spéciale, fils de fer et autres matières, verroterie, jais, émaux, clinquant, baudruche, gutta-percha, côllodion, jusqu’aux apprêteurs et négociants en peaux garnies de plumes, y compris les teinturiers spéciaux et même les chasseurs d’autruches sauvages et éleveurs d’autruches domestiques. _ '
- En dehors des ateliers, beaucoup de femmes, surtout dans les communautés religieuses, les maisons de retraite, fabriquent des fleurs sous l’inspiration de leurs propres idées, les vendent, ou en font des dons aux églises. Souvent, il faut l’avouer, ces productions personnelles sont naïves et en dehors de tout progrès industriel ; mais quelquefois aussi des dames riches occupent leurs loisirs à fabriquer des
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- fleurs absolument supérieures, par leur exécution matérielle et surtout par le goût exquis de leur disposition, à tout ce que le commerce courant peut produire.
- Alors, c’est un art véritable, comme la peinture ou la sculpture, mais un art plus propre, plus gracieux, plus féminin. Au point de vue des intérêts français et parisiens, il est bon que les personnes n’étant forcées d’économiser ni le temps ni l’argent se livrent à la fabrication de produits d’un ordre plus élevé, maintenant ainsi dans les expositions, aussi haut que possible, la juste renommée de la France, si lucrative pour nos ouvrières.
- Il n’est presque pas de matières végétales ou animales qui n’aient été essayées dans la composition des fleurs et feuilles. ?
- En Chine, dit M. Natalis Rôndot, « sous les Tchéou postérieurs (951 à 960), il fut enjoint aux dames du palais de faire des fleurs de pêcher avec des feuilles de mica, et de s’en parer lorsqu’elles devaient manger à la table de l’Empereur, et celui-ci promettait sa faveur à la dame dont les fleurs seraient les plus belles. On imita les fleurs de pêcher jusqu’au jour où des fleurs de prunier, détachés par le vent, tombèrent sur la joue de la princesse Cheou-Yang; plus tard, on remplaça les fleurs artificielles par des poissons faits de fils de soie, que l’on appelait yu-meï-tse (grâces de poissons). »
- Dans ce même pays, vers 1775, on employait la moelle de toung-tsao, les fils de soie, les plumes, le jade, la porcelaine, l’agate, les coquilles, le corail. — Le père Hue vit un jour, dans une lamaserie, des fleurs « admirables de formes et de coloris » exécutées en beurre spécialement pour la fête des fleurs.
- Les Génoises employaient la fine batiste peinte au pinceau; au commencement du dix-huitième siècle, Bologne et Venise, pour faire des fleurs, martelaient, ciselaient l’argent et le vermeil; Naples poussait l’imitation de la nature jusqu’à imprégner le calice de la fleur factice avec l’essence de la fleur naturelle.
- Sous la Restauration et sous Louis-Philippe, les comptes fendus do chaque exposition démontrent un enthousiasme nouveau pour les inventions de l’année. En 1823, c’est le fanon de baleine dédoublé; en 1827, le papyrus; en 1836, on récompense les fleurs en cire et l’on signale les fleurs en pain à cacheter; en 1844, le papier de riz est
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- déclaré vainqueur. Aujourd’hui, bien que la mousseliue et le nansouk, diversement apprêtés, forment le fond de la fabrication, on emploie tout, jusqu’aux mousses et aux herbes des champs séchées, teintées, brillantées.
- Dans le vestibule de l’École militaire, on fait des fleurs èn émail, ce qui n’est pas bien joli, ou en plumes, ce qui ne souffre pas la médiocrité , surtout quand il s’agit de copier la nature. —M. Carchon arrive cependant à produire ainsi des bouquets d’un certain effet; mais, à mon avis, il ferait mieux de porter son talent sur la fabrication des fleurs de fantaisie, où les plumes sont si heureusement employées.
- L’étalage de M. Hiélard est un véritable modèle en ce genre; c’est la fantaisie dans ce qu’elle a de mieux réussi. — La vitrine de MM. Guyot et Migneaux, cachée comme exprès dans le recoin le moins en vue de la classe , renferme en ce genre un véritable chef-d’œuvre : c’est une couronne de chêne faite entièrement avec des plumes d’oiseaux rares et surtout de gorgerettes, de colibris ou d’oiseaux-mouches. Cette composition est véritablement une belle chose.
- M. Marienval a fait des chapeaux entièrement composés en plumes de divers oiseaux : l’un est blanc résilié, agrémenté de perles; l’autre est brun, en lophophore, je crois; on me dit que c’est du siphylex : je le répète sans l’affirmer. Au-dessus des chapeaux, M. Marienval expose simplement des lignes étagées de plumes d’autruche, blanches ou teintes, pour montrer la gamme classique dont il dispose; il y joint quelques fantaisies de teinture et d’apprêt, entre autres une plume nuancée rose très-jolie.
- Pour tapisser le sol de sa vitrine, M. Marienval a étendu, comme de la mousse, des brins de plumes de paon frisés du meilleur effet. — Dans une vitrine voisine, la même maison expose des fleurs et feuillages; — la plante la plus réussie est une touffe de pissenlit d’où s’élèvent côte à côte les fleurs jaunes et les boules légères dont Je moindre souffle fait envoler les aigrettes.
- A côté, M. Bàulant, si connu des amateurs de fleurs artificielles imitant scrupuleusement la nature, s’est encore surpassé cette année. Ses roses trémières, son lilas blanc et surtout violet , ses narcisses et son bouquet d’aillau sont admirés, même par ses confrères. — Il en
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- est de même du bouquet de pivoines que M. Bourdin-Marly a mis en vue sur la façâde de l’avenue Saint-Dominique.
- Une autre vitrine émeut beaucoup la corporation des fabricants de fleurs par la faveur unanime que les visiteurs témoignent hautement en l’examinant. — L’exposante est une châtelaine du Poitou, madame la baronne de Soubeyran, de Mortemër (Vienne).
- Est-ce la merveilleuse habileté d’arrangement qui a présidé à l’installation de ces fagots de roses, reines, des quatre saisons, thé, maréchal Niel, etc.? Est-ce le sentiment particulier de la nature vraie qui anime ces charmants produits, dont la facture échappe si heureusement à la roideur de l’exécution professionnelle? L’impression en est saisissante, instantanée pour les ignorants comme pour les plus instruits.
- Il faut plus de temps et d’attention pour apprécier comme elle le mérite l’exposition de M. Caillaux. Cette maison est vouée au blanc! La parure de mariée est sa spécialité : aussi l’imitation de la fleur d’oranger y est poussée au dernier degré de perfection.
- Les pétales sont transparents et légers, les boutons d’une ressemblance inouïe; il n’y manque que l’essence odorante. De longues lianes de jasmins, chèvrefeuilles, clématites servent de cadre aux seringats, aux lauriers-thym entourés d’une bordure de fraisiers épanouis.
- Nous voudrions nommer chacun des auteurs de ce parterre merveilleux; mais notre article deviendrait un véritable catalogue, èâtons-nous donc de citer madame Delaroehe pour ses fleurs de pommiers et de cerisiers; M. Pommeret pour son palmier; M. Dubosq-Hofmayer pour ses mimosas et ses lauriers-roses; M. Humbert pour sa jonchée de boutons d’or servant de fond à la robe fond bleu garnie d’un tablier de myosotis. Cet exposant a, sans le savoir peut-être, tiré un bon parti des lois de Chevreul par un assemblage méthodique des couleurs complémentaires.
- Quand nous aurons appelé l’attention sur les tissus de plume, sorte de peluche, fabriqués par M. Mirlil Mayer, nous abandonnerons la section, non sans jeter un regard d’envie sur le fruitier de M. Alberti; ses grappes de raisin, ses prunes, ses amandes, ses figues et surtout ses framboises sont trop tentantes : ce n’est plus seulement de l’imitation, c’est une véritable falsification de la nature.
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- Je ne sais pourquoi M. Poussielgue-Rusand a eu la place d’honneur dans la classe XXI : quand on se rappelle les chefs-d’œuvre de la Renaissance, quand on pense aux vases merveilleux enfouis dans les cathédrales, et qu’on voit les tristes objets dont se compose l’exposition de M. Poussielgue, on sent combien le bon marché doit être cherché à tout prix par les fabriques ou les donataires. C’est un signe des temps.
- La dorure est commune, les émaux manquent de finesse ; il n’y a pas jusqu’à la statue en argent repoussé, destinée à la cathédrale de Bourges, qui ne soit faite à l’économie, sinon de matière, au moins de travail.
- L’autel en bronze doré qui doit aller orner la cathédrale d’Auch est établi de telle façon qu’on ne sait si c’est du bois ou du bronze qui se trouve sous la dorure. Ce n’est pas qu’il ne se rencontre quelques jolies pièces dans les vitrines de M. Poussielgue-Rusand*, quelques calices et quelques burettes sont d’un joli dessin et d’une garniture plus fine que les autres objets; notons surtout une crosse émaillée, une aiguière garnie d’améthystes, d’aigues-marines et de topazes qui paraissent vraies.
- La châsse faite pour la cathédrale de Chartres est d’un très-beau i modèle; mais pourquoi avoir entouré les glaces d’un cadre de faux | diamants qui ne font illusion à personne? On fait aujourd’hui si bien v les fausses pierres de couleur que si l’on veut dresser une ornemen-
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- tation imitant les pierres fines, il est toujours préférable de combiner des reliefs en pierres colorées, surtout pour des fournitures d’église qui sont vues plutôt au jour qu’à la lumière.
- La garniture de bureau, le couvert or rouge et or vert de M. Aucoc, style Louis XVI, sont d’un très-joli goôt etd’un travail assez fin.
- Les figurines de M. Fizaine sont très-bien détaillées J malgré le peu de prétention au grand air, son service de toilette or et argent et d’autres vases de toilette, l’un avec cbimères, l’autre avec sirènes, doivent être loués absolument.
- L’exposition de M. Veyrat est bonne, mais moins hardie; il y a cependant des vases élégants. Une table dont le plateau consigne les principales dates de la vie législative de M. Lemercier aurait pu être plus gaiement conçue tout en relatant les mêmes faits. ~
- La vitrine de M. Cosson-Corby est remplie de bonne orfèvrerie courante, mais sans nouveautés saillantes.
- M. Mérite, au contraire, montre des spécimens de procédés nouveaux; notons surtout : un plateau gravé à Peau-forte avec une perfection rare, représentant des joueurs de jacquet ; — un service à thé Louis XVI avec rehaut de très-léger semis d’or repoussé et sculpté ; les guirlandes, les têtes de satyre rappellent les œuvres les mieux travaillées de la Renaissance;—un sucrier tout argent évidé et ciselé, surmonté d’une chimère; — enfin, comme procédé tout à fait récent, un service à café, plateau et tasses d’un ton d’or rose avec dessins gravés d’or vert et d’argent blanc et oxydé ; le ton rose mat obtenu par un procédé appelé semis d'or rappelle , en un peu plus pâle, la teinte si jolie, mais si fugace, du cuivre naissant ; un service de table niellé, une cuiller à sucre or oxydé et spatule niellée ont été acquis par le musée des beaux-arts de Berlin; —une cafetière Louis XV repoussée et ciselée avec une netteté tout à fait précise.
- La maison Odiot n’a pas démérité de son ancienne réputation ; c’est bien la belle et bonne orfèvrerie française dans ce qu’elle a de plus solidement beau et de plus honorable. Le grand surtout de table , les deux buires à couvercle, le vase sur lequel on lit : Prix Gladiateurr l’aiguière ornée de faunes et de bacchantes sont aussi beaux que les plus belles choses qu’on ait jamais faites.
- Parmi les objets moins importants, mais cependant de premier ordre,
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- je signale aux amateurs i’encrier de la garniture de bureau placé entre le vase de Dauville et l’aiguière avec bacchante.
- Du même fabricant , une petite Renommée gagnée par Nélusko aux . courses de Paris en avril 4868 est peut-être un peu plus sévère que les pièces nouvellement faites, mais cependant d’un bon style.
- La maison Froment-Meurice est moins classique et plus romantique que la maison Odiot ; ce n’est pas sêulèment de l’orfèvrerie, mais des objets d’art, d’ameublement et d’ornements personnels. Il y a même quelques objets d’église, entre autres l’ostensôîr~~offert par feue S. A. R. madame la comtesse de Bardî à l’église de Notre-Dame du Sacré-Cœur d’Issoudun, dessiné par M. Henri Lanière. :
- La vitrine des objets d’art fabriqués tout à fait nouvellement par la maison Meurice renferme des objets très-remarquables qui ne sont appréciables à leur vraie valeur que par les délicats qui savent regarder et voir. L’aiguière' en cristal de roche, montée en vermeil ët omée d’une guirlande de fruits et de perles fines à feuillages émaillés, a été exécutée pour S. M. le roi d’Espagne.
- La coupe formée d’une écaille d’huître à perle, dans laquelle a été fixée par la nature une grosse perle et qui a été fabriquée pour madame Candamo, les pièces exécutées sur la commande du duc d’Aumale sont tout à fait dignes de l’ancienne fabrication de la maison, au temps où M. Froment-Meurice créait ce genre qui rappelle l’époque du romantisme en littérature comme en art.
- Il y a encore dans une vitrine placée à un plan reculé deux pendeloques dignes d’être portées par les héroïnes de Balzac : en dirait d’une exposition rétrospective des bijoux de madame de Rochegude ou de madame de Listomère. 11 n’y a rien là pour les héroïnes de M. Belot, de M. Daudet. Peut-être cependant l’Hélène du célèbre roman Laide, par Juliette Lamber, aurait-elle acheté le Centaure couronné par la Victoire, groupe en argent repoussé, porté sur un socle d’argent orné de niellurés d’après le modèle de M. Émile Carlier. La Victoire est bien un peu lourde pour les reins du Centaure ; mais la victoire n’est-elle pas toujours pesante , pour le vainqueur comme pour le vaincu ?
- Dans le même compartiment se trouve aussi une parure : peigne, boucles d’oreilles et collier en or massif dans le genre des anciens
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- bijoux romains conservés à la Bibliothèque nationale dans la section des médailles; mais, qui oserait la porter? quelle est l’encolure de déesse, de reine ou de comédienne capable d’orner le bijou et d’être ornée par lui ? Il me semble qu’il irait bien au cou de Sarah Bernhardt, comme présent de noce du duc de Richelieu au dernier acte de Mademoiselle de Belle-Isle.
- MM. Fannièrè, sculpteurs-ciseleurs, rentrent encore dans le genre des artistes aimés dé Balzac et de Théophile Gautier; mais y a-t-il encore un public pour ces sortes de productions? Je l’espère, car il faut pour acquérir ce genre de chef-d’œuvre deux conditions qui ne se rencontrent plus souvent : le sentiment artistique pour les apprécier et l’argent pour les acheter. '
- Cette fois la commission d’achats de la loterie s’est chargée du choix et va forcer le public à avoir bon goût. Ainsi le plateau, là cruche à bière et les deux vases acquis par la loterie sont d’un style charmant, bien que l’usage auquel ils sont destinés puisse paraître ne pas exiger desf vases d’un tel mérite.
- L’aiguière et le plateau en repoussé, appartenant à madame Marie Blanc, ornés d’amours, d’oiseaux et de plantes aquatiques; un Bellé-rophon terrassant la Chimère. Le modèle en plâtre de la Flore qui sera exécutée en argent est du plus grand art. La poignée de Claymore, en acier repoussé, a été offerte au général Charette par les dames de Rennes; c’est un beau morceau et un objet rare.
- Dans un ordre moins élevé, mais encore en très-bonne orfèvrerie, sont les étagères de MM. Adolphe Boulenger.— M. Émile Philippe, qui fait aussi les bijoux émaillés et les orfèvreries d’art, a disposé dans une petite vitrine différents objets en matières précieuses, telles que cristal de roche, jade, ivoire, onyx, diversement montés : au miliëu est un miroir rond dont la poignée est figurée par une jolie statuette égyptienne, et qui a été acheté par la commission de la loterie.
- M. A. Frenais, dans sa vitrine où il a exposé un gigantesque service représentant la flore et la faune des pays tropicaux, a placé, pour l'instruction du public, l’intéressante série des opérations que doit supporter une planche d’argent pour être transformée en fourchette ou en cuiller : le premier découpage et les transformations successives jusqu’au cintrage et au polissage; il en fait de même de ce qu’il appelle
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- le métal eælrablanc : ici l’estampage et l’intervention mécanique sont encore plus accentués.
- MM. Taburet et Boin joignent aussi la bijouterie et le travail artistique des métaux précieux, à leurs produits d?orfèvrerie courante. Une petite tasse argent et or est garnie d’une nouvelle forme de soucoupe allongée en coquille pour qu’il soit possible de la poser plus facilement. Nous recommandons particulièrement aux céramistes cette disposition, qui a pour grand avantage de préserver les nappes, robes et tapis contre la chute assëz fréquente des cuillers ayant servi, et qui peuvent à peine trouver à se loger sur les petites soucoupes en usage, que leur poids fait basculer.
- MM. Turquet et Fray soutiennent la réputation de l’orfèvrerie parisienne : chez ces derniers plusieurs objets d’usage courant sont à regarder— entre autres un service de toilette, aiguière et cuvette, un joli service à thé style Louis XVI, auquel il manque la bouilloire.
- L’exposition de M. Christofle occupe à elle seule un grand salon, et le comité d’installation a bien fait de lui accorder un si grand espace, car elle est vraiment magnifique.
- Chaque année la maison Christofle trouve quelques procédés nouveaux, invente ou perfectionne quelques systèmes particuliers pour combiner avec les*métaux de nouvelles créations.
- En dix années elle a ainsi transformé et vendu pour plus de 90 millions de francs de métaux divers dans lesquels l’argent doit être compris pour soixante-quatre mille kilogrammes : c’est donc notre plus importante maison française dans ce gënre d’industrie et d’art.
- Fondée d’abord comme simple établissement d’orfèvrerie argentée au moyen de l’électricité, la maison fabrique aussi maintenant l’orfèvrerie d’argent. Les pièces principales en argent sont : le magnifique surtout de table style Renaissance italienne exécuté sur la commande de M. le duc de Santona. Quatre cents kilogrammes d’argent ont été transformés pour cette œuvre d’art en statuettes, vases, candélabres, étagères, compotiers, coupes à fruits d’une très-belle exécution. On remarque des services à déjeuner, à café; — un beau vase style grec, deux vases style Renaissance italienne, — une coupe en
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- argent repoussé et d'autres objets analogues également en argent, ainsi que les animaux, VAgriculture et la Cérfa donnés en prime par le ministre dé l’agriculture et du commerce.
- Parmi les pièces d’orfèvrerie argentée et dorée, citons le grand surtout de Bacchus, un autre, femmes et griffons, des faunes, un Silène antique, un service de table composé sur les modèles de Hil-desheim. Les bronzes incrustés, émaux cloisonnés, bronzes polychromes de M. Christofle sont de toute, beauté. Au milieu du salon se
- dresse une bibliothèque monumentale destinée à Tune des salles du Vatican, et qui doit contenir la collection linguistique des bulles de Tlmmaculée-Conception.
- Sa forme générale est celle d’une grande table à vitrines qui a 6 mètres de longueur sur % mètres de largeur et 3m,90 de hauteur.
- Le milieu est composé d’un avant-corps saillant surmonté d’un édicule dont la partie supérieure est terminée par un dôme qui couronne une statue de la Vierge Marie.
- Cette table est soutenue par trente-deux pieds aux proportions élégantes, reliés entre eux par une entretoise en bronze doré, dont la ligne est interrompue par une suite de vases thuriféraires aux formes variées.
- Cès pieds sont en bois d’amarante incrusté d’érable, de poirier et de filets d’ébène. Les chapiteaux en bronze doré’ de diverses couleurs soutiennent la frise inférieure, qui est comme la ceinture du meuble.
- La frise est formée par une série d’écussons destinés à conserver le souvenir des familles, paroisses, communautés et pèlerinages qui ont le plus contribué à la dépense de tout ce travail. Ces écussons se détachent sur un fond en émail cloisonné, et sont reliés, en souvenir de l’églantier de Lourdes, par une suite de guirlandes d’églantines aux fleurs blanc rosé, attachées par des rubans bleu clair et de fines branches de muguet; le tout s’enlève sur un fond bleu foncé d’une intensité de coloris remarquable.
- MM. Garlier fielleuse, Jacquemart, Lafrance, Lucien Falise, Mel-lerio Meller ont travaillé à ce chef-d’œuvre d’orfèvrerie d’figlise.
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- L’orfèvrerie indienne tient une large place dans le grau® hall d’Iéna; l’or et l’argent fondus, ciselés, repoussés, y brillent dans tout leur éclat et sous toutes les formes possibles.
- Depuis les vases les plus simples d’usage courant jusqu’aux armes offensives et défensives, tout est en or, en argent ou en argent doré : jamais ces métaux n’ont offert aux yeux une telle fête. Aussi la foule , surtout les dimanches, encombre-t-elle ces richesses dominées par la statue équestre du prince de Galles.
- Pour mon goût personnel, je préfère l’étalage d’Odiot; je trouve dans l’orfèvrerie indienne une complication et une multiplicité de petits dessins qui appellent naturellement dans l’esprit l’idée que tout cela pourrait bien être en faux, ou tout au moins que les métaux précieux doivent être fort alliés.
- Ou dirait de ces étalages que de prétendus Algériens présentent au publie dans les boutiques qui attendent un locataire sérieux. Cependant toutes ces pièces ont résisté à l’oxydation et sont pour la plupart aussi brillantes que le premier jour, l’ose à peine avouer que ce qui m’en plaît le plus, c’est une espèce de bol ou plutôt de creuset en or massif d’un ton chaud et puissant placé dans la vitrine où sont les présents du rajah de Mysore.
- Une petite assiette finement gravée en or foncé, dans la grande vitrine des armes, des filigranes et des ciselés or et argent, de Cachemire, quelques repoussés de Cutch, sont d’assez bon goût et d’une gracieuse exécution ; mais combien je leur préfère les objets en laiton incrusté d’argent et rehaussé de cuivre rouge, surtout le grand plateau du milieu , entouré des Lotas de Tanjore et de Madura !
- Les reproductions galvanoplastiques faites d’après les originaux du South Kemington Muséum ont wm bien antre allure, et ne sont cependant que des copies.
- Sauf la grande vitrine de M. Elkington, Forfévrerie anglaise argent et or fin n’est pas importante. Les objets d’usage courant, en composition métallique, en plaqué, électro-plaqué, conservent les bonnes formes et le bon aspect des services à thé et à café dont on se sert perpétuellement dans la vie anglaise et qui sont renommés pour leur élégance et leur bon marché.
- Les vitrines de MM. Bbod, Ridge, Woodcock et Hardy Betljemann
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- sont remarquables, le dernier surtout pour ses garnitures de bureau et ses nécessaires de toilette. '
- Les grandes pièces riches de toute nature de M. Elkington, bien que différant du goût-français, sont cependant d’une véritable beauté : signalons surtout des buires en forme de casques, où les figures sont exécutées largement sans surcharge d’ornements inutiles, dessinées par MM. A. Willems, et qui certainement sont parmi les plus belles choses que j’aie vues en orfèvrerie.
- Une grande coupe plate, or et argent fondus, est également d’un véritable goût. Ces deux objets sont d’un prix abordable et peuvent être utilisés. 11 en est de même des plats et des assiettes, qui feraient de belles garnitures de table ou de bureau; malgré la beauté des armures et des boucliers, ils n’ont, ën général, d’autre mérite que d’être la copie galvanoplastique de pièces curieuses conservées dans les musées, à l’exception du bouclier du Pèlerin, grande composition exécutée spécialement pour cette exposition
- Un grand vase d’acier damasquiné, décoré d’un cêté de paons et de l’hutre d’oiseaux-lyre, malgré sa forme aplatie, est un bel objet d’ornement; la damasquinure est faite de fils d’or appliqués en relief sur l’acier, dont les parties devant recevoir les dessins sont préalablement coupées au ciseau, en taille de lime. Une fois que les dessins formés par les fils d’or sont complets, on soumet la pièce à l’action du feu, et les fils font corps avec l’acier d’une façon plus solide que l’incrustation elle-même. Les autres parties ornementées d’or telles que le pied, les côtés du vase, le coi et le couvercle, sont en incrustations d’or de différentes couleurs et non en damasquiné.
- Les parties argent sont fondues et ciselées.
- Le grand surtout servant de piédestal au vase de l’Hélicon, représentant la Musique et la Poésie, exécuté en argent et fer repoüssé, par Morel-Ladeuil, coté 150,000 francs, est la pièce principale du grand salon de M. Elkington.
- Le grand succès de vente est pour M. Tiffany, de New-York, qui a presque entièrement vendu tou3 les objets qu’il a apportés au Champ de Mars : il est vrai qu’ils sont très-beaux et d’une valeur absolument exceptionnelle.
- Le grand service commandé par M. Mackay, composé d’environ
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- deux mille pièces en argent massif repoussé, avec dessert et café vermeil et émail, coûte la somme modeste de 750,000 francs; l’orne-mentation repoussée est en général à feuilles et fleurs couvrant le fond et exécutées entièrement au marteau.
- Les vases à vin ou à bière, les timbales sont extrêmement variés et de formes et d’ornementation ; comme objets de service courant, je n’aime pas les brocs et les vases à fleurs aplatis angulairement et par conséquent d’un nettoyage difficile. Réservons au contraire tous nos éloges pour les objets qui, étant d’un bel aspect, sont aussi d’un usage de chaque jour.
- Ce qui est tout à fait nouveau et original, ce sont des vases faits au marteau, dont la surface extérieure montre encore l’empreinte du choc ; ils portent en général des ornements en relief obtenus en métaux de couleur; d’autres fois, ces métaux de couleur sont incrustés dans les entailles de la gravure .
- Une nouvelle disposition rappelant l’agate et l’onyx est obtenue par un laminage simultané de plusieurs métaux et donne un effet polychrome tout à fait particulier.
- Parmi les bijoux exposés, il convient de regarder attentivement les reproductions du trésor de Curium, découvert par le général Di Gesnola dans l’île de Chypre, et conservé dans le Metropolitan Muséum de New-York
- Ne quittons pas l’exposition de M. Tiffany sans mentionner le vase Bryant qui fut offert à M. William Cullen Bryant, le poëte journaliste, le traducteur d’Homère, en l’honneur de sa quatre-vingtième année.
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- Filigrane pour filigrane, je préfère de beaucoup aux autres produits similaires le travail norvégien de Théodor Olsen, de Bergen, ou de M. Lie, de Christiania. La fermeté de l’exécution et l’élégance du dessin compensent bien la légèreté de la matière, et le public a partagé mon avis, car il a acheté la plupart de ces objets^ La commission de la loterie a suivi le goût du public.
- Pour les vases d’usage, la Suède s’est également distinguée : les grandes cornes à boire qui rappellent les exploits bachiques des
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- anciens Yikings, les hanaps , les verres et les calices sont d’une forme particulière de toute beauté.
- La vitrine de M. Santesson, potier d’étain, renferme des pots et des verres de grande taille, d’une forme excellente : malheureusement il n’y en a plus à vendre.
- En fait d’orfèvrerie italienne, signalons le casque à la couronne de chêne surmonté d’un aigle, de M. Augusto Castelîani, de Rome.
- Les orfèvreries japonaises et chinoises sont plutôt des objets d’art que de l’orfèvrerie proprement dite.
- L’Espagne expose naturellement de l’orfèvrerie d’église. C’est là manufacture de M. Francisco Ysaura, de Barcelone, qui s’est chargée de ce soin : il y a là deux gigantesques* candélabres argentés que ferait bien d’étudier M. PûuSsielgue-Rusand, et deux grands vases gris, or et argent, dont la forme élancée est d’une suprême élégance. Comme objets d’usage courant, citons les petites coupes en forme de coquilles et le porte-fourchettes à grilles qui doit être d’un usage bien commode pour épargner les nappes.
- L’Iexposition de M. Klinkosch, fournisseur de la cour impériale et royale d’Autriche-Hongrie, a plusieurs belles pièces parmi lesquelles une grande aiguière argent mat et or, deux vases en cuivre rouge repoussé et, comme spécialité de service de chasse, les deux cornes, l’une à tête de renard et l’autre à tête de cerf. Tout ce dressoir est couvert d’objets aussi éloignés que possible des formes et de l’aspect que nous nous sommes habitués à trouver agréables.
- Les orfèvreries russes ont un très-grand succès, grâce à l’originalité nationale des dessins et à la perfection vraiment merveilleuse du travail. Il faudrait bien se garder de croire que tous ces objets brillants sont en or ou en argent massif d’un titre élevé. La grande malice des Slaves, c’est de donner à di vers assemblages de métaux les apparences les plus riches par des dorures, des niellages si vraiment jolis qu’on n’hésite pas à payer fort cher des objets dont le fondeur ou le prêteur sur gages vous donnerait ensuite peu d’argent.
- Si. Sasikoff, de Saint-Pétersbourg et de Moscou, a la place d’honneur et la mérite par l’extrême variété et ljoriginalité des modèles exposés. Le grand surtout, des plats, des services, des garnitures de bureau, des statuettes, une principalement représentant un Circassien
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- près de son cheval, sont des objets charmants presque tous vendus.
- M. Khlbenikoff, de Moscou, parmi des tabatières, des porte-cigares, des plats de toutes formes et de tout usage, expose des photographies sur argent extraordinairement bien réussies. Il y a chez le même exposant des têtes de Vierge sur fond d’or d’un travail parfait.
- Le grand plat et la vaste jardinière en forme de nauf de M. Ov-tschinnikoff, de Moscou, sont pleins de noblesse.
- Les chasubles et étoffes d’or et d’argent de M. Sapojnikoff, de Moscou, sont presque de l’orfèvrerie, tant elles_§ont riches et brillantes. Ne quittons pas la section russe sans citer une composition originale de M. Ovlschinnikoff figurant sans doute la sainte Russie aux quatre coins de laquelle sont des figures représentant un chasseur, un bûcheron, un faucheur et un berger du sud de l’empire, car il est appuyé sur un cep de vigne.
- L’orfèvrerie suisse ne renferme rien de bien saillant :un joli coffret de Rossel et fils de Genève, et si l’oil ose compter l’acier et le niekel parmi les métaux précieux — la très-étonnante vitrine d’objets en filigrane d’acier deM. Biondetti, ainsi que les vases, chandeliers et autres quincailleries en nickel de M. A. Muller, à* Zurich.
- De la Belgique, Forfévrerie style moyen âge de M. Bourdon, de Bruges, est seule à citer.
- M. Christesen, de Copenhague, a de bien beaux services à thé et un grand surtout orné de tritons, de sirènes, de phoques et de poissons, qui fait un grand effet. Dans la vitrine de M. Bloch, de Copenhague, les aiguières, les coupes et surtout un pot à lait sont d’une très-bonne forme; il en est de même de M. Hettz, aussi de Copenhague, dont les verres en forme de cornes et le service à découper le poisson sont -d’un prix abordable, malgré leur finesse de travail.
- Le pays de l’or et de l’argent, le Pérou, n’a rien envoyé de massif; mais une vitrine sans nom d’exposant est pleine de charmants objets on filigrane.
- Le grand plat d’un orfèvre de Porto, le plateau qui en cache une partie, ainsique le service à thé acquis par la commission dé la loterie, sont très-bien travaillés.
- La Hollande, représentée par la manufacture royale néerlandaise de Voorschoten, dirigée par M. Van Kempsen, l’emporte, à mon goût
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- personnel, même sur l’exposition de M. Tiffany : voilà de l’orfèvrerie magistrale dont il serait trop long d’énumérer les surtouts, les coffrets, les hanaps, les aiguières : tout cela est si beau et si bien disposé , sans encombrement et sans surcharge !
- La grande conque niellée dominant le lion néerlandais, l'immense plat consacré au roi Guillaume III, la grande coupe portée par un aigle, rappellent et maintiennent la vieille réputation (L’art et de bon goût de la nation hollandaise.
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- Le mobilier et ses accessoires tiennent dans les galeries du Champ de Mars une place considérable bien justifiée par le développement de cette industrie, surtout en France. Nos fabricants d’ébénisterie et les habiles tapissiers et décorateurs qui mettent en œuvre les splendides étoffes créées par nos tissages fournissent au monde entier des ameublements somptueux imités bientôt dans les autres pays.
- L’ébénisterie à elle seule fabrique pour environ quatre-vingts millions de meubles de toute nature, dont l’industrie parisienne fait à elle seule les trois quarts.
- L’exportation des articles d’ameublement s’est élevée en 1875 à la somme de 18,046,579 francs, supérieure de six millions au chiffré de 1867.
- Quant aux tapissiers décorateurs, ils fabriquent pour cent millions d’objets, dont soixante-dix millions pour Paris seulement. Ces chiffres semblent énormes au premier abord ; mais il faut bien se rendre compte que l’extension de notre capitale, la démolition d’une partie de l’ancien Paris, l’ouverture de voies nouvelles bordées de constructions bien différentes des maisons d’autrefois ont donné naissance à des besoins nouveaux que ne pouvait satisfaire le stock de meubles en acajou plaqué, laissé par le règne de Louis-Philippe et les premières années du dernier Empire.
- Les placages sont de moins en moins recherchés, et l’on préfère même nos bois nationaux, pourvu qu’ils soient employés massifs, aux
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- acajous et aux palissandres plaqués, dont on a reconnu la fragilité. Le hêtre, le chêne, le sapin, le noyer servent à la confection des meubles bon marché, quand ils ne sont pas recouverts d’ornements et de sculptures.
- En bois exotiques, l’acajou, le palissandre, le thuya, le bois de rose, le bois de violette, quelquefois l’amboine, l’amarante, le citronnier, l’érable et l’ébène, entrent dans la composition de marqueteries, mêlés à quelques matières précieuses et rehaussés de bronze. Le fer et l’acier sont aussitrès-employés, surtout pour les lits, les ameublements de campagne et de jardin. ~
- En 1878, il n’y a pas de style franchement accusé, comme ces types si connus et si différents, qui partent de la Renaissance-pour arriver par l’Empire à la Restauration. Toutes les époques sont représentées au Champ de Mars, et si quelque chose de particulier s’y fait remarquer, c’est plutôt à l’imagination d’un fabricant ou d’un client qu’à runanimité d’une classe entière qu’il faut l’attribuer.
- A gauche et à droite de la galerie Rapp, il y a dans tous les genres de très-remarquables produits. Le compartiment qui attire surtout la foule est situé à l’angle de la galerie Rapp du côté gauche, en venant de la porté du même nom. Tapissier, décorateur, ébéniste, dessinateur, M. Penon, qui occupe non-seulement l’angle de la galerie du mobilier, mais encore deux autres pièces consécutives, doit être satisfait de l’attraction qu’exerce sur la foule la composition hardie qu’il a mise sous ses yeux.
- Théophile Gautier aurait été ravi de ce nid charmant édifié par Fortunio pour recevoir les déesses créées par son imagination : une sorte de tente en peluche bleu verdâtre enveloppant un vélum bleuté, brodé à la main de larges dessins multicores, couvre un lit ou plutôt une chaise longue en bois doré revêtu de satin rose de Chine rabattu et légèrement ambré, sur lequel un oreiller en satin blanc, brodé de fleurs en relief, semble attendre la tête de Vénus elle-même. L’encadrement sculpté du dossier du lit est un chef-d’œuvre de dessin et d’exécution, et je sais particulièrement gré à M. Penon d’avoir, ce que la plupart de ses confrères ne comprennent pas, placé au plus bas à leur situation naturelle les ronds de bosse accusés, au lieu de les avoir dressés dans le haut pour écraser l’ensemble : tendance déplorable
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- et illogique qui détruit touteTharmonie d’un meuble ou d'ua édifice.
- Certains détails sont curieux à étudier : ainsi, vers Je pied du lit, au lieu de lourdes passementeries, M. Penon a laissé gracieusement tomber un gros écheveau de fin cordonnet de soie rose, du même ton que le satin de la couverture. Cette même disposition en fils torses de couleurs variées sert de franges à la tente.
- Une large bordure, brodée à dessins incarnat et morte feuille, sur fond brun et à crépine de soie jaune, ton sur ton, imite toute la richesse des ors de couleur, sans en avoir la roideur, arrête l’œil et sert de cadre à un grand tableau mythologique qufpourrait servir de carton de tapisserie aux habiles ouvriers des Gobelins. D’autres étoffes, tendues bleu verdâtre, ou en camaïeu plus sévère, enlèvent -en clair cette couche féerique sur laquelle Astarté elié-même hésiterait à s’étendre. U faudrait chercher parmi les filles d’Odin la plus blonde, la plus nacrée des divinités dn Nord, et encore je crains fort que, si on la trouvait concordante comme ton, on dut renoncer à t'utiliser, car jamais une Elfe ou une Willis ne pourrait avoir les extrémités assez fines pour être en harmonie avec les contours délicats de la boiserie.
- Dans le compartiment qui suit, M. Penon a logé une vaste armoire à bijoux, dont l’extérieur est en ébène sévère : l’intérieur en citronnier est cloisonné en cases vitrées pour renfermer les bijoux et les dentelles dignes d’appartenir à l’habitante de la chambre à coucher voisine, quand on en aura trouvé une adaptée au décor.
- Dans la dernière chambre, sont disposés trois panneaux dont deux montrent jusqu’à quel point peut être poussé l’art de la broderie à la main, et dont le troisième est un assemblage singulier dont M. Penon a eu l’idée originale.
- C’est un portrait dont la tête semble avoir été découpée dans un ancien Gobelin, et dont le costume rehaussé de bijoux brodés en perle et en métal a l’apparence d’un véritable Clouet en relief.
- Les produits de M. Penon sont d’nn prix élevé, mais ils portent au loin dans les riches demeures étrangères la supériorité de la France, et il réussit à maintenir notre ancienne réputation d’excellence en toutes les œuvres de goût, réputation qui fait partie de notre fortune nationale.
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- A côté, le compartiment de MM. Lippmann frères, moins chatoyant que celui de M. Penon, renferme des meubles d'une telle perfection qu’on en conteste la création à ces ébénistes. L’imitation du vernis Martin est telle, la beauté des peintures imitant Watteau est si incontestable que l’on ne peut croire à une fabrication contemporaine, Il est vrai qu’il y a parti pris chez MM. Lippmann de vieillir leurs tables, leurs commodes, leurs étagères et leurs bois de lit. Les bronzes eux-mêmes sont peints exprès.
- Mêlés dans la vente d’un vieux château, ces meubles raviraient les amateurs d’antiquités : il n’est même pas bien certain que, dans l’exposition rétrospective du Trocadéro, il ne se soit pas glissé quelques spécimens de l’ébénisterie et de la marqueterie Lippmann^: ce sont de véritables trompe-l’oèil réussis par une habileté extraordinaire. Les panneaux du fond, l’un représentant deux personnages de la Renaissance se promenant dans un paysage de fantaisie gothique, l’autre imitant à s’y méprendre les peintures en bois et la marqueterie de l’époque Louis XVI, sont tout simplement peints sur toile et pror duis^nt un grand effet, bien qu’en étant d’un prix abordable.
- Entrons dans la fabrication courante.
- M. Dienst, de Paris, expose une grande armoire à glace à trois panneaux, qui peut en même temps servir de grand miroir de toilette où la femme qui s’habille pourra se voir de face dans le panneau du milieu et de côté en repliant aux angles voulus les portes des prolongements latéraux. Les ornements sculptés en bois plus foncé rehaussent intelligemment ce meuble, qui a pour moi ce grand mérite de n’être pas une imitation servile de meubles anciens et d’être approprié aux besoins modernes.
- La cheminée du même exposant est aussi très-belle ; mais, suivant moi, l’entourage d’une cheminée ne doit pas être en matière combustible ou déformable par le feu ; ce qui pèche contre le bon sens ne peut pas être loué, quand bien même l’exécution en serait parfaite.
- Le cabinet sculpté en noir de M. Dienst est d’un bon style; mais les cuivres sont loin d’être au niveau de l’ébénisterie.
- J’aime moins les meubles de M. Drouard : la saillie des sculptures est trop profonde et ne va pas avec l’étroitesse des appartements d’aujourd’hui. Le panneau qui surmonte la cheminée est très-bien
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- fouillé; mais l’ensemble est lourd. Le lit est mieux, bien que les colon-nettès soient bien grêles par le haut, comparativement au bas et surtout au centre.
- La porte à glace de M. Godin, avec son ornementation d’argent ou de nickel ; sa bibliothèque chargée d’or de couleur, doivent sans doute être destinées à l’exportation.
- Je préfère sa commode Louis XVI, et je rends pleine justice à son meuble italien, bien que les cuivres dorés en soient un peu négligés et n’atteignent pas la perfection des ivoires et des statuettes.
- L’ameublement d’ébène, lit et grande armoire^de MM. Cbarmois et Lemarinier sont d’un bon dessin et d’une exécution sérieuse, ~ les meubles en marqueterie d’une bonne fabrication courante.
- Un fabricant de Marseille, M. Blanqui, a voulu prouver que Paris n’avait pas le monopole de l’ébénisterie sculptée. Les figures de ses meubles inspirées de l’art grec font voir qu’ily a de bons burins à Marseille; mais le buste qui surmonte le buffet n’est ni bon ni à sa place.
- M. Lalande, à Paris, expose des buffets et des coffres de sacristie bien travaillés, mais d’une ornementation un peu chargée.
- MM. Admira et Louault se sont consacrés à la copie des meubles du moyen âge et de la Renaissance; il en est de même de M. Laurendet.
- La maison Giroux, si connue par son exposition premanente du boulevard des Capucines, au milieu d’objets de marqueterie divers, expose des produits d’un art tout nouveau, que l’on a appelé ivoire cloisonné. Dans un gabarit en cuivre, sont sortis des morceaux d’ivoire blanc formant fond sur lequel se détachent des bois peints de diverses couleurs, figurant des fleurs, des oiseaux colorés. L’habileté du compositeur en cet art consiste à disposer ses nervures de cuivre de telle sorte que, tout en servant de monture à T ivoire, elles soient elles-mêmes ornementales.
- Une grande coupe portée par des hérons, en bois sculptés, nuancée d’ors de diverses couleurs, un riche cabinet où l’ivoire est rehaussé de bronze en saillie, des cadres de miroir, des vases avec monture de bronze doré, un bénitier, montrent des spécimens intéressants et donnent une idée dé ce que l’on pourrait faire dans cette direction.
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- Une très-belle application à la reliure riche sera certainement très-goutée au moment des étrennes et devra fournir de charmantes couvertures aux livres de messe pour tous les mariages du high life.
- M. Parfonry expose des cheminées en marbre sculpté de très-bon goût, dont l'échantillonnage est tout à fait satisfaisant et surtout adaptable aux appartements d’aujourd’hui. Le grand vase en marbre cipolin antique du même marbrier est d’un placemenf moins facile ; la matière et l’exécution en font une pièce extraordinaire destinée à quelque musée d’Êtat ou de ville, ou bien à orner le pied d’un escalier monumental dans un de ces beaux hôtels que l’on construit aujourd’hui.
- La disposition en tryptique adoptée par MM. Léger et Albrecht pour leurs toilettes me semble très--heureuse ; mais pourquoi avoir choisi pour l’accompagner ce vilain marbre gris qui ôte toute élégance à ce joli meuble ?
- La grande armoire à trois glaces des mêmes fabricants est bien conçue et serait tout à fait parfaite si le cadre en cuivre des glaces, trop/large et trop lourd, ne nuisait pas à la délicatesse remarquable des sculptures sur bois.
- M. Pecquereaux, de Paris, est évidemment un homme de goût, car ses meubles sculptés, sièges, armoires et consoles, dorés ou non, satisfont l’œil le plus sévère. L’ébénisterie intérieure du meuble justifie le prix de 42,000 francs demandé pour la grande armoire en noyer qui occupe le milieu du panneau : l’encadrement du miroir en poirier est-un véritable objet d’art.
- Les meubles et panneau de M. Beurdeley sont d’une exécution tout à fait remarquable; le panneau portant le baromètre et le thermomètre est un chef-d’œuvre de sculpture, et d’une grâce de dessins que bien peu de boiseries anciennes si admirées pourraient égaler. — Ceci encore n’est pas une imitation; c’est une composition moderne qui prouve que si l’on voulait y mettre le prix, on pourrait boiser les appartements aussi bien qu’autrefois.
- On peut reprocher à l’exposition deM. Beurdeley une trop grande abondance d’ornements en relief; mais ils sont de si bon goût, d’un dessin si heureux et d’un assemblage si harmonique, que l’effet produit en rachète bien l’exagération de richesse. — Les deux can-
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- délabres à bacchantes en marbre blanc, surmontant des piédestaux de marbre gris, ornementés de bronzes figurant des sacrements, sont aussi beaux qu'aucune composition ancienne et dignes d'orner aussi bien un musée qu'un palais.
- M. Coblence a fait un baldaquin bien lourd pour son lit, tendance trop répandue qui charge le sommet des meubles d'ornements disproportionnés : ce n'est pas en haut, mais en bas, que doivent être placées les parties lourdes et épaisses.
- M. Meynard a composé un ameublement où la sculpture et la marqueterie se marient avec élégance en rappelant le style Louis XVI, accepté avec faveur par la mode ; sa crédence Henri II en bois d’ébène est très-belle comme ébénisterie, mais les bonnes femmes en bronze C u’il a placées sur le devant sont d’une bien vilaine couleur.
- J'aurais désiré beaucoup dire autant de bien que possible des objets exposés parM. Fourdinois, qui a fait de grandes dépenses et un grand effort pour occuper dignement la place honorable qu’on lui a attribuée. Mais je trouve que l’habileté d’exécution et la richesse de l’ornementation sont loin de compenser la plus que parfaite incommodité des meubles et des sièges exposés dans son compartiment. Le premier mérite d’un siège est qu’on puisse s’y asseoir; le premier mérite d’une table ou d’une armoire est qu’on puisse placer quelque chose dessus ou dedans : sans ça ils ne sont bons qu’à encombrer la place et à empêcher la circulation dans les appartements déjà trop resserrés d’aujourd’hui. Les panneaux de bronze de la porte exécutée sur les dessins de M. Paul Sédille, placés dans le compartiment deM. H. Fourdinois, sont très-beaux.
- Les meubles laqués et peints et surtout le grand panneau de laque de M. Victor Raulin méritent bien la place importante qu’on leur a donnée. A côté sont les admirables produits de M. Grohé • il y a là un bureau à donner envie d’être ministre. Les tables-buffets, commodes, armoires sont amples, bien que très-ornés; ils font un heureux contraste avec le compartiment qui leur fait face.
- Nous ferons à MM. Krieger, Perol jeune et à bien d’autres exposants le même reproche qu’àM. Fourdinois : ce sont des appartements de riches poupées auxquelles sont destinés leurs ameublements.
- Le lit de MM. Schmitt et Piolet, dont on demande soixante mille
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- francs avec les deux fauteuils, est une œuvre magistrale dessinée par M. Tricot. Le prix de ce lit me rappelle l’histoire de ce pauvre Gérard de Nerval, qui, ayant hérité d’une bonne somme, partit directement pour Venise acheter à l’intention de Jenny Colon, la dame de ses rêves, un lit d’un prix si fabuleux que lorsqu’il l’eut donné, il fut poliment éconduit parce qu’il n’avait plus rien.
- Les sièges de M. J. Duval, quoique étant très-riches et très-ornés, peuvent au moins servir à quelque chose : on doit être très-bien assis dans le grand fauteuil brodé sur fond maïs, dont la pente et le dossier sont très-normalement calculés. r
- Quant à la cheminée, je regrette qu’elle soit si belle, car il faudra en modérer le foyer.
- Le Patronage des enfants de l’ébénisterie a voulu montrer les progrès de ses protégés. Au milieu de quelques objets évidés la plupart à la scie à ruban , il faut remarquer un panneau charmant exécuté au burin par M. Isidore Pasquier.
- La bibliothèque et le bureau massif de M. Kuntz sont très-beaux ; mais il aurait mieux fait de ne pas y joindre le bureau en noyer, trop grêle pour les accompagner. .
- MM. Schneider, Lécuyer, Fæssèl, Ginsbach, Chambry, Bineau, Dorânge, le dernier surtout, ont des meubles d’un bon aspect; mais pourquoi M. Dorauge a-t-il placé au milieu de son compartiment cette horrible table en peluche bleue, si ce n’est pour recueillir la poussière de là salle ?
- MM. Vanloo, Marzo, Cessot, Dupuy et Redond ont une bonne exposition de chaises et de bancs cannés.
- Sur les chaises de M. Mutet se lisent les noms de nombreux acheteurs : ce ne sont que princes, ducs et barons de tous les pays de l’Europe. Je suis sur que madame la comtesse de Juviny, que je n’ai pas l’honneur de connaître, formera un joli tableau, étendue sur la chaise longue en nattes, habilement cintrée par un vrai connaisseur de la forme humaine, et qui porte une carte à son nom:
- L’armoire à trois panneaux de M. Gœlder serait très-bien si la tête qui la surmonte était sculptée avec plus de soin. Mais son petit bonheur du jour en forme de cœur est trop prétentieux pour être commode.
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- J’aime beaucoup les meubles en pitch pin de M. de Latterrière, directeur de l'usine Tucker, dont les sommiers sont si connus et si appréciés. Ces meubles simples et élégants sont d'un bon marché relatif et d’une perfection qui ne le cède en rien à celle des similaires anglais et américains.
- Citons encore MM. Lapierre, Bellanger, Muntz et Merlotti, Raison-13 n ou vin, Nagel, Richer, Morin, Larivière pour leurs meubles sculptés, et M. Mazaroz-Ribalier, l'inventeur du genre, pour sa belle porte sculptée sur les dessins de M. Tronquois.
- Les cartons-pierre-plâtre et staff de M. Flandrin imitent à s’y méprendre les anciennes boiseries, et, quoique d'un prix bien moins élevé, ils dureront toujours assez pour le temps qu'àujourd’hùi les propriétaires gardent leurs hôtels.
- M. Htiber a voulu revêtir à lui seul de sculptures et de moulures le petit salon placé au milieu de la classe 18.
- Le lit de M. Grimard, marqueterie et bronze, est d’un grand aspect; mais il me semble qu’un lit en marqueterie doit être rapidemènt détérioré.
- Comme M. de Laterrière, M. Bully, de Rouen, compose de bons meubles bon marché en sapin verni : je les préfère beaucoup aux médiocres sculptures sur bois qui l’avoisinent.
- Le grand Tilleul, le vieux Chêne, MM. Allez, la Ménagère, fournissent abondamment les appartements modestes, les installations de cuisines, d'offices, d’écuries et de jardins.
- On pourrait faire aux meubles anglais exposés le même reproche que nous avons fait à quelques-uns de nos compatriotes : pour la plupart, et quelle que soit leur perfection, ce sont des meubles pour appartements de poupées ou cabines de navires. J'en excepte le lit,
- * l’armoire et la commode de l’ameublement en citronnier (style Adams), filets acajou, décorations à la main et panneaux peints sur cuivre, composés par MM. Holland and Sons et achetés par sir Richard Wallace.
- Nous devons une mention particulière très-honorable à M. Holland pour une disposition qui devrait bien être adoptée par nos ébénistes. Au lieu deces incommodes tiroirs qu’on ne peut amener à soi, il place dans les armoires et les commodes des tablettes à rebords et glissant sur coulisse, sur lesquelles on peut poser son linge et ranger ses vêtements.
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- On voit dans rexposition de M. Watt un canapé et un fauteuil qui doivent être d’un usage bien agréable, quoique le prix ne puisse pas être bien élevé.
- Ceux de M. Howard en maroquin brun donnent bien envie de s’asseoir dessus*, du ihême fabricant, un cabinet complet, une cheminée et un dressoir en bois sculpté plairont aux amateurs de ce genre de décoration.
- Les bancs, les pupitres, l’aménagement d’école ou dé bureau sont très-bien compris par les Anglais.
- Ce qu’il y a chez-eux d’incomparablement beau, ce sont les lits, sièges, armoires en laiton orné de repoussés en cuivre rose naturel de M. Winfield, de Londres et de Birmingham : ce genre de fabrication est très-supérieur à la literie de fer, même quand elle est dorée. Les Anglais sont aussi particulièrement supérieurs dans tout ce qui concerne les sièges ou lits de blessés ou d’infirmes.
- Un lit, un bureau, une bibliothèque, un piano, quelques meubles à bascules et un fauteuil sur pivot forment la part assez maigre du Canada, dont les bois sont cependant célèbres. L’Australie a disposé un petit chiffonnier qui sert en même temps d’herbier et d’échantillonnage des bois d’ébénisterie du.pays.
- Le professeur Ilroy a dressé dans la section des États-Unis un étalage complet de lits, fauteuils, tables, destinés particulièrement à tous les genres d’affections et d’infirmités médicales et chirurgicales.
- MM. William-Gardner et Cie fabriquent, avec des lames de bois cintré et ornementé de petits trous, des meubles d’office, antichambre et jardin, analogues à ceux que nous construisons en tôle,mais beaucoup plus élégants; le prix en est, du reste, fort abordable aujourd’hui, car ces commerçants viennent de les réduire de 40 0/0 pour en activer la vente.
- De M. Schrœder, le meuble amarante exposé dans la section norvégienne est d’une sévérité de très-bon goût : bien que les sièges soient un peu étroits, ils sont cependant utilisables.
- Les sièges en bois plein de M. Klemetsen me semblent agréables à l’usage et d’une solidité indéfinie.
- Nous ne voyons pas de meubles en Suède, mais quels beaux poêles en faïence a exposés la fabrique de Rorstrand 1
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- L’Italie, comme à l’ordinaire, brille par sa marqueterie et la riche sculpture de ses meubles ouvragés; parmi ces derniers, signalons une chaise de M. Alfano Vincenzo, de Naples, voilée, recouverte d’un filet entaillé dans le bois et ornée d’oiseaux de fantaisie.
- Tous les visiteurs ont admiré les splendides sièges de M. Luigi Frullini, de Florence, et regardé avec étonnement le canapé, les chaises et tables en corne de buffles romains, fabriqués à Rome par M. Janetti. L’inconvénient de cette combinaison est de prêter à rire aux mauvais plaisants.
- Quelles meubles chinois sont donc jolis ! mais comme on doit avoir des domestiques soigneux pour ne pas les casser ! Il y a cependant une manière de lits où les dossiers et le baldaquin se réunissent pour former un cercle garanti et égayé par des peintures sur étoffes, et qui donne réellement l’idée que l’on pourrait se coucher dedans, comme si c’était un meuble d’usage sérieux. Les paravents du même pays ne sont pas au-dessous de leur célébrité spéciale.
- MM. Forzano frères, de Madrid, ont un beau buffet sculpté, auquel je préfère cependant de beaucoup la très-jolie et très-originale armoire envoyée par M. Francisco Pons de Palma (îles Baléares).
- Les Hongrois ont fait un étalage de meubles cannés d’excellentes formes et d’un prix très-modique, naturellement presque tous vendus.
- Une chaise longue à bascule en bois courbé à la vapeur par MM. Thonet, de Vienne, attire surtout l’attention au milieu de berceuses, de fauteuils et de chaises qui sont l’un des grands succès de l’Exposition. -
- L’École industrielle de Vienne a exposé un très-beau lit à colonnes torses et des chaises en bois plein, vendues un grand nombre de fois et disparaissant sous les cartes des acheteurs. De la même école, des meubles, soit en marqueterie, soit sculptés, sont couverts, et avec raison, d’étiquettes portant la mention : vendu.
- Les meubles russes en malachite, — les sculptures sur bois de la Suisse, — les sièges bon marché, mais assez laids, des Belges, à l’exception du magnifique lit sculpté envoyé par M. Briot, de Bruxelles; —• les tables en échantillons de bois de la république Argentine, — les deux magnifiques secrétaires en nacre du Pérou, — les
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- coffres en marqueterie de nacre de l’empire d’Annam, — les nattes et les sculptures portugaises, — les beaux buffets sculptés de MM. Frederiks et Schmiett, dans la section hollandaise ; — le grand paravent de M. Franse, de la même section, complètent un ensemble très-curieux à étudier.
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- Comme à toutes les expositions, la classe XIX attire la foule par son éclat et les excellentes dispositions de ses étagères; aucune cloison ne sépare les produits, et le visiteur peut circuler librement autour d’eux.
- Le catalogue officiel divise la verrerie en huit classes :
- 1° Les cristaux pour services de table, lustres, candélabres; les cristaux de luxe et de fantaisie, unis, taillés et colorés, ûligranés, dorés et peints.
- 2° La gobeleterie fine et commune pour la table, les articles pour restaurants, les bouteilles à eaux gazeuses, les cornues et autres appareils de laboratoire.
- 3* Les glaces pour miroiterie et vitrages, les verres colorés pour dallages et appareils de phares; les glaces brutes, unies, cannelées, pour vitrages et couvertures de serres.
- 4° Les verres à vitres blancs et colorés, les cylindres ou globes ronds, ovales et carrés; les tuiles en verre.
- 5° Les bouteilles à vin, à eaux minérales; les cloches de jardin, les bonbonnes et les touries.
- 6* Les émaux en masse et les tubes pour la bijouterie et V émaillage.
- 7° Les miroirs.
- 8* Les vitraux peints.
- Cette industrie produit annuellement pour 105 millions de francs d’objets fabriqués. Son Exportation est de 35 millions.
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- Il en est de la verrerie comme de la céramique; cette grande industrie est bien plus sérieusement importante par ses produits d’usage que par les objets d’ornement, et ce sont ces derniers qui, au Champ de Mars, comme à Londres, comme à Vienne, attirent le plus la foule.
- Cette année, la classe XIX renferme comme verrerie d’utilité des collections extrêmement remarquables, plus nombreuses et mieux garnies qu’à aucune autre exposition.
- Commençons par la fabrication des bouteilles, qui, dans la production verrière, doivent être comptées pour 40 millions de francs, et dans l’exportation pour \% millions.
- Le prix des bouteilles ordinaires est de \ 5 francs le cent; celui des bouteilles à vin de Champagne varie de 20 à 30 francs. Il faut donc que, pour 15 centimes environ, les verriers puissent obtenir économiquement ce produit en général bien fait, solide et d’une contenance à peu près régulière.
- Le nom du bienfaiteur de l’humanité qui a inventé la bouteille est resté/ inconnu dans l’histoire, et cependant, si l’on supposait un instant la bouteille supprimée de l’outillage humain, quels efforts ne devrait-on pas faire pour la créer 1
- Aucun récipient ne pourrait mieux, par l’étroitesse de son goulot, offrir au dangereux contact de l’air une section moins grande et en même temps pouvoir aussi bien se tenir debout ou couché et se mieux ranger dans une cave.
- Par son inaltérabilité relative, aucune matière mieux que le verre ne peut être employée à conserver les vins renommés de notre pays ; sa transparence laisse voir le plus souvent la couleur du liquide contenu, et toujours apprécier si la bouteille est vide ou pleine.
- Chacune de nos provinces a donné son nom a une forme spéciale de bouteilles ; ainsi nous voyons sur le dossier de la Société des verreries de la Loire et du Rhône, dont les usines principales sont à Rive-de-Gier, la bordelaise élégante, dans laquelle la partie cylindrique se prolonge pour les quatre cinquièmes au moins avant de se rétrécir, en se rapprochant de l’ouverture ; —la bourguignonne, plus conique, mais encore allongée; — la champenoise, dont le ventre -s’arrondit un peu plus, et qui sont les trois types éminemment français.
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- Le type allemand, destiné au vin du Rhin, s’allonge en manière de quille, tandis que les bouteilles anglaises et américaines ont le fût absolument cylindrique, s’étranglent pour se renfler légèrement avant d’arriver à la place fermée par le bouchon.
- Les verreries de la Loire et du Rhône excellent dans tous ces genres de fabrication; elles font aussi l’espèce de bouteille à bière que l’on appelle toujours cruche, bien qu’elle ne soit plus en grès comme autrefois, mais bien en verre brun très-beau et suffisamment transparent.
- Les verreries de la Loire et du Rhône fondeutret façonnent en quantités considérables la gobeleterie bon marché en verre moulé : carafes, verres, chopes, services de cafés et de brasseries; verres colorés de bleu ou de jaune qui ont tant d’attraits pour les habitants des campagnes.
- Je regrette de ne pas y voir cette année ces carafes à anses dites à la bonne femme, dont la forme était si heureuse et le maniement si commode; mais les verreries de la Loire et du Rhône ont sans doute condamné les anses comme trop fragiles.
- Les grandes bonbonnes nues ou clissées, les manchons ou plateaux de couleur, rivalisant avec les similaires anglais, complètent la collection variée de la compagnie des verreries de la Loire et du Rhône.
- MM. Richarme, de Rive-de-Gier, n’exposent pas de gobeleterie ni de verres colorés; mais leurs modèles de bouteilles sont très-nombreux et d’une très-bonne forme, ainsi que les bocaux et bonbonnes à tous usages : deux grands manchons à vitres, dont le plus grand mesure deux mètres vingt centimètres de hauteur et vingt-huit centimètres de diamètre, sont un bon spécimen des verres à carreaux de cet établissement très-important.
- Les ouvriers de MM. Richarme se sont donné le plaisir un peu enfantin d’enfermer dans les bouteilles, naturellement pendant le cours de leur fabrication, divers objets de verre, surtout des bouteilles de plus petite dimension; il y a même quelquefois jusqu’à trois bouteilles les unes dans les autres. Ces habiles souffleurs o.nt Voulu prouver par là leur habileté professionnelle, en résolvant une difficulté de fabrication.
- MM. Allain Chartier, de Douai ; MM. Deviolaine et 0% Chagot, à
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- Montceau-les-Mines; Pétrus Crétin; à Chagny; Tumbeuf, à Vieille-Loye; la verrerie d’Épinac, exposent exclusivement des bouteilles de toute taille, de toute forme et de toute couleur.
- Les bouteilles de MM. Collignon et Clavon, de Trélon (Nord), destinées sans doute à l’exportation pour le commerce des vins de Champagne, sont peintes et dorées dans la matière même, procédé qui remplace heureusement les anciennes étiquettes en papier collé.
- Outre les bouteilles, véritable fonds de fabrication, les verreries de MM. Granrut, à Loivre (Marne), font également les cloches de jardin; la verrerie de Lourçhes (Nord) joint aux bouteilles les fontaines de verre en forme de baril d’un très-joli modèle; les verreries de Fresne (Nord), une très-belle collection de verres à vitres simples et doubles, blancs et teintés.
- M. Tumbeuf a posé sur son étagère une bouteille parcourant les différents temps de sa fabrication, depuis le commencement de sa fabrication jusqu’à la terminaison complète : c’est une bonne leçon pour le public, et ces transformations du sable en bouteille feraient l’élément d’une conférence intéressante.
- La verrerie de Bagneaux, près Nemours, a exposé des globes de toutes formes et de toutes tailles,-et un échantillonnage de verres teintés bleu, depuis le plus foncé jusqu’au plus clair, teintés gris jusqu’au noir*
- La grande verrerie de MM. Lemaire, d’Aniche (Nord), qui a fourni le vitrage complet du Champ de Mars, s’est fait un point d’honneur d’en dresser tous les spécimens avec l'indication des dômes, galeries, marquises et verrières où ils ont été utilisés : sur son étagère, nous remarquons aussi des verres cannelés et des verres étamés pour miroirs bon marché.
- MM. Émile Parmentier, de Fresnes, et Delillde, d’Aniche, exposent leurs verres à vitres simples et doubles.
- M. A. Pelletier, de Saint-Just-sur-Loire, a pour spécialité les verres colorés soit unis, soit façonnés, transparents et opalins. Les tons pourpres, bleus, violets, transparents de M. Pelletier sont riches et bien égaux. Parmi les manchons opalisés, je préfère de beaucoup le bleu turquoise au jaune assez mal réussi et comme couleur et comme calibrage.
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- La verrerie d’Ilenin-Liétard (Pas-de-Calais) expose à côté des manchons de verre colorés, moins fins et certainement aussi moins chers, n’étant pas destinés aux mêmes usages que ceux de M. Pelletier.
- Mentionnons, pour terminer l’énumération des bouteilles et verres à vitres, le grand manchon de M. Fogt, d’Aniehe, soufflé sur une hauteur de 3% 40.
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- Les glaces forment la secondo division importante de là verrerie; leur fabrication totale représente 25 millions de francs, sur lesquels l’exportation enlève environ 8 millions.
- De ces sommes, la plus grande partie est fournie par la Société de Saint-Gobain, dont le développement suit une marche progressive due à l’excellente administration qui la gère et aux savants distingués qui en dirigent les études techniques.
- Comme à chaque exposition, Saint-Gobain a exécuté son chef-d’œuvre , cette année ; c’est une glace dont voici les dimensions :
- Hauteur : 6m,45.
- Largeur : 4”,U.
- Épaisseur : 0m,l 1.
- Superficie : 26mq,50.
- On est tellement habitué aux prodiges exécutés par Saint-Gobain qu’on ne se rend plus assez compté des difficultés dé toute nature qu’il faut vaincre pour arriver à couler sans défaut, à rendre parfaitement plate et à polir une surface d’une telle dimension.
- La difficulté n’est par moindre pour manœuvrer et apporter intact ce panneau de vingt-six mètres carrés dont le poids est de six cent cinquante kilogrammes environ.
- Aussi les autres fabriques Floreffe et Aniche, quoique fabricant bien les dimensions courantes, n’ont-elles pu apporter au Champ de Mars que des spécimens encore très-beaux et plus que suffisants pour les constructions architecturales même les plus développées, mais n’ont même pas essayé d’arriver à la taille du chef-d’œuvre de Saint-Gobain.
- Notre célèbre manufacture de glaces ne se borne pas à la production
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- de ees grandes surfaces transparentes devant être étamées ou non; mais elle a développé, surtout depuis quelques années, la fabrication d’une foule de pièces diverses qui joignent la solidité à la transparence et sont appliquées très-heureusement dans la construction courante.
- Ainsi, les tuiles pour toitures, les plaques épaisses pour constituer le plafond des sous-sols, polies lorsque l’on veut avoir plus de jour,
- . laissées mates et diversement quadrillées lorsque l’on veut éviter le glissement, sont très-nombreuses sur l’étagère de Saint-Gobain.
- Il y a même, comme aux magasins du Louvre, depuis quelques années, pour certains passages dans lesquels les chevaux' doivent marcher, des pavés à surface quadrillée transparents et d’une épaisseur de quinze centimètres environ dans tous les sens.
- Ces dalles transparentes rendent aujourd’hui de très-grands services, car elles laissent le jour pénétrer non-seulement à un premier-étage de sous-sol, mais encore à un second, comme il est possible-de le voir notamment dans le hall du palais que vient de se faire .construire le Crédit lyonnais. On les emploie dans les navires pour éclairer les enjtre-ponts.
- Les glaces coulées de petites dimensions sont encore très-employées pour les revêtements de surfaces que l’on veut pouvoir laver et nettoyer facilement dans les appartements.
- Les dressoirs de Saint-Gobain portent un grand nombre de spécimens de ces plaquettes que l’on applique aux portes pour éviter l’empreinte laissée par les mains : les unes sont en glace ordinaire, les autres teintées, ou même opalisées, ou figurant l’agate.
- Les panneaux coulés ou moulés, polis ou mats, remplacent maintenant les anciens vitrages, surtout dans les boutiques et magasins de grandes villes.
- Saint-Gobain en a apporté une collection intéressante de toutes épaisseurs et de tous dessins.
- Puis viennent les verres fondus et travaillés destinés au service des phares, lentilles, prismes annulaires et jusqu’à un grand-disque en verre recuit pesant six cents kilogrammes et semblable à ceux dont M. Leverrier avait fait la commande pour la construction de ses grands télescopes.
- Nous aurons l’occasion de revenir sur la Société de Saint-Gobain
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- lorsque nous parlerons de la fabrication des engrais dits engrais chimiques.
- MM. Lemal-Raquet et Cle, outre les produits de leur fabrication courante, tels que tuiles, verres, vitres de lanternes, glaces décorées, exposent leur système de four pour décorer le verre et appliquer sur sa surface les émaux colorés préparés à leurs ornementations/
- Gette ornementation du verre à vitres est un grand progrès.
- La vitrine de MM. Appert frères renferme les échantillons les plus intéressants de toutes les compositions vitrifiées et vitrifiables, ainsi que des produits obtenus par leur emploi , soit simple, soit combiné.
- Non-seulement les verres pour vitraux colorés, les imitations de Venise, les applications d’émail sur faïence de Gien, les verres nickelés, les verres filés couvrent le dressoir de MM. Appert; mais on y trouve de plus toutes les applications artistiques de ces verres et émaux colorés.
- Les décorateurs les plus fantaisistes en céramique, en verrerie et même en mosaïque trouveront là tous les oxydes colorants, soit en poudre, soit déjà préparés en émaux immédiatement utilisables; les cadrans de montres et de pendules, les plaques indicatives des rues et de numéros de maisons, les verres dorés et nickelés, les verres de lampes ou de becs de gaz colorés, et jusqu’à ces nouveaux globes dont on entoure la flamme de la lumière électrique pour atténuer sa violence et sa coloration.
- Et ce n’est pas tout encore : nous avons en France une industrie très-prospère, la bijouterie en faux. Le coloris et l’éclat des pierres précieuses produites par la nature sont imités avec une perfection prodigieuse par des produits vitrifiés qui arrivent comme éclat et comme réfraction à être dans certains cas aussi beaux que les pierres elles-mêmes. Leur perfection, que la nature atteint rarement, fait seule reconnaître l’imitation.
- MM. Appert exposent en blocs des flints colorés dans lesquels les lapidaires taillent la topaze, le rubis, l’émeraude, le saphire et l’aigue-marine : cette dernière surtout, taillée, est plus belle que la nature n’en montre; portée par quelqu’un d’une fortune connue, elle serait acceptée comme très-belle pierre, et personne ne songerait à en discuter l’origine.
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- 11 n’y a que le diamant qui ne soit encore atteint qu’incompléte-ment. Pour les onyx, les agates et les pierres opalisées, l’imitation est absolu e.
- Sur le dressoir de MM. Appert, nous trouvons un petit chef-d’œuvre d’exécution verrière. C’est une caisse à bijoux, carrée sur pieds ronds et exécutée avec des émaux colorés mélangés : à côté, M. Kessler, de Clermont, inventeur du premier procédé de gravure sur verre et sur cristal au moyen de l’acide fluorhydrique, a montré des échantillons de son art.
- Comme M. Appert, M. Martin, dont la manufacture est à Saint-Denis, expose des tubes en blanc et des émaux colorés, ainsi que des objets fabriqués au moyen de ces émaux.
- On ne peut se figurer les progrès accomplis par cette industrie bien française, parisienne surtout : là sont des cadrans de montres et de pendules, des imitations d’onyx et d’agates, de lapis, de malachites et de pierres fines, parmi lesquelles nous trouvons un saphir et une topaze brûlée de la plus belle eau et de la plus belle couleur.
- LjBS améthystes sont un peu trop belles pour être vraies. Dans les diamants, quelques-uns sont extrêmement bien réussis; adroitement entourés, ils feraient illusion, surtout à la lumière du gaz, en plein jour même; ceux de la rivière étalés sur velours noir étonnent par leur apparence de vérité. -
- M. Martin a disposé sur un tableau des imitations de corail rose en branches, en boutons et en camées, qui défient .l’œil le plus exercé.' J’aime moins un tableau de perles dorées, argentées ou ayant d’autres reflets métalliques. On se sert aussi beaucoup pour la fabrication des fleurs de tubes émaillés dont on fait des groseilles, des raisins et autres fruits par des procédés de soufflage très-usités dans la production parisienne. M. Martin en a quelques spécimens.
- C’est au moyen de diverses combinaisons de ces verres colorés, de ces émaux et des procédés de gravure, soit à l’acide fluorhydrique, soit à la molette, que se font tous ces objets décorés dont la classe XIX est si riche.
- Nous citerons particulièrement en ces genres différents : ÛÎM. Bucan et Dupontieu, de Créteil ; —Villaume, de Pantin ; — Gallé, à Nancy ; — Ernie. — Un très-bel étalage de là cristallerie de Sèvres, remarquable
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- surtout par ses services de table — Brunetti, — Pfulbe, — Rousseau, — la cristallerie de Clichy, •— les verreries de Samt-Ouen, — de Portieux, — de Planchotte, — de Groismare, — de Gast, — d’Au-bervilliers — qui tous luttent d’intelligence et d’art pour maintenir la cristallerie et la verrerie française en état de rivaliser par l’élégance, la variété et le bon marché, avec les plus célèbres verreries étrangères. Quant aux verres trempés, ils méritent une mention particulière.
- Le verre trempé, connu sous le nom ùq verre incassable, est le sujet de beaucoup d’exagérations, et l’invention de M. delà Bastie a été, pendant quelque temps, l’objet d’un engouement qui a été plus nuisible qu’utile au développement de son emploi.
- En se bornant même à la moitié des avantages qu’on lui attribue, il reste certain que le verre trempé résiste infiniment mieux que le cristal et le verre ordinaire aux variations brusques de température et aux chocs auxquels la matière ordinaire ne résiste pas du tout.
- Pour les verres de lampe et de becs de gaz, pour les bobèches et services de table, les vitres, les châssis de serres et de toitures, le verre trempé a toutes les qualités nécessaires.
- L’Exposition de la société qui exploite les brevets de M. de la Bastie nous montre des articles de laboratoire et des vases de cuisine en verre, qui résistent au feu d’une manière remarquable et peuvent servir à faire chauffer de l’eau, cuire des œufs et autres services domestiques ordinairement réservés à la porcelaine et aux terres réfractaires.
- La cristallerie de Pantin, Monot père et fils et Stumpf, rivalise avec Baccarat par le bon goût de ses produits et l’éclat franc de ses cristaux : nous trouvons dans cette exposition un certain nombre de procédés nouveaux, sur lesquels nous devons insister, notamment des procédés de métallisation exécutés pendant le cours de la fabrication.
- MM, Monot père et Stumpf ont placé sur leurs tablettes une bouteille ouverte, à l’intérieur de laquelle se voit une surface brillant de la belle couleur du cuivre naissant, qu’il est si difficile de conserver dès qu’elle subit la moindre atteinte de l’atmosphère : parmi les applications de ce procédé, il faut surtout examiner attentivement une coupe faite en feuille de vigne dans laquelle le verre bleu foncé est
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- doublé d'une métallisation rouge cuivrée, dont la transparence est graduée suivant l'épaisseur de. la couche métallique*
- l'aime moins d'autres applications des procédés de Pantin et sur tout les opalisations.
- MM. les verriers devraient se rappeler que la qualité particur lière de la matière qu'ils emploient est la transparence, et que l’effet artistique résulte justement des oppositions de matières et de transparence qu’ils peuvent obtenir; pourquoi vouloir im*ter mal les céramiques et surtout la porcelaine tendre?
- Je louerai sans réserve les applications faites par M. Monot père de raventurine dont les Vénitiens jusqu’à présent semblaient avoir le secret.
- Mentionnons aussi une table en cristal blanc quadrillée à la molette : le plateau a d’abord été soufflé et aplani sur un moule en bois, et, pour produire le rebord circulaire qui fait corps avec le plateau et n’a pas été rapporté, il a fallu évider la plaque de cristal sur plus d’un centimètre de profondeur. C’est un véritable chef-d’œuvre de travail mécanique du cristal.>
- Le socle est. ajusté sans aucune armature métallique, de manière à ce que toutes les pièces qui le composent rentrent les unes dans les autres et forment un tout parfaitement solide.
- Terminons la section française par le compartiment de Baccarat qui, à lui seul, occupe une bonne partie de la classe XIX.
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- Baccarat est une de nos gloires nationales comme Sèvres, Saint-Gobain, le Creusot, et Baccarat fait tout pour maintenir sa supériorité. Outre ses milliers de pièces blanches et colorées, taillées, gravées ou simplement soufflées, au milieu de ces vases gigantesques et au-dessous de ces lustres de toutes tailles et de tous modèles, Baccarat a élevé à Mercure un temple à colonnetles entouré d’une galerie à balustres e n cristal.
- Nous voudrions voir un soir l’exposition de Baccarat allumer les mille bougies de ses lustres.
- Au moment où nous écrivons, un rayon de soleil filtrant à travers le vélum vient animer d’un éclat vraiment magique un des lustres,
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- le plus joli peut-être, dans lequel les porte-bougies sont séparés par des chapelets à grains gros comme des noisettes taillées, auxquelles la réfraction solaire donne raspéct radieux de rivières de diamants.
- J’aime moins, malgré la richesse, des bronzes qui les décorent, tes imitations de porcelaine qui ne pourraient s’expliquer que si, à un moment donné, une lumière intérieure venait y ajouter le charme de la transparence. J’en diraiautant des porte-lampes fond noir et fond blanc à ornements d’or.
- H y a, de plus, des vases opaques, rose lie de vin_et couleur nankin absolument indignés de Baccarat, et qu’on aurait aussi bien fait dé laisser aux magasins pour les vendre aux loteries de foire, avec les faïences de Langeais.
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- Je voudrais bien, par politesse vis-à-vis de nos hôtes étrangers, déclarer la France vaincue dans la classe XIX par l’Autriche, l’Italie, et l’Angleterre; mais cela m’est absolument impossible, et, sans patriotisme exagéré; je suis forcé de soutenir qu’il n’en est rien.
- Je trouve dans la section autrichienne, notamment chez M. Lobmeyr, de Vienne, au milieu d’objets d’un goût discutable, de véritables merveilles de forme, de couleurs et de décoration : louons surtout un dressoir couvert de vases vert et or, sans ornementation de couleur; tous les objets sont d’un style magistral et sortent complètement de cette pacotille de verres de Bohême, avec peintures rapportées, que les voyageurs aux bords du Rhin se croient obligés de rapporter comme souvenirs de voyage.
- Les pièces sur fond aigue-marine niellé d’or sont aussi très-belles; quant à toute cette verrerie brillantée d’effet nacrés, probablement au bismuth, à côté de pièces parfaitement réussies, il en est d’autres où l’effet, soit trop fort, soit trop léger, est loin d’être agréable. Je ferai pour les verreries opalisées et matées la même objection qu’à nos fabricants français : ce n’est pas de ce côté que doivent tourner leurs efforts.
- M. Ulrich de Wilhemsthal a, lui aussi, essayé l’effet nacré. Combien j’aime mieux, du même fabricant, le petit service de table orné de fraises! Bien que le choix du fruit, comme ornement, ne soit pas très-
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- heureux, il y a cependant une idée juste dans cettè ornementation légère et gaie semée dans le verre.
- Le prix affiché 320 francs pour les soixante-six pièces d’un service de douze couverts est relativement très-bas : j’engage beaucoup les fabricants français à imiter en ce point M. Ulrich.
- M, Ludwig Moser, de Garlsbad, expose des pièces très-riches et très-brillantes; mais c’est plutôt de l’orfèvrerie que de la verrerie : rendons cependant justice au chef-d’œuvre de taille et de gravure placé sur le dressoir qui fait le milieu de son exposition et qui rachète largement le clinquant des autres étagères.
- Comme dans la section française, nous retrouvons aussi les verres colorés, les émaux, les pierres fines, avec les qualités et les défauts du goût particulier à l’Autriche.
- L’étagère de MM. Schindler et Veiz, à Gablonz, est bien l’exemple frappant de cette variété infinie d’objets d’étagère de bureau ou de parure personnelle, tels que chapelets en jais, parures en imitations de fleurs et de pierres fines qui ont leurs cachets particuliers.
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- Nous trouvons dans l’exposition autrichienne une industrie absolument nouvelle dans sa perfection, bien qu’elle ait été anciennement essayée à plusieurs reprises.
- C’est l’emploi du verre comme matière de filature et de tissage : cette fois le succès est incontestable; le prix seul reste encore assez élevé pour certains objets.
- J’ai d’autant plus de plaisir à constater cette réussite, que l’invention est due à un Français établi à Vienne, M. de Brunfant. Le verre est d’abord disposé en ouate, absolument comme la laine la plus fine ou plutôt comme de la ouate de soie d’une légèreté et d’une finesse véritablement extraordinaires.
- Le brin, si léger et si ténu, est cependant résistant et élastique comme les fibres textiles les plus recherchées.
- Le kilogramme de cette ouate ou plutôt de cette vapeur consolidée coûte encore 47 francs; mais avec un kilogramme, que de'mètres ne peut-on pas faire 1
- Celte matière moussue est bien loin en avant des anciens fils fran-
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- çais ou italiens qui ressemblent plutôt à du crin ou à de la soie de porc.
- Les applications de ce procédé peuvent être industrielles comme les étoffes à filtres pour acides ou autres corps qui altéreraient les matières végétales ou animales d’un filtre ordinaire. — Cette même matière peut servir à faire des étoffes ou objets de toilette, qui remplissent les vitrines de madame veuve de Brunfant :—les chasubles de prêtres et les gazes rayées, les toiles quadrillées qui ont cet avantage pour le théâtre d’être en même temps brillantes et incombustibles.
- Le prix de la plus belle pièce blanche monte à 80 francs le mètre, mais n’est pas trop cher, eu égard à l’éclat, l’inaltérabilité et l’incombustibilité du produit.
- Il y a un chapeau tout entier, plume comprise, tout en étoffe de verre; une très-jolie application est une sorte de dentelle ou de lacet, brillante, bon marché, et qui a surtout cet immense avantage de pouvoir être lavée sans aucune altération du tissu.
- Ces fils et ces étoffes doivent être teints dans la masse en fusion, car il ne pourrait ensuite recevoir de coloration qu’à chaud; la gamme des couleurs est donc forcément restreinte aux acides vitrifiables et est ncore assez nombreuse pour qu’une grande variété de couleur» puisse être obtenue. Une étoffe applicable tout de suite, pour en faire de très-jolies robes, est une gaze verte et jaune et surtout noire et jaune que le prix de 8 francs le mètre rend dès à présent accessible à tout le monde.
- La fabrication des bouteilles anglaises est beaucoup plus fantaisiste que la nôtre, comme nous pouvons le voir dans la vitrine de MM. Kli ner ou sur l’étagère de M. Breffit. Il faut avoir été en Angleterre pour pouvoir se rendre compte de l’usage de ces bouteilles et de ces flacons bleus, bruns, verts et de toutes les qualités possibles de verre, depuis le plus foncé jusqu’au plus clair.
- Ronds, carrés, oblongs, pyramidaux, ovoïdes, plats, ventrus, avec ou sans étiquettes, établis pour desservir dans la Grande-Bretagne et ses colonies les marchands de vin, de bière, pickles, etc., les fabricants de sauces d’anchois, de harvey-sances et autres produits culinaires ou pharmaceutiques, sans compter les parfumeurs et même les nourrices, car les fioles à biberons y sont nombreuses.
- La plupart de ces fioles ont aussi le bouchon de verre, soit directe
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- meut employé verre sur verre, soit enfoncé dans un autre bouchon de liège, car toutes ces bouteilles sont destinées à voyager dans les cinq parties du monde.
- Les imitations de Venise, de Bohême ne manquent pas non plus. Parmi les vitrines les mieux, garnies, nous trouvons d’abord celles de MM. Hodgets, Richardson and Son, de Stourbridge, et l’Aurova Glass Company. -
- MM. James Powell and Son ont compris que, pour vendre beaucoup, il n’était pas très-bon d’exposer des objets uniques ne servant à rien et destinés simplement à orner une vitrine de curiosités ; ils ont composé des services de table pouvant être d’usage courant et qui sont du goût le plus parfait; signalons, entre autres, un service vert léger, un autre bleu clair, qui doivent très-bien faire sur une nappe blanche.
- D’autres objets en cristal taillé ou gravé rappellent l’ancien goût anglais et sont très-remarquables de blancheur et d’éclat : encore dans l’ancien goût anglais sont les carafes et les verres gravés de H. John Millar et Cie, décorateurs d’Édimbourg et de Glasgow.
- La taille anglaise profonde et à larges facettes se fait encore remarquer sur les étagères de MM. James Green et Nephew qui, eux aussi, ont exposé des flint-glass, imitations de pierres précieuses et des cristaux pour lustres et flambeaux d’un éclat et d’une réfraction magnifiques.
- MM. Thomas, Web and Son, de Stourbridge, ont la collection la plus variée pour tous les goûts, depuis le plus mauvais jusqu’au meilleur : un splendide chef-d’œuvre de gravure sur verre représentant l’enlèvement de Proserpine par Pluton fait face à un dressoir chargé des objets les plus hétéroclites en verres opaques, où se heurtent les
- tons les plus étranges, les verts, roses, violets, bleus, et même jaune serin, à grands dessins. Le mieux réussi, à mon avis, est le bleu foncé air bleu clair. Â côté sont des vases gravés dont la paroi est composée de deux ou trois couches de couleurs différentes et où le talent du
- graveur a enlevé plus ou moins profondément les couches superposées, de manière à former des dessins polychromes.
- Une autre nature de travail consiste à recouvrir un verre brunâtre
- d’une épaisseur blanche assez forte pour que l'on puisse ensuite seul-
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- pter au burin et produire une sorte de camée : dans ce genre est un vase où l'artiste a représenté l’Aurore et dont le prix, est modestement affiché 62,500 francs.
- Parmi les autres vases gravés, les plus remarquables dans la riche collection des mêmes exposants, nous voyons une grande cruche à lettres entrelacées, une autre ornée d’aigles, une frise Parthénon, un plat représentant Vénus, un verre d’eau composé d’une carafe et de deux verres très-bien gravés.
- Nous y retrouvons aussi les services à pointes de diamant d’ancien goôt anglais quadrillé, genre de travail où les Anglais continuent à exceller. Nous retrouvons aussi chez M. Thomas Web les opalisations, les métallisations et les imitations de Venise.
- En face de lui, M. Osler a suspendu des lustres trèsd>eaux, mais moins élégants à mon avis que ceux de la section française ; -«*• au-dessous d’eux, le même fabricant a placé un trône aux pieds de cristal. — Est-ce pour indiquer, par une fine allégorie, la fragilité de cette sorte de siège?
- Le docteur Salviati, qui, dans toutes les expositions précédentes, a été l’objet de si favorables rapports et a reçu des récompenses si élevées, est venu cette fois, comme à l’ordinaire, apporter le fruit de ses travaux et de ses persévérantes études.
- Ses étagères sont couvertes des échantillons les plus variés qui rappellent tous les produits de Venise ou plutôt de Muraoo, depuis les siècles les plus reculés jusqu’à nos jours : ce sont d’abord des émaux en couleur et des émaux à l’or et à l’argent, soit eu plaques, soit en morceaux, dont la gamme infinie de nuances peut servir aux mosaïstes à faire les tableaux les plus variés, à l’abri des injures du temps.
- A côté sont les verres mille flore qu’on est convenu d’appeler aujourd’hui verres murrhins et qui se vendaient un si grand prix sous les empereurs romains ; plus loin sont les verres chrétiens, ainsi nommés parce qu’ils imitent ceux que l’on trouvait dans les catacombes et cimetières des premiers croyants.
- L’opinion des antiquaires attribue aux vases fabriqués avec cette sorte de verre l’honneur d’avoir servi, dans les premiers âges de l’ère chrétienne, à la célébration des mystères eucharistiques.
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- Ce qui distingue les verres chrétiens, c’est de contenir emprisonnées entre deux couches de verre des feuilles d’or diversement travaillées, et représentant le plus souvent des sujets de sainteté.
- L’or se trouve ainsi à l’abri de toute attaque par l’air, l’humidité et la poussière.
- M. Salviati fabrique des verres pour vitraux aussi bien en dalles carrées qu’en Rulli dont la qualité particulière consiste surtout à agir sur la lumière qui les traverse, de telle sorte qu’elle ne passe pas trop facilement comme dans les verres colorés fabriqués aujourd’hui.
- Les tons qui colorent ces verres sont d’une extrême richesse et peuvent être employés avec avantage dans les combinaisons de vitraux imitant les vitraux anciens des meilleurs maîtres.
- Quant aux lustres et vases de toutes sortes en verre soufflé, gloire de Murano, ils font, comme toujours, l’admiration des visiteurs'les moins érudits.
- Au milieu des coupes, des calices, des vases, des plats, des bouteilles et des verres de toutes formes, nous avons remarqué surtout une tasse en verre violet très-foncé, copie exacte de celle qui est renfermée dans le trésor de Saint-Marc, à Venise : elle porte extérieurement sur le pourtour sept médaillons qui contiennent des figures et devises mythologiques entrelacées de filets d’or : c’est un très-bel objet digne d’orner les vitrines les plus riches en verrerie d’art. '
- De petites coupes à anses, avec des métallisations sur verre coloré,, sont du plus gracieux effet : la bleue est, je crois, la plus jolie pièce de l’exposition Salviati.
- La plus curieuse, peut-être, comme difficulté vaincue, est un calice dans le fond duquel une peinture, d’abord fondue, comme émail, a été ensuite emprisonnée dans le verre; mais ces tours de force intéressent moins le public, bien plutôt attiré par l’infinie variété de couleurs, de formes, et toujours étonné par la légèreté relative des verres de Murano.
- Ainsi tout le mondé comprendra et admirera la prodigieuse légèreté d’une petite fiole achetée, je crois, par mademoiselle Agar, et que l’on craint de tenir dans sa main, de peur de la voir disparaître à la plus légère pression.
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- Murano, point de départ et vraie patrie de la verrerie et de la miroiterie, fournit pendant le moyen âge et la renaissance le monde entier de verres et de glaces.
- Bien que le verre de Murano contienne une petite quatité de minium, ce n’est pas un cristal : le sable de l’Adriatique, la soude et la potasse, ajoutés dans des proportions calculées, forment un verre qui ne refroidit pas rapidement et conserve pendant le travail une plasticité extrêmb, permettant de lui donner les mille formes dont les artistes verriers se plaisent à décorer leurs produits.
- Il est d’une incroyable légèreté et peut s’étendre en couche aussi mince que le vernis le plus limpide, ce qui le rend susceptible d’applications particulières. On l’appelle verre soufflé, parce que l’ouvrier se sert presque uniquement de sa canne, du pontil, de pin-cette ou de ciseaux, pour donner au verre toutes sortes de formes, sans le mouler, le tailler ou le graver comme dans les autres pays ; le maître se sert bien de temps en temps de quelques matrices pour produire des ornements en relief réguliers ou gaufrer certaines parties ; mais ces procédés ne constituent pas, à proprement parler, un moulage.
- Il faut que le verrier maintienne sans cesse la pièce qu’il travaille assez chaude pour que l’addition d’une nouvelle quantité de verre en fusion ne vienne pas briser l’ouvrage déjà produit, et cependant assez froide pour que la pièce dressée ne se déforme pas à la chaleur du four; souvent l’ouvrier ou plutôt l’artiste, vaincu par les difficultés mêmes de son art, est forcé instantanément de modifier ce qu’il voulait faire et de changer un cygne en dauphin, une rose en dahlia et réciproquement, suivant les caprices de la fusion.
- Telle pièce disposée sur les dressoirs Salviati a été plus de cent fois remise au feu, et pour la conduire à bonne fin, il a fallu non-seulement l’habileté de l’ouvrier, mais encore les plus grandes chances de fabrication. Ce n’est pas seulement dans la forme qu’est la difficulté pour le verrier vénitien, c’est encore dans l’état chimique du verre lui-même, tantôt coloré en bleu verdâtre clair et, transparent, sous le nom d'aquia marina, tantôt rendu blanc et opaque sous le nom à'alabaslro.
- Légèrement opalisé comme la Girasale, rouge et transparent comme
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- dans le Rubino, parsemé d’or comme Yavenlurine, il te fond, se soude, s’étire et se tord plus ou moins heureusement, suivant le voisinage où on le place. L’artiste doit savoir quelles affinités ont les verres colorés, aussi bien comme fabrication que comme aspect. Souvent où raventurine ferait mieux, il est forcé de mettre du rubino tm de f alabastro.
- Personne, sans avoir été témoin du travail, ne peut se rendre compte de ces complications infinies ; on apprécie cependant le résultat, et Ton sent bien qu’il y a là autre chose qu’une reproduction mécanique d’un même modèle incessamment répété. Chaque pièce, si commune et si bon marché qu’elle soit, est un véritable objet d’art, bien rarement reproduit d’une manière identique sans qu'il y soit rien ajouté ou retranché.
- C’est ce qui explique pourquoi il est difficile de faire servir la verrerie vénitiennne comme garniture de table ou verrerie d’usage; il est presque impossible d’en constituer ce qu’on appelle un service ; l’extrême fragilité due à la complication des ornements rapportés lui interdit de descendre des étagères et de venir sur la table.
- Les/solides verres de Rive-de-Gier ou de Bohême, les cristaux de Baccarat ou de Stourbridge peuvent résister au transport et aux usages de 1a vie domestique par la solidité de leur matière et par la simplicité un peu vulgaire des formes employées.
- Le prix élevé de ces objets d’art, une fois transportés de Venise à Paris ou à Londres, les maintient au rang de curiosités; mais si on les achète à Venise même, ils sont si bon marché qu’ils peuvent rivaliser pour le bas prix avec les verres dont nous nous servons chaque jour.
- Je crois que, si M. Salviati veut rendre un véritable service à ses compatriotes, il devrait composer des vases, des carafes et verres, qui, tout en conservant les qualités de coloris et de galbe élégant de la verrerie vénitienne du moven âse et de la renaissance, seraient assez sobres d’ornements rapportés, pour pouvoir être utilisés sur les tables, sans être exposés à être brisés au moindre contact, et en même temps être achetés et renouvelés sans qu’on soif forcé de dépenser de trop grosses sommes.
- La Hollande n’a pas exposé de gobeleteries; mais la fabrique de M. J. Bouvy, de Dordrecht, a joint à des vitres et à des glaces bombées
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- un échantillon de verres colorés et de plaques dressés avec la netteté et la précision hollandaise.
- Pour la verrerie, le Portugal est aussi national et particulier que pour la céramique. Les idées originales abondent, et les prix affichés sont d’une grande modestie.
- A sa gobeleterie, le Portugal joint quelques verres de couleur unis et gravés, et quelques verres à vitres de M. André Miclion.
- La société anonyme belge des verreries réunies de Boussu étale sur ses tables des cristaux taillés dans le genre anglais , ainsi qu’une bonne gobeleterie courante : la cristallerie Namuroise obtient un beau blanc d’une assez bonne réfraction, même avec ce quréîîé appelle des demi-cristaux.
- La glace argentée de M. Nyssens est d’un grand éclat. Les glaces gravées et mattées, à l’acide fluorhydrique, de MM. Reverdy et Nis-sens, égalent presque celles de M. Bitterlin, et les grandes glaces de Sainte-Marie d’Oignies et de Courcelle seraient les plus belles de l’Exposition, s’il n’y avait pas celles de Saint-Gobain.
- La société anonyme des verreries nationales de Jumet a composé, avec des verres gravés et colorés, un panneau qui sert d’échantillonnage à sa fabrication.
- Dans la section russe, la verrerie de Kalisch, qui appartient à M. Demidoff, a fait de beaux manchons de globes et de verres à vitres, dans lesquels la matière est teintée d’un bleu léger d’un très-joli ton. La même section renferme aussi une petite vitrine bien garnie de bouteilles classiques et de fantaisie.
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- Les matières employées dans la fabrication des porcelaines, dit le catalogue officiel, sont, tout d'abord, les kaolins et les cailloux blancs (pegmatites ou pétrosilex) dont les prix varient de 8 à 14 francs les 100 kilogrammes, suivant la qualité.
- Le type du kaolin est la terre plastique de Saint-Yrieix (Haute-Vienne) ; les kaolins des Pyrénées, du Cher, de l’Ailier entrent de plus en plus en concurrence avec ceux du Limousin et ont contribué puissamment au développement des fabriques du Berri.
- La terre de porcelaine seule ne donnerait pas une pâte convenable, douée de la transparence qui doit caractériser ce genre de produit céramique ; on trouve dans les sables de lavage et dans les feldspaths purs ou pegmatites blanches l’élément fondant auquel la porcelaine doit sa translucidité; ce produit accessoire revient à 6 et 8 francs les 100 kilogrammes.
- La porcelaine se fabrique en France dans trois centres principaux :
- Le Limousin (Haute-Vienne et Creuse) ; Limoges renferme plus de trente fabriques environ faisant la porcelaine blanche.
- Le Berri, où l’on trouve les fabriques du Cher, de l’Ailier, de la Nièvre et de l’Indre, qui produisent principalement les porcelaines blanches et les articles courants à bon marché.
- § La fabrication parisienne est on ne peut plus variée; dans un grand nombre de petites fabriques, on fait l’article de Paris, les objets de fantaisie, tels que fleurs, coupes, corbeilles; quelques autres font, au contraire, des objets artistiques, principalement en biscuits, ou des
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- objets spéciaux, tels que les lampes ou les coupes destinées à recevoir une ornementation très-riche et à être montées en bois sculpté ou en bronze. Enfin, dans de nombreux ateliers, on reçoit les porcelaines blanches provenant en grande partie de Saint-Amand-les-Eaux (Nord) et de Fontainebleau, et on les décore à Paris principalement.
- ' On compte en France \ 02 fabriques de porcelaine qui utilisent une force de 1,300 chevaux (550 chevaux-vapeur et 750 chevaux hydrauliques), occupent \ 4,000 ouvriers et font un chiffre d’affaires de 43,600,000 francs.
- La valeur des exportations ne dépasse pas 6 millions de francs ; en revanche, les importations de porcelaines tendres anglaises représentent une somme importante.
- Le développement de cette grande industrie est dû principalement aux excellentes leçons qui chaque année résultent des patients travaux des savants et des artistes de la manufacture nationale.
- On est bien ingrat pour Sèvres.
- Que de fois ri’ai-je pas entendu attaquer la manufacture nationale, se plaindre de sa routine, de sa lenteur à produire!
- On lui reproche sans cesse son modeste budget; on voudrait sa destruction au profit, dit-on, de l'industrie privée.
- C’est une bien grosse erreur et qui pourrait devenir préjudiciable aux intérêts mêmes de cette industrie privée au nom de laquelle on réclame. En parcourant les galeries céramiques françaises, ce quel’on voit de plus beau est le produit des leçons de Sèvres.
- Modèles, moules même, couleurs, Sèvres donne ou prête ce qu’on lui demande : la manufacture va jusqu’à fermer les yeux quand des artistes qui lui devraient tout leur temps travaillent aussi pour les fabricants de la ville.
- La fortune industrielle de la France est due, en grande partie, à la réputation de sa marque de fabrique; ne laissons pas cette réputation se rabaisser par une économie mal entendue.
- Déjà les Gobelins vont en déclinant, et je dirai pour cette autre manufacture nationale ce que je disais pour Sèvres :
- Sèvres est dans une situation particulière pour progresser sans cesse. En effet, lorsque le chef d’un établissement industriel meurt ou Se retire, ses successeurs n’héritent pas toujours dë son génie, et la
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- fabrique, frappée en pleine prospérité par le départ de son maître, yoit graduellement décroître son importance et bientôt se disperser le groupe d’ouvriers d’élite qu’il est si difficile de former.
- Sèvres, au contraire, appartenant à l’État, propriétaire impersonnel, conserve depuis de longues années ses cadres précieux, et lorsque la manufacture perd son chef, il est immédiatement remplacé par un administrateur d’un mérite sinon identique, au moins égal.
- Après M. Brongniart el le regrettable M. Ebelmen, la manufacture a eu la bonne fortune d’être conduite par M. Régnault, dont les vastes connaissances en physique et en chimie ont pu trouver leur application journalière.
- L’administrateur actuel, M. Robert, a pu faire naître de grands progrès, parce qu’à son talent de peintre, il joignait des études profondes de chimie appliquée à son art, et surtout parce qu’il était un Céramiste consommé.
- Aidé de MM. Salvetat, Milet et des spécialistes habiles qu’il dirige, il a su imprimer aux travaux de la manufacture une direction normale, dont on peut voir, si l’on sait regarder, les merveilleux résultats dans le grand vestibule de l’avenue d’Iéna.
- Certes, nous n’approuvons ni l’emplacement accordé aux produits de Sèvres, ni la manière de les présenter au public, dans le milieu d’un passage.
- Le vestibule est trop élevé d’une part, et de l’autre trop rempli de poussière, pour ces précieux vases qui demandent, afin d’être appréciés à leur juste valeur, le calme et la propreté d’un salon retiré.
- Mettez à la place où sont exposées les porcelaines de Sèvres les pièces les plus admirées de la classe XX et même les céramiques chinoises et japonaises dont le juste succès augmente chaque jour, vous verrez la faveur du public se porter ailleurs.
- Que peut un de ces jolis vases de M. Ficqüenet, un émail de M. Gobert, à côté du Charlemagne gigantesque de M. Thiébault ou du clinquant oriental des Indes anglaises?
- Cependant, l’exposition de Sèvres est bien intéressante pour qui veut l’étudier sans parti pris.
- Parmi les pièces exposées, nous retrouvons un grand vase orné de torsades, figurant des cordes dorées, dont tout le mérite est dans la
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- matière même. Il est teinté avec ce bleuie cobalt, historique sous le nom de bleu de Sèvres, nuancé de clair et de foncé comme l’agate, pouvant supporter le feu le plus intense, et par conséquent recevant le plus beau glacé.
- Ce vase, spécimen du sèvres classique, est un des ornements du musée de la manufacture, si bien classé et disposé avec tant de goût par M. Champfleury. -
- Il en est de même du grand vase de M. Ficquenet, dont les ornements figurent de larges feuilles de palmier bleues se détachant sur fond paille.
- Les vases de porcelaine tendre sur fond blanc ou or uni ou granulé, avec dessins de toute couleur, séduiront aussi tous les visiteurs; les émaux de M. Gobert, camaïeu noir ou gris ou bleu ton sur ton, ne le cédant pas aux pièces les plus renommées de la Renaissance. ~*
- Une autre série de produits s’adresse plus spécialement aux connaisseurs et aux céramistes de profession. Ils montrent la progression des procédés nouveaux inventés et perfectionnés à Sèvres, et dont l’imitation est facile à reconnaître dans les galeries affectées à la classe XX.
- Ces perfectionnements importants ont pour tendance de remplacer peu à peu les anciens procédés de peinture sur couverte par l’emploi des couleurs de grand feu.
- Autrefois, on peignait sur porcelaine, puis on s’efforçait, par une demi-fusion, de fixer à la surface les oxydes métalliques donnant les couleurs cherchées. Mais le glacé de cette peinture sur porcelaine est le plus souvent irisé et comme moiré; il est parfois terne et mat, et résiste mal aux attaques du temps et sùrtout aux frottements. Aujourd’hui, avec raison, la manufacture cherche des couleurs plus stables qui puissent être protégées sous la glaçure pendant des siècles.
- Et dans ce sens on a beaucoup appris depuis quelques années.
- Au bleu cobalt pur, rappelant le saphir, sont déjà venus s’ajouter un bleu turquoise, encore loin du bleu clair de la porcelaine tendre, mais déjà assez franc ; un vert de chrome dit céladon, des noirs francs, du jaune, du brun, du gris, de l’olive, depuis le plus foncé jusqu’au plus clair.
- La grande coupe de M. Avisse montre des volubilis roses, d’un ton
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- assez vif : Part du peintre, en les employant en opposition aux tons plus foncés ou plus ternes, fait ressortir ces roses et ces jaunes heureusement mêlés de blanc.
- Le manque de place a fait éparpiller dans les annexes tout un ordre de produits céramiques très-utiles et dont un nombre infini d’industries ne peuvent se passer; d’autres encore, d’un usage de plus en plus fréquent dans la vie domestique.
- Il est regrettable de n’avoir pu ranger dans un même local et d’une façon suivie toutes les manifestations de l’art de terre, depuis le simple tuyau de drainage, la pièce de four et Ia^cornue à gaz jusqu’au magnifique surtout de MM. Hache et Pepin-Lehaileur.
- L’annexe que la classe XX s’est construite à côté de l’École militaire est encore bien insuffisante, et les excellents produits qu’elle renferme.auraient gagné beaucoup à être moins étroitement logés, et surtout à ne pas être ainsi éloignés des yeux du public.
- Il a fallu qu’un des exposants de la classe XX nous guidât vers ce pavillon pour que son existence nous fut révélée.
- A la porte sont deux belles statues en terre cuite de M. Gossin, dont le quadriage élevé près de là sur un piédestal est un très-important spécimen des terres cuites de cette maison.
- Sur le mur extérieur s'appliquent les carreaux de revêtement do M. Courquin, au devant desquels ont été dressés les grands vases en grès de M. Hutan, d’Arinenlières.
- En pénétrant dans le pavillon, on est surpris de la variété extraordinaire des terres céramiques que recèle le sol français : ainsi lo kaolin se trouve non-seulement dans la Hautè-Vienne, représentée par MM. Alluand, Leobardi, Becoux, mais encore dans l’Ailier, où la Société anonyme des kaolins, dont le siège est aux Collettes, eu extrait de grandes quantités. Cette Société nouvelle a sur ses dressoirs un assortiment très-remarquable de kaolins bruts et lavés.
- La Nièvre, l’Indre, la Corrèze, la Dordogne, les Hautes-Pyrénées, la Manche et jusqu’à la Drôme exposent des kaolins plus ou moim purs et qui servent, les uns à faire des pâtes céramiques, les autres entrent dans certains mélanges pour d’autres fabrications.
- Les grès communs, depuis la cruche grise ordinaire jusqu’aux vases formant le matériel des produits chimiques, sont très-curieux,
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- trèsTinléressants et auraient été bien plus nombreux si la place leur avait été plus largement accordée.
- MM. Hutan, Guichard, Richard-Godin, Girault nous montrent ce qu’on peut faire en ce genre comme tuyaux, serpentins, foudres à cidre, vases à concentrer, fontaines d'une seule pièce et enfin pots à saler qui, dans la vie rurale, jouent un si grand rôle auprès des ménagères. ~
- Parmi ces derniers, M. Girault en fabrique qui peuvent tenir jusqu'à deux cent cinquante kilogrammes j le même exposant affiche sur un gigantesque filtre à café qu’il peut contenir mille cinq cents tasses.
- La parfaite imperméabilité et l’inaltérabilité absolue de ces poteries, et surtout leur bon marché relatif, les rendent indispensables pour un nombre infini d’usages : elles n’ont pour rivales au Champ de Mars que les grandes jarres à huile de la section espagnole et les grès renommés de la céramique anglaise.
- Puis viennent les vases de cuisine allant au feu, dont l’habitude se répand de plus en plus pour remplacer les casseroles en métal et autrés vases trop chers quand ils sont de bonne fabrication et qui deviennent dangereux quand l’étain, dont ils sont le plus souvent revêtus , est mélangé de métaux toxiques.
- 11 est vrai que ces vases de terre se cassent quelquefois par le choc ou même quand on les expose inégalement à une chaleur trop* vive : mais si l’on comptait bien, on verrait que le renouvellement d’une batterie de cuisine en terre réfractaire équivaut à peine à l’intérêt de la somme nécessaire pour se procurer la collection des casseroles et autres vases de cuisine suffisamment épais et étamés consciencieusement.
- L’entretien des casseroles de cuivre ne peut se faire par un simple lavage, et, si le nettoyage n’est pas très-bien exécuté, il s’y forme parfois des oxydes dangereux.
- Ces vases de métal, inoffensifs à chaud, deviennent redoutables lorsqu’on les laisse refroidir en y conservant certains aliments auxquels ils communiquent quelquefois même un goût désagréable; de plus, le métal se refroidit rapidement, tandis que le vase de terre retiré du feu garde longtemps sa chaleur.
- Toutes ces raisons, consacrées par la pratique journalière, ont mis
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- à la mode les produits de certaines maisons spéciales remplaçant aujourd’hui presque partout les anciennes poteries grossières que fabriquaient autrefois de petites usines locales.
- Parmi les produits en faveur, nous retrouvons dans le pavillon de la céramique les casseroles et les plats de Vallauris (Alpes-Maritimes); ces casseroles ne sont vernissés qu’en dedans et résistent très-bien au feu, bien qu’elles soient beaucoup plus minces et beaucoup plus légères que les anciens grès réfractaires. Cette même terre Vallauris est employée par MM. Milet et Massier à faire des produits artistiques où l’on retrouve une bonne imitation des procédés de Sèvres : deux vases surtout ornés de grandes fleurs d^églantier.
- Deux porcelainiers de premier ordre ont voulu prouver que l’on pouvait faire tout aussi bien en matière plus finale service de cuisine allant au feu, brune au dehors et blanche en dedans; ce sont MM. Pii-livuyt et Hache Pepin-Lehalleur.
- L’exposition de la célèbre porcelainerie de Vierzon est très-complète en ce genre, depuis les grands plats à gratiner jusqu’aux petites cocottes à manche, dans lesquelles il est maintenant admis aveo raison qu’il faut faire les œufs sur le plat.
- A côté est tout son assortiment de porcelaine en blanc : soupières, casseroles à légumes, assiettes simples ou bien marquées au chiffre de l’acheteur; toute la série s’y trouve.
- La même maison qui semble, cette année, avoir progressé considérablement depuis 1867, a dans le palais même une exposition fort belle de produits de grand luxe : la plupart des pièces de cette étagère sont aussi remarquables par le goût et l’élégance de l’ornementation que par les soins d’exécution au point de vue technique. -,
- Certes, le grand surtout bleu, blanc et or à griffons est très-beau, ainsi que la soupière oblongue couleur turquoise morte, décorée d’or mat.
- La grande coupe gris olive et or, la coupe portée par des hérons dorés, et les autres grands vases, témoignent une remarquable habileté dans l’emploi des couleurs de grand feu; mais ce qui pour moi est véritablement admirable, c’est le travail même de la pâte et la perfection extrême du calibrage et du galbe dans les simples assiettes et les pièces plus petites, comme les tasses, soucoupes, etc.
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- MM. Hache et Pepin-Lehalleur ont encore perfectionné le service à ourlet ou plutôt à petites ganses formant saillie au bord de l’assiette dans la pâte même, sous la couverte, qui avait eu tant de succès en 1867.
- Cette année ils ont exposé des assiettes dont toute la largeur du bord est quadrillée de même dans l’épaisseur et sous le glacis.
- Quelquefois, ce travail de la pâte entre les deux couvertes donne les transparences les plus réussies; je signalerai dans ce genre un petit coquetier qui est un véritable chef-d’œuvre.
- Les tasses à fines cannelures, à tons rabattus rose, bleu et vert,: agrémentés d’or mat, plairont aux connaisseurs industriels aussi bien qu’à l’amateur artistique. ’ ~
- La porcelainerie de Vierzon, dont l’exportation est une des plus considérables parmi nos fabriques, semble cependant cette année n’avoir voulu exposer que des produits dans le goût français le plüsjmr.
- En face de l’Exposition Hache Pepin-Lehalleur sont les étagères de la société Pillivuyt de Mehun, très-importantes aussi.
- La maison Pillivuyt occupe un grand nombre d’ouvriers; c’est une des porcelaines qui fournissent le plus abondamment à l’exportation. Onjpourrait reprocher à sa collection une certaine monotonie du ton vert et gris verdâtre de ses principales pièces où nous retrouvons une application des couleurs de grand feu de Sèvres : quelques roses, grand feu, sur fond vert, sont bien venus.
- J’aime moins, du même fabricant, les services à figures fantaisistes ayant des prétentions au comique : le prince de Galles en a acheté un qui représente des personnages chinois en belle humeur : j’aurais préféré acquérir le panier bleu pâle et or mat qui se trouve sur la même tablette.
- M. Havillan, l’un de nos célèbres exportateurs, est tombé dans ce travers de mêler la faïence à la porcelaine. L’une nuit à l’autre : à côté de ses très-beaux services, soit en blanc, soit à ornementations fines et délicates, il a mêlé des vases d’ornements en faïence, à la mode, il est vrai, mais qui ne semblent pas à leur place chez lui.
- L’école municipale de Limoges s’est distinguée par le très-bon choix de sa collection : s’inspirant des modèles anciens du musée de la ville? l’organisateur de cette exposition a dressé un échantillonnage très judicieux d’assiettes et de plats, qui ont été immédiatement achetés,
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- presque tous par des établissements industriels importants ou par les musées de Sèvres et de Vienne. Nous y retrouvons comme partout ailleurs l’application du procédé en pâte blanche sous couverte sur fond coloré.
- M. Pouyat a fait une exposition véritablement porcelainière, presque tont en blanc et avec grande raison : la porcelaine étant une matière transparente, sa pâte étant très-fine et son glacé lié intimement au biscuit et ne se craquelant pas, c’est surtout dans les effets de pâte que doit résider la qualité du produit. Nous dirons en parlant de M. Pouyat ce que nous avons dit à propos de Sèvres : l’ornement rapporté après cuisson cache les défauts, tandis que la nudité du blanc les relève.
- Les simples assiettes, les plats et les vases, tout en blanc, doivent, suivant moi , attirer la sérieuse attention des connaisseurs aussi bien que les très-judicieuses applications des procédés de pâtes sur pâtes, blanches ou colorées, inventées par M. Robert, de Sèvres.
- De grands plats ronds, et surtout le panneau portant le nom de la maison, sont de très-bon goût.
- Dans ce panneau, la gamme des verts et des roses grand feu, très-habilement mélangés de légers rehauts d’or mat sur fond maïs, a été exécutée par carreaux assemblés. Le vase blanc, s’enlevant en épaisseur légère au sommet du panneau, est d’un très-joli dessin. M. Sazerat expose des statuettes en biscuit : les divers vases et surtout la buire de MM. Gibus et Redon contribueront à maintenir à l’étranger la réputation de la porcelainerie française.
- Je regrette les facéties politiques sur porcelaine de M. Macé; ses autres applications de la chromo-lithographie sont en général de meilleur goût.
- La manufacture de Foecy a bien quelques grands plats un peu gondoles; mais je lui sais gré de les avoir exposés dans leur naïveté. Je la félicite d’un petit service fond noir à dessin cachemire qui est certainement une des plus jolies choses de la classe XX.
- Le service rose de M. Mansard, de Paris, est accueilli par un grand succès; je le comprends, il fait beaucoup d’effet et doit être destiné à l’exportation. Je préfère le cabaret blanc avec chiffres que cet exposant a placé au milieu du grand service rose.
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- A côté, M. Clauss semble s’être adonné exclusivement à l’imitation et presque à la falsification du vieux japon et du vieux saxe.
- Plus loin, M. Gosse, de Bayeux, nous montre la pâte à porcelaine employée surtout comme matière céramique réfractaire et inaltérable : cornues, pipettes, filtres, cuvettes, entonnoirs, baquets pour les photographes et les chimistes, écuelles de toute sorte-, moules à pâtes y casseroles à daubes.
- M. Thomas, de Paris, le grand fournisseur des ornemanistes en porcelaine, a quelques bonnes pièces de modèles en général connues et d’un galbe assez heureux. Mais pourquoi exposer cette imitation du bleu grand feu de Sèvres, quand on le réussit aussi mal ?
- M. Delforge, décorateur de Paris, a réuni un bon assortiment de" figurines, de vases, de tasses et même de flacons de poche heureusement combinés, parmi lesquels nous remarquons des fonds platinés sur lesquels la couleur rose s’enlève très-bien.
- Des ornemanistes de Limoges, MM. Demartial et Talandier, ont voulu prouver ce qu’ils pouvaient faire en genres différents de décorations; tout n’est pas également réussi. Certaines petites tasses, ainsi qu’un service pourpre et or à petits dessins, sont bien exécutés.
- Les deux figures copiées sur les cartons de Nazerolles, destinées pour les Gobelins, la femme représentant la Gourmandise surtout, sont bien rendues, mais sur des plaques d’une proportion dont je ne comprends pas très-bien l’utilisation.
- Parmi les décorateurs, M. Victor Étienne se distingue pâr une série de services à larges bandes pourpre bleu foncé et bleu clair, agrémentés d’or de diverses couleurs et qui doivent se vendre avec facilité pour le service des tables couvertes de riches garnitures.
- Le grand vase rouge avec torsades d’or de M. Klotz, de Paris, est le seul spécimen de ce ton hardi qui, dans certaines combinaisons, peut être avantageusement appliqué. Le même décorateur a mis sur son étagère, à côté du vase rouge, des vases peints à l’ancienne mode, sur couverte, représentant des nymphes et des tritons comme on les peignait autrefois à Sèvres. Des roses naturelles chromo-litho-graphiées du même décorateur produisent une ornementation artistique, quoique très-bon marché.
- M. Ch. Lévy, de Charenton, au-dessus de statuettes, de flambeaux
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- et de miroirs, et de petites pièces du modelé le plus gracieux, a élevé sur son étagère des statuettes en terre cuite originales. Les anatomies de ces figures sont rendues avec une véritable exactitude de moulage : les sculpteurs ont d’ordinaire l’air de craindre cette exactitude qui donne là vie aux œuvres de M. Ch. Lévy.
- Une étagère bien intéressante est celle de M. J. Machereau, de Paris, qui sait allier avec art la porcelaine tendre et les bronzes dorés. *-
- Il est difficille de trouver une plus jolie collection de petits objets d’étagères mêlés aux pendules, aux garnitures de cheminée du Louis XVI le plus pur : des couteaux à papiër^des cachets, des coffrets bleu turquoise ou bleu foncé relevé d’or mat et de fines peintures : au-dessus domine une très-belle coupe jardinière relevée par deux figurines représentant un satyre et une salyresse en bronze doré. Plus bas est placé un buste de bacchante d’un beau bleu turquoise, véritable modèle et de ton et de glacé.
- M. Brianchon, l’inventeur du procédé qui porte son nom, continue ses applications de bismuth, pour produire des effets miroités et nacrés qui, bien appliqués, sotft ravissants; sa conque, ses tulipes, ses coquilles, à elles seules, feraient une exposition originale et inimitable. Pourquoi M. Brianchon a-t-il cru devoir mêler à ses véritables chefs-d’œuvre de vilaines imitations de Palissy et les deux vases brun et jaune d’une turquerie déplaisante?
- Le service à thé figurant des coquilles, le service brillanté maïs et fond blanc, et surtout les petits groupes de figurines blanc argenté et lilas, devaient suffire pour attirer sur M. Brianchon les regards des visiteurs et les récompenses qu’il a si justement méritées et par ses inventions et par la persévérance de ses travaux.
- Deux compositions très-importantes, indiquant une direction d’idée absolument nouvelle, dominent l’exposition des faïences de cette année; elles ouvrent la voie vers une industrie naissante : '
- ’] C’est le revêtement des surfaces murales avec des carreaux céra-miques représentant des compositions à grands sujets. Le panneau de M. Deck et celui de la société Creil-Montereau en sont le type.
- Déjà depuis longtemps le revêtement des surfaces murales avait été essayé dans les pays méridionaux, principalement dans les salles de bain, au point de vue de la salubrité.
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- Dans ces derniers temps, M. Coilinot, avec de grandes plaques ou bien avec des carreaux assemblés, faisait en ce genre des parois très-réussies, surtout en ornements persans ou turcs. Quelquefois même on essayait des figures entières, mais jamais rien d’aussi hardi, d’aussi complet n’avait été tenté.
- C’est là un des grands résultats des expositions internationales :
- Surexciter l’invention et le désir de faire quelque chose que personne n’ait encore osé faire.
- Le progrès marche ainsi à grands pas, tandis qu’en temps ordinaire il procède lentement et par degrés; —aux expositions se fondent des bases nouvelles sur lesquelles s’élèvent par des efforts persistants les découvertes d’une période suivante. .
- M. Deck a lieu d’être fier.
- Certes, tout n’est pas idéalement réussi quant à l’exécution céramique en elle-même, dans les figures surtout représentant l’orfèvrerie, la céramique, la gravure et la peinture, où les gammes de rose et de rouge n’ont pas été respectées par la cuisson.
- le paysage de fantaisie est d\m effet décoratif saisissant; — les différents tons du bleu que l’on pourrait appeler le bleu Deck, tant cet artiste sait en tirer un bon parti, sont réussis au delà de toute attente.
- Sur 8 à 4 0 mètres de haut et sur 5 à 6 de large se développe une composition figurant un paysage de Finale ou de San Remo; à gauche, un gigantesque pin parasol surgit au premier plan, et, traversant une architecture servant de cadre, va s’épanouir dans le ciel.
- Un village ressemblant à ceux qui bordent la rivière de Gênes s'étage sur les flancs d’une colline dominant une falaise à pic; la mer bleue, le véritable cæruleum mare est en bas et fuit jusqu’à l’horizon : à droite, un paon étale sa queue aux riches couleurs au pied d’une colonne couleur d’améthyste, à laquelle sont accrochés en trophée des armes et un bouclier.
- C’est une mosaïque à grands carreaux dont les lignes de raccorde-’ ment disparaissent à quelques mètres de recul, pour se fondre et une seule surface brillant du plus beau glacé.
- La falaise et les parties grises de la colonne sont limitées par un trait noir qui rappelle heureusement le procédé du cerné inventé à
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- Sèvres tel que nous le retrouverons dans quelques pièces de la manufacture nationale.
- Le panneau de Creil et Montereau est bien mal placé.
- Tandis que tout le monde se promène devant la composition de M. Deck, lorsque de la galerie Rapp on passe sous la loggia pour se rendre aux. sections étrangères, il est rare qu’on s’engage dans les sables de la ruelle parallèle à la rue des Nations, passage abandonné entre la section française et les pavillons des beaux-arts.
- Le plus grand hasard me l’a fait découvrir sur la surface extérieure du second de ces pavillons, entre le bâtiment de~fe ville de Paris et la galerie de l’École militaire. Et cependant c’est un travail très-remarquable devant servir de pionnier pour un art nouveau.
- C’est un grand tableau de 8 mètres de large à peu près, sur 5 de hauteur, également assemblé par carreaux; mais ici, la matière est moins précieuse que chez M. Deck, le glacé est terne et rugueux; est-ce parti pris du compositeur, M. Martinus Kuitjenbrowe? est-ce infériorité d’exécution céramique? L’une et l’autre des deux causes peuvent avoir déterminé cet effet de tapisserie‘ancienne, défaut et charme en même temps de la composition de Creil-Montereau.
- Au milieu, deux gigantesques Burgraves de la Renaissance, assis dos à dos, entourés de leurs chiens et de leurs attributs de chasse, regardent, chacun de leur côté, un paysage représentant vallées, forêts, chevaux, fauves et chasseurs, un peu à la manière des verdures de Flandre. Comme contraste singulier, s’étend au-dessus de ces forêts de convention un ciel absolument réel, d’une fraîcheur et d’une vérité singulière, traité de main de maître et que les hasards de la cuisson ont respecté.
- Ce tableau ferait un mur de salle à manger aussi original qu’inaltérable.
- L’intervention de la céramique dans la construction est, à mon avis, très-heureuse, et M. Van Bovens, l’architecte du Crédit lyonnais, vient d’en faire une excellente application en recouvrant de planches en faïence les murs des cours intérieures du palais du Crédit lyonnais.
- Tandis que les peintures dont on revêt presque toujours les murs de ces cours intérieures sont ordinairement noircies très-vite par les poussières et les émanations des cuisines et autres pièces, reléguées
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- avec raison de cet autre côté des maisons, les faïences de M. Van Bovens se conserveront propres et claires, surtout si on les lave de temps en temps.
- La faïence, si longtemps négligée comme céramique ornementale, est devenue aujourd’hui au contraire la céramique la plus employée pour la décoration : elle le sera encore davantage à la suite de l’Exposition de \ 878. La faïence se prête facilement, et par la variété de ses couleurs et par le bon marché de sa matière première , à toutes les fantaisies des architectes et des particuliers. N’oublions pas cependant que la véritable production de faïences industrielles a pour base la vaisselle de table et de toilette.
- Les domestiques de nos jours n’ont pas le respect des objets qui passent par leurs mains, et comme ce-n’est plus là maîtresse de maison elle-même qui s’occupe des soins à donner aux objets d’usage, il faut abondamment et sans restriction pourvoir à la casse.
- Le temps n’est plus où les vieux rouen, les saxes étaient posés délicatement sur des dressoirs, conservés avec orgueil de génération en génération. Quelques amateurs seulement, plus soigneux et plus méticuleux que les autres, se font un point d’honneur d’exhiber nonces pièces modernes, si belles qu’elles puissent être, mais bien de vieux plats ou de vieilles faïences écornées qui leur ont coûté cent, fois le prix d’une œuvre contemporaine bien plus belle.
- Cette manie a été et est encore exploitée largement par les marchands de prétendues antiquités, qui écornent systématiquement les pièces modernes et les recouvrent de poussière pour les faire payer bien cher aux prétendus connaisseurs.
- Je dois dire que chaque fois que j’apprends en ce genre une de ces ventes vraiment amusantes, je ne puis qu’en rire.
- Autant j’estime les vrais antiquitaires et les vrais connaisseurs, autant je trouve la vanité des autres taillable à merci par les revendeurs.
- Parmijes établissements qui ont le plus profité de ce ridicule contemporain, il faut citer en première ligne la faïencerie de Gien, dirigée depuis quelques années par un des plus intelligents connaisseurs en céramique de notre temps, M. Gondouin.
- Cette fabrique a inondé la France et l’étranger d’imitations de plu-
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- sieurs services anciens, et surtout du fameux service à la corne, reproduit avec une si grande habileté que même les fonds légèrement teintés d’un bleu pâle verdâ're sont d’une ressemblance parfaite avec la faïence du siècle dernier.
- Nous trouvons aujourd’hui dans la partie de l’exposition de Gien placée dans l’annexe l’infinie variété de la faïencerie d’usage, soit blanche, soit recouverte de toutes sortes d’ornements, depuis ceux du plus mauvais goût, dont il se vend, hélas! encore des quantités énormes, jusqu’aux décorations les plus fines et du goût le moins discutable^ '
- Ainsi, nous y voyons encore les anciennes facéties, noir sur blanc,, représentant soit des sujets de chasses comiques, soit une série de questions qui se vendront par douzaines de douzaines, et sont placées à côté de la légende des saints : le joli service bleu pâle, dont la soupière oblôngue est un véritable modèle de gracieuse céramique, se vendra peut-être moins, mais me plaît davantage.
- Nous conseillerons à M. Gondouin de continuer jusqu’aux services de table la très-jolie imitation de Saxe composée d’un service de toilette, nuancé de rouge, de vert et de jaune, qu’il a placée tout en haut du dressoir.
- Je préfère de beaucoup ce service de toilette aux combinaisons moyen âge placées par le fabricant plus à la portée du public et que les visiteurs semblent affectionner.
- M. Gondouin a eu aussi une excellente idée qui a dû et devra lui rapporter beaucoup d’argent : spéculant avec raison sur la vanité rétrospective bien naturelle des représentants actuels de la vieille noblesse française, il a suspendu toute une collection d’assiettes décorées aux armes de maisons ducales et même princières.
- Pour tous les châtelains, ces armoiries remplaceront le simple chiffre ; c’est un joli luxe et qui pourrait devenir transmissible aux descendants, si les domestiques sont un peu moins négligents et respectent au moins les armoiries de leurs maîtres.
- Le grand dressoir de faïencerie de Gien, à l’intérieur du palais, dans la galerie de la classe XX, est couvert des diverses variétés de vases d’ornement à la mode dans tous les temps et dans tous les pays.
- Les pendules roses et bleu turquoise, forme Louis XVI, y côtoient les
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- vases orientaux imitant les cloisonnés; les potiches persanes et chinoises sont voisines des buires de la Renaissance.
- On y voit les meilleures applications des procédés de pâte sur pâte de Sèvres : au-dessus sont suspendus de véritables tableaux dont le plus beau est un paysage représentant une pièce d’eau dominée par dès peupliers et surmontée par un ciel bien rendu.
- Un autre paysage figurant une forêt de bouleaux, avec une meute au-dessous, est assez bien réussi, mais n’est pas aussi artistique : Gien pousse l’heureuse imitation de Sèvres jusqu’à la copie réussie des urnes en porcelaine tendre bleu de Sèvres uni, ou bleu turquoise, alternant avec des bandes blanches ornées de bouquets roses. L’exposition de M. Gondouin est remarquable principalement parson extrême variété, qui démontre ce que peut faire F art de terre. -
- M. Boulenger, de Choisy-le-Roi, bien que s’adonnant à la faïence ornementale, a, dans l’annexe, disposé sur un dressoir une bonne collection de vaisselles blanches et ornées, remarquables par une élégance particulière.
- L’habitude de faire des produits artistiques a conduit M. Boulenger à sortir du mauvais goût traditionnel des faïenciers tout en n’exagérant pas les prix de ses produits ; ainsi le service de table et de toilette représentant de gros oiseaux bleus avec quelques rehauts d’or est pour la faïence ordinaire, dans une direction non pas identique, mais bien rapprochée des travaux de M. Ficquenet, de Sèvres.
- Le plat au garni du même service dont je ne comprends pas très-bien l’usage, et qui pourrait bien être destiné aux fumeurs, est charmant de dessin et de cuisson.
- Je louerai également sans réserve ce même plateau en bleu foncé agrémenté d’or et de perles blanches, — la tasse et la soucoupe du même bleu, imitant le bleu de Sèvres dont M. Boulenger semble avoir presque exclusivement le secret dont il se sert très-adroitement.
- La fabrique de Choisy occupe un des quatre coins du salon d’honneur de la classe XX; là, les objets d’usage cèdent la place aux objets de pur ornement. Car on ne peut comprendre les objets l’usage, la vaisselle fond blanc à fleurs bleues et à bandes brunes et or qu’il serait imprudent de confier, en service courant, aux domestique? aujourd’hui.
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- L'exposition de Choisy est extrêmement remarquable par la pureté des formés et la bonne utilisation des bleus foncés. Elle va même jusqu'à l’imitation des cloisonnés. Nous y retrouvons avec des ornements d’or la petite tasse bleue unie de l’annexe : malheureusement aussi, nous y retrouvons, comme presque partout ailleurs, les peintures fausse Renaissance, jaune et noir, qui se vendent, à ce qu’il paraît, puisque tout le monde en fait.
- La célèbre fabrique dè Creil et Montereau, qui pendant si longtemps nous a vendu cette vilaine faïence bleue et blanche qui craquelait si facilement et dont il reste encore malheureusement trop de spécimens, semble, sous la direction de M. Barluet, entrer dans une voi meilleure ; sa couverte est brillante ; les pièces en blanc et les pièce, ornées sont faites dans une meilleure direction.
- L’histoire de France, la géographie, les figures de sainteté assez naïves, continuent bien à orner une partie des assiettes exposées; mais nous trouvons à côté d’autres vaisselles qui; bien que d’un comique un peu prétentieux, sont cependant d’une excellente exécution comme combinaison de couleurs et comme glacé : la botte d’asperges peinte sur un grand plat, les pissenlits sur l’assiette, le concombre sur le plat long, sont une ornementation rationnelle pour un service de table; mais pourquoi y mettre des capricornes sur le bord du plat ? Les insectes n’y sont pas à leur place.
- Le plat figurant un jeu de cartes, et la petite fontaine peinte en imitation de bois, sont très-bien exécutés.
- La fabrique Creil-Montereau elle-même s’est vouée cette année à la céramique ornementale ; nous avons déjà fait l’éloge de son grand panneau de chasse exécuté en carreaux rapportés ; nous trouvons du même peintre Martimes un bon tableau représentant un chevreuil sautant un tronc d’arbre. M. Martimes , dans ce tableau comme dans le grand panneau, a réussi parfaitement son ciel. Ce dont je sais le plus gré à M. Barluet, c’est du service de table blanc et rose qui nous délivre de l’ancien bleu de Creil; nous y retrouvons le plat à rainures : ce service rose est du même prix que le bleu : le centre dji salon est occupé par un grand vase aux grandes feuilles de rhubarbe et dont le collet est enrichi de platine d’or.
- La maison Vieillard, de Bordeaux, qui elle aussi se livre à la fabri-
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- cation des pièces d’ornement bien qu’elle reste, comme vaisselle de table, le fournisseur ordinaire de toute sa région, a relégué comme les autres céramistes ses produits courants dans l’annexe de l'École militaire.
- Quelques-uns de ses grands plats blancs sont véritablement trop gondolés pour être mis sous les yeux du public; derrière eux cependant sont appliqués aux dressoirs de bonnes assiettes en blanc et des plats blancs ou ornés destinés à servir des rôtis dont le jus, recueilli par dés cannelures en éventail, va s’accumuler dans une dépression où la cuiller peut le prendre comme dans une saucière. -
- Quelques soupières, imitation de celles de la fabrique de Lunéville, sont surmontées d’artichauts et de tomates dont le ton ressemble beaucoup à celui du grand vase de M. Klotz, placé dans la grande galerie intérieure de la classe XX.
- Ces mêmes imitations deSaxe se retrouvent aussi dans l’annexe, ainsi que de grands vases à décorations orientales très-beaux, d’une fabrication très-soignée : ils ressemblent beaucoup aux potiches que MM. Colli-not et de Beaumont ont mises à la mode dans ces dernières années.
- Cé que nous pouvons louer sans réserve comme dessin; comme couleurs et même comme prix, ce sont les deux hérons bleu verdâtre placés de chaque côté du compartiment de M. Vieillard.
- L’éloge de M. Deck est facile; il y a longtemps que son mérite est reconnu, et jamais, à mon avis, application plus judicieuse n’avait été faite de la céramique ornementale que par ce maître contemporain; mais avant de décrire les différents objets exposés sur son dressoir, je dois faire une réserve qui portera aussi bien sur lui que sur les autres céramistes.
- Autant la figurine en relief, seule ou faisant partie d'un ensemble, est d’un effet heureux, autant les portraits renaissance ou autres, dont abonde la classe XX, prouvent suffisamment, même chez M. Deck, que la figure humaine peinte à plat sur une porcelaine ou sur une faïence n'est pas une ornementation céramique agréable.
- Les vêtements viennent souvent très-bien, surtout en certains tons; quant au visage, quel que soit le talent des peintres, ils ont'tous une apparence maladive qui contraste péniblement avec la richesse et l’éclat des habits et des coiffures.
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- Les anciens peintres de Sèvres avaient déjà bien du mal à obtenir quelques roses de chair en peignant sur couverte avec des couleurs à base d’or spécialement fabriquées ; ils y réussissaient quelquefois; mais le contraste des figures bistrées avec les tons splendides des vêtements est évidemment une anomalie blessante, même chez M. Deck. Combien j’aime mieux le pavot blanc à feuilles bleues acheté par le musée de Limoges! C’est un bien bon exemple à mettre sous les yeux des élèves céramistes.
- Le Henri IV, accroché à la place d’honneur par M. Deck, vient à l’appui des observations précédentes : aucun peintre ne pourrait rendre avec plus de vérité et plus d’éclat la veste de velours brun grenat du Béarnais : le chapeau et la plume blanche sont encore d’un très-bon effet; mais la culotte, le manteau, la figure et les mains sont absolument déplorables, —et encore peut-on admettre ce ton bistré delà face et des mains sur un guerrier ayant dépassé la cinquantaine, mais il est absolument à faux sur la jeune fille placée en dessous.
- Le chapeau bleu foncé, le caloquet à bande bleu clair, la veste verte et même la dentelle du cou sont très-bien; mais la figure, quoique bien modelée, n’a pas le teint d’une personne en bonne santé. Quant à la femme en bleu placée au-dessus, à gauche, avec son col pris dans une fraise, celle-là a franchement l’air d’une noyée.
- Nous avons depuis longtemps assez dit de bien de M. Deck, pour pouvoir lui donner un conseil : qu’il regarde son pavot, son grand plat fond or avec fleurs violettes, ses vases, surtout les bleus, l’un acheté par la princesse de Galles et qui est ravissant, vu à quelque distance; un autre, de même couleur, acquis par le musée de Vienne. C’est dans cette direction qu’est la véritable voie.
- A côté sont encore trois autres vases achetés par le musée de la manufacture de Sèvres ; le plus joli est un vase plat bleu turquoise vive ou plutôt bleu du ciel après la pluie. Voilà de véritables merveilles et comme finesse de matière et de couleur.
- Ce dernier petit vase, à lui seul, vaut toutes les peintures du moyen âge, renaissance et même directoire appliquées sur le mur. Un autre vase où M. Deck a cherché son effet dans la matière même est également très-remarquable. Se basant sur cette idée fort juste que les Chinois s’étaient efforcés d’imiter dans leurs céramiques les pierres
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- précieuses, turquoises, lapis, agate que la nature avait mises sous leurs yeux, M. Deck a voulu figurer le jade et y à réussi.
- Un grand vase vert à côtes bleues, pris sur un moule de Sèvres et dont les similaires sont dans l’hôtel de M. Édouard André, orne un des coins du dressoir, comme témoignage de l’utilité de la manufacture nationale.
- Une très-jolie statuette, représentant une Japonaise regardant une fleur placée dans un vase bleu à plusieurs tons, est encore un des objets que nous devons louer sans réserve sur les dressoirs de M. Deck.
- La robe jaune à grands dessins, l’écharpe noire rehaussée de fleurs blanches à feuilles vertes sont absolument parfaites; je vois avec étonnement qu’elle n’est pas encore vendue.
- On me dit aussi que le grand panneau, représentant le paysage méditerranéen, n’a pas encore trouvé d’acquéreur : cela me surprend fort, car en dehors des constructions d’État, musées et autres bâtiments, où le panneau de M. Deck figurerait très-bien, beaucoup d’hôtels particuliers s’en feraient très-honorableraent une paroi de salle à manger, une décoration de portique ou de hall. — En laissant invendue cette œuvre splendide, il serait vraiment dommage de décourager M. Deck dans cette tentative d’ornementaîion murale et de le rejeter vers ses portraits bistrés.
- M. Pull, si justement célèbre, a cette année une collection merveilleuse de son art spécial si justement récompensé dans les expositions précédentes. — J’admire surtout son bénitier, un grand vase à figurines, sur lequel se voit en relief la fable de Diane et Aeléon; un grand panneau de sainteté en neuf pièces, des plats et des assiettes imitation de Palissy et de Cellini.
- M. Sergent, de Montrouge, a parfaitement compris le rôle ornemental de la céramique bon marché. Il n’a aucune prétention à la copie ni des anciens ni des modernes.
- Ses produits, à la portée de toutes les bourses, peuvent être considérés comme des œuvres communes par les amateurs de fausses antiquités; — mais si l’on regarde avec attention son dressoir, on peut y constater une marche très-franche vers une ornementation nouvelle, excessivement variée et tout à fait céramique. Ou lui reprochera peut-être l’éclat du glacé, ce qui, pour moi, au contraire, est un
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- mérite dans le genre adopté, car le choix des modèles comporte parfaitement ce brillant et cette vivacité de coloris.
- M. Montagnon, dë Nevers, a imité ou reproduit avec beaucoup de succès les faïences anciennes*, son grand plat est justement admiré : j’aime aussi beaucoup son service bleu grisâtre, à ornements blancs en demi-relief; mais le prix m’en paraît bien élevé.
- M. Aubrée se consacre aux vases et potiches, imitation des vases de la fabrique Collinot : deux jolis vases du même fabricant, plats à . fond bleu très-pale, ont été achetés pour l’Angleterre ; du même fond bleu pâle est une garniture, — potiche et grands vases, — où l’application du cerné par un filet noir enlève les fleurs~et leur donne un relief puissant.
- M. Charles Dubois fils, à Montrouge, expose des vases décorés, d’un grand effet, vert foncé sur vert clair, quelques-uns ornés d’oiseaux et de paysages, à côté d’un joli petit tableau représentant un forgeron et sa forge.
- M. Fourmaintraux-Courquin, de Desvres(Pas-de-Calais), dont nous avons déjà parlé en décrivant l’Annexe de la céramique, expose également dans la classe XX des imitations de faïences anciennes à côté des terres cuites de M. Constant, de Milfcau, imitations de vases romains ou gaulois anciens, dont une coupe a été achetée par le Musée de Sèvres.
- MM. Milet etMassier, de Sèvres , dont nous avons parlé à propos des terres de Yalauris exposées dans le pavillon aunexe de la céramique, tiennent aussi une grande place dans la galerie de la classe XX : la collection très-complète et très-variée de leurs produits contient, à côté d’un très-grand nombre de petits vases achetés par le Musée céramique de Sèvres, des buires, des plats, dont les décorations se ressentent du voisinage de la manufacture nationale *: parmi les pièces les mieux réussies, nous citerons un vase plat, bleu clair, avec des fleurs et des oiseaux; un plat représentant des hirondelles d’une vérité saisissante, — un autre plat avec des chardonnerets perchés sur un arbre couvert de neige ; un geai piquant dès châtaignes dans leurs coques. On voit bien que MM. Milet et Massier sont bien dirigés pour le choix de leurs exécutants.
- MM. Majorelle, de Nancy, Barbizet, de Paris, Thierry, Gille, Ulysse,
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- de Blois, Moreau et Tristan, Eugène Cbapin, de Montigny-sur-Loing, d’Iluart frères à Longwy, Bourgeois, Lefront-Huvelin, Doré-Artigue, Cellière-Ghampion, Aubry de Toul, ont tons des étagères bien remplies, où les imitations des anciennes faïences, depuis la Renaissance jusqu'à Louis XVI, se mêlent à des compositions nouvelles souvent très-Jbonnes.
- MM. Beau etPorquier, de Quimper (Finistère), fabricants de faïences stanifères de grand feu d'un très-joli choix, ont cherché des difficultés à résoudre en fabriquant des instruments de musique en faïence : violon, violoncelle, flûte, clarinette et même clairon, font dès à présent la joie des antiquaires et coûteront bien cher en ventes-publiques dans quelques années.
- Le panneau de M. H» Beziat à carreaux assemblés, représentant un paon et des faisans, est encore un bon spécimen de faïences de revêtement, .
- MM. Délaisse, Lœbnitz, Vogt et Debæcker se sont appliqués à la production des poêles et cheminées en faïence décorative, adoptés par la mode depuis quelques années, et qui remplacent si avantageusement l’ancien poêle en faïence blanche, tout en conservant la précieuse qualité qu'il avait d’enmagasiner bien mieux la chaleur que les calorifères métalliques d’aujourd’hui. „
- Signalons, avant de quitter la classe XX, la gracieuse collection de M. Ch. de Boissimon, de Langeais (Iudre-et-Loire) : toutes ces petites pièces de services de dessert sont d’un goût parfait ; les plats portant des poissons ont déjà la sanction de la vente; la buire bleue sur plat de même couleur est d’un dessin très-pur. M. de Boissimon aurait pu exposer bien d’autres produits de sa fabrication ; mais il a le tort de les mépriser parce qu’ils se vendent bon marché.
- Sa fabrique de Langeais possède des terres renfermant des oxydes métalliques colorants en proportion plus ou moins forte, de sorte qu’en les malaxant et en les recouvrant d’un glacis translucide, on obtient par la cuisson des effets d’agate, où brillent tous les tons de la fleur de giroflée, depuis le jaune jusqu’au brun purpurin.
- Avec cette pâte nuancée si richement, M. de Boissimon fait des soupières et des vases de toutes sortes, d’un prix infime et vëndus dans les campagnes environnantes; mais, me dit-il, cette matière est rebelle,
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- et il est difficile d’obtenir d’une façon suivie des pièces irréprochables de forme.
- Je regrette que M. de Boissimon se décourage ainsi, car je conserve précieusement quelques pièces d'essai faites chez lui avec les pâtes giroflées, et qui sont incomparables Comme services de dessert. Le brillant du glacé et la répartition incessamment variée des differents tons de la pâte en font une matière magnifique dont M. de Boissimon tirerait, s'il le voulait, un excellent parti.
- Il a évité d’en placer même une seule pièce sur son étagère, oubliant que ce n’est pas le prix qui fait la beauté d’un objet, et qu’une soupière de vingt centimes peut plaire autantlîùx gens de goût qu’une buire de mille francs.
- La fabrique de Langeais fournit abondamment les petits vases recherchés par les industriels nomades, dont les étalages se retrouvent sur tous les champs de foire, et qu’ils donnent aux gagnants des loteries en plein vent, ou bien à ceux que le tourniquet a favorisés d’un bon numéro.
- La nature de la terre de Langeais extrêmement réfractaire justifie son emploi pour toutes les pièces de vaisselle de cuisine devant aller au feu ou recevoir des matières alimentaires encore chaudes, telles que les terrines pour divers pâtés, les pots de rillettes de Tours et autres vases à conserves. Près des mêmes carrières se trouve aussi une terre très-propre à la fabrication des cornues à gaz, des pièces de four pour la métallurgie ou la boulangerie, tant en matière commune qu’en produits ornés.
- M. de Boissimon vend annuellement jusqu’à cinq millions de kilogrammes de produits céramiques de toutes espèces.
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- A plus forte raison pour la céramique de fantaisie anglaise, nous répéterons ce que nous avons dit de la céramique de fantaisie française :
- Combien de pièces qui auraient pu ne pas être faites! Combien n’auraient pas dû être apportées au Champ de Mars et disparaîtront, j’espère, l’an prochain !
- Nous sommes loin de 1851, nous sommes loin de 1857, où les
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- productions du célèbre Minton vinrent troubler si profondément notre industrie nationale
- Pendant plusieurs jours, nous nous sommes promenés dans celte section anglaise de la céramique, cherchant quelque chose à admirer Partout nous n’avons vu que le mauvais goût, le poncif, les applications froides et sèches de la mécanique et de là chromolithographie reportée, et toujours la même ornementation : des figures de chats, de chiens, de poussins, rachetées à peine par quelques merveilleuses têtes d’enfant bien dessinées, mais platement peintes, et quelques imitations passables de Chine, de Japon et de Delft.
- Seuls, deux compartiments ont sauvé T honneur céramique de la vieille Angleterre :
- Le Royal porcelan Works a su tirer parti d’une couverte laiteuse imitant l’ivoire, sur laquelle de larges-rehauts d’or de couleur appliqués à la manière japonaise composent une excellente décoration.
- De cette même matière éburnée, les Royal porcelan Works ont composé deux grands vases évidés pour loger des statuettes représentant en quatre tableaux les manipulations de l’art du potier. La même vitrine renferme aussi de très-bonnes applications du bleu cobalt foncé en vases, fontaines et assiettes franchement traités, et dont la cuisson a amené de très-beaux tons-et un glacis très-pui*.
- Parmi ces pièces, je signale aux amateurs une assiette bleu foncé semée de poudre d’or, avec réserves où de larges ornements d’or mat s’enlèvent sur le bleu resté pur.
- Ce qui est tout à fait remarquable et nouveau, ce sont les grès artistiques connus sous le nom de Doulton ware, travaillés encore aujourd’hui à la main par des artistes de premier ordre, mais qui, hélas! tomberont bientôt aussi dans le domaine de la mécanique et du procédé. Il y a là des pièces incomparables de goût et d’exécution : un vase à dessins cachemire, une grande bouteille à perles blanches sur fond violet, un vase à fond rose chargé d’une guirlande de feuilles et de fleurs; puis, pour les architectes, une série de balustres d’escalier et de balcon, des panneaux avec boutons colorés et autres combinaisons d’ornementation en légers reliefs pouvant être utilisés aussi bien dans les maisons les plus modestes que dans les palais les plus somptueux.
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- Quant aux grès d'utilité de MM. Dotilton et Watli, ils dépassent par leur netteté de forme et la perfection de leur composition tout ce que le Champ de Mars peut renfermer en ce genre.
- Les grandes terres cuites sans glacis des différents Doulton sont également très-belles, bien que d’un ton un peu cru.
- L’Amérique ne cherche pas à briller par les porcelaines et les faïences, mais elle s’honore par ses creusets de graphite de MM. Dixon et Taylor.
- La céramique suédoise, au contraire, se distingue par la variété, l’originalité et l’excellence de ses produits.
- La grande fabrique de Rorstrand, surtout, a dans son étagère et sur ses dressoirs des services et des vases pour tous les goûts et pour toutes les bourses, depuis les plus chers jusqu’au meilleur marché.
- Les plats, vases et assiettes de grand luxe, sur fond noir ou bleu foncé, avec de petits dessins blancs ou or, sont remarquables de forme et d’exécution. Les services de table, imitant le vieux saxe, sont du meilleur goût. Parmi eux, nous citerons particulièrement le service à bordure vert pâle : plusieurs grands poêles, l’un surtout dominé par une sorte de hotte, sont très-importants, et orneraient magnifiquement une salle à manger d’hôtel ou de château.
- La section italienne, représentée sur le passage de la foule par le riche compartiment de Ginori, est remplie d’objets modelés, sculptés et peints avec un art tout à fait italien. Cette industrie a progressé extraordinairement en Italie depuis les dernières expositions : la place nous manque pour énumérer toutes ces merveilles. II y a surtout des tableaux mythologiques et une garniture, vases et coupes, où dieux et déesses s’enlèvent en statuettes colorées sur l’ornementation hardie créée par le potier.
- Une petite salle, malheureusement trop retirée et que peu de visiteurs auront parcourue, est remplie de terres cuites, de vases étrusques, de coupes, de buires, de vases de tout usage, dont on peut ne pas aimer le coloris ou la forme, mais dont on ne peut nier le sentiment artistique. Il y a surtout à regarder un buste de femme en terre cuite, création de M. Thomas Méliki, et qui a été vendu pour l’infime somme de cinquante francs. Un autre buste, émaillé blanc, du comte Annibale Ferniani, rappelle les meilleurs temps de Faenza.
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- Dans cette même salle, le musée de Sèvres a très-judicieusement acheté des gourdes et des cruches d’usage ordinaire.
- Nous ne parlerons ni du Japon ni de la Chine, si ce n’est pour dire qu’il n’y reste à vendre que bien peu d’objets céramiques.
- L’Espagne, avec sa garniture si curieuse d’alcarazas et de cruches, et la grande jarre de José R. Canela de Lucena-Cordoba, est surtout remarquable par l’importante collection d’azuléjos de M. Manuel de Soto-y-Tello de Séville.
- L’usage des revêtements céramiques importés par les Maures s’est toujours conservé en Espagne avec plus ou moins de développement.
- Les panneaux de M. Manuel de Soto-y-Tello sont composés d’une multitude de petites pièces à émail varié qui, par leur enchevêtrement, forment des dessins très-originaux. D’autres compositions à plus grands carreaux rappellent en plus naïf encore les peintures de Goya.
- La céramique est largement représentée dans la section hongroise ; les créations, les ornementations des différents MM. Fischer remplissent une salle de pièces imitant toutes les porcelaines et faïences du monde : les céramistes hongrois me paraissent surtout supérieurs dans l’art de l’évidement.
- Une étagère, sur laquelle nous lisons Zsolnay Vilmos à Pecs, montre plusieurs assiettes sur fond blanc, à ornements d’un léger relief, à couleurs vives tout à fait originales, achetées en partie par la commission japonaise.
- Unë briqueterie de Pesth expose plusieurs échantillons de briques pour différents usages et surtout des briques très-dures, que le représentant nous désigne sous le nom de pavage de Vavenir.
- Ces briques sont d’une forme très-nette, d’un grain fin et avec arêtes vives.
- Perdu dans un coin, est un charmant buste en terre cuite sans nom d’auteur.
- Dans la section autrichienne, MM. Fischer et Mieg, de Carlsbad (Bohême), ont dressé sur le bord de la grande galerie de beaux vases, des services très-fins, très-élégants, en porcelaine ornée, et surtout un grand plat de porcelaine imitant le japon.
- Une autre étagère de MM. Haas etCzjzek, à SchlaggenwaldetChodau, près de Carlsbad (Bohême), est à noter surtout par la modicité des prix.
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- La Russie a les faïences de la fabrique d’Helsingfors (Finlande), qui ressemblent beaucoup aux produits suédois : quelques plats carrés sont d’une forme originale. Il faut signaler aussi un très-beau poêle et des calorifères que nous retrouverons en parlant des procédés de chauffage.
- La Suisse a vendu presque toute son étagère : un vase porte la mention : « Vendu 51 fois » ; un autre, 54. Il est vrai que ces produits sont étranges, nouveaux et d’un prix abordable. Ils viennent de Henberg, près Thun. MM. Perrot et Maillor, da_Genève, ont des faïences émaillées au grand feu, parmi lesquelles je remarque un plateau portant trois cruches vert pâle à cols élancés d’un très-joli dessin.
- La fabrique belge de MM. Boch frères s’est vouée aux imitations de Chine et de Japon, d’un prix très-modéré. Les grands plats et les dessus de table sont bien réussis.
- J’aime moins les peintures plus ou moins chromo-lithographiques des autres exposants. Cependant, un plat représentant la toilette de Vénus, acheté pour le musée de Vienne, est loin d’être sans mérite.
- Le Danemark se signale surtout par des imitations anciennes et modernes de vieux saxe, et, comme pièces particulières, exhibe des coùvre-plats en porcelaine évidée en forme de tiare.
- La céramique luxembourgeoise est représentée par MM. Villeroy et Boch, dont les terres cuites, les grès vernissés, les imitations de vases anciens sans glaçure ont un grand succès de vente : les objets de cuisine en terre réfractaire sont nombreux et adaptés aux divers besoins de l’art culinaire.
- Comme à l’ordinaire, le Portugal est surtout remarquable par ses alcarazas, ses poteries vernissées et ses diverses figurines empreintes d’une véritable fantaisie de terroir qui en fait des objets d’ornements agréables, quoique bon marché.
- Un très-beau vase de terre cuite de MM. Clémens et fils, de Gouda; une très-importante collection de faïences blanches et ornées, de la Société céramique de Maestricht, et l’étalage blanc et bleu de M. Thooft, presque entièrement vendu; avec la petite vitrine deDelft, le Jot de la Hollande retrouve le goût de formes et de coloris des anciens produits céramiques hollandais.
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- Comme le broyage, comme la mouture et la panification, la bonne utilisation des combustibles est une des questions que je voudrais voir étudier à fond, et, s’il se peut, résoudre complètement à la suite de l’Exposition. Elle est si difficile et si complexe, elle touche à tant d’industries, elle intervient même si impérieusement dans notre vie ordinaire pendant quelques mois de l’année, qu’il serait, je crois, d’une bien véritable utilité de profiter du séjour, à Paris, des personnes les plus compétentes et de la présence, au Champ de Mars, de la plupart des appareils nouveaux, pour vérifier, une fois pour toutes, par des expériences de quelque durée, si les assertions des inventeurs sont exactes et si la théorie des maîtres est pleinement confirmée.
- Pour le chauffage industriel, la question se présente sous des faces bien diverses : il y a des cas où l’économie seule domine, il y en a d’autres où l’économie doit être sacrifiée au résultat à obtenir.
- Certes, la poudre est un combustible bien cher, et cependant son emploi est encore le moyen le plus économique de projeter un boulet à la vitesse nécessaire pour obtenir une trajectoire suffisamment tendue.
- Dans bien d’autres cas il est nécessaire de porter rapidement, sur un point donné, une chaleur aussi intense que possible, et là encore la question d’économie est secondaire, c’est la question d’intensité qui domine; d’autres fois il faut combiner la combustion de telle sorte que les corps à atteindre, placés au contact direct des produits de la
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- combustion, baignant en quelque sorte dans les gaz dégagés, soient soumis à des atmosphères réductrices ou oxydantes.
- C’est une série de problèmes contre lesquels chacun lutte de son côté, presque toujours empiriquement et sans connaître les efforts et les résultats des autres.
- Il y a bien les publications spéciales, les livres, les leçons des professeurs; mais la vie industrielle est telle qu’il est bien difficile de se diriger avec certitude au milieu des affirmations contraires énoncées sans contrôle. Quelles pertes d’argent, de temps, de combustible seraient épargnées par des essais comparatifs surveillés attentivement I Je sais bien que cela coûterait plus cher d’étudier les foyers el les fours que les machines de mouture ou de broyage; mais aussi combien serait important le résultat de telles études!
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- M. Michel Perret, de Lyon, si justement célèbre dans l’industrie dès produits chimiques par ses travaux sur la combustion des pyrites, a voiilu combiner un four dans lequel on pût tirer parti des combustibles délaissés comme inutilisables, soit dans les entrailles de la terre, soit sur les lieux d’extraction, après criblage et séparation des sortes supérieures par leurs qualités physiques ou chimiques, soit enfin rejetés à l’état de résidus mal brûlés, ne pouvant servir jusqu’à présent qu’à faire des remblais ou des chemins.
- L’état pulvérulent du combustible constitue déjà à lui seul la plus grande difficulté de combustion, même dans les charbons assez riches, mais qui ne s’agglutinent pas sous l’action du feu; on en constitue bien des agglomérés par des opérations mécaniques qui en élèvent considérablement le prix et, par conséquent, ne peuvent être employés lorsqu’il s’agit de combustibles d’une qualité inférieure; lorsque, dans un combustible, la richesse en cendres dépasse les corps brûlabîes, et si en même temps la prop'ortion des matières pulvérulentes est telle qu’elle dépasse de beaucoup celle du combustible résistant au transport et se conservant à l’état de charbon de grille, on renonce à l’exploitation, et de grandes richesses restent enfouies.
- D’autres fois, le combustible riche est tellement friable que 25 ou 30 pour 100 de la matière extraite restent invendus, ce qui augmente
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- d’autant le prix d’extraction. Des gisements considérables d’anthracite donnent des pertes énormes surtout aux États-Unis, évaluées, dans ce dernier pays, à environ 6 millions de tonnes.
- Les forges, les verreries, les locomotives même laissent, après combustion, des résidus qui varient de 30 à 33 centimes de matières com-« tibles, et dans certains foyers ce reliquat va jusqu’à 53 pour 100.
- Avec le foyer à étages de M. Perret, on peut brûler, jusqu’à incinération complète, des matières ne contenant plus que 25 pour 100 de corps combustibles. Pour ne prendre qu’un jixemple parmi les échantillons exposés sur le four de M. Perret, je citerai les suies des boîtes à fumée des locomotives : ces suies, dont on tire parti pour chauffer la gare de Dijon avec l'aide d’un four Perret, seraient sans cela absolument perdues, et cependant, au dépôt de cette seule gare, on en retire jusqu’à douze cents tonnes par an, dont tout le prix de revient est constitué par les frais de transport du dépôt de locomotives au lieu de consommation.
- Le four Michel Perret se compose de quatre étages en dalles réfractaires légèrement cintrées sur lesquelles on étale le combustible que l’on descend d’étage en étage à l’aide d’un râble. Quand le four est en marche, le chargement se fait toujours par en haut; mais la mise en train est décidée d’abord avec du bois ou de la braisette qui portent au rouge l’ensemble constitué par les dalles et les parois : — une chemise en briques imperméables à la chaleur maintient pendant de longues heures les dalles à la température rouge, ce qui facilite la mise en train suivante; on s’en dispense, si l’interruption du chargement n’a pas été trop longue.
- L’air extérieur, avant d’arriver au foyer, passe au travers d’une pièce de fonte à double paroi qui peut l’échauffer jusqu’à trois cents degrés; il s’élève ensuite d’étage en étage et finit par épuiser progressivement et complètement la matière combustible étalée en couche mince.
- Cet appareil est en fonction depuis le commencement de l’Exposition pour le chauffage de la serre belge de la classe 85 ; il se retrouve en différentes coupes à l’exposition de M. Muller dans la classe 27, — au milieu des appareils de chauffage, — et plusieurs autres places dans les annexes de l’Exposition, suivant les industries dans lesquelles il peut être utilisé.
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- Pour le chauffage des serres ou des habitations, il est plus que suffisant comme intensité : très-précieux par la régularité de sa marche et d’une économie qu’il n’est pas besoin de chiffrer, si l’on fait remarquer que l’on y brûle tout ce qui jusqu’à présent reste sans emploi ou .a besoin d’être transformé mécaniquement pour être utilisé.
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- L’Exposition est loin de posséder la série complète des foyers nouveaux improprement appelés fours à gaz, dans lesquels les combustibles, à l’état solide, sont d’abord jetés dans une cavité nommée générateur, et changés en gaz, dont la combustion complète, destinée à produire la chaleur, ne se fera qu’ultérieurement et sur un point déterminé, suivant les différentes iabrications. Dans la plupart de ces fours, pour chauffer l’air qui, mêlé au gaz, opérera leur combustion aussi complète que possible, on le fait arriver au foyer en passant par un récupérateur de chaleur chauffé avec les flammes perdues et les fumées encore chaudes.
- Ijjê premier de ces fours que nous rencontrons dans la grande galerie des machines est le fourPonsard. 11 est basé sur la même théorie que celle du four Siemens,mais avec des modifications importantes ; la principale est dans la disposition du récupérateur.
- Dans le Siemens, en effet, le récupérateur est composé dè cavités géminées, dans lesquelles, par une opération mécanique, on fait passer alternativement d’abord les gaz perdus sortant du four, puis l’air qui doit y rentrer pour effectuer la combustion.
- Dans le Siemens, le générateur est le plus souvent éloigné du brûleur, et les gaz qui s’en échappent se refroidiesent dans le parcours, abandonnent leurs goudrons et perdent leur chaleur ; on est forcé de la leur rendre avant de les enflammer. Cet éloignement entre le générateur et le brûleur peut être commode pour l’installation d’un Siemens dans les bâtiments existants et dans les usines où la place manque.
- Dans le four Ponsard, au contraire, il faut un emplacement où l’ensemble de l’apparèil puisse se loger en entier; le générateur et le laboratoire sont rapprochés de telle sorte que les gaz sortant de l’un pénètrent dans l’autre, en conservant toute leur chaleur acquise, tous les éléments de leur composition primitive.
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- Un autre avantage du four Ponsard consiste dans son régime con tinu, sans intermittences et sans renversements.
- L’arrivée des gaz et de l’air chaud se fait toujours sous une pression, dont on peut augmenter à volonté l’intensité par le tirage de la cheminée, et qui empêche l’irruption dans le laboratoire de l’air extérieur froid et oxydant.
- Dans le four Ponsard, le générateur ou gazogène est établi dans le sous-sol; la paroi inférieure est une grille à peu près horizontale sur laquelle on fait tomber une couche de combustible variant d’épaisseur suivant sa nature ; le chargement de charbon s’opère par des ouvertures pratiquées à la paroi supérieure qui aÏÏÎeure ce sol; ces ouvertures sont surmontées d’une boîte à clapet.
- D’autres ouvertures sont ménagées pour le passage des ringards et l’examen du combustible par le chauffeur qui conduit le four.
- La cavité du générateur figure un prisme quadrangulaire plus haut que large, dont l’une des parois est légèrement inclinée pour laisser glisser la charge du charbon; à la partie supérieure est établi un registre; au moyen de ce registre, on varie, on peut même fermer l’ouverture de sortie des gaz.
- Ces gaz se composent des produits volatils de la houille et de l’oxyde de carbone. Us renferment aussi une très-petite quantité d’acide carbonique.
- Les gaz du générateur ont déjà une température assez haute pour s’enlever vers le laboratoire placé à un niveau supérieur, et ils débouchent dans ce laboratoire avec une pression déjà notable; là, ils rencontrent l’air échauffé qui s’échappe du récupérateur.
- Ce dernier est constitué par une combinaison dë briques réfractaires creuses ou pleines que traversent de haut en bas les gaz brûlés avant de s’échapper par la cheminée, et que traverse de bas en haut l’air froid qui s’échauffe, monte par cela même et arrive dilaté au point où il rencontre les gaz non brûlés qui viennent du générateur. Suivant les effets que l’on veut produire, on fait arriver l’air chaud soit près, soit loin du générateur.
- Ces foyers sont employés à divers usages, soit simplement comme fours à réchauffer, soit comme fours de fusion dans diverses opérations métallurgiques.
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- Toujours dans la grande galerie et à côté du four Ponsard, est le four Lencauchez, Gaillard et Haillot que nous avons vu en fonction à l’usine de Grenelle de la Compagnie Parisienne du gaz : ce four est également muni d’un récupérateur, c’est-à-dire que les gaz chauds provenant de la combustion abandonnent leur chaleur à des massifs de briques creuses qui rendent cette chaleur à l’air destiné à brûler les gaz du générateur.
- Dans le cas où l’on n’envoie pas vers un brûleur cet air échauffé, on peut, en le dirigeant par une canalisation bien établie, chauffer des maisons ou des édifices publics.
- Par la disposition Gaillard et Haillot, toute la chaleur'dégagée par la combustion est emmagasinée par les briques creuses et recueillie par l’air. C’est donc un des meilleurs calorifères que l’on puisse employer. _
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- M. Muller, professeur à l’École centrale et directeur des grandes usines de produits céramiques d’Ivry-sur-Seine, a exposé non-seulement des pièces en terre réfractaire destinées à la composition des différents appareils servant à brûler la houille, mais encore les principaux types des pièces des fours inventées par lui.
- Dans certaines de ces dispositions, exposées dans l’annexe de l’avenue Labourdonnaye, le gaz arrive dans un canal central, dont le plafond est formé de pièces laissant entre elles des vides par où le gaz s’échappe en forme de lames verticales.
- latéralement sont deux conduits d’air, dont la paroi est munie d’orifices par lesquels l’air sort en lames horizontales; la combustion a lieu sous la dalle centrale, les flammes s’échappent de chaque côté; dans une autre disposition, au contraire, elle a pour but de produire des lames alternatives parallèles d’air et de gaz, ce qui ralentit et prolonge la combustion.
- M. Muller présente, dans le palais même, parmi les appareils de chauffage de la classe 27 une sorte de poêles, dits poêles français, en terre réfractaire, beaucoup plus sains et beaucoup moins dangereux que les poêles et calorifères où la fonte peut être portée au rouge et répandre ainsi dans les appartements de l’oxyde de carbone et tout au moins brûler les matières organiques contenues dans l’air.
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- Dans certains cas où la température développée est tellement intense que les briques ordinaires seraient, comme dans les verreries par exemple ou les usines à zinc, fondues par l’intensité de la flamme, M. Muller a préparé avec de la silice pure ou presque pure des briques et des pièces de four pour les points les plus exposés.
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- M. Muller s’est également préoccupé d’établir un four pour la crémation, dans le cas où elle finirait par être adoptée. Voici, d’après lui, comment doit s’exécuter ce genre d’incinération :
- L’opération consiste à mettre le corps à inciné rèr~dans une moufle en terre réfractaire chauffée à blanc et traversée elle-même par un courant d’air continu porté à une température aussi élevée que possible.
- Le chauffage est effectué au moyen de l’oxyde de carbone fourni par un gazogène placé contre l’appareil de crémation.
- La moufle est fermée à ses deux extrémités par des tampons en fonte qui forment joint hermétique et empêchent toute émanation.
- L’oxyde de carbone fourni par le gazogène est distribuée dans une série de brûleurs en lames minces placées sous la moufle en son milieu. L’air chaud provenant du récupérateur placé à un niveau inférieur s’élève par quatre conduits placés dans le mur, d’avant en arrière, et pénètre dans la moufle par quatre orifices ouverts deux par deux à ses extrémités, et il s’échappe, chargé des gaz et des vapeurs pyrogé-nées, par les deux orifices ouverts au milieu de la longueur de la moufle.
- Cet air et ces gaz très-chauds se mélangent au sortir de la moufle avec l’oxyde de carbone, et il se produit une combustion vive qui développe autour de la moufle une température extrêmement élevée.
- La combustion est complète parce qu’elle a lieu avec un grand excès d’air; les gaz de la combustion, appelés par le tirage de la cheminée, redescendent à la partie inférieure en traversant le récupérateur qui se trouve ainsi toujours maintenu au rouge-blanc et fournit ainsi constamment de l’air chaud.
- L’appareil consomme environ 25 kilogrammes de coke à l’heure : une opération dure en moyenne une heure et demie. Jamais il ne peut
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- se produire à l’extérieur aucune trace de. fumée, de vapeur ou d’odeur : quand l’incinération est terminée, ce dont on s’assure au moyen d’un regard vitré ménagé dans le tampon de fermeture, on fait tomber le résidu qui n’est qu’une cendre blanche dans une urne disposée à cet effet au-dessous d’un orifice fermé pendant l’opération.
- Les partisans de ce mode de traitement des corps abandonnés par la vie doivent approuver le procédé proposé parM. Muller, car il a pourvu atout.
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- LE CREUSOT
- L’exposition du Creusot occupe à elle seule un, grand bâtiment élevé dans le parc. On y arrive en passant sous l’arcade formée par les supports du marteau de quatre-vingts tonnes dont l’original fonctionne à l’usine pour le martelage des grosses pièces.
- Ce pavillon, dans sa disposition intérieure, porte ce caractère de grandeur et de simplicité qui a toujours accompagné les créations de M. Eugène Schneider, le véritable fondateur du Creusot, dont le fils, M. Henri Schneider, suit avec tant de raison les traditions respectées.
- Par sa cohésion, par l’entente admirable qui a présidé à l’union de ses différentes parties, le Creusot est reconnu, sans contestation, comme le premier établissement industriel de notre pays, le seul qui puisse lutter d’importance et de bon agencement avec la célèbre usine d’Essen de M. Friederich Krupp.
- Le Creusot se développera encore bien davantage, lorsque la fabrication des armes de guerre, devenue libre chez nous comme en Allemagne et én Angleterre, permettra d’étendre sans restriction sa fabrication de canons, de plaques de blindage et de tourelles maritimes ou côtières, non-seulement pour l'armement national, mais encore pour vendre aux autres pays, comme le font les usines anglaises et allemandes.
- Le premier objet qui frappe les yeux en entrant dans le pavillon, est la statue de M. Eugène Schneider, par Chapu, fondue par M. Thié-baut.
- Cette statue, payée pair une souscription privée, en témoignage dé
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- reconnaissance des employés et ouvriers du Creusot, sera érigée en face de l’usine, sur la place principale de la ville , dont la prospérité et le développement avaient été pendant quarante années son unique pensée.
- Le groupe est bien composé : Une femm» assise au pied de la statue montre à son jeune fils, déjà forgeron, l’image de M. Schneider, dont le bronze reproduit aussi bien que possible l’air de modestie ferme et fière qui caractérisait les traits de ce grand homme de bien.
- Devant la statue s’étend le plan en relief des usines, parquets et habitations du Greusot, au milieu desquels s’élève la Verrerie, aujourd’hui bâtiments d’habitation et d’administration, dans le centre de laquelle on a conservé les deux halles coniques de l’ancienne Cristallerie de la reine, fondée en 1784. ' __
- À cette époque, la montagne où est la verrerie et qui porte la ville était nommée Mont-Cenis, et la fonderie était appelée le Creuset dans la célèbre lettre de Daubenton, si précieuse comme étude de la grande industrie au siècle dernier.
- /Louis XVI s’était réservé le droit d’être actionnaire pour moitié dans la Société Perrier-Beltlinger, qui devait exploiter la fonderie,
- « la première de ce genre en France, construite pour y fondre la mine de fer au coak, suivant la méthode importée d’Angleterre et mise en pra-tique par M. William Wilkinson ».
- La lettre de Daubenton, que nous voudrions pouvoir reproduire tout entière, signale deux faits peu connus, et qui prouvent qu’en 1874 les rails et les machines à vapeur étaient déjà utilisés au Greusot.
- « Toutes les routes y sont tracées par des pièces de bois, auxquelles sont adaptées des bandes de fonte, sur lesquelles portent les roues des chariots qui conduisent le charbon et la mine ; et ces roues sont construites de manière que le chariot ne peut se détourner, et est obligé de suivre la route qui lui est tracée; en sorte qu?un seul cheval , même aveugle, conduit sans gêne jusqu’à-quatre milliers et plus. »
- La description de la machine à vapeur primitive est plus enthousiaste encore, mais moins claire :
- « Pour faire mouvoir les soufflets, dit Daubenton, dont l’air estmis en action par une machine à feu qui ne joue que par l’évaporation
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- de Veau comprimée, machine curieuse, superbe, étonnante, hors de la portée d'une imagination ordinaire, et qui produit presque sans main d’homme des effets étonnants. » Sous la direction de M. Ramus, d’autres machines à vapeur se construisaient pour l’extraction des eaux des puits.
- Et le grand savant s'écriait : « Cet établissement est l’une des merveilles du monde. »
- A l’extrémité gauche du plan, vers le nord-ouest, on a figuré le grand trou d’où M. de la Chaise avait d'abord extrait le charbon* Trente millions étaient déjà engloutis dans cette vallée des charbon* nières, lorsqu'en 1837, MM. Adolphe et Eugène Schneider ne craignirent pas d'acheter ce qui est devenu dans leurs mains le Creusot. Resté seul, en 1845, le dernier porta seul pendant longtemps le poids de cette énorme affaire, à laquelle il put, dans les dernières années de sa vie, associer son fils.
- Le plan montre exactement la disposition topographique des usines : fours Appolt, hauts fourneaux, anciennes et nouvelles forges, ateliers de construction, grand marteau, aciéries sont reproduits avec une ressemblance telle que tous ceux qui ont visité le Creusot se retrouvent aisément sur cette copie exacte réduite cependant à deux millièmes par mètre.
- Sur les murs sont des tableaux donnant la statistique industrielle et commerciale du Creusot.
- Nous relevons dans cette statistique les chiffres suivants :
- La surface de terrain occupée par l’industrie du Creusot est de 423 hectares.
- Le personnel est de 15,252 employés, contre-maîtres et ouvriers.
- La production en 1877-1878 a été :
- Houilles.................................... 549,000 tonnes
- Fontes.................................... 155,000 —-
- Fers et aciers............................ . > 126,000 —
- Ateliers de construction................. 25,090 —
- La consommation, de :
- Houilles.......................................... 572,000 tonned
- Coke.................................................. 155,000 —
- Minerais........................................... 400,000 —«
- Eau.............................................. 3,500,000 mèt. c.
- Gaz.............................................. 2,200,000 —
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- En supposant tous les appareils en marche, la capacité de production serait de :
- Houilles............
- Fontes.............
- Fers et aciers..
- Ateliers de construction
- Sur les murs sont encore des aquarelles figurant les établissements scolaires, l’installation du grand marteau, les coupes des mines, des modèles à diverses échelles de réduction reproduisant les habitations industrielles, le matériel d’exploitation et l’outillage des mines et des ateliers.
- Au milieu sont leurs produits : les minerais, les pièces de terre réfractaire, les fontes, fers, aciers, un four à puddler rotatif, etc.
- Ce four est caractérisé par un ensemble de dispositions mécaniques assurant la continuité de sa marche, malgré la haute température développée dans la partie tournante. Le tambour est à double paroi avec circulation d’eau. La paroi intérieure porte, au milieu de la longueur, une nervure transversale qui, à chaque révolution, divise la chargé en deux parts.
- Lorsque l’opération est terminée, on obtient par charge deux boules du poids de 400 à 500 kilogrammes chacune.
- Deux fours de ce système fonctionnent aux usines du Creusot et ont déjà produit plus de 10,000 tonnes de fer. Leur production par jour est de 20,000 kilogrammes-par vingt-quatre heures, en chargeant la fonte à l’état liquide.
- A côté sont :
- Une boule non martelée, telle qu’elle est obtenue par le mouvemen t de rotation du four; des boules martelées; des cassures de fer puddlé brut produit avec le four rotatif.
- Dans le milieu du pavillon sont disposés :
- Un arbre porte-hélice, en acier fondu, pesant 20,250 kilogrammes, sur une longueur de dix-huit mètres; un autre arbre à trois manivelles en acier fondu, brut de forge, de 15,000 kilogrammes.
- Un tube en acier pour canon de gros calibre long de 11 mètres et pesant 38,000 kilogrammes, — d’autres tubes pour canon, — une jrette-tourillon en acier pesant 3,810 kilogrammes et destinée au canon
- 700,000 tonnes . 200,000 —
- . 160,000 —
- . 30,000 -
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- Rosset de l’artillerie italienne, -—d’autres frettes en acier fondu et puddlé, — le truc de ce canon Rosset qui est de 100 tonnes, pièce en fonte de Turin et frettes en acier du Creusot.
- Une plaque de blindage de métal Schneider, épaisse de 80 centimètres et pesant 65,000 kilogrammes. — Un fragment de muraille de navire cuirassé, bois et métal Schneider.
- Des charpentes et des ponts en fer, des docks flottants. — Enfin, placé en élévation, l’appareil moteur du transport à hélice de la marine française le Mytho, d’une puissance de 2,640 chevaux, et qui est destiné au service de la correspondance entre Toulon et la Cochin-chine. 11 est construit sur les mêmes plans que VAnnamite, qui déjà fonctionne sur la ligne de Toulon à Saigon. Ces navires ont une longueur de 110 mètres, une largeur de 15 mètres et .12 mètres 50 de creux. La vitesse de Y Annamite a. été de 15 milles marins dans les essais officiels de Cherbourg.
- La machine du Mytho est du système vertical, dit Compound, ou système à haute et basse pression. Elle a trois cylindres moteurs qui agissent chacun sur une manivelle spéciale. La vapeur est introduite dans le cylindre central pour y fonctionner à toute pression; elle est dirigée ensuite vers les cylindres extrêmes, où elle travaille par détente ou condensation. Les condenseurs sont tubulaires; les pompes à air, horizontales et à double effet.
- Les tiroirs des cylindres à vapeur sont actionnés par un axe spécial qui porte tout le mécanisme de distribution et de renversement de marche.
- La surface de chauffe totale est de 780m,2 et la surface des grilles de 33m,50. Le poids total de l’appareil moteur du Mytho se monte à environ 480 tonnes, dont 190 pour les chaudières et 290 pour les machines.
- Des aquarelles représentent l’appareil moteur à hélice du vaisseau cuirassé le Redoutable, de o,000 chevaux, et l’appareil à deux hélices du vaisseau cuirassé le Foudroyant, de 8,000 chevaux, et que d’autres choses encore!
- Aussi a-t-on trouvé bien juste les six grands prix, les trois médailles d’or, la promotion de M. Henri Schneider et plusieurs décorations pour son personnel.
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- cription, et encore n'est-elle qu’un faible indice de la puissance du Creusot. Mais elle est suffisante pour donner à tous ceux que ces questions intéressent le désir de visiter l’usine elle-même. Contrairement à d’autres établissements industriels similaires, le Creusot, loin de chercher à cacher le secret de sa force, ouvre largement ses portes aux visiteurs, à la seule condition qu’ils ne troubleront pas le travail.
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- LES JOUETS
- Les jouets tiennent dans la vie humaine une plus grande place que ne se l’avouent à elles-mêmes les personnes arrivées à maturité.
- Combien meurent avant d’atteindre l’âge où le jouet disparaît pour faire place à routil! Pour combien d’autres le jouet ne fait que changer de matière et de dimensions! Y a-t-il une aussi grande différence que l’on croit entre la rivière de diamants de la dame, le collier d’ambre du bébé et le chapelet de perles brillantées de Bapterosses porté par la jeune fîlle?Est-ce que la voiture du lord-maire avec les laquais poudrés, en bas de soie rose, et les chevaux harnachés de dorures, ne rappelle pas un peu le coupé de fer-blanc et les valets de pied tout roides dans leur culotte de panne rouge que l’on donne en étrennes aux enfants des grands?
- La vue de certaines cérémonies solennelles ne vous inspire-t-elle pas un vague souvenir de ces théâtres enfantins sur lesquels se lit le plus souvent : OdéOn? (Pourquoi Odéon plutôt qu’une autre scène?) Que de fois n’ai-je pas cherché (je n’ose dire : et trouvé) le fil de fer idéal qui suspend les personnages par la tête et les fait mouvoir dans leurs habits dorés!
- Et, ceci bien entre nous, n’est-ce pas? la poupée rose de ma fille, avec la longue queue de sa robe, son chapeau à plumes, ses bottines mordorées, son mantelet, son ombrelle, son éventail et son lorgnon, n’est-elle pas à s’y méprendre l’image réduite de la dame qui la lui a donnée?
- Pendant douze ans, au moins, le choix du joujou est chose grave; il laisse une impression profonde dans la jeune cervelle de l’enfant :
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- aussi, tout en admirant l'art merveilleux avec lequel sont sculptés et habillés les personnages de certains fabricants, M. Jumeau par exemple, nous en regrettons le luxe exagéré. —Le seul avantage de ces belles poupées, si vraies dans leurs costumes et dans leurs allures, est d'apprendre aux enfants à ne pas briser leurs jouets dans la première demi-heure où on les confie à leurs petites mains.
- Mais quel déplorable exemple et quel idéal malsain pour la petite fille qui cherche souvent toute sa vie à imiter la poupée de sa jeunesse et n’y réussit que trop! Hélas! que n’en garde-t-elle aussi le regard franc et clair et le4;eint blanc et nacré?
- J’aime mieux les bons gros poupards qu’aujourd’hui on appelle incassables parce qu’ils résistent un peu plus que les autres à la démolition, parce qu’on peut apprendre aux enfants à les porter, les habiller, les coucher. Quelques-uns, par une bonne répartition du poids du globe de l’œil, ferment la paupière quand ils sont horizontaux et l’ouvrent de nouveau quand on les tient verticalement.
- Quelques-uns disent assez distinctement papa et maman.
- A ce propos, une petite histoire d’enfant qui touchera au cœur tous lés pères:
- Un papa est encore au lit; la petite fille se lève et toute frissonnante vient se cacher dans ses bras.
- — Papa, j’ai rêvé.
- — Eh bien, qu’est-ce que tu as rêvé?
- — J’ai rêvé que papa m’apportait une poupée... une poupée qui disait papa et maman.
- Et, voyant que l’effet n’était pas encore produit, l’enfant se jette au cou du père et dit avec une tendresse étouffée :
- — Plus papa que maman!!!
- Croyez-vous qu’elle a eu un beau poupard disant papa et maman?
- Cette année, les animaux marchant, bêlant, sont en nombre. — L’éléphant remuant la trompe et la queue, exposé par M. Roullet, au milieu de son Jardin d’acclimatation, attire la foule des enfants et des grandes personnes.
- On a vu des bonnes femmes de la campagne se querellant, soutenant qu’il était vivant à l’une d’entre elles qui en doutait.
- Le Jardin d’acclimatation de M. Simonne est également très-réussi;
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- mais pourquoi en avoir peuplé les allées de bonshommes en habit noir? Est-ce pour indiquer que ce charmant jardin est la promenade préférée de nos bourgeois du samedi?
- Les grands animaux, moutons et chèvres de M. Rauch sont frappants de vérité. Les oiseaux chanteurs de M. Fournier et de M Bon-tems imitent, à s’y mépendre, les petits mouvements saccadés etle chant plus ou moins agréable de ces volatiles que les vieilles filles comblent de colifichets dans leurs cages dorées. On ne peut se figurer combien à Paris, surtout dans certaines rues du faubourg Saint-Germain, e< dans quelques villes de province, il y a de ces joujoux vivants, serins, fauvettes et autres, fl n’y a qu'à regarder aux fenêtres, par un beau soleil d’après-midi, pour être stupéfait de la quantité de cages accrochées au bord des fenêtres, surtout à partir du troisième étage.
- Puis çe sont les chevaux mécaniques, dont M. Parmentier montre toute une écurie et qui ont remplacé victorieusement les chevaux à bascule de notre jeunesse. Rien n’est meilleur pour l’enfant que l’usage de ce petit coursier, dont les manivelles lui développent les bras, et les pédales les jambes.
- Bien qu’il tombe encore quelquefois, cet exercice le rend adroit, lui apprend d’abord à tomber sans pleurer, puis à éviter de le faire. C’est, du reste, une bonne préparation au vélocipède et même à l’équitation. Les voitures, les omnibus, les locomotives, chemins de fer de MM. Maltête et Parent, Caron et Dubin, peuvent aussi être encouragés. Il en est de même des bateaux et des navires, dont la belle frégate cuirassée de M. Potier est le plus brillant spécimen; il est bon que les enfants s’habituent de bonne heure à l’idée que les voyages forment la jeunesse.
- M. Chenel, en composant son char de la civilisation et en le remplissant de voyageurs cosmopolites, a voulu laisser un souvenir de l’Exposition de 4878.
- MM. Jacquier et Levassor se sont appliqués à construire toute cette carrosserie enfantine qui a pris depuis quelques années une si grande extension : tilburys, dockarts, landaus et voitures d’attelages pour chèvres, poneys, berceaux à roues, dans lesquels les nourrices promènent les enfants, tricycles mécaniques et vélocipèdes ont valu à leur constructeur une médaille d’argent.
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- Puis viennent les armes réduites, depuis le fusil scolaire de M. An-dreux jusqu’au pistolet d’enfant de M. Blanchon, célèbre par la catastrophe de la rue Béranger. On ne se doute pas du rôle important qu'ont joué en 1870 les amorces de ces armes enfantines. En effet, depuis la fin d'octobre, toutes les amorces des cartouches de mitrailleuses et même de chassepots furent faites hors Paris avec les gouttelettes de phosphore amorphe prisés entre deux papiers légers qui servent de capsules aux pistolets d'enfants.
- La grande vitrine de M. Andreux est pleine de ces armes de guerre, proportionnées à la taille des enfants, auxquelles _on fait si bien d’habituer la population de nos écoles. Quand, en Allemagne, on voit passer les petits garçons et même les petites filles allant à la classe, portant leurs livres et leurs cahiers dans un sac à bretelles, qui leur couvrent les épaules et les forcent à marcher droit, on comprend toute l’importance du petit équipement militaire composé et exécuté par M. Andreux.
- Grâce aux dernières améliorations introduites dans les fusils scolaires, M. Andreux peut les offrir à tous les âges et à toutes les classes. Auxijeunes gens prêts à sortir de l’école il donne le grand modèle, poids et dimensions du fusil de l’armée ; aux adolescents de treize à seize ans il offre une réduction d’un sixième ; et pour les enfants de huit à douze ans il est un modèle réduit du cinquième, qui conserve la solidité du fusil ordinaire.
- C’est au moyen d’un canon ou tube fixe, d'un diamètre de six millimètres, recouvert d’un faux canon, extérieurement semblable à celui du fusil de l’armée, que M. Andreux a résolu le double problème qu’il s’était proposé de conserver tout à la fois la justesse et la sûreté du tir. De plus, une ingénieuse combinaison des pièces, qui peuvent, dans certains cas, se suppléer l’une à l’autre, permet à chacun de faire soi-même les plus urgentes réparations et de réduire la dépense des autres.
- M. Andreux compose aussi des outils agricoles scolaires; « car, dit-il avec grande justesse, il ne faut pas seulement défendre le sol de la patrie, il faut le cultiver, non par routine, mais par méthode, en suivant les enseignements de l'expérience, recueillis et systématisés par la science. De là viennent la nécessité de propager l'ensei-
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- gnement agricole et la coutume, qui commence à se répandre, d’adjoindre à l’école du yillage un jardin où sont données et surtout pratiquées les premières leçons sur la culture des plantes et la taille des arbres. Puisque l’âme se forme et se développe selon les impressions qu’elle reçoit , il importe de ne lui en donner que de salutaires ou de gracieuses, qui la suivront plus tard dans toute la vie et qui deviendront à son insu la base et la règle de ses jugements. L’enfant rapporte tout à ses premières impressions, qui sont en lui comme les premiers sourires de la vie. S’il a été nourri d’images nobles, entouré de belles choses, élevé au milieu d’instruments précis et soignés , il prend des habitudes d’ordre qui l’enlèvent à l’oisiveté, au vagabondage, et qui lui inspirent peu à peu le goût et l’amour du travail.
- « Les. outils agricoles scolaires employés dans les écoles et dans les maisons d’éducation, dans les colonies pénitentiaires et dans les autres établissements publics où ils donnent d’excellents résultats, se recommandent donc au même titre que les armes scolaires à la vigilante et prévoyante attention des pères de famille et des chefs d’institution, comme à celle des notables ou conseillers municipaux, qui veulent doter leur commune ou leur école de beaux et bons instruments pour enseigner le bien par l’exemple et par les yeux. » Et M. Andreux a raison.
- D’autres jouets dont on doit encore encourager la fabrication sont exposés, sous le nom de jouets scientifiques ou instructifs, par MM. Pfeiffer, Block, Villard, Watilliaux, Haslé, Gombette, Gandau, Hanks and son de Walthamstown, Charles Swan de Dublin et la scientifique Toy and general novelty Company de Londres.
- Citons encore avec éloges MM. Driscoll Henry de Londres pour jeux de croquet et de lawn tennis ; M. Foin de Paris pour ses jeux de parcs et de jardins, qui commencent à s’introduire chez nous et développent dans la jeunesse la force, l’adresse et la grâce; les jouets de caoutchouc de M. Blanchard ; le praxinoscope inventé par M. Reynaud et basé sur une nouvelle sorte d’optique animant les dessins et leur communiquant en quelque sorte la vie.
- Signalons pour mémoire les baudruches soufflées de MM. Berodin et Brissonnet, les lanternes magiques de M. Lapierre, les masques de
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- MM. Tranche, Boudvillain et Pavy, et les accessoires de théâtre et de cotillons de M. Ferafiat.
- Les orgues d’enfants de M. Thibouville-Lamy, notre grand facteur d’instruments de toutes sortes, habituent les enfants à aimer la musique. Je regrette les vilains bonshommes et les singes dont il croit devoir les -orner. Peut-être ferait-il mieux, s’il tient à les garnir de personnages, de les choisir plus agréables à voir. Il faut former les jeunes imaginations au culte du beau, et non au spectacle du laid et du ridicule; il y a là quelque chose de nouveau à chercher et à trouver.
- Nous voyons avec plaisir se développer en- France et surtout à Paris l’intéressante industrie des jouets d’enfants.
- On comptait en 1872 dans le département de la Seine 1,600 fabricants bimbelotiers; ils occupaient 1,250 ouvriers, dont le salaire journalier moyen était de 5 fr. 50 cent., et 2,500 ouvrières gagnant en moyenne 2 francs par jour. Le chiffre d’affaires s’est élevé à 8,541,000 francs pendant cette même année.
- L’importation des jouets étrangers, dont la valeur en 1867 était de 1,679,000 fr., ne s’est élevée en 1877 qu’àlâ somme de 1,819,052 fr. L’expbrtàtion, qui en 1867 ne représentait que 1,320,225 francs, a atteint en 1877 3,159,500 francs.
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- CLASSE XLIII
- Les produits exposés dans la galerie française, classe XLIII, à l’exception de l’acier et du fer, sont loin d’être tous fabriqués avec des métaux provenant de minerais tirés du sol de la France, malgré l’affirmation de la notice officielle publiée sans nom d’auteur et qui précède l’énumération des exposants de cette classe ; et cependant, depuis l’année 1791, dit l’auteur de la note, il a été accordé chez nous 1,233 concessions de mines de toutes natures : 615 de combustibles minéraux, 297 de minerais de fer, 225 de métaux autres que le fer, 96 de substances diverses. En 4872, il existait 614 concessions de mines de houille, d’anthracite et de lignite, embrassant une superficie de 5,448 kilomètres carrés 25 hectares 6 ares; 254 concessions de mines de fer d’une superficie de 4 ,487 kilomètres carrés 68 hectares 90 ares, et 222 concessions de mines de métaux divers, présentant une étendue de 2,867 kilomètres 79 hectares 36 ares.
- Malgré cela, l’auteur de la notice constate avec regret « qu’il y a lieu de remarquer qu’en dehors des mines de fer, un bien petit nombre seulement de gîtes métalliques est l’objet d’une exploitation industrielle; cela. tient, dit-il encore, à la fois à leur médiocre richesse, à leur situation difficilement accessible ».
- Cette dernière phrase, semblant condammer pour toujours les nombreux gîtes métallifères que notre sol renferme dans toutes les vallées qui descendent du plateau central de la France, ainsi que dans Les contre-forts des Pyrénées, des Alpes et dès Vosges, ne me paraît nullement justifiée.
- Il est vrai que la plupart des richesses minières françaises ne sont pas exploitées. \
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- Il est vrai que notre réseau de chemins de fer est incomplet, et que les diflicultés légales et réglementaires qui retardent rétablissement de chemins de fer à petite section sur nos voies vicinales, départementales et nationales, rendent bien difficile une exploitation fructueuse de ces richesses.
- - Lorsqu’une tonne de minerai doit être frappée dès le départ de 45 ou 20 francs de port sur char avant d’être arrivée à la première gare, on hésite à commencer une exploitation.
- le connais des mines en plein centre de la France : Alloue, par exemple, dans la Charente, possédant du minerai à titre très-élevé et que l’on n’exploite pas, parce qu’elles sont à 35 kilomètres de la gare de Ruffec, séparées de la mine par un pays montagneux, et que l’on exploitera certainement quand l’embranchement de Confolens à Ruffec traversera la région minière de la haute Charente.
- Combien d’autres sont dans ce cas I
- Il serait vraiment temps qu’une exécution énergiquement Conduite vienne succéder aux études et aux promesses.
- Quant à l’argument tiré de la pauvreté des minerais, il est très-discutable. Il y a quelques années déjà on a découvert dans les Cévennes, à Saint-Laurent-le-Minier, et l’on a déjà extrait plus de quarante mille tonnes de calamine,-d’une teneur variant de 45 à 50 Q/0, tandis que lesminerais traitéspar les fameuses fonderies de la Silésie n’ont souvent que 24 centièmes de zinc dans leur composition ; et combien d’autres gîtes encore, si l'on cherchait bien, sont à un titre aussi élevé que dans les pays les plus renommésI *
- Pour le cuivre, la notice peut avoir raison, non pas quant à la richesse proprement dite, mais quant à la composition particulière des minerais qui en rend la réduction difficile. Ainsi, les cuivres gris ne manquent pas en France, bien que leur teneur de métal soit assez élevée. Ils restent abandonnés dans le sol.
- Mais la véritable cause de l’inexploitation de nos mines n’est pas là. Pour mettre une région minière en état d’exploitation économique, il faut le plus souvent des sommes d’une certaine importance, qu’un simple particulier hésite à dépenser tout seul. 11 faut donc créer une société dans ce but.
- D’abord le poids et l’éclat des minerais donnent aux actionnaires
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- une sorte d’ivresse un peu semblable à celle qui saisit les chercheurs d’or : que le placer soit en cuivre , en étain , en plomb argentifère ou en zinc, les chiffres hypothétiques de bénéfices espérés s’accumulent, et, avant de s’être bien rendu compte de ce que la mine peut réelle-; ment donner, des sommes énormes sont déjà dépensées en bâtiments, en outillage de préparations mécaniques ou par les appointements d’un état-major disproportionné qui seraient encore trop élevés quand même les plus belles espérances se réaliseraient.
- Puis tout à coup, à la plus petite désillusion, le découragement vient avec aussi peu de .raison qu’était monté^Tenthousiasme, et la mine reste là, attendant de nouveax exploitants.
- On a essayé de remédier à cette situation préjudiciable à l’État, propriétaire de droit des métaux contenus dans le sol et qui reçoit une redevance proportionnelle pour leur extraction, — onéreuse pour notre industrie française , qui est forcée d’aller chercher ses minerais en Espagne, en Sardaigne, en Grèce, et surtout de l’autre côté de l’Atlantique. Elle achète aussi le plus souvent à l’état de saumons étrangers son cuivre, son zinc, son étain, son antimoine, en Hollande, en Angleterre, en Amérique, en Belgique et en Allemagne. Il n’y a guère que le nickel venant d’une de nos colonies océaniennes , la Nouvelle-Calédonie, dont nous fassions avec avantage la réduction dans l’usine de MM. Christophe, à Saint-Denis.
- Vers 1870 une Société s’était fondée avec un assez fort capital, sous le nom d’Union métallurgique, pour exploiter les richesses minières françaises; son but, son plan étaient excellents : les frais généraux unifiés, la possibilité de se porter un secours mutuel en ingénieurs, sous-ingénieurs, contre-maîtres, — la création d’une titre unique trouvant un marché, au lieu de titres locaux non négociables pour la plupart. C’était une idée juste à laquelle on sera contraint de revenir un jour, si l’État, l’industrie et la Banque finissent par comprendre qu’il est de leur intérêt de modifier la situation présente.
- La guerre de 1870 vint détruire et empêcher de fonctionner cette combinaison si sensée : la chute de l’Union métallurgique pèse encore aujourd’hui sur toutes les transactions minières. La langueur de cette industrie est telle que nos excellents ingénieurs de l’État sont souvent employés à toute autre chose qu’au but réel de leur institution.
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- Au lieu d’être uniquement occupés à aider de leurs conseils les propriétaires et les exploitants des quelques mines où l’on travaillé encore, plusieurs d’entre eux sont attachés au contrôle des chemins
- de fer, d’autres à des travaux purement scientifiques, le plus souvent envoyés à l’étranger; car si nos grandes maisons de banque s’attachent comme ingénieur-conseil un de nos savants professeurs, c'est pour lé charger d’aller au loin, dans les autres pays, étudier si l'on pourrait y porter notre argent, au lieu de l'employer sur le sol français.
- Pourquoi, afin de donner l’exemple et de prouver que nos mines peuvent, elles aussi, être lucratives aussi bien que si elles se trouvaient à quelques milliers de kilomètres de distance, ferait-il pas ce qu’ont fait plusieurs États allemands,
- Quel que soit le procédé à employer, il en faut trouver un :
- Soit garantie d’intérêts accordés aux exploitants dé mines, comme aux exploitants des chemins de fer;
- Soit exploitation par l’État, au moins temporaire.
- Il faut surtout l’achèvement des voies ferrées; sans cela nos richesses minérales resteront, comme par le passé, enfouies dans notre sol, et notre argent continuera à servir pour payer des redevances au trésor des nations étrangères, au grand détriment du nôtre.
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- La classe XLI1I débouche sur la galerie Rapp, où elle manifeste sa présence par le brillant dressoir du comptoir Lyon-Àllemand, où le public ne se lasse pas d’admirer les lingots d’argent et d’or, les fils de ces métaux précieux dont On fait les monnaies, les médailles et tous
- des alliages blancs.
- ou sont
- Au pied sont des blocs composés de minerais de ce métal ressemblant à peu près à de la malachite. Dans la vitrine, ce même minerai, sou les nom dé noumeite, est taillé en cabochons verts qui sont en couleur verte ce que les cabochons de turquoise sont en bleu. Le
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- métal réduit se présente non en saumons, mais en grosses gouttelettes consolidées , dont les plus importantes atteignent presque le volume d’une noix; le métal déposé par la galvanoplastie donne aux objets métalliques une couverture brillante et difficilement oxydable, qui les met à l’abri de la détérioration. Au moyen de ce nickel et dans des proportions à divers titres, on compose des alliages plus ou moins blancs, sur lesquels l’argent est ensuite déposé galvanoplastique-ment.
- Au centre du tableau, M. Christopble a disposé les différents états et d’une cuiller et d’une fourchette avant d’être arrivées au point où on les couvre d’argent. L’usine de Saint-Denis, où se font l’affinage du nickel et la fabrication du métal à couverts, occupe 345 ouvriers sur les 1,320 employés dans les usines de M. Ghristophle.
- Le nickel pur fondu pour anodes coûte 14 fr. 50 le kilogramme; le même métal pur en grenailles vaut 10 fr. 50; allié de 50 0/0 de cuivre, 6 fr. 40.
- Relevons, en passant, le chiffre de 64,210,220 grammes, environ 65 tonnes d’argent déposé électriquement sur les pièces fabriquées par là maison Ghristophle.
- Si l’on entre dans la galerie de la classe XLIII, on est d’abord frappé par l'installation de MM. Letrange et Cîo , dont les usines de Saint-Denis et de Romilly sont justement célèbres. On se rappelle la magnifique installation qu’avait faite en 1867 cette importante maison, à laquelle on avait attribué un très-grand emplacement à l’entrée du vestibule d’Iéna.
- Limitée cette année par l’espace, elle a dû se contenter de présenter des spécimens généralement réduits de ses nombreuses fabrications, montrés au Champ de Mars dans l’état où ôn les livre au commerce et sans avoir subi aucun travail supplémentaire d’exposition : le cuivre rouge brut affiné en plaque et en lingot, laminé en planche et en-barre, forgé et martelé sous toutes formes, étiré en tuyaux sans soudure ou en cylindres tréfilés, en baguettes et en fils emboutis, ouvré de toutes manières ; cette exposition s’étage autour d’une grande bassine qui de loin attire les visiteurs.
- Le cuivre, allié au zinc et à l’étain à l’état de laiton, de bronze ou de demi-rouge pour la bijouterie, est exposé sous toutes les formes où
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- l'industrie l'emploie; le plomb, laminé, étiré ou tables, des tuyaux, des baguettes, métal; le zinc se montre en minerai, en li
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- qüés à
- en clous fabri-
- et sous la plupart des formes
- La production annuelle de la maison Letrange est d’environ douze
- , chez le même exposant,
- teinte blanche, au lieu de se
- Introduit dans le laiton, le cupromanganèse en blanchit la teinte jaune et en augmente la dureté et la ténacité; allié seul avec le cuivre , il
- rose au blanc, suivant la quantité de manganèse dans le mélange.
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- A côté, sont les fils de cuivre et de laiton produits par les usines de
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- M. Mouchel, à Tillières et à Boisthorel, fils qui jouent aujourd'hui un
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- si important dans la télégraphie électrique; pour ce dernier emploi, il est indispensable que chaque millimètre d’un long fil ait exactement la même proportion chimique, le même diamètre, le mémo poids. Quand il s'agit de centaines et de milliers de kilomètres, on
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- difficulté de fabrication* Pour montrer
- M. Mouche! a mis sur la tête d’une poupée de coiffeur une véritable
- en cheveux métalliques.
- que je croyais une en France un établissement très-important à Auby-lez-Douai ; dans ce temple, outre des statues et d'autres objets en zinc fondu, la Com-
- Réocin, situées dans la province espagnole de Santander, du zinc brut
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- et des feuilles de zinc laminé ; l'une d'entre elles, sur une épaisseur do fi/10 de millimètre : au centre, est un tableau peint sur plaque de zinc.
- se trouvent les cuivres, laitons et zincs de MM. Oeschger et Mesdach, une des plus puissantes et la plus sago
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- des maisons de commerce des métaux, dont l’usine principale française est à Biache-Saint-Wast (Pas-de-Calais).
- Nous publions avec plaisir en entier la note complète présentée par MM. Oeschgèr et Mesdach avec lesquels j’ai toujours eu personnellement les meilleurs rapports, notamment lorsque j’étais en 1870 adjoint du général de RefFye à Nantes.
- Les usines métallurgiques de Biache-Saint-Vaast ont été fondées en A 816, par MM. Oeschger et Mesdach, sur l’emplacement d*anciens moulins à huile. -— Elles sont situées sur la rivière la Scarpe canalisée qui leur fournit une force hydraulique de plusde cent chevaux et leur permet de recevoir à bas prix le combustible et les minerais de toutes sortes. Sous la direction de ces messieurs, elles ont acquis une importance toujours croissante.
- A leur origine , ces usines ne se composaient que de deux fours à réverbères à fondre le cuivre et de deux laminoirs. Aujourd’hui, elles comportent une vingtaine de fours : fours à griller, — fours à manches, — fours à réverbère, dont quatre d’une capacité de A0,000 kilogrammes de cuivre, — fours à recuire, — fours à coupelles, etc. — Machines soufflantes, — huit laminoirs de grandes dimensions, — huit de petites dimensions, — cisailles, — cinq machines à vapeur. — Outillage complet pour la fabrication des foyers de locomotives et des tubes en cuivre rouge et jaune sans soudure. — Atelier monétaire pour la fabrication des monnaies de bronze, de cuivre rouge et de nickel.— Ateliers spéciaux pour la fonte des minerais de cuivre argentifères, des minerais d’argent, des cendres d’orfévres, etc., pour la séparation de l’argent et de l’or du cuivre par des procédés brevetés s. g. d. g.
- Feu M. l’ingénieur en chef Eivot, le savant chimiste membre du Jury de l’Exposition de 1867, disait dans son rapport, section VIII :
- « Les usines de Biache se distinguent par les soins apportés à toutes les opérations ; on peut les compter parmi celles qui ont su réduire au minimum les pertes inévitables de métaux utiles dans le traitement métallurgique. »
- Elles sont les seules en France qui aient appliqué l’électricité à la séparation des métaux riches des métaux pauvres (procédés bre-
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- On y fond les minerais de cuivre. —- Les lingots sont vendus aux fabricants de laiton, fondeurs de bronze, etc.
- Les plaques sont laminées, martelées', transformées en feuilles de cuivre pour tous emplois : foyers et locomotives, coupoles, feuilles à doubler les navires, feuilles pour la chaudronnerie, tubes sans soudure, flans de monnaie, ailettes, barrettes et couronnes pour garnir les boulets et obus, fils de cuivre, de laiton, de zinc.
- La Société des fonderies et laminoirs de Biache-Saint-Vaast possède à Ougrée (près Liège, Belgique) une importante usine à fondre les minerais de zinc (22 fours, dont partie transformée en fours à gaz brevetés s. g. d. g.) produisant plus de 3,000 tonnes dé zinc par an. Ce zinc en plaques est envoyé aux usines de Biache qui le transforment en feuilles, en fils, etc. _
- Pour donner une idée de l’importance de ces établissements7 il suffit de dire qu’ils fournissent annuellement aux administrations de la guerre et de la marine , aux compagnies des chemins de fer et aux grands constructeurs plus de :
- Un million de kilogrammes de cuivre laminé sous toutes formes valant plus dê 2,200,000 francs;
- Plus de sept cent mille kilogrammes de tube en cuivre rouge et jaune pour une somme de plus de 1,500,000 francs;
- Douze à quinze cent mille kilos de zinc laminé valant plus de 800,000 francs, sans compter les fournitures au commerce.
- Une des spécialités des usines de Biache est la fabrication des-monnâîes de cuivre, de bronze et de nickel , pour les gouvernements étrangers.
- Elles ont fabriqué et fourni, depuis dix ans, à l’Espagne six millions cinq cent cinquante mille kilogrammes de monnaies de bronze à l’effigie de S. M. la reine Isabelle H et à l’effigie de l’Espagne, soit pour une valeur nominale de soixante-cinq millions cinq cent cinquante mille frams. Elles exécutent, en ce moment, un nouveau contrat devant s’élever au minimum à 2,500,000 kilogrammes, soit pour une valeur nominale de vingt-cinq millions de francs, à l’effigie de S. M. le roi Alphonse XII.
- Pour ce dernier contrat, MM. Oeschger Mesdach et Ci#, ont dû fournir au gouvernement espagnol un cautionnement de deux millions de francs.
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- Le métal est fondu, allié, laminé, découpé, cordonné, blanchi, en un mot, converti en flans dans les usines de Biaclie ; ces flans sont expédiés à l’Hôtel royal des monnaies de Barcelone, où ils sont frappés, sous la surveillance des agents du gouvernement espagnol, par les soins de MM. Oeschger Mesdach et Cie, qui y possèdent un matériel monétaire complet composé de 28 presses monétaires ayant coûté plus de 300,000 francs.
- Les mêmes usines ont fourni au gouvernement italien 1 ,800,000kilo-grammes, soit pour une valeur nominale de dioc-huit millions de francs, de pièces de 10 centimes en bronze qui ont été frappées sous là surveillance des agents du gouvernement dans les Hôtels de monnaies de France, de Belgique et d’Italie.
- Elles ont également fabriqué et fourni des flans de monnaie et des monnaies en bronze, en cuivre rouge et en nickel pour :
- L’Allemagne, — la Belgique, — le Brésil, — la Roumanie, — la GrèceJ — l’Égypte, — le Luxembourg, — les États pontificaux.
- Elles fondent les regrets d’orfévres et les minerais d’argent.
- Elles ont exposé au Champ de Mars, dans la galerie des produits des mines et de la métallurgie ( classe XLIII, n° 7 ) :
- Une grande coupole en cuivre rouge de 2 mètres 880 millimètres de diamètre et de 1 mètre 280 millimètres de profondeur, pesant 600 kilogrammes, pour chaudière à cuire dans le vide;
- Des foyers de locomotives ;
- Des feuilles de cuivre rouge, de laiton et de zinc ;
- Des tubes en cuivre rouge et jaune et des tubulures sans soudure, parmi lesquels figure un tube en cuivre rouge sans soudure de 5 mètres de longueur sur 500 millimètres de diamètre intérieur et 507 millimètres de diamètre extérieur. C’est le plus gros de tous les tubes exposés, soit dans la section française, soit dans les sections étrangères.
- La salle de l’Exposition n’ayant que 7 mètres 50 de hauteur, on a dû malheureusement couper la plupart des tubes qui avaient 12 à 15 mètres de longueur. Il en a été de même pour une feuille de cuivre de 8 mètres 250 de longueur sur 2 mètres de largeur et 2 1/2 m/m d’épaisseur qu’on a dû rouler sur elle-même, n’ayant pas la place nécessaire à son développement .
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- Des spécimens de flans—pièces de monnaie, — fils de cuivre rouge et jaune, -— ailettes, barrettes, — couronnes pour boulets et obus.
- Des lingots de cuivre, de plomb, de zinc.
- Échantillons de cendres d’orfévres, minerais» etc.
- Un fond de coupelle argent aurifère d’une valeur de 45,000 francs.
- MM. Oeschger Mesdach et Gîft ont aussi exposé dans la galerie des machines, — classe LV, — une machine pour sertir les barrettes et couronnes de cuivre sur les boulets et obus. Cette machine a reçu l’approbation des officiers supérieurs de l’artillerie et de la marine, et le ministre en a commandé cinq pour les principaux ports.
- L’artillerie de terre a également commandé trois machines sëm* blables qui fonctionnent à son entière satisfaction.
- Les usines métallurgiques de Biache occupent de 450 à 500 ouvriers.
- On y a construit : \% maisons d’ouvriers, une salle d’asile, etc.
- L’ensemble des objets exposés par cette honorable maison représente un poids de 18,000 kilogrammes, et une valeur d’environ 75,000 franc».
- Puis vient une petite salle carrée, où la place a été bien parcimonieusement répartie aux échantillons des mines, carrières et salines du sol français. Là se trouvent des types de houilles grasses et maigres, des phosphates, des terres plastiques ou réfractaires, des ocres et des blocs de sel gemme, des pierres lithographiques, et enfin tout ce qui, à la surface ou dans les profondeurs de notre terre française, peut être industriellement employé.
- Dans cettemême salle se trouvent des spécimens, des photographies, des aquarelles montrant les produits et le mode de travail d’une fabrication déjà ancienne, à l’état rudimentaire, mais toute nouvelle comme grande industrie. Cette exposition, très-intéressante, a été dressée par M. Ernest Borde, directeur actuel de l’usine des Blancs minéraux de Meudon.
- Tout le monde connaît ces petits cylindres friables vendus sous le nom de blanc d’Espagne ou de blanc de Meudon, et utilisés dans la vie domestique pour tant d’usages; leur matière, simple carbonate de chaux pur, est aujourd’hui employée par un grand nombre d’industries, soit loyalement, comme dans la production de l’acidé carbonique des eaux de Seltz, pour l’empâtement des mastics, des caout-
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- «houes, des toiles cirées, des bitumes; soit pour des usages moiré avouables, que le fabricant lui-même doit ignorer.
- On comprend du reste , sans les énumérer, quelles applications a déjà et peut avoir dans l’avenir un corps absolument blanc, sans odeur ni saveur, pouvant être réduit en poudre aussi ténue que les farines les plus fines et lès poudres les plus impalpables, auxquelles il peut être impunément mêlé, car il n’est pas toxique.
- L’usine qui est située à Meudon même a été montée avec un véritable luxe de machines et d’appareils, que l’on peut s’étonner de rencontrer dans une production semblant, au premier abord, aussi simple; mais le regrettable M. Paul Borde, fondateurde l’usine, avait compris que plus la matière à traiter est à bon marché, plus il faut réduire la main-d’œuvre, et il n’avait rien épargné pour arriver à ce résultat : machines motrices, broyeurs, mélangeurs, agitateurs, moyens de transport automatiques, tables sécheuses, tout est exécuté sur le dernier modèle et la plus absolue perfection.
- Dans ces derniers temps, on vient d’établir à Meudon trois presses-filtres continues du système de M. Tissot, construites par M. Durenne, et qui rendent les plus grands services pour le dessèchement rapide des pâtes.
- Nous engageons les industriels qui ont vu cette presse-filtre au repos dans l’annexe de l’avenue de la Bourdonnaye, à aller la voir fonctionner industriellement à l’usine de Meudon.
- Avec de très-légères modifications, cette machine peut servir à un grand nombre d’industries diverses, comme presse à jus de betteraves, à huile, et jusqu’à un certain point comme pressoir à raisin, enfin toutes les fois qu’on a à exprimer un liquide contenu en excès dans un corps quelconque.
- Il est, je crois, difficile de trouver un meilleur instrument, lorsqu’il aura été adapté normalement à chaque genre de production. Toutes les fois qu’il est possible de changer un effet alternatif en effet continu, il y a toujours grand avantage à le faire; depuis longtemps on avait cherché la presse-filtre continue.
- Sur les étagères de la société des blancs minéraux, nous trouvons aussi des pâtes colorées où le carbonate de chaux est teinté dans les bassins mêmes. Il y a là encore toute une série d’applications à diffé-
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- rentés opérations industrielles pour lesquelles l'acquisition à bon marché et par tonnes toutes préparées de pâte colorée constituera une grande économie et d’argent et de temps.
- Plus loin est l’installation si intéressante de la maison Japy de Beaucourt. Les mouvements de montres et de pendules, la serrurerie, la quincaillerie, les vis à bois, l’introduction des broyeurs anduzés ' dans la vie domestique, le petit modèle de maison ouvrière et surtout ce qui n’est pas exposé au Champ au Mars, et ce qui ne saurait être trop admiré et répandu , les institutions ouvrières qui régissent les nombreux établissements dirigés par M, Adolphe Japy, avaient bien mérité la récompense élevée dont cet industriel a été honoré.
- Nous reviendrons un jour sur cette question des institutions ouvrières de Beaucourt.
- Dans la salle suivante, est la belle installation de là Société des usines à zinc du Midi, fondée dans l’Hérault vers 1870 ; elle a établi, au bousquet d’Orb, à l’entrée même d’une des galeries du charbonnage de Graissessac, une fonderie de zinc considérable qui commence à prendre un grand développement depuis que les difficultés inhérentes à rinjtrodiuclion en France d’une industrie nouvelle et aussi peu connue ont été surmontées.
- La création de cette fonderie, comprenant également un laminoir, a déterminé la découverte et facilité l’exploitation de gîtes métallifères français considérables et dont l’exposition de la Société du Midi donne des échantillons non pas de quelques kilogrammes , mais de plusieurs tonnes. Un bloc de blende, d’un seul morceau, taillé aux Àvinières, près du Vigàn, mesure plus d’un mètre cube. Les cala-nines, les blendes, les galènes d’une grande richesse, du zinc brut, du zinc pour fonte d’art, du métal laminé et du repoussé démontrent que la France est aussi riche en minerais et aussi habile en métallurgie | ’ que l’Allemagne et la Belgique.
- Plus loin, les yeux sont attirés par la grande marmite contenant quatre mille litres de liquide pouvant être renfermés dans 1,300 kilo-f grammes seulement de métal fondu en fonte par la grande fabrique de
- ; Rozière, près de laquelle les cultivateurs, venus en grand nombre
- r depuis deux mois dans le Champ de Mars, font toujours foule devant le
- :! grand panneau couvert de lames de faux par l’aciérie de Pont-Salomon.
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- Les métallurgistes, les constructeurs de wagons ou de pièces d’artillerie ont étudié le dressoir de M. Martin de Sireuil, l’inventeur du célèbre four Martin, qui a fait dans l’industrie des aciers fins une aussi grande modification que l’appareil Bessemer dans la fabrication des aciers en grandes masses et des fers homogènes.
- Les aciers coulés sans soufflure, le métal pour bandage de roues comprimées à l’état liquide, l’essieu coulé creux, les cuirasses, les canons de fusil et tous les échantillons de M. Martin ont été un bon sujet d’études pendant les quélques mois qui viennent de s’écouler.
- Comme nouveautés, nous devons signaler les fers creux et tirés en tubes par la maison Mignon et Rouart dans leur-usine de Montluçon.
- Les visiteurs remarquent surtout un serpentin, fabriqué d’une seule pièce , sur 12 mètres de long et un diamètre égal dans toute son étendue, et le grand serpentin de 92 mètres qui surmonte la colonnade de gros tuyaux élevés dans le milieu de la classe XLI1Ï.
- On ne saurait s’imaginer l’importance de notre commerce de métaux ; ainsi, la ferblanterie produit un nombre presque infini d’objets divers dont la valeur atteint par année près de cent millions de francs; la quincaillerie et ses dérivés transforment chaque année trois mille tonnes de fers estampés et emboutis, de tôle recuite, de fontes émaillées , de fontes malléables, de crémones, de verrous, de serrures, de charnières exportées dans le monde entier.
- Sans compter les grosses forges et les ateliers de construction, dans un seul département, celui des Ardennes, trente mille ouvriers sont _ employés aux produits de la serrurerie, à la fabrication des boulons et des vis.
- Parmi les nombreuses industries françaises, aucune plus que l’industrie des métaux ne doit attirer davantage l’attention du gouvernement et des Chambres; aucune n’a plus besoin de dispositions législatives bien étudiées, de moyens de transports économiques bien conçus, et surtout prochainement exécutés.
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- ÉPILOGUE
- Le mois de septembre fut splendide. Les visiteurs venaient par centaines de mille; personne ne pensait qu’une telle création pût être dissoute et détruite avec l’âpre sauvagerie qu’on a mise à cette -œuvre impie.
- Dès le 15, ceux que gênait cette manifestation pacifique de l’humanité commencèrent à jeter le cri de destruction. M. de Girardin y répondit par une chaleureuse improvisation :
- Plusieurs journaux annoncent que le Conseil des ministres s’est occupé, à deux-reprises, des mesures à prendre afin d’ éviter de démolir, après l’Exposition de 1878, « le palais du Champ de Mars ».
- En effet, la démolition de ce palais, à peine achevé, serait une œuvre de barbarie.
- Transitoirement, qu’y a-t-il à faire?
- Ce qu’il,y aurait à faire, ce serait dé maintenir la date de la fermeture de T Exposition, date fixée au 31 octobre ; conséquemment, de laisser toute liberté aux Exposants de retirer les objets exposés par eux, soit pour les remporter, soit pour les livrer à l’acheteur; mais de leur laisser également toute liberté de les confier à la garde d’un service de surveillance et de conservation qui serait organisé et qui fonctionnerait pendant les six mois de la clôture de novembre, décembre 1878, janvier, février, mars et avril 1879; pais, le 1er mai prochain, de
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- LES GRANDES USINES.
- rouvrir de nouveau au public les grilles du Palais du Champ de Mars jusqu'au 31 octobre suivant.
- Les Exposants qui seraient d’avis d’adopter cette proposition conserveraient et les emplacements qui leur ont été accordés etles vitrines, pavillons, etc., dont ils ont fait la dépense, sauf à renouveler ou à ne pas renouveler les objets de leur Exposition de 1878.
- Les Exposants qui seraient d’un avis contraire agiraient en conséquence; ils enlèveraient leurs produits, leurs vitrines, leurs pavillons, etc.; dans ce cas, les emplacements qu’ils auraient rendus vacants et disponibles seraient attribués aux nouveaux Exposants qui en feraient régulièrement la demande.
- Cette seconde Exposition universelle n’offrirait pas à la curiosité superficielle le même attrait que la première ; mais, pour être moins grande, la puissance d’attraction serait très-grande encore, car il n’y a qu’une voix pour s’écrier que les six mois, de mai à novembre 1878, sont un terme trop court pour passer la revue détaillée des innombra' blés produits exposés.
- Où serait l’objection?
- Soit l’État, soit la Ville deParis, mettrait à sa charge les frais de clôture, les frais de six mois de garde et les frais d’assurance.
- Aucune entrave ne gênerait l’entière liberté des Exposants actuels, soit qu’ils renonçassent à exposer en 1879, soit qu’ils persistassent, au contraire, à exposer, sauf à rester maîtres, bien entendu, de renouveler, en tout ou en partie, les objets de leur exposition.
- Quant à l’entente à établir entre le ministère de la guerre et le ministère de l’agriculture et du commerce, relativement à la destination temporaire ou définitive du Champ de Mars, ce serait T affaire d’une
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- ÉPILOGUE*
- decision du conseil des ministres. Pur remplacer le Champ de Mars de l’ouest de Paris, est-ce qu’il n’y a pas le Champ de Mars de l’est? Est-ce qu’il n’y a pas le Champ de Mars de Vincennes qui est infiniment plus vaste, ainsi qu’ont pu s’en convaincre les innombrables spectateurs de la revue de dimanchre dernier?
- Le de'bat est ouvert.
- La parole est aux exposants ! — E. de G:
- Personne ne répondit à ce cri d’alarme; en vaïiTfessayai de relever le débat :
- M. de Girardin, disais-je le 35 septembre, frappé par l’aspect de cette foule croissante des visiteurs, enthousiasmé par les résultats, merveilleux des efforts faits par les exposants, touché par l’harmonie qui commence seulement à s’établir entre tousles objets entassés dans le Champ de Mars, s’est écrié que la démolition de ce palais serait « de la barbarie ».
- L’œuvre, en effet, est loin d’être achevée; ce n’est pas à la démolir qu’il faut songer, c’est à la terminer : c’est à peine si son aménagement commence à être en ordre.; le sol des jardins, des rues et des cours est à peine affermi, et l’on parle déjà de détruire ce qui a coûté tant d’argent et tant d’efforts!
- Avec M. de Girardin, je répète : « Ce serait de la barbarie. »
- Quelle similitude y a-t-il donc à établir entre cette masse imposante de quarante mille exposants et les quelques milliers à peine qui formaient les premières expositions ?
- Y a-t-il quelque chose de comparable dans le passé à la puissance de la réunion sur un même point de tant d’intérêts, de tant d’intéressés venus de tous les points du monde?
- Et d’abord combien de temps cette exposition décrétée pour six mois aura-t-elle duré ?
- Trois mois à peine, car en juillet bien des produits y entraient ’ encore.
- D’après le projet de M. de Girardin, l’entrée au public serait fermée le 1er novembre et rendue le 1er mai; les exposants qui voudraient
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- enlever leurs produits et les remplacer par d’autres en seraient libres* Ceux qui voudraient conserver la place attribuée la conserveraient; ceux qui, reconnaissant T infériorité de leurs produits, pourraient en rapporter de meilleurs, plus conformes aux progrès accomplis, reviendraient en mai chercher leur revanche.
- Ceux qui se considéreraient comme absolument vaincus sans appel se retireraient et laisseraient la place à de plus braves. ’ - -
- La question des récompenses, médailles et mentions, telle qii’on Fa-comprise, est véritalblemënt enfantine.
- En industrie, il n’y a qu’une récompense : c’est la vente.
- Or, a-t-on vendu ? V
- Je n’hésite pas à dire : Oui, et beaucoup.
- Demandez aux Américains, aux Autrichiens, aux Suisses, aux Joponais, à un grand nombre des nôtres s’ils ont vendu, non pas une fois, mais même jusqu’à six, sept, dix et même quinze fois certains produits, vous verrez quelle sera la réponse.
- Ceux qui n’ont pas vendu, c’est qu’ils n’exposaient rien de conforme au goût et aux besoins du public, ou bien que leurs représentants étaient absents ou insuffisants.
- Ceux qui ont vendu reviendront pour vendre encore, ceux qui n’ont pas vendu feront un effort pour se mettre à la hauteur des autres, ou s’en iront.
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- M. Girardin dit : « La parole est aux exposants. »
- Mais ne pourrait-on pas dire aussi que la parole était à l’acheteur? Et l’acheteur a parlé.
- Combien ont acheté des choses utiles à leur profession, agréables pour leur mobilier, leurs vêtements, leur vie domestique, qui ne l’auraient pas fait s’ils n’avaient pas vu les objets exposés dont ils no pouvaient pas soupçonner l’existence 1 Combien sont partis pressés par le temps, se promettant de revénir visiter avec plus de détail pour acheter! -
- Et le public qui vient par centaines de mille, non-seulement de la province, mais encore de l’étranger, rien que pour voir et pour apprendre, ne>doit-on pas en tenir compte?
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- ÉPILOGUE. 274
- Ceux-là mêmes qui plaisantent, s’ils s’étaient donné la peine de regarder nette foule, plus nombreuse et plus sérieuse que jamais; s’ils avaient entendu ses réflexions, ses interrogations^ ils auraient compris tout ee qu’il y a de grand et d’utile pour la France et pour Paris à avoir donné au monde cet imposant Spectacle.
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- Vendre,
- Acheter,
- Apprendre. — Apprendre surtout.
- Tel était le vrai but. Est-il rempli entièrement?
- Vendra-t-on encore autant et plus l’an prochain?
- Achètera-t-on ?
- Apprendra-t-on ?
- Enfin, n’est-ce donc rien d’avoir élevé dans notre ville un marché franc déchantillonnage universel, une sorte d’entrepôt libre, où tout échantillon entre sans formalités de douane et où tout produit français peut être présenté par un spécimen bien choisi à l’examen des acheteurs étrangers, réunis sur un même point, et n’ayant à parcourir ni les différents quartiers de Paris, ni les différentes usines des départements ?
- Comment! on aurait obtenu, sans l’avoir voulu bien certainement, un résultat merveilleux, qui fait de Paris la Bourse industrielle du monde, et, pour quelques considérations d’un ordre infime, on abandonnerait un tel avantage ! .
- L’Exposition devait durer six mois.
- Elle devait être universelle.
- Elle aura duré trois mois à peine, et elle aura été trop incomplète, grâce à la guerre d’Orient et aux difficultés de la politique intérieure et extérieure.
- En lui rendant six mois en 1879, on aura accordé avec grande raison neuf mois à la durée du marché franc d’échantillonnage universel qui se renouvellera ensuite naturellement de dix ans en dix ans, — la première fois en 1880.
- Ce fut en vain.
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- 272 LES GRANDES USINES.
- Personne ne protesta ; on était las d’être heureux, las d’apprendre, las de vivre d’une vie large et puissante à-l'abri des discussions vaines, à l’abri des haines puériles.
- Las d’échapper par la force calme des masses à toute tracasserie gouvernementale, à toute tuerie internationale.
- Quand reverrons-nous ces six mois de trêve et de lucidité?
- Les reverrons-nous ? > .
- TURGAN,
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- TABLE DES MATIÈRES
- Pages^
- Préface....................................................................... . *
- Les Machines agricoles............................................................ I
- M. Georges Ville. — La théorie de la fertilité, les engrais chimiques. ... 91
- Wagons et moteurs. ............................................................. 99-
- La Pulvérisation, les broyeurs, le pain. . . . . ........................ . . 449» '
- Carrosserie. .................................................... 4 54
- Plumes et fleurs........................................................, . 457
- Orfèvrerie...................................................................... 164
- Meubles. . .... . . . . . . ... . ...............................................473.
- Verrerie. ...................................................................... 485
- Céramique. ..................................................................... 205
- Les Foyers. ................................................................... 233-
- Le Creuzot............................................ ..................... . 244
- Les Jouets. . 247
- Classe XLIII.................................................................. 253.
- Épilogue. ........................................................................267
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