Les grandes usines
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- Paris. — Typ. de K. PLON et
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- GRANDES USINES
- ÉTUDES INDUSTRIELLES
- EN FRANCE ET A
- L’ETRANGER
- PAR
- FURGAN
- Membre du jury d’examen et de révision des Expositions universelles en 1862 et 4 878
- Membre suppléant du jury des récompenses Membre du comité des sociétés savantes, officier de la Légion d’honneur, etc.
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- PARIS
- GALMANN LÉVY, LIBRAIRE-ÉDITEUR
- RUE AUBER, 3, ET BOULEVARD DES ITALIENS, l5
- A LA LIBRAIRIE NOUVELLE
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- 1881
- Tous droits réservés
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- COMPAGNIE COLONIALE
- L’usage du chocolat tend à se répandre de plus en plus dans notre pays.
- On pourra s’en rendre compte par les chiffres suivants, extraits d’une lettre que vient d’adresser à la Commission du tarif général des Douanes la Chambre Syndicale des chocolatiers et confiseurs.
- En 1857, la quantité de cacao mise en consommation s’était seulement de 5,412,929 kilogrammes ;
- En 1870, le chiffre avait atteint à 12,648,680.
- En 1871, les droits de douane sur les cacaos ayant été élevés à 104 francs les cent kilogrammes, la consommation diminua de plus de moitié. Cependant l’utilité de cet aliment est telle que depuis 1872, soit en cinq années, l’importation des cacaos est remontée à près de dix millions de kilogrammes, et si les droits étaient ramenés à 50 francs, la consommation reprendrait la progression ascendante citée ci-dessus, et il n’est pas téméraire de prétendre qu’elle atteindrait vite le chiffre de 15 à 16 millions de kilogrammes par an ; le Trésor n’y perdrait donc rien, puisqu’il percevrait les droits sur des quantités de cacao et de sucre beaucoup plus considérables qu’aujourd’liui.
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- GRANDES USINES.
- Le cacao qui entre dans la composition de nos chocolats est entièrement importé; le sol français n’en produit pas une
- seule fève, et le consommateur n’a aucun moyen d’échapper au fisc par une culture nationale.
- Et cependant il n’y a pas d’aliment plus sain, se conservant
- mieux, et contenant sous un aussi petit volume les éléments d’une bonne alimentation.
- « En voyant, dit Payen, l’amande du cacao présenter, dans sa composition immédiate, deux fois plus de matière azotée que la farine du froment, vingt-cinq fois plus de matière grasse, une proportion notable d’amidon, et un arôme agréable qui provoque l’appétit, on est tout disposé à admettre que cette substance est d’un éminent pouvoir nutritif. »
- On peut ajouter à ces considérations l’effet salutaire que le savant professeur attribuait à l’arome du café et qu’on peut également considérer comme une des propriétés du chocolat.
- Cet arôme rendrait plus stables les éléments de notre organisée, amoindrirait les déperditions et empêcherait, dit Payen,
- « de se dénourrir ».
- L’analyse des amandes du cacao serait, d’après le savant pro fesseur :
- Substance grasse (beurre de cacao)......
- Albumine, fibrine et autres matières azotées. Théobromine.............................
- Amidon, plus traces de matières sucrées. . .
- Cellulose................................ .
- Matière colorante, essence aromatique. . . .
- Substances minérales.......................
- Eau hygroscopique..........................
- 48 à 50 21 — 20 4 — 2
- 11 — 10 3 — 2
- traces 3 — 4
- 10 — 12
- 100 100
- Le bon chocolat est non-seulement une nourriture agréable, mais aussi une nourriture salutaire, et s’il n’est pas encore aujourd’hui l’objet d’une préférence générale pour le premier repas du matin, c’est que malheureusement trop de fabricants, préoccupés seulement de la pensée de vendre à bon marché et forcés dès lors de retrancher sur la qualité ce qu’ils diminuent sur le prix,
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- FABRIQUE DE CHOCOLAT DE LA COMPAGNIE COLONIALE. 3
- ne livrent au public que des chocolats mal préparés ou falsifiés que, la plupart du temps même, ils n'osent signer de leur nom.
- Nous renvoyons nos lecteurs aux ouvrages de MM. Payen et Chevallier, qui révèlent les nombreuses falsifications dont le chocolat est l’objet. M. Payen, dans son livre déjà cité, Traité des substances alimentaires, dit que sur 50 échantillons de chocolat ou cacao broyé, la Commission sanitaire de Londres en a trouvé 38 qui contenaient de la fécule de pommes de terre ou de la farine, et que, sur 70 échantillons, 39 étaient colorés avec
- de l’ocre rouge. —
- M. Chevallier, dans son Dictionnaire des altérations et falsifications des substances alimentaires, dit : « Le chocolat a été l’objet de nombreuses falsifications par les farines de blé, de riz, de lentilles, de pois, de fèves, dè maïs, par l’amidon ou la fécule de pommes de terre, par l’huile d’olives, d’amandes douces, le suif de veau ou de mouton, le baume de Pérou, le baume de Tolu, les enveloppes de cacao séchées et réduites en poudre, la dextrine, etc. »
- Si donc on ne veut pas se donner les ennuis d’une analyse ni s’exposer à être trompé, le mieux est de s’abstenir absolument des produits qui ne sont pas garantis par la marque et la signature du fabricant, qui sont les véritables certificats d’origine.
- L’établissement que nous allons décrire est celui de la Compagnie Coloniale, qui à été fondé en 1850; il est situé entre le bois de Boulogne et l’arc de triomphe de l’Étoile, rue Lesueur, près l’avenue du bois de Boulogne, c’est-à-dire dans l’exposition la plus favorable aux conditions hygiéniques que réclame un établissement de cette nature. Dans cette usine, que nous avons visitée dans ses moindres détails, les ateliers, vastes, clairs, bien aérés, sont tenus avec un ordre parfait et avec la méticuleuse propreté imposée par la nature même du produit qu’on y fabrique.
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- Les deux éléments du chocolat sont le cacao et le sucre. Le meilleur moyen de s’approvisionner convenablement de cacao est d’avoir, comme la Compagnie Coloniale, aux lieux de production les plus estimés, des agents spéciaux qui traitent pour son ~ compte, aux époques les plus favorables, les meilleures sortes de cacaos, car il en est pour le cacao comme pour les vins de France : il y a, aux pays qui produisent les cacaos, des grands crus, qui répondent à nos crus du Médoc et de la Bourgogne. Les belles qualités de cacaos, sous le nom de caraque, viennent du Véné-zuéla. Ces fèves précieuses, dont le prix de revient est de 5 francs le kilogramme en nature, ont été terrées, c’est-à-dire ont subi une fermentation légère qui a développé l’arome de leurs huiles essentielles.
- Après le cacao, le sucre est l’élément sur lequel l’attention des directeurs de la Compagnie Coloniale s’est également portée ; la Compagnie rejette d’une manière absolue tous les sucres bruts de betterave, ainsi que les sucres tachés, car on n’ignore pas que c’est à la présence des matières impures que les sucres bruts ou tachés doivent toujours leur coloration. Les sucres raffinés de premier jet et de premier choix sont les seuls adoptés pour la fabrication des chocolats de la Compagnie Coloniale.
- Après le cacao et le sucre, qui entrent par portions égales dans la composition des chocolats, viennent les aromates; ils n’ont pas la même importance, sans doute, mais ils ne sont pas cependant sans influence sur la qualité hygiénique du chocolat, et à ce titre ils doivent être l’objet d’un scrupuleux examen. La Compagnie Coloniale n’emploie que la belle vanille du Mexique et, en petite quantité, la cannelle fine de Ceylan ; elle a exclu de sa fabrication tous les autres aromates irritants, tels que le benjoin, la cannelle de Chine, le girofle, etc.
- Le choix des matières premières bien établi, nous entrons dans les détails de la fabrication.
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- FABRIQUE DE CHOCOLAT DE LA COMPAGNIE COLONIALE.
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- TRIAGE ET NETTOYAGE DES CACAOS.
- Dès l’ouverture des sacs de cacao, le contre-maître fait un premier classement suivantleur qualité et les désigne par numéros 1, 2 et 3, numéros qui correspondent aux diverses qualités de chocolat. Les cacaos sont alors soumis à un crible cylindrique qui est appelé diviseur. Cet appareil est séparé, dans le sens de sa longueur, en cinq compartiments garnis d'un grillage métallique, dont les mailles sont de longueur et de largeur inégales.
- Par le premier compartiment sort la poussière ;
- Par le deuxième tombent les grains plats, étiques, et les bûchettes et débris de toute sorte qui se trouvent dans les sacs de cacao;
- Par le troisième et le quatrième sortent les bons grains ;
- Et enfin par le cinquième sortent ceux que l’on nomme marrons, c’est-à-dire les grains qui, n’ayant pas été très-bien séparés au moment de leur extraction de la cabosse, sont restés agglutinés et soudés ensemble.
- Cette première séparation, opérée mécaniquement par le diviseur, demande à être contrôlée sévèrement par un triage à la main, qui est d’une grande importance, car il influe sur la qualité du chocolat : c’est au soin que la Compagnie Coloniale a toiijours apporté à ce triage qu’elle doit en partie la supériorité de ses produits.
- Voici en quoi consiste ce travail.
- Les cacaos sont apportés sur une longue table très-éclairée, et divisée par cases ; devant chaque case est assise une ouvrière qui, prenant les grains un à un, fait un choix sévère, ne gardant que les cacaos reconnus intacts et rejetant les fèves piquées ou de mauvaise couleur et les grains étiques ou cassés, qui sont vendus pour les chocolats de qualité inférieure.
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- DE LA TORRÉFACTION.
- Cette opération est la plus délicate de la fabrication du chocolat; car, sans une torréfaction convenablement faite, il n’y a pas de bon chocolat possible. Il faut éviter un double écueil : si l’action du calorique est trop puissante ou trop prolongée, l’amande se carbonise en partie, sa substance nutritive est détruite, le beurre de cacao est altéré; le chocolat fabriqué avec des cacaos torréfiés dans de pareilles conditions est d’une couleur noirâtre, il a le goût de marrons brûlés, il nourrit peu, il dessèche et irrite l’estomac. Quand, au contraire, l’amande du cacao n’a pas atteint le degré de torréfaction suffisant, son arôme est peu développé, le chocolat est lourd et difficile à digérer.
- Les appareils sphériques dont on se sert dans l’atelier de torréfaction contiennent chacun 60 kilogrammes de cacao; ils sont traversés par un gros tube percé d’une multitude de petits trous, ce qui permet à la vapeur de s’échapper facilement ; l’un des bouts de ce tube est recourbé et relevé de manière que la vapeur est visible, et sous l’œil même de l’ouvrier, qui, avec l’habitude de son travail, juge, à l’apparence de cette vapeur, du degré plus ou moins avancé de l’opération. Ce moyen, ainsi que les dispositions particulières d’un chauffage au coke, permettent d’obtenir une torréfaction d’une grande régularité.
- CASSAGE ET DÉCORTICATION DU CACAO.
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- Quand le cacao est torréfié, il est rapidement conduit dans une salle voisine où se trouve un puissant tarare concasseur, dans lequel s’exécutent à la fois la décortication, le cassage et le vannage du cacao! Il est important de ne pas laisser rèfroidir le cacao, car autrement les coques se détachent difficilement, et il se trouverait des fragments de coques mêlés à la pâte de chocolat.
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- FABRIQUE DE CHOCOLAT DE LA COMPAGNIE COLONIALE. 7
- Une trémie reçoit les fèves qu’une noria élève au sommet de l’appareil, où elles tombent dans un broyeur à noix dont on peut régler la marche à volonté; les fèves désagrégées tombent dans un crible incliné, et les amandes, concassées en fragments, sont séparées des coques et des germes par une ventilation énergique de palettes analogues à celles des tarares à blé et qui agissent au-dessus du plan incliné.
- Les germes sont vendus pour les basses chocolateries, les coques sont expédiées en Irlande, où elles servent à la nourriture des moutons et des bestiaux.
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- En sortant du tarare, les amandes de cacao concassées sont portées à de nouvelles trieuses, qui débarrassent le grain des impuretés et des débris de coque qui pourraient s’y trouver encore.
- MÉLANGE DU'CACAO ET DU SUCRE.
- Le cacao, torréfié, concassé et trié, est porté sur les machines appelées mélangeuses, où le sucre raffiné que l’on a réduit en poudre sous une meule verticale vient se mélanger au cacao.
- Nous donnons, pages 8 et 9, la vue d’un des principaux ateliers de mélangeurs et broyeurs.
- Le mélangeur se compose d’une table tournante en granit et de deux galets également en granit, disposés de telle façon que le cacao est écrasé et forme une pâte un peu liquide sous l’influence de la chaleur, car cet atelier est toujours tenu à une température de 25° centigrades, le beurre de cacao fondant à cette température. Lorsque le cacao est arrivé à un degré convenable d’écrasement, on ajoute peu à peu le sucre pilé, delà siccité duquel on s’est assuré, car la préoccupation constante qui ne cesse de se montrer pendant toute la fabrication du chocolat, c’est de chasser l’eau de tous les produits qui entrent dans
- le chocolat, depuis leur arrivée dans l’usine, jusqu’à leur sortie en tablettes.
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- FABRIQUE DE CHOCOLAT DE LA COM P AON IE CO L ONIA LE, BUE LESUEUR,
- Mélaiificusf ' et broyeuses.
- PARIS.
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- BROYAGE.
- La pâte encore grossière, formée sur les mélangeuses, est placée dans la trémie des broyeurs à trois cylindres parallèles en granit; ces cylindres sont animés d’une vitesse inégale, et ont en outre un léger mouvement de va-et-vient qui termine le malaxage de la pâte, et lui donne sa finesse.
- On rapproche progressivement les cylindres à mesure que le broyage s’opère, mais en ayant soin de ne pas développer par la friction une chaleur assez forte pour sécher et altérer la pâte de chocolat. Cette opération est délicate et doit être surveillée par les ouvriers chargés de régler les broyeurs de façon que le chocolat soit soumis à un broyage parfait, ce qui rend le chocolat plus digestif. L’emploi du granit dans toutes ces machines a pour but d’éviter que, par le contact avec le fer, le chocolat ne prennè un goût métallique désagréable.
- Au sortir du broyage, les pâtes sont déposées dans une étuve dont les parois en marbre sont maintenues dans un état de méticuleuse propreté et qui est chauffée de 32 à 36 degrés ; ces
- pâtes y séjournent environ 4 à 5 heures, temps nécessaire pour
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- rendre le chocolat onctueux et gras.
- PESAGE ET MOULAGE.
- • En sortant de l’étuve, les pâtes passent par une nouvelle machine mélangeuse où les diverses sortes de cacao sont mélangées ensemble suivant les diverses qualités de chocolat à obtenir, et c’est dans ce mélange qu’a lieu l’addition de la vanille du Mexique, préalablement réduite en pâte fine.
- Le pesage s’exécute au moyen d’une vis sans fin formant le
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- fond d’une trémie dans laquelle la pâte est foulée par l’ouvrier et sort en forme de boudin cylindrique, qui est coupé par longueurs égales et pesé exactement sur des balances par fraction de 250 grammes. Ces diverses fractions sont livrées aux ouvriers dresseurs qui opèrent le moulage.
- Le moulage se fait au moyen de machines dites tapoteuses, sur lesquelles sont rangés les divers moules en fer-blanc divisés en six ou sept compartiments, et dans lesquels est placée la pâte de chocolat qui vient d’être pesée; les tapoteuses sont soumises à une trépidation mécanique très-énergique, produite par des rochets et l’abaissement alternatif déterminé par-quatre ressorts à boudin attachés aux quatre coins de la tapoteuse. Sous l’effet de la trépidation, la pâte prend la forme exacte des moules, qui reproduisent sur le chocolat le nom de la Compagnie Coloniale.
- Les tablettes sont portées alors avec les moules qui les contiennent sur les tables en marbre du refroidisseur : belles caves
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- d’un aspect vraiment monumental dont la température est toujours maintenue de 8 à 10 degrés et où l’air est à l’abri de toute atteinte de l’humidité.
- PLIAGE.
- Quand les tablettes sont suffisamment refroidies, elles sont conduites par un monte-charge dans un premier atelier de pliage, où les ouvrières les enveloppent dans une feuille d’étain laminé qui doit les mettre à l’abri de l’humidité, de la poussière et des odeurs étrangères.
- L’appareil sur lequel on renverse les moules pour que les tablettes puissent en sortir facilement est une longue cuvette étamée, surmontée d’un gril à la surface duquel on retourne le moule pour en vider les tablettes.
- Les ébarbures qui bordent la plaquette tombent à travers le gril dans la cuvette intérieure, et ne salissent pas le chocolat, qui
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- garde un beau poli et l’aspect brillant qui caractérise surtout le chocolat de la Compagnie Coloniale.
- De la mise en étain, les tablettes passent au pliage proprement dit, où chaque espèce est recouverte d’un papier différent de couleur et de finesse, depuis le planteur papier bleu, en passant par le planteur au papier chamois, pour arriver papier blanc de la Compagnie, qui couvre le chocolat de santé ordinaire, jusqu’aux vanillés les plus fins.
- Dans cet état, lorsque le signet est noué, la livre de chocolat préparée pour la vente pèse 525 grammes, environ.
- Le consommateur n’est donc pas exposé à payer i’enveloppe au prix du comestible.
- On fait aussi, rue Lesueur, des pastilles, des petites tablettes-spéciales et des croquettes ; ces boulettes, dites chocolat à la crème, sont tout simplement du sucre aromatisé à la vanille ou au café cuit jusqu’au degré connu en confiserie sous le nom de boulé, et que l’on enrobe d’une couche de chocolat.
- Toutes ces manœuvres sont exécutées par 200 femmes d’une excellente tenue, et d’une propreté qui est le caractère distinctif de la maison.
- Tous les papiers employés viennent de la maison Blanchet frères et Kléber de Rives, et sont d’une très-belle qualité, surtout le papier blanc, fabriqué spécialement pour la Compagnie.
- IMPRIMERIE.
- Un prote, compositeur et metteur en pages à la fois, assemble les caractères et les planches gravées sur acier ou sur bronze, et en compose de petites formes placées sur de jolies machines à pédales, dites Minerve> construites par MM. Berthier, et, qui impriment les diverses enveloppes de chocolat.
- Une intéressante petite machine, mue à la vapeur, mais qui pourrait être actionnée par une manivelle à bras, sert à tirer les
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- prospectus et petits livres de diverses natures pour la publicité de la Compagnie.
- Cette machine a été construite par Uy tterelst, de Bruxelles ; elle peut tirer environ 1,300 feuilles à l’heure. Cet atelier, composé entièrement de femmes, sauf le prote, est très-clair, très-bien disposé, et les impressions qu’on y exécute sont parfaitement réussies, comme peuvent le voir les clients de la Compagnie Coloniale. C’est, du reste, une tendance de nos principaux industriels d’établir, dans leurs usines, dès imprimeries personnelles.
- L’atelier de la Compagnie Coloniale est un véritable modèle en ce genre.
- Le travail est si bien combiné, rue Lesueur, que, depuis l’entrée du cacao dans le premier diviseur jusqu’à la sortie du chocolat plié, il ne s’écoule guère plus de vingt-quatre heures; il y a donc un stock insignifiant enfermé dans les armoires qui entourent toutes les salles.
- Dès que le chocolat est fait, il est plié; dès qu’il est plié, il est placé, par 25 livres, dans des petites caisses à poignées, faites exprès, et transportées au numéro 19 de l’avenue de l’Opéra, où la Compagnie possède, au coin de la rue des Pyramides, de très-beaux magasins de vente et de très-belles salles d’emballage. Le chocolat est transporté par 14 chevaux et 7 voitures.
- Là on ajoute encore sur les livres et les demi-livres une feuille de papier dont la nuance varie suivant la qualité pour garantir la propreté des enveloppes du chocolat.
- Puis on expédie en caisses aux clients de la province et de l’étranger.
- Dans le splendide établissement de l’avenue de l’Opéra, revêtu de marbre à l’extérieur, est un comptoir spécial pour la vente au détail, mais ce n’est pas le plus important. Le grand commerce se fait par les intermédiaires de Paris et des départements, pour lesquels les emballages s’exécutent au-dessous des magasins du
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- rez-de-chaussée, où un large sous-sol est adapté à toutes les manutentions nécessitées par les envois.
- Là encore, point de stock, car le chocolat est expédié à mesure qu’il arrive, la production de l’usine étant réglée suivant les demandes de la consommation.
- La Compagnie Coloniale, tant à l’avenue de l’Opéra qu’à la rue Lesueur, occupe :
- 150 hommes;
- 300 femmes;
- une force de vapeur de 100 chevaux en deux machines, l’une de 70, l’autre de 30.
- Elle fabrique et vend par jour environ 8,000 kilogrammes de chocolat.
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- PARIS
- TYPOGRAPHIE DE E. PLOS ET G1", 8, RUE GARANClÈRE.
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- ETABLISSEMENT ÉGROT
- CHAUDRONNERIE DE CUIVRE ET DE TOLE
- APPAREILS A VAPEUR
- POUR
- CUISINES ET AUTRES USAGES ANALOGUES
- La maison Égrot a été fondée en 1780, par M. Ëgrot, aïeul du directeur actuel de l’usine.
- Né à Cosnes, en 1761, il avait dix-neuf ans quand il reçut de
- son patron, en reconnaissance de son dévouement et de ses capacités, la propriété d’un petit fonds de chaudronnerie, situé rue de la Grande-Truanderie, près des Halles.
- Plus artisan que commerçant, il travailla en véritable artiste à perfectionner les appareils et ustensiles de cuivre pour subvenir aux besoins nouveaux dont les industries naissantes de cette époque exigeaient la création.
- C était le temps des Lavoisier, des Macquer, d’Édouard Adam, d’Isaac Bérard, et autres chercheurs pour lesquels il fallait construire des appareils de laboratoire, pour la distillation, l’extraction des sucres, la fabrication des produits chimiques, la confiserie et la parfumerie.
- Laborieux et patient, M. Égrot, dont la réputation se faisait peu à peu par la bonne exécution des travaux difficiles qu’on lui demandait, forma une précieuse équipe d’ouvriers de talent parmi lesquels on peut citer un nommé Ruban, qui travailla,' avec les trois générations Égrot, jusqu’en 1868, donnant ce rare
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- exemple d’un ouvrier restant quarante-six ans dans la même maison.
- Le second Égrot, succédant à son père qui s’était retiré à Bessancourt, prèsParis, agrandit la maison et établit ses ateliers dans le haut du faubourg Saint-Martin, près de la Villette; il y fit des travaux de chaudronnerie plus importants et fabriqua en tôle de fer lés batëaux-postë qui, sur le canal de l’Ourcq, faisaient rapidement le trajet de Paris à Meaux. Il donna ainsi l’exemple, depuis imité, de construire des paquebots métalliques.
- Il avait perfectionné un appareil à distiller, dit à jeux d’orgue, destiné aux colonies, et qui reçut une mention honorable à l’exposition de 1859. Un autrë appareil à rhum avec chapiteau rectificateur fut aussi récompensé en 1844.
- La maison se développait tous les jours, quand, en 1848, il fut enlevé à sa famille et à ses enfants, laissant un fils de dix-sept ans, qui la dirige encore aujourd’hui. M. Égrot perfectionna son éducation générale et la compléta par des études scientifiques et des connaissances pratiques qu’il avait acquises dans le cabinet de son père.
- La hausse considérable des alcools en 1852 le mit en rapport avec M. Dubrunfaut, qui lui fit exécuter certaines parties d’appareils au moyen desquels on put dans le nord de . la France transformer de nombreuses fabriques de sucre en distilleries de betteraves. Toutes ces installations, étant chauffées à la vapeur et pourvues d’un rectificateur, obtenaient ainsi des produits vendables directement, à très-haut prix.
- En 1856, M. Égrot inventa son nouvel appareil à distiller dont un beau spécimen figura à l’Exposition dernière et y obtint une médaille d’or.
- li se compose d une série de plateaux dans lesquels la vapeur alcoolique, venant barboter à la partie inférieure des couches vineuses, échauffe le liquide et le dépouille de l’alcool sous une faible pression qui assure la finesse ét la supériorité des produits.
- Cet appareil jouit en France d’une grande faveur pour la distillation des eaux-de-vie et trois-six de vins, et celle des eaux-de-vie de cidre et de genièvre. L’Espagne l’adopta, surtout à cause du chapiteau rectificateur qui fait obtenir du premier jet du 3/6 sans altérer la finesse du goût. En ajoutant à cet appareil un appendice dit boite à aniser, on peut, peu-
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- liant la distillation, faire passer au travers d’une couche épaisse d’anis les vapeurs alcooliques et obtenir, par une seule opération, la célèbre aguar-liente, excellente liqueur, un peu énergique, mais très-parfumée , malgré 30 n extrême limpidité.
- L’appareil Égrot, que sa simplicité permet de monter sans ouvriers spéciaux, s’est bientôt répandu dans les deux Amériques, jusqu’en Afrique et en Océanie pour la distillation des vins, des mélasses, des jus de cannes fermentés et des fruits particuliers des pays tropicaux. Le grand succès de cet appareil est dû à ce que les deux pièces principales, la colonne à distiller et le condensateur chauffe-vin, sont tous deux placés verticalement sur des massifs faciles à établir, et que la série de tuyaux réunissant ces deux pièces permet une surveillance continue à la portée des ouvriers les plus inexpérimentés. Le même appareil de distillation, d’un volume moyen, est placé sur un chariot, comme l’indique la figure (page 6), et comme il est pourvu de toutes ses pièces accessoires, il peut fonctionner dès qu’il est arrivé à l’emplacement où il y a des liquides à distiller. C’est un précieux instrument pour tous nos bouilleurs de cru du centre et du midi de la France.
- Les ateliers de chaudronnerie de la rue Mathis fabriquent encore tous les appareils de distillerie d’essences odorantes ou sapides destinées à la parfumerie ou à la fabrication des liqueurs, de tout volume ou de toutes formes, parmi lesquels nous signalons l’appareil omnium Dorvault, employé dans diverses industries pour la lixiviation des plantes.
- Tous ces instruments de cuivre sont exécutés avec une extrême solidité et une étonnante perfection de martelage, de planage et d’ajustage ; ce qui contribue puissamment au succès brillant de l’usine de la rue Mathis.
- C’est là en effet que sont maintenant construits les vastes ateliers, chaudronnerie-fer (pages 4 et 5) et chaudronnerie-cuivre (pages 12, et 13), de M. Égrot.
- Le personnel choisi y compte surtout pour la chaudronnerie de cuivre un grand nombre d’ouvriers travaillant dans la maison depuis vingt ou trente ans. La chaudronnerie de cuivre, entièrement exécutée au marteau à la main, n’emploie ni machine à cintrer, ni poinçonneuse, ni dresseuse, ni planeuse. L’habileté de l’ouvrier doit tout faire.
- Le cûivre arrive à la maison à l’état de planches de 3 mètres 30 sur 1 mètre 20 : comme, sur ces dimensions, le cuivre ne peut être d’une rigoureuse égalité d’épaisseur, on emploie pour les pièces plus petites exigeant une épaisseur identique, des planches de 1 mètre 40 sur 1 mètre 15.
- Dans certains cas spéciaux, on commande aux lamineurs des planches de dimensions particulières.
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- ÉTABLISSEMENT ÉGROT. — Ateliers de chaudronnerie de tôle de fer.
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- Appareil à distiller de M. ÉGROT, mouté sur chariot.
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- Un habile coupeur taille les planches de cuivre suivant les indications du contre-maître, au moyen de patrons et de gabaris, rangés derrière lui, et dont il se sert suivant la pièce* à fabriquer. Le plus souvent la planche de cuivre commence d’abord par être envirolée, c’est-à-dire qu’on en rapproche d’abord les bords externes pour leur donner la forme d’un cylindre ou d’un
- cône tronque'. Les lèvres sont entaillées en dents de scie, de sorte que ces dents se croisent, ce qui donne à la brasure une extrême solidité.
- Le chaudronnier arrondit ensuite ou cintre au marteau sa pièce, en la faisant recuire à plusieurs reprises pour conserver sa malléabilité au cuivre, que le choc répété finirait par éci'ouir. Ce travail, qui ne se fait pas au compas, demande de la part de l’ouvrier un coup d’œil d’une sûreté absolue. Par un mouvement régulier du genou, il meut ou maintient le cuivre assez habilement pour obtenir une retreinte ou un emboutissage, suivant la demande.
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- Les pièces dérochées d’abord à l’acide, puis surplanées, sont de nouveau décapées et planées, puis repassées à tout petits coups de marteau pour effacer jusqu’à la moindre trace de martelage. Quand chacune de ces pièces a reçu sa forme spéciale, les monteurs assemblent l’appareil et le garnissent de tous les éléments accessoires d’ajustage, tels que raccords, cercles, bagues, robinets, presque tous en laiton prépare par les ouvriers tourneurs. Le monteur raccorde tous ces éléments différents et les soude; enfin l’ajusteur termine le travail.
- Le planage, s’exécutant directement sur le métal et sans corps intermédiaire, donne au cuivre un très-beau brillant que l’on doit entretenir par des frictions fréquentes, si l’on en veut conserver l’éclat. Une invention bien simple peut dispenser de tous ces récurages, tout en donnant au cuivre un très-beau glacé, d’une superbe teinte acajou : on prépare avec du blanc d’œuf, de l’eau et de la potée d’étain à polir les glaces, une pâte très-liquide que l’on étend régulièrement sur la pièce terminée.
- Lorsque la couche est bien sèche, et que l’on frappe régulièrement sur la surface, comme s’il s’agissait de planer régulièrement, l’enduit s’incruste
- si complètement par le martelage dans le cuivre qu’il y adhère plus fortement encore qu’un dépôt galvanoplastique, et le lustre d’une sorte de vernis inoxydable qui conserve indéfiniment son aspect brillant, si on a le soin de passer de temps en temps sur la surface un morceau de drap enduit d’un peu de cire.
- L’atelier de chaudronnerie de fer (pages 4 et 5) est garni de tout l’outillage indispensable au travail de la tôle de fer ; là se font tous les générateurs et les différents appareils de la maison, cuves, réservoirs et autres objets analogues.
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- ÉTABLISSEMENT ÉGROT. — Appareil à distiller, dernier modèle
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- Appareils de cuisine à vapeur de M. ÉGROT, disposés au milieu de la pièce.
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- J'ai vu aux Magasins généraux de Saint-Denis, appartenant à MM. Hain-guerlot, le plus beau travail de chaudronnerie de tôle exécuté par M. Égrot déjà depuis quelques années et pour lequel je ne comprends pas que les plus hautes récompenses ne lui aient pas été décernées.
- M. Égrot avait été consulté par M. Hainguerlot dont l'intention était de profiter de la situation exceptionnelle de terrains entourés de tous côtés par des voies ferrées, et qui voulait y élever de vastes magasins pour conserver en stock mobile l’alcool et l’huile. 11 lui conseilla de disposer d’un côté de ses bâtiments une rampe pouvant monter au-dessus du plus haut plancher, et de l’autre, une rampe parallèle, montant du plus bas des bâtiments , pour venir doucement effleurer le sol de la voie. J’ai vu un train de six wagons, poussé par une forte machine à marchandises, grimper en quelque sorte gaillardement jusqu’aux toits des magasins, pour y décharger les pipes d’alcool. La rampe est cependant de 0,025 par mètre.
- De cette excellente disposition il résulte qu’aucune manutention, chère,' dangereuse et exposant à des pertes, n’a lieu dans les deux étages de ce colossal cellier. Les pipes sont dépotées au moyen des vases gradués,'et l’alcool descend par son poids dans 350 cuves en tôle d’une capacité de 190 hectolitres chacune, réparties en plusieurs magasins. Les cuves sont alignées sur six i)angs, et mesurent 280 de hauteur sur 3 de largeur; elles communiquent par des tuyaux en laiton avec les dépotoirs d’arrivée, sont munies d’un tube indicateur de leur contenu, et se vident également par des dépotoirs gradués dans les pipes de sortie que l’on charge sur des vagons ou des charrettes au bas de la rampe montante de bas en haut. D’autres cuves à huile, d’une capacité de 260 hectolitres, au nombre de 80, sont placées dans un autre cellier.
- Ce travail gigantesque fut achevé et monté en six mois par M. Égrot, qui avait établi des ateliers sur place et les avait garnis de tout l’outillage nécessaire. Les cuves sont si bien rivetées, les assemblages des tuyaux et des robinets sont exécutés avec une si grande perfection, qu’aucune odeur alcoolique n’est perçue dans les celliers. La perte annuelle, qui, dans les tonneaux de bois, s’élève quelquefois à 7 ou 8 0/0, devient, dans les cuves de tôle, presque insignifiante. De ce magnifique travail resté inconnu, M. Égrot n’a pas eu l’honneur, car peu de personnes ont l’occasion de visiter les entrepôts de Saint-Denis.
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- Ces grands travaux se terminaient lorsque M. Égrot reçut la visite du frère Pierre, directeur du petit noviciat à & maison mère des Frères des Écoles chrétiennes, qui lui présenta un projet de cuisine à vapeur très-intéressant. Ce constructeur l’étudia, le rendit pratique, et une première installation fut établie dans la maison même des Frères où elle fonctionne encore.
- Cette innovation, qui dans la vie ordinaire pourrait avoir une grande importance, si elle était bien comprise, est déjà capitale pour les casernes, les hôpitaux, les collèges, les établissements religieux, où l’on est forcé de préparer les aliments en grandes masses, et où l'action directe du fou peut avoir des inconvénients de toute nature.
- Il est en effet bien difficile, à feu nu, agissant sur de grands vases, d’obtenir une égalité de température sur tous les points des matières contenues dans ces vases. Certaines parties sont carbonisées, desséchées, tandis que d’autres n’ont point reçu le degré de cuisson nécessaire.
- 11 est plus difficile de régler l’action d’un foyer que celle d’un robinet de vapeur ; en tous cas, la cuisine est pour un grand nombre de personnes une opération compliquée, chère, longue et exigeant un nombreux personnel.
- Le nouveau système est composé de marmites ^double fond d’une forme spéciale, et appropriées aux genres d’aliments à cuire; elles sont montées sur des axes qui permettent une obliquité rendue facultative par une manette placée sur le côté, pour que l’on puisse les vider ou les nettoyer facilement, même lorsque la capacité est de 700 à 800 litres, comme je viens d’en voir une installée dans l’établissement de Saint-Nicolas, rue de Vaugirard, où un seul homme de force moyenne les manœuvre facilement.
- Ces marmites, étant entourées d’une enveloppe de tôle pour éviter la déperdition de chaleur, sont en outre munies d’un couvercle équilibré par un contre-poids que soutient une console scellée au mur. La marmite, placée verticalement, est maintenue dans cette situation normale par un arrêt placé postérieurement à son bord inférieur, et qui s’engage dans un verrou scellé au mur. Les tourillons de ces marmites sont soutenus par des pieds, supports en fonte se rattachant à des plaques de même métal, scellées au sol. (Page 16.) La figure a représente une marmite inclinée pour faciliter l’extraction des aliments. Les autres figures b-d les représentent dans la position verticale avec le couvercle équilibré, plus ou moins ouvert, suivaut les besoins de la cuisson.
- • Dans la figure c on les voit installées dos à dos, dans le milieu de la cuisine.
- Ces récipients sont en fonte. L’étamage des premiers vases de cuivre ayant disparu trop rapidement, on a eu recours à la fonte, dont le poids
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- ÉTABLISSEMENT ÉGROT. — Ateliers de chaudronnerie de cuivre.
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- est ici sans inconvénient» puisqu'on n'a pas à les déplacer» et que l'égalité de température de la vapeur ne les fait pas éclater comme l'inégalité du feu nu. L'enveloppe en tôle les préserve du choc aussi bien que du refroidisse-ment brusque.
- Ces récipients mobiles autour d'un axe horizontal reposent sur des supports en fonte par l'intermédiaire de tourillons creux servant à l'arrivée de la vapeur et à la sortie de l'eau de condensation. L'admission de la vapeur, pour deux marmites par exemple, se fait par la colonne en fonte du pied servant de support, au moyen d'un robinet double ou simple, et la vapeur se répand par les nombreux petits trous du tube qui pénètre dans le double fond. L'eau condensée est refoulée par la pression de la vapeur qui arrive dans l'espace intermédiaire, et chassée dans un tube par lequel elle va gagner le réservoir des retours.
- Dans les premières cuisines à vapeur, les marmites étaient à fonds sphériques; le frère Pierre leur a substitué les fonds plats, parce que dans lès fonds sphériques le niveau de l'eau de condensation s'élève trop rapidement dans le double fond, atteint la paroi de la marmite proprement dite, et la cuisson n'est plus qu'un bain-marie. Dans les vases à fond conçave, la graisse et le jus s'accumulent au point le plus bas, et les parois plus élevées, restant sèches, s'échauffent assez vite pour que la viande au contact soit bientôt carbonisée. Au moyen de nervures D que l'on peut remarquer dans les figures 8 et 9,
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- le fond acquiert assez de résistance sans s'opposer à la transmission de la chaleur.
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- En dehors des types des grands récipients, on en construit de plus petites dimensions, profonds pour la cuisson des soupes grasses et maigres, des légumes et des viandes cuites à l'eau ; des demi-profonds pour la préparation des mets composés, tels que : bœuf à la mode, civet, fricassée, etc. On en fait aussi des plats pour les mets qui demandent une plus haute tempéra-
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- ou dans la graisse.
- Très-curieux de vérifier par moi-même les assertions de M. Égrot, je
- suis allé visiter l'établissement de Saint-Nicolas, rue de Vaugirard, où j’ai vu des gigots et des morceaux de veau rôtis et dorés dans un appareil à vapeur à fond plat, aussi bien qu’ils l’eussent été par les procédés ordinaires à feu nu. Dans cette même cuisine, j'ai vu avec quelle facilité se maniaient tous les appareils de M. Égrot, au moyen desquels deux ou trois employés
- suffisent pour conduire la cuisson des aliments destinés àia nourriture de
- onze cents personnes.
- J’y ai vu transvaser aisément par une seule personne un macaroni de trois
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- à quatre cents litres, et j'ai admiré un pot-au-feu qui cubait bien près d’un mètre.
- Les grands vases de fonte se nettoient très-bien » et présentent la plus parfaite propreté.
- La figure de la page 9 présente un spécimen d'un groupe de marmites de moyenne grandeur qui répondent à l'alimentation de cent cinquante personnes ; les colonnes portent deux robinets à col de cygne pour verser l'eau dans les quatre marmites et maintenir les couvercles quand ils sont dressés ; les mêmes colonnes portent les plateaux en fonte émaillée qui recueillent les égouttures des robinets, et sur lesquels on peut placer divers objets.
- Le succès obtenu à la maison mère des Frères fit adopter les cuisines de M. Egrot dans un grand nombre d'établissements ecclésiastiques et hospitaliers ; puis le ministre de la guerre, après un essai réussi à la caserne de la Pépinière, à Paris, décida l'installation de ce nouveau système dans chaque circonscription militaire.
- Les tisaneries militaires à vapeur basées sur le même principe furent adoptées par les hôpitaux militaires, notamment à Saigon et à Bourges ; les différents jurys de l’Exposition décernèrent à M. Egrot une médaille d’or pour ses cuisines militaires, une autre pour sa tisanerie, une médaille d’argent pour son modèle de cuisine à col de cygne, une médaille d’or pour son grand appareil à distiller.
- PARIS. "nPOGHAPïllK OE E.
- PLO» F.r RLE CAR ANC: LUE, 8.
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- GKANIîES USINES.
- Fig- «.
- Fig. c. Fig. il.
- Appareils de cuisine à vapeur de M. ÉGROT, fixés au mur.
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- ÉTABLISSEMENTS CUSENIER
- FILS AÎNÉ
- A ORNANS, CHARENTON ET PARIS—
- DISTILLERIE SPÉCIALE D’ABSINTHE ET KIRSCH
- FABRIQUE DE LIQUEURS SUPÉRIEURES
- Il y a longtemps que je désirais décrire le genre de fabrication dont les établissements de M. E. Cusenier fds aîné forment le type le dernier construit et le plus justement renommé.
- 11 existe, en effet, peu de documents sur cette industrie, jusqu’ici disséminée entre quelques distilleries françaises et étrangères dont les produits spéciaux ont été successivement à la mode avec plus ou moins de raison. — Les établissements de M. Cusenier, au contraire, renferment la gamme complète des esprits, des liqueurs, des vins et des sirops additionnés de tous les arômes recherchés par les consommateurs de cette nature dé produits.
- Les moralistes ont souvent exercé leur verve indignée contre l’usage des boissons plus ou moins alcooliques, et les gouvernements ont de tout temps profité de ces déclamations pour élever de plus en plus les droits sur ces boissons, offrant ainsi à la fraude une prime très-élevée pour combattre les fabrications honnêtes. Loin de moi la pensée de louer l’ivresse; mais l’emploi
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- des toniques et des aromatiques alcoolisés est usité de toute antiquité et chez tous les peuples. — Aujourd’hui la médecine préconise l’alcool lui-même, et à deux titres, d’abord comme carbure d’hydrogène servant à activer la respiration pour les personnes chez lesquelles cette fonction s’exécute mal, puis comme rémittent dans les fièvres. La plupart des potions actives sont à base d’alcool.
- La maison E. Cusenier fils aîné a pris naissance, dans le Doubs à Ornans, petite ville située au pied du Jura dans la vallée de la Loue, rivière près de laquelle fut créée l’usine en 1857, et dont le cours fut plus tard utilisé comme moteur hydraulique pour s’assurer une grande abondance d’eau nécessaire à tous les services de la distillerie, la confection de la futaille et des caisses d’emballage.
- Le pays environnant est couvert de merisiers dont les fruits distillés, donnent le kirsch, esprit de plus en plus rare et que ses amateurs n’hésitent pas à payer un prix de plus en plus élevé, quand ils sont surs de la sincérité de la provenance.—Car on fait aujourd’hui beaucoup de faux kirsch presque toujours toxique. — Les récoltes de merises manquant souvent, les falsificateurs ont mis leur habileté à l’imitation de ce produit, pour l’achat duquel les consommateurs ne sauraient prendre trop de garanties.
- Autour d’Ornans sont encore les versants du Jura où l’on récolte les absinthes grandes et petites et plusieurs autres plantes aromatiques : mélisse, hysope, menthe, angélique, gentiane, etc.
- L’usine d’Ornans, depuis le développement considérable qu’ont pris les établissements de Paris et de Charenton, sert aussi à préparer et emmagasiner les matières premières qui leur sont destinées : plantes, graines et racines aromatiques achetées dans le pays et destinées à recevoir une élaboration ultérieure. Plusieurs liqueurs, aussi, ont besoin de vieillir en foudre avant d’être livrées à la consommation, et les caves d’Ornans peuvent contenir deux mille hectolitres. Certaines plantes doivent être achetées de préférence dans les années favorables, et par conséquent il faut de grands magasins pour les conserver sainement; quelques autres plantes même, telles que l’absinthe, ne peuvent être employées fraîches, et exigent un emmagasinage de plusieurs années avant d’être traitées.
- Une évaporation lente du poison végétal contenu dans les feuilles et les tiges de l’absinthe est indispensable pour décomposer peu à peu et détruire enfin toute crainte des dangers que ferait naître l’usage de la plante encore verte. Une dessiccation artificielle hâtive n’aurait pas le même
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- ÉTABLISSEMENTS CUSENIER. 3
- résultat. — Elle enlèverait bien l’eau de végétation, mais n’entraînerait pas les principes toxiques.
- Les anciens thérapeutistes estimaient fort l’absinthe et lui trouvaient autant de vertus que ses détracteurs contemporains lui attribuent de mauvaises actions. « Son principal usage, dit Valmont-Bomare en 1791, est pour la médecine, dans laquelle on l’emploie comme cordiale, stomachique, fébrifuge et emménagogue, toutes propriétés qu’elle doit à ses principes aromatiques et amers. — On en retire par la distillation un esprit recteur ou eau aromatique, une huile essentielle. On emploie l’absinthe en substance, en infusion dans l’eau ou l’esprit-devin, avec lequel on en fait ce qu’on appelle la teinture à*absinthe, ou enfin dans le vin,~pour en faire le vin d’absinthe. Cette dernière préparation est fort usitée. »
- Mais les anciens et les modernes écrivains s’accordent tous pour recommander de n’utiliser cette plante qu’après s’être assuré, par une dessiccation assez longue, de la disparition des principes vénéneux quelle contient. Pour l’absinthe donc, plus que pour toutes les autres liqueurs, il faut être garanti par la marque de fabrique de maisons qui aient la loyauté et l’importance d’accumuler des approvisionnements et un stock suffisants.
- Pour se rendre compte des quantités gardées forcément en stock dans les trois établissements Cusenier, indiquons approximativement les consommations annuelles des matières premières qui servent à la fabrication :
- 31,000 kilogrammes grande absinthe desséchée
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- 7,500 1i hysope »
- 1,700 fl mélisse »
- 90,000 'fl anis »
- 65,000 R fenouil »
- 1,400 R coriandre »
- 45,00 A écorces d’oranges fraîches
- 12,000 fl i » vertes
- 2,500 1) chervi
- 5,400 fl carvi
- 1,400 fl quinquina
- 4,000 fl badiane
- 2,000 fl' amandes douces et amères
- 4,000 fl autres racines, graines et plantes
- 70,000 fl fruits de cassis
- 25,000 fl n de framboises
- 30,000 fl cerises pour mettre à l’eau-de-vie
- 10,000 fl prunes *
- (Alcool pur) de grain ou de raisin 12,000 hectolitres
- Sucre raffiné en pains 350,000 kilogrammes
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- GRANDES USINES.
- On comprend que T emmagasinage, la transformation, la répartition, la mise en bouteilles ou en flacons de telles quantités, demandent de vastes emplacements et un nombreux personnel. Aussi les trois établissements comptent-ils près de trois cents employés de toute nature, et sans les nombreux perfectionnements adoptés par M. Cusenier au transport des liquides, seraient-ils encore bien plus nombreux.
- Les trois établissements, basés sur les mêmes principes, fabriquent à peu près les mêmes produits. — Cependant, on ne fait de kirsch qu’à Ornans,
- — pays de merises, dont la récolte, extrêmement variable suivant les années, est achetée en aussi grandes quantités qu’il est possible de s’en procurer.
- L’Usine de Charenton, dont les bâtiments couvrent six, mille mètres, outre les liqueurs fines communes aux autres établissements, a la spécialité des vermouths et des cassis que ne pouvait loger l’usine de Paris, l’emmagasinage des alcools, des vins fins et étrangers, madères et malagas, des eaux-de-vie de Cognac et des rhums dont la maison Cusenier fait un grand commerce en dehors de ses produits. C’est là aussi que se façonnent les caisses d’emballage avec les planches sciées à Ornans.
- L’Usine de Paris, qui a été construite boulevard Voltaire en 1871, est affectée exclusivement à la consommation parisienne. — Elle couvre deux mille trois cents mètres et renferme également les bureaux et la comptabilité générale de la maison
- On y élabore, outre les spiritueux et les liqueurs proprement dits, divers produits de la limonaderie, tels que punchs, grogs composés, sirops, juleps, sodas et autres préparations qui servent aux différentes consommations des cafés : on y travaille également, pour la pharmacie et la parfumerie, les eaux de mélisse et eaux de Cologne.
- Sans être aussi complète que l’usine de Charenton, qui lui a, du reste, emprunté ses principales dispositions, elle est très-intelligemment disposée.
- — Elle se compose principalement d’un grand hall central entouré aux deux tiers de la hauteur environ d’une galerie faisant balcon, à laquelle on accède par de commodes escaliers. Au fond est la salle de distillation, — latéralement est le lavage des bouteilles.
- Tout l’outillage est commandé par une machine motrice qui actionne
- une machine à rincer, des pilons à cames, des découpoirs à racines, et
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- surtout une presse à air, au moyen de laquelle on envoie d’un récipient dans l’autre tous les liquides qu’on transportait autrefois dans des vases à main.
- . Un générateur de vingt chevaux fournit la vapeur au moteur et à tous
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- ÉTABLISSEMENTS CUSEN1ER. 7
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- les appareils qui ont besoin d’être chauffés. — Les armoires renfermant les plantes aromatiques sont rangées le long du mur de la galerie, dont le plancher porte aussi les sacs remplis des matières le plus fréquemment employées.
- Au-dessus du laboratoire de distillation, la galerie s’élargit de toute l’étendue de la pièce, et les plaques de fonte qui en forment le soi sont percées de trous circulaires destinés à l’envoi dans les récipients des matières aromatiques destinées à être élaborées.
- Commençons par la fabrication de l’absinthe, l’une des grandes spécialités de la maison Cusenier. Voici comment elle se prépare :
- Absinthe. — L’absinthe était autrefois un médicament,'une sorte de vermouth, produit d’une macération dans le vin. — La teinture alcoolique d’absinthe était T exception. Aujourd’hui le vin d’absinthe a disparu et est remplacé partout par un alcoolat qui sous le nom d'absinthe contient beaucoup d’autres ingrédients. En voici l’énumération :
- Dans une des grandes cucurbites de la salle de distillation, on envoie par un manchon de toile entrant en bas dans le récipient et retenu à l’ouverture supérieure par un cercle de tôle qui le fixe à l’ouverture du plancher :
- Anis. Fenouil.
- Grande absinthe mondée. Angélique, etc.
- qui tombent dans de l’alcool de première qualité en différentes proportions dont le fenouil et l’anis forment la grande majorité.
- On amène la vapeur en bas de la cucurbite, et la distillation commence à quatre-vingts degrés de chaleur environ.
- Quelques litres du liquide qui se condense d’abord sont écartés parce qu’ils contiennent encore quelques essences âcres et qui pourraient être nuisibles.
- Au sortir du serpentin, l’alcool aromatisé passe par une éprouvette; on le recueille, jusqu’à ce que cette dernière marque 70 degrés à T alcoomètre centésimal, et il va se rendre dans un récipient inférieur.
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- Lorsque l’alcool baisse de titre, on arrête l’opération, et l’on envoie les flegmes dans un autre récipient, pour être distillés à nouveau dans une opération suivante.
- La mode veut que l’absinthe soit colorée d’un beau vert à reflets dorés
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- qui caractérise la pierre précieuse appelée tourmaline. L’alcool aromatisé qui sort de l’alambic est parfaitement limpide et incolore; il faut donc le colorer. — Quelques fabricants peu scrupuleux, heureusement assez rares,
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- Vue de l'usine de Charenton.
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- obtiennent une teinte trompeuse au moyen d'indigo et d'un jaune végétal qui, réunis, donnent du vert. — La légende populaire veut que ce soit du sulfate de fer ou de cuivre.
- En réalité, on teint l'alcool produit de la première distillation que nous avons décrite plus haut en l’envoyant macérer sur des plantes en même temps colorantes et aromatiques. Soit :
- Hysope. Mélisse.
- Petite absinthe
- Quand les plantes sont suffisamment macérées pour avoir cédé à l’alcool leurs principes colorants, on les distille pour en retirer l’alcool dont elles se sont emparées; quant au liquide coloré, on le recueille dans un récipient inférieur, on l’envoie, par pression, d’abord dans des filtres continus, et de là dans des cuves où il séjourne pendant une quinzaine de jours.
- L’absinthe est alors soutirée à nouveau et logée dans de grands foudres spéciaux où elle reste au moins six mois pour laisser lentement déposer toute matière étrangère et acquérir une parfaite limpidité et la couleur voulue.
- L’absinthe est donc de l’alcool à 71 degrés tenant en suspension des principes aromatiques qu’une hydratation plus ou moins bien exécutée fait précipiter en opalisant le liquide. C’est surtout l’anis et non l’absinthe qui produit cet effet tant recherché des consommateurs.
- J’ai longtemps cru que les précautions prises par les consommateurs d'absinthe pour l’opaliser normalement et également était une simple manie ; mais M. Cusenier m’a prouvé qu’il y avait une notable différence de goût entre de l’absinthe bien ou mal hydratée.
- Les Curaçao sont plus ou moins secs , c’est-à-dire plus ou moins amers et plus ou moins titrés comme alcool. Le plus alcoolisé titre 46 degrés.
- L’arôme du curaçao est tiré du zeste de l’orange, oranges fraîches ou sèches, européennes ou exotiques en proportions cherchées pour obtenir le meilleur résultat.
- Le premier travail consiste à passer l’écorce d’orange dans une machine appelée Zesteuse inventée par M. Lesault et qui, au moyen de deux cylindres cannelés et d’un couteau, sépare le zestde sa doublure sans saveur.
- Après quarante-huit heures de macération, le zest et l’alcool dans lequel il a macéré sont distillés. L’esprit obtenu est mélangé avec un tiers d’eau
- et rectifié deux fois.
- L’alcoolat aromatisé est le plus souvent addi-
- tionné avec de l’alcool dans lequel a macéré, non pendant quarante-huit heures, mais pendant un mois, d’autre zest qui a chargé l’alcool d’un principe
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- amer très-énergique. C’est la proportion d’alcool amer qui donne les qualités au curaçao renommé dit triple sec de la maison Cusenier. A l’alcool on ajoute du sirop de sucre à 36 degrés fabriqué avec des sucres raffinés de Say, les plus purs et les plus beaux, et l’on agite le mélange avec une palette à trous.
- — On le colle à l’albumine d’œuf, on le laisse reposer un mois, on le filtre plusieurs fois jusqu’à parfaite limpidité, et on le loge dans des foudres, pour attendre sa mise en bouteilles ou en flacons de formes variées.
- Chartreuse. Je ne sais si je puis écrire ce mot sans que les vénérables frères me fassent un procès, car ces bons religieux font des procès à tout le monde, et ils les gagnent. M. Cusenier, croyant pouvoir composer une liqueur analogue à celle fabriquée à la Grande-Chartreuse, vient d’être condamné à des dommages-intérêts et au retrait de ses étiquettes portant cependant en gros caractères : LIQUEUR T1USENIER, et en sous-titre, identique avec la Grande-Chartreuse. L’étiquette portait également sa signature, et l’indication géographique d’Ornansprès Pontarlier (Doubs). 11 n’y avait pourtant pas à s’y tromper, — et cependant on ne peut lui interdire de fabriquer de la liqueur Cusenier semblable comme saveur et aspect à la liqueur fabriqués dans l’Isère.
- *
- Comme on a distillé le zest avec l’alcool dans lequel il a macéré, on distille : angélique (semence et racines), — mélisse, — céleri (semence), — petite absinthe, — balsamite, — cardamome, — un peu de fenouil et d’anis,
- — coriandre, — macis et girofle, — cannelle, — muscade. — L’alcool doit être du trois-six de vin. — On ajoute du sirop à 36 degrés, on mêle, on filtre, on laisse reposer. La liqueur jaune titre43,8 d’alcool; la verte, 58,60, et a moins de sucre.
- A l’exception des liqueurs obtenues par macération, telles que cassis, brou de noix, ratafias de cerises, de fraises, de framboises, etc, les différentes liqueurs fines qui se font dans la maison Cusenier, aussi bien à Paris qu’à Charenton et à Ornans, s’obtiennent au moyen d’un procédé similaire, c’est-à-dire qu’on commence par recueillir par distillation un esprit aromatisé que l’on conserve quelque temps avant de l’employer, et qu’on amalgame ensuite, soit seul, soit uni à d’autres esprits, à du sirop de sucre et à de l’alcool de* la meilleure provenance. — On soutire en filtrant le mélange dans les filtres continus brevetés dont le molleton est revêtu à l’intérieur de pâte à papier. — Les liquides montés à pression dans les récipients placés sur la galerie supérieure descendent à travers le filtre par leur propre poids vers un récipient inférieur, d’où ils remontent au récipient supérieur, quand ils ne sont pas jugés suffisamment filtrés.
- Ces opérations s’exécutent sans aucune déperdition d’alcool ni d’arôme à
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- Usine de Charenton. — Salle de distillerie.
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- l’intérieur de tuyaux en étain pur, raccordés par des joints absolument hermétiques.
- C’est une des particularités les plus remarquables de ces établissements. — On n’emploie les filtres coniques figurés dans la vue du laboratoire de Charenton que pour les petites quantités.
- L’Usine de Charenton est située au bord de la Seine, sur le quai de Bercy prolongé. Dès l’abord on sent quelle a été construite sur un plan nettement arrêté pour les besoins du service. A l’extrémité de l’avenue médiane est la maison du directeur, frère de M. Cusenier.
- A gauche est d’abord l’atelier des machines, belle installation où se
- trouvent : -,
- Le générateur à vapeur vertical et à chaudière tubulaire ;
- La machine motrice.
- Plus loin, dans une petite salle, est ménagée l’armoire à sucre, sans cesse remplie et sans cesse épuisée de ses pains raffinés au meilleur titre.
- Au'dessus est installé le réservoir à eau froide de 250 hectolitres, incessamment rempli par des pompes aspirantes et foulantes prenant l’eau dans un puits artésien de quarante mètres de profondeur.
- Le même moteur fait mouvoir une pompe à comprimer l’air, au moyen de laquelle on/chasse les liquides d’un récipient dans l’autre, par une canalisation très-habilement ménagée dans les laboratoires, ateliers et celliers,
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- et même dans les bâtiments situés de l’autre côté de la voie pavée qui forme l’allée centrale de l’établissement.
- Un moulin à broyer les amandes entre une meule de pierre meulière gisante et une autre tournante.
- Un moulin à broyer le cassis et les fruits en général.
- Une batterie de pilons à cames, dont les pilons sont animés d’un mouvement de rotation sur eux-mêmes.
- Une presse hydraulique pour exprimer le jus de certaines plantes.
- Deux cuves à vapeur pour la cuisson des fruits, sous pression de cinq atmosphères.
- Des bacs à tremper les bouteilles avant lavage.
- La machine à laver, qui se compose d’une auge circulaire au centre de laquelle se dressent des brosses dont la tige est fixée à six bobines pivotant sur elles-mêmes.
- On fixe la bouteille le goulet en bas sur la brosse médiane qui la frotte en dedans tandis qu’une brosse à longs poils frictionne l’extérieur et qu’une pluie d’eau se déverse d’un bassin supérieur. Gette machine peut rendre
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- aussi propres qu’on peut le désirer 600 bouteilles en une heure. A côté et
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- communiquant avec la salle des machines est la salle de distillation, entourée, comme le laboratoire de Paris, d’une galerie circulaire qu’une galerie centrale portée sur colonnes relie par le milieu même de la pièce.
- Sur cette galerie centrale sont les récipients qui dominent les filtres
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- continus rangés symétriquement au rez-de-chaussée de chaque côté de la
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- colonnade et qui, haussés sur trois roues, peuvent être facilement déplacés.
- Au fond sont les engins de distillation, dont les cols de cygne sont tous munis d’un appareil breveté qui sert à purger les vapeurs alcooliques des vapeurs âcres ou au moins inopportunes qui se déposent à la partie inférieure.
- Au fond se voient quatre alambics : l’un contient 550 litres, l’autre 850, le troisième 2,500, et le quatrième 3,500 litres. Le récipient qui reçoit les liquides condensés contient 20 hectolitres ou 2,000 litres.
- Dans la seconde travée de l’atelier, se trouve une seconde série : le premier alambic contient 3,500 litres, le deuxième 2,500, le troisième 850, et le quatrième 550 ; puis un récipient de 20 hectolitres pour recevoir les liquides condensés, et un second réfrigérant avec son serpentin.
- Pour vider les récipients, on ferme le robinet d’introduction du liquide, puis on ouvre le robinet communiquant avec le réservoir d’air comprimé, et le liquide distillé se rend dans les foudres. Les tuyaux qui communiquent avec les foudres appartiennent à la canalisation générale et sont en étain pur.
- Les grands foudres qui contiennent la liqueur sur colle sont au nombre de 22 et contiennent chacun 18 hectolitres environ.
- * Les liqueurs ne sont pas composées seulement de substances distillées; elles renferment aussi des substances sucrées, gommeuses, et des sucres colorés. Leurcoction se fait dans des bassines à double fond chauffées par la vapeur ; deux batteries de 5 bassines contiennent : la première 1,000 litres, la seconde 520 litres, la troisième 350 litres, la quatrième 200 litres, et la cinquième 140 litres; les coctions et les sirops chauds sont poussés par pression d’air dans 10 conges en cuivre étamé de la contenance chacun de 1,000 litres.
- Les récipients des filtres, trois de chaque côté de la travée centrale, sont
- de 1,300 litres, 800 litres et 400 litres. Douze grands bacs en cuivre étamé, de 1,400 litres, contiennent la réserve des esprits parfumés ; un tube en verre communiquant avec l’intérieur accuse le niveau du liquide contenu dans le réservoir ; une échelle en cuivre, graduée, marque la quantité de liquide restant dans le réservoir. Ces réservoirs sont munis. d’étiquettes émaillées indiquant le nom de l’esprit qu’ils contiennent.
- Dans les galeries supérieures latérales de la distillerie, on a installé des
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- tiroirs étiquetés dans lesquels on conserve les substances aromatiques employées dans les liqueurs fines.
- Au-dessus des tiroirs sont placés soixante tonneaux en verre munis de cannelles en verre et contenant les esprits parfumés les plus fins.
- Une porte s’ouvrant sur la galerie supérieure sert d’entrée au magasin des plantes, que l’on y laisse sécher; il renferme presque constamment de de 30,000 à 40,000 kilogrammes d’écorces, plantes, racines, etc.
- C’est dans la salle de distillation qu’est le laboratoire d’essai dirigé par M. Cusenier Valentin, chimiste de l’établissement.
- C’est lui qui règle les dosages de tous les ingrédients qui entrent dans la composition des esprits, qui règle également la composition des esprits, dont le mélange avec l’alcool et le sirop de sucre détermine là saveur, la fluidité ou l’onctueux, la teinte d’une liqueur, — toutes choses d’une extrême difficulté ; —car les ingrédients sont loin d’être identiques; le sol : les années, le mode de récolte en modifient singulièrement la valeur : entre l’esprit obtenu avec l’anis de Russie ou de Tours, de bonne qualité, ou bien avec d’autres graines de même espèce cependant, mais d’autres provenances, il y a pour le distillateur un écart considérable.
- M. Cusenier Valentin est donc chargé d’une grosse responsabilité, car c’est de son attention constante, de son discernement éclairé, que dépendent la perfection des produits et par conséquent la réputation de la maison.
- A droite en entrant dans la cour, en face de la distillerie, est le laboratoire , disposé comme la distillerie. Au centre sont cinq grandes tables de travail munies de tiroirs renfermant les objets nécessaires au bouchage, à l’étiquetage, enfin à l’habillage des bouteilles. Le bouchage se fait toujours mécaniquement, ainsi que la posé des capsules.
- Autour du laboratoire régnent des casiers à plusieurs étages renfermant les bouteilles de liqueurs fines et prêtes à expédier.
- M. Cusenier a imaginé une échelle mécanique très-ingénieuse. A la partie supérieure sont des roulettes en fonte à gorge creuse où s’emboîtent deux tiges de fer circulaires. En bas sont aussi des roulettes, un guide passant dans une tringle de fer qui empêche l’échelle de s’écarter des casiers. A chaque division verticale est un piton dans lequel on fixe un crochet qui rend l’échelle rigide ; de cette façon, on peut se charger de bouteilles sans craindre le moindre mouvement de l’échelle mécanique.
- A la suite du laboratoire se trouve le magasin aux eaux-de-vie ; il renferme dix-huit foudres ovales de la contenance de soixante hectolitres chacun : tous lesfoudres ont des robinets de vidange en bronze, des robinets éprouvettes en verre, et sont munis d’un niveau d’eau avec échelle graduée
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- sur cuivre; au fond du magasin sont deux grands bacs rectangulaires en fer galvanise’, renfermant des alcools; leur contenance est de soixante hectolitres chacun.
- Dans un autre cellier contigu sont quinze foudres de vingt hectolitres qui servent spécialement à coller les vins d’Espagne de toute nature. Le milieu est garni de ces vins soutirés brillants prêts à livrer et dont le stock est toujours considérable ; de l’autre côté on a placé neuf grands bacs en fer de quatre-vingts hectolitres pour l’approvisionnement des alcools.
- Le magasin à infusion de cassis et de vermouth est garni de dix foudres de soixante hectolitres pour le cassis infusé, quatre autres pour le vermouth et seize autres pour d’autres produits tels que kirsch, rhum, etc.
- Les vermouths dont la maison vend chaque année des quantités croissantes sont préparés en faisant macérer des amers et des aromatiques dans des barils contenant environ le vingtième de la masse à aromatiser et placés au-dessous du foudre qui contient le vin blanc destiné à devenir vermouth. Autant de fabricants de vermouth, autant de recettes : mais dans presque toutes il entre du quinquina, de l’écorce d’oranges amères, de la centaurée, de la germandrée, etc.
- Le bitter, autre apéritif qui devient à la mode depuis quelque temps, est une macération d’amers dans de l’alcool au lieu de vin. 11 titre 45 degrés à t alcoomètre.
- Le cassis est le résultat d’une macération dans l’alcool de grappes de cassis de Bourgogne, passées dans un broyeur en bois. Il faut un mois de macération. Cette liqueur ne titre que 26 degrés d’alcool. On fait à peu près de même les ratafias de fraises, framboises et cerises.
- Le vermouth se consomme le plus souvent au fur et à mesure de la fabrication. 11 n’en est pas de même de l’absinthe, qui, nous l’avons vu, doit reposer longtemps. — Aussi à Charenton l’emmagasine-t-on dans de grandes cuves quadrangulaires en bois qui, chacune, contiennent deux cents hectolitres. On voit encore dans le même magasin vingt-cinq autres récipients en forme de foudre qui sont destinés également à l’absinthe. Quand on songe au nombre de petits verres que l’on peut obtenir d’un hectolitre, on est vraiment effrayé des quantités contenues dans ces magasins et qui s’y renouvellent sans cesse.
- Plus loin sont : le magasin des expéditions, la tonnellerie, les bureaux et des écuries importantes, moins cependant que celles dé Paris superbement aménagées.
- Tous ces produits sont offerts au public, soit en barils, soit en bonbonnes, soit en bouteilles.
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- Les bouteilles sont parfois réunies en paniers. Elles offrent cinq formes différentes, affectées à des liqueurs spéciales.
- La forme A appelée Boule est en verre blanc, corps sphérique, col allongé. Elle est exclusivement réservée au Peppermint.
- La forme B est en verre vert clair; elle est appelée litre à cachet; le corps est cylindrique, forme élevée. Elle renferme spécialement la liqueur Cusenier, l’absinthe, le bitter, le cognac et autres spiritueux.
- La forme C corps cylindrique, col court, verre blanc, dite pomponnelle, est destinée spécialement à l’anisette, mais elle renferme toutes les liqueurs non dénommées ci-devant et ci-après.
- La forme D, en verre vert clair, corps sphérique, col court, forme basse, est spéciale au curaçao sec et triple sec ; on l’appelle marteau.
- La forme E, en verre vert clair, appelée Martinique : elle est destinée à loger les liqueurs appelées crèmes.
- Le curaçao doux est logé en cruchons, forme haute.
- L’habillage spécial des bouteilles est composé, outre les étiquettes appropriées à chaque forme, d’une bande longitudinale en papier, d’un centimètre de largeur, portant le nom imprimé en lettres majuscules, entre deux filets rouges. Elle part du bouchon, sous la capsule, et vient finir à l’épaulement, sous un cachet. On ne peut par conséquent substituer une liqueur à l’autre sans rompre la bande : c’est une garantie. Les bouchons sont marqués à feu au nom de la maison par une très-ingénieuse machine. Les paniers sont de trois sortes : simples, composés ou cabarets :
- Les paniers simples n’ont qu’un seul flacon, contenu dans une corbeille en osier qui en enveloppe le fond. Une anse s’élève un peu plus haut que le goulot auquel elle est assujettie par un anneau, qui fait l’objet d’un brevet d’invention. On y met toutes les formes de bouteilles, moins la forme B.
- Les paniers composés sont formés de 2, 4 ou 6 flacons, exclusivement de la forme C, renfermés dans des paniers de forme cubique en osier à 2, 4 ou 6 compartiments. Les flacons y sont serrés avec du varech, couverts en papier parchemin et agrémentés de faveurs roses. Les paniers dits cabarets sont des flacons des diverses formes tenus par le fond dans des corbeilles fixées à une base circulaire à manche central; on y fixe trois ou quatre flacons.
- On ne saurait croire combien il faut de réflexion, d’intelligence, de soins pour combiner et exécuter ces bouteilles, ces étiquettes, ces càchets, ces paniers. Une heureuse inspiration peut faire accepter avec faveur par le public une liqueur nouvelle. — Une forme disgracieuse, une étiquette
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- d’une couleur déplaisante, peuvent compromettre le succès de la meilleure -combinaison. Aussi M. Eugène Cusenier, le fondateur et le chef de la maison, ne cesse-t-il d’étudier non-seulement le contenu, mais encore le contenant. Autorisant les critiques pourvu qu’elles ne soient pas malveillantes, écoutant les observations, cherchant sans cesse l’amélioration à apporter, il déguste lui-même les nombreux produits de ses trois usines et rejette sévèrement tout ce qui ne satisfait pas son appréciation sévère.
- Depuis vingt-deux ans’, toujours sur la brèche, il a élevé autour de lui quatre frères et attaché ses trois beaux-frères à ses opérations, s’entourant de sa famille et lui confiant les postes les plus importants, s’occupant de son personnel avec des soins constants, continuant la solde de l’employé, malade, le faisant soigner à ses frais, et pour éviter à ses agents des tentations de détournement, leur faisant distribuer, à certains moments de la journée, gratuitement, les diverses consommations qu’ils peuvent désirer. Reconnaissants de cette solicitude, les employés et ouvriers de M. Cusenier lui ont offert son buste en bronze, œuvre remarquable du sculpteur Chapu.
- Aussi le sentiment de T activité, de la vie et de la bonne humeur, se reconnait-il à première vue dans ces établissements si curieux et que le propriétaire laisse libéralement visiter, quand on le lui demande, ne redoutant ni les copistes ni les concurrents. Payant à l’octroi de Paris plus d’un million outre les acquits-à-caution des autres usines, la maison fait déjà pour six millions d’affaires, dont huit cent mille francs d’exportation. Et si, comme ce serait de bonne justice, et comme cela se fait pour d’autres industries, on restituait, à la sortie de France, le droit intérieur perçu sur les sucres, l’exportation des sirops et des liqueurs s’augmenterait dans une considérable proportion.
- M. Cusenier n’a pas été, à l’Exposition dernière, récompensé comme le méritaient ses efforts et les résultats obtenus. Mais ses confrères de Paris et de province lui ont fait bonne justice en lui votant par souscription une médaille d’honneur.
- La ville d’Ornans, sa patrie, que pendant la guerre, comme commandant de place, il avait défendue et préservée, lui avait aussi voté une épée d’honneur. Mais le grand industriel avait, non refusé ce témoignage de ses concitoyens, mais demandé que la somme votée fût distribuée aux indigents trop nombreux alors.
- . PARIS. TYPOGRAPHIE DE E. PLON ET Cio, RUE GARAKCIÈRE, 8.
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- ÉTABLISSEMENT HONBUIT ET IÉCBBT
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- SUCCESSEURS
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- FONTE, PLOMB, CUIVRE, ZINC ET ÉTAIN PARIS, RUE DE CHAZELLES
- Tout le monde a regardé à l'Exposition de 1878 cette éton-nante conception du sculpteur Bartholdi, exécutée en cuivre repoussé dans les ateliers de MM. Gaget, Gauthier et Cie. La tête gigantesque de la colossale statue de l'Indépendance américaine était l'un des grands sujets d'attraction du parc du Champ de Mars.
- La même maison avait exécuté en quelques mois la canalisation amenant l'eau aux divers bassins, à la cascade et à tout le système de distribution de cette eau dans les tuyaux si sagement répartis sur toute la plaine du Champ de Mars, au-dessous des bâtiments qu'il fallait à tout prix mettre à l'abri de ï l'incendie.
- Entrepreneursdela Compagnie générale des Eaux, fournisseurs de la ville de Paris et de l'État, MM. Gaget, Gauthier et Cie ainsi que MM. Monduit et Béchet leurs prédécesseurs ont, en y comprenant la canalisation de la Vanne et delà Dhuys, enfoui dans le sol de notre capitale et de ses environs plus de mille kilo-
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- mètres de tuyaux de conduites dont les plus grands ont jusqu’à un mètre dix centimètres de diamètre. C’est donc un de nos grands établissements parisiens, le plus important peut-être de ceux où l’on œuvre les métaux. Outre la fonte et le fer, le plomb, le zinc, l’étain, MM. Gaget, Gauthier et Cie emploient également les métaux monétaires. Pour la dorure, l’argenture et le nickelage, il n’y a guère que le platine qui n’entre pas rue de Chazelles.
- La maison est déjà ancienne : fondée rue Saint-Nicolas-d’Antin en 1825 par M. Durand comme atelier de couverture et de plomberie , elle s’est progressivement développée sous l’heureuse direction de chefs actifs et capables. M. Durand fut fait chevalier de la Légion d’honneur, à la suite de l’Exposition de 1855; M. Béchet fut décoré en 1873. M. Monduit vient en 1879 de recevoir la croix d’officier. Les chefs actuels de l’établissement ne le cèdent à leurs devanciers ni en intelligence des affaires, ni en sentiment artistique, et dirigent leurs ateliers spéciaux de plomberie et de cuivrerie d’art avec autant de goût que de hardiesse.
- Aussi les plus grands architectes français, MM. Lefuel, Garnier, Viollet-Leduc, Bœswillwald, Millet et autres ont-ils confié à cette importante maison les travaux les plus difficiles et les plus grandioses qui se soient exécutés de nos jours comme couverture et plomberie. Il est difficile de citer l’œuvre tout entière.
- La plomberie d’art a son atelier spécial à la rue de Chazelles, près de l’atelier des modèles en bois ou en plâtre qui doivent aider l’ouvrier plojnbier dans son travail.
- Le plomb, étant une matière très-ductile, est travaillé facilement avec des outils en bois que l’opérateur se taille lui-même, et qu’il frappe à l’aide d’un maillet également en bois. Tout s’exécute à la main et rien à l’estampe ; je n’ai vu dans tout l’atelier de plomberie aucun mouton, aucun balancier.
- En effet, les objets exécutés rue de Chazelles reproduisent des dessins uniques, œuvres de nos plus grands architectes,
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- et destinés, soit à des châteaux royaux, soit à des palais de grand luxe qui exigent des sujets originaux ne devant pas être reproduits.
- Dans certains cas seulement, quand il s'agit d'une frise, par exemple, de masques répétés ou d'ornements composés d'éléments identiques, on a intérêt à faire un gabarit en fonte sur lequel on martèle ensuite le plomb. Le plus souvent cependant, on se contente d'établir ces gabarits en alliage de soudure que l'on refond ensuite indéfiniment.
- Ainsi ont été édifiées par la maison les flèches célèbres de la Sainte-Chapelle et de Notre-Dame , celle de la cathédrale de Lausanne, les ornements de couverture du théâtre des Célestins à Lyon, de l’Opéra à Paris, de la Banque nationale de Bruxelles, des châteaux de Neudeck en Silésie et de Galuchowo en Pologne, etc. Tous les monuments français, soit restaurés, soit nouvellement construits, sont dominés par des épis, des frises, ornés par des cuivres sortant de cette maison.
- Au milieu de ces nombreux et importants travaux, citons les châteaux de Chantilly, d’Eu, de Saint-Germain, le dôme des Invalides entièrement restauré et qui fait l'admiration des connaisseurs ; le Louvre, les Tuileries, et notamment la galerie si riche et si élégante dont M. Lefuel a couronné le pavillon Richelieu, sont dus à la même maison.
- La cuivrerie artistique emploie le cuivre rouge laminé embouti à la main de dehors en dedans ou de dedans en dehors, suivant la nature des travaux, et martelé ensuite extérieurement pour achever la surface : c'est encore une spécialité de la maison qui en ce genre n'a de rivales ni dans le passé ni dans le présent.
- Laissons M. Garnier expliquer les raisons qui l'ont déterminé à employer le cuivre repoussé et rendre compte des moyens par lesquels il a obtenu l'effet qu’il désirait pour la construction des dômes du nouvel Opéra de Paris :
- La coupole extérieure de la salle et celles des pavillons latéraux sont couvertes en cuivre. Ce genre de couverture n’est pas très-fréquemment employé;
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- cependant il y en a plusieurs exemples à Paris, notamment la coupole de la Halle aux blés, et cela suffit pour montrer qu’il a grande durée et grande solidité. De plus, comme la couverture en cuivre ne coûte pas plus que celle eu plomb, à cause de la différence d’épaisseur des feuilles et des travaux accessoires, et qu’elle a un aspect chaud et décoratif, je me suis décidé à faire usage de cette matière, dont, jusqu à présentée n’ai qu’à me louer. En effet, depuis bientôt dix ans que la couverture en cuivre est effectuée à l’Opéra, je n’y ai pas remarqué la moindre altération ; les couvre-joints n’ont pas bougé-, les feuilles ne se sont pas gondolées, et aucune fuite d’eau, même insignifiante, ne s’est manifestée. Je ne regrette donc pas le parti que j’ai pris et qui m’a permis, au surplus, pour la décoration ornementale, d’employer le cuivre repoussé et martelé à froid.
- Cette façon d’employer le cuivre n’est pas absolument nouvelle, et, il y a une dizaine d’années, elle avait été mise en usage pour exécuter la grande statue de Vercingétorix, modelée par A. Millet. Mais, malgré cela, il était rare que les architectes s’en servissent dans l’ornementation de leurs édifices. En tout cas, l’application qui en a été faite au nouvel Opéra est, je crois, plus importante que celles qui l’ont précédée, et elle a prouvé amplement que le procédé se prêtait à toutes les combinaisons que l’on voudrait mettre en œuvre.
- Ainsi, à l’Opéra, toute la grande lanterne de couronnement de la coupole de la salle, les nprvures de cette coupole, ainsi que les nervures et les couronnements des pavillons latéraux, ont été exécutés en cuivre repoussé. Certes cela ne veut pas dire qu’on doive employer ce procédé en tout et pour tout, pour remplacer le bronze fondu ou la galvanoplastie , car chaque système a ses avantages particuliers : à la fonte, peut-être plus de durée, mais aussi plus de poids et un prix plus élevé ; à la galvanoplastie, plus de précision dans le modelé et de fidélité dans la reproduction de l’œuvre ; au cuivre repoussé plus de liberté dans l’exécution, ce qui peut être fort bien admis lorsqu’il ne s’agit pas d’une composition artistique de premier ordre; puis, plus de légèreté que la galvanoplastie doublée-, enfin, prix moins élevé que dans les deux autres systèmes, à condition toutefois que les motifs se répètent un assez grand nombre de fois.
- Ces conditions indiquaient presque impérativement l’emploi du cuivre repoussé pour les coupoles de l’Opéra : d’abord la légèreté, qui n’était pas à dédaigner, afin de moins charger les fermes du comble-, puis la répétition très-fréquente des mêmes motifs pour chaque dôme; et, de là, économie sur la fonte et la galvanoplastie.
- C’est la maison Monduit et Béchet qui a exécuté ce travail considérable, et, je dois le reconnaître, avec une grande perfection et une grande rapidité. Tous les modèles des sculpteurs, après avoir été séparés en plusieurs pièces, étaient moulés par une gangue de fonte, qui formait alors matrice, et dans
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- laquelle on introduisait le cuivre, en l'enfonçant. On l'emboutissait au moyen d'outils en b#ois dur frappés par un maillet. C'était vraiment un spectacle fort intéressant que cette exécution, devenant alors quasi machinale, mais qui ne laissait pas que d'exercer la sagacité de l'ouvrier, qui devait emboutir ou retreindre le cuivre de façon à lui faire prendre la forme exacte du moule, sans changer d'épaisseur. Il arrivait à merveille à ce résultat, en taillant, dans les feuilles de cuivre, des espèces de patrons, bien plus grands naturellement que le diamètre du moule, et découpés de façon assez étrange, pour que le cuivre fût partout régulièrement réparti. Quant aux pièces qui étaient trop peu nombreuses pour exiger la fonte d'un moule, on les confiait à des ouvriers expérimentés, qui alors repoussaient directement le métal au jugé, et en faisaient une sorte de mise au point.
- C'est dans ces pièces surtout que la main du praticien se montrait avec plus de liberté, et il faut dire que jamais la reproduction n’a fait tort aux modèles, et cependant ces modèles étaient dus à des hommes de talent -Chabaud, d'abord, qui avait modelé les masques, puis Bloche, qui avait exécuté tous les ornements avec beaucoup de volonté, de bonne grâce et de mérite, et enfin Cain, qui avait fait les beaux aigles du pavillon du chef de l’État d’alors. Tous ces modèles, composés pour être reproduits par le procédé que j’avais choisi, étaient naturellement largement indiqués, et modelés de façon qu’il n’y eût pas de trop grandes difficultés dans le repoussage.
- Peut-être quelques-uns se souviennent-ils d’avoir vu le couronnement d’un des pavillons à l'Exposition universelle, où il fut grandement apprécié; mais je voudrais que les personnes que la chose peut intéresser particulièrement pussent, avec l’autorisation du directeur de l’Opéra, monter au-dessus de la coupole centrale et examiner de près le travail de MM. Monduit et Bêche t. Je suis convaincu que cet examen pourrait leur donner l’idée de patronner le cuivre repoussé, qui, il me semble du moins, après le dôme de l’Opéra, parait avoir été un peu abandonné; cela serait fâcheux. Il ne faut pas que les bons moyens s’oublient, car peu à peu les ouvriers se déshabituent d’un travail interrompu, et, lorsqu’on veut le reprendre un jour, on retombe dans certaines difficultés d'exécution.
- En résumé, je crois que toutes les fois que les architectes auront l’occasion de décorer les faîtes de leurs édifices par quelques ornements métalliques, ils pourraient ne pas délaisser le cuivre repoussé, qui, je le répète, donne des résultats excellents comme durée, comme économie et comme charme artistique. '
- Outre la couronne dominant le dôme de F Opéra, la maison Monduit et Bëchet a fait en cuivre et en plomb repoussés d'autres applications intéressantes, telles que l’archange saint
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- Michel et les apôtres ornant la flèche de la Sainte-Chapelle de
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- Paris, le campanile de l’Hôiel des Invalides, les statués de saints qui s’échelonnent en descendant depuis la flèche de Notre-Dame jusqu’en bas de la toiture, le couronnement de la grille du Palais de Justice, les quatre anges byzantins qui dominent la chapelle des Dames auxiliatrices, le grand bas-relief du Génie des arts montant un Pégase colossal au-dessus du guichet du Carrousel au Louvre, la statue colossale du Vercingétorix d’Alésia, la Renommée qui domine le pavillon central du Trocadéro.
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- Lorsqu’il s’agit de relever la colonne Vendôme, on eonfia à cette usine l’œuvre si difficile du redressement.des plaques, qui dut se faire avec un tact et une sûreté indispensables à cette restauration si bien réussie.
- Le cuivre, par sa rigidité et sa ténacité très-supérieure à celle du plomb et du zinc, est, malgré son prix élevé, très-préférable aux autres métaux pour l’établissement de ces grandes surfaces à rondes bosses accusées, au moyen desquelles les architectes et
- les sculpteurs obtiennent de si beaux résultats, comme on le
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- voyait en montant à l’intérieur de la tête gigantesque exposée
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- au Champ de Mars. Les grandes plaques de cuivre repoussé sont soutenues et maintenues avec des armatures en fer, dont le poids, quoique notable, est beaucoup moindre que ne le serait celui des pièces de fonte de même dimension.
- Il est regrettable que la surface de ce métal ne puisse pas
- conserver le merveilleux ton rose du cuivre naissant déposé par
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- la galvanoplastie, ou simplement du cuivre décapé à l’acide, mais l’action de l’air l’a bien vite recouvert d’une patine bronzée que l’on peut même activer artificiellement. Le cuivre se prête parfaitement à la dorure, à l’argenture, au nickelage, dont le prix pour le dernier métal ne dépasse guère celui d’un dernier polissage; il y a donc pour toute la partie ornementale de l’architecture grand intérêt à se servir du cuivre, non-seulement pour les surfaces repoussées, mais encore pour les surfaces
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- planes, qui, bien mieux que toutes autres, conservent leur rigidité et ne se gondolent point ; la feuille de cuivre porte égale-lement bien la peinture, le vernis et tous les enduits qu'on y applique. M. Garnier a utilisé cette précieuse faculté pour former la voûte de la salie de Y Opéra :
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- Les ordonnances de police, que l'on enfreint souvent, il est vrai, mais que je tenais beaucoup à suivre, moins peut-être par esprit d'obéissance que pour sauvegarder la salle contre l'incendie, les ordonnances de police enjoignent à tout architecte qui construit une salle de spectacle d'en former la voûte au moyen de matériaux incombustibles. Bien que celle de l'ancien Opéra fût en simples voliges, il n'en est pas moins évident que cette mesure est fort sage, et qu'il est du devoir de l'architecte de s'y soumettre. Or les matériaux incombustibles sont les ouvrages de maçonnerie et ceux de métal. La maçonnerie ne pouvait, par suite des exigences de la construction, être exécutée que vers la fin des travaux ; le temps eût manqué pour qu'elle fût assez sèche et que Lenepveu exécutât son œuvre. De plus, quelle que fût la nature de cette coupole, s'il avait fallu la peindre sur place, cela eût occasionné de grands embarras dont le moindre n'était pas la privation de lumière. 11 fallait donc chercher un autre procédé et trouver une voussure que l’on pût peindre à l’avance, afin de la placer à l’instant propice. Gela était naturellement impossible en maçonnerie ; il fallait donc se rebattre sur le métal.
- C'est ce qui eut lieu ; et après d’assez nombreuses études sur le meilleur procédé à employer, je me décidai pour une calotte en cuivre, composée de vingt-quatre segments, pouvant s'assembler et se démonter à volonté. Il ne s'agissait plus que de l'exécution de ce vaste chaudron, qui avait près de 20 mètres de diamètre !
- L'examen des diverses qualités des métaux qui pouvaient être employés m’a amené à choisir, pour la coupole, le cuivre, qui, par sa ductilité, se prêtait facilement à recevoir la forme concave qu’il devait affecter, et le fer pour former les armatures, à cause de sa plus grande résistance aux déformations. Partant de ces données, la coupole fut exécutée dans les ateliers de MM. Mon-duit et Béchet, et cela avec la plus grande exactitude. Les panneaux furent essayés avec tous leurs assemblages, et les joints furent limés à vif avec tant de précautions que, lorsque les panneaux étaient assemblés au moyen de boulons passant dans les trous des armatures, il devenait presque impossible de reconnaître la trace des joints. Nous avions eu un instant, Lenepveu et moi, l’idée de faire strier par des petits coups de burin la surface du cuivre, qui devait recevoir l'enduit sur lequel on allait peindre ; mais ce travail, long et coûteux, déformait plus ou moins la surface du métal, et après avoir essayé le burinage sur 2 mètres de superficie, nous y avons renoncé, convaincus,
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- au surplus, que la peinture adhérerait parfaitement au métal et quela séparation n'en était pas à craindre. C'est, du reste, ce qui est arrivé, et nous avons cherché maintes fois à détacher l’enduit du cuivre sans pouvoir y réussir, car l'adhérence était si parfaite que le métal faisait pour ainsi dire corps avec lui.
- La voussure était donc trouvée. Lorsqu’elle fut terminée, elle fut transportée en morceaux dans le grand atelier, établi provisoirement à l’Opéra, au-dessus de la salle*, tous les morceaux furent assemblés de façon à former trois grands éventails, placés presque perpendiculairement. De cette façon, l’artiste avait toute facilité pour accomplir son travail dans les conditions les plus avantageuses. Puis, lorsqu’un groupe ou une figure devait se trouver sur deux panneaux séparés par un joint, on en était quitte pour déboulonner un de ces panneaux et pour rassembler avec celui dont il était la continuation; le travail se faisait en très-peu d’heures et toujours avec une régularité mathématique.
- Comme rapidité d’exécution, l’ornementation en cuivre se modèle bien plus vite que le moulage en fonte ou autres métaux, car souvent l’artiste repousseur n’a besoin que d’un simple profil.
- Les ateliers de repoussé, cuivre et plomb, sont situés rue de Chazelle; vastes et élevés, ils peuvent servir aux travaux les plus considérables. Nous venons d’y voir tout récemment encore le couronnement du théâtre de Monte-Carlo, donfcM. Garnier termine en ce moment la construction. Cette pièce gigantesque est quadrilatère, ornée aux quatre coins de magnifiques médaillons figurant des têtes de lions héraldiques. C’est une œuvre véritablement splendide.
- A côté de l’atelier des cuivres, est celui où l’on façonne le plomb. Là encore tout se fait à la main comme nous l’avons dit plus haut, il n’y a ni étampe, ni mouton. L’artiste plombier avec des outils en bois qu’il fait lui-même, suivant ses besoins, ayant le dessin sous les yeux, frappe le métal, le repousse, le modèle au marteau.
- Quelquefois seulement il s’agit d’un motif qui doit être fréquemment reproduit; on fait avec un alliage d’étain plus ferme que le plomb, mais cependant assez fusible pour pouvoir être reproduit, une sorte de moule en relief sur lequel on ébauche le plomb pour lui donner sa première forme.
- Un autre atelier non moins intéressant est celui dans lequel
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- on prépare toute la robineterie, si variée de taille et de forme, pour la distribution des eaux dans les villes et les établissements particuliers, car la maison Monduit-Béchet, aujourd’hui Gaget-Gauthier, a été associée aux magnifiques travaux de M. Hauss-mann et de M. Belgrand, qui, en assainissant la Ville de Paris, ont distribué à ses habitants l’eau si indispensable au service d’une capitale aussi peuplée.
- Il nous est impossible de raconter, même par un résumé, les travaux gigantesques exécutés depuis vingt ans pour arriver à doter chaque habitant de Paris en moyenne de deux cents et quelques litres d’eau par jour, y compris, bien entendu, l’eau des fontaines publiques, les eaux de lavage et les bornes-fontaines. Des efforts considérables ont été faits, MM. Monduit et Béchet en ont été les principaux agents, comme aujourd’hui le sont encore MM. Gaget et Gauthier. Il reste cependant beaucoup à faire encore si l’on veut avoir comme à Londres neuf cents litres au moins par maison.
- Les rapports présentés en août 1854 et en 1858 par M. Hauss-mann renferment sur l’historique de cette question des eaux des détails d’un intérêt puissant dans la comparaison du passé et surtout dans les comparaisons que fait le grand administrateur de la quantité d’eau reçue par les anciens habitants de la ville de Rome avec les quelques litres accordés aux Parisiens. De ces calculs il résulte que, dans les trois hypothèses d’évaluation : 1,200,000 habitants pour Gibson et Moreau de Jonnès, 820,000 pour Le Tarouilly et 562,000 pour Dureau de la Malle, « le chiffre des litres d’eau consommés à Rome] était dans la première appréciation de 1,240 litres par tête, de 1,815 litres selon le calcul moyen et de 2,648 litres d’après la supputation la plus restreinte ».
- Nous sommes encore bien loin de ces chiffres.
- Non-seulement MM. Gaget et Gauthier posent, dans le sous-sol de la grande ville, ces énormes tuyaux d’un mètre et même davantage que le public regardait encore Pan dernier avec admiration lors de nos derniers travaux entrepris avenue de l’Opéra, mais encore ils sont occupés par la Compagnie géné-
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- Maison Ga/jet-Gauthier. — service des eaux au Champ de Mars , Exposition de 1878
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- raie des Eaux, chargés par la Ville de Paris de répartir jusqu’au dernier étage des maisons, dans les usines et grands établissements, l’eau fournie par la grande canalisation urbaine.
- ! Parmi les travaux les plus extraordinaires exécutés par MM. Gaget, Gauthier et Ci8, nous devons citer l’aménagement des bassins, cascades, et la canalisation complète de l’Exposition de 1878 pour le compte de la Cio général des eaux.
- Les besoins de cette Exposition dépassaient de plus de moitié ceux de l’Exposition de 1867. sOn avait jugé que, pour satisfaire au service hydraulique du Champ de Mars et du Trocadéro, il fallait disposer par journée de 13 heures de 20,000 mètres cubes, et que ce volume devait pouvoir êtro porté à 30,000 mètres.
- La distribution comprenait deux parties :
- 1° Un service de distribution à haute pression devant assurer le volume d’eau nécessaire à l’arrosage des jardins et des palais, au secours en cas-d’incendie, à l’alimentation des fontaines et des jets d’eau du bassin inférieur dé la cascade du Trocadéro, et enfin au fonctionnement des ascenseurs, monte-charges et autres appareils hydrauliques.
- Le volume d’eau nécessaire à ces différents services à haute pression était de 10,00^ mètres cubes par jour; il provenait du réservoir inférieur de Passy, que la Ville de Paris a mis à la disposition de la Compagnie générale des eaux pendant la durée de l’Exposition.
- 2° Un service de distribution à basse pression pouvant disposer d’un volume total de 20,000 mètres cubes d’eau par journée de 13 heures pour l’alimentation de la cascade et du bassin inférieur du Trocadéro, des ruisseaux et sources artificiels des parcs rdu Trocadéro et du Champ de Mars, des bassins de ce dernier, et enfin pour le service mécanique et les besoins des exposants, lesquels n’exigaient pas^une pression élevée.
- Sur ces 20,000 mètres cubes, 10,000 mètres cubes étaient puisés dans la Seine et élevés dans le bassin réservoir de la place du Trocadéro par l’usine hydraulique installée sur le quai de Billy; les 10,000 mètres cubes complémentaires furent élevés et livrés gratuitement par la Ville de Paris.
- Le réservoir de Passy, point de départ de la distribution à haute pression, est alimenté également par les eaux de la Seine qu’y refoulent les machines du quai de Billy à l’aide d’une conduite de 0m,60 de diamètre. Une conduite de même diamètre, branchée sur la conduite] dejrefoulement, permettait d’envoyer les eaux dans le réservoir de la place du Trocadéro, et pouvait être mise en communication avec la conduite d’amenée voisine de celle de refoulement, j
- La conduite d’amenée des eaux du réservoir de Passy et les deux autres conduites qui débitaient les eaux du réservoir de la place du Trocadéro
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- avaient un diamètre de 0“,60. Munies de robinets-vannes et [de tuyaux de décharge communiquant avec les égouts de la place du Roi-de-Rome, elles passent dans les sous-sols du palais du Trocadéro et arrivent à la cascade, qu’elles peuvent alimenter simultanément.
- A partir de ce point, ces trois conduites se réduisent à deux d’un diamètre de 0m,60, placées dans une galerie creusée dans l’axe de la cascade et aboutissant au-dessous du bassin ; après avoir alimenté les effets d’eau à haute et à basse pression de ce bassin, elles se réunissaient en une conduite unique de 0m,60 de diamètre, qui se dirigeait en empruntant le pont d’Iéna jusqu’au pied de la terrasse du palais du Champ de Mars. Là, cette conduite se bifurquait en deux branches d’un diamètre de 0m,50ü qui contournaient le palais, longaientles deux faces parallèles aux avenues de la Bourdonnaye et dé Suffren, et se réunissaient au centre delà façade du palais qui regarde l’École militaire.
- Six conduites secondaires, dont quatre de 0m,150 de diamètre et deux de 0m,250, réunissaient les deux conduites maîtresses établies le long des façades du Palais regardant la Seine et l’École militaire, en passant le long des galeries perpendiculaires à ces deux façades. Enfin une conduite de 0m,500 de diamètre posée perpendiculairement au grand axe du palais et à peu de distance de son petit axe, réunissait toutes les conduites précédentes.
- En ce qui concerne le service de distribution à basse pression, les eaux du bassin de la cascade, reprises par deux conduites de 0m,500 de diamètre, arrivaient jusqu’à la façade du palais du Champ de Mars et se développaient ensuite sur les deux côtés du palais, parallèlement aux conduites à haute pression. Ces conduites à basse pression alimentaient par des branchements de 0m,15 de diamètre établis au droit des chaudières distribuées le long du palais, deux conduites de 0m,100 de diamètre se développant dans l’intérieur des galeries des machines pour distribuer l’eau nécessaire à la condensation de la vapeur des différents moteurs.
- Des chambres de manœuvre établies à la cascade du Trocadéro, sous le bassin inférieur, et devant la terrasse du palais du Champ de Mars, permettaient de mettre en communication les conduites à haute et à basse pression
- Les mêmes manœuvrespeuvaient s’exécuter également aux deux extrémités de la conduite transversale de 0m,500 de diamètre, établie parallèlement et à peu de distance du petit axe du palais.
- On pouvait de même porter instantanément toute l’eau à haute pression en un point quelconque du Champ de Mars ou du Trocadéro.
- Des bouches d’arrosage étaient établies dans les jardins autour du palais du Champ de Mars, dans le jardin central et dans les passages longeant les bâtiments des beaux-arts, pour servir en cas d’incendie. Elles étaient monté e^ sur branchements de 0m,041 de diamètre, avec prise d’eau de même dimension.
- Des bouches d’eau de 0m,10 de diamètre pour pompes à vapeur furent réparties sur la surface du Champ de Mars et du Trocadéro et heureusement ne
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- servirent pas. Enfin des conduites de 0M,30~ de diamètre établies du côté de l'École militaire et du Trocadéro mettaient les différentes artères du réseau de -distribution de l'Exposition en communication avec les conduites d’eau de la Vanne
- La compagnie générale des eaux avait pris à forfait la fourniture en location de tous les conduits et appareils de cette formidable installation qui fut achevée par MM. Gaget-Gauthier en moins d’une année.
- Ce n’est pas seulement à Paris, mais à Lyon et dans beaucoup d’autres villes, que MM. Gaget et Gauthier font le service des eaux publiques et particulières ^service difficile et dans lequel les appareils employés sont tenus à une précision absolue.
- Ces eaux en effet circulent toujours sous pression, souvent considérable. La moindre fuite, la moindre défectuosité peut avoir des conséquences graves. Aussi depuis les simples robinets, bouches d’arrosage et bornes-fontaines, jusqu’aux compteurs/colonnes montantes, tuyauterie intérieure, robinets de jauge et surtout aux robinets de prise en charge, tout y est exécuté avec une perfection extraordinaire. Ce sont de véritables instruments de précision.
- Quant aux travaux de couvertures, ardoises, zinc, plomb ordinaire ou façonné, ils s’exécutent sous les ordres du bureau central de la rue de Chazelles en quantités considérables dont les chiffres suivants de la production annuelle dernière donneront une idée approximative :
- Surfaces couvertes, environ. . . 25,000 mètres superficiels
- Poids des métaux employés :
- Zinc............................... 250,000 Kilog.
- Cuivre et bronze.................... 80,000 —
- Plomb. ......................... 1,250,000 —
- Fonte.............................. 700,000 —
- Fers pour armatures................. 65,000 —
- Il est, croyons-nous, difficile de signaler un autre établissement de la même nature employant autant de métaux ouvrés.
- PâlUS. — TYPOGRâFHIE DB B. PLO\ BT Ci#, 8, RLE G4R4\CIÈRE.
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- ÉTABLISSEMENT GRUSON
- A BUCKAU, PRÈS MAGDEBOURG
- FONDERIE ET CONSTRUCTION DE MACHINES
- Comme l’usine d’Essen appartenant à M. Krupp, l’usine de Buckau, créée par M. Gruson,montre quel formidable développement peut prendre un établissement basé sur une grande production militaire.
- La guerre n’est pas, comme l’industrie, économe de son argent, mais les monstrueux instruments, les gigantesques installations créés pour subvenir à ses demandes, servent également aux besoins croissants des industries pacifiques.
- L’usine Gruson possède de vastes ateliers, des moyens de fondre et transporter des pièces énormes; notamment les procédés de construction et de montage des tourëlles blindées méritent une description détaillée. L’usine, la maison d’habitation, le jardin et les serres très-remarquables par leurs bonnes dispositions et les plantes rares quelles contiennent, sont situés près de l’Elbe, à côté de la gare d’Halberstadt.
- Les ateliers et les parquets couvrent environ trente-cinq hectares; — un champ de tir spécial est consacré aux essais quotidiens de plaques, de projectiles, de poudres, car une fabrique spéciale de poudre fait partie de l’usine.
- Fondé d’abord pour la fabrication des bateaux à vapeur et des remorqueurs, l’établissement a modifié peu à peu sa marche,
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- GRANDES USINES.
- et a fini par se consacrer spécialement, presque uniquement à la fonte dure et à ses emplois militaires surtout.
- Depuis longtemps les chemins de fer et l’industrie privée se fournissaient chez M. Gruson d’objets en fonte dure tels que roues, axes, rails courbes, changements et croisements de voies, rouleaux, enclumes et autres pièces; mais le monde militaire n’a dirigé son attention sur l’établissement Gruson que lorsque celui-ci a réussi à prouver la supériorité de ses projectiles en fonte dure lors de la guerre du Danemark, contre les murailles cuirassées de Rolf Krake.
- Depuis ce moment l’établissement Gruson ne s’est plus contenté de sa fabrication de projectiles et atteignit une importance exceptionnelle comme construction de défenses pour les côtes ainsi que pour les fortifications de terre.
- Le nombre des ouvriers, variant entre 600 et 1,600, permet de voir à quelles variations ces sortes d’établissements sont exposés; ce qui rend encore mieux compte de ces changements, ce sont les chiffres de la production, qui a varié de 6,600 quintaux à 3^,400 par mois : la production journalière la plus forte obtenue jusqu’à ce jour se chiffre par 3,000 quintaux. Cette production peut être portée jusqu’à 6,000 à 8,000 quintaux en faisant travailler tous les fourneaux à coupole disponibles, de sorte qu’on peut produire par jour 2,300 projectiles de tout calibre etquan-tité très-importante d’autres objets, abstraction faite de l’augmentation qu’on pourrait obtenir par suite d’agrandissements.
- NOTIONS GÉNÉRALES.
- L’établissement de Buckau est surtout consacré à la production de la fonte dure
- C’est aux ingénieurs américains que revient le mérite d’avoir fait les premières recherches de « fonte dure », et c’est pour cela que l’Amérique a devancé pendant longtemps le reste du monde industriel dans l’emploi de la fonte dure. En Allemagne spé-
- 1 Les détails qui vont suivre sont empruntés an remarquable travail de M. Jules V, Schütz, traduit par Alph. Spée.
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- cialement, cette industrie se borna au commencement à des recherches isolées pour l’application de la fonte dure aux cylindres de laminoirs, jusquà ce que, vers le milieu de l’année 1850, deux constructeurs de machines, MM. Ganz et 0\ à Buda-Pesth, et H. Gruson, à Buckau, arrivèrent, chacun de son côté, et presque en même temps, après des recherches qui durèrent des années, à porter la fabrication de la fonte dure à un tel degré de perfectionnement, que son emploi général dans les différentes branches de l’industrie telle qu’elle existe aujourd’hui n’est plus qu’une question de temps.
- Ce qui tend surtout à introduire la confusion, c’est que dans le langage militaire on entend uniquement par fonte dure celle qui est coulée dans un moule en fer, qu’on nomme coquille, tandis que le principal siège de cette fabrication de fonte dure en Allemagne, c’est-à-dire l’usine de Gruson, comprend sous ce nom plusieurs autres espèces d’excellentes fontes, et distingue généralement entre la fonte dure « coulée en coquille » et celle « non coulée en coquille ».
- Les essais relatifs à la fabrication de la fonte dure se sont, dès le commencement, dirigés dans deux voies différentes. D’un côté, on tâcha de réussir par l’emploi direct de différents minerais, principalement l’oxyde de fer manganésifère et le fer carbo-naté spatbique, traités au charbon de bois pour éviter les impuretés; d’un autre côté, on se borna à faire des fusions mélangées de différentes espèces de fontes, et c’est ce dernier procédé qu’on doit considérer comme le plus répandu.
- Pour obtenir les propriétés de la fonte coulée en coquille, c’est-à-dire une grande dureté à la surface et une ténacité extraordinaire à l’intérieur, on employa deux espèces de fontes brutes qui possèdent séparément ces propriétés, la fonte blanche dure et la fonte douce grise. Ces deux sortes représentent les meilleures fontes de fusion, et diffèrent non-seulement par leurs propriétés physiques, mais avant tout par leur composition chimique.
- La fonte blanche, très-riche en carbone, renferme presque entièrement ce dernier corps à l’état de combinaison chimique,
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- tandis que la fonte grise en renferme environ 50 0/0 répandu dans la masse à l’état de graphite. Èn supposant qu’une masse de fonte dure soit composée essentiellement d’un mélange de ces deux espèces, il est évident que ses propriétés seront modifiées non-seulement par les proportions du mélange, mais également par une action qui empêcherait plus ou moins la tendance qu’a le carbone à se séparer, lors d’un refroidissement lent.
- On obtient ce dernier résultat par l’emploi de moules en fonte qui, absorbant rapidement la chaleur, accélèrent le refroidissement. La fabrication de la fonte dure paraîtrait donc extrêmement facile, et il en serait ainsi en effet, s’il ne fallait pas y ajouter l’influence d’un grand nombre d’autres circonstances extérieures qui peuvent paraître peu importantes. Il faut remarquer en premier lieu que le mélange doit toujours se faire exactement avec les deux espèces de fontes indiquées, mais que cependant il ne doit nullement s’y borner, comme dans certaines circonstances; l’expérience a prouvé qu’il est avantageux pour les propriétés de la masse qu’elle renferme des corps étrangers, par exemple du manganèse.
- Il est impossible de se procurer toujours de la fonte brute de qualité absolument égale, et il n’est donné au chef d’usine de réussir que si son expérience lui a appris à modifier les proportions normales du mélange connu.
- La fusion proprement dite s’opère dans de grands fours ordinaires ou dans des cubilots au coke.
- Les fabricants allemands ont de grands avantages pour se procurer les matières premières nécessaires pour la fonte dure, attendu que la richesse de l’Allemagne en charbon de bois et la qualité de ses minerais permettent la production de chacune des deux espèces de fontes brutes, nécessaires, dans des conditions exceptionnelles qu’atteignent peu d’autres pays de l’Europe.
- L’influence de la coquille sur la fonte a pour but de produire, par un refroidissement brusque, une combinaison chimique du carbone dans les parties extérieures de la pièce. Il se forme à la surface une couche de fonte blanche qui devient vers l’intérieur de la fonte grise, en passant par une nuance intermédiaire.
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- Cette fonte blanche équivaut en dureté à l’acier fondu trempé, tandis que la fonte grise est extraordinairement douce. On a ainsi résolu le problème de produire une fonte douce recouverte d’une couche dure comme l’acier, et cela surtout sans ligne de séparation visible, ce qui est essentiel, parce que autrement la pièce pourrait quelquefois n’être pas suffisamment résistante; en effet, dans le cas d’un effort extraordinaire, une ligne de séparation bien définie deviendrait une surface de rupture.
- M. Gruson a le mérite d’avoir obtenu de la manière la plus complète le résultat cherché grâce au choix des fontes à mélanger et aux dimensions des coquilles. C*est également lui qui, le premier, a réussi à appliquer sa fonte dure non-seulement à tous les besoins de l’industrie, mais également aux projectiles et aux blindages; jusque maintenant il est l’unique producteur de ce dernier genre d’application.
- La section de rupture d’une pièce en fonte dure coulée en coquille en démontre visiblement les qualités, même aux yeux des personnes incompétentes, et satisfait immédiatement les personnes familières avec cette fabrication.
- La couche dure en fonte blanche présente une structure cristalline régulière de fibres déliées qui rayonnent de l’extérieur et se terminent en formant une couche de fonte mélangée ; cette dernière se transforme ensuite insensiblement en fonte grise à fin grain.
- Si, au contraire, la couche fibreuse se terminait brusquement en une ligne visible, comme c’est le cas pour plusieurs produits en fonte dure de mauvaise qualité, alors on peut en conclure que la coulée a été manquée et que la pièce ne possède aucune des qualités requises.
- Pour les différentes couches on peut même obtenir des épaisseurs variables, pour répondre au but de la pièce, d’abord par les proportions du mélange, mais ensuite et principalement par les dimensions voulues et le chauffage convenable des coquilles. L’un et l’autre sont d’une grande importance pour obtenir le degré de dureté, parce qu’une trop grande dureté, suite d’une température trop basse de la coquille, ou d’une trop
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- haute température de la masse de fonte, rend la pièce cassante et lui fait perdre tous ses avantages.
- Dans un but d’économie, on a fait de nombreux essais avec la fonte ordinaire coulée en coquille, et plus spécialement avec la fonte ordinaire écossaise au coke. Avec cette fonte, l’influence de la coquille sur la combinaison chimique du carbone se fait également sentir; elle produit une mince couche dure, tandis que le restant de la masse décèle un grain très-fin et une grande ténacité.
- On prend, à chaque coulée de Buckau, des éprouvettes que l’on coule dans les coquilles correspondantes, pour servir aux essais; dans les établissements importants, on rebute même des pièces qui n’auraient aucun vice extérieur, si l’éprouvette démontrait le moindre défaut dans la structure ou dans la composition. ~
- L’ajustage des surfaces coulées en coquille offre naturellement de grandes difficultés, et, à cause de cela, la coquille ne s’emploie que pour les seules surfaces de la pièce qui exigent une grande dureté. Ce n’est qu’après de longues recherches que l’on a réussi à trouver un moyen pratique pour ajuster les surfaces dures par l’emploi de briques de grès spéciales et de plaques d’émeri.
- La fonte dure en coquille se fabrique dans les usines de Gruson en cinq principales qualités, qui se distinguent par leur degré de dureté correspondant à l’emploi, c’est-à-dire la fonte pour crossings, pour roues, pour ‘projectiles, pour laminoirs et pour blindages; la première espèce est la plus douce et la dernière la plus dure.
- Cependant, cette classification n’a pour but que de faciliter au consommateur les désignations de la commande, quant au degre de dureté; on donne en effet à un grand nombre d’objets de fabrication un degré de dureté qui ne correspond exactement à aucune des cinq qualités ci-dessus, mais qui occupe un rang intermédiaire.
- Les pièces en fonte dure non coulées en coquille, employées dans la construction des machines, ont une moindre importance que les pièces coulées en coquille.
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- La médiocre résistance absolue de la fonte dure ordinaire avait limité son emploi dans la construction des machines, en exigeant notamment des pièces d’un poids considérable qui nuisent à la marche facile de la machine, surtout quand ces pièces sont animées d’un mouvement alternatif. Comme la dureté superficielle est inutile pour de semblables organes de machines et ne servirait qu’à en rendre l’ajustage plus difficile, on dut s’efforcer de modifier le métal, de manière à lui conserver la même résistance au choc et à la flexion, sans qu’il présente une aussi grande dureté à l’extérieur. _
- Dans ce but on supprime la coquille, et on se borne à choisir et à mélanger soigneusement les matières premières, qui sont en réalité les mêmes que celles employées pour les fontes en coquille, n’en différant tout au plus que par les proportions.
- Suivant leur destination, ces pièces sont coulées en sable humide ou en formes sèches de terre glaise; dans le premier cas, on produit des pièces dures; dans le second, des pièces douces.
- Dans les deux cas, la section de rupture offre une structure à fin grain, et la couleur de fonte dure est gris clair, celle de la fonte douce, gris foncé.
- Les nombreux essais faits sur des tiges de ce métal donnèrent les résultats moyens indiqués dans le tableau ci-dessous, comparés à ceux donnés par d’autres fontes essayées dans les mêmes conditions. Les tiges d’épreuve .avaient une section carrée de 26mm,15 et reposaient sur des supports distants de 942 millimètres.
- POIDS POIDS
- DÉSIGNATION DE LA MATIÈRE. SUPPORTÉ Kilos. CORRESPONDANT par millimètre carré.
- Fonte écossaise de la meilleure qualité. . , . 300 à 375 23,7 à 29,6
- Fonte grise au bois de la meilleure qualité. . 400 à 450 31,6 à 35,5
- Fonte dure 550 à 600 43,4 à 47,4
- En outre, avec les tiges en fonte dure, on observa une flexion de 16 à 25 millimètres, qui disparut complètement après qu'on eut enlevé la charge, ce qui prouve la grande élasticité du métal. Pour avoir des résultats précis sur le coefficient de rupture,
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- on fit de nombreux essais de tiges en fonte dure, au moyen d’un appareil hydraulique : ces essais donnèrent les résultats moyens ci-dessous, pour des tiges de 50 millimètres de section carrée, avec 1,000 millimètres d’écartement de supports :
- DÉSIGNATION DE LA MATIÈRE.
- RUPTURE POIDS
- S\>'S UNE FLECHE COUUESPOND.VNTS de par
- millimètre. - millimètre carré.
- Kilos.
- 23.5
- 31.6
- 36.6 ''38,5
- 39,0
- Fonte au coke de bonne qualité. ... 9
- Id. de Crossing. ....... 13
- Id. de roues............................... 12
- Id. de blindage............................ 10
- Id. de projectiles........................ 11
- La contradiction apparente de ces tableaux, concernant les poids correspondants par unité de surface, s’explique par ce fait, que les pièces de fonte de grandes dimensions, non coulées en coquille, ont toujours une structure moins « fin grain » que les pièces de petites sections, et par là elle donne des résultats moins favorables que ces dernières aux essais.
- Mais, môme sans considérer le premier tableau, les résultats du second sont plus éloquents que tout ce qu’on pourrait dire de l’application de la fonte duré à la construction des machines; en effet, l’expérience a prouvé qu’un grand nombre de pièces de machines pour lesquelles on employait autrefois, à grands frais, le fer forgé, peuvent être construites en fonte dure, sans le moindre danger ni inconvénient, leur ajustage n’offrant d’ailleurs aucune difficulté.
- Des crossings en fonte dure que, le premier, Gruson fabriqua vers la fin de 1850, lui obtinrent immédiatement la faveur des ingénieurs de chemins de fer.
- Les crossings les plus usités autrefois et encore beaucoup employés aujourd’hui, sont formés de rails à double bourrelet ou de rails Yignole, qui se rencontrent sous un angle et se terminent en pointe, tandis qu’en même temps deux rails courbés servent à guider latéralement les roues. Tout le système est boulonné ou rivé sur une solide plaque en tôle, ou bien, dans le cas d’emploi de rails à double bourrelet, repose sur de longs
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- coussinets, qui sont fixés directement sur les traverses. Ce genre de crossings a plusieurs inconvénients. En premier lieu, le grand nombre de pièces différentes reliées entre elles au moyen de rivets ou de boulons offrait trop peu de résistance aux chocs violents produits par les masses passant sur ce système de pièces assemblées, de manière qu’à la suite de la charge inégale, la pointe, ou les contre-rails prenaient du jeu et finalement se détachaient, et cela bien qu’on renforçât, d’année en année, la plaque d’assise adoptée plus tard. D’un autre côté, l’usure extraordinaire à laquelle était sujette la poinle du Crossing offrait un grand inconvénient, attendu qu’on ne pouvait l’atténuer ni en profilant le fond des rainures en plan incliné, ni par le surhaussement des contre-rails. Il en résultait une dépression à la pointe, la rupture des contre-rails, et on ne put éviter de fréquents accidents ni par l’emploi des meilleurs matériaux, comme l’acier, ni par les soins les plus minutieux.
- Pour ces motifs, quelques chemins de fer adoptèrent autrefois descrossings en fonte ; mais on les trouva trop tendres, et ils nécessitaient des renouvellements fréquents qui troublaient le service.
- Les crossings en fonte dure évitent heureusement tous ces inconvénients. Les nombreuses pièces n’en formèrent plus qu’une; les surfaces qui sont successivement en contact avec les roues pouvaient avoir la conicité correspondante à ces roues; les pointes furent amoindries de manière à ne plus servir que de directrices; enfin, les surfaces de roulement des rails purent être mises à l’abri de l’usure, grâce à leur dureté obtenue par la fonte en coquille.
- Par cette construction, on évite l’usure, non-seulement du Crossing lui-même, mais aussi celle des roues et des ressorts des locomotives et des wagons, car les chocs disparaissent en grande partie ou au moins sont sensiblement atténués.
- Enfin, on peut encore noter l’avantage qu’ont ces crossings, de permettre l’emploi de tous les systèmes de rails, sans exiger de travail spécial.
- Peu de temps après, les pièces de croisement et les contre-rails reçurent un accueil non moins favorable; il en est de même des
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- rails des passages à niveau, dont on a commencé immédiatement après la fabrication en fonte dure.
- Enfin, il est encore à remarquer que peu à peu la fonte dure a été adoptée de plus en plus par les chemins de fer des mines et les tramways, pour les crossings et les croisements, et également pour les rails courbes et les excentriques.
- A l’exemple de l’Amérique, on rechercha aussi en Allemagne la fabrication des roues en fonte dure pour chemins de fer. Ici la grande difficulté consistait à éviter les tensions dans les parties les plus faibles, telles que les plateaux et les rayons des roues, qui sont toujours sujets à se rompre. On se rendit promptement maître de cette difficulté, comme en font foi des expériences officielles qui ont donné des résultats si avantageux, que le gouvernement prussien ne fit aucune difficulté pour autoriser tous les chemins de fer à employer les roues en fonte dure.
- Bien qu’à la suite d’essais comparatifs faits en 1864 par le chemin de fer de la basse Silésie, sur des roues de différentes usines allemandes et étrangères, et qui furent trouvés favorables pour la fabrication allemande ; et même, bien que l’assemblée des ingénieurs de chemins de fer tenue à Munich en 1868 eût déclaré que l’emploi des roues en fonte dure provenant d’usines spéciales peut être autorisé pour les wagons à marchandises sans freins, ces roues ont cependant été depuis lors entièrement abandonnées en Allemagne pour les roues en acier fondu ; l’usage de la fonte dure a été réduit aux plaques tournantes, aux chariots transbordeurs et aux wagons de service, tandis qu’on l’emploie exclusivement en Autriche et en Amérique. Par contre, la fonte dure a obtenu de plus en plus faveur pour les tramways, les ivagons de chemins de fer de rues, les véhicules à main et les wagons de mines pour le transport de minerais et de charbon; il s’ouvre encore un nouveau débouché pour les roues en fonte dure, par l’établissement des lignes secondaires, qui ont un puissant intérêt à utiliser un matériel d’exploitation à bon marché.
- La fonte dure (non en coquille) a trouvé un emploi presque général dans les chemins de fer pour les sabots de freins, quoique
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- cet usage soit moins remarqué que dans les crossings et les roues; cés sabots, grâce à leur grande ténacité, permettent de petites dimensions, ne s’usent pas beaucoup, et n’attaquent pas trop rapidement les bandages des roues.
- Enfin nous avons encore à citer un usage particulier de la fonte dure, c’est dans la fabrication de cloches à signaux. Sa grande dureté et sa ténacité lui permettent de résister facilement aux chocs du battant, tandis que la finesse et la dureté du métal donnent à la cloche un son clair et sonore.
- Pour les laminoirs, les fabricants se bornèrent d’abord aux cylindres qui n’exigeaient pas d’ajustage comme, par exemple, les cylindres unis et cannelés, ainsi que les frettes de cylindres pour des broyeurs de minerais, d’argile, de quartz, d’émeri et de matériaux réfractaires. Notamment pour lés cylindres cannelés, la fonte dure convenait parfaitement, parce que les cannelures venaient exactement de fonte, et n’exigeaient plus aucun ajustage.
- Nous pouvons encore citer dans ce genre quelques autres articles qu’on fabriqua également dès les premières années comme les cylindres de concassage, tels que les meules et auges pour les moulins à argile et à terre réfractaire; puis encore l’outillage pour fonderie; les mâchoires pour concasseurs de pierres et de minerais, les broyeurs hélicoïdaux pour ciment; les jantes de meules pour moulins à sel et à charbon; les cônes cannelés pour le teillage du chanvre ; les étampes et les grilles pour pilons; les marteaux pour casser les pierres, les minerais, et autres corps durs; les moutons pour briser les pièces de fonte; les pioches à bourrer pour chemins de fer; les fleurets et les marteaux pour travaux de mines, etc.
- Cependant les exigences croissantes de l’industrie réclamaient des cylindres de plus en plus parfaits; la fabrication du papier notamment exigea des cylindres dont la surface doit être non-seulement parfaitement cylindrique, mais si bien ajustés, que leur contact forme un joint hermétique à tel point, par exemple, que l’eau ne puisse filtrer entre eux, et cela parce que la moindre inégalité déchirerait infailliblement les bandes de
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- papier qui passent entre quatre ou cinq paires de cylindres.
- Pour obtenir une semblable perfection, il ne suffisait pas de l’adresse de l’ouvrier le plus habile, et on essaya de construire des tours à meuler, qui donnent automatiquement une surface cylindrique mathématiquement exacte aux cylindres; on peut considérer ce problème comme entièrement résolu en Allemagne.
- L’ajustage des cylindres en fonte dure, meulés et polis qui servent particulièrement à la fabrication du papier, servit d’autant plus à répandre la fonte dure que cet usage exigeait des cylindres mieux ajustés que tous les autres. Voilà pourquoi la fabrication des fils d’argent, de la tôle de cuivre, de laiton et de fer, ainsi que le caoutchoueen feuilles, a également demandé des cylindres en fonte dure bien ajustés : la demande s’en est extraordinairement accrue pendant ces cinq dernières années; pour le travail de la farine, ils paraissent récemment devoir remplacer les autres systèmes (laminage par cylindre en biscuit., etc.)
- Avec une facilité qui n’existe pour aucun autre métal, on parvient à durcir partiellement la surface des pièces en fonte dure, comme l’exigent plusieurs organes mécaniques, pendant que le reste du métal reste doux, de manière à ne pas offrir de difficultés pour l’ajustement.
- Ces propriétés de la fonte dure, qui est en même temps d’une ténacité équivalente à peu près à celle du fer, offrent de grands avantages pour la construction d’un grand nombre d’organes mécaniques qu’on fabriquait d’abord à grands frais en acier, ou qui demandaient des revêtements en acier. Il en est ainsi de tous les organes qui doivent résister au frottement de glissement pour transmettre la force ; dans cette catégorie sont les transmissions rectilignes, les glissières des crosses de pistons pour locomotives, le$ menottes, les excentriques, les poulies-guides pour câbles et chaînes, les tambours à chaînes pour remorqueurs.
- Non moins importantes sont les applications que la fonte dure a trouvées dans la construction des machines agricoles où on
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- 1’emploie généralement pour les organes qui se faisaient d’abord en acier; par exemple, les socs des semoirs, les dents des moissonneuses, les palettes des nettoyeuses de rues, ou bien encore les batteuses pour damer les pavés et la garniture des rouleaux compresseurs.
- Pour la construction des pistons à vapeur, la ténacité de la fonte dure, qui permet d’employer de moindres dimensions, est d’une importance toute spéciale, parce qu’à une grande vitesse, un lourd piston a une influence nuisible sur l’efiPet utile de la machine. On nous cite l’exemple suivant :
- Une grande machine à élever l’eau, avec un piston en fonte de 1,046 millimètres, était sujette à des chocs intolérables, à cause de l’insuffisance des sections de passage dans le piston construit avec des soupapes à coquilles; ces chocs ébranlaient tout le bâtiment et ne gênaient pas seulement la marche de la machine, mais exposaient aussi le piston au danger de se briser.
- Pour arriver à agrandir les sections de passage, on,dut avant tout abandonner, faute de place, le système des soupapes à coquilles, et on se proposa d’adopter une soupape à anneau, à quatre passages concentriques suivant le modèle anglais. Il en résulta cependant des épaisseurs au piston, si faibles, qu’on ne pouvait songer à le construire en fonte ordinaire; aussi se décida-t-on, à défaut d’autre chose, à employer le plus cher des métaux, le cuivre rouge, ce qui, à cause des grandes dimensions du piston, de 1,046 millimètres de diamètre et de 515 millimètres de hauteur, devenait trop cher. M. Grüson s offrit alors à couler, suivant le même dessin, un piston en fonte dure, en acceptant la garantie de sa durée. En effet, ce piston fonctionne parfaitement, et n’offre pas encore aujourd’hui, après plusieurs années de service, la moindre trace d’usure; au contraire, suivant l’avis de quelques praticiens, il durera probablement aussi longtemps que la machine même. Le piston seul, en cuivre rouge, aurait pesé 775 kilogrammes, et en fonte dure, 650 kilogrammes, d’où il résulte environ une différence de prix de 2,090 à 200 marcs, ou plutôt de 8,360 à 800 marcs,
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- puisqu’il s’agissait de quatre pistous de même diamètre. ( Le cuivre rouge coûte 270 et la fonte dure 30 marcs les 100 kilogrammes.)
- Principalement au fond des mines, il convient d’employer des pistons de pompes en fonte dure, parce qu’elle résiste beaucoup mieux que la fonte ordinaire à l’influence décomposante des gaz souterrains; pour la même raison il faut y ajouter son emploi aux cylindres de pompes et autres appareils résistant à la pression.
- Les constructeurs ont pu augmenter considérablement la pression; aussi vit-on, par exemple, résister parfaitement à une pression de 500 atmosphères des cylindres de 40 à 50 centimètres de diamètre et de 150 centimètres de longueur , avec une épaisseur de parois de 18 centimètres.
- La compacité de sa texture permet à la fonte dure de résister à un plus haut degré que la fonte ordinaire à l’action destructive du feu, du sel et des acides; c’est pourquoi on l’emploie principalement dans les fabriques de produits chimiques, pour toutes espèces de récipients et de cornues. On fait aussi avec èette matière les creusets pour la fusion du plomb, du zinc et d’autres métaux, puis les chaudières pour l’évaporation des bains salins et des acides, les creusets à tremper pour les fabriques de limes, les moules à scories, etc.
- Ainsi la fonte dure, malgré le peu de temps depuis lequel elle est connue, a déjà trouvé en Allemagne un vaste champ d’application dans toutes les branches de l’industrie.
- PROJECTILES.
- On peut signaler l’activité, le bon ordre et la propreté qui régnent dans la fonderie des projectiles \ La toiture métallique, en forme de redan, supportée par de fortes colonnes, laisse pénétrer une abondante clarté. Vers le plafond est disposée une voie portant des rails sur lesquels roulent des grues mobiles
- 1 Les détails suivants sont extraits du Allgmeine Miliiar Zeüung.
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- munies de chaînes et de crochets permettant de soulever et de transporter les pièces les plus lourdes; le sol est couvert de rails à large voie, pour assurer la communication des divers bâtiments entre eux et avec la voie principale.
- Les formes où l’on coule les obus, préalablement séchées, sont placées en lignes parallèles et très-près les unes des autres, tandis que de grandes cuves contenant la fonte liquide se meuvent au-dessus des formes pour y verser la masse incandescente.
- Ces formes se composent de trois parties, dont l’inférieure, en coquille de fer, devra mouler la pointe du projectile; un cadre en fer enveloppe le sable fortement pressé et reçoit la partie cylindrique du projectile; la partie supérieure, analogue à la coquille du fond, reçoit ce qu’on appelle le culot du projectile.
- Au milieu est le noyau destiné à former le creux; ce noyau, bien centré, est fixé à une broche en fer forgé et est terminé par le filet devant dessiner l’écrou du fond.
- De nombreux canaux permettent l’échappement de l’air contenu dans la forme, empêchant ainsi la production de soufflures qui sont très-préjudiciables à l’homogénéité et à la justesse de trajectoire du projectile. Des anneaux en fer, composés de trois ou quatre parties, impriment le premier étranglement en forme de conque recevant l’anneau de centrage et l’anneau de direction en cuivre placé derrière le premier.
- Les rigoles de coulage sont disposées en forme d’anneaux, et la fonte liquide emplit la forme avec un mouvement de rotation. Le remplissage est ainsi plus sûr. Pour obtenir ce résultat, les différentes parties de la forme s’ajustent obliquement.
- Quelque temps après la solidification, la partie supérieure de la forme est enlevée, puis les anneaux et la partie centrale, qui, munie d’allonges en forme de tourillons, entraîne le projectile avec elle ; ce dernier est posé par la pointe dans un bain au sable, afin que le refroidissement lent rende la pièce moins cassante.
- Les projectiles sont portés à l’atelier des tours, où les étranglements devant recevoir les anneaux en cuivre sont réglés : ils sont ensuite meulés sur de grandes meules, après quoi l’on procède à l’ajustage des anneaux en cuivre.
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- La garniture avec du plomb tendre n’est plus employée, parce quelle encrasse les rayures et parce qu’elle n’apporte pas de résistance suffisante à la pression de l’âme, surtout pour les canons de gros calibre; le plomb dur est encore employé dans l’artillerie de campagne et la petite artillerie des forts. Mais les projectiles pour grosses pièces de marine sont garnis de cuvire rouge que Ton ajuste dans les rainures, taillées, pour plus de solidité, en forme de queue d’aronde, et munies, pour les torts calibres, de deux gorges. Les bandes de métal, coupées exactement à la longueur voulue et rendues un peu concaves sur le côté intérieur, sont entaillées à l’une des extrémités en un bec correspondant à une échancrure faite à l’autre bout qui s’emboîte exactement et forme un assemblage parfait. D’abord martelée à la main, la rivure est complétée par la pression hydraulique.
- Après avoir passé par environ vingt-trois manipulations, y compris le double revêtement de l’intérieur par un vernis à l’asphalte, la peinture, le graissage et l’emballage, le projectile est vérifié soigneusement au moyen du forage et du martelage; la pointe en fonte dure doit-être surtout exempte de défauts et est l’objet d’un examen tout spécial.
- La longueur de l’atelier où se fabriquent les pièces constituant une tourelle n’est pas moindre de 150 mètres sur une largeur de 20 mètres et une hauteur dans œuvre de 10 mètres ; chacun des trois cubilots adjacents est muni de six tuyaux de 157 millimètres d’ouverture.
- Parallèlement à ces fours et sur le long côté de la fonderie, on voit établis trois grands réservoirs de tôle destinés à recueillir la matière fondue, qui se déverse de là dans des canaux, et attend qu’elle soit revenue à la température voulue.
- Parallèlement à ceux-ci et à la fonderie, mais au centre de l’atelier, sont établies les fosses de moulage d’une profondeur de 7 à 8 mètres.
- Au moyen de grues hydrauliques mues par la vapeur, d’une puissance de 2,000 quintaux, et commandant tout l’espace, on descend dans ces fosses la coquille métallique, dont la face intérieure donne à la cuirasse sa convexité extérieure et qui lui
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- communique la dureté en absorbant rapidement la chaleur de la surface.
- La confection d’une telle coquille offre des difficultés considérables. On se sert d’un modèle de plâtre représentant avec la plus grande exactitude la cuirasse future, et d’après lequel on construit le modèle de la coquille proprement dite.
- La construction du moule supérieur de la cuirasse présente moins de difficultés. On le confectionne dans de grands châssis de moule, avec du sable de moulage ordinaire, et on le descend sur la coquille au moyen de tiges conductrices, en sorte qu’il reste entre les deux un espace vide, — le véritable moule — qui répond exactement à la forme de la plaque cuirassée, et communique par les trous de coulage avec les échancrures d’arrivée. -
- Des canaux s’ouvrent sur les points les plus élevés du moule; ils évacuent, pendant la coulée, l’excès de matière fondue, et offrent en même temps la certitude que le moule est complètement rempli et exempt de soufflures; leurs embouchures sont couvertes de copeaux, auxquels on met le feu avant la coulée, pour brûler les gaz qui s’échappent.
- M. Gruson, à la suite d’expérimentations auxquelles il consacra de longues années, réussit à trouver un mélange de plusieurs sortes de fonte brute ; ce mélange possède la propriété de pouvoir se transformer par ie refroidissement en une surface de la dureté de l’acier, tandis que la masse constitue une base molle et tenace. Le succès de l’opération dépend de la proportion d’épaisseur de la coquille, eu égard à la masse à solidifier.
- Plus la rapidité avec laquelle on obtient la fusion de diverses sortes de fer brut est grande, plus la fonte dure est de bonne qualité. Une fusion très-rapide constitue donc une condition essentielle pour obtenir de bons produits. C’est par cette raison qu’on a donné aux cubilots de si grandes dimensions, que chacun d’eux peut fondre 200 quintaux de fer brut en une heure. La fonte liquide coule ensuite peu à peu par des rigoles dans le réservoir ; l’opération est terminée en trois heures au plus.
- L’obturateur conique du réservoir tombe, et la masse incan-
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- descente se précipite avec rapidité dans le bassin préalablement chauffé ; renvoyée en tourbillonnant des parois vers le milieu du bassin, elle se calme peu à peu.
- On répand alors sur la masse une fine poussière de charbon destinée principalement à prévenir un trop rapide épuisement de la chaleur.
- Une épaisse fumée s’élève en crépitant et en tourbillonnant; des éclairs la traversent, « tandis que, dit M. von Schulz, la mer de feu qui s’agite au-dessous y reflète ses lueurs magiques ».
- Ensuite, on brasse la masse bouillonnante avec des pelles pour mélanger aussi parfaitement que possible les différentes sortes de matières fondues qu’elle contient, et pour en réduire la température élevée à un minimum déterminé. On reconnaît la transition d’une température à l’autre à la couleur de la matière, qui devient plus sombre, à la façon dont elle découle des pelles, et au ralentissement de la fusion de ces dernières.
- « Enfin, dit encore l’auteur déjà cité, approche le moment de la coulée proprement dite.
- « On met le feu aux copeaux qui recouvrent les embouchures des canaux d’évacuation, puis, au commandement de l’ingénieur de la fonderie, on lève la vannetjui retient la masse et la sépare des canaux d’admission, et c’est avec un bruit sourd, semblable à un tonnerre lointain, que la matière se précipite dans les profondeurs du moule, tandis que les gaz sifflants montent en longues flammes dans les airs. Soudain, la masse se montre à l’orifice des canaux d’évacuation, le moule est plein, la vanne retombe. Le grondement souterrain continue encore pendant quelques secondes, devient de plus en plus faible et finit par cesser complètement. La coulée est terminée. »
- Mentionnons encore qu’avant la coulée de chaque plaque, on coule dans des coquilles-préparées à cet effet de petites barres qui servent plus tard à des essais de cassure, destinés à fournir des indications exactes sur la qualité de la fonte dure.
- Quand la coulée est finie, la fabrication des plaques est loin d’être terminée. Le refroidissement de la masse réclame environ cinq jours. Quand ce délai est écoulé, on procède à un travail
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- non moins difficile, l’achèvement final des arêtes; il exige des machines spéciales auxquelles il a fallu donner des dimensions colossales, et rencontre des difficultés considérables dans la dureté du métal.
- Le transport des plaques cuirassées et leur montage au lieu de destination n’offrent guère des difficultés moindres que la fabrication elle-même.
- Déjà nous avons cité les grandes grues hydrauliques mues par la vapeur, capables de soulever des poids de 1,500 à 2,000 quintaux. L’usine de M. Gruson n’en renferme pas moins de quatre, sans compter les nombreuses grues mues par la main et dont la puissance n’est guère moins considérable. En voyant ces chiffres, on peut juger des masses de poids qu’on manie dans cet établissement, masses qui ont nécessité la construction de trois voitures de transport par chemin de fer, les vagons ordinaires ayant été reconnus trop faibles pour supporter les plus lourdes plaques pesant jusqu’à mille quintaux. Et cependant les difficultés que présente le transport des plaques cuirassées au chemin de fer sont atténuées parce que l’usine se trouve en communication directe avec la gare; selon les circonstances elles deviennent infiniment plus grandes quand il s’agit du transport depuis la dernière station de chemin de fer jusque sur les lieux du montage. C’est ainsi que, par exemple, M. Gruson dut se décider à construire une locomotive routière pour- l’établissement des tours cuirassées de Metz, et acquérir une barque expressément construite pour le transport des plaques jusqu’aux fortifications de l’embouchure du Weser, sans compter l’établissement de nombreuses grues mobiles, qui doivent naturellement se trouver prêtes sur les lieux du montage. #
- De pareils travaux ne s’exécutent pas sans frais considérables. Aussi n’est-il pas étonnant que, dès le début de la fabrication des plaques cuirassées, M. Gruson ait dû consacrer des capitaux immenses à son établissement. Il les a risqués sans la moindre appréhension, car il était convaincu que l’avenir appartenait à son invention.
- Avant les premières expériences de tir, les artilleurs les plus
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- compétents doutaient presque unanimement de la possibilité d’employer la fonte dure aux cuirasses.
- Par où, telle était la première objection, une construction entièrement fermée recevra-t-elle le jour indispensable aux hommes pour pouvoir rapidement manœuvrer les pièces? Cependant, lorsque la première tour fut terminée, on put constater ce phénomène surprenant, que les embrasures et les lucarnes, quoique celles-ci fussent masquées par le factionnaire, et celles-là par les pièces, laissaient passer dans l’intérieur une quantité de jour telle, quelle fut jugée parfaitement suffisante à la manœuvre. En outre, l’effet de ce jour fut considérablement augmenté par le badigeonnage blanc des parois intérieures de la tour.
- Des objections de moindre importance s’étaient élevées sur la question d’espace, surtout alors qu’on avait étudié les dimensions les plus avantageuses, à la suite d’expériences faites auparavant avec des modèles de bois.
- Cependant, le résultat des expériences principales dépassait en effet toute attente. Dans une tour armée de deux pièces de quinze centimètres, par exemple, et dont le personnel servant ne se composait que de quatre hommes sans compter le commandant, on pouvait tirer un coup toutes les deux ou trois minutes. Dans une batterie ouverte, on pourrait à peine arriver à une rapidité de tir aussi considérable.
- Les observations faites sur l’effet des détonations et sur l’évacuation des gaz firent constater un résultat non moins satisfaisant. L’uif et l’autre n’occasionnèrent aux servants aucune espèce d’incommodité. D’une part, à cause de la réduction des dimensions de l’embrasure, les détonations agissaient vers l’extérieure, de telle façon que les hommes purent sans inconvénient retirer la ouate dont ils s’étaient bourré les oreilles; d’autre part, les gaz disparaissaient avec une rapidité surprenante par l’embrasure autant que par le compartiment d’avant.
- Mais le résultat le plus brillant fut obtenu par l’appareil tournant construit par M. Gruson avec son système libre à galets et sans pivot, et appliqué à une tour.
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- 26 GRANDES USINES.
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- Cet appareil avait été exécuté avec une précision telle, qu’au moyen du seul cabestan, on put, avec la plus grande facilité, faire mouvoir la tour, qui ne pesait pas moins de 500,000 kilogrammes. M. Gruson avait donc résolu le problème de se passer de la force des machines pour faire tourner la tour.
- On reconnut non-seulement que les pièces pouvaient être pointées exactement par le seul mouvement de la tour, et sans le mouvement de conversion des affûts; mais on constata même que huit hommes pouvaient, en cinq minutes, faire opérer à la tour sa révolution de 560°, tandis que deux hommes suffisaient pour mettre le mouvement en train, et un seul homme pour le continuer.
- Les expériences faites avec une batterie de neuf pièces de vingt et un centimètres donnèrent un résultat non moins favorable que celles qui eurent pour objet les tours tournantes. On y constata les mêmes avantages qu’on avait obtenus dans les tours, relativement au jour, à l’effet des détonations et à la ventilation.
- Les servants, au nombre de cent vingt-trois, disposaient d’un espace suffisant à la manœuvre, alors même que les directions de deux canons voisins atteignirent un angle de près de 90*. Ce qui, en outre, contribuait à rendre le commandement facile, c’est que l’espace était commun à tous.
- Ces expériences marchaient de pair avec l’examen des affûts. Les premiers construits par M. Gruson d’après son système à pivot décidèrent de l’avenir de son invention, car la construction autant que les dimensions choisies eurent un succès brillant, et les affûts résistaient au feu isolé aussi bien qu’au feu d’ensemble, sans recevoir le moindre choc.
- Les boucliers simples pour bouches à feu isolées ont été établis pour qu’on puisse utiliser les affûts de côtes qui existent encore actuellement, et pour les mettre mieux à couvert qu’on n’a pu le faire au moyen des épaulements de terre.
- Le bouclier se substitue donc simplement à ces derniers ; les extrémités de ses plans s’appuient à des traverses, tandis que le canon dépasse le dessus de la plaque sans se trouver dans une embrasure.
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- Cependant, on obtient une meilleure protection au moyen d’un tel bouclier, quand on lui donne plus de hauteur à droite et à gauche du canon, de sorte que celui-ci s’abaisse et s’élève dans une espèce de glyphe ou embrasure ouverte à son côté supérieur.
- Naturellement cette sorte de cuirasse est inférieure aux boucliers munis de Y embrasure réduite. La réunion de plusieurs bou-
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- cliers de ce genre placés les uns à côté des autres constitue une batterie découverte.
- La cuirasse d’une batterie couverte se compose principalement des plaques d’embrasure; elles reposent sur des plaques dites à pivot et s'appuient de chaque côté à une plaque de pilier.
- La batterie est soutenue à ses deux extrémités par une maçonnerie mise à l’abri des projectiles par un amas de terre; quant aux plaques à pivot, elles sont butées par une couche de béton couverte par une forte maçonnerie de granit.
- On se garantit du tir plongeant par des plaques de recouvrement reposant en forte liaison sur les plaques d’embrasure et de piliers, et appuyées sur des piliers de maçonnerie auxquels
- succèdent des casemates.
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- Les joints montants des diverses plaques sont égalisés et lissés, et pourvus d’une rainure dans laquelle on coule du zinc fondu, un assemblage plus fort étant inutile en présence du grand poids
- des plaques.
- Toute la construction repose sur des plaques de base, munies de nervures en haut et en bas ; les nervures supérieures embrassent le pied des plaques cuirassées, dont elles rendent le déplacement impossible, tandis que les nervures inférieures pénètrent dans la maçonnerie de fondation.
- Le but et la forme des plaques de front, des plaques latérales et de-recouvrement est facilement compris. Quant aux plaques de pivot, elles tirent leur dénomination de la cheville ouvrière du pivot qui y est fixée. En construisant un affût dont le pivot, ou centre de conversion du canon, est transporté dans l’embrasure même, on rend possible la réduction de l’embrasure à un minimum.
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- Intérieur de tourelle Gruson, avec pièce de 28 centimètres,
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- 30 GRANDES USINES.
- Mais comme la trajectoire doit, dans le plairhorizontal, varier dans un angle assez considérable, l’affût exécute une conversion en forme d’arc, au moyen de quatre rouleaux courant sur deux rails courbés en forme de segment. Ce mouvement est facilité et rigoureusement régularisé par un levier tournant autour de la cheyille ouvrière du point de conversion, et fixé sur l’affût même. Le mouvement se produit au moyen d’un simple train de manivelle, et se communique à l’un des rouleaux.
- Dans l’étage inférieur des casemates sont établis des magasins, qui communiquent dans l’étage supérieur au moyen d’ascenseurs et d’escaliers tournants.
- Quand le but spécial d’un établissement cuirassé exige dans le plan horizontal un champ de tir plus grand que ceux qu’on peut aisément obtenir par des batteries fixes, on emploie des tours tournantes, dont les pièces ont un champ de tir de 360°.
- La figure page 16 représente la coupe transversale d’une tour tournante, dont le dessin suffit pour donner une idée exacte de la construction.
- La coupole, en forme de segment de sphère, repose sur une base de fer forgé, qui, au moyen d’une couronne de galet, exécute son mouvement circulaire sur une voie posée sur les fondations, et se trouve protégée contre l’effet des projectiles par une avant-cuirasse.
- Le cercle de roulement de la couronne de galets est muni de nervures circulaires enchâssées dans la maçonnerie de fondation. Le plan supérieur de ce cercle de roulement sert de guide aux galets coniques de la couronne de galets, lesquels doivent être pourvus de bourrelets.
- Cette construction permet l’emploi d’une couronne de galets libre, sans cheville ouvrière fixe du pivot de la tour; elle présente de plus cet avantage, qu’on peut disposer de tout l’espace intérieur, et introduire les canons par le bas.
- Sur ce système à rouleaux repose, avec un cercle de roulement convenablement proportionné, une colonnade circulaire, soudée avec des tôles, des fers à poutres, des travées et des cornières : c’est la base. Sa partie supérieure porte la coupole de la
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- tour, tandis que sa partie inférieure soutient les affûts au moyen de traverses d’applique.
- La coupole présente la forme d’un segment de sphère (elle est le produit, proprement dit, de la rotation d’un quadrant d’ellipse) et se compose d’un certain nombre de plaques, qui se maintiennent mutuellement en équilibre, puisque, par suite de leur construction et de leur inclinaison, les masses de leur poids convergent dans la direction du centre delà sphère. Leur pesanteur rend dorîc inutile tout autre moyen de cohésion. Les joints montants, tout comme ceux des batteries, sont munis de rainures, dans lesquelles on coule du zinc fondu.
- En employant cette forme de voûte , on atteint ce quadruple but, que les projectiles glissent sur la surface, que le choc se répartit sur toute la masse de la tour, qu’on économise l’espace autant que possible, et que la cohésion s’opère sans ancres ni boulons. Le recouvrement se compose de trois parties pour les grandes tours (de deux demi-anneaux voûtés et d’un disque également voûté) ; le recouvrement des tours de moindre dimension ne consiste qu’en une seule pièce.
- L’avant-cuirasse servant à protéger la substruction se compose d’un anneau de plaques voûtées qui contourne la tour, tantôt entièrement, tantôt en partie, selon les besoins. Il est mis à l’abri des projectiles frappant la base par une couche de béton couverte d’une maçonnerie de granit.
- Le mouvement tournant s’imprime à la tour au moyen d’une roue dentée, qui est fixée au cercle de roulement supérieur, et dans laquelle s’engrène un train d’arbre vertical.
- Celui-ci reçoit son mouvement de rotation par une transmission convenable produite, soit par une machine à vapeur, soit par la main de l’homme. Les dernières tours ne sont plus mises en mouvement qu’à bras d’hommes; l’impulsion, donnée par un cabestan placé en toute sécurité dans une casemate, s’accélère où se ralentit par un changement opéré à l’engrenage.
- Au début1, on songeait de préférence à se servir de là force
- 1 Extrait de la brochure de M. Jules ton Schutz.
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- des machines, par Tunique raison qu’on croyait impossible d’obtenir un mouvement suffisamment rapide par l’emploi de la force humaine ; mais les expériences auxquelles on procéda démontrèrent justement le contraire de cette idée.
- Les commandements nécessaires pour les mouvements de la tour sont transmis au moyen de porte-voix par un factionnaire regardant par une ouverture ménagée dans la couverture supérieure, ou éventuellement par le commandant lui-même. Celui-ci, debout sur l’escalier de lucarne, détermine, au moyen d'une visière placée sur la tour, le pointage général des pièces, lequel est ensuite définitivement fixé par un mouvement de conversion des affûts. C’est le même procédé dont on se sert dans les batteries. Une cage latérale communique au;moyen d’un renfoncement avec le mur d’encéinte de la tour. C’est de-là qu’on monte les gargousses sur la plate-forme du milieu, tandis que les projectiles sont enmagasinés dans l’étage inférieur du compartiment du milieu, d’où une grue les fait arriver directement devant la culasse. Des tours tournantes de ce genre ont été etxécutées pour une ou deux pièces de 28 centimètres, ainsi que pour deux pièces de 15 centimètres; leurs dimensions ont
- naturellement dû être réglées sur le calibre et le nombre de
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- bouches à feu. Le diamètre dans œuvre d’une tour varie entre 5,200, 7,880 et 8,260 mètres, et c’est à ces dimensions que correspondent les grandes puissances, mesurées sur le rayon, de 700,770 et 850 mètres des plaques d’embrasure.
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- Avant de quitter l’usine de Buckau, nous passons devant le monument dont les ouvriers de la fabrique ont fait, en 1875, hommage à M. Gruson, pour l’anniversaire de sa naissance : c’est un énorme obus de 28 centimètres, le millionième projectile fondu à Buckau et placé sur un socle élégant; c’est un trophée en témoignage du travail sans trêve de l’établissement,
- ainsi que de l’amour et de la reconnaissance des ouvriers pour un chef dont ils apprécient le mérite.
- TYPOGRAPHIE DE E.
- > ET C1*, 8, HUE GARaMCJÈRE.
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- USINES
- ALEXIS GODILLOT
- FOURNITURES POUR L'ARMÉE.
- Ces établissements d’équipement militaire, fondés et dirigés par leur unique propriétaire M. Alexis Godillot, à Paris, à Saint-Ouen, à Nantes et à Bordeaux, ont une importance bien plus considérable que ne pourrait le faire supposer leur réputation déjà grande. Ils occupent3,000 personnes, tant hommes que femmes. Les bâtiments, sur plusieurs étages, couvrent plus de 76,000 mètres et renferment toutes les industries diverses qui ont trait à l’équipement du soldat, soit en garnison, soit en campagne. Ce sont d’abord :
- Une maison de confection vouée à la fabrication des effets d’habillement, des tentes, des képis, etc. ' ~
- Une fabrique de chaussures.
- Une fabrique de sellerie, produisant le grand équipement, le
- harnachement, la coiffure.
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- Une usine de casserie (casserolerie et ustensiles), avec ateliers de décapage, d’étamage, d’emboutissage, de ferblanterie, etc., pour la fabrication des ustensiles de campement.
- Et comme accessoires à ces industries :
- Une tannerie.
- Une corroierie.
- Une fabrique de cuivrerie, une fonderie. Laminoirs, moutons à estamper, etc.
- Un atelier de menuiserie, muni de tous les outils à bois nécessaires.
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- Un atelier de tourneur sur bois.
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- Un atelier de serrurerie, avec forges et marteau pilon.
- Une clouterie.
- Une fabrique de bouderie.
- Une fabrique de boutons, etc., etc.
- Cette multiplicité d’opérations, tendant toutes à un même but, font de ces usines un des plus admirables spécimens de l’activité humaine.
- La variété des machines de toutes sortes et pour tout objet est un sujet d’étude merveilleusement intéressant et incessamment progressif. Et cependant tout cela est dû à l’intelligence et à la prodigieuse force de volonté d’un seul homme.
- M. Alexis Godillot est d’origine franc-comtoise, comme plusieurs de nos illustrations politiques, industrielles et artistiques, dont tout le monde connaît les noms Son père, venu à Paris pour chercher à vivre, avait été recueilli par un compatriote qui le prit dans sa boutique de sellier et lui apprit à faire des colliers de chevaux. Intelligent autant qu’actif, M. Godillot père ne tarda pas à devenir patron lui-même. Sa fabrique était une modeste chambre située au cinquième étage dans un faubourg; il avait greffé la construction des sacs de nuit sur celle des colliers.
- Son fils, Alexis Godillot, né à Besançon en 1816, était au nombre de ses ouvriers : malingre et de faible apparence, ce dernier ne laissait pas prévoir la verte vieillesse qu’il montre aujourd’hui. Il fut le meilleur collaborateur de son père, lequel dès 1828 ouvrait rue Saint-Denis, 278, une petite fabrique d’ar-ticles de voyage.
- En 1843, devenu le maître de la maison, il transporta rétablissement paternel boulevard Poissonnière, sous le nom de Bazar du Voyage. L’idée était juste et l’appellation heureuse : réunir sur un seul point et offrir à l’œil des personnes qui vont se mettre en route les objets dont elles pourraient avoir besoin et à la plupart desquels elles ne pensent même pas, est aussi ingénieux au point de vue du commerçant qu’utile au point de vue du voyageur.
- La révolution de 1848 vint paralyser les efforts de M. Alexis Godillot. Fort heureusement, son cerveau n’était pas de ceux
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- qu’un bouleversement quelconque réduit à l’inaction. 11 se mit à fabriquer des lanternes; la lanterne vénitienne venait de faire son apparition et ne devait pas tarder à détrôner son rival, le fumeux lampion, qui depuis nombre d’années était la personnification des réjouissances publiques.
- Dès cette époque, M. Alexis Godillot devint entrepreneur de fêtes publiques, et il donna un essor tout nouveau à cette industrie. La fortune commençait à récompenser les efforts de l’ingénieux négociant : la guerre de Crimée vint ouvrir un champ plus vaste à son infatigable activité. Comme fabricant d’articles de campement, il fut appelé par l’Administration de la guerre pour concourir à la fabrication des tentes de troupe.
- Ce fut l’origine de ses premiers rapports avec le département de la guerre. Il livre des tentes en grand nombre, et même il entreprend des fournitures de divers genres : matériel d’ambulance, objets de campement, etc. Dans des délais extrêmement courts, il effectue des livraisons considérables, à la grande satisfaction de l’Administration, surprise de voir ce nouveau venu
- lui rendre de si éminents services. C’est de cette époque (1854)
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- que date la construction de l’usine de la rue Rochechouart, n# 54.
- Il y installa non-seulement des ouvriers, mais aussi de nombreuses machines pour les aider dans leurs travaux et rendre l’exécution plus rapide et plus parfaite.—Il reçut enfin en 1856 I a croix de la Légion d’honneur, qu’il avait si bien méritée.
- L’expérience de la guerre de Crimée et de la guerre d’Italie avait prouvé que les ateliers régimentaires étaient insuffisants, en temps de guerre, à fournir les grandes quantités de chaussures et d’effets d’habillement nécessaires. Dans les moments de presse, l’industrie privée, surprise elle-même par ces commandes nouvelles, avait peu produit. Frappé de cette situation, le directeur de l’administration de la guerre, M. Darricau, appréciant l’esprit d’entreprise et les facultés créatrices de M. Alexis Godillot, l’encouragea à créer des ateliers pour confectionner de la chaussure et de l’habillement, confections qui jusque-là avaient été confiées exclusivement aux ateliers régimentaires.
- Un premier marché de cent mille paires de souliers fut passé
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- Usines Alexis Godillot,
- Le Hall de l’usine centrale,
- Estampage
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- avec M. Alexis Godillot en 1859. Puis, en 1860, des marchés de cinq années lui furent confiés, l’un pour rhabillement, l’autre pour la chaussure.
- C’est à cette date que remonte la création des usines de chaussures, 61, rue Rochechouart, et d’habillement, n°* 65 et 65.
- Ces ateliers étaient alimentés par des commandes représentant environ un tiers de la consommation de l’armée, mais ils étaient établis pour pouvoir produire à un moment donné une quantité quadruple.
- M. Alexis Godillot, en présence de l’extension de ses fournitures pour l’armée, vendit son établissement d’articles de voyage, qu’il avait transporté boulevard des Capucines, au coin de la rue de la Paix, et son établissement de fêtes publiques, qui occupaient la première place dans leur nature d’industrie.
- Plus tard, les prévisions d’armement engagent le maréchal
- Niel à faire de grands approvisionnements, et en 1867 l’atelier
- de chaussures produisit 1,100,000 paires de souliers ou bottes,
- tandis que l’usine d’habillement, de son côté, confectionnait
- 1,200,0b0 effets. L’usine du n° 54 de la rue Rochechouart étant
- devenue insuffisante pour les quantités d’objets d’équipement et
- de campement demandés, M. Alexis Godillot construisit une
- autre usine au n° 52 de la même rue.
- *
- Pendant la guerre de 1870-71, ces établissements servirent largement à l’approvisionnement de l’armée assiégée. L’investissement de Paris ne leur permit pas de produire tout ce qu’ils auraient pu donner, mais, en dépit des obstacles, ils purent remplir les engagements de leur fondateur.
- M. Alexis Godillot, voulant entrer dans les vues de l’Administration , créa à Nantes, en 1875, une fabrique de chaussures disposée pour produire normalement, chaque année, 200,000 paires de chaussures, mais pouvant, en cas de besoin, pousser la fabrication jusqu’à 500,000 paires.
- Etant, en France, le plus grand consommateur de cuirs, M. Alexis Godillot fut amené à compléter ses usines par deux établissements nouveaux.
- Une corroierie munie de toutes machines perfectionnées fut
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- construite en 1875, rue Pétrelle, sur un terrain adjacent à rusine centrale. Et pour s’assurer des cuirs d’une qualité constante, une tannerie considérable fut également établie, en 1876, dans la plaine Saint-Ouen.
- En 1878, l’Administration de la guerre, décidée à organiser en province des ateliers devant alimenter des régions de territoire, passa avec M. Alexis Godillot des marchés comprenant la fourniture de la chaussure, de la coiffure, de l'habillement, du grand équipement pour neuf corps d’armée, plus le gouvernement de Paris. Les usines de Paris alimentent le gouvernement de Paris et trois corps d’armée voisins. L’usine de Nantes, qui fabriquait déjà la chaussure, a été notablement augmentée pour produire les autres effets destinés à trois corps d’armée. L’usine de Bordeaux est construite de toutes pièces en vue d’alimenter trois corps d’armée.
- Aujourd’hui, les usines Alexis Godillot représentent un groupe encyclopédique de nombreuses spécialités; — les cuirs, les tissus, les fers, les tôles, les bois même y reçoivent de nombreuses façons, non-seulement pour les objets produits, mais pour la préparation des différentes pièces qui les composent.
- *
- * *
- Les ateliers actuels de Paris occupent les nombres pairs et impairs de la rue Rochechouart, au-dessus de sa bifurcation avec la rue Turgot. Je me rappelle très-bien l’étonnement que me causait le premier hall élevé au n# 54, lorsque vers 1856je visitai l’usine naissante dans laquelle, outre les tentes, on commençait à fabriquer des habillements. A cette époque on ne connaissait guère encore ce système de cours couvertes à la hauteur du dernier étage des maisons : les plus hardis se bornaient à couvrir
- à la hauteur du rez-de-chaussée.
- »
- Ce système a été adopté par M. Godillot dans toutes ses constructions. Il a ce grand avantage de pouvoir utiliser en galeries vivement éclairées les saillies de chaque étage, tout en conser-
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- vant pour le rez-de-chaussée l’espace, la lumière et l’air. Les planches (pages 4-5 et 12-13) donnent une idée de ce mode de construction industrielle. Les machines peuvent s’élever à toute hauteur dans Je hall central, et les transmissions s’y développer sans risquer de heurter le plafond. Des monte-charges font le service des galeries superposées, et, à peu de frais, ramènent tous les étages comme sur un même plan.
- »
- Si l’on entre dans le hall du numéro 54, on trouve immédiatement à gauche un magasin, ou plutôt un musée de tout ce qui concerne l’éàuipement militaire, l’outillage et le logement en campagne.
- Ce sont d’abord les coiffures de tous les peuples militaires, depuis le casque en liège des troupes anglaises dans l’Inde, jusqu’au shako pointu des soldats d’Eylau, encore aujourd’hui conservé par quelques régiments de l’armée russe.
- Le bonnet à poil et le shako de la Restauration font pendant
- »
- au képi du fantassin de Magenta; le casque du garde-noble et du horse-guardest dans l’étagère voisine, sur laquelle s’entassent également lesrpetits képis bas de l’armée espagnole ou le chapeau à plumes du bersaglier.
- Quel joli article historique, descriptif et philosophique cette chapellerie militaire n’aurait-elle pas inspiré à Beyle!
- Les harnais, les différentes sortes de paquetage, les modèles variés des tentes, tout cet outillage portatif que les anciens appelaient impedimenta, et qui, en contribuant au bien-être du soldat, décide souvent du sort d’une campagne, offre au spécialiste, à l’historien, à l’économiste et au philosophe une étude du plus grand intérêt.
- A la suite de ce musée s’ouvrent, sur la salle centrale, les ateliers de casquerie, bouderie, boutonnerie, clouterie et industries accessoires, avec leurs bacs à dérocher, leurs fours à
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- recuire et le petit outillage professionnel. Le grand outillage occupe le centre de la salle.
- Les machines à bois découpent les modèles, les planchettes destinés à former la carcasse du havre-sac.
- La petite machine à clouer est placée en face de son atelier spé-
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- cial. Puis viennent les estampeuses de tous modèles qui emboutissent les bidons, les gamelles; les plats et toute la ferblanterie servant de batterie de cuisine à la troupe; tout cela fonctionnant avec une activité et un entrain réellement merveil-leux.
- Dans le bas côté de gauche sont les fours à recuire où séjournent les pièces entre leurs divers passages à l’étampe.
- De ce même côté de la rue, en dessous et en dessus des ateliers
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- dont nous venons de parler, sont les magasins de cuir et les salles de corroierie, dont nous reparlerons avec plus de détail quand nous reviendrons de la grande tannerie de Saint-Ouen.
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- * *
- Traversons la rue, et entrons dans la salle centrale du n° 65.
- Là on découpe, à la scie à ruban, le drap destiné aux pantalons, aux capotes, aux vestes et aux vareuses, par deux cent trente couches à la fois.
- Trois cents machines à coudre, guidées par les ouvrières, font les longues coutures. Les ourlets, rentrures et autres travaux accessoires sont terminés au dehors à la main.
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- Sur une estrade, comme un autel au fond de fa salle, s’étagent les outils, fers à repasser et autres moyens dé pression et de modelage, en quelque sorte, des pièces terminées.
- Tout cet outillage est disposé non-seulement avec une merveilleuse intelligence de l’opération à exécuter, mais encore avec un goût décoratif qui fait de cet atelier un des plus étonnants
- spectacles industriels que j’aie vus dans mes longues tournées.
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- Naturellement, tous les ateliers qui donnent sur les galeries sont consacrés aux opérations de la confection des vêtements militaires, depuis le tracé par centaines des gabarits en carton qui devront servir de guides à la scie à ruban, jusqu’à la pose des boutons, passementeries et ornements divers qui rehaussent ces sortes de vêtemen ts.
- Les ateliers de chaussures sont situés au n° 61 de la rue Rochechouart, du même côté que les bâtiments de la confection.
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- On y fait deux sortes de chaussures : le soulier pour l’infanterie, la bottine pour la cavalerie.
- Le soulier que porte actuellement notre armée est souvent, très-improprement d’ailleurs, désigné par le nom de l’industriel dont nous décrivons les établissements.
- M. Alexis Godillot n’est pas l’inventeur de ce genre de chaussures; il n’a que le mérite d’en avoir produit de grandes quantités. En effet, le soulier d’ordonnance est décrit par arrêté ministériel en date du 25 janvier 1852, c’est-à-dire vingt-huit ans avant que M. Alexis Godillot s’occupât de fabrication de chaussures1.
- Le soulier et la bottine suivent une fabrication analogue. Le mode de confection prescrit par l’administration de la guerre détermine que le talon, la cambrure sont vissés et que les coutures sont toutes faites à la main ; on ne se sert donc pas de
- 1 Avant 1828, l’armée faisait usage d’un soulier du modèle (page 17), dont nous n’avons pas trouvé la description au Journal militaire officiel.
- Ce croquis a été relevé avec la note suivante, sur un album de l’uniforme de l’infanterie, daté de 1828 :
- « L’empeigne des souliers est d’un seul morceau sans ailettes intérieures. Elle revient par-dessous la trépointe et est encore prise dans la couture qui assemble celle-ci avec la première semelle. »
- Par arrêté en date du 25 janvier 1832, M. le maréchal duc de Dalmatie, ministre de la guerre, faisait connaître à MM. les lieutenants généraux, commandant les divisions militaires, à MM. les intendants et sous-intendants militaires et aux conseils d’administration des corps de troupes :
- « Qu’il était indispensable de modifier le soulier, et qu’au fur et à mesure des confections nouvelles, il faudrait tenir la main à ce que l’avant-pied, au lieu d’être garni de deux oreilles, fût ouvert sur le dessus, et à ce que la couture qui réunit à l’endroit du talon les deux côtés du quartier, et que celles qui joignent l’avant-pied aux quartiers, fussent faites de manière à ne laisser au dedans du soulier aucune aspérité. »
- Le 22 août 1832, la description suivante parut au Journal militaire officiel :
- « Les souliers sont de forme droite et carrée. Les semelles et la trépointe doivent être en cuir fort, bien tanné, dit vache maigre; les empeignes et les quartiers en vache corroyée; la première semelle est garnie de 50 pointes à vis, sur 2 rangs, l’un bordant le long de la coulure, F autre à 6 lignes du premier. Chaque talon, est garni de 30 chevilles sur 2 rangs aussi, 20 au premier et iO au second.
- « Les modèles ayant été confectionnés généralement avec une coulure sur les
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- machines pour coudre la chaussure, l’administration de la guerre n’ayant pas encore admis ce mode de travail. .
- A ses divers voyages en Amérique, M. Alexis Godillot a rapporté les machines à coudre la chaussure, et sans cesse il a acheté les machines de ce genre qui se produisaient en France, désireux d’ètre au courant des perfectionnements de toutes les
- industries qu’il dirige. On emploie ces machines spéciales pour les
- fournitures aux gouvernements étrangers, avec lesquels, de même que pour la confection des vêtements, ia maison est en relation.
- M. Alexis Godillot a établi sa fabrication sur les trois principes suivants :
- 1° Préparation des pièces coupées, intervention de machines de façon à faciliter la confection.
- 2° Division du travail en un nombre de sections où l’ouvrier travaillant à la main est voué à la même phase de fabrication. 5° Finissage mécanique de la chaussure, remplaçant, une fois
- talons, laquelle réunit les deux quartiers, cette couture est tolérée, mais elle doit être faite de manière à ne laisser dans l’intérieur du soulier aucune aspérité.
- « Le tracé ci-joint n° 1 (page 17) indique la façon dont les quartiers doivent accompagner dorénavant l’empeigne sur le coude-pied, au lieu d’y formes• deux oreilles. La couture qui les joint entièrement à V avant-pied ne doit présenter aussi aucune aspérité dans F intérieur du soulier.
- « Le tracé n° 2 indique le dessus du soulier, ayant sur Vavant-pied une ouverture de quarante millimètres environ; un lacet en cuir, destiné à resserrer celte ouverture, passe dans 6 trous, dont deux sont placés de chaque côté de Vempeigne et un de chaque côté des quartiers. Il existe sous le lacet un morceau de cuir corroyé, large de 25 millimètres, adapté à l’empeigne par une petite coulure, et destiné à amortir l’action du lacet sur le coude-piedy toutefois un des bouts du lacet traverse cette languette dans sa partie supérieure, afin de la maintenir dans une position convenable.
- « Le tracé n° 3 indique le soulier avec des semelles non cousues; l’empeigne est d’un seul morceau sans ailettes intérieures ; elle revient'par-dessous la trèpointe, et est encore prise dans sa couture qui assemble celle-ci avec la première semelle. »
- Le soulier était porté l’hiver avec la guêtre en drap noir et l’été avec la guêtre en toile blanche.
- L’adoption de ces guêtres est antérieure à 1828.
- Le 11 juillet 1839, par décision ministérielle, M. Schneider, ministre de la guerre, prescrivit l’usage des guêtres de cuir en remplacement de celles de drap.
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- les pièces assemblées, le travail que l’ouvrier faisait péniblement à la main.
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- Les opérations préliminaires : traçage, découpage à l’emporte-pièce, battage au marteau mécanique des semelles découpées, remplissent une partie des ateliers. L’opération dite estampage a une importance considérable comme économie et comme solidité. D’après une ingénieuse disposition imaginée par M. Alexis Godillot, la première semelle, placée entre une matrice gravée et le poinçon d’un fort balancier mû par la vapeur, se trouve recevoir une empreinte représentant les mêmes reliefs que ceux que l’ouvrier cordonnier produit avec son tranchet dans la fabrication ordinaire par une sorte de travail de ciselure.
- Le coup de balancier fait saillir un bourrelet qui servira à faire la couture première et en même temps marque l’emplacement des points, tandis que dans l’opération à la main, opération plus coûteuse d’ailleurs, l’ouvrier, pour faire son travail de ciselure, coupe les fibres du cuir; s’il est peu habile, il risque d’entailler profondément le cuir et compromet ainsi la solidité de la première semelle qui est la base de la chaussure.
- La deuxième semelle, par un estampage analogue, reçoit une gravure marquant l’emplacement de la couture deuxième, des clous, et la date de fabrication.
- Chaque phase de fabrication est répartie dans une section.
- NOMENCLATURE
- DES DIVERSES SECTIONS DE L ATELIER DE CHAUSSURES.
- 1 Section de traçage de : Semelles. Rep, 3 sections.
- 1 Section de : Clouage des talons.
- — Parage des premières.
- 1 — Parage des quartiers.
- 1 — Jointure.
- 1 — Montage.
- 1 — Couture première.
- 1 — Brochage.
- 1 — Couture deuxième,
- i — Clouage,
- i — Sortie de formes.
- 1 — Rabattage.
- 1 — Vissage.
- 1 — Talonnage.
- 1 — Affleurage des vis.'
- 1 — Rabotage.
- 1 — Ebourage.
- 1 — Polissage.
- 1 — Bichonnage.
- Coupe de :
- Estampage de
- Griffage des
- Premières.
- Empeignes.
- Quartiers.
- Cambrures.
- Semelles.
- Premières.
- Empeignes.
- Quartiers.
- Cambrures.
- Bons-bouts.
- Sous-bouts.
- Trépointes.
- Fers.
- Cambrions.
- Semelles.
- Premières.
- Sous-boutS.
- Bons-bouts.
- 3 Seclious.
- Tôt. 20 Sections.
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- USINES ALEXIS GODILLOT. 15
- Les ouvriers faisant constamment le même ouvrage deviennent plus habiles. 11 est plus facile de former des apprentis; d’un autre côté, un contre-maître spécialement attaché à chaque section distribue l’ouvrage, le reçoit, et, par suite, chaque phase du travail se trouve contrôlée.
- Le finissage mécanique de la chaussure par des appareils imités de la toupie des machines à travailler le bois est une heureuse invention due àM. Alexis Godillot. Sur l’arbre vertical, M. Alexis Godillot dispose une sorte de fraise d’une forme spéciale faisant 2,000 tours à la minute et qui^germet à l’ouvrier d’unir la surface de la lisse et du talon bien plus facilement qu’avec le tranchet. C’est l’opération appelée rabotage; c’est celle que représente la page 16. A la suite du rabotage, au moyen d’un mandrin de buis enduit de cire, monté sur l’axe d’une autre toupie, on termine les lisses et les talons en effectuant ce qu’on appelle le polissage.
- Cette opération remplace économiquement le coup cfastique donné à force de bras avec un polissoir.
- Nous indiquerons sans les décrire les autres opérations mécaniques du finissage :
- Dressage de face verticale du talon à la râpe mécanique ; Affleurage des têtes des vis à la meule à émeri, etc.
- En résumé, la fabrication de chaussures ainsi réglée est une fabrication économique contrôlée à chaque moment et au moyen de laquelle on peut augmenter facilement la production si cela est nécessaire.
- Les coutures sont faites par des cordonniers, les autres opérations peuvent être confiées à des manœuvres. Ainsi, sur les 500 ouvriers de l’usine, il n’y a guère qu’un tiers de cordonniers proprement dits.
- L’usine, qui normalement produit 300,000 paires, a pu, certaines années, en produire 1,200,000.
- La production par homme dans la tâbrication ordinaire ne dépasse guère une paire par jour; elle atteint trois paires par jour dans la fabrication imaginée par M. Alexis Godillot.
- Le développement des ateliers de chaussure, de molleterié, de
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- Usines Alexis Godillot. — Fabrique de chaussures.
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- Souliers d’ordonnance 1832
- Semelles estampées (voir page 14).
- N° 3.
- Ancien soulier d’ordonnance,
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- 18 GRANDES USINES.
- harnachement, l’emploi du cuir à tant d’usages, avait fait de M. Alexis Godillot un des plus grands, peut-être le plus grand consommateur de cette matière précieuse, si difficile à se procurer au moment où on en a le plus besoin, si difficile surtout à obtenir constante et irréprochable.
- La responsabilité si grande prise par M. Alexis Godillot vis-à-vis de l’État et même de la nation dans la fourniture des armées, le détermina à faire son cuir lui-même. Voulant pouvoir surveiller en personne tous les détails de cette importante industrie préparatoire, il construisit une tannerie modèle à quelques kilomètres de ses ateliers.
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- La tannerie de Saint-Ouen a été construite en 1875. Au mois d’octobre de cette même année, on commençait la fabrication.
- Elle est bâtie sur un terrain d’une étendue de plus de 5 hectares. La production annuelle atteint 50,000 peaux, dont :
- 15,000 cuirs forts;
- 20,000 vaches;
- 15,000 chevaux.
- Les matières employées sont les écorces de chêne de la Nièvre, de Normandie, les écorces d’Afrique et le bois de châtaignier, lequel entre pour moitié, comme poids, dans la consommation.
- Le nombre des ouvriers employés est de 150.
- La tannerie consomme environ 600 mètres cubes d’eau par jour; cette eau a deux origines. Un puits artésien de 85 mètres de profondeur donne l’eau la plus pure destinée à l’alimentation des chaudières; cette eau est puisée dans les sables et remontée par un éjecteur Friedmann.
- La grande masse d’eau employée est fournie par un puits ordinaire à grande section prolongé par un forage de quelques mètres (profondeur totale : 56 mètres dans le calcaire grossier).
- Cette eau est remontée dans un réservoir par une pompe à chapelet qui peut débiter plus de 60 mètres cubes à l’heure.
- L’eau étant élevée à hauteur de 17 mètres, le rendement
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- constate plusieurs fois par essais répétés faits à Pindicateur de Watt, est de 71 O/O.
- On a ainsi résolu le problème qui paraissait autrefois impossible, d’établir une tannerie au milieu d’une plaine, et non sur le bord d’un cours d’eau.
- Les moteurs sont : 1° Une machine horizontale de 30 chevaux à condensation pour l’atelier principal ;
- 2° Une machine du Compond de 30 chevaux pour la trituration des bois et écorces ;
- 5° Une locomobile de 10 chevaux pour le hachage des écorces (ne fonctionnant qu’au moment de l’arrivage des écorces).
- En. outre, quatre chaudières représentant 190 mètres carrés de surface de chauffe servent à la production de vapeur.
- Les machines spéciales sont exclusivement employées pour le travail des matières tannantes et pour les cuirs dits molleterie.
- Pour le travail des matières tannantes :
- 1# Trois hachoirs pour la réduction des écorces en écorçons , et dont la production est enlevée par une chaîne à godets;
- 2“ Deux triturateurs, système Anduze ;
- 3° Une machine à triturer le bois de châtaignier, système Allard, modifié par M. Alexis Godillot;
- 4° Une déchiqueteuse à scies circulaires inventée et construite par M. Alexis Godillot, pour la trituration du bois de châtaignier;
- 5° Un cylindre cribleur alimenté par des chaînes à godets qui divise le bois moulu par les deux machines précédentes en plusieurs numéros suivant la grosseur ;
- 6° Une scie circulaire pour diviser les bûches de châtaignier et remplacer la division à la hache.
- Pour le travail des cuirs dits molleterie :
- 1° Un pont roulant de 3,000 kilog. avec cadres et baguettes eh fer servant au levage dans les pelains, bassins remplis d’eau de chaux qui agit sur les peaux pour faciliter l’enlèvement des poils. Les cadres sont chargés chacun de 50 peaux en poil; cette machine remplace le levage a la main.
- 2° Deux tonneaux purgeurs à compartiments où s’opère une
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- TTsincs Alexis Godillot. — Conoierie de la rue Pétrelle,
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- sorte de rinçage pour enlever le reste de l’eau de cnaux, com binée avec un raclage.
- 3° Une façonneuse Fitz-Henry.
- 4° Une scie à refendre en tripe, c’est-à-dire avant tannage, système Martin.
- ^ 5° Deux machines à refendre, système Poisson.
- 6° Seize moulinets de coudrage pouvant travailler chacun 5,000 livres de peaux en tripe. Les peaux soumises à ces appareils reçoivent une première préparation au tannage définitif qui aura lieu dans les fosses à écorce par leur immersion dans des bassins remplis de jus ou eau chargée de tannin et progressivement concontrée.
- 7° Vingt-quatre balanceuses remplaçant le levage à la main de la basserie.
- 8° Une batterie de deux pompes à action directe de vapeur pour le mouvement des jus.
- Il n’est employé aucune machine dans le travail du cuir fort, sauf une pompe d’un modèle usité dans la tannerie anglaise pour le mouvement des jus et trois marteaux à battre.
- En outre de ces machines, il y a dans l’établissement :
- Trois ponts bascule. — Trois monte-charge. — Quarante wagonnets pour le transport des marchandises. — Une installation complète pour la fabrication du gaz. — Trois poulpes pour l’alimentation d’eau.
- Un nouveau et très-intéressant fourneau combiné parM. Alexis Godillot permet de brûler la tannée humide telle quelle sort'des fosses et supprime ainsi l’emploi des presses à essorer. Ce fourneau peut convenir également à tous les combustibles menus.
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- Le plan de l’établissement a été étudié de manière à ce que les divers ateliers soient disposés suivant l’ordre méthodique du travail.
- Dans une partie bien distincte des bâtiments, les matières tannantes subissent toutes les opérations servant à transformer
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- les écorces en tan, et elles arrivent en cet état sur la cour où elles sont employées.
- Dans une autre partie de l’établissement se trouve le bâtiment principal destiné au travail des peaux; il est divisé en tranches parallèles constituant les divers ateliers dans lesquels les peaux passent de proche en proche. Les peaux arrivent dans le magasin des cuirs en poil sur une des faces du bâtiment, et elles sortent par l’autre face après avoir traversé successivement tous les ateliers. Cette construction pourrait être augmentée dans une proportion quelconque par le prolongement de chacune des bandes constituant des ateliers distincts, de manière qu’après cette augmentation la disposition, l’ordre et le rapport des surfaces de ces divers ateliers n’auraient éprouvé aucun changement.
- Les matières premières arrivent dans la tannerie par un embranchement d’une longueur de 600 mètres qui raccorde l’établissement avec le chemin de fer des docks de Saint-Ouen. L’embranchement du chemin de 1er pénètre dans la grange aux écorces, et les boites sont déchargées dans la partie de la grange où se trouvent les hachoirs, de manière à être immédiatement transformées en écorçons.
- Ces écorçons sont enlevés au fur et à mesure de leur production par une chaîne sans fin qui les élève dans la partie supérieure de la grange et les déverse dans des wagonnets à bascule. Une voie ferrée soutenue par la charpente de la grange permet de transporter et de déverser les écorçons dans toute l’étendue de la grange dont le sol est bitumé.
- La trituration des écorçons et des bois se fait dans un bâtiment isolé. Ce bâtiment est relié avec la grange aux écorces et avec les dépôts de bois au moyen de voies ferrées.
- Afin d’éviter tout danger d’incendie, le moteur du moulin n’est pas accompagné de chaudière ; il reçoit la vapeur des générateurs principaux de l’usine par une conduite souterraine d’environ 80 mètres de longueur, avec disposition pour éviter-le refroidissement et permettre la dilatation.
- Un monte-charge emmagasine les écorces et écorçons dans l’étage supérieur du bâtiment d’où on les déverse dans les
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- trémies qui doivent alimenter les moulins à tan. Les diverses moutures recueillies dans des wagonnets sont portées dans un hangar spécial où elles sont pesées, mélangées dans les proportions voulues et arrosées. Ce hangar ou poudrier est situé dans la cour et est en communication avec des voies ferrées fixes et mobiles allant directement à une fosse quelconque où Ton a besoin de tan.
- Le lessivage des écorces pour la préparation des jus se fait dans des cuves en béton d’une disposition spéciale facilitant un lavage méthodique et complet. Les jus arrivés au degré de concentration voulu sont pris par des pompes et emmagasinés dans dés réservoirs d’où part une canalisation qui les distribue dans toutes les parties où ils sont nécessaires. De l’eau chaude est employée pour le lessivage de certaines écorces.
- Un grand bâtiment de 3,800 mètres, contigu à la cour, renferme les ateliers du travail du cuir. 11 est divisé en deux parties bien distinctes, l’une pour le travail des cuirs à semelles, l’autre pour le travail des cuirs dits molleterie. Entre ces deux parties se trouvent groupés les générateurs, le moteur, le service des eaux, l’usine à gaz et l’atelier des réparations mécaniques.
- Les générateurs fournissent la vapeur nécessaire aux moteurs, aux pompes à vapeur à action directe, à un éjecteur, à un chauffage pour activer le séchage pendant l’hiver et les temps humides, et à des bassines à vapeur pour la dissolution des extraits et le chauffage des jus.
- L’eau et le gaz sont largement distribués dans toutes les parties du bâtiment. Le sol des ateliers pour le travail des cuirs est formé d’un dallage en béton avec voies de chemin de fer ; de nombreux orifices d’écoulement conduisent les eaux superficielles dans un système complet de canalisations souterraines aboutissant à un égout collecteur de 300 mètres de longueur.
- Ces canalisations souterraines communiquent avec toutes les cuves et tous les bassins qui doivent être vidés, et la vidange s’opère simplement par la manœuvre d’une bonde.
- La toiture en tuiles avec plafonnage et parties vitrées est disposée en forme de sheds, comme dans les filatures du nord
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- Usines Alexis Godillot. — Tannerie de Saint-Ouen.
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- de la France. Cette disposition donne un jour régulier et ne laisse jamais pénétrer le soleil. Les parois sont construites en dalles de mâchefer unies par une pâte de chaux hydraulique; composition très-solide et qui commence à être employée, en • France, pour les constructions industrielles.
- La fabrication du cuir fort et celle des cuirs dits molleterie, Bien qu’exécutées dans le même établissement, constituent des ateliers entièrement séparés. Pour la fabrication du cuir emploie les meilleures méthodes connues sans changement notable; les machines ne jouent aucun rôle dans cette fabrication. M. Alexis Godillot n’a innové qu’une disposition-particulière de réchauffe dans laquelle les cuirs sont placés sur des baguettes mobiles et dans laquelle le dépilage est régularisé par l’emploi d’un courant d’eau tiède pendant l’hiver et d’un courant d’eau fraîche pendant l’été.
- Dans l’atelier des cuirs dits molleterie, l’outillage mécanique joue un rôle important. Le levage des bassins de trempe et des pelains est singulièrement facilité par la disposition usitée à Saint-Ouen. Au dessus des cuves qui sont disposées en file se meut le pont roulant au moyen duquel un homme peut, en trois minutes, lever le cadre qui porte dans chaque pelain 50 peaux. La facilité du levage dans ces pelains permet l’emploi de pelains gradués en force de jus au moyen desquels on arrive promptement et économiquement à de bons résultats. Un moulinet de grande dimension concourt avec les tonneaux-foulons et la machine Fitz Henri à dégorger complètement de chaux les peaux avant leur passage en basserie.
- Une batterie de 24 balançeuses peut recevoir 1,500 peaux
- et remplace l’ancien système de levage à la main dans les basse-ries. Trois cents fosses disposées dans la cour reçoivent les peaux et le tan, et sont desservies par un chemin de fer qui facilite les manœuvres.
- Construite sur un terrain absolument nu, où rien n’a fait obstacle aux dispositions déterminées, cette tannerie est un des établissements les mieux conçus et réalisés que j’aie visités dans . ma longue carrière d’études industrielles.
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- Rien d’inutile, rien d’imposé, ni par les circonstances locales, ni par les exigences administratives. Je crois qu’il aurait été impossible de dépenser moins pour atteindre un résultat aussi important.
- C’est bien l’usine moderne et modèle dans toute l’étendue
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- du mot. Quand on la compare aux établissements similaires surannés * chargés des intérêts accumulés de monumentales constructions et installations devenues inutiles par les progrès nouveaux, on comprend combien doit être relativement économique cette installation toute logique où rien n’est de trop, où
- récurrent
- dépense inutile
- *
- * *
- Les cuirs de la tannerie de Saint-Ouen ne sont pas vendus au public. Ils sont utilisés par la maison de Paris, après avoir été préalablement préparés dans une usine annexe de corroierie construite, en 1874, par M. Godillot, rue Pétrelle, n° 21. Les ateliers de la corroierie se trouvent ainsi parallèles êt en équerre avec le premier établissement élevé au 54 de la rue Roche-chouart.
- Dans ces ateliers, le cuir qui sort des fosses de Saint-Ouen arrive brut et reçoit un certain nombre de façons dont le but principal est de rendre à la peau, roidie par le tannage, la souplesse et l’uniformité de surface, et, en quelque sorte, dé contexture, qu’exigent la plupart des emplois que cette précieuse matière est destinée à remplir.
- Les peaux tannées en F rance sont généralement plus fermes que les cuirs anglais; aussi exigent-elles pour être corroyées des opérations de ramolissage plus nombreuses. La première consiste à rendre au cuir desséché et durci une souplesse plus ou moins grande suivant sa destination future, en le faisant séjourner pendant quelque temps à l’intérieur de grands tonneaux-foulons de 4 mètres environ de diamètre, tournant sur leur axe. Un filet d’eau pénètre la matière, la gonfle légèrement, et la rotation, en la faisant retomber sur elle-même, la malaxe et la pétrit assez
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- pour qu’elle puisse se prêter aux manutentions successives. Une presse hydraulique fait sortir l’excès d’eau. Lés peaux sont alors placées sur une table où elles sont soumises à ce qu’on appelle le rebroussage.
- Le rebroussage a pour but de frotter fortement et d’étirer la peau afin d’égalisêr, autant que possible, la disposition des fibres. Il s’exécute avec une machine spéciale dont la partie agissante consiste en un morceau de bois formé à sa surface extérieure en fragment de cylindre et creusé de cannelures plus ou moins grosses ou plus ou moins profondes suivant les différents temps de l’opération.
- Cette surface cannelée, animée d’un mouvement de va-et-vient , frotte, comprime et étire la peau étendue sur une table mobile dont un ouvrier surveille et modifie les différentes positions pendant la durée du travail.
- Comme on le sait, les peaux ont un côté dit fleur, surface où étaient implantés les poils et qui est naturellement unifiée par l’épiderme, sorte de vernis naturel, et une autre face, nommée chair, qui est loin d’être aussi unie. Entre les deux faces se trouve le derme plus ou moins épais, plus ou moins serré, suivant la qualité et la provenance de la peau.
- Pour la plupart des usages de la fabrique de M. Alexis Godillot, on enlève à la machine dite à refendre cette face chair, ainsi qu’une mince partie du derme; la feuille ainsi enlevée constitue une variété particulière de cuir qui est revendue au dehors et sert à faire la chaussure bon marché.
- Malgré la perfection de ces machines à refendre, la surface produite n’est cependant pas assez unie pour qu’il ne soit pas nécessaire de lui faire subir Y écharnage.
- U écharnage ne se fait pas à la machine. Pour l’exécuter, on place la peau sur un chevalet, et l’ouvrier la frotte en îa raclant intelligemment au moyen d’un grand couteau à deux poignées, l’une continuant la lame, et l’autre lui étant perpendiculaire. 11 enlève ainsi les nœuds, excroissances et aspérités diverses qui peuvent encore rester après le refendage.
- Vient ensuite la mise au vent. Cette‘ opération, très-pénible
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- quand elle doit se faire à la main, a encore pour but d'unir la surface et d’étirer les fibres.
- Chez M. Godillot, elle s’exécute au moyen de machines du système Tourin. La peau est étendue sur une table mobile horizontalement et est frottée, étirée et brossée au moyen d’une chaîne sans fin tendue par deux cylindres et dont la surface extérieure porte en saillie alternativement une pierre analogue aux pierres à faux, et une brosse à court brin.
- La disposition de la pierre est identique avec celle de ce qu’on appelle en corroierie une quçurce, prise dans une poignée de bois, et avec laquelle l’ouvrier exécute, à la main, la mise au vent des fragments de cuirs trop peu importants pour être planés sur la table dè la machine.
- Le retenage se fait à la main au moyen de Y étire > outil dans lequel la pierre est remplacée par un couteau d’acier mousse : le retenage est pour le côté fleur.
- Puis vient la mise en huile, exécutée à la brosse sur une table à circulation intérieure de vapeur à côté de laquelle sont placées les bassines avec serpentin, où sont maintenus liquides les mélanges de suif et de dégras.
- L’excès de matière grasse est enlevé à la main par le décrassage, friction à l’étire mousse.
- Puis vient le blanchissage à l’étire tranchante : une friction dite tirage au liège exécutée à la main avec un outil ressemblant à la partie active du rebroussage dans laquelle la surface cannelée est remplacée par du liège.
- Pour tout ce qui est croupon, devant être noirci et ciré, le cuir reçoit ce qu’on appelle la mise en noir, au moyen d’une brosse trempée dans du pyrolignite de fer; le cirage, également à la brosse, et, enfin le glaçage par la friction d’une étire dans laquelle le couteau d’acier est remplacé par un morceau de glace épaisse.
- Dans un des ateliers de la corroierie sont des machines dites « cambrer qui préparent les cuirs à recevoir certaines formes qu’ils devront conserver : ainsi, la partie antérieure de la bottine et de la guêtre est moulée en quelque sorte et étirée progressivement sur un large couteau mousse. — Une nouvelle machine
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- américaine, dite Jamison, exécute cette opération avec une perfection rare. La progression de l’étirage et du moulage y est encore mieux réglée que dans les anciennes machines françaises.
- Sans être aussi normalement établie que la tannerie de Saint-Ouen, la corroierie de la rue Pétrelle est cependant aussi bien disposée que peut l’être une usine construite à l’intérieur de Paris. Pour remédier autant que possible aux inconvénients de ne pas avoir tous les ateliers sur un même plan, M. Alexis Godillot les a reliés par un monte-charge à mouvement continu dont les barres horizontales reçoivent les peaux qu’il faut incessamment déplacer pour les conduire aux nombreuses manutentions qu’elles ont à recevoir.
- Des séchoirs à claire-voie reçoivent à chaque étage les peaux travaillées, les emmagasinent et les sèchent.
- Cent cinquante-cinq ouvriers sont employés dans la corroierie de la rue Pétrelle. Elle peut livrer annuellement aux ateliers de la maison Alexis Godillot 40,000 croupons de toute sorte : croupons cirés pour l’équipement, croupons fauves pour le harnachement, une partie des croupons à empeigne et à quartier pour la chaussure; elle produit encore les guêtres, les tiges de bottes, les fausses botles, etc.
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- 11 faudrait un volume entier pour décrire avec leurs infinis détails tous ces ateliers que nous venons d’énumérer si rapidement; mais ce que nous avons dit suffit pour faire comprendre leur importance et leur utilité, ainsi que le mérite de celui qui les a fondés et qui, par l’intelligence avec laquelle il les a dirigés dans les circonstances les plus difficiles, a acquis des droits à la reconnaissance nationale.
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- ÉTABLISSEMENT
- ADOLPHE BOULENGER
- A CRÉTEIL, ET A PARIS, RLE DU VERT-BOIS
- ORFÈVRERIE FINE, - ORFÈVRERIE GALVANIQUE
- FABRIQUE DE NICKEL
- M. Adolphe Boulenger, dont les étagères et les vitrines ont été si remarquées à l’Exposition de 1878, est l’un de nos jeunes industriels les plus méritants. Son esprit inventif et sa persévérance ont fait de l’usine de Créteil l’une des plus intéressantes, peut-être la plus intéressante à visiter dans son genre d’industrie.
- M. Adolphe Boulenger, successeur en 1864 de M. Boulenger-Hautin, venait de construire son usine en 1869, lorsque la guerre vint détruire l’installation à peine terminée. Transformée en forteresse crénelée, elle fut alternativement occupée par divers corps français et étrangers et dut être presque entièrement reconstruite, outillée à nouveau en 1871. Depuis cette époque, sa marche prospère a été progressive et ne s’est pas arrêtée.
- Là, point de luxe de construction; pas d’installation gigantesque, pas de dépenses inutiles; mais de bonnes dispositions industrielles, un excellent outillage facile à manier.
- A Créteil, on tire le nickel du minerai, on fabrique le maille-chort, on le fond ou on le lamine, suivant l’objet qu’on veut en faire, et on lui donne la forme désirée par d’habiles combinaisons où la machine vient aider la main de l’ouvrier.
- Bien que les plus grosses quantités d’orfèvrerie produites
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- GRANDES USINES.
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- soient en maillechort argenté ou doré plus tard à Paris, il se fait encore à Créteil d’importants travaux en orfèvrerie de métaux précieux, argent, or et vermeil.
- A Paris sont les ateliers de dorure et d’argenture. Là aussi s’exécute la ciselure, le niellage, l’émaillage, le brunissage, le classement et la vente. — 11 y aurait beaucoup à dire sur la minéralogie, la métallurgie et le travail de l’or et de l’argent. Nous réservons cette étude pour la monographie d’une de nos orfèvreries parisiennes où l’on ne travaille que les métaux fins.
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- Le nickel est fabriqué à Créteil par la voie sèche, et non par la voie humide, comme dans d’autres établissements. ~
- Les minerais viennent de Calédonie. C’est une pierre presque onctueuse au toucher, d’un beau vert, ressemblant beaucoup à de la malachite; c’est un silicate de nickel contenant de l’oxyde de fer, de l’alumine, de la magnésie, de la silice et des traces de chaux.
- Ce minerai est pauvre en teneur de métal, car la proportion de nickel varie de 5 à 14.
- Le traitement imaginé par M. Boulenger est simple. Il consiste à broyer les minerais et à en disposer la poudre, couche par couche, avec du coke et du carbonate de chaux dans un cubilot d’environ 7 mètres de hauteur. Il se forme alors des silicates qui s’écoulent par une ouverture pratiquée à 0m,70 environ du fond du cubilot.
- Lorsque l’apparence du laitier se modifie, et que certains indices annoncent l’arrivée prochaine du métal que son poids a entraîné au fond, on ferme l’ouverture supérieure, et on ouvre une bouche pratiquée à 0m,20 seulement de la sole ; le nickel s’écoule jusqu’à ce que des filets de laitier indiquent qu’il est temps d’arrêter.
- A mesure que la charge du cubilot descend dans la cuve, on remplit incessamment le gueulard de minerai, de charbon, de carbonate de chaux, et l’opération se continue indéfiniment.
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- Il reste bien un peu de nickel dans le laitier et quelques impuretés dans le métal, mais on le purifie du fer, de la silice et du soufre par un second traitement fort simple, et il devient alors assez pur pour composer les alliages auxquels on le destine.
- En général le nickel brut n’est pas coulé en lingot. Reçu dans les poches quand il s’échappe des fours, il est jeté dans des cuves profondes, pleines d’eau. Dans cette chute, il forme des grenailles de différents volumes. Un panier en tôle percé de trous le ramène à la surface, et les grenailles sont triées par grosseurs et qualités.
- Pour certaines applications, il est nécessaire que le métal soit presque chimiquement pur. Il faut traiter ces grenailles par le procédé Cloez, et l’on obtient alors le nickel métallique, que l’on dépose par la galvanoplastie sur la surface des métaux, pour les protéger contre l’oxydation.
- Le nickel destiné aux alliages est d’abord refondu au creuset de plombagine, dans des fours identiques avec ceux où on fabriquait l’acier de cémentation, en l’alliant avec une proportion égale de cuivre.
- , L’alliage dit maillechort, ou métal blanc, couleur argent, qui est le nom que lai a donné M. A. Boulenger à cause de sa supériorité sur les autres jusqu’à ce jour, est une composition de nickel, zinc et cuivre, suivant la nature des différentes pièces d’orfèvrerie à la fabrication desquelles est destiné le maillechort. Les proportions varient suivant que l’on désire un métal dur et résistant, comme pour les couverts, ou un alliage plus doux et plus malléable, ainsi qu’il est nécessaire lorsqu’il s’agit de pièces repoussées.
- Dans le premier cas, les proportions sont les suivantes :
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- Nickel.................................. 19 0/0.
- Zinc.................................... 19,5 —
- Cuivre..................................61,5 —
- Pour rendre la combinaison plus malléable, on augmente légèrement la proportion du cuivre.
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- f D’autres combinaisons modifient sensiblement les qualités de
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- Fig. 1. — Fonte du métal blanc.
- se lamine difficilement, mais se fond et se cisèle assez bien.
- L’alliage si connu sous le nom d’aljénide ne renferme que 12 0/0 de nickel; c’est donc un maillechort moins blanc que celui ci-dessus désigné sous le nom de métal blanc couleur argent fabriqué chez M. Boulenger.
- ♦ *
- Suivons la série d’opérations que devra supporter le métal blanc.
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- ÉTABLISSEMENT ADOLPHE BOULENGER
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- Fig. 2.
- Fig. 2 bis,
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- Fig. 3. — Découpoir excentrique
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- GRANDES USINES.
- Au sortir du creuset qui est chauffé dans des fourneaux à ventilateurs, et jusqu’à ce que la matière soit à l’état d’homogénéité et de liquidité voulu, il est versé à l’aide de happes en fer dans une trémie dont les ouvertures correspondent à 8 ou 10 lingotières groupées en un seul faisceau (fig. 1) ; on obtient ainsi 8 ou 10 lingots par chaque coulée. Pour la fabrication du maillechort en bandes, les lingotières sont plus grandes et ne donnent que deux lingots par coulée, et un seul pour la planche du commerce.
- Les lingots pour couverts sont passés à un puissant laminoir (fig. 2), appelé xlégrossisseur, qui aplanit la croûte de fusion et vivifie le métal ; ils passent successivement sous d’autres rouleaux, moins forts, mais plus unis, qui les amènent à l’état des bandes (aprèsles recuissons nécessaires), aux dimensions d’épaisseur et de longueur voulues pour être découpés. La recuisson a lieu dans un four spécial, ayant deux ouvertures pour l’entrée et la sortie des planches ou des bandes.
- Lorsque les bandes pour couverts ont atteint leurs dimensions, uii découpoir excentrique (fig. 5) enlève, d’un seul coup, dans leur largeur, deux pièces disposées tête-bêche, massives, ramassées, qui font soupçonner déjà la cuiller ou la fourchette, nommées en terme d’atelier crapaud ou flan.
- Le découpage, malgré cette ingénieuse disposition, laisse un déchet considérable, près des deux tiers de la matière première mise en œuvre, et cependant toutes les opérations sont faites avec une grande économie, puisqu’à Creteil les vieux creusets sont pilés sous des mortiers (fig. 4), pour recueillir les petites parties du métal qui pourraient encore être adhérentes aux parois.
- Lès crapauds sortant du découpoir excentrique sont passés à la meule en émeri faisant 2,000 tours à la minute (fig. 7), afin de les blanchir pour vérifier l’intérieur des pièces; puis ils sont placés sur une matrice plate qui, ftu moyen d’un guide spécial, vient passer au laminoir dit de préparation (fig. 2 bis), lequel allonge successivement les diverses parties de la pièce correspondant aux cuilleron, fourchon et spatule, et lui donne les épaisseurs suivant la gravure de la matrice,
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- Fig. 4. — Pilon de'fonderie,
- Fig. 5. — Mouton à estamper
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- Fig, 6. — Balancier à friction.
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- GRANDES USINES.
- Ces pièces reviennent au découpoir, qui découpe d’un seul coup le cuilleron et les quatre dents de la fourchette. Ainsi préparées, elles sont blanchies aux acides et visitées; les pailles sont enlevées au grattoir, et celles qui présentent des imperfections sont rejetées pour être fondues, de nouveau. Ensuite, l’action d’un petit balancier conduit par un apprenti commence à leur donner la cambrure et l’emboutissage, opérations qui se font simultanément avec une grande rapidité. A ce moment, les pièces sont placées entre deux matrices en acier, gravées en creux et en relief, qui donnent aux couverts leur-forme définitive, avec les filets ou autres ornements dont on a voulu les décorer. Ces matrices sont soumises à l’action d’un puissant balancier à friction (fig. 6), d’un système nouveau très-ingénieux et dont le fonctionnement est irréprochable.
- En sortant de là, les pièces sont entièrement terminées quant à leur forme, à leur cambrure, aux reliefs et aux dessins quelles portent. M. A. Boulenger, qui veut que rien ne sorte de chez lui que parfait, exige qu’un choix minutieux soit fait à chaque operation, et prescrit de rejeter les pièces pour le moindre défaut.
- On les amène à la perfection par les opérations suivantes : Vébarbagese fait au moyen d’une mollette en acier à 2,200 tours par minute qui enlève les grosses rebarbes, et est achevé à la lime; pour l’intérieur des fourchettes, on emploie une fraise très-mince en acier faisant 2,500 tours à la minute. (Fig. 7 bis,)
- Le polissage s’effectue au moyen d’une mollette en buffle, à 2,600 tours par minute; il est terminé sur un moule de brosses de poils de sanglier qui pénètrent en même temps dans toutes les parties creuses. (Fig. 8.) La pierre ponce réduite en poudre et l’huile sont les matières employées.
- Dans lé cours de la fabrication , tant des couverts que des pièces d’orfèvrerie, on les soumet à la recuisson et au dérochage nécessaires.
- L’argenture des couverts a lieu par les procédés Ruolz et Elkington, tombés depuis longtemps dans le domaine public après avoir été achetés par MM. Christofle et Cu. L’expiration des brevets, en permettant la libre concurrence, a été l’une des
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- principales causes de l’extension qu’a prise l’orfèvrerie de table et des progrès réalisés dans la fabrication. 11 existe aujourd’hui une dizaine environ de maisons ayant un outillage assez important pour effectuer une fabrication complète.
- Les opérations que nous venons d’énumérer ont surtout pour but la fabrication des couverts.
- Les autres pièces de table ou d’ornement sont le produit d’opérations analogues sans être identiques. Ainsi, par exemple, les manches de couteau qui devront être, plus tard, argentés ou dorés, sont frappés au mouton (fig. 5), sur des plaquettes de maillechort présentées à la main par un ouvrier sur une étampe faisant enclume, au creux de laquelle se moule la partie convexe du manche de couteau.
- La partie concave reçoit le choc d’un relief fixé sous le bloc du mouton; on forme ainsi deux coquilles qui sont ensuite découpées à l’emporte-pièce, puis égalisées et soudées au chalumeau avec une grande perfection.
- Un ébarbage, suivi d’un fraisage à la roue de buffle et d’un polissage, efface si bien la jointure des deux pièces que le manche du couteau semble être d’un seul morceau.
- Beaucoup de petites pièces ou d’ornements accessoires de grandes pièces sont massifs et venus de fonte, et se soudent aux plateaux, théières, soupières, aiguières, coupes et vases quelconques d’utilité ou de simple ornement fabriqués à Créteil. Dans l’exécution de ces pièces, la machine vient en aide à l’ouvrier orfèvre pour lui faciliter de modeler, étendre, cintrer le métal à sa fantaisie ; mais cette intervention mécanique joue un moins grand rôle que dans la fabrication des couverts. Quelquefois même la pièce s’exécute entièrement au maillet et au marteau, en frappant la lame de métal appuyée sur un mandrin.
- D’autres fois, le mandrin est porté par un tour à repousser (fig. 9) sur lequel la pièce est fixée, et l’ouvrier, armé d’une bigorne, force sur les points qui devront être rétreints et obtient les différentes modifications de repoussé qu’il désire.
- On peut même, pour les vases à col étroit, fabriquer des mandrins dits brisés dont les morceaux assemblés se séparent
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- quand la pièce est terminée et sortent-un à un par l’ouverture. C’est ainsi qu’on arrive à exécuter des cafetières, des théières à corps large et à col serré.
- On fait, à Créteil, grand nombre de plateaux, soit carrés à angles arrondis ou à contours, soit ovales ou ronds. Pour ces plateaux, on commence par les emboutir à l’aide d’une matrice et d’une presse; on soude la bordure qui est venue de fonte, puis ciselée. On les plane ensuite; on enlève à la meule les aspérités de la surface et les bavures de la soudure ; enfin, on polit avant de dorer ou d’argenter.
- Ces plateaux m’ont paru être une des fabrications les mieux réussies de la maison. Il est rare qu’ils soient simplement unis. La plupart sont guillochés, gravés au burin ou à l’eau-forte avec un art véritablement merveilleux.
- Le magasin de l’avenue de l’Opéra montre des spécimens très-curieux de cet art nouveau.
- Le catalogue de M. Adolphe Boulenger, outre les couverts proprement dits, qui se vendent par douzaines et douzaines de douzaines, en quantité considérable, soit en France, soit à l’étranger, et à des prix très-abordables à toutes les bourses, comprend près de 600 modèles courants, sans compter les œuvres d’art uniques que l’on ne recommence point.
- Les candélabres, flambeaux, sont compris dans cette longue énumération où se trouvent les modèles du meilleur goût ainsi que les objets de l’usage le plus approprié au besoin de la vie courante.
- Les procédés de galvanoplastie judicieusement employés (a),
- (a) Pour argenter ou dorer le maillechort, le métal blanc, le cuivre, le laiton, on commence par attacher les pièces avec un fil de laiton très-mince, puis on les fait bouillir dans une chaudière pleine de potasse pour enlever la crasse et la graisse, restant du poli; on les décape en les passant dans les acides afin de les rendre brillantes et nettes de toute partie oxydée, et pour permettre l’adhérence complète du métal à déposer sur la pièce. Après le décapage, on les lave dans plusieurs eaux et enfin on les passe dans l’eau bouillante afin qu’elles sèchent toutes seules une fois mises dans la sciure de bois chauffée à une chaleur constante de 45 à 50°. Ces opérations se font très-vite; un seul ouvrier peut faire 250 grammes de couverts par jour, ce qui fait 6,000 pièces.
- On les vérifie de nouveau une à une, on les pèse dans un bureau spécial et à
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- là
- l’heureuse juxtaposition de l’argent et de l'or sur le maillechort, soit poli, soit mat, soit oxydée, ne sont pas les seuls moyens d’ornements dont on use chez M. Adolphe Boulenger. Il a été amené à y joindre les procédés d’émaillage renouvelés des anciens orfèvres et des artistes orientaux.
- Au moyen de petits fils carrés en cuivre fixés en relie! sur les surfaces, on retient les émaux colorés se vitrifiant à une température peu élevée et que le refroidissement après fusion maintient entre les limites du cloisonnement.
- On peut ainsi varier indéfiniment les effets en mariant la
- l’atelier, et l’argenteur ne peut pas les mettre dans son bain sans que ce poids ait été reconnu comme étant le même dans le bureau que dans l’atelier. Ce contrôle ayant lieu consciencieusement, il ne peut donc y avoir d’erreur.
- Les pièces ainsi pesées sont poinçonnées d’un numéro différent, soit par pièce par douzaine ou par cent, suivant l’article, afin de les reconnaître à la sortie du bain, et placées dans des crochets d’une disposition particulière, qui doivent supporter les pièces dans la cuve à argenter, contenant une dissolution d’argent dans l’acide nitrique mêlée au cyanure de potassium.
- Chaque bain contient 800 litres, et chaque litre contient environ 30 4 34 pour 100 d’argent ; de plus, le bain est divisé dans sa largeur par des tringles qui supportent les anodes d’argent vierge qui doivent l’entretenir dans un état constant de saturation. Les anodes correspondent au pôle positif, tandis que les pièces à argenter suspendues aux crochets correspondent au pôle négatif. De cette façon, les pièces s’argentent en cinq heures; à l’aide d’un seul élément de 12 décimètres carrés, on peut déposer 500 grammes; quelquefois aussi on emploie la machine Gramme qui suffit pour toutes les cuves et dépose dans le même temps 5 kilogrammes d’argent.
- Les pièces sorties du bain au bout du temps nécessaire sont pesées de nouveau. Si elles ne contiennent pas le nombre de grammes voulu, elles sont remises dans le bain jusqu’à ce que la quantité exigée y soit. Une ou deux pesées de ces pièces suffisent pour arriver à la justesse, avec la tolérance de la loi; après quoi ces pièces sont poinçonnées du nombre de grammes déposé et de la marque de fabrique qui est un croissant entouré d’étoiles et le nom A. Boulenger en toutes lettres.
- * * 4»
- 1 A. BOULENGER]
- De cette façon, l’acheteur peut être certain qu’il aura bien le titre demandé et promis, et garanti du reste sur facture en dehors de la garantie des pièces.
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- dorure, l'argenture, le cloisonnage et certaines colorations d'alliages et de compositions dont l'Américain Tiffanv avait su tirer un si bon parti à l’Exposition dernière.
- Il y a bien des précautions à prendre; mais, au moyen de réserves résineuses, on met à l'abri les parties de la pièce que l’on ne veut pas atteindre aux bains d’or ou d’argent.
- Parmi les pièces les plus célèbres exécutées par M. Boulenger, nous devons signaler le surtout de table renaissance dont nous donnons la figure page 12 : corbeille de milieu, étagères, porte-bouquets, candélabres, compotiers, porte-assiettes ont été fort appréciés à l'Exposition de 1878.
- Un grand samovar, (page 13), ou plutôt une véritable fontaine d'un mètre de hauteur, était aussi fort remarqué et méritait de l’ètre : nous en reproduisons la description d'après une brochure spéciale. Il est conçu dans le style Louis XIV.
- Il est à deux compartiments ayant chacun un robinet. Aux quatre coins du pied de la fontaine les quatre saisons sont représentées assises : le Printemps sous la forme d’une jeune fille, l'Été sous celle d'un jeune moissonneur, l'Automne sous celle d’une femme et enfin un beau vieillard symbolise l’Hiver. Ils sont reliés par une guirlande composée de fleurs, de seigle, d'avoine, de fruits, de pommes de pin; ces divers attributs correspondant à leur saison respective.
- *
- * *
- Aux anciens magasins de la rue du Ver^Bois ainsi que dans la nouvelle installation de l’avenue de l’Opéra, se trouve une collection sans cesse renouvelée d’objets d’art et d’usage qui ne figurent pas au catalogue et qui sont le produit des études de M. Adolphe Boulenger, dont l’activité constante est toujours à la recherche de ce qui peut plaire à l'acheteur ou lui être utile.
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- USINES LORILLEUX
- ENCRES TYPOGRAPHIQUES PRODUITS LITHOGRAPHIQUES
- COULEURS, VERNIS, NOIRS D E "p UMÉE (PUTEAUX-NANTERRE)
- Les établissements de la nature de ceux que nous allons décrire sont, en général, peu connus; et cependant, ils sont la base de cette industrie aujourd’hui si développée qui, par le journal , établit entre tous les hommes des relations quotidiennes ; par le livre et la gravure fixe les travaux des philosophes, des voyageurs, des savants et des artistes; par l’affiche, l’annonce et le prospectus développe le commerce et provoque à la vente.
- La vie moderne tout entière est là; c’est d’un peu de ce noir étendu sur du blanc que les souverains tombent et que les nations vivent.
- Bien qu’assez simple au fond, la série d’opérations qui amènent ce noir à un état de division parfaite et qui rendent le vernis contenant le noir capable de s’étendre également sur le caractère et de se fixer convenablement sur le papier, est encore assez compliquée et demande des soins particuliers. La pâte doit être juste assez fluide pour s’étaler sur les lettres et cependant assez siccative pour qu’ayant une fois touché le papier elle s’y fixe instantanément et sèche assez vite pour ne plus maculer, c’est-à-dire rester aux doigts du lecteur, ou s’étaler à côté de la lettre imprimée.
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- GRANDES USINES.
- Il faut aussi que cette encre soit parfaitement homogène et surtout appropriée à la température de l’atelier d’impression et à la nature du travail à imprimer. Chaque travail et chaque genre de machine exigent une composition particulière : ainsi, il serait impossible d’imprimer un journal comme la France avec l’encre qui doit servir à l’impression plus soignée d’un livre ou d’une gravure.
- D’autre part, il faut que l’encre d’imprimerie soit très-bon marché, car les bénéfices matériels et industriels d’un imprimeur de journaux ou de livres sont bien peu de chose, et la concurrence est.grande et active. C’est à qui Fera le mieux et fera payer le moins cher.
- Il était de toute nécessité que l’industrie de fabricant d’encres d’imprimerie réalisât toutes les économies qui résultent d’une grande installation qui seule permet, la réduction des frais généraux et l’avantage de stocks considérables et de relations commerciales très-étendues.
- La maison Lorilleux n’a pu arriver à la place quelle occupe aujourd’hui, et qui est, je crois, la première, que par la succession dans une même famille d’efforts tendant à un même but.
- M. Lorilleux père, fondateur del’établissement en 1818, s’était, en 1852, associé son fils, M. Charles Lorilleux, chef actuel de la maison. M. Charles Lorilleux vient de s’adjoindre son fils, M. René Lorilleux, qui dirige actuellement les usines formant deux établissements très-distincts : l’une est élevée sur le territoire de Nanterre, l’autre sur le territoire de Puteaux, au-dessous du mont Yalérien, à côté de la gare du chemin de fer de l’Ouest et dominant ce magnifique panorama qui a pour premier plan la Seine pour second plan, le champ de courses et le bois de Boulogne, et pour horizon Paris, limité par les collines de Montmartre, de Charenton et d’Ivrv. Cette dernière usine s’appelle Chante-Coq, du nom d’un moulin attenant encore aux bâtiments et transformé en habitation.
- C’est là que M. Lorilleux père lutta contre le préjugé qui faisait, dans un temps où chaque imprimeur avait la prétention de préparer lui-même son encre à la main sur un marbre avec
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- USINES LORILLEUX.
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- une molette, regarder comme suspect tout produit fabriqué en grand.
- 11 lui fallut vingt-cinq ans de lutte; et je me rappelle encore qu’en 1852, dans l’imprimerie de la rue des Poitevins où se fabriquait le Moniteur universel, alors journal officiel, j’avais de grandes querelles avec mon ami Charles Lorilleux qui nous fournissait quelquefois des encres bien loin de la perfection de celles qu’il fait aujourd'hui. Mais il était si contrarié lui-même des petites imperfections que je lui reprochais, il mettait tant de zèle à les réparer que nous finissions toujours par nous réconcilier.
- Aujourd’hui, il est devenu le grand fournisseur de la presse française, et sa marque de fabrique est aussi respectablement connue en Amérique quen Europe.
- Chante-Coq couvre, avec les bâtiments d’habitation, les bureaux et les servitudes* environ 25,000 mètres.
- Les bâtiments qui servent d’ateliers ou de magasins, séparés par des rues très-larges sillonnées de petits chemins de fer, sont construits entièrement en fer et en briques, et disposés de façon à éviter les risques d’incendie.
- En cas de danger, ils seraient garantis, car l’usine reçoit avec abondance l’eau d’un puits foré à cent mètres de profondeur, recueillie dans* d’immenses réservoirs de la capacité de 80,000 litres; de plus, une conduite spéciale, alimentée par la pompe de Suresnes, permet de distribuer partout à profusion l’eau de la Seine.
- Au centre de l’usine sont installés les moteurs : trois machines à vapeur de cinquante chevaux chacune; la chaufferie, dont les chaudières, offrant 300 mètres de surface de chauffe, sortent des ateliers de Durenne; la fabrication des couleurs; celle des rouleaux ; l’outillage et l’atelier de construction mécanique. Ce dernier a un moteur spécial pour faire mouvoir ses machines^ outils (tours, perceuses, raboteuses, etc,); M. Lorilleux fabriquant lui-même les machines qu’il emploie dans ses divers ateliers.
- Des grands moteurs, la force est envoyée aux différentes par-
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- ties de l’usine par des transmissions souterraines établies avec un soin tout particulier.
- Dans les bâtiments de droite sont les magasins de matières premières et les ateliers où se fabriquent les vernis.
- Les bâtiments de gauche renferment : les ateliers de broyage - des noirs et des couleurs; les magasins de produits fabriqués; l’atelier pour l’essai de ces produits; le laboratoire; les remises et les écuries.
- Le caractère distinctif de cet établissement, caractère que nous retrouvons dans l’usine de Nanterre, c’est un sentiment de solitude relative qui produit une impression singulière. Le plus grand atelier, de 100 mètres de long sur 15 mètres de largeur, notamment celui où sont les broyeuses, au nombre de 100, semble absolument désert; lés machines fonctionnent seules; et c’est à peine si quelques ouvriers y apparaissent de temps en temps pour remplir les trémies et emporter les bacs.
- Jamais circulation intérieure de railways ne m’a paru plus intelligemment disposée pour la rapidité du service.
- Le mêrhe silence et la même absence de personnel se font remarquer à Nanterre, où l’on traite par an plus de 900,000 kilogrammes de produits carburés et où deux vastes constructions de 25 mètres de long sur 20 mètres de large reçoivent, d’une façon continue, le produit condensé des fumées produites.
- La planche donne l’aspect extérieur assez étrange de ces chambres à noirs dans lesquelles les dispositions sont si bien prises pour la récolte des produits qu’il s’en perd à peine assez pour teinter légèrement les briques de la construction, mais non pour rendre incultes les terres des voisins, comme dans la plupart des fabriques analogues.
- Dans une brochure publiée par M. Lorilleux sur son indus^ trie, nous trouvons, sur cette fabrication des noirs, d’intéressants détails que nous reproduisons textuellement, car on ne saurait dire plus de choses en moins de mots.
- Il est tellement difficile de trouver, dans le commerce, des noirs réunissant les conditions physiques voulues, que toute maison soucieuse de sa bonne réputation commerciale a dû prendre
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- USINES LORILLEUX. 7
- le parti de préparer elle-même ces produits. C’est pour ce motif que M. Ch. Lorilleux a créé d’abord une fabrique de noirs à Charleroi, puis l’usine de Nanterre.
- Pour fabriquer le noir de fumée, on se contentait autrefois de brûler des corps résineux dans une enceinte ronde ou carrée, dont les parois étaient recouvertes de peaux de mouton. Des trappes, ménagées à la partie supérieure de l’enceinte, permettaient de régler l’accès de l’air. Ce mode primitif de fabrication produisait peu ; aussi, la consommation augmentant, dut-on chercher à le remplacer. Ce fut alors que parurent ces cloches en tôle sous lesquelles on plaçait une marmite contenant de la résine ou des huiles diverses. La fumée produite par la combustion de ces huiles était entraînée v par un léger tirage d’air, dans des conduits en tôle où elle se déposait. Cette manière de procéder présentait de grands inconvénients et même un certain danger, car il pouvait se former des mélanges d’air et de gaz carburés qui parfois prenaient feu au contact de la flamme : des explosions très-violentes et souvent de graves accidents en étaient la conséquence.
- M. Ch. Lorilleux a modifié tout cela; il a établi sa fabrication de noir d’une façon rationnelle et de manière à obtenir le meilleur rendement en évitant tout risque d’accident. Ainsi il est breveté pour un appareil qui lui permet d’utiliser, pour la fabrication des noirs légers, les corps les plus divers, pourvu qu’ils aient une certaine richesse en carbone.
- A Nanterre, on procède de deux façons. Dans un des bâtiments principaux de l’usine, les matières premières sont décomposées par la chaleur dans une cornue, et les gaz qui en résultent sont enflammés à leur sortie sous une vaste cloche en tôle où se produit le noir. Un fort courant d’air, ménagé dans cette cloche, entraîne le noir dans d’immenses chambres d’environ 3,000 mètres cubes, où il se dépose.
- Dans un autre bâtiment, les corps producteurs de noir sont brûlés dans des lampes spéciales et donnent un colorant doué des qualités particulières exigées pour la fabrication des encres fines.
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- Ces deux procédés, parfaitement distincts, et qui diffèrent de tout ce qui se fait ailleurs, sont dus à l’initiative de M. Ch. Lorilleux, qui fabrique ainsi à Nanterre plus de 15,000 kilogrammes de noir léger par mois.
- Le noir tel qu’on le recueille dans les chambres où il s’est déposé ne peut servir à la fabrication des encres ; il faut, avant de l’employer, le débarrasser des matières grasses » goudronneuses qu’il renferme. Pour cela, on en remplit des pots en fonte ou en terre réfractaire, et on lui fait subir, en vase clos, une ou plusieurs calcinations dans des fours à réverbères de grandes dimensions. Ce n’est qu’après cette opération qu’il est propre à être mélangé aux vernis dont nous allons esquisser la fabrication.
- De Nanterre, le noir débarrassé par la calcination de toutes les matières goudronneuses et réduit à l’état de carbone pur, est transporté à Chante-Coq, où il est emmagasiné.
- Dans cette usine on opère le mélange du noir avec les différentes espèces d’huile dont il existe des stocks considérables. L’huile de lin sert pour les encres destinées à l’impression des livres et des gravures. L’huile de résine pour les encres à journaux.
- Jadis on n’opérait que sur de très-petites quantités, et le procédé indiqué exposait les ateliers à de continuelles chances d’incendie; mais aujourd’hui dans une usine comme celle de M. Lorilleux c’est par centaines de mille kilos que l’huile est traitée.
- Au fur et à mesure de leur réception à l’usine, les huiles sont placées dans des réservoirs maintenus à une température constante, et ce n’est que deux ans après leur arrivée qu’elles sont transformées en vernis. Dans les réservoirs, toutes les matières albuminoïdes quelles contiennent se coagulent peu à peu et se déposent au fond*, par des soutirages successifs on obtient enfin une huile qui ne dépose plus, d’une blancheur et d’une limpidité parfaites.
- L’existence de stocks aussi considérables d’huiles est une des meilleures garanties d’une fabrication régulière et parfaite.
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- USINES LORILLEUX. H
- L'huile purifiée est versée dans des chaudières qui sont fixées sur des fourneaux aménagés de telle sorte que le chauffage s’opère par l’air surchauffé dans le foyer. C’est une disposition particulière, qui est la propriété de M. Lorilleux, et grâce à laquelle on n’a jamais eu à enregistrer d’accidents. Ce dernier point est très-important à constater, surtout si l’on ajoute qu’à Chante-Coq on cuit toujours 2,500 kilogrammes d’huile, à la fois, et que l’huile de lin, portée à la température nécessitée par la cuisson, est aussi dangereuse que les huiles minérales les plus inflammables. Pendant l’opération, un agitateur mécanique remue la masse liquide et égalise la température, et ce n’est qu’après un temps qui varie de 24 à 56 heures, que le vernis étant à la force convenable est classé, suivant sa consistance, dans les magasins.
- La cuisson de l’huile paraît, au premier abord, une opération fort simple; cependant elle exige des ouvriers spéciaux, fort attentifs à leur travail, car la moindre faute peut compromettre une cuite. Ce n’est pas tant par l’évaporation que l’huile prend la consistance du vernis, que par un changement d’état moléculaire dû à l’influence de la chaleur : des gaz carburés, de l’acroléine se dégagent, et il reste un corps plus oxydé que l’huile, qui constitue le vernis. Si la température n’est pas assez ménagée, si la cuisson est mal conduite, le vernis peut, pour ainsi dire, se coaguler; le corps obtenu n’est plus qu’une sorte de caoutchouc transparent, et cependant la perte par l’évaporation a été insignifiante.
- On a essayé souvent de colorer les vernis au moyen de matières en dissolution, mais on n’a obtenu que des résultats très-imparfaits. II faut que le colorant à l’état pulvérulent soit toujours tenu en suspension, mais non en dissolution, dans le vernis. 11 doit être réduit en corpuscules si ténus et il doit, être si également réparti qu’il semble y être non suspendu, mais dissous.
- C’est par un broyage très-étudié que M. Lorilleux est arrivé à
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- GRANDES USINES.
- obtenir ce résultat si difficile, et que Ton constate en dissolvant l’encre dans l’essence et en la faisant passer à travers un filtre en papier. Si après filtration le papier ne conserve à sa surface aucun résidu, c’est que le broyage a été bien fait ; sinon, il est incomplet et défectueux.
- Le broyage se fait à Chante-Coq par cent broyeuses ressemblant à première vue aux broyeuses à chocolat. Pour les encres noires on se sert de cylindres en fonte de 0m,60 à 0m,80 de largeur; tandis que pour les encres colorées, les cylindres sont en granit et ont à peine de 0“,50 à 0m,40.
- Par la bonne disposition des engrenages et une vitesse différentielle calculée des cylindres, on a si bien utilisé la force que tout en obtenant un effort considérable, les 150 chevaux-vapeur de l’usine de Chante-Coq suffisent à mettre en mouvement les 100 broyeuses.
- M. Lorilleux ne fabrique pas seulement les encres noires qui constituent la plus grande consommation de l’imprimerie, mais aussi les encres de couleur qui varient à l’infini pour produire ces chromolithographies, ces étiquettes, ces affiches, qui sollicitent à chaque pas notre attention et dont le commerce use si largement.
- Il y a peu d’années, on se bornait à faire à Puteaux le broyage des couleurs sèches et des vernis; mais aujourd’hui on y fabrique les couleurs elles-mêmes, et dans de vastes ateliers, tout remplis de cuves t au milieu d’une atmosphère imprégnée de vapeur d’eau ; on peut suivre les diverses manipulations que nécessite la création de toute la série des couleurs utilisées dans l’imprimerie, Les imprimeurs opèrent souvent eux-mêmes le mélange des couleurs sèches et des vernis; aussi en fort peu de temps la fabrication spéciale de couleurs établie par M. Lorilleux a-t-elle fait un commerce d’exportation considérable.
- Tous les progrès accomplis dans les arts graphiques ont trouvé dans M, Lorilleux un auxiliaire actif et dévoué qui a su mettre au service des nouvelles inventions les fruits d*une longue expérience et ses connaissances pratiques.
- C'est ainsi que l’usine de Chante-Coq fabrique des produits
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- spéciaux pour les graveurs, les relieurs, l’impression en taille-douce, l’impression des valeurs en encres indélébiles et les applications déjà si variées de la photographie à la typographie ou la lithographie.
- Une imprimerie typographique et lithographique est installée dans l’un des pavillons de l’usine, et là des ouvriers habiles n’ont d’autre travail que de faire l’essai de tous les produits qui, chaque jour, sont livrés à une nombreuse clientèl e
- Parmi les annexes de l’usine, la plus importante est celle où l’on fabrique les rouleaux d’impression.
- Composée autrefois d’un mélange de collë'et de mélasse, la pâte à rouleau a dû subir de profondes modifications lors de l’invention des machines à imprimer. 11 fallait une matière parfaitement élastique, ayant la propriété de ne déposer sur le caractère, quelle que soit la vitesse de l’impression, que la quantité d’encre suffisante ; de plus, lorsque furent inventées ces machines à grande vitesse qui permettent d’imprimer 18,000 exemplaires à l’heure d’un grand journal, la pâte dut avoir des qualités de résistance à l’arrachement et à la fusion que n’exigeaient pas encore les machines à labeur même les plus rapides.
- Un atelier spécial est consacré à cette fabrication des diverses pâtes à rouleaux; là, d’énormes chaudières à double fond reçoivent les divers ingrédients qui les composent.
- Ces chaudières sont chauffées par la vapeur directe, mais de telle façon que la température soit parfaitement graduée, et auprès d’elles sont rangés des moules de tout diamètre dans lesquels sont coulés les rouleaux, depuis l’énorme cylindre utilisé pour les rotatives jusqu’aux petits tubes employés par les machines à pédale.
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- Comme on le voit par ce rapide aperçu, cette industrie de fabricant d’encres d’imprimerie, si simple à ses débuts, est devenue fort complexe par tous les développements et les annexions quelle a nécessairement subis en suivant les transformations des arts graphiques.
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- 16 GRANDES USINES.
- Soixante-dix ans à peine nous séparent de l’invention de cette belle industrie, la « lithographie », et déjà c’est par milliers que l’on compte le nombre des artistes et des ouvriers qu’elle occupe, et il a fallu, pour la servir, créer ces encres de couleur si belles et si variées dont elle fait sa consommation journalière.
- Quant à la typographie, bien qu’elle compte plus de quatre cents ans d!existence, ce n’est véritablement que depuis un quart de siècle qu’elle a pris son essor. Aujourd’hui on n’en est plus à compter le nombre des machines qui couvrent le monde de feuilles de papier noirci.
- Les industriels assez prévoyants pour avoir deviné ce grand mouvement de la vie moderne et l’avoir secondé pendant plus d’un demi-siècle, par leurs études et leurs constants efforts, ont rendu le plus grand service à tous ceux qui profitent du résultat, la diffusion des connaissances humaines.
- La fortune est venue justement récompenser des efforts aussi intelligents et aussi bien dirigés. Si dans nos excursions à travers nos grandes industries nous aimons à rencontrer comme
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- à Ghante-Coq une usine modèle , là où la raison d’être de cette usine n’existait même pas il y a cent ans, notre satisfaction se complète en voyant cette usine avoir des débouchés dans le
- monde entier. L’estime universelle et la considération qui s’atta-
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- chent, dans l’imprimerie, au nom de M. Lorilleux, qui lui a rendu et lui rendra encore tant de services, le placent au premier rang parmi nos plus honorables industriels français.
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- PARIS. — TYPOGRAPHIE DE E. PLON ET |Cie, 8,
- RLE GARANTIE RE.
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- FABRIQUE
- DE PAPIERS PEINTS
- DE
- M. ROGER
- A MOUY (OISE)
- L’usine de M. Roger est située dans une riante prairie qui touche à la gare de Mouy, sur le chemin de fer de Paris à Beauvais et au Tréport. Le choix de l’emplacement fut déterminé à la proximité relative de Paris et l’abondance de la population ouvrière dans cette vallée, où les forces d’eau produites par les chutes successives de l’Oise y ont accumulé les filatures, les tissages et diverses autres industries.
- A l’endroit même où M. Roger imprime aujourd’hui ses riches tentures, était autrefois une petite filature mue par quarante chevaux de force accumulés dans un petit étang formé par le barrage d’un des affluents de l’Oise. L’importance de la fabrique ne résulte pas de l’étendue des bâtiments, la plupart légers et rapidement construits, mais bien de leur outillage très-complet, remarquablement installé, augmenté et perfectionné chaque jour.
- Dès les premiers pas dans l’établissement, il est facile de reconnaître un choix parfait dans les agents; tous, ouvriers et contre-maîtres, semblent animés du désir de bien faire aimer leur art, et prendre en quelque sorte plaisir à leur travail.
- C’est que l’industrie du papier peint, quoique devenue presque
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- GRANDES USINES.
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- entièrement mécanique aujourd’hui 7 est cependant une de celles où l’intelligence et le goût de l’exécutant ont le plus de part.
- Le choix des fonds, la disposition des dessins, la répartition
- des couleurs constituent un art véritable plutôt qu’une industrie
- proprement dite. La création des couleurs et la composition des
- pâtes colorées est une science exigeant la connaissance parfaite
- des ressources de la chimie organique et inorganique : — l’invention et la conduite des machines à imprimer jusqu’à vingt-
- quatre couleurs sur une seule presse est un des problèmes les
- plus compliqués dè la mécanique moderne.
- Plusieurs fois déjà, dans de précédentes livraisons, soit pour les papiers, soit pour les tissus, nous avons décrit les anciens procédés d’impression, qui consistaient à former sur des planches plates des reliefs que l’on chargeait de couleur et qu’on venait ensuite appliquer successivement à la main, de manière qu’une planche portant le bleu, une autre portant le rouge, une autre le vert, etc., pussent venir se juxtaposer exactement de façon à produire un ornement ou une figure.
- On fait encore ainsi quelques bordures, soit parce que leur vente étant relativement beaucoup moindre que celle des rouleaux , il serait trop coûteux d’établir pour si peu un jeu de cylindres, soit parce qu’étant à dessins plus nets et plus arrêtés, il est plus commode, plus sûr de les fabriquer à' la main ; mais ce n’est plus qu’une rare exception.
- Tout le reste se fait à la machine, même les imitations de satin, de reps, de moire, de vieilles tapisserie, qui sont aujourd’hui à la mode.
- Nous avons décrit également autrefois le fonçage à la main, qui consistait à étaler sur de grandes tables la bande de papier que l’on voulait recouvrir, avant l’impression, d’un ton uni pouvant servir de fond pour enlever le dessin ; cette opération s’exécutait au moyen de grandes brosses que les ouvriers spéciaux manœuvraient à bout de bras, le corps plié en deux pour atteindre tous les points, opération très-fatigante, et dont le résultat était souvent bien imparfait.
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- FABRIQUE DE PAPIERS PEINTS.
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- Les choses se passent aujourd’hui à Mouy d’une façon plus humaine et plus industrielle; suivons en effet le papier au sortir du grand magasin, qui le reçoit à l’état de bobines, comme pour l’impression continue des journaux. Le papier est enroulé autour d’un mandrin, il a environ 850 mètres de long sur 50 centimètres de largeur; cette longueur a été ainsi calculée pour fournir cent parties de 8 mètres chacune, mesure encore aujourd’hui réglementaire pour constituer ce qu’on appelle le rouleau. L’excédant de 50 mètres donne les 10 centimètres environ que chaque rouleau doit avoir en trop.
- La bobine formée par ces 850 mètres de longueur a, suivant la force du papier, de 50 à 40 centimètres de diamètre; les tranches en sont protégées par des joues en tôle fixées sur le mandrin, qui maintiennent exacte la rectitude du papier pendant l’enroulage et le déroulage. Cette armature des bobines se retrouve pendant tout le cours de la fabrication.
- Quelques papiers bon marché s’impriment directement sans fonçage; le plus souvent ils sont teintés dans la pâte même; mais tous ceux qui ont quelque valeur reçoivent d’abord une couche colorée.
- Avant de décrire les procédés mécaniques pour le fonçage et l’impression, il importe de décrire comment se préparent les pâtes plus ou moins épaisses destinées à produire les fonds et les ornements.
- Parmi les couleurs proprement dites, les unes arrivent à l’usine préparées par des industriels spéciaux; les autres, la plus grande quantité, sont créées dans le laboratoire même, par le mélange de divers sels terreux ou métalliques, par l’extraction de matières végétales et le traitement de bois tinctoriaux, ou enfin par les nombreux dérivés de la houille que la chimie organique moderne a mis à la disposition des teinturiers.
- Le laboratoire de Mouy contient tout l’outillage nécessaire pour ce genre de préparations : il y a des chaudières pour les
- bois colorés, des bacs, des filtres, des foyers et des robinets de vapeur. Ces couleurs sont portées ensuite, au fur et à mesure
- des besoins, dans l’atelier où se composent les pâtes ; cette com-
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- position est une sorte de colle faite avec des débris de cuir, de peaux, et surtout de peaux de lapin — du blanc de Meudon, réduit en poudre aussi fine que possible, qui sert comme épaississant, et de la matière colorante proprement dite. Le tout est brassé à la main par l’ouvrier jusqu’à ce que l’on obtienne une teinte unie dans toutes les parties. La composition est ensuite passée dans un tamis et employée presque aussitôt, car on prépare les terrines de pâtes colorées à mesure que la machine les consomme.
- Cette fabrication des pâtes colorées demande un grand tact de la part de celui qui dirige l’atelier. Il doit arriver nu ton juste pour qu’il se marie avec les couleurs juxtaposées, exactement comme l’a décidé M. Prévost, artiste habile qui est chargé d’inventer les types. *
- Pour le fonçage, ces pâtes colorées m’ont paru plus fluides que pour l’impression proprement dite.
- Au sortir de l’atelier, les pâtes des compositions sont montées dans l’atelier où se trouvent les fonceuses et placées dans une auge fixée à l’avant de la machine.
- Au milieu de cette auge tourne un cylindre dit barboteur qui se charge de la pâte liquide et l’apporte à un second cylindre fournisseur; celui-ci rencontre et touche le papier se déroulant de la bobine, et entraîné sur un drap sans fin assez fortement tendu pour faire table. Pendant son passage sur ce drap, il est frotté par quatre grosses brosses circulaires tournant sur elles-mêmes et autour d’un pivot central à peu près comme les poupées des métiers à lacets. Ces brosses étalent, répartissent, égalisent la couleur sur tous les points du papier.
- Une fonceuse nouvelle, au lieu d’un seul jeu de quatre brosses, est armée d’un second appareil semblable qui rend le travail plus parfait.
- A l’extrémité postérieure de la fonceuse, le papier, couvert de la couche humide qu’il vient de recevoir, ne pourrait être ni roulé, ni pris avec les mains, ni transporté par aucun des moyens ordinaires; il a donc fallu chercher et trouver un procédé spécial. Pour cela on a inventé d’opérer mécaniquement
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- ce qui se fait encore aujourd'hui à la main dans les ateliers de papiers peints où l’on a conservé les anciens procédés.
- Au moyen d’une baguette légère, ressemblant assez aux lattes à bouteilles, le papier est soulevé par-dessous, dès qu’il quitte le drap sans fin qui le soutenait pendant le frottement de la brosse. Les deux extrémités de la baguette portent sur une chaînette sans fin, montant suivant un plan incliné et qui est hérissé de petites chevilles se dressant de place en place pour recevoir l’extrémité des baguettes. — La chaînette sans fin se meut d’un mouvement lent; elle enlève peu à peu la baguette et par conséquent le papier qui pend entre les deux chaînettes.
- A l’extrémité supérieure du plan incliné, la baguette se trouve reprise par une seconde chaînette sans fin, horizontale, qui l’emmène jusqu’à la rencontre d’une troisième chaînette sans fin, également horizontale, qui lui sert de prolongement, mais qui diffère en ceci qu’elle est animée d’un mouvement beaucoup
- plus lent. Les baguettes arrivant successivement avec une rapi-
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- dité plus grande, se trouvent naturellement beaucoup plus rapprochées sur la chaîne sans fin à marche plus lente. Comme le papier est déjà un peu moins humide, ce rapprochement n’offre pas les inconvénients qu’il aurait eus à la sortie de la fonceuse.
- Au bout de soixante mètres environ, les baguettes se trouvent
- prises par un appareil qui leur fait exécuter un demi-cercle et les reporte sur une autre chaîne sans fin animée d’un mouvement plus lent, qui se ralentit encore au milieu de la course, de telle sorte que les baguettes et le papier qu’elles portent finissent par presque se toucher, — la dessiccation étant assez complète pour que le papier foncé puisse être enfin reçu de nouveau par un mandrin sur lequel il s’enroule pour former une nouvelle bobine.
- Afin que cet enroulement se fasse bien régulièrement avant d’arriver au mandrin, le papier passé sous un rouleau, puis sous une brosse de soies qui n’a d’autre but que de l’égaliser strictement pour rendre le parallélisme absolu. Trois autres rouleaux le compriment très-légèrement et lui donnent graduellement la
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- FABRIQUE DE PAPIERS PEINTS
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- tension suffisante pour que l’enroulement sur le mandrin et la formation de la bobine soient aussi parfaits que possible.
- Le plus grand nombre de ces bobines vont directement à
- Établissement Roger. — Machine à vingt-quatre couleurs.
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- l’impression sans recevoir d’autre préparation ; mais il en est un certain nombre qui doivent être ce qu’on appelle satinées.
- La maison Roger est célèbre et renommée pour ce genre de travail, dans lequel elle excelle. Voici comment il s’exécute :
- Le papier doit d’abord être trempé légèrement comme pour l’impression sur les machines nouvelles à imprimer les journaux. Un drap sans fin, légèrement humecté en passant sur
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- GRANDES USINES.
- une auge sous-jacente, soutient le papier et lui communique son humidité. Lorsqu’il quitte le drap sans fin, le drap traîné par des rouleaux animés d’un mouvement de rotation sur eux-mêmes est conduit à la surface convexe d’un dos d’âne en zinc sur lequel le maintient étalé une brosse douce en soies ; un autre rouleau le soutient jusqu’à ce qu’il soit pris par une machine spéciale composée d’un tambour central servant de table cylindrique sur laquelle il reçoit une pression et une friction énergiques déterminées par six brosses cylindriques tournant parallèlement autour du tambour médian.
- Deux petites trémies, agitées par un mouvement dé'secousse* saupoudrent le papier d’une poussière de talc aussi ténue que possible. Les brosses unissent la surface, répartissent le talc, le fixent et lui donnent ce beau poli et cette douceur de toucher particulière au papier satiné.
- Lorsque le premier passage à cette machine n’a pas donné un résultat satisfaisant, on met de nouveau la bobine en arrière d’une seconde machine à satiner qui est à quatre brosses cylindriques au lieu de six et qui donne un fini supérieur.
- Le satinage réservé au papier de luxe n’a pas la rapidité des autres opérations de la maison ; c’est tout au plus si l’on peut passer par jour six bobines de 850 mètres chacune dans les machines à satiner. — Les papiers simples, foncés ou satinés, sont portés aux ateliers d’impression proprement dite, où se trouvent une machine à vingt-quatre couleurs* une à douze couleurs, une à huit et deux à six (a).
- (a) La machine à imprimer les papiers peints à vingt-quatre couleurs a été construite en 1875, sur les plans et sous la direction de M. Émile Gontard, ingénieur mécanicien actuellement associé de la maison Gontard-Marteau et Cie, de Paris : cette machine n’est, à première vue, qu’une simple amplification des grandes machines anglaises dont des types jusqu’à 20 couleurs existaient déjà. Mais les données qui ont servi à la construire en rendaient très-difficile la solution convenable ; en effet, M. Roger demandait de pouvoir imprimer à la fois 24 couleurs d’un dessin ayant « un mètre de hauteur » et des largeurs de 70 à 75 centimètres de papier, en même temps que les plus petits dessins ayant 31 centimètres de hauteur sur des largeurs de 50 centimètres. Jusqu’alors on n’avait imprimé sur les plus grandes machines que des dessins ayant 61 centimètres de hauteur sur 57 centimètres de large.
- Chaque rouleau imprimeur ou « couleur » étant tangent à un grand tambour
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- Là partie constitutive de ces machines est le rouleau imprimeur portant des reliefs qui, appuyant sur le papier, y laisseront la couleur qu’ils auront reçue de l’alimentation mécanique.
- Nous avons décrit déjà dans les livraisons 56, 61, 68 et 135 les anciennes dispositions des planches à imprimer soit les étoffes, soit les papiers peints. Les rouleaux faits chez M. Roger diffèrent peu de ceux que nous avons décrits dans ces diverses livraisons. L’atelier où on les exécute est élevé sur pilotis dans la prairie attenante à l’usine et éclairé des quatre côtés. Les ouvriers qu’il renferme sont presque tousses artistes d’élite que M. Roger a fait venir d’Alsace en France au moment de l’annexion ; aussi là régnent l’activité et le travail consciencieusement méticuleux si nécessaire pour la fabrication spéciale qui s’v exécute.
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- Supposons un dessin, un sujet destiné à la grande machine à vingt-quatre couleurs, par exemple, il faudra vingt-quatre
- central dit « presseur », qui, dans sa rotation, présente le papier qu’il entraîne à toutes les couleurs, et étant pourvu d’autant d’accessoires amovibles pour distribuer la couleur à la gravure, ces dispositions mettent le constructeur dans l’impossibilité d’entretoiser ses bâtis ailleurs qu’en dessus et en dessous de tout le mécanisme; il fallait qu’il pùt donner la stabilité et la rigidité nécessaires sans l’emploi d’entretoises de contreventements (difficulté qui d’ailleurs subsiste dans toutes les machines de ce genre). D’un autre côté, la plus grande légèreté possible était exigée par M. Roger, dont les usines sont bâties sur un sol d’alluvion, très-peu résistant. Il fallait arriver surtout à ce que la machine marchant à grande vitesse, c’est-à-dire produisant à l’heure 350 rouleaux, il ne pùt se manifester aucune trépidation, car toute trépidation donne des impressions incorrectes.
- Or, à chaque couleur correspondent cinq engrenages, six rouleaux divers et un manchon de drap sans fin portant la couleur à la gravure; en multipliant ces chiffres par 24 (nombre de couleurs), on voit qu’il y a eu mouvement, non compris le tambour central, tous les accessoires de la commande principale de la machine et les organes d’arrivée et de sortie du papier; 120 engrenages, 144 rouleaux et 24 manchons de drap sans fin.
- La grande roue d’engrenage qui actionne chaque cylindre gravé a un diamètre de 3m,50 et porte 1,570 dents à son pourtour; chaque dent n’a que 3 millimètres d'épaisseur; toutes les dents sont taillées et divisées mathématiquement.
- Le tambour central ou * presseur » pèse seul 5,000 kilogr.
- La machine entière pèse 20,000 kilogr.
- La force motrice nécessaire pour la mouvoir n’excède pas deux chevaux-vapeur
- Hauteur totale de la machine 5m,200
- Longueur totale 5m,300
- Largeur 3m,000
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- rouleaux portant chacun une couleur._Au moyen d’un papier transparent de gélatine, on prend avec une pointe le calque de la ligne entourant la teinte plate que devra imprimer le cylindre.
- Dans le tracé laissé par la pointe on fait pénétrer de l’encre lithographique que l’on reporte sur du papier gommé tendu dans un cadre, et de ce papier gommé sur un papier blanc
- huilé ; ensuite au verso on appuie sur le cylindre la feuille por-
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- tant l’encre, et l’on y fixe le trait en frappant ce décalquage
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- avec un petit marteau. Le graveur trouve donc sur le cylindre l’indication précise de son travail.
- 11 y a plusieurs.manières de déterminer les reliefs : l’une des plus fréquemment employées, surtout lorsqu’il s’agit d’obtenir des contours très-nets, est d’enfoncer dans le bois du cylindre qui est en poirier des baguettes de laiton dont l’épaisseur varie de 1/4 de millimètre à 2 millimètres. Pour fixer le métal, on commence par ouvrir au burin une fente dans le bois, en suivant la direction du trait qui a été reporté. Avec un petit marteau on frappe le laiton et on l’y fixe en l’enfonçant.
- Lq dessin se compose uniquement de traits plus ou moins épais ; rien n’est plus simple ; mais lorsqu’il s’agit, au contraire, de teintes plates, on circonscrit l’étendue de la teinte avec la lamette de laiton et on remplit l’intervalle avec du feutre imprégné d’une composition spéciale. Le feutre prend et abandonne très-bien la couleur, et le métal qui le circonscrit maintient la fermeté du contour.
- Lorsque les reliefs sont posés sur tous les rouleaux d’un même dessin, on vérifie ^exactitude du travail au moyen d’un papier huilé nommé par les ouvriers plomb de mer, et on corrige la gravure soit en enlevant les saillies qui s’élèvent à une place qu’elles ne devraient pas occuper, soit en ajoutant des élévations là où il en manquait. Ce travail de correction est encore plus facile lorsque les reliefs ont été obtenus par le procédé que nous avons décrit t. III, p. 244. Dans ce procédé, les élévations sont produites par un alliage analogue à l’alliage des caractères d’imprimerie et comDûsé de plomb, d’antimoine et d’étain. Le métal fondu est coulé dans les creux d’un moule en
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- FABRIQUE DE PAPIERS PEINTS.
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- bois de tilleul. Sur la surface supérieure du bloc de bois est d’abord reporté avec le papier à décalquer le tracé du dessin. L’ouvrier appuyant son bloc sur une tablette polie, dirige le bois sous la lame d’un burin chauffé à blanc par le gaz d’un chalumeau. La petite lame en descendant sur le dessin brûle le bois à la largeur et à la profondeur voulue et produit ainsi la cavité qui devra servir de moule. La largeur du creux peut être portée jusqu’à trois millimètres; au delà, il faut fixer du feutre comme dans les saillies faites à la baguette de laiton.
- Dans le dépouillement du métal après refroidissement, il est toujours maintenu une sorte de semelle qui réunit le pied de tous les reliefs et qui sert à les fixer sur le bois des rouleaux ; ce bois est rarement d’un seul morceau, le plus souvent il résulte de l’assemblage de plusieurs pièces, quelquefois sept ou huit, rapportées comme de la marqueterie. Le bois doit naturellement être choisi avec grand soin et d’une parfaite siccité. Malgré cela il joue encore trop souvent, se fendille, dérange l’équilibre des reliefs en se gondolant, et pour les dessins en quelque sorte classiques et à grand tirage, on a dû chercher une matière plus fixe que le poirier. C’est au moyen du plâtre couvert d’une enveloppe métallique qu’on a réalisé les rouleaux les plus fixes sur lesquels on peut le plus compter.
- Que les reliefs des rouleaux soient en cuivre piqué ou en métal coulé, ils sont portés à la machine à imprimer qui fonctionne à très-peu de chose près comme celles que nous avons décrites chez M. Dollfus pour la fabrication des étoffes.
- Le papier, étant naturellement moins tenace qu’une étoffe, doit être soutenu par un drap sans fin qui l’accompagne jusqu’aux baguettes l’emportant dans le séchoir. La couleur est placée dans une augette où vient la prendre, non pas un rouleau gélatineux comme dans les presses à journaux, mais bien un drap feutré qui est tendu par trois ou quatre cylindres et qui prend cette couleur lui-même d’ün rouleau dit barboteur tournant dans l’augette.
- Le drap sans fin chargé de couleur rencontre les reliefs des cylindres imprimeurs, qui en emportent juste la quantité qu’il
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- faut pour la déposer sur le papier au moment où celui-ci passe entre le relief et le grand tambour central ; ces machines sont aujourd’hui si parfaitement réglées que les rentrures s’exécutent avec une merveilleuse exactitude.
- Comme au sortir de la fonceuse le papier est enlevé et fait un voyage d’aller et de retour d’une longueur de 120 mètres environ en se séchant graduellement. Pendant son trajet, un tireur armé d’un sabre en bois le coupe chaque deux lés, ce qui formé le rouleau de 8 mètres 10. Lorsque les rouleaux sont arrivés au bout de l’accrocheuse, un homme les abat et les étend sur une table disposée pour pouvoir les rouler en fin. Certains papiers imitant le bois ou le cuir sont vernis par une machine spéciale construite sur des données analogues aux machines précédentes.
- Depuis quelques années, on est arrivé, surtout à Mouy7 à donner à certains papiers l’apparence du cuir, du reps, de la moire et autres étoffes d’ameublement; on obtient cet effet en faisant passer le papier des bobines entre deux cylindres, l’un en cuivre gravé, l’autre en papier. Ce dernier est composé de feuilles superposées très-serrées au moyen de la presse hydraulique et traversé par un arbre en fer. Sur la surface de ce cylindre on a estampé au moyen d’une pression énergique et constante les armures figurées sur le cylindre de cuivre. Ce dernier travail demande beaucoup de soin, et ces machines ont besoin d’être conduites par un ouvrier habile qui surveille le travail.
- L’établissement de Mouy, très-intelligemment disposé et très-habilement conduit, est en pleine prospérité; il fabrique environ par an quatre millions de rouleaux de papiers, dont quelques-uns atteignent un prix assez élevé par le nombre de leurs couleurs et leur belle exécution, qui a valu aux dernières expositions à M. Roger les récompenses suivantes :
- Une médaille à Philadelphie,
- Une médaille d’or à l’Exposition universelle de 1878; et enfin, par décret du 21 octobre 1878, M. Roger a été nommé chevalier de la Légion d’honneur.
- PARIS. - TYPOGRAPHIE DE E PJ.ON ET Cie, 8, RUE GARAKCIÈRE.
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- USINE
- DE DAMMARIE-LES'-LYS
- ÉTABLISSEMENTS V™ JACQÜIN ET SES FILS
- FABRIQUE DE DRAGÉES, PRALINES, BONBONS, MARRONS GLACÉS, ETC.
- L’usine de Dammarie-les-Lys, près Melun, est certainementun des établissements les plus singuliers et les plus imprévus qu’il m’ait été donné de visiter.
- La création d’une véritable manufacture pour fabriquer les bonbons en masse, non-seulement les blanches dragées de baptême, mais encore ces mille objets soit en sucre différemment aromatisé, soit en aromates couverts de sucre, est une idée bien moderne, et son développement a déjà donné ce résultat extraordinaire que d’une seule maison, il sort annuellement 700 tonnes de confiseries diverses, 420 tonnes de sucre ajoutées à 280,000 kilogrammes d’autres matières premières, telles qu’a-mandes, noisettes, gommes, cacao, marrons, etc. Cette production emplirait, sans les boîtes et l’emballage, 70 wagons complets de 10,000 kilogrammes de bonbons de toutes formes, de toutes couleurs et de tontes saveurs.
- Dans cette fabrique, pour alimenter les 3 générateurs de 74 chevaux et faire marcher une machine motrice de 50, on brûle 800 tonnes de houille et de coke. Les ateliers, vastes et aérés, occupent un personnel considérable qui augmente encore à certaines époques, comme pendant la fabrication des marrons glacés.
- L’usine est située à quelques cèntaines de mètres de la gare
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- GRANDES USINES.
- de Melun; elle a été construite en plein champ, en 1872, sur un plan arrêté et pour l’usage à laquelle elle est destinée.
- Les magasins de matières premières et les salles où l’on conserve, classe et emballe tous ces produits délicats, sont disposés de manière à les mettre à l’abri des variations de l’atmosphère; car ils ne pourraient supporter sans s’altérer, l’humidité, la sécheresse, la lumière, la poussière.
- Le sucre, qui est la matière première la plus employée, est de toute première qualité, venant des raffineries de la maison Say que nous avons eu l’occasion de citer plusieurs fois pour la perfection de son raffinage. Dans certains usages on emploie quelquefois le sucre obtenu dans les fabriques mêmes, et qui se présente sous la forme de petits cristaux tels que les Anglais le _ consomment couramment aujourd’hui.
- Nous avons aussi retrouvé à Dammarie-les-Lys de petites quantités dé ce sucre brut de canne aujourd’hui disparu de la consommation ordinaire et qui exhale une si délicieuse odeur de rhum, apportant en même temps et le sucre et l’arome. On utilise même le sucre en poudre produit par les machines à débiter les pains en morceaux ; mais ce ne sont que de rares exceptions, car le pain de sucre bien raffiné est encore l’état sous lequel le sucre se présente avec le plus de garanties.
- Les amandes forment un poids important dans le tonnage des matières premières; car, malgré l’infinie variété des autres bonbons, la dragée proprement dite tient toujours la plus grande place : c’est même de l’application de la machinerie moderne à sa fabrication qu’est née la maison Jacquin.
- Si l’on regarde les planches de Y Encyclopédie à Y Art du confiseur, on voit au-dessus d’un fourneau rempli de charbons ardents, une bassine suspendue par les oreilles à deux chaînes accrochées aux extrémités d’une barre de suspension analogue au fléau d’une balance. Cette bassine dite branlante, d’un mètre de diamètre environ, devait être agitée pendant toute la journée, avec plus ou moins de rapidité, mais toujours avec force, par l’ouvrier confiseur. Le fourneau était alimenté au charbon de bois dont la chaleur et les exhalaisons meurtrières d’acide carbo-
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- USINE DE DAMMARIE-LES-LYS. 3
- nique et d’oxyde de carbone détruisaient rapidement les tempéraments les plus robustes. La fabrication des dragées était donc une des plus insalubres, et l’on cherchait vainement depuis longtemps à la remplacer par des procédés plus rapides et moins malsains, lorsqu’en 1846 M. Peysson trouva les principes d’une bassine qui devait, d’après lui, remplacer l’ancienne branlante, exclusivement employée jusqu’alors pour la fabrication des dragées.
- 11 la proposa d’abord aux premières maisons de cette époque ; mais, comme il arrive souvent en pareil cas, les principaux intéressés en méconnurent la valeur, et M. Peysson ne pouvait trouver les ressources nécessaires à la réalisation de son idée.
- Mis par hasard en relation avec M. J. J. Jacquin, mécanicien très-connu à Troyes par les perfectionnements qu’il avait apportés aux métiers circulaires à bonneterie, il put enfin, grâce à son concours, monter quelques appareils et réaliser pratiquement son idée. Après des débuts assez modestes, la maison Peysson-Delaborde et Jacquin progressa rapidement à partir de 1860, sous la nouvelle raison sociale veuve Jacquin et ses fils.
- En 1871, un arrêt brusque se produisit dans le développement de cette industrie, car, en dehors des causes générales qui agirent alors sur notre pays tout entier, elle se trouva particulièrement frappée par une augmentation considérable sur les droits qui frappaient les sucres (actuellement de 75 francs pour les raffinés au lieu de 4â francs avant la guerre). Une petite amélioration est produite depuis le remboursement de ces droits accordé à l’exportation sous forme de drawback.
- Mais la confiserie ne reprendra son essor régulier qu’à l’abaissement de moitié des droits actuels, que de nombreux intérêts réclament, notamment ceux de notre agriculture, et que l’état de nos finances doit permettre de réaliser incessamment.
- Quoi qu’il en soit de l’avenir, le présent de l’industrie développée par MM. Jacquin m’a paru fort prospère. La salle où tournaient ces ingénieuses machines inventées par M. Peysson, et qui renferme 56 bassines (voir pages 4 et 5), m’a paru très-animée et occupée d’une fabrication continue et considérable.
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- Atelier des bass 'ncs * dragées.
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- Le but dè cette fabrication est de recouvrir d’une épaisseur de sucre blanc et compacte, le plus souvent des amandes et des noisettes, mais aussi quelquefois des grains d’anis, des pistaches ou de petits noyaux factices, à saveurs diverses, dont je raconterai tout à l’heure la très-ingénieuse composition.
- Il faut non-seulement que le sucre de la dragée soit compacte, mais que la surface soit parfaitement lisse.
- Voyons comment aujourd’hui le problème est résolu. Un récipient en forme de tulipe ou plutôt d’anémone, incliné de manière à présenter son ouverture à l’ouvrier, pivote sur sa tige, d’une rotation plus ou moins vive, suivant qu’il est nécessaire; un serpentin reçoit la vapeur par cette tige qui contient également le tuyau de sortie. Une bouche d’air s’ouvre à l’extrémité supérieure du bord de la bassine et vient apporter un souffle ~ desséchant lorsqu’il en est besoin.
- Le rôle de l’ouvrier se borne à mouiller de temps à autre la masse des noyaux au moyen d’une louche remplie de sirop, environ un demi-kilogramme à chaque opération. Le mouvement rotatoire de la bassine aidé par la chaleur et la ventilation dessèche les sirops qui s’attachent au noyau sous forme d’une mince pellicule. C’est cette opération répétée plus de cent fois en douze ou treize heures qui constitue la dragée à amandes, liqueurs, etc.
- Quand il s’agit de produire ces petites dragées perlées à noyau de cannelle, céleri, anis, un entonnoir animé d’un mouvement de va-et-vient laisse couler goutte à goutte le sirop de sucre qui tombe sur les amandes placées à l’intérieur de la bassine ; le mouvement de celle-ci les déplace sans cesse, tandis que la chaleur et la ventilation dessèchent le sirop à mesure qu’il s’attache à l’amande.
- Le sirop qui recouvre la dragée peut être coloré ou aromatisé à la volonté du fabricant. J’ai notamment remarqué des dragées dont le sucre avait la couleur et l’arome très-prononcé du café, mais d’uii café choisi et d’une saveur tellement caractéristique qu’il y en a peu dans le commerce d’aussi accentuée.
- Par ce procédé, on peut faire toutes les formes et grosseurs de
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- dragées, depuis ce qu’on appelle les semences de 100 ou 200 grains au gramme dont les fabricants de pains d’épice saupoudrent la surface de leurs nonnettes, jusqu’à ces grosses dragées dites amandes d’Espagne, dont il entre seulement 60 dans 1 kilogr.
- Par cette installation, l’ouvrier ne souffre plus des anciennes émanations du charbon, et la chaleur de l’atelier est très-supportable.
- Au sortir de la bassine, les dragées, placées dans de grands tiroirs mobiles, sont étagées sur des rayons pour attendre le classement en boîtes et en caisses.
- Depuis quelques années il s’est introduit dans la composition des boîtes de baptême, d’abord chez les grands confiseurs, puis chez tous, l’habitude de mélanger un certain nombre de dragées renfermant au lieu d’amandes, soit des pâtes, soit des liqueurs aromatiques ou même alcooliques. Bien des gens se sont demandé comment on a pu introduire dans cette capsule fermée de tous côtés et à dure enveloppe, une goutte d’essence de café, de rose, de kirsch ou de marasquin, et bien certainement, si je ne l’avais pas vu faire, je ne l’aurais pas deviné.
- La possibilité d’obtenir ce résultat tient à une propriété particulière du sucre en sirop, sans laquelle n’aurait pu exister l’art du confiseur moderne.
- Le sucre en sirop ou une liqueur notablement sucrée ne mouille pas l’amidon, c’est-à-dire que si on laisse tomber une goutte de sirop de sucre au centre d’une dépression ménagée dans une masse d’amidon, il se produira l’analogue de ce qui arrive lorsqu’on jette de l’eau sur une surface rougie à blanc, une sorte d’état sphéroïdal.
- Dans une boîte quadrangulaire, on tasse de l’amidon dont on unit parfaitement la surface, puis avec des réglettes portant en relief la forme désirée, on imprime par une légère pression le creux de cette forme, qui, dans le cas particulier de la dragée, a le galbe d’une amande et quelquefois d’une pistache. Avec une burette à 5 becs on laisse tomber dans chaque dépression une goutte du sirop préparé, puis on porte, avec précaution, la boîte dans un séchoir.
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- Vue générale de l’usine de I)ammarie-les-Lys.
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- Atelier de marrons glacés.
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- A la surface de la goutte se produit, par la dessiccation, une pellicule encore bien mince, mais suffisante pour retenir le liquide lorsqu en retournant la boite, on le détachera de l’amidon. Cette pellicule est cependant assez adhésive pour retenir une poudre de gomme très-fine, dont on la saupoudre en la promenant légèrement et adroitement entre deux linges contenant la poudre de gomme.
- Un nouveau passage au séchoir rend la pellicule plus ferme; un autre passage à la gomme augmente l’épaisseur de la couche, et bientôt la petite amande factice reçoit une première couche de sucre et, lorsqu’elle est devenue assez solide pour être mise dans la bassine mécanique, s’y couvre d’une carapace ferme et dure absolument comme la dragée à amande. Ces opérations durent environ douze heures.
- On ne saurait croire avec quelle habileté les ouvriers chargés de ce travail manient ces gouttelettes consolidées que j'osais à peine toucher, et qui éclateraient à la moindre pression.
- Nous venons de voir comment le sucre liquéfié ne mouille pas 1?amidon ; c’est au moyen de cette précieuse propriété qu’on peut mouler le sucre, le modeler et obtenir les figures si nombreuses de tous ses produits connus sous lenom général de bonbons fondants.
- Un atelier spécial est consacré à ces bonbons de dessert de toutes couleurs et de toutes formes.
- De nombreux ouvriers y sont occupés à imprimer dans les cadres remplis d’amidon les reliefs fixés sur les réglettes; d’autres font cuire à différents états les pâtes sucrées : un ou plusieurs passages à l’étuve termineront l’opération. Puis viennent les milliers de bonbons que l’on vend encore en province et dans les campagnes, autrefois enchemisés de robes argentées ou dorées, mais aujourd’hui presque toujours décorés eux-mêmes par des reliefs en pâte colorée.
- Cette fabrication semi-artistique mérite encore une description spéciale.
- Le travail ressemble beaucoup à celui par lequel les céramistes préparent les anses et d’autres pièces. On commence par préparer une pâte sucrée, colorée diversement suivant ce
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- que l’on veut faire. Elle est assez fluide pour que, si on en introduit une petite quantité dans un petit cornet de papier et que l’on tranche légèrement l’extrémité pointue en comprimant le cornet, la pâte soit assez coulante pour sortir, mais pas assez pour se répandre et s’étaler.
- Par ce procédé, l’artiste en bonbons fait presque instantanément une croix, une colombe, une maison, un arbre, un cheval, une vache, un chien.
- C’est par le même moyen que l’on applique les rehauts blancs ou colorés sur les bonbons déjà obtenus en-coulage dans les creux de l’amidon et que l’on ne trouve pas assez ornés.
- Les pralines sont aussi une branche importante, bien que la création d’un grand nombre d’autres bonbons ait un peu diminué leur quantité relative. Elles sont toujours à base d’amandes non mondées et légèrement torréfiées.
- La praline est originaire d’Italie, probablement de Yenise, où on la retrouve encore à son état primitif sur les petites étagères que l’on présente aux promeneurs de la place Saint-Marc. Légèrement grillée, l’amande est recouverte d’une très-petite couche de sucre assez transparente pour laisser voir les marbrures développées par le grillage.
- Les pralines françaises sont plus couvertes. On en fait de plusieurs couleurs, même des blanches. La véritable praline classique est la grise, car la coloration rose, qui est à la mode, surtout pour les sortes communes, ne leur apporte aucun arôme nouveau. On ne les fait pas encore à la mécanique, parce que l’ouvrier doit suivre avec grande attention, et la cuisson de son sucre, et la manière dont il se dépose sur l’amande. Le brassage s’exécute au moyen d’une spatule et exige une certaine force, car le sucre dans lequel on charge les amandes torréfiées est à l’état qu’on appelle grand cassé. Il y a sept charges, cinq de sucre de canne, donnant au bonbon son goût particulier, et deux de sucre blanc. Il faut une attention soutenue pour que le sirop ne caramélise pas tout en cuisant assez; il faut aussi que la cristallisation ne s’opère que sur l’amande, ce que l’on obtient en brassant continuellement le sucre liquide.
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- Une praline réussie est un des plus rares et des meilleurs bonbons que la confiserie puisse offrir.
- Le nougat est encore d’invention méridionale et se faisait, autrefois surtout, avec des amandes et du miel; le sucre y entre aujourd’hui dans certaines proportions, surtout pour le nougat blanc, encore en grande faveur dans certaines régions. Onbrasse mécaniquement le sucre et le miel, dans lequel s’empâtent des
- Ouvrier moulant un bonbon.
- amandes hachées au moyen d’un couteau circulaire à quatre lames parallèles écartées entre elles d’un centimètre environ.
- Sous le nom de nougatine est vendue une autre espèce de nougat brun et sec moulé en grosses pastilles, sur un côté desquelles des femmes étalent au pinceau une couche de sucre en pâte d’un brun plus clair.
- Puis viennent les marrons dits glacés, dont la fabrication constitue une des divisions les plus importantes deDammarie. C’est seulement aux environs du jour de l’an et pendant les mois d’hiver qu’on exécute cette opération si difficile à bien réussir.
- Le marron glacé est d’invention bien plus récente que la
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- dragée et la praline, car il n’en est fait mention ni dans Y Encyclopédie ni dans Legrand d’Aussy, qui, écrivant en 1815, donne les détails les plus précis sur la confiserie avant cette époque. Il parle bien des nèfles et des noix confites, du gingenbrat et du fignolât; mais il n’est question ni de châtaignes, ni de marrons; c’est que, pour bien réussir le marron confit, il fallait savoir se servir de la vapeur et posséder des appareils adaptés à cet usage,
- Ouvrier faisant les empreintes dans l’amidon.
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- ce que l’on n’a bien développé que depuis quelques années.
- Les provenances des marrons employés sont, pour les premières sortes, des envois du Piémont; ceux dits de Turin viennent en général de Suze. Quelques parties des environs de Lyon peuvent également servir, mais sont un peu trop friables, ainsi que ceux du Limousin.
- Le marron à confire doit être gros, arrondi, sans cloisons ligneuses, facile à dépouiller de sa première et de sa seconde enveloppe, perméable au sirop de sucre, et cependant assez ferme pour ne pas se briser.
- L'art de fabriquer de bons marrons glacés est plus difficile
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- qu’on ne pourrait le croire à la simplicité apparente du produit. Il faut d’abord décortiquer9 c’est-à-dire enlever la peau dure avec assez d’adresse, sans toucher le fruit même avec le couteau. — Cuire une heure dans l’eau bouillante. — Enlever délicatement et sans l’entamer la pelure qui recouvre le fruit. — Laisser macérer le marron au bain de sirop pendant quarante-huit heures dans un appareil à double fond maintenu par la vapeur à une chaleur de 80 degrés environ. — Égoutter pour séparer le fruit du sirop; enfin glacer de nouveau et sécher.
- L’ancienne manutention à feu nu donnait des résultats inégaux, et ce n’est que depuis l’application de la vapeur que la production en grand a pu être installée avec sécurité. — Le marron glacé demandant à être autant que possible consommé frais, la fabrique de Dammaric en fournit à tous les confiseurs dont le débit serait insuffisant pour motiver une confection quotidienne.
- — Jusqu’à présent nous n’avons parlé que des bonbons de simple gourmandise dépendants de la confiserie pure. Une autre branche presque aussi considérable se rattache à la confiserie pharmaceutique qui commence aux sucres d’orge, sucre de pomme, et comprend les autres sucres cuits en pastilles frappées ou en drops, les pastilles à la goutte, les boules de gomme, dures ou molles, les pâtes de jujube et de guimauve.
- Pour toute cette série de produits, les procédés mécaniques viennent se joindre au moulage à l’amidon et au travail à la main. Ainsi, bien qu’on exécute encore une grande quantité de ces sucres d’orge ronds ou demi-plats qui ont fait la joie de notre enfance et qui, aromatisés au cassis et surtout à l’absinthe, avaient tant de succès dans les petits théâtres, la plus grande partie des sucres d’orge, surtout depuis l’invention des sucres d’orge dits de Vichy, est présentée au public sous la forme de petites piécettes losanges, exagones plus ou moins épaisses, frappées d’une marque en relief figurant le nom du produit et quelquefois celui du fabricant. On lamine la pâte sucrée entre deux cylindres gravés en creux dont les intervalles préparent des points de rupture rendant très-facile la séparation des piécettes ainsi formées.
- Les pastilles de menthe dites anglaises, celles au gingembre,
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- au piment et à d’autres parfums, sont découpées par la machine Derriey, que nous avons décrite dans la livraison XX. Les pastilles à la goutte tombent goutte à goutte du poêlon qui contient la pâte de sucre destinée à les former sur une feuille de fer-blanc, où elles s’aplatissent d’un côté et qui sert à les transporter dans l’étuve, où elles sont desséchées.
- Les pâtes de gomme, après avoir été triturées mécaniquement et additionnées du parfum voulu, sont versées dans des moules de fer-blanc et exposées tout le temps requis dans des étuves chauffées de 45 à 50 degrés* Les boules de gomme de toutes formes sont coulées au moyen de poêlons à bec, dans les empreintes d’un coffret rempli d’amidon, et séchées à l’étuve. Une partie de ces boules est rendue telle quelle avec la surface lisse ; d’autres doivent être agrémentées de petits cristaux de sucre. Ce brillantage s’obtient en les trempant, lorsqu’elles sont sèches, dans un sirop qui cristallise.
- Toute cette série de bonbons secs est aromatisée de parfums extraits de fruits, pommes, poires, oranges, citrons, groseilles, framboises. Pour accentuer et conserver le goût du fruit, on ajoute presque toujours une petite quantité d’acide tartrique ou d’acide citrique. Les Anglais vont même plus loin. Par certaines modifications habiles des carbures d’hydrogène de la houille, ils ont pu créer des parfums factices, bien autrement intenses que le parfum des fruits. Ainsi les fameux drops anglais à la poire, et leurs bonbons à la framboise, doivent leur goût accentué à ces dérivés de la houille.
- Autant la framboise naturelle se dissipe facilement, autant la framboise artificielle est tenace et persistante.
- Une autre division de la maison Jacquin fabrique des dragées et bonbons argentés, dont l’usage se répand de plus en plus; car, outre l’aspect brillant que prend ainsi le bonbon, il est mis par l’argent à l’abri du contact de l’air et de l’humidité, et par conséquent se conserve mieux. Depuis fort longtemps les pharmaciens argentaient leurs pilules en les humectant avec du blanc d’œuf et en les agitant dans une poire creuse, tenue à la main et dans l’intérieur de laquelle on avait mis des feuilles
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- d’argent battu. On obtenait ainsi de l’argenture mate. Par imitation on faisait ainsi en très-minime quantité des aniset noyaux de cerise argentés mats. MM. Jacquin ont établi les premiers des procédés mécaniques pour obtenir plus économiquement le travail , ce qui les a conduits à obtenir de l’argenté brillant bruni comme de la bijouterie et de l’orfèvrerie; aussi fait-on actuellement une grande variété de ces argentés, et en quantité telle que journellement y sont consacrées quatre bassines spéciales placées dans un laboratoire convenablement disposé, et où les conditions voulues pour ce travail délicat sont réunies. Les pharmaciens eux-mêmes envoient à Dammarie les produits qu’ils doivent faire argenter. — Pour differentes combinaisons de confiserie , la maison Jacquin produit elle-même ses chocolats^ avec des procédés absolument semblables à ceux que nous avons déjà décrit ailleurs. Il va sans dire que, pouvant, par l’énorme quantité de leurs achats, [être vis-à-vis de leurs fournisseurs très-exigeants sur la qualité des matières premières entrant dans la composition de leurs produits, MM. Jacquin pe livrent à leurs clients que des produits absolument parfaits. Il est évident aussi que devant le grand intérêt qu’ils ont de conserver et d’élever même le titre de leur marque de fabrique, ils se gardent scrupuleusement de toute addition et de tout emploi de matières inférieures. La très-juste réputation de leurs boîtes de baptême est universelle, aussi bien auprès des commerçants qu’ils approvisionnent qu’auprès de la clientèle directe du public. Quant aux bonbons fondants, marrons glacés, garnitures de dessert, dont un des grands mérites est la fraîcheur, le grand mouvement de leur vente courante leur donne un grand avantage, qui augmente encore chaque jour les commandes et par conséquent l’excellence des produits.
- PARIS. — TVPOGRAPHIE DE E. PtO.V ET Cie, 8, RLE GARA.VCIÈRE.
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- MANUFACTURE DE CHAUSSURES
- F. PINET
- A PARIS
- L’industrie de la chaussure tient en France une place considérable. Deux cent cinquante mille personnes au moins, hommes et femmes, y sont employées, et la somme représentée par sa production dépasse annuellement 740 millions de francs, dont près de 100 millions pour l’exportation.
- Dans toutes les Expositions internationales, les chaussures françaises ont remporté les plus hautes récompenses, et la réputation de nos produits dans ce genre s’étend dans le monde entier. C’est en partie à M. Pinet, dont nous allons décrire aujourd’hui l’usine, qu’est due cette supériorité croissante. M. Pinet est, en effet, le pionnier et le représentant par excellence d’un procédé mixte de fabrication qui consiste à demander à la machine ce qu’elle peut faire avec plus de précision, de rapidité et d’économie que la main de l’homme, et à réserver à l’habileté de l’ouvrier les opérations que la machine ne saurait exécuter avec la même perfection. C’est là, en effet, le grand secret de l’industrie moderne.
- S’entêter à faire faire à la main ce quelle exécute mal et chèrement, ou bien demander à la machine ce qu’elle ne peut donner, eu égard à la matière employée et à l’usage du produit, sont deux erreurs inverses aussi préjudiciables l’une que l’autre, et trop fréquentes.
- Le cuir en effet n’est pas, comme le métal, une matière homogène que l’on puisse fondre, découper et estamper; deux peaux provenant d’animaux de même espèce, préparées de la même manière, n’ont qu’une identité relative, et dans une même peau, suivant le point où le morceau est découpé, l’épaisseur, la résistance, le grain, diffèrent d’une façon très-notable.
- M. Pinet, d’abord ouvrier, puis commis voyageur delà maison
- Livraison 253.
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- où il était coupeur, enfin patron depuis 1875, n'a cessé de réfléchir aux nécessités industrielles et commerciales de sa profession, dont il a choisi peut-être la partie la plus difficile, la chaussure de femmes, et en a combiné les opérations successives avec un ordre, une logique et une précision véritablement admirables.
- Quelle que soit la profession qu’eût adoptée M. Pinet, les résultats eussent été les mêmes pour lui. Appliqués à la chaussure, ils ont dépassé de beaucoup les espérances qu’il avait pu concevoir au début de sa vie, lorsque étant encore enfant il aidait son père, qu’il eut fort jeune le malheur de perdre, dans la petite cordonnerie de Château-Lavallière; et cependant il ne s’est pas adonné à cette fabrication si répandue aujourd’hui, dont, les produits à très-bon marché assemblés avec des vis, des clous, des boulons, des chevilles en bois, fournissent maintenant des chaussures à des prix extrêmement bas et dont la diffusion a fini par lutter victorieusement même contre la saboterie.
- M. Pinet a pensé que quel que soit le désir du bon marché, il resterait encore un public assez nombreux pour des produits qui, sans être chers, auraient cependant une solidité garantie par la bonne qualité des matières employées et une forme assez heureuse, due à l'art de l’ouvrier choisi entre tous pour son goût et son habileté. Le problème était difficile, mais il est très-heureusement résolu.
- La combinaison d’une chaussure n’est pas aussi simple que celle d’un vêtement. Le poids du corps, qui pendant la station ou la marche pèse sur le sol au travers du soulier, l’a bien vite déformé lorsque sa matière est insuffisante et que les proportions ont été mal réglées.
- Les inconvénients d’une chaussure trop étroite ou trop large à certains endroits sont bien autrement gênants que ceux d’un habit ou d’un paletot mal exécuté ; ils peuvent même devenir graves, causer des excoriations, des entorses, des chutes.
- Autrefois les cordonniers faisant sur mesure réussissaient quelquefois à satisfaire leurs clients. Certains d’entre eux avaient acquis et quelques-uns conservent encore des réputations méritées; mais les produits étaient toujours inégaux et sans
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- MANUFACTURE DE CHAUSSURES.
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- aucune sécurité. Il suffisait d’un changement d’ouvrier, d’une inattention dans le choix de la peau, pour que le cordonnier le plus justement célèbre fît des chaussures impossibles à utiliser.
- On s’est donc très-rapidement habitué, surtout depuis quelques années, à choisir dans une gamme de chaussures toutes faites celles qui convenaient le mieux au pied qu’on a dans le moment; car le pied lui-même change suivant la saison, l’état de santé, l’âge, certaines dispositions arthritiques, etc. Presque toutes les femmes aujourd’hui achèten t, après essai, leurs chaussures toutes faites, et la plupart des cordonniers en boutique, même lés plus renommés, prennent leur chaussure dans de grandes usines travaillant pour le monde entier.
- L’établissement de M. Pinet est situé à Paris, rue Paradis-Poissonnière, dans un quartier intermédiaire, à proximité des acheteurs et des gares d’expédition, sans être trop éloigné des quartiers où logent les sept ou huit cents ouvriers qu’il occupe, outre les cent cinquante personnes employées journellement dans ses ateliers et ses magasins. Les ateliers sont vastes, aérés, bien chauffés, bien éclairés. Bientôt ils vont être augmentés de constructions nouvelles s’étendant jusqu’à la rue des Messageries.
- L’hôtel du patron, communiquant avec les ateliers mêmes, dont il semble faire partie, est rempli d’objets qui démontrent que M. Pinet a su choisir parmi les chefs-d’œuvre des différentes Expositions internationales où il a été chargé de faire partie du jury français.
- Les matières premières arrivent à des magasins latéraux d’où un monte-charge hydraulique les répartit dans les différents magasins. Ce même monte-charge fait également le service intérieur des ateliers entre eux et celui des salles d’emballage.
- Les matières premières sont très-variées. La principale matière, et comme quantité, et comme prix, est la peau dite de chevreau. M. Pinet achète environ annuellement 12,000 douzaines de peaux de chevreau ou plutôt de chevrette, la plus grande partie en poil, choisies principalement parmi les peaux venant soit de Kasan, soit de Saxe, soit des Balkans. Il se sert
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- 4 GRANDES USINES.
- également quelquefois des peaux de Courlande et de certains départements de France ; mais on préfère en général les chèvres des pays sauvages et montagneux, parce que le grain est plus serré et plus résistant. Les peaux des chevreaux français sont réservées à la fabrication des gants; celles des vieilles chèvres vont à la maroquinerie. Les sortes spéciales à la chaussure doivent être moins souples que le chevreau à gant et moins roides que la chèvre à maroquin.
- On les donne aux mégissiers, chez lesquels elles subissent une première préparation et d’où elles reviennent en blanc, encore tout imbues d’alun, d’œufs et de farine. Elles sont montées dans un magasin spécial où, suivant l’expression du métier, elles se nourrissent pendant six ou sept mois avant d’être envoyées chez le teinturier. À côté des peaux de chevrette en blanc, on utilise pour certaines chaussures fortes le veau fin ; mais c’est principalement pour la chaussure d’homme. Il est rare que les peaux soient teintes en d’autres couleurs que le noir, dont la composition est à base de sel de fer, de noix de galle et de bois de Campêche. De temps en temps la mode ramène le mordoré plus ou moins foncé, qui est dû au bois de Campêche seul.
- On n’emploie plus guère aujourd’hui le cuir vernis, si à la mode pendant un certain temps, excepté dans quelques combinaisons spéciales et pour certaines parties accessoires.
- On est arrivé dans ces dernières années à faire assez bon marché et avec une grande perfection le chevreau glacé, dont l’emploi se généralise de plus en plus. Le glaçage consiste à frotter énergiquement les peaux tendues sur une table avec un corps dur et arrondi, tel que du verre épais ou même de l’agate, et à le brunir en quelque sorte par la friction. Ainsi poli, il est d’un très-bel effet et d’une grande solidité.
- On donne aussi aux peaux l’aspect rugueux dit de chagrin, en les frottant avec une surface de liège arrondie qui fait plisser la peau en la frottant et produit un grain qui ne s’efface plus. Les peaux teintes, glacées ou chagrinées, reviennent à l’usine et sont classées avec grand soin avant d’être remises au coupeur.
- Les semelles sont faites en cuir de vache tanné et choisi. La
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- partie du talon qui touche à la terre, ou bon bout, est toujours en cuir fort ou cuir de bœuf ayant séjourné de dix-huit à vingt mois dans les fosses et qui doit être d’une résistancé extrême. Il est apprêté à Lonjumeau, à Dreux ou à Saint-Germain.
- Pour les premières semelles et les sous-bouts, on peut employer dans la chaussure à bon marché les croûtes, le carton-cuir et les écharnures de tannerie assemblées avec de la colle et soumises à une forte pression.
- Les peaux de mouton dites peaux blanches servent pour ce qu’on appelle la doublure, mince semelle^collée à l’intérieur de la première semelle, et qui a surtout pour but de protéger les bas contre la couleur brune du cuir. Dans la chaussure d’homme, cette doublure n’occupe que la moitié postérieure de la première semelle et prend le nom de talonnettes.
- Les moutons français donnent des peaux excellentes qui, ayant été mégies en blanc, ressemblent beaucoup au chevreau et sont très-usitées en Angleterre même pour les empeignes, après avoir été préparées chez les teinturiers en façon chevreau.
- On a essayé plusieurs fois de remplacer le cuir pour la semelle; mais il n’est pas d’autre matière qui puisse en même temps être élastique sous le pied et cependant conserver une imperméabilité relative.
- Celle du cuir peut être augmentée au moyen de la poix de cordonnier ou bien avec la gutta-percha ; cette dernière est surtout réservée pour l’intérieur des talons.
- Depuis le perfectionnement du chevreau glacé, la chaussure d’étoffe, sauf pour l’été, a bien diminué d’importance. Le las-ting, la prunelle, le satin turc, les différents satins ou lastings français, chaîne et bourre de soie, ont été à peu près remplacés par une étoffe dite serge de Berry, à chaîne de laine solidement filée, soutenue par une trame de coton tissée aujourd’hui mécaniquement à Amiens, après avoir été longtemps le privilège des fabricants anglais. Le satin de soie est réservé aux chaussures de mariage, de bal et de soirée.
- Les doublures sont en forte toile, en coutil de coton ou de fil de lin qui ne prend pas la poussière.
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- Les élastiques, très eu faveur à une certaine époque et encore employés aujourd’hui, viennent en pièces de Saint-Étienne ou de Saint-Chamond, ou des fabriques de Paris. Quelque bien fabriqués qu’ils soient, ils s’usent, se salissent assez vite, et pour les cous-de-pied hauts sont bientôt distendus ; de sorte qu’ils fon un très-vilain effet au-dessus de la cheville.
- Les boutons sont fabriqués à Paris avec cette composition végétale nommée papier mâché, extrêmement résistante, et recouverts d’une à trois couches de vernis, suivant leur prix.
- Depuis quelque temps on a adopté le soulier à œillet se laçant sur le pied, pour lequel on fait à Paris des œillets métalliques ainsi que les crochets si commodes pour bottines d’hommes et que quelques femmes commencent à préférer aussi pour chaussures de campagne ou de matin.
- On a essayé à plusieurs reprises, et récemment encore, d’introduire le métal, acier, bronze doré, niellé et même émaillé, pour composer les talons. Cette mode, adoptée un moment par quelques personnes d’un goût douteux, n’a pas eu de suite à cause du! défaut d’élasticité du métal, qui endolorissait le talon et faisait’ainsi obstacle à la marche.
- Les galons de bordure viennent de Saint-Étienne ou de Saint-Chamond. 11 en est de même des lacets à œillets.
- La question du fil est importante en cordonnerie. Pour les semelles, l’ouvrier le prépare lui-même avec des fils de lin anglais pour la chaussure chère, avec des fils de chanvre d’Angers pour la chaussure forte et à bon marché.
- 11 assemble les brins avec de la poix, les roule sur son genou, les lisse sur le bois de sa chaise, et fixe à l’extrémité une soie. de porc qui lui sert d’aiguille pour le diriger dans les trous pratiqués d’abord dans le cuir par l’alène. Les empeignes sont cousues au fil de lin, poissé pour les chaussures fortes. La soie sert pour les chaussures légères. Quel que soit l’usage des fils, ils sont toujours cirés avec soin par l’ouvrier lui-même.
- Nous venons de dire quelles étaient les matières employées dans l’assemblage d’une chaussure. Voyons maintenant comment on les dispose avant de les réunir. C’est dans cette partie
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- du travail que M. Pinet a développé les opérations mécaniques.
- Toute manutention de chaussure devant avoir lieu sur une forme, il a d’abord fallu établir la série de cet indispensable instrument de travail. La forme est un morceau de bois de hêtre ou de charme représentant la longueur, largeur et épaisseur des parties constitutives de la chaussure que l’ouvrier doit assembler. La confection d’une forme est assez chère, et la collection quelles représentent est une des valeurs les plus importantes d’une grande fabrique de chaussures.
- Les ouvriers qui travaillent en dehors, bien qu’on ait le soin de les classer en quelque sorte et de limiter leurs opérations à des numéros peu différents, ont tous une ou plusieurs douzaines de formes confiées par la maison.
- On ne peut faire de formes métalliques pour la chaussure cousue, parce que les pointes qui servent à arrêter le cuir pendant la fabrication n’y entreraient pas. On ne peut les faire en matière plastique, plâtre, papier mâché, gutta-percha, caoutchouc, parce que la pointe y ferait un trou rond dont les lèvres ne reviendraient pas sur elles-mêmes.
- Tous les bois mêmes ne sont pas propres à faire des formes : les uns sont trop lourds, les autres se fendent trop aisément.
- On se sert principalement du charme, bois léger, à petits pores, qui se gonfle peu à l’humidité et qui retient bien les pointes qu’on y implante sans se dégrader lorsqu’on les arrache.
- La première préparation des formes n’a pas lieu à Paris chez M. Pinet : c’est à Boulogne, chez M. Bellevalette, dont nous avons décrit les intelligentes machines dans notre livraison 184. La machine avec laquelle on tourne le bloc de hêtre est la même que celle qui prépare les rais de roue, les crosses de fusil, etc.
- Les blocs de hêtre ébauchés viennent à Paris, à l’usine de la rue Paradis, se sécher lentement, et ils séjournent de six mois à un an avant de recevoir la dernière façon. Un fraisage mécanique, terminé à la main par des ouvriers spéciaux, donne le dernier fini à la forme, qui se trouve aux dimensions voulues. Pour répondre à toutes les dispositions possibles de pieds, Ion-
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- gueur, largeur et épaisseur, M. Pinet a établi un système basé sur le centimètre, et où les proportionnalités varient par dégradation presque insensible. Les formes sont soumises à cette règle, bien qu’un ouvrier avec une môme forme puisse faire, en étirant la peau plus ou moins dans certains sens, des chaussures chaussant plus ou moins bien des personnes différentes.
- D’après les mêmes règles métriques, sont établis les gabarits, découpoirs, etc., au moyen desquels se découpent les peaux de chevreau et de mouton, les cuirs, les toiles, les coutils, dont sont faites les pièces de la chaussure.
- Le chevreau, matière précieuse, et dont il ne faut rien perdre, est coupé à la main par des ouvriers choisis, sous les yeux mêmes du chef de la maison, dont la surveillance est incessante.
- C’est près de l’atelier de coupage, au centre même de la maison, que M. Pinet a placé son laboratoire, où il ne dédaigne pas lui-même de reprendre le tablier de sa jeunesse pour donner à son personnel l’exemple du travail.
- Des gabarits, d’abord en carton, puis en zinc, forment un jeu décroissant dans tous les sens depuis le 28 centimètres de long jusqu’au 21. La peau une fois étendue, le coupeur y place ses gabarits, dont la pointe est toujours dirigée vers la raie médiane du dos. Suivant la grandeur de la peau, suivant les besoins de la commande, suivant les différentes qualités de cette peau, il y découpe les pièces de la façon la plus avantageuse : ce sont d’abord des empeignes, puis d’autres accessoires plus ou moins grands dans l’espace resté libre entre les gabarits.
- Là, ce travail ne se fait que sur une peau à la fois, tandis que sur des matières moins précieuses, peaux de mouton, étoffes, le découpage se fait au balancier, par douzaines de feuilles superposées, au moyen de découpoirs mobiles sur le dos desquels la table supérieure vient exercer une pression très-égale.
- Le tranchant très-acéré des découpoirs agit avec une régularité parfaite, à la manière d’un emporte-pièce, et le morceau d’étoffe ou de peau se trouve ainsi taillé avec une grande netteté.
- C’est par ce même procédé et par ces mêmes instruments
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- petits et grands que sont découpées toutes les pièces qui seront assemblées plus tard par les ouvriers.
- Dans certains cas, pour les sous-bouts du talon, par exemple, le balancier est remplacé par le maillet, dont la largeur est suffisante pour atteindre également tous les points del’emporte-pièce, à l’intérieur duquel s’accumulent les rondelles découpées, ce qui facilite la très-grande rapidité du travail.
- Certaines pièces ne sont pas simplement découpées, elles ont besoin d’une préparation spéciale avant d’être données aux ouvrières. Ainsi l’empeigne est toujours doublée par des ailettes en peau, collées à la dissolution de caoutchouc. D’autres ailettes en toile résistante sont appliquées sur d’autres pièces, la tige, par exemple. Ces toiles sont toujours marquées et numérotées par une petite presse oscillante. Cette marque et ce numérotage en facilitent beaucoup le classement.
- Les contre-forts sont toujours parés et égalisés au moyen d’une intelligente petite machine.
- Les petits morceaux qui doivent servir à consolider les boutonnières sont estampés et sont ainsi solidifiés en bourrelets qui en assurent la résistance. Les petites machines qui font ce travail sont inventées par M. Pinet, qui a pris un brevet pour son système de bord.
- C’est également à M. Pinet qu’est due la machine à estamper les talons d’un seul coup. Le cuir coupé, placé entre les quatre mâchoires d’une matrice, y reçoit sa forme sous la pression d’une forte vis. Lorsqu’il est à peu près desséché, il repasse à l’estampe et reçoit sa forme dernière.
- Dans la cavité de cette enveloppe un ouvrier fixe avec un mastic de gutta-percha les sous-bouls, et il n’y a plus qu’à ajouter le bon bout pour constituer un talon résistant et cependant élastique, infiniment préférable à toutes les autres combinaisons et notamment à celle qui consiste à fixer entre eux les sous-bouts avec des chevilles de bois qui finissent toujours par sortir à l’intérieur et blesser le pied.
- Un atelier de femmes renfermant des machines à coudre et d’autres toutes petites machines spéciales, fait les piqûres ou
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- précision extraordinaires, et sans interruption aucune. Lorsque la patte ou la tige à border sont terminées, sans perdre de temps à couper le galon, l’ouvrière introduit lestement le bord de la nouvelle pièce dans le pli du galon ; il n’y a donc aucune interruption, et le travail continue avec la même célérité jusqu’à ce que la bobine de galon soit terminée.
- Les pièces composant les parties hautes de la chaussure, c’est-à-dire la tige, l’empeigne, les pattes, les doublures, les peaux blanches, les toiles de coton à placer entre la doublure et l’empeigne, sont remises à des ouvrières du dehors pour les assembler. Quelques-unes travaillent seules, mais la plupart ont avec elles une ou deux aides, quelquefois plus.
- Tantôt c’est la maîtresse ouvrière qui mène la machine à coudre, d’autres fois c’est elle qui prépare l’ouvrage pour une ou deux piqueuses. Cette organisation est excellente. Le travail payé aux pièces n’occasionne pas de non-valeurs pour le fabricant et laisse l’ouvrière dans son ménage avec sa famille.
- Un bureau très-bien ordonné, comme tout le reste de la maison, classe, donne et reçoit cette première partie de la besogne.
- Aux cordonniers proprement dits on remet un autre paquet composé du paquet rapporté par les premières ouvrières, auquel on a ajouté — une première semelle, — une dernière semelle, — une semelle de milieu en peau blanche, — des contre-forts, — des trépoints — et des fragments de cuir tout taillés appelés remplissage» De ces pièces réunies, l’ouvrier doit rapporter la paire de chaussures entièrement terminée au bureau, qui en examine l’exécution et l’envoie au magasin.
- Du magasin, les chaussures passent à l’emballage et sont envoyées, chaque paire étant contenue dans un seul carton, vers tous les pays du monde, car la fabrication de M. Pinet est très-goûtée à l’étranger et surtout en Angleterre, pays où, quoi qu’on en ait dit, les femmes du monde se chaussent aussi bien et souvent mieux que partout ailleurs. Les modèles se sont modifiés beaucoup depuis environ trente ans.
- La bottine élastique, qui avait remplacé le soulier à cothurne, a fait place à la demi-botte, soit à boutons, soit lacée sur le pied.
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- Quelques personnes vont même jusqu’à la botte montante, dite amazone, mais depuis deux ans surtout, le soulier a repris faveur. Celui qui est aujourd’hui le préféré et qui est évidemment le plus commode et le mieux disposé, est appelé haute anglaise. Il est lacé à quatre œillets, et nous en avons vu dans les magasins de la rue du Paradis d’extrêmejnent réussis. Pour l’Amérique, la Turquie, l’Espagne et surtout l’Amérique du Sud, on a combiné des chaussures qui, bien qu’ouvertes sur le devant, sont montantes à l’arrière du pied et sont attachées par des barrettes ou des lacets dans le genre des anciennes chaussures grecques et romaines. Nous avons dit déjà que la gamme des pointures s’étendait de 21 à 28 centimètres. Cette dernière mesure est tout exceptionnelle et ne se fabrique guère que sur commande. Ce sont les belles dames des pays Scandinaves, suédoises, norvégiennes ou danoises, qui s’appuient sur une base aussi solide. Il y a déjà du 27 en F rance, en F ranche-Comté pour tout le monde, et à Dijon pour les classes inférieures seulement, les classes supérieures étant au contraire remarquables pour la bonne dimension de leurs pieds.
- Le pied moyen de la Parisienne chausse de 24 à 25. En France, Lorient et ses environs sont un peu au-dessous de cette moyenne; enfin les pays espagnols, les créoles du Brésil et du Pérou, descendent jusqu’au 22, et même au 21; les habitantes de l’île Maurice, de Batavia et de quelques autres colonies se rapprochent aussi du 21.
- En général, la hauteur du cou-de-pied, la longueur proportionnelle du tarse et du métatarse, l’étroitesse du talon et le peu de saillie de la malléole interne, sont des signes de race line.
- La place nous manque pour continuer chez M. Pinet ces études d’anthropologie géographique qui auraient tant réjoui Rétif de la Bretonne. M. Pinet n’est pas seulement un bon fabricant et un habile commerçant, mais c’est encore un philanthrope du bon côté de la philanthropie, non pas de celle qui promet plus quelle ne tient. Nous voudrions reproduire la petite brochure qui contient le règlement instituant la pension de retraite pour la vieillesse destinée aux employés, ouvriers et ouvrières de sa mai-
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- son. D’après ce règlement, tout ouvrier commençant à l’àge de vingt ans peut avoir à cinquante-cinq ans une rente — à capital réservé de 675 francs ; — à capital aliéné de 926 francs. S’il veut travailler cinq années de plus, il aura — à capital réservé 1,130 francs de rente; — à capital aliéné 1,500 francs.
- Une temme commençant au même âge aurait, à soixante ans :
- — à capital réservé 463 francs; — à capital aliéné 629 francs;
- — et cela sans aucune retenue sur la paye. — C’est le patron qui verse chaque année à la Caisse des retraites pour la vieillesse, à titre gracieux et au nom de chacun, une somme équivalant à une augmentation de 5 pour 100 sur leurs salaires et appointements, jusqu’à concurrence de 100 francs par an sur la tête de la même personne. Mais pour être dignes de ce sacrifice, tout de bienveillance, les employés et ouvriers de la maison sont tenus à le mériter, ainsi que le dit M. Pinet dans ces quelques lignes, qui dépeignent mieux que tous les éloges et que tous les portraits le caractère de cet homme de bien :
- « Comme il est juste que chacun soit récompensé selon ses œuvres, j’établis des règles qui ne peuvent profiter qu’aux personnes travailleuses et ayant de la stabilité.
- « Pour avoir droit à la prime que j’accorde, je fixe un minimum de travail assez bas pour que les plus faibtes qui emploieront convenablement leur temps puissent l’atteindre; pour les ouvrières, je l’ai fixé relativement plus bas encore, afin que les mères de famille travaillant chez elles puissent, tout en soignant leur ménage et leurs enfants, atteindre aussi, et assez facilement, ce minimum.
- « Mon règlement n’est pas favorable aux natures paresseuses, débauchées ou inconstantes; il vise un but moral, en ne voulant récompenser que les personnes honnêtes, stables et courageuses; je ne veux aider que ceux qui font des efforts pour s’aider eux-mêmes, et je crois qu’en cela j’aurai l’approbation de tous les honnêtes gens. »
- Est-il nécessaire de rappeler qu’après avoir reçu toutes les récompenses les plus élevées et avoir fait partie de tous les jurys des dernières Expositions nationales, M. Pinet a été, en 1876, nommé chevalier de la Légion d’honneur?
- Paris. — typographie »k e. plon et c,e, rue gabancière, 8.
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- MANUFACTURE D’APPAREILS A GAZ
- BRONZES D’ART, D’ÉCLAIRAGE ET D’AMEUBLEMENT
- Nous avons, dans les livraisons 55 et 54 du troisième volume des Grandes Usines, raconté non-seulement la fabrication du gaz d’éclairage, mais les origines de cette admirable découverte.
- Nous pouvons, sans être accusé de plagiat et pour ceux de nos lecteurs qui les auraient oubliés, reproduire les principaux traits de cette étude, qui explique combien en 1855 était opportune la fondation de la maison Goelzer, dont nous nous occupons dans cette livraison.
- Ce fut encore, disions-nous, pendant le règne de Louis XYI que fut découvert l’éclairage au gaz. Les jours ne suffisaient plus à la vie intellectuelle qui se développait si puissamment; les moyens d’éclairage usités jusqu’alors, incommodes, grossiers, infects et sans pouvoir, devaient disparaître.
- Les mêmes besoins amènent presque fatalement les mêmes découvertes ; les mêmes phénomènes causent les mêmes réflexions et sont suivis des mêmes applications. Pour aucune invention humaine cette vérité ne fut plus évidente que pour celle du gaz de l’éclairage. Deux hommes peuvent également prétendre à la gloire de la découverte, — Lebon et Murdoch. Ce dernier eut pour faciliter le succès de ses expériences, pour assurer leur réussite, l’aide puissante de MM. Bolton et Watt, de l’usine de Soho, près Birmingham, et le dévouement intelligent de Clegg; il eut également le bonheur d’avoir, pour matière d’expérience, la houille, tandis que Lebon avait étudié seulement la distillation du bois. Murdoch lui-même n’était pas le premier qui avait
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- signalé l’usage possible du gaz de houille, car Thomas Shirley, en 1667, avait décrit déjà la combustion des vapeurs sortant d’un puits, près de Wigan, dans le Lancashire. En 1773, sir James Lowther avait signalé pareil phénomène dans une houillère près de Whitehaven. Enfin, en 1739, John dayton avait fait lui-même de l’esprit de charbon [spirit ojcoal] (a).
- De 1739 à 1792, les expériences d’inflammation du gaz extrait du charbon se concentrèrent dans les laboratoires. Lebon en eut-il connaissance lorsqu’il imagina son thermolampe? Murdoch, de son côté, eut-il connaissance des travaux de Lebon, ou bien, se trouvant à Redruth, en Cornouailles, avec de la houille sous la main, eut-il l’idée d’éclairer au gaz sa maison et ses bureaux? Quoi qu’il en soit, il appliqua cette idée avec succès. Bien plus, il inventa le gaz portatif, car il en usa pour éclairer la petite voiture à vapeur qu’il avait construite pour aller travailler ses mines. Habitué à cet éclairage, il s’en servit chez lui à Old Cunnock, en Ayrshire, où il s’était rendu en quittant
- (a) n Je pris, dit Clayton cité par Clegg, un peu de ce charbon que je distillai dans une cornue chauffée à feu nu. D’abord, il ne se produisit que de l’eau, puis une huile noire, et enfin un esprit que je ne pus parvenir à condenser, mais il s’échappa à travers le lut de la cornue qu’il brisa. Une fois, Yesprit fuyant à travers le lut, je m’approchai pour essayer d’y remédier, et je m’aperçus que l’esprit qui s’échappait prenait feu à la flamme d’une chandelle et continuait à brûler avec violence à mesure qu’il sortait à flots. Je pus l’éteindre et le rallumer alternativement à plusieurs reprises. Il me vint alors à l’idée d’essayer si je pourrais recueillir un peu de cet esprit; je me servis, dans ce but, d’un récipient en serpentin, et, plaçant une lumière au bout du tuyau pendant que l’esprit se dégageait, j’observai qu’il prenait feu et continuait à brûler à l’extrémité, quoiqu’on ne pùt distinguer ce qui alimentait la flamme. Je l’éteignis et la rallumai plusieurs fois, après quoi je fixai au tuyau du récipient une vessie dégonflée et pleine d’air; l’eau et l’huile se condensèrent dans le serpentin tandis que l’esprit gonfla la vessie. Je remplis, de cette façon, un grand nombre de vessies, et j’aurais pu en remplir un nombre bien plus considérable encore, car l’esprit continua à se dégager pendant plusieurs heures et remplissait les vessies aussi vite qu’un homme aurait pu le faire en soufflant avec sa bouche, et cependant la quantité de charbon distillé était bien peu considérable. Je conservai cet esprit dans les vessies pendant un temps considérable, et j’essayai en vain, par différents moyens, de le condenser; quand je voulais divertir des étrangers ou des amis, je prenais souvent une de ces vessies que je perçais avec une aiguille, et en la comprimant légèrement devant la flamme d’une chandelle, le jet prenait feu et continuait à brûler jusqu’à ce que la vessie fût vide, ce qui surprenait beaucôup, parce que l’on ne pouvait trouver aucune différence entre ces vessies et celles qui étaient remplies d'air ordinaire. >
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- Redruth. En 1790, il établit un éclairage régulier dans l’usine de Soho, appartenant à Bol ton et Watt, et en 1801 il recevait de James Watt, fils du célèbre inventeur de la machine à vapeur, l’avis « qu’un Français, nommé Lebon, s’occupait d’appliquer le gaz provenant de la distillation du bois au même usage, et que Lebon avait le projet d’éclairer une partie de Paris de cette manière ».
- En 1805, la filature de coton de MM. Philips et Lee, de Salford, se fit éclairer au gaz par Murdoch, associé à Bolton et Watt. Le 25 avril 1805, l’habile ingénieur envoya à la Société Royale un compte rendu de Y Application pratique du gaz extrait de la houille.
- On pouvait croire qu’après la lecture de ce mémoire le Royaume-Uni tout entier allait être éclairé au gaz et que les nations civilisées averties se hâteraient de profiter de cette admirable découverte. Il n’en fut rien; la nouvelle invention fut appelée déplorable folie par les gens les plus instruits.
- Nous venons de raconter comment l’usage du gaz se propagea en Angleterre ; nous .allons voir comment il se développa dans notre pays. Joseph Lebon, ingénieur des ponts et chaussées de Paris, né à Brachay, près Joinville, dans le département de la Haute-Marne, étudiait, à la sortie d’une cornue, ce que devenaient les produits de la distillation de la sciure de bois. Il vit que la fumée produite s’enflammait, mais avec une odeur désagréable et des vapeurs fuligineuses abondantes dont il se debarrassa en faisant barboter ces gaz dans de l’eau froide. L’inventeur avait compris du premier coup d’œil tout le parti que l’on pouvait tirer du résultat de cette expérience. Il disait aux paysans : « Je vous éclairerai, je vous chaufferai de Paris à Brachay. » Il disait d’abord, « je vous chaufferai », car c’était sa première préoccupation ; l’éclairage n’était pour lui que la seconde. On commença naturellement par le traiter de fou, avec une sorte de raison, et, en effet, quelle probabilité y avait-il à cette assertion?
- Lebon, après avoir perfectionné ses études, vint à Paris les communiquer à Fourcroy et à Prony, puis lut un mémoire à l’Académie, sous le titre de « Thermolampes, ou Poêles qui chauffent, éclairent avec économie et offrent, avec plusieurs produits
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- précieux, une force motrice applicable à toute espèce de machines ».—Il prit un brevet en 1799, et, en 1801, après avoir publié son mémoire, fit des expériences auxquelles assistèrent les savants les plus compétents. Il obtint alors l’adjudication d’une portion de pins de la forêt de Rouvray, près du Havre, et perfectionna la distillation du bois. Associé avec des Anglais attirés en France par la paix d’Amiens, il venait de refuser au gouvernement russe de transporter son industrie sur les bords de la Baltique, lorsqu’il mourut, le 2 décembre 1804, assassiné, dit-on, dans les Champs-Elysées; pendant ce temps, Murdoch, aidé de Clegg, commençait à éclairer au gaz de houille un certain nombre d’usines de l’Angleterre.
- Bientôt commençait à paraître un troisième prétendant à l’invention du gaz. C’était un nommé Winzler, de Znaïm, en Moravie, conseiller aulique. On ne sait comment lui vint l’idée de s’occuper de la production du gaz. Il se rendit de Francfort-sur-le-Mein à Paris pour voir fonctionner le thermolampe de Lebon, « pour voir, dit-il, brûler de la fumée au lieu de cire ». Une fois en possession des procédés de l’ingénieur français, il alla de ville en ville, donnant des représentations payées, vulgarisant l’éclairage au gaz, comme il y a dix ans Archereau popularisait la lumière électrique. Altona, Hambourg, Brunswick, Vienne, furent le théâtre de ses premières expérimentations. Il traduisit en allemand le mémoire de Lebon, et publia lui-même un livre sous le titre : « Description de la plus ingénieuse et de la plus importante découverte nationale depuis.des siècles; lumière impériale anglaise pour chauffer les poêles et les fours, au moyen de laquelle on obtient un bénéfice de plus de 1,000 pour 100 de chaleur, lumière, etc. » Enfin, il se rendit à Londres, où il continua sa prédication en faveur de l’invention qu’il avait adoptée, et qu’il avait fini par croire sienne. Clegg, dans son Traité pratique du Gaz de l’éclairage, traite assez sévèrement Winzler, qui avait cru devoir changer son nom en Winsor, pour lui donner une terminaison anglaise : « Possédant fort peu de connaissances scientifiques et encore moins d’esprit inventif dans les arts mécaniques, il eut toujours recours aux
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- autres pour la construction de ses appareils. » Le docteur Knapp, dans l’aperçu historique qui précède le bon livre de M. Schilling, de Munich, est encore plus sévère; il le traite de faiseur.
- Quoi qu’il en soit, ce fut en grande partie à ses efforts que l’opinion publique commença à se manifester. Les représentations de Winsor au Lyceum-Theatre précédèrent la formation d’une société par actions (première compagnie de gaz), qui devait donner 570 liv. sterl. de bénéfice pour un apport de 5 livres. La souscription n’eut aucun succès; cependant, en 1808, ce fut lui qui alluma quelques becs de gaz dans Pàîh Mail. On ne peut donc guère séparer ces trois noms : Lebon, Murdoch et Winsor, dans l’histoire de l’invention du gaz. Enfin, un acte du Parlement, en 1810, accorda au dernier, associé à un nommé Accum, le privilège d’une société nommée « Chartered Gas-light and Coke Company (a) ». Cette société se décida en 1813 à prendre pour ingénieur l’élève de Murdoch, Samuel Clegg, dont les inventions successives rendirent pratique ce qu’avaient trouvé Lebon et Murdoch, et ce qu’avait fait triompher Winsor. Un nouveau bill de vingt-cinq années fut accordé à la compagnie, qui, le 1er avril 1814, éclaira la paroisse Saint-Marguerite de Westminster, malgré l’opposition quelle trouvait dans ses agents eux-mêmes (b).
- Ce fut encore Winsor qui introduisit le gaz à Paris. Dès 1815, il avait demandé l’autorisation d’appliquer le nouveau procédé, et, ayant obtenu cette permission en 1817, il éclaira au gaz le passage des Panoramas. En 1819, M. de Chabrol, préfet de police, faisait établir une petite usine à gaz dans l’hôpital Saint-Louis. Les essais de Winsor n’ayant pas réussi, M. Pauwels,
- (à) A cette époque, il était si difficile de se procurer des tuyaux de distribution, qu’on les formait avec de vieux canons de fusil, vissés les uns au bout des autres.
- (b) c Imaginons une compagnie non-seulement disposée, mais entièrement prête à fournir du gaz à des centaines de clients, et ne pouvant le faire, faute de conduites; supposons les appareilleurs arrêtés aussi par le manque de tuyaux pour l’intérieur des maisons. Le prix de fabrication des tuyaux en tôle et en cuivre était si élevé qu’il équivalait à un manque absolu. On priait et on suppliait les fabricants de faire des tuyaux de dimension voulue : ils s’y refusaient. Ils ne voulaient ni risquer leur argent, ni modifier leur outillage pour fabriquer des pièces, pour ce qu’ils se plaisaient à appeler c la folle et désastreuse industrie du gaz, *
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- véritable importateur du gaz à Paris, acheta son matériel, et, appliquant avec succès les études qu’il avait faites dans sa fabrique de produits chimiques du faubourg Saint-Denis, éclaira le palais du Luxembourg, le théâtre de l’Odéon et les rues adjacentes ; dans le même temps se constituait une compagnie anglaise, et MM. Ternaux et Gandolphe créaient un établissement de gaz portatif qui ne prospéra pas. En 1829, la rue de la Paix et la place Vendôme étaient éclairées au gaz; plusieurs compagnies se formèrent et, jusqu’au décret du 25 juillet 1855, restèrent indépendantes l’une de l’autre. Une commission municipale surveillait toutes les compagnies.
- En 1850, six compagnies se partageaient l’éclairage de Paris. Leur périmètre était détermine. ’ ~ '
- Un décret du 25 juillet 1855 concentra l’éclairage de Paris dans une seule société, qui prit le nom de Compagnie parisienne de l'éclairage et du chauffage par le gaz.
- C’est en janvier de cette année-là que M. Philippe Goelzer fonda l’importante manufacture dirigée, depuis 1878, par son fils M. Achille Goelzer.
- A celte époque où se développait en France l’usage du gaz, une industrie nouvelle se créait, intermédiaire entre le consommateur et les grandes compagnies, pour faciliter l’introduction dans les ateliers et les appartements de ce mode d’éclairage, encore bien nouveau, et l’employer à tous lès besoins domestiques, malgré les hésitations du public.
- M. Philippe Goelzer, ancien élève de M. Philippe Mathieu et de M. Ch. Georgi, est un des premiers qui prît des brevets pour des chauffe-bains, des appareils de chauffage et de cuisine au gaz avec mélange d’air; il combina, l’un des premiers aussi, plusieurs nouveaux becs économiques, destinés à offrir une combustion plus complète du gaz et à donner un pouvoir éclairant supérieur.
- Dès 1858 il exposait à Dijon de riches suspensions, des candélabres, des bras, des lampes, des statuettes, qui lui valurent d’honorables mentions dans la presse périodique. Jusqu’à M. Goelzer l’éclairage au gaz n’avait pu pénétrer dans les
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- églises. Le clergé hésitait, comme il hésita longtemps yis-à-vis de l’orfèvrerie galvanique. Nous trouvons dans un journal de 1862 la note suivante, qui annonce l’inauguration du gaz dans une église de Piouen :
- « Le 15 avril dernier, on inaugurait dans l’église de Saint-Vivien , à Rouen, l’installation de l’éclairage par le gaz.
- « L’Église de Saint-Vivien est l’une des moins importantes de Rouen, mais elle est aujourd’hui l’une des mieux et des plus artistement éclairées. On a cru longtemps que le vif éclat du gaz se marierait mal aux cérémonies mystérieuses du lieu saint, et l’on a longtemps regardé comme l’unique ornement possible les lampes suspendues, aux formes plus ou moins antiquement bizarres. L’organisation de l’éclairage de l’église Saint-Vivien est venue prouver que le gaz pouvait produire d’aussi mystérieux effets que les lampes et les cierges. Par les soins de M. Alleau, ingénieur, des modèles spécialement exécutés pour cette église par la maison Ph. Goelzer de Paris ont été disposés avec art, de manière à produire les plus magiques effets. Ces appareils, qui, réunis, forment un éclairage de deux cent quarante-sept becs, ont une forme gothique qui rappelle heureusement la manière du quinzième siècle. Les prismes de verre s’y marient avec bonheur à l’éclat des pendentifs, des trèfles et des découpures; le gaz a conquis désormais droit de cité dans nos églises. »
- Quelques années plus tard, nous pouvions lire dans le Journal de Rouen, du 15 décembre 1864, la preuve que l’exemple donné par l’église de Saint-Vivien était suivi par l’église de Saint-Patrice :
- « Hier, vers neuf heures du soir, ont eu lieu l’essai et la réception des appareils nombreux et fort jolis qui composent le système d’éclairage au gaz adopté nouvellement par le conseil de fabrique de l’église de Saint-Patrice, de Rouen. M. le curé de Saint-Patrice, son vicaire et plusieurs membres délégués du conseil de fabrique, assistaient à l'inauguration des appareils d’éclairage, qui ont été construits à Paris, chez M. Ph. Goelzer.
- « Les appareils dont nous parlons sont de deux espèces, dont
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- chacune comprend quelques variétés peu nombreuses. Les lustres suspendus au centre de çhacune des arcades latérales de la nef et du chœur sont les pièces les plus importantes de
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- Lampadaire Louis XVI (bronze doréj.
- l’ensemble des appareils, faits tous en cuivre jaune fpndu et doré avec le plus grand soin. Ces lustres se composent de trois étages de cercles d’un diamètre dégradé reliés entre eux par
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- des arcs-boutants d’une grande légèreté. Ils présentent l’aspect de gracieux cônes, où la lumière se tamise agréablement à travers les découpures du métal, auquel l’ingénieur et le fondeur ont donné le style élégant de la fin du quinzième siècle. De nombreuses pendeloques en cristal brillent aussi d’un vif éclat au milieu de ces lumières, qu’elles réfléchissent en les colorant diversement.
- « La composition des girandoles est analogue à celle des lustres. Dans tout le système régnent une gracieuse élégance et l’harmonie des formes la mieux entendue. Le nouvel éclairage de l’église Saint-Patrice est supérieur, sous tous les rapports, à ce qui a déjà été fait dans plusieurs églises de notre ville.
- « Cet éclairage, qui ne comprend pas moins de deux cent trente-deux becs-bougies, a produit hier le plus brillant effet, et la restauration prochaine de l’église à l’intérieur ne pourra que l’augmenter. »
- D’autres églises, et notamment celles de Boulogne-sur-Mer, suivirent cet exemple, qui serait imité partout si des questions de fabrique et des préjugés difficiles à vaincre n’en arrêtaient pas l’essor : à Paris, les églises très-riches en lustres et autres ornements d’éclairage firent simplement courir dans leurs pièces artistiques des tuyaux se raccordant aux bras, aux candélabres, et substituaient sans bruit le gaz aux bougies.
- En même temps que les églises, M. Goelzer éclairait les théâtres. Là, on ne rencontrait pas les résistances canoniques, et le développement fut rapide. Le théâtre de Toulon, les casinos de Bagnères de Bigorre, de Luchon, de Nice, de grands établissements publics de Marseille, enfin le palais de l’Hippodrome de Paris, furent organisés par M. Goelzer.
- Dans ce dernier établissement, où l’éclairage électrique est heureusement marié à la lumière du gaz, il a, d’un seul coup, vaincu les plus grandes difficultés, en offrant au public un appareil luxueux et agréable à la vue, où les fils électriques sont absolument dissimulés.
- L’extension des affaires fut si considérable, que l’établissement de M. Goelzer devint insuffisant, et en octobre 1865 il annonçait au public sa nouvelle installation de la rue Lafayette, 182.
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- L’Exposition de 1867, en faisant apprécier à ses nombreux visiteurs l’excellent goût, la solidité et les parfaites dispositions des appareils de M. Goelzer, vint mettre le comble à la faveur du public. Après avoir su résister aux désastres de 1870, aux grèves et aux tentatives de grèves, la maison à continué ses progrès. Aussi à la suite de l’Exposition de 1878, où M. Goelzer avait exposé des produits au-dessus de toute comparaison, M. le ministre des beaux-arts nomma M. Philippe Goelzer officier d’académie, pour ses ouvrages d’art.
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- Collaborateur intelligent de son père, pendant plusieurs années, M. Achille Goelzer a pu acquérir les connaissances théoriques et pratiques qui, rehaussées par une solide instruction et des études artistiques, le mettent à même de donner une impulsion vigoureuse et nouvelle à l’industrie à la tête de laquelle il se trouve placé depuis 1878.
- L’importance croissante de la maison et la nature même de son industrie spéciale, mettant constamment M. Goelzer en rapport avec une grande variété de consommateurs, l’amenèrent à fabriquer des objets accessoires d’ornements qui prirent peu à peu un développement de plus en plus important. Tant que le gaz resta dans les rues, les cours, les salles de billard, le choix
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- les théâtres, les grands cafés, les églises, les salles à manger et aujourd’hui les salons de luxe ayant adopté le gaz, il s’ensuivit que les garnitures de cheminée, les grands bronzes d’ameublement et le reste de l’ornementation métallique de l’appartement durent être conformes au style des appareils d’éclairage. M. Goelzer pressentit ce mouvement et s’installa immédiatement de manière à développer chez lui la fabrication des bronzes d’art, dont la finesse de détails et d’exécution démontre qu’il a su réunir autour de lui des artistes de talent. D’autre part, les relations que créait à M. Goelzer son art spécial firent qu’on s’adressa à lui également pour la pose des canalisations destinées à conduire le gaz, de manière à dissimuler le plus possible les tuyaux dans les luxueuses décorations intérieures ; enfin pour l’entreprise du bâtiment en général.
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- C’est donc une industrie complexe, étendant ses branches de toutes parts, et ayant pour base les procédés pour l’utilisation du gaz au chauffage et à l’éclairage.
- Cette maison qui, la première, a appliqué le zinc fondu à l’ornementation, emploie également le cuivre, le bronze, le plomb, le fer, la fonte de fer et l’étain. Plus de deux cents personnes sont occupées à ce travail qui demande là plus grande précision, le gaz s’échappant par une fissure ou par un point incomplètement hérmétique étant non-seulement une perte, mais un danger.
- On n’en est plus au temps, comme nous le disions plus haut, où on en était réduit à visser l’un au bout de l’autre les canons de fusil pour conduire le gaz d’un point à un autre. Aujourd’hui, sixr les tuyaux en fonte de la Compagnie parisienne, on raccorde des branchements en tuyaux de plomb, qui proviennent de grandes usines qui sont parvenues à faire ces tuyaux d’un seul morceau par une pression continue. M. Goelzer emploie actuellement au dehors, aux travaux de couverture et à là pose de la canalisation d’eau et de gaz, de nombreuses équipes composées d’un nombre considérable d’ouvriers dirigés par des ingénieurs compétents et des contre-maîtres habiles.
- Toute la robinetterie d’eau et de gaz, qui joue un si grand rôle dans cette industrie, est faite dans la maison même, sous les yeux de M. Goelzer, très-justement préoccupé de cette branche particulièrement importante pour laquelle il a pris plusieurs brevets.
- La composition d’un bronze ou d’un appareil est d’abord décidée d’après des fusains en grandeur d’exécution, puis la maquette est relevée en terre, sur laquelle on moule en plâtre. Le plâtre, réparé et terminé au burin, sert à faire le creux dans lequel on fond le bronze. La statuette, la branche, la feuille, l’ornement quelconque ainsi obtenu, après avoir été séparé de son jet, est ajusté, limé, ciselé, tourné au besoin et apprêté pour être réuni aux autres pièces composant le modèle. Outre le bronze et le zinc fondu, on emploie des tubes qui doivent être absolument étanches. On n’est pas encore arrivé en France
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- à fabriquer des tubes en laiton par pression comme les tubes en plomb, mais on les exécute en pliant une feuille autour d’un mandrin, de façon très-satisfaisante pour l’usage auquel ils sont destinés.
- Lorsque la feuille de laiton a été cintrée autour d’un mandrin, on la passe à la filière et on en soude les lèvres à la soudure forte de limaille de cuivre, que l’on fait fondre à une température très-élevée.
- Ces tubes étaient d’abord cylindriques, mais peu à peu on les travailla de manière à en faire aussi des ornements. Rien n’est plus intéressant que ce travail. Les bancs~~d’étirage forcent à passer par des filières à molettes les tubes cylindriques pour les changer en torsades et les repousser en dessins de toute nature; on va jusqu’à mettre les tubes au carré, leur donnant l’aspect de branches fondues et ciselées avec une rare perfection.
- Ces opérations préparatoires mécaniques ont rendu très-simples les combinaisons ouvrières de la maison Goelzer. Des chefs ouvriers, véritables artistes, s’entendent avec le patron sur les prix de façon de l’appareil, porté sur le riche catalogue des dessins de la maison. Le chef magasinier leur donne les parties de métal qu’ils doivent réunir. Par une convention spéciale, ils peuvent se servir du gros et du petit outillage de la maison.
- Ces chefs ouvriers engagent deux ou trois apprentis manœuvres pour les aider. Au moyen des tours, machines à percer, chalumeaux à souder, gabàrits à cintrer, limes, burins, pinces, etc., ils forcent les diverses pièces à prendre la forme et la perfection d’ajustage qu’il faut pour terminer l’appareil.
- Le bronzage, vernissage, dorure, mise en couleur, nickelage, dorure à la feuille, sont donnés tantôt aux pièces séparées, tantôt à l’appareil une fois terminé.
- Cette organisation, qui ne peut être établie qu’avec des ouvriers d’élite, présente les avantages et du marchandage, et du travail à l’atelier.
- Le maître appareilleur ainsi à ses pièces travaille avec une énergie, une habileté et une rapidité que ne peut avoir l’ouvrier à la journée; d’un autre côté, il trouve à l’atelier des machines-
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- outils, des gabarits, et au magasin des pièces tout ébauchées qu’il n’a plus qu’à finir. Plus de cent ouvriers profitent de cette organisation également très-favorable aux intérêts du patron. Tous les ouvriers sont assurés en cas d’accidents; une société de secours mutuels fondée par M. Goelzer père, les met à l’abri du besoin en cas de maladie.
- M. Goelzer n’a pas échappé à la préoccupation qui domine en ce moment toutes les personnes qui s’occupent d’éclairage.
- La substitution de l’électricité au gaz a fait éclore des idées nouvelles, chacun cherchant à s’ingénier pour tirer de l’hydrogène carboné toute l’intensité de lumière qu’il lui est possible de fournir, afin de lutter contre l’acuité de la lumière électrique.
- Des expériences fréquentes ont démontré que, dans un grand nombre de cas, le gaz bien employé éclairait très-suffisamment en conservant sur la lumière électrique cet immense avantage de pouvoir être accumulé dans un récepteur. En effet, la lumière électrique cesse brusquement dès qu’un arrêt quelconque se manifeste non-seulement dans la machine qui la produit, mais encore dans le moteur qui actionne la machine électrique.
- L’argument triomphant du gaz contre son ennemi est la possibilité du gazomètre, et tant que les partisans de l’électricité n’auront pas trouvé l’analogue, ils pourront appliquer cet agent à certains éclairages spéciaux, mais pas à celui des grandes villes, dans lesquelles une interruption brusque serait absolument déplorable, quand bien même elle pourrait être rapidement réparée.
- Ainsi que son père jadis, M. Goelzer fils prit en 1879 un brevet pour un bec, genre Argand, à grande flamme, qui donne une lumière d’une éclatante blancheur. En outre, aidé dans ses recherches par un ingénieur distingué, M. Marini, il a inventé un brûleur à grande intensité qui donne d’excellents résultats et dont les qualités incomparables viennent d’être reconnues, en séance publique, par la chambre syndicale du gaz.
- Nous ne pouvons énumérer toutes les améliorations et inventions dues à M. Goelzer, et nous nous contentons de donner deux spécimens des produits de son usine.
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- L’un e de ces figures est celle du 1 us tre exposé au Champ de Mars en 1878. Cette composition répond à la tradition ancienne et rappelle les plus beaux lustres à bougies des meilleures époques. J’avoue qu’au point de vue essentiellement moderne, je préfère l’autre figure, qui représente une suspension à trois foyers de lumière. Bien que destinée à l’éclairage d’un billard, cette disposition me paraîtrait parfaite pour une salle à manger, où la lumière doit être vivement projetée sur la table et non sur les panneaux de la muraille. Cette suspension a pour moi le grand mérite de donner le maximum d’utilité sans superfétation et d’être dessinée avec une rare élégance de forme. C’est un objet artistique essentiellement moderne, utile et élégant sans se rattacher aux époques antérieures.
- L’album-catalogue que M. Goelzer a fait imprimer avec ses prix courants renferme deux mille six cent quatre-vingt-douze modèles en lyres, lampes, suspensions, cuisines, chauffage, girandoles, lustres, lanternes, torchères, bras, statuettes, appareils divers, et encore il n’est pas complet.
- Toutes les pièces uniques, les véritables chefs-d’œuvre de la maison n’y sont pas reproduits.
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- La maison Létrange est à Paris une des plus importantes du commerce de métaux ; son chef actuel est le président du syndicat de ce commerce, et sa haute compétence dans l’industrie du cuivre, du laiton, du zinc et du plomb, est universellement reconnue en Europe.
- La maison de vente, qui a pour siège la rue des Vieilles-Haudriettes, étend ses relations presque universellement : à différents titres, elle a réuni dans une seule main la direction
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- supérieure d’abord de l’usine de Saint-Denis, puis de l’usine historique de Romilly et enfin la possession d’un ensemble de mines et d’établissements industriels qui constituaient les propriétés de la Société des rives du Rhône.
- La réunion du cuivre, du laiton, du plomb et du zinc dans un seul comptoir donne une grande force de propagandes la Société Létrange, qui se trouves ainsi, avec les vendeurs des départements, en rapports bien plus fréquents et bien plus constants que les sociétés spécialement productrices de tel ou tel métal. Cette situation commerciale si favorable a déterminé le développement et la prospérité dans les bonnes années, et, dans les mauvaises, a soutenu la maison.
- Rien que notre sol soit aussi riche en minerais que ceux des autres pays, diverses circonstances défavorables, qu’il serait trop long d’énumérer, rendent difficile et onéreux leur traitement ; la plupart des métaux traités par la Société Létrange viennent
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- donc de l’étranger, mais son chef ne perd pas l’espoir d’établir en France, pour le cuivre et le zinc, une production nationale, malgré les difficultés d’une telle entreprise et le peu d’aide qu’elle trouve aussi bien chez les capitalistes que dans le gouvernement et les administrations de chemins de fer.
- Fondée en 1825 par l’acquisition de l’usine de Saint-Denis, sous la direction de MM. David et Létrange, grand-père et père de son chef actuel, la maison grandit en 1856 par l’adjonction des usines à cuivre de la société d’Imphy, et en 1857 par celle de Romilly,
- En 1868, la Société Létrange achetait l’usine à zinc de Saint-Christ, la mine de la Poipe, obtenait plus tard la concession des mines de calamine de Saint-Àndré-Lachamp, et, sous le nom de Mines, Fonderies et Laminoirs des rives du Rfa6ne,~êlle tentait, avec l’appui de la Société générale, la fabrication directe du zinc brut, pour éviter d’acheter aux Belges et aux Allemands le métal qu’elle laminait avec grand succès.
- Ifile obtint aux diverses expositions de hautes récompenses dont nous retrouverons la mention en décrivant les différentes usines. Mais ce fut surtout en 1867 au Champ de Mars qu’elle eut le plus grand succès. Tout le monde se rappelle le splendide trophée qui frappait les yeux en entrant dans le vestibule d’honneur du palais du Champ de Mars.
- En 1878, MM. Létrange et Cie ne jugèrent pas à propos de faire les frais d’une installation aussi importante, mais ils n’en obtiennent pas moins la médaille d’or pour la collection complète de produits de leurs trois fabrications de plomb, cuivre et zinc.
- USINE DE SAINT-DENIS, FONDERIE ET LAMINOIR.
- La propriété dite de la Maison de Seine appartenait au siècle dernier au couvent des Bénédictines, établi rue de la Ville-l’Évêque, faubourg Saint-Honoré, à Paris; elle fut en septembre 1785 louée à un sieur Claude Laurent, plombier à Paris, rue Villedo, qu’un arrêt du 16 juillet 1784 autorisait à établir
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- un laminoir à plomb : il produisait des feuilles de métal entre deux cylindres de six pieds et demi de largeur mus par une machine à vapeur qui, sous le nom de pompe à feu, venait de faire son entrée en France.
- En 1792, le sieur Laurent achetait la Maison de Seine, mise en vente comme bien du clergé; deux ans plus tard, le comité de salut public réquisitionnait la machine à feu de Franciade (nom donné à la ville de Saint-Denis) à l’effet d’y installer une forerie de canons de fusil, et l’établissement passa successivement des mains de l’État dans celles d’un-sieur Boury, qui y installa le laminage du cuivre et du laiton en fondant les cloches pour en extraire le cuivre que le blocus continental empêchait d’entrer en France. Malgré la formation d’une société sous le nom de Fonderie de la Marine, l’usine fut vendue en 1806 à un sieur Droz, puis à M. Goudouin de Villers, qui en fit la plomberie de l'Empereur et plus tard la manufacture royale de plomb laminé.
- On y faisait des feuilles de plomb de six pieds trois pouces de large sur quarante pieds de long ; les tuyaux se coulaient en moules ou se formaient avec des lames roulées et soudées, puis allongées et amincies sur mandrin entre des laminoirs cannelés; le matériel suivit les progrès de cette époque de transition, et les laminoirs, actionnés d’abord par une machine à simple effet et à condensation, furent conduits depuis 1835. par une machine de MM. Perrier frères, constructeurs à Chaillot.
- C’est à Saint-Denis qu’on fit en France l’un des premiers essais de laminage du zinc; il fallut dix ans pour arriver jusqu’à une production de cent tonnes par mois; en 1846, elle atteignait trois cents tonnes, et en 1869, elle dépassait mensuellement six cents tonnés. Pendant quarante années, l’usine de Saint-Denis se maintint après la Yieille-Montagne, le plus gros producteur de zinc laminé.
- Bientôt il fallut encore améliorer, porter le laminoir à plomb jusqu’à trois mètres de largeur, installer des outillages pour faire les plus gros [tuyaux de plomb avec un seul ouvrier, monter des machines hydrauliques pour obtenir, par la
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- pression, des tuyaux d’une longueur illimitée, d’un seul jet
- Vers 1848, M. David, alors propriétaire de Saint-Denis, trouvant, à un prix rémunérateur, douze cents tonnes de cuivre brut arrivant du Chili et dont la vente était forcée, envoya en Angleterre M. Létrange, son neveu, pour étudier les procédés d’affinage et de laminage du cuivre; il établit de plus une fonderie spéciale pour la fusion des cuivres natifs boliviens de Coro-Coro, et bientôt un moteur de quatre-vingts chevaux put actionner de nouveaux laminoirs à cuivre.
- La grande consommation d’acier pour crinolines fit installer à Saint-Denis une aciérie largement alimentée par les riblons de Paris triés, classés, fondus au creuset, puis étendus en lames minces d’un demi-centimètre de largeur sur un tiers de millimètre d’épaisseur. On en vendait ainsi environ 20,000 kilogrammes par mois. Cette opération très-avantageuse cessa avec la mode de la crinoline.
- Aujourd’hui Saint-Denis est aménagé pour la fabrication du laitpn, le laminage du plomb et du zinc, afin de fournir un aliment régulier à la maison de commerce.
- C’est véritablement une grande et belle usine sise à trois cents mètres du chemin de fer de Saint-Denis et au bord de la rivière, qui lui amène à des prix relativement modérés ses charbons et ses métaux.
- Les bâtiments couvrent une surface considérable ; ils se com-
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- posent d’abord d’un long atelier, au milieu duquel se développe un immense outil de 40 mètres environ de long sur 3 de large : à l’une des extrémités est placée une chaudière en fonte à la base de laquelle fait saillie un couloir venu de fonte avec la masse; le plomb fondu, porté à environ 400 degrés, s’étale en
- s’écoulant sur une largeur égale à celle du laminoir et se solidifie ainsi comme une première feuille épaisse qui, au moyen d’une pince et de gros câbles de chanvre, est attirée sur les rouleaux de bois formant table, pour la conduire aux cylindres lamineurs. Après avoir subi leur pression, elle sort, toujours portée par les rouleaux, et est conduite jusqu’à un mandrin autour duquel elle s’enroule.
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- C’est ainsi qu’on lamine les feuilles jusqu’à 2 millimètres d’épaisseur. Quand la feuille doit avoir une épaisseur moindre, on la découpe en plusieurs fractions avant de l’envoyer sous les cylindres.
- L’industrie qui consiste à réduire en feuilles des lingots de plomb est donc simple et peu coûteuse de main-d’œuvre dès qu’on a établi des appareils d’une taille suffisante. — Les feuilles très-minces qui ont été aujourd’hui remplacées par le zinc et l’étain dans la plupart de leurs anciens usages, s’obtiennent entre des cylindres de plus en plus courts^suivant le degré de finesse que l’on veut atteindre.
- Un vaste atelier carré, de 50 mètres sur 60, actionné par deux machines à vapeur de 80 chevaux, renferme, outre les presses à tuyaux de plomb sans soudure, des trains de laminoirs à cuivre, à laiton et à zinc.
- Des ateliers annexes pour la fabrication du laiton, le traitement des poussières et oxydes, la mise en lingots des rognures, — un vaste magasin à charbon, — un atelier de construction et de réparation, —une maison d’habitation avec grand jardin et terrasse dominant la Seine, couvrent un ensemble de terrain propre à tous les agrandissements industriels que comporte la proximité de Paris, de la Seine, du canal et du chemin de fer du Nord.
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- Vers la fin du siècle dernier, l’industrie française, surtout pour les métaux, était tributaire de l’étranger, tirant ses cuivres et son laiton de Suède, de Norvège, de Hongrie, d’Angleterre et même du Japon, et encore pas directement. Amsterdam avait concentré en quelque sorte le commerce des cuivres rouges, et Hambourg celui du laiton. Lembourg, Aix-la-Chapelle, Namur, étaient aussi des lieux de production renommés.
- On ne savait même pas, avec du métal en lingots, par le laminage et le martelage, préparer les plaques et les feuilles que devaient utiliser plus tard les chaudronniers et autres corps d’état. Nuremberg, Aix-la-Chapelle, Salzbourg, les fournis-
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- saient, et ce fut avec admiration que l’on vit, en 1781, par la protection directe de Louis XYI, le chevalier Lecamus de Limare fonder les établissements de Romilly pour introduire en France l’industrie du laminage et du martelage du cuivre, dont il avait été à ses risques et périls, et malgré la rigueur des
- lois, dérober aux Anglais les secrets de leurs procédés.
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- En1797, les établissements de Romilly, rapidement développés, étaient exploités par une Société au capital de un million six cent mille francs, dont les principaux intéressés étaient la famille Dosne, qui y resta attachée pendant un demi-siècle, et la famille^Lecouteux pendant trois quarts de siècle.
- L’histoire de Romilly est celle de la plupart de nos grandes usines centenaires. Nous la donnons tout entière, telle que nous la trouvons^ dans une note très-complète, car elle est vraiment touchante ; elle montre ce qu’il a fallu de persévérance et de courage aux fondateurs de notre industrie nationale pour sortir victorieux des épreuves formidables qu’ils ont eu à subir au com|mencement de ce siècle.
- Dans leur longue carrière, les établissements de Romilly durent
- marquer toutes les étapes de l’industrie du cuivre en France, avec des phases souvent difficiles et généralement prospères.
- Le principal client des usines de Romilly était, à l’origine et pendant quarante ans, l’Etat, pour les doublages en cuivre de ses navires, qu’il avait dù précédemment demander à l'Angle--. terre, sa rivale.
- En 1791, la fabrique dut une assez grande activité à la confection des flaons ou sols, qu’on frappait à la Monnaie de Rouen, de Paris et de Metz; mais bientôt la période révolutionnaire amena la situation la plus critique : la guerre avec l’Angleterre obligeait d’aller chercher du charbon à Saint-Étienne; l’emprunt forcé frappa l’établissement d’une perte de 110,000 francs. Enfin, la stagnation absolue des affaires causa l’arrêt complet des travaux.
- Tourmentées par la famine et la nécessité de faire venir du blé pour nourrir les ouvriers, par les embarras financiers résultant de la dépréciation du papier-monnaie, qui était telle que
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- les ouvriers étaient payés en 1795 à raison de cinquante capitaux pour un sur les prix de 1790, et par les réquisitions du Comité de salut public, les fonderies trouvèrent cependant, à partir de 1793, un aliment important dans la refonte des cloches des églises, dont on extrayait le cuivre, pour les besoins de l’État et du commerce, sous la surveillance de Pelletier et de Darcet, nommés commissaires du gouvernement.
- Un rapport fait en 1795 au Comité de salut public par le célèbre chimiste Guy ton de Morveau, qui avait suivi le travail, témoigne de la réussite complète de l’opération du départ, au moyen de laquelle on éliminait les matières étrangères, afin de ramener le titre de l’alliage à celui des canons, ou de purifier le cuivre suffisamment pour en faire, sans mélange, des doublages de navires pour l’État. Ce succès faillit faire déposséder les propriétaires de la manufacture de Romilly, mise en réquisition par un décret du Comité de salut public, que l’on eut la plus grande peine à faire réformer.
- C’est alors que furent fondées en France, avec les ouvriers et employés de Romilly, réquisitionnés par le gouvernement, d’autres fonderies pour, l’affinage des cloches et le travail du cuivre, notamment celles de Rouen, Saint-Lô, Villedieu, Rennes, Amiens, et celle de Maromme, qui, quatre années plus tard, fut détruite et vendue, dépouillée de son matériel, par la Société de Romilly, avec interdiction aux acquéreurs d’y reprendre l’industrie du cuivre.
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- M. Helot, l’un des avec des ouvriers réquisitionnés à cet effet, fonda, pour subvenir aux besoins des ports du Midi, que les établissements de Romilly servaient difficilement, l’usine d’Avignon, qui existe encore. C’est en 1796 que furent commencés les premiers essais de fabrication du fil de laiton sollicités par M. Saillard, qui avait alors le monopole de la fourniture aux fabriques d’épingles de l’Aigle et de Rugles. La fonte se faisait, à cette époque, au moyen de vieux métaux, la situation de l’usine ne lui permettant pas d’employer le procédé alors usité à Namur et à Liège, consistant à réduire directement la calamine (minerai de zinc) par le con-
- intéressés aux fonderies de Romilly, et
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- tact du cuivre en fusion. La fabrication du laiton ne prit véritablement son essor à Romilly que dix-huit ans plus tard, lorsque l’on apprit à faire l’alliage du laiton en fondant directement le cuivre, avec le zinc préalablement réduit à l’état métallique.
- En 1796, les affaires venaient d’être bouleversées par le régime de la Terreur et la banqueroute des assignats; l’argent était rare,
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- et les appels de fonds, malgré un taux d’intérêt de un et demi pour cent par mois, ne produisaient que peu de chose; enfin, en 1800, la Société fut sauvée d’une faillite inévitable, par un prêt de 600,000 francs, qui lui fut fait par dix de ses associés. On leur livra la pleine et entière gestion de l’affaire avec une allocation de l’intérêt à un pour cent par mois, et de plus quatre pour cent sur le produit de toutes les ventes et deux pour cent sur le montant de toutes les fabrications. Ce n’est que trois années après que, l’intérêt de l’argent ayant diminué , cet emprunt onéreux fut remboursé au moyen d’un appel de fonds sur les actions, et enfin par les bénéfices.
- Le 14 brumaire an XI, MM. Roëttiers et de Bondy, administrateurs de la Société, reçurent à Romilly la visite du premier consul, qui allait, par sa présence, encourager l’essor industriel des villes de Rouen, Louviers, Elbeuf. Napoléon, accompagné de madame Bonaparte, de Kellermann, du ministre de la marine et de ses aides de camp, escorté par ses guides commandés par Eugène de Bauharnais, se rendit directement aux. ateliers qu’il visite pendant trois heures dans les plus minutieux détails. C’est à cette époque, 1803, que fut construit ce grand pont en pierre, d’une seule arche, sur l’Andelle, et que fut prolongée jusqu’à la côte des Deux Amants la belle avenue qui sert d’accès à l’usine.
- La Société entrait dans une période plus que prospère. Le gouvernement, il est vrai, payait difficilement, et l’on dut, en 1803, accepter de lui en payement de fournitures, pour une
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- somme de 163,805 francs, la ferme de Birkenfeld, située dans le comté de Nassau, laquelle fut revendue l’année suivante avec une perte de 22,805 francs ; mais les emprunts devenaient plus faciles et à un taux d’intérêt plus modéré, et la Société
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- en avait profité jusqu’à concurrence de 2,000,000 francs.
- Après avoir pris l’avis de Berryer père, célèbre jurisconsulte, et pour soustraire les associés à la solidarité, en présence du nouveau Code de commerce qui venait de paraître, on résolut de former une Société anonyme au capital de 2,400,000, divisé en actions de 8,000 francs, laquelle fut autorisée par décret impérial du 3 août 1808.
- Pendant les années 1808 et 1809, les fonderies de Romilly furent largement occupées par l’affinage du cuivre des canons ennemis, trophées de nos victoires. On traitait ce métal comme on avait traité celui des cloches. En 1812, la Société de Romilly avait la fourniture de la couverture de la halle aux grains, premier édifice de la capitale qui fut couvert en cuivre, et l’année suivante, elle était en mesure de fabriquer des planches de cuivre de quinze pieds de long sur six de largeur.
- L’invasion de 1814 fut le signal d’une nouvelle crise, et les usines de Romilly virent leur fabrication réduite à 30,000 kil., pendant le premier semestre. Cependant les fabriques de laiton des environs de Namur et de Stolberg se trouvaient séparées de la France; on résolut de se mettre en mesure d’alimenter le marché français de ce métal. On amena de Belgique deux
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- ouvriers habiles (Maus et Storm) dont les familles ont pris racine dans le pays. Bientôt,, a près de nombreux essais, malgré les préjugés des ouvriers qui affirmaient qu’on ne pouvait faire du laiton sans calamine, les fonderies de Romilly eurent la satisfaction d’avoir, les premières, confectionné des planches de laiton de belle et bonne qualité, par l’alliage direct du zinc avec le cuivre rouge, et l’on se décida à créer une usine spéciale pour le laminage de la planche de laiton, et une autre (Le Besle) pour le tréfilage. Ces deux industries devaient procurer de beaux bénéfices.
- L’établissement dlmphy, qui devait être pendant quarante ans le plus redoutable rival de Romilly, venait d’être créé, avec
- un matériel important, et profitant de tous les progrès récents de l’industrie, il allait bientôt et pendant plusieurs années enlever les fournitures de la marine qui avaient procuré jusque-là une
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- part importante du travail de Romilly ; mais les nouveaux développements de l’industrie fournirent de nouveaux débouchés suffisants pour les divers concurrents.
- A partir de 1817, l’industrie eut huit années de grande prospérité, dont Romilly profita pour doter ses établissements d’embellissements et améliorations de matériel.
- En 1819 eut lieu la première Exposition des produits de l’industrie nationale. Romilly y figura avec honneur, et obtint la médaille d’or pour ses planches de grandes dimensions et la mise en pratique de la fabrication du laiton directement avec le zinc métallique et sans l’emploi de la calamine.
- En 1821, Romilly fournit le cuivre pour la couverture du palais de la Bourse.
- Les bénéfices que procurait la fabrication du laiton engageaient à lui donner de nouveaux développements. On installa à Romilly (en 1825) la fabrication des chaudrons, au moyen d’une batterie de cinq martinets, à l’usine des « Deux Amants »; mais ne trouvant pas suffisants les avantages de cette fabrication!, on y renonça bientôt : le laminage du zinc, commencé en 1826, employa bientôt plus utilement la chute d’eau qu’on lui avait affecté simultanément avec la fabrication précédente.
- Une autre fabrication, celle des sulfates de cuivre, fut également commencée à Romilly en cette même année (1826) pour utiliser les battitures ou oxydes de cuivre provenant du décapage; mais cette industrie, profitable d’abord, dut être abandonnée après quelques années. L’affinage de l’or et de l’argent, dont l’industrie se développait considérablement par la reprise de l’or contenu dans les monnaies d’argent de tous les pays, produisit bientôt, comme résidu, des quantités considérables de sulfate de cuivre, et il devint plus avantageux de revivifier les oxydes de cuivre que de les convertir en sulfates.
- L’année 1828 commençait déjà à faire sentir au commerce, par de nombreuses faillites, les approches d’une crise générale dans le gouvernement. Il fallut franchir une période de cinq mauvaises années.
- La Société eut, en 1829, à déplorer le décès de M, Grimpret,
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- directeur des usines, qui y avait été attaché dès leur origine par M. Le Camus de Limare, leur fondateur. 11 fut remplacé par M. Lebrun, ancien élève de l’École polytechnique, son gendre, qui était entré au service de la Société en 1816. M. Lebrun dut se retirer de la Société, en mai 1852, après l’arrivée de M. Lecouteux, qui avait épousé une nièce de M. Rœttiers, le principal administrateur de la Société, y laissant les traces de son passage, non-seulement par des travaux bien faits, mais encore par des dispositions administratives conservées pendant plus de vingt-cinq années.
- Les établissements de Romilly avaient été visités en 1825 par M. de Clermont-Tonnerre, ministre de la marine, pour laquelle ils avaient des commandes importantes à exécuter. Le 1er juin 1829, ils reçurent pendant vingt-quatre heures madame la Dauphine, qui s’y rendit sans faste et sans suite, faisant congédier la garde quon lui avait envoyée. Les quelques années de trouble qui précédèrent et suivirent la révolution de 1850 soumirent la Société de Romilly à de nouvelles épreuves, et, en présence de quelques nouvelles concurrences qui venaient de se monter, la Société de Romilly sentit plus vivement l’infériorité de son outillage de laminage déjà trop ancien. Les équipements de la garde nationale avaient procuré quelque travail en 1851, et bientôt l’installation de nombreuses fabriques de sucre de betterave assurait du travail pour longtemps aux fabriques de cuivre. Les affaires commencèrent à se développer en 1852 et 1855. On se mit sérieusement à l’étude du renouvellement de matériel, qui ne fut opéré qu’en 1854.
- M. E. Lecouteux, qui devait diriger la Société et la conduire jusqu’à la cession de ses usines à la Société Létrange, venait d’ête nommé administrateur résidant à Romilly. On choisit comme ingénieur pour la construction de la nouvelle usine M. Ferry, le fils du savant conventionnel qui avait assisté aux premiers essais faits à Romilly pour extraire le cuivre du métal des cloches. Un vaste atelier de laminage fut construit au centre de l’établissement principal, avec une roue du système Poncelet, d’une force de soixante chevaux, de six mètres de largeur et
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- autant de diamètre, conduisant deux trains de laminoirs à droite et à gauche. Cette installation a été donnée comme un modèle par M. Ferry, leur professeur, à de nombreuses promotions d’élèves de l’École des arts et manufactures de Paris.
- Cependant la Société arrivait à son terme au 31 décembre 1835, et ne put se renouveler par suite de l’opposition de deux de ses sociétaires. Il fallut liquider, et les établissements furent mis en vente, le 22 novembre 1837, sur la mise à prix de 1,250,000 francs, et adjugés à un groupe formé des neuf dixièmes des anciens actionnaires. _
- Le succès de l’installation nouvelle du grand atelier de laminage du Perpignan, munie de sa roue à la Poncelet, fut complet. La satisfaction des actionnaires se traduisit par une décision d’assemblée générale du 9 décembre 1840, qui ordonna l’application à la façade du batiment d’une plaque de marbre avec l’inscription en lettres d’or du nom de M. Roëttiers de Montalau, l’administrateur qui avait présidé aux intallations nouvelles. Les avantages résultant de l’installation d’un moteur plus puis-saiit et qui donnait un meilleur rendement de la force motrice, décidèrent l’installation, sur de semblables modèles, de deux autres ateliers de laminage dans les usines dont les fabrications avaient cessé d’être avantageuses.
- L’usine des Deux-Ponts, en 1839, et celle des Deux Amants en 1843, furent aménagées avec des roues à la Poncelet, des transmissions à double engrenage avec volant de vitesse, et des trains de laminoirs pour le cuivre et le laiton.
- Une fabrique d’épingles en laiton était installée, en 1842, dans la tréfîlerie du « Besle i>. Mais les machines anglaises brevetées, qui furent appliquées à cette fabrication, ne donnèrent pas les résultats qu’on en attandait et ne permirent pas de lutter longtemps avec la concurrence.
- Enfin la fonderie de laiton recevait un nouvel agrandissement pour la mettre en état d’alimenter les nouveaux laminoirs.
- Un nouveau temps d’arrêt dans la prospérité et le développement des établissements de Romilly était imposé par la révolution de 1848.
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- La Société dut retirer son agence commerciale à la maison J. J. Laveissière et fils, et se créer une maison de vente à Paris, rue du Parc-Royal.
- La reprise d’affaires qui se produisit après 1848 poussa la Société de Romiily dans une nouvelle voie de progrès, commandée par la concurrence qui se multipliait dans un certain nombre d’établissements moins importants.
- La fabrication des tuyaux en cuivre, qui trouvait un débouché important dans la consommation des locomotives, fut commencée à Romiily en 1849. Un premier atelier fut affecté à la fabrication des tuyaux soudés; puis, quelques années après, un autre à l’étirage des tuyaux sans soudure, faisant ainsi passer dans la grande industrie des fabrications qui jusque-là se faisaient à la main par les chaudronniers.
- Une grande fonderie de laiton fut construite et largement aménagée en 1851.
- Quelques années plus tard, on installe un laboratoire, et un habile chimiste est chargé d’étudier l’affinage du cuivre et des procédés perfectionnés de chauffage ; on utilise la chaleur perdue des fours d’affinage à produire de la vapeur, qui est utilisée comme agent d’affinage du cuivre en fusion, et comme moteur (disposition abandonnée depuis). En 1857, tous ces établissements furent loués à la maison Létrange.
- Le locataire trouvait un établissement déjà vieilli, eu égard à l’état de l’industrie, et qui n’avait pu lutter avec son usine de Saint-Denis, dont le matériel et surtout les procédés de fabrication étaient plus modernes. Il ne pouvait y faire de gros remaniements; il était condamné à tirer le meilleur parti des usines avec le moins de dépenses possible.
- La Société L. Létrange et Cie se rendit, en 1866, propriétaire de tout l’actif restant à la Société anonyme de Romiily, qui se mettait en liquidation en arrivant à son terme.
- Les fours d’affinage, dont la capacité variait de 1,800 à 3,500 kilog., furent portés à 10,000 kilog.
- La roue Poncelet, qui avait fait son temps, fut remplacée dans l’atelier du Perpignan, appelé le Roëttiers depuis 1840, par une
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- turbine deKœchlin; les transmissions, remplacées par celles du Creusot, modèle de son gros train de laminage, et tous les organes des laminoirs, remplacés par de plus puissants.
- La fabrication du cuivre, transformée, reprenait la première place sur le marché, par la fabrication des plus lourdes pièces demandées par les constructeurs de locomotives et de sucreries.
- Les produits de l’usine de Romilly occupaient, à l’Exposition de 1867, la première place à l’entrée principale, et leur brillant trophée obtenait la médaille d’or.
- La guerre de 1870 amenait un nouvel arrêt dans l’industrie du cuivre.
- Les propriétaires de Romilly, pour occuper leurs ouvriers et leurs établissements, s’étaient mis à fabriquer des objets d’équipement et d’armement; ils se disposaient à fournir au département de la Seine-Inférieure ses batteries d’artillerie complètement équipées. Déjà deux pièces de canon étaient fondues sur les modèles nouveaux du colonel Reffye, lorsque l’armée allemande vint occuper la vallée d’Andelle.
- 1 Deux ans après, les affaires avaient repris une grande activité, et les usines de Romilly faisaient des planches de cuivre de huit mètres de longueur sur deux mètres de largeur, pesant 1,200 kilogrammes, pour les appareils de sucrerie destinés au pacha d’Égypte.
- Aujourd’hui Romilly, avec ses vastes prairies, ses magnifiques allées de peupliers, sa rivière canalisée et ses bâtiments dont quelques-uns datent d’une autre époque, a ce grand air de noblesse qui distingue encore les usines de l’État, comme Ruelle, la Chaussade, le Ripault. On se croirait encore au grand siècle, et lorsqu’on y arrive en voiture par Pont-de-1’Arche, on ne se douterait pas que deux cent cinquante mètres au delà est la gare du chemin de fer de la vallée de l’Andelle. De la verdure, de l’air, de l’espace, le silence des forces d’eau, tout cela ressemble bien peu aux usines que l’on construit aujourd’hui sur les charbonnages auprès desquels la cherté du terrain industriel force les constructeurs à se restreindre et où les grandes cheminées remplacent la végétation.
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- Les opérations industrielles, au lieu d’être concentrées sur la plus petite surface possible, sont au contraire disséminées pour offrir du travail aux chutes superposées de l’Andelle, rivière qui, malgré son peu d’étendue (40 kilomètres environ deForges-les-Bains à la Seine), donne cependant 260 chevaux de puissance utile, et offre à l’industriel cet immense avantage de ne geler jamais, même pendant le terrible hiver de 1880.
- De fortes sources, et un cours d’eau souterrain communiquant avec la rivière à travers le fond de caillou roulé, empêchent le refroidissement, et la rapidité du courant jne laisse pas la congélation se produire. Le volume des eaux est presque constant, comme l’indiquent la netteté des berges et la propreté des herbes qui les recouvrent.
- Malgré l’apparente liberté du premier aspect, l’usine est c’ose cependant, une petite porte surveillée par un concierge laisse pénétrer le personnel, tandis que toute voiture qui entre passe sur une bascule qui en note le poids.
- Le charbon arrive par la Seine à un kilomètre et demi de distance environ, les produits fabriqués trouvent à leur porte le chemin de fer, et, suivant destination, les emmènent vers Gisors, Rouen ou Paris.
- Tous les (ransports intérieurs se font par de robustes chariots à deux roues, montés en tombereaux, de manière à basculer au besoin, très-bas, afin qu’on puisse les charger facilement; très-courts, pour pouvoir tourner aisément entre les différents appareils des usines. Un petit chemin de fer Decau-ville ou autre aurait été plus moderne, mais son installation aurait coûté fort cher eu égard aux longues distances à parcourir, et les manœuvres sur le chariot plate-forme répondent très-bien à la nature des objets fabriqués, tenant en général peu de place, bien que très-pesants.
- Sur la bascule d’entrée sont pesées les matières premières devant être traitées : le cuivre venant du Chili en barres de 80 à 120 kilogrammes environ, les sacs de cuivre natif dit Coro-Coro et les plaques de zinc des meilleures marques de la Silésie. 11 en est de même du charbon.
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- La première opération consiste à affiner les cuivres, qui contiennent toujours une petite proportion de soufre, de fer et autres corps étrangers qu’on n’a pu ou qu’on n’a pas voulu éliminer au premier traitement. Les barres sont fondues en cuve, et le bain produit par leur liquéfaction laisse venir à la surface les matières étrangères qui sont, ou emportées en gaz, ou détruites par l’oxydation.
- De temps en temps, on enfonce dans ce bain de grandes perches, en bois de peupliers coupés à cet effet parmi les arbres des allées et conservés frais par l’immersion d’une de leurs extrémités dans l’eau de la rivière. Plongés brusquement dans le métal, ce bois humide est rapidement gazéifié, et le tumulte de cette gazéification brasse le cuivre fondu avec une intensité que ne pourrait atteindre un brassage mécanique quelconque.
- Vingt-quatre heures sont nécessaires pour cet affinage; il faut six heures pour vider le four, opération qui demande de l’habileté et de la force. L’instrument dont on se sert est une cuiller à long manche dont la poche peut contenir 15 kilogrammes de cuivre liquide. L’ouvrier remplit sa cuiller de manière à éviter, autant que possible, de ne laisser pénétrer aucune trace de scories, et il la vide de manière à remplir de petits moules en cuivre placés en une ligne disposée au-dessus d’un bac plein d’eau.
- Lorsqu’on juge le métal assez refroidi pour qu’il soit suffisamment solidifié, on fait basculer le moule, et le petit lingot tombe dans l’eau sous-jacente.
- Les qualités fines sont moulées avec une division en trois talons; les qualités moins fines, en deux. Les lingots ainsi disposés avec des points de section préparé sont ceux qui serviront à la fabrication du laiton.
- Le cuivre rouge qui doit être laminé en plaque, celui qui doit
- être étiré en barres, en tringles ou même en fil, est fondu dans
- des moules avant la taille et la forme voulues.
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- Le laminage du cuivre rouge demande une grande force; aussi les trains sont-ils actionnés par une turbine Kœklin de 80 chevaux qui a remplacé l’ancienne roue Poncelet
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- qui avait joui dans son temps d'une si grande réputation.
- Les laminoirs à cuivre rouge se composent chacun de deux cylindres en fonte écossaise truitée et coulée en coquilles, et garantis contre la rupture, les uns par un contre-poids, les autres par des rondelles en caoutchouc séparées par des plaquettes annulaires en tôle d’acier
- Ces laminoirs fournissent au commerce, outre les grandes planches de cuivre pour la forte chaudronnerie et la construction des appareils de distillerie, de raffinerie, de sucrerie et de brasserie, les feuilles les plus fines destinées aux usages si nombreux d’industries diverses.
- Quelques cuivres sont laminées en bandes étroites pour être tréfilés.
- Quelquefois, le métal reçoit dans l’usine même une première préparation qui en rend l’usage plus facile aux chaudronniers dont l’outillage ne serait pas assez fort pour traiter les grosses pièces; ainsi les foyers de locomotives, les. bassines de sucrerie? ou de brasseries sont emboutis au marteau à Romilly a van* d’être expédiés aux constructeurs; leur façonnage est commencé par1 des marteaux à longs manches, mus par des cames ; le plus grand donne un coup de six cents kilogrammes : ce martelage ou marteau à manche de bois n’a pas la sécheresse du martelage au pilon à vapeur.
- Avec ces marteaux à manches, on présente la feuille de cuivre au choc, de façon à ranger les molécules en une sorte de spirale; puis un travail à la main, au maillet de bois, donne les dimensions voulues aux calottes devant former des sections sphériques déterminées.
- Une commande spéciale a conduit M. Létrange à installer aussi rapidement et aussi économiquement que possible un travail nouveau de cuivre rouge, travail qui se serait difficilement constitué loin d'une fonderie de cuivre et d'une force mécanique suffisante. On sait que depuis l’adoption de. la rayure dans l’âme des pièces d’artillerie, on a cherché à éviter l’usure et l’érosion des arêtes de ces rayures en recouvrant avec un métal plus doux le projectile de fonte ou d'acier fondu; les pre-
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- miers essais de revêtement de plomb ou de zinc recouvert de plomb ne furent pas très-heureux.
- La rotation du projectile sur lui-même le dépouillait de son enveloppe, qui se trouvait alors projetée de toute part, et l’obus, perdant les proportions de son poids normal, tombait avant d’arriver au but, après avoir quitté une direction calculée d’après la répartition de son poids.
- Que de fois n’ai-je pas vu cela à Nantes, pendant les études sur les projectiles que nous faisions, le général de Reffye et moi !
- Dans les canons de la marine, au lieu d’une enveloppe complète supprimant absolument le vent, on faisait toucher le boulet par quelques points seulement de sa surface sur lesquels on fixait des rondelles de cuivre dites ailettes.
- Aujourd’hui en France aussi bien qu’en Allemagne, on "cercle le projectile avec des bagues en cuivre rouge dont le métal, moins dur que le bronze de l’âme, se moule suffisamment sur les rainures sans les altérer et en supprimant le vent, c’est-à-dire en empêchant les gaz de la charge de s’échapper entre le projectile et l’âme du canon, conserve ainsi toute l’intensité de leur expansion pour la projectionjdu boulet.
- J’ai vu chez Gruson de Magdebourg creuser au burin le logement de cette bague de cuivre; aujourd’hui en France, on place la bague dans le moule avant la coulée du boulet; l’acier fondu ou la fonte, en se refroidissant, l’étreignent de façon à la fixer irrévocablement.
- La fabrication de ces bagues est intéressante : on ne produit pas par coulée le tube dans lequel elles sont découpées; le cuivre rouge en effet ne se moule pas en sable, et son retrait est si fort que sur un noyau métallique il se gercerait ou briserait le moule. C’est donc par emboutissage qu’il faut procéder.
- On coule des plateaux ronds qu’une série de passes change d’abord en cuvettes coniques, puis en tubes fermés qu’on allonge jusqu’à un mètre environ en rétrécissant de plus en plus les bagues et en amincissant l’épaisseur des parois. Des recuits et des décapages rendent au métal la malléabilité et la
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- propreté absolue nécessaires pour subir sans brisures ni érosion les emboutissages successifs.
- On allonge ainsi le tube jusqu’à un mètre de longueur; la partie qui avoisine la calotte est séparée à la scie circulaire, placée sur mandrin et étirée en tube sans soudure de moindre épaisseur ; l’autre partie, destinée à faire des bagues, est d’abord calibrée au banc d’étirage, bien cylindrique au dehors et au dedans, et façonnée intérieurement en douze ou vingt-quatre pans suivant le diamètre.
- Après cette opération, on découpe les bagues à la hauteur voulue, on abat intérieurement la carre des facettes pour arrondir légèrement la surface de chaque pan en élargissant l’angle, et on tourne la surface extérieure assez juste pour ne pas dépasser la tolérance bien faible exigée par l’État. En effet, toutes les proportions doivent être observées, non pas à Un millimètre, mais à un dixième de millimètre près. Pendant toutes ces opérations, le métal conserve cette belle couleur rose qu’il garde malheureusement si peu de temps,
- A côté des ateliers où l’on affine le cuivre rouge et dans le même ensemble de bâtiments s’étend l’atelier du laitonnage.
- Le laiton ou cuivre jaune est un alliage qui sous un même nom représente des métaux de couleurs et de propriétés bien différentes ; c’est une matière qui se retrouve à chaque instant dans l’outillage humain gros et petit, depuis le cylindre de machines hydrauliques le plus épais et le plus résistant, le plus colossal robinet de conduite d’eau, j usqu’à la plus mince feuille de clinquant, amincie par le batteur d’or.
- C’est un composé en proportions infiniment variées de zinc et de cuivre, auquel dans certains cas on ajoute des quantités infiniment moindres d’autres métaux, plomb, étain, nickel, pour en modifier la couleur, la résistance au laminage et au tréfilage.
- Le mélange s’opère dans des fours à creusets d’une capacité variable entre 30 et 50 kilogrammes environ. La proportion de cuivre et de zinc varie depuis 60 de l’un pour 40 de l’autre, jusqu’à 83 pour 17. Si la proportion de zinc diminue, ce
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- n’est plus du laiton, c’est du cuivre durci par une petite proportion d’alliage, et qui se nomme tombac. Ces proportions sont empiriques et varient incessamment suivant les usines et les demandes plus ou moins bien fondées du consommateur.
- Une partie de rognure est presque toujours mêlée dans la charge du creuset; ces creusets sont assez minces et tournassés à Liancourt avec de la terre de Saint-Samson. L’habileté des fondeurs de Romilly autorise l’emploi de ces creusets minces, qui seraient dangereux dans des mains inhabiles ; la fusion s’y opère en effet si rapidement qu’une trentaine de minutes suffisent pour la liquéfaction et l’union des deux métaux. La coulée se fait à bout de bras avec une pince simple pour les creusets légers, et avec une pince double à deux hommes pour les creusets plus lourds ; les moules placés verticalement, quelle que soit leur forme, donnent des plaques pour le laminage, des cylindres pleins pour la tréfilerie, des cylindres creux pour la production des tuyaux non soudés.
- Les opérations de la fusion ou de la coulée sont toujours accompagnées d’un dégagement, qu’on cherche à rendre le moins onéreux possible, d’oxyde de zinc blanc et léger (lana philosophica).
- Le laiton pouvant se couler autour d’un noyau de sable, il n’est pas indispensable de recourir à l’emboutissage pour faire avec cet alliage des tubes sans soudure; mais il a besoin, avant étirage, d’une sorte de corroyage pour en rapprocher les molécules et les ranger convenablement pour les opérations suivantes. Ce sertissage s’opère à Romilly au moyen d’une machine brevetée de l’invention de M. Létrange : c’est un ensemble de trois galets, deux en bas et un en haut, dont l’effort se produit à l’intersection des deux autres, qui comprime le tube de laiton emmanché sur un mandrin, et, lui imprimant un mouvement en spirale, lui fait traverser la machine d’un bout à l’autre, sans qu’il soit nécessaire de l’attirer. Deux fourches latérales soutiennent le mandrin uniquement comme protection en cas de chute. Plusieurs passages dans la machine à sertir, avec recuisson entre chacun d’eux, préparent les tuyaux à passer au
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- banc d’étirage qui les allongera à la dimension et à l’épaisseur désirés.
- Les opérations d’étirage sont toujours précédées par un rétrécissement de l’une des extrémités,afin quelles puissent entrer dans la bague et être saisies par la pince du banc. Une ingénieuse disposition, consistant en une gorge sur pivot tournant à la moitié environ du rebord du banc, permet à l’ouvrier de manoeuvrer et de retourner avec aisance le mandrin couvert de son tube.
- Les plaques de laiton sont mises à l’étalrde feuilles calibrées pour servir telles quelles ou pour être travaillées ultérieurement par de nombreuses industries, découpées, poinçonnées, amincies, tordues, tubées, et subir toutes les transformations des différentes industries qui les emploient.
- Quelquefois le passage au laminoir n’est pas destiné à étendre le métal en l’amincissant; il est exécuté feuille à feuille dans certaines conditions dans le but de modifier la consistance du métal et l’étirer comme sous un martelage.
- La préparation des tuyaux Soudés, cuivre pur ou laiton, a lieu dans un atelier spécial, qui a sa machine, ses fours et tout ce qui lui est nécessaire pour cintrer, enviroler la feuille que l’on soude au four, après avoir versé entre ses deux lèvres de la soudure forte où la proportion de cuivre domine.
- Un ébarbage, un passage au banc terminent le tube : quelquefois, comme pour les chambres de fumée des locomotives, un fragment de tuyau de cuivre rouge est soudé à l’extrémité du tube de laiton et assuré par un passage au banc.
- Certaines plaques sont allongées et découpées en lanières dans l’usine même. Ces lanières, ainsi que les baguettes produites par les laminoirs cannelés du grand atelier, sont amenées dans les bâtiments qui entourent la chute la plus haute sur le courant de l’Andelle, la première en venant du côté de Gisors et qui s’appelle le Besle.
- Un câble métallique renforce cette chute en y amenant une partie de la force de l’atelier placé en aval, dont le moteur hydraulique est renforcé par une machine à vapeur de 50 che-
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- vaux , à laquelle elle se trouve accouplée par des cordes de chanvre contenues dans les gorges du grand volant.
- La tréfilerie est très-intéressante : les baguettes ou les lanières découpées dans les feuilles épaisses passent successivement dans les filières qui les amènent, par une série de passes entremêlées de recuit, au diamètre demandé, et qui, àRomilly, peut descendre jusqu’à 5 dixièmes de millimètre. L’atelier du Besle a conservé un excellent outil, dont la forme dénote l’époque : c’est une cisaille au manche- relevé par un excentrique ovale en bois, dont le plus grand diamètre est d’un mètre 50 environ et dont le plus petit ne dépasse pas 80 centimètres environ.
- Les fils de laiton sont destinés aux usages les plus variés ; les uns vont se faire découper en épingles, les autres sont tordus en spirales pour devenir des ressorts à boudin et autres emplois dont l’énumération serait trop longue.
- La recherche des particules de cuivre contenues dans les laitiers, dans les balayures et dans les crasses adhérentes à l’intérieur des creusets, fait retrouver une très-notable quantité de cuivre ; les laitiers qui proviennent des fours d’affinage sont traités comme de véritables minerais pauvres ; les creusets cassés au marteau et à la main sont triés en fragments de différentes richesses. Ces morceaux, placés dans les auges d’un boc-card, sont entraînés par un courant d’eau, et les fragments les plus riches se déposent, suivant leur densité, dans des caisses successives opérant un classement et sont de nouveau réduits dans un four à manche. Les boues et les parties pauvres sont mises en tas pour y attendre un procédé de traitement qu’on n’a pas encore trouvé.
- Les laitiers épuisés sont mis au remblai : ils forment un silicate de fer, sorte de verre très-dur, dont la cassure est très-tranchante.
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- SAINT-CHRIST,
- Nous avons dit plus haut que sous le nom de mines, fonderies et laminoirs des rives du Rhône M. Létrange avait réuni la mine de la Poipe, l’usine de Saint-Christ et la mine de Saint-André-Lachamp.
- Abandonnée comme mine de plomb, la Poipe fut reprise en 1846 comme mine de blende et aménagée par MM. Bied et Cie avec les conseils du professeur Calon. La société Bied ayant été remplacée par la société Berger, cette dernière installa une fonderie de zinc à Saint-Christ, sur le bord du Rhône.
- La maison Castinel, de Marseille, monta près de la fonderie de zinc une fabrique destinée à exploiter l’acide sulfureux dégagé par le grillage des blendes. D’un autre côté, M. Marsay, ingénieur à Saint-Étienne, installa une usine de laminage de deux paires de laminoirs mus par une machine de 80 chevaux.
- La mort de M. Berger fit, en 1852, passer l’affaire entre les mains de M. Pierre Dumas, qui mourut lui-même en 1859. Une nouvelle mise en vente attribua l’usine de Saint-Christ et les mines de la Poipe à un brasseur viennois, qui ne put réunir un capital suffisant et fut exproprié.
- En 1868, la société Létrange devint propriétaire de l’usine et de la mine et commença tout d’abord à vendre la fabrique d’acide, sulfurique à MM. Perret et Ollivier, qui eux-mêmes la revendirent à la société de Saint-Gobain. Dans cette vente, Saint-Christ conserva le droit de faire griller gratuitement ses blendes par l’usine de produits chimiques. L’idée était juste, mais l’inexécution de ce contrat de grillage amena un procès qui, je crois, dure encore.
- Déjà Saint-Christ produisait mensuellement 100,000 kil. de zinc brut, et par ses laminoirs200,000 kil. de zinc laminé, quand la guerre de 1870 vint entraver les opérations et restreindre les capitaux. On éteignit les fours en 1874. Mais M. Létrange ne perdit pas l’espoir d’utiliser de nouveau à Saint-Christ les minerais français. Dans ce but il poursuivit les recherches faites à
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- Saint-André-Lachamp par M. le marquis de Clapier et qui dénotaient un gîte important de calamine.
- En 1874 M. Létrange obtenait la concession régulière, et l’ouverture du chemin de fer d’Alais au Poncin vient permettre aujourd’hui le transport de la calamine chargée à Beaulieu-- Beriâs jusqu’au four de Saint-Christ.
- Il serait désirable de voir reprendre et se développer les exploitations que M. Létrange avait si courageusement commencées. La France est tributaire de l’étranger pour des sommes énormes quant au cuivre, au zinc et au plomb, et elle renferme dans son sol de nombreux filons et des gîtes importants de ces métaux qu’elle paye si cher aux autres. Bien souvent même les Anglais et les Belges viennent acheter nos minerais pour nous revendre le métal qu’ils en tirent.
- Notre coupable négligence portera un jour des fruits bien amers en nous laissant désarmés devant la moindre guerre maritime.
- Une nation doit faire ses métaux elle-même, surtout lorsque son sol en contient autant que le nôtre. Espérons que M. Létrange réussira dans ses combinaisons et que nous aurons bientôt en France une première fonderie de cuivre et une fonderie de zinc de plus. Et si la réussite n’atteignait pas les espérances, ce serait déjà un grand honneur de l’avoir tenté.
- PARIS. TYPOGRAPIIIE OE E. PLOK ET Cle, RUE GARANC1ÈRE, 8.
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- BIJOUTERIE EN DOUBLÉ
- Dans tous les temps et dans tous les pays cmlisés ou sauvages, il est d’usage que les femmes, et quelquefois lés hommes, s’accrochent aux oreilles, se mettent sur la tête, aux bras, et sur certaines parties de leurs vêtements, des objets brillants en or, soit simple, soit accompagné de pierres vraies ou imitées.
- De tous temps également, comme l’or est un métal cher, on a cherché soit à l’imiter par diverses compositions, soit à l’allier à un titre de moins en moins élevé, soit enfin à faire le corps même du bijou en divers alliages de cuivre, en recouvrant d’une couche d’or le laiton ou l’argent à bas titre qui en constituent l’ossature, l’or ayant cette qualité précieuse de résister aux agents destructeurs et de conserver pendant de longues années sa belle couleur et son-brillant.
- Les différentes manières de dorer orît été enrichies d’un procédé nouveau : la galvanoplastie, qui a permis de donner à un prix infime des parures d’un très-bel aspect, mais d’une durée relativement assez courte. — Une autre industrie plus ancienne, le doublé, a pu se développer à côté de la galvanoplastie, et a fini par prendre une très-grande importance, parce que ses produits avaient un usage, une résistance bien plus grande. Notre dernière Exposition a montré quels progrès cette fabrication avait faits dans ces dernières années.
- Si l’application du doublé à la bijouterie proprement dite ne date guère que d’un demi-siècle, l’idée de recouvrir des surfaces métalliques avec des lames d’or ou d’argent est loin d’être nouvelle. La Bible en fait mention en parlant des prescriptions de Moïse, pour l’exécution du Tabernacle.
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- Mais cette application usitée chez les Grecs et les Romains était-elle réellement du doublé, et constituait-elle une union assez fixe pour ne pouvoir être désagrégée?
- Les laborieux rédacteurs de Y Encyclopédie semblent le croire, car voici ce qu’ils disent à propos d’une pièce de doublé présentée à l’Académie des sciences en 1787 :
- « Un plateau de cuivre doublé d’argent, trouvé en Bourbonnais près le château de Chantelles, présenté à l’Académie des sciences par M. Baumé, fixa l’attention de cette Compagnie, parce qu’il fait connaître que l’art de doubler le cuivre d’argent est de très-grande antiquité, ce qui est confirmé par les éclaircissements que MM. les abbés Le Blond et Maugès ont communiqués à l’Académie des sciences.
- « Ces savants antiquaires n’osent fixer si ce plateau, d’un bon style et très-bien exécuté, est dû aux Grecs ou aux Romains.
- « On a trouvé à Herculanum des ustensiles également doublés d’argent.
- i« Il est donc certain que les anciens connaissaient l’art de doubler le cuivre avec de l’argent, procédé employé par les Anglais depuis un demi-siècle, et par les Français depuis douze ou quinze ans.
- « Ce plateau antique est en rapport avec le plaqué ou doublé que MM. Rigot et Daumé, artistes ingénieux, mettent en usage.
- « Le sieur Deranton, célèbre horloger de Paris, connu par ses travaux et ses succès dans l’horlogerie et la mécanique, ayant vu des essais imparfaits qu’on avait déjà faits pour doubler d’argent fin des casseroles de cuivre, s’occupa de la découverte du secret inventé en Angleterre, de joindre intimement ensemble et sans aucune soudure le cuivre et l’argent fin, de manière que ces deux métaux ne faisant plus qu’un même corps puissent être forgés et étendus ensemble, en conservant partout leur proportion d’épaisseur, et ne puissent être désunis que par une entière fusion.
- « Ayant été assez heureux pour qu’un succès constant couronnât ses recherches, c’est à lui principalement que cette manufacture doit son établissement *
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- € Au moyen de cette invention, autorisée par les suffrages de rAcadémie des sciences de Paris, et par des lettres patentes registrées en parlement le 9 décembre 1769, en faveur de Vincent Huguet, marchand orfèvre à Paris, et l’un des officiés, on peut doubler le cuivre avec l’argent fin, en telle proportion d’épaisseur et de poids que l’on veut, comme au tiers, au quart, au cinquième et au sixième d’argent fin, et les unir si intimement qu’ils soient susceptibles de toutes les formes et de tous les usages auxquels on peut les employer séparément.
- « Après s’être déterminé sur le poids du vase qu’on veut faire, et la quantité d’argent qu’on y veut mettre, par exemple, pour un vaisseau pesant en tout deux livres, dont l’argent serait mis au quart, on prend d’un lingot d’argent très-fin un morceau du poids de demi-livre, et une livre et demie de cuivre en barre, de la beauté du cuivre de rosette; on applique ensuite intimement ces deux morceaux de métal l’un sur l’autre.
- c L’adhésion des deux métaux faite, on donne le tout à un ouvrier qui fait porter l’argent sur le poli de l’enclume, et qui, en frappant sur le cuivre, étend tout à la fois les deux métaux au point qui lui est nécessaire pour faire l’ouvrage dont il est chargé. Comme la jonction de ces deux métaux n’apporte aucun obstacle à leur malléabilité, ils deviennent susceptibles de toutes les formes qu’on peut leur donner. »
- Mais Y Encyclopédie ne parle que de doublé d’argent : le doublé (for ne parait dans les documents officiels qu’en 1811, où MM. Levrat et Pépineau reçoivent un prix donné par la Société d’encouragement pour les perfectionnements importés dans l’industrie du doublé d’or et d’argent ; ils sont également récompensés en 1819, ainsi que M.“Christophe et M. Pillioud, et pour ce dernier le jury ajoute :
- « Le jury a particulièrement remarqué que M. Pillioud est le premier qui ait employé dans tous ses ouvrages et dans toutes les parties la soudure en argent, qui, sous le rapport de la solidité, a plus d’avantage que la soudure ancienne. »
- En 1823, toujours grâce à MM. Levrat et Pillioud auxquels est venu se joindre M. Tourrot, « la fabrication du doublé d’or
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- et d’argent, dit le jury, a pris, depuis quelques années, une très-grande extension. Elle produit des objets remarquables, tantôt par leur délicatesse, tantôt par le développement de leurs dimensions, et dans lesquels on admire toujours un parfait accord de jointure et un poli très-brillant. »
- « On désire généralement, ajoute le rapporteur, que le doublé porte avec lui une marque distinctive de la proportion de métaux fins qu’il renferme. Le jury pense que, pour la garantie du public, il serait convenable de soumettre cet article au contrôle, comme on y soumet tous les produits d’orfèvrerie et de bijouterie. »
- En 1827, les mêmes maisons reçoivent les mêmes éloges, mais il ne s’agit encore que du doublé d’or et d’argent appliqué non à la bijouterie, mais plutôt à l’orfèvrerie d’ornements et surtout à l’orfèvrerie d’église; ce n’est qu’en 1859 que le jury fait officiellement mention de la bijouterie en doublé en parlant d’un exposant, M. Poiret, auquel il attribue cette application nouvelle :
- « La bijouterie dorée doit à M. Poiret le bijou doublé d'or, fabrication encore peu connue et qui offre de grands avantages par sa solidité, sa durée et la modicité de son prix. La bijouterie de M. Poiret est d’une grande beauté et ne peut réellement se distinguer du bijou d’or que par la marque du poinçon du fabricant, qui doit être de forme carrée, et celui de l’or, de forme losange. »
- D’autres auteurs attribuent la priorité à M. Huart. Ce fabricant soutint avec l’État une série de procès qui se terminèrent par la réglementation encore existante aujourd’hui et qui détermina l’usage d’un poinçon carré avec le nom et la marque du fabricant, ainsi que le mot doublé, de façon qu’aucune fraude ne fût possible.
- D’après le très-remarquable rapport de M. le duc de Luynes au jury 1851, « cette industrie serait née de la situation difficile que la loi de brumaire faisait à la bijouterie fine, mais creuse, où l’on emploie nécessairement beaucoup de soudure. La difficulté de satisfaire aux exigences du titre et la surveillance toujours plus active du bureau de garantie avaient mis l’Admi-
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- nistration et les fabricants dans une hostilité si permanente, que de 1825 à 1832 la bijouterie creuse ne se faisait plus que d'une manière clandestine. Pour échapper à cette situation désastreuse, une partie des fabricants appliqua le système du plaqué à la bijouterie. De nombreux procès furent intentés par le bureau de garantie, celui-ci prétendant que le doublé d'or n'était que de l’or à bas titre; mais en 1832 les tribunaux résolurent la question en litige et donnèrent cause gagnée aux fabricants. »
- Le même travail de M. le duc de Luynes attribue aux travaux de M. Poiret l’origine de cette industrie; mais comme tous les autres auteurs qui depuis ont écrit sur cette matière, il fait remarquer les progrès considérables dus à M. Savart. Ce serait dans ses ateliers que M. Fleury-Allard, graveur sur acier de grand mérite, aurait, par l’admirable achèvement de ses matrices, obtenu des coquilles nettes susceptibles d’un poli brillant.
- C’est en 1851 que nous voyons paraître pour la première fois le nom de M. Murat joint à celui de M. Savart.
- « Dans la bijouterie de doublé or, dit le rapporteur de l’Exposition de Londres 1851, les efforts faits par M. Savart, de Paris, pour donner à son industrie les développements dont elle est susceptible, sont assurément dignes de nos éloges. Le doublé d’or date de 1830. Lors de sa création, il fut accueilli avec la plus grande défiance par l’administration française ; ce ne fut qu’après plusieurs procès perdus par elle qu’elle consentit à cette fabrication, et lui assigna un poinçon particulier où est inscrit le mot doublé. Ainsi autorisé et mis à l’abri de toute espèce de fraude, le doublé prit une extension énorme, qui s’accrut encore par l’application de l’estampage sur matrices d’acier que M. Savart introduisit. Ce nouveau système de fabrication compléta le travail de la main-d’œuvre et rendit le prix de façon cinq ou six fois moindre. Dès lors, au lieu de s’appliquer seulement à des bijoux communs, tels que les croix, les épingles et les bagues pour l’usage des campagnes, il put s’étendre aux bijoux les plus importants, et bientôt le goût et la richesse du dessin leur donnèrent la plus belle apparence.
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- Les échantillons qui figurent dans l’exposition de M. Savart sont d’une perfection de main-d’œuvre qui résume tous les mérites de cette industrie.
- « Les produits de M. Murat, fabricant à Paris, par la variété et le bon goût de ses modèles, et la précision consciencieuse de l’exécution, indiquent aussi un progrès réel et très-intéressant. *
- M. Murat obtint en 1855 une médaille de bronze.
- Nous le retrouverons également cité avec éloge au compte rendu de l’Exposition de Philadelphie : il compte parmi les premiers dans cette industrie spéciale, dont les développements étaient déjà tels en 1878 que les documents officiels déclarent « qu’elle occupe plus de 1,400 ouvriers, et que le chiffre de sa production annuelle peut être évaluée à 7 ou 8 millions de francs*.
- En 1878 M. Murat obtenait la médaille d’or et la croix de la Légion d’honneur.
- M. Murat est en effet, parmi nos industriels parisiens, l’un de ceux qui ont le plus travaillé à perfectionner leur industrie : il1 a fait son apprentissage à Toulouse, entra dans la maison Christophle, déjà bien importante, car en 1859 le chiffre de ses exportations dépassait 2 millions ; il fut chargé chez M. Savart d’inventer et de préparer des modèles.
- Peu à peu, il s’occupa de toutes les affaires de ce grand industriel, et en 1850 il créa sa propre maison, qui prit un développement rapide, grâce surtout aux nombreuses relations qu’il avait en Espagne et à la connaissance approfondie qu’il avait de sa profession.
- Remplaçant le travail à la main par les procédés mécaniques toutes les fois qu’ils peuvent être appliqués, établissant une division du travail qui donne aux opérations successives une plus grande perfection et une extrême rapidité, M. Murat est arrivé à vendre à un prix relativement minime des.bijoux ayant toute l’apparence et toute la solidité d’un objet en or fin.
- L’extrême habileté des fabricants de pierres imitées, perles, camées, est venue dans ces derniers temps donner aux produits du doublé une grande diversité et rendre plus facile la tâche de
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- l’inventeur de modèles, un peu borné autrefois quand il n’avait à sa disposition que les ors de différentes couleurs, l’argent et le platine.
- On imite aujourd’hui avec une fidélité prodigieuse le corail, la perle, surtout noire, l’améthyste, le grenat, l’agate et la cornaline des camées absolument à s’y méprendre.
- Le bijou en doublé offre une surface qui est absolument de l’or fin métallique laminé en métal tenace et non déposé en amalgame comme dans la dorure au mercure ou en poussière sans cohésion comme dans la galvanoplastie.
- Vovons d’abord comment se nrénare le métal :
- Le doublé n’est pas, comme l’alliage, le résultat d’une fusion ou, comme le doré galvanique, le dépôt sur une surface de molécules qu’un brunissage rapproche et unit ; c’est une application physique dont l’adhérence est intense et qui est véritablement une surface d’or fixée pour toujours à la plaque de cuivre, et qui s’étendra, s’étirera, se laminera et s’estampera presque indéfiniment, de façon à résister à l’usure qu’ont généralement à supporter les bijoux et les objets d’usage quotidien.
- C’est par une pression énergique à chaud que la lame d’or
- cuivre
- xée, elle
- ne pourrait en être enlevée que par un rabotage énergique.
- Le cuivre employé n’est pas le cuivre pur; il est déjà allié dans certaines proportions qui en font d’abord ce qu’on appelle le ehryso, alliage de cuivre, de zinc et d’étain ; les proportions
- de ces deux derniers métaux varient selon l’usage auquel l’alliage est destiné; cependant on peut dire en général que la proportion est de 90 de cuivre pour 100 sur l’alliage total.
- Le chryso ne s’achète pas tout fait ; il se fond dans l’usine même et se coule en plaques de deux ou trois kilogrammes environ, de 20 centimètres de long sur 10 de large et d’un centimètre d’épaisseur.
- L’or se prépare au titre de 750 d’or pour 250 de cuivre et d’argent, suivant la couleur d’or qu’on veut obtenir; on met naturellement plus de cuivre pour les ors rouges, et plus d’argent
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- GRANDES USINES.
- L’or se coule à pic et donne de petits lingots qu’on lamine
- dans des laminoirs étroits dont les cylindres sont en acier fondu.
- L’or est ainsi laminé en feuilles, en bandes, d’une taille équivalente à celle des plaques de chryso sur lesquelles il doit être
- Établissement Mürat. — Coffret en doublé.
- appliqué. L’épaisseur de la lame est différente suivant l’usage auquel le doublé est destiné.
- Pour que l’or adhère sur le cuivre, il faut que ce dernier soit déroché à l’acide, et de plus vigoureusement sablonné avec du sable et un bouchon de liège qui mettent la surface absolument à vif et sans trace aucune d’oxyde, d’humidité ou de corps gras. On applique alors la lame d’or sur la plaque de chryso, qui lui-même repose sur une plaque de tôle, et l’on assemble ainsi un
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- paquet total composé de dix paquets : tôle, plaque de chryso et lame d’or : la plaque de tôle se trouvant là naturellement pour
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- empêcher l’adhérence de la surface supérieure de la lame d’or avec la surface inférieure de la plaque de cuivre qui lui sera superposée.
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- On entoure le paquet total avec une feuille de cuivre aussi hermétiquement close que possible, pour éviter la production
- d'oxyde, après quoi on pose le paquet ainsi enveloppé sur une plaque d'acier fondu dont la surface supérieure est enduite de blanc de Meudon, et l'on assure le tout par un lien en fil de fer; après quoi le paquet est placé dans un four à réverbère pour y être chauffé à cœur.
- Le contre-maître chargé de ce travail important juge à la couleur du rouge si le degré de chaleur est atteint, et lorsqu'il le juge convenable, il enlève le paquet et le place entre les deux plateaux d'unè presse énergique. Une pression de dix minutés suffit pour que l’effet désiré se produise. Le refroidissement s’opère assez vite, et l’on examine si l’opération a réussi. Presque toujours, quand les proportions ont été bien observées, l'adhérence est parfaite et le doublé est fait; mais dans certains cas, il se produit quelques défauts, et notamment un craquelé causé par le défaut de parallélisme exact entre la dilatation et la rétraction des deux métaux pendant réchauffement et le refroidissement.
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- Quand l'opération est manquée pour une cause quelconque,
- 11 n’y a pas à y revenir et à chercher à enlever l'or. La plaque de chryso et l'or adhérant à sa surface sont jetés, avec les rognures des opérations suivantes, dans un creuset de refonte, et on en constitue des lingots revendus au comptoir Lyon-Allemand, qui les paye suivant l’essai et en sépare l’or du cuivre par affinage.
- Les plaques jugées bonnes constituent dès lors un métal doublé, et que l'on traitera désormais comme s’il était simple; ainsi on commence par le laminer en travers, et, au moyen d’une série de recuits et de laminages en long, on en constitue des rubans plus ou moins épais dans lesquels on découpera les petits fragments dont on aura besoin. Pour certains usages, . non-seulement on double, mais on triple, c'est-à-dire qu’on applique également une feuille d'or sur la surface inférieure de la plaque, de sorte que le ruban produit du laminage est véritablement en or des deux côtés.
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- D’autres fois on double or sur argent ; on peut également doubler ou tripler platine sur cuivre. — Je suis étonné que remploi du doublé de platine ne soit pas plus répandu, et je
- suis tout à fait de l’avis du sieur Deranton.
- L’inaltérabilité du platine, qui le rendrait si précieux non-seulement pour la fabrication des produits chimiques, mais encore pour toutes les opérations qui ont pour but la préparation des produits alimentaires, est malheureusement compensée par le haut prix de ce métal plein, tandis qu’avec du triplé de platine, le prix est assez modique pour qu'on n’ait pas à hésiter pour tous les usages où la salubrité réclame l’emploi d’un métal inaltérable. La cuisine quotidienne elle-même devrait se faire dans des casseroles platinées par le procédé du doublage, et l’on échapperait ainsi à bien des maladies ou des malaises mal définis, n’ayant d’autre origine que les casseroles incomplètement étamées ou étamées avec de l’étain plombé.
- On comprend que l’on hésite à payer 500 francs une casserole en platine plein ; mais si le vase de même dimension en triplé de platine ne coûtait que 50 à 60 francs, on préférerait certainement payer ce prix que d’exposer tous les jours sa vie et celle des siens, en se servant de la batterie de cuisine actuelle.
- Les modèles que l’on exécute aujourd’hui en doublé sont beaucoup plus compliqués qu’ils ne l’étaient autrefois; il ne s’agit plus seulement de croix du Saint-Esprit, de boucles d’oreilles à pendeloques.
- Ce sont absolument les mêmes modèles que ceux de la bijouterie en or fin, soit qu’on imite avec quelques modifications les modèles existants déjà, soit qu’on en crée de nouveaux aussi riches et aussi artistiques que ceux de la bijouterie fine.
- L’ébauche se fait en cire, parce que le dessin, étant plat, ne donnerait pas une idée juste, et de l’effet que devra produire plus tard le bijou et des difficultés de fabrication.
- Sur un relief, il est possible de modifier tous les ornements et toutes les dispositions qui ne viendraient pas bien à l’estampage ou qui feraient mauvais effet à l’œil après l’exécution.
- Ces maquettes en cire sont l’objet d’un examen très-sérieûx
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- de la part du chef de la maison» soit qu’elles arrivent du dehors apportées par des dessinateurs ou des graveurs libres, soit quelles aient été composées par l’habile graveur ornementiste qui dirige l’atelier de M. Murat.
- Ce qui permet à ce fabricant et à ses confrères bijoutiers et orfèvres en fin, en doublé ou en doré, de pouvoir abaisser le prix de revient, et par suite le prix de vente de leurs produits, ce n’est pas seulement l’abaissement de dépense de la matière première par le doublage, mais c’est surtout l’application des machines à la fabrication ; seulement il n’est possible de remplacer avantageusement la main par l’outil qu’à la condition de reproduire en très-grand nombre le même modèle; sans cela, le prix que coûteraient le poinçon et la matrice * réparti sur un trop petit nombre d’exemplaires, en élèverait considérablement le prix de revient. Ce n’est donc qu’avec mûre réflexion que l’on procède et que l’on décide l’exécution de tel ou tel modèle.
- Chez M. Murat, l’atelier de gravure copie en acier le modèle en cire, créant ainsi le relief, et procède ensuite par renfoncement pour creuser la matrice.
- On ne saurait croire avec quelle adresse, avec quelle netteté on se sert aujourd’hui du laminoir, .du mouton, du balancier, du découpoir et du banc à tirer pour exécuter les formes les plus diverses.
- Un seul détail peut donner une idée de l’ingéniosité avec laquelle, pour certaines opérations, l’outil qui à première vue ne semblerait pas devoir y être applicable sert à obtenir l’effet désiré.
- Ainsi, autrefois, si l’on voulait percer des trous dans une pièce de maillon de chaîne, par exemple, il fallait se servir de l’archet et de la scie, dont la mèche souvent ne tombait pas juste et ne faisait pas le trou précisément au point voulu. Maintenant on prépare dans le poinçon une éminence nommée coussin, qui renfonce et fait saillir la matière, de sorte qu’en la présentant au découpoir, et la saillie étant tranchée, il reste un trou-fait d’un seul coup, et sans qu’on ait besoin d’avoir recours à l’archet. •
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- Cette méthode présente ce grand avantage que le trou étant pratiqué mécaniquement, il aura toujours une place, une forme et une étendue absolument identiques.
- Nous ne pouvons décrire les mille opérations diverses des objets nombreux fabriqués chez M. Murat.
- Ces opérations procèdent toutes, à peu de chose près, des mêmes principes, quelle que soit la pièce à produire.
- Ainsi la plaque de chryso recouverte de sa lame d’or est laminée à une certaine épaisseur déterminée et découpée en fragments de taille convenable pour l’objet à fabriquer et de façon à produire le moins de déchets possible ; car, bien que ces déchets conservent leur valeur métallique , c’est toujours de la main-d’œuvre perdue. La petite plaquette produit du découpage est placée sous le mouton ou sous le balancier, qui agit non-seulement en déterminant des saillies et des dépressions, mais encore en refoulant et en corroyant en quelque sorte le métal sur certains points qui serviront de soutien et de renforcement aux autres parties qui ne sont que de simples coquilles.
- C’est au moyen de ces nervures combinées qu’on donne une extrême solidité et qu’on empêche toute déformation des boucles d’oreilles, des bagues, des boutons de manchettes, des broches et même des bracelets qui sont continuellement exposés à des chocs, des frottements, des pressions qui auraient bien vite détruit le bijou si l’on n’avait pas tout préparé pour en assurer la solidité.
- C’est également dans ce but que l’on donne beaucoup de force aux fils de chryso en doublé qui doivent servir à faire des maillons, des charnières et autres parties destinées à renforcer une pièce.
- Il y a deux sortes de fil doublé : l’une avec une âme de fil de cuivre et l’autre sans âme; en général, pour le fil, le titre du doublé d’or est plus élevé et les soudures sont à l’argent au lieu d’être à l’étain. Le calibrage se termine au moyen d’une filière qui donne le diamètre et la régularité voulue ; on fait du fil de doublé très-fin pour certaines espèces de chaînes mécaniquement tressées.
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- : C'est au moyen des différentes combinaisons de fils et de coquilles estampés, unis et soudés à l’étain ou à l’argent, qui sont faits tous les bijoux; après brunissage, polissage et poinçonnage, on les classe pour les offrir aux acheteurs.
- Une visite dans le magasin de vente fait voir la variété et le nombre des objets fabriqués.
- L’armoire aux chaînes par exemple en montre des milliers : il y en a environ cinq cents modèles, dont trois cents plus appréciés du public sont sans cesse réédités; d’après les livres de la maison, il s’en fait plus de 80,000 par an.
- Avec les chaînes, assez sobres, en général, sont les cachets, les clefs très-ingénieusement fabriquées mécaniquement, et les médaillons plus ou moins ornés.
- Il y a environ 1,900 modèles de boutons de manchettes , depuis le modeste bouton à chaînettes jusqu’au grand bouton unique à la mode aujourd’hui.
- Toutes les variétés de formes et d’ornementations pour bouton, ors de couleur, émaillage, perles, pierreries, sont représentées rüe des Archives. Les plus beaux boutons, suivant moi, sont en camées, en imitation parfaite; il est impossible de pousser plus loin la reproduction.
- Les boucles d’oreilles fermées ou les dormeuses à crochets sont également bien nombreuses et bien variées ; plus de 2,000 modèles sont dans les casiers de M. Murat, sur lesquels 200se vendent couramment en quantités considérables; là aussi les perles et les pierres jouent un grand rôle, ainsi que les imitations d’onyx noir avec incrustations de fleurettes ou de cercles d’or, dont quelques-unes ont été reproduites jusqu’à 50,000 fois.
- La fantaisie s’est largement donné carrière dans la confection des boucles d’oreilles; toutes les variétés de perles et de pierres, les camées de toutes couleurs jusqu’au vert sur fond rose, les coraux vrais ou feux, rougesou roses, lesfruitsémaillés, pommes, cerises, etc., sont représentés dans l’échantillonnage, offert aux oreilles des deux mondes.
- Les bagues, depuis la simple chevalière jusqu’aux plus riches ornementations que peuvent fournir les fabricants de perles, de
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- grenats» d’émeraudes, de rubis, d'améthyste et même de brillants : il en est de même des épingles de cravates, où la pier-rerie d’imitation s’étale avec ostentation.
- Les broches, les colliers, les coulants de cravates, les bracelets sont encore très-nombreux et très-variés : la perle, le diamant et la turquoise, brillent avec une riche sobriété. On fait toujours des croix par masse de toutes tailles et de tous modèles.
- C’est surtout parmi les bracelets que sont les pièces d’importance imitant jusqu’aux grands modèles de la bijouterie. A côté d’eux est une remarquable châtelaine (page 9) délicatement émaillée et très-heureusement ornée, prouvant que le doublé peut faire non-seulement du bijou courant, mais encore cette bijouterie d’art autrefois réservée à certaines maisons spéciales»
- Pour constater qu’en doublé on pouvait faire même du grand art, M. Murat avait exposé en 1878 un coffret dont nous donnons la figure page 8.
- Ce coffret a été fabriqué exactement avec les procédés de la maison, c’est-à-dire par l’estampage. Plus de trente poinçons différents ont dû être gravés pour donner la forme aux pièces réunies, ainsi qu’aux ornements qui le composent; l’or rouge, l’or vert, l’uni et le guilloché, l’émail et les pierres sont mariés de la façon la plus heureuse.
- Aux quatre coins sont des satyres dont la tête et la poitrine d’argent s’enfoncent dans une gaîne en doublé d’or rouge ; le centre des quatre faces est revêtu de plaqués d’émail encadrées d’ornements et peintes de sujets Watteau : sur le couvercle est Un grand camée représentant le triomphe de Vénus.
- Des reproductions de ce coffret pourraient être livrées au commerce dans les prix proportionnels ordinaires des autres objets en doublé, puisque les poinçons existent encore. Jamais, quand on examine une œuvre d’art de cette importance, on ne peut croire qu’elle ait pu être exécutée par des procédés mécaniques*
- La question ouvrière est assez simple dans cette industrie : apprêteurs, estampeurs, étireurs au banc, etc*, qui travaillent à l’aide d’une machine, sont rétribués à la journée de dix
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- heures ; les bijoutiers proprement dits, les soudeurs et les polisseuses sont aux pièces.
- Une trentaine d'apprentis se forment, dans un atelier spécial, aux différents temps de îa fabrication ; ils sont logés dans l'établissement, nourris dans un réfectoire voisin et payés progressivement, de manière à former une masse, petite somme qu'ils reçoivent à la fin de leur apprentissage. Je dois dire, du reste, qu’ouvriers et apprentis m'ont tous paru en excellent état : j’ai rarement vu un atelier réunissant plus de figures intelligentes et plus de gaillards bien portants; ce fait confirmerait la bonne opinion qu'ont eue de tout temps les hygiénistes de la manipulation de l'or et les assertions émises récemment par les savants qui ont réhabilité le cuivre.
- Le commerce de M. Murat étend son réseau sur le monde entier; l'exportation se fait naturellement par les commissionnaires ; la vente en France, depuis l'extension des chemins de fer, tend à devenir de plus en plus directe. Les bijoutiers de province viennent faire à Paris en même temps leur approvisionnement de doublé et d'or fin, consacrant en général une partie de leurs vitrines à l'or et l'autre au doublé. De nombreux vendeurs en répandent dans lés campagnes des quantités considérables.
- Cette industrie a devant elle un grand avenir; avec la perfection de ses procédés mécaniques et le bon marché relatif des matières qu’elle emploie, elle ne peut que se développer sous la direction des chefs d'établissement renommés qui dirigent si habilement et avec tant de goût la fabrication parisienne dont l'industrie du doublé est une des plus rémunératrices.
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- Voltaire écrivant à d’Alembert lui disait : « Il n’y a rien de sérieux ici-bas que la culture de la vigne. »
- Cette appréciation du grand sceptique, qui préférait le vin de Champagne à tous les autres vins, est une formule fondamentale bien plus nette et bien plus topique que toutes les phrases poétiques en vers et en prose dont le vin a servi de prétexte depuis la sortie de l’arche de Noé.
- Sans être aussi exclusifs que Voltaire, il est cependant possible de dire que, pour nous autres Français, la question du vin est notre grosse question nationale : agriculture, industrie, commerce , y sont intéressés également.
- Le vin est notre grand instrument d’échange avec les autres pays; c’est la base de notre plus gros revenu d’État, et l’impôt en retire directement d’abord pour plus de 400 millions, et indirectement bien plus encore.
- On compte en France 2,600,000 hectares de vignes, occupant environ un homme à l’hectare et 300,000 marchands en gros et débitants de boissons.
- La récolte, essentiellement variable, de 35 à 90 millions d’hectolitres, représente des sommes colossales, soit par la valeur du produit lui-même, soit par celle des tonneaux, des bouteilles, des caisses, des transports que cette récolte détermine.
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- A l’exception des départements situés au nord de la région vinicole, région qui s’étend au-dessus d’une ligne partant de la pointe ouest de l’Espagne cap Finistère en touchant à l’embouchure de la Loire et se prolonge jusqu’au cinquantième degré de latitude nord, tous les départements français fournissent le vin nécessaire à la consommation de leurs habitants.
- Quelques-uns,comme la Gironde,la Côte-d’Or, Saône-et-Loire, donnent les bordeaux et les bourgognes recherchés par l’étranger.
- Mais il y a une région bénie connue du monde entier, c’est la Champagne.
- Deux mots français sont universels : Champagne et Cognac.
- Depuis la table parisienne la plus correctement servie, jusqu’aux régions les plus escarpées des pays miniers, à bord des navires perdus dans les banquises, comme dans les plaines marécageuses de l’Inde ou de la Chine, partout où l’homme peut un instant jouir du fruit de son intelligence, de son travail ou de sa victoire — pour célébrer sa joie ou consoler sa tristesse, — il n’a qu’une idée, ne prononce qu’un mot : Champagne.
- Partout on le fraude, on le falsifie : on champagnise tout ce qui peut être champagnisé ; mais l’incantation du verbe n’est point modifiée, et cette falsification même sert encore à la gloire et au grand profit de notre chère province, en donnant à ceux qui ont bu de mauvais champagne le désir d’en boire de bon.
- Que d’efforts sont dus à ce désir! Combien la civilisation ne lui est-elle pas redevable !
- Déboucher une bouteille de vin de Champagne est partout considéré comme le maximum de récompense que l’être humain puisse se donner.
- Bien qu’il y ait dans cette habitude cosmopolite un peu d’engouement, et que le bruit de la détonation y soit pour beaucoup, il y a cependant une sensation vraie et franche, résultant de là réunion de qualités qui justifient pleinement cet universel succès.
- Sa belle couleur, sa limpidité, l’acide carbonique qui s’en échappe, soit en mousse turbulente, soit en bulles plus lentes ù monter; sa force alcoolique, sa saveur légèrement sucrée, et surtout son arôme si fin et cependant si distinct, réjouis-
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- sent le regard, flattent le palais, tonifient sans empâter.
- La légère excitation sanguine et nerveuse quil détermine quand on en use sans en abuser, satisfait aussi bien le raison* nement que l’instinct.
- Dans les cas d’atonie physique ou morale et dans certaines affections spéciales, c’est un médicament précieux.
- Il en est de même, mais à un moindre degré, de ses imitations, quand elles consistent à champagniser des vins d’autre provenance (Anjou et Touraine), qui sont par eux-mêmes très-bons et très-salubres. —
- D’autres falsifications peuvent être blâmables comme tromperie sur la marchandise vendue, mais sont rarement toxiques.
- Il n’en est pas ainsi des épouvantables mélanges fuchsinés que le commerce répand non-seulement à l’étranger, mais ici même, en France, et qui sont de véritables poisons.
- Cette coloration dangereuse des vins rouges rend donc très-justifié l’usage des y ins blancs, et surtout des vins de Champagne que l’on rencontre partout, quand on voyage à l’étranger. Il en est de même lorsqu’en France, se trouvant hors de chez soi, on n’est pas sûr de la provenance des vins qu’on peut vous offrir.
- Si la sophistication du vin rouge continue à s’étendre et à exercer ses ravages, à moins d’être propriétaire de vignobles, il ne sera plus guère possible d’en user, si Y on tient à sa santé et à celle des siens.
- Cette vérité, que je déduis ici par expérience, semble instinctivement comprise, et l’accroissement considérable de l’exportation de nos vins de Champagne en fait foi.
- Voici ce que dit le document officiel publié en 1878 :
- « La Champagne, qui est représentée par le département de la Marne, dont la production moyenne est de 445,000 hectolitres, est renommée pour ses vins blancs mousseux qui s’exportent dans toutes les parties du monde.
- « Ces vins, quoique blancs, proviennent en grande partie de cépages noirs, et doivent leurs qualités aux soins des négociants qui les manipulent, bien plus qu’aux crus qui les produisent. *
- Aussi l’acheteur demande-t-il du vin de telle ou telle marque,
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- GRANDES USINES.
- plutôt que du vin de tel ou tel cru. Il est à remarquer que depuis 1857, la consommation intérieure des vins de Champagne est restée presque stationnaire, tandis que l’exportation a considérablement augmenté : du 1er avril 1857 au 1er avril 1867, elle avait été de 86,281,232 bouteilles; du 1er avril 1867 au 1er avril 1877, elle a atteint 147,022,182 bouteilles; de 1877 à 1880, elle a déjà atteint 47,081,225 bouteilles.
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- On a beaucoup écrit sur les origines du vin de Champagne ; comme à tous les héros, on a voulu lui chercher des origines éclatantes.
- Je relaterai, d’après les auteurs dignes de foi, ce que j’aurai trouvé de plus intéressant dans ces récits anciens; mais, pour moi, il est probable que depuis les temps les plus reculés, partout où il y a de la vigne, il y a eu des vins écumeux ayant certaines des qualités que l’on recherche dans les vins de Champagne.
- Il me paraît cependant difficile de croire que ces qualités aient pu être réunies avant que la bouteille de verre à col étroit ait été inventée et popularisée.
- 11 faut, pour résister à la pression considérable du vin de Champagne (cinq ou six atmosphères au moins) des vases d’une certaine nature et d’une certaine forme, et les amphores en terre, pas plus que les pots, aiguières, hydres, barils, estamores, justes-pintes, quartes, outres, cornes dont on se servait au moyen âge et dont on peut voir des échantillons, ne me paraissent pas avoir eu la solidité nécessaire.
- Antérieurement, la mousse, ou plutôt l’écume, ne se produisait guère qu’au moment où l’on versait le vin dans les coupes, et ne pouvait être emmagasinée dans aucun récipient.
- Les poètes latins célèbrent le falerne écumânt, Baccius
- parle de barils cerclés de fer, mais, en réalité, les premières
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- bouteilles véritablement solides n’apparaissent en France que sous Henri IV, fabriquées d’abord à Saint-Germain en Laye, puis à Sèvres; une fois la bouteille trouvée, il dut arriver, comme cela se passe encore dans presque toute la France chez des vignerons qui p’ont jamais vu une bouteille de vin de Cham-
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- pagne, de mettre leur vin en bouteilles au mois de mars, et après en avoir vu sauter le bouchon, de le fixer de telle sorte qu’en le débouchant plus tard ils obtiennent une boisson franchement mousseuse.
- Une autre particularité du vin de Champagne, d’être fait avec des raisins rouges pressés et non avec des raisins blancs, n’est pas non plus absolument exclusive à cette province, bien qu’elle ne soit pas trop répandue. J’ai cependant bu quelquefois, dans les voyages si fréquents que me jait entreprendre la publication de ce livre, d’excellents vins obtenus ainsi par pression et non par fermentation en cuve du grain entier.
- Les historiens qui parlent avec éloge du vin de la province de Champagne parlent d’un vin qui pouvait être très-bon, mais qui n’était pas, à proprement parler, ce que l’on entend aujourd’hui sous ce nom.
- Ainsi, lorsque Pardule, évêque de Laon, écrivant à Hincmar, lui vantait les vins de Reims et de la rivière de Marne, il ne faut pas croire qu’il s’agissait des produits identiques avec le Moët. Et l’archevêque lui répond : « Faites votre repas en prenant quelques fèves bien cuites pour servir à la digestion, et purger les humeurs. Usez des vins d’Épernay, de Mailly et de Cumières . »
- On trouve, en 1400, les vins d’Ày célébrés par Eustache Deschamps.
- On parlait aussi à cette époque deDamery, Vertus et Cumières comme de vins dignes d’être cités.
- Avenay, Épernay et Jaucourt avaient des partisans.
- M. Heuzé, dans sa notice sur les origines des vins de Champagne, s’exprime ainsi : « D’après les historiens les plus anciens, la renommée du vin de Champagne remonterait à la fin du onzième siècle. Ainsi c’est sous le règne du pape Urbain II, élu en 1088, que ce vin aurait commencé à se faire connaître (a). Toutefois, le vin d’Ay, que le pape Urbain préférait à tous les vins du monde, était alors un vin rouge semblable au vin de Bouzy,
- (a) Le pape Urbain II est né à Chatillon-sur-Marne. C’est de là que commencent les meilleurs coteaux de la vallée de la Marne jusques y compris ceux de Bouzy en p assant par Damery, Cumières, Hautvillers, Dizy, Ay et Mareueil-sur-Ay.
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- qui a joui pendant longtemps d’une réputation universelle. Saint Remy légua par testament dix pièces de vigne à son neveu, à des prêtres et à des diacres de l’Église de Reims. Au sacre de Philippe de Valois, en 1528, le vin valait six livres la pièce; à l’époque du sacre de Charles IX, la queue se vendit jusqu’à trente-quatre livres. Pendant longtemps les vins du seigneur de Puisieulx, marquis de Sillery et de Verzenay, étaient les plus estimés à la cour de France (a). »
- Avant d’être mis en bouteilles solidement bouchées, les vins de Reims avaient été mis en renom par l’anecdote si connue de Venceslas, roi des Romains, qui, étant venu à Reims en 1597, pour traiter avec Charles VI, s’y enivra plusieurs fois tellement, qu’un jour, s’étant mis hors d’état d’entrer en négociation, il aima mieux accorder ce qu’on lui demandait que de cesser un moment de boire du vin de Reims.
- Le Vigneron champenois raconte que le pape Léon X, Charles V, François Ier et Henri VIII d’Angleterre possédaient des vignobles dans le canton d’Ay. Quelques historiens assurent même que dans plusieurs actes royaux, Henri IV a ajouté à ses nombreux titres de suzerainëté celui de sire d’Ay.
- Je donne ces récits sans répondre de leur exactitude; mais ce qui me paraît plus sincère et vraiment digne d’être cru, c’est le fragment ci-dessous d’une lettre que dom Grossart, dernier procureur de l’abbaye d’Hautvillers, écrivait de Montier en Der, le 25 octobre 1821, à M. Derbès, d’Ay, décédé en 1842.
- « Vous savez, Monsieur, que c’est le fameux dom Pérignon, qui a été procureur d’Hautvillers pendant quarante-sept ans et qui est mort en 1715, qui a trouvé le secret de faire le vin blanc mousseux et non mousseux et le moyen de l’éclaircir sans être obligé de dépoter les bouteilles comme cela se pratique chez nos gros marchands de vin plutôt deux fois qu’une, et nous, jamais.
- « Avant lui on ne savait faire que du vin paillé ou gris.
- (a) Le vendangeoir du marquis de Sillery, ainsi que le vignoble qui en dépendait, était situé sur le territoire de Verzenay. Ce domaine a été acquis par M. J. R. Moët des héritiers mêmes du marquis de Sillery. Il est actuellement la propriété de M. René Chandon de Briailles.
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- « Pour mettre le vin en bouteilles, au lieu de bouchons de liège, on ne se servait que de chanvre, et on imbibait dans l’huile cet espèce de bouchon. C’était dans le mariage de nos vins que consistait leur bonté, et ce dom Pérignon, sur la fin de ses jours, était aveugle; il avait instruit dans son secret de coller les vins un Frère Philippe, qui a été cinquante ans à la tête des vins d’Hautvillers, et qui était si considéré de M. le Tellier, archevêque de Reims, que, quand ce Frère allait à Reims, il le faisait venir et mettre à table avec lui. Quand la vendange approchait, il disait au Frère : Allez me chercher des raisins des Prières, des Côtes-à-bras, des Rariilets, des Quartiers, du Clos Sainte-Hélène, etc., etc. (a).
- « Sans lui dire de quelle vigne étaient ces raisins, il le lui disait, et il ajoutait : Faut marier le vin de telle vigne avec celui de telle autre, et ne se trompait pas. Â ce Frère Philippe a succédé un nommé Frère André Lemaire, qui a été près de quarante ans à la tête des celliers d’Hautvillers, c’est-à-dire jusqu à la Révolution.
- « Il n’a pas voulu me suivre; il est mort malheureux, à ce qu’on m’a dit à Hautvillers, chez un neveu qui, après lui avoir pris le peu qu’il avait, l’a rendu malheureux. Il est mort de chagrin. Voilà à peu près le sort qu’ont eu tous les religieux qui ont eu le malheur de se retirer chez leurs parents; je puis en parler savamment. Ce Frère, ayant fait une grande maladie et croyant mourir, m’a confié le secret de clarifier les vins, car ni prieur, ni procureur, ni religieux ne l’ont jamais su.
- « Je vous déclare, Monsieur, que jamais nous ne mettions de sucre dans nos vins, ce que vous pouvez attester quand vous vous trouverez dans des compagnies où on en parlera.
- « M. Moët, qui est un des gros bonnets de la Champagne depuis 1794, quand je lui ai vendu bien des petits paniers, ne vous dira pas que je faisais mettre du sucre dans nos vins.
- « J’en fais usage à présent sur des vins blancs qu’on recueille dans quelques crus de nos vignobles; il y a à s’y tromper.
- c Comme de dépoter, cela coûte beaucoup, je suis on ne
- (a Toutes ces vignes appartiennent à M. P. Chandon de Briaillcs.
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- peut plus surpris qu’aucun marchand de vin n’ait encore fait aucune démarche pour savoir le secret de coller les vins sans dépoter les bouteilles une fois qu’ils y sont mis.
- « On commençait déjà dans nos environs à faire les vins à la manière de Champagne, et on s’en trouve très-bien delà manière que j’en donne.
- « Si vous prévoyez, Monsieur, que je puis vous donner d’autres éclaircissements sur vos louables entreprises, je vous prie de ne me pas épargner. Si la saison n’èût pas été si^vancée, mon intention était d’aller voir mon ancien prieur, qui demeure à Pierry, et de là aller à Hautvillers.
- « A l’âge ou je suis de soixante-treize ans, je ne puis plus entreprendre ce voyage cette année. J’aurais pris avec moi quelques papiers échappés aux destructeurs de l’antiquité. »
- « Signé : Grossart,
- « Curé desservant de Plaurupt et Franc-Pas, grand officier de l’ordre royal et archiconfrérie du Saint-Sépulcre de Jérusalem. »
- L’abbaye d’Hautvillers, dont il est question dans la lettre de dom Grossart, célèbre dans toute la Champagne, a été fondée par saint Nivart, archevêque de Reims, pour son filleul saint Ber-caire, qui en fut le premier abbé ; elle fut construite sur la rive droite de la Marne, en face d’Épernay, sur un des coteaux qui bordent la rivière.
- Bien des fois brûlée et toujours reconstruite, elle est aujourd’hui la propriété de la famille Chandon de Briailles.
- C’est vraiment une étrange chose, quand on voit aujourd’hui l’acharnement officiel contre lescongrégations, de constater dans notre histoire combien ces institutions religieuses ont été civilisatrices pendant les périodes troublées qui précédèrent notre siècle.
- Rien ne peut mieux montrer la force de l’association que les traces laissées sur notre sol et dans le souvenir des habitants des campagnes, par ces réunions d’hommes qui surent, par la persuasion seule, sans armes temporelles, s’emparer des meilleures vallées, des meilleurs coteaux de la France, et s’y implanter jusqu’à la fin du siècle dernier — si vigoureusement, que partout où il y a un beau site, un bon vignoble, une belle prairie, il y a
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- toujours les restes d’une vieille et solide construction qui, aujourd’hui encore, s’appelle la Commanderie ou l’Abbaye.
- Le clos des Pères, la terre des Pères, la prairie des Pères, se retrouvent partout, et ces terres sont encore le plus cher payées, quand elles viennent aux enchères publiques.
- Les pressoirs de l’abbaye d’Hautvillers portaient l’inscription suivante : En 1694, le vin d’Hautvi tiers fut vendu par l’abbé 1,000francs la queue*{deux poinçons, c’est-à-dire 400 litres).
- Dom "Pérignon, originaire de Sainte-Menehould, eut le talent de réunir toutes les qualités qui caractérisent aujourd’hui le vin de Champagne, dans une bouteille qu’il sut fermer.
- Aussi ce vin, nommé vin de Pérignon dans le pays, se répandit-il sous le nom de flacon pétillant, flacon mousseux.
- Il se vendait ici, en 1735,45 sols le flacon, et en 1737,5 livres 6 sols la bouteille. « Les flacons ou bouteilles à cette époque, « dit G. Chandèze, étaient en forme de poire, et leur capacité «variait beaucoup.
- « Une déclaration du roi, en date du 8 mars 1755, régla le « poids et la contenance des bouteilles. D’après cet édit, les « bouteilles devaient peser 25 onces, contenir une pinte de «< Paris, et être ficelées avec une ficelle à trois fils bien tordus « et nouée en croix sur le bouchon. »
- Le prince de Montesquiou, comte d’Artagnan, maréchal de France, en fut un des grands protecteurs, et du siècle de Louis XIV date cette réputation qui ne fait que croître (a).
- (a) Les lettres suivantes, adressées à Berlin du Rocheret, constatent cette habitude du prince de Montesquiou*, elles constatent également que la propriété de mousser n’était pas encore admise comme une qualité.
- 1711. — Le maréchal de Montesquiou à Berlin. 20 octobre, a Je croy, Monsieur m’estre expliqué sur le vin dont je vous ay demandé deux pièces pour moy et deux carteaux pour le comte d’Artagnan, commandant aux mousquetaires... il faut que ce soit pour boire dans le camp jusqu’à la fin; réglez-vous sur cela.: M. d’Artagnan demande que ses deux carteaux soient tirés en bouteilles, ajustés de toute façon. »
- 1711. — 11 no vembre, a Je me 'suis déterminé à trois poinçons de vin le meilleur de Pierry, du prix de 400 francs la queue... pour ne pas tirer en mousseux; ce serait trop dommage. Plus un poinçon pour tirer en mousseux, du prix de 250 francs la queue. »
- 1712. — I)u même. 27 décembre. « A l’égard de faire mousser mon vin, bien des
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- Il faut lire dans Legrand d’Aussi le récit de la grande que* relie entre le vin de Beaune et le vin de Champagne.
- Les grands seigneurs qui accompagnèrent Louis XIV à son sacre avaient trouvé à Reims le vin si bon, que le roi lui-même en avait pris l’habitude et bu peut-être plus que de raison.
- Le célèbre Fagon, premier médecin de Louis XIV, le lui interdit et lui imposa le vin de Beaune, et ce fut une avalanche
- gens aiment qu’il mousse; je n’en serais pas fâché, pourvu qu’il soit bien clarifié.. (Le 18 octobre 1714. Bertin répond au sujet d’un envoi de vin.) Ils ont été mis en bouteilles en même temps que celui que vous avez, afin que votre vin fût mousseux , sans quoi je né l’aurais pas fait mettre, et vous auriez pu le trouver meilleur; mais il n’aurait pas eu le mérite du mûrissage, qui, selon moi, est un mérite à petit vin, et le propre de la bière, du chocolat et de la crème fouettée. Le bon vin de Champagne doit être clair, fin, pétiller^dans le verre et flatter ce qu’on appelle le bon goût, qu’il n’a jamais quand il mousse, mais bien un goût de travail et de vendange; aussi ne mousse-t-il qu’à ceux qu’il travaille... »
- Marchand de vin amateur, Berlin auquel s'adressait le prince de Monles-quiou ne s’occupait qu’incidemment du commerce paternel. Élevé dans l’estime du vin naturel, il partageait le mépris de sa famille pour le vin mousseux*, aussi ne demeurait-il pas étranger à toutes les polémiques soulevées par l’entrée de ce vin dans le monde, et c’est h lui qu’il faut rapporter la divulgation du prétendu secret pour amener la mousse des vins, inséré
- dans le Journal de Verdun au mois de novembre 1726.
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- La médiocrité de la dernière vendange va donner une espèce de relief au * petits vins de l’année 1725, principalement aux buveurs qui aiment le vin mousseux; s’il n’a pas assez de vigueur pour casser la tête comme dans les bonnes années, du moins donnera-t-il le spectacle aux yeux, comme les bateleurs en procurent sur le théâtre des places publiques. En voici la preuve :
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- Un marchand de vin d’Anjou ayant, il y a quelque temps, écrit à un célèbre magistrat en Champagne, Bertin du Rocheret, pour le prier de lui envoyer le secret de faire du vin mousseux lorsqu’on fait vendange, le magistrat lui répondit : * Qu’on ne faisait pas le vin mousseux dans le temps de vendange ; qu’il n’y avait pas de terroir distingué pour cela; que les vins d’Anjou étaient propres à mousser, puisque le petit vin mousse mieux que le plus excellent, le moussage étant un mérite à petit vin.
- a Que pour faire mousser le vin, il faut le tirer aussi clair qu’on peut, de dessus sa lie; supposé qu’il n’ait pas été soutiré, le mettre en bouteilles par un beau jour serein, dans les mois de janvier et février, ou tout au plus tard au mois de mars . trois ou quatre mois après, le vin se trouvera mousseux, particulièrement s’il a du vert et un peu de force. Lorsque le vin travaille (comme la vigne), votre vin moussera plus qu’à l’ordinaire; on y trouvera un goût de vendange et de travail.
- t Les excellents {vins d’Ay ni nos bons vins de Champagne ne moussent point, ou fort peu; ils se eontentent de pétiller dans le verre, et ne flairent que le bon vin de Champagne. Le moussage ne convient qu’au cbocolatte, à la bière et à la crème fouettée. »
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- ÉTABLISSEMENT MOËT ET CHANDON.
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- de thèses et de dissertations en prose et en vers, en français et en latin, où le docteur Navier, de Reims, et Coffin, professeur au collège de Beauvais, se distinguèrent surtout.
- « Ce dernier dit Legrand d’Aussi, ayant fait en faveur du « champagne une ode (a) qui réellement est assez belle, la ville de « Reims crut devoir récompenser celui qui avait si bien com-« battu pour sa gloire, et lui envoya un présent considérable « de ce vin qu’il avait chanté, à laquelle Coffin se hâta de « répondre par ces vers triomphants :
- Par un si beau présent on vide la querelle;
- Mettez les armes bas, Bourguignons envieux,
- Et confessez que l’Ode la plus belle Est celle qu’on paye le mieux.
- « Une distinction pareille ne fit qu’animer de plus en plus « les combattants dans chaque parti. Pendant plusieurs années, « Paris fut inondé de pièces en vers et en prose, dont les prin-« cipales, recueillies par l’imprimeur Thiboust, forment un « recueil qu’il publia en 1712. »
- (a) Voici cette ode :
- CAMPANIA VINDICATA
- SIVE LAUS VINI REMENSIS A posta Burgundo eleganter quidem sed immerito culpati
- Hue te Remensis nata solo tui Poscunt honores, nobilis amphora, Adesto Campanoque vires Adde novas animosa vati.
- Men’ gratus error ludit? An intimis Gliscens medullis insinuât calor? Venisque conceptus sonantes Se liquor in numéros resolvit?
- Quantum superbas vitis, humi licet Prorepat, anteit fructibus arbores Tantum, orbe quæ toto premuntur Vina super generosiora.
- Remense surgit. Cedite, Massica, Cantata Flacco, Silleriis, neque Chio remixtum certet audax Collibus Aiacis Falernum.
- Cernis micanti concolor ut vitro Latex in auras, gemenus aspici Scintillet exultim; utque dulces Naribus illecebras propinet.
- Succi latentis proditor halitus ;
- Ut spuma motu lactea turbido Gristallinum blando repente Cum fremitu reparet nitorem !
- Non hæc inerti, non male fervido Sapore peccant pocula : nectare Tarn blandiuntur delicato Quam liquido placuere vultu.
- Non hæc, malignus, quidlibet obstrepat Livor nocentes dissimulant dolos Leni veneno. Vina certant Ingenuos retinere gentis
- Campanæ mores. Non stomacho movent Ægro tumultum; non gravidum caput Fuligine infestant opaca :
- Dedita sed facili per omnes.
- Flexus meatu, nec mala renibus Tristis relinquunt semina calculi;
- Nec pœnitenda segniores Articulos hébétant podagra.
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- Ces tournois d’éloquence et de poésie lurent très-profitables aux flacons 'pétillants.
- Les auteurs de la fin du dix-septième siècle et de tout le dix-huitième sont remplis de son éloge. Madame de Sévigné, la Fontaine, Chaulieu, la Fare, Regnard, célèbrent son appa-ritiondans le monde à la.mode.
- En 1750, Savary disait dans son grand Dictionnaire du Commerce :
- « A l’égard de la Champagne, elle a ses marchés les plus considérables pour les blés, les avoines, et les autres grains qui s’y recueillent, à Fisme, à Braisne, à Chaulny, à Noyon, Yillers-Coterets, la Ferté, Château-Thierry, Châions, Yassy et Bar-sur-Aube.
- « Les vins de Rheims, de Sillery, d’Hautvilliers (que quelques-uns prononcent par corruption Ovilé), d’Épernay, de Château-Thierry, surtout les premiers, et tout ce qu’on nomme plus précisément vins de Champagne, ont trop de réputation en France et en toute l’Europe, où on les transporte, pour douter que le grand débit qui s’en fait ne répande beaucoup de richesses dans les lieux ou se cultivent de si excellents vignobles. Il y a encore des vins dans plusieurs autres cantons de ces deux Provinces, moins délicats à la vérité, mais cependant très-bons;
- Ergo secundis (parcere nam decet Raro liquori) se comitem addidit Mensis renidens testa; frontem Arbitra lætitiæ resolvit. Austeriorem tune cyatos juvat Siccare molles; tune hilaris jocos Conviva fundit liberales.
- Tune proeul allerius valere Viles iyœi reliquias jubet. Fastidiosus non méritas tamen Burgunda laudes invidebo Testor tibi, modo te secunda. Regnet Remensis. Tu reficis gravi Exsucca morbo corpora; languido Tu rore Solaris caducam Mitior et refoves senectam.
- Nam, quod severas eluis efficax Curas : quod addis robora militi Hoc et popinis hostia passim Vappa sibi decus arrogabit.
- Vos ô Britanni (foedera nunc sinunl Incœpta pacis) dissociabilem Tranate pontum. Quid cruento Perdere opes juvat usque marte? Lœtis Remensem quam satius fuit Stipare Bacchum navibus; et domum Auferre funestis trophœis Exuviras pretiosiores !
- At qui procaci carminé munera Campana vellit, Neuslriaco miser Limo, vel acri fæce guttur Yvriaci recreet rubclli.
- Offerebat civitati Remensis, Carolus Coffin, Remensi humanitatis professer in collegio Dormano Bellovace, anno D. MDCCXII.
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- comme ceux de Romery, Chàtillon, Vertus, Dormans, en Champagne, ceux de Laon, Guichy, Pargnant et Coucy, dans le Sois-sonnois, dont les derniers se transportent en Picardie, en Flandre, en Hainault, et les autres descendent à Paris, où il s’en fait une grande consommation pour les meilleures tables bourgeoises. »
- Les révolutionnaires les plus farouches subirent eux-mêmes l’influence du vin de Champagne. Mirabeau, Fabre d’Églantine, Camille Desmouliiis, Barbaroux, Danton, firent, comme leurs prédécesseurs des classes dirigeantes, sauter le bouchon de l’Ay pétillant, en chantant « vive l’ay et vive la liberté », avant d’aller se faire couper la tête sur la place de la Concorde.
- « Les grands soupers démocratiques de Méot, dit le Vigneron « champenois, remplacèrent soudain les petits soupers amoureux « de l’aristocratie française. » ~
- Et comme, dans cette époque excessive et déclamatoire, tout était excessif, Barras prit un jour un bain dans une baignoire remplie de vin de Champagne.
- Les deux invasions successives qui suivirent les gloires de l’Empire n’ont fait que répandre encore davantage dans toute l’Europe l’usage du vin de Champagne.
- La Restauration et le règne de Louis-Philippe, Béranger et les vaudevillistes ne cessèrent de le chanter, et, comme ces poésies et ces vaudevilles firent le tour du monde, le nom et les mérites de notre vin national pénétrèrent bientôt avec les transatlantiques aux derniers confins du monde, civilisé ou non.
- L’usage de frapper le vin de Champagne, c’est-à-dire de le refroidir presque jusqu’à l’état de sorbet, habitude que l’on pourrait croire toute moderne, remonte plus haut : nous trouvons en effet dans le livre de J. L. Plonquet la mention qu’en 1687, les chevaliers de l’Arquebuse de Reims connaissaient déjà cette méthode (a).
- Depuis les dernières découvertes des savants qui ont trouvé
- (a) Effet de la glace sur le vin. — On connaît depuis longtemps Feffet de la glace pour faire ressortir toutes les qualités du vin. Dans une lettre des chevaliers de l’Arquebuse de Reims, convoquant leurs confrères pour le 15 juin' 1667, il est dit : « Que les chaleurs de la saison ne vous rebutent point... Outre qu’il est glorieux * à des combattants d’être couverts de poussière et de sueur, nous cherchons tous « les moyens pour en adoucir les incommodités : nous avons conservé les glaces
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- le moyen de faire de la glace artificielle à bon marché, et la création d’établissements qui livrent par grandes quantités ce qu’on appelle des carafes frappées, l’habitude s’est prise et se répand tous les jours de plus en plus de verser le vin de Champagne dans ces carafes et d’en faire, l’été, une boisson d’usage courant. On en boit, sans autre vin, pendant tout le temps du repas. Il n’y a pas de boisson plus saine, plus agréable.
- Là, il n’y a plus de détonation, plus de mousse, plus de luxe bruyant; c’est simplement de l’hygiène, mais cela fait boire de grandes quantités de vin de Champagne.
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- De puissantes maisons de commerce se sont développées en même temps à Reims et à Épernay ; les noms des familles Ménes-son, Cazotte, Godinot, Bertin du Rocheret Clicquot, Ruinard, sont connus dans la province par leur antique origine. Plus nouveaux, mais plus universels, sont ceux de Jacquesson, Rœderer, Montebello, etc. ; mais la Firme qui depuis le milieu du dernier du siècle a fait le plus parler d’elle, c’est la Firme Moët et Chandon d’Épernay, fondée en 1743 par le père de Jean Remy Moët, issu d’une famille originaire de Hollande, viticulteur distingué, à Cumières, où il possédait des vignes et un important vendangeoir (a).
- Son fils, né à Épernay en 1758, créa sa maison au milieu de
- * de l’hiver pour modérer les ardeurs de l’été; nos vins, également frais et déli-« deux, pourront vous désaltérer avec plaisir. »
- Pour frapper le vin de glace, voici les règles indiquées : « Il faut le sortir de la cave « un demi quart-d’heure avant de le boire, le mettre dans un seau avec deux ou 8 trois livres de glace, déboucher le flacon et remettre légèrement le bouchon 8 dessus, sans quoi le vin ferait casser le flacon. On trouve dans le vin tout ce qu’il « y a de bon, et un goût même délicieux, quand il est frappé de glace; mais il ne 8 faut pas qu’il le soit trop ou trop peu. »
- Cette méthode, en usage avant 1718, ne parait autre que celle qui se suit encore ; on n’a pas jugé à propos d’y rien changer-
- J. L. Plonquet, p. 129 et 130.
- (a) Le premier Moët, célèbre dans l’histoire, était un Hollandais établi à Reims au commencement du quinzième siècle, nommé Leclerc. Il fut surnommé Moët, parce que dans un combat aux portes de la ville, il répétait toujours : HetMoel zoozijn, qui en hollandais veut dire : 11 faut que cela soit ainsi. 11 fut anobli, en 1446, par Charles VII
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- 22 GRANDES USINES.
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- la tourmente révolutionnaire : il persuada à ses compatriotes qu’au lieu d’envoyer leurs vendanges aux négociants de Reims, il valait mieux centraliser leur commerce dans leur propre ville. La maison grandissait rapidement, lorsque Jean Remy Moët eut la moitié de son capital compromis en 1794, par la faillite de la banque Monneron. M. Moët paya toutes les traites portant sa signature; sa conduite fut connue, et il acquit ainsi un crédit considérable.
- L’Empire augmenta sa fortune, car Êpernay, situé sur le chemin d’Allemagne, vit passer sur sa roule, non-seulement Napoléon Ier, sa famille et les grands de sa suite, mais tous les rois et princes qui venaient lui rendre hommage à Paris.
- Pendant dix ans, ce fut un glorieux va-et-vient, durant lequel M. Moët, maire d’Épernay, fit souvent dresser des arcs de triomphe, et reçut en sa belle maison du faubourg de la Folie l’Empereur, l’Impératrice, le prince Murat, le roi de Westphalie, Rernadotte, et tous les autres grands personnages de la cour impériale.
- Pendant cette période de prospérité, M. Moët dota sa ville natale d’un pont, d’un théâtre, et" fit, par décret impérial de 1813, concéder de nouvelles armoiries à la ville d’Épernay : mais bientôt les sombres jours de l’invasion et deux batailles, en mars 1814, amenèrent l’empereur à Épernay. En récompense des services rendus par M. Moët, il détacha la croix de la Légion d’honneur de sa poitrine et l’attacha à l’habit du maire.
- Quelques jours plus tard, Épernay envahi fut protégé par le courage de M. Moët; mais, après Waterloo, Épernay fut mise à sac, une armée tout entière pilla les caves et ruina la ville.
- Accablé de chagrin et de fatigue, M. Moët donna sa démission de maire; sa belle conduite lui rendit la mairie en 1826. Avec son courage, ses aptitudes commerciales, son nom, il avait refait et triplé sa fortune.
- Après une carrière de cinquante ans, il laissa sa maison à M. Victor Moët, son fils, et à M. Pierre Gabriel Chandon, son gendre.
- M. Chandon de Briailles, descendant d’une famille célèbre au
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- ÉTABLISSEMENT M0ËT ET CHANDON.
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- Parlement au commencement du seizième siècle, se fixa à
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- Épernay en 1816 par son mariage avec mademoiselle Moët. Ge fut lui qui acheta l’abbaye d’Hautvillers; il prit part à tous les travaux de la maison, à toutes les créations utiles et à toutes les œuvres de bienfaisance de son fondateur Jean Remy Moët, qui mourut à l’âge de quatre-vingt-trois ans.
- Depuis sa mort, la famille s’est rendue propriétaire des crus les plus renommés de la Champagne. Toutes les fois qu’une vigne est à vendre, M. Moët et Chandon l’achètent presque à tout prix : — ils ont donc une sorte de monopole de fait contre lequel il est presque impossible de lutter.
- Les descendants de M. Moët, qui gèrent aujourd’hui cette puissante association tant de propriétés que de capitaux, sont, pour la branche directe Moët :
- M. Victor Moët-Romont;
- M. Auban-Moët-Romont, son gendre et neveu.
- Pour la branche Chandon :
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- M. Paul Chandon de Briailles, petit-fils de M. J. R. Moët et neveu de M. Victor Moët;
- Et M. Raoul Chandon de Briailles, son fils.
- Ces quatre personnes forment le conseil supérieur de la maison, à laquelle est également attaché le second fils de M. Chandon de Briailles, M. Gaston Chandon de Briailles.
- Cette famille si unie se réserve, outre la surveillance générale,
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- la formation des cuvées, c’est-à-dire le mélange des differents crus, afin de les approprier au goût de chaque pays. Ils sont, en quelque sorte, les gardiens de l’honneur de la marque de fabrique : grosse valeur qu’il ne faut pas laisser altérer.
- Les propriétés foncières de la famille s’étendent sur tous les points du vignoble, et comprennent environ 500 hectares dont il est difficile de faire une évaluation moyenne, quelques-uns ayant été achetés 10,000 ou 12,000 francs, tandis que les autres ne pouvaient être obtenus qu’à 50,000.
- Si l’on considère la carte vinicole du pays où se récoltent les
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- vins pouvant porter véritablement le nom de vins de Champagne, on voit que les vignobles peuvent être divisés par le cours de
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- la Marne : au sud d’Épernay, en remontant jusqu’au bourg de Vertus, cette région est presque entièrement composée de vignes blanches; au nord et à l’est, des cépages rouges se déroulent au pied et sur le flanc des collines, entre Épernay et Reims.
- Les qualités les plus recherchées se trouvent dans une anse formée par la Marne et par le canal de la Marne à l’Oise, entourant une sorte de promontoire traversé de part en part et directement par le chemin de fer d’Épernay à Reims.
- Ces crus, justement renommés, commencent à Damery, pour finir à Romont-Verzenay.
- 11 y a bien d’autres vignes champenoises plus ou moins distantes des points que nous venons de relever, et il est évident que beaucoup de paniers sortis de ces vignes vont aux pressoirs des maisons de second ordre d’Épernay et de'Reims, pour entrer dans le commerce dans des proportions considérables; mais la maison Moët s’abstient de ces achats plus ou moins lointains, et n’établit ses cuvées qu’avec les raisins des propriétés de la famille et de ses plus proches voisins, de manière à pouvoir contrôler sans cesse l’exactitude précise et de la qualité, et de la quantité de ce que chacun peut produire.
- Les vignobles de la maison sont tous reliés à des établissements importants, véritables usines qui contiennent tous les éléments nécessaires aussi bien à la culture qu’à la récolte, pressoirs, celliers, caves, tonnelleries, écuries, maisons ouvrières, etc.
- Si, en sortant d’Épernay, on se dirige au sud, vers la région du vin blanc, on trouve :
- D’abord le vendangeoir de Pierry à 2 kilomètres, possédant 4 pressoirs et entouré de 25 hectares de vignes noires;
- En remontant un peu à l’est, celui de Cramant : 4 pressoirs, 60 hectares;
- Celui de Saran : 5 pressoirs, 50 hectares;
- Celui du Mesnil-sur-Oger, près d’A vize : 4 pressoirs, 50 hectares ; Puis le vignoble blanc de Grauves qui n’a pas d’usine, et dont les produits sont pressés à Pierry (a).
- (à) Le château de Saran, ainsi que les vignobles de Pierry et de Grauves, appartiennent à M. Auban-Moët-Romout.
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- Dans Épernay même, à l’établissement central, se trouvent cinq pressoirs, bien qu’il n’y ait que 30 hectares de vignes appartenant à la maison; mais on y achète un assez grand nombre de paniers aux voisins dont on connaît la probité et la bonne culture.
- Si l’on traverse la Marne en remontant de l’ouest à l’est, on voit le grand et célèbre cru d’HAUTviLLERS, propriété particulière de la famille Chandon de Briailles; 4 pressoirs, établis dans les constructions de l’ancienne abbaye du célèbre Pérignon, y desservent 43 hectares.
- Puis vient Ay, perle de la Champagne, où se trouvent deux vendangeons dans lesquels 8 pressoirs desservent 110 hectares dont on ne pourrait évaluer le prix .Là encore on achète aux voisins (a).
- Bouzy est plus à l’est et reçoit le produit de 25 hectares, sans compter les paniers apportés par d’autres vignerons; enfin Verzenay, tout à tait à l’est, où la maison ne possède que 40 hectares, bien quelle y ait construit 9 pressoirs; c’est là que s’achè-; tentles plus grandes quantités à la petite propriété locale et que se pressurent les raisins achetés à Mailly, Yerzy, et ceux provenant du château de Romont (b).
- L’administration agricole et industrielle d’une telle étendue de vignobles requiert un travail constant, réparti entre de nombreux employés très-bien choisis et très-bien payés, conduits par des chefs de grand mérite.
- Le chef de culture, M. Roché, nous a communiqué sur la conduite des vignes une note que nous reproduisons tout entière, car elle pourra servir à nos lecteurs, non-seulement à apprendre ce qui se passe en Champagne, mais encore à connaître les notions fondamentales de la culture de la vigne ; notions générales dont quelques-unes pourraient être appliquées dans bien d’autres vignobles. Il en sera de même de la marche et des précautions à prendre pour la fabrication du vin
- (à) L’un de ces vendangeoirs appartient en propre à M. Moët-Romont.
- (b) Le domaine de Romont, situé entre Sillery et Verzenay, a été créé par M. J. R, Moët. Son arrière-petit-fils, M. René Chandon de Briailles, en est le possesseur actuel.
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- qui, chez la plupart de nos vignerons français, est encore à l’état d'enfance.
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- Le sol. — Toutes les vignes de la Champagne sont plantées sur les coteaux; il n’en existe pas en plaine.
- Au pied de ces coteaux, le sol est composé d’une couche de terre végétale, généralement siliceuse, assez riche d’humus, variant d’épaisseur, et c’est dans ces parties basses que l’on récolte le meilleur vin, lorsque les-gelées printanières ne viennent pas détruire les espérances du propriétaire. Le sous-sol, dans ces basses vignes, est tantôt silico-pierreux et tantôt greveux, composé de ces petits cailloux qu’on appelle sables de grève, dans la région longeant la Marne et dans la montagne de Reims; il est presque partout crayeux dans la partie sud-est du vignoble champenois.
- A mi-côte, le sol est presque le même, et c’est là que la récolte est pour ainsi dire presque toujours assurée; aussi les propriétés situées à ce niveau sont celles qui ont le plus de valeur. Au faîte des coteaux, la couche végétale est moins épaisse, souvent sablonneuse, et le sous-sol est plus souvent composé d’argile, terrain froid qui nuit beaucoup à la qualité du vin; par cette raison, les vignes qui couronnent les hauteurs sont celles qui sont le moins estimées, malgré leur rendement supérieur.
- Le plant. Jusqu’à présent on s’est servi de plantations de sarments ou crossettes provenant de vignes reconnues bonnes ; ces sarments, mis en bon terrain, restent en pépinière deux ou trois ans au plus, et au bout de ce temps, ils sont enracinés et peuvent être plantés.
- Ôn se sert aussi de marcottes ou pousses coulées en terre et entourées d’un gazon dans lequel, la même année, prend la racine.
- Ce mode est employé très-fréquemment et avec succès dans la montagne de Reims, mais il est fort coûteux.
- On a renoncé au greffage, autrefois usité, à cause de l’éléva-
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- tion du prix des journées et du peu de réussite de ce système.
- Des essais de semis seront tentés, et, s’ils répondent à l’attente, on pourra remédier à la régénération des differentes espèces de plants.
- Dans la région sud-est de la Champagne, partie dont le sol est composé d’une couche légère siliceuse-calcaire, avec sous-sol crayeux, on cultive spécialement le plant de raisin blanc connu sous le nom de pineau, c’est-à-dire que cette espèce est sobre et se nourrit à peu de frais.
- Les plants de raisins noirs ont besoin, pour vivre et produire, d’un sol plus riche ; tous les autres coteaux leur sont favorables. L’ancienne espèce appelée aussi pineau donne un fruit allongé peu serré; pour cette raison il doit être planté dans les plus forts terrains et au sommet des côtes.
- Parmi les différentes sous-variétés du pineau,il y ale vert doré, qui est très-estimé : il fournit un bois faible, un raisin rond, potelé et de bonne qualité; il convient de lui donner un terrain léger où il conserve très-bien sa feuille.
- Cette espèce dégénère en peu de temps dans un fort terrain; le sarnient devient long-maillé, c’est-à-dire à nœuds écartés; le fruit devient trop gros, trop serré, et pourrit si les derniers jours qui précèdent la maturité complète sont pluvieux.
- Les autres sous-variétés, telles que le plant vert, le plant gris et le plant rouge, tiennent le milieu entre le pineau vrai et le vert doré. On les reconnaît, le premier à son bois couleur jaspée en lignes Terticales grises et vertes, et les autres à leur nuance presque sans mélange; ils s’accommodent de tous les sols à couches plus ou moins épaisses.
- Dans la vallée de la Marne, la coutume est de planter à une profondeur moyenne de 0m,25 en lignes d’une largeur de 0m,80 à 1 mètre et les plants espacés de 0m,60 à 0m,70, et en quinconce, si l’on veut avoir la vigne appelée vulgairement en foule. Pour conserver la plantation en lignes, on doit dresser des carrés sur toutes faces.
- On remarquera que la vigne ainsi plantée est trop peu serrée et ne donnerait pas assez de récolte pour faire vivre son pro-
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- priétaire; mais souvent, après la seconde année, les pousses de chaque plant, au nombre de deux ou trois, sont réservées pour être couchées en terre avec fumure : c’est ce que l’on appelle assiseler ou poser les assises de la vigne.
- A la montagne de Reims, où le sol est plus riche, on n’assisèle pas, mais on plante plus serré et Ton fume avec terre de montagne et fumier dans une rigole faite à la houe sur le devant de chaque cep.
- Les engrais. L’engrais le plus en usage est le fumier; celui qui est mélangé, provenant de chevaux, boeufs et moutons, est le meilleur, à cause de la grande quantité de sels ammoniacaux ou d’azote qu’il renferme.
- Le fumier doit être employé seul pour fonder les jeunes vignes; cependant la pratique reconnaît la nécessité de le mélanger avec des terres argileuses dans les vignes de tout âge, plantées dans un sol léger, et exposées dans des co teaux chauds ou à sous-sol gréveux.
- Les vignes âgées doivent être amendées avec du fumier mélangé de terre, pour rendre le travail plus facile; on met de préférence des terres d’une nature différente de celle dont est composé le sol où doit être employé cet amendement, afin de donner à ce sol les éléments manquants.
- Les vignes qui faiblissent par suite de maladies provenant soit des intempéries, soit d’un travail donné en mauvaise saison, ou de l’invasion d’insectes nuisibles, sont chargées avec des terres ou cendres sulfureuses que l’on trouve au sommet de presque toutes les montagnes.
- Ce moyen est fort usité et réussit souvent, mais il faut se garder d’employer le remède à trop forte dose, afin d’éviter le changement de la nature du sol et de donner au vin le goût du soufre.
- Jusqu’à présent les engrais chimiques ne sont qu’à l’état d’essais, et leur efficacité, qui n’est pas contestée, n’a pu être reconnue à cause des temps humides des dernières années, auxquels les reprises de sève ont dû être attribuées.
- Du travail. Tout le travail de la vigne en Champagne se fait manuellement; de là viennent l’énormité des dépenses et la cherté du vin.
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- Aujourd’hui* les dépenses nécessitées par le travail et l’entretien en engrais et échalas, pour un hectare de vigne, s’élèvent à la somme annuelle de 2,600 francs environ.
- La taille. La taille de la vigne se fait en février généralement.
- Au moyen d’un sécateur, on élague toutes les branches inutiles, et on laisse habituellement d^ux broches ou pousses, les plus fortes et les plus hautes, dans les noirs, en laissant trois bourgeons dans le jeune bois à chacune de ces pousses.
- Dans les blancs, on ne laisse qu’une pousse le plus souvent, mais quatre boutons, en choisissant toujours le meilleur bois et le plus haut qui est reconnu comme le plus porté à fruits.
- En exécutant ce travail, on a égard aux pousses et aux places vides; on laisse, pour peupler la vigne et remplacer les ceps morts ou disparus accidentellement, les provins.
- Ce qu’on appelle provins est la pousse entière de la dernière année, élaguée à une, deux ou trois branches, que l’on couche en terre, à la profondeur de la plantation, et que l’on recouvre d’engrais ; cela sert aussi au rajeunissement des vignes anciennes, et l’on en fait tous les ans environ cinq pour cent ceps. C’est un véritable tapis de racines et de radicelles enchevêtrées.
- Le bêchage. — La vigne, comme toutes les autres cultures, a besoin tous les ans, avant le renouvellement de la sève, d’un fort labourage. Ce travail se fait au moyen d’une houe ou hoyau et sert à la destruction des herbes et au recouchage des ceps, en ne maintenant hors de terre que le bois de l’année précédente, c’est-à-dire trois ou quatre bourgeons laissés à la taille.
- . De cette façon les racines sont toujours rajeunies, et si les anciennes pourrissent ou sont attaquées par des parasites, les radicelles du collet suffisent à l’alimentation de la plante pour le moins, et presque toujours du fruit.
- Suivant ce mode de culture, les racines se traînent pour ainsi dire à la surface du sol, et elles subissent toutes les influences de la température. Aussi telle vigne qui souffre de la sécheresse se trouve tout à coup ranimée par une petite pluie, comme une vigne qui a jauni par suite d’humidité reverdit après quelques jours de chaleur; il en est de même pour telle autre qui, cettç
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- année, est tombée dépourvue de sa sève qui a été sucée par des insectes, et revient Tannée suivante avec la plus belle apparence de végétation, en suite d’un hiver qui a détruit, à cette petite distance de la surface (25 à 30 centimètres), les ennemis de la plante.
- Le bêchage d’hiver est bon pour la destruction des insectes et des herbes, mais il fait avancer la pousse au printemps et expose à la gelée; il compromet aussi la récolte par la pourriture en activant la maturité.
- Le provignage se fait immédiatement après le bêchage, c’est-à-dire généralement en avril.
- Ce travail sert à peupler les jeunes vignes, à rajeunir les vieilles, et à l’amendement de celles de tout âge.
- Chaque provin est rabaissé ou couché à la profondeur de la plantation ; il est chargé d’engrais, pour faire profiter la racine qui vient d’être déplacée par suite de ce rabaissement. Les ceps voisins ressentent aussi les effets de l’engrais qui est mis dans une proportion plus que suffisante pour forcer la végétation de ce cep ou provin.
- Ce dernier, qui est resté en haute taille jusqu’en avril, conserve souvent une partie 'de la récolte, lorsque les gelées printanières ont fait leur ravage; c’est pourquoi on n’exécute ce travail qu’à une époque déjà avancée de la saison.
- Certains propriétaires font une partie de leur provignage en hiver, dans la crainte d’être en retard au nouveau temps; mais on ne peut agir ainsi sans danger que dans les vignes hautes et tardives, dans les plantes à l’état d’assises qui ne doivent pas encore donner de fruits ou encore dans celles de cinq à six ans dont la récolte est presque toujours trop abondante, et par conséquent tardive à la maturation.
- Le fichage ou échalassement. —Le fichage en terre des échalas se fait après le provignage, ordinairement fin avrilou commencement de mai.
- Chaque cep possède son échalas ou tuteur, servant à maintenir les jeunes rameaux après lesquels on les lie.
- L’échalas coûte aujourd’hui de 0f,06 à 0f, 07 ; une vigne faite
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- nécessite donc, pour la pourvoir d’échalas|, une dépense de 3,500 à 3,600 francs à l’hectare. Ceux de chêne et de châtaignier sont les préférés ; on en fait aussi de bons en acacia; mais si on les emploie avant d’être complètement secs, l’action du soleil les fait arquer.
- Par économie, ou plutôt pour éviter une aussi forte dépense, on se sert aussi de bâtons de sapin et de bois blancs, tels que peupliers, trembles, saussaies, etc. ; mais ils sont de courte durée et finissent par être les plus chers.
- Le fichage se fait en appuyant avec lârpoitrine protégée par une plaque de bois.
- Dans les basses vignes, on fiche de bonne heure, c’est-à-dire avant la marche de la végétation, dans le but d’abriter contre la gelée. On réussit par une gelée sèche, parce que le fichage abrite et don ne une température plus haute de 5 degrés au moins; mais s’il gèle après une pluie, une bourrasque de neige ou de grêle, le remède est souvent pire que le mal, attendu que l’abri procuré par l’échalas empêche le vent de secouer l’eau contenue dans le bouton éclos et que cette humidité, en se congelant, cause la perte du bourgeon qui doit donner la pousse nouvelle et le fruit.
- C’est à ce moment qu’il est bon d’abriter.
- On abrite avec des paillassons de roseaux placés sur le sommet des échalas.
- Premier sarclage ou labourage au bourgeon. — Immédiatement après le fichage on donne à la vigne un premier sarclage, appelé labourage au bourgeon.
- On l’appelle le labourage au bourgeon parce que c’est à ce moment que les boutons du colle des ceps se développent, et si malheureusement une gelée printanière est survenue, et que des pluies aient suivi, la terre forme une croûte capable d’empêcher ces jeunes pousses étiolées de voirie jour.
- Mais il faut à cause de cela un soin tout particulier pour donner ce premier sarclage ; à défaut de précautions, on détruirait les dernières espérances qui sont déjà bien minimes, puisque les boutons à fruits rendent principalement dans la partie supérieure des sarments.
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- C’est surtout pour sauver le bois qu’il faut user de tous les ménagements possibles.
- Le rognage. —Le rognage ou pincement se fait en juin, alors que la végétation est pour ainsi dire complète et que la fleur du raisin est éclose.
- Ce premier rognage se fait à la main; la pousse encore verte et tendre se casse facilement sous le joint ou maille, et l’on a soin de laisser à cette maille la feuille qui y adhère.
- Les feuilles ne sont pas seulement utiles aux fruits pour les protéger contre le froid ou contre l’ardeur du soleil : si les radicelles servent à nourrir la plante, c’est par les feuilles que cette plante respire.
- La fleur d’un raisin, lorsque la température est favorable, __ est passée en deux jours. Les praticiens viticulteurs choisissent ce moment pour rogner, en donnant pour raison que, pendant le laps de temps que met la plaie à se cicatricer, la sève s’arrête dans les raisins, dont les plus hauts sont à deux ou trois feuilles, au-dessous de la maille rompue pour opérer le rognage, et que cette sève est profitable aux fruits et en active la fleur.
- Si le temps est froid et humide, il est encore mieux d’attendre de meilleurs jours, et qu’il soit passé fleur pour rogner.
- Le liage. Le liage se fait alors que la pousse est complète et que les rameaux sont déjà endurcis; trop tôt, on risquerait de les casser. Ce liage se fait avec de la paille de seigle ou d’avoine, et l’on doit éviter de prendre les raisins dans la liure.
- La coulure dépend beaucoup de ce travail, selon qu’il est fait dans un bon ou dans un mauvais moment.
- 11 est bon de lier avant la fleur, quand c’est possible, mais il est reconnu qu’il faut une température tout à fait exceptionnelle pour que le liage ne soit pas préjudiciable pendant l’éclosion de la fleur, moment le plus critique pour la vigne; aussi nos anciens laissaient-ils cette plante tranquille le temps que durait la transformation du raisin.
- En effet, la température fût-elle exceptionnelle, ce travail nécessite un mouvement qui a pour moindre inconvénient de
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- causer un grand dommage en faisant tomber le pollen, et cela doit prédisposer à la coulure.
- Si la température est basse, en liant vous exposez les raisins à l’air froid pendant les quelques jours que met la végétation à les recouvrir et à les cacher par les feuilles.
- Par une forte chaleur, le danger est aussi grand pendant le même temps, c’est-à-dire trois ou quatre jours, et si la fleur est éclose, le risque est plus grand, car cette fleur peut brûler, et la coulure est plus que certaine.
- Second sarclage. — Le liage, après le bêchage, est le travail le plus long, et comme il s’est fait par tous les temps, pluvieux ou non, de mi-juin à la fin juillet bien souvent, il est nécessaire et même indispensable de donner aussitôt un second sarclage pour détruire l’herbe, car la vigne n’en peut souffrir sans lui causer un grand préjudice.
- C’est à ce moment aussi que la vigne craint le plus ses ennemis les insectes, tels que le gribouri (;mmolpe), la pyrale et les bêches (aitélabe). 11 faut enlever les cornets des bêches dans lesquels sont déposés leurs œufs et les brûler, écraser les chenilles de la pyrale et enlever les feuilles sèches abritant les chrysalides, entraver l’action du gribouri, ouïe prendre lorsqu’il est sur les feuilles et ne fût-ce qu’en se promenant, l’empêcher de s’attaquer aux fruits, puisqu’il se laisse tomber à l’approche de tout danger. Cet insecte couleur de poussière et qui se voit à peine sur le sol, nuit d’abord à la racine en la suçant, puis à la feuille, et enfin aux fruits, tandis que ses collaborateurs en mal semblent ne s’en prendre qu’à la feuille, ce qui est déjà beaucoup, puisqu’il est convenu que c’est par cet organe que la plante vit et respire.
- Il faut donc s’attacher avec soin à la destruction de ces êtres nuisibles, et en empêcher toute reproduction par tous les moyens.
- Second rognage. — Après ce que l’on est convenu d’appeler la sève d’août, la vigne est surchargée de nouvelles pousses que l’on coupe au moyen d’une serpette, dans le but d’arrêter de nouveau la végétation, de refouler la sève dans le raisin pour
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- le faire grossir, et d’activer la maturité des rameaux ou du bois.
- Mais s’il arrive quelquefois qu’après avoir poussé pendant un certain temps, à la suite du premier rognage, la végétation s’arrête d’elle-même à cause d’une trop grande sécheresse, il est nécessaire, dans ce cas, de ne rogner que les rameaux supérieurs, et de laisser ceux qui ont pris naissance dans les mailles, afin d’abriter les raisins, soit contre le soleil, soit dans la crainte d’un défeuillage au pied du cep.
- C’est à ce moment que le bourgeon pour l’année à suivre se forme, et il faut aussi qu’il soit abrité contre le mauvais temps ou l’ardeur du soleil, pour que rien ne lui nuise pendant son développement.
- On continue aussi, pendant que l’on exécute ce travail, la destruction des insectes, et l’on doit surveiller si le ver au raisin fait son apparition dans les grains qui commencent à se teindre.
- Ce ver est encore une des plaies de la vigne, car non-seulement il cause un dommage très-sensible comme rendement, mais si à la vendange on laisse quelques grains attaqués, ils donnent un mauvais goût au vin, et le tachent (mot local qui signifie seulement qu’ils le teintent légèrement).
- 5° Labourage. — tën attendant que la maturité du raisin soit complète, on donne un troisième et dernier labour pour détruire les herbes et creuser sous les fruits reposant sur terre, afin de leur donner de l’air et de les empêcher de pourrir.
- Lorsque la maturité est trop avancée, on se sert d’une binette à main pour faire des trous sous les raisins, et l’on tire l’herbe, afin de ne pas froisser les fruits avec l’outil dont on fait usage ordinairement et éviter par là la pourriture.
- Il faut s’abstenir en toute saison, et surtout pendant ces dernières façons à donner à la vigne, d’y travailler tant qu’il y a de la rosée, et lorsque la terre est trop humide.
- Ce dernier sarclage donné par la sécheresse et suivi d’une pluie, procure un grand bien à la terre, fait grossir les raisins,
- et les dispose à un plus fort rendement en attendrissant la pellicule.
- Pendant cette dernière période qui précède la récolte (le plus
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- souvent en septembre), on s’occupe des préparatifs des vendanges qui consistent en la réparation des paniers, celle des pressoirs et autres accessoires, en approvisionnements de tonneaux, chantiers, etc.
- Les vendanges. — La cueillette du raisin ne doit se faire qu’après maturité complète. Ce moment est arrivé pour le raisin noir lorsqu’il a une belle couleur veloutée ; la queue du fruit doit être bien mûre et avoir la nuance et la dureté du bois à sa naissance près des rameaux; et enfin, en tirant le grain, il doit rester, adhérente à la grappe, une belle mèche brune. Le blanc est bon à cueillir lorsque les pépins se voient à travers la pellicule et que la première phalange de la queue est à l’état de bois.
- Le vert maumur, le sec, le pourri et le très-halé (desséché) doivent être ôtés avec le plus grand soin, afin de ne laisser au vin que les éléments et le goût qui lui sont propres.
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- La vendange en Champagne est chose grave (a); c’est à ce moment décisif que l’on voit si le résultat de tant de travaux et de tant de soins sera rémunérateur pour les sacrifices faits, et si l’on pourra espérer un revenu raisonnable, tant du capital immobilisé que des frais de l’année courante.
- Certaines années donnent de magnifiques résultats; certaines autres sont véritablement désastreuses.
- 11 ne faut pas oublier quë la Champagne est située bien près de l’extrême limite nord de la région de la vigne. Les années froides ou pluvieuses à des époques inopportunes, qui sont déjà préjudiciables au-dessous de la Loire, deviennent tout à fait mauvaises sur les bords de la Marne.
- J’ai sous les yeux une note sur les vendanges et sur le produit
- (a) Nos pères la considéraient comme grave partout. (Chose remarquable ! Ce n’est point au temps de la moisson, c’est à celui des vendanges, qu’a été placée l’interruption du travail accordée par la loi dans tous les emplois publics. C’est à cette seule époque que les universités, les collèges, les cours de judicature, ont fixé leurs vacances. Il n’est point permis au magistrat d’interrompre ses fonctions importantes pour aller moissonner ses blés, dont le produit est cependant pour nous un besoin de nécessité première; mais il les suspend pour aller cueillir une boisson qui, après tout, n’est pas nécessaire.) Legrand d'Aussi.
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- des vignes d’un vigneron d’Épernay depuis 1785 jusqu’à 1875.
- Les mentions : — année nulle, vignes gelées, très-mauvaise qualité, détestable, médiocre (a), dépassent de beaucoup les mentions : — excellente qualité, vin délicieux, et même vin passable.
- En se rapprochant de notre époque, nous voyons, par exemple, 1860, mauvais vin, non vendable; — 1861, médiocre; — 1862, bon vin de commerce; — 1865, bon vin; — 1865, très-bon, mais en partie détruit par la grêle et les orages; — 1866, très-mauvais, invendable; — 1867, vin excellent, mais peu abondant;— 1868, très-bon vin, mais grêles, orages, inondations;
- — 1869, très-bon vin : le prix du vin nouveau à Ay a atteint 625francs; — 1870, bon vin; — 1871, le vin ne fermente pas et ne veut pas s’éclaircir; — 1872, passable; — 1875, mauvais;
- — 1879, détestable; — 1880, excellent, mais très-rare; les bonnes sortes atteignent jusqu’à 1,560 francs la pièce de 200 litres. 11 faut donc, à l’avenir, se résigner à payer cher, si l’on veut avoir des vins authentiques.
- Mais aussi, comme on soigne ces produits si recherchés, ces raisins si précieux!
- Il faut d’abord les défendre contre les maraudeurs : la surveillance est strictement organisée, même pendant la nuit.
- Les animaux de toutes sortes, et surtout les chiens, en sont soigneusement éloignés; on ne peut se figurer le dégât que peut faire un de ces animaux lorsqu’il a goûté au raisin, car ce n’est pas grain à grain qu’il le cueille, mais grappe à grappe qu’il l’arrache.
- Il est expressément interdit aux vendangeuses de manger du raisin, ce qui n’empêche pas les équipes d’ouvriers et d’ouvrières de subir l’excitation ordinaire que produit la vapeur des raisins.
- Une certaine bonne humeur accompagne toujours la vendange. Dès le matin, les rues d’Épernay se réveillent au bruit cadencé des sabots et des refrains plus ou moins licencieux chantés par les bandes qui partent à l’ouvrage; mais la cueil-
- (a) Voir le journal de Jehan Pussot (les célébrités du vin de Champagne, Éper-nay, 1880).
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- lette se fait avec un certain respect, et n’est pas jetée au hasard dans une hotte et de là dans des barriques défoncées comme dans nos vignobles du Centre, où meurtries, cahottées, les grappes arrivent au pressoir en grande partie écrasées et bah gnant dans le jus des raisins brisés.
- Cette cueillette se fait avec une serpette, sous l’œil d’un surveillant par équipe, surveillé lui-même par des employés montés, qui se transportent à cheval d’une pièce à l’autre, car les vignobles d’une même maison sont rarement par grandes pièces, mais au contraire disséminée au milieu de ces longues plaines légèrement en pente toutes grises d’une forêt d’échalas. La propriété vinicole est excessivement morcelée partout, mais surtout en Champagne, et il serait bien difficile d’en composer des pièces d’un seul tenant sur une étendue importante. Cependant la maison Moët et Chandon en possède quelques-unes de 6 à 8 hectares.
- Le raisin cueilli est placé bien proprement dans des petits paniers que l’on verse successivement sur des clayettes en osier autour desquelles les trieuses et paveuses, munies de ciseaux, examinent avec attention chaque grappe, la tournent et la retournent pour éliminer un grain frappé de chaud, irès-hâlé ou trézalé (expression du pays), piqué de ver ou aplati, maumur, c’est-à-dire non arrivé à maturité. Elles rejettent dans d’autres paniers, dits paniers mannequins, tout ce qui est imparfait, en ne mettant aux paniers de livraison que des grappes aux grains fermes et fleuris, qui pourraient faire des assiettes de dessert irréprochables sur les tables les mieux tenues.
- Les paniers sont délicatement placés sur des carrioles à ressorts, et non versés tumultueusement dans des tombereaux non suspendus sur l’essieu ; le conducteur évite les cahots, et tenant son cheval par la bride, le guide avec précaution; sur d’autres points, où les chemins étroits sont à l’état de sentiers, ce sont des mulets qui font le service, portant un panier de chaque côté de leur bat.
- Tout arrive aux pressoirs, grands ateliers maintenus dans un état de minutieuse propreté, où sont placés les pressoirs pro-
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- prement dits; le classement se fait sous l’œil d’un chef et de contre-maîtres exercés, qui classent les paniers des vignobles venant de la maison, examinent et pèsent les paniers apportés par les voisins, et qui, je dois le dire, m’ont paru beaucoup moins bien triés que ceux des propriétés de MM. Moët et Chandon. Ces derniers paniers sont même retournés et versés dans un grand bac dit caque de mesurage avant d’être jetés dans le pressoir, et l’on en retire les grappes défectueuses, pour être jointes aux triures, les maumurs et les très-halés.
- Une fois à l’atelier, le charroi des paniers que l’on apporte soit à la bascule, soit au pressoir , se fait au moyen de très-ingénieuses brouettes en fer se terminant d’un côté par une fourche et de l’autre par un brancard formant levier, de sorte que l’ouvrier enlève avec une extrême facilité, et transporte les paniers dont le chargement pèse jusqu’à 80 kilogrammes.
- Les pressoirs dits étiquets, puissantes machines à presser, sont construits par M. Flamain de Cumières ; ils sont très-solidement charpentés, et le coffre inférieur, la maie, où se jette le raisin, contient 4,000 kilogrammes.
- Deux systèmes sont encore en présence, l’un qui ferme ce coffre, appelé cage, par des planches juxtaposées sur lesquelles on place des madriers (môlets) destinés à recevoir directement la pression du mouton (a). Cette pression est obtenue par deux vis parallèles qui s’engagent dans des écrous en fonte, emboîtés dans l’épaisseur de ce mouton, et le font monter et descendre à volonté. Les vis elles-mêmes munies, à leur extrémité supérieure, de roues horizontales dentées, reçoivent leur mouvement d’une vis sans fin, commandée par une grande roue en bois nommée calandre.
- Cette roue en bois porte des chevilles au moyen desquelles les ouvriers la font tourner soit à la main, soit avec l’appel d’un treuil.
- L’autre système remplace la fermeture mobile par des volets qui sont renforcés de solides côtes de fonte et maintenus fixes par des arcs-boutants en même métal; ce dernier système,
- (a) Très-forte pièce de bois de chêne de 2 mètres de long sur 0m,60 de hauteur et 0m,50 d’épaisseur.
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- plus expéditif, ne demande pas le remaniement des madriers à chaque abaisse.
- Les raisins étant jetés dans la maie du pressoir et les volets abaissés, on fait tourner la calandre. Le mouvement d’hélice de la vis sans fin qui termine l’essieu de la calandre, forçant sur les dents des roues d’engrenage, fait descendre le mouton auquel sont fixés les volets. On obtient ainsi pour la première abaisse ou serre cinq pièces de mère-goutte qui tombent dans un grand bac ovale en bois nommé bellon.
- Une seconde abaisse donne trois pièces; une troisième, deux, ce qui complète le nombre de dix pièces ou 20 hectolitres par 4,000 kilogrammes de grappes. C’est ce que l’on nomme la cuvée.
- Ce vin est ensuite envoyé à la pompe par des tuyaux argentés à l’intérieur et conduit dans des cuves contenant 40 hectolitres, produit de deux pressoirs marchant simultanément ou l’un après l’autre.
- Ce vin doux est examiné dans une éprouvette au moyen du saccharimètre et doit peser de onze à treize degrés pour être considéré comme étant de bonne qualité; il est dégusté une première fois pendant qu’il est encore dans le bellon, et le sera plusieurs fois encore avant d’être définitivement classé.
- On retaille le marc plusieurs fois. Ces differentes pressées donnent un vin que, dans les bonnes années, la maison met à la vente. Dans les autres années elle l’emploie, en y ajoutant les maumurs, les irès-hâlés et les triages divers, pour faire des vins rouges consommés par ses ouvriers.
- Dès que la cotte (première écume) est montée sur le vin des cuves de 40 hectolitres, c’est-à-dire au bout de six à dix heures, suivant années, on le soutire dans des tonneaux de 200 litres, neufs ou remis à neuf, laissant ainsi les boues qui se sont déposées au fond de la cuve et la première écume de fermentation qui renferme toujours des impuretés.
- Les tonneaux sont alors rangés dans les celliers sur des chantiers, et sur la bonde se trouve placée une feuille de vigne, recouverte de sable fin, au travers de laquelle peut s’échapper
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- le ^az acide carbonique, produit de la fermentation tumultueuse du vin.
- Cette fermentation, dans les bonnes années, dure de dix à vingt jours. Aussitôt qu’elle est calmée, on s’empresse de remplir les tonneaux avec du vin de la cuvée, et l’on remplace la feuille de vigne par un bondon, afin d’éviter la perte du bouquet du vin.
- Lorsque ces vins ont subi les premiers froids de l’hiver et que leur fermentation est suspendue, ils s’éclaircissent. C’est à ce moment que l’on procède au soutirage et qu’ils sont réunis dans les celliers qui dominent les grands foudres où doivent être formées les cuvées définitives.
- Cette opération est sous la surveillance directe des chefs de la maison; ils savent ce qu’ils ont dans leurs caves et celliers, où chaque pièce de vin porte la mention du cru d’où elle provient. Chacune est dégustée, et, suivant la nature, la couleur et l’arome de son contenu, est classée ; de sorte qu’arrivée au cellier où elle doit être ouverte et d’où elle doit être précipitée dans le foudre, elle se trouve jointe à d’autres tonneaux renfermant la même ou d’autres espèces de vins, également dégustées et classées : le vin trop coloré est corrigé par un plus pâle, le plus sucré par un moins sucré, etc., et les pièces sont amenées cinq par cinq sur une trappe du plancher; elles sont retournées et débondées, et coulent dans le foudre. Ces foudres peuvent contenir de 260 à 280 hectolitres.
- Un mélangeur à palettes agite doucement la masse du liquide et en fait un tout, homogène comme couleur, force vineuse et arôme. On compose ainsi successivement ce qu’on appelle une cuvée de 2,000 hectolitres environ, tirée en 1,000 pièces de
- 200 litres, formant 1,000 éléments identiques, qui seront repris plus tard pour composer, dans des proportions voulues, ce qu’on appelle les cuvées d’expédition.
- On ne saurait se figurer les minutieuses précautions et surtout là propreté méticuleuse avec lesquelles s’opèrent tous ces mou-
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- vements, l’ordre parfait qui en allège l’apparente complication.
- Le vin de Champagne, me disait M. Chandon de Briailles, doit être traité avec tous les ménagements qu’il faut à un malade,
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- 50 GRANDES USINES.
- ou plutôt à un convalescent; la moindre fausse manœuvre, le plus petit défaut de propreté, un mouvement de brutalité, l’oubli d’une des précautions à prendre, peuvent causer de très-grandes pertes, quelquefois de sommes considérables, et la perte plus grande encore de la réputation de la marque de la maison. »
- Ces précautions doivent être plus grandes encore pour la
- suite des opérations que nous avons à traiter.
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- La cuvée, obtenue par le premier coupage et remise en tonneaux de 200 litres, redescend, par les monte-charges qui l’avaient amenée, jusqu’au plus profond des caves. Les pièces y sont rangées et reposent sans mouvement jusqu’à ce qu’on les remonte de nouveau pour composer les cuvées dites d’expédition.
- A ce moment on les coupe de nouveau avec d’autres éléments (a), et l’on met en bouteilles le vin, pour le disposer a prendre peu à peu les qualités du véritable vin de Champagne et surtout le caractère dominant qui est d’être un vin mousseux et non un vin écumeux comme le falerne des anciens, l’asti des Piémontais et autres vins qui écument lorsqu’on les verse de haut.
- Tous les vins, quelle que soit leur provenance, possèdent dans leur composition les éléments de la mousse, mais beaucoup sont loin de posséder les autres qualités d’arôme et de vinosité qui les rendent agréables. L’accompagnement d’acide carbonique, qui va si bien aux vins de la Champagne, ne serait pas du tout agréable dans les vins de Bourgogne ou de Bordeaux.
- La source de l’acide carbonique, et par conséquent de la mousse, est dans le sucre, quelle que soit sa quantité qui est toujours dans le jus du raisin. Le ferment qui change ce sucre en alcool et en acide carbonique est également dans le vin, lorsqu’il est conservé en fût.
- Cette transformation du sucre en alcool et en acide carbonique se fait lentement dans les tonneaux, autant que possible sans tumulte; l’acide carbonique, s’élevant au-dessus du
- («) C’est-à-dire qu'on ajoute tout ou partie d’une autre cuvée, afin d’obtenir un arôme spécial, ou bien encorepouv augmenter le nombre de pièces d’une même cuvée jusqu’à concurrence de trois, quatre et cinq mille pièces d’un vin identique
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- liquide, s’échappe dans l’atmosphère. 11 n’en est pas de même lorsque la fermentation alcoolique et carbonique se fait dans un vase clos.
- L’acide carbonique montant à la partie supérieure du récipient ajoute sa force élastique à celle de l’air qui s’y trouve, puis, se comprimant lui-même à mesure qu’il se produit, il acquiert une force élastique telle quelle arrive à six atmosphères environ, tenant enfermé alors dans le vin lui-même six fois son volume d’acide carbonique.
- Cette pression si intense est la force qiïrrehassant le bouchon hors du goulot, produit ce premier débordement de mousse si recherché avant qu’on ait pris l’habitude de glacer le vin de Champagne.
- Puis le vin, n’étant plus comprimé que par une seule atmosphère de pression, n’a plus la même faculté de maintenir en dissolution l’acide carbonique; ce dernier se dégage donc de sa prison bulle à bulle et monte successivement à la surface : c’est ce qu’on appelle le pétillement (a); mais l’acide carbonique renfermé dans le vin ne s’en dégage ainsi que bien lentement, et si l’on veut faire revenir la mousse en quantité appréciable, on peu t obtenir ce résultat par un choc qui, faisant vibrer en quelque sorte le vin, dégage à la fois une plus grande quantité de bulles. Un objet pointu, un fragment de sucre, de pain ou de biscuit,
- (a) A l’étude du pétillement, dit M. Maumené, se rattache une question assez intéressante : celle des changements qui se produisent dans la conductibilité du vin de Champagne et des liquides gazeux, pendant ou après le pétillement. Tant que le liquide mousse, tant que des bulles de gaz très-nombreuses sont disséminées au milieu du liquide, la sonorité disparaît au moins pour un certain ordre de vibrations, par les transversales. Lorsqu’on choque deux verres comme pour trinquer, on produit un bruit, mais non un son musical; qu’on frappe avec un autre objet, un couteau, une assiette, et le résultat est le même. — Si le liquide, après un repos suffisamment prolongé, ne contient plus de gaz libre et par conséquent plus de bulles, il reprend sa conductibilité régulière, et devient parfaitement sonore; le choque-t-on de nouveau, d'un coup sec, il abandonne de nouveau du gaz et perd cette sonorité; ainsi de suite un grand nombre de fois.
- Frotte-t-on le verre sur les bords, avec le doigt ou avec un linge mouillé; fait-on naître d’autres vibrations, les longitudinales auxquelles correspondent des sons perçants, il est indifférent que le liquide contienne ou ne contienne pas de bulles de gaz en pareil cas. La sonorité ne dépend que du verre lui-mème et n’est pas sensiblement modifiée.
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- un grain de raisin sec, font mousser le vin ; la température basse l’empêche de mousser.
- Les bouteilles. — J’ai dit en parlant de la découverte de dom Pérignon qu’évidemment elle devait coïncider avec une plus grande perfection des vases dans lesquels on renfermait les vins de Champagne.
- Jusqu’à présent, et malgré mes moyens d’investigation, je n’ai pu savoir où il s’était procuré les bouteilles. On prétend que l’on a trouvé près de l’abbaye d’Hautvillers les traces d’une ancienne verrerie. D’autres prétendent que c’est .à Qüiquen-grogne qu’ont été faites les premières bouteilles où le vin de Champagne ait été enfermé. Aujourd’hui plusieurs verreries se disputent le marché; il s’en trouve à Épernay — à Reims — à la Neuvillette, près Reims — à Vauxrot — à Coucy — à Anor— Loivre, Fourmies, Folembray, qui travaillent toutes pour la Champagne.
- La forme conique de ces bouteilles est bien connue; leur verre ne renferme pas de plomb, mais un peu de fer ; l’épaisseur du verre doit être uniforme, et sa matière parfaitement homogène, sans pierres, fentes, étoiles, bulles ; le col doit en être progressivement élargi par des gradations presque insensibles, et l’ouverture être rétrécie suffisamment pour produire cet étranglement du bouchon qui lui donne la forme exacte d’un champignon en sortant de la bouteille.
- La pression intérieure est telle que les parois de la bouteille doivent résister à six atmosphères. Lorsque des variations de température font varier la pression extérieure et la diminuent, la bouteille peut se casser; il en est de même lorsqu’une élévation de chaleur à l’intérieur dérange l’équilibre de pression auquel résistait le verre.
- La composition chimique de ce dernier est loin- d’être indifférente, car la présence de l’acide carbonique, dans le vin attaque certains éléments qui peuvent modifier l’arome et même rendre le vin tout à fait imbuvable.
- La maison Moët a employé dans les dix dernières années 45 millions de bouteilles environ, tant pour renfermer dans ses
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- caves le vin qui s’y repose que pour expédier celui qu’elle veîid en quantité non moins considérable.
- Des agents expérimentés les examinent une à une et rejettent toutes celles qui ont le moindre défaut.
- Chez MM. Moët et Chandon on a renoncé il y a longtemps au rinçage à la main ; on emploie pour cette opération quarante machines du système Caillet, longs bacs adossés deux à deux dans le milieu d’une vaste halle de soixante-dix mètres de long sur dix-sept mètres de large : on a ingénieusement trouvé le moyen d’utiliser la rincerie comme celliersTen suspendant au plafond les machines à rincer quand elles ne servent pas.
- Laveuse de bouteilies.
- La pièce principale de cette machine est représentée figure 1 : la bouteille est saisie dans un orifice conique g, au milieu d’une plaque de bois o, qu’on tire à soi par la poignée m pour recevoir le goulot, et qui serre ensuite le verre contre le bloquet b, en obéissant aux ressorts rr'. La bouteille ainsi maintenue dans une position horizontale reçoit un mouvement de rotation assez vif au moyen de là poulie double/?, dans laquelle passe la corde ce' mise en mouvement par une roue à manivelle fixée, sur l’une des extrémités de la machine. Pendant ce mouvement, un robinet permet de faire couler à sa surface l’eau d’un réservoir supérieur, en même temps que l’ouvrière, en appuyant de la main gauche sur le gros fil de fer df, presse la brosse h contre le verre et promène de la main droite la brosse ux dans l’intérieur, qui contient de l’eau.
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- Si
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- ïn quelques secondes la bouteille est rincée par cette méthode, oü l’on est affranchi du danger des plombs. La machine contient deux pièces toutes semblables sur le même arc; b' est un second bloquet, et le reste n’a pas été mis dans le dessin. Ces deux pièces sont accompagnées de deux, quatre ou six autres, for-
- Figfure 1
- Figura; 2.
- Machines Caillet. Châssis volants.
- Brosses.
- mant une batterie qui reçoit le mouvement de la même corde. Toutes les pièces sont établies au-dessus d’une cuvette unique, en plomb ou en zinc, au fond de laquelle sont des châssis volants (fig. 2) sur lesquels reposent les bouteilles avant et après le lavage.
- Une machine à vapeur de 8 chevaux met le tout en mou vemen t.
- Les bouchons. — Sans être une aussi grosse question que celle de la bouteille, la question du bouchon ne laisse pas cependant d’être très-importante.
- On a cherché toutes sortes de matières pour tâcher d’éviter l’emploi du liège, mais aucune n’a réussi convenablement.
- Le caoutchouc, lagutta-percha, n’ont donné que des résultats absolument insuffisants; le chanvre imbibé du siccatif dont les anciens se servaient, pouvait bien empêcher toute fuite de gaz, mais ne se prêtait pas à la détonation, qui, malgré l’usage de plus en plus répandu de glacer le vin de Champagne, et par conséquent de lui enlever sa force expansive, est encore exigée par les consommateurs.
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- Ces essais, malgré leur insuccès notoire, seront encore inévita-ment repris cette année; car le bouchon, devant avoir toutes les qualités exigées pour la fermeture des bouteilles de vin de Champagne, tend à devenir de plus en plus rare, les vents et les gelées ayant, en Catalogne et en Andalousie, cet hiver, déraciné ou détérioré gravement les chênes qui le produisaient.
- Nous avons bien, comme espoir, les forêts de liège d’Algérie, mais ces forêts sont trop jeunes encore pour fournir des planches de liège capables de donner des bouchons propres au vin de Champagne.
- Il faut qu’un arbre ait soixante ans, et quîil ait déjà subi au moins trois ou quatre coupes décennales, pour que cette précieuse écorce ait acquis l’homogénéité, la finesse, la compressibilité et l’élasticité indispensables pour pouvoir : 1° ne laisser échapper aucune fuite de gaz, et à plus forte raison de vin; 2° diminuer de volume pour entrer dans le goulot de la bouteille et reprendre ce volume au bout de trois, quatre, cinq, dix années même au moment de la détonation. Enfin le liège doit n’avoir aucune espèce de goût ou d’odeur quelconque qui puisse se communiquer au vin.
- L’arome de celui-ci est tellement délicat, tellement fin, que la légère altération de goût qui serait regrettable, mais tolérable dans un vin rouge, devient insupportable dans un vin de Champagne.
- Aussi toutes les maisons qui ont essayé de faire servir des bouchons de qualité inférieure en les lavant avec divers produits chimiques ou en les imprégnant de liquide quelconque, ont vu décroître la valeur de leur marque ou même refuser entièrement leurs produits.
- Les bouchons découpés dans les planches de liège enlevées tous les dix ans aux chênes qui donnent sous leur écorce cette précieuse matière, sont d’abord taillés en petits cubes, puis cintrés sur une lame tranchante et reçus chez MM. Moët et Chandon en quantité considérable, presque double de celui des bouteilles, car chacune d’elles porte un premier bouchon, dit bouchon de tirage, pendant qu’elle reste dans la cave, et reçoit pour la mise en vente son bouchon d’expédition.
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- Naturellement ils sont minutieusement revus, passés à l’eau bouillante qui dilue la sève restée dans leurs pores et met à jour leurs imperfections. Puis ils sont remis au gabarit exact par des ouvriers appartenant à une colonie espagnole comprenant quatre à cinq cents individus à Épernay.
- Avant d’être employés, les bouchons sont encore regardés un à un, et examinés très-attentivement par les bouchonniers de l’établissement : on cherche s’il y a quelque gouttière par où puisse se déterminer quelque coulure, quelque piqûre de ver, lequel, resté dans sa loge, pourrait être atteint par le vin et lui donner un mauvais goût. Enfin, quand on a ses bouteilles bien lavées, ses bouchons bien choisis, on s’apprête à tirer en bouteilles.
- A cet effet, on rapporte dans le grand cellier que dominent les foudres, les pièces de divers crus et de diverses années qui ont déjà subi le premier coupage.
- On les déguste de nouveau, on les entonne, on ouvre les robinets de tirage, et les ouvrières (voir pages 56-37), rangées en face des robinets, remplissent les bouteilles quelles passent à dès ouvriers chargés d’y enfoncer le bouchon dit de tirage, qui restera jusqu’au dégorgement ; c’est au moyen d’un lourd mouton tombant avec force qu’on obtient ce résultat. Le bouchon de tirage est assujetti au moyen d’une agrafe en fer étamé, plate par le côté qui touche au bouchon, et demi-cylindrique de l’autre côté (a).
- Les bouteilles remplies, rangées dans des paniers, descendent par de larges puits jusqu’aux caves taillées dans le roc, à une profondeur de vingt-cinq mètres environ.
- Ces caves, dont la figure (page 45) donne l’aspect, et dont la planche (pages 3-4) présente le développement, ont en tout, avec les caves maçonnées qui les surmontent, une longueur de 11 kilomètres et demi. La superficie de leur sol est de 56,469 mètres !
- Je n’étonnerai donc pasle lecteur en luidisantque Gescavescélè-
- («) MM. Moët et Chandon, par suite de leur vaste installation et par le moyen de leurs appareils créés et perfectionnés par eux-mêmes, tirent de cent à ceut vingt mille bouteilles par jour. Ils pourraient au besoin en faire remplir cent mille de plus.
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- bres contiennent quelquefois jusqu’à 10 millions de bouteilles.
- Leur température moyenne ne s’élève pas au-dessus de 8 degrés, et les bouteilles, rangées en treillis ou sur tas séparés par des lattes, y sont à l’abri de tous les changements brusques de température, mais elles ne sont pas à l’abri des différences de pression atmosphérique : cause de casse à laquelle il est bien difficile de porter remède. On a pris chez MM. Moëtet Chandon toutes les précautions les plus minutieuses pour éviter la casse ou du moins pour en paralyser les effets et les empêcher de s’étendre, ce qui ne manquerait pas d’arriver si on laissait s’oxyder le vin répandu et par conséquent élever la température de la cave.
- Les bouteilles restent couchées sur, ou en las jusqu’à ce que le
- En treillis ou sur tas. Sur pointe.
- RANGEMENT DES BOUTEILLES
- vin ait pris sa mousse, c’est-à-dire jusqu’à ce qu’il ait dissous la quantité d’acide carbonique qu’il doit contenir et jusqu’à ce que, par la décomposition du glucose, l’alcool s’y soitdégagé : deux ou trois ans suffisent, en moyenne, pour que l’effet se soit produit.
- Il s’est ainsi formé sur la paroi inférieure des bouteilles un dépôt plus ou moins adhérent. C’est alors que les bouteilles sont placées sur un chevalet, percé d’un certain nombre de trous, appelé pupitre (figures 1 et % page 58).
- Un ouvrier désigné sous le nom de remueur imprime à chaque bouteille un mouvement rapide de rotation, dë va-et-vient, sans la sortir de son trou, et c’est après avoir répété cette manœuvre, chaque jour, pendant quelquefois cinq ou six semaines, qu’il arrive, sans avoir troublé la limpidité du vin, à faire glisser, jusqu’au bouchon, le dépôt dont il est parlé ci-dessus. Puis le
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- dégorgeur, conservant à la bouteille~sa position quasi verticale et ayant avec un crochet spécial détache l’agrafe, fait sortir le bouchon, et, par un mouvement leste et adroit, enlève cinq ou six centilitres de dépôt, lequel contient un peu de vin qui est perdu. La bouteille est ensuite bouchée avec un vieux bouchon
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- Figure 1. le pupitre. Figure 2.
- dit de travail, durci presque comme du bois, qui sera immédiatement remplacé par le bouchon d’expédition.
- Après le dégorgeage, il est d’usage de remettre dans la bouteille une petite quantité de sucre dissous dans du vin vieux, le meilleur possible, dans un jeu de tonneaux tournants disposé à cet effet (a).
- Cette addition est nécessaire, car la décomposition en acide carbonique et alcool du glucose primitif est tellement complète, que toute saveur sucrée a disparu et qu’il faut la lui rendre plus ou moins, suivant le pays auquel l’expédition est destinée.
- On a inventé diverses machines pour faire ce dosage. Celles qui sont en usage dans la maison Moët et Chandon sont argentées. Après le dosage, on met le bouchon d’expédition sur
- (a) Appareil inventé par M. E. Goubault, chef des caves de MM. Moët et Chandon.
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- lequel se trouvent la marque de la maison et la qualité du vin. La bouteille passe alors immédiatement entre les mains du bou-cheur qui enfonce le bouchon au moyen d’une machine agissant par un levier dont l’effet est complété par un fort coup de maillet; cette dernière intervention de la main de l’homme donnant un coup élastique et en quelque sorte réfléchi, est nécessaire pour éviter la casse nombreuse que ferait certainement une machine brutale et régler en même temps la profondeur du bouchon dans le col de la bouteille.
- Deux liens assujettissent le bouchonj l’un en ficelle trempée dans l'huile de lin, l’autre en fil de fer; ce dernier a été pré-
- Escabeau du metteur eu fil. Fil préparé.
- MISE EN FIL.
- paré par des tordeurs spéciaux, puis passé au metteur en fil qui, au moyen d’une pince, fait la dernière torsion et rabat le toron sur le bouchon lui-même, de façon qu’il ne dépasse pas.
- Les bouteilles ainsi ficelées sont envoyées au cellier d’expédition , où elles restent sur tas cinq à six semaines afin que l’effet du nouveau bouchon puisse être constaté. Lorsque le moment de les expédier est arrivé, on les transporte au cellier de l’emballage; là les bouteilles sont d’abord lavées et essuyées très-proprement à l’extérieur; le bouchon est recouvert de feuilles d’étain blanc ou doré pour les qualités supérieures et de goudron vert pour la première qualité. Cette dernière opération se
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- 1 î
- Établissement Moet e
- r Chandon. — I/emballage.
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- fait en plongeant la bouteille la tête en bas, dans un bain de résine chaude teinte en vert foncé spécial à la maison. Puis les emballeurs s’en emparent et les mettent, suivant la demande, en caisses ou paniers de 12 ou de 25 bouteilles jusqu’à 50 et 50 et même 120 bouteilles.
- Quelques acheteurs étrangers préfèrent ces grandes caisses, mais elles sont peu maniables et ne sont guère réclamées que par la Hongrie, la Pologne et la Russie.
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- Hâ St
- Caisse ou panier, Remballage est toujours ie même : on commence à garnir le fond et les côtés avec du carton gris, puis on met une couche de paille de seigle sur laquelle on couche tête-bêche les bouteilles entourées de papier rose, après en avoir garni le col d’un tortillon de paille. Lorsque le panier ou la caisse sont remplis, on rajoute de la paille de seigle que l’ouvrier emballeur, monté debout, tasse et range avec ses pieds. Le couvercle des caisses est cloué; le couvercle des paniers est lié avec de l’osier teint en rose d’aniline et dont le passage est préparé par celui d’une longue alêne.
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- La maison Moët et Chandon occupe journellement 1,150 personnes dans ses différents services, de la façon suivante :
- Service de la comptabilité... t.............. 12 pers.
- — des caves, hommes et femmes.......... 218
- — de l’emballage........... ........... 46
- — du matériel, comprenant divers corps d’état, tels que : menuisiers, peintres, serruriers, charrons, lampistes, zingueurs, bourreliers, fumistes, maçons,
- jardiniers, charretiers, etc........... 74
- — des vignes................................ 800
- 1,150
- A ce chiffre il faut ajouter, au momenTde la mise en bouteilles , 250 hommes et 150 femmes.
- MM. Moët et Chandon ont pour leurs ouvriers une sollicitude paternelle. Lorsque l’ouvrier ne peut plus travailler, il jouit d’une pension, sans qu’il lui ait jamais été fait de retenue sur son salaire.
- Les jeunes ouvriers que le service militaire enlève à leurs travaux, retrouvent, à leur retour, la besogne qui leur est réservée; en outre, la maison alloue demi-solde aux ouvriers qui font leurs vingt-huit jours.
- Tous les deux ans on partage, entre les ouvriers des caves, ayant au moins deux années de service consécutif, le produit des verres cassés, débris de caves, etc.; cette somme, arrondie chaque fois par les chefs de la maison, a été en 1876 de 25,000 fr., en 1878 de 30,000 fr., en 1880 de 25,000 francs.
- Dans l’hiver 1879-1880, MM. Moët et Chandon ont augmenté de 10 pour 1001e traitement de tout leur personnel et de leurs ouvriers.
- Un service médical est spécialement affecté à l’Établissement. 11 existe un cabinet de consultation, où chaque jour le médecin . fait, à la même heure, la visite des ouvriers malades. Les soins et visites à domicile sont gratuits, ainsi que les frais de pharmacie.
- La maison alloue paye entière à l’ouvrier victime d’un accident ou atteint dune maladie résultant du service, et demi-solde, dans le cas de maladie à laquelle le service est étranger.
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- 64 GRàNDËS USINÉS.
- MM. Moët et Chandon ont fondé-à Épernay une maison de Sœurs de charité, dont profite la ville, et où deux Sœurs sont réservées spécialement pour les besoins de leurs Établissements.
- Enfin, MM. Moët et Chandon ont organisé un service particulier, destiné à venir en aide aux familles nécessiteuses de leurs ouvriers. Ce service veille constamment au soulagement des misères imprévues, de façon que jamais aucun ouvrier malheureux n’ait besoin d’avoir recours à la charité publique.
- PARIS. TYPOGRAPHIE E. PLON El C‘% RUE GARANCIÈRE, 3.
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