Les grandes usines
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- GRANDES
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- ÉTUDES INDUSTRIELLES
- EN FRANCE ET A L’ÉTRANGER
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- Membre du jury d’examen et de révision des Expositions universelles en 1862 et 1878
- Membre suppléant du jury des récompenses Membre du comité des sociétés savantes, officier de la Légion d'honneur, etc.
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- CALMANN LÉVY, LIBRAIRE-ÉDITEUR
- RUE AUBER, 3, ET BOULEVARD DES ITALIENS, I 5
- A LA LIBRAIRIE NOUVELLE
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- Tous droits réservés.
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- COMPAGNIE GÉNÉRALE
- DES
- ASPHALTES DE FRANCE
- SEYSSEL, VAL-DE-TRAVERS, ETC.
- On peut dire cette fois avec raison que l’emploi de l’asphalte remonte au déluge.
- Il est certain, en effet, que le livre de la Genèse (a) parle du bitume dont était enduit l’arche de Noé, et de l’usage qu’en firent les premiers Hébreux, comme ciment, pour les murailles de la tour de Babel (6).
- Le lac Asphaltique, si fameux dans l’Écriture sainte, contient des dépôts considérables de bitume. Ce bitume, qui flotte au-dessus de la mer Morte, provient des nombreux gisements bitumineux situés au fond du lac, échelonnés sur la rive droite du Jourdain, depuis sa source dans l’Anti-Liban jusqu’au lac Asphaltique.
- C’est à une inflammation accidentelle de pétrole ou de bitume, que Y Encyclopédie de Diderot attribuait l’incendie de Sodome et de Gomorrhe.
- Non-seulement les Hébreux, mais également les Assyriens,
- (a) Chap. vi, verset 14 : Bitumine Unies intrinsecus et extrinsecus. Chap. xi, verset 3 : Habuerunt bitutnen pro cœmento.
- (b) A ce propos, on peut citer le fait suivant. Un savant français avait fait un voyage, il y a quelques années, en Orient, pour rechercher les ruines de cette fameuse tour, qui, d’après la Bible, devait se trouver dans la plaine de Sennaar, au delà d’Alep. Le voyageur trouva en effet des restes d’immenses fondements dont les murailles avaient été cimentées avec du bitume.
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- les Arabes et les Égyptiens, connaissaient cette matière grasse, inflammable et oléagineuse. Le Dictionnaire universel de commerce, publié en 1741, sous le règne de Louis XV, nous donne à ce sujet, des renseignements historiques fort curieux. Il fait tout d’abord la distinction entre les trois sortes de bitumes ; « les bitumes durs, les bitumes mois et les bitumes liquides ou huileux. De ces bitumes, les uns sont fossiles, les autres nagent sur la superficie des eaux de quelques lacs et étangs, et d’autres sortent de terre presque à la manière des fontaines. Il y a des bitumes si durs qu’on s’en sert dans les forges comme de charbon. 11 y en a de si liants qu’ils peuvent tenir lieu de ciment dans les bâtiments. C’est de ceux-ci que les fameux murs de Babylone étaient bâtis. Et il s’en trouve de tellement liquides qu’on en brûle dans les lampes à la place d’huile. »
- Parlant du bitume liquide, le Dictionnaire ajoute :
- « Le lac Asphaltique, si fameux dans l’Écriture sainte, ne nourrit aucun poisson, et tue même, par l’extrême puanteur de ses exhalaisons, les oiseaux qui passent par-dessus; sur la surface de ses eaux nage une espèce de graisse noirâtre que les Arabes recueillent, et qui sert à goudronner les vaisseaux, au lieu du bray, du goudron et de la poix que les Européens employent. Cette graisse est le véritable asphaltum dont les Juifs et les Égyptiens se servaient autrefois pour embaumer leurs morts, et qui était, au siècle dernier, d’un grand usage en France pour la médecine, où il entrait dans la composition de la thériaque. On en faisait aussi ces beaux vernis noirs qui imitent si bien ceux de la Chine.
- « L’asphaltum est d’un noir luisant si semblable à la poix noire de Stockholm, qu’il n’y a que la mauvaise odeur de cette poix et la dureté de l’asphaltum qui puissent en faire faire la différence. »
- On savait donc déjà, il y a un siècle et demi, à combien d’usages l’asphalte pourrait servir. Les momies égyptiennes étaient conservées au moyen de cette substance dont on enduisait les bandelettes, et oui avait de grandes propriétés de conservation.
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- Mais l’emploi qu’on faisait de l’asphalte dans la fondation des bâtiments et les constructions des murailles était beaucoup plus important. 11 paraît que c’était de l’asphalte dur, « une matière minérale, une espèce de pierre qui se trouve dans la vallée de Sydim en Asie, près l’ancienne Babylone ». Et ailleurs :
- « Il y a bien de l’apparence que le bitume dont Hérodote, et après lui tous les anciens, disent qu’on avait fait la liaison des pierres des célèbres murs de Babylone, qu’on mettait au nombre des sept merveilles du monde, n’était autre chose que l’asphaltum de Sydim, qu’on appelait simplement bitume, à cause delà nature bitumineuse et oléagineuse du ciment qu’on-en composait. »
- Les autres auteurs de l’antiquité qui font mention de l’asphalte, comme ayant été employé à la construction des murailles de Babylone et de Ninive, sont Diodore de Sicile et Strabon.
- Ces historiens rapportent que les éruptions de bitume étaient annoncées sur le lac Asphaltique quinze jours à l’avance. Quant à l’emploi du bitume comme ciment, voici comment on procédait :
- Pour assujettir les pierres les unes aux autres, on bâtissait avec les briques enduites d’une couche de bitume, tiré du bord de l’Euphrate et préalablement chauffé, au lieu de simple argile délayée. Puis on les disposait par assises, et entre chaque trentième assise, on introduisait un lit de tiges de roseaux.
- Les Phéniciens, puis après eux les Arabes, enduisaient leurs vaisseaux de bitume ; c’est ce que font aussi les indigènes de l’île de Trinidad, en Amérique, qui en possèdent de grands gisements.
- En Europe, l’asphalte n’était guère connu avant le commencement du dix-huitième siècle. La découverte de la première mine dans le comté de Neuchâtel en Suisse remonte â 1710. Elle fut faite par le docteur Eirini d’Eirinys, qui vendit sa mine quelques années après à un sieur de la Sablonnière, lequel dans une longue requête au roi, énumérait les propriétés précieuses de ce produit nouveau, encore inconnu en Europe.
- Le Conseil d’État, en sa séance du 27 février 1720, rendait l’arrêt suivant sur la requête de M. de la Sablonnière :
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- « Sa Majesté faisant attention sur Futilité que pourra produire Pusage de cette mine asphaltique dont on a fait diverses expériences, a permis et permet à Fexposant de faire entrer dans le royaume pendant le tems de dix années à compter du premier may suivant, sur des certificats signés de lui, telle quantité que bon lui semblera, de la mine de pierre d’asphalte, cuite ou non cuite, préparée et non préparée, et l’huile tirée de cette pierre, sans payer aucuns droits aux bureaux des-Fermes établis aux entrées ou dans l’intérieur du royaume. Comme aussi lui permet Sa Majesté de faire vendre et débiter lesdites pierres, ciment, goudron et huile d’asphalte, par telles personnes que bon lui semblera, sans qu’elles puissent être inquiétées par les marchands ou autres pour raison de ladite vente. »
- Le privilège de libre entrée était précieux, car à cette époque l’asphalte de Judée payait en France des droits de cinq livres du cent pesant.
- Aussi la contre façon s’attaqua-t-elle vite à ce nouveau produit, si apprécié pour revêtir les caves, les puits, bassins et fontaines, pour asphalter les terrasses et unir les pierres, pour enduire les palissades, les planches des navires, etc...
- On sophistiqua le véritable asphalte avec du bray résineux, des matières goudronneuses, enfin avec du bitume d’Auvergne (a) « qui est une espèce de poix d’une assez mauvaise odeur que l’on « trouve entre Clermont, Montferrant et Riom, en un endroit « appelé le Puits de Pège. Il y en a en si grande quantité et il sort « de terre en telle abondance que les chemins en sont quelquefois « impraticables. C’est cette drogue séchée et durcie que quelques « colporteurs vendent pour le vrai asphaltum ou bitume de « Judée, aux apothicaires et épiciers-droguistes qui n’ont pas « encore une parfaite connaissance des drogues; mais sa puan-« teur insupportable suffit seule pour s’empêcher d’être trompé « par ces affronteurs. »
- Depuis la découverte d’Eirini d’Eirinys et l’exploitation de la mine par le sieur de la Sablonnière jusqu’à la concession,
- (a) Dictionnaire universel de commerce. (Savary des Brûlons.)
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- en l’an V, des mines de Seyssel et Pyrimont, il ne semble pas que les applications de l’asphalte à des usages de voirie publique ou même à des travaux de construction, aient été bien nombreuses et bien importantes.
- L’auteur même de la découverte n’avait, du reste, pas eu l’idée d’un pareil emploi; car, dans sa requête au roi, il parlait seulement de l’utilité que présentait son asphalte pour relier les pierres en guise de ciment ou de mortier, et aussi pour « faire une terrasse sur toute la superficie d’une maison, sans faire beaucoup de dépense ». « Voici, ajoute Eirini d’Eirinys,
- « comme je m’y prendrais, si je faisais bâtir :
- « Je ferais mon dernier plancher un peu plus solide que les autres; j’y ferais une bonne aire de ciment ordinaire, ou seulement de chaume et de sable ; quand mon aire serait bien sèche, ou j’y ferais un enduit d’un demi-pouce de ciment d’asphalte, auquel je donnerais une pente insensible pour la fuite de l’eau, et je le sablerais légèrement de sable bien fin ; ou je la ferais carreler avec des carreaux ordinaires ou en compartiments, mettant du ciment d’asphalte en place de mortier. Je puis assurer qu’il n’y pénétrerait jamais une goutte d’eau. »
- 11 est impossible de donner une indication plus exacte des soins à prendre pour former un revêtement de terrasse ou de promenoir parfait.
- L’industrie de l’asphalte resta longtemps stationnaire, et ce n’est que vers la fin du dix-huitième siècle et le commencement du dix-neuvième, que nous la voyons reprendre quelque importance, grâce aux efforts des successeurs de M. de la Sablonnière et de MM. Secrétan et de Sassenav.
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- Les points d’exploitation de la région de Seyssel sont , au nombre de trois : la plus importante est celle de Seyssel même, accordée au sieur Secrétan par le Directoire exécutif. Par son arrêté du 9 fructidor an V, le Directoire lui faisait concession d’une mine d’asphalte et de grès.bitumineux, sur Une surface
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- de recherches d’environ 24 kilomètres. Son périmètre s'étendait sur les deux rives du Rhône, dans les départements de l’Ain et du Mont-Blanc. La partie du département du Mont-Blanc où était situé ce périmètre avait été laissée à la France en 1814, mais lui fut enlevée par le traité du 20 novembre 1815, pour être replacée sous la souveraineté du roi de Sardaigne.
- Ce roi ne reconnut aucun des actes de l’autorité française. En rentrant dans ses anciens États, il abrogea toutes les lois françaises qui les avaient régis pendant vingt ans, et il remit en vigueur l'ancienne législation antérieure à 1795. Il ne tint donc aucun compte de la concession faite le 9 fructidor an Y au sieur Secrétan.
- La concession avait été vendue par ce dernier en 1811; elle avait passé en differentes mains de 1811 à 1860. A cette dernière époque, elle appartenait à la Compagnie générale des asphaltes.
- En présence de l'attitude du roi de Sardaigne, les titulaires successifs de la concession ne purent pas exploiter dans la partie du périmètre qui se trouvait en Savoie. Ils durent donc borner leur exploitation à la partie qui était alors dans le département de l’Ain.
- A partir de 1858 seulement, le roi de Sardaigne fit concession de quelques parties assez restreintes, dans la portion du périmètre situé en Savoie.
- Les plus importantes de ces concessions sur la rive gauche sont celle de Challonge, accordée par le gouvernement Sarde le 4 juin 1858 et le 25 mai 1840 ; celle de Chavaroche (1841), et celle de Lovagny (1859).
- Mais la Compagnie générale des asphaltes, qui avait racheté la plus grande partie de ces concessions, rencontra des difficultés plus sérieuses, lorsque, désirant user du droit que lui accordait l’arrêté du Directoire de l’an Y, elle voulut ouvrir
- une galerie d’exploitation sur la rive gauche du Rhône. En effet, le préfet de la Haute-Savoie, en 1861, avait accordé à divers particuliers l’autorisation de faire des recherches et de disposer des minérais en provenant, sur certains points de
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- l’ancien périmètre Secrétan, qui avait appartenu pendant
- longtemps au gouvernement sarde.
- La Compagnie générale assigna ces particuliers devant le tribunal de Saint-Julien et forma opposition à la délivrance de
- la concession.
- Ce procès, commencé en 1868, ne se termina qu’en 1874, par la reconnaissance des droits de la Compagnie générale, après être passé devant de nombreuses juridictions : tribunal de Saint-Julien ; conseil d’État; puis de nouveau, tribunal de Saint-J ulien ; Cour impériale de Chambéry ; Cour de cassation st enfin Cour d’appel de Grenoble, qui admit pleinement les revendications de la Compagnie générale des mines d’asphaltes, laquelle est aujourd’hui unique propriétaire de la concession primitive de l’an Y.
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- L’exploitation des carrières d’asphalte se fait ordinairement par piliers et galeries, à la poudre (aucun gaz explosif n’étant à craindre), et la plupart du temps les trous de mines peuvent s’y percer au moyen de simples tarières. La mine la plus rapprochée de l’usine de Pyrimont est celle de Chalavrais. Auparavant le minerai était amené par des voitures à bœufs à l’entrée d’un plan incliné et de là entraîné dans des wagonnets jusqu’à une route située au bas de la montagne, et qui conduisait directement à l’usine bâtie au bord du Rhône. C’est précisément cette route qui, comme on le verra, fut la première chaussée asphaltée de France, ou plutôt celle qui s’asphalta elle-même. Aujourd’hui le minerai est conduit par chariots à bœufs de la roche de Chalavrais à l’usine, à travers les forêts qui dominent la rive du Rhône. La Compagnie a fait accord avec les conducteurs de ces chariots, pour un certain taux d’entreprise.
- Derrière l’usine de Pyrimont se trouve un autre plan incliné. C’est par là qu’au moyen d’un câble en fer commandé par la machine à vapeur de l’usine, les wagonnets d’asphalte sont remontés jusqu’au niveau du chemin de Lyon, puis versés
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- dans les wagons, et que la roche asphaltique et le mastic sont envoyés dans le monde entier. La Compagnie générale des asphaltes n’est concessionnaire des produits des mines de Seyssel et du Yal-de-Travers que pour la France. D’autres compagnies, en Europe et en Amérique, ont des marchés importants avec les mêmes mines, et en ce moment, à Washington, des centaines
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- Formation probable de l'asphalte. — Avant l’érosion.
- de mille mètres carrés sont asphaltés avec le minerai d’asphalte du Yal-de-Travers.
- Plus bas que l’usine de Pyrimont, et à l’endroit où commence le périmètre de la concession dans le département de l’Ain, se trouve la ville de Seyssel même. Jusque-là, le Rhôné est très-resserré, et ses bords sont escarpés ; toute navigation y est impossible; mais après que les deux grands torrents, les Usses et le
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- Fier, qui vient du lac d’Annecy, se sont jetés dans le fleuve, il s’élargit et devient navigable.
- L’endroit où les grandes Usses se jettent dans le Rhône se nomment le Regonfle. C’est là qu’étaient situés jadis les entrepôts du gouvernement sarde : on y voit encore de grandes caves. Au-dessus du Regonfle, on cultive la vigne, sur les rochers
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- Formation probable de l’asphalte. —Après l’érosion.
- qui constituent la montagne de Chaumont. Ces vignes produisent un vin blanc excellent, dont Jean-Jacques Rousseau a fait l’élogé, lors de sa visite au curé de Frangy.
- Le périmètre de la concession de Seyssel comprend : à l’ouest, la grande route de Seyssel à Gignez et de Gignez à Dorches ; du pont de Dorches une ligne droite jusqu’à Beriaz ; une autre ligne droite de Beriaz au pont de Bellegarde. Du pont de Belle-
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- garde à Yanchy la route; de Yanchy à l’extrémité méridionale de Saint-Ger main-sous-Roche, une ligne droite ; de ce point à Bassy, une autre ligne droite, passant par Ghalonge et laissant bien au-dessus d’elle, dans le périmètre, les très-riches mines du Volant; enfin, de Bassy, une ligne allant, par le Regonfle, jusqu’à la commune de Seyssel.
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- « L’asphalte, ou calcaire bitumineux, dit M. Léon Malo, dans son excellente conférence faite l’année dernière au Conservatoire des arts et métiers, existe généralement, à l’état découches régulières, dans le terrain jurassique, à l’étage que les géologues nomment Yurgonien. Ces couches se ^présentent presque toujours sous forme de lentilles coupées en deux par un cours d’eau. Parfois la couche est unique, ailleurs elle est multiple : oncomptedans
- certains gisements jusqu’à sept couches superposées et séparées
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- par des bancs de calcaire blanc très-nettement distincts d’elles.
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- « Les rares savants qui se sont, jusqu’à cette heure, occupés de l’asphalte, ont disputé naturellement sur son origine et sur les circonstances de sa formation. Les uns ont voulu que l’apparition du bitume fût contemporaine de la sédimentation du calcaire, et que le dépôt s’en soit fait de toutes pièces, les molécules de calcaire se déposant dans une mer bitumeuse. D’autres ont admis le dépôt, la putréfaction, puis la transformation en matière bitumeuse de la partie organique des coquilles qui ont fourni les matériaux du terrain oolithique. D’autres hypothèses encore plus hasardées ont été mises en avant. Une obser vation attentive des terrains asphaltiques a conduit le savant ingénieur des mines de Pyrimont à en adopter une qui, jusqu’à preuve contraire, paraît la plus plausible.
- « 11 est permis de supposer, d’après les indices révélés par l’étude des régions bitumineuses, qu’à des époques géologiques encore mal déterminées, des amas de matières organiques, enfouies sous les énormes massifs du calcaire jurassique et chauffées par le feu central, se sont mis en vapeur et, à cet
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- état, ont cherché une issue à travers l’écorce terrestre. Un jour, un craquement se produit dans cette écorce, une fissure se manifeste ; lesvapeursbitumineusescompriméespar des pressions incalculables s’y précipitent par le chemin qui leur est ouvert. Ces vapeurs franchissent ainsi les couches trop compactes pour se laisser pénétrer ; mais, arrivées au terrain oolithique, elles rencontrent, à droite et à gauche de la fissure, des couches de calcaire tendre qu’el les imprègnent. Tant que la pression persiste, le bitume chemine à travers les pores du calcaire et en remplit les cavités infinitésimales; puis, peu à peu, cette pression diminue, l’imprégnation se ralentit et finit par^esser tout à fait. »
- Ce fut en 1858 qu’on établit à Paris les premiers trottoirs en mastic d’asphalte, aux Champs-Élysées, au quai de Passy et au quai de Billy.
- Ce genre de revêtement avait déjà été essayé, puisque nous trouvons dans le compte rendu de l’Exposition de 1828 qu’un fabricant d’asphalte avait présenté « comme exemple de l’effet avantageux de ce produit, plusieurs échantillons d’une terrasse qui en était formée et qui existait depuis six ans sans qu’aucune dégradation y fût arrivée ».
- En 1859, nous voyons déjà « que la Compagnie Seyssel (a) avait fait faire la moyenne partie des grands travaux de trottoir et de dallage de la ville de Paris, dont on doit, entre autres, citer ceux de la place Louis XV. Cette compagnie faisait également les mosaïques et mastics pour couvertures de terrasses.»
- Et en 1844, le rapport du jury se félicitait « du bon emploi que l’administration municipale avait fait faire de l’asphalte sur nos promenades des boulevards, des Champs-Élysées, sur les trottoirs, sur nos places publiques et particulièrement sur la place Louis XV ».
- Le rapport ajoutait « qu’il n’y avait personne qui n’y ait applaudi, et qui n’y applaudisse tous les jours, surtout dans les temps de pluie et de dégel ».
- Mais il ne s’agissait là encore que de trottoirs.
- («) Compte rendu de l’Exposition,
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- Lorsqu’on voulut appliquer aux chaussées le nouveau procédé, on trouva des difficultés de toute nature qui auraient fait renoncer à l’utiliser, com me cela se passa lors des essais de la rue de la Barillerie. Ce fut, dit M. L. Malo, le hasard qui indiqua la façon dont il fallait s’y prendre pour faire de bonnes chaussées :
- « Le minerai asphaltique est une matière relativement tendre; toutefois, sa compacité étant en raison de l’abaissement de température, il a, dans l’intérieur des mines (où,'au contraire des mines de houille, il fait ordinairement très-frais), une dureté qui s’augmente au dehors pendant l’hiver et diminue pendant les chaleurs de l’été, à tel point qu’une simple exposition de quelques jours au soleil le fait tomber en poussière.
- « C’est même cette propriété qui a amené la découverte du système des chaussées en asphalta comprimé. Dans l’origine de son exploitation, les voitures qui transportaient le minerai du gisement du Yal-de-Travers, en laissaient tomber, çà et là, sur la route, des morceaux qui, broyés et comprimés par les roues, avaient fini par former une véritable chaussée en asphalte.
- « Un ingénieur suisse, M. Mérian, eut l’idée d’utiliser cette invention du hasard. Il asphalta de cette façon une partie de la route de Travers à Pontarlier. L’application en fut très-grossière; mais le procédé était trouvé. Ceci se passait en 1849.
- « En 1860, M. Darcy, inspecteur général des ponts et chaussées, dans un rapport au ministre des travaux publics sur la voirie de Paris, déclarait que l’avenir de la viabilité des villes appartenait à l’asphalte. Il proposait en même temps d’en faire l’application sur une partie des boulevards. Néanmoins ce ne fut qu’en 1854 qu’un premier essai fut fait rue Bergère. »
- On réussit ainsi la chaussée elle-même, non plus avec une pâte demi-liquide et répandue à chaud, mais avec le minerai d’asphalte naturel, tel qu’on le trouve dans les carrières, après une préparation très-simple, qui consiste uniquement à le réduire en poudre fine.
- Il faut classifier sous trois dénominations différentes ce
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- qu’on est habitué à confondre sous le même nom. D’abord Y asphalte proprement dit, qui est le calcaire bitumineux, carbonate de chaux pur, imprégné, par des circonstances géologiques encore peu connues, d’un carbure d’hydrogène oxygéné, a l’aspect noir et visqueux qui seul doit porter le nom de bitume. Et enfin en troisième lieu le mastic asphaltique qui est transformé par la cuisson et l’addition d’une petite quantité de bitume en un magmat qui constitue la pâte à trottoirs.
- Un tableau compris dans l’excellente publication de M. Léon Malo donne synoptiquement l’énumération des matières bitu-m ineuses : ----
- Bitume
- liquide
- 1° à l’état libre :
- visqueux
- 2° mélangé à une gangue terreuse :
- 3° mélangé à une gangue quartzeuse :
- 4° imprégnant des schistes :
- 5° imprégnant des calcaires (asphaltes) :
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- huile de naphte.
- pétrole de Gabian, de Baku, d’Amérique , etc.
- diverses huiles de schiste, fontaine de Poix (Auvergne), bitume provenant du lavage des sables bitumineux, brais de gaz.
- bitume terreux du Mexique.
- — de Cuba.
- — de l’ile de la Trinidad. sable bitumineux de Pyrimont-Seyssel.
- — de Clermont.
- — de Bastennes, etc. schistes bitumineux d’Autun.
- — de Buxières - la -
- Grue (Allier).
- — du Dauphiné, etc. asphalte de Sevssel.
- — du Val-de-Travers. de Lobsann. de Chavaroche. de Clermont, etc.
- Le principe des matières bitumineuses est un corps complexe dont la formule générale est celle-ci :
- » (CLr Hy) + m (Ca?' H y' Os’)
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- c’est-à-dire un mélange en proportions diverses de plusieurs hydrogènes carbonés simples, accompagnés, dans les variétés solides ou visqueuses, de plusieurs carbones d’hydrogène
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- oxygénés. L’expression la plus concrète des bitumes est la
- houille.
- Carbone........................................ 89,31
- Hydrogène........................................ 4,92
- Oxygène et azote................................ 5,77
- Houille............................ 100,00
- La plus simple expression connue du bitume est le naphte.
- Carbone.......................................7 88,20
- Hydrogène..................................... 11,80
- Naphte............................ 100,00
- Entre ces deux extrêmes, se déroule toute la série des bitumes, soit à l’état libre, soit emprisonnés dans des gangues ou matières minérales.
- L’asphalte est précisément le calcaire imprégné de bitume.
- 11 imprègne également des marnes feuilletées comme dans l’Ailier, des grès tendres comme à Bastennes et à Pyrimont.
- La Compagnie des Asphaltes de France utilise presque exclusivement les matériaux calcaires venant de Seyssel (Ain) et de Val-de-Travers en Suisse. Ces gisements se trouvent sur une ligne partant de Wissembourg jusqu’à Chavaroche, parallèlement à la direction des monts Jura. L’extraction s’opère à ciel ouvert. Les moellons d’asphalte sont empilés sur le carreau de la mine par tas de cent mètres cubes. En été, sous Faction du soleil, le banc d’asphalte se ramollit assez pour que les coups de mines soient sans effet, et qu’on soit obligé de se contenter du pic, du levier et du coin.
- L’asphalte proprement dit est composé de 90 à 94 p. 100 de carbonate de chaux pur et de 6 à 10 p. 100 de bitume.
- Son aspect est celui de la pierre à plâtre; sa couleur, celle du chocolat plus ou moins foncé. Lorsqu’on le coupe, la surface entamée présente cette apparence blanchâtre que le couteau laisse également sur le chocolat.
- Legrain est fin, et chaque molécule de calcaire est environnée d’une couche presque atomique de bitume. Tout grain calcaire se trouve donc être ainsi isolé de son voisin par un revêtement bitumineux qui le colle avec lui. Pendant les chaleurs, à l’expo-
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- sition du soleil, ce vernis devient visqueux, et les moellons de calcaire asphaltique se brisent d’eux-mêmes.
- Ces moellons d’asphalte viennent à Paris, soit par bateaux-, soit par le chemin de fer, et sont amenés quai de Yalmy pour y être mis en état de service.
- Comme nous l’avons expliqué plus haut, l’application la plus récente est aussi celle qui nécessite la plus grande quantité de matières. C’est l’emploi de l’asphalte à la chaussée même des voies publiques, sur lesquelles doivent passer les chevaux et les voitures, usage qui se répandrait encore bien plus si les travaux
- étaient faits avec le soin voulu.
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- Le travail de préparation de l’asphalte pour l’établissement des chaussées est extrêmement simple. Il consiste à le réduire en poudre fine, en le cassant d’abord dans un concasseur à hérisson, puis en le pulvérisant dans un broyeur Carr.
- Le concasseur à hérisson se compose de deux cylindres dont la surface est garnie de fortes dents pyramidales de cinq a six centimètres de hauteur. Il peut casser à l’heure de huit à dix tonnes de roches jetées entre ses dents par blocs de dix à vingt kilogrammes. La nature collante du produit traité a nécessité l’emploi d’une sorte de peigne de grosses barres crochues, indépendantes l’une de l’autre, et ressemblant à peu près aux décrottoirs du semoir Chambers. Le broyeur Carr, de lm,30 de diamètre, actionné par une force de vingt-cinq chevaux environ, et marchant à cinq cents tours par minute, termine la pulvérisation d’environ cinq mille kilogrammes par heure.
- Bien que le broyeur Carr soit en général un instrument prenant beaucoup de forcé, dans le cas spécial il nous paraît devoir être préféré à l’Anduze et au Yapart, à cause de la nature agglutinante de l’asphalte. La poudre obtenue est criblée dans un tamis à trois millimètres de mailles, et les grains plus gros sont rejetés dans le Carr.
- Bien que M. Malo, dans sa conférence au Conservatoire des arts et métiers, indique l’application de l’asphalte à froid comme la méthode de l’avenir, au lieu de l’application à chaud, c’est encore cependant l’application à chaud qui est journelle-
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- ment pratiquée. La poudre, résultat des broyages que nous venons de décrire, est envoyée dans des appareils rotatifs ressemblant à de gigantesques brûloirs à café. Dans l’établissement du quai Valmy, trois de ces mastodontes, rangés au pied d’une estàcade, reçoivent la poudre arrivant par des wagonnets bas-culèurs au sortir du tamis où elle a été criblée.
- Les grands appareils rotatifs peuvent chauffer jusqu’à 1,500 kilogrammes par trois quarts d’heure. La-température ne doit pas dépasser 150° pour les poudres très-riches en carbure d’hydrogène, et 110° à 120° pour celles de richesse moyenne. Cet appareil rotatif échauffe la poudre d’une manière plus uniforme et plus méthodique que tout autre procédé.
- On a ménagé, à la voûte de l’appareil, les ouvertures nécessaires pour laisser passer la vapeur d’eau et les huiles légères dont la température au-dessus de 100° détermine la distillation.
- La poudre chauffée est transportée au lieu d’application dans des tombereaux construits entièrement en fer, même les roues. L’asphalte, étant très-mauvais conducteur delà chaleur, ne perd pas plus de deux ou trois degrés dans un trajet de huit à dix kilomètres.
- Les tombereaux peuvent contenir 2,000 kilogrammes, mais ne sont chargés que de 1,600 au plus. Jusqu’à présent les essais pour répandre la poudre sur la chaussée par des moyens mécaniques n’ont pas réussi. On verse à la brouette la poudre, qu’un ouvrier exercé étend en couchés uniformes d’un tiers environ plus épaisses que celle qu’elle doit conserver après compression, c’est-à-dire à neuf centimètres si la couche comprimée doit être de six centimètres.
- Il faut aussi faire grande attention de régulariser autant que possible le poids spécifique de la poudre répandue, de façon qu’il né s’y produise pas dans la suite des bosses et des creux.
- Des ouvriers compriment d’abord avec ménagement, puis avec énergie, au moyen de pilons de fonte chauffés aussi régulièrement que possible. Un lissage à chaud polit la surface que l’on saupoudre de sable très-fin, et sur laquelle on fait passer
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- plusieurs fois un rouleau léger. Trois heures après, la chaussée peut être livrée aux voitures.
- Il est bien évident que le bon fonctionnement et la durée de la^ chaussée ainsi construite dépendent non-seulement de la qualité de l’asphalte, mais plus encore peut-être de la bonne préparation du sol destiné à le recevoir. Dans les commencements, on* étalait la poudre sur des. bétons de chaux imparfaitement pris* desquels la chaleur faisait échapper des vapeurs qui fendillaient la surface. Les Anglais les premiers construisirent leurs chaussées en ciment de Portland très-épais, sur lequel on répandit ensuite la poudre d’asphalte. Les chaussêes~ainsi établies, celle* de Cheapside par exemple, où la circulation est considérable* ne se détériorent pas.
- C’est surtout dans les pays à température extrêmement variable comme le nôtre, qu’il est important de préparer d’abord* avec des matières aussi solides qu’imperméables, les surfaces à revêtir. Sinon les gelées, l’humidité et la chaleur altèrent assez rapidement des voies publiques qui, mieux exécutées, auraient présenté une résistance et une économie supérieures à tout autro mode de revêtement.
- La chaussée d’asphalte comprimé a le grand avantage do pouvoir être réparée facilement.
- Il y a cependant quelques précautions à prendre. Ainsi,, quelle que soit la forme du point à renouveler, on doit entailler l’asphalte par lignes droites, et il est essentiel de ne raccorder des surfaces neuves qu’avec des parties anciennes parfaitement saines. Le béton sous-jacent doit être desséché, et le meilleur procédé pour obtenir ce résultat est de le recouvrir d’une couche de mastic d’asphalte à 150° qu’on enlève ensuite, et qui sèche rapidement la place sur laquelle il a été étendu. On fait encore en asphalte comprimé divers travaux, soit des trottoirs, soit même des pavés préparés en carré d’un décimètre carré, et obtenus par une pression de deux cents kilogrammes au centimètre. La chaussée d’asphalte comprimé, lorsqu’elle est bien exécutée, avec des matières de première qualité, est encore la plus parfaite des chaussées pour les villes où le bruit peut être
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- gênant: et l'humidité infiltrée dans le sol doit être toujours putride et malsaine.
- Un autre inconvénient que présentent à Paris les chaussées en asphalte, est l'altération rapide que peut éprouver le bitume sous l'action du gaz. Lorsqu’une fuite de gaz a lieu sur une conduite posée en terre sous une chaussée asphaltique, on ne peut la reconnaître tout de suite; le gaz finit toujours par atteindre l’asphalte, et lui fait éprouver une altération qui gagne progressivement jusqu’à sa surface; l’asphalte devient mou et spongieux, et ne résiste plus à l’action du roulage et aux pieds des chevaux. On ne peut donc établir de chaussée parfaite de cette nature que dans les rues où les conduites de gaz sont placées sous des trottoirs.
- Le mastic d'asphalte est un composé qui demande bien plus de manutention et de travail préparatoire que l’asphalte comprimé. Ce mastic se prépare dans de grandes 'chaudières où l’on fait fondre d’abord une petite quantité de bitume naturel libre, venant en général de l’île Trinidad et raffiné au moyen d’une épuration. Le bitume brut est formé par la boue de lacs, qui s’est transformée, par le refroidissement, en une roche légère et facile à briser.
- Pendant longtemps, Bastennes, dans les Landes, a fourni presque tout le bitume dont on se servait pour la préparation des mastics. On l’obtenait d’un sable ferrugineux et coquillier, qui se séparait assez facilement. Il suffisait de faire chauffer de nouveau le bitume recueilli à la surface de l’eau dans de secondes chaudières, pour en éliminer l’eau et le sable qu’il avait retenus. Aujourd’hui, les molasses de Bastennes sont complètement épuisées; ce sont celles d’Auvergne que l’on traite de la même *
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- manière; mais on ne peut parvenir à purger le bitume du -
- sable très-fin qu’il retient, et il en conserve toujours environ le cinquième de son poids, ce qui lui enlève une grande partie de sa valeur commerciale.
- On a cherché avec succès, dans ces dernières années, à remplacer le bitume de Bastennes par le bitume sec de la Trinité, en le dissolvant dans des huiles, résidu de la distillation
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- des huiles lourdes provenant des schistes bitumineux d’Autun.
- Lorsq’on distille ce schiste bitumineux, on obtient pour premier produit, au serpentin, une huile noirâtre appelée huile lourde; cette huile, distillée à nouveau, donne une huile blanche, dite légère, et une espèce de bitume liquide d’un brun foncé; c’est ce goudron minéral qui sert à obtenir le bitume de la Trinité, dit raffiné ou épuré.
- Cette roche, lorsqu’on l’a débarrassée de 30 0/0 environ d’eau qu elle contient, a pour composition
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- Cassée en petits morceaux et jetée dans des bâches en fonte demi-cylindriques contenant déjà de certaines quantités d’huiles lourdes, de schiste ou de goudron, il se produit un phénomène que les ouvriers nomment la mousse, et qui double le volume environ, et lorsque la mousse retombe, l’argile se précipite.
- On décante, et l’on obtient ce qu’on appelle le bitume épuré, dans lequel vient se fondre la poudre d’asphalte broyée fine que l’on ajoute de quart d’heure en quart d’heure par doses réglées, de façon qu’en cinq heures environ, la poudre qui doit entrer dans la composition du mastic, ait été jetée dans la chaudière.
- La pâte est malaxée sans interruption par des agitateurs mécaniques. Les chaudières contiennent trois mille kilo-
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- grammes. La température ne doit pas descendre au-dessous de 175°, ni s’élever au-dessus de 250°. La cuisson doit durer environ cinq heures et demie.
- Pendant cette opération, toute la vapeur d’eau disparaît, et de petites fusées de vapeur mélangée d’huiles essentielles légères se dégagent de la masse.
- Au bout de cinq heures et demie, on procède à la coulée, qui se fait encore d’une façon assez barbare avec des seilles à mains dans des moules représentés par des cercles de forte tôle. Les pains ainsi obtenus sont calculés de manière à mesurer l’éten-
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- due d’un mètre carré de trottoir, après que le mastic d’asphalte a été mélangé avec diverses matières, suivant l’usage auquel on le destine.
- Parmi les usages les plus récents, il faut compter les skating-rinks, où l’on a remplacé la glace par une aire en asphalte très-dure et très-unie composée ainsi :
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- Une très-légère application d’huile sur cette surface la rend très-glissante, sans rien lui enlever de sa solidité.
- De même que l’on compose des dalles et des pavés en asphalte comprimé, de même on fait des carreaux en mastic d’asphalte.
- Il faut citer également tous les anciens usages de cette précieuse matière, tels que chapes de voûtes, casemates, arceaux de ponts sur maçonnerie ou sur tablier métallique, enduits sur fondations, silos, lambourdages pour parquets, dallages d’écuries, et enfin tout ce qui peut protéger les matériaux de construction contre des filtrations d’humidité.
- Les chapes de voûtes des casemates de Vincennes ont été exécutées en 1853, en mastic bitumineux de Seyssel. Nous extrayons les détails suivants du rapport de M. Coignet, ancien officier du génie :
- Chaque voûte de casemate recouvre : 1° un étage souterrain à l’usage de magasin; 2° deux étages au-dessus du sol destinés au casernement.
- Les pieds-droits ont été exécutés en moellons durs et piqués, et les voûtes en plaquettes calcaires très-régulières, tirées de certaines carrières de Créteil, près de Saint-Maur et de Charenton. Les surfaces destinées à recevoir la couche de mastic asphaltique ont été revêtues de mortier sur 5 centimètres d’épaisseur et parfaitement lissées.
- Les chapes en mastic bitumineux ont été appliquées en doublure sur les chapes en mortier ; elles ont été exécutées sur 1 centimètre d’épaisseur, puis, au fur et à mesure de leur achèvement, recouvertes de terres et remblais, auxquels on a donné un profil où la. ligne de tir du parapet se trouve relevée de 3m,80 au-dessus du dos d’âne des voûtes.
- L’état des casemates a été constaté en 1841 et en 1875.
- Le rapport de 1841 dit qu’à part deux ruptures un peu fortes causées par un tassement dans les maçonneries, ruptures qui avaient amené l’inondation
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- des étages inférieurs, les chapes n’ont plus rien laissé à désirer pour l’abri qu’elles ont procuré contre l’humidité, une fois que la réparation des maçonneries a été terminée.
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- Celui de 1875, et les expériences faites au laboratoire de l’École des Ponts et Chaussées^ établissent d’une façon irréfutable que les casemates telles qu’elles ont été établies à Vincennes, sont restées depuis plus de trente-cinq ans complètement à l’abri de l’humidité, et que pendant ce temps la composition du mastic d’asphalte n’a été aucunement altérée.
- Il faut signaler un autre fait curieux sur la solidité des chapes d’asphalte :
- A la suite d’un tremblement de terre qui a eu lieu à Alger, le 2 janvier 1867, on s’est assuré, par des déblais, de l’effet qiril avait dû produire sur les casemates terrassées. Les maçonneries présentaient des fissures, et la chape d’asphalte n’en portait pas trace.
- Parmi d’autres usages beaucoup plus modernes et qui devraient être plus répandus, il faut citer l’application de l’asphalte aux fondations des machines. On sait en effet que ces lourdes pièces ont besoin de supports, en même temps résistants et en quelque sorte élastiques, pour ne pas se briser
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- eux-mêmes ou briser ce qui les entoure par des chocs atteignant des résistances trop sèches. Ainsi, le grand marteau-pilon de Krupp et l’enclume qui en reçoit le coup reposent sur des chênes colossaux, enfoncés verticalement dans le sol comme de simples madriers de pilotis.
- Des blocs de mastic d’asphalte, moulés et mélangés de moellons, finissent par faire des monolithes artificiels, et sans avoir toutes les propriétés du bois, ont cependant une grande partie de ses qualités.
- C’est ainsique M. Delano, directeur général de la Compagnie des asphaltes de France, a fait établir d’après les idées de M. Malo, les fondations du marteau-pilon de l’atelier d’artillerie de Yincennes.
- Des machines motrices et des broyeurs Carr reposent sur des fondations analogues, à la grande satisfaction de ceux qui s’en servent et de leurs voisins.
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- A l’Exposition de 1878, M. Delano avait réussi avec le même succès l’installation des appareils de M, Toufflin, qui avait
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- Silos en mastic d'asphalte.
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- Terrasse couverte en asphalte.
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- Fondation d’un marteau-pilon.
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- établi un moulin à farine avec un broyeur Carr, tournant a 1,400 tours par minute. Aucune trépidation ne se faisait sentir.
- Enfin l’asphalte peut être considéré comme l’isolant-le.-plus-efficace d’un foyer d’incendie, que ce foyer se trouve au-dessus ou au-dèssous d’un plancher asphalté. Des expériences très-remarquables ont été faites à ce sujet devant les chefs du corps •des sapeurs-pompiers de la ville de Paris. Ce système a été généralement adopté par la Compagnie des Omnibus, sous la direction de l’ingénieur Flachat, qui en a fait l’éloge dans une intéressante brochure à laquelle nous empruntons les détails
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- suivants :
- Plusieurs des écuries de la Compagnie des Omnibus sont isolées des étages supérieurs par un plafond composé d'asphalte coulé sur une aire en mortier de chaux étendue sur des tuiles plates scellées en plâtre ; ces tuiles reposent sur des solives en sapin; ces solives sont portées par de fortes poutres en bois. Dans d’autres écuries, plus nouvelles, les solives et poutres en bois sont remplacées par des solives et poutres en fer, et l’aire en plâtre par de petites voûtes en briques creuses et ciment couverts d’une aire en mortier sur laquelle l’asphalte est coulé. Les planchers, ainsi bitumés, servent de magasins à avoine.
- L’asphalte n’avait, d’abord, d'autre but que de préserver l’avoine, déposée dans les magasins situés au-dessus des écuries, de la buée qui résulte de la transpiration des chevaux; il n’était entré dans la pensée de personne qu’il pût préserver de l’incendie les écuries qu’il couvrait.
- Dans cinq incendies successifs, survenus dans les greniers à fourrages, les faits suivants furent constatés :
- Les planchers en bois des greniers ont été complètement détruits. Les-planchers en bois des étages inférieurs l’ont été également. L’incendie s’est toujours arrêté sur les sols enduits en asphalte. L’asphalte directement atteint par le feu s’èst amolli ou liquéfié sur une partie de son épaisseur ; mais il est resté imperméable, et lorsque, les secours venus, il a été couvert d’eau, il est resté étanche et il a repris sa dureté.
- Cependant les huiles essentielles contenues dans l’asphalte mis en contact immédiat avec le feu avaient dû brûler ; comment cette combustion avait-elle pu se produire sans que l’asphalte fût complètement privé de sa faculté d’adhérence entre les molécules calcaires et asphaltiques qui le composent, et pût redevenir imperméable en se refroidissant?
- Ce fait singulier et tout à fait imprévu devint l’objet d’une étude attentive. De l’asphalte coulé sur une épaisseur de 15 millimètres, dans des' lingotières en fer, fut soumis à la température du rouge sombre. Un ramollissement, puis l’ébullition, puis la combustion des vapeurs produites s’ensuivit. Cette combustion dura cinq à six minutes, cessa et ne put être reproduite même
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- au contact du charbon incandescent. L’asphalte refroidi n’avait pas perdu Sensiblèment son épaisseur r sa faculté de durcissement était sensiblement la même.
- Ces faits et d’autres encore ont été consignés et expliqués par M. Malo, dans une conférence spéciale sur l’asphalte faite au Conservatoire national des arts et métiers le 14 novemhre 1880.
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- Les bitumes de toute provenance et les calcaires bitumineux, venant les uns de l’île de la Trinité, les autres de Suisse ou d’ailleurs, payent à Paris un droit d’octroi de 7 francs 20. Ces droits sont les mêmes que ceux que payent les combustibles, H les matières bitumineuses sont ainsi assimilées bien à tort au charbon de terre.
- Les Parisiens assiégés et manquant de bois auraient été fort embarrassés de faire brûler des morceaux de trottoir pour se chauffer, comme cela a été raconté sans raison.
- Toutes ces précieuses utilisations des produits asphaltiques et bitumineux, malgré leur importance, le cèdent cependant encore à leur emploi comme chaussée, lorsque cette dernière a été bien établie. Signalons donc, avant de quitter l’usine, un remarquable échantillon de chaussée d’asphalte que l’on peut voir dans le laboratoire du quai de Yalmy.
- C’est un bloc découpé dans la chaussée de Cheapside, con -
- struite en 1870 à Londres, entre Saint-Paul et Mansion-house,
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- sur une longueur de 450 mètres et une largeur de 12 mètres environ. Le béton dé fondation avait une épaisseur de 22 centimètres ; l’épaisseur primitive de l’asphalte comprimé, qui était de 57 millimètres, est réduite aujourd’hui à 52 millimètres.
- Malgré le passage quotidien de 16,000 véhicules, équivalant
- à une pression de 550,000,000 kilogrammes par jour, au
- moment où l’échantillon a été pris (1880), la chaussée était
- encore en parfait état, et il a été constaté que la circulation
- h’avait pas été arrêtée un instant pour cause de réparation,
- depuis son exécution par la Compagnie générale des asphaltes en 1870.
- Malheureusement, nulle matière utile ne se prête plus facilement à la falsification.
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- Ce n’est qu’après usage qu’on reconnaît l’inconvénient d’avoir accueilli sans défiance des produits inférieurs, ayant toutes les
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- Morceau de la chaussée de Cheapside.
- apparences extérieures des meilleures matières. Il n’y a qu’un moyen d’échapper à ces mécomptes : c’est de ne s’adresser qu’à des marques connues par le respect qu’elles ont de leur propre industrie.
- PAIUS. -- TYPOGRAPHIE DE E. PLON ET Cie, RUE CARAHCIKRK, 8.
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- ÉTABLISSEMENTS WALCKER
- RUE ROCHECHOU ART — PLACE DE L’OPÉRA
- Comme beaucoup d’autres produits de l’industrie moderne, les articles de voyage et les objets de campement n’ont pas d’origine historique bien déterminée. Ils sont nés du besoin qu’on a de pouvoir voyager commodément, de transporter au loin, autant que possible, son « chez-soi ». Aussi longtemps que les voyages étaient des événements dans la vie, et que prendre la poste ou la diligence était un fait aussi marquant que de traverser aujourd’hui le Brenner ou de monter le chemin de fer funiculaire du Vésuve, les bagages de toute nature rentraient dans les impedimenta inévitables; de nos jours ils font partie du confort essentiel, et la différence est grande.
- Il faut faire une distinction bien nette entre les articles de
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- voyage et les objets de campement. Les uns admettent la fantaisie, suivent la mode, et se plient aux besoins des voyageurs ; les autres sont assujettis au type réglementaire et ne varient que d’après le climat où ils doivent être employés et l’arme des soldats et officiers auxquels ils sont destinés.
- Jusqu’en 1820 on n’a que des données incertaines sur la manière dont nos grands parents transportaient leurs effets de route. Cependant, dès le seizième siècle, la corporation des maîtres coffretiers et malletiers de la ville de Paris était fort nombreuse, et c’est Henri IV qui accorda les lettres patentes à ces prédécesseurs de MM. Godillot et Walcker.
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- Les règlements établissaient une distinction entre les coffre-tiers-malletiers et les coffretiers-bahutiers. Les premiers vendaient les coffres d’armée, malles, valises, fourreaux de pistolets et autres ouvrages semblables propres aux gens de guerre et à ceux qui vont en campagne. Les bahutiers faisaient des coffres qui servaient dans le ménage.
- Les lettres patentes de Henri IV qui datent du mois de novembre 1596 ne font mention d’aucune lettre ou charte antérieure.
- Nous trouvons des détails curieux dans les recueils du temps. Les affaires du corps de métier étaient conduites par quatre jurés. Chaque maître ne pouvait avoir qu’un apprenti à la fois, qu’il était tenu d’engager pour cinq ans, et chaque apprenti, avant de se présenter pour la.maîtrise, devait encore avoir servi les maîtres pendant cinq autres années, ce qui faisait dix ans d’apprentissage. Tous étaient tenus au chef-d’œuvre, sauf les fils de maîtres et des maîtres de lettres, qui n’avaient à faire qu’une simple expérience comme dans la plupart des autres corporations.
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- Il était défendu à tout coffretier-malletier de commencer son ouvrage avant cinq heures du matin ou de finir plus tard que huit heures du soir, pour que le voisinage, disent les statuts, ne fût point incommodé du bruit inséparable de ce métier.
- Une malle, au commencement du dix-huitième siècle, était une espèce de coffre, plat par-dessous et par les deux extrémités , couvert de peau non tannée ou de cuir, et dans lequel on mettait les hardes que l’on voulait emporter soit à la guerre, soit en voyage.
- Les statuts des maîtres coffretiers-malletiers prescrivaient que « les malles devaient être de bois de hêtre neuf et sans ourdis-sure, dont les joints fussent au moins éloignés d’un pouce, biencuirées partout d’une toile trempée en bonne colle; le cuir qui les couvrait devait être de pourceau ou de veau, passé en alun et tout d’une pièce; elles devaient être ferrées de bon fer, blanc ou noir, avec plus ou moins de bandes suivant leur grandeur ». Au nombre des coffres étaient ceux qu’on nommait les
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- garde-robes et demi-garde-robes, les gros et petits sommiers, les paniers d’osier, qui devaient être couverts de cuirs de pourceau ou de veau, « velus, passés en alun ». Lesmalleliersfabriquaient encore des malles à mettre des lits de camp, des tables et chaises de campagne, des bouges ou bougettes pour porter la vaisselle d’argent et l’or monnayé.
- On appelait également malle une simple valise toute de cuir, plus ou moins grande. 11 y en avait de petites pour mettre sur la croupe des chevaux des valets qui suivaient leurs maîtres en voyage, de plus grandes où les courriers et postillons portaient les paquets et lettres ordinaires de la poste^et de beaucoup plus grandes où l’on enfermait des objets de campement, et qui ne pouvaient se charger que sur des chevaux de bât ou des fourgons, comme sont les cantines modernes.
- Les malles payaient en 1730 les droits de sortie comme boîtes ferrées : vingt-six francs le cent pesant, et celles contenant la mercerie payaient comme mercerie. On entendait par ces dernières les paniers ou mannes d’osier couverts d’une grosse toile que les petits merciers qui couraient le pays portaient sur leur dos, pleins de diverses sortes de marchandises qu’ils débitaient dans les villages.
- Ce sont là les premières malles des voyageurs de commerce.
- Enfin même les boîtes des camelots modernes étaient connues
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- de ce temps-là* car on nommait aussi malle la petite caisse de bois que les Savoyards portaient sur le dos, remplie de curiosités et de petits bijoux.
- Telle est l’origine de tous ces articles que M. Walcker fabrique actuellement, et qui existaient avant le chemin de fer et le bateau
- à vapeur, alors qu’on ne connaissait en Orient que la caravane et en Europe que le coche et la diligence.
- Aucun de ces objets n’est nouveau; la forme seule a varié.
- Nous avons dit qu’il fallait remonter à 1820, pour trouver l’origine des malles, caisses et sacs à compartiments, tels qu’ils ont été longtemps adoptés par la mode.
- Aux expositions de 1827 et 1834, le jury récompensa divers systèmes de malles à soufflets, renfermant plusieurs cavités
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- Tente marquise à porte-rabat
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- Tente de troupe pour seize hommes.
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- Tente de troupe pour vingt hommes
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- Tente-cantine pour officier.
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- distinctes, et fort commodes pour les voyageurs. Des citations favorables furent accordées à des boîtes d’emballage à champignon mécanique, pour chapeaux de femme, ainsi qu’à des boîtes à chapeaux et à shakos, pour officiers, servant en même temps de nécessaires.
- Le rapporteur fit suivre d’un point d’exclamation la mention suivante :
- Rouleau de sac pour la garde nationale, fermant à secret, et pouvant tenir un flacon et un verre!
- Qu’aurait dit le jury de 1830, en voyant les nécessaires à nombreux compartiments fabriqués aujourd’hui par M. Walcker, et servant de cantines, pharmacies, trousses, dressing-cases de campagne, avec cuvettes, glaces, flacons, etc.!
- C’est la première fois en 1867 que dans une exposition universelle les articles de voyage et objets de campement formèrent une classe distincte, marque certaine de l’importance que cette fabrication avait prise dans les quinze dernières années. Cet accroissement s’expliquait par les facilités de locomotion ^offrant au goût du public pour les excursions lointaines et de plus en plus nombreuses. Les voyages sont devenus un besoin ordinaire de la vie, alors qu’auparavant ils n’en étaient qu’une exception. Ce sont les Anglais qui nous en ont montré le chemin ; aussi le peuple le plus voyageur devait-il se montrer difficile sur la confection, la commodité et la solidité des objets qu’il emploie pour la route.
- Des différences assez notables existent entre les divers systèmes de fabrication usités en France, en Amérique et en Angleterre. Ainsi, tandis que dans la Grande-Bretagne et les États-Unis on emploie de préférence l’osier pour les carcasses des malles, porte manteaux et boîtes, en France, ces carcasses sont en bois léger (a).
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- (a) Le carton employé dans la fabrication anglaise est composé d’étoupes, de vieux cordages; il a de grandes qualités de résistance.
- La fabrication viennoise est remarquable par le luxe et la légèreté des malles, recouvertes en forte toile enduite, avec coins en cuir de Russie.
- . Ce cuir de Russie, conuu à Moscou sous le nom de zoujler, est préparé avec
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- Le fabricant anglais recouvre la plus grande partie de ces objets de voyage avec une toile vernie spécialement préparée; chez nous, au contraire, jusqu’à il y a quelques années, le cuir était à peu près seul en usage.
- M. Walcker fabrique en grande quantité des malles anglaises et américaines, légères, commodes, contenant plusieurs tiroirs où robes et chapeaux peuvent voyager à l’aise, sans se friper, à l’abri des plis et de la poussière, moins entassés peut-être que dans une armoire.
- L’établissement fondamental de M. Walcker est une vaste usine située rue Rochechouart, à côté de celle de son ancien patron Godillot. Les produits sont vendus dans le grand magasin connu sous le nom de Bazar du Voyage, et très-bien placé au coin du boulevard des Italiens et de la place de l’Opéra, vis-à-vis du Grand-Hôtel. Le Bazar du Voyage fut fondé par M. Alexis Godillot; son propriétaire actuel, M. Guillaume Walcker, naturalisé Français en 1861, était entré dans les ateliers de M Godillot en 1853, où il dirigeait la fabrication des fournitures de l’armée jusqu’en 1860.
- Ce fut alors qu’il succéda place de l’Opéra au grand industriel dont nous avons déjà étudié les importants établissements.
- La maison Walcker ne fabrique pas seulement les articles de voyage et les objets de campement; elle est à la recherche de toutes les inventions modernes, de tous les perfectionnements ayant trait aux ustensiles du confort, en voyage comme aux eaux, à la guerre comme à la campagne. Y a-t-il quelque mode nouvelle s’appliquant à la coffreterie, la malleterie, la sellerie, l’équipement de chasse, de guerre ou d’exploration, on peut être sûr de trouver l’un des ateliers de M. Walcker occupé à suivre cette mode, souvent à la devancer! L’usine est bien outil-
- de l'écorce d’aune et de l’huile de bouleau noir. Cette huile communique au cuir l’odeur pénétrante qu’on connaît.
- Le bois employé pour la confection des caisses et malles est presque toujours le peuplier de la Champagne, de la Bourgogne ou de la Picardie. On se sert aussi de bois de hêtre, de chêne et de pich-pin du Canada pour les lattes et barrages de malles.
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- Usine Walcker, rue Rochechouart
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- lée; tous les corps d’état y sont réunis, et aucune pièce, la plus grosse comme la plus fine, en serrurerie, en menuiserie, n’est fabriquée au dehors.
- Le nombre des ouvriers occupés dans les ateliers de la rue Rochechouart s’élève à 500, répartis dans un vaste bâtiment élevé autour d’une halle centrale vitrée supportant des galeries latérales et un toit vitré ; dans le sous-sol se trouvent les nombreuses machines.
- Les outils pour le bois comprennent : des toupies, des décou-peuses sauteuses, des fraises, scies à rubans, mortaiseuses, raboteuses qui font 2,000 ou 5,000 tours par minute, toupies pour profiler les moulures des portes et fenêtres, enfin une scie à rubans avec plan incliné et une perceuse.
- Au-dessus de la salle des machines, et de plain-pied ayec la cour, se trouve la remise des meubles d’écoles, la maison Walcker construisant également le mobilier scolaire, suivant les types indiqués pour la fourniture réglementaire du gouvernement. La plupart de ces modèles de bancs, pupitres et tableaux noirs sont adoptés dans la plus grande partie des écoles primaires.
- Les installations les plus récentes faites par la maison Walcker sont : les collèges de Dreux et de Vannes, le lycée de Bordeaux, les écoles normales de Lyon, Dijon, Tours, etc.
- Un bureau consacré spécialement aux travaux d’architecture a été annexé depuis peu à l’usine; on y dresse les plans des écoles et autres établissements publics soumis à un concours ou à une adjudication.
- Tout au fond de la salle, se trouve la forge marchant avec un ventilateur, mû par une machine à vapeur et non par un soufflet.
- A côté sont les ateliers de menuiserie, de vernissage, d’ébénis-terie. Le bois le plus communément employé pour les malles et les gros travaux est le pich-pin du Canada.
- Au premier étage s’étendent les ateliers de serrurerie et de tournage sur métaux. Les machines employées sont : un tour à décolleter, un tour à métaux et un tour à fraiser nouvellement
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- perfectionné en Amérique et construit chez M. Ducommun, à Mulhouse.
- En suivant la galerie, on voit les tourneurs sur bois pour les pièces plus délicates, et les chaisiers, qui emploient la canne, le rotin et le bambou pour confectionner les meubles de jardins.
- Sur le devant se trouve le musée pédagogique, où sont réunis les types du mobilier scolaire fabriqué dans la maison. (Test le modèle d’une salle d’école avec ses bancs, sa chaire, son tableau noir sur pivots, à deux faces, dont une pour la musique; son nécessaire métrique, système très-ingénieux pour apprendre facilement le calcul aux enfants; ses cartes murales, etc.
- Une invention récente de M. Walcker doit être fort appréciée dans les administrations et les usines qui ont des bâtiments éloignés les uns des autres ; c’est l’appareil pneumatique télégraphique, destiné à transmettre des dépêches, des papiers, des livres, des dossiers. L’appareil se compose d’un manipulateur à manivelle d’un très-pelit volume, construit comme un ventilateur. Les dépêches et papiers sont renfermés dans une capsule plus ou moins grande et circulent dans un tube en cuivre au moyen de quelques tours de manivelle. Un avertisseur électrique se trouve placé à l’arrivée. La distance maximum pouvant être obtenue est de 4,000 mètres; le parcours que fournit la capsule est de onze mètres par minute.
- À la suite du musée pédagogique se trouvent les ateliers des layetiers-emballeurs. C’est là que se fabriquent ces élégantes boîtes à robes, aux compartiments multiples, aux tiroirs superposés, dont les plus grandes ont 1 mètre 20 de hauteur et sont munies d’une serrure incrochetable.
- Les serrures inventées par M. Walcker ont cet avantage que le voyageur négligent ou pressé ne peut pas retirer la clef delà serrure avant que la malle soit complètement fermée; il est ainsi mis en garde contre sa précipitation, et ne pourra plus faire enregistrer au chemin de fer une malle ouverte ou à demi fermée.
- Les boîtes à robes sont construites en bois, revêtu de toile, selon le système français, bien différent, nous l’avons vu, du
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- système des malles américaines; les garnitures de fer ouvragé
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- qui en protègent les bords sont rivées sur rondelles.
- Avant de quitter le premier étage, on traverse l’atelier spécial à la cantine de campement pour officier, cantine réglementaire, pour laquelle M. Walcker reçut une médaille à l’Exposition de Londres de 1862.
- Cette cantine ne tient pas plus de place, quand elle est fermée» qu’un portemanteau de cavalier; elle ne pèse pas plus de dix kilogrammes, et contient les effets d’un officier, son linge, Une tente, ses supports et sa marquise, enfin un lit. Tout cela s’emboîte, s’enchâsse avec une merveilleuse précision.
- Au second étage ont été établis les magasins des peaussiers où l’on prépare le cuir et les courroies; puis les ateliers où se font les portemanteaux et sacs de'cuir, les petites malles à .main et les caisses spéciales pour les voyageurs de commerce.
- A la suite viennent les salles où l’on fabrique les brancards, tentes d’ambulance, tentes de troupe où peuvent s’abriter seize et vingt hommes, et tentes pour la campagne, parasols de jar-i dins sous lesquels plusieurs personnes peuvent s’asseoir à l’aise et être garanties du soleil.
- Les ateliers de coupe se trouvent tout à côté; ce sont des femmes qui y travaillent.
- En ce moment, la maison Walcker fournit simultanément des expéditions militaires et scientifiques; elle livre des tentes à l’armée grecque et aux explorateurs de l’Afrique. La mission scientifique envoyée pour étudier le passage de Vénus à l’île Saint-Paul, et l’expédition du major Serpa Pinto, s’étaient équipées au Bazar du Voyage.
- Avant d’arriver au troisième étage de l’usine, nous avons vu une salle où l’on se livre à des recherches difficiles pour parvenir à établir une chambre sourde pour les téléphones. M. Walcker a résolu ce problème d’une chambre à cloisons de liège, à l’extérieur de laquelle le son s’éteint complètement.
- A l’étage supérieur, se trouvent les ateliers de la sonnerie pneumatique, spécialité de la maison. Le successeur de M. Go-
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- dillot à la place de l’Opéra a pris depuis vingt ans de nombreux brevets pour différents genres de sonnerie à air, les moins compliqués et les plus ingénieux qu’on puisse imaginer. La transmission des sons n’est jamais interrompue, car l’état météorologique ou hygrométrique de l’atmosphère n’exerce aucune influence sur les appareils.
- Au lieu des quatre fils exigés par le système électrique, l’appel et la réponse se font par un même tube. Il suffit simplement de presser sur une petite poire de caoutchouc, et aussitôt les plus grosses portes de céder, les plus difficiles serrures d’obéir : portes cochères, portes cadenassées, portes de coffres-forts s’ouvrent immédiatement, pendant qu’une sonnerie fait entendre un avertissement.
- La sonnerie à air de M. Walcker a des applications nombreuses ; elle sert à appeler les domestiques et à les in terroger à distance; elle sert à correspondre dans tous les ateliers d’une usine, dans toutes les chambres d’un hôtel. Elle indique encore à un chef d’établissement si les rondes de nuit ont été faites régulièrement; elle règle toutes les pendules et horloges; enfin, cette sonnerie qui a l’air d’un jouet, tant elle est simple et facile, peut faire résonner une cloche d’alarme au loin. Le châtelain effrayé la nuit par quelque bruit insolite, n’a qu’à presser la poire de caoutchouc. Aussitôt la cloche d’appel bat à toute volée dans les communs, et chacun accourt. Le danger disparaît-il, une seconde pression sur la poire à air comprimé suffit pour faire rentrer la cloche dans le silence. Tout propriétaire d’un château ou d’une maison de campagne devrait posséder un aussi précieux gage de sécurité.
- Après les ateliers des sonneries pneumatiques, se trouvent ceux de montage de tentes et de fabrication des tables-pupitres
- articulées. Chacun connaît ces meubles, si utiles aux malades,
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- et qui permettent aux personnes alitées de lire, d’écrire, de manger au lit commodément.
- Enfin, le troisième étage de l’usine est encore occupé par de nombreux ateliers où se fabriquent les articles de tous genres, selles, bâts, brides et objets de sellerie, portefeuilles, hamacs
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- indiens, cannes d’afï'ût, pliants, appareils de sauvetage, chemises isolatrices en feutre pour compteurs à gaz, gants, bottes et sacs fourrés à la russe, articles pour la chasse, paniers à vivres, même des patins h roulettes et des appareils téléphoniques ! Dans
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- Table-pupitre.
- les combles, sè trouvent les ateliers des peintres, des polisseurs, et les séchoirs.
- Les récompenses n’ont pas manqué au directeur d’un aussi ingénieux établissement : médaille unique à Londres, 1862; médailles d’or à Cologne, 1865, et à Porto, 1856; première médaille d’argent à Paris, en 1867; médaille d’or à Moscou; cinq médailles à Vienne; trois médailles à Philadelphie et à Paris, en 1878 (hors concours); la croix de la Légion d’honneur.
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- MANUFACTURE CARMOY
- FABRIQUE DE CLOUS DORÉS, CLOUS DE FANTAISIE
- ET DE DÉCORATION, ETC.
- 37, RUE DES 1 R 0 IS-B ORN E S, PARIS
- Un clou doré est en apparence bien peu de chose. Il semblerait même qu’il dût ne pas tenir plus de place dans notre industrie qu’il n’a de volume relatif. D’où vient donc qu’il est aujourd’hui l’objet d’une fabrication considérable, occupant des centaines de bras et de grosses forces mécaniques, et que chaque exposition universelle nous montre plus prospère et plus active1 ? Cela tient au progrès de l’aisance et par conséquent, à notre goût dominant pour le brillant et le futile, et pour préciser enfin, à la mode, qui introduit de plus en plus le clou doré, nickelé ou aciéré dans la décoration de notre ameublement.
- Des causes analogues ont favorisé l’incroyable production des perles fausses de Bapterosse, des verroteries de Venise, de
- 1 Dans le catalogne abrégé de l’Exposition universelle de 1878, distribué par le gouvernement aux ingénieurs et aux instituteurs de la province appelés à visiter l’Exposition, on lit à la page 164, chapitre intitulé : Salon des produits :
- « Il n’y a pas à voir là que des objets de grande dimension : voici un industriel « fabricant de clous à tête de cuivre qui attirera tous les visiteurs et qui fera pro-« fiter de ce concours ses voisins qui sans lui auraient été oubliés. 11 aeu la singulière « idée de figurer le palais du Trocadéro eu clous dorés; tout s’y trouve représenté « avec une grande exactitude, etc., etc. »
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- la bijouterie dorée et doublée, et même des bijoux vrais et des pierres fines, jusqu'aux diamants de Golconde et du Cap. Il en est de même des glaces, des cadres dorés, des patères, des garnitures de cheminées, et autres ornements dont les hommes aiment à s’entourer, depuis les merveilleux produits de l’art le plus parfait jusqu’aux miroirs à vingt-cinq centimes.
- C’est ainsi que le clou à tête métallique brillante a fait si rapidement son chemin : c’est le moins cher des rehauts reluisants que l'industrie puisse offrir à l’œil humain avide de points hypnotiques.
- Aujourd’hui, grâce aux améliorations successives apportées par M. Carmoy dans la fabrication de cet article, il est facile aux décorateurs, non-seulement d’ornementer, mais de décorer leurs tentures, meubles et tapisseries, en se conformant scru* puleusement aux styles des époques qu’ils veulent représenter: Antique, Moyen Age, Renaissance, LouisXl Vou LouisXVL, etc. Les clous se font aisément selon tous les dessins imaginables.
- Dans son enfance, M. Carmoy était employé chez un fabri-
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- cant de clous fondus, et rangeait ces clous sur la planche à dorer : devenu ensuite estampeur, puis fabricant de patères et autres objets de laiton façonnés, il s’était déjà fait remarquer dans sa profession par ses aptitudes mécaniques, lorsque de 1840 à 1850 il fit le voyage de Paris à Londres.
- A bord, se trouvant assis sur un pliant garni de clous dorés, en causant avec le capitaine, il détachait machinalement les clous de leur logement et les mettait dans la poche de son gilet, se disant qu’à son retour il irait voir si cette fabrication de clous, qui tenaient si mal, était encore aussi arriérée que dans sa jeunesse, et s’il n’y aurait pas quelque autre moyen de faire mieux. Au retour, retrouvant ces clous dans sa poche, il fut rappelé par le hasard à l’étude qu’il s’était promis de faire, se mit à l’œuvre immédiatement, et à la suite d’essais laborieux et longs parvint à composer les machines que nous allons décrire.
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- Lorsque vers 1851 M. Carmoy était au début de sa laborieuse carrière, le clou doré venait de fontes entièrement en laiton, coulées par jet et par branches; il en résultait une perte de fonte considérable. Ainsi, une fonte ordinaire de 25 kilos de cuivre ne produisait que 12 kilos de clous. Ces clous ainsi fondus offraient de grands désavantages; les tètes en étaient toujours graveleuses et les tours hérissés de rebarbes qui déchiraient les étoffes ; les pointes enfin, très-rarement placées au centre , étant gonflées de soufflures, résistaient mollement au coups du marteau : cependant, ce clou doré tel quel coûtait encore fort cher. Il était presque exclusivement consacré à fixer les lézardes qui arrêtent les contours de l’étoffe garnissant les meubles d’acajou, à la mode à cette époque.
- Il fallait ébarber à la lime la partie pointue, souvent mal venue, toujours conique, et dont le cône s’élargissait forcément vers le bouton. Malgré le tour, le burin ou la lime, on ne pouvait arriver à changer le cône en cylindre, et par conséquent le clou s’enfonçant dans le bois pratiquait une ouverture évasée dont il sortait au moindre effort, produisant par son. absence des interruptions choquantes dans la continuité de la ligne de clous.
- La pointe cylindrique fixe mieux le clou que la pointe conique, d’abord parce qu’elle est cylindrique, puis parce que c’est elle-même qui fait son logement dans le bois, tandis qu’au-trefois ce logement était d’abord pratiqué au poinçon. Ayant refoulé les fibres du bois pour s’y introduire de force, ces fibres revenant sur elles-mêmes compriment la tige et la maintiennent. Il arrive cependant encore quelquefois que le clou
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- s'arrache et que l'effet ornemental est rompu par l'absence de continuité de la ligne. Pour parer a cet inconvénient, M. Carmoy a imaginé de faire tréfiler le fil angulaire carré, qui suffit à empêcher la pointe de tourner et la fixe définitivement. Il a obtenu le même résultat par la fabrication de pointes filées en spirales, que chaque pas de vis rivent solidement à leurs trous.
- Depuis, croyant augmenter encore la solidité, quelques acheteurs ont demandé à M. Carmoy des clous à deux pointes. Ce nouveau problème a été résolu par M. Carmoy au moyen d'une disposition ingénieuse consistant à pratiquer sur la plaquette deux cupules dont on rabat les bords pour les sertir sur la tête des pointes par une manœuvre de refoulement analogue à celle employée pour la fabrication des clous ordinaires.
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- Grâce aux découvertes de M. Carmoy, le prix de revient des clous dorés se trouva aussitôt extraordinairement diminué; de 22 francs, il fut réduit à 6 francs, et la consommation, qui était de cent mille, s'éleva aussitôt à plus d’un million.
- Dans ce chiffre, la production de la maison Carmoy entre environ pour 700,000, et la production, selon le procédé de fonte usité autrefois, compte pour zéro. Ce procédé a, en effet, été totalement éliminé par les applications mécaniques dues à M. Carmoy, qui a fourni à tous ses concurrents de France et de l’étranger les moyens de fabrication dont ils se servent aujourd’hui.
- En joignant au clou de laiton une pointe cylindrique en fer, M. Carmoy obtint des clous adhérents. En les exécutant mécaniquement, il put les vendre à bon marché et à grand nombre.
- Les clous dorés, dont la fabrique de M. Carmoy a la spécialité, se composent aujourd’hui de deux pièces parfaitement
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- distinctes, et chacune d’un métal différent : la pointe et la tête.
- Dans les premières années de sa fabrication, il était obligé d’avoir recours aux fabricants de pointes dites de Paris. Mais désireux de se mettre en possession directe de tous les éléments de son industrie, il chercha et trouva une nouvelle machine qui produit, ensemble ou séparément, les pointes et les têtes du clou doré.
- Quant aux bandes servant à découper les rondelles des têtes de clous, M. Carmoy les a reçues pendant quelque temps toutes laminées de certaines fonderies; il s’est depuis décidé à en acheter le métal et à le laminer dans ses ateliers, afin d’obtenir constamment des bandes d’une épaisseur convenable.
- Il semblerait au premier abord que, possédant déjà les flans de laiton laminé et les pointes entièrement préparées, la fabrication définitive du clou ne fût plus qu’une affaire secondaire et de peu d’importance pour la maison Carmoy. Mais tout au contraire, la difficulté de la fabrication du clou réside principalement dans la réunion de la pointe et de la tête, dans l’ajustage de celle-ci, et dans le sertissage régulier de celle-là.
- L’outillage nécessaire pour obtenir ces résultats est certainement, parmi les automates inventés par l’homme, l’un des plus merveilleux. Je crois pouvoir affirmer qu’avec la machine à faire les vis à bois et l’automate à bouter les dents de cardes, déjà décrits dans ce livre (a), il faut considérer comme des créations évidemment supérieures à la mécanique ordinaire, les deux machines créées par M. Carmoy, l’une pour façonner le flan, en préparant à son centre le godet dans lequel s’engagera la tête de clou; l’autre pour y insérer le clou et l’amener sous la presse à genouillère, qui en sertira la tête dans le godet, tout en donnant au laiton par l’emboutissage la forme demandée.
- Combiner, de manière à ce qu’elle s’exécute simultanément et successivement dans l’ordre voulu, une telle série de mouvements, était un des problèmes mécaniques les plus difficiles, et ce problème a été résolu, non sans peine, mais victorieusement.
- («) Pour les vis à bois, lire la livraison consacrée aux usines Japy de Beaucourt; pour la machine à bouter les dents de carde, lire la Foudre, filature de M. Pouyer-Quertier.
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- La première condition à remplir par les bandes de laiton laminé pour qu’elles donnent des têtes de clous susceptibles d’être adaptées aux machines à emporte-pièce, c’est qu’elles soient de l’épaisseur voulue. Par conséquent, les bandes venant du laminoir sont toujours soumises, dans l’atelier de la, maison Carmoy, à un nouveau laminage destiné à les réduire exactement à la dimension nécessaire, dimension variable selon les sortes et les qualités.
- Quand la bande laminée est reconnue en état d’étre ouvrée, l’ouvrier la présente à la machine à emporte-pièce qui doit y découper les rondelles. Celle-ci est actionnée, comme le matériel entier de la fabrique, par une machine à vapeur à haute et basse pression, de la force de trente-cinq chevaux. Cette machine, comme toutes les machines de l’établissement, doit avoir
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- un mouvement de la plus parfaite régularité.
- La machine à emporte-pièce se compose :
- De deux cylindres cannelés, à mouvements différentiels, qui entraînent la bande de laiton sous le découpoir;
- De ce découpoir lui-même. Le découpoir est formé de deux mâchoires ; la mâchoire d’en bas est un bloc d’acier percé d’un nombre impair de trous à diamètres plus ou moins larges, suivant le diamètre à donner à la rondelle.
- Lorsque la lame est engagée au-dessus de ce premier bloc d’acier, une genouillère fait descendre la seconde mâchoire : un second bloc, également d’acier, hérissé d’un nombre correspondant de chevilles cylindriques formant poinçon et dont l’extrémité inférieure est légèrement bombée en emporte-pièce.
- Avant de s’enfoncer dans le trou correspondant, la cheville
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- rencontre le flan, qu’elle traverse en détachant la rondelle qui
- tombe au-dessous dans un panier.
- La bande continue sa marche, et sort de la machine percée de trous réguliers' qui figurent l’espace occupé précédemment par la paillette. Ces bandes trouées, véritables guipures métalliques, sont refondues et laminées à nouveau.
- La descente de l’emporte-pièce, la marche du flan attiré par les cylindres cannelés, mouvements qui doivent coïncider très-exactement, sont réglés par un plateau denté, poussé par un bec et retenu par un autre bec. Le nombre de dents du plateau est déterminé suivant l’étendue de la rondelle.
- Cette première machine est analogue à toutes les poinçonneuses qui font le découpage dans les bandes de métal, depuis les métaux précieux de la monnaie jusqu’à la grosse chaudronnerie et aux plaques de blindage; elle n’en diffère que par la perfection du jeu des outils, qui doivent toujours obtenir des produits exactement du même poids et de même dimension.
- Les rondelles provenant du découpage ont été recueillies dans les paniers placés au-dessous des machines. Il s’agit maintenant de les agencer de façon à les réunir aux pointes de fer. C’est l’œuvre de machines analogues, par leur structure générale, à la presse monétaire, bien qu’elles en diffèrent en de certains points.
- Pour que l’opération de la mise en titines ou cupules s’accomplisse d’une manière satisfaisante et ne souffre pas de ratés, il i mporte que les rondelles soient parfaitement sèches. La moindre humidité, produite par une légère couche de graisse, ou même parThaleine de l’homme, suffit pour altérer la dimension de
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- *a rondelle et empêcher qu’on obtienne le centrage absolu nécessaire à l’ajustage.
- L’ouvrier, assis devant sa machine, remplit incessamment un godet cylindrique des rondelles de laiton. Parvenue au bas du godet, la piécette est poussée par une lame marchant d’avant en arrière et qui l'étreint dans la moitié de son étendue environ par une échancrure en demi-lune. Elle l’amène ainsi sur un tas ou étampe, au centre de laquelle est pratiquée une dépression dont le milieu est occupé par un mandrin.
- Une presse à genouillère fait descendre entre deux montants un poinçon dont la pression chasse le métal dans la dépression centrale du tas, et le force à s’écouler et à remplir l’espace compris autour du mandrin. Ainsi'forcé dans cette pénétration, le laiton forme une cupule au centre delà rondelle, naturellement amincie par la perte du métal qui est entré dans le creux.
- D’une même pression, la plaquette a été mise à l’épaisseur voulpe et a fourni le métal nécessaire pour former la titine, c’est-à-dire la cupule dans laquelle on fixera ultérieurement la tête de la pointe de fer.
- Dans la presse monétaire, une fois le relief donné par la pression, un doigt mobile vient latéralement chasser la pièce, qui est repoussée par le mandrin central du tas. Mais, chez M. Carmoy, le métal logé autour du mandrin retiendrait la plaquette au moment où le doigt viendrait la chasser. Il a donc fallu trouver un procédé pour la soulever avant que le doigt ne frappe.
- On a obtenu cet effet en pratiquant dans le tas une échancrure donnant passage à un ciseau biseauté qui vient sous le bord de la plaquette la soulever légèrement, assez pour que le doigt puisse l’envoyer sans résistance hors du tas. Elle passe sur une glissière, tombe dans un panier, où elle est emportée vers une autre machine pour l’opération suivante.
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- Le problème à résoudre par cette troisième machine était ainsi posé : étant donné, d un côté, la rondelle de laiton au centre de laquelle s’élève la cupule, et de l’autre une pointe de Paris, fixer la tête de la pointe de Paris dans la cupule, perpendiculairement au plan de la plaquette, sertir cette tête en rabattant tout autour d’elle le métal des bords de la cupule et emboutir la rondelle en une fraction de sphère.
- Voilà pour la première partie du problème; la seconde partie consiste à retirer le clou ainsi terminé de la dépression dans laquelle le laiton vient d’être embouti, et à le rejeter dans la glissière par le plan incliné de laquelle il s’échappe de la machine.
- Et tout cela par une succession d’opérations si bien réglées quelles semblent simultanées.
- L’automate qui répondait à ce problème n’était pas absolument complet, car un des temps de l’opération devait être exécuté à la main, bien qu’à la rigueur on eût pu l’obtenir mécaniquement : c’était le premier placement de la pointe dans la cupule. Il a fallu de nouvelles recherches à M. Carmoy pour supprimer cette partie du travail manuel, mais il y a réussi, et par un nouveau perfectionnement de la machine, les pointes se placent maintenant aussi automatiquement que les fians.
- Voici donc comment les choses se passent :
- Une femme est assise en avant de l’outil. Elle a devant elle, d’un côté, à sa droite les rondelles, à sa gauche, et en avant une poignée de pointes. Les rondelles sont dans une glissière qui les pousse vers le tas central où elles recevront l’emboutissage. Au moment où elles partent pour se placer, l’ouvrière
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- prend une pointe, la place, l’extrémité filée en l’air. Avec une merveilleuse habileté, qu’elles ont acquise par un travail constant, les ouvrières la posent si exactement qu’elle ne tombe point et reste verticale pendant le court chemin qui l’amène au centre de l’outil.
- Au moment précis où elle y arrive, descend un poinçon arrondi à son extrémité inférieure et au centre duquel est pratiqué un logement; dans ce logement s’enfonce la pointe. D’un seul coup, le poinçon rabat sur la tête de fer les bords du*laiton de la cupule et enfonce la plaquette qu’il moule sur le creux du tas.
- Le logement du poinçon, outre l’espace réservé à la pointe, contient encore une tige d’acier enroulée d’un ressort. Cette tige fait l’office d’un doigt, qui pendant l’emboutissage s’appuierait légèrement sur la pointe pour la maintenir verticale.
- Le ressort est calculé juste assez peu tendu pour laisser remonter dans l’intérieur de la tige qui porte le poinçon la petitie baguette d’acier, lorsque celle-ci subit à son extrémité la pression de la pointe du clou. Cette combinaison a pour but de maintenir la pointe bien perpendiculaire au centre de la plaquette pendant l’emboutissage.
- Voici donc joints ensemble le fer et le laiton. Mais il faut maintenant les faire sortir de la dépression dans lequelle ils sont enfouis.
- Ce n’est plus par un couteau à biseau, comme dans la machine précédente, et, de toutes les inventions de M. Carmoy, c’est peut-être la plus étrange et la mieux réussie.
- De l'arrière de l’automate s’avance une sorte de fourchette dont la dent la plus rapprochée de la pointe du clou est renflée dans la direction de celui-ci, de sorte que lorsqu’il l’atteint, au lieu de le frapper brusquement, il le pousse doucement suivant le léger cintre de la dent. Cette pression fait basculer la pointe, qui entraîne avec elle la tête du clou. Ce dernier se présente alors avec la pointe horizontale et la tête couchée perpendiculaire au tas.
- La fourchette prend aussitôt la tête entre ses dents et, par
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- un petit mouvement sec de gauche à droite, enlève le clou et le rejette sur la glissière. Au même moment, l'ouvrière a déjà replacé une pointe dans la cupule de la plaquette suivante qui
- vient prendre la place du clou rejeté.
- La machine une fois réglée, l'ouvrière est forcée de la suivre et produit ainsi par jour 25,000 à 30,000 clous entièrement formés, qui n’ont plus à subir d’opération purement mécanique, mais devront encore être décapés, dorés, brunis, classés, empaquetés, etc.
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- Les clous sortant des machines doivent, avant d’être livrés à la vente, être rendus brillants par une série d’opérations qui diffèrent suivant le métal et la nature de ces clous.
- Prenons pour type le clou de tapissier ordinaire.
- Il est d’abord très-énergiquement décapé dans un bain d’acide et séché à la sciure de bois, de façon à mettre sa surface aussi à vif que possible. Comme il serait beaucoup trop long et trop dispendieux de dorer chaque clou un à un, on a imaginé de les ranger sur des plaques qui en contiennent plus ou moins selon la grandeur, depuis 1,000 jusqu’à 1,500; ce sont des femmes ou des enfants qui rangent les clous la pointe en bas, le bouton en dehors.
- Autrefois, on se servait de plaques de bois, mais cette matière poreuse avait l’inconvénient de retenir quelque peu d’acide provenant du décapage et quelquefois même des traces d’amalgame. De sorte que les ouvrières touchant perpétuellement la planche de l’extrémité de leurs doigts étaient affligées d’érosions, de gerçures et quelquefois d’accidents mercuriels les mettant fréquemment dans l’incapacifé de travailler et causant même des affections plus sérieuses.
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- M. Carmoy a remédié à cet inconvénient en remplaçant le bois par la fonte, dans laquelle sont pratiquées des rangées de trous où s'enfonce la pointe sans danger pour l'opérateur»
- L'étonnante habileté de main des femmes habituées à ce service et qui ne peut être comparée qu’à celle du compositeur d’imprimerie de journal, arrive à ranger ainsi jusqu’à 50,000 ou 55,000 clous dans les plaques par journée de travail ; d'autres n’en placent que de 30,000 à 40,000.
- La dorure la moins fine se fait à l’ancienne mode par l’amalgame de mercure; la dorure plus épaisse s’obtient par la galvanoplastie ; il en est de même du nickelage.
- Ces differentes dorures, tout en rendant le clou d'un bel aspect, ne donnent pas encore à sa surface le poli recherché qui en assure presque l’inaltérabilité, et rend son nettoyage facile. Il faut le brunir.
- Là encore, M. Carmoy a apporté des perfectionnements aussi fructueux pour son commerce qu’utiles à la santé et au bien-être de ses ouvriers. Autrefois le brunissage du clou était une opération pénible qui maintenait l’ouvrier debout et interdisait aux femmes et aux enfants l’accès du métier.
- M. Carmoy construisit une machine dans laquelle la poupée sur laquelle se fixe le clou pour recevoir le brunissage est mue par la transmission d’une machine à vapeur. L’ouvrier peut travailler assis ; le seul effort qu’il ait à faire, c’est d’appuyer vigoureusement sur la surface du clou pendant sa rotation un fragment de jaspe sanguin emmanché solidement sur une poignée de bois. Bien que le jaspe sanguin ne soit ni très-rare ni très-cher, on a cependant essayé le brunissage au moyen d’autres corps durs, mais sans succès.
- Les clous à tête d’acier, dont la mode des meubles gothiques en chêne active de plus en plus la commande, ne sont pas brunis, ils sont polis.
- Ce polissage résulte du frottement l’un sur l’autre de ces clous jetés dans plusieurs tambours animés d’un mouvement de rotation sur eux-mêmes, procédant de la transmission générale de l’usine. Pour déterminer le beau poli final, on jette
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- dans le tambour du rouge d'Angleterre, dont l’interposition venant s’adjoindre à la friction mutuelle amène le brillant voulu. Il ne reste plus qu’à peser, compter, empaqueter et mettre en boîtes, suivant valeur et sortes, les produits de la maison.
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- La grande majorité des clous est, comme nous l’avons dit, à peu près hémisphérique, et le type moyen ne dépasse guère un centimètre de diamètre. Mais la fantaisie a fait agrandir ces dimensions jusqu’à cinq centimètres environ, à peu près comme les cocardes des frontaux en sellerie. La fantaisie continuant à s’étendre et la fabrication devenant de plus en plus hardie, au moyen de l’estampage on a façonné les têtes de clous en leur donnant des formes et des reliefs de plus en plus variés.
- Avant les inventions de M. Carmoy, les clous d’acier ne pouvaient se faire que soudés et d’une surface toujours unie : par des modifications apportés aux poinceaux, on peut orner cette surface de reliefs décoratifs. S’ils sont aujourd’hui si recherchés pour l’ornementation des meubles de style, c’est que l’industrie peut les offrir au commerce en abondance, à bon marché, et parfaitement solides.
- On a fait des clous en losange, en carré, en ovale et même en étoile; mais la majorité des clous de fantaisie est toujours restée hémisphérique avec des rondes bosses de plus en plus accusées. Ce n’est plus à la presse à genouillère que ces façonnés se travaillent, c’est au mouton, et bien que ce soit toujours de l’estampage, l’opération diffère quelque peu.
- Il faut que l’ornementation soit bien simple pour qu’elle s’obtienne d’un seul coup de mouton; le plus souvent le laiton,
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- qui est toujours écroui et rendu cassant par le choc, doit être recuit chaque fois qu’il sort de l’étampe.
- Au premier coup, on obtient les reliefs du premier plan; au second, ceux dij second plan, etc.
- Les matrices et les poinçons se changent à chaque fois qu’un plan nouveau s’ajoute, et ainsi de suite jusqu’à deux passes. On va même encore plus loin avec des matrices spéciales. On pratique sur certains points des amincissements, qu’un coup de mouton portant un emporte-pièce découpe pour produire des jours. On ne saurait croire à quel point on peut varier ainsi les surfaces ornées au moyen des machines de M. Carmoy. C’est presque de la grosse bijouterie. -
- Il est probable que cette industrie se développera encore, car elle commence à s’appliquer à d’autres objets que le clou de tapissier proprement dit.
- Ce n’est pas seulement comme ornement que le clou en saillie a été adopté par la malleterie, la fabrication des coffrets, la bimbeloterie. Les différents produits de ces fabrications ont le défaut de présenter des surfaces planes qui, placées sur d’autres surfaces planes, y adhèrent souvent d’une façon gênante ou même nuisible dans certains cas. La présence des clous en saillie empêche cette adhérence et en facilite l’usage, principalement pour les malles, boites, coffres, etc.
- Déjà même les productions de M. Carmoy adoptent les formes les plus inattendues. La fantaisie demande sans cesse à l’art parisien de nouvelles idées et de nouveaux produits qui puissent, en flattant l’œil du consommateur national et exotique, activer la vente, et l’imagination de nos industriels est d’une fécondité vraiment inépuisable.
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- A côté des combinaisons les plus hardies des clous métalliques, est venue toute une série de clous : ivoire, os, bois naturels ou coloriés, bois durci, incrustations d’émaux ou même de métaux, appliqués non-seulement aux meubles, mais encore aux coffrets, boîtes, et à tous les produits de la bimbeloterie parisienne.
- Pour fixer les boutons qui s’adaptent ainsi aux clous, il a fallu que M. Carmoy s’ingénie à trouver de nouveaux procédés. En effet, il eût été impossible, ou tout au moins bien difficile, de fixer ces matières diverses par les moyens qui servent à fixer les rondelles métalliques.
- M. Carmoy a eu l’ingénieuse idée de faire un clou à deux pointes dont l’une s’enfonce dans l’objet à orner et dont l’autre pénètre dans le bouton de fantaisie qui doit devenir la tête du clou. Dans ce nouvel arrangement, la rondelle de laiton est plate et sert uniquement de base à l'ivoire, à l’os, aux bois' et autres matières employées pour former la saillie du clou.
- On obtient ainsi des effets nouveaux, soit en assortissant le clou à la couleur de l’étoffe ou du meuble, soit au contraire en déterminant sur les objets des lignes de rondes bosses à nuances vives détonnant hardiment sur le fond.
- Si les exigences de la grande décoration nécessitaient l’invention et la fabrication de nouveaux produits, M. Carmoy trouverait immédiatement, à n’en pas douter, les moyens économiques les plus propres à les réaliser.
- A la naissance de cette industrie, l’emploi des clous dorés était essentiellement fait par les tapissiers de Paris. La province et les colonies imitèrent les tapissiers parisiens. Aujourd’hui, grâce à la perfection et à la variété de tous ces produits divers, l’exportation est devenue le plus grand débouché de la maison. L’Angleterre, l’Amérique, la Turquie et même la Chine reçoivent presque toutes les semaines plusieurs envois considérables de cet article d’abord tout parisien, grâce à son bon marché et à sa perfection dus aux inventions de M. Carmoy.
- C’est un des faits les moins connus, presque unique dans l’histoire de l’industrie.
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- Tant d’efiorts heureux, de patientes recherches et d’ingénieuses combinaisons mécaniques devaient inévitablement attirer l’attention des hommes compétents et des jurys chargés, dans toutes les expositions, d’encourager de tels progrès. Aussi la liste est longue des distinctions décernées à la maison Carmoy.
- Ce fut d’abord la Société d’encouragement de l’industrie nationale qui, dès les premiers travaux de M. Carmoy lui décerna une médaille d’argent.
- Puis le jury de l’Exposition de 1855 lui accorda une médaille de bronze de lre classe, qui fut renouvelée aux Expositions de Paris 1867 et de Lyon 1872.
- À Vienne, à Philadelphie, à Marseille, à Blois, il reçoit de nouvelles distinctions, croissant en importance à mesure que l’industrie se développe, et devient plus connue des jurés.
- Enfin, à la dernière Exposition de 1878, la maison a reçu un diplôme d’honneur et un grand prix.
- Ii nous a paru regrettable de ne pas voir figurer le nom de M. Carmoy sur la liste des nominations dans l’ordre de la Légion d’honneur.
- Mais il n’est pas besoin d’une Exposition pour récompenser par cette haute distinction, non pas seulement i industriel, mais surtout le mécanicien qui a enrichi la science mécanique de combinaisons si savantes et si ingénieuses.
- PARIS. TYPOGRAPHIE DE E. PLON ET C*% HUE GARANC1ÈRE, 8.
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- ÉTABLISSEMENTS
- DE LA
- COMPAGNIE AUXILIAIRE DES CHEMINS DE FER
- A SAINT-OUEN
- Le mouvement commercial et industriel provoqué par la création et l’extension des lignes ferrées a donné brusquement aux transports une impulsion absolument disproportionnée avec les moyens matériels de les satisfaire.
- C’est, du reste, une conséquence naturelle de l’état de transition qui caractérise notre époque. Tout, hommes et choses, est au-dessous de l’ordre nouveau qui envahit brusquement la vie contemporaine.
- La plupart des administrateurs de chemins de fer ont été élevés dans l’admiration des diligences, et les lois sur la police du roulage forment encore d’épais volumes dont il n’est pas sûr que l’Imprimerie nationale ne conserve précieusement les formes, pour les rééditer au besoin.
- Il était donc impossible, il y a vingt-cinq ans, de prévoir que dans un temps peu éloigné, les grandes Compagnies elles-mêmes, qui paraissaient alors si colossalement outillées, manqueraient de wagons, comme cela arrive, non-seulement à certaines époques, pour certaines marchandises fondamentales comme les vins ou les blés, mais journellement pour les houilles, les minerais, les bestiaux, la chaux et autres mar*
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- chandises auxquelles on fait attendre quelquefois plusieurs jours les wagons qui doivent les transporter.
- D’autre part, l’usage commence à se répandre en France, comme il existe depuis longtemps en Angleterre et en Allemagne, pour éviter cet inconvénient, d’avoir des wagons à soi. Mais c’est une assez grosse dépense de faire construire un matériel de wagons, si simple qu’il puisse être. 11 arrive tantôt des mortes-saisons où ce matériel reste inactif; puis, les affaires reprenant avec plus de vigueur, il devient tout à coup insuffisant. A moins d’avoir un service parfaitement régulier, on se trouve devant cette difficulté d’immobiliser un capital excessil ou trop restreint. Seules les houillères, les grandes forges, les brasseries (dont on petit voir les wagons blancs dans la gare de l’Est et du Nord), et d’autres industries importantes dont les arrivages sont réguliers, peuvent se donner ce luxe.
- Mais combien d’autres industries, à transports intermittents, le trouvent trop onéreux!
- i Toutes ces raisons ont donné naissance à la Compagnie auxiliaire des chemins de ferf qui a eu justement pour but de remédier à cet état de choses, tout en faisant pour elle-même des bénéfices qui la rémunèrent de ses avances.
- Nous n’avons pas à nous occuper dans ce livre des combinaisons financières sur lesquelles repose cette Compagnie. L’idée industrielle nous parait juste, et son développement nous sourit.
- Avant d’entrer dans la description des bâtiments, parcs, ateliers, outillage de l’établissement de Saint-Ouen, nous avons cependant à insister sur les conséquences considérables d’une telle institution au point de vue national. Les événements de 1870 sont encore trop près de nous pour qu’il ne soit pas resté dans notre esprit le souvenir cruel de la pénurie de notre matériel roulant, et du désordre causé dans le service de nos voies ferrées par les réquisitions de wagons circulant sans discernement d’un service dans un autre, tantôt abandonnés sur les voies ou encombrant les gares, tantôt, et le plus souvent, faisant absolument défaut.
- Les Allemands, qui depuis longtemps combinaient cette
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- campagne, avaient enrégimenté leurs wagons, et quand, par hasard, on traversait la Prusse, on pouvait voir sur des voies de garage — où Ton peut les voir encore du reste, surtout vers la Silésie, — de longues files de wagons rouges, sur lesquels de gros chiffres jaunes indiquent le nombre d’hommes ou de chevaux qu’iis peuvent contenir au besoin, ainsi que le numéro de leur immatriculation. Après la guerre, on a essayé d’imiter cette organisation, en mettant aussi sur les caisses tant d’hommes, tant’de chevaux, et l’on a cru naïvement que cela suffisait. Mais, en admettant que l’onjréquisitionne aux Compagnies tous les wagons portant ce belliqueux numérotage, avec quoi amènera-t-on au corps d’armée transporté tout ce que la guerre moderne exige : munitions et provisions de toutes sortes, que les perfectionnements de l’art de la guerre et les habitudes de confortable rendent indispensables aux militaires modernes?
- Et comment donc, pendant ce temps-là, les civils se procureront-ils les denrées nécessaires à leur existence et les matériaux utiles à la confection même des objets pour le service des troupes? Là, comme toujours, les moyens d’exécution manquent absolument.
- On fera bien sur le papier un projet de mobilisation tout à fait admirable, mais, à en croire des comptes qui paraissent exacts, il faudrait d’abord et avant tout environ soixante-dix mille wagons pour mobiliser quinze corps d’armée. Or, quand on aura pris 70,000 wagons aux Compagnies, que res-
- tera-t-il?
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- Il avait été question de faire un grand établissement de wagon-nepie militaire de l’État, une sorte de Yernon pour trains de chemins de fer. Mais70,000wagons, coûtant environ2,600francs pièce, représentent près de deux cents millions, dépense qu’il serait bien difficile de dissimuler aux Chambres, si l’on voulait que l’Europe l’ignorât.
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- La création d’un pareil établissement rendrait cependant les plus grands services en temps de paix comme en temps de guerre.
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- 11 serait à souhaiter qu’on s’en occupât activement, ou bien que la Compagnie auxiliaire se développât suffisamment pour réaliser cet utile programme.
- En temps de paix, les 70,000 wagons qu’elle posséderait seraient mis à la disposition du commerce, de l’industrie et des Compagnies de chemins de fer ; ils formeraient comme une sorte de grenier d’abondance de wagons où chacun pourrait venir puiser.
- En temps de guerre, la défense nationale trouverait dans ces parcs les ressources nécessaires pour mobiliser rapidement quinze corps d’armée, sans porter préjudice aux transactions générales du pays.
- Ici intervient, suivant nous, le rôle véritablement normal du parc de Saint-Ouen. Aussi, malgré ses dix kilomètres de voies déjà existantes et les dix autres kilomètres de voies projetées sur des terrains déjà acquis, il me parait insuffisant.
- Combien d’autres Saint-Ouen ne faudrait-il pas pour accomplir le gigantesque programme que se sont imposé les fondateurs de la Compagnie auxiliaire des chemins de fer !
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- Le parc et les ateliers de la Société sont à Saint-Ouen. Une
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- longue rue traverse les 125,000 mètres de terrain qu’ils comprennent. Cette rue, partant de la route de la Révolte, va jusqu’à la Seine. A droite est le parc aux wagons, sur lequel dix mille mètres de voie sont parallèlement disposés; ces dix mille mètres de voie peuvent mettre en gare 1,500 wagons au moins. L’enclos a 580 mètres de long sur 75 mètres de large ; dix-neuf voies de 555 mètres chacune en couvrent le sol. La manœuvre en est facilitée par une voie médiane perpendiculaire sur laquelle circule une sorte de chariot à vapeur qui apporte les wagons, et que nous décrirons plus loin.
- La rue centrale, dite rue Lamonta, qui conduit à la Seine, est bordée d’arbres de chaque côté sur 660 mètres de long et 12 de large. L’enclos de droite est séparé de la rivière par des
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- bâtiments particuliers et un jardin. L’enclos de gauche est bordé par un chemin de halage et s’étend sur une longueur de 660 mètres et une largeur médiane de 210 mètres. Le tout est
- relié au chemin de fer du Nord par le chemin de fer des docks,
- dont les installations bordent le parc au nord. Au centre de l’enclos de gauche s’élèvent les ateliers de construction ou de réparation.
- Ces ateliers offrent au premier abord un bon aspect industriel. Trois grandes halles de cent mètres de long, et dont la largeur pour deux d’entre elles atteint 35 mètres, sont aussi claires, aussi bien disposées qu’il est possibte~de le désirer pour l’usage qu’elles ont à remplir. Une disposition hardie a fait réunir en façade, en les portant sur colonnes de fonte, les bâtiments d’administration, salles de dessins, etc. Au-dessous a été ménagée la loge du surveillant qui constate la sortie et la rentrée des ouvriers.
- Forgerons, mécaniciens, menuisiers, ajusteurs, peintres, etc., à nombre variable, mais toujours important, ont besoin d’une surveillance sérieuse, car leur temps est précieux, aussi bien que celui de l’outillage qu’ils sont appelés à utiliser.
- La grande halle de droite est de beaucoup la plus intéressante. La première partie, qui n’offre pas de séparations, est consacrée aux outils à travailler le bois pris dans les magasins de la Compagnie ou fournis par un intermédiaire auquel on donne commission de rassembler toutes les sortes, sapin, chêne ou autre bois, calculés pour une fourniture de mille wagons, par exemple, comme la Compagnie vient d’en soumissionner une pour les chemins de fer de l’État.
- Dans cette halle sont dressés tous les outils à bois inventés et exécutés dans les meilleures maisons de cette spécialité , comme Grafenstadt, Arbey, etc. Des scies à bois en grume, des scies à cylindres et à madriers, des perceuses, des raboteuses et des mor-taiseuses de toutes tailles et de tous modèles ; des scies à rubans, des toupies, des machines à tenons (système Bricogne), une machine à fraiser les brancards, rien n’y manque, pas même la lumière électrique.
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- Là se débitent et se mettent en œuvre toutes les pièces de bois qui constituent la caisse d’un wagon.
- Faisant suite sans séparations à la halle des machines à bois et disposée sur toute la longueur de l’atelier, une série de machines à fer venant comme les machines à bois de chez les fournisseurs spéciaux. Les voici dans leur ordre de place : des petites machines à percer, de robustes machines à poinçonner du système à bielle, des machines à tarauder,'de très-belles machines à scier les longerons. Une d’entre elles mérite une mention spéciale. Elle porte deux appareils conjugués de façon que pendant que l’une des scies circulaires-met à la longueur les fers à T qui constituent le brancard, l’ouvrier peut en même temps préparer le brancard qui sera tranché par l’autre scie. Cette machine, très-solidement construite, très-bien combinée, rappelle absolument les dispositions des machines à faucher ou à moissonner, anglaises ou américaines.
- Puis viennent les fraiseuses, toute la famille des tours, grands et petits, des mortaiseuses, les machines à rafraîchir les fusées et/ à rainer les essiêux, et enfin le grand tour à roues; latéralement, les meules à émeri du système Denis Poulot, dont on se sert tellement aujourd’hui, mais en face desquelles j’hésite toujours à séjourner; et de l’autre côté, une presse hydraulique à caler les roues.
- Le long de cet atelier de machines s’étend, à droite, un grand espace pour l’ajustage et le montage des brancards; à gauche, séparé par une cloison et bordant la cour intérieure, le magasin général des pièces détachées, bien nombreuses et bien diverses, parmi lesquelles dominent les boulons,, écrous, pièces de boîtes et tout ce qu’il faut pour assembler le train et la caisse d’un wagon. Ce magasin général montre par sa bonne tenue que dans tout l’établissement règne cet esprit d’ordre strict que l’on ne saurait trop exagérer en industrie, et surtout dans une usine de la nature de celle que nous décrivons aujourd’hui.
- Latéralement à la halle des machines à fer et séparé par des cloisons est l’atelier de forges, qui comprend tout ce qu’il
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- faut pour le dressage des pièces de wagon; pilon simple de 1,200 kilogrammes, puis pilon de 500 à double effet.
- Deux rangs de forges et d’enclumes; des étaux à chaud, une grue mobile portant avec facilité les pièces depuis le four à embattre jusqu’au bassin à refroidir et aux grosses enclumes. A l’autre extrémité, près du pilon de 1,200, un four à réchauffer, bien installé, assez grand pour qu’on y puisse assembler et mettre en lopins les paquets de rognures ou de riblons que l’on soude ensuite au pilon. Le tout est mû par une machine à vapeur de 80 à 100 chevaux de force, construite par M. Verdier, de Marseille. Cette machine à double effeLest intéressante par ses dispositions, mais, à notre avis, un peu trop construite en machine marine, c’est-à-dire qu’elle est un peu trop ramassée, et que la manivelle de la bielle nous semble un peu courte.
- De ce premier atelier sortent toutes les pièces de fonte, de bronze,t de fer, d’acier et de bois qui composent un wagon à marchandises. La Compagnie auxiliaire des chemins de fer n’a pas encore jugé à propos de construire des wagons de voyageurs. Et cependant, on sait de quelle utilité serait le renouvellement du matériel roulant, dans lequel le public français est si déplorablement charroyé aujourd’hui. Quelques wagons du Nord et de l’Orléans seuls sont tolérables pour les petits parcours; mais combien ils sont encore loin de la perfection, même relative, que pourraient leur donner la science et l’industrie!
- Il y a bien eu quelques tentatives d’amélioration obtenues depuis 1878, telles que la double suspension du train sur les essieux et de la caisse sur le train, interposition des tampons en caoutchouc, et tout cc qu’on a essayé pour atténuer la trépidation, si pénible quand elle se prolonge au delà de quelques heures. Mais les dispositions intérieures de la caisse sont encore bien défectueuses en France. En Allemagne, quelques installations sont bien conçues, comme celles des chemins de fer de Silésie, du Berg-Marsch, du Leipzig-Francfort, où l’on peut, à la rigueur, passer une nuit assez confortablement. Les Compagnies de chemins de fer devraient cepen-
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- dant bien comprendre qu’un déplacement ne doit pas être une corvée, une cause de fatigue et de maladie. C’est principalement la nuit que les hommes occupés voyagent. Si le bon aménagement du wagon leur assurait pour le lendemain la sécurité de leur santé entièrè, ils n’hésiteraient pas à aller traiter au loin leurs affaires, et le trafic des marchandises, si justement prisé par les actionnaires, s’en accroîtrait* d’autant.
- Que de choses échappent au trafic parce qu’elles demeurent inconnues des acheteurs! Combien, au contraire, ont été livrées à l’industrie internationale parce que le hasard d’un voyage les a fait apprécier ! Si donc les Compagnies veulent augmenter leur trafic, il faut qu’elles commencent par faciliter le déplacement des acheteurs et des vendeurs.
- Rien qu’en combinant les améliorations déjà imaginées dans les pays de l’Europe ou du Nouveau Monde, on arriverait à établir un wagon qui répondrait déjà bien mieux que les tombereaux actuels aux convenances des voyageurs.
- Donc, jusqu’à présent, la Compagnie auxiliaire des chemins de fer be fait que des wagons de marchandises de trois modèles. L’un, le plus simple, ce qu’on appelle plate-forme, c’est-à-dire un fond avec quatre bords, qui sert à transporter les pierres de taille, les grosses pièces de fer, les harasses des verriers et des céramistes, les voitures, les bois en grumes ou en madriers, les tonneaux, tout ce qui est d’un fort poids, et tout ce qui ne craint pas les injures du temps.
- Le second modèle, dit wagon à charbon, a la caisse plus
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- élevée. Il est destiné, en général, au transport des houilles et corps analogues au point de vue physique : les pommes, les sables, les briquettes ; au besoin, on peut mettre sur les deux premiers types des bâches.
- Enfin, le type si connu du wagon clos à coulisses, dans lequel on enferme les grains, les farines, tout ce qui peut souffrir du contact avec l’atmosphère, et tout ce qui est assez précieux pour tenter les voleurs.
- Ces derniers sont plus compliqués, à cause de la caisse de bois, de la glissière de la porte à coulisses, mais tous se com-
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- posent invariablement d’un train formé de deux essieux, portant chacun deux roues dont l’extrémité tourne dans une boite, par l’intermédiaire de laquelle ils sont réunis à un système de ressorts qui les joignent avec un cadre composé de quatre longueurs, coupés dans des fers à double T.
- On avait essayé de supprimer les ressorts, mais les secousses étaient si dures que certaines marchandises se brisaient, les autres se déplaçaient, et finalement on fut forcé de revenir à leur emploi.
- Les caisses, quelle que soit leur hauteur, sont en bois de chêne et de sapin, reliés et fortifiés par des pièces de fer. Les boites sont garnies de paliers de bronze et de porte-mèches.
- On rassemble toutes ces pièces dans un grand atelier, dit atelier de montage, parallèle au premier, et qui s’étend comme lui sur cent mètres en long et trente-cinq en largeur. Des voies y sont disposées en assez grand nombre pour que l’on y puisse assembler ou remiser à l’abri au besoin 400 wagons.
- L’atelier de montage est bordé par une double voie perpendiculaire aux voies de l’atelier; sur cette double voie circule un chariot assez laid d’aspect, mais fort commode. Ce chariot se meut sur les deux voies à la fois; les roues sont des galets fort bas.
- Les essieux de devant portent une plate-forme à rails disposés de manière à continuer les voies de l’atelier de montage, c’est-à-dire perpendiculairement à la marche du chariot. Derrière est une machine à vapeur qui, en agissant comme locomo-bile, entraîne le chariot en face de la voie ferrée sur laquelle se trouve le wagon assemblé qu’on désire faire passer dans un atelier également parallèle et également de même longueur, et pourvu de voies ferrées, où le wagon doit aller se faire peindre et vernir.
- Arrivée en face du wagon, la machine à vapeur du chariot change d’usage, elle cesse d’être locomobile et devient machine fixe. On l’embraye sur la manivelle d’un treuil, portant un câble terminé par un crochet. On porte le crochet jusqu’au
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- wagon quil saisit, le treuil tourne, le câble s’y enroule, et amène le wagon sur la plate-forme.
- S’il y a de la place dans l’atelier de peinture sur la voie directement correspondante à celle de l’atelier de montage, le wagon ne fait que traverser la plate-forme; mais, si l’on veut le transporter sur une autre voie, le chariot redevient locomobile et entraîne le wagon jusqu’en face de la voie désignée.
- Il en est de même lorsque, après avoir été convenablement peinte et mise en état de service, la voiture doit être transportée dans le parc aux wagons. Le chariot à vapeur vient le reprendre, lui fait traveTsér la rue Lamonta, et l’apporte convenable-ment sur une des voies du parc.
- Cet établissement, comme on le voit, parfaitement bien aménagé , peut confectionner plus de ^,000 wagons par an ; la Compagnie possède aujourd’hui près de 3,000 wagons, dont un grand nombre ont été confectionnés dans les ateliers de Saint-Ouen.
- Quand, la location étant terminée, le wagon revient au bercail' il est scrupuleusement visité aussi bien dans ses œuvres vives que dans sa caisse. Quelques-uns n’ont besoin que de quelques raccords de peinture et d’un vigoureux époussetage. D’autres ont été moins heureux, quelques panneaux de bois ont reçu de fortes atteintes ou des marchandises qu’ils ont transportées, ou de leurs voisins.
- D’autres fois ce sont des pièces de fer ou de fonte qui ont été atteintes plus ou moins sérieusement. Quand c’est delà fonte, on prend dans le magasin une pièce analogue et on remplace la pièce avariée. Quand c’est du fer, on le porte à la forge, on le redresse et on le replace.
- La peinture vient couvrir la réparation, puis le wagon rentre au parc aussi bien en état que le jour où il y avait été reçu pour la première fois.
- L’exemple a été donné par la fabrication et F usage des machines agricoles, qui, exposées à des avaries continuelles, se recomposent non moins continuellement par des pièces de rechange sagement emmagasinées à l’avance, si bien qu’au
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- bout de quelques années on peut toujours avoir la même faucheuse et la même moissonneuse, sans qu’il y reste une seule pièce de la machine primitive. Cette perpétuelle remise à neuf est le plus économique des procédés. On fait ainsi servir les voitures sans inutile perte de temps, tandis qu’on voit dans les gares des grandes Compagnies de pauvres wagons écloppés attendant une réparation si longue à venir qu’ils se détériorent chaque jour et qu’à la fin il vaut mieux souvent les fondre tout à fait que d’espérer encore en tirer parti.
- Depuis deux ans seulement que la Compagnie est fondée, on rencontre déjà sur toutes nos lignes des wagons bien entretenus portant le nom de la Société. La Compagnie d’Orléans à elle seule en emploie 1200, nous dit-on. Le Nord, l’Ouest, le Paris-Lyon-Méditerranée, les chemins de fer de l’État s’en servent et s’en serviraient encore davantage, s’il y en avait un plus grand nombre de construits. Les petits chemins de fer régionaux ont trouvé là un excellent moyen de ne pas immobiliser leurs trop rares capitaux. L’industrie, comme les Houillères d’Anzin, de Lens, de Liévin, de Béthune, de Carvin, etc., etc., etc., en tirent un excellent parti.
- Dans le projet et le plan qui m’ont été communiqués aux bureaux de Saint-Ouen, j’ai vu figurer des maisons ouvrières.
- Mais je ne puis approuver l’emplacement choisi tel qu’il est figuré sur les plans. Il serait bien mieux d’utiliser une partie du terrain du côté de la route de la Révolte en établissant tout de suite un réfectoire qui délivrerait les ouvriers de Saint-Ouen des exigences forcément usuraires des cabarets voisins et leur assurerait une nourriture saine et relativement peu coûteuse.
- Je trouve louable le sentiment qui porte un chef d’usine à tranquilliser les collaborateurs du côté de leur existence matérielle.
- Par ce temps de renchérissement et de falsifications, c’est un devoir et en même temps une habileté de se préoccuper de la nourriture des siens. M. Adolphe Jappy évaluait à 20 pour 100 d’augmentation du salaire son organisation ouvrière qui garantissait la santé et la bourse de son personnel. Il serait
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- sage également d’acheter, s’il est possible, une partie des terrains environnants du côté de la rivière.
- Ils serviraient, sinon à augmenter le parc, au moins à offrir de petites maisons avec jardinets pour les contre-maîtres et les vétérans d’atelier, cadre indispensable à toute entreprise - industrielle.
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- Avec le développement probable de l’établissement de Saint-Ouen, il faut préparer la nourriture et le logement de plus de mille personnes. Sans cela on n’aurait que des travailleurs de passage, qui ne font que troubler le premier noyau d’ouvriers habiles qu’il est si difficile de former.
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- Saint-Ouen est le pionnier des établissements que la Compa gnie auxiliaire des chemins de fer sera forcée de construire : car l’idée sur laquelle elle s’appuie est si juste, qu’il faudrait de bien grandes fautes dans l’administration industrielle, pour qu’elle nese développât pas beaucoup plus que les fondateurs eux-mêmes n’en avaient eu l’idée à l’origine.
- Une chose cependant importante pour son développement aussi bien que pour les facilités du trafic de toutes les Compagnies de chemins de fer, serait l’adoption d’un modèle commun à toutes les lignes, quant aux dimensions et formes du train, dans le matériel roulant.
- On ne saurait croire combien ces trains diffèrent de Compagnie à Compagnie et souvent dans une même Compagnie. On s’est beaucoup moqué de certains pays qui, pour empêcher les wagons des autres de pénétrer chez eux, ont augmenté ou diminué l’écartement des rails, de manière à forcer, à la frontière, un transbordement de marchandises aussi long qu’onéreux.
- En F rance, on diffère par les wagons, sinon par la voie, ce qui a le même résultat. Ne serait-il pas temps que cette faute disparût dans une régularisation exigée par le Ministère des
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- travaux publics et la Commission supérieure des chemins de fer?
- La longueur des essieux, la forme des boîtes devrainet être absolument uniformes; la hauteur des tampons au-dessus du sol devrait être identique.
- Chez certaines Compagnies, l'oubli de cette dernière précaution est vraiment choquant à l'œil et menaçant pour la sécurité ; même dans les trains à voyageurs, bien souvent il arrivé que les tampons touchent à peine par un quart de cercle, tandis que les tiges qui portent le tampon devraient, d'un bout à l'autre du train, former le prolongement exact l’une de l'autre. Je m’étonne qu’il n’en soit pas déjà résulté des accidents graves.
- Une autre innovation qui serait bien utile pour la tranquillité des constructeurs et la sécurité du public, ce serait l'établissement d’un banc d’épreuve officiel pour les essieux, comme il y en a un pour les canons de fusil.
- Toutes ces réformes sont trop nécessaires pour qu’elles ne se fassent pas naturellement dans un temps donné. On en arrivera même à établir des gabarrits communs pour tous les pays du continent européen, et il faut que ce soit le plus tôt possible, car des quantités d’objets fabriqués et de matières premières s’échangent sans cesse d’un pays à l’autre. Quelques-unes,
- comme la houille et les grains, sont de première nécessité, et
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- il est vraiment trop absurde que ces réformes soient encore à faire.
- Même en laissant de côté les éventualités funestes de la guerre, la Compagnie auxiliaire des chemins de fer doit, lorsque ces dernières difficultés auront été écartées, rendre à l’industrie privée en temps de paix des services aussi appréciables que ceux quelle rendra en temps de guerre à l’État. Une réserve commune de wagons à marchandises est indispensable, non-seulement pour la France, où il faut tout de suite établir des parcs nationaux dans tous les centres de grand trafic, mais encore desservir la Belgique, les pays limitrophes, la Suisse, FItalie, l’Autriche, la Hongrie, l’Espagne, etc.; en Un mot, dans tous les pays où le matériel fait défaut pour nos relations internationales.
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- La Compagnie auxiliaire des chemins de fer sera l’utile complément de l’outillage industriel moderne en s’étendant ainsi jusque chez nos voisins. Au besoin, la France, un jour donné, trouvera dans cette organisation de précieuses ressources.
- Quand le monde était divisé en châtellenies et en provinces, il y avait des sentiers; quand les royaumes et les empires eurent fait un tout de ces fractions d’État, les routes concentrèrent toute l’attention des politiques.
- Aujourd’hui, avec les voies ferrées, il y a l’Europe, et le cosmopolitisme professionnel s’impose.
- TYPOGBAPHIE DE E. PLON ET Cie, S, RUE GARANClÈRE.
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- ÉTABLISSEMENTS
- DE LA_
- COMPAGNIE FRANÇAISE
- DES CHOCOLATS ET DES THÉS TROIS USINES
- PARIS, LONDRES ET STRASBOURG.
- ANCIENNE MAISON PELLETIER
- FONDÉE EN 1770 PAR H. DUTHU.
- La Compagnie française des chocolats et des thés est un exemple frappant des modifications profondes que, depuis cent ans, ont subies les habitudes commerciales. Son histoire est celle de beaucoup d’industries qui, d’abord restreintes et concentrées dans quelques mains, se sont développées et étendues à un tel point, que l’intelligence et les ressources d’une seule personne n’ont plus été suffisantes, et qu’il a fallu la force de l’association pour créer les installations nécessaires à la satisfaction des besoins croissants.
- Parmi les matières alimentaires, le chocolat est un des produits dont l’usage s’est le plus développé. 11 possède cette qualité précieuse de résister aux altérations que le temps amène, d’être facilement emmagasiné et transporté, et de renfermer dans.sa composition, sous une forme aisément assimilable, les éléments hydro-carburés et azotés qui constituent un aliment complet. Il possède également l’arome dont notre savant professeur Payen faisait tant de cas lorsqu’il nous expliquait que si les matières huileuses et amylacées servent à échauffer la machine humaine par leur combustion, si les matières azotées
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- ATELIERS DE BROYAGE DES CH0#.ATS DE LA COMPAGNIE FRANÇAISE
- Usines de Paris, Igndres et Strasbourg.
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- servent à reconstituer les molécules de notre être physique, l’arome, lui, les empêche de se désagréger. Et par cela même, disait-il, si l’arome ne nourrit pas, « il empêche le corps de se dénourrir ». C’est ce qui explique l’usage des matières aromatiques telles que le coca, le thé, le café, le cacao, etc., d’abord dans les pays où ils croissent, puis dans ceux où on les
- importe.
- Nous ne reviendrons pas sur l’introduction en France du cacao et du chocolat, qui eut immédiatement parmi ses partisans Anne d!Autriche, puis madame de Maintenon et les Jésuites, et par suite les classes nobles ou simplement aisées du xvme siècle.
- Déjà en 1770, un pharmacien de première classe nommé Duthu était établi au 56 de la rue Saint-Denis, et à la tête de six ouvriers, fabriquait vingt-cinq à trente livres de chocolat par jour pour fournir à l’aristocratie du temps; il le vendait de six à huit francs la livre. Il prétendait que seul un pharmacien de première classe pouvait prendre les méticuleuses précautions qu’exige cette composition. Très-difficile sur le choix de ses ouvriers, qu’il voulait propres, soigneux, et qu’il lui fallait robustes, il leur faisait broyer à chacun par jour de cinq à six livres de matières. M. Duthu admirait et respectait tellement son produit qu’il proclamait indigne de l’acheter ceux qui ne possédaient pas une casserole d’argent afin de l’hydrater et une cuiller de même métal pour le remuer (a).
- M. Pelletier, père de MM. Eugène et Auguste Pelletier, fondateurs de la Compagnie française, acquit de Lhœst, en 1827, la maison Duthu, y installa des machines, à l’exemple de son
- (a) M. Duthu ne voulut transmettre sa maison qu’à un pharmacien de première classe comme lui, M. André Lhœst. Ses soins de fabrication et ses minuties bien connues fixèrent la réputation de la maison, bien qu’elle eût à souffrir du blocus continental qui, pendant quelque temps, priva la France de denrées coloniales. A la fin du premier Empire, les matières dont on avait été privé furent l’objet d’une vogue d’autant plus vive. La consommation qui, vers la fin du dix-huitième siècle, était représentée par 300,000 livres de cacao, commença à s’élever assez pour que la fabrication à la main devint insuffisante.
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- oncle François Pelletier, dit Pelletier rAméricain (a), dont il se flattait volontiers d'être l’élève.
- Pour conserver la réputation que M. Duthu avait acquise à sa marque, tout en augmentant considérablement la quantité des produits fabriqués, il fallait composer des engins mécaniques pour exécuter aussi minutieusement que les anciens aides-pharmaciens du fondateur de la maison, les nettoyage, triage, torréfaction, broyage, manipulation et dressage qui lui avaient attiré la faveur du public.
- Persévérant dans ces premiers essais, M. Pelletier père créa ou perfectionna presque tous les appareils qui fonctionnent aujourd’hui dans l’usine de la Compagnie française et dans toutes les usines de France et de l’étranger, sous les noms de moulin Pelletier, concasseur, malaxeur, pastilleur, etc. La maison de la rue Saint-Denis prospéra, et dans toutes les expositions reçut les plus hautes récompenses.
- Soixante-treize ans après sa fondation, c’est-à-dire en 1855, M. Eugène Pelletier, se rendant compte de la puissance que donnerait à la maison de commerce une application judicieuse du mouvement coopératif, favorablement accueilli à cette époque, à la suite du succès des pionniers de Rochdale et des banques populaires de Schultz-Delitsch, fonda la Compagnie française avec la collaboration de son frère Auguste Pelletier, le directeur actuel.
- Ils avaient appris, par de nombreux voyages en province, combien il est difficile aux fabricants en gros qui ne peuvent se mettre directement en rapport avec le consommateur à moins de recourir à une publicité considérable, d’intéresser les débitants au détail, qui sont leurs intermédiaires obligés, à la vente de tel ou tel produit en particulier. Le chocolat principalement, à
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- (a) François Pelletier avait eu l’honneur de suivre Lafayette en Amérique lors de la guerre de l’Indépendance. Lorsqu’il revint en France, il fut le premier qui, en 1819, offrit aux yeux du public, dans la chocolaterie qu’il exploitait au coin de la rue Neuve des Petits-Champs et de la rue Richelieu, sous cette enseigne alors célèbre : A l’Américain, une pompe à vapeur de la force de quatre chevaux et du prix de 80,000 francs, qui écrasait le cacao sur des tables en granit avec des rouleaux exécutant des mouvements analogues à ceux du travail à la main.
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- cause de l’extrême concurrence dont il est l’objet, subissait ou des plus-values ou des rabais nuisibles à la prospérité des fabriques.
- De ces débitants, il parut possible à M. Pelletier « de faire, par.l’association, des coopérateurs productifs et dévoués à une entreprise dont ils deviendraient les copropriétaires, et dans les bénéfices de laquelle ils participeraient proportionnellement à leur apport et à leur coopération (a)
- Au début de la société, en 1854, il y avait 500 marchands associés; en 1861,1,000; en 1869,1,500. C’est à cette époque que, mis hors concours, M. Eugène Pelletier, décoré de la Légion d’honneur en 1868, céda la direction générale de la Compagnie française à son frère et collaborateur M. Auguste Pelletier. A cette date, les affaires de la Compagnie française avaient déjà atteint 1,250,000 francs.
- (a) Suivant les statuts publiés en mai 1853, le fonds social était fixé à la somme de 1,500,000 francs, représenté par 3,000 parts d’intérêts ou actions au capital de 500 francs.
- Ces 3,000 actions étaient divisées en deux catégories; toutes étaient nominatives. La première catégorie comprenait 1,400 actions affectées aux capitalistes; elles pouvaient être souscrites par toutes.personnes. •
- » La deuxième catégorie en comprenait 1,600 qui ne pouvaient être souscrites que par des commerçants débitants de chocolat. C’étaient les parts d’intérêts destinées aux actionnaires coopérateurs, les seuls véritables sociétaires. Les actionnaires marchands ne souscrivaient qu’une promesse d’action, dont le montant devait être versé par cinquièmes et en temps déterminé, et sur avis donné par le gérant.
- « Chaque action porte intérêt à 5 pour 100 et donne droit à une part dans le dividende, qu’elle soit de la première ou de la seconde catégorie. L’intérêt est payé à tous les actionnaires au prorata. »
- Ainsi, la Compagnie française des chocolats et des thés se trouvait composée de deux éléments différents : le travail-commerce et le capital. Celui-ci, représenté par 1,400 actions qui furent promptement libérées, disparut dès 1864, parle remboursement avec prime de ces actions (ces actions de 500 francs furent remboursées à 600 francs), et la Compagnie ne compta plus, dès lors, que des coopérateurs directement obligés de concourir au succès de ses affaires. Elle avait fait de ses clients des associés, en leur délivrant, pour ainsi dire gratuitement, une action de 500 francs, productive d’un intérêt annuel et d’un dividende s’élevant ensemble à plus de 20 pour 100.
- En retour de cet avantage, la Compagnie n’exige de la part de ses associés marchands que l’engagement de vendre de préférence et aux prix marqués les produits qu’elle fabrique. Les actions qui leur sont remises sont libérées sans qu’ils aient à délier leur bourse, par la simple retenue, jusqu’à concurrence de 500 francs, des dividendes et des bonifications qui leur sont accordés.
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- En 1867, elles avaient atteint 1,200,000 francs.
- En 1865, — — 660,000 —
- En 1854, — — * 454,000 —
- En 1853, — — 300,000 —
- Si l’on compare ces chiffres avec la production de l’ancienne maison qui arrivait à grand’peine à fabriquer 490 livres de chocolat par jour en 1859 et 100 livres en 1819, on voit combien ce commerce s’était déjà accru.
- Sous la direction de M. Auguste Pelletier :
- « La vente en 1870 dépassa 2,000,000 de francs.
- « En 1881, elle atteint 8,500,000. »
- Il est vrai qu’aujourd’hui elle s’étend non-seulement sur la France, mais encore sur l’Angleterre et sur l’Allemagne, et que ce n’est plus 1,500 marchands associés, mais bien 5,750 collaborateurs que compte maintenant la Compagnie française.
- Diverses circonstances ont déterminé, presque contraint M. Auguste Pelletier à passer la frontière après la guerre de 1870. Ne consentant pas à renoncer à la nombreuse clien tèle qu’il avait en Alsace, préoccupé des accroissements de l’impôt sur le sucre et sur le cacao, ainsi que des droits de douane, il créa en 1872 à Strasbourg une société semblale à la sienne; cette société acheta successivement deux moulins sur Pille, dans lesquels une force hydraulique de 90 chevaux met en mouvement tous les engins les plus perfectionnés, en tous points semblables à ceux de la grande usine que la Compagnie possède à Paris, rue Saint-Ambroise, et qui fournissent quotidiennement le chocolat livré à la consommation par les 750 coopérateurs de l’Allemagne. Dans ce pays, imbu des idées d’association, la propagande pour les idées coopératives a été très-favorablement accueillie; il n’en a pas été de même en Angleterre, où les lois sur la responsabilité individuelle sont d’une extrême rigueur. Là, le nombre des associés ne s’est accru que lentement, mais la vente des produits fabriqués y est tellement considérable que, pour ne citer qu’un seul article, les chocolats à la crème, par exemple, s’y fabriquent quotidiennement par 1,000 kilogrammes et se commandent non à la livre ni
- au kilogramme, mais à la tonne. Ces produits, accessoires en
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- France, sont très-goûtés des Anglais, qui ont pris l’habitude de grignoter toute la journée, en faisant leurs affaires, les produits de la Compagnie française, enfermés en de petites boîtes qui tiennent facilement dans là poche. Cette création de l’usine de Londres, à Bermondsey-New-Road, dans le sud-est de la ville, n’a pas été sans difficulté, et il a fallu toute la persistante énergie de M. Auguste Pelletier pour la mener à bien.
- " A force d’études et d’efforts, M. Alexandre Stoffel, le directeur actuel, a fini, en combinant le goût des Anglais (a) avec le nôtre et en leur présentant ses produits sous la forme, le fractionnement et les enjolivements qu’ils désirent, par triompher de toutes les difficultés; si bien qu’aujôurd’hui, non-seulement la consommation quotidienne est très-abondante pour les desserts et les soirées, mais encore il n’y a plus de Christmas-boxes un peu élégants sans le secours de la Compagnie française.
- Mais il a fallu, pour toutes les manœuvres professionnelles à apporter en Angleterre, amener à la fois les ouvriers français et leur matériel.
- L’usine de la Société mère est à Paris, rue Saint-Ambroise; c’est une grande et belle usine, industriellement combinée pour que la surveillance s’y exerce facilement et que les opérations successives s’y exécutent avec le matériel le plus parfait. Les ateliers sont spacieux, aérés, clairs. Les matières employées viennent des meilleures provenances : Caraque, Guayaquil, Trinité, Maragnan. Les nettoyage et triage à la main et à la machine sont plus complets, plus minutieux que ne pouvaient l’être ceux de M. Duthu. Le sucre de betterave y est interdit, le sucre de canne seul y trouve accès ; toute la fabrication est conduite de manière à le dessécher, ainsi que le cacao, assez complètement pour que toute trace d’eau en disparaisse. Le marbre et le granit ne laissent dans la pâte aucune trace métal-
- (a) Les consommateurs anglais sont loin d’avoir le même goût que les nôtres, et n’arrivent que graduellement à percevoir la finesse de nos parfums légers. Habitués à l’énergie du cayenne, du gingembre et des composés chimiques extraits de la houille avec lesquels ils aromatisent ordinairement leurs drops, leurs losanges et autres créations de leur barbare confiserie, ils n’ont pas adopté d’abord nos fondants exquis et nos productions d’un arôme si délicat.
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- lique; des rafraichisseurs d’un système nouveau permettent de travailler même en été. Et les produits qui sortent du dressage pnt bien ce ton brun uniforme, sans veine ni marbrure, ce beau poli qui dénote une fabrication soignée.
- Il se fait rue Saint-Ambroise une fabrication particulière dont nous n’avons pas eu l’occasion de parler dans nos publications précédentes : c’est la production corrélative du beurre de cacao et du cacao en poudre. Autrefois, pour obtenir le beurre de cacao, on écrasait la fève de cacao, on faisait bouillir à grande eau, onécumait après refroidissement la partie huileuse, et on jetait le reste, perdant ainsi 80 pour 10D de la matière utile qui contient justement les corps azotés, amylacés et aromatiques.
- M. Pelletier a supprimé l’ébullition de l’eau : dans un moulin de son invention, à meule horizontale, il triture le cacao jusqu’à l’état de pâte liquide, qu’il soumet à une pression exactement semblable au traitement des sésames et des arachides, pour l’extraction de l’huile. Par une action énergique de la presse hydraulique dans une étuve, on extrait le beurre de cacao à l’état liquide et on obtient un tourteau tellement desséché que sa pulvérisation s’opère ensuite facilement sous un galet.
- Le cacao en poudre est vendu aux consommateurs dont l’estomac est rebelle à la digestion du chocolat ; ses propriétés nutritives sont moindres, mais il conserve cependant l’arome et le goût agréable du chocolat.
- M. Pelletier a pu ainsi abaisser notablement le prix du beurre de cacao, et rendre à la consommation d’excellents aliments autrefois perdus.
- La Compagnie française fait un grand commerce de thés, qu’elle vend en boîtes coniques de fer-blanc de contenance variant de 10 à 100 tasses, et dont le couvercle sert de mesure.
- Cette combinaison, de plus en plus goûtée à mesure qu’on la connaît davantage, assure la conservation à l’état sain de cette feuille précieuse si facilement altérable. Ceux qui font usage du thé savent avec quelle facilité son tissu végétal se charge des odeurs et des saveurs qui l’atteignent. 11 faut donc le préserver de tout voisinage dangereux. La mise en boîtes coniques à
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- tion de la maison, on peut être assuré de la nouveauté constante de la provenance.
- Les quantités de thés ainsi vendues annuellement s’élèvent à 250,000 boîtes, représentant plus de 12 millions de tasses.
- Les quantités de chocolats, de cacao en poudre, de beurre de cacao, de bonbons et autres produits divers, s’élèvent dans les trois maisons de Paris, Londres et Strasbourg à 10,000 kilos par jour; leur fabrication occupe plus de 500 ouvriers, et constitue un mouvement d’affaires annuel de 8,500,000 francs.
- Ce chiffre élevé prouve victorieusement la prospérité de la
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- Compagnie française, et la supériorité de la méthode commerciale adoptée par son fondateur.
- Cependant, le directeur actuel de la Compagnie, loin de vouloir s’en tenir à ces résultats, se préoccupe justement des moyens d’augmenter encore l’importance de l’établissement
- industriel que nous avons décrit.
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- Si M. Auguste Pelletier, chargé par la chambre syndicale de la chocolaterie de soutenir auprès du gouvernement le dégrèvement des cacaos, réussit à obtenir, sinon le retour aux droits de 30 francs par 100 kilos perçus avant 1870, au moins l’unification des droits du sucre et du cacao (a), un accroissement considérable de la consommation du chocolat, et par conséquent de la production, s’ensuivra ; tout le monde, le Trésor même, y trouvera son compte/ .
- Pour répondre à des besoins nouveaux, M. Auguste Pelletier étudie en ce moment une combinaison financière nouvelle, telle qu’elle lui permettra de faire participer la Compagnie française aux bénéfices de cette mesure fiscale, et d’appeler en même temps tout le monde à profiter des avantages de l’association, tout en sauvegardant les intérêts de ses coopérateurs-mar-chands, auxquels il doit des succès si brillants.
- (a) Cette demande, déjà portée à la Chambre des députés, sous forme d’amendement, par MM. Cantagrel, Villain, Lebaudy, dans la séance du 18 avril 1880, sera certainement représentée et favorablement accueillie par la prochaine législature.
- PARIS. TYPOGRAPHIE DE E. PLON ET Cie, 8, RUE GARANCIERE.
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- MAGASINS : BOULEVARD DE STRASBOURG, 37
- PARIS
- La France est aujourd’hui, non-seulement pour les matières premières, mais surtout pour les produits fabriqués, le plus gros fournisseur de parfumerie du monde entier. Ses champs de fleurs des départements du Yar et des Alpes-Maritimes fournissent à l’univers les essences au géranium, au jasmin, à l’œillet, à la verveine et autres parfums légers que nos fleurs et nos plantes aromatiques dégagent si purs et si délicats.
- De grandes maisons parisiennes, parmi lesquelles la fabrique de parfumerie qui porte encore le nom de son véritable fondateur Édouard Pinaud, et qui est dirigée aujourd’hui par MM. Émile Meyer et Cie, après avoir transformé les matières premières françaises, ainsi que les racines d’Italie, de l’Orient et des Antilles, les extraits, les résines, les baumes et les produits végétaux et animaux de toutes les parties du monde, les revendent en quantités énormes en France et à l’étranger. Seule l’exportation en consomme plus de trois millions cinq cents kilogrammes, dont un quart en savon, un quart en marchandises alcoolisées, et moitié en marchandises diverses. La parfumerie proprement dite a été puissamment aidée dans son développement par le goût et l’élégance qui rehaussent la valeur de ses produits : graveurs, décorateurs, fabricants de porcelaine, de cristaux, de cartonnage, s’ingénient sans cesse à composer pour les leur offrir les plus attrayantes enveloppes.
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- MM. Meyer et Cie, à eux seuls, ont atteint cette année une vente de 5,500,000 francs, pouvant se décomposer ainsi :
- Savons de toilette, 1,000,000;
- Parfums de toutes sortes, 2,500,000, sur lesquels la France compte pour 1,200,000;
- L’étranger et colonies, pour 2,300,000 francs.
- En 1878, la production n’était que de 2,500,000 francs; en 1868, les affaires atteignaient au plus 2,000,000. Lorsqu’au l*r janvier 1840, M. Pinaud acheta la maison à M. Legrand, successeur de son fondateur, M. Besançon, la Corbeille fleurie ne faisait alors en parfumerie commune que 136,000 francs.
- Cet accroissement considérable est dû aux efforts constants avec lesquels MM. Pinaud et Meyer surent modifier la qualité des produits de la Corbeille fleurie et habituer leur clientèle, par la perfection de plus en plus grande et la finesse des objets livrés, à en accepter l’élévation de prix, tout en en augmentant la consommation.
- On croit généralement et à tort que l’industrie de la parfumerie est simple et facile, et peut s’exercer avec un petit capital et dans un local restreint. C’est une erreur. Cette industrie, au contraire, est une des plus compliquées, des plus difficiles, et celle qui, par la nécessité où le fabricant se trouve de conserver certains corps pour les améliorer, demande relativement le stock le plus cher de marchandises, les caves et celliers les plus vastes, et pour le séchage et paquetage des produits, les ateliers les plus étendus. C’est donc bel et bien une grande usine que l’établissement de Pantin, où MM. Meyer et Gie conservent et élaborent leurs produits.
- Les matières premières y entrent dans une grande cour centrale, d’où elles sont dirigées, les unes dans les sous-sols, comme les alcools, les racines, les bois, lesestagnons remplis de matières grasses, résultats de Y enfleurage, etc., les autres en des salles
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- au premier étage, comme les infusions et les extraits qui se bonifient par l’âge.
- Dans les caves sont encore les magasins aux savons et les alcools chargés de parfums, contenus dans de grands tonlü&^ix, et qui, semblables aux meilleures eaux-de-vie, doivent pendant plusieurs années se mûrir en quelque sorte avant d’être employés.
- Ces grands stoks judicieusement formés avec les années et l’expérience ont été pour beaucoup dans la prospérité de la maison de MM. Meyer et Cie, au point de vue industriel d’abord, puis au point de vue commercial. Car, au nombre des matières employées en parfumerie, quelques-unes sont de prix extrêmement variables.
- L’alcool, qui joua.un très-grand rôle dans toutes les opérations de la parfumerie, doit être naturellement aussi pur que possible et de goût neutre ; il faut qu’il soit débarrassé non-seulement de toute odeur, mais de toute essence et de toute trace de corps étrangers. À Pantin, on se sert d’alcools de grains, sortant de l’usine de M. Springer, à Alfort. C’est avec l’alcool que l’on reprend aux graisses les parfums qu’elles ont elles-mêmes pris aux fleurs par l’enfleurage. Les graisses parfumées et l’alcool sont placés dans des cylindres verticaux où ils sont brassés et agités jusqu’à ce que l’alcool ait enlevé aux graisses toutes leurs qualités odorantes.
- L’alcool parfumé retourne dans les caves pour y attendre qu’on l’emploie.
- Une autre manière de parfumer l’alcool est de le charger par macération du parfum contenu dans les racines, ou bien par une sorte de distillation des bois ou des plantes, de tout tissu végétal quelconque.
- Les bois sont d’abord mis en copeaux par une machine absolument semblable à celle que nous avons décrite dans la livraison consacrée à la teinturerie de Clichy. C’est un grand disque, armé de lames qui, en tournant verticalement, découpent la matière ligneuse qui doit passer dans un autre appareil destiné à la mettre en poudre. Jusque dans ces derniers temps, on se servait, pour pulvériser, de pilons à cames retombant dans des
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- traités. L’iris, par exemple, dont il s’emploie des quantités con
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- sidéra blés en parfumerie, et dont la maison Pinaud fait grand usage, était absolument détérioré par le choc du pilon.
- Divers systèmes de broyage ont été essayés. C’est l’invention de M. Yapart qui a le mieux réussi.
- Je n’aurais jamais cru, quant à moi, que le broyeur Yapart pût être utilisé pour des corps fibreux comme le santal et la racine d’iris. On m’avait bien dit, lors de l’Exposition, qu’il était employé pour réduire en poudre les feuilles de rose; mais je l’avais cru difficilement. Chez MM. Meyer, j’ai été forcé d’avouer qu’il fonctionnait à merveille, surtout depuis qu’ils ont ajouté à la partie inférieure une boîte qui supprime toute poussière et toute déperdition. Avec le Vapart, il n’y a plus à craindre la décomposition moléculaire qui modifiait tellement la composition atomique du corps pulvérisé (a) ; car dans cet appareil il n’y a ni écrasement entre deux surfaces, ni frottement.
- Outre la bonne exécution, le Yapart offre encore une économie considérable, puisque M. Beleys, avec lequel je faisais la visite de l’usine, me disait que cette économie pouvait être évaluée de 10 à 2. En effet, pivotant dans un plan parallèle à la terre, il exige peu de force et est mis en mouvement par un simple disque à friction.
- Deux parfums fondamentaux, le musc et la civette, sans lesquels il est difficile de préparer un grand nombre d’autres parfums auxquels ils servent de bases pour leur donner la consistance qui leur manque, sont dans la maison même traités et mis en extrait, dont une seule goutte servira plus tard à rendre odorants des litres de parfums. Ces espèces de parfums, auxquels on peut joindre l’ambre gris, sont de la nature des parfums fixes et adhérents qui s’attachent aux vêtements, à la barbe, aux cheveux, et persistent quand la plupart des autres odeurs ont depuis longtemps disparu.
- L’accumulation ou stock de ces trois corps réduits à l’état d’extraits par d’intéressantes préparations, représente sous un petit volume des sommes importantes et constitue une des richesses de l’établissement Meyer. Il faut savoir les acquérir
- (a) Tout le inonde sait que par le pilonage le sucre se transforme en amidon.
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- quand il s'en trouve sur le marché, car ils ne se produisent pas par la culture, et deviennent de plus en plus rares.
- La civette est un petit carnassier, gris moucheté, ressemblant un peu au furet, que Ton conserve dans une cage en bois, dans laquelle on l’irrite pour lui faire produire en plus grande quantité, dit-on, une hypersécrétion qui se forme dans une poche placée près de l’anus de l’animal et même sur tout le corps. Cette sécrétion pâteuse est d’une odeur forte et nauséabonde, lorsqu’on la flaire sur de grandes quantités. Mais très-étendue et surtout mêlée à d’autres parfums, on en tire un très-bon parti.
- Le musc est la sécrétion contenue dans une petite poche sous le ventre d’un bouquetin, que l’on trouve à partir du lac Baïkal jusque dans le nord de la Chine, où il est perpétuellement chassé. 11 arrive en Europe sous l’aspect d’une petite vessie à couleurs, et doit, avant d’être employé, être retiré delà poche où il s’était formé. MM. Meyer ont établi pour cette opération des appareils où l’alcool, arrivant d’une grande hauteur, dissout ainsi, bien plus rapidement qu’autrefois, les précieuses molécules qui s’y accumulent à l’état d’infusion alcoolique.
- La nature de l’ambre gris est beaucoup moins définie. C’est une sorte de matière bitumineuse que l’on récolte sur les côtes d’Afrique, surtout du côté de la mer Rouge et jusqu’au Cap, dans les Bermudes et autres îles de l’océan Pacifique. On le rencontre aussi sur les côtés de la Chine, du Japon, et même dans la mer d’Irlande. Quelques auteurs attribuent sa production à la baleine et au cachalot, dans les intestins desquels il se produirait comme des calculs biliaires dans certaines maladies de foie. Robert Boyle croit au contraire que l’ambre gris est d’origine végétale et se trouverait dans l’estomac des poissons, parce que ces animaux avalent tout ce qu’ils rencontrent. Cette matière, si recherchée dans tout l’Orient, tend à disparaître, car la parfumerie l’achète à des prix qui dépasseut quelquefois plusieurs milliers de francs le kilogramme. C’est toujours à l’état d’infusion alcoolique qu’on le conserve chez MM. Meyer.
- Ces parfums ne sont pas présentés au public tels qu’ils sont
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- conservés sur les rayons du riche cellier qui les contient. Les formes qu’ils revêtent le plus fréquemment sont celles des extraits concentrés pour le mouchoir et des eaux de toilette. Viennent ensuite les savons fins, dont les ateliers de préparation et de confection occupent à l’usine de Pantin une très-grande place.
- Ces savons, la plupart d’un grand prix, puisque certains d’entre eux n’arrivent pas au consommateur à moins de 2 fr. 50
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- Savonnerie.
- le pain de 100 grammes, se font avec des soins infinis. Le chel d’atelier chargé de la direction de cette partie de l’usine est un véritable artiste, préoccupé constamment d’améliorer sa fabrication. Le savon de toilette est un oléate de soude comme les autres (voir l’usine Arnavon), mais la matière grasse et la soude sont choisies de telle manière qu’elles n’apportent aucune perturbation dans la perfection future des savons. Les soudes viennent de l’usine de Salyndre, et les matières grasses varient. Les ressences sont proscrites, et les graisses animales toujours fraîches ne viennent que des meilleures maisons. La résine ny figure que pour les sortes de qualité tout à fait commune.
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- Quatre belles cuves, presque aussi grandes que les cuves marseillaises, tiennent le milieu du hall. Le chef d’atelier a renoncé à l’usage de la vapeur pour fondre la pâte. Il est revenu au feu nu dont il est plus le maître. En effet, la source de vapeur n’étant pas absolument sous ses ordres, puisqu’elle sert également au moteur et aux tuyaux des séchoirs, n’est pas pour lui d’une fidélité suffisante, tandis que les foyers à feux nus lui obéissent entièrement.
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- Machines à travailler le savon fin.
- C’est dans ces cuves que l’on mélange les lessives de soude avec les huiles d’olive, de palme ou les graisses, le plus souvent obtenues dans la maison même, en fondant à la vapeur les rognons venant le jour même des abattoirs et ayant été préalablement écrasés entre deux cylindres armés de grosses dents.
- Pendant la saponification, au lieu d’enlever les eaux mères par un robinet presque toujours insuffisant, et retenant des matières qui s’y putréfient, on les aspire avec de longs tuyaux, et c’est ainsi qu’on épine la cuite.
- Lorsque la saponification est terminée, on met le savon dans
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- des caisses qui se composent d’un fond garni de tôle autour duquel s’élèvent quatre joues de bois, de façon à former une caisse que l’on démonte lorsque le savon est devenu assez consistant pour former une masse solide cubique.
- Cette masse est découpée en barres qui vont, sur les planches de casiers garnissant de vastes caves, se dessécher lentement.
- Il est rare qu’on parfume le savon en mise. Cette exception ne se produit que lorsqu’on fait un mélange pouf utiliser les rognures et restes de toutes sortes. Ce savon de premier jet est blanc et ne doit, s’il est absolument réussi, avoir aucune odeur. Pour le transformer en savon de toilette, il va subir un -certain nombre d’opérations dans un très-joli atelier où sont disposées une série d’ingénieuses machines qui le mettent en état d’être empaqueté.
- D’abord on place les barres carrées sur une glissière qui les amène à un plateau vertical armé de quatre lames, sous le tranchant desquelles elles sont divisées en copeaux.
- Les copeaux sont mis dans une grande auge en pierre du Jura,, fort lisse. Là on les injecte de matières colorantes, on les parfume par divers procédés et on les brasse de façon à les répartir le plus également possible dans la masse. Ainsi colorés et parfumés, ils passent d’abord entre trois cylindres de granit, à mouvements différentiels, qui les entraînent et les aplatissent en une véritable toile; de là, dans un second laminoir où, à la sortie, cette toile est découpée en petites lanières, à peu près
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- comme de la petite lazagne.
- En cet état, le savon est jeté dans une cuvette métallique pivotant sur elle-même, où il rencontre les quatre lames cintrées d’un découpoir énergique. De ce découpoir, il passe dans une presse à double filière, la première à petits trous coniques, la seconde ayant le profil que devra conserver le savon. Au sortir de la seconde filière, la pâte moulée s’allonge, portée par une toile sans fin, qui l’entraîne jusqu’au point où une guillotine la sépare du reste en boudins d’un mètre environ.
- Ces boudins sont découpés en pains au moyen d’un fil en boyau tordu, et remis à des ouvriers qui les présentent à une
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- étampe, leur donnent la forme définitive et les poinçonnent de leur marque propre et de celle de la maison.
- On les dispose dans de vastes séchoirs, sur les rayons desquels ils séjournent jusqu’à dessiccation complète.
- Outre les savons de toilette de grande consommation, il se fait encore divers savons spéciaux, tels que les savons transparents, mode anglaise assez peu prisée à Paris, mais très-recherchés dans les colonies anglo-saxonnes. Ce sont tout simplement des savons de soude ordinaires que l’on met en copeaux pour les dissoudre dans une quantité suffisante d’alcool.
- La dissolution, colorée presque toujours en jaune et parfumée, se verse dans des moules métalliques, le plus souvent globulaires, et après dessiccation dans une étuve donne un savon franchement transparent.
- Lés savons spéciaux pour bains doivent leur légèreté à un battage qui en écarte les molécules à l’état de mousse épaisse, fixée en barres, par un passage à l’étuve.
- L’habitude de porter la barbe diminue beaucoup la production des savons spéciaux dont la mousse adoucit le passage du rasoir. Cependant, on prépare à Pantin, par quantités importantes, une sorte de savon en pâte nacrée, pour les personnes qui se rasent encore. C’est un savon à base de potasse épurée, auquel un tour de main, très-difficile à réussir, donne l’apparence nacrée que l’on recherche.
- A côté des savons qui forment une des grosses branches de la maison Meyer et Cie, toute la série des autres produits de la parfumerie vient prendre sa place. Ce sont d’abord les pommades, que l’on continue à vendre en quantités considérables, bien que l’usage des faux cheveux se prête mal à leur emploi.
- Les cosmétiques, dont les bâtons moulés sont composés de cire d’abeille et de graisse parfumée. On ne saurait croire combien de milliers de grosses s’en expédient de Pantin.
- Il en est de même des pommades hongroises pour cirer les moustaches, des brillantines pour lustrer la barbe, des glycérines parfumées pour assouplir la peau et en guérir les gerçures, auxquelles on peut encore ajouter les huiles odorantes, les
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- laits ou émulsions, et les pâtes, dans lesquelles l’amande joue un rôle dominant; et enfin les cold-creams, cire blanche et huile d’amandes douces, invention moderne, mais déjà bien répandue.
- Les eaux de toilette fournissent encore un tonnage considérable, bien que quelques gouttes suffisent pour parfumer de grandes quantités d’eau naturelle. Les personnes habituées à ce complément de toute toilette élégante en usent tous les ans une notable provision.
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- Salle des extraits.
- Ces eaux de toilette sont à base d’alcool, et donnent le plus souvent une apparence laiteuse qui est due à la mise en liberté des principes solides dissous dans ce liquide.
- Une autre sorte, à base acétique, remplit le même objet, sous le nom de vinaigre de toilette.
- La poudre de riz, la poudre d’iris, les poudres à sachets, les papiers odorants et autres [matières sèches à odeurs durables, sont encore l’objet d’un grand commerce.
- Les extraits pour le mouchoir pourraient être appelés les parfums proprement dits; [car, renfermés dans des flacons à
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- l’émeri, ils contiennent dans un petit volume Todeur concentrée dont quelques gouttes suffisent pour imprégner non-seulement le mouchoir, mais encore toute la toilette et la personne elle-même.
- Une particularité semble réserver à la France et surtout à Paris le commerce presque exclusif de ces extraits. Elle ‘est due à la difficulté pour les autres pays de se procurer des flacons à l’émeri, les ouvriers fabriquant cette sorte de fermeture étant
- Mise en flacons et pliage.
- jaloux de conserver le secret de leur art, et ne formant d’apprentis que dans leurs propres familles.
- M. Meyer s’est toujours refusé à donner de l’extension au commerce des eaux de teinture pour les cheveux et la barbe, dont la fabrication nécessite l’emploi de réactifs chimiques dan -gereux; il a proscrit les couleurs d’aniline et les dérivés de la houille, et par surcroît de précaution, il a attaché à sa maison le docteur Debay, qui a la surveillance des corps entrant dans la composition des produits.
- Tout en utilisant, comme nous l’avons vu, tous les parfums
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- connus, la maison a tenu à se spécialiser par la préparation particulière de certains d’entre eux, et principalement de la violette de Parme, de l’ylang-ylang, de l’opoponax et de l’ixora (jasmin de Madagascar), la plus suave et la meilleure des essences exotiques.
- On peut se faire une idée du mouvement véritablement énorme de l’usine de Pantin en considérant qu’elle produit annuellement 150,000 kilogrammes de savon; qu’elle consomme :
- Alcool . ...................................... 120,000 litres.
- Huile parfumée et graisse enfleurée de Grasse . . 30,000 —
- Huile d’olive et autres........................ 25,000 —
- Graisse pour savons . ......................... 105,000 kilogrammes.
- Les bouilleurs à vapeur ne consomment pas moins de 400,000 kilogrammes de charbon, et enfin la maison paye à la régie et à l’octroi 65,000 francs de droits.
- Avec une telle force productive et sa perfection reconnue, la maison a naturellement obtenu de toutes les expositions de Paris, de Londres, de Vienne et même du Chili les plus hautes récompenses. Ses institutions philanthropiques dont bénéficie un personnel de deux cents ouvriers et ouvrières, tant à Paris qu’à Pantin, méritent une mention particulière.
- Pour conserver et accroître encore, s’il était possible, la réputation justement acquise par la supériorité de ses produits, la maison de MM. Meyer et Çie a depuis longtemps compris qu’il n’était pas de meilleur moyen à employer que de s’attacher un personnel d’ouvriers et d’ouvrières parfaitement au courant des procédés techniques et des habitudes du travail de la parfumerie de luxe. De cette façon seulement, la continuité dans les opérations industrielles, si nécessaire au progrès de toute industrie, si difficile à obtenir dans un temps où les
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- ouvriers sont volontiers nomades, pouvait être aisément réalisée.
- Pour atteindre ce but, un seul moyen se présentait, tout indiqué par l’expérience : c’était d’associer dans une certaine mesure et d’une façon progressive les ouvriers aux patrons, en les admettant, proportionnellement à leur capacité productive, à participer aux bénéfices de l’entreprise à laquelle ils collaborent. Restait à trouver la combinaison financière la plus capable d’amener ce résultat. MM. Meyer se sont arrêtés aux dispositions suivantes, qui offrent l’incontestable avantage d’assurer aux ouvriers qui se fixent dans la maison un capital suffisant pour les mettre à l’abri non-seulement de la misère, mais du besoin, après un nombre d’années de service déterminé :
- « Toute ouvrière, tout ouvrier, employé à la fabrique durant cinq années consécutives, reçoit à titre de gratification, à la fin de chaque année subséquente cinquante francs en un livret de la caisse d’épargne.
- « Pour les années qui suivent ce laps de temps de cinq ans, cette gratification est portée à cent francs.
- « Enfin, chaque période.quinquennale, jusqu’à vingt ans inclusivement, amène une augmentation de cinquante francs. ®
- En résumé, MM. Meyer et G'” allouent à leurs ouvriers :
- Après et à partir de 5 années consécutives de travail à leur fabrique, une gratification annuelle de 50 francs.
- — 10 — — — 100 —
- — 15 — — — 150 —
- — 20 — — — 200 —
- Limite d’accroissement (1)
- Les livrets de caisse d’épargne, ainsi composés de versements successifs, dus entièrement à la libéralité de la maison Meyer, nullement prélevés — il importe de le faire observer — sur le salaire des ouvriers et des ouvrières — sont pourtant laissés à la disposition de ces derniers. Mais comme on s’est donné pour but de les obliger à l’épargne, de leur former ce fonds de réserve, si nécessaire dans les cas de maladie, d’infirmités et
- (1) Extrait du règlement d’intérieur de la fabrique de parfumerie de Pantiu.
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- de vieillesse, de leur constituer enfin un capital de retraite, on n’a point voulu qu’ils pussent toucher à cette réserve, et l’une des clauses les plus sages du règlement porte que « l’ouvrier est tenu de conserver intacts le livret ou les titres à lui remis, sous peine de suppression ultérieure de sa gratification. »
- Grâce à cette précaution dont nous approuvons absolument l’esprit, le titulaire du livret de la caisse d’épargne, bénéficiant des allocations annuelles qui lui sont accordées, successivement additionnées et grossies des intérêts composés accumulés, se trouve être :
- Au bout de 35 ans de travail, possesseur d’un capital de francs. 8,440
- 40 - — ............. . 11,877
- 45 — — ............. . 16,263
- 50 — — . . . ......... 21,862
- Ainsi, un apprenti entré à l’âge de quinze ans dans la fabrique de MM. Meyer et Cie devient, en prenant sa retraite à l’âge de soixante-cinq ans, possesseur en toute propriété d’un capital de 21,862 fr., produisant 1098 fr., de rente, suffisants pour lui permettre de vivre honorablement.
- Ces mesures ont pour effet d’attacher à l’usine de Pantin un nombre toujours plus grand d’ouvriers et d’ouvrières, désireux de profiter des conditions rémunératrices offertes et sagement réglées par la maison. L’établissement de M. Meyer trouve dans l'habileté de son personnel une garantie de plus pour l’exécution irréprochable de ses produits de parfumerie fine.
- La grande majorité des industriels auraient, selon nous, un sérieux intérêt à suivre, dans une mesure aussi large que possible , l’exemple qui leur est ainsi donné par la maison Meyer, et s’honoreraient en même temps par une œuvre éminemment utile.
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- TARIS. TVPOCRAnJlE DE E. PLON ET C‘% RLE CARANC1ÈRE, S.
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- FORGES D’IYRY
- Il n’y a pas de résidus, disait M. Payen dans ses cours du Conservatoire.
- Le grand savant voulait dire par cet axiome que ce qui est considéré comme résidus par une industrie est presque toujours utilisable par une autre et peut servir de matières premières pour une fabrication nouvelle.
- Paris, producteur de résidus s’il en fut, est par cela même la source la plus féconde en engrais, en chiffons, en riblons ; on ne peut se figurer ce qu’on ramasse tous les jours de serrures cassées, de fer usé, de cercles de roues, de barres tordues, d’essieux faussés, de boulons, de clous, et c’est là seulement le petit riblon, le riblon de hasard, car il y a au-dessus le riblon d’artillerie, de chemin de fer et de constructions métalliques.
- Riblons qui embarrassent les cours et qui finiraient par rouiller et disparaître, s’ils n’étaient pasr ecueillis et employés, et il y en a comme cela pour plus de soixante-dix mille tonnes annuellement, sans compter ce qui se perd et ce que la rouille dévore inutilement. Enfin le riblon neuf, déchets, ébarbures, flans découpés qui restent après le laminage et l’estampage, riblons qui valent, suivant qualité, de quarante à cent francs la tonne.
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- L’idée toute naturelle d’utiliser ces résidus précieux a été appliquée depuis longtemps.
- Certaines forges placées dans de bonnes conditions de transport en achètent. Deux ou trois petites usines à proximité de Paris, et notamment les forges d’Athis, s’adonnaient à faire du fer neuf avec de vieux fers et obtenaient des résultats rémunérateurs.
- C’est dans ces usines que fit son apprentissage la famille Coûtant, qui vers 1844 fonda à Ivry un établissement similaire. Cet établissement par sa position même aux portes de. Paris prit rapidement un développement considérable, et actuellement l’ensemble des ateliers n’occupe pas moins de 35,000 mètres.
- Un groupe financier a acquis le 1er janvier 1881 l’ensemble de tous les établissements connus déjà sous le nom de forges d’Ivry, et a constitué la société anonyme des forges, laminoirs et aciéries d’Ivry.
- En fondant un établissement sur le bord de là Seine, on recevait par bateau les houilles, et la différence sur le prix du transport de la houille se trouvait bien compensée, d’un côté par la proximité du riblon, de l’autre par celle de tous les industriels parisiens qui ont besoin de pièces de forge plus grosses que celles qu’ils peuvent produire chez eux dans leur petit établissement ; plus près également des ingénieurs et des mécaniciens résidant à Paris, qui dirigent des fabriques de wagons, de grandes carrosseries, des ateliers de construction en tout genre où souvent il est nécessaire d’avoir en quelques jours, même en quelques heures, une pièce importante et compliquée, dont on désire soi-même surveiller le martelage. Ce furent surtout les ateliers de construction de chemins de fer, les ingénieurs du matériel roulant ou fixe, qui comprirent les premiers l’importance d’avoir à leur proximité un semblable établissement.
- L’extension considérable qu’a prise, depuis une trentaine d’années, l’emploi du fer dans les constructions publiques et privées a été pour beaucoup dans la prospérité des forges d’Ivry.
- La situation, sous ce rapport, est parfaitement choisie ; outre
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- FORGES D’IVRY. 3
- les bateaux-omnibus de la Seine, les tramways, le chemin de 1er de ceinture, et même le chemin de 1er d’Orléans, amènent les clients ; la Seine approche la houille, et quant au riblon, il y a dans la cour de l’usine une bascule où vient perpétuellement se présenter ce que le vendeur apporte, absolument comme le grain vient se faire peser chez M. Darblay, aux grands moulins d’Essonne.
- Les entrepreneurs parisiens sont toujours pressés, les architectes ne leur donnent le plus souvent leurs mesures exactes qu’au dernier moment ; souvent aussi la fantaisie du propriétaire ou de son architecte exige certaines pièces en dehors des mesures et des formes courantes, et qu’il serait par conséquent impossible de trouver toutes faites dans les magasins à fer des forges éloignées de Paris. Il en résulte des correspondances ou des voyages onéreux comme argent et comme temps.
- Ivry répondait parfaitement à ces besoins pressés. Avec les fers nouveaux tirés du riblon revivifié, on put, tout en étirant au laminoir et pour le magasin les profils le plus souvent demandés, reproduire avec des cylindres spéciaux toutes les fantaisies plus ou moins heureuses des ingénieurs et des architectes.
- Mais cela ne suffisait pas encore : des clients plus pressés que les autres, ou bien trop incomplètement outillés pour utiliser rapidement et économiquement les fers laminés qui devaient, pour être employés, être forgés, taillés ou percés, MM. Coûtant, construisirent sur la rive droite de la route d’Ivry de grands ateliers de forge auxquels ils joignirent un outillage complet d’ébarbeuses, de mortaiseuses, de perçeuses et de raboteuses.
- En quelques jours, un entrepreneur de charpentes en fer, un constructeur de wagons recevait d’Ivry la pièce prête à être posée. Puis il fallut des tours, des taraudeuses et des meules; l’assortiment se compléta, et les serruriers parisiens n'eurent plus besoin de grossir leur propre outillage.
- La société actuelle ne pourra pas s’en tenir là. Il lui faudra forcément une petite fonderie de seconde fusion; peut-être aussi, pour certaines pièces qui demandent des fers de qua-
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- 1. Depot de Houilles. — 2. Laminoirs. — 3. Dépôt de Ferrailles. — 4. Direction. — 40is. Ecoles d'Apprentis. — 5 Bureaux.
- 6-6-6 Forges, Marteaux et Boulonnene. — 7-7-7. Machines motrices et Générateurs. — 8. Ateliers des Meules. — 9. Ateliers ues üéeoupoirs. 10-10-10 Ateliers d'Ajustage et Magasins. — 11. Fabrication des Fers à Cheval- — 12. Ecuries. — 13 Magasins.
- 14. Ateliers des Modèles et Charpentiers. — 15. Pompe à Incendie. — lo. Remise ues Cylindres.
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- lités déterminées, aura-t-elle besoin d’ateliers de puddelage.
- Il faut considérer en effet que la société nouvelle a trouvé dans la clientèle des chemins de fer français et de quelques compagnies étrangères une source de débouchés qui ne fait que s’accroître de jour en jour, en même temps que les ventes tiennent elles-mêmes la marche ascendante.
- .Le nombre des ouvriers a été, en moyenne, de 800, ce qui donne l’idée de l’importance accrue déjà par cette forge parisienne, basée sur l’utilisation des résidus.
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- Le procédé lé plus commode pour se rendre à Ivry est bien certainement de prendre le bateau-omnibus, rapides petites embarcations à vapeur dont le ponton d’accès se trouve justement sur le quai qui sert de port aux forges. On peut ainsi se rendre compte du mouvement commercial nouveau que la batellerie de la haute Seine donne depuis quelque temps à toute cette région.
- Sur ce quai débarquent les charbons arrivant par péniches des houillères du Pas-de-Calais, au prix moyen de 21 francs la tonne rendue à Ivry, dont l’administration, dans son intérêt bien calculé, ne fait venir que les meilleures sortes.
- Ainsi qu’on peut s’en rendre compte en examinant le plan (pages 4 et 5), les houilles débarquées sont immédiatement mises à l’abri dans de grands hangars (n° 1). Dans le même massif de bâtiments se trouve aussi le dépôt de ferrailles, où viennent s’entasser tous les ans près de 15,000 tonnes de riblon de toute nature nécessaire à une production de 12,000, car la revivification ne s’opère pas sans une perte d’environ 20 à 25 pourcent.
- Le triage de toutes ces ferrailles est déjà préparé par le
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- à
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- vendeur qui, lorsqu’il en a l’habitude, a opéré chez lui un premier classement, certaines sortes étant absolument refusées par Ivry. Les toiles minces, les fils de fer légers et autres débris analogues, compris sous le nom de platinages, sont refusés. On accepte cependant pour certains usages et pour combler les interstices des paquels la tournure de fer.
- Les toiles minces perforées, les toiles métalliques, les fils de fer placés dans les fours à réverbères prendraient feu et flamberaient en constituant un chauffage énergique, mais trop dispendieux.
- Le riblon que l’on accepte est, pour les fers ordinaires, divisé en vieux rails — gros bout ordinaire, — déchets de construction, ponts, charpentes, grande serrurerie, et en général toutes les industries usant de fers communs.
- Une autre division comprend, sous le nom de gros bouts de choix, tous les déchets venant des industries qui n’emploient que des fers de choix.
- Au premier rang sont les ferrailles de la marine, de l’artillerie, des compagnies de chemins de fer, des mécaniciens à bonnes marques. C’est l’aristocratie du riblon dont les morceaux, joints aux rognures des fers déjà revivifiés, forment ce que l’on pourrait appeler le sature des paquets.
- Les charrettes qui apportent les riblons destinés au paquetage viennent décharger leur contenu sous un hangar. Au centre a été pratiqué une sorte de quai, derrière lequel quatre compartiments, séparés par des cloisons en bois, reçoivent les différentes qualités.
- Rien n’est intéressant comme de voir un de ces arrivages. Dans le même chariot se trouvent pêle-mêle des écrous, des boulons, des rondelles, des fourches cassées, des socs de charrues, des serrures, des portes de fourneaux, des fers de roues, des vis, des maillons de chaînes, des crochets, des équerres, des gonds de portes, des chenets, des barres de foyers, des fers de chevaux, des broches de cuisine, des fusées d’essieux.
- Dans un coin de la cour couverte est le tas de la ferraille à remplissage, que des hommes armés de lourdes masses brisent
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- en fragments menus; là se trouvent aussi les tournures de fer.
- Pour la grosse ferraille, une grande cour s’étend derrière les ateliers des forges. Dans cette cour sont encore placées, unies par des transmissions de vapeur, des machines attelées à de nombreux et différents outils pour diviser, briser, casser tout le riblon provenant de grosses pièces. Un fort mouton désagrégé les parties de machines assemblées, que la cisaille à levier débitera ensuite. Ce même mouton casse les essieux, les bielles, les bandages de roues, les roues elles-mêmes.
- Dans cette cour, véritable ossuaire de l’industrie contemporaine, sont des tas de chaudières à vapeur, des pièces neuves manquées, des rails, des bandages de roues de charrettes, des objets en tôle provenant de diverses industries, tuyaux de locomotives, tuyaux de bateaux à vapeur, et jusqu’à des moules à pains de sucre.
- La place manque pour continuer cette énumération intéressante, mais qui comprend tout ce qui est débris de fer.
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- Derrière les compartiments de la halle de réception sont iis-posées les tables sur lesquelles s’opère le paquetage.
- Voici comment on procède : L’ouvrier commence par façonner des fragments de vieille tôle épaisse pour en établir une sorte de boite carrée, suivant un gabarit déterminé selon les usages auxquels sera destinée la loupe à obtenir du cinglage.
- Ce travail se fait entre deux doubles équerres, qui servent de guides.
- C’est au marteau et sur des enclumes spéciales que les ouvriers façonnent leur tôle. Ils remplissent ensuite la boîte avec des morceaux assortis, dont ils garnissent les vides en y glissant des menus. Toujours avec le marteau et l’enclume, ils font à leur boîte un couvercle en tôle, et ils lient le tout avec de
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- FORGES D IVRY. 9
- gros fils de fer. En ce moment, ce sont des fils de fer venant des rebuts de sommiers élastiques, ou des câbles en fer détordus.
- Quand le paquet est fait, l’ouvrier le porte à une bascule près de laquelle un contre-maître enregistre le poids. Certains ouvriers ont tellement l’habitude de leur travail qu’ils arrivent à composer leurs paquets d’une manière identique. D’autres, au contraire, varient quelquefois de plusieurs kilogrammes. Ainsi, le jour où j’ai visité l’usine, presque tous apportaient des paquets de 69 kilogrammes, sans variations. D’autres variaient de 55 à 64 kilogrammes ou de 58 à 62 kilogrammes.
- Lorsque le paquet est pesé, il est marqué au pinceau du numéro matricule de l’ouvrier.
- Une autre nature de paquet destiné surtout au laminage est ce que l’on appelle en terme de métier le fagotage; il se fait toujours par des procédés analogues, mais avec des morceaux droits ou redressés. Souvent ce sont des rognures de rails, de cornières, de fers à T, vendues par les ateliers de construction ou rognées dans les produits de l’usine même.
- Une forte cisaille à levier, enlevée par un moteur direct recevant une prise de vapeur des générateurs communs, découpe à la longueur voulue les bouts de barres, de rails, et autres pièces longues.
- Dans le fagotage, on se sert pour maintenir les morceaux plus petits, au lieu de tôles pliées, des fragments de cornières qui constituent les quatre arêtes du fagot; on les place d’abord régulièrement entre deux doubles équerres comme pour les paquets, équerres dont les dimensions varient beaucoup.
- De ces fagots, quelques-uns ne sont absolument composés que de fers parallèles; dans d’autres, comme dans les paquets, il entre aussi du remplissage plus ou moins gros. La ligature se fait de même, à peu près comme on lie les bottes de foin dans la botteleuse de foin de M. Guitton de Corbeil. s De place en place sont disposées des romaines à plateau qui guident l’ouvrier dans ses manœuvres et lui permettent de régler ses paquets ou ses fagots à un poids à peu près constant. | Des servants apportent aux ouvriers, dans un plateau nommé
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- Les laminoirs.
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- Ipoêle à deux poignées, les ferrailles de remplissage. Quant aux tôles et aux cornières, les paqueteurs les ont presque toujours disposées d’avance sur ou sous les établis.
- Cette organisation simple et très-bien réglée est logée dans le premier atelier construit par M. Coûtant père du côté de la rivière. Le service s’y fait régulièrement et rapidement. Les paquets et les fagots passent presque immédiatement aux fours.
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- Ce sont des fours à souder, à réverbères chauffés à la houille et à tirage naturel.
- Suivant l’usage auquel sont destinés les fers, la qualité qu’on tient à leur donner, ou la forme du paquet, la loupe, au sortir du four, est cinglée par un fort pilon de 1,800 kilos environ, ou bien va directement au laminoir.
- Quelques pièces sont exécutées directement par le pilon. Ainsi, par exemple, les tampons de wagon.
- Sous le marteau se trouve, au lieu d’enclume, une étampe, au centre de laquelle a été ménagé le logement de la grosse barre de fer ronde qui forme la tige. On fait chauffer la barre par l’une de ses extrémités, on l’enfonce dans le logement, en laissant émerger la partie rougie. Au même instant, des ouvriers armés de pinces arrachent du four à réverbère la loupe formée par le paquet rougi à blanc, et la placent sur la tige : on met en mouvement le pilon, qui frappe sur la loupe, l’aplatit et la façonne sur l’étampe, tout en soudant le disque du tampon avec la tige.
- Il n’y a plus qu’à enlever les ébarbures pour que la- pièce soit terminée; quelques coups du pilon suffisent pour ce martelage; pendant tout le temps de l’opération, un ouvrier a soin d’enlever avec un balai les impuretés que le cinglage fait
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- FORGES DIVRY. 13
- sortir de la loupe et ramène à la surface. Les étampes sont naturellement variées, suivant les différents modèles de tampons.
- Il n’y a guère que les tampons qui se fassent ainsi de premier jet. Les autres loupes qui sont soumises à son action sont corroyées d’abord par lui, et vont ensuite prendre leur forme aux laminoirs.
- Ceux-ci se composent d’un gros train, d’un train moyen et d’un petit mill. Le moteur des laminoirs est une machine de Cail de cent vingt chevaux, oscillante, analogue aux machines marines.
- Comme dans toutes les autres industries sidérurgiques, la loupe passe successivement dans une série de cylindres, dont les profils varient à l’infini, suivant la nature de la barre à produire.
- Les barres résultant du laminage, lorsqu’elles ne vont pas directement à la vente ou à la forge, mais doivent être rechauffées à nouveau et repasser au laminoir, sont découpées par une cisaille à soulèvement pareille à celle dont nous avons déjà parlé. Les cornières sont rognées à la dimension voulue par une guillotine excentrique et à double biseau qui tranche nettement à la longueur voulue.
- On pèse avec soin, d’un côté les fers acceptés, d’un autre les rognures, comme on fait du reste dans toutes les opérations de l’usine, quand les fers passent d’une équipe à une autre.
- Avant d’être envoyées au client ou au magasin, toutes ces pièces sont vérifiées, et lorsqu’elles présentent quelques défectuosités réparables, non dans leur qualité, mais dans leurs formes, elles sont redressées par des balanciers actionnés par des plateaux à friction, et dont le serrage est réglé au moyen d’une manivelle conduite par d’habiles dresseurs.
- Ici, la force est donnée par une machine indépendante, à laquelle la vapeur vient directement des bouilleurs. Cette méthode est appliquée à Ivry sur un grand nombre de points. Elle est avantageuse toutes les fois que les distances de transmission par courroie seraient trop étendues, et quand on a de
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- la vapeur à bon marché comme à Ivry, au moyen des chaudières verticales qui entourent la base des cheminées de fours.
- Il y a bien à Ivry des chaudières horizontales, mais elles sont simplement de secours, et comme leurs foyers sont alimentés par des escarbilles, la vapeur produite ne revient pas trop cher.
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- Comme nous l’avons dit plus haut, les jeux de cylindre sont nombreux à Ivry; les profils de dimensions courantes et les cylindres de préparation aux seconds passages sont rangés dans une cour attenant aux ateliers des laminoirs; ceux qui servent plus rarement sont rangés dans la partie droite de l’usine au nombre de 450 environ, sur une étendue de plus de 100 mètres. C’est le vrai trésor d’Ivry, accumulé par MM. Coûtant, pendant leur administration, pour pouvoir servir la clientèle dans le plus court délai possible, si elle ne trouve pas dans le magasin de vente les fers dont elle a besoin.
- Dans ce magasin, se trouvent des fers carrés, ronds et plats, aplatis en bandelettes, demi-ronds, des fers à maréchal ;
- Des feuillards, demi-feuillards, cercles, des fers dits larges-plats, de 17 à 40 centimètres : c’est ce qu’on appelle les fers marchands.
- Puis viennent les cornières à branches égales ou inégales, les fers à T simples ou doubles, les barreaux de grilles de foyer, les olives, les bandages de roues pour voitures, charrettes, omnibus, les hexagones réguliers et les rails de toutes dimensions et de tous modèles.
- Il y a en permanence dans ce magasin 400,000 à 500,000 kilogrammes de fers de toutes sortes, et la direction veille à ce qu’ils restent toujours bien assortis.
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- En dehors des fers courants, la production d’Ivry se compose de pièces à différents degrés d’avancement.
- Depuis quelques années, la méthode qui consiste à obtenir par le marteau-pilon ou le balancier des pièces ou des parties dé pièces aussi bien modelées que si elles avaient été coulées de fonte, a fait à Ivry de tels progrès que l’atelier des forges est occupé à façonner ainsi le fer à l’étampe par cinglage ou par pression autant et plus que par l’ancien martelage.
- Ce procédé a surtout de grands avantages lorsqu’une partie
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- de la pièce doit rester carrée ou ronde, telle que l’a faite le passage au laminoir ou un simple martelage, comme par exemple une poignée de barre d’aiguillage ou un levier de disque, un crochet d’attelage ou toute autre pièce de construction du matériel fixe et roulant des chemins de fer.
- En ce moment l’atelier des forges est aussi actif que celui de la revivification du fer et des laminoirs.
- Le premier pilon que l’on y trouve en entrant est d’environ 2,000 kilogrammes : il a été installé en 1869, et est desservi par une grue tournante à manivelle. Un four à réchauffer, dont le foyer s’ouvre en dehors de l’atelier, reçoit les loupes à cingler ou les pièces à façonner. Un chariot en fer vient chercher les pièces et les emporte sur les parquets où elles doivent être conduites pour s’y refroidir.
- Sept autres marteaux de 500 kilogrammes environ sont placés au centre des forges à main au nombre de quarante, sur l’enclume desquelles on prépare ou termine les pièces qui ne demandent pas l’effort du pilon. On y forge surtout les garnitures en fer des wagons, plaques de gardes, etc. Chaque équipe est naturellement abondamment fournie de son outillage
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- spécial, pelles en fer, ringards, crochets, marteaux, marteaux à trancher, étampes et porte-étampes : on peut évaluer h un
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- poids de 35,000 kilogrammes cet outillage spécial. Des bacs toujours pleins d’eau sont au service de chaque équipe.
- Au centre de l’atelier sont des outils remarquables par leur vigueur. L’un est une cisaille mue par un excentrique et qui reçoit sa force d’un petit moteur ji vapeur qui lui est directement attelé. Un lourd volant de cinq à six tonnes est posé sur son arbre, et le couteau est assez puissant pour, trancher avec aisance 80 millimètres carrés.
- L’autre outil carieux est un gigantesque balancier dont les plateaux de friction ont plus de 3 mètres de diamètre. La colonne de la vis a au moins 25 centimètres de diamètre dans la partie creuse des filets.
- Cet outil façonne les plus gros écrous d’un seul coup, ainsi que d’autres pièces de grand volume qu’il importe de façonner rapidement, à cause de leur volume même. Ce sont surtout des écrous hexagonaux à chapeau de 70 millimètres environ, frappés d’un coup de balancier.
- À côté est un petit pilon à un seul montant avec cylindre de valeur au-dessus; avec ce pilon, en forgeant les pièces, on leur donne une forme tout en les cinglant ; l’étampe inférieure est percée de trous, et l’étampe supérieure garnie de chevilles qui, en entrant dans les trous, servent de guide.
- Ce procédé de modelage au marteau est, comme nous l’avons dit, très-employé à Ivry : on donne ainsi aux pièces de fer une forme aussi déterminée que si elles étaient coulées de fonte, avec la solidité en plus.
- Un autre outil très-intéressant est une double poinçonneuse qui peut servir également de cisailles, avec poinçons adossés de chaque côté d’un même bâti; cette machine est presque aussi énergique que la grosse cisaille dont nous venons de parler.
- Deux autres marteaux-pilons de 1,500 kilogrammes et un de 500 kilogrammes se trouvent encore à la suite de l’atelier des forges, avec leur attirail de grues tournantes et autre outillage spécial ; d’autres marteaux plus petits à ressorts d’acier accompagnent la troupe des dix-sept gros pilons.
- Autour d’eux, comme autour des premiers, se retrouvent
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- les forges à main et les enclumes sur lesquelles on enlève, au marteau et à la tranche, le plus gros des ébarbures; mais c’est surtout à la meule que l’on termine ce travail de nettoyage.
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- Les plus grandes meules sont en grès rouge de Saverne de 2 mètres 30 centimètres de large sur 30 centimètres d’épaisseur. Les plus petites, destinées surtout à l’affûtage des outils, ont environ 1 mètre 20 centimètres.
- On ne saurait croire combien de choses peut faire un habile meuleur qui sait se servir de son outil.
- Le travail à la meule de grès est pénible. Il demande une très-grande force pour résister à la violente friction du grès. Les ouvriers sont obligés de s’ingénier de toutes manières pour accroître leurs moyens d’action ; ils vont même jusqu’à se faire des soutiens en rails assemblés d’équerre, leur servant d’appuis pour s’arc-bouter le corps entier.
- Tantôt ils tiennent la pièce avec une pince, d’autres fois un aide renforce l’action en appuyant sur la pièce des triques ou des pièces de bois de différentes formes.
- Quand la pièce est trop petite pour qu’on puisse la prendre à la main, on la fixe sur des morceaux de bois emmanchés par le milieu et sur lesquels l’ouvrier appuie des genoux et de la jambe avec des bottes en bois garnies de coussinets de paille ou de chiffons, et qui portent à la partie inférieure sur leurs énormes et solides sabots.
- Tout le corps de l’homme travaille, les mains, les pieds, les genoux, les cuisses, les reins.
- Ces ouvriers sont, en général, des Lorrains ou des Alsaciens, très-stables et d’une bonne conduite. Leur travail est un des mieux payés; ils gagnent bien leur vie, et quand ils sont raisonnables, ils peuvent se retirer avant que la maladie particulière à leur profession les force à l’abandonner.
- Les meules sont enveloppées dans des caisses de bois avec des
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- joues de tôle et des panneaux de couverture. Un courant d*eau continu imbibe la surface du grès et empêche le développement de la poussière. J’ai vu beaucoup d’ateliers de meules, mais j’en ai vu rarement d’aussi bien aménagés et de moins poussiéreux.
- Une des meilleures dispositions qui assurent le bon fonction-nèment de l’atelier, consiste dans le changement des plateaux latéraux aux meules à mesure que leur diamètre diminue par l’usure. On change également les poulies, en diminuant leur diamètre pour leur donner plus de vitesse.
- Dans le même atelier, nous voyons une meule en biseau pour l’affûtage des scies circulaires.
- A côté sont les meules inventées par M. Denis Poulot, et qui font un travail plus fin pour les pièces plus petites.
- Les meules de M. Denis Poulot sont composées avec un agglutinant dans lequel on ajoute par un mélange aussi intime que possible des quartz ou de l’émeri du Levant, en poudres de plus en plus fines suivant l’usage auquel les meules
- sont destinées.
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- Pour conduire à destination et pour dresser verticalement des meules de trois tonnes et demie environ, on s’est ingénié à combiner un chariot roulant sur la largeur entière de l’atelier. Le pont du chariot, formé de solides fers à T doubles, porte des poulies au moyen desquelles on soulève les meules.
- La marche en avant du pont s’obtient en actionnant, au moyen d’une poulie à gorge et d’une simple chaîne tombante, un arbre de transmission qui agit sur une des roues porteuses. Il en est de même pour actionner le petit chariot qui marche latéralement sur le pont, et aussi pour enlever les meules et les mettre verticales.
- Un seul homme peut faire avancer le pont, un seul homme peut faire avancer le chariot; mais il en faut trois pour enlever les meules, et il ne faut pas avoir les mains sensibles. L’ensemble de cet atelier prend sa force à la machine Corliss, par un câble sans fin de 50 mètres de portée glissant sur quatre poulies actionnées par une grande poulie à gorge de 2 mètres de diamètre. La transmission qui, delà machine Corliss, arrive au
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- centre de cette poulie, a elle-même déjà près de 50 mètres.
- Un petit chemin de fer dessert sur le plancher l’atelier des meules.
- À l'extrémité de l’atelier des forges, se trouvent les bancs où l’on tourne les cannelures des cylindres des laminoirs. C’est une opération délicate, qui n’est confiée qu’à des ouvriers expérimentés, car de la perfection du cylindre dépend naturellement la perfection du laminage.
- La^ machine Corliss, qui actionne tout ce département de l’usine, est une belle pièce construite par MM. Lecouteux et Garnier, de Paris, et de la force de 80 chevaux. Elle a été établie en 1878.
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- La fabrication des boulons et rivets contenant dix-huit balanciers est très-importante à Ivry et très-bien installée. Toute une division de l’atelier des forges lui est consacrée.
- Les barres rondes ou carrées sont d’abord découpées par une machine à guillotine, dont le couteau est échancré de manière à prendre circuîairement le cintre de la barre qui lui est présentée à la sortie d’un trou où l’engage un ouvrier, en l’appuyant sur un buttoir.
- Ce buttoir peut se reculer ou s’avancer, et le mouvement du couteau peut se régler de manière que la vitesse de la descente du couteau corresponde à l’éloignement du buttoir et par conséquent à la longueur de la barrette à découper. Une autre découpeuse est tout simplement une cisaille à levier mue par un excentrique et à laquelle on présente la barre venant également se butter sur un arrêt.
- Les bouts ainsi coupés sont chauffés au rouge vif dans de petits fours à fort tirage, et apportés par un servant à un ouvrier placé devant un balancier à vis conduit par des plateaux de friction.
- L’ouvrier enfonce le bout de fer dans le milieu del’étampe fixe, et, au moyen d’une manivelle, embraye la roue faisant descendre
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- la vis qui conduit l’étampe mobile. Lorsque celte dernière est arrivée à fin de course, le boulon est fait.
- Au même moment, l’ouvrier,'appuyant sur une pédale, chasse le boulon de son logement et le retire facilement avec une pince à main. La tête est formée, il n’y a plus qu’à enlever les ébarbures. Un jet d’eau froide rafraîchit incessamment l’intérieur de la matrice. Un bon ouvrier peut ainsi faire de 400 à 500 kilogr. de boulons en 12 heures.
- Dix-huit balanciers sont appliquas à ce travail; mais ils ne font pas tous le même modèle de boulon : les élampes varient presque indéfiniment. Quelquefois même ce sont de grands clous à angles vifs découpés dans des barres carrées.
- La machine à découper et percer les écrous d’un seul coup
- est un puissant outil très-intéressant : il est formé de deux mon-
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- tants, entre lesquels se meut, de haut en bas, l’appareil conte-nant en même temps la cisaille qui tranche à la longueur voulue le fer carré rougi dans lequel sera découpé l’écrou, et l’étampe qui en façonne les pans. Au-dessous de cette pièce mobile est un cylindre creux sur lequel s’appuie la barre carrée au sortir du four.
- Une autre pièce mobile, së mouvant également entre les deux montants, descend au moment voulu, et vient enfoncer un poinçon au centre de l’écrou.
- Le mouvement de haut en bas entre les montants est transmis par deux cames agissant sur un fort bras de levier qui fait faire demi-révolution à un cylindre également porteur de deux cames.
- Un doigt tournant, comme dans la presse monétaire, détache l’écrou façonné et percé et le chasse de côté.
- Comme les barres carrées dans lesquelles on découpe l’écrou ne sont pas toujours d’exacte dimension, il reste quelquefois, à l’extrémité, des cornes qui gêneraient F opération suivante. On a, pour y obvier, disposé le long d’un des montants une petite cisaille latérale qui découpe ces cornes.
- Au montant opposé, on a fixé une raclette, qui sert à l’ouvrier à débarrasser 1a. barre des scories de sa surface avant de la présenter au découpage. Un tuyau de caoutchouc
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- amène continuellement de l’eau fraîche, qui refroidit l’étampe et le cylindre inférieur.
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- Mais ce n’était pas encore assez de laminer, forger et meuler ces pièces de fer, la clientèle a demandé plus encore. Il a fallu raboter, rogner, percer, tarauder, pour que les constructeurs n’aient plus qu’à ajuster
- Pour cet objet, il a été créé un vaste atelier garni des outils les mieux conçus pour ce genre de travail. Une voie ferrée le réunit à l’atelier des forges et à l’atelier de meulage.
- A leur arrivée, les pièces à façonner sont présentées à des ouvriers spéciaux, qui, après avoir couvert d’une couche de peinture les places où doit s’opérer une main-d’œuvre quelconque, déterminent au moyen d’un trusquin l’emplacement des trous ou les tracés que doit suivre l’outil.
- Le perçage joue un grand rôle à Ivry, car dans la construction en fer l’assemblage se fait presque toujours par rivets et boulons assujettis dans des trous.
- L’assortiment des perceuses comprend des machines de toutes tailles et de toutes forces, depuis celle qui pratique dans les têtes de bielle des ouvertures de 80 millimètres, jusqu’aux outils de 1 à 2 millimètres de mèche. Chaque machine est pourvue de son courant d’eau : des meules pour repasser les mèches sont disposées de place en place.
- Les tours à tarauder et à fileter ne sont pas moins nombreux que les perceuses, et leur famille s’étend depuis les robustes tarauds à écrous de 90 millimètres, jusqu’aux petits tours pour tarauder d’un centimètre.
- Le taraudage de l’écrou s’opère au moyen du taraud, cylindre d’acier armé de quatre panneaux dentés en hélice, qui tourne en forçant et finit par creuser à l’intérieur de l’écrou les pas de vis qui pénétreront dans le creux correspondant des filets des boulons ou des pièces filetées.
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- Forges d'Ivry* — Ateliers des perceurs, tours, raortaiseuses, rabots, etc*.
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- L’écrou est fixé dans une ouverture entaillée suivant sa figure, et dont les pans correspondent avec les pans de sa surface extérieure. Un courant continu d’huile de colza lubrifie le taraud, dont la marche lente et sûre finit par creuser le pas de vis à l’épaisseur voulue.
- A l’extrémité libre du taraud, les dents sont à peine indiquées. Il faut même que pendant la période initiale l’ouvrier maintienne, avec un buttoir, l’écrou à tarauder. Mais une lois que les dents ont commencé à mordre, le travail des dents elles-mêmes fixe l’écrou, qui se trouve bridé fermement entre les pans de l’ouverture de la barre. Les dents s’accentuent de plus en plus, jusqu’à ce que les dernières amènent le creux du filet au degré de profondeur voulu.
- Un embrayage sur une autre poulie détermine une rotation en sens contraire qui dévisse le taraud et rend libre l’écrou terminé.'
- Le travail du filetage extérieur est l’inverse du taraudage intérieur. La filière est un bloc d’acier dans lequel sont pratiquées les contre-parties exactes du taraud. La surface intérieure porte des dents, seulement elles sont à l’intérieur au lieu d’être à l’extérieur comme dans le taraud.
- La pièce à fileter est fixée dans la barre. Son extrémité est engagée dans la filière qui, en tournant, fait entrer ses dents de plus en plus profondément dans la surface du métal. L’ouvrier qui surveille le travail vérifie avec un écrou si le vissage s’opère facilement. De même que pour le taraudage, un courant d’huile de colza lubrifie les parties et empêche les outils de s’échauffer, et par conséquent de gripper.
- Un très-grand nombre de pièces, sans être des boulons proprement dits, portent des filets, principalement quand elles doivent être assemblées et désassemblées fréquemment.
- Pour les boulons et écrous de dimensions moyennes, il a été installé un atelier spécial dont les transmissions sont mues par une petite machine motrice à grande vitesse, recevant sa vapeur des bouilleurs éloignés de tre.de mètres environ.
- Une cinquantaine de petites machines à tarauder et autant de fileteuses y débitent avec rapidité le taraudage et le filetage. Au
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- FORGES D'FVRY.
- lieu d’huile de colza, c’est un jet d’un liquide composé d’eau de savon et d’huile. Ces machines sont surveillées par des jeunes gens et des gamins qui, chaque fois qu’un boulon est fileté, lui adaptent une rondelle et un écrou. C’est un des plus jolis ateliers de la maison. Les apprentis s’y forment et se font juger. On peut déjà constater, dans ce travail, leur adresse et leur habileté.
- Les rondelles, qui jouent un si grand rôle dans tous les assemblages par boulons filetés, se font au moyen d’une décou-
- peuse à deux poinçons géminés.
- Le premier fait le trou intérieur, le second découpe la rondelle dont le trou a été fait par le premier poinçon. Les rondelles fabriquées tombent sous la poinçonneuse, et sont recueillies dans de grandes auges à poignée.
- Nous ne décrirons pas les tours, aussi variables de tailles que de systèmes. Les mortaiseuses et les raboteuses verticales sont également nombreuses : les plus puissantes sont de MM. Ewel et Middleton.
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- De grandes raboteuses horizontales détachent également de larges copeaux pour façonner les pièces à surfaces planes que l’on ne peut pas faire venir sur l’étampe comme les surfaces arrondies.
- Des diagrammes, tracés dans les bureaux de dessins des forges ou fournis par les clients, guident le travail, dont la bonne exécution est assurée par la surveillance incessante de contremaîtres expérimentés.
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- * *
- Parmi les autres ateliers accessoires d’Ivry, est encore un équipage complet pour la fabrication mécanique des fers de maréchalerie.
- Plusieurs tentatives ont été faites pour produire économiquement en grandes quantités les fers des chevaux, mais jusqu’à présent elles avaient peu réussi. L’outillage acquis par les forges d’Ivry a donné de bons résultats à Grenelle, après avoir été combiné à Montataire.
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- Il se compose d’abord d’une machine combinée où le morceau de barre découpé à la grandeur voulue passe dans de courts laminoirs d’abord horizontaux, puis verticaux; de là, dans une cintreuse, où deux joues, en se resserrant autour d’une semelle centrale, donnent à la barre le cintre d’un modèle de fer à cheval.
- Un jeu de deux pilons successifs étampe le fer et le façonne tout en enfonçant les trous à forme de pyramide où devra se placer le clou. Ces trous ne sont pas débouchés au marteau-pilon ; c’est une série de poinçonneuses qui est chargée de ce travail. Des gamins suffisent à les conduire.
- Les opérations se font à chaud pour les lamineuses, cin-treuses et pilons, à froid pour les poinçonneuses.
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- * *
- Cet atelier, arrêté en ce moment, va être remis en mouvement : il poura produire 5,500 à 4,000 fers par jour.
- A coté de la clouterie, s’étendent les écuries pour une quarantaine de chevaux, qui travaillent sans cesse pour porter chez les clients de la maison les pièces terminées.
- Perpendiculairement aux écuries, pour fermer la cour du côté du chemin de 1er d’Orléans, ont été élevées des constructions qui renferment : le magasin aux briques, l’atelier des charrons, des charpentiers, les modeleurs, le magasin aux modèles, la pompe à incendie. Le nombre des ouvriers de l’usine varie de 700 à 1,000, suivant les nécessités du travail. Ils sont presque tous à la tâche, à moins d’impossibilité absolue. Les ouvriers d’Ivry gagnent^de bonnes journées et ont l’air actifs et intelligents comme de vrais ouvriers parisiens. Si le voisinage de la capitale offre quelques inconvénients, il a bien aussi ses avantages, et la grande activité de production de l’usine d’Ivry ne s’obtiendrait pas en province.
- PARIS. TÏPOCRAPHIE DE E. PLON ET Gie, 8, RUE CARANClÈRE.
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- Dans ma jeunesse, il y a déjà longtemps de cela, la mode; était de regarder en pitié les gourmands, les ventrus, terme, injurieux dont on désignait les ésprits(bas et sensuéls, qui se
- préoccupaient de la nature de leurs aliments.. ..^ ... >
- Les vaporeux, les émaciés planaient au-dessus de la satisfaction indispensable des misères humaines. Les romans, les pièces de théâtre, les tableaux des maîtres donnaient la belle place au mourant, au verdâtre, à la phthisique, prolongeant; avec le parfum de quelques roses une existence éthérée, s’amenuisant jusqu’à la raréfaction complète de l’être.
- Je n’ai jamais donné dans ce travers ; et j’ai toujours méprisé, les gens qui, sans discernement, enfournent pêle-mêle dans leur estomac les choses bonnes ou mauvaises qu’on leur pré-, sente. Je les mets bien au-dessous des animaux les plus sauvages, que l’instinct préserve au moins des matières nuisibles à leur organisme. — Ce qui ne m’empêche pas d’admirer Weber et Meyèrbeer, Ingres,.Delaroche et Véronèse, et d’avoir une respéctuèuse affection'pour Victor Hugo' Chevreul et Dumas le chimiste. .
- Quand il y a absolue nécessité, qu’on avale ce qu’on trouve, c’est très-bien ; mais il faut, autant que possible, ne pas se mettre dans cette absolue nécessité. Car la nourriturë et la boissori sont chosès sérieusès, —' sëules'elles 'sont reçues à l’intérieur même
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- de notre corps dont elles deviennent parties intégrantes. Que de gens se considèrent comme déshonorés pour la soirée en apercevant avec horreur une petite tache de café sur le plastron de leur chemise — qui viennent de salir leur pharynx bien autrement avec ce même café, fait le plus souvent avec de la chicorée, et encore de la chicorée fraudée par une addition de terres ocreuses ou autres drogues qui peuvent donner d’atroces coliques! — et que deviennent un héros, un législateur, un poète, quand ils ont la colique ? -
- L’Exposition de Londres de 1§51, qui a rendu tant de services, montra aux Français ébahis ces magnifiques vierges de Keepsakes et des livres de beauté, toutes les Georgina, les Char-lie, les Rosa et les Adélaïde, aux cheveux de satin noir ou aurore, absorbant tranquillement au buffet du transept de vastes bols de thé, de bons verres de porto ou de sherv,'voire même de larges grogs, par-dessus les différentes sandwichs, cooks, ou même d’autres aliments plus sincèrement substantiels.
- Peu à peu, depuis ce temps, on s’est familiarisé avec l’idée de préférer la bonne nourriture à la mauvaise; il y a en ce sens de grands progrès dus en partie à cette superbe exposition permanente de produits alimentaires que l’on appelle les Halles centrales, ce palais de l’approvisionnement. . ;
- Que d’efforts, que de travail convergent vers ce point ! Que de courage, que d’abnégation chez ces pêcheurs,.qui fournissent les halles de poisson, quelque temps: qu’il fasse ! Que de soins et de frais n’hésitent pas à donner à leur culture les légu-rnisteset les fabricants de primeurs! puis, grâce aux chemins de fer, les volailles, le gibier, la viande arrivant de toute part, jusqu’aux coqs de bruyère, et aux gelinottes des terres boréales. L’Algérie, les Alpes maritimes, la Provence, le Bordelais, la Bretagne, la Touraine, puis les environs de Paris, suivant la saison, chargent wagons et charrettes pour garnir les. comptoirs et les étagères de la pointe Saint-Eustache; et jusqu’au fameux Chivio, qui nous envoie chaque jour du Mil a-;
- nais des dizaines de wagons tout pleins.
- L’effort du monde entier est là — Rabelais seul pourrait en)
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- donner une idée dans ses admirables chapitres consacrés à l’in-flectible messire Gaster, dont les commandements impatients se
- résument en : « Faire le faut sans délai, ou mourir. »
- »
- Parmi les hommes qui ont le plus contribué à répartir ces produits des halles aux habitants de Paris auxquels l’étendue de la ville ne permet pas le repas au foyer domestique, aux provinciaux et aux étrangers forcés de s’adresser aux tables prêtes, M. Duval, dont nous allons décrire les établissements, occupe une place importante presque unique.
- Paris nourrit actuellement près de deux millions et demi d’habitants. Lorsqu’on vit paisiblement dans un foyer modeste, loin du mouvement fiévreux qui se développe au cœur de la grande cité, on ne peut se faire aucune idée juste de ce que représente chaque jour l’obligation de pourvoir aux besoins ou aux caprices d’estomacs de deux millions et demi de convives. Les statisticiens s’amusent parfois à publier les chiffres fantastiques des victuailles de toute espèce qui entrent dans la consommation parisienne. Ces chiffres s’élèvent chaque année, en même temps que la population s’accroît, que les étrangers affluent, et que le bien-être se répand dans toutes les classes de la population.
- Le bien-être *... véritable science dont l’enseignement n’est pas organisé, et qui devrait être l’objet de la sollicitude du pouvoir, et de tous ceux qui s’intéressent au véritable progrès social. La nourriture rentre dans la grande science du bien-être, et voilà pourquoi nous ne la trouvons pas indigne d’occuper une place dans le travail que nous poursuivons depuis tant d’années.
- 1 En 1849, M. de Girardin avait fondé le Bien-être universel, journal hebdomadaire dont j’eus l’honneur d’être rédacteur en chef. — Mon premier article était
- intitulé : Manière rationelle d'éplucher les pommes de terre.
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- Et, à ce point de vue, hâtons-nous de le reconnaître, nous sommes en progrès sensible. L'aisance, qui s’est répandue à la suite des grands travaux accomplis, et du développement de l’activité industrielle du pays tout entier, a fait plus pour l’amélioration du sort des classes populaires que la direction souveraine de l’État. L’impulsion est donnée, et l’avenir nous réserve de grandes surprises. Le goût des masses s’épure, et quand les préjugés enracinés auront cédé au temps et à l’expérience, nous pourrons constater avec bonheur tout le chemin parcouru et tous les progrès réalisés.
- Nous allons examiner dans cette étude l’une des entreprises les plus étonnantes qu’il soit donné d’observer à Paris, entreprise dont le programme appartient à la théorie pure, et dont l’exploitation ingénieuse répond à toutes les exigences de la pratique la plus compliquée : l’organisation des établissements Duval.
- A première vue, tout parait simple, facile, ordinaire, dans l’exploitation de ces maisons que tant de gens ont imitées, et qui sont devenues un véritable type de restaurant, le type Bouillon Duval. C’est que, en effet, le Bouillon Duval a été une création, parfaitement comprise, répondant à d’innombrables besoins, et que le temps a consacrée d’une manière définitive. Et ceux qui n’ont pas pu comprendre l’organisation exceptionnelle de ces établissements, et qui n’ont vu dans un Bouillon Duval qu’une enseigne de fantaisie, qu’une façon modeste d’appeler la clientèle, sans se préoccuper des moyens de la fixer, de la retenir, de la satisfaire, ont échoué dans leurs imitations. Il y a donc quelque chose de particulier dans la création due à M. et surtout à madame Duval.
- Voyons d’abord ce qui existait autrefois, et ce qui existe encore, au point de vue de l’alimentation dans les établissements publics.
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- Il y a encore certains pays où il est impossible de se nourrir et de s’arrêter si l’on n’obtient pas l’hospitalité d’un habitant, ayant le cœur bien placé, — la république d’Andorre, par exemple.
- Ce qui se passe à Andorre s’est passé dans le monde entier pendant de longs siècles. Toute la vie sociale était concentrée au foyer domestique.
- Le développement des centres de population à fait naître l’auberge, et l’auberge a engendré plus tard le cabaret.
- Les hôtelleries sont déjà un progrès sur la vieille auberge classique, offrant parfois à ses voyageurs la paille de l’écurie pour toute literie, et du lait tourné pour toute nourriture,
- La civilisation aidant, la gourmandise se développant, les habitudes de comfort se répandant, les auberges et les hôtelleries du bon vieux temps sont devenues de splendides hôtels dans les grands centres, et des caravansérails plus ou moins supportables dans les localités de peu d’importance.
- Mais le restaurant proprement dit, c’est-à-dire la salle à manger seule, tenue à la disposition du voyageur ou du passant, ne date que de la Révolution française. La suppression des grandes maisons, la dispersion de la noblesse, obligèrent les officiers de bouche à se créer un sort quelconque, et l’idée vint aux plus courageux de mettre leur savoir au service de tous. Beauvilliers, Robert, Méot, Henneveu, Baleine, Legacque, Véry, furent les pionniers de cette vulgarisation de la grande cuisine.
- Beauvilliers sortait de la maison du prince de Condé; ses camarades avaient dirigé les cuisines des plus grands seigneurs et des plus riches fermiers généraux.
- Méot, qui installa son restaurant dans les appartements de la
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- chancellerie du duc d’Orléans, au Palais-Royal, fit des élèves distingués : Yéry, Borel, Riche, Hardy, Ledoyen1.
- Les grands restaurants sont inabordables pour le plus grand nombre. Leur mode de portionnement, très-bien compris pour deux, quatre ou six convives, ne vaut absolument rien pour une personne seule, pour trois ou pour cinq, sans entraîner une dépense inutile et un véritable gâchage de marchandises coûteuses.
- Enfin, l’échelle des prix varie beaucoup, suivant la catégorie du restaurant, sa clientèle ordinaire, le quartier où il se trouve, si bien que le consommateur, en passant le seuil d’un bon restaurant, ne sait jamais à l’avance ce que va lui coûter le repas dont il a besoin.
- La nécessité de respecter les limites de certains budgets a fait la vogue des restaurants à prix fixes. Cette vogue a été très-grande, et il faut admettre que l’idée de donner un repas complet pour une somme fixée d’avance, affichée à la porte de l’établissement, était simple et pratique. Mais l’esprit de con-currence a tué le plus grand nombre des restaurants à prix fixe. S’il était possible de donner un modeste déjeuner pour deux francs, il devait être impossible de nourrir un client pour soixante ou soixante-dix centimes. C’est cependant ce que certains industriels ont voulu faire, — et ce qu’ils ont fait. Mais au prix de quelles combinaisons culinaires? Au moyen de quelles marchandises? — Passons.
- Le bon marché a des limites infranchissables : ces limites sont marquées par la mercuriale des halles, du marché de la
- Villette, et le cours général des vins et des huiles.
- *
- En prenant cette base, qui est la seule loyale, la seule vraie, le problème à résoudre, pour admettre le plus grand nombre à une table bien servie, c’est de portionner les aliments les plus sains et les mieux préparés, de telle façon que l’estomac du
- 1 Un volume suffirait à peine à résumer l’histoire de ces maisons célèbres, et sans rivales en Europe. Ceux de nos lecteurs qui désireraient approfondir ce sujet, trouveront des monographies intéressantes dans le Paris-Guide, dans Ites-tanrateurs et restaurés, de Charctte; dans les Plaisirs de Paris, de Delvau, etc.
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- consommateur et le porte-monnaie du client soient également
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- Ce problème, M. Duval se l’est posé, et il l’a résolu, autant ' ' qu’il est possible de le résoudre. j
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- Entrons dans un établissement de Bouillon Duval.
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- Le contrôleur, placé près de la porte, nous délivre une carte portant la date du jour, et. contenant l’énumération des vivres et des vins ^nis en consommation dans la maison, et ce qui a • une importance décisive pour le client économe, le prix de chaque article. On prépare donc son menu, en se rendant à la place où le repas sera servi, et si l’on a quelque habitude du calcul, on peut fixer sa dépense avant d’avoir rien commandé.
- La table est en marbre blanc, dans un parfait état .d’entre- : tien et de propreté, — ce qu’on ne rencontre pas toujours dans les buffets de chemins de fer, — et l’on n’est pas obligé de payer ce qu’on appelle « le couvert » dans les grands restaurants. Chaque serviette est cotée cinq centimes. Le pain coûte cinq, j dix ou quinze centimes le morceau. Un menu du jour, conte-
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- nant tous les renseignements, que la carte imprimée à l’avance -I ne peut présenter, est à la disposition du consommateur. Aucune ; sollicitation, aucune offre obséquieuse n’entravent la liberté absolue du client, qui peut demander un bouillon de vingt cen- ; times, et se retirer sans provoquer la moindre observation.
- Depuis la fondation des Bouillons Duval, la tarification des aliments a été modifiée. Il a fallu suivre la hausse de toutes les denrées, et nous sommes déjà loin du temps où une excellente douzaine d’huîtres coûtait quarante centimes. Mais la base des tarifs, dans les maisons Duval, c’est le cours officiel des mar- ! chandises, majoré de ce qui est nécessaire pour l’acquittement ; des frais généraux de cuisson et de vente, et pour la rémunéra- ! tion du capital engagé. Les bénéfices, comme nous le verrons ’
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- Établissements Duval. — Salle Montesquieu.
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- plus loin, se comptent par centimes, et varient beaucoup, selon la saison et le nombre des consommateurs de chaque maison.
- 11 y a, en effet, une première masse de frais généraux par établissement, qui reste invariable quel que soit le nombre des clients qui fréquentent la maison : loyer, impôts, personnel, frais communs. Nous aurons à revenir sur cette question quand nous analyserons les.résultats obtenus depuis vingt-cinq ans.
- Yoici le type de la carte remise au client au moment de son entrée:
- Rue Montesquieu, 6. Boulevard Montmartre, 21. Boulevard Saint-Denis, 11. Boulevard Sébastopol, 141. Boulevard de la Madeleine, 27. Boulevard Foi sonnière, IL. Boulevard Saint-Michel, 25. Rue de Rivoli, 47.
- ÉTABLISSEMENTS
- BT7AL
- Administration centrale
- 21, rue Saint-Fiacre, 21
- Carte de-
- - personnes
- Rue Lafayette (pl. Cadet), 63 Rue du Pont-Neuf, 10.
- Rue du Quatre-Septembre, 1. Rue Turbigo, 45.
- Rue des Pilles-Saint-Thomas, 7. , '
- Rue de Buci, 18.
- Rue de SartinC' 8efc 10.
- Serviette 05 Calé et Cognac. . . 40 è ™
- Pain ordinaire.... -10 Fine Champagne. . 25
- Pain riche 15 Limeurs, Madère.. 25 a » •, b « * « • « « *, »,•>».. o
- Bouillon 20 j s Huîtres H
- Potage, i'. 25 ** m s Eau de St-Galmier.. 45 h # * ^ > * i
- Bœuf nature 50 Eau de Seitz.. ... 15 1
- Bœuf garni 40 A Bière, le bock.. .. 50 *•«¥#* M
- Bagout, Jambon. .. 45 •*“ **• * Hv Carafon de vin.... 20 •* 1
- Poisson, (Buis.... 50 * ju « & VINS BOUTEILLES 1/2 BOUT.
- Côtelette, Bifteck.. 00 H •g *** . + »*.....**** t.P .... a. Ordinaire. . 1 »
- d° garnis... 70 m #* n Maçon. . .1.20 1
- Rôtis, Plat du jour. 50 e Bordeaux. . 1.20 * » * ♦ ** * 4 • I Ci j
- Rôtis garnis, Poisson. 00 g Chablis. . . 1.20 *• *** **** I
- Poisson, Gibier... 75 m « Ci Bordeaoi snp. 2 » »**# m mW* m # P* © &
- Filet,Volaille, Gibier. fa Thorins... 2 » « * » * •+ 4 « #•«*.# 1 S
- Ghâteaubriand. 1 » © Sauterne.. . 2 » # -4 A * T * ^ "S*
- Légumes 25 c Médoc. . . 2.50 ‘4. «•••• N. CV 1 G G
- Lég., Salades, üess. 50 W St-Jnlien.. 3.50 n , * » ♦ O
- Entremets, Desserts. 40 1 .1 ? Bourgogne. ...» » .i .... S- © 1 tft 1
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- Les articles demandés sont marqués d’un trait, au crayon
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- lithographique, par le garçon ou la fille de service. Aucune remise d’argent ne doit être faite aux gens de service. M.t Duval a voulu supprimer le pourboire, et il a soutenu dans ce but, sans succès, une lutte homérique. Sa première mesure a été de dispenser le public de tout compte à faire avec le garçon. La carte du client, portant la marque des articles servis, est remise par lui-même à l’une des caisses. La caissière additionne, travail que le client a déjà pu faire, et touche le montant de la dépense. Elle acquitte la carte, au moyen d’un timbre gras.
- Cette carte, ainsi acquittée, sert de passe-port pour la sortie.
- Elle est remise au contrôleur, qui l’a donnée en blanc, à l’entrée, et sert à un travail de comptabilité que nous expliquerons plus loin.
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- Si le public, plus soucieux de ses intérêts et de la dignité du personnel qui le sert, avait suivi M. Duval dans ses réformes, le pourboire, ce prélèvement excessif et absurde en faveur de gens qui sont payés pour vous servir, aurait disparu complètement.
- M. Duval avait décidé que son personnel serait payé par lui et non par les consommateurs : il avait affiché sa décision dans les salles de ses établissements. Le public se joignit au personnel pour rendre la mesure inefficace. Nous trouvons, à ce sujet, dans le Petit Journal du 20 juillet 1878, une lettre de la direction de la Compagnie des Établissements Duval qui contient de curieux détails sur cette question du pourboire, si souvent controversée et jamais résolue. En 1878, en effet, il y eut, à propos de l’Exposition, un commencement de grève du personnel de service dans les restaurants et les cafés, et les Bouillons Duval ne furent pas à l’abri de cette tempête domestique. Le sociar lisme voulut se mêler de la question, et l’embrouilla si bien qu’elle fût abandonnée par tout le monde, même par ceux
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- GRANDES USINES.
- quelle intéressait le plus. Le pourboire l’avait emporté à lori-gine des maisons Duval ; il l’emporta encore en 1878, et tout porte à croire qu’il l’emportera toujours.
- Nous extrayons de ce document le passage suivant : ;
- Le Petit Journal du 19 consacre un article de blâme à l'administration des
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- Bouillons Duval. 11 est fâcheux qu'avant d'attaquer une entreprise qui compte
- * v 4 «
- vingt-cinq ans d’existence, et qui fait vivre honorablement plus de 1,200 personnes , vous n’ayéz pas jugé utile et convenable de puiser vos renseignements à une source autorisée. Vous nous auriez évité l'obligation de vous adresser cette réponse et de rectifier vos erreurs.
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- L'attaque que vous dirigez contre nous se rattache à une thèse sur le pour-boire.
- - . * ..
- Cette thèse, nous l’avons soutenue avant vous, non pas par des articles de
- journaux, mais par la pratique. Le fondateur des maisons Duval, voulant créer quelque chose de nouveau, payait son personnel, et recommandait au public de se dispenser de toute gratification.
- Les hommes recevaient 80 francs par mois, les femmes 60 francs; le personnel avait droit à la nourriture et à une indemnité de blanchissage.
- Vous voyez, monsieur, que votre rêve de 1878 a été mis en pratique il y a plus de vingt ans. Des affiches, placardées au-dessus des caisses et dans les salles, infirmaient le public que le personnel de service était payé par la maison, et que, par suite, aucun pourboire ne lui était dû.
- Le public donna l’exemple de la révolte contre cette réforme si simple, si sage, si digne au point de vue de celui qui est servi et de celui qui sert. Il s’ingénia à donner des pourboires en les dissimulant sous les assiettes, en glissant une pièce blanche dans le fond d’un-verre, dans ; des épluchures de fruits, en affectant enfin de prendre le parti des serviteurs contre lë patron.
- Le personnel, ainsi encouragé à la résistance , menaça de se mettre en grève si les Bouillons Duval ne se soumettaient pas au régime de tous les
- restaurants, et M. Duval dut céder.
- V. '
- L’opinion a prononce depuis longtemps. Elle désapprouve au fond l’impôt du pourboire ; et dans la forme, elle s’y soumet très-facilement. Le mal est donc inguérissable.
- . Dans les établissements Duval , chaque employé touche un salaire. Ceux qui cassent, concourent à payer tout ou partie dé la casse, mais ceux-là reçoivent du public de larges gratifications, et leur salaire final reste bien supérieur à celui du plus grand nombre des employés des administrations publiques.
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- 14 GRANDES USINES.
- tablier blanc et le bonnet de tulle. Aucune femme en cheveux n’est tolérée dans le service. En été, la robe de mérinos noir peut être remplacée par une robe de toile d’une nuance uniforme lilas clair. Cette tenue est simple, irréprochable, et n’admet aucune fantaisie de la part de celles qui la portent.
- Presque toutes les femmes employées dans les maisons Duval sont mariées et mères de famille. Madame Duval, en prenant l’initiative de substituer la femme à l’homme pour le service de la table, eten ouvrant ainsi une source de gains importants pour un millier de femmes, a voulu venir en aide à de jeunes mères de famille et non à cette nuée d’aventurières qu’on voit maintenant dans les brasseries d’étudiants et dans les caboulots de bas étage. Une mesure bonne, pratique, logique, a ainsi provoqué un abus. L’abus disparaîtra, mais la carrière ouverte aux femmes honnêtes par cette intelligente réforme restera un progrès accompli. La bonne tenue, la politesse et la réserve du personnel des Maisons Duval prouvent qu’on peut suivre madame Duval dans la voie qu’elle a ouverte.
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- L’organisation des Établissements Duval n’est pas sortie complète et parfaite du cerveau de leur inventeur. Les débuts ont été difficiles, et les premières épreuves redoutables. Le côté historique a son grand intérêt, dans une entreprise de cette importance, et nous croyons devoir résumer les faits qui ont préparé et précédé lé succès.
- M. Baptiste-Adolphe Duval est né à Linas, près Montlhéry, le 50 septembre 1811. Ses parents exploitaient une importante brasserie, établie dans .les bâtiments et les dépendances de l’ancienne auberge de la Rose. La brasserie prit le nom de l’auberge, et les produits de la brasserie de la Rose ont été longtemps en faveur entre Corbeil et Paris.
- Le jeune Duval fut envoyé à treize ans à Paris. Dans ce
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- tcmps-là, les industriels ne rêvaient pas, pour leurs enfants d’autres carrières que l’industrie, et ils avaient raison. D’une intelligence vive, d’une activité sans égale, Duval apprit la boucherie, et y passa maître avant l’âge. Mais les capitaux lui faisaient défaut, et il ne put s’installer dans la boucherie de la place Coquillière qu’à l’époque de son mariage avec mademoiselle Ernestine Bertrand.
- Le commerce de la boucherie est, de tous les négoces, le plus ingrat et le plus fatigant. On ne peut guère citer un boucher ayant fait fortune. L’élévation constante du prix de la viande, les pertes qu’il faut subir fréquemment, par suite de la saison ; l’obligation, pour conserver une clientèle, de ne pas observer régulièrement les fluctuations de la cote des viandes, et par conséquent de maintenir une tarification souvent défectueuse, tout concourt à réduire les bénéfices possibles à leur plus simple expression, c’est-à-dire le plus souvent à retrouver son argent après s’être donné beaucoup de peine.
- M. Duval végéta bon nombre d’années dans sa boucherie, l’une des mieux tenues et des plus réputées de Paris. Puis, l’idée des bouillons lui vint, et il installa un premier établissement bien modeste, rue de la Monnaie, près de la rue Rivoli.
- Le mode de portionnement, le bon marché, la propreté exquise et la qualité tout à fait exceptionnelle des viandes mises en consommation, assurèrent le succès de cette maison. Une clientèle nombreuse s’y porta. On fit queue à la porte, à la grande stupéfaction des traiteurs des environs. Les bouillons! Duval allaient naître de cet essai sommaire.
- Rue delà Monnaie, une seule salle, et d’une dimension restreinte, était à la disposition du public. Le contrôle des repas; servis se faisait tout naturellement et sans erreurs sérieuses, ; puisque l’œil du maître pouvait tout embrasser. C’est dire que le moyen decontrôle, — la carte, dont nous avons reproduit le type, — n’existait pas encore, et que son existence même n’eût pas rendu son emploi nécessaire, tant les transactions qui se passaient rue de la Monnaie étaient élémentaires.
- Le système admis, son succès certain, il fallait une applica-
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- 18 GRANDES USINES.
- tion sur une grande échelle pour ne point douter de l’avenir.
- Cette application fut organisée à la salle Montesquieu.
- Cette salle, qui occupe un terrain de près de huit cents mètres, /était utilisée par un concert, par un bal et par des luttes ou des .assauts qui furent uu instant à la mode. M. Duval la loua pour y créer un bouillon modèle. Mais, toujours poussé par son instinct vers le progrès et le nouveau, M. Duval risqua une expérience bien téméraire. Il installa à grands frais une cuisine à la vapeur.
- Il avait placé le générateur dans le sous-sol, vers le milieu de âa salle. Deux immenses fourneaux, placés sous les yeux du public, et ornés de vases et d’arbustes, cuisaient les aliments demandés par les clients. Pas de fumée, peu de chaleur, un conte des Mille et une nuits en action. Des robinets élégants, placés sur les tables de marbre, distribuaient de l’eau de Seltz à tous ceux qui aiment ce liquide excitant.
- Théoriquement, c’était magnifique, c’était nouveau, et la foule se porta vite à Montesquieu.
- Pratiquement, M. Duval avait voulu aller trop vite. La vapeur ne pouvait pas cuire les rôtis ni griller les côtelettes, malgré les promesses des inventeurs et les affirmations des constructeurs. Il fallut bien vite établir des fourneaux spéciaux pour ces services si importants dans un restaurant.
- La pression ne put pas être maintenue égale dans toutes les parties de la salle, et l’eau de Seltz, trop forte pour les uns, ne fut pas pétillante pour les autres. On se récria. Plus on veut faire pour le public, plus il se montre exigeant et intolérant.
- M. Duval, désolé de son excursion dans le rovaume des chi-mères, prit son parti en brave. Il avait passé six mois de son temps à diriger les travaux : arrivé le premier, le matin, il quittait le chantier le soir après le dernier ouvrier, voyant tout par lui-même, dirigeant tout, combinant tout. Ce travail excessif, aboutissant à une déception ruineuse, eût abattu le courage <le plus d’un lutteur : notre inventeur fit démolir tout ce qu’il avait fait construire, et réinstalla un établissement de bouillon-restaurant, à peu près tel que nous le voyons aujourd’hui, avec
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- LES ÉTABLISSEMENTS DUVAL. des fourneaux ordinaires. L’eau de Seltz fut emprisonnée dans le siphon traditionnel, et tout rentra dans l’ordre.
- Le succès obtenu rue de la Monnaie fut bientôt égalé et dépassé rue de Montesquieu, mais dans des proportions telles, que toute la combinaison faillit sombrer.
- Le public venait en foule, et il était impossible d’exécuter un travail plus considérable. Mais lorsque les dépenses étaient mises en face des recettes, un déficit formidable se dressait comme une menace terrible.
- Aux deux cent mille francs perdus dans la tentative de cuisine à la vapeur, il fallut ajouter, dans les deux premiers mois de l’exploitation nouvelle, une perte de près de cent mille francs, presque deux mille francs par jour.
- Ce fut une crise terrible pour le malheureux novateur.
- Tous ses plans étaient renversés, toutes ses idées bouleversées.
- Les clients, en répondant en trop grand nombre à son appel, lui enlevaient tout moyen de contrôler le payement des dépenses faites par chacun d’eux, et le coulage, pour employer le mot technique, l’affreux coulage, allait tuer l’œuvre commencée.
- Ce fut alors qu’une idée lumineuse traversa son esprit. Il imagina la carte, la petite carte aujourd’hui populaire, et que nombre d’établissements publics emploient. Mais ce ne fut pas sans peine qu’il put faire accepter son idée. Le public, toujours réfractaire à ce qui change ses habitudes, ne voulait pas prendre le bout de carton en entrant, et, quand il l’avait pris, ne voulait pas le rendre en sortant.
- — Cette addition est à moi, disait le consommateur grincheux. Je l’ai payée, elle est acquittée, je l’emporte.
- — C’est un moyen de contrôle, lui répondait-on, indispensable à la comptabilité de la maison. On vous en fera une copie, si vous l’exigez.
- Cette offre désarmait quelquefois les gens raisonnables. Mais la lutte fut très-longue, les scènes innombrables, et bien des gens renoncèrent à manger dans les établissements Duval pour ne pas se soumettre à l’obligation de recevoir une carte en
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- entrant, de la payer à une caisse, au lieu de la payer au garçon où à la fille de salle, et de la rendre en sortant.
- L’idée qui sauva M. Duval d’une ruine complète, et qui a été pour lui un instrument de fortune, était pourtant bien simple, et constituait un progrès véritable, puisque la carte offerte au client indiquait le prix de chaque article mis en consommation. Chacun, selon ses ressources, et sans hésitation, sans questions pénibles, pouvait fixer à l’avance sa dépense, et prendre son repas sans excéder d’un centime la somme dont il pouvait disposer. Aujourd’hui que la carte Duval est entrée dans nos mœurs, on ne comprend pas les résistances qui lui ont été
- opposées, et l’on ne s’explique pas que tous ceux qui traitent un
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- grand nombre de clients n’en fassent pas usage.
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- Nous arrivons à la phase heureuse de la carrière si laborieuse et si remarquable de M. Duval. Encaissant ses recettes, ou à peu près toutes ses recettes, le créateur des Bouillons récupère ses pertes, et, toujours infatigable, organise de nouveaux établissements rue de Beauregard, rue de Rivoli, rue de Sartine, et construit de main d’ouvrier cette magnifique boucherie de la rue Tronchet, tout en marbres de choix, et dont l’installation somptueuse n’a encore été égalée par aucune autre boucherie en Europe.
- M. Duval a dirigé toutes ces constructions, a imaginé tous les agencements spéciaux qui donnent à ses créations un cachet spécial et tout personnel, et n’a jamais eu recours à la collaboration des architectes. Ainsi il a fait quelque chose de vraiment nouveau. En 1867, à la suite de l’Exposition, se sentant fatigué, et voulant conserver l’ensemble de ses créations sous une impulsion unique, il fonda la Compagnie anonyme
- des établissements Duval, dont tout le monde connaît l'éclatante prospérité. '
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- M. Duval mourut le 29 mai 1870. Madame Duval, qui avait été le collaborateur le plus important de son mari, fut appelée par les actionnaires à lui succéder, et c’est sous sa direction énergique que les établissements Duval ont pris, depuis douze ans, les développements que leur fondateur a pu rêver, mais qu’il ne lui a pas été donné de réaliser. Aujourd’hui, l’entreprise des boucheries et des bouillons Duval est une industrie de premier ordre, où rien n’est laissé à l’imprévu, et où tout est combiné pour satisfaire une clientèle exigeante et conserver à la compagnie une incontestable supériorité sur tout ce qui a été tenté dans le même genre.
- Il nous reste à analyser l’organisation actuelle des services de la boucherie, de la boulangerie, des halles, des caves, de la blanchisserie, du contrôle des recettes et des dépenses. Et, quand nous aurons pénétré dans les détails de ces services, nous examinerons les résultats que donne au capital de la Compagnie Duval cette vaste conception, dont vingt-sept ans de pratique ont consolidé les bases, qui restera un étonnement pour l’économiste, et un modèle à suivre pour ceux qui s’occupent encore de l’amélioration du bien-être des masses. Ceux-là sont peu nombreux, nous le savons; mais c’est par l’étude approfondie des solutions pratiques fournies par des novateurs tels que M. Duval, que certains progrès, considérés comme problématiques, deviendront possibles.
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- Les bestiaux destinés à l’alimentation de Paris arrivent au marché de la Villette. Bœufs, veaux, moutons sont installés dans les bouveries, et les marchés se suivent, le lundi et le jeudi pour les bœufs et les moutons, et le mardi et le vendredi pour les veaux.
- Les ventes se font par bandes de dix à vingt bœufs et de cent à deux cents moutons, en moyenne. On comprend que ceux
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- qui organisent ces bandes ont des têtes de choix pour faire passer les médiocres sujets. On vend la bande entière, on ne laisse pas choisir. C’est à lechaudoir, lorsque les animaux abattus sont sur les pentes, que les acheteurs peuvent discuter et faire un choix. Cet état de choses a fait naître le commerce en gros : le boucher d’échaudoir achète les bandes, les abat, et les vend au détail, même par demi-bœuf, aux bouchers détaillants. Chacun trouve ainsi la viande qui convient à la clientèle et au quartier qu’il exploite.
- M. Duval achetait les bestiaux sur pied et les abattait pour le service de ses boucheries et des établissements de bouillon.. La Compagnie a renoncé à ce système. Elle a reconnu, par une longue pratique, que les vendeurs de bandes lui imposaient
- outre les bêtes de choix des animaux médiocres, dont elle
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- n’avait pas l’emploi, et dont la revente était onéreuse. Elle a pris le parti d’acheter les plus beaux animaux abattus, en laissant les animaux de deuxième et de troisième ordre aux. bouchers qui ne vendent pas d’autre viande. De cette manière,, les établissements Duval n’achètent que les têtes de bandes,, dans la proportion de leurs besoins quotidiens, et l’élévation» du prix de revient est largement compensée par la qualité exceptionnelle des bestiaux ainsi choisis.
- Chaque jour, l’acheteur des établissements Duval fait son choix, assiste aux pesées, et fait porter les animaux achetés sur les voitures de la Compagnie. La distribution des achats se fait entre les quatre boucheries Duval : rue Tronchet, place Coquil-lière, faubourg Saint-Honoré et rue Nëuve-des-Mathurins. Trois de ces boucheries font le service de sa clientèle bourgeoise; la quatrième, celle de la rue Neuve-des-Mathurins, est consacrée au service exclusif des établissements de bouillon.
- Là, une vingtaine d’étaliers s’emparent des bœufs, des moutons et des veaux apportés de la Yillette, et les découpent, les désossent et les épluchent. Les morceaux, dépouillés de la .graisse, des os, des nerfs, et de tout ce qui peut nuire à une bonne assimilation, sont placés dans des paniers garnis de linge blanc. Ces paniers, chargés dans des voitures spéciales de dis-
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- Deux tournées de distribution ont lieu chaque jour* réglementairement , dans toutes les maisons. Des envois supplémentaires ont lieu selon les besoins du service.
- Les chefs peuvent procéder à la cuisson des viandes, ainsi épluchées et préparées, sans aucun travail préliminaire.
- BOULANGERIE.
- La boulangerie des établissements Duval est établie dans la grande usine de la rue Cardinet, près de la place Malesherbes. Trois fours travaillent nuit et jour pour les établissements de bouillon. Le service normal est divisé en deux distributions par jour, afin que le pain frais soit mis à la disposition du public aussi bien au dîner qu'au déjeuner. De là la nécessité d'une équipe de jour et d’une équipe de nuit.
- Les établissements Duval consomment environ douze sacs de farine de 1&9 kilogr. par jour, ce qui représente 2,400 kilogr. de pain, et par an, environ 864,000 kilogr.
- La boulangerie des établissements Duval ne travaille absolument que pour les bouillons.
- BLANCHISSERIE.
- La blanchisserie occupe un vaste corps de bâtiment, rue Cardinet et rue Tocqueville. C'est un établissement modèle.
- Au sous-sol se trouvent les générateurs de cinquante chevaux de force, la machine à vapeur de vingt-cinq chevaux, et les séchoirs à air chaud.
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- Au rez-de-chaussée, une buanderie complète et les essoreuses.
- Au premier étage, la lingerie centrale.
- Au deuxième étage, les ateliers de pliage, de repassage, les -machines à repasser et à calandrer, et les presses hydrauliques.
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- Au troisième étage, un immense séchoir à claires-voies, subdivisé en deux étages pour l’étend âge.
- Du sous-sol au séchoir à air, tous les étages de l’usine sont mis en communication par un monte-charge à mouvement continu et à double révolution, tournant sur deux axes placés aux deux extrémités, et offrant ainsi, dans chaque atelier, autant de plateaux descendants que de plateaux montants.
- Le service est facile, rapide, le personnel relativement peu nombreux.
- La blanchisserie des établissements Duval traite vingt-cinq mille pièces par jour, soit environ huit à neuf millions de pièces par année.
- Les voitures de la maison distribuent chaque jour le linge blanc dans les établissements, et rapportent à l’usine le linge à blanchir. Un atelier de triage est organisé pour séparer les pièces à blanchir, et régulariser les cuvées de chaque espèce.
- Le linge des boucheries est blanchi à part.
- La lingerie centrale occupe vingt ouvrières. Les pièces blanchies sont examinées, réparées lorsqu’elles exigent une réparation, et mises hors d’usage dès qu’elles ne sont plus jugées convenables pour le service. Le vieux linge des établissements * Duval est encore assez bon pour être très-recherché et se vendre fort bien. Une partie de ce vieux linge est réservée pour des œuvres de bienfaisance.
- On garnirait un vaste magasin de blanc avec l’ensemble des serviettes de clients et d’office, des torchons, des bannes, des tabliers et des manches du personnel. Cet ensemble dépasse trois cent mille pièces, dont la durée moyenne est de trois années.
- EAU DE SELTZ.
- L’usine de la rue Cardinet et de la rue Tocqueville est complétée par une fabrique d’eau de Seltz, un atelier de chaudronnerie, de vastes magasins pour le matériel de rechange et les réserves, pour la réception et le grillage des cafés. Les cafés mis en con~
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- sommation dans les établissements sont achetés en gros, les provenances garanties, et le mélange des sortes les plus estimées est fait dans les ateliers de la Compagnie. Il n’entre pas un gramme de chicorée dans les maisons Du val. Aussi le café des bouillons Duval a-t-il sa réputation et ses amateurs.
- Vingt-cinq chevaux sont nécessaires pour les transports dés viandes, du pain, du linge, du café, des légumes et du charbon. Un entrepôt de charbon est organisé dans l’usine : la houille arrive directement de la mine, et les livraisons dans les établissements sont'faites dans les sacs de la Compagnie.
- Des remises, des écuries, des selleries et des batiments pour le personnel occupent encore ’un vaste espace rue Cardinet. Les constructions sont édifiées sur un terrain de 2,506 mètres superficiels, dont la valeur actuelle atteint un million de francs.
- VIII
- Les achats aux halles centrales exigent les soins les plus assidus. Deux acheteurs sont chargés de ce travail quotidien, qui commence à quatre heures du matin. Le poisson, le beurre, les légumes, les fruits, les œufs, la volaille, achetés en gros, sont transportés dans un établissement spécial de la compagnie, rue Monconseil, où les voitures de distribution viennent les chercher. Le lot de chaque établissement est préparé par le principal acheteur, et expédié avec une feuille de conduite.
- Chaque jour, l’acheteur passe dans les bouillons pour prendre les commandes et recevoir les observations utiles au bien du service. 11 connaît donc, dès la veille au soir, le programme de ses achats du lendemain.
- CAVES.
- Les caves des établissèments Duval ont leur siège central à l’entrepôt de Bercy, rue Soulage.
- Ces caves, admirablement disposées, contiennent toujours
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- deux à trois mille pièces de vin prêtes à entrer en consommation. Chaque établissement reçoit son approvisionnement en fûts. La mise en bouteilles a lieu dans les caves des diverses maisons.
- Les vins mis en consommation dans les bouillons Duval ont une renommée très-bien justifiée et qui est pour beaucoup dans le succès de ces établissements. Un courtier-gourmet, très-connu à Paris, M. Pessot, est chargé de la direction du service des caves depuis l’origine même des maisons Duval. Maintenir à tout prix la qualité exigée, tel a été le programme du fondateur des bouillons; telle est encore la règle imposée à l’acheteur par la direction de la compagnie. A l’époque actuelle, la tâche n’est pas facile, même en subissant l’élévation des cours.
- Les caves des établissements Duval sont fermées aussi bien aux vins inférieurs qu’aux « grands crus ». On ne trouve dans un bouillon Duval ni une bouteille de clos-vougeot, ni une bouteille de ehâteau-laffile ou de château-margaux, mais on est absolument certain d’y trouver un vin « ordinaire » de première qualité, un bordeaux ou un bourgogne bourgeois très-appréciables, et, si Ton veut y mettre le prix, du beaune, du saint-julien, du pauillac, du sauterne, du chablis, qui peuvent montrer leur acte de naissance.
- La clientèle qui fréquente les bouillons Duval s’en tient là, et elle a raison. En créant ses maisons, M. Duval voulait mettre à la disposition de ceux qui les adopteraient, le nécessaire, et rien que le nécessaire. Il a bien fallu élargir cette base un peu lacédémonienne.
- Au nécessaire sont venus se joindre des articles superflus, mais agréables; les consommateurs ont voulu des huîtres, des primeurs en légumes et en fruits, du gibier, de la volaille et les poissons les plus fins et les plus coûteux. Aujourd’hui, on trouve dans un bouillon Duval tout ce qu’il est possible de demander dans un restaurant de premier ordre : ce sont les mêmes marchandises, achetées dans les mêmes conditions et aux prix les plus élevés de la cote de chaque jour. Toute la
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- différence consiste, pour le consommateur, dans la réduction de la portion et du prix de cette portion. Si l’on ajoute à ce système de réduction la limitation du bénéfice à un pourcentage très-minime, — limitation qui s’explique par l’énorme débit, on comprend tout de suite l’utilité des créations de M. Duval et le succès qui les a accueillies. En résumé, la révolution faite par l’inventeur des bouillons Duval dans le mode de restauration de ses clients a une grande analogie avec la révolution faite par Émile de Girardin dans la presse contemporaine. M. de Girardin a triplé le format des journaux et a diminué le prix de vente des deux tiers, et ce bouleversement de toutes les conventions antérieures a été la fortune de la presse moderne. En diminuant les prix d’abonnement et de vente au numéro, M. de Girardin n’a pas diminué la valeur intellectuelle du journal; tout au contraire, il a appelé à son aide les écrivains les plus aimés, et par ce système absolument révolutionnaire, il .a centuplé le nombre de ses lecteurs.
- Ce c|ui est vrai pour la nourriture intellectuelle ne peut pas être faux pour la nourriture matérielle. L’application d’une idée juste, d’un principe vrai, finit toujours par triompher de la routine et des préjugés.
- IX
- STATISTIQUE.
- Les bases de l’exploitation des boucheries, des bouillons et des usines de la compagnie Duval étant exposées, quels sont les résultats que peut assurer d’une façon normale, suivie, cette ingénieuse organisation?
- M. Duval a commencé l’exploitation de ses bouillons en 1854. Nous n’avons pas de données exactes sur les bénéfices réalisés par lui de 1854 à 1867, date de la formation de la compagnie actuelle des établissements Duval. Mais à partir du 1er janvier 1868, nous possédons les renseignements les plus détaillés et lés plus complets, la compagnie se faisant un devoir d’imprimer
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- LES ÉTABLISSEMENTS DUVAL.
- tous les ans les rapports présentés à l’assemblée générale de ses actionnaires.
- Nous empruntons à ces publications les éléments du tableau suivant :
- RÉSULTATS DE L’EXPLOITATION
- DE LA COMPAGNIE ANONYME DES ÉTABLISSEMENTS DUVAL
- DE 1868 A 1881 (14 ANS)
- ANNÉES 1 RECETTES 1 DÉPENSES NOMBRE de REPAS SERVIS BÉNÉFICES DIVIDENDES DIST RIBUÉS
- 1868 7.139.833f 75e 6.551.734f95c 2.986.175 588.098f80c 59f60°
- 1869 7.080.142,85 6.570.372,40 3.149.292 509.770,45 54,75
- 1870 6.914.616,20 6.588.054,05 3.215.276 326.562,15 35,00
- 1871 5.863.597,05 5.531.960,90 2.356.991 318.636,15 32,60
- 1872 6.445.480,50 6.028.154,80 2.409.760 417.325,70 45,00
- 1873 6.910.091,80 6.545.879,45 2.590.849 364.212,35 36,40
- 1874 7.051.781,45 6 551.744,00 2.659.828 500.037,45 50,00
- 1875 7.693.826,70 7.309.962,80 2.925.093 383.863,90 40,00
- 1876 8.012.064,30 7.599.529,20 3.045.801 412.535,10 42,00
- 1877 8.020.610,60 7.668.040,90 3.021.052 352.569,70 37,75
- 1878 13.614.584,85 11.578.963,55 5.316.713 2.035.621,30 155,95
- 1879 7.668.701,35 6.811.734,15 2.795.518 856.967,20 80,00
- 1880 8.237.808,00 7.308.733,35 3.027.696 929.074,65 98,00
- 1881 8.667.314,40 7.539.609,80 3.104.304 1.127.704,60 120,00
- I09.320.454f80c 100.197.475f30® 42.604.348 9.122.979*50° 887f05c
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- 32 GRANDES USINES.
- La statistique a quelquefois du bon, surtout quand elle est appuyée sur de l’argent payé aux fournisseurs et sur les revenus soldés aux actionnaires. Les chiffres que nous venons de grouper démontrent la vitalité de l’entreprise des établissements Duval. En jetant les yeux sur les années 1870 et 1871, qui ont bouleversé toutes les combinaisons en matière d’alimentation, on voit que les maisons Duval ont résisté victorieusement à la ruine qui atteignait, à la même époque, tant d’autres établissements destinés à satisfaire aux mêmes besoins.
- Le chiffre des affaires a baissé, sans aucun doute, pendant ces deux années néfastes : mais nous constatons qu’en 1870, il a été donné 5,215,276 repas, et qu'en 1871, année de la Commune, il a encore été donné 2,556,991 repas. A partir de celte date, le mouvement de reprise a suivi son cours régulier.
- Si nous nous plaçons au point de vue du revenu attribué aux actions, nous voyons que les bénéfices de quatorze ans, de 1868 à 1881, ont permis de distribuer 887 francs 05 centimes à chaque titre, ce qui représente une moyenne de 65 francs 56 centimes par année. De tels résultats confirment entièrement la théorie du fondateur des établissements Duval : limiter le bénéfice à la juste rémunération du capital engagé, et baser l’importance des bénéfices sur l’élévation du chiffre des affaires.
- Dans l’accomplissement de son œuvre,—car une telle conception industrielle est une œuvre de premier ordre, — M. Duval a eu le rare bonheur de trouver auprès de lui une compagne d’une intelligence supérieure, véritable ministre des finances de l’entreprise, prévoyante et habile, bienveillante et juste, sachant gagner l’affection et le dévouement d’un personnel difficile, et mériter l’estime de tous ceux qui la connaissent.
- L’opinion publique est unanime dans cette appréciation.
- paris, typographie de e. plon et c‘e, 8, rue carvscière.
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- EXPOSITION INTERNATIONALE
- D’ÉLECTRICITÉ
- Dès avant 1878, l’idée d’une exposition spéciale où seraient livrées à l’étude les applications nouvelles de l’électricité avait germé dans quelques bons cerveaux, et si la dernière Exposition universelle de 1878 n’avait pas été décidée, l’exposition spéciale aurait eu lieu.
- En 1878, perdue au milieu de l’industrie générale du monde, l’industrie électrique, uniquement représentée par des appareils inachevés et par quelques éclairages insuffisants, ne jeta pas un vif éclat. Depuis celteépoque, cependant, les esprits, préocupésdes progrès accomplis, surexcités par la polémique des inventeurs, se tournèrent de plus en plus vers cet agent que la science cherchait à régulariser. Les banquiers ouvrirent leurs caisses, le public souscrivit des actions, et l’électricité entra dans la région des affaires. -
- Sans se laisser décourager par le coefficient d’incertitude qui accompagne encore toute action électrique, entraîné par ce sentiment généreux et bien français qui pousse à marcher sur la difficulté, M. Hébrard, sénateur et directeur du Temps, crut avec raison que ce serait une gloire pour la France, si elle réunissait chez elle et dans notre Paris les chercheurs des autres nations et si elle les conv iait à un assaut commun donné à l’inconnu. Un jour, chez M; Tirard, il communiqua son idée à M. Georges Berger, ancien commissaire général
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- 2 EXPOSITION INTERNATIONALE D’ÉLECTRICITÉ.
- des sections étrangères en 1878, à M. Bapst, des Débats, ei à quelques amis également épris de l’impossible.
- Cette exposition spéciale devant d’abord avoir un caractère privé, il fallait naturellemet un banquier. Le baron Jacques de Reinach, l’économiste du Journal des Débats, avait déjà offert sa caisse, lorsque le ministre des Postes et Télégraphes, M. Cochery, comprenant toute l’importance de l’œuvre, la revendiqua pour son ministère.
- Avec sa lucidité et sa fougue ordinaire, il eut bien vite persuadé ses collègues et la Chambre des députés, qui lui vota les fonds nécessaires.
- Cependant le prudent ministre avait eu d’abord la précaution de faire assurer les dépenses de l’Exposition contre l’insuffisance des recettes par un syndicat de garantie analogue à celui de l’Exposition de 1867, et qui se composait des meilleurs noms de la finance parisienne et de quelques personnalités utiles. Chacun des membres de ce syndicat s’engageait pour une somme de dix mille francs, en cas d'insuccès, tout en renonçant aux bénéfices, s’il y en avait, les bénéfices devant être appliqués à des œuvres scientifiques.
- Ce syndicat était composé de MM. :
- Le ministre des Postes et des Télégraphes.
- TEISSERENC de BORT sénateur
- HÉBRARD, sénateur.
- Baron de SOUBEYRAN, député.
- CROZET-FOURNEYRON, député
- DIETZ-MONN1N.
- Jules BAPST.
- J. de REINACH.
- G. BERGER, commissaire générai.
- DEMACHY.
- Baron G. de ROTHSCHILD.
- Baron A. de ROTHSCHILD.
- WILSON, sous-secrétaire d’État, ministère des Finances.
- Antonin PROUST, député.
- TU RG AN.
- Compagnie du chemin de fer d’Orléans.
- Compagnie des chemins de fer de Paris-Lyon-Médilcrraucc.
- Compagnie des chemins de fer de l’Est.
- Compagnie des chemins de fer de l’Ouest.
- Compagnie des chemins de fer du Nord.
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- EXPOSITION INTERNATIONALE D’ÉLECTRICITÉ. 3
- Henri GERMAIN, député.
- R. BISCHOFFSHEIM L. BRÉGUET.
- Louis STERN.
- Jacques STERN.
- Edmond ABOUT.
- J. A. BARRAL.
- Société générale d’Elecfricilé.
- JAMETEL.
- LEMONNIER.
- Jules GUICHARD. _
- ARMENGAUD jeune.
- DENION du PIN.
- JOUBERT (A. E. L.).
- DURRIEU.
- L. DENAYROUZE.
- G. MASSON, administrateur du Comptoir d’escompte de Paris.
- Gaston TISSAND1ER.
- Cornélius HERTZ.
- Henri BOUILHET.
- LEYY-CRÉMIEU.
- G. GIROD.
- BERTHIER frères.
- MENIER.
- Société du Génie civil.
- FONTAINE.
- Société Gramme.
- Cu. BERTHIER, président de la Compagnie des omnibus.
- Chambre de Commerce de Paris.
- J. HUNEBELLE.
- Baron Rodolphe HOTTINGUER Alfred ANDRÉ.
- RÀTTIER et Cie.
- Société de l’Union générale.
- Le ministre, parfaitement sûr de ses ressources, adressa au président de la République le rapport suivant, qui résumait en quelques pages précises et claires l’état de la question et les mesures proposées :
- Monsieur le Président,
- Des découvertes importantes et inattendues ont récemment appelé d’une façon particulière l’attention publique sur tout ce qui concerne
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- 6 EXPOSITION INTERNATIONALE D’ÉLECTRICITÉ
- l’électricité; en même temps, l’industrie, s’emparant de ces conquêtes de la science, a depuis quelques années multiplié leurs applications dans toutes les branches; aujourd’hui, aucune science ne semble devoir plus que la science électrique réaliser de rapides progrès, résoudre des problèmes intéressant la vie économique des nations, et rendre enfin à toutes nos relations d’inappréciables services.
- L’électricité est restée longtemps un agent capricieux, inconstant, difficile à maîtriser, impossible à utiliser : avant Yolta, on constatait son action ; on ne pouvait ni l’expliquer, ni la produire, nij à plus forte raison, la mesurer.
- La découverte de la pile etlesperfectionnementsque celle-ci a bientôt reçus, les travaux d’Ampère et d’Arago sur les courants et leur action magnétique, les recherches de Faraday sur l’induction, ont ouvert des voies nouvelles et fécondes dans lesquelles le progrès ne s’est plus arrêté.
- La pile et l’action magnétique des courants ont créé la télégraphie. Le développement de la télégraphie a dégagé les phénomènes électrique^ des obscurités qui les entouraient. C’est, en effet, sur les câbles sous-marins qu’il a été possible d’étudier et de découvrir les lois suivant lesquelles l’action électrique se développe et se propage.
- L’électricité est une force. A mesure qu’on a appris à la connaître, on l’a rencontrée partout, tantôt cause, tantôt effet, dans les phénomènes physiques, chimiques, mécaniques et organiques. On a aujourd’hui différents moyens de la produire. On la mesure et on l’applique aux usages les plus divers. Elle a cette propriété particulière que ses effets peuvent se transmettre par des conducteurs métalliques plus facilement et plus loin que ne peuvent le faire ceux de la vapeur par les intermédiaires mécaniques.
- Elle ne se borne plus à envoyer à distance des signes télégraphiques; elle reproduit les sons et la parole elle-même. Elle contribue à la sécurité de l’exploitation des chemins de fer; l’agriculture et la marine lui doivent des indications météorologiques de plus en plus utiles; elle éclaire les rues, les places publiques, les magasins, les ateliers. Elle devient pour les arts et l’industrie un auxiliaire universel.
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- EXPOSITION INTERNATIONALE D’ÉLECTRICITÉ.
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- Les savants et les industriels cherchent aujourd’hui, dans tous lès pays du monde, à perfectionner les moyens de produire et d’utiliser la force nouvelle. Les résultats obtenus sont déjà considérables et nombreux, mais souvent encore insuffisants ou incomplets. Il y aurait grand intérêt à préciser l’état de la science électrique et de ses applications, à rapprocher et à comparer les procédés de recherches, afin d’imprimer aux efforts faits de toutes parts une direction qui les facilite et assure leur succès.
- Les expositions internationales et les congrès scientifiques qui les complètent si utilement ont permis de montrer les^appl ica lions pratiques à côté de la théorie. C’est ce qui nous conduit à vous proposer de réunir un congrès international d’électriciens et d’autoriser simultanément une exposition internationale d’électricité, qui sera, pour ainsi dire, le laboratoire du Congrès.
- Cette exposition comprendra tout ce qui concerne l’électricité : elle réunira les appareils de toute nature et de toute provenance servant à la faire naître, à la propager et à l’utiliser.
- Le Congrès convoqué par le gouvernement français appellera à Paris les électriciens les plus illustres. Ces représentants de la science merveilleuse qui vient à peine de révéler l’immensité de ses ressources et qui déconcerte l’esprit par ses surprises incessantes, discuteront les résultats acquis et les idées nouvellement émises; ils grouperont et coordonneront leurs forces afin d’utiliser sûrement les observations faites dans chaque contrée et de s’aider mutuellement dans leurs investigations futures.
- Les nations étrangères conviées par la France saisiront avec empressement cette occasion de codifier, pour ainsi dire, la science électrique et d’en sonder les profondeurs. Elles sauront gré au gouvernement de la République française de s’être fait le promoteur d’une manifestation scientifique dont l’opportunité ne paraît pas contestable, et qui aura pour corollaire l’Exposition internationale d’électricité.
- Le Congrès doit être l’œuvre du gouvernement, car lui seul peut donner à l’entreprise le caractère d’indépendance qui est la condition
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- 8 EXPOSITION INTERNATIONALE D’ÈLECTRICITÇ.
- essentielle du succès. Quant à l’Exposition, elle sera facilement organisée par l’initiative privée. Le patronage et le concours bienveillant de l’État lui seront toutefois assurés, et le palais des Champs-Elysées sera mis gratuitement à la disposition de ses organisateurs.
- L’action du gouvernement se complétera par l’intermédiaire d’un commissaire général qui aura à la fois la mission d’assurer, sous notre direction, le fonctionnement du Congrès et de surveiller les services généraux de l’Exposition.
- Le gouvernement désignera les membres français du Congrès : la science officielle, l’industrie, les Sociétés savantes de Paris et des départements y auront leurs représentants. Si la présidence d’un congrès appartient par tradition au pays où la réunion a lieu, la moitié des vice-présidences sera, par contre, réservée aux invités de laFrance.
- L’Exposition internationale d’électricité sera ouverte le 1tr août 1881 et close le 15 novembre suivant.
- Les travaux du Congrès international des électriciens commenceront le 15 septembre 1881 dans les salles du palais du Trocadéro.
- Le département dont relève le service des télégraphes est le plus directement intéressé dans la question. Son personnel prend une grande part à tout ce qui concerne l’électricité; il en étudie les diverses découvertes et en prépare les applications. Il est en relation avec tous les électriciens des divers pays. La télégraphie elle-même recueillera un grand profit de l’Exposition et du Congrès; elle pourra y puiser de larges améliorations.
- C’est dans cette pensée que j’ai fait préparer le projet de décret ci-joint, et j’ai l’honneur de le soumettre à votre haute approbation.
- Veuillez agréer. Monsieur le président, l'assurance de mon respectueux dévouement.
- Le ministre des Postes et des Télégraphes, Ad. COCHERY.
- M. Cochery institua immédiatement une commission d’organisation.
- Président: M. Ad. COCHERY, ministre des Postes et des Télégraphes.
- Vice-Présidents : MM. le vice-amiral POTHUAU, sénateur;
- TE1SSERENC de BORT, sénateur ;
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- Ministre des Postes et des Télégraphes.
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- 10 EXPOSITION INTERNATIONALE D’ÉLECTRICITÉ.
- BRISSON, vice-président de la Chambre des députés;
- Le comte Ferdinand de LESSEPS, membre de l'Institut.
- Secrétaire : M. Georges COCHERY, directeur du cabinet et du service central au ministère des Postes et des Télégraphes.
- MM. :
- Le comte Horace de CHOISEUL, député, sous-secrétaire d’État au ministères des Affaires étrangères.
- WILSON, député, sous-secrélaire d’État au ministère des Finances.
- TURQUET, député, sous-secrétaire d’État au ministère de l'Instruction oublique et des Beaux-Arts.
- RAYNAL, député, sous-secrétaire d’État au ministère des Travaux publics.
- CARNOT père, sénateur.
- CUVINOT, sénateur, ingénieur en chef des ponts et chaussées.
- DUPÜY de LOME, sénateur, membre de l’Institut, professeur à la Faculté de médecine. *
- BERT (Paul), député.
- CROSET-FOURNEYRON, député.
- DEYELLE (Eure), député, i HÉRAULT (Alfred), député.
- MENESTREAU (Frédéric), député.
- NAQUET, député.
- PROUST.(Antonin), député.
- REYMOND (Francisque), député.
- ROUYIER (Maurice), député.
- BECQUEREL (Edmond), membre de l’Institut, président de l’Académie des sciences.
- BERTHELOT, membre de l’Institut.
- BRÉGUET (Louis), membre de l’Institut et du Bureau des longitudes.
- CORNU, membre de l’Institut.
- DAUBRÉE, membre de l’Institut, inspecteur général des mines, directeur de l’École nationale des mines.
- J. B. DUMAS.de l’Académie française, secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences.
- FAYE, membre de l’Institut, inspecteur général de l’Université, président du Bureau des longitudes.
- GARNIER (Charles), membre de l’Institut.
- HERYÉ-MANGON, membre de l’Institut, directeur du Conservatoire national des arts et métiers.
- JAM1N, membre de l’Institut.
- LALANNE, membre de l’Institut, inspecteur général des ponts et chaussées, directeur de l’École nationale des ponts et chaussées.
- Le comte Th, DU MONCEL, membre de l’Institut.
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- •EXPOSITION INTERNATIONALE D’ÉLECTRICITÉ. 11
- Le contre-amiral MOUCHEZ, membre de l’Institut, directeur de l’Observatoire de Paris.
- WURTZ, membre de l’Institut.
- E. ABOUT, publiciste, directeur du journal le XIXe Siècle.
- ALLARD, inspecteur général des ponts et chaussées, directeur général du service central des phares.
- ALPHAND, inspecteur général des ponts et chaussées, directeur général des ponts et chaussées, directeur des travaux de la ville de Paris.
- BAPST (J.), directeur du Journal des Débats.
- BARON (H.), inspecteur général des postes et des télégraphes.
- BARRAL (J. A.), secrétaire perpétuel de la Société nationale d’agriculture.
- BERGON (Louis), administrateur du service technique au ministère des Postes et Télégraphes.
- BLAVIER, directeur-ingénieur des postes et télégraphes, directeur de l’École supérieure de télégraphie.
- BOUILHET, vice-président de la Société de l’Union centrale des beaux-arts appliqués à l’industrie.
- CERNESSON, président du conseil municipal de Paris.
- CHARMES (Xavier), chef de la division du secrétariat au ministère de l’Instruction publique et des Beaux-Arts.
- DELAITRE, directeur de la Compagnie des chemins de fer de l’Ouest,
- DEMACHY, régent de la Banque de France.
- DENION DU PIN, administrateur des Messageries nationales.
- DIETZ-MONIN, membre de la Chambre de commerce de Paris.
- DUMONT, directeur de l’enseignement supérieur au ministère de l’Instruction publique et des Beaux-Arts.
- Dr HERZ, électricien.
- Le comte DU MONCEL, membre de l’Institut.
- Dr ON1MUS, électricien.
- DURRIEU, président de la Société générale de Crédit industriel et commercial.
- Le général GALLIMARD, commandant l’École polytechnique.
- GANDERME DE BÉVOTTE, inspecteur général des ponts et chaussées, président de section au conseil d’État.
- GRAEFF, inspecteur général des ponts et*chaussées, vice-président du conseil général des ponts et chaussées.
- GUICHARD (Jules), administrateur de la Compagnie universelle du canal de Suez.
- HU YOT, ingénieur au corps des mines, directeur des chemins de fer du M idi.
- JACQMIN, directeur de la Compagnie des chemins de fer de l’Est.
- JOURDE, publiciste, directeur du journal le Siècle.
- MANTION, ingénieur en chef des ponts et chaussées, ingénieur en chef des travaux et de la surveillance du chemin de fer du Nord.
- MASCART (E.), professeur au Collège de France, directeur du Bureau central météorologique, président de la Société française de physiaue.
- MEN1ER (Henri), manufacturier.
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- INTERIEUR DU PALAIS
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- 14 EXPOSITION INTERNATIONALE D’ELECTRICITE.
- NOBLEMA1RE (G.), ingénieur des mines, directeur de l’exploitation des chemins de fer de Paris à Lyon et à la Méditerranée.
- Le général baron DE SAINT-CYR-NUGUES, commandant le département de Seine-et-Oise et la place de Versailles, inspecteur général de la télégraphie militaire, président de la commission de télégraphie militaire.
- Le général PITT1É, chef de la maison militaire du Président de la République, secrétaire général de la Présidence.
- PLANTÉ (Gaston), électricien.
- - J. de REINACH, banquier.
- Le baron Alphonse de ROTHSCHILD, régent de la Banque de France.
- Le baron Gustave de ROTHSCHILD.
- De SOURDEYAL, président de la Société générale d’électricité.
- SÉVÈNE, ingénieur en chef des ponts et chaussées, directeur delà Compagnie des chemins de fer d’Orléans.
- TISSAND1ER, publiciste.
- YAUCORBEIL, directeur de l’Académie nationale de musique.
- FOUCHER de CAREIL, sénateur.
- LESGUILLIER (Jules), directeur des chemins de fer de l’État.
- VULPIAN, membre de l’Institut et de l’Académie de médecine, doyen de la Faculté de médecine de Paris.
- GAVARRET, vice-président de l’Académie de médecine, professeur à la Faculté.
- Le Ministre adjoignit à cette commission pour le travail courant et spécial un
- COMITE TECHNIQUE
- Le ministre des Postes et des Télégraphes, président.
- TEISSERENC de BORT, sénateur, président adjoint.
- CARNOT (père), sénateur.
- CUVINOT, sénateur.
- DUPUY de LOME, sénateur.
- BERT (Paul), député.
- REYMOND (Francisque), député.
- BECQUEREL (Edmond), membre de l’Institut.
- DUMAS (J. B.), membre de l’Institut.
- GARNIER (Ch ), membre de l’Institut.
- HERVÉ-MANGON, directeur du Conservatoire des arts et métiers. ALPHAND, inspecteur général des ponts et chaussées, directeur des travaux de la ville de Paris.
- ALLARD, inspecteur général des ponts et chaussées, directeur général du service central des phares.
- BARON, inspecteur général des postes et des télégranhes.
- BERGON, administrateur des télégraphes,
- BLAV1ER, directeur-ingénieur des lignes télégraphiques.
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- EXPOSITION INTERNATIONALE D’ÉLECTRICITÉ. 15
- GUICHARD (Jules), administrateur delà Commission universelle du canal de Suez.
- Le général baron de SAINT-CYR-NUGUES, commandant le département de Seine-et-Oise et la place de Versailles, inspecteur général de la télégraphie militaire.
- ARMENGAUD (jeune), ingénieur conseil.
- CLÉRAC, ingénieur des télégraphes.
- FONTAINE, président de la Chambre syndicale de l’électricité.
- LAN, ingénieur des mines, administrateur des chemins de fer de l’État.
- LEMONNIER, de la maison Sautter-Lemonnier.
- De PARVILLE, publiciste.
- RATTIER, de la maison Rattier et Cb.
- TESSE, ingénieur de la Compagnie des chemins de fer du Nord
- TURGAN, publiciste.
- Le comte du MONCEL, membre de l’Institut.
- BRÉGUET (Antoine), chef des installations du commissariat général de l’Exposition internationale d’électricité, secrétaire.
- SCHLEMMER, inspecteur général des ponts et chaussées, directeur de l’exploitation générale des chemins de fer au ministère des Travaux publics.
- Ce comité fut le conseil permanent du ministre et des commissions. Puis M. Cochery décida qu'il y aurait également un
- CONGRÈS INTERNATIONAL DES ÉLECTRICIENS
- dont il détermina ainsi la
- LISTE DES MEMBRES FRANÇAIS
- Président : M. le ministre des Postes et des Télégraphes.
- Vice-présidents : M. le ministre de l’Instruction publique et des Beaux-Arts; M. le ministre des Travaux publics-, M. le miuistre de la Guerre.
- Membres : M. le ministre de la Marine et des Colonies; M. le ministre de l’Agriculture et du Commerce.
- MM. :
- Le général FRÉBAULT, sénateur.
- BERT (Paul), député, professeur à la Faculté des sciences de Paris.
- LESGUILLIER, député, directeur des chemins de fer de l’État.
- BECQUEREL (Ed.), membre de l’Institut, président de l’Académie de> sciences.
- BERTHELOT, membre de l’Institut.
- BRÉGUET (L.), membre de l’Institut.
- CORNU, membre de L’Institut.
- DAUBRÉE, membre de l’Institut, insoecteur général des mines, directeur de l’École nationale des mines.
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- 16 EXPOSITION INTERNATIONALE D’ÉLECTRICITÉ.
- DE SAINS, membre de l’Institut.
- DUMAS (J. B.), de l’Académie française, secrétaire perpétuel dç l’Académie des sciences.
- FLZEAU, membre de l’Institut.
- JAMIN, membre de l’Institut.
- LALANNE, membre de l’Institut, inspecteur général des ponts et chaussées, directeur de l’École nationale des ponts et chaussées.
- HERVÉ-MANGON, membre de l’Institut, directeur du Conservatoire national des arts et métiers.
- MAREY, membre de l’Institut, professeur au Collège de France.
- Le comte DU MONCEL, membre de l’Institut.
- PERRIER (lieutenant-colonel), membre de l’Institut.
- WURTZ, membre de l’Institut.
- ABRIA, doyen de la Faculté des sciences de Bordeaux.
- ALLARD, inspecteur général des ponts et chaussées, directeur du service central des phares.
- BARON, directeur au ministère des Postes et Télégraphes.
- BERGON, directeur au ministère des Postes et Télégraphes.
- BERTIN-MOUROT, sous-directeur de l’École normale.
- BLAYIER, directeur-ingénieur des télégraphes, directeur dé l’École supérieure de télégraphie.
- BOUSSAC, ingénieur en chef du contrôle au ministère des Postes et des Télégraphes.
- BOUT Y, professeur au lycée Saint-Louis.
- COLL1GNON, ingénieur en chef des ponts et chaussées, inspecteur de l’École nationale des ponts et chaussées.
- CROVA, professeur à la Faculté des sciences de Montpellier.
- DEPREZ (Marcel), électricien.
- DURAND-CLAYE (Léon), ingénieur en chef des ponts et chaussées.
- FONTAINE, ingénieur, président de la Chambre syndicale des électriciens.
- GARBE, chargé du cours de physique générale et de météorologie à l’École préparatoire à l’enseignement supérieur des sciences, à Alger.
- GUILLEBOT DE NERV1LLE, inspecteur général des mines.
- JABLOCHKOFF, ingénieur électricien.
- JACQMIN, directeur de la Compagnie des chemins de fer de l’Est.
- JOUBERT, secrétaire général de la Société française de physique.
- JOUSSELIN, inspecteur principal de l’exploitation des chemins de fer de Paris à Lyon et à la Méditerranée.
- LARTIGUE, directeur de la Société générale des téléphones.
- LECLÈRE, capitaine d’artillerie.
- LE ROUX, professeur de physique à l’École supérieure de pharmacie.
- LÉVY (Maurice), ingénieur en chef des ponts et chaussées, professeur suppléant au Collège de France.
- L1PPMANN, maître de conférences à la Faculté des sciences de Paris.
- MANGIN, colonel du génie.
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- M. BERGER
- Commissaire général de l’Exposition.
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- 18 EXPOSITION INTERNATIONALE D’ÉLECTRICITÉ.
- MASCART, professeur au Collège de France, directeur du bureau central météorologique.
- MATHIAS, ingénieur en chef de l’exploitation du chemin de fer du Nord.
- MATHIEU, capitaine de vaisseau.
- MERCADIER, ingénieur des télégraphes, inspecteur des études de l’École supérieure de télégraphie.
- MOUTON, maître de conférences à la Faculté des sciences de Paris.
- NEYRENEUF, maître de conférences à la Faculté des sciences de Caen.
- PLANTÉ (Gaston), électricien.
- POTIER, professeur à l’École des mines et à l’École polytechnique.
- RAYNAUD, ingénieur des télégraphes.
- REBOUL, doyen de la Faculté des sciences de Marseille.
- REGNAULT, inspecteur principal honoraire du mouvement à la Compagnie des chemins de fer de l’Ouest.
- RICHARD, directeur-ingénieur des télégraphes.
- Le général baron DE SAINT-CYR-NUGUES, président de la Commission de télégraphie militaire.
- SEBERT, lieutenant-colonel d’artillerie de marine.
- SÉVÈNE, ingénieur en chef des ponts et chaussées, directeur de la Compagnie des chemins de fer d’Orléans.
- TERQUEM, professeur à la Faculté des sciences de Lille.
- YIOLLE, professeur à la Faculté des sciences de Lyon.
- WOLF, astronome titulaire de l’Observatoire de Paris.
- “Voici le texte du décret qui organise le congrès et en fixe la composition :
- Le Président de la République française,
- Sur le rapport du ministre des Postes et des Télégraphes,
- Décrète i
- Art. 1er. — Un Congrès international des électriciens sera ouvert à Paris le 15 septembre 1881, sous la présidence du ministre des Postes et des Télégraphes.
- Art. 2. — Trois vice-présidents seront choisis parmi les membres français et trois parmi les membres étrangers du Congrès*
- Art. 3. — Les ministres dii gouvernement de la République française et les ministres des gouvernements étrangers qui participeront au Congrès international sont membres de droit du Congrès.
- Arï. 4. — Le palais des Champs-Elysées sera mis gratuitement à
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- EXPOSITION INTERNATIONALE D’ÉLECTRICITÉ. 19
- la disposition de la commission privée autorisée par le gouvernement à organiser à ses frais, risques et périls, une Exposition internationale d’électricité du 1er août au 15 novembre 1881.
- Art. 5. — L’Exposition internationale d’électricité est placée sous le patronage de l’État.
- Art. 6. —Le règlement de l’Exposition internationale d’électricité sera soumis à l’approbation du gouvernement, qui nommera le commissaire général.
- Art. 7. — Le ministre des Postes et des télégraphes, le ministre des Affaires étrangères et le ministre des Travaux publics sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de l’exécution du présent décret.
- Fait à Paris, le 23 octobre 1880.
- Jules Grévy.
- Par le Président de la République :
- Le ministres des Postes et des Télégraphes,
- Ad. COCHERY.
- Le ministre des Affaires étrangères,
- B. Saint-Hilaire.
- Le ministre des Travaux publics,
- Sadi Carnot.
- Les gouvernements alliés nommèrent pour représenter chaque nation les commissaires ci-dessous :
- COMMISSAIRES ÉTRANGERS
- Allemagne. — M. ELSASSEN, 8, rue Rabelais.
- Autriche. — M. DE LEBER, 27, rue de l’Arcade.
- Belgique. — Comte D’OULTREMONT, 6, avenue Matignon.
- Espagne. — M. DE ORDUNA, 39, rue Laffitte.
- États-Unis. — M. Lévi P. MORTON, 95, rue de Chaillot. Grande-Bretagne. The Earl of GRAWFORD, Hôtel Continental.
- Italie. — M. le professeur GOYI, 2, rue de Grammont.
- Japon. — M. SONZONKI, 95, avenue Marceau.
- Norvège. — M. H. ASCHE, 12, rue Jacob.
- Pays-Bas. — M. Gérard OYENS, 12, avenue de l’Opéra.
- Russie. — M. le professeur LUTCHINOFF, 36, rue du Colisée.
- Suède. — M. NYSTROM, 97, avenue Montaigne.
- Suisse. — M. STUDER.
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- 20 EXPOSITION INTERNATIONALE D’ÉLECTRICITÉ.
- Enfin le ministre des Postes et des Télégraphes constitue définitivement l’organisation de l’oeuvre par le décret de nomination du commissaire général M. Georges Berger et par la publication du règlement.
- Par décret en date du 24 octobre 1880, rendu sur la proposition du ministre des Postes et des Télégraphes. M. Georges Berger, ancien directeur général des sections étrangères à l’Exposition universelle de 1878, commissaire général de l’Exposition de Melbourne, a été nommé commissaire générai de l’Exposition du Congrès international des électriciens et de l’Exposition internationale d’électricité.
- I. —Disposition générales.
- Art. 1er. — L’Exposition internationale de l’électricité, autorisée par décret dn 23 octobre 1880, sera ouverte à Paris dans le palais des Champs-Elysées, du 1er août 1881 au 15 novembre 1881.
- Art. 2. —Unecommissionnomméepardécretdu26novembrel880, et placée sous la présidence du ministre des Postes et des Télégraphes, sera consultée sur les mesures relatives à l’organisation générale de l’Exposition internationale d’électricité.
- Art. 3 — Les fonds nécessaires à l’organisation et au fonctionnement de l’Exposition seront fournis au moyen des subventions que l’État pourrait accorder, et par une association de garantie dont les membres souscripteurs se sont interdit tout partage de bénéfices après remboursement de leurs versements avec intérêts de 4 p. 100.
- Lors de la liquidation des comptes de l’Exposition, après défalcation des remboursements dus aux souscripteurs du capital de garantie, les bénéfices acquis seront laissés à la disposition de l’État, qui, sur les propositions de la commission d’organisation, eh fera profiter des œuvres scientifiques d’intérêt public.
- Art. 4. — Un comité technique et un comité des finances seront constitués. Le comité technique sera composé de membres de la com-
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- EXPOSITION INTERNATIONALE D'ÉLECTRICITÉ. 21
- mission d’organisation, auxquels un arrêté ministériel pourra adjoindre des personnes étrangères à cette commission, — Le comité de finances sera composé de membres de la commission d’organisation et de membres de l’association de garantie.
- Art. 5. —Le commissaire.général, nommé par décret du 24 octobre 1 880, est chargé d’exécuter, sous la haute autorité du ministre des Postes et Télégraphes, les décisions prises. Le commissaire général a la direction du personnel administratif.
- Art. 6. — Le commissaire général ou, en son absence, le secrétaire du commissariat général, assiste de droit aux séances de la commission d’organisation et des comités, avec voix consultative.
- Art. 7. — Les pays étrangers qui auront adhéré à l’Exposition internationale d’électricité seront invités à désigner des commissaires spéciaux. Ces derniers correspondront directement avec le commissaire général français.
- II. —• Admission. — Classification.
- Art. 8. — Les demandes d’admission étrangères et françaises, rédigées autant que possible suivant le modèle annexé au présent règlement, devront être parvenues au commissaire général à Paris, le 31 mars 1881, au plus tard.
- Art. 9. — Le comité technique sera appelé à statuer en dernier ressort sur les demandes françaises d’admission.
- Art. 10. — Le commissaire général notifiera, avant le 15 mai 1881, aux exposants l’avis de leur admission ainsi que l’étendue et la localisation de l’espace accordé à chacun d’eux.
- Art. 11. — Les commissaires étrangers auront la faculté de demander et de recevoir en bloc les espaces nécessaires aux installations de leurs nationaux.
- Les demandes cumulatives des commissaires étrangers devront être parvenues au commissaire général avant le 31 mars 1881. Les
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- 22 EXPOSITION INTERNATIONALE D’ÉLECTRICITÉ.
- plans généraux d’installation des locaux accordés à la suite de ces demandes cumulatives devront être soumis à l’approbation du commissaire général.
- Art. 12. — Les exposants étrangers appartenant à des pays qui n’auront pas nommé de commissaires spéciaux pourront correspondre directement avec le commissaire général français.
- Art. 13. — Des formules imprimées de demandes d’admission sont tenues à la disposition des intéressés :
- Au ministère des Postes et des Télégraphes, rue de Grenelle-Saint-Germain, 101 ;
- Au siège du commissariat général, palais des Champs-Elysées, porte n° IV ;
- Aux sièges des chambres de commerce et des sociétés savantes de Paris et des départements.
- Art. 14. — Les principaux objets admis à être présentés sont compris dans l’énumération suivante :
- Appareils servant àla production et à la transmission de l’électricité.
- Aimants naturels et artificiels. —Boussoles.
- Appareils servant à l’étude de l’électricité.
- Application de l’électricité : à la télégraphie et à la transmission des sons; — à la production de la chaleur; — à l’éclairage et à la production de la lumière; — au service des phares et des signaux;
- — aux appareils avertisseurs; — aux mines, aux chemins de fer et à la navigation ; — à l'art militaire; — aux beaux-arts; — à la galvanoplastie, à l’électro-chimie et aux arts chimiques; — à la production et à la transmission de la force motrice; aux arts mécaniques et à l’horlogerie; —àla médecine et à la chirurgie; —à l’astronomie, à la météorologie et à la géodésie ; — à l’agriculture ; — aux appareils enregistreurs; — au fonctionnement des appareils industriels divers;
- — aux usages domestiques.
- Paratonnerres.
- Collections rétrospectives d’appareils concernant les études primitives et les applications les plus anciennes de l’électricité.
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- Collections bibliographiques d’ouvrages concernant la science et l’industrie électriques.
- Art. 15. — Les objets admis à être exposés seront reçus dans l’enceinte du palais des Champs-Elysées à partir du 1er juillet 1881.
- Les caisses contenant ces objets devront porter des adresses et des étiquettes spéciales fournies par le commissariat général.
- III. —Installation.^
- Art. 16. — Les exposants n’auront aucun loyer à payer pour l’occupation des emplacements qui leur auront été attribués.
- Art. 17. — L’administration prend à sa charge la mise en état et la déclaration générale des locaux du palais des Champs-Elysées.
- Les exposants devront pourvoir, à leur frais, à l’installation et à la décoration de leurs emplacements respectifs.
- Les plans de ces installations et les dessins de ces décorations devront être soumis à l’approbation du commissaire général.
- Art. 18. — La force motrice sera fournie à prix débattu aux exposants qui en feront la demande.
- La force motrice pourra être fournie gratuitement pendant les expériences nécessaires aux travaux du congrès national des électriciens organisé par l’État, à l’Exposition.
- IV. — Entrées.
- Art. 19. —Les locaux de l’Exposition seront ouverts au public tous les jours, de 8 heures et demie du matin à 6 heures du soir, et de 8 heures à 11 du soir.
- Art. 20. — Des cartes d’entrée gratuites, permanentes et essentiellement personnelles, seront mises à la disposition des membres de la commission d’organisation, du comité technique et du comité des finances; des membres de l’association de garantie; des commis-
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- 26 EXPOSITION INTERNATIONALE D’ÉLECTRICITÉ.
- saires étrangers; des membres du Congrès international des électriciens; des agents du commissariat général; des exposants et des agents de ceux-ci dont la présence aura été reconnue indispensable.
- Art. 21. — Les prix ordinaires d’entrée sont fixés ainsi qu’il suit:
- 10 Pendant les jours de la semaine :
- fr. c.
- Matin, de 8 heures et demie à 11 heures........ 1 00
- Journée, de 11 heures du matin à 6 heures du soir. 1 00 Soir, de 8 heures à 11 heures ............. 1 00
- 2° Le dimanche :
- fr. c.
- De 8 heures du matin à 6 heures du soir........0 60
- De 8 heures à 11 heures du soir................ 1 00
- Y. — Pouce et surveillance. — Entretien.
- Art. 22.— Une surveillance rigoureuse contre le vol sera organisée par les agents du commissariat général, avec le concours de la police.
- Les précautions les plus minutieuses seront prises contre le feu.
- Toutefois l’administration ne sera pas responsable des pertes occasionnées par le vol ou l’incendie.
- Art. 23. — Les objets exposés ne pourront être retirés avant la clôture de l’Exposition, sans une autorisation spéciale du commissaire général.
- Aucun objet exposé ne pourra être dessiné ou photographié sans l’autorisation écrite de l’exposant, visée par le commissaire général.
- Art. 24. — Les exposants devront pourvoir par eux-mêmes à l’entretien et au nettoyage de leurs installations.
- Art. 25. — Un local spécial sera mis à la disposition des expo-
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- sants qui voudront faire le dépôt de leurs caisses vides pendant toute la durée de l’Exposition.
- Les déposants auront à payer un droit de 6 francs par mètre cube.
- Toute caisse d’un cubage inférieur à 1 mètre cube payera le prix fixé pour t mètre.
- Les frais de restauration et de remise en état des caisses vides seront à la charge des déposants.
- Art. 26. — Les exposants français ou étrangers jouiront des garanties qu’assure la loi du 23 mai 1 868 aux auteurs , soit des inventions susceptibles d’être brevetées, soit des modèles et dessins de fabrique qui pourront être déposés aux conseils des prud’hommes.
- Il leur suffira de déposer à la préfecture de la Seine, dans le premier mois au plus tard de l’ouverture de l’Exposition, une demande de certificat de garantie pour l’objet exposé.
- Ce certificat, n’exigeant le payement d’aucune taxe, sera valable à dater du jour de l’admission jusqu’à la fin du troisième mois qui suivra la clôture de l’Exposition,
- VI. — Catalogue. — Récompenses.
- Art. 27. — Un catalogue général de l’Exposition sera dressé par les soins du commissariat général et par voie d’entreprise et d’adjudication.
- L’entrepreneur du catalogue général pourra s’entendre directement avec les exposants officiellement inscrits pour l’insertion des réclames, avis et vignettes concernant les objets de leur commerce ou de leur industrie.
- Art. 28. — Des diplômes de mérite et des médailles de diverses classes seront accordés sur la proposition d’un jury dont la composition sera déterminée ultérieurement.
- Art. 29. — Toutes les communications relatives à l’Exposition
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- 28 EXPOSITION INTERNATIONALE D’ÉLECTRICITÉ, internationale d’électricité doivent être envoyées affranchies à l’adresse du commissaire général de l'Exposition internationale d'électricité, au palais des Champs-Élysées, porte n° IV, à Paris.
- Vu et approuvé le présent règlement, délibéré dans la commission d’organisation, le 6 décembre 1880.
- Le ministre des Postes et Télégraphes,
- Ad. Cochery.
- Le commissaire général,
- Georges Berger.
- COMMISSARIAT GÉNÉRAL
- M. Georges Berger constitua ses bureaux en s’adjoignant :
- MM. Georges BERGER, commissaire général;
- Le comte René d’HELIANA, secrétaire du commissariat général ; Antoine BRÉGUET, chef du service des installations;
- Maurice MONTH1ERS, sous-chef du service des installations; DUTROU, architecte de l’État;
- MELCHIOR, agent comptable;
- BONTEMPS, chef de bureau;
- ROTH, inspecteur.
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- * *
- Le 11 août, on ouvrit au public l’Exposition encore inachevée, parce que c’est la seule manière de faire terminer une installation quelconque, aussi bien pour les Expositions que pour les maisons d’habitation j mais quand il s’agit d’électricité, ce n’est pas tout que de mettre les machines, les appareils à la place qu’on leur a destinée, il faut encore les relier les uns aux autres, de manière à obtenir la manifestation désirée.
- En électricité, les appareils au repos disent peu de chose, la manifestation seule peut donner une idée juste de l’appareil et en expliquer les combinaisons.
- Il fallut un bon mois après l’ouverture pour offrir aux public une œuvre aussi complète que possible; aujourd’hui encore quelques machines importantes manquent encore.
- *
- * *
- L’industrie électrique est la plus récente des industries créées par l’homme; elle s’appuie sur la base la moins connue et peut-être la moins connaissable. Il y avait longtemps qu’un homme avait été foudroyé lorsque, seize cents ans après Jésus-Christ, Duhamel eut l’idée de rattacher la foudre aux phénomènes électriques que l’on commençait à étudier avec plus de précision.
- Depuis bien des si' des aussi les Chinois se servaient d’une pierre
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- 30 EXPOSITION INTERNATIONALE D’ÉLECTRICITÉ.
- d’aimant comme de boussole, lorsque Gioja établit la sienne sur un cercle de granit.
- Le char de Salmonée roulant sur un pont d’airain, produisant des détonations et des étincelles, les chars magnétiques ou tchi-nan-kiu des Chinois étaient dans la tradition des temps mythologiques; les passes magnétiques, l’imposition des mains faisaient partie de toutes les organisations théocratiques.
- Thalès de Milet et tous les Grecs savaient parfaitement bien qu’en frottant certains corps, comme l’ambre et différentes cires, on leur donnait la propriété d’attirer les corps légers; mais tous ces effets divers que l’on attribue aujourd’hui à une même cause ne constituaient pas un corps de science et à plus forte raison une industrie.
- Vouloir définir aujourd’hui nettement la nature exacte de la cause première de l’ensemble des phénomènes qu’on attribue à ce qu’on est convenu d’appeler « électricité » est bien difficile, et il faut toujours arriver à une première pétition de principes pour essayer d’en donner une définition quelconque.
- En voici une que je trouve dans Bescherelle, et qui, sous son apparence un peu naïve, répondrait assez bien à l’opinion qu’on en avait il y a une trentaine d’années :
- « Agent spécial auquel sont dus ces phénomènes, et que l’on regarde comme un fluide impondérable et nuisible. »
- D’autres dictionnaires, comme Larousse, par exemple, disent que l’électrité est « la propriété remarquée d’abord dans l’ambre jaune et que possèdent tous les corps d’attirer dans certaines circonstances les corps légers environnants, d’émettre des étincelles, de causer des commotions nerveuses chez les animaux ».
- Tout cela est bien vague, constate les effets et ne définit pas.
- Les autres disent tout simplement que c’est un fluide impondérable.
- « On a appelé, dit Larousse, fluide incoercible ou impondérable les agents imaginés pour servir d’intermédiaires entre les corps influençants et les corps influencés dans l’explication des phénomènes calorifiques, lumineux et électriques. »
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- D’autres commencent leur définition par : L’électricité est une force, comme la gravitation, la chaleur, l’affinité, etc.
- Mais tout cela ne satisfaisant encore que bien incomplètement le désir de précision de la science moderne, on continue à chercher et à créer des hypothèses plus ou moins ingénieuses. J’en demande à tout le monde ; les gens du métier hochent la tête, disent qu’ils n’en savent rien, qu’ils étudient les phénomènes et tâchent d’en tirer parti pour les besoins qu’ils ont à satisfaire.
- Un de mes bons amis, grand géologiste et professeur à l’École des mines, m’a donné l’ingénieuse explication suivante : Les phénomènes électriques proviennent de l’action du courant magnétique qui parcourt la ferre de l’est à l’ouest. La croûte solide de la terre tourne autour de son axe oblique à l’écliptique avec une vitesse différente de celle de la masse incandescente et liquide qui est prise dans l’enveloppe concrétée èt solidifiée; de cette différence de relation naît un frottement, et du frottemeut le courant magnétique terrestre. Le courant magnétique terrestre agit sur les appareils de manière à produire les phénomènes observés.
- Puis, me dit encore mon savant ami, il faut admettre que tous les corps sont formés d’un assemblage de molécules pondérables, entre lesquelles se trouvent logées des molécules d’éther; quand le centre de gravité de ces molécules d’éther est fixe, nous appellerons cela la chaleur; quand ce centre de gravité est oscillant, c’est l’électricité???
- Toute la question consiste donc à déterminer le centre de gravité des molécules d’éther à osciller dans différentes situations, relativement au courant magnétique terrestre.
- Et voilà pourquoi votre fille est muette!
- Il faudrait d’abord, pour suivre ce raisonnement, admettre une molécule primitive indivisible; or, l’indivisible absolu ne peut pas être admis, pas plus que le fini, soit dans le temps, soit dans l’étendue; puis admettre l’éther et la molécule d’éther me semble encore bien hardi. Je crois que le mieux est encore d’accepter en ces matières
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- le coefficient d'incertitude de Reffye, ou bien, comme le dit sous une forme paradoxale un des meilleurs esprits de ce temps :
- « Il n’y a pas de principes, il n’y a que des applications. »
- Ce qu’il y a de certain, c’est que lorsque j’interroge les savants modestes qui vivent perpétuellement au milieu des phénomènes électriques, mon cher et modeste ami M. Caël, par exemple, inspecteur des lignes télégraphiques du département de la Seine, il déclare franchement qu’il n’est pas plus avancé que moi, qu’il se sert des phénomènes électriques pour obtenir un résultat que sa profession l’oblige à obtenir, mais que la nature de la cause première qui les détermine lui est parfaitement inconnue.
- M. Becquerel, dans l’excellente notice historique qui commence le petit volume : VÉlectricité et ses applications, édité par le ministère des Postes et des Télégraphes à propos de l’Exposition internationale, se garde bien d’en donner une définition ; il énumère ses premières manifestations, et puis il dit : « Cet agent... »
- J’en ferai de même, et je laisse au Congrès le soin de consacrer une bonne définition de l’électricité.
- Je décrirai les appareils exposés et les industries auxquelles ils se rattachent, avec lé vocabulaire actuel et les théories admises, sans en répondre, tâchant d’être aussi compréhensible qu’on peut l’être aujourd’hui.
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- LES TRAVAUX DE M. BJERKNES
- Avant de commencer des études sur les applications plus ou moins pratiques des objets exposés au Palais de l’Industrie, nous devons appeler, l’attention sur les travaux de M. Bjerknes, professeur de physique de Christiania, qui démontre, par une série d’expériences très-intéressantes, que l’on peut au moyen d’une force mécanique imiter absolument les principaux phénomènes magnétiques et électriques.
- Les expériences de M. Bjerknes n’ont, jusqu’à présent, d’intérêt que pour les personnes désireuses de se rendre compte de ce qu’on est convenu d’appeler aujourd’hui Électricité. Mais elles viennent plutôt troubler les chercheurs de définitions précises que les aider à conclure.
- Déjà, à plusieurs reprises, dans les communications faites à T Académie des sciences, communications dont nous allons reproduire une partie, M. Bjerknes avait signalé ses études aux savants français, qui ne semblent pas, à mon avis, en avoir tenu suffisamment compte. A l’Exposition, sans passer aussi inaperçues, je trouve également que l’œuvre de M. Bjerknes n’est pas appréciée comme elle le mérite.
- Ce n’est pas dans un but d’industrie ou de bénéfice que le savant professeur de Christiania s’est livré à cette étude, mais bien par dévouement à la science pure et pour la plus grande gloire de ce qu’il appelle la voie hydro-dynamique.
- Ce qu’il y a de certain , c’est que, sans la moindre électricité ni aimantation quelconque, il produit à sa volonté des phénomènes
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- d’attraction ou de répulsion, exactement analogues à ceux obtenus avec un barreau aimanté ou un solénoïde. Il ne tire de ces expériences aucune théorie pouvant se rapporter à l’explication de la nature même de l’électricité, et cependant l’examen de ces phénomènes est très-troublant pour.les chercheurs de causes premières.
- Voici en quoi consistent ces expériences comme je les ai vues moi-même :
- Dans un bac quadrilatère à parois transparentes, il y a de l’eau. Dans cette eau, M. Wilhem Bjerknes, fils de l’inventeur, et qui est resté à l’Exposition pour y expliquer les découvertes de son père forcé d’aller à Christiania reprendre son cours de physique, place un petit appareil composé d’un support perpendiculaire auquel s’allonge une tige creuse portant à son extrémité un petit tambour plat, à parois de caoutchouc.
- La tige étant creuse forme tube; quand on insuffle et qu’on aspire alternativement de l’air par ce tube, les deux lames de caoutchouc du tambour se gonflent ou se creusent. L’insufflation et l’aspiration se produisent par le jeu d’une petite pompe à air très-ingénieusement combinée, et que l’opérateur fait tourner au moyen d’un volant à main.
- M. Bjerknes prend ensuite une tige mobile, également creuse, et portant aussi à son extrémité un tambour en caoutchouc semblable au premier. Cette tige communique de même avec la pompe à air, de sorte que ses flancs de caoutchouc s’élèvent et s’abaissent comme les flancs de caoutchouc du tambour immergé. Cette disposition de dilatation et de resserrement ressemble tellement au battement du pouls, que M. Bjerknes a donné à son tambour le nom de pulsateur.
- L’opérateur plonge le second pulsateur dans l’eau et l’approche de celui qui y est déjà. Si le gonflement des deux pulsateurs est simultané, le second attire le premier et le fait évoluer autour du support, absolument comme un aimant agissant sur un pôle de même nom.
- M. Bjerknes a donné à la période de gonflement le nom de pôle nord et à la période de dégonflement le nom de pôle sud. Donc, si
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- deux pulsateurs se gonflent en même temps, ils s’attirent, et s’ils se dégonflent en même temps, ils se repoussent. Mais si l’un des deux se creuse pendant que l’autre s’enfle, il le repousse, absolument comme ce qui arrive lorsqu’on présente le pôle nord d’un véritable aimant au pôle sud d’un aimant ou d’un solénoïde.
- Le pulsateur agit aussi sur de petites boules de sureau retenues dans l’eau par un fil attaché à la barre d’un appareil qui y est plongé; attraction et répulsion identiquement semblables àcelles de l’aimant.
- En plongeant dans l’eau une petite sphère en verre creux retenue flottante au centre du liquide par un poids léger et un fil de platine, et en l’entourant par quatre pulsateurs placés à distance en croix et sans la toucher, la sphère subit un mouvement de rotation sur elle-même assez rapide, sans que son axe cesse d’être vertical.
- M. Bjerknes ne s’est pas contenté de la pulsation : il a découvert que l’oscillation produit des résultats analogues. A l’extrémité de la tige creuse, au lieu d’un tambour pulsateur, il fait rapidement osciller de droite à gauche ou de gauche à droite de petites sphères creuses en laiton. Comme, dans l’expérience précédente, il plonge dans l’eau l’un des appareils porteurs de la sphère, et tenant à la main une autre tige portant la boule oscillante, il fait mouvoir les pompes à air. Si l’oscillation des deux boules suit la même direction, elles s’attirent; si, au contraire, l’une oscille de gauche à droite, tandis que l’autre oscille de droite à gauche, elles se repoussent.
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- M. Wilhem Bjerknes, partant de ces principes, finit par démontrer que sans aucune des manœuvres ordinaires de l’électricité ou de l'aimantation, il détermine dans la boule oscillante un pôle nord, un .pôle sud, disposés symétriquement de chaque côté d’une région neutre.
- Le savant professeur norvégien a découvert que ces vibrations se communiquaient au liquide ambiant; mais il n’élait pas facile de le constater aux yeux des personnes assistant à l’expérience. II. a donc disposé une petite bouée en métal creux retenue au fond du bac plein d’eau, et l’a surmontée d’un pinceau qui émerge à la surface. En plaçant au-dessus du pinceau une plaque de verre, il a obtenu des stries peintes sur le verre, et qui représentent bien toutes les oscillations dudit pinceau, dont la longue tige multiplie naturellement les oscillations bien plus courtes du cylindre métallique.
- Se servant ensuite de cette plaque de verre comme d’un cliché photographique, il a reporté ces stries en blanc sur fond bleu.
- Puis, faisant la même opération sur des aimants soumis à l’action d’un autre aimant dans différentes directions, il a eu par la photographie des épreuves qui, sans être entièrement identiques, montrent cependant des lignes, soit continues, soit ponctuées, présentant les mêmes courbes et les mêmes directions que celles obtenues au moyen du pulsateur ou de la boule oscillante.
- Il est même parvenu à tracer d’une manière identique les mouvements concentriques d’un courant électrique.
- Il y a déjà trois ans que M. Bjerknes avait présenté à l’Académie des sciences les prémisses de ces travaux; il montre aujourd’hui les résultats d’expériences perfectionnées plus concluantes encore que celles de 1879.
- Peu de personnes s’arrêtent devant cette démonstration scientifique « sans application pratique », comme le dit lui-même le modeste conférencier. Les électriciens de profession semblent peu satisfaits dé cette contrefaçon d’une science dont ils croient avoir le monopole.
- Voici, du reste, comment le professeur norvégien explique lui-
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- EXPOSITION INTERNATIONALE D’ÉLECTRICITÉ. 37 même, dans ses communications à l’Académie, son système et ses conséquences :
- « Dans la nouvelle construction, mon système est dû surtout à mon collègue M. Schoitz, qui a bien voulu m’aider, dans ces dernières années, pour les vérifications expérimentales de mes théorèmes hydro-dynamiques, dont j’ai poursuivi continuellement l’étude depuis
- l’été de 4875
- Fig. 2
- « Il consiste en une balance ou aiguille creuse qui peut tourner dans un plan horizontal et qui se termine, d’un côté, par un tambour cylindrique d’un diamètre relativement très-considérable. Ce tambour doit être le corps puisant; il est fermé par une membrane élastique, en sorte qu’on peut obtenir des augmentations et des diminutions du volume extérieur. Un tube de caoutchouc, fixé à sa partie supérieure et légèrement tendu, sert à porter la balance, et l’on s’est arrangé de manière à pouvoir régler cette tension très-faible. Par le canal intérieur de l’aiguille, il communique avec le tambour cylindrique; par sa partie supérieure, il communique avec une pompe, qui consiste tout simplement en un nouveau tambour fermé par une membrane élastique, à laquelle est fixé un piston mis en mouvement
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- par une roue motrice. Si l’on fait tourner cette dernière, le tambour situé au bout de la balance effectuera des pulsations périodiques que nous emploierons avec plus de facilité et qui produiront le même résultat que les pulsations correspondantes d’un corps sphérique. Ces mouvements vibratoires se feront, de plus, sans altérer les positions, car le courant d’air déterminé dans le canal, dans un sens ou dans l’autre, ne peut produire aucun mouvement dans le sens horizontal. Si, au contraire, le corps puisant est soumis à une action étrangère quelconque, la balance doit tourner facilement, puisque la faible torsion du caoutchouc est la seule force qui tende à s’opposer au mouvement, avec les frottements sur les pivots. Naturellement, la balance et le tambour qui lui est fixé doivent être submergés dans un liquide.
- « On peut ensuite introduire dans le liquide, et diriger comme on le veut avec la main, un autre tambour puisant qui communique avec une seconde pompe semblable à la première et commandée par la mêmé roue motrice.
- « Cela étant, si l’on dispose les manivelles de telle sorte que les pulsations isochrones soient concordantes, il en résultera une attraction, comme la théorie l’indique. On aura, au contraire, une répulsion dans le cas de phases opposées, ce qui est aussi conforme aux théorèmes énoncés. Ces forces, du reste, sont du second degré et peuvent être assimilées à de Y électricité statique > ou à ces autres forces suivant lesquelles des pôles magnétiques doivent agir entre eux. Seulement, il faut maintenant ajouter que les pôles et les masses hydro-électriques de même nom s’attirent; ceux de noms contraires se repoussent.
- «En mettant une plaque dans le voisinage du corps puisant, on remarquera des forces perturbatrices qui ajoutent leurs effets à ceux que nous venons de mentionner ; mais cette action, due à une force d’un ordre plus élevé, se perdra très-vite, comme on s’en convaincra aussi par les expériences, avec un accroissement de distance. Cette action peut quelquefois dominer pour les petites distances si les pulsations ne sont pas bien régulières ou si l’une d’elles s’affaiblit. Il peut
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- arriver alors qu’on obtienne, dans le cas d’une répulsion, une attraction prédominante lorsque les corps se rapprocheront trop, tandis que la répulsion redeviendra prédominante quand ils s’éloigneront ensuite à une assez grande distance.
- « En décrivant, en quelques Notes adressées à l’Académie dans l’année 1877, les forces apparentes qui naissent lorsque des corps sphériques enfermés dans un fluide incompressible effectuent des vibrations iscochrones, j’ai dit, dans ma communication du 11 juin, que des sphères puisantes peuvent être comparées à des pôles magnétiques, des sphères oscillantes à des aimants. Les dernières sont censées être orientées du sud au nord, suivant les directions instantanées de leurs oscillations; en même temps, les premières doivent être conçues comme des pôles du nord si les volumes augmentent, comme des pôles du sud s’ils diminuent. Mais, dans tous les cas, il faut supposer que les pôles du même nom s’attirent et que ceux du nom opposé se repoussent. Pourn’être pas entraîné trop loin, il faut supposer de plus que les directions des vitesses vibratoires changeront simultanément pour les deux corps, ce qui produirait le même effet que s’il n’y avait eu aucun changement.
- « A côté de ces forces, il y en a d’autres, très-prononcées, qui produisent de nouvelles vibrations ; mais leurs valeurs moyennes, pendant le cours d’une période, étant milles, je les mettrai ici hors de considération. Les forces appartenant aux trois premiers degrés, le deuxième, le troisième et le quatrième, seront aussi négligées, puisqu’elles sont ordinairement très-faibles : ce sont celles qui dépendent des mouvements progressifs continuant dans le même sens; aussi les vitesses de ces derniers doivent être petites par rapport à celles des mouvements vibratoires. Enfin on a des forces apparentes secondaires, qui sont exclues ici, puisqu’elles sont de degrés plus élevés que le quatrième; mais ces forces, ordinairement très-voisines d’un caractère attractif, peuvent bien être perturbantes, si l’on n’a pas le soin de produire des vibrations régulières et à peu près de la même intensité; car les forces principales ne dépendent
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- que des produits des vitesses vibratoires, tandis que les forces secondaires dépendront aussi de leurs carrés.
- « Si les restrictions à faire sont telles, les phénomènes restants, provenant des vibrations simultanées, peuvent être désignés comme un magnétisme inverse. On pourrait même dire qu’on aurait une triple série de tels phénomènes , constituant chacune une sorte de magnétisme complet; car non-seulement on produira les mêmes déplacements, d’une manière inverse, suivant la ligne centrale et normale-
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- Fig. 3
- ment à cette droite, mais on peut même forcer une sphère oscillante à tourner inversement autour de son centre d’oscillation, comme un aimant autour de son centre de gravité. Ainsi, on aura trois fois tous les phénomènes magnétiques modifiés comme il est indiqué, en faisant agir, de toutes les manières possibles, une sphère oscillante vers une autre qui oscille, ou une sphère oscillante vers une couple de sphères effectuant des pulsations opposées et liées invariablement, ou enfin telle couple vers une autre de la même espèce.
- « Si au lieu de réunir les sphères puisantes, deux à deux, pour en
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- faire une sorte d’aimants artificiels, on préférait les considérer isolément dans leurs actions, on peut se figurer aussi la sphère puisante comme un corps électrique; ce n'est alors que la sphère oscillante qui représentera un aimant. On aura une électricité, un électro-magnétisme et un magnétisme inverse; toutefois, il faut remarquer que le second phénomène, tant qu’il s’agit, comme ici, d’une compa-
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- Fig. 4.
- raison avec d’électricité statique, n’est pas connu [dans la nature.
- « A côté de cela, ces phénomènes hydro-électriques et hydro-magnétiques, ainsi qu’on pourrait les appeler, étant opposés à ceux de l’électricité et du magnétisme naturel, on aura encore une autre différence remarquable, mais qui ne se montre pas, à moins qu’on ne généralise en prenant des différences quelconques entre les phases. 11 paraîtra alors une certaine correspondance dans les phénomènes, qu’on retrouvera peut-être, d’une manière analogue, dans les
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- actions des forces chimiques, mais non pas, à ce qu’on sait encore, dans celles des forces électriques ou magnétiques. Ainsi, deux sphères puisantes, A et B, si la différence de leurs phases est égale à un quart de période, seront neutres entre elles; donc, en les comparant avec des corps électriques, il faudrait dire qu’il n’y avait pas d’électricité libre. Or, en introduisant une troisième sphère puisante A', il en pourrait résulter, néanmoins des actions, comme si une telle électricité existait : si les vibrations de A' étaient, par exemple, concordantes avec celles dè A, les deux sphères s’attireraient.
- « Je m’expliquerai ailleurs avec beaucoup plus de développements sur la nature de ces formes apparentes, et je donnerai de nouveaux renseignements, qui seront utiles et, je crois, même nécessaires pour trancher la question importante qui s’élève : s’il est possible, en considérant pour ainsi dire des systèmes partiels immergés dans un grand système de corps vibrants, d’arriver à une inversion, de sorte que ces systèmes partiels, conçus comme seuls existants, se comportent directement comme des éléments électriques ou magnétiques. »
- Un excellent journal, la Lumière électrique, qui, sous la direction si éclairée de M. du Moncel, s’occupe des questions électriques avec tant d’autorité et auquel nous empruntons les planches de cette étude, décrit ainsi, à son point de vue, les expériences de M. Bjerknes :
- Tel est le résultat qu’atteignent les très-curieuses expériences dues à M. Bjerknes. Elles constituent un ensemble de résultats frappants, parfaitement concordants et présentant avec les effets électriques des analogies très-nettes, comme ou va le voir.
- Elles reposent sur la présence de corps mis en vibration dans un liquide. Les vibrations que produit M. Bjerknes sont de deux sortes, des pulsations et des oscillations. Les pulsations sont obtenues à l’aide de petits tambours fermés par des parois flexibles, tels que ceux qui sont représentés dans la partie gauche de la figure 3 ; un petit cylindre ou corps de pompe est mis, à l’aide d’un tube, en communication avec cette chambre fermée, où le mouvement rapide d’un piston aspire et refoule alternativement l’air; les deux parois sont successivement repoussées au dehors et attirées vers le centre. Dans un appareil de ce genre, les deux parois repoussent le liquide en même temps, et l’attirent en même temps. Leurs mouvements sont de même phase ; si l’on voulait que l’une repoussât pendant que l’autre attirerait, il faudrait
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- adosser deux tambours séparés par une cloison rigide et les mettre en relation avec deux corps de pompe distincts doût les mouvements seraient combinés de façon que l’un, refoulât, pendant que l’autre aspirerait : un système de ce genre est représenté dans la partie droite de la figure 3.
- Les vibrations s’obtiennent à l’aide de petites sphères métalliques fixées dans des supports tubulaires par des leviers mobiles auxquels sont communiqués les mouvements de compression et de dilatation de l’air dans les corps de pompe. Elles oscillent dans un plan dont le sens peut être varié suivant la disposition de la sphère, comme on le voit dans les deux appareils de ce genre représentés figure 3. La figure 4 donne l’idée de l’ensemble du dispositif. Les deux pistons des pompes à air sont reliés à des bielles pouvant se fixer de manière à régler les phases comme on le veut, soit en coïncidence, soit en opposition; l’ensemble est mené par une roue avec une transmission à courroie permettant d’obtenir des vibrations rapides. Des tubes en caoutchouc conduisent l’air dans les appareils sans gêner leurs mouvements.
- Nous pouvons maintenant entrer dans le détail des expériences.
- La première est représentée dans la figure 4. Dans un bassin d’eau, on pose un petit bâti portant un petit tambour, placé sur un axe et pouvant tourner; il est d’ailleurs en communication avec l’un des cylindres à air. L’opérateur tient à la main un deuxième tambour mis en communication avec l’autre cylindre. On ajuste les pistons de façon qu’ils marchent parallèlement; alors les parois des tambours se gonflent et se dégonflent en même temps; les mouvements sont de même phase; si l’on approche les tambours l’un de l’autre, une attraction très-marquée apparaît ; le tambour tournant suit l’autre. Si l’on ajuste les bielles de façon que les pistons marchent en sens contraire, les phases sont discordantes, il y a répulsion, le tambour mobile fuit devant l’autre. L’effet est donc analogue à celui de deux aimants, à cette différence près que ce sont les phases semblables qui s’attirent et les phases différentes qui se repoussent, tandis que dans les aimants les pôles semblables se repoussent et les pôles différents s’attirent.
- Il faut remarquer que la face du tambour présentée est indifférente, puisque toutes deux ont la même phase; le tambour se comporte donc comme un pôle isolé d’aimant, ou mieux comme un aimant ayant en son milieu un point conséquent. Pour avoir deux pôles, il faut employer un tambour double. L’expérience est plus compliquée ; il faut deux corps de pompe à phases inverses pour ce tambour seul et un ou deux autres pour le tambour tournant : les effets sont plus faciles à montrer avec les sphères vibrantes, comme on va le voir.
- Cette forme a l’avantage que le corps oscillant présente à la fois les deux phases; relativement au liquide, l’un de ces côtés avance pendant que l’autre recule; aussi l’on peut, avec une sphère vibrante présentée au tambour mobile, obtenir la répulsion ou l’attraction, selon que le côté 'approché est
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- en phase discordante ou concordante avec la face du tambour qu’il regarde.
- On peut faire une série d’expériences intéressantes avec le dispositif représenté figure 3. Les deux sphères que supporte le bâti sont mises en vibration simultanée; le bâti est d’ailleurs libre de tourner autour de son axe. L’effet est analogue à ce que produiraient deux aimants courts portés sur un même support tournant; en présentant la sphère vibrante aux extrémités, - on dirige cet ensemble par répulsion ou attraction, suivant sa phase et suivant le point où on la présente ; en remplaçant le support transversal par une seule sphère, comme cela est figuré par une ligne pointillée, on obtient
- Fig. 5.
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- l’analogue d’un aimant court, porté sur un pivot comme une petite boussole. Cette sphère suit le pôle d’une sphère vibrante qu’on lui présente, comme ferait un pôle d’aimant, sous cette réserve toujours que dans l’aimant, les pôles semblables se repoussent, tandis qu’avec ces corps oscillants, les phases semblables s’attirent.
- Dans toutes les expériences précédentes, les corps, mis en présence, sont tous deux en mouvement, et les phénomènes sont analogues à ceux du magnétisme permanent; on peut aussi reproduire ceux qui résultent du magnétisme par influence; pour cela, on emploie des petités balles de diverses matières suspendues à des flotteurs, ainsi que cela est indiqué figure 4. Prenons, par exemple, le corps, qui est une petite sphère de métal, et présentons-lui, soit un tambour animé de pulsations, soit une sphère oscillante; il sera attiré, représentant ainsi l’action d’un aimant sur
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- un morceau de fer doux; une expérience curieuse peut indiquer la transition entre cette nouvelle série et la précédente. Si l’on présente l’un à l’autre deux tambours de phase contraire, mais disposés de telle façon que l’un d’eux vibre beaucoup plus fort que l’autre, en les approchant avec précaution, on reconnaîtra que la répulsion qui s’était manifestée d’abord se change en attraction; en se rapprochant, le tambour à grand mouvement a fini par avoir sur l’autre la même action que si ce dernier était immobile; l’effet est analogue à ce qui se passe entre un aimant fort et un faible présentés par leurs pôles semblables.
- Fig. 6.
- En continuant ces essais, nous arrivons à un point très-important : au lieu du corps b (fig. 4), prenons le corps c. Comme la figure le montre, c’est une sphère plus légère que l’eau maintenue dans le liquide par un poids ; si nous lui présentons le corps vibrant, elle sera repoussée, et nous obtenons les résultats connus sous le nom de diamagnétisme. Cette curieuse expérience met très-bien en relief l’influence des milieux. On sait que Faraday attribuait ces effets à l’action de l’air; il pensait que les mouvements magnétiques résultaient toujours d’une différence entre l’attraction exercée par l’aimant sur le corps expérimenté et l’attraction exercée sur l’air. Si le corps est plus sensible que l’air, il y a magnétisme direct; s’il l’est moins, il y a diamagnétisme. L’eau entre les corps, dans les expériences de Bjerknes, joue le même rôle; c’est elle qui, par sa vibration, transmet les mouvements et détermine les phases dans le corps suspendu. Si le corps est plus lourd que l’eau, son mouvement est plus petit que celui du liquide ; par conséquent, relativement
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- au corps vibrant, il est de même phase ; s’il est plus léger, le contraire a lieu, et les phases sont en discordance. Ces effets se vérifient très-bien à l’aide du petit appareil (fig. 5) qui porte deux barres : l’une plus légère, l’autre plus lourde que l’eau. En leur présentant le corps vibrant, l’une présente son extrémité et prend le sens axial, l'autre se place en croix et prend la direction équatoriale. Ces expériences peuvent être variées de diverses façons, sur lesquelles je crois inutile d’insister, d’autant que chacun pourra les voir à l’Exposition.
- On obtient aussi des effets très-curieux avec le dispositif figure 6. On introduit entre les deux tambours un corps maintenu par un flotteur, tel que celui représenté figure 4. On peut alors arriver à divers résultats, suivant les combinaisons adoptées. Supposons que les phases soient semblables et le
- corps interposé plus lourd que l’eau ; il est alors repoussé jusqu’à la circon-
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- férence de tambours, où il s’arrête; si les phases sont différentes, le corps influencé se porte au contraire et s’arrête au centre.
- Si le corps est plus léger que l’eau, les effets sont naturellement changés. Placé entre deux phases semblables, il est attiré dans un certain rayon et repoussé lorsqu’on le place plus loin; si les phases sont opposées, il est toujours repoussé. On s’assurera aisément que ces effets sont analogues à ceux qui se produisent sur des corps placés entre deux pôles d’aimants larges et
- puissants; on y trouve particulièrement quelques-unes des expériences de
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- Faraday. Inutile de répéter que les analogies sont toujours inverses.
- M. Bjerknes a poussé plus loin l’examen de ces phénomènes, en étudiant expérimentalement les actions produites au sein du liquide ; pour cela, il fait usage du dispositif représenté figure 7. A côté du corps vibrant, on place un corps léger monté sur un ressort très-flexible ; il prend le mouvement de la portion de liquide où il est plongé, et à l’aide d’un petit pinceau, on en inscrit le sens sur une plaque présentée au-dessus; en plaçant cet enregistreur dans diverses directions, on peut explorer tout le liquide. On trouve ainsi des figures parfaitement semblables aux fantômes magnétiques.
- Tous les cas peuvent être reproduits, la sphère vibrante donne le fantôme d’un aimant avec ses deux pôles. On peut même montrer l’action mutuelle de deux aimants ; les figures sont remarquablement nettes, plus claires peut-être que celles qu’on obtient avec des aimants véritables.
- Enfin, voici une lettre que m’écrit le savant professeur, et qui complétera mes explications personnelles et celles de M. Géraldy :
- « ...Pour plus de clarté, et puisque je ne me souviens pas comment il avait été dit, je répéterai en quoi consiste le phénomène dont ü s’agit : une boule puisante se comporte comme un pôle nord au temps de gonflement, comme un pôlè sud au temps de dégonflement.
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- Mais tout cela inversement. Il faut supposer que les pôles du même nom s’attirent et que ceux du nom opposé se repoussent. Cela posé, en considérant le cas le plus important, le cas d’isochronité, et si de plus les vibrations commencent et finissent en même temps, on peut fixer un temps initial et supposer que l'état qui existe alors se conserve. Car alors les changements de sens seront simultanés, ce qui revient à admettre qu’il n’y a pas de changement. D’après cela, boules puisantes en concordance (correspondant aux pôles du même nom) s’attirent; mais si l’on a des phases opposées (correspondant aux pôles opposés), on aura répulsion.
- « Vous désirez savoir si ces phénomènes pourraient être utilisés pour la vie pratique. Je ne le-sais pas. Lorsque, scientifiquement, ils seront encore plus étudiés, lorsqu’on s’arrangera avec ces choses-là avec plus de familiarité et avec plus de facilité, et lorsque enfin ils auront passé des mains des hommes théoriciens à celles des hommes pratiques (dont l’intérêt et dont les vues sont bien autres), alors ils pourraient trouver peut-être leur application, mais, natu-Tellement, pas en ce sens qu’on aura de nouveaux moteurs, etc., indépendants de nos moteurs ordinaires. Aux personnes qui voudraient faire des expériences, dans un tel but, je recommanderai ainsi d’abord de se familiariser avec les choses, ensuite de faire des essais en petite extension. Le temps de grands essais, très-couteux, n’est pas venu, je crois, et l’on risquerait de faire des dépenses inutiles, si, disposant même de moyens considérables, on faisait une telle entreprise avec l’espérance de pouvoir gagner bien vite un résultat pratique de quelque valeur. Une collection de mes appareils sera donnée au Collège de France. Là, les phénomènes pourront être étudiés, je pense, par ceux qui le désirent.
- « Quant à moi, je penche à croire que le champ d’application des phénomènes est surtout dans la science elle-même, et qu’il s’étend même un peu hors de la physique proprement dite. C’est vers ce côté que je regarde ; c’est pour ma personne, comme pour l’avancement des choses, le plus utile; et cela d’autant plus que je ne possède
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- pas les connaissances nécessaires et si variées des hommes s’occupant des intérêts de la société et des applications qui s’y rapporteront plus particulièrement.
- « Agréez, Monsieur, l’assurance de ma haute estime et de mon dévouement.
- Ch. Bjerknes. »
- J’appelle cependant sur ces phénomènes l’attention du ministre et
- Fig. 7.
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- des financiers désintéressés (il y en a de nos jours) qui s’occupent volontiers des découvertes encore à leur début.
- Ne seraifcil pas bien intéressant, peut-être utile, de voir quels résultats donneraient des pulsateurs ou des boules oscillantes de dix mètres de diamètre, et si l’on ne trouverait pas quelque fructueuse application des ingénieuses combinaisons de M. Bjerknes?
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- LA TÉLÉPHONIE
- Parmi les applications immédiates de l’électricité qui ont été mises en lumière par l’Exposition, la téléphonie a été incontestablement la plus universellement appréciée, si bien appréciée que c’est maintenant une grosse industrie ayant déjà donné naissance à plusieurs industries secondaires. Et ce n’est pas seulement par l’intelligente création des appareils en eux-mêmes, mais surtout par l’habile usage qu’on a su en faire.
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- Dans l’acclimatation d’une industrie destinée à desservir un besoin général, il faut considérer l’agencement autant et plus encore que les appareils eux-mêmes formant la base de cette industrie; sans cela, on reste presque indéfiniment sur le terrain scientifique, qui ne produit aucun revenu, et une application scientifique quelconque ne devient une industrie utile et vivace que si elle crée, je ne dis pas un revenu net, qui dépend d’éléments si divers, mais un revenu brut assez important pour indiquer clairement qu’un certain nombre de personnes sont disposées à payer en argent, et non en admiration et en compliments, les mérites de l’invention nouvelle.
- Pourquoi les téléphones ont-ils réussi avec une telle rapidité? C’est qu’ils desservaient un besoin non desservi. Ni la poste, ni le télégraphe, ni même les dépêches pneumatiques, que l’administration française persiste à faire écrifc sur papier bleu foncé, ce qui les rend
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- illisibles passé trois heures de l’après-midi, ne pouvaient donner à deux personnes la possibilité de communiquer entre elles instantanément, d’échanger leurs idées, de donner un ordre, d’établir une transaction aussi rapidement que si elles étaient face à face.
- Le téléphone ne remplaçait rien, il créait un état de choses non existant.
- Il s’est donc répandu avec une rapidité telle, que les organisateurs de la société qui l’exploite ont été et seront encore longtemps au-dessous des demandes incessantes et presque désespérées de leurs souscripteurs. A l’Exposition, elle a captivé lés visiteurs, qui se sont résignés à de longues attentes pour pouvoir écouter pendant deux minutes les merveilleux appareils de M. Ader.
- Pas plus que l’essence même de l’électricité, la théorie de la téléphonie n’est éclaircie de manière à satisfaire absolument la science et le raisonnement. Ce que l’on sait bien, c’est qu’étant donné certaines circonstances diverses et d’heureuses combinaisons, on a pu faire entendre très-distinctement, d’abord des sons musicaux, puis la parole humaine, à tel point qu’on est arrivé à causer à distance comme on cause en présence de l’interlocuteur.
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- Le mot téléphonie n’est pas nouveau. Il a été, je crois, inventé par Sudre, qui avait composé avec des clairons et des trompettes une sorte de langage s’entendant au loin. Cette téléphonie par l’air n’a pas donné tous les résultats que son inventeur s’en promettait.
- Depuis longtemps les corps solides et même le sol servaient de transmetteurs, utilisé d’abord par les chasseurs pour entendre le pas des animaux, et plus encore par les animaux pour percevoir la marche des chasseurs. Les peuples sauvages se servent également de ce procédé pour percevoir l’approche de leurs ennemis.
- La médecine usa de cette conductibilité du son par les corps
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- solides, en inventant le stéthoscope, qui rend de si grands services.
- On a voulu faire remonter jusqu’en 1600 les origines du téléphone actuel. Un certain Robert Hooke aurait, d’après les compilateurs, transmis le son par un fil tendu ou même non tendu.
- Vers 1783, un autre inventeur, dom Gantey, croyait pouvoir transmettre le son à 150 lieues avec des tuyaux semblables à ceux de la pompe à feu de Chaillot.
- Plus tard, Wheastone créa ce qu’il appelait la lyre magique, dans laquelle une poutre de sapin servait de conducteur. Vint enfin le téléphone à ficelle, qui transmet le son assez bien, quand la ficelle est tendue, à une centaine de mètres. Plusieurs savants français et étrangers, et notamment Bourseul et Reiss, purent agencer des appareils transmettant des sons musicaux; mais GrahamBell fut le premier qui fit un téléphone parlant. Le brevet d’invention lui fut décerné, bien qu’en même temps que luiElisha Gray réclamât la priorité. Ce fut seulement en 1877 que le téléphone de de Bell apparut en Europe.
- Malheureusement pour le savant inventeur, les circonstances particulières à notre législation des brevets ne purent lui assurer ses droits en France. Ces droits furent remplacés bien incomplètement par une récompense académique de 50,000 francs, qu’il a eu bien du mal à toucher s’il l’a touchée.
- Hughes utilisa le microphone, et toujours par les mêmes dispositions de notre législation des brevets, pas plus que Bell il n’a de rétribution pécuniaire de ses brevets.
- Bien plus heureux, M. Edison, qui sut se faire payer très-cher l’intervention d’une pile, d’une bobine d’induction, et d’une pastille de poudre de charbon derrière la plaque métallique servant de diaphragme vibrant. Cette pastille de poudre de charbon, suivant que les ondes sonores de la parole la compriment plus ou moins, offre à l’intensité électrique une résistance variable, très-favorable à la netteté de transmission de la parole humaine.
- C’est grâce à l’importation du téléphone d’Edison que les transmissions téléphoniques, suffisamment claires et assurées, ont été établies
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- Téléphone dit Crown. Téléphone dit poney-Crown.
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- Téléphone Bell.
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- Pile Lcclanché.
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- Téléphone Gower.
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- Téléphone Blake.
- Sonnerie trembleuse.
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- à Paris au n° 45 de l’avenue de l’Opéra, et qu’un bureau central actif a pu se développer rapidement, jusqu’à fournir d’abord aux communications de trois ou quatre cents personnes, banquiers, agents de change, industriels, etc.
- ' A la même époque, un autre groupe avait réuni le téléphone magnétique Gower, les appareils Blake et Crossley, instruments qui ont également leur mérite.
- Ainsi, le Gower, qui ne demande pas le secours d’une pile et qui est très-bon marché, est surtout employé par la télégraphie militaire et toutes les fois qu’il s’agit de communications rurales, et non à l’intérieur des villes, où les influences locales ont une action perturbatrice sur la transmission. Ainsi, pour des usines, des propriétés de campagne, rien n’est plus simple ni plus commode lorsque l’appareil a été bien fabriqué.
- Il n’en est pas de même lorsqu’il s’agit d’établir un service dans une ville, et surtout dans Paris. Là se rencontrent des difficultés de toute nature, pour la solution desquelles l’agencement total du réseau tient une bien plus grande place que la nature même de l’appareil employé.
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- Le sol de Paris est dans une trépidation continuelle. Il est, de plus, imprégné d’eaux chargées de toute sorte d’impuretés, produisant sans cesse des réactions chimiques sur les sels calcaires ou alcalins de la terre primitive.
- Des tuyaux métalliques le parcourent en tout sens, et, comme les propriétaires d’une part, et la ville de Paris d’autre part, n’acceptent pas volontiers la pose des fils sur les toits ou le long des maisons, il en résulte qu’il est nécessaire de faire passer par les égouts les fils qui relient les uns aux autres les divers appareils placés chez les abonnés et dressés dans les bureaux.
- Ces égouts renferment non-seulement les tuyaux de conduites
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- d’eau pour l’alimentatiou, mais aussi, dans la plupart des grandes voies, des tubes pour les transmissions atmosphériques et en plus les gros câbles télégraphiques de l’État.
- On n’a donc pas pu, comme dans la campagne, se servir de fils simples métalliques, fils télégraphiques ordihaîrës ;ôu de câbles se composant d’un seul conducteur de cuivre, entouré d’un isolant, d’un guipage et d’un fil d’acier enroulé pour servir d’armure. Il a été nécessaire de composer de véritables câbles d’un système particulier comprenant un fil d’aller et un fil de retour. On a, de plus, été conduit à employer des piles Leclanché dont le nombre d’éléments doit croître de % à 6, suivant la distance et l’intervention des circonstances particulières au milieu ambiant.
- Ces câbles se composent de fils de cuivre formant toron à trois brins; c’est ce qui constitue l’âme par laquelle passera le courant électrique provenant du microphone. C’est le passage de ce courant qui met le métal dans l’état d’ère thysme nécessaire à la transmission delà parole.
- Cette âme de cuivre doit être protégée par le dialectrique jusqu’à présent reconnu comme le meilleur, la gutta-percha. On en essaye d’autres aujourd’hui, comme les différents carbures d’hydrogène, goudrons, brai, élantherine, kérosine, etc., etc.
- Autour de la gutta-percha on enroule des fils de coton de couleurs voyantes pour qu’on puisse les distinguer à la faible lueur d’une lampe d’égoutier. - ' '
- Ces fils sont ensuite mis en plomb, c’est-à-dire introduits dans des tubes de ce métal.
- La nécessité de la mise en plomb vient de ce qu’il faut empêcher de s’altérer d’abord le coton, puis la gutta-percha qui recouvre l’âme de cuivre. Les gaz délétères des égouts auraient bien vite détruit les matières végétales qui entourent le cuivre, et malgré l’enveloppe de plomb, il arrive trop souvent encore que les rats habitant les égouts tranchent les câbles et causent des dégâts que l’on est forcé de rechercher et de réparer. Ces câbles à deux fils, l’un allant chez l’abonné et l’autre en revenant, étaient d’abord les seuls employés.
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- Téléphone Ader mobile
- Pièces du téléphone Ader.
- Téléphone Ader fixe,
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- Téléphone Edison,
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- Depuis que les deux sociétés exploitant le réseau de Paris se sont réunies en une société générale et ont conduit le nombre de leurs abonnés parisiens jusqu’à 2,000 on a procédé, non plus en reliant tous ces abonnés à un bureau unique par des câbles à deux âmes, mais en établissant des bureaux régionaux autour desquels les câbles du quartier font étoile, et qui sont réunis eux-mêmes par de gros câbles faisant l’étoile autour d’un bureau central établi au numéro 27 de l’avenue de l’Opéra.
- Ces gros câbles se composen t non plus de deux âmes, mais de sept fois deux âmes, ce qui les fait appeler tantôt câbles à quatorze, tantôt câbles à sept, tandis que les autres sont appelés câbles à deux. On a remarqué bientôt que ce qui était vrai entre les bureaux de quartier et le bureau central l’était également entre les bureaux de quartier et les abonnés.
- Si l’on suppose sept abonnés éloignés de plus de 500 mètres d’un même bureau? et se trouvant dans une même direction, au lieu de les desservir par des câbles à deux, il était bien plus économique, et comme place et comme frais de fabrication, de réunir les sept doubles fils dans un seul tube de plomb. Au delà de 500 mètres, on rattache, en les soudant au câble à sept, les doubles fils allant dans chaque maison. Si un groupe de sept abonnés est à plus de 1,000 mètres, on sonde, l’une au bout de l’autre, deux parties de 500 mètres, et l’on épanouit dans les sept directions voulues l’extrémité des mille mètres de câbles à sept.
- Voilà pourquoi il est nécessaire que les fils de coton qui protègent la gutta-percha soient de couleurs vives et tranchantes. Les poseurs et les soudeurs qui travaillent à la lampe dans les égouts sont ainsi guidés dans leurs raccordements.
- Arrivés dans l’égout, en face de la maison de l’abonné, des poseurs introduisent le fil conducteur dans l’édifice en passant par le branchement d’égout, qu’aux termes du règlement toutes les maisons de Paris doivent avoir ouvert sous le trottoir. Arrivés au mur de la maison même, on dresse ce que l’on appelle une colonne montante; c’est un
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- tuyau de fer creux qu’on place de manière à le dissimuler autant que possible, le plus souvent le long d’une conduite descendante des eaux pluviales, et lorsqu’on est arrivé au niveau de l’appartement de l’abonné, on pénètre dans cet appartement par des trous faits à la mèche.
- Une fois dans l’appartement, on raccorde le câble à des conducteurs couverts de soie que l’on choisit autant que possible de la couleur de la tenture. Puis on place l’appareil, qui peut être un Crossley, un Ader, un Edison ou un Edison transformé, suivant la demande du client. L’Ader ou l’Edison transformé, dans lequel la plaque de l’Ader a remplacé l’embouchure conique d’ébonite, sont de plus en plus demandés.
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- Nous venons de décrire ce qui se passe à l’une des extrémités du conducteur, côté de l’abonné. Voyons maintenant ce qui a lieu dans les bureaux des quartiers et dans le bureau central.
- Un bureau téléphonique se compose d’abord d’une pièce en sous-sol communiquant avec l’égout : la première condition pour l’établissement d’un bureau téléphonique est que la rue choisie soit une voie garnie d’un égout du plus grand modèle possible; la ville de Paris n’ayant concédé à la Société générale des Téléphones qu’une certaine étendue de la voûte de ses égouts pour y fixer des crochets sur lesquels doivent être posés des câbles.
- Si l’égout était d’un trop petit modèle, l’encombrement s’y produirait rapidement, tandis que dans les grands égouts, ceux de l’Opéra, par exemple, qui sont larges comme une rue, les câbles peuvent s’étager sans danger d’obstruction à la voûte de l’égout.
- La paroi du sous-sol du bureau est ouverte d’un trou carré fermé par une épaisse et solide plaque de bronze percée d’autant de trous qu’il devra y passer de câbles. Ceux-ci entrent dans le sous-sol encore revêtus de leur enveloppe de plomb, dont on les débarrasse lorsqu’ils arrivent à ce qu’on appelle 4a rosace. La rosace se compose d’une
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- Transmetteur Ëdison.
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- Électro motographe Edison.
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- J.BLANADET
- Téléphone Crossley.
- Téléphone Crossley, intérieur.
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- ouverture circulaire entourée d’un large cadre en bois. Les fils sortant* de leur enveloppe de plomb sont dirigés vers la circonférence de la rosace. Là, on les classe par couleurs et par numéros de câbles, et on les fixe sur des serre-fils en laiton auxquels est accroché un jeton d’ivoire portant le nom de l’abonné et son numéro d’ordre.
- Ils sont ainsi définitivement arrêtés.
- Ils se joignent sur les serre-fils avec les fils venant du rez-de-chaussée et partant de la paroi postérieure des montants qui portent les tableaux indicateurs.
- Les indicateurs sont des petits appareils très-ingénieux, ainsi composés : une plaquette de bronze attachée par une charnière au tableau est retenue à sa partie supérieure par un petit crochet d’acier. Lorsque l’abonné manifeste sa volonté de communiquer en appuyant sur le bouton d’appel, le courant passe dans un fil conducteur et vient aimanter un électro-aimant qui attire le levier au bout duquel se trouve le crochet, maintenu en place par un petit ressort très-léger.
- L’aimantation, triomphant de la résistance du ressort, fait basculer le levier-, le crochet se soulève, la plaquette tombe, et le numéro de l’abonné apparaît.
- La téléphoniste sonne chez l’abonné par un procédé analogue à celui qui a fait tomber la plaquette; elle envoie d’abord le courant dans la sonnerie qui accompagne l’appareil de l’abonné. Quelquefois cette sonnerie est simple, mais on peut y joindre un signal donné par une petite lame de tôle peinte en rouge et qu’un déclanchement fait tomber. Il est donc facile, en rentrant chez soi, de voir si l’on a été appelé pendant son absence.
- Lorsque la téléphoniste et l’abonné se sont ainsi prévenus l’un l’autre, ce qui peut être presque instantané, après avoir prononcé le mot « hallow haltow », devenu sacramentel, l’abonné dit le nom de la personne avec laquelle il veut être mis en communication. La téléphoniste sonne cette dernière, et, au moyen d’un cordon souple composé de deux âmes conductrices isolées l’une de l’autre et terminé à chaque extrémité par une fiche métallique dite jock hnif, la communication s’établit.
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- Les abonnés causent entre eux, et lorsque la conversation est terminée, ils pressent le bouton d’appel, la téléphoniste retire le cordon souple, et la communication cesse.
- Lorsque les abonnés n’appartiennent pas à un même bureau de quartier, ils demandent d’abord qu’on les mette en communication avec le bureau de la personne avec laquelle ils désirent communiquer. Une fois en rapport avec la téléphoniste de ce bureau, ils lui disent le nom demandé.
- Tous les mois est envoyée aux abonnés la liste des personnes reliées, avec l’indication du bureau par lequel elles sont desservies.
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- Toutes ces manœuvres, qui ont l’air très-compliquées dans la description, arrivent dans la pratique à une extrême simplicité. Toutes ces excellentes dispositions, empruntées les unes au ministère des postes et télégraphes, les autres aux procédés américains, d’autres enfin inventées par M. Lartigne, directeur, par MM. Berton et Brown, ingénieurs, et exécutées avec une grande habileté par M. Gilquin, chef des ateliers de la Société générale des Téléphones, composent un ensemble qui, à l’Exposition, a été justement apprécié par tous les électriciens de l’ancien et même du nouveau monde.
- Le diplôme d’honneur en a été la juste récompense.
- Est-ce à dire pour cela que la perfection est atteinte et qu’il n’y a rien de mieux à trouver? D’abord, et avant tout, il y a à faire l’éducation et des abonnés et des téléphonistes. Jouer du téléphone est un art, comme jouer de tout instrument : quelques personnes trop nerveuses ou trop distraites ne pourront jamais s’en servir. Il en est de même des grands. Les sourds et les muets en seront également privés.
- Ceux qui ontToreille dure(a), les gens qui bredouillent ouquiontles
- [a) Un cas singulier s’est cependant présenté ces jours-ci au bureau de l’avenue de
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- amygdales trop fortes seront toujours de mauvais téléphonistes. Les voix d’enfants et de jeunes filles s’entendent merveilleusement et prennent dans le téléphone un timbre charmant.
- Il n’est pas nécessaire de s'approcher trop près de la plaque et de crier à tue-tête, surtout lorsqu’on a une voix de basse formidable.
- — Tu as l’air d’un lion qui rugit dans un chaudron, me disait un jour un des spirituels gérants du Figaro. 11 faut donc s’ingénier à trouver quelle est la distance favorable, eu égard à la qualité de son appareil et à l’émission de sa voix; ne pas se mettre le récepteur sur la pommette, ni l’appuyer à outrance sur le plat de l’oreille, comme le font presque tous les néophytes ; il faut simplement le présenter à l’ouverture de la conque, autant que possible parallèlement à la membrane du tympan, — voici pour les clients.
- Quant aux demoiselles employées dans les bureaux de téléphones, elles doivent se garder de toute conversation et de tous cris inutiles ; il y a déjà dans ces bureaux assez de bruits qu’on ne peut éviter sans y ajouter les bruits gênants. Elles doivent apporter la plus grande attention à leur tableau, connaître parfaitement à quels noms répondent les chiffres que la chute de la plaRquette rend apparents sur les indicateurs,—être très-adroites de leurs mains pour ne pas brouiller et enchevêtrer les cordons souples qui servent aux communications, avoir soin de ne pas diriger les diaphragmes de leurs appareils transmetteurs et récepteurs vis-à-vis des ondes sonores venant des autres conversations.
- Souvent, avec un peu d’attention, on entend ce que ces demoiselles se disent entre elles, ce qui n’arriverait pas si elles avaient le soin de renverser leurs appareils quand elles ne s’en servent plus.
- Il faut que les directeurs de cette exploitation développent leur personnel d’une façon suffisante, et relayent intelligemment les
- l’Opéra. Une personne très-dure d’oreille et qui se considérait jusqu’à présent comme sourde, ayant porté à ses oreilles deux récepteurs Ader, a entendu beaucoup plus distinctement qu’il ne lui était arrivé jusqu’à présent. Nous signalons ce fait aux spécialistes qui traitent les maladies de l’organe auditif.
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- jeunes filles chargées du service, pour qu’elles ne soient pas affolées par l’avalanche de communications qui fond sur elles à certaines heures.
- Il faut surtout que dès à présent ils se précautionnent d’apprenties, car s’il y a déjà aujourd’hui 70,000 communications environ par semaine, avec le nombre actuel d’abonnés reliés, que sera- ce donc quand ce nombre sera doublé ?
- L’accroissement des relations procédant non pas seulement par le doublement ni même par le carré, mais, au bout d’un certain temps, presque comme le cube, et les affaires parisiennes se développant comme elles se développent, grâce au téléphone, on ne peut prévoir à quel chiffre formidable de communications on peut arriver dans u.n an.
- AUDITIONS THÉÂTRALES
- En dehors du service public dont nous venons d’expliquer le mécanisme, et qui sera certainement bien plus étendu quand le ministre d’un côté et la Société générale, comprenant mieux leur intérêt réciproque, s’entendront pour exploiter équitablement la banlieue de Paris et des grandes villes industrielles, il se pratique déjà un certain nombre d’usages spéciaux, les uns utiles, les autres simplement agréables.
- 11 y en a même de fort touchants.
- Ainsi dans quelques collèges et institutions civiles ou religieuses, le téléphone sert à relier le père et l’enfant : il est donc à chaque instant possible d’être prévenu d’une indisposition ou d’une maladie. Aux
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- heures de récréation, on peut, au timbre même de la jeune voix, constater la santé et la bonne humeur du collégien ou de la pensionnaire.
- On nous dit qu’au parlement d’Angleterre le téléphone transmet aux journaux les débats des Chambres, qu’une machine à composer reproduit immédiatement en colonnes de caractères prêtes à être soumises à l’impression. Déjà même, au Sénat français, la tribune est reliée avec le cabinet du président, qui peut suivre ainsi les débats.
- Il y a quelques mois, j’avais essayé de convaincre l’ancien président de la Chambre des députés de l’utilité des téléphones pour relier la Chambre avec les journaux, les ministères, la préfecture de police et autres établissements de l’État; mais je me suis heurté à l’horreur instinctive qu’ont tous les politiciens de profession contre les instruments matériels de véritable liberté.
- M. Thiers avait horreur des chemins de fer.
- C’est vraiment une chose étrange que la résistance opposée à toute amélioration sérieuse de l’humanité par ces déclamaleurs qui ont sans cesse à la bouche les mots de liberté et de progrès, exploitant de vaines formules et de vieux clichés pour arriver à satisfaire une sorte de manie ambitieuse, vague et non définie, ce qu’ils appellent niaisement le pouvoir.
- Ils ne voient pas que la vraie lutte est celle de l’homme contre le milieu ambiant, et que les positions conquises dans cette bataille vraiment humaine doivent servir à leur bien-être tout autant qu’à celui des autres.
- Le froid, l’humidité, la fatigue, l’absence de lumière, la distance, sont les véritables empêchements, les véritables tyrans qui atteignent l’homme dans sa liberté d’exister, de se mouvoir, de travailler à acquérir son salaire, qui lui enlèvent la possibilité de communiquer avec ses semblables, et cela bien plus inflexiblement que les.lois, les règlements, les tribunaux et les sbires.
- Quand vous aurez proclamé la liberté et l’égalité légale, vous n’empêcherez pas l’esclavage de celui qui, pour se mouvoir, s’enfonce
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- péniblement au travers des champs détrempés, et qui, pendant l’hiver, n’a que sept à huit heures de jour, tout au plus, pour y voir clair.
- Quelle égalité y aura-t-il entre cet homme et le citoyen pourvu d’un bon chemin vicinal, d’une bonne route, d’un bon chemin de fer, éclairé par le gaz ou la lumière électrique, ou même un simple réverbère à pétrole? Je suis vraiment honteux de répéter sans cesse ces vérités de M. de La Palisse, mais il me paraît toujours si étrange de voir que dans ce pays si renommé par son esprit, on choisisse, pour représenter les intérêts réels des nationaux, juste ceux-là que ces questions dépassent ou ennuient ; si bien que lorsque, par hasard, un ministre, sous la pression d’intérêts (en général particuliers), arrive à apporter à la Chambre un projet de loi sur la locomotion, le commerce ou l’agriculture, tout le monde s’en va.
- Bien plus, quand il s’agit dans cette Chambre de désigner, pour les plus hautes fonctions, celui qui devra centraliser la vie du pays, on va chercher le plus ignorant, le plus léger, le plus superficiel de la troupe, et on lui dit : «Voilà la France, conduisez-la. » Il en résulte que, comme ce bon et laborieux pays n’est préoccupé heureusement en ce moment que de l’effort matériel, il se détache peu à peu d’un gouvernement qui s’égare dans les formules, et que chacun fait ses affaires isolément, comme il peut, avec peine, arrachant de temps en temps à ceux qui administrent, la permission d’exécuter quelque chose d’utile, tandis que ce serait au contraire au pouvoir central à réunir les forces, à les grouper et à les pousser en avant. Les siècles passés ont donné à la France des Sully, des Colbert, des Turgot qui ont fait sa gloire et sa force. Hélas! quand on voit avec quelle rapidité le progrès matériel sè répand chez nos voisins, on comprend dans quel état d’infériorité nous maintiennent ces politiciens chimériques. Mais revenons au téléphone, qui malgré les obstacles continue sa pénétration.
- Une circonstance particulièrement heureuse a aidé puissamment à la popularité de ce nouvel engin de correspondance.
- L’audition, dans un salon réservé à cet effet, des représentations de
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- l’Opéra fut le succès le plus populaire de l’Exposition d’électricité, cette réunion trop tôt terminée.
- Et cela se conçoit aisément.
- Pour le public, la surprise était immense d’entendre sortir du mur ces sons puissants et distincts; pour les personnes habituées à l’Opéra, l’effet est bien autrement saisissant encore.
- Le souvenir vous rappelle les personnages, non pas vaguement et comme dans un rêve lointain, mais bien comme une réalité troublante. Ils sont là qui vous chantent dans l’oreille. Ils vont, ils viennent, se retournent; vous les voyez par la pensée comme vous les entendez en réalité, soutenus par les chœurs et par l’orchestre. Vous étiez au palais de l’Industrie, et cependant vous assistiez à l’Opéra.
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- EXPOSITION INTERNATIONALE D’ÉLECTRICITÉ. 69
- C’est le don d’ubiquité que l’électricité a apporté à l’homme, bien autrement encore que le télégraphe électrique, qui vous met à
- DITOIRE
- Souffleur
- quelques secondes de New-York. Ici, il n’y a pas même ce faible écart : l’ubiquité est instantanée.
- Comment obtenait-on cette merveille ?
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- EXPOSITION INTERNATIONA LE D ÉLECTRICITÉ-
- Au moyen de tout un système imaginé, étudié et amené à bien par M. Ader, ingénieurtrès-distingué de la Société générale des téléphones.
- L’appareil Ader, comme on a pu le voir par lés planches de la feuille précédente, se compose d’un transmetteur et de deux récepteurs, que l’on applique aux oreilles.
- Le transmetteur Ader est essentiellement formé par une plaque de bois de sapin mince placée horizontalement sur un cadre de
- Caoutchouc ; à cette plaque sont fixées deux séries de cinq bâtons en
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- charbon assemblés très-librement sur trois traverses également en
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- charbon, de sorte que l’aspect de cette disposition présente celui d’une grille. Cette disposition si simple, qui ie réclame ni réglage ni aucune surveillance, n’a pas été prise au hasard ; c’est à la suite de nombreux essais que l’auteur du système a arrêté les dimensions, le poids et les positions des divers organes qui composent son transmetteur, répondant si bien aux exigences des lois acoustiques. Lorsque l’on parle devant la plaque de bois, les ondes sonores de
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- l’air viennent la faire vibrer, et ces vibrations sont communiquées aux charbons qu’elle porte en dessous; le courant électrique provenant de la pile passe précisément dans les bâtons de la grille et se trouve ainsi modifié à chaque vibration; ce sont ces variations de courants qui, reçues par des fils conducteurs jusqu’aux récepteurs, reproduisent la parole. Us ont été désignés sous le nom de courants ondulatoires.
- Le récepteur, du principe Bell, est surtout basé sur un effet de surexcitation que M. Ader a découvert et appliqué à la téléphonie; voici en quoi il consiste : Devant et près des pôles d’un aimant permanent, on place une plaque mince de fer doux, qui se trouve attirée par l’aimant avec une certaine force ; si derrière cette plaque mince on présente une masse ou armature aussi en fer doux, on s'aperçoit
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- que la plaque mince est attirée par l’aimant avec beaucoup plus d’énergie; cette armature a pour effet de quadrupler au moins la force attractive de l’aimant sur la plaque en fer doux.
- Le récepteur Ader a un peu l’aspect d’un bracelet; il se com-
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- EXPOSITION INTERNATIONALE D ÉLECTRICITÉ Tl
- pose d'une boîte ronde dans laquelle sont fixées solidement deux
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- bobines à noyaux oblongs; l'aimant est circulaire et extérieur, ses deux pôles sont ajustés exactement contre les noyaux oblongs; le couvercle de la boîte porte un petit pavillon en corne ou en caoutchouc durci, et se visse sur la boîte. La plaque vibrante en fer doux
- est posée devant les noyaux oblongs, très-près, sans les toucher cepen-
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- dant, cette plaque est maintenue en place par la pression du couvercle sur la boîte. Le surexcitateur, partie essentielle de l’appareil,
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- est logé dans une épaisseur ménagée au couvercle; il se trouve ainsi dans les conditions voulues et déjà expliquées plus haut, c’est-à-dire devant les pôles magnétiques de 1 aimant et derrière le diaphragme. Sauf le pavillon en corne destiné à être appliqué contre l’oreille, tout le reste de l’appareil est métallique, ce qui est une garantie certaine de bon fonctionnement ; d’ailleurs, pas de réglage, et par conséquent pas de cause de dérangement.
- Le transmetteur, devant lequel on parle, envoie des courants électriques ondulatoires par les fils conducteurs; ces courants, en passant dans les bobines du récepteur, font varier la force attractive des pôles de l’aimant, et la plaque de fer doux, plus ou moins attirée, entre en vibration; or ces vibrations ne sont autres que la reproduction exacte
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- de celles de la plaque du transmetteur; et comme c’est une voix qui la fait vibrer, c'est aussi la même voix que l’on entend dans le récepteur.
- Les applications du système Ader sont nombreuses, et quelques-
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- unes opèrent dans des conditions exceptionnelles. J’en ai remarqué une à l’Exposition d’électricité, dans l’installation Brush, où le poste téléphonique était placé sur le bâti même d’une grosse machine à lumière, et par suite au milieu des trépidations du bruit des trans-missions et exposé aux ondulations des énormes courants électriques provenant de la machine; malgré cela, on ne perdait pas un
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- mot de la conversation. A Toulon, un ingénieur de la Société générale des téléphones a établi deux appareils communiquant à deux batteries tirant à volonté ; les deux chefs des batteries ont parfaitement correspondu, et sans le moindre effort.
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- 74 EXPOSITION INTERNATIONALE D’ÉLECTRICITÉ.
- Dans l’application des appareils Ader aux auditions téléphoniques, les transmetteurs sont placés sur le proscenium du côté de la rampe et près du trou du souffleur. Il ne peut y avoir pour cela de position bien déterminée, parce que les scènes ne sont pas toutes les mêmes ; elles diffèrent de formes et de dimensions.
- Les transmetteurs sont les mêmes dont on se sert dans le réseau téléphonique de Paris; seulement ils sont modifiés un peu pour cet usage, à cause de la multitude et de la variété des sons qu’ils sont appelés à transmettre.
- On les assujettit sur des socles en plomb, afin d’empêcher les trépidations du plancher de la scène d’arriver jusqu’au transmetteur. On comprend en effet que pendant la danse le plancher est fortement secoué; les secousses s’emmagasinent dans les pieds en caoutchouc, et, à cause de l’inertie du plomb, elles ne peuvent parvenir jusqu’au transmetteur.
- Les récepteurs sont des téléphones à deux pôles, avec un surexcitateur par-dessus le diaphragme (système Ader); ce sont exactement les mêmes qui servent de récepteurs aux postes ordinaires du service de Paris; ces récepteurs ont été suffisamment expliqués plus haut.
- L’installation des piles n’a rien de bien particulier; on les place là où l’on peut, dans les dessous de la scène; mais comme si on les laissait en fonction pendant toute la durée de la représentation, elles se polariseraient, on les renouvelle chaque quart d’heure.
- Cette opération exige un commutateur ou interrupteur qui amène aux transmetteurs, à chaque manipulation, un courant de pile nouveau; ce commutateur peut être fait de bien des manières; la plus simple consiste à avoir des planchettes munies d’autant de ressorts que de transmetteurs, correspondant chacun à sa pile.
- La grande difficulté consiste à rendre le transmetteur sensible à la voix et au chant, et à empêcher les instruments bruyants de les dominer; c’est par une étude assez longue et après de nombreux tâtonnements que M. Ader a pu se rendre compte des dispositions particulières à donner aux transmetteurs sans en changer le principe.
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- EXPOSITION INTE H NATION ALE D’ÉLECTRICITÉ. 75
- Tout le monde connaît le stéréoscope, qui permet de voir les images avec le relief naturel. C’est un effet semblable qui a lieu pour l’ouïe. En voici l’explication :
- Sur la scène, on place deux transmetteurs, T et T’. (Yoirpages 68,69.) Ces deux transmetteurs envoient, par des fils conducteurs distincts, les sons à deux récepteurs R R’ destinés, l’un à l’oreille de droite, l’autre à l’oreille de gauche, de sorte que l’auditeur éloigné de la scène a ses deux organes de l’ouïe impressionnés séparément, comme il les aurait s’il était en personne à la place du transmetteur.
- Lorsqu’un acteur parle ou chante sur la scène en A, par exemple, le transmetteur T, qui est le plus près, envoie des sons plus intenses que le voisin; si l’acteur occupe la position A’, c’est le transmetteur T’qui transmet le plus. Si l’acteur marche de A en A’, les deux transmetteurs T et T’ seront différemment impressionnés : le transmetteur T ira en diminuant, et le transmetteur T’ en augmentant.
- On entendra l’acteur changer de place, on suivra même sa marche au bruit de ses pas. Il en est de même de plusieurs acteurs se croisant, et pendant les dialogues on saisira parfaitement la position de chaque personne.
- Pratiquement, et tel que cela a été installé au palais de l’Industrie, les transmetteurs pour l’Opéra sont sur le proscenium, au nombre de dix, cinq de chaque côté du souffleur.
- Chacun de ces transmetteurs a son circuit et son câble souterrain ; à l’arrivée dans la salle d’audition, les câbles aboutissent chacun à huit récepteurs, mais de façon que toujours, pour chaque auditeur, les effets à chaque oreille soient bien distincts; les circuits suivent les parcours de la figure ci-dassus.
- On voit que sur chaque planchette il y a deux récepteurs : celui de gauche, qui communique à un transmetteur de gauche sur la scène, et celui de droite au transmetteur de droite ; les communications pour les autres transmetteurs 111... sont les mêmes que pour les premiers T T’. Chaque planchette, dont on fait varier le nombre à volonté, porte deux récepteurs et sert de poste d’audition à une personne.
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- Comme on le voit, ce n’est pas une simple application du téléphone, c’est un système particulier des combinaisons du réseau, pour produire un effet acoustique donné, que M. Ader a si ingénieusement réussi.
- Le même habile ingénieur de la Société générale des téléphones à établi un système de trompes qui reproduisent, au-grand ébahissement du public, les sonorités de trompes de chasse, dont sonnent de l’autre côté des Champs-Elysées d’habiles cornistes.
- On cherche, en ce moment, à établir un service d’auditions téléphoniques dans un local où l’on entendrait différents théâtres lyriques. Il y a longtemps que ce serait fait, si dans ce pays de prétendue liberté, les ministères et les différentes administrations qui nous régissent n’avaient trouvé je ne sais combien d’obstacles contre cet amusement bien innocent du public.
- Heureusement, l’administration des travaux de la ville de Paris s’est montrée véritablement progressive, et je* ne saurais trop le dire ni lé répéter assez souvent, personne plus que M. Alphand et M. Huet n’est plus désireux de voir embellir notre Paris. Personne n’a mieux compris ni recherché avec plus de franche intelligence les moyens d’aider à ces innovations qu’il est si difficile d’appliquer à la ville construite et configurée comme elle est encore. Grâce à eux, on finira peut-être par arriver à faire jouir le public de ce plaisir des oreilles réservé jusqu’ici aux grands de l'État.
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- LA LUMIÈRE
- A la suite de l’Exposition où l’éclairage électrique s’est développé dans toute sa splendeur, on pouvait croire à l’extension rapide, industrielle, commerciale, de ce nouveau mode d’éclairage. C’était à qui chercherait à fonder des sociétés basées sur des majorations insensées, appuyées sur des capitaux considérables recueillis par le charlatanisme sur le dos de la stupidité cupide; mais tout cela n’a pas encore produit grand’chose.
- De grands établissements industriels, quelques magasins, et surtout les entrepreneurs de travaux publics et privés, se servent avec grand avantage de la lumière électrique, obtenue tout simplement par les anciens régulateurs, un peu améliorés, différant cependant assez peu des procédés dont se servait le bon Archereau, en 1848, pour ses expériences du pont Neuf. Mais quant à ce qui s’appelle un service commode, rémunérateur et répandu dans les habitudes quotidiennes comme le service téléphonique, on n’y est pas encore, et cependant jamais plus sombre hiver n’a favorisé les entreprises d’éclairage. C’est que depuis que le monde est monde, les hommes ont trouvé des moyens de s’éclairer plus ou moins bien, mais enfin de s’éclairer suffisamment pour leurs besoins. L’éclairage électrique est une autre manière de s’éclairer, mais non une innovation absolue.
- L’invention du briquet phosphorique, bientôt suivie de celle des allumettes chimiques, a constitué un progrès véritable et rapidement apprécié, un procédé infiniment supérieur au briquet à silex, qui lui-
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- même dépassait de beaucoup le frottement d’une baguette sur une autre, ou même la conservation par les vestales du feu primitif.
- Se procurer instantanément de la lumière en frottant une parcelle de bois tirée d’une petite boîte qu’on peut porter dans sa poche, était un fait absolument nouveau, applicable par tout le monde et en toute circonstance. Aussi le succès fut-il si grand, si général, que les gouvernements se hâtèrent d’y trouver un élément fiscal.
- L’invention de la bougie de stéarine, remplaçant l’ignobje chandelle de suif ou la fumeuse chandelle de résine, fut aussi universellement acceptée, si universellement que, par l’habitude constante qu’on a de s’en servir, on ne remarque plus combien est commode et économique ce mode de se procurer de la lumière. On ne saurait trop estimer ce cylindre blanc, propre, à bon marché, qui ne demande ni apprêt, ni appareil compliqué, ni mèche, ni burette à huile, ni ingénieurs, — qui ne se déforme pas, ne fond pas, ne tache pas, qui s’allume et s’éteint instantanément, et ne coûte d’argent que juste pendant qu’il éclaire.
- Vraiment on est bien ingrat pour notre vénéré maître M. Chevreul, qui inventa la bougie stéarique.
- Quant au gaz, il y aurait beaucoup à dire pour et contre, et je trouve • infiniment préférable de l’employer comme procédé de chauffage, surtout pour les appareils de cuisine, que comme moyen d’éclairage.
- Il n’est jamais suffisamment épuré, noircit les peintures, empoisonne le sol de nos rues et n’a sa véritable valeur que lorsqu’il est préparé avec des sortes spéciales de charbon et surcarboné avec des bog-head et des essences d’un emploi assez compliqué. De plus, il sent mauvais, détone, asphyxie et brûle de temps en temps ceux qui s’en servent.
- Tout en reconnaissant les services qu’il rend, je n’ai donc pour lui qu’une maigre affection, et ne serais pas autrement fâché s’il était remplacé par l’éclairage électrique.
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- Quant à l’intensité, il n’y a aucun doute sur la supériorité de ce dernier mode d’éclairage. Si l’on avait conservé encore quelques hésitations, on n’aurait eu pendant l’Exposition qu’à se rendre sur le pont de la Chambre des députés et de là regarder la place de la Concorde; à l’entrée dès Champs-Élysées, autour du wagonnet électrique, brillaient trois lampes Siemens : sur un demi-hectare et plus d’étendue, Je sol était aussi blanc que par une forte lune, et presque autant éclairé que par l’aurore d’un soleil d’hiver.
- Le pavillon, le tramway, les personnages s’apercevaient distinctement dans les plus grands détails.
- Si, au contraire, on regardait devant soi ou à sa main droite, on avait sous les yeux le spectacle que donne un papier brûlé sur lequel courent quelques points lumineux.
- Si, au même moment, la violente projection lumineuse partant du palais de l’Exposition venait atteindre l’obélisque, le monolithe s’éclairait d’un blanc éclatant, et par contraste l’obscurité semblait s’épaissir encore sur la place.
- La différence d'intensité de l’électrique lumière comparée avec tous les autrës éclairages factices est donc incontestable et incontestée.
- Vient ensuite la question d’économie. Ici, il est plus difficile d’affirmer, car beaucoup d’éléments étrangers à l’électricité contribuent à l’élévation ou à l’abaissement du prix de revient. J’ai entendu M. Fontaine, dans une excellente conférence qu’il a faite au palais de l’Industrie, lire des lettres d’industriels dont je n’ose citer les chiffres, tant ils me paraissaient peu élevés.
- D’autre part, j’ai sous les yeux un très-bon article de mon ami Jules Bourdin, dans lequel un tracé ingénieux montre à quelle hau-
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- 89 EXPOSITION INTERNATIONALE D ÉLECT RICLTÉ•
- teur s’élève le prix mécanique pour la lumière électrique fractionnée.
- Disons d’abord qu’il y a deux lumières électriques bien distinctes : l’une donnée par l’arc voltaïque tout nu, et l’autre obtenue par réchauffement d’un corps quelconque, ce que l’on est convenu d’appeler lumière par incandescence. D’après M. Bourdin, un arc voltaïque de cinquante carcels ne dépense qu’un kilogrammètre par carcel, et le prix descendrait à un tiers de kilogrammètre lorsqu’on atteint des foyers de mille carcels, tandis que les lumières par incandescence fournissent à peine huit à dix carcels par force de cheval.
- Puis, quelle comparaison peut-on faire sur le prix de la force initiale employée, lorsque, dans certains cas, cette force ne coûte absolument rien, comme dans les grandes usines hydrauliques, qui ne travailleraient pas la nuit si elles n’étaient pas éclairées, et dont la force serait par conséquent perdue, et quand, en d’autres circonstances, on se trouve dans une ville où la houille coûte jusqu’à 35 francs la tonne ?
- Les éléments d’une comparaison régulière étant si disparates, il est impossible de se prononcer nettement, et l’on ne peut énoncer que des indications relatives; il faut donc renoncer à faire intervenir l’économie comme base de discussion.
- Vimpression sur le nerf optique des personnes soumises à la lumière électrique doit être prise en considération. L’œil est le plus précieux de nos organes, et il demande à être méticuleusement conservé.
- Les partisans de la lumière dite d’incandescence disent beaucoup de mal de la lumière à arc voltaïque, mais je trouve qu’ils exagèrent.
- C’est, suivant moi, la moins dangereuse quand elle est présentée convenablement.
- Il est vrai qu’elle est très-fatigante lorsqu’elle est tremblotante, intermittente, variable, changeant incessamment de couleur et d’intensité, comme dans les systèmes dits à bougies, dont l’usage est forcément restreint à l’éclairage des grands espaces; tandis que les régulateurs comme ceux de Cance, de Gravier, de Jaspard, ont une fixité de couleur et une persistance égale d’intensité auxquelles
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- l’œil s’habitue facilement, malgré la puissance de l’arc voltaïque.
- Rien n’est énervant et défectueux comme les globes généralement employés, où la lumière se montre sur un seul point, tandis que tout le reste du globe se teinte de gris plus ou moins foncé. L’effet est encore plus désagréable lorsque le point lumineux, ce qui arrive le plus souvent, n’apparaît pas au centre du globe, mais bien de travers. Seul, le globe Cance est également éclairé partout.
- On n’y voit pas de points lumineux aigus, quelque rapproché qu’on soit de la lampe. L’éclairage est franc et net.,jît si l’appareil était placé, comme ceux de Jaspard, à une hauteur suffisante, de manière à produire de la lumière diffuse, l’œil n’en souffrirait aucunement.
- Quant aux petits fils rougis des lampes dites à incandescence, jusqu’à disposition meilleure, je les trouve peu éclairants de loin et absolument insupportables de près. Les M, les S, les Y formés par les petits filaments se dédoublent ou se recouvrent de la manière la plus douloureuse pour la rétine. Il est certain que l’on trouvera mieux que cela.
- .J’ai déjà vu chez M. de Changy une lampe à incandescence qui donnait franchement une bonne lumière blanche, et qui, placée près du plafond et sous un réflecteur, éclairait un salon, sans aucune impression désagréable sur les yeux.
- Certaines vues s’accommodent de tout, mais la majorité supportera certainement sans danger une lumière diffuse, se rapprochant par son égalité des lumières naturelles, mieux même que la lumière du gaz, de la lampe ou de la bougie, surtout quand elles éclairent vivement un point particulier, en laissant le reste dans l’ombre.
- Ce qui est surtout fatigant, ce qu’il faut empêcher à tout prix, ce sont les alternatives de la dilatation et de la contraction de la rétine, par l’opposition tranchée d’ombre et de lumière. Le meilleur moyen d’éviter ce dernier inconvénient est de disposer, comme à l’usine de M. Menier, à Grenelle, trois foyers formant les pointes d’un triangle équilatéral*, de cette manière, on supprime les ombres portées trop vives, et l’on obtient un bon éclairage.
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- La facilité de distribution et d'emploi. Là encore les circonstances varient indéfiniment, et la question n’est pas encore bien jugée. Chaque inventeur prétend avoir un système de canalisation et de distribution. Je ne le nie pas; mais je ne pourrais en attester la perfection que si j’avais vu ces systèmes fonctionner industriellement et pendant un certain temps.
- Ce qu’il y a de certain aujourd’hui, c’est que rien dans les canalisations préconisées n’assure l’éclairage électrique contre les chances d’une extinction instantanée.
- C’est un des mérites de l’éclairage au gaz que l’on puisse assurer l’éclairage d’une ville, d’un théâtre, d’une usine, depuis l’invention de ce qu’on appelle le gazomètre, grand réservoir où s’accumulent pendant la journée des quantités considérables de gaz. On s’est même préparé, par des communications entre les principales conduites, à pouvoir au besoin faire passer le gaz de la canalisation d’une usine dans celle d’un autre établissement.
- Mais jusqu’à présent il n’en est pas de même pour l’électricité. Bien que de grandes améliorations aient été obtenues sur ce point, il arrive et peut arriver que la machine motrice initiale, qui est toujours menée violemment et à grande vitesse, ait un organe défectueux, qu’une courroie se brise ou s’allonge, qu’un boulon échauffé serre outre mesure, qu’un palier vienne à gripper et que brusquement, instantanément, la machine Gramme ou autre, n’étant plus actionnée, s’arrête et plonge dans l’obscurité une rue ou un établissement quelconque*
- C’est la plus grande objection qu’on puisse faire à l’éclairage électrique. Mais ce n’est cependant pas une raison pour ne pas l’utiliser par d’heureuses combinaisons avec les autres lumières. Ainsi la salle de l’Opéra a beaucoup gagné à la très-judicieuse installation qu’on vient de faire du cercle de diamants électriques allumés au plafond de la salle, qu’ils éclairent brillamment tout en renforçant le gaz des candélabres, sans blesser les yeux des spectateurs.
- Dans les grands moulins, les cours de fabriques de sucre, les
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- champs éclairés par le procédé Albaret et mille autres circonstances où l’interruption de quelques minutes cause moins de gêne que l’application de la lumière électrique n’apporte d’avantages, la question d’interruption ne doit pas compter.
- Pour les usages municipaux, au contraire, il est très-important que les électriciens fassent' tous leurs efforts pour remédier à ce défaut. C’est sur ce point important que les travaux nouveaux sont dirigés, et la création d’accumulateurs de plus en plus perfectionnés est le résultat de ce mouvement. -
- Les partisans du gaz disent aux électriciens : Puisqu’il vous faut du charbon pour chauffer les chaudières qui actionnent les machines motrices de vos producteurs d’électricité, ne serait-il pas plus simple et plus économique de faire avec ce charbon du gaz qui éclairerait ou chaufferait à volonté?
- Cet argument spécieux séduit quelques personnes par son apparente simplicité. Mais d’abord tous les charbons ne donnent pas de gaz, surtout les charbons français, dont le plus grand nombre ne distillent qu’un gaz fort peu éclairant et très-impur. Ces mêmes charbons bien employés donnent suffisamment de chaleur pour alimenter des moteurs et par conséquent produire de la lumière. De plus, dans bien des cas, il est plus facile de conduire un câble qu’un tuyau.
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- La question est donc très-complexe, et les efforts que l’on a faits à la suite de l’Exposition vont évidemment surexciter l’ingéniosité des chercheurs et continuer les améliorations qui ont déjà été obtenues au palais de l’Industrie pendant les trois mois d’essais publics.
- Dès à présent on peut dire avec affirmation :
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- Elle éclaire dans des circonstances où il serait absolument impossible d’éclairer par les autres systèmes.
- Cet éclairage est beaucoup plus économique et beaucoup plus commode dans certaines circonstances, beaucoup plus onéreux et presque impossible dans d’autres.
- Bien présenté (ce qui est encore la très-rare exception), il est plus agréable et plus sain à l’œil que beaucoup d’autres lumières. Mal présenté, il est blessant pour les yeux et d’un effet désagréable. Au point de vue purement décoratif, il faut en user avec discernement : ainsi l’éclairage d’une serre est blafard et d’un vilain ton; l’éclairage d’un salon rouge et or est charmant.
- Comme danger, si le gaz asphyxie et détone, si la bougie incendie ou vicie l’air par les vapeurs arsenicales qu’elle dégage quelquefois, l’électricité peut foudroyer. Mais avec des précautions bien prises, c’est encore la lumière électrique qui causera le moins d’accidents.
- LES RÉGULATEURS
- Voyons maintenant sous quelle forme les inventeurs nous ont présenté la lumière électrique, et commençons par la plus simple et la plus ancienne, les régulateurs, et parmi eux prenons celui qui nous a paru le mieux combiné : le régulateur Cance. Laissons parler l’inventeur lui-même
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- EXPOSITION INTERNATIONALE D’ÉLECTRICITÉ. 85
- LE RÉGULATEUR CANCE
- La lampe électrique de mon système, dit M. Cance, est une lampe à point lumineux fixe, à régulateur automatique, présentant des avantages importants et dont j’ai représenté un spécimen sur le dessin annexé au présent mémoire.
- La figure 1 représente la coupe longitudinale de la lampe.
- La figure 21 est une coupe partielle montrant les organes de déclanchement.
- La figure 3 est le plan du déclanchement.
- Ainsi qu’on le voit sur ce dessin, les charbons a, b, sont fixés sur deux porte-charbons c, d, formés de deux tringles réunies par une traverse. Le premier c, qui porte le charbon du bas, présente à la partie supérieure des galets e, sous chacun desquels passe une corde de suspension f, dont l’une des extrémités est attachée à un point fixe de la plate-forme supérieure g de l’appareil, tandis que l’autre passe sur un galet h pour venir s’attacher au second porte-charbon d, sur lequel est fixé le charbon du haut.
- Celui-ci fait corps avec un poids moteur h3 autour duquel est un godet contenant une quantité variable de grenaille de plomb et qui est guidé dans sa descente par des colonnes fixes t; ce poids, qui forme écrou, présente en son centre un taraudage dans lequel est engagée une vis j de pas convenablement calculé maintenue immobile dans le sens longitudinal, mais-pouvant tourner sur des pivots disposés à ses extrémités et engagés, l’un dans un collier ménagé dans la plate-forme supérieure g, et l’autre dans une crapaudine disposée sur la plate-forme inférieure k de la lampe. Sous l’action de la pesanteur, le poids tend donc constamment à faire descendre le charbon du haut en faisant tourner la vis, et en faisant (grâce à la disposition de la corde) remonter le charbon du bas avec une vitesse qui dépend
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- 86 EXPOSITION INTERNATIONALE D’ÉLECTRICITÉ.
- du diamètre des galets de suspension e. H tend donc à ramener toujours les charbons au contact.
- Les deux plates-formes susmentionnées g et A, reliées par les quatre colonnes de guidage i de l’écrou, constituent le bâti fixe de l’appareil.
- La plate-forme inférieure de ce bâti porte deux supports ly qui soutiennent une bobine m à l’intérieur de laquelle un noyau n, qui est tubulaire, peut se mouvoir librement. Ce noyau est terminé à sa partie, supérieure par un prolongement de même forme en cuivre o, présentant une longueur en rapport avec l’intensité magnétique que l’on veut obtenir. La vis se termine par un prolongement p, qui porte le pivot inférieur et qui passe dans l’axe du noyau; ce prolongement est fait en cuivre pour éviter tout effet magnétique. Le poids du noyau de la bobine peut être plus ou moins*allégé par des ressorts à boudin.
- C’est cette bobine, placée sur le circuit du courant de lumière, qui constitue l’organe régulateur. A cet effet, le noyau porte, à la partie supérieure et à la partie inférieure, des traverses qt r, montant et descendant avec lui, et guidées en croix par lee quatre colonnes fixes du
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- bâti. Une vis de butée Vfixée dans la traverse du haut, et hutant sur la joue supérieure de la bobine, sert à régler, en premier lieu, la position du noyau à l’intérieur de la bobine, et ensuite la position de
- la roue d’échappement qui arrête la marche des charbons, comme
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- nous le verrons plus loin; une seconde vis de butée tf disposée à l’autre extrémité de la même traverse, limite l’écart des charbons, et par suite la longueur de l’arc.
- Le fonctionnement de la lampe est le suivant : Avant l’allumage, les charbons sont au contact; le courant, arrivant dans l’appareil par la borne w, se répand dans la masse et passe de là au porte-charbon et au charbon du haut. Le contact étant établi, il passe dans le charbon du bas, remonte par les deux tringles du porte-charbon correspondant, isolées de la masse, et communiquant entre elles par leur tra-
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- verse inférieure; ces tringles glissent à frottement doux dans des
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- douilles fixes v, reliées entre elles par un conducteur w et communiquant avec l’une des extrémités du fil de la bobine.
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- EXPOSITION INTERNATIONALE D’ÉLECTRICITÉ. 87
- L'autre bout de ce fil vient aboutir à une borne x de la plate-forme supérieure, par laquelle le courant sort après avoir traversé les spires de la bobine.
- En passant dans la bobine, le courant aimante le noyau qui remonte brusquement en déterminant l'écart de la manière suivante : La tra» verse inférieure de ce noyau porte un bras y, auquel est attachée une bielle z, de longueur réglable, qui attaque l’un des bras a' d’un levier coudé articulé sur le bâti, et dont l’autre bras 6' est élargi et présente une rainure courbe, convenablement tracée, dans laquelle est engagé un doigt d solidaire d’un cadre d! monté fou sur le prolongementp de la vis.
- • A l'intérieur du cadre se trouve une roue dentée e’ portant un canon monté fou dans le cadre et calé sur le prolongement de la vis. Cette roue, qui tourne par conséquent avec la vis, engrène avec un pignon f monté sur pivots dans le cadre. L’arbre g du pignon porte la roue d’échappement, qui s’avance vers un ressort d’arrêt h! ou s’en éloigne, suivant que les charbons se sont rapprochés ou écartés ; je donne de préférence à cette roue la forme spéciale représentée sur le dessin, qui lui permet de remplir à la fois le rôle de frein et d’arrêt.
- Deux crans consécutifs sont en effet séparés par un bossage sur lequel appuie le ressort d’arrêt, et qui suffit pour arrêter la roue lorsque la variation magnétique due au rapprochement n’a pas été assez grande pour amener le cran en, face du ressort d’arrêt, et facilite ainsi un rapprochement subséquent.
- Au moment de l’allumage, le noyau est remonté brusquement; il entraîne avec lui la bielle z, qui fait basculer le levier coudé a', b', et la rainure courbe du bras b’ de ce levier repousse le cadre d', qui entraîne la roue d’échappement contre le ressort d’arrêt; celui-ci pénètre alors dans un des crans, et empêche cette roue, et le pignon f, qui est solidaire, de tourner; ce pignon, toujours engagé dans la denture de la roue e et entraîné dans le mouvement du cadre, force celle-ci à tourner d’une certaine quantité dans le sens opposé à sa marche normale ; comme elle est solidaire de la vis, celle-ci décrit à
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- Fig. 4.
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- ELECTRIQUE CANCE
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- 90 EXPOSITION INTERNATIONALE D’ÉLECTRICITÉ.
- son tour un mouvement circulaire qui force l’écrou à remonter d’une certaine quantité en entraînant le porte-charbon du haut, qui monte, tandis que le porte-charbon du bas descend d’une quantité correspondante.
- Dès lors l’écart existe, l’arc se produit, l’intensité magnétique de la bobine diminue à mesure que les charbons s’usent, le noyau tend à descendre, et la roue d’échappement à s’écarter du ressort d’arrêt jusqu’au moment où elle peut l’échapper en permettant ainsi un rapprochement ou une avance correspondant à l’usure.
- Les mêmes effets se reproduisant constamment, la marche régulière de l’appareil est assurée jusqu’à complète usure des charbons ou extinction volontaire.
- J’indiquerai en outre que la bobine à noyau creux, ci-dessus décrite, peut être remplacée par un électro-aimant ordinaire renversé; le prolongement de la vis traverse alors librement la culasse et l’armature placée à partie inférieure; celle-ci, agissant comme le noyau précédemment décrit, est reliée à la bielle susmentionnée qui actionne le mécanisme de déclanchement, et l’appareil fonctionne de la même manière.
- L’avantage de cette disposition est qu’elle permet d’employer du fil plus fin, et de donner par conséquent plus de sensibilité au régulateur.
- La lampe représentée sur le dessin est destinée à marcher seule dans un circuit, bien que d’ailleurs on puisse sans inconvénient en placer deux ou plusieurs dans le même circuit; néanmoins, dans ce dernier cas, je préfère remplacer l’appareil magnétique ci-dessus décrit par un appareil à dérivation, afin de mieux assurer le fonctionnement des lampes.
- Cette lampe est combinée pour fonctionner avec des courants continus, cas dans lequel le charbon polaire positif s’use deux fois plus vite que l’autre; il descend donc avec une vitesse deux fois moindre. Pour employer facilement des courants alternatifs avec lesquels l’usure est égale, il suffit de faire le diamètre des galets de suspen-
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- EXPOSITION INTERNATIONALE D’ÉLECTRICITÉ. 91
- sion du porte-charbon inférieur égal à celui des galets de renvoi fixes.
- J’ajouterai que le centrage des charbons sur leur porte-charbon est très-simple : les traverses des porte-charbons présentent un trou ayant le diamètre du plus grand charbon que l’on peut employer*, on place en ce point une chape qui embrasse la traverse et présente une ouverture égale ou plus grande, terminée par un prolongement angulaire comme on le voit sur les figures 4 et 5 ; on fait passer le charbon dans les trois ouvertures : celles de la chape et ceUouie la traverse, et une vis traversant la tête de la chape permet de l’écarter de la traverse en serrant ainsi le charbon, qui se trouvé toujours exactement centré et bien maintenu sans danger de brisure, quel que soit dailleurs son diamètre.
- En résumé, les points particuliers à ma lampe et qui la caractérisent sont les suivants :
- 4° L’emploi d’une vis pour produire automatiquement le mouvement du régulateur sous l’action du poids moteur qui détermine le rapprochement des charbons essentiellement, comme il a été dit plus haut.
- 2° Les dispositions d’ensemble et de détail du mécanisme de déclanchement, et spécialement le type de roue d’échappement ci-dessus décrit et représenté sur le dessin.
- 3° La combinaison de ce mécanisme de déclanchement avec la vis, de la manière et dans le but indiqués plus haut. ’
- 4° Les moyens spéciaux employés pour produire l’écart instantané au moment de l’allumage, comine il a été dit plus haut.
- 5° Le système susindiqué de porte-charbons permettant le centrage quel que soit le diamètre des baguettes.
- 6° Le mode de suspension du charbon du bas, permettant de régler son avance à volonté, suivant la nature des courants employés, comme il a été dit plus haut.
- 7° La disposition susmentionnée de la bobine creuse ou de l’élee-tro-aimant destinés à régler automatiquement la marche des charbons.
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- Fig. 12
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- DÉTAILS DE LA LAMPE DE PILSEN.
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- 94 EXPOSITION INTERNATIONALE ITÈLECTRICITÉ.
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- La lampe de M. Cance alimentée par la distribution électrique dont M. Gravier a déjà établi un si heureux spécimen chez M. Hotschkis à Saint-Denis, va être employée à l’éclairage de la rue du Croissant.
- Les machines motrices de l’imprimerie Schiller, dont une division fait tous les jours dans la maison du n° 12 de la rue du Croissant, le service du Paris-Journal, de la Patrie et de VEstafette, ont été gra-
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- cieusement mises par M. Schiller à la disposition de MM. Gravier et
- Cance pour actionner les machines Gramne productrices de l’électri-
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- cité, transmise par là distribution Gravier aux lampes Cance disposées dans les ateliers de l’imprimerie et dans la rue du Croissant.
- Les industriels qui désirent éclairer leurs ateliers vont trouver là le spécimen le plus pratique d’éclairage électrique. Iis pourront së rendre compte du résultat produit et de la dépense du charbon consommé.
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- i LAMPE DE PILSEN
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- Jusqu’à présent la ville de Pilsen avait une célébrité européenne
- *
- comme première marque de la bière à fermentation basse et comme capitale du commerce du houblon.
- Son nom va se répandre aujourd’hui dans le monde scientifique et industriel, grâce à un régulateur à lumière électrique baptisé lampe
- de Pilsen par ses deux, inventeurs, ingénieurs autrichiens : MM. Franz
- *
- Krizik et Ludwig Piette. Nous en empruntons la description très-détaillée au journal Vlngénieur, excellente publication qui a acquis le droit de reproduire seule en France les articles et les dessins du célèbre Ingineerring de Londres.
- C’est, dit Y Ingénieur, une lampe-régulateur à arc, à deux solénoïdes et à noyau de fer doux, mobile, comme partie régulatrice, mais son
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- caractère particulier est la forme spéciale de son noyau et son mode de suspension. Quand un noyau cylindrique en fer ordinaire est placé à l’intérieur d’un solénoïde traversé par un courant, ce noyau prend une
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- EXPOSITION INTERNATIONALE D’ÉLECTRICITÉ. 05
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- position d’équilibre dans la bobine et tend toujours à la regagner lorsqu’on l’en écarte. Ainsi avec deux solénoïdes M S (fig. 4, page 92), le noyau cylindrique prendra une position proportionnelle à la différence d’énergie d’une des bobines sur l’autre, et si le courant change dans l’une ou l’autre de ces bobines, le noyau prendra une nouvelle position, bien que tendant cependant toujours à regagner l’ancienne. Si l’on emploie cependant un noyau en forme de broche, tel que celui représenté figure 5, il n’a pas la tendance à prendre une position d’équilibre particulière. Il a une liberté de mouvement plus-étendue, et peut être employé pour produire directement l’avancement des charbons, ... \
- c’est-à-dire sans mouvements d’horlogerie tels que ceux qui sont
- nécessaires dans les régulateurs ayant des noyaux cylindriques. Les
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- figures 2, 3 et 4 représentent le noyau en différents points de sa course et dans chacune de ses positions; il n’a pas de tendances à monter ou descendre. Les figures 6, 7, 8 et 9 représentent d’autres formes de noyau qui possèdent la même stabilité et peuvent être employées dans le régulateur de Pilsen. Dans chacune de ces formes la plus grande masse de métal est au milieu, et la moindre est aux extrémités. Le régulateur de Pilsen agit avec la même uniformité d’action, qu’il soit dans une position verticale ou dans une position horizontale. La figure 40 représente la disposition de la lampe, telle qu’on la construit actuellement. Le conducteur du pôle négatif est relié à la borne supérieure gauche et passe dans la bobine principale
- M au moyen du contact glissant S. Après avoir traversé M, le courant
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- se divise en partie et passe par la petite bobine A et la tige D', isolée du bâti de la lampe, pour arriver au galet de contact r et au porte-charbon inférieur H. L’autre partie traverse la bobine de résistance E et arrive à l’autre tige D, également isolée du bâti, puis passe au porte-charbon inférieur par le galet de contact r. Le courant positif arrive par la borne supérieure droite, et passe dans le bâti et le porte-
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- charbon supérieur. Le circuit de dérivation G est fait en gros fil d’argent allemand, et relié au cadre en fer de l’électro-aimant A. De là, un fil fin d’argent allemand, ayant environ 4 30 ohms de résis-
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- Fig. 15
- Fig. 14.
- DETAILS DE LA LAMPE DE PILSEN Communiqué par \ Ingénieur.
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- Fig. 16
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- Fig. 17.
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- DETAILS DE LA LAMPE DE P1LSEN Communiqué par XIngénieur.
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- 98 EXPOSITION INTERNATIONALE D’ÉLECTRICITÉ.
- lance, est enroulé sur le solénoïde inférieur M', et l’extrémité de ce fil est reliée à la vis de contact n et à un fil de cuivre relativement gros et de faible résistance, enroulé à l’intérieur du fil d’argent de M'. L’autre bout de ce fil de cuivre communique avec le bâti de la lampe, et complète ainsi le circuit de dérivation.
- Le but de cette résistance supplémentaire G est de constituer, avec le fil de cuivre placé à l’intérieur de M, une résistance équi valente à celle de la lampe allumée, et d’éviter réchauffement quand tout le courant principal traverse ce circuit, entièremer dérivé ou en dérivation partielle.
- Parmi les nombreux détails ingénieux que contient la lampe Pilsen, le dispositif suivant, destiné à faire varier la longueur et le nombre de tours du fil du solénoïde principal M, paraît nouveau. Après que tout le fil est roulé sur M' (voir fig. 10 et 12), on enlève l’isolant sur une bande ayant 1 centimètre de largeur environ, de manière à laisser une partie de fil dévidée; le contact est établi sur cette piartiê au moyen du ressort S qui monte et descend sur la tige fixe comme le représente le dessin. On peut de cette manière régler l’attraction de la bobine M, ainsi que la longueur de l’arc.
- Le petit électro-aimant A a pour fonction de placer automatiquement, en court circuit, la bobine de grande résistance M". Comme on l’a vu plus haut, un conducteur, divisé, provenant de la bobine M, traverse cet électro-aimant. Le cadre de fer de A est en forme de levier coudé, de façon que l’armature supérieure est un prolongement du pôle inférieur; on utilise ainsi les deux pôles. Cette armature peut tourner autour de son centre, et son extrémité libre est chargée de façon à établir le contact avec la vis de contact mobile n, fixée sur la console isolée, placée latéralement au cadre A. On peut ainsi, au moyen de A, placer automatiquement hors du circuit le fil de grande résistance de M', quand les charbons sont complètement consumés' ou qu’il n’y en a pas dans la lampe, et le courant principal traverse alors le gros fil de la résistance supplémentaire et la bobine extérieure en cuivre de M’.
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- Cela s’effectue de la manière suivante : un des bouts du fil fin de dérivation placé à l’extérieur de M1 est relié au fil de G et au bas du cadre métallique de A; l’autre extrémité est reliée à la bobine de dérivation de cuivre, à la console isolée et à la vis de contact. Quand la lampe est allumée, le courant principal traverse A et attire l’armature qu’il retient en rompant le contact en n et en ajoutant à la dérivation la bobine de fil fin de M' qui fait équilibre à la lampe. Quand les charbons sont consumés, cet électro-aimant A place automatiquement la lampe hors du circuit. On obtient ce résultat en insérant en I, dans la tige de guidage Dl, une petite pièce isolée, de sorte que quand le porte-charbon inférieur H arrive à cette pièce isolante I, le galet r de ce côté se trouve isolé de la tige D‘ ; l’électro-aimant A est donc placé en dehors du circuit, l’armature est libérée, et son côté muni d’un contre-poids rétablit le contact et place en court circuit la bobine de fil d’argent allemand de M'.
- La bobine supérieure a alors l’avantage sur la bobine inférieure et soulève le porte-charbon supérieur; elle écarte complètement l’un de l’autre les deux charbons et rompt l’arc; le courant passe alors dans la bobine de dérivation à gros fil et dans le conducteur A.
- Pendant le fonctionnement, le fil supplémentaire et le circuit divisé E maintiennent le circuit dans Tare (qui serait autrement interrompu par l’isolation en I), en permettant ainsi à la bobine principale M de débiter les charbons et en empêchant de brûler.les porte-charbons métalliques H, û, figures 12, 13 et 14.
- Le bâti de la lampe (voir fig. 12) consiste en un tube en laiton monté entre deux plaques de même métal, avec deux tiges de fer D' D reliées à leur partie inférieure par une traverse B.
- Le noyau de fer C (fig. 13) entre librement dans un tube en laiton qui pénètre de même librement dans le tube du bâti et est guidé par des galets de contacts B B', de façon à se mouvoir avec très-peu de frottement.
- Le poids du noyau de fer est équilibré par celui du porte-charbon inférieur, au moyen de cordes reliées aux tiges D'D en d! d et passant
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- sur les poulies R' R. On emploie les tiges de fer D'D au lieu de cordes, près de l’arc, afin de prévenir l’effet de la chaleur.
- Les charbons sont montés comme le montre le dessin : l’un dans le tube du noyau C, et l’autre dans le porte-charbon inférieur H.
- Si l’on désire obtenir une lampe à foyer lumineux fixe, on fait les poulies R' R doubles en donnant à l’une deux fois le diamètre de l’autre*, la corde qui passe sur la plus grande poulie est reliée à l’électrode supérieure, tandis que celle qui passe sur la plus petite est reliée à l’électrode inférieure. Les diamètres différents des poulies permettent aux charbons d’avancer proportionnellement à leur usure.
- L’une des poulies R' R' (voir fig. 1 3) porte à sa circonférence des' dents très-fines, dans lesquelles s’engage un cliquet P portant un poids. Le but de cette disposition est de retenir la corde qui doit frotter sur la poulie R' dans un sens, et d’arrêter ainsi l’écart des charbons quand il se produit des fluctuations dans le courant. Les charbons sont montés dans les pinces à ressorts h h, et l’on peut en partie régler le porte-charbon inférieur en faisant varier la longueur des deux cordes latérales d' d. On peut placer le charbon supérieur dans toute position voulue au moyen du porte-charbon représénté figure 14, dans lequel la pince à ressort h est fixée sur la bague et le bras L, articulés tous les deux en k et mobiles latéralement.1 La bague.A est fixée au tube du noyau C. Sur un des côtés de k est fixé un bras portant une tête molletée mobile qui présente sur une de ses faces une coulisse excentrée dans laquelle pénètre une goupille fixée sur le bras L.
- En tournant la tête molletée, on déplace le bras L et la pince h en inclinant cette dernière en avant ou en arrière, suivant les besoins. Le tube du noyau C peut également tourner. Le porte-charbon inférieur H se déplace, au moyen des galets de contact r r, entre les tiges de guidage D’ D, le contact étant maintenu par le ressort S (fig. 13).
- La partie supérieure de la lampe et lès bobines sont entièrement
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- renfermées dans une boîte en zinc. On place le globe par le bas dans la lampe suspendue ordinaire; il est supporté, à sa partie inférieure, par le cendrier, qui est mobile verticalement sur la tige. Cette disposition est très-commode pour le remplacement des charbons.
- La figure 15 représente une forme ornementale de lampe suspendue convenant à l'intérieur des théâtres.
- La figure 16 montre une lampe d’atelier pouvant brûler cent heures et ayant des charbons plats comme la lampe Wallace Farmer. Les communications électriques de cette lampe s62tt les mêmes que celles de la lampe décrite figure 10, mais les parties en sont plus fortes.
- Les figures 17 et 18 représentent la lampe horizontale de Pilsen, qui est peut-être le plus simple de tous les régulateurs à arc imaginés jusqu’à présent.
- La figure 18 est un diagramme des communications de cette lampe horizontale, où C est lé noyau de fer, r r les galets de contact et M Mr les solénoïdes, comme ci-dessus. Un des charbons est fixé à l’extrémité du tube G et l’autre sur le bras articulé D. On peut employer cette lampe avec avantage dans les ateliers bas de plafond et la placer tout près de ce dernier.
- La figure \ 9 montre la lampe de Pilsen disposée pour l’éclairage des rues; les contre-poids du noyau en fer y sont renversés, et les bobines sont placées à la partie inférieure en dessous de la lampe. Les tiges latérales D'D, le contre-poids W, le porte-charbon II et les galets R sont les mêmes que dans la lampe suspendue, mais leurs cordes sont renversées. Cette disposition permet de protéger efficacement les bobines régulatrices et évite des ombres sur les globes.
- La lampe de Pilsen a le grand mérite d’être simple de construction et de fonctionner avec une fixité remarquable. Elle donne continuellement une brillante lumière blanche sans qu’on y remarque à peine un scintillement appréciable, et elle fait l’admiration de tous ceux qui l’emploient par la constance de son action. Le mouvement d’alimentation des charbons est continu ; la résistance de l’arc est sensible-
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- ment la même, et on peut l’alimenter au moyen de presque tous les systèmes de machines, car l’absence d’embrayage lui permet de s’adapter rapidement aux variations de vitesse. A la récente Exposition d’électricité de Paris, elle a obtenu une médaille d’or, et elle figure actuellement à l’Exposition de Sydenham.
- Le « Haendel Orchestra », du Palais de Cristal, est éclairé par six lampes de Pilsen suspendues au plafond, et placées toutes dans un même circuit. Elles sont alimentées par le courant d’une machine dynamo-électrique de Schukert, faisant 850 tours par minute, et conduite par une locomobile à un seul cylindre de Ruston et Proctor, avec régulateurs ordinaires. Le courant est, dans les lampes, d’environ 8,5 ampères; la force électro-motrice est 350 volts, et la résistance totale 45 ohms. Le pouvoir éclairant de chaque lampe est celui exprimé par 2,000 candies.
- LAMPE JASPAR
- Parmi les autres dispositions de la lumière électrique dont le public s’est montré le plus satisfait, nous devons signaler la disposition Jaspar, qui constitue un ensemble extrêmement satisfaisant, au point de vue surtout des précautions à prendre pour la sauvegarde de l’appareil visuel de l’homme.
- Dans la disposition Jaspar, l’arc voltaïque n’est pas, comme dans la plupart des autres dispositions, présenté brutalement à la vue ou renfermé dans un globe maladroitement conçu. M. Jaspar a cherché principalement à reproduire autant que possible les effets de la lumière diffuse provenant des sources naturelles. C’est au moyen d’un réflecteur qui renvoie cette lumière émanée d’un régulateur puissant renfermé dans un cylindre métallique qui intercepte tout rayonnement de haut en bas.
- La lumière, recueillie par un réflecteur dont le bord fait partie de
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- la décoration du vase, est projetée sur un grand abat-jour en étoffe blanche tendue et renvoyée dans toute la salle à l’état diffus.
- La lampe en elle-même se compose de deux porte-charbon dont l’inférieur est en fér, et est pris en noyau par une hélice magnétique, faisant partie du circuit, et qui règle la longueur de l’arc.
- Le porte-crayon supérieur se meut sur un ensemble de poulies et de cordes qu’entraîne le mouvement du porte-charbon inférieur.
- Le régulateur Jaspar a obtenu la grande faveur du public, aussi bien au palais de l’Industrie qu’au théâtre de l’Opéra, où on l’avait employé dans le buffet. A cette dernière place, les réflecteurs, au lieu d’être circulaires, se développaient en oval. Pour le public comme pour moi , l’ensemble des dispositions Jaspar me paraissaient avec la disposition Cance de beaucoup les meilleurs des systèmes exposés. Mais M. Jaspar pas plus que M. Cance n’appartenait ni à une coterie ni à une puissante maison de banque, par conséquent ils n’eurent pas les honneurs de la réclame à outrance, que purent se faire faire les autres systèmes. Nous recommandons cependant l’un et l’autre aux industriels, avant tout préoccupés de la vue de leurs ouvriers, et qui préfèrent ajouter quelques forces de chevaux de plus au moteur initial, plutôt que de blesser la rétine de leur personnel.
- Nous ne parlerons ici ni des bougies ni des systèmes dits à incandescences.
- Les bougies semblent avoir renoncé à la lutte, car elles se sont éteintes d’elles-mêmes dans l’avenue de l’Opéra, et quant aux diverses incandescences, quel que soit le mérite de leurs inventeurs et bien que leurs dispositions soient infiniment ingénieuses, elles demandent une telle force mécanique pour si peu de résultat obtenu qu’il faut attendre de nouveaux perfectionnements pour les recommander.
- L’arc voltaïque tout nu donne seul une lumière proportionnée à sa dépense. Pour les intérieurs, les globes Cance ou les réflecteurs jaspar permettent d’en supporter l’éclat et d’en répartir la lumière.
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- 104 EXPOSITION INTERNATIONALE D’ÉLECTRICITÉ.
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- Fig. 34. Régulateur Jaspar.
- A Tige du porte-charbon positif. Unguideplacéà la partie infë-rieure de cette tige l'empèche de tourner et maintient les charbons vis-à-vis l’un de l’autre.
- B Tige en fer du porte-charbon négatif.
- Ces deux tiges sont reliées par deux petites cordes aux jantes de deux poulies, qui font corps ensemble, et dont l’une a un diamètre double de l’autre, de sorte que la tige A descend deux fois plus vite que la tige B ne remonte.
- C Solénoide en gros fils, à l’intérieur duquel descend la tige B. D Petit cylindre rempli de mercure.
- L Tringle reliée à la tige B et terminée dans le bas par un petit piston qui plonge dans le cylindre D, mais avec assez de jeu tout autour pour que le mercure puisse se déplacer.
- F Contre-poids coulissant sur un levier horizontal, relié par une corde à une troisième poulie qui fait corps avec les deux autres. 11 agit en sens inverse de la tige motrice A.
- K Bouton de la vis qui permet de rapprocher ou d’éloigner le poids F, suivant qu’on veut augmenter ou diminuer son action et régler ainsi la vitesse de progression des charbons d’après l’intensité du courant.
- E Contre-poids fixé entre les bras de la première poulie et servant à équilibrer les variations de l’attraction du solénoide sur la tige B. A mesure que la poulie tourne, l’action du poids diminue, en même temps que l’attraction du solénoïde diminue également par suite de l’enfoncement de la tige B.
- REGULATEUR JASPAR.
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- RÉGULATEUR JASPAR A l'Exposition de 1881,
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- 106 EXPOSITION INTERNATIONALE D'ÉLECTRICITÉ
- DISTRIBUTION ET TRANSPORT
- Mais ce n’est pas tout que d’avoir de bons appareils d’éclairage, il faut les atteindre et les vivifier sans être exposé à tuer les personnes chargées du service, et sans s’exposer à des extinctions ou des excès de tension, qui, fondant les conducteurs, causent des incendies et des accidents de toute nature. Déjà il y a eu plusieurs morts d’hommes, par certaines distributions qu’il est inutile de rappeler. D’autres distributions, inventées par les savants les plus respectés, et appuyées sur les calculs les mieux coordonnés, n’ont pas éclairci suffisamment notre conviction. Un seul mode, de beaucoup le plus simple, bien qu’il n’ait pas été célébré par les trompettes de la renommée, me paraît recommandable aux usiniers qui tiennent plus de dompte d’une modeste pratique que d’une retentissante théorie. C’est le système de distribution de M. Gravier, dont un intéressant spécimen fonctionnait fort régulièrement à l’Exposition de Paris, et qui, à ce moment, à l’Exposition de Londres, obtient le plus grand succès.
- DISTRIBUTION DE L’ÉLECTRICITÉ
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- 4
- M. A. Gravier, ingénieur civil français, en résidence à Vason,
- est, croyons-nous, le premier qui ait fait l’application des lois régis-
- *
- sant les courants dérivés à la distribution de l’électricité.
- La date de son brevet, du 3 juin 1880, et celles de diverses publications spéciales, établissent, sans contestation possible, la priorité de
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- M. Gravier en cette matière.
- Les lois que M. Gravier a appliquées sont d’après lui celles-ci :
- (a) Une machine dynamo-électrique, dont le champ magnétique
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- EXPOSITION INTERNATIONALE D’ÉLECTRICITÉ. 107
- et la vitesse sont constants, produit un courant dont la force électro-
- %
- motrice est constante.
- (b) Tous les courants dérivés pris sur ce courant dont la force électro-motrice est constante, ont eux-mêmes une force électro-motrice constante, tant que la quantité d’éloctricité débitée par l’ensemble des appareils en fonction n’est pas supérieure à la quantité d’électricité que peut produire la machine dynamo-électrique, génératrice du courant.
- La force électro-motrice constante d’un couranLpeut être complé-
- »
- tement assimilée à une hauteur de chute d’eau constante dans un récipient, et les courants dérivés peuvent être assimilés pareillement
- aux sections d’écoulement prises sur ce récipient.
- »
- Tant que la hauteur de l’eau (b) sera constante, la vitesse d’écoulement sera constante, quels que soient les sections de l’écoulement
- * «.
- et leur nombre.
- Ce qui revient à dire, si l’on substitue à la hauteur d’eau prise comme comparaison le nom de « force électro-motrice », et aux sections d’écoulement de l'eau le nom de « courants dérivés », quelle
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- que soit leur section : Tant que la force électro-motrice de la machine S'ra constante, les courants dérivés auront eux-mêmes une force électro-motrice constante, quelle que soit leur section, et quel qu’en soit le nombre; ceux-ci agiront donc d’une façon complètement indépendante les uns des autres, et c’est là le but qu’il fallait atteindre.
- La seule condition que nous ayons à remplir pour que la force électro-motrice soit constante, c’est que la machine électro-dynamique, dont le champ magnétique et la vitesse seront constants, soit capable
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- de produire une quantité d’électricité au moins égale à la quantité employée par l’ensemble des courants dérivés; c’est-à-dire que si la distribution est faite pour l’emploi de cent chevaux de force, la machine génératrice devra pouvoir donner cette même force. Mais il faut observer que si les courants dérivés n’employaient à un moment donné que dix chevaux de force par exemple (les autres récepteurs étant momentanément supprimés), la quantité d’électricité produite
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- 108 EXPOSITION INTERNATIONALE D’ÉLECTRICITÉ.
- par la machine dynamo-électrique ne serait également que de dix chevaux, et la quantité de combustible employée aux générateurs serait réduite proportionnellement.
- Car une machine dynamo-électrique, tout en conservant une force électro-motrice constante, ne produit qu’une quantité d’électricité correspondante à la somme totale des résistances qui lui est
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- opposée et par suite au travail.
- Dans le cas d’une machine de cent chevaux, ne produisant momen-
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- tanément que dix chevaux, il est bien certain, toutefois, qu’il existe un coefficient de résistances fixes par les frottements, la résistance du générateur et celle d’une partie du circuit d’émission.
- Ces pertes ne sont pas pratiquement très-importantes; il y a lieu cependant de les corriger, et c’est ce qui va être expliqué ci-après.
- Quoi qu’il en soit, même dans les simples dispositions qui viennent d’être ci-dessus décrites, il y a une distribution industriellement et pratiquement effectuée par l’indépendance complète de récepteurs, la constahce de la force électro-motrice qui leur parvient, et la proportionnalité de la quantité d’électricité produite par rapport à celle qui est employée, sous la réserve des résistances fixes dont il est ci-dessus parlé.
- Si l’on interrompait brusquement le courant d’un récepteur sur un seul fil, comme on le fait généralement, on développerait dans tout l’ensemble de la distribution un extra-courant qui troublerait la marche des autres récepteurs. Pour éviter cet inconvénient, M. Gravier se sert d’un commutateur, double qui par sa disposition retranche à la fois du circuit les deux fils d’un même récepteur: ce qui a pour effet de faire porter l’extra-courant sur le récepteur retranché et d’isoler le reste de la distribution.
- Ce petit appareil, si simple qu’il soit, n’en est pas moins indispensable.
- Dans le système de distribution qui vient d’être décrit ci-dessus, M. Gravier fait ressortir l’intérêt qu’il y aurait pour l’usine à pouvoir régler la production d’électricité d’après la consommation utile aux
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- EXPOSITION INTERNATIONALE D’ÉLECTRICITÉ. 109
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- récepteurs, de façon à diminuer le coefficient des résistances fixes.
- A cet effet, l’usine devra être établie de telle sorte que si sa force matérielle est de 100 cheveaux, par exemple, elle puisse engager ou dégager successivement une série des machines productrices d’énergie, de façon à se rapprocher autant que possible de la force utile,
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- prise par les récepteurs en travail.
- A la limite exacte où la quantité d’électricité produite est égale à celle qui est employée par l'ensemble de résistances, lé réseau de distribution fonctionne encore suivant les leie que nous avons indiquées, le réseau faisant fonction de réservoir et la force électromotrice étant constante. Mais aussitôt que la quantité d'électricité
- dépensée est supérieure à celle produite, la fonction de réservoir des
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- fils cesse; ceux-ci se mettent en tension, et la force électro-motrice
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- du courant est modifiée. Il est donc nécessaire que l’usine soit instantanément informée de cette situation ; c’est dans ce but que M. Gravier introduit dans son système le fil de retour, qui vient rapporter
- à l’usine la variation qui se produit aux points sensibles des sys-
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- tèmes de distribution.
- Suivant les cas particuliers nécessités par les besoins :
- Le fil de retour à l’usine agira sur un galvanomètre, si le réglage
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- à la main est suffisant ;
- Ou sur un régulateur automatique, qui mettra en activité les machines dynamo-électriques en réserve,
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- Ou qui, à la rigueur, modifierait le champ magnétique de la vitesse de la machine électro-magnétique dans quelques cas particuliers.
- Le circuit d’émission à la sortie de l’usine, et le circuit de retour à
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- la rentrée dans l usine, portent l’un et l’autre un compteur d’énergie dont les indications, abstraction faite des pertes et des résistances fixes, montrent à l’usine la quantité d’électricité prise par les abonnés.
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- IIO EXPOSITION INTERNATIONALE D’ÉLECTRICITÉ.
- RÉCIPIENT DB DISTRIBUTION
- ' Dans le cas, très-répandu dans les manufactures, d'une dérivation simple, qui n’a qu’un seul système de courants dérivés pris sur générateur d’énergie électrique, la distribution se fera pratiquement sans qu’il soit généralement nécessaire d’introduire les organes de régularisation dont nous venons de parier dans le chapitre précédent.
- Mais s’il s’agit d’une distribution importante, dans une ville ou un quartier où une même usine d’énergie électrique doit distribuer l’énergie à plusieurs abonnés, il sera nécessaire d’avoir des points principaux de dérivations, comme en G dans la figure ci-contre.
- C’est en ces points que se placeront les récipients de distribution qui remplaceront en quelque sorte l’usine, et distribueront, sans résistance, l’électricité à la consommation.
- C’est de ce point que partira le fil de retour, dont la portée et le fonctionnement s’expliquent ainsi d’eux-mêmes, et font de ce fil de retour un organe bien spécial au système breveté de cette distribution.
- Le récipient de distribution se compose simplement d’une masse métallique de la meilleure conductubilité possible, ayant la forme d’une demi-sphère, et dans laquelle sont fixées les extrémités des fils conducteurs des courants dérivés.
- La distribution étant faite, la force électro-motrice est constante dans tout le réseau.
- Mais il faut prévoir le cas où l’usine productrice d’énergie serait située à une très-grande distance des récepteurs, par exemple auprès d’une chute d’eau qu’on voudrait utiliser pour envoyer la force à distance.
- Dans ce cas, la force électro-motrice ou tension du courant nécessaire pour parcourir une grande distance pourrait être de
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- EXPOSÏTION INTERNATIONALE D’ÉLECTRICITÉ- 111
- beaucoup supérieure à la force électro-motrice nécessaire aux divers récepteurs. Inversement, l’usine productrice d’énergie fonctionnant sous faible tension, il peut être nécessaire d’envoyer un des courants dérivés à grande distance, et d’avoir pour ce courant dérivé une tension beaucoup plus forte que celle donnée par l’usine produisant l’énergie.
- Enfin, dans une même distribution, il peut être nécessaire de faire varier plus ou moins la tension de tel ou tel courant, alors que le système de distribution donne partoutune force électro-motrice constante.
- Pour compléter ce système de distribution et le rendre applicable à tous les besoins industriels, il est donc nécessaire de pouvoir, à volonté, transformer l’intensité du courant.
- Pour obtenir ce résultat, on se sert du transformateur de courants de l’invention de M. Gravier.
- Cet appareil repose sur les lois de l’induction.
- 11 se compose d’un anneau en fer sur lequel s’enroule une première série d’hélices formant un circuit non interrompu.
- Le courant à transformer pénètre dans cette série d’hélices au moyen de deux balais diamétralement opposés, l’un pour l’entrée et l’autre pour la sortie du courant, et crée par ce fait un électro-aimant à deux points conséquents.
- Cette première série d’hélices (circuit primaire) est recouverte d’une seconde série d’hélices qui reprendra le courant transformé par induction et aboutira comme le premier à deux balais diamétralement opposés et placés perpendiculairement au plan des premiers.
- Les balais tournent ensemble autour de l’axe au moyen d’un petit moteur et produisent ainsi la transformation du courant.
- Le courant transformé sera de quantité si les fils induits sont de gros calibre par rapport au fil inducteur, et de tension si le contraire a lieu.
- Par ce moyen d’obtenir toutes les intensités dans une même distribution, ce système de distribution peut recevoir simultanément les applications industrielles de toute nature.
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- 114 EXPOSITION INTERNATIONALE D ÉLECTRICITÉ.
- La longueur et la section de chaque circuit chez l’abonné sont calculées de façon a donner une quantité d’énergie maxima à l’appareil qui doit l’employer.
- Mais l’abonné, pour chacun de ses appareils, peut réduire à sa volonté cette quantité maxima par l’emploi du niveleur.
- C’est un appareil à résistance variable, muni d’une -manivelle. Suivant la position de cette manivelle, la résistance du circuit est augmentée ou diminuée à volonté. Cette résistance de circuit ne perd qu’une quantité insignifiante de force; le niveleur ne fait que restreindre la section de passage du courant, de telle sorte que la quantité d’électricité arrivant au récepteur soit simplement diminuée, la force électro-motrice restant toujours constante.
- Pour compléter cet ensemble de dispositions, nous mentionnerons encore le compteur d’énergie, appareil rotatif enregistrant sur un cadran, comme un compteur de gaz, l’énergie dépensée par l’abonné. C’est un simple fil dérivé qui s’enroule sur une bobine et imprime un mouvement de rotation à une bobine centrale dont la vitesse est proportionnelle à la quantité d’énergie dépensée.
- Le système de distribution de M. Gravier a reçu une application absolument concluante à l’Exposition internationale d’électricité, où elle a obtenu une médaille d’or.
- Le système de distribution de M. Gravier est adopté par la maison Bréguet, qui a déjà installé une usine appliquant ce système à Saint-Denis, chez MM. Hotschkiss et C1*.
- Des applications du système de distribution Gravier avec la disposition Cance comme lampe ont été faites rue du Croissant, à l’imprimerie Schiller. Elles sont aujourd’hui en cours d’expérience au ministère des télégraphes, rue de Grenelle, où certaines lampes Cance modifiées donnent d’excellents résultats. Mais ce qui est malheureusement certain, c’est qu’aujourd’hui, six mois après l’Exposition, il n’y a encore aucun ensemble d’appareils et de transmission qtii constituent un service d'éclairage électrique; qu’aucune administration régulière, qu’aucune société sérieuse ne peut éclairer ni une rue ni
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- EXPOSITION INTERNATIONALE D’ÉLECTRICITÉ. 115 même une boutique soit à prix fixe, soit à l’espace, soit au temps écoulé, et que l’on ne peut encore prévoir quand le fait industriel permanent aura remplacé les faits scientifiques intermittents, qui ont jusqu’à présent donné tant d’éclat, mais si peu d’argent.
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- Quand j’ai commencé cette étude, je croyais à des développements de l’industrie électrique beaucoup plus nouveaux, beaucoup plus étendus, et surtout beaucoup plus pratiques. Mes visites quotidiennes et surtout les continuelles recherches que j’ai poursuivies depuis la fermeture absurdement prématurée de cette réunion qui avait si bien commencé, m’ont démontré qu’il y avait beaucoup de travaux nouveaux et remarquables, mais cependant peu d’applications courantes.
- Parmi les expériences préparatoires les plus curieuses, je signalerai les essais heureux de M. Letrange, dans son usine de Saint-Denis, sur l’extraction du zinc directement des minerais zincifères, et son transport sur des anodes où il forme des feuilles.
- Ce n’est pas un problème économique résolu, c’est un fait scientifique accompli, et il serait bien désirable qu’il pût devenir fait industriel. -
- « En effet, dit M. Letrange dans une note qu’il a lue à la réunion des électriciens pendant l’Exposition, la réduction des minerais de zinc par le charbon et la chaleur entraîne généralement des frais de traitement variables entre les différentes usines, mais que l’on peut évaluer approximativement en chiffres ronds à :
- Main-d’œuvre.........................20 francs par tonne.
- Houille........................ 20 —
- Produits réfractaires . ............10 —
- Ensemble...........00 fr. par tonne de minerai.
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- 118 EXPOSITION INTERNATIONALE D’ÉLECTRICITÉ.
- « A ces frais, s’ajoute la perte de un sixième du zinc contenu dans le minerai, soit environ 20 à 30 francs.
- « Le minerai doit donc supporter, pour être transformé en zinc, des frais de réduction variant de 70 à 80 francs par tonne, soit 20 à 25 francs par 100 kilogrammes de zinc avec du minerai d’une teneur de 50 à 40 pour 100.
- « Si les minerais viennent de Grèce, de Sardaigne, d’Espagne, pour se faire traiter à Liège, à Stolberg, à Swansea, ou même en France, il leur faut supporter, en outre, des frais de transport qui s’élèvent de 25 à 30 francs par tonne.
- « Ce prix coûtant fait ressortir la grosse économie qu’on fera sur les frais de transport de certains minerais avec un procédé nouveau permettant de les traiter à la mine, tandis que par le procédé usuel de distillation, qui consomme à peu près deux tonnes de houille par tonne de minerai, on doit construire la fonderie près des houillères, et y tflansporter les minerais.
- « On verra que les frais de traitement par l’électricité sont beaucoup moins élevés que ceux par la distillation. Aussi beaucoup d’industriels pensent-ils que c’est dans la voie du traitement par l’électricité que l’on doit trouver l’abaissement du prix de réduction du zinc.
- « Pour extraire et réduire à l’état métallique le zinc contenu dans son minerai, il faut attaquer celui-ci au moyen d’un acide capable de le dissoudre, en faisant passer le métal dans un sel soluble, puis le recueillir par des procédés analogues à ceux qui sont usités dana la galvanoplastie.
- « L’Exposition d’électricité a provoqué la production de divers procédés, qui diffèrent par la nature de l’acide employé pour sa dissolution : Yacide chlorhydrique, Yacide azotique, Yacide sulfurique.
- « Le procédé par Yacide chlorhydrique consiste à mettre cet acide en contact avec le minerai pour former un chlorure hydraté neutre très-concentré.
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- « Puis la liqueur est traitée par un courant électrique qui en précipite le zinc à l’état métallique pur.
- « Le fer qui se précipiterait avec le zinc sur le catode est éliminé préalablement, à l’état de peroxyde hydraté, au moyen d’un corps très-oxydant, tel que le chlore, l’acide nitrique, les hypochlorites, les azotates et le peroxyde de manganèse. Mais l’auteur du procédé n’indique pas ce que deviennent toutes les substances susceptibles déformer, avec l’acide chlorhydrique, des sels solubles, substances telles que l’argent, qu’il est intéressant de ne pas perdre, la chaux, qui peut promptement saturer la liqueur et l’encombrer, etc.
- « Il ne faut pas attacher trop d’importance à cette énumération de substances dans un brevet où l’on cherche à beaucoup prévoir. En effet, on pourrait se demander si l’introduction du manganèse, par exemple, serait sans inconvénient.
- « La séparation du zinc de son sel rend libre le chlore, qui se dégage au contact d’un anode insoluble en charbon. Celui-ci est contenu dans un vase poreux surmonté d’une conduite étanche, qui communique avec une pompe destinée à aspirer le chlore, et à le refouler dans une chambre où il est absorbé par la chaux.
- « L’inventeur semble attacher une certaine valeur au chlorure de chaux ainsi obtenu.
- « La propriété que possède Xacide azotique d’attaquer la blende a séduit un autre inventeur, qui s’est attaché à traiter les minerais de zinc transformés en azotates; mais il est obligé de reconnaître que la décomposition du sel par l’électricité produit de l’oxyde, et il propose, pour obtenir le métal, d’ajouter à son bain une matière organique telle que la glycérine, la glucose, etc., etc.
- « Quel sera le prix de revient avec l’emploi de toutes ces matières qu’il faut acheter ?
- « La nécessité de se procurer l’acide azotique et les matières organiques détermine l’emplacement, pour l’exploitation de ce procédé dans un centre industriel, à proximité de fabriques de produits chimiques.
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- 122 EXPOSITION INTERNATIONALE D’ÉLECTRICITÉ.
- « L’inventeur ne dit pas comment il se débarrassera de toutes les matières solubles dans l’acide nitrique, qui accompagnent le zinc dans le minerai, et qui ne tarderaient pas à encombrer la liqueur.
- « Le procédé Letrange est basé sur l’emploi, comme dissolvant, de Vacide sulfurique > emprunté au minerai lui-même. Ne nécessitant l’acquisition d’aucun réactif, il est indépendant de toute industrie étrangère et exempt de tous frais de transport.
- « Le procédé repose sur l’emploi de la blende, au moins dans une faible proportion ; mais il s’applique à toutes les sortes de minerais, et il a ceci de particulier, qu’il permet d’utiliser tout spécialement les minerais qui sont peu recherchés, ou même ceux qui sont délaissés par les procédés usuels.
- « C’est sur ce troisième procédé que je fournirai quelques développements.
- « Les minerais de zinc, que l’on rencontre abondamment_dans la naturef se présentent sous deux formes :
- « \* Iâ blende, très-abondante, mais de faible valeur, souvent délaissée, soit à cause des difficultés et des embarras de son traitement, soit à cause de l’impossibilité où l’on se trouve, dans certaines localités, de déverser dans l’atmosphère les vapeurs sulfureuses produites par son grillage.
- cc 2° La calamine, que sa pureté, sa richesse, font rechercher par tous les fondeurs, tant à cause de sa teneur élevée et de la facilité de son traitement, que pour aider, par des mélanges, au traitement de divers minerais pauvres ou réfractaires.
- « Ajoutons que la blende se trouve dans tous les gisements de calamine.
- « Les minerais destinés à la réduction par le procédé Letrange n’exigent pas une préparation aussi complète que ceux qui doivent être traités par le charbon. Il n’est pas même nécessaire d'en séparer les matières plombeuses, qui ne gênent pas l’attaque dû minerai de zinc par l’acide, et restent dans les résidus. On peut, dans bien des cas, y laisser des gangues calcaires, lorsque l’on a à absorber de
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- l’acide sulfurique produit en excès, dans le traitement pour réduction du sulfate.
- « La calamine n’a pas besoin d’être calcinée.
- « Pour la blende, le grillage doit être modéré et dispensé de l’élévation de température nécessaire pour décomposer les sulfates qui se produisent pendant l’opération. On doit, au contraire, mener le grillage à température modérée, de façon à favoriser la formation de la plus grande somme possible de sulfate de zinc.
- « Les vapeurs sulfureuses, qui ne sont pas retenues en combinaison avec le minerai, sont mises en contact avec la blende grillée ou la calamine, pour en convertir le zinc en sulfate ou sulfite, lequel, exposé à l’air, se sulfatise bientôt.
- « Une faible proportion de blende, employée avec la calamine, suffit à fournir l’acide consommé par la chaux, le fer et autres matières étrangères.
- « On produit toujours un excès d’acide sulfurique, dont on peut tirer profit ou se débarrasser facilement avec de la chaux.
- « On peut employer au grillage de la blende le four à réverbère usuel, en en modérant la température, ou bien le four à grille ou à cuve, quand la blende est en morceaux, et en tout cas éviter le broyage de la blende aussi bien que celui de la calamine, ou du moins en réduire la dépense, en ne l’appliquant qu’aux résidus restés réfractaires à une première attaque, et devenus plus friables après la calcination.
- « Le minerai ainsi préparé, d’une manière un peu plus économique que par les procédés usuels, se trouve transformé en sulfate soluble et livré au traitement par l’électricité, qui lui-même est infiniment plus simple et plus économique que le traitement par le charbon.
- « Les minerais, blendes ou calamines ayant été préparés ainsi qu’il vient d’être expliqué, sont déposés dans de grands bassins, où un faible courant d’eau vient dissoudre le sulfate de zinc formé.
- « La liqueur sulfatée est dirigée dans une série de bassins, qu’elle traverse lentement en y déposant à l’état métallique, sous l’action de l’électricité, une partie du zinc qu’elle contient,
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- 124 EXPOSITION INTERNATIONALE D’ÉLECTRICITÉ.
- u L’acide sulfurique rendu libre en quantité proportionnelle à celle du zinc déposé, s’élève à la surface du bain, d’où il s’écoule par déversement.
- -- û La liqueur acidulée est déversée sur les tas de minerais, dont son acide sulfurique dissout les oxydes de zinc, et se trouve .ainsi chargée de nouveau en suifate de zinc.
- « Au moyen d’une différence de niveau entre les bassins, et d’un faible effort mécanique sur un point de circuitrle courant liquide est réglé d’une manière continue : il parcourt les bassins de dissolution, où son acide s’empare du zinc contenu dans le minerai, jusqu’à épuisement de celui-ci, puis traverse les bassins de précipitation, où il dépose le zinc, et redevient acide pour opérer de nouvelles dissolutions.
- « L’acide étant indéfiniment reproduit dans les bassins de précipitation, il suffit que les minerais traités contiennent une quantité de sulfàte suffisante pour fournir l'acide qui doit être absorbé par les matières étrangères qu’il contient.
- « Si l’on avait à traiter de la blende dont la gangue ne soit pas susceptible de s’attaquer par l’acide sulfurique, la totalité du soufre se trouverait disponible et utilisable.
- ; « Le plomb, l’argent et autres matières insolubles dans l’acide sul-
- furique sont recueillis dans le résidu que le minerai laisse après avoir abandonné tout son zinc. Le fer dissous d’abord et entraîné dans le courant est précipité sur l’anode en plomb, à l’état d’oxyde, qui se détache et tombe au fond des bassins.
- « Favorisé par la chaleur, le nouveau traitement réussit dans les pays chauds, où ne peut pénétrer le traitement par la distillation.
- « Le procédé Letrange, pour le traitement des minerais de zinc par l’électricité, n’a rien qui ne soit absolument conforme aux données de la science et aux dispositions généralement adoptées de la pratique.
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- PRODUCTION DE L’ÉLECTRICITÉ.
- « Le courant électrique nécessaire à la réduction en zinc métallique du sulfate de zinc est fourni par des machines dynamo-électriques mises en mouvement, au besoin, par une machine à vapeur, mais de préférence par une force hydraulique empruntée au cours d’eau le plus voisin de la mine.
- « On pourra employer concurremment à la machine à vapeur tout moteur naturel, comme une chute d’eau, le vent, les marées, qui diminueront d’autant plus sa dépense en combustible.
- « Daùs l’hypothèse où l’on peut employer un moteur naturel, comme une chute d’eau, hypothèse qui est la plus générale, les frais de ré-duclion des minerais de zinc sont presque nuis, et se réduisent à la simple surveillance d’une opération qui marche seule. La manipulation, aussi réduite que possible, consiste à amener le minerai dans les bassins de dissolution, puis à en enlever les résidus, enfin à les remplacer aussitôt par de nouveaux plus minces.
- « Dans le cas où, faute de chute d’eau, on doit employer un moteur à vapeur, la quantité de charbon à dépenser est par cent kilogrammes de zinc à peu près ce qu’elle est par cent kilogrammes de minerais avec le procédé par distillation.
- « Cette quantité étant moindre que celle du minerai à traiter, il ne sera dans aucun cas, comme actuellement, nécessaire de transporter le minerai de la mine à une fonderie située plus ou moins loin près d’une houillère.
- « L’établissement desliné à traiter les minerais de zinc par l’électricité doit donc être installé à la mine même, pour éviter les frais de transport, qui dans certains cas sont considérables, et ne permettent l’exportation vers les fonderies que de minerais d’une certaine richesse, variant avec les cours du métal qu’il doit fournir.
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- 126 EXPOSITION INTERNATIONALE D’ÉLECTRICITÉ.
- FRAIS D’INSTALLATION.
- « Par le procédé usuel de traitement des minerais par distillation, on compte approximativement qu’il faut dépenser un million de francs pour installer complètement une usine capable de produire un million de kilogrammes de zinc par an.
- « Le nouveau procédé n’exige pour la même production que deux à trois cents chevaux de force motrice, une quantité correspondante de machines dynamo-électriques, et quelques bassins de dissolution et de précipitation. La valeur de l’ensemble de ces appareils ne s’élève guère qu’à la moitié de la somme ci-dessus indiquée.
- « On peut espérer que le prix des machines électriques, qui représentent actuellement la plus forte dépense, sera bientôt abaissé par la concurrence et la grande consommation, ainsi que cela est arrivé pour les machines à vapeur.
- « Des conditions aussi.avantageuses profiteront surtout aux propriétaires de mines.
- « Actuellement, ils supportent des frais souvent élevés, pour porter leur minerai à la fonderie, puis un prix de façon de 70 à 80 francs par tonne, pour la réduction de ce minerai.
- « Enfin, on leur retient un cinquième, plus un, de la teneur en zinc, lequel leur est payé au cours.
- « Ils ne trouvent leur compte qu’en expédiant des minerais d’autant plus riches que le cours est plus bas.
- « S’il s’agit de blende, la façon et la retenue sur la teneur sont beaucoup plus élevées encore.
- « Désormais, les mineurs pourront traiter eux-mêmes, sur place, tous leurs minerais riches ou pauvres, ou tout au moins voir des ateliers de réduction s’établir à leur proximité, pour les traiter,
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- « Le procédé usuel de réduction des minerais par distillation est cher , f et compliqué comme installation, et dispendieux comme combustible, main-d’œuvre et consommations diverses.
- « La quantité de combustibles qu’il exige condamne les usines à se placer près des houillères, ce qui entraîne souvent des frais de transport élevés.
- « La main-d’œuvre est très-chère pour rétribuer un travail délicat et très-pénible pour les ouvriers qui l’exécutent difficilement dans les pays chauds. ~~—
- « Les appareils multiples et compliqués d’une fabrication minutieuse , sont incessamment renouvelés.
- « Les pertes sur le zinc contenu dans le minerai sont d’environ \ /6e à 1 /8* dans les établissements les mieux dirigés.
- « Le nouveau procédé de réduction des minerais de zinc par l’électricité est une installation plus simple et beaucoup moins dispendieuse.
- « Il peut utiliser tous les minerais, à la mine même, et sous tous les climats.
- « 11 simplifie la préparation des minerais.
- « Le zinc contenu dans le minerai est recueilli en totalité et très-pur.
- « Les frais de traitement se réduisent à la mise en mouvement d’appareils électriques, qui ne consomment que de la force motrice, et à une manutention réduite à sa plus simple expression, presque nuis; quand on peut employer des forces naturelles comme moteur, ils ne s’élèvent, dans tous les cas, qu’au tiers et même au quart de ce qu’ils sont par les anciens procédés. »
- Il est impossible de se figurer les précieux avantages qui résulteraient pour la France d’un succès complet du système de M. Letrange. Notre pays est comme les autres régions riche en gîte*s métallifères, aussi bien en calamine qu’en blende et en galine.
- Jusqu’à présent, ils sont à peu près inexploités, parce que l’on n’a encore presque partout reconnu et essayé d’exploiter que des affleu- . rements, sans pénétrer dans les couches profondes» et cela se conçoit aisément. ,
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- Comme le dit M. Letrange, c’est une grosse affaire de dresser une usine à zinc, et c’est par millions qu’il faut compter. De plus, on doit mettre l’usine auprès d’une houillère, et encore faut-il que ce soit près d’un charbon exceptionnellement excellent, ce qui est rare en France; tandis qu’avec le système de M. Letrange, il suffit que le gîte bien-deux soit à portée d’une chute d’eau suffisante pour actionner la machine Gramme;
- Ainsi les blendes d’Allone au bord de la Charente, et tous nos gîtes des Pyrénées, deviendraient immédiatement exploitables à peu de frais.
- TRANSMISSION DE LA FORCE
- Tramway Siemens. — Système de l’Exposition de Paris.
- Tout le monde sait que ce transport de la force est le problème électrique dont la solution entraînerait, au point de vue industriel, les plus extraordinaires conséquences.
- Déjà depuis longtemps on cherchait a envoyer au loin la force produite par une machine fixe, hydraulique ou autre; avec des transmissions métalliques, des courroies, on ne peut jamais aller bien loin. On a eu recours à des câbles sur poulies, et l’on a obtenu de portera
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- quelques centaines de mètres une partie de la force produite. Mais il faut au câble télodynamique un parcours sinon tout à fait en ligne droite, au moins réparti en sections rectilignes par les poulies de renvoi.
- ' Par la transmission électrique, au contraire, le câble transmetteur du eourant peut s’infléchir, se courber, aussi irrégulièrement que l’exigent les dispositions du terrain, et l’on a tout lieu d’espérer que bientôt la distance à laquelle on pourra agir utilement dépassera de beaucoup celle des anciens câbles à poulies.
- Déjà les magnético-financiers, qui commanditent des électriciens, au lieu d’entretenir des danseuses, voient au travers du prisme de leurs intérêts la force des torrents transmise sur le plateau, dans les usines construites à la plus prochaine gare. Quelques-uns même utilisent déjà en rêve les chutes du Niagara, et même le flux et le reflux de la mer, comme nous le disait hier l’ambassadeur d’une très-grande puissance.
- Nous n’en sommes pas encore là; mais dans la tentative Siemens, il y a déjà cependant un résultat sérieusement atteint. On a transmis jusqu’à la place de la Concorde une force produite dans l’intérieur du palais de l’Industrie, au milieu de la section française. J’avais déjà vu à Gross-Licliterfeld transmettre le mouvement sur un parcours d’environ 4 à 5 kilomètres; j’avais été dans le wagon, et, comme les bons bourgeois de Berlin, je me suis fait électriser.
- A Berlin, la voie était en saillie, et c’était par les rails eux-mêmes que le courant partant d’une machine fixe était transmis au balai de cuivre chargé de le fournir au mécanisme intérieur.
- A Paris, c’était par en haut que le courant pénétrait, et la voie était une voie de tramway avec contre-rail.
- Rien d’électrique ne se passait donc par la voie elle-même, et nous n’avions pas, comme à Lichterfeld, le singulier spectacle d’une file de personnes désirant se faire électriser pour rien, et qui dès le départ du wagon, hommes et femmes, quels que fussent leur rang et leur toilette, s’accroupissaient entre les rails, et en saisissaient
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- un de chaque main pour recevoir la secousse bienfaisante et surtout gratuite.
- La voie parisienne pouvait être traversée sans danger par les voitures et les charrettes, tandis quà Lichterfeld les chevaux, mettant le pied sur les rails, et recevant la décharge électrique, en étaient fort effrayés et se livraient à des écarts pouvant être dangereux.
- Les ingénieurs du système employé à Paris, c’est-à-dire de la transmission de la force par en haut, affirment ne rien perdre de cette force en ramenant le courant à son point de départ de manière à fermer le circuit. La machine électro-dynamique donnant environ cinquante pour cent de ce que produit le moteur à vapeur qui l’actionne, on réaliserait une économie importante par ce système, qui conserverait la force presque entière, au lieu d’en laisser perdre la plus grande partie par les rails et la terre sur laquelle ils s’appuient.
- Dans le wagon de l’Exposition, le courant était conduit par un petit wagonnet aérien, suivant un tube soutenu par des poteaux de télégraphe, et pénétrait dans le wagon par une armature métallique saillante, faisant mouvoir la machine magnéto-électrique placée sous la caisse; celle-ci, au moyen d’une chaîne, transmet le mouvement à une roue dentéé fixée sur l’essieu des roues motrices, qui en tournant entraînent le wagon.
- L’appareil de mise en marche, sous la main du mécanicien, peut en faisant connecter soit à gauche, soit à droite, diriger le wagon en avant ou en arrière; en supprimant la connexion, et en faisant agir le frein très-puissant, on peut arrêter net.
- A l’exception de quelques arrêts déterminés par des circonstances absolumenten dehors du principe lui-même, le tramway Siemens a fait le service pêndant toute la durée de l’Exposition, et a transporté près de 70,000 voyageurs. Rien n’était plus intéressant à voir que cet omnibus s’élançant sans cause apparente delà porte de l’Est du palais, puis, arrivé à la place de la Concorde, tournant brusquement à angle droit, et s’arrêtant tout net au coin de l’avenue des Champs-Elysées.
- Comment d’un essai si concluant, si merveilleux, ne s’est-il ried
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- suivi depuis six mois? Comment plusieurs services, soit du système de Lichterfeld, soit du système de Paris, ne sont-ils pas déjà établis? Est-ce la faute de MM. Siemens? Est-ce dû à l’espèce d’engourdissement qui sévit en ce moment sur l’administration française ?
- Que ce soit à l’une ou l’autre cause, ce ne peut être que très-regrettable.
- On n’a plus entendu parler, non plus, de toutes les autres applications dont l’Exposition nous avait montré des modèles, et qui avaient fait espérer de si promptes et si étendues conséquences.
- Ainsi, il ne semble plus être question du système Marcel Depret, qui mettait en mouvement une machine à imprimer, une gaufreuse et une machine à coudre disposées à la galerie supérieure du palais.
- II semble en être de même des travaux de M. Félix, et cependant notre cher maître et ami M. Barrai ne nous disait-il pas:
- « Si nous descendons dans la grande nef du palais, l’exposition la plus importante que nous rencontrons d’abord est celle de M. Félix, de Sermaize (Marne), qui a été le véritable initiateur de la transmission des forces par l’électricité en agriculture. Depuis trois ans, une grande partie des travaux de la sucrerie et de la ferme de Seirmaize sont exécutés au moyen des appareils électriques. L’invention de M. Félix consiste spécialement à transmettre par friction le mouvement des essieux des machines Gramme à des roues dont l’axe porte des pignons de transmission, déposés suivant des méthodes variées, d’après le travail qui doit être exécuté.
- « Le premier appareil que vous verrez est une charrue mue par l’électricité. C’est une charrue double à renversement, avec trois socs de chaque côté, analogue à celles qui sont adoptées pour le labourage à la vapeur. La disposition générale est, d’ailleurs, celle des appareils Fowler, qui servent au labourage à la vapeur. La charrue est entraînée par un câble qui s’enroule et se déroule alternativement sur deux treuils placés aux deux extrémités; elle fait ainsi la navette entre les treuils. Ceux-ci sont placés sur un chariot à quatre roues, qui porte également deux machines Gramme.
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- « tthëèthble du système comprend six machines Gramme. Deux sont à l’üsiïié et sont commandées par la machine à vapeur de la sbcrerie. En tournant, elles engendrent le courant électrique que deux fils transmettent à chaqüè treuil ; ccs fils ont trente à quarante millimètres cartels de section. Sur chaque chariot, un arbre central porte à Furie des extrémités une poulie entraînée par la friction de galets tour-riant sur les machines électriques : l’autre extrémité porte un pignon ^tii èrigrène sur le treuil et un autre pignon qui commande l’essieu des roués, de telle sorte que, sous l’influence dé l’électricité, le chariot est automoteur. Quand un sillon est achevé, on fait passer le courant électrique dans les machines Grammé du deuxième treuil, qui tire à son tour la charrue dans l’autre sens. Dans les conditions ordinaires, on prend une force de trente chevaux sur les machines motrices de l’usine; quinze chevaux peuvent être transmis jusqu a la distance de deux kilomètres, pour tirer sur la charrue. L’utilisation de la-force est donc de 50 pour 100; mais elle diminue avec la distance, et à cinq ou $ix kilomètres, elle n’est plus que de 40 pour 100. Il y a encore à cet égard dé grands progrès à réaliser ; l’emploi d’isolants plus parfaits est un problème à résoudre. Il ne faudrait pas, d’ailleurs, craindre d’employer des appareils plus puissants, lorsque l’importance de l’exploitation le permet; ôn pourra ainsi rayonner à plusieurs kilomètres autour du centre de la ferme. Vous comprenez facilement qu’au lieu dé la charrue, vous pouvez atteler au câble dés hérses, des rouleaux, des scarificateurs, des semoirs, des moissonneuses, tous les appareils, en tiri mot* qui travaillent dans les champs. Le prix des appareils dë labourage, comprenant les deux machines Gramme de l’usine, lés deux treuils avec leurs machines électriques, les câbles de traction et les conducteurs en cuivre pour tiri ou dëüx kilomètres, est d’environ 50,000 francs. Ces machines pêuvent, en outre, servir à tous les autres usages, et au besoin faire l’éclairage électrique.
- iî À cétë, vous trouverez une locomotive électrique portant une machiÜ Gramme de quinze chevaux, et se mouvant automatique-
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- ment en recevant l’électricité par ses rails en acier; c’est la solution du problème de la locomotive sans fumée, sans eau, sans poids mort inutile. M. Félix a construit aussi une locomobile Gramme montée sur quatre roues et pouvant conduire l’électricité n’importe où, pour faire mouvoir des appareils des genres les plus variés. Vous verrez cette locomobile servant alternativement à mettre en marche, soit une machine à battre, soit une teilleuse de lin, de chanvre ou de ramie, du système Just Roguet.
- « Les procédés de transmission de M. Félix sont encore appliqués . à deux grandes scies de M. Arbey : l’une rotative, servant à diviser en planches des troncs d’arbres entiers, l’autre verticale, faisant des travaux plus délicats; dans l’exposition de M. Piat, à une baveuse de M. Chénot servant dans les carrières, à des concasseurs de pierre, à un marteau-pilon très-ingénieux; c’est la puissance électrique remplaçant l’air comprimé pour le percement des montagnes. Toutes ces applications déjà si multiples suffisent pour indiquer la grande extension que le système est appelé à recevoir. »
- N’avons-nous pas vu pendant quatre mois une pompe Greindl verser Peau à grands flots, sans autre moteur qu’une transmission électrique venant des machines Siemens?
- Qu’est devenue l’excellente application qu’avait faite M. Albaret dans les champs de Mormant, en moissonnant la nuit des blés éclairés par un fanal électrique?
- Avec la combinaison extrêmement ingénieuse de M. Albaret, on pouvait suivre les moissonneurs, car l’appareil se composait d’une locomobile agricole portant une machine Gramme, et surmontée d’une haute tige le long de laquelle des câbles faisaient monter plus ou moins haut le point lumineux et son réflecteur.
- Appliqué à la manutention des fardeaux, il serait possible d’utiliser la force électrique partout où la présence d’une machine à vapeur ne saurait être tolérée, etc., etc.; mais que de temps ne faut-il pas pour décider les agriculteurs, les industriels, et même l’État, à adopter des procédés nouveaux, desservant des besoins déjà des-
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- 136 EXPOSITION INTERNATIONALE D’ÉLECTRICITÉ;
- servis autrement... plus lentementi plus chèrement et moins bien cependant!
- 11 faut, pour qu’une invention soit adoptée d’enthousiasme, qu’elle desserve, un besoin non encore desservi, ou tellement mal desservi que ce soit comme s’il ne l’était pas : c’est ce qui explique la rapide fortune du télégraphe électrique, des signaux de chemins-de fer, et le succès instantané du téléphoné.
- Voyez au contraire la lenteur avec laquelle se répandent la lumière électrique et la transmission des forces. - - . _
- Nous ne parlerons pas ici des industries fondées sur l’électro-chimie; plusieurs monographies de nos premiers volumes en ont donné la description.
- Nous n’insisterons pas non plus sur les manifestations purement scientifiques qui ne sont pas encore du domaine de l’industrie; mais nous nous efforcerons dans des publications subséquentes de tenir nos lecteurs au courant de tout ce que l’électricité pourra ieur fournir d’applicable.
- TARIS, TYPOGRAPHIE DE E. PLON ET Cie, 8, RUE CARANClÈRE.
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- DEUX EXPOSITIONS
- BRESLÀU — TOURS
- Depuis 1878, le goût des expositions industrielles et artistiques s’est heureusement répandu.
- Toute ville un peu importante veut avoir la sienne, et c’est plaisir de voir avec quel entrain l'activité momentanée créée par l’amour du clocher arrive à secouer la lenteur provinciale.
- Ces expositions locales ont pour moi un grand charme ; les objets y sont mieux présentés, avec plus de méthode et de soin que dans les grandes assises internationales, où l’entassement et la confusion, la poussière, la foule, la quantité considérable d’objets similaires exposés côte à côte, finissent toujours par produire un effet dè lassitude et de découragement.
- Certes -, l’Exposition de 1878 était intéressante ; mais elle montrait à leur maximum ces défauts constituant une sorte de résistance à l’étude qui ôte tout le plaisir de la visite; puis les distances étaient si longues, les attractions si multiples, que la fin du jour arrivait avec un véritable épuisement, sans qu’on eût pu voir les choses dignes d’être vues, et la fermeture définitive fut proclamée à la grande surprise et au mécontentement de tous les visiteurs, dont les plus zélés s’étonnèrent devoir si peu appris.
- Dans les expositions locales, au contraire, on sait bien que, même en quelques heures, on peut se rendre compte de l’ensemble, s’assimiler les rehauts saillants; là certitude de ne pas avoir à parcourir à marches forcées des kilomètres de galeries laisse à Fesprit tout son
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- 2 DEUX EXPOSITIONS.
- calme, au regard sa netteté, à la cervelle toute sa fraîcheur de perception.
- Au Champ de Mars, presque tous les visiteurs avaient Pair légèrement ahuris dans leur course rapide, et semblaient plutôt remplir un devoir pénible que s’offrir un noble plaisir.
- L’impression que l’on éprouve dans les expositions provinciales est tout autre : l’espace est assez restreint, et les visiteurs sont assez nombreux pour qu’on puisse entretenir le sol dans une suffisante propreté. Les vitrines et les étalages ne sont pas couverts de poussière, les objets y ont une place convenable, on n’est pas gêné par la foule, tout est mieux combiné, mieux en vue, avec le recul nécessaire; on y éprouve ce bien-être qui résulte toujours de l’aspect des choses hien proportionnées.
- C’est l’impression que j’ai eue l’année dernière à l’exposition de Dusseldorf; je l’ai retrouvée cette année à Breslau et à Tours, et cependant ces trois régions sont éloignées l’une de l’autre; le climat, les préoccupations, les produits naturels, la manière de vivre, le goût et les attractions diffèrent bien nettement d’un pays à l’autre.
- Malgré ces différences, l’impression générale est identique.
- Identique également est la mauvaise humeur avec laquelle on marche péniblement dans le sable trop épais ou la boue qui séparent toujours un palais d’exposition quelconque de l’entrée sur la voie publique, aussi bien en province qu’à Paris.
- Les directeurs de ces sortes de meetings ne se figurent pas quel tort ils font à leur entreprise en ne soignant pas davantage les abords de leurs constructions.
- La nécessité de mettre des bottines de chasse quand il pleut ou des chaussures de bains de mer quand il fait sec, exclut, par cela même, toute élégance dans le costume des visiteurs et surtout des visiteuses, toute tentative de toilette fine étant incompatible avec la grossièreté des chaussures.
- Le plancher des salles y gagnerait aussi, et, par suite, la propreté des objets exposés.
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- BRESIAU. — TOURS.
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- L’aspect général devenant plus agréable par la netteté même du lieu, l’exposition serait cet endroit dé réunion si nécessaire surtout en province, pour entretenir et développer le goût de l’ajustement, goût sur lequel sont fondées tant d’industries intéressantes.
- A commencer par la cordonnerie, sans l’activité de laquelle la tam-nerie, la maroquinerie et toutes les industries du cuir seraient peu florissantes; la bonneterie, les jupons, les robes, les châles et les manteaux, qui font vivre les tisseurs de bas, de calicot, de toiles, de mérinos, de draps, de soieries; les fabricants déboutons, de dentelles, de chapeaux de paille, de gants, de bijoux, sans l’activité desquels seraient dans le marasme les mineurs qui fournissent l’or et le diamant, les éleveurs de vers à soie, les planteurs de chanvre et de lin, les cueilleurs de coton, les tondeurs de laine, les marins qui transportent les matières premières d’un continent à l’autre, les conducteurs de trains, et jusqu’aux fabricants de parapluies pour les protéger, et aux conducteurs de voitures publiques et privées.
- On voit à quel nombre de personnes nuisent inconsciemment les organisateurs d’expositions en obligeant leurs clients à traverser un cloaque, au lieu de bitumer, d’asphalter, de daller le passage qui mène à leur palais.
- Si la dépense semble trop grande, les exposants, dans leur intérêt bien compris, devraient se cotiser pour en payer l’exécution.
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- Breslau est une belle ville, vraie capitale d’ancienne province. Là
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- vient se concentrer l’effort de la Prusse orientale ; sans être aussi fertile que la province rhénane, la Silésie a des oasis de terres excel-
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- lentes, admirablement cultivées. Comme charbonnages et gîtes métal-
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- lifères, elle ne le cède en rien à la Westplialie et au Nassau.
- C’est une ironie singulière de voir cette insipide ville de Berlin, émergeant des sables du Brandebourg et des lagunes de la Sprée, régner sur ces belles contrées, où le .sous-sol est plus riche encore que la surface. Pour un Français, Breslau est plus compréhensible que Berlin. Certaines parties de la ville, la place Tauzien et la Schweid-nitzerstrasse, qui mènent à l’Exposition, ont un mouvement tout parisien qui réjouit l’Occidental. On passe sous la voûte du palais de l’Université, vieille construction imposante et bien allemande; on traverse l’Oder, et, par un large trottoir longeant un de ces grands jardins-avenues qui, en Allemagne, remplacent nos boulevards, on arrive à l’enceinte en planches qui clôt le parc de l’Exposition.
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- C’est absolument la même enceinte que nous retrouverons à Tours, le même guichet, le même sable trop épais à l’entrée.
- Une fois dans l’enceinte, l’aspect est assez beau, La préoccupation du style qui semble hanter les Allemands de toutes les classes a dominé dans la construction du palais de Breslau.
- Le schloss du moyen âge ravit tous les Germains, et de même qu’ils^ ont trouvé de suprême, bon goût d’orner de créneaux les sorties de
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- tunnel du chemin de fer rhénan, de même ils se sont crus obligés d’adapter un style gothique de convention à leur palais de planches, décor imposant et formidable, figurant une forteresse rébarbative surmontée d’oriflammes claquant au vent.
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- Heureusement, celte fierté féodale est tempérée par un demi-cirque
- d’établissements culinaires avec la garniture de chaises et de tables
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- peintes en blanc, inévitables accessoires de toute félicité allemande.
- Naturellement aussi, le kiosque où viennent jouer, trois heures durant, l’excellente musique des grenadiers etia beaucoup moins bonne fanfare des artilleurs.
- En face du kiosque de la musique s’élève le temple des saueisses
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- (Fleisch und Wurstwaaren Fâbrick) de MM. Griebsch et Cimbal, les
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- Bier-Pavillon et les Mineralwasser et Brunnen-Pavillon, gloire de
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- l’alimentation allemande, le tout sous l’œil bienveillant et fier du Kaiser-Buste.
- Sur un plan plus éloigné, MM. Micksch, de Breslau, ont construit une Bonbon und Chocolaten Fabrick, qui fonctionne du matin au soir,
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- pour adoucir et parfumer les palais un peu échauffés par les saucisses
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- de M. Cimbal ou les bières blondes ou brunes de Vienne, de Munich
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- et de Pilsen.
- De l’ouverture à la fermeture de l’Exposition, les tables du cirque
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- de consommation sont occupées; le café au lait succède à la bière, et,
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- le dimanche surtout, les plats les plus substantiels y nourrissent la population bourgeoise.
- Dîner à l’air, hors de chez soi, sur une petite table peinte en blanc,
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- en écoutant des cuivres plus ou moins harmonieux!
- C’est là le vrai bonheur.
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- On nous dit que le plus souvent aussi c’est une nécessité, car les cuisinières germaniques refusent énergiquement, paraît-il, de faire la cuisine le dimanche, préférant aller valser toute la journée avec les divers corps d’armée qui ornent la ville où elles demeurënt.
- Dans le jardin, on a caché le musée des peintures modernes,
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- Kuhnsl Amtellung, garni de toiles assez médiocres, je dois le dire, à
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- l’exception (l’une mythologie représentant Apollon et les Muses, oeuvre bizarre, mais agréable, du professeur Otto Henden, de Berlin.
- Également dans le jardin, quelques instruments d’agriculture beaucoup moins intéressants que ceux: du Maschinen Marck annuel ordinaire, et un chemin de fer électrique, qui n’avait pas l’air de devoir jamais marcher à l’époque où j’ai visité l’Exposition. Il est vrai que l’intérieur du palais industriel renferme d’admirables choses.
- Si l’on entre dans ce palais par la porte d’honneur, on rencontre un grand bassin carré où le dos noir des poissons circule dans une
- eau fraîche retombant d’un jet d’eau derrière lequel s’ouvre la large
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- galerie centrale. L’effet produit est noble et beau. Au premier plan brillent les verres et cristaux, la céramique de luxe, l’orfèvrerie, la bijouterie; au fond s’entassent les charbons et les métaux.
- Les dressoirs Schaffgotsch, Heckert et Losky sont couverts de verreries et de cristaux blancs ou colorés, simples ou gravés, légers comme des verres de Venise ou taillés en pointes de diamant comme
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- des crisiaux anglais. Toutes ces pièces étaient si réellement jolies, qu’à peine l’Exposition ouverte, presque toutes portaient la mention : Vendu.
- MM. Wentzel, Moritz, se distinguaient par leurs fines gravures; l’usine d’Altwasser par ses grandes glaces, et la fabrique de Gleiwitz par ses bouteilles.
- La porcelaine était représentée par MM. Rappsilber et par l’usine de Tieffenfurt.
- Une mode nouvelle compose des services de table, verreries, assiettes, nappes et serviettes d’un même dessin, couleur sur fond
- blanc : rien n’est gai et gracieux comme une table servie suivant cette
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- mode; les châtelains peuvent y faire figurer leurs armes et satisfaire en même temps leur goût artistique et leur vanité. Plus loin, les Compagnies charbonnières avaient figuré des épaisseurs de charbon
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- jusqu’à neuf mètres de hauteur, représentant les couches carbonifères les plus célèbres des districts orientaux de la Silésie. Les procédés d’extraction et de classement rassemblés à cette occasion forment le
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- résumé le plus complet et le plus instructif des méthodes suivies dans
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- les exploitations houillères.
- L’administration royale des mines silésiennes, sous le gouvernement de laquelle sont placées les richesses du sous-sol prussien, Zabrze, Kœnigshütte, Gleiwitz, Tarnowitz, Malapane et Friedrichs-hütte, s’était surtout distinguée.
- A côté des minerais et des houilles s’entassaient les produits métalliques les plus merveilleux, les colossales tôles de Borsigwerks et de Kœnigshütte, les tuyaux d’Huldschinsky, les plombs et l’argent de Friedrichshütte, les cuivres de Scharff, les zincs de la célèbre Société de Silésie et des usines princières d’Hohenlohe.
- Ce dernier exposant joint à ses produits un fac-similé des mines de zinc et des fours qui aident à extraire le zinc de son minerai. C’est une belle occasion pour nos jeunes ingénieurs d’apprendre le traitement de ce métal si peu connu.
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- Un des compartiments donnant sur la salle centrale attire la foule par son nom magique : Bismarck Hutte, et par la perfection de ses produits. Noblesse oblige : le directeur, qui ne me semble pas plaisanter avec la gloire allemande, avait tenu à justifier les termes d’une grande pancarte dominant son exposition, pancarte dans laquelle il réclamait avec énergie contre les conclusions blessantes pour l’industrie nationale, du rapport du commissaire allemand spécial à Philadelphie.
- Comme preuve de la qualité de ses fers, et pour montrer ce que l’on sait faire à Schwientochlowitz, ce Germain susceptible distribue aux visiteurs des feuilles de fer laminé minces comme du papier pelure et très-fermes.
- Il fait'remarquer que les minerais d’où viennent ces fers, si remarquablement amincis, n’étaient pas eux-mêmes de toute première qualité.
- Les aciers de Ganz et notamment ses boulets de 40 centimètres de diamètre, les machines d’Hoffmann Ernst, de Ruffer, de Wilhelms-hütte, de Bilstein, de la Société de Gorlitz, et la nombreuse et
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- excellente machinerie silésienne, se sont donné rendez-vous dans le grand hall transversal. J’ai vu là des chefs-d’œuvre de métallurgie et de mécanique; mais rien n’altéignait, comme véritable tour de force, les produits de M. Fitzner, de Laurahütte : ce constructeur semble s’être donné pour problème d’exécuter des travaux jugés jusqu’ici impossibles.
- M. Fitzner a créé un outillage et imaginé des méthodes pour marteler les tôles de deux ou trois centimètres d’épaisseur, avec la même facilité que nos repousseurs à la main exécutent des bouilloires.
- Les plus habiles forgeurs de fer restent stupéfaits à la vue de ces grands réservoirs à gaz comprimé, qui doivent résister à des pressions intérieures considérables. Une pièce surtout attire l’attention,
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- et par sa dimension, et par l’usage auquel elle est destinée.
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- C’est une gigantesque bouteille en tôle, de cinq mètres et demi environ de longueur sur deux mètres et demi de large, et dont le
- poids est de 3,300 kilogrammes; cette bouteille est une bouée-phare
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- qui dpit flotter, avec un certain nombre de ses pareilles, sur les
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- parties dangereuses des baies de la Baltique et de la mer du Nord.
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- On comprime, dans ces bouteilles, du gaz d’éclairage pressé à quatorze ou quinze atmosphères, peut-être plus; on dispose une sorte de lampe à l’ouverture du goulot; on allume le gaz, et celui-ci brûle trois ou quatre mois, — je n’ose affirmer davantage, comme on me le dit, — jusqu’à épuisement de sa force d’expansion.
- Comme pour prouver que le progrès mécanique ne s’arrête pas au travail des bois et des métaux, des confiseries et des chocolateries
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- mécaniques se multiplient dans le hall : une installation complète à
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- débiter des pains de sucre vient égayer le public, non loin de l’étalage peu rassurant d’un fabricant de poudre explosive, qui ne crai-
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- gnait pas d’exposer une provision dé cartouches, de quoi faire sauter
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- Également pour distraire le public, une fabrique de cigares et un atelier de cigarettes de tabac turc apprennent aux fumeurs la manu tention de ces produits si appréciés par l’Allemagne.
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- La carrosserie est nombreuse) les prix affichés d’un bon marché bien tentant : on reconnaît l’extrême solidité des véhicules et les
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- dispositions particulières des trains, rendues bien nécessaires par le
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- mauvais pavage des villes ou par l’habitude qu’ont les propriétaires
- ruraux d’aller toujours à toute vitesse, à quatre chevaux, aussi bien
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- à travers champs que sur les routes; celles-ci ne valent pas mieux, étant le plus souvent rechargées avec des laitiers, surtout dans les
- districts métallurgiques,
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- La grande industrie silésienne des toiles, dès tissus de coton et de lin, est largement représentée par les salons ou vitrines de MM. Franckel, Grunfeld, Kramsta, Trautwetter, Roth.
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- Dans cette partie de l’Exposition se retrouve encore la table servie
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- avec sa garniture coloriée d’excellent goût, linge et céramique pareils.
- Un fabricant ajoute un spécimen de métier et de tisseuse en costume _
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- national : jupon bleu à larges raies rouges, tablier à bavette, très-courtes manches à gigot s’arrêtant à l’épaule, bras nus, dont le droit attire la barre et le gauche la recule ; coiffure lisse et longue natte. Le tout, très-joli tableau vivant.
- A côté des tissus simples, suit la très-grande exposition des passementeries, perlées, brodées, colorées, dorées, argentées et compliquées pour le goût des voisins de Pologne et de Russie.
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- Il peut y avoir autre part qu’en Silésie des toiles, des cotonnades, des draps et des passementeries; mais ce que l’on ne saurait voir qu’à Breslau, c’est une réunion aussi complète et aussi réussie en poêles de faïence de toutes grandeurs, de toutes couleurs et de toutes formes, y compris la représentation en faïence du château du grand chancelier à Varzin.
- Tous ces beaux poêles blancs, verts, bruns, outre leur aspect ornemental, sont d’incomparables instruments de chauffage qu’on devrait bien importer dans notre pays, où nous en sommes encore à
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- nous faire empoisonner par les différents calorifères plus ou moins portatifs qui font tous les ans tant de victimes.
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- Nous signalons particulièrement à nos architectes et à nos fumistes les poêles de MM. Kanold, de Breslau; Mattern’sche, de Glogau; Cari Francisci, de Schweidnitz, et combien d’autres!
- On ne saurait croire la quantité d’échantillons de liqueurs, de sucre-ries, de fruits confits, de produits chimiques, huile de pétrole et surtout de savons, en blocs, en pyramides, en imitations de fruits,
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- pêches, raisins, et tous les accessoires de l’économie domestique, que cette capitale de l'épicerie de l’Est expédie par ses nombreux chemins de fer dans la Prusse orientale, la Gallicie et la Russie. '
- Il y a aussi beaucoup de belles vitrines contenant de nombreux spécimens de robes et de confections; mais, je dois le dire, tout ce
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- qui n’y est pas strictement copié sur nos modèles parisiens est d’une richesse criarde, sans finesse d’exécution, bien que l’ensemble ait, le plus souvent, une grande prétention à la noblesse.
- Mais ce qui était tout à fait agréable et particulier, c’étaient de
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- charmantes chemises de femme aussi décolletées, aussi transpa-
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- rentes, aussi brodées à jour que possible, dont les épaulettes étaient
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- remplacées par un simple nœud de ruban étroit, et qui portaient,
- attaché à l’épaule gauche, un délicieux petit bouquet de fleurs arti-
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- fici elles.
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- Dans quelles circonstances solennelles les chastes Silésiennes revêtent-elles donc ces jolies chemises-là ?
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- II y a bien dés points communs entre ces deux manifestations de
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- l’esprit provincial, quand ce.ne serait que la même abondance de
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- confiserie à là mécanique et l’importance donnée à tout ce qui concerne les comestibles ; mais quelle différence d’aspect entre les deux installations!
- A Tours, rien n’a' été donné à l’ornementation extérieure ; c’est tout simplement un grand baraquement carré, en planches, avec modeste couverture de tuiles; mais comme il est gai, ce baraquement! comme il est clair! comme il est spacieux!
- Comme, dès le vestibule, on s’y trouve charmé par l'harmonieuse
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- distribution des groupes! On entre, et dès lès premiers pas, de
- blanches statues se détachent sur la perspective riante et colorée de
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- la galerie des tableaux modernes, qui tient le milieu de là maison et sert de nef centrale.
- A droite sont des bronzes et des objets d’art, à gauche un étalage tout à fait remarquable des grands vases laqués de MM. Bailly, Théroux et Wart.
- On voit tout de suite qu’on n’est plus dans le pays du noir charbon,
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- des durs métaux; il ne s’agit plus de stupéfier le visiteur par des colos-salités utiles, mais de le ravir par d’agréables extériorités. Au lieu de refouler les tableaux dans un pavillon spécial éloigné, on les a placés
- dans le plein milieu, pour qu’en passant d’une galerie à l’autre l’œil se repose agréablement sur ces toiles d’un excellent choix, dont je ne saurais trop louer le classement si parfaitement réussi.
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- C’est que la Touraine, cette France de la France, est bien par excellence le pays de l’aspect, du charme, de la forme extérieure : les yeux , déjà reposés par les beaux paysages de la Loire , et de la Vienne, se pénètrent sans cesse de l’harmonie suprême des merveil-lèusep constructions élevées sous les Valois.
- Quand on a pour spectacle ordinaire Blois, Azay, cette merveille des merveilles; Champigny, Richelieu, Chinon, l’abbaye de Bour-gueil ; quand on n’a pas à lutter contre les froids excessifs, qu’on ne voit pas de la neige tous les ans, quand on possède avec profusion la pierre et le bois pour construire, le blé, le vin, les fruits en abondance, les viviers de quatre rivières, il est facilement compréhensible que les esprits dégagés de la préoccupation de l’indispensable-s’élèvent doucement dans le culte du beau.
- En Touraine, l’effort n’est pas nécessaire pour dompter la nature, qui s’offre d’elle-même, au lieu de résister. On a donc le temps de donner une forme aux choses même les moins susceptibles d’élégance.
- Voyez l’assortiment de charrues de Renault-Gouin, de Sainte-Maure, le dernier chevalier du récent concours agricole de cette année; c’est une véritable étagère d’objets d’art, et cependant il ne s’agit, comme dans les autres charrues, que de mancherons, d’une oreille et d’un soc.
- Comparez les charrues tourangelles avec* les massives charrues beauceronnes, champenoises et surtout silésiennes, informes, lourdes, massives, repoussantes à l’œil, et qui, malgré leur laideur, ne renversent pas mieux la terre et fatiguent plus l’attelage. v
- Ce sont des merveilles de fer forgé, que ces outils martelés par RenaulUGouin, le forgeron de campagne, le maréchal qui ferrait lui-même mes chevaux il y a vingt ans.
- Comme s’il était dit que cet heureux pays devait avoir toutes les chances, Tours se trouve actuellement au milieu d’une étoile dévoies ferrées qui rayonnent au centre et à l’ouest et desservent la moitié de la France. *
- ba Compagnie d’Orléans a établi dans cette ville de grands ateliers
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- de réparation et de construction de wagons. Le choix de l’emplacement est excellent.
- Ces ateliers, conduits par M. Renault, se sont développés et rendent les plus grands services à la Compagnie; aussi M. Forquenot, l’habile. successeur de M. Polonceau, a-t-il eu la bonne pensée de charger MM. Renault et Wassener de composer, à l’Exposition de Tours, un assortiment curieux pour le simple visiteur, et très-instructif sujet d’étude pour ceux que l’industrie des chemins de fer intéresse.
- Au premier plan, on peut comparer ce qu’était un wagon de première classe en 1840 avec les améliorations du modèle 1878; de petites roues à rayons de fer forgé avec maigre bandage aux attaches peu sûres; au-dessus, de petits ressorts Irès-cintrés, à onze lames seulement, de frêles plaques de garde, une barre d’attelage en bois, un charretis également en bois avant toute l’élégance et là solidité d’un tombereau suspendu sur l’essieu.
- L’essieu grêle, la fusée courte.
- Dans le modèle 1878, au contraire, la roue pleine, le bandage maintenu par un cerclé intérieur seul percé du trou de boulons, de sorte que le bandage n’a plus de point de rupture, l’essieu puissant, la fusée solide, ainsi que les boîtes et les plaques de garde, le ressort à dix-sept feuilles sur 2m,30 dé longueur, toute l’apparence et la-réalité de la force et de la Souplesse dans l’attache du cadre des Ion-* gérons avec le train. Puis une seconde suspension entre ce cadre et la caisse, par des coussinets en rondelles de caoutchouc placées latéralement au longeron, comme les porte-allegrains d’une charrette.
- Bien qu’en dise M. Renault, cette disposition en double suspension n’est pas si ancienne qu’il le croit, et je ne sais pas si c’est à la Compagnie d’Orléans qu’il faut attribuer l’honneur de l’avoir imaginée; mais, en tout cas, il faut remercier M. Forquenot de l’avoir adoptée, car elle tend à supprimer autant que possible la trépidation, si fatigante dans un long voyage.
- Sur d’autres points, il a fait interposer des manchons de caoutchouc dont i’effet vient se joindre à la double suspension et atténue le bruit
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- de ferrailles que l’ancien matériel de la Compagnie conserve encore si déplorablement.
- Malheureusement, nos premiers fabricants de wagons s’étaient inspirés de la diligence, et non du paquebot; de là l’inconfortabililé constitutionnelle du véhicule que l’on a tant de peine à améliorer. Un coupé ventru, un intérieur et une rotonde, qui devaient'paraître le comble du bien-être pour les malheureux voyageurs sortant des voitures des Messageries royales, des Laffite et Caillard, représentent bien une diligence agrandie; mais ce spécimen glorieux d’un'autre âge ne nous semble plus aujourd’hui qu’un reste déplorable de l’ancienne barbarie.
- C’est pourtant pour ce modèle que l’on a fait autrefois toutes les plaques tournantes, de sorte que la nouvelle grande voiture à quatre compartiments, sa voisine, qui l’écrase du luxe de son installation et du brillant de son vernis, ne peut tourner dans les gares, et notamment dans celle de Tours; ce qui a conduit à faire faire, pour l’amener à quai, toute une série de manœuvres et d’aiguillages. Le grand wagon de 1Te classe fait partie du nouveau matériel créé en 1878 pour les trains franchissant en neuf heures les 582! kilomètres qui séparent Paris de Bordeaux. Dans ces voitures, un plancher double, avec interposition de matières inertes, amortit le bruit du roulement; une toiture double atténue la chaleur et le froid; les dossiers et coussins sont établis sur des ressorts formant sommier élastique, et chaque voyageur reçoit un cube d’air de 1”,175, tandis que dans le modèle 1848 il n’en reçoit que 613 millimètres.
- Dans le modèle de 1878, exposé à Tours, on a conservé les anciens coupés aux deux extrémités; ce sont les plus mauvaises places de tout le Train. Placés directement sur l’essieu, les voyageurs recueillent toute la trépidation qui reste encore; ils éprouvent le mouvement de lacet dans sa plus grande étendue, puisqu’ils sont aussi loin que possible du centre de stabilité : ils reçoivent par les nombreux carreaux la poussière, le soleil et le froid, et pour toute compensation /voient danser devant eux le fond du wagon qui les précède, insupportable
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- balancement du haut en bas et de bas en haut , qui finit par donner le mal de mer. C’est aussi la place la plus dangereuse en cas de rencontre.
- Il y a longtemps que les Allemands mettent dans leurs longues voitures les places de luxe au centre du véhicule. C’est là aussi que M. Forquenot a eu la bonne idée d’installer les compartiments appelés lits-toilettes, dans lesquels trois fauteuils se changent en lits, et où la sécurité hygiénique du voyage est assurée par la proximité d’un water-closet.
- Les personnes qui font en chemin de fer de longues traversées de nuit ne sauraient avoir trop de reconnaissance pour M. Forquenot. On sait en effet avec quellemaligne habileté les anciens organisateurs des gares avaient écarté, aussi loin que possible du point où le train s’arrête, les pavillons de nécessité : grâce à M. Forquenot, on n’est plus obligé de courir précipitamment vers ces petites constructions indispensables, élevées tout là-bas, souvent sous la pluie ou dans la neige, en donnant à ses compagnons de voyage l’avilissant spectacle d’une hâte manquant absolument de dignité.
- Deux voitures de troisième, l’une de 1848, l’autre de 1880, montrent que la sollicitude de M. Forquenot ne s’est pas arrêtée aux voyageurs de première classe.
- Au lieu de souffrir sur de dures banquettes de bois et dans la promiscuité d’un wagon ouvert d’un bout à l’autre, les voyageurs en troisième seront maintenant bien assis sur fies banquettes à coussins de drap, à dossiers rembourrés, et séparés par une cloison complète des autres compartiments de la même voiture. Les portières ferment aussi convenablement que celles des autres classes; le volume d’air y est presque doublé; enfin, ils sont traités comme des êtres humains, au lieu d’être empilés pêle-mêle comme des troupeaux de pourceaux.
- M. Forquenot a eu encore une autre très-bonne idée : il sait que dans les villes desservies par les chemins de fer, tout ce qui constitue la Compagnie, hommes et choses, est considéré comme étranger, comme absolument en dehors des relations commerciales et person-
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- nelles de la ville; il à voulu prouver que l’industrie des chemins de
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- fer se reliait au contraire à presque toutes les industries, et s’y rattachait par des fournitures constantes.
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- Il a donc fait placer sur des dressoirs ou accrocher au mur toutes
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- les pièces qui entrent dans la composition d’un wagon. Ce sont
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- d’abord, naturellement, le fer, la fonte et le bronze, le cuivre et ses
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- alliages sous toutes les formes, depuis le gros essieu forgé à coups de pilon, jusqu’à la dernière vis et à la plus petite pointe.
- Puis le bois sous ses divers aspects, la toile cirée et le caoutchouc, les câbles, les cordes et la ficelle, les tampons graisseurs en coton, les obturateurs en feutre, les draps, les toiles, les percalines, les passementeries et les reps en crin.
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- Puis encore, le cuir, les seaux à incendie, les balais., les brosses,
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- les bâches imperméables, la vitrerie blanche pour les portières des wagons, colorée pour les disques et les signaux, la guipure au cro-
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- chet pour préserver les draps, les huiles, les oxydes colorants, le
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- noir dq fumée, la pierre ponce, la colle, l’essence, les vernis siccatifs,
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- une étoile d’outils petits et gros, et jusqu’aux pétards-signaux, produit de l’industrie des artificiers.
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- Ges pétards, que l’on a quelquefois l’occasion d’entendre, mais bien
- rarement d’examiner, sont de larges capsules plates que deux cro-
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- chèts permettent de fixer sur la voie; lorsque la locomotive passe, la matière fulminante détone par écrasement, et le chef de train est averti. Les capsules sont fixées par leurs crochets sur un tube en fer-
- blanc aplati, renfermées dans une gaine de cuir que le conducteur
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- porte en sautoir.
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- Une industrie qui doit être bien reconnaissante à l’inventeur des chemins de fer, c’est l’imprimerie, car on ne saurait croire la quantité d’affiches, de circulaires, de tableaux et d’étiquettes auxquels donne
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- naissance l’exploitation des chemins de fer, sans compter l’impression, le découpage, le numérotage et l’annulation des tickets.
- Le pavillon de la Compagnie d’Orléans reçoit de nombreux visi-teurs; mais la valeur des détails un peu techniques des objets exposés
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- échappe à la majorité d’entre eux. Un autre pavillon attire non moins la foule; celui-là est plus compréhensible pour les habitants de la Touraine : c’est le pavillon de l’administration des forêts. En effet, tout le monde en Touraine s’intéresse à la culture forestière.
- Outre les grandes forêts domaniales de Loches et de Chinon, de vastes espaces boisés couvrent le département d’Indre-et-Loire et les départements voisins. Les arbres n’y sont pas toujours d’aussi belle venue qu’en d’autres régions; cependant leur culture y est assez rémunératrice pour que beaucoup de propriétaire^ suivent l’exemple de M. le marquis de Quinemont, lequel a su tirer un bon parti des sapins dont il avait couvert les landes de Paviers. Mais ce n’est pas tout. 11 n’est pas de petit propriétaire qui ne possède son bouquet de chênes ou de châtaigniers, ses truisses d’ormeaux, ou sa ligne de peupliers.
- Et puis, le département, avec toutes ses rivières et leurs affluents,
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- est rempli de tanneries, grandes et petites, pour lesquelles F écorce est une question fondamentale.
- M. Joubaire, inspecteur des forêts de la division de Tours, a disposé , dans l’espace qui lui a été attribué, toute une école pratique, bonne à étudier par le propriétaire de bois, et le propriétaire de bois, en Touraine, c’est le monde. D’abord, des planches de semis pour ceux qui veulent reboiser les parties les plus médiocres de leurs terres, que l’insuffisance de la main-d’œuvre les force à abandonner ; semis de pins noirs, de pins sylvestres, d’épicéas, de pins laricio ; repique-
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- ment de plants d’âges divers et d’essences variées. A côté, les charrues, les semoirs, les herses pour semis, et jusqu’aux claies pour abriter les jeunes plants.
- En dehors de la clôture spéciale, des troncs d’arbres sciés, dont la dimension donne une idée approximative de l’âge des arbres : ainsi, un bloc d’un mètre de diamètre coupé dans un chêne de trois cents ans ; à côté, un pin maritime de la forêt domaniale de Chinon, âgé de soixante-deux ans, mesure soixante-dix centimètres.
- D’autres pins, des charmes, des hêtres, des alisiers, des châtaigniers , des frênes, des bouleaux, et jusqu’aux merisiers, complètent
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- pet échantillonnage qui renseignera les propriétaires sur la valeur de leurs arbres.
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- , * Parmi les arbustes, nous retrouvons le bois de bourdaine, que l’on
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- carbonise au Ripault , pour obtenir le charbon destiné à la fabrication de la poudre à canon.
- Autour du chalet sont appuyées des billes fendues en merrains, en lattes, en échalas, et que l’on a conservées tout assemblées pour mon-
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- trer le talent du fendeur, car, pour le merrain surtout, on ne peut employer la scie; il faut se servir d’outils spéciaux. A l’intérieur du pavillon, l’outillage complet des sylviculteurs, outils de repeuplement et d’entretien; attirail complet du bûcheron, du tonnelier, du sabotier et des industriels qui travaillent le bois au dedans ou au dehors
- de la forêt.
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- Un échantillonnage très-intéressant des bois du pays, la faune et
- les objets de vénerie pris aux animaux qui l’habitent, la bibliographie
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- forestière, les albums, les herbiers, les graines; enfin tout un casier
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- d’insectes nuisibles qui, dans ce moment, font des ravages dans la
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- région, d’accord avec les champignons et autres parasites végétaux.
- La section des vins contient plusse quatre cents exposants, et je n’ai pas la prétention d’établir un classement parmi eux. Pourquoi rappeler Bourgueil, Saint-Avertin, Joué, Chinon, puisque ces réputations locales, si bien méritées, sortent à peine de la province? Une . fois vendus, ces excellents vins s’appellent immédiatement vins de Bordeaux.
- Quant aux vins blancs, on en boit si considérablement dans le pays, qu’il en reste bien peu à vendre : il n’y a guère que le vouvray qui se soit fait un nom en Angleterre comme vin mousseux, bien que tous les vins blancs du pays pétillent et fassent sauter le bouchon aussi bien que le champagne le plus authentique.
- , Ce qui a surtout empêché les vins de Touraine d’élever leur cote commerciale, c’est leur extrême variété, le sol de la région de la Vienne et de l’Indre étant tout à fait dissemblable du sol de la région
- de la Loire et du Cher.
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- Bien plus, chez un même propriétaire, presque dans le même clos, le sol et les cépages sont également variables : tantôt c’est la silice avec sous-sol alumineux, puis, à quelques pas de là, le calcaire presque pur ; et comme les années diffèrent de maturation, le proprié-taire tourangeau, sans sortir de chez lui, peut avoir dans sa cave la gamme de tous les vins, depuis le xérès des années chaudes, jusqu’aux clarets rosés des années tardives où l’on ne vendange qu’à la Toussaint.
- A la vraie vérité, et je suis sûr qu’il en est ainsi pour les quatre cents exposants de cette année, ce qui nuit surtout à la réputation de la marque de fabrique, c’est que le vigneron tourangeau , quand il a du bon vin, le garde, etne se décide à vendre sans regret que les récoltes d’une qualité qui ne lui paraît pas suffisante pour son propre usage. Il aime cependant bien l’argent, mais le vin, son vin, passe avant tout, et celui qui, en visite ou en marfché, se refuserait à en
- boire et à en reboire, ne réussirait guère dans ses transactions.
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- Les confiseurs, si nombreux à Tours, sont perdus au milieu des exposants étrangers de produits alimentaires; nous retrouvons cependant Dreux et ses confitures de rhubarbe, et Roche le célèbre, chez lequel, le samedi, se réunissent toutes les châtelaines des environs-; Vil lard, Robadeau, Beaudouin, Barlouis, représentent seuls la grande industrie des rillettes, à côté des jambons de Guimier-Turquois, de* Richelieu.
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- Les constructeurs d’instruments agricoles sont nombreux dans
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- Indre-et-Loire; ils remportent toutes les médailles dans les comices et
- les concours régionaux ; mais ils ne me paraissent pas cette fois avoir
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- attaché d’importance au jugement de leurs compatriotes; c’est à peine
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- siM. Mabile, d’Amboise, et les autres constructeurs ont daigné exposer quelques spécimens.
- Seul, M. Michelle a réuni un échantillonnage important d’instru-
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- ments d’extérieur et d’intérieur de ferme, presque tous d’importation étrangère.
- Cet exposant, le savant secrétaire de la Société d’agriculture et en
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- même temps un des gros industriels de Tours, vient d’établir une usine complète pour nettoyer et trier les grains, ce qui lui a donné l’idée de mettre dans sa vitrine la collection très*originale de toutes les grainailles, ainsi que les autres matières étrangères au froment qui se trouvent dans un sac de blé : la nielle, l’ivraie, les coquelicots, bluets, vesces, aislons, les charançons, blattes, et jusqu’à des souris desséchées.
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- M. Michelle est en outre l’auteur de tables d’arbitrage estimées et d’un barême pour tous les grains, graines et farines.
- Le comice de Chinon a, sur un grand dressoir, rangé tous les produits de son agriculture et de son industrie, en faisant de larges emprunts au musée de Sainte-Maure, qu’augmente tous les jours son fondateur et conservateur, M. Mahoudeau. De très-curieuses antiquités de l’âge de pierre ont été recueillies par l’infatigable chercheur, dans cette région qui est pour les archéologues un champ d’études
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- Lqs tanneurs, corroyeurs, chamoiseurs, mégissiers du département, ont composé de très-beaux étalages. Les noms de Peltereau, Brault, Bienvenu, Jodeau-Labbé, Desaché-Blin, Labrosse, si connus dans le commerce des cuirs et peaux, ont voulu soutenir leur vieille réputation.
- Les fabricants de chaussures, très-nombreux et très-importants à Tours, ont profité de cette bonne occasion de montrer leurs modèles nouveaux. MM. Bourdais, Falaise, Queleu, Girault, et surtout Mary-Bouyer, ont de quoi satisfaire les fantaisies les plus exigeantes et les goûts les plus simples.
- MM. Lambert et Milet n’ont pas exposé dans la chaussure, quoique leur fabrique soit une des plus considérables de la ville.
- Je les retrouve dans la section de mécanique, expliquant leur nouveau système de boulons coniques appliqués à l’assemblage du bois, du cuir, du carton, de la gutta-percha et de toutes les matières non métalliques qui ne peuvent supporter sans s’effriter l’effort du filet d’une vis. C’est en se servant de ce procédé pour assurer la
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- solidité-de leurs semelles que MM. Lambert et Millet sont arrivés à
- une découverte qui rendra de si grands services à la fabrication des '
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- courroies, au charronnage, à la charpente, à la carrosserie, à la malleterie, à l’article de Paris ; en un mot, à toutes les industries où l’assemblage joue le premier rôle/
- Tours est la ville de France où l’imprimerie et ses annexes se sont
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- développées dans les meilleures conditions. Les célèbres travaux de M. Marne ont servi d’exemple, et un nombreux personnel de typo-
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- graphes, graveurs, lithographes, s’est fixé à/Lours. MM. Boüzeret et Rouillé-Ladevèze ont exposé de belles impressions. Le dernier sur-tout, outre les nombreux imprimés qu il exécute pour le commerce et les administrations locales, fait beaucoup d’impressions pour les éditeurs de Paris. Deux grosses fabriques de papier, l’une dirigée par M. Montgolfier, de La Haye-Descartes, l’autre par M. Vaissier, à Azay-le-Rideau, sont bien connues des journaux de Paris, auxquels elles fournissent beaucoup de bobines pour les machines rotatives.
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- La fabrique de carions deM. Oudin, de Truies, et les usines de pâtes
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- de paille de Fondettes, sont en pleine prospérité.
- La carrosserie, la malleterie, la fabrication de meubles et d’orne- '
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- ments de tapisseries ne sont pas moins prospères. Il faut voir, le ,
- samedi ou le dimanche, les bonnes femmes du pays s’arrêter devant : :
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- le compartiment dans lequel un ébéniste de Bléré, M. Mabille-Dubois, a eu le bon esprit de réunir, dressés en décors de chambre à coucher, lit, table de nuit, armoire, tables et sièges*en simple noyer du pays, accompagnés de rideaux à tons rabattus, tout à fait dans le goût
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- local. Il y a toujours devant cet intelligent étalage un rassemblement de fiancées, accompagnées de toutes les commères de leurs familles, qui admirent le bas prix relatif de cet ensemble, qu’elles ont toujours rêvé, et pour l’acquisition duquel elles sacrifient volontiers les économies de leur vie laborieuse.
- Nous avons remarqué avec regret l’absence totale des splendides '
- soieries ouvragées que Tours fabrique mieux que Lyon. On nous a
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- dit que des motifs politiques seuls avaient écarté de l’Exposition ces -
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- DEUX EXPOSITIONS.
- magnifiques produits. Quelle que soit la cause, l’abstention est regrettable.
- Sauf cette omission, on voit que cette petite exposition est un microcosme complet, et que le paysan et l’ouvrier de campagne, qui ne se décident pas à aller à Paris, mais se sont empressés de venir à Tours par les sept lignes ferrées qui y aboutissent, peuvent être aussi renseignésque qui que ce soit sur l’état de l'humanité à leur époque. Ils trouvent là tout ce qu’ils doivent connaître pour être de leur temps, y compris le téléphone et la lumière électrique.-Ils sont à même d’y choisir tout ce dont ils ont besoin pour le renouvellement ou l’accroissement de leur matériel,"jusqu’à des machines à vapeur, construites dans le pays même par M. Delahaye, le jeune et intelligent successeur de M. Berthon. En cherchant ce qui peut leur être utile, ils réjouissent leurs yeux en regardant les murs, qui leur offrent un excellent choix de tableaux modernes ou anciens, et le musée rétrospectif, composé des trésors de famille et de collections particulières conservées ou recueillies par de patients amateurs tourangeaux.
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- TYPOGRAPHIE DE E PLOS ET Cie, 8, RCE G&R&NC'IÈKE.
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