Les grandes usines
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- Paris. Typographie de E. Plon et Cie, rue Garancière, S.
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- GRANDES USINES
- ÉTUDES INDUSTRIELLES
- EN FRANCE ET A L’ÉTRANGER
- PAR
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- Membre du jury d’examen et de révision des Expositions universelles en 1862 et 1878 Membre suppléant du jury des récompenses Membre du comité des sociétés savantes, officier de la Légion d’honneur, etc.
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- PARIS
- CALMANN LÉVY, LIBRAIRE-ÉDITEUR
- RUE AUBER, 3, ET BOULEVARD DES ITALIENS, l5
- A LA LIBRAIRIE NOUVELLE
- 1882
- Tous droits réservés.
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- ÉTABLISSEMENT ARBEY
- MACHINES A BOIS
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- Le travail du bois est aussi ancien que l’humanité, et l’outillage pour ce travail a été certainement le pionnier de toute civilisation, aussi bien pour le petit que pour le grand œuvre.
- Le bois, de toute taille et sous toutes formes, entoure l’homme dès son berceau ; son usage s’étend à mesure que la civilisation paraît, et bien qu’aujourd’hui on ait remplacé par le métal un grand nombre de ses applications, le bois n’en est pas moins resté la matière la plus facilement employée, celle dont la disparition ferait le plus grand défaut.
- Tous les outils inventés pour ce travail sont absolument admirables d’ingéniosité ; aucun outillage n’offre des combinaisons aussi parfaites, aussi variées; le ciseau, la gouge, la varlope, la vrille, la tarière, le vilebrequin, sont des merveilles d’invention; la scie, surtout, la simple scie à main, connue des premiers Égyptiens, et d’apparence si simple, est le résultat de combinaisons bien plus savantes qu’on ne le suppose ordinairement.
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- Il faut lire dans le livre du général Poncelet, auquel nous avons fait tant d’emprunts dans les Grandes Usines, avec quel soin il la décrit (a).
- («) « La forme triangulaire et prismatique de ses dents à évidements alternatifs pour loger la sciure, à taillants inférieurs obliques et dirigés vers le dehors pour trancher latéralement les fibres du bois, tandis que leurs biseaux inclinés antérieurs et leurs sommets pyramidaux avancés s'y enfoncent, de
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- Scierie transportable à lame circulaire.
- Scierie circulaire.
- Scierie circulaire à axe mobile.
- Scierie horizontale alternative pour placage ou panneaux.
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- Scierie Ransome actionnée par la vapeur.
- Scierie verticale alternative pour sciage
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- Scierie verticale alternative à lame sur le côté.
- Scierie avec cylindres-guides à plusieurs lames pour dédoublage.
- Scierie verticale avec chariot .
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- Scierie alternative à découper.
- Scierie alternative à découpera pédale
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- Scierie Ransome actionnée par transmission électrique.
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- Scierie à ruban à bras d’homme
- Scierie à ruban; table inclinable.
- Scierie à ruban avec chariot double.
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- Scierie à ruban pour le dédoublage des bois.
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- 4 GRANDES USINES.
- A mesure que l’industrie se développa, les outils à travailler le fer imitèrent certaines dispositions des machines à bois, et les machines à bois s’approprièrent réciproquement une partie des dispositions des machines-outils à façonner le fer ; de sorte qu’aujourd’hui il n’existe plus d’opération qu’on ne puisse exécuter mécaniquement, depuis le sciage à vapeur dans les grandes forêts jusqu’au façonnage le plus délicat et le plus artistique.
- M. Arhey a été un des agents les plus actifs et les plus heureux de cette transformation complète de l’outillage à main en outillage mécanique.
- M. Arbey a fait de l’outillage pour le travail du bois l’occupation entière de sa vie : entré dans cette industrie sans y avoir été préparé par des études techniques .antérieures, à force de travail et de persévérance, il est arrivé à créer un établissement de premier ordre, le plus justement célèbre dans sa spécialité, qui fournit des machines-outils à plus de cinquante industr ies, étant elles-mêmes la base de toutes les autres.
- Et d’abord, l’exploitation des forêts, la construction de tous les bâtiments où l’homme s’abrite, dort et travaille, les navires, les chemins de fer, les wagons, les véhicules d’usage ou de luxe, les armes, le boisage des mines, toute la menuiserie, y compris le parquetage et les moulures; toute l’ébénisterie, jusqu’à la
- droite ou de gauche, et alternativement, à la manière des clous, des poinçons, pour mordre, déchirer le fond du sillon, en outre élargi, au moyen d’une légère inflexion donnée à la pointe de ces mêmes dents, de part et d’autre de l’axe ou du dedans au dehors, ce qui constitue la voie et supprime le frottement, le pincement latéral et postérieur de la lame de scie, et par suite, son trop grand échauffement. »
- Et, continue Poncelet, « les moyens mécaniques non moins ingénieux adoptés pour le bandage des lames dans leurs châssis rectangulaires, dans leur monture en arc de ressort métallique, en double T servant d’appui intérieur aux membrures extrêmes contre l’action de la vis ou de la corde de tension, ces dispositions originales et simples sont également dignes d’admiration, et elles supposent, de la part des inventeurs méconnus ou ignorés, et des ouvriers qui dirigent le travail de tels outils et en soignent l’entretien ou l’affûtage, une étude non moins délicate qu’attentive et réfléchie ».
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- ÉTABLISSEMENT ARBEY. 5
- tonnellerie mécanique, le placage, les instruments de musique, la boissellerie, l’emballage, l’encadrement.
- La fabrication des sabots, des galoches, l’exploitation des bois pour pâte à papier, celluloïde, la teinture, la parfumerie.
- Le bois devenant de plus en plus rare, M, Arbey a du chercher surtout les moyens de l’abattre rapidement et économiquement, et de le débiter de façon à en perdre le moins possible et en n’altérant pas ses qualités distinctives.
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- On sait avec quelle lenteur et quelle difficulté s’exécute encore en forêt l’abatage d’un arbre à la hache. C’est donc par cette première opération que M. Arbey commence à former sa série d’outils à scier ; pour cela, il a acquis le brevet Ransome (car il ne se croit pas obligé, comme certains fabricants, d’inventer tout lui-même) pour une scie très-énergique, quoique légère, qui peut se transporter en forêt, suspendue à l’essieu d’un petit véhicule à bras d’homme; on lui envoie la vapeur, soit par la chaudière d’une locomobile, s’il s’en trouve une sur le terrain, soit en installant une petite chaudière portative dont le foyer est disposé pour la combustion des déchets de bois de scierie. Un tuyau fort et flexible mènera la vapeur en toute direction jusqu’à la longueur où la vapeur serait trop détendue, deux cents mètres environ ; on pourra donc abattre tous les arbres situés dans ce rayon.
- La machine consiste en un cylindre à vapeur à petit diamètre et course longue, attaché à un bâti léger en fer forgé, sur lequel il est disposé de manière à pivoter sur un centre; le mouvement de pivotage est imprimé au moyen d’une roue à main, tournant un filet de vis qui s’engrène dans un quart de cercle à l’arrière du cylindre.
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- Scierie Ransome, abattant,
- Scierie circulaire transportable se montant sur roues^avec essieux et brancards pour le transport/
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- Scierie Ransome, tronçonnant
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- Machine à raboter, plateau mobile à deux porte-outils tournant en sens inverse, pour dresser et dégauchir.
- (Système à lames hélicoïdales minces avec cou!rc-!ers et affn.oir
- mécaniques sur la machine même.
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- 8 GRANDES USINES.
- La lame est fixée immédiatement au bout de la tige du piston que l’on fait marcher droit au moyen de guides, et les dents de cette lame sont couchées de manière quelles ne coupent que pendant la course de rentrée : la scie travaille donc par traction. Au moyen de cette disposition fort simple, on peut se servir de scies de la longueur de 2 mètres 50 à 5 mètres, sans appareil de tension, parce que sa propre coupe est suffisante pour guider la scie en ligne droite au travers de l’arbre; et comme les dents n’offrent aucune résistance à la course de sortie, toute possibilité de flexion de la lame est évitée.
- Celle-ci fonctionne avec une extrême rapidité; en quelques minutes un arbre d’un mètre et plus de diamètre, quelle que soit la dureté de son bois, se trouve séparé de la terre; et comme avec cet instrument on peut couper aussi près du sol que possible, on épargne près d’un mètre de la meilleure partie du bois, qui, dans l’abatage à la hache, est toujours réduit en éclats, quelle que soit l’habileté des bûcherons.
- Déjà de nombreux spécimens de cette machine travaillent soit eq forêt, soit dans les ateliers : en la plaçant verticalement, elle sert, non plus à abattre, mais à tronçonner les arbres abattus.
- Puis vient l’outillage des scieries proprement dites, grandes machines destinées à débiter le bois en grume et à le séparer en morceaux plus ou moins longs, plus ou moins épais, madriers, planches, blocs, suivant l’usage auquel la matière est destinée.
- Avant l’utilisation de la vapeur, qui permet aujourd’hui d’installer des scieries partout, c’était au bord des rivières, sur les chutes d’eau, que s’établirent les premières scieries mécaniques, dont les plus anciens modèles sont signalés vers le quatrième siècle sur la Ruhr, à Breslau et à Erfurth.
- Les livres de Jacques Besson, de Ramelli, décrivent des scies à plusieurs lames retombant à plomb sur la pièce de bois, placée sur un chariot incessamment poussé au-devant de la lame par l’ingénieux mécanisme du pied de biche et de sa roue à déclique, dont l’inventeur est resté inconnu.
- Dans les Vosges, la forêt Noire et les montagnes de la France
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- centrale, on retrouve encore quelques-unes de ces scieries primitives, en grands progrès déjà sur le scieur de long, qui cependant continue encore dans les villages éloignés des centres son lent et pénible travail.
- Bentham, Brunei, Smart, Albert, contribuèrent en Angleterre à l’amélioration de l’outillage des scieries ; en France, ce fut après l’Empire et pendant les premières années de la Bes-tauration que l’on commença les perfectionnements qui ont amené peu à peu les machines à leur état présent, c’est-à-dire l’emploi du fer et de la fonte, substitué au bois pour les bâtis, les chariots et toutes les pièces solides des appareils ; par conséquent une réduction considérable dans le volume des outils, et en conséquence la possibilité d’établir un atelier de sciage dans un espace relativement restreint.
- Aujourd’hui, avec les machines de M. Arbey, comme on l’a vu aux expositions dernières, on peut réduire considérablement l’espace d’une usine à débiter le bois, et comme il n’y a plus de force inutilement perdue à mouvoir les lourds équipages des anciennes scieries, il n’est plus, comme autrefois, indispensable d’avoir recours aux plus fortes chutes d’eau.
- Le plus petit moulin peut s’adjoindre une machine à scier, et les locomobiles qui servent aux batteuses sont maintenant presque partout utilisées pendant leur chômage à actionner des scies le plus souvent circulaires, moins chères et plus commodes à installer.
- Les scies circulaires, difficilement applicables lorsqu’il s’agit de débiter le bois dans des conditions de délicatesse et de précision, sont très-suffisantes pour tronçonner le bois de chauffage, pour dégrossir le bois de charpente des habitations rurales, pour répartir en plateaux, madriers et en planches grossières tous les bois communs qu’on emploie dans les campagnes.
- La possibilité d’apporter les arbres à une petite distance pour les faire débiter à façon au moulin le plus proche est une économie considérable, cette économie est encore plus grande lorsqu’on peut apporter sur le chantier d’abatage la scie elle-même.
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- Scie verticale à plusieurs lames additionnée d un appareil à dédoubler.
- Toupie verticale renversée dite universelle.
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- Scie verticale à plusieurs lames additionnée d’un chariot diviseur pour feuillets, panneaux, plateaux de précision
- Machine à trancher les bois en feuilles minces de placage ou en planchettes de 3, 5, 7 millimètres d’épaisseur.
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- Pour ce dernier usage, M. Arbey a combiné un système transportable, d’un prix (2,400 fr.) tellement réduit que tout charpentier de village peut avoir intérêt à posséder cet outillage. Nous en donnons la figure, pages 6 et 7.
- Les machines à battre sont aujourd’hui tellement répandues, que le charpentier, s’il n’a pas lui-même de locomobile, trouvera toujours facilement à s’arranger avec quelque batteur voisin, soit en location, soit en s’associant.
- A côté de ces instruments si commodes pour les petites exploitations, M. Arbey a créé ou perfectionné toute une famille de machines à scier répondant à la diversité des sciages suivant la nature du bois et l’usage futur des morceaux une fois débités. La plupart sont des machines à sciage droit, verticales à plusieurs lames; on y ajoute un chariot diviseur.
- Lorsqu’il s’agit de répartir un arbre en feuillets, panneaux et plateaux de précision, avec des chariots spéciaux, on peut même découper les bois suivant une courbure donnée, comme il est nécessaire dans la construction navale et autres industries; si l’on veut des produits tout à fait parfaits, le mieux est de se servir d’une scieuse verticale à une lame sur le côté, ce qui permet de varier l’épaisseur du feuillet du panneau et du plateau, après chaque trait de scie. La lame, très-tendue, peut être mince, et par conséquent prendre peu de bois pour l’épaisseur du trait : en général la perte en sciure est double pour la scie circulaire.
- M. Arbey n’est pas partisan de la scie à ruban pour le sciage des bois en grume ; autant il l’estime pour les travaux de chan-tournement et le débit des petits bois courbes, autant il préfère la scie verticale, véritable scieur de long mécanique, pour ce qu’il appelle le sciage marchand, l’exploitation des forêts, etc.
- La scie verticale alternative, ditM. Arbey, est donc beaucoup plus facile à conduire que la scie à lame sans fin, appliquée au sciage droit des forts bois en grume; un ouvrier très-ordinaire peut faire un excellent travail avec la première; et pour tirer un bon parti de la seconde, dans le cas dont il s’agit, il est indispensable d’avoir à sa disposition un homme habile ;
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- cela s’explique par le soin absolu qu’il faut apporter à l’affûtage des lames sans fin, quelquefois longues de 8 à 10 mètres : dans ce cas, elles ne peuvent pas être très-tendues, sous peine d’échauffer les coussinets; il en résulte que si la voie n’est pas très-régulière et si les bois sont un peu difficiles, le ruban denté s’écarte de la ligne droite dans les hauts traits, et les guides les plus ingénieux sont alors impuissants a l’y maintenir. Cet inconvénient n’existe pas pour les petits bois conduits à la main.
- Il arrive cependant souvent qu’un menuisier, un ébéniste, ayant pour sa profession besoin d’une scie à ruban, se serve de cette scie pour dédoubler des plateaux ou autres opérations qui auraient été exécutées plus normalement par la scie alternative; mais il se sert de la scie à ruban qu’il a pour ne pas en acheter une autre.
- Après beaucoup d’essais et de perfectionnements, la scie à ruban est devenue si parfaite pour certains usages spéciaux, qu’on la retrouve partout; mais lorsqu’elle doit servir beaucoup, il faut toute une installation d’affûtage, pour lequel M. Arbey a créé un outillage spécial : il a créé aussi des affûtages spéciaux, et pour la scie à lame droite, et pour les lames circulaires, qui, travaillant presque toujours à toute vitesse, ont souvent besoin d’affûtage.
- Le placage, surtout pour l’acajou, fut en grande faveur sous l’Empire et la Restauration; jusqu’au commencement du siècle, le sciage des bois à plaquer se faisait avec de petites scies à main; mais à partir de 1812, Cochot, ébéniste à Paris, ayant inventé une disposition mécanique qui détachait la feuille presque sans perte de sciure, cette industrie prit un tel développement que ses exagérations mêmes finirent par la compromettre.
- Le placage, étant devenu une véritable fraude, se discrédita ; on préféra au plaqué d’acajou le chêne, le poirier et même le noyer massif.
- Puis le placage, ramené à un emploi raisonnable, retrouva des partisans; il est aujourd’hui bien employé avec discernement pour les parties planes des meubles et instruments de
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- Machine à raboter, système à lames hélicoïdales minces avec affùtoir mécanique
- Porte-outil hélicoïdal
- Appareil spécial pour morlaiser les moyeux des roues.
- Machine à faire les cannelures droites ou torses
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- Machine à faire les boites carrées, en coupant à mi-bois pour l’assemblage.
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- 16 GRANDES USINES.
- musique, parties planes qui seraient trop chères ou trop pesantes
- si on les laissait massives.
- On pourrait presque faire rentrer dans la famille des scies la machine à débiter le bois de placage, et dans lesquelles la scie proprement dite est remplacée par un couteau qui peut séparer des lamelles dont la minceur n’est limitée que par la solidité de la fibre du bois.
- M. Arbey a composé plusieurs machines à trancher.
- Le tranchage donnant une économie considérable de bois, puisqu’il ne produit pas de'sciure, on a été conduit par le succès du tranchange mince à établir des machines destinées à trancher épais.
- Les fabricants de boîtes et de tout autres objets dans lesquels de petits feuillets sont employés, ont beaucoup à gagner à l’usage de ces machines. En dix heures de travail, en effet, la machine à trancher épais, disposée tout spécialement et n’exigeant que quatre chevaux-vapeur, donnera 3,000 feuilles de 4, 5, 7 millimètres d’épaisseur, sur 1 mètre de longueur et 0m,40 de largeur.
- Une autre famille d’outils abois est celle des instruments destinés à le façonner conformément à ses usages futurs : en effet, au sortir des diverses machines où il a été découpé, la surface reste toujours rugueuse, et laplanimétrie n’est pas toujours parfaite.
- Ces deux qualités doivent être poussées à l’extrême, presque à l’absolu ; de là vient toute la série des raboteuses, pour dresser, dégauchir, blanchir le bois sur un ou plusieurs côtés à la fois, et avec une perfection plus ou moins grande.
- Après de nombreux essais, M. Arbey préfère avec raison les lameshéliçoïdales inventées par M. Maréchal, dont le tranchant a la forme et la finesse nécessaires pour couper et séparer les fibres qui composent le bois, sans déchirures, arrachements ni éclats. Il convient aussi d’attaquer à la fois le plus petit nombre de fibres possible; elles seront d’autant mieux tranchées et séparées qu’on agira successivement sur chacune d’elles, au lieu de les attaquer en masse.
- De ces raboteuses, quelques-unes sont d’importantes machines
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- rotatives que seuls les grands ateliers de construction ont intérêt à posséder; d’autres, d’un prix et d’un poids beaucoup moindres, travaillent par un mouvement alternatif et peuvent trouver leurs places même chez les menuisiers et les ébénistes des petites localités.
- Le bois plané, dégauchi, blanchi, doit souvent, soit comme ornement, soit pour certaines nécessités d’assemblage, être façonné et fouillé. Ces modifications de la surface se faisaient autrefois à la main ; elles se font aujourd’hui mécaniquement, grâce à M. Arbey.
- La nombreuse famille de ces instruments d’assemblage s’accroît chaque jour et laisse de moins en moins à faire à la main de l’homme.
- Un des nouveaux-nés dus à M. Grimpé est la toupie et ses dérivés. À l’extrémité supérieure d’un arbre vertical pivotant avec rapidité est un couteau tournant si rapidement qu’il peut presque être considéré comme une fraise; il tourne au niveau d’une table en fonte portée sur un bâti également en fonte.
- En s’aidant d’un guide, l’ouvrier présente le bois à l’outil, qui enlève ce qui doit être enlevé, et façonne le bois en moulures, rainures, cannelures, feuillures droites ou cintrées.
- Une de ces machines fait les moulures droites; une autre, dans laquelle l’outil se meut parallèlement suivant une vis sans fin, creuse les cannelures torses.
- •Le trou, la cheville, la mortaise, le tenon, la queued’aronde, jouent le plus grand rôle dans l’assemblage; on sait combien de temps perdent les charpentiers et les menuisiers à faire le trou au vilebrequin, la mortaise avec la besaiguë ou le bédane aidé du maillet. On sait aussi combien de bois ils font éclater, combien ils en détériorent avant d’arriver à la perfection. On a donc été naturellement amené à créer des machines à percer, à mortaiser, à faire les tenons : quelques-unes même réunissent diverses combinaisons au moyen desquelles on peut, en modifiant certaines pièces, percer, mortaiser, faire les tenons, les moulures droites ou cintrées, et raboter les petits bois. M. Arbey fabrique, mais ne préconise pas ces machines dites menuisiers
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- Machine à assembler les futailles
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- Machine à jabler, biseauter et chanfreiner les futailles montées.
- Machine à donner le bouge aux douves.
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- Machine à tourner et biseauter les fonds de futailles.
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- 20 GRANDES USINES.
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- universels. Les charrons et les carrossiers y adapteront facilement les organes disposés pour mortaiser les moyeux.
- Une fois sur cette voie de façonnage du bois, M. Arbey a été sollicité par ses clients à construire des machines pour de grandes industries spéciales devant reproduire indéfiniment uh même type. Ces machines partent toutes d'un principe commun, la reproduction d’un même modèle; est-ce la fabrication des crosses de fusil qui a servi d’exemple? celle des sabots ou des formes pour chaussures ou pour souliers de caoutchouc? Est-ce plutôt l’outil à faire des rais de roues? J’en ai vu à toutes les expositions, mais ce n’est que depuis quelques années qu’elles sont acceptées couramment.
- Il y avait déjà longtemps que l’on tournait les formes de souliers et que l’on façonnait extérieurement les sabots, mais on ne les creusait pas. M. Arbey a composé à cet effet deux machines avec lesquelles on peut non-seulement façonner et évider le sabot, mais encore creuser l’intérieur de la chaussure. La chaussure fine elle-même emploie une machine spéciale de la famille des toupies pour façonner ces hauts talons Louis XV si incommodes et si dangereux, que les cordonniers pour femmes ont fait adopter à leurs clientes.
- Les machines à bois, déjà si utiles aux constructeurs du matériel roulant des chemins de fer, servent aussi au façonnage de certaines pièces du matériel fixe ; ainsi, les traverses sont entaillées par une machine dite à saboter, qui peut être fixe ou loco-mobile. Elle agit sur une traverse à la fois; les entailles se font en dessous, de sorte que si l’épaisseur du bois à travailler est plus forte que la moyenne, cette épaisseur est conservée, et les entailles ne sont pas plus profondes; si, au contraire, l'épaisseur des traverses est un peu moindre que la moyenne, les entailles sont entières et complètes. Les outils qui font les entailles sont à lames héliçoïdales minces avec contre-fers, ne font pas d’éclats et prennent peu de force; leur entretien est très-facile. Le .coin de bois pour le serrage des rails de chemin de fer se débite et se façonne avec un outil spécial, au moyen duquel on peut en préparer six mille par journée de dix heures.
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- ÉTABLISSEMENT ARBEY.
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- La fabrication de la futaille est venue exercer également
- ringéniosité des inventeurs, par l’importance de la demande,
- car le tonneau ne sert pas seulement à loger le vin et l’alcool,
- mais bien d’autres liquides, comme le pétrole, des matières
- pulvérulentes ou granuleuses, et enfin toutes sortes de produits
- plus facilement maniables et entassables dans le cylindre du
- tonneau que dans le quadrilatère de la caisse. Les clous, les
- métaux en feuilles, par exemple, laiton, fer-blanc et surtout
- zinc, doivent être embarillés pour de longs parcours.
- La fabrication à la main de ces barils serait trop lente et trop
- dispendieuse. M. Arbey a pour cette opération : une scie à
- lame sans fin appropriée au dédoublage des merrains et au
- chantournement des fonds; une machine à raboter tout parti-
- culièrement construite pour dôler ou arrondir les douves; une
- machine qui fait le joint parfait avec le bouge : cet outil, d’un
- modèle perfectionné, est nouveau, puisqu’il a été présenté pour
- la première fois par la maison Arbey à Philadelphie.
- La machine qui, d’un seul coup, jable, biseaute et chanfreine
- le fût monté, cette machine, une des applications précieuses de
- la lame hélicoïdale mince, travaille de la façon la plus parfaite
- ces bois coupés en travers des fibres; la toupie spéciale qui per-
- met de tourner et de biseauter les fonds; le tour à faire la
- bonde, qui figure dans la famille des tours à bois divers; enfin
- le petit outil à mortaiser et à faire le goujon pour l’assemblage
- des fonds.
- Ces machines n’excluent pas le tonnelier, comme certains
- inventeurs utopistes ont en vain prétendu le faire. On ne doit,
- en effet, prétendre, par la mécanique, qu’à exécuter d’une
- manière exacte, rapide et pratique, les différents organes de
- l’objet à fabriquer en quantité; quant au concours de l’homme
- de métier, il n’en est pas moins nécessaire; mais les différentes
- pièces étant préparées mécaniquement, un seul homme du
- métier suffit au montage et au finissage de vingt barriques
- bordelaises en un jour.
- La fabrication des allumettes a demandé un outillage spé-
- cial pour débiter les blocs de bois. Une scie circulaire à six
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- Machine à façonner six sabots à la fois
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- Machine à creuser le fond des sabots.
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- 24 GRANDES USINES,
- lames découpe les blocs, qu’une machine à découper sépare ensuite en petits fragments carrés. Une autre machine tourne les boîtes à allumettes rondes.
- Signalons, pour terminer cette énumération si longue et pourtant incomplète :
- La nombreuse famille des tours, depuis les plus simples jusqu’aux plus compliqués. Il n’est pas jusqu’au simple manche île balai avec sa boule qui ne soit fait au tour mécanique.
- Comme tout ce qui est manche ou bâton cylindre régulier ou diversement façonné, bâtons de chaises, piquets de tentes, manches de cannes ou de parapluies, queues de billards, manches de pelles, de pioches, pieds de tables, colonnettes, s’exécutent sur un tour parallèle à touches suivant un gabaris portant le profil à reproduire. La série des tours se termine par le tour à ovales pour cadres, dossiers de fauteuils et autres objets.
- Le déchiquetage des bois de teinture ou de parfumerie à déterminé la création d’un outil solide, où de forts couteaux attachés à un cylindre animé d’une vitesse extrême, réduisent en petits copeaux les bois qu’un passage au Yapart réduit ensuite en poudre.
- M. Àrbey, dans toutes les expositions universelles, françaises et étrangères, a toujours remporté les médailles et les récompenses les plus élevées. Vienne 1873, Philadelphie 1876, Arnheim 1879, ont grandi sa réputation méritée. En 1878, il avait disposé un atelier complet qui a été fort admiré, et même, à la dernière Exposition d’électricité, il présentait au public un exemple de transport électrique de la force actionnant une scierie.
- Aujourd’hui, il s’apprête à aller à l’Exposition d’Amsterdam représenter dignement l’industrie française des machines à bois.
- Espérons que le gouvernement n’attendra pas jusque-là pour lui donner la croix de la Légion d’honneur, récompense nationale qu’il mérite si bien, mais dont l’avaient jusqu’à ce jour privé des malheurs commerciaux si noblement réparés par vingt ans d’efforts couronnés de succès.
- PARIS.
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- ÉTABLISSEMENTS
- ORIOL ET ALAMAGNY
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- Au centre de la France, dans le département delà Loire, descend de l’ouest à l’est, vers le Rhône, une vallée vraiment digne d'étude, et qui est peut-être la plus industrielle de la France.
- Elle peut être divisée en trois parties, dans une étendue de 50 kilomètres environ, sur 4 à 5 de largeur.
- La première partie, la plus importante, désignée : « la vallée du Gier », s’étend de Givorsà Saint-Chamond, et comprend les villes ou agglomérations suivantes : Givors, Couzon, Rive-de-Gier, Lorette, Grand’Croix et Saint-Chamond.
- La deuxième partie, qui s’étend de Saint-Chamond à Saint-Étienne, comprend Terrenoire et Saint-Étienne.
- La troisième partie, de Saint-Étienne à Firminy, comprend la Ricamarie, le Chambon et Firminy.
- Cette région est desservie par la ligne du chemin de fer P. L. M. de Lyon à Saint-Étienne (la plus ancienne voie ferrée de toute la France), et par la ligne de Saint-Étienne au Puy.
- L’atmosphère de la vallée est lourdement chargée de la fumée et de la vapeur des usines de toutes sortes. Les flammes sortant des hauts fourneaux et des cheminées des fours à coke donnent à cet ensemble un aspect étrange, presque effrayant.
- Dans la nuit surtout, l’atmosphère parait embrasée; le voya-
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- Établissements Oriol et Alamagny. — (Sur le Gier et la rue Vignette.)
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- 4 GRANDES USINES.
- geur qui traverse ce pays pour la première fois croit être entouré de foyers d’incendie.
- Le grincement des laminoirs, les sifflements des moteurs, retentissent jour et nuit, et sont répétés par les échos des collines. Le choc des marteaux-pilons ébranle le sol et les habitations.
- Il faut s’éloigner à une assez grande distance de la ligne du chemin de fer pour ne plus retrouver les traces de cette agglomération industrielle où tout est sombre, tout est noir, où tout porte l’empreinte du feu, de la fumée, de la poussière ou des secousses continuelles.
- Çà et là des murs renversés, des maisons lézardées par le tassement du terrain fouillé par les travaux profonds des houillères.
- Des amas de pierres, de matériaux, de scories, de débris de toutes sortes, des maisons ou usines en partie démolies, donnent un lugubre et triste aspect, comme si la guerre et l’incendie venaient de passer dans cette région.
- Réunis sur ce territoire restreint, se trouvent :
- Trente et une compagnies houillères, des fonderies, de grandes forges, constructions de matériel de chemins de fer, la plus grande et la meilleure fabrication d’armes de France, des verreries, de grandes quincailleries.
- Au milieu de toutes ces fumées, de ces fonderies, de ces laminages et de ces martelages, des industries absolument d’une autre nature, des ateliers de teinture immenses, le tissage du caoutchouc, la fabrication des rubans, le moulinage de la soie et la fabrication du lacet, qui ont pris surtout à Saint-Chamond un développement considérable.
- Nous devons à M. Benoît Oriol, chef de la maison Ala-
- magny et Oriol, des remercîments pour les indications qu’il
- nous a données sur ces industries, et l’autorisation de décrire
- l’établissement Alamagny et Oriol, qui en est le type le plus complet.
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- ÉTABLISSEMENTS ORIOL ET ALAMAGNY. 5
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- Nous trouvons dans un livre très-intéressant de M. Ennemond
- Richard, appelé Recherches historiques sur la ville de Saint-Cha-
- mond, de curieux détails sur les origines des industries dont nous allons parler.
- La première est naturellement le moulinage des soies, car avant de tisser, il faut produire le fil, et les premiers lacets étaient des lacets de soie. La force produite par un barrage et la chute d’eau du Gier (a) explique suffisamment pourquoi, en 1665, un sieur Chadert avait établi, à côté d’un barrage de huit pieds de haut, les ateliers sur lesquels on lit encore sur une pierre scellée dans le mur ces mots : Fabrique à la bolonaise, en imitation des procédés célèbres alors en Italie, où l’industrie des soies florissait.
- D’autres établissements du même genre furent successivement construits par M. Hervier en 1689, par MM. Terrasson, Robert et Grandjon-Payet.
- Mais bien avant 1665, vers le milieu du seizième siècle, un intelligent et habile Italien avait précédé à Saint-Chamond les industriels que nous venons de nommer.
- (a) Claude, empereur des Romains, était né à Lyon. 11 voulut doter sa ville natale de belles eaux, et cependant Lyon était alors construit jusque sur le sommet du coteau de Fourvières. De ce coteau on distinguait parfaitement les nombreuses forêts qui couvraient les pentes rapides du mont Pilât.
- L’empereur ordonna, et le Gier fut recueilli à sa sortie de la gorge profonde qui termine la vallée de Saint-Chamond. Un aqueduc de plus de quatre-vingts kilomètres de longueur conduisit pendant près de deux siècles ses eaux fraîches et limpides au palais des empereurs*, elles servirent alors aux jeux de l’amphithéâtre et à tous les besoins de la cité romaine.
- Ce ruisseau du Gier, qui pendant si longtemps a servi comme une simple fontaine aux besoins matériels d’une population nombreuse, porte aujourd’hui fièrement son nom de rivière du Gier, et son histoire serait dix fois plus longue à raconter que celle des sept familles des anciens seigneurs barons ou marquis de Saint-Chamond.
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- GRANDES USINES.
- En effet, le véritable fondateur de l’industrie textile de Saint-Chamond est un nommé Gayotti, de Bologne, cinquième fds d’un industriel de cette ville, père de sept enfants. Ayant résolu de s’expatrier, il leur déclara, raconte M. Richard, que la ville de Lyon fabriquant des étoffes de soie et des galons d’or dont le trait enveloppait de la soie tordue à plusieurs bouts, il allait se transporter dans les environs de Lyon et emmener avec lui un des moulins à soie qui avaient fait la prospérité de Bologne.
- « Ses frères lui firent de tendres adieux, et, voulant avant cette séparation laisser à celui qui s’expatriait un gage de leur amitié, ils firent peindre un tableau dans le genre de celui de la Vierge de Foligno.
- « La Sainte Vierge occupe le milieu du tableau; à sa droite est le chef de la famille avec sa cuirasse recouverte d’un manteau de cour, et derrière lui se trouvent quatre de ses frères, dont l’un est capucin, l’autre un antonin, et les deux autres des moines d’un autre ordre; leur sœur religieuse termine le tableau à droite. A gauche de la Sainte Vierge sont deux dames avec lp costume bolonais du quatorzième siècle; leurs cheveux sont relevés, et elles sont coiffées d’un chaperon dans le genre de celui des portraits de Marie Stuart.
- « Le troisième personnage est le frère qui s’expatrie ; deux jeunes hommes sont derrière lui, et trois enfants sont à côté à ses genoux.
- <r Le père, la mère et leurs enfants quittèrent Bologne le plus furtivement possible; et redoutant la vengeance de leurs anciens concitoyens, ils vinrent, pour se dérober à tous les regards, se cacher dans une gorge profonde située un peu au-dessous du saut du Gier, et sous la protection du château de Valla, appartenant alors aux seigneurs de Tournon. »
- Bientôt les Bolonais apprirent que leur compatriote Gayotti avait passé en France avec des ouvriers et des moulins à soie. Ils le déclarèrent coupable de félonie et le condamnèrent par contumace à être pendu; il le fut en effigie, et pendant plusieurs siècles, son portrait a été chaque année attaché au pilori de Bologne. Le roi de France encouragea fortement
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- le sieur Gayotti, lui accorda sa protection et lui fit délivrer des lettres de noblesse.
- La fortune arriva en même temps que les honneurs, et Gayotti, quittant sa fabrique de Luzerneau, vint habiter Saint-Chamond et acheta un jardin qui venait d’être coupé en deux par la rue du Chemin-Neuf. Il y fit construire une maison fort belle pour l’époque, mais qui n’avait sur la rue que de très-petites ouvertures fort élevées au-dessus de la chaussée. Le tableau de famille fut alors apporté dans cette maison et s’y trouve encore aujourd’hui.
- Le dernier rejeton de cette maison, mademoiselle Julie Gayot, se maria en 1797 avec M. Charles Montagnier, et le seul rejeton par les femmes de cette famille bolonaise est M. Philibert Montagnier, actuellement veuf et sans enfants.
- L’utile industrie importée par l’Italien Gayotti fut promptement imitée par les habitants de Saint-Chamond. On construisit dans le pays de nombreux moulins ronds; les fabriques de moulinage prirent une remarquable extension, et se perfectionnèrent rapidement.
- A la fin du dix-septième siècle, Saint-Chamond possédait déjà plusieurs maisons attachées à l’industrie du moulinage, et dont la prospérité, toujours grandissante, a survécu même aux orages de la première Révolution.
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- L’industrie des rubans occupe une place importante dans l’histoire de Saint-Chamond; elle cède aujourd’hui le pas à celle des lacets, mais elle a été pendant des siècles l’une des principales richesses du pays.
- Dès 1515, il existait à Saint-Chamond des fabriques de rubans, ou ribans, pourvues de métiers à basse lisse, et le plus
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- Moulinage de soies grèges.
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- ancien de ces métiers, portant l’inscription : ïzeux, 1515, a été conservé longtemps avec vénération par les maîtres ribandiers du pays.
- En 1654, onze passementiers ou ribandiers exerçaient leur état à Saint-Chamond. L’un d’eux, le sieur Guillermin, possédait à Izieux une fabrique de moulinage, dans laquelle furent apportées, de 1700 à 1705, par M. Dugas, les premiers métiers à la zurichoise, connus maintenant sous le nom de métiers à la barre.
- L’application de ces métiers à la fabrication des rubans lui fît faire un progrès immense et comparable à celui qui fut depuis réalisé par l’invention merveilleuse de Jacquart.
- L’introduction du métier à la zurichoise paraît devoir être attribuée à un sieur Jean-François Palerme, de Bâle en Suisse, dont l’histoire singulière, analogue à celle des Gayotti, que nous avons racontée, est résumée en ces termes par M. Enne-mond Richard :
- « Vers l’an 1704, dit-il, M. J. F. Palerme, de Bâle, quitta sa ville pour s’établir à Saint-Chamond; il y apporta des connaissances précieuses pour le commerce des soies, et l’on dit aussi pour l’apprêt des rubans; ses anciens compatriotes le traitèrent comme les Bolonais avaient traité Gayotti; ils instruisirent son procès et le condamnèrent à être pendu; il fut réellement pendu en effigie à Bâle, afin d’intimider, par cette démonstration, ceux qui seraient tentés de l’imiter. »
- En 1815, une invention de M. Bancel porta à son maximum d’activité la fabrication des rubans dans la ville de Saint-Chamond, où, depuis, elle n’a fait que décroître et s’abaisser. Pendant quinze ans, les fabriques de la ville et de vingt kilomètres à la ronde furent occupées au moulinage et au tordage de la soie pour marabout.
- La mode capricieuse a changé tout cela, et la passementerie a pris aujourd’hui, dans l’industrie de Saint-Chamond,.la place importante autrefois tenue par la rubannerie.
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- La vaste extension de l’industrie des lacets à Saint-Chamond date de 1804.
- Avant cette époque, les fabricants s’adonnaient spécialement à la confection des galons, pour lesquels on employait encore les petits métiers à basse lisse, parce que les métiers à plusieurs pièces (métiers à la barre ou à la zurichoise) n’étaient pas encore arrivés au point de border comme il fallait.
- Cependant, de 1789 à 1796, quelques fabricants essayaient déjà de prendre et d’exécuter les commandes de lacets des cordonniers de Lyon, dans le but de former des ouvrières et de se préparer à une fabrication nouvelle. Mais leurs tentatives n’avaient pas grand succès, contrariées qu’elles étaient par la résistance des Lyonnais et par les règlements arbitraires qui s’imposaient alors au travail. On sait, en effet, qu’à cette époque il n’était pas permis aux ouvriers de prendre de l’ouvrage où il leur plaisait d’aller; ils étaient liés à leur corporation et ne pouvaient la quitter à leur gré sans le consentement du patron et des officiers de police.
- L’industrie du lacet languissait à Saint-Chamond lorsque, à peu près vers 1804, M. Ennemond Richard s’était exercé à la fabrication des galons, des padoux, des rubans de queue, des soies à coudre. Mais aucun de ces genres d’industrie ne lui réussit; les padoux, utilisés pour les culottes courtes et les robes de bourre desoie, passèrent avec ces modes excentriques ; les rubans de queue furent délaissés dès que l’on s’avisa de porter les cheveux courts; enfin les Lyonnais, jaloux de leurs rivaux de Saint-Chamond, défendirent aux teinturiers et aux clievilleurs de leur ville de travailler pour eux.
- Un rapport de M. Ladoucette, qui rendait compte de l’indus-
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- Établissements Oiuol et Alamagny. — Ourdissage, dévidage et cannetage.
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- trie du duché de Berg, dont il était administrateur, apprenait aux industriels français qu’à Barmen et à Elberfeld, de petits métiers en fer, fixés sur une table, étaient mis en mouvement par une seule personne, et fabriquaient chacun et chaque jour une centaine d’aunes de lacet.
- M. Richard, en ayant eu connaissance, se mit à la recherche ~ de cette sorte de métier, et put apporter en 1807 à Saint-Cha-mond trois métiers de treize fuseaux, origine dès métiers à lacets actuels, et qui furent portés au dernier degré de perfection dans les établissements créés successivement par MM. B. Oriol et Alamagny.
- Cette industrie ne pouvait, du reste, trouver un lieu d’élection plus favorable, puisqu’il existait déjà à Saint-Çhamond des moulinages de soie, des établissements de teinture renommés, et toute une population de mécaniciens habitués à chercher des combinaisons de toute nature pour produire mécaniquement les différentes variétés de rubans et galons dont les'costumes français avaient été couverts dans les derniers temps de la monarchie ; aussi la production fut-elle très-rapide.
- Aujourd’hui, plusieurs établissements considérables ont pris des proportions bien imprévues lorsque les maisons se fondaient, et, parmi elles, la maison Alamagny et Oriol se distingue par le nombre de ses ouvriers, le vaste espace occupé par ses ateliers, leur bonne disposition, le nombre et l’excellence des métiers qu’ils contiennent, et la perfection de ses produits sur tous les marchés du monde commercial. La maison date seulement de 1854.
- Elle fut formée par l’association de deux hommes laborieux et intelligents : M. Benoît Oriol, mécanicien constructeur de métiers et fabricant de lacets, et M. Émile Alamagny, ancien directeur principal de l’importante fabrique de M. J. B. Tamet.
- Dès leurs débuts, ils imprimèrent à l’industrie de Saint-Cha-mond une impulsion considérable.
- M. Benoît Oriol était un mécanicien ingénieux, persévérant, ne poursuivant point les innovations dangereuses. Un sens
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- ÉTABLISSEMENTS ORIOL ET ALAMAGNY. 17
- droit et pratique le mettait en garde contre les utopies. Les améliorations, les perfectionnements apportés aux métiers à lacets et dont la fabrique locale recueille aujourd’hui le bénéfice, attestent — de l’aveu de tous — la justesse de son coup d’œil et la sûreté de son exécution. Constructeur de métiers et fabricant de lacets, il contribua puissamment à régénérer une industrie qui tendait à péricliter.
- M. Émile Alamagny était un homnîe d’initiative, un travailleur infatigable; ses idées commerciales, hardies et bien raisonnées, amenèrent très-vite la fortune dans la nouvelle association. .
- D’une nature droite, des vues très-larges sur les affaires en général, son bon jugement lui fit innover quantité d’articles qui sont devenus une richesse pour toute la fabrique de lacets.
- Le premier il employa la soie de Canton redévidée (Chine), la soie de Tussah Atchoge (Japon), le fil de mohair, etc.
- La maison Benoît Oriol et Alamagny fut frappée dans ses deux chefs, Benoît Oriol d’abord, qui mourut en 1865. Émile Alamagny, resté seul, continua les affaires et poussa au plus haut point la prospérité et la renommée de la maison. Il fit partie de la chambre de commerce de Saint-Étienne, et sut, par une bienfaisance éclairée, faire bénir son nom par ses compatriotes. Aussi modeste que bon, il cherchait à cacher ses dons charitables. En 1874, il déposa silencieusement une somme de cent mille francs en une seule fois dans le tronc où l’on recevait, au bénéfice de l’hospice de Saint-Chamond, les plus humbles offrandes.
- En 1876, M. Alamagny fut enlevé à sa vie laborieuse et féconde. Sa veuve s’associa avec M. Benoît Oriol fils, ancien maire de Saint-Chamond, chevalier de la Légion d’honneur;
- Membre de la Chambre consultative des arts et manufacturés;
- Membre du Conseil d’administration des aciéries et forges deFirminy;
- Membre du Conseil d’administration des forges et aciéries deHuta Bankowa et Dombrowa, Pologne russe;
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- Établissements OitiOL et AuGNY- ~ Les métiers à lacet.
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- 20 GRANDES USINES.
- Membre du Conseil d’administration des mines de la Péron-nière (Loire);
- Commissaire des forges et aciéries de Saint-Étienne ;
- Délégué cantonal pour l’instruction ;
- Membre de la Commission administrative des hospices de Saint-Chamond ;
- Président de la Société Philharmonique de Saint-Chamond, fils de l’un des fondateurs de la maison, et collaborateur principal de son mari, depuis la mort de leur père. La maison de commerce devint Alamagny et Oriol, et en 1878 le succès qu’elle obtint valut à son chef la croix de la Légion d’honneur.
- A l’Exposition universelle de 1867, où la perfection des produits de la maison Alamagny-Oriol fut distinguée, la Commission des récompenses lui décerna la médaille d’or.
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- Nous ne décrirons pas en détail les vastes ateliers (a) où MM. Alamagny et Oriol donnent les façons premières, moulinage, teinture, retordage, aux fils de soie qui serviront à tisser et tresser les innombrables variétés de lacets, ganses, rubans d’utilité ou d’ornement dont nous retrouverons les échantillons aux magasins de M. Flaxland, agent général de la maison à Paris, rue Thévenot; ces façons premières ont déjà été décrites dans les Grandes Usines et ne comportent que peu de différence avec leurs similaires (b).
- Il en est de même de l’ourdissage et du cannetage, que nous retrouvons dans tous les tissages.
- (a) Trois grandes usines distinctes renferment les ateliers : une' sur la place Notre-Dame; une sur la rivière du Gier, rue Vignette; une près du chemin de fer, à la grange Pourrat.
- (é) Voir livraisons 2, 3, 40, 61, 64, 77, 98, 186,124, 173 à 177.
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- La première opération spéciale aux magasins de la place Notre-Dame est la recette, l’examen, le classement et l’emmagasinage dès matières premières.
- Que les soies aient été travaillées dans l’établissement ou quelles viennent du dehors, elles sont reçues et classées dans de vastes salles par des employés d’une habileté rare, dirigés et souvent assistés par le chef de la maison.
- Il s’agit en effet de constater la perfection de cent cinquante mille kilogrammes de soie, mohair, alpaca et autres textiles (a) qui ne doivent présenter aucun défaut, le mode de fabrication de la maison et la nature de ses produits ne comportant pas des qualités inférieures, où des inégalités viendraient nuire gravement à la célébrité méritée de la marque.
- Les soies françaises, italiennes, syriennes, chinoises, japonaises, sont teintes, à Saint-Chamond ou à Lyon, presque toutes en noir et examinées avec non moins d’attention après teinture. Pour arriver à la production des articles plus réguliers, la soie est mise en flottes de 726 mètres de longueur (600 aunes) ; chaque flotte est pesée avant et après teinture. Ayant une même longueur, plus le fil est gros, plus il est lourd; le poids indique donc la grosseur du fil. En prenant un certain nombre de fils qui donnent un poids voulu, on arrive à produire des articles dont le poids aux 100 mètres est rigoureusement toujours le même.
- Depuis une vingtaine d’années, les découvertes en chimie ont transformé la teinture de la soie. On a trouvé le moyen de faire absorber par cette fibre quantité de produits qui augmentent son volume et son poids. On peut dire que l’on est arrivé chimiquement à faire de la soie à bon marché. Malheureusement la solidité de la soie se trouve fortement compromise dans ces opérations.
- Malgré tout ce qui a été fait pour lutter contre cette mauvaise découverte, elle a suivi son cours, et aujourd’hui le consomma-
- (a) Mohair et laines......................... 95,000 kilogr.
- Soies.................................. 50,000 —
- Coton.................................. 5,000 —
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- établissements Oriol et Alamlagny. - Le métier à la barre.
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- teur ignore que la solidité de la soie est plus de dix fois plus
- grande que celle des autres textiles.
- C’est même en grande partie à cette tendance fâcheuse de l’excès du chargeage qu’est due la grande extension prise depuis 1866 par l’emploi d’une matière peu employée jusqu’à cette époque, et qui, dans le commerce, est connue sous le nom de mohair.
- Le mohair est le poil de la chèvre d’Angora.
- Les fils obtenus avec ce poil sont brillants, prennent bien la teinture, et conservent longtemps une sorte d’élasticité qui empêche le tissu do se chiffonner et en maintient la surface unie. La maison Alamagny et Oriol, tout en conservant sa grande réputation pour les produits en soie, et comprenant l’avenir du mohair, s’empara, dès l’origine, de la nouvelle matière, y appliqua tous ses soins (a) et sut conquérir pour les tresses et bordures de vêtements d’hommes et de femmes en mohair la même faveur auprès des tailleurs et confectionneurs de tous les pays, pour les articles similaires à ses articles dé soie.
- Les poils de la chèvre d’Angora viennent de la Turquie et du cap de Bonne-Espérance; la Turquie en produit pour environ six millions de livres anglaises, et le Cap pour un million et quart. Le prix varie suivant le stock et la demande; la récolte de ce textile est très-irrégulière, elle se fait en général en mai.
- Les balles qui viennent du Cap sont débarquées à Londres ; celles venant de Turquie, à Liverpool. L’Angleterre conserve presque exclusivement le monopole de la filature du mohair et des laines dites alpaca, laines lustrées, etc.
- Saint-Chamond, par la perfection de son outillage et l’habileté de ses ouvriers, pourrait développer considérablement le volume de sa fabrication, en utilisant des matières moins chères, si les droits sur les filés de laine et de coton venant d’Angleterre n’étaient pas d’une élévation démesurée; ainsi là
- (a) Dès le début de l’emploi du fil mohair, la maisou créa uu système de gazage par lequel elle s’affranchit d’un tribut à payer à l’Angleterre. A son exemple, d’autres gazages se sont établis dans le pays; les gazeurs de Brad-ford ont été amenés à réduire leur prix de 60 à 70 pour 100.
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- ÉTABLISSEMENTS ORIOL ET ALAMAGNY. 25 où leurs concurrents de Manchester ne payent rien, où leurs concurrents de Barmen ne payent que 3 francs 75 de douane par 100 kilogrammes, les manufacturiers de Sàint-Chamond payent 58 francs 50 par 100 kilogrammes.
- MM. Alamagny et Oriol, qui produisent principalement les beaux articles, emploient, en dehors de la soie, surtout les fils de mohair, payant à leur entrée en France un droit de 24 francs les 100 kilogrammes, alors que leurs concurrents de Barmen ne payent que 3,75, différence moins importante, vu la valeur élevée du produit, que celle que supportent à l’entrée en France les laines alpaca.
- Les forts droits que paye la fabrique de Saint-Chamond pour les fils de laine et de mohair sont établis sur une base d’autant plus fausse que, sous prétexte de protéger la filature française, les législateurs imposent des sortes de fils qu’aucun filateur français n’a jamais su produire. Pour être agréable aux fïla-teurs qui ont imposé leur volonté aux chambres, les législateurs ont été plus protectionnistes que les filateurs.
- Au lieu de chercher leur salut dans le progrès mécanique, pour arriver à faire mieux et à meilleur marché, d’être en un mot à la hauteur des filateurs anglais, américains, etc., les filateurs français, grands maîtres de notre politique commerciale, ne savent, à chaque nouveau progrès des filatures anglaises ou autres, que demander des droits plus élevés pour se maintenir avec bénéfices dans leur ignorance.
- Aujourd’hui que la vapeur a rendu si facile le déplacement des personnes et des choses, les industries tributaires du filateur français sont tuées par lui. L’industrie du ruban, qui a plus de trois siècles d’existence dans la vallée du Gier, qui a obtenu un si grand développement à Saint-Étienne, ne peut plus se maintenir; chaque année son importance décroît d’une manière .effrayante. L’industrie lyonnaise périclite. Ces industries passent en Suisse, en Allemagne, en Angleterre, en Italie, en Autriche, en Amérique, etc., mais surtout en Allemagne.
- Dans quelques années, les rubans et peut-être les étoffes nous viendront d’Allemagne et de Suisse. Si le gouvernement fran-
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- Etablissements Ouiol et Alamagny. — Le pliage.
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- GRANDES USINES, çais veut continuer d’exercer sa bienveillante paternité à la filature, et la maintenir dans son indolence, il sera obligé de lui donner des rentes aux dépens des autres industries plus méritantes par leurs efforts mêmes.
- Ce qui caractérise particulièrement les produits dits de Saint-Chamond (a), c’est leur mode de fabrication différent du tissage proprement dit, dans lequel une étoffe se compose d’une chaîne en long et d’une trame en travers; les rubans et les galons se font encore de cette manière.
- (a) Dans la fabrique de lacets, les articles se divisent en quatre dénominations distinctes :
- 1° La tresse.
- On appelle tresse le tissu très-serré qui sert généralement cb bordure pour les vêtements. La tresse représente au moins les trois quarts de la production dans toutes les usines de lacets. Dans l’histoire du lacet, la tresse fit son apparition en 1858, grâce à plusieurs inventions de MM. Oriol et Alamagny, surtout grâce à l’invention de la mécanique dite aide-baltant (en terme de fabrique, les cornes), brevet d’invention de MM. Oriol et Alamagny, 20 juin 1858.
- Ce brevet cl d’autres (10 août 1860), dont la maison ne garda pas le monopole, fut immédiatement la base de tous les métiers à lacets, et le point de départ d’une très-grande consommation de tresses.
- L’aide-battant (cornes) consiste en deux tiges de fer recourbées placées sur le devant du métier. Tous les fils viennent passer sur ces cornes, les mailles de la tresse glissent dessus et tombent juste au point de fabrication, c’est-à-dire au point où se forme la tresse. Les mailles viennent tomber des cornes absolument comme les mailles tombent des aiguilles à tricoter.
- 2® Lacets,
- Le lacet est un tissu absolument semblable à celui de la tresse, seulement il est moins serré. Il est surtout employé pour attaches : pour la chaussure, les corsets, les résilles ou filets pour les cheveux , les franges, etc.
- 3° La ganse.
- La ganse est un tissu rond ou carré. La ganse ronde est employée pour
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- Le grand métier à la barre avec mécanique Jacquart (a), ses complications et ses perfectionnements en quelque sorte personnels à l’ouvrier rubannier, se retrouve à Saint-Chamond, et est surtout employé pour la fabrication des galons et des tissus compliqués pour boutons.
- Le plus souvent, ces métiers ne sont pas rangés en grands ateliers, ils sont la propriété d’ouvriers intelligents, véritables artistes qui se créent, chez eux-mêmes, de petits ateliers où leur esprit d’invention, sans cesse en travail, imagine le moyen de reproduire le plus parfaitement, le plus vite et le plus économiquement possible, les inventions et les combinaisons les plus nouvelles. On peut ainsi produire de très-grande variétés par les épaisseurs différentes du jeu de chaîne et le nombre des navettes de matières et de couleurs différentes.
- Mais les rubans étroits dont les tailleurs se servaient autrefois, pour mettre à cheval, en bordures, sur la lisière des vêtements, n’offraient aucune solidité ; la trame pliée en deux se cassait, s’effilait, comme il arrive lorsqu’on borde avec une étoffe découpée à la pièce.
- Les tresses, que les tailleurs et les confectionneurs ont adoptées depuis que MM. Alamagny et Oriol leur ont donné le serrage, la rectitude de la lisière et la régularité bien nette de la surface, ont une solidité à toute épreuve : elles sont fabriquées avec un métier qui n’a aucun rapport avec le métier à tisser par chaîne et trame.
- Les fils y sont assemblés par un jeu de bobines en fuseaux qui
- attaches pour la chaussure, les corsets, cordons de montre, etc. La ganse carrée est surtout employée comme cordons de montre, cordons de lorgnons, passementerie pour vêtements de femme.
- 4° La soutache.
- La soutache est un petit tissu servant surtout pour la broderie, la passementerie appliquée sur les vêtements de dames.
- MM. Alamagny et Oriol fabriquent aussi un autre article qui ne se fait pas sur le métier à lacets. Il faut un métier spécial; c’est un cordonnet appelé « ganse soufflée ». Il est employé pour la chaussure et surtout pour la passementerie dite passementerie cousue.
- (a) Voir livraison 98.
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- les mènent les uns par-dessus les autres et produisent mécaniquement ce que la main d'une dentellière du Puy obtient en faisant sauter ses fuseaux dans un certain ordre pour obtenir les effets voulus. C’est une véritable tresse (a) où les fils s’entrecroisent et se lient solidement de telle sorte que n’étant là ni chaîne, ni trame, l’usure et par conséquent le défilochage en est extrêmement difficile. C’est au perfectionnement de ce métier et pour lui faire accomplir les mouvements les plus hardis que travaille sans cesse l’imagination des mécaniciens de l’usine, car les articles produits par ce métier sont en quelque sorte infinis, et les industries dans lesquelles ils sont utilisés sont très-nombreuses et très-diverses.
- (a) Voici la désignation des manipulations nécessaires pour avoir une tresse:
- En soie.
- En mohair.
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- 1° Choix.
- 2° Mouillage.
- 3° Dévidage.
- 4° Purgeage.
- 5° Doublage.
- 6° Retordage.
- 7® Mises en flottes (compteur). 8° Émouchetage.
- 9° Titrage.
- 1° Mouillage.
- 2° Séchage (essoreuse). 3° Dévidage.
- 4° Gazage.
- 5° Lavage ou cuite.
- 6° Teinture.
- 7° Dévidage.
- 8° Purgeage.
- 9° Doublage.
- 10° Triage. 11° Teinture. 12° Titrage.
- 10° Ourdissage.
- 11° Fabrique.
- 12° Apprêt.
- 13° Émouchetage. 14° Gazage tube. 15° Gazage plaque. 16° Cylindrage.
- 1J° Stock.
- 13° Mise en masses de 25 flotte*
- 14° Pesage des masses. 15° Disposition fabrique.
- 16° Dévidage.
- 17° Doublage.
- 18° Ourdissage.
- 19° Fabrique.
- 20° Émouchetage.
- 21® Gazage.
- 22° Aunage.
- 23° Pliage.
- 24° Presse.
- 25® Paquetage.
- 26® Encartonnage.
- 18° Classement pour constructions. 19® Aunage.
- 20° Pliage.
- 21® Presse 22° Paquetage.
- 23® Encartonnage.
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- Voici la description détaillée de cette machine-outil si intéressante :
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- Le métier à lacets, ordinaire, se compose de :
- 1° Une charpente carrée (appelée bâtî), disposée pour supporter toutes les pièces mécaniques servant à composer le lacet ;
- 2° Un arbre moteur, vertical, placé au milieu et en bas du bâti ; cet arbre a à sa partie inférieure une partie qui reçoit tout le mouvement de la transmission, et à sa partie supérieure un engrenage qui communique ce mouvement à toutes les autres pièces mécaniques du métier;
- 3° Un nombre d’arbres (nombre double du numéro de la tresse à produire) tournant verticalement sur leur pointe et rangés sur une ligne circulaire à distance égale les uns des autres ; chacun de ces arbres est muni :
- a D’un engrenage dont les dents se communiquent d’un arbre à l’autre, tous ces engrenages forment entre eux un cercle d’engrenages. Tous les quatre à six arbres ont en plus un autre engrenage en contact avec le grand engrenage de l’arbre moteur.
- 6 De deux petites pièces en bois de forme ronde (appelées poupées), placées l’une en haut de l’arbre et l’autre à quinze centimètres plus bas : ces poupées ont chacune sur leur circonférence quatre entailles demi-circulaires (appelées coches), pour recevoir les fuseaux. Les deux arbres de devant ont des poupées à cinq coches; cette cinquième coche produit le retour du
- fuseau sur lui-même.
- *
- 4° Entre les quinze centimètres qui séparent les deux poupées de chaque arbre se trouvent de petites pièces en bois (appelées pattes d'oie, à cause de leur forme), servant à faire passer les fuseaux d’une poupée à une autre poupée; le mouvement des pattes d’oie est donné par le fuseau lui-même, qui ouvre ou ferme le passage des fuseaux.
- 5° Un arbre vertical (appelé arbre à manette), placé devant,
- à droite, dans le bâti ; cet arbre sert à faire tourner le métier
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- à la main pour défaire le lacet à un défaut ou faire passer quelques nœuds ou autres difficultés.
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- 6° Un arbre vertical placé derrière à gauche dans le bâti (appelé pilette), faisant tourner par une vis sans fin un petit arbre horizontal (dit barre d'emploi), placé un peu au-dessus des fuseaux.
- (L'emploi est un rouleau en bois, recouvert de peau de chien de mer; le lacet passe autour de ce rouleau et se trouve ainsi entraîné à mesure de sa fabrication. L'arbre d’emploi fait tourner un autre arbre horizontal placé au-dessus du premier ; ce dernier arbre a un guindre sur lequel s’enroule le lacet.)
- ' 7° De deux arbres verticaux placés sur lés bords du bâti, un de chaque côté; ces arbres (appelés battants) ont un mouvement de va-et-vient; ils ont à leur partie supérieure une tige en fer placée horizontalement; cette tige vient frapper les dis au point de leur croisement ou fabrication, et font serrer les mailles du lacet.
- 8° De deux tiges fixes, recourbées (appelées cornes), placées sur le devant du métier, sur lesquelles viennent passer tous les fils entre-croisés ; l’entre-croisement ou mailles que produisent les fils glissent jusqu’au bout de ces cornes, tombent et forment les bords du lacet ; ces cornes aident en même temps à faire serrer les mailles dans toute la largeur du lacet.
- 9° Une petite pièce fixe, en fer, circulaire, creuse, en cône (appelée bec), placée au centre du métier un peu au-dessus des fuseaux; cette pièce sert à réunir toutes les mailles sur un même point. C’est le point de la fabrication.
- 10° Dans le bec, touchant à peu près le lacet, se trouve une petite tige en fer (appelée arrêté-défaut à grappins), munie d’une tête garnie de petites dents; par suite d’un nœud ou d’autres accidents, si les fils s’embrouillent, le point embrouillé, en passant dans le bec, s’accroche aux dents du grappin, soulève la tige, et par suite d’un mouvement à bascule le métier s’arrête.
- 11° De fuseaux garnis chacun intérieurement d’un contrepoids (appelé pompe) et extérieurement d’une bobine sur laquelle se trouve le fil.
- La pompe sert à tenir le fil constamment tendu et à faire
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- dérouler au fur et à mesure de la fabrication le fil nécessaire.
- La pompe permet aussi d'obtenir une tresse plus serrée ; le poids est toujours en proportion du serrage.
- Les fuseaux sont placés dans les coches ou entailles qui existent sur la circonférence des poupées; chaque poupée reçoit
- deux fuseaux qui garnissent deux coches des quatres coches
- «
- qui existent sur la poupée; le métier mis en mouvement, chaque pbupée distribue ses deux fuseaux l’un à droite et l'autre à gauche, et en même temps reçoit dans les coches qui étaient vides un fuseau de la poupée voisine à droite et un fuseau de la poupée voisine à gauche rit en résulte que chaque fuseau (qui est envoyé) qui marche à droite à chaque poupée, se croise avec chaque fuseau allant à gauche; tous les fuseaux allant, agissant ainsi à la fois, ils s’enlacent et constituent le tissu appelé lacet ou tresse.
- Lorsqu’un fil vient à casser, la pompe qui tient le fil tendu et qui se trouve aussi soulevée par le fil n’ayant plus de soutien tombe dans le fuseau; ainsi le bout de la pompe dépasse la longueur du fuseau et heurte une petite pièce en fer (appelée pantin) ; du pantin se décroche alors une autre tige qui en tombant fait baisser la roue de commande à un point où elle devient folle. Toutes ces pièces agissant simultanément, le métier se trouve arrêté de suite.
- La fabrique distingue plusieurs sortes de métiers ayant tous
- m a aa a ^ k n rm m
- mêmes
- mais différant entre eux
- par le nombre des poupées, leur disposition sur le métier et le nombre de coches à chaque poupée; les principaux métiers
- sont :
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- 1° le métier pour la tresse ordinaire, — 2* le métier pour la soutache, — 3° le métier pour la ganse carrée ordinaire.
- Il y a aussi les métiers :
- 1° Pour la tresse à côtes dite tresse milanaise.
- Les poupées de ce métier ont 6 coches au lieu de 4.
- 2° Pour la tresse au crochet.
- Les poupées de ce métier ont 4 coches et un seul fuseau par poupée, au lieu de 2 comme le métier ordinaire.
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- fi}: -J-'.. te* . •. ~- ;-.lvT' • * • celles de la tresse au crochet, sauf les deux poupées de devant qui ont le même nombre de coches que les autres poupées, c’est-à-dire 4 coches; les fuseaux, alors, au lieu de revenir sur eux-mêmes, poursuivent continuellement leur course sur la
- ? Vr . — c ri~ !'."*• k' “ -* s >* . . circonférence. 4° Pour la ganse japonaise, la tresse à bandes, etc. (a). Ces utiles auxiliaires se comptent par miliers chez MM. Ala-magny-Oriok Outre les tresses à bordure, on fait avec eux les lacets pour corsets et corsages depuis si longtemps connus; il s’en consomme encore des quantités énormes, mais variables selon la mode. La chaussure avait longtemps employé le lacet pour fermer le brodequin ; on le remplaça par le tissu élastique et par le bouton et la boutonnière, et le lacet semblait perdu pour cet
- f - i usage; puis tout à coup le soulier dit haute anglaise, fendu sur
- • î - - L ~ _ r . - (a) C’est ici le lieu d’indiquer la nature des perfectionnements et des améliorations introduits dans le mécanisme des métiers à lacets par MM. Benoît Oriol et Alamagny. La mise en mouvement de ces métiers avait lieu, autrefois, au moyen de
- /. .-t'O- : -, X * * - ' ir- ' ' -K * - L ï L ' longues et encombrantes courroies, qui étaient un danger permanent pour les jeunes et imprudentes ouvrières. Trop souvent, leurs vêtements étaient saisis et leurs membres broyés par l’aveugle force motrice. Le remède à ces affreux accidents fut une des premières et humaines préoccupations de
- ' - r - V.v '; , - - - ^ i . - (. M. Benoît Oriol père. Il imagina de placer les appareils de transmission au ras du sol, et de les enfermer dans des caisses ou tambours. Cela facilita la circulation autour des métiers et en rendit la surveillance plus efficace. La fabrique n’eut plus à s’affliger de nouveaux malheurs. Les métiers à lacets, dont toutes les pièces étaient commandées par des
- l- engrenages de bois, subissant les effets de l’humidité et de la sécheresse, étaient fort imparfaits. La fonte et le fer furent substitués au bois. La
- „ »*_ .[>.' --- t ‘, - , v ' rapidité et la précision des mouvements y gagnèrent ; une économie dans la force motrice fut réalisée ; c’était une ère de progrès qui s’ouvrait. Le grand volume des métiers put être réduit, et il devint possible d’obtenir, dans le tissu des lacets, des serrages absolument inusités. Ce dernier résultat fut le produit de deux combinaisons simultanées. Les
- • ^ - .y.- £ • fuseaux accomplissaient leurs évolutions sur un plan quasi circulaire. Le devant du métier présentait donc un vide où n’évoluaient pas les fils. Ces fils, à leur point de départ et à leur point d’arrivée, s’accumulaient sur les
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- le cou-de-pied, fut repris par la mode,1 aussi bien pour les hommes que pour les femmes. Il en résulta une demande considérable de lacets plats, bien qu’épais, d’un usage très-commode. La chapellerie emploie les petits lacets pour les coiffes. L’industrie des parapluies et ombrelles, les ganses pour broderies sou-tachées que l’usage des machines à coudre a largement popularisées, les cordons de montres, et ceux presque invisibles qui portent les lorgnons, les fins lacets qui formènt les mailles des filets à cheveux, enfin tontes ces tresses, lacets, ganses, cordelettes plates, carrées ou rondes, serrées ou lâches, qui forment la matière première de la passementerie.
- Tout ce qui sert à faire des glands, des résilles, des guipures et tous ces agréments que l’on appelle garnitures de robes, de vestes ou de manteaux.
- La série des effilés à brins plus ou moins gros, plus ou moins bien tordus, ornés de perles ou de peluches, adoptés passionnément par la mode pendant une ou deux saisons, puis compléte-
- bords du tissu, oii ils produisaient des côtes saillantes , rayures et autres imperfections. L’ouverture — le vide — du devant du métier, où ne circulaient pas les fuseaux, fut rétrécie de façon à leur donner un parcours fermé par un très-petit espace. Le dégagement des fils s’opéra infiniment mieux. L’application de l’aide-battant (en terme de fabrique, les cornes) compléta le perfectionnement de la fabrication de leurs produits.
- Cet aide-battant fut l’objet d’un brevet d’invention, pris le 20 juin 1858. MM. Benoit Oriol et Alamagny n’en entravèrent pas l’usage chez leurs confrères. Le 10 août 1860, ces fabricants désintéressés prenaient un brevet d’invention pour un arréte-défauts à grappins. Cet appareil suspend la fabrication au moment même où un défaut se produit. Économie de temps et de matières : choses précieuses dans toutes les industries. Tous les métiers sont encore aujourd’hui construits sur les modèles dont nous venons d'essayer de donner une idée.
- Depuis la mort de M. Benoit Oriol père, il y a eu certainement beaucoup de recherches, on a modifié ou changé certains détails, mais le principe de fabrication est resté le même. La fabrique ne produit aujourd'hui que les articles qu’elle produisait à cette époque. L’abaissement du prix de revient qui constitue le véritable progrès, soit par une économie de force motrice, soit par une production plus rapide, n’a pas été obtenu. La plus grande largeur de lacet, qui était avant M. Oriol limitée aux 45 fuseaux, est arrivée avec ses moyens à 145 fuseaux — et pourrait même être dépassée si la consommation employait couramment de pareilles largeurs.
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- ment délaissés et reprenant brusquement faveur dès quune modification quelconque leur rend une fleur de nouveauté. Ainsi pendant deux ou trois ans, nous venons de voir partout des franges gaufrées, laminées, vrillées, d’abord en très-belle matière, puis bientôt imitées en petits lacets ternes qui ont déconsidéré Partiele. Èn ce moment les cordelettes, les sou-taches et ganses des brandebourgs longtemps abandonnées, avec les tuniques hongroises, reparaissent sur les vestes courtes, mais elles seront bientôt remplacées par quelque autre fantaisie.
- Tous ces articles, dont notre publication ne peut donner une nomenclature complète, se font en noir mi-fin, en noir fin, en blanc, en couleurs ordinaires et fines, en soie-mohair-laine et coton. Ils sont pliés selon leur destination et les mesures en usage dans les pays étrangers, en matteaux, en pièces de toutes longueurs, puis soigneusement disposés en paquets ou en cartons plus ou moins élégants, et revêtus d’étiquettes portant la marque de fabrique dont nous donnons plus loin le spécimen. 200 personnes sont employées à cette manutention ; on peut juger par ce seul fait de l’activité qui doit régner dans une pareille usine, et de la surveillance quelle réclame.
- Les établissements Alamagny et Oriol fabriquent tous les ans pour plus de six millions de francs de ces articles variés (a).
- Les trois quarts sont vendus hors de France, et la marque de la-maison Alamagny et Oriol est connue sur tous les marchés du monde, partout ou il y a un tailleur , une couturière, un chapelier, une marchande de modes, un fabricant de chaussures...........................
- Quinze cents ouvriers et ouvrières travaillent perpétuellèment pour la maison; cent hommes, huit cent cinquante femmes et cinquante enfants sont journellement employés dans les ateliers vastes, aérés, où tournent par milliers les métiers actionnés par des machines d’une force totale de cent vingt chevaux-Vapéur. Au dehors, une centaine d’hommes et quatre cents
- (a) En poids livré à la consommation
- (intérieure. . (exportation.
- 30,000 kilogr. 120,000 '
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- femmes environ viennent chercher des lots de soies tout préparés, qu’ils ourdissent et tissent à domicile, sur leur métier Jacquart, tout en surveillant leurs enfants et en cultivant leur jardin, et qu’ils rapportent au magasin, métamorphosés, tout prêts à être mis sur le métier; d’autres dévident, doublent, émouchètent ou plient.
- Depuis quelque temps MM. Alamagny et Oriol, préoccupés de l’idée de développer et maintenir l’activité de travail dans cette grande famille d’ouvriers, ont cherché à doter Saint-Cha-mond d’une industrie toute nouvelle : c’est la fabrication de tubes acoustiques, fils pour sonneries et^appareils télégraphiques, câbles pour télégraphie, téléphonie, lumière, transmission de force. L’électricité : télégraphie, téléphonie, transport de force, les plus belles parmi les découvertes de notre dix-neuvième siècle, sont appelées dans l’avenir à des applications indéfinies qu’on ne peut encore prévoir.
- MM. Alamagny et Oriol ont planté le drapeau de cette nouvelle industrie dans la vallée du Gier ; leurs moyens d’action, les innovations qu’ils ont faites en peu de temps prouvent qu’ils sauront le maintenir haut et ferme.
- Dans cette fabrication, une des opérations qu’on; nomme guipage s’exécute avec des métiers à tresse ronde composés, de bobines tournant en sautant les unes par-dessus les autres autour du fil de cuivre enduit de gutta-percha servant drâme.
- Familier avec cette opération de tissage, le personnel de MM. Alamagny et Oriol y a démontré une perfection causant l’ad-miration de tous ceux qui s’occupent de conducteurs électriques.
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- Dès l’origine de la maison, la plus grande sollicitude a toujours été témoignée par les patrons à l’amélioration du sort de leur personnel, et c’est ainsi qu’ils ont acquis le concoure dans
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- '*»'• ^ / * *_ ' '<‘ ' v ' Vr - , vV-( -- :
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- leurs ateliers, des meilleurs travailleurs du pays. Cependant les circonstances toutes particulières à la vallée du Gier ne se prêtent pas, comme il a été fait autour d’usines isolées, à l’établissement d’institutions ouvrières proprement dites, comme caisses de retraite, ventes de maisons à longs termes, etc. (a). La sollicitude des patrons se manifeste autrement :
- Ainsi la maison a toujours été la première pour augmenter les salaires ou pour réduire le temps de la journée.
- Il y a vingt-cinq ans, la moyenne des salaires était pour hommes femmes enfants
- 2,50 1,00 0,75
- Aujourd'hui 4,50 2,50 1,50
- Quelques ouvrières à la pièce se font jusqu'à trois francs.
- Des caisses de secours sont alimentées exclusivement par la maison sans aucune retenue de salaires ou autres rétributions par l’ouvrier.
- 1* En cas £ accident léger. Les frais de médecin, de pharmacie et la journée entière sont donnés à l’ouvrier.
- 2° En cas de maladie. L’ouvrier reçoit la moitié de son salaire.
- A Soixante ans d’âge, les ouvriers reçoivent une retraite proportionnelle à leur salaire.
- (a) 1° Les ouvriers travaillant le jour seulement n’ayant pas manqué une seule journée pendant deux mois reçoivent pour ces deux mois une gratification de trois francs.
- 2* Les ouvriers travaillant la nuit n’ayant pas manqué une seule journée pendant deux mois reçoivent une gratification de cinq francs pour ces deux mois.
- 3* Chaque année, en janvier, il est délivré dans chaque atelier : gazage, dévidage, doublage, fabrique de lacets, magasin et pliage, quinze livrets de cent francs sur la caisse d’épargne aux quinze ouvrières ayant eu les meilleures notes pendant l’année écoulée, comme exactitude, perfection de tra-vailet production.
- 4° Chaque année, en janvier, il est délivré à tout le personnel une gratification de :
- 10 francs aux ouvriers et ouvrières dans la maison depuis 1 an.
- 20 francs — — — — 2 »
- 30 francs — — — — — 3»
- 40 francs — — — — 4 »
- 50 francs — — — — — 5 ans et plus.
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- Ce système de primes annuelles graduées selon l’ancienneté des ouvriers et ouvrières est un bon moyen pour attacher le personnel à la maison, le conserver le plus longtemps possible et par conséquent l’avoir plus habitué aux soins que la maison désire.
- Quatre cents ouvrières sont logées à la maison; ce sont généralement des filles de campagne; on leur fournit le logement, le lit, et le bouillon pour leur potage. A chaque cuisine il y a une personne chargée de préparer le bouillon et de le verser dans le pot qui appartient à chaque ouvrière. La cuisinière est aussi chargée de surveiller la cuisson des plats que se préparent les ouvrières. Ce service est établi sous une réglementation très-sévère, pour que les dortoirs, les cuisines, les salles, les placards soient toujours en parfait état de propreté, d’aération, en un mot de bonne hygiène, même de confortable. Tous les frais d’entretien sont à la charge de MM. Alamagny et Oriol. Le règlement est affiché dans chaque salle; la non-exécution des mesures est signalée par les ouvrières, qui sont les plus intéressées.
- A Saint-Chamond est un hôpital de la ville; la maison n’a que le privilège de se trouver parmi les principaux donateurs. M. Alamagny donna en 1874 cent mille francs pour les vieillards. La famille Oriol-Gillier donna en 1875 cent cinquante mille francs pour les convalescents et vingt mille francs pour les vieillards. Il y a un hôpital pour les petits enfants, pour tous les enfants malades. Cet hôpital a été fondé par M. Alamagny, et il est continué par madame Alamagny. Deux salles d’asile sont aussi aux frais de madame Alamagny: une salle d’asile à Saint-Chamond, où se trouvent deux cent cinquante enfants, et une salle d’asile à Saint-Martin, où se trouvent cent dix enfants.
- Outre ces fondations régulières, madame Émile Alamagny, héritière des nobles sentiments de son mari, se plaît à prodiguer tous les jours les preuves de sa sympathie pour la population ouvrière et pour tous ceux qui souffrent.
- Depuis les premières années de l’existence de l’importante maison dont nous venons d’esquisser la monographie, le dépôt
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- et ia vente exclusive de ses produits pour tous les pays ont été confiés à un ami de la famille, M. Ed. Flaxland, 9, rue Théve-not, a Paris, par l’entremise duquel passent toutes les relations commerciales, et c’est à son concours dévoué que les fabricants doivent d’avoir pu consacrer tous leurs soins à la perfection des produits sans avoir les soucis de leur placement.
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- l’AKIS. TYPOCRAPUIE DE E. PLOH ET Cie, 8, RUE CARAMCiÈRE.
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- CA.NONS-REVOLVER HOTCHKISS
- A SAINT-DENIS.
- L’arme à répétition est en grande faveur en ce moment : le* pistolet-revolver avec tonnerre multiple pour un seul canon est tout à fait adopté, mêpie dans la vie civile; le fusil à magasin commence à sortir des musées des amateurs et à être mis en service dans quelques cas spéciaux..Le canon-revolver adopté par notre marine se fabrique activement dans une usine très-intéressante située à Saint-Denis, et travaillant sous la surveillance directe de l’inventeur, M. Hotchkiss.
- L’usine est un établissement privé, et non un arsenal de l’État français; j’avoue que cela m’a beaucoup étonné; comment dans notre pays, où régna si longtemps le silence traditionnel sur les choses de la guerre, non-seulement on tolérait, mais même on favorisait une fabrique de canons en plein Saint-Denis, à dix kilomètres de Paris, une usine fabriquant et vendant des canons pour tout le monde, Danois, Russes, Chiliens, Chinois, etc., fondée et conduite par un Américain, et non par un Français?
- Comment avait-il pu se trouver un ministre français assez sensé pour rompre avec toutes les habitudes anciennes? Il est vrai que c’était un ministre de la marine, et que la marine s’est toujours montrée progressive.
- Nos malheurs de 1870 nous ont fait comprendre quel intérêt il y a pour un pays à voir se développer chez lui des fabriques
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- d’armes prospères et bien montées. On suivait l’exemple donné par l’Allemagne vis-à-vis de Krupp, et l’on avait bien raison.
- Dès 1847, M. Hotchkiss, natif de Sharron, dans le Connecticut, attiré par les intéressants problèmes de l’artillerie, avait essayé de combiner un canon rayé, à projectiles explosifs, se chargeant par la bouche.
- Après de nombreuses études, M. Hotchkiss avait réussi à produire une pièce qui le satisfaisait, et qui lut apportée en Europe vers 1855, où elle ne put être vendue. Elle fut achetée par les Mexicains, reprise à Puebla, et est aujourd’hui couchée aux Invalides.
- Pendant la guerre de la sécession, M. Hotchkiss-dirigea d’importants ateliers de cartoucherie et de gargousserie ;
- en 1867, il vient en Europe, pour y séjourner six semaines, et depuis, cette époque, il y est resté.
- Après avoir installé en Autriche une fabrique de cartouches, M. Hotchkiss vint en France au moment de la guerre de 1870, et fut chargé par le gouvernement de la Défense nationale de l’installation d’une cartoucherie à Viviers, près de Deca-
- ze ville.
- Il eut ensuite, quai Jemmapes, un petit atelier où il fit construire les premiers modèles de son canon-revolver, qui, après les heureux essais faits à Gavres par la commission chargée de l’examen des canons français, fut adopté par notre marine.
- Une société en nom collectif, Hotchkiss et Cie, se forma pour l’exécution des commandes qui, de toutes parts, commençaient à affluer pour le canon-revolver.
- On logea les ateliers dans une usine située à Saint-Denis, en dedans des fortifications; les anciens bâtiments ne suffisant pas, on en fit construire d’autres dans la cour, et comme ils sont encore devenus insuffisants, il va en être construit de nouveau, jusqu’à ce que la place vienne à manquer tout à fait.
- Plus de quatre cents ouvriers, hommes et femmes, sont occupés dans l’usine, où l’on fabrique la pièce, l’affût et les
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- munitions.
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- Le canon Hotcbkiss n’est pas une mitrailleuse, mais une véritable batterie de cinq canons pivotant autour d’un axe chargé à l’arrière par un appareil qui, conduit sagement, pourrait fournir un tir pour ainsi dire continu, sans autres limites que la quantité des projectiles dont on pourrait disposer.
- Réunir à côté l’un de l’autre des tubes de faible calibre pour les faire partir, soit à la fois, soit successivement, n’est pas une idée nouvelle. Dès les origines de l’artillerie, on constitua ce qu’on appelait des ribaudequins, à la mode aux quatorzième et quinzième siècles, surtout pour la défense des places.
- La guerre de la sécession avait surexcité l’esprit des inventeurs américains, parmi lesquels le docteur Gatling attira surtout l’attention par un engin dit mitrailleuse, adopté par les États-Unis, et qui fut examiné en 1867 par la commission de Versailles.
- La mitrailleuse, dite canon à balles, du général Reffye, ne put avoir pendant la guerre de 1870 tous les effets qu’on en attendait; procédant par salves et à portée insuffisante, inconnues surtout aux artilleurs qui la manœuvraient, les batteries de mitrailleuses Reffye ne réussirent que pour la défense des ponts, des villages ou des retranchements, et furent le plus souvent démontées par les obus prussiens. Les systèmes Gatling, Gardner et Palmrantz ne furent pas adoptés en France, malgré la rapidité du tir de ces armes, surtout de la dernière, qui peut lancer quatre cent trente balles d’infanterie en trente secondes ; mais les projectiles de toutes ces armes sont insuffisants comme poids et volume, par conséquent comme portée, et avec les perfectionnements de la mousqueterie, à partir de
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- 1,200 mètres, une batterie est aisément démontée par des tirailleurs.
- Dans la marine, les combats bord à bord sont de plus en plus rares ; ce ne sont donc pas les hommes que Ton cherche à atteindre, mais le bâtiment lui-même. D’autre part, la convention de Saint-Pétersbourg interdit aux nations européennes l’emploi de projectiles explosifs d’un poids inférieur à 400 grammes.
- Ne voulant pas se priver de l’explosion, ce puissant élément d’intimidation, M. Hotchkiss combina sa pièce de façon que le projectile, chargé et garni, pesât plus de 455 grammes, sur un diamètre de 0,037 millimètres. La longueur totale étant de 0,093 millimètres, le poids de la charge d’éclatement de 22 grammes, et le poids de la charge de tir de 80 grammes ; poids et dimensions suffisants pour que le petit obus, partant" avec une vitesse initiale de 402 mètres, puisse, sous l’angle de 30 degrés, être porté à 4,000 mètres.
- L’invention nouvelle des petits bâtiments porteurs de torpille, qui viennent se rapprocher des gros bâtiments cuirassés, et échappent, par leur petit volume et leur rapidité, au tir des énormes pièces çTun pointage difficile et d’un tir naturellement ralenti par le poids excessif des munitions, vint encore favoriser le type Hotchkiss.
- En disposant le projectile en obus perforant, soit en acier, soit en fonte durcie, le canon-revolver peut, jusqu’à la distance de 2,000 mètres, traverser les murailles en tôle d’acier de 6 millimètres des torpilleurs, et à 500 mètres, le projectile traverse 50 centimètres de bois de chêne, s’il frappe normalement, et 1 décimètre à l’incidence de 30 degrés. Après ces perforations, il éclate en une trentaine de morceaux.
- Avec la rapidité de sa charge et de son tir, il peut atteindre le bateau-torpilleur venant vers le navire, le frapper un nombre de fois suffisant pour arrêter sa marche avant qu’il puisse être devenu dangereux. Le pointage et le tir s’exécutent si facilement à l’épaule, qu’il est possible de viser le petit bâtiment presque aussi aisément qu’avec un fusil.
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- CANONS-REVOLVER HOTCHKISS. 7
- On distingue dans le canon-revolver quatre parties principales (voir pages 4 et 5) :
- 1° Les cinq canons A en acier Whitworth, coupés parallèlement autour d’un arbre B qui les entraîne dans son mouvement de rotation, et auquel iis sont invariablement reliés par deux plateaux en bronze c, c.
- 2° La boîte de culasse cylindre prismatique en fonte, D, sur la face antérieure de laquelle le culot de la cartouche prend appui au moment du tir; elle renferme tout le mécanisme, et sert de palier à l’extrémité postérieure de l’arbre des canons. Elle est fermée par une porte d, maintenue par un bouton fileté à gorge d.
- 5° Le châssis en bronze E, qui porte les tourillons, et relie à
- la culasse le faisceau des canons, dont l’arbre prend appui sur
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- sa traverse antérieure. *
- 4° Le mécanisme comporte :
- 1° Un arbre moteur F* commandé par une manivelle extérieure/.
- 2° Un galet en acier coulé HG, calé sur l’arbre F. Le côté droit G de ce galet, taillé en excentrique, ramène en arrière le percuteur N, en bandant le ressort, pour le laisser déclancher au moment du tir. La partie gauche H porte un filet sur lequel engrènent les fuseaux b 6, etc., d’une lanterne b calée sur l’arbre des canons. Ce filet comprend deux portions dont les surfaces directrices sont héliçoïdales, reliées par un raccord
- dont le flanc directeur est normal à l’axe de rotation de F. Il
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- résulte de cette - disposition que F tournant d’un mouvement continu dans le sens des flèches, l’arbre B, et par suite les canons, sont entraînés tant que les fuseaux sont guidés par les parties héliçoïdales du filet, tandis qu’ils sont immobilisés quand ces fuseaux portent sur le secteur perpendiculaire à F.
- 5° Une petite manivelle à bouton I, calée à l’extrémité de F, par une vis-goupille à main K ; elle commande, comme nous le verrons plus loin, le jeu de l’extracteur, et, par suite, du piston de chargement.
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- 4° Le percuteur N, dont la tête appuie sur la branche antérieure d’un fort ressort en YO. La branche postérieure de O est comprimée par la porte de culasse d> à laquelle ce ressort est relié par une vis-pivot o qui traverse son coude. Le percuteur N, qui est libre dans son logement, est muni d’un appendice n - sur lequel agit l’excentrique G.
- Sa pointe frappe sur l’amorce après avoir traversé unaconire-plaque en acier N, vissée dans la boîte de culasse, et sur laquelle le culot de la cartouche repose au moment du tir.
- 5° L’extracteur L, formé d’une double griffe rigide dans laquelle le bourrelet d’une douille tirée vient s’engager à chaque rotation des canons. Cette griffe est portée par un chariot à crémaillère L, qui parcourt une glissière pratiquée dans la joue gauche de la boîle de culasse. Ce chariot est mis en mouvement par la manivelle I, au moyen du bouton i, engagé dans une rainure curviligne t, ménagée dans un appendice L, faisant corps avec le chariot. L’extracteur devant rester immobile pendant un certain temps à l’extrémité antérieure de sa course, afin que la rotation des canons puisse engager la tête de la cartouche entre ses griffes, la portion de la rainure t correspondant à la position du bouton i à cet instant est taillée suivant un arc de cercle concentrique à l’axe de rotation de 1.
- 6° Le piston de chargement M destiné à pousser la cartouche dans le canon qui se trouve en regard de l’auget de chargement. Ce piston est mis en mouvement, au moyen d’une crémaillère M et d’un pignon m, par Pextracteur.
- Un clapet de distribution P, qui s’ouvre et se ferme sous l’action du piston M, isole la cartouche qui se trouve dans l’auget
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- de chargement, et la soulage du poids des autres pendant son introduction dans le canon.
- Les cartouches étant placées dans le couloir de distribution Q,
- si l’on vient à tourner dans le sens des flèches la manivelle
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- motrice f, le piston de chargement recule en arrière, et le clapet P laisse tomber une charge dans l’auget, en regard duquel un des canons vient se placer. Le piston M, revenant alors en avant, soulève le clapet P, et engage la cartouche ainsi
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- isolée dans la chambre, jusqu’aux 4/5 environ de sa longueur.
- Les canons reprenant alors leur mouvement, la cartouche, dont le culot vient s’appuyer sur une rampe héliçoïdale R pratiquée sur la face antérieure de la boîte de culasse, est poussée à fond, progressivement et sans choc, pendant les deux périodes suivantes de rotation. Au troisième mouvement du faisceau, le canon vient se placer à la position de départ ; le culot de la cartouche repose sur la contre-plaque N, à travers laquelle agit le percuteur, qui déclanche dès que le canon s’arrête. La rotation suivante des canons engage le bourrelet de la douille vide entre les griffes de l’extracteur qui ïa~retire pendant la période d’arrêt consécutive. Le cinquième mouvement du faisceau ramène le canon vide à la position de chargement, où il reçoit une nouvelle cartouche.
- Ces différentes opérations se reproduisant successivement sur chacun des canons, on voit qu’à chaque arrêt un d’eux est au départ, un deuxième à l’extraction et un troisième au chargement; on obtient ainsi un tir continu, correspondant à un coup pour chaque tour de manivelle.
- Ôn fabrique à Saint-Denis non-seulement les pièces, mais encore les munitions et les affûts; la fabrication des canons n’offre pas de grandes différences avec l’installation générale d’une usine de construction mécanique. Plusieurs moteurs de 85 chevaux donnent la force à des transmissions mettant
- en mouvement l’outillage connu des tours, des raboteuses,
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- perceuses, mortaiseuses, etc., au nombre de 500.
- Les machines spéciales à l’artillerie sont cinq machines à forer, car les tubes dont se sert M. Hotchkiss ne sont pas fondus à noyau et alésés ensuite, mais sont coulés pleins dans les ateliers de M. Whitworth, qui, après tant de travaux sur les armes à feu, a conquis la première marque pour les aciers à canon. De même que Gruson comprime à la fin de la coulée le bronze des canons que j’ai vu faire dans son usine de Magde-bourg, de même Whitworth comprime ses aciers; une disposition particulière permet aux gaz renfermés dans le métal en fusion de s’échapper avant que le refroidissement les ait pris en
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- bulles dans la masse. L’homogénéité du métal est donc assurée.
- Je trouve dans un rapport de la marine autrichienne sur des expériences exécutées à Pola, qu’une pièce Ilotchkiss, à bord du vaisseau-école, a tiré plus de « 5,000 coups sans donner lieu à aucune observation » ^
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- Les bancs à forer ces tubes sont disposés de manière à creuser deux canons à la fois; une série de mèches amène l’intérieur à la dimension normale. Des opérations successives pratiquent dans le tonnerre la chambre dans laquelle sera placée la gargousse contenant la poudre et portant le projectile. Le tube est ensuite rayé au pas de X.
- La culasse qui complète le tonnerre, et par les ouvertures de laquelle doivent passer les gargousses avant d’entrer dans le tube, est prise dans un bloc de fonte et travaillée avec l’outillage analogue à celui avec lequel on fait les machines à vapeur ; il en est de même de la plaque d’acier qui sépare la culasse des tubes et des parties de bronze qui la complètent.
- Les pièces du mécanisme, l’arbre moteur, le galet conducteur, ^extracteur, le clapet de distribution, les crémaillères, etc., sont ébauchés mécaniquement, ajustés à la main avec le plus grand soin et montés avec la perfection des machines de précision. Il faut en effet que le fonctionnement soit absolu , et que chaque temps de la révolution déterminée par la manivelle fasse mouvoir à son moment précis les pièces qui apportent les gargousses de la glissière à leur logement. La même révolution fait mouvoir autour de l’arbre central les cinq tubes — envoyer
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- le percuteur — retirer l’extracteur et tomber la gargousse vidée, pendant que cette suite d’opérations s’exécute sur les autres tubes.
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- Cette révolution peut être tellement rapide, que les cinq coups produisent à l’oreille l’effet d’une détonation prolongée,
- C’est dans la même usine que se font les munitions, gargousses et projectiles, à l’exception du chargement, qui s’effectue dans les arsenaux des différents pays qui se servent des canons Hotchkiss.
- La douille de la cartouche Hotchkiss est formée d’une feuille
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- trapézoïdale de clinquant, roulée et repliée à la base. Cette base est renforcée par deux culots emboutis, l’un extérieur, l’autre intérieur. Un disque en tôle découpé forme la tête de la cartouche et donne prise à l’extracteur. Le disque, les renforts et la douille sont assemblés par trois rivets. Ce genre de cartouche a l’avantage de pouvoir s’employer dans des chambres très-larges sans produire de difficulté d’extraction, parce que le métal revient sur lui-même après le tir et n’adhère pas aux
- parois du canon, comme cèla se produit avec les douilles étirées
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- quand leur limite d’élasticité a été dépassée.
- L’obus Hotchkiss est à ceinture médiane en laiton ou en cuivre. Sur le corps en fonte du projectile sont pratiquées un certain nombre de gorges peu profondes et larges, entre lesquelles on ménage d’étroites nervures saillantes. La ceinture recouvre cette portion de l’obus. Au moment du tir, la pression des gaz qui entourent le projectile dans la chambre moule exactement la bague sur la fonte; les nervures forment alors sur le laiton une série d’anneaux saillants qui prennent seuls la rayure, et le métal déplacé par les pleins se loge dans les creux correspondant aux gorges.
- Ce mode de garniture offre l’avantage de produire une adhérence parfaite entre la chemise et le projectile, et de permettre de régler exactement le forcement en réduisant les frottements au minimum indispensable pour assurer la rotation.
- Dans la fusée Hotchkiss, la masselotte qui porte l’amorce et une petite charge de poudre est maintenue par un fil de laiton recourbé qui la traverse et dont les extrémités libres s’engagent dans un trou conique pratiqué au fond du corps de fusée. Elles sont fixées dans cette position par un tampon conique en plomb durci enfoncé à la presse dans cette ouverture.
- La base de la masselotte reposant sur la face supérieure du tampon, qui fait saillie à l’intérieur du corps de fusée, cette masselotte ne peut se porter en arrière sans refouler le tampon à l’intérieur du projectile. C’est ce qui se produit au départ du coup. Les brins du fil de sûreté n’étant plus calés à partir de ce moment, la masselotte, devenue libre, est projetée en avant au
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- choc d’arrivée, et l’amorce vient frapper une aiguille ménagée sur le bouchon du corps de fusée, ce qui détermine l’explosion.
- Les gargousses et les projectiles ne reçoivent leur chargement en poudre que dans les arsenaux des pays qui les ont achetés.
- Toutes les pièces sont essayées dans une galerie profonde, à l’abri de tout danger pour les voisins; on vérifie l’exactitude du mécanisme et son bon fonctionnement. Nous avons pu constater la perfection avec laquelle éclatent les obus après avoir traversé de forts madriers représentant le bor<}age d’un navire.
- Parallèlement à cette première galerie, M. Hotchkiss expérimentait, lors de notre visite, une longue pièce d’acier se chargeant par la culasse, et devant porter avec-une vitesse initiale de 550 un projectile de 2,750 jusqu’à 7,000 mètres.
- M. Hotchkiss a combiné une pièce destinée à la défense des fortifications dans le cas où l’ennemi aurait pénétré dans les fossés mêmes de l’enceinte; cette nouvelle bouche à feu a été adoptée récemment par l’artillerie française sous le nom de canon-revolver modèle 1879. Le canon-revolver de flanquement du calibre de 40 millimètres lance à la charge de 90 grammes une boîte renfermant 24 balles sphériques de 17 millimètres 8 en plomb durci, pesant chacune 32 grammes. La rapidité du tir atteignant facilement 60 coups par minute, les défenseurs peuvent donc envoyer dans cet intervalle 1500 projectiles répartis sur toute la* surface du fossé par une disposition particulière des rayures des differents tubes. M. Hotchkiss construit des affûts fixes ou roulants pour le service de ses pièces; dans quelques-uns de ces affûts de campagne, les sièges du train se redressent pour former mantelet et abriter les servants.
- Pour se rendre compte des effets du canon-revolver Hotchkiss, les Russes ont sacrifié un bateau porteur de torpilles, le Bopona, dont nous avons sous les yeux les photographies avant, pendant et après le feu, à la fin duquel le malheureux navire montre ses côtes complètement dépouillées de sa cuirasse et de ses bordages.
- La guerre du Pérou a démontré l’efficacité des projectiles Hotchkiss entre navires chiliens et péruviens, et à la récente prise de Sfax les canons-revolver qui armaient les bateaux
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- de débarquement tirent rapidement taire le feu des batteries ennemies et balayèrent le quai en le rendant intenable aux défenseurs.
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- Pointage du canon Hotchkiss.
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- Le pétrole est, à côté de la vapeur, du gaz et de l’électricité, un des quatre agents distinctifs des progrès extraordinaires qui ont été accomplis dans notre siècle.
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- Quoique le pétrole ait été connu de temps immémorial, ce
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- n’est qu’en 1859, époque à laquelle des entrepreneurs américains
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- réussissaient à recueillir, par le forage des puits artésiens, l’huile
- minérale contenue dans les couches rocheuses inférieures, que
- cette huile d’éclairage à si bon marché et donnant une si belle
- lumière est devenue un article important de commerce.
- 11 serait impossible de remonter avec précision au temps où
- fut découvert le pétrole. Sa présence, en quantités abondantes,
- sous forme de sources d’huile dans un grand nombre de
- localités, prouve évidemment qu’il a toujours été connu, et
- qu’il l’est certainement depuis plus de quatre mille ans.
- Les ruines de Ninive et de Babylone nous fournissent la
- preuve la plus sérieuse de l’usage du pétrole. On employa dans
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- la construction de ces deux villes un mortier asphaltique don l’asphalte était du pétrole en partie évaporé.
- Hérodote mentionnait les sources de l’huile de Zante. Pline décrivait l’huile d’Agrigente que l’on brûlait sous le nom d’huile sicilienne. A Bakou, sur la mer Caspienne, de nombreuses sources étaient signalées depuis les temps les plus reculés. Les feux perpétuels qui y brûlaient et qui avaient créé les adorateurs du feu étaient alimentés par des sources de naphte ou pétrole que l’on avait enflammé à leur surface.
- Le feu grégeois, dont on avait si longtemps méconnu la nature et qui a servi au siège de Constantinople, n’était autre que du naphte ou pétrole du Caucase.
- Les Indiens d’Amérique recueillaient le pétrole, qu’ils vendaient pour divers usages sous le nom d’huile seneca.
- En 1854, la Pensylvania RockOil Company s’était formée dans lp but de récolter l’huile minérale rencontrée dans le district de la vallée de l’Alleghanny, qui devint plus tard si célèbre sous le nom d’Oii Creek; mais le procédé qui consistait à la puiser dans des puits de surface avec des récipients, pour l’emmagasiner dans des réservoirs, fut jugé trop dispendieux.
- C’est en 1858 que le colonel G. L. Drake, directeur de la compagnie, entreprit de forer un puits artésien à l’huile, au grand divertissement de se voisins et amis, qui taxaient son projet d’inconcevable absurdité. Mais lorsque lé 29 août 1859 il rencontra la nappe d’huile à une profondeur de 22 mètres, et obtint plus de 1,200 litres par*jour, tous les esprits furent surexcités : chacun de quitter sa demeure et d’accourir dans la région de l’huile. Ce fut une véritable fièvre. Les pauvres fermiers d’Oil Creek, qui avaient peine auparavant à réaliser quelques dollars par acre, se trouvèrent arrivés subitement à la fortune. De simples fermes rapportèrent à leurs propriétaires
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- RAFFINERIES A. DEUTSCH ET SES FILS.
- 500,000à 1,000,000 de dollars; un individu reçut5,000 dollars de redevance par jour pour les puits qui se trouvaient sur sa propriété, et amassa ainsi une fortune de 600,000 dollars, qu’il eut bientôt gaspillée.
- Sans entrer dans plus de détails, et pour donner l’importance de la production du pétrole aux États-Unis, qui en 1859 fut de 80,000 barils de 180 litres par an, elle devint :
- En 1861 — 2,113,000
- En 1870 — 6,500,000
- En 1876 — 9,250,000
- En 1878 — 18,500,000 En 1880 — 26,000,000 En 1882 — 37,000,000
- C’est ainsi que dans l’espace de vingt-deux ans à partir du jour où le colonel Drake réussit à forer le premier puits, s’est développée cette industrie d’une importance capitale, et qui exerce son influence jusque dans les parties les plus reculées du globe. Il n’est aujourd’hui pas une ville, pas un village, pas un atelier, pas une chaumière qui ne l’emploie.
- Et ce n’est pas seulement pour l’éclairage que ce curieux liquide nous est offert par la nature. Il est employé pour la fabrication du gaz, le chauffage et le graissage des machines.
- * *
- Au moment où l’exploitation du pétrole commençait à naître aux États-Unis, les échos de cette récente découverte ne tardaient pas à franchir l’Océan, et la France fut la première en Europe à implanter celle industrie.
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- 6 GRANDES USINES.
- En 1862, M. Alexandre Deutsch fut le premier à introduire en France cette huile à l’état brut. Il installa dans son usine de Pantin, où étaient établies une épuration d’huiles végétales et une distillerie de résine, les premiers appareils pour étudier les applications et les procédés du raffinage de ce produit qui devait révolutionner si rapidement l’industrie de l’éclairage. C’est de cette époque que date l’origine de l’industrie du raffinage du pétrole en France. Cette industrie a pris successivement un développement si considérable, qu’elle est aujourd’hui une des plus importantes dont notre pays ait à s’enorgueillir.
- Pour bien comprendre l’importance des usines de MM .Deu tsch, il est nécessaire de se rendre compte des procédés généraux qui constituent le raffinage du pétrole, en le prenant depuis sa : source jusqu’au moment où il est utilisé dans les lampes. Le ; pétrole brut, tel qu’il sort des puits pensylvaniens, consiste I généralement en un liquide brun verdâtre foncé ; c’est un mélange d’un grand nombre d’hydrocarbures composés de carbone et d’hydrogène, et dans lequel ces deux éléments entrent ; en moyenne dans la proportion suivante :
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- On sépare par la distillation ces différents produits, dont on enlève l’odeur à l’aide de réactifs chimiques : l’ensemble de ces opérations constitue le raffinage proprement dit.
- Maintenant, examinons la marche successive du travail tel que je l’ai constaté dans l’ensemble. L’huile est achetée par MM. Deutsch aux États-Unis, aux sources mêmes de l’huile, près desquelles le liquide est emmagasiné dans les réservoirs alimentés par des tuyaux et pompes. De ces réservoirs l’huile est envoyée à l’aide de tuyaux jusqu’au littoral.
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- RAFFINERIES A. DEÜTSCH ET SES FILS. 7
- Les Cie* United Pipe line et Tide Water transportent l’huile à cent cinquante lieues de distance à l’aide de tuyaux, pour ainsi dire, jusqu’au navire qui doit l’embarquer. Les deux principaux ports d’embarquement sont New-York et Philadelphie.
- L'huile est mise en barils et transportée par voiliers jusqu’aux ports français ou espagnols les plus voisins des raffineries de MM. Deutsch.
- Les barils sont vidés à leur arrivée dans des réservoirs en tôle gigantesques.
- De ces réservoirs, l’huile est successivement envoyée dans les appareils distillatoires destinés à lui faire subir la première et la plus importante transformation.
- Cette distillation se fait dans d’énormes chaudières én tôle ou acier avec ou sans l’aide de la vapeur. Le but de cette opération est d’isoler les parties qui peuvent être appliquées à l’éclairage.
- Les produits qu’on en obtient peuvent être classés dans l’ordre suivant :
- 1° Hydrocarbure, liquide incolore, densité de six cent à sept cent quarante, dont l’ensemble forme un produit connu dans le commerce sous le nom d’essence de pétrole, essence minérale employée pour l’éclairage des petites lampes à éponge.
- C’est de la rectification fractionnée de cet ensemble que l’on obtient ces produits si curieux, la gazoline, éther de pétrole destiné à la fabrication du gaz à air carburé, et la pentane, qui, obtenue par MM. Deutsch, va probablement servir pour mesurer l’unité de lumière.
- 2° Hydrocarbure, couleur jaune clair, de sept cent quarante à huit cent vingt, constitue la véritable huile de pétrole destinée à l’éclairage.
- 3° Hydrocarbure, d’une teinte plus foncée, densité huit cent
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- 10 * GRANDES USINES.
- quarante, abandonne par refroidissement des écailles de paraffine, connues sous le nom d'huiles lourdes.
- 4* Un mélange d’hydrocarbure liquide et de paraffine qui
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- sert à l’extraction de la paraffine.
- 5* Enfin un résidu solide, composé d’un coke spongieux très-léger : charbon complètement pur. Ce coke est le plus merveilleux combustible que l’on puisse rencontrer. La température excessive qu’on en obtient l’a fait préférer pour la cuisson des émaux, et il est employé maintenant, à cause de son extrême pureté, à la production de la lumière électrique, charbons, bougies, crayons.
- L’opération pour obtenir les deux premières catégories, les essences et huiles à brûler qui doivent subir quelquefois une seconde distillation, se fait dans de grands appareils en tôle.
- Celles qui concernent les produits classés dans les trois autres catégories, provenant des résidus laissés dans les chaudières en
- fonte, sdnt appelées diables, à cause de la température à laquelle
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- ils sont soumis. J’ai assisté au délutage de ces diables, et vraiment l’aspect de ces blocs de coke rouge, et la chaleur intense qui en rayonne, justifient le nom donné par les fabricants à ce genre d’appareils; l’aspect de l’intérieur de la chaudière, vu de l’ouverture béante, est vraiment infernal.
- La seconde partie du raffinage consiste, comme nous l’avons dit, à épurer, à chasser de ces derniers produits leur odeur, en les débarrassant des parties facilement oxydables.
- Les réactifs employés pour cette opération sont l’acide sulfurique à 66° et la soude caustique, à laquelle on ajoute une quantité d’eau suffisante pour fournir une dissolution étendue.
- L’action^ de l’acide sur les molécules d’hydrocarbure doit être activée par une agitation mécanique qui renouvelle sans cesse les parties en contact. — Cette agitation se fait chez MM. Deutsch
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- RAFFINERIES A. DEÜTSCH ET SES FILS. 11
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- dans d énormes appareils, appelés agitateurs, revêtus d’une enveloppe de plomb, à la partie inférieure de laquelle pénètre un tuyau amenant de l’air comprimé à l’aide de puissantes machines soufflantes. Cet air comprimé soulève la masse du liquide d’une hauteur de plus de dix mètres et la bouleverse. La vue du haut de l’agitateur, à la surface du liquide, est absolument inattendue. De véritables flots donnent à cette surface l’apparence d’une mer furieuse dont les eaux auraient été soulevées par une trombe et violentées par des tourbillons incessants.
- L’huile, après avoir été débarrassée des traces d’acide et de soude, est soigneusement lavée à l’eau, et, après avoir reposé et été filtrée, est envoyée dans de grands bacs appelés bacs solaires, où elle achève de s’éclaircir et de se blanchir à l’aide des rayons solaires.
- Elle est envoyée ensuite dans des réservoirs, prête à être mise en barils et livrée à la consommation.
- La mise en barils constitue un travail considérable.
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- Les barils bruts sont passés à la vapeur, lavés à l’eau chaude, séchés à l’aide de l’air comprimé, rebattus, collés intérieurement et peints extérieurement.
- Lorsque ces barils ont été ainsi préparés, ils sont remplis mécaniquement et conduits à la gare la plus voisine pour être distribués à la consommation.
- Les barils de la maison Deutsch sont peints en gris avec
- fonds blancs estampillés soigneusement, et la marchandise qu’ils
- *
- contiennent se présente aux consommateurs sous une apparence séduisante qui constitue la marque de fabrique.
- Pour décrire en détail les opérations successives du travail qui s’effectue dans les établissements de MM. Deutsch, il faudrait un volume. Lorsque j’ai visité l’usine de Pantin pour la première fois,
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- GRANDES USINES.
- j’ai été frappé par l’aspect général de rétablissement, qui est certainement un des plus curieux des usines des environs de Paris.
- Rien n’est plus imposant que ces immenses réservoirs contenant plusieurs millions de litres et ces chaudières gigantesques retenant dans leurs flancs, chacune, plus de 100,000 litres, et déversant à flots le liquide distillé. Ces pittoresques tours de fer munies d’escaliers tournants se détachant sur le ciel donnent une impression étrange où l’admiration n’est pas exempte d’une certaine appréhension. N’est-il pas effrayant, en effet, de voir accumuler des quantités aussi énormes d’huiles au-dessus d’un feu intense et des rangées de chaudières
- de dimensions colossales ?
- * *
- Mais tout est si bien combiné, les soins sont tels dans l’usine^ les précautions sont si bien prises, que tel sentiment de crainle qu’on éprouve au premier abord ne tarde pas à disparaître.
- Les hommes circulent sur ces appareils comme sur un véritable volcan. 11 semble que ce volcan soit éteint, alors qu’au contraire, sans bruit, sans désordre, sans apparence menaçante, il est en pleine et utile activité.
- 11 faudrait des pages entières de description pour dépeindre ces raffineries. Les gravures n’en donnent qu’une faible idée. Contentons-nous de les énumérer et de constater que ces établissements, grâce à l’activité constante, aux efforts intelligents des chefs et au concours d’ingénieurs distingués, ont atteint le plus haut degré de perfectionnement dans cette industrie.
- Les raffineries de la raison sociale A. Deutschet ses fils, pour
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- la France, sont au nombre de trois :
- Usine de Pantin (ancienne et nouvelle) près de Paris.
- Usine de Rouen (la Luciline).
- Usine de Saint-Loubès près de Bordeaux.
- Ces usines desserven lies entrepôts de Nantes, Nancy, Châlons,
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- Établissements Deütscii. — Vue de Fusine de Santander.
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- GRANDES USINES.
- Dijon, Roanne, Lyon, Besançon, Charleville, Troyes, Saint-Étienne, Valence, Bordeaux, Limoges, Périgueux, Angoulême,
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- Poitiers, Agen, Toulouse.
- Ces entrepôts, bien organisés pour l’emmagasinage du pétrole, ont l’avantage de desservir la clientèle au fur et à mesure de ses besoins, en lui évitant la lenteur des transports, le coulage et les risques d’incendie que peut occasionner ce genre d’approvisionnement.
- Le développement de cette industrie a conduit cesmessieurs à créer en Espagne, sous la raison sociale Deutsch et Ci#, trois
- grandes usines destinées au raffinage du pétrole :
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- A Santander, pour desservir le nord de l’Espagne;
- A Séville, pour l’Andalousie, l’Estrémadure et Madrid;
- A Alicante, pour approvisionner les provinces méditerranéennes.
- Ils ont en outre établi en Espagne des entrepôts à Madrid, Bilbao, Saragosse, Gigon, la Corogne, Vigo, Cadix, Malaga, Alméria, Garrucha, Carthagène, Valence.
- L’ensemble de ces divers établissements représente une superficie de plus de 250,000 mètres carrés.
- Leur réunion constitue l’un des plus grands groupes industriels connus en Europe, et donne du travail à un grand nombre de familles.
- *
- Enfin, c’est par les soins de MM. Deutsch que vient d’être construite en lllyrie, au fond de l’Adriatique, à Fiume, une usine colossale pour le compte d’une société austro-hongroise dont ces messieurs font partie, et dont le siège est à Budapest.
- Ai-je besoin de rappeler que la maison Deutsch a obtenu dans toutes les expositions internationales de Vienne et de Paris
- les plus hautes récompenses?
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- L’usage des montres, autrefois réservé à quelques privilégiés, est aujourd’hui universel. L’extension des chemins de fer qui pénètrent partout, en donnant l’exemple de l’exactitude rigoureuse, et, d’autre part, les nouvelles combinaisons au moyen desquelles on a composé d’excellentes montres à très-bas prix, font que l’utilité de savoir l’heure est devenue pour un grand
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- nombre un besoin que la modicité des prix permet de satisfaire.
- Les premières économies d’un journalier ou d’un domestique sont destinées à l’achat d’une montre; l’étrenne la plus enviée n’est-elle pas une montre, et, presque au sortir du berceau, ne donne-t-on pas au bébé une dé cès montres destinées à être brisées ?
- Aussi que de verres de montres!
- Cette fabrication très-intéressante, exigeant des appareils compliqués et une installation importante, ne s’exécute aujourd’hui que dans un très-petit nombre d’établissements, forcément entraînés à un développement considérable dans la localité même où existe cette industrie.
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- Le plus grand et le mieux outillé de ces établissements est celui de Trois-Fontaines, près Sarrebourg, au milieu d’une population vouée toute entière à l’industrie verrière.
- On peut, à Trois-Fontaines, constater une particularité qui, sans compter les autres difficultés professionnelles, y retient l’industrie spéciale des verres de montres, c’est que les habitants du pays sont, de père en fils, habitués à manier et à travailler les ballons et fragments de ballons avec lesquels se font ces verres.
- Retenir dans ses mains cette matière lisse et glissante, la serrer assez pour la retenir, et pas assez pour la rompre, manier les verres faits, les compter, les empiler, toutes ces opérations délicates demandent une habileté de toucher que l’on ne pourrait atteindre autre part sans charger l’usine de frais considérables de groisil (mélange de débris de verres cassés).
- L’établissement est élevé dans une vallée riante et boisée où l’oq a su capter la quantité d’eau nécessaire à l’alimentation de plus de cent vingt chevaux-vapeur, à la distribution d’écoulement continu de plus de trois cents tours horizontaux et d’une centaine de tours verticaux, et aux besoins journaliers de plus de cinq cents ouvriers.
- Les ateliers très-vastes, très-clairs, très-aérés, sont disposés quadrilatèrement autour de deux grandes cours, et construits spécialement pour l’industrie qui s’y exerce. A peu de distance de Trois-Fontaines, on termine en ce moment une seconde usine, dont on a réformé le moteur et modifié l’outillage.
- C’est l’annexe de Hartzwiller, où l’on installe une centaine de tailleurs et de polisseurs; leurs tours seront mus par une force hydraulique très-grande.
- Le propriétaire actuel, M. Achille Portai, dont la maison de commerce compte près de trois quarts de siècle d’existence, n’a rien épargné pour munir la fabrique d’un outillage et d’un
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- personnel parfaits; aussi est-ce bien, un établissement modèle que nous allons décrire, en suivant successivement les différents temps de la fabrication.
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- Les verres de montres, quels que soient leur forme, leur choix et leur prix, commencent toujours par être découpés dans des
- Boule découpée.
- ballons en verre soufflé, à diamètre plus ou moins grand, suivant le degré de cintrage initial demandé par l’espèce de verre que Ton veut produire.
- Les verres se faisaient autrefois un à un, en soufflant de petites bouteilles allongées, dont on coupait le fond; les petites calottes, ainsi détachées, devaient avoir assez de flèche pour laisser libre le mouvement des aiguilles de la montre. Aujourd’hui encore, c’est le problème que doivent réaliser les verriers.
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- La première des opérations est dite : le découpage.
- L'atelier du découpage est situé juste au-dessus du magasin
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- du rez-de-chaussée d'où les ballons et fragments de ballons montent par un ascenseur. Le long des murs, largement ouverts par de grandes fenêtres, sont disposées de longues tables sur lesquelles les ouvrières découpent, dans les ballons, les petites calottes qui deviendront des verres de montres plus
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- ou moins cintrés, plus ou moins épais, plus ou moins grands, suivant l'espèce de verre que l’on a à fabriquer.
- L'adresse avec laquelle opèrent les ouvrières est vraiment extraordinaire; elles commencent au moyen de petits coups secs donnés à l'ouverture de la sphère, à l’endroit où elle s’est séparée de la canne, à produire une fissure qui fait le tour de la boule et la sépare en deux parties. Elles continuent par le même procédé à séparer en tranches les deux grands segments.
- Quelques-uns de ces ballons ont jusqu’à lm,50 de diamètre; il est très-ràre qu’elles les laissent échapper, quelles les découpent irrégulièrement, encore plus rare qu’elles se coupent les doigts, ce que ne manqueraient certainement pas de faire les personnes étrangères à la profession.
- Devant chaque ouvrière est dressé un petit appareil pourvu d’une manivelle au moyen de laquelle elle fait tourner un outil porte-diamant qui opère sa révolution au-dessus d'une plaquette en caoutchouc.
- Sur cette dernière, on pose la tranche de verre du côté de la surface convexe, et de l’autre côté, sur la surface concave, on trace avec l’outil porte-diamant des cercles aussi rapprochés que possible les uns des autres, de manière à laisser entre eux le moins de fausses coupes possible.
- Puis, avec une adresse merveilleuse, l’ouvrière enlève, en ter-. minant la rupture par un dernier effort, le disque tracé par le diamant. (Partout où il est possible de découper dans la fausse coupe un disque plus petit jusqu'à 5 millimètres de diamètre,
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- on ne manque pas de le faire; ce qui reste est recueilli en groi-sil dans une boîte.)
- Le tout est porté au magasin des verres bruts, pesé et classé.
- L’ouvrière qui a reçu une certaine quantité de ballons, pesant un certain nombre de kilogrammes, doit rapporter un nombre correspondant de grosses de verres et un poids minimum de groisil.
- Dans Tévalualion du chiffre de grosses, on lui tient compte des épaisseurs et par conséquent des poids variables dans un même ballon, de sorte que, déjà, à ce premietiemps de la fabrication, un classement par épaisseur est nécessaire avant de livrer le verre à la suite des autres manutentions.
- Ce classement d’épaisseur se fait au moyen d’un petit instrument où la plus petite différence d’élévation se trouve reproduite et agrandie par une aiguille se mouvant devant un arc gradué.
- A partir du découpage, que subissent tous les verres fabriqués dans l’usine, les opérations se modifient, et comme nature, et comme nombre.
- Une grande quantité de verres nommés mi-concaves sont tout simplement biseautés, poncés et polis, paquetés et livrés.
- Le biseautage des verres mi-concaves s’appelle biseautage droit ; il a pour but de chanfreiner le bord externe des verres pour que le biseau ainsi pratiqué puisse entrer dans la rainure dite drageoir et fixer le verre dans l’anneau de Ja petite fenêtre aussi solidement qu’une pierre sertie par un habile bijoutier.
- Le biseautage droit se fait à la mécanique, au moyen d’un appareil très-ingénieux que, dans l’usine, on appelle petits tours. Ils sont fixés en lignes sur des bancs parallèles : chaque ouvrier a dix tours à surveiller.
- La partie fondamentale du tour est une meule plate pivotant horizontalement sous l’impulsion d’une poulie horizontale elle-même; en face de la roue, l’ouvrier place le verre assujetti entre deux poupées.
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- Les deux poupées tournant verticalement, le verre se trouve
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- frotté contre la meule tournant horizontalement, de façon que tous les points de sa circonférence reçoivent régulièrement le frottement; alors, et s’il a été bien centré entre les deux mâchoires qui le tiennent, il sort du petit tour régulièrement rond et biseauté avec une égalité mécanique.
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- Pendant tout le temps où le verre est soumis au frottement, un léger filet d’eau vient aider à l’usure, en enlevant le petit sable formé des débris et du verre et de la meule.
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- La qualité de ce verre étant d’une extrême dureté, les meules s’usent encore assez rapidement; mais comme elles s’usent régulièrement, elles peuvent servir jusqu’à leur réduction au plus petit diamètre.
- Du biseautage les verres retournent au magasin des verres bruis; on regarde avec soin si quelques éclats en ont déformé le bord, si de petites esquilles l’empêcheraient de pénétrer dans le dra-geoir, etc.; si les défauts peuvent être réparés, on rend les verres ^l’ouvrier, sinon ils sont utilisés autrement, ou jetés au
- groisil.
- Dudit magasin les verres passent à l’atelier du ponçage, pour adoucir le tranchant du bord, le polir afin de faire disparaître le défaut de transparence qu’avait causé le frottement sur la
- meule et lui rendre sa translucidité entière.
- *
- Le mi-concave est alors terminé, et s’il n’a ni rayure, ni défaut sur les bords, est de nouveau vérifié, calibré, essayé et empaqueté pour la vente.
- Les verres dits concaves sont coupés, soumis à un bombage à chaud pour augmenter leur cintre, présentés au biseautage
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- droit aux petits tours et flettés.
- Le fleiiage est une opération déterminée par la mode des montres plates ; il s’agit en effet, tout en laissant le verre assez élevé de flèche pour que les aiguilles puissent circuler librement, d’aplatir cependant assez la surface extérieure du verre afin que les montres ne produisent pas cette sorte de renfle-
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- ment qui les faisait appeler dérisoirement oignons il y a quelque quarante ans.
- On obtient ce résultat en usant par le frottement la surface
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- extérieure.
- Les verres mi-concaves et concaves se vendent en quantités considérables, grâce à la mode actuelle si sensée des montres
- épaisses acceptant très-bien le verre épais à biseau visible ;
- *
- quelques pays, T Allemagne entre autres, considèrent comme une garantie de solidité d’un verre, qu’il porte à son centre une dépression nommée pontil; cette dépression est obtenue par une présentation à la meule verticale qui enlève une légère profondeur delà surface; on repolit ensuite pour rendre la transparence enlevée par le frottement de la meule. Le pontillage se fait
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- à la taillerie, où passent’ aussi plusieurs autres sortes de verres.
- *
- Lorsque la mode des montres plates devint tyrannique, c’est-à-dire au commencement de notre siècle, on créa une sorte particulière de verres de montres nommés verres chcvés, appelés ainsi, non pas parce que l’inventeur était un M. Chevé, mais parce que dans l’ancienne langue française le mot chevé veut dire creusé.
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- Le véritable inventeur serait Pierre Royer, qui, en 1791, fabriquait à Paris des verres de montres bombés, et qui avait été encouragé par Abraham Bréguet à disposer des verres plats dans le milieu, mais assez élevés sur les bords pour que les aiguilles fonctionnent à leur aise.
- La particularité fondamentale des verres dits chevés est, au moyen d’un emboutissage combiné avec un moulage à chaud, d’en relever les bords tout en aplatissant la surface, de sorte
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- que, une fois le verre fixé dans le drageoir, les aiguilles circulent librement, et cependant la montre reste plate.
- On a attribué à des horlogers genevois cette innovation ; mais deux lettres publiées par la Revue chronométrique ont prouvé que, d’après les livres de commerce d’Abraham-Louis Bréguet, fondateur de la célèbre maison d’horlogerie, Pierre Royer fournissait des verres chevés, en 1791, à Abraham Bréguet, qui lui en avait donné l’idée.
- Coupes de boules. Verres au moulage.
- Dé perfectionnement en perfectionnement voici comment se font, à Trois-Fontaines, les verres chevés ; il y en a de deux espèces : les chevés au moulage ordinaire et les chevés au moulage clair. Il s’agit, dans les deux cas, de ramollir le disque de verre, assez pour qu’il puisse prendre par ce ramollissement la forme d’un petit moule à bord relevé sur lequel on le place.
- Le four à réchauffer du moulage ordinaire est une cornue de 0m,50 de long environ sur 0“,07 de large et 0m,08 de hauteur; la face inférieure est plate, la face supérieure est bombée; l’atelier se compose de dix salles parallèles, séparées par des murs dans l’épaisseur desquels s’élèvent les cheminées
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- d’appel qui porteront au dehors les produits de la combustion.
- Six fours sont emménagés dans chaque mur de séparation; on donne en compte à chaque ouvrier la cornue, de la terre réfractaire et du coke; avec la terre réfractaire, il fixe sa cornue quil entoure de coke et qu’il mène au rouge brun, puis, s’asseyant devant une table épaisse qui s’étend au-dessous de l’ouverture des fours, il prend avec une pince en croissant, ingénieusement imaginée, les petits moules sur lesquels il a placé le verre, et les introduit successivement dans la cornue.
- Quand il juge le verre assez chaud, üjprend un tampon composé d’un bâton de liège autour duquel est enroulé du papier, et, avec l’extrémité de ce tampon, il estampe en quelque sorte le verre sur le moule servant de matrice.
- Lorsque l’ouvrier juge suffisant le travail du tampon, le verre se trouve assez raffermi et refroidi pour que, d’un petit coup de main sec, il le fasse tomber du moule qui reçoit un autre disque, et est remis dans la cornue dont on retire un autre moule garni de son verre, assez réchauffe pour recevoir la façon à l’aide du tampon.
- Les anciens papiers, vieux registres, etc., composés uniquement de chiffons à cellulose combustible et non chargés de baryte et de kaolin comme les papiers modernes, conviennent seuls à la fabrication des tampons; mais le stock des papiers anciens tend à disparaître, ce qui en augmente graduellement le prix. J’engage donc tous les détenteurs de vieux registres â les offrir à M. Achille Portai, au lieu de les faire mettre au pilon ; ils en tireront meilleur parti.
- Quelle que soit l’habileté des ouvriers, le moulage ordinaire ne réussit pas toujours, la surface reste quelquefois gondolée ou ternie, et le rebord mal formé ne pourrait entrer dans le drageoir; les réviseurs examinent les verres avec soin avant de les recevoir, n’acceptent que ceux qui sont parfaits, rendent à l’ouvrier les pièces réparables, et lui décomptent définitivement celles qui sont trop détériorées pour pouvoir servir.
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- Les verres reçus sont donnés dans les ateliers de taillage
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- pour arrondir leur biseau dont le bord doit être soigneusement ébarbé, examinés de nouveau, poncés et polis.
- Mais le polissage par frottement ne rend jamais aux surfaces vitreuses qui ont été atteintes dans le cours du travail
- l’éclat brillant du verre tel que la fusion le donne, et lorsque cette surface est restée vierge de tout contact. -
- On a été conduit à fabriquer les verres chevés par le procédé du moulage éclair, dont la Revue chronométrique attribue l’idée à un ouvrier lorrain.
- Au lieu de placer le verre, la convexité en bas, dans un moule creux de kaolin, on applique la face concave sur un champignon en pierre dite soap-stone, et on le chauffe dans une cornue comme
- dans le moulage ordinaire; la forme de la cornue est différente,
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- elle s’élargit en coupole, à peu près comme un four de boulanger, parce que le moulage clair s’exécutant sur des verres plus épais que le moulage ordinaire, ces verres doivent rester plüs longtemps dans la cornue. Ainsi, dans le moulage ordinaire, la succession du travail est telle que trois moules se trouvent en même temps soumis à la chaleur, tandis que dans le moulage clair, il en faut cinq pour bien équilibrer la période du travail.
- Lorsque, avec sa pince en croissant, l’ouvrier a retiré de la cornue le champignon porteur de son verre, il couvre immédiatement celui-ci avec un outil en bois creusé comme le réceptacle d’un bilboquet, mais de façon que le fond de la cupule ne touche pas la surface du verre, les bords seulement rabattent sur le moule le bord du verre pour former le chevage. Toute la partie plane conserve donc le bel éclat du verre naturel.
- On taille de même le biseau en l’arrondissant, on le ponce en l’ébarbant avec soin et on le polit.
- Les ouvriers, étant aux pièces, sont soumis, toutes les fois que c’est possible, au payement d’une partie des fournitures qu’ils emploient, ce qui les rend plus soigneux et tend à éviter le
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- gaspillage qui a lieu ordinairement. Ainsi les mouleurs payent le coke de leurs fours ; tant mieux pour eux si, avec la moindre dépense, ils rendent le plus de grosses parfaites.
- Il en est de même des tailleurs, qui payent leurs meules.
- Toutes les fois qu'un objet en caoutchouc est employé dans la fabrication, l'ouvrier qui le reçoit en est débité.
- C'est au moyen de ces divers procédés où la main et l’intelligence de l’homme jouent toujours un très-grand rôle, malgré l'emploi de moyens mécaniques, que Ton fabrique jusqu’à soixante espèces différentes de verres de montres.
- Le triage final se fait avec la pl us grande attention dans le magasin des verres finis, où l'on vérifie les dimensions de chaque pièce, aussi exactement que possible, en les glissant une à une et successivement dans tous les sens dans un calibre spécial.
- Ce calibrage se fait rapidement, et les verres classifiés sont livrés à des ouvrières qui les essuient et les comptent; une autre équipe les essuie encore une fois avec une peau et les enveloppe dans du papier de soie, soit par un, soit par trois, soit par six, puis en tiers de grosses et demi-grosses dans des papiers plus forts, suivant l’espèce des verres et suivant les pays auxquels sont destinés les paquets.
- L'ordre et la propreté la plus minutieuse régnent dans les magasins où l’on range les sortes et dans ceux où l'on exécute les commandes; les magasins sont d'immenses pièces très-claires aux murs recouverts par des armoires en chêne ciré, dont le fronton porte le nom de la sorte, et les casiers sont numérotés suivant les dimensions en diamètre et épaisseur.
- Les tables sur lesquelles on exécute les commandes sont compartimentées, chaque compartiment porte en gros chiffres le numéro de la commande qui est envoyée des bureaux de Paris.
- Lorsque la commande arrive à Trois-Fontaines, on commence par placer dans le compartiment qui lui est destiné, toutes les sortes dont l'usine a un stock, et l’on met en fabrica-
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- lion celles qui font défaut dans le moment. A mesure qu’elles rentrent en magasin, la commande finit par se compléter, le compartiment est bientôt plein, et lesemballeurs n’ont plus qu’à remplir leurs caisses.
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- On ne fait pas à Trois-Fontaines que des verres de montres proprement dits, on y fait aussi, par millions, les verres de montres d’enfants, qui ne sont même pas biseautés, et que le fabricant fixe par une sorte de sertissage.
- Les verres de boussoles ou de médaillons plats et bombés, les verres pour miniatures et surtout pour photographies ronds ou pvales, les presse-papiers en verre biseauté couvrant une photographie ou un sujet quelconque, puis les verres de pendules, plats ou bombés, minces ou épais. — Les lanternes de voitures, quelques-unes en glace de deux épaisseurs, dont une colorée, qu’on évide à la meule pour y figurer certains dessins.
- On faille, on biseaute et l’on polit ces morceaux de plaques dites de propreté, que l’on place aux portes pour eh préserver la peinture. Ces grands morceaux épais se biseautent sur de grandes meules horizontales, analogues à celles des diamantaires, les unes en fonte couvertes de sable, les autres en pierre à grain plus fin.
- J’ai rarement vu un établissement plus propre et tenu d’une manière plus satisfaisante, aussi bien pour l’œil que pour le raisonnement ; le nettoyage et l’entretien des machines-outils et des moteurs sont remarquables ; il en est de même du reste de l’usine et des ateliers annexes de modelage, de menuiserie,
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- de construction mécanique et des pièces occupées par les ouvriers en dehors de leur travail. Ainsi les réfectoires, situés^ au rez-de-chaussée, sont aussi soignés que les salles à manger les mieux tenues; les tables, le fourneau central sur lequel chauffent les aliments, tout est d’une propreté parfaite.
- Un servant spécial est chargé de cet entretien et de la surveillance des marmites.
- Une armoire fermée à clé est réservée à chaque ouvrier, pour qu’il puisse y retrouver ses vêtements de travail, et y déposer le costume sous lequel il vient à l’usine ; des dortoirs bien aménagés, avec lits en fer, sont affectés aux ouvriers dont les demeures soht assez éloignées de la fabrique, pour qu’ils n’y aillent que du samedi soir au lundi matin ; environ quatre-vingt-dix personnes peuvent jouir de ces dortoirs. Les mêmes ouvriers ont aussi des cuisines et salles à manger, leur permettant de préparer eux-mêmes leurs repas. Une boisson très-hygiénique faite avec le sirop de Calabre d’Adolphe Obez, de Douai, est mise gratuitement à la disposition du personnel.
- La fabrique possède au dehors des immeubles où elle loge des ménages d’ouvriers. Les employés supérieurs de la fabrique habitent de jolies maisons sur la route, tout près des ateliers.
- Un économat fournit en bonne qualité et à bas prix les denrées, boissons et vêtements dont le personnel peut avoir besoin. On y organise en ce moment un cercle avec billard, instruments de musique, livres, etc.
- Un médecin est attaché à l’usine, qui possède une pharmacie pour les premiers soins, en cas d’accident ou de maladie.
- Une caisse de secours et de retraites est alimentée par les versements volontaires du personnel et une dotation du chef de l’établissement.
- Partout l’aérage et la salubrité des ateliers ont été assurés; trois grands calorifères construits par l’ingénieur Charles Boyer ont remplacé les poêles.
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- GRANDES USINES.
- Nous ne pourrions décrire en détail toutes les minutieuses prescriptions du règlement général de l’usine.
- Un exemple suffira pour faire comprendre avec quel soin et quelle méthode on procède.
- Le jour de ma visite était jour de paye : ordinairement la journée de paye de cinq cent quarante ouvriers est une journée de troubles et de désordres; à Trois-Fontaines, c’est à peine si l’on s’en aperçoit.
- Si ce n’avait été le grand balayage des ateliers et le fourbissage général des machines-outils, on n’aurait rien trouve d’extraordinaire à la tenue du personnel.
- En effet, chacun reçoit à sa place même, apporté par un distributeur, le cahier où est établi son compte du mois, avec déduction de ses malfaçonset des fournitures employées; il peut rapidement vérifier ce compte.
- Pendant ce temps, la caisse divise la monnaie de chacun, et la place dans une jolie petite boîte en noyer à son nom. Au lieu de la presse ordinaire qui entoure la distribution du numéraire et rend difficile la recherche et le redressement des erreurs matérielles, le caissier a tout le temps de vérifier les boîtes. Les mêmes distributeurs portent à chaque ouvrier la boîte contenant son argent, qu’il peut compter à son aise.
- C’est la première fois que je vois une paye se faire avec autant de simplicité.
- Tout ce qui peut se payer à la pièce est ainsi rétribué; les vérificateurs et les réviseurs sont payés à la journée.
- La direction de Trois-Fontaines peut donner tout son temps et ses soins à la surveillance et au perfectionnement delà fabrication ; elle n’a à s’occuper en quoi que ce soit de la partie commerciale, concentrée tout entière rue des Archives, 23, à Paris, dans les bureaux de M. Achille Portai.
- La direction de Trois-Fontaines se compose de M. Adam Huver, directeur, bien secondé par les deux sous-directeurs, MM. Joseph Hirtz et Émile Reiser, qui sont, en même temps,
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- chefs chargés d’exercer la compagnie de pompiers recrutés dans le personnel de l’usine.
- Est-ce inhérent à la profession ou au pays? Mais, à l’exception des établissements Japy, à Beaucourt, je n’ai jamais emporté d’un établissement industriel une impression plus favorable d’ordre, de méthode et même de bonne humeur, malgré l’attention persistante que chacun met à ses occupations.
- Nous apprenons, au dernier instant, que la Manufacture de verres de montres de Trois-Fontaines vient d’obtenir à l’Exposition universelle d’Amsterdam la SEULE récompense accordée à la Verrerie d’horlogerie. C’est un succès bien mérité.
- PARIS. TYPOGRAPHIE DE R. PLOX. «OCBRIT BT C'% 8, RUE GABANCIÈRE.
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- EXPOSITION INTERNATIONALE
- D’AMSTERDAM
- Dans quelques jours va s’ouvrir à Amsterdam une Exposition internationale qui a pour but de réunir dans ce grand port d’importation et d’exportation les objets que l’Europe offre à l’achat des nations transocéaniques et les matières premières dont les peuples d’outremer ont intérêt à montrer des échantillons aux Européens pour en développer la vente.
- Il est regrettable que cette grande foire intercontinentale ne se tienne pas dans un port français, car il en résultera certainement un grand mouvement d’affaires dont la Hollande bénéficiera, mais je préfère encore voir ce mouvement se porter sur Amsterdam que dans tout autre port non français.
- Sur aucun autre point on ne trouverait réunies des conditions plus favorables. Les grands capitaux si sagement conduits par les Hollandais, la science commerciale,la largeur de vues, font de ce peuple modeste, honnête et bon, les intermédiaires les plus sûrs et les mieux doués qu’ait pu choisir le commerce du monde.
- Et puis, je veux le dire hautement, la Hollande est le seul pays où nous soyons reçus avec une cordialité sincère, le seul où, dans mes voyages que nécessitent les Grandes Usines, j’ai été bien accueilli comme Français et non quoique Français. Et cependant, combien la France a-t-elle à se faire pardonner ! Par combien de guerres sans raison n’a-t-elle pas contribué à diminuer l’étendue de ce peuple
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- petit par son territoire, grand par son courage et sa persévérance !
- Et cette absurde démence d’avoir été prendre Anvers pour le donner à la Belgique, fidèle alliée, contre nous, de l’Angleterre et de l’Allemagne, et dont l’agrandissement fut une de ces fautes dynastiques qui motivent, aussi bien que la dangereuse création de l’Italie, la méfiance de la France contre les alliances entre princes.
- Aussi sommes-nous heureux de voir qu’un grand nombre de nos industriels (près de 1800), et non les moins connus, ont répondu à l’appel de la Hollande.
- On verra par le plan ci-après quelle étendue relative la France occupe dans le palais et dans les annexes. C’est presque une exposition française, et surtout parisienne, où tous nos principaux représentants de l’art décoratif ont tenu à venir montrer que, bien qu^on en dise, nous conservons et conserverons toujours notre ancienné supériorité dans cette branche si importante de commerce.
- L’Exposition d’Amsterdam mettra fin, je l’espère, à ces lamentations et à ces grands découragements dont on nous rebat les oreilles depuis quelque temps. Il n’est pas nouveau que d’autres nations nous copient; de tout temps il a été fait de grands efforts pour nous persuader à nous-mêmes que le goût français se perdait parce que quelques artistes, industriels français, passaient la frontière. Que de tentatives d’embauchement n’ont pas été faites pour emmener au loin l’élite des nôtres! Et parce que nos rivaux devenaient un peu moins barbares au contact de nos transfuges, on en concluait trop vite à notre ruine. On va voir bientôt combien l’erreur est grande.
- Malheureusement, il est vrai, ces établissements colossaux, ces grands bazars de camelote où l’on est arrivé à vendre très-cher aux snobs et aux rastaquouères des deux mondes des apparences d’étoffes figurées par de l’apprêt sur du canevas, des fantômes de meubles en bois vert où le vernis seul est sec, soutiennent contre l’industrie française cette importation d’imitations étrangères qui inondent notre marché.
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- EXPOSITION D’AMSTERDAM. 3
- Ce fléau cessera de lui-même par l’abus, et le courage reviendra avec le succès pour les fabricants sérieux.
- Mais il est important qu’un grand mouvement de visiteurs de notre nationalité vienne se rendre compte, par une comparaison avec nos voisins, que s’il n’y a pas à désespérer de la France, il y a beaucoup à apprendre chez les autres.
- L’étude des civilisations presque inconnues pour nous de l’extrême Orient et du Pacifique nous pourra fournir de bons sujets d’importation industrielle dans nos colonies, et surtout en Algérie, où notre excellent collègue M. Mourceau demande si justement que l’on établisse des ateliers d’étoffes et de tapis orientaux.
- Pour augmenter ce mouvement d’étude extérieure, un certain nombre de députés,dont nous ne pouvons qu’approuver l’utile intervention, demandent aux Chambres un crédit de cent mille francs pour couvrir les frais de voyage, de séjour et de publications des rapports d’un certain nombre d’ouvriers français délégués à l’Exposition d’Amsterdam. MM. Waldeck-Rousseau, Margue, E. Turquet, Noirot, Bernard (Doubs), Bernot, Lecherbonnier, Chavoix, Cha-lamet, Lelièvre, motivent ainsi leur demande :
- L’Exposition universelle d’Amsterdam, qui va s’ouvrir au mois de juin prochain, servira de champ d’études aux producteurs de toutes les nations.
- Les principaux industriels français iront sans doute à cette Exposition, tant pour y faire montre de leurs produits que pour constater les progrès accomplis dans l’industrie étrangère, et les ressources personnelles ou collectives dont ils disposent leur permettront d’effectuer ce voyage sans avoir recours aux subsides de l’État.
- Mais il n’en sera pas de même pour nos ouvriers, qui ont, eux aussi, un grand intérêt à comparer le taux de leurs salaires avec celui des ouvriers des autres pays, à examiner également, de leur côté,les transformations apportées partout dans l’outillage et le matériel de production, à prendre note du prix des denrées de consommation, et à étudier les autres questions louchant leur bien-être et la prospérité nationale.
- Notre proposition est basée sur les intéressants rapports publiés par les délégations ouvrières françaises aux Expositions universelles précédentes, notamment ceux des délégations de 1867, sur l’Exposition de Paris; de 1873, sur l’Exposition de Vienne (Autriche), et de 1876, sur l’Exposition de Philadelphie.
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- GRANDES USINES.
- Tous ces rapports contiennent des aperçus nouveaux et ont été consultés avec fruit par les économistes; ils ont permis de se rendre un compte plus exact des moyens employés par les industriels étrangers, dans la concurrence de plus en plus redoutable qu'ils font à l'industrie française.
- Ajoutons qu'à l’occasion de l’Exposition de Philadelphie, uue somme de 100,000 francs fut votée par les Chambres pour le même objet ; mais les syndicats d’ouvriers, mus par une susceptibilité exagérée, ne crurent pas devoir eu profiter, parce que le choix des délégués avait été attribué au Ministre de l’agriculture et du commerce, au lieu de le laisser aux syndicats eux-mêmes.
- Enfin, en 1877, lors de la dernière Exposition de Paris, une subvention de 100,000 francs fut de nouveau accordée par l'État aux ouvriers qui, ne . pouvant exposer leurs produits dans l'enceinte du Champ de Mars, organisèrent l’exposition ouvrière.
- Eu égard à ces précédents, nous avons l'honneur de vous soumettre la proposition de loi suivante :
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- PROPOSITION DE LOI
- ARTICLE UNIQUE.
- ^ Un crédit de cent mille francs (100,000 fr.) est ouvert au Ministre des finances, pour couvrir les frais de voyage, de séjour et de publication des rapports d’uiie délégation ouvrière française à l’Exposition universelle d’Amsterdam.
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- Nous espérons que la Chambre ne refusera pas le crédit demandé, et qu’outre leur séjour à Amsterdam, les ouvriers français recevront mission de revenir par le plus long, en visitant les principaux centres ouvriers de la Westphalie, du Nassau et des provinces rhénanes. Ils trouveront là des éléments de comparaison bien utiles sur les conditions économiques et sociales. A Creffeld, Barmen, Elberfeld, Mayence, ils verront que leurs confrères professionnels possèdent, à défaut de fougue et d’inspiration artistique, le sentiment de l’exactitude, qualité
- maîtresse dans les transactions commerciales, et qui semble malheu-
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- reusement disparaître de plus en plus de nos ateliers. Je sais bien qu’on peut me répondre qu’il est impossible de faire des chefs-d’œuvre à heure fixe, mais on ne fait pas que des chefs-d’œuvre.
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- L’enfanlement de l’Exposition n’a pas été chose facile ; ce fut d’abord une entreprise absolument privée, assez mal reçue, comme cela arrive souvent, par ceux-là mêmes auxquels elle devait être le plus utile. Il en fut de même chez nous en 1878, et ce ne fut que grâce au concours puissant de M. Émile de Girardihpet en dernier lieu de Victor Hugo, que j’ai pu faire triompher l’idée de cette grande Exposition qui fut pour la France et pour Paris l’occasion déterminante d’un relèvement si inattendu. Le gouvernement hollandais s’étant enfin
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- décidé à prendre l’œuvre sous sa protection, une première lettre de notre consul général à Amsterdam, alors M. Colleau, le 3 mars 1881, prévint assez timidement le gouvernement français qu’il se préparait
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- une Exposition internationale à Amsterdam, et demandant des instructions. Ce ne fut que le 24 septembre de la même année que le ministre des Pays-Bas à Paris demanda officiellement au gouverne-ment français d’accepter l’invitation de participer à cette solennité et. de nommer un commissaire général. L’acceptation eut lieu le 18 oc-
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- tobre, mais le ministère des affaires étrangères ne se hâta pas de nommer un commissaire général. Cette demande fut renouvelée à plusieurs reprises, notamment en décembre 1881 et en février 1882. Notre gouvernement répondait avec raison que cette Exposition ne pouvait être reconnue et organisée officiellement en France, tandis
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- qu’elle était encore non officielle en Hollande. Enfin, en avril, le roi acceptait le protectorat; le ministre des colonies, la présidence, et le conseil municipal d’Amsterdam donnait gratuitement un terrain qui
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- s’étendait devant le Rijks-Muséum, vaste construction qui doit un jour abriter les chefs-d’œuvre artistiques de la Hollande aujourd’hui disséminés dans de petites galeries.
- Les Chambres donnaient à cette entreprise le dernier cachet d’offi-
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- ci ali té, en lui votant une subvention de 150,000 florins. Cette fois, le gouvernement français n’hésita plus et choisit pour commissaire général le consul général de France à Amsterdam, M. de Saint-Foix, qui se fit aider dans sa mission par M. de Cambeford, que ses connaissances spéciales de l’extrême Orient désignaient pour cette tâche. Enfin le Journal officiel, par un arrêté du Ministre du commerce en date du 31 octobre 1882, et complété par un autre arrêté du fi novembre, institue un comité, sous la- présidence du Ministre, pour faciliter la participation de nos nationaux à l’Exposition internationale, coloniale et d’exportation générale d’Amsterdam : -
- MM. Bozérian, Dietz-Monnin,
- Hébrard,
- Teisserenc de Bort, Tolain,
- CHENEAU,
- Durëau DE Vaulcomte, Faure (Félix),
- Giroud,
- Maze,
- Bischoffsheim,
- Proust,
- Ambaud,
- sénateurs.
- députés.
- Dislère, !> conseillers d'Etat.
- Tisserand,
- Girard, directeur du commerce intérieur.
- Marie, directeur du commerce extérieur.
- Clavery, directeur des consulats.
- Jourde,
- About,
- Turgan,
- Ch. Varey,
- Monteil,
- Ulbach,
- Barbedienne.
- G. Berger.
- Bessand, président du tribunal de commerce de la Seine. Dépassé, conseiller municipal.
- Girard, professeur au Conservatoire des arts et métiers. Hetzel fils.
- publicistes.
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- MM.IIielard, membre de la Chambre de commerce.
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- Levasseur, membre de l'Institut.
- Marinoni.
- Mourceau, membre de la Commission des valeurs en douane.
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- Peulier, président de la Chambre syndicale de la céramique.
- Roy (Gustave).
- Vever, président de la Chambre syndicale des joailliers et bijoutiers. Monthiers, ingénieur des mines.
- Bouilhet, vice-président de l’Union centrale des arts décoratifs.
- Ce comité constitua immédiatement un comité d’organisation composé de :
- MM. Dietz-Monmn.
- Faure (Félix). . ~
- Dureau de Vaulcomte.
- Turgan.
- Varey (Ch.).
- Monteil. '
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- Berger (Georges).
- Bessànd.
- Lévy (E.).
- May (H.).
- Mourceau.
- Hetzel.
- Peulier.
- Vever.
- Monthiers.
- Giroud.
- Bouilhet.
- Ce comité d’organisation nomma pour son président M. Dietz-Mon-nin, directeur de la section française en 1878, et que son caractère ferme et conciliant à la fois appelait naturellement à ces fonctions difficiles. M. Félix Faure, député du Havre, et M. Bessan, président au tribunal de commerce de Paris, furent nommés vice-présidents, et le bureau se compléta de MM. Monthiers, secrétaire de la commission plénière, et Hetzel, secrétaire de la commission d’organisation. Les fonctions de secrétaire général furent remplies par M. Monthiers, aidé
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- EXPOSITION D’AMSTERDAM. 11
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- par M. Haussraann, secrétaire adjoint, et par un jeune ingénieur plein de talent, M. Halphen.
- Les difficultés commencèrent dès la première heure, car il ne s'agissait pas, comme dans les autres Expositions, de répartir entre un certain nombre d’exposants un espace délivré gratuitement.
- Il fallait en même temps maintenir les droits nationaux de la France, établir l’autorité indiscutée de la commission française, adoucir autant que possible les exigences fiscales des constructeurs du palais, examiner et reconnaître les admissions antérieures non officielle-ment régularisées, et surtout, grosse affaire, obtenir du ministère et des Chambres un budget assez large.
- Les temps n’étaient pas favorables. L’exercice finissait, les ministres ne se sentaient pas solides, et, malgré la bonne volonté générale, aussi bien de la commission du budget que des membres du Parlement, on crut devoir réduire au plus strict minimum une première demande de fonds, qui, grâce à un reliquat qu’on découvrit sur le crédit, voté autrefois pour l’Exposition de Melbourne, aboutit finalement au vote de 225,000 francs si modestement demandés. Yoici,
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- du reste, l’exposé des motifs et le rapport de la Commission du budget que nous donnons tout entier comme type du jeu des institutions parlementaires qui régissent actuellement la disposition des finances de l’État :
- Messieurs, disent les ministres, dans le courant dn mois de mars 1881, le Consul général de France à Amsterdam informait officieusement notre Gouvernement qu’une Exposition internationale coloniale et d’exportation générale devait s’ouvrir à Amsterdam le l*r mai 1883. Cette nouvelle, favorablement accueillie dès ceUe époque par la presse et par le public, fut officiellement confirmée au mois de septembre suivant par le Ministre des Pays-Ras à Paris.
- L’Exposition d’Amsterdam, organisée à l’origine par une Société privée, fut placée ultérieurement sous le haut patronage de Sa Majesté le roi de Hollande et sous le contrôle du Gouvernement néerlandais, qui a assuré sa coopération par une demande de crédits présentée au Parlement.
- Vivement sollicité par le Gouvernement néerlandais de prêter un concours officiel à cette solennité internationale, lé Gouvernement français a dû se préoccuper des moyens propres à montrer les ressources, les richesses de nos colonies, et à assurer la participation des artistes et des industriels fran-
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- GRANDES USINES.
- çais qui se proposent d’envoyer leurs œuvres et leurs produits à Amsterdam.
- Par un arrêté en date du 31 octobre, j’ai chargé une Commission, composée de membres du Parlement, de publicistes et de notabilités industrielles et commerciales, d'étudier les conditions de notre participation, et c’est après avoir été éclairés des avis de cette Commission que nous vous demandons l’ouverture d’un crédit indispensable pour que la France puisse figurer dignement à côté des autres nations.
- L’Exposition d’Amsterdam offre toutes les garanties qu’on est en droit d’attendre d’une entreprise patronnée par Sa Majesté le roi de Hollande et par le Gouvernement néerlandais. Nous pouvons donc être certains que les exposants français trouveront à Amsterdam, en même temps qu’un accueil sympathique, toutes les conditions générales d’ordre et de sécurité.
- Mais, en dehors de ces considérations, nous avons encore puisé le motif de la détermination que nous vous soumettons dans la conviction des avantages que peut amener pour notre commerce et pour notre industrie une participation active à l’Exposition d’Amsterdam.
- Les tableaux du commerce des Pays-Bas accusent pour les importations de France :
- De 1866 à 1870, une moyenne annuelle de 34,100,000 fr. De 1871 à 1875 — — 37,400,000 »
- De 1876 à 1880 — — 37,900,000 »
- Ces chiffres dénotent un état stationnaire d’autant plus regrettable que, dans d’autrès pays, ces mêmes périodes montrent un accroissement notable.
- En présence d’une telle situation, il importe de ne négliger aucune des occasions qui nous seront offertes de présenter sur les marchés étrangers les produits français en face de produits similaires venant des pays voisins.
- Amsterdam est admirablement situé pour mettre nos produits en relief et pour leur donner une expansion nouvelle. En relations constantes avec les colonies néerlandaises, la métropole maritime des Pays-Bas est le grand comptoir d’échange entre l’Europe du Nord et les Iodes néerlandaises.
- C’est le port d’embarquement des marchandises à destination de Sumatra, de Java, de la Chine et du Japon. La France a tout intérêt à participer officiellement à une exposition si voisine de ses frontières et à mettre le Gouvernement français et l’industrie nationale en mesure d’occuper à ce grand concours une place digne de leur réputation et de leur incontestable valeur.
- Nous devons ajouter qu’en agissant ainsi, la France ne fera qu’user de réciprocité à l’égard d’une nation amie qui a toujours été dignement représentée aux solennités artistiques et industrielles de notre pays. En 1855, en 1867, en 1878, en 1881, les Pays-Bas ont concouru à l’éclat de nos expositions du palais de l’Industrie et du Champ de Mars.
- Ces sentiments de réciprocité, nous vous proposons de ne pas les répudier et de les consacrer en contribuant pour notre part au succès de l’Exposition d’Amsterdam.
- Pour ces motifs, nous n’hésitons pas à vous demander, pour faciliter la
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- participation de nos nationaux à l’Exposition d’Amsterdam, l’ouverture d’un crédit de 225,000 francs qui servira à couvrir les dépenses suivantes :
- Valeur de l’emplacement des chemins...................... 30,000 fr.
- Gardes et employés de la section française à l’Exposition. . 20,000
- Décoration d’ensemble de la section.................... 80,000
- Commissariat général à Amsterdam, frais de représentation, personnel à Paris, frais de bureau et d’impressions. . * . . . . 35,000
- Imprévu.................................................... 10,000
- Section française des colonies........................... 25,000
- Section française des beaux-arts............................ 25,000
- Total. . . . ”225,000 fr.
- Ces chiffres que nous vous soumettons ont été établis sur des données très-précises et d’après les expériences faites pour l’organisation de la section française à Philadelphie, à Sydney et à Melbourne.
- Pour l’Exposition de Philadelphie, le crédit voté par les Chambres a
- été de . ............................................... 720,000 fr.
- Pour Sydney, de........................................ 200,000
- Pour Melbourne, de..................................... 500,000
- C’est donc un chiffre réduit dans la plus stricte mesure que nous vous présentons.
- Nous devons faire remarquer que le crédit ouvert sur l’exercice 1882 pour les dépenses de l’Exposition de Melbourne laissera un disponible de 80,000 francs au moins.
- Par suite de cette annulation de crédit qui fait l’objet de l’article 1er du projet de loi ci-après, la charge nouvelle imposée au Trésor ne dépassera pas 145,000 francs.
- En conséquence, nous avons l’honneur de vous demander :
- 1° L’ouverture sur l’exercice 1882, pour l’Exposition dont il s’agit, d’un crédit total de 225,000 francs applicable pour 175,000 francs au Ministère du commerce, pour 25,000 francs au Ministère de la marine et des colonies, et pour 25,000 francs au Ministère de l’instruction publique et des beaux-arts;
- 2° L’annulation, sur le même exercice 1882, d’une somme de 80,000 francs disponible sur.les crédits ouverts pour l’Exposition de Melbourne.
- Nous avons l’espérance, Messieurs, que vous voudrez bien accueillir favorablement le projet de loi ci-après, que nous soumettons à vos délibérations.
- PROJET DE LOI.
- Le Président de la République française Décrète :
- Le projet de loi dont la teneur suit sera présenté à la Chambre des députés par le Ministre du commerce, par le Ministre de la marine et des colonies, par
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- le Ministre de l’instruction publique et des beaux-arts et par le Ministre des finances, qui sont chargés d’en exposer les motifs et d’en soutenir la discussion.
- ARTICLE PREMIER.
- Sur les crédits ouverts au Ministre du commerce au titre de l’exercice 1882, par la loi du 8 juillet 1882, une somme de quatre-vingt mille francs (80,000 fr.) est et demeure définitivement annulée au chapitre 24. — Exposition internationale de Melbourne.
- ART. 2.
- Il est ouvert aux Ministres, au titre du budget ordinaire de l’Exercice 1882, en addition aux crédits alloués par la loi de finances du 29 juillet 1881, des crédits extraordinaires montant à la somme de deux cent vingt-cinq mille francs (225,000 fr.) pour les dépenses de l’Exposition internationale d’Amsterdam.
- Ces crédits demeurent répartis, par ministère et par chapitre, ainsi qu’il suit :
- MINISTÈRE DE LA MARINE ET DES COLONIES. ~
- 1Te Section.— Service Marine.
- Chap. 34 bis. — Exposition internationale d’Amsterdam. . . 25,000 fr.
- MINISTÈRE DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE ET DES BEAUX-ARTS.
- ( 2e Section. — Service des Beaux-Arts.
- Chap. 48. — Exposition internationale d’Amsterdam . . 2 . 25,000 fr.
- MINISTÈRE DU COMMERCE.
- Chap. 27. — Exposition internationale d’Amsterdam .... 175,000 fr.
- Total égal. . . 225,000 fr.
- 11 sera pourvu aux crédits extraordinaires ci-dessus au moyen des ressources générales du budget ordinaire de l’exercice 1882.
- La commission du budget approuve et commente en ces termes :
- Messieurs,
- Une Exposition internationale coloniale et d’exportation générale doit s’ouvrir à Amsterdam, le 1er mai 1883. Vivement sollicité par le Gouvernement néerlandais sous le patronage duquel elle est placée, d’y prêter son concours officiel, le Gouvernement français a chargé une Commission spéciale d’étudier les conditions de notre participation, et après s’étre éclairé de son avis, il vient nous demander l’ouverture d’un crédit qui permette à la France de figurer à côté des autres nations.
- Personne assurément ne saurait méconnaître l’utilité des Expositions inter-
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- nationales. Elle est d’autant plus grande que, chaque jour, la lutte industrielle et commerciale devient plus ardente et plus difficile, et qu’on ne peut espérer la soutenir avec succès, si l’on ne s'attache à perfectionner sans cesse sa fabrication, à chercher sans relâche des débouchés nouveaux. Ces réunions solennelles où affluent les produits de diverse origine, offrent sous ce rapport de nombreux avantages.
- En rapprochant le producteur du consommateur, en mettant en évidence les meilleurs procédés et les meilleurs produits, elles constituent à la fois un moyen d’enseignement et un centre de transactions.
- Ces observations s’appliquent à toutes les expositions en général, mais il en est de particulières à l’Exposition d’Amsterdam.
- Si l’on jette les yeux sur le tableau de nos exportations dans les Pays-Bas, on voit que la moyenne annuelle s’est élevée :
- De 1866 à 1870, à....................... 34,100,000 fr.
- De 1871 à 1875, à....................... 37,400,000
- De 1876 à 1880, à. . . . ............... 37,900,000
- En résumé, Messieurs, votre Commission est d’avis qu’il y a lieu d’adopter le projet du Gouvernement, et elle vous propose de voter les crédits demandés.
- Et la Chambre vota sans la moindre opposition.
- Une fois le crédit obtenu, on s’occupa rapidement, par les journaux, les chambres de commerce, les chambres syndicales, d’en prévenir les industriels français, qui à force d’entendre parler contradictoirement depuis deux ans pour ou contre l’Exposition d’Amsterdam, avaient fini par n’y plus croire et ne se décidèrent que difficilement à envoyer leurs demandes d’admission.
- L’influence du président de la commission et le puissant concours du vice-président et du président de l’Union des arts décoratifs finirent par triompher de cette inertie, si bien même que le comité qui hésitait d’abord à prendre ferme 4,000 mètres de surface, se trouva absolument débordé, et dut négocier avec l’entreprise hollandaise pour arriver, en y comprenant les Beaux-arts, l’Algérie, la Tunisie et la galerie des machines, à occuper 12,000 mètres et plus. Une délégation de la commission hollandaise vint à Paris, on rédigea un protocole sur l’interprétation duquel s’élevèrent de nombreuses difficultés de détails, une délégation de la commission française se rendit à Amsterdam, où les deux partis élaborèrent un nouveau protocole.
- 11 faudrait un volume pour relater les conférences et les correspon-
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- dances échangées entre le commissaire général et les commissions hollandaise et française. Après avoir obtenu le plus de concessions possibles sur le prix de l’espace, sur les facilités douanières, les transports par chemins de fer, et toutes les autres questions nationales et internationales qui accompagnent toujours ce genre d’entreprise, la commission nomma comme architecte de la section française M. Boulanger, qui, avec un dévouement et une activité bien nécessaires, eu égard au peu de temps et au peu d’argent dont il pouvait disposer, composa, fit agréer et exécuter tous les détails d’ornementation dont la France voulait bien faire les frais. La plus grande partie du travail se fit à Paris, dans les galeries du Trocadéro, et au moment où nous écrivons , on vient à Amsterdam de poser le décor dont nous donnons la gravure dans cette livraison.
- Une autre question préoccupait vivement la commission.
- Sous l’inspiration du commissaire général et de M. Bouilhet, on avait conçu l’idée ambitieuse de dresser au centre de la section française un pavillon d’honneur composé et orné avec tout ce que la France pouvait offrir de plus beau, pour recevoir dignement les autorités hollandaises, et l’argent manquait complètement pour ce surcroît de dépenses. L’habileté pourtant déjà bien connue de M. Bouilhet s’est surpassée encore cette fois-ci.
- Mettant en œuvre le zèle et le désintéressement de quelques exposants, s’aidant du puissant concours de l’Union centrale des arts décoratifs, il a élevé et décoré ce pavillon dont nous voulons laisser la surprise au public, et qui sera certainement la merveille de l’Exposition.
- Pendant ce temps-là, il n’y avait ni Chambre ni ministère, et la commission voyait chaque jour affluer les demandes d’emplacement, et par conséquent le maigre crédit accordé devenir de plus en plus insuffisant. Tout s’arrangea encore pour le mieux. Le nouveau ministère n’hésita pas à proposer aux Chambres un second crédit qui reçut de la commission du budget l’accueil le plus favorable et finit par être porté à plus de 500,000 francs en y comprenant le ministère delà marine
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- et des colonies, et le ministère de l’instruction publique fut accepté sans objections.
- Mais le temps s’avançait rapidement, le 1er mai se rapprochait, et il fallut distribuer, bien à la hâte, les emplacements que l’on acquérait l’un après l’autre à la Compagnie de construction du Palais, qui dut recourir à des envahissements successifs sur le terrain réservé à la* végétation et à l’aménagement d’un parc d’agrément; enfin, le 29 avril, après le banquet commémoratif de l’Exposition de 1878, auquel aucun de nous n’aurait voulu manquer, M. Dietz-Monnin, accompagné des membres les plus actifs du Comité d’organisation, partit pour Amsterdam, afin d’appuyer de sa haute personnalité le secrétaire général et ses jeunes collègues du secrétariat, aux prises avec les mille difficultés d’une ouverture aussi prochaine.
- MM. Bessand, Bouilhet, Peullier, Lévy, Mourceau et Turgan accompagnaient leur président, et M. Hetzel, secrétaire du Comité d’organisation, s’était chargé d’assurer le bien-être matériel de l’expédition, à laquelle s’était joint M. Louis Ulbach, membre de la commission plénière, et qui sut charmer le voyage par ses récits cosmopolites.
- La Compagnie du chemin de fer du Nord avait mis à la disposition de M. Dietz-Monnin un excellent wagon-salon, où M. Hetzel nous fit servir, par le buffet de Tergnier, un de ces déjeuners portatifs que l’ingénieux directeur du buffet a inventés, pour ne pas perdre la clientèle que menaçaient de décourager l’heure matinale et le court temps d’arrêt laissé aux voyageurs dans cette gare.
- La perfection de la voie et l’excellence de la traction nous conduisirent sans y penser jusqu’à Bruxelles.
- A partir de là, la voie moins unie et quelques irrégularités dans la direction de la machine nous auraient rappelé désagréablement que nous étions en chemin de fer, si la curiosité du paysage n’avait attiré notre attention sur l’admirable panorama de la route.
- D’abord les restes de la citadelle d’Anvers, puis la traversée du Mooerdyck, cette merveille de hardiesse qui, malheureusement, supprime l’ancienne traversée en bateau jusqu’à Rotterdam; bientôt Der-
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- drecht et ses verdures exquises, le passage au-dessus de Rotterdam comme à vol d’oiseau, Haarlem et ses champs de tulipes, enfin Amsterdam, où nous reçoivent joyeusement notre Consul général, M. Saint-Foix, M. Aubert, le chancelier du Consulat de France, et M. de Cambe-fort, qui, pour notre grand bien, avait accepté d’être notre fourrier.
- PORTE PRINCIPALE DE L'EXPOSITION- D'AMSTERDAM,
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- Mais ces annexes indéfiniment multipliées ont fini par rejoindre à peu près partout le bâtiment principal, déjà lui-même amplement développé, et je ne sais plus où les ordonnateurs pourront faire leur jardin.
- Partout des constructions élevées dans l’ordre le plus fantaisiste, dans toutes les formes, toutes les dimensions et toutes les directions,
- Nous retrouvons aussi notre camarade Yarrey, MM. Monthiers et Halphen, fort heureux du renfort qui leur arrivait.
- Le lendemain, dès l’aube, nous abordons le champ de bataille, grand terrain d’environ vingt-trois hectares, qui, dans le plan primitif dont nous avons donné la figure, devaient renfermer un bâtiment central et quelques annexes disséminées dans des jardins délicieux.
- le tout entremêlé de chaumières en bambou et en roseau. Et, comme pour rappeler que chaque peuple a son genre particulier de désordre, tous les intervalles sont littéralement remplis de caisses arrivant par camions et par voies ferrées de grande et de petite vitesse. Quelques essais de végétation improvisée se voient à peine dans des coins, menacés d’être submergés par un sable d’une finesse particulière
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- assez agréable aux pieds, mais mortel pour les feuilles des plantes.
- Â l'intérieur, quelques sections, la Hollande naturellement, la Belgique, la Chine, le Japon, les États-Unis, ont presque terminé leur
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- installation. Les plus rapprochés et les plus éloignés, pour des raisons différentes et inutiles à développer, ont devancé les autres. L’Autriche et l’Allemagne sont assez avancées, et quant à la France, elle est plus en retard que tout le monde.
- Cependant, MM. Christoplile, les premiers exposilionnistes du monde, sont prêts, et leur superbe dressoir en velours vert fait un fond magnifique aux objets merveilleux qu’ils onf sortis comme par enchantement de leurs caisses. Nos décorateurs, conduits vaillamment par M. Boulanger, placent les revêtements, les frontons, les statues, et complètent successivement toute cette décoration dont l’ensemble -fin et distingué constitue ce qu’on appelle le goût français.
- Au milieu de la galerie, se placent les ornements du pavillon de la commission française. .
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- En quelques heures, les marins de la Caravane ont débarrassé le plancher ‘ d’un monceau de caisses dont l’encombrement faisait le désespoir de MM. Monthiers et Halphen, disparaissant presque sous les réclamations des exposants courant après leurs colis.
- A voir ce que l’on a pu faire en vingt-quatre heures, on ne désespère pas que d’ici à quelques jours nous ayons retrouvé notre avance, et vraiment, sans forfanterie nationale, je suis sûr que nous allons faire bonne figure.
- Depuis que je vois les Expositions, j’ai toujours entendu les mêmes lamentations, j’ai toujours vu se produire le même phénomène d’éclosions instantanées. En 1 851, à Londres, à la première de ces réunions, on était bien inexpérimenté dans cet ordre nouveau; la mise au point fut plus lente, mais cependant nous arrivâmes encore plus vite que les autres continentaux. Je dois cependant avouer que cette fois-ci, sans les marins, je ne sais comment nous en serions
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- sortis, car la main-d’œuvre locale n’a pas l’air trop rapide, et vraiment nos débrouillards sont de rudes auxiliaires.
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- J’aime les Expositions et surtout les Expositions internationales. Je sais bien que c’est ennuyeux pour ceux qui sont arrivés, de voir que d’autres aussi essayent d’atteindre à la perfection; je sais bien que ceux qui sont abrités par les hautes murailles douanières, les traités de commerce et autres expédients qu’élèvènt autour de chaque peuple la paresse et la routine, sont bien contrariés de voir s’abaisser ces barrières, mais il faut bien qu’ils en prennent leur parti.
- Quand il n’y avait que des sentiers, l’activité humaine devait se contenter des bornes d’une province; les larges routes firent les royaumes et les empires ; maintenant, les chemins de fer, les paquebots réunissent les mondes et brassent les nations ; bientôt la locomotion aérienne passera ironiquement victorieuse sur les frontières désormais inutiles, et même sans attendre jusque-là, il commence à y avoir tant de voyageurs que la visite des douanes n’est plus guère qu’une illusion pour consoler encore quelque temps les personnes
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- âgées qui tiennent au passé.
- Figurez-vous un instant, un beau dimanche d’été, quand la foule parisienne rentre chez elle par les cent portes de la capitale, ce que peuvent faire comme surveillance les cinq ou six employés de l’octroi qui voient défiler devant eux ces masses profondes, ainsi en était-il l’autre jour à Rosôndal, où les bons douaniers hollandais, l’œil en même temps attendri et désespéré, se hâtaient de marquer à la craie, sans les ouvrir, ce flot de colis que versait le train bondé jusqu’aux plafonds.
- Le fait, le fait brutal emportait dans sa force les traités, les lois, les
- règlements, les circulaires directoriales, passait en maître accepté.
- il aurait fallu trois bonnes heures pour faire même un semblant de visite, qu’esl-cc que ce sera dans un mois?
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- 24 GRANDES USINES.
- Bien d’autres raisons encore nous mènent à aimer les expositions internationales. C’est la revanche de l’esprit d’union et de paix contre l’esprit de guerre et de haine; la revanche (a) contre cette pluralité des langues dont l’ingénieuse fable de la tour de Babel est la figure consacrée par les âges. Bien n’est réellement plus touchant que les
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- efforts, hélas! quelquefois impuissants, que font les nationaux divers pour échanger entre eux les demandes de services urgents qu’ils peuvent se rendre.
- A force d’aller les uns chez les autres, les expositionnistes, surtout
- dans l’industrie manufacturière, finissent par posséder un certain
- nombre de mots communs représentant des choses modernes et
- innomées à l’époque de la tour de Babel, comme rails, wagons, etc.
- Grâce à ces mots communs appuyés par une mimique ingénieuse que
- leur inspire la nécessité, ils arrivent encore assez bien à établir les
- communications nécessaires.
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- Le polyglottisme triomphe surtout chez les nations dernières venues
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- à la civilisation ; il n’en est pas de même pour nous autres Français, et c’est le reproche qu’on nous fait justement. Ce que je puis dire à mon excuse personnelle, c’est que j’ai fait des efforts sincères pour apprendre quelques langues modernes, mais, dès que je veux les parler, mon interlocuteur me dit toujours : Si nous parlions français, cela
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- (a) Hélas! en rentrant en France, nous constatons cruellement combien la routine était encore vivante dans notre propre pays et, comparativement même, combien cette visite des douanes était plus strictement et plus désagréablement exécutée que partout ailleurs.
- J’avais cru, en ouvrant tout au large mon sac de toilette et en l’étalant sur la banquette, être délivré de cette ridicule cérémonie, qui consiste à transporter soi-mème ce colis renfermant généralement ses brosses, ses éponges et les indicateurs des chemins de fer, pour l’offrir à l’inspection de MM. les douaniers; mais j’avais compté sans la ténacité de ce corps, rendu d’autant plus hargneux qu’il se sent appelé à disparaître le jour où l’on sera bien convaincu de son inutilité.
- Les douaniers me prirent mon sac, qu’ils commencèrent par fermer, pour que je puisse avoir le plaisir de le rouvrir devant eux et de le refermer de nouveau sans qu’ils aient daigné regarder ce qu’il renfermait.
- Mais,
- Monsieur le ministre des Finances,
- Monsieur le ministre du Commerce,
- Monsieur le directeur général des douanes, que voulez-vous donc que j’introduise en
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- EXPOSITION D’AMSTERDAM.
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- serait bien plus commode. Et c’est ainsi pour la plupart des Français qui ne font pas un séjour un peu long dans les autres pays.
- J’en ai encore eu la preuve l’autre soir, au cercle de la presse hollandaise, qui avait gracieusement invité à une soirée intime les journalistes de tous pays. Le Président, M. Van Duyl, a prononcé en français l’allocution qu’il voulait être entendue et comprise de tous.
- Il lui était répondu en allemand, en anglais, et même en grec moderne ; toutes ces allocutions étaient applaudies par politesse, mais évidemment incomprises de la plupart des spectateurs ; mais, quand notre ami Ulbach a prononcé en français quelques mots excellents sur la Hollande, asile historique de la liberté de la presse, les applaudissements universels les plus chaleureux m’ont bien fait voir que le français était compris de tout le monde et que mes études polyglottiques étaient absolument inutiles, et ne pouvaient avoir d’autre objet que d’importer dans la langue française les vocables et tournures de phrases exprimant d’une façon plus précise les idées que l’on veut rendre et que certaines langues expriment avec plus de précision que la nôtre.
- fraude dans ce petit sac de cuir? Des dentelles ou des cigares, je ne vois pas autre chose.
- Je ne puis supposer que vous y fassiez chercher une locomotive, un service en faïence ou une machine à moissonner.
- Je pourrais peut-être y apporter de la dentelle, mais si j’étais un fraudeux je la mettrais dans ma poche, et j’aurais tort, car à l’exception du point de Bruxelles, dont le prix élevé éloigne l’acheteur, nous avons chez nous des fabriques de fausses dentelles qui fournissent abondamment à la consommation courante, et quant à la dentelle de luxe, notre point d’Alençon n’a pas d’égal.
- Peut-être, ô gouvernants naïfs! y faites-vous rechercher des cigares 1 Mais vous ne savez donc pas que les cigares de notre administration des tabacs sont les meilleurs et les moins chers de l’Europe, et que les quelques entêtés, bien rares, qui persisteraient à introduire en France des cigares allemands ou belges, seraient tellement punis en les fumant, qu’ils se garderaient bien de recommencer.
- Faites, donc supprimer au plus tôt cette pratique odieuse qui, j’en suis convaincu, est pour beaucoup dans la haine sourde que tous les autres peuples couvent contre nous.
- Les premières impressions s'effacent difficilement, et les étrangers, reçus par nous avec cet humiliant accueil, en conservent une juste mauvaise humeur qüe, le plus souvent, ils remportent chez eux.
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- GRANDES USINES.
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- 1*' mai.
- La cérémonie d’ouverture vient d’avoir lieu avec toute la pompe et la solennité désirables, et avec un confortable relatif qui fait honneur aux organisateurs de la fête; le paysage se prêtait bien, du reste, à servir de décor. Ce n’était pas, comme il arrive presque toujours, surtout chez nous, au milieu d’un désert aride, entouré de constructions élevées à la hâte, qu’étaient dressées les estrades sur lesquelles se pressaient les invités, mais bien devant une immense construction qui doit renfermer un jour les chefs-d’œuvre de l’art hollandais.
- On peut discuter ce monument dans ses détails, mais l’ensemble, briques et pierres de taille, a grand air; il figure bien un palais digne des artsj. La voûte en colonnades qui le traverse par le milieu remplissait avantageusement l’office déporté de gala en face du palais temporaire de l’Exposition. De chaque côté, en pente douce, descendait un grand plancher conduisant, à gauche, à l’estrade des nationaux favorisées de cartes d’entrée, aux chanteurs de la cantate, et à l’orchestre chargé de les accompagner; à droite se développait une grande estrade en velours rouge, surmontée d’une grosse couronne fermée, de laquelle descendaient élégamment les rideaux du dais qui entourait le trône royal, le fauteuil de la reine.
- De chaque côté de l’hémicycle, la vue s’étend sur des canaux couverts de barques dont les mâts se déplacent sans cesse; leur mouvement et leurs banderoles flottant au vent animent le fond du paysage formé par des lignes de maisons pavoisées de gigantesques drapeaux. Directement en face du Rijks Muséum s’étale la façade du bâtiment de l’Exposition.
- Comme contraste aux lignes droites et roides du bâtiment définitif,
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- EXPOSITION DAMSTERDÂM.
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- M. Fouquiau, l’architecte de l’Exposition, a voulu montrer que son palais à lui n’était qu’une construction temporaire, en simulant l’entrée d’une tente immense qui pourrait, au mois d’octobre, être repliée, enlevée et transportée où il serait nécessaire d’appeler de nouveau les peuplés à réunir leurs produits.
- L’idée est heureuse, et, dans l’exécution dirigée par M. Motte, tout rappelle de nouveau la pensée du départ futur. Des quadriges, des chariots à bœufs, des bateaux dessinés sur de grands bas-reliefs, viennent verser à la porte de la tente les ballots des deux mondes. Des éléphants ailés indiquent que c’est avec autant de force que de rapidité qu’on est venu et qu’on repartira.
- De chaque côté du vestibule, seize éléphauts ailés comme les autres
- portent, par chaque groupe de huit, deux hautes tours carrées entre
- *
- le sommet desquelles est tendu un large vélum rouge, décoré de. palmes comme un cachemire et drapé comme une étoffe souple et frangée, bien qu’il soit en linoléum. Fortement critiquée par certaines personnes, cette façade me plaît par son manque de banalité et sa véritable appropriation à l’idée qu’elle représente.
- Le service d’honneur était fait par de grands jeunes gens, la plupart très-jolis garçons, et revêtus d’un uniforme très-heureusement combiné : quelque chose comme le mélange de nos Saint-Cyriens et de nos gardes mobiles de 1870 ; seulement, les plumes de coq qui surmontent le schako, au lieu d’être tricolores, sont noires, et la ceinture
- et l’écharpe tranchent violemment d’un beau ton orange. On me
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- dit que ce sont des officiers de la Schutterij d’Amsterdam, j’en fais compliment à la ville.
- J’ai le regret de ne pouvoir louer avec le même entrain le brillant état-major des différentes nations de l’Europe qui, pendant deux heures, débouche l’un après l’autre delà voûte du Rijks-Museum pour venir grossir cette foire aux vanités. En y comprenant le Lord-Mayor de Londres suivi de ses laquais en sucre de pomme doré, il serait difficile dans l’aspect de cette foule enrubannée de toutes les couleurs et dorée sur tranche par devant et par derrière, de trouver
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- GRANDES USINES.
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- une meilleure occasion de constater les différents modes de se rendre
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- ridicule qu’ont inventés les cours européennes.
- Chacun en avait conscience; seuls les Chinois étaient admirés et
- enviés, ceux-là étaient véritablement à leur aise dans leurs larges chaussures et leurs amples vestes de soie.
- Vers une heure le Roi débouche à son tour, et comme s’il était poursuivi par plusieurs douzaines de nihilistes et de Thugs, ou semblant fuir l’ombre du père d’Hamïet, il se précipite plutôt qu’il ne marche et s’élance sur le trône avec un air terrible. Derrière lui vient la-reine, absolument charmante dans sa robe de velours mousse, souriant sous son chapeau mousse et blanc. C’est la première fois que je trouve réellement jolie une physionomie féminine allemande; du reste, tout le monde semble être de mon avis.
- Dès que le roi est assis, les chants éclatent, dans lesquels l’auteur de la cantate salue les promoteurs de l'Exposition, les exposants, les assistants, la fraternité des peuples, et termine en appelant les bénédictions du ciel sur Guillaume de Nassau, la maison d’Orange et sur la reine. En ce dernier point je partage absolument son avis. Après la musique, M. Cordes, président de la Chambre de commerce d’Amsterdam, président de l’Exposition, prononce un discours très-apprécié de ceux qui peuvent le comprendre : #
- « C’est un avantage inappréciable que d’être l’interprète de toute la nation hollandaise, ce jour de fête nationale, afin d’exprimer à S. M. notre bien-aimé Roi et à S. M. notre chère Reine notre sentiment de la plus vive gratitude de ce qu’ils daignent ici nous favoriser de leur auguste présence; cet avantage m’étant échu en partage, qu’il me soit permis de souhaiter à Vos Majestés la bienvenue, maintenant que nous sommes sur le point de célébrer l’ouverture de la première Exposition internationale dans la capitale des Pays-Bas.
- « Soyez aussi les bienvenus, vous, mesdames, dont la présence nous est si précieuse; vous, grands dignitaires et fonctionnaires d’État; vous, érudits, artistes et industriels, tant Néerlandais qu’étrangers, qui par votre présence avez daigné répondre à l’appel que nous vous avons adressé; vous aussi qui, en assistant à cette cérémonie, nous donnez des preuves et des témoignages de votre bienveillance; en un mot, vous tous qui, réunis ici, avez bien voulu illustrer cette entreprise internationale, soyez les bienvenus !
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- « En vous présentant à tous, pour cet hommage, mes plus sincères remer-ciments, je crois pouvoir parler au nom de tout le peuple hollandais, qui, quoique petit en nombre, est grand par son amour de la liberté et qui se sent heureux sous le gouvernement des princes de l'illustre maison d'Orange.
- Ce peuple se fait un honneur de pouvoir offrir l'hospitalité aux étrangers, dont la présence est la meilleure preuve de la sympathie qu'ils éprouvent pour notre chère patrie.
- « Ce n’est pas ici le lieu propre à raconter l’histoire des commencements et du développement long et pénible de cette Exposition ; je désire seulement rappeler qu’elle doit son existence à l'initiative particulière, qui fut vigoureusement secondée non-seulement par Votre Majesté et le gouvernement hollandais, mais aussi par plusieurs puissances étrangères.
- « Dès que ces secours furent obtenus ; aussitôt que Votre Majesté, toujours disposée à favoriser les intérêts du commerce, de4Undustrie, des sciences et des arts, eut accordé sa puissante protection, on pouvait s'attendre aux meilleurs résultats; l’Exposition témoignera du plus ou moins de succès qu'ont obtenus les efforts faits pour atteindre ce grand but.
- « Parmi les nombreux et importants envois à l’Exposition, je mentionne en premier lieu, avec reconnaissance, ceux de S. M. le Roi et ceux de S. A. R. le prince de Galles; les collections de nos Musées d'État et de nos Jardins Botaniques, de l’Hôtel des Invalides de Bronbeek, et de la Société Natura Artis Magistra, du Musée du prince Henri à Rotterdam, et celles du Musée de South Kensington, méritent aussi une mention particulière.
- « Tous ces trésors ont trouvé place dans l’édifice de l’Exposition coloniale et dans quelques salles du Musée de l’État, mises à notre disposition par le gouvernement. Les envois de nos colonies des Indes orientales et des Indes occidentales sont exposés dans un bâtiment ayant une superficie de 4,000m,2 à peu près, édifice qui, je n’en; doute pas, obtiendra l’approba-bation de notre royal Protecteur. Le bâtiment principal, où se trouvent placés les articles d’exportation, occupe un espace de 60,000”,2; cette partie de l’Exposition, la galerie des beaux-arts et celle des machines, ne manqueront pas d’offrir nombre d’objets capables d’exciter l’admiration.
- « Mou vœu le plus sincère, c’est que cette Exposition serve à resserrer les liens d’amitié qui unissent le peuple néerlandais aux autres nations du monde; qu’elle fournisse de nouvelles bases, propres à faire la prospérité de tous les pays et en particulier de notre chère patrie ; qu’elle récompense les nombreux participants de leurs peines et de leurs frais; puisse-1—elle en général porter de bons fruits pour le commerce et l’industrie, les sciences et les arts ; en un mot, que la Hollande puisse porter toujours avec satisfaction ses regards, sur ce jour de fête. Cependant, quelles que soient les destinées que l’avenir nous réserve, à cette heure solennelle j’ai la hardiesse d’adresser à mes compatriotes les belles paroles de notre poète Boogaard :
- « Oh ! ma patrie, reste unie, reste unie ; que rien ne t’enlève cette force ; « sois le soutien de tes rois, sois toujours fidèle à ton ancienne devise : Vive la « Maison d’Orange! »
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- GRANDES USINES.
- « C’est inspiré de ces paroles, qui trouvent leur retentissement dans tous les cœurs hollandais, que je prie humblement Votre Majesté de bien vouloir proclamer l’ouverture de l’Exposition internationale coloniale et d’exportation générale. »
- Sans répondre un seul mot, le roi se lève et se dirige, toujours avec la même rapidité, d’abord vers le bâtiment des Indes néerlandaises, puis dans la grande galerie. Il traverse en projectile la section française et disparaît à nos yeux comme emporté par le vent du Zuyderzée.
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- Pourquoi ce souverain a-t-il une trajectoire aussi tendue ? On n’a pourtant jamais encore tiré sur lui ; et, d’aprës ce qu’on me dit des habitudes politiques du pays, il n’a pas beaucoup à faire et, somme toute, c’est un bel homme qui porte bien l’uniforme et qui serait bon
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- à voir s’il disparaissait moins rapidement.
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- Hélas! il a raison d’être triste : Usent bien qu’il préside aux funêr
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- railles somptueuses du vieux monde. Il voit là ces gens en babil noir et en cravate blanche, mille fois plus dangereux que- les guer-
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- riers couverts d’écharpes. Les vieux systèmes, les familles princières,
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- les listes civiles , les vieilles coutumes, les religions respectées sont
- minés par eux irrévocablement ; il le sait, et il ne rit pas.
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- C’est d’un sage.
- Heureusement que derrière lui vient la reine, plus charmante encore de près que de loin. Elle daigne monter les marches du pavillon de la Commission française, adresser quelques mots souriants aux représen-tants de la France, trouver bien son portrait sur verre, quoiqu’il soit bien peu flatté, et en s’éloignant, promet de revenir nous visiter de nouveau.
- Je ne raconterai pas les différentes fêtes plus ou moins réussies
- »
- données par les uns et par les autres; le récit de ces fêtes n’intéresse que ceux qui les ont données, et notre volume a surtout pour mission de répandre les notions industrielles et commerciales qui, à première vue, nous semblent nombreuses et utilement rassem-
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- blées sur ce champ d’étude. Puisque cette Exposition est surtout coloniale, nous commencerons par le salon des colonies néerlandaises.
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- M. AGOSTINI
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- J’allais commencer l’étude des expositions coloniales, lorsqu’en
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- relisant mes deux premières feuilles je m’aperçois que j’ai fait exactement vis-à-vis de M. Agostini ce que j’ai tant reproché à mes compatriotes et à mon gouvernement d’avoir fait vis-à-vis de moi en 1878. Dans trente-deux pages de préface j’ai absolument oublié de nommer celui par qui l’Exposition actuelle existe.
- On dirait que dans ces grandes créations l’effort général est si intense que l’inventeur initial se trouve submergé dans la foule, et couvert par l’oubli. Si quelques personnalités apparaissent, ce sont surtout celles dont les noms ont déjà retenti, et ces noms seuls surnagent dans la mémoire des nations. Et puis, ceux qui ont imposé à leurs contemporains une idée nouvelle ont dû déployer tant de persévérance , insister si vivement pour traverser l’indifférence des personnes déjà arrivées et en position de se faire écouter qu’on ne demande vraiment qu’à les oublier à l’heure du succès. Et en effet, pas un discours, pas un acte officiel n’a rappelé le nom de M. Agostini. Il semble qu’il doive se contenter de la satisfaction d’avoir mené
- à bien son entreprise et d’avoir forcé MM. X, Y, Z, etc., à travailler
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- assez à l’œuvre commune pour y récolter honneur et argent.
- Sous le titre de Une page d'histoire, je trouve dans une brochure faite un peu à la hâte, et qui s’appelle le Guide officiel, un récit imagé des premières heures de l’entreprise, adulte aujourd’hui, et dont
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- M. Agostini est le vrai père. Ce récit concordant avec toutes les
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- GRANDES USINES.
- assertions que j’ai pu vérifier, je le donne tel que je le trouve, de peur d’y introduire une inexactitude.
- « Le \ 7 août 1880, il y avait à onze heures du matin dans la salle
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- de YOdéon d’Amsterdam grande réunion des notabilités de la capitale des Pays-Bas.
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- L’ancien bourgmestre d’Amsterdam, mort depuis, hélas! le Jhr. C. J. A. den Tex, présidait; après avoir présenté^ l’auditoire le promoteur de la réunion, le Français Édouard Agostini, il le pria de prendre la parole et de développer les idées dans le rapport qu’il venait d’adresser à S. M. le roi des Pays-Bas, sur l’utilité cf’une Exposition universelle dans la Néèrlande.
- L’orateur, dans une allocution aussi chaude que précise, exposa ses idées, ses sentiments, esquissa le projet qu’il avait conçu, parla commerce et industrie, beaux-arts et science, civilisation et progrès, et détailla dans une remarquable péroraison ce que Amsterdam et les Pays-Bas pouvaient attendre d’une Exposition instituée sur les bords de l’Amstel.
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- Une commission d’étude fut désignée.
- Le soir du même jour, toute la presse enregistra la conférence, la nomination de la commission, mais de commentaires, point! On constatait, voilà tout !
- MM. D. Cordes, président de la chambre de commerce, A. C. Wertheim, membre de la députation provinciale de la Nord-Hollande, Schmitz, membre du conseil communal, A. Daniels, notable industriel, devaient, sous la présidence du Jhr. C. J. A. den Tex, étudier le projet de M. Édouard Agostoni et faire un rapport détaillé.
- En moins de quinze jours le rapport fut déposé ; tout avait été pesé, discuté; les objections soulevées, les craintes des rapporteurs, leurs hésitations à l’idée de voir notre petit pays courir le monde entier sur le territoire européen, les difficultés à vaincre la pusillanimité de nos nationaux; l’opposition que l’on pourrait rencontrer, l’exécution, l’emplacement, tout fut mis en avant; la commission fut ébranlée; le vaillant Français les avait convaincus, il fut prophète,
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- EXPOSITION D’AMSTERDAM.
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- et le rapport net et précis qu’ils déposèrent fut approuvé à l’unanimité; une commission provisoire fut nommée.
- La constitution de la commission d’organisation excita dès le début la curiosité et la malveillance. Soit incrédulité, soit manque de foi en soi, la masse de la population néerlandaise resta froide et impassible. On se moqua même î
- Le promoteur de l’Exposition marchait pourtant de l’avant. Le projet bien discuté et bien mûri fut arrêté ; les cinquante membres de la commission d’organisation se fractionnèrent en sections. Le Comité exécu-
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- tif fut nommé, et M. Agostini désigné comme commissaire général. » Au moins, lui, fut-il chargé d’exécuter son idée, et eut-il voix prépondérante dans les mesures qui furent prises pour en assurer le succès. M. Agostini est jeune, défaut charmant dont le temps lè guérira rapidement. « On vieillit vite sur le champ de bataille », disait Napoléon Ier, et c’est un rude champ de bataille que la mêlée d’où sort une Exposition internationale de cette importance.
- Fils d’un chirurgien militaire, il avait secondé son père dans les
- ambulances de 1870-1871, et acquis déjà dans ces tristes épreuves
- * ***
- une maturité que l’étude de l’Exposition de 1878 avait encore assurée. Trois années de luttes ont augmenté les forces que l’habitude du pouvoir suprême va confirmer encore : heureux ceux qui, à l’âge de M. Agostini, ont déjà commandé en chef! Leurs idées s’élèvent, ils voient plus large, et je n’ai donc pas été étonné, en causant avec le jeune commissaire général, quand je l’ai trouvé se disposant à lancer l’idée féconde, un peu prématurée peut-être, d’une association internationale industrielle et commerciale.
- *
- De même que notre ami Ulbach a fondé une société internationale pour la protection de la propriété littéraire, pourquoi une association
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- internationale, libre, formée de tous les esprits élevés au-dessus des questions de clocher, ne se réunirait-elle pas à certaines heures, et tout en concourant au bien-être local, n’en résulterait-il pas un bien-être général, résultat obligé d’un effort commun ?
- Est-ce qu’il suffit aujourd’hui d’une seule langue pour exprimer les
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- progrès de la science et de l'industrie? Est-ce que chaque nation peut se flatter de l’espoir de conserver pour elle seule, non-seulement une invention, mais un perfectionnement quelconque? Les continents eux-mêmes ne peuvent plus garder leurs secrets, et les océans, loin d’être des barrières infranchissables, sont au contraire devenus
- des voies ouvertes au transport aussi bien des idées que des choses,
- *
- et, comme si chaque notion qui éclôt dans une cerveHe humaine était une propriété commune à l’humanité, dont chacun devait avoir sa part le plus vite possible, les câbles télégraphiques sous-marins les portent instantanément d’une rive à l’autre pour les confier aux mille voix de la presse.
- La conception de M. Agostini trouvera des oreilles favorables en France, malgré la dure leçon de 1871, et c’est chose admirable et qui prouve le haut degré de civilisation de la France, que de voir s’atténuer si vite le sentiment de rancune et de vengeance vis-à-vis des Allemands.
- Déjà ceux d’entre nous qui voyagent, et il n’y en a malheureuse-
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- ment pas assez, comprennent que le peuple allemand n’a pas plus que les autres le désir de se faire casser bras et jambes pour des abstractions. Ils distinguent les individus et ne les rendent pas responsables d’un groupe gouvernemental, resté barbare et ayant agi en barbare contre les intérêts mêmes, bien entendus, de la nation allemande.
- Abuser de sa victoire pour créer sciemment, par le travers de l’Europe morale, une sorte de muraille de la Chine a été une mauvaise action dont souffre aujourd’hui le monde entier et qui sera sévèrement jugée par l’histoire.
- Si la conception de M. Agostini doit éprouver un retard, ce sera la faute des auteurs de cette fausse paix combinée sinistrement pour maintenir la haine entre les deux peuples et les empêcher de s’unir comme les porteraient à le faire leurs intérêts et la hauteur même de leur civilisation.
- A l’œuvre, à l’œuvre, monsieur Agostini, n’attendez pas que votre Exposition soit terminée, n’attendez pas que les chemins de fer et les
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- EXPOSITION D’AMSTERDAM.
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- bateaux aient ramené chacun chez eux les esprits d’élite, frères en civilisation, que vous avez attirés à Amsterdam sur ce terrain neutre et bienveillant ; n’attendez pas que, rentrés dans leur milieu local, ils soient soumis aux influences étroites et malsaines; réunissez-les toutes
- les fois qu’il vous sera possible, inventez des prétextes pour mettre
- »
- en face l’un de l’autre les pionniers de chaque nationalité, constituez aussi rapidement que possible les cadres de votre Internationale industrielle et commerciale, et vous sauverez peut-être ainsi l’Europe d’une prise d’armes que semblent préparer dân^ l’ombre les esprits du mal et les coupables qui, en menaçant l’existence- même de la France, menacent l’humanité tout entière et veulent étouffer le progrès par le fer et dans le sang.
- Monsieur Agostini, le temps presse. Relevez courageusement la bannière de l’Union de paix brisée entre nos mains en \ 870.
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- En admettant que votre idée soit trop large, monsieur Agostini, et que
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- l’on ne puisse pas faire immédiatement cétte alliance des gens comme il faut de tous les pays, comme dit un grand cosmopolite de mes amis, approbateur énergique du projet, on pourrait profiter de l’Exposition d’Amsterdam pour s’unir au moins sur les principaux points où tout le monde est d’accord.
- En voici un qui réunira certainement les gens de toutes nationalités, de toutes religions, de toutes situations sociales et même de toutes manies politiques.
- »
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- Cette question est :
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- L’amélioration des transports aussi bien pour les personnes que pour les choses.
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- 38 GRANDES USINES.
- Provoquez un Congrès international sur cette queslion à la fin d’août ou au commencement de septembre, où il sera traité en détail de tous les sujets qui composent la question des transports, par toutes les voies imaginables, par eau, par terre, par fer et même dans les airs, depuis les simples terrassiers qui font la substruction jusqu’aux financiers qui établissent les tarifs, jusqu’aux politiciens qui cherchent à gêner la circulation et aux législateurs qui la règlent, voyez combien de classes vous atteindrez et quel monde de choses vous soulèverez! y compris le monde des idées.
- C’est sur ce terrain q ue se rencontreront, pour le plus grand bien de l’humanité, des gens comme il faut de tous les pays.
- Rien que dans l’ordre industriel, on ne saurait croire combien de professions intéressent la question du matériel fixe et roulant des chemins de fer, sans compter les voyageurs.
- Aux Expositions de Tours et de Bordeaux, la Compagnie d’Orléans avait dressé un intéressant catalogue des principaux corps d’état, serruriers, menuisiers, ébénistes, cordiers, fabricants d’huiles, etc., jusqu’aux artificiers qui combinent les pétards de signal.
- Consultezàce sujet M. Forquenot.
- Vous avez, du reste, un excellent cadre tout prêt dans notre pays, pour former un congrès des transports, avec président et bureau ; allez-vous en trouver M. Gustave Lebaudy, dont le nom est européen, président de l’association française pour l’amélioration des transports, proposez-lui d’être le président de l’association internationale, il ne pourra vous refuser et vous amènera comme soutiens de l’idée MM. Wilson, Cochery, Baihaut et tous ses autres associés, bien qu’ils aient un peu négligé les transports depuis qu’ils sont tous devenus ministres ou peu s’en faut.
- Cherchez des adhérents dans chaque nation, aussi bien en Asie et en Amérique qu’en Europe, et dans celte réunion d’élite, exposez vos idées générales après que le sujet partiel aura été traité, mais non épuisé, car il est infini, et je serai bien étonné si vous n’avez pas fondé votre œuvre.
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- LE PAVILLON DE L’UNION CENTRALE
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- 25 mai.
- Nous inaugurons aujourd’hui le pavillon d’honneur de la section française en présence de M. Bouilhet et de M. Dreyfus, deux dignitaires de l’Union centrale des Arts décoratifs, et c’est justice, car ce gracieux résumé de l’art français et surtout parisien est dû financiè-
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- rement pour partie à une ingénieuse combinaison trouvée par le conseil de l’Union, et pour la totalité au point de vue artistique aux adhérents de l’Union groupés par M. Lorain, l’architecte de l’Union.
- Ce petit temple, élevé à la hâte, mesure environ onze mètres de façade sur une vingtaine de mètres de profondeur : on y accède par quatre larges marches défendues de chaque côté par un lion et une lionne de la maison Christofle, de l’aspect le plus formidable.
- Sur les panneaux latéraux de la façade et de chaque côté delà porte sont deux grandes faïences, comme Decksait les faire sur les cartons de M.Erhman : à gauche, c’est le Commerce; à droite, c’est laNavigation.
- La légende de cette dernière figure n’est pas sortie au feu, mais le cœruleum mare qui baigne ses pieds, l’ancre émergeant des flots et les cheveux ébouriffés par le vent disent assez le mot de l’allégorie.
- J’aime mieux le Commerce avec sa robe bleue et son manteau violet, la tête est plus sereine et plus agréable. Bien que la Navigation soit vieille comme le monde, il n’était pas nécessaire de lui donner une figure aussi renfrognée.
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- GRANDES USINES.
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- Un troisième motif également de M. Ehrman remplit le fronton au-dessus de l’entrée. Ce n’est pas une faïence, c’est une peinture qui sera peut-être un jour traduite en céramique : elle a été payée par l’Union centrale à laquelle elle servira désormais d’exergue. Sous la présidence d’une Minerve casquée, l’Art, représenté par le dos, très-réussi, d’une belle femme, explique à un éphèbe de forme élégante
- qu’il doit se préoccuper davantage de l’Industrie, forte femme brune
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- placée à droite du tableau, et qui saura rendre éternelles les œuvres de l’art par elle solidifiées en métaux inaltérables.
- Pour être sincère, je dois dire que le jeune homme me semble'avoir une prédilection bien marquée pour la femme blonde vers laquelle il se tourne de face, tandis qu’il ne montre que son profil à l’Industrie. Peut-être qu’en grandissant et en vieillissant, la réflexion le conduira-t-elle à la regarder au moins de trois quarts.
- Le fond d’or quadrillé des deux figures de faïence est reproduit en
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- peinture derrière les figures du fronton; il produit les plus heureux
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- effets. M. Lorain l’a continué, et il a bien fait, comme fond de la frise
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- du salon'carré dans lequel on pénètre après le vestibule. Rien n’est plus joli sur ce fond d’or quadrillé que les petites marguerites blanches qui en émergent avec la dimension et le relief exact qui convenaient à leur élévation.
- Les architectes et décorateurs ne se pénètrent pas assez de cette vérité fondemantale, que tout leur art est une question de proportion — ils ne tiennent pas, en général, assez compte des lois de la
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- perspective, dans les épaisseurs qu’ils donnent au relief des parties élevées, soit à l’extérieur, soit à l’intérieur de leurs construclions.
- M. Lorain a su éviter cet écueil, et la résultante est exquise. Le salon carré s’ouvre sur la rotonde faisant le fond du temple par une
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- porte sculptée de M. Fourdinois qui rappelle les portes de Fontainebleau et est justement très-admirée.
- Je trouve cependant que la nymphe du fronton a une cuisse un peu saillante pour la hauteur à laquelle elle est assise; elle aurait gagné à ne pas s’arrondir autant. Les nymphes en bois, qui sont sur les portes,
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- EXPOSITION D’AMSTERDAM.
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- sont de sages personnes qui ne doivent pas avoir l’air de descendre de leur lit sur la tête des visiteurs.
- Lorsque la porte est ouverte, le regard est absolument ravi par les
- verrières éclairant le fond de la rotonde : sur un fond à peine teinté se détachent avec un vif éclat des fruits rouges et verts attachés à quelques branchages plus calmes. Je n’hésite pas à prédire à ces prunes et à ces cerises étincelantes un grand succès bien motivé, quoique leur auteur, M. Oudinot, ne semble pas y attacher d’importance. Il n’est pas nécessaire qu’une verrière soit chargée pour être d’un grand goût, et je n’hésite pas un instant à qualifier ceîle-là de chef-d’œuvre.
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- 11 fallait aussi tapisser et meubler le pavillon, et c’est encore là où éclate l’habileté de M. Bouilhet : la paroi du salon carré est couverte d’un velours frappé vert olive foncé de la fabrication de M. Lheureux d’Amiens. Quelques parties de la rotonde portent de très-beaux cuirs repoussés de 1VL Quenardel : la grande portière de l’entrée est relevée par des embrasses absolument nouvelles en grosses fleurs brodées lancées hardiment pour la première fois par M. D’Anthoine. Cette garniture est déjà accueillie avec des éclats d’admiration par toutes les femmes, pour lesquelles c’est le premier tire-l’œil dès l’entrée.
- Je loue sans réserve la doublure fond vieil or qui fait sortir sans leur nuire toutes les autres étoffes de l’ameublement. Les rideaux de fenêtre de M. Fourdinois, quoique très-richement brodés, sont d’un violet un peu foncé rappelant un peu trop les tentures des pompes funèbres.
- Au milieu du salon carré, la vue est réjouie par le groupe de marbre blanc des Enfants à la coquillepar Barrias, qui domine un pouff d’étoffe jaunâtre brodée et d’une parfaite distinction de forme et de ton, bois doré de Damon, étoffe de M. Duplan. Un tapis savonnerie de M. Braquenié couvre le sol de ses laines moelleuses, et le plafond s’éclaire par un vitrail de M. Vantillard, bordé d’un cadre calme en feuilles et fleurs ornementales.
- MM. Damon et Cie, qui conduisent aujourd’hui la maison Krieger, ont donné pour la rotonde une table et un bureau.
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- 44 GRANDES USINES.
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- Deux paravents de madame Basse-Riché entourent deux groupes de meubles de Beurdeley et de Dasson.
- Des torchères Louis XVI à figures de marbré blanc égayent le
- 4
- tableau, ainsi que les vases LouisXIV en marbre rouge de M. Gagneau.
- Dans une encoignure, un splendide porte-bouquet de Christofle en
- *
- émail cloisonné.
- Citons encore les sièges de M. Poirier et de M. Duplan, la grande glace de M. Dasson, les chaises de cuir de M. Quenardel, et disons qué le câble et les galons qui encadrent les deux panneaux de tapis-
- sérié de Beauvais ont été exécutés par M. Weber; j’allais oublier la table d’émail deM. Christophe, les fleurs et plantes de M. Marienval, qui ont trompé tant le monde tant elles semblaient le frais produit
- des habiles jardiniers hollandais. Il y avait surtout un bouquet de
- »
- fleurs absolument vivantes, qui paraissait oublié par la souveraine au Coin de la Reine.
- Les deux colonnes de marbre français de Saran colin ont été gra-
- «
- cieusement offertes par M. Derville. Du même marbrier sont également les deux gaines de marbre noir qui portent les vases japonais.
- L’ensemble, décors extérieurs et ameublement, fait le plus grand honneur à l’Union Centrale et à M. Lorain.
- *
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- NOMENCLATURE
- DES OBJETS FOURNIS FAR LES EXPOSANTS AO PAVILLON FRANÇAIS.
- ♦
- Barbedienne.
- Madame Basse-Kicbé.
- Barrias.
- Beurdelev. Braquenié. Christofle et Cie.
- Damon et Cie.
- D’Anthoine.
- Manufacture nationale de Beauvais. Dasson.
- Duplan.
- Gagneau.
- Dervillé.
- Fourdinois.
- Lheureux.
- Marienval.
- Poirier.
- Quenardel.
- Sormani.
- C. Weber.
- A. 4 David de Mercié.
- 2 Lampadaires renaissance.
- B. 1 Paravent Louis XV brodé.
- C. 1 Paravent fantaisie.
- D. 4 Groupe marbre deux enfants à la coquille.
- E. Meuble d’appui Louis XVI.
- » Tapis savonnerie.
- » Table en émail ou jardinière.
- 2 Lions.
- G. Une Borne.
- 3 Table0 j Pour Ia rotonde.
- H. Portière brodée.
- 2 Fauteuils brodés.
- F. j 2 Panneaux tapisserie.
- K. Glace Louis XIV.
- M. Bonheur du jour Louis XVI.
- Garniture pour le dessus.
- Pendule Louis XVI, ja*pe.
- 2 Flambeaux, id.
- N. Bonheur du jour Louis XVI.
- Garniture pour le dessus.
- 2 Candélabres porphyre.
- O. Grand meuble Louis XVI.
- Garniture pour le dessus.
- Pendule marbre blanc C'odion.
- 2 Cassolettes porphyre.
- P. 2 Appliques Boras de lumière Louis XVI.
- 0. 2 Torchères Louis XVI, figure marbre blanc.
- R. Table Louis XVI, lapis.
- S. Table Louis XV, bois de violette.
- » 1 Siège Louis XVI.
- » 2 Vases Louis XIV à lumière, marbre rouge.
- » 2 Gaines en maibre noir pour les 2 vases japonais.
- » Porte.
- T. Rideaux de fenêtre brodés.
- U. Meuble à bijoux.
- V. Table chêne sculpté.
- X. Vitrine Louis XVI.
- Y. Faukuil renaissance.
- Tenture en velours frappé.
- Bouquet de fleurs à la main.
- Bouquet de plantes vertes pour le marbre de Barrias.
- A. 1 Marquise Louis XV (canapé).
- B. I Bout de pied, Louis XV.
- C. 1 Chaise Louis XVI, rose.
- D. 4 Bergère Louis XVI.
- E. 4 Bout de pied Louis XVI.
- F. 2 Fauteuils Louis XIV, tapisserie.
- E. 2 Fauteuils Lou:s XIV, soierie.
- Tenture en cuir du salon.
- 4 0 Chaises cuir.
- 4 Fauteuil de bureau.
- 4 Vitrine Louis XIV.
- Câble et galons pour la tenture pour encadrer la tapis sérié de Beauvais.
- 4 6 Appliques d’angles brodés.
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- LES COLONIES
- Je n’ai pas la prétention de développer les géographies un peu compliquées de ce qui reste des colonies françaises; je renvoie le lecteur qui désire se former une idée complète de ces possessions au catalogue officiel publié en 1878 par le Ministère de la Marine, et qui renferme les documents les plus exacts et les plus précieux sur ces questions.
- Je voudrais seulement profiter de l’Exposition actuelle et de la patiente bienveillance de M. de Nozeilles, son organisateur, pour essayer de signaler à mes compatriotes les productions principales de nos possessions d’outre-mer, productions qu’ils pourront, du reste, aller de nouveau étudier plus tard au Palais de l’Industrie aux Champs-Élysées. Il est vrai qu’il n’y a là que les produits, et qu’on ne peut espérer avoir tous les jours la chance de rencontrer M. de Nozeilles,
- 4
- qui, par quelques mots précis et imagés, sait porter dans l’esprit de l’interlocuteur les notions qu’il possède si bien.
- Je viens de rester plusieurs jours sous le charme de cette parolechaude et colorée. Gomment pourrai-je rendre la description qu’il vient de me
- faire de la côte du Sénégal (à), triste et désolée, couverte d’une végéta-
- *
- (a) Le gouvernement du Sénégal s’exerce sur des territoires d’une très-vaste étendue et séparés les uns des autres par des pays complètement indépendants, ou par des colonies appartenant à des puissances étrangères.
- La côte d’Afrique, depuis l’embouchure du Sénégal julqu’â Sierra-Leone, est basse, bordée d’une triple ligue de bancs de sable sur lesquels la mer vient déferler sans cesse. Cette poussée continuelle des sables vers la côte forme à l’entrée de cliaque cours d’eau
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- GRANDES USINES.
- tion de mimosées rabougris où les feuilles sont remplacées par des épines et que le vent d’Est, soufflant du désert après les torrents de pluie, dessèche et brise, sans leur permettre de s’élever comme le font, au contraire, les végétaux poussant dans des localités plus abritées? Ce n’est pas sans raison qu’on appelle cette région : la Brousse.
- Il faudrait entendre le narrateur dépeindre les malheureux esclaves que les Maures empl ient à la récolte de la gomme : demi-nus, ensanglantés, se nourrissant de la gomme elle-même, aliment fade et incomplet, déchirés par les épines, enfonçant dans les marécages (a), traités avec la dernière barbarie pour en arriver à récolter
- , N
- péniblement cette matière si recherchée, dont il s’exporte pour la France et notamment pour Bordeaux des quantités considérables.
- Les Maures Braknas et Trarzas qui viennent camper tous les ans auprès des forêts de gommiers échangent leurs récoltes contre des étoffes de coton bleu dites guinée, du corail, de l’ambre, delà poudre,
- des fusils de pacotille et tous ces objets d’échange qui n’auraient
- » ”
- dés bancs que les navires ne franchissent que par le beau temps et guidés par des pilotes expe'rimentés.
- L’aspect général du pays situé entre le Sénégal et la Gambie est triste et désolé, sauf les territoires du haut pays, immédiateim ni placés sur le bord de ces flouves. Ce ne sont partout que terrains sablonneux recouverts d’une rare verdure et d’arbrisseaux rabougris qui ne rappellent en rien la végétation luxuriante des pays intertropicaux. Néanmoins le sol est fertile, et, lorsque les populations indigènes, qui, comme toutes celles de l’Afrique, sont relativement très*peu denses, ne sont pas ocupées à des guerres intestines ou religieuses, le sol se couvre de produits que de nombreuses caravanes viennent annuellement échanger à nos escales contre des marchandises d’Europe.
- Au sud de la Gambie, dès que l’on est arrivé à la rivière Casamance, l'aspect de la contrée change complètement : la verdure reparaît partout, et la végétation se montre avec autant de force et d’éclat que dans les autres parties du monde, sous les mêmes atitudes. (Catalogue officiel.)
- (a) La récolte qui commence en novembre, avec les vents du désert, et après l’inondation périodique, se fait sur plusieurs espèces d’acacias, principalement les acacias Verck, Neboued, Albida, Adansonnii, etc., etc. Les premières gommes, dites Bas du fleuve, sont généralement enterrées dans le sol humide, par les esc’aves maures envoyés à leur recherche; elles perdent beaucoup de leur poids et de leur valeur par leur dessiccation, et sont généralement recouvertes d’une légère couche de sable. Les gommes de seconde saison, séchées complètement sur les arbres et portées directement aux escales, sont exemptes de tous ces défauts. EQfin, on reçoit du haut Sénégal une gomme à laquelle l’incendie annuel des forêts donne une extrême friabilité ; son prix est de 40 à 50 francs les 100 kilos.
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- EXPOSITION D AMSTERDA.M.
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- aucune valeur en Europe. Trois millions de kilogrammes environ composent annuellement cette récolte. Le triage se fait à Bordeaux, et cette précieuse matière première est divisée en sortes différentes, dont le prix varie beaucoup, suivant qualité et usage futur. En effet,
- la gomme ne sert pas seulement aux usages pharmaceutiques, mais à
- *
- grand nombre d’usages industriels comme matière épaississante et adhésive (a).
- Il faudrait aussi entendre M. de Nozeilles se laissant aller à sa juste mauvaise humeur contre nos commerçants et nos industriels français, dont la négligence laisse inemployés soit les bois, soit les matières oléagineuses dont les régions intertropicales sont prodigues ; et il a raison, car le bois européen diminue rapidement et ne se replante pas. De plus, pour certains usages de la civilisation contemporaine, comme les traverses par exemple, ces essences à bois lourd et dur et à grain serré seraient d’une grande utilité pour résister à l’humidité et à l’ébranlement du sol des voies ferrées.
- U y a bien dans d’autres régions des bois précieux, mais leur exploitation régulière est rendue difficile par l’éloignement qui sépare chaque individu de son identique, tandis qu’au Sénégal, une sorte de pal-
- (a) Ce triage comprend les catégories suivantes : Gomme blanche, pour droguetie, pharmacie, distillerie, confiserie, apprêts fins, dentelles et lingerie. Gomme petite blanche, pour droguerie, pharmacie, confiserie, distlilerie, apprêts fins, dentelles et lingerie. Gomme blonde, pour droguerie, pharmacie, confiserie, distillerie, apprêts fins, impressions sur tissus. Gomme petite blonde, pour droguerie, pharmacie, confiserie, distillerie, apprêts ordinaires, impressions sur tissus, collage d’étiquettes, d’enveloppes, allumettes, ete. Gomme 2° blonde, pour droguerie, pharmacie, confiserie, apprêts, impressions sur tissus, collage, allumettes. Gomme gros grabeaux, pour droguerie, confiserie, apprêts ordinaires de tissus de coton, collage d’enveloppes, d’étiquettes, etc. Gomme moyens grabeaux, pour droguerie, confiserie, apprêts ordinaires, collage d’étiquettes, d’enveloppes, etc., etc. Gomme menus grabeaux, pour droguerie, confiserie, apprêts ordinaires, collage d’étiquettes, d’enveloppes, encre, etc. Gomme fabrique, employée en grande partie par l’industrie russe pour apprêts de tissus, laine et coton. Gomme grabeaux triés, t/2 blancs, pour droguerie, pharmacie, confiserie, distillerie. Gomme friable blanche, pour droguerie, pharmacie, confiserie, distillerie. Gomme friable blonde, pour droguerie, pharmacie, distillerie. Gomme petite fabrique, pour apprêts ordinaires de tissus de colon, collage. Gomme poussière, pour apprêts communs, impressions, tissus communs, encre, cirage. Gommes marrons et bois, pour collage» encre, cirage. Gomme boules naturelles, pour droguerie, pharmacie, apprêts de soierie de Lyon.
- LiyR. 288.
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- b
- mier,le ronier, se trouve réuni en quantités considérables sur certains points de la Sénégambie, et le bois de l'arbre mâle que nous montre
- ‘ p « *
- notre complaisant instructeur me paraît avoir été conçu par le Créa* teur justement pour servir à faire des traverses de chemins de fer.
- « Ils sont venus, dit M. de Nozeilles, en enlever un copeau avec un
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- petit couteau, et ils ont dit que ce n’était pas bon pour traverses î ! ! » Cependant j’entendais hier le commandant du Coligny parler de cette question des traverses des bois exotiques. Le chemin de fer du
- Midi aurait déjà acheté à Rochefort un chargement de bois de teck jugé
- *
- «
- insuffisant par les officiers chargés delà réception des' bois pour la construction navale, mais très-bon comme traverses. Et si les traverses en tôle ne donnent pas les résultats qu’on en attend, on sera bien forcé
- d’avoir recours aux forêts africaines.
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- ; Un autre bois très-beau, très-droit, propre à la construction, à la charpente, à la menuiserie et même à la tabletterie, est une sorte de cèdre Caïlcedra; i\ peut atteindre quinze mètres de hauteur et deux mètres de diamètre.
- Le gonakié et toute la série des acacias s’emploient au Sénégal dans la construction navale pour toutes les pièces qui demandent de la résistance.
- En opposition à ces bois si lourds, je soulève avec étonnement une
- *
- bûche de Herminiena laphroxylon deux fois plus léger que le liège
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- et beaucoup plus solide que lui, puisque ce sont des fibres et non une
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- écorce sous liens; ce bois pourrait être employé très-avantageusement toutes les fois qu’il s’agit de faire flotter un corps quelconque.
- Les pêcheurs de la rive africaine s’en servent surtout comme flot-
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- teurs pour leurs filets; on en ferait d’excellents appareils de sauvetage,
- et, comme il est très-abondant et par conséquent très-bon marché, il
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- me semble utile d’appeler l’attention sur cette précieuse matière en
- »
- même temps légère et résistante. .
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- Combien serait-il également désirable de rappeler les graines et plantes oléagineuses du Sénégal ! A l’exception de l’arachide bien connue, cette sorte de pistache jaune qui donne lieu à une exporta-
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- EXPOSITION D’AMSTERDAM.
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- tion de plus de trente millions de kilogrammes par an, et vient au Sénégal presque sans culture, — les autres sources d’huile sont peu appréciées.
- La récolte de l'arachide consiste à arracher de terre par poignées les graines qui y sont rentrées au moment de la saison des pluies, car c'est une des originalités de la nature, que cette végétation bizarre
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- dans laquelle les fleurs commencent par s’élever verticalement au-dessus de terre, tandis que les graines retournent au contraire vers le sol par l'infléchissement des branches qui les portent, et s’y enterrent elles-mêmes pour y mûrir et accomplir leur germination si on ne les recueille pas avant. Aussi les botanistes appellent-ils la plante arachis hypogœa.
- Une sapotacée nommée la bassa butyracea porte une graine d’où l’on extrait un produit singulier connu dans tout le pays sous le nom* de beurre de Karity. La section coloniale française possède quelques pains de beurre de Karity enveloppés dans des feuilles comme le fromage de Montfort. La matière en est blanche, onctueuse, d'une bonne fermeté et sans saveur répugnante; elle ne se liquéfie pas, même dans le pays, par la chaleur ambiante, ce qui est extrêmement précieux.
- F
- La proportion de stéarine ferme, comparativement à la quantité d'oleine, est telle, qu’on peut en faire des bougies brûlant avec une odeur agréable. Le beurre de Karity, quand il est frais, est employé dans la cuisine locale.
- Une plante dite Neverdve, de la famille des Caparridéçs, produit un corps gras, spécialement recherché par l’horlogerie et connu sous le nom d’huile de Ben. Cette huile a pour particularité très-rare, lorsqu’en a été séparée par le refroidissement et la pression toute la quantité solidifiable du corps primitif, de rester invariablement liquide à quelque température qu’on l’abaisse. Cette faculté est utilisée pour le graissage des crapaudines dans lesquelles tourne le pivot des
- petits arbres d’horlogerie.
- Sénégal
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- GRANDES USINES.
- Galam et autres froments n’ont pu le remplacer. On en récolte deux espèces, le gros et le petit ; le gros mil est à peu près du volume d’un grain de chanvre légèrement jaunâtre.
- Le gros mil peut donner jusqu’à 44 pour 100 d’alcool à 95 degrés sans couleur ni arrière-goût; il est distillé à Hambourg; on a essayé aussi une fabrication d’amidon avec ce grain, et le rendement était d’environ 61 pour 100,
- Le petit mil, dont le grain est beaucoup plus petit, sert à préparer le couscous, qui est la nourriture des naturels. Dès l’aurore, les femmes et les filles pilent dans un grand mortier fait d’un tronc d’arbre le grain qu’elles vannent ensuite : c’est là leur occupation continuelle, sujet de chants et de comparaisons interminables. 11 y a quelques
- VJ. a
- années, un progressiste avait importé un moulin à mil qui marchait très-bien, mais il y eut une véritable émeute des maris qui criaient à tue-tête : « Qu’est-ce que nous allons faire maintenant de nos femmes toute la journée, quand elles n’auront plus à battre le mil? »
- Cette raison convaincante fit fermer le moulin, et par le retour aux vieilles habitudes les femmes rentrèrent dans l’ordre accoutumé. On ajoute au mil quelques émulsifs, entre autres les feuilles de baobab réduites en poudre, ou bien du ghoui ; la poudre de Y Adansonia digi-tata sous le nom d’aloo est surtout employée à cet usage.
- J’ai oublié dans l’énumération des matières oléagineuses les graines de cucurbitacées : citrouille, melon 9 pastèque, qui, sous le nom de beraf ou graine de Jombosse, donnent par la pression une huile comestible.
- U en est de même en France depuis trois ou quatre ans : cette graine de citrouille est recueillie et utilisée par les bonnes femmes de Touraine privées par la gelée des noyers de leur huile de noix favorite, et qui, dans leur mépris de l’huile d’olive, aiment encore mieux essayer de l’huile de citrouille ;
- Le café vient bien au Sénégal; il y est récolté non plus sur un arbrisseau, mais sur un arbre de 10 à 12 mètres de haut qui a le port et l’aspect de nos peupliers. Ce café est connu dans le commerce sous
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- EXPOSITION D’AMSTERDAM.
- ♦
- le nom de Rio-Nunès, et se vend jusqu’à 350 francs les 400 kilogrammes, tant il est estimé par les amateurs qui le connaissent. L’année dernière, de grandes affiches et des voitures-annonces
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- représentant des nègres se délectant à boire une liqueur noirâtre, portaient en lettres majuscules le mot CASSE-CAFÉ auquel personne ne comprenait rien. Ces annonces ont disparu de la circulation, et je ne sais ce qu’est devenue cette spéculation dont M. de Nozeilles vient de m’expliquer le mystère. La graine d’une papilionacée
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- connue sous le nom de Cassia occidentalis, après avoir été torréfiée, donne absolument l’odeur et la saveur de la graine elle-même. Bien plus que la chicorée, cette graine servirait à tromper l’imagination des personnes chez lesquelles l’habitude de boire après les repas une liqueur noire et amère est devenue une manie tyrannique; j’ai senti et goûté cette graine, ce n’est pas beaucoup plus mauvais que du mauvais café. Il paraît qu’elle est assez saine, à l’exception de ses qualités emménagogues qui pourraient avoir quelques inconvénients pour l’augmentation de l’humanité.
- Le règne minéral donne surtout de l’or qui est recueilli dans le sable des rivières à l’état de paillettes ; il n’a pas encore été trouvé de gîte à pépites ; le plus beau est l’or de Galam, verdâtre, très-pur et maniable.
- Dans le pays de Falémé, on trouve dans l’argile, et j’y ai vu de mes yeux de petites granulations de mercure natif. M. de Nozeilles ne semble pas croire à la présence naturelle de ce mercure ; d’après lui, ce métal est dû au naufrage de quelque barque apportant du mercure, à des exploitants de sables aurifères ; il se pourrait que les nègres aient vidé les bouteilles de fer et aient répandu le mercure sur l’argile.
- Le règne animal fournit de l’ichthyocolle, de l’huile de poisson
- »
- et des écailles blanches, pouvant faire un très-bel apprêt. Ces écailles
- remplissent un des bocaux favoris du conservateur fort irrité contre
- *
- les apprêteurs de satin blanc qui n’utilisent pas une si belle matière.
- Naturellement beaucoup d’ivoire, de plumes d’autruche et de marabout. Une quantité d’oiseaux de parure aux couleurs les plus belles.
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- GRANDES USINES.
- Enfin un commerce important d’oiseaux dé volière qui ornent toutes les collections ornithologiques de l’Europe. Le tannage des peaux de serpents et surtout de crocodiles semble se développer; la peau de crocodille avec ses dessins quadrillés sert à faire divers objets, porte-cigares , porte-monnaie assez élégants.
- Une vitrine renferme des tissus intéressants fabriqués avec le coton
- *
- du pays, teiuts avec l’indigo local ; — le métier à tisser des Sénégalais
- %
- est très-étroit; il leur faut recoudre l’étoffe bande à bande pour en constituer des vêtements. Les teinturiers locaux ont une singulière manière d’obtenir des réserves blanches sur fond d’indigo ; c'est en liant très-serré l’étoffe par petits boutons qu’ils préservent de la teinture la base du bouton ainsi formé. Après teinture, ils coupent tous les fils ; le bouton s'aplatit, et l'étoffe bleue apparaît couverte de petits anneaux blancs.
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- *
- * *
- En descendant vers l’équateur, la France domine un autre territoire
- »
- connu sous le nom de comptoir du Gabon (a). C’est le pays où l’on rencontre des gorilles dont un bel exemplaire empaillé par M. Charron de
- (a) Situé dans le golfe de Guinée, à l’extrémité de celui de Biafra, sur la côte qui porte son nom, ce comptoir, sis par 0° 30' de latitude nord et 70° 6' de longitude est, a été établi sur la rive droite de la rivière du Gabon 6ur un terrain cédé à la France par le chef Louis, en vertu d’un traité conclu le 48 mai 4842.
- Cette possession s’est complétée par la cession du territoire du cap Lopez, qui nous a été consentie, le 1er juin 4862, par le roi et par les principaux chefs de ce pays. Plus récemment encore, les chefs de Sangataug et d’lsmambeys, anciens foyers de traite, ont reconnu notre souveraineté. Cet exemple a été suivi par ceux de la rivière Danger et des Iles Elobey. points situés au nord du Gabon.
- L’estuaire du Gabon forme une magnifique rade de 21 milles de longueur sur une largeur moyenne de 8 à 40 milles, qui peut fournir un abri silr à un bon nombre de navires. Il reçoit plusieurs rivières, dont les principales sont celles de Como et de
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- EXPOSITION D’AMSTERDAM. 55
- *
- Nantes est offert à la curiosité des visiteurs de la section coloniale fran-çaise. C’est une bête d’aspect assez terrible, bien qu’elle ressemble à un homme dans son ossature principale. Ayant le pouce opposable à ses quatre membres, le gorille peut grimper facilement pour se mettre à l’abri et se lancer avec la même aisance contre ses adversaires. Ses mâchoires très-fortes et très-bien armées doivent lui permettre de broyer les plus dures amandes et de déchirer les chairs les plus tenaces.
- Il est vrai qu’il semble avoir très-peu de cervelle, mais réellement son
- É _
- aspect presque humain est bien fait pour nous donner quelque
- modestie : venons-nous de ce frère poilu ou retournons-nous vers lui? il y a là matière à réflexion.
- i
- La collection des bois du Gabon est curieuse : on y voit l’ébène noir et serré, tellement commun qu’il ne se vend pas plus de 250 francs la tonne sur la côte du Gabon. A côté, le santal rouge d’Afrique, bois d’un beau ton, mais employé surtout lorsqu’il est réduit en copeaux par la teinturerie.
- •i
- La malachite et surtout l’ivoire (a) sont des objets précieux; les cornes d’antilope, la cire d’abeille, l’écaille de tortue, forment également des articles d’exportation.
- Un caoutchouc un peu inférieur fournit environ 400 tonnes à
- l’Europe ; mais ce que le Gabon pourrait surtout donner au grand com-
- ’ # *
- merce, ce sont les matières oléagineuses, telles que l’huile de palme,
- «
- *i i,
- Rhamboë. Le premier, qui reçoit le tribut des eaux du Bogoé, se déverse dans le Gabon un peu au-dessus de la rivière de Rhamboë. Celle-ci se jette dans le même estuaire (sur la rive gauche), au point dit Chinehiva, centre du commerce de celte partie du pays. Le vague des limites de la Guyane française ne permet’ pas de déterminer exactement son étendue. On peut dire seulement que la longueur de ses côtes, depuis le Maroni jusqu’à la rivière Vincent-Pinçon, est de 500 kilomètres, sur une profondeur qui, poussée jusqu’au Rio Branco, affluent des Amazones, ne serait pas moindre de 4 ,200 kilomètres, et donnerait alors une superficie triangulaire de plus de i 8,000 lieues carrées. La superficie des 44 quartiers de la colobie donne un ensemble de 1,308,739 hectares.
- (a) Défense d’éléphant. L’ivoire provenant du Gabon et de ses dépendaGces est connu sous le nom à’argent gris; il conserve sa blancheur quand il est exposé à l’air ei ne devient jamais jaune en vieillissant ; c’est la qualité la plus recherchée sur les marchés. Il vaut sur place 8 fr. 75 à 44 fr. 25 les 500 grammes. On en exporte environ 25,000 kilogrammes par an.
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- GRANDES USINES.
- dont le brou de la noix rend jusqu’à 71 pour 100 de son poids d’une huile alimentaire quand elle est fraîche; l’amande de cette noix donne 47 pour 100 d’une graisse blanche excellente pour la savonnerie fine.
- Deux sapotacées, le Bassia Djave et le Bassia Noungou, rendent jusqu’à 56 pour 100 de graisse comestible quand elles sont fraîches.
- M. de Nozeilles me fait sentir et goûter du Dika, chocolat du
- Gabon, dont les habitants consomment de très-grandes quantités
- . «
- pour assaisonner leurs bananes cuites; la saveur et l’odeur ressemblent beaucoup à celles du vieux chocolat légèrement ranci, et l’aspect
- *. *
- est celui d’un nougat terni. Il faut toute l'autorité qu’a prise sur moi notre honorable conservateur et l’exemple qu’il me donne d’abord, pour me décider à mettre dans ma bouche ces matières inconnues^ et je ne conseillerais à personne d’en faire autant en son absence, car à côté du bocal à chocolat je lis sur le bocal voisin le mot strychnos ou atchimé, graine toxique; Stropkantus hisphidus (a), inée ou onaye, et un certain nombre d’autres graines destinées à empoisonner les flèches ou à servir de poison d’épreuves.
- Il paraît que les peuplades africaines ont conservé le jugement de Dieu par l’épreuve d’un poison qui vous tue quand vous êtes coupable, et si vous êtes innocent, ne vous donne que de légères coliques.
- Des mauvaises langues prétendent que les prêtres chargés d’administrer le poison ont l’âme assez vénale pour vous administrer, en payant, des contre-poisons qui vous tirent d’affaire, mais il ne faudrait pas trop s’y fier.
- (a) Apocynées. — Stropkantus hisphidus. Vulgo inée ou onaye. La poudre agglutinée des graines pilées sert à empoisonner les flèches en bambou des Fans ou Pahoums. Ce poison a été étudié pour la première fois en 4865 par le docteur Pélikan, de Saint-Pétersbourg, sur un échantillon fourni par l'exposition permanente des colonies françaises. Depuis, MM. Sharpey et Fraser en Angleterre, et en France, MM. Carville et Bâillon, E. Hardy et N. Gallois, en ont fait l'objet de travaux étendus. Tous ces auteurs l’ont classé parmi les poisons du cœur les plus énergiques. Son action toxique est beaucoup plus rapide sur les mammifères que sur les animaux à sang froid. Lorsqu’on injecte sous la peau ou dans les veines d’un animal supérieur une solution de graines d’inée, on voit, disent MM. Gallois et Hardy, l’animal présenter des troubles de la respiration, des vomissements, de l’affaiblissement allant quelquefois jusqu’au sommeil
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- et à la résolution musculaire ; puis la mort.
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- Le Gabon possède une race d’arbres à café extrêmement précieuse, c’est le café Monravia à très-gros grains, produit par un arbre de dix à quinze mètres de haut, et qui n’est pas sujet comme les arbustes cultivés , jusqu’à présent, à la maladie qui les tue comme le phylloxéra tue la vigne ou comme le doryphora tue la pomme de terre. Les Hollandais et les Anglais importent tous les ans dans leurs colonies le plus de jeunes plants possible de ce Monravia pour repeupler leurs caféières épuisées.
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- Ici nous travèrsons l’Atlantique, et, avant de passer dans l’océan Indien et de là dans le Pacifique, nous irons sur le continent où l’on a bien voulu nous laisser Cayenne dont nous avons fait un lieu de transportation.
- Les marais, les rivières, les lacs, les forêts vierges de la Guyane ont été souvent décrits, et les descriptions n’engagent pas nos nationaux à aller en vérifier la véracité. Un attrait puissant les attire cependant, c’est l’or dont la récolte devient chaque année plus abondante, et non pas seulement en poudre et en paille, mais en pépites et en quartz riches dont les produits, sans avoir l’importance des pyramides australiennes et californiennes, commencent à former de notables richesses.
- A côté du précieux métal, tout disparaît en quelque sorte; cependant la Guyane peut donner d’abord le caoutchouc de YHevea Guyanemis, très-bonne sorte, très-recherchée, dont cent arbres âgés de dix ans peuvent fournir pour environ 80 francs par jour; puis une autre gomme, sève laiteuse du Mimusops balata, semble destinée à un grand avenir, si les qualités qu’on lui prête sont reconnues par l’expérience industrielle, On sait en effet que pour la plupart des
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- usages électriques il est nécessaire que le fil soit isolé par une enveloppe de gutta-percha qui le met à l'abri complètement de toute
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- influence extérieure, pour conserver inaltéré l’état électrique déterminé dans le cuivre.
- Or, les industries électriques augmentant indéfiniment, et la gutta-percha véritable ne se cultivant pas agricolement, les végétaux qui la fournissent sont menacés de disparaître. 11 ne s'agit plus, comme autrefois, de fendre l’arbre et d’en récolter, en bon père de famille,
- la sève laiteuse sans tuer la plante, mais de couper et de tronçonner
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- le bois pour en tirer par pression tout ce qu’il est possible d'en extraire. Aussi cherche-t-on de tous côtés des succédanées végétaux ou minéraux, pouvant remplacer la gutta-percha au point de vue dialectrique. La question est extrêmement difficile; car si quelques matières donnent à première vue une étanchéité électrique suffisante, on a remarqué qu’avec le temps elles se dessèchent, se pulvé-
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- risent, deviennent perméables à l’humidité et, par conséquent, per-
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- deut toute qualité dialectrique.
- La fabrication d’un câble et sa pose sous-marine ou souterraine sont tellement dispendieuses que l’on y regarde avec raison avant
- de faire l’essai d’une matière nouvelle, quelle que soit la bonne appa-
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- rence de son premier abord. La gutta-percha de première qualité seule a pour elle l’expérience de longues années d’usage, sans qu’il s’y soit produit des décompositions moléculaires.
- On sait quel est l’effet de dévitrifications qui détruit certaines vitres que la cristallisation désagrégé (ce qui arrive par exemple et plus rapidement pour le sucre d’orge). Eh bien, la bonne gutta-percha reste à l’état pâteux et élastique véritablement analogue à l’état vitreux, sans se laisser réduire en poussière et désagréger par le temps. D’après M. de Nozeille, il en serait de même de la gutta Balata; il m’en montre des plaquettes, et me fait remarquer combien elles sont restées souples, bien qu’elles soient exposées depuis vingt ans à toutes les intempéries de l’air dans le musée permanent des produits coloniaux. Je signale cette particularité à
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- M. Richard, l’habile directeur de là grande câblerie de Besons,
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- ancienne usine Ratier, devenue, depuis quelque temps, la propriété de la Société générale des téléphones.
- Je trouve à ce sujet dans les comptes rendus des travaux de la Commission de surveillance de l’exposition permanente des colonies une note très-intéressante comme tout ce qui est publiée par cette Commission :
- La consommation de la gutta augmente chaque jour, ainsi que celle du caoutchouc. La Commission s’est préoccupée de cet état de choses, et elle a recherché ce que nos colonies pourraient, actuellement, fournir de ces carbures d’hydrogène isomères.
- Elle a constaté que la Guyane peut donner en grandes quantités le produit appelé sève de Balata, — gutta-percha de Surinam. La sève de Balata est fournie par le Sapota Mulleri (Bleck), Mimusops Balata (Gaert) ; elle tient le milieu entre le caoutchouc et la gutta-percha.
- On y trouvé également le caoutchouc provenant de YHevea Guyanensis (Euphorbiacées).
- Un arbre de la famille des Morées et du genre Ficus donne un produit particulier connu sous le nom de gomme extensible, que l'on peut recueillir en abondance et qui paraît avoir quelques-unes des propriétés de la gutta-percha.
- Enfin, on a signalé au Brésil un certain nombre de plantes pouvant donner un produit analogue à la gutta-percha, le Mimusops A lata, plusieurs Lucnma et Chrysophyllum. Tous ces arbres appartiennent à la famille des Sapotacées; s’ils ne se rencontrent pas à la Guyane, leur introduction sera facile.
- La Martinique et la Guadeloupe n’ont à l’Exposition permanente aucun spécimen de caoutchouc ou de gutta-percha, mais la culture, dans ces colonies, des arbres producteurs est chose très-possible.
- Au Sénégal, on récolte depuis plusieurs années dans le Gayor, dans le Diander, dans le Rio-Pongo, etc., un caoutchouc provenant d’une Apocynée On y rencontre également un produit fort intéressant fourni par un Ficus et connu sous le nom de gomme de Kell, gutta-percha du Sénégal.
- Du Gabon, il s’exporte annuellement de grandes quantités d’un caoutchouc fourni par un arbre du genre Landolphia (famille des Apocynées).
- A la Réunion, on peut avoir le caoutchouc du Siphonia elastica (famille des Euphorbiacées), ainsi que celui du Vahea Madagascariensis (Apocynées).
- 11 existe également dans cette colonie divers Imbricaria (famille des Sapotacées) dont la sève est employée à la préparation de glu pour la chasse et devrait être étudiée au point de vue qui nous occupe.
- On a reçu de Sainte-Marie de Madagascar un spécimen de caoutchouc indiqué comme provenant d’une Apocynée.
- Dans l’Inde, on trouve un arbre appartenant à la famille des Sapotacées
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- et du genre Isonandra, genre dans lequel sont rangés les arbres à gutta-percha de l’archipel Indien et de l'Indo-Chine, Ylsonandra acuminata.
- L’Exposition permanente possède des échantillons de produits assez nombreux présentant des analogies avec les carbures en question et fournis par :
- Le Calotropis gigantea et le Cynanchum viminale, de la famille des Asclé-piadées;
- Et par les Euphorbiacées ci-après : E. tortilis, antiquorum, triangularis, quadrangularis et tirucalli, ainsi que par le Macaranga tomentosa et le Pedi-lanthus tithymaloïdes, dont les gommes mettent le fer à l’abri de l’oxydation.
- De nombreux Ficus existent également dans l’Inde.
- Signalons enfin un spécimen de caoutchouc envoyé de la Nouvelle-Calédonie, sans indication de provenance.
- En Cochinchine, M. Pierre signale d’une façon toute particulière comme donnant un caoutchouc sans rival, une liane de la famille des Apocynées, YEcdysanthera glandulifera, très-abondante dans les provinces de Baria, de Bienhoa, à Phuquoc, Poulo-Condore et dans plusieurs provinces du Cambodge.
- Cette liane se multiplie de boutures avec une très-grande rapidité.
- L'Hevea Guyanensis a été introduit depuis plusieurs années dans la colonie; il ne s’agit que d’en propager la Culture.
- La famille des Apocynées donne encore d’autres plantes d’une importance moindre, savoir : IVillugbeia sp.f liane très-vigoureuse déjà introduite à Saigon -, le Beaumontia grandijlora, liane très-répandue, à belles fleurs ornementales.
- Parmi les arbres à gutta-percha, on doit signaler en première ligne le Dichopsis Krantziana découvert par M. Pierre dans les forêts du Cambodge, où il porte ainsi que son produit le nom de Thior ; les Annamites le nomment Chay.
- D’après le même auteur, il existe encore un grand nombre de Sapotacées indigènes à expérimenter, entre autres :
- Le sang-dao, Bassia atteignant 15 à 20 mètres de hauteur, commun le long du Dong-nai, et sur les montagnes de Baria, etc., donnant un suc laiteux abondant.
- Le Mimusops Kauki {L.), suc laiteux abondant.
- Le Chrysophyllum Roxburgii, le Sideroxylon Dongnaiense {Pierre), arbre très-épineux à la base et suc également fort abondant.
- Sideroxylon Cambodgianum {Pierre), abondant dans les provinces occidentales du Cambodge.
- Le mode de préparation de la gutta-percha influe considérablement sur sa valeur vénale. Ce n’est pas par une véritable coagulation sous l’influence de la chaleur que se forme le produit commercial, mais par l’évaporation de la partie aqueuse du suc recueilli.
- La Commission a recommandé d’étudier les essences existant déjà dans les colonies et qui paraîtraient pouvoir fournir des produits similaires de la gutta-percha. Elle a particulièrement insisté sur la sève de Balata de la
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- Guyane, dont un envoi a été demandé par le département, en vue de nouveaux essais sur cette matière. Elle a également prié d'examiner, au Sénégal, la gomme de Kell, dont elle compte demander un envoi assez important pour pouvoir servir à des expériences.
- Des matières tinctoriales, le rocou, des caféières sans extension , certaines qualités de cacao, dont la fève est renommée pour son onctuosité, puis des oléagineux dont les graines se perdent par la nécessité où l’on serait de les exploiter sur place à cause de leur défaut de conservation, des citrons en abondance, pourraient être exploités commercialement, mais la population agricole est trop peu nombreuse pour que ce commerce de végétaux puisse devenir important.
- L’exploitation des forêts donnerait d’excellentes traverses essayées sur le conseil de M. Laparent et ayant très-bien réussi sur le chemin de fer de l’Ouest; l’un de ces bois, dits angélique, est, sur l’étagère de la section française, un bel échantillon de matière ligneuse, fort élastique et résistant; il n’est pas si lourd que la plupart des bois de la Guyane, qui seraient très-utilement employés pour la richesse et la variété de leurs nuances, dans la construction des wagons, ameublements, boiseries et marqueteries. La collection de M. de Nozeilles est riche et variée. 11 me montre de l’Amaranthe d’un beau violet, — du Yacapou dont les dessins figurent un épi de blé, — un bloc de Lettre mouchetée dont le nom donne la description, — des Satinés rouges et autres essences précieuses rangées en petites billes sur les étagères ou bien assemblées en panneaux et en portes pour bien en montrer la perfection.
- Puis viennent les oiseaux de toutes couleurs dont on orne les chapeaux de femmes, peu de produits fabriqués, quelques étoffes, quelques rares pièces de céramique assez insignifiantes et des objets d’usage dont un seul me semble digne d’être signalé.
- C’est une presse à manioc véritablement originale que je vais essayer de décrire, quoique cela ne soit guère facile* L’usage de cette presse consiste à faire sortir des râpures du Jatropha Manihot le suc vénéneux
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- qui se dissout heureusement dans un premier lavage indispensable, et pour cela il faut exercer une pression progressive tout en laissant, sur tous les points, échapper par des mailles le jus vénéneux de la racine râpée. L’analogue de cette opération se retrouverait dans la fabrication domestique de la confiture de groseille^ ou l’on tord les fruits dans un linge, ou dans l’extraction du miel par la torsion des gâteaux dans un sac.
- L’outil composé par les Guyanais est plus commode : c’est un tissu d’écorce creux comme un long cornet dans lequel on empile la râpure de manioc. A l’une des extrémités est une anse pour le fixer à une branche ou à une cheville. A l’autre extrémité un anneau permet de tirer dessus énergiquement.
- Les fibres sont entre-croisées de manière à laisser s’élargir le cornet lors de l’empilement des ràpures ; mais si l’on tire vigoureusement sur l’anneau, le tissu se rallonge en reprenant sa position première, la cavité se diminue, l’eau emprisonnée, fortement chassée par ce rapprochement de l’enveloppe, s’écoule graduellement par les interstices, et quand le tube est tout à fait revenu à sa longueur première, le manioc est desséché et assaini, bon à étendre sur la plaque chaude qui, le desséchant, va en faire le pain des Guyanais.
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- La Martinique et la Guadeloupe sont tellement connues, leurs produits en sucre, en café, sont tellement appréciés par le commerce, qu’il n’y a pas grande nouveauté à dire à leur sujet, sinon que le rhum de nos Antilles a été, en i 878, honoré d’autant de médailles d’or que les sortes les plus estimées de la Jamaïque, que nos fabriques de sucre s’assimilent tous les progrès mécaniques les plus perfectionnés,
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- et qu’il est bien regrettable qu’on laisse tomber à la Martinique la culture du tabac, autrefois si célèbre sous le nom de Macuba.
- Mais il paraît qu’on a voulu imposer à cette culture les mêmes règlements qui la régissent en France, et alors les cultivateurs s’en sont dégoûtés.
- Les Antilles françaises furent le berceau du coton, dit longue soie, et, dans la seule Guadeloupe, l’exportation s’en élevait à sept cent mille kilogr. en 1803; mais peu à peu, l’introduction d’espèces plus grossières modifia la qualité, et ce fut la Caroline du Sud qui hérita de la vogue dont avait joui le coton des Antilles.
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- Les îles de Saint-Pierre et Miquelon ont une belle exposition d’huile de foie de morue; plusieurs bocaux portent le nom de la sœur Victoire. Ces huiles ont en ce moment une grande faveur dans la consommation française; elles seraient une sorte de panacée universelle, surtout pour les enfants; on est arrivé à retirer à l’huile son odeur, sa couleur et sa saveur, de sorte qu’elle peut être absorbée sans dégoût, mais peut-être aussi sans effet.
- L’huile préparée au bain-marie, au mois de mai, avec les foies maigres et frais devrait être préférée à toutes les autres, si l’on pouvait être sûr d’un véritable certificat de provenance. A cette époque, il faut huit livres de foie pour donner un litre et demi d’huile; en juillet, la même quantité produit trois litres et en donne quatre en septembre. Les huiles brunes, justement repoussées de la consommation, viennent des foies qu’on empile et qu’on laisse fermenter dans des tonnes sur les ponts des navires, pêle-mêle avec des foies de diverses provenances; mais si ces huiles ne sont pas
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- bonnes en thérapeutique, elles sont recherchées pour le corroyage et la mécanique.
- M. de Nozeilles nous signale une matière végétale qui, sa réputation étant justifiée, pourrait rendre de bien grands services à notre pauvre race humaine. On sait combien la goutte fait souffrir, et sous combien de formes elle exerce ses ravages; il paraîtrait qu’une plante, le sarracenia pur purea, qui tapisse toutes les tourbières des lies Saint-Pierre et Miquelon, atténuerait beaucoup, et même ferait disparaître les atteintes de la goutte ; des essais auraient été faits et suivis de succès. Nous signalons cette plante à nos thérapeutistes. On dit aussi que cette plante aurait une action dans la variole, mais M. de Nozeilles croit qu’il n’en est rien; quelques taches piquetant les feuilles auraient donné lieu à ce préjugé.
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- Laissons l’Atlantique, et pénétrons dans la mer des Indes. Nous n’avons pour cela qu’à nous asseoir devant la vitrine où l’île de la Réunion, ancienne île Bourbon, expose ses produits. Sa situation en face de Madagascar appelle sur elle l’attention en ce moment, et les membres du Parlement envoyés par la Réunion jouent un rôle important dans notre politique. Mais ils n’ont pas encore daigné venir eux-mêmes voir ici les produits de leur pays natal.
- A en juger d’après ses produits, l’île serait très-fertile et donnerait lieu à différents produits susceptibles de développement lucratif. Il n’est pas jusqu’au géranium qui, transplanté à la Réunion, n’ait donné naissance à un commerce important. L’essence du géranium récoltée à la Réunion est d’une odeur exquise, qui rappelle la rose avec assez d’intensité pour pouvoir la remplacer.
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- La vanille s’y 'cultive en quantités considérables, si bien qu’il s’en exporte jusqu’à trente mille kilogr. par an. La vanilla aromatica est une orchidée dont la fécondation est difficile, et où la nature doit être aidée, soit par les insectes qui se chargent de transporter le pollen à l’ovaire, soit même par les cultivateurs. Cette culture est très-épuisante, et la plante est sujette à des maladies suivies d’une invasion de parasites destructeurs, nommés baclerium putredines. La préparation des gousses demande des soins méticuleux pour amener la vanille à l’état commercial; coupée verte, préparée soit par la chaleur directe, soit par lümmersion dans l’eau bouillante, séchée dans les couvertures pliées et dépliées plusieurs fois, elle prend un beau ton brunâtre et se couvre de givre d’acide benzoïque.
- L’invention récente de la vaniline, qui reproduit si exactement la saveur et l’odeur de la vanille, n’est pas encore ^arrivée à nuire à la vente de la précieuse orchidée.
- Les cafés de la Réunion, connus sous le nom de café Bourbon, sont très-recherchés sur tous les marchés européens à cause de la ressemblance et presque de l’identité avec le véritable moka. Le thé et le cacao viennent bien dans l’île de la Réunion. Ainsi que le constatent les échantillons de la section française, le sucre de tous grains y est abondant, il est obtenu par les dernières méthodes dans des usines à vapeur du dernier modèle.
- Un exposant nommé Lacaze a développé depuis quelque temps un grand commerce de fruits conservés. Ce sont surtout les ananas qui se vendent très-bien à Paris. A coté d’eux nous voyons dans sa vitrine des bananes, des pommes Cythère et d’autres fruits dont la saveur différente et plus énergique réveille le goût des Européens. M. Lacaze expose aussi des pikies.
- Les textiles de la Réunion sont abondants; les chapeaux, porte-cigares, sacs et couffins montrent de jolis échantillons en diverses pailles fines et en écorce de latanier. Les filasses de l’agave nous paraissent cependant un peu sèches.
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- Il y a quelques années on avait cru trouver une fortune en rencontrant sur une partie du littoral comprise entre Saint-Leu et l’Étang Salé des sables métallifères très-favorables à la production de l’acier. Malheureusement le transport en est extrêmement onéreux, et l’état pulvérulent ne se prête ni à la facilité du déplacement ni aux opérai lions métallurgiques. Pour bien utiliser ces sables, il faudrait découvrir de la houille dans l’île et les traiter sur place.
- Le quinquina de la Réunion commence à devenir commercial; le tabac y jouit d’une bonne réputation, et le coton était autrefois célèbre.
- Enfin, pour terminer, M. de Nozeilles me montre un nid de salanganes, mets si recherché par les Chinois ; ces hirondelles préparent leur ponte dans l’escarpement des grands torrents qui sillonnent Elle; mais ces nids sont tellement chassés, que les hirondelles ont à peine le temps de les reconstruire, et que les nids finissent par perdre peu à peu la qualité mucilagineuse qui les faisait rechercher.
- Ne quittons pas la Réunion sans parler des trois violons exposés par la fabrique d’instruments de musique qui s’y développe et dont l’un est en bois de zèbre.
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- Notre section coloniale indienne est loin d’avoir en superficie l’étendue des possessions hollandaises ou anglaises. 4
- On semble ne nous avoir laissé que par condescendance pour notre ancienne puissance coloniale et en quelque sorte pour nous payer d’avoir été les pionniers de l’Europe, quelque coin d’atterrissement où l’on veut bien nous tolérer.
- Suivant l’expression d’un des esprits des plus distingués de noire administration coloniale, ce sont presque uniquement des stationnaires amarrés à la côte, plutôt que de véritables territoires. C’est surtout dans les Indes orientales, au bord de l’immense presqu’île de
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- PHindoustan, que peut se remarquer surtout notre peu d’importance ; et cependant nos établissements comprennent encore 49,622 hectares de superficie, en remontant de Karikal à Chandernagor, sur le ' golfe du Bengale, et en se contentant, à l’ouest de Mahé, de la factorerie de Surate et de ce qu’on appelle « des loges » consistant en une maison, avec un petit territoire habité par des Indiens et où on laisse flotter notre pavillon.
- Quelques-unes de ces loges, comme Masulipatam, par exemple, reçoivent des sommes plus ou moins fortes, que payent les Anglais en échange de certaines restrictions commerciales.
- Le mouvement maritime commercial est centralisé dans les ports de Pondichéry, Karikal et Mahé, où le mouvement se fait surtout sur les matières oléagineuses et tinctoriales.
- Nos établissements de l’Inde sont représentés à Amsterdam par de précieuses collections, qui mettent bien en valeur et les produits du sol et les objets manufacturés qui sont renfermés dans des vitrines bien classées.
- Je remarque d’abord tout un lot de bois utilisés dans le pays, mais ne donnant pas lieu à un grand commerce avec la mère patrie. L’un d’entre eux, célébré dans tous les récits de voyages, est le teck, dont il existe plusieurs variétés. Ce bois est renommé pour sa force et sa durée. Il est souvent question de navires construits en bois de teck et qui durent depuis plus de cent ans.
- Un autre arbre connu sous le nom de casuarina est d’une extrême dureté qui le rend même difficile à travailler. Son tronc s’élève à plus de 30 mètres et est excellent pour la charpente et la menuiserie. Un autre bois dit bois de bith, d’un grain fin et serré, résiste très-longtemps à l’usure même comme soc d’araire.
- Les matières textiles sont communes : la bourre de coco sert à la fabrication de câbles et de cordages dont le territoire de Yanaon produit à lui seul plus de sept cent mille kilogrammes annuellement : à Chandernagor, ce sont les fibres de jute dont on fait des sacs, des cordes et certains tissus qui commencent à entrer dans l’assortiment
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- des étoffes à meubles. Les ouates végétales sont également très-com-; munes et très-employées. Une graminée connue sous le nom de vetyver, et qui n’est guère employée en France que comme désinfectant, sert dans l’Inde à tisser des stores qui, imbibés d’eau, rafraîchissent, en l’embaumant, l’air des habitations.
- Un produit végétal donne lieu au plus fort commerce intérieur, la noix d’areck, non pas que son usage soit bien utile; mais, comme toutes les manies humaines, il subvient à une habitude dont la satisfaction est aussi impérieuse que celle de fumer.
- Les naturels du pays roulent une pincée de chaux vive dans une feuille de bétel, et y joignent un petit morceau de noix d’areck, préalablement bouillie et préparée, pour faire du tout une sorte de chique qui entretient dans leur bouche la salive et la fraîcheur.
- . Les matières tinctoriales sont renommées : les curcuma, les racines de morinda, et le sayaver (Oloenlandia umbellaia), qui donne leur beau rouge aux tissus de Madras, intéresseront tous nos teinturiers.
- Quant à l’indigo, il est trop connu pour que nous nous étendions
- sur sa culture et sa fabrication (a).
- ,
- Les matières oléagineuses donnent lieu à un commerce assez considérable pour qu’on exporte annuellement de nos établissements de l’Inde plus de douze millions de litres d’huile par année : cette huile
- (a) Indigo en pains préparé avec les feuilles vertes. (District de Pondichéry.) Indigo en pains préparé avec les feuilles sèches. (District de Pondichéry.) Indigo en pains fabriqués par infusion dans l’eau bouillante. (District de Pondichéry.) Indigos Madras, du district de Pondichéry. Indigo en pains de Nourounygapakam, de Cuddapag, de Ville— nour et de Bàhour. Toutes ces variétés sont exposées par M. Ch. Poulain, de Pondichéry. Indigo en pains exposé par M. Hecquet (2 variétés). Indigo en larmes (qualité ordinaire et basse qualité). Indigos en pains de diverses provenances. Exposants : Almaric et Cw à Pondichéry. Indigo préparé à la vapeur. Exposant : Jablin à Yanrn. Indigos Madras de Cuddapah et de Karika!. Exposant : Comité de Pondichéry.
- Il n’y a guère plus de cent ans que la culture de l’indigofère a été introduite dans le sud de l’Inde, et c’est du commencement du siècle que datent les premiers essais d’indigo 6n. Nos produits sont connus dans le commerce sous le nom d’indigo Madrés et servent presque en totalité à la teinture des toiles bleues dites Guinée, employées comme moyen d’échange dans les transactions au Sénégal. C’est une industrie considérable, tant par le nombre de bras qu’elle emploie que par le commerce d’exportation auquel elle donne lieu.
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- est presque entièrement employée dans la savonnerie. Outre le coco, une sapotacée, « le Cassia longifolia », fournit une huile dite illoupé, très-recherchée par la savonnerie.
- Les bocaux de la section ne renferment pas que des matières inoffensives: le strychnos nux vomica peut y être étudié à côté du strychnos potatorum, qui, contrairement au terrible poison extrait de son voisin, est au contraire très-employé pour clarifier l’eau et purifier les vases qui la contiennent. ..
- Nos possessions ne sont pas très-riches en pierres précieuses; c’est à peine si l’on y rencontre quelques petits rubis utilisés par l’horlogerie.
- Comme produits fabriqués, Pondichéry expose à Amsterdam des toiles de colon teintes dites guinée (a), qui jouent un rôle très-important dans toutes les transactions de la côte d’Afrique : c’est la véritable monnaie, presque le seul objet d’échange au Sénégal et dans toutes ces régions avec lesquelles tout commerce serait impossible; c’est un tissu solide et d’une teinture justement renommée par sa fixité.
- Bien des imitations ont cherché à la supplanter. Pondichéry a en quelque sorte conservé le privilège de battre monnaie pour les populations noires.
- C’est une industrie considérable, qui emploie un grand nombre de bras. On compte sur le seul territoire de Pondichéry 9,491 hectares
- (a) Il existe actuellement trois grandes filatures sur le territoire de Pondichéry :
- La première, connue sous le nom de Savana, est située à Poudoupaléon : elle se compose de 46,000 broches et de 4§5 métiers à tisser la guinée; cet établissement, appartenant à M. Cornet, emploie 4,500 ouvriers.
- La deuxième, située à Oupalom, et appartenant également à M. G. Cornet, a 5,600 bro. hes et emploie 250 ouvriers. Ses produi s sont surtout employés à la fabrication, à la main, de guinéeset de toiles à voiles.
- La troisième, sous la raison socialejGouguillou-CheltyetC**, est située,à Kossépaîéon, se compose de 4,000 broches et emploie 200 ouvriers.
- Il existe, en outre, 2,702 métiers indigènes dans le seul district de Pondichéry, 2,000, à Karikal et 4,200 à Chandernagor.
- Là fabrication des mousselines de l’Inde a lieu à Yanaon ; elles coûtent de 30 à 35 roupies les 30 mètres (roupie à 2 fr. 50).
- Eq résumé, l’industrie de la filature et du tissage donne lieu, dans nos établissements à un mouvement commercial de 3,434,000 fr. et emploie plus de 40,000 ouvriers.
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- cultivés en indigofères, dont la production était évaluée en 1878 à trois millions sept cent soixante-dix-neuf mille trois cent trente kilogrammes de feuilles sèches : cent une indigoteries et quatre-vingt-onze teintureries servaient à teindre 415,723 pièces d’étoffe de seize mètres de long sur un mètre de large.
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- Si nos établissements de l’Inde ont peu d’étendue, il n’en est pas de même de nos possessions de Gochinchine, dont la superficie est d’environ 60,000 kilomètres carrés.
- Les produits exposés à Amsterdam donnent une idée favorable de l’habileté des Cochinchinois comme incrustateurs et fabricants d’ébé-nisterie; les plus beaux objets incrustés de nacre viennent du Tonkin.
- Les Annamites excellaient autrefois dans le travail du cuivre au repoussé; aujourd’hui ils se contentent de fondre tous les vases d’usage ou d’ornement dont les vitrines renferment les échantillons.
- J’essaye de partager l’enthousiasme que semble inspirer cette métallurgie barbare, mais c’est en vain ; je n’admire pas non plus les bijoux qui l’accompagnent, je préfère les éventails de plumes d’un beau coloris.
- Je signalerai à l’attention des importateurs une sorte de gelée extraite de plusieurs familles d’algues que l’on recueille sur les rochers; le gélidium spiniforme donne une matière nommée gélose ou mousse du Japon.
- Les échantillons que nous montre M. de Nozeilles se présentent sous forme debaguettes, minces, transparentes et d’unaspect chagriné ; la gélose se gonfle dans l’eau froide sans se dissoudre ; elle se dissout en entier dans l’eau bouillante, et par le refroidissement se raffermit
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- en gelée transparente dans laquelle on ajoute du sucre et des ingrédients aromatisés pour en faire une sorte de confiture consommée dans le pays.
- Il y a quelques années, une tentative a été faite pour vulgariser à Paris le nouvel aliment ; cette tentative semble ne pas avoir eu de succès.
- On s’est occupé aussi de faire avec de la gélose étendue en couches minces et desséchées une imitation de baudruche double pour les batteurs d’or; enfin M. Gantillon, apprêteur à Lyon, l’a essayée comme apprêt, soit pure, soit en mélange avec la gomme adragante. Il est probable qu’une diminution de prix de cette matière en répandrait l’usage.
- La vitrine de la Cochinchine renferme une collection très-intéressante de végétaux alimentaires naturels ou travaillés de différentes manières; on y voit du vermicelle fait avec une sorte de haricot, Phaseolus mungo, du vermicelle de riz et plusieurs espèces de ce dernier grain dont l’un, Yorieza glutinosa, très-propre à être transformé en vin et en eau-de-vie de riz consommée dans le pays.
- Dans d’autres bocaux, on expose des ailerons de requin et des tripans très-recherchés des gourmands chinois.
- Une autre industrie locale consiste dans la préparation d’une sauce nommée Nuoc-Mam, dont il se consomme dans nos possessions cochin-chinoises pour plus de deux millions de francs chaque année; on la fabrique avec des crevettes que l’on pêche par bancs au long des côtes et décomposées lentement dans le sel; cette sauce conservée sous terre pendant plusieurs années aurait, dit-on, la propriété d’affermir la santé de ceux qui en font usage pendant leur séjour en Cochinchine.
- La cannelle, le poivre, le gingembre et les autres épices se cultivent avec avantage dans ces régions fertiles dont l’insalubrité tend à disparaître, grâce aux travaux d’assainissement entrepris par le gouvernement français.
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- La vitrine sur laquelle estinscrit le nom de Tahiti rappelle à la mémoire les narrations un peu exaltées de nos marins, sous le règne de Louis-Philippe.
- A en croire leurs récits cythéréens, cet archipel de l’Océanie serait le véritable Paradis terrestre : les îles qui le composent dépasseraient en hospitalité les naïvetés des îles grecques de l’antiquité; peut-être y a-t-il un peu d’exagération.
- Les produits exposés semblent donner raison aux admirateurs de ces pays sains et fertiles qui ne connaissent pas les fièvres des pays tropicaux, et dont le sol fournit en abondance et presque sans peine tous les éléments de la vie.
- Les cocos, les oranges, le miel et la cire, le café, le cacao, les épices, les aromates et même le piper methysticum, que les naturels estiment fort comme antisyphilitique.
- Une sorte de champignon, eœcidia auricula Judœ, croît à l’état sauvage sur les troncs des vieux tamanus; il est très-demandé en Chine et à San-Erancisco; sur ce dernier point il se vend jusqu’à trois mille francs la tonne, tandis qu’il ne se vend que mille à Tahiti.
- Une industrie toute nouvelle consiste dans l’exploitation des tourteaux de noix de coco, après en avoir extrait l’huile. On les réduit en poudres plus ou moins fines, et, sous divers noms, on les vend à l’agriculture pour augmenter la ration des animaux d’élèves.
- Je n’ai pas été à même d’apprécier la valeur de ces prétendus succédanées du lait, mais dans le cas où les promesses des vendeurs seraient exactes, ce commerce deviendrait lucratif, car on compte dans l’archipel tahitien environ quarante millions de pieds de cocotiers.
- La noix du bancoulier, autre arbre très-répandu dans ces régions, donnerait aussi de très-grands produits, et pour son huile et pour
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- ses tourteaux ; mais elle est d’un travail difficile, à cause de l'adhérence de l’amande à la coque.
- Les matières textiles, entre autres le coton, s’y développent en belle qualité ; le pandanus, le bambusa arondinacea et le pia donnent de jolies lanières satinées servant à faire des tresses très-fines,et très-estimées.
- M. de Nozeilles me fait remarquer ces coquets vêtements à volants que portaient autrefois les Tahitiennes, et qui ont dû, pour beaucoup, contribuer à l’enthousiasme des navigateurs de 1840. Ce ne sont pas des tissus, mais des tapas, écorces d’arbre à pain et d’autres arbres, battues et préparées en jupons rappelant un peu les jupes espagnoles des Majas.
- Parmi les bois, je vois sur les étagères le tamanu, servant à faire de beaux placages; d’autres essences employées dans le pays fournissent à tous les usages locaux, et notamment le faifai, très-employé pour la construction des pirogues.
- En belle place dans la vitrine, sont les produits d’une industrie florissante dans l’archipel, la nacroculture; les huîtres de Tahiti et des îles voisines donnent des perles que l’on dit supérieures à celles de Ceylan, et des coquilles d’huîtres on obtient de la nacre le plus souvent de couleur foncée, mais à très-beaux reflets.
- Suivant la qualité, on en fait divers objets que se disputent des industries bien différentes : la bijouterie, la marqueterie et jusqu’à la fabrication des stucs. Ce sont surtout les Allemands qui pour ce dernier usage broient en poudre les coquilles qu’ils ne peuvent mieux utiliser.
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- L’exposition de la Nouvelle-Calédonie est surtout remarquable au point de vue minéralogique : les minerais de cuivre et de nickel y sont l’objet de. la curiosité générale, ainsi que le cobalt.
- Ce pays, en grande partie couvert de forêts, produit d’excellent
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- bois d’ébénisterie, de construction et de charronnage, mais le fameux santal, bois de senteur et d’ébénisterie, a disparu partout où les Européens ont pu l’atteindre; il a fallu en replanter. Ces essais, qui ont bien réussi, donneront dans quelques années des échantillons de ce bois précieux.
- L’agave, l’ananas, le bananier, le pandanus sont employés par les indigènes commes textiles, mais ne sont l’objet d’aucun commerce.
- Une autre plante, le quéchat, donne de jolis fils très-fius et très-résistants, recherchés pour la fabrication des filets de pêche.
- Les huiles et les résines y abondent; le sucre, le café, se trouvent exposés à côté des céréales européennes; blé, avoine, orge, seigle et sarrasin viennent bien dans ces pays, où poussent également le riz et le maïs.
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- De toutes les colonies françaises, la plus rapprochée de nous, la plus salubre, celle qui mérite tout l’intérêt de la métropole, l’Algérie, n’est pas comprise dans le département deM. de Nozeilles. Ses envois à Amsterdam sont concentrés dans un petit pavillon d’aspect modeste, élevé en face de la porte d’entrée de la section française de l’exposition des Beaux-Arts.
- Je trouve que l’on a été bien parcimonieux dans la dépense affectée à ce pavillon. L’Algérie s’étend sur 370,000 kilomètres carrés, et les céréales ensemencées couvrent annuellement trois millions d’hectares, blé, orge, avoine, maïs, beckna, sorte de sorgho; aussi c’est aux échantillons de céréales qu'est donnée la plus belle place par M. Desvallons, l’intelligent organisateur de celte exposition, qui n’a voulu recevoir dans sa petite salle que des objets propres à donner aux visiteurs une idée de la fertilité de l’Afrique française.
- Trop souvent, on nous a représenté l’Algérie comme une immense
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- fabrique de faux sequins, de pastilles du sérail, de colliers d’ambre et d’étoffes rayées laine et soie. Il n’est pas d’exposition où l’on ne' trouve dans tous les coins les échoppes où l’on met en vente cette camelotte orientale; il y en a même à Amsterdam, non loin de notre exposition de l’État français dont M. Desvallons les a soigneusement proscrits.
- Les blés exposés par l’Algérie sont de la plus grande beauté, et “ils expliquent pourquoi les Romains attachaient une si grande importance à conserver la Numidie et la Mauritanie. Ces blés forment deux classes : les blés durs èt les blés tendres.
- Les blés durs appartiennent aux espèces dufelle et polonielle. Les grains sont allongés, presque translucides, et leur poids s’élève souvent jusqu’à 80 kilogrammes l’hectolitre; ils sont peu hygrométriques. Ces blés sont riches en gluten; leur farine est d’excellente qualité et d’une saveur très-agréable. Les semoules qu’on en retire servent à faire des pâtes alimentaires, qui rivalisent avec les plus belles pâtes d’Italie.
- Les blés tendres sont très-recherchés pour la panification, ils réussissent très-bien en Algérie. Sur les domaines où les terres sont bien labourées et fumées, on obtient souvent jusqu’à %0 hectolitres par hectare.
- L’orge, celle céréale qui est connue depuis les temps les plus anciens (vingt siècles avant l’ère chrétienne), a pris en Algérie un très-grand développement et acquiert chaque année plus d’importance. Elle sert à l’alimentation des chevaux et mulets. Elle est très-appréciée par les brasseurs français et anglais pour la fabrication des bières. La compagnie algérienne d’Alger l’exporte sous forme de malt. L’orge de l’Algerie se distingue par sa belle nuance blond clair (jaune pâle).
- L’avoine exposée démontre que cette céréale appartient plutôt à l’agriculture du nord et du centre de l’Europe qu’à celle de l’Algérie. Si l’avoine (dite ranesse) résiste aux chaleurs, elle végète facilement sur les sols un peu secs et de qualité secondaire.
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- Le maïs, ou blé de Turquie, est très-nutritif, parce qu’il contient 6 à 7 pour 100 de matières grasses. Il est fort en usage dans l’ancien et le nouveau monde, qui le cultivent sur de grandes surfaces.
- Les variétés cultivées sont très-nombreuses, et chacune d’elles est d’autant plus farineuse que la plantation se rapproche de l’équateur.
- L’alpiste ou millet long est d’un rendement assez grand. L’Algérie en exporte pour près de deux millions par année.
- Le grain de l’alpiste sert à la nourriture des oiseaux.
- Le sorgho ordinaire est cultivé en Afrique, uniquement pour faire des balais avec ses longues panicules.
- L’espèce de sorgho à épis est celui que les Arabes nomment beckna. Les épis sont à grains jaunâtres, blancs, rouges ou noirs, selon les variétés. Les unes et les autres contiennent de 70 à 72 pour 100 de farine.
- La mouture du blé se fait encore chez l’Arabe à l’aide de moulins à bras (moyen qui tend heureusement à disparaître). C’est la femme arabe qui pendant la nuit broie, au moyen de deux pierres dures, assemblées sous forme de meules, le grain qui doit servir à la nourriture de la famille, quelque nombreuse quelle soit.
- Quant aux Européens, ils se servent de moulins, mis en mouvement par l’eau ou par la vapeur, et d’après les procédés les plus nouveaux.
- Les farines exposées par M. ServatetM. Axiach, d’Alger, attestent, par leur qualité et leur pureté, l’excellence de leur fabrication.
- En Algérie, la semoule de blé fut pendant longtemps faite à l’aide de la force de l’homme; aujourd’hui on la produit mécaniquement.
- La mouture consiste à moudre le blé à sec; si ce procédé fournit moins de semoule, celle-ci se conserve indéfiniment, surtout si on l’emmagasine dans un local sec. Les meules pour cette mouture ont moins d’affleurement que celles des moulins faisant farine.
- Les semoules exposées par MM. Servat et Axiach, d’Alger, fabriquées avec du blé dur de l’Algérie, sont d’une grande beauté et très-riches en gluten.
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- C’est avec la semoule de blé dur que les Arabes préparent le couscous.
- En somme, les semoules faites avec le blé dur de l’Algérie supportent une ébullition prolongée, ne se désagrègent point et ne troublent pas la limpidité des liquides dans lesquels on les fait cuire.
- La pomme de terre en Algérie n’est que fort peu employée pour la fabrication des fécules.
- Sa culture est d’une grande simplicité, et l’on peut obtenir plusieurs récoltes dans l’année.
- Son commerce offre surtout de grands avantages, depuis que les facilités de transport, par grande vitesse, lui ôiït~ouvert un débouché avec tous les pays de l’Europe.
- La batate ou patate douce est peu cultivée ; seuls, les Espagnols^ maraîchers des environs d’Alger, s’occupent de cette culture.
- La farine des fèves et celle des pois sont peu recherchées.
- A côté des blés, on peut étudier une riche collection de bois et autres produits des forêts d’Algérie : des paralléiipipèdes de chaque essence sont préparés de manière à montrer les fibres aussi bien en long qu’en travers. On en a verni le plus grand nombre pour faire voir quel parti on pourrait en tirer en ébénisterie ; pour faire apprécier plus complètement les services que pourraient rendre ces bois, on a également disposé des plateaux; c’est ainsi que se présentent •. chêne-zéen, chêne-afâret, chêne-yeuse, chêne-ballote, pistachier de l’Atlas, frêne oxyphyle, micocoulier, if, thuya articulé, cèdre de l’Atlas, sapin pinsapo et pin d’Alep.
- Des barils, des dents d’engrenage en chêne-yeuse et quatre belles loupes de thuya articulé donnent une idée des richesses forestières que contient encore l’Algérie : 823,171 hectares, malgré le ravage qu’ont fait et que font encore les incendies et le pâturage par les chèvres dont la dent est mortelle pour les jeunes pousses; on peut juger du mal qu’elles peuvent faire quand on trouve au recensement de 1881 3,079,885 de ces animaux destructeurs.
- Les forêts de chênes-lièges pourraient apporter à l’État fran-
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- çais des recettes importantes, car la contenance totale des forêts de chênes-lièges en Algérie est, dit la note publiée par le service des forêts, de 530,736 hectares, dont 365,264 appartenant à l’État, 13,061 aux communes et 152,411 à des particuliers. Si toute cette étendue était mise en valeur et à l’abri des incendies, elle produirait, à raison d’un quintal de liège par hectare et par an, 530,736 quin-
- 4
- taux qui, à raison de 40 francs par quintal, valeur nette minimum, représenteraient un revenu de 21,229,440 francs, dont 14,610,560 pour l'État.
- En y joignant les 24 millions de revenus annuels que M. de Tassy attribue aux forêts de l’État autres que celles de chênes-lièges, si elles étaient bien administrées, on voit quelle importance les forêts algériennes ont pour notre trésor public.
- La destruction par les ouragans d’un très-grand nombre de pieds
- de chênes-lièges en Espagne et dans les Pyrénées-Orientales, et la
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- demande de plus en plus instante débouchons, devraient encourager l’administration française à tenir la main aux lois et règlements protecteurs de ces arbres utiles.
- IJne espèce végétale, vivace, de la famille des graminées, et dont
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- la forme cylindrique a la forme d’un jonc, l’alfa, est encore une source de revenu assez considérable, car elle donne lieu à d’importantes adjudications. L’alfa est récoltée surtout dans la province d’Oran pour fabriquer de la pâte à papier, des étoffes, des nattes et de nombreux ouvrages de sparterie.
- M. Mangin estimait en 1878 qu’environ 5 millions d’hectares, dans les hauts plateaux, sont couverts exclusivement d’alfa, et qu’un de ces hectares donne une tonne de marchandise utilisable. Un autre million d’hectares dans le Tell en est également couvert.
- D’après les relevés officiels des douanes, l’exportation de l’alfa de 1867 à 1878 représente une valeur de plus de soixante-six millions. En 1879, 1880 et 1881, il a été enlevé 224,356 tonnes, dont l’Angleterre a reçu 169,852.
- On a inventé, pour l’exploitation de l’alfa, un système de chemin
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- de fer qui pourra trouver son application dans d’autres industries; comme il faut continuellement déplacer la voie pour transporter la récolte, on détruirait une certaine partie du plan lui-même, si on faisait déposer les rails sur le sol ; au lieu de cela, on dispose sur trépied à 60 centimètres environ de la terre, au-dessus des tiges de l’alfa, un seul rail sur lequel on fait courir un train de wagonnets; ces wagonnets disposés en bâtis de mulets portent sur le rail par l’intermédiaire d’un ou deux galets à gorges : il est nécessaire d’équilibrer la charge, ce qui est facile, avec la nature de la récolte à transporter. "
- Sur les tables qui entourent la salle, on voit, à côté des bottes d’alfa, les autres productions agricoles de l’Algérie, huile, lin, tabac et même vers à soie.
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- A côté de l’alfa, M. Devallon nous montre des fibres de ramie, blanches, brillantes, souples, tenaces, superbe textile que ses qualités font rechercher dans plusieurs industries. Heureux sont les propriétaires fonciers dont les terres profondes et arrosables sont situées sous un climat qui permet de cultiver la ramie ; car on évalue à 1,200 francs le revenu net d’un hectare ainsi cultivé.
- Ce n’est pas seulement pendant une année, car le plant de ramie bien enraciné peut se perpétuer et donner des produits pendant plus de trente ans, à la condition d’être fortement bfumé avant l’hiver.
- H faut aussi que la récolte se fasse avec des instruments très-trau-chants.
- La décortication ne se fait pas par le rouissage. Les tiges renferment une quantité beaucoup trop considérable de matières pectiques, dont la fermentation détruirait les fibres textiles.
- Dans es pays de l’extrême Orient, on sépare à la main la filasse des feuilles que l’on donne au bétail. Dans le midi de la France, en Algérie, on a inventé plusieurs machines pour séparer la filasse de la tige, soit en vert, soit en sec. Les plus célèbres çont celles de MM. Berthe et Favier.
- Une brochure de M. Numa Bothier, et qui se distribue à
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- «2 GRANDES USINES.
- l’Exposition, résume ainsi toutes les qualités de cette précieuse filasse :
- Mesures microdynamiques.
- La ramie, résistance à la traction, 24 grammes
- Le lin, id. id. 2 —
- Le chanvre, id. id. 6 —
- La soie, id* id. 1 —
- Le coton, id. id. 2 —
- Elasticité en allongement avant rupture.
- millira.
- La ramie . . . . 0“,003
- Le lin . . . . 0“,002
- Le chanvre .... . . . . 0m,0025
- La soie . . . . 0“,0il
- Le coton ... 0”,004
- Ainsi, la fibre de la ramie est plus longue, plus uniforme que toutes les autres après la soie.'Elle est plus solide, plus résistante à la traction, plus élastique que le chanvre et le lin, et même le coton, qui est seulement plus souple à la torsion.
- Elle ne cède qu’à la soie !
- Les fibres, fils et tissus de la ramie se blanchissent aussi bien, sinon mieux, et tout aussi rapidement que ceux du lin, du chanvre ou du coton; ils ont, en outre, un brillant, un lustre soyeux qu’on chercherait en vain dans le lin et le coton.
- Les tissus de la ramie surpassent sous ce rapport, et de beaucoup, les soieries dites organsins.
- Les tissus de la ramie se teignent mieux que ceux du chanvre et du lin, pourtant moins bien que ceux du coton.
- Il faut, pour toutes les nuances, employer un mordant, si l’on veut obtenir des couleurs solides.
- La filasse de la ramie surpasse de plus de 50 0/0 en force le meilleur lin; elle est plus forte que le chanvre européen, et subit beaucoup moins d’altération que celui-ci, dans une humidité constante.
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- EXPOSITION D’AMSTERDAM. 83
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- Des échantillons de tentures, de toile à voile, des services de table de toute beauté, des satins de ramie, de la ramie avec mélange de coton, pour vêtements d’hommes, des toiles et des mouchoirs de toutes grandeurs que j’ai reçus de France, de la fabrique de tissus de ramie de la Compagnie Industrielle, des fichus dentelle, des fichus chenille, etc., prouvent qu’elle peut servir à tous les tissages.
- J’ai également du drap, à petits carreaux, laine et ramie, des cordes, des fils de tous les numéros, depuis le plus grossier jusqu’au
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- plus riche.
- Cette filasse peut être filée beaucoup plus fin que le chanvre ordinaire et presque comme le lin, de sorte que les tissus fabriqués avec elle ont le double de la force de ceux du lin, et plus de force que ceux du chanvre.
- Enfin la ramie, étant une plante vivace, produit une quantité de matière textile beaucoup plus considérable qu’aucun des végétaux connus de ce genre.
- Aussi en Chine, où l’on file et l’on tisse la filasse de la ramie depuis des siècles, on fabrique des tissus en toile blanche qui ont le brillant de la soie, et que tous les Chinois portent sous forme de longue blouse {gal-abiech) : ces tissus ont une force telle qu’ils ne sont teints qu’après avoir été portés pendant quinze ou dix-huit mois, opération qui n’est renouvelée que tous les deux ou trois ans, tant l'étoile est inusable.
- Cette remarque est d’autant plus extraordinaire et frappante, qu’il est bien reconnu que les couleurs qui s’appliquent en Chine sur les étoffes sont des couleurs d’une solidité très-grande.
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- Or, les tissus de ramie, par leur force et leur brillant, peuvent rivaliser avec la soie pour la durée des robes et autres étoffes légères, tout en coûtant moitié moins cher et étant en même temps quatre fois plus solides et d’une durée sans fin. Les étoffes de la ramie en Chine sont plus estimées que la soie, à cause de leur fraîcheur et de leur longue durée.
- La filasse qu’on tire de son liber est la matière textile par excel-
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- lence des habitants de l’Archipel indien, pour la fabrication des cordages, des filets de pêche, et surtout des vêtements et linge de corps; elle est à la fois légère et fraîche, et absorbe facilement les liquides transpirés ; elle résiste beaucoup plus longtemps que d’autres à l’action de l’humidité.
- Sans aller jusqu’à l’enthousiasme de M. Bothicr, on peut cependant constater que l’exposition d’Amsterdam a été un vrai triomphe pour la ramie. L’étoffe à meubles, surtout celles imitant la peluche, ont un éclat et une fermeté certainement supérieures aux étoffes de soie.
- Les vins d’Algérie ont été bien reçus par le jury international, car ils ont à eux seuls reçu treize médailles d’or, seize médailles d’ar-
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- gent, trente-quatre médailles de bronze et quarante et une mentions
- honorables. L’Algérie est le plus récent vignoble de France, et déjà ses 40,000 hectares de vigne donnent environ 500,000 hectolitres de vin rouge ou blanc. Cette culture de la vigne fera plus pour l’Algérie que toutes les mesures administratives ou sociales. Le produit de la vigne est tellement rémunérateur qu’on ne lui marchande pas les capitaux comme à toutes les cultures. Il y a déjà de grandes sommes engagées pour les vignobles de l’Algérie.
- Le climat de l’Algérie est admirablement approprié à la végétation de l’olivier, qui s’y rencontre partout à l’état indigène. L’olivier
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- pousse dans tous les terrains où la dent du bétail ne vient pas anéantir l’arbuste naissant.
- La qualité des huiles de l’Algérie dépend en grande partie de la manière dont se fait la cueillette des olives, et du laps do temps écoulé entre la cueillette et la mise sous la meule du moulin.
- Les huiles de la Kabylie sont plus estimées que celles provenant
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- des oliviers plantés sur le littoral de l’Algérie, mais toutes, en général, peuvent supporter avec avantage la comparaison avec les huiles delà métropole.
- Les huiles fines de l’Algérie sont limpides, fraîches et d’une belle couleur jaune, leur goût n’ayant absolument que celui de l’olive, et
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- non ce goût de terroir que l’on reproche aux huiles fines de l’Espagne et de l’Italie.
- Le lin est une des plantes de la flore algérienne; sa culture est d’autant plus facile à propager qu’elle exige peu de frais et peu de temps. Ses graines, outre les qualités médicinales qui lui sont reconnues, concourent, avec celles de Riga, à fournir de la semence aux agriculteurs de France.
- En comparant les tabacs de l’Algérie avec ceux des autres pays de production, il est facile de se convaincre qu’à peu d’exceptions près, ils peuvent soutenir la concurrence, d’autant plus que l’usage des tabacs de pipe tend à diminuer, tandis que celui des cigares augmente.
- Les gros tabacs que l’Algérie ne peut fournir sont remplacés avantageusement par des qualités plus fines, plus aromatiques et plus combustibles. Le chébli et le krachna, présentant toutes ces qualités, devraient être recherchés sur tous les pays de consommation. L’Algérie reprendra donc le rang qu’elle occupait jadis parmi les
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- pays de production.
- Nous n’avons plus à faire remarquer les bonnes qualités des soies de l’Algérie, ainsi que les avantages que l’on en peut tirer, car le développement de ce genre de culture a été, dans ces dernières années, presque abandonné, entravée en Algérie, comme ailleurs, par la maladie. Nous ne pouvons donc que constater le découragement qui s’est mis dans cette branche si précieuse d’une production presque nationale.
- La culture du ver à soie serait donc à raviver et à encourager, aussi bien chez les indigènes que chez les Européens de l’Algérie.
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- Le pavillon de la Tunisie est loin d’être aussi modeste que celui de l’Algérie; il est impossible de ne pas le voir en allant dans le parc,
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- et quand on l’a vu,.on est attiré vers sa large porte richement ornée.
- Dès l’abord, on reconnaît bien qu’un étalagiste habile a disposé les étoffés et les tentures pour en obtenir le plus bel effet. Partout brillent les broderies d’or et d’argent sur les vêtements, le harnachement, les armes : pour mon goût, je crois que tout gagnera à se ternir un peu. Trop de velours violet brodé d’argent.
- Jusqu’aux deux tisseurs et brodeurs sont tunisiens, d’une propreté invraisemblable ; je préfère beaucoup les minerais, les marbres, les poteries et les mosaïques trouvés par le Père Delattre dans les fouilles de l’ancienne Carthage.
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- COLONIES HOLLANDAISES
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- Les Hollandais ont voulu loger leur exposition coloniale en dehors du bâtiment central, pour bien affirmer que leur Exposition était surtout une Exposition d’objets venant des colonies ou propres à y être
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- transportés, le reste étant là par surcroît et pour servir à l’ornement
- et au délassement des visiteurs. * J.
- Sur les abords du bâtiment spécial sont élevées de nombreuses constructions propres à l’habitation, à Java, Sumatra et dans toutes
- »
- les Indes hollandaises; quelques-uns de ces pavillons s’appuient direc-
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- ' tement sur la terre, les autres sont surélevés et portés au-dessus des eaux ou des marécages. Cette partie très-intéressante de l’Exposition aide à comprendre les récits de voyage et les descriptions des explorateurs, mais n’inspire pas le désir d’aller les voir sur place.
- On comprend qu’il soit défendu de fumer dans ce village improvisé, car une allumette l’anéantirait rapidement; on conçoit également que, dans un pays où les tremblements de terre sont aussi fréquents
- et ont de si terribles conséquences, le bambou et le roseau sont encore
- »
- les meilleurs éléments de construction que l’on puisse employer.
- La statue gigantesque de Jan Pieterszoon Eoen a été modelée par M. le professeur Stracké et exécutée par la galvanoplastie dans les ateliers de MM. Van Eempen de Woorschoten. La première pierre du piédestal a été posée par le gouverneur général lors du vingt-cinquième anniversaire de la fondation de Batavia, le 29 mai 1869. La statue elle-même n’a pu être inaugurée solennellement que le 4 septembre 1876. On l’a érigée sur la place de Waterloo, en face de
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- PAVILLON DE L’UNION CENTRALE.
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- l'entrée principale du palais de Weltevreden. Les frais ont été couverts par des contributions recueillies tant aux Indes qu’en Hollande, comme hommage d’une postérité reconnaissante rendu au Clive des Indes néerlandaises.
- Le modèle en plâtre a été placé dans le vestibule du bâtiment de l’exposition coloniale. Deux lions en staf, qui voudraient bien avoir l’air terrible, mais qui n’y arrivent pas, flanquent la statue de chaque côté.
- De chaque côté de l’entrée, une charmante décoration bien hollandaise dessine en un parterre de tulipes, de jacinthes et de verdure, à gauche, les armes de la ville de Batavia; à droite, les armes de la ville d’Amsterdam. La façade, si on l’examine immédiatement après avoir été frappé par le tableau gigantesque imaginé par M. Fouquiau, paraît bien humble, et il faut quelque temps pour habituer la vue à cës ogives aiguës portant des arcades surmontées d’un plein cintre.
- Je ne connais pas les règles architecturales des musulmans asiatiques, mais il me semble que c’est au contraire le plein cintre qui devrait être dessous et l’ogive pointue qui devrait s’élancer vers le ciel. En tout cas, c’est plutôt bizarre que joli. Le grand plein cintre mauresque surbaissé de l’entrée médiane est, au contraire, d’un très-bel effet.
- Nous trouvons à ce sujet dans le catalogue spécial les détails sui-
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- vants :
- « L’édifice en son entier couvre un espace de 4200 mètres carrés. La largeur de la façade est de 60 mètres, mais cette largeur ne se maintient que sur une profondeur de 25 mètres, après quoi la largeur devient de 35 mètres sur une longueur de 70 mètres. Les toitures sont encloses de tous les côtés par les diverses façades. L’édifice a été construit d’après les plans et les dessins de l’archi-
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- tecle choisi par le Comité central, M. Ary Willem Stortenbeker.
- « La destination de l’édifice a porté l’architecte à lui donner un
- caractère oriental, et il a eu raison. Il est vrai que nos colonies des
- »
- Indes occidentales y sont aussi représentées, mais on n’a pas dû
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- EXPOSITION D’AMSTERDAM. ~ 91
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- s'arrêter à cette objection, puisqu'il n'était pas possible de donner à l’édifice un caractère signifiant qu’il réunissait à la fois les trésors
- des deux Indes, quoique en proportions très - inégales. L'élément
- »
- américain, de moindre importance, a dû céder le pas à l’élément asiatique.
- « Une question plus difficile à résoudre, c’était de savoir quel style oriental il fallait choisir. Les civilisations chinoise, indoue, arabe se sont, depuis des siècles, disputé la préséance dans l’archipel; les indigènes eux-mêmes n’ont rien produit qui leur fût
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- propre dans le domaine de l’art. Si l’archipel indien avait eu un style d’architecture qui pût être employé, il aurait sans doute fallu le choisir; mais ceux qui liront l’introduction de la lettre E de la treizième classe, verront qu’il ne fallait pas même y penser.
- « Le style chinois s’excluait par le fait que, quelque nombreux que soient les Chinois dans l’archipel indien, ils y sont restés des étrangers qui ont gardé leurs particularités, et n’ont guère exercé d’influence sur les indigènes.
- « Il y avait plus à dire en faveur du style auquel l’Inde anglaise est redevable de tant de magnifiques monuments. Dons les premiers siècles de notre ère, les Indous ont envoyé de nombreuses colonies dans l’archipel indien, ont conquis tout entière l’île de Java, à plusieurs égards l’île principale, et de là ont été planter leur bannière triomphale dans un certain nombre d’autres îles. Leur influence a été immense dans cet archipel, et, à Java du moins, leur art a fleuri et a produit les créations grandioses dont les restes nous remplissent encore d’admiration. Mais la chute de l’empire indou de Mojopahit amena celle de l’art indou aux Indes néerlandaises. Cet art n’y était jamais devenu indigène et n’y est plus représenté que par des ruines. Et ces monuments mêmes, dont une partie a résisté aux ravages du temps, sont, à quelques rares et douteuses excep-
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- tions près, exclusivement de nature religieuse, et n’offraient dans leur structure rien qui pût servir ici; le plus grand et le plus beau de tous, le Boro Boudour, avec ses galeries ouvertes, ses galeries inté-
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- rieures, et son manque absolu d’espaces fermés, s’y prêtait encore le moins.
- « L’Islam a remporté dans l’archipel indien, et surtout à Java, une victoire presque complète sur le sivaïsme et l’indouïsme, et gagne encore chaque jour du terrain. L’Islam s’est approprié le style byzantin, l’a modifié, transformé, d’après son propre goût et ses besoins, et c’est ainsi qu’est né le style mauresque, employé non-seulement pour les temples, mais aussi pour les palais et autres édifices séculiers ; il y a montré une grande richesse d’ornementation fantastique et un style sinon très profond, du moins agréable et gracieux. C’est sur ce style architectural, et non sur celui des anciens monuments indous qu’on ne comprend plus, que les habitants plus civilisés de l’archipel jettent les yeux quand ils sentent le besoin
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- de quelque chose qui s’élève au-dessus de l’insignifiance des édifices indigènes. L’asla ou cimetière des princes de Soumenep, la villa
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- bien connue de Raden Saleh, et les ornements apportés ici et là aux mosquées, en sont la preuve.
- « La façade est décorée des armes des Pays-Bas au-dessus do l’entrée, et en outre de celles de Batavia, de Sumatra, de Sourabaya, de Surinam ; aux pilastres des autres façades, on trouve les armoiries de quelques-uns des gouverneurs généraux les plus connus. Dans le péristyle, dans le sol pavé en petits carreaux, une inscription en arabe, en bas malais et en hollandais, souhaite la bienvenue aux visiteurs, tandis que de part et d’autre de cette inscription, on voit les armoiries d’Amsterdam et de Batavia. Les carreaux de ce pavé, et ceux qu’on trouve ici dans les parois, sont très-propres à donner une idée des beaux produits de la fabrique de MM. Villeroy et Boch, à Mettlach, qui ont choisi cette manière d’exposer leurs produits comme la plus conforme à leur but.
- « Si du portail on pénètre dans le corps de l’édifice, on se trouve dans un péristyle de douze mètres de large orné de deux côtés avec des tableaux du peintre javanais Raden Saleh, de Payen, Beynon, Salm, etc., avec des armes et des trophées cédés, avec permission de
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- EXPOSITION D’AMSTERDAM. 93
- S. M. le Roi, par l’Hôtel des Invalides de Bronbeek. Le péristyle conduit dans une cour, entourée de divans, avec une fontaine au milieu, dessinée par l’architecte dans le style de l’édifice et construite par la maison Broot, de Delft. Les meubles et les draperies dont la cour et le salon de réception, placé derrière, sont ornés, ont été fabriqués par la maison Jansen et fils à Amsterdam. La maison Th. Ziegler, à Manchester, a offert, pour orner le salon de réception, de magnifiques tapis de Perse qui ont été acceptés avec
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- reconnaissance. »
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- Quelques fauconneaux de rempart et autres antiquités guerrières, agrémentés de drapeaux et oriflammes, décorent le vestibule, et, de chaque côté de la porte, les portraits des gouverneurs et magistrats chronologiquement étagés, depuis Luther Both (1610-1614) jusqu’à James London (1872-1875).
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- 19. Collection des portraits des gouverneurs généraux, des commissaires généraux, etc., des Indes néerlandaises, de 1610-1875, gardée dans la salle de la Commission du ministère des colonies. — Ministère des colonies.
- 11 manque à cette collection les portraits des commissaires généraux Hendrik-Adriaan van Reede tôt Drakenstein (1684-1692) et Simon-Hendrik Frykenius (1791-1796); des gouverneurs généraux Johannes Siberg (1801-1804) et Àlbertus-Henricus Wiese (1804-1808); des gouverneurs-lieutenants anglais sir Thomas Slamford Raffles (1811-1816) et JohnFendall (1816); du commissaire général Cornelis-Theodorus Elout, docteur en droit (1815— 1819); des chargés des fonctions de gouverneur général comte Carel, Sirardus Willem van Hogëndorp (1840-1841), Joan-Corne!is Reynst, docteur en droit (1844-1845), et Ary Prins, docteur en droit (1861 et 1866); enfin du gouverneur général Johan-Wiliem van Lansberge, docteur en droit (1875-1881).
- Le nom du personnage représenté est peint au bas de la plupart des portraits; quand ce n’est pas le cas, le nom se trouve derrière le portrait.
- Nous donnons ici la liste des personnages représentés, avec l’indication du litre de chacun, de la durée de ses fonctions, et de la matière sur laquelle le portrait est peint.
- 1. Pieter Both. Gouv. gén. 1610- -1614. Cuivre.
- 2. Gerrit Reynst. )) 1614- -1615. >1
- 3. Laurens Reaal. » 1615- -1619. n
- 4. Jan Pietersz. Coen. » j1619-1 1627- -1623. -1629. » »
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- GRANDES USINES.
- 5. Pieter Carpentier.
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- 7.
- Jacques Specx. Hendrik Brouwer.
- 8. Antonie van Diemen.
- 9. Cornelis van der Lijn.
- 10. Carel Reiniersz.
- 11. Me. Joan Maatsuyker.
- 12. Ryklof van Gocns.
- 13. Cornelis Janszoon Spcelman
- 14. Johannis Camp huis.
- 15. Willem van Outhoorn.
- 16. Joan van Hoorn.
- 17. Abraham van Riebeeek.
- 18. Christoffel van Swol.
- 19. Hendrik Zwaardecroon.
- 20. Mattheus de Haan.
- 21. Me. Dicderik Durven.
- 22. Dirk van Cloon.
- 23. Abraham Patras.
- 24. Adriaan Valckenier.
- 25. Johannes Thcdens.
- 26. Baron Gustaaf-Willem van imliolf.
- 27. Jacob Mossel.
- 28. Petfrus-Albertus van der Parra.
- 29. Jcremias van Riemsdyk.
- 30. Reinier de Klerk.
- 31. Me. Willem-Arnold Alting.
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- 32.
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- traten.
- 34. Me. Herman-Willem Daendels.
- 35. J an-Willem Janssens.
- 36. Lord Minto (interrègne anglais).
- 37. Arnold-Adriaan Buyskes.
- 38. Baron Goder-Alexander-Gérai
- 39.
- Philip van der Capeilen. Hendrik-Merkus de Kock.
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- 40. Vicomte Leonard-Pieter-Josef
- du Bus de Gisignies.
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- 41. Comte Johannes van den Bosch.
- 42. Jean-Chrétien Baud
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- 37 1737- -1741. »
- 33 1741- -1743. »
- • » 1743- -1750. V
- r 1750- -1761. »
- r 1761- -1775. 33
- » 1775- 1777. »
- >i 1777 1780. Bois.
- 33 comm. gén. 1780—1796. ) 1791. j Cuivre.
- G?h. 1791- -1799. Toile.
- \ .» 1 gouv. gén. 1796. | 1796 1800.j * Cuivre.
- 33 1808- -1811. Bois.
- » 1811. 73
- 33 1811. Toile.
- comm. gén. 1815- -1819. 3)
- \ 1815- -1819.1 ¥ Bois.
- ( gouv. gen. 1819- -1826.)
- gouv. gén. 1826- -1830. ))
- jcomm. gén. (gouv. gén. (comm. gén. 1826- -1830. 13
- 1830—1833. j 1833. ) 1)
- Chargé des f. de gouv. gén. 1833—1836.
- 3)
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- EXPOSITION D’AMSTERDAM 95
- 43. Dominique- Jacq. de Eerens. gouY. gén. 1836- -1840. Bois.
- 44. Me. Pieter. t Ch. de f. de gouv. gén. 1841- -1843. ) %
- Merkus. j gouv. gén. 1843- 1 00 • »
- 45. J an Jacob Rochussen. 5) 1845- -1851.
- 46. Me. Albertus-Jacob Duymaer van Twist. « 1851- -1856. Toile.
- 47. Charles-Ferdinand Pahud. » 1856- -1861.
- 48. Baron Me. Ludolf-Anne-Jan. Wilt Sloet -
- van de Beele. » 1861- -1866.
- 49. Me. Pieter Meyer. » 1866- -1871. y)
- 50. Me. James Loudon. » 1872- -1875. Y)
- Les drapeaux sont des trophées belliqueux pris sur les Atchinois, ainsi que les armes fort bien sculptées, mais ^apparence peu dangereuse.
- *
- On entre dans le bâtiment par une galerie mauresque d’agréables proportions.
- Des tableaux représentant des paysages et des scènes de fauves
- asiatiques, de petits et grands personnages habillés de ces costumes
- *
- de soie si séduisants, qui couvrent sans charger, retiennent au passage le visiteur charmé. Un des tableaux révèle la politique coloniale des Hollandais. Des soldats européens entourent sur une estrade un sultan auquel ils viennent de donner mission de gouverner pour eux les indigènes prosternés :
- Le général européen presse sur son cœur, devant la foule, le souverain dont il fera son fantoche. Partout sur les murs des tromblons à
- *
- gueule écrasée, des boucliers, des casse-tête, des flèches, des couteaux de toute taille et autres instruments sauvages de destruction, qui peuvent être très-curieux rétrospectivement, mais dont nous n’encouraigerons pas l’importation chez nous.
- Je trouve également inutiles les défenses d’éléphant chargées de sculptures et les petits bateaux de forme ancienne, devant lesquels s’émerveille la foule; mais je loue sans réserve et je voudrais bien voir imiter par nos teinturiers et fabricants de tresses les étoffes qui remplissent les vitrines, se drapent en rideaux ou couvrent les murs, je le dis aussi bien pour les Indes anglaises que pour les colonies néerlandaises. La plus grande partie de ces tissus sont en simple coton, mais
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- 96 GRANDES USINES.
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- quelles belles dispositions de couleurs ! quelle habileté et quelle variété
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- dans la création ornementale!
- Il n’y a que les Chinois qui puissent lutter avec les Indiens et faire autant d’effet avec des matières textiles et tinctoriales aussi bon marché.
- Il y a notamment des tons roses et rouges rabattus, doux et harmonieux, devant lesquels nos éclatantes couleurs d’aniline occiden- -taie semblent la barbarie la plus sauvage. Je vois dans une vitrine une coque de coton où de naïfs ornements sont colorés des tons de la giroflée, dégradés du jaune au brun pourpre et naïvement imprimés sur un fond vert également rabattu ; et je ne puis penser sans un artistique chagrin qu’avant quelques années tout cela sera remplacé par les couleurs éclatantes de mon bon ami M. Poirier de Saint-Denis. Cette puissance du ton juste est telle que les étoffes d’or et de soie font plutôt moins d’effet que leurs voisins les simples tissus de coton.
- %
- Je reproduis systématiquement et presque en entier le travail de
- ^ #
- Mi Yan Musschen Brock. Car c’est encore un des bienfaits des expositions que de faire éclore ces publications spéciales sur des sujets destinés à rester ignorés, si l’élan déterminé en ces circonstances n’entraînait quelqu’un de compétent à faire ces excellents résumés qui condensent en quelques pages toute une industrie :
- « Le filage se faisait tout à fait à la main, lentement il est vrai, mais avec d’autant plus de soin. Encore maintenant, les étoffes faites de fils indigènes se distinguent par leur tissu fin, serré et pourtant simple et égal, aussi bien que par leur solidité. Le filage fut ramené aux sortes plus grossières ou bien est refoulé dans les contrées moins développées; il se borne à faire les fils nécessaires à la navigation, et surtout à la pêche, quoique les fils d’Europe aient déjà pénétré dans ce domaine.
- •a*
- « Les appareils, aussi pour le dévidage, sont des plus simples et n’ont pas besoin d’explication. La purification du coton se fait en le battant comme pour le coton perse avec un arc, ou bien avec des
- v
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- EXPOSITION D’AMSTERDAM.
- sabres de bois plats, dentés quelquefois comme le saw-gin employé
- >
- dans l’Inde en deçà du Gange, ou encore avec un instrument qui
- n’est pas connu dans d’autres contrées. Ce dernier se compose d’un
- »
- bâton à travers lequel sont passées à diverses hauteurs en diverses directions des chevilles de bois. L’extrémité pourvue des chevilles est introduite dans le panier ou la caisse pleine de coton et tournée et retournée comme un moulinet entre les mains de la même manière qu’on fait mousser le chocolat.
- « Tissage. — Il est curieux de voir comment l’idée de faire des tissus au moyen de fils croisés, retenus par-des fils transversaux — développement du tressage — est née chez nombre de tribus et de peuples, comment elle y a été mise en pratique et s’y est développée, et comment presque tous sont arrivés indépendamment les uns des autres à inventer les mêmes formes d’instruments ou à peu près. Il est naturel qu’ils obtinrent les mêmes tissus, d’abord les tissus ordinaires, puis ceux à bandes obliques (kepers). Ce ne fut pas tout
- P
- d’abord le cas à l’égard de l’arrangement par lequel les fils de chaîne se croisent chaque fois régulièrement, mais on trouva enfin aussi presque partout une même solution de cette difficulté. Le résultat en fut que tous les métiers à tisser se ressemblent assez entre eux pour admettre que quiconque en a vu et compris un les comprenne tous.
- « Les métiers de tisserand, tounounan, de l’archipel indien n’ont donc pas besoin d’explication; le premier tisserand venu de la Twenthe pourrait s’y placer et s’en servir; s’il manque quelque chose à la finesse ou à la régularité du tissu, il faudrait en chercher la cause dans une plus grande flexibilité des pieds et des mains de la femme indienne, dans ses doigts plus fins, sa plus grande passivité, sa plus grande dose de patience et l’attention infatigable qu’elle
- apporte à un ouvrage que son but lui fait faire con amore. Les tissus
- »
- indiens sont d’un travail égal et soigné, et sont solides; cependant à leur égard aussi la grande importation de tissus s’est fait sentir. Le développement ultérieur du tissage est arrêté, et celui-ci se borne en grande partie aux contrées où les toiles à fleurs ou façonnées (kain,
- L1VR. 294.
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- GRANDES USINES.
- batik, kembang, etc.) et en général les étoffes teintes à la pièce ne forment pasl’élément principal, mais où les dessins de l'étoffe sont
- obtenus dans le tissage au moyen de fils de diverses couleurs kain
- *
- polhig). Le centre et l’est de Java où l’on tisse le lourik, étoffe rayée, et même en assez grande quantité, mais où le batik est le plus en
- honneur, présentent à cet égard un grand contraste avec la partie occidentale de l’île, où sauf les étoffes unies ordinairement bleues pour l’usage journalier, on ne rencontre guère que des étoffes à carreaux écossais, polengs. Aussi le tissage est resté plus général dans la partie ouest de Java que dans les contrées situées plus à l’est, parce que l’industrie européenne qui s’est occupée sans cesse du batik a peu pensé au poleng, qu’elle pouvait pourtant imiter bien plus facilement.
- « Batikkcn. — Le batikken est exclusivement propre aux Indes,net surtout à Java, en grande partie du moins. L’idée fondamentale est de teindre la pièce en plongeant successivement l’étoffe dans chacune des teintures dont la réunion doit donner le dessin voulu. Pour ;cela, l’étoffe est recouverte chaque fois d’un mélange de cire et de résine sur tous les endroits où la teinture ne doit pas prendre, et cela à l’endroit comme à l’envers. Cette opération s’appelle écrire ou dessiner (serat), se fait à la main au moyen d’un petit puisoir de cuivre rouge, avec un long tuyau et un long manche, avec lequel on puise le mélange céro-résineux dans un bassin de cuivre. Le mince manche^de cuivre du puisoir est fixé dans un bambou, de grosseur telle que tenu à la main comme une plume, on puisse le mouvoir facilement, et c’est ainsi que demi-dessinant demi-écrivant on travaille l’étoffe. Celle-ci est placée un peu inclinée devant l’ouvrière, tendue dans un cadre après avoir été préalablement passée à l’eau de
- riz, puis unie et lissée, et après que les contours du dessin ont déjà
- *
- été indiqués. L’opération mentionnée plus haut doit être naturellement répétée à l’envers de l’étoffe. Lorsque enfin tous les endroits de l’étoffe qui doivent être ménagés sont couverts de cire, l’étoffe passe à la cuve et y subit l’opération nécessaire. Après que cela a
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- EXPOSITION D’AMSTERDAM.
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- été fait, la même opération se répète pour chaque autre couleur. Les difficultés de ce travail sautent aux yeux, surtout lorsqu’il s’agit de patrons un peu compliqués.
- « Matières colorantes. — Les matières colorantes les plus employées sont, pour la teinture en bleu, le nyepel, mcdel, Vindigo bien connu, nila, tarourn, tom (surtout de Marsdenia tinctoria, une Ascle-piadée; Miq. Flore des Indes néerl., II, 491); pour la teinture en rouge, le nyoga, nyoganni, le sechang ou sapan (Cœsalpinia sapan, une Papilionacée; Miq. I, 108), le soga ou larou (Cœs. furriginea), le tingi (Bruguieria parviflora, une RizophorëjMiq. I, 588), Vécorce kati des Moluques, koulit-kati (Brug. gymnorhiza; Miq. I, 586), et le koullit-kati de Java, moins estimé (Brug. cylindrica; Miq. I, 586); pour teindre en brun violet, le ngetèl, le koudou ou meng-koudou (a) (sortes de Morinda, Rubiacées, surtout Mor. ci trifolia; Miq. Il, 242). Ce brun n’est cependant obtenu du mengkoudou que par des opérations et mélanges déterminés; sans mélange cette plante donne une couleur d’un beau ronge clair, fort employée ailleurs pour teindre la laine avant le filage. Pour le jaune on se sert de kounir, koneng, kounyit (diverses espèces de Curcuma; la plus employée est le Curcuma longa, une Zingibéracée; Miq. III, 595). Les autres couleurs et teintes sont obtenues par des combinaisons ; par exemple pour le violet, de l’indigo et du rouge, pour le vert, de l’indigo et du jauue, etc.
- « Pour modifier les nuances et pour toutes sortes de teintes intermédiaires, on emploie encore nombre d’autres substances, pour la plupart d’origine végétale, des décoctions, des huiles, des lessives même; par exemple, on emploie assez souvent celle qu’on tire des cendres du kesambi (Schleichera trijuga, une Sapindacée; Miq. 1,573); ces substances sont trop nombreuses pour les nommer toutes ici. En outre, la teinture ne prend pas moins de temps que le dessin de l’étoffe ;
- «
- (a) Koudou, mengkoudou, changkoudou, etc., est le nom d’une matière colorante et aussi des diverses parties de l’arbre ou arbuste, écorce, etc., qui la fournissent. Le nom proprement dit de l’arbre entier, peu connu des Européens, est Paché.
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- il faut entre autres dans une des manières de teindre en rouge (nyo-ganni) mettre l’étoffe jusqu’à douze fois dans la cuve, et la sécher chaque fois. En suivant ces opérations, en voyant toutes ces longueurs, on se demande parfois si l’on ne pourrait pas y apporter quelques modifications, mais on se trouve devant les résultats d’une longue expérience et en outre devant le fait que, comme dans cette teinture on ne fait usage d’aucun mordant quelconque, les fibres de l’étoffe ne sont pas attaquées, que celle-ci reste par conséquent plus
- forte et dure deux ou trois fois plus longtemps que toutes les étoffes
- «
- à fleurs fabriquées par l’industrie européenne. .Enfin, ces étoffes
- »
- indigènes s’usant également gardent jusqu’à la fin une apparence homogène, et la couleur dure jusqu’au dernier moment.
- « La partie ouest de Java emploie pour ses polèngs à peu près les mêmes substances colorantes que le centre et l’est pour leurs kains-batik et kentbang, mais il s’en faut de beaucoup qu’elle les emploie tous. En revanche, elle en a une couple d'autres, par exemple le kachang rouwai (Phaseolus lunaius, une Papilionacée ; Miq. I, 194) en espèces diverses, besar, gènjah, kechil, et l’écorce du nangka (Arto-carpus integrifolia, une Artocarpée; Miq. I2, 287) pour le jaune et le
- vert (avec Yindigo) ; mais tout bien considéré, elle a bien moins de
- *
- teintures que ses voisins de l’est, les couleurs sont moins claires et moins solides. L’est et surtout le centre de Java (y compris surtout Semarang et les principautés) sont à la tête de cette branche d’industrie. On le remarque plus encore quand on visite les autres parties de l’Archipel. Non-seulement le batikken disparaît tout à fait, et il ne reste plus que le lourik (ét. rayée) et le polèng (ét. à carreaux),
- t»
- des dessins formés par des fils teints en laine, et obtenus pendant lé tissage. Les teintes intermédiaires disparaissent peu à peu, et il ne reste enfin plus que le rouge vif du mengkoudou (Morinda spec.) (îles Sangi), après que son dernier allié, Y indigo, l’a abandonné. En revanche, on retrouve bientôt (îles Télauer) les restes d’une teinture primitive, vestiges d’une autre époque, où les tissus grossiers et forts d’un Koffo presque brut (Musa mindanensis, une Musacée)
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- étaient imprégnés d’une substance tannante obtenue ordinairement
- «
- d’une infusion de mengkoudou (fruit du paché), puis étaient plongés pendant quelques semaines ou quelques mois dans un terrain marécageux, riche en fer (fer titanique) et en sels de fer. Le résultat était que la couleur devenait d’un noir mat.
- « Il faut cependant reconnaître que les louriks et les polhigs, sans teintes intermédiaires et avec le rouge vif du mengkoudou comme couleur principale, atteignent ici et là dans quelques endroits en dehors de Java une grande perfection, par exemple à la côte orientale de Sumatra (Palembang, Jambi), à Banjermasin, à-Mangkasar et plus au nord jusqu’à Mandar. On y tisse de temps à autre des fils d’or et d’argent dans les étoffes, tandis qu’à Mangkasar on a en outre un tissu particulier, dans lequel les fils du milieu de chaque carreau sont réunis et relevés pendant ou après le lissage, de sorte que
- l’étoffe obtenue est comme crépée.
- «
- « Il nous faut enfin mentionner encore un procédé d’après lequel
- les figures ou les carreaux de l’étoffe sont fortement relevés, tortillés,
- »
- «
- et serrés par un lien. La pièce d’étoffe, qui a l’air d’être couverte de papilïoltes, est mise dans la cuve à teinture; après avoir été teinte,
- * y
- toutes les places qui ont été liées de la sorte sont restées blanches; on obtient ainsi une sorte d’étoffe à fleurs qui ne paye ni par sa beauté ni par la régularité de ses figure? la peine qu’on a prise (a).
- « Tous ces tissus cependant sont excessivement chers même en tenant compte de leur beauté et de leur solidité. La matière première est toujours le coton : les fils sont si fortement filés, si bien tournés, et imbibés de cire et de gommes-résines, surtout de copal et de damar, comme on le répète de nouveau avec l’étoffe même, qu’ils restent jusqu’à la fin plus ou moins roides et durs, même après des lessives répétées.
- « Nous citerons encore comme une particularité que depuis long' temps les Pays-Bas, suivis plus tard par l’Angleterre, la Suisse, l’Aile-
- t
- (a) Il est étrange que le même procédé, au?si d’invention locale, se rercon're dans l’intérieur de l’Afrique centrale.
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- GRANDES USINES.
- magne, ont introduit aux Indes des contrefaçons de batik, c’est-à-dire des cotonnades imprimées comme le batik (indiennes), et qu’on a même envoyé des personnes pour découvrir les parfums particuliers aux procédés indiens et apporter les ingrédients nécessaires. L’article était bon et fut bientôt en vogue; il était moins solide d’étoffe et de couleur que le batik javanais, mais coûtait à peine le tiers de l’article indigène analogue. Le succès fit croire pendant quelque temps que la contrefaçon était telle que les Javanais eux-mêmes la prenaient pour du vrai batik. Ceux-ci cependant lui donnèrent dès l’origine le nom de batik hollandaisbatik tvelanda, avec l’épithète d'étoffe imprimée; à leur tour ils se mirent à en faire des contrefaçons au moyen de planches d’impression, faites d’abord de bois de kesambi, puis de cuivre massif, enfin de cuivre monté sur bois ; ils suivirent même servilement les irrégularités faites à dessein dans nos planches, pour imiter les fautes accidentelles du batik javanais: Cette contrefaçon du batik hollandais (ainsi une contrefaçon d’une contrefaçon de leurs propres étoffes) est maintenant l’objet d’un commerce régulier dans les marchés indigènes où il est apporté de Sourakarta.
- « La cochenille n’a pas été nommée parmi les substances tinctoriales, car, quoiqu’elle ait été introduite depuis une cinquantaine d’années, elle n’a pu encore réussir à attirer l’attention du commerce et de l’industrie. L’exploitation elle-même réussit parfaitement, les teintes sont magnifiques, maison né peut obtenir la cochenille que sur quelques pasars, à Buitenzorg par exemple, et on l’y emploie à des teintures auxquelles on n’est guère habitué en Europe; par exemple à donner une belle couleur de carmin vif et assez durable à des moutons, chèvres, poules, etc., comme souvenir d’une fête de famille, •mariage, circoncision, etc.
- « Il y a une autre sorte de rouge qu’on emploie beaucoup, entre autres dans le ménage et pour les pâtisseries et les liqueurs; c’est une infusion de kembang sepatou, fleur à souliers (Hibiscus rosasinensis, une Mafaacée; Miq. I, 157), qui est aussi inoffensive et presque de la ' même couleur que celle que nous tirons du coquelicot, et que nous
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- aussi pour les usages domestiques. La petite quantité de
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- tannin que contient la fleur suffit pour donner du brillant aux souliers de cuir sur lesquels on froisse ces fleurs en frottant; de là le nom de sehoenenbloem qu’on lui donne. On n’emploie pas d’autre cirage dans nos Indes.
- « Les kain kemban, étoffes à fleurs, de même que les patrons de batik, ont tous des noms déterminés; les dessins sont empruntés surtout pour ces derniers, à l’entourage, par conséquent aux animaux,
- aux plantes, aux fleurs, aux fruits; quelques-uns,par exemple Distira
- +
- (de Youdistira), Naga-gini, etc., sont empruntés à l’épopée indienne.
- Quelques princes et grandes familles ont le droit exclusif de faire
- »
- exécuter certains patrons ou dessins; par exemple les patrons Prang-wedana, conservés par la traditi on ; ce privilège est encore de nos
- jours tacitement reconnu. Dans ma brochure intitulée : les Procédés
- *
- indigènes pour la teinture du coton, puisée directement aux sources indigènes, j’ai indiqué les procédés et les mélanges employés dans la
- i _ ' '•
- teinture et en même temps les nuances et les noms des kain kembang et. des dessins du batik. Peu de temps après, Thomas Wardle a publié dans un article sur les « Soies sauvages et subtances tinctoriales et tannantes des Indes », aussi une description des procédés indigènes, employés, il est vrai, dans l’Inde anglaise, mais où l’on rencontre plus d’un point de contact avec notre archipel. J. Forbes Royle avait déjà publié auparavant son ouvrage intitulé : Plantes textiles des Indes, propres à la fabrication des cordages, des vêtements, du papier (chez Smith, Elder et C°, Londres, 1855). Ce dernier ouvrage surtout mérite d’être consulté (a).
- a Feutre végétal. — Dans quelques contrées, surtout dans la partie orientale de notre Archipel, on destine à plusieurs usages des tissus obtenus en battant des écorces d’arbre et qu’on pourrait appeler feutre végétal. L’écorce d’un certain nombre d’arbres appartenant
- aux Artocarpées et aux Malvacées, se compose de couches de fibres
- «
- •%
- (a) Le premier et le dernier de ces ouvrages se trouvent à VEzposition.
- employons
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- 4»
- assez fortement entrelacées comme du feutre, et entre lesquelles se
- *
- trouve du tissu cellulaire. Ce dernier est éliminé en faisant macérer
- l’écorce dans l’eau, puis en la battant avec des pierres ou des mar-
- «
- teaux de bois sur des pierres lisses ou des planches. Tandis que par ces opérations successives de macération, de battage, de pétrissage, la cellulose est peu à peu éliminée, les fibres se feutrent de plus en plus et donnent enfin un tissu homogène, doux et souple, qu’on peut en outre très-bien lustrer. Le raccordement des pièces se fait très-bien par le feutrage des bords; pour les canons du pantalon et pour les manches des jaquettes, on prend l’écorce des branches, qu’on en sépare en la battant tout autour, de sorte qu’on la retire comme un fourreau, et on la prépare sans la fendre. Quelques tribus sont arri-
- vées à une habileté étonnante dans la préparation de ces étoffes. Ce
- *
- procédé est connu dans toute la Polynésie ; c’est à lui que nous devons
- les tapas qui sont bien connus. » Nous avons signalé ces tapas aux produits d’Haïti.
- D’autres que nous décriront la nombreuse collection de figurines, de maisonnettes, de bateaux, d’idoles, de poupées, de parasols, de filets et de joujoux plus ou moins naïfs qui remplissent les salles, à la grande joie des enfants. Signalons cependant une grande et belle reproduction de la culture et des préparations de tabacs. Regrettons de ne pas pouvoir acclimater en France les bambous à large dia-mètre, résistants et légers, qui constituent l’ossature de l’escalier de la plate-forme et de la case centrale.
- «î
- Tout autour de la plate-forme sont disposés, avec grand art, des reproductions de la plante à tabac (a), depuis que les petites feuilles sortent de terre jusqu’au moment où l’on enlève la récolte pour là faire sécher et l’assembler en manoques. Cette reproduction de la culture à Java intéressera certainement les cultivateurs de nos départements du Midi.
- (a) Sur une grande plate-forme, entourée des vitrines rempl es d’échantillons, a été élevé un hangar des mêmes matérianx (bambou et alang-a’ang), que l’on emploie dans ce but à Java et aussi en partie à Sumatra. La moitié en est aménagée pour le séchage,
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- EXPOSITION D’AMSTERDAM.
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- ¥ *
- Je signalerai à nos commerçants les produits chimiques de drogueries, les matières tinctoriales et pharmaceutiques, la collection des caoutchoucs bruts, des gutta-percha, des gommes, quinquinas, cafés, indigos, et autres produits analogues qtrth faudrait un gros volume pour décrire, mais nos spécialistes feront certainement leur profit, M. Lorilleux, le grand fabricant d’encre d’imprimerie du
- monde entier, trouvera lui-même à faire de bonnes études dans les
- *
- salons des fabricants d’encre de Chine noire ou colorée.
- Des trains d’artillerie, des projectiles, des uniformes, des modèles de navires de guerre, des cartes et des tableaux de bataille complètent l’ensemble de l’Exposition néerlandaise coloniale, pour ne pas laisser oublier que la Hollande n’est pas seulement une nation coloniale, mais qu’elle sait conquérir* des territoires coloniaux et au besoin les défendre.
- Sur des tables sont disposés des modèles en relief représentant des bâtiments administratifs, des collèges, des fermes, tandis que sur les murs sont accrochées des collections de peintures, dessins, photographies qui déroulent à nos yeux des paysages, des lavis des
- __ s
- l'autre pour servir de magasin d’expédition. Les plantes qui y sont suspendues pour se sâther sont de grandeur naturelle; une Javanaise travaille au triage. La presse est du modèle de Java, habituellement suivi aussi à Sumatra.
- Le spectateur voit en dehors du hangar des plantes de tabac de grandeur naturelle aux diffé entes phases de L ur développement, du bibil (bouture) jusqu’à la plante en pleine floraison. Un Chinois s’en occupe.
- Le tabac destiné au marché indigène e,t représenté par un petit panier de apenhaar (tabac coupé très-fin, comme des poils de singe), bâché à la main par les indigènes. Deux paquets servent à foire voir comment on emballe le tabac de Java et de Sumatra.
- Ce groupe a été combiné sur les dessins et sous la direction de l'architecte K. Muller; les plantes ont été fournies par la rcai-on Pierre Lissone d’Amst?rJam. (Catalogue de la section des colonies néerlandaises.)
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- GRANDES USINES.
- colonies hollandaises. De très-remarquables modèles de ponts en bambous et autres applications du génie moderne européen s’assujettissant à l’emploi de matériaux exotiques.
- Encore sur les tables et autour des reproductions officielles, on a entassé tout un monde d’objets d’usage journalier, matériel maritime et agricole; parmi ce dernier nous voyons une charrue à vent; nous savions bien déjà que les porteurs chinois ont de tout temps ajouté une voile à leurs charrettes à bras pour alléger leur peine et obtenir une plus grande rapidité dans leur déplacement; mais quelle que soit l’habileté bien connue des Hollandais dans l’emploi des courants de l’atmosphère, nous n’aurions jamais cru qu’il fût possible de les utiliser pour le labourage. Cependant sur un modèle de charrue attelée de bœufs, il s’élève du joug deux petits mâts portant chacun une vergue d’où descend une voile triangulaire.
- * * *
- Empruntons encore au travail de M. Yan Musschenbroek l’énumération des différentes qualités de gutta-percha et de ses succédanés. Ce dialectrique est devenu depuis quelques années la matière végétale la plus recherchée.
- « Une des familles les plus remarquables de tout l’Archipel, non pas tant pour ses bois, dont elle ne possède aucune espèce d’importance majeure, que pour ses fleurs, ses fruits et graines comestibles, ses huiles et surtout ses sèves lactées. En tête vient le getha-percha (.Ison-andra gutta ; II, \ 038), gelha taban (parfois, mais à tort, on dit gelha toubari) comme première qualité : puis le getha-percha de Sumatra oriental, nyato dourîan sur la Côte occ. de Bornéo, comme seconde ' qualité, et comme troisième qualité, dans la même contrée, mais un peu plus au sud, le getah girck. Le nom batak est nyato, celui de
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- Sumatra, balam; le nom de getah-percha, gomme résineuse de Sumatra, a pris pied dans le commerce, parce que les Européens voulaient un terme fixe, mais, comme on a pu le voir, ce terme en réalité est vague. Des qualités inférieures viennent de la côte or. de Bornéo, et peut-être de la côte occ. de Célèbes, pour arriver par Mangkasar à Singapore, qui est le centre de ce commerce. La getah-percha de la côte or. de Célèbes commence aussi à se faire une réputation.
- « Il y a eu un temps où l’on faisait grand usage de l’huile tirée du fruit Ylsonandra gutta, et où c’était même un article de commerce. Maintenant cet arbre a presque disparu, détruity-on peut dire massacré par une exploitation imprévoyante.
- « Le balam tandouk de Sumatra se vend comme surrogat de la getha-percha, mais il a droit par lui-même à l’attention. C’est la gomme du Ceratophorus Leerii, qui appartient aussi à la famille des Sapotace'es. On n’a pas réussi comme on l’espérait à obtenir du sawou manila, sapotille (Achras sapota ; II, 1036) importée des Indes occidentale, un autre surrogat de la getha-percha. Cependant les éléments du succès existent, et de nouveaux essais réussiront probablement mieux. Le fruit est un des plus délicieux des Indes.
- « Le cacosmanthus macrophyllus de Java a une gomme remarquable, le karet-mouding, qui tient le milieu entre le caoutchouc et la getah-percha, plus rapprochée cependant de cette dernière que de l’autre, et qui fait aussi son chemin dans le commerce. »
- Echantillons de gutta-percha de l’archipel des Indes néerl. — L’inspecteur en chef, chef du service des postes et télégraphes aux Indes néerl.
- 1-3. Malam gondang, kondang ou lèlès, des divisions de Chilachap et de Pourwokerto de la rés. de Bangoumas. La population ne sait pas tirer parti de la gutta et l’exploite peu. On obtient la sève en pratiquant des incisions dans le tronc de l’arbre et dans les branches primaires. Il y a une dizaine d’années que l’on a essayé de planter des arbres à gutta-percha dans le district de Jambou, div. de Pourwokerto; mais bientôt on n’a plus compté les plantes que par dizaines là où il y en avait eu des centaines.
- 4, 8-10, 12,15, 16. Getah koulan (Isonandra gutta). Il existe dans presque tous les districts de Bangka. On en distingue deux espèces, l’une à écorce
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- blanche, l’autre à écorce brune; la première est la plus productive. Pour recueillir la sève, on coupe l’arbre à environ deux pieds du sol après l’avoir complètement ébranché. On y pratique ensuite des incisions circulaires d’où découle la sève-, celle-ci se durcit par la cuisson.
- 5, 6, 14. Getah daduh (Sapota cées). Croît à Bangka dans les districts de Muntok, de Jebous et de Merawang. On ne l’exploite pas, la gutta n’en étant pas estimée et ne s’employant que comme glu pour preudre les oiseaux.
- 7. Ketiauw. Fréquent dans le district de Merawang, rés. de Bangka. On tire du noyau du fruit une huile qui a beaucoup d’analogie avec l’huile de Kachang.
- 11. Mantaba (espèce d’Artocarpus). Celte espèce, qui croît dans le district de Merawang, mais qui n’est pas fréquente, est peu estimée. On fait des bougies avec sa gutta mélangée avec de la cire.
- 13. Jeloutoung (Sapotacées). Ces arbres aussi croissent dans le district de Merawang, mais sont rares et peu estimés. Le fruit desséché sert de flambeau.
- 17-28 Getah sambourg, Getah hangkang, G. douyan, G. douyan patah, G. baringin. On trouve ces arbres dans la Div. mér. et or. de Bornéo le long du cours supérieur des rivières. Les Dayaks appellent la gutta nyatou. On en a exporté pendant les trois dernières années 1,103,740 kilogrammes de Banyar-masin à Singapour. Ce chiffre ne concerne que l’exportation de Dousoun et des pays Dayaks, exclusivement de celle de Sampit et de celle de laxôte orientale de Bornéo. Anciennement on attendait pour couper les arbres qu’ils eusscpl soixante ou soixante-dix ans, mais maintenant on abat tout arbre qui produit la gomme désirée. On fait avec une gouge dans le tronc à des distances d'environ quatre dccmètres les unes des autres, des incisions qui pénètrent jusqu’au cœur de l’arbre, et l’on recueille la sève laiteuse qui en découle dans des feuilles de biron ou dans des tuyaux de bambou. Jusqu’à présent la production n’a pas diminué; mais cela ne peut tarder par suite des procédés inconsidérés d’exploitation que l’on met en usage.
- 29 et 30..Kondang et Hambrang, du Préanger, div. de Soukapoura, de Soukapoura kolot et de Soukaboumi, et district de Chinea.
- 31 et 32. Krasak, de la Rés. de Besoeki, Div. de Boudowoso, où il croit sur les pentes des monts Ringgit, et Boulou Ongko, district de Rogojampi, Div. de Banyouwangi. La population ne connaît pas la valeur de la gomme produite par ces arbres et ne les exploite pas.
- 33-49. Diverses espèces de Getah de la côte orientale de Sumatra (Bang-kalis, Siak, Labouan balou), portant les noms de G. balem (mouda et toua), soundi, jiloutoung, poudou, bourou, poutih, merah, etc. Ces arbres croissent sur des terrains élevés non encore défrichés; les terrains rapprochés de la mer n’ont que des espèces djnt la gomme est de qualité inférieure. On coupe des arbres de tout âge, pourvu seulement qu’ils ne soient pas très-jeunes, et l’on y fait des entailles circulaires d'où l’on recueille la gomme. On détruit ainsi sans tenir compte de l’avenir, et comme on ne se donne pas la peine de remplacer les arbres coupés, la production va en diminuant.
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- 50-59. Espèces de Getah de Palembang (Ilir et Banyouasin, Sikayou, Batou-raja), au nombre desquelles est le G. melabouwai, dont on ne se Sert que pour sophistiquer les autres espèces.
- 60. Getah balam de Moko-Moko à Bcngkoulen. Ici les arbres qui produisent la gomme gulte réussissent mieux dans les terrains marécageux que dans ceux qui sont secs et sablonneux. Ils ne commencent à produire que lorsqu’ils ont de vingt à vingt-cinq ans. On fait dans l’écorce des incisions d’où la sève découle.
- 61*74. Espèces de Getah de la Div. occ. de Bornéo (Sintang, Sambas, Mon-trado), portant les noms de G. bringin, dourian, nyatou, poudou, koulan, jiloutoung, jongkang, kapouwa, sangai et katenggé.. A Sinlang on distingue deux espèces principales de gutta-percha, le getah lembout et le getah merab; mais les collecteurs de gomme mêlent les deux; espèces, de sorte que le commerce ne les distingue pas. L’exportation s’estime à 5,000 pikoîs par an (pikol — 61, 76 kilogrammes).
- 75 et 76. Getah balem de Toulang Bawang et du Semangka, rés. des Lam-pongs. Aux Lampongs on distingue le balem baringin et le balem dourian. On commence à exploiter les arbres quand ils ont de vingt à vingt-cinq ans, en faisant dans l’ccorce des incisions sous lesquelles on place de petits tubes en bambou pour recevoir la gomme.
- 77-82. Getah balem tambago, choubadaq, sougi-sougi, ketaping, soundou-soudou et pirang, tous de la contrée autour de Padang. Ici l’exploitation se fait saus couper les arbres par incisions d’où découle la gomme. La production est très-faible, quoique les forêts situées entre Loubou Prakou et Tinjaulaut soient très-riches en toutes sortes d’espèces d’arbres donnant le getah balem.
- 83-95. Labouai (Alstonia costulata Miq ) balam (Bassia balem Miq.), balam dadi (Tabernœmontaovalis Miq.), bounga tanjaung, getah, baringin (Tsonandra gutta Hook.), tembago, dourian, sousoun, ampalou, pipit, soudou-soudou, manggis, soundai ou sandai, espèces de getah du L Kotta, rés. du Haut-Pays de Padang. Les arbres croissent d’ordinaire par groupe de cinq à dix, dans les épaisses forêts des terrains montueux. Ils prospèrent surtout là où le sous-sol de tanah liât (argile jaune) n’est recouvert que d’une mince couche d’humus noir. On ne se préoccupe pas de leur âge; mais lorsque le tronc présente à l’œil une épaisseur que l’on juge suffisante, on fait quelques incisions d’essai pour s’assurer que le produit vaudra la peine de procéder à l’exploitation. Le balam dadi, le bounga tanjoung, l'ampalo et le pipit ne s’emploient que mélangés à d’autres espèces.
- 96-101. Balam, balam baringin, balam tembago, échantillons en partie préparés et mélangés, tous provenant des îles Batou. Les arbres à getah y croissent sur un sol d’argile pierreuse, où ils sont à l’abri des vents violents. On les coupe quand ils ont de trente à quarante ans. L’exportation monte à 64 pikols.
- 102. Balam baringin de Tapanouli.
- 103-108. Balam tembago, pipit, soudou-soudou, dourian, aro tampou et gi an, espèces de getah de Soupayan, rés. du Haut-Pays de Padang.
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- 109-412. Balem tembago et balem baringin, d'Alahan Panjang, div. de Solok, rés. du Haut-Pays de Padaug.
- 113. Soundi de l’ile de Battara, rés. de Riouw. L’arbre croit vigoureusement dans le pays (terrain bas et marécageux); l’écorce est grossière, rouge foncé, presque noire, et le bois est rougeâtre ; pourtant la gomme qu’il produit est blanche.
- 114 et 115. Balam baringin et tembago de la div. de Painan. rés. du Bas-Pays de Padang.
- 116-118. Espèces de gutla-percha provenant de Labou, Jiouta, Pagima-nan, Balanta, Posso et Saousou, localités situées au sud du golfe de Tomini, rés. de Mcnado.
- Echantillons de caoutchouc de l'archipel des Indes néerl. — Vinspecteur en chef,
- chef du service des postes et télégraphes aux Indes néerl.
- 1. Karit des div. de Pourwokerto et de Chalachap, rés. de Bangoumas. On peut commencer à recueillir la gomme quand l’arbre atteint l’âge de quinze ans. La production, considérable une fois, a beaucoup diminué par suite de la manière imprévoyante dont l’exploitation se fait. Les vieux arbres ont disparu, et l’on ne laisse pas aux jeunes le temps de grandir suffisamment.
- 2. Getah, ketoul de Soungei Liât. Bangka. Le ketoul est une plante grimpante qui a besoin de l’appui des autres arbres; il prospère le plus à l’ombre des forêts vierges. Il ne produit de gomme que lorsqu’il a atteint quarante ans. La récolte se fait en coupant la plante, puis en y faisant des entailles.
- 3 et 4. Getah oujoul et pengereng de Toboali, Bangka. La gomme qui découle de ces arbres ne se coagule que très-lentement ; on peut cependant activer beaucoup la coagulation en mêlant à la .sève un peu d’eau de mer ou de sel ordinaire. Chaque arbre donne de 2 à 6 kilogrammes.
- 5 et 6. Penpereng et kolôk de Soungei Slan, Bangka. Ni l’un ni l’autre n’est fréquent.
- 7. Ketoul et koulet de Jebous, Bangka. La gomme ne s’emploie que mélangée à d’autres.
- 8 et 9. Nonnok et ketoul de Merawang, Bangka. Plantes grimpantes.
- 10-12. Dangou, karoutou, getiân, subdiv. des pays Duyaks, rés. de la Div. mér. et or. de Bornéo. Croissent soit dans les régions élevées, soit dans les régions basses.
- 13-18. Karèt ou korolet des régences du Préanger. Ne croit qu’à Sou-kapoura, Soukapoura-kollot, Soukaboumi et dans le district de Chihea à Bandong. Il ne s’en fait pas d’exploitation régulière. On obtient la gomme en faisant des incisions dans le tronc. On évalue à 25 kilogrammes la production moyenne par arbre.
- 19. Getah ngerèt de Bengkalis, rés. de la côte or. de Sumatra. Arbre peu fréquent.
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- 20. Getah rambong poutih ou getah gitan de Labouan batou, côte or. de Sumatra. Assez rare.
- 21. Getah gerib de Siak, côte or. de Sumatra. Croît en grand nombre, surtout dans les terrains sablonneux. Quand il a vingt ou vingt-cinq ans, il produit la gomme. Pour se la procurer, on coupe simplement l’arbre. Un arbre adulte donne 20, parfois même 25 kilogrammes de caoutchouc.
- 22-52. Getah karet (Ficus elactica Bl. ou Urostigma karet Miq.), des diverses divisions de la rés. de Bantam.
- 53, 58, 62, 63. Karit kayou de Komering, Ogàn oulou et Ranau, Haut-Pays de Palembang. Croissent dans les parties ombreuses des forêts dans les terrains riches en humus. Les incisions se font de demi-mètre en demi-mètre. Chaque arbre peut s’exploiter pendant une dizaine d’années et livre en moyenne dans cet espace de temps 3 pikols de caoutchouc. On a essayé d’en faire des plantations à Komering.
- 54, 55, 57, 61. Balam kechil et Karet akar de Komering, Agan oulou et Ranau, Mousi ilir et Tebing tinggi, rés. de Palembang. Ces arbres sont peu productifs et ne s’exploitent guère.
- 56, 59, 60. Getah karèt d’Hiran Banyou asin, Mousi ilir, Komering, Ogan oulou et Ranau, rés. de Palembang. L’arbre se plaît dans les contrées basses, alluviales, pourvu qu’elles ne soient ni marécageuses, ni exposées aux inondations. A Mousi ilir, il croît presque exclusivement dans les forêts situées au-dessus de Batang Lekoh, sur les limites de Jambi, où l’exploitation est faite principalement par les Koubous. Ils se bornent à pratiquer des incisions dans les arbres, sans les abattre.
- 64, 65, 68. Karèt akar (Chilocarpus costatus Miq.) des environs de Ben-koulen, Moko-Moko et Kaour, rés. de Bedkoulen. C’est Une plante parasite dont on obtient la gomme en pratiquant des incisions au moyen du « petat ». Elle se recueille dans des baquets.
- 66, 69, 70. Karèt nassi, bourouk et batang, de Laïs, rés. de Benkoulen. Les deux premières espèces, qui portent parfois toutes deux le nom de Karèt akar, sont produites par de& plantes parasites ; la troisième provient d’un arbre appelé Batang karèt.
- 67. Karet kayou, des environs de Benkoulen.
- 71, 75. Getah jintaan de Montrado, div. occ. de Bornéo. Cette gomme provient d’une plante parasite que les Chinois nomment Tak Shou J in. Elle a beaucoup de ressemblance avec le rotin, rampe sur le sol ou grimpe le long des arbres; elle se plaît surtout sur un sol sablonneux. Pour en obtenir la gomme, on coupe la plante et l’on y pratique au moyen du parang des incisions circulaires. On répand de l’eau salée sur la sève pour en provoquer la coagulation.
- 72, 77. Getah serapat de Montrado, div. occ. de Bornéo. L’arbre prospère sur toute espèce de sol, pourvu que celui-ci ne soit pas trop maigre.
- 73, 76. Getah bouwé de Montrado, div. occ. de Bornéo. Plante, rampante ou grimpante, qui aime les sols argileux ou pierreux.
- 74, Getah sousou ou Jetah tanah, de Sintang, div. occ. de Bornéo. Pro-
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- duit par une liane qui embrasse les troncs des arbres et atteint jusqu’à 20 et 25 centimètres d’épaisseur.
- 78-81, Karèt ou keraré provenant de toutes les parties de Lampongs et Tahôi, provenant de Toulang bawang et de Sapoutih dans les Lampongs. Lianes qui se reproduisent en projetant des racines aériennes. Les semences dispersées par les oiseaux ne germent que dans les creux des arbres morts ou dans les parties pourries de troncs encore vivants.
- 82. Getah gitan des contrées environnant Padang. Plante grimpante qui s’appuie sur toute espèce d’arbres, atteint 6 centimètres d’épaisseur et se plaît sur les rondeurs des montagnes, d'où les eaux s’épanchent aisément. La production diminue par suite du genre imprévoyant d’exploitation pratiqué.
- 83, 84. Nyato Selendit ou bindalou lantik daoun, du L Kota, de Pan-gbalar et de Kampar. Dans le L Kota (subdiv. de Pouar datar) la production diminue; elle augmente en revanche à Pangkalar et à Kampar, ou l’exportation atteint environ 100 pikols.
- 85-88. Gelah kajei, première, deuxième et troisième qualité, provenant des îles Batou et de Nias. L’arbre prospère le mieux sur un sol d’argile rouge pierreuse. Les trois qualités se distinguent suivant que la gomme a été distillée par les branches, par le tronc, ou par les racines; on les confond dans le commerce. L’exportation d’Ayer bangis et de Poulo Tollo est d’environ 168 pikols.
- 89, 91, 94. Getah gitan, ngarik pipis, ngarik gagang, sirih (Apocynées), de Spupayang, Haut-Pays de Padang.
- 90/, 92; 93. Getah kajei et Getah gitan de Soupayang, Solok et Soungei Pagou.
- 95. Getah gerit, de l’île de Battam, rés. de Riouw. Liane. Pour se procurer le caoutchouc, on coupe la plante en deux, de sorte que la partie supérieure reste suspendue à l’arbre qui lui a servi d’appui.
- 96. Getah gitan, de Painan, Bas-Pays de Padang. Exportation, 60 pikols par an.
- On avait également exposé les objets qui servent à recueillir la getah ou gomme dans la rés. de la côte or. de Sumatra.
- a. Horouk.
- b. Limas.
- c. Harountoung.
- Après que l’on a abattu et cerné l’arbre, on place un limas (b) sous chaque entaille circulaire, afin de recevoir la sève. Comme il reste de la gomme attachée au bois, on la racle au moyen du' horouk (a). Quand le limas est plein, on en verse le contenu dans le harountoung (c), que l’on porte suspendu à l’épaule gauche.
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- Une pyramide métallique rappelle aux visiteurs que la vieille Europe est toujours tributaire à la Hollande de l’étain, précieux métal rarement employé seul, mais dont la présence est nécessaire dans tant d’alliages.
- L’étain occupe aussi une grande place parmi les minéraux exploités dans les Indes néerlandaises par les indigènes et les Chinois. Il est moins généralement répandu dans le sol de l’Archipel que l’or ; toutefois on le trouve en grande abondance dans les îles de Bangka et de Billiton, et il existe en outre en plus ou moins grande quantité dans celles de Singkep, de Koundour et de Grande-Karimon, qui toutes trois font partie de l’archipel de Riouw, et, dans la région de la côte orientale de Sumatra, dans le haut pays de l’empire de Siak, près des rivières de la Kampar et de la Rokkan.
- L’étain se trouve aux Indes néerlandaises presque exclusivement dans des dépôts formés par des courants d’eau. On le rencontre dans des couches de détritus de montagne qui reposent d’ordinaire dans les régions plates ou dans les vallées immédiatement sur le fond de roches compactes, et qui sont recouvertes des produits de la désagrégation des collines ou des montagnes environnantes.
- Il a été primitivement exploité par les Malais de la manière la plus rudimentaire, et il existe encore à Bangka et à Singkep de nombreux vestiges de ces anciens travaux. Si le métal se trouvait fort rapproché de la surface du sol, on enlevait au moyen d’un courant d’eau ou bien à bras toute la couche de terre qui recouvrait le minerai, puis on creusait ce dernier pour l’emporter et le laver. Mais pour peu que le métal se trouvât plus profond, on ne savait l’atteindre qu’en creusant de petits puits dont on exploitait le fond en prenant autant que pos-
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- sible aulour du trou ; ce qu’on en retirait se lavait sur des baquets plats en bois (doulang). Quand les Chinois à leur tour se mirent à extraire l’étain, ils perfectionnèrent beaucoup les procédés. Ils emploient deux méthodes, suivant qu’ils ont à exploiter les gisements appelés koulit et koulil kollong, situés au-dessus du nivéau général des eaux, ou des kollong, situés essentiellement dans le fond des vallées, au-dessous du niveau des eaux. Ces méthodes ne diffèrent guère de celles qui sont employées à Bornéo pour la recherche de l’or. Une condition capitale de l’exploitation est que l’on puisse disposer d’une quantité suffisante d’eau courante, soit, quand on exploite les gisements élevés, pour faire enlever par l’eau la couche supérieure de terrain qui recouvre le minerai, soit, quand on opère dans la vallée, pour mettre en mouvement les roues hydrauliques nécessaires au drainage des fosses d’exploitation; enfin l’eau courante est indispensable pour pouvoir laver en grand, quand le moment est venu, les matériaux extraits de la mine.
- Autrefois à Bangka les indigènes ne fondaient le minérai d’étain que par petites quantités à la fois. Ils faisaient usage pour cela d’un trou peu profond pratiqué dans le sol et revêtu d’argile réfractaire ; l’ouverture supérieure du tron avait euviron 3 centimètres de diamètre. On remplissait l’excavation de minerai d étain mélangé de charbon de bois, on allumait ce dernier et on le maintenait à l’incandescence au moyen de courants d’air amenés par des tuyaux de bambou un peu au-dessus du fond du trou. Ces tuyaux communiquaient avec le bas d’un tronc d’arbre évidé, placé verticalement, dans lequel on faisait mouvoir à la main un piston, qui produisait le courant d’air. Il n’y a que quelques années que ce procédé primitif était encore employé pour la fonte à Singkep et à Siak. Quand ils sont arrivés à Bangka, les Chinois l’ont grandement perfectionné; ils mirent en usage de grands fourneaux et des soufflets de forme cylindrique, manœuvrés à la main en tirant du haut en bas. Ils pouvaient ainsi obtenir par nuit de fonte avec un fourneau jusqu’à 60 lingots ou barres d’étain, chacun du poids de 33 kilogrammes.
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- L’exploitation de l’étain ne date pas de très-loin aux Indes néerlandaises. Elle a probablement été inaugurée à Bangka vers l’an 1710 par des indigènes originaires de Palembang. Au début, elle fut insignifiante. Mais en 1725 on invoqua l’assistance des Chinois, et dès lors l’extraction prit petit à petit de si grandes proportions qu’en 1740 la production fut déjà de 25,000 pikols (1 pikol = 61,76kilog.), et qu’en 1777 la Compagnie des Indes orientales conclut avec le Sultan de Palembang, auquel Bangka appartenait alors, un contrat par lequel le Sultan lui promettait la livraison annuellade 30,000 pikols d’étain.
- Déjà en 1823 le gouvernement néerlandais savait qu’il existait de l’étain de Blitong, et les indigènes n’avaient pas attendu cette date pour l’extraire et le fondre. Cependant il ne s’est pas fait dans cette île d’exploitation sur une grande échelle jusqu’en 1852; le gouvernement y a concédé alors l’extraction de l’étain à une société privée.
- Il y aune centaine d’années que s’exploite l’étain de Singkep. Au commencement, les Malais seuls s’en occupaient, et ils employaient les méthodes très-primitives dont nous avons dit un mot plus haut. Plus tard, les Chinois y ont appliqué leur système de fosses. Du reste, les sondages qui ont été effectués il y a quelques années ont démontré que cette île ne contient plus que peu d’étain.
- On sait depuis seulement une cinquantaine d’années, pour ce qui concerne la côte orientale de Sumatra, qu’il y a de l’étain dans le haut pays de Siak. La quantité de métal extraite dans cette contrée par les indigènes est insignifiante, et les recherches des derniers temps ont donné la certitude que le minerai n’existe que dans de faibles proportions. Il paraît aussi qu’on a une fois exploité de l’étain à Siblimbing sur la Kampar et aussi sur la Paré, affluent de la Rokkan; mais on n’a pas de détails à ce sujet.
- Depuis assez longtemps et jusqu’à présent les indigènes de l’île de Grande Karimon ont tiré du sol un peu d’étain; mais là aussi c’est en quantité insignifiante.
- On ne peut pas dire avec certitude combien d’étain les Indes
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- néerlandaises ont produit dans le passé. Sur la côte orientale de Sumatra et à Grande Karimon, la production a sans doute toujours été insignifiante. Dans les meilleures années, on a extrait à Singkep jusqu’à 600 ou 700 pikols. Quant à Bangka, on a estimé sa production totale jusqu’au moment où l’île a passé sous l’administration néerlandaise, c’est-à-dire jusqu’en 1821, à 1,330,000 pikols.
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- Les mines d’étain de Bangka furent placées sous l’administration de l’État en 1821, après la conquête de Palembang. On n’élabora qu’en 1832 des dispositions régylatives de l’exploitation de l’étain, et encore ces régies n’exercèrent guère d’influence sur la manière dbnt. les travaux continuaient d’être exécutés par les indigènes et les Chinois. Les premiers ingénieurs des mines firent leur apparition à Bangka en 1853; mais leur tâche était surtout d’étudier la puissance productive de l’île, et ils n’eurent pas d’influence directe sur les travaux d’exploitation. Un grand progrès leur fut cependant bientôt dû. Un des ingénieurs inventa en 1858 un appareil de sondage qui permettait d’établir avec une certitude suffisante le degré de richesse des gisements ; on put donc dès lors désigner aux sociétés chinoises d’exploitation quels étaient les terrains propres à leurs opérations et leur épargner ainsi les tâtonnements, les mutations de terrain inutiles, qui gaspillaient le temps et l’argent. Un autre progrès s’accomplit en 1866 avec l’aide du service des mines. Ce service s’était livré à des expériences qui permirent de perfectionner la fonte de l’étain pour le séparer du minerai, en améliorant la forme des fourneaux et en remplaçant les soufflets manœuvrés à la main, et par conséquent irréguliers dans leur effet, par des ventilateurs en fer mus par des roues hydrauliques. Non-seulement les frais de fonte
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- furent ainsi atténués, mais le rendement fut en même temps augmenté de quelques unités pour cent.
- Tout cela n’empêche pas qu’en gros, la méthode d’exploitation habituelle aux Chinois resta en vigueur à Bangka. Depuis quelque temps seulement, le gouvernement fait faire des expériences dans le but d’employer des machines européennes à extraire des fosses de mine le terrain et l’eau. Il est douteux que cette innovation se montre profitable, vu que probablement l’économie réalisée par les nouveaux engins ne compensera pas les frais que leur emploi occasionnera. En tout cas, ces procédés européens ne seront pas applicables partout à Bangka, et ils ne présenteront peut-être d’avantage que pour les dépôts très-profonds, difficiles à exploiter ou pas exploitables du tout par la méthode chinoise.
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- Les cartes et représentations graphiques abondent, ainsi que les collections géologiques et minéralogiques, parmi lesquelles on étudie principalement la collection de M. Renaud, ingénieur des mines à Bangka, qui tire son plus grand intérêt des minerais d’étain. Dans le fascicule consacré au compte rendu de la section des colonies néerlandaises, nous trouvons sur ces minerais de Bangka les renseignements suivants :
- « Le minerai d’étain, toujours oxyde d’étain, se trouve à Bangka dans les roches solides. Ce n’est toutefois pas sous forme de forts filons se continuant régulièrement au loin. C’est, avec le quartz et parfois la tourmaline, le polianite ou le mica, en petites veines qui forment quelquefois un réseau; c’est encore dans des poches ou dans les interstices et fentes du grès, et enfin aussi cristallisé à part dans le voisinage des veines.
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- « En outre, nous avons déjà exprimé la probabilité de la présence de minerai d’étain mélangé à la masse du granit. En tout cas, il faut qu’il y ait beaucoup d’étain dans le granit, ne fût-ce que sous la forme de petites veines, puisqu’un grand nombre de vallées qui possèdent l’étain sont creusées dans le terrain granitique lui-même et y contiennent de riches dépôts de minerai de ce métal. Pour autant qu’on a pu s’en assurer, la présence du minérai d’étain dans la roche sédimentaire est en général, à l’exception des grès ou des conglomérats formés de détritus postérieurs, bornée aux grès ou aux quartzites qui se trouvent dans le voisinage de la limite du granit.
- « La place nécessaire à la formation de minéraux par cristallisation s’est trouvée en maint endroit, comme cela se voit par les gros cristaux de quartz ou par les blocs de minerai d’étain cristallisé qui se trouvent parfois dans la partie supérieure des vallées qui contiennent l’étain.
- « Il est assez remarquable, et en tout cas très-heureux pour la pureté de l’étain, que le wolfram ne soit que sporadique, et que même on n’en ait constaté avec certitude la présence qu’en un seul endroit.
- « On à trouvé dans les ravins du cours supérieur de la petite rivière de la Salinta, dans le district de Pangkal Pinang, des morceaux de granit pauvre en feldspath auquel le wolfranium et le minerai d’étain sont mélangés dans des proportions qui varient de 1 à 40 0/0 ; il y a en outre dans les roches de grès et de granit de la colline de Salinta un grand nombre de petites veines, qui contiennent de la tourmaline, du mica, du minerai d’étain, du wolfram, soit ensemble, soit séparé.
- « La roche compacte est presque partout à Bangka recouverte d’une couche épaisse consistant en une masse, qui n’a pas été ou n’a été que peu déplacée, formée de roches désagrégées par les agents atmosphériques. Il s’y rencontre d’anciens thalwegs comblés par les produits de l’effritement, couches d’argile, de sable, de limon. Le fond du lit des vallées est ainsi formé des roches primitives très-entamées
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- par le climat et fort peu déplacées, et présente d’ordinaire une argile compacte renfermant tantôt des grains de quartz, tantôt du sable ou des paillettes de mica, suivant la nature de la roche primitive. Parmi les échantillons réunis dans la boîte marquée du n# 125, on en trouvera, sur les n08 1 — 6, de cette masse fortement métamorphosée,, difficile à reconnaître pour les non-initiés. Elle constitue l’ancien fond des vallées sur lequel les rivières ont ensuite déposé le minerai d’étain. Lorsque donc, en exploitant celui-ci, on atteint la masse du fond, il est inutile de creuser plus avant ; on ne trouverait plus le métal cherché. On appelle pour cela cette masse le fond du minerai* ou, en empruntant une expression aux Chinois, le Kong.
- « La couche contenant le minerai est un dépôt de détritus de montagne qui, partout où il existe, repose directement sur l’ancien fond de la vallée. Elle est formée de grains de quartz, de cristaux arrondis de quartz ou sable de quartz, avec des grains de minerai d’étainr quelques minéraux mélangés à la masse ou fragments de roches roulées et quelquefois de l’argile. Elle est recouverte d’un certain nombre de couches alternatives d’argile et de sable, et enfin d’une épaisseur variable de sol noir, argileux, sablonneux ou boueux, très-riche en éléments organiques, à travers lequel la rivière actuelle se fraye ses méandres.
- « Il existe quelquefois encore entre ces couches supérieures un dépôt peu profond de sable contenant de l’étain, ou bien encore le sol qui recouvre le tout renferme de l’étain. Il arrive en même temps parfois que l’on trouve le sol noir en deux étages différents. Souvent enfin un manteau de sable alluvial, originaire des exploitations d’étain du voisinage, est venu s’étendre en dessus du sol supérieur.
- « L’épaisseur totale de toutes ces couches dépasse rarement dix mètres ; le dépôt contenant le minerai d’étain est d’ordinaire fort de 0,30 à 0,60 m. et atteint rarement un mètre ou plus. Les nos 122 — 124 représentent des coupes qui permettent de se rendre mieux compte de la composition de ces terrains. '
- « La proportion de minerai d’étain dans la couche qui le contient est
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- très-variable. Dans les exploitations actuelles elle doit être renfermée dans les limites de 10 à 60 kilogrammes par mètre cube de masse sablonneuse et donner une moyenne de 20 à 40 k., c’est-à-dire de 1 à 2 0/0.
- « Le minerai est d’ordinaire brun foncé. Les grains rouge gris ou jaunes sont des exceptions. A l’origine des vallées, dans la proximité des veines d’étain, les grains peuvent atteindre une grosseur considérable, mais celle-ci diminue à mesure que l’on descend le courant de l’eau; elle reste d’ordinaire inférieure à 3 millimètres; les grains de plus de 5 mm. sont rares.
- « L’étendue d’un dépôt de minerai d’étain dépend de la largeur de la vallée où il se trouve, et ne peut pas non plus s’éloigner au delà d’une certaine dislance de la source primitive du minerai. La partie inférieure des grands dépôts contient d’ordinaire sur une largeur de 100 à 200 mètres assez de minerai pour rendre l’exploitation rémunérative; en remontant le courant, la largeur diminue. Quant à la longueur sur laquelle une vallée renferme du minerai exploitable, elle dépasse rarement dix kilomètres.
- « Outre le minerai, la couche qui le contient doit aussi renfermer des débris minéraux provenant de la désagrégation des roches compactes ; cependant on ne retrouve principalement que des fragments de roches riches en quartz comme l’argile siliceuse, etc., et en outre des quartz et du cristal de roche. Le feldspath s’est métamorphosé sous l’influence du climat et se retrouve à l’état d’argile, à moins qu’il n’ait été emporté par les eaux.
- « Le pyrite de fer est certainement présent dans chaque couche de minerai, mais seulement en faible quantité; en effet, ce minerai a été décomposé, ou bien il est allé se déposer plus bas dans les vallées, là où il y a trop peu d’étain pour qu’on y poursuive l’exploitation .
- « Le wolfram ne peut exister que sporadiquement, et a été constaté avec certitude dans le minerai d’une seule vallée du district de Pangkal Pinang.
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- « On trouve de temps en temps des morceaux roulés de minerai de manganèse (n® 132).
- « L’or se trouve parfois dispersé à l’état sporadique entre les grains de minerai; dans un très-petit nombre de vallons seulement il existe en proportion quelque peu plus importante.
- « Nous avons déjà signalé le fer titanifère comme élément prédominant dans un seul des endroits où la présence en a été constatée (n° 133).
- « II y a cependant assez fréquemment une poussière noire de tourmaline, qui naturellement s’élimine lorsqu’on iave le minerai; les fragments roulés d’agalmatolite ou d’un silicate de terre alumineuse qui y est analogue (n° \ 31), ne sont pas rares.
- « La couche possédant le minerai contient donc peu d’autres minéraux accessoires; aussi est-il suffisant de laver et de réduire le minerai d’étain; on ne le grille pas au préalable, et quand le métal a été réduit, on n’a pas non plus à le raffiner.
- « On trouve quelquefois le long des revers élevés des vallées des dépôts semblables à ceux que nous avons décrits; souvent aussi la masse restée en place de roches désagrégées par le climat est recouverte d’une mince couche de détritus, qui, dans les terrains contenant l’étain, renferme ce métal dans toute son épaisseur, rarement supérieure à 3 ou 4 mètres.
- « Ces emplacements élevés portent le nom des terrains koulit; ceux qui sont dans le fond des vallées, celui de terrains kollong.
- « Les terrains, élevés ou bas, les plus riches en étain se trouvent dans le voisinage des limites du granit et des roches sédimentaires ; quelques dépôts cependant en sont éloignés, tandis qu’en revanche souvent les terrains voisins de ces limites sont pauvres en minerai ou même n’en renferment point du tout. Il existe encore de nombreux dépôts récents d’argile ou de sable. »
- Un travail de M. Everwijnx est également plein de détails précieux sur les mines d’or ou de houille noire ou brune, que l’on ne cesse de rechercher dans toutes les régions des colonies hollandaises.
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- C’est toujours l’étain qui a les honneurs du plus grand développement ; ainsi tous les travaux exposés par l’ingénieur des mines de D. Jonghftz, soit dessins, modèles, en échantillons, ont pour but de faire connaître l’exploitation à Bangka.
- Le même exposant a construit en bois une hutte à fondre avec un fourneau chinois ancien. A côté, on a placé le modèle d’un nouveau fourneau avec ventilateur et appareil hydraulique; tous les outils de mineurs pour le travail de la terre, pour le lavage du minerai et pour la fonte à côté du minerai lavé, du minerai non lavé et des scories de fonderie.
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- Le même Van Muschenbroeck donne les appréciations suivantes sur les autres matières minérales.
- « Vif-argent. Le minerai de mercure (cinnabre) existe dans plusieurs endroits aux Indes néerlandaises, par exemple, dans la Tanah-Laut, div. mér. et or. de Bornéo, où il se trouve en compagnie de l’or; dans la div. occ. de Bornéo, sur un affluent de la Bounout et dans quelques autres endroits; dans l’île de Java à Demak et à Cheribon, à Demak à l’état vierge et à Cheribon uni avec l’or; enfin sur la côte occ. de Sumatra près de Silabou et sur les petites rivières de la Gadé-Talang et de la Tapir.
- « Ce n’est que dans les dernières localités, celles de Sumatra, que les indigènes recueillent systématiquement le vif-argent. Il s’y trouve dans les matières provenant de l’effritement d’une certaine roche schisteuse; on fait subir à ces matières un premier lavage dans des chéneaux établis ^dans ce but, puis, le plus gros des substances inutiles éliminées, on lave avec soin dans des baquets de bois le minerai mêlé de sable qui reste de la première opération. On obtient ainsi un cinnabre fortement mélangé de fer oxydé, que l’on fait rougir dans
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- un creuset hermétiquement fermé ; le soufre du cinnabre se combine avec une partie du fer, le mercure devient libre, et quand le creuset est refroidi, on n’a qu’à le verser. La quantité de métal que l’on parvient à obtenir dépend de celle de l’eau dont on dispose pour le lavage et est généralement fort insignifiante. Les indigènes font usage du mercure à titre de[remède, et c’est aussi à ce titre qu’ils en font commerce entre eux.
- « Diamants. Il n’existe dans les Indes néerlandaises de diamants qu’à Bornéo. Les gisements les plus connus se trouvent, pour la divi-sion occidentale, dans la contrée de Landak et sur quelques points situés sur la rive droite de la Kapouas; dans la division méridionale et orientale, la région des diamants forme à peu près la frontière nord de la contrée de Tanah-Laut, en particulier près de Soungei Danau et de Wauwân dans le district de Kousan, et à Chempaka près de Martapoura.
- « Le diamant se trouve à peu près dans les mêmes conditions que l’or, c’est-à-dire dans des dépôts de détritus de montagne enfouis à une profondeur plus ou moins grande sous la surface du sol. Quelquefois aussi on en trouve dans le lit des ruisseaux et des rivières; il est probable qu’ils parviennent alors de dépôts de détritus de montagne situés dans le lit ou sur les rives de ces cours d’eau, et que ceux-ci les ont entraînés.
- « La recherche du diamant est presque exclusivement entre les mains des Malais. D’ordinaire ils font des trous pour atteindre le dépôt où se trouvent les gemmes; ils extraient ce dernier et le lavent dans des baquets de bois. A Landak, on commence dans quelques endroits par faire emporter par l’eau tout le terrain qui recouvre le dépôt contenant les diamants, de la même manière que les Chinois le font pour les gisements aurifères situés plus haut. Les données que l’on possède sur l’étendue de la production de diamants anciennement et dans les derniers temps, sont fort incertaines; on peut dire cependant qu’elle n’est pas très-considérable, et maintenant moins que dans le passé.
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- <t Houille. Quoiqu’il y ait de la houille dans de nombreuses régions des Indes néerlandaises, les indigènes n’en tirent peu ou point de parti pour leur propre usage. Il est vrai que sur la Kapouas supérieure dans la division occidentale de Bornéo, et à Koulei, sur la côte orientale de la même île, les indigènes extraient la houille qui se trouve dans des couches peu profondes du terrain, mais cela se fait uniquement pour le compte du gouvernement, qui a conclu avec les princes de ces endroits des contrats pour la livraison de ce combustible. Dans un petit nombre de localités de Java, les Chinois extraient du sol une faible quantité de houille pour les fours à chaux.
- « Bitume solide. Ce minéral existe dans un grand nombre de localités de Java, de Sumatra, de Bornéo et d’autres îles. Les indigènes le recueillent. Parfois il se trouve dans le sol meuble de la surface, et d’ordinaire alors il provient d’arbres qui ont vécu à l’endroit même; souvent aussi il se rencontre dans le lit des rivières ou à une certaine profondeur dans le sol; alors il provient de couches carbonifères des terrains tertiaires récents, lesquelles sont souvent très-bitumeuses.
- u Pétrole. Il y a des sources naturelles d’huiles minérales à Java, à Sumatra et àjîornéo. Les indigènes recueillent l’huile brute qui nage sur l’eau de ces sources et l’emploient parfois pour la brûler dans des lampes ouvertes; ils y font aussi fondre de la résine, pour produire une sorte de poix dont on se sert pour le calfatage; enfin on Putilise encore comme remède et comme moyen de conserver les bois. »
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- Parmi les autres curiosités minérales, nous ne pouvons passer sous silence la terre comestible que les Javanais et les Malais portent sur
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- les marchés comme matières d'alimentation, au milieu des fruits et des racines dont ils se nourrissent.
- « De même que dans beaucoup d’autres pays, dit le catalogue, la géophagie, l’habitude de manger de la terre, existe dans les Indes néerlandaises, surtout parmi les Javanais et les Malais et quelques tribus dayakes. La composition chimique de la terre employée pour cela, tanah-ampoh, est partout à peu près la même. C’est d’ordinaire une argile amorphe, terreuse, formée principalement d’un hydrate de silicate d’alun, avec un peu d’oxyde ou d’oxydule-de fer; une seule des espèces connues, que les forçats employés à Bornéo à la mine de houille d’Orange-Nassau retiraient autrefois de la mine elle-même, était une argile schisteuse carbonifère très-fine, contenant plus de 28 % de bitume. Sur les marchés et dans les boutiques indigènes cette terre comestible se vend généralement sous forme de petits gâteaux carrés ou de bâtons, que d’ordinaire on enduit d’huile de coco et grille sur les charbons avant de les manger. Le docteur Grei-ner a pu observer pendant longtemps les forçats géophages de la mine d'Orange-Nassau, ét il déclare que cette habitude en se prolongeant exerce une influence très-pernicieuse sur les organes digestifs et engendre plusieurs maladies. »
- On ne saurait croire combien d’objets d’étude sont réunis dans la section néerlandaise; c’est seulement en lisant le catalogue qu’on peut en voir toute la richesse.
- Je recommande aux numismates une introduction de M. Numann sur la collection des monnaies et médailles asiatiques en or, en argent, en cuivre, en étain et même en plomb. Pour terminer cette série d’emprunts que j’ai fait à ce catalogue, je termine en reproduisant une boutade instructive de M. U. Héering sur l’outillage de la vie aux colonies hollandaises de l’extrême Orient.
- « La chaleur du climat veut que l’on puisse aller et venir sans effort dans la maison et que l’air y pénètre partout. Il ne faut donc point d’étages, — du reste dangereux en maint endroit à cause des tremblements de terre, — point d’escaliers, et partout des portes et des
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- fenêtres s’ouvrant largement, à doubles battants. — Toute maison européenne dans nos possessions orientales est pour les traits essentiels faite sur le modèle suivant : Une assez grande pièce carrée centrale, appelée galerie intérieure, devant et derrière laquelle court une large vérandah, la galerie de devant, où l’on se tient à l’heure des visites et qui sert de salon, et la galerie de derrière,-qui pour les gens des Indes est ce que la chambre de ménage est pour nous (le parloir des Anglais). A droite et à gauche de la galerie intérieure sont des chambres, toutes, sauf parfois un bureau d’affaires ou le boudoir d’une dame, chambres à coucher. Quelques riches maisons ont encore un pendoppo, salle ouverte de tous les côtés, couverte d’un toit distinct et adossée aux derrières du bâtiment principal. D’ordinaire la maison est séparée de la rue ou de la route par un lopin de terre plus ou moins grand. Quant à la cour de derrière, elle est généralement entourée de deux rangs de dépendances, habitations des domestiques, cuisines, écurie et remise, chambres de provisions, de bain, etc., et de plus parfois aussi une ou deux chambres à donner.
- « Tel jeune couple récemment débarqué d’Europe fait une moue de dédain lorsque, inspectant la maison non encore meublée dont ils vont prendre possession, monsieur et madame voient les parois blanches toutes nues et le pavé de briques rouges de tous les appartements — le marbre ne se voit que dans les maisons très-luxueuses. Ils marmottent en ricanant : « La cuisine de la maman a meilleure « façon! » — Mais un peu de patience, s’il vous plaît. Laissez les nattes de rotin bien propres s’étendre sous vos pieds; attendez que vos meubles soient disposés avec goût autour de vous, et puis, quand le solstice sera là, nous verrons si vous ne vous apercevrez pas de ce que vaut une galerie ou une chambre à coucher relativement fraîche. Qui sait si vous ne direz pas : « Au fond, il faut connaîtré avant de « juger. »
- « Il y a bien d’autres choses encore qui paraissent étranges au premier abord et dont plus tard on reconnaît l’excellence pratique. Il y
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- a les lits avec leurs rideaux de mousseline transparente, leurs matelas de kapok, leurs longs traversins ronds et — du moins sur la côte — leur veuvage de couvertures; mais la vue seule d’une couverture épouvanterait celui qui sait comment dans ces parages on étouffe dessous. 11 y a les fauteuils à bascule, dont l’instabilité menace le nouveau débarqué de repasser par les épreuves du mal de mer, mais dont, plus tard il bénira par mainte belle soirée le bercement, qui calme les nerfs et rafraîchit l’organisme. Il y a l’étrange chambre de bain, où vous vous étonnez, la première fois que vous y pénétrez, de chercher en vain la baignoire où l’on se plonge; c’est que vous apprendrez avec volupté que le bain rafraîchissant, donc le bon, est celui où tout simplement on s’inonde le corps d’eau froide au moyen d’un puisoir largement manœuvré.
- « La même remarque sera vraie encore s’il s’agit des mets indigènes que l’on vous sert à la « table à riz » — la table à kerri, comme on dit en Hollande. Votre palais européen se révolte devant ce riz cuit sec et cette sauce épicée couleur jaune vert (kerri), ces lanières de viande séchées au soleil, puis frites (dendeng), ces œufs de canard premièrement cuits puis salés dans de l’argile imbibée de saumure, ces petits morceaux du derme d’un buffle frits dans l’huile (kroapouk), ces légumes hachés menu ou ces petits morceaux de foie de poule, qui nagent presque dans l’huile de coco et qui sont assaisonnés de poivre d’Espagne trituré (sambal-scimbal). Pourtant vous ferez bientôt comme les autres Occidentaux. Ils finissent par trouver si appétissante la réfection du milieu du jour, où se servent toutes ces étranges friandises, qu’ils s’y régalent au point de ne plus toucher que légèrement au dîner à huit heures.
- « Mais il faut surtout dire : Ne jugez pas avant de connaître pour ce qui regarde le costume porté aux Indes orientales, c’est-à-dire le négligé. Celui des messieurs, un large pantalon de coton, une veste blanche de même étoffe et des mules aux pieds nus, est imité des Chinois et se porte exclusivement à l’intérieur des maisons ; à peine de très-grand matin l’expose-t-on à la vue des passants. Mais ce qui
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- est grave, c’est madame que voilà. Que porte-t-elle? Mon Dieu! presque rien! Une jupe de coton (sarong) retenue par une ceinture en soie rouge, une jaquette brodée (kabayà)*, voilà tout, sauf des mules si microscopiques qu’elles ne cachent que les doigts des pieds; les pieds et la cheville sont parfaitement nus. Et c’est ainsi déshabillée plutôt qu’habillée, qu’elle reçoit dans le courant d& la matinée, non-seulement les dames de sa connaissance, mais aussi les visiteurs! « Horrible, most horrible! » Vous jurez, n’est-ce pas? que madame votre épouse à vous ne s’écartera pas ainsi des convenances; vous exigerez d’elle qu’elle ne se montre pas sans robe et sans bottines. Eh bien ! je vous avertis que vous vous parjurerez au bout de fort peu de temps. Il ne vous faudra que quelques jours pour comprendre que sous ce climat le costume européen des dames serait une torture nuisible à L’hygiène; bien mieux, vos yeux accoutumés découvriront du charme au sarong, au kabaya et aux gentilles mules de votre aimable moitié, car réellement ce léger costume n’a rien dé disgracieux. »
- Et maintenant, chers lecteurs, nous connaissons les Indes hollandaises comme si nous y avions été.
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- La première impression que subit le visiteur en abordant la section chinoise, — il faut bien l’avouer, — n’est guère favorable. Ce n’est pas que cette exposition ne contienne un certain nombre d’objets très-intéressants ; mais ces objets ne frappent pas l’œil tout d’abord, égarés qu’ils sont au milieu d’un fouillis hétérogène, où ils disparaissent et au sein duquel on a vraiment de la peine à les découvrir. Il faut du temps et quelque persévérance pour y voir clair dans ce chaos ; pour arriver à reconnaître la pierre précieuse, sous la gangue épaisse et vile qui l’entoure et en dissimule l’éclat.
- Les Chinois, en effet, ignorent totalement cet art si parisien, et du reste relativement moderne, d’isoler avec goût un objet sur lequel doit s’arrêter l’œil; ils paraissent ne pas comprendre l’avantage qui s’attache à ce que l’air et la lumière, ces deux éléments fondamentaux du principe de tout art, puissent circuler librement et largement autour d’une belle œuvre. Au contraire. Ce paraît être une des caractéristiques de l’esprit chinois, que le sentiment de l’extrême fouillis. — D’aucuns font large et simple; le Chinois me paraît naturellement porté à faire trouble. — Cela s’explique du reste à force de vouloir faire riche, la richesse chez lui se traduisant surtout par la variété jusqu’à l’infini. Je parle bien entendu de l’art chinois moderne, qui a
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- conservé les procédés et les moyens de l’ancien, mais a perdu le secret de son bon goût en matière de composition, et trébuche naturellement à chaque pas dans les erreurs et les défauts où mène tout principe aveuglément poussé à l’extrême.
- Il me paraît, du reste, qu’en remontant un peu plus haut, on pourrait trouver line seconde origine à ce que j’ai appelé l’une des caractéristiques de l’esprit chinois. — J’ai dit que cette caractéristique était le sentiment, je dirai presque le besoin de l’extrême ouillis, de l'amoncellement et de l’entassement, de l’agglomération en un mot, et que ce sentiment se retrouve aussi bien dans le goût qui préside à l’installation d’une Exposition, que dans la composition du plus petit objet d’art. Voyez en effet ces peintures sur papier de riz représentant des scènes de la vie publique au Céleste Empire; voyez ces assemblées composées de cent ou cent vingt personnages, serrés les uns sur les autres; voyez ces paysages où s’étouffent, sans un pouce d’air, arbres, animaux, ruisseaux, fruits, fleurs et montagnes... Fouillis et agglomération partout!
- Éh bien, je le répète, il y a, je crois, à cela une autre cause encore que la richesse d’imagination et de composition; et cette cause serait une preuve de plus que les Chinois, qui sont les plus anciens artistes du monde (a), sont aussi demeurés les plus primitifs des exécutants : Chez tous les peuples, au début de l’art, une notion élémentaire a toujours fait défaut. Cette notion est celle de la perspective, qui résulte de l’idée de « profondeur », et qui se traduit en dessin ou en peinture par le « raccourci ». Cette vérité est aujourd’hui universellement acceptée. Chez les Égyptiens, chez les peuples de l’extrême Orient, partout les figures sont représentées de face ou de profil, nulle part les corps n’offrent une épaisseur à l’œil. Ant. Rich, dans son très-intéressant dictionnaire des Antiquités, cite les deux ou trois exemples d’essais de perspective connus dans l’art
- (a) L’artiste chinois n’est-il pas certainement aussi influencé par le milieu ambiant dans lequel il se meut, — résultat de la densité de la population chinoise, — et que tous les voyageurs s’unissent à dépeindre comme l’image du Fouillis humain?
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- romain. J’ai moi-même constaté avec grande surprise un essai analogue, sur l'une des anciennes dalles sculptées provenant des palais assyriens et actuellement conservées dans les sous-sols du British Muséum (a). Enfin dans tout l’art primitif, on ne trouve que peu ou pas d’exemples de « raccourci ». La dimension de profondeur n’existait pas pour l’artiste chargé de représenter une figure ou de retracer l’ensemble d’une scène. La perspective était encore inconnue. — Eh bien, pour les Chinois, elle paraît l’être encore aujourd’hui. Pas de profondeurs, pas d’épaisseurs, pas d’idée d’éloignement! Par suite tous les personnages, à quelque plan qu’ils se trouvent, venant se plaquer, se découper les uns sur les autres comme des silhouettes de ces ombres chinoises, dont ils sont les inventeurs et qui portent leur nom. De là‘ fouillis inévitable, nécessaire, logique.
- Toutefois en écrivant « pas d’idée d’éloignement », je commettrais une inexactitude si je ne m’expliquais sur la valeur que j’assigne à cette expression. Les Chinois ont bien eu à la longue le sentiment de la distance qui séparait deux objets diversement éloignés de l’œil de l’observateur. Ils se rendent bien compte que l’un paraît plus petit que l’autre, et ils reproduisent cet objet en effet plus petit. Leurs paysages, leurs scènes présentent par suite une série de plans différents, mais en nombre déterminé et généralement assez restreint.
- (a) Cette série de dalles, assez peu visitée, constitue cependant l’une des plus belles collections du Musée anglais. Chacune des dalles mesure environ 2 mètres de longueur sur 2 mètres de large. Elles représentent, eu bas-reliefs d’une saillie et d’une conservation remarquables, une série de scènes de chass? au lion et au tigre par les rois d’Assyrie. — Les figures humaines, quoique pleines de mouvement et d’une grande justesse d’attitudes, sont assez grossières et naï/es. Toutes sont de profil. Les fauves au contraire sont modelés d’une façon extraordinaire. A voir le fini de l’un et l’état rudimentaire de l'autre, on dirait d’un lion de Barye poursuivi par un personnage de la tapisserie de Bayeux. L’anatomie, les mouvements, l’expression de férocité, de rage, de douleur, d’épuisement, tout chez ces fauves est rendu avec une perfection qu’il serait mposs ble de dépasser aujourd’hui. Ces lions valent les chevaux du Parthénon. C’est précisément l’un de ces lions, blessé par le roi, qui tombe en tournant vers le spectateur sa tête empreints d’une expression de fureur et de souffrance à la fois. — Cette figure de lion présente donc, et c’est la seule à ma connaissance dans toute la série, toute l’eneolure et une partie de la tête en plein trois-quarts, et la perspective, puisque perspective il y q, en est parfaitement correcte.
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- Ils arrivent ainsi à un effet semblable à celui que produit l’aspect d’un décor de théâtre, composé d’un certain nombre de plans parallèles plus ou moins espacés. — Mais ce qui leur manque, c’est l’idée de la continuité régulière de Véloignement, qui constitue la véritable échelle de la perspective, et c’est là ce qui fait que leurs différents plans sont le plus souvent hors de proportion les uns avec les autres. De toutes façons, cette série de plans, tout en façade, car c’est là l’expression qui résume et explique cette théorie, cette série de façades, dis-je, s’ajoutant les unes aux autres et se découpant les unes sur les autres, a pour effet immédiat de produire la confusion, l’amoncellement et le fouillis (répétons le mot, quoiqu’il soit peu français), dont nous nous plaignons depuis le commencement de ce chapitre.
- Je pense avoir suffisamment déploré le malencontreux entassement d’innombrables objets, qui donne à la section chinoise l’aspect d’un véritable bazar. Je ne connais pas d’autre mot pour qualifier cês étalages d’éventails, de potiches grossières, de magots en terre cuite, d’huile chinoise, etc., etc. Je ne reviendrai pas sur ce point, car il me coûte de voir attribuer à ces produits de pacotille les plus beaux emplacements, sous prétexte que ce sont ceux où passent le plus de visiteurs, au lieu de les reléguer dans les coins éloignés dont ils seraient tout au plus dignes.
- Passons donc à l’étude des objets intéressants, les seuls que je me propose de décrire ici; mais auparavant, quelques mots sur l’ensemble de la section chinoise, sur l’emplacement qu’elle occupe et sur le parti que la Commission nommée par le gouvernement chinois, en a tiré tant au point de vue de la décoration que de la disposition générale.
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- Comme plan d’ensemble, la section chinoise se présente assez bien, et la Commission a su habilement utiliser l’emplacement qui lui était dévolu.
- La partie de la grande nef qui appartient à la Chine peut être considérée comme le vestibule, vestibule d’honneur du reste, de la section chinoise, laquelle se présente tout entière dans le sens perpendiculaire à la grande artère de l’Exposition. — Parallèlement à celle-ci, à une distance de huit travées larges de 5 mètres, c’est-à-dire à 40 mètres, se trouve un second grand passage international, moins important bien entendu que la grande nef, et qui recoupe la section chinoise presque à son extrémité. En effet, il n’y a plus.au delà de ce passage, dans la galerie chinoise, qu’une seule travée de 5 mètres de profondeur; et la commission a très-heureusement profité de cet espace relativement restreint pour installer une sorte d’intérieur chinois, avec très-jolie façade sur le passage, intérieur décoré avec goût, qui malheureusement est à peine visité à cause de son éloignement des parties mouvementées de l’Exposition, mais que l’on peut considérer comme un des jolis coins de la section.
- Si donc on fait abstraction de cette partie qui se trouve isolée du reste de l’ensemble par ce passage secondaire, on voit que la section chinoise, proprement dite, est tout entière comprise entre la grande nef et ce passage, c’est-à-dire dans un espace de 40 mètres de long sur 20 mètres de large. — La commission chinoise à eu l’idée fort pratique de se clore entièrement dans cet espace par des barrières dont nous reparlerons plus loin.
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- II faut ajouter à cette surface les 210 mètres sur 210 occupés par la Chine dans la grande nef, et les 5 mètres sur 210 consacrés à l’espèce d’intérieur indigène dont je parlais tout à l’heure.
- En tout 1,300 mètres carrés.
- On voit que ce chiffre est d’une certaine importance.
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- La décoration de la façade principale de la Chine, — qui, d’après ce que nous avons vu plus haut, se trouve disposée suivant l’un des côtés de la grande nef, au lieu de lui être perpendiculaire, — est du meilleur effet. La façade a 210 mètres de large, largeur même de la galerie dont elle est l’entrée. Et ces 210 mètres sont d’après les exigences du bâtiment subdivisés en cinq intervalles de 4 mètres, par -d’assez forts poteaux. — Voici comment la Commission a utilisé cette disposition. Entre les deux poteaux du milieu, une porte monumentale de 4 mètres de large et dont les poteaux forment les montants. —Adroite et à gauche, de poteau à poteau, une barrière à jour 4montant à 3 mètres environ. La porte du milieu, qui peut être fermée par une barrière analogue — ce qui permet de clore absolument la section pendant la nuit, — la porte du milieu est surmontée, à la ffaçon chinoise, d’un vaste auvent à double étage. Chacun de ces deux étages superposés, distants de lm,50 environ l’un de l’autre* présente cette forme particulière de toute toiture chinoise, c’est-à-dire coins arrondis et relevés; plate-bande verticale à bord inférieur dentelé rond. Le dessus des auvents est bleu foncé à chevrons blancs; le dessous est blanc. —La partie verticale comprise entre les deux auvents est occupée par un vaste tableau représentant sur fond blanc
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- un formidable dragon bleu ombré de rouge vomissant les flammes au bord d’un lac vert; — on le voit, rien de plus chinois!
- Les deux grands poteaux bruts du milieu, pour former les montants de la porte, ont été simplement habillés d’un coffre uni quadrangu-laire; ils sont peints en laqué vermillon, d’un ton éclatant. La face principale est recouverte de deux longs cartouches à bord noir découpé, fond d’or et caractères noirs, racontant je ne sais quelle formule chinoise pour vous inviter à entrer.
- La grille se compose de montants quadrangulairesiaqués noirs, dont la tète au-dessus de la traverse supérieure, noire également, devient rose violacé. Je l’eusse préférée vermillon vif pour rester dans la note des deux grands poteaux.— L’ensemble est complété par deux grands rideaux vermillon, à large bordure bleue, tombant du faîte et relevés par de vastes embrasses, mais cachant presque complètement les deux entrepolelages extrêmes. Enfin, des deux poteaux intermédiaires, s’élancent perpendiculairement au tout, s’avançant donc hardiment au travers de la grande nef, deux grands drapeaux triangulaires qui sont à eux seuls l’une des attractions de l’Exposition.
- Figurez-vous deux triangles flottant au vent, larges, à leur base supérieure, de 2 mètres environ, et pendant d’une longueur de 7 à 8 mètres. L’étoffe est du plus beau rose de Chine, c’est-à-dire d’une nuance un peu plus tendre que le saumon. Les deux côtés flottants sont dentelés, et le tout est surchargé de très-belles broderies de soie de toutes couleurs, au milieu desquelles domine et serpente, selon l’usage, un dragon bleu aux allures flamboyantes. Rien d’élégant, de léger, de coquet comme ces deux oriflammes saumon nuancés de rose, d’orange et d’or, des teintes les plus douces en même temps que des tons les plus vifs. J’ai rarement vu plus belles pièces de broderie chinoise, car les robes les plus riches me paraissent, comme goût et sobriété de tons, au-dessous dé ces deux morceaux capitaux. J’ai interrogé l’un des membres de la commission chinoise sur la possibilité de se procurer au moins l’un d’eux à la
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- fin de l’Exposition. Il m’a été répondu qu’étant aux armes et aux couleurs de l’Empereur, ils ne pouvaient être vendus.
- Mais, quelque extraordinaire que cela paraisse, je serais bien embarrassé de déterminer la nature de l’étoffe de ces drapeaux. J’ai à plusieurs reprises amené bien des gens auprès de l’extrémité qui pendait à portée de la main. C’est de la soie, assurait l’un; c’est du coton, affirmait l’autre. — Bref, je ne suis pas encore renseigné à l’heure qu’il est, ayant vu, ce qui est bien plus fort, des membres de la Commission, de francs Chinois pourtant, n’ètre pas eux-mêmes d’accord sur la question. Je devrai donc me contenter de dire que l’étoffe paraît être une sorte de foulard très-léger, moins soyeux que de la soie, plus soyeux que du coton, en tout cas très-agréable au toucher, et se rapprochant assez comme aspect du crêpe de Chine.
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- Je viens de décrire en détail la façade chinoise; elle est en somme très-heureuse, mais ne mérite pas autant de louanges que la façade du même pays, à l’Exposition de \ 878. — Il est vrai que celle-ci était extérieure, et prêtait par cela même un peu plus à l’architecture monumentale. Mais le défaut le plus sérieux à reprocher à celle que nous éludions ici, c’est que l’amoncellement des objets dans la grande nef empêche tout recul permettant déjuger facilement de l’ensemble.
- Cette façade constitue à proprement parler toute la décoration de la section chinoise. Car la décoration d’intérieur proprement dite n’existe pas. Signalons seulement à l’autre extrémité de la section, une seconde barrière pareille à celle que nous avons décrite, et enfin, comme fond de la galerie, la façade de ce que nous avons appelé un
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- « intérieur chinois », et qui rappelle, avec plus de relief, les motifs de la façade d’entrée sur la grande nef.
- Mais il reste un mot à dire des vélums. Celui de la grande nef, commun à la Chine et aux Indes Anglaises qui occupent la galerie opposée, me plaît beaucoup, car il sort absolument de l’ordinaire, et de ce qui est généralement adopté dans ce genre. En effet, la mode est aux vélums très-clairs, en calicot blanc le plus souvent, ou tout au moins colorés des teintes les plus pâles. Ce principe s’explique par le désir de profiter du maximum de lumière possible. Or il arrive que l’on recueille en même temps le maximum de chaleur, et que, les Expositions ayant généralement lieu dans la belle saison, cette totalité de lumière est très-superflue, et ne fait que fatiguer les yeux. Les Chinois ont osé tenter l’expérience; et leur vélum, composé de bandes alternées vermillon et gros bleu, répand sur toute la partie couverte, grâce un peu, il est vrai, à la lumière blanche environnante, une teinte très-douce et très-l^armonieuse. L’effet est très-heureux et à recommander, si l’on n’en abuse pas. —- Pareil essai a été fait au Japon où un vélum bleu foncé et gris de fer absorbe une grande quantité de lumière ; pour la même raison, dans la section française, M. Million, l’intelligent et habile organisateur de la section de la carrosserie, a cru devoir, sous le vélum général blanc uni, tendre au-dessus des voitures une épaisse toile grise. Partout cet adoucissement de teinte est du plus heureux effet, et de plus, dans la section chinoise, ces deux tons vifs'du rouge et du bleu, que l’on rencontre souvent du reste réunis et opposés dans l’art chinois, produisent une coloration douce et chaude à la fois, qui, je le repète, procure à l’œil du visiteur un repos agréable et bienfaisant.
- Pourquoi n’avoir pas suivi le même principe dans la galerie perpendiculaire à la grande nef? Là, le vélum est blanc ; toutefois il est assez gracieusement drapé en capitons, élégants, mais peu pratiques, du reste, chacun d’eux devenant peu de jours après la pose un réceptacle assuré à la poussière et aux infiltrations d’eau.
- Je ne voudrais plus dire qu’un mot, au sujet de la large pancarte
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- (je ne vois pas d’autre mot pour désigner le grand tableau à double face destiné à annoncer aux visitçurs peu perspicaces qu* « Ici on est en Chine »). Cette pancarte complète en effet assez heureusement l’effet des deux drapeaux triangulaires. Comme eux elle se présente hien en travers de la grande nef, et nul ne peut passer à cent mètres dans un sens ou dans l’autre sans y découvrir le nom gigantesque de « China ». Comme elle est conçue dans le goût chinois, et qu’elle me paraît réussie, je demande à en dire un mot. Elle mesure environ 1 % mètres de large sur 3 de haut, et est suspendue au tirant de l’une des fermes de la toiture. Les lettres, de près de X mètre de haut, sont noires sur fond or, ce qui paraît être une convention générale de la décoration du pays. Le fond or est séparé par une large bande bleu vif de la bordure vermillon denchée en forme de flammèches, à liseré blanc. Cette pancarte, dans ce milieu, est du meilleur effet, parce qu’elle est absolument dans le ton de l’ensemble et le complète heureusement.
- Mais assez parlé du cadre. Passons à l’étude du contenu. .
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- Le milieu de la grande nef est occupé par un groupe de lits monumentaux, au nombre de six, si bien accolés les uns aux autres que les quatre lits des coins ne présentent absolument que deux faces sur quatre au public, et les deux du milieu, les principaux apparemment, n’en ont qu’une de visible. Façade, toujours façade! rien que façade! De ces six lits, un seul est vraiment beau, c’est celui du milieu, faisant face à la grande porte d’entrée de la section. Les trois de l’arrière sont plus qu’ordinaires. Des trois de l’avant, celui de droite, en acajou
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- mat, avec entrelacs ajourés d’un dessin peu heureux, se découpant sur des rideaux de crêpe de Chine bleu ciel, est sans intérêt. De même pour celui de gauche, simple lit à colonnes, à l’européenne, en ébène incrusté de nacre. Les incrustations et l’ajouré sont banals. La bande du bas, en bas-reliefs, représentant des animaux dans un paysage, est assez curieuse. En somme le travail de ce lit est soigné, mais la composition et l’ensemble sont très-ordinaires. Reste le lit du milieu que nous allons décrire avec soin, déplorant, une fois de plus, qu’on ne puisse obtenir la faveur de mettreje feu aux cinq autres, afin d’arriver à isoler le seul qui présente de l’intérêt.
- Ce lit, que je trouve, quant à moi, infiniment plus curieux et plus beau que celui qui en 1878 excita l’admiration générale, est à lui seul tout im appartement, je dirai presque une véritable petite maison. Il se compose en effet du lit proprement dit, lequel a non-seulement la longueur habituelle d’un lit européen du plus grand modèle, mais encore une profondeur suffisante pour que l’on puisse s’y étendre tout de son long, face à l’entrée, ainsi que c’est l’usage en Chine, dans la journée. —Ce lit est précédé d’un compartiment où se trouvent à droite, toilette, armoire et table de nuit, à gauche coffres à linge, etc. C'est le cabinet de toilette. — Au milieu, le passage pour arriver au lit. — Enfin au devant de tout cela, se trouve un second compartiment, double ^lu précédent, lequel du reste n’est guère plus vaste que les dégagements de même destination dans les bateaux à vapeur. Ce second compartiment constitue le salon et la terrasse. En effet, c’est une sorte de vérandah, juste assez vaste pour contenir à l’aise, de chaque côté de l’entrée, un grand fauteuil et une petite table, plus des banquettes, des étagères, des tiroirs, en un mot tout ce qui dans un espace relativement restreint suffit à assurer le confortable. Allez donc trouver, en France, à la ville ou à la campagne, un appartement agréable mesurant % mètres 50 sur 4 mètres comme celui-ci. Eh bien, on comprend parfaitement que dans un pays chaud, on puisse passer des journées entières sans sortir d’un petit monument pareil, installé en plein air.
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- Le lit est en palissandre mat avec incrustations de bois jaune jouant le vieil ivoire. H y a là une corniche composée de trois plates-bandes, dont deux obliques, d’un dessin et d’un travail remarquable. Celle du haut est divisée dans sa longueur en trois compartiments, séparés deux à deux par un petit panneau de glace entouré de bas-reliefs ajourés très-jolis. Le compartiment du milieu -contient un cartouche rond comprenant une peinture sur soie, assez décorative. Les deux autres, un cartouche rectangulaire, à coins modifiés par un entrelacement assez compliqué qui en fait le tour. Ces deux cartouches comprennent également un sujet sur soie. — Dans tous les angles, des incrustations genre vieil ivoire. — Le second bandeau est formé d’une série de plaques incrustées, alternant avec les mêmes bas-reliefs jouant l’ivoire ancien: Et le troisième, dont la ligne inférieure se compose d’une série d’arcs surbaissés, séparés par des modifions sculptés, se compose tout entier d’entrelacs en, bois de fer, d’un dessin original et hardi.
- Enfin toute la façade du lit consiste en une sorte de treillage, composé d’un des plus jolis entrelacements que je connaisse. J’ai pris un croquis de ce dessin et regrette de ne pouvoir le reproduire ici. Qu’on sache seulement qu’il se compose de baguettes rondes de 21 centimètres de diamètre environ, enchevêtrées, entrelacées et se recoupant le plus gracieusement du monde. Rien n’est difficile à imaginer comme une jolie grecque, à fortiori comme un joli entrelac. Celui-ci me paraît se rapprocher des anciens entrelacs dits celtiques, datant de l’époque romane, qui sont assurément les plus beaux échantillons connus (a). Comme dans ceux-ci, tous les angles sont arrondis, ce qui donne une grande harmonie dans l’ensemble des contours. Tous les angles sont, de plus, à 45 degrés. C’est donc une. véritable grecque qui au lieu de
- (a) Voir dans Racinet, Ornement polychrome, les deux feuilles consacrées à cette période, et contenant une riche série de ces ornemen's : enroulements ronds, ovales, oblongs, carrés, triangulaires, etc., etc. Chacun d'eux témoigne d’une pondération exquise dans la proportion où alternent ces deux combinaisons que Charles Blanc, dans son admirable Grammaire des arts du dessin, et précisément au sujet de l’art chinois, appelle justement la prédominance du p’ein sur le vide, et réciproquement.
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- se limiter à une bande, s’étend au contraire en rayonnant dans tous les sens.
- Cette sorte de treillis, encadré dans une moulure du même bois, incrusté et recoupé par places de riches bas-reliefs en ce bois jaune dont nous avons déjà parlé à plusieurs reprises comme imitant l’ivoire, forme toute la façade antérieure du lit; il n’y a d’ouvert que la partie qui sert d’entrée; encore celle-ci n’affecte-t-elle pas la forme d’une simple porte, mais s’ouvre-t-elle suivant l’intersection du rectangle de la porte et d’un ovale qui lui serait perpendiculaire. C’est-à-dire que chaque montant, à 50 centimètres de la marche qui sert de sol, s’élargit en un demi-cercle d’une trentaine de centimètres de rayon, puis revient à sa rectitude première. Cette ouverture, mi-rectangulaire, mi-ovale, est de la plus grande légèreté.,
- Tel est l’extérieur de ce meuble, qui, nous le répétons, nous plaît infiniment. A l’intérieur, il est décoré avec sobriété, avec goût. Quelques lanternes à globe uni (et qui contrastent heureusement avec les horribles lampions en perles de porcelaine enfilées et tressées qui sont partout accrochés comme piteux motif de décoration) , quelques lanternes discrètement posées à l’intérieur laissent çà et là tomber leurs longs glands de soie multicolore. Le sol est recouvert d’un tapis sobre de ton. Les parois sont en partie tendues d’une étoffe qui, soit nue, soit à travers de nouveaux entrelacs, produit à l’œil l’impression de plaques de faïence bleue. Enfin l’intérieur comme l’extérieur est, çà et là, agrémenté et rehaussé de bas-reliefs, d’incrustations, et de statuettes en imitation d’ivoire ancien.
- Le lit a été fabriqué à Ning-Po. Il est exposé par M. King-Lee, de Canton. Celui-ci en demande la somme de dix mille francs. — C’est le prix d’un mail-coach, ou d’une grande daumont. A comparer le travail et la valeur artistique de l’un et de l’autre, ce chiffre ne me paraît pas exagéré.
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- Devant cet ensemble de lits, la Commission a installé un mobilier complet en bois de fer incrusté de nacre avec plaques de marbre. — Il y a un canapé, une table et six fauteuils. — Ces sièges sont lourds et laids.
- A droite et à gauche, deux petits cabinets en bois de santal ne présentent aucun intérêt spécial. A côté de chacun, un grand écran formé d’une plaque de marbre encadré de bois de fer incrusté, rappelle le travail du mobilier cité plus haut, et ne vaut pas mieux que fui.
- Tout( autour sont rangées quelques grandes potiches, évidemment les pièces considérées comme capitales, puisqu’elles sont mises le plus en évidence. En général le dessin est assez joli, mais l’émail laisse beaucoup à désirer. Deux grandes paires de vases, de 1 mètre de haut environ, attirent le regard; l’une, fond blanc avec dessins bleus*d’une composition assez fouillée, et représentant de grands dragons serpentant, entre une série de petits sujets sans intérêt; l’autre un peu meilleure, représentant, sur fond blanc également, de grands oiseaux roses et verts (un vert très-doux) posés et volant au milieu d’un semis de petits bouquets multicolores.
- Je préfère la paire de vasques* fond blanc, sur lequel se détache un dessin régulier, sorte de compartiment octogonal bleu foncé, dans chaque case duquel se loge Un petit sujet bleu plus clair. Ces vasques, de 0",70 de haut environ et d’égal diamètre, sont montées sur un pied en forme d’olive, ou mieux de petit, tonneau, en ébène et à jour, qui s’harmonise bien avec leur galbe.
- Je remarque encore une vasque octogonale dont la© courbure est
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- brusquement étranglée vers le haut, puis revient peu à peu à un diamètre plus large. Comme décoration, un fond rappelant la teinte du jade, à reliefs pareils, sur lequel se détache un grand dragon couleur sang, rehaussé d’or. Çà et là, semées sur le fond verdâtre, de petites fleurettes roses. — L’effet en est très-agréable.
- A citer encore une petite potiche forme tulipe, à large dessin bleu ardoise sur fond blanc. Malheureusement la pièce s’est un peu déversée à la cuisson.
- Telles sont les quelques pièces qni nous ont paru dignes d’être citées, parmi celles qui forment le groupe central de la grande nef.
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- A droite et à gauche de la porte d’entrée de la galerie latérale, se trouvent des.étalages, adossés à la barrière de clôture, et qui ont un mètre de profondeur. Ce mètre est pris aux dépens du passage réglementaire de trois mètres qui avait été imposé, et dont tous les pays ont rigoureusement respecté les dimensions.
- Il en résulte, MM. les Chinois ayant de leur propreohef estimé qu’un passage de deux mètres était suffisant pour les allées et venues du public, qu’il n’y a jamais moyen dé passer par ce point resserré et étranglé, d’autant plus que c’est sur ces gradins d’un mètre que s’étalent leurs plus belles pacotilles, leur plus franche camelotte, exerçant sur la foule naïye une séduction bien gênante pour la circulation.
- Au milieu toutefois de toutes ces horreurs, surgit, on ne sait comment, ni pourquoi, une pièce intéressante. C’est une cloche de bronze, moderne, d’une forme très-légèrement différente de la forme adoptée
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- en Europe depuis des siècles, et qui est curieusement surchargée de cartouches, de figures, de bouquets en relief, sans que ces différences d'épaisseur nuisent du reste en rien à la pureté du son qui est très-franc. A remarquer aussi l’absence de l’anneau d’accroche, élégamment remplacé par l’enlacement de deux dragons en haut relief dont les corps s’étendent rampant à droite et à gauche jusqu’à mi-hauteur de la cloche.
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- Ta-Mine et Cîe, les marchands bien connus, exposent une collection garantie ancienne de potiches et de vases en porcelaine. — Quelques-unes des pièces, les meilleures, ont été achetées par des amateurs d’Amsterdam ou étrangers. Le reste ne vaut pas grand’chose. — Je remarque pourtant, non encore vendue, une paire de petites potiches fond vert vif, à réserves blanches contenant deux sujets assez originaux.
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- Un autre vase attire mon attention. C’est une sorte de bouteille de 60 centimètres environ de haut, à fond rose fané chargé d’arabesques
- émaillées blanches. Sur ce fond uni se détachent comme des fleurs
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- de Saxe, depuis le pied, mais surtout autour de la panse, une quantité de petits Chinois s’efforçant d’escalader et d’emporter d’assaut le col de la bouteille. Ce petit fait d’armes domestique est très-amusant.
- Il y a là une cinquantaine de figurines au moins, représentant assez
- exactement toutes les péripéties d’un assaut : les uns plus sveltes ont
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- dépassé leurs camarades, et, près d’arriver au haut du goulot, regardent en arrière de combien ils les distancent. D’autres moins vifs avancent à grand’peine. Généralement la panse est difficile à escalader; aussi les plus forts, une fois la courbure franchie, s'empressent-
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- ils, en bons camarades, de tendre la main aux retardataires et de les aider à se hisser sur le terre-plein. — Tout cela est plein de vie et
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- d’animation. La pièce est intéressante et vaut la peine d’être étudiée attentivement. Les attitudes et les mouvements surtout sont bien observés et justement rendus.
- J’ai retrouvé, depuis, deux ou trois vases modernes inspirés de celui-là, mais n’en approchant ni par la grâce de la composition, ni par la sûreté d’exécution,
- A côté de ces vitrines, le même exposant en possède d’autres, remplies de bas en haut de ces minuscules objets de porcelaine, petits vases céladon, magots, animaux, fleurs, tasses et coupes de formes infinies. J’ai jeté un coup d’œil sur ces bibelots, aucun ne m’a paru digne d’être signalé.
- Par contre, je tiens à noter deux grands fauteuils en laqué vermillon, à reliefs sculptés, en or de plusieurs teintes. Les bras sont formés
- de deux dragons furieux. Les scènes en relief d’or, qui m’ont paru
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- représenter des batailles, se détachent, partie sur la laque rouge qui fait le fond de tout le meuble, partie sur un ciel d’un bleu ardent, également laqué. Ce n’est pas la première fois, on s’en souvient, que nous avons eu l’occasion de remarquer ce rapprochement et cette opposition du bleu et du rouge poussés l’un et l’autre à leur dernière limite d’éclat.
- Je retrouve bien encore dans mes notes la description de plusieurs autres vases et potiches de quelque valeur, mais nous ne faisons pas un catalogue, et il me semble plus intéressant de juger les choses d’ensemble que de détailler un à un les mérites ou les défauts d’un pot. C’est pourquoi, d’ailleurs, nous n’avons décrit que peu de pièces, choisissant de préférence celles qui nous ont paru le mieux résumer un type.
- En somme, je dois signaler avec regret, dans la céramique chinoise moderne, une tendance générale à s’inspirer de l’art européen, sinon à le copier. Ainsi voilà à quoi auront servi les Expositions! Et à force de voir nos produits, les Orientaux seraient sur le point d’abandonner
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- un art original et qui leur est propre, pour se livrer à des copies inintelligentes et serviles; ou, ce qui est bien pire, ils risquent d’altérer cet art lui-même, par l’introduction d’éléments étrangers, qui, ne découlant pas des mêmes principes, constituent par conséquent de véritables non-sens.
- On ne saurait rien déplorer davantage que ce triste abâtardissement, signe général et infaillible de décadence dans l’existence artis-tiqne d’un peuple.
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- Il nous reste à visiter la galerie latérale.
- Ne nous arrêtons pas devant une argenterie de forme lourde et dont la décoration, élémentaire s’il en fut, consiste en une gravure grossière, à peine ébauchée. Cela est barbare. De plus, cette argenterie a l’air d'étain, de plomb, de tout, sauf d’argent.
- Donnons un coup d’œil en passant au tambour en bronze de Tse-Cuœu-Liang, généralissime de la dynastie Hang, lequel tambour, récemment retrouvé sous terre, ne doit pas avoir moins de trois mille ans d’existence. C’est un bel âge; mais nous ne sommes pas à une exposition rétrospective; et nous n’avons à nous occuper de l’ancien qu’autant qu’il peut servir à inspirer l’industrie moderne. Ce n’est pas le cas ici.
- A droite et à gauche, nous sommes entourés de gradins. Du sol à trois mètres de haut, et sur une longueur de vingt mètres, des potiches, encore des potiches, rien que des potiches 1 Parmi celles-ci, par exemple, il est difficile d’en signaler une seule bonne, tout ce qui était un peu remarquable ayant été mis en évidence, dans la
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- grande nef, par les soins de la commission chinoise. En effet, on a dû remarquer que nous ayons cité peu de noms d’exposants. Quelques-uns cependant sont indiqués sur les objets exposés, et nous les avons donnés ; mais, pour la plupart, les fabricants ont remis leurs produits entre les mains des agents de la commission, laquelle a fait de toute la section chinoise une seule exposition collective» C’est ainsi, du reste, et sous cette rubrique, que toute la section figure au catalogue officiel, où l’on ne la trouve inscrite que sous un seul numéro. Rien d’étonnant, dès lors, qu’il y ait si peu d’intérêt à comparer la fabrication d’un exposant avécrcelle de son voisin, lorsque les noms mêmes du producteur ne sont pas toujours indiqués.
- Il n’y a que peu ou pas de cloisonnés. A part une grande paire de brûle-parfums (de forme plutôt indienne que chinoise), supportés chacun par trois cigognes de bronze, au long col élégamment replié, pas une seule pièce intéressante, dans ce genre si riche jadis en modèles admirables.
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- Au milieu de la galerie, des vitrines contenant des étoffes. Hélas ! que ne peut-on leur faire le même reproche que nous leur adressions en 18TB : celui d’être trop jolies! La vitrine modèle Amsterdam 1883 se compose d’une simple caisse, aussi lourde que primitive, dont trois côtés sont vitrés. Les étoffes sont banales ; je n’en vois aucune qui par sa richesse ou son élégance attire les regards. La broderie, qui faisait tout le mérite des anciennes étoffes de robes chinoises, la broderie aux mille couleurs, me paraît aujourd’hui tout à fait remplacée par l’application, en festons plus ou moins savants,
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- d’un petit galon uniforme, d’or, d’argent ou simplement de couleur.
- Quelle déchéance!
- Enfin nous arrivons à l’extrémité de la galerie. Mais avant d’en sortir, nous rencontrons un étalage de menus objets tout à fait intéressants. C’est une fabrication de porcelaine, heureusement inspirée de l’ancien, comme procédé et comme travail. Toutes les pièces exposées, coupes, tasses, assiettes et vases, sont d’un.type uniforme : à l’extérieur, la porcelaine est d’un beau ton de brun chocolat mat, avec de fines nervures en relief, comme celles d’une feuille délicate. A l’intérieur, la porcelaine est blanche, revêtue d’un émail magnifique, sous lequel apparaît le fond, composé d’un craquelé des plus fins, qui est à peine indiqué, et dont les mille réseaux, d’une parfaite égalité d’exécution, ne s’aperçoivent que de tout près. — Cette fabrication, toute simple, et unique pour toutes les pièces, quelle que soit leur forme, est charmante et du meilleur goût. Quant aux formes mêmes des pièces, elles sont, également réussies dans leur simplicité. La plupart sont purement géométriques; rondes, ovales, carrées aux coins adoucis, trèfle, trèfle quadrilobé, etc. Rien de plus joli que cet ensemble d’une forme et d’une décoration également sobres. Rien qui repose mieux l’œil des tons vifs et des formes compliquées que nous venons de voir tout autour de nous. C’est sous cette heureuse impression que nous sortirons de la galerie chinoise, ayant achevé notre visite des innombrables produits envoyés à Amsterdam par l’industrie du Céleste Empire.
- En résumé, souhaitons aux Chinois de ne pas trop se départir d’un art national, si riche en modèles dignes de les inspirer heureusement chaque fois qu’ils sauront les étudier avec intelligence. Qu’ils ne cherchent surtout pas, comme le dénotent trop visiblement certains étalages d’Amsterdam, à faire du rouen, du saxe, du delft ou du ininton. —Enfin, tout en leur sachant gré de la profusion de produits qu’ils envoient à nos Expositions européennes, nous leur conseillons désormais un peu plus d’éclectisme. Nous les engageons à se pénétrer d’un principe bien élémentaire, et à se persuader qu’une
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- seule pièce de choix non-seulement vaut mieux que plusieurs morceaux médiocres, mais encore que l’entourage de ces derniers, loin de rehausser celle-là, né peut qu’en diminuer l’effet. En conséquence, s’ils veuleut que l’une gagne en valeur, qu’ils suppriment les autres, et surtout ne s’avisent pas de les remplacer, par crainte de perdre de la place.
- De l’air, messieurs les Chinois, de grâce, un peu d’air!
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- Il est bon d’étudier la section japonaise immédiatement au sortir de la section chinoise, non pour se conformer au vieil usage qui fait généralement marcher de compagnie les deux pays d’extrême Orient , mais parce qu’il est intéressant de se rendre compte combien les deux peuples, voisins, et pourtant si étrangers de mœurs et de coutumes, comprennent et interprètent différemment un même programme. Il est même curieux de retrouver le plus souvent chez
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- l’un l’exacte contre-partie de Vautre.
- Le Japon occupe, à Amsterdam, un espace bien plus restreint que la Chine. Mais quelle différence dans le goût qui a présidé à l’organisation des deux sections! Autant nous avons été sévère dans le précédent chapitre, autant nous nous sentons disposé à louer sans réserve la plupart des dispositions adoptées par la Commission japonaise, pour assurer le succès de sa participation à l’œuvre internationale.
- Ce qui frappe tout d’abord lorsque Von pénètre dans la galerie du Japon, c’est l’ordre parfait qui règne dans toute la section; c’est la largeur des passages permettant d’accéder facilement aux vitrines; c’est, en un mot, une impression favorable que Von subit, parce que Von s’aperçoit tout de suite que ceux auxquels est dévolue la tâche d’organiser cette section se sont préoccupés avant tout de la rendre facile et agréable à visiter. Le jour y est doux, grâce au vélum dont nous avons déjà dit un mot, et dont les larges bandes gris de fer interceptent l’excès de lumière et de chaleur, tandis que les bandes jaune clair et bleu de ciel, avec lesquelles elles alternent de mètre en mètre,
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- laissent tomber sur les objets exposés une demi-teinte très-agréable, moins chaude de ton peut-être, mais plus sobre, plus discrète, que sous le vélum bleu et rouge des Chinois. Il me semble que dans ces deux tons, adoptés pour un même usage, — l’un franchement vermillon, alterné seulement de gros bleu, et l’autre bleu tendre et jaune thé, tempéré de gris foncé, — se révèle tout un côté du caractère artistique des deux peuples.
- Pour bien pouvoir juger les objets exposés, il faut que l’attention ne soit pas détournée de son objet ; le demi-jourcommande la conversation à mi-voix; l’oreille du visiteur ne doit pas être plus fatiguée que son œil, et le pas même des allants et venants ne doit point venir la choquer. Aussi tous les passages sont-ils recouverts d’une natte qui amortit le bruit des pas, et qui a l’avantage d’être aussi solide et beaucoup moins chaude que le linoléum employé au même usage dans la section française.
- Toutes ces conditions réunies : — fraîcheur; demi-jour reposant l’œil; absence de ce bruit houleux qui est le propre des galeries fréquentées et qui rend le séjour des expositions si fatigant; enfin la largeur des passages et la dimension des espaces libres ménagés autour des vitrines importantes; — tous ces avantages concourent à faire de la galerie japonaise un des points les plus attrayants de l’Exposition. Et cependant, la décoration à proprement parler de la section n’existe pas. Les poteaux sont habillés d'un coffre de bois mince, uni, sans moulures, sans corniche; les panneaux qui les surmontent, et dont la réunion bout à bout constitue la frise qui règne sur toute la longueur de la galerie, sont de simples poncifs sur toile, où des soleils et des lunes jaune pâle se détachent sur un fond lilas clair. On retrouve ici cette douceur de tons que les Japonais paraissent avoir adoptée depuis quelques années. Nous aurons l’occasion de constater un peu plus loin cette même recherche dans la décoration de leur céramique.
- Pour terminer enfin la topographie de la section, disons que, moins favorisé que la Chine, le Japon n’occupe absolument qu’un
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- galerie latérale. Il est à regretter que l’on n’ait pas attribué à ce pays une partie de la grande nef. Presque toute son exposition eût tenu dans un espace pareil à celui qu’y occupent la Chine, l’Angleterre ou l’Espagne, savoir : 20 mètres sur 20, ou 400 mètres carrés. Venant à la suite de l’exposition française, et arrangée avec le goût dont la Commission du Japon a fait preuve, dans l’utilisation de l’emplacement défavorable dont elle disposait, il n’est pas douteux que l’exposition japonaise n’y eût gagné, en même temps que la grande nef elle-même.— Actuellement, la partie du vaisseau principal qui précède la galerie du Japon est occupée, partie par l’Amérique, partie par l’Égypte et le royaume de Siam, qui, à eux trois, en obstruent grandement les abords. Aussi la Commission japonaise, au lieu de laisser l’entrée de la galerie ouverte sur toute la largeur de ses 20 mètres, a-t-elle dû se borner à percer sur la grande nef une seule porte de 4 mètres de large, très-simple d’ailleurs^ et dont l’aspect se perd dans une façade peu ornée elle-même et presque complètement dissimulée derrière des vitrines étrangères. — Une pancarte, et un grand trophée de ces jolis drapeaux japonais, blanc uni au large besant rouge, indiquent seuls l’entrée de la section.
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- La porte est gardée par un véritable troupeau de ces élégants oiseaux, cigognes, hérons ou flamants, on ne sait au juste, qui sont si fort à la mode en Orient, et que l’on retrouve, tantôt volant à travers les airs, tantôt posés, dans toute composition japonaise ou chinoise qui se respecte. Ces volatiles, tous du même modèle, mais de diverses dimensions, sont exécutés en bronze recouvert d’une belle
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- pseudo-patine antique, sous laquelle percent çà et là, et particulièrement sur la tête, des tons rougeâtres, qui en relèvent l’uniformité. Le col tendu, le long bec entr’ouvert, paraissent indiquer que lorsqu’ils ne sont pas un simple motif de décoration dans l’ameublement, ces oiseaux sont destinés à servir de patère, ou à soutenir des corbeilles à fleurs, paniers à ouvrages, etc. Ce sont en somme des articles de fantaisie, assez encombrants, puisque les plus grands ont près de 1m,50 de haut (grandeur naturelle), mais gracieux.
- La maison Koshio-Kaishia, qui possède un magasin à Paris, expose des laques et des bronzes d’une excellente fabrication. —Les laques sont d’une grande légèreté, très-dures, et décorées avec beaucoup de goût. Les produits de cette fabrication sont à peu près toujours les mêmes : boîtes dé toutes les formes, plateaux dont plusieurs superbes, tables, et quelques très-bons éventails. Il y a certains panneaux fond or uni, et surtout fond poudre d’or, qui sont absolument réussis. —-Quant aux bronzes, ils sont bons en général, mais je ne vois à signaler spécialement qu’un petit vase oblong en bronze poli, niellé avec la plus grande sobriété, de rosaces et d’hexagones d’or. — Très-bonne pièce, d’une forme, de dimensions et de décoration exquises.
- Le bronze est encore représenté par les maisons Nakashima-Sisei (de Tokio-fu), Myabi Chiusaburo (de la même localité), et Nasiri-Wakitchi (d’Ichikawa-Ken). Tous les produits exposés sont d’une bonne fabrication moyenne. Aucun surtout n’est disgracieux, ni de mauvais goût; et si nous ne trouvons sur ces gradins aucun objet spécialement digne d’être décrit, du moins n’avons-nous pas lieu d’y signaler une ' seule pièce médiocre.
- En regard des laques de Koshio-Kaishia, nous n’avons à mettre que cellès de Yusawa-Kinemon, qui sont un peu moins fines.
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- Passons à la céramique, qui nous réserve d’agréables surprises.
- La plus belle pièce de l’exposition japonaise est incontestablement une paire de grands vases à fleurs, exécutés dans cette magnifique pâte, dite porcelaine-ivoire, dont l’apparition date de l’Exposition de 1878, où le Japon et la fabrique des « Royal porcelain Works » (le Sèvres de l’Angleterre) en produisirent à la fois de si brillants spécimens. On sait tout le succès qu’obtinrent alors ces essais,- et la faveur dont jouissent ces produits éburnéens, imités depuis en plusieurs *pays. L’effet est obtenu au moyen d’une couverte laiteuse, plus ou moins teintée de jaune. En supprimant l’émail, les fabricants s’affranchissent, il est vrai, d’une des grandes difficultés de l’art céramique; mais la composition et le grain de la pâte ne doivent en être que plus égaux, plus fins, plus serrés. La porcelaine mate existait déjà, et les fonds bruns et bleus de Wedgwood ne sont pas autre chose, quoique un peu plus poreux. Mais la différence principale consiste dans ce demi-poli, qui happe encore un peu à la main, et qui rappelle exactement le grain de l’ivoire brut, bien plus agréable à mon sens que l’ivoire tourné et poli.
- Sous le rapport de la qualité de cette pâte, les Japonais paraissent avoir fait de nouveaux progrès depuis 1878; et la fabrication de la paire de vases que nous allons décrire dépasse encore, comme fini, ce que nous avons vu de mieux jusqu’à ce jour.
- Chacun connaît ces objets composés d’un morceau brut de défense d’éléphant. Ce sont des sortes de cylindres irréguliers, légèrement courbés au lieu d’être droits, et qui sont le plus souvent montés en
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- porte-allumettes, en vase à cigares, etc. Eh bien, que l’on se figure le même objet, tiré de la défense, non plus d’un éléphant moyen, mais d’un gigantesque mammouth; qu’on se représente ces deux cylindres, de trente centimètres environ de diamètre et de près du triple de hauteur, et l’on aura exactement la forme et la grandeur des deux vases en question, exécutés en porcelaine-ivoire du plus beau ton.
- La dimension de pareilles pièces en fait déjà des objets rares, mais voici qui achève de les mettre hors de pair : au lieu de rester tout à fait cylindrique jusqu’au bas, la porcelainêV au pied du vase, avance en manière de plate-forme; et sur cette sorte de terrain s’élève un groupe de trois personnages complètement détachés du cylindre et pourtant ne faisant par leur base qu’un seul tout avec lui. On conçoit les difficultés que présentait une pareille fabrication. Les groupes des deux vases ne sont pas pareils; on a donc six personnages différents, hauts de cinquante centimètres environ. Chacun d’eux est excellent comme dessin et comme exécution. Il y a deux figures de femmes et quatre d’hommes, revêtues les unes et les autres des robes, des coiffures, des bijoux et des armures les plus riches. Les étoffes et quelques accessoires, fleurs, parasols, oiseaux, sont seuls colorés, et cela des teintes les plus douces, bien en harmonie avec le mat des réserves blanches, et rehaussées seulement par l’éclat des bijoux et des armes exécutés en or de plusieurs couleurs.
- Telles sont ces deux pièces magistrales, mais il faut les avoir vues pour pouvoir juger de la perfection de chaque détail et de l’harmonie exquise de l’ensemble, tant comme composition que comme rendu. Ce sont deux-chefs d’œuvre, si l’on peut appliquer ce mot à des objets qui en somme s’éloignent absolument du classique, du convenu, et peuvent à ce titre se voir taxées de « fantaisies ». Mais il ne me déplaît pas que l’art moderne cherche un peu ses modèles en dehors des types adoptés ; et s’il est vrai qu’un art qui reste stationnaire soit un art qui se meurt, on ne peut que reconnaître à l’art japonais, — si spontané dans ses manifestations, et qui nous donne de pareilles preuves de vitalité, — la certitude d’un long et brillant avenir.
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- A côté de cette paire de vases, le reste pâlit un peu. Il y à~cependant encore de fort bonnes choses à décrire. Je ne citerai que pour mémoire les deux coupes-plateaux en porcelaine mate, supportées par deux magots à une hauteur de cinquante centimètres environ. D’après une fantaisie fréquente dans l’art japonais, l’un de ces êtres au tout petit corps difforme est perché sur une paire de jambes grêles ayant à elles seules presque toute cette hauteur; tandis que Tautre, accroupi à terre, ne parvient à supporter la coupe au même niveau qu’à l'Aide d’une non moins longue paire de bras maigres et effilés. Cette fantaisie, évidemment inspirée par l’anatomie disproportionnée de l’araignée, rentre dans le domaine si intéressant de l’étude du grotesque dans l’art. Peu de peuples, du reste, ont échappé à cette tendance de percevoir et d’exagérer le ridicule, à ce besoin momentané de créer le hideux. Les peuples orientaux semblent avoir particulièrement affectionné ce genre; mais il est à remarquer qu’au milieu de ces débauches d’imagination, les Japonais conservent toujours la notion vraie de l’harmonie, même dans la disproportion. C’est une des meilleures preuves qu’ils possèdent le sentiment véritable de l’art.
- Il en est une autre non moins réelle, qui rentre absolument dans le cadre de notre sujet, et que l’on peut constater encore par l’exemple que nous venons de citer : il est rare qu’ayant à faire deux pendants, l’artiste japonais exécute deux fois le même objet. U cherche autant que possible à s’affranchir de cette règle exclusive de la symétrie, si complètement anti-artistique, mais si profondément enracinée dans
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- les mœurs. S’inspirant de la nature qui n’est jamais inutilement symétrique — (car, dans la constitution des êtres organisés par exemple, le parallélisme des organes n’a d’autre but que la plus simple expression de l’équilibre exact), — il cherche, à son exemple, à remplacer la Symétrie par la Pondération (a). Celle-ci lui procure une variété infinie dans le domaine de l’irrégularité, lui permet d’innover des formes plus hardies, de donner un bien plus libre essor à sa faculté créatrice; — et pourvu que les parties s’harmonisent bien entre elles, pourvu qu'elles se contre-balancent heureusement, il peut dès lors s’affranchir, dans l’ensemble, des règles qui jusqu’alors lui imposaient une forme géométrique. Il quitte le compas pour le pinceau ou l’ébauchoir. D’artisan le voilà devenu artiste.
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- Marunaka Magohei, l’un des plus importants fabricants du Japon, expose aussi, dans une grande vitrine tenant le milieu de la section, trois vases de grande dimension. Deux d’entre eux se font également pendant, sans être symétriquement semblables. Ils représentent chacun le bas d’un tronc d’arbre, d’une quarantaine de centimètres de diamètre, et du double de hauteur environ. Tout autour, en haut relief, des lianes aux fleurs multicolores; des mousses le long des racines, des insectes, des oiseaux. La composition de ces deux pièces
- (a) Nous n’en sommes pas encore là en France, où le besoin de symétrie, où l’idée de la « paire », sont encore dominants. (Ex. : une paire de chevaux, une paire de vases, de flambeaux, etc.) J’avoue, quant à moi, n’avoir jamais compris ce besoin de tout doubler. Je conçois bien que deux potiches soient plus précieuses qu’une seule, parce que la difficulté d’en appareiller de strictement semblables constitue une rareté de plus. Mais je ne vois pas pour cela qu’en fait, deux soient plus belles qu’une; et mon admiration, loin de s’en augmenter, serait plutôt moindre, puisqu’elle doit se partager.
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- est élégante; mais comme fini, elles me paraissent moins parfaite» que le troisième vase, qui les sépare, et qui, moins irrégulier de forme, se rapproche davantage de l'ancien type classique. Cette pièce, avec son couvercle, ne mesure guère moins d’un mètre de hauteur. Elle est décorée dans le ton des deux vases qui la flanquent, de façon sans doute à poûvoir leur servir de pièce de milieu. Ceux-ci sont de la couleur naturelle des objets qu’ils représentent. La troisième est fond couleur bronze, sur lequel se détachent en relief dés semblants d'incrustations. Celles-ci du moins sont semées sans ordre sur la surface mate, de sorte que la symétrie de la forme est tempérée par l’irrégularité de la décoration.
- La même maison nous montre, dans le genre tout à fait classique du vieux japon, deux potiches fond or et un service pareil, du meilleur goût.
- En continuant à parcourir la section, nous remarquons une tendance générale de la céramique à imiter le bronze niellé. Nous trouvons en effet un grand nombre de vases fond brun non émaillé, présentant toutefois assez exactement le poli métallique, et surchargés d’arabesques ou de compartiments or et argent. Plus loin, ce sont des fonds entiers or sur or, fond mat et nervures en relief polies. Je n'aime jamais l’imitation d’une matière par une autre. Il n’est pas rationnel d’adapter à la porcelaine les formes consacrées au bronze : l’art ne vit que de vérité. Je blâme donc absolument cette tendance.
- Quant aux véritables bronzes niellés que l’on rencontre, quoique peu nombreux, ils sont assez sûrement exécutés pour ne pas inspirer de crainte sérieuse sur l’avenir d’une industrie féconde jadis en chefs-d’œuvre, mais d’une fabrication si longue et si pénible qu’elle ne paraît plus être de son temps aujourd’hui, et qu’elle semblerait destinée à s’éteindre. Nous voyons qu’il n’en est rien. 3'engage toutefois les fabricants japonais à se tenir en garde contre une teinte jaunâtre que plusieurs d’entre eux ont adoptée pour leur bronze, et qui non-seulement donne aux pièces des reflets d’aluminium et de nickel,
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- mais encore empêche les dessins d’or ou d’argent de se détacher aussi bien que sur la teinte foncée habituelle.
- Ici, une remarque que nous avons eu déjà Voccasion de faire dans la section chinoise : ne pas se laisser aller à la copie servile de la céramique européenne. Gomme leurs voisins de la Chine, les Japonais ont profité de nos expositions européennes pour étudier nos procédés et nos principes de décoration; mais, plus adroits que ces derniers, ils ont su en tirer parti pour créer un nouvel art, qui, tout en gardant comme base les principes séculaires dont ils sont fiers à juste titre, répond davantage aux aspirations et au goût de iïOtre époque. Ce sont d’excellents produits d’une nouvelle ère de l’art japonais que nous avons décrits plus haut, et que nous admirons sincèrement. Aussi le peuple qui a inauguré cette ère est-il moins excusable que tout autre de se livrer à une plate copie des produits étrangers. Ainsi, le céramiste japonais s’entend mieux que personne à orner un vase ou une coupe de ces larges fleurs en relief, aux corolles délicatement traitées, nuancées avec douceur et quasi palpitantes de vie. Pourquoi s’efforcer alors de reproduire, dans toute leur dureté de tons et leur roideur de forme, les roses inanimées des plus mauvaises porcelaines de Saxe? Ceci à l’adresse de deux grands vases, généralement plus admirés par le public qu’ils ne le méritent.
- Même observation pour le wedgwood et le doulton, dont on rencontre quelques mauvaises copies, heureusement en très-petit nombre.
- Nous avons encore quelques bonnes pièces à signaler :
- D’abord, deux grands cornets de faïence, d’un ton bleu vert très-agréable à l’œil, et tout à fait particulier. L’Océan à de certains instants présente cette teinte indécise, qui a tenté l’artiste et qu’il a voulu fixer sur son œuvre. Sur ce fond uni, de grands oiseaux volants et posés. Décoration très-simple. Joli effet.
- Un autre vase se rapproche un peu des précédents pour le ton du ciel ; mais le fond, semblable à ces papiers à dessins nuancés d’avance de l’orangé au bleu noir, se dégrade de ton en ton, en passant par
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- presque toutes les teintes de l'arc-en-ciel. C’est une pièce plutôt curieuse que vraiment jolie, mais à coup sûr d’assez grande valeur, car on a souvent dû en manquer avant de réussir celle-là.
- Il ne me reste plus qu’à dire un mot de deux grandes potiches de la forme dite « en oignon », et d’une assez grande hauteur (75 centimètres environ). Le fond est d’un blanc éclatant, et l’émail en est splendide, ce qui est rare aujourd’hui. La décoration est assez bizarre : sur le fond uni, de grands arbres, des oiseaux, un terrain, uniformément gris de fer. Pour rehausser le tout, le pied, le haut du col et le couvercle sont fond or mat relevé lui-même d’arabesques sevrées en émail rouge. Sans être franchement bon, c’est nouveau, osé, et cela peut plaire.
- Telle est, à grands traits, la physionomie de la section japonaise. On pourrait décrire en détail bien des choses encore, car profitant en cela aussi de l’expérience acquise dans leurs précédentes expositions, les organisateurs ont évité de surcharger leurs tables de produits médiocres; ils ont su faire un choix, de façon à n’exposer que des objets présentant un certain intérêt. — Tout, évidemment, dans une exposition, ne peut pas être également remarquable, même dans les industries les plus florissantes. De plus, les meubles, les étoffes, les papiers ne m’ont pas paru mériter une mention spéciale. Dans les sujets mêmes que nous avons abordés, nous avons, on l’a vu, plusieurs fois trouvé matière à critiquer. Mais, en somme, il y a beaucoup de félicitations à adresser dans la section japonaise, tant aux industriels dont l’art est en pleine prospérité et même, croyons-nous, en grand progrès, qu’à la Commission impériale, qui a su mettre chaque gradin, chaque vitrine à la juste place, et faciliter par le bon agencement de sa section la visite et l’étude des produits exposés.
- Edm. Halphen.
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- Pour terminer le résumé des expositions coloniales, je dois encore signaler les expositions de l’Espagne et des colonies anglaises de l’ancien et du nouveau continent.
- La section coloniale espagnole était très-bien représentée, et l’étude en avait été rendue facile par les bonnes dispositions prises par la Commission.
- En travers dé la galerie centrale, un grand tableau représentant une baie entourée du plus riant paysage attirait l’attention de tous les visiteurs; au-dessous s’étageaient les produits de toutes sortes; minéraux, végétaux et animaux, plantes textiles, indigo, vanille, cannelle, bananes, cannes à sucre, maïs, tabac, et jusqu’à un cep de vigne, donnaient la meilleure idée de la végétation.
- Les minerais de fer et de cuivre, les collections de bois formaient de beaux échantillons : pour justifier l’éloge de ce paradis terrestre, une inscription fort lisible nous apprenait que cette toile était la véritable peinture de la baie de Nippe, qui, entourée et protégée par de hautes montagnes, peut devenir le meilleur port de l’ile de Cuba.
- Une société constituée depuis le mois de mai 1881 a pour but la fondation de colonies agricoles et de villes industrielles sur une étendue de soixante-quinze, mille hectares, dans la circonscription de Mayariet la juridiction de Holguin. Élevage du bétail, usines sucrières, manutention du tabac, tout doit réussir dans ce pays enchanté!
- La Havane a naturellement exposé des cigares de toutes sortes; le jardin d’acclimatation local est représenté par des échantillons de plantes textiles dont tous les connaisseurs ont pu apprécier le mérite pour la fabrication des toiles, vêtements, cordes et autres articles.
- Porto-Rico, dont le nom est rarement prononcé en France, et qui, d’après le document publié par la Commission, a pour climat un printemps continuel, a fait des envois nombreux qui donnent l’idée d’une agriculture active et avancée : café, sucre, tabac, rhum y ont de nombreux échantillons.
- La cire semble un des produits les plus estimés de l’île, ou il s’en produit de 2,500 à 3,000 quintaux (115,000 à 138,000 ktlog.); elle
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- se vend à 175 pésétas le quintal (46 kilog.) de cire vierge; à 250 celle raffinée, et 275 celle de première qualité. La cire vierge est simplement fondue, la troisième qualité est raffinée au bain-marie dans de grandes bassines en cuivre étamé; elle passe ensuite par des cylindres-blutoirs pour tomber dans d’autres bassines ou dépôts d’eau froide, où elle se fige en forme de ruban; on emploie après, des bannes en toile très-forte, pour la soumettre à toutes les températures; afin de faciliter le raffinage, on l’accumule pour qu’elle fermente et s’échauffe; on la fond et on la verse dans les moules.
- Du marbre et du lignite représentent la production minérale avec quelques parcelles d’or recueilli dans la rivière Corozal.
- L’exploitation du lignite, qui serait cependant bien utile dans les Antilles, a été commencée en 1857, et bientôt abandonnée.
- Les huiles aromatiques, les conserves, les chocolats, les amidons et les fécules complétaient l’intéressante production de Porto-Rico, eiir offrant un champ d’études peut-être lucratives à nos droguistes.
- Les Philippines, groupe de petites îles placées entre l’océan Pacifique et la mer de Chine, ont participé à l’exposition des colonies espagnoles, surtout par une riche collection de minerais : de l’or natif, du quartz aurifère, venant surtout du mont Tumbaga, du fer magnétique, du lignite qui se vend à Manille jusqu’à cinq cents pésétas la tonne.
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- Les produits de l’Inde anglaise avaient été très-habilement répartis entre les colonnades d’une galerie élégante, drapée, d’un goût exquis;
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- de riches cachemires et de beaux foulards tapissaient le fond de la série de salons pratiqués entre les arcades et où des figures de cire représentant fidèlement les habitants des Indes, donnaient l’illusion du marchand présentant sa marchandise au public.
- Les colonies australiennes avaient tenu à honneur de rappeler leur existence et de prouver leur développement incessant.
- La nouvelle Galles du sud et là colonie de Victoria ont démontré, comme aux expositions précédentes, les immenses «richesses de leur sol et de leur sous-sol. ----
- Plus particulièrement, la Commission de la colonie de Victoria, qui tient à honneur de faire connaître en France les résultats de son activité croissante, a fait traduire en notre langue une notice qu’elle a distribuée libéralement, et qui contient sur la Victoria et ses habitants les détails les plus circonstanciés.
- Naturellement, cette notice n’est pas faite pour décourager les Européens mécontents de la rigueur de leur climat, et qui voudraient chercher dans un autre hémisphère une installation plus confortable.
- « Par sa position géographique, dit la notice, Victoria jouit d’un climat qui convient mieux au tempérament européen que celui d’aucune autre colonie de l’Australie, car dans une étendue limitée elle possède les avantages des parties les plus favorisées du sud de l’Europe. En effet, si l’on examine une carte qui montre les lignes isothermales, on verra que Melbourne est placée près de la ligne qui correspond à celle de l’hémisphère du Nord où sont situées Marseille, Bordeaux, Bologne, Nice, Vérone et Madrid. Cependant la différence entre l’été et l’hiver, et le mois le plus chaud ouïe plus froid, est bien moindre à Melbourne que dans aucune des villes ci-dessus mentionnées. Dans les dix années finissant en 1879, le maximum de température à l’ombre était de 1110 Fahrenheit (44 centigrades), ce qui du reste n’est arrivé qu’une fois; le minimum était de 27’ (3 centigrades), aussi une fois seulement; et la moyenne était de 57° (14 centigrades). En moyenne, pendant quatre jours de l’année, le thermo-
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- mètre monte au-dessus de 100° (38 centigrades) à l’ombre, et généralement pendant trois nuits il descend au-dessous du freezing (0 centigrade). En moyenne, la pression atmosphérique, notée à l’observatoire à 91 pieds au-dessus du niveau de la mer, était, dans ces dix années, de 29,93 pouces; la moyenne des jours de pluie était de 132, et celle de la pluie tombée de 28 pouces, landis qu’elle était de 29,95 pouces à Sydney et de 21,36 pouces à Adélaïde. Dans quelques districts de Victoria, particulièrement dans les montagnes, il tombe beaucoup plus de pluie qu’à Melbourne, tandis que dans les plaines du côté nord-ouest de la colonie, il en tombe moins. Enfin, Melbourne représente la moyenne. Les vents chauds, qui sont la terreur des nouveaux débarqués, ne sont ni si fréquents ni si violents qu’on se l’imagine. En moyenne, les jours de vent chaud, pendant l’année, ne surpassent pas huit, et ceux d’une chaleur étouffante à peu près deux ou trois. En général, les vents chauds ne durent qu’un jour et au maximum trois jours; le passage du vent brûlant du nord au vént rafraîchissant du sud, suivi généralement d’un orage, modifie subitement l’atmosphère accablante et la convertit en une atmosphère vivifiante. Ces vents chauds, quoique pénibles pour les personnes âgées et pour les enfants, ne sont pas malsains; au contraire, ils détruisent les germes des maladies, ils agissent comme désinfectants puissants et empêchent tout mal qui pourrait résulter de la chaleur accompagnée d’humidité.
- « La pluie ne tombe pas pendant une seule saison, mais elle est répartie durant toute l’année. A Melbourne, la moyenne des jours de pluie est de 40 au printemps, de 24 pendant l’été, de 29 en automne, et de 42 en hiver. A Sandhurst, qui peut être considéré comme le type de la partie de la colonie située au nord de la chaîne de partage, le nombre des jours de pluie est de 164 par année, et à Portland, sur la côte de la mer, de 108 jours. Les saisons, à Victoria, comme dans toutes les autres parties de l’hémisphère méridional, sont le contraire de celles de l’Europe. Le printemps commence le 23 septembre et amène avec lui un temps modérément chaud et
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- agréable, avec un nombre considérable de jours pluvieux et d’averses. L’été commence le 22 décembre, le jour le plus long de l’année; janvier est le mois le plus chaud, quoique les vents du nord ne commencent généralement pas avant février. L’automne commence le 20 mars; le temps est alors frais et agréable, la chaleur étouffante ne se fait plus sentir, et des brises fraîches venant du nord et du nord-ouest forment une température douce et agréable. L’hiver commence le 21 juin, le jour le plus court de l’année; la température est comparativement douce, le thermomètre ne tdmbant rarement qu’au-dessous de 45 degrés Fahrenheit (7 centigrades). Les gelées sont rares près de la mer, quoique plus fréquentes dans l’intérieur des terres et surtout dans les montagnes.
- « Les produits agricoles de Victoria sont les mêmes que ceux du nord et du centre de l’Europe : le blé, l’avoine, l’orge, le foin, les pommes de terre; en outre, le sol fait naître tous les fruits, les légumes et les herbes de l’Europe méridionale. Le maïs croît dans quelques localités et le tabac dans d’autres; la vigne mûrit dans toute la colonie, et l’on fait plusieurs excellentes variétés de vins; le mûrier et l’olivier réussissent bien au nord de la chaîne de partage. Grâce à la diversité des terrains, aux différences d’altitude, et par conséquent à la variété des climats, Victoria peut obtenir, dans une localité ou dans une autre, tous les genres de cultures de la Grande-Bretagne, de la France et de l’Italie.
- « Les fermiers de Victoria se sont adonnés principalement à la culture des céréales indiquées çi-dessus, qu’ils connaissaient le mieux et à laquelle ils avaient été accoutumés dans les différentes parties de la Grande-Bretagne d’où ils arrivaient; à l’amélioration et au perfectionnement de leurs bestiaux — chevaux, bœufs, moutons et cochons — qui tiennent leur place à côté de ceux d’Europe; à l’augmentation des produits de la laiterie — le beurre, le fromage — et à la confection du lard et des jambons, qu’on ne peut surpasser en qualité. Pendant ces dernières années, un assez grand espace de terrain a été planté de vignes; on fait annuellement dans la colonie à
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- peu près 800,000 gallons de vin. Aux expositions de Vienne, de Philadelphie et de Paris, les vins de Victoria ont obtenu un grand nombre de récompenses : à cette dernière exposition, la proportion des prix accordés était plus grande que pour aucun des autres pays exposants.
- « Les laines de Victoria sont reconnues, à bon droit, parmi les meilleures, sinon les meilleures du monde, et se vendent aux prix les plus élevés en Europe. Ce résultat est dû à l’habileté et à l’énergie des propriétaires de troupeaux, qui n’ont épargné ni travail ni dépenses pour se procurer les meilleurs moutons d’Europe, autant qu’à l’adaptation exceptionnelle du terrain et du climat aux. différentes variétés de la race ovine et particulièrement du mérinos. Les bestiaux sont aussi grands et aussi bons qu’en Angleterre, et la race des chevaux n’y est pas inférieure. Un grand stimulant est donné à l’élevage des chevaux par les clubs de courses et les sociétés d’agriculture, dans toute la colonie.
- « Les mines d’or sont une industrie importante. La quantité totale de l’or qu’on avait obtenu jusqu’à la fin de 1884 se montait à 50,505,567 onces, d’une valeur de £ 202,022,268. La quantité totale pour toute l’Australie et la Nouvelle-Zélande, à la même époque, s’élevait à £283,000,000; Victoria a donc produit près des deux tiers de tout l’or extrait dans celte partie du monde. Le nombre des mineurs employés pendant 1881 est de 53,128, dont 45,187 européens et 7,941 chinois; le rendement a été de 858,850 onces d’une valeur de £ 3,435,400. La plupart des mines sont entre les mains de grandes compagnies publiques. Il y a des puits qu’on creuse à une profondeur extraordinaire; dix-neuf ont plus de 1,000 pieds de profondeur; on en voit deux à Stawell, dont l’un a 2,500 pieds et l’autre près de 2,000. La valeur du matériel et des machines pour les mines est estimée à environ £ 2,000,000. »
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- Ici finit ce que j’avais à dire sur les pays d'outre-mer : par une singulière coïncidence, depuis que la réunion coloniale d’Amsterdam a fermé ses portes, une sorte de mode, une véritable manie coloniale, s’est emparée des nations occidentales.
- Le canal de Suez peut à peine suffire au passage continuel des navires de guerre et des transports d’approvisionnement qui le sillonnent, surtout depuis quelques mois.
- Et ce ne sont pas seulement les Français qui vont au Tonkin et à Madagascar, mais ce sont les Anglais qui vont en Égypte et bientôt vont aller au Soudan.
- Sur l’Atlantique, vers le Congo, ce sont les Belges qui courent à la découverte pour nous précéder; partout, de tous côtés, l’ancien désert africain se trouve menacé par les explorateurs.
- L’exposition coloniale d’Amsterdam était donc bien venue en son temps, et je suis convaincu qu’elle portera d’excellents fruits.
- Mais à côté des produits coloniaux, exposés sous prétexte de produits d’exportation, on avait exposé toutes sortes d’objets dont un grand nombre était loin de répondre à l’idée première du meeting international.
- La France, comme toujours, fut remarquée par ses brillants étalages, et sa supériorité incontestable dans tout ce qui est oeuvre de goût fut attestée une fois de plus.
- Ainsi est la salle où MM. Damon, successeurs de Krieger ; Beurdeley,. Jansen, Olivier, Vallet, Majorelle, avaient dressé leurs petits appartements, pour présenter des ensembles au lieu de meubles séparés.____
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- On admire les voitures de Belvalette. M. Davoust, successeur de Beau-douin, montre ses belles toiles cirées ayant jusqu’à 7 mètres de largeur, chef-d’œuvre des tissages Saint d’Harondel et de Flixecourt. Puis vient la salle des bronzes, la merveilleuse installation de MM. Christofe, les vitrines de Boucheron, de Sandoz, de Bourdier et de tous ces Parisiens reconnus maîtres ès arts, et nos tisseurs, aussi bien ceux qui font les soieries et les lainages que les hardis novateurs qui travaillent les nouveaux textiles, le jute et la ramie.
- M. Pinet n’avait pas manqué cette occasion de représenter l’élégante chaussurerie parisienne; M. Hayera, l’industrie de la rue du Sentier, et M. May, avec Oriol et Alaæagny, celle de la rue Thevenot ; tous mes amis des Grandes Usines, MM. Deutsch et le célèbre Loril-leux, dont les encres d’imprimerie noires et de couleur couvrent les journaux, les livres et les gravures des deux mondes.
- Il nous faudrait copier le catalogue pour nommer tous ceux qui sont dignes d’être signalés.
- Je voudrais bien cependant, sans arriver jusqu’au blâme, avertir nos céramistes qu’ils font fausse route en s’entêtant à confectionner et à exposer des porcelaines et des faïences dont le seul mérite est d’imiter le bronze ou le bois doré.
- Sèvres n’a pas échappé cette année à la contagion, qui a déjà envahi Gien et Choisv. Limoges même, qui avait dans l’étalage de M. Redon de si belles porcelaines blanches, les avait reculées pour garnir le devant d’objets d’un goût discutable.
- Sèvres ne devrait exposer jamais qu’une de ses assiettes en blanc, face et pile. La manufacture s’était au contraire empressée d’envoyer des produits compliqués et différents essais orientaux, de couleur de grand feu, remarquables au point de vue scientifique, mais moins heureux comme tons d’ornement : la plupart cependant étaient d’une belle exécution : les vases Pâris en porcelaine tendre produisaient le meilleur effet.
- Les Gobelins doivent se méfier d’une tendance au brun et au rabattu, sous prétexte de distinction : qu’ils pensent toujours aux
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- Lebrun si chauds et si brillants, et qu’ils se méfient un peu des tendances de M. Erhmann, que la céramique n’a pas amélioré comme peintre de cartons de tapisseries.
- Les velours façon Savonnerie et les basses lisses de Beauvais ont été fort admirés, et bien justement; mais je doute qu’ils fassent des objets d’exportation coloniale bien demandes, à moins que ce ne soit par les riches colons de Melbourne ou de Sidney.
- La salle des machines renfermait, de très-brillants spécimens d’outils spéciaux et d’installations complètes pouvanlêtre adoptés dans les pays qui, en ce moment, font effort pour utiliser eux-mêmes les richesses de leur sol, envoyées jusqu’à présent en Europe pour y être travaillées : les appareils à fabriquer le sucre, de Cail et deFives-Lille, des bouilleurs colossaux, une fabrique de papier complète, les distilleries de Savalle et d’Egrot, les outils agricoles d’Albaret, les presses de Marinoni.
- L’installation de la ville de Paris, très-bien entendue, a rapporté grand honneur aux organisateurs; des dessins, des plans, des modèles, ont pu servir d’exemple à tous les fondateurs de villes nouvelles qui ont trouvé là les plus intéressants spécimens de canalisation pour l’eau, le gaz, l’électricité; tout l’outillage des écoles, et surtout le matériel des classes de dessin, pouvait lutter avec ce que l’Allemagne scolaire produit de mieux.
- Parmi les agents de civilisation les mieux à leur place, les visiteurs étudiaient avec grand intérêt toutes les inventions de M. Decauville, dont les ateliers de Petitbourg ne peuvent plus suffire aux commandes surtout destinées aux pays les moins civilisés; la question des transports, et surtout des premiers transports depuis le lieu où la nature a placé l’objet à utiliser, s’impose maintenant à tous les peuples. Les grands chemins de fer, les énormes paquebots transportent bien et aussi bon marché que possible des quantités de matières premières ou de produits manufacturés; mais il faut arriver à la garé ou au port, et il est plus facile et plus économique de dresser un Decauville à cinq francs le mètre que de construire une route.
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- Un constructeur belge essaye de suivre les ateliers de Petitbourg dans leur marche rapide, mais l’avance sur ce point est au constructeur français.
- On voyait également à Amsterdam les premiers spécimens de la très-curieuse invention de M. Lartigue, le chemin de fer mono-rail, qui rend de grands services en Algérie pour les transports de l’alfa.
- A Amsterdam, la voie Lartigue était offerte à la vue du public, j’ai le regret de le dire, aussi maladroitement que possible, et cependant de nombreux industriels ont déjà trouvé moyen d’adapter ce mode de transport à diverses exploitations minières ou usinières ; les pays dont le sol se prête difficilement à l’aplanissement trouveront avantage à l’emploi de ce rail surélevé, dont les inégalités de la surface n’empêchent pas la pose, et qui contribuera à la conquête de vastes pays que l’on explore aujourd’hui avec tant de hardiesse et de persévérance.
- Puisqu’il nous reste quelques pages, je les utiliserai à rappeler certaines expositions intéressantes par la nouveauté des produits obtenus) ou l’ingéniosité des moyens employés pour les obtenir. Dans ce dernier cas se trouvait l’exposition de M. Manhès, auquel la France doit de pouvoir réduire elle-même le cuivre sur son territoire, car jusque-là tout le cuivre employé et travaillé dans notre pays vient directement du nouveau monde ou des usines anglaises.
- C’est au moyen d’un convertisseur modifié que M. Manhès, après plusieursr années d’essais, fonda en 4880 l’usine d’Eguilles près d’Avignon.
- « Elle traite annuellement, d’après une notice de M. Manhès, 12,000 à 15,000 tonnes de minerais de cuivre d’une teneur moyenne de 40 0/0, et produit 1,200 à 1,500 tonnes de cuivre métallique; cette production doit être prochainement doublée. Les minerais proviennent de quelques mines françaises récemment remises en exploitation, mais pour la plus grande partie sont encore importés d’Italie, d’Espagne, du Levant, de l’Afrique, etc. »
- L’usine occupe un personnel de 4 00 à 4 50 ouvriers, qui s’accroîtra avec les développements qui se préparent.
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- Caractérisé par la suppression complète des grillages et par une extrême simplicité, ce procédé réduit à deux opérations le traitement des minerais de cuivre :
- Fonte crue du minerai pour produire une malte cuivreuse;
- 2° Coulée de cette matte dans le convertisseur « Manhès » où, sous l’influence d’une oxydation énergique, elle est rapidement transformée en cuivre brut titrant 98 à 99 0/0.
- Le fer, le soufre et d’autres matières servent de combustible et maintiennent la haute température nécessaire.
- L’opération au convertisseur dure 80 à 40 minutes et est d’une exécution facile.
- « D’après le docteur Percy, Le Play et Rivot, la consommation en combustible de la méthode Galloise est de 1 7 à 1 8 tonnes par tonne de cuivre et la main-d’œuvre de 65 à 70 francs; à l’usine d’Eguilles, la consommation de combustible ne dépasse pas % tonnes 1/2 par tonne de cuivre, et les frais de main-d’œuvre sont inférieurs à 40 francs.
- « Ces chiffres suffisent pour montrer quelles économies énormes réalise le procédé Manhès, et il est bon d’ajouter que ces chiffres ne sont pas le résultat de quelques essais, mais d'une marche industrielle de près de deux ans. »
- Toute personne qui s’intéresse à l’industrie a eu connaissance des découvertes de M. Solvay.
- La Société qui s’est constituée pour utiliser la création de la soude par l’ammoniaque et ses autres découvertes exploite directement des établissements en Belgique, en France et en Allemagne ; elle a participé, en association, à la création d’usines en Angleterre, en Russie et aux États-Unis.
- Elle exploite par elle-même :
- 1* L’établissement de Couillet ÇBelgique); situé entre le chemin de fer et la Sambre canalisée, produisant annuellement 10,000 tonnes do carbonate de soude.
- Cette usine fabrique les produits suivants :
- Le carbonate de soude ;
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- Les cristaux de soude;
- Le chlorure de calcium;
- Les produits ammoniacaux.
- Les terrains qui dépendent de Tusine ont une contenance totale de plus de 3 hectares.
- Outre l’usine proprement dite, l’établissement de Gouillet comprend une scierie, des maisons d'habitation, des magasins de bois et une tonnellerie, une carrière, etc.
- Cet établissement occupe 200 ouvriers.
- 2° Vétablissement de Varangèville-Dombasle (France), situé entre le chemin de fer de Paris à Strasbourg et le canal de la Marne au Rhin, à proximité de la rivière de Meurthe et sur un gisement salifère. La production annuelle en carbonate de soucie dépasse 50,000 tonnes.
- Les produits que fabrique l’usine consistent en :
- ' Carbonate de soude;
- Cristaux de soude ;
- Soude caustique ;
- Sels caustiques ;
- Bicarbonate de soude;
- Chlorure de calcium ;
- Acide chlorhydrique;
- Produits ammoniacaux;
- Sel raffiné.
- Les terrains qui dépendent de l’usine ont une superficie dé près de 60 hectares.
- En dehors de l’usine proprement dite pour la fabrication du carbonate de soude, l’établissement comprend des halles importantes pour la fabrication des cristaux de soude, de la soude caustique, pour la décomposition du chlorure de calcium, une vaste tonnellerie avec magasin de bois, des ateliers de réparation, une usine à gaz.
- Des maisons d'habitation ont été construites pour le directeur, les ingénieurs et les principaux employés, ainsi que des cités ouvrières, qui ne comptent pas moins de 106 maisons.
- L’établissement de Varangèville-Dombasle comprend encore plusieurs sondages pour l’exploitation du sel par dissolution-,
- Une saline, qui peut produire annuellement 30,000 tonnes de sel raffiné;
- La concession des mines de sel de Flainval;
- Les carrières de Villey-Saiut-Étienne, etc.
- Ces importantes usines occupent près de 1,000 ouvriers.
- 3° L'établissement de IVyhlen (grand-duché de Bade), qui produit par année 18,000 tonnes de carbonate de soude.
- Il comprend environ 26 hectares de terrains, une usine pour la fabrication de la soude, une saline, des ateliers de réparation, une tonnellerie, une halle pour la fabrication des cristaux.
- 11 renferme encore des maisons d’habitation pour le directeur et les prin-
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- cipaux employés, des cilés ouvrières, une concession de sel, des sondages pour l’exploitation de l’eau salée, des carrières, un chemin de fer des carrières à la gare de Wyhlen et de la gare à l’usine, etc.
- L’usine occupe 260 ouvriers.
- 4° Vétablissement de Bernburg (duché d’Anhalt), comprenant plus de 22 hectares de terrains, l’usine pour la fabrication de la soude, des concessions de sources salées, de mines de sels et de lignite, etc.
- 50 Les concessions de mines et terrains industriels de Sarralbe (Lorraine).
- 6° Des terrains sali/ères en Hanovre.
- 7° Vétablissement de Ciply (Belgique), pour l’exploitation et le traitement des phosphates de chaux, comprenant l’ancienne usine de Belian avec ses dépendances, l’usine en construction à Ciply, les exploitations de phosphate riches et de craie à Ciply et Saint-Symphorien.
- Les usines établies suivant le procédé Solvay et exploitées en association avec la Société Solvay et Cie, sont :
- 1° Les usines de Northwich et de Sandbach (Cheshire, Angleterre), Société Brunner,.Mond et Cie;
- 2° Les usines de Beresniki (Russie), Société Lubimoff et Ci6;
- 3° Les usines de Syracuse (États-Unis), Société « Solvay Process Cie ».
- La Société Solvay a son siège à Bruxelles (Ixelles).
- Une société qui, sous le nom de Y Industrie,-est dirigée par M. Joseph Hinstin, administrateur délégué, n'a pas été récompensée à Amsterdam suivant son mérite, s’est consacrée à l’exploitation des corps blancs donnés par la nature et qui ont des usages si variés dans l’industrie contemporaine, tels que les kaolins et les blancs de craie français, improprement appelés blancs d’Espagne, et qui s’exploitent à Meudon et à Yaudepart.
- J’ai décrit dans les Grandes Usines, livraison 211, la fabrication du blanc de Meudon, telle que mon regretté maître M. Émile de Girardin l’avait installée au bord de la Seine.
- M. Girardin s’était dit qu’un corps pulvérulent jusqu’à la poudre la plus fine, inodore, insapide et non toxique, pouvait servir à un nombre infini d’usages, qui augmenteraient naturellement avec les perfectionnements de l’industrie. Il n’avait donc en rien épargné l’argent, et l’admirable machine motrice qui conduit l’outillage avait été fournie par les ateliers de Marinoni, dans lesquels se construisent les presses les plus compliquées.
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- Les blancs de Meudon servent dans les industries chimiques pour neutraliser les acides en excès ; les distilleries surtout en emploient des quantités considérables; l’acide carbonique introduit dans les eaux minérales factices en consomme également des quantités énormes; puis, comme épaississant, les emplois sont infinis : mastic, carton-pâte, papiers peints, cire, caoutchouc, peintures en bâtiments, pâte céramique, verrerie, sans compter les usages que l’on ne dit pas, si bien qu’à la fin de l’année, Meudon et Yaudéparl, outre ce qu’ils vendent dans le pays, exportent plus de trentè millions de kilogrammes.
- Les kaolins exploités par la société l'Industrie ont leurs gîtes aux Collettes, dans le département de l’Ailier. L’exploitation est située à six kilomètres de la gare du Louroux, sur la route de Montluçon à Gannat. Les kaolins de l’Ailier luttent courageusement contre l’invasion des kaolins anglais et affranchissent la France du lourd tribut payé à l’Angleterre.
- Nous ne nous étendons pas sur l’industrie des kaolins, plus généralement connue que celle des blancs minéraux, et dont les produits sont spécialisés.
- M. de la Gardette, à Bolène (Vaucluse), a envoyé à Amsterdam, en concurrence avec les terres belges, un échantillon de ses terres réfractaires qui ont été très-apprëciées par les métallurgistes.
- MM. Pollet et Cailliau (vice-consul de France à Tournai) nous avaient annoncé un envoi complet de leur fabrication d’huile de graissage végétale et minérale, de savon, de pétrole; mais il ne m’a pas été possible de retrouver leur exposision au milieu de l’exposition belge. — Dans la même section, nous devons signaler les échantillons de filature et de tissage que M. Albert Oudin fabrique à Dinan, dont le nom anciennement connu de l’Europe entière était tombé dans l’oubli. En 1872, M. Albert Oudin créa dans cette ville un établissement de filature, aujourd’hui de quatorze mille broches, et un tissage de quatre cents métiers où il occupe cinq cents ouvriers. Depuis ce temps, plusieurs usines se sont créées, et la ville de Dinan doit à M. Albert Oudin sa renaissance industrielle.
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- Nommons encore la spécialité de benzine envoyée par M. Chevalier, de Toulon, ainsi que le minium, la céruse et la litharge de MM. Duruthy et d’Espaigne, successeurs de M. Allain, dont l’usine est située en Seine-et-Oise près de Meulan.
- M. Alexandre Matignon, de Cognac, nous demande de signaler ses eaux-de-vie aux lecteurs des Grandes Usines. M. Alexandre Matignon est un des industriels de Cognac qui luttent avec le plus de courage contre les difficultés que le phylloxéra a causées et cause encore aux commerçants d’eaux-de-vie.
- M. Mercier, d’Épernay, a, comme toujours, ramené sur sa marque si connue et si appréciée l’attention du public ; la description des établissements de M. Mercier devra prochainement paraître dans les Grandes Usines.
- M. Chassaing, qui continue ses études sur les ferments physiologiques, a exposé, outre les ferments végétaux : diastase, myrosine, émulcine, invertine, céréaline, des ferments animaux, pour prouver que « si la digestion se fait dans tous les animaux par le même mécanisme physiologique, la pepsine n’a pas toujours la même valeur, et que celle-ci est concomitante du régime de l’animal ; plus il est carnivore, plus sa pepsine a de l’activité ».
- Dans une autre partie de sa vitrine, M. Chassaing montre le bromure de potassium, chimiquement pur, et des phosphates bicalciques et tricalciques qu’il emploie dans différentes préparations destinées à des traitements fortifiants. Quant aux pepsines et à la diastase, elles servent principalement dans certaines compositions à base de ferments digestifs, tels que le vin de Chassaing et autres produits pharmaceutiques, que leur bonne préparation fait recommander par les médecins.
- Un de nos abonnés nous signale et nous prie de faire connaître à nos lecteurs les eaux minérales de la Preste (Pyrénées-Orientales), près de Prats-de-Mollo ; nous le faisons avec plaisir, car ce sont des eaux françaises et situées dans un climat où l’on peut aller les prendre en tout temps. Nos compatriotes n’ont que trop de tendance à user des eaux étrangères et surtout allemandes.
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- Un autre de nos abonnés, M. Méré, de Chantilly, nous écrit pour recommander aux visiteurs d’Amsterdam des produits de pharmacie vétérinaire dont il garantit la composition active, bien que ne devant pas laisser de traces sur la peau des animaux après la guérison.
- M. Méré, vivant à Chantilly, au milieu des chevaux de grand prix, s’est préoccupé d’éviter, autant que possible, de les déprécier par des marques permanentes.
- Nous avons gardé pour la signaler en dernier la lettre de M. Bardou-Job, qui affirme que son usine de Perpignan (Pyrénées-Orientales), augmentée de celle de la Moulasse, près Saint-Girons (Ariége), fabrique seule le véritable papier à cigarettes, dit papier Job, dont les contrefacteurs essayent vainement d’atteindre la perfection.
- M. Bardou emploie une force motrice de trois cent cinquante chevaux et plus de huit cents ouvriers à fabriquer et façonner ces petits cahiers de papier, dans lesquels les véritables amateurs de -cigarettes roulent eux-mêmes le tabac qu’ils choisissent.
- Le^ vrais fumeurs, qu’il est impossible de guérir de leur habitude invétérée, sont les fumeurs de cigarettes, les roulant eux-mêmes, parce qu’à l’habitude chimique de fumer, se joint la manie physique de rouler du tabac dans du papier, et si la volonté a pu venir à bout de renoncer à produire la fumée âcre et piquante provenant du nicoliana-tabacum, aucune force humaine n’a pu encore arrêter l’activité machinale des doigts. L’avenir de l’industrie de M. Bardou-Job n’a donc rien à craindre.
- MM. Joudrain, Boude, ratfineurs de soufre de Marseille; Terquem, chimiste à Paris, et Lacroix, également chimiste à Paris; Desfontaine, fabricant de désincrustant à Chenée-lez-Liége, et Laurent, constructeur d’instruments d’optique et de précision, abonnés des Grandes Usines, ne m’ont pas envoyé de renseignements qui m’aient permis de parler avec précision de leur exposition.
- PIN.
- PARIS. TYPOGRAPHIE DE E. PLOSj - NOURRIT ET C'e, 8, RUE CARAKClÈRE.
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- ANZIN
- Anzin est la houillère capitale des houillères françaises.
- Veut-on parler de charbon, on cite Anzin, comme on cite le Creusot quand il s’agit de fer ou d’acier. Et ce n’est que justice. Jamais réputation ne fut ni mieux méritée, ni plus solidement établie.
- La date déjà reculée de son origine, l’étendue de ses concessions, le nombre de ses ouvriers, tout concourt à environner la Compagnie d’Anzin d’une auréole de respect et d’admiration, à la placer si haut au-dessus des autres sociétés, qu’elle n’a que des voisines, sans avoir de rivales. Et cependant ses débuts avaient été bien difficiles, ses premiers progrès furent bien lents.
- En 1700, on manquait de charbon dans le nord de la France; de l’autre côté de la frontière on en regorgeait; mais comme on n’avait pas alors les traités de commerce d’aujourd’hui, et que la théorie du libre échange n’était pas inventée,
- Cette étude sur Anzin est Vœuvre d’un écrivain dont nos lecteurs apprécieront bien vite la compétence et le talent, mais que sa profession condamne à la modestie de l’incognito. Il signera **\
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- on trouva plus avantageux, on jugea même presque indispensable, au point de vue de l'économie, de brûler du charbon national ; je ne sais si le patriotisme y fut pour quelque chose. Or en ce pays plat du Hainaut, la frontière était une ligne conventionnelle, dont le tracé n'avait été subordonné à aucune considération géologique : en ce temps-là le militaire primait l’industrie. C'est ce qui fit espérer que les richesses de nos voisins se pourraient trouver chez nous, et ce qui donna l’idée de les y chercher.
- La tâche était ingrate. Il se trouva cependant des hommes pour l’entreprendre. Les premières recherches furent faites par un habitant de Condé qui se nommait Désaubois. Le 8 mai 1717, il demanda, et obtint du roi Louis XV, la concession jusqu’en 1740 de l’exploitation des mines sur une étendue très-considérable, et même un léger secours en argent. Les premières tentatives ne réussirent qu’à moitié. Dès 1720 on trouva du charbon maigre; mais les veines découvertes étaient minces, enfoncées profondément en terre, le fonçage des puits était constamment entravé par l’irruption de l’eau, les machines d’épuisement étaient trop imparfaites pour suffire à leur tâche. L’argent s’en allait, et le charbon ne venait guère. Les désastres financiers, conséquences des aventures de Law, portèrent à l’industrie naissante un coup fatal. En 1722, Désaubois dut céder ses droits. Les acquéreurs furent Désandrouin de Noelles et Pierre Taffin. Tous deux appartenaient à la petite noblesse. Le prix de la vente était de 2,400 florins.
- On ne peut manquer vraiment de s’étonner de l’audace de ces hommes qui ne craignaient pas d’engager leurs capitaux dans une pareille entreprise, d’y consacrer leur temps, d’y attacher leurs noms. Quel est de nos jours l’homme, industriel ou banquier, qui tenterait une pareille aventure avec une concession de dix-huit années? Mais l’étonnement que l’on éprouve fait place à l’admiration quand on les voit réussir. Ils ont donné là un des plus beaux exemples de ce que peuvent la volonté et l’énergie dans l’industrie.
- Le 24 juin 1734, le charbon gras fut trouvé à Anzin par un
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- sieur Mathieu. On voit encore dans l’église de la commune le tombeau de cet ingénieur. L’épitaphe en est ainsi conçue :
- ICI REPOSE LE CORPS DU SIEUR PIERRE MATHIEU QUI FIT LA DÉCOUVERTE DU CHARBON DE TERRE AU VILLAGE D*ANZIN
- LE 24 JUIN 1734 EN QUALITÉ DE DIRECTEUR ET INTÉRESSÉ DÉCÉDÉ LE 25 JANVIER 1778, AGÉ DE 74 ANS.
- Monument bien simple et bien modeste, qui passe trop inaperçu à côté de la pyramide de Denain, élevée en l’honneur du maréchal de Villars, et de la colonne qui sur la place d’Anzin rappelle la mort du général de Dampierre.
- Avec des ressources modestes, mais bien employées, dans un temps très-court, eu égard surtout à l’imperfection des procédés, les puits se creusent, les eaux s’épuisent, les galeries se traînent sous terre à la recherche des veines, le charbon tombe sous le pic du mineur, est remonté à la surface du sol, se charge dans les bateaux que portent l’Escaut, la Scarpe et la Lys; partout c’est un va-et-vient d’ouvriers, de voitures, de charrettes; on construit de toutes parts : tous les visages respirent la confiance et l’espoir. On attend, on tient enfin la richesse du pays.
- Hélas! on se laissait trop vite emporter par ses rêves. Précisément au moment où Pierre Taffin venait d’obtenir la prolongation de sa concession pour vingt nouvelles années, les seigneurs justiciers du Hainaut français, exhumant de vieux parchemins, firent valoir un droit régalien qui leur donnait sinon la propriété exclusive, du moins une part importante des richesses extraites du sein de la terre. Le coup était terrible, car les termes étaient formels, et des précédents même pouvaient être invoqués. Désandrouin et Taffin tombaient ainsi victimes de leur propre succès ; la jalousie qu’ils avaient fait naître les perdait. C’est en vain qu’ils proposèrent les transactions les plus avantageuses au prince de Croy et au marquis de Cernay :
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- rien ne put les désarmer. Ce fut alors pendant quelques années une suite non interrompue de procès, de chicanes ; toute entreprise était aussitôt arrêtée. Il fallut céder. Le but que le prince de Croy poursuivait était de contraindre les concessionnaires à s’associer avec lui; et pour y parvenir il usa de toute la rigueur de ses droits; si bien qu’en 1757, fatigué de ces luttes, de ces discussions continuelles, Taffin se décida à signer avec le prince de Croy et le marquis de Cernay un contrat de société ; et c’est ce contrat qui régit encore aujourd’hui la compagnie d’Anzin.
- La constitution de cette société donna aux travaux un nouvel élan; on entra dans une ère de prospérité et de paix. Les associés réunissaient les qualités qu’il fallait pour réussir : à l’intelligence, à l’énergie des premiers concessionnaires, venait en aide la position élevée des nouveaux. On n’avait plus à se préoccuper sans cesse de renouveler une concession qui, fondée sur un droit d’un des associés, était par cela même perpétuelle; on pouvait travailler en vue de l’avenir, parce que cet avenir n’était pas limité à quelques mois. L’extraction allait en augmentant d’année en année, le nombre des ouvriers se doublait bientôt, et les capitaux engagés donnaient de beaux revenus.
- On arriva ainsi jusqu’aux mauvais jours de la Révolution. JLà Compagnie courut les plus grands dangers. Ses principaux associés émigrèrent, le directeur dut prendre la fuite, on ferma les puits, on arrêta les travaux. La suspension dura trois ans. En 1795, après que, par suite d’un arrangement avec le Domaine, de nouveaux associés eurent acheté les parts confisquées, le travail reprit, et ne fut plus interrompu que dans les moments où les hasards de la guerre, amenant sur les terrains concédés des Français ou des ennemis, jetaient dans le pays une panique momentanée, et forçaient à l’inaction. Après 1815, le travail reprit avec la paix. Il n’a jamais été suspendu depuis, même pendant la fatale guerre de 1870. C’est même là un des plus beaux titres de la Compagnie d’Anzin à l’admiration de tous, et à la reconnaissance de ses ouvriers. Pendant cette
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- funeste année, alors que Paris était bloqué, les chemins de fer coupés ou aux mains des Allemands, tous les débouchés ordinaires étaient fermés. Bien des industriels auraient arrêté l’extraction pour deux raisons : d’abord par crainte d’approvisionnements encombrants, ensuite parce que l’obligation de payer les salaires sans toucher la contre-partie de la vente, imposait de terribles sacrifices. Ces sacrifices, la Compagnie d’Anzin eut la force et le courage de les supporter. Pendant cinq mois on continua de travailler, on paya les ouvriers sans vendre de charbon, sans rien toucher, uniquement en puisant dans les caisses de réserve. Rappeler ce fait, c’est adresser aux régisseurs et à l’administration d’Anzin le plus bel éloge qu’on puisse leur décerner. 11 est vrai de remarquer que grâce aux statuts de la Société, qui, comme nous l’avons dit, ne sont autres que le contrat de 1757, les régisseurs sont armés d’une autorité inconnue dans d’autres industries. Au nombre de six ou de huit, choisis par le Conseil de régie seul à chaque vacance, parmi les personnes possédant dans Faffaire des intérêts considérables, les régisseurs d’Anzin ont plein pouvoir pour trancher toutes les questions, approuver les marchés, fixer les dividendes, constituer les réserves, voter des travaux d’agrandissement ou de perfectionnement. Là point d’assemblées d’actionnaires. La société est une société civile; les petits associés délèguent aux gros la défense de leurs intérêts. Les comptes de gestion ne sont cachés à personne, tout le monde peut en aller prendre connaissance; mais nul n’a le droit, comme cela se passe souvent dans les assemblées d’actionnaires, de poser des questions qu’il est plus politique de taire, de monter des cabales, qui affaiblissent souvent sans profit l’autorité de la direction. Par le seul fait qu’on achète un denier ou une part de denier d’Anzin, on souscrit à ses statuts, et l’on en accepte les règles. Ce régime excellent pour la prospérité de l’affaire, mais peu conforme aux idées modernes sur le suffrage universel, n’a pu se maintenir intact jusqu’à nos jours que parce que le conseil de régie s’est toujours montré à hauteur de la tâche qui lui incombe, sans faiblesse dans les jours dangereux, sans impru-
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- dence dans la prospérité. Les noms seuls des régisseurs sont pour leurs cointéressés une garantie. Tous ou presque tous ceux qui depuis vingt ans ont siégé à Anzin ont occupé ou occupent encore des positions importantes, et ceux qui sont restés étrangers à la politique et au mouvement des affaires ne l’ont fait que pour pouvoir consacrer plus de temps à la direction d’une usine qui est à la fois leur honneur et leur fortune. En 1830, c’était Casimir Périer, le grand ministre de Louis-Philippe, qui présidait le conseil de régie; plus tard, nous y trouvons M. Thiers, qui fut président de la République, et qui aimait, disait-il, à se reposer d’une de ses présidences par l’autre. Il eut pour successeur le général de Chabaud-Latour, qui resta à la tête de la Compagnie jusqu’au jour où ses forces le trahirent, et où, sentant qu’il fallait pour porter un tel fardeau plus de vigueur que l’âge et les fatigues du métier militaire ne lui en avaient laissé, il se démit de son mandat, donnant ainsi un exemple de courage et de désintéressement qui mérite d’être cité. Après lui, et depuis lui, le fauteuil présidentiel a été occupé par le duc d’Audiffret-Pasquier. Personne n’était ni plus apte ni mieux préparé que lui à cette tâche difficile. Il avait appris à une école bien plus sévère le maniement des affaires et la conduite des hommes. Grâce à son initiative, de nombreux progrès viennent d’être réalisés; il a tenu la main à ce que le matériel reçût tous les perfectionnements connus, tout en veillant à ce qu’une sérieuse économie ne cessât jamais d’être observée.
- Ce court aperçu historique nous a servi à montrer l’origine de la Compagnie d’Anzin, les difficultés qu’elle eut à surmonter, le bonheur avec lequel elle parvint à se tirer des positions les plus critiques. Entrons maintenant dans les détails industriels de l’exploitation; nous terminerons en parlant de l’état des ouvriers.
- Les concessions d’Anzin sont les plus étendues de toute la France. Elles sont au nombre de huit et ont une superficie de 28,054 hectares, ainsi répartis :
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- Concession de Vieux-Condé............. 3,962 hectares.
- f~ — de Fresnes....................... 2,073 —
- • . .— de Raismcs................. 4,820 —
- — d’Anzin...................... 11,852 —
- — de Saint-Saulve .............. 2,200 —
- — de Denain.................. 1,343 — .
- — d’Odomez.................. . 316 —
- — d'flasnon..................... 1,488 —
- Total......... 28,054 hectares.
- Ce qui représente à peu de chose près le quart des terrains concédés dans les départements du Nord et du Pas-de-Calais.
- Nous dormons ici une carte qufreprésente l’ensemble de ces concessions. On peut en suivre les limites et voir en quelque sorte les diverses provinces de ce véritable État, ayant ses villes, ses routes, ses canaux et ses chemins de fer. Située dans le
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- bassin houiller du département du Nord et à la porte de Valenciennes, la Compagnie d’Anzin s’étend sur tout le terrain compris entre le canal de l’Escaut, Valenciennes et l’Escaut, au nord, la Scarpe et la Vergne, à l’est et à l’ouest, deux lignes conventionnelles, dirigées à peu près l’une de Péruwelz au midi, l’autre de Âbscon vers le nord. Les centres les plus peuplés sont Anzin, Denain, Condé et Somain.
- Les chefs-lieux de direction, au nombre de sept, sont Anzin, Saint-Vaast, Hérin, Denain, Abscon, Thiers et Vieux-Condé. Sur l’ensemble de ces concessions, depuis leur origine,
- 214 puits ont été creusés : de ce nombre, 167 ont été abandonnés.
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- Il y en a aujourd’hui deux en creusement et 45 en exploitation, dont 21 servent à l'extraction de la houille et 24 à l’aérage ou à l’épuisement. Tout le bassin houiller du Nord où l’on trouve les compagnies d’Àniche, de Vicoigne, de Courrières, de Lens, de Bully-Grenay, etc., ne compte en tout que 67 puits d’extraction, et dans ce nombre Anzin entre pour 21; on peut juger par là de son importance relative.
- On a extrait en 1875 à Anzin 2,058,552 tonnes de charbon.
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- La Compagnie d’Aniche, qui la même année a extrait le plus dans le bassin du Nord, atteint le chiffre de 611,000 tonnes, et le bassin houiller tout entier celui de 6,622,861.
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- CARTE DES CONCESSIONS ET CHEMINS DE FER DE
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- Il est intéressant de voir comment l'extraction a atteint ce chiffre considérable, et quelle est la progression qu* elle a suivie :
- Ea 1760, l’extraction à Anzin était de 110,000 tonnes.
- En 1785........................... 252,000 —
- En 1815........................... 247,000 —
- Depuis cette époque, nous donnons le tableau des extractions annuelles jusqu’en 1877.
- ANNÉES. TONNES. ANNÉES. TONNES. ANNÉES. TONNES.
- 1815 247.404 1836 623.546 1857 919.187
- 1816 250.044 1837 651.511 1858 950.889
- 1817 226.856 1838 659.644 1859 907.543
- 1818 334.482 1839 707.748 1860 930.700
- 1819 323.947 1840 623.312 1861 958.610
- 1820 330.189 1841 643.623 1862 993.950
- 1821 353.783 1842 721.030 1863 1.053.334
- 1822 340.489 1843 642.280 1864 1.067.017
- 1823 318.570 1844 597.953 1865 1.225.425
- 1824 327.327 1845 714.896 1866 1.348.812
- 1825 358.457 1846 803.804 1867 1.441.002
- 1826 376.956 1847 774.755 1868 1.617.621
- 1827 400.668 1848 618.502 1869 1.606.075
- 1828 406.593 1849 614.950 1870 1.633.818
- 1829 410.632 1850 669 999 1871 1 715.878
- 1830 508.708 1851 648.062 1872 2.196.435
- 1831 460.864 1852 795.633 1873 2.191.500
- 1832 472.959 1853 803.812 1874 1.922.037
- 1833 541.509 1854 856.295 1875 2.058.558
- 1834 573 239 1855 947.936 1876 2.063.961
- 1835 591.836 1856 920.574 1877 2.042.035
- Mais ces chiffres ne parlent pas assez à l’esprit; il faut une certaine habitude de leur langage, pour le comprendre. On suivra mieux la marche progressive de l’extraction sur un tableau graphique. Sur une ligne horizontale nous avons inscrit à intervalles égaux les années de dix en dix de 1815 à 1875, et sur les verticales de ces points nous avons porté à l’échelle de 1 centimètre par 200,000 tonnes les longueurs représentant les quantités de houille extraite. Ce tableau a l’avantage de faire sauter aux ye x la rapidité de l’augmentation. Plus le tracé se rapproche de la verticale, plus le chiffre de l’extraction a grossi rapidement.
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- Il
- TABLEAU GRAPHIQUE DES EXTRACTIONS DE 1815 A 1875.
- Échelle des hauteurs : 0,01 par 200,000 tonnes.
- Peut-être vous figurez-vous ce qu’est une tonne de charbon ; la densité de la houille en morceaux étant un peu plus de 1, la tonne cube un peu moins du mètre. Mais 2,000,000 de tonnes, je suis sûr que vous vous en faites difficilement une idée. Figurez-vous deux cubes dont les côtés auraient 100 mètres, environ dix fois l’Arc de triomphe de l’Étoile à Paris, supposé plein. Et si vous faites la somme de toutes les quantités de houille extraites à Anzin depuis un siècle, vous trouvez : 66,486,000 tonnes environ, soit à peu près 60,000,000 de mètres cubes. Ce volume formerait une couche de charbon de
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- 0m,15 de hauteur sur 10 de large, faisant le tour de la terre suivant un grand cercle.
- Le nombre des ouvriers a dû nécessairement suivre une progression analogue à celle de l’extraction, mais moins rapide. Les progrès de l’industrie ont permis de perfectionner les moyens de transport au fond et d’extraction, ce qui fait que le nombre des ouvriers s’est, proportion gardée, moins accru que celui des tonnes produites.
- En 1756,1a Compagnie Désandrouin occupait 1,500 ouvriers.
- Ën 1790, la Compagnie d’Ànzin en comptait 4,000.
- En 1805, par suite des événements, ce nombre était redescendu à 2,200. La reprise fut lente.
- En 1815, le nombre des ouvriers était de 4,000; il était doublé en 1850 (8,000), doublé une seconde fois en 1875 (16,000 environ). Le chiffre officiel de l’année 1874 est 15,091 ouvriers, dont 12,250 employés au fond et 2,861 au jour.
- La production annuelle moyenne de l’ouvrier était de 60 tonnes en 1775, de 80 tonnes en 1825, de 90 tonnes en 1845 et de 156 tonnes en 1875.
- Les salaires des ouvriers ont suivi une progression analogue. En voici le tableau :
- DES VALEURS MOYENNES DES SALAIRES DES OUVRIERS DE LA COMPAGNIE ü’aNZIN.
- ANNÉES. SALAIRES. ANNÉES. SALAIRES.
- fr. c. fr. c.
- 1775 0.92 1/2 1845 2.50
- 1790 1.25 1865 3.16
- 1805 1.69 1875 4.76
- 1825 1.871/2
- Mais ces prix ne sont qu’une moyenne, très-supérieure au salaire d’une femme ou d’un enfant travaillant au jour, très-inférieure à celui d’un mineur du fond, ou d’un bon ouvrier, qui peut facilement arriver à gagner 8 ou 10 francs. — En 1877,
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- les salaires payés pour les travaux du fond ont été de 12,911,214 francs, soit 1010 francs par ouvrier; ceux du jour, de 2,583,612 francs, soit 1053 francs par ouvrier : dans ce dernier nombre sont compris les traitements des employés du chemin de fer.
- Ainsi, la loi est évidente, le progrès est manifeste, incontestable. Le développement des chemins de fer, l’augmentation du nombre des usines, les perfectionnements apportés récemment aux machines à vapeur d’une part, à l’éclairage de l’autre, tout a contribué à accroître dans des proportions considérables la consommation de la houille. Rien heureusement ne fait prévoir qu’il doive se marquer un temps d’arrêt dans cette progression.
- Les inventions les plus modernes, telles que l’emploi de l’électricité à la création de la lumière ou au transport' de la force, demanderont encore à la houille le secours de la chaleur qu’elle développe, ou des gaz qu’elle renferme. C’est là un fait historique incontestable. Quand dans la science, par suite d’une découverte importante, un grand pas en avant peut être fait, l’industrie naissante, loin de tuer ses aînées, s’appuie sur elles, et ce que l’on croyait voir disparaître, se perfectionne et s’accroît, en se modifiant, et en se pliant aux exigences nouvelles. Souvenez-vous de la révolution causée par l’invention des chemins de fer. Il n’a pas alors manqué de gens pour s’apitoyer sur le sort des éleveurs de chevaux et des entrepreneurs de transports. Le cheval devait devenir un animal inutile; on en aurait à n’en savoir que faire; des races entières devaient disparaître. Ce devait être une ruine. L’expérience a démontré le contraire. Jamais la production chevaline n’a été ni plus grande ni mieux rétribuée; seulement les chevaux ont été employés à de nouveaux usages. L’augmentation dans le commerce, dans le trafic, a été telle, les transactions ont été multipliées dans une si large proportion, que le contre-coup de ce développement s’est fait sentir au loin. Les gares des chemins de fer sont devenues des centres vers lesquels tous les transports sont venus affluer, et les chevaux, au lieu de faire
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- comme naguère une fois le trajet jusqu’au relais voisin, ont parcouru dix fois par jour le chemin qui conduit à la station. Eh bien, il en sera encore et toujours de même. Il faut en être persuadé et ne pas cesser d’en persuader les intéressés. Plus on fera de belles et d’utiles découvertes, plus on perfectionnera la mécanique; et plus l’industrie houillère sera prospère, plus cette population minière, si nombreuse et si intéressante, aura de facilité à trouver dans un travail actif et continu la juste rétribution de son labeur.
- Malheureusement la France non-seulement ne profite pas seule de cet heureux état de choses, mais elle n’en profite même pas dans la proportion que nous pourrions souhaiter. L’Angleterre, la Belgique, surtout l’Allemagne, extraient annuellement des quantités de houille si considérables et à des prix parfois si modérés, que beaucoup d’industries en France ont intérêt à s’approvisionner à l’étranger. C’est un fait qui mérite d’appeler très-sérieusement l’attention de nos législateurs.
- L’industrie houillère comme l’industrie métallurgique ont été placées dans une position difficile par les traités de commercé. L’étranger lutte avec succès contre nous. Et cependant il n’y a pas de notre faute. Nos ouvriers valent en vigueur et en adresse tous ceux du monde, nos machines sont aussi perfectionnées que celles d’aucun autre peuple : la nature seule a refusé à notre pays certains avantages qu’elle a faits à nos voisins. La question qu’on doit se poser est celle-ci : Doit-on par le libre échange et par des traités de commerce mettre la production étrangère sur un pied d’égalité avec la production nationale, et obtenir ainsi une légère diminution dans le prix de revient des objets fabriqués d’une utilité courante ? ou bien doit-on, par des droits protecteurs, soutenir celles des branches de l’industrie française qui sans ce secours péricliteraient? doit-on ainsi, au risque de grever légèrement le consommateur, aider le producteur, et faire vivre celui qui découvre et exploite les richesses de notre sol ? L’avenir répondra à cette double question.
- J’ai dessiné ici des cubes qui représentent les productions de
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- 1851
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- 1880
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- la France, de la Belgique, de l’Angleterre et de l’Allemagne à des époques éloignées d’environ vingt années. Le dessin parle assez pour que je n’y ajoute aucun commentaire.
- A Anzin, comme dans tout le bassin du Nord, le terrain houiller est recouvert par des terrains de formation postérieure. L’épaisseur de ces terrains, qu’il faut traverser pour atteindre le charbon, et que les mineurs appellent morts terrains, varie beaucoup d’un point à un autre. Dans certaines houillères belges, ils n’ont que 5 mètres d’épaisseur; dans certains puits d’Anzin, on a trouvé jusqu’à 240 mètres. Cette profondeur à laquelle il faut s’enfoncer complique non-seulement les travaux de creusage des puits, mais encore rend journellement l’extraction difficile et coûteuse. Au-dessous du terrain végétal, se trouve le terrain d’ailuvion. Il contient souvent de fortes sources et des sables mouvants qui constituent une grande difficulté dans le fonçage des puits. En continuant à descendre, on traverse l’étage inférieur du terrain tertiaire, puis la craie et l’argile, et ce n’est qu’après avoir percé toutes ces couches que l’on arrive enfin au terrain houiller. Le charbon est disposé par veines entre deux roches de nature différente, le roc et le grès. La direction générale des veines est du sud-ouest vers le nord-est : elles vont en s’enfonçant du nord au sud. On exploite aujourd’hui 85 veines. L’épaisseur moyenne de chacune de ces veines est de 0œ,60 environ. De ce côté, Anzin n’est guère favorisé, car l’épaisseur moyenne de la veine dans le bassin du Nord est de 0m,73, et atteint même parfois 1 mètre, comme à Escarpelle ou à Bully-Grenay.
- Le charbon qu’on retire de ces différentes veines n’a pas partout la même composition : les mineurs distinguent principalement : le charbon maigre, le charbon demi-gras, le charbon gras. La meilleure qualité de ces trois espèces de charbon se trouve à Anzin. Et ce fait permet précisément de satisfaire les besoins les plus variés, de subvenir à l’alimentation des usines les plus différentes : aussi reçoit-on chaque jour les commandes des hauts fourneaux, des usines à gaz, des verreries,
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- sans parler du chauffage domestique qui vient sans cesse y puiser dans de larges proportions.
- C’est une étude difficile, mais très-importante pour un industriel, que celle du combustible qu’il lui convient le mieux d’employer. Comme je ne prévois pas avoir de longtemps occasion de traiter ce sujet dans ce livre, je ne Grains pas de me permettre ici une courte digression.
- Les seuls combustibles que les industriels emploient sont les végétaux, modernes ou anciens, le bois et la tourbe font partie de la première catégorie; les lignites, les bouilles, les anthracites, de la seconde. Ces végétaux peuvent eux-mêmes être employés à l’état naturel, ou seulement après leur avoir fait subir une certaine préparation : tels sont le coke et le charbon de bois.
- Le bois, qu’il soit dur, blanc ou résineux, ne pëut guère être employé dans l’industrie. S’il a un pouvoir calorifique considérable (1 kil. de bois développe environ 2,700 calories), son prix d’acquisition, de transport, de sciage est élevé, et en fait un combustible de luxe, presque exclusivement réservé au chauffage domestique des familles aisées. Longtemps on a employé le bois à la fabrication du fer et de la fonte; aujourd’hui le coke l’a presque partout remplacé.
- En jetant les yeux sur la figure ci-jointe, on voit l’importance relative de la fabrication du fer et de la fonte au bois, et du fer et de la fonte au coke, et l’on peut suivre, avec le développement de l’industrie métallurgique, les modifications subies par le procédé.
- Les rectangles hachés montrent à l’échelle de 0,001 par 20,000 tonnes la quantité de fer et de fonte à la houille fabriquée en France dans les diverses années depuis 1819. Les rectangles en blanc représentent à la même échelle la quantité de fonte et de fer au bois produite aux mêmes époques.
- La tourbe ne mérite guère d’être citée ici que pour ne pas
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- laisser de lacune dans l’énumération des combustibles. Elle a contre elle l’odeur désagréable qu’elle dégage en brûlant, et présente aussi dans sa composition des variations telles que l’on ne sait jamais quel nombre de calories on est en droit de lui demander.
- Les combustibles naturels anciens, appelés aussi combustibles minéraux, ont pourtant une origine végétale; et ce qui le prouve, c’est qu’ils se rapprochent d’autant plus du bois que le terrain où on les trouve est moins ancien. Cela a été une question longtemps controversée que celle de savoir quelle était l’origine de la houille. Nous ne voulons-pas entrer dans le détail des opinions émises, ni discuter les théories de formation par voie de transport, ou de formation sur place, analogue à celle des tourbières modernes. Les études micrographiques récentes semblent prouver d’une façon absolue que la houille, et les combustibles qu’on appelait à tort minéraux, proviennent d’une décomposition végétale.
- Les lignites brûlent facilement, mais exhalent une odeur de bitume fort désagréable. Leur pouvoir calorifique est d’environ 5,500 calories. L’emploi des lignites dans l’industrie est très-restreint, parce que la production en est limitée. Cependant le braunkohl dont se servent les chemins de fer autrichiens pour le chauffage de leurs machines se rapproche beaucoup des lignites. Us sont absolument impropres aux usages domestiques.
- La houille n’a pas partout la même composition. Il convient donc de distinguer des espèces qui entre elles diffèrent par leur constitution chimique et leur emploi industriel.
- Les éléments de la houille sont le carbone, l’hydrogène, l’oxygène et un peu d’azote. La proportion de carbone varie de 75 0/0 à 95 0/0; celle d’hydrogène, de 6 à 5, et celle d’oxygène, de 19 à 2, en y comprenant environ 1 0/0 d’azote. Les houilles pauvres en carbone et riches en gaz se rapprochent plus des lignites; celles où le carbone domine au détriment des gaz servent de trait d’union pour passer aux anthracites.
- Au point de vue industriel, les différents pays ont classé les
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- houilles de différentes manières. Il nous a paru intéressant de donner ici ces diverses classifications.
- Les Anglais distinguent :
- 1° Le caking-coal (houille collante), excellente pour la fabrication du gaz;
- 2° Le cherry ou soft-coal (houille tendre), propre aux usages domestiques;
- 3° Le splint ou hard-coal, qui s’emploie dans les forges et est propre à la fabrication des cokes métallurgiques;
- 4° Le cannel ou candel-coal, utilisé au chauffage des chaudières, après avoir été à tort employé, comme son nom l’indique, à la fabrication du gaz.
- En Allemagne, on divise les houilles en houille collante (Backkohl), houille maigre (Sinterkohl) et houille sablonneuse (Sandkohl).
- Les Français distinguent :
- 1° Les houilles sèches à longue flamme, fournissant beaucoup de fumée, et se rapprochant des lignites par plusieurs caractères. Elles donnent un coke pulvérulent.
- 1 2° Les houilles demi-grasses, flambantes ou charbons pour générateurs;
- 3° Les houilles grasses, ou charbons de forge, appelées encore houilles maréchales ;
- 4° Les houilles grasses à courte flamme, ou charbons à coke;
- 5° Les houilles maigres, voisines des anthracites. Elles ne s’enflamment que difficilement, brûlent avec une flamme courte de peu de durée et presque sans fumée, donnent un coke peu aggloméré, mais en revanche fournissent une grande quantité de chaleur, si le tirage est suffisant, et sont alors utilement employées au chauffage domestique et à la cuisson des briques et de la chaux.
- Cette classification empirique, basée sur les divers usages de la houille, concorde avec celle qui résulterait de la considération de sa composition chimique. De la première à la dernière espèce, le carbone va en augmentant, la quantité de gaz en diminuant, de telle sorte que la connaissance seule de la composition
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- chimique d’une houille permet immédiatement de la classer.
- L’examen des cendres qui résultent de la combustion d’une houille présente aussi un certain intérêt. Cet examen doit être, comme disent les chimistes, quantitatif et qualitatif. La cendre n’est jamais utile : c’est pour le moins un corps inerte, qu’il faut échauffer sans profit, qui absorbe en pure perte un certain nombre de calories. Elle est parfois nuisible. Celle qui renferme trop de soufre dégage en brûlant une odeur très-désagréable. Celle qui contient trop de phosphore ne saurait être employée en métallurgie. Mais ce qui rend surtout les cendres impropres aux usages industriels, c’est l’oxyde de fer (Fc?03) qu’elles renferment, surtout quand cet oxyde est mélangé à du calcaire, parce qu’alors la cendre est fusible, et empâte les grilles des foyers de telle manière que le tirage devient difficile, et les soins à donner au feu très-minutieux. La quantité de cendre que produit une houille dépend de la nature du charbon, et du soin que l’on met à l’extraire et à le nettoyer. Certaines houilles anglaises ne donnent guère que 4 à 5 p. 400 de cendre. Quelques autres en France et ailleurs tombent malheureusement jusqu’à 20 p. 100.
- L’anthracite a été considéré longtemps comme un combustible inférieur, peu utilisable dans l’industrie. Aujourd’hui, il tend à remonter dans l’estime des consommateurs. Sa mauvaise réputation lui avait été surtout faite par les chauffeurs. C’est un combustible très-compacte, contenant très-peu de gaz, exigeant un tirage considérable. Il ne peut être employé que sur une couche mince; cette couche doit être renouvelée, agitée souvent, et ce travail presque continuel le fait peu apprécier des ouvriers chargés du chauffage des machines. Malgré tout, les industriels auraient parfois avantage à l’employer, surtout dans les pays où sont les mines, et où il est d’un prix modéré.
- Il nous reste à dire quelques mots des combustibles artificiels ou préparés.
- Les combustibles naturels renferment des éléments volatils, surtout de l’oxygène et de l’hydrogène.
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- L’oxygène a l’inconvénient de rendre les flammes oxydantes : l’hydrogène, déterminant la fusion ou l’agglomération des fragments, risque d’arrêter la combustion.
- La calcination a pour but de débarrasser ces combustibles de leur oxygène ou de leur hydrogène. Les combustibles résultants, charbon ou coke, ont un pouvoir calorifique plus élevé et sont infusibles.
- Le charbon de bois est le résultat de la carbonisation du bois sinon à l’abri de l’air, du moins avec un tirage très-limité. Le poids et la densité du produit dépendent de l’essence carbonisée.
- Le mètre cube de charbon de bois dur pèse 220 kil.
- id. tendre 170 kil.
- id. de sapin 132 kil.
- La température de la carbonisation varie de 550 à 400*. L’inflammabilité du charbon de bois varie) comme sa densité et la température de la calcination.
- Le coke, sur la fabrication duquel nous aurons occasion de Revenir, est de trois espèces :
- 1* Le coke de hauts fourneaux ou métallurgique;
- 2* Le coke de fonderie;
- 5* Le coke de gaz.
- Les premiers pèsent de 60 à 70 kil. l’hectolitre, les seconds 60 en moyenne, et les derniers 45. La proportion des cendres y varie de 10 à 40 %• Le consommateur doit prêter une grande attention à cette dernière considération; car la cendre pesant plus lourd que le coke, le vendeur a autant d’intérêt à ne pas la ménager, que l’industriel doit mettre de soin à l’éviter.
- Avant de décrire ici les détails de l’exploitation telle qu’elle se fait à Anzin, j’ai voulu y aller pour rafraîchir des souvenirs qui dataient déjà de quelques années. J’étais assuré d’avance d’y trouver bon accueil ; et, de fait, j’y ai été reçu en ami de la maison. C’est une amitié qui a son prix. M. Guary directeur général, m’ouvrant à deux battants toutes les portes
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- de l'usine, m'adressa à tous les chefs de service capables de me donner les renseignements techniques spéciaux que je pouvais désirer, et me promit même de m’aider à les coordonner en les complétant. Il fut convenu avec lui que je descendrais le lendemain à la fosse Lambrecht, fosse nouvelle baptisée du nom d’un des régisseurs d’Anzin, mort il y a quelques années, ministre de l’intérieur.
- Et le lendemain, quand j’allai aux bureaux, je retrouvai là M. Dumont, aujourd’hui directeur des travaux du fond, que j’avais déjà vu, il y a quelques années, à la tête des fosses de Denain. Il me proposa de me conduire. Je ne~pouvais avoir un compagnon plus agréable ni plus expérimenté. J’acceptai son offre en véritable égoïste.
- Le chemin est long d’Anzin à Denain, et de Denain à la fosse Lambrecht. Je n’eus garde pendant le trajet de perdre mon temps. J’en profitai au contraire pour me faire faire un vrai cours de mines, pour apprendre jusque dans ses moindres détails et la nature des gisements et les procédés que l’on emploie pour les découvrir, les suivre et les exploiter.
- Si les morts-terrains n’existaient pas, la houille formerait la surface de collines à pentes variables, à replis nombreux sillonnés de ravins, présentant divers accidents de terrains. On n’aurait alors qu’à se baisser pour ramasser du charbon, comme de la terre à brique ou du sable, et l’ouvrier aurait comme le laboureur sa part de soleil. Malheureusement il n’en est pas ainsi. La couche des morts-terrains est formidable, et le mineur en est réduit à les traverser, pour aller bien au-dessous cheminer dans la veine même. Pour arriver là, il faut creuser un puits. L’ingénieur connaît, par des sondages, la forme des veines, leur inclinaison, leur orientation, leur distance relative et la plus petite profondeur à laquelle il a chance de trouver le charbon ; il s’impose de ne pas descendre au-dessous d’un certain niveau. Prenons une coupe théorique du terrain.
- Soient AB, la surface du sol, CD la limite inférieure des morts-terrains, et des veines suivant VV.
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- Supposons qu’en aucun cas nousne voulions descendre plus bas que M.
- L’emplacement du puits sur la surface devra nécessairement être entre G et H.
- Si on le creusait trop près de H en R par exemple, la distance horizontale qui séparerait le point S du point M serait trop grande. Si l’on descendait suivant GM, les hauteurs de veines VY seraient trop grandes pour l’exploitation au niveau de M, ou les galeries trop longues à la hauteur de T. Au point P, le
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- puits sera mieux placé. En s’arrêtant au point U, et en faisant de chaque côté du puits des galeries horizontales appelées bowettes, telles que NU et UK, on recoupera les veines en 1.2.5.4, et on les suivra par des voies horizontales et perpendiculaires au plan de notre coupe. On exploitera par là toute la partie supérieure des veines; plus tard on descendra en I, et de nouvelles bowettes, IQ et IM, nous permettront de recouper de nouveau les mêmes veines aux points 5.6.7.8. Ainsi, on pourrait, à quelqu’un qui demande le chemin du charbon, répondre qu’il faut prendre trois rues pour y aller : la première est le puits, rue bien particulière, puisqu’elle est verticale ; la seconde s’appelle la bowette, est horizontale, et perpendiculaire à la
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- direction des couches; la troisième est la voie, horizontale aussi, mais suivant la veine.
- C’est dans ce voyage que je vous prie de me suivre.
- Les bâtiments de la fossé sont d’une extrême simplicité. La construction est en brique du pays. Deux cheminées voisines laissent échapper, l’une la fumée noire du charbon, l’autre la vapeur blanche de l’échappement. Veut-on entrer, on trouve une porte basse qui, par quelques marches, vous conduit au sous-sol où sont les quatre foyers surmontés des quatre générateurs. Deux foyers sont toujours en feu, les générateurs sont des chaudières à bouilleurs. L’alimentation: se fait au moyen de pompes qui ne fonctionnent que d’une façon intermittente.
- - L’eau est tellement chargée de calcaire, qu’il faut la purifier dans de grands filtres. On la réchauffe ensuite, par la vapeur de l’échappement ; la pompe alimentaire la prend propre et à environ 75 degrés.
- Le rez-de-chaussée se partage en deux parties. La moitié environ sert d’emplacement à la machine à vapeur, l’autre moitié est une sorte de halle couverte, où peuvent être amenés les wagons et les voitures. La machine est d’une force d’environ 400 chevaux, à deux cylindres verticaux, à moyenne pression (4 atmosphères), sans condensation.
- L’entresol, dans l’espace laissé libre par la machine à vapeur, est occupé par la lampisterie. A un râtelier, sont attachées autant de lampes qu’il y a de mineurs employés à la tosse. Chaque lampe porte un numéro. Un contrôle particulier permet de savoir à quelle heure la lampe a été prise, à quelle heure elle a été rendue. Les lampes sont de deux sortes, les unes ordinaires employées dans les fosses où il n’y a pas de grisou, les autres du modèle de la lampe Davy, dans les fosses où il y aurait danger à ne pas entourer la flamme d’une toile
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- métallique. Ces lampes peuvent être portées à la main ou fixées soit au chapeau, soit à l’épaule.
- Au premier étage, la plate-forme du mécanicien, le mécanisme d’extraction, le débouché du puits, l’arrivée du charbon.
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- main gauche le régulateur de sa machine, avec sa main droite l’appareil du changement de marche. 11 a à sa disposition un troisième levier, celui d’un frein à vapeur qui lui permet d’arrêter très-rapidement en cas d’accident. Le mécanicien a toujours les yeux sur le débouché du puits au carreau de la mine, et sur l’indicateur. L’indicateur est un appareil qui lui permet à chaque instant de savoir à quelle hauteur se trouvent les cages dans le puits. Le mécanisme de Fextraction se compose de deux tambours appelés bobines, calés sur un même arbre horizontal. La vapeur fait tourner cet arbre de gauche à droite ou de droite à gauche. Le câble est disposé en sens différent sur ces deux bobines, de façon à s’enrouler sur l’une pendant qu’il se déroule en quittant l’autre. De la bobine le câble passe sur une molette, poulie à axe horizontal solidement établie au-dessus du puits. Ce câble doit avoir une très-grande résistance. Ses dimensions varient avec sa longueur.
- Un câble en fil de fer de 580 mètres a une épaisseur moyenne de 23 millimètres, une largeur de 135 millimètres; il se compose de 216 fils d’un diamètre de 2'"m,2 chaque, a un poids total de 4688 kilogrammes, soit 8 kil. 09 par mètre, coûte 5,250 francs, soit environ 9 francs le mètre.
- Le travail moyen d’un câble de cette force est l’élévation à 100 mètres de hauteur d’un poids de 1,400,000 tonnes, ce qui correspond à une durée d’environ un an, suivant l’activité de l’extraction.
- Le cable aboutit à la cage. La cage a remplacé le tonneau primitif. Elle est à 2 ou 3 étages et à deux compartiments; dans chaque compartiment on peut sur ses rails amener deux wagonnets remplis de charbon et qu’on appelle berlines, par euphémisme, car il y a loin de ce véhicule aux voitures de gala qui portent le même nom. La cage est attachée au fil à l’aide d’un appareil intéressant, dont une des parties est le parachute à griffe latérale. Si le câble vient à se rompre, la cage abandonnée tomberait dans le vide, et causerait de terribles accidents. On y a remédié au moyen du parachute. Au
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- moment où le câble se rompt, l’effort de traction cesse sur la tête de la cage : aussitôt un déclancbemént s’opère, et deux griffes puissantes, latérales à la cage, viennent à chacune de ses extrémités s’incruster dans une pièce verticale de bois, qu’on nomme guide, et qui suit le puits dans toute sa profondeur. Le mouvement est ainsi arrêté immédiatement, avant que l’accélération de la chute l’ait rendu plus rapide.
- Les puits étaient autrefois carrés et d’assez faible dimension; actuellement leur section est un cercle ou un polygone régulier; où peut ainsi augmenter les dimensions du puits, ce qui est très-avantageux pour l’exploitation, sans nuire à la résistance des parois. Plus on augmente le nombre des côtés du polygone de section, plus on peut employer des pièces de bois courtes pour le cuvelage, et ce n’est pas un mince avantage à une époque où il devient de plus en plus difficile et onéreux de se procurer de bons bois de grandes dimensions. Les polygones, sections des puits foncés en ce moment à Anzin, ont jusqu’à 16 côtés avec un diamètre de 4“,50.
- Le fonçage des puits est rendu assez difficile par la présence de l’eau qui filtre à travers les couches perméables du sol, et ne s’arrête qu’assez bas à une couche imperméable que l’on nomme diève. La présence de cette eau force à faire ce que l’on nomme un cuvelage étanche du puits sur toute la hauteur où elle peut faire invasion. Les parois d’un puits sont donc revêtues de maçonnerie jusqu’au point où commencent les couches aquifères; le cuvelage spécial commence en cet endroit pour s’arrêter au diève où recommence le revêtement de maçonnerie.
- Tout ce qui est en maçonnerie se fait fort aisément et à la manière ordinaire. On creuse jusqu’à une certaine profondeur, on dresse bien la surface du sol, et l’on y établit une sorte de rouet en bois, sur lequel on élève la maçonnerie jusqu’au niveau supérieur oü jusqu’au niveau précédemment maçonné. On creuse ensuite d’une certaine profondeur, et l’on opère ainsi de proche en proche jusqu’à l’achèvement de tout ce qui doit être maçonné.
- Lorsqu’on est arrivé au point où l’eau commence à pénétrer dans les travaux, la nature du revêtement change, il se fait en
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- bois de chêne. Cependant pour toute la hauteur de la couche aquifère où le niveau de l’eau est susceptible de varier, le revêtement se fait en fonte, on évite ainsi d’exposer des bois aux alternatives de sécheresse et d’humidité qui sont les principales causes de leur détérioration.
- Le revêtement en fonte est formé par des éléments cylindriques ou plans dont les surfaces de joints verticaux ou horizontaux sont prolongées en saillie de manière à former des brides d’assemblage qui servent à les réunir par des boulons aux éléments voisins. On coule du plomb entre les joints pour rendre l’ensemble complètement étanche. Quant au revêtement en bois, il consiste en couronnes annulaires formées de pièces de bois de chêne dont les joints sont taillés en biseau suivant le plan qui passe par Taxe du puits. Les couronnes reposent les unes sur les autres, et les joints sont soigneusement calfatés.
- Derrière le cuvelage en bois comme derrière le cuvelage en fonte on coule du béton, de manière à relier complètement le revêtement au terrain.
- L’exécution du cuvelage nécessite l’emploi d’un travail particulier que l’on nomme le picotage. Voici dans quelles conditions on l’emploie : on creuse dans le terrain aquifère en s’aidant d’un coffrage provisoire jusqu’au moment où l’eau arrive avec assez d’abondance dans les travaux pour être gênante malgré la machine d’épuisement que l’on a préalablement installée. On s’arrête alors à la première couche de terrain qui présente une certaine consistance; on dresse bien le fond de l’excavation, et l’on établit sur son pourtour une série de bois de cuvelage dont la surface est rigoureusement horizontale. Sur ce bâti qui n’est que provisoire, on établit les bois de la trousse à picoter. Ce sont des pièces de chêne analogues comme forme et comme surface d’assemblage aux pièces de cuvelage ordinaire, mais d’équarrissage plus considérable, 25 centimètres environ. On place entre chaque face de la trousse à picoter et le terrain, qui a été taillé de manière à avoir une surface aussi parallèle que possible au bois de la trousse, une planche en bois tendre, dite planche à picoter; entre cette planche et le
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- terrain on bourre de la mousse. L’opération du picotage consiste à serrer cette mousse contre le terrain, en intercalant entre les planches à picoter et la trousse des morceaux de bois tendre d’abord, puis des morceaux de bois dur enfoncés jusqu’à refus. Cette opération poussée à fond permet de serrer la masse avec, tant de force que la trousse et le terrain deviennent complètement solidaires, et que l’eau ne peut passer au-dessous de la trousse. Le serrage se fait progressivement en intercalant d’abord entre la planche à picoter et la trousse des coins doubles en bois tendre de section rectangulaire, que l’on nomme plats coins, puis des picots à tête carrée de 1 centimètre 1/2 de côté et à
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- extrémité effilée, également en bois tendre, enfin des picots de même forme, mais en bois dur, que l’on chasse dans la masse du bois blanc en préparant s’il est besoin leur logement au moyen d’une aiguille en fer. 11 est de toute nécessité que ce serrage se fasse bien symétriquement; aussi les ouvriers qui l’exécutent tournent-ils constamment, afin de participer en quantité égale au picotage de chaque face du polygone. Sur cette assise de picotage on en place de la même manière une ou deux autres, et l’on constitue ainsi une base solide qui permet d’asseoir le cuvelage ordinaire; on établit ce cuvelage en posant les trousses de cuvelage sur la trousse picotée, on calfate leurs joints. On coule du béton hydraulique en arrière, et l’on exécute avec soin le raccord entre la dernière trousse et la portion déjà construite du puits au moyen de pièces de bois d’épaisseur bien calculée.
- Ceci fait, on redescend la fouille, on fait une nouvelle assise
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- de picotage, et l’on opère ainsi de suite jusqu’au diève, où une dernière trousse picotée plus considérable que les autres permet de fermer définitivement le passage à la nappe d’eau et de reprendre le revêtement en maçonnerie. Le travail ainsi décomposé s’exécute assez facilement par des brigades de huit hommes, qui font tout aussi bien le picotage que le cuvelage ordinaire et le revêtement en maçonnerie.
- En descendant lentement dans le puits, on peut se rendre compte du résultat de tous ces travaux, et voir le passage d’un des genres de revêtement à l’autre. Oh voit également les guides de la cage et deux cloisons en bois placées de chaque côté et formant deux gaines accessoires, dont l’une sert à la circulation par échelle, et l’autre à l’aération.
- Bientôt on entend des voix, on aperçoit de faibles lumières, et l’on s’arrête à un accrochage, chambre assez spacieuse qui débouche sur une des parois du puits et sert de point de départ aux galeries et de chambre de manœuvres pour le placement des/berlines dans la cage. En y arrivant, on est agréablement surpris de retrouver du monde.
- Ce n’est pas que la descente soit désagréable; mais l’obscurité y est profonde, et les quelques lampes que l’on voit en s’arrêtant font un heureux contraste. C’est un pittoresque spectacle que celui de ces ouvriers mineurs réunis dans la salle voûtée qui forme l’accrochage. S’ils n’avaient cette figure ouverte et franche qui caractérise l’ouvrier mineur, on serait porté à les prendre pour de farouches brigands attendant au fond d’une caverne la diligence qu’ils veulent détrousser. C’est un décor brossé au noir. Çà et là un point lumineux et au-dessous une figure toute noircie, un cheval dont la blancheur douteuse cherche à lutter contre l’envahissement du sombre. On croirait assister à une féerie, sans musique, sans ballet, sans apothéose.
- Au fond de la salle, débouche la galerie à travers bancs ou bowette qui permet de recouper les differentes veines. C’est la grand’route de la mine; aussi peut-on y circuler relativement à
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- l’aise, et le lourd chapeau de cuir aidant, y marcher la tête haute sans trop redouter les chocs. Ces galeries sont souvent longues à construire, et le mineur doit s’aider du pic et de la mine pour tracer son chemin à travers le terrain houiller. Pour gagner du temps et épargner la main-d’œuvre, on emploie souvent au creusement des galeries des perforatrices mécaniques du type de la machine Sommeiller du mont Cenis. L’avantage des machines à air comprimé dans le travail des mines s’explique par ce fait que le fluide, après avoir perdu sa force, sert encore à la ventilation, remplace par son élasticité les muscles des hommes et les aide ensuite à respirer. L’outil est un fleuret de mine dont la tige est le prolongement de celle d’un piston. Ce
- Coupe théorique de la perforatrice montrant la distribution.
- piston se meut dans l’intérieur d’un cylindre, et l’air comprimé peut agir sur ses deux faces. La partie avant du cylindre est toujours en communication avec le réservoir d’air comprimé, la portion arrière ne l’est que par intermittence. Un tiroir règle l’admission de l’air en arrière du piston ou détermine l’échappement.
- Quand l’air comprimé agit sur les deux faces du piston, comme la surface arrière (où ne se trouve pas la tige) est plus grande que la couronne annulaire de la surface avant, la diffé-rence de pression résultant de cette différence de surface projette le foret en avant. Aussitôt après, la partie arrière communique avec l’échappement, et le foret est ramené en arrière. On ménage aux deux extrémités du cylindre un petit matelas d’air qui atténue les chocs. Le mouvement de rotation du foret
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- est obtenu par une rampe héliçoïdale, le mouvement d’avancement se règle à la main. Au mont Cenis l'air était comprimé par des machines hydrauliques. A Anzin, on utilise à ce travail une partie de la force de la machine à vapeur qui actionne le ventilateur.
- Une petite voie ferrée, formée par des rails qui pèsent environ 9 kilog. le mètre courant, est posée sur le sol de la galerie dès le début des opérations, afin de servir à l’évacuation des déblais et plus tard à l’exploitation : c’est sur. cette voie que repose et peut avancer le chariot ou affût de la perforatrice Sommeiller. On donne toujours à cette voie une légère pente vers le puits, et cela pour deux raisons : d’abord pour permettre à l’eau, inévitable dans les galeries, de couler vers une cuvette ménagée à la base du puits, ensuite pour égaliser l’effort de traction des chevaux qui tirent les berlines, pleines en descendant et vides en montant. La pente moyenne est de 0,005 par mètre.
- Les parois de la bowette sont boisées partout où il est nécessaire. Le boisage, assez primitif si on le compare aux revêtements du puits, se compose de cadres formés d’un chapeau et de deux montants que vient rarement assembler une semelle à leur partie inférieure; le plus souvent les montants reposent directement sur le sol. En langage de mineurs, le chapeau se nomme bille, et les montants bois de voie ou de fond, suivant le côté où ils se trouvent. Ces bois ne sont pas équarris, ce sont des rondins d’assez faible dimension ; les cadres espacés d’environ 0B,50 servent de supports à d’autres rondins plus petits que l’on nomme queues, et qui reposent sur les chapeaux dans le sens de l’axe de là galerie. Ils en forment la toiture : des éclats de roches provenant des déblais sont bourrés derrière les bois, de façon à bien transmettre aux cadres la pression qu’ils reçoivent du terrain.
- La section de la galerie est loin d’être constante; l’emploi des chevaux à la traction des berlines a nécessairement conduit à augmenter la dimension des galeries. L’aération en a aussitôt été rendue plus facile, et il en est résulté pour le mineur un bien-être relatif. En certains points, il faut ménager des voies de
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- garage pour permettre à deux traius circulant en sens inverse de se rencontrer; il y a aussi des bifurcations, là où l’épaisseur du terrain houiller conduit à creuser deux galeries au même niveau. Dans ces points spéciaux, la largeur peut atteindre quatre mètres. La hauteur d’une galerie doit toujours être tenue assez grande au moment où on la creuse. S’il se produit des affaissements, et il faut toujours les prévoir, on devra consolider les cadres et les queues qui auront cédé, par des bois nouveaux, et ces bois mangeront une partie de la hauteur.
- Lorsque la bowette arrive à une veine de charbon exploitable, on lui soude tout un nouveau système de travaux. Une galerie inclinée et parfois très-roide remonte suivant la ligne de plus grande pente de la veine. Elle sert de point de départ à d’autres galeries horizontales que l’on appelle les voies, qui s’embranchent sur elle et suivent, sans monter ni descendre, la couche de houille. On abat tout le charbon compris entre deux de ces voies; chaque chantier d’abatage s’appelle taille. On attaque chaque taille par le bas, parce qu’ainsi, à mesure que l’on monte, le charbon glisse sans effort. Les tailles ne s’attaquent pas toutes en même temps. On commence par la plus basse, c’est-à-dire par celle qui s’étend de la galerie principale, qui est au niveau de l’accrochage, à la première voie qui est juste au-dessus. Puis, quand elle a pris une certaine avance, on attaque celle qui est au-dessus, et ainsi de suite, de telle sorte que l’ensemble des fronts de taille présente la forme d’une crémaillère.
- Les voies avancent en même temps que les tailles. Quand les veines ont une faible épaisseur, comme cela se présente malheureusement souvent à Anzin, on ne saurait dans la veine loger les voies dans toute leur hauteur. Elles empiètent forcément sur le toit et sur le mur, — on nomme ainsi les parties du terrain houiller qui se trouvent au-dessus et au-dessous de la veine. — Toute vole donne donc comme déblai du charbon et du roc : le charbon est évacué sur le puits, le roc et le schiste restent dans la mine et y sont utilisés à remblayer les tailles. On évite ainsi de créer de trop grands espaces vides,
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- qui causeraient fatalement des affaissements considérables. Si donc parfois on donne aux voies et aux galeries des dimensions supérieures à celles qui seraient strictement nécessaires, c’est pour augmenter le volume des déblais dans une proportion qui permette de remblayer les tailles.
- Dans la taille même, on n’abat que du charbon. Le mineur est donc obligé de se glisser en rampant entre le mur et le toit, de travailler couché sur le côté, pour faire tomber la houille qu’il a devant lui. Les outils qu’il a à sa disposition sont : une pelle, une rivelaine, sorte de pioche mince^et à long manche munie de pointes aiguisées, le marteau à pointe et le marteau à tête ou masse, le pic, l’aiguille ou coin, la barre à mine* avec la cuiller et le bourroir en bois. Ces outils sont la propriété de la compagnie qui les fournit et les remplace. L’ouvrier n’est responsable que de sa maladresse ou de sa négligence.
- Quand l’ouvrier arrive au travail le matin, il pénètre dans la veinai qu’il retrouve comme il l’a laissée la veille, car il est seul à y travailler. La première opération à laquelle il se livre s’appelle le havage. 11 a lui-même intérêt, la compagnie surtout trouve de grands avantages à ce que le charbon soit extrait sous les plus gros morceaux possibles, le prix du gros étant toujours très-supérieur à celui de la gailletterie. Il faut donc que l’ouvrier prépare son chantier de manière à abattre à la fois de gros blocs de houille. Il ne pourrait y parvenir s’il attaquait la taille par la surface, le charbon s’émietterait et ne fournirait tout au plus que de la braisette. L’opération du havage consiste à creuser deux rainures ayant la même inclinaison que celle de la veine, l’une voisine du toit, l’autre du mur. Ces rainures ont une épaisseur d’environ 12 centimètres, une profondeur qui peut atteindre lm,20 et une longueur de 4 à 5 mètres. Ceci fait, le charbon est en quelque sorte suspendu, ne tenant plus que par la partie supérieure et la partie postérieure. On appelle abatage l’opération qui consiste à le faire tomber; pour y arriver, le mineur frappe quelques coups de pique au haut de la taille, et il arrive souvent
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- que ses efforts sont couronnés de succès, et qu’il se produit une véritable avalanche de charbon qui ne se trouve arrêtée que par la galerie.
- Chaque taille est exploitée en général par quatre mineurs qui s’associent entre eux à leur convenance. A mesure que le travail avance, le vide augmente entre le mur et le toit, et il devient nécessaire de protéger par un boisage les travailleurs contre les affaissements qui pourraient se produire. Le boisage est formé par des rondins disposés sous le toit, suivant la pente de cette paroi, et soutenus par d’autres rondins qui eux-mêmes s’appuient sur le mur. — Les premiers s’appellent bois de rallonge, les seconds bois de taille. — Çà et là une planche placée de champ contre les bois de taille sert à arrêter le charbon abattu par le mineur, et au besoin, si la pente est trop roide, à donner un point d’appui aux pieds de l’ouvrier.
- C’est véritablement un dur métier que celui du mineur ; bien des gens reculeraient devant un genre de vie pareil. Passer sous terre la moitié de son existence, ne quitter souvent l’obscurité de la taille que pour retrouver au sol l’obscurité delà nuit; vivre dans ce milieu où l’air est ou rare ou chargé de fumée, songer sans cesse à ce terrible ennemi qu’on appelle le grisou; rappeler à sa mémoire les tristes souvenirs de nombreux acck dents : voilà pour la plupart du temps le sort du mineur. Je sais bien que toutes les précautions sont prises le mieux possible, et qu’après tout, les malheurs ne sont pas plus nombreux parmi les mineurs que parmi les autres ouvriers; mais n’importe : l’impression morale subsiste, et si l’habitude, jointe à la tradition, ne venait aider le mineur à supporter la fatigue morale et la fatigue physique qui résultent de ce genre de travail, si le pic et la rivelaine d’un père n’étaient pas considérés par ses fils comme la plus belle partie de son héritage, je ne sais vraiment comment on pourrait persuader à de nouveaux venus qu’il y a un vrai courage à affronter ces dangers, et que ce travail par sa dureté, par sa monotonie, par ses périls, ennoblit celui qui l’entreprend.
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- Ainsi voilà le charbon abattu, glissant sur les pentes de la taille, descendu jusqu’à la voie. Suivons-le maintenant jusqu’à la surface. Un jeune ouvrier, le hercheur, de quatorze à dix-sept ans, charge à la pelle le charbon dans une berline. Ici deux cas se présentent : si la voie à laquelle aboutit la partie inférieure de la taille est au niveau d’un accrochage, la berline est conduite horizontalement au puits, poussée à bras ou traînée par un cheval. Si au contraire la voie est située au-dessus du niveau de l’accrochage, on commence par racheter cette différence par un plan incliné; la berline est amenée par la voie horizontale à un plan incliné, elle y est placée sur un chariot qui regagne par la différence de diamètre de ses roues l’inclinaison du plan. Elle est descendue sur ce chariot jusqu’au niveau de l’accrochage et est menée au puits comme celles de cet étage.
- Les berlines alors attendent le passage et l’arrêt de la cage, comme nous attendons les trains dans les gares. Elles ne portent en guise de billet qu’un numéro qui indique la provenance du charbon et le nom de l’ouvrier qui l’a extrait.
- Quand dans un même puits il y a plusieurs accrochages, on a recours à un artifice particulier. On fait, dans un petit puits latéral, redescendre toutes les berlines chargées à l’étage inférieur. La berline pleine, qui descend, remonte par son poids une berline vide. Un frein modère la descente. On évite ainsi les arrêts intermédiaires, nuisibles au bon fonctionnement d’une machine à vapeur; et surtout on s’assure que la cage monte toujours pleine : plus d’erreurs, plus d’encombrements, et par suite plus d’accidents.
- Aussitôt que la cage est arrivée au carreau de la mine, la berline en est sortie et est aussitôt remplacée par une berline vide qui va descendre se remplir.
- Le charbon envoyé par le mineur est nécessairement un mélange de morceaux de toutes les grosseurs. Il contient parfois un peu de pierres et des schistes. Il faut le débarrasser de ces impuretés et le classer par rang de grosseur décroissante.
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- On distingue dans le commerce, et l’on est par suite obligé de distinguer dans l’exploitation six grosseurs de charbon.
- Les gros sont les morceaux dont toutes les arêtes mesurent plus de 0 m. 18 de longueur.
- La grosse gailletterie varie de 0.18 à 0.06.
- La petite gailletterie, de 0.06 à 0.02.
- La braisette, de 0.02 à 0.01.
- Le grenu va jusqu’à 0.005. Tout ce qui est plus petit s’appelle ' du poussier.
- Le criblage du charbon, sa séparation en diverses grosseurs, se fait mécaniquement. 11 en résulte une grande économie de main-d’œuvre.
- La berline amenée, à la recette, y est culbutée. Le culbuteur mécanique est un appareil à contre-poids qui permet de renverser la berline, soit dans le sens de sa largeur, soit perpendiculairement à cette direction, et de la redresser quand elle s’est vidée. Le charbon en tombe pêle-mêle. (Voir la figure à la page 41.) Il est reçu sur une toile releveuse mise en mouvement par des rouleaux à axe horizontal. Cette toile le conduit et le fait tomber sur une première grille dont les barreaux sont écartés de 0.06. Cette grille retient les gros et la grosse gailletterie, et laisse passer tous les échantillons inférieurs. Une seconde grille dont les barreaux ont un écartement de 0 m. 18 ne retient que les gros. Ces gros sont enlevés à la main, jetés dans des paniers. La grosse gailletterie qui a passé entre les barreaux de la grille de 0 m. 18 tombe sur une toile animée d’un mouvement de translation. Le mouvement est assez lent pour permettre à des ouvriers d’enlever les morceaux de schiste qui pourraient se trouver mélangés au charbon. La toile conduit à un wagon et y dépose la grosse gailletterie.
- Revenons aux échantillons inférieurs qui ont passé entre les barreaux de la grille de 0 m. 06* Ils sont reçus dans un trom-mel, sorte de tronc de cône presque cylindrique, percé de nombreux trous dont le diamètre va en croissant d’une extrémité à l’autre. Ce trommel est animé d’un mouvement de rotation autour d’un axe horizontal. Les plus grands trous ont un dia-
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- mètrfrde 0 m. 05. Tout le charbon qui passe à ces trous est conduit à un wagon et vendu à l’industrie. Tout ce qui a d’abord passé à 0 m. 02 est reçu sur une table à secousse qui en fait un nouveau classement en grenu et en fine. Une toile séparée reçoit chacun de ces échantillons et les conduit à des wagons différents.
- Quand un certain nombre de wagons de charbon de chaque espèce est chargé, une locomotive les emmène. La vente en absorbe la plus grande quantité, qui est conduite, soit aux rivages pour être emportée par les bateaux, soit aux gares du chemin de fer du Nord. Les charbons de petite grosseur subissent encore des transformations. Les grenus servent souvent à la fabrication du coke, si la nature du charbon s’y prête. Les fines passent à une usine spéciale où l’on fabrique les briquettes.
- Quand nous avons, un peu plus haut, parlé des différentes espèces de houilles, nous avons dit que certaines fournissaient up bon coke, tandis que d’autres étaient impropres à cette fabrication. Les charbons gras sont les meilleurs à employer. Mais on peut y mélanger une certaine proportion de charbon demi-gras. La Compagnie d’Anzin, après s’être longtemps servi de fours à coke appelés fours belges, emploie aujourd’hui ceux dus à l’invention de M. Coppée fils. Ils permettent précisément, grâce à une heureuse disposition des carneaux ménagés pour la circulation du gaz, de transformer en coke un mélange de charbon gras et de demi-gras, dans lequel la proportion de ce dernier atteint près de 50 p. 100. Il en résulte pour la Compagnie une assez sérieuse économie.
- Avant d’être introduit dans le four à coke, le charbon doit être broyé et entièrement mélangé. Cette double opération est faite par le broyeur Caar. Deux tambours portant à leur circonférence des barres d’acier tournent l’un dans l’autre en sens inverse. Le charbon qui arrive au centre de la circonférence est lancé sur les barreaux du premier tambour, et de là sur les barreaux du second. Il est ainsi broyé et mélangé entre
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- les deux; quand il en sort, il est prêt à être introduit dans le four à coke.
- A la fosse Turenne, 80 fours à coke sont disposés côte à côte; de loin on dirait une longue maison basse à couverture plate. Chaque four a 1 m. 50 de hauteur, une longueur de 9 mètres et une largeur de 0 m. 45. Une porte est ouverte aux deux extrémités du four; elle a les dimensions du vide intérieur. Ces portes sont en fonte, garnies de briques réfractaires, et lutées extérieurement avec de l’argile. Le ciel du four est percé d’un orifice qui sert à l’enfournement du charbon. On peut enfourner à la fois environ o.OOO kilogrammes-de charbon. La durée de la cuisson est de vingt-quatre heures. La température à l’intérieur du four atteint environ 850 à 900°. Les briques qui ont servi à sa construction résistent à 1100 degrés de chaleur sans accuser de traces de vitrification. Quand on estime que la cuisson est terminée, on défourne. Cette opération se fait à la vapeur. Les fours à coke sont bâtis au milieu d’un quai qu’ils séparent en deux parties à peu près égales. L’un de ces quais est destiné à recevoir le coke défourné, l’autre porte une voie parallèle aux fours et sur laquelle peut circuler la défour-neuse. C’est une machine à vapeur qui au moyen d’un pignon denté imprime à une longue crémaillère horizontale un mouvement de translation. L’extrémité de la crémaillère porte une plaque métallique susceptible d’entrer avec un faible jeu dans l’intérieur du four. Cette plaque pousse devant elle le coke aggloméré et le force à sortir par la porte opposée sur l’autre quai. Le mouvement de translation que la machine est capable de s’imprimer à elle-même a pour but de l’amener successivement devant les portes de tous les fours.
- J’ai eu la bonne fortune d’arriver à la fosse Turenne juste au moment où l’on détournait. — Rien n’est pittoresque comme le spectacle auquel j’ai assisté. —Monté sur le toit des fours, on voit sortir de dessous ses pieds cette masse incandescente, qui se traîne sur le quai, en replis sinueux comme un serpent de feu. La muraille enflammée est bientôt démolie par des ouvriers qui la frappent de loin avec de longs pics en fer,
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- Anzin. — Ouvrier mineur,
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- tandis que d’autres lancent avec des pompes de l’eau aussitôt changée en vapeur. La couleur blanche de cette vapeur contraste gaiement avec le rouge du feu et le noir du fond. — Dans les environs de Valenciennes, tout ce qui n’est pas noir tire l’œil et frappe l’esprit.
- Aussitôt que le coke est refroidi, il est chargé dans des wagons qui abordent au quai. Tout cela se fait avec une grande rapidité. Quand on défourne le troisième four, le coke provenant du premier est déjà embarqué; je ne sais si, quand la machine est au dernier, on ne brûle déjà dans quelque usine de Valenciennes du combustible de la même fournée.
- On néglige à Anzin les produits ammoniacaux que certains modèles de fours permettent de recueillir. — Est-ce à tort ou à raison? Je laisse ici un point d’interrogation. On m’a bien expliqué que la proportion de charbon demi-gras que l’on emploie diminue beaucoup le rendement en gaz, et que les produits que F on pourrait obtenir en petite quantité ne suffiraient pas à payer les frais de l’installation et de l’entretien des appareils. — Ceci m’a étonné. — En général, quand on veut avoir un bon coke, et celui que l’on fabrique à Anzin est excellent, le charbon que l’on est obligé d’employer à sa fabrication se rapproche assez du gras pour que la proportion de gaz y soit considérable. — Est-on bien sûr des analyses que l’on a faites ; ou bien a-t-on craint de créer une industrie annexe, assez differente de l’industrie principale, de chercher à un produit nouveau de nouveaux débouchés et de compliquer du même coup la comptabilité d’une part et les relations commerciales d’une autre? N’importe; l’usine a peut-être raison d’agir ainsi; l’industriel qui visite, le critique qui passe ne peut manquer de déplorer la perte de produits qu’il est généralement avantageux de recueillir.
- Si, en quittant la fosse Lambretcht, nous avions suivi un wagon de fines au lieu d’aller aux fours à coke avec un wagon de menu, nous aurions été conduit, à un kilomètre d’Anzin, à
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- une usine particulière où se fabrique la briquette, et que Ton nomme l’usine Saint-Louis.
- Les fines y arrivent par chemin de fer. Les wagons sont amenés successivement sur un puissant culbuteur analogue à ceux dont nous avons déjà parlé, et qui renverse d’un coup 10,000 kilogrammes de houille aussi facilement que les premiers renversaient le contenu d’une berline. — Ne vous attendez pas à voir ici l’intervention directe de l’ouvrier. Ce charbon que personne n’a touché depuis le mineur qui l’a abattu, personne ne le touchera encore de longtemps; il subira de nouvelles épreuves, sera encore bien des fois remonté, descendu, lavé, secoué, tamisé, égoutté, broyé, mélangé et comprimé avant que le dernier ouvrier l’empile méthodiquement sur le truc qui doit le livrer à la consommation.
- On se souvient que le criblage mécanique, en faisant lentement circuler le charbon gros ou demi-gros sur une toile sans fin, sous les yeux d’ouvriers chargés d’enlever à la main les gros morceaux de schiste ou de pierre, ne traitait pas avec la même précaution les échantillons inférieurs. C’est que s’il est facile de distinguer un gros morceau de schiste d’un gros morceau de charbon, il est beaucoup plus difficile de le faire si la grosseur des morceaux diminue et que leur nombre augmente. On a eu alors recours à des procédés mécaniques pour laver le charbon comme on l’avait criblé. On évite, ainsi de la main-d’œuvre, et l’opération même est beaucoup mieux faite.
- Le lavoir Liihrig est l’appareil le plus perfectionné de tous ceux de ce genre. S’il a l’inconvénient d’être d’une installation dispendieuse, l’économie qu’il permet de réaliser le rend indispensable à tout industriel qui comprend son véritable intérêt et ne recule pas devant des frais une fois payés, quand ces frais, enfin décompté, diminuent le prix de revient .de la matière fabriquée.
- Les charbons amenés au lavoir sont tous ceux qui ont pu passer au crible de 50 mm. —La première opération qu’ils
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- subissent est un nouveau triage en cinq catégories, au moyen d’un trommel analogue à celui que nous avons déjà décrit et qui distingue :
- 1° La petite gailletterie de 50 mm. à 40;
- 2# La braisette de 40 mm. à 25 ;
- 5° Le grenu industriel de 25 mm. à 14.
- Ces trois catégories servent , à la vente. Les deux dernières sont employées à la confection des briquettes.
- 4° Les grenus de 14 mm. à 10 ;
- 5° Les fines de 10 mm. à 0.
- Les dimensions que nous donnons icTsont celles des diamètres des trous dans lesquels les divers échantillons peuvent passer.
- Les quatre premières espèces, montées par une noria, passent à un bac à piston. — Dans l’intérieur d’une cuve pleine d’eau, se meut verticalement un piston. Le mouvement assez lent de va-et-vient classe les matières par ordre de densité. Les pierres et le schiste qui sont plus denses tombent sur la table de lavage, légèrement inclinée latéralement vers un ramasseur qui les emporte. Le charbon, au contraire, moins dense, reste en suspension dans l’eau et est entraîné par le courant vers des tables à secousse. Le mouvement de la secousse est donné par un arbre horizontal, muni d’autant de cames qu’il y a de tables. Le charbon, précédemment lavé, s’y égoutte et s’y classe.
- Pour ne rien perdre, l’eau qui a conduit le charbon à ces tables est recueillie, et comme elle peut encore contenir de petits morceaux en suspension, elle est employée au lavage des fines de la cinquième catégorie dont nous allons décrire la manipulation.
- Ces fines, entraînées par un courant assez rapide, sont conduites dans un bassin à six compartiments, présentant la forme d’un tétraèdre renversé, et que pour cela on nomme spitzkasten. L’eau, en y arrivant, perd sa vitesse, et dépose dans les differentes cases les morceaux de houille, par grosseurs décroissantes. Chaque case est percée d’un trou à la partie infé-
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- rieure; et le mélange d’eau et de charbon qui y passe se rend au bac à feldspath. — Il y a six bacs à feldspath comme il y a six compartiments au spitzkasten. C’est qu’il est indispensable que le bac à feldspath soit spécialement aménagé pour recevoir une ét une seule grosseur de charbon. — Voici la description sommaire de cet appareil. — C’est une cuve profonde séparée en deux compartiments par une cloison verticale. Cette cloison est percée de nombreux orifices à sa partie inférieure, qui assurent ainsi une communication facile et constante entre les deux chambres. A moitié hauteur de l’une des chambres est disposée une grille horizontale, et sur cette grille on a placé un lit de feldspath en morceaux. Dans l’autre chambre plonge un piston, auquel un arbre horizontal imprime un léger mouvement d’oscillation dans le sens vertical. L’eau chargée de charbon débouche au-dessus du feldspath, et tandis que les pierres plus denses tombent sur le feldspath, l’eau entraîne le charbon par trop-plein ou déversoir. Reste à se débarrasser de ces pierres et de ce schiste qui bientôt encombreraient nos bacs. C’est précisément le mouvement du piston qui nous rend ce service. Quand le piston descend dans la chambre arrière, il relève par compression l’eau dans la chambre avant. Cette eau soulève un peu les fragments de feldspath, et permet aux pierres de s’introduire entre eux. A la période de refoulement succède la période d’aspiration. Les vides formés entre les morceaux de feldspath se referment, et les pierres et le schiste demeurent prisonniers, jusqu’à ce qu’une nouvelle oscillation du piston leur fasse encore descendre un étage dans le feldspath et les conduise à la grille métallique qu’ils traversent pour se perdre définitivement. — Alors les fines, lavées, et pures, sont montées par des norias, dont les godets troués laissent échapper l’eau. Elles arrivent dans des tours d’égouttage, où elles séjournent environ vingt-quatre heures. — À l’usine Saint-Louis, on fait ainsi égoutter à la fois environ 400,000 kilogrammes de charbon. C’est dans ces tours que l’on va prendre les fines pour en faire de la briquette.
- La briquette est un combustible artificiel composé d’un
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- mélange de houille et de brai, qui lui-même provient de la distillation du goudron. 11 a, pour certaines industries, des avantages considérables sur les combustibles naturels. — Oh donne à la briquette la forme et le poids que Ton veut, on prépare à sa surlace des lignes de rupture; on facilite ainsi son chargement et sa fragmentation. Les compagnies de chemins de fer et la marine doivent nécessairement préférer à tout autre un combustible d’une manipulation et d’un usage aussi commodes.
- Une vis sans fin prend les fines à la base des tours d’égouttage et les conduit à l’usine des briquettes. En y arrivant, les fines sont déversées dans une trémie et de là tombent sur un grand plateau ou disque. Sur ce plateau et par un artifice analogue, est amené le brai. On combine le mouvement relatif et les dimensions des vis qui charrient les fines d’une part, le brai de l’autre, de manière que le mélange soit fait dans la proportion convenable (environ 9,5 p. cent, de brai). Le mélange doit être fait le plus intimement possible et soigneusement broyé. Aussi la matière passe-t-elle du plateau, où nous l’avons reçue, dans un broyeur-mélangeur. C’est une boîte cylindrique, aplatie, ayant un rayon d’environ 2 m. et une hauteur de 0m,60 seulement. Sur l’axe de ce cylindre et à sa partie inférieure, sont montés six bras dont cinq sont dirigés suivant des rayons et portent des socs de charrue. Imprime-t-on à l’axe un mouvement de rotation, ces socs labourent le mélange, le retournent en tous les sens, broyant en dessous d’eux et entre eux les morceaux qui, par leur grosseur, offrent trop de résistance. Le sixième bras, qui affecte plutôt la forme recourbée d’une aube de pompe centrifuge, repousse, par sa partie convexe, la matière vers un orifice pratiqué dans la circonférence. On augmente encore l’intimité du mélange par la chaleur. Sous une température assez modérée, le brai fond, et son état liquide lui permet de se mêler au charbon d’une façon plus égale, de donner finalement un produit d’une composition plus homogène.
- La matière ainsi préparée est conduite par une vis sans fin à
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- ft.
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- un distributeur vertical. — Ici commence la machine qui fabrique la briquette. — Figurez-vous un plateau horizontal percé de quatorze alvéoles, dont les dimensions sont celles que l’on veut donner à la briquette. Le plateau est animé autour de son axe vertical d’un mouvement de rotation, non pas continu, mais brisé de telle sorte quun tour de la circonférence est fait après quatorze déplacements égaux, séparés par quatorze arrêts. Gette disposition a pour but de présenter successivement chaque alvéole au distributeur qui la remplit, au piston qui en comprime le contenu et à un second piston qui la vide. Tous ces mouvements sont commandés par la vapeur. La compression est obtenue par un puissant balancier qui pèse sur la briquette et la frappe comme on frappe une pièce de monnaie. Le piston défourneur pousse la briquette sur un plan incliné qui la conduit à un wagon, où elle est empilée. — Cette machine est capable de fabriquer seize briquettes à la minute. — Une aussi grande rapidité ne peut guère être obtenue que par une machine à vapeur, dans le cas du piston compresseur unique : aussi certains industriels préfèrent-ils les machines où la compression obtenue par une presse hydraulique, qui donne un serrage moins progressif, s’exerce à la fois sur toutes les alvéoles.
- Nous avons désormais fini de dire tout ce qui concerne l’extraction et la manipulation du charbon. Nous en avons conduit les différentes espèces au point où elles sont propres à la vente.
- L’expédition du charbon vendu se fait par trois modes différents : les véhicules sont, ou des chariots, ou des bateaux, ou des wagons de chemin de fer.
- Qu’on ne nous accuse pas d’abuser des tableaux graphiques si nous en publions ici un de plus. — Celui-ci permet de lire
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- d’un coup d’œil le nombre de tonnes vendues et livrées à chaque genre de transport depuis 1849, époque à laquelle les chemins de fer commencèrent à fournir un important débouché. — Il est assez curieux de remarquer que de 1849 à 1855, le chiffre de vente par chariot a encore plus augmenté que celui des ventes par chemin de fer ; il faut attribuer ce résultat à ce fait, que les chemins de fer étaient réduits encore aux grandes artères; qu’il n’existait pas alors ces nombreux embranchements qui sillonnent aujourd’hui en tous sens la carte de France et permettent de porter à proximité de toutes les usines les matières premières qui leur sont indispensables. Il faut attendre 1866 pour que la vente par chemin de fer dépasse la vente par chariot. Elle n’a dépassé la vente par canaux que dans le courant de 1872. Depuis, elle a encore augmenté dans des proportions considérables, alors que les transports par eau et par voie de terre semblent diminuer d’une façon constante et normale.
- La compagnie d’Anzin a du reste avantage à augmenter la proportion de transport par wagons. On évite ainsi des manipulations, des transbordements toujours coûteux; on peut livrer du charbon de meilleur aspect; il arrive au consommateur comme il sort de la mine.
- Ce résultat ne peut être obtenu à Anzin que parce que la compagnie possède en propre un chemin de fer, qui dessert, toutes ses fosses et communique par plusieurs points avec le réseau du Nord. — La longueur de la ligne d’intérêt général de Somain à la frontière belge est de 57 kilomètres.
- La section d’Anzin à Somain a été concédée à la compagnie par les ordonnances du 24 octobre 1855, 51 janvier 1841 et 8 octobre 1846 ; celle d’Anzin à Péruwelz par le décret du 24 octobre 1868.
- Le cahier des charges annexé à la convention de 1868 fixe la durée uniforme de ces concessions à 82 ans, qui commencent à courir du 1er janvier 1868. La concession prendra donc fin le 51 décembre 1950.
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- Tableau graphique des quantités
- par la Compagnie des M TN £ 5 J AN Z ! N
- de 1815 à 1880
- Canaux
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- Les dépenses d’établissement des 37 kilomètres concédés se sont élevées à 14,961,778 fr. 15.
- En 1882, le chemin de fer d’Anzin a transporté 917,466 voyageurs et2,937,720 tonnes de marchandises, dont 2,619,962 tonnes pour le compte de la compagnie.
- Les produits bruts, déduction faite de l’impôt et des recettes
- i *
- _ d’ordre, ont été :
- Pour le service public, de. . . 812,977 fr., soit 25.p. 100
- de la recette totale.
- Pour le service de la Ci#. . . . 2,481,810 fr., soit 75 p. 100
- ^ ^ ' B. I
- Ensemble ...... 3,294,787
- La dépense ayant été de. . . . 1,607,706
- le produit net est de.......... 1,687,081 francs.
- Le rapport de la dépense à la recette pour 1882 est de 48,79 p. 100.
- La longueur des embranchements particuliers conduisant aux fosses est de 34 kilomètres, dont 26 kilomètres, non concédés, sont la propriété privée de la compagnie.
- Le nombre des employés et ouvriers du chemin de fer d’Anzin était au 31 décembre 1882 de 810.
- Le matériel comprend :
- 33 locomotives,
- 46 voitures,
- 25 fourgons,
- 863 wagons à marchandises, dont 756 pouvant circuler sur les lignes étrangères ;
- 274 wagons à 6 caisses,
- 145 wagons à 4 caisses,
- 217 wagons à 3 caisses,
- 128 bâches.
- «
- Il a été fait pendant l’année 1882, par 14 locomotives en feu le jour et 5 la nuit :
- 1° 6,596 trains de voyageurs, soit 18 par jour;
- 2° 54,938 trains de marchandises, soit 150 par jour.
- Ges trains ont parcouru :
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- Les trains de voyageurs. ........... 169,479 kilomètres.
- Les trains de marchandises. . . . . . . 258,923 —
- Total......... 428,402 —
- C’était une nécessité absolue qui s’imposait’à la Compagnie,
- que celle de la création de ce chemin de fer. — Il lui est indis-
- *
- pensable de construire sans cesse de nouveaux embranchements à mesure qu’elle creuse des fosses nouvelles. Il s’agit pour elle de transporter à bon compte ses employés d’un point à un autre de ses concessions étendues. Il lui faut surtout suffire constamment au chargement de la houille à mesure qu’elle s’extrait. Maîtresse du nombre et de la marche de ses trains, elle y parvient; elle né saurait y réussir autrement, malgré la bonne volonté de la compagnie du Nord à lui prêter du
- matériel et à éviter les encombrements. Le stock est l’ennemi
- «
- qu’il faut vaincre : il conduit aux transbordements et aux manipulations inutiles. Tout cela est évité par le chemin de fer, et comme d’ailleurs la Compagnie n’y perd pas, c’est pour elle un double bénéfice.
- Le service central comprend sous les ordres du directeur général, assisté d’un ingénieur-conseil :
- 1° Un directeur en chef et un inspecteur général des travaux du fond ;
- . 2° Un secrétaire général qui est chargé du personnel et de l’ordonnancement, qui supplée le directeur général en cas d’absence et qui a sous ses ordres : les divisions du chemin de fer, des approvisionnements et magasins, du contentieux, de la comptabilité ;
- 3° Un directeur en chef des travaux du jour et du matériel ;
- 4° Un directeur des fours à coke et usines à briquettes ;
- 5° Un directeur du service commercial.
- Les services se facturent entre eux les travaux, fournitures
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- et transports qu’ils effectuent les uns pour les autres, de manière que chacun d’eux figure dans la comptabilité avec des excédants de recettes ou de dépenses.
- Le compte général du charbon supporte les dépenses des salaires et les factures des magasins, du service du jour, du chemin de fer, etc. — Il est crédité du produit des ventes au public et du montant des factures qu’il délivre aux lavoirs, aux fours à coke, aux usines d’agglomérés, au chemin de fer, à la consommation des services.
- Au total des recettes de ce compte, on ajoute, à titre des recettes diverses, les bénéfices réalisés par les services des magasins, des travaux du jour, des écuries. On ajoute au total des dépenses les pertes de ces services. On ajoute également le total des dépenses extraordinaires et celui des frais généraux d’administration. La différence donne le bénéfice net de l’exploitation du charbon. La comparaison entre le total des dépenses et le chiffre de l’extraction donne le prix de revient du charbon.
- Le chiffre du résultat donné par le compte général du charbonJ est additionné avec les chiffres des résultats donnés par les autres comptes qui entrent directement dans la comptabilité : /avoirs, fours à coke, agglomérés, chemin de fer, produits de trésorerie. Chacun est crédité de ses recettes et factures, et débité de ses dépenses et des factures fournies par les autres services.
- La situation est arrêtée par semestre, et le résumé des comptes est présenté au conseil de régie à ses séances d’avril et d’octobre. Un résumé des comptes et des délibérations des régisseurs est adressé chaque semestre à tous les intéressés.
- Les ouvriers de la compagnie d’Anzin sont traités par elle d’une manière qui lui fait grand honneur. — Rien n’est épargné pour leur assurer une juste rétribution du travail ; nous l’avons déjà montré en parlant des salaires : des soins empressés leur sont donnés en cas d’accident ou de maladie;
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- ces soins s’étendent même souvent à leur famille; des retraites sont accordées à ceux à qui l’ancienneté de leurs services donne des droits ; des logements sont loués à des prix modérés aux familles de mineurs; enfin la Compagnie a fondé une association coopérative de consommation, ce qui abaisse dans une notable proportion pour les associés le prix des denrées d’utilité courante. — Il est intéressant d’entrer dans quelques détails sur chacun de ces points.
- Il y a deux grandes classes d’ouvriers : ceux du fond, ceux du jour. Ces derniers travaillent soit à la tâche, soit à la journée. Ceux du fond travaillent à ku-tâche ou au marchandage. Ils sont à la tâche quand il est d’avance convenu avec eux pour une période de quinze jours, par exemple, que la berline de charbon prise au pied de la taille leur sera payée un certain prix, fixé par l’administration seule, suivant les difficultés du travail.
- Le marchandage est autre chose.
- Lorsque le directeur veut faire des adjudications, il les annonce trois ou quatre jours à l’avance par des affiches. Ces affiches portent le nombre de gradins à adjuger, la hauteur de chaque gradin et le nombre d’ouvriers à y occuper.
- Au jour dit, les ouvriers se réunissent. On leur lit les conditions du marchandage ; puis on met successivement à prix les différents gradins ou tailles, et les amateurs fixent un prix pour la berline de charbon fournie au bas de la taille et un prix pour le creusement de la voie. D’autres amateurs mettent successivement des rabais sur ces prix jusqu’à ce que le directeur, les jugeant suffisants, accorde le marchandage à l’équipe qui a fait le dernier rabais.
- L’ouvrier peut renoncer à son adjudication en abandonnant une garantie de 12 francs, tandis que la Compagnie, quelle que soit la facilité que présente le travail, ne peut le suspendre qu’en cas de force majeure.
- Le marchandage est donc en tous points favorable à l’ouvrier, car non-seulement il lui donne des prix immuables pour trois ou quatre mois, mais il lui permet encore de se réunir à
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- des camarades de sa force, assidus comme lui au travail» et de prendre avec lui ses enfants.
- Dans le travail à la tâche, les prix varient en raison des difficultés et peuvent changer toutes les quinzaines. De plus, les ouvriers ne peuvent se choisir entre eux, et lorsqu’une équipe est formée, il est difficile de la disloquer sans créer des mécontentements parmi ses membres.
- C’est donc à tort que l’on a parfois critiqué le marchandage. Rien ne force l’ouvrier à soumissionner; n’est-il pas content; s’est-il trompé, moyennant une garantie très-faible, il renonce à son entreprise. Il y a loin de là à ces adjudications que l’on voit faire chaque jour par l’État ou les communes. Là, on poursuit, on exécute l’adjudicataire, on le ruine sans merci; ici, rien de pareil. Le marchandage laisse à l’ouvrier plus de liberté, développe son intelligence et son initiative, stimule son courage, contribue à son bien-être. C’est de parti pris qu’on l’a critiqué. Le meilleure preuve que nous puissions en donner est de publier le tableau ci-joint.
- iVinsi l’ouvrier trouve au travail à marchandage un avantage qui se chiffre pour lui par une augmentation de salaire de 18 p. 100. — Il est inutile d’insister. — Les ouvriers qui n’accepteraient pas ce genre de travail, ceux qui les en dissuaderaient, prouveraient certainement qu’ils se trompent sur les intentions de la compagnie, qu’ils ne comprennent pas les avantages qu’elle désire faire à ceux qu’elle emploie.
- La compagnie secourt ses ouvriers par des soins médicaux gratuits et des médicaments, des secours pécuniaires et des secours alimentaires.
- Les secours médicaux gratuits sont donnés à tous les employés des divers services, aux ouvriers du jour, aux ouvriers du fond ainsi qu’à leurs femmes, enfants ejt parents, aux employés et ouvriers pensionnés de moins de mille francs; aux veuves des employés et ouvriers si le chiffre de la pension
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- RESULTATS COMPARATIFS
- DU TRAVAIL A MARCHANDAGE
- ET DU TRAVAIL A LA TACHE PENDANT LÀ PREMIÈRE QUINZAINE D’OCTOBRE 1883
- ET LA DEUXIÈME QUINZAINE DE SEPTEMBRE.
- SALAIRES.
- DÉSIGNATION
- DES TAILLES.
- Édouard, couchant à
- 476, lre taille.....
- Édouard, couchant à 476, lre retournante. Lebret,couchant à 476,
- 10e taille... 11e taille... 12e taille... 13e taille... 14e taille... Lebret, levant a 476,
- lr* taille... 2e taille.... Renard, levant à 476,
- lre par treuil. Id. 2e par treuil.. Marie-Louise, couch. à
- 276, 4e taille......
- Marie-Louise, c.à276, 4e taille, 2e relevée.. Mark, couchant à 276,
- 2e taille.....
- Id. 3e taille.......
- Id. 4e taille.......
- [Édouard, couch. à 376, pdt, lre taille.... Id. 2e taille....
- 2*quinzaine de septembre 1883 sans marchandages.
- 68.70 70.20
- 66.70
- 72.60
- 74.80 60.40 70.10
- 49.80
- 71.70
- 79.50
- 74.60
- 55.60
- 60.60
- 63 «
- 66 i 61.80
- 59.10
- 68.40
- 1193.60
- 264
- fr. c.
- 4.67
- 4.44
- 4.84
- 4.90
- 4.30
- 4.67
- 4.15
- 4.78
- 5 28 4.90
- 4.20
- 4.48
- 4.12
- 3.94
- 4.55
- l™ quinzaine d'octobre 1883 avec marchandages.
- fr. c.
- 4.57 84.40
- 88 »
- 68.90
- 88.10
- 86.60
- 85.80 81.40
- 71.30
- 66.20
- 98.80 80.10
- 3.70 86.20
- 4.32 69.30
- 65.95
- 70.70
- 77.35
- 83.20
- 71.50
- 4.52 1423.80
- 266
- 4.90 5.88 5 77 5.72 5.81
- 4.75
- 4.40
- 6.58
- 5.34
- 4.38
- 4.71
- 5.95
- 5.54
- 4.76
- OBSERVATIONS.
- fr. c. I fr. c.
- 5.63 1.06 I Fosse Renard.
- 5.86 1.19
- 0.46
- 1.04
- 0.87
- 1.42
- 1.13
- 0.60
- 0.38
- 1.30
- 0.44
- 5.74 2.04
- 4.62 0.30
- 0.18
- 0.23
- 1.83
- 1.60
- 0.21
- 5.35 0.83
- 18 0/0 en fa-l veur du marchandage.
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- qu’elles touchent est inférieur à 500 francs. Les quatre dernières catégories reçoivent également des médicaments gratuits.
- Des secours pécuniaires et alimentaires sont donnés aux ouvriers du fond malades ou blessés, aux ouvriers du jour blessés en travaillant. Suivant la gravité de l’accident, il est remis aux ouvriers, par quinzaine, une somme qui varie de 10 à 50 francs pour les ouvriers mariés, et de 5 à 15 francs pour les célibataires.
- Enfin, depuis les nouvelles lois militaires, les femmes et les enfants des ouvriers appelés à faire vingt-huit jours comme réservistes, reçoivent : les femmes, 50 centimes par jour, et chaque enfant, 25 centimes en sus. On met ainsi les familles à l’abri du besoin, on enlève au mari, au père qui s’absente, le souci des siens. — C’est charitable et patriotique.
- Des règles particulières et des tarifs spéciaux règlent les pensions. C’est d’ordinaire l’ancienneté des services dans la compagnie qui donne droit à la pension. Ce peut être aussi l’incapacité de travailler résultant de'blëssures ou d’infirmités. Les veuves d’ouvriers du fond et d’anciens ouvriers du fond, morts au service de la compagnie, touchent aussi des pensions. Ce qui est ici surtout à remarquer, c’est que ces retraites constituent de la part de la compagnie une libéralité pure et simple. Jamais il n’est fait aucune retenue aux ouvriers sur leur salaire; ils peuvent donc faire certaines économies, et la pension qui vient s’y ajouter doit suffire à leur assurer une existence simple, mais heureuse.
- Il ne faudrait pas s’imaginer que ce service des soins, des secours et des retraites n’impose pas de lourdes charges à la compagnie. Quelques chiffres le montreront. En 1873, le total des dépenses faites pour les ouvriers s’est élevé à 1,081,435 fr. 88 c., comprenant le service médical, les écoles, le prix du chauffage gratuit, la perte sur les loyers, et les pensions. — Si nous divisons ce chiffre par celui des ouvriers, nous voyons
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- que la moyenne par ouvrier est de 75 fr. 87. En 1882, ces chiffres avaient augmenté. La moyenne par ouvrier avait atteint 95fr.l 1, et le chiffre total des mêmes dépenses, 1,388,052 fr. 51.
- C’est pour certaines industries, et l’industrie houillère est du nombre, une absolue nécessité de pourvoir au logement d’une grande partie de leurs ouvriers. Les puits nouveaux se creusent souvent à de grandes distances des villages existants; la route serait trop longue pour aller le matin au travail et en revenir le soir : il faut l’abréger. On crée pour cela des cités ouvrières à proximité des fosses.
- Les cités ouvrières en général sont de deux modèles, suivant qu’elles se développent en hauteur ou en surface. Dans les villes, on trouve celles du premier type : à la campagne, où le terrain a moins de valeur, le bâtiment n’a qu’un étage et un comble, et la cité se compose de la juxtaposition des ces maisons minuscules.
- Cette deuxième disposition est préférable à tous les points de vue : économie, salubrité, confortable, moralité. I^es murs sont moins épais; les escaliers d’un assemblage facile, la charpente simple, la toiture peu coûteuse. Chaque ouvrier, ou plutôt chaque ménage, seul maître de sa demeure, met son amour-propre à la bien entretenir* Il n’est pas rare de trouver des parquets bien cirés et des cuivres qui ressemblent à de l’or. L’eau du puits est si proche, il y a si peu de marches à descendre, qu’on va bien souvent en puiser. Tous les logements sont des rez-de-chaussée : ils sont semblables. On ne se lance pas de ces coups d’œil jaloux, dont on voit à Paris le locataire du cinquième saluer l’heureux habitant de l’entre-sol. On est placé sur un pied d’égalité absolue. Les Chinois les plus orthodoxes, qui ont dernièrement à Canton détruit une chapelle catholique, sous le prétexte que sa flèche dépassait le toit de
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- leur temple, peuvent sans ombrage venir habiter à Anzin. Si un faîtage dépasse ses voisins, c’est une erreur, que l’architecte est prêt à réparer.
- . La moralité aussi y gagne. Il n’y a pas là cette agglomération d’ouvriers qui conduit à la promiscuité : l’écrivain naturaliste n’y trouverait pas matière à description. Chacun vit chez soi : on ne se fait que rarement de porte à porte des visites qui, sous le même toit et sur le même palier, dégénèrent souvent. La mairie n’enregistre jamais de ces unions entre habitants du « même rue, même numéro », qui, dans les grandes villes, sont trop, ou trop peu fréquentes, suivant le point de vue auquel on se place.
- On a pendant quelques années tâtonné avant de trouver le type actuel des maisons ouvrières, qui paraît plaire le plus à ceux auxquels elles sont destinées. On avait fait à Anzin l’essai d’un système qui consistait à vendre les maisons aux ouvriers, ou à les rendre propriétaires, après un certain nombre d’années d’habitation. On a dû y renoncer. Les ouvriers devenus proprietaires se croyaient affranchis de toute obligation envers la Compagnie qu’ils continuaient à servir. La discipline du travail en souffrait : souvent aussi les maisons vendues étaient détournées de leur objet primitif et devenaient des boutiques ou des cabarets. On a coupé court à ces abus en cessant de vendre des maisons aux ouvriers.
- Nous donnons ici les plans de ces maisons avec assez de détails pour qu’un industriel qui voudrait en faire construire de semblables ait tous les renseignements nécessaires: A Anzin, le prix de revient de ces maisons est d’environ 2,850 francs, dans lesquels le terrain entre pour 250 francs et la construction pour 2,600. Ces prix sont nécessairement variables avec le pays où l’on bâtit, et avec le nombre de constructions semblables que l’on élève à la fois. A Anzin, les conditions sont relativement favorables. On trouve la brique et la tuile sur place. En revanche, la main-d’œuvre y est assez chère.
- En plan, les maisons ouvrières peuvent être disposées en
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- Ensemble des Maisons,
- disposées en ligne.
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- ligne ou groupées deux à deux. Dans le premier système, les portes débouchent sur la rue même, et le jardin est derrière la maison; dans le second, l’avant-çour sépare le seuil de la rue, et Ton accède au jardin en faisant le tour du logement. Un groupe de seize maisons a toujours un puits.
- En élévation, l’architecture est nécessairement très-simple. Tout est en briques, sauf deux chaînes en pierre aux encoignures : une porte et deux fenêtres, une corniche aux chevrons pendants, au-dessus une toiture en tuiles creuses, et, dépassant le faîtage, une modeste cheminée montée en briques. L’ornementation ne prend point de part à ces constructions : le nécessaire seul est fait, mais on sent qu’il est bien fait.
- Une cave voûtée est creusée sous une partie de la maison, et enlève l’humidité du sol à la pièce principale. On descend à la cave par un escalier de quelques marches. Un soupirail assure l’aérage et donne le jour.
- Le rez-de-chaussée se compose de deux chambres, dont l’une sert de cuisine, l’autre de chambre à coucher. La porte d’entrée donne sur un tambour, d’où part l’escalier qui monte à l’étage. Cette disposition a été adoptée pour satisfaire la légitime coquetterie de l’ouvrier mineur. Quand il rentre, son corps et ses habits portent les traces du dur travail de la journée. Son premier soin est de ramener sa figure et ses mains à leur cou-
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- leur normale, et de mettre des vêtements propres, avant même de se présenter dans son ménage et d’embrasser ses enfants. Il monte l’escalier et trouve dans la petite chambre du premier étage un bain qui l’attend. Sa toilette terminée, il redescend et passe la veillée avec les siens.
- A l’étage, une modeste pièce et un grenier.
- Toute la maison est chauffée par une cheminée ou par un poêle situé dans la pièce principale du rez-de-chaussée. C’est la Compagnie qui fournit gratuitement le chauffage à ses ouvriers : et elle n’en est point avare. Ce poêle en hiver est le centre autour duquel toute la famille se groupe. On y passe les heures à l’abri du froid si souvent rigoureux au dehors.
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- Les caractères distinctifs de ces cités ouvrières sont : la séparation absolue des familles, l’économie et la simplicité dans la construction, la propreté et le soin dans l’entretien. Et c’est plaisir de voir avec quelle parfaite tranquillité, avec quel bonheur calme ces maisons sont habitées : les familles s’y fondent, s’y accroissent et s’y instruisent. Les jours succèdent paisiblement aux jours; la monotonie de cette vie est rompue par le devoir chaque jour accompli : ce n’est pas la fortune; c’est plus : c’est la paix.
- Une institution qui a beaucoup contribué à augmenter le bien-être de la population ouvrière d’Anzin, c’est la Société coopérative de consommation. En ce temps où les associations entre ouvriers sont si prônées par les uns, si décriées par les autres, il est intéressant de parler de celle-ci, qui présente ceci de remarquable que, fondée et soutenue par la Compagnie, elle est très-populaire parmi les mineurs, et rend à toutes les familles associées des services de chaque jour. On ne dira pas que l’esprit socialiste a présidé à sa création : il suffit de se rappeler que c’est le Conseil dé régie qui en a établi les statuts; on ne dira pas non plus que les ouvriers la voient d’un mauvais œil : il suffit de savoir le nombre des familles associées. Tant il est vrai que ces associations réussissent quand leur objet est certain, leur but moral, leurs moyens honnêtes, et quand elles ne servent pas, sous un extérieur trompeur, à favoriser des ambitions malsaines et des aspirations inavouables. Ces sociétés marchent d’autant mieux qu elles font moins de bruit ; elles tombent la plupart du temps victimes de leurs présidents ou de quelqu’un de leurs membres. Leur écueil, c’est l’assemblée générale, où se donnent carrière des talents oratoires douteux. Ici, rien de pareil. On s’occupe d’affaires, rien que d’affaires, et tout le monde s’en trouve bien.
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- GRANDES USINES.
- La Société coopérative dite des Mineurs d'Anzin a été fondée en 1865.
- Les opérations de la Société commencèrent le 21 février 1865. Elles consistent à acheter des marchandises et denrées de consommation, et à les revendre et livrer aux associés dans des stores ou magasins, de manière à mettre, autant que possible, le consommateur en rapport direct avec le producteur et à supprimer les bénéfices des intermédiaires.
- La Société achète pour le profit commun de ses associés, et ne revend qu’à ceux-ci exclusivement.
- Les associés fondateurs étaient au nombre de cinquante et un. Ils souscrivirent quatre-vingt-six actions représentant un capital de 2,150 francs.
- Le premier magasin fut établi à Saint-Waast-Là-Haut. Au début, il n’était ouvert à la vente que quatre jours par semaine.
- A la fin du premier semestre (20 août 1865), le nombre des familles associées était de cent trente-cinq; les actions souscrites représentaient un capital de 4,825 francs. La vente avait été de 17,613 fr. 73, et les bénéfices faits par la Société avaient permis de distribuer aux sociétaires acheteurs un dividende de 7 1/2 pour 100 du montant de leurs achats.
- La Société prit en peu de temps un développement considérable.
- Aujourd’hui, la vente se fait dans treize stores ou magasins ouverts dans les localités suivantes : Abscon, Anzin, Aubry, Demezières (La Sentinelle), Denain, Escaudin, Fresnes, Have-luy, Hergnies, Hérin, Saint-Waast, Thiers (Bruai), Yieux-Condé.
- Dans une pensée de prévoyance qu’on ne peut qu’approuver, les organisateurs de la Société décidèrent qu’il convenait de fixer et maintenir le prix de revente des marchandises et denrées de consommation à un taux se rapprochant le plus possible de celui du commerce de détail ; et comme la Société achète en gros, en n’employant que très-rarement et par exception des intermédiaires, elle trouve dans la revente au
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- détail un bénéfice assuré qu’elle distribue à la fin de chaque semestre ou exercice à ses associés, au prorata des achats faits par chacun d’eux. Cette combinaison lui fournit le moyen de constituer à ses nombreux associés, qui sont presque tous des ouvriers ne vivant que de leur travail, une épargne qu’ils ne réaliseraient pas eux-mêmes si les denrées et marchandises leur étaient livrées au prix coûtant.
- Empêcher l’ouvrier de s’endetter en ne lui vendant qu’au comptant; lui constituer une épargne en lui faisant payer quelques centimes au-dessus du prix de revient, mais encore à un prix souvent inférieur à celui du commerce de détail, les objets de consommation qui lui sont nécessaires, et en lui rendant d’un seul coup, à la fin de chaque exercice, le bénéfice accumulé fait sur lui-même, tel est le double but qu’on s’est proposé, et il a été pleinement atteint. Des dividendes importants sont distribués, à la fin de chaque semestre aux sociétaires acheteurs. Plus de deux mille ouvriers reçoivent ainsi une somme qui peut devenir le noyau d’une première épargne, ou qui va grossir une épargne déjà commencée.
- Pendant les quatre dernières années, les bénéfices n’ont pas été intégralement distribués aux sociétaires acheteurs, et la Société en a affecté une partie au payement de constructions importantes qu’elle a fait élever à Anzin, et dans lesquelles à été installé le magasin central.
- La Société comptait au 31 décembre dernier deux mille cent dix-sept familles associées.
- A cette même date, son avoir social inventorié était de 583,599 fr. 86. Mais dans ce chiffre figure une somme de 105,850 fr. qui représente le montant des deux mille cent dix-sept actions des sociétaires à 50 francs l’une. Le surplus, ou 277,749 fr. 86, constitue un bénéfice acquis à la Société, en dehors des dividendes distribués aux sociétaires acheteurs à la fin de chaque exercice semestriel.
- Ces chiffres sont éloquents, et il serait vraiment à souhaiter que toutes les sociétés financières donnassent d’aussi brillants
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- résultats. C’est qu’ici 1’économie préside à toutes les dépenses,
- 1 épargné à toutes les recettes. Le personnel de l’exploitation est restreint; le bureau central est administré par un gérant aidé d’ün caissier, d’un magasinier et d’un comptable. Il a sous ses ordres un certain nombre d’ouvriers spéciaux, tels que deux boulangers, un charcutier, etc. Un inspecteur vérifie la qualité des marchandises achetées pour la revente, contrôle les écritures, visite les magasins, note les magasinières et rédige un rapport hebdomadaire qu’il adresse au président de la Commission de contrôle.
- Le personnel employé travaille à latâche toutes, les fois que la chose est possible. Les boulangers, par exemple, touchent Ofr. 77 par 100 kilogrammes de farine travaillée. L’an dernier, il leur a passé par les bras 5,077 balles de farine de 100 kilo-* grammes chaque. On voit par là que s’ils ont bien à travailler, ils sont aussi bien payés.
- Dans les stores dont nous avons plus haut donné la liste, le service de la vente est confié à des femmes. L’expérience a montré qu’elles étaient plus aptes que les hommes au service des magasins qui ont pour objet l’approvisionnement des ménages.
- Les magasinières et les caissières sont de préférence prises dans les familles d’ouvriers mineurs. Que de fois on a pu ainsi secourir de malheureuses veuves, ou augmenter les ressources de mères de famille!
- On m’a montré au Bureau central de la Société le résumé des denrées de toute sorte vendues pendant une année. C’est fort curieux et instructif à étudier. On voit par là d’un seul coup d’œil comment l’ouvrier se nourrit, comment il s’habille : on se rend un compte exact, mathématique presque, de la proportion dans laquelle il sacrifie au luxe. Ses dépenses peuvent se classer en deux catégories : celles qui sont indispensables, celles qui sont superflues. Eh bien, il résulte de l’examen que les dernières sont fréquentes. Si l’homme consomme un peu trop d’alcool; si l’on habitue mal à propos les enfants à boire du chocolat ou du café au lait, la femme a sa
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- part dans ces dépenses inutiles. Elle achète des fichus de soie qui sont moins chauds que des fichus de laine.
- Faut-il, outre mesure, se plaindre de cet état de choses? Non. Il vaudrait certes mieux que le mari ne boive jamais la goutte, que les enfants ne soient pas gâtés, que la femme ne soit pas coquette. Cependant, pour ce qui concerne l’ouvrier, j’aime mieux l’alcool à domicile que l’alcool extra muros. Le cabaret est le plus terrible ennemi : on sait quand on y entre, on ne sait jamais quand on en sortira... Pour les enfants, on ne saurait leur donner trop de soins : on ne peut en vouloir à des parents d’être parfois un peu déraisonnables à ce sujet. Quant à la femme, si elle est coquette, c’est quelle est propre ; et la propreté dans le ménage est une si grande qualité qu’elle fait pardonner la petite coquetterie à laquelle elle conduit.
- Je n’ai pu, dans cette courte étude, donner qu’une idée bien vague, bien générale, des vastes établissements de la Compagnie des mines d’Anzin. — C’est tout un monde à visiter, et il faudrait des volumes pour parler de tout. Une chose surtout échappe à la description : c’est la vue d’ensemble. C’est un spectacle particulier, et on peut le dire, presque unique. Les mines de la Loire, d’Angleterre ou d’Allemagne ont entre elles une ressemblance, un air de famille qu’on ne retrouve pas à Anzin. Anzin est un genre à lui tout seul. On ne peut bien se le figurer qu’en l’ayant vu, on ne peut comprendre l’importance de l’affaire, la puissance de la Société qu’après avoir parcouru en chemin de fer et en voiture les concessions, après avoir visité les usines spéciales delà surface, avoir parcouru les galeries du fond et s’être convaincu que sur ce point du département du Nord il y a deux étages d’habitants, et que l’étage souterrain est le plus peuplé. — Le mieux qu’on puisse faire est d’aller à Valenciennes et de là de monter à Anzin, de s’adresser au
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- V.IUNDÊS USINES.
- directeur et de juger par soi-même. Aucune usine en France ne présente plus d’intérêt : nulle part l’exploitation minière n’est mieux soignée, nulle part les problèmes que pose la question ouvrière, si fort à l’ordre du jour, n’ont été étudiés avec plus d’attention ni résolus avec plus de succès.
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- ÉTABLISSEMENTS SAINT FRÈRES
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- Les établissements que nous allons décrire, et dont le chef vient de recevoir, à la suite de l’Exposition d’Amsterdam, la plus haute récompense que puisse décerner le gouvernement français, sont situés dans la Somme et la Seine-inférieure.
- Ils sont spécialement consacrés à la fabrication des fils et tissus les plus grossiers en quantité tellement considérable qu’on peut taxer la production par jour de la maison à quatre-vingt-quinze mille mètres de tissus, la confection journalière des sacs à trente mille, le personnel ouvrier à six mille quatre cents, et la force motrice à deux mille quatre cents chevaux. Il y a peu d’usines de filatures et de tissages qui peuvent égaler une'si considérable puissance de] production.
- Il n’y a cependant pas bien longtemps que s’est accentué le développement prodigieux des affaires conduites par la famille Saint.
- La famille Saint est originaire de Beauval, près Doullens (Somme),
- Vers la fin du siècle dernier, trois frères : Pierre, François, Aimable Saint, s’associèrent de fait pour fabriquer la toile d’emballage.
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- Le premier restait à Beauval, le second allait à Amiens et
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- dans le Nord pour acheter des matières à filer et à tisser (lin et étoupes), et pour vendre de la toile; le troisième s’est installé à Rouen, centre de grande consommation de toile d’emballage, pour y écouler la majeure partie des produits de Beauval.
- La vente s’étant successivement développée à Rouen sous l’active et intelligente impulsion d’Aimable, qui avait appelé auprès de lui ses deux gendres Candas Saint et Victor Saint, il s’entendit avec ses frères pour venir fonder, à la fin de 1858, une maison de vente place du Chevalier du Guet, n° 8, à Paris, et y déléguer Victor Saint pour la conduire.
- Pierre avait quatre fils : Victor, Jean-Baptiste, Charles et François-Xavier, et une fille.
- François avait deux fils : François-Joseph, Jules-Abel, et deux filles, dont l’une est madame Charles Saint.
- Aimable avait un fils : Jean-Baptiste, dont la mauvaise santé l’a empêché d’intervenir, et deux filles, dont l’une mariée à M . Çandas Saint, l’autre à M. Victor Saint.
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- MM. Pierre, François, Aimable, Candas, Victor, Jean-Baptiste Saint sont morts successivement, ce dernier, chevalier de la Légion d’honneur. MM. François-Joseph et François-Xavier se sont retirés des affaires en 1863 et 1872.
- Les chefs actuels sont :
- Charles Saint, chevalier de la Légion d’honneur ; Jules-Abel Saint, Guillaume Saint, fils de M. Charles Saint ; Henri Saint, fils de Jean-Baptiste Saint; Edmond Saint, fils de Jules-Abel Saint.
- La maison de Paris, fondée en 1838, prit vite de l’extension, à l’aide de Jean-Baptiste et de Charles Saint, qui sont venus de Beauval rejoindre leur frère Victor en 1839 et en 1841, puis François-Xavier quelques années plus tard.
- A la toile d’emballage, MM. Saint frères joignirent, vers 1843, la fabrication de la toile à sacs, puis un peu plus tard la confection des sacs.
- En 1836, ils firent à Paris, rue Ménilmontant, 74, un essai pratique au moyen de machines et de métiers spéciaux étudiés
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- par MM. Saint, du tissage mécanique des toiles communes en jute pour sacs qui se tissaient jusque-là à la main en raison du peu de solidité de la matière employée.
- En 1857, cet essai difficile et très-coûteux ayant réussi, ce qui a été un progrès énorme, puisque remballage etrensachage de toutes les marchandises se font aujourd’hui à moitié prix d’il y a trente ou quarante ans, MM. Saint ont organisé à Flixecourt (Somme), non loin de leur village natal, un premier établissement de tissage mécanique, ce dont M. Jean-Baptiste Saint a été plus particulièrement chargé.
- Cet établissement s’est successivement développé, au point qu’il a fallu en créer d’autres dans le voisinage, à Harondel, en 1860, pour filature et tissage du jute; à Saint-Ouen, en 1865, pour filature du lin, du chanvre et du jute.
- Depuis, et, tout récemment, MM. Saint ont acheté l’établissement des Moulins-Bleus, qui fabriquait la toile à voiles, et qui est en voie de transformation pour filature et tissage du jute; établissement devant répéter celui d’Harondel.
- Ces divers établissements sont situés dans la vallée de la Nièvre, avec rivière de ce nom allant se jeter dans la Somme à Moulins-Bleus, après avoir servi à Harondel, Saint-Ouen et Flixecourt, sur une étendue de 12 kilomètres, et les cinq établissements principaux, y compris celui de Beauval, occupent une superficie de 660,000 mètres carrés.
- Flixecourt est toujours resté l’usine dirigeante, et les autres sont reliées à elle par un réseau télégraphique et téléphonique développant 12 kilomètres.
- En 1868, MM. Saint ont organisé à Flixecourt la fabrication et la confection des bâches enduites pour chemins de fer, etc., des bâches vertes pour voituriers, etc., branche qui a pris une grande importance.
- En 1875, ils ont organisé à Flixecourt la fabrication des tissus d’ameublement en jute, imprimés et teints, et aussi par métier Jacquard, articles très-intéressants, beaux, apparents et à bon marché, semblant destinés à un assez grand avenir.
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- En 1878, ils ont installé à Saint-Ouenune corderie mécanique pour la fabrication des cordages, cordes et ficelles de toute grosseur qui se font encore plus ou moins à la main. Il y a là aussi un progrès véritable apporté par eux dans cette industrie difficile et très-importante.
- Cette quantité considérable de produits : toiles, sacs, bâches, tissus d’ameublement, cordages et ficelles, se vend un peu aux maisons de revente, s’exporte un peu, mais se vend surtout directement à la consommation, base sur laquelle la maison Saint frères est établie.
- Enfin MM. Saint viennent d’acheter à Gamaches — limite du département de la Somme — un établissement important de filature de coton arrêté depuis quelques années, dont ils vont renouveler le matériel, etc., afin de filer le coton aussi bien et aussi avantageusement que possible.
- Aujourd’hui, les principaux établissements sont :
- 1. Flixecourt (Somme). Tissage mécanique, Corderie méca-ue, Teinturerie, Blanchisserie, Bâcherie.
- 2. Saint-Ouen (Somme). Filature et Corderie mécaniques.
- 5. Harondel (Somme). Filature et Tissage mécaniques.
- 4. Moulins-Bleus (Somme). Filature et Tissage mécaniques.
- 5. L’Étoile (Somme). Tissage semi-mécanique.
- 6. Abbeville (Somme). Tissage semi-mécanique.
- 7. Beauval (Somme). Tissage à la main.
- 8. Luneray (Seine-Inférieure). Tissage à la main.
- 9. Dépôts divers de Tissage à la main (Somme).
- Des maisons de vente sont établies à Paris, Rouen, le Havre, Caen, Rennes, le Mans, Dunkerque, Reims, Nantes, Bordeaux, Marseille, Lyon, Anvers, Alger, Oran, Constantine, Tunis.
- Le siège social est à Paris, 4, rue du Pont-Neuf.
- Je ne veux pas donner ici le prix auquel le nouvel acte de société évalue l’établissement de la maison en 1881 entre les coïntéressés, mais l’impression que j’ai ressentie à nia récente visite est le sentiment très-net d’une puissance de capitaux courageusement employés dans une industrie considérable, et
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- cependant il ne s’agit que de'produits dont la plupart" sont à des prix infimes, malgré leur incontestable utilité.
- Il y a des toiles d’emballage à vingt centimes le mètre, il y a des pelotes de ficelle à dix centimes et même moins, et c’est un immense service rendu à l’industrie et à la culture de pouvoir livrer presque pour rien ces enveloppes-sacs, ces toiles d’emballage, liens de toute sorte sans lesquels il serait impossible de transporter non-seulement les matières pulvérulentes, mais les mille autres produits qu’on expédie aujourd’hui en sacs perdus. —
- On ne peut se figurer l’importance et la réelle beauté de l’outillage général, l’excellent choix, la parfaite tenue des machines, l’intelligente économie des constructions nouvelles, dont les combinaisons simples permettent d’agrandir un atelier dans tous les sens avec une étonnante rapidité. Gomme les matières traitées dans les usines sont, à de très-rares excep* lions près, aussi encombrantes que lourdes, MM. Saint avaient compris l’immense avantage de répartir sur une voie ferrée leurs établissements, au lieu de les concentrer en un seul groupe d’ateliers.
- Le plus difficile était de se raccorder à la grande ligne du Nord; pour cela, MM. Saint frères ont construit de leurs deniers une voie à grande section partant d’Hangest-sur-Somme et allant aboutir à Flixecoürt, à la rencontre du chemin Frévent-Gamaches, qui traverse leurs autres établissements. Ainsi toute la circulation de jute, du chanvre, du lin en balles, la houille, les colonnes de fonte et autres matières de constructions pénètrent partout en wagons dans dés bâtiments clos et couverts, dans lesquels se font aussi les chargements des sacs, balles, ficelles, cordages, tissus d’ameublements, etc., qui de là se rendent à la Chapelle, soit aux autres dépôts, soit directement à la consommation.
- Avant d’entrer dans les ateliers, il faut dire quelques mots du jute, la matière première, dont le plus grand poids est employé depuis quelques années dans les exploitations de la maison Saint.
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- Beaucoup de personnes, surtout, depuis l’époque récente où l’on a introduit le jute dans les étoffes d’ameublement, vendent, achètent et utilisent des étoffes où le jute entre pour le tout ou pour la plus grande part, sans se douter de ce qu’est le nouveau textile dont il n’était pas encore question il y a quarante ans.
- Un livre de M. Vétillart, député de la Sarthe, et qui est consacré à l’étude des textiles végétaux employés dans l’industrie, donne quelques détails décrivant le jute, sur lequel j’avais déjà trouvé quelques notes dans un volume publié en 1878, au moment de l’Exposition, par MM. Clovis Lamarre et Prout de Fontpertuis. C’est la moins chère des fibres végétales que l’on puisse employer, provenant de deux espèces de végétaux classés dans le genre botanique Corchorus. Le corchorus olitorius, mangé comme légume en Égypte, en Arabie et en Palestine, petit et herbacé sur le climat de la Syrie, atteint dans l’Inde une telle hauteur qu’on peut en tirer une filasse ayant jusquâ quatre mètres de long.
- Un autre corchorus dit capsularis donne aussi des fibres qui servent pour faire du papier, des cordages, une étoffe grossière nommée magilla, et un autre tissu nommé lat ou choti.
- Le jute dont j’ai vu arriver les balles au magasin d’Haron-del est un filament long, souple et soyeux, de couleur et d’aspect peu uniformes; il y en a de gris plus ou moins foncé, de blanchâtre, d’autres tirant vers le brun très-clair.
- Les fibres du jute ne sont pas d’une extrême ténacité, et cependant, avec les bonnes méthodes employées chez MM.Saint, on en fait delà toile à sacs, d’une bonne solidité moyenne et d’une régularité très-suffisante pour la plupart des usages auxquels il est destiné.
- Il ne résiste pas bien à l’humidité, qui altère sa force, mais il prend extrêmement bien la teinture, et son aspect est très-décoratif; certains apprêts lui donnent un brillant soyeux, dont on a su tirer un excellent parti.
- Des espaces considérables (trois cent cinquante mille hectares en 1874 et bien plus aujourd’hui) sont couverts par cette
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- plante (a), qui vient presque toute seule et sert en même temps aux Indiens de légumes et de textiles.
- L’espèce de tissu nommé Chutiees occupe toutes les populations à l’est du Bengale; poids pour poids, ce tissu fabriqué ne coûte guère plus cher que le jute lui-même. Les belles sortes viennent en Europe, où de grands établissements, surtout à Dundee, le transforment avec avantage.
- Harondel, où l’on travaille exclusivement le jute, est la dernière des usines du groupe central qui commence à Flixecourt, dont il est environ séparé par 6 kil. Les voies ferrées sillonnent la cour et amènent les wagons aux ateliers et surtout aux grands magasins de 100“ de profondeur, de 50” de largeur et 25” de hauteur; en outre, des chariots a quatre roues d’un type uniforme pénètrent partout pour le service des transports.
- Les balles de jute arrivent à l’extrémité d’un immense atelier de 150” de long, et qu’on est en train d’agrandir d’une quarantaine de mètres, et d’où la matière entrée à l’état de filasse ne ressortira qu’à l’état de toile. Les balles du poids de 180 kilos sont carrées et serrées avec des liens de jute que l’on commence par enlever ; mais comme la balle a été serrée à la presse mécanique presque jusqu’à consistance du bois, il faut, avant tout travail, arracher des paquets de fibres que l’on enlève dans le sens même de la plante; pour leur donner un premier assouplissement, on les passe sous un appareil cannelé dont les rainures sont si profondes que ce sont de vraies palettes, afin de prévenir la rupture que pourrait amener l’opposition des fibres. On a disposé des contre-poids dont le jeu soulève l’ar-
- (a). Le faubourg de Cassipûr, à Calcutta, n’est aujourd’hui qu’un amas d’établissements munis d’appareils spéciaux pour trier le jute, le presser, le préparer pour l’exportation. La ville elle-même en renferme d'autres ; sur la rive gauche de d’HoDgly, en face delà station du chemin de fer de Bally, on aperçoit la manufacture de Baranaggar, la plus importante et la plus ancienne de toutes. Le gouvernement en exploite une pour son compte dans la prison d’Âlipùr ; à Budge-Budge, la maison de campagne de sir Laurence Peel, l’ancien président de la haute cour de justice du Bengale, est devenue un établissement de cette sorte, et celui de Sarahjunje forme le centre de ce commerce dans le Bengale oriental. Toutes les compagnies existantes ont réalisé de beaux bénéfices, et il n’est pas rare qu’elles aient pu fournir à leurs actionnai! es des dividendes de 75 0/0.
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- bre, ce qui élargit le passage par où s’échappe la filasse. Une opération à la main fait en quelque sorte mousser la filasse et en écarte les fibres. Les opérations suivantes ont pour but de paralléliser les fibres et delesensimer, c’est-à-dire de les humée* ter et de les huiler légèrement.
- La machine à ensimer rèçoit la chevelure fournie à la main entre des cylindres cannelés qui la mènent à des tubes percés de trous à la partie inférieure d’un ingénieux mécanisme qui, conduit par l’épaisseur plus ou moins forte de la filasse, fait verser sur la filasse l’eau et l’huile avec plus ou moins de force.
- Cette machine exécute très-régulièrement et par une distribution automatique ce que l’on faisait autrefois à la main et approximativement avec une sorte de seringue.
- En même temps qu’elles sont ensimées, les fibres sont assouplies en passant entre des cylindres à petites cannelures qui détruisent l’adhérence produite par l’extrême pression de la machine à former les balles.
- Immédiatement au sortir de l’assouplisseuse, les bottes de fibres sont livrées à l’effort d’une ingénieuse machine destinée à dêpîéier la filasse, c’est-à-dire à arracher par un teillage énergique, au travers d’un peigne, les parties plus dures et difficilement parallélisables de la plante; les déchets ainsi séparés sont réservés pour le filage des gros numéros.
- Les opérations qui suivent, par le passage dans les cardes bri-seuses et cardes finisseuses, ont pour but de bien paralléliser les fibres en les séparant les unes des autres, et surtout d’en enlever les poussières, petits déchets d’écorces et matières étrangères, opération qui ne peut se faire sans un violent dégagement de poussière fort nuisible à la santé des ouvriers.
- Très-préoccupés de cette question si importante, MM. Saint ont créé un type de cardes fermées dans lesquelles les poussières aspirées violemment dans un conduit collecteur sont amenées au dehors par une cheminée d’appel. « Le ventilateur, dit M. Émile Biaise (a), lé ventilateur à ailettes a un diamètre de
- (a) Notes sur les poussières industrielles, par A. Blaise et le Dr Henri Napias.
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- 0“,50 ; il fait huit cents tours à la minute, et est actionné par la courroie qui commande les débourreurs. Sa poulie a 0“,10 de diamètre. Ici encore on fait donc un emprunt à la force motrice principale qui régit les cardes, et cet emprunt correspond à l’assainissement de l’atelier. »
- « M. Saint pourrait évaluer à un kilogramme près la quantité de charbon qui représente la santé de ses ouvriers, et chiffrer l’économie qu’il fait de la vie humaine. Il est probable d’ailleurs que cette faible dépense lui est immédiatement et largement remboursée par la propreté et lajsupériorité des produits qu’il fabrique maintenant à l’abri des poussières. »
- Une disposition générale imaginée et installée par M. Frédéric Borland, ingénieur des usines, purifie radicalement les ateliers en attirant régulièrement l’air qu’ils contiennent au-dessous des grilles de foyer et chaudières à vapeur.
- On ne peut sans admiration constater la parfaite netteté de l’air dans cet atelier, qui contient originairement tant de causes de troubles et où se meuvent à la fois onze ou douze cents ouvriers et ouvrières sur la coiffure et les vêtements desquels on ne saurait trouver aucune trace de ce que Dickens appelle « les classes pelucheuses de la société ».
- Après les cardes, on peut voir dans une série d’étirages et de doublages les rubans se former, de plus en plus propres, de plus en plus souples, — et, comme dans les autres filatures antérieurement décrites, s’enrouler dans des pots avec un mouvement régulier et continu.
- Ces pots, après avoir été pesés, sont placés à l’arrière des bancs à broches et filés à des numéros plus ou moins fins, du numéro 1 jusqu’au numéro 10; après quoi les fils de trames sont mis en canettes et dirigés vers les métiers à tisser, et les fils de chaînes passent par la salle de préparation.
- Dans cet atelier sont disposées des machines qui ourdissent, encollent, sèchent et montent la chaîne sur les rouleaux autour desquels on enroule des chaînes fournissant quelquefois jusqu’à sept et huit mille mètres de course. '
- Les métiers à tisser sont rangés à la suite des métiers à filer
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- dans le grand atelier où les sept cent vingt colonnes de fonte qui portent le toit sont si bien disposées, que, loin d’entraver les mouvements de la fabrication, elles servent au contraire à solidifier par leur bonne jonction l’établissement des transmissions de la force répartie aux machines et aux métiers divers.
- Il est impossible, quelque connaissance qu’on ait des établissements industriels, de se figurer un ensemble plus parfait et à la fois plus simple et plus grandiose de machines-outils actionnées par leurs machines motrices.
- Quatre chaudières d’une surface de chauffe totale de576 mètres carrés et consommant par jour onze tonnes de charbon, fournissent la vapeur nécessaire a deux machines Corliss jumelles de la force de 750 chevaux.
- Quant aux métiers à tisser, au nombre de trois cent quarante, ils n’ont rien de très-compliqué, car ils ne travaillent que le jute, et encore dans ses manifestations les plus simples : la toile à sacs, là toile d’emballage, pour tapis de toile cirée, pour peintures de décors, etc.
- Leur vitesse, très-rapide pour la toile à sacs, se ralentit dans les grandes largeurs.
- Dans les métiers de 4 mètres de large, il est évident que la navette ne peut accomplir sa course aussi rapidement que dans ceux de 90 centimètres; quant aux métiers de 7 mètres, le mouvement en est encore plus lent. La canette a 50 centimètres de long et se loge dans la cavité d’une navette de 90 centimètres : on comprend qu’on ne peut la lancer à 7 mètres de portée avec une trajectoire aussi tendue que la petite canette de la toile à sacs.
- Mais il faut, pour certains usages, surtout pour les grandes toiles cirées pour parquets d’appartements et de navires, des toiles de cette dimension, sans aucune couture, et peu d’industriels osent se monter de métiers de sept mètres.
- Harondel, tout en ne faisant que des sortes communes, a cependant la coquetterie de leur donner un apprêt qui en unit et en lisse la surface, qu’elle modifie très-heureusement de manière à flatter l’œil de l’acheteur.
- Le jute brut,“filé à ces gros numéros, a une apparence laineuse,
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- excellente pour des usages d’ameublement, mais moins heureuse quand il s’agit de sacs ou autres toiles; par la pression seule, sans aucune addition ni encollage, on aplatit le grain, on remplit en les unissant les anfractuosités, et l’on obtient un excellent aspect, égal, lisse et soyeux.
- Parmi les outils de pression, il est une sorte de calandre nommée mangle, véritable laminoir qui peut, à lui seul, finir vingt-cinq mille mètres de toile par jour.
- Au moyen de machines à métrer et à plier, on prépare les ballots que l’on charge sur wagons daas-Tusine même et qui se rendent directement à l’usine centrale de Flixecourt. Les ateliers d’Harondel sont éclairés par dix-huit cents becs de gaz, fabriqué dans l’usine.
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- Harondel est exclusivement consacré au jute; il n’en est pas de même de Pusine voisine Saint-Ouen, le plus grand des trois établissements construits dans la vallée sur la rivière et sur le chemin de fer : là, le chanvre, le lin, le manille, l’aloès, les textiles les plus fins et les plus résistants y sont travaillés concurremment avec le simple jute.
- Là encore, au milieu de ces matières produisant ordinairement une poussière aveuglante et axphyxiante, la santé des ouvriers a été sauvegardée par l’énergique ventilation qui enlève complètement l’air des ateliers et le renouvelle sans discontinuer.
- Mille chevaux de force sont utilisés à Saint-Ouen ; ce sont aussi des machines Corliss fabriquées à Lille chez Legavrian qui actionnent le long arbre sur lequel viennent perpendiculairement s’adapter les transmissions. — Sur cette force, on vient
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- encore d’adapter les machines Siémens au moyen desquelles on éclaire la filature et la corderie. —120 points lumineux alternent ligne par ligne avec les becs de gaz et donnent un éclairage suffisant, mais qui pourrait être plus intense et plus franchement blanc.
- Depuis cinq ans, on a ajouté à Saint-Ouen une fabrique de ficelles, de cordes et de câbles : les fils sont préparés au banc à broches, puis retordus et câblés ; — les ficelles sont terminées sur d’énormes machines qui les encollent dans dés bacs, les polissent, les parent et les sèchent sur de grands tambours» et les remettent ensuite sur bobines.
- Un atelier de dix lisseuses termine environ six mille kilo-grammes de ficelle par jour : elles sont mises en pelotes dé toutes grosseurs et de toutes dispositions dans les ateliers voisins dits de pelotage. Rien n’est plus curieux que les petits métiers d’agencement variable, qui dressent la ficeile sous toutes ses formes jusqu’au petit écheveau spécial au fil à fouet.
- La câblerie s’étend sur une longueur de plus de trois cents mètres parallèlement aux autres bâtiments, et les voies ferrées qui portent les chariots retordeurs se développent encore dans la plaine, jusqu’à pouvoir tordre des câbles de cinq cents mètres. On fabrique aussi à Saint-Ouen des câbles en fer, avec ou sans âme de chanvre ; un atelier Spécial est garni d’un outillage formidable consacré à la confection des câbles plats pour mines et usines.
- Cette fabrication s’accroît sans cesse et comprend un grand nombre de spécialités pour des usages nombreux et variés: celui qui a donné naissance aux ateliers de corderie est la fabrication des ficelles pour liens de sacs. Fabricants de sacs, MM. Saint furent naturellement entraînés à fabriquer les liens qu’il était d’usagé de fournir en même temps aux acheteurs dé sacs; bientôt ils firent les autres ficelles, les cordages ordinaires, les longes, les traits, les cordes à ballots, les fils de pêche, et l’infinie famille des cordages maritimes.
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- Une grande partie des filés de Saint-Ouen se rend à Flixecourt, à quelques kilomètres plus bas, sur la rivière : là se trouvent d’abord l’administration centrale, puis des tissages et les différents services accessoires nécessaires pour donner les dernières façons aux tissus fabriqués, ainsi une teinturerie, une bâcherie, des ateliers de couture mécanique et autres spécialités d’importance moindre.
- Le tissage de Flixecourt n’est pas simple comme celui d’Ha-rondel; on y fabrique au contraire toutes sortes de tissus, depuis les sangles de trois à quatre centimètres jusqu’aux étoffes d’ameublement, portières et rideaux, si à la mode depuis quelques années; quelques-uns d’entre eux ont jusqu’à deux mètres de large.
- Dans l’atelier de tissage ordinaire, on fabrique les sacs sans coutures; un double jeu de chaînes permet à la navette de passer tantôt en dessous, tantôt en dessus, et pour terminer le sac, il ne reste plus qu’à faire passer la canette dans la double chaîne; l’ourlet se fait aussi mécaniquement.
- Il se fait à Flixecourt six millions environ de sacs par an. La couture à la main en exécute environ sept mille par jour, treize mille sont produits mécaniquement, dans un atelier très-intéressant, où une longue file de couseuses reçoivent l’une après l’autre les toiles découpées mécaniquement à la dimension des sacs à faire. Les femmes n’ont qu’à accrocher et décrocher avec une extrême agilité les sacs qui passent rapidement devant elles, entraînés par un mouvement de translation.
- C’est un magnifique atelier, vaste, clair comme tous ceux des établissements Saint frères.
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- Près de l’atelier des machines à coudre, est la fabrique de bâches, qui forme à elle seule une industrie importante ; là, on fabrique les toiles imperméables, soit simplement passées au sulfate de fer, soit enduites d’un magma huileux et siccatif de composition plus ou moins chère.
- Il se fait une quantité considérable de ces bâches propres à servir de couvertures dans un grand nombre de cas, soit pour créer rapidement des hangars, soit pour couvrir sur les ports et les quais des marchandises débarquées, pour servir d’abri sur les bateaux, les charrettes, considérablement sur les wagons.
- Les bâches dites galvanisées sont simplement immergées dans le sulfate de cuivre, les bâches enduites sont badigeonnées au goudron, les plus fines à l’huile de lin, puis séchées, étendues sur des barres dans de grandes étuves.
- Comme annexes de la bâcherie sont les salles où l’on prépare les toiles renforcées de papier, les toiles gommées, les toiles durcies avec apprêt pour couturières et tailleurs, et un
- certain nombre d’autres produits analogues suivant la
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- demande.
- k côté, au bas de la vallée, parallèlement au chemin de fer, sont les ateliers de teinture, très-bien agencés et conduits par un personnel actif et chercheur. Dans cette teinturerie, se préparent ces beaux tons bleu, jaune, rouge et orange qui ont contribué à faire le succès des étoffes en jute pour ameublement.
- C’est à Flixecourt et sur des métiers très-intéressants que se tissent les fils colorés dont les plus simples donnent les toiles à paillasses, quadrillées, en divers écossais. Une boîte à navette latérale aux métiers monte et descend, de façon à présenter alternativement, en face de l’entre-croisure des fils de chaînes, soit la canette blanche, soit les canettes colorées.
- D’autres métiers se compliquent graduellement jusqu’au Jacquart le plus ouvragé et tissent des rideaux tout faits à couleur vive et à dessins tranchés, depuis huit francs jusqu’à cinquante francs la paire. Ils tissent également des tapis de
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- tabla assortis aux rideaux, et des étoffes en pièces depuis un franc quinze centimes jusqu'à trois francs le mètre.
- L'heureux assemblage des couleurs et les dispositions artistiques des dessins maintiennent la vogue de ces étoffes extrêmement décoratives malgré leur bas prix; uncalendrage suffit pour leur donner des reflets brillants et soyeux qui satinent les parties en relief, tandis que le fond reste mat.
- On fait également pour ameublement des peluches et velours ras d’un très-bel effet; une passementerie spéciale, galons, bordure, cordelière, également en jute, accompagne-ces tissus et contribue économiquement à la richesse apparente de l'ornement.
- Malgré les difficultés que les usines Saint rencontrent, comme nos autres établissements industriels français, leur activité est telle que MM. Saint ne craignent pas, au milieu même de la crise industrielle qui sévit, de construire à Moulins-Bleus une usine aussi importante que ses devancières, et qui portera à 155,000 mètres leur production journalière de toile à sacs, etc., production la plus considérable peut-être qui existe.
- Et cependant MM. Saint n’ignorent pas les causes d’infériorité qui pèsent en France sur leur industrie comme sur tant d’autres : 1° les machines qu’ils sont obligés d’aller chercher en bonne partie en Angleterre; 2° les charbons qui coûtent en France, achat et transport, le double du prix payé par les industriels anglais et allemands ; 5° la main-d’œuvre qui revient finalement plus cher chez nous que chez nos voisins; 4° les charges qui sont aussi infiniment plus considérables; 5° enfin les transports généraux bien plus élevés en France que dans les pays concurrents.
- Telles sont les causes d’infériorité contre lesquelles MM. Saint ont à lutter, ce qu’ils font vaillamment, avec intelligence et avec succès, puissamment aidés qu’ils sont d’ailleurs par l’habileté et le dévouement de leur personnel, et ils n’hésitent pas à marcher en avant, même dans les moments difficiles comme celui que nous traversons ; il faut les en féliciter pour le bien de notre pays.
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- Le mouvement si actif qui se produit dans les magasins centraux de Flixecourt, dans ceux de la Chapelle-Paris en communication avec la voie de la Compagnie du Nord, dans ceux de la rue des Bourdonnais et dans les bureaux dirigeants de la rue du Pont-Neuf, est un indice certain de la puissance commerciale de leur industrie; il en est de même à ïlouen et dans les succursales que nous avons nommées.
- Il va sans dire que la sollicitude des chefs de la maison s’occupe instamment du bien-être des ouvriers.
- Deux cent quinze maisons ont été construites pour loger ceux d’entre eux qui n’ont pas leur famille dans la région (des dispositions sont prises pour en compléter trois cents) ; des caisses de secours et de prévoyance, des caisses d’épargne, des écoles primaires gratuites, des réfectoires-cantines, du pain à bon marché, un service de santé, viennent en aide à une intéressante population, à laquelle MM. Saint distribuent environ soixante mille francs de salaires par semaine, chiffre plus éloquent que tous les éloges que l’on pourrait faire de la maison.
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- TYPOGRAPHIE DE E. PLON, NOURRIT ET C'e, 8, RUE GARANCIÈRR.
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