Les grandes usines
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- GRANDES USINES
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- Paris. Typographie de E. Plon et
- O1, rue Garancière, 8.
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- LES
- GRANDES USINES
- ÉTUDES INDUSTRIELLES
- EN FRANCE ET A L’ÉTRANGER
- PAR
- TURGAN
- Membre du jury d’examen et de révision des Expositions universelles en 4862 et 4878 Membre suppléant du jury des récompenses Membre du comité des sociétés savantes, officier de la Légion d’honneur, etc.
- 18
- PARIS
- CALMANN LÉVY, LIBRAIRE-ÉDITEUR
- RUE AUBER, 3, ET BOULEVARD DES ITALIENS, l5
- A LA LIBRAIRIE NOUVELLE'
- 1882
- Tous droits réservés.
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- FABRICATION DE L’ABSINTHE
- USINE PERNOD F™
- A PONTARLIER (Doubs)
- L’absinthe est une liqueur alcoolique préparée au moyen de la plante d’absinthe et d’autres herbes aromatiques.
- Quand cette liqueur est distillée avec soin, elle constitue une boisson tonique et rafraîchissante; son abus peut devenir fâcheux, car elle contient beaucoup d’alcool, mais les personnes qui en font un usage modéré ne peuvent en éprouver que des effets salutaires. L’absinthe fabriquée par certains distillateurs est une simple macération à froid de plantes aromatiques dans de l’alcool; dans ces conditions, cette liqueur peut produire de funestes effets, surtout si, au lieu d’employer des alcools de vin, on leur substitue les alcools moins coûteux, alcools de grains, de betterave, etc., qui contiennent des huiles malsaines.
- Lorsque l’absinthe est préparée au moyen des alcools de vin, seuls employés dans l’usine Pernod, et que la macération des plantes aromatiques dans l’alcool est suivie d’une distillation méthodique, le produit obtenu est sain et tonique.
- On connaissait déjà au moyen âge, sous le nom de vin d’herbes, une composition dans laquelle entraient, comme aujourd’hui, l’absinthe, l’hysope et l’anis. Selon Pline, pendant les courses de chars, on donnait au vainqueur
- 34S‘ livraison.
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- une boisson mêlée d’absinthe pour lui rappeler que la gloire a ses amertumes.
- L’absinthe préparée par des procédés analogues à ceux employés actuellement chez M. Pernod, est d’origine française et non pas suisse, comme le nom d'absinthe suisse paraît l’indiquer.
- Un médecin français, Ordinaire, exilé en Suisse, se fixa àCouvet, et s’occupa de préparations pharmaceutiques, entre autres d’un élixir d’absinthe, composé d’herbes aromatiques, dont il garda le secret; ce procédé'devint la propriété de diverses personnes, et, en 1797, celle de Henri-Louis Pernod, grand-père des propriétaires actuels du : magnifique établissement que nous nous proposons de décrire.
- Ce fut à Gouvet que Henri-Louis Pernod créa un premier établissement dans des conditions fort modestes; l’élixir d’absinthe très apprécié des malades, fut bientôt jugé digne de rivaliser avec les meilleures liqueurs, et dans le but d’étendre ses relations avec la France, et surtout d’éviter les droits d’entrée, alors très élevés, qui grevaient ses produits, Henri-Louis Pernod établit, en 1805, la maison de Pontarlier, dont nous allons chercher à donner une description aussi fidèle que possible.
- Certes, à ses débuts, l’industrie naissante de l’absinthe était loin d’avoir acquis le développement qu’on lui connaît aujourd’hui, et la modeste distillerie dont nous avons eu le bail sous les yeux, daté du 25 pluviôse, an XIII, et stipulant que le sieur Benoit-Hilaire Courbe remet à bail à Pernod fils, au prix de 180 francs l’an, les locaux désignés dans sa maison, située Grand’Rue, à Pontarlier, pour y établir une fabrique dfeau verte, ne rappelait en rien le grandiose établissement que nous avons visité avec un si vif intérêt.
- Avant d’entreprendre la description de cette usine mo-
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- dèle, dont la réputation est aujourd’hui universelle, disons quelques mots des procédés de fabrication employés.
- On commence par faire macérer dans de l’alcool de vin des plantes de grande absinthe, la mélisse à l’arome délicat, le fenouil du Gard, l’anis du Tarn ou de l’Andalousie. Après cette macération, on procède à la distillation qui se fait au bain-marie chauffé par la vapeur. Ce procédé est plus lent que le procédé de distillation par la vapeur directe, mais bien préférable, ence qu’il évite les coups de feu et qu’il ne permet pas que les huiles lourdes soient entraînées avec l’alcool saturé des principes aromatiques des plantes.
- Une partie du produit de la distillation est ensuite versée dans des appareils spéciaux, appelés colorateurs, sur des plantes d’hysope et de petite absinthe, afin d’obtenir un produit concentré qui sert à la coloration de l’absinthe.
- Étudions chacune des matières premières employées dans cette fabrication.
- Absinthe. — L’absinthe est une plante vivace fortement aromatique, vermifuge, stomachique et diurétique. Elle se contente des terrains de médiocre qualité; elle croît sur un sol pierreux, mais, de préférence, elle se plaît sur la pente des coteaux exposés au Levant ; sa culture donne surtout de bons résultats dans les terrains argilo-calcaires. La grande absinthe et la petite absinthe constituent les variétés les plus ordinairement cultivées. La grande absinthe se sème au printemps; on la repique en automne. La petite absinthe se multiplie par boutures, la graine n’arrivant pas à maturité dans nos climats.
- On plante ces boutures en automne; dans une terre bien ameublie et labourée, l’absinthe ne demande plus que quelques binages. On récolte les fleurs, les feuilles et les
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- tiges d absinthe au mois de juillet, un peu avant la pleine floraison; on coupe les tiges à quelques centimètres du sol. M. Pernod employait autrefois l’absinthe cultivée dans les montagnes; aujourd’hui, la consommation de cette plante faite dans l’usine est telle que la culture s’en est considérablement développée dans le pays. M. Pernod est donc assuré, malgré les énormes développements de sa fabrication, de pouvoir toujours se procurer des plantes d’absinthe de premier choix.
- Mélisse. — La mélisse est une plante qui, par une bonne culture, est susceptible d’un excellent rendement ; on la récolte en choisissant parmi les rameaux, ceux qui ne sont pas trop montés; on en fait des bouquets que l’on fait ensuite sécher dans un grenier. La mélisse est douée de remarquables propriétés anti-nerveuses.
- Fenouil. — Cette plante demande une terre légère et sèche ; elle se plaît à une exposition méridionale; il faut récolter le fenouil un peu avant la maturité de la graine; celle-ci achève de mûrir dans les ombelles suspendues en paquets à l’ombre et à l’abri de l’humidité. Cette culture est très répandue en Italie et dans le midi de la France ; le fenouil du Gard jouit d’une légitime réputation ; c’est celui qui est employé dans l’usine Pernod.
- Anis. — Cette plante est cultivée pour sa graine qui est si recherchée dans la distillerie, la parfumerie, la confiserie et la pharmacie; elle se plaît dans les lieux élevés; un sol sablonneux et calcaire bien ameubli est celui qui lui convient le mieux. On sème au commencement d’avril, afin que la plante, très sensible au froid, n’ait point à souffrir des gelées tardives du printemps ; la récolte se fait pendant le mois d’août; on laisse" sécher, on bat au fléau, et, après un vannage, les graines sont mises en sac. Les meilleures provenances d’anis sont celles du Tarn et de l’Andalousie; malgré l’éloignement de
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- de ces contrées, M. Pernod en fait venir les graines nécessaires à sa fabrication. »
- Disons enfin quelques mots de Yhysope : les extrémités fleuries de cet arbuste aromatique passent pour être expectorantes et excitantes. L’hysope se multiplie par semis.
- Qu’il nous soit permis de placer ici une courte digression sur les effets nuisibles qu’on reproche à l’absinthe.
- La plupart de ses détracteurs, et surtout ceux qui jugent par ouï-dire, sont persuadés que les effets morbides qu’ils attribuent à l’absinthe sont produits par la plante elle-même ; or, si nous consultons les ouvrages des médecins qui ont étudié cette question, nous voyons que ce végétal tant décrié est bien loin de mériter la fâcheuse réputation qu’on lui fait; ainsi M. P. Joigneaux, parlant de la plante d’absinthe, dit :
- « Son amertume fait son principal mérite : elle est toni-« que, excitante, vermifuge, fébrifuge ; c’est la plante par « excellence des femmes pâles, sans énergie ; c’est le « Quinquina de l'indigent; une légère pincée suffit dans cc un litre d’eau bouillante, etc.
- « L’absinthe, écrit le docteur Gazin, est un excellent « vermifuge, dont l’usage continué après la destruction « des vers intestinaux, en empêche la reproduction. »
- Enfin nous lisons dans Un million de recettes, encyclopédie illustrée qui paraît actuellement avec la collaboration de MM. Jules Trousset, Pifteau, etc. :
- « Le mot absinthe est devenu synonyme de poison lent, « et pourtant ne mérite pas sa mauvaise réputation : « la liqueur d’absinthe qui produit la démence lorsqu’on « en fait excès, ne doit ses propriétés nuisibles qu’aux al-« cools et autres ingrédients qui entrent dans la compo-« sition de la liqueur que l’on vend dans beaucoup de
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- « cafés* Une absinthe bien fabriquée, lorsqu’on n’en fait
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- « pas excès, ne peut produire que de bons effets. »
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- L’absinthe Pernod, dont cette étude démontrera l'excel-
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- lence des procédés de fabrication, ne contient que des alcools de vin; nous pouvons, d’accord avec les auteurs que nous venons de citer, recommander cette liqueur comme
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- une des plus toniques et des plus saines qui existent.
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- M* Pernod fait usage exclusivement d’alcool de vin, que des wagons-réservoirs amènent de Nîmes, de Montpellier,
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- de Béziers, de ce qui reste enfin de ces beaux vignobles du Languedoc, si maltraités par le phylloxéra.
- Parcourons cette importante usine.
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- Le bâtiment principal, situé à l’arrière-plan de la fig. 1,
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- mesure 80 mètres de longueur sur 20 mètres de largeur*
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- En avant se trouvent adossées trois grandes halles de 20
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- mètres sur 16 mètres, de construction récente ; ces halles,
- destinées aux expéditions, couvrent les quais séparant
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- l’usine de 1 embranchement de la voie ferrée qui la réunit à la gare ; un vaste magasin, non représenté fig. 1, ayant 30 mètres sur 18 mètres, est destiné à loger une partie des approvisionnements qu’exige l’exploitation de l’usine.
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- Des caves spacieuses et solidement voûtées occupent le sous-sol de tous les bâtiments.
- Le pavillon central, dans lequel est installée la distillerie, forme au rez-de-chaussée une seule salle de 22 mètres sur 20 et de 4",50 de hauteur ; le plafond est soutenu par de forts sommiers en fer, supportés par 4 colonnes de fonte. La fig. Il donne une vue spéciale de ce bel atelier.
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- . Le visiteur est frappé de l’aspect magistral que présente cette pièce, où sont rangés symétriquement 16 grands alambics et 10 colorateurs produisant quotidiennement
- 10/200 litres d’absinthe.
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- Au centre de la pièce, et faisant face à l’entrée princi-
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- pale, une machine à vapeur de 10 chevaux actionne les
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- pompes, les machines a rincer les bouteilles, à boucher, à marquer, à clouer, les ascenseurs, les monte-charges et les machines dynamo-électriques, car l’établissement tout entier est éclairé à l’électricité.
- Deux générateurs à vapeur, système Belleville, alimentent la distillerie et le moteur; leur production totale est de 150 chevaux.
- Au-dessus de la distillerie se trouve la salle des charges, où les plantes et les graines sont dosées; au moyen d’un chariot portant une manche de toile et roulant sur des rails, les plantes et les graines sont facilement distribuées dans les appareils. A droite et à gauche de la salle des charges, se trouvent les magasins aux herbes. Revenons à la distillerie, où, comme nous l’avons dit, la distillation se fait au bain-marie chauffé par la vapeur. Depuis quelques années, M. Pernod a apporté de nombreuses modifications aux appareils de distillation : ces perfectionnements, aujourd’hui terminés, permettent de faire la distillation dans des conditions exceptionnelles. La fig. Il indique les 16 alambics avec les 8 bacs refroidisseurs et les 10 colora-teurs disposés sur deux rangées extrêmes : chacun des alambics présente une capacité de 1,500 litres et fournit 700 litres ; les colorateurs ont une capacité de 1,200 litres.
- Tout ce qui tient à la fabrication est, dans l’usine Pernod, l’objet d'une surveillance toute spéciale ; c'est à ces soins de tous les jours, aussi bien qu’au choix scrupuleux des matières premières, qu’il faut surtout attribuer la faveur toujours plus marquée dont ses produits jouissent en France et à l'étranger.
- La plus grande propreté, l’ordre le plus parfait régnent partout, et le soir, lorsque dans, la vaste distillerie, les cuivres resplendissent aux rayons de la lumière électrique, l’effet est vraiment magnifique.
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- Si, après avoir visité la distillerie, nous nous dirigeons vers la droite nous entrons dâns une grande salle largement éclairée, dont ranimation contraste avec le calme du laboratoire, où deux ouvriers suffisent à la surveillance de la distillation et à la conduite de la machine : c’est l’atelier de mise en bouteilles et d’expédition (fig. III).
- La machine à rincer, desservie par quatre ouvrières, fait tourner les bouteilles entre des brosses fixes, sous dés jets d’eau chaude ; elles sortent de là parfaitement limpides, s’égouttent sur des hérissons à pivot et passent à la machine à tirer, qui les remplit à raison de 20 à la minute; cette machine, une petite merveille, est spéciale à la maison Pernod ; c’est l’oeuvre de son directeur, mécanicien habile, qui s’occupe avec un soin tout spécial des perfectionnements de l’outillage.
- Les bouteilles pleines viennent d’elles-mêmes se présenter aux boucheuses, qui ne font que les placer sous leurs machines où elles introduisent en même temps le bouchon ; les machines, mues par un mécanisme très ingénieux, enfoncent les bouchons d’elles-mêmes.
- Les bouteilles passent ensuite aux mains des colleuses, qui y apposent l’étiquette, qu’elles cueillent toute gommée sur les cylindres de caoutchouc d’une machine spéciale; puis elles sont revêtues au goulot d’une feuille d’étain et déposées dans des caisses fixées sur un tricycle qui sert à les conduire à l’endroit où elles seront rangées par milliers, cachetées, enveloppées de papier, mises en paillons et en caisses ; celles-ci passent sans transition à une machine à clouer fort ingénieuse et rapide qui, d’un seul coup, cloue tout un côté de la caisse, sans bruit;, sans secousse; elle cloue ainsi cent cinquante à deux cents caisses à l’heure, c’est-à-dire qu’elle suffit largement à la production de l’usine.
- A côté de la machine à clouer, qui est de provenance
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- américaine, nous admirons une machine à marquer les bouchons, qui marque, compte [et trie 5,000 bouchons à l'heure, sans qu’on ait besoin de s’en occuper autrement
- Fig. II. — Atelier
- que pour remplir de temps en temps la trémie qui l’alimente.
- Les caisses clouées sont alignées dans la vaste halle dont nous avons parlé plus haut : là elles sont marquées au
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- feu, plombées, chargées sur les wagons qui les attendent à la porte.
- Six cents caisses de douze bouteilles peuvent être ainsi-
- terminées dans un jour, et le nombre pourrait en être bien augmenté sans que pour cela il faille accroître l’emballage De la mise en bouteilles, nous descendons dans les caves, où de nouvelles surprises nous attendent.
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- Sous ces voûtes sonores s’alignent en perspectives immenses cent quarante-quatre foudres contenant ensemble près d’un demi-million de litres d’absinthe fabriquée. Onze grands bacs de tôle contenant de vingt-cinq à cent mille litres chacun, renferment dans leurs flancs plus de 400,000 litres de trois-six qui y arrivent par une simple manœuvre de robinet,, depuis les wagons-réservoirs alignés au bord du quai de l’usine.
- Des pompes puissantes font les transvasements, montent dans la salle des charges le trois-six nécessaire à la distillation ou remplissent les bacs de la mise en bouteilles ; des sonneries électriques, des tubes acoustiques ou des sifflets transmettent les ordres avec la rapidité de la pensée et l’énorme manipulation qu’exige le déplacement de quantités aussi considérables de liquides (20,000 litres par jour), se fait pour ainsi dire sans qu on s en aperçoive, avec l’aide de quatre ouvriers.
- Dans l’une des caves, nous remarquons un ascenseur, par lequel montent au rez-de-chaussée les fûts destinés à l’expédition ; un mécanisme très ingénieux empêche la cage de redescendre dans les cas de rupture du câble, cause de la plupart des accidents dans les usines.
- La température des caves est maintenue, pendant l’hiver, à un niveau constant, au moyen de courants d’air chaud que des hélices, animées d’un mouvement rapide, recueillent à la partie supérieure de la distillerie et envoient dans le sous-sol par de vastes tuyaux. En été, cette chaleur s’échappe par des cheminées d’aérage au-dessus des toits.
- Des caves, nous montons dans l’atelier d’emballage des fûts et des bombonnes ; les uns et les autres sont recouverts d’une chape en sapin bourrée de paille, afin d’é- ; viter, dans la mesure du possible, les accidents de route ; des plombs et des cachets de cire, à la marque de la mai-
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- 14 GRANDES USINES
- son, les protègent contre les soustractions pendant le transport.
- Tout le service des ateliers, des quais et des magasins se fait par de petits chemins de fer Decauville ; la main-d’œuvre est réduite autant qu’il est possible ; aussi la première impression qu’on éprouve en parcourant cette vaste usine est l’étonnement de ce qu’avec un personnel aussi restreint, on puisse faire tant de choses. Cependant l’établis-sement occupe une soixantaine d’ouvriers, dont 24 femmes , sans compter les tonneliers, boisseliers et menuisiers qui travaillent hors de l’usine; l’un de ces fournisseurs livre pour 8 à 10,000 francs de caisses tous les mois, grâco à une installation mécanique qui débite le bois, le tire de largeur, taille les queues d’aronde, raine les couvercles, etc.
- La journée de travail effectif est fixée à 11 heures, le
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- salaire minimum est de 0 fr. 20 c. l’heure pour les fem-
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- mes, et de O fr. 30 c. l’heure pour les hommes.
- Lorsque M. Pernod demande aux ouvriers des heures supplémentaires, comme cela a lieu dans les moments de presse, elles leur sont payées en sus du tarif et dans la proportion de deux heures de nuit pour trois heures de jour; mais ce travail est facultatif et nul né peut être contraint de travailler plus de 11 heures par jour.
- Le travail du dimanche n’est pas admis.
- Outre le salaire régulier, les ouvriers qui ont passé au moins un an dans la maison, deviennent participants au fonds de retraite.
- Ce fonds est constitué par une part déterminée dans les bénéfices de l’exploitation que M. Pernod attribue chaque année à ses ouvriers et employés. Les fonds restent déposés dans la maison et sont productifs d’intérêts ; chaque ouvrier reçoit un livret sur lequel est portée, à l’époque de l’inventaire, la part de bénéfice à laquelle il a droit.
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- Les livrets sont incessibles et insaisissables, et le béné-fîciaire ne peut toucher le capital qu’à sa sortie de la maison; s’il vient à décéder, sa part est immédiatement versée à ses ayants-droit.
- Les intérêts servent, avant tout, à assurer aux ouvriers malades, une indemnité de chômage; le surplus peut être touché par le bénéficiaire ou s’ajoute à son capital.
- En 1884, les parts de bénéfices représentaient 50 0/0 des salaires.
- Le fonds de retraite s’élevait, au 31 décembre 1884, à 70,745 fr. 60 c. ; il a été formé entièrement par les versements faits par M. Pernod; il constitue une réserve sur laquelle l’ouvrier peut compter, lorsque son âge ou ses infirmités ne lui permettent plus de travailler, et un précieux secours pour les familles que la mort a privées de leur chef.
- Cette institution a, en outre, l’avantage d’obliger l’ouvrier à l’épargne et développe en lui le sentiment de la solidarité, puisque les indemnités de chômage sont prélevées sur le compte général.
- Cette mesure a aussi pour effet d’établir un contrôle^ sérieux des journées de maladie, car les ouvriers étant intéressés à ce qu’il ne se produise pas d’abus de,ce chef,
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- se surveillent mutuellement, d’une manière plus efficace
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- que ne pourrait le faire M. Pernod lui-même.
- La maison assure ses ouvriers contre les accidents ; elle paie elle-même les primes sans y faire participer les ouvriers par voie de retenues, et, non seulement elle leur assure une indemnité proportionnelle à la gravité des lésions qu’ils ont subies, mais encore elle leur fait allouer par la Compagnie d’Assurances, une indemnité de chômage lorsque l’incapacité de travail dure plus de trois jours.
- Les ouvriers ont toujours été l’objet de la sollicitude de
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- 16 GRANDES USINES
- M. Pernod, qui n’épârgne rien pour améliorer les condi tions du travail et pour éviter les chances d’accidents ; de temps en temps il leur fait faire une excursion collective sur les bords des lacs Suisses ou dans quelque ville intéressante; de leur côté, les ouvriers sont reconnaissants, et plus d’une fois, ils ont donné des preuves touchantes de leur dévouement à leur chef.
- Jamais une grève ne s’est produite dans la maison, -jamais les ouvriers n’ont demandé d’augmentations de salaire; celles-ci ont toujours eu lieu spontanément de la part de M. Pernod, lorsque l’élévation du prix des heures ou l’augmentation générale de la main-d’œuvre en ont fait voir la nécessité.
- Tel est cet important établissement qui constitue un modèle digne d’être cité; son propriétaire et directeur,
- M. Pernod, a su être à la fois un philanthrope soucieux des intérêts de ses ouvriers, et un industriel, qui, par des perfectionnements successifs apportés à sa fabrication est arrivé à prendre une place capitale dans la production de notre pays. Aujourd’hui, l’absinthe Pernod est sans rivale, en France et dans le monde entier, et jamais réputation ne fut mieux justifiée.
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- lmp. Ch. ItABfcCHAIi & J.MosïoMKK. 16, cour des Petites-Ecuries. Pari*.
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- FILATURE, PASSEMENTERIE & BRODERIE D'OR
- ET D'ARGENT
- ÉTABLISSEMENTS
- VAUGEOIS &
- à Paris> Lyon et Colombes (Seine).
- La filature, la passementerie et la broderie d’or et d’argent constituent une industrie d’une grande importance en France, en Angleterre, en Allemagne et en Autriche. Nous sommes heureux de constater la suprématie des produits français, au point de vue du goût et de la richesse, .dans la passementerie pour les uniformes militaires et d’administration, les ornements de toilette, les ameublements, les ornements pour les églises et les théâtres. La fabrication anglaise dans les articles fins est belle, mais lourde et plus chère que la fabrication française. L’Allemagne, grâce au bon marché de ses produits en faux, et malgré leur mauvais goût, est une rivale dangereuse. Quant à l’Autriche, elle se suffit à elle-même mais exporte peu, et sa concurrence n’est pas à redouter pour notre fabrication.
- Cettè industrie est surtout parisienne. Parmi les divers fabricants de Paris, MM. Yaugeois et Binot occupent une place capitale ; nous ne pouvons donc mieux initier nos lecteurs à cette fabrication qu’en indiquant les procédés employés dans cette maison.
- 346• Lioraisoti.
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- GRANDES
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- L’art de mélanger l’or et l’argent aux soies de couleur dans la fabrication des tissus est d’une grande antiquité. Moïse, dans le livre de l’Exode, chapitre xxxix, en parlant d’un habile ouvrier de la tribu dé Daniel, dit : « Et « lui fit l’éphod d’un fin tissu de fils d’or, bleus, pourpres « et écarlates, et ils battirent l’or pour en faire des plaques « minces et le coupèrent en fils pour le mélanger hàbile-« ment aux fils bleus, pourpres et écarlates. » Hâtons-nous de dire que l’emploi des fils d’or pur dans la broderie est abandonné depuis longtemps à cause du prix trop élevé de ce métal.
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- Salomon parle de la fille d’un roi dont le vêtement était d’or façonné ; Homère cite un réseau d’or fin comme la toile que file l’araignée. Pline mentionne au&si-le mélange de l’or dans l’étoffe des habits du roi Attalus. Les Baby-Ioniens passent pour avoir été très habiles dans la fabrication de la broderie d’or.
- Dans un ouvrage de Francisque Michel, aujourd’hui fort rare, sur le commerce, la fabrication et Vusage des étoffés de soie dor et d’argent et autres tissus précieux en Occident, principalement en France au moyen âge, l’auteur
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- nous apprend qu’au xne siècle la broderie en or, en soie
- et en argent était déjà une vieille industrie de T île de
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- Chypre. Cet or filé, qu’on appelle or de Chypre, si recher- -
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- ché au moyen âge et imité au xve siècle par les passemen-tiers d’Italie, n’était autre chose qu’un fil de soie recouvert d’une lame d’or ; l’or de Chypre se répandit à Florence, à Milan et en France.
- En 1565, un Saxon nommé Christophe Schultz inventa la filière pour étirer les fils de métal, et comme le tréfilage précède la fabrication du filé d’or, on peut pren-
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- dre cette date comme point de départ de cette in-
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- dustrie en Angleterre. Sous Charles Ier, le tréfilage était déjà très perfectionné. La priorité dans cette in-
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- PASSEMENTERIE ET BRODERIE D’OR ET D’ARGENT 3
- vention est dü reste contestée à l’Angleterre par l’Allemagne : le tréfilage aurait été pratiqué d’abord à Nüremberg, puis importé en France, à Trévoux et à Lyon, d’où il se répandit à Paris. Dans un article sur « la fabrication des fils de métal en Allemagne », il est constaté que cette industrie prit naissance dans les environs de la rivière Ruhr, en Westphalie. Elle doit, en tous cas, avoir existé au xve siècle, car lors de la destruction totale, en 1518, d’Altona, qui était, depuis plusieurs années, uri des principaux centres de cette industrie, son souverain, le duc Jean de Clèves, fit défense à tout étireur de fil de quitter la ville pour aller s’établir ailleurs. D’un autre côté, la France revendique pour un de ses concitoyens, Richard d'Archal, l’invention en 1350 de la filière à étirer les fils de métal.
- La broderie d’or paraît avoir été employée depuis très
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- longtemps dans l’Inde ; sir Georges Birchwood, dans son traité des arts industriels dans l’Inde, constate qu’il se fait partout dans ce pays, surtout dans les vieilles villes royales, une immense fabrication de fils d’or et d’argent.
- Aujourd’hui cependant, presque tous les filés d’or et d’argent employés aux Indes viennent d’Europe et principalement de France.
- Les fils d’or et d’argent servent à faire la passemente-
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- rie militaire (épaulettes, ceinturons, galons, cordons, sou-taches, tresses, broderies d’administration, etc.), les franges
- et glands des bannières, les ornements d’église, le tissage
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- des étoffes, etc. Pour les costumes de théâtre et la déco-
- ration des salles de bal ou de réunion, on se sert beaucoup de fils en imitation d’or et d’argent, dans lesquels il n’y
- a souvent pas une parcelle d’or ni d’argent.
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- De nos j ours, trois métaux servent à la passementerie : l’or, l’argent et lé cuivre. Nous parlerons plus loin d’un quatrième dont MM. Yaugeois et Binot ont su tirer un merveilleux parti.
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- L’or s’emploie pur, mais seulement pour recouvrir l’argent ou le cuivre.
- L’argent employé par MM. Yâugeois et Binot est au titre de 990 millièmes, c’est-à-dire qu’il ne contient que 40 millièmes de cuivre qui sont indispensables pour travailler le métal. L’argent à 990/1000 est blanc, doux, ductile en même temps que ferme et résistant r MM. Yâugeois et Binot excluent tout autre alliage et garantissent, sur leurs factures, le titre 990/1000 ; c’est le plus élévé.
- Jusqu’en 1863, les lingots" d’argent devaient passer à un bureau dit de garantie, qui n’admettait que le seul titre de 990 millièmes. A cette époque, cette garantie fut supprimée, et la liberté devint absolue. Aussi chacun se mit-il à l’œuvre pour obtenir une diminution de prix par rabaissement du titre, mais le changement de titre modifie profondément le métal; on est arrivé tout d’abord à un alliage de 750 millièmes, puis, au moyen du fourré, à des-titres beaucoup plus bas encore. Le fourré est le fil obtenu en tirant un bâton d’argent dont l’âme est en cuivre. La teneur dé ces bas titres est impossible à reconnaître pratiquement. La maison Yâugeois et Binot a tenu à conserver, pour les articles fins, son titre de 990/1000, dont le contrôle est des plus faciles ; il suffit en effet de chauffer le fil pour obtenir une petite boule blanche. Cette blan- — cheur dénote le premier titre, les boules pour les bas titres étant jaunâtres ou noirâtres.
- La passementerie se fait en fin, mi-fin et faux.
- L’or fin est l’or appliqué sur l’argent ou argent doré : nous verrons plus loin les procédés de dorure : on n’emploie pas l’or allié d’argent et de cuivre, comme dans la bijouterie et l’orfèvrerie.
- L’argent fin est l’argent allié de cuivre dans les propor- ^ tions très faibles de 1 0/0.
- L’or mi-fin est du cuivre argenté d’abord, puis doré; l’ar-
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- gent mi-fin du cuivre argenté; l’or faux du cuivre jauni recouvert superficiellement d’une couche de laiton ; enfin l’argent faux du cuivre légèrement argenté. L’argent mi-fin et l’argent faux ne diffèrent que par l’épaisseur de la couche d’argent. Ainsi l’argent est la base de la passementerie fine, le cuivre, de la mi-fine comme de la fausse.
- Depuis quelques années, on est arrivé à produire un métal blanc permettant d’obtenir une passementerie de qualité intermédiaire entre le fin et le mi-fin et pouvant avoir la solidité et la durée de la passementerie fine. Ce métal fournit une passementerie supérieure à tous égards à celle des fabricants qui emploient des bas titres fournissant des produits de qualité très contestée; il est composé de cuivre, de zinc et de nickel qui donne de la blancheur au métal et empêche l’oxvdation. MM. Yaugeois et Binot ont été les premiers à employer ce métal blanc, qui leur a permis de fabriquer une passementerie imitant absolument le fin et à des prix inférieurs à ceux des passementeries à bas titre dont la composition ne saurait se vérifier que par une analyse complète et coûteuse. C’est surtout dans les articles d’exportation pour la passementerie militaire et religieuse que ce métal blanc est employé.
- L’or et l’argent sont achetés à Marseille et sont généralement de provenance de Californie. L’affinage se fait à Lyon.
- Arrivons maintenant à la fabrication proprement dite.
- FABRICATION
- La première opération consiste à obtenir des fils métalliques dits traits : cette opération constitue le tirage.
- L’argent est mis en bâtons du poids de 4,000 à 4,500 grammes, d’une longueur variable entre 65 et 75 centimètres et d’une grosseur invariable, 31mm de diamètre et
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- 97mm,5 de circonférence. En cet état on le dore ou on l’argente.
- Dorure. — Il y a deux espèces de dorure : la dorure à la feuille, la meilleure, et la dorure au bain, qui est irrégulière.
- Dorure à la feuille. — Après avoir bien nettoyé et poli le bâton, on l’entoure, suivant la dorure que l’on veut avoir, d’un certain nombre de feuilles (de 5 à 28); les feuilles d’or battu ont une surface de 10 centimètres carrés et pèsent 5 décigrammes; le nombre des feuilles à poser varie suivant la puissance de la dorure à obtenir. Pour faire tenir ces feuilles au bâton, on l’enroule d’un ruban de papier ou d’une bande de toile d’-em-ballage; on porte ensuite ce bâton dans un fourneau chauffé au charbon de bois pour que la température soit plus régulière. Dès que l’ouvrier remarqué à la rougeur du bâton qu’il est assez chaud, il le retire et le place sur une espèce de tréteau où deux ouvriers le frottent au moyen de pierres dures (des anciennes haches celtiques coupées en deux). Pour faire adhérer complètement l’or à l’argent, ils le polissent jusqu’à ce qu’aucune bulle d’air ne reste entre les feuilles.
- Le cuivre s’argente de la même manière, mais au lieu d’employer des pierres pour polir, on se sert d’un brunissoir en acier.
- Il faut, après cette première opération, faire passer le bâton dans une série de filières. On frotte le bâton de cire de manière à préserver l’or et on le passe dans des trous en fer de plus en plus petits. Après chaque passage il s’échauffe, il faut donc le plonger dans de l’eau froide et le cirer avant le passage suivant. Le bâton ne pouvant s’enrouler est d’abord tiré droit; ensuite, lorsqu’il est réduit à un diamètre de 8 à 9 millimètres, on commence à l’enrouler. Plus le fil diminue, plus il passe avec rapidité
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- dans les filières. L’afïineur tire le fil jusqu’à une grosseur de 3 à 4 millimètres, à cet état on le nomme gavette.
- Les gavettes doivent encore passer dans trois séries successives de filières. La première série est celle des paillettes, la seconde des bouillons, et la troisième des filés. Les filières de la dernière série sont non pas en acier, mais en diamant. Le fil se nomme alors le trait. Le trait dit 6 P, par exemple, après son passage dans une des dernières filières, acquiert une longueur de 67,580 mètres par kilogramme, et de 270,320 mètres poufie bâton de 4 kilogrammes. Le trait or et argent peut être mat ou brillant; il est mat au sortir de la filière, et constitue à proprement parler le trait, il est brillant lorsqu’on a laminé ce trait, on le nomme alors lame. Cette opération du tirage se fait à Lyon surtout et à la vapeur, du moins pour le mi-fin et le faux. MM. Yaugeois et Binot n’ont à Colombes que des machines à la main qui sont seulement utilisées dans des cas exceptionnels.
- Dorure au bain. — Dans ce procédé, on soumet à des courants électriques des petits fils de métal tirés très fins, 3/4de millimètre au plus, ou bien ce même métal filé sur soie ou sur coton avec les métiers que nous indiquerons -plus loin.
- Ainsi, pour la dorure à la feuille, on ne peut opérer que sur le métal en bâton, dans la dorure au bain on opère sur le métal pur amené à l’état de fil fin et sur ce même métal filé sur soie ou sur coton. Dans les deux cas l’or est pur, c’est-à-dire au titre de 1000/1000. Le gramme d’or à la feuille coûte un peu moins cher que le gramme d’or au bain, cette dernière méthode exigeant plus de façon. Le procédé à la feuille est préférable pour les belles dorures sur argent destinées à la passementerie riche, solide, durable,* et pour lesquelles le fabricant garantit une quantité déterminée de millièmes d’or. _
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- Atelier de fabrication des galons a Paris.
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- Le procédé au bain ne convient pas pour la dorure de l’argent fin qui exige une forte quantité d’or et cependant une nuance brillante ; au contrai re, il est bon pour la dorure du mi-fin, c’est-à-dire pour les articles devant seulement avoir une apparen.ee avantageuse.
- Ces deux procédés ont donc leur raison d’être, l’on ne peut pas employer indifféremment l’un pour l’autre ; ils
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- paraissent au contraire devoir se compléter. La dorure à la feuille se pratique sans inconvénient en toute saison. La dorure au bain est exposée à quelques difficultés dans
- les saisons extrêmes. En résumé, le procédé au bain est moins bon et coûte plus cher que la dorure à la feuille
- à quantité égale d’or.
- L’argenture se fait exclusivement à la feuille.
- Le travail de fabrication comprend huit opérations : la première, qui est le tirage d’or, est maintenant bien connue de nos lecteurs, indiquons les autres opérations qui sont : la filature; le tissage ; le tressage ; le bouillonnage et la fabrication des torsades; la broderie; le travail à Vêla-bli et le travail au coussin.
- Ces opérations nombreuses et variées sont exécutées suivant les meilleurs procédés chez MM. Vaugeois et Binot.
- Filature. — La filature est l’application des traits d’or
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- et d’argent, laminés ou non laminés, sur une âme en soie ou en coton : des lamespour former les files, frisés, ondes,
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- diamantés ; des traits pour former les milanaises. On obtient aussi des passés lorsque, devant traverser l’étoffe, les filés doivent conserver une grande résistance, et des
- cordonnets, lorsque les filés sont doubles, triples, etc. . On file sur des métiers dits rouets filants de 12 à 36 bouts
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- à la fois. Un rouet nécessite le travail simultané de 3 à
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- 4 ouvriers pour préparer, nettoyer la soie. ou ; le coton, laminer le trait et donner le mouvement. Le fil métallique
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- enroulé sur une bobine se déroule successivement pour s’enrouler sur le fil de soie ou de coton.
- Dans le métier à filer employé par MM. Yaugeois et Binot, la bobine sur laquelle s’enroule le filé reçoit son mouvement par l’intermédiaire d’une corde tendue au moyen de poulies de renvoi et d’un contrepoids. La corde, les poulies ;de renvoi et le contrepoids, portent dans leur em-semble le nom & attirail. Le filé s’enroule sur la bobine appelée culier; pour que l’enroulement jse fasse sur toute la longueur de la bobine, le fil est guidé par un galet porté par une pièce dite va-et-vient.
- Tissage. — Le tissage se fait de deux manières : 1° à la main, soit sur l’ancien métier à haute lisse, soit sur le métier à la Jacquard; 2° à la barre.
- Avant d’employer les métiers Jacquard, on se servait du métier à haute lisse. Ce métier est généralement composé de 24]lisses ; une lisse comprend deux lacs attachés l’un à l’autre par des ficelles qui forment des mailles : une platine, disposée au bas de la lisse, lui donne du poids et la maintient dans une position fixe.
- Les lisses fonctionnent au moyen de poulies placées à la partie supérieure du métier; elles sont attachées à de grosses ficelles fixées elles-mêmes à des marches ; en fonçant une marche, la lisse s’élève. Le métier comprend 24 marches qui font lever les 24 lisses ; ces marches se divisent en douze à gauche pour les pas blancs,, et douze à droite pour les pas noirs.
- Les rames, composées de fils fixés derrière le métier, sont destinées à faire le dessin du galon; elles passent dans les mailles des lisses suivant le dessin que l’on veut obtenir.
- A la ramé est attachée-une c’est-à-dire un fil au mi-
- lieu duquel se trouve un maillon en cuivre ; dans ce maillon on enfile les bouts de soie., de coton ou de fil qui forment
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- la chaîne du galon. Cette chaîne s’enroule sur un cylindre ensouple placé sur deux potences ; on charge l’ensou-ple au moyen d’une grosse corde à laquelle on suspend des poids en fonte. Quand la chaîne est chargée et que l’on fonce une marche, la chaîne s’entr’ouvre et permet à la navette de passer au milieu et de fournir la trame du galon. Cette trame est un filé d’or ou d’argent qui est placé au moyen du battant. Suivant que l’ouvrier fait tomber le battant fort ou doucement, le galonest plus ou moins garni de fils d’or ou d’argent : cette opération constitue le frappage. Au battant est adapté un peigne dans lequel passe la chaîne ; à la sortie du peigne, la chaîne, tissée avec la trame, produit le galon qui passe sur le rouleau de la poitrinière. La poitrinière est la traverse de bois qui sert de point d’appui à l’ouvrier ; c’est à la poitrinière que sont attachées les deux bretelles que l’ouvrier passe sur ses épaules, de manière à avoir la force nécessaire pour foncer la marche et faire passer la navette.
- Le métier à la Jacquard, plus généralement employé aujourd’hui dans la passementerie, est un métier plus perfectionné que le métier que nous venons de décrire : dans le métier Jacquard, on a disposé un plus grand nombre de rames, et ces rames sont toujours passées dans les mailles ; on peut, par suite, obtenir des dessins plus longs que sur le métier à hautes lisses.
- Dans le métier Jacquard, le dèssin du galon est piqué sur des cartons percés de trous dont l’ensemble constitue \m jeu de cartons.
- Quand on fonce le pas d’un métier Jacquard, le battant s’éloigne en faisant tourner le cylindre sur lequel sont posés les cartons ; chaque fois que l’on fonce le pas, un nouveau carton se présente et vient sur des aiguilles qui entrent dans les trous du carton et permettent à des crochets commandés par les aiguilles de prendre à des grif-
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- fes; par suite, la rame attachée au crochet s’élève et le
- La différence qui existe entre le métier à hautes lisses et le métier Jacquard consiste surtout en ce que les rames de la haute lisse sont remplacées par des crochets, les mailles par des aiguilles et les lisses par des cantons.
- La substitution du métier Jacquard aux anciens métiers a donné les meilleurs résultats.
- Pour le tissage fait à la barre, on emploie des métiers semblables, sauf en quelques détails, à ceux employés pour les rubans de soie.
- On tisse généralement les galons sur 16 et sur 24 bouts à la fois, toujours avec deux navettes, souvent avec trois. Le
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- tissage à la main se fait plutôt par des hommes que par des femmes. Le tissage à la barre se fait généralement par des hommes. La figure I indique un des ateliers de fabrication des galons de la maison Vaugeois et Binot. Cet
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- atelier comprend des métiers Jacquard, à la main et des métiers à haute lisse. En dehors de cet atelier, la maison fait travailler des galonniers en commun avec d’autres fabricants. De même à Lyon, la maison possède un atelier particulier de métiers Jacquard à la barre et des métiers tra-
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- vaillant en commun pour plusieurs fabricants.
- Fabrication des tresses, cordons, ganses carrées, soutaches. — Les métiers employés pour ces opérations sont des métiers circulaires portant de 7 à 93 fuseaux, et pouvant faire, suivant la manière dont le métier est monté, des tresses, des cordons, des ganses carrées, des soutaches, tout cela avec une rapidité merveilleuse : cette fabrication
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- est des plus intéressantes, elle nécessite relativement
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- peu d’ouvriers, mais il faut des ouvriers habiles et expé-
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- rimentés pour monter les métiers; suivant l’article à obtenir. MM. Vaugeois et Binot ont installé rue Étienne-
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- Marcel un curieux atelier, figure II, où marchent 26 mé-
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- Atelier de fabrication des tresses, soutaches, etc., a Paris.
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- tiers à la main qui produisent toutes les nouveautés : c’est là que l’on étudie et que l’on crée les nouvelles tresses, les tissus de toutes sortes destinés à satisfaire les besoins de la mode aujourd’hui si capricieuse; sans cesse il faut modifier ce que l’on a fabriqué. Ce n’est pas là du reste un bien grand mal, car cette variété nous permet de lutter contre la fabrication allemande qui peut seulement, après avoir copié nos modèles, reproduire pendant plusieurs mois un même article à bon marché. A Belleville, MM. Yaugeois et Binot font travailler plus de 30 ouvriers dans un atelier contenant des métiers à vapeur ; cet atelier leur est principalement réservé. A Lyon, MM. Yaugeois et Binot fabriquent les articles courants, la nouveauté étant réservée aux ouvriers de Paris.
- Quand les métiers circulaires marchent à la vapeur, deux femmes suffisent à 13 métiers, l’une pour surveiller, l’autre pour préparer les bobines. On n’a d’intérêt à marcher à la vapeur que pour la fabrication des articles courants.
- Bouillonnage. — Les travaux de bouillonnage et de
- torsade rentrent à peu d’exception près dans les attribu-
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- tions exclusives des femmes. Le bouillon est une grosse cannetille. La cannetille est un trait ou une lame enroulée en spirale autour d’une tringle nommée broche. Le bouillon sert à faire les torsades ; on enfile le bouillon avec un fil de soie, on le replie et on lui fait subir une torsion.
- Broderie. — La broderie est une application, faite à l’ai-
- *
- guille (sur un tissu quelconque), de fils d’or et d’argent, traits ou cannetilles, et même de pierreries destinées à orner le fond uni. La broderie d’or et d’argent sert à orner les costumes religieux, civils ou militaires, la sellerie des généraux et des souverains, les insignes des sociétés ou les étoffes d’ameublement. La façon représente en or fin une valeur égale à celle de la matière première ; en mi-fin la façon est beaucoup plus élevée que le prix de la matière.
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- Les ouvrières occupées à la broderie travaillent sur un
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- métier analogue à celui employé pour faire la tapisserie. La figure III représente un des ateliers où s’exécute ce travail.
- Travail sur l'établi. — Les ouvriers placés en face d’une table ou établi portant un petit étau et de nombreux outils, préparent les glands de toutes les formes et de tous les styles, les boutons, les dragonnes, etc. ; c’est là que se confectionnent les épaulettes et que l’on monte la passementerie avec cette grande habileté que nous envieront longtemps les pays étrangers.
- La figure III représente aussi un des ateliers où s’exécute ce travail.
- Travail sur le coussin. — Sur un coussin où se trouve
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- figuré à l’aide d’épingles à fortes têtes le dessin demandé,-des campagnardes enlacent les fils et produisent ces dentelles d’or et d’argent si recherchées pour les articles de mode.
- Lyon fournit les articles de théâtre, le Puy et Caen les articles de mode.
- Nous aurions incomplètement fait connaître la fabrication de MM. Yaugeois et Binot, si nous avions passé sous
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- silence les ateliers de Colombes, où se fait la curieuse préparation des lames, des filés irisés pour la passementerie et des tissus. Ces ateliers travaillaient autrefois principalement pour MM. Yaugeois et Binot, qui en ont fait récemment l’acquisition; aujourd’hui, sous la direction de leur ancien propriétaire, M. Hélouis, ingénieur chimiste, ils continuent à fabriquer ces belles lames irisées si vivement recherchées par la clientèle ; les reflets chatoyants que présentent ces
- lames, dont les couleurs vives résistent à l’influence atmos-
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- phérique, justifient un succès si mérité.
- M. Debray, de l’Institut, dans son rapport à la Société
- d’Encouragement pour l’industrie nationale, a décerné à
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- M. Hélouis de justes éloges pour cette intéressante décou-
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- GRANDES USINES
- verte. Yoici, du reste, l’extrait de ce rapport publié dans le bulletin de juillet 1880.
- « M. Hélouis est parvenu à colorer de teintes nom-« breuses, d’une grande beauté et d’une solidité par faite,
- « les lames métalliques, avec lesquelles on fabrique « des passementeries de couleurs variées et d’un aspect « agréable. Cette coloration est produite par le dépôt gal-(( vanique d’une couche de peroxyde de plomb, assez « mince pour présenter les couleurs vives des anneaux « de Newton ou des bulles de savon.
- « Les produits de M. Hélouis sont actuellement très « recherchés, et bien certainement on peut dire que cet « habile fabricant a apporté un complément intéressant à « la belle découverte de ses illustres prédécesseurs, Nobili « et Becquerel. »
- La Société a décerné à M. Hélouis une médaille de platine pour ces beaux travaux.
- La figure IY représente cet intéressant atelier des irisés. Les bains sont préparés dans des cuves, où des ouvrières habiles trempent les lames enroulées sur des cadres appelés échignolles. Cette opération demande un tour de main que les ouvrières n’acquièrent qu’à la longue.
- A côté de cet atelier sé trouve (fig. Y) un laboratoire qui contient le matériel nécessaire à la teinture des filés. Cette opération est des plus délicates, si on songe aux teintures diverses qui doivent être appliquées pour fournir à la clientèle les filés conformes aux échantillons demandés. Cet atelier est dirigé avec un goût parfait par M. Hélouis et le directeur choisi par MM. Yaugeois et Binot. Les filés à teindre sont déroulés et passent dans un bain de teinture, composé suivant une formule indiquée par une longue expérience et variable suivant chaque cou-
- leur et chaque nuance.
- Tous les filés nécessaires aux opérations de teinture
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- 20 . GRANDES USINES
- exécutées dans l’usine de Colombes, sont fabriqués dans un atelier spécial placé au-dessus du laboratoire. Ce bel atelier, figure VI, comprend exclusivement des métiers mécaniques; le travail s’exécute avec une rapidité incroyable et dans les meilleures conditions, grâce à ces mé-%
- tiers perfectionnés mus par la vapeur. Sans avoir un per-
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- sonnel très nombreux, MM. Vaugeois et Binot sont cependant en mesure de satisfaire aux demandes si considérables d’irisés et de filés teints suivant tous les caprices de la mode. Nous avons éprouvé un véritable plaisir en admirant les échantillons si beaux, si nombreux et si divers préparés d’avance pour arriver à fixer la mode.
- Telle est cette intéressante fabrication de la passementerie d’or et d’argent, exécutée - avec une si grande perfection dans les nombreux ateliers travaillant pour la maison Vaugeois et Binot, qui occupe, tant à Paris qu’â Lyon et à Colombes, environ 500 ouvriers et ouvrières. C’est surtout à Lyon qu’on fait les articles courants, et à Paris les articles si riches que l’on peut voir à la maison de vente de la rue Etienne-Marcel.
- La maison de vente comprend différents ateliers, dont nous avons indiqué l’importance, et de magnifiques magasins où se trouvent tous les modèles et les échantillons que les commissionnaires viennent consulter pour lés demandes qui arrivent de tous les côtés. Actuellement la maison est la propriété de MM. Vaugeois et Binot; ce dernier a renoncé à l’administration centrale des finances dont il faisait partie, pour se consacrer, avec M. Vaugeois, son beau-frère, à la direction de cet important établissent ent ; ils sont arrivés, grâce à un travail remarquable de classification, à ranger, dans de précieuses archives, qui forment en même temps un véritable musée, tous les modèles des uniformes de tous les pays et de tous les temps, aussi bien pour l’armée que pour l’adminis-
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- PASSEMENTERIE ET BRODERIE D’OR ET D’ARGENT 21
- tratiôn, le personnel des ambassades, des consulats, etc., les dessins d’habits sacerdotaux, d’ornements d’église, bannières, etc. La réunion étonnante de tous ces documents ne s’explique que par l’ancienneté de la maison, fondée depuis bientôt un siècle. Aussi les demandes qui arrivent si nombreuses et si variées de toutes les parties du monde, sont exécutées avec rapidité et sans la moindre erreur.
- L’exportation des articles fabriqués par MM. Yaugeois et Binot est très considérable.
- L’Angleterre, la Russie, l’Allemagne,^demandent des articles de mode, des fils d’or et quelques articles d’église.
- La Suède, la Norwège, le Danemark, la Grèce, les principautés danubiennes, des articles militaires.
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- La Belgique, la Hollande, l’Espagne, l’Italie, des articles de mode, d’église, et des articles militaires.
- Les Etats-Unis d’Amérique, le Mexique, les Antilles espagnoles, tout l’immense continent de l’Amérique du Sud, constituent le débouché le plus important des passementeries d’or et d’argent de MM. Yaugeois et Binot.
- La Turquie, l’Egypte, achètent surtout de magnifiques passementeries pour l’ameublement des palais.
- Les Indes-Anglaises, la Chine, le Japon, achètent l’or filé.
- Les principaux centres de production à l’étranger sont, comme nous l’avons dit, l’Angleterre, l’Allemagne et l’Autriche.
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- L’Angleterre fait bien la passementerie or et argent fin, sa fabrication est belle, mais lourde et plus chère que la fabrication française. Elle fait très peu de mi-fin ; elle nous l’achète en presque totalité, d’autant mieux que cette passementerie mi-fin est destinée aux articles de mode. Elle ne fait pas du tout de faux, elle l’achète en Allemagne.
- L’Allemagne fabrique également le fin, le mi-fin et le faux ; la France lui est supérieure dans les deux premières fabrications ; dans la dernière, nous l’emportons pour
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- 22 GRANDES USINES
- quelques articles par la bonne fabrication et la rapidité de livraison, mais nous luttons bien péniblement contre son extrême bon marché. La production de l’Autriche est très belle et d’une grande importance surtout au point de vue des broderies, mais les produits autrichiens, comme nous l’avons dit, sont employés presque exclusivement dans le pays même, sans gêner l’exportation des produits français.
- L’importation en France de passementerie or et argent fin ou faux est sans importance, elle ne porte que sur de minimes quantités d’objets en faux.
- La passementerie d’or et d’argent est donc relativement assez privilégiée, si l’on songe aux conditions économiques si mauvaises où se trouve notre industrie.
- La maison Vaugeois et Binot voit sa prospérité augmenter, et elle a dù développer sa fabrication pour arriver à satisfaire aux demandes d’une clientèle qui croît chaque jour; il est vrai qu’elle ne recule devant aucune dépense pour installer un matériel perfectionné. C’est ainsi qu’elle a acquis le brevet pour une machine des plus ingénieuses, destinée à tisser la ceinture portée en France par nos généraux et nos ambassadeurs, et à l’étranger par les officiers de tous grades, comme au Brésil. Autrefois, cette fabrication, faite exclusivement à la main, était fort longue et très coûteuse; aujourd’hui, MM. Yaugeois et Binot, grâce à ce métier, peuvent seuls fabriquer ces belles écharpes dans des conditions avantageuses.
- Terminons en disant quelques mots de Tancienneté de cette maison, une des plus vieilles de Paris, dans une branche de l’industrie où l’on compte des établissements dont plusieurs ont cependant plus de cinquante années d’existence.
- Cette maison a été fondée à Paris, rue aux Ours, aujourd’hui rue Étienne Marcel, où elle est encore, en 1795 par Mlle Jaillard-Orv, de Lyon; elle est devenue succès-
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- 24 GRANDES USINES
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- sivement la propriété des descendants ou parents de la créatrice; malgré les événements politiques qui troublèrent la fin du siècle précédent et les vingt premières
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- années de celui où nous vivons, la prospérité de la mai-
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- son s’était affirmée en 1824, époque où M Yaugeois, père d’un des propriétaires actuels, prit la direction de cette fabrication ; en 1842, M. Yaugeois s’associa M. Tru-chy, qui devint juge au Tribunal de commerce de Paris. M. Yaugeois, qui fut l’un des édiles de Paris sous l’empire, développa considérablement les affaires de la maison ; en 1856, la maison prit la raison sociale Truchy et Yaugeois, par suite du remplacement de M. Yaugeois
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- père par son fils ; enfin, en 1874, à la suite de la retraite de M. Truchy, M. Vaugeois s’associa son beau-frère; M. Binot ; sous l’habile direction de MM. Vaugeois et Binot, cette maison, déjà si prospérer a pris des développements considérables, et, aujourd’hui, elle est la première
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- danis cètte branche de l’industrie.
- Les récompenses obtenues_ aux Expositions sont des plus nombreuses.
- Aux Expositions françaises de 1839, 1844, 1849, une mention honorable, une médaille de bronze et une d’argent; à l’Exposition de Londres, en 1851, prize medal; à celle de Paris, en 1855, une médaille de lre classe; en 1862, à Londres, prize medal ; des médailles d’or successivement aux Expositions de 1864, à Bayonne ; 1867, à Paris ; 1872,
- à Lyon; 1878, à Paris. Depuis, la maison a cessé d’exposerjà
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- l’étranger, sa supériorité étant bien établie au point de vue des produits artistiques et des articles de fabrication courante. Cette suprématie, ainsi que nos lecteurs ont pu le constater, est chaque jour plus accusée, non seulement en France, mais à l’étranger, où la marque, à la couronne,
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- de la maison Yaugeois et Binot est au moins aussi connue qu’à Paris.
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- La liqueur de cassis de Dijon est justement réputée en
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- qui produisent ce ratafia si tonique, la maison Justin Devillebichot, dirigée aujourd’hui par M. C. Paillard fils, a pris une importance prépondérante.
- Le cassis, groseillier à fruits en grappes noires et aromatiques désigné sous le nom de ribes nigrum, présente une grande analogie avec le groseillier ordinaire. C’est un arbrisseau dont les feuilles ressemblent à celles de la vigne. Le fruit est une baie globuleuse d’un noir foncé et terne.
- Un ratafia est une liqueur composée d’eau-de-vie de sucre et du jus d’un fruit. De tous les. ratafias celui qui a eu le plus de vogue est certainement le cassis; il la doit à un ouvrage publié sur ce fruit vers l'année 1740. L’auteur de ce livre attribuait au cassis toutes les qualités imaginables. D’ailleurs l’infusion des feuilles de cet arbrisseau
- et son bois en décoction passent pour d’excellents vulnéraires. Toutes ces vertus prouvent donc que le cassis constitue une liqueur de table possédant non seulement un goût exquis mais aussi les propriétés les plus toniques.
- La culture du cassis a pris une réelle importance, surtout dans la Côte-d’Or, et le cassis de Dijon est de beau-
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- FABRIQUE DE CASSIS ET LIQUEURS
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- coup le plus réputé : sa fabrication y constitue une grande industrie à la tête de laquelle se trouve entre autres
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- la maison Devillebichot. En dehors de Dijon cette industrie est moins importante.
- C’est en mûrissant sur les riches coteaux de la Côte-d’Or que le cassis acquiert ces qualités exceptionnelles que nul autre climat ne peut donner. Les diverses médailles dont la maison Devillebichot a été honorée ne laissent plus de de doute sur sa supériorité.
- Les fruits amenés à l’usine y subissent une préparation constante, suivant un procédé éprouvé par une longue expérience, et la liqueur fabriquée présente une régularité parfaite et possède ce goût si apprécié des amateurs.
- La maison Justin Devillebichot a été fondée en 1852; M. C. Paillard fils en est devenu propriétaire en 1882 : grâce
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- à l’excellente fabrication, le chiffre d’affaires s’accroît cha*
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- que jour. L’outillage perfectionné, que M. Paillard a installé dans sa fabrique, lui permet de satisfaire rapidement aux demandes d’une clientèle qui devient chaque jour de plus en plus nombreuse.
- Le cassis Justin Devillebichot, connu sous le nom de crème de Yougeot, a obtenu les premières récompenses à Londres et à Paris en 1855; à Mâcon et à Dijon, en 1858; des médailles d’honneur à Bourg et à Bordeaux, en 1859, à Paris en 1860 ; à Besancon, Troyes et Dijon en 1863 ; à Bordeaux en 1865. Cette maison fondée eu 1852 a déjà obtenu jusqu’en 1865 douze médailles d’or, d’argent et de bronze, et la seule médaille d’honneur décernée pour cette liqueur à l’exposition de Dijon en 1858 ; depuis 1865 elle n’expose plus.
- En dehors du cassis, M. Paillard fabrique toutes les liqueurs et sirops avec les plus grands soins.
- L’établissement dirigé aujourd’hui par M. Paillard est un établissement modèle. M. Paillard vient d’introduire les
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- Fig. I. — Vue générale des Gaves.
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- derniers perfectionnements dans la distilation en créant un laboratoire des plus complets de façon a augmenter la production en améliorant encore les produits fabriqués.
- En pénétrant par le boulevard Sévigné, on trouvé au rez-de-chaussée une vaste salle voûtée (fig. I), des piliers en maçonnerie supportent le plafond du premier étage, auquel des escaliers donnent accès; au moyen d’ouvertures, des monte-charges permettent une facile manutention des caves au vaste magasin du premier étage.
- Du côté de la rue de la Gare se trouve un magasin (fig.-II) présentant une grande animation, et dans lequel se fait la mise en bouteilles et l’expédition.
- A côté de ce magasin sont installés les bureaux : les
- nombreux ordres de commande qui y arrivent sont
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- promptement exécutés en raison du stock considérable
- de produits en magasin, stock sans cesse renouvelé. Arrivons au grand magasin du premier étage : il com-
- prend trois travées séparées par des colonnes qui supportent le plancher supérieur. La travée de gauche (fig. IY) montre les foudres contenant l’absinthe Pernod fils et dans 1$ fond, un grand réservoir à alcool de 40,000
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- litres.
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- La travée du milieu (fig. Y) contient à droite et à gauche des fûts disposés verticalement, et de grands fou-
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- dres à liqueurs.
- La travée de droite (fig. YI) contient de chaque côté, des fûts horizontaux de grande capacité et le magasin d’emballage dans lequel circulent des transporteurs.
- L’aspect grandiose de ce vaste magasin, dont la fig. YII donne une vue d’ensemble, prouve l’importance de cet établissement.
- L’allée du milieu conduit au laboratoire récemment agrandi, lequel contient tous les appareils que nécessite une distillation perfectionnée ; la fig. YIII en donne
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- FABRIQUE DE CASSIS ET LIQUEURS
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- le côté droit sont disposés les grandes bassines et les bacs à sirops, la chaudière, les appareils à distiller et une pompe qui puise et envoie les liquides dans les divers magasins ; sur le côté gauche sont placés l’armoire grillée ren*
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- Grand Magasin du fond de la Cour.
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- fermant les sucres à élaborer, les bouteilles, les récipients, la machine à rincer et les vagonnets destinés aux transports.
- Au-dessus de ce magasin sont disposés de vastes greniers où vieillissent les esprits parfumés nécessaires à là fabrication des liqueurs ; des monte-charges facilitent les
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- transports.
- En dehors de ce bâtiment principal se trouvent dans une annexe d’autres locaux importants. Citons un grand magasin contenant des foudres, des cuves et des grands réservoirs métalliques dans lesquels vieillissent les alcools.
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- GRANDES USINES
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- Des écuries bien aménagées et des remises pour les camions destinés au transport des marchandises, cômplè-
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- tent cet important établissement, bien connu par la supériorité de ses produits.
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- MANUFACTURE DE CUIRS VERNIS
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- Fabrique
- de Montreuil-sous-Bois
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- La fabrication du cuir verni ne date pas de plus d’un siècle ; cependant elle n’a pas tarde à prendre de rapides
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- développements. C’est en 1802, à l’exposition de la Société
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- d’encouragement pour l’industrie nationale, due à l’ini-
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- tiative de Chaptal, que se font remarquer pour la première fois les cuirs vernis.
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- • Les avantages présentés par ce nouveau produit, qui
- possède le brillant, l’imperméabilité et la souplesse quand
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- la préparation en est bien faite, expliquent facilement
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- l’importance atteinte en peu de temps par cette industrie.
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- •En France, cette fabrication est presque exclusivement
- parisienne. Refoulés de la capitale en 1860, leurs établissements étant considérés comme dangereux à cause de l’incendie, les différents fabricants de cuirs vernis s’installèrent dans la banlieue, tout en conservant à Paris une maison de vente.
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- Le cuir verni n’est employé, dans les diverses indus-tries qui le mettent en œuvre, que pour fabriquer des articles de luxe, tandis que le cuir corroyé sert à la fabrication courante.
- 348 Livraison.
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- 2 GRANDES USINES
- Ainsi, la sellerie et la carrosserie, qui comptent, à Paris
- seulement, plus de trois cents fabriques, emploient le cuir
- verni pour les harnais fins et les voitures de luxe, et se
- servent de cuir gras pour les articles ordinaires.
- Les fabricants de chaussures réservent le cuir verni
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- noir pour les bottines fines, le cuir verni de couleur pour les souliers de bal, et font les chaussures plus communes avec le cuir ciré.
- Dans les campagnes, à côté du sabot tout en bois, se place la socquette avec brides en cuir verni déjà plus élégante; dans d’autres contrées, la galoche à semelle de bois se fera avec le cuir ordinaire pour chaussure de travail, mais, pour les jours de fête, on voudra la galoche en cuir verni toujours propre et brillante. L’équipement militaire emploiera le cuir verni pour les coiffures de grande tenue et pour les ceinturons d’officier. Ses applications sont aussi très importantes dans la fabrication de Xarticle de Paris, des sacs de voyage de luxe, des visières, etc.
- La maison de M. G. Jossier, que nous nous proposons
- de décrire aujourd’hui, a été fondée en 1825 pour la production spéciale des cuirs destinés à l’équipement militaire, visières de casquettes et de képis, ceinturons, etc. Peu à peu, sous l’impulsion donnée par les différents chefs qui ont successivement dirigé cette maison, et, en dernier lieu par M. Perrin et M. Jossier, son successeur, la fabrication s’est étendue, et elle embrasse, aujourd’hui, toutes
- les sortes de cuirs vernis destinés à la sellerie, à la car-
- ' * *
- rosserie, aux chaussures et aux galoches.
- Une nouvelle usine a été installée à Montreuil-sous-Bois, aux portes de Paris, par M. Jossier, ingénieur des arts et manufactures, afin de répondre aux demandes qui augmentent chaque jour, tant en France qu’à l’étranger ; la figure I donne une vue d’ensemble de cet important établissement dont la surface est de près d’un hectare. Bien que cette industrie soit née en Angleterre, et que
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- Vue générale de l’usine de Montreuil-sous-Bois.
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- 4 GRANDES USINES
- 1*Allemagne, par le bon marché de sa jnain-d’œuvre, produise certains articles à des prix très réduits, les cuirs vernis français sont justement estimés sur les différentes places de consommation pour leurs qualités capitales : la souplesse et la durée. Cette suprématie réside surtout dans les soins que les fabricants français apportent dans le tannage, la préparation et le choix des peaux destinées à être vernies. v
- Presque toutes les peaux sont susceptibles d’être vernies et trouvent leur emploi dans l’industrie ; mais ce sont
- principalement les cuirs de bœuf, de cheval, de veau, de
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- chèvre et de mouton, qui sont préparés d’une manière plus régulière.
- Suivant l’usage auquel il est destiné, chaque genre de cuir est verni soit sur fleur (côté du poil), soit sur chair; soit entier, soit dédoublé en deux ou trois épaisseurs avec
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- une machine spéciale ; soit verni uni ou verni grainé, en noir ou en couleur. Pour chacun de ces emplois, il faut nécessairement une préparation différente dans le tannage, le corroyage ou le vernissage.
- Nous avons vu dans cette usine des peaux de mouton
- 1 ;
- vernies, aussi minces qu’une feuille de papier, destinées à la chapellerie, et des cuirs de six millimètres d’épaisseur que l’on emploie pour la sellerie et la carrosserie.
- TANNAGE DES PEAUX
- Les procédés généraux, employés pour tanner les cuirs, sont suivis par les fabricants de cuirs vernis. Le travail demande seulement à être fait d’une manière très soignée, en ne négligeant aucune façon et en n’employant que des matières de première qualité. Nous n’insisterons pas sur ce travail connu de nos lecteurs et qui n’est pas spécial à cette industrie.
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- MANUFACTURE DE CUIRS VERNIS 5
- ébourrage et le gonflement sont faits à la chaux ; pour le travail de rivière, les différentes machines à ébourrer, écharner, refendre le cuir, le façonner avant la mise en cuve, sont employées suivant l’épaisseur et la nature des peaux mises en travail.
- Le tannage se fait dans les cuves contenant du tannin de force graduée, puis dans les fosses où le cuir est recouché plusieurs mois avec des écorces de chêne de très bonne qualité, de manière à le traverser entièrement et à lui donner à la fois la souplesse et laricrmeté qui caractérisent le cuir français, comparativement au cuir anglais, tanné dans les jus par des procédés plus rapides.
- Quand le cuir destiné à être verni est resté suffisamment en fosse, il faut encore, pour lui donner la qualité particulière que l’on recherche dans les cuirs vernis français, compléter le tannage par une immersion dans un jus de
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- tannin d’une nature différente de celui auquel il s’est trouvé soumis jusqu’à ce moment. On a remarqué qu’un cuir saturé de tannin de chêne peut encore absorber une certaine quantité de tannin de sumac, de cachou ou de vallonée.
- La machine à vapeur est placée au centre de l’usine ; la chaudière est chauffée au moyen de tannée épuisée que l’on brûle toute mouillée dans un foyer spécial. Ge chauffage procure une grande économie de combustible, en permettant de se débarrasser d’un résidu qui, par son volume, deviendrait fort encombrant.
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- CORROIERIE
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- Le corroyage a pour but de préparer le cuir tanné, de manière à lui permettre de recevoir les apprêts et le vernis.
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- GRANDES USINES
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- C’est avant de commencer les opérations du corroyage que s’opère le classement des cuirs, suivant l’usage auquel on les destine. Un premier choix a été fait en tannerie, mais la difficulté de se rendre compte des défauts des cuirs nécessite un examen plus attentif avant d’entreprendre le corroyage.
- Pour les capotes de voiture, il faut choisir tes peaux de bœuf les plus saines, n’ayant ni trous, ni coutelures,
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- ni défauts, tout en ayant la dimension voulue. Le peu de soins apportés généralement par tes bouchers dans la
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- dépouille des bestiaux rend ce choix très difficile, et sur 100 peaux qui ont la taille exigée pour faire une capote de voiture, c’est à peine si l’on en trouve 15 à 20 rem-. plissant les conditions voulues.
- Les peaux de bœuf ou de vache sciées seront vernies sur la fleur, soit en uni, soit en g rainé, pour chaussures ;
- d’autres plus épaisses seront vernies sur chair, pour la
- * 1
- sellerib et la carrosserie.
- La croûte, qui provient des cuirs de bœuf ou de vache
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- dédoublés j sera classée suivant la force et 1e choix, et fournira des cuirs pour garde - crotte, brides à sabots, ceinturons, œillères, gibernes, banderolles, etc.
- La peau de cheval servira à faire des articles pour colliers , jugulaires et galoches. Les peaux de veau, de chèvre ou de mouton seront traitées différemment, suivant qu’on voudra lés vernir sur la fleur ou sur la chair, en uni ou en grainé.
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- La peau de mouton, en particulier, est susceptible, une fois vernie, d’applications très variées, et nous avons vu vernir ce cuir pour dix emplois différents.
- Nous donnons deux vues (figures II et III) des ateliers où se font les différentes opérations de corroyage comprenant : 1e drayage ou égalisage de la peau, la mise au vent, la mise en huile et 1e finissage.
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- MANUFACTURE de CUIRS VERNIS 7
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- La mise en huile ou application du dégras sur le cuir demande un soin tout particulier. Le dégras est un résidu de la fabrication du chamoiseur; celui qui est destiné au cuir verni doit provenir du foulage du buffle, et ne con-
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- tenir ni suif ni graisse. Le cuir doit être nourri suivant
- sa nature, son degré d'épaisseur, en chargeant certaines
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- parties plus nerveuses et ménageant d’autres plus poreuses.
- Quand une peau est mal mise en huile ou que le dégras est de mauvaise qualité, les premières couches d’apprêt sèchent mal, et, par suite du séjour plus prolongé dans l’étuve, la peau devient cassante; de plus, quand la peau est vernie, elle a .une grande tendance à coller et à se ternir.
- Les cuirs destinés à être vernis étant généralement minces, le travail de corroyage est fait à la main ; on emploie cependant des presses hydrauliques pour essorer les cuirs, des machines pour les refendre, ainsi que des
- tonneaux à fouler.
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- Chaque ouvrier corroyeur a devant lui une grande table
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- en marbre sur laquelle il étend ou travaille le cuir au moyen de différents outils : cœur ces, étires, liège, etc.
- La sèche des cuirs se fait, en été, dans des séchoirs à air. libre : cette opération s’exécute l’hiver dans une pièce chaude où un ventilateur soufflant envoie de l’air par
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- des ouvertures ménagées dans le plancher; l’essorage des cuirs se fait d’une manière très régulière, l’hygromètre ne dépassant pas 70° à une température de 25 degrés.
- Nous avons passé assez rapidement sur les différentes opérations du tannage et du corroyage qui ne différent
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- pas sensiblement des procédés employés dans les autres industries similaires; nous allons étudier avec plus de détail la suite des opérations du vernissage.
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- Fig. II, — Atelier de tannage et de mise au vent.
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- Atelier de finissage des peaux.
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- 10 ORANDES USINES
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- VERNISSAGE
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- Le vernissage comprend deux opérations : Y apprêtage, destiné à boucher les pores du cuir pour le rendre uni et imperméable ; le vernissage proprement dit, qui s’applique suî ce fond préparé, et donne la couleur, le brillant et l’éclat Remandés.
- Par suite du danger d’incendie, les ateliers d’apprêtage et de vernissage des cuirs sont séparés des ateliers précédents. Les magasins aux huiles, essences et vernis, ainsi que l’atelier de cuisson, sont également isolés. Les - matières premières, employées en plus grande quantité, sont l’huile de lin et l’essence de térébenthine. La première formant la base de la fabrication, la seconde ne servant que de véhicule pour permettre l’application des apprêts
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- et du vernis sur le cuir.
- Bien que l’on emploie ces deux matières en parties égales , la deuxième est complètement évaporée pendant le travail et par suite perdue. Aucun procédé n’a permis malheureusement, jusqu’à ce jour, de récupérer l’essence
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- employée, dont les vapeurs sont emportées par l’air.
- L’essence de térébenthine vient généralement des Landes ; Bordeaux en est le grand marché ; mais ce produit,
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- accaparé par la spéculation, a un cours très variable qui oblige le fabricant à s’approvisionner aussitôt après la récolte. Les cours, dans une même année, ont varié de 58 à 120 fr. les cent kilos.
- L’huile de lin destinée aux cuissons doit être faite exclusivement avec des graines de Flandre, et les procédés chimiques indiqués par M. de Maumenée permettent aujourd’hui aux fabricants, qui désirent être certains de l’origine, de reconnaître la présence des graines de Russie
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- MANUFACTURE DE CUIRS VERNIS
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- ou des Indes. Outre la garantie d’origine sans laquelle la fabrication des vernis est sujette à des aléas, il est iri dispensable de laisser les mucilages se déposer par un repos prolongé. Dans le magasin aux huiles de la fabrique de M. Jossier, on a disposé un sous-sol où les huiles, les essences et les vernis sont emmagasinés dans des réser-
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- voirs. Des pompes placées au rez-de-chaussée permettent d’y puiser sans descendre dans les caves, afin d’éviter tout danger d’incendie. Une lampe électrique portative donne d’ailleurs la lumière nécessaire, daîis le cas où un travail de nuit serait indispensable.
- Cuisson. — L’huile de lin employée dans la préparation des apprêts doit être rendue siccative par un procédé chi-
- 4
- mique, soit à froid, soit à chaud.
- La méthode le plus généralement suivie consiste à chauffer l’huile avec certains eorps oxydants, tels que la litharge, le minium, l’acétate de plomb, en proportions variables.
- Sous l’influence de la chaleur, l’huile de lin change de consistance, devient pâteuse et plus siccative. Cette huile cuite est mélangée avec du noir de fumée, des ocres, des terres, de la craie, dans des broyeuses mécaniques, et additionnée d’essence de térébenthine, qui en facilite l’application sur le cuir et constitue l’apprêt.
- Le vernis se cuit de la même manière, et est coloré soit par du bitume de Judée, du noir d’ivoire, ou du bleu de Prusse, puis mélangé de vernis copal et d’essence de térébenthine.
- L’atelier où se fait la cuisson des huiles est complètement isolé et construit en matériaux incombustibles. Comme par l’élévation de température une partie de l’oléine de l’huile se trouve décomposée en produits secondaires, entre autres en acroléine dont l’odeur est si
- désagréable, il est important de détruire les vapeurs qui
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- 13 -GRANDES USINES
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- se produisent. Ce résultat est obtenu en recouvrant de hottes les chaudières et en conduisant les vapeurs dans des appareils spéciaux où elles sont condensées ou détruites.
- Apprêtage. — La peau est formée par un tissu organisé composé de deux parties : le derme, côté de la chair, et l’épiderme, côté du poil. Sur la surface de cette dernière, on observe une multitude .de petites ouvertures appelées pores de la peau, qui laissent passage à la sueur, et d’autres ouvertures plus grandes dont lesmnes laissent passer
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- les poils et les autres laissent suinter une matière grasse.
- Le derttie, de son côté, est un tissu formé de fibres et de lamelles entrecroisées, relativement spongieuses. On conçoit que si on appliquait directement un vernis liquide soit d’un côté, soit de l’autre d’un cuir, le vernis pénétre-rait par toutes les ouvertures que nous venons de signaler
- et donnerait un produit dur et cassant.
- *
- h’apprêtage a pour but de boucher, au moyen d’huile cuite, tous les pores de la peau, d’en égaliser'la surface et de former un enduit bien uni qui recevra ensuite le vernis. Cet enduit doit être très adhérent à la peau, mais ne pas la pénétrer profondément, afin de lui laisser toute sa souplesse.
- Les peaux sont placées sur des tables garnies de couvertures* et l’apprêt, préparé comme nous l’avons indiqué plus haut, est appliqué à la main au moyen de raclettes en fer. Le nombre de couches à appliquer est variable, suivant que l’on cherche à obtenir un fond plus ou moins uni. Après l’application de chaque couche, la peau doit être placée dans une étuve chauffée à une température de 50 à 60 degrés centigrades ou exposée au soleil sur des étendoirs disposés à cet effet. C’est par l’oxydation de l'huile rendue siccative que s’opère la sèche de la couche d’apprêt.
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- MANUFACTURE DE CUIRS VERNIS
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- Quand la peau a reçu un certain nombre de couches d’apprêt, on procède au ponçage, de manière à unir le fond ainsi produit. Cette opération, que l’on renouvelle après chaque application de deux ou trois couches d’apprêt, se faisait autrefois à la main ; comme elle est assez
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- pénible, on y a substitué le travail mécanique depuis quelque temps.
- La machine à polir, employée chez M. Jossier, consiste essentiellement en une pierre ponce montée à l’extrémité d’un arbre vertical animé d’un mouvement de rotation. Cet arbre vertical possède, en même temps, un mouvement de va-et-vient. La peau est disposée sur une table
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- que l’on peut déplacer dans le sens transversal. On comprend qu’avec ces deux mouvements l’ouvrier puisse polir toutes les parties du cuir.
- Le nombre de couches d’apprêt et de poli que doit recevoir un cuir est très variable et dépend de l’usage auquel il est destiné. Le cuir qui doit être employé pour la carrosserie recevra un plus grand nombre de couches que celui que l’on doit appliquer pour des articles communs. La figure IV représente l’atelier où s’effectuent ces diverses opérations.
- Mise en couleur. — Une fois le fond obtenu, les peaux sont mises en couleur. A cet effet, elles sont placées sur
- des châssis en bois de dimensions régulières pouvant en-
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- trer comme des tiroirs l’un au-dessus de l’autre dans des étuves chauffées à une température de 50 à 60 degrés.
- Pour les peaux qui doivent être vernies en noir, on fait un mélange d’huile cuite, de noir de fumée ou d’ivoire et d’essence de térébenthine. Pour les peaux de couleur, on remplace le noir par des terres choisies, suivant les nuances à obtenir. La couleur est étendue sur le cuir au moyen de pinceaux plats appelés queues de morue et les
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- GRANDES USINES
- châssis sont enfermés dans l’étuve, comme le montre la figure Y.
- Les couches successives sont polies à la main, de la même manière que pour les apprêts, en apportant le plus grand soin et en employant de la pierre ponce en poudre de plus en plus fine.
- La dernière couche qui doit être très brillante se fait avec des vernis dépouillés des matières en suspension, de la même manière que précédemment, mais en apportant tous Je s soins possibles pour éviter les poussières.
- Les murs, les planchers et les plafonds sont lavés chaque jour à grande eau ; ces précautions ne sont pas nouvelles, car nous devons rappeler que le Père d’Incarville, dans
- un mémoire qui date de deux cents ans, nous rapporte
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- qu’en Chine, les. ateliers où se vernissent les laques si estimés étaient établis dans des îles où les ouvriers
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- devaient pénétrer à la nage.
- Au bout de quarante-huit heures de séjour sur les châssis, le vernis commence à prendre, et on peut relever les cuirs pour en terminer la sèche en les suspendant pendant quatre ou cinq jours dans des étuves chauffées toujours à la même température.
- Une fois bien secs, les cuirs vernis unis sont montés en
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- magasin, visités et classés ; ils sont prêts à être expédiés. Ceux qui doivent être grainés subissent une dernière opération au moyen d’une paumelle garnie d’un liège. Le grain en est fait plus ou moins gros, suivant que le cuir est destiné à la carrosserie ou à la chaussure.
- Étuves et calorifères. — On voit, par la suite des opérations indiquées, combien il importe d’avoir des étuves de grandes dimensions où la température puisse se maintenir à un degré régulier. Une chaleur trop basse produirait un séchage incomplet et donnerait des cuirs vernis
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- MANUFACTURE DE CUIRS VERNIS
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- poissants; une température trop élevée produirait des cuirs vernis cassants.
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- Pour obtenir une température très régulière, les étuves
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- de la fabrique de M. Jossier ont été construites avec un soin tout particulier. Tous les murs extérieurs sont à double paroi, avec un matelas d’air. Des thermomètres électriques avertissent les chauffeurs quand le degré s’écarte des limites fixées, et, en outre, des thermomètres-enregistreurs indiquent à chaque moment du jour et de la nuit la température des étuves. /
- Les étuves sont chauffées à l’air chaud ; la fumée y cir-
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- cule dans des tuyaux horizontaux dont le développement a été calculé d’après les dimensions des capacités à chauffer, La quantité de charbon nécessaire pour entretenir à 60 degrés la température des étuves, qui cubent plus de 3,000 mètres, est considérable, et une grande économie a été obtenue dans cette nouvelle installation par l’emploi des fours Perret, à chargement continu, permettant de brûler des poussières maigres dont le prix est la moitié de celui des charbons ordinaires.
- M. Jossier a appliqué pour ce chauffage les deux systèmes à étages et à trémies, et nous avons pu constater la régularité obtenue dans le chauffage jour et nuit, en examinant les diagrammes fournis par les thermomètres-enregistreurs dont nous avons parlé.
- Tel est ce bel établissement où le travail des peaux se fait avec tant de soins; les opérations à faire subir aux cuirs sont fort longues. Il faut compter en moyenne douze à quatorze mois depuis le moment où les peaux arrivent de l’abattoir jusqu’à l’époque où elles sont vernies.
- Parmi les articles fabriqués par M. Jossier citons : la vache vernie lisse pour garde-crotte et le cuir verni grainé pour carrosserie et pour chaussure. Les .peaux pour les capotes et les tabliers de voiture sont souples, brillantes,
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- et d’un grain assez gros mais très'régulier; celles pour chaussure sont au contraire plus fermes, et d’un grain fin et serré. -
- La fabrique de Montreuil est reliée au magasin de vente, établi rue Chariot à Paris, par un service téléphonique qui facilite l’exécution des commandes.
- Tous les contremaîtres ont à l’usine un logement avec jardin. Le salaire des ouvriers atteint en moyenne six francs par jour; une caisse de secours mutuels, dont les fonds proviennent d’une retenue faife sur les salaires, permet d’attribuer une rémunération quotidienne de 2 francs 50 en cas de maladie. De plus, tous les ouvriers -travaillant aux machines sont assurés contre les accidents. ~
- Cette fabrique, dont la clientèle était autrefois principalement parisienne, voit ses débouchés se développer "
- chaque jour en province et à l’étranger, malgré la con- - *
- curilence de l’Allemagne. Les représentants de M. Jossier ont su créer une exportation importante en Belgique, en ;
- Turquie et dans toute l’Europe.
- La perfection des cuirs vernis fabriqués dans cette usine affirme une fois de plus la supériorité de la fabrication ; <
- française. Cette suprématie, ainsi que nous avons cherché 1
- à l’établir, consiste surtout dans l’excellente qualité des marchandises fabriquées qui est, à défaut du bon marché, ' |
- le propre de notre industrie nationale.
- Paris.— lmp. Ch. Maréchal & J. Montorier, 16, cour des Petites-Écuries.
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- SOCIÉTÉ
- DBS
- LAMINOIRS,HAUTS FOURNEAUX,F0RGES& FONDERIES
- DE LA
- PROVIDENCE
- USINES
- De MARCHIENNE-AU-PONT (Belgique); D'H A U T MONT et de RE HO N (France).
- Les forges de la Providence, fondées en 1832 par M. Puissant d’Agimont, ne comprenaient que les laminoirs de Marchiennes, contenant 10 fours à puddler et 2 trains de laminage; elles furent transformées en Société anonyme en 1838. C’est en 1841 qu'on y installa le premier fourneau au coke.
- En 1842, furent créées les usines d'Hautmont, se composant d’abord d’un laminoir, puis d’un haut fourneau, qui ne fut mis à feu qu’en 1848, par suite de l’opposition faite par les usines existant alors dans le Nord, sous prétexte de l’insuffisance des minerais du pays.
- Le troisième établissement de la Société, celui de Rehoo, comprenant des hauts fourneaux, date de 1864.
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- M. D. Hovine, le directeur-gérant actuel, est à la tète de ces importants établissements depuis 1878. Le conseil d'administration suivait d'un œil vigilant les premières reconnaissances de gisements miniers du Grand Duché de Luxembourg. Il fit d'abord d’importantes acquisitions de terrains dans la contrée, puis, en 1862, constitua, avec la maison Metz et Gie, la Société des Mines d'Ësch, dans laquelle il intéressa la Providence pour une moitié.
- La quantité de mines exploitées parla Société des mines d’Esch, qui occupe en moyenne 1400 à 1500 ouvriers, s'est élevée en 1883-84, à 644,000 tonnes qui servent à l'approvisionnement des nombreux hauts fourneaux des deux Sociétés.
- C’est grâce à l’emploi des minettes du Luxembourg que la Providence a pu améliorer la fabrication de ses poutrelles, et établir la réputation dont jouissent actuellement ses produits.
- La production totale des établissements de la Providence, l’année dernière, a été de :
- 172.000 tonnes métriques de fonte,
- 84.000 — — de fers finis,
- 4.200 — — de pièces moulées.
- Sept grandes locomotives font le service des manœuvres intérieures des diverses usines.
- Le montant total des produits livrés par la Société dépasse 20 millions de francs.
- ADMINISTRATION
- L'Administration sage et prudente qui a toujours présidé aux destinées de la Société de la Providence, a permis à cette dernière d'acquérir l’importance qu’elle a atteinte aujourd’hui. Elle a toujours suivi pas à pas les perfectionne-
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- mepts industriels et a toujours su les appliquer en temps voulu. Chaque année, une part importante des bénéfices réalisés est consacrée à l’amortissement des nouvelles installations, et c’est ainsi qu’aujourd’hui la Société de la Providence, avec un capital relativement faible, se trouve à la tête d’usines d’une très grande importance, munies d’un outillage des plus parfaits et représentant une valeur considérable*
- USINES DE MARCHIENNES
- Ces usines comportent 2 hauts fourneaux de grande dimension, 1 fonderie, des laminoirs importants, et des ateliers pour la fabrication des poutres rivées.
- Hauts fourneaux. — Pour alimenter les hauts fourneaux, 80 fours à coke ont été construits. Ces fours ont une largeur de 0m45 et 0m48 ; ils permettent de fabriquer un coke de bonne qualité avec les charbons du bassin de Charleroi.
- La production des premiers hauts fourneaux était limitée à 10 tonnes_environ par jour. On les alimentait alors avec les minerais du pays, provenant de Fraire, Ives, Mo-rialmé, Ligny, et plus tard avec les oligistes des bords de la Meuse. On ne connaissait pas encore l’emploi de l’air chaud, ni l’utilisation des gaz perdus.
- L’augmentation de production fut favorisée par la substitution des minettes du Luxembourg aux minerais indigènes : en 1865, on produisait 45 à 50 tonnes; en 1878, on était arrivé à 75 tonnes environ.
- En 1882, on porta la hauteur des fourneaux de 15 à 18 mètres, et leur capacité atteignit 220 mètres cubes. Depuis lors, on installa une nouvelle machine soufflante du dernier type Coekerill, et la production dépasse actuellement
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- 6,000 tonnes par mois, soit chaque jour 100 tonnes iar fourneau.
- FORGES DE LA PROVIDENCE
- mation mensuelle est d’environ 4.500 tonnes, tandis que l’excédent est livré au commerce.
- USINES UE MARCHIENNES
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- toutes les variétés de fonte de moulage sont fabriquées, ainsi que celles d’alfinage, mais principalement les fontes destinées à l’alimentation des laminoirs, dont la consom-
- La consommation de minerais a été, en 1884, de 130.000 tonnes, et la production de fonte de 70.000 tonnes. Fonderie. — La fonderie produit toutes les pièces né-
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- céssaires au matériel des usines. On y fond les pièces de ponts, colonnes en fonte, tuyaux, etc., et plus spécialement les cylindres de laminoirs.
- La production en pièces finies varie de 200 à 250 tonnes par mois.
- Laminoirs. — Les laminoirs installés à la création de l’usine pour la fabrication des fers marchands, des fers fendus et des tôles, ont subi d’importantes transformations amenées par les progrès de l’industrie, et par les besoins de la construction. Le développement des chemins de fer fit adopter, par la Société, la fabrication des rails, qu’elle abandonna en 1863 pour s’adonner spécialement à la fabrication des poutrelles et des fers profilés. La Société a importé, la première en Belgique, la poutrelle, et a contribué puissamment à en développer l’emploi.
- Le premier brevet pris à cet effet en Belgique par la Société date de 1849. Ce sont les usines de Marchiennes qui fournirent les premières poutrelles employées en Angleterre. En 1859, l’outillage permettait de laminer les poutrelles à 10 mètres, tandis qu’aujourd’hui, même avec un profil de 0m406 de hauteur, dont le mètre courant pèse 100 kilos, on peut livrer des poutrelles de 20 mètres de longueur.
- En 1876, on y lamina toutes les longrines du système Hilff, nécessaires à, la pose de 50 kilomètres de voie sur les chemins de fer de l’Etat belge.
- Les laminoirs comportent actuellement sous la même halle : 34 fours à puddler desservis par 2 trains ébau-cheurs et 5 marteaux-pilons, en outre, 16 fours à réchauffer, dont 7 à tirage naturel et 9 à vent forcé, alimentant 6 trains de laminoirs pour la fabrication de fers finis, savoir :
- Un train marchand et un petit train, commandés par le même moteur.
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- Un train pour fers fendus, petites poutrelles et fers spéciaux.
- Deux trains, dits trios, pour les poutrelles de dimensions moyennes, activés par la même machine. Enfin, un train, dit cluo, réversible de 0m650 de diamètre pour les grosses poutrelles.
- Ce dernier train a une machine horizontale à deux cylindres, dont les diamètres sont de 1 mètre, et la course de l,n2ü, et qui permet le mouvement renversé sans trop grande dépense de vapeur.
- La production des laminoirs de Marchiennes qui, en 1866, était de 12.000 tonnes de fers finis, est actuellement d’environ 40.000 tonner, dont 60 0/0 sont destinés à l’exportation.
- Ateliers. — Aux laminoirs est adjointe une vnasserie destinée à la préparation des paquets composés de mitrailles, de fers de toutes espèces, tels que vieux rails, que i’ori remanie en grandes quantités. L’installation des ateliers d'ajustage, de perçage, de forage, auxquels on a donné une grande extension, dans ces derniers temps, permet de fournir les poutres rivées et les charpentes les plus compliquées.
- USINES D’HAUTMONT
- Les usines d’Hautmont comprennent : lp 2 grands laminoirs séparés par l'installation des deux hauts fourneaux et des fours à coke;
- 2° Une grande fonderie, des ateliers de construction et de réparation, et une chaudronnerie/
- La surface de terrain couverte, abstraction faite des emplacements nécessaires au dépôt des poutrelles, fers, minerais, etc., est d'environ 7 hectares.
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- Le développement des établissements d’Hautmont commença vers 1848.
- En 1849, on inaugura la fabrication des fers à double T brevetée, en faveur de la Société qui en a introduit et propagé l’emploi dans tous les pays.
- Les Anglais, avant cette époque, avaient bien fait usage du double T en fonte pour ponts à petite portée, mais ils n’avaient jamais fabriqué de fers à double T.
- Vers 1855,1a Société de Scle_ssin attaqua la validité du brevet pris par la Providence.
- Les experts, nommés parle tribunal de Liège pour juger la question, trouvèrent, dans des publications anglaises, des dessins de double T; ils en conclurent que ces fers étaient déjà en usage en Angleterre, et les juges d’après leur rapport annulèrent le brevet. Ce ne fut que plusieurs mois après que les experts s’aperçurent que les profils qu’ils avaient vus se rapportaient à des pièces moulées en fonte.
- Hauts fourneaux. — Les deux hauts fourneaux sont alimentés, comme ceux de Marehiennes. par lés minerais du Luxembourg et peuvent produire journellement 100 tonnes de fonte utilisée pour les diverses spécialités des laminoirs.
- Laminoirs. — Les laminoirs renferment :
- 1° Deux installations de puddlage (60 fours), desservis par trois trains-ébauclieurs et six marteaux-cin-gleurs;
- 2’ Dix trains de laminoirs pour produits finis, comprenant :
- 4 trains pour les fers profilés.
- 3 » » tôles et les larges plats.
- 2 » » fers marchands.
- 1 » » roues de wagon.
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- Parmi ces trains, il faut remarquer le train réversible d’un mètre de diamètre, dont les cylindres pèsent chacun
- train que l’on a fait en une seule chaude la poutrelle de 0m300 hauteur et de 40mde longueur, qui a figuré à l’Exposition
- USINES D’HAUTMONT
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- Vue Gén0*rle
- 20 tonnes et sur lequel on fabrique les grosses poutrelles de 0m515 de hauteur pesant jusqu’à 21ok le mètre, et qui sont utilisées par l’artillerie française. C’est sur ce môme
- universelle d’Anvers, ainsi que les tôles en fer et en acier de 2m80 largeur et 8m de longueur. La machine activant ce train peut développer une force de 3,500 chevaux.
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- Avec un personnel d’environ 2,000 ouvriers, touchant annuellement 2,500,000 francs environ de salaire, l’usine d’Hautmont peut produire :
- 70,000 tonnes de fonte,
- 75,000 » » fers marchands, tôles, larges plats,
- roues,
- 3,000 » » pièces moulées en fonte.
- Les usines sont reliées à la gare du chemin de fer du Nord d’un côté, et à la Sambre canalisée de l’autre.
- USINES DE REHON
- La Société ayant reconnu tou t le parti que l’on pouvait tirer des gisements de minettes s’étendant du Luxembourg dans le département de l’Est, se préoccupa d’obtenir des concessions en France. On décida, en 1863, la création de l’usine de Relion, et en 1864, on commença la construction des deux hauts fourneaux.
- La Société avait obtenu la concession de la mine s’étendant sur une partie de la commune de Rehon. Pendant nombre d’années, cette minière servit à alimenter exclu-
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- sivementles hauts fourneaux, et la qualité des fontes produites à Rehon fut extrêmement appréciée par les fonderies françaises.
- En 1870, on érigea un troisième haut fourneau de grandes dimensions et munis d’appareils Gowper polir le chauffage du vent.
- En 1878, la Société obtint en participation l’importante
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- concession d’Hussigny, qui alimente en partie aujourd’hui
- les hauts fourneaux.
- USINES UE
- REHON
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- En même temps que les usines, la Société a érigé une cité ouvrière et une école, où les enfants du personnel et
- Vue Générale
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- Les 3 hauts fourneaux munis de 4 machines soufflantes d’appareils Cowper, etc., pourraient atteindre une production annuelle de 85 à 90,000 tonnes de fonte.
- delà commune reçoivent gratuitement l’instruction.
- Jusque dans ces dernières années, cette école était la seule qui existât dans la commune.
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- DÉPÔTS ET AGENCES
- Dépôt de Paris. — Le dépôt de Paris fut créé dans le but d’écouler en France les produits des laminoirs d’Haut-mont. Ce dépôt a acquis pour la vente une très grande importance et a beaucoup contribué à développer à Paris et en France l’emploi des poutrelles.
- Les ventes opérées par le Dépôt de Paris en 1884 se sont élevées à 26,000 tonnes. Ce dépôt a fourni les fers pour la plupart des grands travaux de Paris et de la province, et notamment pour l’Opéra, le Palais de l’Industrie, etc.
- Dépôt de Bruxelles. — La Société possède également à Bruxelles un dépôt très important pour l’écoulement des produits des usines de Marchiennes.
- Les entrepreneurs y trouvent constamment un grand assortiment de fers.
- Dépôti de Lille. — Un dépôt de fers est établi à Lille, pour alimenter les centres industriels de Lille, Roubaix, Tourcoing et du Pas-de-Calais.
- Agences. — A Londres, il y a un bureau pour le marché anglais, qui est le plus grand consommateur de gros fers.
- A Constantinople, on a également établi un bureau pour le marché de l’Orient.
- Enfin, la Société possède dans les principaux centres du globe 46 agences destinées à la vente de ses produits. La multiplicité de ses relations ainsi aux usines
- 4in courant continu de tnr/M même dans les plus fortes crises.
- Paris.— lmp. Ch. HarCchai. & J. Mottomf.h, 16, cour des Petites-Écuries.
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- (Orne)
- FABRICATION DD PAPIER A CIGARETTES
- CHAPITRE PREMIER
- Si l’on consulte les tables de statistique, on est frappé de l’augmentation toujours croissante de la consommation du tabac. En France particulièrement, la quantité de tabac fumé par an est si considérable qu’elle atteint un kilogramme environ par tête d’habitant. Le produit.de la vente des tabacs a été, en 1883, de 371,218,000 francs ; dans l’exercice de 1884, le rendement a été de 376,485,000 fr., ce qui donne une différence en plus de 5,267,000 francs. Des diverses manières de fumer, celle qui consiste à rouler le tabac dans une feuille de papier mince et fin est, sans contredit, la plus agréable et la plus habituelle : soit que le fumeur confectionne lui-même ses cigarettes, soit qu’il les achète toutes faites, il est facile de se représenter l’énorme quantité de papier nécessaire à la consommation. La Régie seule a livré au public plus d’un milliard de cigarettes en 1884. Aussi des usines très importantes et spéciales à la fabrication du papier à cigarettes
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- ont été établies pour suffire aux demandes dé plus en plus nombreuses de la France et de l’étranger, et c’est dans l’une des plus considérables, sinon dans la première entre toutes de ces usines, que nous voulons conduire aujourd’hui le lecteur, afin de l’initier aune fabrication aussi parfaite qu’intéressante. Nous avons choisi les deux magnifiques établissements construits dans le département de l’Orne par MM. Abadie, comme étant les modèles d’une installation bien comprise. Le nom de MM. Abadie et Cie est trop connu et trop apprécié du , public pour que nous fassions ici l’éloge de leurs produits ; l’estime générale, et un succès toujours croissant, ont démontré l’excellence du papier à cigarettes fabriqué dans leurs usines. Avant d’essayer de décrire les diverses opérations qui constituent la fabrication dont nous nous occupons, nous ne croyons pas inutile de dire quelques mots sur l’origine de la cigarette, son introduction dans notre pays et l’accueil qui lui a été fait.
- L’usage de la cigarette paraît être très ancien chez les peuples du bassin méditerranéen, et ne s’est répandu que lentement dans les contrées du Nord, où l’on préférait se servir de la pipe. Autrefois, on roulait le tabac dans des feuilles de maïs ou d’autres plantes, ainsi que le témoignent les récits de l’imprimeur Etienne et de son gendre le médecin Liébault, qui voyagèrent en Amérique vers le milieu du xvie siècle ; ils racontent que les habitants de là Floride portaient au cou des cornets formés de feuilles de palmier, ùe roseau ou de bouleau, à l’extrémité desquels apparaissaient les feuilles de tabac. Un autre voyageur , Thé-vet, dit avoir vu au Brésil, en 1555, des cigarettes enveloppées de feuilles de palmier qui étaient aussi longues et aussi épaisses qu’un cierge. Il est à peu près certain que la cigarette telle qu’on lafume aujourd’hui, avec une enveloppe de papier, n’a été connue en France qu’au commencement du
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- FABRICATION DU PAPIER A CIGARETTES 3
- siècle, lors des guerres du premier empire avec l’Espagne.
- Dans ce dernier pays, l’usage du papelito (cigarette) est général depuis un temps qu’il est difficile de préciser : quelques auteurs prétendent même que les Espagnols ont emprunté l’habitude de fumer aux peuples de l’Orient et non aux Américains. On sait qu’au commencement du xviie siècle, le pape Urbain défendit aux prêtres espagnols de fumer pendant les pausescTes offices, ainsi que le fait encore aujourd’hui une certaine partie du clergé dans l’Amérique du Sud. On dit même que des prêtres furent murés vivants pour avoir fumé à S. Iago pendant le service divin. L'historien Las Casas rapporte que de son temps les deux sexes, vieux et jeunes, même les enfants, fumaient continuellement. Aujourd’hui il n’en est pas autrement ; on fume au théâtre, pendant les repas j et on donne la préférence à la cigarette. Le paysan met en morceaux le cigare qu’on lui donne afin de pouvoir fumer ces débris roulés dans une feuille de papier. On connaît sans doute le proverbe qui dit qu’un papelilo> un verre d’eau fraîche et un baiser d’une jolie fille tiennent lieu de nourriture à un homme pendant tout un jour . Suivant la qualité du tabac, les cigarettes d’Espagne sont d’un prix plus ou moins élevé; on raconte qu’au commencement de l’année 1870, Napoléon III reçut du maréchal Prim 20,000 cigarettes qui coûtaient chacune 1 fr. 50 ; les deux bouts étaient dorés et la lettre N était imprimée également en or sur le papier. Le maréchal eut en cadeau de retour deux magnifiques vases de Sèvres. Les Grecs font usage, pour la cigarette, d’un papier gris que l’on vend en même temps comme papier à écrire. Dans l’extrême Orient et surtout dans les îles asiatiques, on emploie, ainsi qu’en Amérique, les feuilles de certains végétaux: pour envelopper le tabac à fumer.
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- Une note assez curieuse d’un voyageur américain, nommé Ruschemberger, relate cependant que l’emploi du papier pour envelopper et fumer le tabac était connu vers 1820, à la cour du roi de Siam ; car, dit-il, tout le temps de l’audience fut consacré à préparer du papier pour cigarettes. Pendant longtemps l’Espagne fabriqua seule ce papier qui, suivant un auteur anglais “ est d’une composition particulière ; il est fin, non collé, et se consume presque sans fumée ; “ le meilleur se trouvait à Valence et à Alcoy : c’était alors un engouement général pour le papier de provenance espagnole. Vers 1824, M. M. Abadie, grand-père du directeur actuel des usiner du Theil et de Masles, très versé dans la fabrication du papier ordinaire puisque, depuis l’année 1783, la-famille Abadie s’adonnait à cette industrie, établit en France la première fabrique de papier à cigarettes. Le papier était alors vendu en grandes feuilles que la fumeur découpait à la grandeur qu’il jugeait convenable ; M. M. Abadie , voulant remédier aux inconvénients qui résultaient dé ce mode d’emploi, eut l’idée de composer dés petits cahiers avec des feuilles découpées dans le format que nous connaissons. Le succès de ces cahiers fut rapide et général ; mais la concurrence fut en même temps si grande que M. Abadie dut, en 1849, donner une marque à son papier et ce n’est pas le consomma-.. teur qui se plaignit de cette sage précaution. Depuis cette époque, les fils et petits-fils de M. M. Abadie n’ont cessé d’apporter à leur fabrication les perfectionnements les plus complets, tels que la science moderne permet de les réaliser.
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- CHAPITRE DEUXIÈME
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- C’est dans une des plus jolies vallées du département de l’Orne, sur les bords de la; rivière l’Huisne, que s’élèvent les constructions élégantes des usines du Theil et de Masles. La première fut fondée, il y a une vingtaine d’années, par M. Joseph Abadie, père du directeur actuel; l’usine de Masles, distante de la première de trois quarts de lieue environ, a été construite en 1881 par M. Egbert Abadie et est consacrée exclusivement au défilage des chiffons et au blanchiment du défilé ou demi-pâte. Dans l’établissement du Theil, se font Y emmagasinage des chiffons, le triage, le délissage, le découpage, le lessivage, le raffinage, Y affleurage et la fabrication du papier proprement dite.
- Nous allons donc prendre au début la matière première, le chiffon, pour le suivre dans ses transformations merveilleuses. Il est vraiment admirable que des loques de linge, des lambeaux de toile à voile, des cordages puissent être changés en un papier si léger, si mince et si doux au toucher !
- Les chiffons utilisés dans l’usine de MM. Abadie, proviennent en grande partie de la Bretagne, où le linge est très peu lessivé ; on les désigne par le nom de chiffons bulle ou écrus. Les toiles à voile et débris de cordages ar-vent des ports de l’Océan. Ces matières sont emmagasinées dans une immense halle située au-dessous de l’atelier où se font le triage et le délissage.
- Ce sont des femmes qui sont chargées du soin important de trier et de délisser les chiffons. Il s’agit ici, en effet, de faire un choix approprié aux exigences de la fabrication
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- future ; l’état plus ou moins neuf du linge, son degré de coloration, les matières étrangères telles que boutons, oeillets, et les coutures donnent lieu à des classifications qui, pour être faites rapidemènt, demandent une grande expérience. Les chiffons amenés de l’étage inférieur, au moyen d’un monte-charges, dans des vagonnets, sont distribués à l’aide d’un petit chemin dé fer circulaire, aux ouvrières qui travaillent debout, chacune devant un grand établi divisé en cases profondes. Une de ces cases est couverte d’un grillage en fer, afin que les corps étrangers en poussière qui se détachent puissent tomber sous l’établi et ne plus salir le chiffon qui reste en main. Une lame de faux est maintenue à demeure dans la table ; le dos de la lame est tourné vers l’ouvrière qui, tenant la pièce à dèlisser entre ses mains, l’appuie sur le tranchant de l’instrument et lé sépare en morceaux ayant une dimension d’environ 5 centimètres sur 10. Les chiffons triés et délires sont ensuite réunis et versés dans une trémie qui les conduit à une machine dite découpeuse.
- Le découpage se fait à l’aide d’une machine composée de deux volants armés dé fortes lames et d’une lame fixée solidement à demeure. Les volants étant lancés à grande vitesse, les chiffons se trouvent pris entre les lames tournantes et la lame immobile, et sont divisés en petits morceaux qui sont reçus par un bluttoir ayant pour but de les débarrasser, à l’aide d’un mouvement de va-et-vient énergique, de la poussière qu’ils contiennent. Cette machine est actionnée mécaniquement et ne réclame, pour être conduite, que le concours d’un seul ouvrier.
- Les chiffons ainsi divisés subissent ensuite l’opération du lessivage ; ils sont introduits dans une énorme sphère de tôle placée sur deux supports et pouvant être animée d’un mouvement de rotation. Cette sphère contient une lessive de chaux et de carbonate de soude dans des proportions
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- variables suivant la qualité des chiffons soumis à la coe-tion : on fait arriver un courant de vapeur jusqu’à une tension de 3 à 4 atmosphères. L’appareil étant fermé soigneusement, reçoit un mouvement de rotation très lent (un tour par minute environ) afin de bien mêler les chiffons, avec la lessive : chaque cuvée dure six heures. Après le lessivage, la masse des matières a pris une coloration moins foncée ; elle est empilée dans des wagons qu’une locomotive routière de la force de 8 chevaux, remorque jusqu’à l’usine de Masles.
- Cette usine qui comprend un seul corps de bâtiment d’aspect monumental, est située sur le bord de l’Huisne et emprunte au cours rapide de la rivière, à l’aide de puissantes turbines, la force motrice nécessaire aux besoins du travail. Un escalier à double évolution conduit à une immense salle divisée en larges gradins. Sur le palier le plus élevé, sont établies des cuves contenant la dissolution de chlore qui doit servir au blanchiment ultérieur des chiffons.
- Douze piles défileuses munies de tambours laveurs sont échelonnées par quatre sur les trois paliers inférieurs. C’est dans ces piles, ainsi que leur nom l’indique, que se fait le dèfilage des chiffons, opération qui a pour but de réduire ces derniers en fibrilles, en évitant de les briser le moins possible. Les piles défileuses, construites en fonte, ont la forme d’une caisse longue de deux à trois mètres, dont chaque extrémité se termine par un demi-cylindre ; une sorte de cloison les divise en deux dans le sens de la longueur, en laissant toutefois les deux parties communiquer entre elles aux extrémités. Sur l’un des côtés est placé l’axe d’un cylindre armé de lames qui, entraînées par un mouvement de rotation de l’appareil, rencontrent d’autres lames assujetties sur une platine au fond de la pile. Le chiffon entraîné par l’eau qu’un ro-
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- billet fournit en abondance, est forcé de passer et répasser entre les lames du cylindre et celles de la platine; lés libres tëxtilès se' désagrègent en même temps qu’elles se nuri-
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- fient et finissent par former une masse compacte à la-
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- quelle on donne le nom de défilé ou demi-pâte. Nous avons dit que chacune des piles était munie d’un tambour laveur: cet appareil se compose d’un cylindre formé de deux toiles métalliques de grosseur différente, dont la
- plus fine se trouve à l’éxtèrieur ; il repose sur l’eau dans
- la partie opposée au cylindre défileur ; l’eau, absorbée par le tambour laveur, est versée dans une ouverture qui communique âu dehors par un tuyau. De cette façon l’eau se renouvelle constamment dans la pile ; on ne cesse le lavage que lorsque l’eau s’écoule parfaitement ; claire.
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- Les impuretés qui se trouvent.. encore dans les chiffons, tombent au fond de la pile et sont retenues par un sablier
- dont lé plan est incliné. Le travail du défilage est fait
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- dans dès conditions de propreté :très minutieuse ; le. sol
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- même de la salle est lavé à grande eau, dont l’approvi-
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- sionnement est assuré au moyen d’immenses ^réservoirs.
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- Le chiffon, défilé doit être ensuite séparé de l’eau par l’égouttage qui a ‘ lieu dan s des chambres situées dans là
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- partie inférieure de l’usine et dites caisses, dont le fond
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- est revêtu.de larges briques plates et percées: de trous qui ont de 2 il 3 millimètres de diamètre et vont en s’élargis-
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- saut : ôn laisse - le défilé dans ces- caisses jusqu’à ce qu’il soit .ni drop sec ni trop mouillé.. > .
- * La : demi-pâte est alors versée dans de
- cuves
- quadrangulaires où elle;doit subir le blanchiment. ; Il s’agit: de. dissoudre la matière colorante des chiffons et de rendre ceux-ci blancs: comme neige ; on obtient ce résul-
- a^^ni plongeant .le défilé, pendant six heures en moyenne,
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- les. bains contenant du chlorure de chaux et de l’a-
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- bains suivant l’état de la pâte et son degré de coloration. Dans chaque caisse de blanchiment se trouve un agitateur à palettes obliques qui mélange intimement la pâte avec la dissolution décolorante. Cette dernière arrive dans les cuves à l’aide de conduites venant des cuves placées sur le palier supérieur, ainsi que nous l’avons dit précédemment.
- Le défilé blanchi, bien lavé et bien égoutté, est ramené i à l’usine du Theil dans les wagons qui l’ont apporté quand • il n’était encore que lessivé. On le descend dans des caisses situées dans le sous-sol de l’usine, et qui sont au nombre de 19. Un monte-charges élève, au fur et à mesure des besoins, le défilé dans une vaste salle où fonctionnent dix cylindres rafftnewrs, disposés dans des cuves exactement semblables à celles employées pour le défilage à l’u-, sine de Masles. Le raffinage complète la trituration des chiffons et rend la pâte plus fine. Cette opération est faite âu moyen de machines qui ne diffèrent des cylindres dé-fiieurs que par un plus grand nombre de lames qui divisent le chiffon de plus en plus. Le raffinage dure quatre heures environ ; on a soin de spatuler fréquemment, afin d’égaliser le passage de la masse à raffiner entre les lames du cylindre et celles de la platine et d’obtenir une pâte ; bien homogène,
- Lorsque l’ouvrier qui gouverne la pile raffineuse juge que le chiffon est au degré voulu de trituration, il affleure, h'affleurage est destiné à faire disparaître les amas qui se sont formés dans la pâte et auxquels on a donné le nom caractéristique de bouton ; les lames du cylindre, dans ce cas, sont mises à un point juste où elles affleurent celles de la platine. Les fibres étant seulement étirées et non coupées par cette disposition de la machine, il en résulte que les grains, boutons et élevures du mélange se trouvent forcément réduits. A ce moment, les chiffons et
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- cordages sont transformés en une bouillie fine et assez liquide, d’aspect bien uniforme ; la pâté qui a subi les opérations du raffiftage et de l’affleurage, dans une masse d’eau sans cesse renouvelée, offre les conditions de propreté et d’homogénéité indispensables pour assurer une bonne fabrication de papier. Nous le répétons, nous avons été frappés des soins méticuleux donnés dans les usines du Theil et de Masles à toutes les opérations que nous venons de décrire ; ajoutons que MM. Abadie n’employant que les matières premières les plus aptes à fournir un excellent papier, livrent ainsi à la consommation publique un produit pur de tout mélange.
- Après l’affleurage, la pâte est envoyée par des conduits dans un réservoir qui se trouve en tête de la machine à fabriquer le papier proprement dite. Un agitateur à palettes obliques remue continuellement la pâte, afin de la bien mélanger avec l’eau que l’on fait couler d’un robinet. Ce mélange est très peu dense dans la fabrication du papier à cigarettes, en raison de la faible épaisseur que ce dernier doit avoir. Au sortir du réservoir, la pâte arrive dans le sablier qui se compose d’un bassin peu profond, et dont le fond est garni de lamelles de cuivre inclinées dans le sens opposé au courant : ces lames retiennent les graviers et autres matières lourdes qui ne sont pas tombés dans les sabliers des machines à défiler et à raffiner. Un épurateur comprenant des tamis à lames de cuivre entre lesquelles passe la pâte, retient les boutons et autres impuretés légères. Les services rendus par le sablier et l’épurateur sont indispensables à une fabrication aussi soignée que l’est celle de l’usine du Theil ; en effet, un grain de sable, un éclat de bois ou de fer pourraient non seulement détériorer les cylindres réglés très juste pour le passage d’un papier aussi fin que le papier à cigarettes, mais, de plus, ce papier serait piqué et susceptible dé se
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- déchirer facilement. En quittant l’épurateur, la pâte, dont l’épaisseur est déterminée au moyen de deux règles de cuivre, s’écoule sur un tablier en caoutchouc qui la conduit à une toile métallique sans fin et longue d’environ trois mètres. Cette toile est portée par des petits cylindres en cuivre serrés les uns contre les autres; elle est ainsi fortement tendue pendant sa marche, qui est constante et reçoit, en plus, un mouvement rapide de va-et-vient que lui donne le cadre qui la maintient, La pâte entraînée par la toile métallique prend une épaisseur uniforme en même temps que l’eau commence à s’égoutter à travers les mailles; deux courroiesrguides en cuir servent à fixer la largeur qu’on veut donner à la nappe de pâte et à émarger cette dernière ; les courroies sont continuellement lavées par un jet d’eau afin de conserver les bords de la feuille très propres. Peu à peu la pâte ne tarde pas à se prendre, l’eau ayant passé en grande partie à travers les tamis de la toijle ;> pour faciliter cette prise, la toile métallique est appuyée, à son extrémité, sur une sorte de caisse dans laquelle on fait le vide au moyen d’une pompe et qui attire ainsi les dernières gouttes d’eau qui peuvent encore se trouver dans la pâte. Celle-ci s’engage entre deux cylindres de bronze revêtus de feutre que l’on a soin de tenir humide pour ne pas déchirer la feuille nouvellement formée ; au* sortir des cylindres, on voit paraître le papier. Cette transformation si rapide est réellement curieuse. Lorsque nous avons eu le plaisir de visiter la magnifique usine du Theil, on fabriquait en ce moment le papier qui est désigné dans le commerce par le nom de papier• mais. Nous ne pouvions nous lasser de contempler le changement pour ainsi dire magique de la bouillie jaunâtre étendue sur la toile métallique en un papier mince et déjà consistant malgré sa finesse. La feuille, en quittant les cylindres, repose sur un feutre qui la conduit à deux
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- cylindres-presse où elle achève de perdre son humidité et prend assez de fermeté pour pouvoir être soumise à l’action de la sécheuse. La sécheuse se compose d’une série de cylindres creux qui sont au nombre de six dans l’usine de MM. Abadie; ces cylindres sont fortement chauffés par des injections de vapeur. Le papier, en se déroulant, achève de se sécher et se satine en quelque sorte : puis, il s’enroule sur un grand dévidoir. Lorsque ce dernier est suffisamment rempli, un ouvrier coupe la feuille ; le dévidoir est enlevé et remplacé immédiatement. La machine que nous venons d’essayer de décrire occupe un espace comprenant une quinzaine de mètres de longueur sur deux de large environ : l’usine du Theil possède deux de ces machines qui fonctionnent continuellement dans d’excellentes conditions.
- Le papier est ensuite détaché du dévidoir pour être, soit mis en rouleaux et expédié tel quel, soit porté sur la table à découper, où il est divisé en différents formats correspondant aux exigences de la consommation. Dans ce dernier cas, il est soumis, avant d’être expédié, à une inspection des plus minutieuses qui est faite par une vingtaine d’ouvrières. Celles-ci, assises à contre-jour devant des tables, examinent successivement chaque feuille par transparence et mettent à part toutes celles qui -ne présentent* pas une égalité et une pureté parfaites dans leur surface : cet examen du papier est fait avec une très grande rapidité.
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- CHAPITRE TROISIÈME
- DESCRIPTION DES USINES
- Les usines du Theil et de Masles, où sont effectuées les opérations que nous venons de décrire d’une manière sommaire, sont construites en fer et en briques; l’aspect général en est imposant. La première se compose de deux vastes corps de bâtiments reliés sur le devant par une large salle bien éclairée. Les constructions sont à cheval sur la rivière de l’Huisne, qui donne, au moyen de turbines puissantes, la force motrice nécessaire aux besoins du travail. De l’autre côté de la rivière, un bâtiment central est affecté aux chaudières à vapeur, qui sont au nombre de trois : deux de la force de 25 chevaux chacune et une autre plus grande, de la force de 70 chevaux. Plus loin, en arrière de T usine, se trouvent les ateliers de réparations. De belles terrasses, des escaliers et des ponts en fer assurent les communications entre les bâtiments construits sur les deux rives de l’Huisne; Un grand jardin dessiné à l’anglaise, ou se trouve le chalet de MM. Abadie, entoure l’usine : à droite en entrant, on trouve les bureaux; au centre, la salle des cylindres raffineurs et affleureurs ; à gauche, le magasin de réception des chiffons. Ainsi que nous l’avons déjà dit, l’atelier où se font le triage et le délissage est situé au-dessus de la pièce qui sert à emmagasiner les chiffons, cordages, toiles à voile, etc. Le bâtiment de droite est consacré, dans sa partie inférieure, aux machines à fabriquer le papier : à l’étage supérieur, sont les salles où le papier est découpé et soumis à une inspection rigoureuse.
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- Derrière la salle des cylindres, on entre dans la chambre où se trouve une machine horizontale de 30 chevaux de force. Cette machine n’est utilisée que dans les cas soit de grandes crues de la rivière, soit de manque d’eau par suite de la sécheresse : en temps ordinaire, la force hydraulique assure tout le service de l’usine. Le travail ne cesse pour ainsi dire jamais au Theil ; MM. Abadie font fabriquer dans l’usine le gaz nécessaire à l’éclairage des ateliers.
- L’usine de Masles, moins importante^et de construction plus récente que celle du Theil, se compose d’un seul bâtiment élevé sur voûtes : la partie inférieure est divisée en chambres ou caisses destinées à l’égouttage du défilé : une grande salle occupe tout l’étage supérieur et est affectée aux cylindres laveurs et défileurs et aux cuves de blanchiment. Un quai d’embarquement où sont reçus les chiffons lessivés est situé à droite de la construction ; sur le côté gauche se trouve une annexe établie au-dessus de la rivière et comprenant les turbines qui produisent la force destinée à actionner les cylindres.
- Les deux établissements occupent environ 200 personnes, dont presque la moitié se compose 4e femmes.
- MM. Abadie stimulent le zèle de leurs employés par des récompenses accordées aux plus habiles d’entre eux et ne cessent d’ailleurs de veiller sur eux* avec la plus entière sollicitude. Il suffit de traverser le bourg du Theil pour se convaincre du bien-être que la présence de l’usine apporte à la population ; les maisons sont propres et les habitants semblent vivre heureux de savoir leur pain assuré; car, nous le répétons, il n’y a point de chômage au Theil.
- La maison de vente en gros du papier à cigarettes, située anciennement rue Saint-Martin, est transférée depuis quelques mois, 112, avenue Malakoff. Là, MM. Abadie ont fait élever sur un emplacement considérable des constructions d’une élégance tout à fait artistique, dont l’aména-
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- gement intérieur répond aux besoins de l’industrie qu’ils dirigent avec tant de [succès. La partie des constructions en façade sur l’avenue Malakoff est occupée, au rez-de-chaussée, par les bureaux et les magasins; l’étage supér rieur est réservé aux appartements des employés de la maison. Derrière les burçaux se trouve un-hall spacieux et bien éclairé, où fonctionnent les instruments qui servent à découper, satiner, estamper, etc., le papier arrivant des usines. Une machine à vapeur, de la force de 20 chevaux, actionne ces instruments. Un nombreux personnel (environ 150 hommes et femmes) est employé à confectionner les cahiers de couleurs et de grandeurs différentes, tels que nous les trouvons dans les bureaux de tabac : ces cahiers sont composés soit de papier blanc dit papier de riz, soit de papier couleur chamois dit papier mais. De vastes remises et écuries complètent cette installation admirablement organisée. L’espace et la lumière ne sont ménagés nulle part et un luxe de bon goût règne jusque dans les moindres détails de l’ameublement intérieur.
- MM. Abadie sont fournisseurs de l’État français et de plusieurs pays étrangers. Nous n’avons pas besoin de dire que les demandes arrivent de plus en plus nombreuses avenue Malakoff; le consommateur a reconnu depuis - longtemps l’excellence du produit qui lui est vendu. Il nous suffira de terminer en affirmant que jamais réputation ne fût mieux méritée ; car les fumeurs de cigarettes sont absolument certains de trouver, sous la marque de MM. Abadie, un papier non seulement agréable à fumer, mais surtout exempt de mélanges et entièrement inoffensif.
- Imp. Ch. Maréchal et i. Montorier, 16, cour des Petites-Écuries, Paris.
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- FABRICATION DE L’OUTREMER ARTIFICIEL
- à Flenrieu-sur- Saône
- Le bleu d'outremer, qui possède des tons si riches et si recherchés, était autrefois extrait exclusivement du lapis-lazuli, dont le prix élevé ne permettrait pas de vendre aujourd’hui le kilogramme de bleu d’outremer à moins de 300 francs. Ce prix atteignait jadis 2.000 fr. la livre. La production d’un outremer artificiel Constituait donc un problème des plus intéressants.
- La formation d’une matière d’une belle coloration bleue dans un fourneau qui servait à la fabrication de la soude avait été constatée par Tassaert; Yauquelin avait montré que cette couleur bleue se comportait avec les réactifs comme l’outremer provenant du lapis-lazuli. La Société d’encouragement pour l’industrie nationale, persuadée que ce bleu pouvait être fabriqué artificiellement, proposa en 1824 un prix de 6.000 fr. pour l’invention d’une fabrication industrielle d’outremer, réunissant toutes les qualités de celui qu’on retirait du lapis-lazuli. Ce fut à Jean-Baptiste Guimet que ce prix fut décerné le 3 décembre 1828.
- J.-B. Guimet naquit à Yoiron (Isère) en 1793; son père, représentant d’une noble famille du Dauphiné, était un ingénieur de grand mérite auquel on doit les premiers plans du port de la Joliette à Marseille, un projet pour amener dans cette ville les eaux de la Durance, un projet de canal du Rhône à la mer, etc., etc.
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- J.-B. Guimet, jugé digne d’être admis à l’école Polytechnique à 17 ans, n’y entra que l’année suivante avec des camarades dont plusieurs devaient s’illustrer, comme Babinét, Cauchy, Chasles, A. Comte, Duhamel, Enfantin, Morin, Piobert, etc. Le 29 mars 1814, Guimet fut l’un des plus empressés parmi les élèves de l’école qui se dévouèrent à la défense de la capitale. Nous ne le suivrons pas dans cette odyssée qui prouve l'énergie de son caractère* En 1817 il entrait comme élève ingénieur dans les poudres et salpêtres; signalons les services rendus par lui dans les recherches entreprises pour découvrir la poudre rousse des anglais. Sa femme, qu’il épousa en 1825, était la fille du peintre Bidauld; elle avait elle-même un très réel talent de peintre. Elle poussa son mari, dont les connaissances en chimie étaient si complètes, à diriger ses recherches vers la découverte sollicitée par la Société d’encouragement pour la fabrication d’un outremer artificiel.
- Guimet se mit à l’œuvre, et, dès l’année 1827, il était arrivé à des résultats heureux; des notes trouvées dans un cahier d’expériences affirment les résultats obtenus dès les mois de juillet et août 1826, et à la date du 18 octobre 1826.
- Assuré^ dit M. Mulsant, bibliothécaire de la ville de Lyon, d’apporter des perfectionnements à ses produits, Guimet ne les présenta pas cette année ; aucun concurrent n’ayant rempli les conditions du programme, le prix fut remis au concours pour l’année suivante. Dans l'intervalle il multiplia ses essais et arriva enfin à préparer l’outremer d’une manière industrielle. Il commença à répandre ses produits dans le commerce : plusieurs artistes en firent l’essai et trouvèrent l’outremer de Guimet aussi beau que celui qu’ils retiraient d’Italie.
- Ingres, chargé de représenter l’apothéose d’Homère sur le plafond de l’une des salles du musée, employa ce bleu
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- FABRICATION DE L’OUTREMER ARTIFICIEL 3
- pour peindre la draperie de l’une des principales figures ; la couleur de cette draperie fut trouvée merveilleuse. Certain du succès, Guimet sé présenta au concours de 1828 et le prix lui fut décerné le 3 décembre 1828.
- De Toulouse, où il se trouvait au moment où il remporta le prix de sa belle découverte, Guimet fut envoyé en 1830 à Lyon en qualité de commissaire des poudres et salpêtres. En 1831 il fonda à Fleurieu-sur-Saône, près de Lyon, rétablissement qui depuis a acquis une si grande importance.
- En 1834 son outremer figura à l’exposition de Findusfrie française et lui valut l’une des médailles d’or et la croix de chevalier de la Légion d’honneur, l’année même où il donnait sa démission de commissaire des poudres et salpêtres pour se consacrer à l’industrie de l’outremer qui lui demandait tout son temps. La réputation de l’outremer Guimet se répandait non seulement en Europe mais dans le monde entier et en 1839 l'exposition couronna de nouveau sa découverte par un rappel de la médaille d’or de 1834. i
- J.-B. Guimet fut nommé, en 1843, à une grande majorité, membre du Conseil municipal de Lyon ; il contribua à faire utiliser pour l’alimentation de là ville les eaux du Rhône au lieu de celles de la rive gauche de la Saône et à empêcher l’arrêt des usines que l’adoption de l’autre proposition aurait rendu inévitable.
- A l’exposition de 1849, Guimet avait obtenu la grande médaille d’or, en 1831, à celle de Londres, la grande médaille (concil médal) et la prize médal à New-York en 1853} à l’ëxposition universelle de 1855 on lui décerna la grande médaille d’honneur et la croix d’officiér de la Légion d’honneur. A cette exposition, le rapporteur, M. Stas, mal renseigné, semble citer Gmelin, chimiste allemand de Tubingue, avant Guimet daD s l’ordre de priorité de la dé-
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- couverte de l’outremer artificiel, Guimet ne réclama pas, mais, en 1856, ayant à donner des renseignements sur Thistorique des fabriques d’outremer,il rectifiait et prenait date en écrivant : « Mon établissement de Fleurieu-sur-Sàône a été fondé en 1831, la première fabrique qui ait produit de l’outremer après la mienne est la manufacture royale de porcelaines dé Meissen, près de Dresde ; Rétablissement de M. Leverkus à Welmerskirchen date de 1839 ; célui de Nuremberg, 1840 ou 1841; de Courtial, 1843; de Dauptain, à Londres, 1845; de Zuber, à Rixbeim, 1847. »
- En 1865 un grand ouvrage fut publié en Allemagne, à Weimar, sur la fabrication de l’outremer. Son auteur, M* Lichtemberger, prétendait que Guimet n’avait fait que profiter des travaux de Gmelin, que les produits Guimet étaient bien inférieurs à ceux que lésAllemands fabriquèrent ensuite et enfin, d’après lui, le système Guimet était abandonné, oublié, perdu, à ce point qu’on aurait été obligé, en 1837, d’instituer un nouveau prix pour la découverte de l’outremer. Ges assertions durent singulièrement surprendre J.-B. Guimet qui possédait à cette époque une usine des plus florissantes où il créait des produits irréprochables et bien supérieurs à toutes les imitations. A l'exposition de Londres de 1862, il venait de remporter une grande médaille et il allait être hors concours à l’exposition de Paris 1867, Jusqu’à sa mort, en avril 1871, il ne cessa de diriger et de faire prospérer son usine de Fleurieu.
- Cependant, même en Allemagne, justice était rendue à Guimet; dans un mémoire sur la fabrication de l’outremer, publié par M. Gh. Furstenau à Cobourg en 1864, l’auteur s’exprime ainsi: « La Société d’encouragement de Paris fonda un prix pour la production artificielle de l’outremer qui fut gagné par M. Guimet, de Lyon, dont la fabrique est encore aujourd’hui la plus importante de France. Peu
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- de temps après Gmelin fît publier un procédé pour produire l’outremer. »
- Néanmoins le 12 avril 1878, dans un article du Chemiker Zeitung, le Dr E. Büchener, fils d’un des premiers fabricants d’outremer d’Allemagne, affirmait de nouveau, en termes peu courtois, la priorité de la découverte de Gmelin sur celle de Guimet. M. Emile Guimet, qui dirige la belle usine de Fleurieu depuis la mort de son père, s’émut à juste titre de l’insistance et de l’énergie des attaques des chimistes allemands, qui, renversant la question, traitaient Guimet de plagiaire.
- Il répondit à l’article du Chemiker Zeitung par une lettre qui ne fut pas publiée par ce journal. M. E. Guimet fit alors autographier : 1° les pages du cahier d’expériences de son père, qui prouvent que c’est dans le courant de juillet 1826 que l'outremer artificiel a été découvert par J.-B. Guimet; 2° la demande de matières nécessaires à cette production qui montre bien que, dès le mois d’octobre 1826, J.-B. Guimet était entré dans la période de fabrication industrielle. (Voir pages 6 et 7.)
- M. Loir, professeur de chimie à la Faculté des sciences de Lyon, a publié un mémoire sur la découverte de l’outremer artificiel ; il contient des documents authentiques qui lui ont permis de déduire les conclusions suivantes :
- 1° En 1824, la Société d’encouragement reconnaît la possibilité de faire l’outremer de toutes pièces et elle propose un prix de 6,000 francs, pour la découverte de l’outremer artificiel;
- 2° En 1826, J.-B. Guimet obtient au mois de juillet l’outremer artificiel ;
- 3° La même année au mois d’octobre J.-B. Guimet produit industriellement et, en une seule cuite, l’outremer, qu’il livrait aux artistes dès cette époque;
- 4* En 1827, Gmelin reconnaît la possibilité défaire l’ou-
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- tremer de toutes pièces, ce qui avait déjà été reconnu trois ans avant par la Société d'encouragement ;
- 5° En 1828, Gmelin obtint de l’outremer artificiel, ce qui avait été obtenu deux ans avant par J.-B. Guimet;
- 6° Get outremer de Gmelin était un produit de laboratoire mélangé de matières grises et obtenu au moyen de nombreuses opérations coûteuses et délicates ;
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- 8 ‘ GRANDES USINES
- 7° Au mois de décembre 4828, la Société d'encouragement décerne à J-B. Guimet le prix proposé;
- 8° En 4831, J.-B. Guimet établit une usine à Fleurieu.
- Le mémoire de M. Loir, présenté le 23 mai 1879 à la Société d'encouragement, présidée par Dumas, a été publié dans le Bulletin de cette Société avec les pièces à l’appui:
- Après la publication du remarquable rapport de Dumas, les esprits impartiaux, en Allemagne, ont commencé à rendre justice à la mémoire de J.-B. Guimet. Yoici en effet ce qu'on lit dans le recueil de Technologie chimique publié en 1880 par le docteur Wagner, professeur à l'université de Wurzboürg : « A la suite de l'étude scrupuleuse « que j'ai faite des pièces que M. E. Guimet m’a comrnu-« niquées, j'ai acquis la conviction que J.-B. Guimet a, le « premier, fabriqué de l'outremer et que c'est lui qui « pour la première fois a essayé de le reproduire artificiel-« lement. Il est impossible qu’à cette époque il ait eu « .connaissance des recherches du laboratoire de Gmelin. »
- La lumière est donc aujourd'hui bien faite et la découverte de l'outremer artificiel est démontrée être l’œuvre de J.-B. Guimet.
- FABRICATION DE L'OUTREMER ARTIFICIEL
- L'outremer est essentiellement composé de silice, d'alumine, de soude, de soufre et d'oxygène. Ce sont les éléments constituants de l'outremer, tels qu'ils existent en combinaison dans un échantillon parfaitement purifié; mais l'outremer artificiel contient toujours d'autres éléments, tels que l'eau, le sulfate de soude, le soufre libre et des matières étrangères introduites pendant la fabrication ou par les matières premières.
- Matières premières. — Les matières employées sont le kaolin ou terre à porcelaine à l'état de division extrême,
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- le sulfate de soude, le carbonate de soude, le soufre et le charbon,
- La proportion des matières premières à mélanger varie suivant la qualité et la nuance de l’outremer que l’on désire obtenir. Pour obtenir de l'outremer pour l'azurage, il faut augmenter les proportions de carbonate de soude. Pour avoir du pur bleu, il faut une forte dose de sulfate de soude dans le mélange: dans ce cas voici à peu près
- la composition :
- Argile. . ............ 37
- Sulfate de soude ........ 15 ;
- Carbonate de soude, ...... 22
- Soufre pur.............. . 18
- Charbon de bois....... . 8
- 100 *.
- Le bleu est d’autant plus riche et colorant qu’on est parvenu à y fixer une plus grande quantité de soufre à l’état de sulfure de sodium. Les plus beaux bleus Guimet renferment8à 100/0 de soufre: ce résultat s’obtient par l’emploi de sulfate de soude.
- La théorie de la fabrication de l’outremer est encore très obscure : cependant les travaux de M. E. Guimet et des chimistes qui l’ont aidé au laboratoire de Fleurieu ont éclairé cette question d’un jour nouveau.
- Nous allons résumer les travaux de M. Emile Guimet. Lorsqu'on suit les phases de la cuisson des matières destinées à fournir l’outremer tel que l’a préparé J.-B. Guimet et tel qu’on le prépare de nos jours, on observe diverses colorations qui se succèdent dans l’ordre suivant: Brun, vert, bleu, violet, rose, blanc.
- Ces colorations sont le résultat de l’oxydation successive du mélange de kaolin, de soufre et de carbonate et sulfate de soude, employés pour préparer l’outremer. En effet, lorsque le four qui contient les creusets renfermant le mé-
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- lange commence à rougir, le soufre fond et produit avec la soude des polysulfures.
- Les corps qui se forment alors présentent des colorations diverses mais sont tellement instables en présence de l’àir et de l’eau, qu’on ne peut les définir. Ils paraissent du reste ne devoir leur coloration qu’aux sulfures qui imprègnent la masse.
- Le premier produit stable est le brun; il apparaît au moment où le four s’échauffant davantage* on voit sortir des creusets dès flammes bleues, indice de la combustion du soufre se transformant en acide sulfureux. Lorsque les flammes ont cessé d’apparaître, cette transformation est achevée. Si l’on retire un creuset du four, il est rempli d'une matière verte.
- La température étant arrivée à 700 degrés, le bleu commence à se former.
- Si à ce moment on continue le chauffage en laissant, Comme précédemment, entrer de l’air en excès, la matière prend une nuance violette puis rouge ou plutôt rose et enfin l’outremer devient blanc.
- Cet outremer blanc, mélangé avec un peu de charbon et chauffé au rouge,reproduit, selon la quantité de charbon ajoutée, du rose, du violet, du bleu, du vert et du brun.
- On peut aussi, en prolongeant ce chauffage et par conséquent l’oxy dation, faire redescendre à l’un de ces pro-' duits dérivés du blanc tous les termes de la série et transformer, par exemple, le brun en vert, bleu, rose et blanc. Le même fait s’observe avec un mélange de sulfate de soude* de kaolin et de charbon qui se comporte comme l’outremer blanc mélangé de charbon.
- En remplaçant le charbon par l’hydrogène ou tout autre corps réducteur on obtient les mêmes résultats.
- Ces faits semblent bien indiquer que la marche de la coloration suit celle de 1’oxydation; Gn en trouve la preuve
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- dans Vèxameû dès produits dans lès différentes' périodes du chauffage.
- Caractères des outremers. — Ces couleurs, -au sortir du creuset, contiennent une partie insoluble qui est là matière colorante et une partie soluble qui comprend les produits éliminés de la combinaison .
- Production de la matière colorante.—Examinonsmaintenant comment s'opère le passage d'une couleur à l’autre.
- La transformation du brun en vert n'a pas encore pu être étudiée suffisamment par des méthodes de laboratoire.
- Transformation du vert en bleu.—Dans l'état actuel de la science on peut dire que tous les travaux faits pour' établir une différence dans la composition élémentaire entre le vert et le bleu obtenu par le grillage de ce vert, ont abouti à prouver sous ce rapport l'identité absolue de cés deux produits. 11 n’existe pas 1/100 de différence dans la proportion des éléments qui constituent ces deux corps. Or l'oxygène n'a pas été dosé, le changement de couleur ne peut donc provenir que d'un changement d’état des com^ posés sulfurés, changement produit sous l’influence dé l'oxygène.
- Transformation du bleu en rose. — Il y a dans ce cas une véritable différence entre ces deux corps.
- Par l'examen des eaux de lavage on reconnaît que de l'alumine a été rendue soluble. Les analyses démontrent que les proportions de soufre et de soude n’ont pas changé sensiblement. Nous nous trouvons donc en présence d'un outremer contenant une plus grande quantité de silice et l'on a souvent attribué là coloration rose à un excès de silice, mais c'était là une erreur. En effet, si l'on prend de l’outremer rose, débarrassé par un lavage soigné de toute l'alumine éliminée pendant la transformation du bleu en rose, cet outremer, qui contient un excès de silice, chauffé avec du charbon, se transforme
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- en un outremer bleu qui contient la même quantité de silice et d'alumine que l’outremer rose avant cette tons-formation.
- C’est donc par une oxydation que la couleur rose est obtenue et l’on vérifie ainsi les conséquences que faisaient prévoir les caractères chimiques de ce produit (absence de dégagement d’hydrogène sulfuré lors du traitement par les acides).
- Nous supposons que c’est l’acide sulfurique dont la production succède à celle de l’acide sulfureux pendant la réaction qui désagrège le produit en formant un sulfate d’alumine soluble; c’est aussi cet acide qui favoriserait la formation du rose. ~
- D’après les caractères indiqués par ces différentes couleurs, nous pouvons définir ainsi les outremers : « les outremers sont des produits insolubles composés de silice, d^alumine, de soude, de soufre et d’oxygène; traités par les abidës étendus ils se décolorent et cette décoloration est accompagnée d’un dépôt de soufre et du dégagement d’un composé acide de soufre. »
- DU ROLE DE CHACUN DES CONSTITUANTS DE L’OUTREMER.
- Oxygène. — C’est à lui qu’est due la production de la couleur; en son absence les sulfures ne peuvent former d’oütremers.
- Soufre. — Peu de soufre donne un bleu .clair; avec une plus forte dose le bleu devient foncé.
- Soude. — La proportion de soude est toujours la même dans les outremers, elle est de 20 0/0 environ.
- Silice. — Sa proportion est constante, 37 à 38 0/0 environ ; son rôle n’a jamais pu être défini complètement.
- Alumine. — C’est de la quantité d’alumine contenue dans le mélange primitif que dépend la nuance du bleu.
- v.*' 'A
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- En résumé, la soude et la silice restant sensiblement en quantité constante dans les outremers, la quantité de soufre peut varier du simple au double, tandis que la quantité d'alumine contenue à l’état de combinaison dans le produit varie dans la proportion de 1 à 6 environ. Les outremers ainsi obtenus présentent au microscope une texture cristalline etun aspect parfaitement homogène. Il faut donc croire que la proportion de soufrent d’alumine peut varier dans de certaines limites, sans que l'outremer cesse d’être un corps parfaitement définir : aussi l’analyse n’a pu assigner à l'outremer une formule chimique invariable, M. E. Guimet a fait à Fleurieu de belles expériences de substitution pour arriver par une autre voie au résultat cherché.
- 11 a substitué au soufre, le sélénium et le tellure et a obtenu les colorations suivantes :
- Outremers au soufre : brun, vert, bleu, violet, rose, blanc.
- Outremers au sélénium : brun, rouge pourpré, rose, blanc.
- Outremers au tellure : jaune, vert, gris, blanc.
- Ces corps présentent les mêmes réactions que les outremers au soufre.
- Il a aussi substitué à la soude des bases alcalines et terreuses et a obtenu des corps incolores présentant les mêmes réactions.
- L’outremer n’est donc pas un corps unique : il existe une série d’outremers les uns colorés (outremers au soufre, au sélénium, au tellure), les autres incolores (outremers à la chaux, à la potasse, à la lithine, etc.) et l’étude de ces corps pourra peut-être jeter un jour nouveau sur la composition chimique de l'outremer.
- Parmi les collaborateurs de M. E. Guimet, citons M. Morel, ancien directeur de l’usine de Fleurieu, qui a trouvé les outremers au sélénium et au tellure et M. Plicque, qui affirme ; 1° que contrairement aux assertions de quelques auteurs
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- allemands l’outrêmer ne contient pas d’azote; 2° que l’outremer bleu proprement dit est formé par un composé oxygéné de soufre et il est probable que ce composé est fixé et sur le. sodium et sur l’aluminium. En remplaçant l’hydrogène sulfuré par l’hydrogène sélénié et l’acide sulfureux par l’acide sélénieux, il a obtenu un produit rouge analogue au bleu.
- Félicitons M. E. Guimet et ses collaborateurs de ces belles îecherches qui aideront considérablement à établir la théorie de la fabrication de l'outremer.
- - Après la cuisson de l’outremer il faut procéder à un lavage méthodique. : * _ . - < '
- ‘ L’eau dont on se sert pour le lavage dans l’usine de Fleurieu ne contient pas de matières étrangères principalement peu de sels de chaux qui ont le défaut de se déposer sur l’outremer et de lui-enlever une partie de son éclat.
- L’outremer, tel qu’il sort du lavage, est très grossier, quoiqu’il ait été préparé avec les matières les mieux divisées; mais il jouit d’un éclat très vif et d’une intensité dé eouleur extraordinairement grande.
- Pour le rendre propre aux différents emplois, il est indispensable de le porphyriser; on exécute cette opération en le broyant sous dès meules horizontales de silex. Le broyage terminé, on le soumet à un nouveau lavage, qui a pour but d’enlever les matières solubles qui ont échappé au premier lavage et on dessèche alors l’outremer dans dés étuves.
- Toutes ces opérations sont faites dans l’usine de Fleurieu dans les meilleures conditions.
- DESCRIPTION DE L’USINE
- Fournie par de puissantes machines à vapeur, la force motrice nécessaire aux besoins de l’usine est transmise, au moyen d’arbres de 400 mètres de long, à tous les points extrêmes de l’établissement et actionne les pompes qui
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- élèvent les eaux dans de vastes réservoirs destinés au lavage continu des bleus.
- Des fours de grandeurs, de formes et dé systèmes divers, sont desservis par une voie ferrée qui part de la fabrique des creusets servant à la cuisson des matières employées dans la préparation de l’outremer, traverse les ateliers de trituration des matières premières et ceux où ces creusets sont remplis instantanément à Taide d’ingénieux appareils.
- Après la cuisson, les creusets retirés- des fours sont transportés sur cette même voie dans les ateliers de triage, où les bleus sont classés, choisis avec soin et dirigés ensuite dans les appareils spéciaux de lavage.
- Une heureuse disposition de ces appareils facilite l’arrivée des bleus aux moulins broyeurs. Ceux-ci commùmquent eux-mêmes aux appareils de séchage et de blutage d’où l’outremer sort enfin bluté, brillant et impalpable. L’outremer Guimet est alors échantillonné une dernière fois, classé dans d’immenses caisses ne contenant pas moins de 20,000 kilos chacune, on assure ainsi une fourniture régulière pour chaque type de la fabrication.
- Tous ces ateliers et magasins comprennent trois étages; ils couvrent une superficie de plus de 6,000 mètres carrés et contiennent un stock variant de quatre à cinq cent mille kilogrammes. D’autres bâtiments sont affectés aux opératiorts suivantes :
- Blanchissage et collage des cartons; : •
- Découpage et fabrication dés boîtes, dès sacs, des caisses et des barils qui doivent contenir l’outremer; 1
- Mise en boîtes et en paquets;
- Fabrication des boules pour l’azurage; *
- Expédition de l’outremer {juimet.
- Get ensemble de constructions constitue une véritable cité industrielle où la production énorme^ de 3,000 kilogs
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- par jour est facilitée par tous les moyens que la science peut fournir à l’industrie.
- Dans un bel atelier destiné aux réparations travaillent des mécaniciens, serruriers, forgerons, charrons, ferblantiers, charpentiers, menuisiers et maçons. M. Guimet a pu faire construire, sur les plans des ingénieurs attachés à l’usine, la plus grande partie des nombreux appareils employés dans la fabrication; actuellement, il achève de constituer un ensemble de constructions qui classeront cette usine au premier rang parmi nos plus beaux établissements industriels.
- L’outremer Guimet possède'toutes les qualités recherchées dans le bleu : une nuance brillante et foncée, la finesse, le pouvoir colorant, la résistance aux acides et, par conséquent, à l’alun; il possède les qualités spéciales exi- -gées pour la papeterie, qui demande surtout de la force colorante, et pour les impressions; dans ce cas, il faut que l’outremer présente une grande finesse et une grande résistance aux acides.
- L’outremer Guimet est livré à la consommation en poudre et en pâte ou en boules et en pastilles. La poudre est vendue en paquets et en barils. Les boules sont livrées en boîtes, en paquets et en barils. Sous ces deux formes, ces produits sont répandus dans le monde entier.
- L’outremer artificiel a remplacé généralement, comme couleur bleue, les produits à base de cobalt et les bleus de Prusse : sa consommation est aujourd’hui considérable. Sa belle couleur bleue est inaltérable sous l’influence de l’air, de l’eau, de la lumière et des matières grasses. L’outremer se recommande par la beauté de sa nuance pour la peinture, et grâce à son bon marché, qui permet de le vendre même au-dessous de 2 fr. le kilogr. pour les impressions sur étoffes, les impressions typographiques et lithographiques, la peinture sur papier et la peinture mu-
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- raie. Certains outremers, comme celui de M. Guimet,résistant à Faction de l’alun, leur emploi s’est répandu pour l’azurage des papiers, dans le collage desquels il entre de l’alun ; la propriété de l’outremer dé se tenir longtemps en suspension dans l’eau l’a fait préférer aux autres bleus pour l’azurage des tissus, du fil et du linge.
- M. Guimet fabrique des qualités différentes d’outremer, suivant les besoins de l’industrie.
- L’outremer Guimet voit sa réputation augmenter de-jour en jour : l’usine de Fleurieu est la plus-importante des 80 fabriques d’outremer existant en Europe, dont la plupart se trouvent en Allemagne.
- La quantité d’outremer fabriqué annuellement en Europe peut être évaluée à 10,000,000 de kilogr. représentant une valeur de près de 20 millions de francs. La France rentre pour 1/3 dans cette production et M. Guimet, à lui seul, pour 1/10.
- Disons en passant que ce produit si coûteux autrefois avait été, à juste titre, classé dans les premières séries par nos chemins de fer, puisqu’au début l’outremer se vendait 200, 100 et 30 fr. le kilogr.
- Il est étrange de constater que les nouveaux tarifs à base kilométrique ont maintenu cette classification tout à fait anormale et injuste; l’outremer qui est actuellement vendu 2 fr.,1 fr. et 0,50 c. le kilog. reste classé à la lre série, tandis que Y acétate de cuivre valant 4 fr. lekil., le cuivre en barre, Vétain brut, le laiton en barres, en feuilles, en saumon, etc., sont classés à la 4e série, malgré leur prix plus élevé*
- Bien plus, les tarifs spéciaux sont supprimés et les couleurs communes en barils se vendant 50 à 60 fr. les 100Ail., se; trouvent taxées jusqu’à 20 0\0 de leur prix de vente pour certains parcours à l’intérieur. Il nous a semblé intéressant de signaler cette anomalie qui ne peut tarder à disparaître.
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- ^ Grâce à la direction si paternelle de M. J.-B. Guimet père et de son fils, le personnel et lès ouvriers sont attachés par les liens de la reconnaissance à la maison,vils sont, en général, tous propriétaires d'un petit bien. Lés ouvriers sont presque tous logés; ils touchent la moitié de leur salaire journalier en cas de maladie; les soins du médecin de Tusine et les remèdes leur sont donnés gratuitement à la charge de l'usine.
- M. Guimet a créé une école pour les enfants des ouvriers, doté l’hospice, pour que les ouvriers infirmes puissent y être recueillis, et la Société de secours mutuels du chef-lieu de canton pour que les femmes des sociétaires puissent être soignées gratuitement. Grâce à la sollicitude de M. Guimet, beaucoup d'ouvriers comptent plus de 30 années de service dans l’usine et quelques-uns travaillent depuis 40 ans.
- Tous ces ouvriers sont vivement attachés à M. Guimet; eux et/leurs enfants espèrent assurer pendant de longues années, sous ladirection du propriétaire actuel de l'usine et de ses descendants, la prospérité de ce bel établissementindustriel.
- Les produits présentés par M. Emile Guimet aux expositions lui ont valu les premières récompenses : hors concours à Lyon, en 1872, il obtenait la prize medal à Philadelphie en 1876 et en 1877, et à la suite de cette belle exposition, la croix de chevalier de la Légion d'honneur; la médaille d'or à l'Exposition universelle de 1878 à Paris; un diplôme d'honneur à Bruxelles en 1880; la récompense Highest Award\k Melbourne en 1881; en 1882, à Bordeaux, hors concours, il remplit les fonctions de vice-président du Jury, et en 1883 à Amsterdam, hors concours, il faisait encore partie du Jury. De toutes les récompenses obtenues par M. E. Guimet, la plus grande est la réputation d'homme de bien, dont il jouit à Fleurieu et dans les campagnes environnantes, grâce aux fondations utiles qu'il,a créées. '
- imj». Cl>- Maréchal et J. Mohtorikr, 16, cour des Petites-Écuries, Paris
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- FABRIQUE
- de Porcelaines et Faïences
- DE
- MM. HAVILAND & C,E
- à LIMOGES (Eaute-Vienne)
- CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SURJA CÉRAMIQUE
- M. Turgan, dans son travail sur la manufacture de Sèvres, a initié les lecteurs des Grandes Usinés aux détails de la fabrication de la porcelaine. En nous occupant aujourd’hui de MM. Haviland et Cie, nous pourrons donc, laissant de côté à dessein la partie technique, exposer sur la céramique quelques considérations générales dont la grande maison de Limoges nous fournira les passages les plus intéressants.
- La céramique se divise en sept branches principales, mais nous ne parlerons ici que de la faïence et de la porcelaine dont les procédés de fabrication ont été notablement améliorés par MM. Haviland ; établissons d’abord les caractères distinctifs de ces deux produits.
- : La pâte de la faïence (les Majoliques italiennes, les Rouen, les Moustiers, les Marseille, la fabrication actuelle de Bourg-la-Reine, sont des faïences) est une terre à briques qui n’exige pas pour sa cuisson une température plus élevée qu’une brique ordinaire ; elle est recouverte d’un émail composé de sable, de plomb et d’étain. L’étain rend Yémail opaque et l’opacité cache à l’œil la couleur rouge ou grise de la terre à briques. Les décorations faites sur émail stannifère cru sont d’un beau glacé et d’un ton particulièrement vif en même temps qu’harmonieux. On a
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- 2 FABRIQUE DE MM. HAVILAND ET Cie
- raison de préférer une soupière de Moustiers pour décorer un buffet, et un plat de Rouen pour orner une muraille ; mais, à l’user, la faïence est un produit absolument inférieur.
- La terre de pipe, appelée quelquefois faïence fine et qu'on désigne aujourd’hui généralement, bien qu’impro-prement, sous le nom de faïence, a une pâte blanche composée d’argile grasse, de sable et de sirlex. Cette pâte est recouverte d’un émail transparent composé de sable et de plomb. L’émail de la terre de pipe n’est autre que l’émail de la faïence, moins l’étain devenu inutile sur une terre blanche. L’étain n’est ajouté dans l’émail de la faïence que pour rendre l’émail opaque et dissimuler la couleur de la terre.
- Toutes les céramiques vendues sous le nom de porcelaine opaque, de terre de fer sont des terres de pipe bleuies par une addition de cobalt ; c’est toujours le même émail plombifère.
- 1 Brisez une faïence ou une terre de pipe et examinez la section. Yous verrez une terre non vitrifiée, se coupant au couteau avec plus ou moins de facilité, poreuse et jouissant de la fâcheuse propriété d’absorber les liquides. L’émail ou la couverte est un verre opaque dans les faïences, transparent dans les terres de pipe, juxtaposé à la terre mais qui en reste absolument isolé. Le corps poreux et cette couverte sont loin de se comporter de la même manière sous l’action de la chaleur ; bientôt la couverte finit par se fendre et les tressaillures s’accusent de plus en plus. En vertu de la capillarité, le corps de pâte poreux absorbe les liquides et s’imprègne peu à peu d’eau de vaisselle. Les personnes qui ont voyagé en Angleterre ont été certainement frappées de l’odeur de graillon qu’exhalent les assiettes chauffées dans lesquelles on a l’habitude, chez nos voisins d’outre-Manche, de manger
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- FABRIQUE DE MM. HAVILAND ET Cie 3
- le roast-beef. Toutes les couvertes de faïence, de terre de pipe, de porcelaine tendre, de toutes les céramiques anglaises sont à base de plomb ; aux inconvénients que nous avons signalés plus haut, il faut ajouter leur peu de dureté et la facilité avec laquelle on peut les rayer au couteau.
- La porcelaine proprement dite est composée, pâte et émail, d’une seule matière : le feldspath.
- il
- là
- Fig. 1. — Marche a Pâtes.
- Le feldspath est une roche d’une dureté extrême qu’on trouve à St-Yrieix, près de Limoges, sous trois états différents : 1° La roche intacte de feldspath ; 2° la roche à moitié décomposée, c’est-à-dire un mélange d’argile et de roche en petits morceaux : c’est le kaolin caillouteux;.3° la roche complètement décomposée et réduite à un hydrosilicate d’alumine, par l’action des siècles, sous l’influence de l’air
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- 4 FABRIQUE DE MM. H AVI LAND ET Cie
- et de l’humidité. On compose la pâte à porcelaine avec un tiers de chacune de ces trois matières, sans addition d’aucune autre substance; de même, la couverte est de la ro~ che feldspathique absolument pure.
- Tandis que la faïence, la terre de pipe, les porcelaines tendres subissent deux cuissons successives et inégales (la première pour la pâte et la seconde plus faible pour l’émail), la porcelaine cuit en une seule fois. La pâte et l’émail, qui ont la même nature chimique, fondent à une même température et forment en fondant un mélange qui ne présente qu’une seule masse vitrifiée. Lorsqu’on examine la section d’une porcelaine brisée, il est impossible de distinguer la pâte de la couverte ; on a sous les yeux une masse transparente parfaitement homogène.
- Si l’on prenait un bloc de feldspath, et si, en usant le roc, on en tirait une coupe ou un plateau, comme le font les Chinois avec un bloc de jade, on aurait un objet plus dur et plus beau qu’un jade précieux. Cependant, on n’aurait rien de plus parfait, ni d’une valeur intrinsèque . plus grande quVxie simple tasse de porcelaine, car celle-ci est un pur feldspath aussi dur qu’un jade et que le diamant seul pourrait rayer.
- La nature a décomposé le roc, et, en produisant le kaolin, a permis au potier de manipuler une pierre dure aussi facilement qu’une terre vulgaire. Le feu de nos fours à porcelaine, qu’on peut comparer pour son intensité à celui des volcans, rend au kaolin sa qualité rocheuse. La tasse et l’assiette que le fabricant de porcelaine livre au consommateur sont identiques à celles qu’on aurait taillées directement dans le dur rocher feldspathique.
- Il y a donc entre une porcelaine dure et toutes les autres matières céramiques une différence essentielle: la porcelaine dure est un roc fondu. Toutes les autres céramiques émaillées sont des verres à base de plomb juxtaposés à des terres.
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- La distinction 'que nous venons d’établir est capitale. Ce n’est pas seulement une théorie que nous émettons; il s’agit ici d’un intérêt national. La porcelaine dure est, en effet, un produit essentiellement et presque exclusivement français, tandis que les terres de pipes qui sont vendues en France sous le nom de faïences sont principalement de fabrication anglaise.
- Maintenant que nous avons fait connaître à nos lecteurs la nature de la porcelaine et que nous avons établi, d’une manière indiscutable, sa supériorité sur la faïence, nous allons raconter brièvement son origine et les améliorations que le temps et la science ont successivement introduites dans sa fabrication. Nous aurons ainsi l’occasion, chemin faisant, de rendre à chacun la part qui lui revient dans les progrès accomplis, et nous verrons combien est grande celle de MM. Haviland.
- HISTOIRE DE LA PORCELAINE
- La porcelaine n’est connue en Europe que depuis la découverte de la route des Indes par le cap de Bonne-Espérance. C’est aux Portugais que nous sommes redevables de cette précieuse poterie, dont le nom vient d’un mot de leur langue, porcolana, vaisselle de terre. La porcelaine fut bientôt très recherchée, surtout à cause de sa blancheur, de sa transparence et de sa dureté. Pendant longtemps, on se contenta de la demander à la Chine ; cependant, en 1695, Pierre Chicanneau fit, à Saint-Cloud, la première porcelaine transparente fabriquée en Europe. Quatorze ans plus tard, en 1709, Bœttcher fabriqua à Meissen, en Saxe, de la porcelaine blanche et transparente qui était véritablement de la porcelaine dure exactement semblable à celle que les Chinois faisaient, depuis treize siècles au moins, avec du kaolin et du feldspath; au contraire, celle de Chicanneau était une porce-
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- FABRIQUE DE MM. HAV1LAND ET Cie
- laine frittée, artificiellement composée dans un laboratoire et recouverte d’un émail composé de sable, de plomb et de potasse.
- Plusieurs manufactures de porcelaines dures ou tendres furent bientôt fondées en Europe, mais toutes vécurent en s’appuyant sur les découvertes de Ghicanneau et de Boett-cher, dont les noms devraient être connus et honorés autant que celui de Bernard de Palissy. Du reste, c’est à l’indélicatesse de quelques ouvriers de Saint-Cloud, qui s’approprièrent des procédés dont on leur avait confié le secret, qu’on'doit l’établissement de certaines fabriques dont la renommée est venue jusqu’à nous. Citons, comme exemples, la fabrique de Lille, fondée en 1711 et celle de Chantilly qui date de 172o. La manufacture royale, créée
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- en 1738, au château de Vincennes, par le marquis de Fulvy et transférée à Sèvres en 1756, dut son éclat momentané aux frères Dubois, qui vendirent au ministre des fi-nances de Louis XY les procédés de Chantilly. On n’oserait pas aujourd’hui blâmer le prince de Condé et le roi de France d’avoir encouragé la convoitise de quelques ouvriers indélicats, puisque c’est de là que vient le développement d’une industrie où notre pays tient le premier rang. Les mêmes faits se sont aussi produits à l’étranger. Les procédés de fabrication de la manufacture de Saxe ont été vendus, par des ouvriers infidèles, aux fabriques de Vienne, de Berlin, de Louisbourg, deFrankenthal, etc. C’est àHannung, propriétaire delà fabrique de Frankenthal, que Boileau, directeur de la manufacture rovale de Sèvres,
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- acheta, en 1761, les procédés inventés par Bœttcher. Malheureusement, le secret de la composition de la porcelaine dure ne pouvait être d’aucune utilité pratique à Sèvres, puisque les ouvriers n’avaient pas alors à leur portée la matière première, c’est-à-dire le kaolin du Palatinat.
- L’acquisition de Boileau ne devait pas rester longtemps
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- FABRIQUE DE MM. HAV1LAND ETC»
- stérile. En 1765, Mme Darnet, femme d’un chirurgien de Saint-Yrieix, ramassa dans une promenade une matière savonneuse blanche, qu’elle montra à son mari en lui demandant si cela ne ferait pas un bon savon pour ses lessives. Darnet, qui avait entendu parler des recherches qu’on faisait dans plusieurs localités pour trouver du kaolin, consulta un pharmacien nommé Villaris. Celui -
- Fig. 4. —Ateliers de Tourneurs de Plats.
- ci envoya l’échantillon à Macquer, chimiste de la manufacture de Sèvres; c’était du kaolin.
- A partir de ce moment, la manufacture de Sèvres prit une activité nouvelle et produisit la porcelaine dure. On continua cependant à faire de la porcelaine tendre en même temps que de la porcelaine dure, jusqu’à la fin du xvme siècle; mais, à partir de 1800, date delà nomination
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- 10 FABRIQUE DE MM. HAVILAND ET Cie
- de Brongniart comme directeur, on se consacra exclusivement à Sèvres à la fabrication de la porcelaine dure.
- La découverte de Mme Darnet fixa à Limoges la fabrication de la porcelaine française, et Brongniart disait, en 1844, que les fabriques du Limousin formaient plus des trois quarts de toutes celles qui existaient en France. La première fabrique fondée à Limoges fut celle de Baignol, dont M. Ch. Haviland a épousé l’arrière-petite fille; puis on vit s’établir presque en même temps celle de Alluaud, beau-frère du Girondin Vergniaud^ et successivement celles de Ruaùd, Pierre Tharaud, Michel et Yalin, Pouyat, Nivet, etc... Cependant, Limoges, ce berceau de la fabrication de la porcelaine dure française, ne soupçonnait pas, en 1840, le bel avenir qui lui était réservé. Tandis qu’on y compte aujourd’hui près de 40 fabriques en pleine activité, 20 ateliers de peinture et plus de 30 maisons de commission, il n’existait, à cette époque, que les fabriques que nous avons citées plus haut, produisant toutes et exclusivement la même forme de services à pans. La grande nouveauté était le service à thé forme œuf,, et les vases du même genre avec pied carré. Les seules décorations connues étaient le barbeau bleu et les rinceaux d’or à la Brongniart. On a quelque peine à le croire après avoir admiré les produits exposés au Trocadéro en 1878, et plus récemment à Nice, Amsterdam et Anvers. Les progrès ont marché plus vite que le temps.
- C’est à M. Haviland père qu’on doit le grand mouvement qui devait porter Limoges à la hauteur que nous constatons aujourd’hui. Commissionnaire importateur de porcelaines et de faïences anglaises à New-York, M. Haviland vit, par hasard, en 1839, un service à thé de porcelaine française qui avait, on ne sait comment, trouvé son chemin à travers l’Atlantique. La matière de ce service lui parut très supérieure à celle des porcelaines et des faïences
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- anglaises qui faisaient l’objet de son commerce, et il pensa
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- en Amérique une vaisselle très supérieure à celle qui était en usage dans son pays. Mais M. Haviland savait
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- seulement que les spécimens qui l’avaient frappé venaient de France, et, malgré toutes ses recherches, il ne put en apprendre davantage.
- Bien résolu cependant à en trouver l’origine, il partit
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- pour la France avec ses échantillons et fit des recherches longues et actives qui l’amenèrent à Limoges. Habitué aux formes et aux décorations anglaises, beaucoup plus appropriées au goût et aux besoins des Américains, M. Haviland constata que tout était à faire pour façonner et décorer cet admirable kaolin du Limousin et l’approprier aux nécessités de son commerce. Mais aucune difïi-
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- culté ne devait paraître insurmontable à un homme qui avait traversé l’Océan dans le but unique de trouver le lieu de fabrication d’un service à thé: M. Haviland se mit
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- donc à l’œuvre avec une énergie indomptable. Il commença par faire les modèles de services unis dont tout le monde se sert partout aujourd’hui, mais que l’Angleterre produisait seule cette époque. Pendant que les fabriques Alluaud, Pouyat, Baignol, Montastier exécutaient ses commandes dans les moules qu’il leur fournissait, des ateliers de décoration étaient organisés.
- Les faiseurs de rainceauæ eurent recours à une petite émeute, lorsqu’ils virent en pleine activité un atelier de
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- cent apprentis peintres sous la direction de quatre profes-
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- seurs. Dans les premiers temps, élèves et professeurs ne circulaient que par bandes afin de pouvoir se défendre contre des routiniers endurcis. Ces cent peintres et décorateurs ont envoyé leurs élèves dans tous les ateliers de Limoges et de Paris, et c’est un fait connu de tout le monde que
- véritable fondateur de cette industrie.
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- 14 . FABRIQUE DE MM. HAVILAND ET C*
- La maison Haviland et Cie ouvrit, en 1840, le premier débouché à l’exportation des porcelaines françaises. L’importance de cette exportation a été sans cesse en grandissant. Il serait difficile de l’apprécier exactement, mais on peut affirmer que, dans le seul port de New-York, les importations de porcelaines françaises sont, en moyenne, de 2,500 tonnes par an. Sur ce chiffre, la maison Haviland compte pour 1,500 tonnes, d’une valeur de- 1,200 francs par tonne, soit 1,800,000 francs par an aux prix de fabrique. MM. Haviland ont bien voulu nous communiquer le détail des exportations faites par eux pendant une période de 40 ans. Tandis que, pendant les dix premières années, ils atteignaient à peine une moyenne de 500,000 . francs par an, les quatre dernières années ont donné ensemble 7 millions.
- Leur maison a amené en France près de 60 millions d’argent américain, qui a été distribué à des ouvriers français et sur lesquels le gouvernement a perçu des impôts. Ce sont là de grands services rendus à l’industrie française, car d’autres les ont suivis dans la voie où ils s’étaient engagés les premiers. Peut-être l’auraient-ils trouvée sans eux, mais plus tard, à coup sûr, et après de nombreux tâtonnements que l’exemple de MM. Haviland leur a épargnés. Ce n’est pas seulement en Amérique que la maison Haviland a ouvert des débouchés à ses produits. C’est elle qui a établi la première agence de por^ celaines françaises à Londres, en 1860; ce sont encore ses porcelaines qui sont parvenues les premières à Calcutta, Bombay, Melbourne, etc.
- L’extension considérable qu’a prise la fabrication de MM. Haviland, s’explique facilement par ce fait qu’ils ont réussi à diminuer graduellement l’écart entré le prix de la porcelaine et celui de la faïence. Cet écart est aujourd’hui tellement faible que 80 assiettes de porcelaines ne coûtent
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- pas plus cher que 100 assiettes en faïence; or, les premières, formées d’une matière dure et solide, font un usage bien plus long que les secondes qui sont à émail de plomb.
- Il y a quelques années, un service de porcelaine ordinaire coûtait environ 300 francs. Qn peut avoir maintenant pour 120 francs et même pour 100 francs, un service complet de 12 couverts, décoré avec des fleurs du meilleur goût et d’une exécution parfaite. Les services à thé ou à café, composés de tasses très minces et parfaitement décorées, coûtent 20 francs. Nous citons ces chiffres parce que, seuls, ils peuvent donner une idée~3es progrès étonnants accomplis, en peu d’années, dans la fabrication de la porcelaine.
- Les améliorations que nous venons de signaler, sont dues surtout à l’emploi des moyens mécaniques, qui donnent en même temps un produit infiniment plus parfait. La machine fait toujours son assiette ou sa tasse de la même épaisseur et exactement de l’épaisseur voulue ; elle presse la pâte d’une manière toujours égale et toujours la même ; enfin, les pièces ont toujours la même dimension.
- On est aussi arrivé, dans la cuisson, à des résultats remarquables ; c’est là ce qui coûte le plus dans la fabrication de la porcelaine, par suite de la température extraordinairement élevée (1,800 degrés centigrades) à laquelle fond la roche feldspathique. Grâce aux perfectionnements des méthodes de cuisson, on ne dépense pas plus aujourd’hui pour cuire 120rae de porcelaine qu’autrefois pour en cuire 30.
- Jadis, les fabriques de faïence avaient seules un outillage économique. Les fabriques de porcelaine étaient de petits établissements où la production était trop faible pour qu’on pût employer des machines. Tout cela a bien changé. Les grandes fabriques, comme celle de MM. Ilavi-land, possèdent les outils les plus perfectionnés et les plus économiques; leurs machines produisent en aussi grande
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- FABRIQUE DE MM. HAVILAND ET Cle
- quantité et à des prix aussi peu élevés que dans les faïenceries; aussi, l’écart entre le prix de la porcelaine et celui de la faïence est-il réduit à presque rien, à la différence entre les prix de cuisson.
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- MANUFACTURES DE LIMOGES ET D’AUTEUIL
- Il nous reste maintenant à faire parcourir à nos lecteurs les magniques établissements que la maison Haviland possède à Limoges et à Auteuil; les gravures insérées dans le texte les renseigneront mieux que tout ce que nous pourrions écrire sur les opérations qui s’exécutent dans les différents ateliers.
- La figure n° 1 nous introduit dans la marehe à pâtes, le lieu, où il y a à peine quelques années, des hommes
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- écrasaient réellement la pâte sous leurs pieds comme on écrase le raisin dans la cuve. Aujourd’hui, les marcheurs sont remplacés par des presses et des malaxeurs a vapeur. La pâte est distribuée par des ascenseurs dans les ateliers où les pièces sont façonnées. La figure n° 2 représente un atelier de tourneurs cle tasses, le n° 3 un atelier de tourneurs d’assiettes, le n° 4 un atelier de tourneurs de jp?a&..Nous avons, en parlant de la manufacture de Sèvres, décrit toutes ces opérations par le menu ; il nous semble inutile d’v revenir.
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- 11 y a pourtant dans la fabrication de MM. Haviland une chose entièrement nouvelle et très intéressante à signaler : le façonnage des pièces par des machines spèciales rem -plaçant la main de Vouvrier. Ces machines, qui ont révolutionné la fabrication de la porcelaine, en lui permettant de lutter de bon marché avec la faïence, nous ont véritablement émerveillé ; elles imitent exactement et répètent tous les mouvements de la main de l’ouvrier.
- Une première machine fait la croûte, c’est-à-dire une tartine de pâte mince et ronde, dont toutes les parties
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- doivent avoir reçu la même pression, sous peine de voir l’assiette sortir défectueuse du four. Une deuxième machine met cette croûte sur un moule, et il est indispensable à la réussite que le centre de la croûte coïncide exactement avec le centre du moule qui donnera la forme intérieure de l’assiette. L’opération principale se fait sur une troisième machine : d’abord, un outil presse la croûte
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- Fig. 9. — Atelier des Modeleurs'statuaires.
- sur le moule, exactement comme le ferait l’ouvrier avec la paume de sa main, puis, un calibre s’abat et façonne le pied. Alors, une quatrième machine arrondit les bords et l’assiette est faite avec une perfection que l’ouvrier le plus habile ne saurait atteindre. Chez MM. Haviland, on fabrique environ 6,000 assiettes par jour.
- Le façonnage d’un plat ovale est plus curieux et plus
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- compliqué, mais l’espace restreint mis à notre disposition ne nous permet pas cl’en esquisser la description.
- Quand les pièces de porcelaine ont été façonnées, on les sèche très fortement dans la partie supérieure du four, puis, après cette dessiccation, nommée dégourdi, on les trempe dans les baquets à émail (figure n° 5). On les enferme alors dans des casettes en terre qu’on cuit dans
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- d’énormes fours ronds, dont quelques-uns mesurent jusqu’à 9 mètres de diamètre extérieur et 6 mètres de dia-
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- mètre intérieur. Là fabrique principale a 9 fours, cubant chacun de 80 à 120 mètres cubes. Dans ces 9 fours, il est fait au moins 450 fournées par an, ce qui donne 45,000 mètres cubes de fabrication annuelle.
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- Fig. 11. — Atelier 'de Sc jlpture a Auteu.l.
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- 22 FABRIQUE DE MM. HAVILAND ET Cie
- sous émail par l’addition de l’or, et à faire les peintures qui doivent être appliquées sur l’émail cuit. La figure n° 6 représente un des neuf ateliers de peinture de la fabrique de Limoges et la figure n° 7 nous montre un atelier de lithographie. Les porcelaines décorées cuisent dans de petits fours spéciaux, nommés moufles. La figure n° 8 représente les 21 moufles que l’on remplit chaque jour de porcelaines décorées. Les ateliers de décoration occupent 200 peintres et 100 brunisseuses.
- La figure n° 9 nous donne la vue d’un des ateliers de sculpture, celui où l’on fait les modèles des statuettes si gracieuses et si élégantes dont la manufacture de Saxe avait la spécialité au milieu du xviip siècle.
- Le total du personnel dirigé par MM. Haviland et- Cie peut être évalué à 1,100 employés. Les machines représentent ensemble 50 chevaux-vapeur. L’outillage très complet atteint la perfection ; il n’est pas un procédé nouveau de fabrication ou de décoration qui n’ait été expérimenté dans cette maison qui se tient constamment à la hauteur des derniers progrès de son industrie. Un laboratoire (n° 10) est annexé à l’établissement, et les chimistes les plus habiles ne négligent rien pour améliorer sans cesse les procédés de fabrication et la préparation des couleurs.
- C’est à Limoges que MM. Haviland et Cie fabriquent toute leur porcelaine, et cette fabrication consiste surtout en services de table, à dessert, à café ou à thé, à toilette, etc., etc. Dans cette fabrication, ils sont en France sans rivaux, et il n’v a en Angleterre que la fabrique Minton qui puisse leur être comparée. Il n’y a pas un marchand de porcelaines un peu important en France, en Europe et même en Amérique dont les services de table ne viennent de la maison Haviland.
- Les pièces véritablement artistiques sont faites à Auteuil, c’est-à-dire à Paris, parce que c’est là seulement qu’on peut
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- 24 FABRIQUEE DE MM. HAVILAND ET C1®
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- rencontrer des artistes de premier ordre. Les sculptures sont signées Al. Dammouse, Ringel, Noël, Aubé, Dela-planche ; les eaux-fortes sont de Sommer, Boilvin, Bracque-mont ; les peintures sont de Habert, Ed. Dammouse, Jean, Pallandre et bon nombre d’artistes qu’il est inutile de nommer et dont la manufacture de Sèvres sait apprécier
- les talents. Ici, ce n’est plus de l’art industriel, mais de
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- l’art véritable et de l’ordre le plus élevé. Dans les ateliers
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- d’Auteuil, les artistes emploient, selon leur fantaisie: la
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- matière des Majoliques, des Nevers, des Rouen ; un grès dur et ferme comme le bronze ; des porcelaines à pâte tendre et à pâte dure. La matière ici est secondaire, presque indifférente; le talent de l’artiste fait seul la valeur de chaque pièce. Les figures 11 et 12 représentent des ateliers
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- de sculpture et de peinture de l’établissement d’Auteuil.
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- Ceux de nos lecteurs qui ont eu la bonne fortune de visiter l’Exposition française de 1878, ou les Expositions
- 4
- d’Amsterdam et d’Anvers ont pu constater l’éclatante supériorité dès produits de la maison Haviland.
- Le musée céramique de MM. Haviland est une des curiosités de Limoges et leur maison de vente du fau-
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- bourg Poissonnière, à Paris, renferme plusieurs pièces très remarquables. On retrouve çà et là quelques-uns
- * -ta .
- des magnifiques produits qui ont figuré dans les diverses expositions et qui ont valu à MM. Haviland de nombreuses médailles et des diplômes d’honneur dont il serait trop long de dresser la liste. Rappelons seulement que M. Charles Haviland qui a si bien continué l’œuvre de son père et qui lui a donné une extension considérable, a été nommé chevalier de la Légion d’honneur après l’Exposition de 1878. Cette récompense, par - son éclat exceptionnel, résume toutes les autres, 1
- Paris.— lmp* Ch. Maréchal & J. Montorier, 16, cour des Petites-Écuries.
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- CONSTRUCTIONS MÉTALLIQUES
- ET
- ENTREPRISES DE TRAVAUX PUBLICS
- G. EIFFEL
- Les grands travaux exécutés par M. Eiffel ont depuis longtemps attiré l’attention du monde industriel et scientifique. Nous ne saurions mieux montrer l’importance de la maison qu’il a fondée, qu’en faisant connaître à nos lecteurs quelques-uns des principaux ouvrages d’art étudiés et construits par lui et les habiles ingénieurs qui le secondent ; nous examinerons principalement les travaux qui témoignent des grands progrès que M. Eiffel a réalisés dans l’art des constructions métalliques.
- La construction du pont métallique de Bordeaux, en 1858, fournit pour la première fois à M. Eiffel l’occasion d’aborder les problèmes de construction, dont l’étude devait constituer sa carrière. Ce grand ouvrage, fondé sur des piles établies à l’air comprimé à une profondeur de 25 mètres sous l’eau, était l’une des premières applications qui ait été faite de ce procédé, et, en même temps, l’un des plus grands ouvrages en fer construits à cette époque. M. Eiffel fut chargé, comme chef de service, de l’exécution de ces travaux, où il se signala spécialement par la part de collaboration qu’il prit à l’application des presses hydrauliques à l’enfoncement des tubes à l’air comprimé.
- 353e Livraison.
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- GRANDES USINES
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- Lors de l’Exposition universelle de 1867, il collabora activement à sa construction, sous la direction de M. Krantz, par l’étude théorique des arcs de la galerie des machines et la vérification expérimentale des résultats de ses calculs. Ces expériences furent consignées dans un
- Mémoire où, pour la première fois, est déterminée expéri-
- *
- mentalement la valeur du module d’élasticité applicable aux pièces composées entrant dans les constructions métalliques, et admise depuis au chiffre de 16 X 109.
- C’est à cette époque qu’il fonda son établissement de Levallois-Perret, près Paris.
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- Fig. 1. — Viaduc de la Sioule.
- Longueur du tablier, 162 mètres. Poids des piles et du tablier, 765,000 kilog.
- Piles métalliques. — M. Eiffel fut appelé, en 1868, par M. Nordling, ingénieur de la Compagnie d’Orléans, à présenter des projets pour la construction des viaducs sur piles métalliques de la ligne de Commentry à Gannat, et fut chargé de la construction de deux de ces viaducs, l’un de la Sioule, l’autre de Neuvial.
- Le plus important de ces ouvrages, celui de la Sioule, fig. 1, repose sur deux piles métalliques, dont la plus grande
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- EIFFEL
- 3
- ÉTABLISSEMENTS G.
- a 81 mètres de hauteur. Ces piles sont constituées par des colonnes en fonte réunies par des entretoises en fer. A cette occasion, M. Eiffel imagina, pour la liaison delà fonte et des goussets en fer sur lesquels se fixaient les entretoisements, un mode d’insertion pendant la coulée, qui réussit de la façon la plus complète; il supprima, par ce procédé, que les ingénieurs estimèrent comme un progrès sérieux, les difficultés présentées par le mode habituel de liaison. L'étude des piles métalliques qulHit ainsi avec M. Nord-
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- Fig. 2.
- Viaducs de la Beira-Alta (Portugal. Rio-Cris)
- ling, conduisit M. Eiffel à s’attacher à la construction de
- mais
- *
- d’augmenter les garanties de solidité. Le type de piles
- imagine
- former
- grands caissons quadrangulaires, ouverts du côté de l’intérieur de la pile et dans lesquels viennent s’insérer de longues barres de contreventement, de section carrée, susceptibles de travailler aussi bien à l’extension qu’à la compression, sous les efforts du vent. De cette façon,
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- 7
- GRANDES USINES
- toutes les parties des piles sont accessibles pour l’entretien et la visite, et leur stabilité générale est accrue dans de grandes proportions.
- C’est ce type qui est devenu courant ; parmi les nombreux viaducs où M. Eiffel Ta employé, nous ne citerons que les viaducs latéraux du pont du Douro ivoir pl. II), les grands viaducs de la ligne du Douro, et ceux de la ligne de la Beira-Alta, en Portugal (fig. 2).
- Le type définitif de ces piles (breveté par M. Eiffel) se trouve réalisé au viaduc de Garabit (voir pl. III), avec une hauteur de 61 mètres qui est la plus grande hauteur actuellement atteinte.
- s
- La rigidité de ces piles est très grande, leur entretien
- *
- très facile, et leur ensemble a un réel caractère de force et d’élégance. Le système de M. Eiffel, pour ces construc-
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- tions, paraît ne rien laisser à désirer, et les piles du via-
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- duo de Garabit, notamment, peuvent être considérées comme un modèle pour ces hauteurs.
- Pour des hauteurs plus considérables, soit 100 mètres et au-dessus, M. Eiffel a fait breveter un nouveau système de piles sans entretoisements et avec arêtes courbes qui fournit pour la première fois la solution complète des piles d’une hauteur quelconque.
- Ponts droits et leur mode de montage. — La construction des viaducs établis sur ces piles métalliques, amena M. Eiffel à étudier et à perfectionner les modes de lançage usités jusqu’alors. On sait que l’on entend par lançage l’opération par laquelle on pousse dans le vide, jusqu’à la rencontre des piles successives, un tablier qui a été préalablement monté sur le remblai des abords.
- M. Eiffel adopta le procédé par leviers qui consiste à actionner directement les galets roulants sur lesquels repose le pont, de manière à supprimer toute tendance au
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- ÉTABLISSEMENTS G. EIFFEL 5
- renversement des piles et il imagina les châssis à bascule destinés à porter ces galets, et dont le type est entré depuis dans la pratique courante. Ces appareils, par leur mobilité autour d’axes horizontaux, permettent aux pressions du tablier de se répartir uniformément sur chacun des galets, de manière qu’aucun des points de la poutre ne porte des réactions supérieures à celles calculées.
- Le premier emploi de ces châssis fut fait au viaduc de la Sioule, en 1869.
- Outre les ouvrages déjà cités, cèsT châssis furent appliqués :
- Aux viaducs de la ligne de Latour à Millau. 1.300 Tonnes. Au viaduc du Thouet, sur la ligne de la Vendée (longueur 190m58, 3 piles)............ 553 »
- Au pont de Chinon (longueur 192m67, 3 piles). 575 »
- Aux ponts de la ligne de Gérone à la frontière
- française ........................... . 1.400 »
- etc., etc.
- Et enfin, au viaduc de la Tardes (ligne de Montluçon à
- Eygurànde) sur lequel nous reviendrons plus loin et dont
- - *
- le lançage a été fait sur des piles espacées de 104 mètres d’axe en axe, et est le plus considérable, comme espace franchi, qui ait été fait jusqu’à ce jour (fig. 6.)
- Parmi les plus grands montages de ponts droits effectués par ce procédé, nous citerons :
- 1° Celui du pont sur le Tage, fig. 3, pour le passage de la ligne de Caceres. La longueur du tablier mis en mouvement avait 367 mètres et reposait sur sept piles fondées à l’air comprimé ;
- 2° Le pont de Vianna (Portugal) fig. 4, pour route et chemin de fer. Cet ouvrage, construit d’après le projet de M. Eiffel, à la suite d’un concours international, a une longueur de 736 mètres dont 563 mètres pour le pont principal, qui fut lancé d’une seule pièce. La masse ainsi
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- GRANDES USINES
- mise en mouvement
- 600,000 kilogrammes
- dépassait le poids des plus grands tabliers mis en place
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- Fig. 3. — Pont sur le Tage, longueur 367 mètres.
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- par ce procédé jusqu’à cette époque. Les piles, au nombre de neuf, sont fondées à l’air comprimé, à une profondeur de 25 mètres sous l’étiage ;
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- Fig. 4. — Pont de Yianna (Portugal), longueur 736 mètres;
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- 3° Le nouveau pont-route de Cubzac, fig. 5, sur la Dordogne, construit, en 1882, sur l’emplacement de l’ancien pont suspendu. La longueur totale de ce pont est de 552 mè-
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- ÉTABLISSEMENTS G. EIFFEL 7
- très divisée en huit travées, dont les intermédiaires ont une ouverture de 72m80. Ce lançage a présenté les plus grandes difficultés, parce que les piles métalliques en fonte sur lesquelles repose le tablier, offraient très peu de stabilité sous les efforts du renversement pendant le lançage * en raison de la forme qui leur avait été donnée par les ingénieurs pour rappeler celles de l’ancien pont.
- La difficulté était encore augmentée par la nécessité de lancer le pont en rampe de 0m,01 par mètre. Ce lançage a
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- Fig. 5. — Pont route de Cubzac (Dordogne), longueur 552 mètres.
- été effectué à partir de chacune des deux rives pour les trois travées qui y étaient contiguës. Pour les deux travées centrales, la rampe était différente et on dût em-
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- ployer un autre procédé, qui est l’un des exemples les-plus frappants d’un nouveau mode de montage que *M. Eiffel a été le premier à appliquer en France; nous voulons parler du mon tage en porte-à-faux.
- Sur la partie de poutre déjà conduite dans sa position définitive, on fixe en porte-à-faux les pièces de fer qui y font suite et, quand celles-ci sont rivées, on s’en sert comme de nouveaux points d’appui pour fixer les pièces suivantes. En cheminant ainsi de proche en proche, on
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- GRANDES USINES
- monté complètement dans le vide les pièces successives de la travée, jusqu’à la pile voisine.
- On s’avança ainsi d’une longueur de 72m,80 jusqu’à l’axe de la pile centrale où se fit la rencontre des poutres des deux travées montées en porte-à-faux.
- Le poids de cet important ouvrage est de 3,000 tonnes;
- 4° Le viaduc de la Tardes, fig. 6 (ligne de Montluçon à Eygurande). Ce viaduc traverse une vallée très profonde
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- Fig. 6. — Viaduc de la Tardes (travée centrale, 104 mètres).
- et le rail se trouve à 80 mètres au-dessus du fond de la
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- rivière. Il est formé par un tablier droit de 250 mètres
- de longueur, en trois travées, dont une de 104 mètres et
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- deux de 73 mètres.
- La première travée de rive et la travée centrale de 104 mètres furent mises en place par voie de lançage, mais la dernière travée de rive dût, par suite de circonstances locales, être montée en porte-à-faux, en revenant vers l’arrière ;
- 5° Un autre mode de montage en porte-à-faux a été
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- jonction se faisait sur une des piles.
- Le montage de cette travée s’effectua des deux côtés en porte-à-faux et la rencontre se fit dans le vide, vers le milieu de l’ouverture et sans aucun appui intermédiaire. Ce montage différait en cela de celui de Cubzac où la
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- appliqué avec succès au Pont de Tan-an, fig. 7, en Cochin-chine, pour franchir une travée de 80 mètres, formant l’ouverture centrale d’un pont de 221 mètres de longueur.
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- GRANDES USINES
- qui rendaient presque impossible la construction de tout échafaudage.
- D’autre part, les piles étaient constituées par un certain nombre de pieux à vis en fonte de près de 30 mètres de hauteur, et sur le sommet desquels il eut été d’une grande ' imprudence d’essayer une mise en place par voie de lançage, même avec les appareils les plus perfectionnés.
- La longueur de cet ouvrage est de 250 mètres et son poids, piles comprises, est de 1,400,000-k08;
- 6° Le procédé de montage en porte-à-faux fut également
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- Pont de Cobas (ligne des Asturies), travée unique de 100m80.
- employé au pont de Ben-luc, fig. 8, voisin de celui de Tan-an et situé, comme lui, sur la ligne du chemin de fer de Saigon à Mytho. Sa longueur est de 516 mètres et il repose sur 10 piles en pieux à vis, et 4 en maçonnerie.
- Le poids de cet ouvrage, piles comprises, est de 2,100,000 kilos;
- 7° Nous mentionnerons pour mémoire, et pour en finir avec les ponts droits, le pont de Cobas, fig. 9 (ligne des
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- PONT DE SZEGEDIN (Autriche-Hongrie)
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- Asturies), qui n’est intéressant que par sa portée (100ra ,80) en une seule travée. Il franchit en biais le Sil, par une
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- poutre de 11 mètres de hauteur, dans le milieu de laquelle est placée la voie. Son poids est de 480,000 kos.
- Nous ajouterons que M. Eiffel, qui construit en ce moment plusieurs ponts en acier, aura été le premier en France à répandre l’emploi de ce métal qui lui paraît devoir être le métal de l’avenir.
- Ponts en arc. — Le rôle et l’influence de M. Eiffel dans les procédés de construction des ponts en arc, ont été
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- encore plus considérables que pour les tabliers droits et les piles métalliques.
- Nous parlerons d’abord du grand pont-roule de Szege-din (Hongrie). (Voir la planche ci-contre.)
- C’est à la suite d’un concours ouvert à la fin de l’année 1880, entre les principaux constructeurs de France et de l’étranger, que ce travail, comprenant fondations à l’air comprimé, maçonnerie et superstructure métallique, fut confié à M. Eiffel.
- Sa longueur totale est de 606m ,30 ; la travée de navigation est formée par un arc parabolique de 110m,30 de corde
- avec une flèche de 8m,60 seulement, donnant le surbais-
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- semënt tout à fait inusité du 1/13.
- Les pavillons de péage, les maçonneries des culées et
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- des piles ont été traités dans un style très décoratif et du
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- La chaussée a 11 mètres de largeur et est supportée par des montants formant palées, qui s’appuient sur l’extrados des arcs. Ces arcs sont rigides par eux-mêmes* ce
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- qui a permis de supprimer tous croisillons dans les tympans, et de donner à l’ensemble de l’ouvrage un aspect de très grande légèreté.
- Le montage de la grande travée a fourni à M. Eiffel une nouvelle occasion d’appliquer ses procédés de montage
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- GRANDES USINES
- en porte-à-faux, en supprimant l’échafaudage au droit de la passe réservée à la navigation.
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- Le prix total de cet ouvrage est de 3,250,000 francs.
- Si ces dispositions générales s’éloignaient peu des types connus, il n’en fut pas de même pour le célèbre pont sur le Douro, à Porto (voir la planche ci-contre). C’est égale-
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- ment à la suite d’un concours international, en 1875, que le projet de la maison Eiffel fut adopté; en voici les traits
- La voie du - chemin de fer de Lisbonne à Porto devait
- franchir le Douro à une hauteur de 61 mètres au-dessus
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- du niveau du fleuve, dont la très grande profondeur à cet endroit rendait impossible la construction de tout appui intermédiaire. La largeur du fleuve (160 mètres), devait donc être franchie par une seule travée.
- M. Eiffel proposa, en conséquence, un projet comportant un arc ayant 42m,50 de flèche moyenne et 160 mètres de
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- corde, destiné à soutenir le tablier droit, lequel, en dehors de l’arc, était supporté par des piles métalliques ordinaires. Cet arc était d’une forme tout-à-fait spéciale ; il était appuyé sur une simple rotule aux naissances et sa hauteur allait progressivement en augmentant jusqu’au sommet, de manière à affecter la forme d’un croissant. Cette forme est particulièrement favorable pour la résistance à des efforts dissymétriques, parce qu’elle permet de donner de grandes hauteurs dans les parties de l’arc les plus fatiguées.
- Une disposition nouvelle non moins importante a consisté à mettre les deux arcs constituant la travée dans des plans obliques, de manière à donner à la base un écartement de 15 mètres, nécessaire pour la stabilité sous les efforts du vent, tandis que la partie supérieure conservait un écartement de 4 mètres, suffisant pour porter les poutres du viaduc supérieur.
- Enfin, une troisième innovation se réalisa dans le mon-
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- tage, qui fut fait tout entier en porte-à-faux et sans échafaudage intermédiaire. A cet effet, les arcs furent construits à partir de chacune des naissances, et soutenus, au furet à mesure de leur construction, par des câbles en acier qui venaient se fixer au tablier supérieur. Chacune des parties construites servait de point d’appui pour l’établissement des parties suivantes. Les deux parties d’arc par ces cheminements successifs s’avancaient l’une vers l’autre et venaient se rejoindre dans l’espace^ où s’opérait la pose de la clef qui devait les réunir.
- Cette opération du montage, aussi difficile que nouvelle, fut couronnée d’un plein succès. La hardiesse du procédé, la grandeur de l’ouverture, qui dépassait celles réalisées jusqu’à ce jour par des ponts autres que des ponts suspendus, fixèrent sur le nom de M. Eiffel l’attention du monde savant de tous les pays.
- Aussi fit-on appel à l’habileté de ce constructeur, quand il s’agit d’édifier le grand viaduc de Garabit (voir la planche ci-contre) qui devait franchir, à une hauteur de 122 mètres, la vallée de la Truyère, sur la ligne de Marvé-jols à Neussargues. Pour donner une idée de cette hauteur de 122 mètres, il nous suffira de dire qu’elle dépasse notablement celle des tours de Notre-Dame de Paris et de la colonne Vendôme superposées.
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- Sur la proposition des ingénieurs de l’Etat, MM. Bauby et Boyer, le Conseil des ponts et chaussées accepta d’établir l’ouvrage sur les données du pont du Douro, et d’en confier la construction, maçonneries et partie métallique, par un traité de gré à gré, à M. Eiffel. Cette résolution, tout exceptionnelle, est ainsi motivée dans la décision du ministre des travaux publics :
- Le type du pont du Douro étant admis, M. Eiffel qui l'a construit et exécuté, est évidemment plus apte que tout autre constructeur à en faire une seconde application, en profitant de l’expérience qu’il a personnellement acquise dans la première.
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- La longueur totale du viaduc est de 564 mètres, dont 448 mètres pour la partie métallique. Il repose sur 5 piles,
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- dont la plus haute a 89”,64, et est formée par un socle en maçonnerie de 25 mètres de largeur et 28m,90 de hauteur;
- la partie métallique qui le surmonte a 61 mètres.
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- L’arche principale est un arc du type connu maintenant
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- sous le nom d'arc parabolique système Eiffel.
- Sa corde est de 165 mètres, sa flèche moyenne de56m,86, l’épaisseur à la clef est de 10 mètres ; l’écartement des
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- Fig. 10. — Pont des Messageries, à Saigon. Ouverture, 80 mètres.
- têtes est de 6m,28 à la partie supérieure et de 20 mètres à
- la base. Sur les reins de cet arc, sont placées deux palées
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- métalliques sur lesquelles, ainsi que sur le sommet de l’arc, repose la poutre du tablier.
- Ces dimensions considérables font de cet ouvrage, qui est actuellement terminé, le plus important qui ait été encore construit en France. Le poids du métal qui y entre est de 3,254 tonnes, et son prix, en y comprenant les maçonneries, est de 3,137,000 francs.
- Le montage en a été fait par des procédés tout à fait analogues à ceux qui avaient si bien réussi au Douro,
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- c’est-à-dire en suspendant chacun des demi-arcs par des câbles en acier fixés au tablier, et en rattachant dans l’espace toutes les pièces les unes aux autres par des montages en porte-à-faux successifs.
- Les dessins et les calculs de cet ouvrage ont été établis
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- par M. Eiffel, sous le contrôle des ingénieurs de l’Etat.
- Les piles métalliques sont du système breveté de M. Eiffel.
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- Parmi les autres ponts en arc exécutés par cette maison d’après ses projets, nous ne citerons que le pont des Messageries, à Saigon (ouverture 80 mètres), fig. 10, le pont de Gholon, près Saigon, le pont de Sainte-Glaire d’Oloron, le pont de Gharenton, etc.
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- Ponts portatifs démontables. — Pour donner une idée de ces ponts, qui ont obtenu des Diplômes d’honneur à toutes les expositions auxquelles ils ont figuré, nous ne pouvons mieux faire que de citer quelques extraits du remarquable rapport présenté à la Société d’encouragement pour l’Industrie nationale, par M. Schlemmer, Inspecteur général des ponts et chaussées, ancien Directeur des chemins de fer.
- L’éminent rapporteur s’exprime ainsi :
- Parmi les ingénieurs-constructeurs qui ont contribué aux progrès contemporains des constructions métalliques, M. Eiffel occupe l’un des premiers rangs par son viaduc de Garabit, dans le centre de la France, et son grand pont sur le Douro, en Portugal.
- Dans la communication qu’il vient de faire à notre Société, il aborde un tout autre ordre d’idées que celui des grandes ouvertures des ponts, pour faire réaliser un nouveau progrès aux constructions métalliques. Il reprend le problème si intéressant et si difficile des ponts portatifs économiques.
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- La recherche de la construction d’un pont portatif économique, composé d’éléments semblables pour des portées différentes, présente un intérêt considérable.
- La solution de ce problème permet de créer un matériel pour les
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- armées en campagne et, plus généralement, de constituer une marchandise queTon peut approvisionner en magasin et, par suite, tenir à la disposition immédiate des besoins, en substituant à des solutions spéciales à chaque cas particulier, une solution générale.
- Le problème ne laisse pas de présenter des difficultés.
- Il s’agit, en effet, de construire un pont simple, composé de pièces d’un très petit nombre d’échantillons différents, de manière à en faciliter le montage sur place et à permettre de l’effectuer sans avoir recours à des plans de montage et en employant les premiers ouvriers venus.
- Il faut que les pièces soient légères individuellement, afin de pouvoir être transportées, sans difficultés, dansdes pays les plus dépourvus de chemins. Le pont lui-même, dans son entier, doit être d’un poids très faible, de manière à ne pas nécessiter des supports de fondations dispendieuses et à pouvoir, dans la plupart des cas, être posé simplement sur les berges des deux rives, convenablement préparées. -
- L’assemblage des pièces composant le pont doit pouvoir se faire au moyen de boulons, afin d’éviter tout travail de rivetage, qui nécessite un outillage spécial et un personnel expérimenté pour effectuer le montage.
- Malgré cela, lé pont doit présenter une rigidité comparable à celle tljCs ponts rivés, et ne doit prendre qu’une faible flèche sous le passage des plus lourds chariots.
- Enfin, le lançage du pont au-dessus des rivières doit pouvoir se faire rapidement et sans exiger aucune installation spéciale.
- C'est dans cet ordre de conditions que M. Eiffel a étudié son système de ponts portatifs, en acier, dont de très nombreux spécimens sont employés depuis trois ans en France et à l’étranger et, notamment, dans notre colonie de la Cochinchine (1).
- Les ponts se composent de deux poutres formant garde-corps, réunis à leur partie inférieure par des pièces de pont ou entretoises-porteuses (voir fig. 12). Ces pièces de pont sont à leur tour reliées par des files de longerons qui supportent la voie. Un contreventement complète la structure du pont.
- La disposition fondamentale du système consiste à composer les poutres d’un certain nombre d’éléments triangulaires identiques les uns aux autres, adossés et assemblés entre eux.
- (1) La longueur cumulée des ponts actuellement fournis à la Cochinchine seule est de 2,400 mètres. — La quantité totale construite à ce jour forme un tonnage de plus de 1,400,000 kil.
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- Fig. 11. — Élément courant.
- Ces éléments, fig. 11, sont des triangles isocèles dont la base, les
- côtés et le montant sont composés par dé simples cornières, qui sont assemblées au moyen de goussets solidement rivés à l’atelier. Chaque élément forme ainsi un ensemble indéformable..
- Toutes les cornières composant l’élément sont orientées dans le même sens, c’est-à-dire que les ailes libres de ces cornières sont toutes tournées du même côté. Les éléments offrent donc, sur une face, une surface plane et peuvent, par conséquent, être adossés les uns aux autres, dans le plan médian de la poutre.
- Différents types. — Les types les plus employés jusqu’à ce jour peuvent se classer ainsi :
- 1° Ponts-routes avec platelage en bois, fig. 12, de 3 mètres de largeur jusqu’à 27 mètres de portée, et de 4 mètres de largeur jusqu’à 24 mètres de portée ;
- 2° Ponts-routes à platelage métallique pour chaussée empierrée, de
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- qu’à 24 mètres de portée, et de S"1,80 de largeur jusqu’à 20 mètres déportée;
- 3° Ponts militaires pour le passage des troupes et , de l’artillerie, de 3 mètres de lar-
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- Fig. 12. — Coupe transversale des ponts-routes avec platelage en bois.
- geur jusqu’à 24 mètres de portée ;
- 4° Ponts pour voies Decauville, jusqu’à 21 mètres de portée ;
- 5° Ponts pour chemins de fer à voie de 1 mètre jusqu’à 22 mètres de portée ;
- 6° Ponts pour le rétablissement des chemins de fer à voie normale, jusqu’à 45 mètres de portée ;
- 7° Passerelles pour piétons et bêtes de somme.
- Sans entrer dans la description détaillée de ces types, nous signalerons les applications que la Compagnie d’Orléans vient de faire des ponts de 16 mètres et de 27 mètres, du type n° 6, sur sa ligne de Questembert à Ploërmel, au rétablissement de la circulation des trains sur des déviations
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- décerné à M. Eiffel, le prix quinquennal Elphège Baude, attribué à Vauteur des perfectionnements les plus importants au matériel et aux procédés du génie civil des travaux publics et de Varchitecture.
- Nous donnons comme exemples de l’application de ces ponts à des rivières de grande largeur :
- 1° Le pont de Dong-Nhyen (Cochinchine), voir la planche ci-contre.
- Ce pont de 66 mètres de longueur en trois travées, est établi très économiquement, il repose aux extrémités sumleux pieux à vis en fonte noyés dans le remblai, et au-dessus de la rivière sur deux palées formées chacune de quatre pieux à vis en fonte entretoisés — son platelage est en bois ;
- 2° Le pont de Rach-Lang, fig. 13, en trois travées avec chaussée empierrée reposant sur des piles et culées en maçonnerie.
- Edifices publics et particuliers. — La maison Eiffel a construit, en dehors des ponts que nous venons d’énumérer, un grand nombre d’édifices publics et particuliers, tant en France qu’à l’étranger.
- Nous mentionnerons seulement :
- De nombreuses halles de stations, notamment à Toulouse, Agen, Saint-Sébastien, Santander, Lisbonne, etc.
- Des églises, notamment Notre-Dame-des-Champs, Saint-Joseph, le Temple israélite de la place Royale, a Paris, etc.
- Des usines à gaz, telles que celle de Glichy, y compris lé grand viaduc pour le déchargement des houilles, celles de Rennes et de Vannes, ainsi que celle de la Paz (Bolivie).
- Des marchés, tels que celui des Capucins, à Bordeaux.
- Des édifices particuliers, tels que l’école Monge, les nouveaux magasins du Bon-Marché, l’hôtel du Crédit Lyonnais, le musée Galliera, le casino des Sables-d’O-lonne, les bâtiments de la douane d’Arica (Pérou), la galerie des Beaux-Arts à l’Exposition de 1867, etc.
- Gare de Pesth. — Il y a lieu de s’arrêter sur d’autres
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- 20 GRANDES USINES
- constructions plus caractéristiques, notamment la gare de Pesth, fig. 14, qui fut, à la suite d’un concours, traitée par la Société autrichienne des chemins de fer de l’Etat,
- Fig. 14. — Gare de Pesth.
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- avec la maison Eiffel comme entrepreneur général, pour une somme à forfait de 2,822,000 francs.
- Cette gare, très décorative et d’une très belle construc-
- Fig. 15. — Pavillon de la Ville de Paris.
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- tion, couvre une surface de 13,000 mètres, et a été étudiée, dans tous ses détails d’architecture, par le constructeur, sous la direction de M. de Serres. Elle est particu-
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- ÉTABLISSEMENTS G. EIFFEL 21
- fièrement intéressante en ce qu’elle présente l’un des premiers types de l’association du métal et de la maçonnerie, et que les éléments de décoration sont principalement formés par les parties métalliques de l’ouvrage, rendues apparentes.
- Pavillon de la ville de Paris. — Un type de construction analogue a été réalisé sous la direction de M. Bouvard, architecte, dans le bâtiment si élégant et si remarqué, qui figurait au centre de l’Exposition de 1878 et qui servait à l'Exposition de la ville de Paris. (Fig. 15.) Ce bâtiment a été transporté aux Champs-Elysées, entre la Seine et le Palais de l’Industrie.
- Façade principale de l'Exposition de 1878. — Enfin, nous rappellerons que c’est M. Eiffel qui eût l’honneur d’être chargé de la construction de la grande galerie formant la façade principale de VExposition universelle de
- Fig. 16. — Façade principale de l’Exposition de 1878.
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- 1878. (Fig. 16.) Cette galerie, y compris ses trois dômes de 45 mètres de hauteur, a exigé l’emploi de 3,000 tonnes de métal.
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- GRANDES USINES
- Constructions diverses.- — Parmi celles-ci, nous
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- mentionnerons de nombreuses tours de phares en fer, des jetées à la mer fondées sur pieux à vis, notamment le môle d’Arica (Pérou), figure 17, le nouveau barrage sur la Seine (système CamèrèJ à Port-Mort, Vappon-
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- Fig. 17. — Môle d’Arica (Pérou), longueur 138 mètres.
- tement en Seine de la Compagnie Parisienne du gaz, à Clichy, fondé sur des piles tubulaires à Pair comprimé, etc.
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- Coupole de Nice, fig. 18,19,20,21. — L’une des construc-
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- tions les plus intéressantes et qui, l’année dernière, a appelé l’attention générale, est la nouvelle coupole du grand équatorial de VObservatoire de Nice, dont Rétablissement est dû à la libéralité de M. Bischoffsheim.
- Cette coupole, établie sous la direction de M. Charles Gar-
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- nier, a un diamètre intérieur de 22m,40, qui en fait de beaucoup la plus grande de celles qui existent. Ella doit son succès à cette particularité qu’au lieu de tourner sur des galets, elle est supportée par un flotteur annulaire imaginé par
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- Fig 18. — Panorama de l'Observatoire de Nice.
- M. Eiffel. Ce flotteur, dont nous donnons une coupe
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- (fig. 20), plonge, à la façon d’un bateau, dans un réser-
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- Fig 19
- Coupe de la Coupole du grand Equatorial de Nice
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- GRANDES USINES
- voir également annulaire, ce qui permet à un enfant de déplacer à la main cette masse considérable de plus de 100,000 kilogrammes. Un système de galets de secours, placé à côté du flotteur, donne la possibilité, en cas de réparation de celui-ci, de faire mouvoir la coupole par le système ordinaire. Il est inutile de dire que le liquide choisi est un liquide incongelable.
- Fig. 20. — Coupe du flotteur annulaire.
- La figure 21 représente la vue extérieure de la coupole ; on y aperçoit la grande ouverture, de 3m,20 de largeur, destinée aux observations, et pour la fermeture de laquelle M. Eiffel a disposé un système de deux grands volets courbes extérieurs, roulant sur des rails parallèles, à l’aide
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- ÉTABLISSEMENTS G. EIFFEL 25
- d’un mécanisme particulier, qui permet une fermeture très rapide.
- Fig 21. — Vue extérieure de la coupole de Nice.
- Statue de la Liberté. — Les études que M. Eiffel avait faites sur la résistance au vent des constructions métaè-liques le désignaient à l’avance pour l’établissement de l’ossature en fer de la statue de la Liberté de Bartholdi, destinée à la rade de New-York, et dont la hauteur totale est de 46 mètres.
- Tour de 300 mètres.— L’opinion publique s’est, dans ces derniers temps, vivement préoccupée du projet d’une tour colossale en fer de 300 mètres de hauteur, présenté par M. Eiffel et étudié par ses ingénieurs, MM. Nouguier et Kœchlin et M. Sauvestre architecte. La figure 22 représente l’ensemble de cette tour, dont la hauteur est environ le double de celle des plus hauts monuments connus.
- Cette idée a été accueillie avec une telle faveur par le public, par le monde savant et par la presse, que sa réalisation nous semble maintenant, certaine. Ce sera le mo-
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- Fig. 22. — Tour en fer de 300 mètres de hauteur.
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- ÉTABLISSEMENTS G. EIFFEL
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- miment commémoratif, non seulement de l’Exposition de 1889, mais aussi du Centenaire.
- La possibilité de son exécution avec l’emploi du métal, ne peut faire l’objet d’un doute sérieux. L’état actuel de la science des constructions métalliques assure sa réussite.
- Le prix de 3,150,000 francs, auquel M. Eiffel s’engage à la construire, peut être considéré comme ne donnant place à aucun aléa ; il n’est pas disproportionné avec les services qu’on peut attendre de cette tour; ces services sont reconnus par MM. Hervé-Mangôîr; l’amiral Mouchez, Puiseux, colonel Perrier. Ce dernier a bien voulu résumer brièvement comme suit les questions que là construction de la tour de 300 mètres pourrait aider à élucider.
- Astronomie : Loi des réfractions, spectroscopie, raies telluriques.
- Chimie végétale : La végétation à 300 mètres, composition de l’air, acide carbonique, etc.
- Météorologie : Vents, température, hygrométrie, état électrique, foudre, courants supérieurs.
- Physique : Déviation d’un corps qui tombe, électricité atmosphérique, expérience de Foucault pour démontrer la rotation de la terre, lois de la compression des gaz, etc.
- Guerre : Télégraphie optique et postes d’observation stratégiques.
- En outre, elle permettrait d’installer des foyers électriques destinés à éclairer l’ensemble de l’Exposition.
- L’ascension du public à cette hauteur lui offrirait un panorama de 120 à 130 kilomètres d’étendue, et il ne semble pas douteux que cette tour serait non seulement une des grandes attractions de l’Exposition, mais qu’après celle-ci, elle resterait comme un des monuments les plus intéressants de Paris, et certainement l’un des plus visités.
- Cette énumération rapide des principaux travaux de M. Eiffel suffira pour faire apprécier la haute valeur des progrès réalisés par M. Eiffel dans les travaux métalliques,
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- 28 GRANDES USINES
- tant comme ingénieur que-comme constructeur. Depuis longtemps, d’ailleurs, de nombreuses distinctions honorifiques lui ont été accordées, et c’est ainsi qu’il a été nommé : chevalier de la Légion d’honneur (Exposition de 1878); chevalier de la Couronne de fer d’Autriche (Pont de Szegedin) ; commandeur de l’ordre de la Conception de Portugal (pont de Porto) : commandeur de l’ordre d’Isabelle-la-Catholique (pont sur le Tage); commandeur de l’ordre Royal du Cambodge (travaux en Cochinchine) et enfin chevalier de l’ordre de François-Joseph d’Autriche (gare de Pest).
- Les récompenses que la maison Eiffel a reçues à différentes expositions, sont de l’ordre le plus élevé ; .nous citerons notamment : -
- Un Grand Prix à VExposition universelle de 1878, un Diplôme d’honneur à chacune des Expositions de Nice, Bordeaux, Amsterdam et Anvers.
- M. Eiffel est, de plus, lauréat de la ,Société d’encouragement pour l’Industrie nationale,, prix quinquennal Elphége Baude.
- Ses principaux collaborateurs sont: M. J.-B. Gobert, ingénieur délégué; M. Emile Nouguier, ingénieur chargé de la direction des études techniques et des travaux, M. Maurice Kœchlin, ingénieur chef du bureau des études, et il s’est en outre adjoint récemment son gendre, M. Adolphe Salles, ancien élève de l’École Polytechnique et ingénieur civil des Mines.
- Pari» — lmp- tik. Maréciiai. A i Houtorier, 16, cour de» Petitec-Bcnrie».
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- FABRICATION DU RHUM
- A LA MARTINIQUE
- CH. COULON ET SES FRÈRES
- IMPORTATEURS
- AU HAVRE ET A BORDEAUX
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- De tous les alcools, le plus estimé avec celui du vin provient de la canne à sucre ; on l’appelle ordinairement rhum.
- La consommation du rhum augmente dans des proportions considérables, aussi la fabrication prend-elle des développements fort importants qui pourront ramener la prospérité dans nos colonies si cruellement atteintes par la crise que traverse l’industrie sucrière.
- Pendant longtemps le rhum de la Jamaïque a joui d’une grande réputation au détriment du rhum d’autres provenances ; aujourd’hui la fabrication' s’étant considérablement améliorée dans nos colonies, le rhum consommé en France vient presque exclusivement des colonies françaises et en première ligne de la Martinique.
- Canne a sucre. — Parmi les plantes saccharifères la canne est une des plus riches; c’est un roseau dont la culture est spéciale aux pays chauds; en Europe, sauf dans le sud de l’Espagne, la canne à sucre n’a pu s'acclimater.
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- Les tiges de la canne sont remplies d’une moelle spongieuse entourée d'une partie ligneuse, cette moelle renferme le sucre.
- Les cannes, coupées au pied, sont divisées en tronçons, mises en bottes et expédiées à l’usine. La canne est écrasée au moyen de laminoirs, appelés moulins, et fournit un jus connu sous le nom de vesou. La-canne fraîche contient environ 72 0/0 d’eau, 18 0/0 de sucre et 10 0/0 de ligneux; la canne à 18 0/0 de sucre contient donc 90 0/0 de vesou. Malgré les améliorations considérables apportées dans la fabrication coloniale, on est loin de retirer les 90 0/0 de vesou, et il reste toujours dans la bagasse, c’est-à-dire dans la canne sortant du moülin, une quantité importante de sucre qui se trouve perdue, puisque dans les sucreries coloniales la bagasse sert de combustible.
- L’emploi des procédés de fabrication de la sucrerie indigène tend à se généraliser dans les pays où on cultive la canne; néanmoins les procédés basés sur la diffusion, qui ont permis d’obtenir avec la betterave un rendement considérable, n’ont pu encore être appliqués dans la fabrication du sucre de canne; nous croyons que les nouveaux efforts tentés dans cette voie auront une pleine réussite.
- Quoi qu’il en soit, pour le moment, l'élaboration des jus de la canne, sauf pour l’extraction, se fait comme pour la betterave. On commence par déféquer au moyen de la chaux qui se combine aux acides libres des jus et aux matières albuminoïdes et aux substances azotées et forme avec tous ces corps des produits insolubles. Les jus clairs et privés des matières insolubles sont ensuite filtrés, puis, par la carbonatation, on obtient un précipité de carbonate de chaux et une dissolution sucrée que l’on filtre et dont il faut achever la concentration.
- Cette concentration est une cause d’altération du sucre d’autant plus grande qu’elle a lieu à une température plus
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- élevée et que sa durée est plus considérable. C'est dans cette opération que se forme la mélasse ou sucre incristal-lisable. Aujourd’hui, dans toutes les usines importantes, on évapore les sirops dans des appareils où l’on fait un vide partiel de manière à abaisser le plus possible la température, tout en activant la rapidité de l'évaporation. La concentration dans le vide produit une grande économie de combustible, aussi l’appareil dit triple effet est-il aujourd'hui employé dans toutes les^usines importantes. Les résidus de la fabrication comprennent les mélasses qui renferment 50 0/0 de sucre cristallisable. Ce sont ces mélasses qui, transportées des sucreries aux distilleries, servent à la fabrication du rhum.
- Lavoisier a étudié et fait connaître les phénomènes de la transformation du sucre en alcool avec production d'acide carbonique; d’après lui, 100 kilogrammes de sucre de canne cristallisable donnent en alcool absolu 67 litres 750. M. Pasteur a reconnu que la formule indiquée par Lavoisier devait être modifiée et que les produits réels formés par la fermentation de la saccharose du sucre de
- canne étaient :
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- Total.......... 105 36
- 100 parties de sucre cristallisable donnent théoriquement 64,3 d’alcool en volume au lieu de 67,75 comme l'indiquait Lavoisier. En réalité cette formule est inexacte, car l’alcool qui se forme pendant la fermentation n'est jamais de l'alcool éthylique pur, il est accompagné d'alcools propylique, butylique, amylique et des aldéhydes de chacun de ces produits; on arrive à retirer seulement 58 litres d'alcool rectifié à i00° pour 100 kilogrammes de sucre de canne mis en fermentation.
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- L’alcool qu’on retire des mélasses de cannes à sucre n’est pas employé à l'état d’alcool rectifié, mais on lui conserve les produits essentiels qui constituent l’arome du rhum.
- La préparation des mélasses est très simple; il suffit de les étendre d’eau pour les amener à la densité nécessaire; le mélange se fait dans des cuves en bois; on brasse le mélange avec un agitateur également en bois. La ferment tation des jus de betterave nécessite l’emploi de levure ; les solutions de mélasses de canne entrent spontanément en fermentation, sans qu'il soit nécessaire d’y ajouter de la levure; cette fermentation dure de sept à dix jours, quelque fois même douze jours. Dès que la fermentation est arrêtée, on passe la liqueur à l’alambic.
- Les alambics employés dans les rhumeries sont chauffés à feu nu; leur capacité varie de deux à quatre mille litres,
- La composition du mélange soumis à la distillation est de :
- 12 0/0 de sirop.
- 24 0/0 d’eau.
- 64 0/0 de vidange (résidu des distillations antérieures).
- On obtient environ 9 0/0 d’alcool.
- Autrefois, dans les colonies, la distillation se faisait au moyen de l’alambic ordinaire; aujourd’hui on emploie un nouvel appareil à jet continu qui permet d’obtenir jusqu’à 3,500 litres de rhum dans une journée de travail de douze heures. Cet appareil est la colonne à distiller que nous avons déjà fait connaître à nos lecteurs dans de précédentes études.
- La partie essentielle de l’appareil, la colonne proprement dite, se compose de tronçons munis d’un regard et reliés les uns aux autres ; les autres organes importants sont le chauffe-vin et le réfrigérant, appareil cylindrique avec serpentin intérieur, disposé de manière à ce que la
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- circulation ne soit pas trop rapide. Dans les colonies, on a soin de disposer le réfrigérant dans une pièce spéciale. Indiquons rapidement le fonctionnement de l’appareil.
- La matière fermentée que Ton appelle grappe est chassée par une pompe dans un bac d’alimentation; la grappe descend ensuite au chauffe-vin, puis sur les plateaux de la colonne en rencontrant un courant ascendant de vapeur alcoolique qui devient plus riche tandis que la grappe s’appauvrit; cette vapeur alcoolique va traverser le chauffe-vin et, abandonnant une partie de saTchaleur, se condense et va finalement se déposer dans le réfrigérant. L’alimentation de la grappe et la sortie du tafia s’opèrent d’une manière continue.
- Le produit qui sort de l’appareil, et qu’on appelle tafia dans les colonies, est tout à fait incolore.
- Les rhums destinés à l’exportation sont additionnés d’un sirop brûlé; cette liqueur colore et brunit le rhum qui par le contact du bois prendra en vieillissant la couleur qui le caractérise.
- Les appareils à distiller employés à la Martinique sont en cuivre rouge; ils sont construits dans la colonie même. Les appareils venant de France ne paraissent pas présenter aux fabricants les mêmes avantages que ceux montés spécialement sur place pour la distillation du rhum en tenant compte des améliorations apportées dans cette fabrication.
- Dans les grandes distilleries de la Martinique on traite les mélasses achetées dans les sucreries; ces mélasses, quoique souvent très brunes, donnent un excellent tafia qui en vieillissant fournit un rhum jouissant de toutes les qualités désirées. La fabrication dure presque toute l’année, le travail a lieu seulement le jour.
- Le tafia qui sort de l’appareil à distiller est recueilli dans des jarres; son degré en richesse alcoolique est en moyenne
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- de 56 degrés. A l’aide de pompes le tafia est envoyé dans de grandes cuves en chêne blanc où il séjourne suivant les besoins pendant 8 à 10 jours, de là il est mis en fûts destinés à l’expédition.
- La liqueur à ce moment n’a pas encore tout à fait le goût qu’elle prendra en vieillissant, cependant elle est fort estimée des créoles qui la pj^rent souvent au rhum consommé en Europe et qui n’est que ce produit vieilli.
- En dehors des tafias distillés dans les rhumeries de la Martinique, certains propriétaires obtiennent directement, par une élaboration particulière du vesou, des rhums de qualité exceptionnelle, comparables aux eaux-de-vie de propriétaires, si estimées en France; ces produits jouissent d’un arôme d’une grande finesse, très apprécié des consommateurs.
- Les importateurs de rhums, pour arriver à obtenir une liqueur bien homogène, achètent toute la production d’une rhumerie. MM. Charles Coulon et ses frères ayant à livrer des quantités considérables de rhum doivent s’adresser à plusieurs rhumeries, avec lesquelles ils ont passé des contrats de fabrication et qui travaillent exclusivement pour eux; ils peuvent ainsi garantir aux consommateurs l’origine et la qualité du produit.
- La maison Coulon occupe aujourd’hui une place capitale dans le commerce français d’importation des rhums ainsi que nous allons l’établir.
- Afin d’être certains de la qualité des fûts dans lesquels les rhums qui leur sont réservés sont expédiés, MM. Coulon font fabriquer à la Martinique tous leurs fûts et les livrent directement aux rhumeries. Ces fûts sont d’une capacité de 300, 250, 160 et 125 litres ; ces derniers sont connus sous le nom de tierçons et de quartauts. Les prix des rhums préparés pour la maison Coulon à la Martinique, varient de 34 à 80 fr. l’hectolitre à 56° en moyenne. L’hec-
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- CIL COULON ET SES FRÈRES ?
- tolitre revient en France, en comptant le fût, à un prix qui varie de 56 à 100 fr.
- Au moment de l’expédition des rhums la rade de St-Pierre à la Martinique, dont la figure I reproduit une vue d’ensemble, présente un aspect des plus animés et des plus pittoresques. De tous côtés arrivent les rhums destinés à être embarqués sur les voiliers en partance pour le Havre, Nantes, Bordeaux et Marseille; c’est surtout dans ces ports que sont expédiés les rhums nécessaires à la consommation française ou réservés à l’exportation.
- La maison Coulon expédie elle-même de la Martinique et reçoit les rhums qui lui sont destinés par chargements entiers de navires venant en consignation chez elle dans les différents ports.
- Actuellement la Martinique produit à elle seule la plus grande partie des véritables alcools de canne consommés en France; le marché français a pris une telle importance dans ces dernières années qu'on vient aujourd’hui s’y approvisionner comme on le faisait autrefois à Londres pour les rhums des colonies anglaises.
- Nous avons pu nous procurer les documents officiels relatifs à l’exportation de St-Pierre (Martinique) pour les trois dernières années.
- ANNÉES
- 1883 1884 1885
- RHUMS et TAFIAS au degré moyen 55. Litres 12.636.850 Litres 17.624.760 Litres 18.180.943
- En 1877, la Martinique avait envoyé en France 3,639,628 litres; cette progression affirme la vitalité de ce commerce. L’exportation a été en 1885 encore plus considérable qu’en 1884 où lj’augmentation se trouvait être déjà de 40 0/0 sur l’année 1883. Ges chiffres
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- Vue de la rade de Saint-Pierre (Martinique.)
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- CH. COULON ET SES FRÈRES 9
- prouvent que de 1877 à 1885, l'exportation de la Martinique en France a quintuplé.
- Si l'on compare l'exportation de la Martinique à celle de la Guadeloupe et des autres pays on trouve que la Martinique seule a fourni en 1883, 55 0/0 des rhums importés en France et en 1884 près des 3/4. Les chiffres de
- production pour l’année 1885 permettent d’affirmer que la Martinique occupe une place exceptionnelle dans la
- production du rhum aujourd'hui consommé en France.
- Les rhums reçus au Havre, à Bordeaux, à Marseille et à Nantes par MM. Coulon sont, à leur arrivée, mis dans les entrepôts sous la surveillance de l'administration des douanes; une partie est directement vendue ou réexportée par MM. Coulon ; l'autre est envoyée dans des entrepôts particuliers situés au Havre et à Bordeaux ; les plus importants sont ceux du Havre, puis viennent ceux de Bordeaux.
- Entrepôt du Havre. — La figure II représente la façade de cet éntrepôt modèle. Les fûts, dès leur arrivée, sont placés dans un grand magasin de 450ra de superficie; au fur et à mesure des besoins, ils sont classés dans un vaste magasin de 45 mètres de long sur 15 mètres de largeur; ce magasin est représenté fig. III. Les fûts sont classés et engerbés, suivant leur provenance, dans la partie de ce magasin représenté à droite de la figure; ils séjournent ainsi deux mois. Après ce premier repos, les fûts de rhum sont enlevés au moyen de grues qui les conduisent sur une plate-forme supérieure faisant le tour du magasin et située au-dessus de grands foudres en bois d'une capacité de 125 hectolitres. Le rhum est introduit dans ces foudres dans lesquels il repose pendant six mois. Les rhums, bien reposés, sont ensuite remis dans les fûts d'origine et arrivent à la salle d’expédition située en avant du magasin re-
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- ENTREPÔT DE LA MAISON COULON AU HAVRE
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- 12 GRANDES USINES
- présenté fig. III ; là les fûts sont marqués et pesés, sous le contrôle du maître de chai.
- Dans un magasin spécial dit de réserve, on place les rhums de preihière marque qui demandent un plus long repos avant l’expédition.
- Les bureaux communiquent avec la plate-forme dont nous avons parlé, afin de faciliter la surveillance.
- Ces magasins, parfaitement aménagés, sont éclairés par des ouvertures pratiquées dans la toiture; leur hauteur est de 15 mètres.
- L’année dernière, MM. Coulon ont expédié de leurs entrepôts du Havre 1,600,000 litres, dont 1,200,000 ont été livrés par eux à la consommation et 400,000 ont été-ex*
- Entrepôt de Bordeaux, fig. 1Y et Y. — En 1885,900,000 litres de rhum de diverses marques provenant des rhu-mèries travaillant pour la maison Coulon, sont arrivés à Bordeaux; 500,000 litres ont été vendus dès leur débarquement sans entrer dans l’entrepôt de MM, Coulon ; 400,000 litres ont été introduits dans l'entrepôt.
- A leur arrivée, les rhums sont disposés dans un grand hall de 12 mètres de hauteur et de 400 mètres de superficie, servant à la fois de magasin de réception et de magasin d’expédition. Ce hall est représenté fig. Y. Plus loin, dans le fond et à droite de la figure, se trouve le magasin contenant les grands foudres où repose le rhum ; ce magasin a une superficie de 400 mètres, ainsi que le magasin de réserve destiné aux rhums vieux de première qualité. A droite, on aperçoit l’entrée de la tonnellerie où sont réparés les fûts d’origine destinés à l’expédition; à gauche se trouvent les bureaux.
- La maison Coulon livre à elle seule plus de 2,400,000 litres de rhum, c’est-à-dire plus du dixième de la pro-
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- OH. COULON ET SES FRÈRES 13
- duction totale de la Martinique, qui a été comme nous l’avons dit, de 18,180,943 litres en 1885. Ces chiffres affirment l’importance de cette maison.
- Le succès de là maison Gouloh est pleinement justifié par les qualités du rhum livré par elle à la consommation française et étrangère sous différentes marques, et principalement sous le nom de Noluoc, anagramme du nom Coulon.
- Le rhum Noluoc possède l’arome du jus de la canne à sucre grâce à sa bonne fermentation et aux soins apportés dans sa distillation et dans sa maturité^en entrepôt. Cet arôme spécial tient aux substances résineuses aromatiques, aux huiles essentielles de la canne à sucre, aux acides organiques particuliers, volatils et odorants qui se forment pendant la fermentation du jus de la canne et aux éthers composés que la distillation y développe. Ce rhum, bien que renfermant, dès son arrivée en France, tous les principes qui en assurent la qualité, a besoin de vieillir pour obtenir la saveur et le goût si caractérisés et appréciés des consommateurs. Parvenu à ce degré de maturité, le rhum constitue un excellent tonique; il répare les forces détruites par la maladie. L’addition de rhum au thé, au lait et aux autres boissons chaudes, produit un excellent réconfortant.
- La réputation de la marque Noluoc a été consacrée par tous les organes spéciaux qui ont signalé depuis longtemps, lors des différentes expositions, les récompenses obtenues par les produits, présentés par la maison Coulon, tout en faisant ressortir les services rendus par elle au commerce français.
- Cette maison a été fondée en 1846 par M. Coulon, père des propriétaires actuels, qui l’a dirigée pendant vingt-neuf ans en s’entourant de l’estime publique. M. Coulon avait compris les services qu’il pouvait rendre à son pays en important en France des rhums authentiques.
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- ENTREPÔT DE LA MAISON COULON A BORDEAUX
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- 16 GRANDES USINES
- Le marché français, grâce à lui, a pris une grande extension, et de tous les pays, principalement de la Suisse, de ritalie, du Levant, de la Hollande, de la Belgique et de la Norvège on vient aujourd’hui prendre en France les rhums autrefois achetés en Angleterre. A la mort de M. Coulon, en 1875, la maison a pris la raison sociale : Ch. Coulon et ses frères. M. Ch. Coulon et ses trois frères se sont unis pour s’occuper presque exclusivement du commerce des rhums; leurs efforts combinés ont été couronnés du plus grand succès ainsi qu’en témoignent les chiffres donnés plus haut. 38 employés et ouvriers sont occupés au Havre et à Bordeaux, 166 agents sont répartis en France et à l’étranger pour assurer de nouveaux débouchés aux rhums Noluoc et aux rhums des autres marques importées par MM. Coulon.
- Les récompenses obtenues par la maison Coulon ont été des plus nombreuses : En 1878, mention honorable à PaHs (section coloniale) ; en 1879, à Paris, médaille de bronze; en 1883, à Amsterdam, une médaille d’argent à Nice et à Anvers un diplôme d’honneur.
- M. Ch. Coulon, chef de la maison, était à Nice membre du jury et secrétaire-rapporteur d’une section ; à Anvers il occupait les mêmes fonctions; chargé de représenter nos intérêts dans la section coloniale, il a reçu les plus grands éloges du gouvernement français, qui lui a décerné la croix de chevalier de l’ordre royal du Cambodge. A l’exposition du travail en 1885, à Paris, M. Ch. Coulon a été choisi pour remplir les délicates fonctions de membre du jury et de secrétaire-rapporteur.
- La réputation dont jouit la maison Coulon est justifiée par les services rendus au commerce français et par les qualités des rhums authentiques livrés à la consommation.
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- FABRICATION DU FIL DE LIN RETORS
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- Tout le monde sait, que l’art de filer remonte à la plus haute antiquité; il date des premiers âges de l’homme*.
- Mais que de transformations se sont produites dans cette fabrication. Le fuseau et la quenouille ont fait place au rouet, détrôné à son tour par les belles machines livrées actuellement par nos grands constructeurs qui arriveront encore à les perfectionner en vertu de la devise « quo non ascendam ! ».
- La fabrication du fil de lin à coudre proprement dit, c’est-à-dire du fil retorsù plusieurs bouts, n’est en somme qu’un dérivé de l’art de la filature. Cette industrie, localisée pour la France dans le seul département du Nord, a pris une extension considérable surtout depuis une trentaine d’années.
- A la tête de cette industrie dont les deux centres principaux sont Lille et Comines, se trouve la maison Poullier-Longhaye qui doit ce rang à la perfection incontestée de ses produits universellement estimés. La marque PL couvrant de son pavillon la coquette bobine, la pelote pour l’appeler par son nom, est aujourd’hui répandue dans tous les pays.
- 356e Livraison*
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- 2 GRANDES USINES
- Nous sommes heureux de consacrer quelques pages à ce bel établissement digne à tous égards de figurer parmi les Grandes Usines de France.
- C’est en 1839 que M. Poullier-Longhaye fonda sa maison. Il s’installa d’abord dans une petite usine dans laquelle il se contenta, au début, de retordre le fil de lin qu’il achetait aux filateurs. Ce n’est que 17 ans après, en 1856, qu’il adjoignit à sa retorderie une filature appropriée aux différents genres nécessaires à sa consommation.
- Lorsqu’il fonda son établissement, rappelons ce fait en passant, les métiers à retordre mécaniques n’étaient pas inventés. On retordait à la main. M. David Van de Weghe, qui, le premier dans ce pays, fabriqua les métiers à retordre mécaniques, n’en livra guère les types-spécimens avant 1856. C’était comme on le voit, la période d’enfantement de cette grande industrie, qui s’est, par la suite, si rapidement développée.
- En 1863, M. Pouillier-Longbaye, qui se trouvait encore trop à l’étroit dans une seconde usine qu’il occupait depuis quelques années, émigra pour la troisième fois, dans le grand établissement dont nous allons nous occuper et qui ne comprenait alors que la moitié environ des bâtiments actuels. Il y a cinq ans, l’usine a été presque doublée. Cette adjonction dit assez de quelle prospérité jouit cette importante maison.
- Lorsque le visiteur dépasse la grille d’entrée, il se trouve en face de trois grands bâtiments parallèles, reliés entre eux à la partie postérieure par un grand bâtiment trans-
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- MANUFACTURE POULLIÊR-LONGHAYE 3
- versai. Une fourche à trois dents; telle est la figure de cette construction.
- Ces bâtiments élevés de deux étages sur sous-sol et rez-de-chaussée sont complètement voûtés. Ils réalisent au point de vue de la solidité et de la commodité, l'idéal du genre. Les escaliers qui conduisent aux étages, établis en pierres de Soignies sont renfermés dans des cages en maçonnerie complètement isolées des compartiments servant d'ateliers, ce qui, en cas d'incendie, rend très facile le sauvetage du personnel et même des produits manufacturés.
- La brique et la pierre sont alternativement employées dans la construction, mais c’est surtout la pierre qui domine.
- L'usine se compose d’abord des trois bâtiments parallèles que nous avons déjà indiqués. Dans celui de gauche se trouvent : au sous-sol, le peignage du lin dont nous aurons à nous occuper tout à l’heure; au rez-de-chaussée, la filature proprement dite ; au premier, lâ suite des préparations; au grenier, le séchoir à l'air et à la vapeur et des magasins.
- Le bâtiment du milieu est occupé tout entier par des magasins et des bureaux ; au sous-sol, sont renfermés les lins bruts ou peignés; au rez-de-chaussée se trouvent les bureaux et les magasins de fils à coudre en boîtes prêtes à être livrées ; aux étages, les réserves de fils.
- Le bâtiment de droite n'est pour ainsi dire que la reproduction de celui de gauche : comme ce dernier, il renferme peignage, préparations, filature de lin.
- Ces trois bâtiments communiquent entre eux : d’abord par le bâtiment transversal du fond dans lequel sont installées la retorderie et ses annèxes, et de plus par un tunnel de 11 mètres de longueur, au-dessous des cours intérieures.
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- GRANDES USINES
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- Telle est, en quelques lignes, la disposition générale de cette grande usine.
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- Entrons maintenant dans le détail de la fabrication.
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- à-dire après avoir subi les préparations agricoles du rouissage et du teillage. On l’y apporte en balles non pressées entourées d’une mince toile de jute. Ces lins, M. Poullier-Longhaye les achète dans les pays environnants, ainsi qu’en Belgique, à Courtrai principalement. La consommation qu’il en fait est considérable. Elle s’élève annuel-
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- lement à un million de kilogrammes.
- Le lin subit d’abord l’opération du coupage qui consiste à supprimer le pied et la tête, pour ne conserver que le cœur du lin, seul propre à se transformer en ces beaux fils si réguliers qui font notre admiration, il subit ensuite l’opération du peignage.
- Le peignage a pour but de rendre les fibres parallèles et de les nettoyer, mais il ne peut le faire qu’en donnant naissance à un produit accidentel : l'étoupe, dont la valeur est de beaucoup inférieure à celle du long brin. Le rapport de l’étoupe au long brin constitue le rendement du lin.
- Quand il y a beaucoup de long brin et peu d’étoupe pro-
- duite après le peignage, on dit que le lin a un bon rendement.
- Dans la filature de M. Poullier-Longhaye, le peignage se fait mécaniquement dans les sous-sols des bâtiments de gauche et de droite, où les lins sont amenés du magasin central par le tunnel dont nous avons parlé. Voici
- en quoi consiste l’opération du peignage. Le lin retenu
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- entre deux plaques de fonte reliées par un écrou mobile
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- et dépassant ces plaques ou mordaches des deux tiers de sa longueur est placé dans une sorte de chariot animé
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- 6 GRANDES USINES
- d’un mouvement de monte et baisse; deux tabliers sans fin munis de peignes doués d’un mouvement continu de rotation, l’attaquent au fur et à mesure de la montée ou de la descente et en détachent les étoupes. Les plaques munies de lin placées à une extrémité du chariot en sont retirées à l’autre extrémité, elles sont ramenées par un chemin: de fer circulaire sur le devant de la machine pour que les fibres soient changées de place entre elles et afin qu’on puisse peigner la partie du lin qui se trouvait emprisonnée dans la presse.
- Le service des machines est fait par de jeunes manœuvres constamment occupés à serrer le lin entre les plaques ou presses, à le placer dans le chariot, à l'en retirer* a desserrer les écrous, etc... Pour suivre régulièrement le service d’une peigneuse, ces jeunes ouvriers n’ont pas de temps à perdre; les presses qui sont poussées l’une par l’autre sur le chariot, viennent aussitôt peignées, s’offrir d’elleé-mêmes à eux pour être retirées; et s’ils ne s’empressent de le faire, elles arrivent deux à la fois l’avertir que l’opération est terminée.
- Le peignage du lin dans les machines est progressif, c’est-à-dire que les pointes qui constituent les peignes des tabliers sont de plus en plus serrées de l’entrée à la sortie du chariot ; elles produisent ainsi des sortes diverses d’é-loupes qu’on peut facilement séparer sous les machines en autant de qualités qu’il est nécessaire.
- Avant d’entrer dans les machines, le lin est dégrossi à la main sur des pointes séparées, c’est ce que l’on appelle l’émouchetage : en sortant des peigneuses il est raffiné Sur des pointes plus serrées, c’est ce que l’on appelle le repmmge. Lis étoupes qui résultent de ces deux opérations prennent les noms spéciaux d’émouchures et de repassures.
- La figure I représente un des ateliers de peignage de la manufacture Poulli§r=Loaghaye.
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- MANUFACTURE POULLIER-LONGHAYE
- Il s’agit maintenant de filer le lin peigné et les étoupes produites. Du premier on forme des paquets de poids divers, qui sont portés aux machines préparatoires de la filature; les secondes sont renfermées dans des sacs et vendues à des filateurs fabriquant des genres de fils communs.
- Les opérations diverses d’une filature de lin sont les suivantes : 1° Étalage à la table à étaler; 2° Premier étirage; 3° Deuxième étirage; 4° Troisième étirage; 5° Étirage et torsion au banc à broches ; 6° Étiragejiu métier à filer.
- La principale opération est l’étirage des filaments, qui, dès la première manipulation, se présentent sous forme d’un ruban. L’étirage n’est autre chose que l’allongement progressif de ce ruban, allongement qui finit par devenir tel que la grosseur du ruban ne s’éloigne guère de la grosseur d’un fil, c’est alors qu’on le tord.
- L’étirage est produit par la différence de vitesse entre deux paires de rouleaux placés sur chaque machine : d’abord les rouleaux d’entrée, dits fournisseurs, ainsi nommés parce qu’ils fournissent la matière première à l’alimentation des machines, puis les rouleaux de sortie ou étireurs qui, tournant plus rapidement que les premiers, allongent ou mieux étirent le ruban amené dans des premiers. Si le ruban à la sortie des fournisseurs à cinq décimètres et s’il en a à la sortie des étireurs vingt-cinq, on dit que la
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- La table à étaler, première machine de la filature de lin, est ainsi appelée à cause d’une table horizontale placée sur le devant et sur laquelle les ouvrières étendent des poignées de lin peigné, superposées bout à bout les unes à la suite des autres et entraînées sous les rouleaux fournisseurs par des cuirs sans fin. Plus loin, comme dans toutes les machines à lin, se trouvent les cylindres étireurs, mais sur le parcours de l’intervalle qui sépare
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- 8 GRANDES USINES
- les paires de rouleaux les uns des autres, lesfilaments Sont .maintenus parallèles au moyen de rangées de peignes appelés gills, soutenus par des barrettes mobiles. Ges barrettes avancent avec le lin et le soutiennent dans son parcours. Les fibres sont alors engagées sous les étireurs, puis sortent de la machine sous forme d'un ruban plus allongé, grâce à la rotation plus rapide de ces rouleaux. On reçoit ce ruban dans un long cylindre, en tôle, dit « pot de filature ».
- Quand un certain nombre de ces pots ont été remplis à la table à étaler et qu’on en a vérifié le poids, on les porte derrière le premier étirage. Cette machine réunit ensemble plusieurs rubans qui sortent en un seul, sur le devant du métier. L'ouvrière est ici dispensée du soin d'étaler, mais elle doit retirer des pots disposés les uns à côté des autres les bouts supérieurs des rubans, les engager entre les fournisseurs d'où ils continuent régulièrement leur marche soutenus par des gills, jusqu'aux étireurs, entre lesquels on les engage à nouveau : ils sortent bientôt en un seul ruban derrière le métier, c'est ce qu'on appelle le doublage. Cette opération a pour effet de donner au ruban sorti de la table une plus grande régularité. Du premier étirage les rubans passent aux autres étirages, qui, au nombre de têtes près, se ressemblent tous. Le ruban se régularise de plus en plus, la seule différence entre les diverses opérations des étirages consiste dans le nombre des doublages et le degré de l'étirage.
- - Les rubans retirés du dernier de ceis appareils sont portés dans les pots derrière le banc à broches. Ce métier ressemble complètement à ceux que nous venons de. décrire pour la première, partie, mais chaque ruban y correspond à une broche placée dans la seconde partie et descend sur cette broche qui lui communique une torsion. On FenrOule sur une bobine, grâce à la rotation des ailettes
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- ; de chaque broche. Cette machine a donc trois fonctions :
- . continuation de l’étirage, torsion du ruban pour en former une mèche, envidage sur les bobines qu’on portera au métier à filer.
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- Il y a deux sortes de métiers à filer : les métiers à sec et
- :
- ceux au mouillé. Ce sont ces derniers qu’on emploie dans l’usine Poullier-Longhaye.
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- Les bobines sont placées au-dessus des métiers à filer sur une broche où elles peuvent pivoter et dans une position qui leur permet de se dérouler facilement. La mèche qui s’en dévide passe entre des fournisseurs qui la livrent à des rouleaux étireurs, au sortir desquels elle est tordue par une broche qui fait plus de 4000 tours à la minute et lui communique la torsion définitive. Entre les fournisseurs et les étireurs la mèche passe dans un auget rempli d’eau • cet auget, qui règne sur toute la longueur des métiers, pst surmonté de tuyaux 'alimentaires munis de robinets par lesquels on fait arriver en général l'eau d’ali-
- 1 mentation, puis la vapeur nécessaire pour amener ce liquide
- *
- : à la température voulue. Chez M. Poullier-Longhaye, l’usage de la vapeur a été supprimé ; grâce à un système spécial, le filage se fait à l'eau froide, ce qui constitue au point de vue des conditions sanitaires de l’ouvrier, une amélioration considérable.
- Le fil s’enroule à la suite de la torsion sur des bobines.
- Ces bobines sont portées à la reiorderie où on les place sur les métiers à retordre. Ces métiers ont beaucoup d’analogie avec ceux à filer. Les bobines étant disposées sur une broche, comme dans le métier à filer, se dérou-
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- lent : les fils passant trois par trois à travers une petite
- •11
- nappe d’eau sont tordus et viennent à nouveau s’enrouler sur d’autres bobines. Ces bobines sont transportées dans \ Y atelier de dévidage. Cette opération du dévidage, très
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- MANUFACTURE POULLIER-LONGHAYE 11
- simple en elle-même, a pour but de dérouler le fil retors des bobines et de le transformer en écheveaux en vue du
- 4
- séchage et du blanchiment ou de là teinture.
- Après un séjour de quelques heures au séchoir, iê fil est mis en magasin; on l’expédie ensuite soit à la teinturerie soit à la campâgne pour le blanchiment, au fur et à mesuré dès besoins.
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- Les opérations suivantes sont destinées à donner au fil
- son dernier apprêt. Le fil en écheveauxjjui a subi le blanchiment ou la teinture est soumis au battage, opération
- • *
- qui a pour but de l’assouplir. Ce résultat est obtenu par le
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- passage des écheveaux sous une série de marteaux-pilons
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- en bois, retombant alternativement sur ces écheveaux ; on rebobine ensuite le fil pour le cirer.
- Le métier à cirer se compose d’un auget contenant une
- dissolution de cire vierge dans laquelle tourne un rouleau-
- * .
- brosse. Sur ce rouleau, le fil vient s’imbiber légèrement
- ;
- avant de passer sur un second rouleau analogue chauffé par un tuyau de vapeur et sur lequel il se sèche, puis sur deux autres rouleaux garnis de feutre où il prend son lustre; il vient s’enrouler ensuite sur des bobines.
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- La figure II représente l’atelier du cirage des fils.
- Le fil étant blanchi et ciré, il ne reste plus qu’a lui don-
- * > j ,
- ner l’aspect sous lequel il sera offert à la clientèle. On le
- transforme en pelotes, en bobines, en cartes ou en éche-
- ?
- veaux. Ce dernier procédé est presque complètement abandonné; la pelote l’a détrôné depuis longtemps. La bobine sert exclusivement aux machines à coudre, les cartes d’invention plus récente, ne sont pas encore entrées dans la grande consommation.
- 4
- Les machines à pelotonner qui, chez M. Poullier, sont toutes réunies dans une grande salle, sont des petits bijoux. L’art du mécanicien s’y est donné libre carrière : ce sont de véritables machines d’horlogerie, dont la descrîp-
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- GRANDES USINES
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- à- *
- tion technique nous entraînerait trop loin. La figtire IÎI donne une vue du magnifique atelier des machines à pelotonner.
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- Voici donc le fil mis en pelotes. L’ouvrier habille la pelote, c’est-à-dire qu’il l’entoure de la petite bande de papier
- chromolithographiée, sur laquelle on lit la marque qui re-
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- couvrira la boîte dans laquelle ces pelottes seront placées, le numéro du fil qui varie selon la grosseur depuis le numéro 30 le plus gros jusqu’au numéro 400 le plus fin, puis la qualité et enfin le métrage qui varie suivant le prix de l’article.
- Parée de cette étiquette, la pelote est portée aux magasins et aux salles d’expédition. La figure IV représente un des ateliers de mise en boîtes et d’expédition. Ce n’est certes pas la salle la moins intéressante, celle où se préparent les boîtes de fils. Les collectionneurs ont de quoi satisfaire leur curiosité dans l’inspection des vignettes multiples
- imaginées par la maison Poullier-Longhaye. Leur fabri-
- . -, * -• * * - * * *
- cation est devenue pour les imprimeurs du pays, une
- des branches les plus importantes de leur industrie à
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- cause de l’énorme consommation qui en est faite. La maison Poullier-Longhaye, fidèle en cela à ses vieilles traditions, n’achète ses vignettes qu’en France, bien que les imprimeurs allemands et autres arrivent à produire
- • 4
- cet article souvent à meilleur compte que nos imprimeurs
- indigènes, insuffisamment protégés par les tarifs douaniers
- ; * *
- contre cette concurrence étrangère.
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- . M. Poullier en revanche exporte une grande partie de
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- sa fabrication et les Allemands sont devenus tributaires de sa maison. La marque au Tuteur a surtout envahi la
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- année les pelotes du fil au Tuteur. Il faut reconnaître
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- aussi que cette préférence est tout à fait justifiée par l’excel-
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- lente qualité et aussi par la régularité de ce produit comme
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- 14 GRANDES USINES
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- de tous ceux fabriqués dans cette usine. En filterie, une des conditions pour réussir est de livrer à la clientèle des produits constamment semblables. Si la fabrication s’écarte de cette ligne de conduite, telle marque qui se trou-
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- vait fort en honneur, perdra en quelques mois tout son prestige.
- Outre le fil au Tuteur, la maison Poullier-Longhaye compte parmi ses marques les plus répandues le fil à VIndienne, au Prophète, au Roi des Mers et tant d’autres qui depuis 30 ans ont conservé leur vieille réputation.
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- Telle est dans son ensemble cette importante usine dont la superficie est de 10,000 mètres carrés et dont la production tant en filature qu’en filterie s’élève à 7 millions.
- La force motrice est assurée par deux machines à vapeur : l’une jumelle, de la force de 360 chevaux, a été transformée récemment par MM. Jean et Peyrusson, suc-
- a
- cesseurs de M. Ire Farinaux qui l’avait primitivement
- construite. La seconde est une machine Corliss sortie des
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- ateliers du constructeur lillois, M. Paul Le Gavrian, concessionnaire du brevet dé l’ingénieur américain Corliss. Cette machine simple de la force de 330 chevaux réunit la force et l'élégance. Une troisième machine existe encore dans l’usine Poullier-Longhaye, c’est celle dite de secours, destinée à éviter tout chômage et à suppléer à l’une des deux autres en cas de longue réparation.
- La vapeur est fournie par neuf générateurs de grande puissance, tous placés dans les cours à ciel ouvert, dans l’unique but d’éviter les terribles conséquences des explosions ; ces générateurs ont été livrés par la Compagnie de Fives-Lille. Dans l’usine, travaillent 730 ouvriers, hommes ,
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- 16 GRANDES USINES
- femmes et adolescents. La somme annuelle payée par M. Pouliier-Longhaye pour les salaires et les appointements du personnel s’élève à plus de 600,000 francs.
- La maison n’a exposé qu’une seule fois ses produits; c'était en 1886 à Anvers où elle a obtenu une médaille d’or.
- Nous ne terminerons pas sans dire quelques mots des conditions de bien être et de salubrité assurées par M. Poul-lierà son personnel. Nous avons fait remarquer au début de cette étude combien les ateliers étaient vastes, élevés et confortablement aménagés, toutes conditions très profitables à la santé des ouvriers. Nous avons, en passant, noté le procédé spécial qui permet de filer à l’eau froide et qui constitue une amélioration considérable au point de vue sanitaire. Enfin, signalons un service médical parfaitement organisé.
- Tous les jours, à midi, un médecin vient dans rétablissement où une salle spéciale lui est réservée. Les ouvriers qui f e sentent indisposés vont le consulter et obtiennent gratuitement tous les médicaments nécessaires. Voilà de la vraie philanthropie.
- Ajoutons que les accidents sont si peu fréquents dans cet établissement que M. Pouliier-Longhaye n'a pas jugé utile de s’assurer contre ce genre de risques. Cette absence d’accidents n’est due qu’à l’excellent aménagement des locaux.
- Dans cette rapide étude nous nous sommes principalement proposé de faire connaitre à nos lecteurs la fabrication de fil retors ou fil à coudre tout en cherchant à faire ressortir à grands traits l’importance considérable de la maison Pouliier-Longhaye qui occupe dans l’industrie li-nière une place de premier ordre.
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- FABRICATION DES FÛTS ET TONNEAUX EN FER
- ETABLISSEMENT
- LEGRAND
- La consommation des fûts et tonneaux-en bois destinés à contenir les liquides de toute espèce est des plus considérables dans tous les pays. Si bien fabriqués qu’ils soient, ces récipients né peuvent retenir d’une manière absolue les liquides qu’ils renferment; leur emploi ne pouvait donc être maintenu dans tous les cas.
- De même que partout le fer a remplacé le bois, il en devait être ainsi pour les tonneaux et pour les fûts. Cette initiative est due à M. Pierre Legrand, qui a commencé cette fabrication en 1862.
- Les tonneaux et fûts métalliques construits par lui servent au logement de différents liquides, teis que : alcools, huiles, essences, mélasses, ammoniaque, glycérines, sulfure de carbone, acide sulfurique, etc.
- Afin de faciliter le roulement du tonneau, M. Legrand a imaginé de garnir la paroi cylindrique de cercles de roulement, en forme de rails en champignon ; cette heureuse innovation permet, tout en isolant le fût du sol, d’empêcher le frottement des parois ; par suite, le déplacement et le roulement des fûts d’une capacité de plus de 500 litres deviennent très faciles.
- Les tôles employées par M. Legrand proviennent des laminoirs du nord de la France et de la Belgique. Celles destinées au corps du fût sont des tôles puddlées; les fonds sont formés de tôles aux bois ou de tôles d’acier.
- Livraison 356 bis,
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- 2 GRANDES USINES
- Les tôles sont d’abord portées à des machines qui les percent sur les quatre côtés de trous de 8 millimètres de diamètre; les trous pratiqués sur les longs côtés de la tôle sont destinés à laisser le passage aux rivets qui relient la paroi cylindrique du fût, les autres servent à fixer ultérieurement les fonds. On perce également à l’emporte-pièce un trou destiné à la bonde.
- La plaque de tôle est alors portée à la machine à cintrer, puis elle est rivée : à cet effet, on rapproche les deux bords et les rivets sont mis en place.
- La bonde est ensuite placée sur la partie percée préalablement à Temporte-pièce.
- Tous les rivets nécessaires aux diverses opérations sent faits dans les ateliers de M. Legrand ; ils sont en fer corroyé de premier choix.
- On a soin, afin d’obtenir une étanchéité parlaite^ d’appliquer à tous les joints un fort papier goudronné.
- ÏÀ partie cylindrique se trouve alors terminée; il s’agit maintenant de faire les fonds et de les poser de chaque côté du fût.
- Les fonds formés de plaques de tôle se font à chaud; ils sont soumis à l’action d’une presse hydraulique ou mieux d’une presse à emboutir.
- On pose alors les fonds afin de vérifier s’iis s’appliquent bien sur les extrémités de la paroi cylindrique du fût ; ensuite il faut, à la machine, percer les fonds de trous repérés sur ceux des bords de la paroi cylindrique ; l’ouvrier opère ensuite le rivetage des fonds, ainsi que nous l’avons indiqué.
- Une fois ce rivetage terminé, il faut redresser les bords, ce qui se fait en les burinant et en les limant.
- Le tonneau est alors livré aux ouvriers chargés d’exécuter le cerclage qui comporte plusieurs opérations.
- Les barres, ayant la forme d’un rail à champignon, sont
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- ÉTABLISSEMENT P. LEGRAND 8
- coupées à la forge, dès leur arrivée aux ateliers, de manière à présenter la longueur voulue; elles subissent ensuite un cintrage à chaud qui s’effectue à la machine ; puis elles sont ajustées à chaud, de façon à ce que les bouts soient bien rapprochés l’un de l’autre.
- Les cercles, sont alors chauffés à blanc à la forge et aussitôt ils sont passés à la machine à souder qui, en même temps les resserre. Cette machine fait rentrer les deux bouts l’un dans l’autre et la soudure s’effectue d’une manière très homogène en produisant une adhérence parfaite.
- Les cercles destinés aux extrémités du fût et qui ne posent pas sur le sol sont préparés de la même manière ; ces cercles demi-ronds se soudent avec les mêmes machines et suivant les mêmes procédés.
- Une fois le cintrage et la soudure terminés, les cercles sont jaugés et mesurés selon les diamètres des fûts sur lesquels on doit les poser. Ce travail s’effectue avec une roulette qui sert à mesurer la circonférence du fût et ensuite celle des cercles en tenant compte du serrage nécessaire qui doit être de trois ou quatre millimètres, de manière qu’à l’opération suivante les cercles puissent être bien assujettis sur la partie cylindrique du tonneau. Une fois préparés comme nous l’avons déjà indiqué, les cercles sont chauffés à la température du rouge cerise dans un fourneau spécial et ils sont aussitôt posés sur les tonneaux. Le refroidissement fait contracter les cercles et produit le serrage sur le corps du fût. L’ouvrier mesure ensuite avec un gabarit la distance à laquelle les cercles doivent être placés sur la partie cylindrique du tonneau. Ce travail doit être fait avec le plus grand soin pour les cercles-rails destinés au roulement du fût.
- L’ensemble de ees opérations est exécuté d’une manière remarquable dans les ateliers de M. Legrand.
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- GRANDES USINES
- Il s’agit maintenant d’essayer ces fûts avant de les livrer à la consommation, afin d’être certain qu’aucune fuite ne pourra se produire ultérieurement.
- A cet effet, les tonneaux sont remplis avec l’eau prove-
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- nant de la condensation de la machine motrice. Une fois pleins, on visse sur l’ouverture de la bonde un tuyau correspondant à une presse hydraulique, et, de même que les chaudières à vapeur sont éprouvées à une pression de plusieurs atmosphères, on produit dans le récipient une
- ÉTABLISSEMENT P. LEGRAND
- 5
- forte pression qui rend la moindre fuite visible; s’il s’en présente une, le tonneau est de nouveau rivé ou maté jusqu’à ce que l’on obtienne une étanchéité complète.
- Le tonneau qui a été essayé, est ensuite remis à l’atelier
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- Usine p. Legrand de peinture où on lui donne diverses couches. Ainsi ter-
- miné, il porte le nom de tonneau en tôle noire peinte ; suivant les qualités du liquide qu’il doit contenir,on peut aussi le galvaniser ou Rétamer.
- M. Legrand a introduit encore de nouveaux perfection-
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- & GRANDES USINES
- nements dans le rivetage dè,certains fûts destinés à con-
- d’une façon tout à fait hermétique. Ce travail consiste dans un double rivetage sur toute la longueur du tonneau et sur chacun des fonds. Ainsi revêtus les tonneaux peuvent servir au logement de l’acide sulfurique sans aucun danger defuite.
- Les fûts ser-
- vant au logement ordinaire des liquides les plus employés :pré-sentent une seule ouverture; ce sont les fûts de
- transport (fi-I Figure gure 1).
- Quand ils doivent séjourner en magasin et que l’on désire vider le liquide par un des fonds, les fûts présentent sur la paroi du fonds une bonde plus petite que celle destinée à les remplir. Cette bonde pendant le trajet est fermée au moyen d’un bouchon à vis; une fois le fût arrivé à destination le bouchon s’enlève très
- Figure 2.
- facilement et à la place on visse un robinet qui facilite l'écoulement au gré des besoins (figure 2).
- Les ouvertures sont de 75/50, 45, 30 et 25 millimètres.
- . Quand il s'agit simplement de faire pénétrer l’air dans
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- ETABLISSEMENT P. LEGRAND
- 7
- le fût afin de faciliter Técoulement, un orifice à écrou, d’un centimètre d’ouverture, est pratiqué sur un des fonda ou sur la partie de la paroi cylindrique opposée à la bonde; un écrou qui forme fausset sert en se dévissant à donner de l’air au tonneau.
- A part la fabrication des tôles et des fers, la construction complète des tonneaux métalliques telle que nous venons de la décrire s’effectue en entier dans les ateliers de Tin-; venteur; c’est là un point capital que nous ne saurions trop faire ressortir. ^ ;
- Cette fabrication exige de nombreuses opérations qui s’effectuent dans des conditions économiques dans l’usine de M, Legrand, grâce à ùn outillage perfectionné qui lui permet d’obtenir une production sans cesse croissant© destinée à satisfaire aux demandes des administrations françaises de la guerre et de la marine, des grands établissements, tels que distilleries d’alcool, raffineries, stéarine-ries, fabriques d’huiles, de produits chimiques, etc. Les compagnies de chemins de fer se sont empressées d’adopter les tonneaux en fer de M. Legrand.
- Actuellement M. Legrand livre à la consommation : des tonneaux pour alcool, mélasse, sulfure de carbone ; des tonneaux à double rivure pour acide, des tonneaux à trou: dJhomme, avec robinets de vidange, brides, robinets ou bondes plombées. ^
- M. Legrand construit également des tonneaux pour les vins; ces derniers sont revêtus de deux couches:d’iin.èh-duit particulier très adhérent qui permet de ne pas dénaturer la qualité des vins.
- L’usine comprend :
- 1° Une halle dans laquelle se fait la construction entière des fûts et qui contient : un générateur de 50 chevaux ; une machine Farcot à condensation de la force de 40 chevaux, quatre machines à percer, huit forges, deux ma-
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- 8 GRANDES USINES
- chines à cintrer, dont l’une pour les tôles et l’autre pour les cercles, une machine à refouler les cercles, une presse pour l’emboutissage, une machine à faire les rivets et une presse hydraulique pour essayer les tonneaux ;
- 2° Une annexe où se fait la peinture et où on applique les enduits ;
- 3° Des magasins où les tonneaux de toutes capacités sont prêts à être livrés aussitôt réception des demandes. L’ensemble de l’usine occupe une espace de 3,000 mètres dont 2,000 couverts. La capacité des fûts livrés par M. Legrand varie de 25 à 1000 litres, l’épaisseur des tôles est de 2 à 3 millimètres et le poids de 11 à 200 kilos. Ce poids n’est supérieur que de 1/5 à celui dés tonneaux en bois; quant aux prix de ces divers fûts, il varie de 15 à 170 francs.
- En 1885, M. Legrand à livré plus de 14,000 fûts d’un poids total de 1,400,000 kilogr. ; leur capacité moyenne étant de 400 litres, ils pourraient contenir 5,600,000 litres.
- (!les fûts sont expédiés principalement en Amérique où ils servent au transport des glycérines, en Europe et plus particulièrement en dehors de la France et de l’Algérie, en Italie, en Espagne, en Angleterre et en Russie.
- Avant d’avoir installé l’outillage perfectionné qui existe maintenant dans son usine, M. Legrand employait 120 A 130 ouvriers ; aujourd’hui il n’en emploie plus que la moitié et cependant il est en mesure de livrer à la consommation 100 tonneaux par jour.
- M. Legrand a obtenu une médaille d’or aux expositions de Paris 1878, d’Amsterdam 1883 et d’Anvers 1885; à la suite de cette dernière exposition il a été nommé chevalier de la Légion d’honneur.
- Imp. Ch. MABÉCHAL & J. MOKTOHIBB, 16, cour des Petites-Kcuries. Paris.
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- FABRICATION DU MATÉRIEL DE CHEMINS DE FER
- SOCIÉTÉ A.NONYM.E DE CONSTRUCTION
- ATELIERS DE TUBIZE, NIVELLES ET LA SAMBRE
- La Société anonyme la Métallurgique, dont le siège social est à Bruxelles, possède les ateliers de construction de Tubize, de Nivelles et de La Sambre.
- Cette Société, dont la constitution date du 9 août 1880, a été principalement formée par les apports de la Société anonyme métallurgique et charbonnière belge; elle a pour objet la confection et le commerce de machines, outils, matériel fixe et mobile de chemins de fer, routes, éanaux. Elle peut faire toute entreprise de travaux publics offrant un débouché à ses produits.
- Le capital social de 6 millions de francs est représenté par 30,000 actions d’une valeur nominale de 200 francs.
- La Société est administrée par un Conseil composé de cinq membres.
- Les ateliers de Tubize fournissent principalement les locomotives, les voitures à vapeur pour chemins de fer et tramways et les chaudières; les ateliers de Nivelles fabriquent les voitures et les wagons ; ceux de La Sambre sont réservés à la fabrication exclusive des grands travaux métalliques. La production de ces divers ateliers a varié annuellement de 4 à 10 millions.
- Nous allons parcourir en détail les divers établissements de cette importante Société et nous ferons connaître quelques-uns des grands travaux exécutés par elle.
- 357* Livraison.
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- 2
- GRANDES USINES
- ATELIERS DE TÜBIZE
- Les ateliers de construction de Tubize sont situés à 19 kilomètres de Bruxelles. Ils sont attenants à la station de Tubize et raccordés au chemin de fer de l’État (ligne de Bruxelles à Paris).
- Ces ateliers, fondés il y a plus de trente ans, sont généralement connus sous le nom des Ateliers de locomotives de Tubize et jouissent, en Belgique et dans toute l’Europe, d’une réputation justement méritée.
- Le nombre des locomotives neuves sorties de ces établissements s’élève à plus de 700, dont environ 600 pendant les quinze dernières années.
- Plus de la moitié des locomotives sorties des ateliers de Tubize sont de divers types créés par les ingénieurs de la Société.
- ^outillage, sans cesse perfectionné et mis en action par une force motrice de 260 chevaux, permet de construire par an 80 locomotives avec un personnel de 700 à 800 ouvriers.
- Ces ateliers sont depuis vingt ans, sous la direction de M. Gênant, qui, depuis leur création, a collaboré en qualité d’ingénieur à tous les travaux qui y ont été exécutés ; cet habile ingénieur a introduit de nombreux perfectionnements dans les locomotives et les chaudières.
- Les ateliers de Tubize comprennent actuellement :
- 1° Un atelier d’ajustage renfermant un outillage complet composé de 35 tours, 3 alésoirs, 19 machines à forer, 3 machines doubles à tarauder, 3 fraiseuses, 13 rabot-teuses, 13 mortaiseuses, 18 limeuses à deux et trois tables, 1 machine à calibrer, 2 machines à polir, 3 meules en émeri, etc. ;
- 2° Des halles pour les forges contenant 54 feux de for-
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- LA MÉTALLURGIQUE 3
- ges, 3 marteaux pitons dont un de 12 tonnes avec 3 chaudières verticales, 7 fours, des grues et accessoires, 3 ventilateurs, 1 château d’eau avec pompe, 1 presse à caler les roues, etc.;
- 3° Un atelier de montage avec 12 fosses de fondation pouvant recevoir chacune deux locomotives et renfermant tous les appareils et outils nécessaires au travail, tels que : transbordeurs, ponts roulants, appareils à lever et à peser les locomotives, etc. ;
- 4° Un atelier de chaudronnerie pour ïaTfabrieation des chaudières, muni de forges fixes et portatives, grues, ponts roulants, etc. ; -
- 5° Un atelier de chaudronnerie pour les tenders, ponts et charpentes renfermant également tous les engins nécessaires, tels que : grues, ponts roulants, forges portatives, etc. ;
- 6° Des halles contiguës où est installé un outillage complet spécialement affecté au service de la chaudronnerie et se composant de :
- 1 grosse machine à forer et à mortaiser les longerons à trois outils, 4 perçoirs, 2 cisailles^ 4 machines à forer radiales, 1 machine à chanfreiner, l à cintrer les tôles avec four, 1 machine à essayer les fers, etc. On vient d’ajouter à ce bel ensemble de machines-outils, 4 fortes machines à fraiser qui doivent procurer une grande économie de main-d’œuvre et dont l’installation sera prochainement achevée.
- Nous avons pu constater que les ateliers de Tubize possèdent en tous genres des machines-outils très puissantes, capables de travailler toutes espèces de pièces. La belle machine à mortaiser les longerons est de provenance anglaise ; elle permet de forer et de mortaiser en même temps 10 longerons de locomotives de 25m,n d’épaisseur et travaille toujours à 3 outils. Nous ne saurions trop faire
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- GRANDES USINES
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- ressortir les avantage^ que procure une machine semblable.
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- L'achèvement df tin seul longeron coûtait, avant l’installation de cet outil, autant que peut coûter maintenant une-série de dix longerons semblables.
- En dehors des ateliers que nous venons de mentionner, nous signalerons encore ;
- 7° Un atelier dé garniture renfermant des cisailles et des poinçonneuses portatives ;
- 8° Une halle pour les forges de la chaudronnerie avec 2 fours à réchauffer, 10 feux de forges, des grues, etc. ;
- 9° Un atelier de modelage avec l’outillage ordinaire,, bancs, tours, etc. ; ~
- 10° Divers ateliers pour la chaudronnerie en cuivre, la fonderie de cuivre, la trempe et la cémentation, la fabri-
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- cation des masses et l’entretien et la fabrication- des courroies, etc.
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- Les machines-outils sont actionnées par 8 moteurs à vapeur dont la force totale en chevaux disponibles est de 260 chevaux. La vapeur nécessaire est produite par 3 chaudières verticales, 1 chaudière de locomobile et 3 chaudières tubulaires de locomotive.
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- On peut fabriquer dans les ateliers de Tubize, 80 locomotives par an, 160 chaudières et environ 1,000,000 de kilogr. de ponts et charpentes métalliques.
- La production est en partie destinée à la Belgique et en partie à l’étranger. Les principaux débouchés sont : la France, la Grèce, l’Espagne et l’Italie.
- Les ateliers de Tubize occupent en moyenne 500 ouvriers, mais pour atteindre le maximum de production possible, ce chiffre devrait être porté à 800, comme il l’a été en certaines années.
- Le travail est exclusivement fait par des hommes.
- Nous ne pouvons entrer dans les détails de la fabrication
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- des chaudières et des locomotives ; cette fabrication est connue de nos lecteurs ; nous allons décrire quelques-unes des machines construites en dernier lieu dans les ateliers de Tubize.
- Locomotive-Tendeh “ Le Cinquantenaire ”
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- La Locomotive-Tender le Cinquantenaire qui figurait à l’Exposition d’Anvers où elle a été admirée des ingénieurs de tous les pays, a été commandée par-L’administration des Chemins de fer de l’Etat belge, pour faire la traction des trains de marchandises sur les fortes rampes de 25 m/m de la ligne de Spa à la frontière Grand-Ducale. Elle a été étudiée et construite dans les ateliers de Tubize, en moins de 4 mois.
- La fig. I représente cette locomotive.
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- Les éléments de la locomotive faisant depuis plusieurs
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- mois le service du plan incliné de Liège, ont servi de base
- à l’étude du Cinquantenaire.
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- Les dimensions des principaux organes ont été notablement augmentées, mais le système du mécanisme a été
- maintenu tel que l’avait conçu M. Belpaire.
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- Le poids à vide est de 57,800 kilo g., celui en ordre de marche de 75,000 kilog., il peut être dépassé en utilisant toute la capacité des bâches à eau et des soutes à combustible ; celle des premières étant de 11,000 kilog. et celle des secondes de 4,500 kilog.
- Le poids servant à l’adhérence est de 60,000 kilog. environ. La surface de chauffe dépasse 148“% y compris 13mq de surface directe (foyer), celle des tubes représentant
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- L’effort de traction est de 9,166 kilog.
- La machine est à quatre trains de roues-moteurs accouplés ; elle a, en outre, en arrière un train-porteur muni de
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- boîtes radiales, permettant le passage de la machine dans
- Elle est pourvue
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- sur deux ou quatre trains de roues ; un robinet ovale du système Dewrance commande la manœuvre de ce frein et
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- permet d'en modérer l'action.
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- Le changément dé marche peut s’opérer directement à la main par la poignée du levier, ou à l’aide d’une vis, ou
- La distribution est du système Belpaire ; le tiroir de l’un des côtés est commandé par le piston de l’autre côté.
- Deux balanciers relient entre eux les ressorts d’un même côté des trois premiers train&moteurs ; celui du quatrième train est relié par un autre balancier au ressort du train radial.
- Une grande cabine abrite convenablement le mécanicien et le chauffeur. La cheminée est à section rectangulaire et la; boîte à fumée dont elle forme en quelque sorte le pro-
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- longement, est de grande capacité, de façon à mieux régu-
- lariser le tirage.
- Chaudière. — Le diamètre du corps cylindrique est à
- l’intérieur de lm,500. Sa longueur de 3m,755. L’épaisseur des
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- tôles est de 15 mm,5 ; la capacité totale de la chaudière est de 9mc,180; elle est timbrée à 10 atmosphères ; les soupapes sont du système Wilson.
- La grille a une surface de 5mq,0592.
- La chaudière tubulaire comprend 242 tubes d’un dia-
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- mètre intérieur de 45mm et d’une épaisseur de 2mm,5.
- Le diamètre des roues au contact est de lm,050 et de 0“,924 à la jante.
- La construction de cette locomotive fait le plus grand honneur à la Société la Métallurgique ; nous tenons particulièrement à attirer l’attention sur la répartition du poids sur les roues. C’est certainement l’une des plus belles
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- Voiture a vapeur du système Belpaire
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- remarquer la voiture à vapeur du système Belpaire
- exposée par la Métallurgique Il) et destinée aux lignes
- de l’État.
- Cette machine construite dans les ateliers de Tubize présente sur ses similaires de très réels perfectionnements.
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- La longueur de la voiture a été augmentée de manière à permettre l’installation d’un compartiment spécial de lr* classe de 9 places.
- La largeur de la
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- trême que permettent le gabarit des chemins de fer belges et les conditions arrêtées par l’Union des chemins de fer allemands* L’avantage qui en résulte consiste en un plus grand confort pour les voyageurs, la largeur des couloirs des compartiments de 2e et 3* classes ayant pu être agrandie.
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- 10 GRANDES USINES
- Le nombre des trains de roues a été porté de 3 à 4. Le train supplémentaire a été placé immédiatement après le train moteur et à peu près à la même distance que le train porteur antérieur. Il résulte de ce dispositif que la voiture est mieux guidée dans les courbes.
- Le train d’arrière est muni de boîtes radiales comme dans les voitures construites précédemment. On a donné à ces boîtes un jeu suffisant pour le passage dans des courbes de 130 mètres de rayon.
- Les ressorts d’un même côté sont tous reliés entre eux par des balanciers, de façon à obtenir une excellente répartition du poids. Ils sont composés de lames droites, sans flèche de fabrication et prennent sous charge une courbure dont la convexité est tournée vers le dessus. -
- Le levier du modérateur, celui du changement de marche, les robinets de prise de vapeur pour la mise en action des injecteurs et du frein à vapeur ont été groupés de façon que le mécanicien les ait tous sous la main, sans avoir à se déplacer, et qu’il puisse les manœuvrer sans cesser d’observer la voie. Tous les godets graisseurs sont rassemblés au milieu de la plate-forme du mécanicien. Chacun d'eux porte l’indication de l’organe qu’il sert à lubréfier et auquel un conduit spécial mène l’huile.
- Une plate-forme à l’usage du garde ou de l’ouvrier de gare préposé aux manœuvres, a pu être maintenue à l’arrière;- elle permet de faire reculer la voiture avec plus de sécurité, le garde ou l’ouvrier préposé aux manœuvres ayant à sa disposition un sifflet spécial manœuvrable de cette plate-forme et à l’aide duquel il peut donner au mécanicien les signaux convenus.
- Le compartiment de lr* classe dont nous avons parlé plus haut présente 9 places, le compartiment de 2e classe en a 16 et celui de 3e classe 32.
- Dans ces deux compartiments les bancs sont placés
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- LA MÉTALLURGIQUE 11
- longitudinalement, c’est-à-dire parallèlement à la voie, en ire classe, ils sont disposés transversalement.
- La distribution de la machine est du système Belpaire; le tiroir de l’un des côtés est commandé par le piston de l’autre côté.
- Le corps cylindrique de la chaudière a 0m,950 comme diamètre intérieur et lm,170 de longueur, il est constitué de tôles de llmm; la capacité totale de la chaudière timbrée à 11 atmosphères est delœc,249, elle comprend 209 tubes de 28mra de diamètre et de 2mm d’épaisseur: -
- La surface de chauffe est de 2mq,906 pour le foyer, de 22mq,9760 pour les tubes, soit en tout 25mq,8820.
- Le châssis est intérieur aux roues ; le diamètre des roues au contact est de 0m,980 et de 0m,870 à la jante ; les cylindres sont intérieurs et l’alimentation se fait par deux injec-teurs Friedmann.
- Le poids à vide est de 21,270 kilog., le poids total de la voiture avec approvisionnement de combustible et d’eau et avec les voyageurs est de 28,800 kilogr.
- Locomotive-tender pour tramways
- Les ateliers de Tubize présentaient également à l’Exposition d’Anvers une locomotive-tender dite : la Métallurgique (fig. III), destinée à faire la traction sur les voies de tramways ayant un écartement d’un mètre entre les faces intérieures des bourrelets des rails.
- Cette machine a trois paires de roues couplées de 832mm de diamètre, elle peut parcourir des courbes de 20m de rayon.
- L’adoption de manivelles du système Hall a permis de disposer des coffres mettant le mécanisme complètement à l’abri de la poussière et de la boue et assurant, par conséquent, un usage plus prolongé des pièces sujettes à usure. Ces coffres sont établis de façon à rendre en même temps facile la visite de tous les organes.
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- GRANDES USINES
- Les dispositifs du levier du modérateur, du levier dé changement de marche et de la tige de commande du
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- frein sont établis à l’avant et à-l’arrière de la machine, de
- sorte qu’il n’y a pas de nécessité de tourner la locomotive arrivée à la gare terminus ; on réalise ainsi une grande éco* nomie de temps et on peut se passer de plaques tournantes.
- La locomotive pèse 12,000 kilog. à vide et 14,600 kilog. en ordre dé marché.
- Les cylindres sont intérieurs; le mécanisme de distri* bution est du système Walschaerts.
- Le frein est le frein ordinaire à vis actionnant des sabots en fonte pressés contre les jantes de deux paires de roues. 11 est suffisant pour obtenir le calage des roues.
- La vapeur de décharge se rend à la sortie des cylindres dans une capacité dissimulée sous la boîte à fumée et dans laquelle s’amortit le bruit de l’échappement. À la sortie de ce récipient, la vapeur peut être dirigée par un robinet approprié et se trouvant à la portée du mécanicien, soit dans l’atmosphère, soit dans une bâche spéciale pourvue de tubes entourés d’eau où elle se condense.
- La locomotive convient donc pou r le service de tramway
- dans les villes.
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- Il n’y a pas de bruit, pas d’échappement de vapeur, et à la condition de brûler un bon coke, il n’y a pas de fumée.
- Le corps cylindrique de la chaudière a un diamètre intérieur de 900mm, une longueur de lm,330, l’épaisseur des
- tôles est de 13mm, la capacité totale delà chaudière est de
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- lmc,200, elle est timbrée à 12 atmosphères.
- La surface totale de chauffe est de 18mq,60 dont 3mq,04 pour le foyer et de 18m,60 pour les 103 tubes d’un diamètre de 35mm.
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- Le diamètre des roues au contact est de 0m,832 et de 0m,732 à la j ante.
- La locomotive-tender la Métallurgique constitue un
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- Fig. III. — Locomotive-tender pour tramways.“la Métallurgique.
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- GRANDES USINES
- sur voies de tramways ; elle a participé au concours de traction mécanique organisé à Anvers, lors de l’exposition, et a été jugée supérieure à toutes ses concurrentes.
- Nous dirons également quelques mots de la locomotive-tender pour chemins de fer vicinaux qui figurait également à l’exposition d’Anvers. Elle présente sür celle que nous venons de décrire des différences importantes; une
- chaudière de plus grande capacité l“,c,525 au lieu de lmc,200, une surface de chauffe de 28“UI,53 au lieu de 18m,60, des cylindres de 0m,280 au lieu de 0m,260, un poids à vide de 13,800 kilog. au lieu de 12,000 kilog. et en ordre de marche de 16,700 kilog. au lieu de 14,600 kilog.
- Elle n’a pas d’appareil de condensation, mais elle a des' boîtes ou coffres préservant le mécanisme de l’action de la poussière et delà boue. On a maintenu aussi le récipient servant à amortir le bruit de l’échappement et le tuyau de décharge est terminé par une tuyère annulaire à section variable à volonté.
- Cette machine a été également primée dans un concours entre tous les constructeurs belges. Les treize premières machines de la Société nationale des chemins de fer vicinaux de la Belgique ont été construites à Tubize; la Société la Métallurgique, après avoir amélioré le type primitif et avoir introduit diverses modifications, a fourni à la Société nationale des chemins de fer vicinaux tous les
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- plans du type définitivement adopté.
- La Société la Métallurgique a notamment fourni aux entrepreneurs de travaux publics beaucoup de locomotives
- tenders du poids de 20 tonnes à vide et de 25 tonnes en
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- ordre de marche, montées sur 2 essieux et pouvant passer dans des courbes de 25 mètres de rayon. Ces locomotives d’une grande puissance, d’un prix très réduit, ont rendu Jes meilleurs services.
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- LA METALLURGIQUE 15
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- En 1855, dès les premières années de leur fondation, les établissements de Tubize ont obtenu à l’Exposition universelle de Paris, une récompense capitale avec une locomotive mixte à voyageurs à 4 roues couplées, d’un diamètre de lm,700; ce type perfectionné a été présenté 18 ans plus tard à l’Exposition de Vienne en 1873 où figurait une locomotive mixte d’une extrême simplicité à 4 roues couplées de lm,800 pouvant remorquer une charge ordinaire sur rampes de 25 à 30 millimètres par mètre et dont le poids sur les 4 roues motrices était de 26 à 27 tonnes.
- Cette machine a remporté un très grand succès sur ses concurrentes.
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- Toutes les locomotives à marchandises de divers types, sortant des ateliers de Tubize, ont toujours été très puissantes. Dans la construction on s’attache toujours à obtenir une bonne répartition du poids sur les essieux, ce qui est d’une grande importance, et à éviter les mouvements de lacet, de tangage et de roulis, qui constituent trois graves défauts dans une locomotive.
- Dans ces derniers temps la Métallurgique a élargi considérablement les foyers en les laissant dépasser de beaucoup les longerons pour obtenir de grandes surfaces de grille. On arrive ainsi à brûler du charbon qui ne coûte en Belgique que 3 à 4 francs la tonné, ce qui produit une économie considérable.
- La chaudière étant avec raison considérée comme le principal organe de ia locomotive, la Métallurgique ne recule devant aucun sacrifice pour bien la réussir. On emploie des tôles en fer de première qualité qui, avant le traçage, sont toutes dressées au feu de bois et au maillet en bois. Les tôles une fois tracées, rien n’est poinçonné, tout est foré, et les trous laissés trop petits de 2mm,5 sont alésés par des machines radiales avec des alésoirs forets.
- Les tôles ne sont jamais chauffées qu’au feu de bois.
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- 16 GRANDES USINES
- Ce mode de fabrication permet d'atteindre des pressions d’épreuve de 12 à 14 atmosphères sans matage nécessaire.
- Les pièces de mouvement sont forgées en fer fin grain spécial qui est fourni aux ateliers de Tubize par la Société de la fabrique de fer d’Ougrée. C’est un fer qui coûte très cher, mais comme qualité et comme beauté, on ne lui connaît rien de supérieur.
- Dans le travail des forges on a soin d’éviter de fatiguer le fer, en l’amenant trop brusquement à la forme qu’il doit prendre. Les transformations pour les pièces difficiles sont faites successivement et obtenues par plusieurs chaudes. Nulle part on ne peut distinguer la moindre trace de soudure.
- Tout le travail, à la forge comme à l’ajustage, au montage, à la chaudronnerie, etc., est fait par des ouvriers formés dans les ateliers mêmes. On réalise ainsi da grands avantages; d’abord, les familles des ouvriers étant depuis très longtemps fixées autour de Tubize, la main-d’œuvre est moins chère. Ensuite tous les ouvriers faisant toujours le même genre de travail et pour ainsi dire les mêmes pièces les font mieux et plus vite. La Métallurgique a donc de ce côté tout avantage sur la plupart des établissements analogues situés dans de grands centres industriels où l’on est souvent obligé de n’employer que des ouvriers de passage auxquels il faut payer des salaires élevés, quoiqu’ils soient toujours moins aptes à la besogne que les anciens ouvriers.
- ATELIERS DE NIVELLES
- Les ateliers de construction de Nivelles sont situés à 30 kilomètres de Bruxelles; ils sont attenants à la station de Nivelles-Nord et sont raccordés aux chemins de fer de l’État.
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- LA MÉTALLURGIQUE 17
- Leur création date de 1858.
- Ces ateliers sont spécialement outillés pour la construction du matériel roulant pour chemins de fer, tel que wagons de toutes natures, voitures à voyageurs, voitures-fourgons, voitures de luxe, voitures pour tramways et pour chemins de fer secondaires; enfin ils fabriquent toutes espèces de roues complètement en fer. En un mot, dans les ateliers de Nivelles, on fabrique toutes les pièces de forge quelles qu'elles soient, nécessaires aux véhicules qui y sont construits, on ajuste et parachève ces mêmes pièces de forge qui passent ensuite à l'atelier du montage où elles sont placées sur les véhicules.
- Quant aux bois employés, ils entrent aux ateliers en grume ou en platëaux et sont confectionnés puis montés pour former les voitures et les wagons.
- On voit donc que l’on reçoit à Nivelles les marchandises, métaux et bois, à l'état brut, et que, après transformation dans les ateliers, iis sont livrés à l'état, soit de voitures, soit de wagons entièrement terminés et prêts à être mis en service, sauf, pour les voitures à vapeur qui, entièrement terminées à Nivelles, en tant que voitures, sont expédiées ensuite à Tubize pour l’installation du moteur.
- Les ateliers de Tubize ne fournissent donc rien à ceux de Nivelles qui ne reçoivent des ateliers de La Sambre que les pièces de fonte à l’état brut, les boîtes à huile, les boulons et rivets nécessaires aux véhicules.
- Les roues entièrement en fer et avec rais se font à Nivelles, tandis qu'à La Sambre, on fait les roues dont les moyeux sont en fonte.
- L'espace occupé par les ateliers de Nivelles est de 4 hectares 350 ares, dont 2 hectares sont couverts de constructions comprenant :
- 1° Un atelier avec halles contiguës pour les forges contenant : 60 fours de forges, 8 marteaux-pilons, 2 chau-
- 358° Livraison.
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- 18 GRANDES USINES
- dières horizontales et 2 chaudières verticales, 4 fours, une machine à plier les rayons, un perçoir double avec cisaille à vapeur et un perçoir ordinaire avec cisaille, des grues et accessoires de forges ;
- 2° Un atelier d* ajustage renfermant 27 machines à forer, 20 tours, 2 alésoirs, une machine à raboter, 3 limeuses, 2 mortaiseuses, 4 machines à tarauder, un ventilateur et 24 étaux d’ajusteurs;
- 3° Un atelier pour les machines travaillant le bois et contenant 3 machines à raboter, 2 machines à mortaiser, une machine à tenons, 2 scies circulaires, une scie à ruban, 4 toupies et 2 machines à forer;
- 4° Une halle pour la chaudronnerie renfermant 8 machines à percer, 3 machines à forer, 2 meules en émeri, 6 tours, une machine à tarauder et une machine à dresser les fines tôles ;
- 5° Un atelier de menuiserie pouvant contenir 70 menuisiers, un atelier d’ébénisterie et une salle pour la garniture ;
- 6° Un grand atelier de montage desservi par un transbordeur pour le montage des voitures ;
- 7° Des halles continues pour le montage des wagons et munies d’un transbordeur ;
- 8° Des halles contiguës pour la fabrication des ressorts où sont installés les outils spéciaux à cette fabrication, tels que : machines à percer, cylindrer, laminer; 11 feux de forges; 2 fours à tremper et à recuire; une forge à vent forcé;
- 9° Un atelier pour Vembatage des roues contenant deux fours pour l’embatage, un four à cémenter, une grue et une presse à vis ;
- 10° Diverses dépendances où sont établis, la presse à caler, l’atelier des réparations, ceux des ferblantiers, vitriers, corroyeurs, massiers, etc. ;
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- LA MÉTALLURGIQUE 19
- 11° Un atelier de peinture pour les divers véhicules.
- Toutes les diverses machines-outils sont mises en action par un seul moteur à vapeur de la force de cent chevaux ; pour la fabrication des ressorts, on a installé un moteur spécial de la force de huit chevaux et pour celle des roues un autre moteur de 6 chevaux.
- Le premier moteur est alimenté par une chaudière tubu— laire, type locomotive; la deuxième, par une chaudière verticale, ainsi que la troisième.
- Nous allons rapidement passer en revue les opérations exécutées dans chacun de ces divers ateliers.
- 1° Dans Y Atelier aux halles contiguës pour forges, on fabrique toutes les pièces de forge nécessaires aux véhicules, ainsi que les roues, les buttoirs, les boîtes de choc en tôle et les essieux.
- Pour fabriquer les pièces de forge, on prend des fers aux dimensions convenables; ces fers soiff généralement dégrossis aux petits pilons de façon à permettre leur introduction dans les matrices ; comme on a souvent un grand nombre de pièces identiques à fabriquer, l’ouvrier forgeron dégrossit toutes les pièces, du moins un grand nombre, puis on les passe à la matrice pour donner aux pièces leurs dimensions et forme exactes. Au sortir de la matrice, les pièces doivent être ébarbées, dressées et parées.
- Pour fabriquer les roues, les rais reçus, laminés suivant un profil qui varie avec chaque espèce de roue, sont ébarbés, puis pliés à l’aide d’une machine spéciale décrite plus loin ; les rais pliés sont assemblés dans un cercle de manière à former la roue, le centre de ce cercle est chauffé au blanc soudant sur un foyer circulaire et le moyeu, composé de deux rondelles préalablement préparées, est chauffé au blanc soudant dans un four à réchauffer. Ces rondelles sonf placées dans des
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- 20
- GRANDES USINES
- matrices entre lesquelles on interpose la roue et on soumet le tout à l'action d'un marteau-pilon de 5 tonnes • Pour souder les moyeux, on chauffe 4 roues à la fois ; à cet effet, 4 foyers circulaires sont établis aux angles d’un rectangle dont le centre est occupé par le pilon, chacun de ces foyers est desservi par une grue. Cette installation permet de fabriquer 42 grosses roues par journée de 10
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- heures 1/2. La roue passe ensuite à l’atelier d’ajustage ou elle est terminée.
- 8 marteaux-pilons sont employés, un de 5 tonnes, un de 2 tonnes 1/2, 3 de 1,200 kilog., 2 de 800 kilog. et un de 300 kilog.
- Quatre chaudières existent dans cet atelier : deux horizontales de 25 et 20 chevaux, deux verticales de 20 et 12 chevaux.
- La machine à plier les rayons se compose essentiellement d’un cœur en fonte qui donne la forme intérieure des rais et qui varie suivant chaque type de rais et de deux guides donnant la forme extérieure ; entre le cœur et les guides, on place deux galets qui peuvent se mouvoir d’arrière en avant à l’aide d’une vis sans fin ; ces galets viennent presser les rayons sur le cœur et leur donner ainsi leur forme exacte.
- 2° A telier d'ajustage. — Les machines-outils de cet atelier sont de provenance belge et anglaise. Elles servent à parachever les pièces de forges nécessaires aux véhicules.
- Les tours pour essieux sont à deux outils qui attaquent en même temps chaque fusée d’essieu, ce qui produit une grande économie de temps. Les tours sont de deux espèces : les uns servent à dégrossir les essieux, les autres à les finir aux dimensions exactes. Les tours en l’air pour roues sont à deux plateaux qui se regardent, ce qui permet à un ouvrier tourneur de conduire deux outils.
- Deux alésoirs conduits également par un seul ouvrier
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- 31
- LA MÉTALLURGIQUE
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- sont spécialement affectés à l’alésage des roues. Ils se composent d’un plateau fixe sur lequel vient se placer la roue à aléser et d’un mandrin horizontal portant une lame. Le mandrin reçoit en même temps un mouvement de rotation et de translation et pénètre à l’intérieur de la roue.
- 3° A telier des machines travaillant le bois. — Les bois
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- arrivent en plateau et sont débités par des scies circulaires
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- aux dimensions des pièces, celles-ci sont ensuite rabotées aux dimensions exactes, l’ouvrier trace alors les tenons, mortaises, rainures et moulures que "doivent présenter chacune de ces pièces, puis elles passent à des machines spé-
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- i
- ciales au sortir desquels les bois sont envoyés à l’atelier de menuiserie où l’ouvrier lés assemble entre eux pour construire les voitures. On assemble horizontalement sur des tréteaux les pièces de côté des caisses, les pièces de bout, les séparations intérieures des voitures, et pour les voitures de tramways, on assemble aussi la toiture séparément. Une fois, les côtés, les bouts, les séparations et les toitures terminés, on les assemble entre eux pour former la voiture proprement dite.
- Le bois employé pour les voitures est généralement du teak, parce que ce bois jouit de la propriété de travailler très peu et même pas du tout. Les voitures pour les pays chauds sont à double paroi, ménageant une couche d’air entre elles, les planchers et toitures sont également construits de la même façon.
- 4° Halle pour la chaudronnerie. — Les outils qui s'y trouvent servent à travailler les fers spéciaux et les tôles entrant dans la composition des châssis inférieurs pour voitures et wagons. Les fers sont dressés à froid à l’aide d’une vis à balancier, puis tracés, percés, passés à la meule et aj ustés avant de se rendre à l’atelier de montage. On plane également les fines tôles qui s’appliquent à l’extérieur des voitures.
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- GRANDES USINES
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- 6° Grand atelier de montage, — Cet atelier se compose
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- allées séparées par un entre-colonnement.
- •
- 4
- chacune de ces allées sont établies deux voies de
- chemin de fer, soit 4 voies qui reçoivent les voitures en montage. A une extrémité de ces voies se trouve un
- < C k
- transbordeur pour permettre à un véhicule de passer
- d’une voie à une autre. A l’autre extrémité et en
- de chaque voie se trouve une plaque tournante destinée au même usage.
- 7° Halle powr le montage des wagons. — Cette halle se compose de quatre allées contenant chacune deux voies
- bp .
- ferrées ; aux extrémités de ces voies se trouve un transbor- : deur et des plaques tournantes.
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- Pour le montage des wagons, les brancards, les traverses, les goussets arrivent terminés de la chaudronnerie et sont assemblés puis rivés entre eux. Ce rivetage ne peut se faire qu’à la main. Pour chauffer les rivets, une canalisation de vent est établie dans chaque allée et de distance en distance est ménagée une prise de vent, de sorte qu’il suffit de raccorder cette prise à une forge portative à l’aide d’un tuyau en caoutchouc pour obtenir le vent nécessaire
- pour chauffer les rivets.
- On met ensuite sur roues et on monte les appareils dé
- traction de choc ainsi que les freins;
- ^ * •
- 8° Fabrication des ressorts à lames étagées. — Les barres d’acier sont cisaillées à la longueur voulue, puis .
- sont introduites dans un foyer forcé, alimenté par du coke, de là, elles sont portées à un perçoir à deux poinçons
- dont l'un fait les éloquiauæ, l’autre les encochés ; les
- : - /
- extrémités des barres sont de nouveau chauffées pour
- -h
- passer dans un laminoir excentrique qui amincit les extré-
- * _
- mités. Les barres, introduites dans un four, sont ensuite
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- cintrées sur une machine composée de deux rouleaux. Au sortir de cette machine, les barres sont plongées
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-
- LA MÉTALLURGIQUE 23
- dans de l’eau pour les tremper. Les feuilles d’un même ressort doivent être travaillées successivement, chacune d’elles devant servir de gabarit à la suivante pour le cintrage. Les feuilles passent ensuite, après avoir été préalablement recuites, entre les mains d’ouvriers qui les ajustent et terminent ropération.
- La trempe et le recuit sont les deux opérations capitales dans la fabrication des ressorts qui demandent à être faites avec le plus grand soin, de manière à obtenir de bons produits.
- s ^
- 9° Atelier pour Vembatage des roues. — L’embatage
- consiste à placer à chaud les bandages sur les roues. A
- cet effet, les bandages en acier sont alésés à un diamètre
- *
- 4
- plus petit de un millimètre par mètre que le diamètre extérieur de la roue ; le bandage est chauffé à une température suffisante pour que la dilatation lui permette de se placer sur la roue ; par le refroidissement, on obtient le serrage nécessaire pour maintenir le bandage en place. Si
- le bandage était en fer, la difïérence de diamètre devrait
- *\
- être de lmm,5. Une grue sert à ce travail.
- Une presse à vis fait les tôles embouties destinées à fournir, pour les wagons, les marchepieds qui ont les bords retroussés, les tôles de coins de wagons, etc.;
- 10° Ateliers de la presse à caler. — Cette presse sert à caler les roues sur les essieux, ce qui se fait à l’aide d’une pression hydraulique variant de 30 à 50 tonnes.
- Des ouvriers appelés massiers, chargés de faire des masses, c’est-à-dire des paquets avec les déchets provenant des divers matériels, soudent ces paquets au pilon ; on obtient ainsi des lopins de fer pour fabriquer certaines pièces de forge;
- 11° Atelier de peinture. — Les voitures entièrement terminées dans l’atelier de montage entrent alors dans l’atelier de peinture.
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-
-
- 24
- GRANDES USINES
- Depuis 1873, les
- et 10,
- toutes
- 3,500 voitures de types.
- On peut
- a voyageurs
- de gros matériel, 200 voitures de tramways et chemins de
- à marchandises et 12;00ô roues
- > - . , , * %r i f
- fer secondaires, en fer.
- Les principaux
- sont : la France, la Grèce,
- et le
- l’Italie, l’Espagne, le Portugal, la Hollande, la Sénégal. v : ; : ‘:i i ; !
- Les ateliers de Nivelles occupent, en temps normal, 500 ouvriers, mais, ce chiffre peut être porté à 850, comme cela a eu lieu pendant les bonnes années ; le travail est exclusivement fait par des hommes.; \
- 4 »
- Nous terminerons cette étude sur les ateliers de Nivelles
- * • *
- en indiquant quelques-uns des derniers véhicules construits. r ...
- -
- d’Anvers figurait une
- tram
- wakj à traction mécanique.
- Cette voiture est à plates-formes et longerons abaissés qui permettent de supprimer les marchepieds. Cette disposition, brevetée en faveur de: la Métallurgique, facilite l’accès, et, par suite, diminue les chances d’accidents.
- La voiture,: du poids de 3,435 kilogr., offre douze places
- -forme ; le poids mort par
- assises et 32 debout sur la
- place est donc de 78 kilogr. Elle est munie d’un buttoir central et d’un attelage dit à traction continue.
- Les longerons sont à treillis métalliques brevetés, ce qui
- permet d’agrandir les plates-formes et d’au gmenter le nom-
- * ^ *
- bre de places.
- Les ateliers de Nivelles ont également envoyé à l’exposition d’Anvers :
- i
- tramway
- animale
- participant aux avantages de la précédente voiture décrite; à l’intérieur, celle-ci présente deux bancs longitudi-
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- 26
- GRANDES USINES
- naux pour 5 personnes chacun ; chaque plate-forme peut
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- recevoir 9 voyageurs debout. Le poids de cette voiture est de 1,250 kilogr.; le poids mort par place n’atteint donc pas 45 kilogr.
- Disons aussi quelques mots de la belle voiture-salon (fig. IV), destinée à S. M. le roi de Grèce, et construite à Nivelles; elle mérite tous les éloges.
- Cette voiture fait partie du beau matériel construit tout entier par la Métallurgique pour les chemins de fer de la
- Thessalie, et qui donne une excellente idée de la valeur
- ♦ *
- des ateliers et de leur personnel.
- Le compartiment du milieu de la voiture royale est un
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- salon de 2m,90 de Ion g. On y a disposé dés divans et jies
- fauteuils recouverts de riches étoffes ; les parois et le plafond sont tendus. A côté du salon se trouve un fumoir à
- % * *
- quatre places ; enfin la voiture comprend également un cabinet de toilette.
- - i ♦ .
- les ateliers de Nivelles avaient
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- construit une voiture-salon de dimensions plus grandes
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- pour S.-A.-R. le prince Henri des Pays-Bas. . ;
- Les ateliers de Nivelles construisent également le maté-
- ' * * - . . 4 •
- riel de la Cie internationale des wagons-lits. Ils viennent
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- de fournir deux magnifiques voitures-lits à 18 places avec cabinets de toilette, et construisent actuellement deux
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- voitures-restaurants.
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- ATELIERS DE LA SAMBRE
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- Les ateliers de la Sambre, appartenant à la Société la Métallurgique, sont situés à 2 kilomètres de Charleroi, et sont raccordés au chemin de fer du Grand-Central belge (ligne de PEntre-Sambre-et-Meuse).
- »
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-
-
-
- 1° Des vastes halles pour le montage des wagons, des
- renfermant tous les appareils et outils perfectionnés nécessaires au travail, tels qué grues roulantes, forges, cisailles, machines à percer,
- à forer, à cintrer, à fraiser, etc.
- 2° Une fabrique de boulons et rivets munie de tout Tou-tillage nécessaire, qui consiste en machines à cisailler, à frapper lés boulons et les rivets, à ébarber, à tarauder, machines à écrous, tours à boulons, et©^;
- 3° Une fonderie de fer et de cuivre, avec 2 cubilots,
- M
- pouvant produire par jour quinze mille kilogrammes de
- fonte moulée;
- »
- 4° Divers ateliers accessoires pour la fabrication des
- *.
- trains de roues, croisements de voie et excentriques, boîtes à huile, etc., renfermant des machines à raboter, à mortaiser, à forer, à aléser, des tours divers, etc. ;
- 5° Des forges contenant 52 feux de forge et 3 marteaux-pilons ;
- 6° Une menuiserie avec scies circulaires et scies à ru-
- bans, machines à raboter, à forer, à mortaiser, etc. Toutes ces machines sont misés en action par 4 moteurs
- à vapeur : une machine à soupape de 50 chevaux, deux
- *
- machines Meyer d’une force respective de 20 et 45 chevaux, et une machine verticale de 45 chevaux.
- ' %
- La vapeur est fournie à ces machines par trois généra-
- 4 9
- teurs, dont deux sont constamment en activité.
- On fabrique dans les ateliers de la Sambre :
- 1° Le matériel de chemin de fer fixe et roulant : tenders,
- wagons à marchandises et wagonnets, grues fixes et roulantes, grues hydrauliques, plaques tournantes, signaux et disques d’arrêt, excentriques et croisements dé voie, etc.;
- 2° Les ponts et charpentes, réservoirs, gazomètres, etc.;
- • ^
- 3° Les pièces de fonte ; ’ • • y * * * ' î
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-
-
- 28
- GRANDES USINES
- 4° Lés rivets, boulons, crampons et tirefonds. Gette der-
- h. a m ,
- nière fabrication est exclusive aux ateliers de la Sambre,
- qui fournissent aux ateliers de Tubize et de Nivelles tous
- les rivets, boulons, etc.
- * »
- Pendant les cinq dernières années, de 1881 à 1885 inclus, la production des ateliers s’est élevée aux chiffres suivants :
- Wagons...............................
- Tenders..............................
- Wagonnets..................
- Trains de roues ......... ...........
- * * ? '
- Croisements et excentriques .......
- Plaques tournantes ..........
- Signaux et disques d’arrêt........ . .
- Transbordeurs........................
- Grues roulantes. ....................
- Grues hydrauliques...................
- Camions..............................
- Fonte moulée .................kilogr.
- Ferrures de wagons............ —
- . ♦
- Boulons, rivets et crampons. . . —
- Ponts et charpentes ....... —
- 2.371
- 40
- 158
- 237
- 1.702
- 21
- 223
- 13
- 6
- 8
- 100
- 2.922.366 206.025 1.099.425 11.990.042
- Les principaux débouchés sont : la France et ses colonies, la Grèce, l’Espagne, l’Italie, la Hollande, et les pays d’outre-mer, principalement les Indes néerlandaises.
- Les ateliers de la Sambre occupent en moyenne 400 à 500 ouvriers, quoique dans certaines années exceptionnelles la population ouvrière ait atteint le chiffre de 800 et
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- même de 1,000 personnes. Le travail est exclusivement fait par les hommes sauf à la boulonnerie où l’on emploie des femmes et des enfants pour le taraudage.
- Les principaux travaux exécutés pendant les cinq dernières années par les ateliers de la Sambre sont :
- 1° Le nouveau casino établi sur le Paillon, à Nice. Le poids des charpentes livrées s’est élevé à 2,290,000 kilogr./ 2® Le beau pont de chemin de fer sur le Rupel, à Boom, près d'Anvers, représenté fîg. Y.
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- Ge pont, d’une longueur de 233 mètres, est composé de deux travées mobiles, respectivement de 25 et 55 mètres
- de longueur, d’une petite travée fixe de 29 mètres, et de
- k *
- deux grandes travées fixes de 62 mètres chacune. Le poids total de la partie métallique est de 1,081,000 kilogr. ;
- i
- 3° Le pont établi sur la Meuse et le canal latéral, entre Herstal et Wandre, près de Liège. Ce beau travail, d’une longueur de 220 mètres, est composé d’une travée fixe de
- 31 mètres sur le canal et de trois grandes travées de 63 mè-
- ♦ * *
- très sur la Meuse. Le poids de la partie métallique est de 1,300,000 kilogr.
- Parmi les travaux tout récemment exécutés dans les ate-
- .
- t < *
- liers de la Sâmbre, nous devons signaler d’une manière
- •
- toute spéciale la belle façade de l’Exposition d’Anvers en 1885 et une partie des Halles. Le poids total des charpentes métalliques nécessitées par ces travaux a été de 1 million
- 91jb,000, kilogr.
- Les galeries de l’Exposition construites par la Métallurgique étaient celles qui régnaient à droite du grand portique d’entrée. Elles couvraient une superficie de 3 hectares 1/3. Les fermes, à part celles de la galerie centrale,
- sont du système Polonceau, c’est-à-dire à nœuds articulés.
- - < '*
- Elles prennent appui sur des colonnes formées de deux
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- poutrelles en fer jumelées. Les assemblages des fermes et des colonnes sont, en général, combinés de manière à permettre l’utilisation des matériaux sans grand déchet, pour
- » ^
- le cas où les charpentes ne trouveraient pas un nouvel em-
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- 0
- de la construction est digne de remarque :
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- les colonnes et les fers à vitragé qui étaient
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- ce poids n’atteint pas 45 kilogr. par mètre
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- carré horizontal couvert.
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- Le grand p<$Hique d’entrée
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- simplement garnie d’un revêtement en planches qui en
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- suivait presque exactement les contours.
- Ce monument provisoire mesurait 68 mètres en hauteur et 66 mètres en largeur» c’est-à-dire une fois et demie les dimensions correspondantes de l’Arc-de-Triomphe de l’Étoile a Paris.
- Les assemblages étaient combinés de manière à laisser aux matériaux la plus grande partie de leur valeur après la démolition.
- L’ouvrage devait être suffisamment solide pour résister aux violentes bourrasques qui se déchaînent fréquemment sur l’Escaut; la Métallurgique y a réussi, tout en conservant à ce portique un grand caractère de légèreté*. Le
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- poids de fer employé a été seulement de 450 tonnes.
- Nous avons, lors de l’ouverture de l’Exposition, alors
- que l’ossature métallique du portique était encore à nu,
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- été frappé de la grâce et de la hardiesse de cette façade produisant un si bel effet architectonique.
- La description que nous venons de donner des ateliers de la Métallurgique et des principaux travaux exécutés par elle, prouve l’importance considérable de cette Société. Elle a eu à souffrir de la crise que traverse l’Europe et de
- la rareté du travail que provoquait une concurrence plus
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- acharnée que jamais entre les producteurs; aussi les prix se sont-ils abaissés au delà de tout ce que l’on pouvait
- imaginer. Les trois ateliers de la Société sont néanmoins
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- restés en activité et ont pu réaliser un bénéfice industriel brut relativement satisfaisant.
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- IMPRIMERIE LITHOGRAPHIQUE & EN TAILLE-DOUCE
- DE
- MM. Joseph et Alfred LEMERCIER
- PARIS
- Lorsqu’on étudie avec soin la marchaprogressive de l’industrie en France et à l’étranger, on s’aperçoit bien vite que chaque branche est représentée par une maison modèle dont l’histoire est liée d’une façon si étroite à celle de • l’industrie elle-même qu’il serait impossible de les écrire séparément. L’imprimerie Lemercier est un des exemples les plus frappants qu’on puisse citer à l’appui de cette proposition, et nos lecteurs trouveront, dans l’étude que nous allons consacrer à cet important établissement, des détails
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- pleins d’intérêt et des enseignements précieux que n’ignorent pas sans doute ceux dont la lithographie est la spécialité, mais qu’il est bon de répandre le plus possible. La vaste encyclopédie créée, il y a plus de trente ans, par M. Turgan, n’est pas-seulement destinée à décrire des usines ; nous poursuivons un but plus élevé. L’histoire de l’industrie a sa philosophie comme l’histoire générale du monde, et notre livre a la prétention d’être un livre d’éducation où la jeunesse française pourra choisir ses modèles parmi les hommes qui se sont illustrés dans les sciences et dans les arts.
- La lithographie, c’est-à-dire Y art de dessiner avec un corps gras sur une pierre calcaire, est une des conquêtes de notre siècle. Les qualités spéciales des pierres, dites lithographiques, étaient utilisées depuis longtemps dans l’art de la sculpture, et l’on trouve dans certaines collee-
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- tions de charmants spécimens de cet art qui sont dus à des artistes allemands du xvie siècle. Les premiers essais d'impression lithographique remontent à 1801. Aloys Senefel-der, de Munich, auteur dramatique et musicien, paraît avoir eu, le premier, l’idée de dessiner sur pierre et de prendre avec une feuille de papier l’empreinte du dessin. On raconte que pressé par son éditeur de lui livrer le texte d’un ouvrage et ne trouvant aucun imprimeur qui consentît à faire les frais de l'impression, il imagina, grâce aux connaissances qu’il avait acquises dans ses fréquentes visites aux imprimeries, ce moyen peu coûteux de reproduction. Les premiers essais de Senefelder laissaient à désirer, et bien qu’ils permissent d’entrevoir les services que cet admirable procédé pourrait rendre un jour, la découverte restait confinée à Munich. Quelques années plus tard, le comte de Lasteyrie, frappé des résultats obtenus en Allemagne, alla étudier sur place, avec l’inventeur, le procéda nouveau ; à son retour en France, il obtint du roi Louis XVIII le monopole de l’exploitation et fonda à Paris la première imprimerie lithographique.
- Il se forma bientôt une élite d’ouvriers intelligents sous la direction du comte de Lasteyrie, mais celui-ci trouvant que les progrès ne marchaient pas assez vite et compre- -nant que la perfection ne pouvait être atteinte qu’en laissant à tous les artistes une liberté complète, renonça bientôt au privilège exclusif qui lui avait été octroyé. En abandonnant son monopole au profit de tous, l’éminent propagateur de la lithographie a rendu à son pays un service qu’on ne saurait oublier et son nom doit être, comme celui de Senefelder, attaché indissolublement à cette grande découverte. A partir de ce moment, les artistes les plus célèbres abordèrent la lithographie ; les bons résultats s’affirmèrent de plus en plus, et l’on se prit d’un véritable engouement pour cet art charmant que M. Joseph
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- Lemercier devait amener plus tard à un haut degré de perfection.
- M. Joseph Lemercier, âgé aujourd'hui de 83 ans, qui dirige encore, avec son neveu M. Alfred Lemercier, les grands établissements de la rue de Seine et de la rué de Buci, fut, dans sa première jeunesse, un simple ouvrier vannier dont le travail aidait à subvenir aux besoins d’une nombreuse famille. Un de ses amis employé à l’imprimerie Lenglumé rendait de fréquentes visites au sous-sol où se travaillait l’osier et racontait des merveilles du procédé de Senefel-der. L’imagination du jeune ouvrier s’enflamma si'bien aux récits de son ami qu’il ne rêva plus que lithographie et qu’il voulut absolument entrer dans une imprimerie. Une place d’homme de peine dit graineur de pierres se trouvant libre chez Lenglumé, Joseph Lemercier se présenta et réussit à se faire embaucher. Travailleur infatigable et très observateur, il surpassa bientôt tous les graineurs de l’atelier, mais cette situation ne lui suffisait plus. Ce qu’il voulait, c’était devenir imprimeur; bien des fois, après la sortie des ouvriers, il s’exerçait à l’impression. Son patron le surprit un jour au milieu de cette occupation et fut frappé de la qualité des épreuves obtenues par le graineur auquel il fit immédiatement quitter le baquet pour lui confier une presse. Ses progrès furent très rapides et il devint bientôt le meilleur ouvrier de Paris. Les artistes qui jusqu’alors n’avaient confié qu’avec une certaine crainte leurs dessins aux imprimeurs ne voulurent plus avoir affaire qu’à Joseph Lemercier et l’engagèrent vivement à s’établir. C’est alors qu’il fonda sa première maison, en 1828, avec son frère Ambroise. L’imprimerie n’avait qu’une presse ; il est vrai qu’elle marchait le jour et la nuit, conduite tantôt par Joseph, tantôt par Ambroise, qui était devenu aussi un très habile imprimeur. Le succès couronna les efforts des deux frères, qui fondé-
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- rent alors rue dû Four une imprimerie plus importante ; ils avaient là une dizaine de presses et leur réputation devint européenne. Grâce aux progrès accomplis par l’ancien vannier, le procédé avait été rendu plus simple et il devint facile aux ouvriers intelligents de créer à leur tour des imprimeries. Si Senefelder a trouvé la lithographie, on ne peut contester à M. Joseph Lemercier le mérite de l’avoir vulgarisée. C’est dans ses ateliers que les maîtres étrangers sont venus, prendre des leçons et acquérir l’expérience qui leur manquait, L’imprimerie Lemercier, qui commença jadis, rue Pierre-Sarrazin avec une presse, possède aujourd’hui 14 presses à vapeur, 70 presses à bras, 28 pressés en taille-douce et 24 presses en photoglyptie. Nous donnons le modèle d’iine presse lithographique à vapeur sortant des ateliers de M. Alauzet, l’habile constructeur dont l’éloge n’est plus à faire. Le personnel de la maison Lemercier est de 300 ouvriers et employés .11 serait difficile, tant elles sont nombreuses, d'énumérer les hautes récompenses que les jurys des différentes expositions ont décernées à M. Lemercier • rappelons seulemént qu'il a été nommé chevalier de la Légion d’honneur en 1847 et officier du même ordre en 1878. • ^
- C’est à l’initiative éclairée de M. Alfred Lemercier, fils d’Ambroise, qu’est due l’introduction dans les ateliers des presses à vapeur. Entré dans la maison à 19 ans, après avoir fait des études sérieuses de dessin, M. Alfred Lemercier, d’abord apprenti, puis imprimeur, a parcouru successivement toutes les étapes et est devenu associé en 1863. M. Joseph Lemercier, qui avait dû sa grande réputation; aux beaux travaux exécutés sûr lés presses à bras, ne voulait pas qu’on parlât devant lui des presses mécaniques mues par la vapeur ; mais son neveu ; qui n’entendait à aucun jprix rester en arrière du mouvement industriel, insista si bien qu’il finit par le convertir, et l’établissement
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- d’une première presse fut décidé en 1864. Les résultats qu’on avait obtenus précédemment avec ces machines étaient vraiment médiocres; les bons ouvriers lithographes répugnaient à les employer, dé sorte qu’elles étaient conduites le plus souvent par des imprimeurs typographes qui 11’entendaient rien à la lithographie. Les dessins au crayon qu’on avait essayés étaient si mal venus qu’on n’osait pas continuer; aussi le premier tirage fut-il un dessin à la plume. Mais laissons la parole à M. Alfred Lemercier pour mettre le lecteur au courant de cet événement capital dont le récit constitue un véritable ensei-
- gnement :
- « A l’heure dite, le conducteur cale sa pierre, le papier « mouillé et laminé est sur la tablette, le margeur monté « sur la machine attend le signal, et l’enfant chargé de « tirer la feuille regarde curieusement MM. Joseph, Am-
- « broise et Alfred Lemercier, ce dernier surtout, auteur de « la' révolution qui va s’opérer. Tous les ouvriers anxieux « cessent de travailler et chacun se hisse comme il peut « pour voir marcher le monstre. Enfin, la presse est mise « en mouvement et nous restons là pendant une heure à « voir tomber les unes sur les autres les épreuves dont le « tas grossit à vue d’œil; 200 sont déjà alignées et nous « constatons que la machine a mis une heure à faire ce « que l’ouvrier le plus habile aurait fait à peine en dix « heures. Mon oncle, très ému et convaincu enfin que la « machine a du bon, me dit avec une certaine brusquerie, « bien qu’il soit le plus excellent des hommes : Mon cher « ami, tu as voulu une presse à vapeur, c’est ton affairé ; « tu te chargeras de la nourrir, car au train dont elle va, « elle aura bientôt dévoré tout le travail de nos ou-
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- Quinze jours après cette expérience décisive, il fallut établir une seconde machine; tous les ouvriers étaient em-
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- ployés et cependant on avait à imprimer sur la première presse pour plus de trois mois de travail, à raison de 2,000 épreuves par jour. Aujourd'hui, ainsi que nous l’avons dit plus haut, la maison occupe 44 presses, et, grâce aux efforts des directeurs et à ceux des habiles ouvriers qui ont bien voulu suivre le mouvement en avant, l’imprimerie Lemer-cier a produit de véritables chefs-d’œuvre qui n’auraient jamais vu le jour, le prix de revient du travail de la presse à bras étant beaucoup trop élevé. Citons pour mémoire : Y Art 'polychrome, ire édition à 5,Qûff publiée par M. Fir-min-Didot; Y Art pour tous ; Y Architecture privée, 150 planches ayant chacune en moyenne de 14 à 15 couleurs ; l’Opéra, de M. Charles Garnier; le Viollet-Leduc, de la maison Morel; Y Art ornemental au Japon, de Sampson Low et C°, de Londres ; Mireille, de la maison Hachette ; les Arts arabes, etc.
- Nous allons maintenant essayer d’initier le lecteur aux procédés suivis chez MM. Lemercier dans le but de multiplier les épreuves d’une image, en nous bornant, bien entendu, à des aperçus sommaires, la place dont nous pouvons disposer étant malheureusement trop restreinte.
- Lithographie. —La pierre lithographique est un carbonate de chaux à pâte fine et uniforme contenant 0,02 environ de silice, d’alumine et d’oxyde de fer; sa propriété caractéristique est son affinité pour les corps gras. Les meilleures pierres se trouvent en Bavière; celles qu’on rencontre en France, à Châteauroux, par exemple, souvent employées pour l’écriture, ne sauraient rivaliser avec les pierres d’Allemagne.
- Avant de dessiner sur la pierre, il faut qu’elle ait été très finement et très régulièrement grainée; c"est là une opération très délicate à laquelle on procède en frottant l’une sur l’autre deux pierres d’égale dimension entre lesquelles on a mis un sable fin et dur auquel on a ajouté de
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- alors sur la pierre avec un crayon , de savon, de cire et de résine. On dessin par un lavage à l’eau gommée contenant de l’acide nitrique. Il faut un ouvrier très habile pour préparer la pierre; lorsque le travail est sou-tenu, très serré et que la pierre offre une certaine dureté, il faut employer une préparation assez forte; au contraire, si le dessin est léger et la pierre tendre, la préparation doit être plus ou moins faible. L’acide nitrique n’attaquant pas les corps gras, il en résulte que toutes les portions de la pierre recouvertes par le crayon sont préservées, tandis que les autres sont attaquées. On place alors la pierre dessinée sur le chariot de la presse ; puis à l'aide d*une éponge on mouille abondamment, afin d’enlever la préparation gommée, on essuie légèrement et on enlève le dessin fait par l’artiste au moyen d’un peu de benzine, on passe dans tous les sens et en appuyant fortement sur la pierre des-
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- sinéfe fin rouleau recouvert de flanelle et de cuir graissé garni de noir d’impression ; celui-ci ne s’attache pas sur la partie humide et n’adhère que sur le dessin. 11 ne reste plus
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- de la pierre et à presser au moyen d’un râteau en bois ou d’un rouleau. La pierre glisse et frotte sur ce râteau et la feuille de papier happe le corps gras ; on a ainsi la repro-duction identique du dessin tracé sur la pierre.
- Lorsqu’on veut exécuter des dessins à la plume, la pierre est d’abord poncée afin que la plume puisse glisser facilement sur la surface. L’encre qu’on emploie a a peu près la même composition que le crayon. Lorsqu’on veut se servir à la fois de la plume et du crayon, il faut que la pierre ait été grainée avec le plus grand soin*
- Au lieu de tracer sur la pierre lithographique des dessins et des caractères en relief, on peut graver en creux. Pour cela, la pierre doit être grainée très fin et frottée en-
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- veur, après avoir fait son tracé, grave la pierre comme il le ferait sur une plaque de bois ou de cuivre. Toutes les
- parties attaquées par l’acier ou le diamant apparaissent en
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- blanc, ce qui permet à l’artiste de suivreJxès facilement
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- son travail. Lorsque celui-ci est terminé, on enduit la pierre d’huile grasse ou de suif légèrement chauffé, on tamponne afin de bien faire pénétrer le corps gras dans la taille, et on laisse la pierre en cet état pendant quelques
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- instants; puis on l’encre à l’aide d’une brosse assez douce trempée dans le noir délayé à l’essence. Gela fait, on passe un tampon qui essuie et enfin un rouleau sur lequel il y a fort peu de noir. Toute la gravure apparaît en noir, et la pierre qui a été préparée avant tout travail reste parfaitement blanche dans toutes les parties non gravées. C’est
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- par le procédé que nous venons de décrire que sont
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- Chromolithographie. — C'est Senefelder qui a inventé la chromolithographie; ses procédés sont extenso dans un manuel publié en 1819. Engelmann y a ajouté un élément important, le cadre à repérer les couleurs, mais les progrès rapides de cet art nouveau et sa vulgarisation sont dus à M. Joseph Lemercier, qui s’est placé par ses travaux en ce genre bien au-dessus de tous les autres imprimeurs. La chromolithographie a pour but de produire, par les procédés de la lithographie, des dessins en couleur, depuis l’aquarelle la plus simple jusqu’au tableau à l’huile. Pour obtenir un pareil ré-
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- sultatv il faut des tirages répétés et des superpositions de couleurs assez nombreuses; Voici en quoi consiste le travail : On prend un calque de la peinture avec l’indication des différentes couleurs, et on transporte ce calque sur une pierre afin d’en obtenir autant d’épreuves que la reproduction exige de nuances. Chacune de ces épreuves est reportée^ur une pierre spéciale, puis l’artiste modèle, au crayon noir, les parties de chacune qui correspondent à un ton déterminé, laissant les autres en blanc. Au tirage, la pierre de bleu sera encrée en bleu, et ainsi de suite des autres. De cette manière, chaque couleur se trouvant à sa place, l’épreuve finale représentera le tableau colorié dans toutes ses parties avec la plus grande exactitude. Il nous est impossible d’entrer ici dans tous lesrlé-tails de ce procédé, mais le dessin complet que nous donnons, avec les tons séparés qui le composent, permettra au lecteur de comprendre le mécanisme ingénieux de la chromolithographie.
- Nous ne pouvons, dans cette revue trop rapide, indiquer toutes les applications de la lithographie et faire connaître au lecteur les ressources inépuisables qu’elle met entre les mains des imprimeurs. Malgré la prédiction empreinte de pessimisme que formulait M. Ph. Burty en 1867> la photographie n’a pas tué la lithographie. Elle l’a plutôt enrichie, et nous allons maintenant passer en revue quelques-uns des résultats qu’on a obtenus par 1’union de ces merveilleux procédés.
- Phototypie. — Une image photographique exposée au jour s’efface peu à peu, et nul photographe, si habile qu’il soit, ne peut affirmer l’inaltérabilité indéfinie de ses épreuves ; on peut appliquer à la lumière la légende de Saturne et dire qu’elle dévore ce qu’elle a créé. Préoccupé de ce danger, ainsi que de la concurrence que les procédés photographiques pouvaient susciter à la lithographie dans la
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- reproduction des œuvres d’art, M. Lemercier songea à tirer parti de la découverte de Daguerre et à la rendre tribu-butaire de la lithographie ; ses premiers essais remontent à 1847. Secondé par MM. Barreswiil et Lerebours, il chercha à obtenir sur la pierre la reproduction exacte des clichés photographiques, et réussit enfin par l’emploi du bitume de Judée. L’impression se faisait, comme pour la lithographie, à l’aide du rouleau ; aussi donna-t-il à son procédé le nom de lithophotographie. Les magnifiques spécimens que M. J. Lemercier exposa à Londres-en 1852 lui valurent les plus hautes récompenses et les félicitations du monde savant. Malheureusement, les résultats obtenus, le plus souvent parfaits, laissaient aussi quelquefois à désirer. M. J. Lemercier avait ouvert la voie où des cher-
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- cheurs plus heureux devaient trouver un succès complet. M. Poitevin, ingénieur français, obtint, par l’emploi du bichromate de potasse, des épreuves aussi parfaites que
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- celles tirées au sel d’argent. Il opérait encore sur la pierre
- lithographique, mais son brevet disait fort bien que le
- support de la couche gélatineuse bichromatée pouvait
- être n’importe quelle surface plane, bois, cuivre, zinc, pierre, glace, acier, etc. Un habile photographe de Munich,
- la ville qui fut le berceau de la lithographie, eut l’idée de se servir de glaces épaisses, et il compléta ainsi le procédé Poitevin. La couche de gélatine bichromatée n’adhérait que très imparfaitement sur la pierre; en employant une glace, Albert, de Munich, arriva à un résultat dont la perfection ne laisse rien à désirer. Yoici la série des opérations : On verse-sur une plaque de verre, avec toutes les précautions connues employées par les photographes dans la préparation de leurs plaques, une solution de gélatine mélangée de bichromate de potasse. On laisse sécher et on ^expose la plaque à la lumière du côté opposé à la gélatine.
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- La couche superficielle de cette substance qui est en contact
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- 12
- GRANDES USINES
- avec le verre est seule impressionnée ; son insolubilité et son âdhérence au verre deviennent complètes. On expose
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- ensuite au-dessous de l’épreuve négative la face du verre
- où répose la couche de gélatine, et, après sensibilisation,
- on Ikve à l’eau pour enlever le bichromate non impres-
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- siorihé. On laisse sécher et on peut alors, faire des tirages réguliers sur la presse à vapeur. C’est donc à MM. Lemer-cier, Poitevin et Albert, de Munich, qu’on doit la .photo:
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- On a donné le* nom de Phototypie où d’Albertypie Jà ce
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- est obtenue à l’aide, du rouleau, du nolé et dé la prèsse lithographique. Entre les mains d’un :
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- sur
- peut aisément être reportée
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- et tirée comme tous les autres dessins
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- La photographie, en venant ainsi en aidé.à la
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- , a donc donné une voie de plus à exploiter à la belle découverte de'Senefelder. L’épreuve insérée
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- texte permet de se rendre compte de la perfection
- des résultats obtenus.
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- Si dans la Phototypie le dessin est en et s’imprime comme là photographie à l’aide du rouleau, dans la photogravure, au contraire, le de$sin est
- en creux et s’imprime comme une taille,douce. -Lés graveurs obtiennent un bon résultat en se servant
- 4
- gélatine bichromatée dans laquelle ils incorporent ’airi plus où moins fin. Certains opérateurs trans-
- » 4. .
- portent d’abord sur plomb, à l’aide de la presse hydrau-
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- lique, l’image donnée:par la gélatine, puis on a les clichés par lés procédés ordinaires de la galvanoplastie ; d’autres
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- plombaginent la gélatine après l’avoir fixée sur une glace et la mettent directement dans le bain. 11 y a encore une manière beaucouD dIus ranide souvent emnlovée dans les
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- IMPRIMERIE LITHOGRAPHIQUE
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- ateliers dè MM. Lemercier. On fixe l'image photographique sur une plaque de cuivre bien planée, recouverte préalablement d’une couche de résine ; le cliché est posé sur la plaque et le soleil fait le reste, les creux s’obtiennent ensuite par l’emploi du perchlorure de fer. Dans les mains d’un habile opérateur, ce procédé est complet et demande peu de retouches ; il n’exige d’ailleurs qu’un temps assez
- court.
- 1
- Les procédés de la photogravure ont été appliqués à la lithographie par le moyen des reports. Les dessins à la plume, les cartes, les pians peuvent être reportés sur pierre et le tirage se fait par la presse à vapeur. Les dessins à demi-teinte se reportent également, bien que l’opération présente de grandes difficultés. On opère souvent ainsi dans les ateliers de MM. Lemercier pour faire de grands tirages, soit à la presse à bras, soit â la presse à vapeur. L’excellence des résultats est suffisamment démontrée par le spécimen que nous joignons à notre texte.
- Typogravure. — A la suite de recherches très longues et très coûteuses, MM. Lemercier sont parvenus à obtenir des clichés en relief qui permettent de tirer typographiquement, dans le texte ou hors texte, tous les dessins possibles. Nous avons la conviction profonde que ce procédé est appelé à rendre les plus grands services à la typogra-
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- phie. 11 ne nous est pas encore permis d’indiquer toutes les opérations par les quelles il faut passer avant d’arriver au tirage; mais, en attendant, nous sommes heureux de pouvoir offrir à nos lecteurs une épreuve obtenue par le le procédé de la typogravure ; sa vue suffira pour convaincre ceux qui seraient tentés de se montrer incrédules.
- Photoglyptie. — G’est à M. Woodbury, de Londres, qu’on doit le remarquable procédé connu sous le nom de Pho-toglyptie. Voici en quoi il consiste:
- Une feuile de gélatine chromatée, teintée légèrement en
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- sionnée dans l’eau chaude. Les parties qui ont été insolées
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- très appréciables et la teinte donnée à la gélatine permet de se rendre compte si répreuve est bien réussie; tën séchant fa feuille devient dure et d’une résistance tellement
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- extraordinaire qu’elle peut servir de matrice à frapper
- neuses très transparentes : employées chaudes et mainte-
- aloré qu'à procéder au tirage* On se sert d’encres géiati
- Ces encres sont colorées soit avec de l’encre de chine, soit avec de la laque bleue, selon le ton qui a été demandé. Le plus souvent) on imprime dansle ton photographique, et, même pour un praticien, l’illusion est complète. Le plomb étant calé sur une presse particulière dont nous allons indiquer le maniement et l’encre étant prête, on passe très légèrement sur le plomb une flanelle un peu grasse, et on verse la liqueur gélatineuse en ayant soin de n’en pas mettre en excès. Gela fait, on pose sur le plomb un papier préparé, on abat le garde-main et le châssis, puis on passe à une autre plaque. Il y a généralement six presses sur une table tournante. L’imprimeur répète successivement la mêine opération sur les six plombs, et, quand le premier repasse devant lui, la gélatine est suffisamment
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- habile né saurait atteindre.
- Fabrique de produits lithographiques.— Lés produits
- fabriqués pour la lithographie, lorsque l’invention de
- Senefelder commença à se propager en France, étaient
- que le chef de la maison Lemercier
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- se décida à les fabriquer lui-même. Grâce à sa profonde connaissance des choses du métier, il obtint bien vite des produits irréprochables. Dans l'origine, il ne fabriquait que pour lui, mais peu à peu, les maîtres imprimeurs français et étrangers devinrent ses clients. Les crayons Lemer-v cier sont presque seuls employés pour dessiner sur la pierre. Les encres pour l'écriture et pour l'imprimerie, les vernis,
- 4 — ,
- etc., obtenus par des procédés particuliers dont le secret n’a pas encore été divulgué, ônt une réputation européenne. La vente de tous ces produits ayant pris une extension considérable, MM. Lemercier ont du installer une usine à Vincennes; cet établissement rend aux imprimeurs des services incontestables.
- Nous ne pouvons terminer cette étude sans remercier M. Alfred Lemercier, de l’obligeance avec laquelle il nous a initié aux moindres détails des travaux merveilleux qui s’accomplissent dans les ateliers de la rue de Seine et de là rjue de Buci. Si la lithographie occupe un rang très élevé
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- dans les arts de reproduction, elle le doit certainement aux efforts intelligents de MM* Lemercier qui sont tout à la fois des industriels habiles et des artistes de valeur.
- Les ateliers de la maison Lemercier sont ouverts à toutes
- les personnes qui s’intéressent aux progrès de l’industrie
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- appliquée aux beaux-arts. Il suffit, pour les visiter, d’adresser une demande aux directeurs.
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- à NANCY
- Le piano est un instrument à cordes métalliques frap-
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- pées donnant des sons en nombre limité.
- On distingue : 1° le piano carré aujourd’hui peu employé dont les cordes sont horizontales* et se présentent latéralement à l’exécutant ; 2° le piano droit, le plus répandu, dont les cordes sont verticales et 3° le piano à queue, encombrant et d’une forme disgracieuse qui tend à être remplacé
- par le piano droit ; les cordes du piano à queue sont hori-
- *
- zontales et se présentent par le bout à l’exécutant.
- La fabrication des pianos constitue une industrie des plus importantes en France, en Angleterre et en Allemagne. L’Amérique, qui autrefois nous demandait des pianos, possède aujourd’hui des manufactures très nombreuses et très actives.
- En Allemagne, on produit surtout des pianos bon marché; c’est en France que cette fabrication a atteint sa perfection dans les maisons Erard, Pleyel, Herz, et dans d’autres établissements parmi lesquels nous pouvons citer comme une des plus importantes la manufacture de Nancy de M. J. Staub.
- Le piano comprend comme organes principaux : le barrage, la table d'harmonie, la mécanique et le clamer qui est l’intermédiaire entre l’artiste et l’instrument.
- La charpente du piano se nomme barrage. Ce barrage est composé de bois et de fer; il doit être solide, ayant à résister à l’énorme tension des cordes qui atteint 15,000 kilogrammes pour un piano droit et 20,000 kilogrammes
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- pour un piano à queue ; il doit nécessairement être léger car moins l’instrument sera lourd, mieux il vibrera.
- Le barrage est construit en bois de sapin. Il est composé d’un cadre ou châssis dont les traverses supérieures et inférieures sont reliées par des montants appelés barres. Ces barres sont : verticales, obliques ou en éventail. Sur la traverse supérieure du cadre est fixé le chevillier, fort sommier en bois de hêtre très épais, et, sur la traverse inférieure, s’applique le sommier des pointes qui est doublé habituellement d’une plaque de fer forgé dans laquelle sont enfoncées les pointes d’accroche.
- Sur le barrage est fixée la table d’harmonie qui est destinée à déterminer l’ébranlement de l’air que les cordes ne peuvent produire seules. Elle est constituée par un panneau mince, d’épaisseur variable dans ses parties, généralement en bois de sapin d’une essence particulière et d’un grain fin.
- i Sur la table d’harmonie est fixé le chevalet sur lequel viennent s’appuyer les cordes. Collé et vissé sur la table d’harmonie, le chevalet est fait en bois dur, hêtre, érable ou cormier.
- Le chevalet est cintré suivant une ligne sinueuse déterminée par la longueur des cordes dont la partie vibrante est limitée, d’une part, par des pointes métalliques fixées sur le chevalet et autour desquelles elles se coudent, et d’autre part par le sillet qui les coude de nouveau près des chevilles. Quelques facteurs dans des instruments de prix élevé, fabriquent ce sillet en métal (Cuivre ou bronze) de manière à obtenir une plus grande pureté de son. C’est ce que l’on appelle le sillet harmonique.
- Les cordes sont attachées en bas par une boucle à une pointe de fer appelée pointe d’accroche fixée dans le sommier des pointes; en haut, elles s’enroulent autour de chevilles de fer solidement enchâssées dans le chemllier.
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- MANUFACTURE DE PIANOS
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- Le barrage sur lequel sont fixés les deux sommiers d’accroche et de chevilles doit, par sa solidité et sa structure, maintenir d’une façon très rigide leur écartement.
- La corde frappée, comme nous le verrons plus loin, vibre : ces vibrations transmises à la table d'harmonie déplacent la masse d’air adhérente à celle-ci et produisent ce que l’on appelle des ondes sonores.
- Une des causes principales des qualités d’un piano, est l’existence d’une table d’harmonie bien construite.
- Une fois la table d’harmonie mise en place sur le barrage, on y applique un nouveau barrage en fer forgé destiné à assurer l’écartement des sommiers d’une façon très rigide.
- La plupart des facteurs étrangers emploient un barrage métallique massif en fonte de fer d’une seule pièce, ce qui est plus économique puisqu’il supprime une grande partie du barrage en bois, mais rend l’instrument plus lourd.
- Les constructeurs français, et en particulier M. J. Staub, ont cherché à éviter les inconvénients du barrage en fonte; par différents moyens ingénieux, ils maintiennent à un écartement fixe les deux sommiers par des entretoises de fers forgés plats, placés suivant leur sens de plus grande résistance dans le plan de traction des cordes. Ils emploient soit des tôles d’acier ou de fer, soit des fers forgés et arrivent à une grande résistance avec un poids relativement léger.
- Les recherches de M. J. Staub lui permirent d’appliquer dès 1854, un nouveau système de barrage en fer forgé destiné à prévenir la séparation des cordes. Ce système appelé système rationnel compensateur représente une parfaite liaison sans courbure entre les deux parties d’attache.
- Ce genre de barrage, assurant à l’instrument une parfaite tenue de l’accord, ne l’alourdit que d’un poids insigni-
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- 4 GRANDES USINES
- fiant et lui permet de supporter les différentes températures sans le moindre inconvénient ; aussi ces avantages le font-ils rechercher pour l’exportation.
- Si les cordes étaient toutes de même matière et de même diamètre, les longueurs des diverses cordes d’un piano seraient celles des ordonnées de la courbe des logarithmes acoustiques dont la forme est reproduite à peu près dans le piano à queue et explique la disposition étrange et peu gracieuse de cet instrument. Aussi a-t-on adopté des fils de diamètre variables de plus en plus gros pour les basses notes.
- Les fils employés sont des fils d’acier d’une fabrication spéciale. Pour les notes graves, on les recouvre d’un fil de cuivre appelé trait enroulé en spirale. Ce trait devient aussi de plus en plus gros pour les basses ; ce sont ce que l’on appelle les cordes filées; les autres qui ne sont pas recouvertes de trait sont les cordes blanches.
- 1 Les cordes doivent être tendues bien en dessous du poids représentant leur point de rupture. Un instrument spécial employé par les facteurs, permet d’obtenir la plus grande tension de chaque numéro de cordes et par suite d’employer exactement le numéro susceptible de rendre le plus purement le son de la note voulue pour une longueur déterminée.
- L’acier est universellement employé pour les cordes de pianos : il faut qu’il soit d’excellente qualité et jusqu’à ce jour, les facteurs français ont été tributaires de l’étranger.
- Dans les pianos droits fabriqués par M. J. Staub, les cordes sont verticales, demi-obliques, obliques et croisées ; dans les pianos à queue, elles sont croisées.
- La mécanique comprend les organes principaux suivants : Y échappement, le marteau et Yétouffoir.
- Nous ne saurions entrer dans la description de ces organes, nous nous bornerons à en expliquer le fonctionnement.
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- MANUFACTURE DE PIANOS 5
- Lorsque l’on pose le doigt sur l’une des touches du clavier, l’extrémité postérieure se soulève et met en mouvement un levier appelé chevalet, pivotant à son extrémité sur une fourche, et sur lequel est fixé Y échappement. L’échappement ainsi mis en mouvement pousse la noix supportant le marteau et envoie celui-ci frapper brusquement la corde. C’est à ce moment que Yéchappement se fait sentir. Par un dispositif tout spécial, à Pinstant où le marteau va frapper la corde, Y échappement quitte la noix et lui permet de revenir à sa"position normale. Rejeté en arrière par suite de l’élasticité de la corde, le marteau serait sollicité à revenir la frapper de nouveau et à prolonger son contact avec elle, ce qui arrêterait immédiatement ses vibrations, si l’intervention d’un organe, fixé à l’extrémité antérieure du chevalet et appelé attrape-marteau ne l’arrêtait dans sa course et ne le maintenait tant que la touche du clavier se trouve baissée.
- L'étouffoir placé en contact immédiat avec la corde, s’écarte de celle-ci juste au moment où l’échappement quitte la noix, et il reprend sa position contre les cordes aussitôt que la touche est abandonnée; il est mis en mouvement par un éperon, fixé à l’extrémité postérieure du chevalet qui est, comme on le voit, une des pièces principales de la mécanique.
- Tous les mouvements du mécanisme sont solidaires de celui de la touche et sont d’une extrême délicatesse.
- La mécanique que nous venons de décrire est celle des pianos droits ; dans les pianos à queue, les pièces sont différentes.
- 11 fallait un dispositif spécial de l’échappement. Il a été imaginé par Sébastien Erard, qui appela échappement double cet organe, appliqué aujourd’hui à toutes les mécaniques de pianos à queue.
- La mécanique doit fonctionner sans bruit; ses organes
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- 6 GRANDES USINES
- sont faits de différentes essences de bois durs et toutes les parties devant subir des chocs ou des frottements sont garnies de peau et de tissus de laine de différentes sortes. C’est pourquoi le piano demande à être protégé contre l’humidité, qui fait gonfler ces tissus et par suite, nuit à la marche du mécanisme.
- La mécanique des instruments construits par M. J. Staub ne laisse rien à désirer. Il a apporté à la mécanique employée par lui, une série de perfectionnements : en 1859, il inventait une nouvelle mécanique à échappement à équerre et un nouveau système de lames d’étouffoirs ; en 1860, il créa et appliqua une mécanique à double échappement pour piano 4roit et en 1875, une nouvelle mécanique à répétition simple.
- Le clavier, composé d’autant de touches qu’il y a de notes dans le piano, est fait en bois de tilleul. La face ainsi que le dessus des touches est garnie de plaques /minces d’ivoire pour les notes naturelles et de petits morceaux d’ébène qui sont en saillie pour les dièses.
- Chaque touche pivote autour d’une pointe métallique, qui la traverse de part en part. La mortaise dans laquelle se meut cette pointe est garnie d’un drap mince, destiné à adoucir le frottement et à éviter le bruit. Dans le bas de la partie antérieure de la touche, se trouve une autre mortaise, garnie aussi, dans laquelle entre une pointe de forme ovale ; elle est destinée à empêcher la touche d’aller à droite ou à gauche frotter contre les voisines.
- Chaque touche du clavier, qui en compte 85 pour un piano de sept octaves, correspond exactement aux chevalets de la mécanique et se règle au moyen d’une vis ou d’un petit balancier fixé à son extrémité postérieure. Toutes les touches du clavier doivent avoir sous le doigt un certain poids de résistance, le même pour chaque touche. A cet effet, il est procédé au plombage. Chaque
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- MANUFACTURE DE PIANOS 7
- touche reçoit à son extrémité postérieure, une certaine quantité de plomb, qui représente le poids de résistance voulu.
- Les pianos modernes ont tous deux pédales mues par le pied et destinées à modifier l’intensité du son.
- Fig. I. — Piano droit.
- L’une, la céleste place une pièce de feutre très léger entre la corde et le marteau, et a pour effet d’affaiblir le son ; l’autre agit en sens contraire, elle écarte d’un seul coup tous les étouffoirs des cordes, ce qui permet à celles-ci de vibrer par sympathie et par conséquent donne une plus grande puissance de son : c’est la pédale forte.
- Les pianos construits par M. J. Staub, portent tous un système de pédale permettant les pianissimo les plus doux, sans rien changer au timbre de l’instrument.
- A l’Exposition de 1879, le jury international appréciait ce système à sa juste valeur, dans les termes suivants :
- « En première ligne, figure la maison J. Staub de Nancy*
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- « Belles qualités de sons, chaudes et nourries, égalisation « presque absolue, fabrication très soignée. Les pianos « présentés parM. J. Staub se recommandent particuliè-« rement à l’attention, par un système de pédales qui « permet d’obtenir lés pianissimo les plus délicats par « gradations insensibles. Ce système consiste en un « mouvement très ingénieux de bascules qui, en même « temps qu’il abaisse le clavier, rapproche le marteau des « cordes. La course du marteau comme celle de la touche « se trouvant ainsi diminuée simultanément sans se-« cousse, on arrive à produire des sonorités voilées tout à « fait charmantes ; ce système déjà connu, mais perfec-« tionné par M. J. Staub, est certainement le meilleur « que nous ayons vu jusqu’à ce jour, »
- Le système imaginé par M. J. Staub en 1859, a été de sa part l’objet de nombreux perfectionnements et aujourd’hui son système de pédale pianissimo remplace très 1 avantageusement la pédale céleste, employée par certains facteurs et qui dénature le son.
- M. J. Staub applique également à ses pianos un utile complément : le clavier transpositeur si précieux pour l’accompagnement du chant. La difficulté de transposer un morceau d’un ton dans un autre ne peut être résolue que par des artistes très exercés. Le clavier transpositeur donne une solution mécanique de ce problème.
- Différents systèmes de claviers transpositeurs sont en usage, mais celui de M. J. Staub nous semble offrir plus de garanties, car il permet de transposer sans éprouver aucun des inconvénients qu’on n’avait pu éviter jusqu’à ce jour. Ce système très simple consiste en un levier à poignée, placé au milieu et en dessous de la tablette du clavier. En soulevant ce levier, il s’engage dans les crans d’une crémaillère fixée au châssis du clavier et en le tournant horizontalement à droite ou à gauche, fait glis-
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- ser le clavier dans les coulisses. Chaque tour transpose d’un demi-ton. Un dispositif très ingénieux de ce levier, soulève, en même temps qu’il s’introduit dans les crans de
- Fig. II. — Piano droit à cordes obliques.
- la crémaillère, les chevalets de la mécanique. Le clavier peut donc alors glisser sans rencontrer d’obstacles, même si les mains sont appuyées sur les touches.
- M. J. Staub a tout récemment construit un piano oblique â coudage renversé avec cadre en fer système compensateur. Ce modèle spécial est établi de façon à pouvoir se prêter au gré des amateurs à l’adaptation de son clavier transpositeur.
- Signalons également le pupitre à bascule des pianos à cordes croisées de M. J. Staub, sur lequel le jury de l’Ex-
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- position Internationale de Parisien 1879, s’exprimait dans les termes suivants :
- « Nous devons encore citer parmi les améliorations, le « pupitre à bascule employé par M. J. Staub. Ce pupitre « est formé par la partie moyenne du panneau de face, « qu’un mouvement très simple amène à l’inclinaison voûte lue. Maintenant, si Ton ajoute, aux qualités de diverses « natures que nous venons de signaler, en nous efforçant « d’en faire ressortir l’importance, que la maison J. Staub « fabrique elle-même tout ce qui entre dans la construc-« tion de ses pianos, qu’elle est la seule en dehors des « grandes maisons de Paris à posséder une manufacture « aussi complète, on comprendra sans étonnement que le « jury lui ait décerné la première médaille d’or. »
- Cette maison fondée en 1849 par M. J. Staub, a atteint aujourd’hui des développements considérablesrgrâce aux recherches et au travail persévérant de son fondateur.
- 1 Tous les progrès réalisés par M. J. Staub lui ont valu de justes récompenses : médaille d’honneur et de lre classe à Toulouse, Angers, Bayonne, Paris, Metz, etc. Ses inventions ont été couronnées plusieurs fois par l’Académie nationale. A l’Exposition Universelle de 1878, le Jury lui décernait une médaille de lre classe pour sa belle exposé tion sur laquelle nous reviendrons plus loin.
- Depuis, M. J. Staub s’est vu décerner: en 1879, à l’Exposition Internationale de Paris, la première médaille d’or qui a fait l’objet du rapport si flatteur que nous avons cité plus haut ; en 1880, à l’Exposition Industrielle de Bar-le-Duc, un diplôme d’honneur hors concours ; en 1881 à l’Exposition Industrielle d’Épinal, une première médaille d’or offert par la Chambre du Commerce des Vosges.
- Les pianos fabriqués actuellement par M. J. Staub sont expédiés dans toutes les parties du monde. Ils comprennent six modèles de pianos droits et un modèle de piano
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- à queue. Nous allons les passer en revue en signalant leurs principales dispositions.
- I. Le piano droit à cordes verticales, à cordes triples, présente sept octaves du la au la; il comprend : un sommier prolongé en fer d’une seule pièce, un barrage en fer forgé, et des sommiers boulonnés, une mécanique à lame à échappement, à équerre, à répétition simple et deux pédales , dont l’une céleste progressive, nouveau système à bascule.
- II. Le piano droit à cordes demi-obliques. Même construction que le précédent; même mécanique avec un peigne en cuivre supportant les marteaux et remplaçant les fourches en bois.
- III. Le piano droit à cordes demi-obliques. Grand format. Même construction que pour le modèle II ; mécanique à prolonges.
- 1Y. Le piamo droit à cordes obliques est également composé des mêmes pièces que le précédent et avec des agrafes en cuivre remplaçant le sillet en bois.
- V. Le piano droit à cordes croisées a une mécanique à prolonges et des agrafes en cuivre remplaçant le sillet. Les àutres pièces sont analogues à celles des modèles précédents. (La figure I représente un piano richement orné de ce modèle grand format).
- M. J. Staub vient récemment de construire un piano droit à cordes obliques grand format d’un nouveau modèle spécial à l’exportation. Le cadre est en fer d’une seule pièce, sans séparation dans les cordes. Son chevillier est à coudage renversé. Ce modèle est construit spécialement pour recevoir sans modification le clavier transpositeur (La figure II représente ce modèle complètement ouvert).
- Les prix de ces divers pianos droits varient de 900 à 1,600 francs, sans clavier transpositeur dont leprix est de 150 francs.
- M. J. Staub construit également (fig. III) un modèle de
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- piano à queue de petit format de sept octaves du la au la ; le cadre est en fer, d’une seule pièce, la mécanique est à double échappement. Le prix de ce modèle est de 2,800 fr.
- Fig. III. Piano à queue petit format.
- En dehors de ces instruments dont les caisses sont d’un goût très artistique et qui sont prêts à être livrés à la réception des commandes, M. J. Staub fabrique suivant les demandes des pianos de luxe en bois d’essence rare d’une grande richesse d’ornementation et de tous styles.
- En 1878, à l’Exposition universelle de Paris, l’un des pianos exposés par M. J. Staub, qui avait réuni les suffrages du Jury et des pianistes par les qualités remarquables de l’instrument , avait été également fort remarqué par les artistes qui en apprécièrent la richesse d’ornementation et le bon goût. La figure 1Y représente ce piano du style Louis XY le plus pur. Ce piano ne comporte pas
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- de girandoles, mais deux petits panneaux mobiles qui, se rabattant à volonté, supportent les lampes ou les lumières.
- Ce spécimen prouve le bon goût des pianos de luxe de la maison J. Staub.
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- Fig. IV. Piano de luxe style Louis XV.
- Fabriqués en bois de toutes essences, ces pianos de luxe varient de prix suivant le format, la richesse de l’ornementation et la qualité des bois.
- L’application d’une mécanique à répétition augmente le prix de l’instrument de 150 francs.
- Pour les expéditions à l’étranger, M. J. Staub a soin d’em baller ses pianos dans des enveloppes zinguées.
- Nous terminerons cette étude en passant en revue la série d’opérations nécessaires pour la fabrication d’un piano telle qu’elle s’exécute dans la manufacture J. Staub.
- Cette maison est la seule de province dans laquelle toute la fabrication est entièrement faite, depuis le travail du
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- bois jusqu’au finissage. Ces conditions permettent d’arriver à une fabrication aussi satisfaisante que possible.
- Les essences de bois employées dans la fabrication d’un piano sont des plus nombreuses: chêne, hêtre, sapin, noyer, érable, cormier pour l’ossature et la table d’harmonie de l’instrument ; poirier, cormier, alisier, érable, charme, tilleul, ébène, pour la mécanique et le clavier; enfin, palissandre, acajou, noyer, poirier teint ou bois noir, bois de rose, tuya, etc., pour l’ébénisterie.
- Les bois débités sont empilés dans des halliers où ils sèchent pendant plusieurs années, 2, S et même 10 à 15 ans, ce qui oblige à des approvisionnements fort considérables. Avant d’être travaillés, les bois passent des halliers dans des séchoirs.
- Dans un premier atelier s’exécute le barrage. Les montants sont faits en bois de sapin contreplaqué souvent de chêne ou de hêtre ; de là, l’instrument est continué dans 1/’atelier des tableurs, qui collent les tables d’harmonie, les chçvalets et fixent les agrafes des cordes ; ils disposent également les armatures de fer destinées à résister à l’énorme tension des cordes ; il passe ensuite entre les mains du monteur de cordes. Le monteur prend les divers fils d’acier d’après des tableaux qui lui indiquent les numéros pour chaque note ; il fait une boucle au bout du fil, la passe dans la pointe d’accroche, la tend entre les pointes de coudage du chevalet, la passe ensuite dans l’agrafe et l’enroule autour de la cheville, qu’il fait pénétrer de force au moyen d’un maillet dans les trous du chevillier.
- Les cordes basses sont filées. Le fileur, guidé par des tableaux, prend des fils d’acier des diamètres voulus et enroule autour de ces fils formant âme, un fil de cuivre du numéro indiqué, il dispose alors la corde filée comme la corde ordinaire. Ensuite, un ouvrier appelé pinceur,
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- au moyen d’une lamelle d’ivoire, fait vibrer les cordes et les met au diapason. Cet ouvrier remet alors la charpente tablée et montée de cordes au caissier monteur, qui avec du bois de placage, la revêt ainsi que les pièces garnissant le devant du meuble ; il pose les charnières, serrures, roulettes et de là, la caisse est remise au vernisseur qui la vernit au tampon.
- L’opération qui vient ensuite, demande des ouvriers fort habiles ; en effet, le finisseur doit placer et régler dans la caisse, le clavier et la mécanique; il ajuste les marteaux et les étouffoirs, pose et fait fonctionner les pédales ; en un mot, il a toute la partie mécanique du piano à terminer.
- Cette opération est faite dans la manufacture de M. J. Staub, avec tous les soins nécessaires par des ouvriers fort expérimentés.
- L’accordeur intervient alors ; il assure à plusieurs reprises l’accord de l’instrument et il ne reste plus qu’à le confier à l’égaliseur, qui le passe en revue et lui donne toutes ses qualités de sonorité et à la fois de douceur.
- Le piano alors terminé est prêt à être livré ; au moment de l’expédier, on lui donne un dernier accord.
- Deux ateliers spéciaux sont installés pour la fabrication de la mécanique et du clavier. Ces ateliers, contenant des machines-outils de la plus grande précision, assurent un travail des plus soignés: aussi la mécanique des pianos J. Staub est-elle fort appréciée.
- Nous avons assisté dans la belle salle de coneert de la manufacture J. Staub, à l’essai de nombreux instruments, dont l’excellence nous a été hautement démontrée.
- Les ateliers dont nous avons parlé, sont disposés dans plusieurs constructions étagées de la belle manufacture de la rue du faubourg Stanislas, à Nancy. La superficie totale de la fabrique est de 2,500 mètres carrés, dont les
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- deux tiers comprennent les constructions nécessaires aux divers ateliers, l’autre tiers sert aux chantiers de bois.
- La fabrique, modestement fondée en 1849 par M. J. Staub, a fait de grands progrès, grâce aux efforts persévérants, aujourd’hui couronnés d’un succès si mérité, de son fondateur qui est, en même temps qu’un industriel distingué, un habile artiste dans cet art si délicat.
- M. J. Staub est secondé dans cette tâche difficile par ses fils qui sont des artistes de grande valeur, et par cinquante ou soixante ouvriers d’une habileté professionnelle de premier ordre.
- Ses pianos sont livrés principalement en France et à Paris; ils sont exportés dans tous les pays du monde et plus particulièrement en Espagne, au Brésil et dans les Antilles.
- Cette exportation est une des principales préoccupations de M. J. Staub qui défend avec honneur le drapeau français à l’étranger, malgré la terrible concurrence de l’Allemagne dont les pianos sont bien loin de présenter les qualités exceptionnelles que nos voisins cherchent à leur prêter.
- Nos pianos sont d’ailleurs fort mal protégés; les Allemands, depuis la signature du traité de Francfort qui leur a été si favorable, introduisent en France leurs pianos bon marché.
- Les qualités de nos pianos sont heureusement universellement appréciées; pour sa part, M. J. Staub a déjà livré plus de dix mille pianos dans le monde entier.
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- Paris.- Isp. Ci. Kuéclil & 1. loitorier, 16, cour des Petites-feuies.
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- Fondée en il80, à Paris
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- PIANOS, HARPES & ORGUES
- Manufacture
- ÉRARD & C
- Fondée en 1780, à Faris
- PAR
- SÉBASTIEN D
- Le piano est certainement aujourd’hui le plus important des instruments de musique. On l’a appelé avec raison l’orchestre des salons. Il est l’auxiliaire indispensable des grands compositeurs modernes. Sa puissance de son et d’expression est infiniment variée et permet l’exécution des compositions musicales les plus complexes. Toujours aux ordres du musicien, le piano n’a pas besoin d’être accordé sans cesse; il ne fatigue ni les poumons ni les autres organes de l’exécutant. Une fois convenablement accordé il impose sa justesse et ne subit ni les défaillances ni les défauts d’oreille de l’artiste. C’est l’instrument qui convient le mieux à l’instruction musicale, et l’on ne peut guère arriver à une connaissance générale de la musique, sans être familiarisé avec le clavier. Le piano est devenu en quelque sorte indispensable dans l’éducation de la femme. On le trouve dans les habitations les plus modestes ; les difficultés que son poids et son volume semblaient devoir opposer à sa propagation ont été au contraire la cause de sa diffusion.
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- Quand il ne s’agit point de se faire entendre dans un concert ou dans une séance musicale, on s’abstient d’emporter son violon, sa flûte ou son violoncelle, mais on est presque toujours sûr de trouver partout, sinon un Erard, du moins un piano suffisant pour accompagner une romance, jouer un quadrille ou distraire une réunion d’amis.
- Cette extension sans cesse croissante du piano a fait de sa fabrication une de nos grandes industries et a donné naissance à d’importantes manufactures bien dignes d’être classées parmi les Grandes Usines de tous les pays.
- La manufacture de pianos et de harpes fondée il y a plus d’un siècle par Sébastien Erard n’a pas cessé, depuis de longues années, d’occuper la première place parmi les établissements qui livrent chaque année, en nombre sans cesse croissant, des pianos dans le monde entier.
- Si l’ouvrage « Les Grandes Usines » ne contient pas 'encore la description de cette célèbre manufacture, qui continue, sous la direction si artistique de Mme Erard et de ses collaborateurs, les traditions de son fondateur Sébastien Erard et de Pierre Erard, c’est que nous voulions recueillir des documents suffisamment précis pour affirmer à nos lecteurs le rôle capital joué par Sébastien Erard et par son neveu Pierre Erard dans cet art si difficile du facteur de pianos.
- La fabrication des premiers pianos dignes d’interpréter la musique des grands maîtres est due à Sébastien Erard ; depuis cette création jusqu’à nos jours, le nom d’Erard est attaché à tous les progrès réalisés dans cette industrie ; c’est là peut-être un exemple unique, et dans aucune autre branche de l’industrie on ne peut trouver une fabrication commencée, améliorée et amenée à un état de perfection presque complet et cela dans un même établissement.
- Nous avons aujourd’hui terminé nos recherches et réuni
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- les documents nécessaires à cette étude, dans laquelle nous serons heureux de rendre un hommage sincère au nom d’Erard, si estimé dans le monde artistique.
- La production française des pianos représente un chiffre énorme ; ces instruments ont dû surtout leur succès aux Erard qui, par leurs brevets aujourd’hui tombés dans le domaine public, ont fixé la fabrication du piano moderne, telle qu’elle existe en France.
- Dans cette étude nous commencerons par faire connaître à grands traits la vie et les travaux de Sébastien et de Pierre Erard, en indiquant tous les progrès réalisés, non seulement dans la facture du piano, mais encore dans celle des harpes et des orgues, par un homme de génie, qui a eu l’heureuse fortune de trouver dans sa famille un successeur capable de continuer et de perfectionner les travaux commencés par lui. Puis, examinant à part chaque instrument, nous ferons connaître dans quel état se trouvaient le piano, la harpe et l’orgue avant S. Erard et à quel degré de perfectionnement ces instruments ont été amenés à la suite de ses travaux et de ceux de P. Erard et de ses successeurs. Arrivés à ce point, nous espérons avoir rendu la lecture de cette étude assez intéressante pour obtenir encore l’attention du lecteur que nous conduirons dans la manufacture de la rue de Flandre, où il assistera aux opérations si curieuses de la construction des pianos. Par la description de l’usine, il se rendra compte des efforts réalisés, de la puissance industrielle de la maison Erard et des causes qui ont amené le succès si légitime des instruments construits dans cette célèbre manufacture dont les produits affirment dans le monde entier l’excellence et le bon goût de l’industrie française. .
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- CHAPITRE I.
- Origine de la maison Erard, ses inventions et ses
- travaux.
- La maison Erard a eu pour fondateur Sébastien Erard qui est justement considéré comme le plus grand mécanicien qui ait existé dans son genre d’industrie. Comme inventeur il surpasse, non seulement tous ses devanciers, mais aussi tous ceux qui, après lui, ont obtenu quelque ' renom en marchant dans le sillon qu’il avait tracé.
- A la fin du siècle dernier les pianos allemands étaient considérés comme les plus parfaits et les noms des-meilleurs fabricants de France, d’Angleterre et d’Italie s’effacaient devant ceux des Spaelt, des Stein et des Streicher.
- Ces pianos, tout en constituant un progrès réel sur le ~ clavecin, étaient cependant paresseux de mécanisme,, lourds de toucher et si peu propres à l’interprétation des œuvres des maîtres qu’on désespéra longtemps d’en faire autre chose que des instruments d’accompagnement.
- Il fallait l’intervention d’un homme de génie pour donner au piano-forte la solidité, le toucher facile et obéissant, la pureté et la puissance de son que réclamaient les virtuoses et pour en faire l’instrument de concert le plus complet que nous possédions aujourd’hui.
- Cet homme de génie fit soudain son apparition à Paris dans la personne du jeune Sébastien Erard.
- Sébastien Erard naquit à Strasbourg, le 5 avril 1752 ; son père, qui était ébéniste, frappé de la passion qu’il avait pour les outils et de sa précoce habileté dans le travail des bois, eut la sagesse de lui faire donner une excellente éducation professionnelle qui développa rapidement ses dons naturels.
- Envoyé fort jeune dans les écoles de Strasbourg, S. Erard
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- y étudia l’architecture, la perspective, le dessin linéaire et la géométrie pratique, connaissances qui lui furent si utiles. Ses heureuses dispositions et son aptitude au travail lui avaient assuré une supériorité marquée sur ses condisciples* De plus, travaillant dans les ateliers de son père, il avait, dit Fétis, acquis de bonne heure ce qu’on nomme la main, c’est 4-dire l’habileté dans le maniement des outils, genre de mérite qui lui permit plus tard de diriger et de former d’habiles ouvriers. Telle était l’aptitude du jeune Sébastien Erard, qu’un professeur de l’École du génie de Strasbourg, qui l’employait à la construction de modèles destinés à des démonstrations, lui disait souvent, admirant la perfection de son travail et ses idées ingénieuses :« jeune homme, vous devriez entrer dans le Génie, votre place y est marquée. »
- Ce fut en 1768, à la mort de son père, que Séb. Erard, alors âgé de 16 ans, vint à Paris chercher fortune.
- Il entra d’abord comme simple ouvrier dans une fabrique de clavecins où son besoin de tout connaître et de tout comprendre porta ombrage à son patron qui renonça bientôt à l’employer.
- Son second maître sut mieux apprécier ses qualités r Chargé de la construction d’un instrument hors ligne, sous le rapport du toucher et de la sonorité, et, ne se sentant pas à la hauteur d’une tâche qui sortait de sa routine habituelle, il s’adressa, dans son embarras, à son jeune apprenti qui se fit fort d’exécuter l’instrument, mais qui dut s’engager envers son patron à n’en pas réclamer la paternité. Erard construisit un superbe instrument que tout Paris admira. Le facteur, qui n’avait pas une très grande réputation d’habileté, se trouvant pressé de questions fut obligé de faire connaître à son client l’auteur de cette œuvre magistrale ; l’aventure se répandit dans le monde musical et attira l’attention sur le jeune artisan.
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- .Un clavecin mécanique, chef-d’œuvre d’invention et de facture, qu’il exécuta peu dë temps après pour le cabinet de curiosités du duc de la Blancherie et dont le Journal de Paris fît une description détaillée, causa la plus vive sensation parmi les artistes et les amateurs de Paris, et acheva de mettre le jeune facteur en évidence.
- C’est ainsi qu’à seize ans Erard commença sa réputation ; il avait à peine vingt ans et déjà cette réputation était fondée.
- Présenté à la Duchesse de Yilleroy, qui aimait passionnément les arts et qui devint sa protectrice, il reçut d’elle une généreuse hospitalité, et, sur; les instances de cette dame, il installa un atelier dans l’hotel de Yilleroy, en mettant pour condition qu’il y conserverait son entière liberté. .
- Ce fut là qu’il construisit son premier piano. La vogue de cet instrument fut prodigieuse. Bientôt les pianos / d’Prard, considérés comme des merveilles dé l’art, furent recherchés dans l’Europe entière. La France qui, jusqu’à cette époque, avait tiré de l’étranger presque tous les instruments qui se trouvaient dans les salons de Paris, rendit à son tour l’Allemagne sa tributaire, et déjà en 1799 un seul négociant de Hambourg avait réuni plus de deux cents de ces nouveaux instruments.
- La renommée des pianos d’Erard devint telle que beaucoup de personnes disaient un Erard en parlant d’un piano-forte, prenant le nom de l’inventeur pour le nom générique de l’instrument.
- En 1780 Séb. Erard fit venir à Paris son frère Jean-Baptiste qü’il initia à ses travaux et auquel il confia la direction de son atelier, afin de pouvoir se livrer tout entier à ses recherches et à ses essais.
- Peu après, se trouvant à l’étroit dans l’hôtel de Yilleroy, les deux frères fondèrent, dans la rue Bourbon, l’établis-
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- Sebastien Erard
- Inventeur du double échappement pour le piano du double mouvement pour la harpe, du ieu d expression au toucher pour 1 orgue.
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- encore leur nom et depuis n’a fait que grandir.
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- La réputation des Erard et la prospérité qui en fut la
- d’eux
- conséquence ne pouvaient manquer d’exciter la jalousie. Leurs ennemis poussèrent leurs machinations
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- jusqu’à faire opérer urie saisie dans leurs ateliers, sous
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- prétexte qu’ils ne s’étaient pas rangés sous les
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- communauté des évantaillistes à laquelle se
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- l’industrie des luthiers. Aussi les deux frères et leur im-
- portante entreprise auraient-ils probablement sombré dans la tempête, soulevée par d’implacables rivaux, si le roi
- Louis XVI, rendant hommage au mérite de Séb. Erard
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- dont la réputation était venue jusqu’à lui, et voulant le protéger contre les persécutions de l’envie, ne lui avait accordé un brevet qui affranchissait son établissement des entraves qu’on voulait lui imposer. Ce brevet, dont
- l’original a été conservé dans les archives de la maison
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- Erard, mérite d’être cité in extenso.
- «Aujourd’hui cinq février mil sept cent quatre vingt cinq, le roi étant à Versailles, informé'que le sieur Sébastien Erard est parvenu par une méthode nouvelle, de son invention, à perfectionner la construction de l’instrument nommé forte-piano, qu’il a même obtenu la préférence sur ceux fabriqués en Angleterre, dont il se fait un commerce dans la ville de Paris et voulant Sa Mqjesté, fixer les talents du sieur Erard dans ladite ville et. lui donner des témoignages de la protection dont elle honore ceux qui, comme lui, ont, par un travail assidu, contribué aux arts utiles et agréables, lui a permis de fabriquer, faire fabriquer, et vendre dans la ville et faubourgs de Paris, et partout où bon lui semblera des forte-pianos et d’y employer, soit par lui, soit par ses ouvriers, le bois, le fér et toutes autres matières nécessaires à la perfection ou à l’ornement dudit instrument, sans que pour raison de ce il puisse être troublé ni inquiété par les gardes syndics et adjoints des corps et communautés d’arts et métiers pour quelque cause et sous quelque prétexte que ce soit, sous les conditions néanmoins par ledit sieur Erard, de se conformer aux réglements et ordonnances concernant la discipline des compagnons et ouvriers et de n'admettre dans ses ateliers que ceux qui auront satisfait aux. dits règlements, et, pour assurance de sa volonté, Sa Majesté m’a commandé d’expédier au dit sieur Erard le présent brevet qu'elle a voulu signer de sa main et être contresigné par moi secrétaire d’Etat et de ses commandements et finances.
- Signé : Louis.
- Contresigné : Le Baron de Breteüil.
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- Lie fut vers 1786, peu de temps après que Sébastien Erard eut obtenu du souverain la faveur signalée dont nous venons de parler, que la harpe qui commençait à se répandre en France attira particulièrement son attention.
- Le mécanisme en était si défectueux qu’il faisait le désespoir des exécutants. De nombreux essais avaient été tentés, mais aucune de ces tentatives n’avait donné le résultat cherché et l’instrument laissait toujours beaucoup à désirer.
- Le plus célèbre des harpistes d’alors, Krumpholtz, vint prier Erard d’y appliquer son intelligence.
- Celui-ci se mit à l’œuvre et produisit au bout de quelques mois un instrument^ construit sur un principe tout à fait nouveau, dont les qualités étonnèrent les artistes auxquels il fut soumis.
- Krumpholtz, dans l’intervalle de sa visite chez Erard, s’était associé à Nadermann, facteur de harpes dites à crochets, les meilleures qui fussent alors en usage ; surpris de l’importance du résultat et voyant en perspective la ruine de son associé, si la nouvelle invention venait à être adoptée, il tenta de décourager l’inventeur et l’engagea à se désister, malgré les dépenses considérables auxquelles il l’avait entraîné.
- Sébastien Erard hésita devant l’opposition d’un adversaire si influent et renonça pour le moment à propager son invention.
- Il ne s’agissait cependant alors que de la harpe dite à fourchettes et à simple mouvement, dont les propriétés musicales, comme nous le dirons dans le chapitre III de cette étude, malgré l’immense perfectionnement de son mécanisme, étaient fort bornées.
- Ce ne fut que plus tard, en 1811, après de longues années d’études et d’efforts persévérants, qu’il mit le sceau à sa réputation en produisant une harpe à double mouvement
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- dont nous ferons connaître plus loin le mécanisme, et qui dépassa par sa perfection et par son ingénieuse disposition tout ce que les harpistes avaient pu rêver.
- On ne peut se faire une idée du travail que cet instrument coûta à son auteur. Pendant les trois mois qui précédèrent son apparition, Erard, dit Fétis, donna à peine quelques heures au sommeil. Ce fut au mois d’août 1815 qu’il présenta son œuvre aux Académies réunies des Sciences et des Beaux-Arts, et la commission, dans un rapport signé des plus grands savants, fit le plus pompeux éloge de cette œuvre considérable.
- Les troubles de la Révolution française avaient porté un grand préjudice à l’industrie. Sébastien Erard, qui avait déjà visité l’Angleterre pour y ouvrir un débouché à ses produits, s’était vu forcé de quitter Paris où il ne pouvait plus se livrer en sécurité à ses travaux. S’étant rendu à Londres il y fonda une maison qui ne tarda pas à devenir florissante. C’est là qu’il fit connaître d’abord ses principales inventions, qu’il imagina ses outils et ses ingénieuses machines, qu’il forma son personnel d’ouvriers et qu’il donna à la distribution du travail dans sa manufacture, l’organisation qui fonctionne partout aujourd’hui et sur laquelle nous reviendrons dans le chapitre Y de cette étude en décrivant la manufacture.
- Rentré à Paris en 1815 Sébastien Erard soumit, comme nous venons de le dire, sa nouvelle harpe à l’Académie des Beaux-Arts et mit au jour les perfectionnements qu’il avait apportés au piano.
- Depuis cette époque il n’eut plus de rivaux dans les expositions ; trois fois il obtint la médaille d’or et bientôt il fut nommé chevalier de la Légion d'honneur. Ce fut surtout de 1820 à 1830 qu’il révolutionna la fabrication des pianos.
- Le grand triomphe de Sébastien Erard fut l’invention
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- du double échappement ou mécanisme à répétition, œuvre de génie et de persévérance, exposée en 1823.
- Cette admirable invention qui permit désormais aux virtuoses de donner à leur exécution les nuances les plus délicates, mit le comble à la réputation de son auteur.
- Rien ne semblait échapper aux investigations du laborieux inventeur. On se fera une idée dé son activité d’esprit , quand on saura que, en Angleterre seulement, et pour le piano seul, il prit plus de vingt brevets d’invention. - "
- Quand on examine tous les modèles et tous les dessins qu’il a laissés, et toutes les inventions sorties de son cerveau, on est étonné de voir qu’il avait à lui seul-imaginé ou exécuté la plupart des innovations que des facteurs intelligents ont cru, de bonne foi, avoir trouvées de nos jours, telles que le piano organisé avec double clavier, piano et orgue, le clavecin transpositeur imaginé pour la reine Marie-Antoinette dont la voix avait peu d’étendue, la contrebasse à clavier de pédales en forme de tremplin, inventée à la prière de Krumpholtz pour amplifier l’effet des cordes basses de la harpe, un système d’agrafes pour donner plus de pureté au son des cordes du piano, des chevilles spéciales pour la tenue de l’accord, des machines et outils de tout genre pour exécuter ses instruments ou pour débiter le bois, etc., etc. Il avait abordé tous les problèmes et les avait tous résolus, appliquant ce qu’il jugeait pratique et d’une utilité réelle, rejetant ce qui lui paraissait futile ou de peu d’effet.
- Un instrument aussi complet que l’orgue ne pouvait manquer d’attirer l’attention de Sébastien Erard.
- Après avoir pour ainsi dire créé la harpe et porté le piano au degré de perfection où nous le voyons aujourd’hui, il voulut aussi s’occuper de l’orgue. Comme il laissait sur tout ce qui appelait son attention des traces fécondes de
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- son génie créateur, cet instrument lui fut redevable de perfectionnements qui ont beaucoup ajouté à sa puissance et à la grandeur de ses effets. Il lui doit notamment l’expression par le toucher, qui rend aujourd’hui de si grands services. Nous reviendrons sur cette belle découverte dans notre chapitre relatif à l’orgue et nous en ferons comprendre toute l’importance en nous appuyant sur le rapport si élogieux présenté le 28 novembre 1829 à l’Académie royale des Beaux-Arts au nom de la section de musique.
- Sébastien Erard n’avait pu concevoir et exécuter ces grands travaux sans que sa santé en éprouvât de graves atteintes. Ce fut peu de temps après le succès triomphal du mécanisme à double échappement que le mal qui le minait vint paralyser ses nouveaux efforts. En 1824, après avoir subi une opération douloureuse, il s’était remis au travail et avait pu encore inventer une scie mécanique à débiter les bois de placage qui fit l’étonnement des ouvriers parisiens.
- C’est en travaillant à l’orgue qu’il avait été chargé d’exécuter pour la chapelle des Tuileries, qu’il fut, malgré sa robuste constitution, terrassé par la maladie. Transporté à son château de la Muette, il dépérit rapidement et succomba après douze mois de souffrance, le 5 avril 1831, laissant à son neveu Pierre Erard, depuis longtemps son collaborateur, le poids de ses obligations, à cette époque orageuse, et la mission de maintenir la haute réputation des maisons qu’il avait fondées à Londres et à Paris.
- Sous l’habile direction de leur nouveau chef, ces deux établissements prirent un nouvel essor et à l’Exposition de 1834, comme à celles de 1839,1844 et 1849 les instruments d’Erard furent constamment classés au premier rang.
- En 1834, Pierre Erard avait été nommé chevalier de la Légion d’honneur.
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- A l’Exposition universelle de Londres, en 1851, les pianos d’Erard, en rivalité avec les produits des plus grands facteurs du monde entier, obtinrent la seule grande médaille qui fut décernée à ce genre d’industrie. Cet éclatant succès valut à Pierre Erard la croix d’officier de la Légion d’honneur.
- Formé à l’école de son oncle, il perfectionna la mécanique à double échappement à laquelle Sébastien Erard n’avait pu mettre la dernière main, il en fixa définitivement les proportions et modifia toutes les parties de l’instrument afin de les mettre en rapport avec le nouveau mode d’action.
- Parmi les inventions dent il est l’auteur, il convient de citer la barre harmonique (brevetée en 1838) ; cette barre harmonique, qui donne aux notes élevées plus de pureté et d’intensité de son, a été adoptée depuispar presque tous les facteurs. Il fit également, en 1851, l’application d’un châssis ou cadre en fer, fondu d’une seule pièce, destiné à donner plus de solidité aux deux points d’attache de la corde et par suite a augmenter la sonorité de l’instrument ; mais l’expérience ayant démontré que ce mode de construction avait, comme nous le prouverons, l’inconvénient de rendre le son plus sec et moins harmonieux, il ne donna pas d’autre suite à son invention. Ce système a néanmoins été repris de nos jours, et à tort, croyons-nous, par presque tous les facteurs de la France et surtout de l’étranger, qui cherchent pour leurs instruments la force plutôt que la qualité et la distinction du son, et qui tous ont fait grand bruit autour de ce genre de construction, dont le principal avantage est d’être économique.
- Pierre Erard est en outre l’inventeur d’un piano avec clavier de pédales de deux octaves et demie, pour doubler à volonté l’accompagnement des basses. Cet instrument est resté dans son genre un modèle de perfection. Men-
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- tionnons aussi le brevet pris en 1850 pour un sommier de bronze parallèle aux chevilles, formant avec le sommier d’accroche un solide châssis, qui augmente la puissance de l’instrument sans avoir les inconvénients du châssis fondu d’une seule pièce dont nous avons parlé plus haut.
- En dehors de ces inventions, il apporta à la harpe de notables perfectionnements qui eurent pour effet de rendre l’instrument plus solide, plus sonore et plus facile à jouer.
- Pierre Erard mourut le 16 août 1855, après une longue maladie, dans son château de la Muette, laissant ses établissements de Paris et de Londres au plus haut point de prospérité. Pierre Erard, reportant à son oncle tout le mérite des succès que l’esprit inventeur de Sébastien Erard avait préparés, ne se réservait que la part trop modeste d’avoir su faire apprécier les découvertes de ce génie si fécond. Il légua à sa veuve le soin de continuer son oeuvre.
- Le développement croissant que la maison Erard a pris depuis cette époque, et sa supériorité constante sur toutes les maisons concurrentes, françaises et étrangères à chaque nouvelle exposition, ont prouvé qu’il ne pouvait mieux placer sa confiance.
- Aidée par M. Schaeffer, son beau-frère, et depuis la mort de ce dernier, par M. Blondel, Mme Erard a su porter à son comble la réputation de ce nom d’Erard, qui symbolise aujourd’hui plus de cent ans de travail persévérant, d’honneur et de succès non interrompus.
- Des perfectionnements ont été depuis apportés à la facture du piano dans la maison Erard : signalons en particulier celui datant de 1880, consistant en une disposition nouvelle de la pédale douce dans les pianos droits, pédale dont nous ferons plus loin connaître le fonctionnement et ressortir les avantages. Si l’on songe à ce que sont aujourd’hui les instruments de la maison Erard, on se
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- demande de quelle nouvelle amélioration ils pourraient encore être susceptibles. Leur perfectionnement est cependant le but vers lequel ne cessent de tendre ses efforts.
- CHAPITRE II
- Les ancêtres du piano
- On a beaucoup écrit sur les instruments de musique connus des anciens. Les recherches de nos savants investigateurs du passé nous ont initiés au secret de 1’origîne de nos instruments modernes.
- L’antique monocorde, le psalterion et le tympanon en se combinant, ont donné naissance au clavicithérium, puis à la virginale, à Yèpmette et au clavecin; ces deux derniers instruments ont conduit au piano-forte.
- Ces diters instruments à cordes doivent être rangés en deux groupes distincts : l’un à cordes pincées, l’autre à cordes frappées. C’est dans cette dernière catégorie que le piano doit trouver place; mais le premier facteur, qui imagina de faire frapper la corde par un marteau, ne fît qu’une application ingénieuse du frappé, obtenu autrefois au moyen de plectres et de baguettes. Si les pianos étaient restés dans leur état primitif ils n’auraient jamais détrôné le clavecin.
- Epinette. Afin de faire comprendre les modifications successives apportées dans l’attaque des cordes, voyons quel était le système adopté pour l’épinette.
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- Le mécanisme consistait en petits morceaux de bois minces et plats nommés sautereaux, dont la partie supérieure portait une languette à ressort, armée d’un bec de plume de corbeau. Le bec de plume en montant pinçait la corde et faisait en retombant reculer la languette que son ressort remettait en place en ramenant le bec de plume sous la corde. Au moyen d’un petit morceau de drap, dont on garnissait le bord de chaque sautereau, la vibration des cordes se trouvait étouffée.
- L’épinette, d’une forme pentagonale et irrégulière, mais élégante, offrait l’aspect d’une harpe couchée horizontalement sur une table d’harmonie.
- Clavecin. Les améliorations introduites dans l’épinette conduisirent au clavecin, sorte d’épinette agrandie, qui, dès l’origine, présentait pour chacune de ses 45 notes, deux cordes à l’unisson ; sa longueur était approximativement celle des pianos à queue, dont la forme extérieure est imitée de celle du clavecin.
- Hans Ruckers, le célèbre luthier d’Anvers, apporta de très grands perfectionnements au clavecin primitif, en lui substituant un instrument à double clavier et en ajoutant, pour obtenir une sonorité plus éclatante et plus forte, aux deux cordes à l’unisson un troisième rang de cordes plus fines et plus courtes, accordées à un octave au-dessus ; on pouvait sur l’un des claviers faire entendre trois cordes, et une seule sur l’autre, ce qui permettait de faire varier les effets de sonorité. Ruckers employa aussi des cordes en cuivre pour les notes graves et des cordes en acier pour les notes aiguës.
- Les inconvénients du clavecin avaient vivement frappé les facteurs d’instruments à cordes, aussi bien en France qu’à l’étranger. En 1711 parut à Florence un clavecin dû à Bartolomeo Cristofori, facteur particulier de Ferdinand de Médicis, et dans lequel les sautereaux étaient rem-
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- placés par des marteaux ; grâce à cette mécanique, on pouvait jouer piano ou forte (un modèle de cette mécanique de Cristofori existe au musée du Conservatoire). De son côté, en 1716, Marius, facteur parisien, présentait a l’Académie royale des sciences un mémoire sur des instruments horizontaux dits clavecins à maillets (un modèle de la mécanique de Marius figure également au musée du Conservatoire).
- En Allemagne, vers la même époque, Gottlieb Schroëter, en 1717 à Dresde, tentait également des essais, sans avoir eu connaissance, paraît-il, des recherches de Cristofori et de Marius, et construisait un clavecin dont la mécanique permettait de jouer piano ou forte, à la volonté'de l’exécutant. La mécanique de Schroëter, perfectionnée par Go-defroid Silbermann (1683-1753), facteur d’orgues à Frey-berg, en Saxe, commença à être appréciée seulement vers la fin de la vie de Silbermann.
- Cependant la création du clavecin, jouant piano et forte, ne s’imposa pas, et les facteurs de clavecin continuaient à chercher des moyens de velouter et de varier le son de cet instrument ; on remplaça les becs de plume de corbeau par de petites bandes de drap, les cordes de boyau, par des cordes métalliques, puis pour varier les nuances on augmenta les rangs de sautereaux; on imagina des pédales ou des boutons pressés par le genou, destinés à mettre les sautereaux en communication avec des ressorts qui les écartaient des cordes ou les en rapprochaient, de manière à obtenir des sonorités différentes.
- Clavecin mécanique de Sébastien Erard. Ce fut alors que Sébastien Erard construisit pour le cabinet de M. de la Blancherie, le clavecin mécanique dont nous avons parlé et dont l’abbé Roussier publia une description détaillée, qui fut insérée dans le Journal de Paris.
- Le mécanisme de cet instrument est représenté figure 1.
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- Sur chaque note se trouvaient placés quatre sautereaux différents, trois de plume et un de buffle. Une pédale faisait jouer un chevalet mobile, s’interposant sur les cordes à la moitié de leur longueur, les faisant monter tout à coup d’une octave, invention qu’un facteur de Paris, nommé Schmidt, renouvelait dans le piano à l’Exposition des produits de l’industrie en 1806, c’est-à-dire trente ans après qu’Erard l’eut trouvée. En appuyant par degrés le
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- Fig. I. — Mécanisme du Clavecin
- pied sur une pédale attachée au pied gauche du clavecin, on retirait le registre de l’octave aiguë, celui du petit clavier, celui du grand clavier, et l’on faisait avancer le registre de buffle. En diminuant la pression du pied sur la pédale, on avançait le registre de l’octave aiguë, celui du petit clavier, celui du grand clavier, et l’on retirait le jeu de buffle. Enfin lorsqu’on voulait faire parler à la fois tous les jeux, on se servait d’une pédale attachée au pied droit du clavecin, sans être'obligé d’attirer le petit clavier au-dessus du grand, et conséquemment sans interrompre Inexécution, comme avec les autres cfavecins. Par l’emploi des registres séparés ou réunis, Sébastien Erard modifiait la qualité et la force du son, ce qui corrigeait la monotonie du clavecin ordinaire. Par ces nouvelles disposé
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- tions, il venait d’un seul couple porter le clavecin au plus haut degré de perfectionnement qu’il eût atteint. Mais il comprit bien vite que les complications du mécanisme du clavecin diminuaient la solidité de cet instrument, qui^ sans qu’il fût porté remède aux défauts inhérents à ce système, demandait des réparations trop fréquentes. Le monde musical réclamait un autre instrument, que le génie de Sébastien Erard allait créer; ce nouvel instrument était le piano-forte, entrevu par Gristofori, Marius, Schroëter et Silbermann.
- Avant de faire comprendre au lecteur tous les progrès successifs réalisés par Sébastien Erard dans la facture du piano, nous allons brièvement indiquer les organes essentiels et le fonctionnement de cet instrument.
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- Les organes essentiels du piano et leur fonctionnement.
- Le piano est un instrument 4 cordes frappées, donnant des sons limités.
- On sait qu’une corde tendue vibre dès qu’elle est écartée de sa position normale et que ses vibrations s’arrêtent par suite de la résistance de l’air, dés frottements des appuis, etc. Toutes choses égales d’aïîleurs, les nombres des vibrations sont inversement proportionnels aux longueurs des cordes, c’est-à-dire que si l’on a deux cordes telles que la longueur de l’une soit double de celle de l’autre, la plus courte exécutera, dans le même temps, deux fois plus de vibrations que la plus longue ; il est bien entendu qu’il s’agit de cordes de même diamètre et d’égale tension. Dans le piano tel qu’il est construit de nos jours, le diamètre des cordes n’est pas constant.
- La hauteur d’une note est déterminée par la rapidité de ses vibrations ; plus celles-ci sont rapides, plùs le son est aigu; quant à l’intensité du son, elle dépend de l’amplitude des vibrations. Sans essayer de faire ici un cours d’acoustique, nous rappellerons que si une corde rend un son déterminé, do par exemple, la corde réduite de moitié, Comme longueur, rendra un son qui sera un autre g£o dit à l’octave du premier; en réduisant dans d’autres proportions, on obtient d’autres sons, et si les longueurs correspondent à
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- 9 5 4 3 5 15 2 on obtient les notes :
- do, ré, mi, fa, sol, la, si, do.
- Ces notes constituent la gamme ; elles sont produites sur le piano au moyen des touches blanches.
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- Les intervalles, qui séparent les différentes notes, sont de deux sortes : cinq grands, appelés dés tons, et deux petits, appelés demi-tons ; les demi-tons se trouvent l’un entre la troisième et la quatrième note, l’autre entre la septième et la huitième.
- Si le piano n’était pourvu que de touches blanches on pourrait exécuter un chant simple, en commençant par la note convenable ; mais on ne pourrait reproduire en commençant par une autre note ce même chant avec son caractère, et cela à cause du changement de répartition des tons et des demi-tons. Il a donc fallu, pour transposer, c’est-à-dire pour exécuter un chant dans un autre Ion que le ton naturel, intercaler entre les touches "blanches séparées par un ton, d’autres touches appelées dièses; ce sont les touches noires du clavier du piano. L’en- -semble de ces touches blanches et noires permet d’exécuter la gamme chromatique dont toutes les notes successives sont à un demi-ton les unes des autres.
- Les cordes du piano sont plus ou moins nombreuses, suivant le nombre d’octaves que renferme l’instrument.
- Les organes fondamentaux du piano sont le corps sonore établi de manière à pouvoir produire les sons, et le mécanisme qui doit mettre l’instrument en vibration.
- Le corps sonore est composé d’un système de cordes métalliques tendues devant une table de résonnance dite table d’harmonie; sur un chevalet, fixé contre cette table d’harmonie, viennent s’appuyer les cordes. La table d’harmonie s’appuie elle-même contre une charpente appelée barrage, autrefois exclusivement en bois, actuellement composée de bois et de métal dans la plupart des instruments : le barrage doit être très solide, de manière à résister à la traction totale des cordes. Voyons comment se produisent les ondes sonores.
- Lorsque le marteau vient frapper la corde, celle-ci entre
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- en vibration, et le chevalet, sur lequel la corde* s’appuie, se trouve entraîné dans ces mouvements d’oscillation. La table d’harmonie, sur laquelle le chevalet se trouve collé, participe aux mêmes ébranlements et déplace, toute la masse d’air qui adhère à la surface de la table d’harmonie ; telle est l’origine des ondes sonores qui affectent notre oreille.
- Afin d’obtenir un barrage léger, quoique solide, on le compose d’un cadre dont les traverses, supérieure et inférieure dans le piano droit, antérieureet postérieure dans le piano à queue, sont réunies par des entre-toises qui en maintiennent l’écartement et qui constituent les barres. Ce barrage doit être léger, car l’instrument vibrera d’autant mieux qu’il sera moins lourd, et toutes ses parties prendront part aux vibrations; d’un autre côté, pour résister à la tension énorme des cordes, il faut avoir un barrage solide. On a essayé de substituer le fer au bois ; cette sub-stitution, imaginée par Erard, n’a pas donné tous les résultats entrevus, et, dans la manufacture Erard, on emploie aujourd’hui des barrages composés de pièces métalliques et de pièces en bois dans lesquelles sont noyées les pièces métalliques; ce barrage mixte est incontestablement le meilleur.
- Sur la traverse antérieure du barrage dans les pianos à queue, ou la traverse supérieure dans les pianos droits, est fixé le chevillier, portant les chevilles qui sont enfoncées dans ce bois et sur lesquelles s’enroulent les cordes, dont l’autre bout est accroché à une pointe dite dJ accroche, faisant partie du sommier des pointes fixé sur la traverse inférieure du barrage dans les pianos droits, ou sur celle postérieure dans les pianos à queue. La corde s’appuie sur le chevalet, entre deux pointes métalliques contre lesquelles elle dévie successivement, et passe par le sillet qui la coude près des chevilles. La partie vibrante de la
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- corde est comprise entre le chevalet et le sillet. Nous avons fait comprendre comment on pouvait calculer pour chaque corde la longueur nécessaire pour donner la noté désirée. Disons seulement que si, d’un bout à l’autre de l’instrument, les cordes avaient le même diamètre, les longueurs de ces cordes seraient celles de la courbe dite des logarithmes acoustiques; c’est la forme de cette courbe qui se trouve reproduite dans le piano à queue, présentant à peu près, du reste, le même aspect que le clavecin. Dans le piano A queue, les cordes sont horizontales et se présentent dans le sens de 1a. longueur de la touche. Dans le piano carré, qui a été autrefois si fort à la mode, et dont la forme était celle d’un grand bureau à écrire, les cordes étaient horizontales, mais se présentaient dans un sens oblique à celui de la longueur des touches. Dans le piano vertical ou droit, de création plus récehte et aujourd’hui très en vogue, les cordes, disposées dans un plan vertical, sont perpendiculaires ou obliques au plan des touches.
- Les premiers pianos k queue ou carrés avaient leurs cordes placées horizontalement; comme dans leur devancier, le clavecin, chaque note était donnée par une corde unique; bientôt on mit deux cordes, afin d’obtenir plus de son ; plus tard, on se servit de trois et on alla même jusqu’à quatre; mais l’expérience démontra que le meilleur résultat était obtenu avec trois cordes.
- Le mécanisme destiné à mettre la touche en relation avec la corde doit présenter un système différent de transmission de mouvement, suivant que le piano est à queue, carré ou vertical. La mécanique met en mouvement un marteau qui frappe la corde. Tout système de mécanique doit remplir plusieurs conditions indispensables, entre autres le fonctionnement sans bruit. Le marteau doit frapper la corde aussitôt que le doigt a enfoncé la touche, se retirer de lui-même quand il a été mis en contact avec la
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- corde, rester suspendu tout le temps que le doigt demeure sur la touche; il faut de plus qu’un organe, destiné à étouffer le son, quitte la corde par le fait seul de la percussion et reprenne sa place contre la corde, lorsque le doigt quitte la touche.
- Pour arriver à obtenir une mécanique convenable, que d’efforts il a fallu? C’est grâce aux inventions de Sébastien Erard et aux perfectionnements apportés dans le mécanisme des pianos par ses successeurs, que nous possédons aujourd’hui une mécanique satisfaisant à toutes les conditions énoncées.
- Le piano présente aussi un organe précieux, la pédale, qui a pour but de modifier l’intensité du son. Les pédales constituent un double levier mû par le pied : l’une d’elles, dite pédale douce, soit en interposant un morceau de drap ou de feutre entre la corde et le marteau, soit en diminuant la force du coup de marteau ou en ne faisant plus frapper le marteau que sur deux cordes au lieu de trois, permet d’affaiblir le son ; l’autre, celle du forte, produit un effet inverse, en laissant vibrer à la fois toutes les cordes.débarrassées de leurs étouffoirs.
- Perfectionnements apportés dans le piano.
- Nous allons indiquer maintenant les modifications successivement apportées dans le piano primitif par Séb. Erard et par ses successeurs, et nous verrons ensuite ce qu’est maintenant cet instrument tel qu’il sort de la manufacture Erard.
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- Ce fut la mécanique de Schroëter perfectionnée par Silbermann qu’adoptèrent d’abord les facteurs allemands, pour leurs pianos à queue ayant la forme du clavecin* En 1758, Fréderici paraît avoir construit le premier piano carré. La facture du piano se développa ensuite avec Stein d’Augsbourg. Hildebrand de Berlin fit plus tard des pianos carrés avec marteaux frappant les cordes en dessus, d’après un système emprunté à celui de Marius, mais perfectionné par le facteur Streicher de Yienne. Vers 1776 Backers en Angleterre, imaginait le système de mécanique anglaise, perfectionnée plus tard par Mason et Broadwood qui fixèrent définitivement ce type, aujourd’hui délaissé et détrôné par la mécanique d’Erard.
- Au moment où Backers construisait sa mécanique,c’est -à-dire vers 1777, Sébastien Erard, à peine âgé de 25 ans, construisit son premier piano en employant une mécanique dans laquelle une pièce ditpilote, servait de communication entre la touche et le marteau; le pilote était déjà employé par d’autres facteurs à l’étranger, mais les améliorations apportées par S. Erard firent accueillir avec enthousiasme cet instrument joué dans les salons de Mme de Yilleroy. Les artistes français renoncèrent à demander aux facteurs étrangers les pianos, bien rares dans les salons à cette époque, et s’adressèrent à Sébastien Erard, qui venait, avec son frère Jean-Baptiste Erard, de créer un premier établissement rue de Bourbon, dans le faubourg Saint-Germain.
- La figure II représente le mécanisme à pilote simple des pianos tels qu’Erard les fabriquait à Paris vers 1780.
- Le pilote P placé sur la touche T mobile autour de son centre G servait d’intermédiaire entre la touche et le mar* teau M ; une pièce A placée verticalement à Pextrémité de la touche, traverse le sommier S auquel sont attachées les cordes (la figure représente une seule de ces cordes)
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- et fait lever l’étouffoir E, lorsqu’on a frappé la corde G et en arrête la vibration, dès qu’on laisse remonter la touche au niveau du clavier. L’étouffoir est maintenu sur la corde par un ressort R en fil de cuivre. Ce ressort avait été substitué par Erard aux ressorts en baleine, que les facteurs anglais employaient à cette époque, et qui manquaient de précision.
- Sur la figure est indiquée la pédale I qui, agissant sur un registre, lève à volonté tous les étouffoirs et permet dans certains cas de laisser vibrer à la fois toutes les cordes
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- Fig. II. —- Mécanisme à pilote simple.
- dont on a fait jouer les marteaux. Cette pédale, appelée grande pédale ou forte, n’a subi aucun changement sensible et c’est celle dont on se sert encore aujourd’hui. Le même effet avait été produit dans les pianos fabriqués en Angleterre, mais au moyen de registres qu’il fallait tirer avec la main. Ce procédé présentait l’inconvénient d’occuper à chaque instant une des mains de l’artiste ce qui pouvait être nuisible à l’exécution.
- L’imagination de S. Érard sans cesse en mouvement le conduisit à cette époque à créer un piano organisé à deux claviers l’un pour le piano, l’autre pour l’orgue. La reine Marie-Antoinette* dont la voix avait une faible étendue, trouvant tous les morceaux écrits trop haut. pour elle, avait commandé à Érard un instrument susceptible de remédier à ce défaut d’étendue de sa voix; Érard, pour satisfaire à ce désir, créa un instrument dans lequel le
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- clavier était rendu mobile au moyen d’une clef qui le faisait monter ou descendre à volonté d’un demi-ton d’un ton et d’un ton et demi. Ce clavier, en dispensant de la transposition à vue, rendait facile l’accompagnement.
- Les frères Érard voyaient leurs pianos se répandre et obtenir le plus grand succès ; en 1785 ils obtenaient du roi Louis XVI le brevet si flatteur dont nous avons parlé dans le premier chapitre de cette étude. L’année suivante Sébastien Érard, frappé de l’importance prise par les pianos anglais, se rendait à Londres pour établir une maison susceptible de rivaliser avec les manufactures anglaises: afin de détrôner dans ce pays la mécanique anglaise, il la remplaça par un nouveau système qu’il appliqua aux pianos construits vers 1790. C’était un perfectionnement du mécanisme précédemment décrit. Dans ces nouveaux pianos le pilote, au lieu d’agir directement sur le marteau, agissait sur la tête d’un faux marteau surmontée d’une pièce dite double pilote qui mettait en mouvement le marteau.
- Les pianos construits jusqu’alors ne présentaient que le nombre de cordes nécessaires pour cinq octaves. Érard, pour satisfaire aux demande des exécutants, qui jugeaient cette étendue insuffisante, donna aux pianos une étendue de cinq octaves et demie, et même d’un plus grand nombre d’octaves.
- Pendant son séjour en Angleterre, S. Érard réalisa dans la facture des pianos à queue et des pianos carrés une série de perfectionnements que nous trouvons consignés dans un premier brevet pris en 1794.
- Rentré en France et fixé définitivement à Paris après le 9 thermidor, il fit fabriquer dans sa maison de Paris, qui pendant son absence avait été dirigée par son frère, les premiers grands pianos à queue en forme de clavecin dans lesquels le système de mécanique était remplacé par un nouveau mécanisme de son invention dit à échappement.
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- Mécanisme à échappement
- Dans ce système, indiqué figure III, le pilote P, qui présente une autre forme que dans le mécanisme à pilote fixe, est mobile sur un pivot C placé dans la touche T ; il attaque le marteau M en D, près de son point de rotation. Lorsqu’on abaisse la touche, le pilote participe à ce mouvement et monte ainsi que lejmarteau auquel il communique l’impulsion nécessaire pour approcher de
- Fig. IIL — Mécanisme à échappement.
- la corde la tête du marteau. Pendant ce déplacement du pilote le plan incliné, ménagé en Gr, glisse contre la pièce A, par suite le pilote est forcé de faire un mouvement rétrograde autour de son centre d’oscillation. Les proportions et les positions des différentes pièces étaient combinées de telle sorte qu’au moment où le marteau frappait sur la corde, la tète du pilote s’éloignait, de manière à laisser le marteau sans appui contre la corde ; il retombait dès lors par son propre poids sur la pièce E disposée à l’extrémité d’une tige reliée à la touche ; cette pièce E prenait par suite le mouvement ascensionnel de la
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- touche et le marteau venait s’y appuyer sans pouvoir rebondir.
- Dans ces nouveaux pianos l’étoufïbir est gouverné par la touche ; quand on appuie sur la touche, son extrémité située à l’intérieur du piano s’élève, l’étoufïbir est soulevé en F et laisse vibrer librement la corde ; dès que le doigt quitte la touche lé marteau a déjà cessé d’être en contact avec la corde, l’étoufïbir descend et fait cesser toute vibration en s’appuyant en dessus de la corde.
- Ce système de mécanisme à échappement- simple présentait sur celui dit à pilote fixe, en usage jusqu’alors, l’avantage d’une grande précision du coup de marteau ; mais la mécanique à pilote fixe possédait à son tour une supériorité dans sa légèreté et sa facilité de répétition, car avec ce système, le marteau se trouvant toujours sur la touche et par conséquent aux ordres de l’exécutant, était toujours prêt à répondre au plus léger mouvement i du doigt, ce qui constituait un avantage incontestable ; mais le coup de marteau avait l’inconvénient de manquer de fixité ; le marteau était de plus exposé à rebondir lorsqu’on frappait la note avec force.
- Quoi qu’il en soit, ce nouveau système permit de mieux rendre les nuances du son des pianos ; les nouveaux instruments d’Érard furent recherchés avec préférence par les grands pianistes de cette époque tels que Steibelt.
- Mais si les artistes les plus difficiles étaient satisfaits, Érard ne l’était pas, et, se rendant compte des défauts de son nouveau système de mécanique, il s’appliqua à y remédier tout en améliorant diverses autres parties du piano et en inaugurant de nouvelles créations.
- Le mécanisme que nous avons décrit subit de notables modifications, parmi lesquelles la plus importante consistait en un levier intermédiaire entre le marteau et la
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- touche. Ce levier permettait d’augmenter à volonté la course du marteau vers la corde sans modifier Renfoncement de la touche dans le clavier.
- Pendant ce temps les facteurs étrangers n’étaient arrivés à aucun résultat suffisant.
- Les facteurs de Vienne employaient un mécanisme fort imparfait dont le principal défaut était le manque de fixité dans le centre de rotation du marteau qui, monté sur la touche, à une certaine distance de son centre, au moyen d’une fourche, devenait vacillant, dès que le centre de la touche s’usait un peu : le coup de marteau ne présentait plus ni précision ni netteté. Ce système ne permettait pas de répéter, à moins que la touche ne remontât au niveau des autres. Les pianos de Vienne offraient l’inconvénient de donner des sons faibles qu’on ne pouvait nuancer et la répétition des notes ne produisait qu’un martelage saccadé et sans moelleux.
- Quant aux facteurs de Londres ils produisaient des pianos de différentes formes carrées et verticales où les marteaux frappaient en dessus ou en dessous des cordes avec un pilote mobile, nommé par eux grass hopper, qui répétait bien mais avait l’inconvénient de laisser rebondir le marteau dans les uns, et d’étouffer la vibration dans les autres. Lorsque, pour faire disparaître ce défaut, ils y appliquaient un arrête-marteau ou check, ces instruments devenaient incertains et d’une répétition difficile. Ils ne remédiaient ainsi à un défaut qu’en en créant un autre. Le difficile problème d’une mécanique donnant la précision et la beauté du son, en même temps que la facilité du toucher et la célérité dans la répétition, n’avait donc pas encore été résolu, mais S. Érard grâce à ses persévérants efforts ne devait pas tarder à trouver cette solution.
- Les nouvelles transformations introduites, en dehors
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- du mécanisme dans les nouveaux pianos construits à cette époque, méritent d’attirer notre attention.
- Pour remplacer la pointe placée verticalement dans le sommier des chevilles, à peu de distance de celles-ci, et servant d'appui bien incertain à la corde, S. Erard inventa un sillet ou agrafe qu’il fit breveter en 1809.
- La corde traverse cette agrafe en faisant-un angle vertical relativement au plan de la partie vibrante de la corde, de manière que celle-ci se trouve supportée au-dessus du coup de marteau. Il en résulte qïie la corde-possède une assiette ferme et solide, surtout dans les notes aiguës, où le marteau la frappe très près de son point d’appui.
- En 1811, il prit un brevet pour un piano à deux daviers en regard, et, en 1812, il imaginait un piano à son continu.
- Les pianos se trouvaient alors montés en cordes très fines; pour obtenir un son plus plein, plus nourri, il fal- _ lait modifier leur diamètre. Cette opération délicate obligeait à modifier également les dispositions de la caisse, afin qu’elle pût supporter une tension beaucoup plus considérable. S. Erard surmonta cette difficulté par l’application d’un barrage en métal, parallèle au plan des cordes, et maintenant l’écartement de la caisse. L’instrument acquit par là plus de puissance et de solidité.
- Mais, par une autre invention, la plus remarquable de toutes, nous voulons parler de la mécanique à double échappement ou mécanisme à répétition, véritable œuvre de génie, S. Erard allait faire du piano à queue un instrument pouvant se prêter à toutes les exigences de l’exécu- _ tant et n’ayant pas les inconvénients que nous avons signalés avec les mécanismes créés jusqu’alors.
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- Mécanisme à double échappement des pianos
- à queue
- Dans le mécanisme des premiers pianos qui ont supplanté le clavecin, le marteau, comme nous l’avons vu, allait frapper la corde sans échappement. L’exécutant maîtrisait la touche; il avait soin de ne pas coller sur la corde le marteau, qui aurait alors agi comme étouffoir et empêché toute vibration de la corde; maître de la touche, il lançait et ramenait instantanément le marteau à sa volonté.
- La mécanique à échappement qu’imagina S. Erard réalisait un réel progrès; le marteau, sans que l’artiste s’en occupât, échappait, par un mouvement automatique de recul, à un ou deux millimètres de la corde; mais la pièce de l’échappement une fois sortie d’un cran par lequel la touche commandait le marteau, il fallait que la touche reprît sa position première pour que le mécanisme pût de nouveau soulever le marteau. L’artiste, maître du marteau tant que l’échappement était dans le cran, n’avait plus d’influence sur lui dans- l'intervalle entre l’échappement et le retour dans le*cran.
- S. Erard se proposa de combiner les avantages des deux systèmes, et il y réussit par sa célèbre invention du double échappement qui fit tant de bruit à l’origine, et qui encore aujourd’hui assure la supériorité des instruments construits sur ces principes.
- Dans ce mécanisme, l’action de la touche s’exerce sur le marteau en un point quelconque de sa course, si bien que le marteau peut, dans une quelconque de ses positions, être lancé contre la corde.
- Le nom de double échappement n’indique nullement, comme il semblerait, que, dans deux seulement de ses po-
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- sitions, le marteau peut être mis en action. Le nom de mécanique à répétition ne préciserait du reste pas mieux l’ensemble de toutes les qualités de ce système.
- La figure IY représente cette mécanique.
- La touche a son point de bascule en A ; elle commande tout le mécanisme au moyen du pilote B C, articulé en B dans la touche et en C dans le levier intermédiaire ou grand levier S CE. Ce dernier oscille en 5 et porte à son extrémité E un pilote en forme d’équerre G E F, dit échappement. ..
- Mobile èn E, ce pilote pénètre à travers le levier oblique LF, formé de deux lames parallèles, et se trouve en contact par son coté E_ F, avec le rouleau M fixé au marteau, tandis que son autre côté E G se tient, quand le mécanisme est au repos, à quelques millimètres du bouton d’échappement X dont la distance est soigneusement réglée, au moyen de la tige D, vissée dans la barre J des marteaux.
- Sur le support H L, encastré dans le grand levier, est implantée Y attrape 7\qui passe par une ouverture, ménagée dans la tige du marteau, et qui a pour objet de retenir à léger frottement en T la tête de celui-ci, au moment où il vient de frapper la corde, et de l’empêcher de fatiguer son centre, en vacillant sur ce point d’attache ou en rebondissant sur son appui.
- A ce même support est attaché en H un ressort en deux branches, dont l’une HI maintient en place l’échappement coudé, et dont l’autre H K agit sur le levier oblique dont le centre est enL et dont l’extrémité F est, de même que l’équerre qui l’affleure, en contact avec le rouleau M du marteau.
- Examinons ce qui s’est produit quand le doigt a frappé la touche et que la note a résonné.
- Le grand levier qui pivote en N, mis en mouvement par
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- le pilote B C, s’est relevé en /^emportant Ie pilote#, qui, placé sous le rouleau M, a lancé le marteau vers les cordes.
- Parvenu à environ cinq millimètres des cordes, le marteau, ne devant pas s’y * appliquer et faire étouffoir, a continué seul sa course, car l’extrémité G de l’échappement ayant rencontré le bouton X bien réglé, l’équerre a basculé, abandonnant le rouleau qui est retombe vers le levier oblique L F.
- Si l’action du mécanisme s’arrêtait là, ce système assez compliqué n’aurait pas sa raison d’être, la note ne pouvant se répéter que lorsque le pilote, après un certain intervalle de temps, se serait replacé sous le rouleau et que la touche aurait repris 'sa position de repos.
- Mais un tout petit/Organe métallique, en forme de T’est vissé dans la tige du marteau, très près de son centre d’oscillation et entre ce point d’attache et le rouleau. Au moment où le marteau allait retomber, le T est venu d’appuyer sur l’extrémité du levier oblique, où il maintient le marteau, de sorte que, si peu qu’on laisse la touche se relever, l’échappement sera ramené par son ressort sous le rouleau, et l’on pourra, la touche n’eût-elle qu’un millimètre de course pour être à fond, répéter indéfiniment la note avec une extrême rapidité.
- Voyons aussi quelle est dans cette mécanique l’action de la touche sur l’étouffoir.
- Nous avons vu que le grand levier, faisant bascule en S s’est élevé à son extrémité E ; mais son autre bout prolongé au delà de ce centre N, s’est abaissé et a fait descendre le vilebrequin Z qui porte la tige de l’étouffoir Y et ce dernier à laissé la corde à nu vibrer sous le coup du marteau. La touche reprenant sa place, l’étouffoir va obéir au ressort qui agit sous le vilebrequin et reprendra place contre la corde.
- Veut-on donner pour un instant à l’instrument toute la
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- puissance de son dont il est susceptible, la pédale qui commande le forte R abaisse tous les étouffoirs à la fois et laisse toutes les cordes résonner par sympathie aussi longtemps qu’on tient le pied sur la pédale, jusqu’à ce que les vibrations s’arrêtent d’elles-mêmes.
- La rapidité de répétition d’une même note est beaucoup plus grande avec le mécanisme à double échappement. Le docteur Lardner, dans une intéressante étude sur les pianos, publiée en Angleterre en 1851^estime que la facilité de répétition du nouveau système est quatre fois plus grande que celle que présentaient les meilleurs pianos des systèmes différents.
- Dans l’ancien système, il fallait jouer forte les passages rapides dans lesquels la même note devait être fournie à de courts intervalles, car pour les exécuter avec la rapidité désirée le marteau devait recevoir une grande célérité de mouvement. Dans le nouveau système les passages de ce genre peuvent être exécutés avec les effets piano; car la touche, n’ayant besoin que d’une très faible pression pour actionner le marteau, les notes peuvent être produites et reproduites avec toute la rapidité dési-_ rable. De même dans d’ancien système un trémolo devait être exécuté en forte, dans le nouveau on peut communiquer au trémolo un degré quelconque de rapidité compatible avec l’effet piano, car il suffira de faire agir pendant une petite fraction de leur course les deux touches produisant le trémolo.
- La dépense de force physique nécessaire à l’exécution d’un morceau, dépense encore assez considérable, s’est trouvée très sensiblement réduite avec les pianos pourvus du mécanisme à double échappement. Cette dépense de force varie suivant les musiciens pour un même instrument, et suivant les instruments pour un même exécutant.
- La seule action utile est celle nécessaire pour eommuni-
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- quer une plus ou moins grande rapidité propulsive au marteau; cette rapidité propulsive dépend seulement du temps employé pour déprimer la touche jusqu’au fond. Toute autre action du doigt, de la main, du bras, constitue un gaspillage inutile de force.
- Le mécanisme à double échappement, ainsi que le démontre le docteur Lardner, a permis de réduire le travail manuel, dépensé dans l’exécution d’un morceau, au quart de celui que nécessitaient les meilleurs pianos des autres systèmes.
- Ce fut à l’exposition de 1823 qu’Érard fit connaître son piano à double échappement. Pour le récompenser de cette admirable invention, le gouvernement lui accorda la croix de chevalier de la Légion d’honneur.
- Cette mécanique se répandit avec le plus grand succès en Angleterre. Néanmoins malgré sa supériorité le nou-, veau mécanisme eut des détracteurs, principalement parmi les facteurs, intéressés à soutenir l’ancien système, lesquels prétendaient que la complication de cette mécanique diminuait ses chances de durée. Le temps a fait justice de ces critiques et aujourd’hui le principe de la mécanique d’Érard est universellement répandu.
- A l’exposition de 1827 le jury sanctionna les précédents succès de la maison Érard en lui décernant pour la troisième fois la médaille d’or.
- S. Érard mourut en 1831 après avoir apporté un dernier perfectionnement à ses pianos en remplaçant les cordes de cuivre des notes basses par des cordes filées en acier recouvertes d’un fil de cuivre roulé en hélice.
- L’invention de la mécanique à double - échappement constituait l’œuvre la plus considérable réalisée dans la facture des pianos ; cette mécanique n’avait cependant pas encore atteint les derniers perfectionnements que Pierre Érard devait lui apporter.
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- Jusqu’alors la maison Erard ne fabriquait que des pianos à queue et des pianos carrés. Le besoin d’un piano moins volumineux se faisait de plus en plus sentir. Pierre Erard conçut le plan d’un piano vertical, destiné, dans son esprit, à remplacer lé piano carré trop encombrant. Ce premier piano vertical n’eut que six octaves de Y ut à Y ut; plus tard, il lui donna sept octaves, du la au la.
- A l’Exposition de 1834 figuraient sept pianos de la maison Erard : deux pianos à queue, deux-pianos carrés, deux pianos verticaux de petite dimension et un piano horizontal de forme particulière. Ces instruments furent l’objet d’unanimes éloges de la part des membres du Jury, et valurent une quatrième fois la médaille d’or à la maison Erard et la croix de chevalier delà Légion d’honneur à M. Pierre Erard. L’année suivante, Pierre Erard obtint du gouvernement anglais, en considération des services rendus à l’industrie du piano par la belle découverte du double échappement, une prolongation du brevet pris en 1825 pour cette invention et périmé en 1835.
- En 1839, Pierre Erard introduisit un nouveau perfectionnement dans la facture du piano, en créant la barre -harmonique, dont le but était de donner aux dessus des grands pianos un degré de pureté et d’intensité de son qui leur manquait; il parvint ainsi à mettre en parfaite harmonie cette partie du clavier avec les basses et le médium; Le Jury de l’Exposition de 1839 récompensa d’une nouvelle médaille d’or les instruments de la maison Erard pourvus de cette barre harmonique. A ce moment, la maison Erard atteignait son apogée, et s’assurait une supériorité qu’elle devait conserver à jamais.
- Les pianos verticaux, dits droits ou obliques, suivant la disposition verticale ou inclinée des cordes, devinrent alors, par suite des nombreux perfectionnements apportés dans leur construction, la branche la plus importante de
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- la fabrication de la manufacture de Paris ; les pianos carrés étaient de plus en plus abandonnés des artistes. Cependant, P. Erard avait apporté au piano carré de très nombreux perfectionnements; il y avait introduit la mécanique à double échappement du piano à queue, mais le piano carré était définitivement condamné par le monde musical.
- A l’Exposition de 1849, Pierre Erard, membre du Jury, fut nommé rapporteur de la commission des instruments de musique. Il préparait à cette époque diverses modifications à la facture du piano qui furent fixées par des brevets pris en 1850 et 1851.
- C’est ainsi qu’il a créé unjnouveau barrage en métal dans lequel un sommier de bronze, parallèle aux chevilles, forme avec le sommier d’attache en fer un châssis en métal maintenu par un barrage longitudinal dans le sens des cordes, afin de supporter leur tirage; le principe de ce i système n’a pas cessé d’être observé dans la construction des pianos sortant de la manufacture Erard.
- Ce barrage fut appliqué par Pierre Erard à son nouveau piano à queue, dit de concert, qui possède une puissance de son remarquable avec un clavier cependant très facile à jouer. P. Erard imagina également d’ajouter à ce piano un clavier de pédales de deux octaves et demie, permettant à l’artiste, lorsqu’il exécute le chant dans la partie du médium et des dessus, de faire l’accompagnement des basses avec le pied, et de doubler à volonté l’octave s’il le juge nécessaire pour l’effet qu’il désire produire. Ce résultat était obtenu par suite des combinaisons les plus ingénieuses, grâce auxquelles le clavier des mains et le clavier de pédales agissaient sur les mêmes- marteaux.
- La nouvelle invention de P. Erard fut très, goûtée des pianistes pour l’exécution de la musique ancienne ; elle est restée dans son genre un modèle de perfection.
- En 1851, l’Exposition universelle, de Londres fut pour
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- national, la seule grande médaille d’honneur accordée
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- aux pianos fut décernée à la maison Erard, pour le mérite de ses inventions, les qualités de ses instruments, et
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- aussi pour le goût artistique qui présidait à leur construc-
- tion. Le beau modèle qui figurait à cette exposition en * est la meilleure preuve. -—-
- Quant aux qualités de l’instrument, elles ont été appréciées avec une rare compétence par le grand pianiste Thalberg, dans un rapport qui explique le degré de perfection atteint à cette époque par la maison Erard.
- La caisse de cet instrument, dit Thalberg, est d’une solidité extraordinaire ;
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- elle est barrée en bois sous la table d’harmonie et présente en outre un barrage
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- métallique parallèle situé au-dessu s du plan des cordes et composé de barres. longitudinales fortement arc-boutées à leurs extrémités. Le côté cintré de la caisse est formé de plusieurs pièces de bois collées ensemble dans un moule pour . augmenter leur solidité. La table d’harmonie remplit tout l'espace vide de la caisse sauf la partie qui sert de passage aux marteaux. Lés cordes sont en acier et d’un diamètre si fort que la tension nécessaire pour les mettre au ton produit un tirage égal à un poids de douze tonnes. Elles traversent des sillets ou agrafes vissés dans une barre de métal. Ces sillets donnent à la corde un support tel qu’il empêche son déplacement, quelle que soit la force du coup de marteau qui la mét en vibration. Les cordes sont montées sur l’instrument d’après un système appuyé sur des expériences acoustiques et de manière à ce qu’elles soient frappées par le marteau au point précis pour produire le son le plus pur. L’étendue du clavier est de sept octaves du la au la.
- « Quant à la mécanique que nous avons précédemment décrite elle constitue, dit Thalberg dans son rapport, un magnifique exemple de levier complexe qui unit la touche au marteau. L’objet de ce mécanisme est de faire passer du point où le doigt agit sur la touche au point où le marteau agit sur la corde une délicatesse de toucher telle que le piano participe jusqu’à un certain point de lar sensibilité de toucher que l’on remarque dans la harpe et qui èst la conséquence de l’action immédiate, du doigt sur la corde de cet instrument, sans l’intermédiaire d’un autre mécanisme. La puissance de cet instrument dépend de la quantité de matière mise en vibration ; la qualité de cette vibration dépend de l’harmonie mathématique de toutes ses ‘parties et la pureté du son de la nature du barrage, de la longueur des cordes et de leur disposition relative au coup de marteau. Or toutes ces différentes parties s’harmonisent avec un art admirable.
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- « Le 'mécanisme surpasse tout ce qui a été fait ou essayé en ce genre. Il permet à l’exécutant de communiquer aux cordes tout ce que la main la plus ha-
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- bile et la plus délicate peut exprimer.il traduit toutes les nuances du sentiment, en passant des sons les plus puissants aux plus doux et aux plus délicats.
- « Ce mécanisme est si parfait, surtout dans l’expression de répétition délicate, que si l’exécutant manque une note, c’est par sa faute et non par celle de l’instrument. Beaucoup de gens s’imaginent que la puissance d’expression du piano est bornée ; c’est à tort car il possède tous les éléments d’expression qui distinguent les autres instruments, et il en a plusieurs qui lui sont particuliers. Selon la manière dont on attaque la touche ou dont on se sert des pédales, on peut produire des effets bien différents surtout avec un instrument comme celui que nous venons de décrire qui réunit à des sons puissants et riches d’harmonie, un mécanisme si favorable pour en tirer parti. »
- Nous voyons par ce rapport que-, dès 1851, Thalberg se trouvait absolument satisfait dès nouveaux pianos d’Érard. Cependant des perfectionnements devaient être encore réalisés par la maison Érard.
- A la suite de ce succès le gouvernement accorda à Pierre Érard la croix d’officier de la Légion d’honneur, récompense rare à cette époque.
- Déjà les facteurs étrangers livraient des instruments identiques comme ressemblance extérieure et intérieure aux pianos d’Érard; mais, en les jouant, l’exécutant était bien vite détrompé. A cette époque s’établirent des constructeurs des diverses parties du piano telles qu’elles résultaient des brevets pris par la maison Érard; les facteurs, en achetant ces organes, n’avaient plus qu’à monter un piano qui pouvait ressembler à un Érard mais qui n’avait aucune des qualités des instruments sortis de la manufacture Érard, et cela pour des raisons que nous dégagerons mieux dans la partie de cette étude relative à la fabrication.
- L’Exposition qui devait avoir lieu à Paris en 1855 devint alors la préoccupation de Pierre Érard qui voulait dans sa patrie faire mieux encore qu’à Londres. Il avait adopté la forme et les dessins d’un piano à queue Pompadour, d’une grande richesse, et de deux pianos obliques, mais la mort vint l’empêcher de jouir du nouveau triomphe qu’il était si légitimement en droit d’espérer ; il mourut le 16 août
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- 1855 en laissant ses établissements de Paris et de Londres au plus haut degré de prospérité. Sous l’habile direction de Mme P. Érard, secondée par son beau frère M. Schaeffer, puis par M. Blondel, de nouvelles améliorations furent apportées dans la construction des pianos. A la suite de l’Exposition de 1867, où la maison Érard, hors concours, obtint le plus grand succès, M. Schaeffer fut nommé chevalier de la Légion d’honneur.
- Le succès des pianos de la maison Érard fut aussi considérable à l’Exposition de 1878, et se confirma aux Expositions de Sydney en 1879, de Melbourne en 1880 et d’Anvers en 1885.
- C’est de 1880 que date le dernier perfectionnement important apporté au piano par la maison Érard et consistant dans une disposition nouvelle de la pédale douce dans les pianos droits.
- Jusqu’alors les deux genres de pédales les plus répandus étaient : 1° la pédale céleste, produisant la diminution du son par une série de languettes de feutre venant s’interposer entre les marteaux et les cordes ; 2° la pédale à transposition dans laquelle les marteaux, faisant un léger mouvement de côté, ne frappaient plus sur les trois cordes de chaque note, mais seulement sur deux d’entre elles.
- La première de ces pédales, tout en offrant plus de garanties que l’autre au point de vue de la solidité générale de l’instrument, avait l’inconvénient, pour les personnes qui n’en connaissaient pas bien le maniement, de produire parfois une trop grande diminution du son; la seconde avait le défaut plus grave encore d’imposer une fatigue anormale au mécanisme et une usure inégale auxmarteaux.
- Dans le nouveau système imaginé par la maison Érard, le marteau ne se déplace pas; il frappe toujours la corde au même point, et la diminution du son s’obtient par le
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- rapprochement graduel des marteaux, sans que pour cela le toucher de l’instrument en soit altéré, défaut que présentaient tous les essais faits jusqu’à ce jour parles autres facteurs. 11 a en outre l’avantage de permettre à l’exécutant de graduer à volonté les effets de douceur, chose impossible avec les autres systèmes.
- Cette dernière invention complète les progrès réalisés par les pianos de la maison Érard. Ils sont construits aujourd’hui avec un degré de perfection qui laisse la marge à de'bien petites améliorations nouvelles.
- Actuellement la manufacture ne construit plus que des pianos à queue et des pianos droits.
- Tous les pianos à queue sont construits d’après un même type et comportent tous les organes que nous avons décrits, mécanisme à double échappement, barrage mi-partie en bois, mi-partie en métal, barre harmonique,nouveau système d’agrafes et sommiers métalliques en bronze pour les instruments de concert. La caisse se distingue par une grande solidité eUun goût exquis.
- PIANOS DROITS
- MÉCANISME D’ÉRARD
- Les pianos droits de la maison Érard comportent tous une mécanique spéciale dite mécanique d’Érard ou mécanique à lames.
- La figure Y représente la mécanique du piano à cordes obliques d’Érard. En voici le mécanisme dans toute sa simplicité.
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- Sous l’action du doigt la touche T oscillant au point G lève la bascule B qui porte l’équerre d’échappement E. Cette équerre qui s’appuie sur le marteau M dans un cran de la noix 0, lance le marteau vers la corde G.
- Lorsque la tète du marteau est à cinq millimètres environ de la corde, un bouton, dit d’échappement S, arrête dans son mouvement la partie horizontale de l’équerre et force l’autre partie à quitter le cran 0. Le marteau, ayant frappé la corde, est par son propre poids et par- lleffet du ressort P rejeté en arrière; sa contre-attrape G A vient l’asseoir
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- Fig. V.--Mécanisme du piano droit.
- sur l’attrape A qui l’empêche de rebondir et le ramène doucement sur la barre de repos, quand le doigt quitte la corde, pendant que l’équerre poussée par un ressort R se replace dans le cran.
- Remarquons qu’en même temps que le marteau va frapper la corde, la bascule qui pivote en X appuie en Y sur la lame d’etouffoir et éloigne de la corde l’extrémité garnie de feutre K, laquelle vient étouffer le son quand la bascule se remet en place.
- Une longue lame métallique mobile en F entre les lames
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- des étouffoirs et la grande barre de la mécanique, sert, au moyen d’une pédale, à écarter des cordes tous les étouffoirs à la fois et à produire le grand forte.
- L’étouffoir à lame présente une grande supériorité sur la mécanique souvent employée par les autres facteurs et connue sous le nom de mécanique à baïonnettes.
- Cette supériorité est due surtout à ce que l’étouffoir à lames s’applique au-dessous de la ligne de frappé des marteaux dans un espace suffisant où les vibrations des côrdes sont plus amples ; l’action de l’étouffoir à lame est par suite plus efficace que celui du système à baïonnettes dans lequel l’étouffement s’exerce dans l’espace étroit qui, surtout dans les notes élevées, se trouve au-dessus des marteaux entre le frappé et le sillet; ce qui fait que le feutre rencontre nécessairement les pointes et n’agit quffmpar-faitement sur la corde.
- ; D’autre part Y échappement, organe dont nous venons de parlerot qui soulève le marteau, ayant, faute d’espace entre les baïonnettes et les cordes, sa partie horizontale trop courte, cesse bientôt d’être réglé avec une précision suffisante ; car, aussi peu que la garniture du bouton d’é-cliappement se tasse, la partie verticale de l’échappement étant proportionnellement beaucoup plus longue que l’autre, il se produit un déplacement fâcheux de son point de contact avec le marteau.
- En outre, avec les lames, le réglage se fait aisément, la mécanique restant en place; tandis que, dans l’autre système, il faut sortir la mécanique et régler en tâtonnant.
- Ajoutons que l’accordeur dans ce dernier cas rencontre la difficulté d’introduire les coins entre les tiges métalliques, lesquelles sont par cela même souvent faussées.
- Le prix de fabrication de la mécanique d’Érard est la seule considération qui s’oppose à ce qu’elle soit universellement adoptée.
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- On a renoncé aujourd’hui à la construction des instru* ments à cordes verticales dits pianinos dans lesquels on arrivait difficilement à donner aux cordes des basses les longueurs indispensables pour une bonne sonorité. Ac-tuellement la maison Érard ne fabrique que des pianos droits à cordes demi-obliques ou à cordes obliques, les seuls qui par leur disposition possèdent une qualité de son parfaitement homogène.
- Le barrage de ces instruments est fait avec le plus grand soin ; il est composé de pièces métalliques noyées dans des pièces en bois, desséchées longtemps d’avance et assemblées avec les plus grandes précautions.
- On voit que la maison Érard, bien que l’invention du barrage métallique lui soit personnelle, a renoncé à l’emploi exclusif du métal pour employer un barrage partie métallique, partie en bois, plus dispendieux mais don^ nant à l’instrument, des sons d’une meilleure qualité. Ce fait prouve bien que si l’esprit de routine est inconnu dans la maison Érard, elle sait aussi renoncer à une de ses propres inventions lorsque l’expérience en a démontré les inconvénients ; chaque fois qu’une innovation n’a pas donné les résultats espérés, la maison Érard a préféré détruire les instruments construits plutôt que de livrer un piano portant le nom d’Érard et qui ne fût pas digne de cette marque. Cet exemple mérite d’être cité. Que de facteurs surtout à l’étranger emploient et prônent le barrage entièrement métallique, sachant fort bien que ce barrage donne au piano des sonorités tapageuses et criardes ; son seul mérite est de leur permettre de réaliser une économie considérable, car un pareil barrage, venu de fonte, peut être employé aussitôt livré par la fonderie, tandis que le barrage fait de métal et de bois exige des pièces de bois séchées pendant de longs mois et ne pouvant plus/ower ; il est vrai qu’un pareil sacrifice ne peut
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- être fait que par des manufactures telles que celle de la maison Érard qui emploie des capitaux énormes à acheter
- des bois qu’elle conservé longtemps avant de les mettre
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- en œuvre.
- La maison Érard ne fabrique pas non plus de pianos droits à cordes croisées aujourd’hui cependant très répandus, car il lui semble, et l’expérience lui a donné rai-
- son, que le croisement des cordes nuit à la pureté et à la netteté du s.on et fatigue la table d’harmonie d’une façon anormale. - ~ -
- La disposition des cordes est plus avantageuse dans les pianos à queue que dans les autres pianos ; étant tendues suivant la ligne des touchés, les trois cordés dé chaque note peuvent être suffisamment espacées pour ne pas se gêner dans leurs vibrations ; de plus T intervalle qui se trouve entre les cordes des différentes notes rend impos-
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- ihle toute confusion dans les sons.
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- L’étendue de la table sur laquelle elles sont placées
- étant plus considérable, celle-ci se trouve proportionnellement moins chargée, vibre plus librement et produit des sons plus ronds et plus moelleux. Dans l’application du mécanisme aucune pièce n’est biaisée ; rangées toutes parallèlement sur des lignes formant un angle droit avec le devant du clavier, elles fonctionnent naturellement et
- avec aisance.
- Il en résulte pour le piano à queue des avantages incon-
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- testables au point de vue de la qualité* de la puissance du son, de la solidité et de la précision du mécanisme ; aussi le
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- piano à queue est-il le véritable instrument de concert et l’instrument de prédilection des virtuoses qui ne consentiraient jamais à se faire entendre en public sur le plus parfait des pianos droits ; son prix et sa dimension l’empêchent seuls de se répandre davantage dans les salons,
- malgré sa grande supériorité.
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- PIANO DROIT D’ERARD A CORDES OBL
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- Il y a en effet dans le piano droit quelque chose de factice dans le fonctionnement, quelque chose de forcé qu’il doit à la position verticale de son mécanisme, position qui a été adoptée pour qu’il occupât moins de place dans nos appartements exigus. Dans le piano droit l’artiste ne commande pas directement le mouvement, car son doigt porte le poids du plomb, dont est chargée l’extrémité de la touché, plus que le poids du mécanisme lui-même. C’est au moyen de ressorts que sont renvoyés ks marteaux qui ont frappé les cordes. En outre, la disposition peu oblique des cordes tend à restreindre l’ampleur et la durée des vibrations.
- Dans le piano à queue, le marteau porté vers la corde par le doigt de l’artiste, sans être contrarié par la résistance irrégulière d’un ressort, revient sur la barre de repos par son propre poids. L’inégalité de tension des ressorts’ suivant qu’ils sont plus ou moiùs rapprochés du point d’attache, n’est plus là pour affecter le toucher. La corde, qui, dans le piano droit, tend naturellement à revenir rapidement à la position verticale, sollicitée par l’action de la pesanteur, tend, dans le piano à queue, à tomber pour ainsi dire : subissant la loi de l’attraction terrestre, elle semble lutter pour prolonger ses oscillations de haut en bas, oscillations qu’arrêtent seuls les* points d’attache sur les sommiers. Ajoutons enfin, qu’en dehors de la supériorité que le piano à queue doit à sa forme et à sa disposition horizontale, il possède au point de vue du mécanisme les précieuses qualités réalisées par le système si remarquable du double échappement imaginé par Sébastien Erard.
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- CHAPITRE III
- HARPE
- La harpe est un instrument à cordes pincées et à sons fixes que l’on joue des deux mains en la posant sur les genoux pour les instruments de petites dimensions, et en la maintenant entre les jambes et appuyée à l’épaule droite pour les instruments de grandes dimensions, seuls employés aujourd’hui.
- L’origine de la harpe remonte à la plus haute antiquité ; on la trouve figurée sur les monuments les plus anciens de l’Egypte et de l’Assyrie ; elle était également sous la forme d’instrument portatif, très répandue chez les Perses, les Hindous et les Hébreux ; mais elle ne paraît pas avoir été en grand usage chez les Grecs et les Romains. On trouve la harpe de grande dimension chez les peuples du Nord de l’Europe, d’où elle s’introduisit ensuite dans toute cette partie du monde. Au moyen âge, la harpe était d’un usage fréquent, et sa vogue fut immense au xvne et au xvme siècle dans toute l’Europe et principalement en France.
- La harpe, qui présente une forme triangulaire, se compose de trois parties essentielles : la caisse ou corps sonore, la console qui reçoit les chevilles et la colonne qui réunit la caisse et la console ; plus généralement l’instrument prend aussi un appui sur une table appelée cuvette, réunissant la colonne à la caisse.
- La caisse ou corps sonore est fermée au moyen d’une table d’harmonie percée de petits trous par. lesquels passent les cordes.
- Les eordes sont fixées à leur extrémité inférieure au moyen de boutons placés dans la caisse sonore ; à l’autre extrémité, elles s’enroulent sur des chevilles disposées
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- sur la console et servant à les tendre et à leur donner l’accord.
- Cet accord est beaucoup moins stable que dans le piano, car les cordes sont pour la plupart en boyau, et par suite sujettes aux influences hygrométriques.
- Pour produire une longue succession de sons, la harpe est pourvue de cordes nombreuses et de longueurs différentes. Tandis que dans les instruments à manche, qui ont un nombre de cordes très restreint, comme le violon ou la guitare, la variation de longueur et la succession des sons s’obtiennent par la pression du doigt contre le manche ou contre les sillets disposés sur le manche, dans là harpe, les successions par demi-tons sont obtenues au moyen de pédales extérieures ; ces pédales mettent en mouvement une mécanique, qui fait appuyer la corde contre des boutons métalliques, à une faible distance de leur extrémité supérieure, en les raccourcissant de manière à hausser la note d’un demi-ton.
- Le nombre des cordes de la harpe a varié entre des limites assez grandes ; sans nous occuper des harpes de l’antiquité, celles qui étaient usitées au moyen âge ne présentaient que 13 cordes ; à la fin du xvne siècle l’étendue de cet instrument n’était que de quatre octaves, du do immédiatement au-dessous de là portée de la clef de fa, au do, immédiatement au-dessus de la portée de la clef de sol. Actuellement la harpe présente 46 ou 47 cordes, dont 11 filées, et comprend une échelle moyenne de 6 octaves 1/2, du second do grave au-dessous des lignes de la clef de fa jusqu’au second fades lignes additionnelles de la clef de sol.
- L’étendue de l’instrument a donc été considérablement augmentée, mais le réel perfectionnement apporté à la harpe, consiste à avoir fait de cet instrument qui, au commencement du xvne siècle ne donnait que des intervalles
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- diatoniques, c’est-à-dire des intervalles procédant par tons et demi-tons, d’avoir fait, disons-nous, de la harpe un instrument qui, aujourd’hui, exécute la gamme chromatique, dont toutes les notes sont à un demi-ton les unes des autres. Nous verrons que ce résultat a été acquis par Sébastien Erard qui, par son invention de la mécanique à double mouvement, a donné à la harpe les qualités qui lui étaient nécessaires.
- Afin de bien faire comprendre les progrès réalisés par cette invention, nous devons voir ce qu’était cet instrument avant les travaux de Sébastien Erard et ce qu’il est devenu après les perfectionnements apportés par la mécanique à double mouvement. -
- LES DIVERS SYSTÈMES DE MÉCANIQUE DE LA HARPE
- Ainsi que nous l’avons dit, jusque vers la fin du xvne siècle, la harpe ne présentait que des intervalles diatoniques.
- Des facteurs tyroliens voulant remédier à ce grave défaut, imaginèrent, vers 1660, de fixer à la console des crochets ou sabots, qui tiraient sur la corde, de manière à la raccourcir et à lui faire donner le demi-ton supérieur. Ces crochets se dérangeaient fréquemment et ne pouvaient élever la corde que d’un demi-ton.
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- En 1720 dit M. G. Chouquet, dans son ouvrage sur le musée du Conservatoire, un luthier bavarois, Hochbrucker* construisit des harpes qui eurent d’abord 5 puis 7 pédales élevant d’un demi ton chaque note diatonique d’une gamme quelconque.
- En France, sous le règne de Louis XYI, les meilleurs luthiers de l’époque n’étaient pas arrivés à apporter des modifications sensibles à la mécanique de la harpe et
- malgré ïar vogue dont cet instrument jouissait à la cour et dans les salons * les Nadermann et les Cousineau, qui construisirent des harpes si artistiques au point de vue de la décoration, employaient toujours le mécanisme à crochet ou à sabot.
- Mécanique a crochet. — Dans ces harpes chaque corde était représentative de deux sons au moyen d’un jeu de pédales qui faisait mouvoir sur la console, au-dessous du point d’attache de la corde, un crochet qui saisissant celle-ci, l’attirait hors du plan des autres ordes ; ce recul, pour les cordes courtes surtout, gênait l’exécutant. Ce mécanisme ne présentait aucune solidité et avait en outre l’inconvénient de détruire la pureté des sons par des frisements continuels.
- La fig. VI représente ce système de mécanique ; elle indique la position de la corde vue de front, celle de la
- Fig. VI. — Mécanique à crochet.
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- corde vue de côté et celle de la corde amenée par le crochet contre le sillet.
- Mécanique a fourchettes. — Yers 1786, Érard, ainsi que nous l’avons dit dans le premier chapitre de cette étude, poussé par son esprit inventif et cédant aux sollicitations du célèbre harpiste Krumpholtz chercha à remédier aux inconvénients de la mécanique à crochet et bientôt il présenta un nouveau mécanisme dit à fourchettes ou à simple mouvement, dans lequel il substituait aux crochets un disque en cuivre armé de deux boutons en saillie entre lesquels passait la corde. Lorsqu’on voulait élever la note d’un demi-ton, la pédale imprimait un mouvement de rotation au disque, les deux boutons saisissaient la corde et la raccourcissaient en lui imprimant la flexion nécessaire sans la déranger de sa position normale, et en laissant au son toute sa justesse.
- La fig. YII représente les deux positions de la corde avec ce système de mécanique.
- Fig. vil — Mécani- Le résultat acquis était considérable; que à fourchettes. mais, découragé par Krumpholtz qui venait de s’associer avec Nadermann, fabricant célèbre de harpes à crochets, Érard ne poursuivit pas ses essais qu’il ne reprit que plus tard en Angleterre, où il répandit sa harpe à fourchettes. Cet instrument, grâce à la justesse du mécanisme et à la solidité de sa construction, eut le plus grand succès et se substitua à tous ceux alors en usage dans ce pays.
- Cependant malgré les perfectionnements introduits par Érard, la harpe à simple mouvement n’avait pas augmenté
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- les ressources harmoniqnes de cet instrument et il était absolument impossible de moduler dans certains tons. Cette harpe s’accordait en mi-bémol ; on obtenait le si naturel, le mi naturel et le la à l’aide des pédales qui élevaient d’un demi-ton les mêmes notes affectées d’un bémol; mais le ré bémol par exemple ne pouvait se faire qu’en élevant l’ut naturel à l’état d’ut dièse, par suite, dans les tons de la bémol par exemple, on ne pouvait faire une
- gamme parce que la même corde devait servir pour l’ut naturel et pour le ré bémol. Cet exemple prouve que toutes les modulations n’étaient pas possibles dans certains tons.
- S. Érard, après des années de travail et d’essais infructueux, parvint vers 4810 à créer un nouveau système de harpes avec lequel on pouvait interpréter tous les morceaux de mu-
- Fig. VIII. — Mécanique à double mouvement.
- sique comme avec le piano.
- Mécanique a double mouvement. — Dans la harpe à double mouvement chaque corde est représentative de trois sons, le bémol à vide, le son naturel avec un premier accrochement et le dièse au second accrochement. S. Érard avait modifié le mécanisme intérieur de la harpe à simple mouvement, mais sans rien changer au nombre des pédales.
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- La figure YIII donne les 3 positions de la corde avec ce mécanisme et la figure IX les positions relatives de là pédale.
- S. Érard augmenta l’étendue du mouvement de va-et-vient des tringles intérieures, de manière à faire faire successivement une portion de révolution à deux disques munis de boutons polis. L’un de ces disques sert à raccourcir la corde pour le premier demi-ton et l’autre pour
- Fig. IX. — Positions de la pédale dans la mécanique à double mouvement.
- 'il
- le second demi-ton. Le disque supérieur, mis immédiatement en mouvement par le_mécanisme de la pédale, détermine ensuite au moyen de renvois le mouvement du disque inférieur. Pour obtenir ce double effet au moyen d’une seule pédale, Érard lui donnait deux crans d'arrêt ou de repos; en accrochant au premier cran ou raccourcit la corde qui donnait avide le ton bémol, et rend alors le ton naturel; la tringle de renvoi reçoit ainsi un premier mouvement et la continuation de ce mouvement, qui se produit quand on accroche la pédale au deuxième cran, raccourcit de nouveau la corde qui donne alors le dièse.
- Sept pédales suffisent pour rendre chaque corde représentative de trois sons.
- Sauf le cas de doubles dièses et de doubles bémols, ces harpes permettent d’exécuter tous les morceaux, l’artiste n’ayant jamais à remplacer l’un par l’autre le bémol d’une corde ou le dièse de la corde inférieure, le morceau a exécuter peut porter depuis 7 dièses jusqu’à 7 bémols.
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- HARPE D’ERARD, STYLE GOTHIQUE.
- Imp. A.Lemercier,Paris.
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- Erard soumit en 1815 sa nouvelle harpe à l’examen des Académies des sciences et des Beaux-arts réunies. La commission nommée à cet effet, comprenait parmi ses membres, le compositeur Méhul. Le rapporteur, M. le baron de Prony, concluait en ces termes :
- « La nouvelle harpe de M. Erard nous paraît réunir, au mérite d’un mécanisme fort ingénieux et qui remplit très bien son objet, celui d’augmenter considérablement les propriétés musicales de cet instrument, puisque, sans double emploi, elle Renferme 27 gammes complètes, tandis que Fancîïïïï ne n’en contenait que treize;.
- Nous pensons que cette invention, par laquelle l’auteur acquiert de nouveaux droits à la reconnaissance des .hommes qui s’intéressent au progrès des arts, mérite des éloges et l’approbation des deux classes. »
- Aux expositions de 1819,1823,1827 les harpes à double mouvement furent appréciées à leur juste mérite par le jury qui leur décerna les plus hautes récompenses.
- Pierre Erard apporta à la harpe après la mort de S. Erard, des modifications qui, sans en altérer lé principe, devaient donner à cet instrument plus de force et de puissance. Les deux mouvements de pédales dont nous avons parlé dans la description du mécanisme à double mouvement s’opéraient primitivement dans la partie basse, appelée cuvette, qui supporte le corps de la harpe. Pour obtenir plus d’ampleur dans le son, Pierre Erard diminua de moitié la hauteur de cette partie de l’instrument et augmenta d’autant la longueur de la table d’harmonie et du corps ; seulement les deux mouvements de la pédale, au lieu de s’opérer dans la cuvette, s’opérèrent moitié dans celle-ci, et moitié dans le corps. Cette heureuse innovation lui permit ainsi d’espacer davantage les cordes les unes des autres. En donnant aux diverses parties de sa harpe une plus grande solidité, il put la monter en cordes d’un diamètre un peu plus fort et substituer, dans les basses, des cordes filées sur acier aux cordes filées sur soie qui donnaient moins de son. Ce nouveau modèle de harpe, qui reçut le nom de gothique à cause du style d’ornementation de la
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- colonne, fut adopté par tous les grands harpistes en France et en Angleterre, et est resté depuis lors, l’instrument de prédilection des artistes.
- L’espacement des cordes de la harpe se trouve limité par les conditions dans lesquelles on joue cet instrument, et qui obligent à raccourcir ou à allonger le bras, suivant qu’on veut attaquer telle ou telle partie de l’ensemble des cordes.
- Cet espacement est par suite variable : deux cordes à l’octave l’une de l’autre sont d’autant plus espacées qu’elles sont plus éloignées du corps. Les cordes les plus éloignées sont les plus longues, aussi l’espace qui sépare la plus longue corde de celle qui en est à l’octave est-il d’environ 110 millimètres, alors qu.e l’espace entre la plus courte et l’octave de celle-ci n’est que de 95 milimètres.
- La harpe, qui avait eu une si grande vogue en France il/y a cent ans, vit son succès se coutinuer sous l’Empire et la Restauration, surtout auprès des femmes, car le jeu de cet instrument faisait valoir leur grâce et la beauté des bras et des mains. La harpe avait alors atteint toute la perfection dont elle était susceptible, et cela, grâce aux Erard ; cependant quelques années après, elle vit sa vogue décliner. Mais de nos jours, le rôle important que les compositeurs modernes lui ont réservé, lui a redonné son ancienne faveur et l’a rendue à jamais absolument indispensable.
- Les difficultés inhérentes à sa construction et la complication de son mécanisme sont telles que la maison Erard est restée la seule qui ait continué à en fabriquer. Sans elle la harpe n’existerait plus depuis de longues années et les orchestres se trouveraient privés d’un de leurs éléments les plus précieux.
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- CHAPITRE IY
- ORG-TJE
- La fabrication des orgues n’est pas une des spécialités de la maison Erard. Trois seulement de ces instruments ont été construits par elle ; celui de la maison d’éducation de Saint-Denis, celui de la salle des concerts du Conservatoire de musique de Paris, celui du Palais des Tuileries construit par S. Erard en 1827, détruit en juillet 1830, réédifié par P. Erard en 1855 et entièrement détruit en 1871, dans l’incendie des Tuileries.
- Une étude sur les travaux des Erard serait cependant incomplète, si nous ne faisions ressortir le perfectionnement considérable réalisé dans le jeu des orgues par l’invention de S. Erard; l’invention du jeu expressif peut justement être comparée à celle du double échappement dans le piano et du double mouvement de la harpe.
- Pour bien dégager le mérite de l’invention du jeu expressif, nous allons rapidement indiquer les organes principaux et le fonctionnement de cet instrument le plus puissant et le plus complet de tous, et nous verrons quelles étaient les imperfections de l’orgue avant que S. Erard eût imaginé le jeu expressif.
- L’orgue est un instrument de musique à vent, le plus important de tous par son étendue, le nombre de ses jeux et la variété de ses sons. Il comprend : un grand nombre de tuyauxde différentes espèces, les uns d’étain, les autres de plomb, d’autres de bois ; quantités de machines nécessaires propres à leur communiquer le vent qui leur donne le son ; un grand corps de menuiserie où le tout est contenu, appelé buffet, accompagné, pour l’ordinaire, d’un autre plus petit sur le devant ; de grands soufflets séparés du corps de la machine, fournissant le
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- vent qui va se rendre dans la principale pièce, appelée le sommier, d’où il se distribue à chaque tuyau au moyen du clavier que la main de l’exécutant fait mouvoir.
- Cette définition si nette et si complète de l’orgue est cependant bien ancienne, c’est celle que le bénédictin dom Bedos donne dans son célèbre ouvrage sur les orgues publié en 1746.
- L’orgue dont l’origine est fort ancienne, prit au moyen âge des développements qu’explique la foi religieuse de cette époque.
- Les églises de France, d’Angleterre et d’Italie en étaient dotées ; mais cet instrument était loin d’avoir cette puissance et cette variété d’intonation qu’il possède aujourd’hui. Il se composait d’un seul jeu, dit de régal, qui n’existe plus depuis longtemps, les travaux des facteurs d’orgues en ont étendu les ressources mécaniques et harmoniques.
- Un instrument aussi complet que l’orgue ne pouvait manquer d’attirer l’attention de S. Erard. A l’époque où il s’en occupa, chaque tuyau donnait un son défini et uniforme, mais ne se prêtait pas aux nuances d’exécution désirées par l’organiste. S. Erard résolut ce difficile problème par sa belle découverte de l’expression au toucher, dont le principe fut trouvé par lui avant 1797, car Grétry, dans son ouvrage. « Essai sur la musique », publié en cette année, parle avec un grand enthousiasme de cette invention.
- « L’orgue, dit-il, remplacera peut-être un jour tout un orchestre de cent musiciens. Si Erard achève sa superbe invention, si chaque tuyau d’orgue devient susceptible de toutes les nuances sous le3 doigts de l’organiste, quel grand parti ne retirera-t-on pas de cet instrument alors parfait. J’ai touché cinq ou six notes d’un buffet d’orgue qu’Erard avait rendues susceptibles de nuances, et sans douté le secret est découvert pour un tuyau comme pour mille. Plus on enfonçait la touche plus le son augmentait; il diminuait en relevant doucement le doigt. C’est la pierre philosophale en musique que cette trouvaille. Le gouvernement devrait faire établir un grand orgue de ce genre et récompenser dignement Erard, l’homme du monde le moins intéressé. »
- Les grands travaux entrepris par S. Erard pour per-
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- fectionner le piano et la harpe l’empêchèrent de donner suite aux recherches commencées par lui pour améliorer le jeu de l’orgue. Cependant il reprit ces études et à l’exposition de 1827, il présenta un orgue qui fut fort apprécié des connaisseurs; le jury lui rendit un juste éloge dans les termes suivants :
- « M. Erard s'est fait remarquer par un orgue expressif construit sur des principes de son invention et donnant des sons admirables par leur justesse ainsi que par leur entente. »
- Cet instrument déjà si parfait ne possédait cependant pas encore l’expression par le toucher plus ou moins léger, plus ou moins accentué du clavier. Il était néanmoins expressif, grâce à un jeu de pédales qui faisaient ouvrir ou fermer des jalousies pour laisser le son se propager au dehors ou pour le renfermer dans le corps de 1’instrument, et par l’élargissement ou le rétrécissement progressif des conduits du vent sur les jeux d’anches ; ces innovations ne constituaient cependant pas une invention nouvelle mais un réel perfectionnement. Dans cet orgue, les registres étaient ouverts et fermés par des pédales qui dispensaient l’exécutant de lever les mains du clavier pour modifier les effets de l’instrument. Le jeu expressif ne fut que plus tard ajouté à cet orgue; il fut appliqué pour la première fois à l’instrument construit eu 1829 pour la chapelle des Tuileries.
- La commission de l’Institut, nommée pour en faire l’examen, présenta sur ce bel instrument un rapport des plus élogieux dont nous reproduirons quelques passages.
- « L’instrument construit possède comme les autres orgues un triple clavier et un quatrièuie dit de pédales posé à sa base.
- « Le clavier du haut est expressif c’est-à-dire qu’en pressant modérément la touche on entend faiblement le ton et qu’on l’augmente à volonté, selon l’accroissement de la pression. En laissant remonter peu à peu la touche, le son s’adoucit ce qui donne à l'exécutant l'inappréciable faculté de pouvoir à son gré varier et nuancer les inflexions, à l’instar des instruments à vent ou à archet, et même de faire éprouver à l’auditeur la sensation que produit la voix du plus habile chanteur.
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- « Le'clavier du milieu se compose de flûtes ~bourdon, prestant, trompettes, basson, hautbois et cromorne.
- « Le troisième ou grand clavier est composé de flûtes ouvertes, de flûtes bouchées prestant, quintes, fourniture, octaves et trompettes.
- «Tous ces jeux peuvent se réunir, se séparer et offrir par chaque combinaison, diverse, une nature différente de voix, surtout une grande variété d’effets ; l’on peut encore par cette combinaison et le secours des pédales, augmenter ou diminuer à volonté le volume du son. »
- Cet instrument justifiait donc toutes les espérances conçues quarante ans auparavant par Grétry, et parut à la commission admirable soustousles rapports. La véritable invention d’Erard consistait dans l’application du jeu expressif au moyen de soupapes brisées en quatre parties ; le mouvement du clavier était transmis à ces soupapes au moyen de leviers, de vergettes et de tirants.
- Ces soupapes sont composées de quatre parties réunies avec-de la peau; chaque partie est comprimée par un ressort qui fait fermer un ou plusieurs orifices correspondant à une même note.
- i On conçoit que, si par une tige en communication avec la touche du clavier, on produit un effort allant en augmentant sur la première partie de la soupape, on fera ouvrir successivement les autres parties qui débouchent les ouvertures de plus en plus grandes; par conséquent, le son sortira avec plus de force. Au contraire, si l’on diminue la pression exercée sur la touche, ces sons diminueront d’intensité. 11 en résulte que l’organiste, en touchant, peut nuancer le morceau qu’il exécute suivant son goût et sa volonté, ce qui n’avait jamais été encore obtenu avant l’invention des soupapes articulées de Sébastien Érard.
- Dans l’orgue construit par Sébastien Érard pour la chapelle du palais des Tuileries, cette disposition était appliquée aux cinquante-neuf touches du clavier du haut.
- Cet instrument était muni à sa base d’un clavier de pédales dont une partie servait, suivant l’usage ordinaire,
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- à tenir le prolongement des notes touchées par les mains, mais Sébastien Érard faisait accomplir aux pédales d’autres fonctions extrêmement importantes pour l’organiste.
- Ces pédales permettaient à une partie de celles composant ce clavier d’accomplir un effet qui consistait à renforcer les basses des jeux de fonds. Il avait ajouté, au-dessus des précédentes, une seconde rangée de pédales qui offraient le grand avantage de remplacer le tirage à la main et deux pistons qui servaient à fermer par un seul mouvement tous les registres, lorsque l’organiste ne veut conserver que les jeux de fonds.
- Ce que nous venons de dire prouve que les travaux de Sébastien Érard lui avaient permis de porter à l’orgue de réelles améliorations ; son invention du jeu expressif constituait un immense progrès. Depuis, les facteurs d’orgues, par une suite de perfectionnements considérables, en ont fait l’instrument le plus puissant et le plus complet. Cette facture est aujourd’hui une dés gloires de notre pays; mais il nous a semblé juste d’attribuer à Sébastien Érard la part légitime qu’il mérite pour son invention du jeu expressif.
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- CHAPITRE V.
- LA manufacture
- Les bois et matériaux divers employés dans la construction du piano.
- La bonne fabrication du piano dépend du choix judicieux des matériaux qui entrent dans sa construction, et de leur mise en œuvre méthodique et raisonnée. Une expérience de plus de cent années a permis de fixer aujourd’hui d’une manière presque invariable dans la manufacture Erard les diverses opérations par lesquelles doit passer le piano.
- La fabrication du piano exige l’emploi des matériaux les plus variés : le bois, le fer, le cuivre, l’ivoire, le drap, le feutre, le molleton, la peau, le cuir y fournissent leur contingent. Mais de ces éléments le bois est celui qui constitue la partie de beaucoup la plus considérable de l’instrument. Nous verrons successivement quel est l’emploi des autres matériaux.
- Tout piano est invariablement construit de diverses essences de bois : le chêne, le hêtre, le tilleul, le charme, le sycomore, l’alizier, le cèdre, le sapin, le cédrat, le tulipier, l’ébène entrent dans sa construction, sans parler des essences la plupart exotiques, telles que palissandre, acajou, érable, noyer, thuya, amboine, qui, ensemble ou séparément, servent au placage et à l’ornementation de l’instrument.
- Ces différentes sortes de bois ne s’emploient pas indistinctement dans le piano, mais suivant les qualités qui dominent dans chacune d'elles et qui conviennent le
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- mieux aux diverses parties auxquelles on les appliqué.
- Le sapin, par exemple, doit à sa raideur, à son peu de flexibilité, à sa résistance, de convenir mieux que tout autre bois, à la construction du barrage qui est destiné à faire équilibre à la force énorme de tension des cordes, force qui peut être évaluée à environ 15.000 kilogrammes dans le piano droit et à 20.000 dans le piano à queue.
- Le hêtre, dur, compact et peu sujet à se fendre est préféré pour le châssis du clavier qui se visse sur le parquet du piano et surtout pour les sommiers qui reçoivent les pointes et les chevilles, lesquelles y conservent, mieux qu’elles ne le feraient dans tout autre bois, l’adhérence nécessaire à la bonne tenue de l’accord.
- Le tilleul, bois tendre et léger, qui tourmente peu, qui se perce facilement sans produire d’échardes, qui se travaille admirablement est, à l’exclusion de tout autre bois, employé à faire les touches et les parties délicates du mécanisme ; il a de plus une teinte claire et égale qui, en transparence, ne nuit en rien à la blancheur de l’ivoire du clavier.
- Le chêne, dur, robuste, jouant peu et peu exposé aux ravages des insectes, convient aux barres, longues et peu épaisses de la mécanique; il constitue surtout la plus grande partie de la caisse, qui a besoin d’une solidité à toute épreuve, et il garantit contre les chocs le placage qui le recouvre et qui, sans son secours, garderait l’empreinte ineffaçable des coups que l’instrument peut recevoir.
- Le cèdre donne des manches de marteau raides, légers, à peu près exempts du désagréable son de bois qu’il est si difficile d’assourdir.
- Le sapin de Hongrie, à la fibre régulière, élastique, sans nœuds, fournit la meilleure table de résonnance.
- Le choix attentif de tous ces bois est dJune importance capitale. De leur bonne qualité, de leur ancienneté et de
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- leur minutieuse préparation dépend en grande partie la qualité de l’instrument.
- Arrivés dans la manufacture les bois doivent tous subir, avant leur emploi et suivant leur nature, un plus ou moins grand nombre d’années de séjour, d’abord au chantier à l’air libre, puis sous le hangar couvert, et enfin à l’air chaud des séchoirs. Devenus insensibles au travail de la sève, débités d’avance et déjà prêts à être mis en œuvre, lorsqu’ils entrent pour la dernière .fois au séchoir, ils en sortent propres à passer dans les ateliers de construction.
- Fabrication du Piano.
- Nous ne saurions ici entrer dans tous les détails, longs et minutieux, de la fabrication du piano, lesquels nous demanderaient une place trop considérable; nous nous bornerons à réduire à neuf opérations principales la série des travaux par lesquels l’instrument doit passer pour parvenir à son complet achèvement.
- Ces opérations sont: 1° l’exécution fcdu barrage; 2° le tablage ; 3° la fabrication de la caisse ; 4° le montage des cordes ; 5° le vernissage ; 6° l’exécution du clavier ; 7° la construction des diverses pièces de la mécanique ; 8° le montage de la mécanique ; 9° l’égalisation. -
- I. — Le Barrage. L’exécution du barrage, formé de sept ou huit épais barreaux de sapin, est avec celle du châssis intérieur qui l’encadre et dans lequel il s’enchevêtre fortement, le point de départ de la construction. Il
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- constitue avec ce châssis, composé de deux montants, de la pièce plate du haut dans le piano droit ou d’avant dans le piano à queue, et de la semelle, ce qu’on appelle le fond, la pièce de résistance de l’instrument.
- C’est le barrage qui doit soutenir l’effort de la tension des cordes et supporter la table d’harmonie. On y a ménagé une entaille pour recevoir le sommier des chevilles, qui y est collé et boulonné. Ce sommier, morceau de hêtre choisi sur mailles et le plus dtmpossible, est solidaire du barrage dans leur résistance commune , à la force considérable, qui est immanente dans l’instrument. Il reçoit, comme nous l’avons dit en parlant des diverses espèces de bois employées , les chevilles qui doivent s’y maintenir inébranlables , sans tourner sous la traction des cordes et sans ouvrir les fibres du bois.
- La description des détails de fabrication du barrage en bois et des barres métalliques qui maintiennent l'écartement des sommiers, dépasserait le cadre de notre publication. Arrivons à l’opération qui suit immédiatement, c’est-à-dire à la pose de la table d’harmonie.
- II — Le Tablage. La table d’harmonie est en bois de sapin de Hongrie. Lea planches qui la composent doivent être assorties de couleur.
- On choisit pour les dessus, parties de l’instrument correspondant aux notes les plus aiguës, le bois le plus dur et le plus sur mailles, celui dont les veines sont les plus serrées. On met la table en place, c’est-à-dire qu’on la colle sur le châssis ; on visse et boulonne sur le barrage le sommier d’accroche. On colle sur la table le chevalet composé de plusieurs pièces; on plaque le sommier des chevilles et l’on perce les trous des chevilles, des boulons et de toutes les vis qui font partie du tablage.
- Pour que la longueur des cordes et l’écartement des pointes sur le chevalet soient bien observés, le tableur,
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- se sert de deux calibres en cormier qui sont percés à l’endroit de chaque cheville et de chaque pointe.
- III. —La caisse et le placage. A l’exception des collages qui se font nécessairement à la main, toutes les pièces de la caisse, côtés, oreilles, gorges,cylindres,etc., sont faites au moyen de machines.
- Le placage a été débité d’avance dans des ateliers spéciaux et l’on a eu soin de bien appareiller les nuances du bois ; ces diverses pièces sont mises-en paquetsjicelés qui sont livrés aux plaqueurs. Chaque instrument nécessite l’emploi d’un paquet qui comprend toutes les pièces nécessaires à revêtir la charpente du piano.
- Le plaqueur reçoit la caisse en blanc. Le placage ayant été bien séché pendant quinze jours, puis passé à la brosse de chiendent et au rabot à dents et, les parties à plaquer ayant été enduites de colle le plus légèrement possible, on tèrmine l’opération suivant les procédés connus dans l’ébénisterie.
- Lorsque le barrage est tablé, il passe chez le caissier avec toutes les parties plaquées. C’est le caissier monteur qui colle les côtés sur le barrage, y ajuste les oreilles, le cylindre, la gorge, les châssis du haut et du bas dans le piano droit, antérieur ou postérieur dans le piano à queue, le parquet ou tablette qui sert de support au clavier et à la mécanique et pose la serrure.
- IV. — Montage des cordes. Quand la caisse est montée elle passe à l’atelier où se fait le montage des cordes. Le monteur fait les boucles, fixe les cordes aux pointes d'accroche, les pose sur le chevalet, les roule sur les chevilles qu’il enfonce dans le sommier. C’est à ce moment que le piano reçoit le premier pinçage qui consiste pour l’accordeur à faire vibrer la corde au moyen d’un morceau de bois ou d’ivoire et à la mettre au ton.
- Dans un atelier spécial on exécute le filage des cordes;
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- nous avons été étonné de voir avec quelle précision le fileur de cordes revêt d’un trait métallique, au moyen d’un tour spécial, Y âme des cordes qui s’emploient pour les notes basses de l'instrument.
- V. — Vernissage. La caisse montée de cordes, est remise ensuite à l’atelier des vernisseurs, l’instrument y reçoit le second pinçage. Le piano en effet doit subir plusieurs pinçages et plusieurs accords avant que les cordes tiennent suffisamment.
- Le vernisseur pose les roulettes, les^harnières du couvercle et du cylindre ainsi que les crampons des sommiers de chevilles. Il ajuste de nouveau tous les accessoires que la tension des cordes peut avoir dérangés.
- Quant au vernissage il se fait par les procédés ordinaires.
- La caisse passe ensuite dans l’atelier des monteurs de mécanique, mais auparavant nous allons assister à l’exécution si intéressante du clavier.
- VI. — Clavier. La fabrication du clavier se divise en trois parties : la préparation, le perçage et la finition.
- Leprèpareur débite le bois, c’est-à-dire qu’il trace sur un panneau de bois de tilleul formé de plusieurs parties assemblées et collées, les dimensions que doivent avoir les touches. Plusieurs opérations sont ensuite nécessaires , pour régulariser les longueurs et les épaisseurs des touches ; puis, après avoir plusieurs fois remis le panneau au séchoir pour bien s’assurer que le bois ne tourmente plus, on procède p,u perçage qui consiste d’abord à marquer, au moyen d’un calibre, la place des trous et des mortaises qui doivent recevoir les pointes et les pivots.
- Pour finir le clavier on colle sur le bois l’ivoire débité, qu’on a eu le soin de faire séjourner pendant au moins six jours dans un four chauffé à 30 ou 40 degrés. On commence par les frontons, qui s’appliquent, non pas directement surUe bois debout du panneau, mais sur une mince
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- lame de sycomore qu’on y a collée. On fait les mortaises du devant et du balancier; puis on colle toutes les têtes placées les unes à côté des autres, ensuite on y ajoute les queues dont les joints avec les têtes doivent être tellement imperceptibles que l’œil ait peine à reconnaître que la plaque d’ivoire de chaque touche est composée de deux parties.
- Ces opérations demandent beaucoup de soin et de grandes précautions ; les collages étant bien secs, on ra-botte, on racle et l’on polit Fi voire ; 6n met les garnitures de drap, puis on sépare toutes les touches au moyen d’une scié très fine, on les façonne, et on y colle les; dièses; enfin -on y insère les plombs qui doivent donner aux touches le poids nécessaire. Le clavier est alors terminé.
- YII. — Là mécanique. 11 serait bien long et peu utile d’ailleurs d’énumérer toutes les opérations si minutieuses auxquelles donne lieu la construction de la mécanique. Citons seulement, par leur nom et dans l’ordre d’exécution des différents travaux, les sept opérations principales qui sont : la préparation des panneaux, la préparation des barres de châssis; le perçage ; le garnissage avec différentes étoffes et le montage des échappements; le garnissage des noix, la préparation des lames d’étouffoir, et enfin celle des marteaux.
- - VIII. — Montage de la mécanique. Lorsque les caisses sont vernies, elles arrivent à l’atelier des monteurs qui mettent en place les diverses pièces de la mécanique, ajustent le mouvement des pédales et le clavier; puis on règle la mécanique, et le piano reçoit deux autres accords.
- IX. — Égalisation. On procède alors à la dernière opération, celle de l’égalisation.
- L’égaliseur règle définitivement le mécanisme, il égalise les sons de l’instrument parmi lesquels on ne doit rencontrer ni trous, ni différences d’éclat, ni changement
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- de timbre. Le feutre qui garnit les marteaux peut ne pas avoir été serré avec une absolue régularité et en conséquence produit des sons un peu plus ou un peu moins brillants ; il est donc nécessaire de les régulariser. Pour y arriver on pique les marteaux avec un peigne composé de quatre ou cinq aiguilles. L’égalité est en quelque sorte la qualité par excellence d’un piano; elle est la marque essentielle d’une bonne facture et à cet égard celle des pianos de la maison Erard est absolument parfaite.
- On accorde le piano encore deux lois à courts intervalles.
- L’instrument est alors entièrement terminé, il n’a plus besoin que de recevoir, au moment de sa livraison, une dernière égalisation et un troisième vernissage.
- Telle est dans ses grandes lignes la fabrication si complexe d’un piano ainsi qu’elle est exécutée dans la manu-~ facture Erard.
- Ces pianos présentent une solidité exceptionnelle. Toutes ces qualités des pianos d’Erard peuvent leur être indéfiniment conservées, si on les entretient avec les soins nécessaires pour les mettre à l’abri d’accidents, que souvent, et bien à tort, on attribue à des défauts de fabrication.
- Le piano, étant fait de bois d’essences variées et possédant des organes dans la construction desquels entrent du drap, de la peau et du feutre, est très sensible aux variations atmosphériques auxquelles on doit chercher à le soustraire, afin de l’empêcher de se désaccorder et de perdre sa sonorité.
- L’humidité produit de funestes effets sur le piano et lui ôte la plupart des qualités qui en font le charme; elle rend le son mat et sourd ; sous son influence, les cordes s’oxydent et se cassent ; les articulations de la mécanique ne jouent plus librement dans leurs centres gonflés et le
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- frappé du marteau manque de précision. Ces détériorations, auxquelles le facteur parvient souvent à remédier, deviennent plus graves quand on ne l’a pas sous la main ; aussi faut-il, pour conjurer le mal, isoler l'instrument des murs et du plancher, et avoir la précaution de le tenir fermé et couvert quand on a cessé de jouer.
- On a souvent la malheureuse habitude de poser des objets sur le couvercle des pianos; c’est un tort, car on assourdit les sons, et il se produit déplus des frisements désagréables qui semblent venir de l’intérieur de l’instrument.
- L’accord doit être conservé avec le plus grand soin dans le piano, et demande à être vérifié tous les trois mois, et même plus souvent, quand le piano est neuf, car les cordes neuves s’allongent irrégulièrement. Quand l'instrument reste longtemps sans être accordé, le- diapason baissé et le son devient terne; alors l’accord ne peut lui être rendu d’une manière durable que s'il est établi au moins deux fois, à 12 ou 24 heures d’intervalle.
- Grâce à ces précautions, tous les pianos d’Érard sont susceptibles d’une très longue existence; nous disons tous, car tous sont fabriqués avec les mêmes matériaux et traités avec les mêmes soins. La différence de prix des instruments n’implique pas une différence de qualité, elle ne résulte, pour les pianos droits comme pour les pianos à queue, que de la différence des formats et de la puissance sonore.
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- ATELIERS ET CHANTIERS DE LA MAISON ERARD _ 112,rue de Flandre a paris.
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- DESCRIPTION DE LA UANUfAOTOBE
- • La manufacture Erard est située à Paris, rue de Flandre ;
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- on exécute toutes les opérations de la construction des
- pianos et des harpes dans les nombreux ateliers étagés des
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- divers bâtiments. L’espace occupé par la manufacture est
- très considérable, 20,000 mètres carrés dont 3,600 mètres carrés occupés par les constructions diverses ; les bâtiments sont séparés par de larges espace^afin de réduire les èhances d’incendie dans une usine qui contient un immense approvisionnement de matériaux aussi combus-
- tibles que le bois. La manufacture pourrait encore rece-
- voir de-plus grands développements, prévus du reste par
- l’extension sans cesse croissante de la fabrication.
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- Après avoir traversé la grande cour centrale, on trouve
- au fond une vaste superficie occupée par les chantiers, où les bois équarris des essences les plus variées sont disposés
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- en piles permettant une facile circulation de l’air; pendant
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- de longs mois ils sèchent, puis, une fois débités en planches, ils sèchent encore en piles à l’air libre, souvent pen-
- dant des années. Adroite se trouve situé un immense ma-
- gasin à étages dans lequel les diverses essences sont classées et où les bois continuent à sécher. De là, ils sont portés
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- sur des wagonnets dans un magnifique séchoir à trois
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- étages où un monte-charge hydraulique permet de les mettre aux places réservées à chaque essence et à chaque partie de l’instrument. Ce séchoir, où les bois sont rangés comme les livres dans une bibliothèque, contient un approvisionnement pour la construction de plusieurs milliers d’instrunïents de tous modèles. L’approvisionne-ment dans la manufacture représente une valeur de plus d’un million ; ce capital considérable se trouve du reste
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- bien employé, car c’est grâce à un séchage prolongé que
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- les bois ne jouent plus et permettent de construire des
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- instruments solides et d’une sonorité exceptionnelle; c’est dans cette conservation du bois que consiste en par-? tie le secret de l’excellente fabrication de la manufacture.
- Arrivons maintenant au travail mécanique du bois.
- Le débitage des bois s’effectue dans un atelier spécial pourvu des machines-outils les plus parfaites ; nous avons vu débiter avec une extrême précision les minces feuilles de placage venant des troncs des arbres les plus rares tels que palissandre, poirier, acajou, etc. Ce travail de débitage des bois de placage fait perdre en poussière environ 500/0 du poids du tronc de l’arbre; quand on songe au prix considérable de ces essences rares, on comprend la valeur de cette quantité de poussières ; aussi sont-elles recueillies dans un réservoir inférieur, et livrées à diverses industries qui en trouvent l’emploi. Tous ces bois débités vont ensuite dans des salles où ils subissent un nouveau séchage, ou bien ils passent aux ateliers spéciaux où s’effectuent le découpage des diverses pièces principales de l’instrument, le tournage et l’assemblage des différentes parties de la caisse, avec les machines les plus perfectionnées ; c’est là, par exemple, que s’exécutent l’assemblage de la partie cintrée de la caisse des pianos à queue, le débitage des pieds, consoles, etc., le collage des bois qui composent l’instrument; sauf pour les bois réservés à la caisse et aux accessoires, tous ceux préparés dans ces ateliers et destinés aux organes essentiels de l’instrument séjournent encore au séchoir, avant leur emploi dans les ateliers proprement dits de fabrication. Les diverses machines des ateliers à bois sont mises en action par une machine à vapeur d’une force de 60 chevaux. _
- Les ateliers, où s’exécute la fabrication déjà indiquée plus haut, sont situés dans les deux grandes constructions à cinq étages, qui se trouvent à droite et à gauche de l’entrée.
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- Le rez-de-chaussée du grand bâtimentvà deux ailes renferme un atelier important, celui des ferrures.
- C’est là que se font les principales ferrures et accessoires en métal des pianos, c’est-à-dire le sommier d’accro-che, les barres en fer, le châssis de fer, les sommiers de bronze, les poignées, flambeaux, pédales, roulettes, etc., que nous ayons vu appliquer successivement au piano dans sa fabrication.
- Nous attirerons principalement l’attention du lecteur sur le sommier de bronze qui est employé^our les pianos à queue de concert; ces instruments jouissent, grâce à ce sommier, d’une puissante sonorité. Ce sommier en bronze d’une qualité spéciale, est travaillé avec les plus grands soins; le prix de cette seule pièce, lequel est d’environ 500 francs, prouve les sacrifices que la maison Erard sait s’imposer pour arriver à fournir aux virtuoses les instruments qui font l’admiration du monde entier.
- Il nous serait impossible de décrire toutes les opérations exécutées dans ces ateliers ; nous avons du reste, en faisant connaître la fabrication du piano, indiqué les principales.
- Nous ne pouvons cependant manquer d’insister sur l’excellente division du travail, qui permet aux ouvriers d’acquérir une expérience considérable et d’exécuter avec une rare perfection les diverses parties du piano, se trouvant toujours chargés de la fabrication d’un même organe. Si nous nous arrêtons, par exemple, dans les ateliers où s’exécute la fabrication du clavier ou de la mécanique, cette-excellente méthode se manifeste d’une façon saisissante. L’exécution des opérations de fabrication de la mécanique constitue à elle seule une véritable industrie qui, dans des maisons spéciales, occupe un grand nombre d’ouvriers. Dans la manufacture Erard, des ouvriers, dont quelques-uns sont attachés à la maison depuis un
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- demi-siècle, ont formé par leur expérience des artistes d’une rare habileté, qui arrivent à une sûreté de main étonnante.
- Le nombre d’ouvriers qui travaillent dans la manufacture est très considérable et atteint 450 en moyenne. Fidèle aux traditions de Sébastien Erard, le chef de la maison, M. Blondel, continue à. employer, sous la direction des plus anciens ouvriers, des apprentis qui, dès le plus jeune âge, s’habituent à exécuter toutes les parties du piano et pourront, à leur tour, devenir d’habiles facteurs.
- Les ouvriers qui fabriquent les pianos Erard se trouvent dans des conditions de bien-être réel, par suite du prix élevé des salaires payés par la maison, le salaire de l’oiï-vrier n’étant jamais inférieur à 5 francs par jour et atteignant souvent 12 et 15 francs.
- Les magasins de vente des pianos sont situés à Paris, rue du Mail, dans un magnifique hôtel qui comprend la belle salle de concert si connue des dilettantes.
- Chaque année sont vendus plus de 1,500 pianos de divers modèles, dont 500 à queue.
- Le nombre des pianos sortant des manufactures de Paris et de Londres dépasse actuellement le chiffre de cent mille. En estimant la valeur moyenne de ces instruments, pianos à queue et pianos droits à 2,000 francs, on voit que les pianos livrés par la maison Erard dans le monde entier, représentent aujourd’hui une valeur de plus de deux cents millions. Malgré la concurrence acharnée des facteurs étrangers, qui livrent aujourd’hui des instruments à un prix qui prouve l’infériorité des matériaux employés et une fabrication trop rapide, la facture française a conservé le rang qu’elle a su acquérir, et là maison Erard voit tous les artistes continuer à lui être fidèles et à venir chercher dans sa manufacture ces instruments
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- précieux qui résument des efforts séculaires considérables, une grande intelligence artistique et une honnêteté scrupuleuse qu’on peut proposer comme exemples à tous les établissements industriels et auxquels nous sommes heureux d’avoir rendu un légitime hommage.
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- TABLE DES FIGURES INTERCALÉES DANS LE TEXTE
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- Piano
- Fig. I. Mécanisme du clavecin. ............................ 19
- Fig. II. Mécanisme à pilote simple pour pianos' à queue. . , 27
- Fig. III. Mécanisme à échappement pour pianos à queue. . 29
- Fig. IY. Mécanisme à double échappement pour pianos à queue 35
- Fig. V. Mécanisme Erard pour pianos droits ....... 45
- Harpe
- Fig. VI. Mécanique à crochet . . . . 53
- Fig. VII. Mécanique à fourchettes.......................... . 54
- Fig.| VIII. Mécanique à double mouvement, positions de la corde. 55
- Fig. IX. Mécanique à double mouvement, positions de la pédale. 56
- NOMENCLATURE DES PLANCHES
- HORS TEXTE
- Portrait de Sébastien Érard.
- Piano de l’Exposition universelle de Londres 1851. Piano de l’Exposition universelle de Paris 1878. Modèle d’un piano à queue.
- Modèle d’un piano droit.
- La harpe gothique Erard.
- La Manufacture Erard.
- La salle de concert Erard.
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- TABLE DES MATIÈRES
- Le piano et la maison Erard. . ................ 3
- CHAPITRE I
- Origine delà maison Erard, ses inventions et ses travaux ... 6
- CHAPITRE II
- Les ancêtres du piano................................ 16
- Clavecin mécanique de S. Erard................, . . 18
- Les organes essentiels du piano et leur fonctionnement .... 21
- Perfectionnements apportés dans le piano................... 25
- Mécanisme à pilote simple................................. 26
- Mécanisme à échappement................................... 29
- Mécanisme à double échappement des pianos à queue .... 33
- Mécanisme du piano droit .................................. 44
- Avantages du piano à queue sur le piano droit........ 48
- CHAPITRE III
- Harpe..................................................... 50
- Les divers systèmes de mécanique.......................... 52
- Mécanique à double mouvement............................... 55
- CHAPITRE IV
- Orgue.................... 59
- Jeu expressif.............................................. 62
- CHAPITRE V
- La Manufacture
- Les bois "et matériaux divers employés dans la construction du
- piano.................... ........ 64
- Fabrication du piano..................................... 66
- Description de la manufacture............................. 73
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- IMPRIMERIE
- Ch. MARÉCHAL et J. MOHTORIER
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