Mémoires du Bureau de consultation des arts
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- DES INVENTIONS,
- DÉCOUVERTES ET PERFECTÏONNEM E N S DANS DBS SCIENCES, ARTS ET MÉTIERS.
- TOME SECOND.
- CINQUIEME TRIMESTRE,
- ' VENDEMIAIRE, BRUMAIRE, FRIMAIRE,
- PREMIER CAHIER C VENDEMIAIRE,
- jvom. À compter de la prochaine livraison , cette [enveloppe sera un journal de librairie, qui annoncera [toutes les productions nouvelles, en littérature 9 mu** %ie , gravure, &c,-
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- O U R N Â L'
- DES INVENTIONS;
- DÉCOUVERTES ET PERFECTIONNEMENT
- DANS LES SCIENCES, ARTS ET MÉTIERS.
- TOME SECOND.
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- a paris;
- de L’ IMPRIMERIE DES ARTS.:
- TROISIEME ÀKNÉE DE DA REPUBLIQUE:'
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- On souscrit pour cet ouvrage , dont il paroi t deux livraisons par mois , chez Chemin fils , éditeur, rue Glatigny y n°, 10, en la Cité, au bas du Pont de la Raison. On y trouve le premier volume broché.
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- N°. 97*
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- JOURNAL
- DES INVENTIONS,
- DÉCOUVERTES ET PERFECTIONS EMENS
- DANS LES SCIENCES, ARTS ET MÉTIERS.
- CINQUIEME TRIMESTRE.
- AVIS DE L’ ÉDITEUR.
- On trouverai dans le second volume de cet ouvrage, comme dans le premier, le texte des rapports faits au bureau de consultation de» arts et métiers 5 de plus les rapports et instructions émanés de la représentation nationale et des autorités constituées, qui intéresseront directement les arts, et généralement tout ce qui méritera d’être placé dans ce recueil , consacré aux inventions et perfectionnemens jugés dignes des regards d’une nation industrieuse et éclairée.
- Autant qu’il sera possible, et autant que les artistes inventeurs voudront bien communiquer leurs dessins , ou permettre d’en prendre sur leurs machines , des gravures accompagneront les rapports qui en exigeront absolument pour être bien entendus. Au reste , nous aurons soin que les souscripteurs, reçoivent, soit en gravures ,*soit en texte, la valeur de leur abonnement 5 et c’est par ce motif de justice , qu’à compter de ce trimestre , nous donnerons, très-exactement y chaque mois deux cahiers qui seront ordinairement composés de trois feuilles d’impression, grand in-4° • L* prix de la souscription est toujours de 21 liv. par an pour Paris , et de 25 liv. pour les départemens, franc de port. Chaque cahier sera couvert d’une enveloppe qui annoncera toutes les productions nouvelles, en littérature , musique, gravure, etc. etc.
- bureau de consultation.
- Rapport sur une machine à diviser, et une autre à tailleries vis „
- du citoyen Jecker.
- JUe citoyen Jecker présente : i°. une machine à diviser les lignes droites en partie* égales j 2,0. le dessin d’une machine destinée à exécuter les vis , suivant un pas quelconque , avec une grande iée gularité. Nous allons donner une idée de ces deux machines.
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- Machine à diviser.
- Dans l'exécution d'une machine à diviser, les principales considérations qui doivent diriger l’artiste , sont : que le train qui porte la réglé à diviser puisse se mouvoir d’un mouvement doux et uniforme , sans aucune secousse ; si le train est mené par une vis , comme il l’est presque toujours, que les pas de cette vis soient égaux, et que l’inclinaison de chaque pas soit uniforme dans chaque contour; que les colliers qui contiennent les extrémités de cette vis, n'aient ni jeu ni ballottement dans aucun sens ; enfin qu’elle soit parfaitement droite.
- ïl faut encore que l’on puisse, par quelque moyen simple et sûr, donner à chaque division une grandeur égale ; que cette grandeur puisse être augmentée ou diminuée à volonté ; qu’enfm , par quelque pratique très-simple, chaque division, quelque petite qu’elle soit, puisse s’exécuter par le moyen de deux arrêts qui fixent le mouvement du train , au commencement et à la fin d’une divisjon ; ensorte que , sans presqu’aucune attention, la division puisse être exécutée très-exactement par l’ouvrier le moins intelligent.
- Telles sont les indications principales que le citoyen Jecker a cherché à remplir dans la machine qu’il présente ; il a travaillé* pendant cinq ans chez Ramsden, et ce sont les travaux de cet artiste célébré qu’il a cherché à naturaliser et à importer en France. Voici en quoi consiste la machine à diviser : sur une lame de fer qui forme semelle, s’élèvent à l’équerre plusieurs montans qui portent une seconde lame de fer horisontale , sur laquelle glisse le train de cuivre, auquel l’on attache la réglé ou l’instrument que l’on veut diviser.
- Ce train est retenu contre le champ de la lame de fer, d’un côté par des rouleaux , et de l’autre par deux ressorts. Il porte sur les deux plans de la lame en dessus par quatre roulettes, et en dessous par quatre ressorts : ensorte que le train , dans son mouvement, po rté d’un côté sur des rouleaux, et contenu du côté opposé par des ressorts , n’éprouve ni ressaut ni saccade , et se prête à toutes les irrégularités qu’il peut rencontrer. Le traçoir est porté par un montant de fer, et est formé de trois étriers > qui roulent à l’extrémité l’un de l’autre, au moyen de clous à vis à tête de pivot; la petite lame d’acier qui forme le tracelet peut se placer et s'ôtera à volonté, du dernier étrier.
- Une vis sans fin mene Je train , et est contenue à ses extrémités par des colliers de cuivre ; ces colliers ont au milieu une partie cylindrique , et se lerminentdes deux côtés en cônes tronqués, ensorte que la vis ne peut vaciller dans aucun sens.
- Cette vis, portée à ses deux extrémités par deux montans verticaux, sç,termine en dehors de ses soutiens, d’un côte par un-
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- cadran formant micromètre , qui marque les portions les pîiis ' petites d’un tour de yis $ de l’autre, par deux roues dentées , accolées l’une à l’autre, et qui enarbrées sur l’axe de la vis , servent à; communiquer à cette vis le mouvement de rotation qu’elles reçoivent d’un petit mécanisme que nous allons tâcher de décrire.
- L’axe de la vis finit au centre des deux roues dentées ; mais dans la prolongation de cet axe, est placée une bobine terminée à une ou deux lignes des roues dentées par un cercle de cuivre j à l’extrémité d’un diamètre de ce cercle , est un dédit à ressorts , qui engraine , dans un sens , une des roues dentées , et qui, par conséquent , fait tourner la roue et la vis lorque la bobine tourne d’un côté : mais lorsque la bobine tourne dans le sens opposé , le dédit glisse le long des dents de la roue dentée. A l’extrémité opposée du diamètre où est placé le dédit, est attachée , en dehors du cercle , une cheville qui vient frapper sur la tête d’une petite barre verticale , lorsque la bobine marche dans un sens opposé à celui de Pen-grainage qui mene la vis ; cette cheville et cette barre sont destinées, par conséquent, à arrêter le mouvement dans le retour de la bobine.
- La barre verticale est composée de plusieurs pièces $ sa tête peut s’élever plus ou moins, au moyen d’une vis, pour-régler l’étendue des divisions $ elle peut tourner autour de son extrémité inférieure, et y tourne effectivement, comme nous allons le voir tout à-l’heure , pour laisser passer la cheville lorsque la bobine mene la vis , parce (pie dans les divisions plus grandes que le pas de la vis, il faut que la cheville fasse pour chaque division plus d’un tour entier, ce qui ne pourroit s’exécuter si la barre ne s’éloignoit pas pour lui donner passage.
- Nous avons dit que la bobine , en tournant dans un sens , faisait tourner la vis de division au moyen d’un dédit qui engraine les roues dentées, enarbrées à l’extrémité dé l’axe de la vis : le mouvement se donne dans ce sens , au ufoyen d’une corde roulée autour de la bobine , qui soutient à son extrémhé inférieure un levier à pédale. Lorsqu’on presse la pédale , le dédit fait marcher la vis de division jusqu’à un arrêt. Pour lors l’on cesse de presser sur la pédale , et la bobine est ramenée dans le sens opposé par un tambour à ressort, tels que ceux des montres, jusqu’à ce que la petite cheville frappe* sur la tête de la barre verticale.
- L’axe du tambour à ressort est fixe, et paradèle à celui de la bobine ; il est taillé en vis et mene dans la rotation du tambour un petit cercle de cuivre formant écrou. Ce cercle s’avance vers les roues dentées qui mènent la vis de division , lorsque l’on fait' tourner la bobine dans le sens qui tend le ressort du tambour Arrivé proche des roues dentées, une petite cheville , placée sur le plan de cet écrou , saisit un dédit qui, s’engageant pour lors sur les roues dentées > arrête le mouvement de la yis. L’on cesse pour lors dap^ -
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- puyer sur la pédale, et le tambour ramené la cheville dans le sens opposé, jusqu’à ce qu’elle frappe sur la tête de la petite barre verticale.
- L’on voit, par cette construction , qu’en tendant plus ou moms, au commencement de l’opération, le ressort du tambour, la cheville de l’écrou qui, en appuyant sur un dédit, doit arrêter la vis de division, a plus ou moins de chemin à parcourir avant d’agir sur ce dédit ; et que par-là l’on peut donner à chaque division la longueur que l’on voudra. Cette longueur se détermine ensuite avec plus de précision, en élevant ou en baissant la tête de la petite barre sur laquelle frappe la cheville qui arrête le retour du mouvement, et fixe le commencement de chaque partie de la division.
- Nous avons dit que la petite barre verticale, qui arrêtoit le retour du mouvement, devoit avoir un mouvement de rotation autour de son extrémité inférieure. Cette opération s’exécute facilement, au moyen d’un anneau soudé à cette barre qui s’accole librement, et est mené par l’écrou qui marche sur la vis du tambour; ce qui oblige la barre de suivre les mouvernens de l’écrou. La barre, en outre , est brisée en deux parties qui peuvent s’incliner et s’arrêter solidement l’une sur l’autre, pour pouvoir placer la tête de cette barre sous la cheville , au moment où la cheville doit frapper sur cette tête, sans que sa position contrarie les autres parties de l’opération.
- Telle est la machine ingénieuse présentée par le citoyen Jecker. Cette machine est à-peu-près celle qu’il a vue chez Ramsden, et dont il a ôté et changé quelques parties qui lui auroient occasionné trop de dépenses, et auxquelles il auroit fallu sacrifier un tems dont la situation difficile d’un jeune ouvrier l’a obligé de faire un autre usage ; mais telle qu’elle est, elle remplit l’objet auquel il la destinoit, et il divise, avec cette machine, dans moins«de quinze minutes , un quart de métré en millimétrés, arec toute la précaution que peuyënt exiger des mesures usuelles.
- Machine à tailleries vis.
- L’on sait que la précision avec laquelle l’on peut espérer de diviser lesinstrumens mathématiques de tous les genres, etsur-tout les micromètres, dépend presque en entier de la perfection des vis. C’est ce qui a engagé depuis îong-tems les diffërens artistes qui construisent ces sortes a instrumens, et les savans qui en font usage , à chercher quelques moyens mécaniques de construire une première *vis qui fût exacte ; mais toutes leurs méthodes n’ont été que des tatomiemens plus ou moins ingénieux. Celle que présente aujourd’hui le citoyen Jecker est simple, directe et fondée sur la figure que la théorie donne à la vis. Il dit l’avoir vue exécutée dans l’attelier de Ramsden; que c’est celle dont cet artiste fait ordinairement usage, quoiqu’elle n’ait rien de commun ayec la machine à tailler les vis
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- publiée dans ia collection des machines de Ramsden, et dont le citoyen Lalande a donné une traduction avec figures , en 1790.
- Voici enquoi consiste la machine dont le citoyen Jecker présenté
- k Surine semelle de fer très-solide , s’élèvent deux mon tans oui soutiennent les extrémités du cylindre destiné à être tadie en vis. A une des extrémités du cylindre est une manivelle j a i autre extrémité , une roue dentée , qui engraine une autre roue dentee, dont le plan est perpendiculaire à celui de la première. Cette seconde roue fait tourner une vis sans fin, qui inene un train brisé, dont une 1 i -______________________ •___„ à i’aTfv dp r.ptte vis * mais
- relativement à ia première , l'inclinaison que . — ----- —
- fixer solidement dans cetre situation. Le cote de cette deuxieme partie presse, dans sa marche, le tram de 1 outil, le long d un prisme de fer triangulaire, établi solidement et parallèlement au cylindre sur lequel l’on veut tailler la vis. Il est facile, d apres cette description , en jettant un coup d’œil sur la ligure (1) d avoir une
- ^En^oiirnanfk manivelle fixée i. l’extrémité du cylindre destiné à former la vis, l’on fait en même-tems tourner la roue dentee placée à l’autre extrémité de l’axe de ce cylindre ; cette roue engraine une seconde roue qui a pour axe la vis qui mene un train brise , qm presse parallèlement au cylindre delà vis à tailler, I extrémité dei outil nui creuse le pas. Delà il résulte que, comme le mouvement de rotation ne peut avoir beaucoup d’irrégularités , si la vis qui mene le train est exacte , la nouvelle vis le sera aussi ; mais comme 1 on peut donner à la partie du train brisé qui pousse la boete de outil, L inclinaison que l’on voudra, l’on pourra donner entre e mouvement
- rectiliene^de l’outil, et le mouvement de rotation de la vrs dont on formeSle pas, le rapport que l’on voudra , et par-la , établir sur la même machine une vis d’un pas quelconque. Il paroitroit cependant, dWrCet exposé, que l’exécution de la nouvelle vis exigerait une orande perfection dans celle qui mene le tram brise ; mais le citoyen Jecker nous a fait observer qu’en diminuant le diamètre de la roue qui mene la vis du train brisé , et augmentant celui de la roue enar-brée sur le cylindre où l’on creuse le pas de vis , l on peut dans a même proportion diminuer l’inclinaison de là partie du tram brise : delà il arrive que, sans changer les pas de la vis à construire , e train brisé peut pa xmrir une grande longueur ou un grand nom re d" pas de lf vis qui ic mene pour chaquepasde celle que 1 on forme , et qu’ainsi, à moins que la vis qui mene le train brise ne soit^r , défectueuse celle que l’on forme ne peut avoir que peu d irre^n a rités! et qufen se seyant ensuite d’une vis formée par le procédé qm
- (0 L’artiste n’ayant qu’un dessin imparfait, n’a pas crudevoir enpe^mettrela gravure.
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- précédé , pour en tailler mie seconde, cette seconde ne pourra avoir des défauts sensibles.
- Nous venons de rendre compte au bureau des deux machines sur lesquelles le citoyen Jecker fonde ses droits aux récompenses nationales. C’est de la perfection de ces deux machines que dépend celle des micromètres et de presque tons les instrumens de mathématiques j nous avons vu que la machine à diviser a été construite d’après lesdifféren tes réflexions qui doivent dirigerunartiste intelligent, quoiqu’elle différé beaucoup de celle que l’on trouve gravée dans le recueil des machines de Ramsden. Le citoyen Jecker annonce qu’il n’a fait que déplacer quelques parties des machines à diviser qu’il a vues chez ce célébré artiste ; qu’en supprimer quelques autres dont l’exécution auroit exigé des outils qu’il n’avoit pas à sa disposition, ou consommé un tems dont il étoit forcé de faire un autre usage.
- La seconde machine destinée à tailler les vis est si inple, ingénieuse, et fondée sur la figure théorique de la vis : c’est un train portant l’outil qui creuse le pas, en parcourant d’un mouvement uniforme une ligne droite parallèle à l’axe de la vis que l’on veut établir, tandis que la vis même tourne d’un mouvement uniforme autour de ce même axe : cette machine, que le citoyen Jecker a vue exécutée dans l’attelier de Ramsden, n’a aucun rapport avec celle qui est gravée dans le recueil que nous avons déjà cité.
- D’après ces considérations, nous croyons que le citoyen Jecker, qui communique tout ce qu’il a pu apprendre ou trouver lui même, avec autant de facilité que de modestie, a été très-utile en important en France les deux machines dont nous venons de donner les détails; qu’il pourra rendre de grands services dans l’art difficile de perfectionner les instrumens de mathématiques , .si sa situation difficile n’étouffe pas son talent; qu’enfin il doit être compté parmi les artistes qui ont importé en France des machines ou des inventions utiles, et auxquels la loi accorde des récompenses ; qu’il mérite d’être placé dans la deuxième classe , et qu’il mérite le maximum de cette classe , c’est- à-dire , 3,ooo livres.
- Fait au bureau de consultation , le 14 Messidor, l’an 2 de la république une et indivisible. Signés Coulomb , Lagrange.
- Collationné y etc. Dumas, vice-secrétaire.
- Le citoyen Jecker demeure rue du Chevet-Landry, n°. 9, en la Cité,
- Avis motive.
- «c Le bureau de consultation des arts et métiers, après avoir en-» tendu le rapport de ses commissaires sur une machine à diviser « les ignés droites , exécutée par le citoyen Jecker, et sur une ma-» chine à faire les vis, dont il présente le dessin ; considérant que
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- >* ces deux machines sont construites d’après les principales obser-5» vations théoriques et pratiques qui peuvent mener à. leur per-fection ; qu’elles sont déjà établies chez l’étranger ; que de la 55 justesse de ces deux machines dépend celle de presque tous les 3» instrumens de mathématiques; que le citoyen Jecker, en les 33 établissant en France , sert utilement la république ; que son ha-33 bileté le met en état d’exécuter lui-même beaucoup d’autres ob-3» jets, dont un travail de cinq ans dans l’attelier de Ramsden lui 33 a donné connoissance ; et qu’il ne manque à ce jeune artiste que 33 d’être aidé dans un premier établissement; considérant enfin qu’il 3» est dans le cas de la loi qui fait concourir aux récompenses na-33 tionales tous ceux qui importent de l’étranger en France des dé-33 couvertes et des machines utiles; est d’avis que ce citoyen doit 3> être placé dans la seconde classe des récompenses nationales, et 3» qu’il mérite le maximum de cette classe , c’est-à-dire, 3,000 liv. ; 39 se réservant le bureau de prononcer une plus ample récompense , 33 s’il y a lieu, après inexécution de la machine à tailler les vis 33 dont il a présenté le projet 33.
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- CONVENTION NATIONALE.
- Rapport sur les préparations et la dessiccation des pojnmes de terre , fait au nom du comité d’agriculture , par J. M. Coupé ( de l’Oise). y
- Citoyens, la pomme de terre a obtenu cette année une plantation très-étendue ; sa culture est devenue générale, et nous la voyons réussir parfaitement. Ses produits seront considérables, et vont offrir les ressources les plus abondantes. Nous devons être rassurés à cet égard.
- Cependant, les citoyens économes et prévoyans s’occupent encore des mtfyens de prolonger cette abondance , en prévenant l’altération qui arrive à la pomme de terre , à la saison nouvelle , et en fixant, par leurs préparations, sa substance nutritive pour plusieurs années.
- Nombre de personnes s’en sont déjà occupées avec des succès auxquels le public a applaudi. Le citoyen Grenet vient aussi vous présenter ses propres expériences et son procédé pour conserver mieux encore la substance de la pomme de terre, avec son goût et sa saveur, pendant plusieurs années de suite , et la faire servir en toute saison à nous nourrir.
- On commît l’extraction de la fécule de la pomme de terre, qui se fait en la rapant crup,-et la délayant par des lavages multipliés. Mais , par celte opération, il s’en fait une déperdition de sept hui-Tome II. S
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- tiemes , et la substance farineuse que Ton obtient est sans saveur et sans goût.
- On a tra vaille à conserver toute la substance de la pomme de terre avec sa partie' fibreuse, qui est aussi légère et aussi nourrissante que la fecule, en la divsant par tranches, et la faisant convenablement dessecher.
- Le citoyen Grenet croit devoir'les faire cuire auparavant; et comme elles perdent de leur saveur dans l’eau, il a imaginé de les faire cuire à la vapeur de l’eau bouillante, ou mieux encore sur des claies dans le four.
- Quand les pommes de terre sont cuites, il les pele et en met cinq ou six à la fois dans un cylindre de fer-blanc, percé alentour de petits trous ; et les foulant ensuite avec un piston comme dans une seringue, toute la pâte en sort en se filiérant : il étale ensuite légèrement ces vermicelles avec une petite pointe de bois sur des caisses de papier d’un pied de long environ, et il en fait la dessiccation au poêle pendant l'hiver, ou plus en grand dans un four.
- Il ne faut point pousser trop loin la dessiccation ; le vrai point qui lui convient est lorsque les vermicelles paroissent d’une couleur jaune , et se broient facilement sons les doigts ; et pour en former un grain égal et semblable à du riz, il faut les passer par un crible ou. un gros tamis : on emplit des sacs de papier ou de toile que l’on place dans des endroits secs.
- Soit qu’on la laisse sous cette forme granulée , ou qu’on la convertisse en farine , elle se trouve ainsi toute cuite et disposée pour être préparée comme du riz, du vermicelle, dans du lait ou du bouillon , et en former sur le champ un aliment plus léger que les bouillit sde fai ineuxerus : il est beaucoup plus avantageux pour les vieillards et les en fans.
- Les différentes dessiccations.des pommes de terre peuvent être une ressource utile pour les années où la rareté des subsistances avertit de se munir de provisions; mais dans les années ordinaires , où l’on ne sent ra pas la même nécessité, on négligera de se livrer à tons ces soins : la pomme de terre elle-même aura toujours la préférence ; on s en servira tant qu’elle durera; et il y a des especes tardives qui paroisse nt dès que les anciennes finissent. On vient d’en présenter de nouvelles au comité d’agriculture.
- Cependant il est bon qu’on connoisseces préparations de ménage , qu’on les publie, pour pouvoir, au besoin , profiter de leurs avantages réels. On ne pense pas que la République doive se charger de les faire exécuter en grand, ainsi qu’on le propose, mais il faut
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- laisser ce soin à l’industrie des particuliers. Le citoyen Grenet mérite des éloges pour ses recherches et ses expériences en cette partie : elles pourront être utiles, sans doute, pour les marins, et les bonnes ménagères lui sauront gré de les avoir publiées..
- Le comité d’agriculture propose à la Convention nationale de lui décerner une mention honorable, et de répandre par la voie du bulletin cet exposé sommaire de ses procédés.
- Décret.
- « La Convention nationale, après avoir entendu le rapport de son comité d'agriculture , décrété la mention honorable en faveur du citoyen Grenet, pour les expériences qu’il a faites, et les essais qu’il a présentés sur les préparations économiques des pommes de terre, et ordonne l’impression de ce rapport
- Rapport sur le thèlègraphe du citoyen Chappe , fait par Lakanal,
- le z y Juillet 1799, au nom du comité d’instruction publique 3 et
- de la commission nommée par le déci'et du zy Avril dernier.
- La Convention, nationale , par son décret du 2,7 Avril dernier, a chargé trois membres de son comité d’instruction publique de suivre le procédé présenté par le citoyen Chappe, pour correspondre ra-pidement à de grandes distances.
- Je viens , au nom de ces trois commissaires, vous soumettre le résultat de nos opérations.
- Depuis plusieurs années, le citoyen Chappe travailloit à perfectionner le langage des signaux, convaincu que porté au degré de perfection dont il est susceptible, il peut être d’une grande utilité dans une foule de circonstances , et sur-tout dans les guerres de terre et de mer, où de promptes communications et la rapide con-noissance des manœuvres peuvent avoir une grande influence sur le succès.
- Après une longue suite d’expériences, ce physicien laborieux est parvenu à former un nouveau système de signaux qui allie à la célérité des procédés la rigueur des résultats.
- Pour s’en former une idée exacte , il est nécessaire de décrire l’appareil dont il se sert.
- Son thélégraphe est composé d’un châssis ou régulateur qui forme un parallélogramme trè&'-alongé ; il est garni de lames a la maniéré des persiennes, et ajusté par son centre à l’extrémité de son axe.
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- Ce châssis mobile supporte deux ailes dont le dé veloppement s’effectue en différens sens. L’arbre qui soutient le régulateur roule sur un pivot et est maintenu à la hauteur de dix pieds par des jambes de force. Le mécanisme est tel que la manœuvre se fait sans peine et avec célérité , au moyen d’une double manivelle placée à hauteur convenable.
- L’analyse des différentes positions du thélégraphe que je viens de décrire 3 présente cent signaux, par Alternent prononcés. Le tableau représentatif des caractères qui les distinguent, compose une méthode tachygraphique que je 11e pourroi's développer ici, sans ravir à son auteur une propriété , fruit de ses longues et pénibles méditations.
- La découverte que je vous annonce" n’est pas seulement une spéculation ingénieuse'; ses résultats ne laissent aucune équivoque sur la transmission littérale des différens caractères propres au langage des signes.
- Pour obtenir des résultats concluans, vos commissaires, accompagnés de plusieurs savans et artistes célébrés, ont fait l’expérience du procédé sur une ligne de correspondance de huit à neuf lieues de longueur.
- Les vedettes étoientplacées, la première dans le parc de Pelletier-Saint-Fargeau , à Mesnilmontant, la deuxieme, sur les hauteurs. d’Écouan, et la troisième, à Saint-Martin*du-Thertre.
- Voici le résultat de l’expérience faite le 12. de ce mois :
- Nous occupions, le citoyen Ârbogast et moi, le poste de Saint-Martin-du-Thertre ; notre collègue Daunbu étoit placé à celui du parc Saint-Fargeau , qui en est distant de huit lieues et demie.
- A quatre heures vingt-six minutes, nous arborâmes le signal d’activité; le poste de Saint-Fargeau obtint la paroic^ et nous transmit en onze minutes, avec une grande fidélité , la dépêche suivante :
- a Daunou est arrivé ici; il annonce que la Convention nationale vient d’autoriser son comité de sûreté générale à apposer les scellés sur les papiers des députés 35.
- Le poste de Saint-Fargeau reçut de nous, en neuf minutes , la lettre suivante :
- « Les habitàns de cette belle contrée sont dignes de la liberté, par leur respect pour la Convention nationale et sesloix 33.
- Nous continuâmes de correspondre ayec succès, jusqu’à ce que
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- la vedette d’Ecouan eût arboré le signal d’impossibilité de transmission.
- Dans les dépêches, il se glisse quelquefois des fautes partielles , par le peu d’attention ou l’inexpérience de quelques agens. La méthode tachygraphique de Chappe offre un m.oy(en sur et rapide de les rectifier.
- Il'est souvent essentiel de cacher aux observateurs intermédiaires placés sur la ligne de correspondance le sens des dépêches. Le citoyen Chappe est parvenu à n’initier dans le secret de l’opération que les stationnaires placés aux deux extrémités de là ligne.
- Le tems employé pour la transmission et la révision de chaque signal, d’un poste à l’autre , peut être estimé, en prenant le moyen terme , à vingt secondes ; ainsi , dans treize minutes quarante secondes, la transmission d’une dépêche ordinaire pourroit se faire de Valenciennes à Paris.
- Le prix de chaque machine, en y comprenant les appareils de nuit, pourroit monter à 6000 livres; d’où il résulte qu’avec une somme de 96,000 livres , on peut réaliser cet établissement d’ici aux frontières du nord ; et, en déduisant de cette somme Je montant des télescopes et pendules à secondes, que la nation n’a pas besoin d’acquérir, elle est réduite à 58,400 livres.
- Vos commissaires on pensé que vous vous empresseriez de nationaliser cette intéressante découverte, et que vous préféreriez à des moyens lents et dispendieux , un procédé propre à communiquer rapidement à de grandes distances, tout ce qui peut faire le sujet d’une correspondance.
- Ils pensent que vous 31e négligerez pas cette occasion d’encourager les sciences utiles; si leur foule épouvantée s’éloignoit jamais de vous , le fanatisme releveroit bientôt ses autels, et la servitude cou-vriroit la terre. Rien en effet ne travaille plus puissamment pour les intérêts de la tyannie , que l’ignorance.
- Décrep
- « La Convention nationale accorde au citoyen Chappe le titre d’ineénieur thélégraphe , aux appointemens de lieutenant du génie.
- « Charge son comité de salut public , d’examiner quelles sont les lignes de correspondance qu’il importe à la République d’établir, dans les circonstances présentes.
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- Nouveau rapport, fait le 3o thermidor , au nom du comité de salut public ; sur la perfection du thèlégraphe.
- Un moyen ingénieux, inventé pour transmettre la pensée par un langage particulier qui, se répétant de proche en proche à des machines distantes l’une de l’autre de quatre ou cinq lieues, et qui arrivent en quelques minutes à des distances très-éloignées , fait honneur aux lumières de ce siecle , et son exécution est votre ouvrage. L’essai de cette invention fut fait l’année derniere en présence de commissaires nommés par la Convention. Sur !e rapport avantageux qu’ils en firent, le comité mit tous ses soins à établir par ce procédé une communication entre Paris et les places de la frontière du Nord, en commençant par la place de Lille.
- Près d’une année a été employée à réunir les instrumens nécessaires à former les établissernens des machines, à les manœuvrer, et à instruire les hommes nécessaires à ce service.
- Aujourd’hui, ce service est tellement monté , qu’on peut écrire à Lille toute correspondance sur toute espece d’objets , exprimer quelque chose que ce soit, même les noms propres, et en recevoir la réponse, et recommencer plusieurs fois le même jour.
- Ces machines , qui sont de l’invention du citoyen Chappe, ont été exécutées sous ses regards : c’est lui qui en conduit les manœuvres à Paris.
- Elles ont l’avantage de résister aux mouvemens de l’atmosphere et à l’intempérie des saisons , et il n’y a d’interruption que dans les momens d’un très-mauvais teins, qui dérobe la vue des objets et des signes.
- On conçoit quels avantages généraux peuvent résulter de machines de ce genre, pour établir des communications faciles entre les parties les plus éloignées de la République. Par cette invention , les distances des lieux s’évanouissent en quelque sorte, tontes les communications de correspondance se font avec la rapidité de la vue ; et l’on conçoit combien les opérations du gouvernement peuvent eri recevoir de facilités. C’est un moyen qui tend à consolider l’unité de la république par la liaison intime et subite qu’elle donne à toutes ses parties.
- Le plus grand avantage que l’on retire de cette correspondance, c’est que, lorsqu’on le désire, elle n’est connue que des deux extrémités 5 ensorte qu’aujourd’hui le comité de salut public peut corres-
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- pondre avec le représentant du peuple qui est à Lille , sans que personne en connoisse l’objet j d’où il résulte que, dans un cas de siège, nous saurions ici tout ce qui se passeroit à Lille , et nous pourrions transmettre des décrets de la Convention , sans que les ennemis pussent les connoître et s’y opposer.
- Les peuples modernes , par l’imprimerie, par la poudre , par la boussole et par la langue des signes thélégraphiques, ont fait évanouir les plus grands obstacles qui s’opposoient à la civilisation des hommes, et à leur réunion en grandes républiques : c’est ainsi que les arts et les sciences servent la liberté.
- Nous avons cru devoir tracer aujourd’hui quelques lignes sur cette machine thélégraphique. Malgré les. lumières qui caractérisent la fin du dix - huitième siecle, les inventions modernes ne sont pas à l’abri des accusations ridicules dont les plus grandes conceptions du génie ont été frappées dans d’autres siècles. C’est aux législateurs à faire cesser les clameurs de l’ignorance ou les inquiétudes de la curiosité ; c’est à la Convention nationale à encourager les arts et les sciences. On a toujours regardé comme les bienfaiteurs de la patrie les citoyens qui contribuent à étendre les connoissances, ou à utiliser tous les résultats des arts et dçs sciences.
- BUREAU DE CONSULTATION.
- Rjffort sur une nouvelle culture de la soie , par le procédé de feu Bertliezen et de la citoyenne Laplasse, son associée.
- Citoyens , vous avez chargé vos commissaires de vous rendre compte des droits que la citoyenne Laplasse peut avoir aux récompenses nationales ; et notre premier soin ayant été d’examiner si elle avoit rempli à cet ég trd les formalités nécessaires , nous avons vérifié qu’elle a satisfait à tout ce qui est prescrit par la loi.
- L’objet sur lequel cette citoyenne fonde sa demande est le même qui vous avoit été présenté par feu Berthezen, artiste étranger, que differentes sociétés savantes s’étoient empressées d’accueillir et de couronner.
- Aujourd’hui la citoyenne Laplasse , son associée, compagne de tous ses travaux , et héritière de ses ta le ns ainsi que de ses manuscrits , vient offrir à la nation de lui rendre un procédé important que la République a pensé perdre par la mort inopinée de cet artiste.
- Ce procédé consiste en une infinité de recherches précieuses dans tout ce qui tient à l’exploitation de la soie, depuis la culture du
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- mûrier et l’éducation des vers, jusqu’à la récolte complette de la production utile de cet insecte merveilleux (i), dont la vie n’est qu’un travail perpétuel , et qui fournit la matière première d’une des plus riches branches de commerce ; industrie trop négligée en France , qui a attiré l’attention de beaucoup d’autres nations, dont le climat cependant lui est moins favorable, et pour laquelle, jusqu’ici , nous avons payé un impôt énorme à l’étranger.
- En vain éléveroit-on contre cette utile production les frivoles objections qu’une fausse politique se permet aujourd’hui contre tout ce qui paroit tenir de trop près aux fabrications de luxe. Le luxe n’existe pas là où il n’y a que l’emploi d’une production clu sol et d’une industrie nationale ; ce n’est qu’une jouissance de plus, ce n’est qu’ajouter aux moyens d’occuper les bras, et de nous procurer de riches échanges avec nos voisins , ou même de les rendre tributaires de notre génie et de notre commerce ! Tels sont les bienfaits que présente la culture de la soie : elle est un des pins riches domaines du peuple ; et si les somptueuses étoffes qu’elle produit ne sont plus, dans ce moment , à l’ordre du jour pour l’usage ordinaire de nos républicains , ces fabrications n’en seront pas moins recherchées par les étrangers; d’ailleurs les bas, les rubans, les étoffes légères , toutes cëiles qui dans, l’usage, quoique plus cheres , présentent plus de solidité , sont l’aliment nécessaire d’une industrie qui est toute populaire. Ces fabrications fourniront toujours une consommation immense, qui suffit pour rendre très-importante aux yeux de l’habile administrateur, une culture qui joint à ces avantages celui de n’occuper qu’une partie presquInutile de nos champs,
- (1) Tout intéresse dans ce précieux insecte (1) , depuis l’instant de sa naissance jusqu’à celui de sa reproduction, qui est le terme de sa vie. C’est un tissu de merveilles qui ont toujours excité les regards et l’admiration des plus grands hommes, des naturalistes, des physiciens et des philosophes. Le sexe aimable lui prodigue avec zèle ses soins délicats et recherchés, et il- semble les préférer. On a du moins remarqué qu’il prospéroit mieux entre ses mains,* aussi n’est-il pas ingrat, puisqu’il lui fournit la matière de ses plus élégantes et tout à la fois de ses plus belles et de ses plus riches parures. Matière incomparable , dit May et, qui offre à l’oeil et an toucher un éclat non moins animé , une surface non moins douce et polie que les appas qu’elle dérobe. — Le ver à soie est sorti des mains de l’Etre suprême plus parfait que tous les autres insectes , nous allions presque dire que toutes les autres créatures. — L’abeille , tant de fois célébrée , a de grandes vertus , mais elle a aussi des vices bien marqués : celui qu’elle laisse le plus appercevoir est la vengeance ; elle n’est satisfaite que lorsqu’elle est parvenue à l’exercer. A la vérité elle en est bien sévèrement punie , puisque i’ins-trument de cette vengeance est celui de sa mort. — Le ver à soie , au contraire , n’a reçu du créateur aucune arme offensive. Il est par conséquent dans l’heureuse impuissance de faire le plus léger inal à qui (jue ce soit. Ses inclinations, ses mœurs, ses goûts , ses travaux sont uniquement dirigés vers futilité générale. Il ne perd aucun instant de son existence ; il semble même qu’il en accéléré la fin pour hâter nos jouissances!
- „(i) Rapport du citoyen Lefebvre.
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- et dont le résultat précieux est d’employer fructueusement une quantité énorme de bras, pris dans la classe la plus foible, et par conséquent la plus intéressante 7 celle des femmes et des en-fans.
- Réfléchissons enfin que, sous l’ancien régime , la soie formoit un objet d’importation de plus de vingt millions chaque année; et pouf donner au procédé qui nous est présenté toute l’importance qu’il mérite, souvenons-nous que, sous ce point de vue général, nous ne pouvons trop favoriser et estimer une découverte qui non-seulement peut nous éviter ce besoin rigoureux, mais nous fournir des moyens d’exportation très-lucratifs, en créant dans les terreins les moins productifs de la République, une nouvelle industrie, qui y répandra l’activité et l’abondance. Tels sont les avantages que présente le procédé qui est dû aux soins et aux travaux de feu Berthezen et de la citoyenne Laplasse. Berthezen s’étoit livré tout entier à la théorie, et la compagne courageuse de ses travaux s’étoit occupée spécialement delà pratique danslesopérationsdélicates etvétilleuses qu’exige un procédé dont les détails sont tous très-difficiles à saisir. Ces deux artistes réunis, après de longues observations, étoienfc parvenus à étudier les vers à soie d’une maniéré particulière ; ils avoient trouvé le moyen de les faire éclore tous ensemble , d’une façon uniforme et sans perte de graine. Ils savoient distinguer, dès les premiers jours de leur naissance, les vers inutiles ; ils reconnois* soient leur sexe dans l’état de ver $ ils suivoient leur état de santé , connoissôient celui de maladie, en çlistinguoient les différentes sortes, et savoient y appliquer les remedes convenables.
- Les coçons, obtenus par ces éducations, sont de la plus grande beauté ; les plus foibles pesent ordinairement de cinq à sept grains, et les mieux soignés de sept à dix. Il paroît même constant qu’il est possible de parvenir à en avoir en grand nombre du poids de quatorze grains, sans bourre ni chrysalides. Berthezen a perfectionné différens procédés et machines, dont l’une propre à conserver la graine des vers dans les hivers les plus rigoureux ; l’autre à améliorer et rendre leur éducation plus parfaite ; une troisième pour fa-r ciliter leur filage et les empêcher d’errer lorsqu’ils filent; une quatrième , pour qu’ils ne perdent pas leur soie et donnent des cocons presque sans bourre; une cinquième, pour étouffer les chrysalides sans endommager la couleur de la soie , ni altérer sa qualité; une' sixième, pour la filer d’une maniéré plus parfaite et plus économique, avec laquelle on connoît le nombre des tours du dévidoir, celui des aunes de longueur du brin de chaque écheveau et son poids total, à mesure qu’on tire la soie ; une septième , pour filer la soie bien ronde à un seul bout ou à trois bouts ; enfin , une remarque très importante à faire, c’est que par la connoissance qu’il avoitdu sexe et de l’espece du ver aussi-tôt qu’il étoitné, ainsique parle soin Home U% C
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- particulier cju’il en savoitprendre, Berthezen choisissoit, améliorent et multiplioit à son gré la graine clés vers blancs , dont la soie a été trouvée supérieure à celle de Piémont et de Nankin. Le citoyen Broussonnet , dans un rapport qu’il a fait à la société d’agriculture , le 10 février 1791 , et où il lui rencloit compte en détail des différentes opérations dont les commissaires nommés par elle avoient vérifié l’exactitude, ajoutoit : Une seule de ces inventions suffîroit sans doute pour mériter la reconnaissance publique à son auteur /
- Mais ce 11’étoit pas encore assez pour Berthezen : cet artiste avoit poussé plus loin ses recherches.
- Ffappé des abus sans nombre, des erreurs et préjugés qui étoient établis par-tout, et dont se trouvoient remplis tous les écrits, qui avoient été publiés sur cette importante matière , et qui, par cette raison , s’étoient perpétués jusqu’alors, Berthezen. s’é toit proposé de les combattre par des raisonnemens fondés sur les principes de la plus saine physique , et de diminuer du moins, s’il ne pouvoit totalement détruire ces préjugés par des faits , sur l’existence desquels des expériences multipliées et suivies avec la plus rigoureuse assiduité et la plus sévere exactitude , ne permettroient" cl’élevei aucun doute.
- Parmi ces nombreux préjugés , celui qui lui a paru devoir être attaqué le premier, est que les climats chauds sont les plus propres à l’éducation du ver à soie. .
- Après de nombreuses expériences , fruit de ses méditations et observations , le climat d’Angleterre ayant paru un des plus convenables à l’espèce d’éducation qu’il avoit adoptée, il passa à Londrefs avec la citoyenne Laplasse , en 1788 et 17895 et là, il fit, dans la. même année , avec les feuilles de mûrier noir, trois éducations , dont le succès fut si complet qu’il fut couronné par la société des arts et commerce de cette ville , où il reçut une médaille et la mention la plus honorable.
- Voici ce que mandoit à cet égard le secrétaire perpétuel de cette société ( M. More) , au mois de Février 1791 : Je me félicite de pouvoir vous attester les rares talens de Berthezen, sur B éducation des vers à soie, ayant eu de fréquentes occasions de le visiter pendant son séjour dans le voisinage de Londres , et ayant observé avec la -plus grande satisfaction B attention et les soins qu’il prend de cès insectes dans le cours de leur vie, ainsi que la maniéré dont il traite leur soie. Cette soie , d’après le rapport de nos négocions , est de la plus parfaite qualité, les cocons plus gros et plus lourds qu’aucun de ceux qu’ils aient jamais vu en Italie. Ces négocions n’ont pas été peu surpris, quand ils ont appris qu’elle étoit le pro-
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- duit des vers nourris près de Londres. avec 'la feuille de mûrier noir.
- Ces succès ne furent pas encore suffisans à l’ardent et infatigable Berthezen , qui lui-même , doutant le premier de ses talens, s’em* pressoit de chercher la lumière, et alloit au-devant de toutes les incertitudes. Jaloux de tenter de nouvelles épreuves, et de donner à la France, qu’il aimoit, les bénéfices de son industrie , il revint à Paris , et y fit, sous les yeux de l’assemblée constituante , ainsi que sous ceux de la société d’agriculture , dans la même année, trois éducations de versa soie y l’une au printems, l’autre-dans l’été, et la troisième en Septembre et Octobre. Dans la première , qui étoit de vingt cinq mille vers, il obtint cent-cinquante livres de cocons ; qui , la plupart, pesoient dix grains. (Voyez le n°. 121 de la feuille du cultivateur, 17:71 ). 11 n’y en a presque pas eu de malades 5 et sur cette grande quantité , il n’en a pas perdu une centaine, encore ce ne fut que par des accidens particuliers.
- La seconde éducation provenant de la première, fut de six mille vers ; et la troisième, provenant de la seconde, fut en très-petite quantité, à cause de la difficulté de se procurer des feuilles. A cette derniere éducation , la chaleur étoit de douze dégrés au thermomètre delléauinur, et aux deux autres à dix-neuf (1).
- C’est d’après l’évidence de ces succès , que la société d’agriculture décerna une médaille au citoyen Berthezen , et proposa , en son nom , à l’assemblée nationale , un plan d’établissement en grand, pour perfectionner la graine des vers à soie, et en distribuer dans tout le royaume.
- La fin de la première législature fut la seule cause qui empêcha l’exécution de cet important établissement.
- L’année suivante, Berthezen ne se fatigant point de prouver son zele et son désintéressement, se présenta au bureau de consultation et à la société du point central des arts.
- Sans avoir égard à aucune des preuves qu’il avoit dans ses mains de ses constans succès, on le soumit à de nouvelles expériences. Il s’y livra avec le plus entier dévouement, et fit, dans la même année, deux éducations qui eurent une pleine réussite. Mais au milieu de
- (1) Il esta remarquer que pour cette espèce d’éducation, à laquelle le mûrier noir, jusqu’alors dédaigné, est employé rie préférence, cet arbre a besoin d’ètre cuLtivé de trois manières , en haute tige, en e;pal.er et en buisson , afin d’obtenir de ces trois plantations , successivement et au moment propice, les jeunes pousses qui sont nécessaires pour nourrir les vers nouveaux nés dans les différentes époques où ou les fiât éclore.
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- ces longs et fatigans .essais, manquant de tout, dévoré d’inquiétudes et de peines , n’ayant pu obtenir qu’un secours provisoire de 3oo 1., qu’encore il ne lui fut pas possible de toucher, il succomba, et périt presque subitemenrdans le dénuement absolu de tous les besoins de la vie. • -
- A sa première séance publique, le Lycée des arts, quiavoit nommé des commissaires pour suivre ses expériences , et qui sembloit pré* voir cette mort prématurée , s’étoit empressé de lui décerner sa première couronne j et ce jour là, les larmes; les douces larmes qu’il répandit , sembloient l’avoir dédommagé de tout ce qu’il avoit essuyé de rebuts fatigans , dedélais fastidieux, de refus humilians ; déjà cet artiste avoit annoncé publiquement que tous ses secrets, n’étoient plus à lui, et que satisfait de la couronne fraternelle qu’il venoit d’obtenir, il offrait de mettre des commissaires au fait de tous ses procédés, et d’en faire gratuitement hommage à la nation.
- Il lui falloit quelques secours, et il y avoit encore alors ce qu’on ap-peloit un ministre; le Lycée les lui demanda, mais c’est toujours lentement que le bien se fait, et la mort arrive à pas précipités. Elle vint surprendre l’artiste au milieu de ses travaux , et l’on crut qu’elle avoit emporté son secret, ne nous laissant que le double regret de la perte de ce citoyen utile , et d’une découverte qui étoit sans prix. Ainsi le résultat de vingt ans de travaux se trouvoit annihilé clans un instant! Berthezen étoit mort, et la faute faite à son égard pouvoit exister à jamais ! Un citoyen zélé , et qui avoit senti toute Timportance de cette faute, vient de la réparer. C’est le citoyen Lefebvre, agent général de la société d’agriculture.
- Témoin de toutes les expériences qui aVoient été faites, et l’un des commissaires nommés, ayant suivi toutes les opérations et les diverses éducations; sachant que la citoyenne Lapiasse, qui étoit absente en ce moment, avoit partagé tous les travaux de Berthezen, qu’elle étoit son principal agent, et que sa dextérité, ses soins, sa patience et ses observations persévérantes lui avoient fourni tous les matériaux des mémoires que cet artiste a rédigés en Italien , le citoyen Lefebvre s’est empressé d’écrire à cette citoyenne (i) ; il lui a avancé les frais nécessaires pour son voyage,
- (1) Voici ce que Berthezén en disoit dans ses Réflexions, imprimées en 1793, sur l’art d’améliorer la culture de la Soie.
- J’ai été aidé dans tous mes travaux par la citoyenne Lapiasse , française connue de la société d’âgviculture. Cette personne joint à une théorie exacte, la pratique relative à la culture entière des vers à soie, d’après mon système. Il seroit à souhaiter que chaque fabrique principale de la France fut dirigée par une personne intelligente et habile comme cette citoyenne. C’est à elle à qui je dois d’avoir pu faire mes observations sur le ver à soie avec confiance et certitude, et c’est aussi à ses propres observations que sont dues plusieurs découvertes importantes sur ces insectes.
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- et s’est chargé de toutes les "dépenses relatives à son séjour à Paris. Présentée de nouveau au Lycée, c’est par lui qu’elle est parvenue au bureau de consultation , et ( u’elle a, une seconde fois, été vivement recommandée à la comm ..sion exécutive de l’instruction publique.
- Mais on a cru devoir exiger de nouvelles expériences ; elle y a acquiescé, et avec l’espece la plus inférieure de vers à soie , elle vient de faire , sous les yeux de vos commissaires et de ceux du Lycée des Arts, une éducation qui a eu le plus grand succès : j’en ai présenté les heureux résultats à la dernière séance du bureau. Enfin , le citoyen Lefebvre s’y est trouvé, et il y a ajouté de vive voix les détails les plus positifs et les plus satisfaisans, tant sur les anciennes que sur les nouvelles expériences.
- De tous ces faits, il résulte iQ., conformément à ce qui avoit été-déja reconnu par les essais et les éducations de vers à soie faits en Prusse, en Allemagne, en Dannemarck, sur les bords de la mér Baltique, et jusqu’en Scandinavie , que les climats froids sont, en se servant du procédé de Berthezen , aussi bons, et peut-être préférables aux climats chauds, pour élever des vers à soie (i).
- D’où il suit, ainsique l’avoitdéj à proposé antérieurement un Français ( le citoyen May et, Que la Prusse avoit su fixer chez elle ) ; il suit, dis-je , que cette espece d’industrie est un des moyens les plus heureux de mettre en culture la plus avantageuse les terreins incultes, secs et arides de la France, par exemple, cette plaine qui s’étend depuis Vitry-le-Français jusqu’à Sézane, à laquelle le découragement et l’indignation des agriculteurs ont donné la dénomination insultante de Champagne pouilleuse, et de vivifier la partie de cette contrée youée depuis des siècles à une stérilité désho-t norante.
- Il en résulte, 2,0. que les plantations de mûrier noir , qui réussissent parfaitement dans les terreins secs et arides, seroient infiniment
- (2) Déjà le célébré Justi nous avoit appris que les feuilles de mûrier noir n’étoient pas moins bonnes ni moins propres à nourrir les vers en Allemngne qu’en Italie. On n’a pas à craindre, ajoute-t-il, que les vers ne réussissent pas dans les pays froids , dès qu’ils sont convenablement nourris ; le froid le plus rigoureux ne leur nuit pas. C’est un préjugé d’imaginer que les vers à soie demain! eut une grande chaleur ; iis sont eux-mêmes d’une nature très froide : on s’apperçoit d’un froid très-sensible quand on les touche, et ce froid ne dépend pas de la saison ; ii leur est intrinsèque,, les grandes chaleurs n’y font aucun,changement 5 au contr ire , leur fraîcheur est encore plus sensible.
- A l’appui de cette assertion , le même auteur rapporte l’expérience suivante. — On fit en 1753, au collège T hérésien,. à Vienne, eu présence d’une assemblée nombreuse , l’expérience réitérée de mettre pendant cinq minutes un ver à soie dans de la glace préparée , dont la froideur fut portée à un degré si excessif que l’on douta si des hommes pourroient y vivre. Le ver à soie lut retiré vivant de cette glace après les cinq minutes. , Le ci-devant abbé Sauvage rapporte des observations à peu près semblables.
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- préférables aux blancs pour cette espace d’éducation, malgré le préjugé universellement reçu à cet égard.
- Il en résulte , 3°. qu’il est bien prouvé que la citoyenne Laplasse connoît parfaitement tous les détails des procédés de Berthezen, qu’elle les a pratiqués constamment avec lui $ que par ces procédés, d’une espèce très-inférieure de vers, elle vient dans une éducation, quoique très-précipitée, d’obtenir des cocons d’une qualité supérieure , et dont la plus grande partie a donné mille aunes de soie , au lieu de cinq cents aunes que donnent les beaux cocons ordinaires d’Italie ; qu’enfin elle possédé les manuscrits de Bertliezen, et qu’il n’est pas à douter qu’avec le secours de cette citoyenne on ne soit à portée de récupérer bientôt tout ce que l’on avoit cru perdre par la mort inopinée de cet artiste. Ainsi nous rendrons à la république les avantages dont elle a pensé être privée parrun événement qu’il eût déjà été possible de prévenir, et qu’il ne faut plus risquer de voir arriver, en négligeant de nouveau de saisir l’occasion favorable que nous avons retrouvée , grâce aux soins et au patriotisme du citoyen Lefebvre. *
- Dans cette position, il convient d’observer que la citoyenne La-place a épuisé jusqu’au dernier moment tous ses moyens, toutes ses ressources , pour aider le pauvre Berthezen , et prodiguer des secours à son malheureux associé , jusqu’à l’instant de sa mort $
- Qu’alors étant retournée dans son pays , elle y a trouvé sa mere infirme et prêle à mourir ; qu’elle l’a quittée dans cet état très-douloureux, pour venir donner ici les renseignemens qui lui étoient demandés ; qu’elle s’est engagée à aller la retrouver, et qu elle est instamment redemandée par cette mere qui manque de tout, et qui est au moment d’expirer 5
- Qu’enfin elle réclame des indemnités et des secours pour satisfaire à ce devoir pressant de la nature, puis revenir hâter la traduction des® mémoires italiens laissés par Berthezen, ea restituer au généreux ami qui l’a nourrie et logée, les avances qu’il a fuites, et dont il n’est pas en état de faire le sacrifice.
- . En supposant que le bureau prenne sa demande en considératio. elle consent à livrer provisoirement les manuscrits de Berthezen , et à revenir très-promptement former ici l’établissement dont cet artiste avoit donné le plan à rassemblée constituante. Elle indique , à cet égard , l’isle qui est devant Puteaux, à une lieue et demie de Paris , comme renfermant une plantation déjà formée dç plus de dix ou quinze mille mûriers, et comme l’endroit le plus propre à y obtenir les résultats les plus avantageux.
- D’après ces détails, voici, citoyens, l’arrêté que vos commissaires vous proposent.
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- Le bureau de consultation des arts et métiers ayant entendu le rapport de ses commissaires, sur le procédé de feu Berthezen , pour l’amélioration de l’éducation des vers à soie ; éducation que ce procédé reiidroit propre à être suivie dans les cantons septentrionaux et les plus arides de la France, avec autant d’avantage que dans ceux du Midi, et de maniéré à obtenir chaque année trois éducations successives, en procurant une soie d’une qualité supérieure et plus abondante ; considérant que par l’éducation que la citoyenne Laplasse a suivie nouvellement sons les yeux de ses commissaires, et dont les résultats ont été des plus satisfaisans , ainsi que par les procès-verbaux de différentes sociétés savantes, il paroît constant que cette citoyenne, qui a partagé dix ans les travaux de feu Berthezen, possédé la plus parfaite et entière connois-sance des procédés de cet artiste ; considérant aussi l’état de gêne et de détressse dans lequel elle est réduite, et qu’il est juste de la dédommager des sacrifices qu’elle a faits pour aider Berthezen jusqu'à la mort, après l’avoir suivi dans tous ses voyages, travaux et expériences j considérant enfin, qu’il est d’une grande importance pour la nation de mettre cette citoyenne en état de communiquer tous les renseignemens qu’elle a recueillis, et de fournir promptement toutes les connoissances, manuscrits, procédés et plans qui sont nécessaires pour pouvoir former en grand l’établissement d’une distribution.générale des graines de vers à soie de la première qualité, tel qu’il avoit été proposé à la première législature, le bu.reaü est d’avis, conformément à la loi du 12 Septembre 1791, vieux style, que la citoyenne Laplasse mérite le maximum des récompenses nationales de la seconde classe, c’est-à-dire, 3,000 livres, à la charge par elle de déposer provisoirement au bureau les manuscrits italiens de feu Berthezen , et sauf à prononcer sur une ample récompense lorsqu’elle aura assuré par des essais en grand à la république, les bénéfices que la nation doit recueillir d’une industrie dont les avantages ne peuvent pas être trop appréciés. ( Conclusions adoptées).
- Au bureau de consultation des arts et métiers, le Messidor, tpi n deuxieme de la république française.
- DÉSAUDRAY, président et rapporteur. SILVESTRE, commissaire.
- Pour copie conforme : DUMAS ; secrétaire.
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- Rapport sur le perfectionnement du peson du citoyen Ruby.
- Le peson à ressort que présente le citoyen Ruby, différé des pesons de cette espece , imaginés depuis très-long-tems, en ce que son ressort est beaucoup plus roide, et en ce qu’il est muni d’une aiguille mue par un lévier du premier genre à deux bras très-inégaux, au moyen duquel cette aiguille peut, par une très petite contraction du ressort, parcourir un très-grand nombre de divisions.
- Le ressort de ce peson étant très-roide, et l’ouverture de ses deux branches étant très-peu variable, il est probable qu’il gardera sa forme un peu plus long-tems que ceux des autres pesons. C’est là son unique avantage, car il a d’ailleurs tous les défauts de ces sortes d’instru-mens. Il ne faut pas dire, comme l’a dit l’auteur, que ce ressort est inaltérable : on n’en connoît point de cette espèce. On n’a point de réglé pour ajuster ces instrumens j on ne peut y parvenir que par le tâtonnement, parce qu’il est rare qu’on puisse faire deux ressorts qui se ressemblent $ et, malgré toutes les précautions que l’on prendra , il sera sûrement très-difficile de faire plusieurs de ces pesons comparables entr’eux , c’est-à-dire, qui assignent tous le même poids à la même masse $ ces instrumens ne sont donc propres qu’à peser des matières de peu de valeur, et sur le poids desquelles on puisse sans inconvénient se tromper de beaucoup.
- Paris, le 4 ventôse, l’an 2 de la république, une et indivisible.
- Signé SERVIERES, BRISSON. Certifié conforme à Voriginal, SILVESTRE , secrétaire.
- Extrait du procès-verbal du bureau de consultation des arts et métiers , du 4 ventôse, Van 2, de la république française une et indivisible.
- « Le bureau de consultation des arts et métiers , après avoir en-» tendu le rapport de ses commissaires sur le perfectionnement >» ajouté au peson à ressort par le citoyen Ruby ; considérant que « la construction de cet artiste a l’avantage de corriger une partie » des dëfèctuositués du peson ; est d’avis , conformément à la loi » du 12 septembre 1791 , que le citoyen Ruby mérite un enconra-5» geinent de 5oo livres, y compris un provisoire de 3oo livres qu’il a !» déjà reçu »,
- Signés, LAPLÀCÊ, président, SILVESTRE, secrétaire.
- Pour copie conforme à Voriginal.
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- »««5SSaSSSE223BCBa.
- Rapport sur les terres bolaïres présentées par le citoyen
- Perreau. -
- Le citoyen Perreau ayant présenté an ci-clevant ministre de l’intérieur plusieurs échantillons de terre ocracée , ce ministre vous les adressa en vous priant de les examiner et de lui transmettre votre jugement : tous nommâtes, pour faire cet examen, Halle, Pelletier et moi} nous allons vous rendre compte du résultat de nos recherches.
- Les ocres sont, comme on sait, ,de vraies mines, et presque toutes les rouges sont ferrugineuses ; maisindépendamment de leur richesse métallique , leur couleur belle et solide les rend précieuses dans les peintures et le dessin. Nous allons considérer celles présentées par Perreau sous ces deux points de vue d’utilité.
- Pour apprécier l’utilité de ces terres, soit dans l’imprimé, soit clans le dessin, nous les avons frit essayer par un artiste d’une habileté reconnue , et voici le jugement qu’il a porté sur les sept échantillons que vous avez sous les yeux.
- Différentes terres ont été soumises à un examen relatif aux qualités qu’elles pouvoient avoir pour la peinture } sous ce rapport, les nos. 1,2, 3 , 4 et .5, peuvent être regardés comme des bruns routes plus ou moins colorés } le n°. 6 est une espece cl’ocre brun, qui peut être très utile clans la peinture} le no. 7 a peu de corps , et ne peut, pour la qualité, être comparé auxaütres} calcinée, elle devient cependant d’un ton agréable. Toutes ces terres se réduisent avec facilité sous la molette , et s’amalgament de même avec l’huile. Elles contiennent toutes , ce nQ. 7 excepté , assez de qualité siccative pour n’avoir besoin ni de litharge , ni de vitriol pour se sécher : en outre les nos. 1 , 2 , 3 et 4 peuvent être employés comme crayon rouge de différentes couleurs et qualités. Le n°. ierest assez semblable à ce que l’on nomme vulgairement crayons d’Espagne } il est très-moelleux : le n°. 2 est plus ferme et d’un plus beau ton : le n°. 3 est d’une couleur plus vigoureuse et propre à donner plus d’effet aux dessins : le n°- 4 est de moins bonne qualité} il est ferme , mais il n’a pas l’égalité de grain des trois autres numéros. Les dessins, faits avec ces crayons se fixent parfaitement en les passant dans l’eau ; l’oii Tome 11, 2e. trim* D
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- poturoït en présumer que ces couleurs employées en détrempe , ne clemanderoient pas, à beaucoup près , une colle aussfforte que le blanc de inotton et les ocres ordinaires.
- Considérée comme mine, nous avons seulement fait des recherches sur sa richesse. On sait que la pierre hématite est une mine de fer très-riche : nous avons fait des expériences sur la sanguine ordinaire , en mêrne-tems que sur celle de Perreau , pour avoir un point de comparaison, et nous avons obtenu les résultats suivans :
- Sanguine ordinaire.
- iD
- ' l '
- N°. Ier.
- Cette sanguine a été mise à la dose de vingt-cinq grains à dissoudre dans l’eau régale : tout s’y est dissout à quatre grains près qui ont resté dans le résidu.
- I *
- N°. I I.
- i5 grains de cette sanguinè ayant été traités par l’eau régale, le résidu qui est resté sur le filtre a pesé 8 7 grains.
- N°. I I I.
- Cette sanguine, ayant été traitée également par l’eau régale à la quantité de vingt-cinq grains, a laissé un résidu de 6 - grains.
- Les résidus tons blanchâtres et tous d’une grande finesse, la partie martiale, ou oxide de fer, a été dissoute; mais il y a a'ussi une quantité considérable d’alumine.
- Il n’est pas aisé de séparer cette terre de l’oxide de fer, parce que l’acide même nitrique en prend une portion, et qu’après avoir précipité le tout par l’alkaii, le fer lui-même devient alors encore plus soluble.
- Quant à la nature de la fonte et du fer qui doit en résulter, on sait que le fer que donne ordinairement la pierre hématite est aigre et cassant.
- Il suit de ces observations, que la découverte de Perreau, considérée comme ocre pour servir à l’imprimé dans la peinture, ou comme crayons pour dessiner, mérite considération,
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- On sait que la sanguine proprement dite nous vient de l’étranger: il y a environ trente ans qu’on commença à faire usage pour le dessin d’un ocre qui n’étoit pas si foncé que la sanguine, mais d’un joli rouge-clair très-brillant, et qui a l’avantage de s’effacer avec de la mie de pain, sans presque laisser de vestige. Le possesseur de cette mine , qui vend aussi de l’ocre ordinaire, de concert avec les marchands, pour donner plus de prix à cet objet et dérouter sur la recherche qu’on auroit pu faire d’une mine semblable, l’appella crayon d’Espagne : cette petite tricherie n’est pas encore connue du public. Le fait‘est que cette substance se tire de la ci-devant Bourgogne et c’est aussi dans cet arrondissement que Perreau a découvert sa mine, qui n’est véritablement que ce qu’oil nomme crayons d’Espagne.
- La découverte de Perreau , considérée comme mine de fer, a aussi sa valeur. Le prix d’une mine de fer, indépendamment de sa richesse et de la nature de la fonte et du fer que l’on en retire, est dû en partie aux accessoires qui facilitent, les moyens de l’exploiter : tels sont le voisinage du combustible , les commodités requises pour faire aller une usine, un patouillet, etc. et Perreau observe que dans le voisinage de sa mine, il y a des forêts abondantes, des courans d.’eau avec chute , etc.- en sorte que sous ce point de vue, rien ne manqueroit à son établissement.
- Le ci-devant ministre vous avoit invité d’examiner la pierre présentée par Perreau, et de lui transmettre votre jugement. Nous croyons que cet expôsé remplit la première partie de sa demande 5 quant à la seconde, comme le ministre n’existe plus, il semble qu’il faut adresser seulement ce rapport à ceux qui le remplacent dans cette partie.
- Signés JUMELIN , HALLE.
- Paris , le 24 Messidor, l’an deuxième de la république.
- Extrait du registre des proces-verbaux du bure au de consultation des arts et métiers , du 24 Messidor, Van 2 de la république une et indivisible
- Les commissaires du citoyen Perreaufont leur rapportsur les échantillons de terre ocracée présentés par ce citoyen. Le bureau , conformément aux conclusions des commissaires , est d’avis que les terres ocracées, dont l’utilité est reconnue, soit dans l’imprimé, soit dans le dessin, soit dans la peinture à l’huile, ainsi que celles que l’on nomme vulgairement crayons d’Espagne , qui sont tirées des mines de la ci-devant Bourgogne , et particulièrement celles qu’a présentées le citoyen Perreau , méritent d’être prises en considération 5 et
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- qu’en conséquence, copie clu rapport sera adressée à la commission de l’instruction publique , le bureau n’ayant été consulté que pour donner son a\is, et non pour décerner une récompense. Pour copie conforme à Voriginal.
- Signé SIL VESTRE, secrétaire.
- On pourra s*adresser, pour des renseignemens sur ces objets , aux citoyens Perreau père etfils , rue de Paris , à Auxerre , département de V Yonne.
- Et à Paris f au citoyen P erre a ufils, rue d’Amboise , n9. 11.
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- D E 5 JOUR N A L i INVENTIONS,
- ^DECOUVERTES ET P E RF E C-T ION NE M £ N S 4DJNS iXS SCIENCES*, J RTS. ET MÉTIERS,
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- CINQUIÈME TRIMESTRE , VENDEMIAIRE, -BRUMAIRE, PRIMAIRE.
- SECOND CAHIER - VENDEMIAIRE*
- CONVENTION NATIONALE,
- hijîruction fur les familles d3 Automne, adreffée aux cR moyens cultivateurs.
- BUREAU DE CONSULTATION.
- Rapport fur la machine hydraulique du citoyen Trou» ville.
- Rapport fur les perfectionne mens ajoutés au métier à bas f ya.r lc citoyen Baftide*
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- Nota. Au lieu des folios 2, 3 et 4 qui sont en tête des trois pages .precedentes, lisez 26 , 27 et 28.
- CONVENTION NATIONALE.
- Instruction sur les semailles c!Automne, adressée aux citoyens
- cultivateurs (1).
- Citoyens , les ennemis de la patrie ne pouvant égorger la liberté française par leurs baïonnettes, voudroient l’étouffer par la disette. Vous êtes les nourriciers de l’Etat, et, à ce titre, vous devez déjouer leurs trames par le. concours de tous les moyens qui sont en votre pouvoir. Tandis que la Convention nationale , sans cesse occupée de votre bonheur, l’assure par l’énergie des mesures, et la sagesse de ses’décrets, secondez ses efforts en travaillant à nous procurer une récolte de subsistances hâtives , abondantes et propres non-seulement aux hommes , mais encore aux animaux qui font la force et la richesse de l’agriculture. _
- Des citoyens cultivateurs , comme vous , vous offrent sur cet important objet quelques réflexions fraternelles et amicales : toutes ne sont pas applicables à chaque sol , à chaque climat, elles leur sont au contraire subordonnées $ votre intelligence saura discerner les exceptions dans lesquelles vous vous trouvez.
- Dans cette circonstance pressante , nous vous adressons ce qui nous a paru le plus utile. D’autres mémoires suivront celui-ci , à mesure que nous en sentirons la nécessité.
- RÉFLEXIONS GÉNÉRALES.
- Il n’y a pas un moment à perdre pour tirer encore parti de l’automne, en achevant les semailles.
- Plutôt on seme, meilleures sont les récoltes , les plantes en sont plus vigoureuses , et résistent mieux au froid et à la sécheresse.
- Presque par-tout on seme trop épais, on prodigue la semence qui devroit nous nourrir, etl’on n’obtient que des plantes foi.bl.es, incapables de donner des produits considérables 5 ces plantes étiolées (2) sont renversées par la pluie, par le vent, et leur récolte est dé-
- (1) On nous saura gré sans doute de publier ici cette instruction, quoiqu’elle ait été laite l’année derniere.
- (2) On appelle plantes étiolées, celles qui s’allongent, jaunissent, sont dans un .grand état de foiblesse, produit par la privation d’air et de lumière.
- Tome II.
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- truite j enfin les végétaux trop resserrés , étant privés d’air et. de lumière , sont sans qualité. L’économie des semences peut aller jusqu’à un sixième sur celles d’automne 5 c’est environ le trente-sixieme de la totalité du produit de la République pour cette saison.
- Le chaînage est utile pour tous les grains , mais sur-tout pour le froment qui est attaqué par une maladie don t le préservatif assuré est la chaux. La plupart dés cultivateurs prétendent chauler, et très-peu font bien cette opération ; la preuve c’est qu’ils ont encore de la carie ( ou noir ) , et qu’il est au contraire bien prouvé que tout le blé noir est détruit quand le chaulage est bien fait. If hâte d’ailleurs la pousse, alors le grain est moins long-tems exposé à être mangé par les animaux, et les plantes sont plutôt fortifiées contre les intempéries des saisons.
- Entre les diverses recettes connues pour le chaulage . nous avons cru devoir joindre ici celle dont la supériorité est mieux justifiée par les succès.
- Chaulage considéré comme préservatif de la maladie du froment, connue sous le nom de carie ou noir.
- Prenez chaux Cendre de bois neuf
- Eau.............
- Froment .
- i5 livres (i). 100 livres.
- 100 pintes.
- 60 boisseaux.
- Préparations du chaulage.
- On met dans le cuvier destiné à couler la lessive ordinaire , les cendres, et on verse par-dessus, les cent pintes d’eau bouillante qu’on laisse en macération pendant trois jours , en remuant de teins-en-teins avec un bâton : on sépare celte eau au moyen d’un tuyau placé à la partie inférieure du cuvier, et on la met dans un autre cuvier avec la chaux qu’on remue jusqu’à ce qu’elle soit délayée.
- Application du chaulage.
- On verse le grain dan s des paniers d’osier d’une maille serrée, et on les plonge dans cette lessive, ayant soin de remuer le grain pour qu’il soit également mouillé et humecté, on étend ensuite ce
- (1) Ce qui fait à peu près, en nouveaux poids et mesures :
- Chaux.................................... rj \
- Cendres de bois neuf...................... 5o
- Eau ..................................... io5
- Froment ................................. 78
- Graves.
- Graves.
- Pintes.
- Centicades»
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- grain sur Paire cPune chambre ou d’un grenier pour le faire sécher, et on recommence ainsi l’opération.
- Observations.
- La chaux éteinte peut servir comme la chaux vive, et les eaux cjui ont servi à lessiver le linge peuvent encore suppléer le chaulage proposé : Peau des mares, l’urine peuvent aussi remplacer les cendres.
- Toutes les plantes en général rendent plus à la terre en se décomposant dans' son sein qu’elles n’en tirent pour se nourrir. Lorsqu’un champ est couvert de plantes, quelles qu’elles soient, labourez-le immédiatement avant qu’elles grainent, et la terre se trouvera plus amandée qu’avant la croissance de ces plantes. Si donc vous semez des plantes annuelles pour fourrage, telles que les vesces , les fèves , après une on deux coupes, enfouissez les tiges qui restent encore avant leur dessèchement , et votre terre sera préparée pour une nouvelle récolté d’hiver, sur-tout’si la terre avoit été convenablement amandée pour la première.
- Un labour fait à propos, dit-on , vaut un engrais : cela est vrai, mais ce qui l’est également, c’est son approfondissement, quand la terre est aussi bonne dessous qu’à la superficie. Il suffit , pour approfondir les sillons, de repasser avec la charrue dans le même sillon que l’on vient de tracer.
- Toutes les mesures dont il va être question , sont celles de Paris, ainsi P arpent dont on parle a cent perches (i) , la perche dix-huit pieds ou trois toises, total neuf cents toises de superficie. Le setier est composé de douze boisseaux , pesant chacun vingt livres en froment ; total du poids du setier de froment, deux cent quarante IL vres (2). La livre, poids de marc, contient seize onces. Les époques des saisons sont de même calculées pour le climat de Paris.
- Observations sur les Semences d’Automne.
- Epeautre, ou blé de miracle.
- Parmi les blés d’automne, l’épeautre doit fixer l’attention du cultivateur, par sa facilité à croître sur des terres médiocres, convenablement amandées.
- (1) L’arpent de 900 toises est presque le tiers de l’are.
- (2) 240 livres (anciennes mesures) font un peu moins de 120 graves.
- E 2
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- Escourgeon, ou Orge d’automne*
- Celte plante , précieuse par l’étendue de son utilité , doit être considérée sous deux rapports : sous le premier, elle donne une récolte abondanté de grain qui mûrit avant tous les autres, et qui, même seule, fournit un assez bon pain ; sous le second, elle produit un fourrage abondant et très-printannier. Dans l’un et l’autre cas, elle peut être semée depuis septembre jusqu’à la mi-novembre (1), et le grain sera mûr vers la fin de juin ; après la récolte , il sera donc possible de cultiver sur le terrein qui l’a produit, des navets , des pois, des haricots, ou d’y obtenir, l’année suivante, du seigle et du blé.
- Si cette plante est cultivée comme fourrage, on pourra faire une première coupe en verd à la fin de mars, et elle pourra encore en fournir deux autres, si l’année est favorable. Après ces récoltes on pourra encore l’enfouir, elle rendra plus à la terre qu’elle n’en avoit tiré, car le fourrage coupé en verd n’appauvrit point le sol ( voyez ci-devant les réflexions générales), et conséquemment on pourra obtenir de nouveaux produits.
- On peut encore considérer cette plante à la fois et comme fourrage et comme devant fournir son grain $ il suffira alors de la couper une seule fois , et même deux, lorsque toutes les circonstances sont favorables à sa croissance, et de la laisser mûrir 3 mais les coupes-retardent sa maturité.
- Les terres où l’on seme ce grain y seront préparées, au moins par deux labours 3 si c’est le grain dont on veut obtenir la récolte, elles doivent être amandées par de bons engrais. On seme sur des terres neuves, ou sur des défrichis de trefles de deux ans. Si c’est au contraire le fourrage que l’on veut se procurer, il suffira de semer sur des jachères en bon fonds.
- La quantité des semences varie suivant la qualité des terres 3 dix boisseaux suffisent par arpent, sur les terres médiocres, et douze sur celles qui sont inférieures. 11 faut semer plus épais lorsqu’on a pour but seulement la récolte du fourrage : alors employez trois ou quatre boisseaux de plus.
- On peut se procurer ce grain dans le ci-devant Gâtinois, prés Nemours, Montargis, Pithiviers, dans le département de Maine-
- .{]) Nous nous servons encore des anciennes dénominations des mois, parce que beaucoup de personnes ne sont point encore familiarisées aveç. celles du nouveau calendrier : elles sont invitées à en faire le rapprochement.
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- et-Loire, clans les environs de Paris. Il est beaucoup de contrées dans lesquelles on le cultive.
- Avoine d’hiver.
- Cette plante qui brave le froid , peut être semée en automne ; alors elle donnera de beaucoup plus belles récoltes que l’espece ordinaire qui est semée au printems, ( voyez ci-devant les réflexions générales ). On lui destinera les terres qui dévoient recevoir cette même avoine de printems. Dix boisseaux par arpent suffisent. On la cultive du côté de Saumur, de la Charité-sur-Loire, etc. Elle ne réussiroit point sur les terres qui retiendroient l'humidité pendant 1’hiver.
- Avoine blanche , dite de Hongrie ou de Pologne.
- On peut encore semer cette espece en automne, afin d’avoir des récoltes plus belles; mais elle est un peu plus sensible au grand froid. On la cultive dans les départemens de la Meurtlie, de la Moselle et de la Meuse.
- Orge nu , ou Sucrillon.
- On peut essayer cette espece avant l’hiver, mais seulement à défaut des précédentes, dont le produit est plus assuré. On seme huit à neuf boisseaux par arpent. Elle est cultivée dans les départemens du Pas de-Calais, de l’Ailier et plusieurs autres. On la semera sur les mêmes terres que l’escourgeon, et on lui donnera les mêmes destinations.
- Vesce d'hiver.
- Semée en automne, elle fournit un fourrage abondant; on emploie six à huit boisseaux de semence par arpent. Elle est cultivée à Pontoise , Saint-Quentin, etc. On peut la semer sur les terres qui éloient destinées à rester en jachere.
- Vesce blanche.
- Elle peut être semée en automne , sur-tout dans nos départemens méridionaux; la graine réduite en puréefournitun a’iment aussi sain' qu’agréable. C’est sans doute cette espece que l’on mêle en Toscane au froment pour faire du pain ; on la mêle clans la proportion cl’uij tiers contre deux de froment ; on peut profiter aussi des jachères ,, pour semer cet utile légumineux.
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- Pois Gris , ou d’Agneau.
- Ils doivent être semés en automne dans nos départemens mcridio- * naux; six boisseaux de semences suffisent par arpent.
- P ois-Michaux,
- On les seme en janvier lorsqu’ils ne peuvent pas être abrités du froid, et quand ils peuvent l’être, à la fin de novembre ; quoique la culture 'en grand de ce légume ne soit pas générale, on ne doit cependant pas négliger de le comprendre au nombre des végétaux qui peuvent procurer des ressources secondaires comme aliment.
- Grosses Fèves, ou Fèves de Marais.
- Cette plante semée en octobre dans nos départemens méridionaux, n’est susceptible de l’être dans les autres qu'en janvier : la semence fraîche ou seche est un bon aliment pour les hommes , et toute la plante fournit un bon fourrage pour les animaux ; trois ou quatre boisseaux de fèves suffisent par arpent : on les répand sur un bon labour, en suivant à mesure le sillon tracé par la charrue.
- Féverolles, ou Fèves de Cheval.
- La plante qui les produit est semée de même en j nvier : elle sert principalement comme fourrage ; il faut semer six boisseaux par arpent, parce que sa graine est plus petite et qu’on la seine à la volée.
- On peut dire en général sur tontes les plan tes légumin euses, comme vesces, pois, fèves, qu’elles effritent peu la terre : nous devons ajouter que ces plantesétaTntenfouiesavantleur dessèchement fournissent un excellent engrais, les grosses fèves sur-tout se sement dans ce dessein j on peut encore sur les plantes qui n’auroieut été semées que pour fertiliser la terre par leur enfouissement, faire de bonne heure et sans inconvénient une-coupe pour donner aux bestiaux.
- Il est important pour ces différentes cultures , de profiter des terres dont les récoltes ne se sont trouvées que médiocres, parce que ces terres ont encore presque toute la fertilité'qu'elles avoient an moment où on les y ayoit destinées.
- Observations sur quelques autres Plantes.
- Les plantes qui ne craignent pas la gelée, èt qui peuvent nourrir les hommes ou les animaux , soit par leurs racines, soit par leurs
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- feuillages., doivent encore faire partie des semences d’automne. La nombre de ces plantes s’accroît en proportion de la diminution du froid 9 et par conséquent s’augmente en allant dit Nord au Midi cleiaRépubliquej sous le climat de Paris, ce nombre est assez, borné.
- Panais.
- Cette plante précieuse ne craint point le froid ; elle peut être semée en tout tems ; elle fournit par ses racines , un aliment sain et très nutritif, pour les hommes et pour les animaux : sa fane abondante produit aussi beaucoup de nourriture aux bestiaux. Elle exige une bonne terre, labourée profondément. Elle réussit également bien dans les terres médiocres, pourvu qu’elles soient fraîches. Semé sur les jachères, le panais fourniroit encore une ressource pour la fin de l’hiver, sur-tout si les gelées ne sont point de longue durée. Quatre livres de sa graine suffisent par arpent ; si l’on est sûr de la qualité, il 11e faut pas craindre de semer clair.
- Carotte.
- Cette excellente racine craint les grands froids ; ainsi il ne faut l’essayer qu’en petite quantité dans cette saison • elle aime les terres profondes et légères : elle doit être semée très-clair, peu enterrée , et roulée ou marcliée , suivant l’étendue du terrein. On connoît ses usages nombreux, ils s’étendent jusqu’aux chevaux, qui s’en nourrissent très-bien.
- Persil à grosse racine. ’
- On peut appliquer au persil à grosses racines , fort cultivé en Allemagne, ce qui vient d’être dit sur la carotte. Il est moins sensible au froid ; il doit être semé aussi très-clair.
- Chicorée sauvage.
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- Cette plante ne craint point le froid : elle fournit un bon fourrage, croît bien dans les terres légères mais fraîches, sur un seul labour. On seme dix livres de graines par arpent. Cette plante seroit une ressource pour uos départemens méridionaux , parce qu’elle supporte bien l’ardeur du soleil ; elle y résiste par la nature de ses £ ailles, dont l’éiendue et la multiplicité s’opposent d’ailleurs au dessèchement du terrein qu’elles couvrent presqu’en totalité.
- Observations sur quelques Récoltes.
- La pomme de terre, ce précieux végétal, qui se plante après toutes les semailles, qui se récolte après toutes les moissons , et dont le
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- rapport est dix fois plus considérable que celui du bled, a souffert beaucoup de la sécheresse l’été dernier : une grande quantité de ses tubercules, arrêtés dans leur croissance, sont restés d’une telle petitesse que la plupart des cultivateurs négligent de les récolter, ou les abandonnent, sans un profit marqué, à leurs porcs ou bestiaux. Nous devons rappeler que les petites pommes de terre sont excellentes pour semer, et que cette économie légère en apparence, mais considérable dans sa totalité , nous donnera la possibilité de consommer une plus grande partie de récolte des grosses. Ne perdons pas de vue, en outre, qu’à la saison prochaine nous devons faire les plus grands efforts pour en cultiver le plus qu’il nous sera possible. Citoyens, pensez, que la pomme de terre est un de vos moyens de subsistance le plus indépendant de tous les événement.
- N’oubliez pas non plus qu’il n’est point d’espece de graines, soit récoltées, soit encore à l’être, que vous ne deviez chercher à vous procurer, afin qu’au printems prochain la terre nous manque pim tôt que la possibilité de la couvrir de toutes sortes de productions.
- Observations sur les Engrais.
- Sans engrais point de récoltes , sans fumier pas d’engrais dont l’effet soit prompt , sans bestiaux point de fumier, sans prairies artificielles point de bestiaux 5 enfin sans la suppression des jachères , point ou trop peu de prairies artificielles : tout est lié en agriculture , son système doit être complet. La nôtre, il faut le dire, n’est qu’une routine aveugle. Voici un fait de la plus haute importance qui le prouve. En Angleterre , ou la terre ne se repose jamais, où le sol est en général inférieur à celui de la République, trois récoltes de bled produisent plus que quatre en France, où les jachères nous privent d’une très grande par tie des autres récoltes. Citoyens , c’est encore un des points sur lesquels il faut vaincre les Anglais ; que cette vérité soit le cri de guerre des campagnes , jusqu’à ce que nous soyons sortis victorieux de cette lutte nouvelle.
- La sécheresse de cette année a détruit une partie de nos espérances, en diminuant la masse des fumiers Cette diminution des fumiers pourroit diminuer nos récoltes à venir , si nous ne nous hâtions d’en arrêter les funestes conséquences : voyons ce qu’il nous est possible de faire encore dans ce premier moment.
- Les véritables engrais sont les végétaux ; si on les fait passer sous les animaux, c’est sur-tout pour hâter leur décomposition. La nature , qui met le teins à ses opérations , les emploie à cet usage sans cet intermédiaire ; les feuilles, les tiges , les racines des plantes lui suffisent dans les forêts pour y fertiliser la terre $ c’est-là le sanctuaire
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- tuaire où elle opère en silence les merveilles delà végétation ; là sur* tout nous devons l’étudier , pour dévoiler ses mystères.
- Imitons-la autant que nos, moyens peuvent nous le pe^n'e.ttre ; alors nous verrons que les fumiers sont notre principale ressource , que leur nécessité est plus impérieuse que jamais y récapitulons ce qu’il nous est possible de faire pour en augmenter la masse.
- Les feuilles, les tiges , les racines de toutes les plan tics , les genêts, les roseaux, les fougères, les bruyères, les gazons inutiles, portés sous les bestiaux, dans les basses-cours, sur leschemins fréquentés, au milieu des boues, doivent être destinés dès ce moment à se convertir en fumiers. Tel est l’apperçu de nos moyens à cet égard. La vase des fossés, des égouts, des mares, toutes les immondices enfin doivent être aussi très-utilement employées comme engrais.
- Citoyens, tandis que nos braves frères d’armes terrassent les ennemis sur la frontière , le salut public veut que vous sollicitiez par vos travaux la fécondité de la nature : nous ne vous dirons point que votre intérêt l’exige, vous êtes Français * et, à ce titre , il nous suffira de vous rappellèr que la voix de la patrie vous l’or* donne. .
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- BUREAU DE CONSULTATION.
- Nouvel art d’élever les eaux en tel volume > à telle hauteur et à telle distance que ce soit ? sans pompe> piston ? balancier, rouage ni mécanique.
- Rapport fait sur la machine hydraulique du citoyen Trou ville.
- Nous ayons été chargés par le Bureau de Consultation, d’examiner une demande faite par le citoyen Trouville, l’un de ses membres, pour obtenir un fonds qu’il destine à des expériences, essais et constructions de modèles des inventions et découvertes qu’il a faites en différeris genres, et nous allons en rendre compte aü Bureau.
- Le citoyen Trouville se fonde pour sa demande, sur l’article 6 de de la loi du 12 septembre 1791 , qui s'exprime ainsi : « partie des » mêmes fonds pourra aussi être employée, d’après les instructions » des corps administratifs, soit à la publication d’ouvrages qui au-3* roient été jugés utiles aux progrès des arts, soit en expériences, 3> essais et constructions de modèles ou même de maçhines dont les » avantages et la possibilité seroient vérifiés par le Bureau de Con-» sultation, mais dont les frais excéderoient les facultés de leurs 3» auteurs 3?.
- On voit que la principale condition que met l’article cité de la loi à l’emploi des fonds pour les constructions de machines, est que le Bureau en ait vérifié les avantages et la possibilité. Nou^ avons cru en conséquence devoir nous occuper de l’examen de celles qui ont été proposées par le citoyen Trouville, et nous choisirons particulièrement la machine hydraulique par laquelle il s’est fait connoître des Artistes et Mécaniciens, et où il a employé d’une maniéré aussi neuve qu’ingénieuse, l’action de l’élasticité de l’air.
- Le Bureau de Consultation sait que ce moyen hydraulique a été soumis, il y a quelque années, à l’examen de l’Académie des sciences , et que les commissaires en portèrent un jugement qui est en quelque sorte défavorable à l’auteur ; mai* il nous paroît que le rédacteur du rapport ne rendit pas à l’invention du citoyen Trouville la justice qu’elle méritoit 5 qu’il ne compara pas suffisamment l’effet pratique de sa machine avec celui des machines hydrauliques ordinaires, et sur-tout qu’il ne mit pas assez d’importance à l’avantage remarquable dont elle jouit, de supprimer toute espece de rouages , de pompes et pistons. Nous croyons devoir suppléer à cet
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- égard à ce qui manque au rapport du rédacteur. Nous aimons d’ailleurs à croire que, s’il se fût livré à un second examen, il auroit partagé l’opinion avantageuse que nous avons de la machine du citoyen Trouville, opinion que nous allons soumettre au jugement du Bureau.
- Nous donnerons d’abord une courte description de cette machine, qui est déjà suffisamment connue de plusieurs de ses membres; nous ferons ensuite l’examen de l’effet qu’elle produit,^et nous le com-parerôns à celui des roues hydrauliques dont on se sert ordinairement pour élever les eaux ; enfin, nous donnerons quelques considérations générales sur différentes maniérés d’employer ce nouveau moyen. N
- Nous venons de dire que dans la machine du citoyen Trouville, il n’y a ni rouages, ni pompes; et en effet, on va voir que l’air est le seul intermédiaire par lequel l’eau, qui sert de moteur, agifesur celle qu’on éleve.
- Qu’on imagine une grande capacité privée de toute communication avec l’air extérieur , un bâtiment voûté , par exemple , et que ce bâtiment, que le citoyen Trouville appelle le grand aspirateur, soit disposé de maniéré à recevoir alternativement les eaux d’une source qui sert de moteur*, et à les laisser écouler par sa partie inférieure.
- Soient aussi plusieurs réservoirs établis les uns au-dessus des autres, depuis le niveau de la source , jusqu'au point le plus élevé où on veut porter l’eau, et ân-dessus de chaque réservoir un petit bâtiment également fermé, appellé petit aspirateur, lequel communique par un tuyau vertical avec le réservoir immédiatement inférieur, et par un tuyau horizontal avec le réservoir yoisin dans lequel elle doit verser.
- Supposons encore que ces aspirateurs soient presqu’entiérement remplis d’eau, à l’exception d*une petite hauteur dans leur partie supérieure, qui contienne de l’air, et soit un long tuyau d’un petit diamètre qui parte de la voûte du grand aspirateur, et qui, se prolongeant jusqu’aux petits aspirateurs les plus élevés, communique par des embranchemens avec les têtes de tous les autres , et serve à mettre l’air en équilibre dans toutes les capacités.
- Enfin , supposons que la voûte du grand aspirateur soit au niveau de la source, que le niveau de chaque réservoir supérieur soit un peu au-dessous de la voûte du petit aspirateur qui y correspond , et que la hauteur de chaque petit aspirateur soit un peu moindre que celle de l’eau contenue dans le grand.
- Il résulte de cette disposition, que lorsqu’on donne à Feau dis
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- grand aspirateur la liberté de s’écouler par sa partie inférieure , Pair se dilate d’abord dans le long tuyau dont nous avons parlé, et de suite dans les têtes de tous les petits aspirateurs avec lesquels ce tuyau communique, et qu’alors chacun de ces derniers aspire l’eau du réservoir inférieur 5 qu’après cela, lorsqu’on fait entrer l’eau de la source dans le grand aspirateur , l’air se rétablit d’abord dans son premier état, et alors Peau aspirée par chacun des petits aspirateurs , se dégorge dans le réservoir voisin , de sorte qu’après ces deux rnouvemens , l’eau d’un réservoir quelconque se trouve avoir été portée dans celui qui lui est immédiatement supérieur', et que l’eau de la source parvient ainsi successivement jusqu’au réservoir le plus élevé.
- Telle est l’idée générale de la machine du citoyen Trouville ; et elle nous suffira pour l’examén que nous allons faire de l’effet qu’elle, produit.
- On évalue l’effet d’une machine hydraulique quelconque, en déterminant le rapport de la quantité d’eau qu’elle dépense avec la quantité quelle peut élever dans le même teins, à la hauteur de laquelle l’eau qui sert de moteur est descendue Lorsque ces deux quantités sont égales, la machine produit le plus grand effet possible , ce qu’on appelle aussi l’effet total , et elle est plus ou moins parfaite , selon que la quantité élevée approche plus ou moins de la quantilédépensée. Nousjallonsdéterminercerapport dansla machine du ci toyeri Trouville, en faisant d’abord une certaine supposition de la hauteur de la source qui lui donne le mouvement.
- Soit cette hauteur égale à un peu plus de 16 pieds; par exemple, If) pieds 6 pouces , et supposons que la voûte dn grand aspirateur soit au niveau de la source. Considérant ensuite tous les petits aspirateurs comme réduits à un seul, parce qu’ils produisent tous un effet pareil ; soit la hauteur de la voûte de ce petit aspirateur unique au-dessus du réservoir inférieur, égale exactement à 16 pieds. Enfin „ imaginons que le grand aspirateur soit d’abord entièrement rempli d’eau, mais qu’il reste troispoucesd’air dans latête du petit aspirateur, et que cet air ait la même densité que celui de l’atmosphère ; supposons encore que le niveau du réservoir dans lequel l’eau doit se dégorger, soit trois pouces pius bas que la tête du petit aspirateur, et que le grand et petit aspirateurs aient la même étendue de surface.
- Cela posé,,si on fait écouler l’eau du grand aspirateur par sa partie inférieure, on verra qu’elle descendra d’abord, d’environ trois pouces sans produire aucun mouvement dans l’eau du petit aspirateur, mais qu’alors l’air se trouvant à-peu-près réduit à la moitié de sa densité première, la pression extérieure de l'atmosphère, qu’on suppose équivalente à une colonne d’eau de trente-deux pieds , commencera à faire monter i’eau dans le petit aspirateur ?
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- quelle continuera ensuite cle s’y élever jusqu’à ce que la colonne d’eau contenue dans le petit aspirateur soit égale à celle qui est contenue dans le grand , ce qui arrivera lorsque l’eau du grand aspirateur sera descendue au total de six pouces. Si on considéré maintenant le mouvement de la machine lorsque l’eau rentrera dans le grand aspirateur , on verrà que l’eau y montera de trois pouces environ avant de produire aucun effet sur le petit aspirateur , mais qu’alors l’eau de ce dernier commencera à en sortir, et que les trois pouces d’eau qu’il avoit aspirés seront versés dans le réservoir voisin , lorsque ,l’air aura repris la densité de celui de l’atmosphère.. - ^
- Il résulte de-là qu’il sera entré dans le grand aspirateur une hauteur cle six pouces d’eau, tandis qu’il n’en aura été versé qu’une hauteur de trois poüces dans le réservoir supérieur 5 cl’où l’on voit que la quantité élevée ne sera qüe la moitié seulement de la quantité dépensée , et encore faut-il remarquer que celle-ci est descendue d’un peu plus de seize pieds de hauteur , tandis que l’eau élevée ne l’a été que d’un peu moins de seize pieds.
- Si on examine de la meme maniéré le produit de la machine lorsque 1 ; source a une hauteur différente de celle que nous venons de supposer, on trouvera que l’eau élevée est à l’eau dépensée comme le volume que l’air occupe, lorsqu’il a la même densité que l'atmosphère, est au volume qu’il occupe lorsque par sa dilatation, il soutient une colonne d’eau égale à la hauteur de la source , et en général la quantité dépensée étant toujours représentée par trente-deux pieds, la quantité élevée sera représentée par trente-deux pieds moins la hauteur de la source.
- Ainsi lorsque la hauteur de la source sera de huit pieds, les deux quantités seront cntr’elles comme trente-deux et vmgt-cjuatre, ou comme quatre et trois, et par conséquent la machine produira les trois quarts de l’elfet total ; elle en produira les sept huitièmes lorsque la hauteur sera de quatre pieds seulement, et les quinze seizièmes, lorsqu’elle sera réduite à deux pieds. D’où l’on voit que l’effet cle la machine approchera d’autant plus de l’effet total, ou du plus grand effet possible, que la hauteur de la source qui sert de moteur sera plus petite.
- Nous devons remarquer ici qu’il y a une petite réduction à faire à ces résultats, parce que les petits aspirateurs n’élevent pas l’eau exactement d’une quantité égale à la hauteur du grand aspirateur, ainsi qu’on l’a pu voir ci-dessus; on doit remarquer encore que le volume de l’air contenu dans le tuyau de communication est en pure perte pour l’effet de la force motrice ; mais ces différences sont ïès-petites, et l’on peut dire que les résultats pratiques de cette.
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- machine doivent beaucoup approcher de ceux que Ton vient de
- donner.
- Nous allons maintenant comparer ces résultats avec ceux des deux especes de roues hydrauliques dont on se sert ordinairement pour élever les eaux ; savoir : les roues à pots ou à godets qui reçoivent l’eau par-dessus leur diamètre, ou à une certaine hauteur de ce diamètre, et les roues à aubes qui tournent dans un coursier, et sont mues par le choc de l’eau. Commençons d’abord par les roues à godets.
- Si on examine théoriquement le produit de cette roue, on trouve que son effet peut-être égal à l’effet total, c’est-à-dire, qu’elle peut élever à une hauteur égale à celle de la source, autant d’eau qu’elle en dépense; mais , i°. il faut supposer pour cela que la roue prenne une très-petite vitesse, et que la capacité des godets soit très-grande ; or, dans ce cas, il seroit nécessaire de multiplier les rouages intérieurs de la machine, afin de suppléer à la lenteur des révolutions de la roue : on aime donc mieux perdre une partie de l’effet en faisant tomber l’eau d’une certaine hauteur sur les godets, et alors cet effet se trouve diminué d’une quantité que nous estimons être ordinairement d’un huitième dans les machines les mieux combinées. 2°. Les frottemens des rouages intérieurs de la machine, ceux des pistons dans les pompes, les pertes d’eau que font les pistons , et les étranglemens des soupapes, causent encore une diminution de produit qui est au moins d’un sixième dans les machines bien exécutées. L’on voit, d’après cela, que l’effet réel ou pratique d’une machine mue par une roue à godets , est un peu moins des trois quarts de l’effet total, et il est peut-être rare d’en trouver qui produisent les deux tiers de cet effet..
- Venons à la seconde espece de roues hydrauliques qui se meut parle choc de l’eau. On trouve qu’en donnant aux aubes de la roue la vitesse convenable pour qu’elle produise le plus grand effet dont elle est capable, elle peut élever la moitié de l’eau dépensée à la •hauteur du réservoir de la source, c’est-à-dire, qu’elle peut produire la moitié de l’effet total. Mais il faut pour cela que les aubes de la roue remplissent exactement le coursier dans lequel elles tournent, de manière que Feau ne puisse s’échapper par-dessous les aubes , ou littéralement, sans avoir exercé son action ; et comme en est fort éloigné d’approcher de cette précision, nous estimons qu’une de ces roues ne produit réellement dans la pratique que le tiers de l’effet total, et faisant encore la réduction d’un sixième pour le frottement des rouages intérieurs et des pompes, on verra qu’une machine mue par une roue à aubes, ne produit qu’un peu plus du quart de l’effet total.
- ïl résulte de l’examen que nous venons de faire, d’abord que la
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- machine du citoyen Trouville est fort supérieure aux roues à aubes mues par le choc de l’eau. En effet, dans le cas où la hauteur de J a source seroit de huit pieds, son produit seroit presque triple de celui des roues à aubes, et nous verrons bientôt qu’elle auroit ie même avantage dans tous les autres cas.
- Quant aux roues à godets , nous venons de dire qu’elles produisent un peu moins de trois quarts, ou peut-être même seulement les deux tiers de l’effet total : or, nous avons vu ci-dessus que la machine du citoyen Trouville produit aussi un peu moins des trois quarts de l’effet total, lorsque la hauteur de la source est de huit pieds 5 que son effet comparatif est plus grand dans les hauteurs plus petites, et moindre au contraire dans les hauteurs plus grandes. Ainsi les deux machines sont à-peu-près égales , lorsque la source dont on dispose tombe de huit pieds ; la machine à air a de la supériorité quand la hauteur est moindre, et elle est inférieure dans les hauteurs plus grandes. Mais il est toujours facile de réduire la machine à air du citoyen Trouville, à fi’être qu’une répétitiop. des machines dans lesquelles l’eau de la sourhe ne tomberoit que de huit pieds de hauteur, ou d’une hauteur moindre. Pour cela , il suffiroit de partager le grand aspirateur en plusieurs étages dé huit pieds de hauteur, qui communiqueroient chacun par un tuyau d’air particulier avec le tuyau général qui conduit l’air à tous les aspirateurs supérieurs. L’écoulement de l’eau de chaque étage se feroitpar sa partie inférieure ., dans une bâche placée en dehors à l’air libre , et cette bâche serviroit ensuite à remplir l’étage inférieur pour produire la condensation. De ce te maniéré, quelle que fût la hauteur de la source, l’eau étant élevée par des répétitions de huit pieds, la machine produiroit toujours les trois quarts de l’effet total, c’est-à-dire, que clans le cas le moins favorable, elle seroit égale à la roue à godets, et elle lui seroit supérieure si on vouloit diminuer la hauteur des répétitions.
- La comparaison que nous venons de faire, prouve la bonté de la machine du citoyen Trouville j mais ce qui lui donne une grande prépondérance et qui la distingue d’une maniéré particulière , c’est la suppression des rouages, balanciers , pompes et pistons qui embarrassent et compliquent (es machines ordinaires, et qui, usées par le teins, obligent à des réparations souvent répétées . et en,fin à des reconstructions totales ; au lieu que la machine à air ne peut, avoir besoin que de réparations médiocres, et que ses parties principales, telles que les aspirateurs, sort pour ainsi dire , indestrm ti-bies ; enfin, la simplicité de cette machine en augmente aussi le mérite.
- Nous n’avons parlé jusqu’ici que de la ms ch* ne ce -
- «Ile-même et sans aucune application , des nm <
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- toyen Trouville , qui s’est déjà beaucoup occupé des moyens de la perfectionner, nous a communiqué la maniéré de l’employer dans différentes circonstances , soit pour lui faire produire son effet à de grandes distances du lieu ou le grand aspirateur est établi, soit pour élever les eaux du fond des mines , lorsqu’on a une chute d’eau dont on peut disposer. Il a aussi imaginé d’autres machines analogues , où l’air agit par un effet alternatif de compression et de dilatation ; enfin, d’après toutes les recherches ingénieuses qu’il a aites sur cet objet, nous sommes persuadés qu’il est fort en état d’en tirer tout le parti dont il est susceptible. Mais cette invention , si intéressante par sa simplicité et* ses effets , resteroit en pure perte pour la société , si le citoyen Trouyille n’avoit la facilité de l’exécuter un peu en grand , pour y essayer les différens moyens mécaniques nécessaires au jeu de la machine, tels que les robinets ou soupapes qui doivent introduire l’eau dans le grand aspirateur , ou l’en faire sortir à des instans précis du mouvement de lamachine ; d’autres soupapes destinées à chasser, à chaque aspiration, l’air importun qui seroit entré dans le grand aspirateur, s’il n’étoit pas assez exactement fermé ; enfin, tout ce qui sert à ce qu’on peut appeler l’organisation de la machine.
- Paris , le 24 germinal , Van deuxieme de la république française, une et indivisible. Signé y Borda, rapporteur y Désaumay, Halle, Dumas , commissaires.
- Tour copie conforme à Voriginal
- Silyestre secrétaire. Avis du bureau.
- Sur la demande en consultation du département de Paris et du ministre de l’intérieur , et d’après le rapport des commissaires du citoyen Trouville , le bureau de consultation des arts et métiers, croit utilequ’ilssoilaccordé à cetartisteune sominede i5,ooo liv, qu’il a dé*, claré lui être nécessaire pour faire un essai en grand de la machine hydraulique qu’il a proposée ; à la charge par lui de soumettre aux commissaires chargés par l’administration de la surveillance de cette exécution, les devis et les dimensions dont il fera usage , sous l’inspection des commissaires du bureau pour la partie de l’art.
- Signé Lagrange , président
- Tour copie conforme à Voriginal,
- ^ Silyestre , secrétaire,
- ïljrrojiT
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- III »
- Rapport sur le citoyen Bastide , forgeur de métiers à bas.
- Les talens du citoyen Bastide sont très avantageusement connus du bureau d.e consultation , qui lui accorda , le 19 Septembre 1792 , une récompense de 8,000 liv. pour les divers perfectionnemens utiles qu’ilavoit faits au métier à bas, depuis 1745. (Voy. le premier volé)
- Cet encouragement national n’est point tombé sur un sol stérile. Il a réchauffé l’émulation de l’artiste , qui l’a sagement dirigée vers de nouvelles simplifications , qui toutes ont pour but de prolonger la durée du métier à bas , d’en rendre l’entretien peu dispendieux, etde donner à l’ouvrier l’inappréciable faciiitéde changer les dessins avec autant d’économie que de célérité.
- Nous allons rendre au bureau un compte sommaire de ces divers objets qui sont exposés sous ses yeux, et seront d’ailleurs gravés en détail dans le recueil des mémoires du bureau.
- La première piece à laquelle le citoyen Bastide a fait des améliorations vraiment économiques, est le moule On sait que ce moule , dont tous les ouvriers sont pourvus , est destiné à la fonte des plombs à aiguilles et à platines , et qu’il sert également à ces fon-tures de formes différentes, en ajoutant auxpiècesprincipales, qui constituent le fond du moule , de petites pièces, ou bien en les supprimant. C’est par ces opérations fréquemment répétées queles petites pièces sont très sujettes à s’user ; ce qui oblige à en substituer de nouvelles. Mais par la maniéré dont elles sont ajustées dans l’ancien moule , 011 ne peut faire cette réparation qu’on ne dérange la piece principale , appelée la planche. Dès que ce déplacement à eu lieu , et qu’on a placé de nouvelles petites pièces , les fontures qu’on coule dans le moule n’y prennent plus les mêmes dimensions, et par conséquent, à chaque réparation pareille faite au moule, il faut changer chacun des anciens plombs , parce que n’étant plus assortis aux nouveaux, on n’auroit plus, dans toutes les parties du métier où le«s plombs figurent, une jauge régulière et uniforme.
- Par la réforme simple qu’a faite le citoyen Bastide dans l’assemblage des petites pièces, il les répare et en substitue de nouvelles sans déplacer la planche. Il fixe les petites pièces contre la planche, en les attachant par des vis au corps du moule, et par ce moyen , les petites pièces à deux charnières pour les plombs à deux aiguilles , s’ajustent comme celles à trois charnières pour les plombs à trois aiguilles. Il en est de même de la petite piece qui reçoit la tête des aiguilles. Comme elle varie de position suivant la longueur des Tome II. (r
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- aiguilles, elle est attachée par une,vis qui joue dans une rainure 5 ce qui facilite à la piece de se porter en ayant ou de se rapprocher , suivant qu’on serre la tête de la vis.
- C’est dan s ces mêmes vues que le citoyen Bastide a fait deschangé-mens au plioir dont les fabricans d’aiguilles font usage pour les aiguilles propres au métier à bas. On sait que les ouvriers donnent à ces aiguilles des dimensions qui varient dans toutes leurs parties , suivant lu jauge des métiers qu’elles doivent garnir. Ces variations ont lieu sur-tout dans la longueur des becs qu’on plie pour rentrer dans les chasses. Or, pour plier les becs, 011 se sert d’une pince, dont une des branches est construite de maniéré que sur sa face intérieure elle porte une partie saillante, dontle bord arrêté la pointe des aiguilles droites, et à une certaine distance de l’extrémité de la branche contre laquelle se fait le pli du bec ; et c’est par ce moyen qu’on en détermine la longueur : et comme ces longueurs varient, ainsi qu’on l’a dit, il falloit aux ouvriers autant de pinces qu’ils fabriquoient de sortes d’aiguilles; ce qui les mettoit dans le cas de faire des dépenses assez considérables , pour se procurer l’assortiment de tous les pliozrs qui leur étoient nécessaires. Le citoyen Bastide a réduit cette dépense à celle d’une seule pince ou plioir.
- Au moyen d’une vis , dont la tête joue dans une coulisse , et à laquelle est fixée la piece qui arrête les pointes des aiguilles à une certaine distance de l’extrémité de la branche du plioir, un seul suffit dans tous les cas. Les changemens s’opèrent en faisant avancer ou reculer la piece et la fixant au moyen de la vis , au point qui convient pour telle ou telle longueur de bec. Les avantages d’une pareille réforme se font assez sentir.
- Un nouvel objet d’amélioration consiste dans l'exécution des lames dont on garnit les presses, lorsqu’on veut rendre certains dessins dans les tricots. Bastide adapte sur les lames matrices des doublures cletôle légère, au moyen desquelles ces lanies offrent toutes les combinaisons de dentures dont 011 a besoin.
- Pour se faire une idée de l’économie résultante de l’addition de ces tôles dentelées secondaires, il suffit de dire qu’elles ne coûteront que 5 à 6 sols la piece , et que les lames matrices qu’elles remplacent auroient coûté de 8 à 10 liv.
- Les platines sont rivées, chacune séparément, à la tête des ondes et des plombs; ce qui cause une première dépense assez considér rables, vule grand nombre de platines qui entrentdans l’assortiment d’un métier à bas. Un autre inconvénient de ces rivures, c’est qu’il est rare que les platines soient suspendues à une hauteur bien égale f ou qu’elles n’éprouvent pas des dérangemens qui nuisent à la régularité et à P uniformité des mailles. Lç citoyen Bastide a supprimé
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- ces rivures; et par le moyen dune verge ou tringle de fer que saisit la totalité des platines et des têtes des ondes dans les trous ou se plaçoient les rivures , il obtient de fort grands avantages qui écartent les inconvéniens dont on a parié. D'abord, les platines sont constamment maintenues à la même hauteur et jouent bien également entre les aiguilles. En second lieu, lorsqu’il faut faire des réparations aux platines, ce qui arrive souvent, puisque ce sont les pièces du métier à bas qui travaillent le plus et qui peuvent résister le moins, en tirant la verge, on en détache aisément la platine qu’il faut réparer, et on la replace de même, sans déranger l’onde qui lui correspond.
- Dans les métiers ordinaires, la tête des ondes vient s’appuyer contre une barre, nommée chaperon , qui garnit la partie inférieure de la barre à la platine, et s'y émousse en assez, peu de tems, de maniéré à ne pouvoir plus supporter la rivure des platines : ce qui oblige à substituer de nouvelles ondes aux anciennes. Eit considérant le nombre d’ondes et de platines que renferme chaque métier à bas, on peut juger des dépenses que cés réparations doivent occasionner.
- Le citoyen Bastide a réglé les ondes et leur degré d’élévation, en les arrêtant par une barre; mais il la place plus avantageusement pour la conservation des ondes, en !’attachant sur les tirans par des vis qui permettent à la barre du chaperon de s’abaisser ou de s’élever , suivant l’étendue qu’il convient de donner au jeu des ondes. Au moyen de ce changement , elles sont plus en état de résister au chaperon, puisqu’elles le touchent dans la partie de leur plus forte épaisseur, et que pour peu même que l’onde s’usât par les contacts réitérés , un coup de marteau la rétabliroit dans ses dimensions, sans qu’on fût obligé à d’autres réparations.
- D’après cet exposé fidele, le bureau Toit que les cliangemens et les simplifications que le citoyen Bastide vient d’ajouter au métier à bas., ont le mérite essentiel de prolonger la durée de cette utile machine et d’en rendre l’entretien infiniment peu considérable.
- Nous estimons que cet artiste mérite le maximum de la seconde classe des récompenses nationales ; laquelle somme , jointe à celle de 2,000 livres, minimum de la même classe , à raison de l’âge plus que sexagénaire du citoyen Bastide, forme celle de 5,ooo livres.
- Fait au Louvre, le 4 fructidor, l’an deuxieme de la république française, une et indivisible.
- Signés SERVIERES, DESA.UDRAY, DItROUVILLE.
- Four copie conforme ;
- DUMAS, vice-secrétaire;
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- Avis motivé.
- « Le bureau de consultation des arts et métiers , après avoir 33 entendu le rapport de ses commissaires sur les nouveaux travaux » du citoyen Bastide , forgeur de métiers à bas; considérant que cet « artiste a fait au métier à bas plusieurs changemens et simplifîca-w lions nouvelles, qui en rendent le mécanisme-plus commode et 33 plus solide ; en prolongent la durée , diminuent beaucoup Pen->3 trétien, et sur-tout facilitent aux ouvriers éloignés des grandes 33 communes les moyens de réparer eux mêmes, et de varier à vo-33 lonté les dessins ; est d’avis, conformément à la loi du 12, sep-33 tembre 1791, que le citoyen Bastide mérite le maximum de la 33 seconde classe des récompenses nationales , c’est-à-dire , 3,000 33 livres , qui, jointes au minimum de cette même classe, attendu » que l’artiste est âgé de soixante ans passés, forment la somme 3> de 5^000 livres 33.
- Signés DESAUDRAY, président, SERVIERES, secrétaire,
- • Pour copie conforme à l’original.
- Le citoyen Bastide demeure rue de la Jouaillerie, Apport-Paris, maisou du perruquier.
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