La Nature
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- LA NATURE
- REVUE DES SCIENCES
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
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- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ
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- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ
- HONORÉ PAR M. LB MINISTRE i/lNSTRUCTlON PUBLIQUE D UNE SOUSCRIPTION POUR LES BIBLIOTHEQUES POPULAIRES ET SCOLAIRES
- RÉDACTEUR EN CHEF
- GASTON TISSANDIER
- ILLUSTRATIONS
- DESSINATEURS
- MM. BONNAFOUX, FÉRAT, GILBERT, E. JUILLERAT A. TISSANDIER. etc.
- graveurs
- MM. BLANADET, DIETRICH, MORIEU, SMEETON-TILLY FÉROT, etc.
- SIXIÈME ANNÉE
- 1878
- PREMIER SEMESTRE
- PARIS
- G. MASSON, ÉDITEUR
- LIBRAIRE DE L’ACADÉMIE DE MÉDECINE
- 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN
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- 6* ANNÉE. — N° 235.
- 1" DÉCEMBRE 1877.
- LA NATURE
- REVUE DES SCIENCES
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- l'atmosphère
- DE LA PLANÈTE TÉNUS
- Nous devons aux derniers progrès de l'astronomie physique des documents si importants sur notre voisine et noire sœur la planète Vénus, qu’il nous est possible aujourd’hui de fonder sur l’ensemble de ces documents une opinion scientifique solide et rationnelle relativement à la météorologie, la climatologie, et l’état probable de la vie à la surface de ce Monde. C’est là un sujet doublement curieux, dont l’étude ne manquera pas sans doute d’intéresser ceux d’entre nos lecteurs qui aiment à s’élever quelquefois au-dessus des affaires de ce monde, pour se transporter dans les régions célestes que le télescope nous découvre au delà des horizons habituels de la vie.
- Jusqu’en ces dernières années, on pouvait douter de l’existence de l’atmosphère de Vénus; mais aujourd’hui nous avons en mains les preuves irrécusables de la similitude complète de ce Monde avec le nôtre : non-seulement nous savons que cette atmosphère existe, mais encore nous avons mesuré son épaisseur, sa densité, et même sa constitution physique et chimique.
- Les premières probabilités en avaient été données au siècle dernier par les observations du passage de la planète devant le Soleil en 1761 et 1769; mais on pouvait attribuer les effets observés à des illusions d’optique. A la fin du siècle dernier, Schrœter remarqua sur l’une des phases de ce globe, le long du bord éclairé, une faible lumière paraissant dénoter un effet crépusculaire. Les dessins du même observateur montrent des bandes sombres traversant le disque et dues évidemment à l’existence d’une atmosphère. Ces mêmes bandes ont été vues depuis, notamment par lord Rosse, De la Rue et Buffham. Une autre preuve peu contestable de l’atmosphère de Vénus avait été donnée par l’allongement du croissant dans sa longueur comme dans sa largeur,
- G' aoefa. — d,r semestre.
- allongement produit par la lumière du Soleil éclairant soit une atmosphère, soit des nuages ; — ce qui revient au même, car il n’y a pas de nuages sans | atmosphère. Le bord intérieur du croissant montre une zone grise, une pénombre, produite par ce fait que le long de ce méridien le Soleil n’éclaire pas le sol de la planète, mais seulement l’atmosphère, comme il arrive ici au lever et au coucher du Soleil. Nous apercevons ainsi d’ici lés crépuscules du monde de Vénus, l’aube et le déclin du jour.
- Parmi les astronomes qui ont examiné cette belle planète avec attention, il n’en est aucun qui n’ait remarqué combien la partie du croissant extérieure, ou tournée du côté du Soleil, est plus brillante que la courbe elliptique intérieure — qui marque la ligne de séparation d’ombre et de lumière. Cet affaiblissement prouve l’existence de l’atmosphère de Vénus. Les rayons venus du Soleil qui sont réfléchis sur le sol de la planète formant le bord circulaire du croissant ont traversé en effet une moindre épaisseur d’atmosphère que ceux qui arrivent sur des parlies plus ou moins voisines du cercle terminateur.
- La discussion des observations prouve que cette pénombre ne peut être causée que par une atmosphère entourant le globe de Vénus, et peu dilfé-rente de la nôtre comme épaisseur, — plutôt plus élevée que moins.
- Ces premières mesures rudimentaires étaient faites, quand la merveilleuse découverte de l’analyse spectrale fut donnée à la science. Les astronomes s’empressèrent de l’appliquer, et nous sommes flatté de savoir que c’est après avoir lu notre ouvrage sur « la Pluralité des Mondes » que M. Huggins commença, en Angleterre, cette importante étude des atmosphères planétaires. Les premières recherches de cet habile astronome donnèrent les résultats suivants (1866) :
- « Quoique le spectre de Vénus soit brillant, et que l’on y voie très-bien les raies de Fraüuhofer, je n’ai pu y découvrir aucune raie additionnelle
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- qui révèle la présence d’une atmosphère. L’absence de ces raies peut être due à ce que la lumière est probablement réfléchie non par la surface de ce globe, mais par des nuages situés à une certaine hauteur. La lumière qui nous parviendrait ainsi par réflexion sur les nuages n’aurait pas été exposée à l’action absorbante des couches plus denses de l’atmosphère de la planète. »
- Ces premiers résultats n’avançaient pas la question. M. Huggins, ayant recommencé ses expériences en diverses conditions, finit par découvrir dans ce spectre des raies s’ajoutant à celles du spectre solaire.
- Depuis, les observations de Vogel ont confirmé l’existence de ces raies, analogues aux raies d’absorption de l’atmosphère terrestre. « Les modifications apportées par l’atmosphère de Vénus au spectre solaire sont très-faibles, dit-il; il faut en conclure que les rayons solaires qui nous sont renvoyés par celte planète sont réfléchis pour la plupart à la surface de la couche de nuages qui l’enveloppe, sans pénétrer dans l’intérieur. Cependant il y a des raies particulières, parmi lesquelles on reconnaît celles de la vapeur d'eau. On peut donc admettre comme très-probable que l’atmosphère de Vénus renferme de l’eau, cet élément si indispensable à la vie. »
- Telles sont les propres expressions de l’astronome allemand. En Italie, le P. Secchi avait trouvé de son côté que la vapeur d’eau agit dans l’atmosphère de Vénus pour absorber la lumière reçue du Soleil.
- De plus, M. Respighi, directeur de l’observatoire du Capitole à Rome, y a trouvé les raies de l’azote.
- Ainsi : 1° la planète Vénus est certainement entourée d’une atmosphère ; 2° cette atmosphère est aussi épaisse pu plus épaisse que celle que nous respirons; 3° elle est formée d’un gaz qui paraît analogue au mélange qui forme notre air; 4° elle est parsemée de nuages, en très-grand nombre.
- Mais continuons notre étude : on doit au dernier passage de Vénus des documents plus nouveaux et plus précieux encore.
- Comme nous l’avions^ prévu, les expéditions envoyées pour l’observation de cet important phénomène céleste ont trouvé, en dehors du but spécial de leur mission, des résultats étrangers à ce but et tout à fait inattendus. Parmi ces résultats, l’un des plus importants et des plus intéressants est sans contredit la vérification de l’existence de l’atmosphère de Vénus, sa mesure définitive et son analyse chimique.
- La première relation des observateurs du passage de Vénus qui ait eu pour objet l’atmosphère de cette planète est celle de l’astronome Tacchini, de l’observatoire de Palerme, chef de la mission italienne envoyée à Muddapur (Bengale). Dans une lettre écrite le lendemain même du passage, au ministre de l’instruction publique d’Italie et publiée dans le Bulletin de la Société des spectroscopistes
- italiens, le savant observateur exposait le fait dans les termes suivants :
- « Avant l’heure à laquelle Vénus allait sortir du Soleil, par un ciel très-pur, j’ai examiné le spectre solaire dans le voisinage de la magnifique bande obscure formée par Vénus. Ce spectre se présentait partout à l’état normal, à l’exception de deux positions, dans lesquelles, après le passage de la bande de la planète, on voyait un léger obscurcissement en deux points du rouge correspondant aux lignes d’absorption de notre atmosphère : le phénomène paraît donc du à la présence de l'atmosphère de Vénus, probablement de même nature que la nôtre. »
- Spécialement versés dans l’étude de l’analyse spectrale du Soleil, et habitués depuis plusieurs années à faire journellement cette analyse, les astronomes italiens avaient surtout pour but d’appliquer le spectroscope à l’observation du passage de Vénus. Dans cette observation, ils ont inopinément, non pas vu dans une lunette, mais constaté au spectroscope l’existence de l’atmospbère de celte planète voisine, et une analogie chimique avec celle que nous respirons.
- Pendant que cette remarque se faisait au Bengale, il se passait au Japon, à mille lieues de là, un fait bien différent du précédent, mais qui le confirme singulièrement. A Saigon, les astronomes de la mission française n’observaient pas au spectroscope, mais dans des lunettes ordinaires. Or voici ce que je remarque dans la relation envoyée à l’Académie des sciences par le chef de l’expédition, M. Héraud. On n’y a pas constaté de la même façon l’action de l’atmosphère de Vénus sur la lumière solaire; on l’a vue elle-même, cette atmosphère, directement et dans une circonstance également inattendue. On lit en effet dans la relation envoyée à l’Académie :
- « A 21 h. 17 m., la planète étant déjà entrée de plus des deux tiers sur le disque solaire, je remarque que la partie extérieure non encore entrée sur le Soleil est nettement indiquée par un filet lumineux pâle, qui, réuni aux franges de l’image intérieure, forme un cercle parfait. Ne m’attendant pas à ce phénomène, je ne puis noter l’instant précis de son apparition... »
- Quel était ce filet lumineux, environnant la planète et dessinant sur le ciel, à côté du Soleil, la partie de la planète entrée? C’était l’atmosphère de Vénus elle-même éclairée par le Soleil et réfractant vers nous la lumière de l’astre du jour. C’est la seule explication possible du phénomène.
- Le fait était signalé également, à Saigon, par un autre observateur, M. Bonifay, dont voici la relation :
- « À 21 h. 17 m., le contour de Vénus extérieur au disque solaire s’illumine légèrement, à commen cer par le bas de l’image qui reste constamment plus visible que le haut. La circonférence planétaire paraît ainsi complétée d’une manière très-visible
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- sur le ciel par cet arc lumineux, qui semble la continuer exactement. Cet effet subsiste quand la planète avance. Quand le moment du contact approche, on continue à voir le bord de la planète, qui reste légèrement lumineuse... »
- Remarque curieuse, ce phénomène de l'illumination du contour de Vénus ne s’est pas reproduit à la sortie de la planète. Les deux observateurs précédents, croyant le voir se renouveler, le cherchèrent en vain. A quelle cause cette différence est-elle due? L’atmO'phère de Vénus n’était-elle pas également transparente sur le méridien oriental et sur le méridien occidental. Était-elle pure dans le premier cas (réfraction visible) et chargée de nuages dans le second? Ou bien la différence n’est-elle due qu’à l'obliquité plus grande des rayons solaires relativement aux observateurs?
- Camille Flammarion,
- — La suite prochainement» —
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- L’EXPÉDITION NORVÉGIENNE
- pour l’étude des fonds marins.
- Le Vôrincjin quitta Tromsôe le 14 juillet 1877, mouilla le jour suivant, qui était un dimanche, à Kjosen, près Lingen,et nous commençâmes nos travaux le 16, à la hauteur de Fuglôe (70° de latitude nord). De ce point, nous voguâmes en travers dans la direction du 70° 1/2 de latitude nord et du 14° de longitude est, ne trouvant jamais un fond ayant plus de 900 brasses de profondeur (1620 mètres). Le 18, nous cinglâmes vers le sud, en marchant encore une fois par le travers, parallèlement à la direction que nous avions prise auparavant et à une distance d’à peu près douze milles géographiques (de 22 à 23 kilomètres). Ayant terminé, le 20 nous fîmes voile pour Tromsôe où nous arrivâmes à minuit. Dans notre dernier trajet nous trouvâmes une profondeur de plus de 2160 mètres, du côté nord-est de la baie, à mer profonde, aboutissant au bànc escarpé, qui est en dehors de Vesteralen et de Lofoten.
- A Tromsôe, le navire fut complètement mis en état d’aller croiser dans la direction de Jan Mayen. Nous quittâmes cette ville le 24 juillet, sortîmes du Malangonfjord et voguâmes vers l’ouest. A la latitude de 70° et au 5° de longitude est, nous arrivâmes à la ligne transversale dont nous avions déjà exploré la partie orientale et nous nous dirigeâmes droit sur Jan Mayen. C’était le 26; nous retirâmes la drague, pleine de vase et d’argile biloculine, mais presque sans animaux. Le lendemain, nous trouvâmes 0° centigrade à 500 brasses de profondeur; mais, plus à l’ouest, à 71° de latitude et 5° de longitude ouest, l’isotherme de 0° centigrade fut constaté bien avant dans la nuit, à 20 brasses de profondeur seulement. Cela prouve que nous étions
- bien dans le courant polaire et que la limite qui le sépare du courant chaud atlantique, connu sous le nom de gulf stream, est une surface abrupte, pareille à celle du mur froid, sur la côte américaine. La température de la surface de la mer était ici de 4°,6 centigrade. Pendant la nuit le brouillard survint et, le lendemain, nous cinglâmes avec précaution daus la direction de l’ouest, en sondant à de courts intervalles ; mais les profondeurs allèrent en augmentant et dépassèrent 1000 brasses, avant que nous eussions découvert avec la sonde une profondeur moindre. Enfin, au moment même où nous étions assis à table pour dîner, le second du navire s’écria : « Je puis voir le glacier devant moi. » Aussitôt nous arrêtâmes le bâtiment et la sonde donna 140 brasses. Le brouillard commença à s’élever un peu et nous fûmes bientôt à même d’apercevoir un énorme glacier, suspendu sur un roc escarpé et baignant son pied dans la mer. Pour apprécier la distance à laquelle nous étions du rivage, nous déchargeâmes nos armes à feu et l’observation de l’écho nous indiqua une distance un peu inférieure à celle d’un mille marin. Bientôt le brouillard s’éleva davantage et nous pûmes voir les deux pointes les plus élevées du versant oriental de la base du grand Beercnberg.
- Dans l’après-midi nous repartîmes pour faire le tour de l’île et trouver un abri sur sa côte occidentale, le vent et la mer venant de nord-est. Mais dès que nous eûmes pris la direction du nord, par le travers de la pointe septentrionale de Jan Mayen, le brouillard redevint si épais que nous ne pouvions rien voir devant nous, sinon à la distance de quelques longueurs de notre navire. Nous voguâmes alors premièrement vers le nord* puis vers l’ouest, le sud et le sud-est, la température de la surface de la mer étant prise chaque quart d’heure, afin d’être avisés de la proximité de la glace. La température de la surface descendit à 2°,3, mais se tint généralement à 5°,5 et au-dessus. A la fin, quand nous approchâmes de la côte occidentale et qu’en sondant nous eûmes trouvé un mouillage convenable, le brouillard se dissipa assez pour nous permettre de distinguer le rivage et de choisir notre gîte. A minuit, nous jetâmes l’ancre dans la plus septentrionale des trois baies delà côte occidentale, environ à un demi-mille (804 mètres) du rivage le plus rapproché.
- Le jour suivant fut très-calme, mais le brouillard recouvrait les parties les plus hautes de Jan Mayen. Nous abordâmes; la mer était si tranquille que nous pûmes atteindre la côte sans le moindre inconvénient. Le rivage se composait d’un sable volcanique, tout noir et, en montant plus haut, on trouvait du bois flotté jonchant une surface aplanie. A gauche s’élevait une falaise abrupte, merveilleusement riche en couleurs et asile de milliers d’oiseaux de mer; la pente intérieure couverte de cendres et de scories indiquait qu’on avait sous les yeux une portion d’ancien cratère. La Commission scientifique se dispersa et employa la plus grande
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- partie de son temps à lever des plans, à collectionner des plantes et des roches, à dessiner ; un renard polaire lut tué. Les plantes recueillies appartiennent à un petit nombre d’espèces, la riante verdure que nous avions aperçue du navire n’étant qu’un revêtement en mousse. Les fleurs étaient fanées et toute la partie la plus basse de l’ile, jusqu’à une altitude de 2500 pieds, paraissait généralement débarrassée des neiges, à part la neige qui formait comme des îlots blancs dans les parties basses et qui encombrait les ravins. Les rochers étaient tous volcaniques et tous les sommets paraissaient formés de pierres détachées, lancées hors des cratères, tandis qu’au pied des rochers on trouvait de la lave solide et du tuf. Dans l’après-midi, j’abordai de nouveau dans l’île pour la dernière fois, car la mer devint trop grosse les jours suivants, et Jan Mayen ne présentait pas de baie où un bateau pût se réfugier. Je me dirigeai vers le nord et trouvai un petit lac rempli d’eau fraîche et limpide, séparé de la mer par une muraille basse, large d’environ 300 pieds ; cette muraille était couverte de bois flotté. Sur la côte orientale de l’île, il y a aussi un petit lac, mais bien plus long et rempli d’une eau saumâtre. En retournant au bateau, je tirai un coup de fusil sur un renard qui s’élançait subitement vers moi et semblait très-désireux de voir un être humain.
- Le lendemain, le vent et la mer étaient assez violents pour qu’un nouveau débarquement fût impossible. Nous levâmes donc l’ancre et voguâmes de nouveau autour de la partie septentrionale de l’île.
- Les nuages nous permirent de voir la partie la plus basse de la contrée, et pendant un instant Beerenberg, le grand volcan de Jan Mayen, montra son cône neigeux à nos regards enchantés. Le capitaine, aidé de ses officiers et de moi, leva le plan de la côte en tant que les circonstances le permettaient et recueillit d’abondants matériaux pour une carte revue et corrigée de Jan Mayen. La carte de l’amirauté, dressée d’après Scoresby et ZorgDragers, fut trouvée bonne et nous aida tout ensemble à naviguer et à rectifier certains détails topographiques, qui aissaientà désirer. A minuit, nous mouillâmes
- près de la côte orientale, au sud du « cratère de l 'Œuf » et en face du grand lac.
- Le lendemain, nous mesurâmes de dessus le pont la hauteur du soleil, le débarquement restant toujours impossible. La latitude, donnée par la carte, fut trouvée exacte ; mais nos chronomètres, mis d’accord à Tromsôe et Badôe, avant et après notre course maritime, avec le temps de Greenwich (nous eûmes celui-ci par un télégramme parti de l’Observatoire de Christiania), nous convainquirent que Jan Mayen est situé à environ un demi-degré de plus vers l’ouest que ne le marque la carte (de l’amirauté). D’autres obseivations nous prouvèrent aussi que Jan Mayen n’est pas tout à fait aussi long que l’indique la carte et que sa moitié méridionale est
- un peu plus large.
- Le jour suivant, nous levâmes l’ancre et nous nous dirigeâmes vers l’est, en sondant et en draguant. Beerenberg était très-clair et offrait un aspect magnifique (fig. 2). Les vents étaient parfois violents au point de parcourir 15 mètres par seconde, leurs directions étaient très-variables, phénomène que Scoresby mentionne dans sa description des eaux de Jan Mayen. La faune était fort intéressante et ressemblait beaucoup à celle de la Grèce. La température, au fond, était de près de — 1° C. et, dans cette eau glaciale, maints animaux bien connus atteignent des dimensions réellement gigantesques. La nuit, nous mouillâmes en face des lacs.
- Le jour suivant, nous levâmes l’ancre et voguâmes vers le nord. On mesura l’altitude de Beerenberg, la distance et la navigation du bâtiment étant prises comme ligne de base. Trois mesures différentes concordèrent parfaitement et la moyenne fut une hauteur de 5836 pieds, c’est-à-dire de près de 1000 pieds moins forte que l’altitude donnée par Scoresby. Un courant assez sensible et allant du nord-est au sud-ouest a pu causer cette différence d’appréciation. Quoi qu’il en soit, cette détermination pose Beerenberg comme étant moins élevé que la cime la plus haute de l’Islande, l’Oeroefajôkul, qui a plus de 6,000 pieds d’altitude. Nous atteignîmes le nord de l’île et nous trouvâmes 1000 brasses à la faible distance d’un mille géographique, à la pointe nord, ce
- Fig. 1. — Carte des profondeurs de la mer du Nord.
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- qui indique que la base du Beerenberg continue sa déclivité de 10° jusqu’à cette distance au-dessous de la surface de la mer. De là, nous cinglâmes vers l’ouest et nous finies des sondages pendant la nuit entière. Le vent soufflait du nord-ouest et la température de l’air descendit à -4-0,2 C.
- Une profondeur de 1032 brasses ayant été trouvée à sept milles géographiques au nord-ouest de J an Mayen et une série de sondages ayant donné 0° C.,
- à dix brasses seulement de profondeur, l’eau de la surface marquant H-2° C., nous retournâmes vers la côte occidentale de Jan Mayen. Dans la matinée du1 8 août, nous nous retrouvâmes près de notre premier mouillage ; mais les vagues étaient trop fortes pour nous permettre de débarquer. Nous côtoyâmes donc l’île dans la direction du sud-ouest et nous étudiâmes la contrée aussi bien que les circonstances le permettaient, le brouillard nous cachant la terre
- de temps en temps. Nous pûmes néanmoins faire une série d’esquisses et notre estimation nous apprit que l’ile, ainsi que nous l’avons dit plus haut, doit être plus petite que ne semble l’indiquer la carte (de l’amirauté). A midi, nous doublâmes le cap du sud-ouest et nous en fîmes une belle esquisse (voir
- figure 2). La pointe septentrionale du cap du sud-ouest présentait deux cônes volcaniques d’une configuration très-régulière, l’un touchant à la mer, l’autre très-petit, mais tous deux d’une teinte rougeâtre. Sur le rivage élevé, entre le cap du sud-ouest et cette pointe, il y a aussi un autre cône plus large.
- Fig. 3. — Jan Mayen, cap sud-ouest et les Sept Rochers.
- Le cap lui-même est percé d’un tunnel à fleur d’eau. Ma conviction, fondée sur mes observations, est que Jan Mayen est, d’un bout à l’autre, d’une origine volcanique comparativement récente. Son aspect me rappelait des parties de l’Islande, dont l’origine volcanique est plus récente, comme, par exemple, la presqu’île de Reykjanes. Jan Mayen n’avait rien de commun avec la formation doléritique des îles Faerôe. Dans l’après-midi, on procéda à un sondage et l’on jeta la drague à environ cinq milles géographiques
- au sud-ouest de Jan Mayen. La profondeur n’était que de 263 brasses. La drague rapporta quantité de pierres et une faune très-riche. Les pierres étaient, pour la plupart, volcaniques ; mais, dans le nombre, je trouvais un morceau de granit, un de quartz et un de schiste vert chloritique. Ici nous dîmes adieu à Jan Mayen ; l’île resta longtemps invisible, recouverte par un brouillard qui ne se dissipait point, et, le lendemain au matin, nous obtînmes 1050 brasses, à huit milles géographiques plus au sud. Après avoir
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- .fait dix autres milles géographiques dans la même direction, nous sondâmes encore et trouvâmes 1004 brasses; à la profondeur de 20 brasses, la température était de 0° G. Cela fait, nous déployâmes toutes nos voiles et nous prîmes la direction de l’est. Nous enlevâmes l’eau de la chaudière pour la refroidir et l’épurer. Dans l’après-midi, cette opération étant terminée, nous nous dirigeâmes à l’aide de la vapeur vers l’est pour retourner dans notre patrie. Quand nous avions les voiles déployées, le vent soufflait du nord-ouest, mais il était très-faible. Les observations faites le jour suivant nous apprirent que nous avions vogué vers le sud-sud-est au lieu de l’est pur, ce qui prouve que nous nous trouvions dans le courant polaire. Les jours suivants, nous cinglâmes, par le plus beau temps, vers l’est en sondant et en notant la température des profondeurs de la mer. Dans la matinée du 7, nous eûmes une profondeur de 2005 brasses. La température de 0° G fut ensuite trouvée à une profondeur de 450 brasses. Dans l’après-midi du 9, nous aperçûmes la terre ; c’étaient les îles méridionales de Lofoten. Le lendemain nous entrâmes dans leYestfjord, oh nous draguâmes le 11 ; à minuit, nous arrivâmes à Bodôe.
- A Bodôe, le capitaine Wille ne s’occupa que d’observations magnétiques. Le 15, notre steamer entra dans le Salton-Fjord et dans le Skjerstad-Fjord, où nous draguâmes et fîmes des sondages pour constater la température, ce qui nous apprit, grâce aux thermomètres de Negrctti et Zambra, que la température était constante (3°,5), de 90 brasses à un fond de 270 brasses. Le 18 août, nous partîmes de Bodôe et entrâmes dans le Yestfjord ; nous fîmes une série d’observations relatives à la température là môme où nous étions le 22 juin. 11 en résulta que la température continuait à avoir son minimum à 60 brasses ; à cette profondeur, elle était de 4°,7 et, sur un fond de 140 brasses, elle était de 5°,8. Ainsi la masse entière des couches d’eau intérieures avait éprouvé une hausse de température de 1° G. Je ne puis m’expliquer la cause de cette singulière distribution de température, l’été étant déjà si avancé. Ce fut notre dernière opération del’année courante.Nous voguâmes - vers le sud et nous arrivâmes le 23 août, à Bergen, où le navire fut desarmé, tandis que les membres de la commission scientifique regagnèrent leurs demeures respectives.
- L’expédition a été favorisée, cette année, d’un temps d’une beauté exceptionnelle. Rien ne nous a empêchés de travailler ni le jour ni la nuit; aussi les résultats obtenus sont-ils considérables, eu égard à ceux de l’année dernière.
- La petite carte ci-jointe (fig. 1 ) donne les résultats des sondages, combinés avec ceux des expéditions suédoises au Spitzberg et des expéditions des ' Bulldog, Porcupine et Valorous. La ligne ombrée indique la limite, au fond de la mer, entre l’eau glaciale de la mer Polaire et l’eau plus chaude de 'l’océan Atlantique, autant que nos observations 'faites jusqu’ici ont pu la déterminer.
- L’an prochain, l’expédition opérera dans la région comprise entre le cap Nord, Jan Mayen et le Spitzberg septentrional; peut-être fera-t-elle une excursion vers l'est jusqu’à la Nouvelle-Zemble, afin de déterminer la direction de la ligne isothermale de 0°C, au fond de la mer, ligne qui peut être regardée comme la limite des pérégrinations de la morue, but des grandes pêches d’hiver et de printemps de la Norvège septentrionale1. H. Mohn.
- LÀ CULTURE DU QUINQUINA
- DANS LES INDES.
- Le 26 mars 1866, M. Decaisne, dans une communication qu’il faisait à l’Académie des sciences, sur la culture du quinquina dans les Indes, prononçait les paroles suivantes : « Je rappellerai à l’Académie que, depuis longtemps déjà, bien des hommes clairvoyants s’inquiétaient, en Europe et ailleurs, des dévastations dont les forêts cinehonifères de l’Amérique du Sud sont l’objet de la part d’exploitants cupides. Ces dévastations sont telles, que la production des écorces de quinquina y est sérieusement menacée, et dans un avenir qui n’est peut-être pas très-éloigné, à moins que les gouvernements locaux ne s’empressent d’y mettre ordre, ce que leur état de trouble ne laisse guère à espérer. Le prix des quinquinas s’est notablement élevé depuis un quart de siècle, et il y a même des sortes, autrefois abondantes, par exemple le quinquina Pitayo, qu’il n’est presque déjà plus possible de se procurer. La crainte qu’on éprouve de voir ces précieuses écorces nous faire un jour totalement défaut n’est donc pas tout à fait sans fondement.
- « Mais des gouvernements prévoyants, et en particulier ceux de la Hollande et de l’Angleterre, n’ont pas voulu attendre à la dernière heure pour assurer à leurs nationaux, et peut-être au genre humain tout entier, la provision de quinquina qui sera réclamée par la médecine, lorsque la source en sera tarie en Amérique. Ils ont jugé qu’on pouvait et qu’on devait faire, pour les arbres à quinquina ce que la France a fait, au siècle dernier, en introduisant le café dans le nouveau continent, et ce que l’Angleterre a fait tout récemment pour l’arbre à thé, aujourd’hui naturalisé et cultivé sur une grande échelle dans l’Himalaya. »
- Depuis quelques années, les prévisions de l’éminent botaniste ne se sont que trop réalisées : la série interminable de guerres intestines, les bouleversements intérieurs dont l’Amérique du Sud a été le théâtre, l’incurie des divers gouvernements qui la régissent, ont diminué de plus en plus l’importation des quinquinas en Europe, et en ont singulièrement augmenté le prix. Dans ces dernières semaines, en effet, les bonnes variétés de quinquina
- 1 Traduit du journat anglais Nature.
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- Calisaya ont été vendues environ de 20 à 50 francs le kilogramme, et le sulfate de quinine suivant cette progression ascendante est actuellement au cours de 750 francs le kilogramme ; les prix ont donc presque doublé depuis un an environ, et des personnes bien informées prétendent que la hausse n’est pas encore à son apogée.
- En présence de la rareté d’un médicament aussi précieux pour tous, et aussi énergique dans ses effets, il nous a paru intéressant, après avoir rappelé l’origine du quinquina, la découverte de ses propriétés fébrifuges et les procédés barbares de récolte usités dans l’Amérique du Sud, de faire connaître aux lecteurs de la Nature les efforts faits par les gouvernements anglais et hollandais, dans leurs colonies, pour assurer la reproduction du quinquina; le succès et le développement considérable de ces nouvelles cultures pourront seuls atténuer le mal que nous venons de signaler.
- Le quinquina n’est pas un médicament très-anciennement importé en Europe ; connu depuis plus longtemps en Amérique, il est cependant difficile d’assigner une date exacte à la découverte de ses propriétés médicales. D’après Ruiz, un des premiers naturalistes qui se soient occupés de cette question , il est probable que les Indiens de la province de Loxa connurent les vertus du quinquina, et l’employèrent bien des années avant la conquête du Pérou par les Espagnols. Cependant, ce n’est que vers l’année 1656, qu’un Indien de la province de Loxa fit connaître les propriétés du quinquina au corrégidor qui souffrait de fièvres intermittentes. Le eorrégidor, désireux de guérir, demanda de ces écorces à l’Indien et la manière de les employer, qui était de les faire infuser dans l’eau; il suivit ses instructions, se débarrassa en peu de jours de la fièvre, et en continuant l’usage de. ce médicament, finit par recouvrer tout à fait la santé. Plus tard, en 1658, le corrégidor ayant appris que la vice-reine souffrait aussi d’une fièvre tierce, écrivit au vice-roi, le comte de Cinchon, et lui envoya des écorces de quinquina, en lui annonçant leur admirable vertu curative. Il ajoutait qu’il ne mettait pas en doute que la vice-reine ne fut délivrée promptement de ses accès de fièvre. Le vice-roi, persuadé que personne mieux que le corrégidor ne pourrait administrer le remède, le fit venir à Lima, et voulut qu’il en fit lui-mème l’épreuve sur les fiévreux de l’hôpital, avant de le donner à la vice-reine. Le corrégidor expérimenta en présence des médecins, et peu de jours après, tous les malades qui avaient suivi le traitement furent guéris. Après tant d’épreuves évidentes, la comtesse prit de cette écorce; peu de jours après, les accès disparurent, et elle recouvra complètement la santé qu’elle avait perdue depuis six mois.
- En reconnaissance de ce bienfait, la comtesse distribua gratuitement le nouveau remède, qui conserva longtemps le nom de poudre de la comtesse. Il prit ensuite le nom de poudre des jésuites, la
- vice-reine leur en ayant confié une certaine quantité avant de quitter Lima en 1640, pour qu’ils en répandissent l’usage. C’est pour immortaliser le nom de la comtesse de Cinchon que Linné, dans sa classification botanique, a appelé Cascarilla Cinchonc l’arbre qui fournit cette précieuse écorce.
- Rapportée à Rome par les jésuites, et en Espagne par le comte de Cinchon, la poudre de quinquina ne tarda pas à être répandue en Europe. En France, ses propriétés furent dévoilées par un Anglais, nommé Talabot, qui avait guéri Louis XIV d’une fièvre intermittente rebelle, avec une facilité surprenante. Le roi lui accorda des titres de noblesse, lui acheta son secret, le divulgua publiquement et no tarda pas à le mettre en grande faveur auprès du public et des médecins.
- Le quinquina croît non-seulement au Pérou, mais encore tout le long de la chaîne des Andes, sur une étendue de plus de 700 lieues, depuis la Bolivie jusqu’à la Nouvelle-Grenade, dans une zone de territoire large de 12 à 18 lieues, et à une altitude comprise entre 1200 et 3270 mètres.
- Les forêts dans lesquelles on rencontre le quinquina sont d’un accès difficile et éloignées de la mer; aussi le voyageur désireux de les visiter, a-t-il des obstacles considérables à vaincre pour y arriver. M. Castelnau, quelques mois après M. Delondre, et M. Weddell ont traversé les déserts qui séparent les forêts du rivage ; pour donner une idée des difficultés que ces savants ont eu à surmonter, nous reproduisons ici une partie du récit de M. Castelnau : « Il est difficile de donner une idée de l’extrême aridité de la côte du Pérou ; elle ne peut être comparée qu’aux grands déserts de l’Afrique ; on n’y rencontre aucune trace de végétation, et le regard n’est arrêté que par des monticules de sables nouveaux, auxquels on a donnné le nom de medanos. Ces buttes sont dues à l’action des vents constants du sud qui régnent dans cette région, et c’est à cette origine qu'il faut attribuer la forme de croissants qu’elles affectent presque toutes. Ce n’est qu’avec des guides expérimentés que l’on peut s’engager dans ces déserts; car, lorsque des tempêtes agitent ces masses aréna-cées, il se forme des trombes de sable de 30 à 40 mètres de haut, qui engloutiraient le voyageur peu au fait de leur marche habituelle.
- « Les medanos dont nous venons de parler, atteignent habituellement une élévation de 6 à 8 mètres ; on assure que, lorsqu’ils sont poussés par un vent violent, ils parcourent la plaine avec une grande rapidité. Rien, du reste, de plus incertain que la formation de ces collines de sable. La région qui en était entièrement couverte la veille, peut fort bien, le lendemain, ne présenter qu’une plaine parfaitement unie. Le manque d’eau forme la principale difficulté que rencontre le voyageur.
- « Ainsi pendant la guerre de l’indépendance, des régiments entiers se sont égarés et ont trouvé une mort affreuse au milieu de ces dunes de sable.
- « La route de poste que nous parcourions était
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- indiquée par une bordure de pierre, dont on l’avait garnie de chaque côté. Après une course d’une quinzaine de lieues, rendue très-fatigante par l’ardeur du soleil, nous atteignîmes un tambo, ou sorte de petite auberge, construite en planches au milieu du désert. Un vieux soldat français était à la tète de cet établissement, qui avait été construit dans le but d’offrir un abri aux voyageurs obligés, peu de mois auparavant, de faire une trentaine de lieues dans la journée.
- Mais le principal bénéfice de notre entreprenant compatriote consistait dans la vente de l’eau qu’il envoyait chercher à 4 ou 5 lieues de distance, et qu’il revendait 30 centimes le verre. En songeant au plaisir que nous éprouvâmes à nous désaltérer dans cet endroit, je ne puis regretter les 20 francs que nous dépensâmes pour nous et nos animaux. »
- Quand on a quitté ces régions arides, le paysage change ; la température s’adoucit, les arbres deviennent fréquents, les lianes et les plantes tropicales s’entrelacent, et, à une certaine altitude, on trouve enfin l’arbre à quinquina, croissant çà et là au milieu de la végétation luxuriante des forêts vierges. C’est à une élévation moyenne de 1600 à 2400 mètres que l’on rencontre les espèces de ce genre ; ni les chaleurs de la plaine, ni le froid excessif des sommets élevés ne peuvent leur convenir. Dans certaines localités, les quinquinas descendent jusqu’à 1200 mètres; dans d’autres, comme l’a constaté Caldas, ils s’élèvent jusqu’à 5270 mètres. Us dépassent alors la zone des forêts, s’étendent jusqu’à la région des gentianes en y prenant la forme d'arbustes et d’arbrisseaux.
- Dans la forêt, les arbres à quinquina atteignent
- une taille élevée, les écorces en sont argentées, les feuilles larges et d’un vert chatoyant, les fleurs ont une couleur blanche, rosée ou pourprée et un parfum suave et doux qui rappelle celui des lilas. C’est dans l’écorce de ce végétal, comme chacun le sait, que résident les propriétés si utiles du quinquina;
- cependant, comme on l’a constaté, les principes fébrifuges existent non-seulement dans les écorces, mais dans toutes les parties de la plante, notamment dans les fleurs et dans les racines.
- Les hommes chargés de la récolte du quinquina se nomment cascarilleros. Pour détacher les écorces, le cascaril-lero abat l’arbre à quinquina, puis, avec un couteau très-aigu, il pratique des incisions longitudinales dans toute l’épaisseur de l’écorce ; il soulève ensuite les lanières qu’il a ainsi découpées et les met sécher au soleil. Sous l’influence de la cha-leur, les écorces minces se roulent sur elles-mêmes et fournissent les variétés connues dans le commerce sous le nom de quinquina roulé, tandis que les morceaux plus épais portent le nom de quinquina plat.
- Le plus souvent, le cascarillero, pour ne pas avoir la fatigue de se courber, porte ses coups de hache à une certaine élévation du sol. Il abandonne ainsi le tronc à la naissance des branches, ne récoltant à peu près que la moitié des écorces que chaque arbre peut fournir.
- Les différentes variétés d’arbres à quinquina fournissent des écorces de qualités particulières ; on les distingue dans le commerce, suivant leur couleur, sous le nom de quinquina rouge, quinquina gris et quinquina blanc, ou bien encore suivant leur lieu de provenance ou leur port d’embarquement : les
- L’arbre à quinquina.
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- variétés les plus connues sont les quinquinas de Calisaya, Pitayo, de Loxa, de Iluanuco, de Carlha-gène, etc. Quelques-unes de ces variétés sont depuis longtemps célèbres par leurs propriétés médicales ;
- ainsi, le quinquina de Loxa rouge fibreux du roi était cultivé au Pérou dans des parcs enclos et gardés. On avait grand soin surtout de priver les arbres I des cryptogames qui s’y attachent. Récolté avec une
- sorte d’appareil et séché avec le plus grand soin, il était alors renfermé dans des caisses d’étain parfaitement soudées, défendues des atteintes extérieures par une caisse de bois et par une peau de buffle, scellées et expédiées pour Madrid. Un pareil envoi avait lieu chaque année; ce qui restait du quinquina
- de l’année précédente était donné en cadeau aux personnes de la cour; il jouissait d’une telle efficacité que des quantités, même peu considérables, suffisaient pour guérir des fièvres opiniâtres et rebelles à l’action d’autres écorces.
- Pour comprendre cette différence de propriétés
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- dans les diverses sortes commerciales de quinquina» il est necessaire de rappeler la découverte si importante de Pelletier et Caventou. Ces chimistes ont en effet montré que le quinquina contient deux alcaloïdes, la quinine et la cinchonine, principes actifs ,qui communiquent au médicament dont nous nous occupons ses importantes propriétés thérapeutiques; depuis, les travaux de divers savants ont montré que les quinquinas contiennent encore d’autres principes basiques, dont les mieux étudiés sont la cinchoni-dine, la quinidine et Lancine.
- Se basant sur ces découvertes, on chercha à préparer industriellement les alcaloïdes que l’on avait extraits du quinquina dans le laboratoire, et, les progrès de la chimie aidant, on réalisa la préparation de sels bien définis. Le sulfate de quinine et le chlorhydrate de cinchonine possèdent à un bien plus haut degré les propriétés fébrifuges du quinquina ; ils le remplacent d’autant plus avantageusement en médecine, qu’ils peuvent être dosés avec soin, et quo^ le médecin peut proportionner leur dose suivant le caractère et les progrès de la maladiel. : ‘
- Outre ces principes alcalins, le quinquina contient des substances astringentes, tannin, acide quinique, rouge cinchonique, qui lui communiquent des propriétés apéritives, toniques et digestives, tout à fait différentes de ses propriétés, fébrifuges ; de là, l’habitude en pharmacie d’employer le quinquina en décoction dans le vin et dans l’alcool, ou bien encore sous forme d’extrait aqueux ou alcoolique, mode d’emploi qui permet de conserver dans le médicament l’ensémble des propriétés du quinquina.
- Quoi qu’il en soit; il est facile de comprendre que, suivant la répartition et la quantité de ces principes immédiats, le quinquina devra avoir des propriétés variables. En général, les quinquinas, rouges et jaunes contiennent surtout de la quinine ; ils sont donc essentiellement fébrifuges et recherchés par les fabricants pour la préparation du sulfate de quinine ; les quinquinas gris, qui contiennent principalement de la cinchonine, sont surtout astringents et essentiellement réservés à la préparation des vins de quinquina ; quant aux quinquinas blancs, dont quelques variétés sont riches en aricine, ils sont souvent très-pauvres en principes actifs et ont une bien moindre valeur que les variétés précédentes.
- 1 La quinine et la cinchonine agissent physiologiquement de la même manière ; toutefois, pour obtenir les mêmes effets, les sels de la cinchonine doivent être administrés à dose double des sels de quinine.
- Pris à haute dose, les sels de quinine donnent lieu à un état particulier, l’ivresse ou le délire quinique, qui se traduit par des phénomènes cérébraux, tels que vertiges, bourdonnements d’oreilles, surdité, vomissements, etc. Dans les fabriques de sulfate de quinine, les ouvriers qui pulvérisent le quinquina sont presque toujours sujets à ces accidents, toutes les fois qu’ils reprennent leurs travaux; parmi les ouvriers qui sont occupés aux autres manipulations du quinquina ou du sulfate de quinine, il en est qui sont exposés à une maladie cutanée qui es force à suspendre leurs occupations pendant quinze jours, un mois et plus; certains même sont obligés d’abandonner .complètement la fabrication.
- Je ne parterai pas ici des quinquinas qui n’ont de cette écorce que le nom, qui portent du reste dans la droguerie le nom de faux quinquinas, et qui ne contiennent aucun principe actif; ils sont malheureusement trop fréquents dans le commerce et le public fera bien de s’en prémunir1.
- Enfin, M. Caries, en France, et M. Howard, en Angleterre, ont montré dans ces derniers temps que pour un même arbre et une même écorce, les alcaloïdes étaient aussi inégalement distribués; ainsi, dans le même arbre, ils se trouvent en plus grande quantité dans les racines que dans l’écorce et dans les ficurs ; et, pour une même écorce, la quinine s’accumule de préférence dans les couches externes ou périphériques.
- Les premiers essais de transplantation des quinquinas dans des sites convenables à leur existence et à leur développement sont dus, comme nous l’avons déjà dit, à l’initiative des gouvernements hollandais et anglais. Depuis 1829, époque à laquelle M. C. E. Blume attirait l’attention du gouvernement hollandais sur ce sujet, diverses tentatives furent faites dans ce sens, mais ce ne fut qu’en 1850, après une malheureuse expérience faite par les Français en Algérie, que les Hollandais envoyèrent Hasskarl dans l’Amérique du Sud, pour en rapporter des plants et des graines de quinquina. L’entreprise fut difficile, car il fallut-lutter contre l’opposition des autorités du pays, désireuses de conserver le monopole du précieux médicament.
- Cependant, à force de stratagèmes, Hasskarl réussit dans ses projets, et rapporta à Java des graines qu’on distribua dans un certain nombre de jardins botaniques.
- Les résultats heureux des semis et des cultures, dont le développement présenta cependant des difficultés considérables, encouragèrent les Anglais à suivre cet exemple, et en 1859, ils envoyaient à leur tour dans les forêts de l’Équateur, les naturalistes MM. Marckham et Cross.
- Éclairés par les travaux de leurs devanciers qui avaient surtout rapporté d’Amérique des quinquinas à cinchonidine, MM. Marckham et Cross parcoururent pendant plusieurs ' années la vaste région des quinquinas, et s’assurèrent ainsi que l’espèce la plus riche en quinine croissait aux environs de Pitayo, dans la Nouvelle-Grenade, sur un espace de quelques kilomètres carrés. Exploités par les habitants, les quinquinas Pitayo devenaient de plus en plus rares, car non-seulement ils étaient abattus par les indigènes, mais encore complètement déracinés, les écorces souterraines étant beaucoup plus riches en alcaloïdes que les parties aériennes.
- Ce fut donc sur cette espèce que les savants an-
- 1 Quelques négociants peu consciencieux livrent encore aux consommateurs des quinquinas avariés par l’eau de mer, des quinquinas ayant déjà servi à la fabrication du vin de quinquina ou du sulfate de quinine, et même des quinquinas mélangé» d'écorces de chêne. Ce sont là les avantages de la concurrence illimitée.
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- glais arrêtèrent leur choix; ils en transplantèrent des jeunes plants et des graines dans leurs colonies, et lirent simultanément des essais au nord de l’Hi-malaya, sous le 27e degré de latitude septentrional ; dans les Nilgherries, sous le 12e degré, à Ceylan et à Sainte-Hélène.
- Les pépinières lurent placées au point de vue climatologique, d’après les indications qui avaient été recueillies à Pitayo, où, à une saison humide, succède une période de sécheresse, pendant laquelle le soleil darde ses rayons les plus chauds sur l’arbre à quinquina, et assure ainsi le cycle de sa végétation annuelle.
- Les nouvelles plantations réussirent presque partout : c’est ainsi qu’une récente statistique a montré qu’actuellement le gouvernement hollandais possède environ deux millions de plants de quinquina de diverses variétés, et que le gouvernement anglais en possède environ deux millions et demi ; aussi, depuis quelques années déjà, des envois d’écorce sont faits régulièrement à la métropole, et vendus à un prix relativement élevé. Quant à notre pays, nous avons dit que des essais avaient été faits infructueusement en Algérie; depuis, de nouvelles tentatives ont été suivies de meilleurs résultats dans quelques-unes de nos colonies, notamment à Madagascar et aTile cle la Réunion. Dans une séance de l’Académie (21 mars 1871), M. le général Morin avançait en effet que son fils,, de concert avec M. le docteur Vin son, avait obtenu de sérieux résultats ; 234 pieds de quinquina étaient déjà acclimatés à la Réunion, à diverses altitudes et en divers points de l’île, et tout portait à croire que les nouvelles Cultures allaient prendre aussi là une grande extension.
- Les variétés de quinquina ainsi cultivées, comme nous l’écrivions plus haut, sont plus ou moins riches en quinine, mais ce qu’il importe de constater, c’est que les soins apportés dans la culture de la plante augmentent sa richesse en alcaloïdes; ainsi on est arrivé à produire à Java et dans les Indes, des écorces contenant jusqu’à 90 pour 1000 de sulfate de quinine1. Toutefois, les engrais doivent être ménagés avec soin, car on a reconnu que l’excès des matières azotées appauvrit les écorces en quinine et les enrichit en cinchonidine®.
- 1 Un tel quinquina vaudrait à peu près 65 francs le kilogramme, au cours actuel.
- * D’après une communication de M. Weddel (22 janvier 1877) la cinchonidinc aurait des propriétés fébrifuges presque aussi énergiques que celles de la quinine, et aurait, de plus, sur cet alcaloïde l’avantage d’être mieux toléré par l’estomac et de donner moins facilement des bourdonnements d’oreilles. Des essais laits par le gouvernement de Madras montrent que sur 1145 malades fiévreux :
- 410 ayant pris de la cinclionine, 400 ont été guéris.
- 359 — cinchonidinc, 346 —
- 376 — quinine, 365 ___
- Cette remarque est d’autant plus impôt tante que l’industrie livre la cinchonidine à bien plus bas prix que la quinine, le premier alcaloïde étant très-répandu dans les écorces de quinquina.
- La récolte des écorces est naturellement aussi modifiée dans les nouvelles plantations ; l’écorce de l’arbre se reproduisant naturellement, on se contente, pour recueillir le médicament, de décortiquer l’arbre. Rien plus, il résulte des observations de M. Mac Ivor qu’en recouvrant l’arbre de mousse et et en le mettant ainsi à l’abri de l’action directe de la lumière, on augmente considérablement sa richesse en alcaloïdes; aussi pratique-t-on aujourd’hui dans presque toutes les plantations l’opération du moussage. Des espèces riches ainsi traitées ont presque doublé leur rendement : une écorce de Cinchona Bomplandiana, renouvelée sous la mousse, a donné à l’analyse en sulfates cristallisables, 61 au lieu de 37 pour 1000 ; une autre espèce, le C. Suc-cirubra a donné 90 au lieu de 69,5 pour 1000.
- Enfin, comme on a constaté, d’une part, que les racines sont très-riches en quinine, et d’autre part, que l’âge de la plante semble diminuer scs qualités, on a proposé de substituer aux procédés ordinaires de culture, des semis qu’on arracherait tous les deux ou trois ans et qu’on livrerait ainsi au commerce ; mais nous ne croyons pas que cette idée ait été mise encore en pratique.
- Ce sont là du reste des questions qui, tout en intéressant les directeurs des cultures de cinchonas, ne doivent pas les préoccuper outre mesure, le point le plus important, c’est-à-dire l’acclimatation de la plante elle-même, étant un problème tout à fait résolu aujourd’hui. Ed. Lamdrin.
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- BIBLIOGRAPHIE
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- Dictionnaire général de biographie contemporaine française et étrangère, par Ad. Bitard. — i vol. grand in-8 de 1198 pages. — Paris, Maurice Dreyfous, 1878.
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- LES YOLCANS DE BOUE
- DU DÉSERT DU COLORADO.
- Les États de l’Ouest et les territoires qu’ils enclavent sont bien certainement les contrées, non-seulement des États-Unis, mais de l’Amérique et peut-être du globe entier, qui présentent l’ensemble de beautés naturelles les plus étranges et les plus saisissantes. Les chaînes des montagnes Rocheuses et les vallées qui les sillonnent à l’Est et à l’Ouest offrent, presque à chaque pas, les tableaux les plus inattendus et les plus grandioses. On se souvient, en particulier, de l’immense retentissement qu’eut en 1871 la découverte du bassin supérieur du Yellow Stone et de ses quinze cents sources thermales. L’enthousiasme, excité par la lecture des rapports de M. Ilayden, fut si grand dans toute
- l’Union, que pour éviter que des tentatives de colonisation vinssent rien bouleverser dans cette admirable région, il fut décidé que 3575 milles carrés y seraient réservés à perpétuité sous le nom de Parc National.
- On n’a plus rencontré de Yellow Stone River, et ce n’est pas une merveille comme celles du Montana que vient nous faire connaître le Geographical Sur-veyt dirigé par M. Wheeler. Telle qu’elle se présente néanmoins, la découverte des Mud Volcanoes présente un très-haut intérêt.
- Le site dans lequel s’observent les curieux phénomènes qu’a fait connaître le Report de 1876, tout nouvellement paru, est bien loin d’offrir les splendeurs de ceux qui servent de cadre aux merveilles du Fire hole. C’est le désert qu’il faut traverser pour y atteindre, un désert du Colorado du Sud, sablonneux et salin, sans la moindre végétation. Partout au loin la solitude s’étend immense et désolée :
- Les volcans de boue du désert du Colorado.
- des montagnes arides, bizarrement découpées, for- 1 ment le fond du tableau.
- Voici le mont Purdy et sa source affreusement salée. Ce mont Purdy est un volcan éteint, haut de six cents pieds environ, et dont le cratère mesure une centaine de pieds de profondeur. On fait dix milles encore dans la direction du Sud-Est, au milieu de solfatares fumant de ci de là, et l’on se trouve en présence du paysage extraordinaire que montre notre gravure.
- Au centre, bouillonnent les flots noirs d’un lac de boue sans cesse en mouvement, et projetant de temps à autre quelque jet d’un liquide épais ; tout autour, des cratères, par centaines, élèvent leurs cônes de boue séchée, de couleur grise. Les cônes ont de 3 à 6 pieds de hauteur, 5 à 20 pieds de diamètre. Les uns, à embouchure étroite, lancent des vapeurs sulfureuses, les autres ouvrent largement leur orifice et l’on peut voir à l’intérieur s’agiter la liqueur boueuse qui s'élance à des intervalles rapprochés, mais irréguliers, en colonnes de quatre à six pieds d’élévation.
- La température de la bouc ek celle des vapeurs sulfureuses sont de 210° environ. Un petit courant d’eau claire trouvé près du lac central en atteignait 199; un petit étang limpide situé au voisinage était à 100° et un autre étang plus vaste, creusé à l’est à un niveau inférieur en donnait encore 96.
- Les explorateurs américains ont pu constater qu’une vaste colline qui s’élève à un peu moins de 200 mètres au sud-est du lac de boue est le produit ancien d’éruptions semblables à celles auxquelles les Mud Volcanoes les faisaient assister. La croûte en est principalement composée de soufre, le plus souvent à l’état cristallin pur.
- Les volcans de la nature des Mud Volcanoes du désert du Colorado ne sont point absolument rares à la surface du globe, mais en a-t-on fréquemment rencontré qui offrent un spectacle comparable à celui qu’ont contemplé en avril 1876 les agents de la brigade géographique du lieutenant Wheeler?
- E. T. IIamy.
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- LA NATURE.
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- MACHINE RHÉOSTATIQUE
- On sait que Franklin a fait usage de séries de bouteilles de Leyde ou de carreaux fulminants, disposés en cascade, pour obtenir de fortes décharges d’électricité statique; que d’un autre côté, Yolta, Ritier, Cruikshank, etc., ont pu charger des condensateurs à l’aide de la pile, et que ces résultats ont donné lieu à des recherches, par le calcul ou l’expérience, de la part d’un grand nombre de physiciens.
- Je me suis trouvé conduit à étudier, à mon tour, les effets statiques de l’électricité voltaïque, à l’aide de la batterie secondaire de 800 couples dont je dispose actuellement, et j’ai réalisé un appareil qui montre l’intensité que ces effets peuvent acquérir.
- Après avoir constaté combien il était facile de charger rapidement, avec cette batterie, un condensateur à lame isolante suffisamment mince, en verre, mica, gutta-percha, paraffine, etc., j’ai réuni un certain nombre de condensateurs formés, de préférence , avec du mica recouvert de feuilles d’étain, et je les ai disposés comme les couples de la batterie secondaire elle-même , de manière à pouvoir être aisément chargés en quantité, et déchargés en tension.
- Toutes les pièces de l’appareil ont du être naturellement isolées avec soin. Le commutateur est formé d’un long cylindre en caoutchouc durci, muni de bandes métalliques longitudinales, destinées à réunir les condensateurs en surface, et traversé en même temps par des fils de cuivre, coudés à leurs extrémités, ayant pour objet d’associer les condensateurs en tension. Des lamelles ou des fils métalliques façonnés en ressort sont mis en relation avec les deux armatures de chaque condensateur et fixés, sur une plaque en ébonite, de chaque côté du cylindre qui peut être animé d’un mouvement de rotation.
- Si l’on fait communiquer les deux bornes de l’appareil avec la batterie secondaire de 800 couples, même plusieurs jours après l’avoir chargée avec deux éléments de Bunsen, et si l’on met le commutateur en rotation, on obtient, entre les branches de l’excitateur, auxquelles aboutissent les ar-
- Nouvelle machine rhéostatique de M Gaston Planté
- matures des condensateurs extrêmes, une série d’étincelles tout à fait semblables à celles que donnent les machines électriques munies de condensateurs. En employant un appareil formé seulement de trente condensateurs, ayant chacun 3 décimètres carrés de surface, j’ai obtenu des étincelles de 4 centimètres de longueur.
- La tension d’une batterie secondaire de 800 couples n’est pas nécessaire pour produire des effets marqués avec cet appareil. En ne faisant agir que 200 couples, on a des étincelles de 8 millimètres, et l’on pourra, sans doute, en diminuant encore l’épaisseur des lames isolantes et en multipliant le nombre des condensateurs, obtenir des effets avec une source d’électricité de moindre tension.
- Il y a lieu de remarquer que les décharges d’électricité statique, fournies par l’appareil, ne sont pas de sens alternativement positif et négatif, mais
- toujours dans le même sens, et que la perte de force résultant de la transformation doit être moindre que dans les appareils d’induction; car, le circuit voltaïque n’étant pas fermé uv seul instant sui lui-même, il n’y a pas conversion d’une partie du courant en effet calorifique. On peut maintenir longtemps l’appareil en rota-
- talion et produire un nombre considérable de décharges, sans que la batterie secondaire paraisse sensiblement affaiblie. Cela vient de ce que chaque décharge n’enlève qu’une quantité très-minime d’électricité, et que, comme il est dit plus haut, le circuit de la batterie n’est pas fermé par un corps conducteur. L’électricité de la source se répand simplement sur les surfaces polaires offertes par tous les condensateurs, au fur et à mesure qu’on les décharge. Mais cette émission constamment répétée doit finir néanmoins par enlever une certaine quantité d’électricité, et, quand l’instrument est chargé par une batterie secondaire, il ne semble pas impossible d’épuiser à la longue, sous formes d’effets statiques, la quantité limitée d’électricité que peut fournir le courant de la batterie.
- On réalise donc ainsi, par une autre voie que celle de l’induction proprement dite, à l’aide d’un simple effet d’influence statique sans cesse renou-
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- vêlé, la transformation de l’électricité dynamique, de sorte que cet appareil peut être désigné sous le nom de machine rhéostatique. Gaston Planté.
- CHRONIQUE
- Recherche dans l’isthme deDarien de l’arbre donnant la gomme élastique. — Nous remarquons dans le Gardener's Chronicle du 19 août 1876 des détails sur le Castilloa elastica, de la famille des Artocarpées, que les Anglais cherchent à introduire dans les cultures de l’Inde, comme ils l’ont fait avec succès pour le thé, les Cinchona et l’Ipecacuanha. Cet arbre n’est pas le seul qui produise du caoutchouc, mais un des principaux. Il est très-possible que sa culture donne de bons résultats, d’autant plus que les indigènes le détruisent dans le pays natal, comme ceux du Pérou détruisent les Cinchona. M. Cross est un collecteur intelligent et courageux. Aidé des renseignements du consul anglais de Panama, il a su que 'arbre en question existe dans les forêts de l’isthme entre 1° de latitude sud et 20° de latitude nord. Les fruits mûrissent dans la saison la plus humide et la plus malsaine. Sans se laisser effrayer par cette circonstance, l’intrépide voyageur a remonté la rivière Chagres et un de ses affluents appelé Vino Tinto, qui sort d’un marais dont la couleur provient de matières végétales en décomposition. Sur ses bords étaient de grands bambous, mais au delà, sur des terrains un peu secs et élevés, se trouvaient de magnifiques forêts, composées surtout de Laurinées, dont le tronc avait quelquefois 150 pieds de hauteur avant toute ramification, et d’un Bombax, appelé Quîpo par les indigènes, dont le tronc, haut de 200 pieds, se termine par une couronne de feuilles. Le sous-bois offrait des Broméliacées ligneuses, dont les feuilles armées de grands aiguillons avaient jusqu’à 10 pieds de longueur. De jeunes pieds de Castilloa se voyaient à côté des ruisseaux, mais on avait déjà détruit les plus gros. Après avoir constaté que les fruits mûrissent dans la seconde moitié de juin, M. Cross revint au même endroit à cette époque de l’année et put recueillir environ 7000 graines et bon nombre de jeunes pieds, qu’il a ransmis à Panama, pour l’Inde anglaise1. Le fruit ressemble à une poire. Il est vert, excepté à la couronne aplatie qui est d’un beau rouge. Les graines, de la forme et de la grosseur d’un grain de café, sont dans une pulpe orange. Souvent elles germent au milieu de cette substance demi-liquide. Une germination aussi prompte est une difficulté pour le transport dans un pays lointain, mais ce sera facile à surmonter pour des horticulteurs intelligents : le caféier a été introduit en Amérique au moyen de semis faits en France, à bord d’un vaisseau qui partait, de graines récoltées dans le jardin du Muséum d’histoire naturelle de paris. (Revue suisse.)
- Volatilisation des liquides dans les gaz. —
- M. W. Hirehman a fait l’observation que la volatilisation de certains corps volatils est retardée ou empêchée dans une atmosphère d’aciJe carbonique; pour d’autres composés, leur volatilité est augmentée. Le camphre ne se volatilise presque pas dans l’acide carbonique ; il en est de même du chloroforme, du sulfure de carbone, etc. L’éther,
- 1 Le Jardin botanique de Kew a aussi expédie à Ccylan, en 1870, 1900 pieds de Bevea brasiliensis, arbre qui fournil le caoutchouc du Brésil.
- les alcools méihylique, éthylique et amylique, ainsi que l’eau, sont plus volatils dans l’acide carbonique que dans l’air ; si l’on dirige un courant rapide d’acide carbonique à travers l’éther, les parois extérieures du vase se recouvrent d’une couche de glace, ce qui n’a pas lieu dans les mêmes conditions avec un courant d’air. De l’alcool éthéré est rapidement privé d’éther par un courant de gaz acide carbonique. On enlève de même facilement l’ai-cool ou l’eau à un mélange de térébenthine ou d’eau. En général, le gaz acide carbonique sec fournit un excellent moyen pour débarrasser les huiles essentielles de l’eau qui les accompagne dans leur extraction.
- (Archiv fur Pharmacie et Bulletin de la Société chimique de Paris).
- Ouverture des cours d’anthropologie. — L’ouverture des cours publics d’anthropologie a eu lieu le 24 novembre au siège de la Société d’Anthropologie, à l’école pratique de la Faculté de médecine.
- Voici la liste des cours avec les noms des professeurs : Anthropologie anatomique, M. Broca ; anthropologie biologique, M. Topinard; ethnologie, M. Daily; anthropologie préhistorique, M. de Mortillet ; anthropologie linguistique, M. Ilovelacque ; démographie et géographie médicale, M, Bertillon.
- Tissus de jute. — M. Imbs, industriel à Paris, a fait à la Société d’encouragement une communication sur de - nouveaux effets de lumière qu’il produit sur les tissus en alliant les fibres de jute avec d’autres fibres textiles, et en combinant cet emploi, lors de l’impression avec une répartition spéciale de Gouleurs convenablement nuancées. On obtient ainsi des effets de lumière très-nouveaux et d’un , grand éclat. Sur des étoffes unies; on arrive à produire des imitations de velours d’un relief très-frappant et qu’on ne croirait pas pouvoir être réalisés par des procédés aussi simples. Ges tissus sont destinés surtout à la décoration et à l’ameublement, et pour ce genre d’emploi, iis offrent de très-grands avantages. M.Tmbs met sous les yeux des membres du Conseil, des échantillons divërs de ces étoffes et il fait remarquer la variété et l’éclat des effets obtenus. 11 y a là une nouvelle ressource offerte à l’art décoratif, et l’usage de ces tissus doit se répandre rapidement quand ces procédés très-simples et peu coûteux seront plus connus. M. Imbs rappelle la communication qu’il a faite à la Société d’encouragement, le 27 avril 1877, sur les qualités remarquables de la fibre de jute dont on n’a pas, jusqu’à présent, tiré le parti qu’elle pourrait produire. Il s’agissait alors de l’apprêt et des préparations du fil de cette fibre qui doivent être faits avant le tissage, ce qui a permis d’avoir des tissus comparables avec ce que l’on peut faire de mieux avec le lin et le chanvre ; aujourd’hui il fait voir que la manière dont cette fibre prend la couleur peut être aussi une source de décorations d’une grande richesse. Ces études l’ont confirmé dans son opinion relalivementà l’utilité du jute. Cette fibre, à bas prix et très-abondante à Java, a des qualités très-remarquables et doit prendre une place importante dans l’industrie, quand on saura, mieux qu’on ne l’a fait jusqu’ici, tirer parti de sa valeur industrielle.
- — La Commission internationale, chargée d’élever un monument dans la ville de Munich à Licbig, ayant actuellement à sa disposition une somme de 120000 francs, invite les sculpteurs de tous les pays à envoyer des modèles au concours. Le premier prix aura une récompense de 2000 francs, le second en aura 1500. Le modèle de la statue doit mesurer 40 centimètres;
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- le piédestal, aivec la statue, devra avoir 1 métré de hauteur. 1 On peut adresser ces modèles à la Caslellan hôniglichen Aka-dcmie der Kunsle, 58, Vnter der Linden, Berlin. On les recevra du 1er au 15 juin 1878; ils seront d’abord exposés à Berlin, et ensuite à Munich. La Commission se charge des frais de transport.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 26 novembre 1877. — Présidence de M. Feligot.
- Téléphone. — Ce n’est pas aux lecteurs de la Nature qu’il est nécessaire de décrire de nouveau le merveilleux appareil appelé téléphone, et qui permet de transporter les sons électriquement à des distances considérables. Un habile électricien, M. Trouvé annonce qu’il est parvenu à perfectionner l’instrument de M. Graham Bell, de façon à permettre la transmission beaucoup plus loin que ne l’a fait l’inventeur américain ; aussi loin que le télégraphe lui-même peut fonctionner. Le procédé est très-simple.
- Il consiste à remplacer la lame unique du manipulateur, qui en vibrant à l’unisson d’un son détermine dans l’aimant le passage du courant, par plusieurs lames disposées par exemple selon les faces d’un cube et qui ajoutent leurs actions. M. Trouvé n’a encore appliqué son idée qu’à un téléphone de petite dimension ; mais les résultats obtenus sont, paraît-il, tout à fait satisfaisants.
- A propos du téléphone, M. du Moncel signale comme curiosité historique un passage du second volume de ses applications de l’électricité où il cite un M. B.... qui prétendait réaliser avec une pile, un fil conducteur et deux lames vibrantes, le télégraphe le plus commode qu’on pût concevoir. C’était un vrai téléphone, mais l’annonce passa inaperçue, et M. du Moncel en la donnant, avait bien soin d’ajouter qu’il ne garantissait ni la réalité ni même la possibilité de l’appareil en question.
- Liquéfaction des gaz. — Après les célèbres travaux de Faraday, au cours desquels tant de gaz avaient été liquéfiés, cette question a subi un arrêt complet. Comme M. Andrews l’a reconnu, les fluides élastiques qu’une faible pression n’avait pas condensés, semblaient devoir résister à des pressions quelconques. II y a pour chaque gaz comme une sorte de point critique qui paraissait impossible à franchir. M. Cailletet vient de réaliser dans cette voie un progrès des plus considérables. On sait que cinq gaz seuls ont résisté aux eftorts tentés pour les liquéfier. Ce sont l’hydrogène, l’oxygène, l’oxyde de carbone, le bioxyde d’azote et le gaz des marais. Étudiant le bioxyde d’azote, M. Cailletet reconnaît qu’à la température de 4- 3 degrés on peut le comprimer à 270 atmosphères sans qu’il perde son état gazeux. Mais si on opère à — 11 degrés, il suffit de 104 atmosphères pour le liquéfier. On voit donc que 11 degrés dans la température sont incomparablement plus efficace que 166 degrés dans l’expression de la pression. Résultat très-important qui permettra sans doute de franchir dans la plupart des cas le point critique dont nous parlions tout à l’heure. Déjà le fait parait être réalisé pour le gaz des marais. En effet quand après avoir soumis celui-ci à 180 atmosphères on cesse la compression, on voit apparaître un brouillard dans la masse gazeuse. Or ce brouillard ne peut être formé que de gaz des marais liquéfié par le froid extrême qui accompagne la détente. Tout fait prévoir que l’oxyde de carbone et l’oxygène dont les lois de compression sont analogues à celles des corps précédents, céderont eux aussi à la méthode de M. Cailletet.
- Nitrification. — Revenant sur un sujet dont nous avons déjà entretenu nos lecteurs, MM. Schleesing et Müntz annoncent que la nitrification de la terre s’effectue comme si elle était l’œuvre d’un ferment spécial. Cette nitrification est arrêtée en effet par une température de 100 degrés, et par l’action des vapeurs de chloroforme, tandis qu’elle est provoquée comme par un véritable ensemen-sement, par le mélange dans une terre inerte d’une terre déjà en proie au phénomène. Il ne manque plus, pour que la démonstration soit complète, que d’arriver à isoler le ferment nitrificateur.
- Petite planète. — Il résulte d’une lettre lue par M. Yvon Villarceau. que M. Watson avait adressé le 5 octobre à l’Académie un télégramme qui n’est pas parvenu, et dans lequel l’astronome d’Anna Arbor annonçait la découverte d’une petite planète. Celle-ci a droit au numéro d’ordre 175 et les quatre autres trouvées depuis et cataloguées sous les numéros 175, 176, 177 et 178, doivent à l’avenir porter les numéros 176,177, 178 et 179.
- Anatomie. — M. le professeur Ranvier à étudié la terminaison des nerfs dans les corpuscules du tact. Il a reconnu que ces corpuscules ne sont pas comme on le .croit un renflement de ces nerfs, sur lesquels s’exercerait directement le sens du toucher* Les nerfs se terminent entre les cellules qui constituent ces corpuscules dans lesquels il faut voir sans doute un appareil de protection des terminaisons nerveuses. C’est dans le bec du canard que l’auteur a trouvé les faits les plus facilement observables à cet égard. * Stanislas Meunier.
- note
- SUR LES DIVERSES MACHINES
- DES HOTELS DE SAN FRANCISCO.
- Parmi les monuments que l’on voit à San Francisco, quelques-uns sont pourvus de machines à vapeur ordinaires, dont la force varie en raison des objets qu’elles sont appelées à faire fonctionner. Par exemple : le Palace Hôtel est muni d’une machine de la force de 60 chevaux de 75 kilogrammètres. Cette machine est desservie par deux chaudières cylindriques à retour de flamme dont la pression en marche normale est de 70 livres par pouce carré (4kU,900 par centimètre carré). L’une d’elles est continuellement en pression, afin de pouvoir fournir de la vapeur aux pompes à incendie qui sont toujours susceptibles de fonctionner. Ces pompes sont au nombre de trois et sont en tout semblables à des petits chevaux ordinaires employés dans la marine française.
- Cet hôtel possède quatre ascenseurs ou élévateurs qui servent à monter ou à descendre d’étage en étagé les hôtes et leurs bagages; c’est une boîte en bois ayant la forme d’un parallélipipède rectangle, muni de deux compartiments superposés ; le compartiment supérieur sert pour les voyageurs, l’inférieur pour les bagages. 11 est mû par une machine basée sur le principe de la presse hydraulique : un piston en fer, dont le diamètre est de 0m,60 et la course dé 18 pieds anglais (5m,472), reçoit la pression par l’intermédiaire de six pompes d’un diamètre notablement
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- inférieur, qui refoulent de l’eau sous le grand piston, pour le faire monter. Ce dernier est surmonté d’un contre-poids pesant 200 tonneaux qui sert à le faire descendre selon le fonctionnement de l’ascenseur.
- La pression sous le grand piston est en moyenne de 520 livres par pouce carré (34 atmosphères). On ~»eut, lorsqu’elle devient trop forte, la diminuer en soulageant un contre-poids placé sur une soupape qui permet à l’eau de s’évacuer. Le mouvement de montée ou de descente de l’ascenseur, qui est d’ailleurs très-doux en employant ce système, s’opère en manœuvrant une tringle placée dans l’intérieur de l’élévateur, qui ouvre ou ferme un robinet ou tiroir et intercepte ainsi la communication des pistons.
- L’ouverture des portes de communication de l’ascenseur avec chaque étage est faite par l’ascenseur
- Fig. 1. — L’ascenseur du grand liôtcî de San Francisco
- iui-même, qui porte à cet effet une disposition particulière que voici. Les portes de chaque étage sont à coulisse, c’est-à-dire pouvant glisser horizontalement ; elles sont munies d’un galet pouvant tourner sur un axe fixé sur chaque porte (fig. 1). L’écartement de ces galets (lorsque les portes sont fermées) est plus petit que la largeur de l’élévateur, qui a sa partie supérieure et inférieure de forme trapézoïdale ; de telle sorte que, pendant la montée ou la descente, il vient s’engager entre ces deux galets et les force à s’écarter jusqu’à ce que l’ouverture soit égale à la largeur de l’ascenseur, qui maintient les portes ouvertes tout le temps qu’il est stoppé; mais, lorsque après avoir été remis en marche, l’ascenseur dépasse l’étage, les deux portes n’étant plus maintenues, se rapprochent à l’aide de ressorts convenablement disposés.
- L’hôtel possède aussi sept réservoirs à eau chaude destinés à alimenter les chambres pour le service des bains ; l’eau chaude arrive aux étages les plus
- élevés, par le fait de sept autres réservoirs placés à la partie supérieure de l'hôtel et qui communiquent avec les premiers. Le diamètre de ces réservoirs est environ de 2 mètres et leur hauteur de 4 mètres.
- On remarque aussi des lessiveuses (machines à blanchir le linge) mues par la machine à l’aide de courroies (fig. 2). Elles se composent d’un tambour renfermé dans une enveloppe dont la partie intérieure est ondulée. Le linge est introduit dans le tambour qui peut tourner dans l’enveloppe ; on comprend alors que dans le mouvement de rotation, et après avoir d’ailleurs versé dans l’enveloppe une dissolution d’eau de savon, le linge est projeté contre les parois de l’enveloppe dont la disposition occasionne un frottement assez fort pour le dégraisser.
- On se sert aussi de repasseuses (machines à repasser le linge) encore mues par la machine, à l’aide de courroies. Le linge est d’abord superposé et enroulé ensuite sur un cylindre en bois, après quoi on le place entre deux plates-formes dont l’une est mobile et possède un mouvement de va-et-vient horizontal. Celle-ci est pressée à l’aide d’un système particulier et entraîné par une roue dentée engrenant avec une crémaillère (fig. 3).
- Le Palace Hôtel a une hauteur de 125 pieds anglais (38m,125) et contient 1400 chambres.
- L’Hôtel-Occidental est moins important que le premier, il est aussi muni d’une machine de la force de 30 chevaux remplissant les mêmes fonctions que la précédente.
- Toutes les machines citées plus haut existent ici, à part
- Fig. 2. — Lessiveuse.
- Il
- Fig 3. — Repasseuse.
- celle qui fait fonctionner l’ascenseur ou élévateur, qui n’est plus une machine hydraulique, mais un treuil dont le mouvement est moins régulier ; par suite celui de l’élévateur est moins doux.
- Les montées et les descentes s’opèrent en faisant tourner la machine dans un sens ou dans l’autre, ce qui s’effectue au moyen d’une tringle manœuvrant le tiroir selon les besoins des deux petites machines placées sous les flasques du treuil. La disposition d’ouverture des portes de chaque étage est d’ailleurs la même que dans le cas précédent.
- Pérignon,
- Mécanicien principal de la Marine
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandieb.
- COrBEIL. TVP. ET STÉR. CUÉtÊ.
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- N- 236. — 8 DÉCEMBRE 1877.
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- MOISSONNEUSE
- LIANT AUTOMATIQUEMENT LES GERBES.
- Dans la récente exposition agricole qui s’est tenue à Vincennes au mois d’août dernier, l’attention des visiteurs a été particulièrement attirée sur une moissonneuse américaine, la première que nous ayons vue, dans nos concours, arrivant à lier automatiquement les gerbes. La mécanique agricole a fait de grands progrès dans ces vingt dernières années. Les faucheuses et les moissonneuses ne sont
- plus restées l’apanage exclusif des grandes exploitations, elles sont arrivées à mieux s’adapter aux conditions de culture des propriétés divisées que nous avons en France, et on les rencontre maintenant dans la plupart des exploitations de moyenne importance du Nord; mais jusqu’à présent le travail nécessaire pour assembler, puis lier les gerbes, paraissait exclusivement réservé à la main de l’homme et ne semblait pas devoir être effectué par une machine. L’invention de la lieuse automatique aurait surpris nos pères à l’égal des plus curieuses inventions modernes ; ils n’auraient pas compris qu’on
- Nouvelle moissonneuse liant automatiquement les gerbes.
- pût couper, lier et mettre à couvert en vingt-quatre heures la récolte de plusieurs hectares. Il n’y a pas longtemps en effet que l’on moissonnait péniblement à l’aide d’une faucille et que l’on était obligé de laisser plusieurs jours la moisson dans les champs, exposée à tous les orages et aux intempéries.
- La lieuse nous arrive d’Amérique, comme la plu-plupart des inventions intéressant la mécanique agricole. Dans ce pays, en effet, le prix de la main-d’œuvre est fort élevé, et les constructeurs ont dû s’ingénier à disposer des appareils capables d’effectuer les travaux complexes et délicats de l’agriculture. La lieuse a emprunté à la machine à coudre sa disposition essentielle pour faire un nœud avec le lien de la gerbe ; mais elle s’est attachée, là 6* anuée — 1" semesli*.
- comme dans les appareils analogues, à n’employer que les organes de transmission les plus élémentaires, à les faire surtout capables de résister aux chocs, faciles à réparer ainsi qu’à remplacer.
- La gravure ci-contre donne la vue extérieure de la lieuse Osborne qui figurait au concours de Vincennes. Cette machine a fait la moisson cette année dans une exploitation auprès de Chàtellerault ; elle est rentrée actuellement dans les ateliers de M. Os-borne, où on étudie les perfectionnements dont elle est susceptible afin d’en fabriquer l’année prochaine un grand nombre d’exemplaires et les répandre dans le commerce. M. Wood a fait essayer également à Grignon une lieuse qu’il avait construite ; les résultats ont semblé un peu moins satisfaisants
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- LA NATURE.
- que ceux de la lieuse Osborne ; toutefois il y a lieu de penser qu’elle se perfectionnera, elle aussi, et qu’elle soutiendra la concurrence avec sa rivale.
- Les tiges de blé sont coupées comme dans la moissonneuse ordinaire. L’organe essentiel de la moissonneuse est formé, comme on sait, par une scie horizontale reposant sur le sol, et dont les dents peuvent glisser à l’intérieur de doigts fixés au bâtis de la machine. Quand la machine avance, les tiges de blé s’engagent entre les doigts fixes et les dents de la scie; celles-ci reçoivent un mouvement de va-et-vient très-rapide, grâce auquel elles coupent les tiges en pénétrant dans les doigts ; le mouvement des dents est emprunté par une transmission d’engrenage au mouvement de rotation des roues de la machine, tirée par les chevaux qui l’emmènent. Le rabatteur, qu’on voit à gauche sur la figure, est formé par six bras mobiles autour d’un axe horizontal; ces bras pénètrent dans la récolte et inclinent doucement les tiges au moment où elles vont être coupées. Elles se couchent sur le tablier inférieur de la machine, où elles tombent sur une toile sans fin garnie de lattes en bois qui les entraîne dans son mouvement vers la droite. La toile d’abord horizontale, se relève en formant une sorte de plan incliné; elle est repliée aux deux extrémités sur des rouleaux qui la soutiennent et lui communiquent son mouvement.
- Dans la partie inclinée, une seconde toile sans fin est disposée sur des rouleaux parallèlement à la première, et forme avec elle une sorte de gaîne dans laquelle s’élèvent les tiges. Elles débouchent ensuite au sommet du plan et tombent sur la plateforme de droite où va se confectionner et se lier la gerbe.
- Le lien en paille dont on se sert habituellement est remplacé ici par un fil de fer enroulé sur la bobine comme l’indique la figure, et se déroulant peu à peu avec une difficulté calculée. Ce fil suit en effet, comme dans les machines à coudre, le grand bras coudé presque vertical en avant de la plateforme, il passe sur un certain nombre de galets fixes, il vient déboucher à la pointe du bras qu’on appelle l’aiguille, descend ensuite verticalement au-dessous de la plate-forme qu’il traverse dans une rainure, et est accroché à son extrémité à une sorte de pince appelée tordeur (twister).
- La rainure creusée dans la plate-forme est un arc de cercle dont le bras occupe le centre ; celui-ci pivote autour de son axe et déplace le fil d’une extrémité à l’autre de la rainure. Le fil part de l’extrémité de droite, au moment où la dernière gerbe vient de quitter la plate-forme en tombant sur le sol, il marche peu à peu vers la gauche en repoussant devant lui les tiges, qui arrivent d’une façon continue à mesure qu’elles quittent le plan incliné et sont éparses sur la plate-forme. En même temps l’aiguille formant la pointe du bras s’incline peu à peu en appliquant le fil sur les tiges qui s’accumulent; elle continue ainsi et serre progressivement la
- gerbe en voie de formation ; et quand le fil arrive à l’extrémité de gauche de la ramure, cette aiguille passe décidément au-dessous de la plate-forme en traversant la rainure et vient accrocher son fil au tordeur. Le bras reprend alors son oscillation en sens inverse, allant cette fois de gauche à droite, et il entraîne le fil avec la gerbe. Le tordeur se déplace également vers la droite, mais il tord alors énergiquement le lien dont il tient les deux extrémités. Quand la gerbe arrive au bord de la plate-forme, elle est complètement serrée ; des ciseaux mus automatiquement viennent couper le lien auprès du tordeur, et détachent la gerbe qui tombe doucement sur le sol. Pendant cette oscillation, le bras est redevenu vertical, l’aiguille s’est relevée en laissant dérouler le fil attaché au tordeur qui servira de lien pour la gerbe suivante.
- Une disposition ingénieuse permet de régler à volonté la grosseur des gerbes, en augmentant plus ou moins la durée de l’oscillation du bras. Ces gerbes doivent rester d’ailleurs moins grosses que les gerbes ordinaires, tant parce qu’elles sont plus difficiles à manier à cause du lien métallique, que pour permettre à l’intérieur la circulation de l’air qui doit sécher et faire mûrir les grains.
- Comme les tiges à couper n’ont pas toujours la même hauteur, on a disposé un appareil particulier permettant de déplacer toute la plate-forme à la fois, afin de faire que le lien occupe toujours la même position relative sur la gerbe.
- Plusieurs de nos blés français sont assez hauts ; le tablier inférieur de la machine s’est trouvé trop petit pour contenir les tiges; c’est là un inconvénient auquel on remédiera facilement en augmentant les dimensions des toiles.
- Nous n’insisterons pas sur les transmissions des mouvements qui permettent de réaliser les résultats indiqués ; nous ne pourrions les décrire sans le secours des figures de détail; disons seulement qu’on les a simplifiées autant que possible ; la machine est formée de pièces résistantes et faciles à remplacer. On a recouvert les engrenages pour les préserver des poussières et des chocs. Toutes les courroies de transmission ont été remplacées par des chaînes dont les anneaux peuvent s’enlever à la main, ce qui permet de faire la réparation sans interrompre la moisson.
- La lieuse permettrait, d’après M. Osborne, de terminer complètement la récolte sur deux à trois hectares en un seul jour. La grosseur de la bobine est réglée en conséquence afin qu’on n’ait pas à la changer dans le courant du travail. On comprendra combien la rapidité est précieuse dans la moisson, puisqu’il suffit d’un orage ou d’un temps pluvieux pour compromettre en un instant toute la qualité de la récolte. Le blé, autrefois abandonné sur le sol et exposé à la pluie, germait rapidement et ne donnait plus que de la farine de mauvaise qualité et du pain noir ; c’est ce qu’on a observé d’ailleurs dans toutes les années pluvieuses On ne savait pas alors
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- couper le blé autrement qu’à la faucille, moyen qui est encore suivi d’ailleurs dans une grande partie de la France. C’est là le procédé primitif conservé à travers les siècles. La sape est venue ensuite et elle est encore aujourd’hui l’outil le plus fréquemment employé. L’ouvrier est armé à la main gauche d’un crochet métallique qui le dispense de saisir à la main la poignée de tiges qu’il va couper avec la sape qu’il porte à la main droite. Plus tard, on coupa certaines récoltes, notamment les avoines, avec la faux, ce qui permit d’aller plus rapidement encore. La faux métallique est munie d’une sorte de treillis vertical formant un tablier qui retient les épis et les empêche de tomber brusquement à terre. Toutes ces inventions abrégeaient la moisson et rendaient un service précieux au cultivateur ; puis la récolte reste ainsi moins longtemps exposée à l’orage ou à la pluie ; et comme tous les progrès s’enchaînent, on eut l’idée pour empêcher le blé de germer de ne pas laisser les javelles étendues sur le sol comme on avait toujours fait jusque-là; on les redressa au contraire, en mettant les épis en l’air et on les recouvrit avec une gerbe renversée; on constitua ainsi la moyette, grâce à laquelle on put supporter la pluie sans trop de perte et soustraire les grains à une germination hâtive. Cette idée bien simple cependant, s’est répandue très-difficilement et beaucoup de pays hésitent encore aujourd’hui à s’en servir. La machine à lier résout immédiatement la difficulté, puisqu’elle fournit de petites gerbes qu’on peut dresser dans les champs pour laisser le grain mûrir et sécher en attendant qu’on puisse le mettre à couvert.
- Un nouveau progrès réalisé également dans ces dernières années consiste à avancer l’époque de la moisson et à couper le blé cinq ou six jours avant sa maturité complète. Le blé s’égrène alors moins facilement, et de plus il ressort des expériences de M. Isidore Pierre, de Villefort, etc., que le blé ainsi coupé fournit un poids de récolte supérieur à celui qu’on obtient quand il est complètement mûr. La maturation se poursuit très-bien lors même que le blé est coupé ; les matières minérales contenues dans la tige la quittent peu à peu pour aller se porter dans la graine. Pour le blé de semence cependant, il vaut mieux attendre la maturité complète.
- LES OISEAUX DE LA CHINE1
- La défiance des indigènes, qui a si longtemps protégé la plus grande partie de la Chine contre l’invasion du commerce européen, ne la défendait pas moins contre toute tentative d’exploration scientifique : aussi, jusqu’à ces derniers temps n’avait-on que des renseignements assez vagues sur les pro-
- 1 Les Oiseaux de la Chine, par l’abbé Armand David C. M. et E. Oustalet. — 1 vol. de texte et un atlas de 124 planches coloriées au pinceau. —Paris, G. Masson, 1877.
- vinces centrales et occidentales de ce vaste empire; on n’en .connaissait exactement ni l’orographie, ni la constitution géologique, ni les productions naturelles. Tandis que les musées européens s’enrichissaient des collections formées par von Siebold au Japon, par le major Hodgson dans l’ilimalaya, par Blyth et par Jerdon dans le Bengale et dans l’Assam, ces mêmes établissements, il y a une quinzaine d’années, ne possédaient de la faune de la Chine que quelques spécimens recueillis sur les côtes soit par Sonnerat, soit par les naturalistes attachés aux expéditions de la Danaïde et de la Favorite. Mais, depuis lors, les communications étant devenues moins difficiles, on a largement regagné le temps perdu, et désormais nos musées, et celui de Paris en particulier, renferment des séries complètes d’animaux provenant des parties les plus reculées du Céleste-Empire. Le Muséum d’histoire naturelle doit sa supériorité sous ce rapport aux efforts d’un missionnaire lazariste, l’abbé Armand David, dont le nom est bien connu de tous les lecteurs du journal la Nature. M. A. David fut envoyé en Chine en 1862 et s’occupa dès lors de réunir de nombreux matériaux sur la faune, la flore et la géologie de cette contrée. Il explora d’abord les environs de Sirvan, village fondé par les chrétiens dans les montagnes de la Mongolie. En 1863, il visita la chaîne du Si-chan, au sud-ouest de Pékin, et, en 1864, les environs de Jéhol, résidence impériale, à cinq jours de marche au nord de la capitale. Les années suivantes furent consacrées par M. David à parcourir diverses parties de la Mongolie, tels que l’Ourato, l’Ortous, etc. ; puis en 1868, le courageux missionnaire remonta le Yang-tzé-kiang jusqu’à Kiou-kiang, ville duKiangsi, où il séjourna quatre mois. De là, il se rendit par eau dans le Setchuan et à Moupin, principauté indépendante, située sur les confins de la Chine et du Tibet et habitée par la tribu sauvage des Mantzes. C’est dans ce pays montagneux, au pied des cimes neigeuses du Hong-chan-tin, que M. David se procura ces mammifères si remarquables, les Rhinopi-thecus Roxellanœ et Ailuropus melanoleucus, qui font l’ornement des galeries du Muséum d’histoire naturelle1. Malheureusement l’année ne s’était pas écoulée qu’il fut contraint d’abandonner son exploration fructueuse de la province de Moupin. La situation des chrétiens dans ces contrées lointaines était devenue fort critique ; sur plusieurs points des massacres avaient été commis par la population indigène. Aussi M. David, dont la santé était d’ailleurs fort compromise par des fatigues de tout genre, se décida-t-il à revenir dans sa patrie. Mais comme, lors de son arrivée, la guerre entre la France et l’Allemagne n’était pas encore terminée, il se retira en Italie et y resta jusqu’à la conclusion de la paix. Le repos lui ayant rendu la santé, il put retourner en 1871 dans l’extrême Orient, et aussi-
- 1 Voy. au sujet des Mammifères du Tibet oriental, les articles publiés en 1875 par M. Oustalet. (3* année, numéros 105,109,115,117.)
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- LA NATURE.
- tôt débarqué, fit une excursion dans la Tché-kiang; puis, de Pékin, son quartier général, il gagna la grande chaîne du Tsinling et se disposait à s’avancer directement à l’ouest quand la révolte des maho-métans le força de rebrousser chemin. Modifiant alors son itinéraire, il descendit, au printemps de 1873, vers Hankéou, et vint s’établir sur les frontières du Fo-kien ; mais là ses forces le trahirent, et il fut obligé de regagner Changhaï, où les médecins le jugèrent assez malade pour lui ordonner un prompt retour en Europe.
- Pendant que M. David parcourait les provinces occidentales et centrales de la Chine et envoyait au Muséum d’histoire naturelle , dont il était le correspondant, des plantes et des animaux de toute espèce, un autre naturaliste, unAnglais,
- M. R. Swinhoe, profitant des relations que lui créait sa position de consul à Amoy,ne cessait de recueillir des spécimens de mammifères et d’oiseaux dans les provinces orientales et mé-ridionales de l’empire chinois et dans les îles voisines de Haïnan et de Formose. Les travaux de ces deux voyageurs se complétaient en quelque sorte et embrassaient la totalité de la faune chinoise, dont il était désormais possible de se faire une idée suffisamment exacte. Aussi les naturalistes sc mirent-ils à l’œuvre et les mammifères furent bientôt l’objet d’une étude approfondie de la part de MM. H. et A. Milne-F.dwards, qui nous firent connaître le Rinopi-thecus Roxellanœ, YAiluropus melanoleucus, VEla-phodus Davidionus, etc., etc. Mais jusqu’à ces derniers temps les oiseaux n’avaient été l’objet d’au-
- cun travail analogue, ni en France, ni même en Angleterre. Dans ce dernier pays, M. Swinhoe avait fait paraître successivement plusieurs catalogues, accompagnés de descriptions succinctes, et dans notre pays, M. J. VerreauxouM. A. David lui-même,avaient publié la diagnose de quelques espèces nouvelles; mais, nous le répétons, il n’existait pas jusqu’à ces
- derniers temps de faune ornithologique du Cèles te-Empire. Cette lacune vient d’être comblée de la manière la plus heureuse par un livre que nous nous empressons de faire connaître au public et qui a pour titre : les Oiseaux de la Chine. Ce livre, que M. G. Masson a édité avec un soin et un luxe tout particuliers, se compose d’un volume de texte de 587 pages, comprenant la description de plus de 800 espèces, et d’un atlas de 124 planches lithographiées d’après nature par M. Ar-noul et coloriées au pinceau par M. Goethals. Il est l’œuvre de M. l’abbé A. David et d’un ornithologiste dont le nom est bien connu de nos lecteurs, M. E. Oustalet, aide-naturaliste au Muséum d’histoire naturelle. Dans ce travail entrepris en commun, M. David a fourni les notes qu’il avait prises sur nature dans ses longues pérégrinations dans l’extrême Orient, M. Oustalet s’étant chargé de l’établissement de la synonymie, de la description des espèces que M. David n’avait pu recueillir lui-même, et de la comparaison des oiseaux de la Chine avec ceux des contrées avoisinantes, telles que le Japon, l’Inde et la Cochinchine. De cette collaboration il est résulté un livre qui pourra être
- Fig. i. — Le Paradoxorms à cou tacheté (Paradoxorms guitalicollis). ù’après nature,
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- consulté avec fruit non-seulement par les ornithologistes, mais encore par les voyageurs naturalistes, qui y trouveront les diagnoses de la plupart des oiseaux et les figures des formes les plus caractéristiques de la faune chinoise. Pour mettre leur livre au courant de la science, les auteurs ont même tenu compte des espèces qui ont été rencontrées récemment dans le Kan-soo et l’Ala-chan, par un célèbre voyageur russe, le lieutenant-colonel Przewalski, et qui sont parvenues à leur connaissance avant la fin de septembre 1877.
- Grâce à ces additions, la faune ornithologique de
- la Chine comprend actuellement 807 espèces; dans ce nombre, qui s’accroîtra nécessairement par suite d’explorations ultérieures, rentrent 158 espèces européennes, appartenant principalement, ainsi qu’on pouvait s’y attendre, à la catégorie des oiseaux de proie diurnes et à celle des oiseaux aquatiques. L’Amérique, au contraire, qui tend cependant à se relier vers le nord au continent asiatique par l’intermédiaire des îles Aleoutiennes et du Japon, ne fournit à la Chine qu’une ou deux espèces dont la détermination demande à être vérifiée. Abstraction faite de ces formes étrangères, la Chine possède 249
- Fig. 2. — Le Tragopan de Temminck
- espèces autochthones, dont 58 (le \ environ) habitent la Chine tibétaine, c’est-à-dire le Kan-sou, le Koko-noor et la principauté de Moupin, région extrêmement montagneuse, et couverte de neige pendant une grande partie de l’année. Circonstance importante à noter, c’est précisément parmi ces 58 espèces que se trouvent les types les plus caractéristiques de la faune ornithologique de la Chine. Nous citerons entre autres le Syrnium Davidi, qui diffère du Syr-nium nivicolum ou Chat-Huant des neiges par ses dimensions plus fortes et sa queue cunéiforme; le Siphia Hodgsoni, joli passereau dont le plumage est d’un bleu-ardoisé en dessus et d’un jaune-orangé en dessous, et dont les mœurs rappellent celles des Erythrosterna ; le Yuhina diademata, petit oiseau
- (Ceriornis Temminckii). D’après nature.
- au bec grêle, à la tête ornée d’une huppe, qui se nourrit de baies et d’insectes, et qu’on voit tantôt perché à la cime des arbres comme un Jaseur, tantôt chassant dans les airs comme un Gobe-Mouche. C’est également sur les frontières du Tibet que vivent le Babax lanceolatus, les Cinclosoma Arthemisiœ, C. maximum, C. lunulatum, sortes de Garrulacidés au plumage brun ou olivâtre, orné de gouttelettes ou de croissants jaunâtres, et le Cholornis paradoxa, si remarquable par son bec comprimé et robuste comme celui du Perroquet et par ses pattes dont le doigt externe est mutilé par une bizarrerie naturelle. Dans la même famille que le Cholornis se placent d’autres oiseaux, au bec comprimé de la même façon, mais aux pattes conformées suivant le type
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- normal : tels sont le Paradoxornis Heudei au plumage d’un brun-fauve en dessus, d’une teinte rosée en dessous, et le Paradoxornis guttaticollis, qui se fait remarquer, comme son nom l’indique, par les taches noirâtres en forme de gouttelettes qui ornent sa poitrine. Toutefois ces deux espèces n’habitent pas la même région que le Cholornis : la première a été découverte par le Père Heude aux environs de Nanking, tandis que la seconde, dont nous donnons une figure d’après nature, a été rencontrée d’abord par M. David dans le Setchuan occidental et plus récemment par le major Godwin Austen dans les monts Naga et dans les monts Khasi (Assam) à une altitude moyenne de 2,000 mètres. Le Paradoxornis guttati-collis, que les Chinois désignent sous le nom de Lao-chaîne, présente certaines affinités avec les Mésanges : il se nourrit comme elles d’insectes arboricoles et de petites graines et fait entendre un cri grêle et strident. 11 faut probablement rapporter encore au même groupe les Suthora, passereaux de petite taille, que l’on prendrait pour de véritables Mésanges, si l’on ne tenait compte de leur bec beaucoup plus comprimé latéralement, plus psittacien, si l’on peut s’exprimer ainsi. Ces Suthora sont fréquemment employés par les Chinois comme oi-eaux de combat, et MM. David et Oustalet donnent des détails curieux sur les procédés que les indigènes emploient pour développer les instincts guerriers de ces petits animaux.
- Nous pourrions mentionner encore le Spelœornis troglodytoides, qui rappelle par ses mœurs et les teintes de son plumage notre Troglodyte d’hiver, le Machlolophus rex, charmante Mésange au plumage varié de vert, de blanc et de jaune, à la tête ornée d’une huppe élégante ; les Fulvetta slriaticollis et cinereiceps, le Leiothrix luteus, ou Mésange de Nanking, que l’on voit parfois chez nos marchands oiseleurs : mais nous avons hâte d’arriver à la famille des Faisans, dont la Chine tibétaine et la région voisine de l’Himalaya peuvent être considérées comme la véritable patrie. Dans le pays des Manlzes vit Vlthaginis Geoffroyi, qui a la taille d’une perdrix, et qui porte une livrée bizarre variée de vert et de rouge carmin. Ce bel oiseau, que les Chinois nomment Tsong-ky (poule de buissons), se distingue par la coloration des plumes accuminées de son cou et de ses ailes, d’une espèce voisine, Vlthaginis sinensis, ou Song-hoa-ky (poule fleurie des sapins), découverte par M. David au milieu des bambouseraies du Chensi méridional, à 8,300 mètres au-dessus du niveau de la mer. Les Satyres, Tragopans, ou Ceriornis qui appartiennent également à la famille des Phasianidés, sont encore plus remarquables que les Ithagines, à cause de la présence, chez les mâles en plumage de noces, de cornes sur les côtés de la tête et d’un rabat de couleurs vives sur le devant du cou. Ces appendices sont particulièrement développés dans l’espèce que nous avons fait figurer et qui est le Tragopan de Tem~ minck (Ceriornis Temminckii). Le plumage de ce Faisan offre des nuances qu’on n’est pas habitué à rencontrer chez les volatiles : les parties supérieures
- étant d’un rouge marron, avec des taches d’un gris-perle encadrées de noir, et les parties intérieures d’un rouge plus clair, avec des taches analogues, de forme arrondie ; les cornes sont bleues, et le rabat est varié de rouge vif et de bleu-indigo. Les Chinois font une chasse active à ce beau gailinacé qui vit-solitaire dans les régions boisées, et qu’ils désignent par les noms significatifs de Ko ky, Kiao-ky (poule cornue) et de Sing-tsiou-ky (poule étoilée). Dans un autre tragopan, celui de Cabot (Ceriornis Caboti), la tête et la gorge présentent des couleurs analogues à celles du Tragopan de Temminck, mais la poitrine et l’abdomen sont d’une belle teinte café au lait. A côté de ces deux oiseaux, nous trouvons figuré dans l’ouvrage de MM. David et Oustalet le Faisan d’Am-herst, qui semble avoir emprunté les diverses pièces de sa livrée d’Arlequin à plusieurs espèces de la, même famille; le Faisan sans collier, race peu distincte du Phasianus torquatus, le Faisan de Swin-hoe (Euplocamus Swinhoei), au plumage d’un bleu pourpré, avec le dos et le milieu de la queue d’un blanc pur et le tour des yeux d’un rouge vif, et le Faisan d’Elliot (Phasianus Ellioti), découverten 1872, dans le Tchékiang par M. R. Swinhoe. Cette magnifique espèce à la queue droite et allongée, barrée de rougeâtre et de gris, a la région ophthalmique d’un rouge-vermillon, comme le Faisan de Swinhoe, mais offre sur le corps une coloration toute différente, la nuque et le ventre étant d’un blanc pur, la gorge noirâtre, et la poitrine étant revêtue d’une sorte de cuirasse d’un rouge cuivreux, à reflets dorés, qui remonte sur la partie antérieure du dos. M. l’abbé David a été assez heureux pour se procurer un mâle de cette espèce, encore excessivement rare dans les collections, et l’a rapporté vivant au Jardin des Plantes, où il a vécu un certain temps et s’est montré au public dans tout l’éclat de son plumage. Toujours dans la famille des Phasianidés, mais plus près des Ithagines que des Faisans proprement dits se placent les Pucrasies (Pucrasia Darwini et P. xan-thospila) à la tête ornée d’une huppe, au corps recouvert de plumes lancéolées, variées de gris, de noir et de brun-marron. Ce sont des oiseaux élégants, mais qui par la modestie de leurs couleurs, ne peuvent soutenir la comparaison ni avec les Faisans que nous avons cités, ni surtout avec les Lophophores, ces habitants des hautes montagnes de l’Asie centrale, qui semblent enfermés dans une armure faite de métaux précieux. On connaissait depuis longtemps le Lophophorus impeyanus, qui vit sur les hauts sommets de l’Himalaya, mais jusqu’à ces derniers temps, on ignorait qu’une espèce du même genre, et plus remarquable encore que celle de l’Inde, se trouvât sur les confins du Tibet et de l’empire chinois. C’est en 1867 seulement, que M. J. Verreaux a fait connaître, dans le Bulletin de la Société d'acclimatation, ce splendide Gailinacé, qui mériterait de même que son congénère, d’être conservé comme oiseau d’ornement dans nos parcs et nos jardins publics. De formes plus robustes que le Lo-
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- phophorus impeyonus, le Lophophorus Lhuysii s’en distingue par les plumes de sa huppe moins déliées et les nuances différentes de son plumage, où l’or se mêle au velours et à la pourpre. 11 habite les régions les plus élevées de Moupin, du Kokonoor oriental et des frontières du Setchuan, mais il tend à devenir fort rare dans cette région montagneuse, car les indigènes qui le connaissent sous les noms de Paé-mou-ky et de Ho-than-ky (poule charbon ardent), lui font une chasse des plus actives, à cause des qualités de sa chair.
- Quelques amateurs éclairés ont essayé d’acclimater chez nous d’autres Phasianidés, de ceux qu’on nomme vulgairement Faisans oreillards, et qui se distinguent en effet par deux petites touftes de plumes s’élevant de chaque côté de la tête. Par les couleurs modestes de leur plumage qui est mou et floconneux, ces oiseaux contrastent absolument avec les Lophophores : en Chine on n’en connaît que. trois espèces, une brune (Crossoptilon mantchuricum), une blanche (Cr. tibetanum ou Cr. Drouynii, et une d’un gris-bleuâtre (Cr. auritum). Ces trois espèces sontreprésentées'soigneusement dans l’ouvrage de MM. David et Oustalet, ainsi que le Tetraophasis obscurus, gallinacé d’un type particulier, ï'Ibis nippon, au plumage d’un blanc pur, et sa race de couleur grise (Ibis sinensis), la Rallina mandarina, le Fulix Baeri, et nombre d’autres espèces qui n’avaient jamais été figurées, ou dont les descriptions se trouvaient éparses dans une foule de recueils français et étrangers. Ce n’est pas en effet un des moindres mérites du livre que nous analysons, que de réunir, sous une forme modeste, le tableau complet de l’ornithologie de la Chine. Munis de ces deux volumes, que leur format rend faciles à transporter, les voyageurs qui parcourront le Céleste-Empire pourront désormais déterminer rapidement les oiseaux qui tomberont entre leurs mains, ou reconnaître les espèces nouvelles pour la science, et seront en mesure d’enrichir nos musées nationaux. Aussi faisons-nous des vœux pour que le ministère de l’instruction publique qui, d’après ce que nous avons appris, a honoré cet ouvrage d’une souscription importante, en mette quelques exemplaires à la disposition des consuls, des officiers de marine ou des résidents européens, qui par leur position sont les correspondants naturels de nos grands établissements scientifiques. D1 Z.
- LES CÉTACÉS DU JAPON
- Une espèce de Baleines que les Basques ont longtemps pêchée dans le golfe de Gascogne, et que l’on prenait encore en assez grand nombre à l’époque de la Renaissance, n’y vient plus de nos jours, ou ne se montre qu’individuellement, à des époques fort éloignées les unes des autres; mais ce n’était pas la vrai Baleine ou Baleine franche, appelée par
- les Anglais Right Whale, et par les naturalistes Ba-lœna myslicetus. Celle-ci a également beaucoup diminué de nombre dans le nord de l’océan Atlantique, aussi bien que dans la mer Glaciale, qui sont ses principales stations; elle est même devenue rare sur les côtes du Groënland. On lui attribue les animaux de même genre qui viennent dans le détroit de Behring, mais il n’y a rien de certain à cet égard, et ils pourraient être d’une espèce différente de la sienne.
- La difficulté de plus en plus grande de se procurer ces grands Cétacés a conduit les baleiniers dans d’autres parages mieux fournis de ces animaux, et la géographie, aussi bien que la zoologie, ont largement profité des tentatives qu’ils ont faites pour réussir dans leur difficile entreprise.
- On sait maintenant qu’il y a diverses formes de ces gigantesques mammifères ; et bien qu’elles soient toutes plus semblables à la Baleine franche, c’est-à dire à la Baleine arctique, qu’aux Rorquals, appelés aussi fausses Baleines ou Baleines à ventre plissé, on a quelquefois proposé de les partager en plusieurs genres, dont un serait constitué par la Baleine franche, les autres comprenant, outre la Baleine de Biscaye (Balœna biscayensis), actuellement presque anéantie, la Baleine du Cap (B. australis), celle des parages sud de l’Australie (B. antipodum), et d’autres encore, parmi lesquelles nous ne devons oublier ni le MacleayiusdeM. Gray, ni la Néobaleine du Sud, ni encore moins la Baleine du Japon (B.ja-ponica ou B. Sieboldii), puisque c’est des Cétacés japonais que nous nous occupons. Cette Baleine est le plus gros et le plus lucratif des animaux de la même famille dont les marins de ce pays fassent la pêche. Elle est souvent figurée dans leurs ouvrages. Nous avons copié deux des figures qui lui sont consacrées ; dans l’une la Baleine est isolée (fig. 7); elle porte une inscription que nous signalons au lecteur parce qu’elle se rapporte sans doute à l’histoire même de l’animal qu’elle représente ; dans l’autre sont exposés les procédés à l’aide desquels on réussit à la capture du même animal (fig. 4 et 5).
- 11 existe dans les mêmes eaux diverses sortes de Rorquals. Ce sont des Balénides à ventre plissé, au lieu d’être lisse comme celui des vraies Baleines. On en distingue de plusieurs formes. Certaines ont de grandes pectorales et rentrent dans le genre des Mégaptères de Gray (Megaptera), appelé aussi Ky-phobalœna par Eschricht. La variété ou espèce la mieux connue de Mégaptères es appelée Keporkak par les Scandinaves. Des figures représentant le Méga-ptère du Japon sont fréquentes dans les livres de ce pays. Nous en reproduisons une (fig. 8), tirée de l’un de ces livres, dont le principal objet est de faire connaître aux marins et aux armateurs les détails de cette pêche et les espèces sur lesquelles elle porte. Ce livre nous a été adressé il y a peu de temps, et on pourra le consulter à la bibliothèque du Muséum, dans laquelle il restera déposé. D’autres Rorquals accompagnent le Keporkak. Nous avons reçu
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- le squelette à peu près complet de l’un d’eux, ainsi que des figures (fig. 3) qui en font bien connaître les caractères extérieurs. Il nous a paru pouvoir être rapporté1 au Sibbaldius Schlegelü de M. Flower, qui a pour type un squelette originaire de Java, conservé au musée de Leyde.
- Ce n’est pas la seule espèce de Rorqual que l’on pourrait signaler, dès à présent , dans les mêmes parages.
- Cependant, antérieurement au voyage de M. de Siebold et à la possession des documents que ce voyageur célèbre a recueillis, on ne possédait que de rares détails, pour la plupart insignifiants, au sujet des Cétacés qui viennent d’être énumérés.
- Les ouvrages japonais et surtout chinois avaient
- bien conduit Lacépède à en essayer la classification, maie les figures qui constituaient seules ces documents n’avaient pu conduire qu’à des résultats incomplets, parfois même erronés. Il en était de même des petites sculptures en terre cuite recueillies chez les Aléoutes,
- qui se livrent aussi à la pêche des mêmes Cétacés. Ces figurines, dont Pallas et, après lui, Kotzebue ont donné la représentation, étaient encore moins exactes, dans la plupart des cas, que celles, exécutées sur une plaquette d’os de cachalot, que nous reproduisons à notre tour. Nous le devons à l’amitié de l’illustre naturaliste danois, M. Steenstrup. On y voit d’un côté la Baleine franche (fig. 1 ), et de l’autre le Cachalot (fig. 2), Elles ont sans doute été exécutées au Groënland.
- Fig. 3.
- Mais la science a marché depuis que Temminck, l’ancien directeur du musée de Leyde, et son successeur, M. Schlcgel, ont fait connaître les documents rapportés par M. de Siebold; et quelques collections
- 1 Journal de zoologie, t. V, p. 1, pl. I et II.
- expédiées du Japon ont éclairé les difficiles questions qui se rattachent à la faune maritime de cet archipel. Le Muséum de Paris a reçu, de son côté, différents squelettes appartenant à plusieurs des espèces qui composent cette faune, et leur examen a conduit à des démonstrations nouvelles.
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- Spécimen de dessius envoyés par le Gouvernement japonais.
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- Si nous quittons les Balénides, qui constituent l’une des deux divisions principales des Cétacés, pour nous occuper de ceux des animaux du même ordre qui ont été réunis sous le nom commun de Cétodontes, parce qu’au lieu de posséder des fanons, comme les Balénides, ils ont les mâchoires garnies de dents plus ou moins nombreuses, nous devons signaler en première ligne le Cachalot, si recherché pour son sperma ceti, pour ses dents et pour ses os, dont quelques-uns sont presque aussi durs que de l'ivoire.
- Un autre genre est celui des Globicéphales, dont il vient parfois sur les côtes des bandes composées d’un grand nombre d’individus. Ils se reconnaissent
- à leur front très-renflé et comme globuleux. C’est sans doute une de ces bandes et les massacres dont leur capture est suivie que représente la figure 6.
- Le Grampus se voit aussi au Japon. M. Gray l’y avait déjà signalé, mais avec doute, sous le nom de Sakamata; nous en avons reçu, avec l’un des envois que le gouvernement japonais a bien voulu nous adresser, un squelette qui ne laisse aucun doute sur son identité générique avec les Grampus des côtes de l’Europe ou des États-Unis.
- Indépendamment de Dauphins proprement dits, il vit dans les eaux japonaises des Neomeris; ce sont des animaux très-peu différents du Marsouin,
- Fig 7.
- mais qui ont la tête plus courte, et dont le dos manque de nageoires, ce qui les a fait associer quelquefois aux Delphinaptères.
- Une forme plus curieuse, qui n’avait pas encore été signalée dans Jes mêmes lieux, est celle des Kogia très-voisins des Cachalots par l’ensemble de leurs caractères, mais qui n’ont que 3 ou 4 mètres de long. Le premier des exemplaires qu’on en ait rapporté en Europe a été décrit par de Blainville, sous le nom de Cachalot à tête courte; il venait de la mer des Indes. Le même genre a été retrouvé depuis lors sur les côtes du Bengale et sur celles de l’Australie; il vit également au Japon, et l’un des squelettes donnés au Muséum lui appartient certainement ; nous en avons parlé dans une des dernières livraisons de Y Ostéographie des Cétacés, que nous publions avec M. Van Beneden.
- Les Japonais désignent généralement les Cétacés, soit les Balénides, soit les Cétodontes, par le nom de Kuzira; mais ils donnent à chaque espèce un quali-lificatif particulier, de manière à la distinguer des autres espèces du même genre, comme le font, pour chacun des groupes de même valeur, les naturalistes européens, depuis que Linné a fait accepter les règles de la nomenclature binaire. Ainsi le Sato-Kuzira est un Balénoptère comparable au Balœno-ptera hoops ; les Nagazu-Kuzira et Noso-Kuzira sont des Rorquals plus ou moins voisins du Rorqualus Musculus, et il en est probablement de même des Iwasi-Kuzira et Kutsowo-Kuzira; le Kogia nous est arrivé sous le nom d'Uki-Kuzira, et le Grampus, précédemment appelé Sakamata par M. Gray, sous celui de Koto-Kuzdra. Paul Gervais.
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- LA NATURE.
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- LE DALTONISME
- ET LES ACCIDENTS DE CHEMIN DE FER.
- On sait que le daltonisme ou la dyschromatopsie est cette singulière maladie des organes de la vue qui fait confondre les couleurs à ceux qui en sont atteints. Il y a quelques jours à peine, aux ateliers d’Oullins, les employés du chemin de fer de Lyon ont été soumis à un examen médical dont les résultats ont été des plus remarquables et montrent bien l’importance qu’il y a à ne pas négliger ces précautions.
- Le cas le plus ordinaire du daltonisme est celui où l’on confond les deux couleurs complémentaires ; ce fut, en Angleterre, la cause de plusieurs accidents de chemins de fer. On employait, en effet, dans les premiers temps, pour indiquer que la voie était libre ou occupée, des signaux présentant des colorations complémentaires. Aussi évite-t-on maintenant avec soin cette disposition dont les conséquences pouvaient être si graves.
- Un autre phénomène non moins curieux est celui-ci : l’œil trop vivement affecté par une couleur éclatante attribue à tous les objets la couleur complémentaire de celle qui l’a blessée : c’est ce qui a été constaté lors de la conjonction de Mars et de Saturne. On sait que Mars a un bel éclat rouge, tandis que Saturne, en temps ordinaire, est blanchâtre. Par suite du rapprochement des deux astres, Saturne avait une apparence bleuâtre. Chez quelques individus, le daltonisme est complet; ils distinguent bien les contours des corps, les parties claires ou obscures, mais ne savent retenir les couleurs. M. d’Hombres-Firmas cite le cas d’un peintre qui avait donné dans un tableau une teinte uniforme bleue, sous prétexte de l’harmoniser avec son ameublement, qui était rouge. Un autre cas de cette affection plus fréquente est celui qui consiste à faire voir en vert les objets rouges, ou réciproquement. Dans ses cours, Arago racontait le cas d’une famille dont tous les membres voyaient vert ce qui était rouge. Aussi, disait le spirituel savant, pour ces malheureux les cerises n’étaient jamais mûres.
- Ce sont là évidemment des exagérations de cette infirmité, qui est beaucoup plus commune qu’on ne le croit généralement, et sur laquelle, depuis plus de vingt-cinq années, le docteur A. Favre a fait les recherches les plus curieuses. — U y a d’abord lieu de noter qu’on l’observe dans les professions les plus diverses : on a rencontré des architectes, des professeurs, des négociants, des peintres, des médecins, etc., qui étaient atteints à un degré plus ou moins grave du daltonisme ; douées la plupart du temps d’une acuité visuelle excellente, les personnes atteintes, qui ont conscience de leur maladie, arrivent souvent à juger de la couleur par une voie indirecte : ainsi M. Favre cite le cas d’un médecin qui, confondant le rouge avec le vert et le violet avec le bleu, parvenait cependant à ne se tromper que très-rarement. — Voyant passer devant lui une femme, il reconnut que les rubans qu’elle portait étaient violets, se basant dans son jugement sur ce que le reste de l’habillement lui indiquait que cette personne était en demi-deuil.
- Pendant longtemps le daltonisme ne fut étudié qu’à titre de curiosité pathologique : un certain nombre d’auteurs cependant, parmi lesquels il faut citer Georges Wilson, Potton et Goubert, pensèrent qu’il y avait intérêt à suivre de plus près cette affection, au point de vue de la sécurité des voyageurs, tant sur les chemins de fer que sur la mer : cette recherche était d’autant plus néces-
- saire que, comme je l’indiquais plus haut, le nombre de daltoniens est beaucoup plus considérable qu’on ne le croit' communément; M. Goubert admettait la proportion Àe 1 ' sur 20 à 25 personnes : G. Wilson, d’Édimbourg, trouvait 1 cas sur 17,7 ; enfin, M. Favre a montré que l’on était encore bien au-dessous de la vérité : sur 65 chauffeurs ou manœuvres examinés dans une usine à gaz, il a reconnu que 24 commettaient des erreurs, soit une proportion de 36,92 pour 100.
- À Lyon, sur 268 militaires interrogés avec le plus grand soin, 163 ont répondu avec exactitude, 105 se sont trompés et sur ce nombre 35 ont simplement hésité et ont rectifié de suite leur erreur. On arrive ainsi à l’énorme proportion de 39,18 pour 100 ou 1 sur 3,82. — La proportion varie d’ailleurs suivant les couleurs ; et dans toutes les expériences faites jusqu’à ce jour, on a trouvé que c’était le violet qui présentait le plus grand nombre d’erreurs.
- Dans un second examen qui a porté sur 138 hommes appartenant aux 22*, 23* et 99* de ligne, on a trouvé 37 cas de daltonisme, soit 26,81 pour 100.
- Je citerai enfin, comme dernier exemple, le résultat des recherches de M. le docteur Favre lui même sur des candidats à des emplois au chemin de fer de Paris-Lyon-Méditerranée :
- « Sur 1050 hommes, âgés de dix-huit à trente ans, visités depuis juillet 1873 jusqu’au 1er octobre 1875, dit-il, j’ai noté la proportion considérable de 98 daltoniens qui se sont trompés sur une ou plusieurs couleurs. Le violet-, le vert, le bleu, le jaune et le rouge ont été montrés à tous les candidats. 29 sont inscrits comme ayant présenté des hésitations réitérées, 8 se sont rectifiés séance tenante ou à un deuxième examen, après avoir fait des erreurs plus ou moins graves.
- « 11 candidats ont seulement été refusés. »
- Il est d’ailleurs bon de remarquer qu’ici la proportion est un peu plus faible qu’elle ne devrait l’être; en effet, par suite de l’organisation de ce service, les candidats, sachant à quoi ils sont exposés si leurs réponses ne sont pas satisfaisantes, se tiennent sur leurs gardes ; d’où une diminution considérable du nombre de cas de daltonisme dans les candidats se présentant aux examens successifs.
- Si l’on tient d’ailleurs compte de ce fait que dans les chemins de fer, le signal rouge indique l’arrêt absolu, tandis que le signal vert commandant le ralentissement, se trouve généralement situé à des points où la vitesse du tram, fort ralentie, empêche tout accident grave, pour le cas où il serait mal interprété ; qne le signal bleu n’intéresse que l’aiguilleur et que le signal jaune est d’un emploi très-limité, on voit que dans les examens que je viens d’indiquer, on ne doit exiger du candidat à un emploi actif dans les chemins de fer que la notion exacte du rouge, mais qu’il faut être inflexible sur ce point ; la proportion d’ailleurs est très-faible dans ce cas, et on ne rencontre guère qu’un sujet sur 75 ne distinguant pas facilement le Bouge.
- Les quelques considérations qui précèdent montrent bien que la Compagnie de Paris-Lyon-Méditerranée a été bien inspirée d’introduire ces examens : aussi en a-t-il été installé de semblables par les chemins de fer des Dombes et Sud-Est, en Belgique; en Suède et Norwége, par le professeur Holmgren ; en Autriche, par M. Polon-ceau ; et récemment aux Etats-Unis, sur les voies ferrées du Massachussets, par MM. Joy Jeffries et Joseph Henri.
- Georges Bertrand.
- — La fin prochainement. —
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- LA NATURE.
- HISTOIRE DE MES ASCENSIONS
- RÉCIT DE VINGT-QUATRE VOYAGES AÉRIENS
- PRÉCÉDÉ DE SIMPLES NOTIONS SUR LES BALLONS ET LA NAVIGATION AÉRIENNE
- PAR GASTON TISSANDIER l.
- Tous les météorologistes s’accordent à reconnaître que les observations faites dans les régions élevées de l’air sont de nature à fournir des éléments d’une haute importance en faveur des progrès de la science du temps ; aussi a-t-on vu dans tous les pays civilisés, des savants se consacrer à la construction d’observatoires au sommet des montagnes.
- Le météorologiste, installé en permanence en haut d’un pic, peut entreprendre une série d’obser-
- vations continues, et tous les hommes compétents sont d’accord sur l’utilité des stations de montagne pour l’étude des phénomènes aériens.
- Mais, à côté de ces observatoires, la science dispose en outre, pour étudier les hautes régions de l’air, des ressources que lui fournissent les aérostats, et que des catastrophes récentes ne doivent pas faire négliger. Les ballons nous donnent le moyen d’apporter à la météorologie des observations précises sur les grandes altitudes, où des reliefs du sol n’exercent aucune influence; ils permettent au savant de suivre pendant un temps plus ou moins long les courants qui se meuvent au sein de l’air et de pénétrer dans des régions beaucoup plus élevées que celles où sont situées les stations de montagne.
- Nous ne croyons pas qu’il soit nécessaire d’insister sur l’importance de l’aérostation scientifique :
- elle est incontestable ; mais il nous a semblé d’ailleurs que le meilleur moyen de plaider la cause des ascensions météorologiques en ballon était d’énoncer le résumé des faits qui ont été recueillis pendant un certain nombre de voyages aériens. C’est ce que nous avons voulu faire en présentant le récit de vingt-quatre ascensions. Le lecteur qui jettera les yeux sur le livre que nous venons de publier, voudra bien tenir compte des difficultés matérielles qui entravent de semblables expéditions, quand, pour la plupart, elles ont été le fruit de l’initiative privée; s’il y trouve quelques observations qui lui paraissent dignes d’intérêt, il comprendra l’importance de celles que pourraient recueillir les observateurs consciencieux et dévoués à la science, s’ils avaient à leur disposition de plus importantes ressources.
- 1 1 vol. grand in-8° illustré de nombreux dessins par Albert Tissandicr. — Paris, Maurice Dreyfous, 10, rue de la Bourse. 1878.
- Il y a environ dix ans que, pour la première fois, j’ai vu se développer l’horizon des nuages dans la nacelle d’un ballon. Depuis cette époque, j’ai exécuté un grand nombre de voyages aériens dont je présente le récit complet dans l’Histoire de mes Ascensions.
- La plupart de ces voyages ont été exécutés avec mon frère, Albert Tissandier, qui a retracé à l’aide du crayon, les spectacles sans cesse nouveaux, toujours intéressants, souvent incomparables que l’atmosphère ouvre aux yeux de l’explorateur. Les nombreux dessins aérostatiques qu’il a laits d’après nature au sein de l’air, forment une collection d’une haute valeur météorologique. Je n’émets pas seulement ici une opinion fraternelle, mais je traduis en même temps celle de quelques savants distingués cl d’appréciateurs impartiaux.
- Il m’a semblé que le meilleur moyen de préparer le lecteur à suivre utilement le récit d’ascensions scientifiques, c’était de retracer succinctement les
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- LA NATURE.
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- principaux faits de l’histoire des ballons. Aussi dans la première partie de l’ouvrage dont j’annonce aujourd’hui la publication, me suis-je efforcé de condenser de : Simples notions sur les ballons et sur la navigation aérienne, et de réunir des documents qu’il n’est plus permis à personne d’ignorer aujourd’hui.
- L’Aéronautique peut se diviser en cinq branches distinctes : 1° le ballon proprement dit : construction , ascension ; 2° l’aérostation météorologique : exploration et étude scientifique de l’atmosphère ;
- Fig. 2. — Descente du ballon le Jean-Bart au milieu de la Seine, en vue de Jumiéges, près de Rouen. (8 novembre 1870.)
- 3° les ballons militaires : aérostats captifs, reconnaissances militaires, poste aérienne ; 4° direction des aérostats et navigation aérienne; 5° aviation ou vol mécanique, dont le principe a été désigné sous le nom de Plus lourd que l'air.
- Le lecteur trouvera dans Y Histoire de mes ascensions le résumé très-succinct des événements importants qui marquent l’histoire de l’aéronautique ainsi comprise ; il se rendra compte de l’état présent de la navigation aérienne et de ce que l’on peut en attendre dans l’avenir, en se basant sur les faits, et
- Fig. 3. — Le ballon la Ville de Florence traversant l’Ouche, près Dijon. Écho produit au-dessus de la rivière. (!•' août 1869 )
- en prenant pour guide les règles de la logique et du raisonnement scientifique.
- La deuxième partie du livre comprend le Récit de vingt-quatre voyages aériens. Un diagramme explicatif indique nettement le chemin parcouru pendant chaque voyage, l’altitude atteinte, la nature et la direction des nuages, la direction des courants, leur température et les circonstances atmosphériques qui s’y rattachent. De nombreuses gravures sur bois, dont les lecteurs de la Nature connaissent un certain nombre, représentent les spectacles observés, les effets de nuages, les couchers du soleil, les phénomènes d’optique qui se sont offerts à nos yeux et
- qui sont dessinés avec fidélité par’Albert Tissandier.
- Nous offrons ci-dessus à nos lecteurs les spécimens de quelques-unes des gravures inédites qui accompagnent l’ouvrage.
- La figure 1 représente un des plus beaux effets de nuages que l’on puisse admirer au-dessus des masses de vapeurs qui, si fréquemment, cachent aux observateurs terrestres l’azur du firmament. Des rayons d’un soleil ardent lancent des flots de lumière sur la surface supérieure des nuages gracieusement ondulée et mamelonnée. Ce dessin a été fait le 14 octobre 1870, à 2500 mètres au-dessus des lignes prussiennes qui investissaient Paris.
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- LA NATURE.
- La figure 2 reproduit encore un des épisodes de nos voyages du siège de Paris; elle représente le ballon le Jean-Bart descendant au milieu de la Seine, non loin de Rouen, après une tentative infructueuse de retour dans la capitale assiégée.
- La figure 3 montre le ballon la Ville de Florence traversant, près de Dijon, la rivière de l’Ouche au moment où la voix des aéronautes se réfléchissait en un écho intense à la surface de la nappe liquide.
- Gaston Tissandier.
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- CHRONIQUE
- Considérations sur l'hygiène des boissons alcooliques. — M. Lunier met sous les yeux de l’Académie une série de tableaux et de caries teintées, d’où résultent certains faits qu’on peut ainsi résumer :
- Les boissons alcooliques que l’on consomme en France sont le vin, le cidre, la bière, les eaux-de-vie et les liqueurs. Le vin estla véritable boisson nationale. On en consomme en moyenne 120 litres par habitant et par an. En 1833, on n’en buvait que 60 litres par habitant. Mais si, dans certains départements, on ne consomme que 38 à 80 litres par tête, il en est d’autres où on en consomme 360. La consommation du cidre tend à diminuer. Elle n’est que de 20 litres par habitant. Mais on boit de l’eau-de-vie pour faciliter la digestion du cidre, et plus on boit de cidre, plus on boit d’eau-de-vie. La consommation de la bière a augmenté depuis cinquante ans. En 1823, elleétait de 8 litres par habitant ; elle est maintenant de 22 litres. L’alcool, dont la consommation était de 2 litres par tête en 1837, est représenté aujourd’hui par un chiffre de 3 litres. Les départements qui consomment le plus d’alcool sont ceux qui ne consomment pas de vin. D’un autre côté, et relativement aux alcools, M. Lunier établit que :
- 1° C’est dans les départements qui consomment le plus d’alcool que les excès de boisson déterminent le plus de cas de morts accidentelles ;
- 2° Les cas d’ivresse poursuivis sont cinq fois plus nombreux dans les départements qui consomment surtout de l’alcool que dans ceux qui consomment principalement du vin. Il en est de même des cas de folie de cause alcoolique La proportion est presque partout en rapport avec la consommation directe des alcools. Il n’y a d’exception que pour la Vendée et la Charente-Inférieure, qui ne consomment que des vins blancs, et l’on sait aujourd’hui que ces vins, pris en excès, sont presque aussi dangereux, sous ce rapport, que l’eau-de-vie. (Journal de thérapeutique.)
- Le buste de Félix Pouchet. — L’inauguration du buste du savant naturaliste Félix Pouchet a eu lieu récemment à Rouen. Toutes les Sociétés savantes de la ville étaient représentées à cette cérémonie, à laquelle assistaient le préfet de la Seine-Inférieure, le maire de Rouen et un grand nombre de notabilités. Plusieurs discours ont été prononcés. Le monument, qui est placé dans le vestibule du Muséum d’histoire naturelle, se compose d’une sorte de portique encadrant une table de marbre blanc, portant l’inscription suivante : « A Félix-Archiinède Pouchet, 1828-1872. » Le buste en marbre blanc, supporté par un piédestal richement ornementé, se détache sur le fond de marbre rouge ; l’ensemble est défendu par un élégant appuie-main, dont les rinceaux vert et or se détachent nettement des lignes du monument. Le monument mesure
- environ 2 mètres de largeur ; il occupe toute la hauteur du vestibule, soit 4 mètres, et, de chaque côté de ce portique, des tables de marbre blanc ressortent en clair sur un ton vert d’eau qui recouvre tout le fond du vestibule et dessine la silhouette de ce portique. L’ensemble du monument, dit le Journal officiel, a été exécuté par M. Mé-ritte, entrepreneur, sous la direction et d’après les dessins de M. Jules Adeline.
- L’expérience du pendule de Léon Foncanlt.
- — On connaît l’expérience faite, en 1860, au Panthéon, sur le pendule, par le savant physicien Léon Foucault. Un énorme globe métallique ou gyroscope, qui pendait d’un fil de fer attaché au sommet de la voûte, démontrait que les mouvements d’oscillation d’une masse pesante, librement suspendue dans l’espace à l’extrémité d’un fil sans torsion, demeurent indépendants de la rotation de la terre.
- Le pendule se balançait avec une lenteur extrême à cause de la longueur du fil, et, au bout de chaque va-et-vient, une pointe saillante au-dessous du globe écornait un petit mur de sable destiné à rendre ainsi plus saisissant le déplacement d’oscillation.
- Il est question, d’après les Débats, de renouveler cette expérience à l’Exposition universelle de 1878. Elle sera exécutée avec de nouveaux perfectionnements, de manière à frapper la masse des visiteurs.
- Le pendule, pesant 300 kilogrammes environ, oscillerait au bout d’un fil de fer de 65 à 70 mètres de long. Ainsi qu’on le voit, il faudra une construction spéciale pour loger l’appareil. Le pendule, en oscillant, doit déplacer avec lui une sorte de gouttière qui restera, comme le pendule lui-même, fixe dans l’espace, par rapport aux constellations du ciel.
- Au-dessous du pendule serait disposé un immense globe terrestre de 25 à 30 mètres de diamètre. Ce globe, reposant sur le sol, suivra nécessairement avec les spectateurs le mouvement de la terre. La gouttière, au contraire, portée par un pivot à l’extrémité de l’axe et tournant avec le pendule, entraînera de grandes aiguilles qui sembleront se déplacer comme elle.
- Le globe qui représentera la terre ayant un volume considérable, le mouvement de ces aiguilles sera visible ; il rendra tangible en quelque sorte aux moins attentifs la rotation de notre planète sur son axe.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 3 décembre 1877. — Présidence de M. Pelicot.
- Opale artificielle. — Au-dessus d’une solution sirupeuse de silicate de soude, M. Monnier verse de l’acule oxalique très-étendu. Par endosmose, les deux liquides se mélangent lentement, de Poxalate de soude se produit, et de la silice ést mise en liberté. Or, cette silice au lieu de prendre la forme gélatineuse qu’elle aurait après une double décomposition rapide se concrète sur les parois du vase avec une cohésion, une densité et une dureté tout à fait comparables aux propriétés correspondantes de l’opale naturelle. L’auteur répétant l’expérience en remplaçant l’acide oxalique par une dissolution de sulfate de nickel, obtient une opale verte qui lui paraît analogue aux matières siliceuses qui servent de gangne aux minerais nic-kélifères. En traitant par le même procédé le sulfate d’alumine par une dissolution d’ammoniaque, on obtient, outre de l’alun d’ammoniaque, une certaine quantité d’hydrate d’alumine cohérente et très-dure, qui adhère fortement aux parois du vase où se fait l’expérience.
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- LA NATURE.
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- Pile électrique. — Selon Al. Jabloskoff, on obtient un excellent résultat en remplaçant le zinc de la pile de Bunsen par un mélange de coke et de sel marin fondu. Le charbon qui se brûle lentement quand le courant est fermé, remplace avantageusement le métal qui se dissout. Le même auteur décrit les expériences qu’il vient de faire pour appliquer les bouteilles de Leyde à grande surface à la distribution de l’électricité. Ces bouteilles qui produisent un renforcement notable du courant, agissent à volonté comme condensateurs ou comme accumulateurs.
- Conslitution de l'outremer. — A l’occasion du travail de M. Plique que nous analysions l’autre jour, M. Émile Guimet, fils de l’inventeur de l’outremer artificiel, résume les données qui résultent de la longue pratique qu’il a acquise dans la fabrication de ce beau produit. Un fait très-important est celui-ci, que la formation de l’outremer se manifeste par ses colorations qui varient dans un ordre déterminé. Le kaolin, le soufre et le sel de soude étant progressivement chauffés, on obtient d’abord un produit brun, qui passe successivement, à mesure que la température s’élève, au vert, au bleu, au violet, au rouge et finalement au blanc. Ces modifications sont l’indice de l’action oxydante de l’air sur le produit, et la preuve, c’est qu’en chauffant l’outremer blanc ci-dessus avec un corps réducteur tel que le charbon, on constate la réapparition des couleurs dsns un ordre rétrograde, c’est-à-dire d’abord le rouge, puis le violet, puis le bleu, puis le vert, etc. M. Guimet à reconnu que si on remplace le soufre par une autre base, telle que la potasse, la chaux, la baryte ou la strontiane, le produit est constamment incolore à toutes températures. Si on substitue au soufre le sélénium ou le tellure, on a dans le premier cas un produit rouge et dans l’autre un produit gris.
- Propriété de l'acide borique. — Le peu d’activité chimique qu’on est en général porté à attribuer à l’acide borique, dispose à s’étonner à l’énoncé de ce fait signalé par AI. Ditte, que l’acide borique en poudre mêlé à la quantité d’eau qui lui est nécessaire pour s’hydrater dégage juste assez de chaleur pour porter le mélange à 100 degrés.
- La Société d'hygiène. — M. Dumas signale le dépôt sur le bureau des publications déjà fort nombreuses de la Société française d’hygiène. Grâce à l’activité de ses zélés promoteurs, et surtout de son infatigable président, M. le docteur de Pietra Santa, cette utile association constitue déjà, après quelques mois à peine d’existence, un des organes importants de la vie scientifique delà France. Ses membres se comptent maintenant par centaines, et parmi eux on remarque des illustrations de tous les pays; chacune de ses séances est marquée par des discussions considérables sur les questions les plus palpitantes du bien-être universel ; et son organe officiel, le Journal d'hygiène est riche, dans chaque numéro de faits nouveaux et de considérations profondes.
- Synthèse du feldspath. — Nos lecteurs connaissent déjà les expériences dans lesquelles M. Hautefeuille fait cristalliser l’osthose et l’albâtre en présence de tungstates alcalins. Au nom d’une Commission, M. Daubrée lit un rapport, dont la conclusion est l’insertion du mémoire de M. Hautefeuille dans le Recueil des savants étrangers.
- Fabrication du rubis. — L’événement de la séance a été la lecture par Al. Frémy d’un grand travail qui lui est commun avec M. Feil et dont le résultat est la production, on peut dire industrielle du corindon et de plusieurs silicates cristallisés. Les splendides échantillons déposés sur
- le bureau provoquent l’admiration de toute l’assistance. On sait que la production de l’alumine cristallisée en corindon, qui est la substance d’une foule de gemmes dites orientales et spécialement du rubis et du saphir, a préoccupé un grand nombre d’expérimentateurs parmi lesquels il faut citer Fibel -mon et Senarinont d’abord, puis MM. Deville et Caron, M. Marc-Antoine Gaudin et AI. Debray. Mais il ne s’est jamais agi que de cristaux presque microscopiques. Aujourd’hui, au contraire, AI AI. Frémy et Feil nous apportent des échantillons qui peuvent être utilisés dans l’horlogerie et qui peuvent être taillés par le lapidaire. La méthode très-ingénieuse des savants expérimentateurs consiste à chauffer pendant longtemps au rouge un mélange d’aluminate de plomb et de silice. L’expérience, portant sur une trentaine de kilogrammes de mélange, a été continuée pendant plus de vingt jours dans le four de l’usine Feil. Sous l’action de la chaleur, l’alumine se dégage peu à peu de sa combinaison plombeuse et cristallise : elle donne ainsi du co-rintion incolore, mais si l’on a introduit dans le mélange 2 ou o centièmes de bichromate de potasse, le produit acquiert la nuance du rubis ; avec un peu d’oxyde de cobalt c’est le saphir que l’on obtient. La reproduction est rigoureuse par la densité, lu dureté, l’éclat, la couleur et même, comme M. Jannettazl’a reconnu, pour les propriétés cristallographiques et optiques. Parmi les silicates cristallisés obtenus par MM. Frémy et Feil, il faut citer surtout le disthène qui s’est développé en longues aiguilles incolores tout à fait semblables à celles de la nature. En terminant, les auteurs déclarent qu’ils n’ont en vue que le côté exclusivement scientifique de la question, qu’ils mettent leur procédé dans le domaine public et qu’ils seront très-heureux d’apprendre que l’industrie en a pu tirer un avantageux parti.
- Élection. — Sauf approbation du Président de la république, M. William Thomson est élu associé étranger en remplacement de Al. de Baër par 27 voix sur 52 votants. Son concurrent, M. Van Beneden, recueille 25 suffrages.
- Stanislas AIeunier.
- LE HANNETON FOULON
- Bien peu de personnes à Paris connaissent le Hanneton foulon, le pkis gros que nous ayons en France, de taille à peu près double du Hanneton ordinaire. C’est en effet ui> insecte des dunes, où son énorme larve ou ver-blanc vit de racines des graminées spéciales aux sables. Il ne se rencontre pas près de Paris, bien qu’on y ait capturé très-rarement des sujets isolés de cette espèce, notamment au bois de Boulogne. 11 est un peu plus répandu dans la région moyenne de la France, et quelques auteurs l’ont appelé hanneton du Poitou; ce sont surtout les côtes de la Méditerranée où on le rencontre; en général, en France cette espèce ne s’éloigne pas beaucoup de la mer. Cependant il est commun près de Lyon. On peut le trouver, parfois assez abondamment, sur toutes les dunes, même celles du département du Nord, en raison probablement de la douceur des hivers sur toutes nos côtes. L’adulte ronge les feuilles des arbres à la fin de juillet et au commencement d’août, à la façon du Hanneton ordinaire. Il vole le soir, en produisant
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- LA NATURE
- un bourdonnement assez fort, et fait entendre, quand on le saisit, une stridulation aiguë, par le frottement de la base de l’abdomen contre le métathorax.
- Il n’est jamais assez commun en France pour produire des dommages appréciables. Il n’en est pas de même dans toutes les parties de l’Europe. Le célèbre auteur de l’histoire des insectes nuisibles aux. forêts de l’Allemagne, Ratzeburg, le range parmi !
- les espèces qui font souffrir les arbres. Dans certaines années à hivers doux, il a pu devenir très-abondant et dévastateur, comme cela est arrivé en 1731, d’après Frisch, dans la Marche de Brandebourg.
- On a détaché ce grand Hanneton du genre Melo-lontha, pour en faire le type d’un genre voisin, sous le nom de Polyphilla fullo, Linn., le Foulon de
- Le Hanneton foulon. Adultes, mâles et femelle.
- Geoffroy. Les feuillets des antennes des mâles, au nombre de sept, sont très-longs et très-larges, bien plus développés que chez les Mélolonthes propres; l’antenne des femelles n’a que cinq courts feuillets. Le genre présente une particularité dans la manière dont ses téguments sont ornés. En dessous, la poitrine seule offre des poils ordinaires; l’abdomen, les pattes, les élytres et le corselet sont couverts de poils modifiés, changés en écailles, et constituant, selon les espèces du genre, ou des marbrures, ou des bandes, ou un revêtement uniforme. Chez le Foulon, la couleur du fond est d’un brun clair, de-
- venant rougeâtre dans certaines variétés, habituellement plus foncée dans les mâles que dans les femelles. Sur ce fond se détachent trois bandes blanches au corselet, dont les deux latérales discontinues. Les élytres sont parsemées d’une élégante marqueterie de points et de taches blanches sinueuses, se répétant avec symétrie, malgré l’irrégularité de leur dessin. Maurice Girard.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissakdier.
- ConuEiL. Typ. et itér. Cnirâ
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- . — 15 DÉCEMBRE 1 87 7. LA NATURE,
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- BASCULE A ÉQUILIBRE CONSTANT
- M. À. Rcdier a construit récemment un nouvel appareil d’enregistremenl qui est appelé à fournir aux physiciens, aux physiologistes, aux agronomes de bien utiles ressources expérimentales dans leurs recherches. C’est une bascule à équilibre constant ; elle enregistre d’une façon continue les variations de poids d’un corps quelconque, animé, tel qu’un animal, une plante, etc., ou inanimé, telle qu’une substance volatile, line lampe en combustion, etc., qui
- se trouve placé sur sa plate forme. Celle bascule donne le tracé de courbes représentant les gains et les pertes de poids de l’objet en expérience, et cela avec une sensibilité et une exactitude vraiment remarquables.
- La balance de M. Redier chargée d’un poids de 300 kilog., enregistre des fractions de gramme. Un corps beaucoup moins lourd, comme une bougie allumée, déterminera aussi sur la feuille d’épreuve, des courbes plus ou moins inclinées suivant leur nombre, et cela sans discontinuité, sans brusques ressauts.
- Nouvelle balance enregistrante à équilibre constant, construite par M. Redier.
- %
- Cette délicatesse tient à l’état d’oscillation constant qui anime le fléau, et le déplace de très-petites quantités. Peu de personnes connaissent cette propriété des balances; M. Hervé Mangon et M. Mel-sens, de Bruxelles, semblent être les premiers qui aient fait ressortir cette condition.
- Arrivons à la description de l’ingénieux instrument. Sur une planchette qui fait suite à la bascule, sont posés le cylindre enregistreur P, le mouvement d’horlogerie II qui le conduit, et le double rouage R qui détermine l’état constant d’équilibre. (Voy. la figure ci-dessus.)
- Voici sur quel principe repose le rétablissement de l’équilibre dès qu’il est détruit pour une cause quelconque. Si on met sur une balance ordinaire
- 0' aDDce. — 1" scmeslie.
- un verre plein d’eau, équilibré par un poids, et si on plonge dans ce verre une masse quelconque suspendue à un fil, l’équilibre sera rompu ; suivant que ce plongeur pénétrera plus ou moins dans le liquide, il altérera plus ou moins l’équilibre.
- C’est un plongeur analogue dont M. Hervé Mangon a indiqué l’usage pour établir l’état d’équilibre constant de la bascule, que nous représentons.
- Sous le petit plateau de l’instrument est un vase cylindrique Y, rempli aux trois quarts d’eau ordinaire : un plongeur cylindrique dont le fil s’enroule sur la poulie R, se trouve abaissé ou relevé par le rouage de cette poulie dès que le grand plateau éprouve un excédant ou une diminution de poids. L’équilibre se rétablit aussitôt et les mouvements de
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- LA NATURE.
- la poulie R sont transmis au crayon qui marche sur l’arrête du cylindre enregistreur P, laissant sur le papier déroulé les traces de tous ces mouvements. Les rouages de la poulie R sont les mêmes que ceux employés dans le baromètre enregistreur de M. Re-dier. L’un marche constamment à droite avec un échappement; l’autre à gauche avec une vitesse double du premier, et l’extrémité du fléau par ses mouvements, détermine la liberté du volant de ce second rouage, qui fait tourner la poulie P dans le sens Amulu.
- Plusieurs modèles de la balance que nous venons de décrire sont depuis quelques mois déjà employés avec succès par M. L. Grandeau, dans son laboratoire de la station agronomique de l’est. M. Grandeau a entrepris à l’aide de cette balance une série de recherches sur l’évaporation du sol et sur la transpiration des végétaux feuillus et résineux.
- Notre gravure reproduit la photographie d’une de ces expériences, et représente la bascule disposée pour enregistrer les changements de poids de la plante posée sur sa plate-forme.
- Dans une de ses dernières leçons au Conservatoire des arts et métiers, M. Hervé Mangon a fait fonctionner la balance enregistrante d’une façon tout à fait saisissante. Un homme se tenait assis sur la plate-forme; la courbe tracée par l’appareil indiquait une certaine diminution de poids, à laquelle tout être vivant est soumis pendant le repos. Quand la courbe fut nettement tracée, l’homme se mit à lire à haute voix. Ce travail mécanique, si faible qu’il soit, n’a pas échappé à la sensibilité du système; aussitôt que la lecture fut commencée, on vit la courbe changer de forme et accuser une diminution de poids plus considérable.
- Ce bel instrument ouvre la voie à toute une série d’études sur les variations de poids du corps humain, comme sur une infinité d’autres recherches non moins importantes. Gaston Tissandier.
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- MÉTÉORE \U A BHAWNEPÛÛR (INDE)
- Dans une des séances du dernier Congrès de l’Association britannique tenue à Plymouth, M. le major N. Money a donné des détails curieux sur le météore célèbre qui a passé au-dessus de Bhawnepoor, dans l’Inde, au mois d’octobre 1873. La ville de Bhawnepoor, capitale d’un petit Etat indépendant, qui porte le même nom, est situé sur la rive gauche du Sutlej, au nord du grand désert de sable de Bikaneer.
- « Un matin, de fort bonne heure, je fus réveillé en sursaut par un bruit tout à fait semblable à celui qu’auraient fait une demi-douzaine de trains express passant à la fois tout près de ma maison. Ma chambre me sembla éclairée par une lumière aussi vive que celle du soleil. Avant que je fusse revenu de mon étonnement, deux explosions vio lentes se succédant coup sur coup, ébranlèrent toute la maison, dont les portes et les fenêtres vibrèrent avec force pendant dix ou quinze secondes. Comme les tremblements
- de terre ne sont pas rares dans le nord de l’Inde, surtout dans la saison où je me trouvais, je pensai naturellement que c’en était un, et je m’élançai au dehors. En ce moment la lumière se dissipa, et, en arrivant sous ma veran-dah, je reconnus avec surprise qu’il fusait encore nuit, et que l’on pouvait à peine entrevoir du côté de l’orient les premières lueurs de l’aube. Tous les domestiques in— dous s’élançaient avec frayeur hors de leurs chambres. « Qu’y a-t-il donc? leur demandai-je. — C’est le ciel qui « tombe, » me répondirent-ils.
- « Une ou deux heures après, on vint me dire qu’il avait plu des pierres à une trentaine de kilomètres au nord-est de Bhawnepoor, et dans le courant de la journée on m’apporta, en effet, quelques fragments météoriques assez importants. La plus grosse de ces pierres formait une masse irrégulière d'environ 1 mètre de long sur 30 centimètres d épaisseur. Sa densité était considérable, sa cassure gris foncé ; elle était encore chaude lorsqu’on me la montra, et semblait noircie extérieurement par l’action du feu. J’ai conservé un fragment que j’en ai détaché, et quoiqu’il n ait guère que le volume du poing, il pèse près de 1 kilogramme. Les indigènes nous racontèrent qu’un grand nombre de pierres semblables étaient tombées au même endroit, et qu’il y en avait une aussi grosse qu’une charrette à bœufs, et si chaude qu’ils n’avaient pu y toucher.
- « J’ai constaté ensuite qu’une seconde pluie de météorites, due sans doute à la seconde explosion, avait eu lieu à près de 50 kilomètres de là. Il ne saurait y avoir le moindre doute sur l’origine des fragments en question, car tout le district de Bhawnepoor n’est qu’un terrain couvert de sable fin ou de terre d’alluvion, et jusqu’à 150 kilomètres à la ronde, on n’y trouve ni pierres, ni cailloux d’aucune sorte.
- « Les rapports des indigènes qui avaient vu la chute du météore m’ont semblé contradictoires sur certains points et sujets à caution ; mais j’ai heureusement réussi à mettre la main sur un témoin vraiment digne de foi ; c’était un contre-maitre européen, chargé de surveiller les travaux exécutés à Bhawnepoor pour la construction du palais du nawab de l’endroit. Cet homme était allé avant le jour à un des chantiers pour y examiner un four à briques ; n’ayant tout autour de lui qu’un terrain absolument découvert, il avait eu toute facilité pour voir le météore. C’était, me dit-il, une grande boule de feu, vingt fois grosse comme la lune, qui avait passé avec fracas juste au-dessus de sa tête, se dirigeant vers le nord-est. Sa lumière était si éblouissante que le ciel en paraissait tout embrasé ; elle laissait après elle une longue lueur où le vert et le jaune semblaient mêlés. Avant que le météore eût disparu, il entendit deux explosions qui se succédèrent rapidement, suivies chacune d’une pluie d’étincelles; quant au globe lumineux, il ne sembla changer ni de forme ni de grosseur.
- « Ce même météore a été vu et entendu à Dera-Ghazi-Khan, ville située à 110 kilomètres au nord de Bhawne-poor. A 320 kilomètres dans la même direction, son éclat a fait croire à un incendie ; mais on n’a pas entendu les explosions. Enfin, des soldats d’un régiment stationné à Terar, dans l’Afghanistan, à plus de 600 kilomètres au nord de Bhawnepoor, ont également été frappé de l’éclat de ce météore*. » N. Moxeï.
- 1 Association britannique pour l'avancement îles Scien~ ces, et Bulletin de l’Association scientifique.
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- LÀ GÉOLOGIE DE L’UINTA
- La région de l’Uinta n’est peut-être pas des plus familières à la plupart de nos lecteurs. Elle mérite cependant de leur être signalée d’une manière toute spéciale, à cause des intéressants phénomènes géologiques dont elle a été le théâtre, et qui viennent de fournir aux investigateurs américains le sujet de travaux très-importants1.
- Ainsi qu’on le voit par la carte ci-jointe (fig. 2), l’Uinta fait partie de l’Utah et les montagnes dont la chaîne la caractérise se continuent jusque dans le Colorado. On la subdivise en trois provinces dites du Bassin, du Plateau et du Parc, qui ne sont d’ailleurs pas nettement séparées entre elles et passent insensiblement au contraire de l’une à l'autre.
- Trois importantes catégories de phénomènes sont développées dans ce pays sur une échelle si grande, que l’Uinta sera sans doute citée longtemps comme classique à leur égard. Il s’agit de faits relatifs aux dislocations du sol, à la dénudation que les parties superficielles ont subie de la part des agents externes, entin, à la sédimentation qui s’est développée là avec une puissance exceptionnelle.
- Les dislocations et déplacements de masses minérales sont d’ailleurs ici particulièrement intéressants, parce qu’au lieu d’affecter des roches cristallines, comme cela se voit dans la plupart des chaînes montagneuses, ils se sont exercés sur des formations stratifiées. L’épaisseur des diverses couches et le niveau successifs d’un même horizon géologique, permettent en effet, dans ce cas, d’évaluer avec exactitude l’énergie des actions développées et la manière graduelle dont elles se sont produites.
- Malgré cette puissance de soulèvement, la dénudation s’est exercée avec tant de force, qu’elle est parvenue, dans certains points, non-seulement à faire disparaître les reliefs antérieurs, mais même à creuser d’une manière indépendante tout un système de profondes vallées dessinées et orientées de façons très-diverses.
- Enfin, on peut évaluer à 50 000 pieds anglais, soit 15 255 mètres (près de 4 lieues), l’épaisseur des assises stratifiées qui se présentent, dans l’Uinta, à l’étude du géologue. Elles appartiennent aux terrains les plus divers, c’est-à-dire à ceux que l’on désigne sous les noms de palæozoïques (primaires), de mésozoïques (secondaires), et de caïnozoïques (tertiaires).
- Dans la dernière portion des temps secondaires, la plus grande partie de la province du Bassin était continentale. La province du Plateau était au contraire recouverte par la mer, au-dessus de laquelle s’élevaient des îles nombreuses disposées en forme de chaîne.
- 1 Report on the Geology of the eastern portion of the Vinta mountains and a région of country adjacent thereto, by J. W. I’owell. — 1 vol. in 4° de 218 pages avec un atlas de 15 planches. — Washington, 1876.
- Les temps caïnozoïques débutèrent par une sérié de mouvements qui, continués jusqu’à l'époque ac tuelle, ont déterminé la production des caractères topographiques que nous observons à présent. Cette portion de la croûte terrestre fut graduellement brisée et contournée. Les provinces du Plateau et du Parc furent séparées de la mer, et de grandes accumulations d’eaux douces se réunirent dans leurs bassins pendant que vers l’est, dans la région des grandes plaines, existait la mer ouverte.
- Lentement, durant la période tertiaire, la configuration de ces lacs changea et, sans doute, en vertu de deux procédés distincts : d’abord, par suite du déplacement graduel et incessant des couches rocheuses soulevées ici et abaissées là ; ensuite par la dessiccation progressive du pays, dessiccation causée à la fois par le comblement du bassin où la sédimentation avait lieu, et par la corrosion de ses falaises. Le résultat total de cette double action fut une diminution continuelle de la surface lacustre.
- Mais les mouvements du sol s’étendirent, comme on va voir, très au delà des limites de la province du Bassin. Celle-ci, constituée par une plaine relativement basse, dort être considérée comme représentant le ni veau général auquel toute la région avait été amenée, par dénudation, antérieurement à l’époque tertiaire. Les faits d’observation autorisent, en effet, à admettre que, toutes formées qu’elles soient de roches très-anciennes, les montagnes du Bassin sont, comme montagnes, de formation très-récente. On sait en outre comment, à certains égards, l’érosion fournit une mesure précieuse des durées géologiques, et comment une montagne peut n’avoir qu’une existence éphémère.
- C’est en appliquant ces données qu’on reconnaît avec certitude que les soulèvements de l’Uinta ont commencé à la fin de la période secondaire et se sont continués d’une manière intermittente à travers toute l’époque tertiaire jusqu’au moment actuel. Aucune conclusion tirée du raisonnement sur les dates géologiques ne saurait être plus sûre. D’un autre côté, on constate avec autant de netteté que, pendant la même période les parties soulevées ont subi, par suite de l’érosion, une perte d’épaisseur qui n’est pas moindre de 30 000 pieds ou plus de 9000 mètres. Comme il est facile de voir que l’érosion a été intermittente, il faut reconnaître que l’énergie des procédés de dénudation a par moment atteint une puissance extrême.
- Dans l’érosion des chaînes montagneuses de la province du Bassin, on est frappé de la grandeur de l’œuvre de démolition réalisée par les agents atmosphériques. Il est manifeste que la chaîne actuelle n’est plus qu’un faible résidu d’une grande masse inclinée, tandis que les espaces compris entre les chaînons ont perdu leur profondeur, remplis qu’ils sont par les argiles, les sables et les graviers, résultat de la pulvérisation de sommets disparus. Et, soit que l’on considère la quantité de substance qui a été perdue par les blocs primitivement soulevés,
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- soit qu’on envisage celle qui a été accumulée dans la vallée, perte là et gain ici, dans tous les cas, on reconnaît que le volume de matériaux déplacés est énorme. Et n’oublions pas que dans la plus grande partie de la surface qui nous occupe, ce travail de remaniement est l’œuvre des agents atmosphériques.
- Toutefois, malgré cette échelle des phénomènes de dénudation, de la province du Bassin, ils ne paraissent plus que peu de chose, dès qu’on vient à les comparer à ceux dont les deux autres provinces du Plateau et du Parc ont été le théâtre. A cet égard, M. Powell fait remarquer que la plus ou moins grande rapidité de l’érosion atmosphérique dépend de trois conditions tout à fait principales : d’abord de l’élévation des roches considérées au-dessus du niveau de sédimentation ; secondement , du degré de dureté et de compacité des roches; enfin de la quantité d’eau de pluie qu’elles reçoivent.
- A ce dernier point de vue, il faut faire attention toutefois que l’érosion ne croît pas en proportion de la quantité d’humidité. Celle-ci, en effet, détermine souvent le développement de la végétation qui est la meilleure de toutes les protections que puissent avoir les masses rocheuses contre les agents de démolition.
- Pour ce qui est du degré de dureté et de compacité, il n’est pas non plus lié d’une manière simple à la vitesse de désorganisation, car il arrive très-souvent que les débris dus à la démolition première constituent une enveloppe protectrice pour les masses sous-jacentes.
- Aussi est-ce, sans conteste possible, l’élévation au-dessus du niveau de sédimentation qui doit être considérée comme le facteur principal de l’érosion maxima. Suivant notre auteur, la puissance de l’érosion augmente en progression géométrique avec
- l’élévation. Le pouvoir des courants aqueux pour entraîner les détritus augmente de la même manière, et la puissance de l’eau comme agent de corrosion est pour ainsi dire accrue aussi. Le creusement des canaux profonds par les courants rapides, charriant des graviers et des sables, produit d’autres conditions de surfaces favorables à la désagrégation générale. Les parois de ces canaux profonds sont brisées par l’action pure et simple de la pesanteur, qui est aussi aidée, suivant un procédé non défini, là où des couches plus dures alternent
- avec des couches plus tendres.
- Aussi, grâce à ces faits, sommes-nous préparés à apprendre que des 50000 pieds d'épaisseur enlevés par dénudation à la surface des montagnes de l’Uinta, 16 000 au moins ont été fournis par des couches d’âge palæozoïque, présentant une texture des plus compactes , mais situées à des niveaux élevés.
- Nous avons déjà dit que le résultat des mouvements du sol dans les trois provinces fut un soulèvement général; il faut ajouter que ce soulèvement fut inégal. Maximum dans le Parc, il fut moindre dans la province du Plateau et moins accuséencore dans le Bassin. Dès le début, cette dernière province était déjà au-dessus du niveau de la mer, mais, comme nous l’avons dit, elle représentait une plaine relativement basse ; aussi l’érosion dont elle fut le siège fnt-elle comparativement faible et les produits de démolition qu’elle fournit furent-ils laissés dans les vallées, sans qu’une portion très-notable ait été entraînée dans la mer.
- Une partie de la province du Plateau fut d’abord le point où venaient s’accumuler les produits détritiques fournis par la dénudation ; mais les mouvements d’élévation qui y commencèrent au début de la période tertiaire amenèrent toute la surface de la province non-seulement au-dessus du niveau de
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- Fig. 1. — Stéréogramme représentant ie relief de la portion BBBBB de la carte ci-jointe après le soulèvement subi par cette région, à l’époque tertiaire et avant l’action des agents de dénudation.
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- la mer, mais même au-dessus du niveau general de la province du Bassin elle-même. De telle façon que le véritable drainage, qui d’abord desséchait le Bassin au profit du Plateau, fut ensuite renversé et eut lieu en sens contraire.
- Dans la province du Parc, l’exhaussement fut plus
- grand encore, comme nous l’avons dit, et la rivière du Colorado, qui se déverse dans le golfe de Californie, y prit sa source pour entraîner au passage tous les cours d’eau du Bassin. Cet exhaussement fut si rapide, que la surface, qui lors des temps secondaires n’était pas au-dessus du niveau de la mer, se trouve
- r"") m
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- Gravé par K, Morvtu-, r. 23-
- Fig. 2. — Carte topographique de la région de l’Uinta, récemment étudiée par la Commission géologique des États-Unis.
- maintenant à 14 000 pieds d’altitude, près de 4 300 mètres. Et il faut ajouter que les points où existent maintenant les chaînes montagneuses ont dû être élevés à 20 000 ou 30 000 pieds (de 6 000 à 9 000 mètres !!).
- Jamais, d’ailleurs, cette altitude ne fut réellement atteinte à cause de l’action incessante de la dénuda-
- tion, qui arracha constamment des matériaux dont les uns allèrent se stratifier dans la mer, tandis que les autres contribuèrent au comblement progressif des lacs. Ceux-ci à la fin se desséchèrent compléte-tement, et l’on retrouve maintenant leurs sédiments hachés de failles, contournés et soumis eux-mêmes à l’érosion.
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- La vaste surface qui nous occupe, limitée à l’est par les montagnes du Parc, à l’ouest par la Sierra-Nevada, au nord par les sources de la rivière Verte et de la rivière Shoshoni, et au sud par les montagnes de San Francisco, toute cette surface est maintenant brisée, ployée el contournée suivant d’innombrables directions. Toutefois, au milieu de ce désordre apparent, on reconnaît que les lignes de grande structure ont une direction générale nord-sud: c’est là, en effet, le sens suivant lequel courent les chaînons de la province du Bassin, les grandes failles de là province du Plateau et les montagnes du Parc. Mais ces traits généraux sont recoupés par des déplacements obliques et transversaux, ordinairement d’une importance plus faible.
- En même temps que la région de l’Uinta est, comme on voit, très-éloignée d’être simple au point de vue des actions mécaniques dont elle nous révèle l’exercice, elle est compliquée aussi en raison de la variété des couches sédimentaires dont son sol est constitué. Cette complexité est encore augmentée par le fait d’épanchements de courants de lave qui ont recouvert çà et là les différents points du pays, et cela d’une manière intermittente depuis le commencement de l’époque tertiaire jusqu’à nos jours. Tous ces courants de lave, ces milliers de montagnes éruptives, de dykes intercalés, de cônes volcaniques, sur une région qui était essentiellement continentale, contrarie la théorie formulée comme générale, du rôle de la mer dans l’activité volcanique.
- Pour en finir avec le sujet principal de cet article, c’est-à-dire avec la question des déplacements observables dans l’Uinta, signalons la manière dont l’auteur est parvenu à les représenter d'une manière très-claire, en utilisant une méthode destinée sans doute à se répandre beaucoup.
- Jusqu’ici, pour rendre sensible à la vue, sur une carte, les différences d’altitude des divers points, on a eu surtout recours à la méthode des hachures et à celle des courbes de niveaux, toutes deux trop connues pour que nous nous arrêtions à les décrire.
- M. Powell, mettant en œuvre le procédé de M. Gilbert, a opéré tout autrement, et le résultat qu’il a obtenu est exprimé dans la figure 1. Disons d’abord que par ce stéréogramme, l’auteur n’a pas voulu représenter l’état actuel ou relief du pays, mais celui qui correspond à la dénivellation considérée avant tout travail de dénudation. C’est ce qui explique la différence du stéréogramme comparé à la région BBBBB de la carte à laquelle il correspond. Geci posé, pour obtenir la représentation d’un relief donné, on suppose à travers la région à représenter une série de plans verticaux parallèles entre eux et équidistants, puis on relève sur chacun de ces plans la trace de son intersection avec la surface réelle. Chaque plan fournit ainsi une ligne qui est comme la silhouette de la région, et la réunion de ces silhouettes donne le stéréogramme. Il arrive quelquefois que les traces successives se touchent ou s’entre-croisent; dans ce dernier cas, qui se présente plusieurs fois (fig. 1), on
- suppose que chaque plan, borné supérieurement par le profil qu’il représente, est opaque et ne permet pas de voir les sinuosités de la silhouette immédiatement suivante. Le résultat est excellent, comme on voit; on a peine à croire que la carte est réellement plane. Le seul inconvénient entraîné par la nouvelle méthode paraît être de fournir moins commodément que les procédés anciens la notion des hauteurs absolues au-dessus du niveau de la mer.
- Stanislas Meunier.
- HALO LUNAIRE
- OBSERVÉ LE 24 NOVEMBRE 4877.
- Le mercredi 21 novembre, il fut donné aux habitants de Barcelone, vers 7 heures 15 minutes, de jouir de Tassez rare et toujours grandiose spectacle d’un parasélène ou halo.
- Celui dont je veux vous entretenir était aussi réussi que possible, et tel qu’à le voir de la rue, où les maisons cachent toujours une bonne partie du ciel, on l’aurait, à première vue, fort bien pris pour un arc-en-ciel lunaire, tant il était diversement nuancéetde contours aux bandes nettement définies.
- Celles-ci, d’une largeur très-inégale, s’accusaient par une série de cercles concentriques au beau milieu desquels, la lune dans tout son plein, s’étalait magnifiquement.
- Une première bande, large comme la main, et d’un jaune-orange fortement coloré, adhérait au disque, qu’elle encerclait entièrement. Mais la teinte de Tare en contact avec le bord occidental de l’astre, tranchait notablement sur la teinte de Tare opposé.
- Puis venait un champ de jaune brillant, pareillement nuancé, moins vif de ton pourtant, — terminé par une bande circulaire comme la précédente, et de même largeur.
- Cette dernière bande, d’un gris de fer miroitant, tirait intérieurement sur le vert, et extérieurement sur le bleu.
- Un nouveau champ succédait, teinté de gris pâle, moins éclairé et plus étroit que le premier, et comme celui-là terminé par une bande, circulaire aussi, mais d’un bleu intense cette fois, et large comme dix doigts.
- A la limite extérieure de ce troisième et dernier cercle, pouvant mesurer, au jugé, de 18° à 20° de diamètre, la nuance du violet s’accusait très-bien, au bout de quelques secondes à peine d’observation.
- Vu d’ensemble et de prime abord, notre halo présentait assez l’aspect d’un vaste miroir, à la sui face doucement ondoyée, comme zébrée et poudrée d’or. Mais, à peine s’y arrêtait-on, que l’œil ravi en discernait jusqu’aux moindres détails.
- La journée, passablement fraîche (-1-14° centig.), avait été splendide. Pas un nuage au ciel, pas un souffle dans l’air.
- Vers 6 heures et demie, alors que depuis quelques
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- moments déjà, la lune se balançait à plusieurs degrés au-dessus de l’horizon, un léger brouillard se leva vers l’est, qui gagna en peu d’instants le corps de l’astre brillamment éclairé. Mais, trop peu dense pour en ternir sensiblement l’éclat, c’est à peine si le mince voile de vapeurs— cause du phénomène — réussit à en cacher légèrement le contour, mais si peu que, rendu plus moëlleux d’aspect, son disque rayonnant n’en devint que plus délicatement doux à contempler.
- Bientôt on put le voir qui s’entourait peu à peu d’une auréole grandissante et blanchâtre, à reflets ternes et décolorés.
- Puis cela prit une forme arrêtée, se mouvementa ; un premier cercle se dessina, puis un second. Bref, à 7 heures 45 minutes, ainsi que j’ai dit, le phénomène se développait dans toute sa plénitude ‘.
- Ch. Méo.
- LE DALTONISME
- ET LES ACCIDENTS EN MER2.
- Dans ce que nous avons dit précédemment, nous avons seulement considéré les accidents causés par le daltonisme sur terre : ses conséquences sont peut-être encore plus graves sur mer, où il peut amener d’irréparables désastres. Peut-être est-ce à cette infirmité qu’est due la perte de la Ville du Havre. Si l’on se reporte en effet, aux jugements rendus à ce propos par le Conseil d’amirauté anglais, et par le Conseil d’amirauté français, on verra que les deux équipages furent déclarés exempts de tout reproche : si l’on constate de plus qu’il y avait 1 chance sur 20 pour que l’homme chargé de signaler ne connût pas le vert, et 1 sur 75 pour qu’il pût confondre le vert avec le rouge, on voit que ce désastre peut être la conséquence de l’erreur d’un daltonien.
- Et combien de faits analogues ne pourrait-on pas citer ! Si nous prenons le relevé si intéressant du docteur Bom-berg, des abordages, au nombre de 2408, ayant eu lieu de 1859 à 1866, on trouve qu’ils se décomposent de la façon suivante :
- Par négligence ou maladresse des équipages ou . accidents impossibles à prévoir et à éviter. . . . 1562
- Par erreur du pilote ou du capitaine. .... 215
- Par inobservation ou interprétation inexacte
- des règles de route............................... 537
- Par des causes indéterminées.................... 94
- Or, la plupart des abordages ayant eu lieu de nuit, on ne peut s’empêcher d’être effrayé par les 537 sinistres causés « par inobservation ou interprétation inexacte des règles de route » et de se demander pour combien entrent dans ce chiffre considérable les catastrophes dues à une observation inexacte de la couleur des feux, erreur provenant du daltonisme de l’homme chargé de diriger le navire. On voit donc que les conséquences de celte infirmité sont pour le moins aussi graves sur mer que sur terre, et que l’on devrait, au point de vue de la sécurité des passagers, organiser pour les marins, dans les ports d’embarquement, un système d’examens analogue à celui qui fonctionne au chemin de fer de Paris-Lyon-Méditerranée.
- Georges Bertrand.
- 1 Les Mondes.
- 2 Yoy. p. 27.
- LE
- MUSÉE DE L’ÉCOLE D’ANTHROPOLOGIE
- La réouverture des cours d’anthropologie, qui a eu lieu le samedi 24 novembre dernier, ajoute un intérêt d’aetualité à l’intérêt scientifique que ce musée présente par lui-même.
- Constitué par la réunion des collections de la Société d’anthropologie et de celle du laboratoire dirigé par M. Broca, ce musée contient environ 4000 crânes de diverses races, un nombre considérable d’ossements et autres pièces anatomiques, une série de 40 squelettes humains; enfin, plusieurs milliers d’objets d’ethnographie et d’archéologie préhistorique.
- En outre, comme l’anthropologie ne se propose pas seulement l’étude comparée des races humaines, mais aussi de déterminer la place de l’homme dans la nature, le musée contient un grand nombre de squelettes des grands animaux. Les plus précieux sont trois squelettes complets et une quinzaine de i crânes de gorille, enfin un mannequin représentant très-exactement les muscles et autres organes de ces remarquables animaux, et préparé d’après nature parM. Auzoux, l’ingénieux auteur de l’anatomie élastique.
- Par sa partie ethnographique, le musée de l’École d’anthropologie est strictement un musée d’enseignement. Ses créateurs ont réussi à lui procurer les pièces typiques nécessaires pour frapper l’esprit des auditeurs et pour fixer dans leur mémoire le souvenir des faits généraux. Mais ils n'ont pas jugé utile de multiplier indéfiniment le nombre des objets de même nature, ainsi qu’on s’efforce de le faire dans les musées d’étude. Par conséquent, l’élève désireux de connaître la nature et la forme des instruments et des armes des peuples sauvages, qu’ils soient contemporains ou antéhistoriques, en prendra une idée très-suffisante au musée de l’École d’anthropologie. Au contraire un savant qui, dans une recherche plusJ approfondie, voudrait comparer un grand nombre de pièces de cet ordre, ferait mieux, de s’adresser au Musée de Saint -Germain, voire même au Musée d’ethnographie, dont le Journal officiel annonçait dernièrement la création prochaine.
- Nous remarquons toutefois dans les vitrines de l’École une magnifique collection d’antiquités péruviennes (collection Ancon), qu’il serait injuste de passer sous silence.
- Mais ce qui fait l’originalité et le prix du musée de l’École d’anthropologie, ce sont ses nombreuses collections anatomiques, dont plusieurs ont déjà servi de fondement à des travaux aujourd’hui classiques et qui valent, à peu de chose près, les collections anthropologiques du Muséum. Telles sont les collections de crânes parisiens datant d’époques plus ou moins anciennes. On sait que M. Broca a montré que la contenance moyenne des crânes parisiens
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- n’avait cessé de s’accroître pendant le cours des siècles, de même qu’il a montré que les crânes contemporains retirés des concessions à perpétuité sont plus considérables que ceux qui viennent de la fosse commune.
- Des résultats de cet ordre ne soûl valables que lorsqu’ils sont établis sur un très-grand nombre de crânes. Il en est de même de presque toutes les études crâniologiques. Aussi le Musée d’anthropologie possède un grand nombre de séries de crânes de même nature.
- Ainsi, il contient une série d’une trentaine de crânes microcéphales et demi-microcéphales, accom-
- pagnée d’un squelette complet de microcéphale adulte, dont on ne trouverait l’équivalent dans aucun musée du monde. On sait que les microcéphales sont des idiots doués d’un cerveau arrêté dans son développement très-petit et rudimentaire. Un transformiste célèbre, M. Charles Vogt, de Genève, a soutenu que c’étaient là des exemples d’atavisme.
- Le Musée possède également une belle série dfe crânes déformés artificiellement, et provenant, les uns d’Amérique, les autres d’Europe. C’est surtout en Amérique que cette mode bizarre s’est répandue. Ainsi nous voyons derrière les vitrines du Musée les crânes nahuas, aplatis d’avant en arrière. Cette
- Fig. 1. Crânes déformés artificiellement (Vusée de l'École d'anthropologie).
- 1. Crâne toulousain. — 2. Crâne du Pérou. — 3. Crâne mexicain. — 4. Autre crâne mexicain.
- tribu, qui apparaît d’abord en Floride, se répandit ensuite dans le Mexique, où elle précéda les Tol-tèques et les Aztèques, et gagna ensuite l’Amérique du Sud, où elle porta la coutume peu élégante qui la caractérise. ("Voy. fig. 1.)
- Un peu plus loin, nous voyons la déformation crânienne propre aux Incas, puis les crânes artificiellement aplatis et allongés des Aïmara du Pérou.
- Mais les Européens, qui se plaisent à déclamer contre l’usage barbare de déformer la tête des enfants, ont tort d’insulter à ce sujet les autochhtones américains; les injures qu’ils leur lancent quelquefois, nous retombent en effet en plein visage, car on sait qu’encore aujourd’hui, il n’est pas rare de voir, dans les environs de Toulouse, des individus doués
- par leur nourrice de crânes allongés en forme de boudin.
- On admet que c’est du Caucase que nous est venue cette coutume saugrenue. Hérodote et Hippocrate nous parlent en effet d’un peuple habitant la Grimée qui la pratiquait sur une vaste échelle, et qu’on nommait pour ce fait les Macrocéphales ; on a d’ailleurs retrouvé en Crimée et dans le Caucase plusieurs crânes macrocéphales qui répondent à la description des deux auteurs grecs.
- Les Macrocéphales de Crimée produisaient ces déformations chez leurs enfants, au moyen de deux bandeaux, qui partaient l’un et l’autre du sommet de la tête ; puis, tandis que l’un passait en avant de l’oreille pour venir se nouer sous le menton,
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- l’autre au contraire se dirigeait derrière l’oreille et était noué sous l’occiput. Le Musée d’anthropologie possède plusieurs crânes de cette espèce.
- Vers le huitième ou le cinquième siècle avant notre ère, les Macrocéphales tirent une expédition à travers l’Europe (et l’on retrouve en effet leurs crânes dans plusieurs endroits de l’Allemagne), puis ils laissèrent quelques colonies dans le département de la Seine-Inférieure, dans celui des Deux-Sèvres et autour de Toulouse.
- Les Macrocéphales établis dans le nord et dans l’ouest de la France n’ont pas abandonné la pratique chère à leurs ancêtres, et la déformation crânienne a été pratiquée dans ces deux provinces jusque dans notre siècle, où elle est tombée en désuétude à peu près absolue.
- Seulement la mode a légèrement changé depuis le temps d’Hérodote ; au lieu de deux bandes compressives, on n’en a plus appliqué qu’une seule, celle qui passe devant l’oreille (déformation annulaire de Fo-ville).
- Au contraire, les nourrices toulou saines n’ont conservé que la bande qui passe derrière l'oreille, ce qui a pour effet d’allonger et d’élever prodigieusement le derrière de la tête ; cette modification des formes naturelles a paru si avantageuse qu’elle était encore usitée il y a une trentaine d’années.
- Ajoutons d’ailleurs que ces tortures infligées dès l’,àge le plus tendre à l’organe de la pensée, lui sont moins nuisibles qu’on ne pourrait le craindre. On a
- raconté que dans l’opinion des peuples sauvages, elfes avaient pour effet d’accroître tantôt le courage, tantôt l’intelligence, résultats heureux qu’elles n’amenaient certainement pas ; mais il est probable que si elles ne servaient pas, elles ne nuisaient guère.
- Ce qui rend importante l’étude du crâne humain,
- c est qu’il contient le cerveau, l’organe de la pensée.Mais combien est plus intéressante encore l’étude du cerveau lui-mêmef Aussi les organisateurs du musée de l’École d’anthropologie ont-ils fait les plus grands efforts pour le doter richement à cet égard. La collection de cerveaux desséchés et moulés qu’ils ont su réunir, peut assurément passer pour unique dans le monde.
- Une partie des squelettes montés que nous annoncions tout à l’heure, représentent les types d’un certain nombre de races asiatiques ou africaines. D’autres sont simplement des squelettes d’Européens, remarquables par quelque anomalie. Ainsi on remarquera le squelette d’un géant bourguignon qui, de son vivant, vivait en produisant sa taille prodigieuse dans les foires. Il avait 2’", 14 de haut (fig. 2).
- Un autre squelette récemment acquis par le Musée, ne compte que onze paires de côtes. Un intéressant mémoire, que M. le professeur P. Topinard vient de publier sur les Anomalies de nombre de la colonne vertébrale, nous apprend que cette pièce est absolument unique dans son genre.
- Fig. 2. — Le Musée de l’Ecole d’anthropologie, à Paris. — Vue d’ensemble, montrant le squelette du géant et le gorille écorché de M. le IP Auzoux.
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- On voit que le musée de l’École d’anthropologie possède non-seulement les pièces suffisantes pour les nécessités de l’enseignement, mais aussi des collections capables de fournir les éléments de travaux originaux considérables.
- L’anthropologie, science essentiellement française, y a d’abord trouvé ses principaux fondements.
- Pourquoi faut-il que le principal obstacle apporté à l’extension si désirable de ce musée soit une misérable question de place? Est-il si difficile de lui trouver un local assez considérable? Paris est-il donc si petit qu’il ne puisse loger quelques squelettes de plus? J. Bertillon.
- LES PÉRIODES VÉGÉTALES
- DE L’ÉPOQUE TERTIAIRE1.
- Sous-période mollassique. — Cette seconde sous-période est celle qui correspond à l’invasion et au séjour prolongé de la mer miocène. Cette mer est la dernière qui ait pénétré notre continent, et l’ait découpé en archipels et en péninsules, comme l’avait fait auparavant la mer nummulitique, et plus anciennement celles du lias et de l’oolithe. A l’ouest, la mer des faluns, qui ne communiquait pas directement avec celle de la mollasse, occupait une partie du bassin actuel de la Garonne ; elle y formait un golfe qui s’étendait au pied des Pyrénées, dans les alentours de Toulouse, et jusqu’auprès d’Albi. Entre Poitiers et Blois, cette même mer remontait le cours de la Loire, et prolongeait vers la Limagne d’Auvergne une sorte de fiord sinueux. La mer de la mollasse ne couvrait pas la ligne même des Alpes, comme l’avait fait celle des nummulites : après avoir pénétré dans la vallée du Rhône et s’être avancée jusqu’en Suisse par la basse Saône, les environs de Lyon et la région du Jura, elle remplissait la partie plate de la Suisse, au nord du massif alpin, dont le relief commençait à s’accentuer, et de là, à travers la Bavière, elle tenait la vallée entière du Danube. En Italie, la mer miocène suivait le pied des Alpes, et contournait en 1 echancrant, la plage occidentale de l’Adriatique ; elle circonscrivait ainsi une grande terre en forme de péninsule, qui rattachait la région des Alpes à celles de l’Illyrie, de la Tlirace et d’une section de la Grèce, et à la quelle M. Heer donne le nom de Pennino-camienne. Cette terre jouait sans doute un rôle considérable dans l’économie de l’Europe contemporaine dont elle contribuait à accentuer la physionomie géographique ; la Provence en faisait partie, située à son extrême occident. Découpée en fiords étroits et multiples, celle-ci accusait par son orographie encore visible, l’aspect que présentent de nos jours les côtes de la Scandinavie ou celles du littoral dalmate. La manière dont s’opéra sur ce point l’invasion mollassique
- 1 Voy. 5* année, 1877, 2e semestre, p. 83, 123,170, 242, 257.
- est d’autant plus facile à observer que les premiers dépôts marins se superposent, sans lacune ni brusquerie, aux derniers lits formés au sein des lacs aquitaniens, envahis par les eaux salées. A Aix, à Ma-nosque même, aux environs d’Apt et de Forcalquier, la transition entre les deux systèmes est visible ; il est également visible que cette transition eut lieu sans effort, et l’on voit les sédiments marins, d’abord incohérents et ferrugineux ou marno-vaseux, se lier intimement avec les sédiments lacustres, en montrant vis-à-vis de ces derniers une parfaite concordance des plans respectifs de stratification. Cette substitution d’un terrain plus récent à un autre terrain qu’il recouvre est cependant loin d’être universelle. La mer de la mollasse n’atteignit et ne submergea pas en Provence tous les niveaux précédemment occupés par les lacs aquitaniens; en d’autres termes, le périmètre de cette mer fut loin de coïncider partout avec celui des eaux lacustres aquitaniennes. 11 faut supposer qu’il y eut alors des mouvements du sol, suffisants pour émerger certains points de la contrée, en abaissant les autres de façon à donner accès aux flots marins qui les submergèrent. Une très-belle coupe qui existe à Carry, au bord même du golfe actuel de Marseille, et qui présente des lits marins d’un âge plus reculé que la mollasse de l’intérieur du pays, sert à démontrer que l’invasion eut alors lieu du sud au nord, et que, dans cette direction, la mer miocène à son début ne cessa de progresser et d’empiéter, de même que lors de son retrait, le mouvement de recul s’effectua du nord au sud par étapes graduelles, en sorte que le bas Rhône et les parties attenantes du Gard et de l’Hérault restèrent occupés par une mer mio-pliocène, alors que celle-ci avait quitté les environs de Lyon, la Suisse entière et le haut Danube.
- Il est difficile de ne pas admettre que cette mer miocène n’ait été pour l’Europe qu’elle rendait semblable à l’archipel Indien une cause puissante d’adoucissement du climat. Une température égale, clémente durant l’hiver, pluvieuse pendant l’été, n’a cessé, tant qu’elle a persisté, de régner sur notre continent et d’y favoriser le maintien d’une végétation aussi riche que variée. Le refroidissement de la zone tempérée actuelle ne s’arrêta pas, mais il ne fit que des progrès très-lents, sensibles seulement si l’on considère la marche envahissante des genres à feuilles caduques, particulièrement de ceux qui sont l’apanage le plus ordinaire de nos contrées ; on les voit alors se multiplier partout et obtenir finalement la prédominance.
- Parmi ces genres, il faut citer principalement celui des Peupliers, qui ne furent jamais si puissamment développés et si variés que dans l’âge miocène. L’Europe mollassique était certainement plus riche en Peupliers que le monde entier ne l’est maintenant. Toutes les sections du genre étaient représentées sur notre sol, et plusieurs des formes vivantes paraissent être des descendants à peine modifiés des espèces de cette époque.
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- Il en est ainsi du Popidus euphratica, 011., ou Peuplier coriace, qui croît le long des grèves humides, sur le bord des ruisseaux et des fleuves, en Algérie, près du Jourdain et de l’Euphrate. C’est à cet arbre que fait sans doute allusion le verset poétique si connu du psaume (de Jérémie), super flumina Babylonis : « Sur les rives du fleuve de Babylone, nous nous sommes assis et nous avons pleuré au souvenir de Sion. Aux saules qui s’avançaient jusqu’au milieu des eaux, nous suspendîmes nos instruments de musique.... » Effectivement les feuilles du Peuplier de l’Euphrate sont très-variables ; tantôt ovales, tantôt cordiformes, entières ou dentées, elles s’allongent d’autres fois et se rétrécissent de façon à ressembler à celles des Saules ; ses rameaux flexibles et abondants rappellent à l’esprit ceux du Saule pleureur, arbre d’origine chinoise, introduit à une époque relativement récente et que les Hébreux n’ont certainement jamais connu.
- Le Populus mutabilis ou Peuplier à feuilles changeantes, si répandu à (Eningen, et dont on retrouve tous les organes, rappelle à s’y méprendre le Populus euphratica. Il a depuis quitté l’Europe, et comme tant d’autres espèces tertiaires que les progrès continus du refroidissement ont chassés vers le sud, il revit presque sans changement dans son homologue actuel de l’Afrique boréale et de l’Asie occidentale. Beaucoup de formes européennes miocènes sont en effet trop rapprochées par tous leurs caractères visibles d’espèces encore vivantes, dispersées dans la zone tempérée chaude des deux continents, pour ne pas admettre un lien de filiation des secondes par les premières. Quelques-unes de ces espèces, dites homologues des plantes tertiaires, sont encore à portée de nos frontières, comme si l’événement qui les a frappées d’ostracisme était récent et n’avait eu d’autre effet que de les rejeter en dehors des limites de notre continent.
- Le Platane, le Liquidambar, le Planère ou Orme de Sibérie, le Pterocarya ou Noyer du Caucase sont justement dans ce cas (voy. la fig. 2). D’autres fois, c’est plutôt en Amérique qu’il faut aller chercher les végétaux similaires de ceux que comprend la flore •miocène d’Europe et de là la supposition exempte d’invraisemblance d’anciennes connexions géographiques rejoignant les deux continents. 11 est vrai que ces sortes de liaisons d’espèces s’expliquent encore mieux par des immigrations venues du pôle, qui auraient déversé les végétaux particuliers aux contrées arctiques dans des régions plus méridionales, vers lesquelles ces végétaux auraient rayonné comme d’un centre, en divergeant dans plusieurs directions à la fois. C’est ainsi que le phénomène, si connu des botanistes, des genres à espèces disjointes, c’est-à-dire séparées par de grands espaces, et distribuées à la fois dans les deux continents, s’expliquerait de la façon la plus naturelle, sans qu’il fût même nécessaire d’évoquer l’intervention de mouvements physiques trop fréquents, de nature à bouleverser l’économie géographique du globe.
- Lors du miocène et tant que persista la mer mol-lassique, on voit la végétation européenne offrir une association d’espèces congénères de celles que nous avons sous les yeux,'bien que généralement distinctes de celles-ci à plusieurs égards, et de types décidément étrangers à l’Europe, qui se marient harmonieusement entre eux pour former un ensemble dont la richesse a lieu d’étonner. Quelques-uns de ces types paraissent ne plus exister nulle part ; ils ont pu cependant, grâce à l’abondance des vestiges qu’ils ont laissés, être définis avec précision. Je citerai en exemple les Podogonium, sortes de Légumineuses Cæsalpiniées, analogues aux Gleditschia, aux Tama-rindus, aux Copaifera, mais en réalité différant de tous les genres actuels. Leurs feuilles, abruptement pinnées, étaient divisées en folioles nombreuses; leurs fruits consistaient en un légume déhiscent, monosperme et pédicellé, dont la graine unique, poussée à la maturité en dehors des valves, demeurait adhérente au trophosperme par un court funicule.
- Les Fougères se rapprochent graduellement des formes encore existantes, du moins si l’on consulte les pays situés au sud de l’Europe. VAdiantum renatum, Ung., est l’ancêtre de l’A. reni forme, L., des Canaries; le Pteris pennœformis, Hr., ressemble au P. longifoüa, L. ; le P. œningensis, le Wood-wardia Ræssneriana sont les parents incontestables de notre P. aquïlina et du W. radicans. L’Osmunda Ileerii, Gaud., diffère réellement très-peu de l’O. regalis, L.
- Les Conifères dominantes appartiennent toujours aux trois types Séquoia, Taxodium, Glyptostrobus ; il s’y joint probablement aussi des Thuya et des Tor-reya et sûrement un Salisburia qui se confond spécifiquement avec notre Ginkgo ou Salisburia adianti-folia du Japon.
- Les Graminées se multiplient, parmi les Monoco-tylédones, et forment partout des gazons, servant de pâture aux herbivores qui tendent partout aussi à se répandre. Quelques Palmiers se montrent encore, mais ils sont de plus en plus clair-semés, et ce sont les derniers qui aient habité l’Europe centrale.
- Les Bouleaux, les Aulnes, les Charmes, les Ormes, les Saules, les Platanes, sont alors répandus en tout lieu. Les Érables n’ont jamais été plus florissants, plus nombreux et plus diversifiés. L’ampleur de leur feuillage augmente ; on recueille leurs divers organes ; plusieurs de leurs espèces se trouvent reconstituées, comme s’il s’agissait des plantes d’un herbier. Les Myricées continuent à se montrer sous les formes les plus variées, et les Comptonia en particulier attirent l’attention par la richesse et l'élégance de leurs formes, lorsque l’on songe à l’unique Comptonia vivant, perdu aujourd’hui dans les sables marécageux de la Pensylvanie. La plupart des figuiers sont entachés de certains doutes qui s’opposent à leur exacte détermination; le plus fréquent de tous, le Ficus tiliœfolia, Al. Br., n’échappe pas à celte remarque ; il pourrait tout aussi bien dénoter un Pterospermum qu’un Ficus; mais s’il a réellement
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- appartenu à ce dernier genre, il se place à côté du Ficus bengalensis, L., ou figuier des Banians.
- Si nous tournons nos regards vers les chênes, nous remarquons à Œningen des chênes verts, analogues à ceux du Mexique et de la Louisiane ou reproduisant l’aspect des Cerris à feuilles semi-persistantes de l’Asie ; cependant, des formes plus rapprochées de celles que nous avons sous les yeux commencent dès lors à s’introduire au sein des bois montagneux ; elles se répandront peu à peu, et la physionomie de quelques-unes d’entre elles semble montrer que leur feuillage se flétrissait sous l'influence de la saison
- Fig. 1. — Peupliers miocènes caractéristiques.
- 1. Populus mutabilis, Al. Br. Rameau avec fruits. — 2-4. Populus latior, Hr. 2. Rameau. 3. Feuille. 4. Fruits.
- froide. La flore du mont Charray en Ardèche est instructive à cet égard; elle est rangée dans le miocène supérieur et comprend avec des Érables, des Charmes (Ostrya)l, des Châtaigniers, un certain nombre de chênes qui leur étaient associés. Ces chênes encore inédits sont accompagnés de leurs fruits ou du moins de leurs cupules, et leur étude (voy. la fig. 5) prouve que les sections ilex et cerris étaient alors représentées dans l’Europe méridionale par des formes voisines du Quercus ilex, L., et des Q. cerris, L. et pse,udosuber, Sant. Les Chênes de
- 1 Cet Ostrya se confond peut-être avec Y Ostrya italica, Scop., qui, de nos jours encore, habite les pentes fraîches et le bord des ruisseaux ombreux dans les Alpes maritimes, près de Yence et de Nice.
- la section de nos robur ne se font voir encore nulle part; mais on les rencontre un peu plus tard dans le pliocène inférieur d’Auvergne. Les Laurinécs con-
- g. 2. — 1. Planera Ungeri, Ett. Rameau avec fruits. — 2-3. Pla-tanus aceroides, Gœpp. 2. Feuille. 3. Fruit gr. nat. — 4-5. Li-quidambar europæum, Al. Br. 4. Feuille. 5. Glomérule ou fruits agrégés en capitule.
- tinuent à être puissantes; elles touchent pourtant au moment de leur déclin qui, une fois inauguré, ne s’arrêtera plus Les genres Launts, Persea, Ben-
- Fig. 3. — 1-3. Podogonium Knorrii, Al. Br. 1. Rameau en fleurs. 2. Rameau avec un jeune fruit. 3. Rameau feuiilé avec des iruits murs {Œningen, d’après M. Heer).
- zoin, Oreodaphne, Cinnamomum et Camphora s’avancent encore jusqu’au centre de l’Europe et y mûrissent leurs fruits, grâce à la douceur des hivers et à la chaleur égale et longtemps prolongée des étés.
- Aux végétaux qui précèdent, il faut ajouter des
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- Myrsinées, des Sapindacées, des Àraliacées, des Ma-gnoliacées et des Anonacées, des Sterculiacées, de
- dant incomplète de la végétation contemporaine de la mer de la mollasse et de celle des faluns.
- Fig. 4.— 1. Myrica œningensis, Al. Br. (CEningen). — 2.Comptonia acutiloba, Brong. (Bilin). — 3. Ficus tilixfolia, Al. Br. (CEnin-gen).
- Fig. ;>.— Chênes de la forêt mio.ène d Mont Charray (Ardèche).
- 1-2. Quercus palæocerris, Sap. 1. Feuille. 2. Deux cupules accolés. — 5-4. Quercus subcrana'a, Sap. 3. Feuille, 4. Cupule* — 5 6. Quercus prætlex, Sap. Feuille. 6. Deux Iruits, l’un muni de son gland; l’autre iniparfai'einent développé, soutenus sur pédoncule commun, gros et court.
- Fig. 6. — Espaces miocènes caractéristiques.
- 1-2. Ulmus Bronnii, Hr. 1. Feuille. 2. Samare (CEningen). — 3-4 Celtis trachytica, Ung. Erdobenye ^Hongrie). — 5. Tilia vindo-bonensis, Ung. Fruit avec sa bractée. (Environs de Vienne, Au-ti iche.)
- nombreuses Célastrinécs, de puissantes Juglandées, des Térébinthacées et finalement des Légumineuses variées, pour tracer une esquisse rapide et cepcn-
- Fig. 7. — Plantes miocènes caractérisüques.
- 1. Aralia (Panax) circularis, llr. Grappe cimoïde, chargée de fruits. (CEningen.) — 2-3. Magnolia Lndwigi. Elt. 2. Feuille. 3. Fruit écrasé. (Salzhauseu.) — 4. Liriodendron l'roc iccinii, Ung. Feuille. (Eriz)
- Fig. 8. — Espèces miocènes caractéristiques, i. Vitis prærinifera, Sap.(Mont Charray). —2 Parrotia fagifolia Gœp. (Silésie). — 3-4. Robinia Regeli, Hr. 3. Feuille. 4. Légume. (Œnmgen.)
- Certains types, auparavant inconnus en Europe,
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- comme celui des Tilleuls, commencent à se montrer, en y venant par la direction du nord ; les exemples répétés de Celtis ou Micocouliers sont bien authentiques, et les Ormes affectent des caractères qui permettent de les confondre avec YUlmus campestris, L., de l’Europe actuelle.
- A cette époque, notre continent possédait un Tulipier (fig. 6, 4), un Liquidambar (fig. 2, 4-5), un Platane (fig. 2, 2-3), une Vigne très-peu différente de la nôtre (fig. 8, I), un Robinier dont on a signalé à la fois les feuilles et les fruits (fig. 7, 2-3). Les aigrettes plumeuses recueillies à (Enin-gen prouvent la présence de nombreuses Synanthé-rées ; l’Europe comprenait encore des Frênes, des Lauriers-Roses, des Cornouillers, des Viornes, des Clématites et une foule d’autres types que nous sommes forcé de passer sous silence. Cependant, une curieuse Hamamélidée (fig. 8, 2), le Parrotia fagi-folia, Hr., doit être mentionnée, parce qu’elle a été observée dans les régions arctiques et qu’elle se retrouve, bien après la fin du miocène, dans les marnes avec Elephas meridionalis du midi de la France, en compagnie du Planera Ungeri (voy. fig. 2, 1), dont l’homologue vivant existe de nos jours en Crète, tandis que l’Hamamélidée la plus rapprochée du Parrotia fagifolia, le P. persica, est indigène de la Perse, comme l’indique son nom.
- C’était donc au total une riche et noble végétation que celle qui couvrait l’Europe au temps de la mollasse; elle offrait un mélange harmonieux de formes maintenant dispersées dans des régions très-diverses; son opulence, sa variété, la beauté des forêts, l’élégance des massifs qui servaient de rideau aux eaux dormantes ou accompagnaient le bord des fleuves, tout s’accordait en elle pour étaler un merveilleux spectacle, qu’il n’était pas encore donné à l’homme de saisir ni d’apprécier.
- 11 est vrai qu’on a prétendu faire remonter jusqu’au miocène les premiers vestiges de notre race, mais d’autres observations portent à rejeter ces indices comme ne s’appuyant sur rien de réel, et l’évolution encore imparfaite de plusieurs séries de Mammifères, parmi lesquels les ruminants n’avaient encore d’autres représentants que des cerfs et des bouquetins, est bien faite pour servir de confirmation à ces doutes. Les Pachydermes dominent toujours dans la faune mollassique ; les tapirs et les rhinocéros ont remplacé les anthracothe-riums ; les mastodontes précèdent les éléphants et les hipparions du miocène supérieur annoncent les chevaux encore absents.
- De nombreuses localités du temps de la mollasse, riches en empreintes végétales, ont offert à plusieurs-savants d’innombrables documents sur la flore de cet âge, qu’ils ont dépouillés de manière à en reconstituer fidèlement le tableau.
- Les lignites de la Wétéravie (Salzhausen, Roc-kenberg, etc.), Gunzbourg en Bavière, Bilin en Bohême, Menât en Auvergne, le mont Charray en Ardèche, (Eningen en Suisse, Parschlug et Gleichen-
- berg en Styrie, Tokay en Hongrie, Stradella en Italie, sont les principales de ces localités dont quelques-unes sont justement célèbres.
- Je ne veux parler ici que de la plus remarquable et de la mieux explorée de toutes, celle d’Œningen, près de Schaffouse, qui résume, pour ainsi dire, en elle toutes les autres, et qui renferme non-seulement des plantes, dont M. Heer a décrit près de 500 espèces (475), mais de nombreux restes d’animaux : mammifères, oiseaux, reptiles et poissons, mollusques et crustacés, arachnides, insectes; ces derniers ont fourni plus de 800 espèces. C’est à (Eningen qu’on a recueilli la grande Salamandre, Andrias Scheuchzeri, Hall., dont le type vivant a été retrouvé au Japon (Andrias japonicus, Tem.). Les immenses travaux de M. Heer qui ont eu à la fois pour objet les végétaux et les insectes de ce dépôt ont suggéré à cet auteur des rapprochements ingénieux et l’ont amené à des inductions à la fois si hardies et si précises sur l’ancienne configuration des lieux, sur les événements physiques et biologiques dont ils furent le théâtre, sur les caractères de la flore, la nature du climat et l’ordre des saisons, à l’époque où s’accumulèrent les plaques fossilifères, que je ne puis mieux faire que d’emprunter les dé-j tails suivants aux publications de mon savant ami, j surtout à son livre intitulé Le monde primitif de la | Suisse. Selon l’exposé de M. Heer, les eaux du lac | d’Œningen subirent dans le cours des âges de grandes transformations qu’il est naturel d’attribuer aux caprices de la rivière qui avait sur ce point son embouchure; mais il est en même temps possible qu’un relèvement et un affaissement du sol, provenant de mouvements volcaniques, y aient aussi contribué.
- Dans une assise inférieure, nommée couche à insectes, et composée d’environ deux cent cinquante lamelles ou feuillets, on distingue jusqu’aux saisons qui ont dû présider à la formation de chacun d’eux. Les fleurs de Camphrier, associées à des feuilles de Peuplier, annoncent le printemps. Les fruits d’Orme, de Peuplier et de Saule, réunis sur la même plaque, font naître la pensée du commencement de l’été ; enfin les fruits de Camphrier et de Diospyros, ceux de la Clématite et de plusieurs Synanthérées rassemblés pêle-mêle marquent l’approche de l’automne.
- L’arbre le plus commun est un Érable, Acer trilo-hatum, Al. Br., qui devait vivre sur un point rapproché des anciennes eaux; il en est de même des Peupliers, Populus latior et P. mutabilis (fig. 1), d’un Sapindus, S. faldfolius, Ilr., d’un Noyer, Juglans acuminata, Al. Br., et des Podogonium. Ces derniers, associés à de nombreuses Laurinées et à plusieurs Chênes, formaient sans doute de grandes forêts. Les plantes aquatiques proprement dites sont rares, mais celles qui servaient aux eaux de bordure immédiate, comme les Roseaux, les Massettes, un bel Iris, /. Escheri, Hr., des Joncs et des Cypé-racées, sont au contraire fort répandues.
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- L’hiver était particulièrement doux; il suspendait quelque peu, sans l’interrompre réellement, le cours de la végétation. Dans l’opinion de M. Heer, les Saules, les Platanes, les Liquidambars et le Camphrier fleurissaient dès le mois de mars, comme ils le font actuellement à Madère.
- La coïncidence des fourmis ailées (les fourmis perdent leurs ailes vers le milieu de l’été) et des fruits mûrs de Podogonium, situés à la surface de la même plaque, indique le moment de l’année où ce type aujourd’hui perdu achevait le développement de ses fruits et disséminait ses graines, après avoir fleuri dès le premier printemps.
- Les orages étaient sans doute fréquents et les pluies abondantes à cette époque de l’année ; les feuilles, les fleurs, les rameaux, fréquemment arrachés aux branches des arbres et des arbustes étaient entraînés violemment jusque dans le fond des eaux. La proportion considérable de végétaux à feuilles persistantes que l’on observe, lait voir que la nature végétale ne se livrait pas à un repos complet. Les fleurs ou les fruits se montraient çà et là toute l’année, et, selon l’expression même de M. Heer, « la vie ne disparaissait jamais entièrement de ces forêts primitives ; elle se renouvelait en répandant à profusion ses richesses, et réalisait en Europe le tableau de ces zones bénies où de nos jours la végétation ne perd jamais son activité. » Le climat d’Œningen est assimilé à celui de Madère, de Malaga, du sud de la Sicile, du Japon méridional et de la Géorgie par le savant professeur de Zurich, qui lui assigne une moyenne annuelle de 18 à 19 degrés centigrades.
- Telle était l’Europe jusqu’au temps où la mer de la mollasse opéra son retrait. A ce moment, s’ouvre la dernière des périodes entre lesquelles se partage l’ensemble des temps tertiaires, la période pliocène; c’est elle qui nous reconduira, à travers une iongue série d’oscillations, jusqu’au seuil de l’âge moderne. Elle ne sera pas terminée que l’homme se sera glissé en Europe, en y laissant des vestiges assurés de sa première apparition.
- Comte G. de Saporta,
- Correspondant de l'Institut.
- — La suite prochainement. —
- CHRONIQUE
- Tremblement de terre aux États-Unis. — Un
- tremblement de terre a été ressenti dans la matinée du 4 novembre sur une grande étendue de pays aux États-Unis et au Canada. Les secousses ont été particulièrement fortes dans l’État de New-York, dans le Connecticut, le Yermont, le Massachussets. A Lebanon (New Hampshire), les sonnettes des maisons et les cloches des églises ont été mises en Branle. A Northampton, des vitres et des objets fragiles ont été brisés dans un grand nombre d’habitations. A Saint-Jean, province de Québec, on a éprouvé une série de chocs d’une durée moyenne de dix secondes et d’une force suffisante pour renverser les meubles des appartements. Une seule secousse de vingt secondes a été
- ressentie à Montréal (Canada), où elle a été accompagnée d’un bruit sec comme celui que causerait une collision entre deux locomotives. La consternation a été grande dans cette ville, les habitants se rappelant une vieille prophétie d’après laquelle Montréal doit être engloutie par un tremblement de terre avant la fin du dix-neuvième siècle.
- — Nous apprenons avec plaisir que M. Gramme, l’inventeur de la machine magnéto-électrique à courants continus, vient d’être nommé chevalier de la Légion d’honneur. Jamais récompense mieux méritée n’est venue couronner les efforts d’un plus digne travailleur. M. Gramme, dont les savants du monde entier admirent les conceptions surprenantes, n’était, en effet, il y a vingt ans, qu’un simple ouvrier, et c’est à force de travail, de courage et de persévérance qu’il est parvenu à combiner la merveilleuse machine qui l’a classé parmi les grands inventeurs du dix-neuvième siècle.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 10 décembre 1877. — Présidence de M. Peligot.
- Nous avons rarement eu une séance aussi pauvre en dehors de l’époque des vacances. Ouverte après trois heures elle cessait vingt-cinq minutes après, par épuisement du procès-verbal.
- Thermo-chimie. — M. Ditte signale les phénomènes calorifiques qui accompagnent la réaction de l’eau sur le chlorure de calcium. Si celui-ci est anhydre, c’est un échauf-fement qu’on observe, et de nouvelles additions d’eau déterminent des échauffements successifs ; mais si le chlorure est hydraté, son mélange avec l’eau donne lieu d’abord à un refroidissement considérable qui est suivi d’échauffement si l’on ajoute une nouvelle dose de dissolvant.
- Matière désinfectante. — Il paraît, d’après une note de M. Garcin, qu’un produit doué de propriétés désinfectantes remarquables, consiste dans le résidu de l’attaque des matières cellulosiques par l’acide sulfurique. Ce résidu, carbonisé en partie est encore fortement hydrogéné. L’auteur cite des faits de désinfection tout à fait édifiants.
- Nécrologie. — L’Académie vient de perdre l’un de ses correspondants les plus anciens, le docteur Gentrac, de Bordeaux, qui avait quatre-vingt-sept ans.
- Phylloxéra. — Dans une longue discussion où les adversaires ont fait preuve d’une science et d’une ardeur égale, M. Lichtenstein soutenait qu’après la fécondation le phylloxéra pondait des œufs dont le germe se développe avant la ponte, tandis que M. Balbiani affirme que le développement n’a lieu qu’après cette même ponte. Or, M. Boiteau fait remarquer aujourd’hui que les deux contradicteurs ont également raison, et que le désaccord vient uniquement de ce qu’ils n’ont pas étudié le même insecte. M. Lichtenstein a suivi le développement du phylloxéra du chêne, et M. Balbiani celui de la vigne, dont chacun a son allure spéciale et conforme, à ce que dit le savant qui l’a soumis à ses études.
- Récits aèronauiiques. — C’est d’une manière tout à fait particulière que M. Dumas signale la publication par M. G. Tissandier de ce nouveau volume où l’auteur raconte les vingt-quatre ascensions aérostatiques qu’il a effectuées avec son frère. Nous n’avons pas à revenir sur ce bel ouvrage dont nos lecteurs ont été entretenus dans le précédent numéro.
- L'orographe. — C’est le nom d’un appareil déposé sur
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- LA NATURE,
- le bureau de l’Académie, et que M. Daubrée présente au nom de l’inventeur M. Schrader. Il a pour but de faciliter le lever topographique des montagnes, et a été employé avec le plus grand succès depuis quatre ans dans les Pyrénées. Grâce à son emploi, on peut reproduire le pour-lour de l’horizon en en anamorphosant les divers points de façon que tous les angles horizontaux ou verticaux se projettent sur un même plan : il suffit pour cela d’exécuter une visée successivement sur chacune des régions à reproduire. Comme exemple des résultats qu’on peut obtenir, l’auteur soumet à l’Académie un panorama du Mont-Perdu qui, paraît-il, est remarquablement exact.
- Terrain tertiaire d'Auvergne. — D’après M. L’OUivier, es couches lacustres de la Limagne, depuis les arkoses
- jusqu’au calcaire h hélices sont fortement plissées, et cela dans deux directions différentes. L’auteur rattache ces inflexions à la cause qui a imprégné toutes ces couches tertiaires d’une proportion de bitume toujours sensible et parfois très-notable, comme on le voit par exemple à Pont-du-Chàteau. Stanislas Meuniek.
- LES INDIENS IROQUOIS AU CANADA
- M. Jules Leclercq vient de publier à la librairie Plon et O un livre fort intéressant, intitulé : Un été en Amérique. C’est l’histoire d’un voyage fait au milieu des curiosités naturelles et sociales du nouveau monde, histoire racontée avec beaucoup de
- Un cimetière indien chez les Iicq. ois du Canada.
- verve et d’entrain par un observateur qui sait voir. Nous empruntons à ce curieux ouvrage quelques documents sur les Indiens du Canada qui, contrairement aux Peaux-Rouges des autres régions des États-Unis, vivent heureux et prospères, et se développent sous la protection des blancs. Ce fait peu connu nous a paru digne d’être noté, parce qu il plaide en faveur de ces races persécutées dont le caractère est trop souvent calomnié. « Les tribus du Canada, dit M. Leclercq, sont plus nombreuses que celles des États-Unis, et cependant les Canadiens n’ont jamais à se plaindre de leurs sauvages; au contraire, ils les comptent comme ajoutant à leur force numérique, et formant une portion utile et notable de leur population. Pourquoi cette différence? C’est qu’ils respectent les traités qu’ils font avec eux, maintiennent leurs droits et les protègent contre la cupi-
- dité et l’injustice. Au Canada, quand des sauvages sont assassinés ou pillés par des blancs, les coupables sont punis aussi sévèrement que si c’eût été des blancs qu’on eût outragés, tandis qu’aux États-Unis c’est à peine si l’on reconnaît aux Indiens le droit d’exister. »
- On voit que ces affirmations ont leur moralité et leur enseignement. Nous nous bornons à en exposer la substance, renvoyant le lecteur désireux d’approfondir le sujet, au livre de M. Leclercq. Nous complétons cette courte notice en donnant l’aspect d’un cimetière de ces sauvages Iroquois, situé près de Caughnaxvaga, localité où l’auteur a résidé.
- l.e Propriétaire-Gérant : G. Tissandifr. Cokbbil. Typ. etstér. CbktB
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- N° 238. — 22 DÉCEMBRE 1 87 7.
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- LA PRESSION BAROMÉTRIQUE
- RECHERCHES DE PHYSIOLOGIE EXPÉRIMENTALE Par Paul BERT».
- Nos lecteurs connaissent les résultats obtenus par M.Paul Bertdans ses longues et patientes recherches sur les problèmes qui se rattachent aux modifications de la pression barométrique; on en a ici même présenté une analyse complète8, mais nous devons y revenir aujourd’hui, pour signaler la publication du livre considérable qui lesrésume. L’œuvre de M. Paul Bert est sans contredit une des plus importantes de celles que la physiologie expérimentale ait vues naître; elle touche à des questions capitales qu’elle éclaire sans cesse d’une vive et féconde lumière ; elle s’adresse au médecin qui emploie dans la thérapeutique l’air comprimé ou décomprimé, à l’industriel qui soumet les ouvriers à de fortes pressions dans les tubes employés pour le forage des puits, pour la construction des piles de ponts, ou dans les scaphandres permettant à l’homme de plonger au sein des mers.
- 1 1 vol. grand in-8° de 1168 pages, avec 89 figures dans le texte — Paris, G. Masson, 1878.
- * Voy. 2° année 1874, l*r semestre, p. 306, 355, 402.
- 0* année. — 1er semeslre.
- Elle intéresse l’explorateur qui gravit la pente des montagnes, l’aéronaute qui s’élance dans les hautes régions de l’atmosphère, le naturaliste qui étudie la faune ou la llore des fonds marins et des grandes altitudes ; elle touche enfin à l’hygiène des peuples qui vivent sur le versant des montagnes élevées : par
- les problèmes multiples qu’elle envisage en les résolvant, elle doit attirer l’attention de tous ceux que préoccupe le progrès des sciences.
- Les résultats obtenus par M.Paul Bert sont à la hauteur de l’importance des questions auxquelles ils se rattachent. L’ouvrage que le savant expérimentateur vient de publier restera, en outre, comme un modèle de méthode et de concision dans l'exposé des faits historiques, de correction et d’élégance dans une longue série d’expériences qui se succèdent et s’enchaînent avec une logique rigoureuse.
- La première partie du livre de M. Paul Bert est consacrée à l’histoire détaillée des faits relatifs aux effets de la diminution de pression sur l’organisme humain. Après avoir décrit les points les plus élevés de la surface terrestre, après avoir énuméré les hautes montagnes dans les différentes parties du globe, l’auteur retrace toutes les tentatives faites dans tous les pays par les explorateurs anciens et modernes, pour gravir les grands sommets,
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- Fig. 1. — Oiseau dans un a;r de plus en plus dilaté et de plus en plus oxygéné.
- A. Cloche communiquant en li avec la machine pneumatique, en C avec un tube barométrique, en D avec un sac plein d'oxygène 0.
- Fig. 2. — Respiration dans l’appareil de M. Paul Bert d’un air suroxygéné, dilaté par ls diminution de pression.
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- et passe en revue les effets du mal des montagnes produits par la dépression de l’air. Après les voyages en montagnes, viennent les voyages aérostatiques à grande hauteur. M. Bert a pour la première fois réuni les faits d’une façon tout à fait complète; leur abondance est frappante. Il n’en est pas un seul, pour l’étude et la vérification duquel l’auteur n’ait remonté à la source originale, au propre récit de l’explorateur. Ses indications bibliographiques sont innombrables ; pour les découvrir et les rassembler il a fallu compulser des bibliothèques entières.
- Après cette longue et intéressante histoire, M. Paul Bert en aborde une autre et l’étudie avec le même soin. C’est celle des théories relatives à l’action de ces modifications de la pression barométrique, des expériences exécutées avant ses travaux; c’est l’exposé de l’état de la question avant ses recherches.
- La deuxième partie du livre est d’une lecture plus laborieuse, mais elle renferme l’œuvre essentielle de l’auteur ; on y trouve la description de ses expériences de laboratoire. Il est impossible de résumer une si vaste série de travaux ; aussi nous bornerons-nous à considérer seulement l’un de ceux-ci, en exposant les recherches entreprises sur les moyens de conjurer les accidents de la décompression de l’air.
- On a cru pendant longtemps que les accidents de la décompression étaient dus à une action en quelque sorte mécanique, à la soustraction de la pression atmosphérique ; les faits, mal interprétés, ont été, d’ailleurs, longtemps dénaturés. Que de fois n’a-t-on pas entendu affirmer que sur le sommet des hautes montagnes le sang s’échappait des yeux et des oreilles de l’explorateur, que des effets semblables s’étaient produits chez Gay-Lussac lors de son ascension à grande hauteur! N’a-t-on pas été jusqu’à dire que dans l’ascension de Robertson, la tête de l’aéro-naute s’était mise à gonfler à tel point qu’il ne pouvait plus mettre son chapeau ! Il suffisait, il est vrai, de se reporter aux récits authentiques des explorateurs, pour faire justice de ces erreurs populaires, mais on n’en considérait pas moins les accidents comme produits par la soustraction de la pression. M. Paul Bert a prouvé qu’ils sont dus à la diminution de la tension de l’oxygène, qui ne pénètre plus alors dans le sang, et par suite dans les tissus, en quantité suffisante pour entretenir les combustions vitales à leur degré d’énergie normale.
- Pour combattre les effets du mal des montagnes ou du mal des aéronautes, il suffit donc d’augmenter la proportion centésimale de l’oxygène de l’air respiré, au fur et à mesure que diminue la pression. Ces conclusions, déduites des recherches de M. Bert, ont été confirmées par l’expérience.
- Le savant physiologiste a employé l’appareil que représente la figure i. Un moineau a été soumis à l’action de l’air raréfié par la machine pneumatique, et les dépressions, d’abord accompagnées des symptômes qui précèdent la mort, sont devenues inoffensives par l’addition d’oxygène dans l’air décomprimé.
- La figure 2 représente l’appareil dans lequel M. Paul Bert a fait ensuite les expériences sur lui-même. Nous reproduisons quelques-uns des passages du récit de cette mémorable entreprise :
- A 2 heures 50 minutes, dit M. Bert (pression extérieure 758 millimètres), j’entre et je m’installe assez à mon aise dans les cylindres, ayant avec moi un sac rempli d’air extrêmement riche en oxygène; à côté de moi, un moineau dans une cage. — 2 heures 57 minutes : la porte est fermée ; la dépression commence sous l’action de la machine pneumatique. - 2 heures 58 minutes : pression 590 millimètres; pouls 70; je suis à une dépression correspondant à peu près à la hauteur de Mexico, 2150 mètres.... — 5 heures 12 minutes : -450 millimètres; pouls 84 ; c’est la dépression de Calamarca, par 4150 mètres; j’ai quelques sentiments de nausées. — 3 heures 14 minutes : 450 millimètres ; le pouls s’abaisse à 80 ; les nausées disparaissent; j’ai le ventre un peu gonflé; je me sens la face congestionnée avec quelques légers éblouissements.— 3 heures 17minutes : 430 millimètres; pouls 84. Je respire trois fois de l’oxygène ; mon pouls tombe à 78 ; j’ai quelques éblouissements. — A3 heures 21 minutes la pression n’est plus que de 418 millimètres, ce qui correspond à la hauteur du Mont-Blanc, 4800 mètres ; mon pouls a continué de descendre après quelques respirations d’oxygène ; il n’est plus qu’à 70 ; à chaque respiration un éblouissement....
- Dans cette première expérience, les inspirations d’air oxygéné ont été intermittentes, et l’effet de chacune d’elles s’est montré instantané. Les nausées disparaissaient, le bien-être renaissait. Le nombre des pulsations, et c’est là un signe des plus précis, dit M. Bert, diminuait immédiatement pour revenir bientôt à son chiffre primitif.
- Le résumé succinct que nous venons de retracer ne représente qu’une bien faible partie du travail de M. Paul Bert.
- Pour avoir une idée complète de son intérêt, de son importance, il faut lire et étudier l’ouvrage tout entier, œuvre capitale dont, en 1875, l’Institut a consacré la valeur, en décernant au savant député de l’Yonne, son grand prix biennal.
- Gastox Tissandier.
- MOIS MÉTÉOROLOGIQUE AUX ÉTATS-UNIS
- OCTOBRE 1877.
- L’opposition, si nettement tranchée en septembre, des températures aux États-Unis et sur l’Europe occidentale, s’est continuée pendant le mois d’octobre. Tandis qu’à Paris la température moyenne mensuelle est restée au-dessous de la normale, dans l’Amérique du Nord, au contraire, ce mois est un des plus chauds, et dans certaines régions le plus chaud, d’une longue période d’années. La végétation s’est ressentie de la douceur exceptionnelle de l’automne; elle présentait encore vers la fin du mois un aspect inaccoutumé. Des cerisiers étaient en fleur le 21 dans le Massachussets ; dans les en-
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- virons de New-York on cueillait des violettes dès le 14, et les prairies étaient aussi vertes qu’au printemps; à Strafford, le 17, on voyait en abondance des fleurs de fraisiers et de framboisiers.
- Douze centres de dépressions barométriques sont passés sur les États-Unis pendant le mois d’octobre ; si le nombre mensuel des perturbations atmosphériques ne s’est pas accru, leur intensité a été plus considérable. La plupart se sont d’abord montrées dans le pays entre les Montagnes Rocheuses et la vallée du Mississipi ; elles ont traversé le continent de l’ouest à l’est, disparaissant par l’Océan ou vers le Canada. Mais les tempêtes qui ont sévi se rattachent presque exclusivement à trois mouvements tournants d’une grande intensité venus, l’un par la mer des Antilles, et les deux autres des côtes du Mexique. C’est sous l’action de ces trois grandes dépressions que sont tombées les fortes pluies signalées dans les États du Sud.
- Le cyclone venu de l’Océan a été particulièrement désastreux. Dès le 21 septembre son centre passait non loin de la Martinique, se dirigeant par la mer des Antilles vers le golfe du Mexique, marchant par conséquent du sud-est au nord-ouest ; il atteignit les côtes de la Floride vers le 2 octobre, resta presque stationnaire pendant un jour, puis, changeant de direction, sa trajectoire se dirigea vers le nord-est; sa vitesse de translation s’accrut alors rapidement, et le 5 au soir il disparaissait sur l’océan Atlantique au large de Terre-Neuve.
- Les. dégâts causés par ce cyclone ont été considérables et se sont propagés sur tout son parcours. A Curaçao, la mer était dans un tel état d’agitation, que les vagues envahirent l’ile, renversant les constructions les plus solidement établies et causant aux planteurs un immense désastre. Indépendamment des personnes qui furent noyées ou qui ont péri sous les décombres des maisons écroulées, on estime à 10 millions la valeur des pertes causées par l’ouragan à Curaçao. Dans la mer des Antilles, le golfe du Mexique, sur l’océan Atlantique, un grand nombre de navires eurent à lutter énergiquement contre la violence du cyclone; plusieurs se sont perdus. Dans la Pensylvanie, le New-Jersey, et le long de la rivière d’Hudson, des trains de voyageurs, surpris par une inondation subite, ont été submergés. Les pluies dues à ce cyclone sont considérables : 185 millimètres à Saint-Marc sur la côte de la Floride, 160 à Mayport, et plus de 100 à Washington, New-York, Boston.
- Les deux bourrasques venues par le Mexique ont également versé, du 16 au 25 et du 25 au 26, des pluies énormes sur les États de l'Est et surtout du Sud.
- De fortes secousses de tremblement de terre ont été ressenties le 12, à 1 heure 55 minutes du soir, dans plusieurs villes de l’Orégon; à Portland, les oscillations étaient dirigées du nord au sud; plusieurs vitres furent brisées.
- Th. Moureaux.
- L’AXOLOTL
- Au commencement de l’année 1864, la ménagerie des reptiles du Muséum d’histoire naturelle recevait du Jardin d’acclimatation, par les soins de M. Rufy de Lavizon, son directeur, de curieux animaux provenant du lac de Mexico et apportés en France depuis quelques mois à peine; ces animaux étaient les Axolotls.
- Les Axolotls envoyés en don au Jardin des plantes étaient au nombre de six, cinq mâles et une femelle. Peu de temps après leur arrivée, et sans que l’on ait remarqué chez les mâles aucune modification, ni dans la coloration, ni dans la forme du corps, la femelle se mit à pondre ; ce fait avait lieu de surprendre, chez les animaux qui appartiennent au même groupe zoologique que le batracien du Mexique, les mâles revêtant, à une certaine époque de l’année, une livrée de noce qui les rend parfois méconnaissables; une crête orne le dos chez les uns, des palmures apparaissent entre les doigts chez d’autres, un filament termine la queue chez d’autres encore.
- La même femelle pondit les 4 janvier, 19 février, 16 avril, 16 juin et 50 décembre de la même année; des petits ncs de ces œufs proviennent tous les Axolotls qui sont si abondamment répandus aujourd’hui dans les aquariums.
- Quoique pourvus à la fois de branchies et de poumons, pouvant en outre respirer par la peau, comme les animaux du même groupe, étant, en un mot, de véritables amphibies, les Axolotls ont cependant des habitudes essentiellement aquatiques. Malgré la possibilité qui leur est donnée de venir hors de l’eau respirer l’air en nature, ils restent presque toujours sur le sol de l’aquarium ou nagent à une certaine distance de la surface. Le plus souvent l’Axolotl se tient au fond de l’eau, dans les parties les plus sombres de l’aquarium, et presque complètement immobile; on ne lui voit exécuter d’autre mouvement que celui qui a pour but d’abaisser et de relever les panaches branchiaux qui, de chaque côté, garnissent le cou. Parfois cependant, l’animal monte perpendiculairement vers la surface, l’extrémité de son museau vient faire saillie ; un peu d’air pénètre par les narines dans les organes respiratoires; puis il plonge, et quelques bulles de gaz s’échappent de la bouche.
- Vienne le moment de la ponte, la femelle s’accroche soit aux pierres, soit aux tiges ou aux feuilles des plantes aquatiques ; tantôt elle s’applique à plat sur les corps flottants, tantôt elle s’y suspend par ses pattes de derrière, ou bien, se plaçant de côté, se rapproche le plus possible des endroits où elle veut déposer ses œufs. Toutes ces manœuvres, pendant lesquelles elle vient fréquemment respirer à la surface, ou se laisse descendre avec lenteur vers le fond de l’aquarium, ont pour but de lui permettre de se débarrasser de ses œufs. Les pontes n’ont point lieu au hasard, et, de même que chez les Tritons
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- LÀ NATURE.
- de nos ruisseaux de France, la femelle de l’Axolotl choisit les endroits les plus favorables à l’éclosion; elle prend de grandes précautions pour assurer le succès de son œuvre et ne s’arrête que là où les œufs, à l’aide de la matière gélatineuse qui les entoure, peuvent contracter une adhérence suffisante avec les corps sur lesquels elle les a déposés ; à l’aide de ses pattes de derrière la femelle ramène, du reste, en un même point les œufs qu’elle vient de pondre.
- Ces œufs apparaissent comme un globe tremblotant et transparent dans lequel on remarque un petit point noir; ce point est le futur embryon; peu de temps après la ponte, ce point s’allonge, puis se recourbe en arc de cercle ; deux petites taches noires sont l’emplacement des yeux; une tète et une queue
- apparaissent, l’animal est dès lors formé; des mouvements rapides, en quelque sorte convulsifs, l’agitent fréquemment, et vingt jours environ après la ponte, le petit, rompant sa prison, se met à nager librement dans l’eau, déjà en quête d’une proie proportionnée à sa taille. Il n’a alors que quatorze à seize millimètres de longueur ; sa couleur est d’un vert clair avec de fines mouchetures noirâtres plus serrées en arrière qu’en avant. Si la nourriture est abondante les pattes ne tardent pas à apparaître, le petit être grossit rapidement, et au bout de quelques mois il est presque impossible de le distinguer de ses parents.
- Dès individus nés des Axolotls importés directement du Mexique ne restèrent pas tous semblables
- Fig. 1
- à leurs parents. Ceux-ci avaient le corps de couleur foncée ; on vit peu à peu se produire des cas d’albinisme. Sous l’inlluence de la captivité, sans doute, sous l’empire de conditions de milieu tout autres que celles dans lesquelles vivent les animaux dans leur patrie d’origine, des monstruosités ne tardèrent pas à apparaître; c’est ainsi que l’on constata la présence de trois doigts au lieu de quatre au membre antérieur, de quatre doigts au lieu de cinq au membre postérieur ; que des anomalies par excès eurent lieu et que l’on vit cinq, six et même huit doigts aux pattes de devant; cinq, sept et huit doigts aux pattes de derrière.
- Ces monstruosités produites par la domesticité n’avaient rien de bien surprenant, eu égard aux perturbations profondes que devaient apporter dans l’économie de ces animaux les changements dus à l’habitat, au climat, à la nourriture ; dus, en un
- Axolotl.
- mot, à l’adaptation au milieu, véritable lutte entre l’être vivant et le milieu qui l’entoure, adaptation qui ne s’obtient presque jamais sans pertes et sans sacrifices.
- Mais d’autres modifications plus profondes devaient se produire.
- L’un des Axolotls nés en France parut tout à coup malade. Des taches d’un blanc jaunâtre se dessinèrent sur la teinte générale du corps ; la crête qui de la nuque se continue jusqu’à l’extrémité de la queue, s’atrophia peu à peu, puis disparut; la tête s’élargit ; les panaches branchiaux se flétrirent. Cet Axolotl était, en un mot, devenu, quant à son aspect extérieur, absolument semblable à des batraciens que les naturalistes connaissaient depuis longtemps sous le nom d’Amblystomcs et qu’ils plaçaient dans un tout autre groupe zoologique. Et les modifications n’étaient pas seulement extérieures; elles avaient
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- LA NATURE
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- porté sur la structure même de l’animal. Des quatre arcs, supports des branchies, qui chez l’Axolotl flottent au dehors, trois avaient été résorbés chez l’animal transformé ; la face antérieure des vertèbres était devenue moins concave; les dents qui, derrière la rangée marginale, garnissent les mâchoires, avaient disparu; les dents du vomer s’étaient déplacées; de longitudinales, les dents du palais étaient devenues transversales.
- Doué du coup d’œil qui le caractérisait, G. Cuvier pensait que l’Axolotl n’était que la larve d’un autre animal, de quelque grande Salamandre : ce fait n’avait rien de surprenant quand on sait que les métamorphoses sont la règle chez les batraciens, et que ce groupe, longtemps confondu avec les reptiles, mais
- en réalité bien plus voisin des poissons, que ce groupe est étrange et par son histoire paléontolo-gique, et par les curieuses modifications que présentent, suivant les âges, les êtres qui en font partie. Objectant que les Axolotls s’étaient reproduits, certains zoologistes en avaient conclu que les Axolotls étaient des animaux à l’état parfait et que les Am-blystomes n’étaient que des êtres dégradés, anormaux, malades en un mot; tandis que d’autres naturalistes croyaient que les Axolotls n’étaient que des têtards d’espèces plus élevées en organisation. De nombreuses années devaient s’écouler avant que la question, si longtemps débattue, fût définitivement tranchée dans un sens ou dans un autre.
- Depuis la ponte du mois de janvier 1865 jusqu’en
- juillet 1867, seize transformations d’Axolotls en Amblystomes eurent lieu; elles ne se sont pas reproduites depuis ; il était tout au moins singulier que sur un si grand nombre d’animaux nés à la ménagerie, et tous soumis aux mêmes conditions de milieu, un si petit nombre se seraient changés en Amblystomes ; il était du reste à remarquer que les Axolotls venus directement du Mexique n’avaient subi aucune modification que celle que l’âge apporte chez tous les animaux; ils ont vieilli, ils ne se sont pas modifiés.
- La question posée plus haut est aujourd’hui résolue. Au mois de mars 1876, les Amblystomes ont enfin pondu ; ils ont donné naissance à des Axololts ; parmi ces nouveau-nés deux n’ont pas tardé à se transformer à leur tour en Amblystomes ; le cycle est complet ; l’Amblystome est l’état parfait de l’Axolotl, qui, comme tant d’autres batraciens, peut se
- reproduire à l’état de larve. Le fait si intéressant de la ponte de l’Amblystome et de la transformation de celui-ci en Axolotl a été observé au Muséum par M. le professeur L. Vaillant.
- Quant aux conditions de milieu qui font que la larve se changé en animal parfait, nous n’en savons encore rien aujourd’hui.
- M. Aug. Duméril voyant que, d’aquatique, la respiration devenait plus aérienne chez l’animal transformé, remarquant que l’Amblystome avait des habitudes plus terrestres, essaya plusieurs fois de forcer l’Axolotl de respirer l’air en nature, et pour cela coupa les branchies chez un certain nombre d’individus; ce fut en vain, la respiration cutanée suppléa à la respiration par les branchies ; les animaux mutilés ne vinrent pas plus souvent que les autres à la surface de l’eau et la métamorphose ne s’opéra pas.
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- LA NATURE.
- L’histoire biologique de l’Axolotl esquissée à grands traits, il est peut-être de quelque intérêt de dire quelques mots de son histoire zoologique.
- La première notion que nous ayons de l’Axolotl date du commencement du dix-septième siècle; en 1600, Hermandez, dans son Histoire des animaux de la Nouvelle-Espagne, parle d’un poisson très-commun dans le lac de Mexico, poisson qu’il désigne sous le nom de Atolocalt. Dans son Histoire des poissons publiée en 1767, Johnston nous apprend que Y Axolotl, issu de la houe, est un jeu des eaux (Lusus aquarum), qu’il est couvert d’une peau molle, pourvu de quatre pattes comme les lézards, et qu’il a la longueur d’une palme. La langue est grande et cartilagineuse, la tète déprimée et large à proportion du reste du corps, la bouche fortement fendue et de couleur noire. « L’Axototl, ajoute Johnston, fournit un aliment sain et agréable, ayant un peu le goût de l’anguille. On le prépare de plusieurs manières, bouilli, frit, et le plus souvent grillé. Les Espagnols font une sauce avec du vinaigre, du poivre, des clous de girofle, du piment, tandis que les Mexicains se contentent de saupoudrer l’animal d’un peu de poivre, ou le mangent même sans aucun condiment. »
- D’après Schneider, une espèce d’Axolotl, désignée sous le nom d’Axolotl de Harlam, se retrouverai! aux États-Unis ; cette espèce provenait du lac Cham-plain, et avait été recueillie par des pêcheurs, qui « la craignaient comme vénéneuse, quand ils la rencontraient dans leurs filets. »
- Cuvier est le premier anatomiste qui se soit occupé de l’animal dont nous faisons ici l’histoire. D’après les notes qui lui ont été communiquées par de Humboldt, « l’Axolotl est commun dans le lac où est bâtie la ville de Mexico. M. de Humboldt rapporte que c’est un des animaux que l’on trouve le plus haut sur les montagnes et dans les eaux les plus froides. C’est un rapport de plus avec nos salamandres aquatiques, qui, au premier printemps, se trouvent souvent prises dans les glaçons et y restent gelées pendant plusieurs jours sans en périr.
- « Il est assez singulier, ajoute Cuvier, comme l’a remarqué Dufay, que les animaux auxquels on attribuait autrefois la propriété fabuleuse de résister aux flammes aient réellement celle de résister à la gelée. »
- Grâce à l’observation des nombreux animaux nés à la ménagerie, M. Aug. Duméril a pu faire connaître avec grands détails l’histoire zoologique de l’Axolotl et décrire les moeurs de cet étrange animal ; c’est à lui que l’on doit la constatation du fait de la transformation de l’Axolotl en Amblystome ; tout dernièrement enfin, comme nous l’avons indiqué plus haut, M. le professeur Léon Vaillant a vu la ponte de l’Amblystome reproduisant des Axolotls, et ceux-ci à leur tour se transformant en Ambly-stomes; le cycle de la transformation de ces animaux est dès lors complètement connu aujourd’hui.
- E. Sauvage.
- LE BARRAGE DU FURENS
- ET LES INONDATIONS DE LA LOIRE.
- A la suite des dévastations causées par les grandes inondations de la Loire en 1856, le gouvernement a fait étudier dans les vallées supérieures de ce fleuve une série d’ouvrages destinés à empêcher ou à atténuer le danger des débordements. Le réservoir de Rochetaillée sur le Furens se trouve parmi le nombre des projets aujourd’hui exécutés, et ce magnifique ouvrage achevé en 1866 peut servir de modèle à tous égards. Sa construction a donné des résultats assez satisfaisants pour déterminer la construction d’un second réservoir au Pas-du-Iliot, sur le même cours d’eau en amont. Ce cours d’eau alimente et arrose la ville de Saint-Étienne. Encaissé dans une vallée étroite et pittoresque, animée par de nombreuses usines, des moulineries de soie, des moulins à farine, des forges, il manifeste un caractère torrentueux, avec des variations de débit excessives, allant de 80 litres à l’étiage, jusqu’à 150 mètres cubes par seconde en temps de crue. On comprend l’effet pernicieux de ces crues excessives et quel besoin urgent il y a de les modérer par des retenues aussi puissantes que possible. Les retenues d’ailleurs ne servent pas seulement contre les inondations, mais elles assurent des réserves d’eau abondantes pour les temps de sécheresse. Aussi est-ce pour ce motif que l’État et la ville de Saint-Étienne se sont entendus pour construire à frais communs le premier réservoir du Furens, destiné à alimenter les fontaines de la ville et les usines de la vallée, en même temps qu’il retient les eaux d’inondation.
- J’ai été voir le réservoir du Furens au retour d’un voyage en Espagne et en Algérie, entrepris pour étudier les travaux hydrauliques de ces contrées, dont l’agriculture dépend surtout d’un bon aménagement des eaux. Un chemin de 8 à 10 kilomètres conduit de Saint-Étienne au barrage, construit dans un étranglement de la vallée, appelé gouffre d’Enfer, à quelque distance en amont du village et de la ruine de Roche-taillée. Étroite au fond, la vallée du Furens est formée par des collines de granit, de gneiss et de micaschiste. La partie supérieure des collines est boisée et il y a des prairies sur les pentes et au fond. Le fond de la gorge, au pied du barrage, ne dépasse pas 5 mètres. Le barrage même s’élève d’un seul jet à 50 mètres de hauteur. Une cascade, blanche d’écume, précipite le trop-plein des eaux du canal d’écoulement au fond de la gorge. A100 pas de cette chute, on peut monter au couronnement du bar-ragepar un escalier tournant établi sur le roc à droite. Des deux côtés de la gorge, les roches dressent leurs parois verticales à une hauteur de 100 mètres. C’est d’un imposant effet. Le rocher lui-même, contre lequel le barrage s’appuie, livre passage, du côté opposé, à un canal de décharge, de manière à simuler au-dessus de la nappe du réservoir une cime conique isolée au milieu du débouché quand on le
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- regarde d’amont. Une inscription gravée sur une des ] faces du pavillon des vannes fait connaître aux visiteurs les principaux éléments de l’ouvrage, que je transcris ici textuellement . Capacité du réservoir,
- 1 600 000 mètres cubes, dont 1 200 000 pour conserver l’eau destinée aux fontaines et usines et 400 000 de vide pour retenir les eaux d'inondation; dépense totale, 1 644 000 francs, dont 902 000 pour le mur du barrage, à 50 mètres de hauteur, 106 de longueur et 49 mètres d’épaisseur au pied; 18000 francs pour le tunnel supérieur de 65 mètres qui sert à écouler les cours d’inondation ; 102 000 francs pour le tunnel inférieur de 185 mètres par où se fait la prise d’eau, pour les tuyaux, robinets, etc.; 550 000 francs pour le canal de décharge; 177 000 francs pour les indemnités ; 35 000 francs pour le petit barrage et les vannes de manœuvre qui sont à 1600 mètres à l’amont. Outre ces ouvrages, la ville de Saint-Étienne consacre actuellement une sommé de 1 500 000 francs à l’établissement d’un nouveau barrage en construction au Pas-du-Riot, à 2200 mètres en amont du barrage de Rochetaillée. Ce réservoir aura une contenance de 1 500000 mètres cubes, et le mur de retenue une élévation de 25 à 26 mètres.
- Année moyenne, la hauteur d'eau tombée dans le bassin du Furens atteint 1 mètre, et la superficie du bassin en amont du réservoir est de 2500 hectares. D’après ces données, la quantité d’eau disponible, répartie sur l’année entière, serait de 792 litres par seconde, tandis que les jaugeages journaliers faits pendant une dizaine d’années à la prise d’eau du réservoir accusent un débit moyen de 500 litres à la seconde. A l’étiage le débit descend à 80 litres et ne dépasse guère 15 mètres cubes pendant les fortes crues des années ordinaires; mais il a donné 131 mètres cubes, par suite d’une trombe qui a éclaté le 10 juillet 1849. Or, la ville de Saint-Étienne commence à être inondée quand les crues s'élèvent de 90 à 100 mètres cubes. Le barrage est construit et fonctionne de telle sorte que la retenue disponible en prévision des inondations atteigne 400 000 mètres cubes, soit le double de la capacité nécessaire pour emmagasiner la partie dommageable de la trombe de 1849 dans la partie supérieure de la vallée du Furens. La capacité totale du réservoir équivaut à 1600 000 mètres cubes, dont 1200 000 pour conserver l’eau destinée aux fontaines et aux usines. La retenue permanente correspond à une hauteur de 44m,5 au-dessus du fond. L’excédant de hauteur de 5m,50 donné au barrage sert à retenir les eaux d’inondation, et la manœuvre se fait de manière à maintenir en temps ordinaire le niveau entre 44 et 45 mètres de hauteur. Chaque année la retenue permanente de 1200000 mètres cubes peut se renouveler deux fois, en automne et au printemps. Comme le cube réservé pour le service supplémentaire de la ville ne dépasse pas 600000 mètres cubes, reste 1800000 mètres cubes à répartir pour les usines entre les chômages d’été et d’hiver. Cela donne un
- excédant de 120 litres par seconde sur les débits du Furens pendant 6 mois de l’année.
- Ainsi, non-seulement le réservoir du Furens protège la ville de Saint-Étienne contre les inondations, mais il fournit en outre un approvisionnement d’eau suffisant pour l’hygiène publique et pour l’alimentation des usines. Supérieur en élévation à tous les ouvrages analogues construits jusqu’à ce jour, le barrage de Rochetaillée a une hauteur de 50 mètres avec 49 mètres d’épaisseur à la base et 5®,70 au couronnement. A 32 mètres en contre-bas du couronnement général, l’épaisseur du mur devient égale à la largeur de la vallée, qui mesure 23m,40 à ce niveau. Comme les digues en terre deviennent chose chanceuse quand elles s’élèvent à plus de 20 mètres, le barrage a été fait en maçonnerie pleine. Son profil est calculé de manière à résister à des pressions comprises entre 6 et 44 kilogrammes par centimètre carré. En aucun point du profil, la pression ne dépasse 6kü,50. Rien que par son poids, le massif résiste à cette pression et dans une maçonnerie bien faite avec de bons mortiers, la résistance atteint aisément 14 kilogrammes. Ce qui distingue encore le barrage de Rochetaillée des barrages plus anciens de France, c’est la forme des parements. Le parement d’aval forme une surface courbe au lieu d’être en gradins. Certains ingénieurs pensent que les barrages en courbe ne peuvent agir comme voûte contre la pression de l’eau. Opinion contestable si l’on tient un compte suffisant de la cohésion des bons mortiers hydrauliques, et de l’élasticité des massifs de maçonnerie, qui est un fait avéré. La forme courbe dans ce cas présente le plus de garantie. Au barrage déRochc-taillée, la flèche de l’arc formant l’axe du commencement mesure 5 mètres et la corde 100 mètres, avec un rayon de 252 mètres. Nous donnons ci-contre le plan et lé profil du barrage tracé en 1860 par M. Graëff, alors ingénieur en chef des ponts et chaussées dans le département de la Loire.
- On le voit, les surfaces du parement sont engendrées par le profil placé dans le plan vertical passant par l’axe CD, et se mouvant de manière que le point milieu du couronnement reste sur l’arc du cercle AGB. Les lignes d’amont et d’aval du profil tracent les parements et leur donnent la forme de surfaces toriques d’un effet gracieux à l’œil. Afin de prévenir les effets du dégel rapide, les constructeurs du barrage ont donné à la partie supérieure du mur une épaisseur plus considérable qu’il ne faudrait ailleurs, car nous sommes ici à 800 mètres d’altitude. A celte hauteur la glace prend 50 centimètres d’épaisseur pendant les hivers rigoureux. Vienne un dégel rapide, la glace se brise en grands morceaux qui peuvent être chassés avec violence contre le massif par les vents du midi si impétueux et dominants dans la localité. Par conséquent, au lieu de l’épaisseur de 6m,52 et de 16m,66 indiquée par le profil théorique, le barrage a 9m,56 et 18m, 01 à la hauteur de 12 et de 26 mètres. Selon la remarque de M. Graëff, l’action des glaces et des vagues est la plus
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- LA NATURE.
- à craindre à la hauteur de la retenue permanente qui se trouve à 44w,50 au-dessus du fond. Au-dessus de ce niveau, les eaux de la partie dommageable des crues ne séjournent que peu de temps pour sortir du réservoir par son tunnel supérieur dès que la crue cesse. D’un autre côté, pour établir des échafaudages en cas de réparation, le parement d’aval porte des rangées horizontales de pierre de taille, de corbeaux disposés en quinconce, à 4m,60 de hauteur et à4m,60 de largeur les unes des autres. Ces corbeaux font saillie de 50 centimètres sur le
- parement, et leur effet rompt la monotonie de la surface. Sur le parement d’amont, où l’action des vagues proscrit les saillies, on a mis des organaux, disposés de même, dans lesquels on peut passer des cordes, soit pour fixer des poutrelles, soit pour amarrer des bateaux.
- Tout le massif du barrage, fondations et parements compris, est exécuté en grosse maçonnerie ordinaire, encastrée dans le roc vif, qui consiste en micaschiste. Pour ses fondations, les ingénieurs ont fait enlever avec soin tous les blocs détachés ou dou-
- Plan général.
- Plan du Barrage du Furens.
- Division d'un Réservoir par tranches
- Plan.
- Barrage du Gouffre d'Enfer
- Réservoir du Furens.
- Fig, 1. — Réservoir et barrage du Furent!.
- leux, de manière à sc fixer sur le seuil du roc compacte qui relie les deux versants de la gorge. I)e même sur les côtés, toute la partie exfoliée au contact de l’air et de l’humidité a été enlevée. On a pratiqué avec la mine des redans, suivant lesquels la maçonnerie pénètre dans le roc, par les côtés, comme par la base, afin d’empêcher tout mouvement de translation et de glissement. Les seuls mouvements possibles sont ceux du tassement vertical de la maçonnerie. Sur les points où les arrachements du roc présentaient des surfaces trop lisses, ees surfaces étaient entamées à la pointe pour être rendues rugueuses ; puis pour donner à la maçonnerie toute la liaison possible, les maçons piquaient
- dans une couche de mortier en ciment de Yassy des moellons formant ainsi un rocaillage à aspérités très-accusées. Pour les ouvrages de ce genre, l’établissement sur le roc vif est essentiel, tant par en bas que sur les côtés, car autrement il y a risque de rupture, comme au barrage de Puentès en Espagne, qui fut construit sur pilotis et se brisa par la base en 1802. Il importe aussi de ne pas employer dans la construction des matériaux de dimensions trop différentes et de proscrire les massifs de béton, intercalés entre les murs de parement, car le parement risque toujours de se détacher du massif, par suite d’un tassement différent et de la liaison insuffisante entre les deux espèces de maçonnerie. Quand les murs se
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- séparent en deux parties, sous l’effet de la gelée ou d’un tassement inégal, aucune ne conserve l’épaisseur nécessaire pour résister à la pression. Dans le barrage de Rochetaillée, la risberme, angle de la retraite
- supérieure, les plinthes, les parapets et les corbeaux sont seuls en pierre de taille. Malgré tous les soins donnés à la construction, j’ai encore remarqué, lors de ma visite au barrage, un fort suintement
- Fig. 2. — Barrage de Rochetaillée. — Réservoir du Furens. (D'après une photographie.)
- d’eau sur le parement d’aval, suintement qui s’explique par les tassements et par la porosité du mortier et de la pierre sous l’effet des fortes pressions. Avec une hauteur de 50 mètres, la pression à charge sur l’arête inférieure est de 6 kilogrammes
- par centimètre carré de surface. En Espagne, au barrage d’Alicante ou de Tibi, cette pression est de 11 kil. 3, et même de 14 kilogrammes au barrage d’Almanza.
- En avant du réservoir, il y a un canal artificiel,
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- LA NATURE.
- ouvert dans le rocher le long de la rive droite et qui remplace l’ancien lit naturel du Furens. Une double ventellerie, au même point d’amont, livre passage aux eaux dans le réservoir et dans le canal de dérivation. Le niveau de la réserve au profit de la ville ne doit pas dépasser 44m,5 en arrière du barrage. Au-dessus de ce niveau s’emmagasinent momentanément les eaux des crues nuisibles. Un canal souterrain ouvert à travers le contre-fort sur lequel s’appuie le barrage, sur la droite ainsi que le canal de dérivation, livre passage aux eaux du réservoir dans un puisard. Le canal souterrain renferme des tuyaux en fonte de 40 centimètres de diamètre, dont le débit dans le puisard est réglé par des robinets. Le puisard sert à répartir les eaux entre la ville et les usines. L’eau destinée aux usines passe dans un canal à ciel ouvert reliant le puisard au lit du Furens en aval du barrage. L’eau pour la ville passe dans un autre canal souterrain et dans un aqueduc spécial, soit directement, soit par l’intermédiaire d’une chambre en maçonnerie. De l’un et de l’autre côté, les débits sont réglés par des vannes régulatrices, et l’aqueduc ci-dessus renferme déjà des eaux de sources, prises dans la partie supérieure de la vallée. Pendant l’été ces eaux de sources ne suffisent pas pour l’arrosage des rues et le lavage des égouts. On recourt alors aux eaux du réservoir, qui servent également à augmenter le débit du Furens, en mesure des besoins des usines qui subissent pendant cette saison des chômages plus ou moins longs. Quant à l’alimentation du réservoir, la ventellerie qui y donne accès reste ouverte tant que le niveau des eaux ne dépasse pas 44m,50. Ce niveau atteint, la ventellerie se ferme et c’est elle qui alimente le canal de dérivation qui s’ouvre. Survienne une crue assez forte pour fournir plus de 93 mètres cubes à la seconde, la ville de Saint-Étienne risque d’être inondée. Alors la ventellerie du réservoir fonctionne de nouveau pour emmagasiner les eaux dangereuses, ce qui arrive quand les eaux du canal de dérivation atteignent 2 mètres à l’échelle. Tel est le mécanisme à la fois simple et ingénieux, auquel Saint-Étienne et les usines du Furens doivent une alimentation d?eau régulière, en même temps que se trouve écarté le danger des inondations.
- D’une capacité égale à celui du lac Noir1 en Alsace, i le réservoir du Furens a cependant coûté beaucoup plus cher, car il est beaucoup plus élevé et complètement en maçonnerie. Sa construction n’en a pas moins donné de bons résultats, si bien qu’après son achèvement la ville de Saint-Étienne vient d’entreprendre un second barrage d’importance égale au Pas-du-Riot, à 2 kilomètres en amont dans la même vallée. Deux autres réservoirs viennent d’être établis également sur le type de celui de Rochetaillée, l’un à Ternay, près Annonay, dans l’Ardèche, l’autre sur le Ban, affluent du Gier. Ce dernier a un barrage de 42 mètres d’élévation et sert à fournir d’eau
- * Voy. la Nature, du 25 décembre 1876, p, 55.
- potable la ville de Saint-Chamond, et à régulariser le jeu des usines du Gier. Les affluents de la Loire supérieure se prêtent en général fort bien à la construction des barrages. Sur beaucoup de points, la roche vive constitue le fond des vallées. Presque toutes ces vallées présentent aussi des parties étranglées, qui ne dépassent pas par places 20 mètres de largeur, en sorte que les constructions peuvent être comme encastrées entre les rochers des deux versants. Partout d’ailleurs ces ouvrages se multiplient, en Dalie, en Afrique, dans les colonies hollandaises des Indes. Dans un autre article nous entretiendrons nos lecteurs des grands travaux hydrauliques en voie d’exécution en Algérie. Charles Grad.
- Logelbaeîh (Alsace), décembre 18Ï7.
- l’atmosphère
- DE LA PLANÈTE VÉNUS
- (Suite, — Voy. p. i.)
- Nous avons vu précédemment que les astronomes italiens au Bengale et les astronomes français au Japon ont confirmé l’existence de l’atmosphère de Vénus; une constatation analogue a été faite en Égypte par les astronomes anglais. A Luxor, entre autres, l’amiral Ommanney, le colonel Campbell et Madame Campbell, avaient chacun leur télescope. Je citerai ici le passage du rapport de l’amiral qui concerne le sujet qui nous occupe, rapport publié par la Société royale astronomique de Londres :
- « Au moment où la planète eut entamé le bord du Soleil pour sortir, un phénomène remarquable se présenta. La portion du disque de Vénus qui était sortie du disque solaire s’illumina d’une bordure blanche, et resta visible et très-lumineuse sur tout le contour de Vénus, jusqu’au moment où la moitié de la planète fut sortie. Alors la lumière diminua, et elle disparut environ sept minutes avant le dernier contact externe. »
- Ainsi, dans ce cas, l’observation a été faite, non avant l’entrée comme à Saigon, mais après la sortie. L’entrée était du reste invisible en Égypte. Pourquoi l’illumination de l’atmosphère de Vénus par le Soleil, vue à la sortie par les astronomes de Luxor, n’a-t-elle pas été vue par ceux de Saigon? La cause doit être non astronomique, mais terrestre, et tenir à l’état de notre atmosphère à Saigon.
- En outre de ces trois observations différentes sur l’atmosphère de Vénus, on trouve une quatrième remarque un peu moins directe, dans un rapport postérieur, dans celui de M. Janssen, établi à Nagasaki (Japon). Lorsque la planète arriva en contact avec le Soleil, l’image de Vénus se montra très-ronde, bien terminée, et la marche relative du disque de la planète par rapport au disque solaire s’exécuta géométriquemeut. Mais il s’écoula un temps assez long entre le moment où le disque de.
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- LA NATURE.
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- Vénus paraissait tangent intérieurement au disque solaire et celui de l’apparition du filet lumineux qui apparaît au moment où Vénus, étant tout à fait entrée, quitte le bord du Soleil pour traverser l’astre.
- « 11 y a là, écrivait M. Janssen, une anomalie apparente, qui, pour moi, tient à la présence de l’atmosphère de la planète. »
- Une photographie prise au moment même où le contact paraissait géométrique montre qu’en réalité le contact réel n’avait pas encore lieu en ce moment. Le fait est facile à expliquer, si l’on suppose que les couches inférieures de l’atmosphère de Vénus étaient plus ou moins chargées de brouillards ou de nuages formant écran. Dans une atmosphère pure même, la réfraction seule peut produire des différences analogues.
- L’atmosphère de Vénus a également été vue par la mission française de l’île Saint-Paul (je suis, dans cet exposé, l’ordre chronologique des documents reçus; celui-ci n’a été publié que dans les Comptes rendus du 25 mars 1875.
- « Un quart d’heure après le premier contact, quand la moitié de la planète était encore hors du Soleil, on aperçut le disque entier de Vénus, dessiné par une pâle auréole, plus brillante dans le voisinage du Soleil qu’au sommet de la planète.
- <i A mesure que Vénus entra sur le disque solaire, les deux parties extrêmes plus visibles de l’auréole tendirent à se réunir en enveloppant d’une lumière plus vive le segment encore extérieur de la planète, et cette réunion anticipée des cornes par un arc de cercle lumineux fut rendue plus complète encore par un petit rebord très-brillant de lumière terminant l’auréole sur le disque de Vénus.
- « Pendant presque toute la durée du passage, la planète a paru d’un noir très-foncé et un peu violette, tandis qu’une auréole d’un jaune très-pâle l’entourait sur le disque du Soleil. »
- Le même fait de la visibilité de Vénus en dehors du Soleil s’est produit pour les astronomes installés à Windsor (Nouvelle-Galles du jSud). Je trouve, en effet, dans les Aslronomische ISachaiçhten du 4 mars 1875, n° 2027 (SchreibendesIUernJ. Tebbutt an den Heransgeber), un passage caractéristique dont voici la traduction :
- « Aucune partie de la planète n’a pu être découverte avant l’entrée, en dirigeant le télescope vers le point ou elle devait se trouver dix minutes avant ce moment. L’observation fut très-précise. Mais lorsque la planète fut entrée de moitié sur le disque solaire, la moitié encore extérieure au Soleil se dessina par une courbe de lumière grise, de moins d’une seconde d’arc d’épaisseur. Ce halo s’accrut graduellement, tant en largeur qu’en éclat, jusqu'à ce que le bord extérieur de Vénus fût arrivé en contact avec celui du Soleil. Cependant la planète projetée sur le disque solaire, ne parut entourée d’aucun halo ni d’aucune pénombre. On ne put découvrir sur elle aucun point lumineux, ni aucune apparence de satellite. »
- A Pékin, l’astronome américain Watson a observé ce phénomène de l’anneau atmosphérique entourant la planète sur son contour extérieur au Soleil.
- L’observation inattendue de cette couronne de lumière a été l’objet d’une discussion- spéciale à la Société royale astronomique de Londres, dans sa séance du 14 mai 1875. A cette séance, M. Russell, astronome du gouvernement à Sydney, s’est exprimé à cet égard dans les termes dont voici la traduction abrégée ; On a vu apparaître, aussitôt après l’entrée de Vénus, un mince anneau de lumière dessinant la circonférence de la planète autour de la partie du disque qui n’était pas encore entrée sur le Soleil. Les observateurs l’estimèrent d’environ une seconde de large. .Plusieurs plaques photographiques montrent une mince ligne d’argent bordant la planète.
- Dans cet anneau de lumière on remarque un élargissement, une sorte de tache, qui se trouve vers la place du pôle de la planète. Un assistant qui regardait le passage et qui n’avait pas remarqué l’anneau, avait remarqué cette tache lumineuse vers le pôle. Les meilleurs dessins de cet élargissement de l’anneau lumineux ont été faits à une station élevée de 2200 pieds au-dessus du niveau de la mer, à l’aide d’un équatorial de quatre pouces et demi et dans une atmosphère si claire, que le bord du Soleil était d’une netteté parfaite.
- On constate sur ces photographies australiennes que la partie du disque de Vénus qui était visible hors du Soleil devait cette visibilité à l’anneau de lumière dont elle était entourée, et non pas à un contraste qui aurait existé entre cette partie du disque et le ciel environnant. Cet anneau était certainement causé par la réfraction des rayons solaires à travers- l’atmosphère de Vénus. La région plus brillante remarquée près du pôle de la planète est particulièrement intéressante, d’autant plus quelle a été obiervéepar divers observateurs tout à fait indépendants les uns des autres. Elle suggère la conclusion que l’atmosphère de Vénus possède une puissance de réfraction plus grande dans ces froides régions polaires, produisant une plus grande extension du crépuscule visible pour nous alors sous la forme d’une ligne brillante.
- A toutes ces constatations ajoutons l’observation qui vient d’être faite en Amérique par M. C. S. Ly-man de Vénus sous la forme d'un anneau lumineux.
- Déjà au moment de la conjonction inférieure de Vénus en 1866, l’auteur était parvenu à voir la planète sous la forme d’un anneau lumineux très-mince; il avait suivi attentivement et de jour en jour son croissant à mesure qu’elle s’était approchée du Soleil, et avait constaté que les deux extrémités de ce croissant s’étaient allongées et étendues graduellement au delà d’un demi-cercle, puis avaient atteint trois quarts de cercle, et avaient fini par se rencontrer et former un anneau lumineux.
- Camille Flammarion.
- — La suite prochainement —
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- LA NATURE.
- SUR LES MOUVEMENTS SPONTANÉS
- d’une PLANTE AQUATIQUE SUiiMEllGÉE
- LE CERATOPHYLLUM DEMERSUM
- Dans un article publié au mois de juin dernier, après avoir signalé chez le Ceratophyllum demersum des mouvements spontanés et périodiques de flexion, j’indiquais l’existence dans cette plante de mouvements de torsion.
- Mais je ne pouvais rien préciser au sujet de leur vitesse, de leur amplitude ou de leur régularité1.
- J’ai, depuis lors, multiplié mes observations, et
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- Fig. 1.
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- bien qu’elles soient loin d’être complètes, les premiers résultats obtenus me paraissent devoir être, dès maintenant, publiés. Un motif particulier me porte à le laire : c’est l’impossibilité de continuer actuellement mes constatations et mes mesures. En effet, il suf-lit de lire les pages consacrées à ces sortes de phénomènes par le sa-vantprofesseurdeWurtz-bourg, M. J. Sachs, dans son Traité de botanique *, pour se convaincre qu’ils sont étroitement liés à l’accroissement.
- Or, à l’époque de l'année où nous sommes parvenus, le développement et, par suite, les mouvements spontanés sont presque entièrement suspendus dans la plante qui nous occupe. Elle traverse une crise physiologique pleine d’intérêt, et dont voici le résumé. L’extrémité de la plupart des rameaux subit- un changement notable. L’élongation du bourgeon terminal, si rapide pendant la belle saison, s’arrête à peu près complètement. Les derniers verticilles restent rapprochés de façon à former une sorte de touffe compacte et thyrsoïde de feuilles imbriquées. L’axe grossit et, souvent, prend une teinte rougeâtre. Les feuilles avaient en été un aspect filiforme, presque capillaire ; elles deviennent, maintenant, plus épaisses, plus charnues, plus amples ; on voit des verticilles où elles atteignent plusieurs millimètres de largeur à l’endroit de leur bifurcation ; si bien qu’elles semblent à peine appar-
- 1 Voy. la Nature du 30 juin, n° 213.
- * Traduction de M. Van Tieghem, p. 913 et 55.
- tenir à la même plante que les feuilles estivales-Elles offrent une forme arquée, concave en dedans, qu’on ne peut leur faire perdre sans les briser. En même temps, leurs épines se fortifient et se hérissent, les vacuoles internes se gonflent de gaz, et, comme ces lacunes paraissent scalariformes, elles donnent à l’ensemble un aspect à la fois strié et nacré. Toute la vie de la plante semble s’être concentrée dans ces sortes de bourgeons, dont le vert gai contraste avec la couleur brunâtre des tiges antérieurement développées. La plante semble procéder à sa toilette et à ses provisions d’hiver.
- L’examen microscopique confirme pleinement ces inductions. Dans une coupe horizontale, la tige estivale se montre composée presque en totalité d’un tissu serré de cellules nettement polyédriques, dont les facettes, qui se projettent sur le champ de vision en hexagones allongés, ne laissent entre elles que peu ou point de matière intercellulaire. Ces cellules ne contiennent pas de
- 10 11 8 7 9 9 10 11 Wùi''
- 5
- Fig. 4.
- s
- Fig. 5.
- matière colorante propre, et c’est à peine si dans un très-petit, nombre d’entre elles on aperçoit de rares grains de fécule (fig. 6).
- Dans la tige modifiée, les cellules, beaucoup moins serrées, ont une tout autre apparence. Leurs angles se sont émoussés, au point qu’elles sont presque sphéroïdales. Elles sont séparées les unes des autres par un épais réseau de matière intercellulaire. Enfin elles sont absolument remplies et comme gonflées par de gros grains d’amidon ; toute la coupe prend, sous l’influence de la solution iodée, une couleur bleu-foncé, très-visible même à l’œil nu. Quelques-unes régulièrement distribuées sont pleines d’un liquide colorant très - réfringent et du plus vif carmin
- (%• 7).
- Rien de plus gracieux, en été, qu’un massif de Ceratophyllum demersum, aperçu à travers l’eau transparente et dormante de nos étangs. Le vert soutenu et très-uniforme du feuillage, le rapprochement des rameaux, la forme conique de leurs mille têtes, le relief ondulé et mamelonné de l’ensemble, les jeux de la lumière dans les clairières ouvertes çà et là, tout rappelle, en miniature, une forêt de pins
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- LA NATURE.
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- maritimes qui aurait été submergée et que l’on dominerait du rivage.
- Tel n’est pas leur faciès automnal. On ne voit plus alors qu’une masse noirâtre, uniforme et vague, sur laquelle tranche vivement un semis de taches rondes, que le contraste fait paraître d’un jaune clair. Ce sont les bourgeons globulaires dont je viens de parler. C’est de chacun d’eux qu’au premier printemps s’élancera le nouvel axe. Les anciennes tiges ne serviront qu’à titre de câbles, pour tenir à l’ancre la jeune colonie.
- En outre, ces bourgeons à feuilles larges et dures qui constitueront la base de la nouvelle tige, sont, en ce moment, extrêmement fragiles : un léger froissement, la lime fine et souple d’un mollusque, les mandibules d’une larve travaillant à se bâtir un abri, la moindre cause, en un mot, suffit pour qu’ils se détachent de la plante mère, et que leur flottille aille fonder plus loin un nouvel établissement. L’excès de gaz, que j’ai signalé tout à l’heure, rend peut-être plus facile leur séparation et leur flottaison.
- Ce mode de reproduction et de dispersion semble assurer au Ceratophyl-lum demersum le moyen de foisonner rapidement, bien que ses graines soient relativement peu nombreuses.
- Quoi qu’il en soit de cette adaptation probable du sommet des tiges aux nécessités de la saison froide, de cette concentration d’énergie qui prépare la prochaine élongation, il est un fait qui, lui, n’a rien d’hypothétique, et c’est celui qui, seul, m’a entraîné à parler des autres : je veux dire la cessation des mouvements de flexion et de torsion dans les axes ainsi modifiés.
- Voici donc, en attendant que la reprise de la pousse me permette de continuer mon travail, quelques faits qui semblent désormais acquis :
- En général, vers six heures du matin, on trouve les rameaux exécutant autour de leur axe de croissance un mouvement de torsion de gauche à droite1. Ce mouvement s’arrête alors et fait place à un mouvement de droite à gauche qui continue ainsi jusque vers onze heures du matin, en moyenne.
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- 1 Des circonstances particulières m’ayant, pour cette fois, rendu impossibles les observations de nuit, du moins les con-
- Les mesures angulaires suivantes montrent dans quelles limites varie l’excursion totale :
- 15 mai.................... 35° en 4 heures.
- 1 8 juin.................. 67° en 3 heures.
- 19 juin................. 207° en 6 heures.
- 20 juin...................88° en 2 heures.
- 21 juin................ . 125° en 2 h. 30 m.
- 22 juin................. 90° en 3 heures.
- 23 juin................. 45° en 1 h. 30 m.
- 24 juin................. 275° en 6 heures.
- 26 juin.................. 220° en 3 heures.
- 28 juin....................40° en 4 heures.
- 12 juillet.................80° en 1 heure.
- 20 juille;................ 70° en 1 heure.
- Ces chiffres donnent une moyenne approximative
- de 36 degrés par heure. Or, comme la période du matin est ( en moyenne aussi) de cinq heures, il en résulte une torsion de 180 degrés, soit une demi-circonférence de droite à gauche.
- Il ne faudrait pas ériger cette formule en règle sans exception, et croire à un synchronisme absolu dans les oscillations de tous les axes. Dans plusieurs cas le mouvement précédent (celui de gauche à droite) se prolonge jusque vers neuf ou dix heures de la matinée, mais ces cas sont peu nombreux et n’atteignent pas le quart des observations totales. La vitesse de cette première excursion est presque uniforme. On verra bientôt qu’elle a, au début, une tendance à l’accélération, et, vers la fin, une tendance au retard.
- Aussitôt que ce mouvement a pris fin, c’est-à-dire entre onze heures et midi, et quelquefois après une courte station, il se produit une torsion inverse de la première, soit de gauche à droite, et cette seconde évolution se continue assez avant dans la soirée. Les mesures angulaires suivantes peuvent en caractériser l’amplitude :
- 14 mai.................. 70° en H heures.
- 15 mai..................102° en 12 heures.
- 17 mai.................. 60° en 2 h. 30 m.
- 18 juin . ...............45° en 5 h. 30 m.
- statations suivies, je suis contraint de ne parler que des mouvements diurnes
- Fig, 0. _ Tissu d’une tige de Ceratophyllum développée en été. Aspect des cellules plus grossies.
- Fig. 7. — Tissu d'une tige au-dessous du bourgeon automnal. Aspect d'une cellule plus grossie.
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- LA NATURE.
- 19 juin..............120° en 10 heures.
- 20 juin................ 35° en 3 h. 30 m.
- 21 juin................ 65° en 1 h. 30 m.
- 23 juin................ 75° en 1 h. 30 m.
- 24 juin................ 50° en 1 heure.
- 26 juin.................115° en 9 heures.
- 9 août................. 83° en 9 heures.
- Ces chiffres et d’autres analogues conduisent à un mouvement horaire de 12 degrés environ, qui est au mouvement horaire de la matinée comme 1 est à 3* En lui attribuant une durée moyenne de sept heures et demie, on arrive à une amplitude de 90 degrés, soit la moitié de celle du matin.
- Quand ce mouvement se termine, U est remplacé par un autre de sens contraire.
- Les nombres qui précèdent n’indiquent en rien les variations de détail que subissent ces mouvements pendant la durée de chaque période. Ces variations seront parfaitement et aisément comprises à l’aide des courbes données dans les figures précédentes. Les degrés y sont comptés sur les coordonnées, et les temps sur les abscisses. Les figures 1,2, 3 et 4 s’appliquent à des cas particuliers, constatés à différents jours en mai et en juin; la figure 5 présente la courbe moyenne calculée entre douze observations, échelonnées pendant les mois de mai, juin et juillet. Il est facile d’y remarquer comment s’accélère et se ralentit ensuite le mouvement du matin, et comment celui qui lui succède diminue constamment de vitesse jusqu’à une immobilité relative.
- Tout ce qui vient d’être dit doit s’entendre des derniers mérithalles du rameau. A l’aide de plusieurs aiguilles, fixées à des hauteurs différentes, on s’assure que le mouvement est à son maximum dans celui qui porte le bourgeon terminal ; qu’il décroît dans les deux mérithalles inférieurs, au-dessous desquels il devient nul.
- Les choses ne se passent pas toujours avec la régularité que je viens d’indiquer; quelquefois la période sinistrorsùm est interrompue par un brusque retour de quelques degrés dextrorsùm, suivis d’une reprise presque immédiate dans le sens primitif. D’autres fois, la rotation est coupée par un moment d’immobilité sans changement de direction.
- Il n’est pas douteux que la torsion des axes ne soit en rapport direct avec leur flexion, mais je ne puis encore établir cette concordance par des chiffres. Une des causes de cette lacune c’est que l’observation de la torsion devient très-difficile dans le cas d’une courbure prononcée de l’axe, par suite des déplacements du plan dans lequel tourne l’aiguille qui sert à mesurer les angles. E. Rodier.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 17 décembre 1877.— Présidence de M. Pëligot.
- ^ Minéraux d argent. — Le secrétaire perpétuel signale d’une manière toute spéciale un mémoire de M. Margottet,
- relatif à la préparation du sulfure, du séleniure et du tel ’ lurure d argent en magnifiques cristaux qui sont renvoyés à M. des Cloizeaux pour en faire l’examen goniométrique. L auteur a constaté que le sulfure d’argent soumis à l’influence de l’oxygène donne de l’acide sulfureux, et de l’argent métallique avec cette circonstance que le métal se présente à un état fibreux, identique à celui de l’argent natif de la nature. Il en résulte d’après l’auteur, que l’argent fibreux de la nature, pourrait bien provenir de l’oxydation incomplète du sulfure d’argent, et tous les minéralogistes apprécieront l’intérêt de cette remarque.
- M. Thomson. — Nous avons dit déjà, que M. William Thomson était nommé associé étranger de l’Académie. On lit aujourd hui le décret approuvant son élection, et ce décret est signé de M. Faye, déjà rendu à la vie scientifique et qui siège comme simple académicien.
- L'alcool et la dépravation. — Le docteur Lunier étudie la production et la consommation de l’alcool opposées à la production et à la consommation du vin, et il constate, que le premier engendre le crime, la folie et la misère! Des cartes coloriées que M. Dumas met sous les yeux de l’Accadémie sont à cet égard extrêmement éloquentes.
- Élection. — La mort de M. d’Omalius d’Ilalloy ayant laissé un vide parmi les correspondances de la section de minéralogie, l’Académie désigne pour le remplir M. Cail-letet, qui réunit 33 suffrages sur 53 votants. 18 voix sont acquises à M. James Hall ; il y a un billet blanc.
- A propos du fromage. — En quoi diffère chimiquement le fromage frais du fromage fait ? telle est la question que s’est posée M. Duclaux dans une note transmise par M. Pasteur. L’auteur reconnaît que les modifications éprouvées par la matière grasse sont insignifiantes. Au contraire la caséine passe presque entièrement à l’état de deux albumines solubles. La raison de ces transformations n’occupe pas encore l’auteur, mais il étudie , les organismes microscopiques qui se développent parallèlement.
- Paléontologie. — C’est avec les termes les plus flatteurs, que M. Gervais présente au nom de M. Gaudry un magnifique volume relatif aux mammifères des terrains tertiaires, et qui fait partie d’une étude générale des enchaînements du monde animal, depuis l’apparition de la vie jusqu’à nos jours. L’œuvre n’est pas de celles qui se contentent d’une simple annonce, et le lecteur en appréciera prochainement l’importance dans un article spécial.
- Sur un alios miocène des environs de Rambouillet. — L’étude des circonstances qui ont présidé en un point donné au passage d’un régime géologique au régime suivant, présente un intérêt particulier, car c’est elle plus que toute autre qui permet de choisir entre les doctrines antagonistes des causes actuelles et des révolutions du globe. Tous les faits observés avec soin dans celte direction paraissent de nature à être accueillis avec intérêt, et c’est pourquoi je crois devoir dire quelques mots de la manière dont se présente le contact du terrain marin des sables supérieurs et du terrain lacustre de la Beauce dans le village même de Cernay-la-Ville, aux environs de Rambouillet.
- Sous une couche de 50 centimètres environ de terre végétale, supportée par 3“,50 de meulières supérieures noyées dans l’argile qui les accompagne toujours, se montre un calcaire marneux blanc remarquable par les innom-
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- LÀ NATURE.
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- brables têts de iymnées qu’il renferme : c’est là, par exemple, qu’on trouve l’intéressante L. condita de Des-hayes.
- Ce calcaire, dont l’épaisseur ne dépasse guère 25 centimètres, repose sur 10 centimètres de marnes blanches sans fossiles qui le séparent d’un lit très-épais et peut-être exploitable, de lignite très-noir et bien combustible quoique assez argileux.
- On sait que précisément à ce niveau, existe, à la côte Saint-Martin d’Étampes, une double couche ligniteuse remarquable par l’abondance et la belle conservation de Potancides Lamarkii qu’on y recueille, mais le combustible est bien loin d’offrir la même pureté et la même épaisseur qu’à Cernay.
- Dans cette dernière localité, comme à Étampes, le lignite couronne l’ensemble des sables de Fontainebleau dont la puissance n’est pas connue ; mais il offre ici cette particularité d’être séparé du sable blanc par une couche d’une sorte de grès friable dont le ciment est à la fois ligniteux et ferrugineux. La composition de cette dernière couche et sa situation par rapport au sable pur et au lignite paraissent significatives. L’analyse que j’en ai exécutée a fourni en effet,les mêmes résultats que l’analyse de certaines variétés d’alios des La : des et tout spécialement d’un échantillon que le Muséum a reçu en 1865 de M. Chambreland et qui provient de Courlouse, commune de Lugos (Gironde).
- Comme on voit, l’alios est remarquable par sa richesse en une substance organique facile à séparer par un lavage à l’eau (Chevreul, Comptes rendus t, LIX, p. 64) et dont M. Cloez a donné la composition (Comptes rendus t. LIX, p. 38). Cette substance oxhydrocarbonée se retrouve dans le grès de Cernay ; aussi paraît-on ne pas devoir hésiter à y reconnaître un véritable alios miocène dont l’allure permet de reconstituer les places par lesquelles a passé le point où il s’est formé. Le sable de Fontainebleau est à Cernay, comme dans beaucoup d’autres localités, dépourvu des caractères les plus nets des terrains sédimentaires ; on n’y voit pas de stratification évidente et les fossiles y font absolument défaut. L’idée que dans beaucoup de cas il représente, comme le sable de Rilly et comme une partie des sables moyens, une dune ancienne s’offre d’elle-même à l’esprit; mais la probabilité fait place à la certitude, quand on constate dans la masse du sable les caractères distinctifs des dunes véritables et des landes auxquelles elles donnent lieu, c’est-à-dirt; le lignite et surtout l’alios. Dans un mémoire remarquable,M.Faye a décrit en 1870 la manière d’être de l’alios des Landes de Gascogne (Comptes rendus, t. LXXI, p. 245), et il a émis à cette occasion une ingénieuse théorie quant au mode de formation de cette substance. Je crois que la plupart des conditions signalées par ce savant dans le terrain récent se retrouvent dans les couches plus anciennes des environs de Rambouillet. Ici comme là, on saisit pour ainsi dire sur le fait, les réactions par lesquelles les plantes réalisent la production du minerai de fer des marais, comme l’a démontré M. Daubrée [Comptes rendus, t. XX, p. 1775). Jusqu’ici il n’a pas été possible de trouver dans le lignite de Cernay d’empreintes permettant de déterminer les végétaux dont il dérive ; peut-être est-ce une raison pour y voir une ancienne tourbe résultant de végétaux cellulaires, comme les algues, et cela le rapprocherait des tourbières subordonnées aux dunes du Danemark et si bien étudiées par M. de Farch-hammer.
- En résumé, il parait évident que dans la localité qui nous occupe le passage de la formation marine de Fon-
- tainebleau à la formation lacustre de la Beauce a été ménagé par la formation atmosphérique, identique à celle de nos dunes et qui a été le théâtre de phénomènes absolument pareils à ceux qui se développent aujourd’hui sur le littoral des océans. L’interprétation de la coupe de Cer-nay, au point de vue des causes actuelles, conduit donc ici, comme dans bien d’autres cas, à substituer l’opinion d’une modification très-lente à l’hypothèse jadis en faveur d’un brusque cataclysme. Stanislas Meunier.
- MÉTÉOROLOGIE
- DU MOIS DE NOVEMBRE 1877.
- Avant d’étudier les cartes de ce mois, nous croyons devoir rappeler quelques-unes des lois qui résultent de l’examen des cartes précédentes, et qui simplifieront le langage dans les discussions ultérieures.
- Les lignes figurées en pointillé indiquent des pressions barométriques inférieures à 760 millimètres. Quelquefois ces lignes se ferment autour d’un centre comme nous le voyons sur les cartes des 23 et 24. Il existe alors un mouvement tournant de l'air, violent généralement, autour du centre des basses pressions et en sens inverse du mouvement des aiguilles d’une montre. C’est un cyclone qui trouble profondément l’équilibre atmosphérique, et nous amène un temps chaud avec pluies et tempêtes.
- Les lignes figurées en traits pleins, indiquent au contraire des pressions supérieures à 760 millimètres. Elles peuvent aussi se fermer autour d’un centre comme nous le voyons sur la carte du 2, où la ligne 770 entoure Carlsruhe. Il existe alors un autre mouvement tournant, mais d’un caractère complètement opposé au précédent. Il est faible généralement, et l’air tourne autour du centre des fortes pressions dans le sens des aiguilles d’une montre. C’est un anticyclone, lequel vient augmenter pour ainsi dire la stabilité de l’équilibre atmosphérique, et amène des vents faibles avec froid et brouillards en hiver.
- lre décade. — La lre décade peut servir d’exemple. Elle nous montre l’existence d’un anticyclone qui apparaît le 1er à l’ouest de la Gascogne et se trouve le 2 vers Carlsruhe. Le vent est faible, il souffle dans le sens indiqué par la règle ci-dessus, et par suite arrive un refroidissement à Paris, où la température descend le 2 au-dessous de la moyenne. Les autres jours, la France se trouve sous l’inlluencc de divers cyclones passant au nord de l’Angleterre et amenant par suite sur nos régions, vent du sud avec élévation de la température et pluies.
- 2e décade. — La concavité des courbes vers le nord-ouest, et leur rapprochement les unes des autres au commencement de la 2e décade, nous font prévoir l’arrivée d’un cyclone important, lequel passe
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- LA NATURE
- le 13 au nord de l’Angleterre. D'autres le suivent, et l’atmosphère est profondément troublée sur nos côtes occidentales, tandis que le centre d’un anticyclone se montre vers Moscou le 15 et vers Craco-
- vie le 18, amenant des vents faibles et du froid dans l’Europe orientale.
- 3e décade. — Un nouveau cyclone est indiqué par
- CARTES QUOTIDIENNES DU TEMPS EN NOVEMBRE 1877. D’après le Bulletin international de l'Observatoire de Paris. (Réduction 1/8.)
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- Jeudi 1 Vendredi 2 Samedi 3 Dimanche k Lundi 5
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- Mardi 6 Mercredi 7 Jeudi 8 Vendredi 9 Samedi 10
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- Lundi 26 Mardi 27 Mercredi 28 Jeudi 29 Vendredi 30
- la concavité des courbes du 22, son centre s'est transporté le 23 et le 24 en Suède ; un second arrivé le 24 se propage vers le sud dans la journée du 25, et ce jour, comme le 22, la mer est grosse sur toutes nos côtes. D’autres leur succèdent enfin du 27 au 30, et, par suite, le caractère de cette dernière décade à Paris est l’existence de pressions
- notablement inférieures à la moyenne d’une température surélevée, et de pluies avec prédominance des mauvais temps. E. Fron.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissaxdier.
- -80. — CORBRIL, TÏP. BT STÉR. CRÉTR.
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- No 239. — 29 DÉCEMBRE 1 877.
- LA NATURE.
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- LA SYNTHESE DES LICHENS
- Les membranes vertes ou jaunâtres que l’on trouve Lppliquées sur les troncs d’arbres(lig. i, A), les taches
- grises qui recouvrent les rochers, ces expansions rami-üées d’un vert glauque ou blanchâtre qui revêtissent les branches mortes des chênes ou des sapins, ou qui j' s’élèvent sur le sol comme des mousses, constituent ! la nombreuse famille de cryptogames connue sous le
- Fig 1. — A. Parmella, grandeur naturelle, vue de face, avec les fructifications saillantes. — B. Nos toc, algues libres. (Grossissement 400.) — C. Collema, coupe du lichen montrant les go-nidies en forme de nostoc. (Grossissement 40P.)
- Fig. 2. — A. Endocarpon pusillum, coupe faite perpendiculairement au thalle du lichen , montrant la fructification qui renferme les sporanges. (Grossissement 320.) — B. Sporanges plus fortement grossis, entourés de petites gonidies.
- nom de Lichens. L’étude des lichens a offert de très-grandes difficultés; ce n’est que tout récemment qu’on a pu se rendre compte de l’organisation et de l’étrange mode de vie de ces singuliers végétaux.
- Leurs fructifications ne permettent pas de les éloigner du groupe des champignons; elles sont absolument analogues dans ces deux classes. Le grand nombre de cellules vertes à chlorophylle qu’ils contiennent semble, au contraire, mettre obstacle à ce rapprochement ; les champignons ne sont jamais verts.
- Avant d’exposer comment cette difficulté a pu être résolue, examinons la manière dont un lichen est organisé. Prenons deux lichens, par exemple, un Collema et un Endocarpon, laisons une coupe mince dans leurs tissus perpendiculairement à leur surface aplatie; examinons au micro-
- G" tonte. —* 1er suoeslic.
- scope les coupes ainsi faites (fig. 1, G et fig. 2, A). Dans l’un et l’autre de ces lichens nous remarquerons dans la partie médiane des filaments blanchâtres qui s’entrelacent et dont les mailles sont de plus en plus serrées à mesure qu’elles s’approchent des bords. Au milieu de ces filaments qui rappellent tout à fait ceux des champignons, nous distinguons chez l’un et chez l’autre lichen des cellules éparses, arrondies et vertes. Dans la coupe d’Endocarpon (fig. 2, A) elles sont isolées les unes des autres, tandis que dans le Collema (fig. 1, C) elles forment, par leur réunion, de petits chapelets qui serpentent au milieu des mailles du réseau incolore. On a appelé gonidies ces parties vertes des lichens. Par le rôle de leur chlorophylle, elles fixent le carbone de l’acide carbonique de
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- Fig. 5. — A. Spores et gonidies mises en liberté. (D’après Stalil.) — B. Commencement du développement. Les spores émettent des filaments qui s'accolent aux gonidies.
- Fig. 4. — Suite du développement du lichen. (D’aprèsStahl.)Lesgo-nidies vertes se sont rapprochées et constituent la masse centrale.
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- LA NATURE.
- l’air, sous l'influence de la lumière, et permettent à ces végétaux de vivre sans être parasites comme les champignons.
- De même que la structure du réseau filamenteux peut être très-différente, la forme de ces gonidies peut aussi varier beaucoup chez les diverses espèces de lichens. Elles peuvent être de simples petits grains unicellulaires arrondis comme dans l’Endo-carpon, quelquefois cubiques, ovales, en paralléli-pipèdes ; ou bien ce sont des filaments cylindriques ou en chapelets comme ceux que nous venons de voir.
- La fructification des lichens que nous pouvons étudier dans la coupe d’Endocarpon rappelle tout à fait celle des champignons ascomycètes (morilles, truffes, etc.). De place en place, plus ou moins rapprochées les unes des autres (fig. 1, A), se trouvent des saillies, parfois vivement colorées en jaune ou en rouge; dans d’autres cas ce sont seulement de simples taches plus foncées qui indiquent à l’extérieur la place où se trouvent les appareils reproducteurs. Ils se composent le plus souvent d’une cavité creusée dans la masse du lichen (fig. 2, A) et renfermant dans son intérieur, au milieu de filaments cylindriques, un certain nombre de longues cellules plus larges au sommet qu’à la base et portées chacune sur un pied étroit. C’est dans l’intérieur de ces sortes de petites poires allongées que se forment les spores.
- Si on suit, en effet, le développement successif de ces fructifications, on voit le contenu de ces cellules spéciales se séparer en un certain nombre de petites masses qui s’isolent des parois et sont ensuite mises en liberté par la destruction d’une partie de la membrane qui les contenait.
- C’est ici que surgit une première difficulté. Si on place ces spores seules sur l’écorce où le lichen vit ! ordinairement, quelles que soient les conditions de chaleur ou d’humidité, il ne donnera jamais un nouveau lichen et, en général, ne produira même pas de filaments blanchâtres. Ainsi les spores des champignons germent, les spores des lichens ne ger-. ment pas.
- Or en étudiant comparativement les gonidies vertes d’un grand nombre de lichens et les algues inférieures unicellulaires ou filamenteuses qui croissent sur les rochers et les arbres, M. Schwendener1 a fait remarquer qu’à chaque gonidie de lichen correspondait une algue libre absolument identique. C’est ainsi, par exemple, que les nostocs (fig. 1, B), petites algues d’eau douce qui forment des masses d’un vert noirâtre au pied des arbres, des rochers, des murs, sont en tous points semblables aux gonidies du Collema (fig. i, C). Une autre algue beaucoup plus commune qui verdit l’écorce humide de tous les arbres a la même forme que les gonidies d’Endocarpon.
- Cet examen minutieux des gonidies comparées à
- 1 S. Schwendener, Unlersuchungen über den Flechten-thallus (Recherches sur le thalle des lichens). Beilr, sur Wiss. Bot. de Nœgeli.
- des algues libres a amené M. Schwendener à énoncer une théorie sur la constitution des lichens. 11 a émis l’hypothèse que le lichen n’est pas une espèce végétale, mais l'association de deux espèces végétales différentes, une algue et un champignon.
- Toute gonidie de lichen est une algue, et M. Schwendener considère le champignon comme un parasite de l’algue qu’il entoure de ses filaments ; il en prend le carbone qu’elle assimile pour la colonie au moyen de la chlorophylle verte qu’elle renferme. Le Collema (fig. 1, C) serait ainsi l’association d’un champignon ascomycète et de l’algue Nostoc )fig.l ,B), l’Endocarpon celle d’un autre champignon et de l’algue Cystococcus.
- L’algue peut vivre seule, le champignon ne le peut pas. Sans l’algue les spores avortent. D’où l’idée que le champignon est parasite sur l’algue ; mais en réalité si cela a lieu, l’inverse existe aussi, comme nous le verrons bientôt ; si l’algue sert au champignon, le champignon aussi est utile à l’algue. Il peut, en effet, s’assimiler directement l’azote, par exemple, et en fournir à l’algue, tandis que celle-ci lui donne en échange l’amidon qu’elle forme en abondance. Il se produit entre les deux associés un échange à l’amiable de matières azotées et hydrocarbonées.
- Beaucoup de lichénologues, qui voyaient toute la classification des lichens à recommencer, n’acceptèrent pas cette théorie et prétendirent qu’elle était démentie par l’observation la plus simple du développement des lichens. Aucune expérience bien précise ne fut cependant faite dans ce sens; mais on ne pouvait affirmer encore la réalité de l’association supposée.
- Un des côtés de la question avait été traité. L’analyse rendait probable l’hypothèse de M. Schwendener. Pour la vérifier d’une façon indiscutable, il restait à faire la synthè e du lichen; c’est-à-dire qu’il fallait, avec une spore du champignon d’une part et une algue de l’autre, constituer de toutes pièces un lichen présentant tous les caractères de ceux qu’on trouve dans la nature.
- Les premières expériences faites à cet égard sont celles de M. Rees en Allemagne et de M. Bornet en France.
- M. Rees a formé une masse gélatineuse analogue à un vrai Collema en faisant germer les spores du Collema glaucescens sur le Nostoc lichenoïdes, mais il n’a pu obtenir de fructifications, la synthèse n’était pas complète.
- M. Bornet a opéré un grand nombre de recompositions analogues, toujours incomplètes, mais il a fait une autre expérience intéressante. L’Endocarpon miniatum a des gonidies qui ressemblent à l’algue Cystococcus. Pour prouver que c’est bien l’algue elle-même, M. Bornet1 a extrait ces gonidies du tissu du lichen et a pu les conserver vivant, et se multipliant en liberté pendant plus d’une année.
- 1 Ed. Bornet, Recherches sur les gonidies des lichens. Annales des sciences naturelles. 5° série, XVII, 1875 et XIX, 1874.
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- LA NATURE.
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- A toutes ces expériences on pouvait encore objecter que jamais ces lichens artificiels n’avaient fructifié, qu’on n’avait pas suivi le cycle complet partant d’un spore de lichen pour arriver par transformations successives à une même spore de lichen.
- Des travaux plus récents ont achevé la démonstration ; l’hypothèse émise par M. Schwendener est maintenant hors de doute.
- On avait cité certains lichens tels que les Opegrapha dont les spores germent sans le contact de l’algue, comme celle d’un champignon, et donnent des filaments libres qui se développent en pénétrant dans l’écorce des arbres. M. Franck a montré que ces lichens ne pouvaient jamais fructifier que lorsque des filaments, venant au dehors de l’écorce, arrivaient à rencontrer une algue y vivant en liberté.
- Mais tout dernièrement M. Stahl a fait la synthèse complète de quelques lichens1. Nous allons en suivre, d’après lui, les diverses phases sur VEndocarpon pusillum, par exemple.
- Revenons donc à la coupe de ce lichen, représentée fig. 2, A. Nous remarquerons que dans la cavité qui renferme les sporanges il se trouve des petits points verts tout autour d’elles. Ce sont des gonidics de même forme que celles du tissu végétatif, mais plus petits. N’étant pas en contact avec les filaments du champignon, elles ne font pas échange de nourriture avec lui et sont par suite moins développées.
- Ces netites gonidies éparses s’accumulent peu à peu tout autour des sporanges à mesure que ceux-ci mûrissent (fig. 2, B). Au moment où les spores sortent des membranes qui les enveloppent et sont mises en liberté, les petites gonidics les accompagnent au dehors. C’est donc un mélange des spores du champignon et de gonidies peu développées qui s’échappent à la maturité des fructifications du lichen (fig. 3, A).
- Placé dans des conditions extérieures favorables, ce mélange ne tarde pas à se développer. Les petites algues unicellulaires s’accolent aux spores et grossissent en leur empruntant de la nourriture, tandis qu’elles leur en fournissent elles-mêmes par l’action de leurs parties vertes sous l’influence de la lumière (fig. 3, B).
- Chaque spore émet de tout côté des filaments cylindriques qui se développent tout autour d’elle ; ces filaments s’allongent de plus en plus, se réunissent, englobent les petites algues qu’elles rencontrent et l’association s’établit d’une manière définitive.
- 11 ne faut pas croire qu’il soit essentiel que les petites algues proviennent du même lichen que les spores. M. Stahl a réussi à produire le même développement avec d’autres gonidies ou d’autres algues.
- Mais revenons au développement de l’Endocarpon : les tubes blanchâtres du champignon continuent à s’accroître de plus en plus, tandis que les algues se multiplient de leur côté en se séparant chacune en deux ou quatre autres. Puis, une sorte de régularisation s’effectue dans toute la colonie, toutes les
- 1 E. Stahl, Bcilrcigc zum enlwickelungsgeschichle der Flechlen. Hcl't. II. — Lcipsig, 1877.
- algues se réunissent en un faux tissu médian. D’un côté, cette niasse verte est revêtue par une membrane incolore; de l’autre, tous les filaments allongés du champignon prennent de plus grandes proportions (fig. 4).
- C’est là que s’arrête la culture faite sur le verre. Mais si le semis initial a été opéré sur la terre humide,le développement continue, et M. Stahl a pu obtenir la reconstitution de l’Endocarpon analogue à celui de la figure 2. Le cycle des transformations est entièrement parcouru.
- Les observations précédentes sont donc par là confirmées, la démonstration est absolument complète et la constitution des lichens définitivement établie.
- Ces curieux végétaux nous offrent l’exemple bien rare dans la nature d’une communauté de deux espèces absolument différentes avec profit pour toutes deux. Nous avons, en effet, parlé de l’échange de nourriture qui s’opère ; mais là ne s’arrête pas l’utilité de l'association. En effet, si l’on observe l’algue lorsqu’elle vit en liberté, on voit qu’une grande humidité atmosphérique lui est .absolument nécessaire. 11 suffit souvent qu’un rayon de soleil arrive sur un tronc d’arbre verdi par les petites algues Palmella pour qu’elles se trouvent subitement desséchées et ne puissent revivre. Tandis que si ces mêmes Palmella se sont associées à un champignon pour former un lichen dont elles constituent les gonidies, la masse cohérente du tissu qu’elles forment peut se maintenir longtemps humide. Ainsi soutenue et protégée, l’algue pourra consen-er sa vitalité malgré la sécheresse ambiante.
- Quant au champignon, nous avons vu que l’algue non-seulement lui fournit du charbon, mais le plus souvent lui est indispensable pour germer, toujours pour fructifier.
- Les modes de fécondations des lichens ont aussi fourni le sujet de beaucoup de travaux ; M. Stahl a même prétendu dans quelques cas avoir observé la sexualité chez quelques-uns d’entre eux ; mais comme pour les champignons ascomycètes, ces indications donnent prise à de très-sérieuses objections, comme l‘a montré M. Van Tieghem. C’est une question dont l’étude n’est pas encore achevée.
- Gaston Bonnier.
- LA COURTILIÈRE
- L’Orthoptèrc le plus massif que nous ayons en France est ce fléau trop connu des jardiniers maraîchers, qui a reçu son nom du vieux mot courtil, qui signifie jardin. La Courtilièrc est hideuse d’aspect, tetra visu, dit M. Fischer dans ses Orthoptera Eu-ropœa. 11 y a une certaine ressemblance avec l’Écrevisse dans ce lourd insecte à corps cylindroïde, à long corselet arrondi en carapace et emboîtant une petite tête, tout le corps d’un brun grisâtre velouté, couvert d’une pubescence hydrofuge. Quand l’insecte a acquis l’état adulte, il offre des ailes supérieures
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- ou pseudélytres, comme de larges écailles grises à fortes nervures noirâtres, bien plus courtes que l'abdomen, et en dessous de très-vastes ailes membraneuses, se repliant au repos en éventail et formant alors deux longs filets fourchus qui dépassent l’abdomen, surtout chez les mâles.
- La Courtilière appartient à la tribu des Grylliens, dans les Orthoptères sauteurs, mais saute mal, vu son corps trop pesant. Le mâle stridule par les belles soirées d’été, en frottant l’un contre l’autre ses pseudélytres, d’un ton doux et comme plaintif, rappelant le cri de l’Engoulevent ; c’est pour attirer les femelles qui courent dans les plates-bandes A l’enfrée des nuits chaudes le mâle vole parfois, en rasant le sol. Ces insectes fouissent le terrain avec une promptitude qui fait penser à la Taupe, comme aussi la conformation des pattes de devant, l’origine du nom du genre Taupe-Grillon, Gryllotalpa. En effet, tandis que les pattes intermédiaires et postérieures sont très-courtes et épaisses, celles de devant ont les jambes façonnées en quatre larges dents noirâtres, rappelant les mains des Taupes et agissant comme elles à la façon de pelles puissantes.
- La femelle de la Courtilière commune , Gryllotalpa vulgaris, Linn., creuse un terrier dans la terre ou le fumier, et y pond un amas d’œufs, d’où sortent bientôt de petites larves blanches sur lesquelles elle veille quelques jours avec sollicitude, jusqu’à ce qu’elles se soient dispersées. Ces Courtilières mangent à toutes les phases de leur existence et comptent parmi les plus voraces de l’ordre des Orthoptères, qui sont les gros mangeurs de la créa* tion entomologique. Ce sont des insectes omnivores, qui recherchent avec avidité les larves souterraines, les chenilles, les vers de terre, dévorent souvent les sujets de leur propre espèce, mais rongent aussi les racines, les feuilles de salade, etc. Quand on les saisit, outre une salive brune que dégorge leur bouche, ils lancent par l’anus un liquide grisâtre et d’odeur désagréable, élaboi’é dans deux glandes postérieures.
- Les Courtilières, qui vivent plusieurs années, passent l’hiver engourdies dans des trous verticaux, qui sont, au printemps, l’origine de galeries rayonnant en tous sens, dans les terrains légers, avec déblais rejetés, comme de petites taupinières. Toutes les racines que ces galeries souterraines rencontrent, sont coupées, soit pour y chercher des larves, soit pour les dévorer ; les dégâts exercés dans les terrains sablonneux et bien ameublis par le hersage sont considérables, au point de rendre impossible parfois
- Courtilière commune. Sujet femelle, adulte
- la réussite des semis de légumes. 11 faut verser de l’huile dans les galeries des jardins, de l’huile lourde de gaz, délayée dans l’eau, si on opère dans la grande culture, ou de l’eau de savon très-concentrée. On recommande encore de placer de distance en distance, au milieu des couches de légumes, des plats en peu enfoncés, ou des pots à fleurs, à demi pleins d’eau, avec quelques gouttes d’essence de térébenthine. Il s’y noie et s’y empoisonne un grand nombre de Courtilières, qu’on ne voit pas le jour, mais qui, la nuit, se promènent à ras de terre. Enfin, le meilleur procédé de destruction est de disposer, çà et là, des tas de fumier un peu chaud, où les Courtilières viennent s’abriter et rechercher des larves. Le matin on visite l’appât-piége et on les tue. Quelques animaux protègent nos cultures en dévorant les Courtilières; ce sont les Taupes, qu’il ne faut pas détruire outre mesure, les Pies-grièches, les Corbeaux, etc.
- La Courtilière commune existe dans toute l’Europe, excepté la Scanie boréale et la Laponie. Elle
- se trouve aussi dans le Caucase et l’Asie mineure et en Algérie, où M. H. Lucas (Exploration scientifique de l'Algérie) l’a rencontrée dans les bois qui entourent le lac Houbeirn (cercle de La Calle), en mai et en juin, se creusant dans le sable des trous assez profonds. Un insecte, réputé en Chine comme guérissant de la rage, avait été remis par le R. P. Perny à Guérin-Meneville, et celui-ci a reconnu dans cet insecte une petite espèce de Courtilière. Le genre Gryllotalpa compte une quinzaine d’espèces très-analogues comme formes et couleurs, à notre Courtilière des jardins. Elles sont d’Égypte, du cap de Bonne-Espérance, de la Chine, des îles Malaises, d’Australie, des États-Unis, de Californie, des Antilles, de la Colombie, du Brésil et du Chili. Un genre très-voisin a été établi par l’entomologiste Samuel Scuder, sous le nom de Scapteriscus, pour des espèces de Courtilières exclusivement, américaines. Maurice Girard.
- DEUX NOUVELLES
- PLANTES JAPONAISES RllSTIOUES
- Les plantes dont il va être question, que nous observons depuis plusieurs années, appartiennent, l’une à la famille des Ribésiacées, l’autre à celle des Asclépiadées. En voici la description.
- Cynanchum macrorhhon. — Plante très-vigou
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- rcuse, à souche très-vivace, robuste, émettant des racines charnues qui s’étendent jusqu’à 1 mètre de longueur sur 8-10 centimètres et même plus de diamètre, à écorce brunâtre, marquée de nombreuses saillies transversalement linéaires. Tiges annuelles très-ramifiées, volubiles, enroulantes et lortement noueuses à l’insertion des feuilles à écorce noirâtre, atteignant promptement 5-6 mètres de hauteur. Feuilles entières, glabres, minces, cor-diformes, parfois hastées, courtcment cuspidées sur un pétiole grêle d’environ 15 centimètres. Fleurs pédicellées, réunies en sorte de capitule ombelli-forme (fig. 1), sur un pédoncule axillaire de 6-9 centimèlrcs; pédicelles grêles d’environ 20 millimètres; calice à divisions très-petites; pétales 5,
- étalés, bientôt rétractés, vert jaunâtre; anthères blanches, dressées. Fruits folliculaires, subtrigones, inégalement anguleux, d’environ 9 centimètres de longueur, légèrement atténués à la base, puis un peu renflés et longuement atténués en pointe, mûrissant en octobre-novembre. Graines ellipsoïdes, gris-brun, scarieuses sur les bords, atténuées au sommet, d’où part un faisceau plumeux de 3-4 centimètres de longueur.
- Le Cynanchum macrorhizon pourra être employé à garnir les tonnelles, ce à quoi il est d’autant plus propre qu’il pousse de bonne heure et que son abondant feuillage ne disparaît qu’à l’approche des gelées. Ses racines, qui acquièrent de fortes dimensions et qui contiennent un principe agglutinatif
- Fig. 1. — Cynanchum macrorhizon en fleurs, sur lesquelles sont pris beaucoup de mouches, même un Capsus, le tout de grandeur naturelle.
- Fig. 2, _ Fleur détaenôo montrant une mouche et un Capsus A, au triple de grandeur naturelle.
- mucilagineux très-abondant, pourraient peut-être trouver un emploi dans l’industrie ou dans la thé-rapeutie. Les fleurs, qui attirent tout particulièrement les mouches, ont une propriété contractile qui fait que les insectes qui vont les visiter se trouvent souvent pris, et qu’alors les inflorescences présentent l’aspect que montrent les figures 1 et 2, que nous avons fait faire d’après nature. C’est donc, comme diraient nos voisins d’outre-Manche, une véritable insectivorous plants; nous, nous dirons : une plante insecticide, ce qui nous parait plus exact, # car si l’on peut mettre en doute quelle « dévore » les insectes, on ne peut nier qu’elle les fait périr. Une fois pris, les insectes sont retenus avec une telle force qu’ils ne peuvent se débarrasser et qu'ils restent et n^se séparent pas des fleurs, mêmé après qu’elles sont sèches. Aussi, quand les inflorescences se désarticulent, elles tombent en entraînant les in-
- sectes qui se sont laissé prendre, s’arrêtent sur les feuilles placées dessous, ainsi que la démontre la partie gauche de la figure 1.
- On multiplie le Cynanchum macrorhizon, soit par boutures, soit par la division des touffes quand elles sont fortes, ou mieux encore par graines, que la plante donne abondamment, qui germent promptement et avec la plus grande facilité.
- Ribes japonicum. — Arbuste buissonneux, rappelant un peu par son aspect général, mais surtout par son feuillage, le Ribes tenuiflorum de Lindley, bien qu’il en soit complètement différent; rameaux divariqués; bourgeons ténus, à écorce jaunâtre, celle des branches grise, fendillée, écailleuse ; yeux très-developpés, couchés, pointus. Feuilles persistantes ou subpersistantes, trilobées, à lobes plus ou moins dentés, crénelés, assez résistantes, fortement nervées en dessous, portées sur un pétiole de 15-22
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- millimètres. Fleurs réunies en glomérules sur des bourgeons axillaires très-courts, campaniformes, dressés sur des pédoncules de 8-12 millimètres, renflés au sommet, verdâtres; étamines ne dépassant pas la gorge de la fleur, à anthères très-grosses, cordiformes. Fruits très-longtemps persistants, sub-sphériques, de 8-10 millimètres de diamètre, couronnés par les restes du calice, à peau d’un très-beau rouge-cerise foncé ou vermillonné. Chair très-mince, bien que pulpeuse, sucrée, mielleuse, mais très-âcre. Graines très-nombreuses, subelliptiques, à testa jaunâtre, renfermant un albumen très-développé d’un beau blanc.
- Les feuilles du Ribes japonicum, à l’automne, présentent souvent un aspect particulier : le limbe s’entoure d’une sorte de bande ou zone rougeâtre qui rappelle un peu celle des Pélargoniums zonales dont, au reste, elles ont un peu l’aspect.
- Les Cynanchum macrorhizon et Ribes japonicum sont actuellement en vente chez M. Oudin, horticulteur à Lisieux (Calvados) *. E. À. Carrière.
- ASSEMBLÉE GÉNÉRALE
- DE LA SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE
- 19 DÉCEMBRE 1877.
- On a si souvent reproché aux Français leur indifférence au sujet des sciences géographiques, si sérieusement cultivées en Allemagne et en Angleterre, qu’il devient tout à fait banal d’insister sur la nécessité de répandre parmi nous le goût de l’histoire de notre globe. On doit reconnaître, d’ailleurs, que les remontrances de quelques esprits éminents et de la presse ont porté leurs fruits ; le public prend actuellement un grand intérêt aux voyages d’exploration, et aux récits qui en sont faits ; il comprend l’importance et l’utilité des voyages, et se montre disposé à les encourager. C’est pour répondre à cette heureuse tendance, que nous consacrons aujourd’hui une place importante à la géographie.
- La Société de géographie de Paris a tenu sa seconde assemblée générale pour l’année 1877, dans le local de la Société d’encouragement, rue de Rennes, place Saint-Germain-des-Prés. L’assistance était des plus nombreuses ; M. le baron de la Roncière leNoury, vice-amiral, sénateur, président de la Société, retenu par une indisposition, s’était fait remplacer par M. le commandant Mouchez, membre de l’Institut, et du Bureau des longitudes. Dans une allocution à peu près improvisée, M. Mouchez a signalé le mouvement imprimé parla Société de Paris aux Sociétés similaires de province ; il a montré l’importance des Sociétés savantes pour vulgariser et démocratiser la science.
- En Angleterre, aux États-Unis, le nombre des publications et des Sociétés ayant cette destination est considérable. Beaucoup de particuliers même tendent au même résultat. Ainsi, l’honorable président a parlé d’un Anglais qu’il avait rencontré pendant son dernier voyage à Pile Saint-Paul, où il se rendait, comme on sait, pour observer le passage de Vénus. Ce lord, qui a fait bâtir à ses frais un observatoire en Écosse, n’avait pas craint d’abandonner
- 1 Revue horticole.
- sa jeune famille et une vie de luxe pour entreprendre un si long et si pénible voyage : cette fantaisie, ou plutôt cette noble préoccupalion, devait lui coûter plusieurs centaines de mille francs. M. le commandant Mouchez a eu raison de citer en exemple un pareil dévouement à la science.
- Un des vice-présidents de la Société, M. Levasseur, de l’Institut, chargé de proclamer les noms des nouveaux membres admis dans la Société depuis la dernière assemblée générale, a avoué qu’ils étaient si nombreux qu’on était cette fois encore obligé de renoncer à l’usage traditionnel de proclamer ces noms en séance publique. C’est un heureux résultat qui prouve la prospérité de la Société. Le nombre des membres nouveaux, qui n’était autrefois que de 50 à 40 en moyenne par semestre, a été de 96 pour la période écoulée depuis la dernière séance générale.
- Aussi la Société, qui a eu des temps difficiles à traverser, si difficiles même qu’en 1848 son existence a pu être mise en question, se trouve-t-elle aujourd’hui en état de se faire construire un hôtel sur le nouveau boulevard Saint-Germain. Sa bibliothèque s’est encore augmentée l’an dernier de 550 ouvrages et de 200 cartes. Le local eue la Société va occuper et dans lequel on espère qu’elle pourra entrer Tanné e prochaine, pour le moment de l’Exposition, permettra de donner encore plus de développement à cette importante collection.
- Comme d’habitude, M. Maunoir, secrétaire général a lu le rapport où il passe en revue les principaux faits géographiques de l’année qui finit. Il a commencé cette fois par la France et par l’Europe; puis, passant à F Amérique, il a montré ce qui s’était accompli dans cette partie du monde, ainsi qu’en Australie et à la Nouvelle-Guinée ; puis il est venu à l’Asie, et il a terminé par l’Afrique, où naturellement le héros de l’année était Henri Stanley.
- Les faits géographiques sont aujourd’hui si nombreux que le rapport annuel qui les relate menacerait, si l’on n’y prenait garde, de devenir une simple nomenclature de noms propres, noms d’explorateurs et de pays. La Société géographique tient à honneur, on le comprend, de n’en omettre aucun.
- La séance s’est terminée par des lectures des plus intéressantes. M. C. Wiener a parlé de l’expédition scientifique française au Pérou; le docteur Harmand a raconté son voyage du Mékhong à la mer de Chine d’où il revient, après un séjour de près de trois années ; mais il s’est seulement occupé de la dernière partie de ce voyage. Parti de Bassac, il a remonté le grand fleuve de l’ïndo-Chine jusqu’à Lakôn. d’où il se dirigea vers l’est, voulant passer dans le Tong-King méridional. Mais la défiance inspirée par les étrangers est très-grande dans ces parages. Impossible, paraît-il, d’obtenir un homme, un éléphant, voire même un poulet, sans l’autorisation des mandarins. On aurait beau offrir 100 francs par jour aux indigènes, ils ne consentiraient pas à porter le moindre paquet, ni même à accompagner l’étranger, s’ils n’en ont reçu l’ordre d’un mandarin. Ënfin à Song-Khôn, le voyageur trouve un mandarin plus facile que les autres, et il se rend chez une population fort intéressante, tributaire de l’empire d’Annam, les Pou-Tahys. Il remonte une rivière qu’il qualifie d’admirable, le Sé-bang-hien. Bien reçu dans le pays, il quitte les Pou-Thays et arrive après une traversée de trois jours par les montagnes, au premier poste annamite. M. Désiré Charnay devait faire le l'écit d’une ascension au Popocatepetl. L’heure avancée de la séance a privé les auditeurs du plaisir de l’entendre. Nous reproduisons ci-dessous les résultats complets du voyage de M. Wiener.
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- EXPÉDITION SCIENTIFIQUE FRANÇAISE
- AU rÉtîOU ET EN BOLIVIE
- ASCENSION DE L’iLLIMANI. L’UNE DES PLUS HAUTES MONTAGNES DO MONDE Pau M. Wiener
- Le 9 juillet 1875, M. Wiener a été chargé par M. le ministre de l’instruction publique d’accomplir une importante mission : l’exploration de l’Empire des Incas dans le haut et le bas Pérou, vaste territoire qui s’étend du 5e au 15e degré de latitude , et qui jadis comprenait l’immense région située entre l’équateur et les régions polaires. Le voyage de M. Wiener avait pour but essentiel de recueillir des faits précis sur les antiques civilisations Péruviennes, qui ont joué jadis un si grand rôle dans l’histoire de l’humanité.
- M. Wiener a trouvé sur son itinéraire les ruines de villes, de forteresses et de temples, vestiges d’une société prospère, mais il n’a rencontré nulle part, dans ces monuments, les traces des représentants de l’homme qui les a élevés. Il n’en a pas été de même dans les tombes, où il lui a été donné d’étudier la momie, qui révèle à l’observateur les croyances, les mœurs et les aptitudes physiques de ces populations qui ne sont plus. Les armes de guerre, les instruments de travail, les vêtements de ces peuplades disparues, se retrouvent dans le tombeau, commentaire éloquent de leurs usages, de leur culte, de leur personnalité.
- M. Wiener a parcouru 15 000 kilomètres à cheval, à mule, à pied et quelquefois en canot. 11 a recueilli des données géographiques importantes, il a exécuté plus de 3000 observations barométriques et de très-nombreuses mesures de longueur, offrant une importance capitale; le pays est en effet beaucoup moins connu qu’on ne le croit communément, et les documents géographiques qui en ont été rapportés sont très-souvent erronés.
- Quand on débarque au Callao, on se trouve dans un milieu fort agréable, charmante imitation de Paris, dit M. Wiener, quoique les habitants soient en grand nombre de couleurs différentes et qu’ils aient leurs ancêtres dans tous les coins de l’Europe, de l’Afrique, de la Chine. Lima ressemble par sa société à la ville de Paris; les habitants en sont accueillants, affables, et le séjour qu’on y passe est de ceux que l’on n’oublie pas. Si l’on pénètre à C0 lieues dans l’intérieur des terres, la scène change complètement : on se trouve en plein moyen âge espagnol ; la vue des habitants, de leurs costumes, rappelle les grands vitraux d’églises gothiques. Plus loin, à 60 lieues de là encore, on est en présence d’un autre tableau : c’est celui que fournissent des peuplades tout à fait sauvages, c’est celui de l’homme primitif contemporain. Suppression complète du vêtement; seule occupation : la chasse; armes en bois, en roseau, haches de pierre : tels sont les caractères saillants dos habitants de ces régions.
- On se demandera comment trois étapes de l’histoire de l’humanité peuvent ainsi coexister sur un terrain relativement restreint. II suffit, pour trouver l’explication de ce fait, de jeter les yeux sur une carte du Pérou. Les deux chaînes transversales des Andes (fig. 5) divisent le pays en trois parties ; l’Européen débarqué sur le rivage à l’ouest, a pu avoir des relations avec l'entre-Cordillèrc, tandis qu’il est resté presque absolument étranger à la troisième région, protégée par la vaste chaîne orientale des Andes, et à peu près impénétrable. i
- M. Wiener a passé les Cordillères à sept reprises différentes, à des hauteurs de 4200 mètres entre Huanchaco et Cajamarca, et de 5070 mètres à Yinco-caya entre Puno et Arequipa. Dans le voyage longitudinal qu’il a entrepris entre les deux Cordillères, l’explorateur a souvent atteint des hauteurs considérables, de 4363 mètres, notamment au Cerro de Pasco; il a séjourné plus de trois mois à 3700 mètres d’altitude sur les hauts plateaux de Cuzco et de Puno, plateaux énormes qui n’ont pas moins de 600 kilomètres de longueur. C’est de là que l’on aperçoit l’Illampu et l’illimani, les deux points extrêmes de la chaîne du Sorata.
- M. Wiener se trouvait dans la capitale de la Bolivie quand il prit la résolution de faire l’ascension de celte dernière montagne, une des plus hautes qui existent dans le monde. Il associa à cette rude entreprise un jeune Péruvien, M. Ocampo, et un Russe, M. de Grumbkow.
- Les voyageurs partirent de la Paz (Chuquiapo) le 11 mai 1877 ; ils longèrent le pied de l’illimani, marchant pendant deux jours consécutifs dans le lit à moitié desséché du fleuve de La Paz, un des tributaires du Béni. Cette exploration est extrêmement curieuse. Le lit de l’immense cours d’eau a tantôt 1 kilomètre de large, tantôt quelques mètres seulement. Les eaux torrentielles qui Je constituent ont arraché à la Cordillère le terrain peu solide tandis qu’elles n'ont pu entamer le quartz et le granit qui en revêtissent çà et là les versants : dans ces derniers endroits, on admire des rapides grandioses que les habitants nomment les Angos-taras.
- Pendant quarante-huit heures, les explorateurs eurent à passer plus de deux cents fois les bras du Rio, moins difficiles à franchir d’ailleurs que les rapides existant depuis Obrajcs jusqu’à Cotana. Dans cette dernière localité, M. Wiener et ses compagnons purent pendant quelques jours prendre des forces, avant de tenter la périlleuse ascension.
- Cotana se trouve sur le versant sud-est de la montagne à 2441 mètres au-dessus du niveau de la mer. La montagne a une base rectangulaire presque carrée; un des angles de cette base est dirigé vers le nord, de sorte que de La Paz on aperçoit le côté nord-ouest, et de Cotana, le côté sud-est.
- L’ascension fut entreprise de ce côté le 19 mai 1877.
- Il eût été possible de passer la nuit à une hauteur
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- LA NATURE.
- supérieure à celle de Cotana où la température nanes, des oranges, mais M. Wiener ne voulut pas moyenne est de 20° à 22° centigrades, où le climat risquer de séjourner à de trop grandes altitudes sur chaud permet la culture de la canne à sucre, des ba- ' ces vastes plateaux des Andes, où le corps s’engour-
- Fig 1. — Vase de Chimbote (Pérou) antérieur à la Fig. i.— Tête postiche de Chancay (Pérou) trouvée sur une
- civilisation des Incas. momie du temps des lucas.
- dit, où la volonté s’émousse sans qu’on en ait conscience. Il préféra tenter l’entreprise en partant d’un niveau inférieur.
- Les voyageurs arrivèrent à mule à la hauteur de 4217 mètres; ils laissèrent leurs montures à cette altitude, à dix heures du matin. Ils commencèrent alors l’ascension à pied, et rencontrèrent bientôt une aeequia, une prise d’eau antique, dernier vestige des travaux des anciens habitants. En longeant un cours d’eau torrentiel, ils s’arrêtèrent çà et là pour contempler des cascades d’un effet imposant et dont l’une n’avait pas moins de 80 mètres de hauteur. A 4310 mètres d’altitude, ils quittèrent la limite extrême de la végétation pour entrer dans le domaine des neiges éternelles. Les difficultés de l’ascension allaient commencer.
- Un des versants de l’Illimani se trouve constitué
- en schistes ardoisiers, délités en plaques immenses, mêlés de feuillets plus petits; ce terrain mobile
- coupait douloureusement les pieds des voyageurs, traversant aussi bien les solides chaussures européennes que celles des Indiens qui accompagnaien t M. Wiener.
- A deux reprises différentes, la marche des voyageurs fut arrêtée par des pans de mur naturels assez élevés. On dut faire la courte échelle ; en montant sur les épaules les uns des autres, un des explorateurs put atteindre le sommet de ces remparts de schiste. Au moyen de cordes de peau de bœuf, il lui fut possible de hisser ceux qui étaient restés derrière lui.
- A 5900 mètres d’altitude, survint une scène inattendue. Les Indiens qui avaient accompagné M. Wiener refusèrent de monter plus haut. Malgré les
- Fig, 5. — Coupe en bois sculpté trouvée à Cuzco, ancienne capitale de I Empire des Incas (Pérou). Réduction 1/6.
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- exhortations et les menaces, ils se préparèrent à descendre. Suivant les idées superstitieuses du pays, c’est aller contre la volonté du ciel que d’oser franchir le mont Illimani. De terribles châtiments atten-
- dent l’audacieux qui tente l’entreprise. Celui qui monte en haut du pic n’en descend jamais.
- Il était 5 heures 50 minutes du soir ; malgré la fatigue et l’action déjà sensible du mal des monta-
- Fig. 4. — Vue de l’IUimani, au Pérou, une des plus hautes montagnes du monde, dont l’ascension a été faite pai 11. Wiener , le 11 mai 1877. Le pic du milieu représente le Condor blanc (6386 mètres), les deux pics de droite figurent le Pic de Paris 16131 mètres) et 1 ’lllampu (6011 mètres). D’après une photographie communiquée Dar M. Wiener
- (jnes, M. Wiener et ses compagnons résolurent de i le sommet du pic qui se dressait devant eux. Ils
- continuer 1 expédition. Ils sentaient qu’il ne fallait n’hésitèrent pas à le tenter.
- plus qu un dernier et suprême effort pour atteindre i Le soleil, disparu derrière la montagne, était déjà
- Chaîne maritime
- Chaîne orientale
- Puna ou Pampa
- Valle i
- OUEST
- Fig 5. — Coupe transversale do la Cordillère des Andes du Pérou.
- caché pour les voyageurs. Après une marche des plus fatigantes sur les pentes couvertes de neige, ils atteignirent enfin le point extrême; c’est-à-dire l’altitude (le 6131 mètres, au-dessus du niveau de la mer.
- Us s’arrêtèrent pendant quelques moments, faisant la lecture du baromètre ; puis ils se mirent en mesure de faire bouillir de l’eau pour en prendre le point d’ébullition qu’ils trouvèrent de 79°,4. Le
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- résultat de ces observations fut inscrit sur un parchemin que M. Wiener enferma dans un tube de métal, avec mention de la date et de l’altitude. Les voyageurs voulaient que les traces de leur entreprise ne fussent pas perdues si la mort devait les surprendre à la descente. Ils enveloppèrent ces documents dans un drapeau aux couleurs nationales, ils placèrent le tout dans une crevasse du pic qu’ils venaient de gravir, et qui désormais s’appelait le Pic de Paris.
- M. Wiener et ses deux amis avaient les pieds littéralement gelés, quoique l’insolation fût vive : le thermomètre marquait, en effet, un peu avant d’atteindre le sommet, 7 degrés au-dessus dé zéro ; le ciel était pur, mais tout à fait foncé, d’un bleu noirâtre.
- La descente offrait des périls plus grands encore que ceux de l’ascension. L’obscurité, à la chute du jour, fut presque complète, et les explorateurs attendirent avec anxiété le lever de la lune ; c’est avec une joie sans pareille qu’ils saluèrent l’apparition du croissant de l’astre des nuits. Après une marche de dix-huit heures, ils revinrent aux environs de Cotaîia, à 5444 mètres d’altitude. M. de Grumbkow tomba malade, il eut une fièvre cérébrale des plus graves. M. Ocampo, resté valide pendant quelques jours, fut aussi frappé du même mal, et pendant plus de deux mois, ses jours fuient sans cesse menacés. M. Wiener échappa à ces dangers; il s’était accoutumé pendant plus d’un an à respirer l’air des hauts plateaux du Pérou, et ses poumons s’étaient habitués au milieu des hautes régions.
- M. Wiener a pu mesurer exactement la hauteur des pics de l’illimani : le Condor blanc s’élève à 6586 mètres, à 200 mètres environ au-dessus du Pic de Paris, qui domine lui-même de 500 mètres, en nombre rond, le sommet voisin de l’Atchojpaya (fig. 4 et 5). Ces montagnes des Andes sont à peine connues. A 50 lieues au nord du Cerro de Pasco, il en est même dont l’élévation est absolument ignorée. M. Wiener a mesuré là quelques pics qui avaient 5900, 6100 et 6200 mètres d’altitude : les résultats qu’il a obtenus jettent une vive lumière sur la géographie de ces régions. Quant à la hauteur du Chim-boraso, elle a été souvent exagérée. M. Wiener ne veut pas s’en rapporter aux affirmations précédentes de M. Pentland, qui s’est trompé grossièrement en donnant à ce mont célèbre une altitude de 8000 mètres. M. Pentland l'avoue lui-même, dans une lettre écrite à llumboldt. Il a commis une erreur de plus de 5000 pieds dans la mesure qu’il a faite de l’illimani.
- M. Wiener ne s’est pas borné à entreprendre dans des conditions aussi remarquables que hardies l’exploration des Andes du Pérou, à faire l’ascension d’une des plus hautes montagnes du monde1, il a visité les monuments anciens dont le pays abonde, il a fouillé les tombeaux, il a rapporté des photographies, des dessins innombrables, il a
- 1 M. Wiener a dépassé l’altitude à laquelle tous les ascensionnistes en montagne sont parvenus avant lui, à l’exception des frères Schlagintwcit qui, le 18 août 1855, auraient atteint, d’apres ce qu’ils attiraient, la hauteur de 6766 mètres dans les monts Himalaya. Rappelons que le Mont-Blanc a 4810 mètres
- parcouru des régions habitées par des peuplades primitives, des sauvages grossiers qui ne connaissent pas l’usage des vêtements ; il a recueilli, enfin, une incomparable collection de crânes, de poteries, d’étoffes, qui formeront les plus intéressants objets du Muséum d’Ethnographie, dont la fondation est due à l’initiative de M. le baron de Watteville et dont l’exposition publique s’organise actuellement au Palais de l’Industrie, à Paris.
- Nous décrirons en détail ce musée unique dans son genre ; il nous suffira de dire aujourd’hui que la France doit à M. Wiener des spécimens admirables d’une céramique antique dont la variété est infinie. Parmi les milliers d’échantillons rapportés par le jeune et vaillant explorateur, il y en a plus de six cents qui offrent des formes tout à fait différentes les unes des autres.
- M. Wiener a rapporté plusieurs beaux vases de terre trouvés à Santa au Pérou. L’un d’eux appartient à la civilisation des Chimus, qui ont régné sur la côte à cent cinquante lieues au nord de Lima, et qui ont été vaincus par les Incas avant la conquête espagnole. Le vase de Chirabote (fig. 1) est de la même origine ; il représente une tête humaine remarquable au point de vue de l’art; il se distingue de tous les autres et montre combien était exubérante l’inspiration de ces anciens céramistes.
- M. Wiener a trouvé dans ses fouilles un grand nombre de momies. Elles sont accroupies dans les tombeaux, emballées dans du coton avec des idoles, des vêtements, etc., et enveloppées de plusieurs linceuils qui en font un véritable ballot. Ce ballot, placé debout, est coiffé d’une tête postiche façonnée avec un coussin rembourré d’algue marine sèche. La figure 2 représente une de ces têtes postiches, trouvée à Chancay, à huit lieues et demie au nord de Lima. Cet objet se rattache à la dernière civilisation des Incas avant la conquête, civilisation qui paraît avoir subsisté à une époque postérieure. M. Wiener a confirmé cette opinion dans ses recherches, en trouvant un chien européen momifié. Précédemment un explorateur français, M. Quesnel, avait recueilli un vase de verre, style Renaissance, placé auprès de la momie d’une Indienne.
- Notre figure 5 représente une des pièces les plus curieuses de la collection. C’est une coupe en bois sculpté, dont la fabrication était très-rare au Pérou. Cette coupe trouvée à Cuzco, ancienne première capitale de l’empire des Incas, est extrêmement ancienne; elle remonte à l’époque des civilisations antérieures à la conquête espagnole.
- Nous venons de résumer de notre mieux les résultats de la mission française au Pérou, en reproduisant aussi fidèlement que possible le récit que M. Wiener en a présenté à l’assemblée générale de la Société de géographie. Nous nous associerons en terminant, au vœu de l’explorateur, qui demande que sans négliger les voyages au pôle nord et dans
- d’alLitude. M. Wiener a donc dépassé de plus de 1300 mètres le sommet du géant des Alpes.
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- l’Afrique centrale, on n’oublie pas non plus les immenses richesses ethnographiques et archéologiques que révèle l’immense territoire, dans bien des parties inconnu, de l’Amérique du Sud. Ceux qui aiment à vaincre les difficultés, les périls, les dangers, y peuvent exercer leur courage, tout en ayant à l’avance la certitude de recueillir pour la science une ample moisson de faits nouveaux. Gaston Tissandier.
- NOUVELLE PÉDALE
- POUR LA TRANSMISSION DU MOUVEMENT DANS LES TOURS ET LES MACHINES A COUDRE. (PÉDALE MAGIQUE DE M. BOURDIN.)
- Dans un article publié dans la Nature1, nous avons parlé des moteurs à gaz et des services qu’ils pouvaient rendre dans les petites industries, en faisant mouvoir un tour ou une machine à coudre par exemple, la manœuvre de la pédale habituelle est sans doute difficile et fatigante; l’invention de M. Bourdin la simplifie considérablement, et mérite d’être décrite à côté des moteurs mécaniques.
- La pédale est habituellement rattachée par une bielle rigide à une manivelle calée sur l’arbre de la machine qu’on veut mettre en mouvement ; l’oscillation déterminée sur la pédale par le pied de l’ouvrier est recueillie par la bielle et transmise à la manivelle dont elle détermine la rotation avec celle de l’arbre ; puis de là le mouvement est communiqué aux différentes pièces du mécanisme. On voit que dans de pareilles conditions,f’amplitude d’oscillation de la pédale est rigoureusement déterminée par la longueur et la disposition des deux tiges rigides, bielle et manivelle qui la relient à l’arbre principal. C’est d’ailleurs la situation qu’on rencontre dans toutes les machines mises en mouvement par une force physique, détente de gaz ou de vapeur, etc. La position occupée par les différents organes métalliques résulte à chaque instant de l’intensité de l’effort moteur calculée à l’avance ; toutes les pièces sont solidaires, et le mouvement de l’une d’elles détermine celui des autres. On évite ainsi tous les jeux et les oscillations nuisibles, et c’est d’autant plus facile que les efforts en présence sont constants et bien déterminés.
- 11 n’en est plus de même quand l’effort moteur est fourni par un organe animé, et surtout par le pied de l’ouvrier. L’effort ainsi déterminé est essentiellement variable, et il faut que le pied s’adapte en outre à l’oscillation de la pédale dont il veut déterminer le mouvement. 11 faut qu’il s’élève et s’abaisse avec elle d’une quantité résultant de la construction de la machine, et qu’à la fin de l’oscillation il fournisse encore l’effort moteur nécessaire pour franchir le point mort. C’est là une difficulté tenant à la rigidité des pièces, c’est elle qui oblige les ouvrières à faire un apprentissage assez pénible pour habituer le pied, à cette oscillation d’une amplitude déter-
- * Voyez 5e année, 1877, 2e trimestre, p. 58.
- minée, dans laquelle l’effort doit encore être fourni à propos, et lorsqu’elles passent d’une machine à une autre, elles rencontrent souvent une amplitude nouvelle, et elles sont obligées de modifier cette habitude péniblement acquise. Pour la machine à coudre en particulier, il y a plus encore; car le mouvement ne doit y être amené que dans un seul sens pour éviter toute rupture, et cependant quand la manivelle est arrêtée au point mort, c’est-à-dire que le bouton occupe le point le plus élevé ou le plus bas de sa course circulaire, le mouvement communiqué à la pédale pour mettre la machine en marche peut déplacer le bouton aussi bien vers la droite que vers la gauche si l’on n’y prend garde. C’est ainsi que les ouvrières inexpérimentées déterminent dans la machine un mouvement en sens inverse qui casse le fil ou brise les aiguilles, elles sont alors obligées de s’arrêter pendant un temps fort long pour effectuer les réparations nécessaires. De pareils arrêts perdent un temps précieux et diminuent beaucoup leur salaire, car elles sont habituellement payées d’après la longueur de couture, et elles ne gagnent pas plus de 5 centimes par mètre.
- Au point de vue physiologique, l’oscillation de la pédale doit être communiquée par les membres inférieurs, et le déplacement ne devrait pas se faire sentir plus haut que les genoux. Cependant, comme l’articulation des pieds ne se prête pas beaucoup à une oscillation d’une amplitude un peu grande, elle se fatigue par suite assez rapidement, et l’ouvrière peu habituée arrive à mettre toute la jambe en mouvement pour communiquer l’effort moteur nécessaire ; l’oscillation se produit alors dans les articulations de la hanche, et les jambes frottent l’une contre l’autre dans leurs parties supérieures. Ce mouvement d’oscillation de la jambe entière continué trop longtemps, entraîne une foule de conséquences nuisibles à la santé, et les médecins recommandent en effet de l’éviter en faisant mouvoir la machine.
- La pédale Bourdin remédie à ces inconvénients dans une certaine mesure, car elle est d’un maniement plus facile, elle n’exige aucun rhythme particulier, aucune oscillation d’une amplitude déterminée et trop considérable dans le mouvement du pied, elle supprime ainsi à peu près la nécessité de l’apprentissage, car elle peut recueillir tous les efforts moteurs malgré leur faiblesse et leur irrégularité, elle eu tire parti, et les ajoute à la force vive du volant de la machine. Elle évite en même temps tous les à-coup si fatigants pour l’ouvrière en supprimant les points morts, et elle empêche, comme nous le disions, les mouvements en sens inverse.
- Le dispositif est représenté dans la figure ci-contre, il comporte deux pédales comme on le voit, elles sont mises chacune en mouvement par un des deux pieds, elles s’élèvent et s’abaissent alternativement avec le pied conformément au mouvement naturel de l’homme. Une courroie en cuir part d’une des pédales, va s’enrouler sur un manchon mobile autour de l’arbre moteur, passe de là sur une poulie
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- de renvoi disposée au-dessous du milieu de la table, revient ensuite s’enrouler sur un second manchon analogue au premier, et se termine finalement à la seconde pédale à qui elle est rattachée comme à la première au moyen d’un crochet. Les pédales ainsi reliées posséderont bien un mouvement alternatif, puisque Tune devra s’élever tandis que l’autre s’abaissera. Entre les deux manchons dont nous venons de parler, est disposée sur l’arbre une poulie creuse sur ses joues et solidaire avec lui. Les manchons commandés par la courroie comprennent deux disques en forme de roue dentée qui viennent s’emboîter dans les joues creuses de droite et de gauche de la poulie médiane.
- Ils communiquent à cette poulie et par suite au mécanisme de la machine, le mouvement qu’ils reçoivent de la courroie par un système particulier d’encliquetage que nous décrirons tout à l’heure. Jusqu’à présent, le mouvement des manchons est celui-ci : lorsque la pédale de droite s’abaisse, la courroie est tendue de haut en bas, le manchon de droite tourne d’avant en arrière, la poulie du haut tourne vers la droite, le brin de gauche se soulève, il fait tourner d’arrière en avant le manchon de gauche, il descend ensuite jusqu’à la pédale de gauche et la soulève. Lorsque la pédale de gauche s’abaisse à son tour par l’effort naturel des pieds, l'effet inverse se produit, c’est le manchon de gauche qui tourne d’avant en arrière, celui de droite va au contraire d’arrière en avant, et la pédale de droite est soulevée avec le pied droit qui se relève.
- La poulie médiane est destinée à recueillir comme nous l’avons dit le mouvement moteur, c’est-à-dire celui du manchon correspondant à la pédale qui s’abaisse, celle de droite par exemple, elle doi laisser tourner librement au contraire l’autre man chon qui ne produit pas alors d’eflort moteur, et tourne en sens inverse du mouvement pendant que la pédale de gauche s’élève. On aurait pu y réussir
- au moyen d’un encliquetage comprenant un pied de biche établissant la solidarité entre les deux poulies pour la rotation dans un seul sens, comme on en rencontre par exemple dans les roues des tambours des horloges; mais M. Bourdin a préféré avec raison une transmission par des balles en caoutchouc qui communiquent une élasticité remarquable à cet
- encliquetage, et évitent tous les à-coup si fatigants pour l’ouvrière. La poulie médiane présente à droite et à gauche des bords saillants constituant une sorte de boîte dans laquelle est logé le disque solidaire avec le manchon du même côté. Ce disque d’encliquetage présente, comme on le voit, six dents dissymétriques également espacées, et terminées en pointe courbe, le rayon des pointes est légèrement plus faible que le rayon intérieur de la poulie centrale, et le disque peut tourner librement dans la boîte, mais les dents mobiles isolent constamment six cavités égales laissées vides entre les parois de la boîte et le disque qui la remplit. Dans chacune de ces cavités est logée une balle en caoutchouc plein, qui ne peut sortir, ainsi qu’on le voit sur la figure. La pesanteur dispose les balles à l’intérieur de ces cavités, et tend à leur donner la position la plus basse qu’elles peuvent occuper; les unes glissent aussi loin qu’il est psssible dans l’angle courbe, formé par le plan incliné de la dent du disque et la paroi de la boîte, c’est le cas pour les trois balles de la droite sur la figure. Celles de gauche au contraire viennent se loger dans la partie concave au-dessous de la dent ; elles ne jouent plus aucun rôle pour la transmission des mouvements, puisqu’elles ne sont plus au contact des parois de la boîte. Pour une rotation de droite à gauche, les trois balles de droite vont se mettre en prise et déterminer la solidarité entre les deux poulies, la poulie centrale va se mettre en marche et entraîner avec elle tout le mécanisme, et le mouvement continuera tant que le disque tournera dans le même sens,
- Fig. 2. — Dispositif adopté au volant de la machine Wheeler pour empêcher le mouvement en sens inverse
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- puisqu’à chaque instant, en raison de l’action de la pesanteur, les trois balles seront en prise, celles de gauche seules n’intervenant pas. Si on considère au contraire le même disque tournant de gauche à droite, les halles de droite elles-mêmes n’établiront aucune solidarité avec la poulie centrale, elles ne seront plus en prise, puisqu’à chaque instant les parties élargies des cavités marcheront à la rencontre des balles pour les desserrer; celles de gauche resteront toujours logées, dans la cavité des dents. Dans cette rotation en sens inverse de la première, le mouvement du disque n’affecte plus la poulie médiane, et on voit par suite qu’il est impossible de changer le sens de la rotation de cette dernière, une fois que l’appareil est construit.
- Or, quand une pédale s’abaisse, le brin qui lui correspond tire le manchon et son disque de droite à gauche comme l’indique la ligure, la poulie médiane devient solidaire avec le disque et en éprouve le mouvement. L’autre pédale au contraire s’élève pendant que la première s’abaisse, le disque correspondant est sollicité de gauche à droite, et tourne comme il a été dit, sans agir sur la poulie médiane. Quand la première pédale s’élève, les mouvements sont inversés, son disque tourne en sens inverse de sa rotation antérieure; mais il perd toute relation avec la poulie, et c’est au contraire le second disque épousant alors le sens du mouvement qui devient moteur à son tour.
- Grâce à cet encliquetage, il est impossible d’inverser le mécanisme, et nous avons dit en commençant combien ce résultat est important pour une machine à coudre, car le fil se rompt souvent en pareil cas, et il faut arrêter la machine pour remettre tout en ordre. La machine Wheelcr et Wilson présente déjà une disposition analogue pour empêcher l’inversion des mouvements, c’est elle qui a pu donner la première idée de l’encliquetage Bourdin. Un coursier circulaire creux est disposé devant la jante du volant comme l’indique la figure, le coursier va en se rapprochant constamment de la jante et l’emboîte presque à sa partie inférieure, il sert à loger une balle en caoutchouc qui tend à descendre le long du coursier sous l’action de la pesanteur, et ne peut en sortir à cause du rapprochement de la jante. La rotation du volant dans le
- sens inverse de celui de la flèche mettrait immédiatement la balle en prise, et le mouvement se trouverait dès lors arrêté ; la rotation directe au contraire n’est plus gênée par la balle;' celle-ci est entraînée par le frottement, elle remonte le long du coursier et redescend indéfiniment. — Cette disposition est moins ingénieuse que celle de l’appareil Bourdin, mais on voit qu’elle repose sur le même principe, et qu’elle empêche aussi efficacement l’inversion des mouvements.
- Dans un pareil dispositif, on peut communiquer à la pédale un mouvement quelconque si faible ou irrégulier qu’il soit, il sera toujours recueilli et transmis à la machine sans amener les à-coup, si fatigants pour l’ouvrière ; les points morts sont ici complètement évités, puisque la courroie conserve toujours le même bras de levier sur son manchon. Un volant calé sur l’arbre de la machine régularise le mouvement, et fait disparaître les variations d’intensité résultant de l’irrégularité de l’effort moteur. La courroie s’attache plus ou moins loin sur le crochet de la pédale afin d’être conservée tendue, et on peut même écarter le crochet si on le désire, afin de varier l’amplitude d’oscillation.
- Pour ce qui est de l’ouvrière , on voit que ses pieds fonctionnent alternativement dans des conditions identiques, la fatigue est diminuée dans une proportion considérable, puisque la pédale peut tirer parti de l’effort moteur le plus léger. Le travail est rendu plus naturel et plus facile, on n’est plus amené à soulever la jambe entière pour mettre la machine en mouvement, et enfin la nécessité de l’apprentissage est à peu près supprimée. Toutes les transmissions de mouvement ont perdu la rigidité métallique, elles sont devenues flexibles et élastiques, et mieux adaptées à la nature animale du moteur.
- La pédale Bourdin peut s’adapter avantageusement aux tours de précision des joailliers et des bijoutiers; elle permettra même d’éviter dans de pareils cas l’emploi des moteurs mécaniques, l’ouvrier peut diriger sa pédale avec beaucoup plus de facilité, car il sent à chaque instant la résistance à vaincre, et il peut y proportionner l’intensité de son effort. 11 peut le suspendre tout à fait quand il le désire et laisser la machine marcher seule, en vertu
- Fig. 5. — Pédale de M. Bourdin adaptée à une machine à coudre.
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- de la vitesse acquise, ou bien l’arrêter entièrement au moyen d’une barre servant de frein qu’il vient presser contre le volant. Pour les tours de précision dans tous les métiers délicats, où il faut varier à chaque instant l’effort moteur, le travail intelligent de l’homme est bien mieux approprié que l’effort inconscient d’une force physique. Dans de pareils cas, la pédale peut être supérieure au moteur mécanique, et comme celle de M. Bourdin se rapproche bien mieux des conditions du travail de l’homme, elle sera choisie de préférence ; c’est ce qui nous a engagé à lui consacrer un article aussi étendu.
- L. Bâclé,
- ancien élève de l’École polytechnique.
- CHRONIQUE
- Société météorologique de France. — Dans sa séance du 18 décembre cette Société a procédé au renouvellement annuel de son bureau et de son conseil. M. Hervé Mangon aété élu président. MM. le général Farre, d’Abbadie, Lunier et Dausse, vice-présidents, MM. Léon Teisserenc de Bort et Lemoine secrétaires, MM. Sartiaux et Redier vice-secrétaires, M. Angot, trésorier, M. Renou, archiviste.
- Mastic au liège pour les surfaces métalliques. — Le lieutenant Leonljew, du génie maritime russe, vient de prendre un brevet pour un enduit destiné à préserver les métaux; il a surtout pour but d’empêcher la condensation des vapeurs sur les grandes surfaces métalliques et d’éviter ainsi la grande absorption de chaleur qui en résulte dans les espaces renfermés. Après des expériences officielles suivies, cet enduit a été adopté dans la marine russe et employé sur les cloisons en tôle du Pierre-le-Grand et sur le klipper Dschigit.
- La surface à enduire doit d’abord être soigneusement frottée avec du pétrole, c’est une condition essentielle de la bonne adhérence de l’enduit, puis, à un intervalle de vingt-quatre heures au moins, recouverte d’une double couche de minium de bonne qualité. On applique ensuite sur ce minium une couche de la composition suivante : pour 40 parties d’huile de lin chauffée au feu et non à la vapeur, on ajoute, 1,5 de litharge, 1.5 de minium de fer, 1 d’acétate de plomb, 1 de blanc de plomb. On agite le tout jusqu'à mélange complet et on peint au pinceau ordinaire.
- Vient ensuite l’enduit au liège proprement dit, qui se compose de 20 parties de blanc de plomb, 1 de litharge, 5 de minium, 2 d’ocre, 0,25 de manganèse, 8 d’huile de laque et 4 de vernis ; mélange auquel on ajoute du liège râpé autant qu’il est nécessaire pour obtenir une masse qui puisse encore s’étendre au pinceau.
- Quand cette peinture est prise, sans être encore tout à fait sèche, on jette dessus du liège en poudre fine, ce que l’on fait le plus commodément avec un soufflet. Quand elle est tout à fait sèche, le soufflet sert encore à enlever tout le liège qui n’a pas adhéré. Sur cet enduit bien sec, on peut peindre d’une couleur quelconque.
- (Mittheilungen aus dem Geb. der Seewesens.)
- les torpilles aux États-Unis. — Le Broad Arrow du 20 octobre signale quelques importantes inventions laites à l’école des torpilles de Newport, et en premier
- lieu, un appareil à un fil du professeur Farmer, et au moyen duquel un opérateur, placé dans un canot de service ordinaire, peut le diriger et le manœuvrer à volonté. Le lieutenant Mac Clean est aussi l’auteur d’un bateau-torpille électrique destiné à aller porter les torpilles sous les flancs d’un navire ennemi. Ce bateau manœuvre toujours seul, excepté le cas où le trajet à parcourir est long et exige un mécanicien pour entretenir les feux. Il est muni d’un appareil électrique qui a huit opérations différentes à accomplir, quoique ses dimensions soient extrêmement restreintes. C’est lui qui produit la propulsion du bateau, qui actionne le gouvernail et la mise en train de la machine. Il est relié à un câble électrique aboutissant à un autre appareil placé à bord du bâtiment auquel appartient le bateau-torpille, et qui sert à diriger cet engin et à contrôler ses mouvements. Le bateau marche sans faire aucun bruit et en déroulant ce câble, qui permet à l’opérateur de le diriger à sa guise sans être aucunement exposé. On ignore si le bateau doit être ou non sacrifié après qu’il a réussi dans son attaque. (Revue maritime.)
- Un singe nouveau. — Le R. P. Pozzi, mission naire dans l’Amérique méridionale, a rapporté au Muséum un singe nouveau pour la science et appartenant au petit groupe des ouistitis. Cette espèce, à laquelle M. Milne-Edwards a donné le nom de Midas tripartitus, a été trouvée dans les forêts qui bordent le Rio Aapo, cours d’eau de la République de l’Equateur. Elle doit son nom à la répartition singulière de ses couleurs qui, noires sur toute la tête, sont jaunes sur les épaules, la poitrine et les bras, puis deviennent d’un gris-olivâtre mélangé de noir sur tout le reste du corps. L’animal semble revêtu d’une sorte de bonnet noir et d’une veste jaune dont les manches seraient plus foncées. La queue est brune à sa base et noire dans le reste de son étendue. Les lèvres sont bordées de poils blancs qui simulent les moustaches et s’arrêtent au-dessous du nez. Cette espèce est l’une des plus jolies du petit groupe des Tamarins, qui compte tant de représentants aussi remarquables par le brillant que par la variété de leurs couleurs.
- (Bulletin de /’Association scientifique.)
- Antiquités babyloniennes. — A Londres, au Bri-tishMuseum on vient d’installer dans la section des antiquités plusieurs sculptures intéressantes d’origine babylonienne. Les objets en question ont été trouvés dans les environs du village de Zira, sur l’emplacement où se trouvait autrefois une ancienne ville, dont le nom est ainsi indiqué : Zer-goul. Mais la pièce la plus intéressante est un torse de basalte noir, d’une dimension énorme, chargé de différentes inscriptions dont quelques-unes renferment des noms et des termes inconnus jusqu’ici. Le nom du roi Hemmurebi y apparaît à plusieurs reprises, et semble indiquer que les objets proviennent du dix-septième siècle avant Jésus-Christ. La collection contient aussi d’anciennes briques. En même temps le Conseil des Cuslees, ou conseil d’administration de l’établissement, a fait l’acquisition de la collection de dessins et de copies d’inscriptions, rapportés par feu George Smith, l’ouvrage posthume qu’a laissé ce savant. L’histoire de la Babylonie sera, à ce qu’on annonce, publiée par les soins non du British Muséum, mais d’une Société spéciale.
- Routes dans l’Afrique centrale. — Afin de pénétrer dans l’intérieur de l’Afrique, les Anglais s’occupent activement d’ouvrir des routes dans le Zanguebar, contrée soumise à leur influence.
- La première de ces routes, qui part de SaJani, à
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- 15 lieues au nord de Ragamoyo, est déjà terminée sur une longueur de 300 kilomètres. M. Price, missionnaire écossais, la prolongera jusqu’à Ujiji, et un ingénieur la continuera jusqu’au lac Victoria Nyanza.
- On doit y établir prochainement un chemin de fer américain, dont les wagons sont commandés en Angleterre.
- La seconde roule a été commencée à Davy-Salama, à 12 lieues au sud de Zanzibar. C’est l’évêque anglican qui est le directeur de celte entreprise subventionnée par la Société des missions d’Oxford.
- — On annonce le départ de New-York d’une expédition chargée d'aller rechercher au fond de l’Océan des lingots d’or et d’argent, ainsi que des objets précieux, représentant une valeur de 30 millions, qui ont été engloutis près de Venezuela, lors du naufrage du vaisseau espagnol San Pedro Alcantara. Ce bâtiment de guerre sombra en 1815, au large de l’île de Cuaga. I.e capitaine Goodrich, de Newburyport, réussit en 1816, à l'aide de plongeurs, à retrouver 150 000 francs en argent. En 1845, une autre expédition ramena à la surface de l’eau 1 million de francs, et, en 1855-56, deux steamers américains recouvrèrent respectivement 1 million et 1 500 000 francs. La nouvelle expédition qui se propose de repêcher le restant des 30 millions est munie d’appareils sous-marins perfectionnés.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 2i décembre 1877. — Présidence de M. Peugot.
- Électro-gravure sur verre. — Il y a peu de temps, M. Gaston Planté faisant arriver dans un voltamètre un très-puissant courant électrique au moyen d’une électrode de platine contenue dans un tube de verre, remarqua que ce tube était profondément corrodé par la décharge. L’esprit de M. Planté n’est pas de ceux qui laissent sans les féconder les indications du hasard, et l’Académie reçoit aujourd’hui de cet ingénieux et infatigable chercheur la description d’un procédé de gravure électrique du verre et du cristal. Il consiste à recouvrir la plaque à graver d’une dissolution concentrée de nitrate de potasse mise en rapport avec l’un des pôles de la pile et de promener sur le dessin l’autre pôle terminé par un fil de platine.
- La pile employée' par M. Planté se compose de 50 à 60 éléments. Les résultats sont, paraît-il, merveilleux de délicatesse.
- M. Ruhmkorff. — Le secrétaire perpétuel signale la perte que viennent de faire ceux des membres de l’Académie, que leurs recherches conduisaient à faire des expériences de physique. L’un des auxiliaires les plus dévoués, qu’ils trouvaient alors, le constructeur Ruhmkorff vient de mourir, et plusieurs académiciens, M. Dumas, M. Faye, M. Sainte-Claire Deville, rappellent les obligations qu’ils ont contractées envers lui. On sait comment la construction de la bobine électrique a rendu européen le nom de M. Ruhmkorff, auquel le second empire avait accordé une distinction analogue à celle que Volta avait reçue du premier.
- Liquéfaction de l’oxygène. — C’est de deux côtés à la fois qu’arrive la nouvelle de la liquéfaction de l’oxygène.
- Poursuivant les travaux dont nous avons déjà parlé M. Cailletet constate que l’oxygène soumis à la fois à une lempérature'de—29° et à une pression de 270 atmosphères, P’-ûs abandonné tout à coup à la détente, se remplit d’un
- brouillard qui est incontestablement formé d’oxygène liquide, sinon solide. Cette découverte qui date du 3 décembre, et dont l’auteur a démontré la réalité à une réunion de savants qui s’est tenue le 16 décembre dans le laboratoire de l’Ecole normale, a été tenue secrète pour des raisons de délicatesse que nous avouons ne pas bien comprendre. M. Cailletet était comme on sait candidat à une place de correspondant, et il pense que l’Académie ne doit pas porter le jugement sur des travaux trop récents.
- En même temps que cette communication, M. Dumas résume une note qu’il reçoit de M. Raoul Pictet, de Genève. Dans une expérience exécutée le 22 décembre au soir, l’auteur a liquéfié aussi l’oxygène; mais, paraît il, sur une plus grande échelle. Son appareil, bien différent de M. Cailletet, consiste en une cornue de fer forgé contenant du chlorate de potasse et communiquant avec un très-épais et très-résistant tube de verre. L’oxygène, dégagé par la chaleur, s’accumule dans le tube et se comprime lui-même jusqu’à 320 atmosphères. Il est alors refroidi à 140 degrés au-dessous de zéro; et, pour cela, voici comment on opère ; de l’acide sulfureux liquide vient circuler autour de tubes contenant de l’acide carbonique lui-même liquéfié, et c’est celui-ci, ainsi prodigieusement refroidi, qui vient circuler autour du tube à oxygène. Ces circulations sont obtenues à l’aide de quatre pompes actionnées par une machine à vapeur de 15 chevaux; et on les prolonge pendant plusieurs heures. Si alors on découvre subitement l’orifice du tube où M’oxygène est comprimé, la détente détermine à la lois l’apparition du nuage déjà signalé plus haut, et même la production d’une certaine quantité de liquide qui se maintient dans le tube.
- Le fer météorique de Sainte-Catherine. — En entrant dans la salle, l’attention est tout de suite attirée par de grandes plaques de fer poli. Elles ont été sciées au travers d’une des masses météoriques, dont nous avons déjà parlé plusieurs fois comme ayant été découverts dans la pro vince de Sainte-Catherine, au Brésil. Ainsi que M.Daubrée le fait observer, elles sont remarquables par leur structure éminemment bréchiforme : elles sont constituées par une sorte de mosaïque de fragments métalliques très-anguleux, reliés les uns aux autres par un courant composé de pyrrholène, de graphite et de fer oxydé magnétique. Cette structure rappelle celle des blocs de fer soumis à l’action explosive de la dynamite, et la composition du ciment a été reproduite par l’auteur dans des expériences où il soumettait du fer métallique chauffé au rouge à l’action de vapeurs de sulfure de carbone.
- Stanislas Meunier.
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- RÉCENTES OBSERVATIONS
- DE LA PLANÈTE MARS
- J’ai suivi pendant l’opposition de Mars de cette année, avec une attention soutenue, les différentes apparences physiques que nous a présentées cette planète voisine. Je me suis rendu compte du déplacement de ses nuages. Cette étude est attachante et extrêmement curieuse. J’ai vu les nuages se mouvoir sur Mars comme sur la terre avec à peu près la même vitesse que nos cyclones. J’ai constaté deu.x
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- LA .NATURE
- lois, en octobre et en novembre, la translation de deux taches blanchâtres du nord-ouest à l’est; la première fois, la tache blanchâtre a traversé la planète dans l’espace de seize jours. Après la disparition de ces taches, je voyais une bande sombre, qui s’était tenue au sud ou aux environs de l’équateur, remonter vers le nord. 11 paraît y avoir de la périodicité dans ces changements. Je résume ici mes observations en donnant mes principaux dessins de la planète, pour l’intelligence de mes descriptions.
- J’ai commencé seulement le 13 septembre à observer Mars ; le 15 septembre, une bande équatoriale sombre, bien définie, se tenait sur l’équateur. Le 22, à 9 heures, mon dessin rappelle beaucoup celui de M. Henry, du 26 août, reproduit dans la Nature.
- Aspects de la planète Mars.
- !•' octobre 1877. i octobre, 8 h.
- Quelques jours plus tard, l’aspect de Mars était indécis. Je me demandais déjà si Mars n était pas trop loin pour l’observer nettement, quand le 50 sep-
- 16 octobre, S h. 18 octobre, 8 h. 43.
- lembre, les détails sont apparus bien caractérisés, et le 1er obtobre j’ai fait un dessin qui montre une tache blanchâtre au nord-ouest; une bande foncée s’avance sur l’équateur, elle s’étendra le 9 jusqu’à l’est. Au sud, je vois une surface triangulaire d’une teinte rouge uniforme, qui a paru ainsi pendant trois jours en avançant un peu au sud-est.
- Le 4 octobre, l’endroit occupé par la tache blanchâtre se dessinait différemment Cette tache se voyait comme l’indiquent les dessins ci-dessus; c’est la seule fois qu’elle avait un tel aspect.
- Le 18 octobre, j’ai vu Mars envahie aux trois quarts par la bande sombre et je fus très-étonné le lendemain de voir celle-ci réduite de moitié ; il y avait aussi autour du pôle un cercle sombre que j’ai déjà vu le 6 octobre, mais plus foncé ce jour-là.
- On remarquera que la tache polaire est toujours visible. N'est-elle jamais couverte de neige? ou bien
- les nuages de Mars ne sont-ils pas de même nature que les nôtres?
- A la fin d’octobre, je ne voyais que la bande sombre qui se tenait sur l’hémisphère nord, près de l’équateur, où j’ai entrevu une ligne blanche qui suivait les contours de la partie foncée, le 26 à 8 heures 50 minutes.
- Le 28, un ciel brumeux qui m’empêche devoir la tache polaire, me laisse cependant voir la bande sombre. Au commencement de novembre, l’aspect de Mars redevient confus.
- Je copie mon registre d’observations pour le 15 novembre :
- « Belle soirée, Mars facile à voir ; la bande sombre redescend vers le sud où elle est limitée par un espace rouge bien défini comme à l’ordinaire; au nord-ouest petite place aussi brillante que le pôle à l’endroit où j’ai vu une tache blanchâtre le 1er octobre. »
- Le 16 novembre, j’ai pu observer deux fois et suivre la rota- 19 octobre, 8 h.
- tion de Mars et la
- marche de la tache blanche qui m’a paru ce jour-là moins brillante; à 7 heures 50 minutes je la voyais au bord de la planète.
- 13 novembre, 7 h. 16 novembre, 3 h. 23.
- C’est le 23 que j’ai vu cette tache pour la dernière fois. Je l’aperçus moins de temps que précédemment en observant à peu près aux mêmes heures, c’est que Mars ne se présente plus dans sa forme ronde ; la tache est dans la partie non éclairée.
- Il s’est passé vingt-huit jours entre la disparition delà première tache et l’apparition de la seconde.il n’est pas probable que ce soit la même. Il est vrai qu’elle avait à parcourir sur l’autre hémisphère un plus grand arc de cercle. Mais un nouveau tourbillon a pu se produire aux mêmes lieux et sous les mêmes influences que le premier. La bande sombre est remontée au nord comme après la disparition de la tache d’octobre. E. Duval.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissasdier.
- Comjhil. Typ. etstér.Cniirj
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- N* 240,
- 5 JANVIER 1878
- LA NATURE
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- LES MINES DE DIAMANTS
- DE L'AFRIQl'E AUSTRALE.
- Il existe dans l’Afrique australe un bassin géographique, dont la forme singulière mérite d’attirer l’attention. Borné vers l’est par la chaîne du Draken-herg, dont les plus hauts sommets atteignent l’altitude de 3000 mètres, et au sud par la chaîne moins élevée du Stormbcrg, il est séparé au nord du bassin du Zambèse et à l’ouest du grand désert de Kalahari par de simples collines. De forme ovale, à ne consi-
- dérer que l’ensemble, il s’étend du nord au sud sur une longueur d’environ 1500 kilomètres, du 20e au 52e degré de latitude sud, et sur une largeur de 600 kilomètres entre les 21e et 29e degrés de longitude orientale. Comme on voit, ce bassin n’est limité d’aucun côté par la mer; les eaux qu’il reçoit s’écoulent par deux fleuves, l’Orange qui se déverse à l’ouest dans l’Atlantique et le Limpopo, à l’est, dans l’océan Indien. Tous deux se sont ouvert un passage, par des gorges étroites, dans la ceinture qui entoure le bassin. Un peu avant d’arriver à la gorge par laquelle il sort, l’Orange reçoit un grand
- Mines de diamant de l’Afrique australe. Rush de Colesberg-
- Kopje, province de Natal. (D’après une photographie.)
- affluent, le Vaal, dont le cours est au moins aussi considérable que celui du fleuve principal. D’ailleurs quantité d’autres affluents plus petits drainent la surface entière dont il vient d’être question.
- Au point de vue politique, ce grand bassin intérieur comprend au sud trois comtés de la colonie anglaise du cap de Bonne-Espérance, puis l’État libre d’Orange et la province de Griqualand, riche en terrains diamantifères, que la Grande-Bretagne s’est récemment annexée, puis au nord le Transvaal, qui était aussi un État libre, fondé par les émigrés hollandais, de même que l’État d’Orange, et qui vient aussi de se donner au gouvernement anglais. L’Orange et le Vaal forment les frontières intérieures de ces États.
- A l’intérieur du bassin, les pentes sont très-douces, presque insensibles, à tel point qu’il semble à l’œil que ce soit une immense plaine de niveau. Cependant la différence d’altitude entre le bord extérieur et le point le plus creux atteint quelques centaines de mètres. Au contraire, au dehors, les pentes sont abruptes, surtout au sud et à l’est. L’aspect général du pays est triste; il n’y a point d’arbres. Le plus souvent la pierre manque, en sorte qu’il faut bâtir en briques séchées au soleil Il y existe quelques petites villes peu peuplées. Les colons d’origine européenne sont dispersés sur des fermes de grande superficie, de 2000 à 20 000 arpents, où ils se livrent surtout à l’élevage des troupeaux. On peut évaluer la population à 400 000 in-
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- 0* année. — I " semestre.
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- LA NATURE.
- dividus dont un tiers de race blanche. Les indigènes ne sont point méchants; ils montrent même une certaine aptitude à se civiliser.
- On est porté à croire que ce bassin était jadis rempli par les eaux en grande partie, et qu’il se sera desséché à mesure que le Limpopo et l’Orange s’ouvraient par érosion un passage dans la ceinture de montagnes. On y trouve en effet des cailloux roulés, des plages de sable, des fossiles d’animaux et de plantes, des lits de rivière et des lacs où il n’y a plus d’eau. Il semblerait même que le niveau des eaux continue à s’abaisser, car on s’aperçoit que les lacs qui y existent encore diminuent d’étendue, et que les sources sont moins abondantes depuis l’époque très-récente où les Européens s’y sont établis.
- La géologie de cette contrée est peu connue ; celle de la province anglaise de Natal, comprise entre le Drakenberg et la mer, a été mieux étudiée et peut en donner une idée. Or, à Natal, une arête granitique se montre, orientée du sud-ouest au nord-est, à peu de distance de la mer et à peu près parallèle au littoral. Si l’on s’avance vers l’intérieur des terres, en partant de cette arête, on rencontre des gneiss, des schistes, des marbres, c’est-à-dire toutes roches qui ont été modifiées par la chaleur, puis une formation puissante de grès, qui s’élève jusqu’aux sommets du Drakenberg. Ces grès plongent sous une couche de porphyre argileux, dont l’épaisseur atteint quelquefois 400 mètres. C’est une argile bleuâtre, dure, compacte, contenant des blocs de granit, de gneiss, de quartz, de grosseur très-variable. Ces blocs sont polis, mais non roulés. On pense que cette couche a une origine glaciaire. Le trias et l’oolithe manquent complètement sur le territoire de Natal, et le terrain crétacé y est seulement représenté tout à fait au sud par un dépôt d’étendue limitée qui appartient probablement à l’étage des grès verts. Les couches de formation plus récente ne sont pas signalées.
- La houille affleure en beaucoup d’endroits, mais elle est de qualité médiocre, à cause de la proportion de cendre qu’elle fournit en brûlant. Les minerais de fer sont abondants et riches. Il y a des minerais de cuivre qui donnent jusqu’à 70 pour 100 de métal. Enfin on a trouvé de l’or, non point dans les alluvions, mais dans le quartz, ce qui en rend l’extraction difficile dans un pays où l’industrie est encore peu développée. Le placer le plus important de cette région est sur le territoire du Transvaal, entre Leydenburg et la baie de Lagoa, au long de l'arête granitique dont il a été question plus haut. On s’est assuré qu’il y en a aussi près delà ligne de faîte, entre les bassins du Limpopo et du Zambèsc. Les indigènes les exploitent tant bien que mal, en écrasant les fragments de quartz et en recueillant les paillettes qui s’en détachent par le choc.
- Il est vraisemblable que le grand bassin intérieur du Limpopo et de l’Orange ressemble beaucoup à Natal sous le rapport géologique ; on rapporte qu’il
- s’y trouve de vastes espaces de terrains argileux, où l’eau courante fait défaut, mais que les fermiers recherchent néanmoins, parce que l’herbe y pousse fine et que le climat en est salubre. On dirait que toute cette pointe de l’Afrique australe est émergée depuis une époque prodigieusement reculée, en sorte que les étages secondaire et tertiaire n’ont pu s’y déposer, sauf en des parties très-restreintes.
- Il y a dix ans à peu près, une découverte inattendue a été faite dans ce grand bassin intérieur où, jusqu’alors, les colons européens ne songeaient qu’à élever des boeufs et des moutons. On y a trouvé des mines de diamants d’une richesse fabuleuse près du confluent de l’Orange et du Vaal. Les uns racontent qu’un berger, après avoir enduit de boue sa cabane pour en boucher les trous, s’aperçut que cette boue desséchée scintillait au soleil; d’autres disent qu’une pierre brute dont les enfants d’un fermier s’amusaient fut reconnue pour être un diamant de grosseur merveilleuse. Quoi qu’il en soit de la découverte, les amateurs de fortune rapide y arrivèrent par milliers. Les mineurs se mirent à exploiter d’abord les sables des rivières ; ils trouvaient des diamants mélangés à des pierres de toute sorte, agates, grenats, granits, feldspaths. Un peu plus tard, on s’aperçut qu’il y en avait des filons beaucoup plus riches à distance des rivières. En certains endroits, le terrain schisteux forme des éminences d’une trentaine de mètres au-dessus de la plaine; au centre de chacune de ces éminences, il y a une sorte de puits rempli de détritus de nature très-variée, au milieu desquels les diamants sont dispersés. Notons que ces puits ont quelquefois des dimensions considérables. Celui de New Rush, le plus riche de tous, a 200 mètres de large sur 300 de long. Là dedans, chaque mineur se choisit un claim, carré de 10 mètres de côté. Lorsque la mine a une grande superficie, comme celle que représente notre gravure, on y ouvre des rues entre deux lignes de daims, afin que les voitures puissent circuler. Le mineur établit au bord de la rue, au moyen de solives et de planches, une sorte de plate-forme avec garde-fou et chèvre, ensuite il se met à creuser; les terres jetées sur la plate-forme, d’abord à la pelle, ensuite avec un seau et une corde lorsque la profondeur s’accroît, sont emmenées à la brouette ou à la voiture jusqu’à l’endroit où s’opère le triage. Chacun fouille à sa guise, sans s’occuper des voisins ; aussi les éboulements sont-ils fréquents ; si l’éboule-ment se produit sur le côté, c’est tout bénéfice, puisque celui qui le reçoit n’a que la peine d’enlever les matériaux pour en faire le triage ; si l’ébou-lement survient sur la façade de la rue, l’ouvrier peut se trouver enfoui ou écrasé par les voitures qui tombent dans son excavation. Ces accidents arrivent assez souvent, parce que le mineur, pour ne rien laisser perdre, fouille volontiers sous le sol de la rue qui reste ainsi en surplomb.
- La terre diamantifère est écrasée grossièrement ; on la passe au tamis pour en séparer les pierres ;
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- enfin on Létale sur des tables pour faire le triage à la main. L’exploitation est donc fort simple ; il paraît que le plus petit diamant, même à l’état brut, jette un tel éclat, qu’un mineur exercé le distingue tout de suite; mais les ouvriers négligents en laissent beaucoup perdre, si bien que certaines gens ne font autre chose que repasser les sables déjà triés, et y gagnent aisément leur vie.
- Il a été dit plus haut que les diamants gisent dans des puits ou pans (ce mot hollandais veut dire cavité), mélangés à des sables ou terres de nature diverse. Ces précieuses gemmes ne se montrent pas partout en même quantité; il y en a davantage sur le pourtour qu’au centre. Lorsqu’elles sont de petite taille, il y en a beaucoup; si elles sont grosses, il y en a moins; au-dessous d’une roche de grande dimension, le mineur est presque certain de trouver un fort gros diamant. A part cela, tout est irrégulier dans ces mines singulières. Les minéraux dont le puits est rempli sont si variés, ils diffèrent tant de la roche schisteuse qui en forme les parois que l'on est obligé de conclure que ces sables ont été amenés du dehors.
- Mais d’où sont-ils venus et quel phénomène les a entassés là dedans? Bien que l’on prétende avoir trouvé au milieu des couches diamantifères une écaille d’huître, des ossements et d’autres débris des temps modernes, il semble admis par les géologues que le pan est un cratère de volcan éteint, et que les sables qui le remplissent s’y sont introduits de bas en haut. Ce serait un cas d’alluvions verticales, et les minéraux ainsi confondus dans la masse seraient les débris de toutes les couches inférieures. Il reste à expliquer comment les diamants s’y sont mélangés. Ils n’ont pas été charriés avec le reste, car ils sont fragiles; le choc les aurait réduits en poussière. On a proposé l’explication suivante qui est assez ingénieuse. Avant que le volcan fût tout à fait éteint, et lorsque son cratère était déjà comblé, il y aurait eu émission de fumerolles d’acide carbonique qui, perdant son oxygène en chemin, aurait déposé du carbone à l’état cristallisé.
- Nous ne donnons cette hypothèse que pour ce qu’elle vaut. Le seul fait certain est que ces mines de l’Afrique australe se sont montrées d’une richesse excessive. Cinq ans après la première nouvelle de celte découverte, il y avait 20 000 habitants dans cette région jusqu’alors déserte, et l’on en tirait pour 50 millions de francs de diamants chaque année. Notre gravure qui représente le rush de Co-lesberg-Kopje fait voir avec quelle énergie les mineurs exploitaient le terrain. Depuis cette époque, l’exploitation s’est transformée, comme cela était arrivé déjà dans les placers de l’Australie et de la Californie. Ce ne sont plus des individus isolés qui fouillent la terre au petit bonheur, comme l’on dit; ce sont de puissantes compagnies, avec des ouvriers, des ingénieurs et des machines à vapeur. Il y a moins de monde occupé à ce rude travail ; il y en
- a un peu plus dans les fermes d’alentour qui fournissent à la nourriture de cette colonie industrielle1.
- H. Blerzy.
- LA BOUCHE DES INSECTES
- Depuis bien longtemps on admire, et avec juste raison, comment la Nature sait par les moyens les plus divers atteindre au même but ; mais ce qui est peut-être plus admirable encore, c’est, pour ainsi dire, la thèse contraire, la simplicité, l’unité du plan sur lequel elle a modelé des organes qui, pour arriver à un but identique, doivent opérer par des procédés tout à fait dissemblables.
- Les exemples en sont nombreux, mais parmi ceux qui sont les plus connus, les plus faciles à examiner, nous pouvons citer la bouche des Insectes, dans laquelle on trouve une assez grande quantité de pièces destinées, pour les uns comme pour les autres, à fournir à l’appareil digestif de ces animaux des matières convenablement préparées pour la chymification, mais à l’aide de moyens très-différents. L’un, comme la plupart des Coléoptères ou des Orthoptères, déchire et broie des aliments animaux ou végétaux primitivement solides, l’autre, comme certains Hyménoptères, lape des matières liquides qu’il trouve toutes préparées et à découvert ; un autre les suce à distance du haut d’une trompe effilée, comme les Papillons, ou bien, comme les Hémiptères, est obligé de percer auparavant la peau ou l’écorce des animaux ou des plantes dont il aspire le sang ou la sève ; — un autre enfin les pompe à coup de piston, comme la mouche de nos appartements.
- La fin est la même, l’alimentation de l’animal, mais les procédés sont absolument différents ; néanmoins c’est à l’aide des mêmes pièces convenablement modifiées, suivant les fonctions qu’elles ont à remplir, que l’Insecte, broyeur ou suceur, réalise le but de son existence individuelle, se nourrir.
- Chez tous les Insectes, et l’on peut même dire chez les Articulés, groupe qui contient non-seulement les Insectes, mais les Crustacés, les Arachnides et les Myriapodes, les pièces qui arment la bouche sont primitivement et morphologiquement les mêmes, et cependant, nulle part dans toute la série zoologique, on ne rencontre une plus grande diversité apparente. Entre les redoutables mandibules du Carabe doré de nos jardins ou de la grande Sauterelle verte et la trompe du Papillon, on ne trouve, en effet, au premier abord, pas plus d’analogie qu’entre les dards du Cousin ou de la Punaise et la trompe de la Mouche ou la langue de l’Abeille, tous organes qui ne se ressemblent pas du tout.
- Chez tous les Vertébrés, on voit toujours deux mâchoires munies, il est vrai, de dents de formes
- 1 Le lecteur que ce sujet intéresse trouvera des renseignements sur la flore, le climat et la géologie d’une partie de l’Afrique australe dans un ouvrage récent : Natal, a history and description of the Colony, par H. Brooks et J. Mann.
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- LA NATUUF*
- diverses ou lisses, suivant le groupe auquel appartient l’animal, mais c’est là toute la différence, et les deux pièces osseuses sont toujours facilement et immédiatement reconnaissables ; chez l’Insecte, on trouve six pièces qui, très-différemment modifiées ou transformées, constituent l’appareil buccal du Carabe comme du Papillon, de la Mouche comme de la Punaise, de l’Abeille comme du Cousin.
- Jetons un coup d’œil sur ces différentes pièces et prenons-les d’abord chez un Insecte où elles sont, pour ainsi dire, à l'état normal, un insecte broyeur, un Carabe, par exemple.
- On a dit, il y a déjà longtemps, que l’Articulé est un Vertébré renversé, et il y a beaucoup de vrai dans cette vue. Chez l’Articulé, le squelette est en dehors, les muscles en dedans, l’axe nerveux au-dessous de l’intestin ; chez le Vertébré, le squelette est en dedans, les muscles en dehors, l'axe nerveux au-dessus de l’intestin. Les mâchoires de ce dernier se meuvent de haut en bas ; elles sont formées chacune de deux pièces osseuses symétriques qui se sont soudées sur la ligne médiane, en avant, pendant la vie fœtale. Celles de l’Insecte sont composées de pièces restées indépendantes et se meuvent latéralement : elles forment donc quatre pièces en deux paires, l’une supérieure, l’autre inférieure, qui fonctionnent comme deux paires de ciseaux posées à plat l’unc sur l’autre. La première, formée de pièces ordinairement plus fortes, arquées, aiguës, dentelées, armes redoutables qui saisissent et retiennent la proie chez les Insectes carnassiers, constitue les mandibules; la seconde, cachée sous la première, est l’appareil masticateur proprement dit, les mâchoires. A ce double système, il faut joindre les lèvres qui ferment la bouche en dessus et en dessous et qui, chez l’Insecte, appartiennent au squelette tégumentairc, la lèvre supérieure ou labre et la lèvre inférieure ou languette.
- L’une et l’autre de ces deux lèvres, dont la seconde présente parfois en son milieu un petit prolongement appelé menton, résulte de la soudure de deux pièces latérales et symétriques, mais leur origine morphologique n’est pas la même. L’Articulé est un animal beaucoup plus symétrique que le Vertébré dont la partie gauche n’est pas toujours semblable à la partie droite. Il résulte, en effet, de deux bandelettes embryonnaires qui se sont soudées l’une à l’autre, dans l’œuf, suivant toute leur longueur et qui portent chacune une série d’appendices successifs, symétriques à ceux de l’autre bandelette. La première paire d’appendices forme les antennes ou, chez les Arachnides, les crochets à
- venin, la seconde les mandibules, la troisième les mâchoires; la quatrième, les deux pièces de la lèvre inférieure qui se soudent l’une à l’autre sur la ligne médiane. Les autres forment les pattes, plus ou moins nombreuses, suivant qu’il s’agit d’un Crustacé, d’un Myriapode, d’un Arachnide ou d’un Insecte. Chez les Crustacés, l’appropriation des appendices n’est pas la même, car on trouve deux paires d’antennes, un nombre variable de paires de mâchoires, puis des pattes-mâchoires, des pattes ambulatoires, etc.
- Quant à la lèvre supérieure, qui porte souvent aussi la trace d’une soudure médiane, elle ne résulte pas de l’union de deux appendices latéraux et symétriques, comme la lèvre inférieure, mais elle est formée de la soudure des extrémités antérieures des deux bandelettes embryonnaires qui constituent le corps même de l’Insecte. Chacune de ces deux bandelettes avait primitivement son cordon nerveux ganglionnaire, mais ces deux cordons se sont soudés ou réunis en certains points par des commissures pour former un double cordon. L’intestin est simple, au contraire, parce qu’il s’est formé, pour ainsi dire, après coup, par une invagination du tégument en avant, du côté buccal, et une invagination en arrière du côté anal, lesquelles invaginations vont à la renconire l’une de l’autre, pour se réunir toute deux, l’une en avant, l’autre en arrière, au reste de la vésicule vitelline englobée dans l’embryon. C’est ainsi que le tube digestif est primitivement formé de trois tronçons bout à bout qui se mettent plus tard en communication par la résorption des cloisons de séparation : l’intestin antérieur qui formera la bouche et le pharynx, l’intestin moyen, reste de la vésicule vitelline, qui formera le jabot, le gésier et l’estomac, l’intestin postérieur qui deviendra le rectum.
- Pour compléter ce tableau rapide de la formation des organes dans l'embryon de l’Insecte, tableau que nous avons cru utile de rappeler, parce qu’il explique pourquoi certains de ces organes sont symétriques, tandis que d’autres ne le sont pas nécessairement dans un même appareil, l’appareil digestif par exemple ; ajoutons que chacun des trois tronçons de l’intestin émet des prolongements latéraux, plus ou moins compliqués, qui deviendront des glandes. L’intestin antérieur forme ainsi des glandes dites salivaires, plus ou moins nombreuses. L’intestin moyen forme le foie et les follicules gastriques. A sa jonction avec le rectum apparaissent les tubes de Malpighi, organes d’excrétion. L’intestin postérieur, enfin, est muni de différentes glandes rectales ou
- Fig. 1. - Bouche do Carabe.
- Dans la figure supérieure les organes sont vus à plat, en dessous, par la face ventrale ; de profil dans la figure inférieure. — a. Lèvre supérieure. — b. Lèvre inférieure portant le menton c, les palpes labiaux p. — rn. Mandibules. — n. Mâchoires portant les palpes maxillaires q, r.
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- de diverticulums remplissant des fonctions diverses, par exemple, devenant des organes de respiration, comme chez les larves des Libellules.
- Dans la bouche, qui doit nous occuper plus particulièrement ici, aboutissent une, deux ou trois paires de glandes salivaires sécrétant des liquides divers; mais on y trouve de plus deux petites pièces impaires qui en limitent la cavité en arrière, l’une est située au-dessus, l’autre au-dessous de l’œsophage : c’est Vépipharynx et Yhypo-pharynx. Résultent-elles de la soudure médiane de deux pièces symétriques, ou sont-elles primitivement impaires? — La question n’est p£ définitivement tranchée. Quoi qu’il en soit, Tune ou l’autre peut prendre un développement notable et figurer un organe auquel on a souvent attribué les fonctions d’une langue. Chez la Libellule, c’est l’hypopharynx ; chez le Bourdon, c’est l’épipharynx qui paraît représenter la langue (?).
- Si l’on se reporte à la bouche du Carabe (fig. 1), on voit facilement comment elle fonctionne, mais c’est par un mécanisme tout différent que se nourrissent les Papillons dont tout le monde connaît la fine trompe, souvent plus longue que le corps et roulée en spirale sous la tête. Au-dessus de cette trompe, on trouve un rebord scarieux et deux petites éminences pointues, ce sont la lèvre supérieure et les mandibules atrophiées. Au-dessous de la trompe sont une lèvre inférieure et deux palpes labiaux atrophiés aussi, quoique très-visibles chez certaines espèces.
- Quant à la trompe elle-même, en la déroulant avec une aiguille, on voit qu’elle
- est composée de deux filets accolés, creusés en gouttière à leur face interne et lormant un tube par leur rapprochement. Ces deux filets sont d’ailleurs maintenus en contact par de petits crochets placés sur chacun des bords de la gouttière, et qui s’engrènent. avec les crochets semblables de l’autre filet.
- Extrémité de la trompe du Yanessa Io.
- Fig. ?. — Langue de l'Abeille.
- Lèvre inférieure transformée en langue avec les deux palpes labiaux et les deux mâchoires écailleuses, portant les palpes maxillaires pareillement écailleux.
- Ces deux pièces sont donc des mâchoires démesurément développées, et l’on peut souvent reconnaître, appliqués à leur base, les rudiments des palpes maxillaires. Ces mâchoires, qui sont parcourues dans toute leur longueur par des muscles, une trachée et des nerfs, sont striées transversalement de lignes saillantes formées de points arrondis très-rapprochés. Mais, vers l’extrémité du filet, ces points deviennentplusgros, plus espacés, et prennent l’aspect de papilles. Chez un grand nombre d’espèces, telles que les Yanesscs (fig. 2), les Lycœnes, on trouve même, versla pointe, plusieurs rangs de papilles spéciales, très-volumineuses, terminées par une couronne de petites dents avec une pointe centrale, et qui ressemblent aux fleurs en grelot de certaines bruyères. — Si l’on offre à un papillon un peu d’eau sucrée, il y plonge aussitôt sa trompe dont l’extrémité s’anime d’un mouvement vcrmiculaire, résultant de la dilatation et de la contraction successives du canal formé par les deux filets, à l’aide des petits muscles transversaux, mouvement qui se propage comme une onde dans toute la partie extrême de l’organe et détermine l’ascension du liquide vers la bouche. Ces papillons sont donc, à proprement parler, des Insectes suceurs.
- A côté des Insectes qui sucent, nous trouvons les Insectes qui lapent : telle est l’Abeille. Chez cette intéressante espèce, les mâles et la femelle ent des mandibules bien développées et dentées. Les ouvrières ont des mandibules lisses, mais tranchantes et lormant une cuillère par leur rapprochement, ce qui constitue un outil avec lequel elles malaxent la cire sécrétée sous les anneaux de leur abdomen et bâtissent leurs constructions ; mais, comme les individus sexués, elles portent, replié vers le sternum, un organe qu’on appelle langue ou trompe, et qui n’est qu’une lèvre (fig. o). C’est une pièce qui, redressée
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- .et étalée sous la loupe, présente d’abord deux expansions latérales, scarieuses, les mâchoires, devenues inutiles, mais qui portent des palpes maxillaires ; jpuis, au milieu, une langue allongée, striée transversalement, papilleuse, surtout à son extrémité, — c’est la lèvre intérieure excessivement développée et qui porte des palpes labiaux assez longs. A l’aide d’une sorte de mouvement vermiculaire dans cette lèvre longue et flexible, l’Insecte fait monter jusqu’à sa bouche les aliments liquides, le miel, dont il se nourrit ou qu’il emmagasine. L’Abeille ne suce pas, elle lape.
- La lèvre inférieure prend encore un développement considérable chez les Hémiptères, comme la Punaise, et chez certains Diptères, comme le Cousin. En même temps qu’elles l’allongent, les deux pièces qui la composent originairement sc soudent en laissant entre elles un canal, clos sur toute sa longueur, ouvert à ses deux extrémités. Dans ce canal s’enfoncent comme dans un fourreau, les deux mandibules et les deux mâchoires transformées en quatre soies longues, dures, aiguës, barbelées même à leur pointe, et qui peuvent s'allonger au delà de leur gaîne pour percer la peau de l’animal dont l’Insecte pompe le sang, en versant dans la plaie, par le même mouvement, un venin irritant, sécrété par des glandes salivaires spe'ciales. C est, à ce qu’il semble, par un mouvement alternatif de va-et-vient de ces pièces, ou de deux d’entre elles, qu’il fait monter les sucs dans le tube de la lèvre inférieure, tube hermétiquement fermé par en haut, à ce moment, par la lèvre supérieure disposée en couvercle de boîte. Dr J. Pelletais.
- — La suite prochainement. —
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- COMMISSION MÉTÉOROLOGIQUE
- DU DÉPARTEMENT DE VAUCLUSE
- COMPTE RENDU DE L’ANNÉE 1876.
- Cette Commission a commencé à fonctionner au mois d’avril 1873, et grâce aux libéralités du Conseil général, accrues de quelques ressources prélevées sur les fonds spéciaux du service hydraulique, a pu étendre déjà, dans une grande mesure, l’organisation du service qui lui a été confié.
- La publication de ses travaux pour les années 1874 et 1875 contient des séries d’observations embrassant la généralité des phénomènes que la météoi'ologie a pour but d’étudier : Un résumé d’anciennes observations faites à Orange par M. le comte de Gasparin, et une très intéressante élude sur la Fontaine de Vaucluse, due au vice-président de la Commission, M. Hardy, alors ingénieur en chef du département, et appelé depuis à la direction des travaux publics en Algérie.
- Dans ses séances de 1876, la Commission avait reconnu la convenance d’étendre au département de Vaucluse le système des avertissements agricoles déjà appliqué dans d’autres départements, et exprimé le vœu que pour faire face à l’augmentation de dépense devant résulter de cet accroissement de service, la subvention départementale
- fût portée de 2000 à 3000 francs. Sur la proposition du préfet, le Conseil général a bien voulu avancer ce crédit, qui joint aux 200 francs fournis par le service hydraulique élève à 5240 francs la totalité des ressources applicables à l’exercice 1877.
- Ces ressources, encore restreintes pour un service si important, ont suffi, entre les mains des hommes actifs et dévoués qui composent la Commission, pour organiser jusqu’ici dans le département de Vaucluse : quatre observatoires principaux, treize stations secondaires, vingt et une stations spéciales d’observations des orages ; quatre stations d’observations hebdomadaires ou mensuelles des températures de sources et de cours d’eau, donnant en même temps la température de l’air ambiant; trois stations d’observations quotidiennes des hauteurs des cours d’eau, indiquant en même temps l’état de pureté de l’eau, et, s’il y a lieu, la marche des crues.
- Les résumés des observations qui se rapportent à l’année 1876 sont indiqués dans une série de tableaux où la représentation graphique a été adoptée toutes les fois que les observations indiquent l’état réel du phénomène étudié au moment précis où il se produit. Cela n’a lieu que pour la pression de l’atmosphère, la température et l’état hygrométrique de l’air. La forme des tableaux ordinaires a été conservée pour tous les autres phénomènes dont les observations accusent la totalité de l’effet produit pendant la période qui les précède. Il n’a été fait d’exception à cette règle qu’en ce qui concerne les hauteurs de pluie observées dans le bassin présumé de la Fontaine de Vaucluse, qu’il était intéressant de mettre graphiquement en regard de la courbe des hauteurs de la Sorgue, alimentée par cette source remarquable. Une élude attentive de son régime pourra peut-être donner le moyen d’en régulariser les écoulements, au grand profit de l’agriculture et de l’industrie, sans amoindrir la belle cascade, le site poétique dont se glorifie ajuste titre le département de Vaucluse.
- Le compte rendu que nous venons de résumer, signé, pour la Commission météorologique de Vaucluse, par M. Bouvier, ingénieur en chef des ponts et chaussées, son vice-président, se termine par une note sur l’organisation du système des avertissements agricoles, appelés à rendre les plus grands services. Le compte rendu de l’année prochaine fera connaître dans quelles conditions aura commencé son fonctionnement, et donnera d’utiles indications sur ce qu’on peut en attendre.
- Dans une très-intéressante étude sur les observations de montagnes *, M. Badau, après avoir décrit les nouveaux observatoires météorologiques du Puy-de-Dôme et du Pic du Midi, dit justement que ces deux établissements répondent à une nécessité qui s’impose depuis que la météorologie est sortie de l’ornière des observations locales. En élargissant son horizon, elle a compris qu’elle pouvait aborder les recherches des lois générales qui régissent le cours des phénomènes, et que la connaissance de ces lois conduira bientôt à la prévision des phénomènes prochains.
- Le mont Yentoux, près de Vaucluse, aussi complètement dégagé que le Puy-de-Dôme, et qui s’élève à une hauteur de près de 201)0 mètres au-dessus des grandes plaines du Rhône, semblerait non moins bien choisi pour la fondation d’un observatoire. Les phénomènes météorologiques dont il est le théâtre indiquent assez le profit que la science tirerait d’une observation suivie de ces phénomènes, qui intéressent toute la vaste étendue de la région qu’il domine. 11 appartiendrait peut-être à la Commission éclairée dont nous venons de faire connaître les
- 1 Gauthicr-Yillars. — Paris, 1877
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- travaux, de prendre l’initiative de cette fondation, sur le mont pittoresque visité par Pétrarque et par un grand nombre d’artistes et de savants, attirés par les beautés du paysage qu’on y découvre et par les sujets d’étude que la variété de ses zones offre aux naturalistes. Placé, pour ainsi dire, sur la route des grands vents du nord ou du sud qui descendent des Alpes, qui s’élèvent de la Méditerranée, et dont la rencontre produit fréquemment de violents orages, le nouvel observatoire deviendrait bientôt le centre des stations météorologiques d’une grande partie du Midi. Sur ce riche territoire, exposé à des boux1-rasques qu’il serait si utile de prévoir, nous croyons que l’idée d’une telle fondation trouverait de nombreux adhérents. C’est dans cet espoir que nous émettons ici un vœu dont la Commission météorologique de Vaucluse pourrait apprécier les chances de réalisation, après en avoir mieux que nous déterminé l’importance au point de vue du pro-gi’ès de la science, étroitement lié aujourd’hui à celui de notre commun bien-être. Elie Margollé.
- TORE TREMPÉ
- Dans une des dernières séances de la Société d’encouragement, M. de Luynes a fait, au nom de M. de Labastic, une communication sur les progrès que l'industrie du verre trempé a faits depuis que la Société lui a donné son approbation et ses encouragements.
- Il montre à l’assemblée les nombreux spécimens qui sont placés sur les tables et qui présentent les formes les plus variées et les plus correctes. Ce sont des tubes pour verres de lampe et verres de becs de gaz, des gobelets de forme très-diverse, des verres à pied, des mortiers pour laboratoire et leurs pilons: au sujet de ces dernières pièces, il rappelle les accidents si fréquents auxquels ces pilons étaient sujets; la moindre chute en causait la rupture, et M. de Luynes montre qu’il n’en est pas de même pour ces objets faits en verre trempé. Il présente aussi des capsules pour la pharmacie et pour la chimie, de toute grandeur et de toute forme, des assiettes en verre, en cristal ou en émail, des tasses à café et à thé, en émail blanc.
- Il termine cette énumération par une expérience frappante : des verres ordinaires sont mis dans un panier à salade avec des verres à boire de même forme, en cristal trempé; après quelques secousses, les verres ordinaires sont tous cassés et tous les verres trempés sont intacts.
- On voit que toutes les difficultés de la question ont été résolues. Mais, ce qui est plus important, les procédés de fabrication se sont simplifiés et se sont combinés avec les opérations ordinaires de la verrerie, de manière à diminuer considérablement les dépenses et à donner des formes plus régulières et une exécution plus parfaite. Les objets faits avec la matière liquide, quand ils sont encore rouges, sont directement jetés dans le bain de trempage et ne sont plus réchauffés comme à l’origine jusqu’au ramollissement, ce qui causait souvent une altération de leur forme. Les bouteilles, verres à boire, tubes et verres de lampes et autres objets concaves, conte-
- nant de l’air qui s’opposerait à l’entrée du liquide pendant la trempe, sont reçus sur un tube courbe, sorte de siphon qui, au moment de leur immersion, laisse échapper l’air pendant que le liquide entre sans effort dans leur cavité.
- Tous ces perfectionnements sont insl allés à la verrerie de Choisy-le-Roi, et ils donnent lieu à une fabi'icalion courante, assez facile pour qu’on puisse prévoir déjà le moment, peu éloigné, où les objets en verre trempé ne coûteront pas sensiblement plus cher que ceux en verre ordinaire,
- l’exploitation
- DES CHEMINS DE FER FRANÇAIS
- Le bureau de la statistique centrale des chemins de fer du Ministère des travaux publics vient de publier un travail des plus intéressants. 11 est résumé en une grande carte de France n’ayant pas moins de 1 mètre de hauteur, et donnant les recettes brutes kilométriques des chemins de fer français en 1875. Sur cette carte, les lignes de chemin de fer sont représentées par des tracés colorés plus ou moins larges; 1 millimètre d’épaisseur représente une recette brute annuelle de 10000 fr. Nous donnons ci-contre la réduction de cette grande carte : sur notre spécimen, la largeur des tracés des lignes françaises, est réduite de telle façon que 1 millimètre représente 50 000 francs. Par exemple, un peu au-dessous de “Valence, la ligne de Paris-Lyon-Méditerranée est figurée par une bande pointillée qui mesure 4 millimètres , ce qui indique une recette de 4 x 50 000, soit 200 000 francs en nombre rond. Le chiffre réel est de 199 800 fr. Un simple coup d’œil jeté sur cette carte indique les grands courants commerciaux qui sillonnent la France. On remarquera l’intensité do ce courant sur la grande ligne qui joint Marseille à Calais en passant par Paris ; c’est par là, en effet, que circulent non-seulement des produits nationaux, mais que passent aussi quelques-unes des marchandises échangées entre l’Angleterre et les Indes.
- Un résumé statistique complète ce curieux et instructif document. Ce résumé nous apprend que les dépenses de premier établissement de tous les chemins de fer français atteignent, à peu de chose près, l’imposant total de 7 milliards dé francs. Voici quelques chiffres qui donneront une idée de l’importance des chemins de fer en France. Us sont relatifs aux résultats de l’exploitation en 1875, et donnent les totaux des recettes. Pour le Nord, le total des recettes brutes a été de 125535 000 fr. ; pour l’Est, de 95 744594fr. ; pour l’Ouest, del01 507 868fr.; pour l’Orléans, de 143051874 fr.; pour la ligne de Paris-Lyon-Méditerranée, de 281499 000 fr. ; pour le chemin de fer du Midi, de 65 710 756 fr.
- Nous n’insisterons pas davantage sur les autres documents fournis par le grand travail statistique que nous signalons. Nous serions conduits à sortir
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- «
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- des limites de notre cadre scientifique. Mais la prospérité des chemins de fer français est l’expression de
- la puissance agricole,commerciale et industrielle de notre pays ; elle est la résultante directe du génie
- Carte figurative des recettes brutes kilométriques des chemins de fer français*
- scientifique de la France; elle est la conséquence du travail qui s’accomplit sous toutes les formes à la surface de son territoire; elle mérite de fixer
- l’attention des hommes de science, et de tcus ceux qui s’intéressent aux destinées de notre nation.
- ?.. Gaston Tissasjuc».
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- DE L’INTELLIGENCE DES ANIMAUX
- CHIENS SAVANTS.
- Pendant un récent séjour à Londres, j’ai eu l’oc-eaüon d’examiner de près les talents d’une troupe
- de chiens savants que l’on exhibe actuellement dans la capitale de la Grande-Bretagne. Le sujet en lui même paraîtra un peu puéril au premier abord, mais il touche cependant à des considérations très-sérieuses sur l’intelligence des animaux, et sur les
- Une troupe de chiens savants. (D’après une photographie.)
- rapports de l'homme avec ses frères dans la création, que Descartes considérait aveuglément comme des mécaniques. 11 ne nous a pas paru indigne de l’attention de nos lecteurs.
- Les chiens dont nous parlons, se composent de trois caniches et d’un lévrier; nous les représentons ci-dessus d’après une photographie. Le lévrier est remarquable par son agilité; sur le moindre
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- geste de son maître, il se tient en équilibre sur le dos de deux chaises, que l’on éloigne de façon que l’animal fasse le grand écart comme les clowns. 11 saute par-dessus la tête d’un homme, il traverse des ronds de papier, c’est assurément un artiste très-habile; mais les talents des caniches, ses confrères, sont incomparablement supérieurs. Comme tous les animaux de leur race, ils font le beau, marchent sur leurs pattes de derrière ; mais ce qui est moins commun, non-seulement ils jouent aux dominos et à l’écarté, mais à la façon du chien Minos que l’on a vu à Paris, ils savent reconnaître des portraits photographiques. J’avais déjà cherché à observer à Paris la façon dont s’exécutait ce tour curieux ; il m’a été donné de pouvoir l’étudier de plus près de l’autre côté de la Manche.
- Voici en quoi consiste cette remarquable expérience. Le montreur de chiens savants étale sur un tapis une trentaine de portraits-cartes photographiques, représentant les souverains, les grands personnages, les hommes célèbres de l’Europe. Il demande à l’un des assistants de nommer tout haut le nom d’un de ces personnages. Je m’offris à cet effet. J’avais sous les yeux, les portraits de la reine d’Angleterre, du Czar, de l’Empereur d’Allemagne, de Bismark, de M. Thiers, et d’autres personnages. Je désignai à haute voix M. de Bismark.
- Le montreur de chiens appela un de ses caniches, qui s’approcha de son maître, le regarda fixement et avec une attention soutenue.
- « Mon ami, lui dit-il, tu as entendu le nom que vient de prononcer monsieur? »
- Le chien inclina la tête.
- « Fais bien attention, continua son maître, regarde bien tous les portraits, et apporte-moi M. de Bismark. »
- Le caniche s’avança vers le tapis, il regarda une à une les trente photographies, puis il s’arrêta à celle qui représentait le grand chancelier d’Allemagne ; il le prit dans sa gueule et l’apporta à son maître.
- L’expérience renouvelée un grand nombre de fois, réussit toujours aussi bien.
- Je demandai après la séance, au propriétaire des chiens savants, comment il faisait cette expérience. 11 m’affirma que le chien entendait le nom prononcé, et qu’il savait reconnaître d’après l’intonation, la carte qu’il devait prendre. Les photographies étaient toujours placées dans le même ordre. Le caniche ne reconnaissait pas les portraits; mais je crois que suivant l’intonation de la voix de son maître, il savait qu’il fallait prendre la première, la deuxième ou la cinquième photographie, etc. Pendant l’expérience le maître ne faisait aucun geste, aucun mouvement, aucun signe ; il se contentait de répéter très-distinctement le nom du personnage désigné, et le caniche soulevait parfois les oreilles comme pour mieux entendre.
- J’ai cru intéressant de signaler ce fait à ceux qui ont médité sur l’intelligence des animaux. Si extraordinaire qu’il puisse paraître, il est d’accord
- avec d’autres faits de même genre, que des observateurs dignes de foi ont constatés. « Le caniche, a dit M. Scheitlin, a un grand pouvoir d'observation; rien ne lui échappe, il arrive à comprendre non-seulement la parole, mais encore les gestes et les regards de son maître. » I)r Z.
- LA PILE ÉLECTRIQUE1
- L’auteur de ce livre, M. A. Niaudet, un de nos collaborateurs, a publié deux études de lui sur la pile à chlorure d’argent de M. Warren de La Rue, et sur les piles secondaires de M. Planté qui sont avec peu de changements reproduites dans son traité.
- Ce petit ouvrage est fait à un point de vue purement pratique; la théorie de la pile n’y est point traitée, mais on y trouve une énumération assez complète de toutes les piles connues, et on les y trouve classées d’une façon méthodique.
- Le livre se termine par une série de tableaux numériques qui n’avaient pas encore été réunis ; résistances des solides et des liquides qu’on peut employer dans la construction des piles, forces électro-motrices d’un grand nombre de couples voltaïques.
- Nous espérons qu’on lira avec intérêt la conclusion de l’ouvrage.
- Conclusion. — Il restera au lecteur, pensons-nous, l’impression qu’on sait beaucoup de choses dès à présent sur les piles, sur leur mode d’action et sur les principes qui doivent diriger le physicien qui cherche à en imaginer une nouvelle.
- D’autre part, on voit bien des points encore obscurs, notamment la nature des composés chimiques qui prennent naissance dans les piles que nous connaissons ; c’est là une question dont la solution est relativement facile et qui sera éclaircie le jour où les chimistes voudront bien s’en occuper.
- Mais au delà, on entrevoit un monde de découvertes à faire ; on voit, par exemple, que la combustion ou dissolution du zinc est le principal, presque le seul moyen mis en œuvre, de sorte que chaque équivalent d’électricité coûte un équivalent de zinc, plus un équivalent d’une ou de plusieurs antres substances. Là est la cause du prix élevé de l’électricité et on se demande si, tandis que la combustion du charbon nous fournit à un prix minime la chaleur sous nos chaudières et dans nos cheminées, il ne serait pas possible d’utiliser cette même action chimique à la production de l’électricité.
- Les machines magnéto-électriques présentent une solution du problème de la production à bon marché de l’électricité ; et lorsqu’une machine Gramme est mise en mouvement par un moteur à vapeur, on doit voir dans cet ensemble d’appareils une transformation en électricité de la chaleur produite par la combustion du charbon dans le foyer du moteur. C’est là une solution indirecte, puisque la chaleur est d’abord transformée en force, et ensuite la force en électricité; mais c’est une solution très-bonne et ijès aujourd’hui consacrée par la pratique.
- Si l’électricité produite par les machines magnéto-électriques, et en particulier par les machines Gramme, est très-économique, c’est parce qu’elle est produite par la
- 1 Traité élémentaire de la pile électrique, par Alf. Niau-det.— Ouvrage illustré de 56 gravures dans le texte. -Taris Baudry, 1878.
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- LA NATURE.
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- combustion de la houille, qui est jusqu’ici la source la plus avantageuse d’énergie : énergie qui peut se présenter sous la forme de chaleur, mouvement ou électricité, et qui peut être transformée à volonté dans l’une ou l’autre de ces trois manifestations.
- 11 est fort possible d’ailleurs que, par la suite, on arrive à transformer directement en électricité la chaleur dégagée par la combustion du charbon ; et déjà M. Jablochkoff ? réalisé un élément de pile qui répond à ce programme.
- Le liquide de cet élément est du nitrate de potasse ou de soude fondu ; les deux électrodes sont l’une du charbon, l’autre du platine ou même du plomb. Le charbon se brûle aux dépens de l’oxygène du nitrate et produit de l’acide carbonique ; le plomb reste inattaqué.
- Le charbon est donc ici l’électrode positive et le plomb l’électrode négative. C’est l’inverse de ce qui se passerait dans une pile à liquide ordinaire, acide ou sel en dissolution dans l’eau.
- Le nitrate doit être fondu au préalable ; mais une fois l’action commencée, le sel reste liquide à cause de la grande chaleur dégagée par les combinaisons qui ont lieu ; et si même l’élément est abandonné, il suffit, pour le remettre en action, de rougir le bout du charbon et de l’appuyer à la surface du sel ; l’action chimique commence aussitôt et par la chaleur quelle produit le nitrate est mis en fusion et bientôt l’élément est reconstitué.
- On pourra trouver qu’un pareil élément de pile n’a rien de pratique dans sa forme actuelle ; nous ne ferons aucune difficulté d’en convenir, mais nous croyons qu’il indique une voie nouvelle dans laquelle de rapides progrès pourraient être faits si l’attention était portée de ce côté. La pile de Volta elle-même, lorsqu’elle fut inventée, n’était qu’une nouveauté purement scientifique et on était loin d’y voir un objet d’utilité pratique.
- L’expérience de M. Jablochkoff, qui n’a pas encore été „ publiée et dont nous donnons la primeur à nos lecteurs, appellerait bien des réflexions et des commentaires ; ce n’est pas ici le lieu de les faire ; nous avons voulu seulement, en le mentionnant, faire comprendre à nos lecteurs que, au delà des horizons explorés, il reste encore des mondes à découvrir et des terres vierges à défricher.
- SOCIÉTÉ FRANÇAISE DE PHTISIQUE
- Séance du 7 décembre 1877.
- M. Gernez communique à la Société le résultat de ses expériences sur l’influence qu’exerce une action mécanique sur la production de divers hydrates dans les solutions aqueuses sursaturées. Considérant les deux degrés de concentration suivants : celui où la dissolution laisse déposer spontanément des cristaux moins hydratés que le sel ordinaire, et celui où elle cesse d’en déposer même sous l’influence d’une parcelle cristalline de cet hydrate, M. Gernez constate qu’une action mécanique ne peut faire naître ces cristaux que si l’on est suffisamment rapproché de la première limite. Étudiant alors la manière dont se comportent les diverses solutions concentrées, susceptible^ de déposer plusieurs hydrates différents au contact de germes cristallins et qui donnent des cristaux sous l’influence d’une action mécanique, il a reconnu que les phénomènes se rattachent à trois cas :
- 1° Il se produit des cristaux du sel le moins hydraté : c’est le cas bien connu du sulfate de soude dont les solutions sursaturées abandonnent par frottement au-dessus
- de 8 degrés une abondante cristallisation de l’hydrate à 7 HO ; 2° il se produit des cristaux du sel le plus hydraté dans des solutions où cependant on peut faire naître l’autre hydrate par le contact d’un germe cristallin. Tel est le cas de l’acétate de soude, dont la solution convenablement préparée et refroidie donnerait l’hydrate à 3IIO et qui sous l’influence d’un léger frottement contre les parois du tube, laisse déposer l’hydrate à 6 HO. 3° On peut obtenir, suivant l’intensité de l’action mécanique, l’un ou l’autre des hydrates. M. Gernez a observé ce cas dans les solutions de chlorure de calcium qui peuvent donner par frottement d’aboi'd le sel le moins hydraté, puis le sel le plus hydraté. Un frottement léger fait naître des cristaux à 4110 envahissant tout le liquide sous forme de longues aiguilles feutrées, et avec dégagement de chaleur ; si la masse ayant repris la température ambiante de 15 degrés on frotte un peu vivement le fond du tube, il se produit des cristaux solidifiant bientôt le reste du liquide, c’est le chlorure ordinaire à G HO. Ces derniers se développant beaucoup plus rapidement et en plus grande abondance que les premiers, manquent leur formation dans le cas où en exercera tout d’abord une action mécanique quelque peu énergique.
- M. Hosensthiel expose les résultats qu’il a obtenus en employant les disques rotatifs à l’étude des phénomènes des perceptions lumineuses, lia comparé, à l’aide des disques rotatifs, la manière dont une couleur se modifie par l’addition du blanc et du noir matériel, avec la manière dont la même couleur s’altère quand on mêle la lumière colorée qu’elle émet, avec de la lumière blanche ou avec du noir idéal. De cette comparaison x'ésultent les propositions suivantes : 1° quand on affaiblit la couleur d’une matière colorante par des matières incolores, le mélange est notablement plus vert que la matière colorante qui lui donne sa couleur. L’effet est maximum pour le jaune et le bleu, nul pour le rouge et sa complémentaire le vert bleu -, 2° les tons clairs d’une gamme dont tous les tons ont même complémentaire, paraissent, par comparaison, plus rougeâtres que les tons foncés ; 3° les complémentaires physiques et les complémentaires physiologiques sont identiques ; 4° le mélange de la lumière colorée avec la lumière blanche et le noir absolu produit une infinité de couleurs qui toutes ont même complémentaire; chacune de ces couleurs est définie par l’angle des secteurs de ses composants.
- La lumière blanche mêlant son impression à celle d’une matière colorante, ternit la couleur de celle ci, d’autant plus que l’angle du secteur blanc employé est plus grand. Le noir absolu loin de ternir la couleur d’une matière colorante, la fonce en lui conservant toute sa vivacité. 11 en résulte qu’une matière colorante, quelque vive qu’en soit la couleur, peut éteindre totalement une partie de la lumière blanche sans que l’on s’en aperçoive; ce n’est qu’en y mêlant la lumière blanche qne cette extinction devient visible. En résumé, toute matière colorante éteint totalement une partie de la lumière blanche incidente ; la couleur de la matière colorante varie avec l’épaisseur sous laquelle elle est vue ; elle est d’autant plus rapprochée du rouge, que l’épaisseur est plus grande, elle est d’autant plus rapprochée du vert que cette épaisseur est plus faible.
- Un autre résultat de l’emploi des disques rotatifs est la démonstration que l’équidistance à la vue de plusieurs couleurs intercalées entre deux extrêmes est représentée par une progression arithmétique. Cette démonstration a été faite en prenant comme point de départ les cercles chromatiques de M. Chevreul.
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- SUR LES
- TRAMWAYS A TRACTION MÉCANIQUE
- DE LA VILLE DE SAN FRANCISCO.
- La ville de San Francisco possède deux systèmes de tramways à traction mécanique ; l’un de ces systèmes est installé dans la rue Clay, entre les rues Kcarny et Leavenworth ; l’autre dans la rue Sutter, entre les rues Sansome et Larkins. La voie de la rue Sutter a une pente beaucoup plus douce et plus régulière que celle de la rue Clay, où l’inclinaison atteint jusqu’à 16 pour 100.
- 1° Système de la rue Clay. — A l’extrémité de la voie la plus élevée, rue Leavenworth, est installée une machine à vapeur de la force de vingt-cinq chevaux qui met en mouvement un câble sans lin en fil de 1er, composé de six torons contenant chacun vingt fils et d’une longueur de 2300 mètres. Deux voies parallèles sont installées au milieu de la rue Clay et servent à la descente et à la montée des voitures. Au centre de chaque voie se trouve, sous le sol, un petit tunnel dans lequel court le câble; il y repose de distance en distance sur des poulies à gorge qui l’empêchent de frotter sur le fond.
- La pente générale est interrompue par des paliers horizontaux au passage des rues transversales et offre une série de rampes successives. A la base de chaque rampe, le câble roule sur un système de deux galets placés à la suite l’un de l’autre à la partie supérieure du tunnel ; au sommet de chaque rampe il roule sur une poulie à gorge de'grande dimension.
- La machine motrice donne au câble son mouvement en faisant tourner un tambour sur lequel il s’enroule ; pour pouvoir raidir le câble avec facilité, il y a un second tambour d’enroulement placé dans le même plan que le tambour moteur ; l’axe de ce second tambour peut se déplacer parallèlement à lui-même dans le sens horizontal, au moyen d’un système de vis et de coins ; en écartant le second tambour du premier, on raidit le câble jusqu’au point convenable. Un appareil simple et ingénieux à la fois avertit le mécanicien d’une avarie survenue au câble. Avant de s’enrouler sur les tambours, le câble traverse une boîte en fer-blanc très-sonore où de minces lames métalliques sont disposées de façon à
- lui laisser libre passage quand il est dans son état normal. Si un toron vient à se rompre, le bruit produit par le passage des fils qui font saillie avertit le mécanicien de l’avarie.
- Enfin, l’élasticité générale indispensable au fonctionnement du système est assurée par le dispositif suivant : à l’extrémité inférieure de la voie est installée sous le sol une poulie horizontale de retour de diamètre égal à l’entre-axe des deux tunnels ; c’est par elle que passe le câble de la voie descendante à la voie montante. Cette poulie n’est pas fixe, elle est portée par un chariot qui roule sur des rails ; un contre-poids de 1500 kilogrammes, suspendu dans un puits, tire constamment par l’intermédiaire d’une chaîne sur le chariot dans le sens opposé au câble.
- Pendant le mouvement, on voit constamment le chariot osciller lentement, et ces oscillations, qui n’ont pas moins de 10 centimètres d’amplitude, démontrent suffisamment la nécessité de cette disposition. Toutefois, dans un avenir prochain, la force constante du contre - poids sera remplacée par celle de l’air comprimé, qui assurera une élasticité plus parfaite sans mettre de force vive en jeu.
- Reste à signaler l'installation des plaques tournantes qui per mettent aux voitures de passer de la voie descendante à la voie montante; ces plaques de même diamètre ont un rayon égal au demi-entre-axe des voies et leur centre sur cet axe; elles portent chacune un quart de couronne dentée qui leur permet, en engrenant entre elles, de faire successivement un quart de tour dans un sens et dans l’autre ; la voiture décrit ainsi en deux fois un demi-tour.
- La figure 1 montre la coupe longitudinale du tunnel, les figures 2 et 5 l’installation des voitures et de l’appareil de traction. L’ensemble qui reçoit le mouvement du câble se compose d’une voiture-omnibus et d’un petit truck qui la précède. C’est le truck qui porte la pince-chariot. La tige de la pince pénètre dans le tunnel par une rainure longitudinale située à droite du plan diamétral qui contient le câble; la partie intérieure delà tige se termine par une vis de fort diamètre ; en manœuvrant le volant qui porte l’écrou, on fait monter ou descendre la pince dans le tunnel ; dans l’intérieur de cette tige glisse une tringle filetée aussi à sa partie supérieure et dont l’écrou se manœuvre par un volant plus
- : ta. ligne- noire- infime L'-pv^i'i.n du Ï.C.IU- lorsque- la. votuvre- passe*.
- Fig. 1. — Disposition du câble souterrain en lil de 1er, disposé dans le tunnel creusé au-dessous du tramway de San-Francisco.
- G. Poulies fixées sur les plans horizontaux pour empêcher le câble de remonter. f, f\ f"- Poulies sur lesquelles repose le câble quand i! est abandonné à lui-même.
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- petit, situé au dessus du premier; le mouvement | vertical de la tringle se transmet par un coin à la
- Fig. 2. — Voiture du tramway de San-Francisco, montrant la disposition du truck, du pinco-cl ariol et du tunnel souterrain.
- V Frein supplémentaire servant en cas d’accident. — B. Vis servant à descendre le pince-chariot. — C. Vis intérieure à la vis B, remontant le coin qui fait avancer les mâchoires prenant le câble. — D. Linguet.
- A
- partie mobile de la pince à laquelle il imprime un mouvement horizontal par lequel le câble se trouve saisi d’abord dans les gorges de deux paires de galets obliques qui le laissent courir, puis dans des mâchoires cylindriques qui l’immobilisent et déterminent l’entraînement du truck et de la voiture.
- Pour que la pince puisse éviter les rouleaux sur lesquels porte le câble tantôt à la partie supérieure, tantôt à la partie inlëricure du tunnel, il est nécessaire qu’elle occupe toujours le milieu de la hauteur du tunnel; aussi, trois mouvements sont nécessaires avant le
- nant le gros volant; 2° saisir
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- Fig. 3. — Coupo transvcrjale de la figure ci-dessus.
- souterrain.
- F. Coupe dans le tunnel
- départ de la voiture : 1° descendre la pince en tour- j Ce système a été très-bien
- le câble en tournant le petit volant de la quantité nécessaire sans faire agir les mâchoires; 3° remonter le tout avec le gros volant à mi-hauteur du tunnel. En cet état, la manœuvre du petit volant met la voiture en marche ou suspend le mouvement. Un frein très-puissant, composé de deux sabots horizontaux s’appli -quant sur les rails, est manœuvré sur le truck par le conducteur ; un autre frein pareil est adapté à la voiture conjointement avec le frein ordinaire des roues, de façon à assurer une sécurité parfaite aux voyageurs.
- étudié dans tous scs
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- détails, et il fonctionne parfaitement ; il serait facile, par quelques modifications convenables, de l’appliquer à la traction sur une voie horizontale présentant des courbes d’un rayon suffisant.
- 2° Système de la rue Sutter. —. Ce système, comme dispositions générales, ressemble beaucoup au précédent; la différence essentielle réside dans la pince, qui est verticale au lieu d’être horizontale. Cette pince ne porte que deux galets verticaux à gorge sur lesquels glisse le câble ; les deux mâchoires saisissent le câble quand on les rapproche l’une de l’autre par l’action d’un levier dont la poignée est dans la main du conducteur. Quand le truck arrive à l’extrémité de la ligne, le câble se déclanche automatiquement, l’aiguille transporte la voiture sur l’autre voie, et la pince venant choquer un ressort placé dans la rainure du tunnel, le câble se replace de nouveau à son poste dans la pince.
- Ce système est moins parfait que celui de la rue Clay ; il fonctionne bien rue Sutter, où la faiblesse et la continuité des pentes ne rend pas nécessaires les galets à la partie supérieure du tunnel, mais il paraît moins favorable que le précédent au point de vue de l’application aux voies sinueuses en terrain horizontal. Lemercier Moussaux,
- Lieutenant de va'sseau.
- CHRONIQUE
- De Littrow. — Charles-Louis de Littrow, mort dans le mois de novembre 1877, était né à Kazan (Russie) le 18 juillet 1811. Son père, éminent astronome, était alors professeur à l’Université de Kazan et fut plus tard directeur de l’Observatoire impérial de Vienne. 11 eut pour successeur son fils, dont il est question dans la présente notice. Charles-Louis de Littrow publia la relation du voyage de Ilell à Wardoe et les observations faites par cet astronome relativement au passage de Vénus sur le disque du soleil (1769). On a aussi de lui une histoire de l’astronomie durant les vingt-cinq premières années du dix-neuvième siècle. C’est à partir de 1842 qu’il remplaça son père à l’Observatoire de Vienne. 11 continua la publication des Annalen der Wiener Slernwarts (Annales de l’Observatoire de Vienne) et s’occupa principalement des comètes dans leurs rapports avec les orbites des planètes télescopiques. Les Astronomische Nachrichten (Nouvelles astronomiques) reçurent aussi maint article dû à la collaboration de M. de Littrow. La veuve du savant astronome, Mme Augusta Littrow-Bischoff, est connue par des travaux littéraires qui lui ont valu une place honorable parmi les gens de lettres de l’Autriche. Du vivant de son mari, leur maison était le rendez-vous des écrivains de tout genre que renferme la capitale de l’Autriche (Nature, de Londres).
- Afrique centrale. — MM. Young et Waller viennent de publier un ouvrage intitulé Nyassa, journal de voyages et d aventures ayant trait à Vexploration du lac Nyassa, à l'Afrique centrale et à Vétablissement de la colonie Li-vingstonia (Londres, John Monay, 1877). Cet ouvrage enrichi de cartes, est d’une lecture attrayante. Une station de missionnaires a été installée, sous les auspices des églises presbytériennes d’Écosse, au cap Maclear, à l’ex-
- trémité sud-ouest du lac Nyassa. M. Young a retrouvé en les étudiant avec une ardeur nouvelle, les pays visités par le célèbre Livingstone. Le premier, sur son petit steamer Ilala, Young a exploré les bords septentrionaux du la Nyassa; il a découvert au nord-est de celle grande nappe d’eau une chaîne de magnifiques montagnes, dont les plus hautes cimes s’élèvent de 8 à 12 000 pieds au-dessus du niveau du lac ; il les a nommées monts Livingstone, car il fut le premier compagnon de voyage du défunt explorateur de l’Afrique centrale. Les montagnes qui côtoient le sud-est du lac sont moins hautes que les monts Livingstone. L’arrivée de la petite colonie écossaise de Living-stonia, et la vue du steamer Ilala ont vivement mais désagréablement impressionné les Arabes marchands d’esclaves, qui voient dans ces étrangers de futurs abolisseurs delà trnte des nègres et l’avénement d’une civilisation qu’ils détestent parce qu’elle menace leur odieux, mais lucratif commerce de marchandises humaines. On espère que la colonie de Livingstonia nous familiarisera de plus en plus avec ces contrées si peu connues et si attrayantes pour les voyageurs européens.
- La myopie et la presbytie. — C’est à l’école primaire, que la myopie, défaut toujours fâcheux et quelquefois dangereux se développe le plus. Le séjour des écoles ne fait qu’augmenter le mal que des précautions pourraient diminuer. A Breslau, vers 1869, le docteur Cohr. examina 10 060 écoliers, et sur ce nombre, il trouva 1004 myopes après quatorze années d’études scolaires, les myopes étaient aux presbytes dans la proportion de 63 sur 100. En février 1877, le docteur Lucien Howe ne trouva pas un seul cas de myopie parmi les enfants âgés de moins de six ans ; à sept ans, il y en avait 5 sur 100 ; à onze ans, 11 sur 100 ; à treize ans, 19 sur 100 ; à 18 ans, 26 sur 100 ; à 21 ans, 43 sur 100. Sur 100 jeunes paysans élevés à l’air libre et n’ayant pas fréquenté d’école, le docteur Cohn ne trouva que deux myopes. Le docteur Howe tout en regardant la myopie comme incurable, croit qu’on peut la prévenir. Parmi les causes de la myopie et en général des affections de l’œil, M. Donders cite l’air vicié des écoles, qui non-seulement gâte la vue, mais peut encore amener la cécité. Faire passer subitement les regards d’un lieu éclairé par le soleil à un endroit sombre, et vice versa, est aussi une cause de myopie, comme l’habitude de lire dans des omnibus ou des wagons en mouvement. Il est aussi dangereux de s’obstiner à lire ou à écrire, quand la lumière du jour commence à faire défaut.
- Baby slion. — Une grande exposition d’enfants (Baby shon) vient de s’ouvrir à Boston (États-Unis). Le nombre des concurrents de cette originale exhibition s’élève à 240, et les prix compreneaint des bagues, des colliers, des médaillons, des montres en or ornées de diamants. Les enfants restent confiés, dans le local même de l’Exposition, aux soins de leurs mères, qui ont sous la main tous les ustensiles de ménage nécessaires. Cette année, raconte la Boston Post, l’enfant le plus gros est un garçon du district de Itoxbury, âgé de deux ans, qui pèse 58 livres. L’autre extrême est une petite fille de trois mois, dont le poids ne dépasse guère 6 livres. On remarque des jumeaux blancs et de couleur, et un prodige de dix-huit mois qui parle couramment et chante les cantiques de Moody et Sankey.
- Emploi du tannin dans l’analyse des eaux.
- — M. Lefort a attiré l’attention en 1873 sur la présence probable de la gélatine dans les eaux des terrains avoisi-
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- nant les cimetières. M. H. Kaemmerer a confirmé cette observation sur trois eaux différentes, et l’appuie d’analyses effectuées sur les eaux d’un puits situé dans une fabrique de gélatine. Le réactif dont il se sert pour caractériser celte substance, est le tannin. Gomme la présence des sels minéraux peut retarder la précipitation par le tannin, de la gélatine, ou matières analogues, il est quelquefois nécessaire de laisser le réactif en contact avec l’eau pendant vingt-quatre heures. Toutes les eaux qui se troublent par le tannin doivent être rejetées de la consommation.
- (Journal fur praktische Chemie et Bulletin de la Société chimique.)
- — Société géologique de Londres. Séance du 7 novembre 1877. D’après une lettre de lord Derby, un ingénieur des mines de Berlin, envoyé en Perse, aurait constaté, près de Zougan, l’existence de quartz aurifère, mais pas de veine ni de filon d’or.
- — Le professeur Nardi a inauguré, le 25 novembre 1877, au séminaire de Fiesole, près de Florence, un observatoire météorologique, construit aux frais de l’évêque de Fiesole et du Club alpin italien, qui se dispose à en fonder un autre à Cas-telpiano, près de Siena. La plupart des stations météorologiques de l'Italie, au nombre de 80, sont dues à l’initiative du Club alpin précité, qui déploie sous ce rapport un zèle et une ardeur infatigables.
- BIBLIOGRAPHIE
- Les enchaînements du monde animal dans les temps géologiques. —Mammifères tertiaires, par Albert Gaudry, avec 512 gravures dans le texte.— 1 vol. grand in 8%
- — Paris, F. Savy, 1878.
- Cet ouvrage du savant professeur du Muséum d’histoire naturelle, est le résultat de nombreux travaux originaux accomplis dans un domaine où les faits nouveaux et intéressants abondent. C’est une œuvre magistrale, à laquelle nous réservons un compte rendu analytique complet. Nous le publierons prochainement, mais nous avons voulu auparavant signaler l’apparition du magnifique livre de M. Gaudry.
- La poudre à canon et les nouveaux corps explosifs. — 1 volume illustré de la Bibliothèque des merveilles, par Maxime Hélène. — Paris, L. Hachette et Cie, 1878.
- Notre collaborateur, M. Maxime Hélène, qui sous un modeste pseudonyme cache le nom d’un de nos ingénieurs les plus distingués, attaché à l’un des plus grands travaux du siècle, a réuni dans ce volume l’histoire des corps explosifs dont les usages ont pris depuis quelques années une extension si considérable. Le premier livre est consacré à la poudre à canon, le second donne l’étude des nouveaux corps explosifs issus de la chimie moderne, les picrates, fulminates, le coton-poudre, la nitro-glycé-l'ine et la dynamite. L’auteur, dans la dernière partie intitulée : la Guerre et la Paix, fait l’histoire des applications modernes de ces substances. Nos lecteurs connaissent le talent d’exposition de M. Maxime Hélène, qui vient d’en donner une nouvelle preuve en publiant cet intéressant et instructif ouvrage.
- Considérations tendant à faire admettre l'existence d'un essaim d'astéroïdes circulant autour de Mars, par Mayeul Lamey. — Une brochure in-8°. — Autun, 1877.
- On some points in connection with animal nutrition, by
- Dr. J.-H. Gilbert. — Une brochure in-8°. Vincent Hroocks. London.
- On the direct process mailing wrought iron and steel, by Ciias. M.DuPuy, c. e. — Une brochure in-8°. Philadelphia, wm. P. Kildare, 1877.
- Atti délia sociela Toscana di scienze naturaliresidentem Pîsa. Vol. III. Fasc. I. — 1 vol. grand in*8% avec lü pl. hors texte. Pisa, 1877.
- Ueber künsrliche Theilbarkeit und über das Nervensystem der Medusen, von Dr. Th. Eimer. — Une brochure in-8°. — Bonn, 1877.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 31 décembre 1877. — Présidence de M. Peligot.
- Fonctions des feuilles. — Dans un très-volumineux mémoire présenté par M. Dumas, M. Joseph Boussingault étudie la physiologie des feuilles, surtout en ce qui concerne l’émission et l’absorption de l'acide carbonique et de l’eau. En passant, l’auteur explique de la manière la plus simple un phénomène de constatation très-facile à ce qu’il paraît. Il s’agit de l’impression de fraîcheur que l’on ressent en appliquant la main sur une feuille encore attachée à la plante dont elle fait partie et exposée au soleil, comparée à la sensation inverse que produit la même feuille dans les mêmes conditions après qu’on en a sectionné le pétiole. Le froid est dû à l’évaporation de la sève sans cesse fournie à la surface de la feuille par le jeu même des fonctions de la plante : il ne se produit nécessairement plus quand la source du liquide est supprimée.
- Photographie solaire. — De très-nombreux exemplaires d’une belle photographie de la surface solaire, obtenue à l’observatoire de Meudon, le 10 octobre 1877, à neuf heures trente-six minutes du matin, sont distribués par M. Janssen qui donne à leur égard des détails fort imprévus. Cette photographie montre les granulations vulgairement dites grains de riz, et révèle ce fait que les observations optiques auraient toujours laissé ignorer que les granules ont une luminosité très-variable, et qui tient certainement à leur submersion plus ou moins profonde dans la masse gazeuse où ils flottent.
- Liquéfaction de l'oxygène. — Jeudi dernier, M. Raoul Pictet a répété pour la quatrième fois devant une nombreuse assistance la belle expérience dans laquelle il arrive, comme nous le disions l’autre jour, à liquéfier l’oxygène. Le gaz fut soumis à la température de 140 degrés sous zéro et d’une pression de 560 atmosphères qui tombe brusquement à 505, ce que l’auteur attribue à la liquéfaction subite d’une portion de la substance. Les choses étant maintenues en cet état pendant une demi-heure, on ouvrit le robinet permettant la détente et on constata, grâce à l’éclairage électrique du cône d’écoulement que le gaz était rempli de gouttelettes bientôt vaporisées. La partie interne de ce cône était blanche et neigeuse et la partie externe bleue et transparente.
- Liquéfaction de l'azote, de l'air et de l'hydrogène. — Pendant que M. Raoul Pictet répète à tant de reprises l’expérience précédente, notre compatriote, M. Cailletet, s’est attaqué aux derniers gaz dits permanents. Entre ses mains l’azote pur et sec comprimé à 200 atmosphères et soumis à la température de 13 degrés au-dessus de zéro, puis abandonné à la détente, se remplit du brouillard déjà constaté pour l’oxygène.
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- Ce résultat une fois constaté il était évident que l’air est liquéfiable comme ses éléments constituants. Cependant l’auteur a réalisé l’expérience directement et le succès a été complet. Il va sans dire que l'air sur lequel l’opération a été tentée était parfaitement sec et privé de toute trace d’acide carbonique.
- Enfin l’hydrogène qui résistait seul jusqu’à présent a été ce malin même évidemment liquéfié au laboratoire de l’École normale, en présence de plusieurs témoins. La pression était de 280 atmosphères, et la température de — 29°, au moment de la détente.
- M. Sainte Claire-Deville insiste sur les précautions prises pour avoir des gaz absolument purs, et fait remarquer que l’hydrogène se comporte d’une manière autre que l’oxygène ou l’azote. Avec ceux-ci, on voit d’abord se produire un
- brouillard donnant l’idée de liquide purement pulvérisé qui remplit tout le tube, ensuite vers la surface extérieure, la transparence reparaît et il ne reste qu’une colonne axiale qui disparaît elle-même bientôt. Avec l’hydrogène au contraire, on ne voit qu’une diminution de transparence du tube.
- Mais comme le fait remarquer M. Berlhelot, témoin aussi des expériences, cette prétendue différence paraît tenir simplement à la moindre compressibilité de l’hydrogène qui fait qu’il ne manifeste en réalité que la dernière phase des phénomènes offerts par les gaz plus conden-sablçs.
- Dans le prochain numéro de la Nature, nos lecteurs auront la description complète des appareils et des expériences de M. Cailletet. Stanislas Meunier.
- Village indien des rivages du Itio Colorado (États-Unis).
- LES INDIENS DD RIO COLORADO
- Nous avons signalé avec quelques détails les intéressants voyages d’exploration de M. Powell, le long des rivages du Rio Colorado S et nous avons précédemment publié les types de quelques-uns des naturels qui habitent ces régions peu connues. Parmi les Indiens que l’on rencontre dans les différentes contrées que sillonne le fleuve, il en est qui ne sont pas inaccessibles aux bienfaits de la civilisation, il en est d’autres au contraire sur lesquels l’idée du progrès ne semble exercer aucune influence. Tels sont les curieux habitants des régions situées dans le voisinage de la localité où le Rio Yirgen se jette dans le Rio Colorado. Ce sont des Indiens grossiers,
- barbares, qui vivent en nomades et d’une façon vraiment misérable.
- M. Powell ne s’étend pas en longs détails sur ces tribus, mais il a publié aux États-Unis un intéressant dessin, qui représente un de leurs villages vraiment primitifs. Nous le reproduisons ci-dessus. Les huttes sont construites au moyen de branches d’un arbre épineux, dont les rameaux s’enchevêtrant, se soutiennent d’eux-mêmes ; elles forment les habitations les plus élémentaires que l’on puisse voir. Ces sauvages ont des mœurs assez douces, et les explorateurs américains n’ont pas eu à se plaindre des rapports qu’ils ont contractés avec eux.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- 1 Voy. 5* année, 1877, 2" semestre, p. 179, 216, 403.
- Corbeil. - Typ. et stér. Crétb .
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- K° 24t. — 12 JANVIER 1 878.
- LA NATURE.
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- II D RUHMKORFF
- Le célèbre physicien que la science vient de perdre (19 décembre 1877) est né en Hanovre en 1803. Après avoir terminé son apprentissage de mécanicien, à l’âge de dix-huit ans, il quitta sa ville natale et se mit à parcourir l’Allemagne pour se perfectionner dans son métier. Il se rendit ensuite à Paris, où il résida pendant deux ans; puis il partit à Londres. Après un séjour de même durée en Angleterre, il revint à Paris et y travailla dans différents ateliers pendant treize années consécutives.
- Ruhmkorff se sentait né pour s’élever au-dessus de la profession d’ouvrier ; en 1839, il quitta son dernier patron et s’établit à son compte. Ses débuts furent modestes, comme ceux de tous les hommes qui ont besoin pour vivre de leur salaire quotidien. C’est dans une humble chambre qu’il construisit le premier de ses instruments , qui devait se transformer en l’admirable machine d’induction à laquelle s’est attaché son nom. La bobine de Ruhmkorff a fait faire à la science des progrès immenses, et c’est à juste titre qu’elle valut à son inventeur le grand prix de Volta (prix de 50000 francs), la plus haute récompense nationale qu’on ait pu lui offrir.
- En 1844, Ruhmkorff exposa à Paris un appareil thermo-électrique complètement transformé par lui, et qui servit aux belles expériences de Melloni ; cet appareil lui valut une médaille d'argent.
- En 1849, il exposa un appareil construit pour exécuter les expériences de polarisation par le magnétisme, de Faraday, et les essais diamagnétiques ; il obtint une seconde médaille d’argent.
- A l’Exposition universelle de 1855, le succès de Ruhmkorff fut complet avec son appareil d'induction ; le jury lui décerna une médaille de 1re classe ; il fut en outre nommé chevalier de la Légion d’honneur. Quelque temps après, on lui conférait le grade d’officier de l’Instruction publique.
- Nous ne pouvons énumérer tous les appareils construits par Ruhmkorff; nous dirons seulement que son nom est attaché à toutes les applications nouvelles de l’électro-magnétisme. Pendant cinq an-
- 11“ auuiie. — 1er semestre
- nées consécutives, l’Académie lui décerna le prix Trémont de 5 500 francs, institué pour aider dans ses recherches un inventeur sans fortune.
- Aujourd’hui le nom de Ruhmkorff est européen ; tous les cabinets de physique, toutes les Universités, tous les collèges, tous les établissements d’enseignement du monde possèdent scs instruments, et les savants de tous les pays ont eu recours à son talent pour l’exécution des appareils les plus exacts et les plus délicats.
- Ruhmkorff avait fait de la France sa patrie adoptive ; et lui resta toujours fidèle malgré ses désastres et ses malheurs. Après la guerre de 1870-1871 on fit à l’inventeur les offres les plus séduisantes pour le décider à transporter sa résidence à Berlin, mais il opposa, sans cesse, à toutes les propositions, faites dans ce sens, le refus le plus énergique et le plus résolu. Il a voulu, jusqu’à sa dernière heure, rester à Paris, qu’il aimait, dans son modeste mais bien célèbre atelier, en face de la vieille Sorbonne. Nous avons vu que la France n’a pas oublié le fils adoptif qui a travaillé à sa gloire scientifique.
- Ruhmkorff était d’un caractère timide, doux, qui attirait la sympathie. Il était très-laborieux et sans cesse à l’affût du progrès. Quand il l’avait saisi, il le réalisait de la manière la plus utile, puisqu’il s’appliquait à le faire connaître de tous en le répandant, sous une forme saisissante, dans l’enseignement du monde entier.
- Ruhmkorff a donné pendant toute sa vie le plus bel exemple de la modestie et du désintéressement. Il avait conquis l’estime et l’affection des plus hautes notabilités de la science. Ce fut un ouvrier, dans la belle acception du mot : il s’éleva, par le travail et l’intelligence, au rang des grands inventeurs.
- Le portrait de Ruhmkorff, que nous reproduisons ci-dessus, a été fait d’après une photographie que sa famille a bien voulu nous confier. La physionomie de l’inventeur était intelligente et avenante, son œil était vil, et son regard pensif; cette figure loyale, encadrée de cheveux blancs, était du reste bien connue, car elle a été souvent reproduite dans les journaux illustrés, surtout au moment où Ruhmkorff obtint le grand prix de Volta.
- Ruhmkorff. (D’après une pho tographie.)
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- LA NATURE,
- MOIS MÉTÉOROLOGIQUE AUX ÉTATS-UNIS
- NOVEMBRE 1 877.
- Les observations faites par le Signal Service des États-Unis montrent que, pendant le mois de novembre, onze dépressions barométriques ont traversé le continent américain ; en outre, dans les derniers jours du mois, une douzième dépression, venue sans doute des régions tropicales et ayant son centre sur l’Atlantique, à peu de distance de la côte, a marché vers le nord en suivant sensiblement la direction de Gulf-Stream. La plupart des dépressions signalées sur le continent sont venues du Pacifique ou du plateau à l’est des Montagnes Rocheuses; après avoir suivi une marche plus ou moins ondulée sur les Etats-Unis, elles ont disparu par le Canada ou vers Terre-Neuve, à la limite nord du réseau d’observation. L’examen des trajectoires des centres confirme ce que nous avons souvent constaté. On sait que certaines bourrasques ne conservent pas une marche uniforme dans toute l’étendue de leur parcours, et que fréquemment leur mouvement de translation affecte une forme ondulatoire plus ou moins accusée. Les changements de direction dans la trajectoire d'une bourrasque sont généralement précédés d'une diminution de la vitesse de translation; cette diminution est d'autant plus grande que l'angle de déviation est plus considérable. On comprend toute l’importance de ce fait pour les avertissements du temps aux ports et à l’agriculture. Le sens de la déviation peut facilement être prévu pour chaque cas particulier, tant par la connaissance de la marche normale des bourrasques dans la région considérée que par l’étude des modifications simultanées survenues dans les autres éléments météorologiques.
- La plus remarquable des bourrasques de novembre a été suivie depuis le 15 au moment où elle abordait lecontinent par la côte du Pacifique jusqu’au 25, à sa disparition vers la région des Lacs. Sa trajectoire est très-mouvementée, et les déviations sont toujours précédées d’une diminution de la vitesse de translation. Dans la nuit du 25 au 24, alors que la bourrasque courait vers le nord et amenait une tempête de sud-est sur la côte Atlantique; le steamer américain Huron, qui se trouvait dans la portion dangereuse du tourbillon, vint se briser à la côte, au nord du Cap Hatteras; près de cent personnes ont péri dans ce naufrage. Dans l’intérieur, la tempête a eu des conséquences non moins graves. M. Lomis a montré que lorsqu’un courant d’air chaud et humide arrivant de l’Océan vient heurter la surface d’un continent, il se produit fréquemment un mouvement ascensionnel accompagné d’une précipitation considérable, d’autant plus forte que le relief du sol est plus élevé. La loi formulée par le savant météorologiste américain a été vérifiée une fois de plus. Des pluies torrentielles, produites par le courant. de sud-est chaud et humide venant de l'Océan,
- et que le Signal Service avait annoncées, sont tombées du 23 au 25 sur les bassins des petites rivières qui se jettent dans l’Atlantique entre le Cap Hatteras et Boston ; elles ont amené des inondations désastreuses. A Washington, Baltimore, Philadelphie, les quais et les rues adjacentes ont été submergés ; à Richmond, capitale de la Virginie, le James River s’est élevé à 7,n,50 au-dessus de son niveau moyen ; la rivière, dont le lit ne mesure pas plus de 180 mètres aux environs de la ville, inondait la plaine sur une étendue de près de 5 kilomètres; Manchester, sur la rive opposée du James, était à moitié submergée. A Lynchbury, sur la même rivière, trois ponts se sont écroulés ; dans la Caroline du sud, un train fut surpris par l’inondation. La plupart des observateurs font remarquer que la crue du 25 novembre a dépassé le niveau des plus hautes eaux connues. .
- La pluie totale du mois est naturellement en excès dans ces régions. La température, à peu près normale dans la partie centrale des États-Unis, s’est tenue surélevée dans le nord ; au contraire, dans le Texas et les États du Golfe, elle est descendue au-dessous de la moyenne.
- De fortes secousses de tremblement de terre ont été ressenties le 4 dans les États du nord-est et sur une partie du Canada ; elles sont signalées dans plus de quatre-vingts stations. Th. Mookeaüx.
- SOCIÉTÉ FRANÇAISE DE PHYSIQUE
- Séance du 21 décembre 1877.
- M. Duter présente à la Société des aimants obtenus en soumettant des plaques circulaires d'acier à l’action d’un électro-aimant terminé par une pointe conique appuyant au centre du disque. Dans ces aimants la ligne neutre
- est un cercle concentrique au disque et de rayon
- Pour étudier le magnétisme libre répandu sur les aimants circulaires, M. Duter emploie la méthode du contact d’épreuve. Le contact pesant à peine quelques centigrammes, est un petit cylindre de fer doux fixé au centre de la tige d’un aéromètre flottant dans l’eau; on évalue la force d’arrachement par le poids d’eau qui doit s’écouler d’un vase cylindrique contenant l’aéromètre pour que le contact soit arraché. L’instant précis du contact et de l’arrachement est indiqué par un signal électrique.
- M. Duter étudiant ainsi des aimants pleins ou annulaires aimantés à saturation a vérifié l’exactitude de sa méthode en démontrant expérimentalement que les quantités de magnétisme libre austral et boréal ainsi déterminées sont égales sur les deux plages de noms contraires d’une même plaque II a ensuite cherché à représenter, par une formule empirique, les résultats relatifs aux forces d’arrachement pour les plaques de diamètre différent. Celles ci ne dépendent que d’un seul coefficient spécifique variable avec la nature de l’acier et avec l’épaisseur.
- M. Mascart présente l’appareil employé par M. Caillelet et construit par M. Ducrelet pour liquéfier les gaz. Le lecteur trouvera plus loin des détails à ce sujet.
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- LA NATURE.
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- BIBLIOGRAPHIE
- La locomotion aérienne, par Devdier. —Une broch. in-8°. Oran (Algérie), 1877.
- De l'Obésité, par L. Seram Worthincton, docteur en médecine. — 1 vol. grand in-8. — Paris, L. Leclerc, 1878.
- Les Abeilles, organes et fonctions, éducation et produits, miel et cire, par Maurice Girard. - 1 vol. in—18, avec une planche coloriée et 30 figures dans le texte. — Paris, J. B. Baillière, 1878.
- Nouvelles notices entomologiques. Note sur les carpo-capses des fruits à pépins et h noyau. — 2 brochures in-8, par le même.
- Des paratonnerres à pointes, h conducteurs et à raccordements terrestres multiples. Description détaillée des paratonnerres établis sur VHôtel de Ville de Bruxelles en 1865, par Melsens. — 1 vol. grand in-8. — Bruxelles, F. Bayez, 1877.
- Nous publierons prochainement une analyse détaillée de cet important ouvrage.
- Notice sur les travaux météorologiques de M. L. Brault, par le professeur D. Bagona. Traduit de l’italien. — 1 brochure in-8. — Paris, Arthus Bertrand, 1877.
- Souvenirs du Congrès scientifique du Havre, par Ciiari.es Quin. — 1 brochure in-18. — Havre, 1877.
- LA GALERIE ETHNOGRAPHIQUE
- DU MUSÉE D’ARTILLERIE.
- Dans le courant du mois de janvier vont s’ouvrir, au Musée d’artillerie de l’Hôtel des Invalides, de nouvelles salles qui renferment assurément ce qui a jamais été réuni de plus curieux, de plus pittoresque et de plus exact en documents ethnologiques. Tout l’honneur en revient à M. le colonel Le Clerc, qui a mis au service d’une idée originale les qualités les plus variées du savant dans les choses militaires, de l’érudit et de l’observateur dans les mille détails qui constituent l’ethnologie, de l’anthropologiste, et enfin de l’artiste.
- Réunir tous les types humains depuis le Kabyle, le Touareg, le Sénégalais, l’Asiatique, le Malais, l’Océanien, le Polynésien jusqu’à l’Esquimau, jusqu’au Peau-Rouge, au Mexicain, au Brésilien, au Boti-cudos, représenter exactement les formes, les proportions, la couleur de la peau, la couleur et la nature des cheveux, qui sont propres à chacune de ces races, c’était déjà une œuvre suffisamment intéressante et difficile, dont le colonel Le Clerc s’est acquitté en anthropologiste consommé ; artiste, il a ensuite tatoué tous ces peuples divers ; il leur a distribué leurs ornements, leurs costumes respectifs ; militaire spécial, il a mis dans les mains de cette troupe bigarrée les armes qui appartiennent à chacun des peuples qui la constituent. Or, cheveux, bijoux, amulettes, fétiches, costumes, armes, tout est authentique, tout provient directement du pays
- qu’il s’agissait de représenter, et il n’est pas un objet, pas un ornement ni une arme qui ne soit par lui-même un bijou artistique. L’histoire des armes, tel est le but que s’est proposé le colonel Le Clerc; il l’a complètement atteint, sans jamais dévier du chemin qu’il avait à suivre; mais cette colossale entreprise a en outre le mérite de montrer combien toutes les branches de l’histoire de l’homme sont étroitement unies entre elles.
- Les spécialistes, souvent trop étroitement confinés dans le cercle de leurs études habituelles, ne se rendent pas assez compte de la valeur qu’ellesprendraient si le travail d’analyse auquel ils ont dû se livrer, était toujours suivi d’une large synthèse qui remet chaque classe en son milieu.
- Pour ne parler que des armes, puisque c’est ici un musée spécialement militaire, il faut se promener dans ces salles pour saisir toute la différence qui sépare une collection sèche comme toute nomenclature, qui se bornerait à donner au spectateur un catalogue par voie d’énumération et une série de tableaux vivants où chaque arme est dans son attitude propre, dans les mains qui l’ont créée et qui s’en servent, en un mot, dans son milieu.
- C’est que la science doit être amusante, c’est qu’elle doit être colorée, pittoresque, vivante, sous peine de ne plus être la représentation exacte de la nature et de la vie.
- Cette qualité lui est surtout indispensable lorsqu’elle s’adresse au public; aussi la collection ethnographique du colonel Le Clerc apportera-t-elle certainement dans l’esprit de chacun des visiteurs qu’elle va réunir, une plus grande somme de connaissances que la lecture de bien des volumes ; il y a là, en outre, pour l’art une source d’une grande richesse à laquelle les peintres ne se feront certainement pas faute de venir puiser. Quant aux savants de profession ils y feront avec fruit plus d’une visite. Aussi la Société d’anthropologie, invitée par le colonel à jouir dans sa primeur de son intéressante collection, dont il a bien voulu lui faire lui-même les honneurs, a-t-elle salué avec enthousiasme une innovation qui sera certainement féconde pour la science qu’elle cultive.
- L’étude des armes n’est-ce pas en effet l’étude de la société tout entière, surtout quand il s’agit de peuples qui ne sont encore qu’aux premiers échelons de la civilisation? Toute collectivité humaine commence par être offensive et défensive; la lutte pour l’existence n’est pas encore pour elle une lutte à peu près purement intellectuelle comme dans nos sociétés civilisées ; elle n’a pas du moins d’autres instruments que de véritables armes qu’elle emprunte au monde qui l’entoure : l’arbre de la forêt d’abord, la pierre entraînée par le torrent ensuite, le fepqilus tard.
- Mais si la forme et la matière première des armes varient suivant les points du globe, le but du combat est partout le même, tantôt contre les hommes, tantôt contre les animaux; les passions sont les
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- mêmes; la peur, la superstition, la vanité, la coquetterie appartiennent à tous les âges de l’histoire et se retrouvent sous l’équateur comme au pôle; et tous ces sentiments que la civilisation transforme plutôt qu’elle ne les détruit, dont elle fait même parfois des armes moins naïves et tout aussi meurtrières que celles des sauvages, prennent suivant le milieu des formes différentes.
- C’est là l’impression qu’on ressent d’abord quand on se trouve au milieu de tous ces hommes aux couleurs variées.
- Quel autre sentiment, en effet, que celui qui est dicté par la superstition, a fait naître dans l’esprit de tous ces peuples le besoin de porter au cou ces fétiches, faits à l’image du grand Manitou ou de Oudoa le dieu de la gloire? ces dents percées, ces os, ces coquillages, ces amulettes diverses, dont l’histoire, depuis les temps les plus reculés jusqu’à nos jours, présente tant d’intérêt ; dont la substance varie, mais dont la cause est l’éternelle naïveté humaine et qu’on retrouve chez tous les peuples, à toutes les époques? Dans un intéressant article sur les amulettes gauloises et gallo-romaines1, M. G. de Mortillet a fait connaître un grand nombre des objets vénérés à cette époque ; l'énumération qu’il a faite donnerait aussi bien l’idée de divers débris qui sont pendus au cou des habitants immobiles du Musée d’artillerie : pierres trouées, coquilles diverses, dents de porc, os de singe ou de Kangourou, etc.
- La vanité n’est-elle pas écrite sur tout le personnage que nous représentons ici, ce Peau-Rouge qu’on prendrait volontiers pour un marchand d’orviétan, qui, la face enluminée de rouge et de bleu, recouvert des pieds à la tête d’oripeaux aux couleurs voyantes, l’air insolent et moqueur, brandit d’une main son scalp, de l’autre une bande de cuir chevelu de son ennemi vaincu. « Sans douleur! » a-t-il l’air de dire. Gomme nous reconnaissons bien le bavard et astucieux Peau-Rouge que certains romans ont fait plus vraisemblable qu’on ne pensait! C’est bien lui dont les discours primesautiers, violents, francs d’allure, faisaient il y a quelques années, résonner les salles d’une sorte de congrès dérisoire où la civilisation impitoyable méconnaissait avec hypocrisie les droits après tout imprescriptibles de ces intransigeants de la liberté, de ces insoumis, qui ne sauront cependant résister longtemps à la loi inéluctable, non pas précisément du plus fort, mais, di-sons-le par euphémisme, du plus civilisé.
- Nous ne pouvons donner ici le portrait de tous ces personnages qu’on ira voir sur leur piédestal, où ils trônent d’un air si convaincu ; mais tous ont un air de famille ; l’air de la famille humaine.
- Le Néo-Zélandais est incontestablement aussi fier du superbe fétiche en jade suspendu à son cou, que des cercles concentriques gravés sur sa figure en cicatrices indélébiles, que de sa crinoline en Phor-
- 1 Contribution à l'histoire des superstitions, par G. de Mortillet, et Revue d’anthropologie, 1876.
- mium tenax et que de son majestueux manteau de roseau.
- Son bonheur n’a d’égal que celui de l’habitant des îles Marquises, aussi roidi dans sa démarche par sa coiffure en plumes de coq et son aigrette en plumes de phaéton, que le classique tambour-major de feu Scribe sous son bonnet monumental, qui lit rêveries bonnes de nos mères ; s’il n’est pas « galonné d’or », il a pensé que du tatouage même on ne saurait trop prendre, et ce ne sont sur sa peau que festons et qu’astragales.
- L’Havaïen avec son mi-partie en damier bleu et blanc, semblable à un lansquenet qui aurait fait dessiner son costume sur la peau, avant de le faire faire, avec son manteau de fdet, dont chaque nœud porte une plume rouge d’oiseau rare, manteau que les Havaïens de distinction qui revêtent aujourd’hui l’habit noir et le chapeau haute forme, portent encore en signe de noblesse ; et le pauvre Tahitien qui se meurt du cohivi, de la phthisie pulmonaire, tout enveloppé dans son tapa jaune, teint de curcuma; et l’Australien à la peau noire, à la barbe longue, aux cicatrices saillantes, au nez retroussé, peint en rouge et orné d’un roseau, qui traverse la cloison; et le Néo-Calédonien vêtu.... de quelques coquillages et d’un chiffon noir en tapa autour du doigt; et le Malgache avec sa coquille sur le front, en guise de ferronière, insigne de commandement, quelque chose comme notre graine d’épinard ou notre plume blanche au chapeau ; et le Bornéen, avec son crâne de Callao sur la tête, son panier qu’emplit à ses pieds une tête humaine; et le Botocudos, avec ses morceaux de bois dans la lèvre inférieure et dans le lobule de l’oreille, son sac à bois sec pour faire le feu, etc., etc.; tous ne sont-ils pas également convaincus, que rois de la terre ils en sont le plus bel ornement? tous ne représentent-ils pas aux yeux de leur race l’idéal plus ou moins approché du beau?
- Chacun a obéi à un sentiment particulier de la forme, du coloris, en rapport avec la race, mais aussi avec le climat. Au Brésil, à la Guyane, les oiseaux aux mille couleurs, transformation des rayons solaires de ce pays, forment la base d’une ornementation pittoresque. Ces mêmes plumes ont déjà servi pour les oiseaux qui les ont produites et portées à la mise en scène des mêmes sentiments d’amour, de guerre, de gloire.
- Si la scène est plus noble, le rôle qu’elles jouent est le même. Quand il ignore l’art d’arracher, comme disaient nos pères, à la nature ses secrets, le sauvage se contente de ramasser ce qu’elle lui donne sans qu’il l’ait demandé : la plume de l’oiseau, l’élytre bruyante et chatoyante du Bupreste, pour s’en faire un collier, dont le bruissement accompagne la marche, effraye les animaux craintifs, et ils le sont tous, en même temps qu’il satisfait la coquetterie et l’amour du bruit qui est un autre besoin de l’humanité.
- Si moins énervé par le soleil, moins nonchalant, Je sauvage a des goûts belliqueux, il fait de la sa-
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- Costume d'un Peau-Rouge de l’Amérique du Nord; d’après le mannequin de la nouvelle galerie ethnographique
- du Musée d’artillerie, à Paris.
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- tisfaction de son amour pour le bruit, un instrument de guerre, un agent de terreur pour l’ennemi. Ainsi, l’habitant des îles Marquises porte à la ceinture une grosse conque sonore ramassée sur la plage, et perforée à son extrémité pour recevoir une calebasse qui sert d’embouchure; le Brésilien porte dans le même but une sorte de hochet orné de plumes et fait d’une calebasse vidée, dans laquelle plusieurs cailloux produisent, par agitation, un bruit, qui lorsque chaque homme de la troupe entière agite son instrument doit terrifier l’ennemi. En Australie, c’est par le sens de la vue qu’on se propose de développer la frayeur, et l’on se place sur le visage un masque horrible qui rappelle un peu celui de la tragédie antique.
- Mais si partout l’homme montre les mêmes vices, les mêmes appétits qui permettent au philosophe de sourire, à condition qu’il se rende compte que la race à laquelle il appartient lui-même n’en est pas plus exempte que les autres, c’est aussi une étude bien curieuse que celle qui permet de constater combien tous les peuples, même les plus arriérés montrent un singulier talent pour dompter les forces naturelles qui les entourent, pour éviter leur action funeste, ou pour utiliser à leur profit les agents que le sol qu’ils habitent met à leur disposition ; c’est par là seulement, c’est en un mot par son intelligence que l’homme s’élève au-dessus du reste de l’animalité.
- Sans sortir du Musée ethnographique, on peut admirer avec quel art les Néo-Calédoniens confectionnent, avec une sorte de mûrier à papier, le tapa, étoffe légère et élégante, retenue par des cordes en poil de roussette; on admire avec quel art les habitants de l’île des Papous décorent leurs étoffes d’un dessin presque grec et d’un coloris harmonieux, avec des rangées régulières et symétriques de petits coquillages; ailleurs certaines coquilles habilement taillées servent de pioche, de pelle, de couteau, qui ne quittent jamais leur propriétaire et restent pendus à sa ceinture. On voit les peuples des pays chauds et secs se garantir par d’épais vêtements de laine blanche qui réfléchissent sans les absorber les rayons du soleil. L’Esquimau porte par-dessus ses fourrures un costume complet en baudruche de phoque, sorte d’imperméable contre la neige et le froid ; celui qui est représenté dans la galerie tient à sa main ces énormes patins en raquette que por-Iaient déjà les hyperboréens d’Hérodote, et dont la vue a inspiré l’opinion légendaire que les hyperboréens avaient des pieds d’une longueur énorme.
- Mais c’est surtout dans leurs armes que doivent être étudiés tous les spécimens réunis par le colonel Le Clerc, ainsi que dans leurs coiffures, qui comme chez nous le casque ou l’ancien bonnet des guerriers rentrent dans l’ornement militaire.
- C’est ce qui nous reste à faire.
- Dr À. Bordier.
- — La suite prochainement, —
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- LA LIQUÉFACTION DES GAZ
- EXPÉRIENCES DE M. CAILLETET.
- Tout le monde sait que la matière, qui constitue les différents corps de la nature, se présente sous trois états différents, l’état solide : l’état liquide et l’état gazeux. On sait aussi que l’état d’un corps n’a rien d’immuable, un solide peut entrer en fusion et se volatiliser, un liquide est susceptible de se solidifier, et de se transformer en vapeur; un gaz peut devenir liquide ou solide, et cela suivant les conditions de température ou de pression, auxquelles ce solide, ce liquide ou ce gaz sont soumis. L’eau sous l’action du froid, donne la glace ; sous l’action de la chaleur, la vapeur d’eau. Le soufre, le phosphore, les métaux et la plupart des corps solides, peuvent de même affecter les trois états de ha matière, c’est-à-dire, être solides, liquides ou gazeux. Le chlore, le protoxyde d’azote, l’acide carbonique, etc., peuvent se liquéfier ou se solidifier. Pour cela, il suffit de rapprocher leurs molécules, en les comprimant et en les refroidissant.
- Faraday était ainsi parvenu à liquéfier un certain nombre de gaz, en utilisant la compression et le refroidissement1, mais il en restait d’autres absolument réfractaires aux actions les plus énergiques, et que l’on a désignés sous le nom de gaz permanents. Ce sont l’hydrogène, l’azote, l’oxygène, l’oxyde de carbone, le bioxyde d’azote et le formène. Les chimistes avaient bien la conviction que ces gaz n’échappaient pas aux lois générales, ils étaient persuadés que s’ils avaient résisté à la liquéfaction, c’était probablement faute de moyens d’action de compression ou de refroidissement assez puissants ; mais ces gaz n’en demeuraient pas moins comme des corps particuliers, offrant en quelque sorte un
- 1 Les premières expériences de Faraday, entreprises d’abord avec le concours de Davy, remontent à 1823 (Annales de chimie et de physique, 2e série, t. XXII, p. 523). Les deux illustres chimistes avaient pu liquéfier le chlore et quelques autres gaz, en introduisant dans un tube de verre recourbé en 11 les substances nécessaires à leur production. L’appareil était entièrement clos. Le gaz ne pouvant s’échapper, s’accumulait dans la partie du tube opposée à celle où il prenait naissance; cette partie du tube était entourée d’un mélange réfrigérant. On voyait le gaz se condenser à l’état liquide. En 1835, Thilo-rier a construit sur les mômes principes un appareil de fonte, où l’on pouvait obtenir de grandes quantités d’acide carbonique solide. Cet appareil devait supporter des pressions énormes ; il éclata un jour à l’École de pharmacie, et le malheureux préparateur, M. ilervy, fut frappé de mort après avoir eu les deux jambes enlevées. M. Deleuil a construit, depuis, des appareils Thilorier, en consolidant les récipients de fonte au moyen de cercles de fer très-épais. Plus tard, M. ljxinchi a construit sur les indications de M. Dumas un autre appareil à compression des gaz et qui est surtout usité pour la production du protoxyde d’azote liquide. Nous nous bornons ici à mentionner ces appareils, dont la description se trouve dans la plupart des traités de physique ou de chimie. Ajoutons qu’en 1845, Faraday reprit ses expériences sur la liquéfaction des gaz, en profitant du froid intense que l’on peut obtenir avec l’acide carbonique solide (Annales de chimie et de physique, 3* série, t. XV, p. 257.)
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- défi à l’action du chimiste sur la matière, et leur changement d’état se présentait comme un problème important, dont la solution offrait d’autant plus de séduction, qu’elle se cachait sous de plus difficiles obstacles. On avait soumis les six gaz permanents aux plus rudes épreuves, M. Berthelot notamment leur avait fait subir l’action de pressions énormes de 800 atmosphères, et celle de refroidissements intenses dépassant 100° au-dessous de zéro, mais c’était en vain que les chimistes avaient mis en œuvre toutes les ressources de la science. Les gaz permanents justifiaient leur nom.
- 11 n’en est plus ainsi aujourd’hui. Un industriel émérite, qui est en même temps un savant des plus distingués, M. Cailletet, a triomphé des gaz permanents. Il est parvenu aujourd'hui à les liquéfier ou à les solidifier. Ce résultat, un des plus intéressants que les physiciens aient obtenus à notre époque, doit être incontestablement signalé comme une nouvelle et grande conquête de la science sur la matière.
- Presque au même moment, un autre ingénieux chercheur et inventeur, M. Raoul Pictet est arrivé au même résultat quant au gaz oxygène. Nous passerons successivement en revue les expériences de ces deux chimistes, en commençant à exposer aujourd’hui les travaux de M. Cailletet.
- Notre gravure (p. 105) représente le grand appareil que M. Cailletet a construit à son usine de Ghâ-tillon-sur-Seine, et que, grâce à son obligeance, nous avons fait dessiner d’après nature sur les lieux mêmes d’après ses indications.
- L’appareil se compose d’un cylindre creux en acier A, solidement fixé à un bâti de fonte au moyen des brides BB. Une tige cylindrique en acier doux, faisant fonction de piston plongeur, pénètre dans ce cylindre, qui doit être rempli d’eau. L’extrémité opposée de la tige se termine par une vis à filets carrés, qui traverse l’écrou de bronze F, fixé au centre des volants M. Suivant la direction imprimée au volant au moyen des chevilles dont il est muni, on peut faire avancer ou reculer le piston plongeur dans l’axe du corps de pompe. Un cuir embouté empêche le liquide comprimé de s’échapper du cylindre.
- Pour introduire l’eau ou le liquide à comprimer, on le verse dans le vase en verre G, qui est mis en communication avec l’intérieur de l’appareil; une vis d’acier à pointe conique, peut fermer l’étroit conduit qui donne passage au liquide. Cette vis est terminée par un petit volant à chevilles O. Cette disposition permet de détendre subitement les gaz comprimés, et de voir un brouillard intense se produire dans le tube de verre capillaire où ils sont contenus. (Ce tube est représenté au milieu du manchon m.) Le brouillard est formé sous l’influence du froid extérieur produit par la détente brusque, signe certain de la liquéfaction ou même de la congélation des gaz regardés jusqu’ici comme permanents.
- a est un réservoir creux en acier, pouvant supporter la pression de 900 et même 1000 atmosphères; il est relié à l’appareil de compression par un tube capillaire métallique. L’eau, sous l’action du piston, arrive dans ce réservoir a, et agit sur du mercure qui comprime le gaz.
- b figure l’ajutage qui reçoit l’appareil en verre destiné à renfermer le gaz à expérience. Un écrou sert à fixer cette pièce à la partie supérieure du réservoir. La figure de la page 104 en donne le dispositif en demi-grandeur.
- m est un manchon en ’ cristal, contenant un cylindre de verre, au milieu duquel on voit le tube mince où doit s’opérer la liquéfaction du gaz. Ce tube capillaire peut être ainsi entouré de mélanges réfrigérants ou de protoxyde d’azote liquide. Le manchon extérieur m concentrique au premier, et contenant des substances avides d’humidité, empêche le dépôt de la glace ou de la vapeur sur le tube refroidi, ce qui gênerait les observations.
- p. Tablette en fonte destinée à porter les réservoirs a; des vis dd permettent d’élever ou d’abaisser les réservoirs pour l’examen spectroscopique ou la projection des expériences.
- Un ajutage S réunit les tubes capillaires métalliques qui transmettent la pression aux diverses parties de l’appareil.
- N est un manomètre Thomasset modifié et vérifié au moyen d’un manomètre à air libre établi sur les flancs d’une colline voisine du laboratoire de Châtil-lon-sur-Seine.
- N' représente un manomètre en verre qui sert à contrôler les indications du premier appareil de mercure.
- Ce remarquable appareil n’offre plus de danger, puisque le tube de verre où le gaz est comprimé ne présente qu’une très-petite surface, et ne produirait aucun accident s’il venait à se rompre.
- Dans ces dernières années, un physicien anglais, M. Thomas Andrews, avait été conduit à conclure qu’il existe pour les gaz permanents un point critique de pression et de température, au-dessus duquel ils ne peuvent être amenés à l’état liquide l. Les expériences de M. Cailletet ont confirmé cette opinion. Il faut en effet que pour chaque gaz une certaine pression soit combinée à un certain abaissement de température; l’une et l’autre action isolément employées pourraient rester sans résultat, même en leur donnant une intensité considérable.
- M. Cailletet a d’abord liquéfié le bioxyde de l’azote. Comme nous venons de le dire, si les deux actions de compression et d’abaissement de température ne se combinent pas entre elles, suivant ces points critiques, le gaz ne se liquéfie pas. C’est ainsi que le bioxyde d’azote est resté gazeux à la pression de 270 atmosphères et de la température de ri- 8 de-
- 1 Annales de chimie et de physique, 4e série. Tome X\t, p. 203.
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- grés. Le formène ou gaz des marais se liquéfie à 180 atmosphères et à -h 7 degrés.
- « Si l’on enferme, dit M. Cailletet, de l’oxygène ou de l’oxyde de carbone pur, dans l’appareil de compression ; si l’on amène ces gaz à la température de — 29 degrés au moyen de l’acide sulfureux et à la pression de 300 atmosphères environ, ces deux gaz conservent leur état gazeux. Mais si on les détend subitement, ce qui doit produire, d’après la formule de Poisson, une température d’au moins 200 degrés au-dessous du point de départ, on voit apparaître immédiatement un brouillard intense produit par la liquéfaction et peut-être par la solidification de l’oxygène ou de l’oxyde de carbone. Le même phénomène s’observe lors de la détente de l’acide, carbonique, du protoxyde et du bioxyde d’azote fortement comprimés b »
- Après avoir obtenu ces résultats, dans la séance de l’Académie des sciences du 51 décembre, M. Cailletet a annoncé qu’il avait complètement triomphé des autres gaz permanents.
- M. Dumas a appris aux assistants que l’habile expérimentateur avait réussi à liquéfier l’azote, l’air atmosphérique et l’hydrogène lui-même qui semblait devoir être le plus rélrae-taire de tous les gaz.
- Nous empruntons aux Comptes rendus de l'Académie les détails qui ont été publiés à ce sujet.
- Azote. — L’azote pur ou sec comprimé vers 200 atmosphères, à la température voisine de -t- 13°, puis détendu brusquement, se condense de la manière la plus nette; il apparaît d’abord une matière semblable à un liquide pulvérisé, en gouttelettes d’un volume appréciable, puis ce liquide disparaît peu à peu des parois vers le centre du tube, en formant à la lin une sorte de colonne verticale, dirigée suivant l’axe du tube lui-même ; ce phénomène persiste pendant plus de trois secondes. Ces apparences ne laissent aucun doute sur le véritable caractère du phénomène. M. Cailletet avait fait l’expérience d’abord chez lui, à la température de — 29° ; il l’a répétée à un grand nombre de reprises au laboratoire de l’École normale, en présence de plusieurs savants.
- Hydrogène. — L’hydrogène a toujours été réputé le gaz le plus incoercible, à cause de sa faible densité, et de la con-
- 1 Comptes rendus de l'Académie des sciences. Séance du 24 décembre 1877.
- Fig. 1. — Tube, de verre à parois épaisses dans lequel se produit la liquéfaction des gaz dans l’appareil de M. Cailletet. I.e gaz est comprimé à la partie supérieure du tube par 1 ascension d’une colonne de mercure mise en relation avec une presse à vis agissant sur une masse d'eau. 11 se condense en une gouttelette liquide ou en brouillard sous l’action de la détente. Ce tube de verre est enveloppé d’un manchon de même substance contenant le mélange réfrigérant (Voir au milieu du tube m de la ligure ci-jointe.)
- formité presque complète de ses propriétés mécaniques avec celles des gaz parfaits. Aussi n’est-ce qu’avec une extrême défiance des résultats que M. Cailletet l’a soumis aux mêmes épreuves qui ont déterminé la liquéfaction de tous les autres
- saz-
- « Dans mes premiers essais, dit le savant chimiste, je n’avais rien reconnu de particulier, mais comme il arrive souvent dans les sciences expérimentales, l’habitude d’observer les phénomèmes, finit par en faire renconnaître les signes dans des conditions où ils avaient d’abord passé inaperçus. C’est ce qui est arrivé pour l’hydrogène. En répétant aujourd’hui même, 51 décembre, en présence et avec le concours de MM. Berthelot, H. Sainte-Claire-De-ville, Mascart, qui veulent bien m’autoriser à invoquer leur témoignage, j’ai réussi à observer des indices de liquéfaction de l’hydrogène, dans des conditions d’évidence qui n’ont paru douteuses à aucun des savants témoins de l’expérience.
- « Celle-ci a été répétée un grand nombre de fois. L’hydrogène comprimé vers 280 atmosphères, puis brusquement détendu, se transforme en un brouillard excessivement fin et subtil, suspendu dans toute la longueur du tube, et qui disparaît subitement. La production de te brouillard, malgré son extrême subtilité, a paru incontestable à tous les savants qui ont vu cette expérience, et qui ont pris soin de la faire répéter à plusieurs reprise?, de façon à ne conserver aucun doute sur sa réalité.
- Air. — « Ayant liquéfié l’azote et l’oxygène, la liquéfaction de l’air atmosphérique est par là même démontrée ; cependant il m’a paru intéressant d’en faire l’objet d’une expérience directe, et là, comme on pouvait s’y attendre, elle a parfaitement réussi. Je n’ai pas besoin de dire que l’air avait été préalablement desséché et privé de toute trace d’acide carbonique. Ainsi se trouve confirmée, ajoute M. Cailletet, l’exactitude des vues émises par le fondateur de la chimie moderne, Lavoisier, sur la possibilité de faire revenir l’air à l’état de liquidité, en produisant des liquides doués de propriétés nouvelles et inconnues. »
- On conçoit que la possibilité de produire de l’air liquide ouvre à la science appliquée de nouveaux horizons. Au point de vue purement scientifique et
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- Fitr. 2. — Grand appareil de M. Cailletet pour la liquéfaction des gaz. (D’après le modèle construit à Châtillon-sur-Seine.) A. Presse à vis pour la compression. — m. Manchon de cristal contenant le tube de verre où le gaz se liquéfie.
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- philosophique, les expériences de M. Cailletet ont une importance capitale qui n’a pas besoin d’être démontrée.
- Nous terminerons cet exposé en décrivant le petit appareil de cours ou de laboratoire que M. Ducretet a construit sur les indications de M. Cailletet pour
- Fig. 3. — Fetit appareil de liquéfaction des gaz pour l’usage des cours.
- la liquéfaction des gaz. Il est la copie exacte de la partie a, C, m, g de l’appareil de Chàtillon-sur-Scinc. La cloche de verre est seule modifiée. La presse à vis est en outre remplacée par une pompe facile à mouvoir. La tigure ci-dessus, qui représente l’appareil en coupe, nous permettra de mieux détailler le système imaginé par M. Cailletet.
- TT est un tube de verre, rempli du gaz à comprimer, le tube a été traversé par le courant gazeux jusqu’à ce que l’air ait été entièrement chassé ; à cet effet on l’a placé dans une position horizontale ; quand il est rempli du gaz à essayer, on le ferme à la lampe à son extrémité p, on le bouche au moyen du doigt à son autre extrémité, et on l’introduit verticalement dans l’appareil de fer comme le représente la figure. Il plonge dans une cuvette cylindrique contenant du mercure. La partie supérieure du tube est enveloppée d’un manchon de verre M,
- que l’on remplit d’un mélange réfrigérant comme nous l’avons dit au sujet du grand appareil. Le tout est enveloppé d’une cloche de verre G. Le tube TU est mis en relation avec une pompe de compression que l’on fait agir à la main et qui est munie d’un manomètre indicateur des pressions. L’eau comprimée par la pompe agit à la partie supérieure du mercure indiqué sur notre figure par des hachures horizontales. Ce mercure est refoulé dans le tube TT, il réduit l’espace ab occupé par le gaz, et est bientôt surmonté des gouttelettes du gaz comprimé, qui se réunissent en une petite masse liquide b.
- Voici quelles sont les principales pièces de l’appareil . B, bloc de fer forgé à parois très-résistantes; F/, E, écrous que l’on peut dévisser pour disposer l’appareil avant de le faire fonctionner ; A', ajutage. PP, pied à trois branches, très-solide, qui reçoit l’appareil; S, support de la cloche G et du manchon M; N, vis supplémentaire destinée à boucher le trou du raccord R, au moment où l’on verse du mercure dans l’appareil.
- Nous ferons remarquer que la partie large inférieure du tube T reçoit une pression égale à l’intérieur et à l’extérieur et ne peut se briser. Seule la partie extérieure du tube de verre supporte la pression intérieure, mais elle a des parois très-résistantes.
- L’expérience peut être projetée sur un écran avec la lumière d’une lampe oxhydrique de Dru-mond. Cet appareil est d’une grande simplicité, il permet la liquéfaction d’un grand nombre de gaz; on peut suivre à l’œil nu toutes les phases de la liquéfaction, et cela sans aucun danger. C’est donc un instrument destiné à rendre de grands services pour les recherches, et pour l’enseignement dans les collèges et les cours publics, où certainement il se répandra. Gaston Tissandier.
- L’ATMOSPHÈRE DE LA PLANÈTE VÉNUS
- (Suite et fin. — Voy. p. 1.)
- Aucune occasion ne s’est présentée pour répéter les observations dont nous avons parlé précédemment jusqu’au jour du passage de Vénus. Le 8 décembre 4874, Vénus étant de nouveau à une très-grande proximité du Soleil, on a réussi à découvrir l’anneau argenté délicat qui enveloppait son disque, même lorsque la planète n’était éloignée du bord du Soleil que d’un demi-diamètre de celui-ci. C’était à quatre heures du soir ou un peu moins de cinq heures avant le commencement du passage. La partie de l'anneau la plus proche du Soleil était la plus brillante. Sur le côté opposé, Je filet de lumière était plus terne et d’une teinte légèrement jaunâtre. Sur le bord, au nord de la planète, à 60 ou 80 degrés du point opposé au Soleil, l’anneau, dans un petit espace, était plus faible et en apparence plus étroit qu’ailleurs.
- Le lendemain du passage (10 décembre), le crois-
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- sant de Vénus s’étendait à plus des trois quarts d'un cercle : on le voyait avec une netteté parfaite dans l’équatorial : ce jour-là et les deux suivants, des mesures ont été prises au micromètre pour déterminer l’étendue des cornes, et la réfraction horizontale de l’atmosphère qui la produit. Le tableau ci-dessous donne les résultats précis de ces observations. Chacun d’eux est la moyenne du nombre des mesures séparées indiqué dans la dernière colonne.
- Ces observations donnent une moyenne de 44' 5 pour la réfraction horizontale de l’atmosphère de Vénus. Les observations de l’auteur, en 1866, avaient donné 45' 3.
- Les premières recherches de ce genre avaient été faites par Schrœter. Le 12 août 1790, il avait trouvé les cornes prolongées au delà de leur limite géométrique, et en avait conclu l’existence d’une atmosphère un peu moins réfractrice que la notre. Mais ce n’était là qu’un aperçu. Plus d’un demi-siècle après, au mois de mai 1849, Madlcr prit une série de mesures très-précises; on trouva que les cornes du croissant s’allongeaient jusqu’à 200 et même
- 240 degrés, au lieu du demi-cercle, ou de 180 degrés, limite géométrique de l’hémisphère éclairé. II en avait conclu 43° 7.
- En appliquant à ces mesures la correction du supplément de l’angle (que les auteurs n’ont pas,, faite), on trouve que la réfraction horizontale de Vénus doit être élevée au chiffre de 54'. Celle de l’atmosphère lerrestre étant de 33', il en résulte que la densité de l’atmosphère de Vénus, à la surface de cette planète, est représentée parle nombre 1,890 en désignant par 1,000 celle de notre atmosphère.
- L’atmosphère de Vénus est donc presque deux fois plus dense que la nôtre. La réfraction de l’atmosphère qui, pour nous, élève le disque du soleil au-dessus de l’horizon, tandis qu’il est encore au-dessous, et qui élève tous les astres au-dessus de leur position réelle, est encore plus grande sur Vénus qu’ici et y allonge un peu plus la durée du jour- _
- L’air que l’on respire sur ce Monde n’est pas très-différent, physiquement et chimiquement, de celui que nous respirons. Il est de plus imprégné, comme
- DATES DISTANCES DES CENTRES DE LA TERRE ET DE VÉNUS ÉTENDUE DU CROISSANT RÉFRACTION HORIZONTALE DE l’atmosphère DE VÉNUS NOMBRE DES OBSERVATIONS DES CORNES
- 8 décembre à 5h 0m soir 0°, 30', 6 360° 46'6 4
- 10 — 11 36 malin 2°, 51', 7 279», 28' 43'0 6
- 11 — 10 16 matin 4°, 02',5 233», 15' 45'5 15
- 11 — 2 40 soir 4°, 20°, 4 231°, 46' 42'9 22
- 12 — 2 45 soir 5°, 58', 3 215°. 2t' 44'5
- le-nôtre, de vapeur d’eau, et les variations de température y produisent des nuages, des courants atmosphériques, des vents, des pluies, en un mot un régime météorologique offrant de grandes analogies avec le nôtre.
- La curiosité et la persévérance des astronomes ambitieux de scruter les mystères du véritable ciel sont parvenues à lever un coin du voile nuageux de l’atmosphère de Vénus, et à reconnaître les plus importantes variétés de nuances de son sol. La première observation de ces taches date de plus de deux siècles; elle est due au premier Directeur de l’Observatoire de Paris, à Jean-Dominique Cassini, avant son arrivée en France.
- Sous ce même ciel d’Italie, Bianchini paraît avoir été, en 1726, tout particulièrement favorisé, soit par la pureté accidentelle du ciel ou par la puissance de sa lunette, soit à raison d’autres circonstances inconnues. Cet observateur aperçut vers le milieu de la planète sept taches qu’il qualifia de mers communiquant entre elles par des détroits et offrant huit promontoires distincts. Il en dessina les figures et leur assigna le nom d’un roi de Portugal, son bienfaiteur, et les noms des navigateurs les plus célèbres par leurs voyages, auxquels il ajouta
- ceux de Galilée et de Cassini. Bianchini a cru ces taches assez invariables et assez sûrement observées pour dessiner lui-même un planisphère géographique de la planète. Il faut être très-réservé sur ce point, car les instruments modernes, plus puissants que ceux de cette époque, ne montrent pas ces taches aussi nettement qu’il les a vues, et, soit que plusieurs d’entre elles varient, soit que l’atmosphère de Vénus ait été au temps de cet astronome plus transparente qu’elle ne s’est montrée depuis, on ne voit que très-rarement les taches sombres de cette planète toujours éblouissante. Ce planisphère ne doit être considéré que comme un premier rudiment de la géographie de Vénus.
- D’après ces dessins les taches grises considérées comme des mers se prolongeraient le long de l’équateur de Vénus et formeraient trois océans, dont l’un serait presque circulaire et dont les deux autres seraient divisés en trois parties à peu près égales. On y remarque de plus deux taches grises allongées, dont l’une occupe tout le pôle nord (inférieur), et dont l’autre dessine un demi-cercle autour du pôle sud. Les taches sombres, en effet, doivent être des mei's, parce que Veau absorbe plus la lumière que les terres et la réfléchit moins.
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- LA NATURE
- A la fin du siècle dernier, Schrœter fit plusieurs dessins du disque de Vénus ; mais les taches qui s’y trouvent ne rappellent que de loin celles de Cassini et de Bianchini.
- Pendant les années 1839 et 1841, lePèredeVico et les astronomes de l’observatoire du Collège romain renouvelèrent dans l’atmosphère de Rome les observations de Bianchini, et observèrent surtout pendant le jour. Il est remarquable, en effet, qu’il est beaucoup plus facile de distinguer les taches de Vénus pendant le jour que pendant la nuit, à cause de la vivacité de son éclat; de plus l’observation faite dans la lumière permettait l’usage du micromètre, dont on n’aurait pu se servir pendant la nuit. Ces obscr-vateurs s’accordèrent tous dans leurs dessins. Le résultat définitif a été que ce globe tourne sur son axe en vingt-trois heures vingt et une minutes vingt-quatre secondes. La durée du jour et de la nuit réunis y est donc à peu près la même quici ; la différence n’est que de trente-cinq minutes en moins.
- Pour les régions équatoriales de Vénus, comme pour celles de la terre, le jour est pendant toute l’année égal à la nuit, sa durée y est constamment de 11 heures 40 minutes.
- Mais, sous toutes les autres latitudes, cette durée varie considérablement suivant les saisons, comme chez nous, et plus encore.
- Les mesures faites sur ces irrégularités s’accordent pour prouver que le Monde de Vénus, quoique de mêmes dimensions que le nôtre, possède des montagnes beaucoup plus élevées, dont les plus colossales atteignent 44 000 mètres au-dessus du sol le plus bas. Ce n’est pas cinq fois plus que notre Himalaya, comme les traités d’astronomie ont l’habitude de le dire, car il faudrait leur comparer les hauteurs des montagnes terrestres mesurées non pas au-dessus du niveau de la mer, mais au-dessus des bas-fonds de l’Océan, mais c’est dans tous les cas une supériorité de plus du double.
- On a remarqué que les télescopes sont préférables aux lunettes pour l’observation de Vénus, et depuis que le procédé Foucault a permis de construire facilement des télescopes en verre argenté, l’observation de la planète a été beaucoup plus favorisée et plus fréquente; aussi possédons-nous, depuis une dizaine d’années surtout, un très-beau choix de dessins de cette planète, moins détaillés certainement que ceux de Mars et même que ceux de Jupiter, mais enfin déjà satisfaisants pour notre instruction.
- Plusieurs de nos collègues d’outre-Manche, entre autres, se sont livrés à des observations continues et persévérantes.
- Parmi leurs dessins, on remarque un fait digne d’attention, c’est qu’on a revu en 1871 deux taches ovales représentant des mers et absolument semblables à celles que Cassini a dessinées en 1666, à 205 ans d’intervalle.
- On n’a remarqué aucune tache en 1876. Parfois seulement, nous sommes parvenus, mes amis MM. Paul et Prosper Ilem^y, astronomes de l’Observatoire de Paris, et moi, à distinguer une traînée légèrement foncée le long du bord intérieur du croissant, et de rares échancrures, mais sans que jamais la tache allongée ait offert un caractère d’authenticité incontestable.
- Ces diverses séries d’observations soigneuses nous montrent qu’il y a sur la _ p]auète Yénus des taches permanentes et des taches passagères, fort difficiles à distinguer les unes des autres. Nous pouvons être certains toutefois que les points brillants qui viennent échancrer le bord de l’hémisphère éclairé sont des chaînes de montagnes très-élevées. 11 est certain aussi que Yhé-misphère boréal est plus montagneux que l'hémisphère austral, car le croissant boréal est presque toujours plus irrégulier et plus tronqué que le croissant austral (cela se voit surtout sur la figure du 25 octobre 1871). Les grandes taches sombres, observées à plusieurs reprises depuis plus de deux siècles, doivent représenter des mers, et les grandes taches blanches des continents. Mais il se forme en outre dans l’atmosphère de Vénus, assez souvent, et probablement même tous les jours, comme sur la terre, des nuages, et d’immenses régions nuageuses très-étendues, qui sont visibles d’ici sous la forme de taches brillantes variées. Nous pouvons meme conclure, d’après l’éclat tout particulier de la planète et d’après les difficultés des observations, que l’état ordinaire de son atmosphère est d’être couverte de nuages; de sorte qu’en général nous ne voyons que la surface extérieure formée par ces nuages et non pas, comme sur la Lune ou sur Mars, le sol lui-même.
- Telles sont nos connaissances actuelles sur la météorologie et la géographie du Monde de Vénus.
- Camille Flammarion.
- /atmosphère de Vénus aperçue ou moment de l’entrée de la planète devant le soleil.
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- REMARQUABLE VACHE
- A COURTES CORNES.
- L’histoire de cette bête appelée la dixième duchesse de Genève et celle de ses ancêtres est aussi peu connue que digne d’intérêt. La tradition fait remonter l'origine de cette famille à une race de bé-
- irâ Dixième Duchesse de Genève. Cette vaçhe a été
- tail, possédée, pendant des siècles, par la famille du duc de Northumberland ; mais les souvenirs actuels datent du dix-huitième siècle, alors qu’une an-cêtresse (ou ancestress) de cette vache passa au pouvoir de M. Colling, de Ketton Durham, qui fut un des créateurs de la race shorthorn (à courtes cornes), si distincte et si soigneusement améliorée. En 1804. M. T. Bâtes, de Kirklevington (Yorkshire), acheta une
- aux enchères cent quatre-vingt raille francs (180000 fr).
- des vaches duchesses, et reconnaissant dans son excellence et dans celle de sa descendance du côté paternel la supériorité de cette famille, comparée à celle qu’il avait possédée jusqu’alors, il résolut de s’en procurer un plus grand nombre. Lors de la grande vente de M. Colling en 1710, lorsque 47 animaux des deux sexes et de tout âge de un à onze-ans furent vendus au prix alors inouï de 151 livres 8 shillings (5785 francs), il donna 183 guinées (4758 francs) pour la jeune duchesse, génisse âgée de deux ans, plus tard appelée la première duchesse, fille de Comète, qui dans la même occasion fut
- vendue 10Ô0 guinées (260Û0 francs) et petite-fille de la vache qu’il avait achetée en premier lieu. De cette génisse, en suivant directement la ligne féminine, naquirent les duchesses qui, à différentes époques, ont remporté les prix d’honneur décernés par la Société royale d’Agriculture d’Angleterre, et qui, pendant de longues années, ont obtenu les prix de vente les plus élevés aux adjudications tant publiques que privées.
- M. Bâtes, tout en pratiquant sur une large échelle le système de non-croisement des races, croisa cependant ses duchesses avec d’autres familles, à
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- courtes cornes, ayant du renom, notamment avec la rose-rouge et la princesse de M. Colling, combinant ainsi ce qu’il regardait comme les trois familles shorthorn les plus vieilles et les meilleures du royaume.
- En 1855, à la vente de Tortworth, après la mort du comte Ducis, la duchesse 66 fut achetée par MM. Fecar et Morris, de New-York, pour la somme de 755 livres (18 375 francs). Les descendants de cette bête ayant changé de propriétaires en Amérique, ont été finalement dispersés par la vente de 1873, quand la dixième duchesse de Genève fut achetée par M. Berwich pour le comte de Beetive, au prix de 35 000 dollars (180 250 francs).
- Elle a mis bas en Amérique les taureaux troisième duc d'Oneida, sixième duc d'Oneida et la génisse huitième duchesse d'Oneida, achetée aussi par lord Beetive à la même vente, pour la somme de 15 000 dollars (77 250 francs). En Angleterre, elle a mis bas le taureau duc d'Underley et les génisses duchesse d'Underley et duchesse de Lancastre. Toutes ces bêtes, ainsi que la huitième duchesse d'Underley, sont actuellement dans le troupeau d’Undcrlcy-lIali, Westmoreland. La dixième duchesse de Genève est morte récemment, et dans le même mois le comte de Beetive a eu le malheur de perdre son vieux taureau, le second duc de Tregunter. Notre gravure qui représente la dixième duchesse est faite d’après la tête empaillée montée par M. lulwin Ward.
- CHRONIQUE
- Les pépinières de l’Australie méridionale. —
- A six milles environ de Jamestown, sur la route de Clare, à la base de la chaîne Never Never, se font des travaux aussi importants que peu connus. Bien des personnes savent que le gouvernement s’est réservé en diverses parties de la colonie certaines étendues de terrain pour la conservation et la propagation des arbres ; mais il y en a comparativement peu qui savent quelle est l’étendue de ces établissements et de quelle manière on procède. Prenons par exemple la Réserve Bundalier -, l’emplacement en a été on ne peut plus judicieusement choisi. La grande route de Clare traverse ici quelques déclivités au pû-dde la chaîne, et la réserve est bornée par la route sur une étendue considérable, et s’étend par derrière sur des coteaux coupés par de petits ravins au fond de la plupart desquels il y a toujours de l’eau. L’orientation est généralement à l’est, et toute la plantation est protégée à l’ouest par des montagnes précipiteuses qui s’élèvent par derrière. Ce qu’il y a de plus intéressant en ce moment, c’est l’endroit où l’on sème et où l’on élève les plantes ; cet endroit, que les Australiens appellent la Nursery, est situé sur les deux pentes d’un ravin, au fond duquel coule constamment un délicieux ruisseau. Le sol est riche et profond, et paraît être formé de dépôts de matières végétales décomposées. Le terrain où se font les semis est disposé en terrasses sur les pentes d’ùn fertile ravin et peut être irrigué à volonté au moyen de canaux détournés du ruisseau à une hauteur suffisante pour pouvoir arroser toute cette plantation. La méthode de semis est, à mon sens,
- non-seulement nouvelle, mais elle constitue un immense progrès sur les semis à la volée ou en ligne. Des milliers de morceaux de bambou de 1 pouce à 1 pouce et demi de diamètre, et d’environ quatre pouces de long, sent sciés régulièrement et l’on en extrait la moelle. Ces petits tubes sont dressés aussi dru que possible et la surface est aussi unie qu’une plaine de niveau. Alors un compost passé au crible est répandu sur le tout, et vient remplir en partie les tubes et l’intervalle laissé entre eux. Dans chacun de ces bambous on dépose à la main trois ou quatre graines, mode de procéder qui peut paraître lent au premier abord, mais qui, avec un peu d’habitude, se pratique avec une merveilleuse célérité. J’ai remarqué une planche de gommier bleu, de la Tasmanie (Eucalyptus glohulus), qui contenait peut-être trois ou quatre mille de ces bambous, et qui tous m'ont paru en parfait état. Quand les plants sont suffisamment avancés, les bambous sont enlevés au fur et à mesure des besoins et enterrés dans le sol, où ils doivent rester définitivement. Là, ils ne tardent pas à se décomposer -, et, après avoir fourni leur protection à la délicate plante qu’ils contenaient, ils donnent encore à ses radicelles une nourriture succulente. Lorsque la décomposition est parfaite, la plante est assez robuste pour n’avoir plus guère besoin de protection et de soins. Les grands avantages de ce système sont faciles à saisir. L’enlèvement se fait ainsi très-facilement et très-sûrement ; j’ai appris que des milliers de ces plants ont été enlevés et transplantés sans qu’il en soit mort un seul. Si l’on veut transporter ces jeunes plants à une certaine distance, ce mode est simplement parfait. On peut en enlever une douzaine ou une centaine, les enfermer dans des boîtes et les envoyer où l’on veut sans risquer d’arrêter la croissance ou d’en blesser les racines. Arrivés à leur destination, on n’a qu’à enterrer les tubes et la chose est faite. Outre les gommiers bleus, j’ai également remarqué un magnifique plant de jarrahs, puis plusieurs variétés de pins dont l’une, le pin maritime, ferait parfaitement l’affaire pour Port-Pirie, car cette essence se plaît près de la mer. Une quantité de pins d’Alep étaient prêts aussi à être déplantés, ainsi que des gommiers rouges, des chênes, des ormes, des peupliers, des saules et des trembles. Juste à la base de la colline, une triple allée de chênes d’Angleterre et d’ormes s’étend sur une longueur considérable et fait fort bien. — M. Gurnow m’a assuré que dans un mois il y aura 100Ü acres plantés de diverses essences et il se propose d’en semer et d’en planter autant chaque année. Comme l’area total de' la réserve est de 22 000 acres, nos pépiniéristes ont devant eux vingt-deux ans de travail. G. Marcel. {Extrait de VAuslralasian.)
- I/outillngc industriel en France. — D’après les documents statistiques officiels, la force des machines à vapeur existant actuellement en France s’élève à 1 500000 chevaux-vapeur, représentant une force de 4500000 chevaux de trait, ou bien 31 590 000 hommes, c’est-à-dire dix fois notre population industrielle valide, puisque la population industrielle de la France s’élève aujourd’hui à 8 400 000 habitants y compris les femmes, les enfants, les vieillards, parmi lesquels il ne faut compter que 3 200 000 travailleurs actifs.
- Celte substitution du travail mécanique au travail animal, le perfectionnement de notre outillage ont produit dans notre industrie une révolution économique trop importante pour qu’il ne soit pas intéressant d’en apprécier les résultats, en comparant la situation actuelle de la France à ce qu’elle était en '•'788, avant 1’introduction des machines.
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- La première machine qui parut en France ne fut en effet installée qu’en 1789. Elle sortait des ateliers de Boullron et Watt, à Birmingham, en Angleterre, et était destinée h la distribution des eaux dans la ville de Paris. Malheureusement, depuis la révolution jusqu’en 1815, la France industrielle disparut ; il lui fallut ensuite un certain temps pour se remettre de ses désastres et pour retrouver enfin le calme après les secousses qui l’avaient si profondément agitée. Plus d’un quart de siècle fut ainsi perdu, et ce ne fut que vers 1824 que l’on vit commencer à s’élever nos grands ateliers de construction de machines à vapeur, qui peuvent rivaliser aujourd’hui avec ceux de l’Angleterre.
- En 1852, nous possédions 6000 machines fixes, représentant une force de 75 000 chevaux-vapeur. En 1863, le nombre de nos machines fixes s’élevait à 22 500, représentant une force de 618 000 chevaux-vapeur.
- On a vu plus haut dans quelle proportion considérable notre puissance industrielle s’était accrue pendant les treize dernières années qui viennent de s’écouler. En 1788, sur 1 milliard de produits fabriqués, la main-d’œuvre entrait pour 60 pour 100, et la matière première pour 40 pour 100. Aujourd’hui la proportion est complètement renvei’sée, et nous trouvons 40 pour 100 de main-d’œuvre contre 60 pour 100 de matière première, et cependant il faut remarquer que la main-d’œuvre a augmenté de 40 pour 100 depuis vingt ans.
- Aujourd’hui, notre production actuelle atteint le chiffre de 12 milliards environ, dans lesquels la matière première entre pour 7 milliards et la main-d’œuvre seulement pour 5 milliards, tandis qu’en 1788 nous aurions dépensé 11 milliards pour la main-d’œuvre.
- C’est donc une économie de 6 milliards que nous avons réalisée sur la main-d’œuvre, grâce à l’introduction des machines à vapeur et au perfectionnement de notre outillage industriel, qui en a été la conséquence naturelle. Un pareil chiffre suffit pour faire apprécier la valeur du résultat économique produit dans l’industrie par l’introduction de ces machines. Si l’on voulait aujourd’hui se passer des machines à vapeur, on ne trouverait ni assez d’hommes ni assez de chevaux pour les remplacer. Dans tous les cas, on ne pouiTait se procurer ni le blé ni le foin nécessaires à leur nourriture.
- — Le 22 novembre 1817, dans la séance de la Société royale de Londres, M. Surdon Sanderson a lu un long article sur les bactéries, pour combattre les théories de M. Tyndall, relatives à cette question. M. Burdon Sanderson croit à l’existence, dans l’air et dans l’eau, de germes animaux ou végétaux d’une petitesse si infinitésimale qu’ils échappent à notre vue, même quand elle est aidée des plus puissants microscopes. 11 ne tranche pas la question de savoir si ces germes ont une structure soit anatomique, soit simplement moléculaire.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 7 janvier 1878. — Présidence de MM. Peligot et Fizeau.
- Élection. — C’est toujours par l’élection d’un vice-président que commence l’année académique. Cetle fois le choix de la savante Compagnie s’est porté sur M. Dau-brée. Le nombre des votants étant 50, 26 suffrages ont été acquis par le célèbre professeur du Muséum ; M. Wurlz a réuni 20 voix et MM. Chevrcul et Blanchard en ont eu chacrn l.'Il y a eu 2 billets blancs.
- Nouvel anthropomorphe. — MM. Alix et Bouvier ayant reçu du docteur Lukan le squelette et la peau d’un gros singe tué dans le sud du Congo, y ont reconnu une nouvelle espèce appartenant au genre gorille.
- L'acide persulfurique. — On voit sur le bureau un long tube de verre contenant une certaine quantité de gros cristaux blancs. D’après M. Berthelot qui les a étudiés, ils constituent une combinaison nouvelle du soufre avec l’oxygène, à laquelle convient le nom d’acide persulfurique et la formule S207. Pour l’obtenir, il suffit de soumettre un mélange à volumes égaux d’oxygène et d’acide sulfureux à l’action de l’effluve électrique fourni par une puissante bobine de Ruhmkorff. Le résidu représentant exactement 1,8 du volume primitif est exclusivement formé d’oxygène. C’est ce que veut l’équation suivante qui exprime la réaction :
- S204 4 vol.
- O4 4 vol.
- = S207
- JL
- 1 vol.
- L’acide persulfurique soumis à une élévation convenable de chaleur, entre d’abord en fusion, puis se solidifie et enfin se décompose. L’eau se résout en acide sulfurique et en oxygène qui se dégage. Il donne avec le baryte un persulfate soluble et qui se décompose spontanément au bout de peu de temps.
- Ce corps intéressant représente suivant M. Berthelot la limite supérieure d’oxydation du soufre, et il parait que le nombre 7 ne peut pas être dépassé dans la série des composés oxydés à radical quelconque. L’auteur ajoute qu’à ce point de saturation par l’oxygène, les propriétés des combinaisons dépendent avant tout de l’oxygène lui-même. Ces combinaisons sont jusqu’à présent au nombre de 7, l’acide perchlorique CIO7, l’acide périodique IO7, l’acide permanganiqueMn407, l’acide perchromique, d’ailleurs à peine entrevu, Cr207, l’acide perrulhénique Ru207, et l’acide persulfurique S207 : elles ont des combinaisons tout à fait correspondantes malgré la différence comp'èle qui sépare le ruthénium du soufre, de l’iode, du manganèse, etc.
- A un degré de combustion moindre, l’analogie est encore intime par l’acide sulfurique S206, l’acide manga-nique Mn20® et l’acide chromique Cr206, quoique l’on ne trouve déjà rien de comparable pour le chlore, l’iode et le ruthénium.
- Mais plus bas, c’est-à-dire parles combinaisons à 5 équivalents d’oxygène (CIO5 et S205) et à plus forte raison par les corps à 4 équivalents (CIO4, Sâ04, Mn204), ou à 3 (CIO5, Mn*Os, Cr205) ou à 2 (S202, Mn20*, Cr*02) il n’y a plus d’analogie du tout. La fonction de chacune de ces substances est déterminée par son élément électro-négatif et les unes sont acides, tandis qu’à même degré d’oxydation les autres sont des bases puissantes.
- Densité de l'oxygène liquide. — À l’époque où il étudiait si magistralement les grandes questions de la philosophie chimique, M. Dumas faisait remarquer qu’on pouvait prévoir quelle serait la densité de l’oxygène si l’on arrivait jamais à le liquéfier. Voici comment raisonnait l’illustre chimiste. Le soufre et l’oxygène sont évidemment de la même famille. Or pour le soufre, on constate que l’équivalent est égal à 52 et la densité égale à 2. Or si l’on divise l’équivalent par la densité on a le volume atomique qui est égal à 16. Réciproquement connaissant le volume atomique et l’équivalent, on voit qu’on peut aisément en divisant le second par le premier en conclure la densité.
- D’un autre côté, to it indique que dans une meme famille
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- de corps simples, le volume atomique est le même. S’il en est ainsi, ce volume est, pour l’oxygène comme pour le soufre, égal à 16, et, divisant par le nombre l’équivalent 16 de l’oxygène, on doit obtenir la densité de ce corps. Cette densité serait comme on voit égale à 1, ou, si l’on veut, de même valeur que celle de l’eau.
- La magnifique expérience de M. Raoul Pictet a paru à M. Dumas fournir le moyen de vérifier cette conception et il a demandé au savant genevois de s’en préoccuper. Celui-ci répond aujourd’hui qu’il a obtenu à l’état liquide 43*',5 d’oxygène et que le liquide occupait 46 centimètres cubes. Jamais vérification ne fut plus complète et M. Dumas a le droit d’être très-fier de ce résultat.
- Oxygène cristallisé. — M. Raoul Pictet, examinant dans un appareil de polarisation le jet qui sort du tube à oxygène comprimé au moment de la détente, a reconnu que le brouillard est d’une activité optique extrême. On obtient les mêmes illuminations qu’avec un nuage ordinaire rempli de glaçons ou de flocons de neige, et la conclusion c’est que le jet renferme de l’oxygène à l’état solide et sans doute à l’état cristallisé.
- Perfectionnement au téléphone. — Très-récemment, dans une soirée donnée à la préfecture maritime de Cherbourg, on fut fort étonné, au milieu des salons, d’entendre sonner un vulgaire clairon de la troupe. Le son en était apporté du bout de la digue par un téléphone dont le perfectionnement est dû à M. Collard. M. de Moncel, en rapportant ce fait piquant, a indiqué rapidement en quoi consiste le perfectionnement ; mais bien que M. Bréguet ait donné aussi son explication, nous ne sommes pas assez sûr d’avoir bien compris, pour rien dire de plus à nos lecteurs.
- Physiologie végétale. — En 1861, M. Pasteur était conduit par ses éludes sur la fermenlalion à émettre celte opinion, que si une plante était capable de vivre en l’absence de l’oxygène, elle se comporterait alors comme les ferments proprement dits, et réaliserait, à la manière de la levure, par exemple, la transformation du sucre en alcool, M. Munlz vient de vérifier cette proposition de la manière la plus élégante. Cet habile expérimentateur, en -fermant un végétal dans une atmosphère d’azote, constata au bout de peu de temps qu’il est véritablement imprégné d’alcool : le poids de celui-ci peut atteindre au 1/1000 de celui de la plante. D’ailleurs la vie n’est pas détruite ; elle reprend son cours normal dès que l’azote est remplacé par l’air ordinaire. Stanislas Meunier.
- LES PERFORATIONS DES ROIS FOSSILES
- On se ferait une idée très-fausse des époques les plus anciennes de notre globe, si l’on croyait à des différences profondes avec le temps actuel. A part certaines dissemblances tenant à des climats qui se sont modifiés, on peut dire que les faits qui se passent sous nos yeux s’accomplissaient autrefois de la même manière. Les forêts des temps paléozoïques et secondaires avaient leurs destructeurs, et des larves d’insectes perforaient les troncs de ces arbres qui abritaient des animaux disparus aujourd’hui, mais appartenant aux embranchements actuels.
- M. Charles Brongniart vient de faire connaître en particulier que, dès les âges de la houille et dans ceux beaucoup plus récents du gault, il existait des
- insectes coléoptères, xylophages, dont les mœurs et les habitudes étaient tout à fait pareilles à celles des espèces qui ravagent aujourd’hui nos forêts. Ces insectes n’ont pas subsisté à l’état fossile, mais on voit, dans des bois silicifiés, des galeries creusées par les femelles qui pondent, sur lesquelles s’embranchent d’autres galeries dues aux mâchoires des larves, et qui vont en s’élargissant à mesure que celles-ci grossissent. Un bois de conifère, des terrains carbonifères d’Autun, présente des trous tout à lait pareils à ceux que les Hylésines font dans nos plantations d’arbres verts. Tout le monde connaît les galeries que l’on voit si souvent dans les bûches à brûler, et qui sont surtout dans l’aubier et dans la partie profonde de l’écorce. Les Hylésines sont de petits coléoptères bruns, dont les élytres et le corselet sont comme chagrinés, et qui sillonnent de leurs galeries la surface des bois résineux dont ils
- 1. Morceau de trois foss.lc (Conifère), provenant îles terrains carbonifères d'Aulun, perforé par tics Uylesinus. — 2. Coupe très-mince d'une portion de ce morceau de bois silicifié, faite pour montrer la forme des perforations. — 3. Portion d'une coupe de ce bois fossile montrant une perforation dans laquelle se trouvent de petits excréments ; vue au microscope, grossie six fois. — a. Excréments. — 4. Portion de la ligure précédente, grossie environ douze fois — «. Excréments. — b et b'. Bords de la perforation. — o. Morceau de bois fossile (Conifère), provenant de Lnltinghem (Pas-de-Calais), perforé par des Bostri-chus. — 6. Bois de frêne actuel, présentant des perforations de Bostrichès.
- font parfois périr les stipes. La femelle attend l’ac-couplement dans un trou de l’écorce, puis s’enferme dans le bois. L’autre morceau de bois fossile silicifié, aussi de conifère, étudié par M. Ch. Brongniart, provient du Pas-de-Calais et appartient au gault de l’étage inférieur des terrains crétacés. Les perforations sont dues très-probablement à des Tomiques ou Bostrichès, coléoptères de même taille et de mêmes mœurs que les Hylésines, et ressemblent à celles qu’on voit souvent dans l’aubier et sous l’écorce des Frênes. M. G.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier. Cokubil. - Tvp. et stér. Cnérif,
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- N» 242. — 19 JANVIER 1878.
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- LA LIQUÉFACTION DES GAZ1
- EXPÉRIENCES DE M. RAOUL PICTET.
- Pendant que M. L. Cailletet exécutait ses premières expériences sur le changement d’état des gaz permanents, au moment même où il liquéfiait l’oxyde de carbone et l’oxygène, M.
- Raoul Pictet, de Genève, entreprenait les mêmes essais par un mode opératoire absolument différent, qui devait aussi le conduire aux plus brillants résultats.
- Tandis que M.
- Cailletet soumettait successivement à l’épreuve de son appareil les six gaz permanents, et avait raison de leur incoer-cibilité, M. Raoul Pictet expérimentait d’abord sur l’oxygène, puis sur l’hydrogène, et ce qui donne un caractère d’intérêt particulier à ses travaux, c’est qu’il est parvenu à produire un volume très-appréciable de ces gaz liquéfiés ou solidifiés.
- Voici la description que M. Raoul Pictet donne de son appareil2 :
- A et B (fig. 1) sont deux pompes aspirantes et foulantes à double effet, accouplées à la manière dite Com-pound, l’une aspirant dans l'autre, de manière à obtenir le plus grand écart possible entre les pressions d’aspiration et de refoulement. Ces pompes agissent sur de l’acide sulfureux anhydre contenu dans le récipient annulaire C. La pression dans ce récipient est telle que l’acide sulfureux s’y évapore à la température de 65 degrés au-dessous de zéro. L’acide sulfureux refoulé par les pompes est dirigé dans un conden-
- 1 Voy. p. 102.
- 2 Comptes rendus de l’Académie des Sciences, t. I.XXXY,
- p. 1215
- seur D refroidi par un courant d’eau froide ; il s’y liquéfie à la température de 25 degrés au-dessous de zéro et à la pression de 2 f atmosphères environ. L’acide sulfureux retourne au récipient C par un petit tuyau d au fur et à mesure de la liquéfaction.
- E et F sont deux pompes identiques aux deux précédentes, accouplées de la même manière. Elles
- agissent sur de l’acide carbonique, contenu dans un récipient annulaire H. La pression dans ce récipient est telle que l’acide carbonique s’y évapore à la température de 140 degrés au-dessous de zéro. L’acide carbonique refoulé par les pompes est dirigé au condenseur K, enveloppé par le récipient C à acide sulfureux, et qui est à la température de 65 degrés au - dessous de zéro : il s’y liquéfie à la pression de 5 atmosphères. L’acide carbonique retourne au récipient II par un petit tuyau k, au fur et à mesure de sa liquéfaction.
- L est une cornue en fer forgé assez épaisse pour résister à une pression de 500 atmosphères. Elle contient du chlorate de potasse, et est chauffée de
- manière à dégager de l’oxygène pur ; elle communique par une tubulure avec un tube incliné M encore très-épais, de 1 mètre de long qui est enveloppé par le récipient H à acide carbonique et qui est à la température de 140 degrés au-dessous de zéro. Un bouchon à vis N, situé sur la tubulure de la cornue, permet de découvrir un orifice qui débouche à l’aii libre.
- Après un fonctionnement de plusieurs heures des quatre pompes, actionnées par une machine à vapeur de 15 chevaux, quand tout l’oxygène a été dégagé du chlorate de potasse, sa pression dans le tube est
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- Fig. 1. — Appareil de M. Raoul Pictet pour la liquéfaction de l’oxygène.
- Fig. 2. — Disposition de la cornue génératrice de l’oxygène et du tube de condensation entouré de son réfrigérant.
- D. Obus en fer forgé contenant "00 grammes de chlorate de potasse. — c, E. Tube où se condense l’oxygène. — a. Entrée de l’acide carbonique liquide. — b. Sortie des vapeurs correspondant avec l’aspiration des pompes.
- t* Juut:e. — Ier semestre.
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- de 320 atmosphères et. la température de 140 degrés au-dessous de zéro.
- En découvrant subitement l’orifice P, l’oxygène s’échappe avec violence en produisant une détente et une absorption de calories assez considérable pour qu’une partie liquéfiée apparaisse dans le tube de verre et jaillisse par l’orifice en inclinant l’appareil.
- La figure 2 représente la disposition que M. Pic-tet a adoptée dans de nouveaux essais pour la partie du système où s’opère la liquéfaction. I) est un obus de fer ayant des parois de 35 millimètres d’épaisseur; il contient 700 grammes de chlorate de potasse. Son orilice communique avec un tube de fer de 5 mètres de long, et de 14 millimètres de diamètre intérieur Ce tube courbé en c est entièrement clos, mais il peut s’ouvrir par un robinet E. Un manomètre Bourdon gradué jusqu’à 800 atmosphères donne la pression intérieure. Le tube c E dans lequel l’oxygène dégagé se comprime est entièrement noyé dans l’acide carbonique liquide, qui, par le mécanisme des pompes précédemment décrites, entre dans l’appareil en a et s’échappe en vapeurs par l’orifice b, après sa volatilisation qui se fait à —140°.
- Le lundi 24 décembre 1877, dans une expérience faite en présence des membres de la Société Physique de Genève, M. Raoul Pictet a obtenu à trois reprises différentes des jets violents qui contenaient des globules d’oxygène liquéfié.
- Le jeudi suivant, l’expérience a été répétée pour a quatrième fois, à dix heures précises; le manomètre, qui était monté à 560 atmosphères, redescendit en quelques minutes à 505, pour rester ensuite stationnaire à ce chiffre pendant plus d’une demie-heure, indiquant par cette diminution dans la pression, le passage d’une partie du gaz à l’état liquide, sous l’influence des 140 degrés de froid auquel il était soumis. Le robinet fermant l’orifice du tuyau fut alors ouvert et un jet d’oxygène s’échappa avec une violence extraordinaire. Un rayon de lumière électrique, projeté sur le cône d’écoulement, permit de constater que le jet se composait de deux parties distinctes : l’une centrale, longue de quelques centimètres, dont la blancheur accusait des éléments liquides ou même solides; l’autre extérieure, dont la teinte bleue indiquait le retour de l’oxygène, comprimé et gelé à l’état gazeux *. •
- M. Pictet dans des essais postérieurs arriva à recueillir et à conserver un volume très-appréciable d’oxygène liquide. Ce résultat le conduisit à confirmer de hautes vues théoriques formulées jadis par M. Dumas, alors que l’illustre savant se préoccupait de l’étude des lois de la philosophie chimique. M. Dumas considérant l’oxygène comme appartenant à la famille du soufre, et les corps isomorphes comme ayant un même volume atomique, avait conclu que le volume atomique du soufre était 32/2,
- 1 Journal de Genève du 29 décembre 1877, et Comptes rendus de l’Académie des Sciences, -tome LXXXV, p. 1270.
- celui de l’oxygène devait être 16/1, et réciproquement, que la densité de l’oxygène liquide ou solide, serait de 16/16, soit égale à la densité de l’eau'1.
- M. Pictet a pu recueillir 45sr,467 d’oxygène liquide, qui correspondaient à 1 volume de 46,25 centimètres cubes. Il est possible que la partie supérieure du tube mince, eut quelques centimètres de longueur de vide, sans liquide, ce qui expliquerait la différence de 0sr,8 trouvée. Cette confirmation des théories établies par M. Dumas, remarquable exemple de l’exactitude des prévisions que la science peut arriver à formuler, fait le plus grand honneur à l’un des plus éminents successeurs de Lavoisier.
- Dans une des dernières séances de l’Académie, M. Dumas citait le passage vraiment prophétique où le grand fondateur de la chimie moderne affirmait que l’état des gaz n’avait, d’une manière absolue, rien de permanent. Voici ce qu’écrivait Lavoisier à la fin du siècle dernier :
- Considérons un moment ce qui arriverait aux différentes substances qui composent le globe, si la température en était brusquement changée. Supposons, par exemple, que la terre se trouvât tout à coup transportée dans une région beaucoup plus chaude du système solaire, dans une région, par exemple, où la chaleur habituelle serait fort supérieure à celle de l’eau bouillante ; bientôt l’eau, tous les liquides susceptibles de se vaporiser à des degrés voisins de l’eau bouillante, et plusieurs substances métalliques même, entreraient en expansion et se transformeraient en fluides aériformes, qui deviendraient partie de l’atmosphère. Par un effet contraire, si la terre se trouvait tout à coup placée dans des régions très-froides, par exemple de Jupiter et de Saturne, l’eau qui forme aujourd’hui nos fleuves et nos mers et probablement le plus grand nombre des liquides que nous connaissons, se transformeraient en montagnes solides.... L’air dans cette supposition, ou du moins une partie des substances aériformes qui le composent, cesserait sans doute d’exister dans l’état de fluide invisible, faute d’un degré de chaleur suffisant ; il reviendrait donc à l’état de liquidité, et ce changement produirait de nouveaux liquides dont nous n’avons aucune idée.
- On voit, par ces exemples, que la Chimie comme l’Astronomie peut, dans certains cas, dévoiler les faits de l’avenir, en les envisageant en quelque sorte à l’état latent. Lavoisier a pu dire que l’air « reviendrait à l’état de liquidité », et M. Dumas a su définir la densité qu’offrirait, à l’état liquide, l’un des éléments constitutifs de l’air.
- Après ses magnifiques expériences sur l’oxygène, M. Raoul Pictet entreprit de soumettre l’hydrogène à la puissante épreuve de son appareil. Au moment où nous rédigions la présente notice, il nous fit envoyer la dépêche suivante .que nous reçûmes à la date du 11 de ce mois :
- Paris-Genève, 987,11/1, 10/30, M.
- Ai liquéfié hydrogène à 650 atmosphères et 140 degrés de froid, solidifié par évaporation. Jet couleur bleu acier
- 2 Comptes rendus de VAcadémie des Sciences, t. IAXXVI, p. 57.
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- intermittent, projection violente de grenaille sur le sol avec bruit strident très-caractéristique. Hydrogène solide conservé plusieurs minutes dans le tube. Raoul Pictet.
- On trouvera plus loin, dans le compte rendu de la dernière séance de l’Académie (p. 126), les détails intéressants qui ont été donnés au sujet de cette mémorable expérience, ainsi que des renseignements sur la solidification de l’air, obtenue par M. Cailletet.
- Nous espérons pouvoir revenir avec de plus amples détails sur des résultats qui comptent parmi les plus importants de ceux obtenus par la chimie moderne, et qui seront les titres de gloire de deux infatigables chercheurs. On a voulu discuter la question de priorité, mais nous croyons qu’il n’y a pas lieu de le faire dans le cas présent.M. L. Cailletet et M. Raoul Pictet peuvent être comparés à deux explorateurs qui, partis de points différents, après avoir triomphé chacun de son côté de difficultés égales, seraient arrivés, sans s’être jamais rencontrés, à prendre en même temps possession de terres nouvelles.
- Nous ferons observer qu’il y a lieu d’être surpris au premier abord de la facilité avec laquelle quelques-uns des gaz permanents ont été liquéfiés; mais, comme nous l’avons indiqué précédemment, pour résoudre le problème, il ne s’agissait pas seulement de disposer de puissants moyens de compression; il fallait, comme l’a nettement démontré M. L. Cailletet, trouver le point critique de la liquéfaction, faire agir en même temps l’action d’une certaine pression avec une certaine température. Enfin, il était indispensable, surtout pour les gaz les plus incoercibles, comme l’air et particulièrement l’hydrogène, d’ajouter au refroidissement des réfrigérants chimiques l’abaissement de température considérable dû à la détente du gaz comprimé. Quand l’hydrogène est comprimé à 650 atmosphères, à la température de 140 degrés au-dessous de zéro, il resterait peut-être encore à l’état gazeux si l’action de la détente ne se traduisait aussitôt par un énorme surcroît de froid qui, s’ajoutant à la basse température de l’acide carbonique liquide, dépasse de beaucoup les plus puissants refroidissements obtenus par l’évaporation. Là est le caractère saillant des expériences de M. Cailletet et de M. Raoul Pictet ; là est le nœud de la solution de ce grand problème auquel avaient dû renoncer quelques-uns des premiers savants de notre siècle.
- Gaston Tissandier.
- CONFÉRENCES
- DE i/ASSOCIATION SCIENTIFIQUE DE FRANCE.
- L’Association scientifique, dans le but d’intéresser de plus en plus le public aux progrès de la science, a décidé qu’elle ferait chaque année une ou plusieurs séries de conférences auxquelles pourront assister non-seulement tous ses membres, mais un nombre considérable de personnes invitées ’ la demande des associés. Le grand amphithéâtre
- de la Sorbonne, qui peut contenir environ 2000 auditeurs, a été glorieusement mis à sa disposition par M. le vice-recteur de l’Académie de Paris.
- Nous sommes heureux d’annoncer à nos lecteurs que la Commission administrative de l’Association est en mesure de donner des soirées scientifiques analogues aux confé rences de la Sorbonne, dont le succès avait dépassé les espérances de leurs fondateurs, il y a une dizaine d’années.
- Les leçons porteront sur les sciences géographiques, historiques et philologiques, ainsi que sur les sciencss naturelles, la chimie, la physique et l’astronomie. Elles auront lieu les samedis à 8 heures 30 minutes du soir ; la première série commencera le 26 janvier et se continuera jusqu’à la fin de mars.
- Nous pouvons dire dès aujourd’hui que l’on entendra soit dans cette série de conférences, soit dans la série suivante :
- M. II. Sainte-Ci.aire Deville, membre de l’Institut : Sur les changements de l’état des corps, et sur les expériences de M. Cailletet, relatives à la liquéfaction de l’air.
- M. Jamin, membre de l’Institut : Sur l’éclairage électrique.
- M. Boissieu, membre de l’Institut : Sur les services rendus à l’histoire par les découvertes archéologiques récentes.
- M. Paul Bert, professeur à la Faculté des sciences : Sur l’influence que la lumière exerce sur les êtres vivants.
- M. Lavisse , maître de conférences à l’École normale supérieure : Conquête de la Prusse par les chevaliers allemands. M. Mascart, professeur au Collège de France : Sur l’électricité atmosphérique.
- M. Renan, membre de l’Institut : Sur les services rendus aux sciences historiques par la philologie.
- M. Gaston Tissandier, rédacteur en chef du journal la Nature:
- Sur les hautes régions de l’atmosphère.
- M. Alexandre Bertrand, conservateur du Musée des antiquités gauloises, à Saint-Germain : Sur les mouvements des peuples préhistoriques dans l’Europe centrale.
- M. Wolf, astronome de l’Observatoire : Sur les nébuleuses.
- M. Gaston Paris , membre de l’Institut : Sur la langue française.
- M. Bureau, professeur au Muséum d’histoire naturelle : Sur les plantes textiles nouvellement introduites dans l’industrie.
- M. Blanchard, membre de l’Institut : Sur la distribution géographique des animaux.
- M. Cornu, professeur à l’École polytechnique : Sur la vitesse de la lumière.
- MM. Tresca, membre de l’Institut; Bouley, membre de l'Institut ; Javal, directeur de laboratoire à l’École pratique des hautes-études : Sur des sujets qu’ils indiqueront ultérieurement.
- Les demandes de cartes d’entrée devront être adressées au président de l’Association, secrétariat de k Faculté des sciences (Sorbonne); au délégué de la Commission administrative (Conservatoire des arts et métiers, rue Saint-Martin), ou à l’agence de l’Association, 113, boulevard Saint-Michel.
- LES ÉPIZ0ÏQUES DU CHEVAL
- La plus noble conquête de l’homme sur le règne animal, suivant l’expression de Buffon, le cheval, est tourmenté par de nombreux ennemis, parfois bien dangereux malgré leur petite taille. Les uns l’attaquent d’une manière intermittente : des Diptères tels que les Taons et les Stomoxes font eouler son sang par mille blessures sous leur trompe acérée,
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- lors des brûlants jours de l’été ; les Œstres mettent dans une aveugle fureur l’animal irrité parles titillations qu’ils lui causent en collant leurs œufs à ses poils. Enfin un Diptère pupipare dégradé, l’Hippo-bosque ou Mouche-araignée de Réaumur, faisant à peine usage de ses ailes, se tient accroché par lé- gions aux poils des chevaux mal tenus, surtout au printemps, aux régions des aines et de la queue.
- D’autres Articulés, de beaucoup moindre taille, toujours sans ailes, sont véritablement épizoïques, attachés par leurs pièces buccales à la peau du cheval. Les uns, à six pattes que terminent des griffes crochues, sont des insectes appartenant à l’ordre des Anoplou-res ou Péiliculides. L’un d’eux est YHematopinus tenuirostris,
- Burmeister (fig. 1) de 5 à 4 millimètres de longueur, brun, à abdomen pâle; il perce la peau avec son suçoir et aspire le sang. Il vit surtout sur les chevaux adultes, principalement près de la crinière et sur les faces de l’encolure, causant à l’animal de très vives démangeaisons et le couvrant de petites papules rouges, affection très-contagieuse. L’autre Pou du cheval, bien plus petit, de couleur enfumée à peu près uniforme, de 2 millimètres, est le Trichodec-tes equi, Denny (fig. 2). Il est à peu près inoffensif, car ses mâchoires ne lui permettent pas d’entamer la peau et ne lui servent guère qu’à grimper le long des poils et des crins. Il laisse la peau sans lésions et ne provoque qu’un léger prurigo. Cet insecte est surtout l’apanage des jeunes chevaux.
- Il est facile de débarrasser l’écurie de ces deux parasites, en frottant les chevaux avec de la pommade mercurielle, ou avec des infusions de tabac, ou en insufflant dans leurs poils de la poudre de pyrèthre de Vicat.
- Les propriétaires de chevaux de tout genre doivent apporter une bien plus grande attention à d’autres parasites, qui sont des Acariens à huit pattes, ou Arachnides très-dégradés.
- L’histoire de ces dangereux animaux a été élucidée avec grand soin par un des plus savants vété-
- rinaires de notre armée, M. Mégnin1, lauréat de l’Institut. 11 n’y a que peu de temps qu’on connaît la cause des affections psoriques, parfois si désastreuses, car elles suppriment les importantes fonctions de la peau. Nous ne ferons que citer ces créations répugnantes, qu’il est cependant indispensable de connaître si on s’intéresse à la santé des chevaux.
- Le plus anciennement connu de ces Acariens, vivant dans la peau qu’ils creusent comme par des terriers, est le Pso-roptes equi, P. Gervais, cause de l’affection cutanée que les vétérinaires nomment le roux vieux, se manifestant par des boutons hémisphériques, d’abord au bord supérieur de l’encolure et à la queue. En cinq ou six mois, si on n’y apporte pas remède, la peau tout entière du cheval sera envahie, et la mort certaine. Un autre Acarien du cheval, le moins dangereux des trois, est le Chorioptes spa-thiférus, Mégnin, étudié en Allemagne par M. Gcr-lach, en 1857 ; en France, par M. Mégnin en 1860. L’affection psorique qu’il produit ne se manifeste guère que sur les jeunes chevaux et n’attaque que les membres, très-lentement, car il faut des années de négligence pour qu’un membre soit recouvert dans toute sa longueur.
- A la suite de la guerre de 1870-71, une épizootie envahit les chevaux de l’armée française, avec des symptômes qu’on regardait jusqu’alors comme causés exclusivement par la misère, les privations, les mauvais fourrages, etc. La cause véritable était un Acarien très-dangereux par sa fécondité effrayante, et pouvant se répandre en un mois seulement sur toute la peau d’un cheval, de manière à amener sa mort par la suppression complète de la respiration cutanée. C’est le Sarcoptes scabiei, Latreille, variété equi, Gerlach, le plus petit des trois Acariens du cheval, éminemment et rapidement contagieux et pouvant se transmettre à l’homme, car c’est en réalité la même espèce que celle qui cause la maladie psorique de l’espèce humaine.
- Maurice Girard
- 1 Précis des maladies de la peau du cheval, avec gravures. — Paris, E. Deyrollc, 1876.
- Fig. 2. — Trichodectes equi.
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- LA BOUCHE DES INSECTES
- (Suite et fin. — Voy. p. 83.)
- La bouche est beaucoup plus difficile à étudier chez les Mouches, dont les genres et les espèces sont très-nombreux, mais présentent sous ce rapport des différences assez peu importantes.
- Si l’on examine avec une loupe un peu forte la partie inférieure de la tète d’une Mouche , on remarque entre les deux gros yeux réticulés, un espace sur lequel sont implantées deux antennes très-courtes dont le dernier article ( il peut y en avoir de un à trois, suivant l’espèce), est très-ion g, renflé par le bout en forme de massue et porte, ou bien un petit style plumeux, ou bien des rangées de poils. Ce sont des poils tactiles reposant chacun sur un petit ganglion auquel aboutit un filet nerveux. Ces deux petites antennes sont braquées de haut en bas, comme les deux branches d’un V renversé (A), vers la fossette occupée par la trompe repliée. Au-dessous des deux antennes, on voit deux autres petites antennes velues, dressées de bas en haut, et dont les extrémités, renflées en massue, se rapprochent des bouts des antennes : ce sont des palpes (pour nous, des palpes maxillaires) ; à leur base, on observe souvent une petite éminence couronnée d’un bouquet de poils, reste du second palpe maxillaire.
- Entre les palpes dressés et les extrémités des antennes abaissées, est l’ouverture de la bouche, laquelle est, comme on le voit, bien gardée par ces quatre organes de tact, d’odorat et peut-être de goût. Cette bouche apparaît, au repos, comme un
- petit boudin velu appliqué de haut en bas vers le sternum, et qui porte sur sa longueur un sillon médian. C’est Ie pavillon de la trompe de la Mouche, fermé par le rapprochement de ses deux lèvres longitudinales. Si l’on approche près du point de réunion des palpes et des antennes une goutte d’eau sucrée sur une lame de verre, la trompe s’allonge hors de la fossette dans laquelle elle est retirée, par un mouvement en trois temps que l’on peut
- imiter de la manière suivante : Appliquez le bras contre le corps, redressez l’avant-bras sur le bras, le dos de la main contre l’épaule, fléchissez le poignet en avant et fermez le poing. Telle est la position de la trompe repliée au repos, le poing fermé, dirigé en avant, représentant le pavillon. L’allongement de la trompe se fera ainsi : Abaissez l’avant-bras horizontalement avec le coude, élevez le bras horizontalement avec l’épaule, ouvrez le poing. Tel est à peu près le mouvement que l’on observe dans la trompe qui se développe; les deux lèvres de l’extrémité s'écartent en un pavillon en forme de cœur, et si l’on regarde de l’autre côté de la lame de verre, on voit, par transparence, que ce pavillon fait ventouse, qu’il communique par une ouverture ovale ou cordif'orme, située; vers la base du cœur, avec le tube intérieur de la trompe.
- L’organe se compose donc de trois parties : une partie basilaire, large, portant les palpes, qui dans l’extension de la trompe se défléchit, mais surtout, s’allonge hors de la fossette buccale où elle était invaginée au repos ; une partie moyenne articulée en genou sur la première et qui s’étend en se déllé-chissant d’airière en avant et de haut en bas; un
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- pavillon fléchi pendant le repos au devant de la partie moyenne et fermé par deux lèvres longitudinales, défléchi pendant l’extension et ouvert par l’écartement des lèvres qui s’étalent transversalement.
- Immobilisons la Mouche en la plaçant quelques instants sous un verre dont les parois ont été mouillées de chloroforme, puis fixons-la par une épingle dans le corselet sur une lame de liège, et, avec une pince à mors très-fins, saisissons les deux lèvres rapprochées du pavillon qui est rétracté ; tirons doucement en avant, ce qui forcera la trompe à s’allonger, et déposons sur l’organe étendu une goutte d’alcool absolu. Les muscles rétracteurs de la trompe seront fixés en allongement et la trompe ne rentrera plus. Coupons-la alors avec des ciseaux fins, au ras de la tête et déposons-la sur une lame de verre dans une goutte de glycérine additionnée d’un peu d’acide acétique ou formique, de manière qu’elle ne soit pas couchée sur le côté, mais étendue de face dans sa position naturelle, le pavillon en dessous. Recouvrons d’une lamelle sur laquelle nous exercerons une pression ménagée qui aplatira légèrement l’organe et étalera le pavillon ; puis portons cette préparation sous le microscope, nous verrons ainsi distinctement la composition de la trompe (fig. ci-contre).
- Au centre, un tube formé de différentes pièces, brunâtre, chitineux dans toute sa longueur sauf au niveau de l’articulation médiane, afin de pouvoir obéir à la flexion, enveloppé par une épaisse couche de muscles striés dont les uns sont longitudinaux, les autres obliques et transversaux. Cette couche contient une grosse trachée qui se divise, à l’articulation, en deux branches et celles-ci en un grand nombre d’autres ramifications de plus en plus fines. A la périphérie, un tégument épais couvert de poils courts et coniques rangés en lignes parallèles et de gros poils tactiles. A la base coupée, on peut voir souvent un paquet de belles cellules appartenant aux glandes salivaires.
- Recherchons maintenant la signification des pièces qui constituent le tube central, et dans lequel nous devons retrouver celles qui arment la bouche des autres Insectes.
- Tout à la base, nous trouvons un anneau scarieux, hérissé de gros poils tactiles, souvent brisé par la compression de la lame de verre, et qui ourlait le bord supérieur de la fossette buccale. C’est tout ce qu’il reste de la lèvre supérieure. En dedans de cet anneau sort un cône creux, souvent brisé aussi, quelquefois intact, échancré vers le milieu de sa longueur et bifurqué à sa pointe. Ce sont les deux mâchoires soudées le long de la ligne médiane, soudure dont on reconnaît la trace, séparées vers le sommet du cône ; elles portent en dessous, implantés sur l’épaisse couche musculaire et tégumentaire qui les recouvre, les deux palpes maxillaires. Au sommet du cône, les mâchoires cessent d’être chitineuscs, deviennent hyalines et flexibles, afin de pouvoir se plier dans l’articulation; mais plus loin elles re-
- prennent leur dureté et se prolongent sous forme de deux lames allongées et minces, soudées sur la ligne médiane, dont les bords externes sont enroulés en dessus comme un long cornet et se recouvrent l’un l’autre. On peut souvent voir, sur ces bords, de petits tubercules représentant les dents ou les bar-belures qui arment les mâchoires des autres Insectes (ces dispositions n’ont pu être représentées dans la figure ci-jointe parce qu’elles occupent un plan autre que celui du dessin).
- Ce tube enroulé en cornet se termine en pointe et constitue une sorte de dard creux qui peut être projeté au delà de l’ouverture du pavillon. Telle est la disposition du système maxillaire. Quant aux mandibules, nous les trouvons sous forme de deux longs bâtonnets élargis à leur base d’insertion, de chaque côté et en dehors du cône maxillaire. Elles sont mobiles autour de cette insertion, et forment comme une charnière solide dans l’articulation pendant la flexion de la trompe. A leur autre extrémité, elles fournissent deux éperons latéraux qui donnent insertion à des muscles ; puis, au delà de l’articulation elles se réunissent à leur tour en un tube enroulé, soutenu de chaque côté par un bâtonnet plus grêle, tube dans lequel plongent, comme dans un fourreau, les extrémités des mâchoires enroulées en dard. Ce tube vient se terminer avec les bâtonnets latéraux, à la base du pavillon, en une sorte d’anneau muni de plusieurs appendices transversaux donnant insertion à des muscles fléchisseurs du pavillon sur la trompe, et en un système de cordons en élastiques de jarretière extrêmement curieux, qui se répand en éventail sous chacune des deux lèvres du pavillon.
- La lèvre inférieure est à peu pi’ès invisible dans notre figure, parce qu’elle est placée à l’extérieur, sous la trompe. Elle a la forme d’une cuillère chi-tineuse, insérée sur le tégument, ou plutôt faisant suite au tégument de la partie basilaire, au niveau de l’articulation. Elle recouvre donc de sa concavité la partie moyenne de l’organe en dessous; c’est-à-dire que quand la trompe est relevée au repos, la partie basilaire étant invaginée dans la fossette buccale, la lèvre inférieure épaisse, écailleuse, couverte de poils tactiles, protège la seule partie de la trompe exposée au dehors, comme une petite cuirasse d’avant, jusqu’à l’orifice du pavillon. Elle se termine en effet près de l’orifice du pavillon par deux longs éperons transversaux que l’on voit dans notre figure de chaque côté de l’anneau central de ce pavillon. Ces deux éperons peuvent être considérés comme les palpes labiaux ; ils forment la charpente solide du pavillon et donnent attache aux muscles constricteurs de cet organe.
- L’appareil qui produit, en grande partie du moins, la dilatation du pavillon est très-complexe. Le tube mandibulaire central après s’être terminé en un anneau chitineux, fournit dans chaque lèvre un système de petites lamelles disposées en éventail, bifurquées à leur extrémité, appendiculécs sur leurs
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- côtés (et qui sont cachées sous l’anneau, dans notre dessin). Entre ces lamelles sortent de longs cordons striés en travers, comme des élastiques de jarretière ou des trachées, mais qui ne sont pas des tubes clos; ce sont des demi-canaux ou des gouttières, à bords festonnés et garnis de petites pointes. Ces cordons ou bandes demi-canaliculaires s'irradient dans chaque lèvre, et c’est à leur élasticité qu’est dû principalement l’écartement automatique et l’étalement des deux lèvres quand la trompe se défléchit. Chacun de ces cordons est enveloppé d’une membrane hyaline ; dans les branches du Y formé par les deux plus internes, paraît située la glande à salive dissolvante découverte par M. Kunc-kel et qui, en lubrifiant l’ouverture de l’organe, lui permet d’adhérer aux surfaces sèches et de fonctionner comme une ventouse.
- Enfin, le pavillon est recouvert en dessus d’un tégument chagriné à dessins quadrilatères très-réguliers, portant des poils tactiles, et en dessous par un fin épithélium.
- Ainsi, le pavillon qui est évidemment un organe de tact et très-probablement de goût, représente les extrémités soudées et épanouies des deux palpes labiaux. La Mouche rassemble donc et concentre autour de sa bouche et devant ses yeux tous les organes de sens les plus délicats dont elle est douée ; si avec de tels moyens d’information ainsi concentrés, elle s’empoisonne en goûtant l’eau de savon et en suçant le papier tue-mouches, elles est absolument impardonnable.
- Quant au tube central de sa trompe, contenant les mâchoires roulées en dard, c’est ce qu’on appelait autrefois le suçoir. 11 constitue une véritable pompe dans laquelle le dard se meut comme un piston creux, et dont la cavité s’obture peut-être pour former soupape, piston qui par sa pointe peut aussi servir à scarifier les corps dont la Mouche veut pomper les sucs.
- Yoilà certes un appareil compliqué. Mais à côté des Insectes si bien pourvus d’appareils buccaux, nous en trouvons qui sont beaucoup moins bien doués. Quelques Papillons qui ne se nourrissent plus à l’état parfait, dont l’existence comme individus est finie et qui n’ont plus à s’occuper que de la continuation de l’espèce, portent des pièces buccales atrophiées. Certaines larves, comme celles des Hémérobes, n’ont pour ainsi dire pas de bouche, mais seulement deux mandibules perforées d’un canalicule qui aboutit dans l’œsophage. Enfin, les Coccidés mâles, les Phylloxéras sexués n’ont pas de bouche du tout. Ils vivent donc sans manger; aussi leur existence est-elle courte, entretenue seulement parles aliments vitellins qui sont Testés dans leur corps, car n’ayant pas de bouche, ils n’ont pas d’intestin et présentent ce phénomène singulier d’animaux qui ne sont que des embryons ambulants.
- Dr J. Pelletas.
- UNE VISITE AUX SINGES DE LA CHIFFA
- (Algérie)
- Une visite aux gorges de la Chiffa compte parmi les excursions traditionnelles d’un voyage en Algérie* C’est un des points classiques, et les guides itinéraires ne manquent pas de vous y convier. Si les singes de la vallée piquent votre curiosité ou peuvent vous charmer, je vais m’efforcer de vous les faire connaître.
- Ces animaux ne vivent à l’état de liberté nulle part en Europe, à la seule exception du rocher de Gibraltar. Même à l’état fossile, on n’en a trouvé encore que de rares échantillons, provenant des formations de l’époque tertiaire, découvertes à Sansan, en France, et en Grèce, à Pikermi.
- L’histoire naturelle des gorges m’a attiré non moins que la beauté du site. Venu à Blidali pour examiner les dépôts de transport de l’Oued-el-Kebir, je tenais à vérifier certains caractères d’une formation analogue au débouché de la Chiffa. Devant prendre à neuf heures du matin le chemin de fer d’Oran, je n’avais pas trop de temps disponible pour une course d’au moins 25 kilomètres. Avant le jour je fus sur pied. Bien que le soleil ne paraissait pas encore, le mercure de mon petit thermomètre dépassait la graduation de l’échelle, à plus de 35 degrés. Pourquoi cette chaleur? Un sirocco brûlant a soufflé toute la nuit. Ses bouffées m’arrivent encore au visage, pareilles à l’air embrasé d’un four. Cela n’empêche que mes petits chevaux arabes, habitués à cette atmosphère de feu, détalent légèrement et m’emportent sur la route de Médéah. Magnifique route s’il en est. Elle passe d’abord à travers la plaine dans une direction parallèle au chemin de fer. Des deux côtés s’étalent de belles plantations d’orangers, des champs de blé, un peu de vignes. Des groupes d’Arabes, affublés de leurs burnous, marchent silencieux dans la demi-obscurité. On est en temps de moisson. Comme au milieu du jour la chaleur devient insupportable pour le travail,les moissonneurs commencent déjà à couper leurs blés. Bon courage, moissonneurs !
- Voici la Chiffa qui se montre, puis l’entrée des gorges en arrière du cours d’eau. Large et profond, le lit de la rivière se déploie avec ampleur. Une double bordure de lauriers-roses en plein épanouissement enlace les rives. C’est un magnifique aspect, sous les premières lueurs du soleil à son lever. Comment vous décrire ce spectacle de l’aurore, partout le même et pourtant varié, quand le cadre du tableau transforme la scène? Nous filons trop vite pour admirer longtemps. Au débouché des gorges, les eaux de la Chiffa, maintenant à l’étiage, sont captées pour un moulin. Malgré l’étiage et l’ardeur de la saison, ces eaux bienfaisantes vivifient de fertiles plantations. Quelques maisons se présentent au bord de la route avec leurs cultures. Plus haut, le chemin s’engage dans la vallée, en arrière d'une
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- rangée de monticules. Point de sirocco ici. Les montagnes lui font obstacle. Sous les pentes abruptes, à l’abri des gorges, la fraîcheur du torrent modère la température et le vent chaud n’y pénètre pas en ce moment. Quelle magnifique végétation l’eau tire de la terre, sans elle si aride ! C’est encore le laurier-rose, parure d’été de toutes les rivières de l’Algérie. Avec le laurier-rose, vous voyez tour à tour ou réunis par places, le tamarix, l’olivier, l’érable, le houx, le lentisque, le sumac, le myrte, puis le jujubier avec ses épines en crochet, la bruyère arborescente , vingt autres espèces d’arbres et d’arbrisseaux que je ne puis nommer.
- Sous les arbres et à côté des buissons viennent les végétaux herbacés, plus nombreux, plus modestes, mais presque tous fleuris. Recueille en passant quelques-unes de ces fleurs, une immortelle et des campanules bleues, et je lève à l’Alsace lointaine.
- Plus on avance vers le sud, plus les gorges s’approfondissent, plus les forêts deviennent épaisses au fond de la vallée. Les hautes cimes restent généralement bien nues ainsi que certaines pentes. Ces pentes offrent au regard de gigantesques ébou-lements qui alternent avec les escarpements de roches redressées. Paysage digne des Alpes, les gorges de la Chiffa forment dans l’Atlas une coupure visible de bien loin et d’une longueur de cinq lieues. A la sortie, les yeux rencontrent le tableau magique de la Mitidja, les collines du Sahel, la mer enfin, visible à travers la coupure de Mazafran. Au fond de la gorge le torrent murmure. Quant à la route, elle domine le torrent, conquise tantôt sur son lit qui lui cède assez de place pour passer, tantôt sur le rocher qui la surplombe. Si pour frayer un passage à la route il a fallu le secours de la mine, l’eau a su se tracer toute seule à travers les rochers son lit tortueux. Mille cascades lui arrivent par les gouttières laté-
- rales, toutes ruisselantes ou pareilles à des gazes légères ondoyant sous le souffle de la brise. Admirerons-nous le plus la nature ou l’art, la nature si pittoresque de ce site, ou l’art hardi qui a ouvert cette roule de Médéah sous les pas des soldats de la France?
- Notre course d’aujourd’hui ne va pas au delà du pont de l’Oued-Merdja. Pour trouver les singes, il nous faut revenir jusqu’au ruisseau baptisé de leur nom, dans une coupure sur la droite de la route. A
- défaut d’autre indication, l’enseigne de ['Hôtel des Singes suP.it pourrons montrer le point classique, but des visiteurs ordinaires de la Chiffa. Vous le savez, Y Hôtel des Singes offre bon gîte à quiconque veut y séjourner. Les touristes anglais y viennent souvent, ce qui est la garantie d’un certain confort. Un artiste de passage a peint sur les murs une mascarade des habitants de céans. Je veux pailer des singes qui demeurent ici, non des gens venant en visite. Mais où voir les vrais singes? Ce ne sera ni difficile, ni long. Montez dans le jardin derrière l’hôtel, à quelque cent pas seulement de distance. Le vallon est fort boisé et la forêt devient épaisse et touffue tellement que le ruisseau disparaît sous la verdure.
- Attention ! Ne remarquez-vous pas un mouvement dans les arbres? des branches qui remuent? Pas de bruit, chut! Les singes sont là, tout près. En voilà un que je tiens au bout de ma lunette. C’est un gros bon vieux chef de famille. Il paraît assis gravement sur un micoeoniller, occupé de sa toilette matinale et guettant dans les poils de sa fourrure je ne sais quoi d’imperceptible pour nous, et que le sérieux Bertrand met entre ses dents après prise, d’un air bien satisfait. Si vous avez bonne vue, vous avez déjà aperçu la société qui tient compagnie à ce personnage. Sans doute ses petits. Ils sont quatre, six, dix et plus, toute une bande. Ils grimpent aux arbres les plus
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- Vue des gorges de la Coiffa (Algérie). D'après une photographie
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- élevés, ils courent à quatre pattes, lestes et agiles. Ils se suspendent aux branches les uns aux autres, formant chapelet. Ils se trouvent en haut et en bas, gambadent, cabriolent, jouent et folâtrent. Par moment les malicieux tirent le nez ou l’oreille du papa. Le papa leur répond par un coup de patte ou de main. A côté une mère serre son petit nourrisson sur la poitrine. Tout ce que singes peuvent faire, vous le voyez ici. Je taquine Mohammed, le domestique Arabe de l’hôtel, en soutenant que ces singes sont apprivoisés et lâchés sur les arbres du jardin pour attirer les touristes. Apprivoisés ou non, ils demeurent dans la vallée par centaines. Moi, je ne suis pas fâché de ma visite.
- Dans la Kabylie les singes pullulent au point de constituer pour le pays une plaie. Vous les voyez se nourrir non-seulement de pommes de pins, de glands doux et de figues de Barbarie, mais aussi de melons et de pastèques qu’ils volent dans les jardins, malgré tous les soins des propriétaires pour les écarter. Pendant qu’ils commettent leurs vols, deux ou trois d’entre les maraudeurs montent sur la cime des arbres et sur les rochers environnants pour faire sentinelle. Dès que celles-ci aperçoivent quelqu’un ou qu’elles entendent quelque bruit, elles poussent un cri d’alerte. Aussitôt toute la troupe de prendre la fuite en emportant ce qu’elle a pu enlever. Un ancien préjugé populaire les représente comme les descendants déchus d’une antique race d’hommes qui aurait été privée de la parole et ainsi enlaidie par Dieu en punition de ses méfaits. On les redoute ; mais sans les détruire. On les pourchasse, on les traque, on use de toutes sortes de moyens plus ou moins ingénieux pour les effrayer et les tenir à distance, mais on s’abstient de les tuer par crainte de châtiment.
- La géologie de la Chiffa m’ayant amené chez les singes, je dois vous dire quelques mots de mes autres observations plus sérieuses. Dans la journée d’hier j’ai exploré à Blidah avec M. Henri Marès, un de nos collègues de la Société géologique et un des hommes qui connaissent le mieux l’Algérie, une formation de transport signalé par M. Maupas comme une moraine frontale. Une moraine frontale en apparence, mais dont les éléments ne portent pas le caractère d’un dépôt glaciaire. Ce dépôt est composé de blocs anguleux, de galet et de terre entassée, sans trace de stratification. Il paraît avoir barré jusqu’à 400 mètres d’élévation verticale le lit de l’Oued-el-Kebir, en arrière de Blidah. D’une part il se rattache au fort de Mimicli. Au milieu les eaux l’ont entamé avec une prolonde coupure, comme il arrive encore dans les moraines terminales des glaciers actuels. Mais en y regardant de près, vous ne découvrez ni roches polies, ni galets striés, ni vrais blocs erratiques. Le dépôt renferme aussi trop de terre qui ne ressemble nullement à la boue glaciaire. Point de moraines latérales non plus sur les versants de la vallée, en amont de cette formation. Ses caractères sont ceux d’un énorme cône de déjection déposé, par un courant d’eau violent et d’une manière subite,
- pour ainsi dire. Dans la suite, le dépôt a été raviné par un torrent moins fort, de sorte à figurer, à prendre l’aspeet d’une digue transversale pareille aux moraines frontales des glaciers.
- Dans la vallée de la Chiffa, au débouché des gorges, on observe une formation tout à fait semblable et simulant une moraine comme à Blidah. Toutefois, la Chiffa ne présente pas non plus des traînées de blocs erratiques provenant de moraines latérales sur les versants de la vallée. Par contre, on remarque sur certaines corniches rocheuses en saillie des lambeaux du terrain de transporta un niveau correspondant à la partie supérieure du cône de déjection à la sortie des gorges. Ces lambeaux persistent sur les points où les couches redressées en saillie les protègent contre l’éboulement. Notre photographie nous représente dans la gravure ci-contre un de ces lambeaux sur le côté droit. Probablement les dépôts erratiques que j’ai signalés il y a quelques années au-dessus d’El-Kantara, sur la route de Batna à Biskra, sont de même nature. Dans tout le nord de l’Afrique, au pied de ses montagnes comme sur les rives de ses fleuves, on trouve des alluvions anciennes d’une grande puissance, déposées par des cours d’eau plus abondants, plus violents aussi que ceux d’aujourd’hui. Charles Grau.
- Blidah, 1877.
- PHÉNOMÈNE OPTIQUE
- OBSERVÉ A. PINZGAU.
- Le 11 septembre 1877 j’accompagnais le professeur Schlesinger dans une excursion à la vallée de Hollersbach , près de Mittersell, dans le Pinzgau supérieur. A environ trois heures et demie, le soleil descendait derrière les contre-forts des montagnes du glacier de Watzfeld. A l’endroit même où il allait se coucher, un groupe de pins se détachait Hir l’horizon. Nous aperçûmes alors tout à coup un spectacle d’une race magnificence, que le professeur remarqua le premier, en cherchant des yeux les mâts de signaux plantés sur les plus hautes crêtes. Les pins avaient pris un aspect splendide ; il semblait qu’un immense flot d’argent fondu était répandu sur ces arbres, enveloppant leur branchage et coulant vers le sol en formant de grandes dentelures, comme on voit quelquefois en hiver de la neige humide répandue sur les arbres, laisser couler de l’eau immédiatement figée en glaçons. Quelques arbres isolés brillaient d’un éclat éblouissant. L’intensité du phénomène lumineux était si grande qu’elle surpassait celle du soleil réfléchi par l’argent poli, et pouvait être comparée à la lumière du magnésium enflammé ou à un faisceau émanant d’un foyer électrique.
- En même temps on apercevait dans le ciel, au-flessus du bois de pins, un autre phénomène resplendissant qui paraissait être l’origine de celui que nous
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- venons de décrire. Toute la partie du firmament frappée par les rayons obliques du soleil couchant brillait et vibrait par l’effet d’une pluie de parcelles radieuses, ressemblant au passage très-dense d’étoiles filantes, ou au fourmillement stellaire de la Voie Lactée. Pendant un moment on put distinguer dans ce fleuve de lumière trois nuages stratiformes, qui ne tardèrent pas à se londre dans l’ensemble.
- Le spectacle atteignit sa plus grande beauté pendant environ cinq minutes, et quand la marche déplaça notre point de vue, nous pûmes en jouir encore plusieurs fois, jusqu’au moment où les arbres ne se projetèrent plus sur l’horizon, mais sur le flanc d’une montagne. Seulement l’ondulation et la scintillation des particules lumineuses que nous prenions pour des cristaux de glace, et dont la dimension très-appréciable nous parut un effet optique, durèrent encore quelque temps et s’amoindrirent progressivement avec le coucher du soleil et le commencement du crépuscule.
- Pour mieux comprendre ce phénomène, il faut remarquer que du 8 au 10 septembre tombait une pluie continuelle très abondante à la suite de laquelle l’atmosphère se refroidit beaucoup, et dut amener la formation de la neige à une hauteur de moins de 3000 mètres, à partir des cimes du Tauern jusqu’au tond de la vallée de Salzach. Cette vallée fut envahie le matin par un épais nuage ; mais un vent très-violent, descendu du Tauern éclaircit complètement le ciel et permit au soleil de luire pendant le reste de la journée. Les couches d’air étaient cependant très-imprégnées d’humidité, et dans la région des glaciers elles n'étaient pas suffisamment réchauffées, de sorte qu’en descendant par le revers de la montagne, nous observions une sorte de rosée qui, dans les couches supérieures, devait être, formée de cristaux de glace et produire, par la réflexion des rayons solaires, le phénomène observé. La soirée fut fraîche et claire, et vers 7 heures cette belle journée se terminait par un admirable coucher de soleil, derrière des nuages parallèles resplendissant de pourpre et d’or. Le lendemain la vallée fut remplie d’un très-épais brouillard d’automne1. F. Zurcher.
- la
- DISPARITION DU PHARE DE KRISNHA
- DANS LES INDES.
- Le phare de Krishna, ainsi nommé parce qu’il est construit non loin des bouches du fleuve du même nom, situé en deçà du Gange, a tout à coup disparu de la surface de la mer dans le courant de l’année dernière. Nul n’a été témoin de ce fait étrange, mais on a reconnu un jour que le phare n’existait plus.
- L'Engineer publie un article dans lequel il re-
- * Exil ait d’une note du docteur Breitloliner (Zeitschrift der Ocslreicliischen Gesellschaft fur Météorologie).
- cherche les causes qui ont pu amener cette catastrophe. Il n’est encore parvenu aucun renseignement à ce sujet, mais ce retard n’a rien de surprenant, parce qu’il sera impossible de procéder avant la fin de la mousson à une enquête sur les lieux. L’opinion la plus généralement admise est que la surface du récif sur lequel était placé ce phare aurait été fouillée par la mer, sous l’influence de courants récemment formés. VEngineer la combat en invoquant les considérations suivantes : Si la roche avait eu à subir une action de cette nature, la large base de la structure et la position Irès-abaissée de son centre de gravité auraient maintenu l’édifice, même dans le cas où les pieux auraient été complètement dénudés; le phare serait descendu sans être renversé, ainsi que cela a eu lieu pour le phare de Fleetwood, établi, dans des conditions analogues, dans Morecambe-Bay. Mais si, dans cette descente, la plate-forme arrivait assez bas pour avoir à supporter l’effort de la mer, il ne lui resterait plus aucune possibilité de résister. Il faut donc examiner dans quelle mesure la roche aurait dû être dépouillée pour que cette limite de résistance ait pu être atteinte. Les pilotis étaient boulonnés à la profondeur de 24 pieds (7ra,32) ; c’est donc cette première épaisseur du récif qui aurait eu à disparaître avant que le mouvement de descente de la structure ait commencé à se produire. La plate-forme s’élevait à 30 pieds (9m, 14) au-dessus de la haute mer, de sorte que des vagues de 20 pieds (6m,10) de hauteur, comme il y en a assez fréquemment dans le golfe de Martaban, n’arrivent qu’à 10 pieds (5,n,05) de cette partie de l’édifice. 11 est donc bien invraisemblable que la disparition du phare soit due à une telle cause. On prétend encore qu’une tempête d’une violence exceptionnelle a pu arracher l’édifice de ses fondements, mais cette assertion n’est pas plus soutenable. La base comprise entre les pieux mesurait 65 pieds (19m,81) sur 56 pieds (10™,92) et le centre de gravité était placé très-bas. Il n’y a pas d’ouragan, quelque violent qu’il soit, capable d’arracher des pieux établis dans ces conditions. Il y a lieu d’observer, toutefois, qu’une disposition nouvelle, introduite dans le phare d’Opter-Reef, et qui consiste à continuer le principal pilotis en lui faisant traverser la partie habitée de l’édifice, n’a pas été appliquée à Krishna, et que la superstructure était seulement boulonnée sur la plate-forme qui reposait sur les têtes de pilotis. On a su de plus que, dans un fort coup de vent, le fil à plomb avait accusé une oscillation de 4 pouces (102 millimètres) dans chaque direction, et c’est là vraisemblablement qu’il faut voir la cause de la fatigue excessive qu’avait eu à subir l’édifice. Une hypothèse assez probable est que le phare aurait été détruit par le choc d’une épave. On se rappelle que des portions de la jetée de Madras et de la jetée d’IIasting ont été entièrement emportées au milieu d’un coup de vent dans lequel des bâtiments étaient venus se jeter sur ces constructions. Le phare de Fleetwood, après
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- s'être maintenu, bien que le sable dans lequel ses pilotis étaient enfoncés ait disparu à la suite de dragages opérés dans le voisinage, fut détruit dans des circonstances analogues, dans lesquelles des parties de la structure furent emportées sur le pont du bâtiment qui était venu se heurter contre elle. On croit que les pilotis de Krishna seront retrouvés debout, à la fin de la mousson, mais considérablement avariés ; des effets analogues se sont produits sous l’empire des mêmes causes, pendant la construction du phare d’Opter-Reef. La dernière explication, en dehors de l’hypothèse d’un tremblement de terre, paraît la plus probable ; et si elle est réellement justifiée par l’enquête, il faudra en conclure la nécessité d’entourer les pilotis de ces constructions d’une protection extérieure*. M.
- ACIDE SALICYLIQUE
- Cet acide a été découvert en 1838 par Piria, qui l’obtint en oxydant l’essence de Reine des prés, Spi-rœa ulmaria, formée principalement d’aldéhyde salicylique. Cette aldéhyde était connue jusqu’alors sous le nom d’acide salicyleux, à cause de ses propriétés faiblement acides dues au groupement phénolique qui entre dans sa constitution. A peu près en même temps, Ettling l’obtenait par le même procédé. Il fut ensuite étudié par MM. Loewig et Wid-mann; M. de Lalande l’obtint en partant de la cou-marine ; M. Cahours montra que l’essence de Win-tergreen, extraite du Gaultheria procumbens, était constitué en grande partie par du salicylate de méthyle; plus récemment, Gerland constata sa production dans les produits de l’action de l’acide nitreux sur la solution aqueuse de l’acide anthrani-liquc ou amidobenzoïque, dérivé par oxydation de l’indigo (Annales de chimie et de physique, 1855, t. III, p. 110). Enfin, MM. Kolbe et Lautemann, frappés de la facilité avec laquelle l’acide salicylique se dédouble par la chaleur en acide carbonique et phénol, fait déjà signalé par Gerhardt en 18422, obtinrent l’acidc salicylique en faisant agir l’acide carbonique sur le sodium et le phénol chauffés.
- Ce dernier mode de production a confirmé les idées des chimistes sur la constitution de l’acide salicylique, qui est au phénol ce que l’acide benzoïque est à la benzine. En effet, la benzine absorbe l’acide carbonique en présence du sodium et produit de l’acide benzoïque :
- C6116 -h CO* = C7H602
- De même, le phénol et l’acidc carbonique donnent l’acide salicylique;
- C6H60 4- CO? = C7H#05.
- Mais on sait, d’après la théorie de Kékulé, sur
- * Revue maritime.
- * Revue scientifique et industrielle du docteur Quenesville.
- (1842), p. 204 et 207.
- les corps aromatiques, qu’il peut exister trois acides de la formule C7H#Oî. En effet, la benzine est formée de six atomes de carbone soudés ensemble et combinés chacun à un atome d’hydrogène. M. Kékulé représente graphiquement cette formule par un hexagone régulier, dont chaque sommet est occupé par un groupe CH. Toutes réserves faites, bien entendu, sur la disposition réelle des atomes, et en n’envisageant, cette théorie que comme moyen graphique et mnémotechnique de classer les nombreux corps isomères dérivés de la benzine et de ses homologues, on voit que, dans le cas d’un dérivé monosubstitué, acide benzoïque, phénol, aniline, etc., il n’y a pas d’isomérie possible, les six atomes de carbone étant symétriques et par conséquent équivalents; c’est, d’ailleurs, ce que démontre l’expérience; en effet, on a prouvé que les soi-disant isomères de l’acide benzoïque, acide salicylique de Kolbe, etc., n’étaient que de l’acide benzoïque impur. Mais si nous remplaçons deux atomes d’hydrogène par deux corps simples, ou par deux radicaux composés équivalant chacun à un atome d’hydrogène monoatomique, nous aurons trois corps isomères; ainsi, en numérotant les six sommets de l’hexagone (fig. 1), l’un des radicaux occupant la place 1, l’autre pourra occuper l’une des cinq autres places disponibles ; mais les positions 2 et 6 sont équivalentes, comme symétriques par rapport à 1 ; 3 et 5 le sont aussi par la même raison ; d’un autre côté, 2 et 3 ne sont pas équivalents par rapport à 1, car l’atome 2 est uni directement à 1, tandis que 3 en est séparé par l’atome 2 ; de même l’atome 4 est séparé de l’atome 1 par deux atomes de carbone. Nous avons donc trois corps isomères, que l’on numérote d’habitude ainsi ; 1, 2, type d’une série appelée orthosérie; ensuite 1,3, type de la métasérie; enfin 1,4, type de la parasérie. Les atomes étant équivalents, il est évident que si l’on retourne l’hexagone, les rapports ne sont pas changés ; ainsi, que l’on substitue du chlore à l’atome d’hydrogène de la place 1, et de l’iode à l’atome d’hydrogène de la place 5, le corps obtenu est le même que si le chlore était à la place 3 et l’iode à la place 1 ; en un mot, ces symboles expriment des relations de voisinage et non de position absolue dans l’espace. En appliquant cette théorie aux acides oxybenzoïques, dérivés de l’acide benzoïque par remplacement, dans le noyau benzénique, de l’atome d’hydrogène par un oxhydrile OH, ou dérivés du phénol par remplacement de l’atome d’hydrogène du même noyau par le groupe monoatomique CO*II, caractéristique des acides organiques, nous aurons les trois isomères possibles, que représente la figure ci-contre (fig. 2).
- Fig. i.
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- LA NATURE.
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- Le premier acide, appartenant à l’orthosérie, est donc l’acide orthoxybenzoïque, c’est l’acide salicy-liquc qui nous occupe : le second est l’acide mé-taoxy benzoïque, ou acide oxybenzoïquc proprement dit; le troisième est l’acide paroxybenzoïque, qui précisément porte ce nom.
- L’acide salicylique se prépare aujourd’hui en grand pour les besoins de l’industrie par le procédé de MM. Kolbc et Lautemann, que ces savants ont ainsi modifié, en 1874 : on dissout le phénol dans la soude caustique, on évapore à siccité et on lait passer un courant d’acide carbonique sec à travers la masse concassée et chauffée d’abord à 180 degrés, puis, peu à peu jusqu’à 220 et 250 degrés. Il se forme du salicylate de sodium basique et il distille du phénol :
- 2C6H5ONa -h CO2 = G#lI*ONa,CO»Na -+- C6H60.
- En reprenant la masse par l’eau, on dissout le sel, qu’on traite par un acide ; il se précipite de l’acide salicylique, peu soluble dans l’eau, mais coloré; ou peut l’obtenir incolore et pur par la distillation dans la vapeur surchauffée à 170 degrés.
- L’acide salicylique, dérivant du phénol, ne pouvait manquer d’attirer l’attention des physiologistes et des médecins, qui se résignaient à employer le phénol malgré son odeur ét sa causticité, à cause de son merveilleux effet contre les ferments et les virus. En 1855, Bcrtagnini l’essaya; « 2 à 5 grammes d’acide salicylique par jour, dit-il, ne produisent rien; mais si, pendant deux jours, on en prend 6 à 7 grammes quotidiennement, on perçoit des tintements d’oreilles et un sentiment de stupeur. » Il montra que cet acide se retrouve dans les urines déjà une heure après son ingestion, mais transformé en partie en acide s dicylurique C9H9Az04, ollrant avec l’acide salicylique les mêmes relations que l’acide hippurique avec l’acide benzoïque :
- CTPAzO4, acide salicylurique -+-11*0 = C7H603, acide salicylique -+- C2H3Az02 glyeocolle.
- C9H9Az03, acide hippurique 4- 11*0 =±= C7H602, acide benzoïque, -+- C*HsAz0* glyeocolle.
- Ces observations restèrent dans le domaine scientifique jusqu’en 1874, époque à laquelle le procédé de MM. Kolbe et Lautemann, sortant lui-même du laboratoire pour entrer dans le champ de l’industrie, a permis de livrer cet acide en grande quantité, et fixé de nouveau l’attention des médecins. En Allemagne, en Autriche et en Angleterre on Ressaya contre tous les ferments; les médecins Remployèrent contre toutes les maladies septiques, puis comme fébrifuge
- et contre le rhumatisme articulaire aigu, la goutte et certaines douleurs nerveuses. Nous allons passer en revue les effets physiologiques de l’acide salicylique.
- 11 a la propriété spécifique d’arrêter l’action des ferments, figurés ou solubles. Ainsi, on l’a appliqué à la conservation des viandes ; on en introduit de grandes quantités dans les vins et les bières pour les empêcher de tourner. Cependant son efficacité est moins évidente vis-à-vis des bactéries et des moisissures. Enfin, il arrête l’action de la synap-tase sur l’amygdaline et sur la farine de moutarde. A petite dose, 1 à 2 grammes, il ne produit pas d’effet sensible sur les animaux. A haute dose, on observe des nausées et des vomissements, des bourdonnements dans les oreilles, mais sans aucun trouble de l’intelligence ni dans la vision ; on constate une surdité passagère, quelquefois une élévation de la température qui dégénère en un accès de fièvre, souvent des envies fréquentes d’uriner; chez les goutteux, il favorise l’excrétion de l’acide urique et de l’indican. Enfin, il provoque souvent des
- sueurs abondantes. Les médecins français ne se sont décidés à Rappliquer que depuis environ un an, et nous citerons surtout M. G. Sée, qui s’est fait le cham pion de ce médi-dicament. On a essayé les sali-cylatcs de soude, de quinine et de lithine. Les deux premiers ont produit de bons résultats dans les fièvres paludéennes, mais leur efficacité ressort surtout dans le traitement du rhumatisme articulaire aigu, où les douleurs disparaissent en une journée, et le gonflement des articulations en deux ou trois jours; on prescrit 10 grammes de salicylate de soude dans 200 grammes d’eau, à prendre en cinq fois dans les vingt-quatre heures, en étendant la dose dans un demi-verre d’eau ; mais, pour empêcher toute rechute, il faut continuer le traitement pendant une dizaine de jours. On a obtenu aussi d’excellents résultats dans les diverses formes du rhumatisme chronique et dans la goutte aiguë ou chronique, enfin, dans les affections de la moelle épinière, on peut Remployer pour calmer les douleurs rebelles aux médications ordinaires. Dans les affections purement parasitaires ou septiques,
- ! comme le croup, la gangrène, etc., son action a paru | douteuse ou nulle.
- j Nous ajouterons quelques mots sur la recherche de l’acide salicylique dans les aliments, les j boissons, etc. Au liquide qui le renferme, étendu de manière à devenir faiblement acide ou, s’il est ! alcalin, à peine acidulé, on ajoute quelques gouttes
- oh
- on
- Fig. 2.
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- m
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- de perchlorure de fer très-étendu. Si le liquide que l’on examine est coloré, il faut l’aciduler par de l’acide sulfurique, et l’agiter avec de l’étllcr. On sépare celui-ci au moyen d’un entonnoir à robinet, et on y ajoute quelques gouttes de perchlorure. On observe une coloration violette intense, sensible avec d millionième et même avec une quantité moindre d’acide salicylique. Ch. Girard.
- CHRONIQUE
- *
- Société géologique de France,— La Société géologique de France vient de composer de la manière suivante son bureau et son Conseil pour l’année 1878 : Président : M. Gaudry. — Yice-présidents : MM. Daubrée, Delesse, de Saporta, Potier. — Secrétaires: MM. Brocchi, Oustalet. — Vice-secrétaires : MM. Douvillé, Vasseur. — Trésorier : M. Bioche. —- Archiviste : M. Danglurc. — Membres du Conseil : MM. Jannettaz, Mallard, de Chan-courtois, de Lapparent, Delaire, Pellat, Parran, P. Fischer, Benoît, Pomel, Tournoüer, Hébert.
- L’explosion du grisou. — Une loi votée le 26 mars 1877, sur la proposition de M. Paul Bert, membre de la Chambre des députés, a ordonné la formalion, pour l’étude des moyens propres à prévenir les explosions du grisou dans les mines de houille, d’une Commission spéciale. Les membres de cette Commission nommés, aux termes de la loi, moitié par le ministère de l’instruction publique et moitié par le ministère des travaux publics, sont :
- MM. Daubrée, inspecteur général des mines, membre de l’Académie des sciences ; Berthelot, membre de l’Académie des sciences ; Thénard, membre de l’Académie des sciences ; Paul Bert, professeur de physiologie à la Faculté des sciences; Hébert, professeur de géologie à la Faculté des sciences, membre de l’Académie des sciences ; du Sonich, inspecteur général des mines; Haton de la Goupillière, ingénieur en chef, professeur du cours d’exploitation à l’Ecole nationale des mines ; Cléraul, ingénieur des mines; A. Burat, professeur du cours d’exploitation des mines à l’École des arts et manufactures; de Marsilly, directeur général des mines d’Ànzin. M. Fouqué, professeur de géologie au Collège de France, et M. Perno-let, ingénieur civil, rempliront les fonctions de secrétaires de cette Commission, qui tient ses séances à l’École des mines, 60, boulevard Sasnt-Michel.
- BIBLIOGRAPHIE
- Des effets de la fécondation croisée et directe dans le règne végétal, par Ch. Darwin, traduit en français par M. Ed. Heckel, professeur à la Faculté de Grenoble. — 1 vol. in-8°. C. Reinvald et Cie. Paris, 1877.
- Cet ouvrage, comme tout ce qu’écrit Darwin, est d’une haute importance scientifique; celui-ci a en outre une grande valeur pratique pour l’agriculture aussi bien que pour l’horticulture et sera sans doute accueilli avec faveur par tous ceux qui s’intéressent aux travaux du grand naturaliste et à la science de l’évolution en général.
- Annuaire de l'observatoire de Montsouris, pour l’an 1878. — 1 vol. petit in-18. — Paris, Gauthier-Villars.
- Actes du Congrès de botanique réuni à Bruxelles, sous
- les auspices des Sociétés d'horticulture de Belgique,
- par En. Morren. — 1 broch. in-8. — Liège, 1877.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du U janvier 1878. — Présidence de M. Peligot.
- Fertilité des sols volcaniques. — Étudiant au point de vue agronomique la terre végétale de la Limagne d’Auvergne, M. Truchot arrive à cette conséquence que la fertilité proverbiale de ce terrain est due à la forte proportion d’acide phosphorique qu’y apporte la décomposition des roches volcaniques. Le fait serait général pour toutes les régions de même constitution géologique.
- Les étoiles. — C’est sous ce titre que M, Secchi vient de faire paraître à Milan un gros volume dont M. Dumas dépose un exemplaire sur le bureau. L’auteur y a réuni les données les plus récentes et les plus précises d’astronomie stellaire et il a apporté à l’étude des nébuleuses un soin tout particulier. On sera étonné d’y trouver à cet égard des figures qui n’ont rien de commun avec les traditionnelles images qui ont rempli les ouvrages jusqu’à ce jour. La question du soleil est traitée d’une manière fort détaillée, et M. Secchi adresse en même temps que son livre une liste des protubérances observées durant le premier semestre de 1877.
- Paléontologie parisienne. — En examinant les innombrables coquilles fossiles enfouies dans les couches des sables moyens de Jaignes (Seine-et-Marne), nous avons été assez heureux pour y rencontrer une espèce tout à fait nouvelle que nous inscrivons dans la science sous le nom de Dentalium Leoniœ. Cette petite coquille diffère beaucoup de tous les dentales signalés jusqu’ici dans les sables moyens et se rapproche du Dentalium eburneum du calcaire grossier étant, comme lui, recouverte de nombreuses stries annulaires très-profondes. Sur une longueur totale de 20 millimètres on compte 19 de ces stries dessinant comme 18 anneaux. Ceux-ci sont très-réguliers et non pas serrés d’une manière variable comme dans Y eburneum. La coquille est moins arquée que celle de ce dernier et moins atténuée ; son extrémité postérieure est moins aiguë. Elle porte une fissure dorsale remarquable par sa longueur de 11 millimètres et par sa largeur. Cette fissure est bien plus large en effet que celle de tous nos autres dentales fendus et se termine brusquement vers les deux tiers de l’un des anneaux. L’ouverture est circulaire et transverse.
- Nous avons recueilli l’exemplaire unique que nous possédons dans la couche immédiatement superposée au banc à Nummulites variolaria. Peut-être, dans les idées actuelles de filiation des espèces, pourrait-on voir dans le dentalium Leoniœ, la forme du d. eburneum propre à l’époque des sables moyens.
- Dans la même note présentée par M. Dumas, nous signalons la présence à Gentilly (Seine) d’une coquille très-rare dans le bassin de Paris. Il s'agit du gros Cerithium Cor-nucopiœ (Sow.), considéré longtemps comme étranger à cette région géologique et découvert il y a quelques années à Boury (Oise). Son existence à Gentilly est démontrée par un moule interne recueilli dans le banc à C. gigan-teum par un jeune chercheur plein de zèle, M. Laville, qui nous l’a apporté. Ce moule, auquel il manque l’extrémité antérieure a 25 millimètres de longueur et comprend sept tours dont les premiers sont uniformément arrondis,
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- taudis que les autres acquièrent progressivement huit protubérances de plus en plus marquées qui leur donnent un profil régulièrement octogonal. On voit très-nettement dans la columelle les sillons correspondant aux trois plis caractéristiques de l’espèce.
- Liquéfaction et solidification de l'hydrogène. — Tous les journaux quotidiens ont reproduit le télégramme par lequel M. Raoul Pictet a annoncé que jeudi dernier 9 janvier il a réalisé la liquéfaction et même la solidification de l’hydrogène. Aujourd’hui M. Dumas communique une lettre, dans laquelle le savant de Genève donne plus de détails sur sa mémorable expérience.
- L’appareil dont il s’est servi est le même où l’oxygène s’est déjà liquéfié ; seulement on a remplacé comme agent frigorifique l’acide carbonique par le protoxyde d’azote liquide. L’hydrogène a été obtenu par la décomposition que le formiate de potasse subit sous l’influence de l’hydrate de la même base, et l’avantage principal de ce mode opératoire consiste dans la production d’un résidu, le carbonate de potasse qui est absolument fixe. Le gaz s’est dégagé d’une manière parfaitement régulière, jusqu’à ce que l’appareil ait atteint 650 atmosphères. La température étant maintenue à 140° au-dessous de zéro, on a ouvert le robinet de décharge et l’hydrogène est sorti en produisant le son aigu d’un sifflet à vapeur. Le jet, couleur bleu-acier était complètement opaque sur une longueur de 12 centimètres. En même temps, on entendit sur le sol un crépitement tout pareil à celui que produirait une grenaille en tombant à terre, et il n’y a pas à douter que ce ne soit en effet la cause de ce phénomène ; un bruissement spécial était perçu aussi, rappelant celui qu’on entend quand du sodium se meut à la surface de l’eau.
- Pendant cette expérience, la pression était tombée de 650 à 370 atmosphères. On ferma alors le robinet et chose curieuse, au lieu de rester stationnaire, le manomètre baissa encore jusqu’à 215, puis remonta lentement à 225 pour rester stationnaire : évidemment l’hydrogène liquide était congelé dans le tube. Rouvert alors, le robinet laissa échapper de nouveau le jet décrit plus haut, mais, cette fois, fort intermittent et déterminant un fort soubresaut à chaque sortie. On put recommencer plusieurs fois.
- La différence d’allure de l’hydrogène et de l’oxygène, paraît tenir à ce que le premier de ces corps possède une chaleur spécifique 8 fois plus grande que celle de l’autre Il en résulte au moment de la volatilisation subite du liquide, un refroidissement beaucoup plus intense déterminant une solidification beaucoup plus complète.
- Solidification de l'air atmosphérique. — En même temps que la communication précédente, l’Académie a reçu de M. Cailletet une courte note, dont le résultat le plus saillant est que l’air atmosphérique desséché et privé d’acide carbonique, soumis dans l’appareil déjà décrit à nos lecteurs à l’action simultanée de 80° thermométriques et de 510 atmosphères se convertit en un véritable givre. A la même température, mais avec une pression de 200 atmosphères seulement, l’air ruisselle le long des parois du tube sous l’aspect d’un liquide très-mobile, analogue à l’éther.
- Géologie expérimentale. — M. Daubrée décrit les expériences qui lui permettent d’imiter artificiellement les grandes fissures qui traversent l’écorce terrestre. Nous reviendrons sur cet important sujet quand l’auteur aura terminé son travail par la seconde communication qu’il a annoncée aujourd’hui. Stanislas Meunier.
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- MÉTÉOROLOGIE DE DÉCEMBRE 1877
- Nous avons vu, en parcourant les cartes de novembre, que pour se rendre compte d’une situation atmosphérique donnée, il faut :
- 1° Chercher le point où la pression barométrique est minimum, ce sera le centre d’un cyclone dont nous avons indiqué les effets ordinaires.
- 2° Chercher le point où la pression barométrique est maximum, ce sera le centre d’un anticyclone, lequel produit des effets entièrement opposés.
- Nous devons maintenant indiquer d’une manière générale comment varie {'intensité du mouvement cyclonique.
- On peut poser comme première loi que cette intensité est d’autant plus grande que les lignes circulaires qui entourent le centre sont plus près les unes des autres. En considérant ces lignes comme des courbes de niveau atmosphérique analogues aux courbes de niveau usitées en topographie, on comprend en effet que plus les courbes barométriques sont rapprochées, plus la dépression aérienne est intense et plus grande aussi est la rapidité avec laquelle l’air se précipite pour la combler.
- On peut définir la pente d'un terrain en parcourant sur une normale à la courbe de niveau un nombre déterminé de kilomètres et en cherchant la quantité dont on s’est abaissé; de même on définira la pente aérienne sur nos cartes météorologiques minimum ou 1 e, gradient barométrique en cherchant le nombre de millimètres de mercure dont la pression diminue si l’on parcourt sur la normale aux isobares, un nombre déterminé de kilomètres. Un prend d’habitude 111 kilomètres, c’est-à-dire la valeur de 1 degré du méridien moyen. La «direction du gradient est d’ailleurs désignée paf le Uhumb du compas où se trouve la moindre pression.
- Considérons par exemple le cyclone du 25 décembre, jour de Noël, dont le centre est vers Christiania. On voit que pour le Danemark et les Pays-Bas, le gradient est nord-est; il est considérable, les courbes étant très-rapprochées, par suite une violente tempête sévit sur ces régions, A Paris le même jour, le gradient est aussi nord-est, mais il est moins fort, les courbes étant plus espacées et le vent est moins intense. Nous emploierons dorénavant cette expression de gradient dans le sens que nous venons de définir. Passons maintenant à l’examen des cartes du mois :
- lre décade.— Pendant les dix premiers jours, le baromètre est généralement haut, sauf le 1er et le 6. Deux cyclones se montrent en Angleterre à ces deux dates; ils suivent une marche tout à fait opposée, car l’un disparaît vers le sud-est, et l’autre vers le nord-est. Us interrompent momentanément un froid qui va s’accentuer encore pendant toute la 28 décade et la moitié de la 5e.
- 2e décade. — Elle est caractérisée par l’existence de pressions notablemCift surélevées sur toute la
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- LA NATURE,
- CARTES QUOTIDIENNES DU TEMPS EN DÉCEMBRE 1877. D’après le Bulletin international de l’Observatoire de Paris. (Réduction 1/8.)
- * HU ta B
- Samedi 1 Dimanche 2 Lundi 3 Mardi ‘t Mercredis
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- Jeudi 6 Vendredi 7 Samed i 8 Dimanche 9 Lundi 10
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- Mardi 11 Mercredi 12 Jeudi 13 Vendredi 1^ Samedi 1S
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- ) Dimanche 16 Lundi 17 Mardi 18 Mercredi 19 Jeudi 20
- SSS&i -4 Ttfo r ^ ^ B \y |(j 'iToi ** •s/r_V. >SV\\ “A_Vt§S/ CT' f à'iïS y.a : fe: y pi8
- Vendredi 21 Samedi 22 Dimanche 23 Lundi 2^ Mardi 26
- B * " V.n.r.aÏ'lô ( f
- Mercredi 21 Samedi 29 Dimanche 30
- France, correspondant au passage d’anticyclones amenant brouillard par intervalles, courant nord et stabilité excessivement remarquable dans l’équilibre atmosphérique avec gradients très-faibles.
- 5e décade. — Cette situation très-remarquable persiste encore le 21, mais quelques indices de réchauffement commencent à se faire sentir à cette date, et le Bulletin de lObservatoire annonce un changement de temps. Le 23, en effet, le ciel devient pluvieux et le 25 nous sommes soumis à l’action du cyclone norvégien dont nous
- avons parlé au commencement. D’autres le suivent, et le dernier, qui se trouve le 51 sur la mer du Nord, passe le 1er janvier sur la Méditerranée, nous laissant ainsi dans la région maniable et amenant un Jour de l’an splendide sur nos régions.
- En résumé, décembre 1877 a été froid, peu pluvieux, et la pression moyenne a été de beaucoup supérieure à la normale. E. Fron.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissaxdier
- Lundi 31
- Corbeil. Typ. et stér. Crêté.
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- K* 243. — 26 JANVIER 1878.
- LA NATURE.
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- APPAREIL HYDROTHÉRAPIQUE
- DE M. GASTON BOZÉRIAN.
- L’hydrothcrapie, ou art de traiter les maladies au moyen de l’eau pure et froide, ne date guère que du commencement de ce siècle. Ce fut le fils d’un paysan autrichien, Vincent Pries-snitz, né le 5 octobre 1799 à Grœfen-berg, dans la Silésie autrichienne, qui en fut véritablement l’inventeur.
- Autrefois la médi-cation par l’eau froide n’était guère en usage que pour la chirurgie; cependant l’eau pure n’en était pas moins recommandée comme moyen diététique pour bains et pour boissons. Il est vrai qu’en général on la négligeait beaucoup trop, attendu que les quelques voix isolées qui s’élevaient pour la recommander, étaient étouffées, ou par des préjugés profondément enracinés qui lui attribuaient des résultats nuisibles, ou par l’indifférence qu’inspire naturellement au médecin tout moyen trop vulgaire pour laisser quelque illusion à celui qui l’emploie, ou servir les intéiêts de celui qui l’ordonne. Quelques cas dans lesquels on essaya de l’eau froide, après avoir inutilement usé d’autres moyens provoquèrent bien de temps à autre quelques imitations, mais ces traitements d’exception ne réussirent pas à faire sortir l’eau froide de la catégorie des ressources extrêmes et désespérées, pour la classer au nombre des agents thérapeutiques d’un emploi journalier.
- 6* année. — 1er semestre.
- Aussi, et malgré les efforts d’un assez grand nombre de praticiens qui, surtout depuis le commencement du dix-huitième siècle, essayèrent de rendre plus général le traitement par l’eau froide, cette thérapeutique inspirerait-elle encore la défiance, si les
- attestations d’Ærtel et de Priessnitz, qui la vantaient comme une panacée infaillible, et si les heureux résultats qu’on en obtenait fréquemment dans la pratique, n’avaient tout à coup transformé en enthousiasme le préjugé que les gens du monde avaient naguère contre l’eau froide, et éveillé chez un grand nombre de praticiens le regret d’avoir jusqu’alors trop négligé cet expédient. Aussi ne tarda-t-on pas à créer, en Allemagne d’abord, et ensuite en France, un grand nombre d’établissements où l’eau froide est méthodiquement employée pour la cure des maladies, mais ces établissements ne sont malheureusement à la portée ni de toutes les bourses, ni de toutes les positions.
- Pour remédier à cet inconvénient, un grand nombre de personnes se sont décidées à faire de l’hydrothérapie chez elles. Ce système a l’avantage de coûter peu et de ne pas prendre beaucoup de temps. On a créé dans ce butplusieurs types d'appareils hydrothérapiques qui laissent beaucoup à désirer à différents points de vue.
- Les uns se composent d’un simple réservoir placé au-dessus de la tête du malade et qu’on remplit d’eau au moment de prendre sa douche ; ces appareils coûtent assez bon marché, mais ne donnent presque
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- Nouvel appareil hydrothérapique de II. Gaston Bozérian.
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- LA NATURE.
- aucun résultat pour la guérison des maladies, car une des conditions essentielles d’une bonne hydrothérapie, c’est d’avoir de l’eau bien froide qui vienne frapper avec force la peau du malade, de manière à amener une réaction d’autant plus vive et d’autant plus salutaire que la projection de l’eau aura été plus considérable.
- C’est pour réaliser ce dernier point si important qu’on a construit des appareils à air comprimé. Ces derniers ont d’abord le tort d’être fort chers ; de plus la nécessité de comprimer l’air dans le réservoir est une opération fatigante qui demande dix minu tes ou un quart d’heure ; enfin la pression, considérable il est vrai au début, va toujours en diminuant, au fur et à mesure que l’air se dilate, par suite de la sortie de l’eau, et elle arrive à être nulle à la fin.
- Les lecteurs de la Nature n’ont pas oublié la description que nous avons donnée du baromoteur inventé par M. Gaston Bozérian1, qui a eu l’heureuse idée d’appliquer son système aux appareils hydrothérapiques ; notre gravure représente cette nouvelle application.
- Au mi lieu du bassin se trouve une sorte de cloche en fonte, formant réservoir d’air et servant en même temps de support aux leviers des pédales. Après chacune d’elles est fixée une tige actionnant un piston qui permet de refouler l’eau du bassin dans ce réservoir; les pistons agissent alternativement suivant que l’homme fait porter le poids de son corps sur l’une ou l’autre de ces pédales. L’eau ainsi refoulée monte dans le tuyau qui débouche de ce réservoir, tombe sur la personne qui se douche avec une grande force de projection, pour être refoulée de nouveau et ainsi de suite ; on voit que la chose est aussi simple que possible.
- Le docteur Dujardin-Beaumetz, médecin de l’hôpital Saint-Antoine, l’a expérimenté dans son service et en a obtenu de bons effets ; il a constaté que les malades, même les femmes les plus faibles et les plus délicates, ont pu manœuvrer sans fatigue cet ingénieux appareil; les jets d’eau, nous a-t-il dit, ont une force de propulsion plus que suffisante et la pluie frappe la peau des malades avec plus de violence que celle déterminée par la douche ordinaire de l’hôpital alimentée par les eaux de la ville. Il paraît résulter de ces expériences que l’appareil de M. Gaston Bozérian est de beaucoup supérieur à tous les appareils à douches pour appartements, imaginés jusqu’ici.
- L’obligation imposée au malade de se remuer pendant qu’il se douche a été reconnue par les médecins comme susceptible d’amener d’excellents résultats, et ce côté de la question n’est pas un des moins intéressants.
- L’appareil, tel qu’il est représenté par notre gravure, permet donc de se doucher soi-même sans aucune préparation avant la douche, avec une force
- de projection considérable et constante, quelle que soit la durée de l’opération; cet appareil est disposé pour qu’on puisse prendre la douche en pluie, en cercle ou en jet, soit successivement, soit simultanément. Dr Z.
- DÉTERMINATION
- DE L’AZOTE DANS LA NITROGLYCÉRINE
- A l’occasion de recherches sur des dynamites de diverses provenances, nous eûmes à déterminer la quantité d’azote que renfermait la nitroglycérine. Le chiffre très-bas que nous obtenions, nous paraissant peu probable, nous cherchâmes les causes d’erreur, ainsi qu’une méthode donnant de meilleurs résultats.
- Nous estimions d’abord la quantité de nitroglycérine contenue dans une cartouche de dynamite en extrayant par l’éther, puis en séchant et pesant la silice, la solution éthéréc évaporée avec soin nous servait de contrôle; le résidu était ensuite traité dans un matras par une dissolution alcoolique de potasse, nous chauffions vers la fin de l’opération jusqu'à complète destruction de la nitroglycérine.
- La réaction est assez vive, le liquide devient immédiatement d’un brun-noir lorsqu’on ajoute la nitroglycérine à la dissolution potassique. Nous déterminâmes l’azote d’une partie du liquide, d’abord d’après la méthode de Schlasing modifiée par Reichhardt, en mesurant directement le deutoxyde d’azote, recueilli sur du mercure, puis en l’oxydant et titrant l’acide azotique formé par une dissolution de soude au dixième.
- Cette détermination d’azote répétée plusieurs fois nous donnait toujours 12,5 et 12,5 pour 100 d’azote, chiffre qui nous parut devoir être au-dessous de la réalité, quoique plusieurs ouvrages indiquent 13et 16 pour 100 comme étant la quantité d’azote contenue dans une bonne nitroglycérine.
- Dans de nouvelles opérations nous séparâmes la nitroglycérine de la silice par l’eau, le déplacement se fait généralement très-bien; la nitroglycérine fut séchée dans le vide sur l’acide sulfurique pendant
- 12 à 18 heures, puis une partie dissoute dans l’alcool fut de nouveau traitée par la potasse alcoolique, puis chauffée à ébullition pendant plusieurs heures. L’azote déterminé de la même manière que plus haut nous donna un chiffre un peu plus élevé,
- 13 à 14 pour 100.
- Nous essayâmes alors de décomposer la nitroglycérine par la chaux sodée et de transformer par ce moyen l’azote en ammoniaque. La chaux sodée humide décompose immédiatement la nitroglycérine, mais si elle est fraîchement préparée, il faut chauffer. Il se forme bien un peu d’ammoniaque, correspondant à 2 et 3 pour 100 d’azote, mais comme cela était à prévoir, la plus grande partie de l’azote reste combinée à l’état de nitrate.
- * Yoy. 5° année, 1877, 2e semestre, p. 229.
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- LA NATURE.
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- Lorsqu’on décompose la nitroglycérine par la potasse, on croyait que la réaction était simple et avait lieu ainsi :
- C3II3 (N03)3 -h 3 KOH = 3 KN03 + C3H3 (0H)? ; mais ce n’est pas le cas et il se forme aussi de l’ammoniaque. Nous nous en sommes assurés qualitativement en recueillant dans de l’acide chlorhydrique dilué les gaz et vapeurs qui se dégagent lorsqu’on ajoute la dissolution de nitroglycérine à la dissolution de potasse dans l’alcool, on voit se former au contact de l’acide un brouillard de chlorure d’ammonium et l’acide se sature partiellement; nous reviendrons sur ce sujet dans une publication postérieure.
- Ces méthodes de décomposition de la nitroglycérine n’ayant pas donné de bons résultats, nous eûmes recours à la combustion au moyen de l’oxyde de cuivre. Si l’on mélange intimement la nitroglycérine avec de l’oxyde de cuivre fin, il n’y a pas d’explosion à craindre et la combustion se fait très-tranquillement. Nous obtînmes les chiffres suivants :
- I Nitroglycérine de Varallo Pombia [ \ s'boj^d’azotff
- II » » 18,52 pour 100
- III » de Nobel (Isleten) 18,45 pour 100
- La théorie demande 18,50 pour la trinitroglycé-rine.
- Ces analyses montrent donc que la nitroglycérine du commerce telle qu’elle est contenue dans la dynamite, n’est pas un mélange de mono bi et trini-troglycérine, comme on aurait pu le croire d’après les analyses faites jusqu’ici, mais est formée exclusivement de trinitroglycérine, et secondement que la méthode de décomposition par la potasse alcoolique ne donne pas exclusivement du salpêtre, mais aussi de l’ammoniaque, et qu’on doit par conséquent employer la méthode de Dumas pour doser l’azote de la nitroglycérine1. A. Sauer et E. Ador.
- AVANTAGES RÉELS ET SUPPOSÉS
- DES PLANTATIONS D’EUCALYPTUS
- On attribue une grande influence aux Eucalyptus pour détruire la malaria, mais je n’ai pas trouvé qu’ils eussent cet avantage à Queensland, un des points principaux de leur habitation. J’ai souffert moi-même de la malaria au milieu d’une forêt qui s’étendait dans toutes les directions à plusieurs milles et qui était composée principalement des diverses espèces d’Eucalyptus, sans qu’il y eût beaucoup de places marécageuses. J’ai eu connaissance de plusieurs attaques de fièvre chez les bergers et bûcherons de cet endroit. De plus on m’a assuré que ces fièvres n’étaient pas particulières à certaines
- 1 Archives des sciences physiques et naturelles.
- années, mais qu’il y en avait toujours, plus ou moins.
- J’ai lu avec surprise dans le journal la JSature (XXVI, p. 557) que les moustiques avaient disparu en Algérie par l’effet des plantations d’Eucalyptus. Toute personne qui a vécu en Australie n’en dira pas autant. J’ai trouvé cette engeance intolérable sur les terrains élevés, où presque tous les arbres appartenaient au genre Eucalyptus, et cela au point de rendre le sommeil impossible pendant la nuit et la vie très-pénible pendant le jour.
- Les yums1 répandent une odeur carasléristique, surtout quand le soleil les a atteints. En traversant à cheval les grandes plaines du Queensland, je m’apercevais de cette odeur à une forte distance des arbres. Ces plaines prennent du temps à traverser, vu qu’elles ont une largeur de 10 milles; aussi lorsqu’on approche des forêts, l’organe de l’odorat est saisi tout à coup fortement. Que cette odeur soit un effet quelconque ou qu’elle soit un préservatif de la malaria, je ne saurais le dire.
- La croissance des Eucalyptus dans l’Amérique du Sud est très-rapide. Lorsque j’étais dans la Bande orientale, il y a quelques années, j’eus l’occasion d’examiner une plantation des Eucalyptus appelés red et Mue yums'*, âgés de huit ans. Les arbres avaient au moins 40 pieds de haut et plusieurs d’entre eux mesuraient 3 pieds de circonférence du tronc, à 3 pieds au-dessus du sol. Ils avaient une masse de feuilles comme je n’en ai jamais vu en Australie. C’était dans une région de pampa, avec un sol d’alluvion profonde. Les fourmis noires, si nuisibles aux arbres, avaient d’abord attaqué les jeunes pieds, mais ceux-ci avaient résisté ensuite et bravé les terribles ouragans des plaines de cette contrée. On peut dire, d’après cette unique plantation d’Eucalyptus, que les pampas, si vastes et si dénudées, peuvent être couvertes artificiellement de forêts. Les Anglais établis au bord de la Plata feront bien d’y penser, et le propriétaire éclairé de la ferme Sherenden fournira volontiers des graines à ses compatriotes5. A. Nicols.
- SOCIÉTÉ FRANÇAISE DE PHYSIQUE
- Séance du 4 janvier 1878.
- Conformément aux statuts, il a été procédé au scrutin pour la nomination d’un vice-président et d’un vice-secrétaire. M. Berthelot est élu vice-président, M. Bouty, vice-secrétaire.
- M. Ed. Becquerel fait l’éloge de M. Cazin, secrétaire, de M. Ruhmkorff, membres de la Société décédés pendant l’année ; il résume les travaux et les acquisitions opérés
- 1 Nom vulgaire des Eucalyptus en Australie.
- 2 D’après la Flore d’Australie, de Bentham, huit espèces d’Eucalyptus sont appelés red gums, par les colons, et sept, dont l’Eucalyptus globulus, blee gums. On voit ce que valent les noms vulgaires.
- 3 Nature, de Londres, et Archives des sciences physiques et naturelles.
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- LA NATURE.
- dans l’année qui se termine, et cède la présidence à M. Blavier.
- M. Trouvé expose à la Société son Polyscope électrique qu’il destine surtout à éclairer les cavités du corps humain. Son appareil a pour hase les phénomènes de pola- ! risation dont M. Planté a fait un si brillant usage. On peut ; régler à volonté l’intensité du courant qui fait rougir le fil éclaireur au moyen d’un rhéostat spécial formé de spires métalliques enroulées sur un corps isolant et introduisant ainsi des résistances à volonté. M. Trouvé montre une série de réflecteurs adaptés aux divers usages qu’on veut faire de la lumière produite.
- M. Mascart décrit d’abord une pile Daniell à grande surface imaginée par M. Thomson, et dont il fait usage . depuis longtemps dans son laboratoire du Collège de France, j La résistance d’un élément peut être amenée à moins de , 0,1 d’Ohm, c’est-à-dire moindre que la résistance d’un j Bunzen grand modèle. — A propos de l’adaptation de cette , pile à des moteurs magnéto-électriques, M. Mascart étudie les conditions théoriques de rendement de ces moteurs. 1 Renversant la question, il étudie la machine magnéto-électrique au point de vue de la production de l’électricité. | Les expériences sont faites avec une machine Gramme, tour à tour employée comme moteur attelé, à une machine '
- de Holtz, ou comme producteur de courant donnant dans une bobine Ruhmkoff des étincelles d’induction. 11 montre dans ce dernier cas l’influence puissante de la nature de l’anneau de la machine Gramme sur la longueur des étincelles, il explique cette influence.
- MM. Ed. Becquerel et Cornu présentent quelques observations sur le rendement et les conditions de réversibilité des machines magnéto-électriques.
- SOCIÉTÉ MÉTÉOROLOGIQUE DE FRANCE
- Séance du 8 janvier 1878.
- M. G. Tissandier communique à la Société le résultat des observations effectuées dans sa dernière ascension, le 24 septembre 1877. Il insiste sur ce fait que l’aérostat a traversé à 400 mètres et à 800 mètres d’altitude des couches de buées invisibles de terre, où on les regarde par transparence, et qui devenaient perceptibles lorsque l’œil les percevait horizontalement. M. Tissandier présente également son ouvrage :
- « Histoire de mes ascensions, récit de vingt-quatre
- ,------------ Asie 12.302 Kü.
- .-----1 Amérique du Sud 6.054 Kit
- .—i Océanie 2.820 K il _ Afrique 2.339 Kit.
- Europe 143 758 Kilomètres
- . - . Allemagne 27.956 Kll
- ________i Grande Bretagne 26.870 Kil.
- ____, France 21.596 Kil.
- —i Russie 19.550 Kil.
- Autriche-Hongrie 17.368 Kil.
- AmériqueduNord ' 127.806 Kil.
- -----, Italie 7.688Kil.
- ------1 Espagne et Portugal 6 750 Kil.
- . i Belgique Pays-Bas et Luxembourg 5 393 KiL ... ... SuèdeetNorvège 4.466Kil.
- _ Suisse 2.080 Kil.
- Longueurs comparatives des chemins de fer du monde. — 1 millimètre représente 1000 kilomètres.
- voyages aériens. » 1 vol. in-8 illustré par son frère M. A. Tissandier. En offrant son ouvrage il remercie la Société de l’intérêt qu’elle a toujours porté à ses travaux.
- M. Cousté rapproche de la théorie sur les trombes et les tourbillons les faits curieux observés à Esper (Lot).
- M. Lemoine donne des détails sur les perfectionnements apportés à l’étude de la pluie et du régime des rivières dans le bassin de la Seine.
- M. Redier présente sa balance enregistrante, instrument fort remarquable qui a été décrit dans la Nature (voy. p. 33), et qui a été construit sur les indications de M. Hervé Mangon. Cet instrument est appelé à rendre de grands services en météorologie ; il est en effet susceptible d’être employé comme évaporomètre. Pendant la séance, l’instrument a nettement enregistré les diminutions de poids d’une grande cuvette remplie d’eau chaude.
- Dans la même séance, M. le docteur Bérigny retrace l’histoire de la météorologie dans le département de Seine-et-üise. Il rappelle plusieurs faits intéressants, sur la création de l’observatoire météorologique de Versailles, par MM. Haëghens, Bérigny et Ch. Marlins. Ce fut le premier établissement scientifique où les observations furent continuées de jour et de nuit. A l’Observatoire de Paris elles présentent encore chaque jour une lacune de 6 heures, et même à une certaine époque, elles étaient interrompues les dimanches et jours de fêtes.
- M. Descroix présente de la part de M. Marié-Davy les courbes tracées par un barographe à balance.
- LONGUEUR DES CHEMINS DE FER
- Le journal de l’Union allemande des chemins de fer [Zeitung des Vereins Deutscher Eisenbahn-Wer-waltungen) a publié récemment des renseignements statistiques sur la longueur des chemins de fer des différents pays du monde. Nous avons utilisé ce document pour dresser le tableau ci-dessus, où les chemins de fer de chaque pays sont représentés par des lignes horizontales de longueurs différentes et proportionnelles à l’étendue de ces chemins de fer.
- L’Europe est de tous les pays du monde celui où les lignes de chemin de fer sont les plus abondantes; elles ont une longueur de plus de 143000 kilomètres. L’Allemagne en compte près de 28 000 kilomètres, la Grande-Bretagne, 27000 environ, et la France, 21 596 kilomètres.
- L’Amérique du Nord comptera bientôt une longueur de lignes de chemin de fer égale à celle de l’Europe. Ce résultat est prodigieux, quand on songe que ce pays n’est guère plus peuplé que la France.
- Le total de toutes les lignes de chemins de fer du monde donne une longueur de 295139 kilomètres, c’est-à-dire suffisante pour faire sept fois le tour de la terre à l’équateur.
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- * LA GALERIE ETHNOGRAPHIQUE
- DU MUSÉE D’ARTILLERIE.
- 'Suite et fin. — Voy. p. 99.)
- La coiffure est plus qu’on ne pense un instrument
- de guerre; chez les peuples sauvages surtout, elle appartient essentiellement à la mise en scène de l’appareil guerrier. L’homme d’ailleurs ne fait en cela qu’obéir à une loi qui régit tous les animaux : chez presque tous, les plumes ou les poils de la tête se hérissent sous l’influence de la colère: l’oi~
- Fig. 1. — Quelques armes de la nouvelle galerie du Musée d'artillerie.
- 1. Casse-tcte en bois (iles Viti). — 2. Casse-tête en bois (Nouvelle-Zélande). — 3. Casse-tête en bois (îles Marquises).-- 4. Casse-tête en bois (iles Salomon). — b et 6. Haches australiennes en pierre. — 7. Sagaie en obsidienne des îles de 1 Amirauté. — 8. Lame en os (Nouvelles-Hébrides). — 9. Casse-tête en bois avec pointe en fer (Peau-Rouge).— 10. Casse-tête en bois (Peau-Rouge). 11. Hache en fer (Peau-Rouge). — 12. Hache en fer (Gabon). — 13. Casse-tête en ivoire (Nègre du Bertat). — 14. Casse-lete en serpentine (Nouvelle-Guinée). — 15. Sabre en faucille (Abyssinie). — 16. Arme de jet des Touaregs, en fer.
- seau relève sa huppe, et, pour ne parler que des | grands mammifères, le lion hérissé sa crinière, le
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- LA NATURE.
- gorille, lorsqu’il est en fureur, dresse la crête de poils qu’il porte sur le dessus de la tête, en même temps qu’il dilate ses narines, et qu’il .abaisse sa lèvre inférieure. Des fibres musculaires spéciales existent chez tous les animaux, l’homme compris, pour assurer cette fonction ; du reste, si chez l’homme civilisé, cette horripilation déterminée par la colère ou la frayeur est peu sensible, il faut avouer qu’elle ne l’est pas beaucoup plus à l’état inférieur de civilisation. Il semble donc que cette faculté de hérisser la chevelure se soit conservée dans l’homme, non plus d’une manière effective, mais surtout d’une façon intentionnelle: le besoin d’horripilation, instinctivement calculé dans le but de terrifier l’ennemi, a donné naissance à mille manières d’arranger la chevelure, soit en lui donnant des proportions énormes, soit, au besoin, en augmentant ces proportions par toutes sortes d’appendices, dans lesquels l’amour de la parure trouvent également leur compte.
- Hérodote, dans le dénombrement pittoresque qu’il fait de l’armée de Xerxès, nous montre les Cha.ly-biens coiffés d’un casque d’airain, sur le devant duquel s’élevaient des cornes et des oreilles de bœuf, surmontées d’une aigrette ; les Éthiopiens coiffés de têtes de chevaux écorchés, aux oreilles dressées et aux longues crinières ; on sait par César que les Gaulois surmontaient leur figure, pour marcher au combat, de têtes grimaçantes d’animaux féroces.
- Tous les peuples affectionnent cette mode, et la collection du colonel Le Clerc donne de curieux spécimens des coutumes suivies pour satisfaire ce besoin, par les peuples actuellement échelonnés aux divers degrés de la civilisation.
- Le nègre du Bertat a la tète couverte d’un énorme bonnet pointu, un véritable bonnet d’astrologue, en peau de singe velue, surmonté d’une longue plume d’autruche fichée sur sa pointe; le Galla d’Abyssinie rehausse sa noire figure, toute couverte de tatouages en saillie, par un large bandeau de peau de panthère.
- L’habitant de Bornéo porte sur la tête un panier de jonc tressé, recouvert d’un fragment de peau figurant grossièrement une tête fantastique, au-dessus duquel se dresse un énorme crâne de Callao, surmonté lui-même d’un long et élégant panache de plumes d’Argus (fig. 2).
- Aux îles Marquises, le guerrier orne sa tête d’une grande coiffure ne plumes de coq disposées en éventail; par devant s’étale un diadème de bois, semé de petites graines rouges; au-dessus du diadème s’élève un faisceau de ces plumes de phaéton, dont deux seulement se trouvent dans la queue de chaque oiseau.
- Les races, aux cheveux plus ou moins crépus, excellent particulièrement dans l’art de donner à leur tête une apparence étrange : c’est ainsi que l’Australien entremêle dans les mèches ébouriffées de sa chevelure, un mélange d’os de kangourou, de queues de chien et de plumes de casoar. Mais le type le plus étrange, sous ce rapport, est représenté par les Papous.
- Le Papou de la Nouvelle-Guinée, la figure toute badigeonnée de rouge, la cloison du nez traversée par de petits hâtons de nacre, paraît, au premier abord, coiffé d’un volumineux bonnet; sa coiffure n’est cependant autre que sa chevelure crépue, étalée en deux gros lobes qui surmontent son visage, teinte en roux avec de la chaux, poudrée ensuite à blanc avec du corail pulvérisé ; sur le devant de cette sorte de bonnet à poils, un diadème de plumes de casoar s’étale en guise de plaque, et sur le tout est posé un oiseau du paradis aux couleurs variées et à la longue queue gracieusement recourbée (fig. 3).
- 11 semble probable, d’ailleurs, que quelques-unes de nos coiffures militaires, apportées par le hasard de la navigation clans ces contrées lointaines, ont été l’objet de l’admiration des naturels, qui se sont évertués à les reproduire, par le moyen qui leur paraissait le plus simple.
- Us ne se trompaient pas en fait : que sont ces bonnets à poils qui disparaissent aujourd’hui des armées modernes, mais qui existaient encore il y a quelques années? Que sont tous ces ornements du casque, si ce n’est le dernier vestige de ce goût naturel à l’homme, qui le pousse à inspirer la terreur à ses ennemis par la singularité de sa coiffure ?
- N’est-ce pas sur un modèle européen que ce chef des îles Salomon (San Cristobal) a exécuté, avec ses cheveux rougis par la chaux, ce bonnet velu, orné d’une couronne d’ovules blanches, de deux glands rouges, qui ne manquaient jamais d’accompagner les anciens bonnets de nos grenadiers, et surmonté d’un peigne orné de plumes de perroquet (fig. 4)?
- N’est-ce pas de même une de ces coiffures moitié-casque, moitié chapeau, ornées de plumes courtes et frisées,qu’on portait volontiers sous LouisXV qui, parvenue, on ne sait comment, aux Nouvelles Hébrides, a inspiré la coiffure du chef que nous représentons (fig. 5)? U a fallu toutefois remplacer tout ce qu’avait de coquet et de gracieux la coiffure adoptée chez nous à cette époque, par quelque chose de plus approprié au but qu’on se proposait. De cette association est évidemment née l’étrange coiffure des chefs : sorte de casque arrondi, orné de plumes jaunes, courtes et frisées, mais surmontant lui-même une tète grimaçante sur laquelle des yeux, des dents découvertes par un horrible rictus, sont grossièrement représentés.
- Quant aux îles de l’Amirauté, la coiffure adoptée par les chefs semble leur appartenir en propre, et je serais plutôt tenté de croire que quelque marin anglais après avoir fait rire ses camarades par la parodie de la coiffure qu’il avait vue chez les indigènes, aura ainsi rapporté ce type exotique, devenu depuis le type légendaire du clown : comment ne pas penser à ce comique de nos cirques devant ce personnage, dont la figure est barbouillée de blanc et de rouge, dont les cheveux rougis par la chaux sont surmontés de plumes de coq ramenées en avant et agrémentés de deux fleurs rouges d’Hibiscus, de l’eftet le plus étrange (fig. 6)?
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- LA NATURE.
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- L’Australien (fig. 7) se contente d’un bonnet de peau de Kangouroo, orné d’une aigrette de plumes. Sa longue barbe noire, un cercle blanc autour des yeux, un nez rouge vif, et des bandes blanches sur le corps forment sur sa peau noire le contraste le plus étrange.
- Mais à mesure qu’on remonte dans cette galerie l’échelle de la civilisation, on remarque combien peu à peu la coiffure cesse d’être seulement un appareil à effet, pour devenir de plus en plus un objet utile, une arme défensive, non-seulement contre le climat, mais contre l’ennemi. Nous arriverions ainsi jusqu’à l’état de l’Europe au moyen âge, et il suffirait de jeter les yeux, dans la salle voisine, sur les armures et les casques de cette époque, pourvoir combien nous autres Européens, depuis longtemps sur la voie du progrès, nous nous préoccupons bien plus du côté défensif que du côté offensif.
- C’est ce que permet encore mieux de constater, à chaque pas, l’examen des armes de la collection Le Clerc. Là tout est fait pour l’attaque. L’arme défensive est rudimentaire : c’est partout le bouclier, en bois d’abord, comme en Nouvelle-Calédonie, où il est orné de lignes brisées, droites et parallèles; plus souvent le bouclier est taillé dans la peau épaisse d’un animal : dans celle de l’Éléphant, au Gabon et en Nubie; du Pdiinocéros, à Zanzibar; du Bœuf, en Guinée ; du doux Antilope, chez les Touaregs. Le magnifique bouclier touareg, exposé dans la collection, est couvert de dessins profonds, de couleur bleue, qui permettent de se demander si le tatouage n’est pas pratiqué pendant la vie même de l’animal, qu’on destine à la préparation d’un bouclier. Mais, comme l’arme défensive doit elle-même porter un caractère offensif, ne serait-ce qu’en inspirant la terreur, plusieurs peuples dessinent en couleur, sur ses faces, des têtes grimaçantes, image des supplices qui attendent l’ennemi vaincu ; d’autres, comme à Bornéo, accumulent sur le bouclier la chevelure des têtes précédemment coupées par le guerrier, sortes de chevrons qui semblent, à coup sur, faits pour inspirer le respect.
- Bien plus varié paraît le génie des peuples primitifs lorsqu’il s’agit d’attaquer. Là tout est sûrement calculé, suivant le milieu où le guerrier peut trouver la matière première de ses armes, — on se perd d’abord dans cet amas confus, panoplie fantastique d’engins de mort, — premier résultat du premier etfort dont soit capable l’intelligence humaine ; on ne tarde pas cependant à reconnaître que là, comme en tout, ce que nous prenons pour un caprice, pour un hasard, n’est que la résultante des forces calculables du milieu et de la nécessité.
- La matière des armes aussi bien que leur forme, tout est soumis à une même évolution, comme cela a lieu pour les langues ; l’intelligence humaine doit partout fatalement parcourir le même chemin, s’arrêter aux mêmes étapes, pour arriver au même but. Dans les pays calcaires la première pierre que le pied fit rouler, aussitôt ramassée, fut la première
- O
- arme que l’homme lança; et comme la pierre abondait, il en prit une autre sans songer à'retrouver la première. On était sur le chemin de l’arme de jet.
- Là où la pierre était rare, l’homme dut la tenir à sa main et frapper sans lâcher son arme ; tous les perfectionnements ultérieurs se suivant dans ce sens, on resta sur le chemin de l’arme fixe. C’est ainsi que la nature du sol dut dès le début imprimer, suivant les pays, à l’industrie humaine une direction d’où elle ne s’éloigne plus. L’os, le bois, le fer viennent ensuite et marquent un âge différent. L’arme à feu vient à son tour, mais ce n’est plus une évolution de l’arme, c’est une révolution dans l’armement. Sans donc nous occuper ici du fusil, du trom-blon, des armes à feu qu’on trouve richement ornées dans les mains des Kabyles, des Arabes, des Abyssiniens, des Malgaches, etc., de la collection Leclerc, nous allons voir comment les peuples actuels, qui figurent dans la galerie, sont inégalement échelonnés à des étapes diverses du chemin que les nations européennes ont depuis longtemps parcouru.
- L’âge de la pierre qui est aussi celui de l’os et du bois, suivant les circonstances de milieu, règne actuellement, et parfois sans partage, dans un grand nombre de pays.
- Le Papou de la Nouvelle-Guinée, dont nous représentons la coiffure (fig. 3), s’appuie sur un long et énorme casse-tête, qui a sa place (fig. 1, n° 14) dans notre panoplie. Cette arme est formée d’un long bâton de bois dur, qui passe, comme à travers une bague, dans un énorme globe de serpentine, dont les coups doivent être terribles.
- L’habitant des îles de l’Amirauté tient à la main une sagaie, dont la tige est de bambou et la pointe d’obsidienne (fig. 1, n° 7); des couteaux de même substance, qui rappellent beaucoup par la taille ceux de l’époque de la pierre taillée en Europe, sont pendus à son cou.
- Les armes de l’Australien sont nombreuses. Outre les diverses sagaies ou massues de bois, il porte en outre à la ceinture une hache en pierre polie (fig. 1, nos 5 et 6), identique à celle qu’on avait en Europe à l’époque dite de la pierre polie. La pierre est enchâssée dans un manche formé de deux lattes flexibles et reliées entre elles par des attaches. La hache qui est la plus petite (fig. 1, n° 6) sert, dit le colonel Le Clerc, à monter sur les grands arbres ; tandis que d’une main l’Australien se tient aux branches, de l’autre, armée de la hachette, il fait une entaille sur laquelle il appuie le gros doigt du pied; c’est ainsi qu’il s’empare des chats sauvages et des opossums qui sont réfugiés dans les cavités des troncs d’arbres.
- L’arme en pierre devient parfois un insigne de commandement ; témoin certain chef calédonien qui porte à la main un élégant casse-tête en raquette, fait d’un morceau plat et circulaire de jadéite polie, fixé au manche de bois par des cordes en poil de roussette, grande chauve-souris du pays ; mais l’arme la plus sûre de ce chef est sa Ironde qu’il porte enroulée autour de sa tête, et dont les pro-
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- LA NATURE.
- jectiles, petites olives en sulfate de baryte, sont pendus à sa ceinture, dans une petite poche en lilet. Ces projectiles, dit le colonel Le Clerc, vont jusqu’à 200 mètres ; mais leur tir n’est juste qu’à 60 ou 80 mètres.
- Les armes en pierre sont, ainsi que je l’ai dit, généralement contemporaines des armes en bois ou en os; sous le rapport de la forme, toutes ces armes appartiennent à des types différents : il me suffira de citer les magnifiques casse-tëtes en bois des îles Salomon, Viti et Marquises ou de la Nouvelle-Zélande, dont nous donnons le dessin (fig. 1, n° 1, 2, 3 et 4), les sagaies néo-calédoniennes, les lances australiennes en bois barbelées, etc....
- Fig. 2 — Ile de Dornéo.
- procurer pour s’en faire une parure. C’est dans le même but que nos naturalistes se servent de petites cartouches pleines d’eau.
- Sauf chez les Botocudos, chez qui elles sont en bois, les pointes de flèche de sagaie ou de lance sont souvent en os, quand elles ne sont pas en pierre. Nous donnons le dessin d’une superbe lance des Nouvelles-Hébrides (fig. 4, n° 8) ; elle est faite de piquants taillés dans des os humains, et dont les interstices sont couverts de fils très-ténus enlacés avec habileté. Des dents de requin garnissent volontiers une lame de bois pour en faire un poignard fort dangereux ; enfin l’os ou l’ivoire constituent souvent à eux seuls d’énormes casse-têtes. Tel est celui que nous représentons (fig. 4, n° 13), et qui est dans la main d’un nègre de Bertat. On remarquera l’analogie entre cette arme et celle qui, bien connue dans l’étude de I’Eu-
- Lcs Australiens possèdent une arme de jet, assez particulière ; leurs javelots, leurs sagaies de bois sont lancés par un mouvement de raquette, au moyen du Vummera, bâton court terminé par un crochet, dans lequel s’appuie la sagaie, jusqu’à ce qu’un mouvement brusque lui donne l’élan nécessaire.
- C’est là ce qui remplace l’arc, qui n’existe ni dans la Polynésie, ni dans l’Australie, ni dans la Nouvelle-Calédonie. L’arc et les flèches existent au contraire dans la Nouvelle-Guinée, où nous trouvons même une flèche particulière, dont l’extrémité, en bois léger, est arrondie et ne peut qu’étourdir sans les tuer ou surtout sans abîmer leur plumage, les oiseaux aux riches couleurs que l’homme désire se
- Fig. 3. — Nouvelle Guinée.
- rope pré-historique, a reçu à tort le nom de bâton de commandement. A l’époque préhistorique, l’Européen, comme aujourd’hui le nègre de Bertat, employait la grosse arme qui devait être très-commode pour assommer l’ennemi.
- A la hache, au casse-tête, à l’arc, à l’instrument en raquette, qui sert à l’Australien à lancer ses sagaies, à la fronde, il faut ajouter deux armes de jet fort intéressantes ; l’une est le Boumerang australien, sorte d’arc de cercle en bois plat, légèrement courbé en hélice, et qui, comme font parfois les flèches en papier confectionnées et lancées par les enfants, possède la singulière propriété de revenir aux pieds de celui qui l’a lancé, lorsqu’il n’a pas atteint son but; l’autre est la sarbarcane, en usage à la Guyane et à Bornéo, où elle est munie d’une véritable baïonnette en fer.
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- Il ne faut pas du reste s’étonner de voir réunis sur | un même personnage les spécimens de ce qu’on pour-
- Fig. 4. — Iles Salomon.
- Fig. 5.— Nouvelles-Hébrides.
- Fig. 6. — Iles de l’Amirauté. Fig. 7. — Australie.
- Coil'lures dessinées d'après les mannequins do la nouvelle galerie ethnographique du Musée d’artillerie, à Paris.
- rait nommer l’âge de la pierre, du bois, du fer, etc. | Chaque période s’ajoute à la précédente sans l’abolir *
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- de la même manière que la pierre polie a pu, à un moment donné, se trouver jadis en Europe dans les mêmes mains que la pierre taillée, et qu’au-jourd'hui le fusil peut accompagner le casse-tête, comme à Madagascar, sur la côte de Guinée, en Abyssinie, etc.
- C’est ainsi que nous voyons le fer terminer la lance de l’habitant de l’îlc des Papous, du Malais, qui fabrique même des armes flamboyantes par la forme, en fer damassé; une pointe en fer complète la massue de bois, le tomahawck du Peau-Rouge (lig. 1, nos 9 et 10). C’est ainsi que la hache de fer, singulièrement ouvrée et taillée comme les lancettes que les médecins nommaient, du temps où l’on saignait, lancettes à grain d'orge, accompagne (flg. 1, n° U) le casse-tête de bois du Peau-Rouge.
- Si nous voulons du reste admirer le fer dans sa pureté ethnique, c’est dans les mains des populations de l’Afrique qu’il le faut chercher. Ce sont des nègres qui ont apporté le fer en Egypte, et l’examen de leurs armes confirme singulièrement l’opinion qui tendait à faire croire que le travail du fer est d’origine africaine. Les grandes lances martelées du nègre de Bertat, du Nubien, le grand sabre en faucille de l’Abyssinien(fig. 1, n° 15), la hache du Gabon (fig. 1, n° 12) dont la forme et le mode de fixation dans le manche rappellent tout à fait la forme et la fabrication des haches de l’époque de la pierre polie," comme si le type eût survécu aux modifications dans la matière première ; les épées et les poignards recourbés de la côte de Zanzibar sont des chefs d’œuvre métallurgiques. Mais l'arme la plus singulière est peut-être celle qui se trouve dans la main du Touareg (fig. 1, n° 16) : véritable rasoir ailé, coupant par tous les côtés ; elle est destinée, par sa forme, à se glisser entre deux couches d’air, à la façon d’une flèche, et se lance dans le jarret des chevaux, qu’elle coupe infailliblement.
- Que de talent, que d’adresse, que de génie dans le choix de tant de moyens par lesquels l’homme peut détruire sûrement son semblable, car ce sont plutôt là des armes de guerre que des armes de chasse ! Mais on se console en pensant que plus les engins de destruction se perfectionnent, et moins aussi les guerres deviennent meurtrières ; nos grands combats d’artillerie tuent moins de monde que les combats corps à corps. 11 semble d’ailleurs que l’invention des armes soit la première étape par laquelle doive passer l’esprit humain, sur la voie des découvertes ; car si ce sont les nations occidentales qui ont inventé les armes à feu, ce sont elles aussi qui ont inventé les machines à vapeur et le télégraphe. * l)r A. Bordier.
- L’IRIS, CROISEUR ANGLAIS
- Ce navire est surtout remarquable en ce sens qu’il est destiné à être le plus rapide des bâtiments de guerre du monde. Jusqu’à présent c'est VInconstant
- qui, avec 7560 chevaux de force et 5550 tonneaux de déplacement, avait obtenu lapins grande marche, une vitesse de 16n ,515, moyenne d’expériences sur le mille mesuré.
- h'Iris, avec des machines dont on espère 7000 chevaux, ne déplacera pas plus de 5700 tonneaux; on peut donc supposer, sans présomption, qu’elle atteindra facilement la vitesse promise de 17 1/2 nœuds à l’heure. Ce navire diffère cependant beau-; coup par scs proportions des autres grands marcheurs connus, car le rapport de sa longueur à sa largeur n’est que 6 1/1 (91m,44 et 14m,l 7).
- Comme d’autres bâtiments rapides, elle sera mue ! par deux hélices à quatre ailes, et l’épreuve subie par le navire dans sa traversée de Pembroke à Ply-inoutli, a déjà prouvé qu’avec cette installation le bâtiment n’éprouvera que fort peu de vibrations, même à toute vitesse.
- Depuis cet essai préliminaire de 17ns, VAlexandra et le Temeraire, navires pourvus d’une mâture complète, ont prouvé qu’on peut avec deux hélices obtenir de très-belles marches, car le premier a donné de meilleurs résultats que YHercules et le Sultan, qui n’ont qu’une hélice, à l’épreuve de six heures, et le Temeraire, qui n’a en longueur que quatre fois et demie sa largeur, a atteint au mille mesuré la vitesse moyenne de 14n,65, plus que VHercules, le Sidtan, Y Alexandra et le Monarch, et cela ôtant tout armé, prêt à prendre la mer.
- Les machines de l'Iris sont de Mandslay fils et Field. Les arbres d’hélice, les cylindres sont en acier fondu comprimé de Whitworth ; la coque et l’enveloppe des chaudières, en acier Candore-Sie-mens, obtenu à Swanseâv par le. procédé Siemens.
- La machine doit pouvoir fonctionner avec une pression de 60 livres (4^,20) à toute volée, et à petite vitesse avec une pression de seulement 6 à 7 livres (0k,42 à 0,49). La machine et les chaudières occupent la moitié de la longueur du bâtiment. Leur poids, ajouté à celui du charbon, est presque la moitié du poids total du déplacement du bâtiment armé.
- L'Iris, destiné au service des dépêches en temps de guerre, doit pouvoir faire ce service sans courir le risque d’être arrêté par quelque autre navire que ce soit, existant aujourd’hui, en raison de sa vitesse. Elle a cependant quelques moyens de défense, car elle porte dix obusiers légers, mais d’une grande portée. L’un est installé sur le gaillard d’avant et l’autre en l’arrière. 11 est présumable que d’ici à plusieuis années, Y Iris et son pareil le Mercury ne seront pas dépassés en vitesse. Mais ce sont des courriers dispendieux, et leur création ne peut être justifiée qu’à la condition que leur Jupiter sera une flotte puissante.
- j Extrait de Yllluslrated London News,
- j par Gicquel des Touches1,
- Capitaine de frégate.
- 1 Revue maritime.
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- LA NATURE.
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- LE CONTINENT AFRICAIN
- PAROLES PRONONCÉES PAR M. STANLEY A. LA SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE DE MARSEILLE.
- L’arrivée en France et à Paris du célèbre explorateur africain a été saluée par la presse tout entière; nous ne reproduirons pas ici tous les renseignements qui ont été donnés sur M. Stanley, devenu le héros du jour; nous préférons publier le passage suivant de la conférence que le hardi voyageur a faite à Marseille, et qui prouve qu’il peut y avoir place pour beaucoup d’esprit dans un cerveau plein d’énergie.
- Cette terre d’Afrique, ce centre inconnu où tout est obscurité et mystère, est comme une forteresse dont il faut chercher le point faible, dont il est nécessaire de choisir la porte, selon le but que l’on se propose. On ne part pas droit devant soi ; il faut tenir compte des conditions matérielles à réaliser, des concours divers à grouper en vue du succès. On n’a pas seulement besoin d’hommes pour compagnons. Il faut encore que ces hommes soient gagnés, sympathisent dans une certaine mesure avec le voyageur et s’intéressent à son œuvre. Des porteurs que l’on recrute à Zanzibar, il faut faire des soldats, et de ces soldats des amis dévoués, capables de prendre intérêt à l’entreprise. Et c’est pourquoi j’ai fait là-bas ce que M. Babaud a fait à Marseille : j’ai fondé d’abord une Société de géographie, dont les membres composaient ma troupe. Avec eux, j’ai pu entreprendre l’étude du problème qui divisait mes devanciers, visiter le Nyanza, le lac Albert, le Tan-ganyika, déterminer définitivement les origines véritables du Nil....
- Quand le voyageur est en route, ce travail d’association à son œuvre doit être recommencé plusieurs fois. C’est ainsi qu’arrivé à Nyangxve, je dus agir encore comme M. Rabaud et constituer une nouvelle Société de géographie, car les compagnons d’un voyageur ne se hasardent pas toujours à suivre ses traces, à partager son labeur, ses fatigues, ses dangers, sans avoir, dans une certaine mesure, la notion d’un but à poursuivre, de l’utilité pratique que la course entreprise de concert pourra avoir. Le jour où je rassemblai ma troupe devant ma tente, et où je parlai de mon désir de suivre le cours de Lualaba, l’un d’eux, un savant à coup sûr, avec son blanc turban long de dix brasses, surmontant son noir visage, me répondit ; — Tu veux savoir où se dirige le Lualaba, il va au nord. — Et puis ? — Encore au nord. — Et après? — Encore et toujours au nord. — Mais je veux m’en assurer. — A quoi bon? Tu arriverais dans la région des nains, petits hommes vaillants guerriers, armés de petits arcs, de petites flèches barbelées et empoisonnées, ils t’attaqueront et la moindre blessure sera mortelle. — Si je me défends et si je les tue ?... — Oh ! c’est autre chose. Mais alors que tu aurais franchi le pays des nains, tu entrerais dans une épaisse forêt où tout est ténèbres, où le soleil te sera caché pendant
- des semaines et des semaines. Là, des boas constric-tors t’attireront, te saisiront, te broieront... — Brrr ! — Et si tu échappes aux serpents, tu rencontreras des léopards et des panthères ; tu seras assailli par des myriades d’insectes qui prendront domicile dans ta peau ; tu n’en sortiras que pour tomber dans les mains d'hommes grands, de géants, lesquels sont cannibales. Ceux-ci te prendront, te feront rôtir et s’offriront ton corps en un festin....— Ici nouveau frisson. — Et puis le Lualaba, dans son cours, est semé de rochers, de rapides, de chutes avec des tourbillons profonds où ta barque sera brisée, engloutie, et où toi-même périras.
- C’étaient là les perspectives que l’on m’offrait pour me détourner de l’aventure. J’ai poursuivi mon chemin, j’ai vu des nains et ils ne m’ont pas pas tué ; la forêt est chose réelle ; les boas ne m’ont point saisi au passage; nous aurions certainement tué tous les léopards que nous aurions rencontrés... mais nous n’en avons pas vu un seul. Trop occupés d’autre chose, nous n’avons point fait attention aux insectes. Nous avons guerroyé contre les cannibales, et, suivant le Lualaba dans tout son cours, qui ne se dirige pas constamment vers le nord et qui s’infléchit enfin vers l’ouest, nous avons franchi péniblement la région des rapides et des cataractes, et nous sommes enfin arrivés au Terme de notre course, le Lualaba étant devenu le grand fleuve Congo vers la côte ouest du continent africain. Tel a été ce voyage de plus de trois ans.
- Si maintenant vous me demandez quels résultats pratiques appréciables pour Marseille peut avoir mon entreprise, je vous dirai que j’ai vu tout un grand et vaste pays, habité par des populations malheureuses, privées de toutes ces ressources que nous offre notre civilisation, manquant de tout, mourant parfois de faim. Ce pays, riche par ses ressources naturelles, pourrait vous dire : Vous avez besoin de bois, voilà d’immenses forêts; vous avez besoin de cuivre et de fer, en voici des montagnes; mon sol produit la noix de palme, des épices; j’ai de l’ivoire, j’ai des peaux d’animaux; mes rivières roulent de l’or, prenez-le. Donnez-nous en échange des vêtements dont j’ai besoin, ces verroteries dont se pareront nos femmes, ces aliments qui nous manquent. Echangeons. Puis, en même temps, j’essayerai d’apprendre par vos exemples ce qu'est et ce que vaut votre civilisation. Ces peuples, quand ils voient l’homme blanc, terrassé par la maladie, mortellement frappé, mourant avec la calme et douce résignation du chrétien, se demandent quelle est cette foi qui le soutient, d’où vient cette confiance dans un meilleur avenir. Après l’échange des produits, viendra l’échange des idées , et c’est ainsi que nous aurons peu à peu-, lentement, avec patience et persévérance, délivré et ouvert à la civilisation cette grande terre d’AfnJue. Voilà à quoi sert la fondation des Sociétés de geograpuie1 H. Stanlev.
- 1 D’après le Sémaphore d Marseille.
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- LA NATURE.
- NOUYEAU THERMOMÈTRE ENREGISTREUR
- La Nature a déjà donné la description d’un thermomètre enregistreur de M. Hervé Mangon* dont les courbes sont obtenues par la dilatation d’un volume de mercure ; celui que nous allons décrire, construit par M. Redier, donne ses résultats par la différence de dilatation en ligne droite de deux métaux : zinc et acier.
- Si l’on monte un mécanisme multiplicateur sur une barre d’acier de 1 mètre et si on met en présence de ce mécanisme une barre de zinc de même longueur, la différence des deux dilatations pour 100 degrés étant d’environ 2 millimètres, il s’agit d’utiliser cette différence pour enregistrer les changements de température.
- Entrons immédiatement dans la description.
- La figure 1 représente le thermomètre proprement dit ; un tube extérieur d’acier A porte une roue dentée D, sur laquelle se trouve montée le premier mécanisme multiplicateur du thermomètre; à l’intérieur de ce tube A se trouve un tube de zinc z, s’ajustant bien dans l’intérieur du tube d’acier de manière à ne laisser aucun vide entre les deux. Ces deux tubes sont attachés l’un à l’autre par l’extrémité P qui porte d’ailleurs un pivot dont nous indiquerons l’usage plus loin.
- Le tube de zinc z porte à la partie supérieure un plateau L sur lequel est fixé un petit chariot Y; ce chariot est muni d’un petit doigt terminé par une pointe émoussée que l’on peut déplacer au moyen du bouton mol-leté B.
- Ce doigt agit sur une petite palette X mobile autour de deux pointes fixes et transmet ainsi l’allongement produit par la dilatation au moyen d’un mécanisme très-simple, à l’aiguille A qui fait partie de l’ensemble du mouvement monté sur le tubed’aeier. L’aiguille A est terminée par un petit crochet c.
- 1 Yoy. 5* année, 1877, 2S semestre, p. 97.
- Cette partie de l’enregistreur représentée par la figure 1 est montée sur une platine en regard d’un double mouvement d’horlogerie, et disposée de telle sorte qu’elle puisse tourner à droite et à gauche, le tube extérieur d’acier A (fig. 1) servant de pivot.
- Le rouage d’horlogerie employé est le même que celui dont s’est servi déjà M. Redier pour son baromètre enregistreur et la bascule à équilibre constant ; nous allons rappeler les principaux détails de ce mouvement qui a permis à son auteur de résoudre plusieurs questions assez importantes. Ce mouvement d’horlogerie
- (fig. 2) est muni de deux moteurs M et N, le moteur M est terminé par un échappement de chronomètre et le rouage N par un petit volant très-délicat qui tourne avec une grande rapidité. Ces deux mouvements sont reliés entre eux par un train différentiel RR'S; Le satellite S entraîne l’axe A qui porte d’un côté la poulie P sur laquelle s’enroule la corde qui mène le crayon et de l’autre un pignon E qui engrène avec la roue D (fig. 1 ) du thermomètre. Ces deux rouages sont calculés de façon que la vitesse du moteur M étant 1, celle du moteur N soit 2. Voyons maintenant ce qui se passe, et supposons la température constante. Le crochet c de l’aiguille A arrête le petit volant V; l’échappement E du rouage M (fig. 3), qui marche toujours, va faire tourner la grande roue D, qui porte le thermomètre de gauche à droite, l’aiguille A va suivre le mouvement et dégagera le volant N ; ce volant une fois libre, comme la vitesse est 2, celle de l’échappement étant 1, tendra à faire tourner la roue D de droite à gauche jusqu’au moment où l’aiguille A viendra le raccrocher de nouveau, les choses recommenceront alors comme précédemment, et comme la poulie P fait le même mouvement que la roue, le crayon tracera sur le papier, si la température reste constante bien entendu, une ligne droite paraissant continue, mais qui sera formée d’une série de petits zigzags très-fins. Ce mouvement d’oscillation constant a une grande importance au point de vue de la sensibilité de l’instrument, il supprime en effet le frottement au départ et met l’instrument toujours en étal de saisir sans perte de temps le moindre changement de position de l’aiguille A.
- Si la température varie, qu’elle augmente, par exemple, le volant V restera accroché pendant un
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- LA NATURE.
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- temps plus ou moins long, temps qui sera proportionnel au changement de température ; et comme réchauffement E tout en ramenant la roue D de gauche à droite, pour décrocher le volant, fait aussi tourner la poulieP, cette poulie tournera d’un angle proportionnel à celui que le changement de température aura fait faire à l’aiguille A.
- L’effet inverse se produirait si la température s’abaissait.
- Le crayon K se meut sur un cylindre CG, sur lequel le papier II est enroulé, le chronomètre R règle la
- marche de ce cylindre à une vitesse de 4 millimètres par heure.
- L’instrument thermométrique proprement dit peut se placer à une distance suffisante du mur pour éviter les causes d’erreur qui pourraient provenir du voisinage des objets environnants. Le mécanisme étant à l’intérieur de l’habitation, il suffit en effet de faire le tube extérieur d’acier A d’une longueur suffisante, le tube de zinc gardant sa longueur de 70 centimètres. On rapporte à l’extrémité libre de ce dernier un tube d’acier, et toute cette nouvelle partie
- Fia. 3. — Nouveau thermomètre enregistreur de M Redier.
- étant de même nature que le tube extérieur n’agit pas sur 1 appareil thermométrique.
- Le tube extérieur est nickelé ou platiné de manière à éviter l’oxydation qui pourrait se produire par son séjour à l’air extérieur. On peut aussi faire de cet instrument un thermomètre mouillé, il suffit pour cela d’entourer le tube d’acier de mousseline comme un psychromètre ordinaire.
- Gaston Tissandier.
- CHRONIQUE
- Les Némertes. — L’homme a toujours aimé, -dans les sciences physiques comme pour l’élude des êtres vi-
- vants, à supposer la nature plus simple qu’elle n’est réellement, dans la difficulté où il se trouve de saisir la complexité grandiose des phénomènes. On a longtemps regardé comme frappés de dégradation, dans leur organisme et leur développement, les êtres qui terminent les embran chements naturels. C’est ce qu’on supposait notamment pour la classe des Helminthes, placés à la fin des Annelés. On sait aujourd’hui que la plupart de leurs formes parasites des animaux passent par des états larvaires compliqués et que leur évolution complète exige, comme milieux ambiants, une transmigration dans des animaux divers. Les formes à vie libre des Helminthes offrent également des transformations variées que la science arrive seulement aujourd’hui à élucider.
- Les Némertes‘sont des vers rubanés exclusivement marins, caractérisés par la mollesse et le peu de consistance
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- LA NATURE.
- de leur corps incapable de se soutenir par lui-même et qui s’affaisse sur tous les objets. Ils peuvent, tout en conservant des formes assez grêles, acquérir parfois une très-grande longueur, et ressemblent alors à un peloton de fil enroulé, dans lequel on ne distingue pas au premier abord les extrémités antérieure et postérieure. On sait aujourd’hui que le corps d’un Némerte se compose essentiellement : 1° de l’épiderme; 2° du tube digestif divisé en cæcums et remplissant presque toute la cavité du corps ; 3° d’une puissante couche musculaire tapissant la face interne de l’épiderme et se renflant vers la tête. Les produits génitaux se forment dans la cavité générale et sortent par des rangées d’orifices latéraux qui alternent avec les cæcums du tube digestif.
- Un jeune savant de la ville de Lille, M. J.Barrois1, vient de reconnaître, à la suite d’une longue et délicate analyse des diverses espèces de Némertes, comment dérivent ies deux formes fondamentales du groupe : les Anopla et les Enopla. Toute la différence se réduit à un déplacement du système nerveux central, soit dans les lames céphaliques, soit dans les lames cutanées. Il peut se présenter, suivant les genres, dans le développement, diverses formes larvaires à partir de l’œuf avant d’arriver au Némerte définitif, ou bien celui-ci peut provenir d’une évolution directe. L’embryogénie, comme cela arrive d’habitude, a permis à M. J. Barrois d’assigner la véritable affinité zoologique des Nebiertes, non pas près des Anné-lides dont tout le système dérive des mêmes rudiments de l’œuf, tandis que celui des Némertes provient de deux origines distinctes. C’est réellement aux Planaires, vers déprimés et très-voraces de la mer et des eaux douces, ayant un peu l’aspect de limaces, que se rattachent les Némertes. M. G.
- Exploration allemande en Afrique. — Une expédition allemande, sous la direction de M. Rohlfs, va prochainement s’embarquer à Marseille pour l’exploration de la partie orientale du Sahara. M. Rohlfs sera accompagné de savants, parmi lesquels on cite le professeur Zittel, de Munich. Le quartier général de l’expédition sera à Tripoli, et ses premiers efforts seront dirigés sur une exploration des mystérieuses oasis de Wajanga et de Kufara, au sud d’Aujila, qu’aucun voyageur européen n’a encore visitées. Gérard Rohlfs, né près de Brême, en 1834, a fait partie de notre légion étrangère. Sous un déguisement musulman, il a parcouru dans le Maroc une série de contrées où aucun chrétien n’avait pu pénétrer et s’est rendu dans le royaume de Bournou, en 18GG, par des routes complètement inconnues. La Société de Géographie de Paris lui a décerné une médaille d’or pour ses intrépides explorations.
- Les journaux de la Chine. — M. Mayers, secrétaire de la légation britannique à Péking, a publié des documents fort nouveaux sur ce sujet. Les journaux paraissent en petit cahier de 10 à 12 feuillets d’un papier mince et brunâtre, réunis par un dos de papier jaune. Les feuillets ont 19 centimètres de hauteur et une largeur moitié moindre. Quelques-uns des journaux sont autographes sur des plaques de cire, mais ce procédé est très-imparfait, et la plupart des publications sont imprimées comme en Europe avec des caractères mobiles, mais en bois.
- Il est de règle que toutes les pétitions adressées à l’empereur, — représentant unique de l’autorité, — lui soient transmises par la voie de la presse, et le journal publie la
- 1 Embryologie des Némertes. Thèse de doctorat ès sciences.
- réponse sous forme de décret impérial. Il est de règle aussi de ne jamais faire allusion aux étrangers, à leurs affaires et à leurs pays. Cependant la règle fléchit par la force des choses à IIong-Kong, où se publie la Presse quotidienne, et à Shanghai, où paraissent les Nouvelles, le North China Herald, le Timpao, publié en anglais et en chinois; le Shumpo, imprimé avec des types gravés à l’étranger. A Péking, il paraît onze journaux y compris la Gazette de Péking, qui est le plus ancien journal du monde entier; elle a commencé à paraître, manuscrite à cette époque, bien entendu, dès la première moitié du huitième siècle. Ch. Boissay.
- Un des plus grands navires du monde. — On
- peut voir en ce moment, dans l’Alfred-Dock, à Birkenhead, près de Liverpool, le plus grand steamer qui existe après le Great Eastei'n. Ce bâtiment, nommé le Hooper, est un vapeur en fer de 360 à 570 pieds anglais de long, sur 60 de large. Construit en 1875, à Newcaslle-on-Tyne, pour la pose de câbles sous-marins, le Hooper a déjà servi à Rétablissement de huit lignes télégraphiques, notamment entre Cuba et Santiago, Santa-Cruz et Porto-Rico, Deme-rara et Para. Il vient d’effectuer la traversée de New-York à Liverpool en quinze jours avec un chargement de 7800 tonnes. A son arrivée dans la Mersey, il a fallu l’alléger considérablement pour lui permettre d’entrer dans les docks de Liverpool.
- Falsification de la bière par la glycérine. —
- La Société allemande d’encouragement à l’industrie vient de voter un prix de 3000 marks destiné à l’inventeur d’un moyen facile pour déterminer, à 25 centièmes près, la quantité de glycérine contenue dans la bière. L’Union des brasseurs allemands contribuera à ce prix pour 1500 marks; l’Union des brasseurs américains,pour 400marks, et la Société d’encouragement à l’industrie pour 1100 marks. La fondation de ce prix est motivée par ce fait qu’il a été constaté que l’on mêlait de la glycérine à la bière, et que l’on trompait le public. Les brasseurs se laisseraient aller d’autant plus facilement à cette manipulation que la glycérine n’est pas imposée. La méthode de M. Pasteur ne suffit pas pour établir aisément et exactement la quantité de glycérine contenue dans la bière, et une méthode plus simple serait d’autant plus désirable qu’on pourrait, grâce à elle, constater scientifiquement ce que la bière peut renfermer de glycérine.
- Le docteur Ervin von Barg, d’origine bavaroise, vient de succomber aux fatigues de son voyage d’explora , tion dans le pays des Touaregs. Le but de cette expédition était de visiter le pays des Touâts, territoire occupé par les Touaregs Hougâr, ou As-gâr, à peu près inconnu, à cause du fanatisme de ses habitants. Si le docteur von Barg n’a pu pénétrer dans ce territoire même, son expédition n’a cependant pas été infructueuse, ayant été le seul Européen qui depuis Duveyrier a put atteindre Ghàt, but des voyages de Mlle A. Tinne, l’exploratrice hollandaise, et de Donneau-Duperré qui tous deux succombèrent en route. Après s’être établi à Malte, afin d’étudier l’arabe il fit, il y a environ deux ans une excursion dans les montagnes de la Tripolitaine, pour s’habituer un peu au climat. Il revint plein d’enthousiasme se préparer à un voyage plus important. Sa femme, le sachant phthisique fit tout pour le faire changer de résolution, mais étant convaincu que l’air du désert lui ferait du bien, ainsi que de sa supériorité sur ses devanciers, il partit sans compagnons chrétiens, ne voyageant que de nuit, et en parfait musulman. Il atteignit sans trop de difficultés Ghât; la veille
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- de sa mort il resta jusqu’à minuit chez le mudir (c’était le I temps du Ramadan, pendant lequel les aflàires se traitent | de nuit). En se couchant, il dit à son domestique de ne ; pas le réveiller. Le lendemain 1er octobre dernier, vers j midi, on reconnut que le docteur était mourant. On suppose qu’il avait pris une trop forte dose de morphine, dont il faisait grand usage. Il fut immédiatement enterré en vrai musulman. Le docteur Ervin von Barg avait réussi à atteindre Ahir, et à réunir des collections et des notes d’un grand intérêt. Ph. Z.
- Un nouveau volcan aux États-Unis. — Le
- Chicago Evening Journal parle d’un petit volcan, d’un Vésuve en miniature,[Utile american Vesuvius), qui est en pleine activité, dans l'État de Nebraska. Il n’est connu que d’un petit nombre de savants investigateurs.
- 11 est situé dans la partie nord-est du Nébraska. S’élevant dans une région écartée, loin de tout chemin commercial, sur la rive occidentale du Missouri, il n’a été jusqu’ici mentionné dans aucun traité de géographie ni de géologie. Il a cependant été le centre des tremblements de terre qui ont agité le Canada et les États-Unis le 4 novembre 1877. Depuis plusieurs mois, ce petit volcan déployait une activité extraordinaire. Ses vapeurs étaient visibles à 12 ou 13 milles (19 ou 21 kilomètres) de distance. Du 4 au 16 novembre 1877, on a éprouvé presque journellement des secousses de tremblement de terre dans le New Hampshire, le Varmont, le Massachusetts, le Canada, etc.
- BIBLIOGRAPHIE
- Le monde sidéral. Description des phénomènes célestes d'après les récentes découvertes de l’astronomie, avec 66 vignettes, par F. Zurcher et E. Margollé. — 1 petit volume in-18. — Paris, J. Rothschild, 1878.
- Annuaire pour l’an 1878 publié par le Bureau des longitudes. — 1 vol. in-32.— Paris, Gauthier-Yillars, avec deux notices de M. Faye sur la météorologie cosmique, et de M. Janssen sur la photographie solaire.
- Recherches sur la production artificielle des monstruosités ou essai de tératologie expérimentale, par Camille Dareste. — 1 vol. in-8, avec 16 planches coloriées hors texte. — Paris, C. Reinwald et Cie, 1877.
- Traits caractéristiques du climat de Bruxelles, par A. Lancaster. — 1 broch.petitin-18. —Bruxelles, 1878.
- La Grèce et l'Orient en Provence, par CharlesLenthéric. — 1 vol. in-18 avec 7 cartes et plans. — Paris, E. Plon, 1878.
- Ce livre est le complément de la remarquable étude laite par le même auteur sur les Villes mortes du golfe de Lyon dont nous n’avons pas à rappeler le légitime succès. Aussi loin qu’on peut remonter dans le passé, l’Orient pénètre la Provence. Phéniciens, Grecs, Chrétiens étaient tous des Orientaux et ont laissé sur notre sol gaulois une empreinte profonde. Les vieilles cités du littoral ont été les principaux foyers de ces civihsations orientales. L’auteur nous les dépeint avec toute l’autorité de la science et a su donner à ces résurrections d’un passé brillant tout l’attrait et tout le charme d’une oeuvre littéraire pleine de verve et de poésie.
- Commentaires sur quelques cartes anciennes de la Nouvelle-Guinée, pour servir à l’histoire de la découverte de ce pays par les navigateurs espagnols, par le Dr E. T. IIamy. — Une brochure in-8 avec carte. — Paris, Société de géographie, 1877.
- De l'exploitation des soufres, par Jules Brunfaüt. -— 2e édition. — 1 vol. grand in-8. — Paris, A. Lefebvre.
- Étude sur les voies de transport en France, par Jules Brunfaüt. — 1 vol. grand in-8. — Paris, J. Baudry. 1876.
- Annuaire de l'Observatoire royal de Bruxelles. 1878. — 45e année; 1 vol. in-32. — Bruxelles, 1877.
- Nous signalerons dans cet annuaire deux remarquables notices qui ont un grand intérêt au point de vue de la météorologie : les Tempêtes d'Europe, par M. Van Rys-selberghe, et l'Étude des orages en Belgique, par M. A. Lancaster.
- VEucalyptus et ses applications industrielles, par Félix Martin. — 1 brochure in-8. Paris, Dunod, 1877.
- CORRESPONDANCE
- Nous recevons de M. Ly-Chao-Pée, le conférencier chinois dont nous avons parlé dans la Nature (1877, 1er semestre, p. 206), la lettre suivante ;
- Monsieur le Rédacteur,
- La Nature a récemment attiré l’attention de ses lecteurs sur les inscriptions japonaises figurées sur deux types gravés de cétacés du Japon (fig. 7 et 8, p. 26, numéro du 8 décembre 1877) ; l’inscription de la figure 7 signifie baleine à dos allongé et se prononce en chinois tsi meï kïng; celle de la figure 8 se prononce dans la même langue tso téou kïng, ce qui veut dire baleine à tête affaissée.
- Agréez, etc. Ly-Ciiao-Pée,
- Lettré chinois.
- Monsieur le Directeur,
- Dans une lettre que M. G. J. Romanes m’a fait l’honneur de m’adresser le 22 décembre, au sujet de la traduction de la conférence sur l’évolution des nerfs, publiée dans la Nature (2e semestre, 1877), ce savant me prie de reproduire dans vos colonnes la déclaration adressée par lui aux journaux anglais, et dont voici le résumé :
- « Au cours de cette étude, je dis avoir été le premier à faire connaître l’état de paralysie causée chez les Méduses par l’existence des bords de l’ombrelle. Or, je viens de recevoir de M. Eimer, de Tübingue, la preuve que la priorité dans cette expérience fondamentale lui appartient. En réalité, bien qu’ayant fait sa constatation quelques mois après la mienne, le professeur Eimer l’a cependant publiée le premier dans une revue de Wurtzbourg ; il peut donc revendiquer la priorité pour cette découverte et pour quelques autres expériences que j’ai exposées in extenso dans mon mémoire à la Société Royale.
- « Je répare donc mon injustice involontaire ; une erreur dans l’interprétation d’une date a malheureusement prolongé ma méprise, et j’ai persisté à présenter, de bonne
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- LA NATURE.
- foi, comme mienrie cetle découverte. Je reconnais d’ailleurs, qu’en ne m’avertissant que si tardivement de ses droits, M. Eimer a fait preuve d’une louable indifférence en matière de simple priorité. »
- En somme, on doit regarder comme acquise l’indépendance des recherches des deux auteurs. Ils ont atteint le même but en suivant chacun sa voie. M. Eimer a parlé le premier, mais cela n’enlève rien de l’importance et de l’autonomie des travaux de M. Georges J. Romanes. Veuillez agréer, etc. E. Rodier.
- Ce 13 janvier 1878.
- Monsieur,
- La température a été extrêmement basse dans la Lozère. A Langogne situé à 913 mètres au-dessus du niveau de la mer, la température a été constamment en s’abaissant depuis le 10 jusqu’au 13 janvier, où elle a atteint 21 degrés au-dessous de zéro. A ce degré, l’eau gelait dans les machines locomotives des dépôts, malgré les brasiers allumés pour lutter contre le froid. En marche même l’eau gelait dans les tuyaux d’alimentation du tender. L’Allier et son affluent l’Angouirou sont complètement pris par les glaces. Depuis le 16, la température s’est considérablement relevée et la neige tombée la semaine précédente a presque entièrement disparu.
- Veuillez agréer, etc. H. Masson,
- Sous-chef de gare, à Langogne (Lozère).
- 21 janvier 1878.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 21 janvier 1878. — Présidence de M. Peligot.
- Nos lecteurs connaissent déjà la double perte que les sciences ont faite cette semaine. M. Becquerel père et M. Régnault ont cessé de vivre. Tous deux ont amplement rempli leur carrière et ils nous laissent l’exemple précieux du savant cherchant et trouvant exclusivement dans la culture de la science l’emploi de son activité et le but de son ambition.
- M. Régnault est le créateur de la physique de précision. M. Becquerel peut passer pour le type le plus achevé du cnercheur laborieux : jusqu’au dernier souffle il a travaillé et il y a bien peu de temps encore qu’il exposait à l’Académie le résultat de ses recherches, dans une improvisation pleine de chaleur toute juvénile.
- Suivant l’usage qui tend à s’établir de plus en plus la savante compagnie a décidé qu’en signe de deuil elle ne tiendrait pas séance aujourd’hui.
- Stanislas Meunier.
- UNE TRÈS-ANCIENNE ARAIGNÉE
- Les forêts qui couvraient la France à l’époque tertiaire, avec un climat qui était analogue à celui de nos régions tropicales chaudes et humides, contenaient beaucoup d’insectes auxquels des Araignées taisaient une chasse active, absolument comme de nos jours. Les unes tendaient des toiles, d’autres guettaient la proie en terre ou sous les pierres, tan-
- tôt cachées au fond de tubes garnis de soie, tantôt saisissant la proie enveloppée dans des réseaux de fils irréguliers et non apparents. Enfin il y en avait, pareilles à nos Araignées vagabondes, qui, dédaignant la ruse, couraient sans cesse à terre, à la recherche de leurs victimes. De l’extrême rareté des restes fossiles, il ne faut pas conclure à une pénurie d’espèces d’un groupe zoologique. Les insectes terrestres ou ae'riens, doués du vol, étaient souvent, aux époques antérieures à la nôtre, comine à présent, emportés par le vent au-dessus des eaux où ils trouvaient la mort, et leurs restes ont pu se conserver dans les sédiments. L’enfouissement sous les eaux est une condition forcée de l’état fossile, ce qu’indique le nom même. On comprend combien celte condition a dû se présenter rarement pour les
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- I H U»!
- Araignée fossile.
- 1. Atloides ercsiforints, très-grossie, grandeur naturelle à coté, r— 2. Extrémité d’une des pattes postérieures. — 3. Extrémité de l’abdomen présentant des mamelons. — 4. Palpe, très-grossi.
- Araignées, qui sont terrestres (à une exception près pour le genre Argyronète) et ne volent pas. C’est donc une véritable bonne fortune scientifique que la publication intéressante que vient de faire M. Ch. Brongniart d’une Araignée fossile des marnes tertiaires d’Aix en Provence. WAtloides eresi-formis, qu’il vient de décrire, de petite taille, environ, est voisine des Attes et des Erèses de nos jours, et devait avoir des mœurs analogues. Les Erèses sont des Araignées très-sédentaires, ne sautant pas et se tenant sous les pierres sans faire de toiles. Les Saltiques ou Attes sont des Araignées vagabondes, sautant par de petits bonds sur la proie qui passe. De même que les Lycoses ou Araignées-loups, les femelles des Attes filent de jolis cocons de soie délicate qui contiennent leurs œufs, mais au lieu de les porter sous le ventre dans leurs courses, comme les Lycoses, elles les cachent sous des pierres, sous des écorces, dans des feuilles rapprochées par quelques fils de soie. M. G.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier. ContLIL. — ISIFRIUSniK CaÙTK.
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- LE PAPILLON DES CAROTTES
- Les Lépidoptères qui frappent le plus habituellement nos regards et nous charment par l’éclat de
- leurs riches couleurs lorsqu’ils volent et butinent, fleurs animées, au milieu des fleurs immobiles, ont reçu des entomologistes le nom de Rhopalocères, parce que leurs antennes sont terminées par un bouton en massue plus ou moins allongée. Ce nom est
- bien moins connu que celui de papillons diurnes, qui leur est donné en raison de leur état d’activité pendant le jour. Il serait très-exact, en raison des mœurs de ces Rhopalocères, si cette dénomination des vieux auteurs n’était pas faite en opposition de G* anaee. — t*r semestre.
- celle de crépusculaires et de nocturnes donnée à d’autres papillons dont les antennes sont conformées sur des types variés et différents. Ces derniers en effet ne volent pas tous le soir ; un certain nombre parcourent les airs dans la journée et même sous
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- les rayons ardents du soleil; et ils cessent de voler lorsque la nuit est complète, ne gardant guère d’activité deux heures au plus après le coucher du soleil. On a donc abandonné ces distinctions peu exactes.
- Les Rhopalocères présentent, dans leurs types de la plus grande taille, la famille des Papilionides formée par les insectes dont le genre Papilio, Linn., renferme la majeure partie, et comprend de nombreuses espèces répandues surtout dans les régions tropicales des deux hémisphères. Leurs grandes ailes sont nettement découpées, et souvent les inférieures terminées par une longue pointe, qui faisait donner à leurs espèces le nom de grands porte-queues.
- L’Europe tempérée ne possède que quelques espèces de cette splendide famille. La plus commune appartient à un spécimen qui se reproduit sur toute la terre chez dh-erses espèces, le fond des ailes d’un jaune plus ou moins foncé, avec des bandes ou des taches subrectangles d’un noir intense. C’est le Papilio machaon, Linn., vulgairement le Papillon du fenouil ou des carottes, car la chenille vit sur diverses Ombellifères, le fenouil, l’angélique, l’anis, le panais, la carotte sauvage et la carotte cultivée. Elle appartient aux chenilles à pattes complètes, comme le Ver à soie, six écailleuses ou en crochets, correspondant aux pattes du thorax, les seules que garde le papillon, dix en mamelons entourées d’une couronne de crochets, et servant à l’insecte à se cramponner aux feuilles et à leurs pétioles.
- Cette chenille est d’un beau vert vif, avec des bandes transversales d’un noir de velours, parsemées de taches orangées. On la rencontre fréquemment dans les jardins potagers, et on l’élève bien aisément dans un pot à fleurs recouvert d’une mousseline, en lui donnant des feuilles de carotte. Quand on l’inquiète, elle fait sortir comme toutes les chenilles de son genre, du premier anneau après la tête, un tentacule charnu et érectile, d’un rouge-jaunâtre, en forme d’Y. Il paraît probable que c’est un moyen défensif pour inquiéter l’oiseau ou la guêpe qui tenteraient de la dépecer, ou les Ichneu-mons, ou les Diptères entomobies cherchant à déposer les œufs d’où naîtront des larves carnassières des tissus de la chenille. Souvent, surtout quand il fait chaud, cette chenille répand une odeur de fenouil, ainsi que le papillon qui en provient. L’insecte a deux générations par an ; les chenilles de la première proviennent d’œufs pondus en automne et qui hivernent; les autres nées des œufs pondus par les papillons du printemps, achèvent en deux mois et demi environ le cycle de leurs métamorphoses, et donnent les papillons de fin juillet, août et septembre.
- Les chenilles des Rhopalocères, à peu d’exceptions près, ont les glandes à soie réduites et ne s’entourent pas de cocons. Celles du Papillon des carottes s’assujettissent par deux liens soyeux à quelque tige, parfois à une écorce, à une pierre en surplomb, sous une corniche de mur, etc. Un petit faisceau de soie blanche maintient bien fixée la uartie anale
- de la chrysalide, le papillon devant sortir en fendant la peau durcie de la région opposée. En outre, comme les mouvements violents de la chrysalide, surtout lors de l’éclosion, pourraient peut-être la détacher, une sorte de ceinture de soie, formée de plusieurs fils l’un contre l’autre, rattache à l’appui la région médiane de son corps, qui semble passée dans une forte boucle.
- La chrysalide, dépourvue des belles taches dorées de quelques chrysalides de Nymphaliens, offre la région supérieure grosse et anguleuse, et on y reconnaît, si on a quelque habitude des papillons, les enveloppes de la trompe enroulée, des yeux, des antennes, les écailles qui recouvrent les ailes, les pattes repliées sous le ventre. Les anneaux de l’abdomen sont bien distincts et très-mobiles quand la chrysalide vient de se former et que sa peau est encore molle ; mais en peu de jours, la peau durcit. L’animal devient immobile et sonne comme une graine si on le laisse tomber sur une plaque élastique ; on le croirait mort. La couleur de la chrysalide est tantôt d’un vert clair, tantôt grisâtre, sans que cela influe sur les papillons, qui naissent pareils des chrysalides de ces deux couleurs. Quelques personnes avaient avancé qu’il y avait là un pouvoir volontaire d’imitation de la couleur des objets, destiné à protéger la vie de l’insecte, en le soustrayant plus aisément à l’œil de l’ennemi. On sait que les caméléons deviennent verts ou gris, suivant qu’ils se posent sur des feuillages ou sur des écorces, que les poissons pleuronectes (soles, turbots, plies), couchés sur leur côté plat et décoloré, prennent la couleur noirâtre, ou rougeâtre, ou blanche des sables sur lesquels ils vivent à l’affût de la proie. Si on aveugle ces animaux, ils perdent leur pouvoir défensif d’imitation des couleurs. On avait supposé que les chrysalides vertes du Machaon étaient celles fixées aux feuilles des Ombellifères, les grisâtres celles adaptées aux tiges, ou aux écorces couvertes de lichens ou aux pierres ; mais l’observation exacte a fait justice de cette opinion. Si on fait chrysalider cette espèce dans des pots ou dans des boîtes d’élevage, on obtient les chrysalides ou vertes ou grises, séparément ou à côté les unes des autres, sans qu’on sache pourquoi. Il faut bien se garder, dans l’inflexible science des faits, de ces hypothèses qui séduisent, mais égarent souvent l’imagination.
- Les papillons des carottes qui naissent au printemps ont toujours le fond des ailes d’un jaune soufré pâle. Ils volent en planant, et, si on ne les inquiète pas, avec une lenteur calme et majestueuse. Rien de plus beau que la pureté de leurs nuances, surtout l’ocelle d’un bleu exquis, analogue au velouté cireux de la prune, et cerclé de noir, qu’on voit à l’angle anal de chaque aile inférieure. Ce beau papillon vole dans les jardins, les clairières des bois, et surtout dans les prairies et les champs de trèfle et de luzerne. La femelle est moins commune que le mâle et plus grande.
- Les papillons des mois d’août et septembre ont
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- parfois le fond des ailes d’un jaune ardent et un peu obscurci. Il est probable que cela est du à une insolation prolongée de la chrysalide ou de l’insecte adulte voltigeant dans les prairies brûlées par le soleil ; on voit les mâles guetter les femelles, posés sur les épis et demeurant pendant plusieurs heures sous les ardents rayons de la canicule. On remarque en effet que les sujets conservés dans les cadres d’ornement exposés à une vive lumière prennent une couleur de fond analogue.
- Nous devons ajouter que ce papillon, de même que tous ceux de sa famille, possède les six pattes de l’adulte à peu près d’égale longueur et propres à la marche, tandis que chez d’autres familles de Rhopalocères, la paire des pattes de devant reste à demi rudimentaire, bien plus courtes que les autres, entourant le cou à la façon d’une collerette, ce qui leur a fait donner le nom de pattes palatines.
- Nous possédons en France deux autres espèces très-voisines du papillon des carottes et de dessin analogue. L’une, qui vole sur les plateaux arides des Basses-Alpes, aux environs de Digne et de Barcelonnette, est le Papilio Alexanor, l’autre de Corse et de Sardaigne, est le Papilio hospiton, et plusieurs amateurs ont bravé les fièvres des marécages pour faire cette capture si désirée.
- Enfin la France nous offre encore le quatrième représentant des Papilionides en Europe, d’un dessin différent des trois qui précèdent, caries ailes à fond jaune sont marquées de bandes noires longitudinales et étroites, comme des dards de flamme. C’est le Flambé (Papilio Podalirius, Linn. ), qui vit sur les Ombellifères et vole aux mêmes lieux que le Machaon ou papillon des carottes ; autrefois aussi commun que lui aux environs de Paris, il y devient rare, par la destruction de la plupart des plantes sauvages cédant la place aux constructions, et repoussé peut-être par les bruits et les odeurs des agglomérations humaines. Maurice Girard.
- LES SEICHES DES LACS
- d’après LES RECHERCHES DE M. LE Dr F.-A. FOREL.
- Si nous prenons un bassin rectangulaire, ovale, ou même de forme irrégulière, comme le serait un croissant, et que nous imprimions aux parois du vase ou directement à l’eau qu’il contient, un mouvement quelconque, nous verrons le liquide osciller pendant un certain temps, jusqu’à ce que son équilibre soit complètement rétabli. Ces vagues de balancement oseillent dans deux directions, suivant le plus grand ou suivant le plus petit diamètre du vase, chacune possédant son rhythme propre. En aucun cas, de quelque manière que se pr-oduise l’impulsion extérieure, par exemple, dans la direction de la diagonale, nous ne verrons se former de vagues obliques. Les deux seules axes de balancement du liquide, sous l’action d’une force de direction quel-
- conque, seront donc les deux axes de symétrie du bassin.
- Cette première loi dûment vérifiée, prenons pour sujets de nos observations les dépressions autrement gigantesques qui forment les réservoirs naturels de nos lacs, les lacs de Genève, de Neuchâtel, de Brienz, de Thoune, de Wallenstadt, de Constance, le lac des Quatre-Cantons, le lac du Bourget. Nous citons de préférence les lacs suisses, parce que seuls ou à peu près seuls jusqu’à ce jour, ils ont été l’objet des curieuses études que nous allons résumer. Ces lacs sont, en somme, toutes proportions gardées, comparables au bassin d’expériences dans lequel nous avons reconnu l’existence de deux axes fixes d’oscillation. Supposons donc que par une cause quelconque — une différence de pressions atmosphériques sur la couche liquide extérieure, une pression violente sur les parois internes produite par quelques phénomènes souterrains — l’équilibre de la masse d’eau soit rompue, le lac entier va, à l’exemple du liquide contenu dans notre cuvette, osciller autour de l'un ou de l’autre de ses axes de symétrie, peut-être même autour des deux simultanément. Ces vagues de balancement qui existent d’une façon continue sur les lacs, ont reçu le nom de seiches.
- Dès longtemps observées, mais d’une manière purement accidentelle, lorsqu’elles atteignaient des hauteurs considérables, par les riverains des lacs, les seiches éveillèrent à plusieurs reprises l’attention des savants. Horace de Saussure mesura, à Genève, le 5 août 1763, des seiches dont l’amplitude atteignait lm,50. La seiche du 16 septembre 1600, si l’on en croit Fatio de Duillier, s’éleva à lm,62. Jal-labert, Bertrand, observèrent également des seiches considérables. Les 2 et 3 octobre 1841, on put voir des seiches de 2m,15.
- Les explications les plus différentes sont émises par les observateurs pour justifier ce mouvement subit d’abaissement et d’élévation du niveau des lacs. Jallabert attribue les seiches de Genève aux crues subites d’un affluent du Rhône, l’Arve, qui arrêteraient momentanément le débit du fleuve. Quant aux seiches de Villeneuve, situées à l’extrémité opposée du lac, il n’hésitait point non plus à faire intervenir l’augmentation de débit du Rhône, subitement grossi par la fonte des glaciers. Bertrand supposait que des nuées électriques pouvaient attirer et soulever les eaux de lac qui, en retombant à leur niveau primitif, provoquaient des ondulations d’autant plus sensibles que les rives étaient plus resserrées. Horace de Saussure donna le premier, en 1799, une définition exacte du phénomène, qu’il attribue à des variations promptes et locales dans la pesanteur de l’air. Dans l’étude qu’il consacra, quelques années plus tard, aux seiches du lac de Genève, Vau-cher se range à l’opinion de Saussure.
- Tout en formulant la véritable cause des seiches, les deux illustres professeurs genevois considéraient toutefois le phénomène comme purement accidentel, analogue à celui que l'on observe dans la Baltique,
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- ou encore à la « mer ivre »,mare ebricico, de Sicile. Reprenant, dans le cours de ces dernières années, les études de Vauclier, M. le docteur F.-A. Forci devait établir, le premier, les lois mathématiques du grandiose mouvement oscillatoire dont les allures n’avaient été jusqu’à lui observées que d’une façon toute générale, établir son mouvement rhythmique et sa constance.
- Si les seiches sont véritablement la manifestation extérieure d’un mouvement d’oscillation du bassin liquide d’un lac autour d’un axe fixe, chaque lac observé devra, d’après les plus simples lois du pendule , posséder son rhythme particulier, que de nombreuses circonstances pourront faire varier d’une oscillation à la suivante, mais qui n’en restera pas moins constant dans une certaine limite, pour un nombre d’observations donné. Le rhythme par rapport à ce même axe de balancement ne devra point changer d’une station à une autre, l’amplitude seule de la seiche variera avec la distance du lieu d’expériences à l’axe.
- Sur chacune des deux rives du lac, il existera toujours , par rapport à un même axe d’oscillation, un point mort ne présentant aucune trace de seiche. L’examen de l’amplitude elle-même, de la hauteur de dénivellation, nous éclairera sur les causes multiples du phénomène, différences de pressions barométriques , influences de certains vents, commotions souterraines.
- Cette double étude de l’amplitude et du rhythme, qui devait conduire à la connaissance complète des seiches, fut entreprise et menée à bonne fin par M. le docteur Forel, avec le secours de deux appareils de son invention, le plémyramètre (pîemnra, marée), et en dernier lieu le limnimètre enregistreur.
- Le limnimètre enregistreur consigne à tout instant du jour et de la nuit, comme son nom l’indique, les allures des dénivellations du lac. 11 fonctionne sans
- Fig. 1. — Limnimètre enregistreur des seiches du lac de Genève, à Morges.
- Fig. i. Limnimètre : p. Flotteur. — t. Tige du flotteur. — abed. Parallélogramme vertical. — cefg. Parallélogramme horizontal. — cde. Triangle qui les réunit. — c. Crayon enregistreur. — s. Papier sans fin. — q et r. Contre-poids. — Fig. 2. Figures théoriques montrant les relations des deux parallélogrammes dans deux positions successives.
- interruption, depuis le 20 mars 1876, sur la grève du lac de Genève, dans la propriété que possède M. Forel à Morges, en face des célèbres cités lacustres de l’Eglise et des Roseaux, si connues de tous ceux qui s’occupent de préhistoire. L’agencement du limnimètre est fort simple. Un flotteur en zinc, placé dans un puits communiquant avec le lac par une conduite en grès, est muni d’une tige verticale qui, au moyen de deux parallélogrammes articulés, impriment un mouvement ascendant et descendant à un crayon enregistreur. Les dénivellations sont ainsi inscrites, sans interruption, sur le papier sans
- fin qui se déroule avec une vitesse constante sous l’action d’un mouvement d’horlogerie. 11 nous a malheureusement été impossible dq nous procurer une photographie de cet ingénieux appareil, installé à l’abri d’une petite baraque en bois; mais la figure théorique que nous en donnons (fig. 1), en face des spécimens de seiches enregistrées (fig. 3), suffira parfaitement pour faire comprendre la marche du limnimètre.
- A fin de ne point voir troubler, par les vagues rapides du vent ou des bateaux à vapeur,
- la lente oscillation des seiches — leur durée est, à Morges, d’environ 10 minutes pour les seiches transversales et 73 minutes pour les grandes seiches longitudinales — M. Forel donna au puits du flotteur une surface relativement étendue, tout en allongeant le tube de communication avec le lac. La surface du puits est de 2 mètres carrés, la longueur de la conduite de grès est de 8m,40. De cette façon, la rentrée d’eau pendant une vague rapide comme celles du vent, est faible et ne fait point varier le niveau du puits. M. Forel cite un violent coup de vaudairequi déplaça une pierre de 85 kilogrammes, et ne fit cependant point vibrer le crayon enregistreur du limnimètre. C’est là un point très-important.
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- Fig. 2. — Plémyramètre.
- A. Bassin en zinc. — aaa. Syphon en caoutchouc. — LB. Partie du syphon en verre. — f. Flotteur. — ss. Spirales contre lesquelles vient s’appliquer le flotteur. — NY. Niveau de l’eau dans le lac et le Bassin du plémyramètre.
- De mêmeque le limnimètve, Icplémyramètreiüg.’î) que M. Forel avait tout^ d’abord employé pour ses observations sur les différents lacs suisses, remplit la condition essentielle de ne point se laisser influencer par les vagues du vent. Un bassin en zinc établi sur la grève communique avec le lac par un syphon en caoutchouc. Une fois le syphon amorcé, il se produit des courants d’entrée et de sortie de l’eau du lac vers le bassin et réciproquement, mouvements indiqués par un flotteur qui parcourt un tube de verre intercalé dans la portion horizontale du syphon. Lorsque le plémyramètre est ________f
- en activité, le flotteur vient butter contre l’une ou l’autre de deux petites spirales de laiton qui garnissent les extrémités du tube de verre ; l’expérimentateur note le temps d’arrêt du flotteur, et construit
- facilement, à l’aide de ses observations, une courbe représentative du mouvement rhythmique de la seiche observée.
- - Le limnimètre enregistreur est certainement plus précieux, puisqu’il inscrit lui-même, avec la plus grande régularité et sans interruption aucune, ses observations; le plémyramètre est toutefois plus transportable, plus facile à établir et moins coûteux. Nous le recommandons donc à ceux de nos lecteurs qui entreprendraient l’étude monograp h i q u e d’un lac.
- Les deux appareils une fois connus, nous comprendrons aisément comment l’expérience a pu vérifier l’assimilation du mouvement oscillatoire des lacs aux ondulations de l’eau dans un bassin. L’essence d’une vague de balancement étant de présenter, aux deux extrémités opposées, des amplitudes identiques, mais renversées, de sorte que si la vague est descendante à l’une des stations, elle sera ascendante à l’autre, il a suffi de constater • expérimentalement cette circonstance. M. Forel, assisté de M. G. Rey, retrouva aux deux points extrêmes du lac de Neuchâtel, Yverdon et Préfargier, la simultanéité et l’opposition dans le mouvement oscillatoire.
- De nombreuses observations prouvèrent encore que si les seiches qui se succèdent sont loin d’être
- Fig. 3. — Seiches transversales du lac de Genève, enregistrées au limnimètre de Morges, le 9 septembre 1877. (La ligne pointillée représente la seiche longitudinale d’une duré de 73 minutes environ.)
- égales, il n’en existe pas moins pour une station donnée un rhythme propre. Une moyenne de 132 observations donna à M. Forel une durée de 515 secondes pour la demi-seiche transversale de Morges, avec une erreur qui ne peut dépasser 9 secondes. La durée du mouvement oscillatoire est donc de 515 ±9 secondes, représentant le rhythme constant de la seiche à ce point spécial du rivage du lac.
- D’une station à une autre, la durée des seiches sera certainement différente, l’oscillation pouvant se faire autour de l’un ou l’autre des deux axes de
- balancement. C’est ainsi que, sur le lac Léman, la durée des seiches de Morges est de 630 secondes, celles de Veytaux, près de l’embouchure du Rhône, atteignant 1783 secondes. L’explication de cette différence d’allures réside dans ce simple
- fait : les seiches de Morges sont transversales, celles de Veytaux longitudinales. L’axe de balancement de ces dernières est le petit axe de symétrie du lac, tandis que les seiches' de Morges oscillent autour du plus grand diamètre de la masse liquide.
- Les expériences faites sur le lac de Genève ont été répétées sur le plus grand nombre des lacs suisses. Partout, l’existence de seiches a été reconnue, bien plus encore, leur constance. Il est très-rare en effet
- que le limnimètre ne marque point une oscillation du lac, si petite qu’elle soit. Cette dénivellation ne saurait être attribuée à aucune autre cause qu’à une seiche, la disposition de l’appareil enregistreur éliminant complètement l’influence des vagues du vent, qui se distingueraient facilement du reste par la rapidité de leur oscillation.
- Existe-t-il une formule mathématique qui représente le mouvement oscillatoire des seiches? Leur durée doit en effet être fonction, non-seulement de la longueur du lac observé, mais encore de sa profondeur. Le docteur Guthrie, professeur à l’École des mines de Londres, étudiant directement le mouvement des vagues d’oscillation fixe dans des bassins d’expériences, et assimilant la durée de ces vagues aux lois du pendule, arriva à établir, pour les oscillations uninodales dans un bassin rectan-
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- gulaire, la
- formule t
- -'fr
- faisant toutefois
- abstraction de la profondeur du bassin. M. Guthrie avait remarqué en effet que, lorsque la profondeur arrive à être une fraction importante du bassin, son influence est nulle. Il ne saurait en être de même pour nos lacs, dont la profondeur est minime si on les compare à leur longueur ; ce rapport varie en
- 1 1
- effet de — à —Modifiant donc la formule 10 303
- de Guthrie en la complétant, M. Forel, par des calculs qu’il serait trop long de développer ici, obtint enfin la formule d’oscillation des seiches en fonction de la longueur l et de la profondeur h du lac dans lequel elles oscillent :
- /
- (durée de la demi-seiche) =-t=-Vgh
- On peut tirer de cette formule la valeur de l’une des trois inconnues l, h et t, connaissant les deux autres, ce qui permet de vérifier l’exactitude de l’oscillation observée. Si nous connaissons, par exemple, la longueur d’un lac et la duree de ses seiches, nous déduirons sa profondeur moyenne h, par la formule :
- Résumant les observations de M. Forel sur les seiches, nous dirons avec lui :
- Les seiches sont des vagues d'oscillation fixe autour des deux axes principaux d'un lac. Leur durée est proportionnelle à la longueur du lac, et inversement proportionnelle à la racine carrée de sa profondeur moyenne. Maxime Helène.
- — La suite prochainement. —
- COMMERCE DE VIANDE FRAICHE
- EN AMÉRIQUE.
- Le public et les agriculteurs se préoccupent, depuis quelque temps, de l’introduction en Europe de quantités importantes de viande fraîche provenant de l’Amérique. Si, d’une part, on espère une diminution dans le prix de vente d’une denrée si nécessaire, on peut redouter, d’autre part, la concurrence qui résulterait de ces importations pour les produits de notre agriculture. J’ai, pour mon compte, assez confiance dans la puissance productive de notre sol pour ne pas m’inquiéter, outre mesure, de la concurrence que les viandes américaines, ou les bestiaux de la Hongrie et de certaines parties de l’Autriche ou de l’Italie, peuvent venir faire sur nos marchés à la production indigène, mais il ne convient pas de s’endormir dans une sécurité sans prévoyance ; il faut constater les faits avec calme, pour étudier à l’avance les solutions les plus conformes à l’intérêt général
- et préparer, s’il y a lieu, les modifications à introduire dans nos exploitations rurales pour soutenir avec avantage la lutte contre la concurrence étrangère. J’espère donc qu’il sera utile de faire connaître quelques chiffres relatifs à l’état actuel de l’importation des viandes américaines en Angleterre, où ce commerce se développe rapidement depuis deux ans.
- Les chiffres suivants viennent d’être publiés par la Société royale d’agriculture d’Angleterre, mais je possédais des renseignements semblables depuis quelques mois, et j’ai pu moi-même vérifier l’exactitude des faits que je vais rapporter.
- Le transport des viandes fraîches à d’immenses distances semblait autrefois une difficulté insurmontable; le problème est aujourd’hui résolu dans des conditions pratiques, et avec une économie vraiment surprenante.
- Les expéditions les plus importantes ont lieu, jusqu’à présent, de New-York à destination de Liver-pool.
- Les bœufs sont amenés de l’intérieur, à New-York, par les chemins de fer, et débarqués près des abattoirs spéciaux. Le principal de ces établissements appartient à MM. T G. Eastman et Ce. L’abattage a lieu avec une rapidité et un soin extrêmes, grâce à un matériel parfaitement entendu et à un personnel d’ouvriers très-habiles. La viande abattue est abandonnée à elle-même pendant trois ou quatre heures, pour qu’elle prenne naturellement la température ambiante. Elle est alors divisée en quartiers, soigneusement enveloppée dans de fortes toiles et descendue, en attendant l’embarquement, dans des magasins où là température est maintenue à + 4° centigrades. Lorsque le paquebot est prêt à partir, on y transporte rapidement la viande et on la place dans des chambres refroidies, spécialement disposées pour cet usage.
- Plusieurs moyens ont été proposés et employés pour tenir la viande à une température basse pendant la traversée. Les procédés les plus simples, les plus efficaces et les plus pratiques, sont ceux qui fonctionnent à bord du Celtic, bâtiment de la Compagnie transatlantique While-Star et Ce. L’étage inférieur du paquebot, au-dessus du fond de cale, est réservé pour l’emmagasinage de la viande. Cet étage est divisé en deux rangées de chambres indépendantes, séparées par un corridor. Chacune de ces chambres est enveloppée en tous sens de matières non conductrices de la chaleur; les portes elles-mêmes sont composées des mêmes substances et fermées par des joints en caoutchouc destinés à intercepter complètement l’entrée et la sortie de l’air extérieur. Les viandes sont suspendues isolément dans ces chambres en rangées régulières, et, dans les intervalles, elles sont maintenues par des traverses et des cales de manière que les mouvements du navire ne puissent occasionner entre elles ni choc ni frottement. Dans le corridor intermédiaire est placé un ventilateur, qui puise de l’air froid dans un
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- LA NATURE.
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- magasin hermétiquement fermé contenant une provision de glace et qui le refoule dans les chambres à viande. Cet air y arrive par la partie supérieure et sort par le plan inférieur pour retourner à la glacière ; de sorte que le même air circule continuellement dans ces divers compartiments, en passant à chaque tour dans la chambre à glace où il se refroidit avant de rentrer dans les compartiments à viande. La capacité de cette glacière est de un quart à un cinquième de celle des chambres à refroidir.
- Des thermomètres, placés en divers points de ces chambres et disposés de manière que leur tige graduée sorte à l’extérieur, sont constamment surveillés et on règle la marche du ventilateur de manière que la température intérieure ne descende jamais au-dessous de 2°,8 centigrades et ne s’élève jamais au-dessus de 4°,4. La viande n’est donc pas en contact avec la glace ; elle n’est pas gelée et elle est plongée dans un air froid dont la tension de vapeur est constamment ramenée à zéro ; c’est-à-dire que cet air est sec par rapport à la viande qui a ainsi une tendance à se dessécher un peu.
- Telles sont les conditions à remplir pour que la viande se conserve bien et arrive en Europe dans un état et avec un aspect complètement satisfaisants. Voici, maintenant, les conditions de prix dans lesquelles s’accomplissent ces transports.
- La Compagnie des paquebots fait payer aux exportateurs de 31 fr. 25 à 37 fr. 50 pour chaque capacité de 40 pieds cubes, c’est-à-dire pour lm,13 cube de chambre fraîche, pouvant contenir de 330 à 340 kilog. de viande de bœuf. Le prix du fret, de New-York àLiverpool, est en nombre rond de dix centimes (0 fr. 10) par kilogramme de viande. Le transport d’un bœuf tué est donc en moyenne de 35 à 40 fr., tandis que le transport du même bœuf en vie s’élèverait, pour fret et nourriture, de 210 à 220 francs. Le rapprochement de ces deux chiffres suffit pour montrer quel progrès économique on a pu réaliser par l’emploi des chambres fraîches pour le transport de la viande.
- De Chicago à New-York, les frais de transport, déduction faite de la valeur des abats, etc., est, dit-on, aussi de 0 fr. 10 par kilogramme de viande à exporter.
- Lorsqu’un bâtiment chargé de viande quitte l’Amérique, on en prévient télégraphiquement les agents des expéditeurs, en Angleterre, et pendant que le navire traverse l’Océan, ceux-ci s’occupent d’assurer le placement de sa cargaison à son arrivée. Un délai de trois jours leur est accordé, pendant lequel les viandes peuvent rester sans frais dans le navire. La nécessité de débiter dans ce court délai une grande quantité de viande fraîche, obligeait souvent, dans les premiers temps, à la vendre à un prix trop bas pour être rémunérateur. Mais les correspondants des . grands expéditeurs américains ont fait construire à Liverpool des magasins frais où la température ost maintenue au degré convenable par des machines frigorifiques envoyant dans les chambres
- closes servant de magasin, de l’air à la température voulue. La capacité de l’un de ces magasins est de 5662 mètres cubes ; elle est assez grande pour contenir l’approvisionnement d’une grande ville pendant plusieurs jours. On a d’abord expédié la viande par chemin de fer et wagons de marchandises ordinaires ; mais à px’ésent, pour assurer la fraîcheur et le bon état de la viande, on fait ces expéditions du port d’arrivée à Londres par des wagons spéciaux, rafraîchis à l’aide de procédés analogues à ceux employés à bord des bateaux.
- Le prix de cette viande, à Liverpool, est en moyenne de 1 fr. 40 le kilog.
- Le trafic de ces viandes fraîches se développe rapidement. En effet, dans le premier mois, en octobre 1875, la quantité transportée de New-York et de Philadelphie, a été de 16 522 kilogrammes ; dans le dernier trimestre de cette année, elle a été de 94 000 kilog. Dans l’année 1876, elle a été de 8 994000, près de 9 millions, et dans les quatre premiers mois seulement de 1877, elle a été supérieure à 10 millions de kilog.
- Les documents officiels font donc connaître que, depuis l’origine de ce commerce, on a importé de New-York et Philadelphie 19 millions et demi de kilogrammes de viande; d’autre part, mes renseignements personnels qui, sans être officiels, doivent peu s’écarter de la vérité, font connaître que les expéditions, faites par d’autres points des États américains, s’élève à la moitié de celles dont je viens de parler. En 19 mois, l’importation des viandes américaines fraîches a été de 30 millions de kilogrammes. Il s’agit donc d’un commerce considérable, disposant de grandes ressources et puisant à une source de produits d’une grande fécondité.
- Les frais de transport d’Amérique aux ports anglais ou français, en y comprenant les faux frais et les bénéfices des commerçants, ne paraissent pas devoir dépasser 0 fr. 15 à 0 fr. 18 par kilogramme de viande. Si on ajoute à cette somme celle de 0 fr. 10 à 0 fr. 12, qui représente les frais de transport de Chicago à New-York, on voit que notre production n’est protégée contre l’invasion des viandes américaines que par un écart de prix d’une trentaine de centimes au plus.
- Ce rempart est faible assurément et oblige les agronomes français à penser sérieusement à l’avenir. En présence de tels faits, on reste convaincu de la nécessité absolue d’abaisser le prix de production des aliments du bétail, c’est-à-dire des fourrages. On se trouve ainsi ramené à cette conclusion évidente que la République doit accomplir l’œuvre agricole dédaignée par le régime précédent et diriger l’épargne et les forces nationales vers l’exécution, sur une grande échelle, des travaux d’irrigation, de dessèchement, et de création de polders, destinés à augmenter la puissance de notre agriculture1.
- Hervé Mangoh.
- 1 Communication faite à la Société d'Encouragement,
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- LA NATURE.
- LA LIQUÉFACTION DES GAZ1
- APPAREIL DE DÉMONSTRATION DE M. CAILLETET.
- Nous avons décrit précédemment le grand appareil au moyen duquel M. Cailletet a réalisé ses remarquables expériences de la liquéfaction des gaz permanents, à son usine de Châtillon-sur-Seine. Nous avons dit quelques mots à la fin de cette première notice de l’appareil transportable de plus petite dimension, dont le savant industriel a donné les plans à l’un de nos habiles constructeurs, M. E. Du-cretet. Ce deuxième appareil, semblable en principe à celui de Châtillon-sur-Seine, est représenté en totalité sur la gravure ci-contre. Nous n’insisterons pas sur la partie du système, où le gaz est comprimé ; nos lecteurs la connaissent déjà d’une façon complète. Nous rappellerons que le tube TT (fig. 1) contient le gaz à comprimer. 11 plonge à sa partie inférieure dans une cavité pleine de mercure. La pression exerce son action par l’interméd iairc d’une couche d’eau, agit sur le mercure et le fait monter dans le tube TT. Le gaz est comprimé
- à la partie supérieure de ce tube. — M est le manchon contenant la substance réfrigérante, protoxyde d’azote liquide, glace fondante, etc. C est la cloche extérieure au fond de laquelle est une matière des-siccatrice, destinée à empêcher la formation du givre qui empêcherait de pouvoir observer ce qui se passe dans le tube de liquéfaction.
- Voici maintenant la description de la pompe de compression, qui diffère de la presse à vis du grand appareil de Châtillon-sur-Seine.
- Le grand levier L (fig. 1) est mis en action; il amène facilement la pression à 300 atmosphères en-
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- viron, comme l’indique le manomètre M. Pour dépasser cette pression, il faut agir avec le volant V, qui commande une vis à piston plongeur latéral; on arrive alors à atteindre une pression de 500 atmosphères. Le deuxième volant V' sert à supprimer brusquement l’action de la pression, et à produire la détente, que M. Cailletet a le premier mise à profit, pour obtenir le froid nécessaire à la liquéfaction de quelques-uns des gaz permanents.
- La figure 2 ci-dessous représente le tube TT au moment où il se remplit du gaz à essayer ; ce gaz arrive parle tube II, il s’échappe par l’extrémité P qui
- # reste ouverte pendant la préparation. Quand l’air est entièrement chassé, on ferme la pointe P, d’un coup de chalumeau,onredresse le tube : un globule de mercure G, qu’on y a placé au début de l’opération, vient remplir la partie recourbée, et forme un bouchon hermétique que l’on maintient avec le doigt; le tube rempli de gaz peut alors être placé dans l’appareil et soumis à la compression.
- Il est nécessaire d’opérer sur des gaz absolument purs; s’il n’en était pas ainsi, il est évident que la liquéfaction pourrait se rapporter au gaz étranger.
- Ce deuxième modèle de l’appareil de M. L. Cailletet, est celui qui a été présenté à l’Académie des sciences, et qui a fonctionné dans le laboratoire de l’École normale, à Paris. Nous l’avons vu fonctionner récemment, et il est d’un maniement qui nous a paru très-pratique. Dans l’expérience de démonstration à laquelle nous avons assisté, on distinguait très-nettement la formation d’un brouillard épais analogue à un nuage de givre, au moment où, après une forte compression du gaz, on produisait la détente par le mouvement de rotation imprimée au volant V'. Il ne serait pas impossible de recueillir une petite quantité du gaz liquéfié en adoptant un récipient à robinet à l’extrémité du tube de compression.
- Fig. 1 — Deuxième modèle de l’appareil de M. Cailletet pour la liquéfaction des gaz. (Constructeur, M. Ducretet.)
- Fig. 2. — Tube de liquéfaction, représenté au moment où il vient d’être rempli du gaz à essayer, avant d’être placé dans l’appareil.
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- GRAND APPAREIL DE SI. RAOUL PICTET.
- Nous sommes heureux de pouvoir placer sous les
- yeux de nos lecteurs la gravure ci-dessous (fig. 1) qui représente d’une façon tout à fait complète le grand appareil de liquéfaction de M. Raoul Pictet,
- Fig. 1. — Grand appareil de SI. Raoul Pictet pour la liquéfaction des gaz. (D’après une photographie.)
- tel qu’ii est construit à Genève. Les figures que nous matiques, etservaient à se rendre compte de la théorie avons publiées précédemment étaient purement sché- du système, bien plus que de sa disposition réelle.
- Fig. 2. — Coupe de l’appareil précédent.
- B. Ohus de fonte contenant le chlorate de potasse pour la production de l'oxygène. — AA'. Tube de fer clos où le gaz se comprime. — C. Slanchon réfrigérant où l’acide carbonique liquide se volatilise. — F. Caisse de bois contenant un corps mauvais conducteur de la chaleur. — D. Réservoir à acide carbonique liquide, enveloppé d’un manchon réfrigérant où se volatilise l’acide sulfureux liquide. _____H. Caisse contenant un corps mauvais couducteur de la chaleur. — G. Gazomètre contenant l’acide carbonique gazeux.— K. Réservoir d’acide sulfureux liquide. — P. Une des pompes aspirautes et refoulantes. — A'. Robinet pouvant s’ouvrir pour donner issue au gaz liquéfié qui s’échappe dans la direction des flèches.
- L’appareil de M. Pictet a des dimensions considé- ] râbles ; un homme se tenant debout aurait la tète à
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- la hauteur du manomètre, que l’on voit placé à côté de la lettre H de notre gravure. 11 est construit dans une grande salle où plus de trente personnes peuvent facilement assister à toutes les phases des expériences.
- Quand on veut liquéfier l’oxygène, on chauffe l’obus B (fig. 1) contenant 700 grammes de chlorate de potasse. Cet obus, servant de cornue, est placé sur un fourneau à gaz. Le gaz dégagé se comprime dans le long tube de fer courbe adapté à la partie supérieure de l’obus. Ce tube placé dans la caisseF se termine par un robinet surmonté d’un manomètre indiqué au milieu de notre dessin sur le premier plan. 11 est entièrement clos pendant le dégagement du gaz. La compression a donc lieu par le seul effet de la décomposition chimique.
- Le tube en question est entouré d’un manchon rempli d’acide carbonique liquide qui se volatilisant sous l’action de pompes aspirantes, produit un froid de— 140°.
- Cet acide carbonique est liquéfié dans un tube contenu dans la caisse supérieure H ; les deux corps de pompe du second plan de la gravure (fig. \ ) le prennent à l’état gazeux dans le gazomètre G, et le compriment dans le tube placé au milieu de la caisse H. Ce tube, qui forme le réservoir d’acide carbonique liquide, doit être lui-même très-refroidi ; il est enveloppé d’un manchon contenant de l’acide sulfureux liquide, sans cesse volatilisé. Le réservoir à acide sulfureux liquide est représenté en K (fig. 1). Les deux premiers corps de pompe P sont spécialement destinés à volatiliser l’acide sulfureux dans le manchon réfrigérant de la caisse H et à le comprimer tour à tour dans le cylindre R.
- La figure 2 donne la coupe de ce puissant mécanisme.
- Nous renvoyons le lecteur à la description que nous avons donnée (voy. p. 115, numéro du 19 janvier) des belles expériences de M. Raoul Pictet. Nous n’avons pas à revenir, pour le présent, sur ce que nous avons dit à ce sujet. Nous ajouterons que c’est grâce à la Société genevoise pour la construction d’instruments de physique que M. Raoul Pictet a pu disposer du matériel mécanique si puissant que nous venons de décrire.
- Gaston Tissandiur.
- SUR LA
- CONSTITUTION DE LA SURFACE SOLAIRE
- ET SUR LA PHOTOGRAPHIE
- ENVISAGÉE COMME MOÏEN DE DÉCOUVERTE EN ASTRONOMIE PHYSIQUE.
- La photographie céleste entre actuellement dans une voie nouvelle. Jusqu’ici cet art n’avait été envisagé dans ses applications à l’astronomie que comme un moyen d’obtenir des phénomènes, des images
- fidèles et indépendantes de toute intervention de la main humaine. Aujourd’hui, la photographie est en état de rendre des services encore plus importants, et devient un moyen de découvrir des faits qui échappent à l’investigation par nos instruments d’optique.
- Avant de parler de ces faits, qui actuellement se rapportent à la constitution de la photosphère solaire, disons quelques mots des procédés qui ont permis de les découvrir. On sait que jusqu’ici la photographie avait été impuissante à reproduire les détails donnés par les instruments puissants, l.es photographies les plus remarquables du Soleil obtenues jusqu’ici, et parmi lesquelles il faut citer en première ligne celles de l’éminent M. Warren de la Rue, un des fondateurs de la Photographie céleste; celles de M. Rutherfurd, etc., donnaient très-bien les taches et les facules ; mais, pour la surface proprement dite, elles ne montraient que des marbrures, sans aucun des détails de granulations dont les instruments d’optique nous ont révélé l’existence.
- Il faut dire qu’on ne cherchait même pas à obtenir ces détails si délicats, entrevus dans des circonstances atmosphériques très-favorables, et que les procédés photographiques paraissaient absolument impuissants à reproduire. En méditant sur la question, j’ai été amené à penser que cette infériorité avait sa source dans le mode suivi jusqu’ici, et non dans l’essence même de la méthode photographique. J’ai même reconnu, en comparant très-attentivement les deux méthodes, que la photographie devait avoir sur l’observation optique des avantages qui lui étaient absolument propres pour mettre en évidence des effets et des rapports de lumière que la vue est impuissante à percevoir ou à estimer.
- Notre organe visuel possède l’admirable faculté de pouvoir fonctionner dans les conditions d’éclairement les plus différentes; mais aussi la vue ne nous permet pas de juger des rapports d’intensité lumineuse, surtout quand ces intensités sont extrêmement considérables. L’image solaire est dans ce cas. Malgré l’intervention des verres colorés, des hélioscopes, etc., l’œil doit saisir des détails dans un milieu éblouissant, et fonctionner dans des conditions tout à fait anomales pour lui. Les vrais rapports d’intensité lumineuse des diverses parties de l’image ne peuvent plus être perçus, et les apparences ne répondent plus à la réalité des choses. G’cst là ce qui explique les opinions si différentes qui ont été émises sur les formes et les dimensions des granulations et des parties constitutives de la surface solaire.
- L’image photographique, quand elle est obtenue dans des conditions bien réglées de l’action de la lumière, est affranchie de ces défauts, et elle exprime, d’une manière très-approchée, les vrais rapports d’intensité lumineuse des diverses parties de l’objet qui lui donne naissance. Pour que ce précieux résultat soit réalisé, il faut que, pendant
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- l’action lumineuse, la couche sensible reste à très-peu près semblable à elle-même, condition qui exige que la portion de la substance photographique influencée pendant toute la durée de la pose ne soit qu’une faible partie de quantité en présence sur la plaque. J’aurai à revenir sur ce point si important.
- Ainsi, en dosant rigoureusement le temps de l’action lumineuse de manière à ne pas avoir de surpose pour les parties les plus brillantes du disque solaire, on aura une image qui nous présentera, non-seulement les détails dans la vérité de leurs contours, mais qui, en outre, nous instruira sur les rapports très-approchés de leurs véritables intensités lumineuses.
- La photographie possède encore sur la vue un autre avantage précieux, surtout quand il s’agit de courtes poses. J’ai reconnu, en effet, que le spectre photographique, quand l’action lumineuse est courte, au lieu d’avoir l'étendue qu’on lui connaît, se réduit à une bande étroite située près de G. Cette curieuse propriété montre qu’on pourrait obtenir des images photographiques très-tolérables du Soleil avec des lentilles simples à long foyer. Elle montre surtout que l’achromatisme chimique est incomparablement plus facile à réaliser que l’achromatisme optique, et que les images solaires notamment, obtenues en ayant égard à cette propriété, peuvent avoir une netteté incomparablement plus grande que celle des images optiques. Tels sont les avantages, que j’appellerai avantages de méthode, que la photographie présente sur l’optique oculaire.
- L’infériorité des images photographiques solaires obtenues jusqu’ici tenait donc uniquement aux conditions défavorables dans lesquelles elles étaient obtenues. En premier lieu, il faut placer les circonstances de durée exagérée dans l’action lumineuse.
- En effet, quand l’action lumineuse est trop prolongée relativement à son intensité, l’image photographique s’agrandit rapidement et perd toute netteté de contours. Ce phénomène, qu’on pourrait nommer Yirradiation photographique (sans rien préjuger sur sa cause), est très-frappant dans les photographies d’éclipses totales qui ont été obteuues depuis 1860. Sur ces photographies, on voit l’image des protubérances empiéter sur le disque lunaire d’une quantité qui s’élève à 10, 15 secondes et plus.
- On comprend que, quand il s’agit de granulations solaires qui ont un diamètre moyen de 2 à 3 secondes, on ne peut les obtenir sur des images où l’irradiation photographique aurait une valeur supérieure à leurs propres dimensions, J’ai donc étudié avec le plus grand soin, et en conformité avec les principes posés précédemment, le temps de l’action lumineuse, de manière à combattre cet obstacle capital.
- J’ai combiné la diminution de temps de l’ac-
- tion lumineuse avec l’agrandissement des images. Les dimensions des images ont été successivement portées à 12, 15, 20, 30 centimètres. Le temps de^ l’action lumineuse, qui est ici la condition exclusive du succès (car on a obtenu des portions d’images solaires répondant à des disques de plus 1 mètre de diamètre et qui ne montrent pas la granulation), a été abaissé jusqu’à 5-~ de seconde en été l. Il faut un mécanisme tout spécial et très-parfait, pour régler ainsi une durée aussi courte et donner, pour les diverses parties de l’image, une égalité d’action lumineuse qui doit être réalisé à 1—*- 0 de seconde. Quand la durée d’action lumineuse est si courte, l’image est beaucoup plus latente encore que dans les circonstances ordinaires ; il faut lui appliquer un développement lent, qui se termine ensuite par le renforcement à l’acide pyrogallique et au nitrate d’argent.
- Je n’ai pas besoin d’ajouter que les opérations photographiques doivent être conduites avec le plus grand soin quand il s’agit d’images destinées à révéler de si délicats détails. En particulier, disons que le coton-poudre doit être préparé à haute température pour donner une couche d’une finesse suffisante.
- Ces conditions réalisées, on obtient alors des images solaires qui, par rapport aux anciennes, constituent un monde nouveau et montrent des phénomènes sur lesquels nous allons nous arrêter aujourd’hui un instant. Mais, auparavant, je dois dire que la lunette photographique qui m’a servi dans ces recherches a été construite, pour notre expédition du Japon, par M. Prazmowski, le savant opticien qui prend actuellement une place si honorable dans l’optique française. M. Prazmowski avait basé les calculs de l’objectif sur les indications spectrales que je lui ai fournies, touchant le maximum d’action dont j’ai parlé. Pour les opérations photographiques, j’ai été très-habilement secondé par M. Arents, artiste photographe attaché à l’observatoire de Meudon a. J. Janssen.
- — La suite prochainem?ni. —
- ÉLÉMENTS DE ZOOLOGIE
- Pab M. Paul GERVAIS3.
- Aux gens du monde désireux de jeter un coup d’œil sur les mystérieuses merveilles de la création , aux jeunes gens qui commencent à creuser les grandes
- 1 Le chiffre se rapporte à l’action de la lumière solaire naturelle, qui n’aurait passé par aucun milieu réfringent.
- 2 Comptes rendus de l’Académie des Sciences. Séance du 31 décembre 1877.
- 3 Éléments de zoologie, comprenant l’anatomie, la phy siologie} la classification et l'histoire naturelle des animaux, par M. Paul Gervais, membre de l'Institut, professeur d’anatomie comparée au Muséum d’histoire naturelle. 38 édit, accompagnée de 604 figures dans le texte et de 3 planches. In-8° de 640 pages — Paris, Hachette.
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- LA NATURE.
- questions de l’histoire naturelle, aux jeunes filles même que l’on ne veut plus laisser ignorantes de tout ce qui fait l’admiration des grands esprits, un maître de la science qui est un travailleur infatigable, servi par -les inappréciables matériaux du Muséum, vient, dans un ouvrage écrit avec clarté et élégance, offrir les découvertes, les observations et les arrêts les plus récents de la science.
- Grâce aux figures innombrables dont il est orné, l’ouvrage est un vrai musée : on y est en pleine ménagerie. Que de bêtes dans l’univers ! Que do bestioles sous le microscope ! Là se trouvent les grands animaux fossiles qui ont les difformités des roches et les noirceurs des cavernes d’où on les tire ; et les animaux rayonnés brillants et changeant comme la mer où ils vivent, élégants et charmants comme les plantes avec lesquelles si longtemps on a voulu les classer.
- Si l’on peut maintenant, en quelques centaines de pages, exposer d’une manière si complète et si simple les principes de l’histoire naturelle et grouper sous les yeux du lecteur tant d’êtres différents, c’est aux progrès énormes que la science a faits qu’on le doit certainement.
- Et quelle a été la cause principale de ces progrès? La méthode suivie par les naturalistes dans leurs investigations.
- « Elle a acquis de nos jours, dit M. Paul Gervais, une telle supériorité qu’on a pu l’appliquer avec un égal avantage aux autres branches des connaissances humaines. Sous le nom de méthode des naturalistes, elle a conquis sa place dans les ouvrages où l’on traite des procédés logiques à l’aide desquels l’esprit humain peut arriver plus sûrement à la découverte de la vérité. Son moyen consiste à recourir simultanément à l’observation et à l’expérience, de manière à
- contrôler l’une par l’autre ces deux sources d indications et de découvertes. En appréciant à leur valeur réelle les résultats fournis par ce double mode d’investigation, il devient aisé dans beaucoup de circonstances de tirer des faits démontrés exacts de précieuses indications qui mettent sur la voie de faits nouveaux. Dans ce cas, on procède à la fois par déduction et par induction, et l’on s’appuie sur le connu pour arriver à la découverte de l'inconnu et juger ensuite des lois qui régissent l’univers. »
- Les premiers chapitres des Éléments de zoologie contiennent des généralités : les caractères qui distinguent les êtres organisés des corps bruts ou inorganiques ; — de l’espèce en histoire naturelle : grave question où l’on ne peut passer sous silence la théorie de la variabilité, et à laquelle, suivant la conclusion de l’auteur, la science n’a pas encore fait de réponse définitive ; — caractères distinctifs des animaux; définition de la zoologie; ses différentes branches. Puis l’on entre en pleine anatomie comparée, sans négliger la physiologie; et le lecteur peut admirer l’unité de composition qui préside à la structure des êtres, et qui, mise en lumière par l’auteur, facilite si singulièrement le travail. De fort belles planches hors texte sont consacrées à l’anatomie de l’homme.
- Enfin, vient la troisième partie du livre qui est la plus importante : la classification. Après avoir dit un mot des classifications artificielles, M. Paul Gervais arrive à la classification dite naturelle, et en montre les progrès successifs. Pour lui, il divise les animaux en sept types ou embranchements : vertébrés, arthropodes, vers, mollusques, échinodermes, polypes et proto*oaires. Dans ces sept embranchements sont réparties vingt-six classes. Dans
- Fig. 1. — Campanulaire.
- F:g. 2. — Syncorync.
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- les vertébrés, les cinq classes de Cuvier (mammifères, oiseaux, reptiles, batraciens, poissons) sont maintenues ; mais dans les arthropodes ou condylopodes qui sont les anciens articulés, il supprime les annélides et les met dans les vers avec les helminthes, placés autrefois parmi les rayonnés. Aux mollusques de Cuvier, il ajoute les bryozoaires qui faisaient également partie des rayonnés; enfin, ces rayonnés, qui u’cxistenl pas dans le tableau de notre auteur, sont remplacés par les échinodermes, les polypes et les protozoaires.
- M. Paul Ger-vais donne un tableau de classification des mammifères, dans lequel il ne met pas l’homme; ce qui ne l'empêche pas de consacrer à notre espèce un chapitre très-importapt louchant immédiatement à celui des singes. Là se trouve la classification des races humaines : blanche,brune,jaune, rouge, nègre, mélanésienne et hot-tentote; et celle des différents rameaux de ces grandes races.
- Puis est traitée la question de l’ancienneté de l’homme en Europe. Le professeur ne donne pas son opinion personnelle; mais avec les assertions de plusieurs savants qui font vivre nos ancêtres avant l’époque glaciaire, il met sous les yeux du lecteur une mâchoire de felis spelœa (lion des cavernes) et une autre d'ursus spelœus, toutes deux brisées par l’homme; il rappelle aussi la fameuse caverne de Gaylenreuth dont nous avons déjà parlé dans la Nature, et exhibe une riche collection de silex taillés.
- On en a fini avec l’homme; les singes et les lémures ouvrent une nouvelle série ; et tout le règne animal en classes, ordres, genres et espèces, défile avec sa variété, ses mœurs, son habitat. Les services
- qu’il rend à l’homme non plus que ses méfaits ne sont pas oubliés. Il y a un chapitre d’entomologie pratique ; un autre sur l’utilité des oiseaux.
- Les animaux inférieurs terminent le volume. Là beaucoup de formes nouvelles émerveillent le lecteur. C’est ainsi par exemple que l’histoire des métamorphoses des méduses laisse loin derrière elle les conceptions les plus fantaisistes des poètes. On sait en effet, comme le rappelle M. Gervais, comment
- des observations récentes ont montré que « les méduses naissent de certains polypes décrits d’abord comme des polypes ordinaires sous les noms de campanulaires (fig. 1), de tubulaires et de syn-corynes (fig. 2). Si en effet l’on met un de ces polypes dans un aquarium, on ne tarde pas à y voir apparaître des méduses qui ne sont autre chose que les capitules qui couvrent les rameaux de ces polypes détachés, devenus libres et par-venus à leur phase reproductrice (fig. 2, c). Qu’on se représente les fleurs des végétaux se séparant des parties vertes au moment de la fécon-dation comme cela a d’ailleurs lieu pour les lleurs mâles des valisnéries qui sont des plantes aquatiques propres au midi de l’Europe, et l’on aura une idée exacte du mode suivant lequel les méduses prennent naissance. La partie sédentaire des polypes dont elles se détachent pour aller au loin produire des œufs continue à s’accroître par bourgeonnement absolument comme le font les rameaux feuillés des plantes, c’est-à-dire les parties de ces dernières issues des bourgeons ordinaires. Les méduses ou individus libres et pourvus de sexes naissent, au contraire, de la même manière que les boutons à fleurs et sont destinées au même rôle que
- Fig. 3. — Physophore hydrostatique.
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- les fleurs elles-mêmes. Ce sont en effet les individus sexués de la colonie dont elles font partie. »
- Comme Spécimens des gravures des Éléments de zoologie, nous reproduirons encore le Pltysophore hydrostatique, colonie flottante de polypes agrégés et parés des nuances les plus brillantes.
- Ces quelques mots suftisent pour faire voir le haut intérêt d’un ouvrage dont le succès s’accroît chaque jour et qui sera bientôt dans toutes les mains.
- Stanislas Meinier.
- CHRONIQUE
- Société de géographie de Paris. — La Commission centrale (Conseil) de la Société de géographie a procédé au renouvellement de son bureau, qui se trouve ainsi composé pour 1878 : Président, M. de Quatrefages, membre de l’Institut ; vice-présidents, MM. Daubrée, membre de l’Institut, et Henri Duveyrier; secrétaire général, M. Charles Maunoir; secrétaires-adjoints, MM. Jules Girard et Julien Thoulet.
- lies conférences de la Sorbonne. — L’ouverture des conférences de Y Association scientifique de France a eu lieu samedi dernier 26 janvier, dons le grand amphithéâtre de la Sorbonne, sous la présidence de M. Milne Edwards, membre de l’Institut, doyen de la Faculté des sciences. M. Dumas, de l’Institut, a prononcé un discours à la mémoire de Le Verrier. M. Wolff, astronome del’Oser-vatoire de Paris, a fait une conférence sur la variabilité des nébuleuses.
- Voici le programme des séances suivantes qui auront lieu de semaine en semaine :
- Séance du 2 février. — M. Max. Cornu : Histoire du phylloxéra et des ravages causés par cet insecte.
- Séance du 9 février. — M. Jamin (de l’Institut), professeur à la Facuté des sciences de Paris : Éclairage électrique.
- Séance du 16 février. — M. G. Boissier, professeur au Collège de France : Archéologie et histoire.
- Séance du 23 février. — M. II. Sainte-Claire Deville (de l’Institut), professeur à la Faculté des sciences de Paris : Changement d’état des corps. Expériences dé MM. Cailletet et Pictet sur la liquéfaction de l’air, etc.
- Séance du 2 mars. — M. Renan (de l’Institut), professeur au Collège de France : Services rendus aux sciences historiques dans la philologie.
- Séance du 9 mars. — M. Paul Bert, professeur à la Faculté des sciences de Paris : Influence de la lumière sur les êtres vivants.
- Séance du 16 mars. — M. Lavisse, maitre de conférences à l’École normale supérieure : Conquête de la Prusse par les chevaliers allemands.
- Séance du 23 mars. — M. Mascart, professeur au Collège de France : Électricité atmosphérique.
- Séance du 30 mars. — M. G. Tissandier, rédacteur en chef de la Nature : Les hautes régions de l’atmosphère.
- Séance du 6 avril. —-M. G. Paris, professeur au Collège de France : La science des langues dans ses applications au français.
- Séance du 43 avril. —M. E. Blanchard (de l’Institut), professeur au Muséum d’histoire naturelle de Paris : Distribution géographique des animaux.
- Les journaux et les langues de l'Autriche— Hongrie. — Voici, d’après M. Elisée Reclus (Géographie universelle, t. III, Hachette éditeur), la très-curieuse énumération des publications périodiques qui paraissaient en 1873, dans l’empire austro-hongrois : il s’en imprimait 679 en allemand, 188 en magyare (hongrois), 114 en tchèque et slovaque (bohémien), 72 en italien, 50 en polonais, 25 en croate, 19 en Slovène, 15 en ruthène, 12 en hébreu, 9 en roumain, 6 en serbe, 5 en français, 4 en illyrien, 3 en anglais, 2 en grec, 1 en bulgare; soit, au total, 1202 journaux et revues en 17 langues, les journaux polyglottes étant comptés une fois pour chacune des langues dans lesquelles ils sont rédigés.
- lia Triehinoscopie. — Depuis 1864, l’attention a été attirée sur la Trichine, un des plus redoutables parasites de l’homme. On sait que cet helminthe microscopique, enkysté dans la chair du porc, malade est amené ainsi dans le tube digestif de Fhomme et parvient à pénétrer dans le tissu même des muscles, causant des douleurs intolérables, et souvent même la mort. Celte annee même, un certains nombre de cas de trichinose ont été signalés chez les soldats de la garnison allemande de Thionville.
- On a eu recours à l’examen microscopique des viandes suspectes; mais le mode d’examen ordinairement usité est, paraît il, insuffisant, et un savant russe, M. Tikhomiroff, propose une méthode nouvelle d’isoler la fibre musculaire. Il divise en petits morceaux la viande <Ju porc, et la fait digérer pendant une demi-heure avec un volume égal de chlorate de potasse auquel il ajoute quatre fois autant d’acide azotique. Le tissu musculaire ainsi traité est mis dans un flacon avec de l’eau distillée, et agité jusqu’à ce qu’il se sépare en ses fibrilles. Celles-ci présentent, lorsque la viande est trichinée, des renflements fusiformes, blanchâtres, reconnaissables à la loupe, et dans lesquels le microscope révèle la présence des Trichines. R. Vion.
- La graine de ver à soie. — La production de la soie s’est considérablement accrue en France cette année, grâce à l’application plus générale du procédé préconisé par M. Pasteur : l’examen microscopique et la sélection des œufs.
- Le professeur Luvini, de Turin, a récemment entrepris des expériences intéressantes sur l’action que peuvent avoir des gaz différents sur les œufs de ver à soie. Il a conservé pendant plus de deux mois de petits paquets de graine, composés chacun d’une centaine d’œufs, dans les atmosphères d’air pur, d’oxygène, d’hydrogène, d’acide carbonique, de chlore et d’acide sulfureux.
- Les vers éclos d’œufs conservés dans l’acide carbonique ont présenté plus de vivacité et de vitalité que les autres. Ceux de l’hydrogène se sont le moins développés. Avec l’oxygène, les vers sont devenus gros et gras, mais lents et comme paresseux dans leurs mouvements ; après la quatrième mue surtout, ils conservaient la même position pendant des heures entières. Les œufs conservés dans l’air pur ont donné des vers d’une bonne venue, mais qui sont restés assez petits. R. Yion.
- Découvertes archéologiques à Paris. —- En
- faisant les travaux de terrassement pour l’ouverture de la rue des Pyramides, sur les côtés de l’église Saint-Roch, on a trouvé dans les fouilles une certaine quantité d’ossements et divers objets anciens qui ont été collectionnés par les employés des ponts et chaussées. II y a un crâne humain et plusieurs mâchoires d’animaux, dont une assez volumineuse et qu’il est difficile de classer, des tronçoils
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- d’épées et des poignards, des fragments de vieilles poteries et trois ou quatre petites lampes tout à fait primitives, qui consistent simplement en une coupe en terre de cruche un peu allongée avec une anse, et dont les extrémités se rapprochent de manière à former un petit bec pour laisser passer la mèche. Mais la pièce la plus curieuse est un soulier très-bien conservé, du temps de Henri III. C’est une chaussure en cuir verni à la main, garnie d’une petite houpe de ruban, sans talon, ayant le bout très-pointu et l’ecourbé, comme en portaient les raffinés de cette époque. (Journal officiel.)
- Influence du sol et des forêts sur l’atmosphère. — M. Fautrat est arrivé par ses observations à constater que l’action frigorifique des forêts est très-manifeste pendant la saison chaude ; elle abaisse en juin et en juillet, la température de 0°,7 à 0°,8 sous les bois feuillus et refroidit les couches d’air, sous les pins, de 1°,10 à 1°,60, en mai, juin, juillet, août et septembre.
- Les sables purs, ainsi que l’avait constaté Humboldt, élèvent au contraire la température d’un lieu.
- Les bois feuillus, pendant la durée de la végétation, en juin, juillet et août, puisant leur nourriture dans l’atmosphère, produisent un mouvement qui se réflète dans l’air, par un léger abaissement de température.
- Au-dessus des bois résineux., on remarque pendant le jour une élévation de température, provenant de la chaleur solaire que retiennent les vapeurs enveloppant la cime des arbres.
- Par suite des différences de température observées sous bois et hors bois, sous le massif et au-dessus delà cime des arbres, il s’établit en forêt un courant de bas en haut, et autour des bois, des courants latéraux, du massif à la plaine. Ces courants amènent, pendant l’été, une brise salutaire.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE DU 28 JANVIER 1878.
- Présidence de M. Pkljgot.
- Comme toutes les séances de ce genre, celle-ci a compris deux parties dont la première a été consacrée à la proclamation des prix décernés et des prix proposés, et la seconde à la lecture par M. Bertrand, secrétaire perpétuel, de l’éloge historique du géomètre Lamé.
- Le nombre toujours croissant, grâce à des legs nouveaux, des prix accordés ne nous laisse pas le loisir de présenter à nos lecteurs autre chose qu’une simple énumération des lauréats d’aujourd’hui.
- M. Caspari reçoit le prix de mécanique (Montyon) pour ses éludes sur le mécanisme et la marche des chronomètres. M. Laguerre reçoit le prix Poncelet pour l’ensemble de ses travaux mathématiques. L’Académie décerne à M. de Fre-minville le prix Plumey pour ses recherches sur les machines à vapeur; à M. Mallet le prix Fourneyron pour sa machine à vapeur de tramway; à M. Asaph Hall le prix Lalande pour ses observations sur les satellites de Mars. Le prix Vaillant est donné à M. Schulhoff pour ses travaux sur les planètes perdues ; le prix Valz à MM. l’aul et Prosper Henry pour leurs découvertes d’astéroïdes ; le prix Lacaze à M. Cornu pour ses travaux d’optique. Deux prix de statistique à M. Yvernès pour sa Statistique civile et commerciale de la France, et à M. Lona pour sa Nouvelle série de la statistique de la France. Deux mentions honorables sont accordées en outre à M. Dislère pour la partie
- statistique de ses ni. moires sur la marine cuirassée, sur les croiseurs et sur la guerre d'escadre, et à M. le docteur Puech pour son étude relative à la répétition des accouchements multiples.
- M. Houzeau reçoit le prix Jecker pour ses recherches sur l’ozone; M. Troost le prix Lacaze (chimie) pour ses travaux en chimie. Le prix Barbier n’est pas accordé, mais l’Académie alloue des encouragements à M. Galeppe pour ses Études toxycologiques sur les cantharides, à MM. Lepage et Patrouillard pour leurs publications pharmaceutiques, et à M. Manouvriez pour différentes publications ayant trait à la médecine.
- Sur le prix Desmazures, qui n’est pas accordé, est donné à M. Queletqui a étudié les Champignons du Jura et des Vosges, un encouragement de 1000 francs; un autre encouragement de 600 francs est attribué à M. Bagnis, auteur d’un mémoire sur les Puccinies. Le prix Bordin est remis à M. Bertrand pour ses recherches botaniques ; le prix Thore à M. Jousset de Bellesme, qui a étudié divers points de la physiologie des insectes.
- Trois prix de médecine sont accordés : le 1er à M. Hanno-ver,pour ses Études sur la rétine de l'homme et des vertébrés; le 2e à M. Parrot, pour son mémoire sur une maladie des nouveaux-nés qu’il désigne sous le nom à'atrepsie; le 3* à M. Picot, pour ses leçons de pathologie générale. Des mentions honorables sont distribuées pour divers travaux à MM. Topinard, Lasègue, Regnauld, Delpech, Hillairet, Franck et Oré. En outre, la Commission signale par des citations MM. Armingaud, Brouardel, Burq, Conty, Des-près, Lecomte, Meguin, Peyraud, Salathé, Sauné et Testut.
- Le prix Bréant est acquis à M. Rendu, pour ses travaux sur la variole ; le prix Godard à M. Cadiat, pour ses recherches anatomiques ; le prix de physiologie est partagé entre M. Ferrier, pour ses expériences sur les effets produits par F Électrisation de la surface du cerveau, et MM. Carville et Duret, pour leurs Recherches sur les fonctions des hémisphères cérébraux. Une mention très-honorable est donnée à MM. Jolyet et Regnard, pour une étude de la respiration des animaux aquatiques ; une citation à M. Richet, pour un mémoire sur la sensibilité.
- M. Dareste reçoit un prix pour ses Recherches sur la production artificielle des monstruosités; M. Hetet, le prix des arts insalubres, pour ses tentatives d’amélioration des eaux potables fournies par les condenseurs à surface; M. Sidot, le prix Tremont, pour l’ensemble de ses recherches chimiques ; M. Gaugain, le prix Gegner, pour ses travaux sur l’électricité ; M. Dougados, sorti le premier de l’Ecole polytechnique, reçoit le prix Laplace.
- La place nous manque pour indiquer les prix proposés par l’Académie ; les personnes intéressées en trouveront la liste dans le prochain numéro des Comptes rendus.
- C’est avec un vif succès que M. Bertrand a lu son éloge de Lamé, qu’il a qualifié en ces termes : « Gabriel Lamé a mérité la louange la plus haute qu’on puisse décerner à un homme de science ; en poursuivant la vérité avec ardeur, il n’a jamais désiré qu’elle; ni la recherche de la fortune ne l’a détourné de sa route, ni l’espoir d’un grand nom n’y a dirigé ses pas. Capable des théories les plus hautes, comme des applications les plus minutieuses, il n’a voulu ni s’enfermer dans la pure abstraction, où de brillants débuts et un génie plus brillant encore lui auraient permis d’égaler les plus illustres, ni s’adonner à la pratique, où de premiers succès semblaient lui promettre, presque lui offrir, une fortune noblement acquise. llemon-ter vers la source des phénomènes physiques aussi haut que puisse atteindre l’intelligence humaine ; rattacher â
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- un même principe des vérités dont l’étroite liaison est trop évidente pour que les plus aveugles puissent la méconnaître, trop cachée cependant pour que les plus habiles osent la préciser; signaler, sans fausse modestie, l’harmonieux enchaînement de ses formules, comme un indice certain de la vérité entrevue ; aller avec franchise au-devant des difficultés et des doutes, en pressant ses disciples de les éclairer un jour : telle est la noble tâche à laquelle un des esprits les plus pénétrants et les* plus élevés de notre époque a dépensé, avec une ardeur que l’âge semblait accroître, cinquante années d’ingénieuses méditations et de travaux solidement fondés. »
- Stanislas Meunier.
- LE TÉLÉPHONE DE M. GRAHAM BELL
- Nous avons vu récemment le téléphone qui fonctionne à l’hôtel des télégraphes, rue de Grenelle-Saint-Germain, à Paris. Il est installé d’après les dernières recommandations de M. Graham Bell et nous avons cru devoir en donner la reproduction comme complément de nos nombreuses notices sur cette admirable invention1.
- M. Bell se sert actuellement de deux téléphones* on place l’un devant la bouche pour parler, l’autre
- UUposition adoptée par M. Graliam Beli pour l’usage du téléphone avec sa sonnerie magnéto-électrique. (D’après l’appareil fonctionnant à l’Administration des télégraphes.)
- contre l'oreille pour entendre. On évite ainsi le transport successif de l’instrument de l’oreille à la bouche, transport qui olfre un grave inconvénient, c’est celui de pouvoir perdre pendant le mouvement qu’il nécessite quelques-unes des paroles prononcées par la personne avec laquelle on est en communication. On peut encore, pendant l’audition, appliquer les deux téléphones contre chaque oreille, afin de ne pas être troublé par les bruits extérieurs. Deux personnes enfin, peuvent à la fois, entendre les paroles prononcées au départ.
- Les deux téléphones sont reliés, comme l’indique notre figure, à une boîte contenant un système de sonnerie électrique. Quand on veut se servir de l’appareil, on tourne la poignée B, on fait fonctionner ainsi une sonnerie magnéto-électrique qui se fait
- entendre à l’autre station. Le correspondant de cette station est prévenu ; il répond de la même manière. Pour recevoir la réponse de cette sonnerie on n’a simplement qu’à poser le levier placé à la partie supérieure de la boîte, sur le bouton S. La sonnerie entendue, on pousse ce petit levier en T et on se sert des deux téléphones, comme le montre notre gravure. Celle-ci donne la disposition des appareils identiques des deux stations. Les téléphones de l’Administration des télégraphes sont actuellement séparés par une distance de 15 kilomètres.
- 1 Voy. 5e année, 1877, 2e semestre, p. 222, 274, 385.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- Corbeil. — ImprinU Ciusra.
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- N» 245,
- 9 FÉVRIER 1878
- LA NATURE.
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- NOUVELLE ÉTUDE SUR LES NUAGES
- C’est au commencement de ce siècle, en 1805, que le météorologiste Howard a introduit dans la science la nomenclature des nuages1 et les a divisés en quatre types distincts : les cumulus, les stratusf les nimbus et les cirrus. Depuis cette époque, la classification d’Howard a été adoptée d’une façon tout à fait générale et les traités de physique les plus récents reproduisent encore aujourd’hui presque textuellement les propres termes employés, il y a plus de soixante-dix ans, par le savant anglais.
- Nous ne voulons pas nous hâter de faire une critique de cette vieille et classique nomenclature par la raison qu’il faudrait, si l'on voulait la battre en brèche d’une façon profitable, la remplacer par quelque chose de plus complet, mais tout à la fois d’aussi clair et d’aussi pratique. Cette œuvre est difficile et laborieuse et nous croyons qu'elle ne pourra être réalisée que lorsque l’atmosphère sera mieux connue qu’elle ne l’est aujourd’hui.
- La tâche que nous avons pris la résolution d’entreprendre est beaucoup plus modeste, mais ne sera peut-être pas inutile, puisqu’elle aura pour résultat d’apporter à la météorologie un certain nombre de
- Surface supérieure d’un banc de vapeurs, observée en ballon le 21 septembre 1874. (D'après nature, par 51. Albert Tissandier.)
- faits observés avec une scrupuleuse attention depuis de longues années par mon frère et par moi, soit à la surface du sol, soit au sein même de l’air.
- On verra dans la suite de la présente notice que dans un grand nombre de cas les masses de vapeur ou les bancs d’aiguille de glace que l'on rencontre en suspension dans l’air, ne se rapportent à aucun des quatre types définis par Howard, et que la nomenclature adoptée par les météorologistes est assurément incomplète. Nous citerons, par exemple, un cas très-fréquent, où le système de classification actuel est pris en défaut. Le temps à la surface du sol est clair, mais le bleu du ciel ne se voit pas, il est caché par une masse de vapeurs qui n’a pas de forme
- 1 Tilloch's Philosophical magazine, vol. XVI, p. 97.
- 6® année. — 1er semestre.
- définie, et qui se présente comme un rideau de brume; on dit que le ciel est gris. Si l’on traverse en ballon cette masse de vapeurs, on s’assure qu’elle est séparée de l’air par deux surfaces, l’une inférieure, un peu confuse, qui se fond graduellement avec l’air, qui est de couleur grise comme le brouillard, l’autre supérieure, parfaitement plane, d’un blanc éblouissant, comme une nappe de neige en pleine lumière. En bas, sur la terre, l’observateur n’a pu constater qu’une brume plus ou moins épaisse ; en haut, dans l’atmosphère, l’aéronaute considère sous ses pieds un véritable plateau qui rappelle l’aspect, comme éclat, des cumulus d’un beau ciel d’été. Mais, si cette surface supérieure est tout à fait lisse et unie comme celle d’un lac, et le cas se présente assez souvent, il a sous les yeux une sorte
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- LA NATURE
- de banc de vapeur, brume à sa partie inférieure, nuage à sa partie supérieure qu’il ne pourra attribuer à aucun des types de la classification. Cet exemple pourrait être suivi par quelques autres, mais il nous suffira pour le présent de l’avoir mentionné isolément.
- Entrant immédiatement dans notre sujet, nous commencerons par examiner les différents aspects de ces nappes de vapeurs à surface supérieure plane, et nous verrons dans la suite à quelle hauteur elles peuvent être suspendues dans l’atmosphère.
- La gravure ci-contrc, exécutée d’après nature par mon frère, représente la surface supérieure d’une semblable brume. A terre (24 septembre 1874), le ciel était gris. A 200 mètres d’altitude, nous entrons en ballon dans la brume, qui avait tout à fait l’aspect d’un brouillard terrestre. Ce banc de vapeur avait 200 mètres d’épaisseur. La lumière était très-faible à sa partie médiane. Vers la partie supérieure, la brume devenait blanchâtre opaline, elle se séparait de l’air à 400 mètres en une couche, non pas tout à fait lisse, mais légèrement mamelonnée, comme le montre le dessin. Ce plateau supérieur était tout à fait blanc et réfléchissait avec tant d’intensité les rayons solaires que l’œil en supportait difficilement l’éclat ; du côté du soleil il était légèrement doré. On y voyait çà et là des crevasses sombres comme celles d’un glacier. A l’horizon, il était dominé par des masses de vapeurs arrondies à la façon des cumulus.
- Ce banc de vapeur était très près de terre, puisque sa surface inférieure se rencontrait à 200 mètres du sol, et que sa surface supérieure se séparait de l’air à 400 mètres d’altitude. 11 se déplaçait avec une faible vitesse dans une direction faisant un angle appréciable avec celle du courant supérieur. Il persista sans variation d’aspect pendant toute la durée de notre voyage qui fut de 3 heures, et probablement pendant toute la journée, puisque l’aspect de l’air, vu de terre, fut constamment le même depuis le matin jusqu’au soir.
- Ces bancs de vapeurs sont généralement en suspension à la partie supérieure d’une couche d’air se mouvant la plupart du temps dans une direction différente de celle au-dessous de laquelle elle se trouve ; on pourrait les comparer aux bancs de glace flottant à la surface de la mer.
- Nous avons observé, mon frère et moi, un banc de nuages presque tout à fait semblable dans notre ascension du 10 février 1873. Il avait une épaisseur de 380 mètres environ, brumeux à sa partie inférieure, il était formé à son centre d’une nuée blanche opaline toute remplie de paillettes de glace à la température de 2 degrés au-dessous de zéro1 et sa surface supérieure d’un blanc éblouissant se séparait encore très-nettement de la couche d’air superposée. Ce banc de nuages flottant à la surface du courant atmosphérique superficiel, se mouvait dans une direction faisant encore un angle appréciable avec
- 1 Voy. les Nuages de glace; 4® année 1876, 2e semestre, p. 05.
- le courant supérieur qui se dirigeait du sud-est au sud-ouest.Il était suspendu dans l’atmosphère aune hauteur assez considérable, sa surface supérieure étant à 1180 mètres au-dessus du niveau de la mer. Le temps se trouvait être gris et sombre à la surface de la terre; au-dessus du banc de nuages, l’air était limpide, le ciel bleu resplendissant, le soleil ardent
- Gaston Tissanmer.
- — La suite prochainement. —
- LES TREMBLEMENTS DE TERRE
- DES 26 ET 28 JANVIER 1878
- EN FRANCE, EN ANGLETERRE ET EN ESPAGNE.
- Le lundi 28 janvier 1878, de légères secousses de tremblement de terre ont été ressenties à Rouen, au Havre, à Caen, et tout le long du littoral de la Manche. Le Bulletin de l'Observatoire nous apprend que le phénomène a été également observé dans les Hautes-Pyrénées à Tarbes, et en Alsace à Thionville.
- Nous recevons de l’un de nos abonnés les renseignements suivants au sujet des effets observés à Caen :
- Lundi 28, vers 11 heures 45 minutes, une faible secousse s’est fait sentir. La sensation a été à peu près identique à celle produite par le passage d’une lourde charrette. Le mouvement a dû avoir lieu de l’est à l’ouest, car c’est de celte seule direction qu’il put détruire l’équilibre de ma pendule, qui s’est arrêtée immédiatement. C’est le troisième qui se produit depuis 25 ans. Le premier, vers 1859, a été le plus violent; le deuxième s’est produit il y a une dizaine d’années. Il n’y a aucun dégât à signaler : les seuls indices ont été le tremblement des vitres et des tableaux suspendus. De plus, une éprouvette que j’avais dans ma chambre, posée verticalement, a été renversée.
- M. de la Germonière, maire du Yast (Manche), a, d’autre part, écrit la lettre suivante à l’Observatoire de Paris :
- J’étais à table déjeunant avec ma famille lorsque, vers midi 15 minutes, nous avons tout à coup ressenti une secousse très-sensible. Toute la vaisselle a fortement vibré, et cette sensation a été ressentie, au même moment, par différentes personnes dans la maison et dans des habitations assez éloignées de la mienne. Le temps était calme, mais immédiatement après l’oscillation est survenu un violent coup de vent venant du sud. Ce fait a été observé également par M. Clouard, ingénieur civil, et par M. le curé du Yast.
- A Versailles, la secousse s’est fait sentir à midi 2 minutes à la préfecture. Parfaitement accusée, elle a duré environ six secondes, dirigée d'abord du nord au sud, puis de l’est à l’ouest. A Paris, les oscillations ont été assez violentes sur certains points, au ministère de la justice,par exemple. Rue des Viviers, une jeune fille travaillait à la couture mécanique lorsque sa machine a reculé vers l’ouest. La secousse a été si brusque que cette demoiselle s’est jetée tout effrayée dans les bras de sa mère. Boulevard Beaumarchais,
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- LA NATURE.
- 1G3
- rue de Turenne, rue d’Orsel à Montmartre, de légères trépidations du sol ont été remarquées. Rue Thuis, 102, un perroquet est tombé comme frappé de vertige. Rue de Monceau, une dame malade alitée a ressenti nettement la secousse ; les objets placés sur les meubles et les étagères se sont entrechoqués.
- On nous écrit de Jersey que les secousses ont été très-fortes dans les îles anglo-normandes. A Saint-llélier, les oscillations se sont produites. Elles ont eu lieu à 11 heures 55 minutes de l’est à l’ouest; on entendait un roulement semblable à celui d’une voiture lourdement chargée; les cloches ont été mises en branle, et les meubles ont été agités dans les maisons.
- Le Times rapporte d’autre part que le tremblement de terre a été ressenti sur les côtes anglaises de la Manche et même dans les environs de Londres, notamment à Brighton, Blackbearlh, Fareham, Saint-Léonards et aux portes de l’Observatoire de Greenwich. L’avant veille, 26 janvier, une secousse s’était manifestée en Espagne, comme l’atteste l’intéressante lettre suivante que nous adresse de Lisbonne notre correspondant, M. Carlos Wotrubas, professeur au Collège de Santa Quiteria.
- 26 janvier 1878. — Ce matin, à 6 heures 25 minutes, il y a eu ici (à Lisbonne) un tremblement de terre précédé d’un bruit souterrain. Il y a eu deux mouvements (impul-sos) successifs, deux oscillations de l’est vers l’ouest. Le tout a duré environ trois secondes.
- Voici quelques détails qui me sont donnés par des personnes dignes de toi, auprès desquellesj’ai pris mes informations. On n’a pas observé des déplacements sensibles de meubles, mais la plupart des habitants ont entendu un craquement des poutres, planchers, comme si les maisons allaient s’écrouler. Cela m’a été affirmé non-seulement à Lisbonne même, mais à Belem (à l’ouest de Lisbonne) et à Marvilla (au nord-est). Quant à moi personnellement, j’ai ressenti l’impression d’u ; mouvement plutôt vertical qu’horizontal.
- On vient aussi de me dire qu’il y a eu précédemment ici deux autres tremblements de terre, l’un entre le 1er et 4 novembre 1877 environ, à quatre heures et demie du matin; l’autre, deux ou trois jours avant Noël, vers six heures et demie du matin. Le témoin, un professeur du Collège de San José, à Marvilla, ajoute que dans ces deux cas, comme le 20 courant, l’atmosphère était dans un état de tranquillité absolue.
- On craint beaucoup que ces petits tremblements périodiques ne soient, comme au siècle passé, les précurseurs d'une grande catastrophe1.
- Nous avons vu déjà à plusieurs reprises que les oscillations du sol sont assez fréquentes enFrance.il serait à souhaiter que nos observatoires météorologiques fussent pourvus, comme en Italie, d’appareils enregistreurs des tremblements de terre2
- Gaston Tissandier.
- 1 Au moment où nous terminons cette notice, nous lisons dans le Journal officiel les lignes suivantes :
- « On mande de Bucharcst, 51 janvier : (
- a Un tremblement de terre assez violent a eu lieu la nuit « dernière; il n’a occasionné aucun dégât important. t>
- 2 Voy. Appareil avertisseur des tremblements de terre; 3* année 1875, l*r semestre, p. 48.
- LES PARATONNERRES A POINTES
- A CONDUCTEURS ET A RACCORDEMENTS TERRESTRES MULTIPLES.
- DESCRIPTION DÉTAILLÉE DES PARATONNERRES ÉTABLIS SUR l’iIOTEL-DE-VILLE DE BRUXELLES1.
- Quelque grand que soit l’intérêt qui s’attache à la bonne disposition des paratonnerres, qu’ils soient destinés à garantir contre le feu du ciel les établissements industriels et les habitations particulières ou qu’ils doivent protéger des monuments publics, des musées, etc., il faut reconnaître que l’on ne sait encore rien de bien précis sur les meilleures dispositions qu’il convient d’adopter. L’Académie des sciences a bien nommé à diverses reprises des Commissions qui ont établi des programmes généraux auxquels les paratonnerres doivent satisfaire; mais les prescriptions qu’ils renferment sont bien un peu vagues et laissent prise à l’arbitraire dans une grande mesure.
- Cette question d’électricité statique, qui s’est offerte aux physiciens longtemps avant que l’on pût étudier sérieusement l’électricité dynamique, est loin d’avoir fait des progrès comparables à ceux de cette dernière branche de la science; il ne serait pas difficile de signaler les raisons de cette différence. Outre que la question n’est pas industrielle, à proprement parler, on s’intéresse médiocrement, au moins dans notre pays, aux moyens de prévenir les conséquences de faits exceptionnels rares : dans un autre ordre I d’idées, qui ne sait combien les assurances sur la j vie ont de difficultés à se développer sérieusement en France ?
- On s’explique donc très-bien que M. Melsens, membre de l’Académie des sciences de Belgique, chargé, par suite de diverses circonstances, de l’établissement de paratonnerres sur l’hôtel de ville de Bruxelles, après une étude sérieuse de la question, après s’être enquis auprès des savants qui s’étaient occupés de ce sujet, ait cru devoir renoncer aux types généralement adoptés et ait conçu et mis en œuvre un système qui, nous devons le dire, nous paraît absolument logique et propre à répondre aux besoins en vue desquels il a été imaginé.
- Indiquons dès l’abord les dispositions qui différencient spécialement le système des paratonnerres de l’hôtel de ville de Bruxelles du système universellement appliqué en France :
- Au lieu d’une tige unique, ou de tiges peu nombreuses, d’une grande hauteur, terminées par des pointes obtuses (cône de 30 degrés au sommet), M. Melsens emploie de nombreuses aigrettes placées en tous les points présentant une élévation relative par rapport aux parties qui les entourent; ces aigrettes sont composées de tiges dont les pointes sont dirigées dans tous les sens ; les unes sont grandes et
- 1 Exposé des motifs des dispositions adoptées par Melsens, membre de l'Académie royale des sciences de Belgique. — 1 vol. pelit in-4°, 157 pages, 18 planches. — Bruxelles, 1877
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- dorées; les moyennes sont en fer; les petites sont en cuivre rouge : toutes sont très-effilées.
- Les raccordements qui sont constitués par des pièces réunies par des boulons, des rivets ou des vis et qui peuvent se déranger, s’altérer dans le système ordinaire, ont été remplacés à l’hôtel de ville de Bruxelles par des liaisons simples et inaltérables : généralement les extrémités des conducteurs en présence, bien décapées, sont soudées et noyées dans une massclotte de zinc.
- Les conducteurs sont ordinairement peu nombreux, uniques quelque-lois : leur section est relativement grande, assez considérable pour que ces barres de métal soient difficiles à ployer pour suivre les contours de l’édifice; leur surface est faible. M. Mel-sens a employé des fils d’un seul brin, minces, nombreux, faciles à plier et à onduler ; la répartition d’une même masse de métal en un grand nombre de conducteurs augmente notablement la surface ; ajoutons que, à Bruxelles, la section cumulée des divers conducteurs dépasse celle qui eût été strictement nécessaire d’après les instructions officielles françaises.
- L’une des différences les plus considérables consiste dans les précautions qui ont été prises à Bruxelles pour établir une large, très-large communication du système des conducteurs avec la terre, avec le réservoir commun : cette précaution, dont peut-être on ne s’est pas assez préoccupé en général, est des plus importantes : un paratonnerre dont les communications souterraines sont insuffisantes est loin d’être une garantie suffisante, il peut même arriver qu’il soit plus dangereux qu’utile.
- Entrons maintenant dans quelques détails sur l’établissement du système de paratonnerres de l’hôtel de ville de Bruxelles, et signalons quelques points qui iront pu trouver place dans le résumé sommaire que nous venons de faire.
- Une expérience ancienne déjà et classique, mais à laquelle Faraday a donné une forme nouvelle, montre que l’espace compris à l’intérieur d’un conducteur métallique en large communication avec le sol
- est à l’abri des actions électri-quesqui sont produites à l’extérieur : un élcc-troscopetrès sensible placé sous une cloche en toile métallique en communication métalli |ue avec le réservoir commun ne présente aucune divergence , bien qu’à côté on développe de l'électricité, on tire des étincelles, etc. On ne peut ainsi placer un monument sous un abri métallique, mais on atteint évidemment un résultat analogue en établissant un assez grand nombre de conducteurs reliés entre eux par des tiges, ceintures métalliques et constituant ainsi un réseau à très-large maille. On complète la protection par l’emploi de pointes multiples, réparties en aigrettes et dirigées dans tous les sens. La question des masses métalliques qui entrent dans la construction d’un bâtiment a préoccupé M. Melsens. Il pense que les masses isolées, noyées dans la maçonnerie qui n’ont aucune communication directe ou indirecte avec le sol peuvent ne pas être reliées au paratonnerre. Il en est autrement s’il pouvait s’établir une communication plus ou moins complète avec le sol, car alors le flux électrique pourrait quitter le paratonnerre pour se porter sur cette masse faisant fonction de conduc-
- Fiff. 1. - Nouveaux paratonnerres en aigrettes de l’IIôtel-de-Ville dè Bruxelles
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- leur, en produisant une étincelle susceptible d’allumer un incendie, d’amener des dégâts, etc. Mais si dans ce cas, il convient de relier ces masses au paratonnerre, il faut au moins deux points de contact, de façon à réaliser toujours des circuits métallique fermés.
- Dans la ligure 1, qui donne une vue de deux des façades de l’hôtel de ville de Bruxelles, on a représenté par de forts traits noirs les conducteurs et les aigrettes qui protègent cette partie de l’édifice, sauf pour la flèche où ces indications ne sont pas données. La figure2 représente avec détails le sommet decette flèche, qui est surmontée d’une statue de saint Michel terrassant le dragon qui fait fonction de girouette. On voit que la hase de la statue est protégée par 8 tiges P inclinées à 45°, et par autant d’aigrettes issues des points m, ni : toutes ces pointes sont reliées entre elles par une ceinture métallique HK1I à laquelle elles sont toutes soudées. De plus cette ceinture et les aigrettes communiquent à une calotte métallique F F qui recouvre la flèche et par diverses pièces à la statue même par l’intermédiaire de l’axe métallique vertical qui lui sert de support. Enfin, de cet ensemble partent 8 conducteurs métalliques GG qui descendent sur les faces de la tour et qui sont reliés à chacune des 4 galeries qui la composent avec des aigrettes disposées sur les clochetons et quelquefois avec des ceintures métalliques entourant la maçonnerie; la section totale de ces conducteurs est de 628 millimètres carrés. La flèche et la tour, abstraction faite de la grande aigrette située au sommet (fig. 2) contiennent 36 aigrettes comprenant 264 pointes; il y a en outre 164 pointes réparties sur d’autres parties de l’édifice, ce qui porte le nombre total à 428. Deux conducteurs de 6 millimètres de diamètre font le tour de l’édifice, l’un régnant sur la ligne de laite la plus élevée et sur le sommet des mansardes extérieures (fig. 1) et commu-
- niquant aux aigrettes des tourelles; l’autre régnant sur les mansardes intérieures donnant sur des cours (non visibles sur la figure); ces deux conducteurs sont soudés avec ceux qui descendent de la tour principale.
- Ces conducteurs s’arrêtent à 1 mètre au-dessus du sol et se terminent dans une caisse de fonte galvanisée de laquelle partent inférieurement trois séries de conducteurs formés de plusieurs fils chacun et ayant une section totale de 1884 millimètres carrés. La caisse a été remplie de zinc fondu qui établit une communication parfaite entre le paratonnerre aérien
- et le paratonnerre souterrain auquel, comme nous l’avons dit, M. Melsens attache une très-grande importance.
- Une série des conducteurs inférieurs aboutit dans un puits situé sous un trottoir qui règne dans la cour : cette communication seule serait probablement suffisante, au moins si l’on s’en rapporte aux données généralement admises : la surface de contact, en particulier, est plus considérable qu’on ne Je considère ordinairement comme nécessaire. Les deux autres séries de fils passent souterrainement chacune dans un tuyau de fonte où les conducteurs sont noyés dans du brai de goudron de gaz, et vont aboutir avec des contacts métalliques parfaits, l’une sur une conduite d’eau, l’autre sur une conduite de gaz. La communication avec le réservoir commun est ainsi établie par un réseau d’une très-grande étendue, ce qui assure que la partie souterraine du paratonnerre est une garantie complète de sécurité. M. Melsens a longuement étudié et discuté cette question, et c’est en s’appuyant sur de sérieuses autorités qu’il s’est décidé à profiter de ces conduites souterraines. Nous croyons savoir que, dans une grande ville de France, l’administration a refusé de laisser mettre en communication avec les conduites d’eau les paratonnerres des bâtiments municipaux; nous admettons
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- que cette décision ait été mûrement délibérée, mais elle entraîne à un supplément considérable de dépenses par suite de la nécessité de creuser des puits en nombre suffisant.
- Nous espérons avoir donné une idée complète, bien que sommaire, des principes qui ont guidé M. Melsens ainsi que de l’application qu’il en a faite au paratonnerre de l'hôtel de ville de Bruxelles. Ce que nous avons dû passer sous silence, à notre grand regret, ce sont les faits cités par le savant académicien à l’appui de ses idées, ce sont les discussions des opinions émises par les auteurs qui se sont occupés du sujèt, faits et discussions qui augmentent l’intérêt de cet important travail. Nous dirons seulement qu’à l’ordre adopté par l’auteur, quelque méthodique qu’il soit, nous eussions préféré que la description du système de paratonnerres et l’exposition des principes qui ont conduit à son adoption, fussent traitées en deux parties distinctes. C’est là, on le voit, une bien faible critique qui n’enlève absolument rien à la valeur d’un mémoire qui sera lu par toutes les personnes que préoccupe l’étude de l’électricité atmosphérique. C. M. Gariel.
- SOCIÉTÉ FRANÇAISE DE PHYSIQUE
- Séance du 18 janvier 1878.
- M. Melsens fait hommage à la Société de son mémoire relatif au système de paratonnerre qu’il a été chargé d’établir sur l'Hôtel de ville de Bruxelles, et dont il vient d’être question dans la notice précédente. M. d’Alméida résume les parties principales de ce travail et donne une description succincte des innovations apportées par l’auteur. M. Mascart dit qu’en principe le mode de préservation adopté par M. Melsens. consiste à enfermer l’édifice dans une cage en fer convenablement relire au sol. A propos de cette communication électrique avec la terre, M. Berthelot insiste sur la nécessité de relier le conducteur du paratonnerre avec les conduites d’eau et les tuyaux à gaz. Des personnes compétentes pensent qu’il y aurait danger pour les ouvriers chargés des répara ions, lorsque les conduites d’eau sont suspendues dans les égouts. Ce danger peut être écarté; il suffirait d’établir, de distance en distance, des jonctions métalliques avec le sol.
- Le secrétaire général présente encore de la part de M. Melsens, un rhéomètre qui, sur ses conseils, est employé sur les lignes télégraphiques de Belgique, pour déterminer la direction des coups foudroyants. M. Melsens fait don de cet instrument à la Société qui lui adresse ses remerciments.
- Le secrétaire général lit une lettre de M. Jamin, annonçant à la Société la mort de M. Becquerel. M. Jamin s’excuse de ne pouvoir, par suite de ce deuil de famille, faire à la Société la communication qu’il avait promise sur les aimants.
- M. Antoine Bréguet expose à la Société les recherches faites jusqu’à présent dans le but de renforcer les sons du téléphone. La faiblesse des courants, qui sont produits dans le téléphone de M. Bell, a conduit à chercher à faire naître des variations de courant qui doivent faire vibrer la plaque du récepteur au moyen des variations de résis-
- tance, engendrées dans un circuit de pile par les vibrations du départ, M. Edison a employé, dans ce but, un crayon de plombagine appuyant sur une membrane métallique, faisant avec lui partie du circuit. Les vibrations de cette plaque amènent des variations dans la pression qu’elle exerce sur la plombagine, et par suite des variations dans la résistance qui se traduisent au récepteur ordinaire de Bell, avec une intensité qui peut être augmentée à volonté. M. Pollard a répété ces expériences M. Salet a substitué à la plombagine un crayon de charbon de cornue (crayon de lumière électrique) et a obtenu de bons résultats. L’intensité se trouve ainsi considérablement augmentée, mais aux dépens du timbre et le son est noyé dans une espèce de grésillement. M. A. Bréguet a essayé différents charbons ; il a employé aussi diverses surfaces métalliques dépolies. Il attribue la variation de résistance non à des différences de pression, mais plutôt à des différences dans le contact, celui-ci se faisant par plus ou moins de points avec la plaque vibrante. M. A. Bréguet donne une description, d’après un journal américain, du téléphone parlant de M. Edison, permettant d’enregistrer les paroles et de les reproduire ensuite. Des recherches dans ce genre ont été entreprises depuis longtemps déjà par MM. Marcel Deprez et Napoli. M. Marcel Deprez rend compte à la Société des différents systèmes qu’il a successivement essayés et des résultats auxquels il est déjà parvenu : résultats au moins égaux, et, en tous cas, antérieurs à ceux que d’après M. Roosevelt aurait obtenus M. Edison.
- LES PROGRÈS DE LA fiOTANIQUE
- Dans la Bible, il est fait mention de cinquante plantes environ nettement déterminées et d’une cinquantaine d'autres désignées en termes plus généraux. Les œuvres d’Hippocrate mentionnent 254 végétaux, et celles de Théophraste environ 500. Diosco-ride en connaissait plus de 600 et on a relevé 800 noms de plantes dans l’Histoire naturelle de Pline. On a quelques données sur les plantes cultivées à l’époque de Charlemagne et dans les manoirs féodaux auxquels les croisés apportèrent quelques embellissements; mais c’est à partir de la Renaissance que la botanique, comme toutes les sciences d’observation et les arts techniques, prit enfin son essor.
- Dans le seizième siècle, on peut relever :
- 800 plantes dans les œuvres de Conrad Gerncr ;
- 1400 dans celles de Charles de l’Escluse;
- 2751 dans VHistoria generalis plantarum, de J. Dalechamps, en 1587 ;
- 6000 dans le Pinax theatri bolanici, de Gaspard Bauhin.
- Le dix-septième siècle est illustré par les œuvres de Tourncfort (1694); il connaissait 10 146 espèces; le premier, il les répartit en genres, au nombre de 694. Au dix-huitième siècle, l’immortel Charles Linné, le fondateur de la nomenclature botanique, avait, à la fin de sa vie, défini 7294 végétaux, distribués en 1259 genres.
- Au dix-neuvième siècle, d’après le Synopsis plantarum de Pcrsoon, l’on connaissait, en 1805, de 25 à 26000 espèces, y compris d’infimes moisissures et
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- tout ce que renfermaient les herbiers. En 1819, P. de Candolle, dans la deuxième édition de sa Théorie élémentaire de botanique, évalue à 50 000 le nombre des espèces alors connues scientiliqucment.En 1824, Slcndel, dans la première édition de son JYomencla-tor botanicus, donne 70 649 noms de plantes rangées dans 3933 genres; la seconde édition de ce catalogue en porte le nombre à 78 000, rangées dans 6722 genres ; mais ces nombres s’appliquent aux noms existant dans la science bien plus qu’aux choses existant dans la nature. L' Hortus britannicus de Jean-Claude Loudon, de 1839, énumère 51 731 espèces de 5732 genres. Eu 1845, Lasègue évalue les plantes connues à 95 000, et, en 18 i 6, John Lindley les répartit en 66 455 dicotylédones et 13 952 monocotylédones. Etienne Endlicher, dans son Généra plantarum (1836-1840), décrit 6895 genres connus dans le règne végétal, y compris les fossiles, ou seulement 6135 genres actuellement vivants et 240 familles. Eu 1853, J. Lindley ( Vege-table kingdom) évalue les genres à 8931 et les espèces à 92 920. En 1865, lîentley estime à 125000 les espèces connues.
- On est disposé à admettre que ce dernier nombre sera doublé quand on aura herborisé sur toute la surface de la terre. En attendant, on peut évaluer l’ensemble de ce qui est connu maintenant à :
- 60 000 dicotylédones;
- 20 000 monocotylédones ;
- 40 000 cryptogames :
- Soit environ 150 000 espèces réparties en 8000 genres.
- D'autre part, dans la première moitié de ce siècle, le nombre des espèces cultivées a été porté, en chiffres ronds, de 10000 à 30 000 et l’on peut supposer que le catalogue des plantes actuellement cultivées comprendrait quelque chose comme 40 000 espèces botaniques, sans compter les races et les variétés. A ce compte, il y aurait 10 000 espèces à ajouter aux Hortus de 1839, soit un chiffre rond de 250 à 300 espèces pour chaque année, ce qui concorde, paraît-il, avec le chiffre qu’on peut trouver directement : ainsi, l’inventaire dressé par M. André de Vos, rien que des plantes ornementales décrites ou figurées pour la première fois en 1876, comprend 175 noms nouveaux1.
- LES BRYOZOAIRES
- C’est une loi générale de la nature que les animaux faibles vivent réunis en colonies nombreuses ; ainsi les Pucerons, les Cochenilles, les Phylloxéras, etc. Plus faibles encore, la réunion est plus intime ; une foule d’êtres minuscules habitent un même polypier, gardant une vie individuelle dans la vie commune du support animé. On a longtemps rangé parmi les Polypes, c’est à-dire dans le même groupe que les Actinies, le Corail, les Hydres d’eau douce, des êtres agrégés, vivant presque
- 1 Belgujue horticole.
- exclusivement dans les eaux marines, formant à la surface des divers corps immergés des lames étalées en forme de croûtes ou de tiges ramifiées qui ressemblent à des mousses. ce qu’exprime le nom de Bryozaires (mousses animales) donné à ces êtres multiples agrégés.
- La structure anatomique de ces colonies criblées de petites loges a été étudiée dans un travail récent et plein d’intérêt de M. Joliet1, qui a passé en revue, à Roscoff, de nombreuses espèces de Bryozoaires de nos côtes. Il a reconnu la vraie signification des corps bruns, petites masses ovoïdes qui se trouvent dans la plupart des loges. Ce sont comme les résidus ou les momies des anciens polypèdes ou animaux des loges, inertes et incapables de bourgeonner, ne ressemblant nullement à un oeuf ou à un organe reproducteur quelconque. En outre, le prétendu système nerveux colonial, qu’on supposait exister et déterminer la contractilité et la sensibilité commune à l’animal multiple est un tissu constitutif et fondamental du Bryozoaire, auquel M. Joliet a donné le nom d’endosarque.
- La place zoologique réelle des Bryozoaires est encore incertaine. On les a séparés des vrais Polypes en remarquant qu’ils ont une cavité anale distincte de celle de la bouche et rejetée sur le côté; en raison de celte forme des extrémités qui terminent le tube digestif et qui ressemble à sa structure dans les Mollusques, on a longtemps rangé les Bryozoaires dans les Molluscoïdes, à la suite des Ascidies ou l'uniciers. Cette opinion a dû être abandonnée et les recherches que nous citons ont conduit leur auteur à démontrer qu’on doit éloigner les Bryozoaires du groupe des Hydraires, auquel quelques naturalistes allemands ont cherché récemment à les rattacher.
- Un autre travail sur les Bryozoaires, publié par M. J. Bar-rois2 en même temps que le précédent, a permis de préciser beaucoup plus cette question de la vraie place des * Bryozoaires dans la série zoologique, car le jeune savant lillois s’est occupé, dans son important mémoire, de la reproduction des Bryozoaires, de leurs embryons, de leurs larves. On sait que ces observations sur les premières formes des êtres ont une valeur capitale au point de vue des classifications naturelles. M. J. Barrois a entrepris des recherches très-étendues sur les formes larvaires de plus de trente-cinq espèces de Bryozoaires, appartenant à tous les genres du, groupe, et il est parvenu à les ramener à un type unique, dont il se sert ensuite pour étudier la marche générale du développement et les affinités du groupe. En comparant les affinités déduites de l’anatomie à celles qui résultent de l’embryogénie, on voit que les classes dont se rapprochent le plus les Bryozoaires sont celles des Rotifères et les Brachiopodes. La forme primitive des Bryozoaires offre en particulier une ressemblance frappante avec celles des Térébratules et des Térébratu-lines. M G.
- LE MUSÉUM D’ETHNOGRAPHIE
- DES MISSIONS SCIENTIFIQUES.
- Un nouveau Musée vient d’être fondé à Paris.
- M. le baron de Watteville, directeur des sciences et
- 1 M. Joliet, Contributions à l'étude des Bryozoaires des côtes de France. Thèse de doctorat ès sciences de la Faculté de Paris. Novembre 1877,
- 2 J. Barrois, Hecherches sur tembryologie des Bryozoaires. ln-4°, avec 15 planches. — Lille, 1877.
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- LA NATURE.
- lettres au ministère de l’instruction publique, est l’initiateur et l’organisateur de cette œuvre essentiellement nationale, puisqu’elle a eu pour but de réunir les collections rapportées des différents pays du monde, par les voyageurs envoyés en mission par le gouvernement français.
- Nous jetterons un coup d'œil rapide sur les curiosités ethnographiques qui sont actuellement présentées aux yeux du public dans les salles du Palais de l’Industrie, à Paris, et qui apportent des documents d’un puissant intérêt à l’histoire de l’humanité.
- La première exposition que le visiteur passe en revue au Palais de l’Industrie est celle qui se rattache à la mission de M. Rivière à Menton et en Italie. On a réuni dans une vitrine les remarquables objets découverts dans la grotte de Menton par ce patient explorateur, qui a fourni à la science de véritables richesses relatives à l’homme primitif en Europe.
- La première vitrine de cette collection a le privilège d’exciter l’attention. On y voit les instruments et les armes en silex et en obsidienne de notre ancêtre qui ne connaissait pas encore le métal, mais
- Fig. 1. — Nouveau muséum d'Ethnographie. — Exposition du palais de l’Industrie, à Paris. Mosquée de Kliiva. (D’après une photographie.)
- Mission de M. Ch. E. de Ujfalvy dans l’Asie mineure.
- qui confectionnait déjà des ornements en coquillages pour satisfaire sa coquetterie préhistorique. Nous n’insisterons pas sur cette collection qui a été précédemment décrite ici même dans la première année de ce Recueill.
- La mission de M. Ch. de Ujfalvy en Russie et en Asie centrale, nous ouvre les merveilles d’une civilisation ignorée, qui, malheureusement, s’éteint au milieu de ses imposantes ruines. Le savant voyageur, qui a parcouru les vallées du haut Zeraf-chan, le Ferghanah, le pays de Kouldja, a pu revêtir quelques mannequins des magnifiques costumes qu’il a rapportés de ses voyages. Les informations qu’il fournit à l’ethnographie, au point de vue
- 1 Voy. 1" année, 1873, p. 169.
- des monuments, sont des plus précieuses ; il présente notamment au public quelques phoîogra-phics très-remarquables, des vieilles mosquées de Samarkand, aux minarets élancés, gracieux, qui dominent des portiques aux arches hardies. La mosquée de Schah Sandeh, celle de Hazzet, celle de Gour Emir où se trouve le tombeau de Tamerlan, sont d’une rare magnificence. Nous donnons ci-dessus un spécimen d’un de ces curieux monuments persans (fig. 1). Les surfaces de ces palais somptueux étaient recouvertes de briques en faïence émaillée, qui sont des objets d’art d’un haut prix ; les dessins qui les décorent ne seraient pas désavoués par les maîtres du seizième siècle; l’éclat, l’harmonie de leurs couleurs sont de ceux qu’on ne saurait plus imiter aujourd’hui (fig. 2).
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- Grâce à M. de Ujfalvy, on peut se représenter les lien. Au milieu d'elle un peuple puissant qui se splendeurs de ces anciennes civilisations. Figurez- presse avec des bijoux brillants et des vêtements vous une ville entière étincelante sous un ciel ita- richement brodés. Quel spectacle devaient produire
- Fig. 2. — Fa'îences émaillées de la mosquée de Hazzct (Turkestan). Nouveau muséum d’Ethnographie. Mission de M, Ch. E. de Ujfalvy. 1. Fragment d'une faïence en relief. - 2. Pièce intacte de carrelage. — 3. Vase en faïence.
- les cavaliers montés sur des chevaux caparaçonnés de velours brodés d’or, harnachés d’un véritable diadème rempli de pierres précieuses, chevaux écumant sur des mors en argent et se cabrant sous le coup d’un fouet sans prix, incrusté de turquoises ! Ce tableau devait être digne des Mille et une Nuits. La première salle du Muséum nous montre non - seulement cette grandeur passée, mais encore la lente décadence de ces nations, jadis si prospères. Chaque époque se succède et à côté de l’œuvre de chacune d’elles, l’anthropologiste peut étudier le crâne de son auteur.
- Si l’Asie centrale est pour son patient explorateur une page infiniment curieuse de l’histoire de l’humanité, les civilisations antiques du Cambodge, le monde Khmer, sont jusqu’aujourd’hui une énigme sans solution. C’est la mission de M. Delaporte, lieutenant de vaisseau, qui nous en fait connaître les étonnantes richesses.
- S’il n’y a plus de nouveau monde à découvrir dans le présent, M. Delaporte nous a prouvé qu’il y en avait d’autres à trouver dans les ténèbres du passé. Le monde Khmer est si ancien que des forêts sécu-
- laires l’ont recouvert et que sa mémoire a suivi les peuples qui en ont été les auteurs, dans l’oubli, dans le néant. Cependant voilà encore un art architectural, tellement merveilleux que l’art classique et l’art moderne paraissent pauvres à côté de lui.
- Quel palais inouï notamment que ce palais d’Ancon ! Des galeries sans fin, des vastes salles, des toits en pyramides dorés se détachant sur le beau ciel des tropiques. Quel ensemble harmonieux, que de détails délicats ! Quel monde d’hommes et de dieux sur ces bas-reliefs énormes qui pourraient recouvrir le sol d’une ville entière ! Quelles scènes émouvantes de batailles, quel art, quel mouvement, quelle vérité !
- A côté des tableaux historiques révélés par M. Delaporte, la mission du docteur tlarmand, médecin de la marine, en Cochinchine, a puissamment contribué à jeter la lumière sur les inscriptions de celte époque, écrites dans une langue inconnue, au moyen de caractères encore indéchiffrables, sur d’innombrables parois de pierre.
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- LÀ NATURE.
- Il y a là pour l’archéologie une riche mine à exploiter et d’importantes découvertes pittoresques à faire.
- — La suite prochainement. —
- LES PÉRIODES VÉGÉTALES
- DE L’ÉPOQUE TERTIAIRE1.
- § V. — Période pliocène.
- De période en période, nous avons atteint la dernière de celles entre lesquelles se divisent les temps tertiaires ; nous avons vu successivement s’étendre et se retirer les mers nummulitique, tongrienne, mollassiquc; nous avons vu, en Europe, les eaux des lacs remplacer à plusieurs reprises les bassins maritimes en voie de dessèchement. Ces vicissitudes ont eu leur contre-coup élans la végétation, dont l’aspect et les éléments constitutifs ont parallèlement varié : à la flore si vigoureuse et si complète du premier âge tertiaire, un ensemble plus maigre, mais remarquable par l’inépuisable variété de ses formes est venu se substituer. A la fois chétive et tenace, semée de contrastes, empruntant ses traits distinctifs au continent africain et à l’Asie austro-orientale, cette seconda flore caractérisa l’éocène et se maintint partiellement durant la plus grande partie de la période suivante; elle céda pourtant peu à peu devant l’invasion de types et de formes adaptés à un climat moins sec et moins chaud, à des saisons moins tranchées, à l’influence déjà marquée d’un hiver, dont les rigueurs n’avaient rien pourtant de comparable à ce que sont les nôtres, même dans les parties méridionales de notre zone. Nous avons vu cette nouvelle végétation, dont les affinités n’ont plus rien d’africain, ni de sud-asiatique, mais dont les types continuent depuis lors à habiter les parties tempérées de l’hémisphère boréal, prendre graduellement de l’extension, puis de la prépondérance et dominer d’une façon presque absolue, dans l’âge qui correspond à l’établissement de la mer mollassique en Europe, Cet âge marque pour notre continent une ère de splendeur végétale, un temps de calme, d’humidité égale et bienfaisante, sans extrêmes d’aucune sorte, qui ne reparaîtra plus et qui indique l’apogée du développement de la nature végétale sur notre sol, encore exempt des épreuves qu’il était destiné à subir.
- La période pliocène est celle où le déclin s’accompli t, où les conditions climatériques s’altèrent définitivement, où la végétation se dépouille graduellement et s’appauvrit pour ne plus rien acquérir désormais. La marche du phénomène est lente et presque insensible, mais elle glisse sur une pente qui ne s’arrête jamais. Ces ornements que nous envions aux régions favorisées du soleil, cette réunion d’arbres précieux, de plantes nobles ou élégantes aux-
- 1 Suite. Yoy. p. 42, et année 1877.
- quelles nous ouvrons un abri artificiel au fond de nos terres et que l’Europe possédait jusque-là, elle va les perdre. Les végétaux frappés d’ostracisme prendront un à un le chemin de l’exil ; ils s’éloigneront par étapes ; c’est leur exode que nous aurions à décrire, s’il nous était donné de les suivre dans leur route rétrograde -et de les signaler tous, à mesure qu’ils abandonnent notre sol.
- Dans la période pliocène, comme dans toutes celles qui ont précédé, nous avons à considérer plusieurs sortes de phénomènes, étroitement enchaînés, les uns physiques, les autres climatériques, les derniers organiques et résultant des premiers comme des conséquences forcées d’autant de prémisses.
- Le fait matériel le plus saillant qui se présente à l’esprit, sitôt que l’on touche au pliocène, consiste dans le retrait de la mer qui, après avoir longtemps baigné l’Europe centrale et l’avoir découpée de part en part, s’en est retirée en laissant à la masse de notre continent la configuration qui lui est restée. Ce retrait, il est vrai, ne s’est pas fait en un jour ; les causes qui l’amenèrent furent d’abord lentes à se produire. Quelque violence que l’on attribue aux événements géologiques qui le déterminèrent, ils furent accompagnés d’une foule d’indices et d’accidents précurseurs qui, tous, présentèrent la même signification et tendirent à restreindre l’étendue de la mer ou à introduire les eaux douces la où les flots salés avaient jusqu’alors exclusivement dominé.
- En Provence, sur bien des points de la vallée intérieure de la Durance et même aux environs d’Aix, la mollasse marine à Ostrœa crassissima passe supérieurement à des formations d’eau douce, lacustres ou palustres, comme si des bassins alimentés par des eaux courantes avaient immédiatement succédé aux derniers dépôts marins. Il en est ainsi à Cueu-ron, au pied du Mont-Léberon, sur les lieux où M. Albert Gaudry a exhumé d’innombrables ossements de mammifères ; il en est encore ainsi un peu plus loin, près de Peyrolles et de Mirabeau, où M. le professeur Collot a observé un calcaire traverlineux supra-mollassique qui recouvre la formation marine sur une assez grande étendue. Ce calcaire renferme des empreintes de végétaux terrestres et, parmi ces restes difficiles à extraire de la roche, j’ai distingué les fragments de tige d’un bamhou et les feuilles d’un figuier d’aspect entièrement exotique.
- Ce que l’on sait de l’époque correspondant au premier déclin de la mer mollassique annonce un temps de calme et l’influence d’un climat essentiellement favorable à l’essor des deux règnes, plus étroitement solidaires l’un de l’autre qu’ils ne le furent jamais. La multiplication des herbivores oblige effectivement d’admettre l’abondance et la variété des plantes dont ces animaux se nourrissent exclusivement. C’est le moment des riches faunes du Mont-Léberon en Provence, de Pikermi en Grèce, d’Eppelsheim sur les bords du Rhin. M. Gaudry, en décrivant les espèces dont il a retrouvé des troupes entières, a proclamé avec laison ce fait qui ressort invinciblement de ses
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- recherches, que la fin de l'époque miocène a été caractérisée par le grand développement des herbivores. L’évolution de ces êtres supérieurs touche alors à son terme ; après une longue et obscure élaboration, leurs types tendent finalement à se fixer, après s’être spécialisés. L’ébranlement qui pousse l’organisme vers de nouvelles combinaisons, l’engage dans des voies graduellement divergentes et le conduit à des adaptations de forme, de fonctions et de régime de plus en plus nettement distincts, cet ébranlement ne peut se produire et se maintenir de façon à réaliser ses dernières conséquences, que sous l’impulsion des circonstances extérieures. Sans doute, c’est l’organisme seul qui, en se transformant, a changé peu à peu les pachydermes en ruminants, d’une part, en rhinocéros et en solipèdes, de l’autre; mais si l’autre règne n’avait pas grandi d’âge en âge, s’il ne s’était pas graduellement diversifié, s’il n’avait pas présenté aux mammifères une nourriture toujours plus variée et plus abondante, le phénomène organique d’où tant de types si rigoureusement adaptés sont à la fin sortis, n’aurait pu se réaliser, ou en se faisant jour n’aurait abouti qu’à de moindres résultats. Il faut donc nécessairement recourir au règne végétal pour comprendre et pour expliquer les merveilles de l’autre règne ; le premier ne saurait être chétif et pauvre, sans que l’autre ne le devienne également, tellement tout s’enchaîne dans les deux ordres de créatures vivantes, destinées à une perpétuelle et nécessaire association.
- Cte G. de Saporta,
- Correspondant de l'Institut,
- — La suite prochainement. —
- LE MAMMOUTH DU MUSÉUM DE LYON
- Les ossements fossiles d’éléphants ont excité dès la plus haute antiquité la curiosité du public, et ils ont de bonne heure attiré l’attention des naturalistes. Leur volume, généralement considérable, les a fait remarquer et recueillir partout, et avant d’avoir été étudiés, ils ont été considérés bien souvent, et jusqu’à la fin du dernier siècle, comme des débris de géants ou de personnages vénérables.
- Falgose rapporte qu’en 1456 le Rhône mit à découvert près de Saint-Péray, non loin de Valence, de très-grands ossements dont une partie fut portée à Bourges et suspendue dans la Sainte-Chapelle de cette ville. Cassanion mentionne une découverte analogue faite en 1564 dans une localité voisine. C’est également en Dauphiné et près de Valence que furent exhumés en 1615 les fameux ossements attribués au roi géant Tcutobochus et qui furent le sujet de longues et laborieuses dissertations entre Habicot et Riolan vers 1615 ; ce dernier fut le premier à reconnaître dans ces ossements ceux d’un éléphant.
- En 1789, les chanoines de Saint-Vincent faisaient promener processionnellement dans les rues et dans
- les campagnes, pour obtenir la pluie, un prétendu bras de saint qui n’était autre chose qu’un fémur d’éléphant.
- Depuis ces époques de crédulité aveugle, et principalement grâce à Cuvier, la science s’est emparée de ces reliques exhumées en nombre de plus en plus considérable par suite du développement de l’activité humaine toujours croissante.
- Le bassin moyen du Rhône, au milieu duquel sont venus s’épanouir, à la fin de la période tertiaire, de grands et puissants glaciers, est incontestablement l’une des régions les plus riches du centre de l’Europe en débris d’éléphants fossiles. Lyon et ses environs, dont les collines sont à peu près uniformé-ments recouvertes d’un manteau de lehm glaciaire, a fourni en particulier Tune des plus belles séries de ces fossiles. « C’est un véritable cimetière d’éléphants », comme le disait feu Jourdan, l’ancien directeur du Muséum de Lyon (1854 à 1869). Il n’est pas d’excavation entreprise dans la ville ou dans les environs, dans la vallée de la Saône ou dans celle du Rhône, qui n’ait donné quelques débris de proboscidiens.
- DIMENSIONS DU MAMMOUTH DU MUSÉUM DE LYON.
- membre antérieur droit. MAMMOUTH. ELEP1US JNDICUS.
- Apophyses dépassant l’omoplate. 0-.26 0m,19
- Omoplate 1*.04 0*,74
- Humérus 1“,16 0“,8i
- Cubitus 0m,79 0*96
- Pied 0*,50 0*42
- Hauteur au garrot. . . . 5*,75 2*85
- Jusqu’en 18u9 Lyon ne possédait que des dents, des mâchoires isolées ou portions diverses de squelettes appartenant à plus de quatre-vingt-dix individus différents et provenant de vingt-cinq stations, lorsque des fouilles opérées près du confluent du Rhône et de la Saône, pour les fondations d’un bâtiment sur les flancs de la colline de Sainte-Foy, mirent à jour toutes les parties du squelette d’un éléphant de très-grande taille en parfait état de conservation.
- Cette pièce capitale fut recueillie avec le plus grand soin par M. Jourdan ; mais ce n’est qu’en 1872 que son successeur, M. Lortet, put en faire réunir les diverses parties dispersées et oubliées dans les entrepôts du Muséum.
- Monté avec beaucoup d’habileté par M. Charles Revil, l’un des préparateurs du Muséum de Lyon, cet éléphant représente le troisième exemplaire de ce genre de proboscidiens fossiles dont on possède un squelette complet, mais il est unique de son espèce.
- Antérieurement à sa découverte, on ne connaissait que le Mammouth du Musée de Saint-Pétersbourg et celui du Musée de Bruxelles : le premier, trouvé en 1799 sur les bords de la mer Glaciale, à l’embou-
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- LA NATURE.
- chure de la Léna, ne fut monté que vers 1825 et appartient à l’espèce primigenius dont il est devenu le type; le second, extrait en 1860 des tourbes de Lierre, dans la province d’Anvers, a été monté en 1871 sous la direction de M. Dupont.
- Comme celui de Saint-Pétersbourg, l’éléphant de Bruxelles appartient à l’espèce primigenius. Celui de Lyon peut être rapproché de la forme intermédiaire entre cette espèce et celle qui a reçu le nom de meridionalis et que Falconner a appelée antiquus; mais M. Jourdan a cru reconnaître dans l’éléphant de Lyon une nouvelle forme intermédiaire entre YElephas antiquus et YElephas primigenius et lui a donné le nom de intermedius. N’aurait-on pas là
- seulement une race propre aux vallées de la Saône et du Rhône dont le caractère principal est d’être un peu plus trapu que YElephas antiquus.
- Les dimensions du Mammouth de Lyon sont plus considérables que celles du spécimen de Saint-Pétersbourg, de Bruxelles et des plus grands exemplaires d’espèces vivantes.
- 11 mesure au garrot 3ra,75; celui de Bruxelles n’a que 3ra,60, et celui de Saint-Pétersbourg 3m,45.
- Les proportions du Mammouth de Lyon, comparées à celles d’un Elephas indiens, envoyé depuis peu de temps au Muséum de Lyon et venant de Cochinchine, seraient peut-êtreplus facilement appréciées. Cette comparaison (vov. le tableau précédent)
- Mammouth (Elephns intermedius, Jourdan) trouvé dans le Lelim, en 1859, rue des Trois-Artichauts, à Lyon. Squelette monté au Muséum d'histoire naturelle de Lyon par M. C. Revil, préparateur.
- est d'autant plus intéressante que YElephas indicus présente la forme la plus voisine de YElephas antiquus.
- Bien que le sujet comparé au Mammouth de Lyon soit d’assez grande taille, on voit qu’il est près d’un tiers moins gros.
- Le fémur du Mammouth a lm,25, le tibia 0m,69, et les défenses, parfaitement conservées et très-fortement recourbées, atteignent 2“‘,10; le diamètre de leur courbure est de 1 mètre ; elles ont à la base, près de l’alvéole, 0“,53 de circonférence, et leur diamètre estde 0n‘,17. Ilne manque à ce squelette qu’un très-petit nombre de pièces : quelques vertèbres et quelques côtes; aussi a-t-il été facilement restauré.
- Pour expliquer cet état parfait de conservation, il faut admettre que l’animal est mort sur place, ou
- qu’il a été envasé peu de temps après sa mort, dans un de ces remous du fleuve aux eaux boueuses s’échappant des glaciers qui recouvraient les plateaux de la Bresse et du Dauphiné, et dont les traces sont importantes dans la partie moyenne du bassin du Rhône.
- La configuration actuelle du sol montre encore comment ont pu s’opérer ces dépôts si puissants de lehm dans les vallées du Rhône et de la Saône : presque partout ce sont des anses ou des golfes qui, permettant aux eaux tournoyantes de venir déposer leurs limons, produit de la lévigation des moraines, retenaient aussi les matières organiques charriées par les eaux, et nous ont ainsi conservé les précieux débris de la faune quaternaire. Ernest Chantre,
- Sous-Dii’ecleur du Muséum de Lyon.
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- PIROGUE
- TROUVÉE DANS UNE STATION LACUSTRE DU LAC DE GENÈVE.
- Aù mois de novembre 1877 , une Société de bateliers qui s’intitule Lacustreurs, parce qu’ils font métier d’exploiter pendant les basses eaux les antiquités que recèlent les bords du lac, a réussi à retirer de la station lacustre près de la ville de Morges les restes d’une pirogue antique qui gisait à 4 ou 5 mètres de profondeur.
- A la suite d’une première tentative maladroite, laite il y a quelques années pour enlever cette pirogue, elle avait été brisée à l’une de ses extrémités. Les lacustreurs s’y sont pris plus habilement; ils
- sont parvenus à pratiquer sur le fond, à droite et à gauche de la pirogue, deux fossés d’une profondeur suffisante, au moyen desquels ils ont passé en dessous de l’esquif des barres transversales à peu près équidistantes. Ils ont ensuite attaché des cordes aux extrémités de ces barres et, après avoir soulevé l’esquif jusqu’au niveau de l'eau, ils l’ont recueilli sur un plancher flottant, puis ils l’ont conduit à Genève et l’ont vendu au Musée des antiques.
- M. le docteur Gosse, l'intelligent directeur de ce Musée, sachant que l’air détruit en peu de temps les anciens bois retirés des habitations lacustres, a fait placer cette pirogue dans une grande cuve doublée de zinc dans l’eau de laquelle elle est complètement immergée.
- Comme on ne pouvait ni sortir cette nacelle de
- Coupe par T. 2,
- Fig. 1, 2 et 3 — Plan et coupe de. la pirogue autéhislorique récemment trouvée dans le lac de Genève.
- l’eau, ni la faire photographier dans cette position, je me suis borné à prendre des dimensions exactes, en me servant du niveau supérieur de l’eau et des faces de la cuve en guise de plans coordonnés pour déterminer la forme des contours et la position des parties essentielles.
- La gravure ci-dessus représente le plan (fig. 1), deux élévations latérales (fig. 2 et 3), et deux coupes perpendiculaires transversales.
- Il est probable que les deux extrémités se terminaient en pointe, mais les parties de l’extrémité rompue n’ont pu être recueillies.
- 11 paraît que la longueur totale était comprise entre 4 et 5 mètres; la largeur est de O1",70; le fond a une épaisseur de 8 à 10 centimètres, et celle des côtés varie de 6 à 8 centimètres.
- L’extrémité qui subsiste AEFF' n’est pas évidée;
- elle est arrondie en forme de siège, seulement il s’en est détaché une très-forte esquille, comme on peut le voir dans la coupe 4 et sur la figure 1, où eette esquille correspond aux lettres ka' a* Db'.
- Une assez grande partie des flancs de la pirogue est restée à peu près intacte, savoir de F' en K et de E en J.
- Dans le fond de la pirogue, à 0ra,70 environ du siège plein mentionné plus haut, on voit deux pièces saillantes qui font partie du fond et qui ont été réservées par le constructeur d ms le but bien évident de servir d’appui pour les deux pieds du rameur. Ces parties saillantes, qui ont environ0m,04 à 0m,05 de hauteur, sont placées à égale distance du siège et elles sont écartées l’une de l’autre d’environ O01,20. Elles sont figurées dans la planche par les lettres H, h.
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- LA NATURE.
- D’après leur position, on peut conjecturer d’une manière à peu près certaine que le conducteur de la pirogue se tenait assis, qu’il se servait d’une pagaie sans prendre de point d’appui sur les bords de la nacelle et qu’il faisait avancer celle-ci en face de lui, l’extrémité rompue devenant la proue, tandis qu’il était assis à la poupe sur la partie pleine et que ses pieds appuyaient contre les saillies II, h pour résister à l’impulsion d’avant en arrière que ses deux mains imprimaient à la pagaie, tantôt à droite, tantôt à gauche, pour faire avancer la nacelle.
- Ce système est entièrement changé aujourd’hui ; les rames, notablement plus longues, prennent un point d’appui sur les bords du bateau, en sorte que le rameur tourne ordinairement le dos à la proue.
- On n’a pas retrouvé, dans les diverses stations lacustres du lac Léman, de rames ni de pagaies ; celle qui est figurée dans la planche a été donnée au Musée de Genève, et a été retirée du fond tourbeux d'un lac italien.
- La pirogue de Morges avait été entaillée dans un tronc de chêne au moyen d'instruments de pierre ou de bronze. Il peut être intéressant de savoir qu’on se sert encore aujourd’hui de nacelles entaillées dans des troncs d’arbres sur le petit lac d’Egeri, dans le canton de Zug. On appelle ces embarcations Eibaum (probablement pour Einbaum, arbre unique). C’est sur la rive occidentale de ce lac, à Morgarten, que, le 16 novembre 1515, la petite année des confédérés suisses défit complètement les troupes de Léopold d’Autriche, dans un combat qui assura la liberté et l’indépendance de la Suisse. D. Colladon,
- Correspondant de l’Institut.
- CHRONIQUE
- Association française pour l’avancement des sciences — Congrès de Paris. — En raison do la solennité de l’Exposition universelle, Y Association française, dans l’assemblée générale du Havre, a décidé de tenir exceptionnellement, à Paris, son Congrès annuel; bien que la date n’en soit pas absolument fixée, tout porte à croire que, comme les années précédentes, la session aura lieu pendant la seconde quinzaine d’août. Nous croyons savoir de bonne source que toutes les dispositions seront prises pour que ces assises scientifiques, qui réuniront certainement un grand nombre de savants français et étrangers, présentent, à tous égards, un attiait exceptionnel. Nous tiendrons nos lecteurs au courant des résolutions qui seront adoptées : nous nous bornons à rappeler que la session sera présidée par H. Frémy, membre do l’Institut, professeur au Muséum d’histoire naturelle. M. Bardoux, président du conseil général du Puy-de-Dôme, député, actuellement ministre de l’Instruction publique, a été élu vice-président au Congrès du Havre : il passera de droit président pour la session de 1878, qui se tiendra à Montpellier.
- Merveilleux instinct d’un insecte. — Un naturaliste allemand, le docteur Dewilz, décrit un exemple bien remarquable de l’instinct qui porte les insectes à
- adopter un déguisement protecteur. C’est un fait bien connu que les chrysalides, les larves, et même les insectes parfaits échappent souvent à leurs ennemis par la conformité de leur couleur avec celle des objets voisins. Ici, l’imitation est plus singulière, et elle ne peut être expliquée par l’hypothèse d’une action colorante de la lumière réfléchie. La chrysalide d’un papillon du genre Aidos, qui habite le Yénézuela, est parfaitement apparente, mais elle semble vide et percée de trous. En l’examinant de plus près, on voit que l’enveloppe de la chrysalide est double : la couche extérieure seule est perforée, et la couche intérieure présente, dans les points correspondants, des échancrures qui concourent à produire l’impression de creux profonds. C'est la chenille qui, après avoir filé ce cocon externe percé de trous, se tisse une enveloppe interne continue et bien fermée. R. Vion.
- Un champignon fossile. — M. Worthington Smith a découvert, sur un fossile du terrain houiller (Lepido-dendron), le mycélium et les oogonies d’un champignon extrêmement voisin du Pcronospora infestons (le champignon de la maladie de la pomme de terre). Sous un grossissement de 400 diamètres, les utricules et les zoo-sphores des deux espèces se montrent absolument semblables, et M. Smith a nommé le spécimen fossile Perono-sporites antiquarms.
- Aéronautique. — Nous empruntons à YAéronaute deux faits intéressants qu’il publie au sujet des ballons.
- « Des expériences se font en ce moment à Bridgeport (Connecticut) avec des aérostats non montés munis d’un mécanisme automatique devant laisser tomber des projectiles à des instants déterminés sur une ville assiégée ou une armée ennemie. Un projet de cette sorte avait déjà été présenté en 1870 au gouvernement de la Defense nationale, mais l’application n’en avait pas été approuvée. En 1849, les Autrichiens assiégeant Venise avaient lancé 400 petits hallons porteurs de bombes qui devaient incendier la ville. Mais le vent, à une certaine altitude, ramena les ballons au-dessus de l’armée autrichienne dans laquelle les bombes firent du ravage. L’essai ne fut pas renouvelé. Les Américains feront-ils mieux ? C’est peu probable.
- « Un aéronaute anglais, M. Kind, a exécuté à Bombay, une ascension dans les derniers jours de novembre 1877. Il partit seul avec un ballon insuffisamment gonflé. L’aérostat s’éleva rapidement, et à une grande hauteur, il sortit du courant qui soulflait dans la direction des côtes. Il fut entraîné vers l’océan Indien, mais, comme dans l’ascension maritime du Neptune à Calais, l’aéronaute redescendit, le courant inférieur le ramena au-dessus de l’île où il prit terre près du palais d’un rajah. M. Kind se prépare à continuer ses ascensions. »
- Réactif pour l’alcool. — M. Cloëz a lu récemment à la Société d’encouragement, au nom du comité des arts chimiques, un rapport sur les procédés pour reconnaître de petites quantités d’alcool vinique mêlé à d’auti’es substances, qui ont été trouvées par M. Jacquemart, pharmacien à Paris. On sait que les droits imposés sur l’alcool, soit pour le trésor public, soit pour l’octroi des villes, sont élevés. II en est résulté une grande activité de la fraude pour se soustraire à leur payement, et des moyens très-divers, très-mullipliés ont été inventés pour dissimuler la présence de l’alcool : parmi eux on compte surtout le mélange de ce liquide avec d’autres matières qui fonL disparaître, en apparence, complètement ses propriétés, mais desquelles on peut le séparer aisément quand le bureau
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- LA NATURE.
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- de perception des droits est franchi. Dans les laboratoires de chimie, la présence de l’alcool peut toujours être constatée par des moyens plus ou moins compliqués : mais, pour que le chimiste soit appelé à faire cette constatation, il faut que la présomption de la fraude ait été, en quelque sorte, établie par un examen préalable qui doit être fait au bureau de perception, et qui, par conséquent, doit pouvoir être opéré simplement et en très-peu de temps par un employé quelconque des contributions indirectes, des douanes ou de l’octroi.
- M. Jacquemart, pharmacien-chimiste, a trouvé, en 1874, un réactif de l’alcool d’une sensibilité parfaite et dont l’emploi ne laisse rien à désirer sous le rapport de la simplicité d’emploi et de la rapidité de son exécution. Ce réactif est une dissolution d’azotate de mercure, obtenue en traitant le métal par une proportion convenable d’acide azotique de concentration moyenne. L’action de cet azotate acide sur l’alcool du vin, est vive et rapide. Elle donne lieu à des produits nombreux; mais dans les conditions de l’expérience, le mercure est en partie ramené au minimum d’oxydation et, si l’on ajoute au mélange après la réaction un peu d’ammoniaque, on obtient un précipité noir d’autant plus foncé que l’alcool du vin est en plus grande quantité dans le produit suspect. L’alcool méthylique et les autres liquidas analogues, se comportent tout autrement et ne donnent pas de précipité noir avec l’ammoniaque. Les appareils et réactifs nécessaires et l’instruction sur la manière de s’en servir dans les différents cas, sont contenus dons une boite portative. On opère sur une quantité de cinq à six centimètres cubes de liquide. Quand il est coloré on le décolore préalablement avec une certaine quantité de noir animal ; s’il contient des essences ou autres matières insolubles dans l’eau qui pourraient donner une coloration avec la dissolution de mercure, on le mélange d’abord avec de l’eau salée, qui fait faire la séparation de ces matières et on n’opère que sur le liquide aqueux recueilli avec une pipette. Lorsqu’on a affaire à un mélange solide, pommade, savon, pâte, etc., on prend une quinzaine de grammes de cette substance, on la malaxe dans un peu d’eau qui lui enlève de l’alcool et on traite celte eau comme il a été prescrit pour les liquides. Dans ce dernier cas, on peut déjà présumer avec grande probabilité la présence de l’alcool en frottant la substance à essayer sur une carte préparée noirâtre qui est dans la boite et qui se colore en rouge vif quand il y a de l’alcool. Si cette coloration apparait,pour que l’épreuve soit définitive, il faut faire régulièrement l’essai au nitrate de mercure.
- En se servant du procédé deM. Jacquemart, qui est sans danger d’aucune espèce pour l’expérimentateur qui suit à la lettre les indications de l’instruction, les employés des octrois de Paris et ceux des douanes et des impositions indirectes, sont arrivés à reconnaître des fraudes très-importantes qui auraient pu leur échapper s’ils n’avaient pas eu à leur disposition ce moyen d’expérimentation. Le mérite de cette invention est donc aujourd’hui parfaitement établi.
- Massacre de kanguroos en Australie. — Le
- Melbourne Argus rapporte qu’une invasion de kanguroos vient de jeter la consternation dans plusieurs comtés de l’Australie, principalement sur les côtes de Queensland. H paraît que la sécheresse qui a régné l’été dernier et le manque de nourriture qui en a été la conséquence ont chassé ces quadrupèdes de l’intérieur du pays; ils sont descendus par mdliers sur le territoire des settlers, dévorant tout sur leur passage, depuis l’herbe jusqu’au froment, si bien que les moutons et le bétail ont été réduits à se
- nourrir de feuilles sèches. Les colons n’ont pas lardé à déclarer aux envahisseurs une guerre acharnée. Dans plusieurs endroits on attirait ces terribles rongeurs au rmlieu d’enclos où on les tuait à coups de fusil ; ailleurs, on organisait des expéditions comprenant plusieurs centaines de chasseurs. Dans une battue on a massacré plus de40U() kanguroos en quatre jours. La chasse de ces grands marsupiaux n’est pas exemple de dangers. Quoiqu’il soit ordinairement tout à fait inoffensif et qu’il se sauve précipitamment devant l’homme en se servant de son énorme queue comme d’un ressort pour faire des bonds de huit à dix mètres, le kanguroo, lorsqu’il est serré de près, se retourne, résiste vigoureusement et quelquefois éventre son adversaire avec les ongles de ses pieds, qui constituent une arme redoutable, ou bien il le déchire avec sa mâchoire supérieure, qui est armée de six canines très-longues et très-fortes. Le kanguroo géant, de la Nouvelle-Hollande, atteint la taille d’un mouton et pèse jusqu’à l!25 livres; son pelage est d’un brun roux ; sa queue donne un bouillon exquis et très-nourrissant, et le cuir est employé pour la fabrication des chaussures. On a tué, en juillet, août et septembre 1877 une si grande quantité de ces animaux que les settlers australiens ont eu l’idée d’utiliser la chair sous forme de conserves [kanguroo tins), qui seront exportés en Angleterre dane des boites en fer-blanc.
- Des» effets de l’insolation. —M. le docteur Viguier expose ainsi les divers accidents auxquels l’insolation peut donner lieu dans les pays très-chauds. Tantôt l’action du soleil détermine une congestion foudroyante et rapidement mortelle. M. Viguier en a observé un cas dans la mer Rouge. Un matelot, étant monté tête nue sur le pont, tomba presque aussitôt et mourut au bout d’une demi-heure ; les pupilles étaient contractées, le pouls dur et lent, la respiration stertoreusc, la perte de connaissance absolue. Le joins souvent l’insolation se traduit simplement par une congestion temporaire; le début peut être brusque et accompagné de perte de connaissance, mais il est bien plus souvent insidieux. Après quelques instants, parfois deux ou trois minutes seulement passées au soleil, la tête découverte, ou après un temps plus long, pendant lequel le crâne était insuffisamment protégé, le malade se sent pris de céphalalgie, parfois très-intense, bientôt accompagnée d’inappétence, d insomnie et de fièvre ; il y a alors assez souvent quelques vomissements et presque toujours de la constipation. Dans les cas les plus graves, la fièvre est accompagnée de délire. Souvent le début a passé entièrement inaperçu du malade, qui nie absolument s’être esposé au soleil. Les accidents se dissipent dès le lendemain ou le surlendemain, mais ils peuvent aussi continuer pendant plusieurs jours, surtout si l’on n’a fait aucun traitement. Du reste, un purgatif et un jour de repos suffisent dans les cas les plus légers. D’autres fois, l’insolation détermine une véritable méningite. M. Viguier en a observé un exemple, au Japon, chez un homme qui, après une journée passée au soleil, fut pris de douleurs de tête intolérables,puis perdit connaissance et mourut le troisième jour. A l’autopsie, les méninges furent trouvées très-épaissies et infiltrées. A la suite d’un bain de mer à Hong-Kong, un matelot fut pris de douleurs de tête qui augmentèrent dans la journée et le lendemain, et s’accompagnèrent de photophobie et de vomissements, ainsi que d’une grande excitation cérébrale et d’une fièvre vive. Le malade guérit grâce à l’administration de plusieurs purgatifs et à l’application d’un large vésicatoire sur la nuque, préalablement rasée.
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- LA NATURE.
- — Le centenaire de Linné, le célèbre botaniste suédois, mort à Upsal le H janvier 1778, vient d’être célébré à Stockholm, dans la grande salle de l’Académie des sciences. M. Malm-stcn, président de celte Académie, a prononcé un discours dans lequel il a retracé la vie du législateur et du rénovateur de la botanique. Le roi de Suède assistait à cette imposante cérémonie.
- — Vendredi 25 janvier, la force du vent était telle, dit 17»-dépendance bretonne, que les vapeurs du bac de Dinard ont été forcés de suspendre leur service. Le vapeur de la South Western, parti pour Jersey, n’a pu refouler la tempête. Il est rentré à Saint-Malo, après trois heures de lutte. On nous dit qu’une passagère qui est restée sur le pont malgré les instances du capitaine, qui la priait de descendre dans la chambre, a été enlevée par un coup de mer, non loin des Mainquiers, et qu’il n’a pas été possible de lui porter secours.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 5 février 1878.— Présidence de M. Fizeau.
- Physique solaire, — Dans une nouvelle communication, où il poursuit l’étude du spectre solaire,
- M. Cornu s’occupe de l’origine des raies sombres qui jouent un si grand rôle dans les observations d’analyse prismatique. Sa conclusion est qu’elles sont dues à des absorptions causées par une atmosphère toute semblable à celle qui résulterait de la volatilisation d’aérolithes. En même temps, M.
- Lockyer, étudiant la composition de la couche renversante du soleil, constate qu’elle renferme 38 de nos corps simples terrestres. Ces corps simples, d’après le savant anglais, appartiennent tous à la catégorie des métaux, et l’oxygène mentionné par M. Draper ne fait point partie de l’atmosphère solaire. La présence parmi eux de l’hydrogène serait même une raison de plus pour considérer ce gaz comme une substance métallique.
- Dissociation. — Jusqu’ici on admet que le carbonate de baryte résiste parfaitement à l’action de la chaleur et qu’il diffère, par conséquent, beaucoup du carbonate de chaux dont la dissociation est relativement si facile.
- M. Isambert fait voir cependant aujourd’hui que le carbonate de baryte, chauffé dans un courant d’azote, abandonne en abondance de l’acide carbonique et rentre, par conséquent, dans la règle générale.
- Denrée de la benzine. — Soumettant à une étude mi-nitieuse les produits obtenus dans la rectification de la benzine des usines à gaz, M. Vincent cite toute une série de substances intéressantes dont M. Dumas présente la collection à l’Académie. Le sulfure de carbone est très-abon- !
- dant. L’alcool ordinaire est extrait aussi en quantité notable, et l’auteur le caractérise par la préparation du sulfovinate de baryte de l’iodure d’éthyle et de bromure d’éthyle. Enfin, M. Vincent insiste sur la présence de beaucoup de cyanures de méthyle, dont on pourrait réaliser, pense-t-il, l’extraction d’une manière fructueuse, industriellement parlant Stanislas Meunier.
- ACTION MÉCANIQUE DU SABLE FIN
- TRANSPORTÉ PAR LE VENT.
- Sir Joseph Hooker, président de la Société d'horticulture d’Angleterre, a fait récemment à scs collègues une très-intéressante communication sur une action mécanique très-peu connue exercée par les vents de sable.
- Pendant le cours d’un voyage dans l’Amérique du Sud, M. Ilooker a remarqué que les courants
- aériens, au sommet des montagnes élevées, charriaient presque constamment un sable très-ténu qui, venant frapper les troncs des arbres, en détermine peu à peu l’usure superficielle.
- Les figures AC ci - contre donnent l’aspect de morceaux de bois coupés à la surface d’un tronc de genévrier à croissance lente, très âgé et à tige très-dense. Le côté du tronc (C), qui était directement exposé au vent de sable, est usé comme on eût pu le faire avec un ciseau d’acier. L’autre côté (A), moins directement exposé, est criblé d’une façon particulière. On dirait que des gouttes d’eau y ont laissé leur empreinte.
- Le troisième échantillon (B) est un autre remarquable spécimen de l’action de ces vents de sable. Il a été coupé à la surface d’un tronc mort qui était couché contre le sol. La surface est polie et striée, comme le sont en Suisse certains rochers sous l’action des glaciers.
- D’après M. Hooker, il faut ajouter les vents de sable aux forces que la nature met en jeu pour exercer des actions mécaniques plus ou moins importantes à la surface des continents1.
- 1 D’après The Gardener's Chronicle.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- Cu isit. — Typ. et stér. Caiii.
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- fl* 246. — 16 FÉVRIER 1878,
- LA NATURE.
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- CONSTITUTION DE LA SURFACE SOLAIRE
- ET SUR LA PHOTO GRAPHIE
- ENVISAGÉE COMME MOYEN DE DÉCOUVERTE EN ASTRONOMIE PHYSIQUE.
- (Suite et fin. — Yoy. p. 154.)
- Examinons maintenant d’une manière sommaire, ce que les photographies nous apprennent, par un premier examen, touchant la constitution de la couche photosphérique. Ainsi que nous l’avons déjà dit, les photographies montrent la surface solaire couverte d’une granulation générale. Les formes, les dimensions, la distribution de cette granulation ne sont pas en accord avec les idées qu’on s’était formées de ces éléments de la photosphère, d’après l’examen optique. Les images photographiques ne confirment nullement l’idée que la photosphère soit constituée par des éléments dont les formes constantes rappelleraient des feuilles de saule, des grains de riz, etc.
- Ces formes, qui peuvent se rencontrer accidentellement en tel ou tel point, ne
- sont que des exceptions, et ne peuvent être considérées comme exprimant une loi générale de la constitution du milieu photosphérique. Les images photographiques nous conduisent à des idées beaucoup plus simples et plus rationnelles sur la constitution de la photosphère.
- Formes des éléments granulaires. —Si l’on étudie la granulation dans les points où elle est le mieux formée, on voit que les grains ont des formes très-variées, mais qui se rapportent plus ou moins à la forme sphérique. Cette forme est généralement d’autant mieux atteinte que les éléments sont plus petits. Dans les grains très-nombreux, où les formes sont plus ou moins irrégulières, on voit que ces grains sont formés par l’agrégation d’éléments plus petits rappelant la sphère. Là même où la granulation est moins nette et où les grains paraissent étirés, on sent que la sphère a été la forme première des élé-6e annee. — Ier stmeslre.
- Surface solaire. 10 octobre 1877, 9 h. 5G m. matin (diamètre du disque, 0",92). Reproduction par l’héliogravure d’une photographie faite par M. Janssen, à l'observatoire de Meudon. (Procédé de M. Dujardin.)
- monts, forme plus ou moins modifiée par l’effet des forces qui agissent sur ces corps. La forme normale des éléments granulaires de la photosphère paraît donc se rapporter à la sphère et les figures irrégulières paraissent s’y rattacher encore, soit que l’élément ait été constitué par des corps plus petits, soit que ce même élément se trouve plus ou moins déformé par l’effet de forces étrangères agissant sur le milieu où il est plongé. Il résulte encore de ces considérations une conséquence très-importante, c’est la preuve, découlant du fait même de la variété des formes des éléments granulaires, que ces éléments sont constitués par une matière très-mobile
- qui cède avec facilité aux actions extérieures. L’état liquide ou gazeux jouit de ces propriétés ; mais, en ayant égard à d’autres considérations que nous développerons plus tard, on est conduit à admettre pour les granulations un état très-analogue à celui de nos nuages atmosphériques, c’est-à-dire à les considérer comme des corps constitués par une poussière de matière solide ou liquide nageant dans un milieu gazeux.
- Origine des granulations. — Si la couche solaire qui forme la photosphère était dans un état de repos et d’équilibre parfait, il résulte de la notion de sa fluidité qu’elle formerait une enveloppe continue autour du noyau solaire. Les éléments granulaires se confondraient les uns dans les autres, l’éclat du Soleil serait uniforme dans toutes ses par ties. Mais les courants gazeux ascendants ne permettent pas cet éiat d’équilibre parfait. Ces courants brisent et divisent çette couche fluide en un grand nombre de points pour se faire jour : de là la production de ces éléments qui ne sont que des fractions de l’enveloppe photosphérique. Ces éléments fractionnaires tendent à prendre la forme sphérique par la gravité propre de leurs parties constituantes: de là la forme globulaire qui, comme on voit, ne correspond pas à un état d’équilibre absolu, mais seulement relatif, celui où la matière photosphérique, ne pouvant se constituer en une couche continue, est divisée en éléments qui tendent à prendre individuellement leur figure d’équilibre. Mais cet état d’équili-
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- LA NATURE
- bre individuel des parties est lui-même assez rarement réalisé; en des points nombreux, les courants entraînent plus ou moins fortement les éléments granulaires, et leur forme globulaire d’équilibre est altérée, jusqu’à devenir tout à fait méconnaissable quand les mouvements deviennent plus violents. Ces mouvements, dont la couche gazeuse où nagent les éléments photosphériques est incessamment agitée, ont des points d’élection. La surface solaire est ainsi divisée en régions de calme et d’activité relatives, d’où résulte la production du réseau photosphérique. En outre, dans les points mêmes de calme relatif, les mouvements du milieu photosphérique ne permettent pas aux éléments granulaires de se disposer en couche de niveau, d’où résulte l’enfoncement plus' ou moins grand des grains au-dessous de la surface, et par suite, eu égard au grand pouvoir absorbant du milieu où nagent ces éléments, la grande différence d’éclat des grains sur les images photographiques.
- Ainsi,une première étude des nouvelles photographies nous conduit déjà à modifier beaucoup nos idées sur la photosphère, et l’ensemble des données qu’elles nous fournissent nous conduit à cette idée si simple sur la constitution des éléments photosphériques et sur les transformations qu’ils éprouvent par l’effet des forces auxquelles ils sont soumis. Tirons encore cette conséquence, du fait de la rareté relative des grains les plus brillants dans les images photographiques, que le pouvoir lumineux du Soleil réside principalement dans un petit nombre de points de sa surface. En d’autres termes, si la surface solaire était couverte entièrement par les éléments granulaires les plus brillants qu’elle nous montre, son pouvoir lumineux serait, d’après une première approximation sur laquelle nous aurons à revenir, de dix à vingt fois plus considérable. Enfin il est une grande question sur laquelle les faits précédents jettent un jour nouveau : c’est la question si souvent débattue de la variation du pouvoir lumineux du Soleil. Il est évident que les taches ne peuvent plus être considérées comme formant l’élément principal des variations que l’astre peut éprouver, et qu’il faudra désormais considérer le nombre et le pouvoir lumineux variable des éléments granulaires, qui peuvent jouer ici un rôle prépondérant1. J. Janssen.
- NOS MUSÉES NATIONAUX
- Un savant et un antiquaire distingué, M. A. de Caix de Saint-Aymour, vient de publier sous ce titre : Un million pour nos Musées nationaux, s'il vous plaît! une brochure1 où il montre la pénurie ^ de quelques-uns de nos plus intéressants établissements. Il propose un projet de réforme que nous
- 1 Comptes rendus de l’Académie des Sciences Séance du 31 décembre 1877.
- 1 Paris. Ernest Leroux, 1878.
- ne pourrions exposer sans être contraint de sortir de notre domaine purement scientifique, mais nous nous associons à l’appel de l’auteur quand il demande que l’on se préoccupe de l’amélioration de ce qui contribue à l’une des plus belles gloires de la France.
- M. de Saint-Aymour espère qu’en ce qui concerne les intérêts de premier ordre se rattachant à la culture artistique et scientifique de l’esprit français, tout le monde sera d’accord, et il fait appel à l’Assemblée nationale pour accroître le budget annuel des musées nationaux. Il est certain que plusieurs de nos grandes collections qui, au commencement de notre siècle, comptaient parmi les plus complètes du monde civilisé, ne se tiennent plus toujours, faute d’argent, au rang de certaines collections analogues de l’étranger.
- Si quelque citoyen curieux ou frondeur ouvrait par hasard le projet de budget du ministère de l’instruction publique, des cultes et des beaux-arts pour l’an de grâce et de parcimonie 1878, il constaterait avec stupéfaction, à la page 1212, que le budget total des Musées nationaux — Louvre, Luxembourg, Versailles, Saint-Germain en Laye et leurs succursales — s’élève à la somme fabuleuse de 762 780 francs, un peu plus que les traitements réunis des piqueurs et palefreniers des haras de l’Etat, et un peu moins que la subvention du théâtre de l’Opéra ! Et sur cette somme, nos musées payent leur directeur, huit conservateurs, cinq conservateurs-adjoints, sept attachés, un chef de bureau, un archiviste, un rédacteur, six commis, cent cinquante-trois gardiens, trois ouvriers du service des eaux, des employés auxiliaires et des gagistes, des chefs d’atelier et des ouvriers, en tout environ deux cents personnes. En outre, ils habillent leur personnel, se chauffent et s’éclairent,, restaurent les objets de leurs collections, entretiennent leurs bibliothèques, nettoient et tiennent en bon état les statues placées dans les anciennes résidences souveraines, font des moulages, payent des graveurs pour la chalcographie, et enfin achètent—ou plutôt n’achètent pas, hélas ! — les objets d’art qu’on vient leur proposer d’acquérir. Il est vrai que les habits des gardiens sont parfois quelque peu râpés, que les bureaux de l’administration n’ont rien de monumental et que messieurs les attachés sont à peine rétribués comme des jardiniers de bonne maison. Mais que voulez-vous? La France, qui est assez riche, a-t-on dit, pour payer sa gloire, n’a pas les moyens, semble-t-il, d’entretenir convenablement ses Musées nationaux, puisque leur directeur touche à peu près la-même somme qu’un sous-préfet de première classe, que les conservateurs sont payés comme des commissaires de police et que certains attachés, savants distingués, reçoivent de la munificence du pays qu’ils servent et que leurs travaux honorent l’étonnante somme de 2200 francs.
- Ces messieurs, dira-t-on, obéissent à une véritable vocation ; ils travaillent pour l’amour pur de la science et, ne leur donnât-on rien, qu’on trouverait encore des gens de bonne volonté pour remplir ces fonctions. Soit! je le veux bien. Mais cela doit-il obscurcir cette vérité qu’un pays s’honore en honorant ceux de ses citoyens qui travaillent à sa gloire, et le désintéressement de nos savants conservateurs de musées retire-t-il à la France l’obligation de leur fournir les moyens de vivre convenablement, sans préoccupations mesquines, dans toute l’indépendance d’un travail suffisamment rétribué?
- Beaucoup de bons esprits se sont préoccupés et se
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- LA NATURE.
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- préoccupent encore de cette situation. Tous les gens compétents reconnaissent qu’il y a de nombreuses réformes à accomplir dans l’organisation de nos Musées nationaux.
- LES SEICHES DES LACS
- d’après LES RECHERCHES DE M. LE Dr F.-A. FOREL.
- (Suite et fin. — Voy. p. 147.)
- Si les lacs possédaient tons une forme longitudinale régulière, comme le lac de Neuchâtel par exemple ; si leur relief n’était lui-même accidenté par des monts sous-lacustres qui influent considérablement sur l’allure du balancement de la masse liquide, la loi d’oscillation de leurs seiches respectives serait parfaitement précise, et il serait facile de déterminer, avec une sûreté toute mathématique, leur durée et leur amplitude à une station donnée, lorsque la profondeur et le contour géométrique du lac seraient connus. Il ne saurait toutefois en être ainsi. Il suffit, pour s’en convaincre, de jeter les yeux sur une carte topographique; le plus grand nombre des lacs suisses possèdent des rives sinueuses. Le lac des Quatre-Cantons, non encore étudié au point de vue des seiches, et qui peut être divisé en trois grands bassins distincts, est le plus frappant exemple de cette irrégularité notable. De là, dans l’allure des seiches, un véritable mélange inextricable de mouvements d’oscillation divers, de croisements d’ondes, qui se traduisent au limnimètre par des sinuosités — interférences — sur le tracé de la seiche principale. C’est ce que montrent les épures de seiches que nous avons représentées à ce sujet. Ces croisements d’ondes sont même constants, une seiche, qu’elle soit longitudinale ou transversale, n’oscillant jamais séparément, à moins de se trouver sur le nœud même de l’oscillation, au point mort. Dans ce dernier cas, le limnimètre tracerait alors une courbe parfaitement nette. Une courte monographie des seiches du lac de Genève nous familiarisera du reste entièrement avec l’étude d’un lac au point de vue de ses mouvement oscillatoires.
- On a souvent reproché, et parfois avec amertume, à un orateur célèbre, d'avoir dans un de ses discours à la tribune française, décerné à Genève le titre pompeux de « cité des lacs ». L’orateur entendait-il distinguer le lac Léman du lac de Genève, séparant ainsi dans son esprit ces deux lacs, autrefois peut-être parfaitement distincts, mais aujourd’hui complètement réunis. A vrai dire, en ce qui regarde l’étude des seiches, le qualificatif de « cité des lacs » est juste. La cuvette entière du lac, de Villeneuve à Genève, est en effet partagée, au détroit de Promenthoux, en deux parties par une barre transversale, une sorte d’échine qui se rattache aux deux points extrêmes des rives savoisienne et vaudoise. Le profil de cette barre est à une profondeur relativement faible, et si, par un cataclysme quelconque, le niveau du lac venait à baisser d’une soixantaine de mètres, il y aurait véritablement
- deux lacs distincts, séparés par la crête de Promenthoux. Le cataclysme surviendra-t-il un jour?
- Il nous est difficile d’interroger avec quelque sûreté de vue la lente et invisible action des phénomènes géologiques. Retenons toutefois que pour le moment du moins, bien que nous n’ayons qu’un seul lac de Genève, nous possédons, au point de vue spécial qui nous occupe ici, deux cuvettes sous-lacustres séparées l’une de l’autre.
- Revenant à nos seiches, et conservant sous nos yeux la topographie spéciale du lac de Genève (fig. 1) nous nous expliquerons donc facilement que nos deux appareils, limnimètre et plémyramètre, nous enregistrent :
- 1° Des seiches longitudinales du lac entier, de Villeneuve à Genève, de 73 minutes de durée environ, oscillant dans un bassin de 73 kilomètres de longueur et de 114 mètres de profondeur moyenne;
- 2° Des seiches transversales, Morgcs à Amphion, de 10 minutes de durée, oscillant dans un bassin de 13 kil. 8 de longueur et 208 mètres de profondeur moyenne ;
- 3° Des seiches longitudinales du grand lac, ou lac Léman, de 35 minutes de durée, oscillant dans un bassin de 47 kilomètres de longueur et de 205 mètres de profondeur moyenne.
- Ces trois seiches répondent entièrement à la formule mathématique que nous avons donnée plus haut.
- Le limnimètre de Morges était surtout installé pour enregistrer les seiches transversales du lac. Un nouvel appareil, établi à Genève par M. Plantamour, dans sa campagne de Sécheron, enregistre de son côté les seiches longitudinales dans leur maximum d’amplitude. La comparaison des tracés respectifs, obtenus au même instant à Morges et à Genève, a permis de vérifier une fois de plus l’existence de l’axe de balancement des seiches, et de préciser sa position. Si nous superposons en effet les deux tracés, et que les amplitudes soient opposées, l’axe de balancement se trouvera forcément entre les deux stations. C’est ce que nous montre l’épure ci-contre (fig. 2) sur laquelle nous lisons en G les seiches longitudinales observées à Genève, et en M les seiches de Morges. La ligne pointillée marque la seiche longitudinale sur laquelle sont brodées les seiches transversales Morges-Amphion. La courbure de la seiche longitudinale pointillée M étant contraire de celle des seiches G de Genève, les deux stations Morges et Genève se trouvent chacune d’un côté de l’axe d’oscillation. La faible amplitude de la ligne M montre en outre que cet axe en est fort peu éloigné. L’épure nous indique donc en somme que les deux seiches longitudinales Morges et Genève ont bien la même durée; elles font partie toutes deux de la même oscillation. Les seiches transversales brodées sur la ligne pointillée présentent bien, comme nous l’avons dit, une durée d’environ 10 minutes. Les inégalités des tracés proviennent des croisements d’ondes et de seiches que nous
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- avons déjà signalées, mais l’attitude générale de l’oscillation est malgré cela évidente.
- Ce que nous avons dit du phénomène si curieux des seiches suffira, croyons-nous, à le faire comprendre. La brièveté de cet article nous a forcé de négliger bien des détails, que nos lecteurs pourront trouver dans les études intéressantes que M. Forel a publiées sur ce sujet. Nous tenions à faire ressortir avant tout la véritable allure d’un phénomène, considéré jusqu’à ce jour comme accidentel, et qui n’avait été observé que dans les cas extrêmes
- où des causes étrangères, telles que des commotions
- souterraines, venaient troubler ses allures lentes et régulières. C’est donc bien une véritable découverte scientifique qu’a faite le savant observateur des seiches des lacs suisses, et nous ne saurions trop engager ceux de nos lecteurs qui habitent près d’un lac à compléter, par leurs observations particulières, soit au limnimètre, soit au plémyramètre, une étude dont les bases principales sont jetées, mais qui offreencore, dans ses détails, plus d’un phénomène intéressant pour la sciencel. Maxime Hélène.
- Fig. 1. — Superposition îles seiches du Inc de Genève et à Morges. G. Seiches de Genève. -- M. Seiches de Morges.
- Fig. 2. — Le lac de Genève considéré au point de vue de ses seiches.
- 1* Seiches longitudinales du lac entier, Villeneuve-Genève. — 2* Seiches transversales, Morges-Amphion. — 3* Seiches longitudinales ° du grand lac, Villeneuve, détroit de Promenthoux.
- « Notre article était entièrement composé lorsque nous avons eu connaissance d’une note insérée, par M. Ph. Plantamour, dans le dernier numéro (décembre 1877) des Archives des Sciences physiques et naturelles, de Geneve. Des recentes observations limnimétriques, faites concurremment à Morges et à Séclicron, par MM. Forel et Plantamour, il résulterait que le tracé des deux appareils enregistreurs n’aurait nullement été influencé par le tremblement de terre qui fut ressenti le 8 octobre sur toute la rive du lac, et dont les secousses furent
- cependant assez violentes pour faire craquer les boiseries, tinter les sonnettes des maisons, et même sonner les cloches de l’église de Morges. Il faudrait donc, du moins, jusqu’à nouvel ordre, renoncer à attribuer aux commotions souterraines les grandes seiches accidentelles du genre de celles que nous avons citées au cours de notre étude. M. 11.
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- LES VOLCANS DU JAPON
- Éminemment volcaniques, les crêtes des îles Ni-ponnes ne sont que des anneaux de cette grande chaîne ignivome du Far-East qui a son berceau dans l’Amérique Russe, et son tombeau à File Barren du golfe du Rengale. Cette incontestable dépendance dès l’abord nous met en devoir de définir le tracé principal.
- C’est donc aux confins de l’Amérique Russe, aujourd’hui Amérique des États-Unis, et dans la direction de l’ouest que se montrent les premiers volcans, suivant un trajet long de plus de 200 milles marins. Au Kamtchatka ils se rangent selon le sud-ouest , direction qui se perpétue d’ailleurs à travers les Kouriles, l’archipel Nipon et Formose. Cette dernière île franchie, ils percent dans la direction du sud direct, à travers les Philippines et les Molu-ques,et vont ainsi se rejoindre au trajet rétrograde des volcans son-daniens. En effet, à compter de là, changeant soudainement de direction la ligne de feu remonte au nord-ouest à travers l’archipel des Timors, Java et Sumatra, puis s’éteint finalement
- dans Rarren et Narcondal : deux îlots perdus au plein milieu du golfe du Bengale. Dans son tracé général, elle forme un Y gigantesque ouvert au nord, à branche occidentale écourtée, la branche orientale étant relativement énorme et faite de trois brisures inégales d’autant plus penchées vers l’orient qu’on s’écarte de la pointe de la lettre. C’est un émonctoire puissant contre l’action des feux centraux de notre planète, le plus puissant de tous, puisqu’il ne renferme pas moins de trente bouches fumant encore; nombre colossal qui promet de grossir, puisqu’on ne connaît pas l’intérieur d’Yesso, celui de Formose, ni les chaînes centrales de la plupart des îles malaises. Le Japon, pour son propre compte, y figure d’une manière importante ; avant d’insister sur ce qui lui appartient, un mot sur les bouches qui le précèdent.
- C’est vers le 60° degré de latitude nord, dans la presqu’île d’Alaska, que se montre le premier cône d’action, on le dit haut de 4500 mètres; File
- Fig. 1.
- d’Alaska qui suit, en possède plusieurs, et l’un d’eux, à la suite de l’éruption de 1786, perdit son sommet qui roula dans la plaine. Les Aléôutiennec qui se succèdent suivant le grand axe de la presqu’île, portent l’Ounalachka, FOumnak, près duquel en 1796 surgit une île, dont le sol resta chaud jusqu’en 1804, suivant les Russes chasseurs de fourrures; puis viennent les quatre volcans Liguam, Am-tchitka, etc. Le Kamtchatka a son gigantesque Klout-chewskaïa Sopka, haut de 4800 mètres, qui vomit encore la lave, son Chiveloutch, son Koriatskaïa qui entra en éruption en 1772. On a reconnu dans les Kouriles une dizaine de sommets ; les uns sont encore en activité, les autres ont donné signe de vie à des époques très-rapprochées : Onékotan, Itouroup, Tchikotan, voisins de la côte d’Yesso, Ouroup la
- terre des États,qui n’est qu’une vaste mine de soufre. Voici maintenant l’exposé des volcans du Japon.
- A proximité du port ouvert d’IIa-kodati, la côte se creuse en une baie dite des volcans, dont le rivage est couvert de
- lave et de pierre ponce, et qui est marquée en effet à son entrée par deux bouches fumantes. l’une au nord Ouchi no
- yama, montagne du Bœuf, fourchue comme la tête de cet animal, plus active, haute de 5700 mètres ; l’autre au sud, Komaya-take, qui ne donne guère que de la lumée depuis quelques années. Le pied de celui-ci est à 25 milles des confins d’Hakodati. Son peu d’éloignement, la sauvage beauté des sites qui y mènent, en ont fait un but d’ascensions fort suivi par les
- membres de la petite colonie européenne de la ville.
- Au bas des premières montées, les Cryptomerias, les Camélias, les Bambous, derniers représentants de la flore niponne se rencontrent encore de temps à autre, puis viennent des contre-forts escarpés, couverts d’une végétation franchement septentrionale et environnés de perspectives grandioses, qui rappellent d’assez près les points les plus vantés de l’Un-terwald et de l’Uri ; une roche sulfureuse très-friable annonce le voisinage du cratère. Celui-ci, haut de 600 mètres au-dessus du niveau de la mer, a comme celui de l’Ouchi-yama plus d’un kilomètre de longueur ; sa largeur est de 230 mètres, il est percé d’une multitude de tissures, d’où par
- Lé volcan de Karaagataké, près d’Hakodati, dans le voisinage du détroit de Tsougarou.
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- LA NATURE.
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- intervalles sortent des flots de vapeurs sulfureuses ; autour s’élèvent des cônes secondaires, espacés sans régularité par une force qui sommeille pour l’instant. Aux pieds du volcan gît une nappe d’eau assez considérable, constellée d’îlots boisés où pullule le gibier, et formée incontestablement aux dépens d’un ancien cratère. Le Komaya a donné des éruptions en 1796 et en 1855.
- Yesso contiendrait encore deux volcans en pleine activité, YOusi~yama et le Yova-naï qui restent à explorer. A l’entrée ouest du détroit de Tsougarou, on rencontre aussi deux volcans : Oosima et Koosima qui émergent brusquement de la mer à la façon du Stromboli, annoncés la nuit par des lueurs intermittentes et le jour par les pesantes fumées qui restent attachées à leurs sommets. On dit que Sag-halien, qui n’a plus de volcans en action, serait également de formation plutonienne.
- Au Tesan-yama et dans le contre-fort qui clôt le bassin de la baie d’Awamori, c’est-à-dire dès le nord de l’île Nipon, on trouve des traces de l’action souterraine ; un peu plus bas, dans la province de Kot-souké, celle-ci apparaît dans toute son activité. Là, près de la ville de Takasaki au bout d’un contre-fort de la chaîne centrale, directement au nord du Fousi-yama et en vue même de la montagne sans pareille, s’élève le majestueux Àsama-yama; deux merveilles en présence. Les gens d’Yeddo s’y rendent par le Nakasendo qu’on doit quitter aux premiers contre-forts pour franchir les Wadjis, défilés qui en ouvrent l’entrée. Au pied on rencontre un village muni d’une source ferrugineuse, dont les vertus sont mises ostensiblement à profit au moment de la saison chaude. A partir de ce point, celui qui veut tenter l’ascension doit prendre un guide : un de ces intrépides chercheurs de plantes médicinales, seuls êtres qui fréquentent les sommités de l’ardente fournaise. Les premières pentes sont boisées et les espèces y naissent et disparaissent tour à tour suivant la hauteur et d’après la loi si magistralement décrite par M. Ch. Martins. A partir d’une source qui marque environ la moitié du chemin à parcourir, la terre se couvre subitement d’un pâturage fourni, composé surtout de thym presque inodore, de bruyères, d’airelles, où les lièvres à grandes pattes vivent en pleine sécurité. Quand on atteint le cône final tout cela disparaît, on n’a plus que des ponces et des scories, chemin croulant qui mène au but du voyage : un cratère magnifique haut de 3000 mètres, profond d’une centaine de mètres, au fond duquel on voit la lave bouillonner avec fracas. Aux flancs sont des fissures considérables d’où sortent en sifflant des jets sulfureux, du fond jaillissent par poussées des cendres chaudes qui suivent le sort du vent, et parfois d’énormes pierres qui vont tomber à quelques centaines de mètres plus loin; la lave se déverse à de rares intervalles, suivant une échappée déjà indiquée par les coulées précédentes.
- ' A la fameuse éruption du 1er août 1783, l’Asama anéantit vingt-trois villages avec leurs habitants, et
- le Tone-gawa qui passe à ses côtés, sortit subitement de son lit pour inonder la contrée. Elle fut précédée par des tremblements de terre qui ouvrirent des fissures colossales où s’engloutirent des villages entiers; la lave acheva tout ce qui pouvait encore vivre aux alentours. En 1788 une autre éruption survint, mais moins terrible que la première. Suivant la légende du pays, dans le Kotsouké, près de Nasno-moura, il existe une montagne qui pendant quelques jours s’érigea jadis en volcan, inondant les districts voisins de cendres et de pierres.
- En regard et au sud de l’Asama, à 30 lieues de distance, s’élève le Fousi-yama, la Montagne admirable, volcan aujourd’hui éteint, qui surgit des entrailles de la terre en l’an 284 avant Jésus-Christ, sous le règne de Koreï, le septième mikado, pendant que 80 lieues plus loin la terre s’enfonçait pour former le lit du lac Biwa et le Yodo-gawa, qui lui sert de déversoir. Il donna plusieurs éruptions, notamment celle de 799 qui dura trente jours ; celle de 864, qui, sortant d’un cratère né de sa base, ravagea le pays à 40 lieues à la ronde. C’est vers 1707 seulement qu’il s’éteignit, lançant dans son agonie une pluie de cendre qui s’étendit jusqu’à Yeddo. En 1793 une partie de son flanc s’écroula vers les plaines environnantes.
- Comme l’Asama, le Fousi est placé au bout d’un contre-fort de la chaîne centrale. Par la façon insolite dont il émerge de la terre, isolé au milieu d’une plaine et dégagé par conséquent de tout point de comparaison, à cause de sa hauteur considérable qui le rend visible de si loin, à cause même de la régularité et de la grâce de sa forme, il s’est imposé à l’admiration des indigènes. Pour eux, c’est un objet sacré digne d’un véritable culte, une merveille à laquelle il faut rendre hommage au moins une fois dans sa vie. Son cratère, enseveli sous la neige pendant la plus grande partie de l’année, est une sorte de vallon long de 1 kilomètre et large de 500, dont le bas-fond est occupé par une nappe d’eau placée à 300 mètres du rebord et dont le périmètre a plus d’une lieue. De là l’œil peut deviner l’emplacement d’Yeddo et sa grande baie découpée, celui même de Yokohama ; on voit les sommets qui encerclent le Quanto, l’ancien domaine des taïkouns, et, juste dans la direction du nord, se lever le sommet fumeux de l’Asama ; au pied expirent les eaux bleues du grand golfe de Tsourounga. Les sentiers qui gravissent sont remplis de temples et d’oratoires des deux grands cultes nationaux, boudhisme et sinthisme. Des bouquets sacrés de Cryptomerias et Salisburias y marquent les principales stations avec les maisons de thé et les hatagoyas : lieux de dévotion, de repos et de plaisir pour les pèlerins, chez lesquels joie et religion doivent toujours marcher côte à côte. Le Fousi-Yama a 4000 mètres au-dessus du niveau de la mer (l’eau y bout à 85°,47). La principale coulée de laves occupe son versant nord-ouest ; au nord-est sont deux lacs qui occupent sans doute l’emplacement d’anciens cratères.
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- Dans ces îles placées comme des vedettes à l’entrée de la grande baie d’Yeddo, on trouve deux volcans en activité; l’un dans Oo-sima, le Vries des Hollandais, l’autre dans Miaki -sima. Vries rend de la lave, jette de la flamme, comme on le voit parfois de la mer ; mais le plus souvent la présence du feu ne s’y annonce que par la réflexion des nuages qui restent presque constamment accrochés à son sommet; c’est pour cela même un excellent phare naturel. Quand on en passe assez près dans le jour, on distingue nettement aux flancs du sommet les jets opaques des fumerolles qui fonctionnent sans cesse, le sol y est jonché d’un soufre dont on tire un assez bon profit; sa côte, on ne peut plus pittoresque, fourmille de ces curiosités naturelles dont les Ni-pons sont si friands ; parmi elles, l'Ichi-bachi, le pont de pierre qui s’avance dans la pleine mer avec des dentehres calcinées, de forme bizarre. Les autres îlots des vedettes paraissent appartenir également au régime plutonien.
- A l’exception de l'Asama, la grande île Nipon ne contient, en somme, que des volcans éteints. Dans les montagnes qui sont au nord-ouest du lac Biwa, on signale le Tade-yama, de la province de Setsou, et le Sira-yama, placé aux confins du Tamba. Le Tade-yama donnerait cependant de temps à autre des signes d’impatience peu rassurants pour le voisinage, et les crédules vont jusqu’à dire que dans les nuages qui le couvrent on voit parfois se refléter « les teintes du sang humain qui bout dans son cratère ». Quand Koempfer fut à Yeddo par terre, il reconnut dans le Tsourounga un volcan : le Fefi en pleine activité.
- Sikok n’aurait aussi que des volcans éteints, mais Kiou-siou à elle seule contient cinq bouches donnant ou ayant douné depuis peu de signes d’une activité considérable.
- En vue de Nagasaki, au bout d’un promontoire de la presqu’île d’O-moura se lève YOnsen-take-yama, haut de 1260 mètres, dont le sommet reste blanc de neige pendant une bonne partie de l’année; il donne de la flamme de temps à autre et constamment des fumées sulfureuses très-denses. A cause même de ces vapeurs délétères, à cause aussi de la haute température du sol, aucun être vivant, végétal ou animal, ne peut atteindre la partie élevée de la montagne : en ce point règne la plus entière désolation. En 1792 son sommet s’effondra vers la mer, de ses flancs sortit un déluge de lave et d’eau bouillante qui, se joignant aux secousses de la terre et à un raz de marée, amena l’anéantissement de tout ce qui vivait aux alentours ; effrayant cataclysme qui effaça pour longtemps toute trace de végétation et d’industrie à plusieurs lieues à la ronde et coûta la vie à plus de 5000 personnes. Deux mois après, un nouveau cratère, le Biwo-no-koubi, s’ouvrait près de l’ancien pour vomir de la lave pendant plus de cinq années.
- Sur la dorsale de l’île, dans l’Higo ou Figo, surgit YAso-yama, qui a donné plusieurs éruptions, dont
- Ja plus récente est celle de 1872. Dans l’après-midi du 2 décembre de cette année, la terre se choqua violemment aux environs de la montagne, et en même temps une pluie de pierres et de sable sortant du cratère avec un bruit d’artillerie couvrit la campagne à une grande distance. Au même moment une vingtaine de cratères s’ouvraient au sommet et lançaient des pierres énormes en tous sens ; des gens qui récoltaient du soufre furent blessés ou tués. Le 16 décembre une seconde éruption s’annonça par des tremblements de terre et des projections d’eau bouillante qui se déversèrent sur la ville daïmiale de Koumamoto par le lit du Chira-gawa, qui naît du pied même du volcan. Cette seconde poussée, qui. coûta la vie à plusieurs personnes et extermina les poissons de la rivière, longue de 7 ou 8 lieues, se calma aussi vite que la première. Le 8 janvier, on entendit comme des roulements de tonnerre et vers le soir le cratère flamba magnifiquement ; ce fut le prélude d’une éruption qui n’est peut-être pas encore calmée. Dans les premiers jours de cette troisième poussée, l’atmosphère était troublée, une pluie de cendre couvrait le pays à plus de 8 milles, détruisant les récoltes et ruinant le pays pour longtemps.
- Kiou-siou contient trois autres bouches volcaniques : le Tsouroumi-yama, dans le Boungo, qui donne encore de la fumée de temps à autre, YOunga ou Noutaké yama, dans le Satsouma, enfin le Kiri-sima-yama, dans le Fiouga. Elle a d’ailleurs de nombreux pics éteints dans le Fiouga et le Satsouma; dans cette dernière province, un pic éteint, de forme exactement conique, le Mont-Horner marque l’entrée de la grande baie de Kagosima. Au mouillage d'Oudsino-oura de la baie de Yan Diemen, j’ai vu de longues traînées de ponces et de scories, des laves brisées; l’île d’Hirado, au nord-ouest de Nagasaki, porte aussi quelques traces de l’action volcanique.
- La grande traînée ignivome, poursuivant sa route vers le sud-ouest, fait de nouvelles percées dans les îles qui joignent le Japon à Formose. Dans le groupe del Fuego on compte Iwoga-sima ou Volcano, pic en activité, haut de 715 mètres, qui nous servit plus d’une fois de phare dans notre croisière au détroit de Yan Diemen, il émerge brusquement de la mer, terminé par un cratère profondément échancré au nord et percé de nombreuses fumerolles sur ses flancs ; Tanega-sima, volcan éteint ; lrabou-sima, haut de 630 mètres, et Souwa-sima, ou Archimède, haut de 855 mètres, tous deux en activité Kozoa-Sima jetait encore du feu en 1865 et dans loko sitna ou Cléopâtre on rencontre deux volcans éteints. La plupart de ces îles, abruptes et calcinées, n’ont ni végétation ni habitants, leur seule richesse est dans le soufre qu’elles contiennent et qui pour le moment est fort peu exploité; ce ne sont, à vrai dire, que des cratères sortant à pic du sein des flots sans former ni plaine ni même de rivage.
- Ailleurs, au Japon, l’activité souterraine s’est manifestée par des phénomènes d’un autre ordre ;
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- c’est ainsi que vers l’an 75 de Jésus-Christ surgit de la mer l’île Tsikouba, qu’on couvrit de suite d’un caractère sacré; même chose près de Fatsisio, où sortit en une nuit, vers l’an 1606, une île co-niqueoù l’on éleva aussitôt des chapelles et des oratoires. Le Japon a d’ailleurs ses geysers et une quantité innombrable de sources thermo-minérales.
- Aux Lieou-kieou et aux Mad-jico-sima, dépendance de l’empire, on signale des traînées vol-caniques; aux Lieou se trouve Jwo-sima, îlot de soufre qui donne de la flamme de temps à autre et toujours des vapeurs. Quant à la constitution des îles Madjico, elle est aujourd’hui à peu près inconnue , cependant dans le prolongement de la ligne qui les unit et sur la côte occidentale de For-mose, le capitaine Boyle a signalé un volcan sous-marin en J 853. Voilà pour le Japon. Nous désirons, simple énumération , poursuivre la ligne de feu de l’extrême Orient jusqu’à sa terminaison.
- L’île Formose a au nord son Ta-kaof pic d’activité,
- Fig. 2. — Premier aspect du Fusi-vama, en venant d’Europe.
- Fig. 3. — Le Fusi-yama et le lac d’Hakoné.
- et des volcanr éteints dans le reste de son par cours : Fi-nan-mi chan, Tchi-kang, etc. A Luçon, l’A ringuay, le Taal, l’Anibil, les Ca marenas; à Mindanao, le Calagan et le Sanguil; à notre passage à Célèbes, on nous a signalé des SaZ-ses et le pic éteint de Clobat dans le bras nord de l’île; à Gilolo le volcan Tcrnate et le Mo-lir; le volcan Dampier au bout de la grande presqu’île Dubus de la Nouvelle-Guinée; des volcans éteints à Ceram et à Timor, à Sum-bawa le Tombaro. A Java, la chaîne du Far-East, magnifiquement représentée, compte trente - huit vol-cans, les uns éteints, les autres en action, un lac d'acide sulfurique et la célèbre vallée du poison quevo-upar, près du pic éteint de Batur. A Sumatra, où elle est probablement aussi riche, on ne signale pour le moment que les monts Ophir et Éléphant, et le Botogapit. Le volcan Barren, qui avec le Nar-condal ferment la série, sont sortis des flots du golfe du Bengale à une époque très - récente.
- Aux flancs de la grande ligne principale sont
- Fig. 4. — Yolcano ou Uvoga Sima (détroit de Van Diemen).
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- LA NATURE.
- accolées deux doublures de sâreté, l’une orientale, volcans des vedettes japonaises qui en font évidem-l’autre occidentale. La première suit la direction des ment partie et renlerme les trois volcans du sud des
- Fig. 5. — l.e pont de pierre (Ichi Bachi) à Co-Sima (Japon).
- Fig. 6. — Volcan Asama, vu de Tomioka fprovinco de Kotsouké), rive gauche do Tonegawa. — Volcans du Japon. D’après les croquis faits d’après nature par le docteur G. Maget.
- Bonin-sima, le Pagou et l’Alamaguarn desMariannes. La seconde, occidentale, ne compte guère que des volcans continentaux aujourd’hui éteints : le Ho-kan
- de la vice-royauté de Canton et ceux qu’on vient de signaler, au nord de la Chine, sur les rives du haut Iloang-ho. Dr G. Maget.
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- LES PÉRIODES VÉGÉTALES
- DE L’ÉPOQUE TERTIAIRE.
- (Suite. — Voy. p. 170.)
- § Y. — Période pliocène.
- A Cucuron, à Pikermi, à Eppelshcim, les équidés, ies ruminants, et surtout les gazelles, disputent le pas aux pachydermes qui se maintiennent, aux pro-boscidiens qui sont en voie de développement. Les éléphants ne se montrent pas encore, mais les Dinothérium et les mastodontes sont déjà venus. Les girafes comprennent le type perdu de Y Helladothe-rium, à côté de celui des Camelopardalis; les hippa-rions précèdent les chevaux dont ils diffèrent encore à certains égards. Les cerfs proprement dits commencent à paraître, mais ils sont encore rares et leur bois est presque simple ; les bovidés sont absents. — Nous touchons au monde moderne ; placés au contact de ses limites, nous allons les aborder et les franchir, mais dans la direction que nous aurons à suivre pour y parvenir, nous serons entraînés, sinon insensiblement, du moins par une série de mouvements partiels et d’oscillations répétées.
- Deux faits principaux dominent tous les autres : le retrait de la mer miocène et l’abaissement définitif de la température ; l’un et l’autre demandent des explications qui en fassent saisir la portée.
- Les symptômes précurseurs, sur lesquels nous avons d’abord insisté, montrent bien que le sol de l’Europe tendit graduellement à s’exhausser, et cet exhaussement eut évidemment lieu vers le centre de l’espace que la mer miocène avait précédemment occupé. Non-seulement elle abandonna alors la plaine helvétique, c’est-à-dire l’intervalle qui sépare de nos jours la vallée du Rhône de celle du Danube, mais aucune formation régulière, aucun dépôt lacustre post-miocène ne succéda en Suisse à la mer qui se retirait. Les eaux réunies en nappe dormante n’eurent plus d’accès dans cette région dont le relief s’accentua peut-être subitement, peut-être rapidement, et où les grandes chaînes de l’Europe allaient établir la ligne de partage des eaux, en sorte que la distribution des vallées hydrographiques du continent en dépend d’une façon absolue. 11 est visible, en effet, que le retrait de la mer mollassique est intimement lié au soulèvement des Alpes, que ce soulèvement ait été lent ou brusque, qu’il se soit opéré en une fois ou qu’il ait été préparé par une série de mouvements préliminaires, ou bien encore qu’il ait donné lieu tout d’abord à une chaîne encore plus élevée que celle qui constitue de nos jours l’ossature principale de notre continent. Le Nagelflüe, amas énorme de roches concassées, de sédiments broyés, anguleux, polis ou détritiques, accumulés en Suisse sur d’énormes épaisseurs, est là pour attester la puissance du phénomène et la grandeur des résultats dont il fut suivi. Cet amoncellement de pouddingues, de brèches et de marnes inconsistantes ou cimentées,
- demeure comme un témoin irrécusable de l’effort qui redressa les masses alpines et leur imprima le relief et la direction que nous leur connaissons.
- Par cet événement précédé ou suivi de beaucoup d’autres, la mer se trouva définitivement rejetée dans la vallée du Rhône, d’une part, dans celle du Danube inférieur, de l’autre ; tandis que la vallée du Pô était encore immergée jusque dans le Piémont, vers l’Astésan et le Tortonnais. Au lieu d’un canal unique, partant du golfe du Lion pour aller aboutir à la mer Noire, et contournant le massif des Alpes actuelles pour découper en tronçons épars l’Italie, nous obtenons maintenant trois golfes distincts et profonds, sortes d’Adriatiques, ayant chacune leur configuration, et remontant à la fois dans l’intérieur des terres par les vallées respectives du Rhône, du Danube et du Pô. Ces Adriatiques iront en diminuant d’étendue et de profondeur; d’autres échancrures ayant une origine semblable et situées dans le Roussillon, vers l’embouchure du Têt ; dans les Alpes-Maritimes, à l’embouchure du Var; dans les Landes, entre l’Adour et la Garonne ; en Belgique, entre Bruges, Bruxelles et Anvers; sur la côte occidentale de l’Angleterre, au-dessus de la Tamise ; dans l’Italie centrale, en Sicile, en Algérie et ailleurs, auront la même destinée. Partout, la mer ira en s’amoindrissant, tout en attestant, par sa persistance sur quelques points et par l’épaisseur des dépôts qu’elle y accumulera, la longue durée d’une époque dont les formations se dérobent le plus souvent à notre examen ; celles-ci effectivement demeurent soustraites à nos moyens d’investigation dans tout le périmètre des mers actuelles, partout où le rivage de ces mers n’a pas changé depuis les temps pliocènes.
- Mais revenons sur nos pas et reprenons la suite des événements où nous l’avons laissée; n’oublions pas surtout que nous sommes dans la partie récente du miocène, au point où cette période tend vers sa terminaison et va se souder avec celle qui lui succède. La mer se retire dans la vallée du Rhône, elle s’avance à peine jusqu’à Valence ; bientôt après, elle n’arrive plus même à Montélimart. C’est à ce moment qu’il faut placer un niveau remarquable, caractérisé par l’invasion d’une faune venue de proche en proche par la direction de l’orient et ayant habité, dans un âge déterminé, les estuaires fluvio-marins de l’Europe presque entière; on a donné le nom de couches à congéries aux formations qui, vers le Danube inférieur et moyen, dans l’Italie centrale et le midi de la France contiennent cette faune, et qui s’intercalent entre le Tortonien et l’Astien de manière à indiquer d’une façon relativement précise la fin du miocène et le point de départ de la période suivante. On a parfois appliqué la dénomination de mio-pliocène à l'âge ambigu qui s’interpose entre les deux périodes, et constitue une transition réellement insensible de l’une vers l’autre, surtout si l’on s’attache à la végétation. Arrivé à ce point, nous rencontrons, soit en
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- Italie, soit en France, soit enfin en Autriche, bien des exemples de ce qu’était la flore européenne; nous ne pouvons tout dire à cet égard ; mais nous allons au moins saisir quelques-uns de ses traits distinctifs, ils serviront de guides et de jalons dans le voyage que nous voulons entreprendre. En établissant d’abord ce qu’étaient la végétation et le climat, nous jugerons sans peine de l’abaissement successif de ce dernier, et nous constaterons plus facilement l’élimination graduelle des formes que l’Europe possédait encore au début des temps pliocènes.
- On serait tenté de croire, en s’attachant à un point de vue superficiel, que, l’Europe étant devenue continentale par le retrait de la mer et de hautes montagnes hérissant maintenant sa surface, cette configuration nouvelle de notre continent eût été la cause déterminante de l’abaissement du climat, survenu depuis ces événements. 11 est difficile pourtant d’admettre qu’il en ait été réellement ainsi. En effet, une fois le phénomène accompli, le résultat n’aurait pas manqué de se produire dans toute son intensité. Si l’élévation antérieure de la température avait été uniquement due à l’influence de la mer miocène, le retrait seul de cette mer et l’apparition de très-hautes montagnes devenues bientôt neigeuses, auraient immédiatement entraîné l’altération de la température et du climat. Sans nier que des événements du genre de ceux que nous relatons aient contribué à la réalisation d’un semblable résultat, ou du moins aient eu pour effet de le rendre plus rapide et plus décisif, ce serait, nous le pensons, une grave erreur que de vouloir s’en tenir à la configuration géographique et la rendre responsable de tout. Une action localisée, quelque énergique qu’on la suppose, ne saurait suffire pour expliquer les phénomènes climatériques qui se déroulèrent pendant la période pliocène. La forme et le relief d’une contrée, la direction des chaînes de montagnes qui la divisent et des mers qui la baignent sont, il est vrai, susceptibles de déterminer la présence d’un climat plus rude ou plus clément, plus humide ou plus sec, et, s’il ne s’agissait que de variations de cette sorte, l’Europe aurait très-bien pu les éprouver tour à tour et passer des extrêmes de l'Asie centrale aux conditions égales en toute saison, parties au Japon, sans qu’il fût nécessaire, pour comprendre les transformations corrélatives de sa flore, de recourir à des causes plus générales. Mais le phénomène auquel il faut rapporter l’abaissement de la température n’a rien de particulier à l’Europe; il n’a rien même de brusque, d’aceidentel ni de passager. Nous avons signalé l’origine du mouvement dès la fin de l’éocène ; nous l’avons vu se prononcer tout d’abord avec une intensité croissante dans les régions polaires, et de là s’étendre graduellement vers le sud. Au début de l’oligocène, la végétation de la zone tempérée boréale change de caractère; des éléments nouveaux, venus par le nord, et dénotant les premiers progrès du refroidis-
- sement s’introduisent et se propagent. Nous avons étudié les signes de cette révolution, au moyen de laquelle la différence des latitudes tend à s’accentuer peu à peu ; nous n’avons pas à y revenir, mais il est impossible de ne pas admettre, en considérant cette marche que rien n’arrête, et qui se continue avec mesure et régularité, l’influence d’un phénomène cosmique, embrassant le globe terrestre tout entier. Devant ce mouvement expansif, ayant au pôle son point de départ initial et son siège permanent, on est bien forcé de concevoir un moment où les glaces arctiques, d’abord sporadiques, puis normalement annuelles et périodiques, auront fini par devenir permanentes sur une foule de points et, une fois permanentes, n’auront cessé de prendre de l’extension et de recouvrir le sol, jusqu’au moment où elles auront donné lieu à des masses flottantes. De là, une cause certaine de refroidissement pour l’ensemble des contrées boréales, cause évidemment secondaire et consécutive, relevant d’une cause première plus générale. Si l’on combine cette action des glaces polaires avec celle qui dérive des glaciers dont l’apparition résulte de circonstances du même ordre et se rattache à la même époque, on aura saisi les deux particularités les plus saillantes auxquelles l’abaissement du climat ait donné naissance et dont le contre-coup se soit fait sentir sur l’ensemble de la végétation, dans la période pliocène.
- Un temps très-long fut sans doute nécessaire pour accomplir ces changements. La mer miocène s’était déjà retirée du centre de l’Europe, le soulèvement des Alpes avait eu lieu probablement au moment où se déposèrent les couches à congéries; pourtant la végétation gardait encore la plupart des traits qui la caractérisaient lors du miocène proprement dit. Nous allons assister à la transition d’une période vers l’autre ; mais cette transition ne s’opérera qu’à l’aide de degrés successifs, comme sous l’impulsion d’une force venant de haut et de loin, dont les effets seraient à peine sensibles, sans cesser pourtant de se prononcer et d’agir. Le bassin de Vienne, en Autriche, nous fournit à cet égard des renseignements instructifs, grâce à la disposition de plusieurs étages superposés, qu’il présente. Au-dessus de la mollasse miocène proprement dite, se place l’étage sarmatique ou à cérithes et la partie supérieure de ce dernier comprend une flore fort riche, dont les espèces caractéristiques sont identiques à celles d’Œningen.
- Cte G. de Saporta,
- Correspondant de l’Institut.
- — La suite prochainement. —
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- LA PROFONDEUR, LA TEMPÉRATURE
- ET LES COURANTS DE LA MER1.
- M. John James Wild, membre de l’expédition scientifique du Challenger, vient de faire paraître
- 1 Thalassa, on essaij on the Depht, température, and currents of the Océan, b y John James Wild. — 1 vol. in-8'1,
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- LA NATURE.
- sous ce titre un ouvrage remarquable que nous sommes heureux de pouvoir signaler à nos lecteurs.
- Le but principal que l’auteur s’est proposé dans la composition de cet essai, c’était de réunir et de reproduire, sous la forme la plus simple, les résultats les plus importants des dernières recherches sur les profondeurs, la distribution de la température et les courants de l’Océan.
- Les observations intéressantes obtenues dans le cours des voyages du Challenger, du Tuscaroro, de la Gazelle et d’autres vaisseaux, se sont perdues dans les régions plus ou moins inaccessibles des rapports officiels, des comptes rendus des Sociétés savantes
- et d’autres écrits scientifiques dont la plupart resteront toujours rares à cause de leur prix élevé. Convaincu qu’il y a aujourd’hui un nombre considérable de lecteurs qui s’intéressent aux progrès récents de la connaissance de la terre et des mystères de l’Océan, M. Wild a écrit le livre que nous allons rapidement analyser.
- L’auteur donne d’abord la description générale des bassins océaniques qui ont été examinés jusqu’à présent; puis il s’étend en longs détails sur la température de l'Océan, et donne les principaux résultats des observations les plus récentes ; le troisième chapitre du livre, sur les courants de l'Océan, expli—
- Fig. 1,— Nouvelle carte des profondeurs de l’Océan, dressée par J. J. Wild, et donnant le tracé complet du voyage du Challenger.
- que le système de la circulation thermale des eaux de la mer ; dans le quatrième et le cinquième chapitre, M. Wild décrit les différentes sections océaniques examinées par les officiers du Challenger pendant le voyage de ce vaisseau autour du monde de 1872 à 1876; il termine l’ouvrage en étudiant le fond de la mer, Le lit de l'Océan. M. Wild a essayé d’établir la relation qui existe entre les couches de matière solide déposées au fond de l’Océan et les courants qui traversent les bassins dans lesquels ces couches s’accumulent de jour en jour. Enfin, l’auteur a émis quelques idées nouvelles sur l’origine et la transformation des continents.
- Le texte est accompagné de plusieurs cartes, de
- avec cartes et diagrammes en couleur. — London, Marcus Ward et C".
- dessins et de tables d’observations construites à l’aide de documents officiels et publiés pour la première fois.
- La carte des profondeurs de l'Océan, que nous reproduisons ci-dessus (fig. 1), est assurément la plus complète qui ait été publiée jusqu’ici. Elle nous montre que les eaux de l’Atlantique et du Pacifique comblent d’immenses vallées, qui ont plus de 5400 mètres de profondeur, à partir de la surface des eaux. Les eaux qui entourent la cote occidentale de l’Europe, qui enveloppent l’Afrique, qui baignent le sud de l’Asie et de l’Australie, ont une profondeur moyenne de 3600 mètres environ ou de 2000 brasses. Dans le voisinage du Japon, la sonde marine a dù pénétrer jusqu’à plus de 7000 mètres pour trouver le fond de la mer
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- La deuxième carte que nous reproduisons est relative aux températures et aux courants superficiels des océans (fig. 2).
- La température de la mer est subordonnée aux trois éléments suivants : la latitude, les courants et la saison de l’année. La surface sphérique du globe n’est pas également soumise à l’action des rayons solaires, aussi la chaleur que les océans reçoivent du soleil va-t-elle en diminuant graduellement depuis un maximum, qui s’observe sous les Tropiques, jusqu’à un minimum, qui est situé dans les régions polaires. S’il n’y avait aucune cause de rupture dans l’équilibre des eaux, les lignes d’égale tempé-
- rature, les lignes isothermes, formeraient autour de la terre un système de circonférences de cercles, parallèles à celui de l’Équateur. Mais des courants chauds se dirigent des régions tropicales aux régions polaires, et inversement des courants d’eau froide, issus des zones du pôle Arctique ou du pôle Antarctique, pénètrent jusqu’aux plus chaudes latitudes, et troublent singulièrement l’uniformité de la décroissance des températures entre l’Équateur et les Pôles. La carte ci-dessous montre que la ceinture des eaux, qui enveloppe la Terre à l’Équateur, a une température superficielle de 26°,7 centésimaux. Elle indique par les tracés conventionnels, dont l’expli-
- Fig. 2 — Nouvelle carte des températures et des courants superficiels de l'Océan, dressée par M. J. J. Wild.
- cation est indiquée, les différentes parties des océans où la température est de 21°, 1, de 15°,5, de 10° et de 4°,4. Au delà de ces dernières zones, vers les pôles, on pénètre dans les régions des glaces.
- M. Wild nous a donné un tracé des courants superficiels, qui a confirmé sur bien des points les résultats déjà acquis à la science. On doit observer que si ces mouvements circulatoires horizontaux jouent un rôle prépondérant dans les harmonies du globe, il faut tenir compte également de la circulation verticale qui, quoique ayant une action secondaire, est loin d’être négligeable. Mais les observations qui ont été faites jusqu’ici à ce sujet ne sont pas encore assez nombreuses pour qu’il ait été possible de définir des lois fondamentales.
- Nous nous bornerons à ce résumé succinct des
- intéressantes notions qui se trouvent clairement exposées dans le bel ouvrage de M. Wild. Cet ouvrage est assurément un utile complément des nombreuses publications qui ont été faites sur les grands résultats obtenus pendant la croisière du Challenger, dont nous avons souvent entretenu nos lecteurs *.
- CHRONIQUE
- Les conférences de la Sorbonne. — Samedi, 26 janvier, à huit heures et demie du soir, ont recommencé, dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne, les anciennes soirées scientifiques et littéraires, interrom-
- * Yoy. Tables des matières des années précédentes.
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- LA NATURE.
- pues depuis la guerre, et dont tous les auditeurs d’autrefois ont conservé un souvenir d’admiration pour les expériences grandioses qui les accompagnaient et l’incomparable talent des professeurs.
- La nouvelle série, organisée sous les auspices de l'Association scientifique, a été inaugurée par une excellente allocution de son président actuel, M. Milne-Edwards, sur le but et l’état présent de l’Association, laquelle a pu consacrer déjà trois cent mille francs à encourager des savants pauvres, à les aider, à faciliter leurs recherches, tout en se constituant une réserve de 70000 francs. On voit que la cotisation de 10 francs est bien employée.
- L’éloge du fondateur de l’Association, Le Verrier, a été fait en termes attendrissants par M. Dumas, qui a annoncé, aux applaudissements de tous, que l’Association prenait l’initiative d’un monument à élever à son premier président.
- Enfin, M. Wolf, l’ancien collaborateur de Le Verrier à l’Observatoire, a consacré sa conférence, très-intéressante et résumant les dernières investigations de la science, à l’étude de la variabilité des nébuleuses. Sa conclusion a été : Il est certain que des nébuleuses sont en mouvement relatif, on connaît au moins une nébuleuse double dont les composantes tournent l’une autour de l’autre ; il est très-probable que des nébuleuses s’affaiblissent et disparaissent, trois nébuleuses delà constellation du Tauieau paraissent être dans ce cas ; il est possible que certaines nébuleuses changent de forme, la célèbre nébuleuse en spirale des Chiens de chasse semble en présenter un exemple. La distance des nébuleuses ne sera positivement déterminée que dans quelque temps, mais on a lieu de présumer que beaucoup ne sont pas plus éloignées que les étoiles. Quant à la distance de celles-ci, pour la faire apprécier à l’esprit, M. Wolf a trouvé cette saisissante comparaison : par la pensée, réduisons les dimensions de l’univers de façon à ce que, le Soleil étant au Louvre, l’orbite de la Terre passe par les boulevards; à cette échelle, l’étoile la plus rapprochée sera à la distance de la Lune !
- Après le savant astronome de l’Observatoire, nous avons entendu, samedi, 2 février, M. Maxime Cornu, qui pouvait dire en parlant de l’étude du phylloxéra et du combat contre lui : quorum pars magna fui. Il a décrit et fait apparaître, grâce aux projections électriques, les formes multiples de ce minuscule et redoutable Protée. Il nous a semblé seulement que, par un sentiment de réserve vraiment excessif, il avait évité absolument de parler de ce qui constitue, avec le polymorphisme, le caractère le plus extraordinaire de cet animalcule : sa génération alternante, successivement parthénogénésique et sexuée. D’un mot il a caractérisé la funeste action du puceron américain • en détruisant le chevelu des racines, organes d’absorption des ceps, l’insecte fait mourir la vigne de faim.
- C’est en présence même de celui qui a trouvé le moyen efficace de combattre le fléau, M. Dumas, qu’il a rappelé les effets remarquables obtenus par l’emploi du sulfo-carbonate de potassium, proposé par l’illustre chimiste, et, quand M. Cornu a signalé l’abaissement du prix du précieux remède, descendu de 120 francs à 75 francs le quintal, M. Dumas lui-même a dit au jeune et savant naturaliste-agriculteur, qui l’a répété : le prix du sulfocarbonate est dès à présent réduit à 50 francs les 100 kilog.
- La dernière séance, consacrée par M. Jamin à l’exposé des récents progrès de l’éclairage électrique, a ressuscité absolument les grandes soirées d’autrefois. Même affluence énorme, attirée à la fois par le renom du professeur et la certitude d’assister, grâce à lui, à des expériences faîtes à une échelle inusitée. Deux mille personnes se sont en-
- tassées dans un amphithéâtre aménagé pour en contenir seulement dix-huit cents, et, sous le charme du limpide talent d’exposition de l’illustre académicien, ont oublié la gêne corporelle.
- Par une coïncidence fortuite tout à fait extraordinaire, à la dernière minute, par suite d’un accident survenu au compteur, le gaz s’est éteint brusquement et il eût fallu forcément remettre la séance et renvoyé la foule si, par une sorte de miracle, la conférence n’avait eu pour sujet l’éclairage' électrique; les régulateurs, qui devaient servir uniquement aux démonstrations expérimentales, ont suffi instantanément à l’illumination de la salle pendant toute la soirée ; et il était impossible de rêver une aussi éclatante démonstration pratique de la vérité affirmée par le professeur : l'éclairage électrique est entré dans la phase de l’exploitation industrielle. Jamais peut-être la lumière voltaïque n’avait été soumise à une aussi rude épreuve : l’arc qui jaillissait dans 14 lampes de l’éclat de 100 becs carcels chacune, alimentées par des machines électromagnétiques de systèmes divers, actionnées elles-mêmes par les deux fortes locomobiles qui fumaient dans les cours, les 14 jets lumineux ont dû être tous simultanément éteints et rallumés un grand nombre de fois pour les projections sur l’écran, et toujours on l’a fait avec un égal succès. Il est vrai que M. Jamin était assisté par les inventeurs mêmes des découvertes qu’il exposait : M. Lon-tin, M. Gramme, M. Jablochkoff, et, qu’avec un tel auditoire et un tel maître, ces électriciens célèbres avaient regardé comme une distinction d’être ses préparateurs.
- De semblables séances sont fort coûteuses, mais elles attirent un si grand nombre de membres nouveaux — ceux-ci étant admis de droit aux soirées •— que malgré la modicité de la cotisation, ce supplément de recettes permettra, il faut l’espérer, de continuer les conférences pendant l’Exposition. Charles Boissay.
- Accident de chemin de fer aux États-Uni». —
- A l’ouest du village de Tariffville (Connecticut), les trains du chemin de fer Connecticut-Western traversent en cet endroit la rivière Farmington sur des rails jetés d’une rive à l’autre et ayant quelques poutres pour support. C’est ce qu’on appelle en ce pays un « trestle bridge. » A dix heures du soir, un train d’excursion venant de Hartford et allant à Millerton est tombé de ce soi-disant pont dans la rivière. Le train se composait de deux locomotives, un wagon de bagages et trois de voyageurs. C’était un train d’excursion, service spécial, organisé à l’usage des personnes désireuses d’assister à un grand service de revival monté à Hartford par les célèbres Moody et Sankey. Les voyageurs étaient donc presque tous des fidèles ou des curieux qui avaient participé aux exercices religieux de la soirée et qui retournaient dans leurs résidences respectives. On ne sait pas quel était leur nombre. Les deux locomotives ont franchi les rails sur toute la largeur de la rivière et se sont arrêtées sur la terre ferme. Un des wagons dont l’extrémité antérieure avait aussi atteint le bord du sol est resté suspendu au-dessus de là rivière, et les trois autres ont été précipités sur la glace, qui s’est rompue sous le poids. On a retiré sept corps des wagons engloutis. Quatre des victimes ont été reconnues. 11 y a une quarantaine de blessés.
- — Le Times annonce que la corporation de Londres a conféré les droits de cité à M. Henry Stanley, en récompense de scs découvertes dans l’Afrique équatoriale. La Société de géographie de Londres a donne, de son côté, à Saint Jamcs’s Hall, un grand banquet en l’honneur du célèbre explorateur.
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- ACADEMIE DES SCIENCES
- Séance du 11 février 1878. — Présidence de M. Fizëau.
- M. Claude Bernard. — Voici encore une des plus grandes célébrités de la science française qui paye son tribut à la mort. L’illustre physiologiste Claude bernard a succombé hier soir, 10 février, à 9 heures 1/2, à la douloureuse maladie dont il souffrait depuis plusieurs mois. En signe de deuil, l’Académie se sépare sans tenir de séance, mais le secrétaire perpétuel signale, par une simple énumération, parmi les pièces de la correspondance, celles qui lui semblent présenter un caractère spécial d’urgence. Elles sont peu nombreuses, comme on va voir.
- Chaire de physique du Muséum. — Une lettre du ministre de l’instruction publique déclare vacante la chaire de physique du Muséum, dont le titulaire était, comme on sait, feu M. À.-C. Becquerel. Le ministre demande que l’Académie dresse prochainement une liste de deux candidats entre lesquels il choisira le nouveau titulaire. Le futur professeur, désigné sans contestation possible, est M. Edmond Becquerel, actuellement aide naturaliste de physique au Muséum.
- Dosage de l'acide borique. — Il y a peu de temps, ! M. Dieulafait a présenté un grand travail où il étudie l’a- ; eide borique, surtout au point de vue géologique. M. Bi- j dault, de Lyon, réclame aujourd’hui la priorité de la plupart de ses résultats et s’appuie sur des publications dont la date, paraît-il, ne laisse aucun doute.
- Petites planètes. — De Marseille, M. Stephan adresse sept observations de la 181e petite planète découverte le 2 février par M. Coggia. De Pola, 51. Palizza annonce la découverte de deux astéroïdes, l’un de 10e et l’autre de 12e grandeur. Enfin, d’Amérique, M. Peters fait savoir la trouvaille d’un petit astre de 10e grandeur. Selon 51. Bertrand, il est très-vraisemblable que celui-ci est le même que le premier de ceux signalés par M. Palizza ; dans ce cas, la priorité de vingt-quatre heures appartiendrait à M. Peters.
- On a mentionné aussi quelques notes de mathématiques et des lettres de remerciements de lauréats des derniers concours. Stanislas Meunier. .
- MÉTÉOROLOGIE DE JANVIER 1878
- En étudiant les mois de novembre et de décembre 1877, nous avons appelé l’attention du lecteur sur les faits les plus saillants montrés par les cartes météorologiques, savoir l’existence à la surface de l’Europe de Cyclones et d’Anticyclones, se mouvant généralement vers l’est, amenant des phénomènes extrêmement opposés, et ayant une action dont l’intensité peut-être dans une première approximation évaluée par le Gradient barométrique dont nous avons donné la définition.
- Indépendamment de ces météores immenses qui peuvent occuper un espace égal à la moitié ou à toute l’Europe, il se forme souvent des dépressions secondaires, cyclones en miniature, qui semblent gagner en intensité ce qu’ils perdent en développement. Bornés à une étendue égale à celle de trois ou quatre de nos départements, ils peuvent causer des dégâts
- considérables ; ce sont eux qui, pendant Y été, amènent les orages. Pendant l’hiver, ils sont à peine remarqués. Leur présence n’en est pas moins importante à noter et leur étude offre le plus grand intérêt.
- Trois de ces dépressions secondaires ont été signalées pendant ce mois. Une première, circonscrite par la courbe 760 sur la carte du 4 janvier, a son centre en Angleterre ; elle produit sur cette contrée une recrudescence des pluies dues au cyclone dont elle fait partie, et des inondations en Irlande. Une seconde, visible sur la carte du 10 et dont le centre est en Belgique, amène la neige dans le nord et l’est de la France, mais formée au milieu d’un anticyclone arrivant de l’ouest, elle ne peut durer longtemps. Une troisième, accompagnée d’une baisse très-rapide et de courte durée du-baromètre, apparaît vers Paris le 28 janvier et se trouve le 29 dans les Pays-Bas : des mauvais temps, des pluies considérables, un tremblement de terre l’accompagnent.
- L’importance de ces dépressions secondaires deviendra de plus en plus manifeste à mesure que nous approcherons des mois d’été. Il était indispensable d’en signaler l’existence en hiver.
- Si nous passons maintenant à l’étude générale du mois de janvier 1878, nous voyons qu’il est caractérisé par une moyenne barométrique autrement élevée à Paris, une température basse et une quantité de pluie inférieure â la moyenne.
- lre décade.— Pendant les dix premiers jours, les pressions sont très-élevées en Europe, sauf du 6 au 8, le temps est froid, les anticyclones dominent. Un seul cyclone important se montre le 7 au nord de l’Ecosse, amenant dans ces parages des pluies considérables, lesquelles s’étendent à toute la France.
- Le 8, le centre de ce cyclone est entre Paris et Bruxelles ; les vents soufflent fort d’entre nord et est sur les côtes anglaises, les pluies continuent en France, elles sont fortes dans le nord-est et le sud-ouest. Le 9, le centre a passé sur l’Adriatique, et par suite un refroidissement considérable se produit sur nos régions.
- 2e décade. — Le baromètre reste excessivement * haut à Paris pendant tout ce temps, et les fortes pressions séjournent d’une manière constante sur l’Europe occidentale. Sous leur influence, le temps reste beau généralement : un centre secondaire qui s’est formé le 10 sur la Belgique amène quelques chutes de neige dans le nord et l’est de la France. Le 18, le 19 et le 20 le temps est très-beau.
- 3e décade. — Au commencement de cette-decade, le baromètre est encore très-haut à Paris, mais dès le 21 l’Observatoire annonce un changement de temps pour la France. Le 22, le ciel devient pluvieux, le vent fraîchit et un fort cyclone qui sévit dans l’Europe orientale, étend son action jusqu’à nous. Mais la Manche, où les vents sont violents, est déjà sous l’influence d’un nouveau cyclone qui apparaît le 23 vers les îles Féroe, amène une pluie torrentielle la nuit et une tempête le soir. Le 24, le cyclone est vers Stockolm, et la carte des variations montre qu’il tend
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- LA NATURE
- CARTES QUOTIDIENNES DU TEMPS EN JANVIER 1878.
- D après le Bulletin international de TObservaloire de Paris. (Réduction 1/8.)
- Vendredi 11___________Samedi 12 $ Dimanchel3 Lundi 1*t ' Mardi 1s
- Mercredi 16 Jeudi 17 r Vendredi 18 -Samedi 19 Dimanche 20
- à se diriger vers le sud. L’Observatoire annonce des mauvais temps à l’Algérie.
- Le 25, la neige tombe dans la matinée à Paris; une dépression existe dans la Haute-Italie, une forte tempête règne sur la Méditerranée. Le 26, la jetée de Philippeville est emportée sur une longueur de 100 mètres par la violence de l’ouragan. Six navires sur sept sont jetés à la côte. Le 28, la petite dépression secondaire signalée plus haut se forme vers Dunkerque, et la neige tombe à Boulogne, Paris, Bruxelles, etc. Le 29, cette dépression
- secondaire est dans les Pays-Bas, et le 50 elle se comble définitivement.
- Le 5i, enfin, une zone de pressions excessivement élevées, s’étend sur l’Europe de l’ouest à l’est. Un anticyclone de dimensions considérables nous atteint par l’Irlande, et séjournera pendant dix jours sur nos régions, accompagné d’une stabilité excessive de l’atmosphère. E. Fron.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- COÜBElLj TVP# ET STER. CllÉTfi,
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- N° 247. — 23 FÉVRIER 1878.
- LA NATURE,
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- LES GRANDES DÉCOUVERTES DE STANLEY EN AFRIQUE
- Pas un de nos lecteurs n’a oublié par suite de quelles circonstances l’intrépide reporter du New-
- York Herald, Henry Moreton Stanley, avait retrouvé Livingstone à Oujidji sur les bords du lac Tan-
- Fig. 1. — Stanley explorant le lac Tanganyika. (D'après les documents communiqués par le voyageur américain )
- ganyika. Nous ne reviendrons pas sur ces faits bien connus et exposés par le voyageur américain lui-même dans un volume dont la traduction a paru chez Hachette sous le titre : Comment f ai retrouvé Livingstone. L’exploration de la partie septentrionale
- tj* anau. — i“r semestre
- du Tanganyika avait développé chez Stanley la passion des découvertes. Livingstone, qui avait donné sa vie pour la reconnaissance de l’Afrique intérieure, était mort sans avoir pu l’achever ; Stanley résolut de la reprendre. Cette tâche lui fut facilitée par deux
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- grands journaux de New-York et de Londres, leiVeto-York Herald et le Daily Telegraph, qui s’associèrent pour faire les frais de l’entreprise. Stanley tâta d’abord le terrain et s’essaya par l’exploration du delta du Loufidji, cours d’eau qui tombe dans l’océan Indien au sud de Zanzibar. Puis, après avoir organisé une expédition composée de trois cent quarante Africains et de trois Européens qui emportait un bateau ponton, le Livingstone, et une barque on cèdre démontée, la Lady Alice, Stanley quitta Zanzibar le 17 novembre 1873. La route qu’il suivit pour gagner le lac Ukerewé ou Victoria Nyanza s’écartait un peu dans le nord de l’itinéraire suivi par les voyageurs qui l’avaient précédé. La première partie du voyage à travers l’Ounyanyembé s’effectua sans incidents et avec beaucoup de rapidité. A partir de Mpouapoua, Stanley se dirigea vers le nord à travers l’Ougogo et l’Oukimbou, où il fut abandonné par ses guides à l’entrée d’un désert immense couvert d’herbes et de roseaux gigantesques, d’euphorbes et de plantes épineuses d’où l’expédition ne put sortir que guidée par la boussole.
- Un peu plus loin, dans l’Ourimi, il fallut, pendant trois jours, parlementer avec les naturels pour obtenir l’autorisation de traverser le pays. Enfin, à Chiouyoué on put constater que les eaux qui jusque-là s’étaient écoulées vers la mer des Indes, prenaient la direction de l’intérieur du continent, comme l’indiquait le cours du Louamberri et du Monangah. Le 21 janvier 1874, Stanley établit son camp près du village de Vinyata dans une riche et plantureuse vallée arrosée par le Lyoumbou. Là, tandis qu’on faisait sécher tout le matériel de l’expédition, alors que les hommes dispersés vaquaient à différentes occupations, les naturels, les Ouatourous, se réuni-nirent en armes et sous un prétexte futile attaquèrent le camp qui avait été fortifié à la hâte. Après une série de combats dans lesquels vingt et un soldats de Stanley succombèrent, l’expédition infligea aux naturels coalisés des pertes si sensibles, brûla tant de villages et répandit dans toute la contrée une telle terreur qu'elle put continuer sa route sans plus rencontrer de résistance. Mais lorsqu’on arriva à Mgongo Tembo, dans l’Iramba, des trois cent quarante hommes partis de Zanzibar il n’en restait plus a Stanley que cent quatre-vingt-quatorze, et l’un des Européens,Edouard Pocock, avait succombé. C’est dire quelles pertes sensibles avaient causées à l’expédition les désertions, la dyssenterie, les fièvres, les fatigues et les attaques des naturels.
- Sans grandes difficultés, l’Ousoukouma, l’Ousira, l’Ouchambi et l’Ousmaou furent traversés, et à l’extrémité de la longue plaine du Louamberri, naguère noyée sous les eaux du lac qui la recouvrent encore pendant la saison des pluies, on atteignit, enfin, le Victoria Nyanza. Là, Stanley apprit que le Lyoumbou qui s’appelle, dans l’Ousoumkouma, le Monangah, se jette dans le lac sous le nom de Chimiyou et constitue son affluent le plus important. Après avoir installé son camp à Kajedgi, Stanley fit monter la
- Lady Alice et, sur un des grands lacs africains, flotta, pour la première fois, le pavillon étoilé des États-Unis d’Amérique sur une embarcation européenne. Que connaissait-on à ce moment du lac Victoria? Presque rien de précis. Sa forme, son étendue étaient encore indécises; on prétendait même que c’était plutôt une région lacustre qu’une nappe d’eau, et bien qu’à deux reprises Speke l’eût explorée, il n’en avait pu suivre que la rive occidentale et avait dû constater seulement qu’un cours d’eau considérable, qu’il croyait être le Nil, s’en échappait par l’extrémité septentrionale. On voit que le tracé complet du lac restait à établir, et c’est la tâche que Stanley se proposait d’accomplir.
- Commençant par la paYtie orientale du lac, il visita rapidement tous les pays riverains, constata que le nom d’Oukérewé s’applique à une grande île, reconnut que Majita, prise par Speke pour une île, est une montagne en forme de table qui s’élève abrupte au-dessus d’une plaine basse à 3000 pieds au-dessus de la mer, découvrit au Victoria un grand nombre d’affluents dont quelques-uns considérables, et atteignit enfin l’Ouganda dont le roi Mtésa ou M’tsé avait autrefois reçu avec bienveillance Speke et Grant. La réception faite à Stanley fut des plus bienveillantes ; de grandes fêtes furent données, des revues de l’armée et de la flotte eurent lieu en son honneur. Chez ce puissant monarque africain, Stanley rencontra un Français au service du vice-roi d’Égypte, M. Linant de Bcllefonds, qui devait, à son retour, périr misérablement sous les coups des Baris, peuplade aussi lâche que perfide. Lorsqu’il quitta M’tsé, celui-ci fit accompagner le voyageur américain par une flotte imposante de cinquante canots, escorte d’honneur et sauvegarde pour la Lady Alice, qui visita la rive occidentale du Victoria déjà explorée par Speke et Grant et regagna Kajedgi après une absence de cinquante-huit jours.
- Il était grand temps, d’ailleurs, que Stanley revînt, le bruit de sa mort avait couru et ses compagnons étaient à la veille de repartir pour Zanzibar. Un jour plus tard, il n’eût rencontré personne. Par malheur, il ne retrouvait pas tous ses compagnons, plusieurs étaient morts et parmi eux un Européen, Frédéric Barker.
- En somme, si l’on avait eu, pendant ce périple du Victoria, plusieurs fois maille à partir avec les indigènes, si la Lady Alice avait eu peine à résister aux violentes et brusques tempêtes qui bouleversent les eaux du lac, Stanley n’en avait pas moins accompli une très-heureuse et très-fructueuse excursion de découvertes qui mettait fin à toutes les incertitudes sur l’étendue, la forme et la situation d’un des plus importants réservoirs du Nil.
- M’tsé avait promis à Stanley des canots pour transporter tout son personnel dans l’Ouganda, mais après une vaine et longue attente, le voyageur américain s’empara, par la force, des canots du roi d’Ou-kéroué, punit les indigènes de Bambireh de leur perfidie et débarqua enfin dans l’Ouganda à Doumo,
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- port situé entre les deux rivières lnKadjera et laKa-tonga. De là il comptait gagner le lac Albert. Avec une escorte de 2000 hommes envoyés par M’tsé, Stanley pénétra dans l’Ounyoro entre les deux lacs, mais devant les dispositions belliqueuses des habitants et le mauvais vouloir du chef de ses troupes ougandas, il dut rétrograder après un arrêt de deux jours sur les bords du golfe Béatrice et rentrer dans l’Ouganda. De là il se rendit dans le Karagoué dont leroiRoumanikalui fournit tous les moyens de faire la reconnaissance de la Kadjera, puissant affluent du Victoria et du lac Ouindermeere de Speke. L’Indjezi, rivière lacustre, tombe dans la Kadjera par 1 degré de latitude sud, après être sorti du lac Tcha-Ngoma auquel Stanley a imposé le nom d’Alexandra en l’honneur de la princesse de Galles. A son tour, ce lac est alimenté par une rivière qui arrose le pays au sud du lac Albert. Par son extrémité méridionale, le lac Alexandra serait en communication (Stanley ne l’a pas constaté de visu) avec le lac ou marais de Kivou, qu’on assure donner naissance au Rousizi, qui tombe lui-même à la pointe septentrionale du Tanganyika. Ainsi donc les deux bassins du Nil et du Congo seraient alimentés par une série de lacs qui enverraient leurs eaux de deux côtés différents : vers l’Atlantique et la Méditerranée; ce serait une bien curieuse solution de la question si controversée des sources du Nil. (Yoy. notre carte de détail du Nil Alexandra).
- Sans incident bien digne de remarque, Stanley revint alors dans le sud et atteignit Oujidji sur les bords du Tanganyika. Après un repos qu’il avait bien gagné, il résolut d’explorer le lac, de reconnaître le déversoir que Cameron lui avait -découvert deux ans auparavant et de tenter à son tour, avec d’autres moyens, le projet dans lequel Cameron avait échoué.
- On sait que le Tanganyika, beaucoup plus long que large, entouré d’une ceinture de montagnes presque continue, ressemble à une immense faille ouverte par quelque convulsion souterraine. Livingstone et Cameron avaient pu constater que le niveau du lac tendait à s’élever et certaines pointes vues par le premier de ces voyageurs constituaient, lors de l’exploration du second, de véritables îles ; différence de niveau que la plus grande quantité d’eau apportée par la saison des pluies ne suffit pas à expliquer et dont notre connaissance, encore trop imparfaite, de la variété du climat est impuissante à rendre raison.
- Or, sur la rive occidentale du lac, Cameron avait découvert le Loukouga et l’avait remonté sur un parcours de 9 kilomètres, point où il avait été arrêté par une obstruction d’herbes flottantes et par des roseaux serrés. A son entrée dans le lac, le Loukouga est fermé par une barre de sable et de boue recouverte de 2"', 75 d’eau, derrière laquelle ce cours d’eau présente aussitôt une profondeur qui varie de 7m,30 à 9 mètres. A mesure qu’on s’avance, la profondeur aussi bien que la largeur du Loukouga diminuent au
- point de n’être plus que de 5m,50 pour la première et 550 mètres pour la seconde, à l’endroit où Cameron s’était arrêté. Malgré les roseaux qui encombraient le lit de la rivière, des billes de bois et même des troncs d'arbres étaient entraînés dans l’ouest avec une vitesse d'environ 2000 mètres à l’heure, enfin l’eau du Loukouga avait la saveur particulière à celle du Tanganyika; toutes raisons qui s’accordaient pour en faire le déversoir si vainement cherché par Livingstone.
- Stanley à son tour pénétra dans ce cours d’eau dont la surface libre de papyrus et de roseaux variait entre 366 et 550 mètres au plus, atteignit, puis dépassa de 90 mètres le point atteint par Cameron. A son tour il était arrêté par un fouillis inextricable de roseaux plantureux qui trouvaient une succulente nourriture dans une boue noire, infecte, composée de détritus organiques. Monté sur les épaules de ses hommes, Stanley vit au loin le Lukuga ainsi embarrassé, l’eau n’avait plus que 2m,50 de profondeur et à 2 kilomètres plus loin des arbres s’élevaient dans le lit même du cours d’eau. C’est à dessein que nous employons cette expression, car deux expériences faites par Stanley pour déterminer le sens du courant, ayant donné des résultats contraires, on ne pouvait encore savoir si le Lukuga est un affluent ou un déversoir du Tanganyika. Mais il n’y avait pas là de quoi décourager notre reporter américain habitué par métier à aller au fond des choses ; il remonta par terre le Loukouga, au delà de son confluent avec le Kibamiba. Pendant la saison sèche le lit du Loukouga est marécageux et bien que portant seulement 45 centimètres d’eau cachée par des roseaux, il a un courant vers l’ouest; enfin, à 19 kilomètres du lac le Louindi, nom sous lequel le Loukouga est alors désigné, devient une véritable rivière et coule vers le Loualaba.
- Suivant Stanley, le Loukouga, autrefois affluent du Tanganyika, a vu ses détritus arrêtés parles roseaux, par la barre même qui est à son entrée et qui est due aux vents du sud-est; le lit s’est donc élevé peu à peu et l’affluent s’est transformé en une crique. Or, aujourd’hui, grâce à l’élévation de niveau du Tanganyika constatée par Stanley et par ses devanciers, les boues du Mitouansi ou Loukouga vont être chassées et emportées bientôt vers le Loualaba, en un mot si le Loukouga n’est pas encore le déversoir du Tanganyika, il est en passe de le devenir, conclusion qui a rencontré dans M. Duveyrier, l’explorateur bien connu de l’Afrique septentrionale, un adversaire décidé. (Voir notre carte de détail du Loukouga.)
- Le 1er août 1876, Stanley ralliait Oujidji après avoir côtoyé en cinquante et un jours toute l’étendue des rivages du Tanganyika. Malade *lui-même^ il arrivait dans un pays ravagé par la variole et après un repos aussi court que possible, il se détermina à fuir le séjour empesté de la ville pour soustraire les membres de son expédition au fléau qui avait commencé de les frapper.
- Il quitta donc Oujidji le 24 août 1876, gagna
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- l’Ouggouha sur la rive occidentale du Tanganyika et atteignit, après soixante-quatre jours de marche, Nyangwé déjà vue précédemment par Livingstone et Cameron. Située dans le pays des Manouyéma, qui sont anthropophages, Nyangwé est la résidence habituelle de quelques musulmans venus de Zanzibar et de mulâtres établis à poste fixe dans le pays où ils se livrent à la traite des esclaves.
- Bien plus, ils organisent eux-mêmes de nombreuses expéditions qui, mas-sacrant les hommes adultes, s’emparant des femmes et des jeunes hommes, brûlant les villages et les cultures, font d’un pays fertile et peuplé un véritable désert. Il n’y a pas moins de six à dix de ces expéditions qui, partant chaque mois de Nyangwé, vont ravager, sans prétexte, les pays circonvoi-sins. Stanley arrivé sur les lieux où fleurit la chasse aux esclaves, éprouva le même dégoût, la même indignation, la même horreur que Livingstone pour les procédés honteux, ignobles et impitoyables des trafiquants arabes et oua-nyamouezi.
- Cameron avait dû renoncer à descendre le cours du Lualaba et n’avait pu s’assurer si c’était bien, comme il le pensait, la tête du Congo ; par cela même, le but de son expédition avait été manqué.
- Mais Stanley, qui possédait bien d’autres ressources que le voyageur anglais, qui avait une caravane de porteurs, pouvait se passer du secours des Manouyéma et des Arabes, et tenir peu de compte des récits effrayants sur la férocité des populations riveraines du Lualaba. Il partit donc le 5 novembre et s’avança d’abord par terre à travers des forêts épaisses, mais il fut forcé à 41 milles au nord de Nyangwé, par 3°,35' 17" de latitude sud, de remonter la Lady Alice et de se laisser dériver sur la rivière. Dam cette partie de son cours, au pied des monts Ouregga qui séparent son bassin de celui du Nil, le Lualaba reçoit à droite le
- Liru, l’Ourindi, le Roua et le Kankora, sur la rive gauche le Riouki, le Kasoukou et le Lomame, sans compter plusieurs autres petits cours d’eau.
- A l’embouchure du Riouki, l’expédition eut à soutenir une formidable attaque des naturels montés sur de nombreux canols. Deux jours après. on atteignait les chutes d’Oukassa. Un peu plus loin, nouvelle attaque; et pour rendre la situation plus difficile, soixante-douze des compagnons de Stanley sont en même temps atteints de la petite vérole. Stanley fut alors obligé de s’emparer d’un gros village indigène pour y dé poser ses malades et leur laisser prendre, pendant deux jours et deux nuits, un peu de repos, tandis que lui-même tenait en respect toutes les forces du pays. C’est là qu’il se sépara de son escorte arabe qui retournait à Nyangwé, il restait avec cent quarante-six hommes sous ses ordres. Le 4 janvier 1877, on atteignit une série de cataractes formées par les derniers éperons des monts Ouregga au-dessous du confluent du Lomame et appelées chutes Baswa. On fut alors obligé de transporter les embarcations au delà de ces rapides à travers une forêt épaisse où l’on dut s’ouvrir à la hache un chemin, tandis qu’une partie de l’escorte protégeait les travailleurs contre les indigènes qui leur décochaient des flèches empoisonnées.
- C’est à partir de 0°,14' 52" sud que la rivière, qui jusqu’alors avait coulé au nord, s’infléchit dans l’ouest, en même temps elle s’élargit et commence à recevoir des affluents importants; l’un des premiers, sur la rive droite, est l’Arouimi, que Stanley croit être le Ouellé de Schweinfurth, mais cela parait peu vraisemblable, car cette rivière appartient plutôt au bassin du Chari. Au confluent de l’Arouimi l’expédition dut encore lutter contre deux mille sauvages montés sur cinquante-quatre grandes barques
- Fig. 2. — Carte du Lukuga.
- l'ppitni* (Lu, Roi/ Q
- Fig. 3. — Carte du Nil Alexandra,
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- dont l’une avait quatre-vingts rameurs; au bout d’une demi-heure de combat, la route était libre et les indigènes en fuite.
- Stanley suivit le cours du fleuve jusqu’à près de 2 degrés nord, c’est-à-dire jusqu’à un point qui serait à peu près le centre du lac Albert, et par 21 degrés de longitude. A partir de cet endroit, le fleuve descend de plus en plus rapidement dans le sud. A ce moment, le Lualaba ou plutôt le Zaïre est un fleuve magnifique dont la largeur varie de 3700 mètres à 18 kilomètres. Dans ce dernier cas, cette rivière lacustre porte un grand nombre d’îles entre lesquelles
- Stanley put passer sans se mettre en communication avec les populations riveraines, toujours hostiles et presque toutes anthropophages. Par malheur les vivres de l’expédition, dans cet isolement continuel, finirent par s’épuiser, et l’on dut songer à atterrir pour les renouveler. Dans la peuplade chez laquelle il aborda sur la rive sud, Stanley trouva un accueil amical qui le surprit étrangement, il contracta avec elle la fraternité du sang et apprit que le fleuve qui le portait avait en cet endroit le nom d’Jkoutou ya Kongo, qui devait se changer plus loin en Kouango et en Zaïre. Trois jours plus tard on se trouva en
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- Fig. i. — Carte des régions parcourues par Stanley, depuis Nyangwé jusqu’à l’Océan.
- présence d’une Hotte formidable dont les guerriers, armés de mousquets, ne tardèrent pas à entamer une lutte qui se prolongea sur un espace de 22 kilomètres. Si ce fut le dernier, ce fut aussi le plus long et le plus meurtrier des trente et un combats que Stanley eut à livrer sur le Zaïre.
- Mais l’expédition devait encore rencontrer des dangers d’une autre sorte, nous voulons dire les rapides et les cataractes qui, entre les chutes de Ntamo et celles de Yellala, sont au nombre de soixante-deux. Le 3 juin, aux cataractes de Massassa, F. Pocock, le dernier compagnon européen de Stanley, se noya; enfin, le 18 juillet, Stanley et l’embarcation qu’il montait n’échappèrent que par miracle dans les cataractes de Mbélo. Pocock, quinze
- nègres tués ou noyés sans compter les blessés, douze bateaux perdus et des défenses d’éléphants pour une somme de 93 000 francs coulées à fond, voilà au prix de quels douloureux sacrifices l’expédition put franchir cette région. Enfin, le 6 août on débarqua au village de Ni Sanda, à quatre jours de marche d’Embornma. L’expédition mourait de faim et n’avait plus pour se procurer des vivres que des objets sans valeur dans le pays. Dans cette cruelle extrémité, Stanley adressa une lettre à tout individu parlant anglais pour réclamer de prompts secours. Le 8 août, il recevait les vivres demandés, il était en pays civilisé, son expédition était terminée et le Zaïre reconnu depuis Nyangwé.
- Examinons maintenant les immenses acquisitions
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- que la ge'ographie de l’Afrique doit à H. M. Stanley. D’abord, il a accompli le périple entier du Victoria et reconnu ses deux principaux affluents, les rivières Chimiyou et Kadjera. Il a découvert le golfe Béatrice sur l’Albert Nyanza, vu le mont Gambaragara, partage des eaux du Victoria et de l’Albert, parcouru le lac Akanyarou et indiqué une communication possible entre le Victoria et le Tanganyika par laKadjera, le lac Kivou et le Rousizi. Dans le bassin du Zaïre, il a complété la reconnaissance du Tanganyika, expliqué et développé la découverte, faite par Cameron, du Loukouga, enfin, il a suivi, ce qui est le résultat capital de ses voyages, le Zaïre, Lualaba ou Congo depuis Nyangwé jusqu’à la mer.
- Combien notre siècle, si fécond en voyageurs, en compte-t-il qui aient réalisé d’aussi importantes de-couvertes, résolu des problèmes aussi vainement cherchés ? Assurément, il y a encore bien du vague, bien de l’inconnu dans ces mystérieuses régions de l’Afrique équatoriale, mais le branle est aujourd’hui donné. Déjà, notre compatriote M. de Brazza est sur le haut Ogoué, qui se rapproche singulièrement du Congo ; les expéditions de l’Association pour l’exploration et la civilisation de l’Afrique vont bientôt attaquer de divers côtés ce grand et redoutable territoire qui livrera forcément tous ses secrets et ses trésors. Les lettres que M. Stanley a adressées à la presse n’ont fait que nous mettre en goût ; souhai-tons-lui d’être bientôt remis de ses fatigues pour qu’il puisse réunir ses notes et nous donner le récit merveilleux de ses voyages auprès desquels pâlissent ceux de Sinbad le marin. Gabriel Marcel.
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- MOIS MÉTÉOROLOGIQUE AUX ÉTATS-UNIS
- DÉCEMBRE 1877.
- Les faits météorologiques les plus saillants du mois de décembre 1877 aux États-Unis sont : l’excès général de la température, la violence de deux tempêtes et les fortes pluies résultant du passage des bourrasques principales.
- Les perturbations atmosphériques, relativement faibles et rares en été, atteignent leur maximum d’énergie pendant les mois d’hiver, et c’est aussi pendant la saison froide qu’elles sont le plus fréquentes. Le mois de décembre 1877 n’a pas failli à cette loi, applicable également aux bourrasques d’Europe, et, d’une manière générale, aux mouvements tournants de l’hémisphère nord : on signale 15 dépressions dont les trajectoires ont pu être tracées sur la carte spéciale publiée par M. le général Myer.La plupart ont pris naissance vers le Pacifique au nord du parallèle de 50 degrés ; les unes ont traversé le continent parallèlement à cette latitude, pour disparaître vers Terre-Neuve; les autres ont également traversé le continent, mais leur trajectoire a décrit sur les États-Unis une courbe dont la
- concavité est uniformément tournée vers le nord : c’est à ce dernier groupe que se rapportent les deux bourrasques les plus intéressantes du mois.
- La première abordait la côte de Californie, le lerdécembre,en se dirigeant d’abord vers le sud-est; après avoir franchi les Montagnes-Roclieuses, sa trajectoire, changeant brusquement de direction,court vers le nord-est, oii la dépression disparaît le 6, près de Terre-Neuve. Cette tempête a étendu son action sur les Lacs et jusque sur les côtes de la Nouvelle-Bretagne; des navires ont dû se mettre en sûreté dans les ports. L’autre dépression, que nous voulons signaler, donnera une idée des résultats pratiques obtenus par le service des avertissements météorologiques aux États-Unis. Elle apparaît comme la précédente en Californie; comme elle aussi, elle s’éloigne par Terre-Neuve, seulement sa trajectoire s’est avancée beaucoup plus loin vers le sud, contournant à peu près le continent américain du nord; cette bourrasque, accompagnée de vents violents, a donné lieu à des condensations très-énergiques ; les fortes pluies des derniers jours du mois ont amené des inondations dans l’Alabama et la Virginie méridionale. Signalée et suivie depuis le 22, elle n’a disparu que le 31 ; le signal-service a donc pu surveiller sa marche pendant dix jours. On voit ainsi que dans la partie orientale des États-Unis, c’est-à-dire dans la région la plus peuplée et par suite où les avertissements sont le plus utiles, la prévision du temps peut acquérir et acquiert, en effet, un grand degré de certitude, puisque l’arrivée des bourrasques peut y être annoncée quatre, six et même huit jours à l’avance.
- Nous signalons, d’après la Monlhly Weather Review, une particularité des dépressions venues du Pacifique et se dirigeant vers le sud-est. On a observé que toutes les fois que la bourrasque suit cette direction sur le versant occidental des Montagnes-Roclieuses, des vents chauds et humides du sud,venant du golfe du Mexique, soufflent simultanément sur le versant opposé. En Europe, la plupart des bourrasques viennent de l’Océan ; elles abordent à des latitudes plus ou moins élevées, mais il est très-rare que leur centre se dirige vers le sud-est au début ; le point vers lequel elles tendent est le plus souvent compris entre nord et est ; toutefois,*à mesure qu’elles s’avancent sur le continent, elles rencontrent des régions de plus en plus sèches ; on voit alors leur trajectoire incliner graduellement vers l’est et même vers le sud-est à travers la Russie, en même temps que des vents plus humides du sud soufflent de la mer Noire et de la mer Caspienne.
- Le mois de décembre 1877 est un des plus chauds qui aient été constatés depuis longtemps ; l’excès de température est signalé dans toutes les régions, mais principalement dans le pays compris entre la vallée du Missouri et les Lacs; dans le Minnesota, la moyenne est de 11 degrés au-dessus de la normale. Il résulte des renseignements qui nous ont été adressés par M. le professeur G. Ilinrichs, que, à Yowa, la tejn-
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- pérature surpasse de 6 degrés la moyenne la plus haute observée jusqu’ici, et de plus de 15 degrés la température moyenne de décembre 1876, en sorte que la différence entre les températures des deux derniers mois de décembre est la plus grande qui ait été constatée depuis 1840. L’excès de décembre 1877 ne résulte pas de chaleurs excessives, et porte à peine sur les maxima diurnes ; il est dû surtout à la fréquence relative des pluies, des brouillards, du temps couvert, toutes circonstances qui font obstacle au rayonnement nocturne, et qui, dans le cas présent, ont maintenu les minima à des températures exceptionnellement élevées. Th. Moureaux.
- LE MUSÉUM D’ETHNOGRAPHIE
- DES MISSIONS SCIENTIFIQUES.
- (Suite et lin. — Voy. p. 167.)
- La grande salle de l’exposition du palais de l’Industrie est entièrement consacrée à la mission de M. Ch. Wiener au Pérou et en Bolivie. Nous avons précédemment parlé des résultats du voyage exécuté avec tant de succès par M. Wiener; nous décrirons aujourd’hui la remarquable exposition archéologique et ethnographique qui lui est due.
- La partie archéologique se trouve classée de la façon suivante :
- Architecture. De grands tableaux exécutés par M. de Cetner, d’après les croquis faits sur nature, nous représentent les curieux monuments anciens qui ont donné asile à l’homme autochthone. Nous reproduisons ci-contre l’aspect de l’imposante forteresse de Paramonga (fîg. 5) qui donne une idée exacte de ces antiques constructions.
- Sculpture. Au moyen de moulages très-habilement exécutés par M. Soldi, d’après les photographies de M. Wiener, on a exposé quelques-uns des travaux décoratifs qui ornaient les monuments de l’ancien Pérou. Au fond de la salle de l’exposition, on admire le grand portique de Iluanuco Yiejo, à droite et à gauche duquel ont été placés les moulages des curieuses statues de Tiahuanaco. La sculpture appliquée aux objets d’usage domestique est aussi très-richement représentée par des mortiers, par des vases de formes différentes, etc.
- L’énumération des produits ethnographiques de l’exposition de M. Wiener peut être faite de la façon suivante :
- Les sépultures. — Nous avons déjà dit que les anciens Péruviens conservaient très-précieusement les momies de leurs morts, et que les sépulcres de ces populations disparues permettent de remettre au jour tous les objets de leur industrie, de leurs costumes, de leurs armes.
- C’est en étudiant l’homme momifié, en fouillant ces tombeaux, que M. Wiener et en même temps que lui MM. Pinart et de Cessac sur d’autres points ont pu découvrir de véritables trésors ethnographiques.
- L’histoire du guerrier péruvien avant la conquête espagnole peut être aujourd’hui complétée par l’étude de ses vêtements, de ses ustensiles, de sa céramique, de ses armes, de ses idoles.
- M. Wiener a rapporté en outre une admirable série de tissus, depuis le tissu le plus simple jusqu’au cachemire et au vêtement en plumes, une complète série d’outils, fuseaux, navettes, métiers, cuillères, marteaux, etc.
- On lui doit enfin une incomparable collection de céramique, depuis le vase le plus primitif jusqu’au vase le plus splendide de forme étrusque, d’innombrables armes en bois, en pierre, en métal, des idoles en terre cuite, en bois, en cuivre, en argent, etc.
- Ces objets ont cinquante-six provenances diverses et donnent par conséquent une idée complète de la civilisation sur tous les points du territoire de l'an-cien Empire des Incas.
- Les gravures ci-jointes représentent quelques-uns des objets rapportés par M. Wiener. La figure 1, un vase de terre, trouvé dans les fouilles de Moche et représentant un des types les plus remarquables de cette céramique élégante des anciens Péruviens. Sur la figure 2, on voit à gauche deux autres vases jumeaux, reliés ensemble, à la partie supérieure de l’un desquels est représenté un buveur, le verre et la bouteille aux mains. Au milieu de la gravure est une pièce rare; c’est une idole en argent. A droite enfin, on a dessiné la partie supérieure d’une lance de bois, dont se servait l’ancien guerrier du Pérou. Le haut de cette lance est creux, et contient des boules d’argile. Elle est tenue à l’Exposition par un mannequin habillé du costume de l’époque et fort élégamment monté par M. de Cetner.
- Après avoir visité la collection Wiener, nous jetterons les yeux sur les objets qui se rattachent aux missions de MM. Pinart et de Cessac (Pérou, Mexique) et à celle de M. le docteur Crevaux dans la Guyane française.
- M. de Cessac a exécuté, à Ancon, à quatre lieues de Lima, des fouilles qui lui ont donné de bien intéressantes antiquités péruviennes. Nous citerons tout d’abord une momie couverte de son vêtement et datant probablement de la première moitié du seizième siècle.
- Nous empruntons à M. le colonel Duhousset la description qu’il a publiée de cette momie, dont il a ainsi défini l’habillement mortuaire.
- <f Turban composé d’une cordelette et d’une passementerie brodée, le tout roulé autour d’un bonnet en tissu, sorte de résille à couleurs vives ; chemisé courte, ornée aux épaules d’oripeaux bleus; vêtement à pois de même tissu que le bonnet ; plastron en plumes d’ara entouré de blanc; sandales sparte-rie; lame d’argent entourée autour de tous les doigts ; bouche ouverte, bourrée de coton et fermée d’une plaque d’argent sulfurée par la tombe; sur' ses épaules repose le sac brodé ou la coca et autres accessoires.
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- « M. le docteur Ilamy, ajoute le même écrivain, a combiné les panneaux de la salle de façon que la plupart d’entre eux se composent des articles dont on voit l’usage sur la momie décrite. Elle est donc le résumé synthétique de tous les objets qui décorent les murs, provenant généralement de l’intérieur des sépultures. Il y a aussi des momies de chiens et de perroquets au milieu des étoffes et des céramiques'.
- « M. Pinart, apres avoir visité l’ile de Pâques, Taïti, etc., est revenu par les Carolines à San Francisco. Ses travaux les plus importants sont des fouilles dans les Casas Grandes de Montezuma et dans les cités ruinées de Arizona et du Colorado, les tumulus de Vancouver, à Litka et aux Aléoutiennes.
- Ses recherches nous montrent des ornements en plumes d’une grande richesse de couleur, des poteries, des coquillages travaillés par les sauvages de l’Amérique du Nord; enfin, une collection mexicaine unique au monde, en obsidienne. cristal de roche, porphyre, granit, armes, pointes de flèches, idoles, etc.
- « On voit encore dans cette salle ne 3, sous le nom deM. Cre-vaux, médecin de la marine, les polissoirs des haches caraïbes des îles du Salut, côte de Cayenne, et quelques pièces recueil l:es chez les Indiens.
- « M. le docteur Crevaux a accompli une mission géographique hors ligne. Le premier, il a remonté
- jusqu’à sa source le cours du Maroni (Guyane française), a franchi les montagnes après mille dangers au milieu de tribus hostiles Rou-couyennes du haut Maroni, traqué par les nègres marrons échappés des colonies hollandaises. Il est arrivé dans le bassin de l’Amazone par le Rio-Yari, dont on ne connaissait que l’embouchure, et revint malade, après six mois de cette pénible exploration. Le résultat de ses recherches ne nous est pas encore parvenu.
- « MM. les docteurs Ilamy et de Roche-brune ont présidé à l'arrangement de cette salle pour leurs camarades que leur devoir de missionnaires retient encore au loin. »
- La troisième grande salle de l’exposition est occupée par les produits de la mission de M. Édouard André, que scs connaissances spéciales de naturaliste, avaient désigné pour étudier les iichesscs botaniques et zoologiques des parties peu connues de la Nouvelle-Grenade et du Pérou. La grande vitrine qui occupe le milieu de la salle est toute remplie | d’oiseaux aux couleurs brillantes, de papillons et ! d’insectes aux reflets des pierreries, j La passion de M. André pour l’histoire naturelle
- Fig. 1. — Musée ethnographique des Missions scientifiques; Palais de 1 industrie.— Vase de terre des anciens Péruviens. (Fouilles de Moche.)
- Fig. <i. — Mission de M. Wiener au Pérou et en Bolivie. — Vase do terre. — Idole en argent. — Manche de lance sculpté.
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- l’a entraîné à accomplir de véritables exploits au | absolument abrupts, au fond de laquelle mugit un risque de sa vie. Dans une gorge étroite, aux flancs | cours d’eau profond et torrentueux, il s’est fait des-
- Pig. 3. __Forteresse de Paramonga. — Muséum d'ethnographie des Missions scientifiques.
- cendre à la corde pour aller chercher les œufs d’un oiseau rare. On raconte que les Indiens qui tenaient la corde le laissèrent glisser jusque dans l’eau, où ils le firent plonger contre son gré, ne comprenant rien à l’appel désespéré de la corde de signal. Ils le retirèrent heureusement à temps de ce bain terrible, car la gorge a près de 100 mètres de profondeur, et il y a bien 18 mètres d’eau dans le fond.
- Au point de vue ethnographie, M. André a exposé des bustes d’indiens du Napo, ainsi qu’un moulage en pied d’un de ces indigènes, revêtu de son grand costume, avec plumes de perroquets et de toucans fichés dans les joues et de chaque côté du menton, colliers à plusieurs rangs en becs jaunes et noirs de toucans, vêtements de plumes, etc. Une autre figure représente une chola de Quito, dont le type grossier diffère beaucoup des types fins des Quichuas et des \ymaras de Cuzco et du Pérou.
- Quelques grands moulages d’idoles sont fort remarquables : la chouette sacrée étranglant dans son bec un serpent; la grenouille, dont nous avons indiqué plus haut le caractère reli-
- gieux, et dans laquelle M. André ne veut voir qu’une déesse de l’eau; le puma, lion américain, avec son petit emblème dont nous ne connaissons pas le sens; enfin, la représentation d’une façade de rocher couverte d’hiéroglyphes '.
- L’exposition ethnographique comprend encore d’autres collections intéressantes, en outre de celles qui se rattachent à l’Amérique. Nous citerons la vitrine dans laquelle se trouvent des empreintes de pierres gravées depuis les anciens Égyptiens jusqu’aux Romains; elle est le résultat des beaux travaux de M. Émile Soldi, qui avait pour mission de rechercher les origines de la gravure sur pierre fine.
- Nous mentionnerons encore, des échantillons obtenus dans des fouilles faites par M. le docteur Yerneaux dans les grottes des anciens Guanches de Téné-riffe, des objets sauvages dus à la mission de M. Marche (Afrique équatoriale), parmi lesquels nous reproduisons un peigne et un curieux fétiche
- 1 Revue scientifique du 2 février 1878.
- Fig. 4. — Mission de M. Marche sur le fleuve Ogôoué. — Peigne en cuivre et idole de bois recouvert de feuilles de cuivre jaune, plaqué.
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- de bois recouvert d’une mince feuille de cuivre qui s’y trouve plaquée (fig. 4). .
- Nous espérons que ces descriptions, si sommaires qu'elles soient, ont suffi à faire voir que, suivant les expressions de M. le ministre de l’instruction publique, le musée ethnographipue est fondé.
- « Le musée ethnographique est donc fondé, a dit M. Bardoux lors de la séance d’inauguration, et nous sommes convaincu que le patriotisme éclairé des représentants de la nation viendra en aide à son développement; ils mériteront ainsi la reconnaissance de tous ceux qui s’intéressent à l’avancement des lumières.
- « C'est l’amour de la science et de la France qui a inspiré et qui inspire tous les jours nos voyageurs au milieu des fatigues, au milieu des solitudes et en face souvent des plus grands périls ; c’est cette double flamme qui centuple leurs forces morales. »
- une bande qui s’étend de ia Nouvelle-Guinée aux îles Vili ; les Polynésiens, ainsique les habitants de l’Australie et de la Nouvelle-Calédonie, ne s’en servent pas. »
- La lettre de votre honorable correspondant complète heureusement ces renseignements ; elle les modifie même sans cependant les infirmer, puisqu’il déclare lui-même que ces armes sont plutôt un jeu d'adresse qu'un engin de guerre.
- Ainsi s’explique le silence de la plupart des auteurs; ainsi se trouve légitimé ce que j’ai dit avec M. le colonel Le Clerc des armes de guerre, les seules dont je me sois occupé. Quant à l’Australie, M. Topinard, qui a fait une étude particulière de ce pays, regarde l’absence de l’arc et des flèches comme une caractéristique ethnologique. Au point de l’histoire de ces armes, les détails fournis par M. le docteur Nadeaud n’en sont pas moins fort intéressants.
- Agréez, etc. Docteur A. Bordier.
- IMPORTANCE DE l’ÉTUDE DES TREMBLEMENTS DE TERRE.
- CORRESPONDANCE
- l’arc ET LES FLÈCHES EN OCÉANIE.
- Monsieur,
- J’a vu avec surprise, dans votre numéro de la Nature du 26 janvier, p. 136, énoncer la particularité singulière en effet, à savoir, que la Polynésie, l’Australie et la Nouvelle-Calédonie n’auraient pas connu l’arc et les flèches.
- En ce qui concerne l’Australie, je ne puis rien dire, mais j’avais toujours cru que la Nouvelle-Calédonie avait ces armes ; je possède de jolies flèches à bout de bois de fer travaillé, qui m’ont été données par mon ancien collègue, Y. de Rochas. Quant à la Polynésie, je puis être plus affirmatif; les Tahitiens, chez lesquels j’ai vécu plusieurs années, connaissaient à coup sûr l’arc (fana) et la flèche (ohe), c’est-à-dire roseau ou tea ; le carquois portait le nom d’ohepiha, boîte à flèches. Pour plus de renseignements, on peut voir Moerhenhont ( Voyage aux îles du grand Océan, p. 148, t. II). Seulement tout cela n’existe plus de nos jours, et on n’en retrouve les traces que dans la littérature ancienne du pays, c’est-à-dire les chants du vieux temps. Au reste, pour tout dire à ce sujet, à l’époque de la découverte par les Européens, l’arc était plutôt un jeu d’adresse qu’un engin de guerre; c’est qu’en effet dans un pays très-boisé et entrecoupé de vallées profondes on avait plutôt recours à la lance (omore).
- Agréez, monsieur, mes cordiales salutations.
- Un de vos abonnés,
- Docteur J. Nadeaud.
- A Burie, ce 31 janvier 1878.
- Cher monsieur,
- La lettre de M. le docteur Nadeaud me semble fort intéressante, et je vous remercie de me l’avoir communiquée ; il est du reste assez difficile de tracer une sorte de carte des diverses armes, et les lectures que j’ai faites à ce sujet ne donneraient pas à cette carte une exactitude suffisante.
- M. le-colonel Le Clerc, dont la compétence est si grande en ces matières, s’exprime cependant ainsi1 : « Les archipels où l’on se sert.de ces engins (flèches et arcs) forment
- Monsieur,
- Rome, le 9 février 1878.
- Depuis longtemps je voulais vous écrire pour vous féliciter du soin avec lequel vous recueillez dans la Nature les faits se rattachant aux études sismiques. J’ai lu aujourd’hui avec le plus vif intérêt les renseignements que vous avez publiés (p. 162) sur le tremblement de terre qui a frappé le Portugal, la France et l’Angleterre, du 26 au 28 janvier. Je suis heureux de vous apprendre que même en Italie nous avons eu, dans la même période, un maximum tout à fait extraordinaire dans nos observations microsismiques, qui, selon la loi devenue déjà presque constante, précède les véritables tremblements de terre. En effet, le 25 et le 26, la grande bourrasque atmosphérique a été accompagnée chez nous par de petites secousses ; celles-ci ont été les précurseurs du tremblement de terre qui a éclaté, deux jours après, dans la Manche, lorsque l’Italie s’est trouvée dans la plus complète tranquillité.
- Vous faites très-bien, à la fin de votre article, de souhaiter aux observatoires français des appareils pour l’étude sismologique. Je vous assure qu’en Italie, depuis que j’ai commencé à proclamer la nécessité d’établir des observatoires spéciaux pour les tremblements de terre, et depuis qu’un nombre considérable d’amateurs et de savants se sont livrés à ce genre d’observation, nous avons commencé à faire des progrès tout à fait inattendus. Nous suivons maintenant assez bien les tempêtes et les courants sismiques dans notre presqu’île, à peu près de la même manière qu’on suit à la surface de l’Europe entière les mouvements de la pression atmosphérique.
- Je vous engage à saisir l’occasion de ces derniers tremblements de terre pour attirer l’attention du public savant sur le Guide pratique pour les observations sismiques que j’ai publié dans le cahier de janvier 1877 de mon Bulletino del vulcanismo italiano.
- Dans ce Guide pratique j’ai donné non-seulement la description des appareils scientifiques, mais encore j’ai décrit le moyen de faire des observations utiles sans de véritables machines; j’ai aussi indiqué les données à chercher dans les tremblements de terre, et surtout la
- 1 Galerie ethnographique du Musée d'artillerie. — Imprimerie nationale. — Paris, 1877, p. 28.
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- manière d’en évaluer la force d’après les effets naturels appréciables par les sens.
- Tout cela a un intérêt beaucoup plus grand qu’on ne s’imagine ; dès qu’on a commencé les observations, on s’aperçoit tout de suite que les tremblements de terre sont beaucoup plus fréquents qu’on ne saurait le supposer théoriquement. Il est certain, d’après nos études en Italie, que les tremblements de terre nous autorisent à établir une science nouvelle, c’est-à-dire la science de la météorologie endogène. Cette science analyse tous les phénomènes dont la cause est à l’intérieur de la terre; les tremblements de terre nous en donnent la clef, comme les variations de la pression atmosphérique le font pour la météorologie.
- Puisque j’ai eu l’occasion de vous écrire, j’ajouterai que j’ai lu avec un grand intérêt, dans le cahier de la semaine passée (numéro du 2 février, p. 147), le premier article sur les seiches du lac de Genève. A propos de cet article, je voulais vous dire qu’en Italie on étudie beaucoup les changements du niveau dans les lacs souterrains par le moyen des puits naturels. Nous trouvons que ces changements de niveau suivent non-seulement les accumulations naturelles des eaux selon les saisons, mais qu’ils sont en outre influencés, d’une manière très-frappante, parles tempêtes atmosphériques et les tempêtes sismiques. L’appareil enregistreur que vous avez publié, à peu près construit de la même façon, fonctionne depuis plusieurs années en Italie : il a été inventé chez nous par M. le professeur Charles Resideri, de Pescia, en Toscane.
- Agréez, monsieur, l’assurance de mon dévouement.
- Michel-Étienne de Rossi.
- NOTE MÉTÉOROLOGIQUE
- SUR L’INCENDIE PAR LA FOUDRE
- DU CLOCHER DE TOUCY (YONNE).
- Le 25 janvier 1878, à une heure et demie de l’après-midi, la foudre tomba sur le clocher de Toucy (Yonne) et l’incendia.
- Voici les renseignements que nous avons recueillis sur ce fait insolite dans nos contrées. Lèvent soufflait du nord-ouest ; un nuage épais, placé à une faible hauteur, vint à éclater couvrant la terre de gros grêlons. Quelques minutes après, on entendit un coup de tonnerre, un seul, sec et prolongé, et en même temps la croix qui surmontait le clocher fut entourée comme d’un météore lumineux. Des personnes placées dans des maisons voisines de l’église virent sortir de la base du clocher deux boules de feu d’un diamètre de 0“,50 à 0“,40, distantes l’une de l’autre de Üm,50 environ, qui roulèrent avec une grande vitesse sur les marches de l’édifice et ne tardèrent pas à se perdre sans qu’on sût comment, après un trajet d’une vingtaine de mètres. Une femme placée dans une chambre, à 15 mètres du clocher, fut portée à l’extrémité de cette chambre; un jeune homme qui passait dans le voisinage fut renversé à terre et plusieurs autres personnes éprouvèrent des commotions plus ou moins fortes.
- Tous les témoins s’accordent à dire que l’on n’a vu aucun zigzag, mais une masse de feu enveloppant le sommet du clocher.
- Immédiatement après le coup de tonnerre, la grêle cessa et fut remplacée par un ouragan de neige qui tomba en abondance peudant un quart d’heure.
- Ce n’est que quand cette tempête eût cessé que l’on s’aperçut que le feu était pris au clocher dans deux points : un à la partie supérieure du côté du nord-ouest, l'autre à la partie inférieure du côté du sud-est, probablement dans les deux points d’entrée et de sortie du fluide électrique.
- Toucy est situé sur les rives de l’Ouanne, petite rivière qui coule dans la direction du nord-ouest, au milieu d’un étroit vallon. La ville est abritée des vents du nord, du sud et de l’ouest par de hautes collines. Aussi les orages y sont-ils très-rares et passent-ils presque toujours à droite et à gauche, se divisant souvent et n’effleurant que très-légèrement la ville. La grêle n’y tombe qu’exceptionnelle-ment ; la foudre, pour ainsi dire jamais.
- Toutefois le 8 janvier 1873, dans des circonstances météorologiques absolument semblables, par un vent du nord-ouest, le tonnerre tomba sur une maison voisine de l’église, n’occasi onnant que des dégâts insignifiants.
- Docteur L. Roché.
- SUITE DES RECHERCHES DE M. GASTON PLANTÉ SUR
- LES EFFETS DES COURANTS ÉLECTRIQUES
- DE GRANDE TENSION lumière électrosilicique ; GRAVURE électrique sur verre.
- Nous avons publié successivement1 la description des nombreux phénomènes observés par M. Planté avec les puissantes décharges électriques de ses batteries secondaires2. Nous donnons aujourd’hui une vue d’ensemble des appareils employés par cet ingénieux et infatigable physicien.
- La figure 1 montre la disposition de 400 éléments secondaires divisés en 10 batteries, chacune de 40 couples. Dans les dernières expériences réalisées par M. Planté avec 800 couples secondaires, une seconde série de batteries tout à fait semblable est disposée dans une autre salle, et le courant de décharge qu’elle donne est réuni par des fils conducteurs à celui de la première série.
- Ces batteries associées d’abord en surface, à l’aide de commutateurs, n’exigent, pour être chargées toutes à la fois, que 2 ou 4 couples de Bunsen, que l’on place sur le rebord extérieur d’une fenêtre, pour éviter les émanations acides. Quand les batteries ne sont pas restées trop longtemps sans fonctionner, quelques heures suffisent pour les charger. On peut ensuite, en tournant les commutateurs, associer tous les éléments secondaires en tension, et dépenser, à son gré, soit en quelques secondes, soit en un temps plus long, la grande quantité dclec-tricité résultant du travail chimique accumulé pendant plusieurs heures par les deux ou les quatre couples de Bunsen.
- Les expériences se font le plus souvent dans l’obscurité, afin de pouvoir étudier les détails des phénomènes lumineux qui se produisent. Le voltamètre est représenté au moment où le courant élec-
- 1 Voy. la Nature, 3*, 4e et 5® années. ,
- * Voy. la Nature, 2* année, 2® semestre, p. 51.
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- trique vient d’agir à sa surface. On voit encore la vapeur d’eau se dégager au-dessus du liquide, à la suite du puissant effet calorifique produit par le passage du courant.
- Nous ne reviendrons pas sur la description des phénomènes observés suivant qu’on varie le liquide du voltamètre, la nature des électrodes ou le nombre des éléments secondaires; nous décrirons seulement quelques effets que M. Planté a obtenus, il y a déjà un certain temps, avec une force électrique relativement moins considérable.
- Lumière électro-silicique. — Si on plonge dans une solution d’azotate de potasse un fil de platine introduit à frottement dans un tube de verre et mis en relation avec un des pôles d’une batterie secon-
- daire de 60 éléments, tandis que l’autre pôle est immergé d’avance, l’extrémité inférieure du tube de verre entre en fusion, au sein même du liquide, en répandant une lumière éblouissante. Le bout du fil de platine se trouve englobé dans une petite masse de verre fondu, et la lumière se maintient très-vive pendant la décharge de la batterie secondaire jusqu’à ce que le verre, refroidi autour de l’électrode, l’isole complètement du liquide (fig. 2).
- Quand on opère avec une solution de sel marin dans le voltamètre, cet effet lumineux exige, pour se produire, la réunion de 250 à 500 couples secondaires, tandis que l’emploi d’une solution de salpêtre permet de l’obtenir avec un courant beaucoup moins fort.
- Fig. 1. - Batteries secondaires de M. Planté disposées pour l’étude des phénomènes produits dans les liquides par des courants électriques de haute pension.
- La manière dont les dissolutions salines se comportent vis-à-vis de la silice du verre porté à une haute température par le courant électrique est, en effet, très-variée, à cause de la fusibilité plus ou moins grande des silicates formés, ainsi que l’a reconnu déjà M. Carré, en mélangeant divers sels aux charbons employés pour la lumière électrique ordinaire.
- La lumière vitrée peut encore se produire en appuyant l’électrode positive ou négative contre une lame de verre à peu de distance au-dessus de la solution saline (fig. 3). Elle est accompagnée d’un dégagement de vapeurs blanches, et le verre est en même temps fortement attaqué.
- Cette lumière se produit également le long des parois d’une cuvette en porcelaine1. Elle ajoute son
- 1 Voy. la Rature, 4' année, 2' semestre, p. 49* fig. 2
- éclat à celui de l’arc voltaïque dans les bougies électriques de M. JablochkofP.
- Les phénomènes lumineux observés autour du verre, à l’aide des courants d’induction, par MM. du Moncel, Gassiot, Grove, etc., se rattachent aussi à la lumière dont il s’agit.
- On pourrait être porté à attribuer à la chaux combinée à la silice dans le verre l’éclat de cette lumière ; mais si l’on examine le spectre qu’elle donne, on reconnaît qu’il ne présente pas de raies appréciables, tandis qu’un fragment de spath calcaire, placé dans les mêmes conditions, tout en donnant aussi une lumière très-vive, laisse voir les raies caractéristiques du calcium.
- Les raies du silicium étant faibles, d’après l’analyse de M. Kirchhoff, on conçoit qu’elles n’apparais-
- « Voy. la Rature, 5* annéé, 1" semèstre, p. 337.
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- sent pas, en raison de l’intensité lumineuse du spectre formé, mais l’origine silicique de cette lumière est démontrée par ce fait important qu’elle se manifeste au contact de l’électrode avec de la silice pure à l’état de cristaux de quartz hyalin (fig. 4). Il faut seulement, pour la produire, dans ce cas, avec la même solution saline, une force électrique plus grande que pour le verre, soit environ 100 couples secondaires.
- La silice elle-même devant être décomposée par ces courants de grande tension, l’effet lumineux résulte, selon toute vraisemblance, de l’incandescence du silicium dont M. H. Sainte-Claire Deville et M. Wœhler ont montré les analogies remarquables avec le diamant et le graphite. Pour distinguer cette lumière de celle qui est produite par un courant électrique entre deux cônes de charbon, M. Planté l’a désignée sous le nom de lumière électro-silicique *.
- Gravure électrique sur verre. — Dans une série d’expériences analogues, M. Planté avait eu l’occasion de remarquer que les sillons ou les anneaux lumineux formés autour de l’électrode positive d’une forte batterie restaient quelquefois gravés à la surface du verre d’un voltamètre renfermant une solution saline. Cette observation l’a conduit à appliquer le courant électrique à la gravure sur verre ou sur cristal.
- On recouvre la surface d’une lame de verre ou d’une plaque de cristal, avec une solution concentrée de nitrate de potasse, en versant simplement le liquide sur la plaque posée horizontalement dans une cuvette peu profonde. D’autre part, on fait plonger, dans la couche liquide qui recouvre le verre, et le
- 1 Voy. Comptes rendus de l'Académie des sciences, tome LXXX1V, p. 914.
- Fig. 2. — Lumière produite par la fusion électrique du verre dans un voltamètre.
- Fig. 5. — Lumière produite au contact d'une lame de verre et d'une électrode de platine à la surface d’un voltamètre.
- Fig. 4. — Lumière produite par l’action d'un fort courant électrique sur le cristal de roche.
- long des bords de la lame, un fil de platine horizontal communiquant avec les pôles d’une batterie secondaire de 50 à 60 éléments; puis tenant à la main l’autre électrode formée d’un fil de platine entouré, sauf à son extrémité, d’un étui isolant, on touche le verre recouvert de la couche mince de solution saline, aux points où l’on veut graver des caractères ou un dessin.
- Un sillon lumineux se produit partout où touche l’électrode, et, quelle que soit la rapidité avec laquelle on écrive ou l’on dessine, les traits que l’on a faits se trouvent nettement gravés sur le verre. Si l’on écrit ou si l’on dessine lentement, les traits sont gravés profondément ; leur largeur dépend du diamètre du fil de platine servant d’électrode ; s’il est taillé en pointe, ces traits peuvent être extrêmement déliés. Le fil métallique conduisant le courant se trouve ainsi transformé en un burin particulier pour le verre, et dont le maniement n’exige aucun effort de la part de l’opérateur, malgré la dureté de la substance à entamer ; car il suffit de promener légèrement le fil de platine à la surface du verre pour obtenir une gravure ineffaçable.
- La force corrodante se trouve fournie par l’action à la fois calorifique et chimique du courant électrique en présence de la dissolution saline *.
- On peut graver avec l’une ou l’autre électrode; il faut toutefois un courant moins fort pour graver avec l’électrode négative.
- Bien que ces résultats aient été obtenus en faisant usage de batteries secondaires, M. Planté ajoute qu’on peut employer, de préférence, pour un travail continu, toute autre source d’électricité, de quan-
- 1 Les figures produites sur le verre par l’électricité statique et ies empreintes obtenues par M. Grove avec l’électricité d’in-
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- tité et de tension suffisantes, soit une pile de Bunsen d’un assez grand nombre d’éléments, soit une machine de Gramme ou même une machine magnéto-électrique à courants alternativement positifs et négatifs.
- Cette nouvelle application de l’électricité voltaïque paraît appelée à rendre des services dans l’industrie du verre, et présentera peut-être des avantages sur les procédés insalubres employés jusqu’ici.
- Gaston Tissandier.
- CHRONIQUE
- Société chimique de Paris. — Le bureau et le Conseil de la Société chimique ont été constitués comme il suit pour l’année 1878 :
- Président d’honneur : M. Dumas; président annuel : M. Wttrtz; vice-présidents ; MM. Fordos, Friedel, Jung-fleiseh et Schutzenberger ; secrétaire de la rédaction : M. Éd.Wilm ; secrétaire des séances : M. Ph. de Clermont; vice-secrétaires : MM. Millot et Terreil ; trésorier : M. Eug. Caventou ; archiviste : M. Henninger; membres du Conseil : MM. Berthelot, Cailliot, Cloëz, Debray, P. Depouilly, Arm. Gauthier, Le Bel, Muntz, Poirrier, Salet, Silva; membres du Conseil non résidants : MM. Lecoq de Boisbaudran, Ghancel, Reboul et Kolb.
- Différences barométriques entre stations voisines. — M. Renou a récemment présenté à l’Académie des sciences deux notes dont il nous paraît intéressant de publier le résumé. M. Renou a voulu faire voir, en comparant le résultat de stations voisines, quelle précision on peut atteindre dans les observations. Ainsi les différences entre la station du Parc de Saint-Maur, où observe M. Renou (altitude 46”,38) et l’Observatoire de Paris (altitude 07“,38) varient d’une manière très-notable avec les vents et avec les températures de l’air.
- Pour les températures de l’air les différences de l’hiver à l’été sont bien notablement différentes ; 2““,04 en hiver et 1”“,89 en été, dans la journée mêmes différences, c’est de midi à 3 heures que les différences sont moindres, avec la température la plus élevée, mais l’accord n’existe absolument que pour les observations de jour parce que la formule de Laplace n’a été adaptée qu’aux observations de jour. On y voit la différence moyenne de 0*”,02 2 centièmes de millimètre au même niveau pour deux stations dont l’une est 1111/2 ESE de l’autre.
- Quant aux différences par différents vents, on retrouve dans un si petit espace, la loi des cyclones, le vent tournant toujours de 90 degrés à droite de la direction qu’il devrait avoir eu égard aux différences des pressions si la terre était en repos. Mais ce qu’il y a de plus remarquable sous le rapport de la précision des observations, c’est de voir
- duction, se rattachent à ces altérations du verre par l'électricité dynamique. Mais comme la quantité d’électricité, fournie par les machines électriques ou les bobines d’induction, est relativement très-faible, et qu’il n’y a point d’ailleurs d’effet électrochimique, tel que celui qui se produit ici en présence d’une solution saline, ces figures et ces empreintes sont très-difficilement visibles. Elles exigent pour être aperçues un dépôt de rosée ou la buée résultant de l’insufflation, ce qui les a fait désigner sous le nom de figures roriques, depuis les recherches de MM. Riess, Peyré, Wartmann, etc.
- une différence h midi dans un sens en février et en sens contraire en octobre et novembre, parce qu’à Paris on observe au temps vrai et au Parc au temps moyen.
- Les reboisements. — La Direction générale des forêts vient de publier le compte rendu des travaux de reboisement exécutés pendant l’année 1875. De ce compte rendu il résulte que les communes ont volontairement reboisé, en 1875, une surface qui dépasse 814 hectares. Quant aux particuliers, les travaux de reboisement exécutés par eux durant l’année 1875 s’élèvent à 547 hectares 48 ares. Les subventions accordées par l’État pour ces travaux, soit en argent, soit en graines et plants, s’élèvent à la somme de 50 983 francs pour les communes, et de 13 705 francs pour les particuliers. Au 31 décembre 1875, la contenance totale des terrains communaux reboisés depuis 1861 était de 32534 hectares; pendant la même période, les particuliers ont reboisé, à l’aide de subventions, une surface de 15 065 hectares, mais il est impossible de fixer la surface des reboisements nombreux exécutés en dehors de toute subvention. Quant aux travaux de reboisement exécutés par l’État, ils ont porté sur 128269 hectares, sur lesquels 29490 hectares pouvaient être considérés comme reboisés au 31 décembre 1875. Il faut enfin ajouter à ces détails le montant des subventions que l’Administration des forêts accorde aux associations pastorales connues sous le nom de fruitières, subventions qui ont atteint 11 600 francs en 1875, pour les Hautes-Alpes et pour la Savoie, et 11 766 francs dans la région des Pyrénées.
- — On écrit de Blidah : Dans la nuit du samedi au dimanche 9-10 février, à 2 heures 57 minutes, une assez forte secousse de tremblement de terre a été ressentie à Blidah et dans toutes les localités situées sur ta ligne de Blidah à Cherchell. AMou-zaïaville, Bou-Roumi et El-Afroum, c’est-à-dire tout près du foyer présumé des forces souterraines qui produisent ce phénomène, la secousse a atteint un degré de violence et d’intensité qui ont tout d’abord inspiré les plus vives inquiétudes, mais au bout de quelques secondes, tout le monde était rassuré et on n’a pas eu à constater le moindre dommage.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 18 février 18"8. —- P résidence de M. Fizeaü.
- Houillères embrasées. — Dans une longue liste que le secrétaire signale d’une manière spéciale, M. Maillançon énumère les substances solides qui se condensent à la surface du sol au-dessus des houillères embrasées. Les efflorescences blanches lui ont fourni le chlorhydrate, bro-mhydrate et iodhydrate d’ammoniaque, ainsi que l’acide arsénique; les efflorescences rouges sont chargées de réalgar, qui est mêlé d’orpiment dans les orangers ; les jaunes ne contiennent que ce dernier sulfure. Il y en a de noires où le sulfocyanure d’ammonium est mélangé à l’arsenic natif, à la galène sublimée et à quelques autres produits.
- Candidature. — Le jeune directeur de l’Observatoire de Toulouse, déjà correspondant de l’Académie, demande à être compris parmi les candidats à la place de membre devenue vacante par le décès de M. Leverrier.
- Géologie mécanique. — Comme conclusion à ses belles
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- expériences sur les fractures déterminées par flexion dans les lames solides, M. Daubrée rejette l’opinion que les failles terrestres sont les résultats d’actions lentes. Il pense que des efforts de flexion longtemps continués dans un sens amènent à un moment une rupture brusque, instantanée. Ce résultat est, pensons-nous, de nature à jeter la plus vive lumière sur de nombreux chapitres de la géologie.
- 1
- Analyse minéralogique des roches. — M. Thoulet a eu l’heureuse idée d’employer au triage de minéraux de densités différentes la dissolution de l’iodure de mercure dans l’iodure de potassium. Cette dissolution, qui pèse 2,77, peut èlre amenée par une dissolution convenable à avoir exactement la densité d’un minéral pierreux donné, et par conséquent à en séparer tout ce qui pèse moins. On sépare ainsi, dans un petit appareil très-simple déposé sur le bureau et présenté par M. Daubrée, de minéraux pesant 2,65, par exemple, des minéraux pesant 2,7. L’auteur a réalisé entre autre le triage d’un mélange de labrador et d’oligoklase, et l’on sait que les procédés chimiques sont absolument impuissants pour cela. M. Thoulet a certainement rendu à la lithologie l’un des plus grands services qu’elle puisse recevoir.
- Le gallium. — L’événement de la séance a certainement été la présentation par M. Berthelot de 62 grammes de gallium métallique, préparé par MM. Lecoq de Boisbau-drant et Jungfleisch. Il a fallu pour obtenir cette quantité de nouveau métal traiter 5000 kilog. de blende. Les échantillons soumis à l’Académie comprennent : 1° le métal liquide par surfusion et analogue au mercure par l’aspect. Si le gallium devient jamais abondant, on l’emploiera certainement à construire des thermomètres qui pourront donner jusqu’au rouge des indications exactes ; 2° des lames cristallines offrent une sorte de moiré métallique dont l’éclat argentin montre la faible oxydabilité et qu’il faut avoir soin de ne pas toucher avec les doigts si on veut qu’elles conservent leur état solide ; 5° un barreau dont on peut, avec des pinces, constater la flexibilité; 4° enfin, de magnifiques cristaux, remarquables par le nombre de leurs facettes, dont l’étude cristallographique est encore à faire et qui paraissent dès maintenant appartenir au cinquième système.
- Contitution géologique de la Réunion. — Nous avons le regret d’entendre fort mal le résumé fait par M. Hébert, d’une étude importante de M. Ch. Vélain sur les terrains volcaniques récents de la Réunion. La conclusion paraît être que l’ordre d’éruption des différentes laves, à oligo-klases, à labrador, et, enfin, à anorthite a été le même que M. Fouqué a déjà constaté à Santorin.
- Météorites fossiles. — Des études microscopiques nous ont amené à constater, dans un travail qui nous est commun avec M. Gaston Tissandier, que certaines roches anciennes, crétacées, liasiques, triasiques, permiennes, carbonifères et dévoniennes contiennent des sphérules magnétiques absolument semblables à celles des poussières de l’air, et qu’il est dès lors légitime de considérer comme météoritiques. La Nature donnera prochainement ce travail in extenso. Stanislas Meunier.
- UN GÉ0GIR0SC0PE GIGANTESQUE
- Chacun sc souvient encore de l’ingénieuse démonstration populaire du mouvement de rotation
- de la Terre faite par Foucault en 1850. Un pendule à un seul fil était suspendu au centre de la coupole du Panthéon ; le poids du pendule était formé par une boule de cuivre, et une pointe était attachée au-dessous de la boule. En répandant du sable sur le parvis, et surtout en disposant deux cordons de sable fin de telle sorte qu’ils soient entamés par la pointe du pendule de part et d’autre de ses oscillations, on voyait le plan d’oscillation se tracer, entamer les deux cordons de sable, et se déplacer insensiblement, sous une forme très-visible, en déviant de l’orient vers l’occident. Les tracés successifs de la pointe du pendule se croisent tous au centre en tournant de l’est à l’ouest.
- A quelle cause est due cette déviation du plan du pendule? Dès les premières expériences faites, il y a plus de deux siècles, sur le pendule, on avait remarqué et signalé cette déviation. Les membres de l’Académie dcl Cimento, de Florence, à laquelle avait appartenu Galilée, l’avaient constatée. On lit dans les manuscrits de Vincent Viviani, élève de Galilée : « Tous les pendules à un fil dévient du premier plan vertical constamment dans la même direction, de la droite à la gauche des parties antérieures. » On lit aussi dans les Notices de Targioni sur les progrès des sciences physiques en Toscane : « Le 28 novembre 1661. Si on reçoit sur du marbre en poudre la pointe d’un pendule attaché à un seul fil, alors qu’il commence à se ralentir dans son mouvement, elle y trace sa course suivant une spirale ovale qui va toujours en se rétrécissant vers le centre. » Mais on n’avait pas deviné la cause de cette déviation. Foucault est le premier qui ait montré qu’elle réside dans le mouvement de rotation de la Terre.
- Cette déviation du plan des oscillations n’est qu’apparente. En réalité, ce plan reste fixe. On le démontre en mécanique, et on le démontre aussi par l’expérience. Supposons qu’on attache un petit pendule à un châssis mobile, qu’on mette en mouvement le pendule, et que pendant qu’il oscille on fasse tourner lentement sur lui-même l’appareil qui lui sert de support : on verra que malgré ce changement, le pendule continuera à osciller dans le même plan, ce dont on pourra s’assurer à l’aide de points de repère pris hors de l’appareil. Le fil subira naturellement par ce fait une légère torsion; mais la torsion du fil n’empêche pas le plan des oscillations de rester invariable.
- Ainsi, dans l’expérience du Panthéon, la Terre tournant avec les spectateurs au-dessous du pendule, d’occident en orient, le point de suspension du fil est entraîné, il est vrai, par le mouvement de la Terre, et le fil se tord un peu, mais cette torsion n’exerce pas d’influence sensible sur l’ensemble du pendule, et, pour tous les yeux, comme on se voit immobile, c’est le plan d’oscillation qui paraît dévier de l’est à l’ouest.
- Cette grande leçon de cosmographie, un ingénieux inventeur français, qui vient de passer vingt-cinq années aux États-Unis, M. Charles Mancel, voudrait
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- la recommencer, perfectionnée, et sur une gigantesque échelle, à propos du rendez-vous de toutes les nations à l’Exposition universelle qui se prépare.
- Au lieu d’un simple parvis recouvert de sable pour recevoir le tracé des oscillations successives, M. Mancel place sous le plan d’oscillation du pendule une sphère terrestre colossale posée verticalement, le pôle nord en haut. La pointe inférieure du pendule oscille dans une coulisse horizontale mobile, posée sur le pôle nord de la Terre. La déviation du plan des oscillations produit en même temps celle de la coulisse dans laquelle oscille l’aiguille.
- Du support de la coulisse, situé au-dessus du pôle, descendent des bras ou indicateurs, véritables méridiens mobiles, qui tourneront au-dessus du globe, de l’est à l’ouest, suivant le changement du plan d’oscillation du pendule. En réalité, ce plan restera fixe, la coulisse restera fixe, les méridiens resteront fixes, et on verra les différents pays de la Terre se déplacer lentement en vertu du mouvement diurne du globe lui-même.
- C’est là une belle et grande idée, et nous faisons des vœux pour qu’elle soit exécutée.
- Il ne faut pas se dissimuler cependant que la démonstration ne sera pas, et ne pourra pas être tout à fait exacte. En effet, pour que le déplacement du plan visible des oscillations et le mouvement des méridiens dans le sens des latitudes fussent exacts, il faudrait que le pendule fût attaché dans le prolongement de l’axe du globe terrestre, et que l’expérience se fît au pôle même. Là, tout étant symétrique par rapport au plan dans lequel on fait mouvoir arbitrairement le pendule, le mouvement de la Terre ferait décrire au plan d’oscillation une rotation apparente de l’est à l’ouest en 24 heures.
- Mais nous ne sommes pas au pôle, et malgré les rapides progrès de la géographie contemporaine, on ne peut espérer voir prochainement une exposition universelle quelconque aller s’installer sur le pivot de l’axe du monde. Nous sommes à Paris, à 48° 50' de latitude; c’est bien loin du pôle. Heureusement, sans doute, nous ne sommes pas à l’équateur, où l’expérience ne pourrait pas se faire du tout, car là
- le plan d’oscillation paraîtrait constamment immobile. Notre position n’est pas très-favorable pour voir tourner la Terre. Mais néanmoins une partie du but peut êlre atteinte. Il ne s’agit pas, en effet, pour personne, de rester vingt quatre heures à observer le mouvement du pendule; ce serait matériellement impossible, et le pendule lui-même s’y refuserait obstinément. Il s’agit de voir un déplacement sensible d’un pays quelconque du globe terrestre s’opérer en une heure sous les yeux de l’observateur. Ce déplacement des méridiens artificiels ne se fera pas parallèlement aux cercles de latitude, et on ne tournerait pas la difficulté en prenant pour pôles de la sphère droite Paris et son antipode. Mais le déplacement s’opérera en s’inclinant sur les méridiens réels, et ce déplacement suffit pour mettre en évidence à tous les yeux le mouvement diurne de la Terre sur son axe.
- La construction d’un globe gigantesque, d’une part, le mouvement imprimé par le pendule d’autre part, manifesteraient ainsi à tous les yeux un tableau permanent de géographie et de cosmographie vivantes. Malgré la simplicité théorique, il ne faut pas se dissimuler qu’il y a de réelles difficultés pratiques à surmonter, tant dans la construction du pivot de suspension que dans la vérification de l’homogénéité continue du fil et dans le frottement de la coulisse; mais évidemment l’inventeur n’entreprendra pas l’établissement de l’expérience publique sans avoir vérifié comment son pendule marche. Cette belle expérience sera t-elle faite? Nous l’espérons. Malheureusement elle ne peut l’être dans l’enceinte de l’Exposition, car ni îa société de l’Exposition, ni la commission du ministère ne peuvent en faire les frais, et tout droit d’entrée particulier sera interdit dans celte enceinte. Mais elle pourrait l’être en dehors, et il nous semble que le capitaliste qui réaliserait cette excellente idée en serait doublement récompensé. Camille Flammarion.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- Projet de géogiroscope de M Ch. Mancel.
- CounaiL. Tjp. et lUr.CaKri.
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- N* 248. - 2 MARS 1878,
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- NÉCROLOGIE
- A.-C. BECQUEREL.
- A. C. Becquerel, décédé le 18 janvier 1878, est né à Châtillon-sur-Loing (Loiret) le 7 mars 1788. Il a débuté dans la vie en servant son pays au milieu de. nos armées. Comme l’a rappelé M. Fizeau sur la tombe de cet illustre physicien, après être sorti de l’École polytechnique en 1808, en qualité d’officier du génie, le jeune Becquerel fut conduit à prendre une par', active aux luttes de cette époque mémorable. Il assista aux sièges de sept places fortes,
- commanda une colonne d’attaque à la prise de Tar-ragone et lutta contre l’étranger pendant la guerre de 1814. C’est après cette campagne qu’il résolut de se consacrer à l’étude des sciences physiques, attiré comme par le pressentiment des découvertes qu’il allait y faire.
- Les physiciens ignoraient encore la cause des courants électriques qui prennent naissance dans la pile de Yolta, lorsque Becquerel démontra qu’il n’y avait dégagement d’électricité que lorsque d’autre part il se produisait une action chimique. Il reconnut pour la première fois que l’électricité est un des résultats de la combinaison chimique, et en particulier de
- A. C. Becquerel. Né le 7 mars 1788, mort le 18 janvier 1878. Victor Régnault. Né le 21 juillet 1810, mort le 19 janvier 1878.
- celle qui résulte de l’action des acides sur les métaux. Becquerel a jeté les véritables bases delà théorie de la pile, mais il a en outre introduit dans le domaine de la physique des appareils perfectionnés qui ont puissamment contribué aux développements d’une des branches les plus fécondes de la physique expérimentale. On lui doit les piles cloisonnées à deux liquides, qui ont donné naissance à une innombrable variété de systèmes différents où le courant électrique est soumis à une constance et à une régularité d’action tout à fait inconnue avant ses travaux. Becquerel à créé l’électro-chimie, qui donne la possibilité, au moyen de très-élégantes expériences, de reproduire un grand nombre de substances naturelles. Il a imaginé le thermomètre électrique, qui permet de déterminer à distance la température intérieure des végétaux et des animaux, ainsi que celle de l’intérieur de la terre ou des régions élevées de
- ti° année. — i" nmeslre.
- l’atmosphère, et qui a jeté une vive lumière sur les phénomènes thermo-électriques. On doit encore à Becquerel la balance électro-magnétique, le galvanomètre différentiel, ainsi que des travaux importants sur la météorologie, sur le climat propre aux forêts, les orages à grêle, etc.
- Malgré une santé frêle en apparence, a dit M. Fizeau dans l’éloge funèbre qu’il a fait de l’éminent physicien, et un corps peu robuste, M. Becquerel, toujours soutenu par une grande énergie morale et une grande force de volonté, a eu le privilège de conserver jusque dans l’âge le plus avancé, cette vivacité d’allure et d’esprit qui faisait, il y a quelques mois encore, l’étonnement de tous ses amis. Son amour du travail, son esprit de recherche, sa curiosité des phénomènes de la nature, ne se sont jamais démentis pendant sa longue carrière. Par ses découvertes, par sa manière d’expérimenter et d’ob-
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- server, par son amour et son respect de la vérité scientifique, il a certainement exercé sur la science de son temps une des plus réelles et des plus heureuses influences. De là l’illustration qui de bonne heure s’est attachée à son nom, et les témoignages éclatants de l’estime de ses contemporains, qui ne lui ont jamais manqué. Becquerel touchait à la fin de sa quatre-vingt-dixième année lorsqu’il s’est éteint doucement, au milieu des siens, avec la sérénité du sage.
- Ajoutons que Becquerel a trouvé dans son fils un digne successeur de ses travaux et que le nom de l’illustre physicien qui n'est plus, est appelé à briller longtemps encore dans le domaine de la physique.
- VICTOR REGNAULT.
- Victor Régnault, un autre des plus grands physiciens dont la France puisse s’honorer, est mort le lendemain du jour où Becquerel ferma pour toujours les paupières, c’est-à-dire le 19 janvier 1878. Ce jour-là, par une circonstance vraiment digne d’être signalée, est l’anniversaire de la mort du peintre Henri Régnault, fils du physicien, et qui a été frappé au cœur par une balle prussienne. Les obsèques de Victor Régnault ont eu lieu le 22 janvier. M. Debray a prononcé sur la tombe du savant un discours au nom de la section de chimie de l’Académie des sciences. M. Jamin en a prononcé un autre au nom de la section de physique; M. Daubrée a parlé au nom du corps des mines et M. Laboulaye au nom du Collège de France, où Régnault a professé pendant trente ans.
- Victor Régnault est né à Aix-la-Chapelle, le 21 juillet 1810. Élève de l’École polytechnique, il devint ingénieur des mines en 1847, directeur de la manufacture de Sèvres en 1854, professeur au Collège de France, à l’École polytechnique, et membre de l’Académie des sciences en 1840 et 1842. Il était de ces hommes privilégiés dont l’intelligence peut embrasser plusieurs sciences à la fois et s’il fut une des lumières de la chimie, on le compte aussi comme une des gloires de la physique. Sans mentionner d’une façon complète les innombrables travaux de chimie de Régnault, nous rappellerons que l’enseignement qu’il a fait pendant de longues années de cette science, a joué un grand rôle dans l’éducation d’un grand nombre des chimistes modernes. Le traité de chimie qu’il a publié est un modèle de concision, de clarté et d’élégance. Comme physicien, Régnault a fait de grands travaux en reprenant les idées de son maître Dulong, sur la nature des gaz et des vapeurs. Régnault, comme l’a très-bien dit M. Jamin, a pu prédire et faire admettre par tous que l’insuffisance des pressions était le *eul obstacle à la liquéfaction de l’oxygène et de l’azote, et que l’hydrogène lui-même, s’il était refroidi, prendrait une compressibilité excessive et se liquéfierait. On sait avec quel éclat cette prédiction fut accomplie, et l’Académie n’oubliera pas que dans
- la séance où elle en reçut la nouvelle, Régnault y siégeait pour la dernière fois.
- Régnault laisse un monument impérissable. Toutes les grandes questions expérimentales relatives à la chaleur étudiées, toutes les lois empiriques des forces élastiques des chaleurs latentes trouvées, tous les coefficients numériques mesurés, avec une telle perfection que la critique la plus sévère n’y trouve rien à reprendre et que la pensée de recommencer ces travaux immenses ne peut venir à aucun esprit, tant la conviction est profonde. Ce sont les fondements de la science de la chaleur bâtie avec une solidité qui défie l'épreuve du temps.
- M. Laboulaye a rappelé les circonstances tristes et touchantes des derniers jours de l'existence de ce grand physicien.
- Parvenu à la fin de l’âge et du talent, Régnault pouvait regarder l’avenir sans crainte, quand il fut frappé d’une façon terrible. Le 19 janvier 1871, son fils, le digne héritier de son nom, la gloire de sa vieillesse, tombait héroïquement à Buzenval, et pour comble de malheur, notre cher collègue, ajoute M. Laboulaye, n’avait pas le refuge de l’étude, la dernière consolation de ceux qui souffrent, parce qu’elle leur permet au moins d’oublier : ses papiers, ses appareils, restés à Sèvres, avaient été détruits ou dispersés par l’ennemi. Régnault ne devait plus retrouver les manuscrits où, durant plusieurs années, il avait consigné une longue série d’expériences si délicates qu’il est permis de craindre qu’on ne les reprenne pas de longtemps. En 1875, de nouveaux deuils lui portèrent le dernier coup. L’âme et le corps brisé, Victor Régnault ne fit plus que languir.
- CLAUDE BERNARD.
- Les morts vont vite ! Après Régnault et Becquerel, la science vient de perdre Claude Bernard, l’un des créateurs de la physiologie expérimentale. En apprenant cette nouvelle, à l’ouverture de sa séance, l’Académie s’est séparée en signe de deuil, comme elle le fait pour tous ses morts illustres.
- Claude Bernard était âgé de soixante-cinq ans. Dès 1844, il s’était fait remarquer par un mémoire de physiologie expérimentale sur le rôle que jouent dans la digestion les diverses sécrétions du canal alimentaire. Bientôt après, ses recherches sur les usages des pancréas et sur la fonction glycogénésiquc du foie le placèrent à la tête de la science physiologique; il prouva que le sang qui pénètre dans le foie, ne renferme point de sucre, tandis que celui qui sort de cet organe, et qui se rend au cœur par les veines hépatiques en est chargé, et, en découvrant l’influence du système nerveux sur cette fonction, produisit des cas de véritable diabète artificiel. Trois fois de suite, en 1849, en 1851 et en 1855, il obtint le grand prix de physiologie expérimentale.
- On créa pour lui, en 1854, la chaire de | hysio-logie expérimentale à la Faculté des sciences; la
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- même année, il fut élu membre de l’Institut, puis professeur au Collège de France et au Muséum. L’Académie française l’appela dans son sein en 1869, en remplacement de Flourcns, et en même temps l’empire le nommait sénateur et commandeur de la Légion d’honneur, titres qui, s’ils n’ajoutaient Hcn à sa valeur personnelle, ajoutaient un nouvel éclat ! à sa gloire extérieure. Signalons, parmi ses principaux ouvrages, ses recherches sur le grand sympathique, et la chaleur animale, ses leçons de physiologie appliquées à la médecine ; — sur les effets des substances toxiques et médicamenteuses ; — sur la physiologie et la pathologie du système nerveux; — sur les propriétés des différents liquides de l’organisme ; — sur la nutrition et le développement ; — j sur les propriétés des tissus vivants; — son rapport ! sur les progrès de la physiologie générale, etc. Il } est intéressant pour nous de nous former une idée j générale du rôle important qu’il a joué dans la science contemporaine.
- Arrivé à Paris avec une tragédie dans sa poche, il avait tâtonné plusieurs années avant de trouver sa véritable voie et ne passa ses examens de docteur en médecine qu’à l’âge de trente ans, en 1848. Ses premiers travaux se portèrent sur la thérapeutique. Bichat, après avoir renouvelé l’anatomie et la physiologie, puis la pathologie, avait eu l’ambition de réformer la thérapeutique. Frappé de la confusion et de l’incertitude de cette science, il pensa qu’on pourrait la perfectionner en étudiant méthodiquement l’action des substances médicamenteuses non pas sur les maladies, qui sont des phénomènes complexes, mais sur les tissus. Dans ce dessein, il entreprit à l’Hôtel-Dieu où il venait d’être nommé médecin, — il avait alors trente ans, — une série d’expériences précises touchant l’effet des remèdes. Mais il mourait deux ans plus tard, et la science devait attendre plus de cinquante ans les investigations qui ont ruiné l’empirisme et donné à la thérapeutique son établissement définitif. C’est à Claude Bernard qu’on doit en grande partie cette rénovation.
- L’empirisme est si vivace, la tradition si puissante, que lorsqu’il entreprit, il y a une trentaine d’années, ses premiers travaux de thérapeutique scientifique et en expliqua les principes, il eut à lutter contre la résistance des plus célèbres médecins. Ceux-ci, parmi lesquels on peut citer Trousseau (esprit merveilleusement brillant et souple doué des plus éminentes facultés de l’artiste, qui remplaçaient chez lui celles du savant), ceux-ci continuèrent à soutenir que l’action des remèdes ne peut pas être ramenée à des lois fixes, et que les opérations de la vie échappent à toute détermination précise. Claude Bernard a réfuté ces assertions peu philosophiques. Il a développé dans plusieurs mémoires les méthodes qui permettent de résoudre avec rigueur les problèmes de la thérapeutique, et il a joint l’exemple au précepte dans ses recherches sur le curare, l’oxyde de carbone, l’éther, la nicotine, les alcaloïdes de l’opium, etc.
- Mais c’est dans la physiologie proprement dite que toute la grandeur de son esprit devait le mieux se manifester. Quel admirable spectacle que celui de la nature ainsi étudiée, depuis l’apparition des premiers vestiges de la pensée, jusqu’à son complet épanouissement, progression lente dans laquelle le physiologiste voit les diverses formes des fonctions nerveuses et cérébrales s’analyser en quelque sorte d’elles-mêmes et se répartir chez les différents animaux suivant le degré de leur organisation. D’abord, au plus bas degré, les manifestations instinctives, obscures, et inconscientes; bientôt l’intelligence consciente apparaissant chez les animaux d’un ordre plus élevé, et enfin, chez l’homme, l’intelligence éclairée par la raison, donnant naissance à l’acte rationnellement libre, acte le plus mystérieux de l'économie animale et peut-être de la nature entière.
- La physiologie établit d’abord clairement que la conscience a son siège exclusivement dans les lobes cérébraux; mais, quant à l’intelligence elle-même, si on la considère d’une manière générale, et comme une force qui harmonise les différents actes de la vie, les règle et les approprie à leur but, les expé' riences physiologiques nous démontrent que cette force n’est point concentrée dans le seul organe cérébral supérieur, et qu’elle réside, au contraire, à des degrés divers, dans une foule de centres nerveux inconscients échelonnés dans tout l’axe cérébro-spinal, et pouvant agir d’une façon indépendante, quoique coordonnés et subordonnés hiérarchiquement les uns aux autres.
- En effet, la soustraction des lobes cérébraux chez un animal supérieur fait disparaître la conscience en laissant subsister toutes les fonctions du corps dont on a respecté les centres nerveux coordinateurs. Les fonctions de la circulation, de la respiration, continuent à s’exécuter régulièrement sans interruption, mais elles cessent dès qu’on enlève le centre propre qui régit chacune d’elles. Veut-on, par exemple, arrêter la respiration, on agira sur le centre respiratoire qui est placé dans la moelle allongée.
- La digestion seulement suspendue n’est point anéantie. L’animal, privé de la conscience et de la perception, n’a plus l’usage de ses sens et a perdu conséquemment la faculté de chercher sa nourriture ; mais si l’on y supplée en poussant la matière alimentaire jusqu’au fond du gosier, la digestion s’effectue parce que l’action des centres nerveux digestifs est restée intacte.
- Un animal dépourvu de ses lobes cérébraux n’a plus la faculté de se mouvoir spontanément et volontairement ; mais si l’on substitue à l’influence de sa volonté une autre excitation, on s’assure que les centres nerveux coordinateurs des mouvements de ses membres ont conservé leur intégrité. De cette manière s’explique ce fait étrange et bien connu d’une grenouille décapitée qui écarte avec sa patte la pince qui la fait souffrir. Ce mouvement si bien approprié à son but n’émane donc pas du cerveau; il est
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- évidemment sous la [dépendance d’un centre qui, siégeant dans la moelle épinière, peut entrer en fonction, tantôt sous l’influence centrale du sens intime et de la volonté, tantôt sous l’influence d’une sensation extérieure ou périphérique.
- Chaque fonction du corps possède ainsi son centre nerveux spécial, véritable cerveau inférieur dont la complexité correspond à celle de la fonction elle-même. Ce sont là les centres organiques ou fonctionnels qui ne sont point encore tous connus, et dont la physiologie expérimentale accroît chaque jour le nombre.
- Le résultat, le même établi par les vivisections de la physiologie de l’anatomie microscopique, est que les êtres vivants sont des agglomérations de particules, infiniment ténues et délicates, véritables individualités douées chacune de vertus caractéristiques et consubstantielles. Ces unités actives, à la fois formes et forces, déterminent par suite d’emmêlements multiples toute l’organisation et tout le fonctionnement des parties animales et végétales. Animaux et plantes ne sont plus des machines animées par une puissance distincte qui les imprègne et les meut; ce sont des systèmes de monades solidaires où gît profondément et par où s’exprime la vie; ce sont des collections merveilleusement ordonnées de petits ressorts possédant par eux-mêmes certaines tendances. Comme Leilimtz l’avait dit, chaque vivant est constitué par une infinité de vivants.
- Claude Bernard a écrit un livre très-beau, Introduction à la médecine expérimentale, dans lequel il expose, sous le nom de déterminisme, la doctrine qui établit la solidarité indissoluble de toutes les conditions nécessaires à l’accomplissement des phénomènes de la vie. Il y démontre que ces phénomènes sont rigoureusement déterminés, en ce sens qu’ils se produisent selon des lois fixes et invariables, aussi expresses que celles qui régissent le monde minéral, et qu’aucune intervention capricieuse ne saurait déranger l’ordre commandé par ces lois. Pour l’illustre physiologiste, il n’y a pas plus de principe vital que de principe minéral, c’est-à-dire d’entité distincte des phénomènes eux-mêmes. Il admet pourtant que l’évolution de ceux-ci obéit dès qu’apparaissent les premiers éléments de l’embryon à une loi ou idée préméditée, gouvernant par anticipation les phases de l’existence future.
- L’éminent académicien a essayé d’appliquer la méthode expérimentale à l’explication des phénomènes intellectuels aussi bien qu’à celle de tous les autres phénomènes de la vie, et s’il reconnaît avec raison qu’il y a des lacunes plus considérables dans nos connaissances, relativement aux mécanismes fonctionnels de l’intelligence, il n’admet pas pour cela que ces mécanismes soient par leur nature ni plus ni moins accessibles à notre imagination que ceux de tous les autres actes vitaux.
- Selon lui, les manifestations de l’inteUigence ne constituent pas une exception aux autres fonctions
- de la vie; il n’y a aucune contradiction entre les sciences physiologiques et métaphysiques; seulement elles abordent le même problème de l’homme intellectuel par des côtés opposés. Les sciences phy- ' siologiques rattachent l’étude des facultés intellectuelles aux conditions organiques et physiques qui les expriment, tandis que les sciences métaphysiques négligent les relations pour ne considérer les manifestations de Pâme que dans la marche progressive de l’humanité ou dans les aspirations éternelles de notre sentiment.
- C’est ainsi que Claude Bernard s’éleva graduellement de la sphère de l’observateur et de l’expérimentateur à celle de la philosophie et de la métaphysique.
- Mais ce n’est pas sans avoir à surmonter mille obstacles que l’illustre physiologiste est parvenu à fonder officiellement en France sa science de prédilection. On ne saurait imaginer les luttes que Magendie a dû soutenir pour installer un coin de laboratoire d’expérimentation au Collège de France, et il en fut de même pour son successeur.
- Comme nous venons de le voir, l’éminent physiologiste était un savant doublé d’un philosophe, et non un simple expérimentateur de détail. Il estimait les œuvres de l’idée comme les faits de l’expérience, et nous le voyons clairement dans son remarquable discours de réception à l’Académie française.
- Tel était le savant, le savant illustre que la France vient de perdre, et dont la science tout entière, sans distinction d’opinions ni de patries, porte aujourd’hui le deuil. C’est par de tels hommes que le progrès s’accomplit dans les différentes branches de la connaissance humaine.
- Les obsèques de Claude Bernard ont été faites, aux frais de l’État, au milieu d’un immense concours de savants, d’hommes politiques et de respectueux admirateurs du grand physiologiste. Au cimetière du Père-Lachaise, plusieurs discours ont été prononcés. M. Dumas a pris la parole au nom du Ministre de l’instruction publique et du Conseil supérieur, MM. Mézières, Bouillaud,Vulpian, Labou-laye, Paul Gervais et Paul Bert ont parlé successivement comme représentants de l’Académie française, de l’Académie des sciences, du Collège de France, du Muséum d’histoire naturelle et de la Faculté des sciences. Nous reproduisons les paroles de M. Paul Bert, le digne élève de Claude Bernard :
- La Faculté des sciences de Paris, qui a eu l’honneur de compter pendant quatorze ans M. Claude Bernard au nombre de ses professeurs, ne pouvait, bien que ce maître illustre fût depuis dix années sorti de son sein, rester silencieuse au bord de cette tombe. Elle vient, à son tour, exprimer ses regrets et revendiquer sa part légitime de gloire.
- C’est en 1854 que M. Claude Bernard entra dans notre compagnie. La grande découverte de la production du sucre par les êtres animés venait de frapper le monde savant de surprise et d’admiration. Pour permettre à son auteur de développer toutes les ressources de son fertile
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- génie, une chaire fut alors créée, qui, sous le titre de Physiologie générale, vint agrandir et compléter le cadre de l’enseignement dans notre Faculté.
- Le vaillant lutteur n’avait cependant obtenu qu’une partie des conditions de la libre recherche. Aucun moyen matériel d’action n’était annexé à la chaire où il allait professer : ni budget, ni laboratoire, ni préparateur. Et c’est au milieu de cette pénurie accusatrice de l’indifférence des pouvoirs publics que, de 1854 à 1868.ClaudeBernard dut faire son cours. Il n’y parvint qu’en utilisant les ressources de la chaire qu’il ne tarda pas à recueillir au Collège de France dans l’héritage de Magendie.
- Aussi, notre Faculté ne peut-elle prétendre à l’honneur d’avoir vu éclore ces découvertes dont l’accumulation pressée porta rapidement au plus haut degré sa réputation scientifique. C’est du laboratoire du Collège de France, bien pauvre cependant lui-même, que sont sortis ccs travaux innombrables dont chacun eût suffi à illustrer son auteur.
- Mais si c’est au Collège de France que se déploya, dans le domaine des recherches expérimentales, le génie créateur de M. Claude Bernard, il se manifesla avec non moins de puissance et d’utilité pour le développement général de la science dans l’enseignement de la Sorbonne.
- La fondation, au sein de la Faculté, d’une chaire de physiologie générale, avait donné à cette science expérimentale droit de cité dans l’enseignement classique, à côté de ses sœurs aînées, la physique et la chimie. C’est à justifier cet établissement nouveau, qui n’avait pas été universellement approuvé, que s’attacha dans ses leçons M. Claude Bernard.
- Jusqu’à lui, la physiologie n’avait guère été considérée que comme une annexe d’autres sciences, et son étude semblait revenir de droit, suivant le détail des problèmes, aux médecins et aux zoologistes. Les uns déclaraient que la connaissance anatomique des organes suffit pour permettre d’en déduire le jeu de leurs fonctions, c’est-à-dire la physiologie; les autres ne voyaient dans celle-ci qu’un ensemble de dissertations, propres à satisfaire l’esprit de système sur les causes, la nature et le siège des diverses maladies. Presque tous n’attachaient à ses enseignements qu’une valeur variable d’une espèce vivante à une autre, ou pour la même espèce, suivant des circonstances indéterminables, qu’une valeur subordonnée aux caprices d’une puissance mystérieuse et indomptable, déniant ainsi, en réalité, à la physiologie jusqu’au titre de science.
- Claude Bernard commença par le lui restituer. Il montra, prenant le plus souvent pour exemple ses propres découvertes, que si elle soulève des questions plus complexes
- que les autres sciences expérimentales, elle est, tout autant que celles-ci, sûre d’elle-même, lorsque, le problème posé, ses éléments réunis, ses variables éliminés, elle expérimente, raisonne et conclut.
- Il montra que de l’infinie variété des phénomènes fonctionnels, en rapport avec la diversité sans nombre des formes organiques, se dégagent des vérités fondamentales, universelles, qui relient en un faisceau commun tout ce qui a vie, sans distinction d’ordres ni de classes, de vie animale ni de vie végétale : le foie faisant du sucre comme le fruit, la levûre de bière s’endormant comme l’homme sous l’influence de vapeurs éthérées.
- Il montra que, même pour la physiologie des mécanismes, la déduction anatomique est insuffisante et souvent trompeuse; et que l’expcriinentation seule peut conduire
- à la certitude.
- 11 montra que les règles de cette expérimentation sont les mêmes dans les sciences de la vie que dans celles des corps bruts, et qu’ « il n’y a pas deux natures con tradictoires donnant lia. à deux ordres de sciences opposées. »
- Il montra que le physiologiste expérimentateur non-seulement analyse et démontre, mais domine et dirige, et qu’il peut espérer devenir, au même litre que le physicien ou le chimiste, un conquérant de la nature.
- Il montra que si le physiologiste doit sans cesse recourir aux notions que lui fournissent l’anatomie, l’histologie, la médecine, l’histoire naturelle, la chimie, la physique, il doit en rester le maître, les subordonner à ses propres visées; si bien qu’il a besoin d’une éducation spéciale, de moyen spéciaux de recherches, de chaires spéciales, de laboratoires spéciaux.
- C’est ainsi que Claude Bernard assura les bases de la physiologie, délimita son domaine, en chassa les entités capricieuses, la débarrassa de l’empirisme, détermina son but, formula ses méthodes, perfectionna ses procédés, indiqua ses moyens d’action ; lui assigna son rang parmi les sciences expérimentales, réclama pour elle sa place légitime dans l’enseignement public ; qu’en un mot, il la mit en possession d’elle-même, l’individualisa et la caractérisa comme science, vivant en elle, s’identifiant avec elle à un tel point qu’un savant étranger a pu dire : « Claude Bernard n’est pas seulement un physiologiste, c’est la Physiologie. »
- Telle est la part, et elle n’est pas petite, que notre Faculté peut réclamer, pour s’en parer avec orgueil, dans l’œuvre de l’illustre physiologiste. Telle fut, en effet, fa matière de l’enseignement qu’il y donna jusqu’en 1868, époque à laquelle il quitta la Sorbonne pour le Muséum d’histoire naturelle.
- Claude Bernard. Né le 12 juillet 1813 mort le 11 février 1878.
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- C’est à celui de ses élèves qui fut appelé à lui succéder dans la chaire de physiologie que la Faculté a confié aujourd’hui l’honneur de la représenter. Qu’il lui soit permis maintenant de dépouiller son rôle officiel, et au nom des élèves de Claude Bernard, d’adresser l’adieu filial au maître qui n’est plus. Aussi bien, celui qui lui doit le plus, puisqu’il lui doit tout, pouir dt presque revendiquer comme un droit ce douloureux privilège.
- Certes, la Science et la Patrie ont sujet d’être en deuil. Mais, quelle douleur profonde s’ajoute à ces sentiments universels, dans le cœur de ceux qui ont profité de ses leçons, reçu les marques de sa bonté, éprouvé les effets de sa protection paternelle! Bienveillant et sympathique à tous, il fut, pour ceux qu’il appelait à son lit de mort sa famille scientifique, le plus affectueux et le plus dévoué des maîtres : non d’une affection sans ressort, car abondant eu conseils et en encouragements, il se montrait critique aussi sévère pour nos travaux que pour les siens ; non d’un dévouement sans sacrifice, car il souffrait en quittant spontanément cette chaire de la Sorbonne pour la laisser à l’un de ses élèves. Jamais, parmi les incidents quotidiens du laboratoire, un mot impatient; jamais un mot amer, parmi tant de douleurs physiques et morales, si courageusement supportées ; jamais un reproche à ceux dont la reconnaissance s’est éteinte trop tôt ! Jusqu’aux derniers jours, aux dernières paroles, en face de cette mort inattendue, affection, conseils, sourires; il nous remerciait de nos soins, nous qui lui devions au centuple !
- « Vous travaillerez, » disait-il, et il parlait de cette science qui fut sa vie.
- Oui, maître, nous travaillerons; nous sentons tous, parmi notre douleur, le devoir qui grandit. Nous serrerons nos rangs. Nous marcherons, suivant votre trace lumineuse, dans le sillon inachevé.
- LES ENCHAINEMENTS DU MONDE ANIMAL
- d’après le livre récent de m. gaudry1.
- Depuis l’époque de Cuvier, les progrès accomplis par la paléontologie ont été vraiment extraordinaires, et c’est par milliers que se comptent aujourd’hui les plantes et les animaux arrachés aux entrailles de la terre. Aussi quelques naturalistes appartenant, il est à peine besoin de le dire, à l’école transformiste, se sont-ils demandé si le moment n’était pas venu, sans abandonner pour cela la méthode analytique qui a donné de si excellents résultats, de rechercher la filiation des espèces disparues et de rattacher les flores et les faunes des temps passés à celles de la période actuelle. Ce travail, M. Gaudry l’a entrepris depuis plusieurs années et il a maintes fois exposé ses convictions à cet égard dans son cours au Muséum d’histoire naturelle. Aujourd’hui, désirant répandre ses idées au dehors de cette enceinte et les rendre accessibles à tous ceux qu’intéressent les questions paléontologiques, le savant professeur commence la
- 1 Ijes Enchaînements du monde animal dans les temps géologiques; mammifères tertiaires, par M. A. Gaudry, professeur de paléontologie au Muséum. — 1 vol. grand in-8° de 500 pages avec 312 figures dans le texte. — Paris, librairie F. Savy, 1877.
- j publication d’une œuvre considérable intitulée : les Enchaînements du monde animal. Ce titre seul indique le but que se propose l’auteur : s’attachant aux types les plus marquants et les mieux connus, il essayera de suivre leur histoire à travers les âges, d’établir leur généalogie et de montrer qu’ils ne sont pas apparus, comme le croyait Cuvier, isolément et indépendamment les uns des autres. La première partie de cet ouvrage, que nous sommes heureux de signaler à nos lecteurs, vient de paraître accompagnée d’une profusion de gravures ; elle est consacrée à l’étude des Mammifères de la période tertiaire. On sait que la longue série des dépôts sédimentaircs qui constituent l’écorce terrestre se subdivise en quatre groupes principaux de terrains, correspondant chacun à une période dont il est assez difficile d’évaluer la durée, mais qui comprend certainement un grand nombre de siècles. Depuis la période primaire qui a été signalée par l’apparition de la vie sur notre planète jusqu’à la période quaternaire à laquelle se rattachent les temps modernes, les animaux ont subi une foule de transformations, et, généralement, sont allés en se perfectionnant successivement. Mais pour tous, les progrès n’ont pas été également rapides ; tandis que les Invertébrés ont acquis de bonne heure la physionomie qui leur est propre, et que les Vertébrés à sang froid eux-mêmes sont parvenus, dès la fin de la période crétacée, à un degré d’organisation relativement élevé, les Mammifères, dont les téguments sont plus délicats, n’ont atteint leur développement complet que lorsque les grands reptiles secondaires, mieux armés qu’eux et partant plus favo-j risés dans la lutte pour l’existence, leur eurent fait place au soleil et permis de s’épanouir en toute sécurité. Pendant la période tertiaire1, les Mammifères étaient donc encore en pleine évolution et conservaient une diversité de formes qu’on ne retrouvait plus alors chez les Vertébrés des autres classes; aussi leur étude est-elle particulièrement intéressante au point de vue de la doctrine de l’évolution. Les mammifères se divisent naturellement en deux grands groupes : les Placentaires et les Marsupiaux. Chez les premiers, le fœtus est en connexion avec la mère au moyen d’un placenta, c’est-à-dire d’une membrane très-vasculaire, dont la forme varie, mais qui est toujours hérissée de villosités ; chez les autres, au contraire, on ne remarque rien de semblable, le jeune animal, avant sa naissance, n’a pas de relations aussi intimes avec l’être qui le porte dans son sein, il vient au monde dans un état beaucoup plus imparfait et achève son développement au dehors, dans une poche (marsupium) placée sous le ventre de la mère et soutenue par deux os surajoutés en quelque sorte aux autres pièces du bassin. U y a des Marsupiaux qui se nourrissent de chair et d’autres qui sont herbivores. Ceux-ci étant obligés parfois, pour chercher leur nourriture, de traverser des cours
- 1 Cette période se subdivise elle-même en trois époques qui se sont succédé dans l’ordre suivant : éocène, miocène cl pliocène.
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- d’eau, leurs petits sont évidemment plus sujets à périr que ceux des Marsupiaux carnivores, et, à plus forte raison, que ceux des Mammifères placentaires; aussi, ces Marsupiaux herbivores ont-ils disparu de bonne heure de nos contrées et n’ont-ils laissé aucun reste dans nos terrains tertiaires. En revanche, on a trouvé en Auvergne, en Suisse et même dans le
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- Fig. 1. — Squelette du Didelphys C. qui a été décrit par Cuvier. Il est représenté de grandeur naturelle. Il a été trouvé en deux morceaux, ou a restauré les os qui étaient dans l’un des morceaux, d’après ceux qui étaient dans l’autre.
- m. s Mâchoire supérieure. — o. Omoplate. — h. Humérus. — r. Radius. — cub. Cubitus. — me. Métacarpiens. — l. Vertèbres lombaires. — s. Vertèbres sacrées. — m. Os marsupiaux. — il. Iliaque. — is. Ischion. — pu. Pubis. — f. Fémur. — p. Péroné. — t. Tibia. — nit. Métatarse. — c. Vertèbres caudales. — Gypse de Montmartre.
- gypse des environs de Paris, les débris d’un animal analogue aux Sarigues (fig. 1), et presque au même niveau les ossements d’autres Marsupiaux qui vivaient, les uns de chair fraîche (Hyœnodon), les autres de chair morte (Pterodon). Ces Marsupiaux carnivores ont été parfois rapprochés, non sans quelque raison, des Mammifères placentaires, auxquels ils ressemblent un peu par le mode de remplacement de leurs dents molaires, tout en se rattachant aux Sarigues par la disposition de leurs premières ver-
- tèbres. Aux yeux de M. Gaudry, ils établissent une transition entre les deux grands groupes de la classe des Mammifères. Il en est de même de la Proviverra Cayluxi qui a été découverte par M. le docteur H. Filhol dans les phosphorites de Quercy. Le crâne de cette espèce dont nous donnons une figure empruntée à l’ouvrage de M. Gaudry (fig. 2), est dans un état de conservation si remarquable qu’on pourrait le croire obtenu d’un animal de la faune actuelle : on y voit les lobes olfactifs bien développés, les hémisphères cérébraux assez lisses, allongés, mais relativement petits, les lobes optiques légèrement découverts, le cervelet et l’origine de la moelle épinière. La séparation nette de toutes les parties de l’encéphale, visibles en dessus, indique un animal peu avancé dans son développement, un Marsupial, tandis que la forme de la mâchoire inférieure, l’absence de grandes forces sur les os palatins, le nombre des incisions supérieures révèlent des affinités avec les Placentaires. De même une autre espèce fossile, YArctocyon, dont la mâchoire rappelle celle des ours, pourrait être rattachée aux Mammifères inférieurs si l’on ne considérait que la forme du cerveau et la grandeur des trous palatins. M. Gaudry est donc conduit à se demander si la distance entre les Marsupiaux et les Placentaires est aussi grande que l’ont supposé la plupart des naturalistes. Il est possible, dit-il, que quelques-uns des caractères ambigus mentionnés ci-dessus soient le résultat d’une adaptation à un régime et à des conditions de vie particulières ; mais dans la plupart des cas, ils semblent établir le passage des Mammifères inférieurs aux Mammifères plus élevés en organisation. En cela, M. Gaudry se trouve à peu près d’accord avec M. Ernest Haeckel qui, dans son livre de la Création naturelle, a fait dériver des Mammifères primitifs ou Promammalia d’une part les Mammifères à bec d’oiseau ou Omitho-stoma (Echidnés et Ornithorhynques) ; de l’autre, les Marsupiaux qui, à leur tour, se sont partagés en trois branches : Marsupiaux herbivores, Marsupiaux carnivores et Placentaires. Dans nos contrées, les Marsupiaux se sont éteints avant ou pendant la période tertiaire, pour faire place aux Mammifères supérieurs, mais ils ont subsisté jusqu’à présent en Amérique et en Australie, où ils sont représentés par les Sarigues, les Kanguros, etc.
- Passant ensuite aux Mammifères placentaires, M. Gaudry étudie d’abord les Mammifères marins, groupe peu naturel dans lequel on fait rentrer les Cétacés, les Siréniens et les Amphibies. Ces animaux vivaient déjà pendant la période tertiaire puisqu’on a reconnu des traces de Baleines, de Cachalots et ds Dauphins dans le terrain miocène de l’Europe; toutefois ils ne remontent pas à une époque très-reculée, et leur développement a été fort tardif : en effet, tout en s’élevant au-dessus des Marsupiaux par la grandeur de leur allantoïde, c’est-à-dire de la vésicule qui entre dans la constitution du placenta, les Mammifères marins présentent encore dans leur dentition des signes manifestes d’infériorité. A l’état
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- LA NATURE,
- adulte, les baleines sont dépourvues de dents ; mais elles en possèdent dans les premiers temps de leur existence, et ceux qui pensent que le développement paléontologique d’un type donné correspond en général à son développement embryogénique admettront sans difficultés qu’à une certaine époque les Baleines ont eu des dents persistantes.
- Les Siréniens dont on a signalé également la présence dans le calcaire grossier de Blaye et dans le terrain iocène de l’Égypte et de la Vénétie ressemblaient à beaucoup d’égards aux espèces ac-tuelles du même groupe ; comme elles, ils n’avaient point à l’état adulte de dents sur le devant de la mâchoire intérieure, mais, dans l’extrême jeunesse, ils offraient des alvéoles fort distinctes sur la partie antérieure du maxillaire. Ils dérivaient peut-être, dit M. Gaudry, de certains quadrupèdes anciens par l’intermédiaire de formes analogues à cet Halitherium qui a été décrit par M. Kaup et chez lequel on reconnaît les vestiges d’un membre postérieur rudimentaire. Quant aux Phoques, auxquels il faut probablement rattacher le Zeuglodon cetoides de l’Alabama (Amérique du Nord) (fig. 3 et 4), leurs relations avec les quadrupèdes sont encore plus faciles à établir. Un autre naturaliste, M. Haeckel, va même jusqu’à les considérer comme les descendants directs des carnassiers terrestres, tandis qu’il donne pour ancêtres aux Siréniens des Ongulés qui, se trouvant transportés dans un milieu aquatique, auraient pris un aspect pisciforme.
- Les Placentaires terrestres se partagent naturellement en deux grands groupes : les Ongulés, dont les pattes sont toutes conformées pour la locomotion, et les Onguiculés, dont les membres antérieurs peuvent servir à la préhension aussi bien qu’à la marche et
- qui, en raison de cette disposition, se placent à un niveau plus élevé que les Ongulés. De ces deux groupes, celui des Ongulés était incontestablement le plus riche en espèces et en individus durant la période tertiaire et était représenté, surtout dans les
- premiers temps, par des sortes de Pachydermes. Sous ce nom, Cuvier comprenait des animaux assez différents les uns des autres, et parmi eux les Éléphants et les Chevaux, mais aujourd’hui on relègue ces derniers dans deux groupes à part, et on appelle seulement Pachydermes les Hippopotames,lesRhi-nocéros, les Tapirs, les Porcs, c’est-à-dire des quadrupèdes au corps massif, aux pattes élargies, terminées par plusieurs doigts, aux dents conformées en général pour un régime omnivore et ne se transformant que rarement en armes défensives, comme dans VAnthracothe-rium (fig. 5).
- Les Pachydermes se subdivisent à leur tour en Imparidigités ou Périssodactyles, tels que les Rhinocéros et les Tapirs, qui ont un nombre de doigts impair et en Paradigités ou Artiodactyles qui ont les doigts pairs; ils comprennent actuellement un grand nombre d’espèces, beaucoup plus éloignées les unes des autres que celles qui composent l’ordre des Ruminants ; mais, en remontant dans la série des âges, on voit se eembler les lacunes qui séparent les différents types de Pachydermes, en même temps qu’on retrouve les ancêtres des formes actuelles. Le Rhinocéros d’Asie semble dériver du Rhinocéros Sckleiermacheri de Pikermi et de Sansan,le Rhinocéros bicorne d’Afrique, du Rhinocéros pachygnathus de Pikermi, et à leur tour les espèces fossiles ont été précédées par les AcerotheriumA^ Palceotherium et les Paloplotherium. Ces derniers ressemblent aux Rhinocéros par la forme de leurs membres, mais ils
- Fig. 2. — Encéphale et crâne de la Proviverra Cayluxi, vus en dessus aux 5/6 de grandeur, restaurés d’après trais échantillons qui ont été trouvés ensemble. olf. Lobes olfactifs. — hc. Hémisphères cérébraux. — opt. Place des lobes optiques. — cer. Cervelet. — me. Moelle épinière. — oc. Occipital. — par. Pariétal, -- sag. Crête sagittale.— fr. Frontal. — tem. Temporal. — n. Nasal. — im. Inter-maxillaire. — m. Maxillaire. — lac. Lacrymal. —jug. Jugal. — Phosphorites du Quercy. Collection de M. Filhol.
- H.F.
- Fig. 5. — Tête de Zeuglodon cetoides, vu de profil, à 1/9 de grandeur. Éocène de l’Alabama.
- Fig. 4. — Molaire supérieure du Zeuglodon cetoides, à 1 /3 de gi an-deur. Éocène de l’Ala-bauia.
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- LÀ NATURE.
- présentent dans le crâne et dans la dentition des particularités qui ne paraissent pas à M.Gaudry aussi importantes que l’ont prétendu d’autres naturalistes. Chez les vrais Palœothe-rium , il est vrai, les os du nez sont extrè-rnement faibles, tandis que chez les Rhinocéros ils acquièrent beaucoup de forces pour supporter la corne, mais dans un même genre, le genre Acerotherium, on voit ces piô-
- Fig. 5. — Museau de YAnthracotherium Cuvteri. vu de profil à 1/2 graudeur. im. Inter-maxillaire. — wt. Maxillaire. — lt. Pinces. — 2i. Mitoyennes. 3i. Coins,
- c. Canines. — Ip et 2p. Premières et secondes prémolaires — Miocène de Saint-Me-noux (Allier).
- ces osseuses varier considéra-b1ement en grandeur, et atteindre parfois assez de développement pour faire admettre l'existence d’une corne de faibles dimeu-sions. Les Pa-lœotherium possèdent une dentition complète , c’est-à-dire deux canines et trois paires d’incisives à chaque mâchoire, tandis que les Rhinocéros à l’âge adulte manquent complètement de dents antérieures ou ne présentent,
- g/jM
- Fig. C. — Ilelladolherium Duvernoyi. 1/2o de grandeur. Pikermi.
- sur le devant de la bouche, que deux fortes dents comprenant entre elles une paire de petites incisives. Mais en étudiant les Rhinocéros fossiles de l’Inde,
- M. Falconer a reconnu la pre'sence chez ces animaux de trois paires d’incisives à la mâchoire inférieure, et M. Gaudry, d’un autre côté, a vu chez un Palcco-
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- theriiim magnum de la Débruge les canines inférieures envahir en partie la place réservée aux incisives.
- En général, chez les Ongulés, les molaires sont très-compliquées. Cependant, en les examinant avec attention, on reconnaît qu’elles sont toutes composées des mêmes éléments ou denticules accolés en lobes plus ou moins réguliers et plus ou moins saillants. M. Gaudry, en étudiant comparativement la disposition de ces lobes chez les Rhinocéros, les Acero-therium et les Palœotherium, a découvert sous ce rapport des relations analogues à celles qu’il avait constatées dans d’autres parties du squelette. Il rattache l’IIippopotame, qui parait au premier aboi'd constituer un type tout à fait aberrant, au groupe de Porcins au moyen de quelques espèces fossiles de l’Inde et de l’Algérie, chez lesquelles les dents incisives au lieu de s’allonger démesurément comme chez l’Hippopotame, n’ont pris qu’un développement moyen, les canines n’offrant d’ailleurs point de cannelures ; mais malgré tous ses efforts, il ne peut découvrir les descendants du Brontotherium dont la tête présentait en avant une double saillie osseuse et du Dinoceras mirabilis, dont le crâne, plus remarquable encore, offrait une triple paire de protubérances, l’une sur le nez, l’autre au-dessus des maxillaires et la troisième en arrière de la région frontale. Ces deux espèces bizarres, exhumées des terrains tertiaires de l’Amérique du Nord, se sont probablement éteintes sans laisser de postérité.
- Parvenus plus tard encore que les Pachydermes au maximum de leur développement, les Ruminants sont encore très-nombreux dans la faune actuelle. Les plus anciens animaux du groupe que l’on ait signalés en Europe sont le Dichodon, Y Arnphimeryx et le Xiphodon; encore ce dernier mériterait-il, à certains égards, d’être rangé parmi les Pachydermes, Du reste, plusieurs caractères de ce dernier groupe se retrouvent chez d’autres Ruminants, tels que le Gelocus du terrain miocène inférieur de la France, et c’est seulement à l’époque suivante qu’ont apparu les vrais Ruminants, comme les Girafes, les Bramatherium, les Sivatherium et les Helladothe-rium (fig. 6), dont les ossements ont été découverts dans l’Inde, en Grèce et dans nos contrées. Alors aussi de nombreuses Antilopes formèrent d’immenses troupeaux analogues à ceux que l’on rencontre dans les plaines de l’Afrique centrale. Ces gracieux animaux étaient pourvus de cornes, mais chez tous, les appendices frontaux n’atteignaient pas le même développement, de sorte qu’on peut établir une gradation insensible des Ruminants privés de cornes et plus ou moins voisins des Pachydermes, tels que le Gelocus et le Xiphodon, aux Antilopes ornées de cornes allongées comme le Tragoreas et le Trago-oerus de Pikermi. Aussi, M. Gaudry ne serait pas éloigné de considérer les Antilopes, dont l’apparition a été relativement tardive, comme des Pachydermes modifiés. Mais tous les Ruminants n’ont pas la tête surmontée de cornes creuses et persistantes, il y en
- a, comme les Cerfs, qui portent des bois dont la chute a lieu régulièrement chaque année. Au premier abord ceci paraît constituer une différence fondamentale; cependant, en suivant le type Cerf à travers les âges, on peut constater qu’il a éprouvé, sous le rapport des appendices frontaux, des modifications analogues à celles que subit notre Cerf élaphe en passant de l’état de Daguet k celui de Dix-cors1. En d’autres termes, on trouve des Cerfs fossiles dont la tête n’était armée que de deux dagues simples et persistantes (Procervulus), d’autres dont les bois ne se recourbaient que par leur partie supérieure (Dicrocerus anourus), ainsi que l’indique 1’emplacemcnt du cercle de pierrures; d’autres, enfin, dont les bois étaient caducs et fortement ramifiés (Cercus Sedgwickii). « Peut-être, dit M. Gaudry, à l’époque où les Cerfs ont commencé à porter des bois, la sève ossifiante (s’il est permis de parler ainsi) n’a pas été assez abondante pour que les bois aient pu se renouveler. Il faut penser cependant qu’elle a été plus abondante que chez la plupart des Antilopes, car on voit des bois qui ont une bifurcation, des bois qui ont trois pointes et des bois dans lesquels il y a, outre les andouillers bien développés, des rudiments d’andouillers comme si la substance osseuse avait commencé à être en excès sur les bois qui ne se renouvelaient pas. »
- En général les Ruminants se distinguent encore des Pachydermes par le défaut d’incisives à la mâchoire supérieure et l’absence ou la faiblesse des canines qui ne constituent point d’armes redoutables comme chez YAnthracotherium (fig. 5). Mais il faut remarquer qu’il y a une sorte de balancement entre le développement des appendices frontaux et celui de la portion préhensile de l’appareil dentaire. On trouve en effet des canines puissantes chez les Ruminants qui sont privés de cornes comme le Gelocus et le Dremotherium parmi les espèces éteintes, et les Hymœoschus, les Chevrotains, les Chameaux et les Lamas parmi les espèces modernes. Or, si l’on suppose qu’à un moment donné tel ou tel Ruminant a été privé de ce moyen de défense avant d’en avoir acquis un autre de même valeur, on comprend facilement que l’être ainsi déshérité a dû succomber dans la lutte pour l’existence. Peut-être est-ce à cette cause qu’il faut attribuer la disparition des Gelocus et des Dremotherium du miocène inférieur et leur remplacement par les Antilopes et les Dicrocères du miocène moyen.
- Les dents molaires n’offrent pas non plus le même type chez les Ruminants que chez les Pachydermes et en particulier chez les Cochons où ces organes sont conformés pour un régime omnivore; toutefois, il y a chez les Pachydermes, soit vivants, soit fossiles, de telles variations dans la disposition des denticules, qu’on peut établir, dans beaucoup de cas, la transition entre les molaires des Cochons qui offrent des mamelons peu élevés, revêtus d’une épaisse couche
- 1 Voy. la Nature, n° du 18 décembre 1875 : le Wapiti, p. 54.
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- LA SATURE.
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- d’émail et les molaires des Ruminants qui sont accidentées par des croissants allongés et qui constituent une véritable râpe. E. Oustalet.
- — Là suite prochainement. —
- INFLUENCE MÉTÉOROLOGIQUE
- DE LA SURFACE DU SOL l.
- Vers la fin du mois de décembre 1877, il n’y avait pas encore de neige sur le sol de la Russie orientale, bien que la température fût restée, depuis le commencement du mois, constamment au-dessous de 0°. Cette zone découverte s’étendait depuis le Volga inférieur jusqu’au-dessus de Kazan, c’est-à-dire au moins jusqu’à 56 degrés de latitude nord, et, du côté de l’ouest, jusqu’à environ 40 degrés de longitude. Sur le côté occidental de l’Oural, on ne trouvait de neige qu’en quelques points isolés. A une époque si avancée de l’hiver et dans ces contrées, ce manque de neige est un phénomène rare....
- Depuis le commencement de décembre, la pression barométrique était fort élevée ; la température ne dépasse pas — 3°,o, mais de grands minima ne furent pas observés. Le 13, le baromètre monta au-dessus de 761 millimètres (altitude de 140 mètres au-dessus du niveau de la mer) et atteignit rapidement 778““,3; le 15, il descendit de 4 millimètres, probablement sous l’influence d’une tempête passant dans l’ouest, retomba de nouveau et arriva le 19 à la hauteur extraordinaire de 781““,2. Du 21 au 25, le baromètre baissa jusqu’à 761 mra,2 et remonta ensuite lentement. Du 13 au 18, les vents étaient au sud-sud-est et au sud-est, modérés, ensuite très-faibles avec des calmes fréquents. Le même temps régna du 21 jusqu’au 28. Le ciel, assez couvert, se dégagea à partir du 18 et resta clair pendant dix jours.
- Le caractère du temps était tout à fait celui d’un anticyclone. Dans les deux derniers jours, l’absence de nuages produisit un très-grand froid par radiation. (L’humidité, assez faible pour l’hiver, ne dépassa pas 60 pour 100. Les brouillards, fréquents dans les anticyclones et les calmes, manquèrent totalement.) La température toutefois n’était pas aussi basse qu’on aurait pu le prévoir : la moyenne, prise du 19 au 28, était de —17°,4 et le minimum fut de — 23°le 21. Cette température d’hiver, relativement modérée, fut aussi observée dans les autres régions non couvertes de neige (Saratow, Kazan, Orenburg, Jekaterinburg), et c’est dans ce fait qu’il faut en chercher la cause. Une épaisse couche de neige interrompt, comme corps mauvais conducteur, la communication entre les couches supérieures du sol et l’air. La surface neigeuse se refroidit en effet beaucoup quand le ciel est dégagé, et le froid qui en émane se répand immédiatement dans l’atmosphère, mais pénèlre avec lenteur dans le sol, d’où réflètent des températures fort basses. Si la neige manque, la basse température de la surface se propage rapidement plus bas, et naturellement on ne peut observer alors autant de froid dans les couches inférieures de l’atmosphère, car le soi en décembre est beaucoup plus chaud que l’air. L’échange de température, auquel ne met pas d’obstacle une couche de neige, échauffe l’air inférieur, tandis que le sol se re-
- 1 Extrait d’une note du docteur A. Wojeikofl dans la Zeitschrift der ôstenreichsen Gesellschaft fur Météorologie du l*f février 1878.
- froidit. Si en outre il est humide, ce qui avait lieu dans la Russie orientale après l’automne pluvieux de 1877, une plus grande quantité de calorique se dégage par suite de la congélation de l’eau. De nombreuses et profondes fissures sont produites par le froid, l’air qui s’y introduit se réchauffe rapidement. Telles sont les causes par suite desquelles le froid de la Russie orientale n’a pas été aussi intense qu’on aurait pu le croire, en considérant la longue durée de l’anticyclone et le dégagement constant du ciel.
- Il serait important de faire des recherches comparatives dans des contrées à hivers très-froids, sur la température du sol couvert ou non couvert de neige, particulièrement en Sibérie, dans les steppes Kirghises et à l’embouchure de l’Amour. Ces recherches seraient surtout utiles pour l’étude de la position des pôles de froid....
- Dans l’étude de l’influence des forêts sur le climat, il y aurait à considérer tout particulièrement la température de l’air et du sol, l’humidité de l’atmosphère et l’évaporation, c’est-à-dire les données à l’aide desquelles on peut déjà juger de cette influence après une seule année d’observation, tandis qu’en considérant seulement les quantités de pluie tombée, cette période est tout à fait insuffi-sante.ll faudrait tenter d’établir des stations météorologiques dans l’Inde, où le service forestier vient d’être très-bien organisé par le gouvernement anglais. Les provinces centrales et celles du Bérar, où les forêts de l'État sont très-étendues, seraient surtout favorables.
- On sait déjà que les parties de l’Inde couvertes de forêts doivent à cette circonstance une plus basse température, et présentent dans les mois les plus chauds de nombreux minima et une grande humidité. Elles doivent probablement à cette circonstance des pluies plus précoces, ainsi qu’on peut le déduire de la comparaison des observations d’Assain avec celles faites dans la même latitude dans les stations de la plaine du Gange.
- L’influence des forêts doit être différente suivant les essences dont elles se composent. Ainsi les bois de teck protègent moins contre la chaleur et la sécheresse de mars en mai, parce qu’ils perdent leur feuillage à l’entrée de la saison chaude.
- L’influence des irrigations, notamment de celles qui abreuvent les champs de riz, peut aussi être étudiée spécialement dans l’Inde. Cette influence doit être surtout marquée pour les irrigations qui fournissent de l’eau pendant la période la plus chaude de l’année. Dans les provinces du nord-ouest on ne trouve pas un système étendu de canaux d'irrigation, mais l’eau des fleuves, quand elle a atteint un certain niveau, est déversée sur les champs. Ce cas se présente lorsque les pluies de la mousson ont déjà duré quelque temps. Dans les périodes torrides, les fleuves n’ont que peu d’eau, et l’influence de l’irrigation n’existe pas. Des observations faites dans le Sind et le Pendjab seraient aussi intéressantes. Les fleuves y ont des crues correspondantes à la fonte des neiges dans les montagnes et à la pluie qui y tombe en même temps, tandis que dans la plaine il ne pleut presque pas.
- F. Zurcher.
- LE N0UNEAU SACCHARIMÉTRE
- OU POLARIMÈTRE-LAORENT.
- L’appareil est représenté figure 1 en coupe longitudinale, les deux bras J, K, verticaux sur le dessin, sont horizontaux en exécution.
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- LA NATURE.
- A. Flamme mono-chromatique jaune, placée à une distance invariable de l’appareil. Le brûleur est agencé de manière à augmenter beaucoup l’intensité de la llamme. — B. Diaphragme contenant une plaque de bi-chromate de potasse, qui a pour effet d’absorber les rayons violets et bleus que contient la flamme, tout en laissant passer intacts les rayons jaunes utiles.— P. Prisme bi-réfringent, dans lequel la seconde image est rejetée de côté et interceptée par des diaphragmes. Il peut tourner autour de l’axe O E. — D. Diaphragme portant une lame mince de quartz, parallèle à l’axe, et dont l’épaisseur est d’une demi-onde, pour les rayons jaunes.
- Elle est fixe et ne recouvre que la moitié du diaphragme.
- E. Diaphragme. — N. Nicol analyseur. — IL Objectif. — 0. Oculaire concave, formant avec H, une lunette de Galilée. Le système OHN est monté sur une alidade, qui tourne sur le cadran C. autour de l’axe OE. — T. Tube contenant la solution à essayer. — G. Cadran portant une ou deux divisions : l'une spéciale au sucre, l’autre en demi-degrés du cercle, pour les substances rotatoires quelconques. —
- L. Loupe pour lire les divisions.— M. Miroir renvoyant la lumière du bec sur les divisions et évitant ainsi l’emploi d’une lumière auxiliaire.
- La disposition optique nouvelle consiste dans le système polariseur. Il est composé de 2 parties distinctes : le prisme bi-réfringent P, qui peut tourner et le diaphragme D, qui est fixe, avec sa demi-lame de quartz.
- L’explication suivante du rôle de cette lame, mérite un peu d’attention.
- La figure 2 représente le diaphragme (D, fig. 1), agrandi et tel qu’on le voit dans la lunette. La moitié gauche est recouverte par la lame de quartz, dont l’axe est aussi parallèle à la ligne de séparation OA, et la moitié droite qui est nue, laisse passer, sans la dévier, la lumière polarisée par le polariseur P, figure 1.
- Je supposerai d’abord le plan de polarisation, parallèle à OA (fig. 2). Si on le laisse fixe et qu’on tourne l’analyseur N (fig. 1), on passera [progressivement de l’extinction totale au maximum de lumière, et les deux moitiés du disque resteront toujours égales l’une à l’autre en intensité, exactement comme si la lame n’existait pas. La lame étant toujours fixe, je suppose que l’on fasse tourner le polariseur de manière que sa section principale vienne enOB, en faisant avec l’axe OA, un angle quelcon-
- que, a. Soit alors une vibration s’accomplissant dans un plan représenté par sa trace OB. Cette vibration, que je représente en longueur par OB, peut se décomposer en deux autres, l’une 0y parallèle à l’axe OA dè la lame, et l’autre Ox perpendiculaire. Cette vibration passera sans déviation du côté droit, mais du côté gauche, elle sera déviée par la lame. L’ordonnée Oy étant parallèle à l’axe du quartz, ne changera pas de signe, mais l’abscisse Ox, qui lui est perpendiculaire, changera de signe et viendra en Ox', à 180°, puisque la lame a une épaisseur d’une demi-onde ; de sorte que du côté gauche, la vibration résultante se fera en OB, en faisant avec l’axe OA, un angle a' symétrique et égal à
- Cette lame a donc pour objet de déterminer du côté gauche, une section principale OB placée, par rapport à la ligne de séparation OA, symétriquement à la section pincipale OB, du côté droit.
- Si on laisse le polariseur fixe dans cette position, et qu’on tourne l’analyseur de manière à rendre sa section principale SP, perpendiculaire à OB (fig. 3),
- il y aura extinction totale par le côté droit, mais par-A tielle par le
- A côté gauche, on
- ;j aura l’appa-
- fi rence de la fi-
- gure 3.
- Réciproquement, si la section principale SP de l’analyseur, est perpendiculaire à OB (fig. 4), il y aura extinction totale pour le côté gauche, mais partielle pour le côté droit et on aura l’apparence de la figure 4.
- Enfin, si la section principale SP de l’analyseur, est perpendiculaire à OA (fig. 5), il y aura extinction partielle pour chacun des deux côtés et égalité de tons, puisque a=a'. On aura l’apparence de la figure 5.
- Si on laisse maintenant l’analyseur fixe dans cette dernière position, et qu’on tourne le polariseur de manière à ce que sa section principale fasse avec OA des angles variant de 0° à 45°, les deux demi-disques resteront toujours égaux en intensité, l’un par rapport à l’autre, mais les deux ensemble, changeront progressivement leur intensité commune, en passant de l’extinction totale, au maximum de lumière.
- Autrement dit, si l’appareil est réglé au zéro, c’est-à-dire à l’égalité de tons et qu’on tourne le polariseur, on ne changera pas l’égalité de tons, d’un côté par rapport à l’autre, ni par conséquent le zéro, mais on changera cette intensité commune de tons, et l’égalité se fera sur un fond plus ou moins sombre.
- Mais si, après avoir ainsi amené le polariseur à faire
- Fig. 1. — Coupe du sacchnrimètre Laurent.
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- un angle quelconque (excepté zéro degré), avec OA, et que, le laissant fixe, dans cette dernière position, on fasse tourner l'analyseur d’un petit angle, soit à droite, soit à gauche, de SP (fig. 5), alors, immédia-
- tement, l’égalité de tons est rompue pour les deux demi-disques, l'un devient plus foncé et l’autre plus clair ; ce brusque changement permet de déterminer avec beaucoup de précision la position de l’analy-
- seur, c’est-à-dire la position du zéro de l’instrument, quand il n’y a aucune substance interposée.
- Si l’on vient à interposer une substance possédant le pouvoir rotatoire, on détruit l’égalité de tons, il faut alors tourner l’analyseur jusqu’à ce que l’on rétablisse cette égalité, et l'angle de rotation dont l’analyseur a tourné, indique le pouvoir rotatoire de la substance.
- Cet appareil donne donc d’une manière très-simple, la solution générale de la question, à savoir, de rendre variable , à volonté , l’angle des sections principales de chacune des deux moitiés du diaphragme.
- Cette nouvelle combinaison optique permet d’étudier facilement , rapidement, économiquement et dans des conditions comparables entre elles, différents angles, afin de déterminer quel est le meilleur à prendre pour des cas bien déterminés.
- Chaque opérateur peut le faire avec un seul appareil.
- Dans l’importante industrie sucrière, en particu-
- lier, où l’on a souvent à examiner des liqueurs très-colorées, cet appareil est déjà bien apprécié. La facilité avec laquelle on peut augmenter l’angle des sections principales, permet de voir et de lire avec
- des sirops et des jus colorés, alors que placés dans tout autre sacchari mètre, on ne distinguo plus rien.
- L’appareil et le brûleur sont représentés (fig. 6), en expérience et vus de côté.
- Le modèle du gouvernement, à \ division, en centièmes de sucre et 1 trait sur l’alidade ; on peut estimer, à très-peu près, les dixièmes de divisions, mais pour la pratique , on aura moins, les quarts de degrés et très-couramment. Le modèle de laboratoire, à 2 divisions, l’une intérieure, en centièmes de sucre, et vernier donnant les dixièmes de divisions, c’est-à-dire les millièmes de sucre. L’autre, extérieure, en demi-degrés du cercle, et vernier accusant des angles de rotation de 2 minutes.
- Le grand modèle sur règle en bronze, également
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- LA NATURE.
- à 2 divisions, mais de plus, celle en demi-degrés est complète. Le polariseur glisse le long de la règle, on peut employer des tubes dont la longueur peut aller jusqu’à 50 centimètres.
- Une plaque de quartz perpendiculaire à l’axe, d’une épaisseur de 1 mill. (au sphéroinètre) et montée dans un tube spécial, ne servant qu’à cela, doit marquer 100, quand on emploie la division en centièmes de sucre, 21°, 67 ou 21° 40r, quand on emploie celle en demi-degrés et cela, dans tous les sac-charimètres. C’est un moyen de vérifier et de comparer ces instruments. Elle correspond à la prise d’essai, adoptée réglementairement et fîx ée à \ 6 gr. 2 0.
- SOCIÉTÉ FRANÇAISE DE PHYSIQUE
- Séance du Ier février 1878.
- M. le secrétaire général lit une lettre de M. Reynier, d’après laquelle on devrait attribuer une grande partie des pertes de rendement des machines magnéto ou dynamoélectriques, à la chaleur en laquelle se convertissent les nombreux courants induits dont sont le siège pendant le mouvement, les pièces de fer mobiles de certaines de ces machines. M. Reynier cite quelques expériences à l’appui de celte opinion.
- M. Joblochkoff montre les condensateurs qu’il a appliqués à l’éclairage électrique, et qui lui ont permis de répartir en plusieurs lampes l’électricité d’une source unique ou, comme il le dit, de canaliser l’électricité. Un fait remarquable et qu’il ne peut expliquer consiste en ce que la totalité des lumières partielles représente une intensité au moins double de celle de la lumière unique alimentée par la même source. Ses condensateurs sont des feuilles d’étain séparées par une double feuille de taffetas gommée et de gutta-percha. par un enroulement convenable, on peut ainsi réaliser ouus un faible volume d’énormes capacités électriques.
- M. Jamin a étudié la distribution du magnétisme sur des barreaux soumis à des aimantations et désaimantations successives au sein d’une bobine large et plus longue que les barreaux, en employant pour cela la méthode de Van-Ries. R a reconnu qu’un barreau désaimanté ne revient pas à l'état neutre, mais présente en réalité deux points conséquents, comme M. Bouty l’avait annoncé en faisant l’étude des moments magnétiques. Il indique la loi d’après laquelle varie l’aimantation temporaire et permanente d’un barreau successivement aimanté et désaimanté. Enfin il démontre que l’on peut représenter l’aimantation temporaire ou permanente acquise par un barreau, sous l’influence de courants d’intensité variable, à l’aide de courbes paraboliques construites en prenant pour abscisses les déviations d’une boussole des tangentes traversées par le courant, et pour ordonnées les quantités de magnétisme correspondantes.
- CHRONIQUE
- Le concours agricole an palais de l’In<lastrie.
- — Chaque année, l’importance de ce concours s’accroît, il comprend aujourd’hui l’exposition des animaux gras, d’animaux reproducteurs mâles, des volailles vivantes, des volailles mortes, des semences de céréales, de plantes des
- prairies naturelles, de lins, de chanvres, de houblons, de racines, de pommes de terre, de fruits frais, secs, conservés, d’huiles d’olive, de légumes de primeur, de miels, de cires, de fromages, de beurres, d’instruments et de machines agricoles. Le concours a duré du 23 au 27 février. Les prix d’honneur pour bêtes vivantes ont été décernés à M. Callaud-Belisle, engraisseur, pour un bœuf durham-manceau ; à MM. Papin frères, éleveurs, pour une vache durham engraissée, et au comte de Bouille, éleveur, pour trois moutons southdown; à M. Leblond, engraisseur, pour un énorme cochon yorkshire-normand ; àM.Beschet, pour un coq et ses poules de Houdan.
- Les dindons étaient nombreux et fort beaux, aussi chacun s’arrêtait à les regarder et, se voyant ainsi admirés, les coqs d’Inde faisaient presque tous la roue.
- Les volailles mortes et plumées étaient admirables ; au point de vue scientifique, nous avons surtout remarqué uue série d’oies ouvertes pour montrer le progrès de l’engraissement du foie. L’opération dure vingt et un jours, si, ce jour-là, l’oie n’est pas tuée, elle crève le lendemain et foie et chair sont immangeables ; outre la difficulté technique d’obtenir des foies gras en cette saison (qui est celle du rut), en étudiant les phases successives de l’hyperlro-phie de la glande qui produit le délicieux foie gras, nous admirions de véritables préparations anatomiques de pathologie ornithologique.
- Dans la section des instruments nous avons vu, pour la première fois, une lumière électrique, produite par une machine de Gramme, actionnée par une locomobile agricole, destinée à faire de nuit, en plein champ, un travail pressé. Avec les avertissements météorologiques transmis par le télégraphe aux agriculteurs et la lumière électrique, il sera possible, en une nuit, de rentrer la récolte à l’approche d’une tempête; et c'est ainsi, en toute chose, que l’homme se rend de plus en plus indépendant des vicissitudes des saisons. Charles Boissay.
- Lévrier» turcomans. — Les collections du Jardin zoologique d’acclimatation se sont enrichies de trois animaux précieux, rapportés de l’Asie centrale, par M. Charles de Ujfalvy, professeur à l’École des langues orientales.
- M. Ch. de Ujfalvy a été chargé par le gouvernement d’une mission ethnographique dont nous avons parlé précédemment ; il a voulu que le Jardin d’acclimatation eût sa part dans le butin scientifique de son expédition, et il vient de lui faire hommage de trois chiens lévriers turcomans de la plus grande beauté. Ces chiens sont désignés dans le pays sous le nom de Taxi; ils servent à chasser le lièvre comme les Sloughi en Algérie et le lévrier en Perse. Ce qui caractérise surtout ces animaux, c’est la distinction de leurs formes et la vigueur de leurs muscles ; de plus, la tête est d’une finesse et d’une longueur tout à fait extraordinaires. Le pelage est ras sur le corps ; les oreilles très-grandes et pendantes sont chargées de longues soies brillantes, comme chez les épagneuls de choix; les membres sont couverts de poils très-développés ; cette toison, qui garnit les parties basses de l’énimal, tandis que les parties hautes sont vêtues de poils très-ras, étonne à première vue. Il semble que ces chiens soient vêtus de larges pantalons flottants, ou plus exactement ils font penser aux poules pattues dont le corps à plumes lisses et serrées repose sur des membres très-étoffés par suite de l’ébouriffement des plumes qui garnissent les pattes. Jamais jusqu’à ce jour les chiens Taxi n’avaient été importés en Europe et c’est une bonne fortune pour le Jardin d’acclimatation de les posséder. L’un des trois chiens reçus a été acquis chez les Kirghises de l’Emba ; les deux autres sont nés à Samarkand.
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- LA NATURE.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance dti 25 février 1878. — Présidence de M. Fizeau.
- Reproduction artificielle des formes extérieures des météorites. Un nouveau procédé de fabrication de ciment de Portland, exploité aux environs de Vienne, nécessite la projection d’un courant d’air comprimé contre des blocs de pierres chauffées au rouge blanc. Dans ces conditions on remarque que les angles de la pierre disparaissent, l’air déterminant la pulvérisation de toutes les crêtes qui donnent lieu à une fine poussière. Ces faits, observés par M. Suss,sont signalés à l’Académie comme analogues à ceux qui se produisent lors de l’arrivée de météorites ; et il est incontestable en effet que le bloc de ciment présenté offre exactement les mêmes accidents de forme que les pierres tombées du ciel. Nous nous permettrons de faire observer que cette intéressante observation apporte la plus complète confirmation que nous avons émise en 1872 dans un mémoire inséré dans les Comptes rendus de l’Académie et où nous disions : « L’arrondissement de la surface des météorites est due à une véritable érosion produite par l’air et tout à fait comparable à celle que l’eau réalise sur les roches terrestres. Les rides et les bourrelets sont le résultat d’une véritable sculpture, la croûte se refermant à l’intérieur de la masse, au fur et à mesure qu’elle est usée au dehors et que la chaleur, par conséquent, gagne plus avant. Considéré à ce point de vue nouveau certains météorites, d’ailleurs très-nombreux, offrent par la forme une ressemblance générale frappante avec ces îles Scandinaves dont la région septentrionale a subi le rabotage du phénomène erratique, tandis que la rive sud a été abritée contre lui. »
- Constitution du soleil. — Continuant des recherches que nous avons déjà signalées à nos lecteurs, M. Cornu émet l’opinion que l’énorme quantité de vapeur de fer contenue dans l’atmosphère solaire doit produire d’importants phénomènes magnétiques. Il repousse l’idée que les protubérances sont de simples poussées de gaz et y sont plus volontiers le résultat de réaction électro dynamiques.
- Carburation du nickel. — Frappé de la faible oxyda-bilité du nickel comparée à l’altération si rapide du fer sous l’influence de l’eau, M. Boussingault s’est demandé si on ne pourrait pas dans certains cas substituer le premier métal au second, et il a tenté de fabriquer de l’acier de nickel. Celui-ci se carbure parfaitement par les procédés ordinaires de cimentation, mais le produit n’a ni l’élasticité ni la force coercitive de l’acier et ne pourrait recevoir aucune des applications de celui-ci.
- Action physiologique de l’oxygène. — M. le professeur Paul Bert fait connaître les faits extrêmement curieux qu’il a observés en étudiant l’action de l’oxygène sur les divers éléments anatomiques. Sa conclusion générale est que ces éléments sont tués par l’oxygène exactement comme les êtres que M. Pasteur range sous le nom commun à’anaé-robies. Les globules rouges du sang eux-mêmes ne font pas exception : l’oxygène, ajouté à celui qui peut être directement absorbé par les globules et par le sérum, les tue d’une manière rapide.
- L'Année scientifique. — C’est avec b»s éloges mérités par cette utile publication que M. Dumas signale l’apparition du vingt et unième volume de l’Année scientifique et industrielle de M. Louis Figuier, Tout ce que 1877 a vu se
- produire d’important en astronomie, en météorologie, en physique, en mécanique, en chimie, en hygiène, en médecine, en agriculture, en zoologie, en botanique et même dans le domaine des applications immédiates de la science à l’industrie; tout cela est consigné .dans ce tableau toujours à jour de la marche en avant de l’humanité. Comme d’ordinaire, le volume se termine par la longue série de notices consacrées aux savants décédés dans l’année ; nous signalerons spécialement l’article relatif à M. Le Verrier.
- A propos du grand astronome, nous annoncerons que M. Fizeau annonce l’ouverture au secrétariat d’un registre de souscription dont le produit sera affecté à l’érection d’une statue à l’ancien directeur de l’Observatoire.
- Perfectionnement du téléphone. — M. Du Moncel annonce qu’on augmente beaucoup l’intensité de son produit par le téléphone en faisant passer le courant, à la station réceptrice, dans une bobine de Rhumkhorff.
- Élection. — L’Académie avait adressé une liste de deux candidats entre lesquels le Ministre devra choisir le titulaire de la chaire de physique du Muséum laissa vacante par la mort de M. A.-G. Becquerel; sur 48 votants, M. Edmond Becquerel est nommé premier candidat par 47 suffrages ; l’autre voix désigne M. Cornu. Le deuxième can-dat est M. Leroux qui obtient 55 voix; M. Lippmann en a 4, M. Cornu 2, M. Marcart 1 ; il y a 4 billets blancs.
- Classification des Cestoides. — C’est sur ce sujet que M. de Quatrefages présente au nom de M. le professeui Perrier un travail très-important, qui complète et perfectionne les recherches bien connues de M. Van Beneden.
- Stanislas Meunier.
- CHRONIQUE DU TÉUÉPHONE
- Le téléphone continue à attirer l’attention du public et des physiciens; cet admirable appareil semble devoir conserver longtemps encore la faveur du monde savant. Sous le nom de Chronique du Téléphone, la Nature publiera désormais tous les progrès qui lui seront signalés.
- Nous débuterons aujourd’hui par deux communications de nos correspondants.
- M. Demoget, de Nantes, nous envoie la relation de plusieurs expériences qui mettent en évidence la sensibilité extrême de l’instrument. Si on met deux téléphones en communication directe avec les deux fds d’une bobine de Ruhmkorff, de manière à fermer les courants de chacun d’eux au moyen de ces fils, si on parle dans l’un ou l’autre de ces appareils, le deuxième transmet les sons, comme si les deux téléphones étaient en communication directe. Pour cette expérience, M. Demoget a employé la bobine de Ruhmkorff de 30 centimètres de longueur à fil fin, et il est à remarquer que le fil induit de cette bobine introduit directement dans la ligne comme résistance interceptant toute communication. Avec une bobine d’un petit modèle l’expérience réussit tout aussi bien. L’explication de ces faits est très-simple ; malgré la faiblesse des courants produits par le premier téléphone, ils engendrent dans l’autre fil des courants induits assez puis-
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- LA NATURE,
- sants pour faire vibrer la plaque du deuxième appareil. Si l’on parle dans le téléphone en communication avec le gros fil inducteur, la bobine fonctionne comme avec une pile bien que les courants soient alternativement inverses, et M. Demoget a remarqué qu’il se produisait des décharges très-faibles à l’extrémité du fit induit , en les mettant en contact avec la langue, au moyen de deux fils de cuivre fin. Pour rendre les sons transmis par les téléphones plus facilement perceptibles, il faut autant que possible que les plaques vibrent à l’unisson des sons émis. C'est ce qui explique pourquoi l’on entend beaucoup mieux les voix de femmes et d’enfants avec des plaques vibrantes de 5 à 5 centimètres de diamètre, et les voix d’hommes avec des plaques de 6 à 8 centimètres de diamètre. Si l’on chante la gamme dans un téléphone à large plaque vibrante, les premières notes en bas seront facilement perçues, tandis que les notes plus élevées le seront moins distinctement ; si la plaque vibrante est d’un petit diamètre, le contraire aura lieu, les notes les plus élevées seront plus nettement entendues. A l’extrémité d’une ligne, on peut disposer deux téléphones en double circuit,
- et chose remarquable, si on parle, ou bien si l’on chante simultanément dans les deux appareils, on entend distinctement les deux voix, dans un seul téléphoné, à l’autre extrémité de la ligne. D’après ces laits, il y aurait lieu de rechercher si en disposant deux ou trois téléphones de timbres différents, au fond d’une caisse formant une espèce de cornet acoustique, on n’obtiendrait pas des sons plus intenses et surtout plus distincts. M. Demoget s’occupe en ce moment de réaliser un instrument semblable.
- M. Izarn, de Clermont-Ferrand, a combiné un système d’avertisseur pour la correspondance téléphonique. Ce système est très-simple, et d’un maniement commode. La pièce principale est une petite bobine de Ruhmkoff. Ces bobines fonctionnent avec une petite pile en adaptant à la tige qui soutient la lame de zinc, un ressort à boudin sur lequel on est obligé d’appuyer le doigt pour faire tremper la lame, et qui la remonte automatiquement aussitôt
- Fi-, i.
- l’avertissement donné. Le courant ne devant passer que dans le fil inducteur de la bobine et non dans la ligne n’a pas besoin d'être intense et d’ailleurs la pile ne fonctionnant qu’au moment du signal ne s’use que très-lentement.
- La figure 1 montre clairement la disposition du poste de départ ATL identique à celle du poste d’arrivée A'T'LL Pour avertir, on appuie le doigt sur le bouton de la pile P, après avoir, au moyen d’un levier à poignée, établi la communication entre l’extrémité L de la ligne et l’un des bouts A du fil induit de la bobine, l’autre bout étant en communication constante avec le sol ainsi que la seconde poupée b du téléphone. Aussitôt le trem-hleur, convenablement réglé d’avance, se met à
- fonctionner et le son qu’il rend, souvent très-faible avec certaines bobines pour celui qui envoie, se reproduit avec une intensité remarquable au téléphone d’arrivée T', qui, à ce moment, est dans la position d’attente T' U.
- Si sur le trajet du fil de ligne LL' (fig. 2) on intercale une bobine, et qu’on introduise de même dans une seconde ligne voisine llf une autre bobine concentrique à la première et contenant elle-même un faisceau de fil de fer doux (c’est l’appareil qui sert dans tous les cours de physique à répéter les expériences fondamentales de l’induction), on peut répéter sur cette seconde ligne les curieuses expériences faites, à Clermont, par M. le colonel de Champvallier.
- Ainsi, avec tous les téléphones installés dans cette seconde ligne, on entend très-bien, même sans les porter à l’oreille, le bruit du trembleur, c’est-à-dire qu’on constate l’action énergique produite par des courants induits du second ordre.
- De plus, si on s’arrange de manière à affaiblir suffisamment ce bruit, on peut converser tout à fait comme à l’ordinaire dans cette seconde ligne, sans qu’il en résulte la moindre confusion.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandilh.
- CorbuIL. Tjp. et ttér.CnKTK.
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- N° 249. — 9 MARS 1 878.
- LA NATURE.
- mi
- MÉTÉORITES FOSSILES
- En étudiant au microscope les poussières de l’air et les sédiments fournis par la neige des Alpes et par les eaux pluviales recueillies dans plusieurs localités et notamment à l’observatoire météorologique deM. Hervé Mangon, à Sainte-Marie-du-Mont (Manche), l’un de nous y a reconnu, parmi d’autres éléments attirables à l’aimant, des sphérules remarquables par la régularité géométrique de leur forme1.
- Ces sphérules, constituées par de l’oxydule de fer, sont identiques à celles que produit le fer mé-tdlique en brûlant dans l’air et l’analogie conduit à penser que, chaque fois qu’un fer météorique pé-
- nètre dans notre atmosphère, il doit en produire un grand nombre. On est affermi dans cette manière de voir par l’observation microscopique de la croûte des météorites, où Ton aperçoit des grains arrondis qui ne sont pas sans quelque ressemblance avec les précédents1. En outre, les particules magnétiques retirées des sédiments atmosphériques ont donné à l’analyse des indices révélant la présence du nickel et de nature, par conséquent, à les faire regarder comme météoritiques2.
- Toutefois, si ces faits conduisent à faire supposer une origine cosmique aux grains qui nous occupent, il faut reconnaître que d’autres considérations invitent au contraire à rechercher s’ils ne dériveraient pas des masses de fer métalliques qui brûlent de
- Fig. 1. — Sphérules magnétiques recueillies dans le sable du fond Fig. 2. — Sphérules magnétiques recueillies dans les mottes Je de la baie de la Possession (Amérique du Sud). Vues au micro- sable du puits de Grenelle. Vues au microscope. — Grossisse-scope. — Grossissement 500/1. ment 500/1.
- toutes parts autour de nous, par exemple en subissant les opérations métallurgiques, ainsi qu’en témoigne la richesse en sphérules de l’oxyde des bat-titures, et même en étincelant sous le choc du briquet2.
- Nous dirons à cette occasion que M. Daubrée a bien voulu nous communiquer la poussière magnétique qu’il recueille au fond des puits où le fer, soumis à l’action brisante de la dynamite, a révélé à l’illustre expérimentateur tant de taits importants de l’histoire des météorites. Le microscope nous a montré dans cette poussière de nombreux globules à surface lisse et brillante et dont les irrégularités de forme s’expliquent sans doute par la violence avec
- • G. Tissandier, Comptes rendus de l'Académie des sciences, t. LXXXI, p. 576, et la Nature, 5* année 1875, 2" semestre, p. 531.
- s Brard, Minéralogie appliquée aux arts, t. III, p. 143, 1821.
- laquelle ils ont été projetés, encore fondus, contre les parois solides du puits.
- Nous sommes loin de méconnaître l’importance de ces sources terrestres de globules, et cependant il nous paraît difficile de leur attribuer l’immense quantité de sphérules que présentent les poussières ramassées dans les lieux les plus distants et dans les situations les plus diverses. C’est ainsi que l’étude des sables rapportés par la drague du fond des océans nous en a procuré des exemples nouveaux.
- M. le commandant Mouchez vient d’adresser au Muséum une nombreuse série de fonds de mer qui ont été collectionnés sur des côtes de Tunisie et d’Algérie, et dont on s’occupe de faire l’analyse zoologique au laboratoire de géologie du Muséum. Leur
- 1 G. Tissandier, Comptes rendus, t. LXXXIII, p. 76, et la Nature, 4a année 1876, 2° semestre, p. 95.
- * G. Tissandier, les Poussières de l’air, p. 49,1877. Gau-tluer-Yillars.
- 6® mé(. — 1er semestre.
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- LÀ NATURE.
- étude nous a fourni beaucoup de sphérules magnétiques. Nous citerons en particulier un sable quartzeux et calcaire pris par 14 mètres de profondeur au mouillage de Bcni-Saf, à 700 mètres de la côte ; il renferme des globules dont le diamètre est d’environ 0mm,028. Un sédiment à la fois quartzeux et argileux qui se trouve à 11 mètres de profondeur, 2 milles au nord-est de Carthage, est encore bien plus riche, et les globules qu’il contient, parfois gros de 0miu,042, ont offert à diverses reprises le petit goulot caractéristique des sphérules du briquet. Il en existe d’analogues et de plus gros encore dans le sable qui constitue le fond de la mer à 7 mètres de profondeur devant la Goulette ; dans l’argile ramenée de 270 mètres dans le golfe dePhi-lippeville et dans plusieurs autres échantillons. Dans une région bien différente, puisqu’il s’agit maintenant de l’autre hémisphère, M. l’amiral Serres a recueilli des sédiments marins qu’il a également donnés au Muséum. Les globules n’y font pas défaut; on les trouve même avec une abondance extrême dans le sable qui fait le fond de la baie de la Possession; ils y atteignent 0ram,056 de diamètre (fig. 1).
- Ces exemples ne cadrent guère avec la supposition d’une origine exclusivement terrestre des globules ; mais les faits qu’il nous reste à faire connaître sont bien plus décisifs encore. Ils concernent la présence de sphérules magnétiques au sein même de sédiments dont la date de formation est antérieure, et de beaucoup, à l’apparition de l’homme sur la terre.
- Au début de ces recherches nous avons été frappés de l’abondance de belles sphérules dans le sable extrait du puits artésien de Passy, à 569 mètres au-dessous de la surface du sol et qui appartient au gault. Leurs dimensions varient de 0mm,007 à 0mm,020. 11 est vrai que ce sable ayant été plus ou moins exposé à l’air, on pouvait penser que les globules y étaient peut-être tombés récemment. Mais, ayant répété les observations avec des mottes de sable du puits de Grenelle, mottes non défaites depuis leur dépôt, comme en témoigne la succession des couches planes qui les composent, nous y retrouvâmes exactement le même résultat (fig. 2). L’argile qui recouvre à Grenelle la couche aquifère renferme aussi des globules dans l’intérieur de la masse.
- Allant plus loin, nous examinâmes des roches dures dont on ne peut supposer le remaniement et dont nous fîmes disparaître avec soin toutes les surfaces exposées à l’air. Le noyau ainsi isolé fut enveloppé, puis broyé, sans choc, par écrasement, dans un étau, et la poudre fut soumise au triage à l’aimant. Pour répondre à l’objection qui consisterait à dire que les globules peuvent tomber de l’air dans les préparations, au cours des manipulations (ce qui serait s’exagérer beaucoup leur nombre dans l’atmosphère), nous avons traité exactement de la même manière des roches cristallines, et spéciale-
- ment un gneiss du Simplon (8. R. 173) S un micaschiste du Saint-Gothard (11. B. 14), une serpentine verte du Yal d’Aoste (8. R. 197), etc., et nous n’avons jamais rien observé qui ressemblât, même de très-loin, aux globules proprement dits. Le même résultat négatif a été donné par l’examen d’une magnétite friable de Norvège.
- Traité par la méthode qui vient d’être décrite, un grès infra-liasiquede Saint-Julien-lès-Metz (9. Z. 186) a présenté au contraire une sphérule presque parfaite de 0mra,014. Unpsammite micacé du trias d’Esslin-gerberg, en Wurtenberg (4. D. 79) en a fournie un de même dimension. Le grès ferrugineux permien de Salzbach, en Brisgau (0. 110. a), est infiniment plus riche. Une préparation que nous conservons au Muséum contient au moins quatre globules dont le di mètre varie de 0min,014 à 0™m,042. L’un de ces sphéroïdes, gros de ûmm,028, est parfait et identique à ceux de la période actuelle®. La richesse de cette roche nous a engagés à l’étudier avec un soin spécial ; plusieurs préparations nous ont donné exactement les mêmes résultats. Continuant à remonter la série des âges, nous avons examiné les sédiments carbonifères. Un pséphite extrait d’un puits de mine de Saint-Avold nous a donné un globule parfait de 0mm,01. Plus ancien encore, un grès dévonien des environs de Villedieu (Manche) (2. A. 52) a offert plusieurs globules irréprochables, entre autres celui que présente une préparation conservée, et qui a 0mm,01.
- En résumé, les faits qui viennent d’être rapidement exposés montrent que les sédiments actuels de la mer, comme ceux des océans géologiques, renferment des globules semblables aux sphérules que l’atmosphère laisse constamment tomber à la surface de la terre. Nous n’avons jusqu’ici aucun moyen de les distinguer les uns des autres, puisqu’ils sont également noirs, sphériques et attirables, et nous sommes dès lors autorisés à les identifier entre eux. Si l’on admet cette conclusion, et toute intervention humaine devant nécessairement être écartée, il faut reconnaître que les couches du globe renferment des matériaux d’origine cosmique dont la chute remonte parfois à un passé des plus reculés. Tout le monde comprendra l’importance qu’il y aurait à préciser, si faire se peut, l’époque où la terre a reçu, pour la première fois, cette contribution de l’espace et l’on attendra peut-être avec intérêt de nouvelles recherches en ce sens3.
- Stanislas Meunier et Gaston Tissandier.
- £ Nous plaçons entre parenthèses les numéros d’ordre des échantillons étudiés par nous au Muséum d’histoire naturelle.
- 4 Nous ne publions pas les dessins que nous avons faits de tous ces échantillons parce qu’ils sont identiques ; les sphérules représentées ci-contre donnent l’aspect de toutes celles que nous avons rencontrées dans des échantillons divers de provenances les plus variées
- 3 Comptes rendus de l'Académie des sciences, l. LXX.XVI, p. 450.
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- SOCIÉTÉ FRANÇAISE DE PHYSIQUE
- Séance du 15 février 1878,
- M. le comte L. Hugo envoie une note intitulée « Sur le nombre des granulations discernables, d’après la photographie solaire fournie par l’appareil de Meudon. » En étudiant la photographie solaire donnée par M. Janssen dans l’Annuaire du Bureau des longitudes, et reproduite par la Nature au moyen de l’héliogravure (n° du 16 février 1878, p. 177), il trouve que la surface du soleil présente un nombre de grains égal à 1 500 000.
- M. Vincent appelle l’attention sur l’emploi du chlorure de méthyle pour la production des basses températures. Celte substance, autrefois très-chère, peut s’extraire industriellement, en grandes quantités et à bas prix, des produits de mélasse de betterave. C’est dans les conditions normales au gaz, qui se liquéfie sous 4? atmosphères environ de pression et peut alors être conservé et transporté dans des vases de cuivre ou de fer, lesquels constituent un magasin de froid toujours à la disposition de l’opérateur. Il suffit d’ouvrir le robinet à vis qui ferme le vase pour faire écouler le liquide et obtenir un bain à — 25“, température de son ébullition sous la pression atmosphérique. Si on active la vaporisation par un courant d’air, la température descend à 55° environ. Quelques centimètres cubes de mercure placés dans un tube au milieu du bain sont congelés en trois minutes. M. Vincent a disposé un appareil qui permet d’utiliser ces froids intenses et d’en multiplier aisément les applications. A cet effet, il enferme 2 ou 3 kilogrammes de chlorure de méthyle liquide dans une double paroi enveloppant un bain d’alcool ou de chlorure de calcium en dissolution, et protégée extérieurement par une couche isolante derâpure de liège. Pour obtenir de très-basses températures, il suffit de mettre en communication, par un tube de caoutchouc, l’orifice à robinet de la double paroi avec une machine pneumatique. Cet appareil permet de réaliser aisément les expériences qui exigent un refroidissement lent et gradué, celle de la cristallisation du mercure par exemple.
- M. Cornu s’est proposé de compléler le travail exécuté par Angstrôm sur les radiations visibles, en construisant le spectre normal ultra-violet. A cet effet, il a d’abord étudié, par la méthode photographique de M. Mascart, un spectre obtenu au moyen d’un prisme de spath d’Islande, en employant le rayon ordinaire, qui est le plus dévié et le plus dispersé. Afin d’étendre autant que possible la limite du spectre, il a remplacé par un prisme de quartz à réflexion totale le miroir de verre ou de métal de l’hélio-stat,qui absorbe une assez grande quantité de rayons très-réfrangibles. Pour obtenir de bonnes images, il est nécessaire de faire usage d’objectifs aussi aplanitiques que possible. — En calculant par les formules connues les courbures qu’il faut leur donner, pour le quartz, afin d’obtenir le minimum d’observation, on obtient une forme à peu près plane-convexe, la convexité étant en dehors. Si on retournait la lentille face pour face, les images deviendraient confuses. Enfin, pour obtenir une plus grande intensité, on concentre les rayons sur la fente du collimateur à l’aide d’une lentille convergente de quartz : la surface totale de l’objectif est alors utilisée. En opérant dans ces conditions et avec un soleil assez pur, M. Cornu a constaté que la limite à laquelle s’étend l’image impressionnée varie avec les heures de la journée en passant par un maximum vers midi; l’étendue du spectre dépend donc de la hauteur du soleil ; en outre, à hauteur égale, elle est notablement plus grande en hiver
- qu’en été. Pour construire le spectre normal, M. Cornu commence par rapporter sur un dessin à grande échelle toutes les raies du spectre prismatique, rangées suivant leurs déviations. Il suffit ensuite de déterminer les longueurs d’onde de quelques-unes de ces raies, puis de calculer les autres par interpolation, pour transformer ce spectre en spectre normal. Pour arriver à ce résultat, M. Cornu s’est servi de réseaux, mais en substituant au spectre solaire ultra-violet, qui est très-peu intense, le spectre électrique du ter, qui en reproduit les principaux détails avec une complète exactitude. M. Cornu décrit les principaux groupes de raies du spectre ultra-violet, qu’il a pu étendre un peu au delà de la limite à laquelle était parvenu M. Mascart. En outre des raies du fer qui y jouent un rôle prédominant, on trouve dans ce spectre le nickel, puis le magnésium, le calcium et l’aluminium. M. Cornu indique, en terminant, quelques précautions à prendre dans l’emploi de l’oculaire fluorescent imaginé par M. So-ret, pour l’observation des radiations très-réfrangibles.
- M. Antoine Bréguet rend compte de quelques expériences nouvelles faites sur le téléphone. Il a pu augmenter graduellement l’épaisseur de la lame vibrante du téléphone récepteur, jusqu’à en faire un bloc de fer de 15 centimètres d’épaisseur, sans cesser d’entendre aussi distinctement. Il a constaté, en outre que les vibrations peuvent être transmises par une partie quelconque de l’instrument. On peut, par exemple, supprimer la lame et entendre en approchant l’oreille du barreau aimanté lui-même, ou mieux en le saisissant entre les dents. On peut également fixer au barreau ou à la plaque un crochet auquel on attache un nombre quelconque de cordons aboutissant à autant de téléphones à ficelle, une seule personne peut ainsi se faire entendre de plusieurs avec un seul téléphone de Bell. A propos du téléphoné à ficelle, M. Bréguet indique un procédé qui permettrait d’étendre à d’assez grandes longueurs l’application de cet instrument très-simple. Il suffirait de réaliser les supports et les angles qu’il n’admet pas dans les conditions ordinaires, au moyen de membranes tendues, qui jouent le rôle de relais et peuvent transmettre le son à des distances considérables. M. Bréguet signale enfin un avertisseur téléphonique, fonctionnant sans pile, imaginé parM. Blondlot, et qui consiste en un diapason aimanté vibrant entre les pôles d’un aimant recourbé dont chaque branche porte une petite bobine. Les vibrations du diapason sont transmises à un téléphone ordinaire fixé, en face d’un résonna-teur accordé sur ce diapason. Le son peut être entendu de tous les points d’une grande pièce.
- NÉCROLOGIE
- A.-P. SECCai. — G. MONTGOMERIE.--A. DALZELLE.
- Nous apprenons la mort du R. P. Secclii, l’illustre astronome du Collège romain, qui nous avait fait l'honneur d’être un des collaborateurs de la Nature. Nous publierons dans notre prochain numéro le portrait du savant italien, accompagné d’une notice biographique. — La science a fait encere de grandes pertes en la personne du colonel G. Montgomerie, célèbre par ses explorations dans l’Asie centrale, et en celle de M. Alexander Dalzelle, botaniste des plus distingués, auteur de la Flore de Bombay, ouvrage descriptif des plantes de l’Inde occidentale.
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- LA NATURE.
- LES ROCHERS SCULPTÉS DU BOHUSLAN
- Le voyageur qui parcourt certaines provinces du sud de la Suède, et en particulier celle de Bohuslan, y rencontre assez fréquemment, sur des roches de granité, polies sous l’influence des glaciers quaternaires, des figures grossièrement sculptées qui forment quelquefois de véritables scènes de dimensions considérables. Ce sont les hâllristningar, monuments du plus haut intérêt pour l’étude de l’ethnographie Scandinave et sur lesquels Holmberg, Hildebrand, et quelques autres archéologues suédois, ont publié
- d’intéressants travaux que M. Oscar Montelius vient de résumer dans un excellent mémoire. Nous empruntons à ce travail les détails qui suivent.
- Les roches sculptées de Bohuslan se présentent habituellement sous forme de plans très-inclinés, portant dessinées des figures diverses, isolées ou groupées en grand nombre dans des tableaux qui peuvent atteindre, à Tegneby par exemple, 7 mètres de haut sur 5 de large. Ces figures représentent des hommes, des animaux, des arbres, des navires, des armes, etc. La hauteur ordinaire des personnages y est de 40 à 50 centimètres ; on en rencontre quelquefois qui atteignent lm,50, et M. Montelius cite une gra-
- vure trouvée à Lissleby, paroisse de Tanum, qui mesure 2m,30. Armés de la lance ou de la hache, quelquefois protégés par un petit bouclier carré, les guerriers des roches sculptées sont ordinairement engagés dans quelque aventure belliqueuse. On rencontre quelquefois, comme sur certaines inscriptions américaines, des pieds vus par la plante, qui paraissent avoir une signification statistique ou numérique. Dix individus, par exemple, seraient représentés dans l’angle supérieur droit de la figure ci-dessus (fig. 1), par autant de doubles empreintes de pas. Les animaux sont des bœufs, bas sur jambes et très-longs de corps, des chevaux, des oiseaux, etc. Parmi les arbres, on reconnaît le sapin.
- Les armes représentées sont des haches de plusieurs types, des lances, des épées, des boucliers.
- Quant aux navires, les innombrables dessins qui nous les montrent, leur attribuent un type très-constant. Grands ou petits, longs ou courts, ils ont tous une quille se terminant en avant par une sorte de taille-mer ou d’éperon, quelquefois énorme; en arrière par un talon simple ou double, horizontal ou obliquement incliné ; la proue et la poupe, élégamment contournées l’une et l’autre, sont construites d’une manière différente; la première, plus petite et plus basse que la seconde, qui se dresse parfois en forme d’S à une grande hauteur (fig. 1). Quelques navires sont surmontés d’une figure renflée en massue dont la signification a complètement échappé jusqu’ici à tous les ethnographes. L’équipage est représenté par une série de traits verticaux (fig. 3, 4, 5), ou par de petites pyramides sur-
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- montées d’un bouton. Quelquefois on distingue assez nettement une tête, un tronc et des jambes (fig. 2). Ces navires tantôt seuls, tantôt réunis en escadril-
- Fig. %
- les, semblent presque toujours prendre part à quelque combat naval, comme dans la figure 1 ci-contre, qui représente une bataille livrée à proximité
- Fig. 5.
- de la côte. Le héros, en l’honneur duquel l’inscription a été faite, paraît contempler la lutte de l’angle supérieur gauche, dans lequel on l’a représenté proportionnellement énorme. C’est ainsi qu’on voit le mort dominer toute la scène gravée en son honneur, dans les plus anciens hypogées de la Basse-Égypte-
- Les hüllrhl-ningàr ont été depuis 1627 l’objet de nombreuses recherches mais les opinions les plus diverses n’ont pas cessé de sc produire sur leur si-gni fication, sur leur âge, etc. Holm-berg, qui publiait en 1848 un important ouvrage sur ces respectables monuments, les attribuait aux vikings, et les faisait par conséquent descendre jusqu’au neuvième siècle de notre ère. M. Brunius les considérait, au contraire, comme contemporains de l’âge de pierre, flildebrand père a pu, grâce à une curieuse découverte faite en 1867, leur assigner avec certitude une date intermédiaire.
- Sur un groupe de sculptures nouvellement découvertes près de Norrkôping, en Ostergotlande,
- cet archéologue distingué reconnut des formes d’épées offrant une ressemblance presque complète
- avec celles de ces armes pendant lage du bronze Scandinave (Ves-lergôtlande et Ostergotlande).
- La théorie de M. Brunius n’avait été acceptée par aucun des archéologues suédois, mais celle de llolmberg jouissait encore d’un certain crédit aux yeux de beaucoup de personnes, qui n’avaient tenu compte ni de l’aspect des figures sûrement attribuable à l’âge du fer et qui diffèrent si profondément de celles des hàllristnin-gar, ni de l’exécution au simple trait des premières, ni de l’absence de runes sur les secondes, ni enfin de la fréquence de la rouelle dans les inscriptions du Bohuslan, où manque, en revanche, constamment la croix gammée des monuments de l'âge du fer.
- Les résultats signalés à Norrkôping s’ajoutant à ceux qu’avaient fournis les comparaisons précédemment instituées, n’ont plus laissé de doute sur l’âge des hâllristningar. L’étude seule des navires aurait sulü
- Fig. 5. — Xavires des roches sculptées de Bohuslan.
- Fig1 6. — La pierre de Hüggeby, Replande. Age du 1er.
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- d’ailleurs à différencier les sculptures sur rochers de celles des pierres plus récentes. Nous avons dit que dans les dessins rupestres les vaisseaux présentent constamment deux extrémités construites sur des modèles tout différents. Les vaisseaux de l’âge du fer, que l’on connaît parfaitement grâce aux découvertes faites dans la tourbière de Nydam, en Sleswig, et dans les tumulus de Tune, en Norvège, ont leurs deux extrémités absolument semblables. La figure 6 ci-jointe représente, d’après Stephens, un de ces bâtiments gravé au trait dans le style spécial à l’âge du fer, sur une pierre trouvée à Hàg-geby, en Uplande. C’est une galère à douze paires de rames, dont les formes générales se retrouvent d’ailleurs, encore de nos jours, dans certains bateaux du Nordland. M. Tôrell a insisté, au Congrès des sciences géographiques de 1875, sur l’intérêt que présente, au point de vue de la diversité des races qui ont peuplé la Suède aux âges du bronze et du fer, l’architecture navale que nous révèlent les hàll-ristningar et les pierres runiques de Gôtlande et de Scanie, en même temps qu’il appelait l’attention sur la permanence des formes adoptées pour leurs navires par les Sviones de Tacite, conservées par les vikings du premier moyen âge et demeurées en usage jusqu’à nos jours chez leurs descendants du haut Nord Scandinave. E. T. Hamy.
- APERÇU HISTORIQUE
- SUR LA
- LUMIÈRE PRODUITE PAR L’ÉLECTRICITÉ
- Le grand mouvement qui se fait aujourd’hui autour de l’éclairage par l’électricité nous a donné à penser qu’il ne serait pas sans intérêt de faire connaître ce qu’a été la lumière électrique à ses débuts. Lorsqu’on voit quelles applications importantes se réalisent chaque jour, au moyen de la machine Gramme, par exemple, et qu’on assiste, comme nous le faisons, à cette véritable révolution dans les éclairages de grands espaces, il est curieux, en effet, de se reporter de deux siècles seulement en arrière et de s’arrêter quelque peu sur les étonnements, les prédictions même des savants qui ont su voir les premiers une lumière émanant de l’électricité.
- Nous ne pousserons pas cette étude au delà de la production de la lumière par les piles.
- Le moment n’est pas venu de faire avec fruit un exposé historique des machines magnéto-électriques et de leurs applications à l’éclairage. Nous ne dominons pas encore cette partie de notre sujet d’un point de vue assez élevé pour en avoir une vue d’ensemble. Nous courrions donc le risque de fatiguer le lecteur par des détails qui, sans avoir déjà le caractère d’intérêt spécial qu’on aime à trouver aux choses anciennes, rendraient confus et vague le jugement qu’il pourrait porter.
- Nous ne pourrions d’ailleurs mieux faire que M. H. Fontaine dans son dernier ouvrage sur l’éclairage par l’électricité, où l’auteur a justement développé plutôt le côté industriel que le côté historique de son sujet.
- Nous n’avons d’autre prétention que de fournir en quelque sorte une préface au volume deM. Fontaine. C’est ainsi que nous désirons être compris dans l’étude rétrospective que nous présentons sans plus de préambule.
- Otto de Guericke (1602-1688), bourgmestre de Magdebourg, l’inventeur delà machine pneumatique, fut le premier qui produisit de la lumière par l’électricité. A proprement parler, cette lumière était plutôt une lueur, puisqu’il la compare à celle du sucre broyé dans l’obscurité.
- Pour donner naissance à ce phénomène, il frottaii simplement avec la main un globe de soufre en même temps qu’il le faisait tourner rapidement autour d’un de ses diamètres.
- L’étincelle électrique que Otto de Guericke venait seulement d’entrevoir fut vue plus nettement peu de temps après par le docteur Wall.
- « Je m’aperçus, dit celui-ci, qu’en frottant doucement avec ma main dans l’obscurité, un morceau d’ambre bien poli, il produisait de la lumière ; sur quoi, je pris un assez grand morceau d’ambre, que je rendis long et conique, et, en le traînant doucement au travers de ma main, qui était très-sèche, il fournit une lumière considérable.
- « Je fis alors usage de plusieurs sortes de substances animales pour frotter l’ambre, et je trouvai qu’aucune ne faisait aussi bien que la laine. Dès lors, de nouveaux phénomènes s’offrirent d’eux-mêmes. Car, en frottant rapidement le morceau d’ambre avec du drap, et en le serrant assez fortement avec ma main, on entendit un nombre prodigieux de petits craquements, et chacun d’eux produisit un petit éclat de lumière; mais, lorsqu’on frotta l’ambre doucement et légèrement avec le drap, il produisit seulement de la lumière et point de craquement. Si quelqu’un présentait le doigt à une petite distance de l’ambre, on entendait un grand craquement suivi d’un grand éclat de lumière.
- « Je ne doute pas, ajoute-t-il, qu’en se servant d’un morceau d’ambre plus long et plus gros, les craquements et la lumière ne fussent l’un et l’autre beaucoup plus grands. Cette lumière et ce craquement paraissent en quelque façon représenter le tonnerre et l’éclair. »
- Il est intéressant de constater ce que, au début du dix-huitième siècle, on appelait un grand éclat de lumière. Comparée à notre arc voltaïque d’aujourd’hui, l’étincelle du docteur Wall est bien pâle; mais il est remarquable que les découvertes un peu imprévues, du genre de celle-ci, ont été décrites la plupart du temps avec une grande exagération. La panique des physiciens qui ressentirent les premières secousses de la bouteille de Lcyde en est un des plus frappants exemples : Muschenbrock disait qu’il ne
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- voudrait pas en éprouver la commotion une seconde fois pour le royaume de France, et Boze, professeur de physique à Wiltemberg, se posant d’avance presque en martyr, déclarait qu’il voudrait mourir d’une commotion électrique afin que le récit de sa mort fût le sujet d’une note dans les Mémoires de l’Académie royale des sciences de Paris.
- En faisant la part des exagérations, ce qui nous est maintenant facile, nous devons certainement rendre justice aux vues du docteur Wall et noter qu’il est le premier qui ait signalé l’analogie de l’étincelle et de la foudre. De l’analogie à l’identité, il y a bien un grand pas; il était réservé à l’abbé Nollet et à Francklin de le franchir.
- Le docteur Wall tira de ses expériences des conclusions tout à fait bizarres et assez en harmonie avec les idées de son époque. Après avoir montré que tous les corps électriques jouissent de la propriété de l’ambre et du soufre et donnent de la lumière, ce qui est vrai, il crut que c’était cette lumière qui causait leur état électrique, et ayant obtenu quelque clarté avec le diamant, il prétendit aussi avoir trouvé une méthode infaillible pour reconnaître les diamants vrais d’avec les faux.
- Il crut remarquer encore que les craquements étaient aussi nombreux et aussi intenses pendant le jour quç pendant la nuit, mais que la lumièi'e ne se produisait guère que dans l’obscurité.
- Il ajoute même cette assertion qui peut à juste titre nous paraître aujourd’hui bien extravagante, que le moment le plus favorable pour faire ces expériences est celui où le soleil est à 18 degrés au-dessous de l’horizon; dans ce cas, quoique la lune répandît une grande clarté, la lumière électrique était la même que dans une chambre très-obscure, ce qui l’a engagé à lui donner le nom de ISoctulica.
- Presque en même temps que Wall, mais pourtant un peu après lui, un Anglais, Francis Hawksbee, élargit encore le cercle des connaissances relatives à l’électricité statique. De même que ses prédécesseurs, il regarda la lumière électrique comme une lumière phosphorique (celle du sucre broyé). Il réussit à donner naissance à une quantité considérable de lumière, comme il le raconte, en secouant du vif Argent dans un vaisseau de verre dans lequel il avait préalablement fait le vide, et il appelle cette lueur phosphore mercuriel.
- « La plus grande lumière électrique qu’obtint M. Hawksbee, dit Priestley, fut quand il renferma un cylindre vide d’air dans un autre non vidé, et qu’il frotta l’extérieur en les mettant tous deux en mouvement. 11 remarqua que, soit qu’ils se mussent de concert ou non, cela ne faisait aucune différence. Il dit que quand le cylindre extérieur était seul en mouvement, la lumière était fort considérable et s’étendait sur la surface du verre intérieur. Ce qui lui causa le plus de surprise fut, que quand les deux verres eurent été en mouvement quelque temps, pendant lequel il avait appliqué sa main à la surface du verre extérieur» le mouvement des deux ces-
- sant, et aucune lumière ne paraissant, pour le peu qu’il approchât sa main de la surface du verre extérieur, il se faisait dans le verre intérieur des éclats de lumière pareils à des éclairs; comme si les émanations sortant du verre extérieur eussent été poussés sur l’intérieur avec plus de force au moyen de l’approche de la main. »
- Dans une autre expérience, il enduisit de cire à cacheter plus de la moitié de l’intérieur d’un globe de verre, et l’ayant vidé d’air, il le mit en mouvement. Alors, en appliquant sa main sur le globe pour l’électriser, il vit en dedans, sur la surface concave de la cire, tous les détails de sa main parfaitement reproduits. « Ce fut précisément, dit-il, comme s’il n’y avait eu absolument que le verre, et point de cire interposée entre mon oeil et ma main. L’enduit de cire, à l’endroit où il était le plus mince, aurait tout au plus laissé apercevoir une bougie au travers, dans l'obscurité; mais dans certains endroits, cette cire avait au moins un huitième de pouce d’épaisseur ; cependant, même dans ces endroits, la lumière et la figure de ma main se faisaient voir au travers aussi distinctement que partout ailleurs. Bien plus, quoique en certaines places la cire ne fût pas si fortement adhérente que dans d’autres, la lumière y paraissait néanmoins tout aussi bien. »
- Nous concevons facilement aujourd’hui tout ce que ces phénomènes devaient présenter de merveilleux pour ces expérimentateurs qui ne savaient pas encore ce qu’était l’influence électrique.
- En suivant l’ordre chronologique, vingt années après Hawksbee, Étienne Grey continua les travaux de ses devanciers, et fit faire de grands progrès à l’électricité. Mais pour ne parler d’abord que de ce qui concerne la lumière, il convient de citer une expérience de ce physicien qui présentait déjà l’étincelle comme un phénomène-de transport.
- Grey remarqua en effet, en 1727, que l'étincelle tirée de l’eau d’un vase, à une distance d’un pouce environ, produit une « petite montagne d’eau » d’une forme conique du sommet de laquelle sort une lumière fort visible dans l’obscurité, après quoi cette montagne retombe aussitôt dans le reste de l’eau et lui donne un mouvement de tremblement et d’ondulation. De petites particules d’eau s’élançaient même du sommet de la montagne, et il s’élevait quelquefois du haut du cône un filet d’eau très-délié, d’où il sortait une vapeur fine presque invisible.
- Antoine Bréguet.
- — La suite prochainement. —
- LA TOILETTE DE PARIS
- Paris n’est pas seulement une ville remarquable par la splendeur de ses monuments et par le luxe de scs industries-; c’est de plus une ville propre et
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- salubre. Tout ce qui peut favoriser l’hygiène publique, rendre la vie extérieure plus agréable, y est l’objet de plus grands soins. Les étrangers qui viennent à Paris s’étonnent du nombre considérable d’ouvriers que l’on voit occupés du matin au soir, les uns pour entretenir les chaussées des rues, les autres pour les arroser ou pour les nettoyer. C’est que cette besogne est à recommencer tous les jours. Que l’on réfléchisse un peu à la quantité prodigieuse de boue, de détritus, de rebuts de tout genre que doit produire journellement une population de deux millions d’individus accumulés sur un si petit espace ! Nous
- voudrions montrer par quelques chiffres et quelques détails, d’après une notice insérée récemment dans les Annales des ponts et chaussées ce qu’exige de main-d’œuvre, de brosses, d’eau et d’argent la toilette quotidienne de cette grande capitale.
- Depuis une vingtaine d’années, le nettoiement est exécuté par les ingénieurs de la ville. C’est dire que les méthodes scientifiques les plus perfectionnées y sont mises en usage. Cet important service emploie deux ingénieurs en chef des ponts et chaussées, trois ingénieurs ordinaires, 112 conducteurs ou agents secondaires, plus 5000 ouvriers environ, hommes.
- Fig. 1. - La toilette de Paris. — Arrosage à la lance.
- femmes et enfants, sans compter encore les ouvriers fournis par les entrepreneurs chargés de l’enlèvement des immondices. C’est une véritable armée, avec son état-major, ses sous-officiers et ses soldats, une armée dont chaque homme a sa tâche assignée d’avance, non-seulement pour les temps ordinaires, mais encore pour les circonstances imprévues, telles que le cassage des glaces ou le ramassage des neiges.
- En vertu d’ordonnances de police dont les plus anciennes remontent jusqu’au treizième siècle, les propriétaires riverains sont tenus de balayer chaque jour la voie publique au-devant de leurs maisons, boutiques ou jardins. Comme on le pense bien, c’est une charge dont beaucoup de riverains ne s’acquittaient qu’avec négligence, bien que l’usage se fût
- établi de la limitera une zone de 6 mètres au devant de chaque façade. La ville avait à balayer le milieu des chaussées les plus larges. Certains propriétaires traitaient par abonnement avec une compagnie de balayage ; d’autres faisaient faire ce travail par leurs concierges ou leurs domestiques. Il y avait souvent confusion entre les uns et les autres; il y en eut surtout lorsque furent introduites les balayeuses mécaniques qui ne font de bon travail qu'à la condition d’opérer sur de grandes longueurs, et qui ne peuvent suspendre leur action de porte en porte. D’ailleurs, il y aides rues où plusieurs balayages par jour sont nécessaires. Pour remédier à ces inconvénients, une loi récente, que les ingénieurs réclamaient depuis longtemps, a remplacé cette obligation par une taxe payable en argent. Depuis le Ier janvier
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- 1874, les ingénieurs font effectuer le balayage sur toute l’étendue de la voie publique dans Paris, c’est-à-dire sur une surface de 1450 hectares. L’opération se fait le matin, de trois à six heures en été, de quatre à sept heures en hiver ; puis arrivent les voitures qui chargent les immondices et les ordures ménagères ; à neuf heures tout doit être terminé.
- Après bien des essais et des tâtonnements, les ingénieurs ont fini par employer les balayeuses mécaniques. Il y en a déjà deux cents environ en service, et le nombre en augmentera sans doute, car chacune de ces machines fait le travail de dix
- hommes, et elles fonctionnent avec autant de célérité que d’économie sur les boulevards et dans les principales rues.
- On comprend que les Halles centrales doivent exiger un nettoyage plus minutieux que tous les autres quartiers. Eu été, quand la verdure afflue, les détritus à enlever atteignent le volume de 70 mètres cubes par jour. Sous chaque pavillon des Halles, il existe un sous-sol dans lequel les marchands préparent leurs produits ou les emmagasinent d’une journée à l’autre. Débris de légumes, de volaille et de poissons, il faut tout enlever; ce n’est même pas
- Fig. 2. — La toilette de Paris. — Machine à balayer.
- assez de l’enlever, il faut encore laver les surfaces où ces matières ont séjourné. Il faut de plus nettoyer les urinoirs, laveries postes de police, les bancs des promenades; en un mot, purifier tout ce qui est sale, tout ce qui pourrait infecter la voie publique ou ses dépendances.
- Divers produits chimiques sont employés à cet effet. Comme désinfectants, ce sont le chlorure de chaux, les sulfates de zinc et de fer, l’acide phénique ; comme nettoyeurs, l’acide chlorhydrique et la nitro-benzine. Le chlorure de chaux, qui décompose tous les produits volatils provenant de la fermentation des matières organiques, est le meilleur des désinfectants. On le répand dans les cabinets d’aisances, dans les ruisseaux où s’écoulent des eaux corrompues. Les sulfates de fer ou de zinc ont une action moins
- énergique; en dissolution à raison de 1 kilogramme de sel dans 10 litres d’eau, ils servent à laver les récipients où se transportent les résidus des halles. L’acide phénique est surtout antiseptique ; coupé au 20e, au 100e ou même au 1000e seulement, il sert pour l’arrosage des salles, rues ou trottoirs où l’on craint que des matières organiques ne fermentent. Avec l’acide chlorhydrique étendu d’eau, on lave les urinoirs, les murs des latrines, les murs et le sol des tueries dans les halles. La nitrobenzine a plus d’énergie ; mais comme elle laisse une odeur désagréable, on n’en peut faire usage partout.
- Quant au simple arrosage avec de l’eau pure, personne n’ignore avec quelle abondance il s’exécute. On serait tenté quelquefois d’accuser les ingénieurs d’en être trop prodigues. C’est que les chaus-
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- sées empierrées ne s’entretiennent en bon état qu’à condition d’être maintenues humides en tout temps ; à défaut de cette humidité, elles se désagrégeraient; il s’y formerait bientôt des trous. On a bien essayé de suppléer à cet arrosage en répandant sur les chaussées un sel déliquescent, le chlorure de calcium ou de magnésium, qui absorbe la vapeur d’eau contenue dans l’air. Outre que ce sel forme sur le sol une boue noire et visqueuse, on a reconnu que ce mode de combattre la poussière est onéreux; et d’ailleurs il a l’inconvénient de dessécher l’atmosphère; c’est donc un procédé peu hygiénique. A Paris, où l’eau ne manque pas, on n’a plus recours qu’à l’arrosage direct pour conserver les chaussées, pour abattre la poussière et pour laver les rues et les ruisseaux.
- Il y a aussi une ordonnance de police qui oblige les riverains à arroser au moins une fois par jour pendant les chaleurs. Gomme cette prescription est peu obéie, c’est encore au personnel du nettoiement qu’incombe tout le travail. Gela se fait soit au tonneau, soit à la lance ; ce dernier moyen est préférable. Le tuyau de la lance s’ajuste sur des bouches d’eau établies de distance en distance à fleur du trottoir. Les cantonniers vont de l’une à l’autre avec leur appareil, et arrosent ainsi de très-grandes surfaces avec peu de fatigue. On avait craint d’abord que le jet d’eau de la lance ne fût un désagrément pour les piétons, un sujet d’effroi pour les chevaux; chacun s’y est fait. C’est aujourd’hui le procédé le plus économique et le plus commode.
- Ce n'est pas tout de laver, balayer, ramasser les ordures, il faut encore les emmener hors de Paris, car on ne peut les jeter dans les égouts qu’elles encombreraient. Ces exutoires souterrains ont déjà trop de ce qu’entraînent les eaux de pluie ou de lavage. Les boues restent donc à la surface des rnes jusqu’à ce qu’on les charge au tombereau. Autrefois, lorsque toutes les rues étaient pavées et qu’on ne les lavait guère, les boues de Paris avaient une grande valeur comme engrais. A mesure que la voie publique s’est assainie, elles sont devenues moins riches. Jadis, les cultivateurs de la banlieue payaient une redevance à la ville pour avoir le droit d’en faire l’enlèvement. .Il n’en est plus de même aujourd’hui. Le ramassage, qui donne à peu près 1700 mètres cubes.par jour, est une charge onéreuse; la Ville le fait faire par un entrepreneur qu’elle paye fort cher ; encore cet entrepreneur n’est-il tenu de prendre ni l’ébouage des chaussées empierrées, ni les cendres d’usines, ni les coquilles d’huîtres ou autres résidus analogues qui ne valent rien comme fumier. Le plus gros de son profit provient des ordures que chaque ménagère doit verser au tombereau lorsqu’il passe devant sa maison.
- On n’ignore pas que, pendant longtemps, les détritus de ménage étaient versés le soir sur la voie publique; ils y restaient jusqu’au lendemain matin. Dans l’intervalle, les chiffonniers les fouillaient pour y recueillir tous les débris de quelque valeur. Lors-
- que l’autorité municipale voulut supprimer cette coutume malsaine et malpropre, les 15000 chiffon-de Paris crièrent si haut et si fort que l’on n’osa pas maintenir une réforme qui ruinait leur modeste industrie. Cependant la Préfecture de police avait pris le parti de ne plus guère accorder de permis ; en sorte que cette intéressante corporation devait finir par s’éteindre. En 1870, on profita du siège de Paris pour supprimer tout dépôt sur la voie publique. Les chiffonniers ne travaillent plus maintenant qu’en pénétrant dans les maisons où ils sont connus et en y faisant le triage avant l’arrivée du tombereau.
- Ce n’est pas tout d’enlever les immondices de chaque jour. Pendant l’hiver, il y a parfois la neige qui est un bien autre embarras. Nous avons dit plus haut que la surface des voies publiques est de 1450 hectares; une couche de neige de 10 centimètres donne un volume total de 1 450000 mètres cubes, dont il est manifestement impossible de débarrasser les rues dans un temps très-court. S’il y a par hasard des égouts qui reçoivent des eaux chaudes, on y jette la neige sans inconvénient ; mais ailleurs elles convertiraient l’égout en glacière. On a bien essayé de ramasser la neige en tas et de la fondre alors par un jet continu de vapeur d’eau ; le procédé s’est montré impuissant. On a inventé des balais à neige traînés par des hommes ou par des chevaux : ils ne servent à rien, parce que la couche est toujours mince et qu’elle est vite comprimée par les voitures et par les piétons. Alors, on se contente de faire la besogne la plus pressée. Dès que la neige tombe, tout le personnel dont disposent les ingénieurs est mis en réquisition, toutes les voitures des services municipaux se mettent en marche, y compris cinquante tombereaux à deux chevaux que la Compagnie des omnibus est tenue de fournir pour la circonstance, en vertu de son cahier des charges. Les riverains sont obligés de balayer chacun au droit de sa propriété sur une largeur de 4 mètres ; les cantonniers nettoient le milieu de la chaussée. U est interdit de faire des tas ; l’expérience a montré qu’il vaut mieux relever la neige sur des zones plus ou moins larges suivant les rues, de façon à ne pas entraver la circulation. Les tombereaux débarrassent au plus vite les artères principales. Puis, dès que le dégel survient, toutes les bouches d’eau sont ouvertes, les balayeuses mécaniques et les escouades de balayeurs opèrent sans relâche, aussi longtemps que la force des ouvriers le permet de faire. En quelques heures, la ville a repris son aspect accoutumé. ,
- Pour les temps de neige, de même que pour les circonstances ordinaires, tout est réglé d’avance. Chacun est à son poste, chacun à sa besogne marquée. Cependant, chaque année, chaque jour pour ainsi dire, amène quelques améliorations. Peu à peu, les ingénieurs s'efforcent d’introduire des procédés de nettoiement plus efficaces, des machines plus expéditives, des modes d’opérer dont le publie sente moins la gêne, en sorte que cet immense travail
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- de purifier et d’assainir une agglomération de 2 millions d’habitants se puisse accomplir presque sans qu’on s’en aperçoive.
- Mais cela coûte fort cher. La toilette de Paris exige annuellement pour 250000 francs de balais, brosses, outils, appareils d’arrosage et matières désinfectantes. Elle paye tout près de 3 millions aux balayeurs, 1 million pour l’enlèvement des boues et de la neige, 450000 francs pour l’arrosage. Si l’on y ajoute les frais du personnel et divers menues dépenses, le tout revient à 5 millions par an. Personne ne pensera que ce soit une trop forte somme en comparaison du résultat obtenu. H. Blerzy.
- LE C0UYAIN DES ABEILLES
- On donne le nom de couvain, dans les Hyménoptères sociaux nidifiants, aux larves et aux nymphes d’où doivent provenir les insectes adultes. C’est cette progéniture qui, chez les Abeilles, est nourrie et soignée exclusivement par les ouvrières; elles la défendent avec fureur quand on trouble la ruche ou seulement si on en frappe les parois, ou si l’on fait des gestes précipités, ou si l’on pousse des cris à l’entrée; c’est alors seulement qu’elles deviennent redoutables par leurs piqûres et se jettent en troupe irritée sur l’agresseur; elles sont inoffensives dans toutes les circonstances où, séparées du couvain, elles ne pensent pas avoir à craindre pour ces êtres chéris, objets de toute leur sollicitude.
- La mère ou reine, et quelquefois très-accidentellement une ouvrière fertile, pond en parcourant une à une les cellules vides des gâteaux. Cramponnée sur le bord de l’alvéole, après avoir regardé à l’intérieur, elle y enfonce son abdomen et y plante un œuf dressé, allongé et cylindroïde, d’un blanc de perle un peu bleuâtre. Le bout le moins gros adhère au fond de la cellule par sa colle naturelle ; l’autre, le plus gros, se trouve à la partie supérieure ; il présente un micropyle, c’est-à-iire un' petit trou par lequel est entré le principe fécondant, et qui est entouré d’un dessin en rosace (voy. fig. 1, i) placé au centre d’une dépression circulaire.
- L’œuf pondu reste debout le premier jour; mais, le jour suivant, il s’incline vers la base de la cellule et passe en position horizontale le second et le troisième jour. Ces trois jours d’existence à l’état d’œuf sont les mêmes pour la mère, l’ouvrière et le faux-bourdon ou mâle. Le chorion de l’œuf éclate le quatrième jour, et il en sort une larve sans pattes, à treize segments, qui se courbe et se dresse alternativement pour rejeter les enveloppes de l’œuf. Elle gît d’abord au fond de la cellule, repliée sur elle-même en demi-cercle, puis en cercle complet. Aussitôt les larves écloses, les ouvrières leur apportent une bouillie composée de miel, de pollen et d’eau, ces substances modifiées par des sécrétions du tube digestif. Cette bouillie, d’abord blanche et insipide, est placée sous la larve qu’elle entoure, de sorte que
- celle-ci prend sa pâture par les plus faibles mouvements. Elle est assimilée d’une manière si complète que la larve ne rend aucun excrément dans sa cellule. La nature de la bouillie change à mesure que le développement de la larve augmente ; elle prend peu à peu un goût de miel, et à la fin c’est une gelée transparente et sucrée.
- Les larves sont ovalaires, molles, d’un blanc un peu jaunâtre ou grisâtre, la tête à peine plus colorée que le reste, ne portant que deux points oculiformes. Les anneaux sont entlés, mais non boursouflés, car la larve n’a besoin de faire aucun mouvement de reptation. Elle est munie de neuf paires de stigmates ou orifices respiratoires, placées le long des deux grandes trachées latérales, tubuleuses, sans ces réservoirs aériens si dilatés qu’on trouvera chez les adultes. Quand les larves, qui ont subi plusieurs mues, sont parvenues à leur terme, les ouvrières nourrices cessent de leur apporter de la bouillie et ferment les cellules par un opercule de cire, légèrement bombé pour les larves d’ouvrières, très-bombé pour les larves de mâles, en forme de cloche guillo-chée pour les larves de mères. Au contraire, l’opercule des cellules à miel est tout à fait plat.
- La larve reste toujours libre dans sa cellule, même operculée ; elle s’y allonge et se meut en spirale, et enduit les parois, en commençant par la calotte et la région supérieure, d’un liquide gommeux et blai> châtre qui se sèche vite et forme un cocon en pellicule lustrée. La filière buccale laisse sortir cette soie, sécrétée par les deux glandes salivaires. Chez la larve de mère, le cocon n’enveloppe que la moitié antérieure du corps, qui est comme sous cloche, l’abdomen hors du demi-cocon. Cette disposition permet à la mère rivale éclose la première, ou parfois aux ouvrières, de tuer à coups d’aiguillon la larve maternelle.
- Après vingt-quatre heures (mère) à trente-six heures (ouvrière) employées à filer le cocon, la larve se repose deux ou trois jours, puis se change peu à peu en nymphe. Les pièces delà bouche se forment, la tète, d’abord enfoncée dans le thorax, s’en sépare peu à peu, et la distinction entre le thorax et l’abdomen s’accentue. Puis les antennes, la trompe, les pattes, apparaissent (voy. fig. 1), et les ailes, d’abord à peine visibles, reposent sur le thorax dans la direction de la première paire de pattes. Les yeux composés prennent naissance, d’abord blancs, puis noircissant en premier de tous les organes, comme l’a reconnu Swammerdam. L’abdomen acquiert sa forme et porte, dans les larves d’ouvrière et de mère, un aiguillon d’abord externe. Puis le corps, à l’origine d’un blanc-grisâtre, commence à se colorer peu à peu ; la région anale rentre dans les segments précédents, de sorte que l’aiguillon devient intérieur. Au dernier moment l’insecte dépouille la pellicule Irès-mince qui emmaillottait les organes de la nymphe, et, avec ses pattes, la roule en pelote de la grosseur d’une tête d’épingle, refoulée au fond de la cellule. Enfin la jeune Abeille ronge, avec scs
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- LA NATURE
- mandibules, le couvercle de cire qui la retenait captive, et sort, agitant doucement ses pattes et ses ailes, pour donner à ces dernières, comprimées dans la cellule, la position convenable. Souvent les ouvrières l’aident, la brossent et l’essuient, et, presque dès la sortie de la cellule, elle commence la vie exemplaire de travail qui lui a été assignée par le Créateur.
- La durée des phases d’évolutions n’est pas la même pour les diverses formes de l’Abeille. C’est la mère qui demande le moins de temps : cinq jours en larve nourrie, un jour pour le cocon , deux à trois jours de repos, quatre jours environ en nymphe; en tout, avec les trois jours de l’oeuf, quinze jours et demi à seize jours pour arriver à l’état parfait. L’ouvrière emploie une demi-journée de plus à la filature du cocon et environ autant à un supplément de repos, puis reste sept à huit jours en nymphe, en tout, avec l’œuf, vingt jours et parfois aussi vingt et un. Le mâle, enfin, ne sort à l’état ailé qu’au bout de vingt-quatre jours à partir de la ponte de l’œuf, étant resté six jours environ sous la forme de larve nourrie et à peu près trois jours à filer le cocon.
- La forme et la dimension des cellules sont en rapport avec les divers états des Abeilles qui doivent en sortir. Les ouvrières et les mâles proviennent de cellules hexagonales à fond pyramidé (voy. fig. 2), celles des mâles plus grandes. Cela n’est toutefois pas absolu, car une reine pressée de pondre met parfois des œufs d’ouvrières dans de grandes cellules de mâles, et des œufs de mâles dans de petites cellules d’ouvrières. Les cellules des reines sont très-différentes. Les alvéoles royaux naturels sont de grands godets ovoïdes, à parois épaisses, contenant en poids près de cent fois autant de cire qu’en exige une seule
- cellule d’ouvrière. Les alvéoles royaux artificiels, destinés à donner les mères de sauveté, en cas de mort de la reine ou d’accident qui la rende impropre à la ponte, sont placés à l’intérieur des gâteaux, de même forme que les premiers, mais plus petits £ Œ et obtenus par la des-
- truction de plusieurs cellules d’ouvrières.
- Un des faits les plus intéressants do l’histoire des Abeilles se produit à l’intérieur de ces cellules naturelles ou artificielles dans lesquelles est élevée la larve qui doit donner une reine. La nourriture lui est offerte à profusion et devient, surtout dans les trois jours qui précèdent la fermeture de la cellule par les ouvrières, d’une nature spéciale, qui l’a fait nommer bouillie royale. Elle a un goût aigrelet et moins fade que celle apportée aux larves d’ouvrières ou de faux-bourdons, ne contient qu’un peu de pollen et de sucre et, au moins pour les neuf dixièmes, de l’albumine et de la fibrine azotées. C’est cette nourriture fortifiante qui opère le développement complet des organes reproducteurs de la reine, tandis qu’ils demeurent avortés chez l’ouvrière, condamnée à nourrir les enfants d’autrui et à bâtir leurs berceaux. Maurice Girard.
- Les gravures de l’article qui précède sont tirées de l’ouvrage de notre collaborateur, M. Maurice Girard, sous ce titre : les Abeilles, organes et fonctions, etc. (Paris, J.-B. Baillière et fils, 1878). Ce livre, présenté à l’Académie des sciences par M. Dumas, à qui il est dédié, contient les faits les plus nouveaux de l’anatomie et de la physiologie des abeilles, la distinction du miel et du nectar, une étude chimique complète des miels et des cires, avec une histoire entomologique étendue des ennemis des abeilles.
- Fig- 1. — a et b. Larves grossies en dessous et en dessus. — c. Cetle dernière de grandeur naturelle. — d et e. Nymphes grossies en desdessus et en dessous. — f. Nymphe en dessus, de grandeur haturelle. — g. Œufs, grandeur naturelle. — h. Grossis à la loupe. — i. Œuf crossi montrant le pôle à micropyle. —j, Micropyle très-amplilié.
- Fig. 2, — Cellules diverses de l’abeille. — A. Cellules de mâles et d'ouvrières. — B. Cellules de femelles fécondes ou reines.
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- SUR UNE NOUVELLE DISPOSITION
- DE SONNERIE ÉLECTRIQUE
- POUR LES ÉTABLISSEMENTS INDUSTRIELS.
- Chacun sait combien il est important, dans les établissements industriels, de pouvoir prévenir, depuis le moteur même, les ouvriers des différentes salles, tant de la mise en marche que de l’arrêt de ce moteur. Différents systèmes ont été employés, et l’on a eu naturellement recours aux sonneries électriques ; en général, dans ce cas, on s’est servi d’une série de trembleurs, dont le nombre devait être
- assez grand, surtout dans les salles des rez-de-chaussée. De là il résultait un nombre considérable de fils, opposant une très-grande résistance au passage du courant et nécessitant done ou une forte pile ou, tout au moins, un entretien constant de la source d’électricité ; de plus, cette multiplicité des fils augmentait beaucoup les chances d’avaries de toute sorte. Pour remédier à ces inconvénients, M. Helrn a essayé de réduire le nombre des appareils delà sonnerie en employant de vraies cloches, dont le marteau est mis en mouvement par la transmission ; l’électricité n’agit plus que pour embrayer et débrayer, et, grâce à la disposition ingénieuse de l’appareil, elle n’a qu’un effort très-faible à vaincre;
- Nouvelle disposition de sonnerie électrique.
- endn, une combinaison très-simple permet, pendant l’arrêt de la machine, de faire frapper sur la cloche un petit marteau à trembleur, qui produit assez de bruit lorsque toutes les machines sont arrêtées.
- Voici, du reste, la disposition de l’appareil de M. Ilelm : la cloche A est suspendue à un châ’sis en fonte ; en bas de ce bâti, l’arbre C reçoit par la poulie E le mouvement de la transmission. Cet arbre porte à son extrémité un plateau elliptique F, oscillant sur deux tourillons K et H, tenus par une fourche calée sur l’arbre C; à l’arrêt, le plateau prend la position indiquée sur la ligure, tandis que, lorsque l’arbre C a une certaine vitesse, il tend à se mettre dans un plan perpendiculaire à cet arbre. Ce mouvement du plateau fait avancer une petite tige OP, qui elle-même appuie par son extrémité sur un petit commutateur R, disposé de façon que le courant de la pile passe par les bobines R, IV, sui-
- vant que le disque F est ou n’est pas relevé, c’est-à-dire suivant que la transmission marche ou ne marche pas.
- Dans le cas de l’arrêt, les bobines B', si l’on ferme le circuit à la machine à vapeur, font marcher le trembleur s', qui vient frapper sur le bord de la cloche et prévient ainsi de la mise en marche.
- Si, au contraire, le disque est relevé, le courant passant par les bobines B, cet électro-aimant attire le bras t'f du levier à trois branches U'i”, fixé de façon à osciller légèrement à l’extrémité de l’arbre TT', dans un plan perpendiculaire à cet arbre, portant le marteau s qui doit frapper sur la cloche. Sur cet arbre est calé un deuxième levier C'D', portant un bec U, contre lequel tlr vient s’appuyer. L’arbre CD porte, de plus, un disque circulaire M calé sur lui et ayant sur son plan un manneton m; quand, par le fait de l’abaissement de la branche f t", la
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- LA NATURE.
- branche ttr avance vers le disque, ce dernier bras est pris par le tourillon m, qui l’entraîne en soulevant le levier C'D' et, par suite, le marteau s qui retombe sur la cloche dès que m a dépassé l’extrémité de tt\
- Un petit contre-poids mobile p, fixé par une vis de pression sur la troisième branche du levier ttr t", permet d’équilibrer ce levier et, par suite, de rendre très-faible l’effort d’attraction de l’électro-aimant des bobines B.
- En terminant, j’ajouterai que, dans une filature de laine de 25 000 broches, travaillant avec leurs préparations dans une même salle, deux de ces appareils remplacent avantageusement une vingtaine de sonneries à trembleur, sans que, depuis un an, on ait eu aucun inconvénient par le fait de leur emploi1.
- CHRONIQUE
- Les conférences de la Sorbonne. — La causerie faite le 16 février par M. Boissier sur le concours de l’archéologie à l’étude de l’histoire étant une conférence littéraire ne rentre pas dans le cadre de notre journal, nous n’en dirons que quelques mots : aujourd’hui, on ne se contente plus de connaître les grandes lignes de l’histoire universelle telles que les ont esquissées les contemporains des événements ; on veut pénétrer dans la vit intime de chaque époque et de chaque peuple, et l’archéologie en fournit le moyen. L’étude attentive des monuments de l’antiquité — de tous les monuments, non-seulement les édifices, les sculptures, les peintures, mais aussi les médailles et les inscriptions — apprend une foule de détails auxquels les anciens n’attachaient aucune importance, qu’ils nous laissent découvrir sans avoir eu la pensée de les léguer à la postérité et qui, pour cette raison‘même, acquièrent aux yeux de celle-ci une sincérité et une valeur d’autant plus grandes.
- Le savant membre de l’Institut a fait l’application de cette méthode d’étudier l’histoire à l’aide des révélations de la numismatique, de la glyptique et de l’épigraphie, à certains faits de l’histoire romaine, dont nous ne retiendrons qu’un seul. Nous disions l’autre jour à cette place (p. 142 de ce volume) que la Gazette de Péking est le plus ancien journal du monde ; c’est bien la plus ancienne feuille périodique paraissant encore ; mais, dès le premier siècle de l’ère chrétienne, les Romains possédaient un journal officiel quotidien, les Acta diurna populi romani.
- Samedi, 23 février, M. Sainte-Claire Deville a décrit les expériences célèbres de MM. Cailletet et Pictet sur la liquéfaction des gaz avec une bonne humeur et une bonhomie si charmantes, parfois une émotion si communicative que nul n’a cherché si c’était là un effet voulu ; on était sous le charme et l’on a été heureux d’y rester. Le succès de l’illustre académicien a été spécialement un succès de parole : les expériences, exceptionnellement difficiles, n’étaient pas brillantes. Il ne pouvait être question de reproduire les grandioses et dangereuses opérations de M. Pictet; le matériel même pour les exécuter n’existe pas encore à Paris, croyons-nous. Et quant aux expériences de M. Cailletet, leur projection directe par le rayon électrique sur
- 1 Note présentée par M. F. Poupardin à la Société industrielle de Mulhouse.
- l’écran est, actuellement du moins, si délicate qu’elles n’ont pu réussir que grâce à la présence de M. Cailletet lui-même qui, sur la demande de son illustre maître, M. Deville, a bien voulu quitter son usine de Châtillon-sur-Seine pour venir les exécuter devant le public lettré de la Sorbonne.
- Quand, sous l’action du froid de la détente, l’air se résout en un brouillard liquide et opaque, celui-ci se dissipe instantanément, et seules les personnes les plus rapprochées du tableau blanc ont pu voir la ligne lumineuse (produite par la lumière électrique passant à travers la partie vide du tube de cristal à compression) obscurcie par un éclair noir — que l’on nous passe le mot — au moment de la décompression brusque. Avec l’hydrogène, qui ne produit qu’un voile gris plus fugitif encore, on n’a presque rien vu.
- Aussi, l’on a été heureux d’entendre le récit de la grande expérience de M. Pictet obtenant de la grenaille d’hydrogène, et les applaudissements ont éclaté quand le professeur a rappelé que la nature métallique de ce gaz avait été prévue il y a un demi-siècle par son glorieux maître, M. Dumas, — qui était là, lui serrant la main, doyen de quatre générations de physiciens et de chimistes présents dans la salle : Dumas, Deville, Cailletet, les élèves des écoles Normale et Polytechnique.
- Après avoir projeté la vue des appareils, empruntée aux articles de notre rédacteur en chef sur la liquéfaction des gaz (p. 102, 113 et 152 de ce volume), faisant allusion à leur profession respective de maître de forge et de fabricant de glace artificielle, M. Deville a conclu en disant : « M. Cailletet est l'homme des applications de la chaleur, M. Pictet est l’homme des applications du froid ; ces rivaux sont amis ; qu’ils unissent leurs efforts et, peut-être, nous montreront-ils un jour un lingot d’hydrogène et un gâteau d’air.
- Quoique rentrant dans le groupe des soirées littéraires, l’admirable improvisation de M. Renan sur la philologie était presque une conférence scientifique, prouvant ainsi quel secours chaque branche des connaissances humaines prête aux autres et combien est intime leur connexion mutuelle. La causerie du célèbre hébraïsant a été si touffue qu’il est difficile de la résumer.
- Il y a deux semaines, M. Boissier avait démontré comment l’étude de l’histoire pouvait être éclairée par l’examen raisonné des reliques retrouvées par l’archéologue ; le 2 mars, M. Renan a esquissé à larges traits la méthode scientifique qui, appliquée à la comparaison des racines linguistiques, des grammaires, des mjthologies, des coutumes, des usages des peuplades, permet d’établir leur filiation historique, de remonter à leur origine, et aide à combler, par l’étude des langues comparées — comme par celle de l’archéologie, — les larges lacunes de l’histoire et de la légende.
- Sa conclusion a été qu’il y a une séparation absolue entre la parenté des races, qui est du ressort de l’histoire naturelle, et celle des idiomes, qui est du ressort de l’histoire; leurs limites géographiques,..leur descendance, tout est distinct et presque sans rapport. Un langage fixé par les lois rigoureuses d’une syntaxe n’a pu se former d’abord que dans une tribu très-condensée et très-énergique, qui, peu à peu, a ensuite étendu son parler soit par le commerce et la colonisation, soit par la conquête, soit par l’émigration et la multiplication. C’est par la conquête que les Romains ont imposé leur langue à l’Europe latine, c’est par l’émigration que les Aryas ont répandu leur grammaire et leur mythologie de l’Inde à l’Irlande.
- Mais, a conclu le professeur aux applaudissements pa-
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- LA NATURE.
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- trioliques de l’auditoire, ce n’est ni la race, ni la langue qui constitue la nationalité, c’est la vie commune, ce sont les souvenirs communs de gloire et de malheur, c’est la libre union par consentement réciproque de tous les citoyens d’un pays. Charles Boissaï.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance dul mars 18"8.— Présidence de M. Fizeaü.
- Extension du phylloxéra. — Une très-intéressante série de caries adressée par M. Duclaux, délégué de l’Académie, rend visible à l’oeil la vitesse désastreuse avec laquelle le phylloxéra a étendu ses ravages dans l’ouest de la France. En 1872, la région atteinte est représentée par une toute petite tache correspondant à la surface d’une toute petite propriété, le Florac. En 1877, le mal s’est étendu comme une lèpre jusqu’à Marmande. M. Dumas annonce que ces intéressantes cartes vont être publiées.
- Petites planètes. — L’infatigable M. Peters annonce la découverte d’un nouvel astéroïde dont il donne l’ascension droite et la déclinaison.
- Pratique agricole chez les Incas. — D’après M. Muller, certains textes démontrent que les Incas savaient très-bien préserver les récoltes de la gelée en ôtant à l’air sa transparence par le moyen d’une quantité suffisante de fumée. Des lois sévères rendaient obligatoires cette intelligente pratique qu’on a découverte chez nous dans ces dernières années. Lors de la conquête espagnole, cet usage tomba en désuétude et les gelées rendirent impossibles une foule de culture jusque-là très-fructueuses.
- Observation de Mercure. — Une lettre de l’amiral Serres fait savoir que les appareils destinés à l’observation du prochain passage de Mercure sur le Soleil sont arrivés en bon état à Valparaiso. On sait que le futur Observatoire doit être établi à Païta.
- Climatologie. — Sous le titre de : Essai de classification naturelle des climats, M. le docteur Ad. Nicolas, médecin à La Bourboule, adresse la communication suivante :
- 1>« division : Je substitue aux moyennes thermométriques les écarts des maxima et minima et obtient, ainsi :
- I. Climats uniformes : Écart inférieur à 15 degrés.
- II. — variables : Écarts compris entre 15 et 35 : alterna-
- tifs : 2 saisons ; graduels ; 4 saisons,
- III. — excessifs : Écarts annuels supérieurs à 35 degrés.
- 2* division : Basée sur le régime topographique :
- A. Climats maritimes : 1. Insulaires. 2. Littoraux.
- B. Climats continentaux : 1. Palustres. 2. Sylvains. 3. Agrestes. 4. Urbains.
- C. Climats montagneux : 1" Des plateaux : b. Des hauts niveaux (altitude de -t- de 3000 mètres), c. Des moyens niveaux (altitude de 2 à 3000 mètres), d. Des bas niveaux (altitude de 1 à 2000 mètres). — 2" Des vallées hautes. — 5“ Des vallées basses.
- 3« division : Basée sur la latitude isothermique, a. Équinoxiaux. b. Circumtropicaux. c. Intermédiaires, d. Circumpolaires, e. Polaires.
- 4* division : Basée sur la longitude :
- Climats de la région : 1. Pacifique (océan Pacifique). 2. Américaine (continent américain). 3. Atlantique (océan Atlantique). 4. Méridienne (zone du 1" méridien ). 5. Asiatique (continent asiatique).
- Fondation de prix. — C’est avec une certaine solennité que M. Dumas annonce qu’une « personne qui désire garder l’anonyme » lui a témoigné, ainsi qu’à M. le docteur Alphonse Guérin, le désir d’offrir à l’Académie une somme de 6000 francs destinée à être accordée en prix. Quant au
- programme, il consiste à tirer des travaux de M. Pasteur l’application la plus utile à l’art de guérir. M. Dumas annonce avoir déposé déjà la somme dans la caisse de l'Académie.
- Conservation des blocs erratiques. — On sait comment à la suite des démarches de MM. Alphonse Favre et Soret, le gouvernement fédéral a pris les mesures les plus efficaces pour conserver les blocs erratiques dispersés à la surface de la Suisse. Le territoire français possède un très-grand nombre de blocs analogues et jusqu’ici rien n’a été fait pour les préserver de la destruction à laquelle les ont voués les populations qui y trouvent en général des matériaux de construction faciles à exploiter. Cet état de choses qui menace de faire disparaître les vestiges d’un des plus intéressants phénomènes naturels a ému les géologues, et MM. Faisan et Chantre ont, dans un mémoire étendu, demandé à l’Académie d’intervenir d’une manière efficace. C’est pourquoi M. Daubrée lit aujourd’hui .un important rapport dont les conclusions tendent à faire adopter par le gouvernement français les mesures semblables à celles qui ont si bien réussi en Suisse.
- Le gallium. — Comme complément au mémoire que nous analysions l’autre jour, MM. Lecoq de Boisbaudran et Jungfleich adressent des échantillons de chlorure, de bromure et d’iodure du gallium. Ils donnent en même temps des détails sur les précautions qu’il convient de prendre pour obtenir le nouveau métal à l’état cristallisé.
- Physiologie végétale. — Un chimiste de Lille bien connu, M. Corenwinder, annonce que les feuilles dans leur jeune âge se comportent au point de vue respiratoire comme les animaux : elles exhalent, même au grand jour, de l’acide carbonique. Cette propriété va constamment en s’atténuant au fur et à mesure de la croissance, et c’est seulement au moment du développement total que cette exhalaison d’acide carbonique cesse complètement.
- Stanislas Meunier.
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- CORRESPONDANCE
- SEICHES ET TREMBLEMENTS DE TERRE.
- Monsieur le Directeur,
- En terminant les articles que M. Max. Hélène a consacrés aux seiches des lacs dans les numéros 244 et 246 de votre excellente Revue, vous faites allusion à la circonstance que le tremblement de terre du 8 octobre 4877 n’a produit aucune espèce d’oscillation reconnaissable sur les tracés des limnimètres enregistreurs de Morges et de Sécheron, au lac Léman. Permettez-moi d’attirer l’attention de vos lecteurs sur ce qu’il y a d’intéressant et de curieux dans ces faits.
- Comme l’a fort bien développé M. Max. Hélène, les seiches sont des mouvements de balancement de l’eau qui oscille dans les gigantesques bassins de nos lacs avec le même mouvement de rhythme régulier que nous le voyons prendre, sous nos yeux, dans une cuvette ou dans une baignoire. Quelle est la cause de ce mouvement? U y a selon moi deux causes possibles : Un choc communiqué directement à l’eau elle-même, ou bien un choc communiqué premièrement aux parois du bassin et secondairement à l’eau.
- 1° Un ébranlement communiqué directement à l’eau du lac est la cause la plus fréquente des seiches. Toutes les fois qu’un temps orageux amène des ruptures dans Péoui-
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- libre de l’atmosphère, nous voyons devenir très-fortes les seiches qui étaient nulles ou presque nulles par le temps calme; et lorsqu’un orage soudain vient frapper notre vallée, les enregistreurs nous montrent des seiches commençant subitement à l’instant même du début de l’orage.
- Pour vous donner un exemple de ce fait, je vous adresse le calque du tracé de mon enregistreur de Morges au moment d’un violent orage de Joran (vent d’ouest) qui a frappé notre vallée le 21 août 1877, à 8 heures du soir; le lac auparavant calme, un peu agité au point de vue des seiches, est entré subitement en mouvement à 8 heures précises (voy. la courbe, 20* heure) et les énormes seiches transversales de 125 millimètres d’amplitude et de 10 minutes de durée, sur les oscillations desquelles on peut reconnaître les seiches longitudinales de 73 minutes, prouvent le trouble violent que l’orage a apporté à l’état d’équilibre de l’eau.
- 2* Un choc apporté aux parois du bassin peut mettre l’eau en mouvement et déterminer une première vague qui sera suivie d’oscillalions successives. C’est ce que montre l’expérience journalière de l’eau dans une cuvette, c’est ce que prouve surabondamment l’histoire des tremblements de terre. Je ne veux rappeler que les énormes ras de mer qui après avoir ravagé Arica (13 août 1808) ou
- Iquique (9 mai 1877), ont traversé l’océan Pacifique sous la forme de vagues de transmission gigantesques, et ont été ravager les îles Sandwich ou se faire dessiner au maré-graphe enregistreur de Sydney, en Australie ; ou encore les ras de mer des tremblements de terre du Callao(1586), du Port-Royal (Jamaïque, 1692), de Messine (1783), etc. Dans nos lacs méditerranéens, ce même effet des tremblements de terre a été constaté ; je n’en citerai comme exemple que le tremblement de terre de 1755 (connu sous le nom de tremblement de terre de Lisbonne), qui a surtout été observé en Suisse et en Allemagne par les mouvements communiqués à l’eau des lacs.
- Ainsi donc la théorie et les analogies s’accordent pour nous montrer que les tremblements de terre peuvent occasionner un mouvement dans les eaux. Mais, d’une autre part, les faits observés jusqu’à présent dans notre lac ne répondent pas à ces données.
- Depuis que j’ai établi à Morges mon limnimètre enregistreur (mars 1876), six tremblements de terre ont été notés dans notre Suisse romande, dans un rayon de 60 kilomètres autour de Morges ; de ces six secousses toutes ont été ressenties à Morges même, les 7 mai, 29 novembre 1876 et 8 octobre 1877, ce dernier formé lui-même de deux ou trois secousses. Or, aucun de ces chocs ne s’est
- Seiches du lac de Genève enregistrées à Morges, 21, 22 août 1877. (Kéduction 1/4.)
- dessiné à mon enregistreur ; aucun d’eux n’a troublé Je rhythme des seiches établies auparavant : il ne s’est pas montré sur le tracé la plus petite attraction qui m’ait fait voir le moindre mouvement de l’eau. Il en a été de même pour le limnimètre de M. Ph. Plantamour qui fonctionnait à SécLeron (Genève) pendant le tremblement de terre du 8 octobre, l’une des plus fortes secousses dont nous ayons gardé le souvenir.
- Et cependant nos appareils sont très-sensibles ; je donnerai une idée de leur délicatesse par les faits suivants : lorsque le lac est suffisamment calme, mon limnimètre montre les mouvements vibratoires déterminés par un bateau à vapeur qui circule sur la côte de Savoie, à ï 5 kilomètres de distance de Morges ; ou bien il enregistre les vibrations occasionnées par un bateau à vapeur pendant deux et trois heures après son passage devant mon observatoire.
- Comment expliquer ces faits en apparence contradictoires? D’une part, les énormes ras de mer causés par certains tremblements de terre ; d’une autre part, l’absence absolue d’effet sur des appareils de la plus grande sensibilité, qui enregistraient le niveau de l’eau pendant des tremblements de terre assez forts pour tirer de leur sommeil tous les habitants d’une ville endormie.
- J’en suis réduit à supposer que tous les chocs de la terre ne se communiquent pas à l’eau : qu’il faut pour qu’il y ail ras de mer, non-seulement une secousse de la terre,
- encore que celte secousse ait lieu dans des conditions déterminées d’intensité, de direction ou de rhythme. Une secousse quelconque que je donne à une cuvette ne mettra pas nécessairement l’eau en mouvement de balancement ; je présume qu’il en est de même dans les lacs et que tout tremblement de terre ne détermine pas nécessairement l’oscillation des seiches.
- C’est là le point sur lequel je voudrais consulter l’expérience de naturalistes habitant d’autres régions plus souvent visitées que la nôtre par des tremblements de terre, je voudrais leur demander si d’après leurs observations il n’y a pas à ce point de vue des différences d’un tremblement de terre à l’autre, si toute secousse de même intensité en compagnie de mouvements de l’eau de même amplitude, — si à côté des secousses qui ont produit les ras de mer dont l’histoire a conservé le souvenir, il n’en a pas existé d’autres de même force qui n’ont pas agité ou n’ont que peu remué la mer.
- Je serai très-heureux, monsieur le Directeur, si la grande publicité de votre excellent journal pouvait me valoir quelque réponse à ces questions.
- Agréez, monsieur, l’assurance de ma très-haute considération. Prof. Dr F.-A. Forel.
- Le Propriétaire-Gérant ; G. Tissaxdier.
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- N8 250. - 16 MARS 1878.
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- EXTRACTION DU GALLIUM
- M. Lecoq de Boisbaudran vient de compléter avec grand succès l’histoire du nouveau métal dont la chimie lui est redevable1. Sans reculer devant les opérations minutieuses, délicates et souvent pénibles du traitement d’une masse de blende (sulfure de zinc) s’élevant au poids considérable de 4300 kilogrammes, il est parvenu, en collaboration avec M. E. Jungfleiscli, à obtenir 62 grammes de gallium.
- « Si l'on tient compte, disent les savants chimistes, des pertes inévitables et des quelques grammes de gallium qui restent encore dans nos divers produits, on peut évaluer la teneur de la blende de Bens-berg à environ 1/60 000, soit à peu près 16 milligrammes par kilogramme. Cette faible proportion de matière extractible explique comment le présent travail a exigé un temps aussi considérable2. »
- Les différentes opérations qu’il a fallu entreprendre ont été en effet très-laborieuses. Nous ne les décrirons pas ici, car il nous faudrait entrer dans des détails absolument techniques. Nous nous bornerons à dire que les premières phases du traitement ont été exécutées dans l’usine de Javel, grâce à la généreuse libéralité d’un savant industriel, M. Léon Thomas. Les 4300 kilogr. de blende ont été concentrés en une masse pesant 100 kilogr. environ et contenant tout le gallium. Ces 100 kilogr. de matière ont été traités à Cognac, dans le laboratoire de M. Lecoq de Boisbaudran, puis le produit de cette opération a été purifié et réduit à l’état métallique à l’École de pharmacie de Paris. Après une longue succession d’attaques par les acides et de précipitations alternatives, on est arrivé à éliminer les métaux tels que le zinc, le fer, le cadmium, le plomb, l’indium, etc., associés au
- 1 Voy. 4e année, 1876, 1er semestre, p. 195, et même année, 2* semestre, p. 510.
- * Comptes rendus de l’Académie des Sciences, t. LXXXVI, p. 447.
- gallium. Ce dernier métal demeurant dans le résidu des solutions où les autres métaux avaient été séparés par précipitation, a été obtenu à l'état métallique par l’action d’un courant électrique.
- « Le dépôt métallique de gallium, disent MM. Lecoq de Boisbaudran et Jungfleisch, ne s’effectue avantageusement que dans des conditions spéciales. L’intensité du courant électrique, par exemple, doit varier suivant l’état de la liqueur, mais il faut toujours que la surface de l'électrode négative soit petite relativement à celle de l’électrode positive. Dans une de nos opérations, qui a produit 8 grammes de gallium en 24 heures, 40 éléments Bunsen (18 centimètres de hauteur), disposés en huit séries
- parallèles comprenant chacune 5 éléments en tension, actionnaient une électrode négative dont la double surface ne dépassait pas !5 centimètres carrés, tandis que l’électrode positive of frait un dévelop pement de 45C centimètres ca: rés environ. Le métal, déposé à froid, forme souvent de longues files de cristaux simulant des aiguilles fixées normalement à l'électrode par une de leurs extrémités; quelques-unes ont atteint 3 centimètres. Au-dessus de 30 degrés, le métal coule en gouttelettes qui se réunissent au pied de l’électrode. » Nous représentons ci-dessus l’aspect des cristaux de gallium que MM. Lecoq de Boisbaudran et Jungfleisch ont obtenus, et que M. Ber-thelot a présentés à l’Académie des sciences dans sa séance du 18 février dernier; ces cristaux, qui ont un éclat métallique gris-bleuâtre, sont très-nettement octaédriques, mais la mesure de leurs angles n’a pas encore été faite, car leurs faces sont un peu arrondies. Ils sont montés sur des petites tiges de verre, et conservés à l’abri de l’air sous un globe de verre.
- Ces eristaux s’obtiennent en introduisant dans le métal refroidi à 10 ou 15 degrés au-dessous de son point ds fusion, un fil de platine portant une parcelle de gallium solide. Au bout d’un temps très-court (3 à 10 secondes), on recueille des octaèdres, à peine modifiés à leurs sommets par des traces de
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- Cristaux de gallium obtenus par MM. Lecoq de Boisbaudran et E. Junglleisch. (Grandeur naturelle.)
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- la base p. Si les cristaux ne sont pas promptement retirés, le métal s’échauffe jusque vers son point de fusion, la solidification se ralentit et la base p se développe au point de produire de larges tables.
- Le gallium est un métal dur et malléable ; sous le marteau il s’étend et prend le poli de l’enclume, mais il devient rapidement cassant et s’égrène. Malgré sa dureté relativement grande, le gallium laisse sur le papier de fortes traces d’un gris bleuâtre. Le gallium conserve son éclat dans un laboratoire dont l’air est toujours chargé de vapeurs acides, il reste également brillant dans l’eau bouillie, mais il se ternit lentement dans l’eau aéréel.
- Le gallium,qui fond à 30 degrés, peut être maintenu à l’état liquide, par surfusion, dans un tube scellé à la lampe. MM. Lecoq de Boisbaudran et Jungfleisch en ont préparé ainsi une certaine quantité qui reste fluide comme le mercure ; quand on retourne le tube, on voit le métal couler à la façon de cire fondue. Le gallium liquide est d’un blanc voisin de celui de l’étain ou de l’argent ; il adhère aux parois du vase de verre, et cette propriété vient actuellement opposer un obstacle à l’usage qu’on voudrait en faire pour la construction de thermomètres donnant des indications précises dans la mesure de températures élevées de 300 à 400 degrés. Il est possible que l’on arrive à remédier à cet inconvénient, et dans ce cas, le nouveau métal pourrait de suite prêter un précieux concours aux applications de la physique.
- MM. Lecoq de Boisbaudran et Jungfleisch ont en outre préparé des lames de gallium, qui fondent à la chaleur de la main, et qui se caractérisent par le reflet bleuâtre de leur surface métallique. Pour les obtenir, il faut couler le gallium entre des glaces chauffées. Après refroidissement, le métal se détache assez facilement du verre, surtout sous l’eau. Les savants chimistes ont coulé enfin un petit barreau du nouveau métal, dont on constate la malléabilité et l’élasticité en le courbant à l’aide d’une pince.
- « Le gallium cristallisé préparé à froid par l'é-lectrolyse d’une solution potassique décrépite quand on le projette dans l’eau chaude et laisse échapper des bulles de gaz. Par électrolyse d’une liqueur portée au-dessus de 50 degrés, nous avons souvent obtenu, disent les habiles expérimentateurs (principalement vers la fin des opérations),un métal pâteux se gonflant sous l’eau tiède et prenant l’aspect de l’amalgame d’ammonium. Cette matière malaxée dans l’eau à 40 degrés se contracte et se résout finalement en gallium fluide ordinaire. »
- MM. Lecocq de Boisbaudran et Jungfleisch ont présenté, en outre, à l’Académie des sciences quelques nouveaux composés du gallium, savoir : les chlorure, bromure et iodure anhydre. A froid, le chlore attaque vivement le gallium avec un grand dégagement de chaleur, le produit est à peine jaunâtre et
- 1 Comptes rendus de l’Académie des sciences, t. LXXXYI, p 5"Y.
- serait probablement incolore à l’état de pureté absolue. Il est bien cristallisé, très-fusible et facilement volatil. II attire l’humidité de l’air. L’action du brome est moins énergique que celle du chlore. Pour obtenir l’iodure, il faut chauffer légèrement.
- Nous ne terminerons pas cette courte notice sans exprimer encore une fois notre admiration à l’égard , des procédés analytiques de la chimie de notre temps,
- , de ce mode d’investigation d’une délicatesse inouïe, l’analyse spectrale, qui permet de dévoiler l’existence , de quantités infinitésimales d’un corps simple et de tracer la voie des réactions qu’il faut entreprendre pour l’isoler. Mais si la méthode est remarquable, il ne faut pas oublier que, dans le cas présent, la perspicacité, le talent et l’intelligente persévérance de l’opérateur, ne le sont pas moins.
- Gaston Tissandier.
- CHRONIQUE DU TÉLÉPHONE1
- L’échelle de l’intensité des sons que notre oreille peut percevoir est immense; quel écart, en effet, entre le murmure d’un ruisseau, le frou-frou d’une étoffe, le bourdonnement d’un insecte, qui peuvent à peine être entendus à 1 mètre en plein air, et le fracas de l’artillerie dont le bruit nous arrive à 40 kilomètres et au delà!
- Ces intensités étant entre elles comme le carré des distances, la première ne serait qu’une fraction de la deuxième, dont le dénominateur serait un milliard six cent millions, en supposant toutes choses égales d’ailleurs.
- Afin de comparer l’intensité des sons transmis par le téléphone avec l’intensité du son primitif, j’ai disposé dans une plaine découverte deux téléphones ; je tenais à l’oreille le premier, tandis que mon fils s’éloignait de moi, en répétant sans cesse la même syllabe avec la même intensité de voix, dans le deuxième instrument : j’entendais d’abord le son transmis par le téléphone, puis ensuite le son qui m’arrivait directement, en sorte que rien n’était plus facile que de les comparer.
- A 90 mètres, les intensités perçues étaient égales, la plaque vibrante étant éloignée du tympan d’environ 5 centimètres ; à ce moment, le rapport des intensités était de 25 à 81 000 000 ; en d’autres termes, le son transmis par le téléphone n’était environ que 1/3000000 du son émis; mais comme les stations dans lesquelles nous étions ne peuvent être considérées comme deux points vibrant dans l’espace, il y aurait lieu de réduire ce rapport de moitié à cause de l’influence du sol, et d’admettre que le son transmis par le téléphone est 1 500 000 fois plus faible que celui émis dans l’autre.
- Comme, d’autre part, on sait que l’intensité de
- 1 Nous avons reçu un nombre considérable de communications sur le téléphone; faute de place, nous ne pouvons les publier toutes aujourd’hui; celles qui offrent un caractère spécial d’intérêt et de nouveauté seront insérées prochainement
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- deux sons est proportionnelle au carré de l’amplitude des vibrations, on peut en conclure que les vibrations des deux plaques des téléphones étaient directement proportionnelles aux distances, c’est-à-dire comme 5 est à 9000, ou que les vibrations du téléphoné transmetteur sont 1800 fois plus petites que celles du téléphone récepteur; on peut donc les comparer à des vibrations moléculaires, car celles du téléphone récepteur ont déjà une amplitude très-petite.
- Sans diminuer en rien le mérite de la remarquable invention de M. Bell, on peut conclure de ce qui précède que le téléphone, au point de vue du rendement, est une machine qui laisse bien à désirer, puisqu’elle ne transmet que 1/1 800 du travail primitif, et que si cet instrument a donné des résultats si inattendus, cela tient bien plus à la perfection de l’organe de l’ouïe qu’à la perfection de l’instrument même. C’est pourquoi nous croyons que cet appareil est susceptible de grands perfectionnements, et que deux voies sont ouvertes aux chercheurs :
- La première, en essayant d’augmenter les vibrations de la plaque vibrante du deuxième téléphone, au moyen d’une source d’électricité empruntée à une pile, ainsi que l’ont fait MM. Garnier et Pollard;
- La deuxième, en cherchant à augmenter l’effet utile de l’appareil, en en perfectionnant les organes, afin de donner plus d’amplitude aux vibrations du téléphone transmetteur.
- Voici les premiers résultats de mes recherches dans ce sens. Si, en avant et à 1 millimètre de distance de la plaque vibrante du téléphone dcM. Bell, on place une ou deux plaques vibrantes semblables, en ayant soin de percer dans la première un orifice circulaire d’un diamètre égal à celui du barreau aimanté, et dans la deuxième un orifice d’un diamètre plus grand, on augmente non-seulement d’une manière très-sensible l’intensité des sons transmis, mais encore leur netteté.
- Aux extrémités d’une ligne de 30 mètres disposée aux étages d’une maison, on peut très-bien converser à demi-voix, et l’on entend très-distinctement les syllabes muettes, telles que che me.
- Par cette disposition, la masse vibrante magnétique en regard de l’aimant étant plus grande, la force électro-motrice des courants est augmentée, et, par conséquent, les vibrations des plaques du deuxième téléphoné augmentent aussi.
- A. Demoget, de Nantes.
- Nous recevons d’Espagne les intéressants documents qui suivent :
- Les téléphones sont en grand honneur en Espagne ; on en construit un bon nombre à Barcelone et on y fait de nombreuses applications. Récemment une expérience a été faite entre Barcelone et Sara-gosse. M. Dalmau, membre de l’Académie des science de Barcelone était à un bout de la ligne et don Pablo Palacios, inspecteur des télégraphes à l’autre. On avait choisi l’heure de trois à quatre
- heures du matin pour n’être pas troublé par les actions inductrices des fils voisins. La distance entre les deux villes est de 364 kilomètres; la communication a été satisfaisante du moins à Barcelone, malgré le mauvais temps ; et elle a été assez imparfaite à Saragosse ; la raison de cette différence nous est donnée par notre correspondant.
- On a imaginé en Espagne de construire des guérites closes qu’on appelle chambres téléphoniques, qui isolent l’ai*diteur des bruits extérieurs et rendent la communication beaucoup plus facile et plus sûre. Dans les expériences que nous venons de rapporter, la station de Barcelone avait seule sa guérite téléphonique. Les guérites sont d’assez petite dimension ; on y pratique des fenêtres vitrées pour que le jour y pénètre ; mais les portes sont fermées avec des bourrelets de caoutchouc pour éviter toute possibilité d’entendre les bruits du dehors. Notre correspondant ajoute qu’il a soin de donner une résistance assez considérable aux bobines des téléphones qui doivent fonctionner à d’aussi grandes distances. On comprend du reste que cette précaution 'est utile et indiquée par la théorie et par les précédents.
- A. N.
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- LES ENCHAINEMENTS DU MONDE ANIMAL
- d'après le livre récent de m. gaudry.
- (Suite. — Voy. p. 214.)
- Les Pachydermes et les Ruminants n’ont ni le même genre de vie, ni le même régime : les premiers, armés de cornes et de dents puissantes, n’ont presque rien à craindre des ennemis qui les entourent ; ils vivent en troupes et se montrent peu difficiles dans le choix de leur nourriture; les Ruminants, au contraire, plus ou moins privés de moyens de défense, doivent chercher leur salut dans la fuite, ils forment souvent d’immenses troupeaux et se nourrissent d’herbes et de feuilles tendres, ce qui les oblige à passer fréquemment d’un canton à l’autre. Aussi les Pachydermes sont-ils en général des animaux aux mouvements lents, s’appuyant sur le sol par des pattes robustes, munies de lar-
- Fig. 1. — Patte de devant de Sanglier (Sus icropha),v\ie en avant (1/3 grand, nat.).
- ges doigts (fig. 1), les Rumi- t. Trapèze. — tr. Trapé-nants, au contraire, à la course rapide des quadrupèdes, aux membres élancés, terminés par deux doigts allongés (fig. 2).
- Mais, dit M. Gaudry, la nature actuelle offre sous ce rapport encore de nombreuses transitions. En passant de
- zoïde. — g. o. Grand os. — onc. Onciforme. — 2. Deuxième métacarpien. — 3. Troisième métacarpien.— 4. Quatrième métacarpien. — 5. Cinquième métacarpien.
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- LA NATURE.
- L_____C,
- L
- lTIippopotame au Cochon, à l'IIyœmoschus et au Chevreuil, on voit diminuer l’importance des doigls latéraux : ceux-ci disparaissent même chez le Stein-boch (Calotragus campestris), et chez le Bœuf et le Mouton, où les pattes sont encore plus ^ simples, les méta- fi, carpiens semblent au premier abord représentés par un os unique, le canon.
- Cependant, en étudiant cet os chez le bœuf à l’état fœtal, on constate tpi’il résulte de la fusion de deux pièces séparées, correspondant au troisième et au quatrième métacarpien, et même chez l’adulte, en se livrant à un examen attentil du canon, on peut retrouver des rudiments des métacarpiens latéraux ( 2e et 5e). UAnoplothe-rium du gypse représente, pour ainsi dire, la forme fœtale des Ruminants ordinaires. On peut donc concevoir qu’un quadrupède ayant les pattes de devant conformées comme l’Hippopotame se soit tranformé en un quadrupède analogue au Cochon, que celui-ci ait eu plus tard les doigts conformés comme un Pécari, puis comme un Hyæ-moschus, comme un Steinbock, et enfin comme un Mouton.
- Enfin si, au lieu de considérer des animaux qui vivent à la même époque, on passe en revue des êtres qui se sont succédé à la surface du globe, tels que V Hyopotamus, le le Palœocherus, le Dremotherium, le Tragocerus, le Gelocus et YHelladotherium, on trouve des gradations encore plus insensibles dans les formes
- -ni.
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- Fig. 2. — Membres gauches de devant et de derrière d’une Girafe (Camelo-pardalis attica), vus du côté externe (1/11 grand, nat.l. h. Humérus. — r. Radius. — c. Cubitus. — sc. Scaphoïde. — l. Semi-lunaire.
- — py. Pyramidal. — pi. Pisiforme. — g.o. Grand os. — onc. Oneiforme.
- — me. Métacarpe. — p’. Première phalange. — se. Sésamoïdes. — f. Fémur. — t. Tibia. — as. Astragale. — ca. Calcanéum. — c.n. Cubo-navicu-laire. — m. t. Métatarsien.
- non-seulement des membres antérieurs, mais encore des membres postérieurs. La simplification paraît toujours produite, du reste, par le déplacement des métacarpiens, par le changement de formes
- de ces os, leur atrophie successive ou la soudure de quelques-uns d’entre eux. Il reste toutefois à expliquer pourquoi on voit encore, à l’heure actuelle, des Tra-gules, des Hyœmo-schus, des Chevreuils et des Rennes, chez lesquels les doigts latéraux sont conservés, tandis qu’il y avait déjà à l’époque éocène des animaux tels que le Diplopus,
- 1 'Ânoploiherium et le Xiphodon, chez lesquels les métacarpiens et les métatarsiens latéraux étaient à l’état rudimentaire et qui se trouvaient par conséquent à un degré d’évolution plus avancé que certains Ruminants de la période actuelle.
- Les Solipèdes,c’est-à-dire les Mammifères dont le pied se termine par un seul doigt, paraissent être, comme les Ruminants, de nouveaux venus sur le globe; mais ils ont des relations incontestables avec les Anchiterium du miocène moyen, et surtout avec les Hipparion du miocène supérieur, qui formaient d’immenses troupeaux en Grèce, en Provence, en Allemagne, dans l’Inde et dans l’Amérique du Nord.
- Les Hipparion se distinguent par la présence d’un petit doigt de chaque côté du doigt médian des Chevaux proprement dits qui n’ont fait leur apparition que dans le pliocène moyen. En tous cas, on peut
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- dire que l’extension des herbivores, Solipèdes ou Ruminants, a été fort tardive, et M. Gaudry trouve
- JJ F-
- Fig. 4. — Patte de devant gauche du Palæo-therium crassutn, vue de face (1/3 gr. nat.)
- Mêmes lettres que dans la figure précédente.
- (D’après une pièce du gypse de Paris, qui est dans la collection du muséum d’Histoire naturelle.)
- Fig. 3. — Patte de devant gauche de YAcerotherium tetradacty-lum, vue en avant (1/4 de grandeur naturelle). t. Trapèze. — tr. Trapézoïde. — g. o. Grand os. — onc. Onci-forme. — 2m, 3m, 4m, 5m. Deuxième, troisième, quatrième et cinquième métacarpiens. — p', p“, //'. Première, deuxième et troisième phalanges.
- dans cc fait un argument important en faveur de la doctrine du développement progressif. Les Herbivores en effet n’ont pu se multiplier largement que lorsqu’une végétation abondante se fut épanouie à la surface du globe et ils sont venus remplacer, avec avantage, les êtres massifs et disgracieux qui peuplaient jusqu’alors nos contrées. Comme les Ruminants, ces Solipèdes aux allures élégantes ne seraient-ils point issus de certains Pachydermes de la faune précédente? Quel-
- ques-uns d’entre eux n’auraient-ils pas pour ancêtres de ces Acerotherium dont les pattes de devant se terminaient par quatre doigts impairs? (fig. 5), M. Gaudry n’hésite point à le supposer. Dans le Palœotherium crassum (fig. 4), le 2e, le 3e et le 4’ métacarpien subsistent seuls pour ainsi dire, le 5e étant réduit à un'petit os latéral; dans une autre espèce du même genre (Palœotherium medium), la réduction s’accentue; dans le Paloplothe-rium minus (fig. 5) le 3e métacarpien seul a conservé de l’importance, le 2e et le 4e formant de sim-
- ples stylets, terminés par de courtes phalanges. De ce Paloplotherium, on passe facilement à YAnchite-rium (fig. 6), puis à YHipparion gracile qui était encore mieux conformé pour une course rapide et on arrive enfin au genre cheval (Equus) où la simplification, portée à l’extrême, n’a laissé subsister en général qu’un canon accompagné, dans sa partie supérieure seulement, de deux stylets imparfaits (fig. 7). Nous disons en général, car, dans certains cas de monstruosité, on voit réapparaître chez le Cheval un doigt interne avec des phalanges bien développées (fig. 8). Les recherches faites en Amérique parM. Marsh ont conduit ce savant paléontologiste à des conclusions analogues : il a vu, dit-il, YOrohip-pus agilis de l’éocène, aux pattes de devant munies de quatre doigts, passer à Y Equus frater-nus du terrain quaternaire, et il a pu constater même, en partant du type le plus ancien, une
- augmentation graduelle dans le
- volume et la complication du cerveau, augmentation qui a porté surtout sur les hémisphères, c’est-à-dire sur la partie la plus élevée de l’encéphale.
- Frappés des ressemblances qui existent d’une part
- Fig. 5. — faite de devant gauche de Paloplotherium minus, vue de face ( 1/3 gf. nat.).
- Fig. 6. — Patte de devant gauche d’Anchitherium aurelianense, vue de face et du côté interne (1/5 grand, nat.). Mêmes lettres que dans les figures précédentes.
- entre les Pachydermes à doigts pairs et les Ruminants; de l’autre, entre les Pachydermes à doigts impairs et les Solipèdes, plusieurs naturalistes ont réuni les premiers de ces animaux sous le nom de Paridigités et les autres sous le nom d’Imparidigités. Ainsi établies, ces deux catégories de Mammifères
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- LA NATURE.
- t ig. 7. — Patte de devant gauche d’un Cheval, vue de face et du côté interne (1/5 grand, liât.). — Mêmes lettres que dans les ligures précédentes.
- présentent certainement des différences à considérer: chez le Cheval, par exemple (fîg. 8), le troisième doigt tient en quelque sorte la place de tous les autres ; chez le Cochon, au contraire (fîg. 4), le quatrième doigt est développe' à l’égal du troisième ; chez les Paridigités les deux os de la jambe s’appuyant sur le tarse, le tibia posant sur l’astragale, le péroné sur le calcanéum; chez les Imparidi-gités, au contraire, le tibia seul s’appuie sur le tarse et le péroné adhère au tibia, sans s’articuler avec l’os du talon. Ces différences en amènent d’autres dans la forme de l’astragale et du calcanéum, ainsi que dans la disposition des muscles releveurs et extenseurs ; il semble donc que les modifications présentées par les Imparidigités résultent uniquement de changements dans l’arrangement des doigts. On n’a pas encore découvert, il est vrai, de pièces fossiles
- établissant complètement le passage des membres des Paridigités aux membres des Imparidigités; mais on trouve déjà dans les Tapirs le Brontotherium et I’Âcerotherium des exemples d’animaux pourvus de quatre doigts aux membres antérieurs et de trois doigts seulement aux membres postérieurs, c’est-à-dire offrant à la fois les caractères propres aux deux catégories d’Ongulés,et d’un autre côté YHipparion, si voisin d’ailleurs du Cheval, ne peut guère être appelé Solipède, en raison du nombre de ses doigts, tandis que le Cheval offre parfois une sorte de retour à la forme ancestrale.
- Au point de vue de la dentition, il est encore moins facile de séparer les Paridigités des Imparidigités : de YAnchiterium au Palœotherium, en passant par le Pachinolophus et YHyracotherium, les denticules externes et internes des molaires s’arrondissent de plus en plus, en même temps que les denticules médians diminuent. Les deux grands groupes des Ongulés offrent donc, dit M. Gaudry, des affinités incontestables ; mais jusqu’à présent on n’a point encore trouvé de types formant entre eux un véritable trait d’union, au moins parmi les animaux de la période tertiaire. Cela provient sans doute de ce que, déjà à cette époque, les Paridigités et les Imparidigités s’étaient séparés de leur tronc commun pour donner naissance d’une part aux Soli-pèdes, de l’autre aux Ruminants. E. Oustalet.
- — La suite prochainement. —-
- LA MÉTÉOROLOGIE POPULAIRE
- LES MONUMENTS MÉTÉOROLOGIQUES EN SUISSE.
- Depuis une vingtaine d’années, l’étude des sciences, jadis réservée à un petit groupe de savants illustres, tend à élargir de plus en plus ses limites, jusqu’à entrer complètement dans le domaine populaire. A quoi faut-il attribuer ce mouvement irrésistible qui pousse aujourd’hui les personnes les moins éclairées à se rendre un compte suffisamment exact des lois qui régissent la nature? A des causes évidemment multiples, mais au nombre desquelles la vulgarisation par les bibliothèques, les conférences et les journaux, la création de sociétés ouvertes à tous, telles que Y Association scientifique, l'Association française pour l’avancement des sciences, et l’érection sur les places publiques de monuments scientifiques, tels que ceux que nous nous proposons de décrire ici, ne sont pas les moindres facteurs. Déjà, dans la Nature, notre savant collaborateur, M. F. Zurcher, nous présentait un appareil, le cosmographe, installé dans les principales villes du midi de la France pour populariser l’étude de l’astronomie1. Dans une récente tournée en Suisse, nous avons nous-même été frappé du développement qu’a pris dans cette contrée l’installation de
- 1 Voy. 5* année 1877, 2e semestre, p. 225.
- Fig. 8. — Patte de devant gauche d’un Poulain monstrueux né en Normandie (1/5 grand, nat.).— Mêmes lettres que dans les figures précédentes.
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- monuments destinés à rendre accessible à tous la connaissance des principaux phénomènes de la météorologie. Il n’est guère do ville, et même de bourg important, qui n’ait élevé sur l’une de ses places, dans un square ou à proximité d’un lac, une élégante colonne portant baromètre, thermomètre, hygromètre, limnimètre, et autres instruments destinés à l’observation des phénomènes usuels.
- Le monument météorologique de Genève, qui s’élève à l’entrée du square dit « Jardin anglais », en face l’embarcadère des bateaux à vapeur qui font le service du Jac, est probablement le plus connu de nos lecteurs. Nous avons été à même de visiter ceux de Neuchâtel, Fribourg, Zurich, Winterthur, Lucerne, Bâle, ce dernier construit au milieu du pont qui traverse le Rhin. Tous ces monuments se ressemblent, à quelques variations près dans le nombre et l’agencement des instruments, sauf, bien entendu, les détails d’architecture qui n’ont rien à voir dans notre description. Nous représentons ici les deux monuments de Fribourg et de Lucerne; le premier construit sur l’une des places de la ville, en face le couvent des Ursulines ; le second sur le pont qui ferme l’extrémité nord du lac des Quatre-Cantons, à la sortie de la Reuss. Le monument de Lucerne, comme la plupart de ceux qui sont situés près des lacs, possède un limnimètre indiquant automatiquement les variations de niveau de la nappe liquide.
- La création de ces appareils est due en général à l’initiative privée, ou plus exactement à l’initiative des sociétés cantonales, dont la fédération forme la Société suisse des sciences naturelles, la plus ancienne des associations scientifiques, qui tient chaque année d’intéressantes séances dont nous rendons compte. Nous ne doutons point que l’oeuvre d’utilité et d’éducation publiques, entreprise et menée à bonne fin sous les auspices de ces sociétés, ne soit bientôt imitée en France, ou les appels sont si généreusement entendus lorsqu’il s’agit du développement des sciences, et par conséquent de l’accroissement du progrès général. Nous avons donc pensé qu’une courte description de l’un de ces appareils météorologiques pourrait au besoin servir de guide pour l’érection de monuments analogues.
- Les dessins que nous publions donnent une idée assez exacte de l’ensemble de chacun des deux monuments de Lucerne et de Fribourg. Celui de Fribourg est en marbre noir de Saint-Triphon (canton de Vaud), entièrement poli sur toutes ses faces. La plate-forme qui le supporte a été taillée dans les superbes blocs erratiques de granit, dont l’ancien glacier du Rhône a semé son parcours séculaire, aujourd’hui rendu à la vie. De la plate-forme à l’extrémité de la sphère qui couronne le monument, la hauteur de la colonne est de 2m,65. Les autres dimensions suivent les règles architecturales en usage. Nous tenons du reste à Ja disposition de nos lecteurs, au cas où cela pourrait les intéresser, le plan détaillé et coté à l’échelle de 1/10 du monument,
- tel qu’il a été dressé par M. Fraisse, architecte à Fribourg.
- Les quatre faces du monument portent les appareils suivants : au nord, un thermomètre à alcool, avec double graduation gravée sur le marbre (Celsius et Réaumur); à l’ouest, un baromètre à cuvette, dont la colonne de mercure a 6 millimètres de diamètre; à l’est, un hygromètre à cheveu. Ces excellents instruments sont dus à la maison Hermann et Pfister, de Berne. Sur la face sud se trouvent les inscriptions suivantes :
- CONSTANTES.
- Longitude E de Paris. . . 4°,49',14"
- Latitude................. 46°,48’,20"
- Altitude................. 6181U,445.
- MOYENNES.
- Moyenne barométrique. . . . 708mDB,5 Moyenne thermométrique . . 7°,9 (Celsius)
- Haut, annuelle de l’eau de pluie 90ûmni
- Sur la sphère qui couronne cet observatoire populaire, sont tracées des lignes donnant la direction des quatre points cardinaux.
- Pour rappeler le souvenir des promoteurs de l’entreprise, on a gravé à la partie inférieure de la face sud cette inscription : Érigé sous les auspices de la Société fribourgeoise des sciences naturelles. i Le monument entier n’a pas coûté plus de 1500 à 2000 francs.
- Le texte des inscriptions gravées sur l’une des faces de la colonne varie avec les localités. Quelques monuments, celui de Bâle par exemple, portent la réduction des mesures suisses, longueurs, surfaces ou volumes, anciennes ou nouvelles, en mesures étrangères, ou bien encore le rapport des monnaies. D’autres indiquent l’heure des différentes villes du globe lorsqu’il est midi à Berne. Quelques-uns indiquent les températures maxima et minima, ou relatent le souvenir des hivers rigoureux, des inondations, etc. La plupart signalent les altitudes des hauts sommets environnants. La colonne de Lucerne indique, par exemple, l’altitude du îtighi, du Mont-Pilate, celles des environs de Lucerne et du lac lui-même. L’appareil de Genève dresse une longue liste de hauteurs qui commence par le Mont-Blanc et finit par la ville, après avoir passé par tous les pics du massif des Alpes. On voit qu’en somme la plaque portant les inscriptions est rédigée de manière à satisfaire la curiosité la plus naturelle des habitants, la connaissance des points de repère astronomiques, météorologiques ou géographiques des régions voisines.
- En dehors de la colonne barométrique, Genève possédait encore, il y a peu d’années, un deuxième monument, également fort intéressant. G’était une simple table de marbre, sur laquelle étaient gravées les directions des principales villes du monde. Le public possédait ainsi un moyen très-facile de s’orienter. Cette table était placée, autant que nous pou-
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- F»<i. l. — Monument météorologique de Lucerne. (L'après une photograph e
- vons nous le rappeler pour l’avoir vue en 1871, dans le square des Alpes, près de l’hôtel Beau - Rivage.
- Dans un récent voyage à Genève, nous avons constaté avec regret que ladite place était aujourd’hui entourée d’une formidable palissade protégeant les travaux d’érection de la statue du duc de Brunswick, qui légua à Genève son immense fortune.
- Nous n’avons point eu le loisir de rechercher l’endroit où la municipalité de la savante ville aura certainement fait transporter la table d’orientation ; nous serions fort heureux si l’un de nos lecteurs genevois pouvait nous renseigner h cet égard.
- Nous ne terminerons point notre notice sans re-
- mercier les deux honorables membres de la Société fribourgeoise des sciences naturelles , M. le docteur P.Boéchat et M. II. Soltaz, fondateurs de la Revue scientifique suisse, qui se sont mis avec tant d’amabilité à notre disposition pour nous fournir les documents que nous leur avions demandés. Nous souhaitons pour notre part que le louable exemple des sociétés suisses soit suivi chez nous, et que chaque ville, chaque bourg possède bientôt sa colonne météorologique.C’est, au fond, une minime dépense. La Nature se félicitera si elle peut un jour revendiquer sa part d’initiative et de conseils dans cette entreprise véritablement nationale. Maxime Hélène.
- Fig. 2. — Monument météorologique de Fribourg. (D’après une photographie.)
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- TRAVAUX D’IRRIGATIONS
- ET RÉSERVOIRS d’eAU DE l’aLGÉRIE. BARRAGE-RÉSERVOIR DE LHABRA.
- En Algérie, disent nos colons, la terre est de feu. Point de culture possible sans eau, et les irrigations deviennent le principal agent de la production. Aussi le gouverneur actuel de la colonie, le général Ctianzy, a t-il pris à tâche de pousser avec activité les travaux d’irrigation en même temps que la construction des routes et des chemins de fer. Le
- développement des voies de communication facilite l’échange des produits et la défense du pays. Les irrigations permettent seules d’entreprendre et de donner de l’extension aux cultures d’été plus rémunératrices que les plantations faites avec les pluies d’hiver seules. Dans peu d’années nous pourrons traverser toute l’Algérie en chemin de fer, depuis la frontière de Tunis jusqu’à celle du Maroc. Dès maintenant nous y voyons des barrages magnifiques pour l’aménagement des eaux : le barrage-réservoir du Sig, celui de l’Habra, celui de l’Oued-Ilamiz; les barrages de dérivation du Chélif, près d’Orléansvillc. et de la Mina, à Rclizane. Nous avons déjà décrit
- Vue du barrage-réservoir de l’Habra (Algérie). D’après une photographie.
- ici même les réservoirs d’Orbey, dans les Vosges, et du Furens en France1. Aujourd’hui nous nous occuperons plus particulièrement du barrage-réservoir de l’Habra.
- Le barrage réservoir de l’Habra se trouve à 10 kilomètres de la station de Perregaux, située sur le chemin de fer d'Alger à Oran et tout près de la ligne ferrée nouvelle du port d’Arzew à Saïda. C’est un ouvrage remarquable, le plus important en son genre existant actuellement en Europe et en Afrique. Sa longueur atteint 450 mètres d’une extrémité à l’autre ; son élévation est de 34 mètres, sa capacité de plus de 30 millions de mètres cubes. D’une nature
- 1 Voy. la Nature du 25 décembre 1876, p. 55, et du 2 décembre 1877, p. 5î.
- torrentielle, comme tous les cours d’eau de l’Algérie, la rivière de l’Habra prend sa source dans la région des hauts plateaux, à plus de 1000 mètres d’altitude pour se jeter dans la mer Méditerranée, à travers les marais de la Macta, non loin de Mosta-ganem. On attribue à son bassin une étendue d’environ 10000 kilomètres carrés, ou 1 million d’hectares. 11 faut remonter jusqu’au pied des hauts plateaux pour trouver des bois, le reste du bassin étant à peu près nu et inculte. Ses terrains consistent surtout en marnes plus ou moins argileuses qui se délitent sous les pluies. L’absence de forêts, la rareté des pluies, l’évaporation rapide causée par un soleil ardent, tarissent tous les cours d’eau et le sol de ce pays rapidement. Chose singulière, les
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- pluies diminuent ici depuis la mer, à mesure que l’altitude augmente vers la région des hauts plateaux. A Oran, la hauteur annuelle de l’eau tombée varie de 500 à 1060 millimètres, avec une moyenne de 480 millimètres pour trente-cinq années d’observation. Elles commencent au mois d’octobre, et sont généralement terminées au mo;s de mai. Tour toute l’étendue du bassin de l’Habra, la hauteur moyenne des pluies ne parait pas dépasser 400 millimètres par an. Le débit ordinaire de la rivière est de 5000 litres par seconde en hiver, de 500 à 600 litres en été; mais il s’élève jusqu’à 700 mètres cubes lors des crues. Des observations exactes faites depuis la construction du barrage-réservoir du Sig indiquent pour ce cours d’eau, à la hauteur du réservoir, un débit de 1 /57 de la pluie tombée dans son bassin. Comme le Sig et l’IIabra se rencontrent dans les basses terres de la Macta, et que les deux bassins présentent des conditions de climat et de relief analogues, la proportion du débit de l’Habra doit être la même que pour le Sig, correspondant à 5m,4 cubes par seconde, avec un bassin d’un million d’hectares et 400 millimètres de pluie annuelle. En France, le débit moyen des cours d’eau varie entre la moitié et le quart du volume fourni par les pluies et la neige, soit plus de dix fois celui des cours d’eau du littoral d’Algérie.
- Sans irrigations donc, la végétation s’arrête pendant l’été, et la terre desséchée ne produit plus rien cinq mois durant, à partir de juin. Pour remédier à ce défaut, on peut conserver dans des réservoirs les excédants d’eau tombée en hiver. Les réservoirs peuvent être établis dans les vallées susceptibles de présenter un bassin large et profond, fermé par un défilé étroit, aux versants assez solides pour donner de bonnes fondations aux constructions à faire. Celui de l’Habra se trouve au confluent de la rivière du même nom avec l’Oued-Fergoug. Ch. Grad.
- —- La suite prochainement. —
- MOIS MÉTÉOROLOGIQUE AUX ÉTATS-UNIS
- JANVIER 1878.
- Les conditions météorologiques du mois de janvier 1878 forment un contraste frappant avec les valeurs moyennes des divers éléments pour cette époque. Les vents froids du nord, habituellement fréquents, ont à peine soufflé cette année; aussi signale-t-on sur tout le pays un temps d’une douceur remarquable, spécialement, comme en décémbre 1877, dans les régions du Missouri, du Mississipi, du Minnesota et des Lacs ; l’écart en plus avec la normale varie en moyenne de 5 à 7 degrés. L’élévation exceptionnelle de la température est ainsi, en deçà et au delà de l’Atlantique, le fait saillant de la première partie.de l’hiver que nous traversons.
- 12 dépressions ont été suivies sur les États-Unis pendant ce mois; d’après leur marche à travers le
- continent américain, elles peuvent être rangées en trois groupes : le premier comprend 5 dépressions venues du nord-ouest, vers le Dakota et dont les trajectoires, après avoir marché dans la direction du sud-est jusque près du 42e parallèle, se sont relevées au nord-est, vers le golfe Saint-Laurent. Le deuxième groupe se compose aussi de 5 dépressions ; apparues à l’ouest du Territoire Indien, elles ont d’abord marché vers l’Arkansas, c’est-à-dire au sud-est comme celle du premier groupe, puis ont ensuite pris également la direction du nord-est, vers le Maine et la Nouvelle-Écosse. Le troisième groupe comprend seulement 2 dépressions venues du sud du Texas ou du Mexique, et qui se sont transportées’ au nord-est par la Caroline du Nord et la Nouvelle-Écosse.
- D’après M. Loomis, les bourrasques de cette dernière catégorie sont relativement rares ; elles forment seulement environ la sixième partie du nombre annuel des bourrasques affectant le territoire des États-Unis, de plus elles sont à peu près inconnues pendant les mois d’été. Les cyclones qui apportent la désolation et la ruine sur le golfe du Mexique et sur la côte sud de l’Atlantique se rattachent aux bourrasques de ce troisième groupe. Parmi les dépressions des deux premiers groupes, les unes, ainsi que nous avons eu déjà occasion de le faire remarquer, viennent de l’océan Pacifique, franchissent les Montagnes Rocheuses, et traversent les États-Unis pour disparaître sur l’Atlantique; les autres, et c’est le cas des bourrasques du mois de janvier dernier, se forment sur le versant oriental des Montagnes Rocheuses et ne sont souvent à leur origine que des dépressions secondaires dues à la présence plus ou moins éloignée de dépressions principales plus étendues, situées soit de l’autre côté des montagnes, soit sur le golfe de Mexique.
- Les deux bourrasques du troisième groupe ont été d’une grande intensité; elles ont amené de nombreux sinistres maritimes tant dans le golfe du Mexique que sur la côte atlantique; pendant que la seconde, notamment, passait sur la Nouvelle Angleterre dans la nuit du 10 au 11, elle était accompagnée d’un ouragan épouvantable qui, malgré les précautions prises d’après les avis du Signal Service, causa de nombreux dégâts sur une grande étendue de la côte; à Mount Washington, dont l’altitude est de 1914 mètres, l’anémomètre accusait, le 11 à quatre heures du matin, la vitesse inouïe de 298 kilomètres à l’heure. La dernière bourrasque du mois est également intéressante; le 50 au soir, tandis que son centre était sur le Tennessee, une dépression secondaire se formait sur le versant sud-est des Monts Alleghanis, dans la Géorgie méridionale; en même temps que le centre principal se comblait pour ainsi dire sur place dans la journée du 51, la dépression secondaire augmentait rapidement en importance; des vents violents l’accompagnaient dans sa course vers le nord-est le long de la côte. De nombreux sinistres sont signalés : A Kitty-hawk, naufrage du steamer Metropolis; à Long Jsland, en face de New-York, nombreux bâtiments plus ou.
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- moins endommagés. Aux environs de Boston, dans le Massachussetts, le passage du centre de la bourrasque fut suivi d’une chute de neige si abondante que le sol en était couvert sur une épaisseur moyenne de près de 50 centimètres.
- Des pluies considérables sont tombées sur la côte orientale ainsi qu’en Californie; dans l’intérieur,au contraire, la condensation a été rare, et même dans certaines régions du centre, il n’est pas tombé la moindre goutte d’eau pendant tout le mois.
- Un phénomène optique très-curieux a été observé le 12 sur la côte de la Floride, à Key West. La température de la mer était de 9 degrés plus basse que celle de la couche atmosphérique inférieure; cette différence de température détermina, à la surface de l’Océan, la production d’une couche de vapeur condensée sur laquelle les rayons solaires tombaient obliquement; la limite supérieure de cette couche, dont l’épaisseur était de quelques mètres seulement, se confondait à distance avec la surface de l’eau, en sorte que les vaisseaux semblaient s’enfoncer dans la mer, leur coque disparaissant graduellement, tandis que les mâts et les agrès se détachaient dans le ciel pur avec de vigoureux reliefs.
- A Cairo, dans l’Illinois, deux secousses de tremblement de terre ont été ressenties le 8, à dix heures trente minutes du soir. Th. Moureaux.
- LES
- INSECTES NUISIBLES ET L’EXPOSITION
- Nous savons par expérience combien aisément certaines espèces nuisibles (plantes ou insectes) s’acclimatent dans notre pays. Le Puceron lanigère et le Phylloxéra sont devenus de véritables fléaux, qu’il sera peut-être impossible de jamais extirper. Aujourd’hui, le Doryphora est à la fron • lière, et les affiches qui dénoncent le coupable ne suffiront pas à arrêter sa marche et ses ravages. Il est cependant un moyen d’amoindrir le mal, c’est d’importer, volontairement cette fois, les parasites et les ennemis reconnus de l’insecte nuisible, et d’appeler ainsi à notre secours nos alliés naturels. Quelques-uns de nos auxiliaires sont déjà arrivés d’eux-mêines par pur intérêt personnel, mais il en est qui ne se trouvent pas dans les conditions voulues pour faire le voyage ; c’est à nos Sociétés d’histoire naturelle à leur en fournir les moyens.
- En attendant, il est une mesure dont le gouvernement pourrait prendre l’initiative, et qui serait, selon nous, éminemment utile : ce serait de former une Commission de naturalistes, chargée d’étudier les insectes qu’introduisent en France les produits envoyés à l’Exposition de 1878. Une mesure de ce genre a été adoptée à l’Exposition du centenaire américain. Sur la demande des commissaires organisateurs, l’Académie des sciences naturelles de Phi ladelphie désigna à cet effet quelques-uns de ses membres; ceux-ci, libéralement pourvus de cartes d’entrée, recueillirent soigneusement des insectes dans les produits agricoles des contrées étrangères, et présentèrent un rapport, ainsi que la liste des espèces recueillies. Leur conclusion fut qu’aucun mal nouveau n’était à redouter pour les intérêts agricoles des États-Unis, les espèces introduites par
- l’Exposition étant ou bien déjà acclimatées, ou bien carnassières ou fongivores (par conséquent utiles), ou bien, enfin, ces espèces ne se nourrissant que de plantes étrangères au pays et sans valeur commerciale.
- Une remarque faite par la Commission nous paraît intéressante. Les objets attaqués par les insectes, et notamment par les Bruches, les Calandres etlesTinéides, étaient ceux qui, au moment de l’emballage ou pendant le transport, s’étaient trouvés exposés à l’humidité. Les produits agricoles du Portugal étaient remarquablement préservés, grâce au soin qu’on avait eu de les expédier dans des flacons bouchés et renfermant chacun une petite quantité de chaux caustique, enveloppée de papier. Une étude de ce genre, faite à l’Exposition universelle de Paris par quelques membres de la Société enlomologique de France, ne présenterait-elle pas un réel intérêt et une grande utilité pratique? R. Vion.
- LA VIE VÉGÉTALE1
- VICTORIA RE G IA.
- Dans les premiers jours de l’année 1827, un naturaliste français, Al. d’Orbigny, explorant la province de Corrientes, découvrait sur la rive du Parana, affluent du Rio de la Plata, un énorme Nénuphar ; c’était la Victoria regia. Saisi d’admiration à la vue de cette magnifique Nymphæacée, et persuadé de l’importance de sa découverte, d’Orbigny dessina aussitôt la plante, la décrivrit, en dessécha quelques feuilles, et renferma enfin dans des bocaux remplis d’alcool des fleurs et des fruits. Dès la fin de l’année 1827, son travail était terminé, et il expédiait dessins, description, feuilles séchées et échantillons, conservés dans l’alcool, au Muséum de Paris, où le tout fut laissé de côté. De retour en Europe, d’Orbigny publiait en 1855, dans son Voyage dans l'Amérique méridionale, les détails de sa découverte, mais sans parvenir à éveiller l’attention du monde savant, aussi malheureux sur ce point qucPœppig, voyageur et botaniste distingué, qui avait rencontré la Victoria regia sur les affluents de l’Amazone, et l’avait fait connaître en 1852 sous le nom d’Euryalc de l’Amazone (Euryale Amazonica). Bientôt pourtant cette longue inattention allait faire place à un engouement général et subit.
- Le 1er janvier 1857, sir Robert Schomburgk, chargé d’une mission par la Société royale de géographie de Londres, l’observait dans les eaux de la Guyane anglaise, et faisait immédiatement part de sa découverte aux botanistes anglais. La même année,
- 1 La vie végétale, histoire des plantes, à l'usage des gens du monde, par Henri Emery. — 1 vol. grand in-8°, illustré de 420 gravures sur bois et de 10 planches en chromolithographie. — Paris, Hachette et Gu, 1878.
- Cet ouvrage, magnifiquement édité, est certainement un des plus complets que l’on puisse recommander à tous les amateurs de botanique. De superbes planches en couleurs, de fines et remarquables gravures sur bois en font un livre de grand luxe ; la compétence et le talent de l’auteur en font en même temps une œuvre éminemment scientifique et sérieuse. Nous empruntons à ce volume la description de la Victoria regia, une des plus curieuses plantes de la nature.
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- le docteur Lindley, dans une publication spéciale enrichie de belles planches et tirée seulement à vingt-cinq exemplaires, la décrivait minutieusement et la dédiait à la reine Victoria. Alors tout le monde se préoccupa de la nouvelle Nymphæacée. Botanistes, amateurs et horticulteurs voulurent connaître son histoire, les circonstances de sa découverte et le nom de l’heureux voyageur qui avait eu le premier le bonheur de l’apercevoir. En consultant les récits d’anciens explorateurs, on apprit qu’elle avait été
- signalée dès 1801, en Bolivie, sur le Rio Manoré, un des tributaires du haut Amazone, par le botaniste allemand Hænke, chargé par le gouvernement espagnol d’étudier la flore du Pérou, et revue quelques années après par Bonpland dans les mêmes régions. Enfin les grands établissements horticoles s’efforcèrent à l’envi d’en obtenir des échantillons vivants. L’entreprise présentait de très-sérieuses difficultés, et les premières tentatives échouèrent. La première date de 1846; cette année-là, Bridge rapportait dans
- Fig. 1. — Victoria regia du lac Nuna sur les
- de la terre maintenue constamment humide des graines récoltées par lui pendant les mois de juin et de juillet 1845 en Bolivie, dans la province de Moxos. Des vingt-cinq graines achetées par le Jardin de Kcw, deux seulement germèrent; mais les jeunes plantes moururent bientôt.
- L’introduction de la Victoria sur le continent européen remonte à l’année 1849, époque où le même Jardin reçut des graines expédiées dans des fioles remplies d’eau pure. Depuis lors, la plante s’est peu à peu répandue dans les serres, tout en restant assez rare, en raison surtout des énormes et coûteux aquariums qu’elle exige. Dans le Midi, on a essayé, avec succès parfois, sa culture en plein air; elle a fleuri
- bords de l’Ucayali, affluent du haut Amazone.
- notamment dans les bassins du Jardin botanique de Palerme.
- Résumons les caractères de la gigantesque hydro-phyte d’après les récits des voyageurs et les observations faites dans les serres.
- Le corps de la plante est un rhizome long de 0m,4 à 0m,6, épais de 0n\10 environ. La conformation singulière de scs feuilles a de tout temps frappé l’attention des peuplades riveraines, et les noms indigènes de la Victoria proviennent précisément de l’assimilation de ces formes à celles d’objets usuels. Les Indiens du haut Amazone l’appellent Iapuna, nom de la grande poêle en fer et sans queue qui leur sert à faire sécher la farine de manioc. Pour les
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- Guaranis, qui demeurent sur les confins méridionaux de son habitat, c’est Ylrupé, littéralement le plat d’eau; enfin, chez les Indiens du bas Amazone, elle s’appelle Hameçon du diable, en souvenir des puissants et dangereux crochets longs de près de 0m,02 qui hérissent les pétioles, les pédoncules et la face inférieure des limbes. Les feuilles seules en effet suffisent pour faire reconnaître la plante. A l’extrémité de longs pétioles cylindriques, gros comme des
- câbles puisqu’ils ont 0m,025 de diamètre, s’étalent à la surface de l’eau des limbes orbiculaires, d’un vert foncé en dessus, d’un pourpre intense en dessous, dont les dimensions, fort variables du reste, atteignent parfois plus de 2 mètres de diamètre; un seul d’entre eux suffit à la charge d’un homme. Ces énormes limbes, par leur organisation exceptionnelle, sont la partie la plus caractéristique de la Victoria regia. Dans les autres Nymphæacées, ces organes peuvent
- t'ig. 2, — L'iiiartéa à tronc ventru {Iriartea ventricosa), du bassin de l'Amazone.
- être comparés à de simples radeaux lloltant à la surface de l’eau; ceux de la Victoria deviennent de véritables bacs, grâce à leur bord relevé sur une hauteur de 0m,10à0m,12. Leur parenchyme est soutenu par de puissantes nervures qui proéminent sur la face inférieure; pétiole et nervures sont d’ailleurs, comme dans toutes les feuilles nageantes, excessivement lacuncux, disposition qui donne aux feuilles, en raison de leurs grandes dimensions, une énorme force de résistance à la submersion. En Amérique, les Échassiers et les Gobe-Mouches se promènent sur ces pontons d’un nouveau genre comme sur la terre
- ferme, à la recherche de leur proie ; et les voyageurs affirment que de pareilles feuilles sont capables de porter un homme, assertion qui rencontrerait bien des incrédules si son exactitude n’avait été vérifiée dans nos serres. Au Jardin botanique de Gand, une feuille de Victoria, qui mesurait 2m,75 de diamètre, a supporté la charge de 114 kilogrammes, bien supérieure au poids moyen de l’homme adulte par conséquent, et un jardinier a pu se placer sur elle sans la submerger. Les fleurs naissent à l’extrémité d’un long pédoncule épais de 0m,025, qui les élève de 0®,15 à 0'“,20 au-dessus de l’eau. Elles ressemblent
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- à de monstrueuses fleurs de Nénuphar, larges de 0n‘,55 à 0m,40 ; blanches la première nuit de leur existence, elles prennent, durant leur seconde et dernière nuit, une teinte rose plus ou moins vive. Ce sont en effet, comme nous l’avons déjà dit, des fleurs nocturnes qui s’épanouissent le soir, exhalent toute la nuit une odeur pénétrante, complexe et indéfinissable, dans laquelle on retrouve les senteurs caractéristiques des fruits de la Vanille et de l’Ananas, se ferment le lendemain matin pour se rouvrir le soir suivant, et durer jusqu’au lendemain matin, où elles se flétrissent pour toujours. Alors elles s’enfoncent dans l’eau pour y mûrir un fruit globuleux de 0m,15 de diamètre, sorte de baie remplie de nombreuses et grosses graines farineuses que les habitants mangent rôties, particularité qui a valu à la plante, dans la province de Corrientes, le nom de Maïs d’eau (Maïs del agua).
- IRIARTFA VENTRU1.
- Peut-on rien rêver de plus gracieusement bizarre que le port majestueux de l’iriartéa ventru (iriar-tea ventricosa, Mart.)? Son stype renflé dans sa région moyenne, est soutenu à 2 ou 5 mètres au-dessus du sol par de fortes racines adventivcs, et porte à 25 mètres de hauteur ses feuilles longues de 3 à 4 mètres, pennisiquées, aux lanières ondulées et légèrement plissées. Qui nous apprendra par quelle série de transformation l’arbre doit passer pour en arriver là? S’étonncra-t-on en voyant ces formes exceptionnelles, que la culture des iriartéas soit des plus difficiles ? Ces palmiers recherchent les bords des cours d’eau ou les plaines submergées pendant la saison pluvieuse. Dans cette atmosphère chaude et humide, la région inférieure de leur stype émet, sur une longueur de plusieurs décimètres, des racines adventives qui vont en divergeant s’implanter dans le sol marécageux, et supportent à elles seules l’arbre tout entier après la disparition de la racine normale. Henry Émery.
- CHRONIQUE
- Les Conférences de la Sorbonne. — Quand on voit la foule toujours énorme et toujours empressée qui, dès sept heures du soir, envahit l’amphithéâtre, quand on observe l’attention concentrée, l’intérêt réfléchi avec lequel, le public — tout le public, y compris les nombreuses jeunes dames en toilette élégante — suit les explications et les expériences du professeur abordant les plus hauts et lesplus délicats problèmes de la philosophie scientifique, on juge que par son empressement même, l’auditoire rend un solennel hommage à ces savants, la gloire et la lumière de notre pays, qui chaque semaine, démontrent aux auditeurs les vérités magistrales qu’ils ont eux-mêmes
- 1 Nous joignons à la gravure de la Victoria que nous empruntons à l’ouvrage la Vie végétale, celle que l’auteur donne de l’Iiiartéa. Nous publions les quelques lignes relatives à cet arbre curieux sur lequel M. Emery fournit des renseignements dans le chapitre où il parle des Palmiers.
- découvertes. Ils ne font point de concession à l’esprit vulgaire, ils restent en haut et, attiré par le clair rayonnement de la science, on monte jusqu’à eux.
- Ces réflexions nous étaient inspirées samedi soir, par M. Bert qui a pu — chose difficile —prolonger sa conférence un peu au delà du temps ordinaire, sans inspirer à ses auditeurs une autre crainte que celle de le voir trop tôt regarder l’heure. C’est que le-successeur de Claude Bernard — nul éloge ne vaudrait celui-là — a pu parler complètement de l’action de la lumière sur les êtres vivants, presque sans sortir du cercle de ses propres re cherches ; et parmi ces recherches, si toutes ont été épi neuses, il y en a eu de matériellement pénibles par surcroît. M. Bert est parvenu à expliquer le mécanisme des mouvements de la sensitive, objet depuis l’antiquité d’une curiosité presque inquiète, mais pour cela il a observé le végétal de deux heures en deux heures pendant dix-sept jours et dix-huit nuits consécutivement.
- Sous l’action de la lumière, le végétal emmagasine la force solaire par la réduction du carbone et de l’hydrogène et procède ainsi à l’élaboration des seuls matériaux qui entretiennent la vie sur la terre. La plante ne peut retenir, en l’emprisonnant dans ces cellules prête à la restituer sous forme de combustible ou d’aliment (ce qui revient au même), qu’une bien petite partie de la surface terrestre par l’astre central. Un trois centième dans le cas le plus favorable, celui d’un champ planté de betteraves. Les différents rayons colorés agissent tous différemment sur la plante; les rayons rouges provoquent le verdissement et certains de ces derniers sont spécialement arrêtés par la chlorophylle qui les emploie au travail chimique de la fixation du carbone ; les rayons du côté du vert jusque bien au delà des rayons visibles produisent la torsion de la plante vers le côté d’où ils émanent.
- Sur les animaux, la lumière peut agir de trois manières différentes. Elle influence l’œil, à peu près de la même manière pour tous les êtres, en permettant de distinguer les formes et les couleurs ; elle a sur la peau et sa coloration une influence directe ressemblant en apparence à son action sur les substances photogéniques : les rayons du côté du bleu foncent la couleur de l’épiderme; le phénomène, qui se produit régulièrement chez le caméléon et d’autres animaux, peut être pathologiquement observé sur l’homme : c’est le « coup de soleil » l’érythème, produit sous l’influence d’une paralysie des nerfs vaso-moteurs. La lumière peut encore amener un troisième effet d’ordre indirect et réflexe : quelques espèces comme le caméléon et différents poissons, comme le calîionyme, possèdent la faculté de modifier par leur volonté leur jcouleur en raison du milieu qui les entoure, d’après l’impression que leur œil reçoit de celui-ci ; en effet, en les aveuglant ils cessent d’être sensibles à la nuance de la lumière réfléchie par les objets environnants. Ces recherches, simplement racontées en une causerie d’une heure et demie, ont demandé des années d’investigations patientes, ont absorbé le temps précieux d’hommes de la valeur deMM.Guillemin, George Pouchet, Paul Bert ; mais leur temps a passé à découvrir la vérité, il a été bien employé.
- Charles Boissay.
- Le caroubier. — MM. Bonzom, Delamotle et Rivière se font les initiateurs d’un mouvement qui aurait pour but de répandre en Algérie la culture du caroubier et de répandre en même temps les caroubes dans l’alimentation des animaux. Ils font valoir la rusticité du caroubier, l’abondante production qu’il donne d’une nourriture très-riche et d’un bois excellent pour un grand nombre d’emplois
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- industriels. Ils ajoutent qu’un caroubier rapporte annuellement une moyenne de 30 fr. de caroubes. Un champ de j 2500 fr. peut produire une moyenne de 6300 kilog. de caroubes, soit 250 fr. C’est l’ancien lotus des lotophages. Il a été déjà défendu par Olivier de Serres et par le comte de Gasparin. Son fruit présente beaucoup de parties grasses. Aussi est-il très-propre à l’engraissement des bœufs et des porcs. Il pousse dans les terrains les plus secs et les plus pierreux. (Recueil de médecine vétérinaire, 15 décembre 1877).
- Animaux féroces dans les Indes. — Le rapport annuel du gouvernement des Indes sur la destruction due aux animaux féroces donne les renseignements suivants :
- En 1876, 21 000 personnes et 48 000 têtes de bétail ont été tuées par les animaux féroces et les serpents venimeux ; d’un autre côté, 22 357 fauves et 270185 serpents ont été détruits.
- En 1877,19 275 personnes et 54830 têtes de bétail ont péri, alors qu’on a détruit 212 571 serpents et 23459 fauves. A Madras, Bengale et autres provinces du nord-ouest, à l’exception des provinces du centre, où les morts ont augmenté de 617 en 1875 à 1098 en 1876, le nombre des personnes tuées a été beaucoup moindre.
- Ce rapport donne le tableau suivant pour 1876 : 52 personnes ont été tuées par des éléphants, 156 par léopards, 917 par tigres, 123 par ours, 887 par loups, 49 par hyènes, 143 par animaux divers et 15 946 par serpents. Les têtes de bétail enlevées par les fauves se partagent comme suit :
- 3 par éléphants, 15 116 par tigres, 15 575 par léopards, 410 par ours, 12448 par loups, 2059 par hyènes, 4575 par divers et 6468 par serpents. Le nombre d'animaux t'éroces détruits dans l’année se divise en 4 éléphants, 1693 tigres, 3768 léopards, 1362 ours, 5976 loups, 1585 hyènes, divers 8053 et 212 371 serpents.
- BIBLIOGRAPHIE
- Leçons sur la philosophie chimique professées au Collège de France en 1836, par M. Dumas, recueillies par M. Bi-neau. — Seconde édition. — Paris, Gauthier-Villars, 1878.
- U Année scientifique et industrielle, par Louis Figuier.— Vingt et unième année (1877). — 1 vol. in-18, — Paris, Hachette et Gle, 1878.
- Mémoire sur la liquéfaction de l'oxygène, la liquéfaction et la solidification de l'hydrogène et sur les théories des changements des corps, par Raoul Pictet. — Une brochure in-8°, avec planches. — Paris, Sandoz et Fisch-bacher, 1878.
- Coup d'œil historique sur la géologie et sur les travaux d’ÉtiE de Beaumont. — Leçons professées au Collège de France, par Ch. Sainte-Claire Deville. — 1 vol. in-8°. — Paris, G. Masson, 1878.
- Traité de la chaleur considérée dans ses applications, par E. Péclet. — 4e édition, publiée par A. Hudelo. —
- 3 vol. grand in 8°, avec figures et planches. — Paris, G. Masson, 1878.
- De l'influence des variations de la pression atmosphérique sur l'évolution organique, par le docteur A. Bor-dier. — Une brochure in-8°. — Extrait des Mémoires de la Société d'anthropologie.
- De la cécité des couleurs dans ses rapports avec tes che~ mins de fer et la marine, par F. Holmgren, traduit du suédois. — 1 vol. in-8° de 144 p., avec planche en couleur. — Paris, G. Masson.
- La morpkiomanie, monographie basée sur des observations personnelles, par le docteur Éd. Levinstein. — 1. vol. in-8° de 156 p. — Paris, G. Masson, 1878.
- Les causes des phénomènes glaciaires et torrides. Justifications, par Jules Péroche. —Une brochure in-8°, avec 2 planches. — Paris, Germer Baillière, 1878.
- Veucalyptus et ses applications industrielles, par Félix Martin. —Une brochure in-8°. — Paris, Dunod, 1877.
- dictionnaire de chimie pure et appliquée, par Ad. Wurtz. — Vingt-cinquième fascicule. —Paris, Hachette et Cie.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 11 mars 1878. — Présidence de M. Furait.
- Phonographe. — L’événement de la séance a été la présentation par M. Du Moncel du phonographe ou machine parlante de M. Edisson. Les descriptions qui seront données de cet appareil dans la Nature nous dispensent d’en parler aujourd’hui, mais nous devons noter le succès avec lequel les expériences ont été répétées devant l’Académie. Le représentant de l’inventeur, approchant les lèvres de la membrane mobile, a d’abord prononcé à haute voix et avec un fort accent anglais : Le phonographe présente ses compliments à l'Académie des sciences. Un instant après, au milieu d’un profond silence, on entend avec une espèce de stupeur le petit appareil répéter avec toutes les inflexions de la voix, — y compris l’accent anglais, — mais avec un ton de fausset particulier : Le phonographe présente ses compliments à l'Académie des sciences. Et c’est en tournant simplement une manivelle que l’expérimentateur a obtenu ce résultat si nouveau et en apparence si étrange.
- Le succès est si vif que la grave compagnie éclate en applaudissements et demande avec insistance une nouvelle expérience : Le démonstrateur américain souffle une nouvelle phrase à son appareil qui faisant à la fois demande et réponse se met à dire de la manière la plus comique : Môssieu phonographe parlez-vâ français ? Oui, Môssieu.
- Pour achever de convaincre les plus incrédules qu’il n’y a là aucune supercherie, M. Du Moncel fait lui-même une troisième expérience, et on entend comme un second Du Moncel qui serait dans la salle dire : L’Académie re -mercie M. Edisson de son intéressante communication.
- La séance se trouve interrompue de fait et le président a beaucoup de peine à lui faire reprendre son cours normal.
- Nouvelle planète. — M. Palizza annonce de Pola la découverte d’un nouvel astéroïde de 11e grandeur.
- Composition du suc gastrique. — U x’ésulle des recherches que M. Richet poursuit sur les fonctions de l’estomac humain à l’état physiologique que le suc gastrique n’est pas comme on l’a dit un liquide, mais un mucilage diffusible, miscible à l’eau. Quant à sa composition, c’est celle du chlorhydrate de leucine : l’auteur en a isolé d’une part de l’acide chlorhydrique et d’autre part de la leucine parfaitement cristallisée.
- Hôpitaux sans étages. — Nous signalerons une inté-
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- ressante étude de M. le docteur Chassagne sur les avantages des hôpitaux à pavillons isolés, ne comprenant qu’un petit nombre de lits et n’ayant qu’un rez-de-chaussée. Les chiffres qu’on trouve à chaque page de ce beau mémoire, dont la primeur a été accordée au lecteurs du Journal d'hygiène, sont d’une éloquence irréfutable, et l’intérêt de la brochure est encore augmenté par une préface du docteur Marmottan qui, comme député de la Seine, a si bien su défendre à la Chambre la cause des petits hôpitaux.
- Production artificielle de la Brochantite. — La Bro-chanti'.e est un minéral très-rare constitué par du sous-sulfate de cuivre et qui se présente en petits cristaux d’un vert d’émeraude dans certains filons métallifères. M. Friedel l’a, en 1860, obtenue artificiellement en chauffant à 250 degrés la dissolution aqueuse du sulfate de cuivre.
- Dans une note analysée aujourd’hui par M. Bertrand, nous décrivons un procédé de production de ce minéral dans des conditions qui paraissent s’être réalisées plus souvent dans la nature. Il consiste à abandonner un fragment de galène ou sulfure de plomb dans la solution du sulfate de cuivre. Au bout d’un an on constata que la galène a été profondément corrodée et qu’elle s’est recouverte de nombreux cristaux de Brochantite. De même, dans le sein de la terre, l’oxydation spontanée de la chal-kopyrite pouvant aisément alimenter des suintements de sulfate de cuivre dans les filons naturels où se trouve la galène.
- Influence des travaux de M. Pasteur sur les progrès de la chirurgie. —
- Sous ce titre M. Sédillot lit un mémoire dont la conclusion est que les études de M. Pasteur sur les germes contenus dans l’air ont conduit la chirurgie à des méthodes absolument nouvelles, parmi lesquelles l’auteur cite spécialement le pansement à la ouate et la production des atmosphères phéniquées autour des opérés. L’Académie parait s'associer au sentiment de M. Sédillot contre lequel cependant s’élève M. d’Abbadie. Le célèbre voyageur expose en effet que sur les rives de la mer Rouge c’est une conviction universelle que pour guérir une plaie il faut l’exposer à l’air, et il ajoute que sa propre expérience est conforme à cet avis : toute plaie bandée s’aggrave infailliblement. Stanislas Meunier.
- LE P. SECCHI
- I/illustre directeur de l’observatoire du College Romain est mort dans sa soixantième année, le 26 février dernier, emporté par un squirrhe à l’estomac.
- Son nom était devenu populaire en France depuis l’époque de l’Exposition universelle de 1867. On se rappelle encore tout le succès qu’obtint son ingénieux appareil météorographe, où l’on voyait s’inscrire d’une manière continue les variations de la pression barométrique de la température, de l’état hygrométrique de l’air, la vitesse et la direction du vent. Le P. Secchi reçut pour son appareil la grande médaille d’or et la croix d’officier de la Légion d’honneur.
- Le P. Secchi avait étudié les mathématiques supérieures et la mécanique céleste, sous la direction du P. Caraffa; mais c’est surtout dans les sciences d’observation qu’il s’est illustré. Les mémoires publiés depuis 1850 par l’observateur du Collège Romain justifient de l’empressement avec lequel les diverses Sociétés savantes de l’Europe ont tenu à l’admettre dans leur sein. Dès 1856, il était membre de l’Académie des Nuovi Lincei, de la Société italienne des sciences, des Académies de Turin, de Bologne et de Naples, de la Société royale de Londres, de la Société royale astronomique, correspondant de l’Institut de France.
- Le P. Secchi a pénétré les secrets les plus mystérieux de la constitution du soleil et des étoiles, grâce à son habileté pour les recherches spectroscopiques. Les Étoiles, ouvrage publié récemment en italien, renferment tous les résultats tic ses recherches; elles sont le complément de son bel ouvrage, écrit en français, le Soleil, qui, déjà parvenu à sa seconde édition, est publié par la librairie Gauthier-Vil-lars en deux beaux volumes in-8°, avec un luxe de typographie et d’illustration digne du sujet et de l’auteur1.
- On n’évalue pas à moins de trois cents le nombre des mémoires que le savant italien a envoyés aux différentes Sociétés savantes. Un très-grand nombre de ces travaux ont été publiés dans les Comptes rendus de l'Académie des sciences, dont le P. Secchi était un des correspondants les plus assidus.
- 1 Les Mondes du 7 mars 1878.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandieh.
- Le P. A. Secchi. Aé le 29 juin 1818, mort le 20 lévrier 1878.
- CORDIilL. TVP. ET 8TER. CRÉTR.
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- N° 251. — 23 MARS 1878
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- LE PHONOGRAPHE D’EDISON
- Cet instrument extraordinaire réalisé en Amérique et annoncé par les journaux, vient de passer l’Atlantique et d’arriver à Paris. Un exemplaire de cet appareil apporté par M. Puskas, concessionnaire des brevets européens de l’inventeur, a été présenté le lundi 11 mars à l’Académie des sciences et le vendredi 15 à la Société française de physique.
- Le phonographe remplit une double fonction ; son nom n’indique que la première ; il écrit les sons, ceux de la voix ou ceux rendus par un instrument quelconque, voilà la moitié ; il est capable de les reproduire après et d’en donner comme le portrait, voilà l’autre moitié. L’enregistrement des sons avait déjà été obtenu d’une autre façon, notamment dans le phonautographe de Scott et Kœnig, dont la des-
- cription se trouve dans tous les traités de physique récents.
- Mais la reproduction des sons au moyen de la trace qu’ils ont laissée dans L’enregistreur... elle a été rêvée, cherchée, essayée par plusieurs ; elle n’a jamais été réalisée avant M. Edison.
- L’appareil que nous avons vu est représenté par la figure ci-jointe; il est d’une simplicité qui ne pourra pas être dépassée et qu’à certains égards même on sera obligée d’abandonner pour obtenir plus de perfection dans le rendu. Il présente une membrane toute semblable à celle des téléphones tenue par sa circonférence dans une bague métallique A. Cette membrane porte, fixé à sa surface inférieure un petit style métallique placé perpendiculairement à son plan et très-rigide. C’est devant cette membrane qu’on parle, et c’est le style qui écrit les vibrations de la membrane.
- Le phonographe ou machine parlante
- L’enregistrement se fait sur un cylindre métallique M qu’on meut au moyen d’une manivelle. L’axe du cylindre est taillé en vis, ou en terme technique taraudé et l’un de ses collets ou supports fonctionne comme écrou ; de telle sorte que quand on tourne la manivelle le cylindre non-seulement tourne, mais encore progresse. La surface du cylindre présente elle-même un pas de vis de même hauteur que l’axe; si bien que la pointe du style, pendant le mouvement du cylindre, se trouve continuellement dans la rainure pratiquée à sa surface.
- Quand on veut employer l’instrument, il faut commencer par placer sur le cylindre un papier d’étain, pareil à celui dans lequel on enveloppe le chocolat ; on colle ce papier métallique avec une colle ordinaire suivant une des génératrices du cylindre, afin de l'envelopper complètement. Avec les mains on appuie de manière à faire pénétrer le papier dans la rainure, qu’on voit se dessiner au travers de l’étain. Ou amène alors la membrane dans sa position d’action, on l’assujettit solidement au moyen d’une vis de serrage, le style appuyant légèrement sur le fond du canal héliçoïdal présenté par le papier* On parle et en même temps on tourne le cy-ti* auuet. — 1er semestre.
- d’Edison, (d/6 grandeur d’exécution.)
- lindre; la membrane vibre et le style fait dans le papier d’étain une série de marques plus ou moins proiondes et de formes variées qu’un puissant microscope permettrait seul d’étudier.
- Voilà l’inscription, c’est-à-dire la première partie de l’invention d’Edison; voilà ce qu’on avait fait avant lui et voilà ce qu’on avait fait mieux que lui, quand on se proposait simplement d’écrire les vibrations pour en étudier Jes formes. Mais ce mode d’inscription a été l’idée de génie et comme l’a fort bien dit M. Marcel Deprez à la Société de physique, l’emploi de ce papier d’étain a rendu possible la reproduction des sons, qui avait été cherchée en vain par d’habiles et savants expérimentateurs.
- Voici comment on procède pour tirer de l’instrument ainsi préparé les sons qu’on lui a dit ou plus exactement criés à l’oreille. On écarte la membrane, on fait tourner le cylindre en sens inverse jusqu’à ce qu’il soit ramené à la position qu’il occupait au début de l’expérience; on rapproche la membrane et le style se retrouve au contact du papier d’étain. On tourne de nouveau et dans le même sens que la première fois. La membrane poussée par le style qui est lui-même guidé par les marques ou cavités anté>~
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- rieurement produites, la membrane, disons-nous, vibre et reproduit les sons qui avaient déterminé l’inscription. Ces sons amplifiés par une sorte de porte-voix placée contre l’anneau A (vov. la figure) contenant la membrane, peuvent être entendus à distance.
- On ne peut se rendre compte sans l’avoir entendu de l’impression singulière que cause cette petite voix grêle sortant de l’instrument ; jusqu’au dernier moment on doute et quand les sons distincts, quoique faibles, viennent frapper l’oreille, on éprouve un étonnement et une satisfaction qui se sont traduits à la Société de physique en applaudissements et en rires des personnes qui remplissaient la salle.
- Insistons sur les particularités de cet instrument, grâce auxquelles il réalise ce qu’il était si difficile de produire. Le papier d’étain est comme suspendu au-dessus du vide formé par le pas de vis tracé sur le cylindre ; il présente une certaine rigidité à cause de sa tension, mais comme il n’est pas soutenu par derrière, il présente en même temps une certaine flexibilité. Grâce à ces propriétés, la feuille d’étain est capable d’abord de recevoir les impressions qu’y fait le style inscripteur, et ensuite de les rendre à la membrane quand on fait passer une seconde fois le style devant la feuille écrite. Le papier d’étain n’est pas encore, paraît-il, ce qu’il y a de mieux pour cet usage ; M. Edison emploie maintenant des feuilles de cuivre, sans doute de cuivre rouge, très-minces et qui donnent des meilleurs résultats.
- Nous avons supposé implicitement dans ce qui précède que la rotation du cylindre était uniforme ; mais il est clair que le mouvement donné directement par la manivelle ne peut pas être parfaitement régulier. Pour atténuer ce défaut on a mis à la seconde extrémité de l’axe un lourd volant V montré sur notre figure, qui, dans une certaine mesure, coi-rige les variations de vitesse produites par l’action de la main. Il est facile de concevoir des appareils d’horlogerie, grâce auxquels on obtiendrait un mouvement très-uniforme ; c’est un point sur lequel il n’y a pas à insister.
- Quand il s’agit de reproduire des paroles articulées par la voix humaine, les inégalités de vitesse sont de peu de conséquence ; le son monte ou baisse légèrement quand le cylindre se hâte ou se ralentit. Mais quand on reproduit des sons musicaux, le défaut est plus sensible. On comprend en effet que plus la rotation est rapide, plus le son rendu est aigu et la même inscription peut donner des notes très-différentes suivant qu’on tourne plus ou moins vite.
- Et par suite, si on inscrit successivement les quatre notes d’un accord parfait do, mi, sol, do, sur le cylindre, on le rendra juste, à la condition qu’on tourne tout à fait régulièrement et pendant l’inscription et \ endant la reproduction du son ; mais pour peu que la vitesse n’ait pas été uniforme l’une des deux fois, l’accord n’est pas juste.
- On peut noter ici en passant que, avec le téléphone, les sons musicaux sont plus aisément rendus que les articulations de la voix ; tandis que avec le phonographe tel que nous l’avons entendu, c’est l’inverse.
- Nous l’avons dit et nous ne pouvons que le répéter , ces petites imperfections de rendu seront corrigées par des appareils donnant un mouvement très-régulier. D’autre part, M. Edison a récemment annoncé par le télégraphe à son représentant en Europe qu’il était arrivé à reproduire exactement le timbre de la voix humaine. Ce sera une nouvelle merveille ou plutôt un parachèvement d’une merveille mécanique; mais dès à présent on ne saurait trop admirer le résultat obtenu et la simplicité extraordinaire des moyens mis en œuvre pour Contenir.
- Parmi les perfectionnements qui ont été déjà réalisés, paraît-il, par M. Edison, nous en indiquerons un seul : dans de nouveaux appareils le’papier d’étain se place non plus sur un cylindre, mais sur une plaque dans laquelle on a tracé une rainure qui a la forme d’une spirale d’Archimède, ou, pour parler le langage vulgaire, la forme d’un limaçon. Le mouvement de cette plaque est combiné de manière que le style porté par la membrane trace ses inscriptions dans la rainure spirale. Cette disposition est certainement plus compliquée que celle qui a été montrée à Paris; mais elle permet de placer plus aisément et plus promptement la feuille d’étain et surtout elle permet, la feuille une fois écrite, de la placer sur un autre appareil qui fera la reproduction , ce second appareil pouvant être dans une autre ville et dans une autre partie du monde que le premier.
- C’est dans ces conditions qu’il sera possible à la Société française de physique d’entendre une communication verbale de M. Edison, communication qui aura été confiée à l’étain quinze jours auparavant et qui aura passé l’Atlantique dans une enveloppe de lettre. Cette chose extraordinaire n’a pas encore été réalisée, mais elle le sera certainement pour peu que M. Edison veuille continuer de suivre la voie dans laquelle il est entré si brillamment..
- Ajoutons en terminant que le phonographe peut être combiné avec le téléphone, et sans parler de ce qui pourra être fait, disons que des expériences ont été exécutés cette semaine à Bruxelles dans lesquelles la membrane du phonographe était mise, au moment de la reproduction, en présence d’un aimant de téléphone. Les vibrations produites dans la membrane par le style commandé par la feuille d’étain préalablement écrite déterminaient des courants d’induction téléphoniques dans le fil qui entourait l’aimant et se trouvaient reproduites dans un téléphone récepteur placé à distance.
- Bien d’autres expériences de cet ordre sont possibles, mais ce n’est pas ici le lieu de laisser courir son imagination ; contentons-nous d’avoir fait con-
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- naître des choses que les gens les plus autorisés regardaient comme irréalisables, il y a bien peu de temps encore. Sachons nous étonner, sachons jouir de la sut prise et envoyons tous nos compliments ad- ) miratifs à l’heureux et persévérant inventeur, à M. Thomas A. Edison, de Menlo Park, New Jersey (États-Unis d’Amérique). Alf. Niadoet
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- LES PÉRIODES VÉGÉTALES
- DE L’ÉPOQUE TERTIAIRE. j
- (Suite. — Voy. p. 170 et 187.)
- \ V. — Période pliocène.
- Le Callitris Brongniartii, que nous avons signalé dans l’éocène, et qui joue un rôle si considérable dans les gypses d’Aix persiste à se montrer, entouré du même cortège de Cinnamomum ou camphriers.
- Le Séquoia Langsdorfii, le Carpinus grandis, le Dryandroides lignitum, Y Acer trilobatum, le Sa-pindus falcifolius, les Podogonium, Y Acacia parsch-lugiana et bien d’autres espèces que je pourrais citer attestent la permanence des mêmes types, dans un âge déjà postérieur à celui d’Œningen. Il est vrai qu’on ne saurait signaler aucun palmier dans la flore sarmatique, mais nous avons fait voir que ces végétaux étaient déjà fort rares à Œningen. Rien donc ne dénoterait ici de prochains changements, si l’on ne remarquait, auprès de Vienne, la présence répétée de certaines formes, apparemment douées d’une vitalité plus robuste que d’autres et qui, déjà présentes ou abondantes dès le miocène, sont destinées à prolonger leur existence jusqu’au milieu ou même jusqu’à la fin de la période suivante. Ce sont avant tout : Glyptostrobus europœus, Br., Betula prisca, Ett., Planera Ungeri, Ett., Li-quidambar europœum, Al.Br., Platamusaceroides, Gœpp., Parrotia pristina, Ett., Grewia crenata, Ung., Acer Ponzianum, Gaud., A. integrilobum, 0. Web., etc.... La plupart d’entre eux ont été figurés précédemment; je donne ici la représentation de celles qui ne l’ont pas été, et le lecteur doit s’attendre à les retrouver toutes, en remontant la série (fig. 2).
- La flore qui succède immédiatement à celle de l'étage sarmatique, dans le bassin de Vienne, celle des couches à congéries, permet de constater plusieurs changements ; le Callitris et les camphriers ne se montrent plus, les Acacias sont absents ; ces types ont quitté pour toujours notre sol, mais on observe encore celui des Séquoia et, sous le nom de Phragmites, on trouve de vrais bambous ; favorisés sans doute par l’humidité du climat qui tend à s’accroître, nous les verrons persister, associés à nos roseaux, et faire un peu plus tard l’ornement des flores certainement pliocènes de Meximieux et du Cantal. Sur l'horizon des couches à congéries, on voit apparaître aussi, plus fréquemment que
- dans le miocène proprement dit, le hêtre, non pas précisément notre hêtre, Fagus sylvatica, mais un type très-voisin de lui qui s’étend et se propage de toutes parts et qui atteste, par cette extension même, l’influence de l’humidité, si nécessaire à la prospérité de cette essence forestière (fig. 5).
- En Italie, on doit rapporter à un niveau à peu près équivalent à celui des couches à congéries, les flores de Stradella, près de Pavie, et de Senigaglia, dans les Marches; elles dénotent les mêmes combinaisons, en laissant voir plus d’élévation dans la température, à raison de la position plus méridionale de ces deux localités. Les gypses de Stradella montrent l’association du camphrier miocène, Cinnamomum polymorphum, Hr., avec le hêtre, Fagus attenuata, Gœpp., le Charme et divers Érables pliocènes. A Senigaglia, dont la flore est d’une grande richesse, non-seulement les palmiers ont laissé des vestiges certains; mais on observe de plus, à côté de certains types miocènes, comme les Séquoia Stem-bergü et Langsdorfii, le Libocedrus salicornioides, le Taxodium dubium, Gœpp., le Sapindus falcifolius, etc., dont la présence ne saurait être douteuse, des formes de chênes, d’érables, d’ormes, de charmes, de hêtres, de noyers, intimement alliées à celles qui peupleront le pliocène et par celles-ci à des espèces encore vivantes. La flore de Senigaglia est riche également en formes végétales communes aux deux périodes et que nous devons citer comme caractérisant aussi bien le pliocène que le miocène; ce sont principalement les suivantes : Glyptostro-bus europœus, Hr., Salisburia adiantoides Ung. (fig. 4), Planera Ungeri, Ett., Platanus aceroides, Gœpp., Liquidambar europœum, Al. Br., Sassafras Ferretianum, Massai., Oreodaphne Hee-rii, Gaud., Liriodendron Procaccinii, Ung., Tilia mastaiana, Massai., Juglans büinica,Ung., Cercis Virgiliana, Massai., etc. (fig. 5). Ces espèces et bien d’autres que l’on pourrait citer, non-seulement persistèrent en Europe par delà l’âge miocène où l’on commence à les rencontrer, mais elles présentent encore des correspondants directs au sein de la nature actuelle. Ces correspondants sont presque tous, il est vrai, situés hors de l’Europe et plusieurs très-loin de ce continent, en Amérique, comme le Tulipier et le Sassafras ; en Chine ou au Japon, comme le Ginkgo et le Glyptostrobus ; d’autres aux Canaries, Oreodaphne, ou dans l’Asie occidentale, Platane, Planère, Liquidambar. Le plus petit nombre (Cercis, Acei') est demeuré européen ; mais en dépit de cette dispersion, la parenté est si étroite entre les formes restées si longtemps indigènes, si tardivement éliminée de notre sol, et leurs homologues de la nature vivante, qu’il est impos-
- 1 Parmi les espèces mîo-pliocènes de Senigaglia, que représentent nos figures 4 et 5, il faut remarquer les deux chênes, Quercus Fallopiana et Cornaliœ (fig. 5, 1-2) et l’Acer Corna lue (fig. 4, 4). Le Q. Fallopiana reproduit le type de nos robur; le Q- Cornaliœ, au contraire, se rattache de très-près au type infectoria. Quant à l’Acer Cornaliœ il appartient évidemment au groupe do l’Acer opulifolium, Vill.
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- sible de ne pas admettre que les unes et les autres ne soient originairement issues de la même souche.
- La présence répétée du Hêtre et du Platane, et leur association presque inévitable dans ce premier âge, à l’aurore même des temps pliocènes, consti-
- Fig. 1. — Ficus Colloti, Sap.
- 1 et 2. Base et terminaison supérieure d’une feuille. Miocène supérieur d’eau douce de Provence.
- tuent des indices qui ne sauraeint être trompeurs de la douceur et de l’humidité du climat. Un climat extrême ne saurait convenir au Hêtre, auquel il faut des précipitations aqueuses dans toutes les sai-
- Fig. 2. — Espèces mio-pliocènes caractéristiques.
- 1. Gretvia crenata, ling.— 2. Acer Pomianum, Gaud. — 3. Acer integrilobum, 0. Web.
- sons; et des étés sans chaleur n’auraient pu favoriser l’extension du Platane, auquel la chaleur et l’eau sont à la fois nécessaires pour lui faire obtenir tout son développement. Remarquons encore la présence du Tilleul, auparavant inconnu ou très-rare en Europe, relégué plutôt vers les régions arctiques et que
- nous allons maintenant retrouver partout. Remarquons aussi le Tulipier, le Sassafras, le Platane, le
- Fig. 3. — Hêtre mio-pliocène d'Italie ; formes diverses. 1. Senigaglia. — 2. Stradella. — 3. Guarene.
- Liquidambar, le Ginkgo, auxquels la fraîcheur est absolument nécessaire, et qui tous avaient eu, dans
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- Fig. i. — Espèces mio-pliocènes caractéristiques de Senigaglia. 1-2. Salisburia adiantoides, Ung. — 3 Sassafras Ferretianum, Mass. — 4. Acer Cornaliæ, Massai.
- un âge antérieur, les alentours du pôle pour première demeure, avant que l’Europe devenue moins chaude et plus humide, sans cesser encore d’être
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- tempérée, leur eût ouvert des terres, où ces types purent se propager en toute liberté.
- Dans la vallée du Rhône, à la même époque, la mollasse marine de Saint-Fons (Isère) comprend le Platane; les lignites de la Tour-du-Pin montrent ce même Platane associé au Hêtre pliocène (Fagus syl-vatica pliocenica) à feuilles déjà entières et ondulées sur les bords et à une Juglandée voisine de notre Noyer indigène. Par ces lignites, par celles de Hau-terives, par les sables de Trévoux, nous entrons dans le pliocène et nous rencontrons partout le Hêtre, que les cinérites du Cantal vont nous offrir en grande abondance. Cet arbre doit être pour nous
- Fig. 5. — Espèces mio-pliocènes caractéristiques de Senigaglia. i. Quercus Fallopiana, Massai. — 2. Quercus Cornaliæ, Massai. 3. Liriodendron Procaccinii, Ung. — 4-5. Tilia Maslaiana, Massai, (feuille et fruit). — 6-7. Cercis Virgiliana, Massai, (feuille et fruit).
- l’indice le plus précieux du climat que possédait l'Europe d’alors et qui lui permit de conserver dans une association harmonieuse les éléments qui constituent les plus riches forêts du nord, combinés avec ceux qui entrent dans la composition des massifs boisés des îles Canaries et des confins de la région caucasienne.
- Avant de pénétrer au sein de ces forêts primitives encore à l’abri des atteintes de l’homme, trop faible ou trop isolé, trop peu intelligent peut-être pour avoir la pensée de les détruire, imitons ces voyageurs qui abordent par mer une contrée inexplorée, qu’ils viennent visiter : des fouilles opérées par M. le professeur Marion et par moi, près de Va-quières, dans le Gard, donnent la facilité de recon-
- stituer intégralement la végétation qui accompagnait les rives d'un petit fleuve, vers son embouchure. La mer au sein de laquelle venait se perdre ce cours d’eau qui se confondait peut-être avec le Gardon actuel appartient aux premiers temps de la période pliocène, puisque ses dépôts sont immédiatement postérieurs à ceux des couches à congéries. Les eaux probablement limpides du Gardon pliocène étaient ombragées d’un rideau touffu d’Aunes, appartenant à une élégante espèce qui tient le milieu entre un Aune syrien, Alnus orientalis Dne, et YAlnus mari-tima Leg., du Japon. A cet Aune aux feuilles élancées, finement denticulées sur les bords [Alnus sleno-phtjlla Sap. et Mar.) (fig. 6), se mêlaient des Viornes, dont l’une rappelle notre Laurier tin, tandis que
- Fig. 6. — Plantes pliocènes de Vaquières (Gard).
- 1-2. Arundo ægyptia antigua, Sap. et Mar. 2. Tige adulte. 2. Feuille. — 3-5. Alnus Stenophylla,Sap. et Mar. 5-4. Feuilles, b. Fruit. — 6. Viburnum palæomorphum, Sap. et Mar. — 7. Fi-burnum assimile, Sap. et Mar.
- l’autre a son analogue actuel en Chine. Plus loin, des Lauriers, des Érables, de la section de notre Érable à feuilles d’obier, un célastre épineux d’affinité africaine formaient des fourrés, qu’un Smilax sarmenteux rendait inextricables. A 1 écart, non loin des eaux, dans le sable humide, croissait le Glypto-strobus européens, dont l’homologue chinois sert d’encadrement aux rizières de la province de Canton ; mais de plus, à Vaquières, un grand roseau, assimilable à une race, qui de nos jours couvre les bords du Nil ou encore à YArunda mauritanica, Desf., d’Algérie, multipliait ses colonies au contact même de l’eau qui baignait en même temps les touffes d’une élégante fougère, Osmundo bilinica (Ett.), Sap. Cette osmonde offre cette particularité de dénoter la présence d’une section devenue étrangère à l’Europe,
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- où YO. regalis L. est de nos jours l’unique représentant du groupe. Les empreintes de ces espèces, quelques-unes, comme celles du roseau (Arundo œgyptia antigua, Sap. et Mar.), accumulées en masse, ont été recueillies dans la vase sableuse que l’ancien fleuve entraînait jusqu’à la mer, au moment des crues ; elles nous découvrent l’aspect que présentait un petit coin du littoral pliocène.
- Cte G. de Saporta.
- — La suite prochainement. —
- L’ANCIENNETÉ DE L’HOMME
- AU MEXIQUE.
- Notre collaborateur, M. le docteur Hamy, a clos les conférences qu’il a faites au nouveau Musée ethnographique par un examen rapide des documents recueillis sur l’ancien Mexique par les voyageurs français, surtout par ceux qui faisaient partie de la Commission scientifique qui explora ce pays il y a une dizaine d’années. Nous empruntons à cette conférence l’exposé des documents, demeurés jusqu'à présent inédits, qui se rapportent à l’ancienneté de l’homme dans l’Amérique intertropicale et à sa coexistence avec les grands mammifères éteints.
- Après avoir discuté brièvement la valeur des légendes américaines et de celles en particulier qui sc rapportent aux origines de l’homme et aux phénomènes qui ont accompagné l’apparition et la destruction des premières races humaines du Mexique et du Yu-catan, l’orateur a continué à peu près en ces termes :
- « Des diverses races humaines, auxquelles font allusion les anciens récits mexicains, la plus remarquable est sans contredit celle des Quinamés ou géants. L’origine de la légende où ces êtres interviennent est aisée à établir. Elle tire en effet presque constamment sa source des mêmes rappro-ments qui lui ont, presque partout ailleurs, donné naissance. C’est surtout grâce à l’abondance des débris fossiles des grands mammifères, comme l’a depuis longtemps fait remarquer Humboldt, que les traditions gigantologiques se sont propagées et perpétuées à travers les deux Amériques.
- « Au Mexique comme en Colombie, dans l Amé-rique centrale et une partie des États-Unis, les légendes relatives à ces êtres fabuleux sont en connexion intime avec la découverte des ossements ou des dents des mastodontes et des grands éléphants. Ainsi M. Weber, dans la province de Nuevo Leon, a constaté que les os des proboscidiens fossiles portaient parmi les indigènes le nom de huesos de gigante : M. Guillemin-Tarayre dit qu’au sud-ouest du Chi-huahua, avant d’atteindre le Bolson de Mapimi, on voit dans l’alluvion de gigantesques ossements qui ont fait nommer cette partie du territoire llanos de los gigant.es.
- « Les mêmes rapprochements sont habituels aux Indiens du district de Sahuaripa, en Sonora, et jusque dans ces dernières années, la légende des
- géants a trouvé des échos jusqu’à Mexico même.
- « A Tlascala enfin, Bernai Diaz avait pu voir, au moment de la conquête, des os énormes que les chefs tlascaltèques lui donnaient pour ceux des géants que leurs ancêtres avaient détruits, et Ilumboldt n’hésita pas à croire que si lesOlmèques se vantaient, suivant Torquemada, que leurs pères avaient vaincu les Quinamés sur ce même plateau de Tlascala, c’est qu’on y trouve des molaires de mastodontes et d’éléphants que dans tout le pays le peuple prend pour des dents d’hommes d’une stature colossale.
- « Tous les géants américains ne tirent point sans doute leur origine de la présence des ossements fossiles dans les terrains superficiels. Plusieurs d’entre eux semblent bien être la personnification de grands phénomènes naturels commeZipacna et Cabra-kan dans le livres des Quichés. Ailleurs, l’existence de ces êtres extraordinaires sert aussi à expliquer la construction de certains travaux comme ceux de Cho-lullan qu’il paraît impossible au peuple d’attribuer à des hommes ordinaires et dont il fait l’œuvre du gigantesque Xelhua.
- « Mais les proboscidiens jouent, en somme, le rôle de beaucoup le plus important dans l’histoire des géants du Mexique et de l’Amérique centrale, et les Quinamés, en particulier, ne sont autres que ces éléphants colombiens (E. Colombi) dont de nombreux débris parvenus au Muséum de Paris ont fourni à M. Gaudry les éléments d’une précieuse monographie qui ne peut plus tarder longtemps à paraître.
- « Dans la légende, les Quinamés sont détruits par les Olmèques. Ces Olmèques ne sont plus des êtres imaginaires comme les Quinamés ou Tzocuilloques, les fils de Xelhua et Yukub-Cakix. Avec les Xicalan-ques, les Mixtèques et les Zapotèques, ils ont formé une première couche ethnique étendue sur presque tout le Mexique et dont on retrouve l’équivalent en d’autres régions américaines, et notamment sur ce Rio Gila dont nous étudiions ensemble, il y a quelques jours, les fameuses Casas Grandes.
- « Mais ces Olmèques sont-ils les premiers indigènes qui aient peuplé le Nouveau Monde ? Leur existence remonte-t-elle assez loin pour qu’ils aient vécu aux côtés de VElephas Colombi et des mastodontes ? Les restes humains ont toujours fait défaut jusqu’à présent au Mexique dans les alluvions qui renferment les débris de ces animaux; il est par Conséquent impossible de répondre à ces deux questions dans l’état actuel de la science.
- « Tout ce que l’on peut affirmer, c’est que, conformément à la tradition, un homme, dont les caractères anthropologiques sont encore indéterminés, vivait déjà avant les derniers événéments géologiques qui ont donné à l’Amérique sa conformation actuelle, et qu’au Mexique en particulier, cet homme fut le contemporain des animaux gigantesques dont, suivant les récits indigènes, les Olmèques avaient achevé ia destruction. Nous savons, en effet, depuis les recherches des explorateurs français, que des silex manifestement travaillés par la main de l’homme
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- se rencontrent, de temps à autre, dans les dépôts qui contiennent les dents et les os de YElephas Colombi.
- « M. Guillemin-Tarayre a même consacré à l’exposé rapide des quelques fnits se rapportant à cette intéressante question plusieurs pages de l’intéressant rapport que je place ici sous vos yeux. Au moment où ce voyageur parcourait le nord du Mexique, les localités, dans lesquelles la coexistence de l’homme et des mammifères éteints avait été observée n’étaient déjà plus rares dans les départements septentrionaux de ce pays. Seulement les renseignements qui se rapportaient aux découvertes que l’on y avait faites, manquaient encore généralement de précision. On avait signalé, par exemple, à M. Guillemin-Tarayre, dans les alluvions des environs de Chihuahua la rencontre de dents d’éléphant avec quelques indices de la présence de l’homme, sans l’éclairer sur la nature et sur la valeur des preuves de la contemporanéité des deux espèces. M. Calvo, vice-consul de France à Guaymas; M. Etchegouren, consul d’Espagne à Mazatlan; M. le curé de Jalisco, près Tepic, lui avaient montré des pierres taillées provenant de la Sonora, du Sinaloa et du Jalisco, dont quelques-unes passaient pour avoir été extraites des alluvions anciennes, mais sans que le gisement en ait été sciem tifiquement établi.
- « A Durango on lui affirmait, sans plus de précision, que des restes de grands éléphants avaient été trouvés près de cette ville avec des « haches de belle dimension. » Enfin, on lui apprenait que quelques instruments de pierre avaient été « accidentellement rencontrés » au pied de la Sierrania de Zacatecas, dans les terrains de Cieneguilla, non loin d’une tête entière d’éléphant avec ses défenses.
- « Absorbé, durant ses courses rapides à travers le nord et le centre du Mexique, par les études spéciales qui lui avaient été confiées par la Commission scientifique, M. Guillemin-Tarayre dut se borner à enregistrer les faits qui lui étaient indiqués, sans pouvoir en approfondir l’étude ; mais l’attention de quelques chercheurs avait été éveillée par l’espèce d’enquête archéologique et ethnographique que notre compatriote avait instituée tout le long de sa route, et dans les provinces centrales deux découvertes se faisaient peu de temps après son passage, qui venaient mettre à peu près hors de doute le gisement dans les alluvions quaternaires d’instruments travaillés suivant les formes considérées en Europe comme les plus anciennes.
- « M. Franco expédiait à la Commission scientifique française en 1869, parmi d’autres objets recueillis dans le département de Jalisco, une petite hache que voici (fig. 1 et 2), découverte dans l'alluvion ancienne du Rio de Juchipila, affluent de droite du Rio Grande de Santiago, près de la vieille ville chichimèque de Teul, capitale de la confédération des peuplades du Nayarit. Cette hachette, faite de ce silex grisâtre, à l’aspect un peu gras et à la cassure esquilleuse, qu’on nomme chéri aux États-Unis, mesure 47 millimètres de long sur 31 de large et un peu moins de
- 10 d’épaisseur. C’est, comme vous le voyez, une réduction des instruments si bien connus de la plupart d’entre vous sous le nom de haches de Saint Acheul. Profondément cacholongée, elle avait dû longtemps subir l’action des agents amosphériques avant de se trouver enfouie dans le dépôt d'où l’a fait sortir le pie du fouilleur. Elle ne porte aucune trace de roulis. Les deux faces en ont été obtenues à l’aide de quelques grands éclats ; de petites cassures secondaires ont donné assez régulièrement aux bords, rendus partout tranchants, la forme dite en langue de chat.
- «C’est dans le Guanajuato qu’a été faite la seconde découverte relative aux habitants primitifs du Mexique central. M. Guillemin-Tarayre avait mentionné la trouvaille dans le lit des ruisseaux qui débouchent des canadas supérieures de la Sierrania de Guanajuato dans la cafiada de Marfil, « de nombreuses haches de grandeurs variées » et de débris fossiles, parmi lesquels il citait une dent ayant appartenu à un individu du genre bos. M. Alphonse Pinart a bien voulu me communiquer une pièce tirée de l’admirable collection d’antiquités mexicaines que vous voyez groupée dans cette salle. Cette pièce, qui provient du Guanajuato, au lieu de s’être rencontrée, comme celles que cite M. Guillemin-Tarayre, roulée dans quelque cours d’eau, gisait, au moment de sa découverte, en plein dépôt quaternaire, non loin de la ville même de Guanajuato. Ce n’est plus une hache, comme dans le Jalisco ou dans les caîla-das mentionnées ci-dessus, c’est une lance du type que les archéologues nomment type du Moustier qu'à mise cette fois au jour la pioche des mineurs mexicains (fig. 3). Jé vous présente cette belle pièce dans toute son élégance et son habileté de facture. Un seul coup l’a détachée de son nucléus, et la surface con-cboïdale produite par ce choc, et au départ de laquelle se voit nettement le bulbe de percussion, compose à elle seule, comme dans toute pièce appartenant à ce type d’instruments primitifs, la face inférieure. La face supérieure est déterminée par deux plans à angle très-obtus ; la hampe présente quelques encoches destinées à favoriser l’emmanchement, la pointe est extrêmement aiguë et les bords, adroitement retaillés à petits coups, divergent puis convergent d’une extrémité à l’autre avec une remarquable régularité, de manière à donner à peu près à l’ensemble les contours de la feuille du laurier. La longueur de cette pointe de lance est de 107 millimètres, sa largeur en atteint 46 et son épaisseur maxima n’est pas de moins de 1 centimètre. Elle est en chert comme la hache du Rio de Juchipila. Sa couleur est d’un gris brunâtre légèrement veiné de brun et de blanc : elle est faiblement translucide sur ses bords, son aspect est un peu cireux et les cassures sont esquilieuses, mais à un moindre degré que nous venons de le voir.
- « J’ai maintenant l’honneur de vousprésenter(fig.4) le troisième et dernier témoin qu’il m’ait été donné d’interroger sur la contemporanéité de l’homme et des grands animaux éteints dans l’Amérique espa-
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- gnole. Ce n’est pas celui dont 1 a déposition se montre la moins nette ni la moins intéressante. Cet instrument, pris sur un gros fragment de chert d’un gris bleuâtre et noirâtre par place, auquel l’ouvrier primitif a laissé sur près d’un tiers de l’une de ses faces l’écorce naturelle blanchâtre ou brune, rugueuse et tourmentée, est une sorte de grattoir du type du Moustier, c’est-à-dire offrant encore l’une des faces sans aucun travail spécial, mais assez régulièrement travaillée sur l’autre pour offrir dans les trois quarts au moins de sa circonférence une courbe régulière obtenue en enlevant obliquement une série d’éclats excentriquement allongés, et en retouchant à petits coups les contours ainsi obtenus.
- « Ce grattoir, qui devait fournir un outil d’une certaine puissance, ne pèse pas moins de 147 grammes et mesure 77 millimètres de longueur, 68 de largeur et 28 d’épaisseur. Il a longtemps figuré dans la collection de M. Boban, récemment acquise par M. Alph. Pinart. M. Boban se l’était procuré pendant une fouille pratiquée à une grande profondeur, dans des dépôts quaternaires non remaniés, pour établir des travaux de défense aux abords de Mexico. Le terrain est presque en tout semblable à ceux qui, à Huehuetoca, à Toluca, à Texcoco, etc., dans le même bassin de l’Anahuac, contiennent les nombreux débris d’Elephas Colombi signalés par M. II. Milne Edwards à la Commission scientifique du Mexique en 1865 et 1866. Le grattoir y était enfoui à 8 mètres environ de profondeur.
- « L’existence d’un homme contemporain des grands probosci-diens, aujourd’hui disparus , semble donc établie aussi bien et de la même façon dans l’Ana-huac que dans la vallée du Rio Grande de Santiago.
- « On sait que, depuis quelque temps déjà, des faits, pour la plupart de même nature, ont
- Fig. 1 et 2. nachetfè des alluvions du Rio de Juchipila.
- Fig. 3. — Lance trouvée dans les alluvions, près Guanajuato.
- Fig.
- 4. — Grattoir des alluvions de la vallée de Mexico.
- été signalés en divers points des États-Unis. Je vous rappellerai seulement ceux qu’a fait connaître le professeur Daniel Wilson et qui révèlent l’existence à une époque reculée au Kansas, dans le Wisconsin, l’État de New-York,etc., d’un être humain se fabriquant des instruments de pierre qui rappellent, presque toujours, comme ceux que nous venons d’étudier au Mexique, les silex taillés des terrains quaternaires de la Seine, de la Somme ou de l’Oise.
- « Si l’instrument de pierre, trouvé par Scott à 14 pieds de profondeur dans le drift de Pike’s peak (Kansas), n’a pas une forme bien caractérisée, quoique son travail soit aussi grossier que celui des plus anciens outils de l’homme quaternaire européen, la hache de Lewiston (New-York), trouvée en creusant un puits à une profondeur qui n’a pas été déterminée, est absolument identique à celles de Saint-Acheul, Abbeville, etc., désignées par M. Evans sous le nom de haches amygdaloïdes. Les quarante et quelques instruments découverts par le docteur Hoy, à 2 pieds et demi de profondeur dans l’argile, immédiatement sous une couche de tourbe, près Racine (Wisconsin) et dont deux exemplaires figurent dans les collections de l’Institut Smithsonien, à Washington, ressemblent à celui de Lewiston.
- « Enfin, l’instrument du Texas, déposé dans le même Musée, reproduit le même type avec sa rudesse et ses irrégularités de fabrication.
- « Aux États-Unis, comme au Mexique, les premiers vestiges de l’homme sont donc exactement semblables à ceux qu’il a laissés en Europe, et ce n’est point le côté le moins saisissant de tout cet ensemble de découvertes que celui qui nous montre, au Nouveau Monde, comme dans l’Ancien, l’humanité placée dans des milieux à peu près semblables, aborder avec des moyens presque identiques la lutte pour la vie. » E. T. Hamï,
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- COLONNE LUMINEUSE
- OBSERVÉE A LOGELBAGH (ALSACE)
- LE 23 MARS 1878.
- Un de nos correspondants, M. Trincano, nous envoie la description de ce eu-vieux phénomène, dont nous avons à plusieurs reprises parlé à nos lecteurs1 :
- Au moment où je me mis à l’e'tu-dier, la colonne de lumière avait atteint une hauteur de 25 à 28°; sa largeur, restée constante pendant tout le temps de l’observation, mesurait 20 à 2°5 : le ciel brumeux et sombre au point d’émergence, faisait ressortir plus vivement cette bande
- verticale d’un rouge cendré à l’horizon, se dégradant en rouge orangé au zénith.
- L’éclat de cette colonne a peu varié de 6 h. 30' à 7 heures ; durant ce temps, elle s’était transportée horizontalement de 4° à 5°. C’est à 7 heures qu’apparaît le disque solaire d’un rouge indigo. Le ciel, par des dégradations de teintes, semblait refléter les nuances d’un immense spectre solaire; sauf l’intensité, toutes les couleurs s’y trouvaient dans leur gamme harmonieuse.
- Tranchant sur ces bandes horizontales, la colonne lumineuse se détachait brillante et vive dans les teintes du rouge vif au jaune d’or.
- Une minute après son lever, le soleil était incandescent; la colonne s’est alors successivement repliée sur son disque de feu et a persisté pendant plus de cinq minutes à l’état rudimentaire d’une houppe lumineuse de 3° de hauteur, puis a complètement disparu.
- 1 Voy. 4* année, 1876, 2* semestre, p. 167, et 5 année, 1877 l,r semestre, p. 400.
- Fig. 1 et 2. — Colonne de lumière observée au Logelbach (Alsace), le 22 mars 1878.
- 6h 30" matin. 71» matin.
- Fig. 3. — Aspect du phénomène à 7k 15* matin.
- SOCIÉTÉ FRANÇAISE DE PHYSIQUE
- Séance du 1*’ mars 1878.
- M. Berlin, présente au nom de M. Duboscq, quelques applications nouvelles qu’a faites ce dernier de son dispositif général pour la projection de phénomènes se produisant dans un plan horizontal. Il s’agit ici d’objets opaques. M. Berlin montre comment M. Duboscq parvient à les éclairer suffisamment, et à renvoyer ensuite leur image sur le tableau. M. Duboscq fait ensuite sous les yeux de la Société, les expériences suivantes : 1° L’expérience d’Arago dans laquelle un barreau aimanté horizontal est entraîné par le mouvement de rotation d’un disque de cuivre placé parallèlement au-dessous de lui. 2e Si le disque est coupé le mouvement du barreau n’a plus lieu. 3° Réciproquement la rotation du barreau entraîne celle du disque. 4° Des fragments de camphre déposés sur une couche d’eau y prennent un mouvement dn rotation rapide, qu’arrête instantanément la présence d’un corps gras. 5° Si un mouvement synchrone de période convenable, est produit normalement en certains points d’une surface de mercure, il s’y produit un régime permanent d’ondes dont la forme dépend du contour du vase et de la position des centres d’ébranlement. M. Duboscq se servant d’un diapason entretenu électriquement, montre successivement le phénomène avec un vase de forme elliptique ébranlé en un foyer de forme circulaire, ébranlé soit au centre ou en un point quelconque, et enfin de forme carrée avec deux centres d’ébranlement.
- M. Mercadier annonce à la Société qu’en cherchant à produire des interruptions de courant au moyen du contact d’un corps solide et d’une surface liquide de mercure, il a observé des phénomènes qui l’ont amené à reprendre l’étude de la vitesse des ondes à la surface d’un liquide.il énonce quelques-uns des résultats nouveaux qu’il a déjà obtenus
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- LA NATURE.
- et promet de les compléter dans une prochaine séance.
- M. Javal, expose les débuts d’un travail dans lequel il se propose d’étudier l’influence de la forme des caractères d’imprimerie sur le développement de la myopie. Il résume les phases principales par lesquelles ces formes ont passé à travers les âges. Après avoir fait la part de l’hérédité et des différentes causes locales, il serait disposé à attribuer à l’usage des caractères gothiques, si peu dis tincts souvent les uns des autres, la proportion considérable de myopes que l’on rencontre en Allemagne.
- LES ENCHAINEMENTS DU MONDE ANIMAL
- d’après le livre récent de m. gaudry.
- (Suite et fin. — Voy. p. 214 et 243.)
- Sous le nom de Proboscidiens, on range dans les classifications modernes les Dicrotherium, les Mastodontes et les Éléphants, c’est-à-dire les plus grands de tous les mammifères terrestres. Pendant la période tertiaire, cet ordre était déjà représenté par des espèces plus imposantes encore que celles de la nature actuelle, et entre autres par le Dinothérium, qui mesurait plus de 4 mètres et demi de haut, mais il ne devait pas remonter plus loin dans la série des âges. Ce fait mérite d’être noté par tous ceux qui admettent que les types les plus parfaits et les plus divergents sont ceux qui ont apparu les derniers. Les Proboscidiens, en effet, sont à beaucoup d’égards supérieurs aux autres Ongulés, et, comme les Onguiculés, sont doués de la faculté de préhension; seulement celle-ci, au lieu d’être l’apanage des membres antérieurs, réside dans une trompe constituée par un prolongement de l’appendice nasal. L’un des premiers Proboscidiens que l’on connaisse, le Mastodon angmtidens, s’éloignait sensiblement des espèces actuelles par la forme de ses molaires, leur mode de remplacement, le nombre et la dimension de ses défenses, l’élévation de sa tête, l’allongement de son corps, etc., mais entre lui et les formes modernes, de nombreuses espèces s’intercalent qui établissent la gradation : M, Gaudry cite, par exemple, le Masti-don tapiroides ou turicensis du miocène moyen de Simorre (Gers) dont les molaires, dans le jeune âge, ressemblent à celles du Mastodon angustidens et offrent, à l’âge adulte, le type tapiroïde, étant hérissées de saillies onguleuses, disposées en collines transverses. Parfois le nombre de ces collines augmente et il s’interpose entre elles une certaine quantité de cément ; ainsi s’établit une transition vers les Éléphants actuels; c’est ce qu’on observe chez divers Mastodontes fossiles de l’Inde. Il est donc impossible d’établir la limite entre les molaires des Mastodontes omnivores et celles des Éléphants herbivores. Les incisives ne fournissent pas de meilleurs caractères pour séparer les deux groupes. Chez les Mastodontes, il y a souvent des défenses aux deux mâchoires ; chez les Éléphants, au contraire, il n’y a pas de défenses à la mâchoire intérieure et les défenses
- supérieures acquièrent parfois un énorme développement. Mais il y a des transitions entre ces deux extrêmes, puisque le Mastodon arvernensis n’avait point de défenses inférieures et que le Mastodon americanus n’en possédait que dans le jeune âge. La hauteur des molaires et la longueur des incisives variant non-seulement d’un genre, mais d’une espèce à l’autre, il en résulte naturellement des différences dans le développement des muscles releveurs, dans la saillie de la partie postérieure du crâne, et conséquemment dans la forme de cette boîte osseuse. Il serait tout aussi facile, dit M. Gaudry, de montrer des gradations analogues dans l’allongement des membres, et particulièrement des membres antérieurs, dans les dimensions du corps et de la région cervicale, etc. Les Éléphants se rattachent donc aux Mastodontes et en sont probablement dérivés. Il n’en est pas de même des Dinothérium qui se sont éteints sans laisser de postérité et qui constituaient un type spécial parmi les Proboscidiens. Ces animaux, en effet, par leurs défenses fortement recourbées vers le bas (fig. 1) présentent un aspect si étrange qu’on a longtemps méconnu leurs affinités zoologiques et qu’on les a rangés primitivement parmi les Mammifères aquatiques. Actuellement encore, tout en les plaçant parmi les Proboscidiens, on ne peut les faire dériver d’aucun type plus ancien. Il en est de même, du reste, des Mastodontes dont il est impossible jusqu’ici d’établir la filiation d’une manière satisfaisante.
- Comme nous l’avons dit plus haut, les Onguiculés se distinguent en général des Ongulés par leurs membres antérieurs servant à la fois à la préhension et à la locomotion. Tous, néanmoins, ne possèdent pas au même degré la faculté de saisir les objets avec les pattes de devant, et l’on constate à cet égard de nombreuses différences en passant en revue les Édentés, les Rongeurs, les Insectivores et les Chéiroptères qui composent le grand groupe des Onguiculés. La plupart de ces animaux sont actuellement cosmopolites : les Édentés, toutefois, font exception à cette règle et sont maintenant confinés sur le continent américain, où ils vivaient déjà pendant la période quaternaire et même à la fin de la période tertiaire. Mais, avant cette époque, l’Amérique ne comptait point d’Édentés, et l’Europe, en revanche, qui en est aujourd’hui totalement privée, possédait, au commencement de la période tertiaire, divers représentants de cet ordre. Les Édentés doivent néanmoins être considérés comme des Mammifères d’origine assez récente, et puisqu’ils sont en même temps frappés d’une sorte d’infériorité organique, ils semblent fournir des arguments aux adversaires de la doctrine de l’évolution. Toutefois, dit M. Gaudry, il importe de remarquer qu’il y a parmi les animaux deux sortes d’infériorité, l’une résultant de ce que ces êtres n’ont pas encore atteint leur maximum de développement, l’autre de ce qu’ils l’ont dépassé. Peut-être les Édentés sont-ils dans ce der-
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- nier cas, et doivent-ils être considérés comme les descendants dégénérés d’autres Mammifères. 11 faut avouer cependant qu’il est difficile de rattacher à une forme antérieure le Macrotherium découvert parÉd. Lartet dans le célèbre gisement de Sansan. Chez cet Édenté, en effet, les pattes offrent un mécanisme tout particulier, les ongles énormes qui les terminent étant susceptibles de se redresser pendant la marche, non pas seulement comme chez les Chats par un relèvement des phalanges unguéales, mais par un renversement de toutes les phalanges sur les métatarsiens et les métacarpiens. Les os des doigts, de l’avant-bras et du bras étaient conformés comme chez les animaux grimpeurs, et les membres postérieurs étaient plus longs que les membres antérieurs, à l’inverse de ce que l’on observe chez la plupart des Mammifères quaternaires, les mains étaient portées en dehors, et, par la soudure du radius et du cubitus qui, d’après Lartet, s’opérait chez les vieux individus, les mouvements de supination étaient impossibles comme chez les Pangolins. Peut-être, cependant, en dépit de cette organisation de Grimpeur, le Macrotherium cheminait-il péniblement sur le sol. En tout cas, son proche parent, PÂncilotherium, animal encore plus massif et plus robuste, était un mammifère marcheur, car, tout en ayant les extrémités conformées comme le Macrotherium, il était mieux d’aplomb sur le sol, ses quatre membres atteignant à peu près la même longueur. Grâce à ce type étrange, la distance qui sépare les Édentés des Ongulés se trouve légèrement diminuée.
- Tandis que les Édentés présentent des signes de décrépitude, les Rongeurs ont un air de jeunesse, si l’on peut s’exprimer ainsi, et semblent être des Mammifères dont l’évolution n’est pas terminée. Par la petitesse de leur vésicule allantoïde (c’est-à-dire d’un organe important du fœtus qui concourt à la formation du placenta), ces Onguiculés se placent jusqu’à un certain point entre les Marsupiaux et les Placentaires. Il est donc probable qu’on trouvera un jour leurs restes dans les terrains où l’on a découvert les vestiges des plus anciens Mammifères placentaires. Malheureusement les Rongeurs sont, en général, des animaux de si petite taille, que leurs ossements échappent facilement aux investigations. Il est certain, cependant, qu’ils remontent à une époque assez reculée, puisqu’ils offrent des divergences notables avec les Mammifères des autres ordres, et même avec les Ongulés avec lesquels M. Forsyth Major leur trouve certains points de contact. Pendant la période tertiaire vivaient déjà des formes analogues à celles qui peuplent actuellement notre monde : le gypse de Montmartre, les terrains miocènes de Saint-Gerrand, de Sansan et d’Eppelsheim renferment des débris d’Écureuils, de Spermophiles, de Castors, de Porcs-Épics et de Lièvres, les Titano-mys ne diffèrent des Lagomys que par l’absence de la troisième arrière-molaire, les Palœolagus du Nébraska ressemblent beaucoup aux Léporides, les Plesiosarctomys aux Marmottes, les Myiarion aux
- Rats américains, etc. Des remarques analogues peuvent être faites à propos des Insectivores qui ont également laissé de nombreux vestiges dans nos terrains miocènes, vestiges qui établissent des connexions évidentes entre des familles aujourd’hui très-distinctes. Enfin, les Chéiroptères contemporains de la formation des phosphorites du Quercy, du plâtre de Montmartre et du gypse d’Aix, se rapprochent tellement de nos Chauves-Souris, qu’ils peuvent être considérés comme leurs ancêtres directs.
- Comparant ensuite les Carnivores de la forme moderne à ceux de la faune tertiaire, M. Gaudry découvre des liens de parenté tout aussi frappants que chez les herbivores : l’Ours du pliocène d’Auvergne a de très-grandes affinités, paraît-il, avec l’Ours rayé de l’Amérique du Sud, l’Hyène du miocène de Perrin avec l’Hyène tachetée, l'Hyœna eximia de Pikermi avec l’hyène brune; l'Hyœna arvernensis avec l’Hyène rayée. Les Chiens, les Chats et les Loutres du pliocène de Perrier et de Montpellier, du crag d’Angleterre, du miocène moyen de Sanson et du miocène supérieur d’Eppelsheim, se rattachent d’une manière aussi incontestable aux espèces actuelles. Mais il y a plus : de nos jours, comme chacun sait, les carnassiers présentent de très-grandes diversités, sous le rapport du régime et du genre de vie, les uns comme l’Ours étant plus ou moins omnivores, les autres comme le Lion se nourrissant de chair fraîche, d’autres enfin comme l’Hyène se nourrissant de cadavres. En conséquence, ils offrent des différences considérables dans l’allongement et la force des pattes, la puissance des mâchoires, la forme des dents et la proportion des molaires broyeuses ou tuberculeuses aux molaires tranchantes ou carnassières. Or, la paléontologie a révélé l’existence, dans les temps tertiaires, de types mixtes reliant les uns aux autres des groupes aujourd’hui bien tranchés L’Àmphicyon, par exemple, pourvu d’une dentition analogue à celle des Chiens, a cependant les canines plus longues et plus droites que ces derniers animaux, les prémolaires et les carnassières plus petites, les tuberculeuses au contraire plus étendues. Le caractère à'Ours, imprimé par le développement des tuberculeuses, est encore plus marqué chez YHyœnarctos, qui nous conduit directement à l’Æluropus, ce carnassier remarquable du Tibet qui se rapproche à la fois des Blaireaux et des Ours4. Les Civettes actuelles ont à la mâchoire inférieure une tuberculeuse de moins que les Chiens; mais les Cynodon, dont le docteur Fi-lhol a signalé dix-sept espèces dans les phosphorites du Quercy, présentent des oscillations tantôt vers le type Ours, tantôt vers le type Chien. Chez les Hyènes les tuberculeuses sont ordinairement très-réduites ; chez les Civettes, au contraire, elles sont assez grandes ; mais dans le genre lclitherium ces mêmes dents présentent tantôt d’aussi faibles dimensions que chez les Hyènes, tantôt le même développement
- 1 Yoy. la Nature, n° du 3 juillet 1875 : les Mammifères du Tibet oriental, p. 65.
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- que chez les Civettes. Enfin chez les Chats de la faune actuelle, on ne voit ni tuberculeuse inférieure ni seconde prémolaire, mais dans les Félidés des terrains tertiaires de l’Europe et de l’Amérique, on observe parfois soit une deuxième prémolaire, soit une petite tuberculeuse comme chez les Putois. Il résulte de là que, comme les herbivores, les carnivores des temps passés se relient à ceux des temps modernes, tout en offrant quelques types qui ont disparu sans laisser de descendants. Parmi ces derniers on peut citer le terrible Machœrodus dont la mâchoire supérieure était armée de deux canines extraordinairement allongées et tranchantes comme des lames de poignard.
- Parmi les Quadrumanes, c’est-à-dire parmi les animaux qui ont le pouce opposable aux autres doigts non-seulement aux membres antérieurs, mais encore et surtout aux membres postérieurs, M. Gau-dry , pour ne pas bouleverser les idées généralement reçues, laisse encore les Lémuriens, que d’autres naturalistes placent probablement avec raison dans un groupe à part, et qui ont laissé quelques vestiges dans nos terrains tertiaires. Un de ces Lémuriens, voisin des Lémur proprement dits, et des ïiapaie-mur,& été signalé en 1862, par M. Rütimeyer, dans le terrain sidérolithiqued’Egerkingen, près Soleure; en outre, allié aux Galagos et aux Indris, a été découvert en 1871, par M. Delfortrie, dans les phos-phorites de Beduer (Lot); enfin, plus récemment encore, M. le docteur Filhol a fait connaître deux espèces du même ordre, provenant des phosphorites de Quercy. Mais l’animal que M. Delfortrie avait nommé Palœoelmur et qui doit être rangé dans le genre Adapis, se relie, suivant M. Gaudry, par l’intermédiaire des Aphelotherîum, aux Ongulés dont les affinités avec les Lémuriens avaient été déjà signalées du reste par MM. A. Milne Edwards et
- Grandidier, dans leur grand ouvrage sur Madagascar.
- Comme les Lémuriens, les Singes paraissent avoir été jadis plus rapprochés des autres ordres qu’ils ne le sont aujourd’hui. Parmi les Pachydermes, le Ce-bochcerus des lignites de la Débruge offre quelques caractères simiens ; on peut en dire autant de YHy-racotherium que M. Owen, d’après l’examen des dents, avait d’abord considéré comme un véritable singe (Macacus eocenus). D’un autre côté, parmi les singes, Y Oreopithecus, du terrain miocène de l’Italie, présente dans sa dentition quelques analogies
- a vec les Chœro-potamus; mais ce sont là évidemment des affinités d’assez faible valeur, et sur lesquelles M. Gaudry ne prétend pas s’appuyer pour établir la filiation des Quadrumanes. Ce qui est certain, c’est que des restes de diverses espèces de singes, et entre autres de Sem-nopithèques et de Macaques, ont été découverts par MM. Baker, Durand, Falconer et Cautley dans les collines Se-walik et par M. Gervais aux environs de Montpellier et que, par conséquent, les vrais Quadrumanes datent au moins du milieu de l’époque miocène. Mais le seul singe fossile, dont on possède le squelette à peu près complet, est le Mesopithecus Pentelici qui a été signalé d’abord par M. Wagner et dont M. Gaudry a recueilli de nombreux ossements à Pikermi (fig. 2). L’angle facial, de 57 degrés, semble annoncer une intelligence relativement développée, les dents dénotent un régime qui n’était pas exclusivement frugivore, l’égalité à peu près complète des deux paires de membres révèle un animal marcheur, enfin l’accumulation des ossements dans un même lieu indique une espèce qui vivait en petites troupes. Par l’ensemble de ces caractères, ce Mesopithecus était, comme on peut le prévoir d’après le nom, une espèce intermédiaire
- Fig. 1. — Crâne du Dinothérium giganteum, vu de profil. (1/12 grand, nat.)
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- entre deux genres actuels, le genre Semnopithèque et le genre Macaque.
- Édouard Lartet a fait connaître de son côté le Pliopithecus antiquus, animal plus ou moins voisin des Gibbons, et le Dryopithecus dont on ne possède malheureusement que l’humérus et une portion de la mâchoire inférieure, mais qui était certainement un singe très-élevé en organisation. « Ce Dryopithecus, dit M. Gaudry, se rapproche de l’homme par plusieurs particularités ; la taille devait être à peu près la même, les incisives étaient petites, les arrière-molaires avaient des mamelons moins arrondis que les races européennes, mais assez semblables aux mamelons des molaires d’Australiens; on a supposé (cela n’est pas certain) que la dernière molaire poussait après la canine comme la dent de sagesse chez l’homme. A côté de ces ressemblances, il y a une différence qui frappe aussitôt qu’on place une mâchoire humaine au-dessous de la mâchoire du Dryopithecus : dans une mâchoire humaine où la première arrière-molaire est plus forte que chez le Dryopithecus, la canine et les prémolaires sont au contraire plus faibles; cette différence est d'une importance considérable, car le raccourcissement des dents de devant est en rapport avec le peu de saillie de la face et, en conséquence, est une marque de la supériorité humaine ; ce qui caractérise essentiellement la tête de l’homme, c’est un développement extrême des os qui entourent l’encéphale, siège de la pensée, et une diminution des os de la face tellement grande qu’au lieu de former un museau ils ne sont plus que la façade de la tête. »
- Si M. Gaudry insiste autant sur ces différences, c’est que plusieurs naturalistes ont cru découvrir des traces d’incision sur des ossements d’animaux extraits du terrain miocène, et que M. l’abbé Bourgeois a rassemblé toutq une collection de silex provenant des calcaires de Beauce, et offrant à ses yeux la forme de couteaux, de grattoirs, de suçoirs. Or jusqu’à présent, malgré les plus actives recherches, on n’a pu découvrir le moindre osse-ment humain à ce niveau, bien inférieur à celui de Pikermi et d’Eppelsheim ; on est donc forcé ou de révoquer en doute l’exactitude des observations faites par plusieurs paléontologistes, ou d’admettre que
- Fig. 2. — Squelette du Mesopithecus Pentelxci (femelle), vu de profil. (1/5 grand, iiat.)
- des fouilles plus heureuses mettront au jour quelque débris de l’espèce humaine, sans doute fort peu nombreuse à cette époque reculée, ou enfin de supposer que les silex recueillis par M. l’abbé Bourgeois sont l’œuvre des ancêtres de l’homme, et peut-être des Dryopithecus. Cette dernière hypothèse peut sembler bien hardie ; M. Gaudry est cependant tenté de l’accepter de préférence à toute autre, se refusant à croire que l’espèce humaine ait été à l’époque miocène moyenne ce qu’elle est aujourd’hui, et qu’elle ait traversé sans changements un si long espace de temps alors que les autres formes animales se modifiaient autour d’elle.
- Dans l’ensemble de ses études, M. Gaudry a puisé la conviction que toutes les créatures ont été éphémères, et que celles dont la vie est la plus courte sont précisément celles qui ont été les plus puissantes, comme le Dinothérium, YAnthracotherium, le Sivatherium, YHelladotherium, le Machœro-
- dus, etc. Mais à côté de ces êtres dont la force vitale s’est, pour ainsi dire, épuisée de bonne heure et qui se sont éteints sans postérité , il en est d’autres dont les descendants sont encore florissants dans la nature actuelle. La paléontologie ne révèle pas seulement les liens de parenté entre ces espèces modernes et leurs ancêtres, elle permet de découvrir les liens qui rattachaient jadis les uns aux autres des genres, des ordres et des groupes qui semblent maintenant séparés par des abîmes. Dans les changements successifs subis par les mammifères, depuis le commencement de la période tertiaire jusqu’à nos jours, les conditions extérieures ont eu certainement une large part : ainsi l’épanouissement de la famille des Graminées qui datent de la période tertiaire, et le dessèchement de certains bras de mer qui faisaient obstacle aux migrations, ont dû évidemment favoriser la multiplication des Herbivores ; mais il ne faudrait pas s’exagérer l’influence des milieux; car de nos jours quelques contrées chaudes, dont l’état physique n’a pas sensiblement changé depuis la fin des temps miocènes, possèdent néanmoins une population animale toute différente. Pour aborder l’étude approfondie des procédés au moyeu desquels les modifications des espèces se sont opérées, il faudrait posséder des matériaux bien plus
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- nombreux que ceux que la physiologie a mis jusqu’à présent à notre disposition ; aussi M. Gaudry a-t-il cru devoir laisser de côté ces questions encore si obscures qui constituent l’essence du Darwinisme. Son travail est donc dégagé de ces théories nébuleuses dans lesquelles s’égare trop souvent l’école allemande, il ne s’appuie que sur des faits bien établis ; en un mot c’est, avant tout, une œuvre rigoureusement scientifique; mais en même temps, grâce aux figures exécutées par l’un de nos plus habiles artistes et semées avec profusion dans le texte, grâce à la clarté de l’exposition, à l’art avec lequel les faits sont groupes, ce livre sera lu partout avec grand intérêt et inspirera, nous l’espérons, à de jeunes travailleurs, le désir de marcher dans la voie tracée par le savant professeur du Muséum et d’apporter leur pierre à l’édifice des sciences paléonto-logiques. E. Oustàlet.
- CHRONIQUE
- Reproductions photographiques — M. Pellet (H.), ingénieur-chimiste, à Paris, a exposé devant la So-riété d’encouragement les procédés qu’il emploie pour faire, en traits bleus sur papier blanc, la reproduction photographique des dessins industriels, plans, cartes, dessins de machines, etc. Ce procédé est fondé sur la propriété que possède le perchlorure de fer d’être décomposé par la lumière et réduit a l’état de protochlorure. Ce dernier sel n’est pas modifié dans une dissolution de prus-siate de potasse, tandis que le protochlorure est immédiatement coloré en bleu.
- MM. Pellet et Cie sensibilise le papier sur lequel la copie doit être reçue par l’immersion dans un bain formé de 100 d’eau, 10 de perchlorure de fer, et 5 d’acide oxalique, et ce dernier acide peut être remplacé par des quantités équivalentes de plusieurs autres acides végétaux. Si le papier n’était pas suffisamment collé, on ajouterait à cette liqueur, un épaississant quelconque (gélatine, isin-glass, dextrine, etc.). Ce papier, que l’auteur appelle cya-nofer, est séché à l’abri de la lumière et peut être conservé ensuite pendant un temps très-long. Sa sensibilité est très-grande.
- Pour reproduire un dessin fait sur papier transparent, on expose ce dessin à la lumière sous une glace et sur une feuille sèche de cyanofer. En été et au soleil, il faut de 15 à 30 secondes pour que la totalité du perchlorure de fer, qui n’est pas protégé contre la lumière par les traits du dessin, soit décomposée. En hiver, cette pose est de 40 à 70 secondes..A l’ombre, par un temps clair, l’exposition varie de 2 à 6 minutes ; enfin, par un temps couvert, brouillard, pluie ou neige, elle exige de 15 à 40 minutes. La lumière électrique peut très-bien, en cas de besoin, être employée pour cette insolation ; le temps de pose varie, en ce cas, avec l’intensité du foyer électrique et avec sa distance. Après l’exposition, la feuille est posée dans un bain deprussiate de potasse (15 à 18 pour 100 d’eau), qui colore immédiatement en bleu toutes les parties dans lesquelles le perchlorure est resté intact et qui est sans action sur les parties de la surface dont le sel a été réduit par la lumière. On lave ensuite, à grande eau, le dessin, et on le passe dans un bain de 8 à 40 pour 100 d’acide chlorhydrique qui enlève le sel de protoxyde de
- fer ; on lave encore et on fait sécher. Le dessin apparaît alors sur le fond très-blanc du papier en traits bleus, déliés et foncés, qui lui donnent tout à fait l’aspect d’un dessin fait à la main avec une encre bleue. Si la pose a été assez longue, on peut laisser plus longtemps le papier dans le bain révélateur ; les traits seront plus nets et plus accusés. Si les lignes du plan ont été tracées avec une encre très-noire ou chargée de jaune, on peut prolonger le temps de la pose. Dans ce cas, le développement dans le bain de prussiate est plus long. Mais aussi la coloration bleue des lignes devient plus intense et paraît presque noire quand le papier est séché. Ce papier, après la reproduction en bleu du dessin, peut recevoir toutes les teintes conventionnelles nécessaires. Mais ces teintes ne doivent pas être mises *sur le dessin transparent à reproduire, parce qu’elles protégeraient les parties du papier qui doivent être blanchies par l’action intense de la lumière.
- Expérience métallurgique au Crensot. — On a
- coulé la semaine dernière au Creusot un lingot d’acier de 90000 kilogrammes. Cette opération a parfaitement réussi et son succès a encouragé M. Schneider à aller encore plus loin ; il se prépare en ce moment à couler un lingot de 125 000 kilogrammes, soit deux fois et demi le poids de la plus grosse pièce qui ait jamais été exécutée à l’usine de M. Krupp.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 18 mars 1878. — Présidence de M. Fukau.
- Deux Annamites, dans leur costume national, assistent à la séance. Ils sont l’objet de l’attention générale et paraissent s’exprimer en français très-aisément avec un grand nombre de membres qui successivement s’entretiennent avec eux.
- Étude des bactéries. — Suivant M. Crova,le développement de ces êtres inférieurs est complètement arrêté par le fait que le liquide qui les contient et qui, d’ailleurs, peut avoir toutes les qualités désirables de composition, est en mouvement. On se demandera commentée fait se concilie avec le développement de ces infusoires dans le torrent circulatoire, mais il ne semble pas que l’auteur se soit préoccupé de cette difficulté.
- Nouvelle pile. — Elle est deM. Gaiffe et consiste dans l’emploi de ' oxyde de manganèse et de charbon.
- Impuretés de l'ammoniaque. — En étudiant l’absorption des rayons ultra violets par divers composés, M. Sor-ret a reconnu que les sels d’ammoniaque se comportent à cet égard différemment suivant le mode de leur préparation. Si l’ammoniaque provient des usines à gaz, il y a absorption considérable ; mais elle est nulle si l’alcali a une origine différente. Il en résulte évidemment que le produit des usines à gaz n’est pas pur et qu’on devra se préoccuper de la substance étrangère qu’il renferme. C’est un nouveau service rendu à la chimie par l’analyse spectrale.
- Les harmonies du son et les instruments de musique. — Sous ce titre, M. J. Rambosson vient de faire paraître un remarquable ouvrage divisé en quatre parties : 4°l’his-toire de la musique et de son influence sur le physique et sur le moral ; c’est là qu’on trouve une théorie fort origi-
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- nale appuyée sur une foule de faits bien observés, à savoir la spécification des effets divers de la musique qui influe selon sa nature, tantôt sur l’intelligence, tantôt sur les sentiments ; 2° l’acoustique ; 5° l’histoire des instruments de musique ; 4° la voix et l’oreille. Tout cela fort complet, traité avec un excellent esprit philosophique et une érudition profonde. A ce livre, édité avec le plus grand soin, d’admirables gravures prêtent leur charme artistique, de sorte que les yeux aussi bien que l’intelligence trouvent leur compte dans l’ouvrage de M. Ram-bosson.
- Nouveau téléphone, — Appliquant les récentes découvertes de M. Lippmann sur les phénomènes d’électricité développés dans les tubes capillaires, M. A. Bréguet fils vient de construire un téléphone qui ne contient ni pile ni aimant et se compose simplement de deux tubes contenant du mercure reliés par un fil aussi fin que l’on veut. C’est l'air renfermé dans les tubes au-dessus du liquide qui entre en vibration.
- Impuretés du nitrate de bismuth. — 11 résulte des recherches de M. Carnot qu’il n’y a pour ainsi dire dans le commerce aucun échantillon de nitrate de bismuth qui ne renferme une proportion plus ou moins sensible de plomb. L’emploi médicinal du nitrate de bismuth et les propriétés vénéneuses du plomb déterminent l’Académie à signaler ce travail à la sollicitude du préfet de police.
- Livres posthumes. — M. Vulpian présente un ouvrage de M. Cl. Bernard paru quelques jours après la mort de l’auteur et qui est intitulé : Leçons sur les phénomènes de la vie commune aux animaux et aux végétaux. C’est le résumé du cours professé au Muséum par l’illustre physiologiste. Le même académicien dépose aussi un exemplaire des Études de médecine clinique, de feu le professeur Lo-rain. Cet ouvrage, relatif à l’influence de la température dans les maladies, est remarquable avant tout par l’emploi des appareils enregistreur de M. Marey.
- Histoire du téléphone. — On se rappelle peut-être que lors des premières publications de M. Elisha Gray, M. Du Moncelfit remarquer qu’en 1854 un inventeur qui se dissimulait sous la signature Charles B*** avait annoncé la possibilité de correspondre à l’aide d’un appareil formé d’un fil et de deux lames vibrantes. M. Du Moncel fait savoir que depuis hier il connaît ce précurseur de la retentissante invention. C’est M. Charles Bourseulle, sous-inspecteur des lignes télégraphiques à Auch. Si celui-ci n’a pas donné suite à son ingénieuse idée, c’est, dit-il, qu’il en a été détourné par son entourage auquel il n’avait pas su communiquer sa conviction sur la résolubilité du problème qu’il s’était posé.
- Embryogénie. — On connaît cette expérience de Harvey ; au troisième jour de l’incubation, on ouvre un œuf de poule et l’on constate les battements du cœur qui s’arrêtent bientôt ; puis on plonge l’œuf dans l’eau tiède et le cœur se remet à battre. M. Dareste va plus loin. 11 retire de la couveuse un œuf de trois jours et il le laisse à la température ordinaire pendant deux ou trois fois vingt-quatre heures. Alors il le replace dans les conditions favorables à l’incubation et il amène le poulet à bien comme si de rien n’avait été. Il résulte de cette belle expérience que la vie des animaux à sang chaud peut être suspendue pendant un temps très-long sans que la mort s’en suive, exactement comme on l’a constaté pour des êtres très-inférieurs comme les rotifères.
- Élection — La section d’astronomie présente une liste de trois candidats à la place devenue vacante par le décès de M. Le Verrier. Elle comprend en première ligne M. Wolf, en deuxième ligne M. Tisserand, en troisième ligne M. Stéphan. Les votants étant au nombre de 55, 54 suffrages se portent sur M. Tisserand,dont la nomination sera suivant l’usage soumise à l’approbation du président de la République. M. Wolf réunit 19 suffrages; il y a 2 billets nuis. Nous applaudissons sincèrement au choix de l’Académie. Stanislas Meunier.
- MÉTÉOROLOGIE DE FÉVRIER 1878
- En examinant l’ensemble des cartes de février, on voit immédiatement prédominer les pressions barométriques supérieures à 760 millimètres ; on peut donc de suite, d’après ce que nous savons déjà1, dire que le caractère prédominant du mois sera celui qui accompagne la présence d'anticyclones. On doit donc s’attendre à voir une stabilité très-grande dans l’équilibre atmosphérique, une circulation générale de l’air dans le sens direct autour du centre des fortes pressions, avec vitesses peu considérables, amenant par leur contact avec quelques courants chauds, brouillards par places, mais pluies rares peu importantes et absence pour l’hiver de tempêtes et d’orages. C’est ce que montre un examen plus détaillé.
- lre décade. — Nous voyons en effet régner pendant les dix premiers jours un anticyclone considérable qui venu le 31 janvier par l’Irlande, a son centre le 5 et le 6 sur la Manche (voir les cartes de ces deux jours), puis descend lentement vers le sud. Sa présence amène un froid intense sur la France, froid qui atteint en moyenne — 6° dans les départements de l’est, tandis qu’au contraire les régions septentrionales de l’Europe, soumises à l’influence du courant équatorial, ont une température qui s’élève parfois à -+- 6° et sont illuminées par des aurores boréales un peu avant que les tempêtes ne les atteignent. En France, les vents du nord dominent pendant toute cette période. En Algérie, des gros temps sont signalés le 1er sous l’influence d’un centre de dépression venu par le Maroc et qui se dirige vers l’Italie. Le 9, des secousses de tremblement de terre sont ressenties à Alger, Bouffarick, Blidah et Chorchell.
- 2e décade. — Pendant la seconde décade, la situation reste analogue, mais le vent a tourné vers sud en France, les dépressions se sont rapprochées et l’une d’elles à gradient faible se trouve près de la Manche du 11 au 15, _puis est refoulé vers l’ouest le 16 et le 17. Sous cette influence, le vent fraîchit, la température se relève rapidement, le sirocco souffle à Alger, et le temps devient pluvieux sur le versant de la Manche et de l’Ooéan. La mer s’agite surtout le 14, jour où la position du centre de ce cyolone est bien indiquée sur la carte par la forme
- * Voir les n0’ .58, 242 et 246.
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- de la ligne de pression, 755 millimètres sur les îles Britanniques.
- 5e décade. — Mais bientôt cette dépression s’éloigne, les pluies cessent, le calme revient partout. 11 en est ainsi jusqu’à ce qu’une nouvelle période pluvieuse recommence le 26 sous l’action éloignée
- d’un autre cyclone qui, annoncé par une aurore boréale le 25, traverse la Baltique le 26, amène des orages avec grêle, surtout en Danemark, puis se dirige vers la Russie. Mais sous cette action, les pluies sont encore peu considérables et presque nulles dans le midi. En résumé, le mois a été un peu chaud, à
- CARTES QUOTIDIENNES DU TEMPS EN FÉVRIER 1878. D'après le Bulletin international de l'Observatoire de Paris. (Réduction 1/8.)
- Jeudi 21
- pression moyenne très-élevée et très-sec sur toute la France. A l’Observatoire de Paris, il n’est tombé que 11 millimètres
- Vendredi 22
- Samedi 23
- Dimanche 24-
- Mardi 26
- Mercredi 27
- Jeudi 28
- Lundi 25
- soufflé le 16 et le 17 à Yalentia, le 8 et le 9 sur la Baltique, le 12 vers Gibraltar ; mais au-"un de ces mauvais .emps n’a entamé la
- d’eau, quantité bien inférieure à la normale. A zone de fortes pressions barométriques qui nous prc-
- Commercy, la quantité recueillie n’a été que de 15 millimètres; à Avignon de 5, et à Gréasque de 0. Les bourrasques se sont approchées de nous à plusieurs reprises, soit par l’Irlande, soit par le Danemark, soit par l’Algérie : une tempête a
- tegeait.
- E. Fron.
- Le Propriétaire-Gérant: G. Tissandieb.
- Cohbbil. - Typ, et stér. Cases.
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- N° ‘252,
- 30 MARS 1878,
- LA NATURE
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- LÀ NOUVELLE MACHINE A FABRIQUER LES CIGARETTES
- La consommation des cigarettes faites par les | manufactures de l’État a pris, depuis quelques an-
- La nouvelle machine à fabriquer les cigarettes. (D’oprès un des appareils fonctionnant à la manufacture des tabacs du quai d’Orsay,
- à Paris.)
- nées, une extension considérable. Il y a dix ans, on fabriquait en France 9 millions de cigarettes; on en a confectionné en 1877, 649 millions.
- 6" année. — t" semeslre.
- L’administration des manufactures de l’État a pris des mesures pour suffire à ce nouveau besoin des fumeurs. Nous publions aujourd’hui des doctt-
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- LA NATURE.
- ments précis à ce sujet, et, après quelques renseignements préliminaires, nous ferons connaître la machine nouvelle qui peut être considérée comme un modèle de mécanique délicate, ingénieuse et savante.
- Les cigarettes confectionnées à la main par les fumeurs eux-mêmes sont préparées en enroulant dans un petit rectangle d’un papier spécial, composé autant que possible de cellulose pure, des fragments de feuilles de tabac, s’il s’agit des cigarettes havanaises ou espagnoles; ou du tabac réduit en filaments plus ou moins frisés, s’il s’agit des cigarettes vmsommées dans la plupart des pays d’Europe.
- Lorsque les cigarettes sont fabriquées industriellement, la confection par enroulement n'est conservée que pour les modules de gros diamètre, et l’on fait usage pour les plus petits de moules plus ou moins ingénieusement disposés. C’est l’emploi de ces appareils qui a conduit à l’idée de fabriquer mécaniquement la cigarette, et deux machines ont été imaginées, l’une pour les cigarettes renfermant des fragments de feuilles, l’autre pour les cigarettes qui contiennent des tabacs hachés. De nombreux essais ont été faits avant d’arriver à un appareil industriel, et, en définitive, la machine dont nous donnons ci-joint la gravure a été combinée de telle sorte qu’elle reproduit successivement les différentes phases de la confection industrielle de la cigarette à la main.
- Comme dans toutes les machines à mouvement compliqué, qui n’exigent qu’une dépense relativement faible de force motrice, les mouvements des différents organes sont obtenus au moyen de cames planes ou cylindriques. Ces cames sont, à proprement parler, des courbes en creux ou en relief tracées dans un plan ou sur un cylindre, dans le but de produire le déplacement des organes qui s’appuient sur ces courbes suivant des lois déterminées géométriquement.
- La pièce A est une came cylindrique, la pièce B une came plane.
- Ceci étant dit, pour faciliter la description qui va suivre, examinons le fonctionnement de la machine. La succession des opérations est exactement, avons-nous dit plus haut, la même que dans la fabrication à la main. La machine confectionne d’abord le tube formant la robe de la cigarette et ce tube est ensuite rempli de tabac. Pour confectionner le tube, la machine, au moyen du chariotC, déroule de la bobine D, sur laquelle existe un approvisionnement de papier en bande de 75 millimètres de largeur, la quantité nécessaire pour faire un tube, c’est-à-dire 25 millimètres. Cette petite bande est timbrée, coupée et présentée à une pince-mandrin E, introduite momentanément dans un des tubes du porte-moule F. La pince E tourne en produisant l’enroulement de la bande, et au moment où celle-ci échappe au chariot, son extrémité libre vient tomber sur une lame de caoutchouc enduite d’une dissolution de gomme arabique. L’appareil qui produit le collage est dans la gravure, caché parle chariotC. Le tube en papier est ensuite abandonné dans le tube du porte-moule et
- le mandrin-pince extrait par la cameA,puis le porte-moule tourne de 1/9 au moyen de la came B; la pince-mandrin est de nouveau introduite dans le tube suivant du porte-moule et l’opération ci-dessus décrite recommence.
- Si la machine ne devait faire que des tubes, il suffirait d’imaginer une disposition pour les extraire des moules à mesure de leur confection, et la machine serait complète. Mais il s’agit de faire des cigarettes, c’est-à-dire de remplir de tabac les tubes à la confection desquels nous venons d’assister.
- Pour cela, pendant que se confectionne un sixième tube, le premier est poussé par un petit piston G que fait agir une came cylindrique H, sur l’extrémité du tube formant entonnoir. Immédiatement après, la broche f, conduite par la came cylindrique A, refoule dans ce tube la portion de tabac préparée dans l’organe K que l’on appelle le comprimeur. C’est pour préparer le tabac qui vient d’être introduit dans la cigarette qu’intervient le travail de l’ouvrière. A cct ctfet, elle dispose en couches d’épaisseur régulière sur un cuir sans fin se mouvant dans une coulisse placée à portée de ses mains, le tabac approvisionné dans un bac L, et c’est par la combinaison du mouvement du cuir sans fin et d’un chariot, que le tabac est successivement introduit en proportions égales dans le comprimeur, d’où nous l’avons vu sortir pour entrer dans la robe de la cigarette.
- Cette dernière remplie, le porte-moule tournant de 1/9 de tour, une broche J mise en mouvement par la came cylindrique A en même temps que la broche I chasse la cigarette du moule.
- La confection proprement dite de la cigarette est alors complètement terminée et on peut la recevoir à sa sortie du moule dans un récipient quelconque : c’est ce qui avait lieu d’ailleurs dans l’origine.
- Toutefois, industriellement, ce procédé est inacceptable. Il était nécessaire en effet de reprendre toutes les cigarettes et de les ranger en vue des opérations ultérieures de la vérification et du paquetage. Aussi a-t-on cherché à faire faire le travail de rangement par la machine elle-même et la disposition adoptée n’est peut-être pas une des moins ingénieuses de la machine.
- Le classement s’opère dans la boîte M. A cet effet, la cigarette confectionnée vient, conduite par une coulisse demi-circulaire, tomber sur une planchette terminée par une rainure également demi-circulaire, et cette planchette, animée d’un mouvement alternatif vertical,introduit les cigarettes par le fond de la boîte en soulevant celles qui se trouvent déjà placées.
- Telles sont les opérations successives au moyen desquelles la machine qui nous occupe, arrive à fabriquer des cigarettes absolument semblables à celles que peut confectionner une habile ouvrière travaillant à la main.
- Nous terminerons en disant que pendant que cotte dernière peut confectionner 1200 cigarettes en dix heures de travail, la machine bien conduite en fournit 9600.
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- Ces machines, dont M. de Susini a eu la première idée, ont été construites et perfectionnées par M. Durand ; mais nous devons ajouter que ce n’est que depuis les essais entrepris dans le service des manufactures de l’État, qu’elles sont arrivées à donner des résultats industriels et qu’elles ont cessé de n’ètre pour ainsi dire qu’un appareil de démonstration.
- LE PARASITISME DANS LA NATURE
- ET SPÉCIALEMENT CHEZ LES HELMINTHES OU VERS INTESTINAUX1.
- La Nature a convié au banquet de la vie le plus grand nombre d’êtres possible, et pour assurer leur subsistance de chaque jour, elle a chargé la table des mets les plus divers. Depuis le miel de l’abeille et le fruit du bananier ( Musa paradisiaca ) jusqu’aux chairs corrompues et aux plus vils détritus; depuis le lait des Mammifères jusqu’à celui de l’arbre (Gulactoden-dron utile) qui en fournit un tout semblable ; depuis les céréales qui servent à fabriquer notre pain quotidien, jusqu’au fruit de l’arbre précieux qui nous le donne tout préparé2, la Nature a mis libéralement les deux règnes organiques à la disposition des animaux. Aussi chacun d’eux prend-il sa large part du festin.
- Les uns se nourrissent de piéférence ou exclusivement de matières végétales : les feuilles, les fleurs,
- les fruits, les graines, les écorces, les bois les plus durs, les racines les plus ténues et les plus profondément enfoncées dans le sein de la terre, ne sont
- Fig. 1. Aclitères des perches Femelle.
- 1 Notre conscience ncus fait un devoir d’avertir le lecteur que pour composer l’article qu’il va lire, nous avons mis largement à contribution les savants ouvrages de MM. Dujardin, Davainc, Nordmnnn et Baillet sur les vers intestinaux, et surtout celui que M. le professeur Van Bénéden a public récemment dans la Bibliothèque scientifique internationale sous le titre qui suit : les Commensaux et les Parasites dans le règne animal. — Paris, 1875. — Suum cuique; en d’autres termes, on doit toujours rendre à César ce qui appartient à César.
- * L arbre à pain
- pas à l’abri des attaques incessantes auxquelles les expose le besoin de manger.
- D’autres préfèrent les substances animales (chairs, peaux, fourrures, laine, plumes, etc.). Il en est, et ce sont les mieux armés en guerre, qui guettent une proie vivante, d’un bond s’élancent sur elle, et dévorent ses chairs et ses entrailles palpitantes.
- D’autres encore s’accommodent de tout ce qui leur tombe sous la dent, et n’épargnent ni nos meubles, ni nos vêtements, ni nos chaussures, ni aucun des produits de notre industrie, empruntés soit au règne animal, soit au règne végétal. Certains d’entre eux, pour se loger et se nourrir, taraudent les flancs de nos navires cuirassés ( Teredo navalis), et percent même ces projectiles meurtriers que le démon de la guerre a inventés pour satisfaire l’ambition des conquérants, en versant à grands flots le sang de leurs sujets'.
- Bon nombre d’animaux empruntent le logement chez d’autres, s’assoient à la même table, mais ne demandent rien à leur hôte ou ne réclament que son superflu. Ce sont de simples commensaux.
- Pour se procurer leur nourriture, ils se blottissent sous la peau ou dans l’intérieur du corps de l’hôte qu’ils convoitent, dans sa bouche, dans son estomac, dans son tube intestinal.
- On trouve des commensaux daus toutes les classes. Ainsi certains poissons, le Fieras fer, par exemple, dont le corps est aplati comme une épée, se loge dans le canal digestif des Holothuries ou concombres de mer, et là il prend sa part des vivres qu’y introduit le légitime pro *
- Fig. 2. Aclitères des perches Pl'letaire*
- très-grossi. Mâle. Qui n’a vu, en ouvrant
- des huîtres, des moules et des jambonneaux (Pinna nobilis), un petit Crustacé déjà connu d’Aristote, et désigné par lui sous le nom de Pinnothère ?
- Bien des fables ont été débitées au sujet des relations mutuelles des espèces que nous venons de citer. Suivant les uns, la Pinnothère remplirait, à l’égard du Mollusque dont elle partage la demeure, les fonctions de concierge, et elle ne quitterait l’appartement qu’elle occupe qu’à la mort du propriétaire. Suivant d’autres, les moules, fort mal partagées sous le rapport de la vue, puisqu’elles sont aveugles, offriraient le logement au petit Crustacé, doué de très-bons yeux, pour qu’il la tienne au courant de tout ce qui se passe autour d’elle. Inutile de réfuter ces erreurs. La Pinnothère est un simple commensal qui
- 1 Nous faisons ici allusion à YUrocerusjuvencus, espèce d’hy-ménoptère qui, pendant la guerre de Crimée, a cto convaincu par le maréchal Vaillant d’avoir plusieurs fois percé les balles de fusil.
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- LA NATURE.
- sait, pour happer sa proie, saisir adroitement l’instant où le Mollusque écarte les valves de sa coquille, et qui lui abandonne, en retour, les restes du festin.
- « Le parasite, au contraire, est celui qui fait profession de vivre aux dépens de son voisin, et dont toute l’industrie consiste à l’exploiter avec économie sans mettre sa vie en danger. C’est un pauvre qui a besoin de secours pour ne pas mourir sur la voie publique, mais qui pratique le précepte de ne pas tuer la poule pour avoir les œufs. On voit qu’il se distingue essentiellement du commensal, qui est simplement un compagnon de table. Le carnassier
- Fig. 3. Puce chique mâle.
- tue sa proie pour s’en repaître ; le parasite ne la tue pas, il'profite, au contraire, de tous les avantages dont jouit l’hôte auquel il s’impose.1 »
- 11 n’est aucun animal qui n’ait ses parasites, et l’homme lui-même accorde régulièrement l’hospitalité à plusieurs d’entre eux. Nous en nourrissons de notre sang et de notre chair : il y en a qui se logent à la surface de la peau, d’autres dans l’intérieur des organes ; les uns s’établissent de préférence chez les enfants, les autres chez les adultes. Le nom seul de quelques-uns fait frémir, tandis que d’autres vivent
- Fig 4 Puce chique femelle.
- paisiblement dans quelque crypte, sans que nous nous doutions de leur présence. Qui ne nourrit pas quelques Acaries du genre Simonea dans les ailes du nez? En somme, l’homme donne asile à quelques douzaines de parasites, et la présence des plus redoutables d’entre eux constitue, dans certains pays, un état de santé qui est envié. Les Abyssiniens ne se regardent comme bien portants que quand ils nourrissent un ou plusieurs vers solitaires. Parmi les
- animaux auxquels l’homme prête involontairement secours, nous pouvons citer d’abord quatre différents Cestodes ou Vers solitaires, qui vivent dans l’intestin ; trois ou quatre Distomes, qui logent dans le foie, dans l’intestin ou dans le sang; neuf ou dix Nématodes, qui habitent les voies digestives ou la chair. 11 y a aussi quelques jeunes Cestodes du nom de Cysticerques, <V Échinocoques, à'Hydatides et d'Acéphalocystes, qui trouvent en lui une crèche pour les abriter pendant la vie. Ceux-là choisissent toujours des organes clos, comme le globe de l’œil, les ventricules du cerveau, le cœur ou le tissu conjonctif. Nous fournissons ensuite le vivre à trois ou
- Fig. 5. Tænia solium ou ver solitaire a, tête; b, série d'anneaux, ou plutôt d’individus agrégés Tête et premiers anneaux du même, grossi, a, rostelluin; b, couronne de crochets; c, c, ventouses. — a n°2. Vue des crochets isolés.
- quatre espèces de poux, à un cimex (Punai$e\ à une puce et à deux Acarides; sans parler de certains organismes inférieurs qui grouillent dans le tartre des dents ou dans la mucosité des membranes muqueuses1.
- Une erreur généralement répandue est celle qui consiste à croire que tous les parasites ont besoin pendant leur vie entière du secours de l’hôte sur lequel ils se sont fixés.
- Parmi eux, au contraire, comme parmi les simples commensaux, il en est qui sont libres, indépendants, vagabonds dans le jeune âge et fixés à l’âge
- 1 Van Béncdcn, les Commensaux et les Parasites dans le règne animal, p. 83. — Paris, 4875.
- 1 Yan Bénéden, ouvrage cité, p 85.
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- adulte (les Lernéens; par exemple, l’Achtèrcs des perches). Yoy. fig. 1 et 2.
- D’autres fois la femelle seule est parasite, le mâle conservant ses libres allures, et se contentant de sucer, en passant, le sang de sa victime ; ex. : la chique, ou Pulex penetrans, de l’Amérique méridionale, qui s’introduit sous la peau des oi’teils,et dont le ventre devient tellement monstrueux que le tronc et la tête n’en semblent plus que de frêles dépendances.
- Au nombre des parasites libres pendant leur âge mûr, il faut compter surtout les insectes Ichneumo-nides et les Tachinaires.
- Les premiers, au corps svelte, élancé, aux ailes de gaze et toujours en mouvèment, à l’abdomen terminé par une longue tarière ou oviducte, à l’aide de laquelle ils introduisent leurs œufs dans le corps de leur victime. Les larves, une fois écloses, dévorent
- Fig. 6. Tænia serrala provenant d'un cœnure cérébral élevé dans l’intestin d’un chien. (Grandeur naturelle.)
- petit à petit ses entrailles, ayant bien soin de ne pas toucher d’abord aux organes les plus importants. Le corps de la nourrice sert donc de pâture aux enfants qui lui sont confiés : il leur sert en même temps de crèche et de berceau. Et quand ils ont acquis des ailes, quand le moment est venu de prendre leur essor, ceux-ci percent la peau vide des entrailles de la bienfaitrice qu’ils ont dévorée toute vivante, et ils s’élancent gaiement dans les airs.
- D’autres Hyménoptères, que les belles observations de Léon Dufour et de M Fabre ont rendus célèbres sous le nom de Cerceris hupresticides, attaquent les brillants Coléoptères du genre Bupreste, ces vrais richards de l’Entomologie; trouvent instantanément le défaut de leur épaisse cuirasse enrichie d’or, d’émeraude ou de saphir; instillent dans la plaie que leur dard a faite, un poison subtil qui endort la vic-
- time, la portent dans leur galerie souterraine, en entassent d’autres à côté d’elle, et quand la provision leur paraît suffisante, ils ferment l’ouverture du souterrain, assurés que leur progéniture, aussitôt après sa naissance, trouvera, dans les organes intérieurs des Buprestes éthérisés, la quantité de nourriture nécessaire pour arriver à son complet développement.
- Le parasite complet s’attache solidement à sa proie et ne la quitte plus, ou s’il la quitte c’est pour aller, sous une autre forme, visiter un nouvel hôte et vivre à ses dépens. C’est ce qui arrive pour la plupart des Helminthes ou Entozoaires et, par exemple, pour les vers si improprement appelés solitaires',
- j Fig. 7. N*l. Cysticerque extrait du cerveau de l'homme, a, portion antérieure de son corps rétractée ; b, partie antérieure. (Grandeur naturelle.) — N" 2. Le même avec la portion antérieure de son corps renversée en dehors, a, vessie caudule ou réceptacle du scolex, rempli de liquide; c, extrémité antérieure et vidée du corps du cysticerque ; d, tête et cou du cysticerque, constituant le scolex du Tænia. (Grandeur naturelle.) —N* 4. Scolex renversé en dehors et grossi, a, double couronne de crochets ; b, une des ventouses ou suçoirs de la tête ; c, lambeaux de la vessie. — N* 5. La tête du même vue en dessous, avec sa double couronne de crochets et ses quatre ventouses. — N* 6. Crochets du même plus grossis. — N* 7. Scolex de Cœnurus ce-rebralis élevés dans l’intestin du chien.— N* 5. Colonie de scolex du Cœnure cérébral, portée sur une portion de la vessie mère (extraite du cerveau d’un mouton) ; a, b, c, scolex.
- que l’on trouve dans l’intestin de l’homme et de beaucoup d’animaux.
- On sait que ces vers, aplatis comme un ruban ou une ceinture (de là le nom de Cestodes ou Cestoïdes que leur ont donné les naturalistes, se composent d’une très-petite tête armée de quatre ventouses et d’une double couronne de crochets, d’un cou très-grêle mais nettement segmenté ; enfin, d’un corps formé d’une multitude d’anneaux qui sont autant d’individus complets, pourvus chacun des deux
- 1 Ils sont solitaires si un seul œuf, ou plutôt un seul scolex, se développe dans le tube digestif; mois il n’est pas très-rare de les voir associés au nombre de quatre ou cinq dans ce viscère. Cela dépend de circonstances plus ou moins lavorablcs à leur introduction dans l’organisme vivant.
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- LA NATURE.
- sexes, et simplement agrégés entre eux, de manière à former une colonie, une sorte de phalanstère, à l’instar de celui qu’avaient rêvé Eourier et le père Enfantin, ou bien encore une république semblable à celle que représente un arbre, et dont tous les citoyens, comme disait Dupont de Nemours, mangent au même réfectoire.
- Dans leur jeune âge, ces vers ne ressemblent en rien à ce qu’ils seront plus tard, et ils sont destinés à accomplir une série de métamorphoses, et à opérer un certain nombre de migrations avant d’être capables de reproduire leur espèce, avant d’arriver à l’état de Cestoïdes. Voici en quelques mots leur singulière histoire.
- Lorsque les anneaux d’un ténia se détachent dans 1 intestin et sont ensuite expulsés au dehors avec les excréments, ils sont farcis d’œufs fécondés
- qui peuvent donner naissance à des larves ou embryons appelés proscolex1.
- Ces œufs, en nombre presque incalculable, sont doués d’une vitalité qui serait vraiment incroyable si des expériences directes n’étaient venues en constater la réalité. Ils résistent en
- effet pendant des années entières8 au froid, à la chaleur, à l’extrême sécheresse comme à l’extrême humidité, aux
- agents chimiques (al-
- cool, acide chromique,
- etc.) les plus SUSCepti- pjg g Un anneau adulte ou pro-bles en apparence d’en glottis de 7’œnia solium. i, ovaire opérer la destruction.
- La Nature les a protégés ainsi contre les nombreuses chances de mort auxquelles ils sont exposés. Il en périt, en effet, des milliers, des millions peut-être, mais un seul qui parvient à rencontrer les conditions favorables à son développement suffit et au delà pour réparer toutes ces pertes et pour perpétuer l’espèce dont il provient.
- Les embryons ou proscolex qui sortent de ces œufs sont de forme ovale, d’une transparence pres-
- branchu ; g, oviducle ; a, h, organe mâle.
- 1 Les naturalistes ont donné aux divers états qui, chez les cestoïdes, succèdent à l’éclosion de l’œuf, des dénominations bizarres, qu’il est cependant nécessaire de rappeler ici. Le proscolex est l’embryon à sa sortie de l’œuf. Le scolex désigne la phase qui vient après le proscolex, celle où le jeune ténia n’est encore qu’une simple vésicule portant la tête et le cou du ver, alors privé d’anneaux représentant le corps. Lorsque ces anneaux ont apparu, leur ensemble est désigné sous le nom de strobila, et dès que les organes sexuels sont au complet, chacun des articles est un progloltis, c’est-à-dire un individu capable de reproduire son espèce par les voies successives que nous avons indiquées.
- * Même pendant des siècles!!! dit M. Van Bénéden.
- que parfaite et constitués par une masse gélatineuse (sarcode ou protoplasma), dépourvue de muscles, de nerfs, et pourtant contractile dans tous les sens.
- On aperçoit au milieu de cette masse sarcodique six crochets très-aigus, disposés par paires. Deux d’entre eux, presque droits, occupent la ligne médiane, et, rapprochés l’un de l’autre de manière à simuler une sorte de lancette ou de stylet, ont un mouvement de va-et-vient, d’arrière en avant et d’avant en arrière. Les quatre autres crochets, véritablement recourbés de manière à mériter ce nom, sont disposés par paires de chaque côté des premiers. En s’abaissant d’avant en arrière, ils impriment au corps entier, et par conséquent à la lancette médiane, une impulsion en vertu de laquelle cette lancette peut entamer et entame en effet les tissus au sein desquels l’animal veut pénétrer.
- Arrivé à sa destination première, il s’entoure d’une sorte de gaine ou d’enveloppe vésiculaire, passe ainsi à J’état de ver cystique (scolex), perd ses stylets primitifs, et à leur place apparaît une double couronne de crochets plus nombreux, plus forts que les premiers, et destinés à ancrer l’animal, encore dépourvu de sexe, chez le nouvel hôte qui doit le recevoir.
- Pour que le ver cystique puisse opérer cette migration, il faut de toute nécessité que ce nouvel hôte mange l’organe ou l’animal entier dans le corps duquel le proscolex ou embryon primitif s’est plus ou moins longtemps abrité. Une fois parvenu dans l’estomac, il sort de sa torpeur, quitte les langes dans lesquels il était demeuré jusqu’à ce moment enveloppé, c’est-à-dire qu’il perd la vésicule où il était invaginé à la manière d’un doigt de gant retourné, et il pénètre alors dans l’intestin proprement dit.
- Pour mieux fixer nos idées, choisissons le Ténia, qui nous intéresse avant tous les autres, celui qui vient se loger dans nos intestins et que les remèdes les plus violents (Cousso, Écorce de grenadier) peuvent seuls en expulser.
- D’où provient ce Ténia? On a longtemps, et bien à tort, attribué son origine et celle de tous les autres Helminthes à la génération spontanée. On sait aujourd’hui, à n’en pouvoir douter, qu’il provient d’un œuf, qui passe par toutes les phases et par toutes les migrations que nous avons décrites.
- Ainsi, que le porc vienne à manger (ce qui lui arrive assez souvent) des excréments humains renfermant quelques anneaux ou simplement des œufs de Tœnia solium, ces œufs, une fois arrivés dans l’estomac du cochon, donnent naissance à des vers cystiques, qui se logeront d’abord dans le tissu cellulaire des muscles du quadrupède vêtu de soies, et occasionneront chez lui la maladie connue sous le nom de ladrerie.
- Dr N. Joly, de Toulouse,
- Correspondant de l’institut.
- —- La suite procnainemeni. —
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- LA NATURE.
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- LES MONSTRES ARTIFICIELS
- Il arrive parfois que les formes ordinaires des espèces se trouvent modifiées par des causes qui ont été longtemps inconnues et le sont encore en grande partie. On voit apparaître des êtres d’aspect anormal, plus ou moins étranges, qu’autrefois on regardait comme des jeux de la nature, des prodiges, des monstres. Ce nom s’applique aujourd’hui à des formes que la science parvient à rattacher aux types selon certaines lois. 11 y a comme des tendances à la production d’espèces nouvelles. En général, ces aberrations donnent des sujets stériles ou isolés dans le temps; parfois elles se reproduisent par la génération et deviennent des races d’animaux domestiques ou sauvages, la constance de l’effet se liant à celle delà cause.
- E. Geoffroy Saint-Hilaire avait fait de nombreuses expériences sur la production artificielle des mons-
- Fig. 1 et 2.
- Fig. 1. — Embryon de poulet sorti de l’amnios avec encéphale complètement hors de la tête ; cœur, foie et gésier en dehors de l’ouverture ombilicale ; membre supérieur droit relevé le long de la tête ; membre inférieur gauche fx-appé d’arrêt de développement.
- Fig. 2. — Encéphale complètement hernié et présentant des lacunes sanguines; œil rudimentaire et remplacé par une tache de pigment ; bec supérieur plus court que l’inférieur ; cœur, foie, gésier et plusieurs anses intestinales faisant hernie en dehors de l’ouverture ombilicale.
- truosités. Il avait cherché, pour atteindre ce but, à modifier les conditions physiques de l’évolution du poulet dans l’incubation naturelle et surtout dans l’incubation artificielle. Il a fait voir qu’on peut, par ce procédé, amener la production de certaines monstruosités dans l’embryon; mais il n’était pas allé très-loin dans cette voie.
- M. C. Dareste a repris ce genre d’expériences avec une persévérance incessante, pendant vingt-cinq ans, en se servant de couveuses construites avec toute la perfection de la physique moderne. Les œufs de poule ont été soumis à des incubations verticales, au lieu de la position horizontale du grand axe qu’occupent naturellement les œufs couvés par les oiseaux. Dans d’autres cas, ils ont été recouverts par places, de vernis, arrêtant ou modifiant l’évaporation et la respiration; le plus souvent l’évolution de l’embyron a été ralentie par une incubation à température plus basse que la température normale. Enfin des œufs ont été chauffés seulement en un point, de façon que le jeune animal en déve-
- loppement fût exposé en ses diverses parties à des températures variables.
- Ces perturbations provoquées ont amené des déformations insolites de l’embyron, ne cessant pas cependant de se développer pendant quelque temps et présentant un grand nombre de monstruosités artificielles pareilles à celles de monstres signalés dans la science par de nombreux auteurs, non-seulement chez le poulet, objet des expériences de démonstration, mais sur des animaux très-divers et même sur l’espèce humaine. Les résultats obtenus ont valu à leur auteur une des plus hautes distinctions que puisse ambitionner un homme de science. Le livre qui résume les importants travaux de M. C. Dareste1 vient d’obtenir le prix Lacaze pour la physiologie en 1877, prix décerné par l’Académie des sciences.
- Il nsus est impossible d’examiner dans ce journal toutes les formes de monstruosités qui se sont repro-
- Fig. 3. Fig. 4. '
- Exencéphalie. Tête comprimée, ne s’éiant pas recourbée en avant ni retournée sur le jaune de l’œuf; yeux bien développés et séparés l’un de l’autre, occupant la région antérieure et non les régions latérales de la face ; tronc présentant une inflexion très-marquée ; gouttière abdominale non fermée ; cœur très-développé et faisant hernie, par l’inversion à la gauche de l’embryon.
- atn. Amnios. — al. Allantoïde. — v. Vitellus. — h. Encéphale faisant hernie. — i. Œil. — c. Cœur. — f. Foie. — g. Gésier. — ms. Membre supérieur. —- mi. Membre inférieur.
- duitesdans ces incubations anormales. Nous pouvons cependant donner les dessins de quelques-unes ; car ces formes aberrantes de l’embyron du poulet ne peuvent pas exciter ce sentiment de répugnance pénible que provoque la vue des monstruosités humaines, qui semblent une humiliation imposée par la nature à notre orgueil, un démenti à notre prétention de perfection absolue. Les figures 1, 2, 5, 4 représentent des embyrons affectés de plusieurs monstruosités consistant surtout en organes sortis de leurs cavités naturelles, ou déplacés, ou enfin tantôt exagérés, tantôt frappés d’un arrêt de développement.
- Le cas de monstruosité le plus fréquent des expériences de M. C. Dareste a été la tête sortant par l’ombilic, et le cœur ou les cœurs non encore réunis venant au-dessus de la tête. C’est une monstruosité nouvelle et inconnue ; si elle persiste davan-tages on voit l’embyron portant son cœur sur le dos,
- 1 Recherches sur la production artificielle des monslruo-sités. — Paris, 1877. C. Reinwald et O, édit.
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- comme une hotte. Un fait fort important, découvert par M. C. Dareste, est la duplicité du cœur au début de l’incubation ; on voit même les deux cœurs battre séparément. Parmi les nombreux exemples d’anomalie de l’incubation, il faut encore signaler, dans des races de poules ordinaires, des têtes de poulets
- Fig S. — Trois embryons de poulet jumeaux bien conformés, pro venant d’une matricule unique; ils sont déjà retournés et présentent. à leur extrémité caudale, un pli caudal, commencement d’un capuchon caudal.
- proencéphales, c’est-à-dire offrant une tumeur frontale entièrement remplie par les hémisphères cérébraux. C’est un état qui se maintient par la sélection dans la race de poules dites de Padone.
- Les faits de monstruosité provoqués par le savant
- Fig. 6. — Deux embryons jumeaux, provenant d'une cicatricule unique. L’un des jumeaux est bien conformé et présente une anse cardiaque battant sur du sang incolore ; l’autre jumeau est incomplet, offre la tête rudimentaire et manque de cœur.
- a. Aire transparente. — c. Cœur
- lauréat du prix Lacaze portent nécessairement sur des monstres simples ou provenant d’œufs ordinaires, à un seul germe ou cicatricule (on appelle ainsi la tache blanche circulaire qui se voit sur le jaune de l’œuf et qui doit devenir l’embyron). 11 n’a pu déterminer artificiellement la production de monstres
- doubles, dont l’origine se rattache à un état particulier de la cicatricule antérieur à l’incubation. Mais ayant mis en incubation près de dix mille œufs, il a eu, à plusieurs reprises, l’occasion d’observer des monstres doubles en voie de formation, et il a pu, grâce à ces observations, donner d’une manière à
- Fig. 7. — Trois embryons de poulet provenant de deux cicatri-cules différentes et laissant encore voir la ligne de jonction. Sur l’un des blastodermes on voit deux embryons inégalement développés : l’un, complet, présente une anse cardiaque à droite ; l’autre, plus petit, ne présente pas de cœur. L’embryon unique de l’autre blastoderme est normal, et présente une anse cardiaque sortie à droite.
- peu près complète la théorie générale de ces organisations singulières.
- Les figures ci-jointes montrent quelques exemples de ces monstruosités doubles ou multiples.
- Les travaux de M. G. Dareste donnent donc, au
- Fig. 8. — Monstre double par union latérale ; les têtes à régions, cervicales séparées ; corps unis latéralement ; trois membres supérieurs et trois membres inférieurs; ceux de ces membres qui occupent la ligue médiane appartiennent par moitié à chacun des sujets composants.
- C. Cœur. — ms. (fig. 7). Membres supérieurs. — mi. Membres intérieurs
- moins dans tous les faits principaux, l’emDrvogénie des monstres simples et doubles. Ce sont là des faits entièrement originaux et nouveaux et qui ne pouvaient être constatés que par ses nombreuses et patientes expériences. Maurice Girard.
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- LE MONT \ENTOLX
- En résumant récemment les remarquables travaux «le la Commission météorologique de Vaucluse1, nous avions émis le désir de voir cette Commission, très-bien organisée, étudier le projet de construction d’un observatoire météorologique au sommet du mont Ventoux. Nous venons de recevoir à ce sujet une intéressante communication du secrétaire de la Commission, M. Giraud, directeur de l’École normale primaire d'Avignon, oii il a établi un excellent service météorologique qui fonctionne depuis plusieurs années.
- Après avoir insisté sur les considérations qu’on peut faire valoir en faveur de la fondation du nouvel observatoire, et qui semblent promettre un bon accueil à ce projet, M. Giraud dit très-justement : « Le concours de l’État ne ferait probablement pas défaut pour couvrir les dépenses que nécessiterait la construction de l’observatoire. Le Conseil général de Vaucluse s’imposerait certainement des sacrifices, mais il faudrait demander aussi le concours des départements voisins (Gard, Hérault, Bouches-du-Rhône, Var, Basses-Alpes), en faisant connaître les avantages que ces départements retireraient de l’établissement qu’il s’agit de créer sur le Ventoux. » M. Giraud nous donne ensuite une très-bonne des-
- Le mont Ventoux. (D’apres un croquis de M. E. Margollé.)
- cription de cette montagne, dont nous reproduisons quelques passages. Le Ventoux, qui s’étend de l’est à l’ouest, et qu’on peut regarder comme une des limites du climat méditerranéen, semble être la continuation de la montagne de Lure, dont il est séparé par une coupure profonde. Son point culminant est presque à l’extrémité ouest de la chaîne, qui s’abaisse brusquement près de la petite ville de Malau-cène. Le versant nord est presque taillé à pic dans toute sa longueur. Le versant sud est en pente relativement douce ; aussi l’accès de la crête est facile de ce côté, et les charrettes arrivent sans trop de ditficultés jusque près du sommet, à Sainte-Croix,
- 1 Voy. n° 240.
- où se trouve une chapelle bâtie depuis l’ascension de Pétrarque.
- Du sommet du Ventoux la vue s’étend au loin sur tous les points de l’horizon. A l’est, la chaîne des Alpes et les contre-forts qui s’y rattachent ; au nord, les montagnes du Dauphiné; à l’ouest, le Rhône, dont on suit le cours jusqu’à la mer; plus loin, les Cévennes; au sud, la Durance, la petite chaîne du Tubéron, les Alpines, la chaîne de l’Étoile, celle de la Sainte-Baume, et au delà la Méditerranée.
- Un éminent naturaliste, M. Charles Martins, a donné une très-intéressante description du mont Ventoux1, ce dernier versant de la chaîne des Alpes-
- 1 Du Spitzberg au Sahara, Étapes d’un naturaliste au
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- LA NATURE.
- Maritimes qui, dit-il, « s’élève brusquement d’une plaine dont la température moyenne est celle des villes de Sienne, Brescia ou Venise, et dont le sommet offre le climat de la Suède septentrionale, limitrophe de la Laponie. » L’isolement remarquable de cette montagne, l’orientation de ses pentes, sa position géographique sont très-favorables, suivant la juste observation de M. Charles Mar tins, aux études de topographie botanique, qui ont pour but de déterminer l’influence de l’altitude sur la végétation. Ces mêmes conditions nous paraissent non moins favorables à l’établissement d’un observatoire météorologique. En parlant des vents qui battent le Ventoux et qui justifient si bien son nom, M. Charles Martins dit encore : « Ces vents, surtout celui du nord-ouest ou mistral, sont d’une violence dont il est difficile de se faire une idée quand on ne l’a pas éprouvée : les hommes, les chevaux même sont jetés à terre lorsque ce vent est dans toute sa force. La puissance du mistral soufflant dans la plaine du Rhône est généralement connue ; elle peut faire présumer quelle doit être sa violence sur la montagne, lorsqu’il vient la frapper directement sans que rien ait ralenti sa course ou brisé son élan, n D’autres vents, moins fréquents, sont parfois non moins redoutables. En 1795, une bise de nord-est déracina une forêt située à 1500 mètres d’élévation, sur le versant septentrional. On comprend tout le profit que pourraient tirer les agriculteurs d’une prévision de ces désastreuses bourrasques, ou, -dans un autre sens, de celles du sud, qui amènent de la mer les pluies bienfaisantes, toujours rares dans le Midi, et en l’absence desquelles les travaux des champs sont parfois interrompus.
- Dans le récit de son ascension au mont Ventoux, Pétrarque dit : « Après avoir rassasié pendant quelque temps mes yeux du spectacle imposant qui élevait mon esprit et me faisait faire des réflexions pieuses, j’ai pris le livre des Confessions de saint Augustin, que je porte toujours avec moi, d’abord parce qu’il m’est cher par lui-même, et ensuite parce que c’est un présent de l’amitié. En l’ouvrant, le hasard me fit tomber sur ce passage du dixième livre : « Et les hommes admirent les montagnes élevées, et « les vagues puissantes de la mer, et le cours des « grands fleuves, et les contours de l’Océan, et les or-« bites décrites parles astres, et ils s’abandonnenteux-« mêmes. » Je fus surpris de la singularité de cette rencontre, dont l’application était si aisée à faire, et, cessant de lire, je me livrai à une foule d’idées sur la folie des hommes, qui négligent la plus noble partie d’eux-mêmes, se repaissant de vains spectacles, et vont chercher au dehors ce qu’ils pourraient trouver au dedans. »
- Si ce grand et généreux esprit avait pu pénétrer alors dans l’avenir, il aurait vu que ces « vains spectacles, » interrogés par l’étude, portaient en eux la
- Spitzberg, en Laponie, en Écosse, en Suisse, en France, en Italie, en Orient, en Égypte et en Algérie. Baillière, cdit.
- révélation prochaine des vérités que la science allait proclamer pour le progrès de notre intelligence.
- Élie Margollé,
- CORRESPONDANCE
- Rome, le 14 mars 1878.
- Monsieur,
- J’ai vu avec plaisir, à propos des seiches du lac de Genève, dans votre livraison du 9 mars 1878, p. 239, une lettre de M. le DrForel, dans laquelle il est question de l’influence des tremblements de terre sur les seiches des lacs. M.le DrForel constate le fait que, souvent, pendant les secousses très-sensibles, les lacs ne donnent pas des vagues ou des seiches, tandis que d’autres fois les lacs prennent de grands mouvements sous l’impulsion des tremblements de terre.
- Je dois faire observer que, dans ce phénomène, des lacs se comportent tout à fait comme dans les seiches suivant la loi des pendules. Nous avons parfaitement constaté, dans nos dernières études en Italie, qu’il peut bien survenir un tremblement de (erre sensible, sans que le sismographe à pendule donne aucune trace de mouvement.Au contraire, il arrive très-souvent devoir un pendule entrer engrande oscillation, sans que la secousse soit ressentie par personne. Il m’a été possible d’avertir moi-même de l’existence d’un tremblement de terre très-sensible, signalé en même temps par beaucoup de personnes, et d’avoir sur-le-champ observé au microscope huit pendules de différentes longueurs sans y avoir pu remarquer un mouvement d’aucune sorte. Evidemment, ce fait dépend de la relation entre la longueur du pendule et la célérité des vibrations terrestres. Lorsque Fonde sismique est syn-crone à l’oscillation naturelle du pendule, celui-ci prend un grand mouvement. Mais lorsqu’elle est dis?yncrone, le pendule se refuse plus ou moins à suivre le mouvement de la terre.
- Cela arrive de la même manière dans les roches de la croûte terrestre, et surtout dans les plus mobiles d’entre elles, c’est-à-dire dans les lacs.
- Agréez, monsieur, etc.
- Michel Étienne de Rossi.
- LES PÉRIODES VÉGÉTALES
- DE L’ÉPOQUE TERTIAIRE.
- (Suite.—Yoy. p. 170,187 et 259.)
- § V. — Période pliocène.
- Pour bien juger des grandes scènes qui se déroulaient à l’intérieur des terres, il faut remonter au fond de l’ancien golfe et gravir, au delà de Lyon, les premiers escarpements du sol pliocène. Les eaux douces sourdent de toutes parts ; elles jaillissent du haut des pentes et forment des cascades sur la lisière immédiate ou sous l’ombre même des grands bois, fréquentés par les cerfs, les mastodontes, les tapirs, maîtres incontestés de ces solitudes. L’homme y existe peut-être déjà, mais il est si timide, il choisit avec tant de soin pour demeure les lieux écartés et d’un accès difficile que ses traces nous échappent.
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- Les Dinothérium se sont éclipsés depuis longtemps, mais les premiers éléphants, les premiers chevaux, les rhinocéros à larges narines errent çà et là, tandis (pie l’ours (Ursus arvernensis), l’hyène pliocène et un terrible carnassier, le Machairodus, rôdent pour chercher leur proie; tâchons de recomposer le paysage, les masses végétales qui servaient d’abri à ces animaux et fournissaient leur nourriture à la plupart d’entre eux. Les calcaires concrétionnés de Meximieux permettent d’esquisser ce tableau. Les eaux incrustantes de la localité pliocène, non pas découverte, mais explorée pour la première fois avec intelligence par M. Faisan, étaient couronnées de plantes qui se penchaient sur elles, entourées de grands arbres qui ombrageaient leur cours; elles traversaient de puissantes forêts dont les dépouilles entraînées par les flots rapides ont laissé dans la roche en voie de formation l’empreinte fidèle de leurs diverses parties : feuilles, fruits, fleurs, rameaux, hampes, folioles éparses et parfois des tiges ou des branches entières.
- La forêt de Meximieux ressemblait à celles qui font encore l’admiration des voyageurs, dans l’archipel des Canaries. Ce sont, en partie au moins, les mêmes essences qui reparaissent, en tenant compte de la richesse plus grande dont la localité pliocène garde le privilège. Pour émettre à son égard une juste appréciation, il faut joindre aux Canaries l’Amérique du Nord, à l’Europe moderne l’Asie caucasienne et orientale, et recomposer, au moyen des éléments empruntés à ces divers pays, un ensemble qui donnera la mesure exacte de la végétation qui couvrait alors le sol aux environs de Lyon.
- Beaucoup de ces plantes étaient des essences purement forestières et sociales ; on distingue parmi elles : une taxinée, Torreya nucifera, maintenant japonaise; un chêne vert, Quercus prœcursor Sap., presque semblable au nôtre, si l’on consulte les variétés aux plus larges feuilles du Q. ilex L.; plusieurs laurinées canariennes ou américaines (Laurus canariensis Webb, Oreodaphne Heerii Gaud., Apollonius canariensis Webb, Persea carolinemis, etc.); un tilleul, Tilia expansa Sap. et Mar. (fig. d), cer-érables (Acer opulifolium pliocenicum, Acer lœtum C. A. Mey.), dont l’un se retrouve en Asie, tandis que l’autre a persisté sur le sol de l’Europe; un noyer, Juglans minor Sap. et Mar., etc. Parmi les arbres d’une taille moins élevée, iJ faut mentionner des houx (llexcanariensisWehhflléx Falsani Sap.) ; et parmi les arbustes, un Daphné, D.pontica D. C., maintenant réfugié dans l’Asie Mineure et en Thrace ; un buis, Buxus pliocenica, Sap. et Mar., à peine différent du nôtre, et enfin plusieurs viornes ( Vibur-num pseudo-linus Sap., V. Rugosum Pers.), dont l’une au moins se retrouve aux îles Canaries (fig 5).
- Les arbres qui suivaient de préférence le bord des eaux courantes ou se pressaient dans leur voisinage comprenaient, avec notre peuplier blanc, Populus alba pliocenica, le platane, le magnolia et le tulipier, à peu près tels que les possède l’Amé-
- rique, mais avec des nuances différentielles, d’autant plus curieuses qu’elles sont reconnaissables, bien que peu sensibles. La catégorie des plantes sarmenteuses comptait une clématite et une Ménis-permée (Cocculus) d’affinité nord-américaine.
- Notre laurier-rose, presque semblable à ce qu’il est maintenant, et un grenadier (Punica Planchoni Sap.) particulier à l’Europe pliocène, mais peu éloigné de celui que la culture nous a transmis, servaient
- Fig. 1. — Espèces caractéristiques des tufs pliocènes de Meximieux.
- 1. Oreodaphne Heerii Gaud. — 2, 3. Laurus canariensis Webb, hase et terminaison supérieure d’une feuille. — 4, 5. Tilia expansa Sap. et Mar.— 4. Fruit, grand, nat. — 5. Fragment d’une feuille.
- aux eaux de ceinture immédiate. Près d’elles encore, le Glyplostrobus tertiaire, G. europæus, dont on a recueilli jusqu’aux cônes, survivait comme un souvenir de l’âge antérieur; mais on ne saurait passer sous silence un bambou, B. Ltigdunensis Sap., de taille médiocre (fig.4), dont les nombreuses colonies surgissaient partout le long des berges humides. Aux rocailles des cascatelles étaient attachées deux fougères remarquables dont l’une, Adiantum reni-
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- forme L., répandue entre les tropiques, ne dépasse plus aujourd’hui l’archipel des Canaries dans la direction du nord, tandis que l’autre, Woodwardia radicans Cav., également canarienne, s’avance sporadiquement jusqu’aux Asturies et jusqu’auprès de Bologne. Ces deux fougères étaient elles-mêmes représentées, lors du miocène, par deux formes auxquelles Unger a appliqué la dénomination d’Adiantum renatum et de Woodwardia Rœsneriana. On voit que les éléments defdiation des plantes vivantes par celles des temps géologiques n’échappent pas
- toujours à l’analyse et qu’il est maintenant difficile de ne pas admettre que la plupart de nos espèces n’aient eu leur raison d’être et leur point de départ ancestral au sein des périodes antérieures. On conçoit en même temps que les termes généalogiques deviennent d’autant plus vagues et d’autant plus obscurs, que l’on s’efforce de remonter plus loin dans le passé.
- A l’époque où vivaient en France le Maslodon dis-similis, Jourd, et le Tapirus arvernensis, l’ancienne Adriatique lyonnaise, déjà aux deux tiers délaissée
- Fig. 2. Espèces caractéristiques des luis pliocèqes de Meximieux.
- 1, 2. Glyptostrobus enropæus llr. : i, rameau; 1*, fragment du môme, grossi. — 2. Strobile. — 3. Torreya nucifera Lar.; brevifoiia Sap. et Mar. : 3*, feuille grossie. — 4. Torreya nucifera actuel, rameau figuré comme terme de comparaison. — S, 6. Wodwardia radicans L., deux fragments de fronde.— 7, 11. Punica Planchoni, Sap., 7 et 8, deux feuilles ; 9 et 10, boutons à fleurs avant leur épanouissement; 11, o, b, c, d, e, f, plusieurs autres boutons de la même espèce, vus dans diverses positions.
- par la mer qui se retirait vers Avignon et Beaucaire, était jalonnée, du côté de l’Ardèche et du Yivarais, et plus loin dans la Haute-Loire, le Cantal et le massif auvergnat, par une double ou même par une triple rangée de volcans, dès lors en pleine activité. Les bouches éruptives de cette région, si longtemps tourmentée et dont les dernières convulsions ensevelirent sous la cendre les hommes de la Denyse, suivirent avant de prendre la forme des volcans actuels une marche graduelle et un développement dont les études de M. ». names, d’Aurillac, ont contribué à faire connaître les progrès.
- Ce furent d’abord des symptômes précurseurs, des eaux thermales, des mouvements oscillatoires, des fractures et des soulèvements partiels agitant une contrée et un sol généralement primitifs et qui depuis l’origine des terrains étaient demeurés émergés, dans un calme profond. C’est alors, et à la suite de ces manifestations initiales des forces intérieures que s’établirent les premiers lacs, bientôt suivis des premiers épanchements de basalte.
- Les dépôts lacustres qui succédèrent à l’apparition du vieux basalte ont offert à M. B. Rames, dans le Cantal, des ossements d'Amphicyon, de Machairo-
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- dus, le Mastodon angustidens, le Dinothérium gigan-teum et les Hipparion, indicée qui nous placent sur l’horizon du miocène supérieur du Mont-Liberon et de Pikermi.Ensuite vinrent des basaltes plus récents (basalte porphyroïde) et les premiers conglomérats trachytiques. Le relief se prononçait de plus en plus, mais le volcan proprement dit n’était pas encore constitué oti du moins n’existait qu’à l’état d’ébauche. La contrée, déjà accidentée et montagneuse,
- était partout couverte de profondes forêts dont la composition variait suivant l’altitude et la direction. Les revers nord des escarpements différaient à cet égard des pentes tournées vers le sud. La vie végétale, comme la vie animale, avait acquis un degré de splendeur et de force qu’il lui a été rarement donné d’atteindre. C’est alors que de nouvelles éruptions de trachyte, de basalte, puis de phonolithcs et finalement de laves se firent jour, alternant selon
- Fig. ô. Espèces caractéristiques des tufs pliocèues de Mcximieux.
- 1. Liriodenüron Pocaccinis 13ng. — 2. Acer opulifolium pliocenicum. — 3. Acer lœtum (C. A. Mex.) pliocenicum. 4, 5. Nerium oleander(L.) pliocenicum, deux feuilles, l'une vue par la face supérieure (4), l’autre par la face opposée (5).— 6. Viburnum rugosum (Pers ) pliocenicum, feuille vue par la face supérieure. — 7, 8. Duxus pliocenia Sap et Mar.; 7, feuille ; 8, fruit vu par côté en a et par-dessous en b. — 9. llex Faluani Sap., feuille vue par-dessus. — 10-11 Juylans minor Sap. et Mar.; 10, sommité d’une feuille ailée; 11, noix vue par côté ; 12, même organe vu par-dessous.
- les lieux et tendant à concentrer les forces expul-sives sur un point déterminé. C’est ainsi que s’établirent à la longue les cratères permanents, fonctionnant soit passagèrement, soit à demeure, à la façon de ceux qui surmontent les cônes volcaniques actuels. C’est surtout en Auvergne que l’on observe des modèles de ces derniers, qui se rapportent évidemment à la plus récente période du tertiaire; quelques-uns de ces cratères sont à peine e'gueulés. Le volcan de la montagne du Cantal est plus ancien que ceux-ci : bien que le cône de déjec-
- tion qui surmontait la masse actuelle, à l’époque de sa plus grande activité plutonique, ait plus tard disparu, le cirque ou entonnoir central d’où furent vomis les phonolithes, les trachytes et le dernier basalte est encore visible, bien que ses ramparts soient en partie effondrés et que ses flancs aient été ravinés par les courants postérieurs de la période glaciaire.
- En Auvergne et dans le Yelay, ce sont les tufs ponceux et les conglomérats trachytiques ou tras-soïles, formés aux dépens des roches éruptives rema-
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- niées, qui comprennent une multitude d’empreintes végétales, appartenant à divers niveaux successifs de la série pliocène.
- Près du Puy, MM. Aymard et Haydes ont encore recueilli de nombreux débris de plantes dans une marne à tripoli grisâtre, observée non loin de Ceys-sac. Dans le Cantal, la flore pliocène la plus riche est due aux recherches de M, B. Rames, qui l’a exhumée des cinérites, c’est-à-dire des cendres d’origine éruptive, remaniées, cimentées et stratifiées par les eaux, probablement par l’effet des précipitations aqueuses qui précèdent ou accompagnent les coulées de matières en fusion.
- Ces phénomènes, d’une grande violence, eurent pour conséquence d’entraîner la chute d’une foule d’arbres dont les troncs couchés se montrent à l’état
- Fig. 4. — Espèces caractéristiques des tufs pliocènes de Meximieux. 1. Adiantum reniforme L. — 2-4. Bambusa higdunensis Sap.; 2, fragment de tige adulte ; 3, 4, feuilles. — 5, 6, Qvercus præ-cursor Sap.; S, feuille; 6, gland dépouillé de son enveloppe.
- île moule creux, disposés dans un véritable désordre. Les branches, les tiges, les rameaux furent recouverts; le sol jonché d’un lit de feuilles et d’une quantité de menus organes disparut sous un amas de cendres qui reçut l’empreinte de tous ces objets, même des plus délicats. La roche ainsi reconstituée et ensuite durcie nous les a fidèlement transmis, dans l’état où chacun d'eux se trouvait au moment de la catastrophe, réalisant au profit de la science les merveilles d’un Hercalanim végétal qui n’a pas dit son dernier mot. La présence du bambou de Meximieux et les indices tirés des études stratégra-phiques de M. B. Rames permettent de croire que les forêts pliocènes du Cantal étaient à peu près contemporaines de celles des environs deLyon.il ne faut donc pas s’étonner de voir reparaître ici les mêmes érables, le même tilleul, ainsi que certaines espèces franchement miocènes, comme le Grewia
- crenata Hr., le ZygophyllumBronnii (Ulmus Bron-nii Ung. ) Sap., et le Sassafras Ferretianum Massai., de Senigaglia. Mais une foule d’indices, aussi curieux qu’inattendus, nous avertissent que nous sommes ici placés sur un sol montagneux et que nous remontons à travers des pentes boisées, jusqu’à une altitude suffisante pour admettre une végétation différente de celle des vallées inférieures. N’oublions pas que c’est justement cette dernière que la plage de Vaquières et les abords des cascatelles de Meximieux nous ont fait entrevoir. Les cinérites du Cantal vont nous introduire à leur tour au sein d’une flore revêtue d’un autre caractère et plus appropriée aux escarpements sous-alpins auxquels elle servait de couronnement.
- Cte G. de Saporta,
- Correspondant de l’Institut.
- — La suite prochainement. —
- CHRONIQUE
- Les deux satellites de mars viennent de recevoir de leur « découvreur » les noms de Deimus et de Phobus. Ces noms ont été suggérés à M. Hall par M. Ma-dan, érudit anglais. Le premier signifie la Terreur et le second la Fuite, et on les trouve personnifiés dans l’Iliade d’Homère, livre XV, lorsque le poète représente Mars se disposant à descendre sur la Terre pour venger la mort de son fils Ascalaphe :
- Il ordonne à la Terreur et à la Fuite d'atteler ses coursiers,
- Et lui-même revêt ses armes étincelantes.
- Nous avouons que ces noms paraissent assez mal choisis pour des satellites de Mars. Il ne serait pourtant pas difficile d’en remarquer d’autre, par exemple, la Renommée (Phama) et la Gloire (üoxa), qui ont toujours participé dans la mythologie aux honneurs rendus à Mars, ou bien encore Othus et Ephialte qui ont déjà été ses satellites lorsqu’ils le firent prisonnier dans la guerre des géants. Quelle idée bizarre de choisir la Terreur et la Fuite pour compagnons du dieu de la guerre ! C. F.
- Ascension du Tongarïro (Nouvelle-Zélande). — La célèbre montagne volcanique de la Nouvelle-Zélande, Tongariro, vient d’être explorée jusqu’à son sommet par un Anglais, M. Connelly, qui a réussi à en faire l’ascension. Ce volcan est considéré comme tapu, c’est-à-dire sacré, par les Maoris, qui se sont jusqu’ici refusés à toute tentative faite par les colons anglais pour l’explorer. Le volcan est situé presque au centre de North-Island, et quoiqu’il n’ait pas plus de 6,500 pieds de haut, il est plus inaccessible que le mont Edgecumbe ou Rica-pehu, qui tous deux ont une élévation de plus de 10,000 pieds. Quoique M. Connelly n’ait pas éprouvé de résistance personnelle, il a trouvé sur sa roule tous les obstacles qu’ont pu lui susciter des indigènes, qui se sont emparés de ses chevaux, de ses armes, de ses selles, de presque tout ce qu’il avait apporté, et même de ses dessins. Il parvint pourtant à surmonter toutes les difficultés et, avec l’aide de quelques chefs avec lesquels il avait des relations plus amicales qu’avec les autres, il put explorer complètement le cratère, prendre un certain nombre d’esquisses et de photographies et déterminer la position des différents pics. A son retour il a été accueilli avec plus
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- de cordialité par les indigènes des différentes classes, qu’il ne pouvait s’y attendre ; tous les Maoris mirent de côté leurs préjugés superstitieux, à ce point qu’ils l’appelèrent du nom de la montagne : « Bonjours Tongariro ! » Tel fut le salut qu’il a reçu de tous côtés.
- Les monnaies de l’Exposition universelle.—
- L’administration des monnaies vient de juger qu’elle devait, comme plusieurs établissements de l’État auxquels des fabrications spéciales sont confiées, prendre part à l’Exposition universelle de 1878. L’administration se propose donc d’envoyor les produits et objets dont l’énumé-îationse trouve dans l’exposé des motifs. Ces divers objets seront étalés dans un salon formant une annexe de la galerie des portraits historiques et dans des montres vitrées qui en permettront l’examen détaillé. La construction de ces montres entraînera une dépense qui s’élèvera à 5,000 fr., non compris les carions inférieurs. Elles seront exécutées dans le style des armoires de là grande salle du musée, où elles sont destinées à trouver place ultérieurement et où les montres actuelles sont insuffisantes.
- A cette exposition monétaire, artistique et historique, l’administration a pensé qu’il serait intéressant de joindre une exposition industrielle. Il s’agirait, pour ce but, d’installer dans une partie de la galerie des machines un balancier et une presse qui fonctionneraient sous les yeux du public. Le balancier frapperait une médaille dont le module serait de 50 millimètres, et la presse, la même médaille réduite à des proportions plus faibles. A ce sujet, il a paru qu’au lieu de fabriquer une médaille banale dont les exemplaires pourraient rester sans emploi, il serait plus opportun de frapper une médaille spéciale dont l’une des faces représenterait la vue du Champ de Mars, et l’autre, celle du Trocadéro. Il est à croire en effet qu’un grand nombre de visiteurs tiendrait à en acquérir un exemplaire qui, frappé sous leurs yeux, constituerait un souvenir de l’Exposition. La gravure de celte médail'e doit être évaluée à 5,000 fr., non compris les dépenses accessoires de coins qui pourront devenir nécessaires au cours des travaux. (Journal officiel.)
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- éance du 25 mars 1878. — Présidence de M. Fimo.
- Utilisation des marées. — M. Deschamps (de Rouen) propose d’employer la force des marées à comprimer de l’air dans des réservoirs convenablement disposés, d’où on pourrait ensuite retirer, au fur et à mesure des besoins, la puissance mécanique résultant de la détente de ce gaz. Beaucoup de projets de ce genre ont été proposés déjà et ils n’offrent pas un grand intérêt tant qu’une exécution plus ou moins complète n’est pas venue en démontrer la valeur.
- Électricité. — C’est avec une considération particulière que le Secrétaire perpétuel signale un nouveau travail de M. Gaston Planté dans lequel le savant et infatigable physicien étudie les effets de son élégante machine rhéosta-tique et insiste surtout sur les différences qui caractérisent l’étincelle positive et l’étincelle négative.
- Falsification de la glace. — Grâce à des perfectionnements successifs, M. Toselli annonce qu’il arrive maintenant à fabriquer 1 kilogramme de glace dans l’espace de 2 minutes.
- Gallium. — D’après M. Lecoq de Boisbaudant, le gallium donne plusieurs chlorures, plusieurs bromures et plusieurs iodures. Le poids atomique du nouveau métal est égal à 69,9 (l’hydrogène étant représenté par I).
- Hydrate d'éther. — Jusqu’ici on ne connaît que l’alcool qui résulte de la combinaison de l’éther avec de l’eau. M. Tausai signale aujourd’hui un hydrate d’éther, qui résultant d’équivalents égaux de ces deux constituants, est isomère avec l’alcool. Cependant il diffère profondément de celui-ci par ses propriétés et, parexemple, cristallise aisément.
- Géologie expérimentale. — Dans un très-beau travail sur lequel nous aurons l’occasion de revenir, M. Daubrée décrit une méthode et un appareil qui lui permettent de reproduire expérimentalement les divers accidents de contournement et de plissement que présentent si souvent les couches stratifiées. Un nouveau jour est jeté sur un grand chapitre de la géologie par ce nouveau travail du célèbre académicien.
- Crania ethnica. — M. de Quatrefages, en son nom et au nom de M. le docteur Hamy, aide-naturaliste au Muséum, dépose sur le bureau le 6e fascicule des crania ethnica. Il s’agit cette fois de la race tasmanienne.
- Élection de correspondant. — Une place de correspondant étant vacante dans la section de botanique par le décès de M. Hofmeister, de Heidelberg, l’académie désigne M. Duval Jouve, par 46 suffrages sur 49 votants, pour recueillir la succession du savant allemand. M. Clos (de Toulouse) recueille 3 voix.
- L’académie se réunit de très-bonne heure en comité secret, trois vacances étant à combler, comme on sait parmi ses membres.
- Stanislas Meunier.
- ARBRE DE TRANSMISSION FLEXIBLE
- DE STOW ET BUBNHAM1.
- Les mouvements de rotation sont transmis habituellement de la machine motrice à l’outil par l’intermédiaire d’axes rigides, et on éprouve par suite des difficultés considérables quand on veut déplacer l’outil ou changer la direction du mouvement. C’est là cependant une question qui se pose fréquemment, et il serait important toutes les fois que l’outil a une masse assez faible et doit exécuter dans une position donnée un travail assez court de pouvoir le déplacer rapidement sans trop de difficulté. Dans les plaques de foyer pour locomotives, par exemple, il faut percer un grand nombre de trous pour y loger les en-Irctoises, l’outil foreur doit être déplacé à chaque instant ; il faut l’écarter plus ou moins de la machine motrice, et modifier même quelquefois son inclinaison par rapport à l’axe principal. On y arrive difficilement avec des axes rigides et on est amené bien souvent à déplacer la plaque plutôt que le foreur, dont la masse est cependant bien plus faible.
- 1 D'après Y Engineering et YEngmeering and Mining Joui nal.
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- MM. Stow etBurnham ont résolu le problème d’une façon re'ellement curieuse; ils ont disposé un axe parfaitement flexible, grâce auquel le mouvement de rotation peut se transmettre dans une direction et dans une position quelconque, presque aussi facilement que vous pouvez déplacer l’orifice d’un tuyau en caoutchouc et diriger à volonté le jet d’eau qui s’en échappe. Rien n’est plus intéressant que de voir l’outil foreur se déplacer devant la plaque à percer sans difficulté aucune pour ainsi dire ; on peut le fixer à volonté et dans une direction arbitraire sans éprouver aucune résistance de la part de l’axe de transmission. Celui-ci se fléchit plus ou moins, s’adapte immédiatement à la situation qui lui est imposée, il trouve sa position d’équilibre, et transmet l’effort moteur sans se déformer. C’est même là un résultat assez difficile à expliquer en théorie, car il est étonnant au premier abord de voir qu’un mouvement circulaire très-rapide puisse se transmettre ainsi le long de cette espèce de ressort courbé, sans i en altérer la forme et sans le projeter dans l’espace.
- Il semble que les courbes devraient amener dans les forces de torsion des efforts obliques qui déplaceraient latéralement le ressort et devraient le faire fouetter. Et cependant l’axe n’est aucunement pro- ! jeté; on s’aperçoit bien, en le tenant à la main, qu’il est soumis à de petites vibrations latérales, mais l’amplitude en est très-petile, et l’équilibre de l’axe flexible n’est pas altéré. '
- Cet axe est composé d’un câble en fils d’acier j enroulés séparément en hélice. La ligure 2 repré- ; sente un câble formé de cinq de ces fils a,b,c,d,e, j constituant autant de cylindres creux emboîtés les uns dans les autres. Le pas de chaque hélice est le plus petit possible, les spires successives d’une même hélice sont rigoureusement en contact, et ne laissent aucune solution decontinuité dans le cylindre qu’elles dessinent ; le câble acquiert ainsi une résistance plus considérable à la torsion tout en pouvant se courber néanmoins. On voit en outre que le sens de l’enroulement des spires varie alternativement d’une couche à la suivante. Cette disposition limite l’altération de longueur du câble dans les efforts de torsion auxquels il est soumis, puisque la rotation dans un sens donné qui augmente la torsion de trois des ressorts, par exemple, diminue celle des deux autres. Les cinq ressorts sont reliés entre eux aux deux extrémités sur une certaine longueur et lormenf alors un câble rigide ; on fixe à un bout de l’essieu en P la poulie motrice, et à l’autre bout en m une douille sur laquelle on vient adapter directement l’outil ou la roue dentée qui le commande, comme c’est le cas sur la figure. Le mouvement circulaire se propage de proche en proche le long de l’axe flexible, et détermine la rotation de la douille. Un embrayage très-simple disposé sur cette douille permet à l’ouvrier qui la tient à la main d’arrêter ou de rétablir subitement le mouvement quand l’opération l’exige.
- Le câble est enfermé dans une gaine G formée d’un fil s enroulé en hélice et d’une enveloppe en |
- cuir g. Cette gaîne protège le câble contre les influences extérieures, et elle empêche en même temps par sa raideur de le courber sous des angles trop aigus. C’est elle aussi qui supporte le châssis de la poulie motrice qu’on n’a pas relié au câble lui-même; on a laissé par là un certain jeu à la poulie, afin de lui permettre d’obéir aux légères variations de longueur du câble pendant le mouvement sans déplacer en même temps le châssis. Celui-ci porte, comme on voit, un crochet au moyen duquel on peut l’attacher à un point fixe. L’autre extrémité du Câble est également rendue immobile, puisque l’outil foreur doit occuper une position invariable pendant tout le temps du percement; et, comme nous l’avons dit en commençant, l’arbre lui-même reste en équilibi e sans se déformer pendant la transmission du mouvement.
- Ailiro de transmission flexible
- La vitesse de rotation de l’arbre flexible peut s'élever jusqu’à 1500 tours à la minute, et on peut forer des plaques en cuivre ayant jusqu’à 25 millimètres d’épaisseur. M. Chapman a construit des arbres dont le diamètre variait de 6 à 52 millimètres et la longueur atteignait jusqu’à 5™,50.
- L’essieu flexible de MM. Stow et Burnham est donc une solution intéressante d’un problème de mécanique industrielle, il donne des résultats importants qu’il eût été difficile de prévoir a priori, et la théorie en paraît même encore assez compliquée. Enfin, au point de vue pratique, il peut recevoir une foule d’applications variées en dehors du percement des trous, et il remplace élégamment dans certains cas les transmissions de mouvement par les axes rigides, les roues d’angles ou le joint universel.
- L. Bâclé,
- Ancien élève de l’École polj technique.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- LO b OEIL. TY1*. El Si Éll. LKÉIÉ.
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- N* 253. — 6 AVRIL 1878.
- LA NATURE.
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- APERÇU HISTORIQUE
- SUR LA
- LUMIÈRE PRODUITE PAR L’ÉLECTRICITÉ
- (Suite. — Voy. p. 250 )
- C’est en 1727 que Grey fît la découverte la plus importante qui puisse être signalée dans l’électricité depuis Thaïes de Milct.
- Dans ses expériences, faites conjointement avec Chccler, il reconnut, en effet, que certains corps, les métaux en particulier, conduisaient la vertu électrique, selon son expression, et permettaient de transmettre à de grandes distances les propriétés at-
- tractives des substances frottées. Il vit aussi que d’autres corps, comme la soie, ne jouissaient pas du même avantage. La conductibilité électrique était donc trouvée. On peut même dire que les phénomènes d’influence furent au moins pressentis par cet expérimentateur.
- Dufay, membre de l’Académie des sciences de Paris et intendant du Jardin du Roi, s’intéressa aux expériences que nous venons de résumer. Il les répéta soigneusement, en en variant les conditions, et fut le premier qui tira une étincelle d’un corps vivant. Le fait n’a rien aujourd’hui qui nous étonne, mais il fit sensation alors : l’abbé Nollet dit qu’il n’oublierait jamais la surprise que lui causa ce phénomène, L’impression produite sur le patient est
- Lueur pioJuite par une machine électrique au dix-huitième siècle. (D'après l’abbé Nollet.)
- celle « d’une petite douleur, comparable aune piqûre d’épingle, ou à la brûlure d’une étincelle de feu, et cette douleur se fait remarquer aussi sensiblement à travers les habits que sur le visage nu ou sur les mains. »
- Grey, après avoir découvert la conductibilité des corps métalliques, fut amené à observer l’aigrette lumineuse ou l’écoulement de l’électricité par les pointes. A la suite de ses expériences, il insista sur ce qu’on pouvait produire, au moyen de l’électricité, une flamme avec une explosion et une ébullition dans l’eau froide; et il ajoute : « Quoique ces effets jusqu’à prient n’aient été produits que .très en petit, il est probable qu’on pourra avec le temps trouve^ une façon de rassembler une plus grande quanti» auuéf. — 1er semestre.
- tité du feu électrique, et par conséquent d'augmenter la force de cette puissance, qui, par plusieurs de ces expériences (si parva de magnis componere licel), semble être de la même nature que celle du tonnerre et de l’éclair. »
- Winkler, professeur de langues mortes à l’université de Leipsick, se passionna bientôt pour la nouvelle science, et il réussit à augmenter la force des machines déjà connues, en forçant la vitesse de rotation des globes ou des cylindres qui les constituaient. Avec un de ces globes faisant 680 tours par minute, et frotté par une étoffe de laine, on pouvait, d’après les Mémoires de divers savants, tirer le sang du doigt, brûler la peau, et produire l’effet d’un caustique.
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- Le R. P. Gordon, bénédictin écossais, augmenta les étincelles au point qu’un homme les sentit de la tête aux pieds et que de petits oiseaux en furent tués. Le docteur Ludolf, de Berlin, en 1744, put aussi se servir de l’étincelle pour enflammer de l’éther.
- M. Boze rendit l’expérience plus extraordinaire en apparence, en employant un jet d’eau comme conducteur pour mettre le feu à des liqueurs spin-tueuses. Dans un mémoire lu à la Société royale le 6 février 1746, le docteur Watson remarqua que les étincelles électriques paraissaient de couleurs différentes selon la nature des substances d’où elles jaillissent ; que le feu paraissait beaucoup plus rouge sortant des corps bruts, comme le fer rouillé, le cuivre oxydé, etc., que des corps à surface nette. Malheureusement il n’en trouva pas la vraie cause. Au lieu de voir que l’étincelle n’élait formée que de parcelles des conducteurs volatilisées, il crut que la différence de coloration venait de la réflexion différente de la liimière sur les divers corps.
- Ce physicien fut peut-être le premier qui ait produit un véritable éclairage par l’électricité, puisqu’il mentionne que, avec quatre de ses globes, il donnait naissance à des jets de flamme si grands et si rapprochés que, dans une chambre obscure, on apercevait distinctement les visages de treize personnes assistant à l’expérience.
- En cette année 1746, Muschenbrock et Cuneus découvraient les principes de la condensation électri-trique. La bouteille de Leyde constituait la nouveauté la plus saillante qu’on eût trouvée en électricité jusqu’alors ; mais son application à l’éclairage électrique se fit longtemps attendre. Ce n’est en effet qu’il y a une année environ, que M. Jablochkoff réussit à produire une division de la lumière plus grande que celle qu’il avait déjà obtenue, au moyen de courants interrompus passant dans les armatures de condensateurs d’une capacité électrostatique considérable. Cette intéressante expérience n’a d’ailleurs pas été appliquée à un éclairage industriel, et elle n’est encore à l’heure qu’il est qu’une expérience. Je ne fais donc que mentionner en passant la découverte mémorable de Muschenbrock, en raison de sa grande importance.
- Ce rapide aperçu de l’histoire de l’étincelle électrique nous montre que s’il avait fallu vingt-trois siècles pour passer de Thalès de Milet, le parrain de l’électricité, à Otto de Guérick, qui le premier put percevoir une lueur plutôt qu’une étincelle, il n’a fallu qu’un siècle pour arriver à faire produire un éclairage véritable à cette étincelle. Encore un siècle, et nous faisons franchir à cette lumière le pas immense qui sépare l’expérience de la pratique.
- Le docteur Désaguliers, Franklin, l’abbé Nollet, Canton, le P. Beccaria poursuivirent les études que nous venons de résumer sommairement, mais ils ne fournirent rien de particulièrement nouveau au point de vue de notre sujet spécial.
- Il faut passer maintenant de 1750 à 1800, c’est-à-dire un demi-siècle, pour constater un progrès qui
- depuis ne s’est plus arrêté dans sa marche rapide. C’est à la pile, découverte par Voila et perfectionnée par les Becquerel, les Daniell, les Bunsen, que nous devons demander la réalisation d’une lumière électrique puissante, de l’arc voltaïque, pour lui donner son vrai nom.
- Sir Humphry Davy se servit d’une pile de 2000 éléments d’une surface active de plus de 80 mètres carrés, et obtint alors, entre deux tiges de charbon en communication avec les pôles, une lumière éblouissante et continue qui jaillissait sans bruit sensible. 11 put écarter les charbons l’un de l’autre de plus de 10 centimètres sans que la lumière s’éteignît. Au contraire son éclat devenait de plus en plus intense, et la chaleur développée entre eux suffisait à porter au rouge plus d’un centimètre de chacun des charbons.
- Avant de faire l’étude détaillée de l’arc voltaïque, nous devons montrer les dissemblances et les analogies de la nouvelle lumière de Davy et de celle des physiciens qui l’avaient précédé, de l’étincelle électrique.
- Mais nous devons encore auparavant donner quelques notions précises sur les qualités et les effets d’un courant électrique, en laissant de côté, bien entendu, tout ce qui n’a pas un rapport direct avec notre sujet.
- Si l’on considère une source électrique, les fils qui transmettent le courant et les organes mécaniques ou autres auxquels ils aboutissent et que l’électricité doit mettre en jeu, nous pouvons les assimiler assez exactement à une source de force mécanique, telle qu’une machine à vapeur, aux pièces de transmission telles que les arbres de couche, les courroies et les engrenages, et aux organes tels que des machines-outils, que la force mécanique doit actionner.
- Le travail est dans le premier cas emprunté à l’électricité. Dans le second cas, il est emprunté à la chaleur.
- Les conducteurs du courant ne sont donc que des organes de transmission, et représentent ce qu’on appelle la résistance passive d’un moteur.
- Chacun sait que si en un point quelconque, les résistances passives sont accrues d’une façon anormale par suite d’un grippement par exemple, une partie du travail se transformera en chaleur. Il en est de même pour l’électricité. Augmentons la résistance d’un point du conducteur, en diminuant son diamètre, aussitôt la portion résistante s’échauffera, et cela d’autant plus que la section sera plus faible. La chaleur pourra porter cette portion au rouge-blanc.
- Imaginons enfin que le conducteur présente une solution de continuité sur une longueur de 1 à 2 centimètres. Si la source électrique est assez puissante pour pouvoir vaincre cette énorme résistance, le courant échauffera les parties extrêmes des fils conducteurs, et franchira leur intervalle en transportant les particules de la substance qui les constitue. Cette chaîne de particules présentera une résistance tellement grande qu’elle sera portée tout
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- entière à la température du blanc éblouissant. Nous avons produit ainsi l’étincelle des machines électriques et l’arc voltaïque des piles.
- Ce phe'nomène de transport est absolument vérifié par l’expérience, car si l’on fait jaillir l’étincelle ou l’arc entre deux conducteurs de métaux différents, de l’or et de l’argent par exemple, on trouve des traces d’or sur l’argent et des traces d’argent sur l’or. Suivant le sens du courant, le dépôt entraîné est plus considérable sur l’un des métaux que sur l’autre.
- Il nous reste à savoir maintenant quelles sont les analogies de l’arc voltaïque avec l’étincelle. Pourquoi la machine d’Hausksbee ne peut-elle donner les phénomènes de lumière intense de la pile de Davy ?
- Une étincelle longue et grêle comme celles que l’on obtient à l’aide des machines électriques à plateau de verre ou d’ébonit, caractérise un courant de très-haute tension et de très-faible quantité. Sa lumière est peu éclairante en raison de sa faible masse. Une étincelle qui jaillit entre les deux armatures d’une bouteille de Leyde est déjà plus épaisse, moins longue et plus brillante, plus blanche, que la précédente. Elle témoigne aussi d’une plus grande masse électrique, d’une plus grande quantité. Enfin l’étincelle qui constitue l’arc voltaïque est compacte et éblouissante en général sous une faible longueur. Le courant qui lui a donné naissance a donc encore plus de quantité que celui des machines à frottement.
- En résumé, les anciennes machines fournissent beaucoup de tension et peu de quantité.
- Les piles, au contraire, sont des sources de quantité et ne donnent que très-peu de tension.
- Puisque le grand éclat de l’arc voltaïque provient, comme nous l’avons dit, des particules de la substance des pôles, portées au rouge-blanc éblouissant dans leur trajet d’un pôle à l’autre, on conçoit qu’une étincelle épaisse, comme celle de l’arc, soit plus éclairante qu’une étincelle grêle, qui, n’entraînant que peu de particules, est sensible à un haut degré au refroidissement causé par Pair ambiant.
- Antoine Breguet.
- — La suite prochainement. —
- LES PÉRIODES VÉGÉTALES
- DE L’ÉPOQUE TERTIAIRE.
- (Suite.-Voy. p. 170, 187, 259 et 282.)
- g V. — Période pliocène.
- Au Pas de la Mougudo, sur l’un des contre-forts méridionaux du volcan pliocène, l’arbre dominant est un aune, notre Alnus glutinosa, L., qui présente ici des feuilles largement orbiculaires (fig. 1). Les ai’bres principaux sont un tilleul, celui deMeximieux, Tilia expansa, Sap. et Mar., une Juglandée, Piero-carya fraxinifolia, Spach, maintenant confinée dans le Caucase, un planère de la même région (Planera
- crenata), un charme presque semblable au Carpinus orientalis qui s’avance de nos jours jusque dans la Carniole, un orme qui se rattache à l’un de nos ormeaux indigènes, YUlmus ciliala.
- Le Hêtre se montre également; mais il était rare dans l’ancienne localité; peut-être fréquentait-il de
- Fig. 1. -Espèces caractéristiques des GinéritCS du Gaulai.
- 1. Alnus glutinosa orbiculata, Sap. (feuille légèrement restaurée). — 2. Tilia expansa, Sap. et Marion (feuille restaurée à l’aide de plusieurs fragments). — 3-4. Abies pinsapo, Boiss., pliocerUca. 3, feuille; 3\ la même grossie; 4, écaille détachée d’un strobile. Obs. : la feuille ressemble à celles de VAbies numidica, que M. Gosson ne distingue pas du pinsapo; l’écaille est supérieure comme dimension à celle des cènes de l’espèce moderne.
- préférence une région un peu supérieure ; l’existence de celle-ci se trouve attestée en tout cas par une écaille détachée d’un cône de Sapin, entraînée jusque-là d’un sommet plus élevé, et dénotant une espèce alliée de très-près à Y Abies pinsavo, Boiss., de la Sierra-Nevada.
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- La flore de Saint-Vincent, localité située sur le J versant septentrional du Cantal, dévoile clairement
- Fig. 2. — Espèces caractéristiques des Cinérites du Cantal (Saint-Vincent).
- 1. Fagus sylvalica pliocenica, Sap. — 2. Quercus robur pliocenica, Sap. — 3. Populus Fremula, L. — 4. Sassafras Ferretianum Mass, (pliocenicum).— 5. Viiis subintegra, Sap. — 6. Acer polymorpiuni, Sieb. et Zucc., pliocenicum.
- les diversités qu’entraînait alors, dans la composition de la flore, l’altitude jointe à l’exposition tournée au nord.
- Nous rencontrons ici une seconde Juglandée, aujourd’hui éteinte, Carya maxima, Sap., à côté du Pterocarya fraxinifolia.
- Deux Érables, qui ne diffèrent pas de ceux de Maximieux, le Charme, les Ormes reparaissent, ainsi que le Hêtre, mais celui-ci abonde bien plus que dans l’autre station, et il se trouve accompagné d’un Chêne comparable à noire Rouvre (iQuercus robur pliôce-nica, Sap.), du Tremble wsi répandu encore maintenant dans les mêmes bois; deux Laurinées à .feuilles caduques (Sassafras Ferretianum et Benzoin - lalifolium), et une vigne, Vitis subintegra, Sap., marquent encore
- Fig. 3. — Espèces caractéristiques des marnes à tripoli de Ceyssai. (Haute-Loire).
- 1-3 Picea excelsa pliocetvca, semences. — 4. Abies cilicica Ÿ Kotsch , semence. — 5-7. Alnus glutinosa Aymardi, Sap. : 5, feuilles; 6-7, fruits.—8-9. Ulmus palæomontana, Sap. : 8, feuilles ; 9, samarc. — 10. Populus canescens, Sm. (pliocenica). — 11-12. Cratægus oxyacanthoides, Gœpp. — 13-li. Fraxinus gracilis, Sap. :13, samarc; 14, fragment de feuille.— 13-lG. Acer creti-cum,h. (pliocenicum)'. la, feuille; 16, samare. — 17. Zizyphus oratus, 0. Web.
- celte station, dont une forêt de Pins couronnait les escarpements. Au Pas de la Mougudo, comme à Saint-Vincent, on observe, non sans surprise, uneespèced’Érable maintenant japonaise, remarquable par la découpure élégante de ses feuilles; c’est Y Acer polymor-phum, Sieb., que les horticulteurs ont récemment inlroduit en Europe, à titre de rareté digne de l’attention des amateurs (fig. 2). L'Acer polymorphum n’a donc tait que reprendre possession de son ancienne patrie, lorsqu’il est revenu dernièrement parmi nous.
- N’oublions pas de le remarquer, avant de quitter le Cantal pour l’Auvergne et le Velay, les espèces européennes, encore vivantes, occupent déjà leur patrie actuelle
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- dès le début des temps pliocènes. Elles affectent, avec | des variations secondaires et des nuances plus ou
- Fig. 4. — Espèces caractéristiques du pliocène récent d'Auvergne et d’Italie.
- 1 Quercus Mirbeckii antiqua, Sap. (Auvergne). — 2. Quercus LamoUii, Sap, (Auvergne).— 3. Quercus roburoides, Gaud. (Masse-Maritima).— 4. Quercus ilex, L. (Lipari). — 5. Fagus sylvaiica. L. (Val d’Arno sup.). —6. Viburnum linus, L. (Travertins toscans). — 7. Vitis vinifera (Travertins d'Era). — 8. Mespilus pyracantha, L. (Travertins toscans).
- moins prononcées, les mômes caractères que de nos jours ; on les distingue sans trop de peine au milieu de la foule des especes perdues ou émi-grées qui les entoure; elles sont, on peut le dire, aux formes actuelles ce que sont, les unes vis-à-vis des autres, les variétés et les races locales que comprennent souvent celles-ci ; mais surtout ces espèces européennes primitives, destinées à ne plus quitter notre sol, se tiennent visiblement à l’écart ; elles hantent de préférence les montagnes , et enfui elles se rattachent presque toujours par quelque côté, parfois même d’une façon intime, à des espèces antérieures, nettement miocènes , qu’elles prolon-
- gent,"pour ainsi
- dire,
- tendant .à les remplacer.
- Le lien continu qui joint le Planera Ungeri, Ett.
- Fig. 5. Espèces caractéristiques de l’âge de VElephas meridioualis dans le midi de la France.
- 1. Pinus Paroliniana, Carr., cône (Saint-Martial, HéraultI. — 2-3. Quercus Farmtto, Ten. — 4-5. Quercus lusitanica, Webb. — 6. Parrotia pristina, Ett.
- au Planera pliocène, et celui-ci au Planera crenata du Caucase, ne montre nulle part ni interruption ni suture, et cependant le Planera Ungeri du miocène inférieur diffère réellement de YOrme de Sibérie actuel. Les deux extrêmes se distinguent, mais ils se rejoignent par des intermédiaires. 11 en est ainsi de beaucoup d’espèces et en particulier de celles dont on retrouve les termes successifs; ces termes conduisent insensiblement d’un type antérieur aujourd’hui perdu vers celui qui, tout en le modifiant, est cependant parvenu jusqu’à nous. Ce serait là l’histoire de toutes les espèces végétales, si elle pouvait être déchiffrée dans ses moindres détails. Les lacunes seules nous arrêtent et nous condamnent forcément à des inductions, appuyées pour-
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- LA NATURE.
- tant de trop de preuves, pour ne pas laisser entrevoir la vérité.
- Les marnes à tripoli de Ceyssac (Haute-Loire), peut-être moins anciennes que les cinéritcs, découvrent des indices de même nature que ceux dont nous sommes redevables à la flore du Cantal, avec des espèces en partie différentes, qui semblent avoir peuplé le fond d’une vallée agreste et profonde, encadrée par de hauts sommets où s’élevaient des pins et des sapins. L’aune glutineux de Ceyssac n’est pas le même que celui du Cantal ; ses feuilles sont plus petites ; ses fruits et toutes ses proportions annoncent un arbre plus chétif. A côté du charme et de l’érable asiatique (Acer lœtum, C. Mey.) dont j’ai signalé la présence dans le Cantal, se montrent le peuplier grisaille [Populus canescens, Sm.), un ormeau qui se confond avec 1 ’Ulmus montana européen, un aubépin (Cratacusoryacanthoid.es, Gœpp.), peu différent du nôtre, et enfin un érable très-curieux parce qu’il reproduit intégralement les caractères d’une race à feuilles semi-persistantes, confinée de nos jours sur les montagnes de la Crète et connue des botanistes sous les noms d'Acer cî'eticum, L., et d'Acer sempervirens, Ait (fig. 5). Les flores pliocènes d’Auvergne, encore imparfaitement connues, malgré leur richesse, donneraient lieu à des remarques semblables. Les chênes, les charmes, les ormes, les peupliers, les érables, les frênes et les noyers y multiplient les traces de leur présence et les preuves de leur prépondérance.
- Notre tremble s'étendait alors partout; il en est de même du type des noyers. Les chênes offraient les formes les plus variées, et malgré les difficultés qui s’opposent à l’exacte détermination de leurs espèces, on voit bien qu’à côté de formes alliées de près à nos rouvres, il <-n existait d’autres comparables soit au Quercus Mirbeckü, Du Rieu, d’Algérie, soit au Quercus lusitanica d’Espagne, soit enfin au Quercus infectoria de l’Asie Mineure; ou bien encore dénotant des types aujourd’hui disparus ou émigrés vers des régions plus chaudes ou plus reculées dans la direction du sud.
- Dans la Ilaute-Loire, des vestiges datant de la même époque démontrent que l’épicéa et même le mélèze étaient dès lors répandus en Europe ; sur divers points de l’Allemagne les mêmes arbres associés à l’if et au hêtre ont également laissé des traces certaines de leur existence. Vers un horizon sensiblement pareil, les plus récentes formations tertiaires du littoral toscan, du Val-d’Arno, ainsi que les travertins des îles Lipari, permettent de constater l’apparition et l’extension successive, dans l’Italie moyenne, du hêtre, de divers chênes, entre autres du Quercus Farnetto, Ten., qui vit maintenant en Calabre, du gaînier ou Cereis siliquartrum ; on y observe également le laurier noble et celui des Canaries, le laurier-tin, le buisson ardent (Mapiher pysacantha, L.), le lierre, le chêne vert, etc., sous l’aspect que nous connaissons à ces divers végétaux (fig. 4) ; et enfin le Chamœrops humilis, le dernier des palmiers eu-
- ropéens, celui de tous qui s’est le plus longtemps attardé sur notre sol, avant de le quitter, et dont les travertins de Lipari, peut-être un peu postérieurs aux derniers dépôts tertiaires, nous ont conservé des vestiges.
- Par la revue rapide de ces divers documents, nous approchons graduellement du terme de notre course ; nous touchons à la fin de Page pliocène : la température s’abaisse peu à peu ; les glaciers, après avoir occupé le flanc des plus hautes montagnes, descendent graduellement dans les vallées inférieures et tendent à les envahir. L’humidité du climat favorise évidemment cette marche; les précipitations aqueuses, devenues réellement excessives, expliquent par leur abondance le régime des eaux fluviatilcs et jaillissantes, qui s’élève de plus en plus pour atteindre des proportions vraiment surprenantes, au début des temps quaternaires.
- La puissance des eaux qui s’épanchent à la surface du sol ou qui en parcourent les dépressions constitue le trait le plus saillant de la deuxième moitié du dernier âge tertiaire, si l’on y joint l’extension des glaciers et le phénomène erratique du nord qui n’en furent que des conséquences plus ou moins directes. L’immersion prolongée des plaines
- , Fig. 6. — Fjspèces du Forest-bed (pliocène sep.).
- 1-2. Pinus montana, Mill., cônes. — 5-4. Abies peclinata, D. C., écailles détachées d’un strobile.
- de l’Europe septentrionale, contre-coup inévitable de l’exhaussement des Alpes, marque encore la fin de cette même période, et son examen détaillé nous entraînerait si loin que le plus sûr est de ne pas s’y arrêter.
- Dans la seconde moitié du pliocène, les circonstances ne cessèrent de favoriser en Europe le développement du règne végétal, pris en masse, bien que l’abaissement continu de la température tendît à restreindre de jour en jour le nombre et la variété des éléments qui le composent. Les mammifères, de leur côté, n’avaient cessé de se multiplier et de grandir en force, en perfection et en beauté, tout en perdant une partie des genres qu’ils comprenaient lors du pliocène inférieur. M. le professeur Gaudry, dans ses Matériaux pour l'histoire des temps quaternaires, désigne cet étage sous le nom d'âge du Forest-bed ou ple'istocène; nous sommes disposé à y comprendre le niveau de Saint-Martial, dans l’Hérault, et la partie la plus récente du Val-I d’Arno. Les mastodontes et les tapirs ont alors quitté | l’Europe; les singes ont émigré et repris le chemin j de l’Afrique ; mais les éléphants, les rhinocéros, les j hippopotames n’ont jamais été plus puissants et leur ! développement, de même que celui des servidés et
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- des bovidés est un indice certain de l’inépuisable quantité d’aliments, mise à leur portée par l’autre règne.
- . VElephas meridionalis, le plus gigantesque des animaux terrestres qui ait jamais existé, caractérise plus particulièrement cet âge; il est accompagné de YElephas antiquus, des Rhinocéros leptorinus et Merkii, de 1 ’Hippopotamus major, des Cervus Sedgwickii et martialis, etc.
- Les végétaux recueillis sur quelques points de l’Hérault et du Gard, dans les mêmes gisements que YElephas meridionalis, à Saint-Martial, près de Pé-zenas, d’une part; de l’autre, à Durfort (Gard), sont instructifs, malgré leur nombre restreint. — A Saint-Martial, il faut signaler un cône dénotant une espèce qui a dû appartenir au groupe de notre pin d’Alep (Pinus halepensis, Mill.), mais avec une affinité évidente vers le Pinus Paroliniana, Carr., race distincte qui recherche l’humidité plus que le type ordinaire et se trouve reléguée de nos jours dans certaines vallées intérieures des versants pyrénéens. — A Durfort, les marnes sableuses, sorte de limon grisâtre d’où, grâce à l’initiative de M. le professeur Gervais et sous la surveillance de M. Cazalis de Fondouce, des squelettes entiers d'Elephas meridionalis et de rhinocéros ont été retirés, renferment aussi les empreintes de plusieurs espèces de chênes, associées à d’autres plantes, dont deux, le Planera Ungeri Ett. et 1 eParrotia pristina Ett., sont certainement miocènes. Quelques-unes de celles-ci persistaient encore à ce moment sur le sol français ; dernières épaves d’une flore en grande partie éliminée, elles étaient elles-mêmes destinées à bientôt disparaître. Les principaux chênes de Durfort, dont YElephas meridionalis a mangé certainement les rameaux, ont été identifiés par moi avec les Quercus Farnetto (lig. 5), Ten., de l’Italie méridionale, et lusitanica, Webb, ce dernier indigène de l’Espagne moyenne et du Portugal. Ainsi, les espèces dominantes du sud de la France étaient alors des formes qui ont depuis émigré; elles étaient associées à des types miocènes à la veille de finir, et nos chênes rouvres, représentés actuellement en France par les Quercus ssssiliflora, pedunculata et pubescens, ne se montraient pas encore; leur introduction, relativement récente, ne date guère que du quaternaire, bien que la section dont ces races font partie soit bien plus ancienne; mais, à la fin du pliocène, le centre et le nord de la France devaient les avoir reçues ; en tout cas, le Q. sessiliflora se laisse voir à Kannstadt et le Q. pubescens lui-même abonde dans les tufs à Elephas antiquus de la Provence.
- Aux approches de la terminaison du pliocène, les différences climatériques entre le nord et le sud de l’Europe sont plus accentuées qu’elles ne le furent dans aucun autre temps. Pendant que le Chamœ-ropshumilis ou palmette se maintient à Lipari, que le Pinus Paroliniana, les Quercus lusitanica et Farnetto, le Laurus canariensis, etc., peuplent encore la vallée du Rhône et le bas Languedoc, le Fo-
- rest-bed, exploré dans le Norfolk et rapporté par M. Gaudry à l’horizon du pliocène le plus récent, montre une flore dont le caractère contraste avec celui des précédents, et ce contraste suffit pour faire concevoir l’écart existant alors entre les deux régions. J’ai reçu du Forest-bed, par l’intermédiaire du révérend Gunn, des cônes du sapin argenté (Abies pectinata, D. C.), du Piceacxcelsa et du pin sylvestre ; ces cônes prouvent que des arbres résineux, spécifiquement identiques à ceux que possède notre continent, formaient à ce moment de grandes forêts sur les côtes d’Angleterre, probablement encore réunie à la plage française opposée. M. Heer,qui a étudié à Londres les restes de ces mêmes plantes S signale de plus le pin des montagnes (Pinus montana, Mill., fig. (5), l’if commun, le noisetier commun, le chêne et plusieurs plantes aquatiques, parmi lesquelles il faut noter les nénufars blanc et jaune. Le pin des montagnes et les sapins ont depuis quitté le sol anglais, de même que le figuier, le laurier et le gaînier, que l’on rencontre près de Paris, dans les tufs quaternaires de Moret, ont depuis l’âge du mammouth émigré plus au sud. Nous voilà donc entrés en plein dans la période des plantes émigrées, et la faune, si nous exposions ce qui la concerne, nous découvrirait des faits analogues, justifiant une dénomination caractéristique qui succède à celle des espèces éteintes ou émigrées, qui s’applique à la période précédente, de même que la période antérieure pourrait s’appeler celle des types éteints jusqu’au moment où, remontant beaucoup plus loin dans le passé, nous trouverions une époque où non-seulement les types, mais les sections de genre, les genres eux-mêmes, et finalement les familles, seraient distincts de ceux que nous connaissons. Dans le sens contraire, à mesure que l’on se rapproche des temps actuels, les différences s’atténuent, les formes s’avoisinent, puis se touchent et s’identifient : cette preuve est la meilleure qui atteste que rien ne s’est passé jadis avec soubresauts; les enchaînements qui relient tous les êtres forment un ensemble de séries parallèles et continues, dont les soudures respectives ne frappent les regards qu’à cause des lacunes que nos recherches, malgré leur activité, n’ont pas encore réussi à combler.
- Cte G. de Saporta,
- Correspondant de l’iuslitul.
- LE GRAND BALLON CAPTIF A TAPEUR
- DE M. HENRI G1PFARD.
- Nous avons sommairement décrit, dans noire livraison du 16 septembre 1876, cette immense construction aérostatique à laquelle ou travaille actuellement avec activité. Au moment où nous en avons parlé pour la première fois, il était question de l’installer
- 1 Monde primitif de la Suisse. Traduit de l’allenniul par Isaac Deniole, p. 618.
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- dans l’enceinte même de l’Exposition universelle ; mais la place faisant défaut, M. Henri Giffard a obtenu de M. le ministre des travaux publics, dont on connaît la sollicitude pour les œuvres de science et de progrès, la concession de la cour des Tuileries.
- Le ballon s’élèvera entre l’arc de triomphe de la cour du Larrouscl et le palais des Tuileries en ruine. On a commencé déjà les travaux de terrassement et de maçonnerie que nécessite cette installation considérable. Le tunnel de 60 mètres de longueur, à travers lequel doit circuler le câble, est déjà creusé sous terre, ainsi que la cuvette au-dessus de laquelle sera suspendue la nacelle.
- Nous rappellerons aujourd’hui les principales dimensions de cet aérostat gigantesque qui sera incontestablement une des œuvres mécaniques les plus hardies et les plus puissantes de notre époque.
- Le ballon formera une sphère de 36 mètres de diamètre, d’un volume de 25 000 mètres cubes. Arrimé à terre, la partie supérieure de la sphère sera située à 55 mètres au-dessus de la surface du sol et dépassera par conséquent de 10 mètres le sommet de l’Arc de triomphe de Paris. Cet aérostat enlèvera dans les airs à l’extrémité d’un câble de 600 mètres, pesant 3000 kilogr., 50 voyageurs environ. Deux machines à vapeur de 300 chevaux actionneront le treuil autour duquel s’enroulera le câble. Ces quelques chiffres suffisent pour faire concevoir 1 importance de l’œuvre à laquelle s’est consacré M. Giffard ; mais pour bien comprendre le caractère d’innovation qui la distingue, il faut examiner attentivement chacune des parties de cette construction aéronautique. C’est ce que nous nous proposons de faire en donnant successivement à nos lecteurs des documents précis, qui, nous en sommes assuré à l’avance, ne manqueront pas d’exciter vivement leur intérêt.
- Le ballon captif de M. Henri Giffard est aux ballons ordinaires construits depuis les Montgolfier et les Charles, ce que le Great Eastern est à une coquille de noix. Toutes les parties distinctes qui en forment l’ensemble sont absolument nouvelles et représentent le fruit de longues recherches, de savants calculs,
- Fig. 1. — Filet du ballon captif à vapeur de M. Henri Giffard. — Aspect en grandeur d’eiécution de l’un des 5200O entre-croisements des cordes. Dessus et dessous. — A. Section de la corde.
- et d’ingénieuses combinaisons. Le filet, par exemple, qui, pour supporter une masse si considérable, doit être formé de véritables cordes de 11 millimètres de diamètre, ne pouvait pas être confectionné au moyen de nœuds, comme cela se pratique habituellement. Les nœuds eussent été en effet de la grosseur d’un œuf, et eussent formé une série de proéminences dures, qui auraient pu user et trouer même l’étoffe de l’aérostat. M. Giffard a eu l’idée de faire passer les cordes du filet les unes dans les autres en les entre-croisant ; mais comme il s’agissait d’opérer ce travail sur une longueur de cordes de 26 000 mètres, on concevra qu’il était nécessaire d’imaginer un mode de construction tout spécial. J’ai visité récemment la fabrication de ce filet immense ; elle s’opère
- à Vincennes, à la corde -rie centrale de MM. Frc-tet et C'% sous l’intelligente direction de MM. Yonet Dardaud. Un vaste cirque a été construit au milieu de l’usine; trois balcons circulaires y ont été établis, comme le représente notre grande gravure ; 110 ouvriers superposés les uns au-dessus des autres peuvent exécuter successivement les différentes séries de la fabrication ; sur le sol du cirque, on procède à l’entre-croisement des cordes ; le filet ainsi ébauché est hissé à la partie supérieure de l’enceinte, et les ouvriers installés sur les balcons circulaires fixent les cordes aux points de leur entre-croisement, en y faisant de solides ligatures à l’aide de ficelle goudronnée. Cette ligature empêche les cordes de glisser les unes dans les autres et arrête définitivement la forme des mailles. Les cordes à leur entre-croisement forment encore une saillie qui pourrait par son frottement fatiguer l’étoffe de l’aérostat. M. Giffard à eu l’heureuse idée d’atténuer cet effet en faisant fixer des morceaux de peau à tous les points d’entre-croiscment, comme on le voit représenté sur notre figure 1. Cette seule opération représente un travail considérable, puisque le filet du grand ballon captif ne comptera pas moins de 52000 mailles. Son poids sera de 3000 kilogrammes environ. La corderie seule du ballon captif ne coûtera pas moins de 50 000 francs, et elle ne représente qu’une fraction du matériel.
- Le câble, long de 600 métros, est fabriqué dans
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- Fig. 2. — Confection du filet du ballon captif à vapeur de SI. Henri Gifford Corderie centrale de SIM. Fretet et O, à Yincennes,
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- une corderie spéciale ; il est légèrement conique, et son diamètre va en s’accroissant depuis sa partie inférieure jusqu’à sa partie supérieure. Il a 5 centimètres de diamètre à l’une de ses extrémités et 8 centimètres à l’autre. Pour le rompre à sa partie inférieure la moins résistante, il faudrait une traction équivalente au poids de 25 000 kilogrammes, traction dépassant de plus du double celle à laquelle il sera soumis pendant le service des ascensions. Quant à sa partie supérieure, elle offre une résistance bien pins considérable encore, et supporterait certainement un effort de plus de 40 000 kilogrammes.
- Gaston Tissandier.
- — La suite prochainement. —
- LA TEMPÊTE DES 28 ET 29 MARS
- EN ANGLETERRE.
- La tempête qui a sévi avec une extrême violence dans la nuit des 28 et 29 mars, a causé en Angleterre de nombreux sinistres.
- A Douvres, pendant toute la nuit, la tempête ne s’estpas ralentie. Le vent soufflait avec impétuosité contre la jetée de l’Amirauté. Vers onze heures, le Schrabster, bâtiment à vapeur, faisant route de Calais à Londres, sans chargement, se dirigeait vers Douvres pour y chercher un refuge ; mais il ne pouvait plus gouverner et fut jeté contre la jetée de l’Amirauté. Au moyen de cordes jetées à l’équipage, neuf hommes qui purent les atteindre furent promptement amenés à terre et conduits à l’hôpital, trois d’entre eux étaient blessés. Moins de cinq minutes après le sauvetage de l’équipage, le bâtiment coulait à fond; on a fait tout ce qu’on a pu pour le sauver. 11 contenait, dit-on, une somme d’argent qui a été perdu avec lui. Le port, la ville et la station du chemin de fer de Douvres ont beaucoup souffert. À Windsor, où la tempête a commencé vendredi matin de très-bonne heure, et a continué pendant toute la journée, accompagnée d’un fort vent du nord-est, il est tombé une grande quantité de neige. A dix heures, les toits du château et des tours, toutes les routes, les rues et les maisons de la ville en étaient couverts à une profondeur de quelques pouces. Les communications télégraphiques ont été interrompues de Windsor à Londres. Pendant cette tempête, la barque de 58 tonneaux Star of Peace (Étoile de la Paix), de Londres, portant une cargaison d’eaux minérales, a été jetée à la côte dans la haie dePegwell. Le bateau de sauvetage de Bradfort est parvenu à l’accoster et à sauver son équipage, composé de trois hommes, qui ont été conduits à l’hôpital.
- Dans les environs de Marlborough, les routes ont été couvertes de 10 à 12 pieds de neige par endroits. Le train du chemin de fer, à deux milles de Marlborough, s’est engagé dans un des amoncellements de neige, et il n’a pu avancer ; le conducteur a fait reculer le train et l’a lancé à toute vapeur contre l’obstacle. Trois wagons ont été jetés hors de la voie ; heureusement personne n’a été blessé. Il a fallu beaucoup de temps pour désager la voie.
- A Ryde, île de Wight, la barque les Deux-Frères, chargée de charbon et venant de Portsmouth, a sombré. Un schooncr de Portsmouth, Lady of the Lake, ayant perdu
- son gouvernail et chassant sur son ancre, a été secouru par le bateau de sauvetage de Sidmouth, qui a sauvé les trois hommes d’équipage.
- La tempête a été violemment ressentie à Bath et dans le,?, environs où elle a duré huit ou neuf heures. Il y avait neuf pouces de neige sur les collines qui entourent la ville. Sur beaucoup de points les communications ont été interceptées pendant toute la journée. Il en a été de même dans la partie sud du Devonshire et le Cornouailles.
- La barque Theresa, se rendant de Rouen à Shields, avec un chargement de chaux, a échoué sur un banc. Le bateau de sauvetage de Caistor lui a porté secours et a sauver ses huit hommes d’équipage et les trois enfants du capitaine. Dans les mêmes parages, une barque russe sur le point de sombrer a été de même secourue ; ses huit hommes ont été débarqués à Caistor et condui's à l'hôpital des marins à Yarmoulh.
- La dépêche suivante envoyée à Paris nous montre que de gros temps régnaient aussi de l’autre côté de l’Atlantique : « New-York, 28 mars, midi. Grande dépression se dirigeant vers l’Europe. Centre de la tempête atteindra probablement les côtes de la Grande-Bretagne et de la Norvège, et peut-être de la France, vers le 50, accompagnée de pluies générales avec neige dans le nord et forts vents sud-est nord-ouest. Baisse très-sensible de la température. Tempête continue sur l’Atlantique au nord du 40a degré de latitude. » Benket.
- LES CONFÉRENCES DE LA SORBONNE1
- La séance du 16 mars, consacrée par M. Lavisse à l’histoire de la conquête de la Prusse par les chevaliers de l'Ordre teutonique, sort entièrement du cadre de notre journal et nous devons à regret nous borner a la mentionner.
- Nous dirons seulement que M. Lavisse a prouvé qu’une conférence historique et littéraire peut être fort utilement accompagnée de projections électriques, en faisant apparaître la vue du château de Marienbourg habité par le grand maître de l’ordre des Chevaliers allemands, lequel a fondé, au treizième siècle, dans la Prusse propre, conquise sur les Lithuaniens païens, l’état militaire qui, grâce à son organisation puissante, a pu devenir successivement le duché de Prusse, le royaume de Prusse et l’empire d’Allemagne.
- Certains littérateurs mettent une sorte de coquetterie à exclure les gravures de leurs livres'etles projections de leui s conférences. Nous espérons que l’exemple de M. Lavisse les engagera à revenir sur des préventions sans fondement.
- Le samedi suivant, M. Mascart a fait sa très-intéressante conférence sur l’électricité atmosphérique, question étudiée par lui avec tant de zèle. En quelques mots, l'éminent professeur au Collège de France a résumé l’historique de
- 1 Les deux derniers articles qui terminent iliaque numéro de cejournnl, l’Académie des sciences et la Chronique, doivent cire très-rapidement composés pour permettre de donner les der-nièresnouvelles ; aussi les auteurs n’ont-ils pas le temps d’en corriger les épreuves et, s’il se glissequelque erreur typographique, nous comptons ordinairement sur la bienveillance du lecteur pour la corriger. Toutefois, dans notre compte rendu de la conféremc de M. Bert, l’omission de quatre mots a rendu une pln'ase inintelligible et nous croyons devoir la rétablir (p. 25i, col. 2, ligne 25) : La plante ne peut retenir.... qu’une bien petite partie de la chaleur rayonnée sur la surface terrestre par l’astre central.
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- cetle partie de la physique, élucidée par le génie de Franklin, quand il prouva l’identité de l’électricité des machines et de celle des orages, et trouva dans la propriété reconnue aux pointes de laisser ccouler le fluide électrique le moyen de rendre la foudre inoffensive. En même temps, Lemonnier à Saint-Germain, en mai 1752, découvrait que l’air est électrisé en tout temps, et d’autant plus que l’on s’élève plus haut. En outre, l’air est plus électrisé en rase campagne que dans une ville, et dans une chambre, l’électrisation est nulle. M. Mascart a pu le démontrer avec un électrornèlre délicat mettant en mouvement un miroir sur lequel un rayon voltaïque forme, en se réfléchissant, un gigantesque indicateur lumineux. Quand la mèche exploratrice de l’instrument a été portée de la salle au dehors, une assez forte déviation a prouvé que l’air sec et froid de la cour était chargé d’électricité positive. Deux Chinois, en costume national, faisant partie de la commission impériale déléguée à l'Exposition universelle, ont paru s’intéresser vivement à l’expérience.
- Toutes les expériences au reste ont été fort belles et le savant professeur a pu reproduire une partie des phénomènes des orages. Les sourdes explosions de tonnerre et les fulgurations internes au sein des nuages précédant les décharges fulminantes ont pu être imitées, ainsi que celles-ci, qui se produisent enfin, à l’aide d’une puissante machine de Hollz chargeant des batteries et des condenseurs habilement disposés. Les mouvements singuliers que présentent les nuages orageux obéissant à des attractions et répulsions électriques et marchant parfois dans l’océan atmosphérique à contre-courant, ont été rappelés, sinon exactement répétés, par l’artifice d’un ballon à gaz hydrogène auquel est suspendu un bout de fil métallique. Le poids du fil d’archal est tel que le petit aérostat, un peu plus lourd que l’air déplacé, descend par son propre poids; mais quand on l’électrise, il reprend son essor et s’élève comme s’il était délesté. M. Mascart, lui-même, n’a pu donner une explication précise de cette curieuse expérience qui n’avait point été répétée depuis van Marum.
- La délicatesse de nos lecteurs appréciera aisément la raison qui nous prescrit de réduire à un simple procès-verbal le compte rendu de la conférence de M. Gaston Tissandier sur les hautes régions de l’atmosphère. Depuis M. Wolf, parlant des nébuleuses, et M. Maxime Cornu, parlant du phylloxéra, chaque auteur traite le sujet de ses études personnelles, et c’est ce qu’il a été facile aussi à notre rédacteur en chef de faire à son tour, quoiqu’il ait toujours obéi à la préoccupation de parler de lui aussi peu que possible et de mettre en relief les observations d’autrui. C’est ainsi, par exemple, qu’il a rapporté l’observation inédite faite par M. Janssen dans l'Himalaya, de nuages de paillettes congelées flottant presque immobiles dans 1 atmosphère, comme M. Tissandier en a rencontré dans ses voyages aérostaliques. Si nous devons nous abstenir de caractériser l’accueil fait au conférencier, le patriotisme nous fait un devoir de rappeler les applaudissements qui ont salué le récit de l’accueil enthousiaste fait en Norvège aux aéronautes partis de Paris assiégé et pousses par la tempête jusqu’en cette contrée hyperbo-réenne. Les projections coloriées des paysages aériens, peints d’après nature par M. Albert Tissandier, ont transporté les spectateurs au sein même des nuages. M. Gaston Tissandier a terminé en exhibant quelques accessoires du matériel aéronautique : un fragment du puissant et colossal filet destiné à envelopper le ballon captif de M. Gif-fard ; cet aérostat s’élèvera bientôt de la cour des Tuileries; il a montré une soupape double se composant d’une
- petite soupape intérieure centrale, destinée à régler la hauteur de l’ascension, et d’une grande soupape extérieure annulaire entourant la précédente, et destinée à vider rapidement le ballon à la descente, en diminuant ainsi la durée du traînage. Cette disposition n’est pas tout à fait nouvelle, elle a été essayée par Harris et a été la cause do sa mort : les rotations de l’aérostat ayant, entortillé les deux cordes des soupapes l’une autour de l’autre, quand l’infortuné aéronaute voulut, pour modérer son ascension en haute région, ouvrir la petite, en tirant sur la corde de celle-ci, il ouvrit en même temps la grande et fut précipité et tué. Un même effet se reproduirait infailliblement si l’on négligeait la précaution de faire passer les cordes dans deux tubes de caoutchouc soudés ensemble.
- Charles Boissay.
- TRAVAUX D’IRRIGATIONS
- ET RÉSERVOIRS d’eAU DE L’ALGÉRIE.
- (Suite et fin. — Voy. p. 154.)
- BARRAGE-RÉSERVOIR DE L’HARRA.
- Le mur du barrage a un développement en crête de 325 mètres, plus de 120 mètres de longueur pour le déversoir. La retenue est fixée à 34 mètres au-dessus du fond de la vallée, qui se relève brusquement sur la rive droite, d’une manière plus lente sur la rive gauche. La revanche de la plate-forme du mur, par rapport à la retenue, est de lm,60, ce qui donne 35m,60 pour la hauteur de la plate-forme au-dessus de la vallée. Dans les figures jointes à cette notice, toutes les cotes se rapportent à un point O, situé à 53ra,60 au-dessous de la plate-forme, et qui représente à peu près l’ancien étiage de la rivière. Ces plans sont empruntés à un mémoire de M. Léon Pochet, ingénieur des ponts et chaussées, chargé de l’exécution des travaux du barrage.
- Au-dessous de la côte 0. le mur du barrage présente une risberme de 3m,89 de largeur. Il repose sur un massif de maçonnerie de 2 mètres d épaisseur et de 38 mètres d’empâtement, lui-même appuyé sur un massif général en béton arrasê à la cote — 4, tandis que la maçonnerie qui sert de base au barrage est arrasée à la cote — 2. L’emploi du béton était nécessité par le fait que la fondation devait être établie sur le roc solide, à 7 ou 8 mètres au-dessous du niveau de la rivière. Ce roc solide, en place, se compose de grès tertiaire moyen, séparé par une faille des marnes schisteuses secondaires, tout près du barrage. En ce qui concerne le profil du mur, nous rappellerons que de la plateforme à la cote 27,60 au-dessus du point 0, les deux parements amont et aval sont verticaux sur 6 mètres de hauteur et 4œ,50 de largeur. De la cote 27,60 à la cote J8, soit 9“,60 de hauteur, le fruit du parement aval est de 0,543 par mètre, celui du parement amont de 0m,05. Puis le fruit en aval s’élève à 0,63 de la cote 18 à la côte O, et le fruit du côté amont à 0m,28 de la eotc 18 à la cote 8, à 0m,35 de la cote 8 au point 0. La diroo
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- LA NATURE.
- tion plongeante des couches de grès sur la rive droite détermina les ingénieurs à raccorder le barrage avec la montagne par un mur à angle rentrant à partir de la cote 8. Autrement, il aurait fallu pénétrer trop profondément dans le flanc de la montagne à leur avis. Ce mur de 30 mètres au couronnement, fait avec la direction de l’axe général un angle de 160°. Cn l’exécutant, on comptait faire une économie. Mais peut-être faudra-t-il plus lard renforcer cette paroi au moyen d’un contre-fort construit en avant, car l’été dernier une légère fissure, presque imperceptible, à peine assez marquée pour laisser entrer la pointe d’un canif, s’est produite dans l’angle et demande à être surveillée avec attention.
- Sur la plate-forme du barrage et du côté aval règne un parapet de 2m,40 de hauteur sur lm,50 de largeur, afin d’arrêter les vagues et de permettre aux gardiens de traverser l’ouvrage d’un bout à l’autre, quand les eaux affleurent la plate-forme. Au réservoir de Cir-cey, sur le canal de Bourgogne, on a observé des vagues de 2 mètres, de 4 mètres même à l’ancien barrage Bertrand sur le canal du Centre en France.
- En janvier 1872, l'eau touchait la plate-forme du barrage de l’IIa-bra, et formait une lame de 25 centim par-dessus le déversoir.
- Celui-ci supporte une passerelle en fer en communication avec le parapet et avec la rive gauche. Après la mise en eau du réservoir, de forts suintements se sont manifestés sur toute la face aval du barrage. Le mur ressemblait, lorsque je l’ai vu pour la première fois, en 1872, à un immense filtre. Les pierres employées à la construction consistent en grès calcaire assez poreux. Aujourd’hui les suintements cessent, apres avoir déposé sur le mur un glacis blanc, luisant, composé sans doute de carbonate de chaux analogue à celui des stalactites1.
- Le mur du déversoir fait avec le mur du barrage un angle de 145 degrés. Sa section forme un tra-
- 1 Ce dépôt provient probablement d’un excès de chaux non transformé en silicate dans ces mortiers hydrauliques et qui est entraîné en dissolution dans les eaux filtrantes sous l’effet de la pression exercée par les eaux du réservoir. Arrivée à l’air, la chaux se carbonate et se dépose en concrétions sur ces couches déjà formées. Le même fait s’observe au réservoir du Furens.
- pèze dont la paroi amont reste verticale, dont la paroi aval présente un fruit de 0“*,40 par mètre, avec 3m,25 de largeur en couronne. Comme la solidité du rocher de fondation laisse à désirer, on a jugé imprudent de laisser la nappe d’eau se déverser en cataracte, comme au barrage du Sig. On a trouvé plus sage de forcer la nappe d’eau à épouser la surface du mur pour sortir horizontalement en suivant un radier courbe. Pour cela l’angle saillant est remplacé par un profil parabolique de 4m,65 en hauteur verticale, se détachant à lm,39 de l’arête amont du seuil. A la partie inférieure du mur, comme l’indiquent les figures 2 à 4, le parement incliné se raccorde avec un cercle de 4m,50 de rayon, 3 mètres de tangente et une partie droite de 1 mètre à la suite. Un double avantage s’attache à eette forme du mur. D’une part, elle empêche ou atténue les érosions du rocher à l’aval, et d’un autre côté elle
- procure à l’ouvrage, par réaction, une poussée en sens contraire de la poussée principale. Ce mur, ainsi que tout le barrage, est construit en maçonnerie ordinaire, avec moellons bruts, bourdée en chaux hydraulique de l’Oued-Fergoug. Au double point de vue de l’économie et delarésislance,il convient de ne pas employer d’autre maçonnerie pour les barrages.
- J’ai visité le barrage de l’Habra à deux reprises, en janvier 1872 d’abord, puis en juin 1877. Le déversoir actuel remplace un ouvrage plus ancien, rompu dans l’intervalle de mes deux voyages, au mois de mars 1872. Une crue extraordinaire est survenue dans la nuit du 10 au 11 mars, à la suite de pluies surabondantes. Cette crue enleva le mur de garde sur une longueur de 50 mètres, avec 200 000 mètres cubes de déblai. M. Pochet évalue à 37 500 000 mètres cubes le volume de la crue. L’Habra débitait au moins 700 mètres cubes par seconde, correspondant à une hauteur de 2 mètres sur le déversoir. 11 était tombé à Mascara 203 millimètres de pluie du 6 au 11 mars, dont 90 le 9 et 70 millimètres le 10. Les parois de la brèche étaient nettement verticales, et sur la fondation, le rocher à nu dans toutes ses parties. Diverses choses ont pu concourir au renversement. Peut-être le mur de rive n’était pas assez solide, le béton à son pied trop
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- faible pour supporter le poids des maçonneries et la pression de l’eau. Puis, les affouillements ont pu se produire au pied du mur de garde et le renverser ; mais la portion du déversoir restée debout n’en présente point de trace. Enfin le rocher qui constituait la fondation, composé de bancs de grès calcaires, séparés par des poches argileuses, et recouvert de tuf argileux peu solide, ne paraît pas lui-même bien homogène. Tous les déblais enlevés lors de la rupture forment un banc étendu dans le lit de l’IIabra à quelque distance du barrage. A l’époque de ma première visite, au mois de janvier 1872, les eaux retenues passaient déjà sur le déversoir.
- Deux vannes de décharge ou évacuateurs, placés
- à 36 mètres l’un de l’autre et pratiqués dans le barrage au milieu de la vallée, servent pour le curage du bassin. En outre, deux prises d’eau, composées chacune de deux tuyaux en fonte de 0m,80 de diamètre, sont établies, l'une sur la rive droite, l’autre sur la rive gauche, pour régler l’écoulement de l’eau pour les irrigations. La première de ces pièces d’eau alimente le canal de Perregaux, la seconde verse dans la rivière les eaux pour les terres du syndicat de l’IIabra. Notre coupe du barrage, figure 3, donne une idée de la disposition de la prise d’eau de rive droite. Elle se compose de deux tuyaux en fonte de 80 centimètres de diamètre intérieur, noyés dans l’épaisseur de la maçonnerie. Ces tuyaux prennent
- Fig. 2 et 5. Élévation du barrage et du déversoir. — Fig. i. Coupe du barrage. — Fig. 4 bis. Prise d’eau.
- l’eau du réservoir par un puits vertical de 3m,10 de longueur sur 1 mètre de large et 5 de haut. Le puits est lui-même alimenté par deux aqueducs de lra,20 sous clef placés au niveau du seuil des tuyaux et par cinq rangs horizontaux composés chacun de deux barbacanes de 0m,25 de hauteur, sur 0m,10 de largeur. Empruntée aux barrages espagnols, cette disposition permet l’accès de l’eau aux tuyaux de prise, malgré les dépôts de vase qui tendent à en boucher l’entrée. Au barrage de Tibi, près Alicante, j’ai remarqué que le puisard et les barbacanes régnent sur toute la hauteur du barrage, tandis qu’au barrage de l’IIabra les puisards ne dépassent pas la cote de 10 mètres. Comme ici, la prise d’eau fonctionne
- constamment, les vases ne doivent pas se déposera l’entour et le dépôt doit y présenter un vide, un creux d’une certaine étendue. Sur le bout de chaque tuyau est assemblé un robinet-vanne terminé par un tuyau coudé. Les robinets sont contenus dans une chambre de 5 mètres sur 3ra,70, fermée par une grille dont le gardien du barrage a la clef. En sortant des robinets, l’eau est animée d’une grande vitesse. Pour empêcher les effets destructeurs du jet sur les maçonneries, on l’amortit en dirigeant les filets liquides sur un matelas d’eau d’un mètre et demi d’épaisseur, au moyen du bout de tuyau coudé. De cette manière, la vitesse des eaux se trouve à peu près anéantie au sortir de la chambre.
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- Limoneuses comme elles le sont, lors des crues, les rivières de l’Algérie charrient de grandes quantités de vase. Cette vase se dépose en arrière des barrages et tend à combler les réservoirs. Chaque année, le réservoir du Sig, dont la capacité atteint 5 500 000 mètres cubes, reçoit 1 00 000 mètres cubes de dépôt. Au barrage de l’Habra, l’apport a été de 940 000 mètres cubes, selon M. Pochet, dans l’intervalle des années 1868 à 1873, bien que pendant cette période le réservoir resta presque constamment ouvert jusqu’en automne 1871. Dans le bassin du Sig, les dépôts sont d’un quart de mètre cube par an et pour un hectare de superficie. A ce compte l’envasement de l’Habra peut s’élever à 250000 mètres cubes par an, soit 1/120 de la capacité totale du réservoir. Pareil inconvénient se manifeste en Espagne. Pour y remédier, les ingénieurs espagnols ont pratiqué dans leurs barrages des évacuateurs avec des vannes de chasse en vue d’enlever les vases amenées par le cours d’eau. Les évacuateurs du barrage de l’Habra ressemblent à ceux des barrages espagnols d’Alicante et d’Elche. Distants de 36 mètres l’un de l’autre, ils ont leur seuil à la cote de 3 mètres. « La galerie du curage présente à l’entrée une largeur libre de lm,20 et une hauteur de 2 mètres sous clef, soit une section de 2m,24 carrés. Cette section va en s’évasant de l’amont vers l’aval, tant par lesbajoyers que parle radier, l’arête de clef de voûte restant horizontale, de manière que la section de la galerie sur le parement aval présente j une largeur de ln',50 et une hauteur sous clef de 4 | mètres, soit une section de 5m,75 carrés, deux fois et demie la section amont. La pente des radiers est deOm,113 par mètre courant ; de sorte que l’aval du radier débouche à peu près à la cote 0. Les parois de la galerie sont exécutées en moellons piqués et en pierres de taille soigneusement rejointoyées, de manière à offrir partout une surface lisse et sans aspérités. Cette condition est importante en raison de la vitesse considérable qu’auront les vases et l’eau qui traverseront les galeries à l’époque des curages »
- Pris ensemble, les deux évacuateurs du barrage de l’Habra présentent un débouché moindre que l’éva-cuateur unique du barrage de Tibi ou d’Alicante. En visitant ce dernier, au mois de juillet 1877, lors de mon retour d’Algérie, j’ai constaté qu’il suffit pour le curage. Mais il n’en est pas de même à l’Habra, dont les chasses sont insuffisantes et n’agissent pas à plus de 20 mètres de chaque côté des évacua-tcurs. Au delà de cette distance les dépôts de vase se maintiennent en place. Cela tient à ce que le barrage de l’Habra est beaucoup plus étendu que celui de Tibi. Puis le premier reçoit quatre fois plus do vase que le second dans un même espace de temps. Le mode de fermeture diffère d’ailleurs entre les évacuateurs algériens et ceux des réservoirs espagnols de Tibi et d’Elche. A l’Habra, on a adopté des vannes mobiles manœuvrées par une lige pendante au moyen d’un mécanisme de transmission placé sur la plate-
- forme du barrage. Chaque vanne est constituée par une plaque de tôle de blindage épaisse de 8 centimètres. Elles glissent sur des coulisseaux en fonte rapportés sur un cadre composé de pièces de chêne solidement scellées dans la maçonnerie. La tige verticale de manœuvre est composée de tronçons de 6 mètres de longueur chacun, à section unie de 80 millimètres de côté. Pour éviter de se tordre sous l’action de son écrou, la tige passe dans des guides en fer forgé. Quant à l'appareil de manœuvre, il se compose d’une roue-écrou en fonte commandée par un pignon fixé sur un arbre vertical qui porte à sa partie supérieure une roue d’angle horizontale. Cette roue est elle-même commandée par un autre pignon fixé sur l’arbre de deux manivelles. Théoriquement, il produit sur la manivelle un effort de 9 kilogrammes à la montée et de 3 kilogrammes environ à la descente. En pratique, quatre hommes agissant avec énergie sont nécessaires pour la manœuvre des vannes, qui exige cinq heures et demie pour une levée complète. Avec une double presse hydraulique mise à la place de cet appareil et dont les pistons seraient montés sur l’axe de la tige verticale, la monte'e et la descente d’une vanne d’évacuateur serait l’affaire d’une minute.
- Tels sont dans leur ensemble les travaux du réservoir de l’Habra, œuvre imposante et digne à tous égards de servir de modèle. Vue à distance, depuis la ligne du chemin de fer, à l’Oued-Fergoug, la blanche muraille du barrage avec son puissant développement, avec son cadre de montagnes aux flancs nus et brûlés par le soleil, laisse au spectateur une vive impression. Partout le terrain présente des tons rougeâtres. A peine quelques oliviers au tronc noueux et au feuillage cendré croissent ici et là au milieu des herbes desséchées ou des épines. Mais au bas des terrains où serpente la rivière, vous voyez fleurir le laurier-rose et le tamarin, le long du courant d’eau que la réserve alimente et qui va au loin féconder les cultures de la plaine. Que de fois les Arabes en burnous blancs s’arrêtent sur la plate-forme du barrage, étonnés, immobiles, admirant cette vaste nappe d’eau retenue au milieu de l’été entre les montagnes arides comme une source de vie pour les champs lointains de nos colons! Commencé en 1865, le barrage de l’Habra a été terminé en août 1871, après six années de travail. L’idée première de ce réservoir appartient à M. Aucom, aujourd’hui inspecteur général des ponts et chaussées. Un chef d’industrie de l’Alsace, M. Antoine Herzog, qui a construit le barrage du val d’Orbey, proposa de l’exécuter déjà lors de la guerre des États-Unis en 1863, avec le projet de développer dans la plaine de l’Habra la culture du coton. Ce projet, enterré par le mauvais vouloir et l’opposition du gouvernement militaire, fut repris depuis et réalisé par une compagnie financière, qui obtint en compensation la concession de 24 000 hectares de terre domaniale, aujourd’hui bien assainie, pourvue d’un réseau d’irrigation et prête pour la culture. Charles Grad.
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- CHRONIQUE
- Torpilles russes. — Nous empruntons à une lettre (l'un correspondant du Times, publiée dans son numéro du 1 i janvier, les détails suivants sur des torpilles russes qui ont été relevées par les Turcs à Sulina. Le corps de ces torpilles est en forme de poire et d’une capacité suffisante pour contenir de 75à 100 livres (34h,050 à 45h,400) de coton-poudre, avec un compartiment à air pour assurer la flottabilité. L’explosion a lieu par contact, au moyen d’un courant électrique traversant une amorce de fulmi-coton. A cet effet, un certain nombre de petites piles électriques, dont les éléments sont formés de plaques de zinc et de charbon, sont ajustées sur la partie supérieure de la torpille et reliées par chacun de leurs pôles respectivement aux fils conducteurs. Au-dessus de chacune de ces piles est placée une fiole en verre recouverte de plomb, qui contient une dissolution de bichromate de potasse et qui fait saillie d’environ 10 centimètres. Les torpilles sont mouillées de façon à flotter à quelques pieds au-dessous de la surface de l’eau ; de telle sorte que si un corps flottant vient à heurter l’une des fioles contenant la dissolution, celle-ci se répand sur les couples de la pile correspondante et engendre immédiatement un courant électrique qui détermine l’explosion. (Revue maritime.)
- Le fer magnétique. — M. Donati Thomasi a observé qu’en faisant passer un courant de vapeur à 5 ou 6 atmosphères de pression dans un tube en cuivre de 2 à 3 millimètres de diamètre enroulé en spirale autour d’un petit cylindre en fer, ce dernier devient si fortement magnétique qu’une aiguille en fer placée à quelques centimètres du cylindre est énergiquement attirée et qu’elle demeure aimantée tant que le courant de vapeur passe à travers le tube. (Engineer.) E. Y.
- Enutum. Dans l’article Monstres artificiels, n° 252 de la Nature, 50 mars 1878, à la page 280, une erreur de mise en pages à transposé à la figure 7 la légende de la figure 8, et réciproquement.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 1" avril 1878. — Présidence de M. Fueao.
- Puissance calorifique du Soleil. — Des expériences qu’il vient d’exécuter en Algérie conduisent M. Violle, professeur de physique à la faculté des sciences de Grenoble, à confirmer le nombre qu’il avait obtenu naguère au sommet du Mont-Blanc comme représentant la puissance calorifique du Soleil. L’auteur pense avoir reconnu que de cet ordre de recherches on obtient des résultats d’autant plus exacts qu’on occupe une station plus élevée et cela parce que l’air est alors plus pur, plus débarrassé de l’eau en vapeur et de poussière en suspension. M. Violle se propose d’ailleurs d’élucider complètement la question par des observations simultanées faites les unes dans son laboratoire de Grenoble, les autres dans les forts situés en des points très-élevés sur les rives de la vallée de l’Isère.
- Recherche de Varsenic. — Un chimiste très-connu, M. Philippe, de Clermont, signale un procédé très-simple qui permet de séparer l’arsenic de l’étain et de l’antimoine avec lesquels il se précipite et se mêle d'une façon intime
- sous l’influence des réactifs sulfurés. Ce procédé consiste à faire bouillir dans l’eau pure le mélange de trois sulfures Les sulfures d’élain et d’antimoine restent absolument inal lérés ; au contraire, le sulfure d’arsenic est complètement décomposé. De l’hydrogène sulfuré se dégage et de l’acide arsénieux se dissout. En filtrant on sépare des matières insolubles tout l’arsenic contenu dans la substance et l’on sait le parti que pourront tirer de ce fait l’analyse chimique et la médecine légale.
- Gallium. — D’après M. Berthelot, ce métal présente au point de vue de la chaleur de fusion et de la chaleur spécifique les mêmes propriétés que l'aluminium.
- Mannite. — Ce corps absolument neutre comme on sait est susceptible d’après un chimiste dont le nom nous échappe, de donner naissance par son contact avec l’acide borique à une matière douée d’une acidité très-énergique. Il ne paraît pas que le nouveau corps ait été jusqu’ici étudié d’une manière complète.
- Progrès du phylloxéra. — D’après M. Fatio, les envahissements du phylloxéra sont tels, qu’en Europe il n’y a plus que l’Espagne et l’Italie dont les vignes n’aient point été victimes de ses ravages.
- Nouvel électroscope. — Le téléphone vient de recevoir de M. le Dr Darsonval une nouvelle application des plus ingénieuses. Elle consiste à faire de ce merveilleux instrument un électroscope d’une sensibilité sans égale. Il résulte en effet d’expériences directes qu’une bobine d’induction influence le téléphone à une distance 15 fois aussi grande que celle où son action cesse d’être sensible sur une grenouille préparée, c’est-à-dire surl’électroscopeleplus délicat que l’on connaisse jusqu’ici. La sensibilité du téléphone est évaluée à 200 fois celle du nerf de grenouille, et l’on peut prévoir une foule d’applications de ce fait. Malheureusement l’appareil ne paraît pas de nature à fournir des mesures de courant, mais seulement des notions sur leur existence.
- Maladies charbonneuses, — Le fait le plus saillant d’une communication présentée par .M. Bouley au nom de M. Toussaint consiste dans ceci, que le porc est complètement réfractaire à l’infection charbonneuse. Quand on lui injecte du sang de rate on constate l’irritation locale causée par les bactéridies, mais les désordres généraux ne se déclarent pas.
- La Société de minéralogie. — Les amis des sciences applaudiront à la fondation à Paris d’une Société de minéralogie. Elle s’est constituée le 21 mars dans une réunion où étaient convoqués un certain nombre de savants, et a, décerné la présidence à M. Descloizeaux, le chef incontesté de la minéralogie française. Le but de la nouvelle Société est de s’occuper de toutes les questions relatives aux espèces minérales, ainsi que des applications chaque jour plus nombreuses de la physique et de la chimie à la minéralogie. Il a été décidé que les séances auront Heu au laboratoire de minéralogie delà Sorbonne, prêté gracieusement par M. Friedel le second jeudi de chaque mois à partir du 11 avril à 4 h. 1/2 ; l’ordre du jour est dès maintenant très-chargé. Nous y remarquons entre autres communications, un procédé de préparation de la silice par voie sèche, par M. Hautefeuille ; un travail de MM. Fouqué et Lévy sur les perlites ; les descriptions d’espèces minérales nouvelles par M. Descloizeaux et par M. Mallard; des recherches sur les erreurs du goniomètre par M. Cornu ; une modification à l’appareil destiné à la mesure des conduc-
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- tibilités par M. Jannettaz ; un nouvel appareil à densité par M. Pisani; etc. Les personnes qui désireraient entrer dans la nouvelle Société ou lui faire des communications trouveront tous les renseignements auprès du secrétaire, M. Richard, à l’École des mines, de 9 heures du matin à midi et de 2 à 5 heures.
- Stanislas Meunier
- TÉLÉPHONE DE M. TROUVÉ'.
- J’ai l’honneur de communiquer à l’Académie des sciences les nouveaux résultats des recherches que j’ai poursuivies relativement au téléphone, par l’application de membranes multiples vibrantes tendant à renforcer l’intensité des courants transmetteurs.
- Dans ma communication du 10 décembre dernier, j’annonçais en effet qu’on pouvait renforcer sensiblement l’intensité des courants produits, et par suite l’intensité du son lui-même ; et j’avais adopté, à cet égard, une association polyédrique de membranes vibrant à l’unisson. Voici une nouvelle disposition qui, mettant à profit le même principe, donne des résultats supérieurs.
- a b est un aimant tubulaire entouré par un solénoïde dans toute sa longueur. En regard de l’un de scs pôles a est une membrane circulaire M semblable à celle du téléphone ordi • naire, mais percée en son milieu d’un trou dont le diamètre est égal au diamètre intérieur du tube-aimant. A l’autre pôle b est une membrane semblable M', mais tout à fait pleine.
- On comprend aisément l’avantage de cette combinaison : si on parle en regard du pôle de l’aimant devant lequel est la membrane percée M, les ondes sonores la mettent en vibration et, continuant leur route dans l’intérieur du tube-aimant, viennent faire vibrer la seconde membrane pleine M', placée à l’autre pôle tube-aimant.
- Il en résulte que l’aimant, influencé à la fois par ses deux pôles, engendre dans le solénoïde des courants notablement plus intenses que s’il n’était influencé que par un seul pôle et par une seule membrane.
- Le récepteur, semblable au transmetteur que nous venons de décrire, reçoit les courants correspondants, qui mettent simultanément les deux membranes en vibration ; l’oreille placée en a perçoit alors directement les sons produits par la première membrane M, et ceux de la seconde lui arrivent par l’intérieur du tube-aimant. Cette nouvelle disposition est des plus heureuses pour comparer expérimentalement les résultats fournis par un téléphone à mem-
- 1 Note présentée à l’Académie des sciences.
- brane unique (téléphone Bell) et ceux fournis par un téléphone à membranes multiples. En effet, il suffit d’écouter alternativement aux deux faces de ce téléphone pour s’apercevoir immédiatement de la différence dans l’intensité des sons perçus. Ceux recueillis en a, du côté de la membrane percée, paraissent sensiblement doubles en intensité de ceux recueillis eu b, côté de la membrane pleine qui constitue un téléphone ordinaire.
- La différence est encore plus frappante si, en transmettant ou en recevant un son invariable d’intensité à travers le téléphone multiple, on empêche à plusieurs reprises la membrane pleine M' de vibrer.
- Ceci posé, il est facile de voir qu’on augmentera encore l’intensité des courants, et par suite l’intensité des sons transmis, en intercalant entre les deux membranes primitives une série de membranes n, n, n, etc., parallèles et équidistantes, entourant le solénoïde et l’influençant dans toute sa longueur.
- L’Académie me permettra en même temps de lui exposer le principe d’un nouvel appareil téléphonique que je viens d’expérimenter et dont je me réserve d’ailleurs de faire l’objet d’une note spéciale.
- Voici en quoi elle consiste : Une membrane métallique vibrante constitue l’un des pôles d’une pile à haute tension; l’autre pôle est assujetti devant la plaque par une vis micrométrique qui permet de faire varier, suivant la tension de la pile, la distance à la plaque, sans pourtant jamais être en contact. Cette distance toutefois ne doit pas dépasser celle que pourrait franchir la tension de la pile.
- Dans ces conditions, la membrane vibrant sous l’influence des ondes sonores a pour effet de modifier constamment la distance entre les deux piles et de faire ainsi varier sans cesse l’intensité du courant; par conséquent, l’appareil récepteur (téléphone Bell, ou à électro-aimant) subit des variations magnétiques en rapport avec les variations du courant qui l’influence, ce qui a pour effet de faire vibrer synchroniquement la membrane réceptrice.
- C’est donc sur la possibilité de faire varier entre des limites très-étendues la résistance du circuit extérieur d’une pile (batterie) à haute tension, dont les pôles ne sont pas en contact, que repose le nouvel appareil téléphonique.
- On pourra, pour varier les conditions de cette résistance, faire intervenir une vapeur quelconque, ou bien des milieux différents, tels que l’air ou les gaz plus ou moins raréfiés. G. Trouvé.
- Le Propriélaire-Gérant : G. Tissasdier Coubeil. Typ. et stér. CaÉTa.
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- K* 254. — 13 AVRIL 1878.
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- LE GRAND BALLON CAPTIF A VAPEUR DE M. HENRI GIFFARD
- (Suite. — Voy. p. ‘295.)
- pendant longtemps | semblable à la précédente, 6° une couche de caoutchouc vulcanisé b", 7° une mousseline extérieure C. — Cette mousseline est recouverte d un vernis, formé d’huile de lin cuite, et contenant une certaine quantité de caoutchouc dissous dans l’essence de térébenthine. Le tout enfin est revêtu d’une couche de peinture au blanc de zinc. L’aérostat sera tout à tait blanc, afin que sa surface ait un faible pouvoir absorbant des rayons solaires et que le gaz qu’il contient s’échauffe le moins possible sous l’influence de l’insolation.
- L’étoffe que nous venons de décrire a été confectionnée par M. Rattier, fabricant de caoutchouc ; les tissus sont enduits de caoutchouc en passant dans des cylindres, et se superposent successivement les uns au-dessus des autres.
- Le tissu du ballon captif a une largeur de lm,10; il en sera employé, sur cette lar-Notre figure 1 re- | geur près de 4000 mètres pour la confection du ballon.
- Le mètre carré de ce tissu, avec le vernis, pèse 1 kilogramme, et revient à un prix de 14 fr. L’aéro-r tat aura une surlace de 4000 mètres carrés.
- Le ballon est cousu à la machine; notre figure 2 représente la double couture qui unit deux côtes. Les coutures sont recou vertes de deux bandes, l’une intérieure, formée d’une mousseline collée avec du
- Fig. 2. — Figure montrant en demi-grandeur d’exécution, les coutures du ballon captif et les bandes qui les recouvrent.
- /’, g, coutures. — a, b, bande intérieure. — c, à. bande extérieure, recouverte de vernis
- Fig. 1. — Constitution de l'étoffe du ballon captif de M. Henri Giffard.
- c', mousseline extérieure enduite de vernis. — b", caoutchouc vulcanisé.— a', a, toiles de lin.— b', b, caoutchouc naturel. —c, mousseline intérieure.— AB, épaisseur de l’étcfle. Coupe.
- Les ballons ordinaires ont été confectionnes avec une étoffe de soie recouverte d'un vernis formé d'huile de lin réduite par l’ébullition. Depuis que l’on ne se sert plus guère que du gaz de l’éclairage pour gonfler les aérostats, on a remplacé la soie par une simple percaline. — Ces étoffes, très-légères, très-peu résistantes, sont loin d’être absolument imperméables ; elles laissent s’échapper, quelquefois assez rapidement, le gaz hydrogène pur qu’on y enferme.
- M. Henri Giffard, pour confectionner un ballon gigantesque, destiné à rester gonflé de gaz hydrogène pendant plusieurs mois, devait employer un tissu très-solide et tout à fait imperméable. Après bien des recherches et bien des essais, il a su résoudre le problème d’une façon complète, et l’étoffe qu’il a imaginée constitue certainement l’un des progrès les plus importants dont il a doté l’Aéronautique, présente l’étoffe du grand ballon captif, décomposée en ses éléments constitutifs; elle est formée de tissus adhérents, superposés dans l’ordre suivant en allant de l’intérieur du ballon à l’extérieur : 1° une
- mousseline c,
- 2° une couche de caoutchouc b,
- 5° un tissu de toile de lin a (très-solide, offrant une égale résistance dans les deux sens du fil et de la trame, de fabrication spéciale), 4° une deuxième couche de caoutchouc naturel b’, 5° une seconde toile de lin a', C' année. — 1er .semestre.
- caoutchouc liquide; l’autre extérieure. Celle-ci comprend une couche de caoutchouc vulcanisé comprise entre deux
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- LA NATURE.
- mousselines. Elle est collée à l’aide de caoutchouc liquide, et recouverte extérieurement de vernis. Les positions respectives des deux bandes sont indiquées exactement dans la figure 2. Les bandes seules du ballon captif pèsent 500 kilogrammes; leur fabrication exige 1800 mètres carrés de tissus.
- Nous donnerons prochainement quelques détails plus complets sur la construction de ce Léviathan aérien.
- Gaston Tissandier.
- — i.a suite prochainement. —
- SOCIÉTÉ FRANÇAISE DE PHYSIQUE
- Séance du la mars 1878.
- M. Saiet résume les recherches qu’il a faites pour réaliser un téléphone dans lequel les mouvements de la première membrane vibrante, au lieu d’engendrer un courant électrique, modifieraient l’intensité d’un courant de pile préexistant. 11 explique le rôle du graphite, puis du charbon de cornue qu’il a substitué au premier, primitivement employé par M. Edison.
- M. Marcel Deprez rend compte d’une application faite par M. Paquelin de la propriété du platine de devenir incandescent sous l’action d’un mélange gazeux convenable, à la réalisation, sous un très-petit volume, de foyers dont M. Deprez met en évidence l’énorme puissance calorifique.
- M. du Moncel présente à la Société le phonographe de M. Edison et en expose le mécanisme. Cet instrumenta pour but, non-seulement d’enregistrer les vibrations déterminées par la voix, mais encore d’utiliser les traces produites à la reproduction phonétique des sons ou des paroles qui les ont provoquées. Pour obtenir ce résultat M. Edison adapte devant un cylindre enregistreur mis en mouvement d’une manière quelconque, une lame vibrante de téléphone, qui porte par l’intermédiaire d’un support en caoutchouc une pointe traçante soutenue d’autre part par une lame de ressort qui lui donne la raideur et l’élasticité convenables pour se prêter à la fois à la transmission et à la réception. Le cylindre dont l’axe est muni d’un pas de vis pour lui faire accomplir un mouvement de translation suivant son axe, en même temps que s’effectue son mouvement de rotation, présente à sa surface une petite rainure hélicoïdale dont le pas est exactement celui de la vis qui fait avancer le cylindre, et la pointe téléphonique s’y trouvant une fois engagée peut le parcourir dans toute sa longueur. Une feuille de papier d’étain est appliquée exactement sur cette surface cylindrique ; on place convenablement la pointe du téléphone qui appuie sur cette feuille sous une pression susceptible d’être réglée. Quand l’appareil est ainsi disposé, il suffit de parler fortement devant la lame téléphonique et de tourner rapidement le cylindre, pour qu’aussitôt les vibrations de la lame se trouvent enregistrées sur la feuille d’étain par une multitude de petits gaufrages imperceptibles et plus ou moins profonds qui sont distribués tout le long de la rainure. Or ces gaufrages ont un relief suffisant pour que, repassant sur la pointe traçante de la lame téléphonique, ils puissent à leur tour faire vibrer celle-ci et lui faire reproduire les paroles ou les sons qui l’avaient d’abord impressionnée. Ces sons, amplifiés au moyen d’une sorte de porte-voix, ont pu être très-distinctement entendus de tous les points de la salle.
- SOCIÉTÉ MÉTÉOROLOGIQUE DE FRANGE
- Séance du 2 avril.
- La Société météorologique a entendu dans sa séance mensuelle une communication très-intéresante de M. Mas-cart sur les méthodes qui servent à mesurer l’électricité atmosphérique. Après plusieurs expériences faites à l’aide de l’électrornètre de Thompson, M. Mascart a présenté à la Société le nouvel enregistreur de l’électricité atmosphérique construit par M. Redier. Cet instrument, véritable tour de force de précision, est appelé à rendre de grands services à l’Étude de l’électricité atmosphérique.
- M. Mascart a aussi montré expérimentalement comment la condensation de la vapeur d’eau sous forme de brouillard est favorisée par la présence des poussières dans l’air, ainsi que par celle de l’ozone, sans que l’on puisse bien s’expliquer cette dernière particularité.
- M. Renou a exposé sa théorie de l’oscillation diurne du baromètre. Le soleil, passant successivement par les divers méridiens de la terre, échauffe l’air, qui s’élève et se déverse ensuite tout autour ; il se forme ainsi un minimum au point central et desmaxiina à droite et à gauche. Ces deux bourrelets, séparés par une zone de moindre pression, suivent le soleil dans son mouvement autour de la terre. Leur passage successif en un point amène le maxima du jour et le ‘2° maxima du soir. Le minirna de la nuit n’est, que relatif et diffère peu de la moyenne. Cette théorie, basée sur les faits, et qui rend compte de toutes les anomalies apparentes de l’oscillation diurne, fait le plus grand honneur au savant météorologiste français.
- M. Marié-Davy présente des courbes obtenues à l’aide des enregistreurs de la température de la pression et du magnétisme, récemment installés à Montsouris.
- LE PARASITISME DANS LA NATURE
- ET SPÉCIALEMENT CHEZ LES HELMINTHES OU VERS INTESTINAUX.
- ( Suite et fin. — Yoy. p. 273.)
- Si l’homme vient à manger la viande de porc at teint de ladrerie, incomplètement cuite ou crue, le Cysticercus celluloses t peu de temps après son introduction dans l’estomac, pénétrera dans l’intestin et y deviendra un des vers cestoïdes que l’on trouve le plus communément chez l’homme européen1.
- Des expériences directes faites par le docteur Kuchenmeister, de Zittau, ne permettent plus de révoquer en doute la réalité des faits que nous venons de signaler.
- Afin de la mettre à l’abri de toute contestation, ce savant distingué demanda et obtint l’autorisation de faire avaler, sans qu’elle s’en doutât, à une femme condamnée à mort pour assassinat, un certain nom-
- 1 Une deuxième espèce est le Tœma mediocanellala, qui s’introduit chez nous à la suite de l’usage de la viande de bœuf qui n’a pas subi la cuisson. Il se distingue du T. solium par l’absence de crochets entre les quatre ventouses de la tête. Une troisième espèce est le T. nana, qui s’attaque exclusivement aux Égyptiens.
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- LA NATO UE.
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- bre de Cysticerques cellulaires, provenant de la viande d’un porc atteint de ladrerie. Ces vers lurent ingérés dans l’estomac de cette malheureuse avec le potage qui lui lut présenté. L’expérience faite quatre-vingt-quatre heures avant l’exécution, donna les résultats qu’on pouvait en attendre, c’est-à-dire qu’à l’autopsie du cadavre, on trouva dans l’intestin de cette femme des scolex de Tœnia solium. L’expérience inverse, c’est-à-dire l’ingestion des œufs du Ténia de l’homme dans l’estomac du porc, fit naître la ladrerie chez l’animal soumis à cet essai.
- Concluons donc, avec Kuchenmeister,Van Beneden, Ëschricht, Leuekart, que : 1° le Cysticerque cellulaire est la larve ou scolex du Tœnia solium, qui infeste l’espèce humaine ; 2° pour voir ce cestoïde se développer dans nos intestins, il suffit d’ingérer dans notre estomac le, Cysticerque du cochon.
- Des observations analogues ont prouvé que chez les herbivores ruminants [chèvre, brebis), c’est aussi avec la nourriture que l’ennemi s’introduit dans la place. Ainsi, le mouton.qui avale les œufs du Tœnia cœnurus, que le chien a déposés sur l’herbe des prairies, ne tarde pas à être attaqué par un cystique à plusieurs têtes (Cœnure), qui détermine chez lui la maladie que les vétérinaires ont désignée sous le nom de Tournis1. A son tour, le chien qui a mangé une tête de mouton où se trouvait le Cœnure cérébral voit son intestin envahi par autant de Tœnia cœnurus qu’il y avait de scolex dans le cystique po-lycéphale. (Voy. fig. 7, p. 277.)
- Les résultats qui précèdent sont tellement nouveaux, tellement merveilleux, surtout pour les médecins jadis partisans de la production spontanée des Helminthes, que nous avons vu sans surprise la muse humoristique de l’un de nos confrères parisiens raconter en vers alexandrins cette histoire presque incroyable du Tœnia solium. On nous permettra donc de transcrire ici le sonnet suivant, que nous trouvons imprimé dans la Gazette des Hôpitaux du 4 mars 1875. Le lecteur décidera si ce sonnet, signé des simples initiales D. G. G., vaut à lui seul un long poème.
- LE VER SOLITAIRE.
- Bien avant que Fourrier rêvât le phalanstère,
- Bien avant Saint-Simon et le père Enfantin,
- Dans les retraits nombreux du petit intestin Le Scolium déjà pratiquait leur chimère.
- Un cestoïde obscur, un simple entozoaire Avait constitué l’État républicain,
- Martyr voué d’avance au remède africain (Cousso), Salut, fils du Scolex, pâle, et doux solitaire !
- Tes anneaux, dont chacun forme un ménage uni,
- Sur un boyau commun prospèrent à l’envi,
- L’un à l’autre enchaînés, pas plus sujets que maîtres.
- 1 Tournis, parce que le ver dont le cerveau est attaqué par le Cœnure tourne involontairement comme un cheval dans un manège.
- Oui, c’est un beau spectacle, et faut-il s’étonner
- Si l’admiration me porte à célébrer
- En vers de douze pieds un ver de douze mètres ï
- D' G. C.
- Les faits que nous venons de rapporter en expliquent plusieurs autres qui, jusqu’en ces dernières années, avaient beaucoup embarrassé les naturalistes. Pourquoi, par exemple, le Ténia large (Tœnia lata ou mieux Bothriocephalus latus), autrefois très-commun en Suisse, y est-il devenu de nos jours infiniment plus rare? Cela tient à une cause que l’on était loin de soupçonner, à une simple modification dans la construction des lieux d’aisances. À l’époque où vivait à Genève l’illustre botaniste Pyrame de Candolle, tous les water-closets s’ouvraient dans le lac et y portaient directement les œufs du Bothrio-céphale, avec les excréments humains. Ges œufs passaient sous forme de larves [scolex) dans l’estomac des habitants des bords du lac, avec l’eau qu’ils y puisaient pour les besoins de l’alimentation.
- Aujourd’hui que les matières fécales sont généralement récoltées comme engrais pour l’agriculture, on comprend que les proglottis ou les œufs du Bo-thriocéphale ne tombent plus dans le lac de Genève en aussi grande abondance. De là, la diminution, et même la disparition presque totale de cette espèce de Ténia dans les cantons jadis infestés.
- On s’explique d’une manière analogue pourquoi les habitants de l’Abyssinie sont presque tous attaqués par le T. mediocanellata. L’usage général, parmi eux, de la viande de bœuf crue rend parfaite-tement raison de cette particularité.
- Quant à la présence de YEchinococcus hominis chez une grande partie de la population islandaise, elle peut s’expliquer ainsi qu’il suit. Cette population nourrit des porcs en abondance : le foie de ces pachydermes renferme souvent des échinocoques. Le chien, en mangeant ce viscère, avale l’hôte qui l'habite, et celui-ci devient Ténia dans l’intestin du carnassier. Les excréments de ce dernier sèment les œufs sur les plantes mal lavées dont se nourrissent les Islandais, et ceux-ci, à leur tour, hébergent, sans le savoir et sans le vouloir, le Tœnia Echinococcus à son premier état, c’est-à-dire sous la forme d’un sac fermé contenant des scolex.
- D’après tous ces faits, et en présence du nombre toujours croissant, dit-on, des cas de Ténia et de Trichinose, ce n’est pas sans raison, il faut en convenir, que bon nombre de médecins et beaucoup de malades reculent devant l’emploi, d’ailleurs rationnel, de la viande crue comme moyen thérapeutique.
- Les sexes sont réunis chez les Cestodes : ces animaux sont donc hermaphrodites. Ils sont toujours distincts chez les Helminthes nématoides.
- On a cru pendant longtemps, mais à tort, que tous les vers nématoides vivaient constamment en parasites et se reproduisaient toujours chez d’autres animaux. On sait aujourd’hui, à n’en pouvoir douter, que certaines espèces, à l’état agame, habitent d’abord la terre humide, et ne deviennent sexuées
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- qu’après s’être introduites furtivement, comme l’a prouvé C. Th. von Siebold, dans le corps d’un hôte qui se chargera de leur entretien. La ftlaire des Insectes nous fournit un exemple de ce cas particulier. On sait aussi que des nématoïdcs, ordinairement parasites, peuvent non-seulement vivre, mais encore se reproduire dans la terre humide, et cela pendant plusieurs générations.
- A ce fait déjà si curieux, observé par le professeur Ercolani, on peut en ajouter un autre qui ne l’est pas moins : c’est que ces vers terricoles, devenus libres, sont ovovivipares, au lieu d’être simplement ovipares, comme ils 1’auraient été dans le tube intestinal de l’hôte vivant sur lequel on les rencontre habituellement.
- De même que les Cestodes et les Trémalodes, leurs voisins1, les vers néma-toïdes sont sujets à de singulières migrations.
- En voici un exemple assez frappant, je crois, pour fixer l’attention du lecteur.
- Tout le monde connaît le ver de la farine, qui constitue, avec la viande hachée menu, une des parties essentielles de la pâtée qu’on donne aux rossignols élevés en captivité.
- Ce prétendu ver est la larve d’un Coléoptère désigné dans nos catalogues scientifiques sous le nom de Te-nebrio molitor; il devient lui-même souvent la proie de la souris, après avoir mangé les excréments de ce rongeur dont il est très-friand, et dont il aime à faire sa nourriture.
- Chacun, dit-on, a son goût sur la terre Et le meilleur est celui que l’on a.
- Or, les matières fécales de la souris contiennent fréquemment les œufs du Spiroptera obtusa, qui vit
- 1 On a donné le nom de Trematodes à des helminthes aplatis, de formes très-variées, munis d’un plus ou moins grand nombre de ventouses, subissant pour la plupart (les Tréma-iodes digénèses ou à générations alternantes ) d’étranges métamorphoses, et opérant des migrations plus étranges encore, pour s’introduire dans les hôtes successifs qui doivent les héberger, La douve, qui habite le foie de mouton (fig. 1) et quelquefois celui de l’homme, est un exemple de Trematode généralement connu.
- Les vers némostoïdes (de vrç/«?, fil, et siàoi, forme) sont ainsi appelés parce qu’ils ont le corps cylindrique et ressemblant à un fil. Ex. l'Ascaride lombricoïde, la Fitonra des insectes.
- chez elle en parasite. Ces œufs se développent dans le ver de la farine et s’enkystent dans cet insecte. La gent trotte-menu le croque à l’occasion, et voilà comment elle est punie de sa gourmandise par une nouvelle invasion dans ses intestins de l’incommode Spiroplera.
- On a beaucoup parlé, il y a quelques années, d’un ver nématoïde appelé Trichina spiralis : Trichma (d’un mot grec zpiÇ, zpiyps, cheveu), parce qu’il est, en effet, presque aussi fin qu’un cheveu ; spiralis, parce qu’on le trouve toujours roulé en spirale dans les muscles de divers animaux, l’homme y compris. A l’inverse des autres Helminthes parasites, il vit et pond ses œufs dans l’hôte qu’il a d’ahord envahi.
- Si l’on vient à manger de la viande trichinée, les vers qu’elle contient, devenus libres dans l’estomac
- à mesure que s'opère la digestion de la chair qui les renfermait, acquièrent rapidement, dans ce viscère, leurs organes génitanx ; l’accouplement a lieu, et la femelle fécondée ne tarde pas à donner naissance à des petits qui, après avoir passé les parois stomacales, vont se blottir dans les muscles.
- Là, chacun d’eux s’entoure d’un kyste presque pierreux, de la grosseur d’un grain de millet, et attend, avec scs nomb reux compagnons, le moment où ces muscles seront introduits dans un autre estomac pour s’y reproduire à son tour.
- Un des effets les plus remarquables du parasitisme, c’est de produire, comme nous l’avons vu, sur le parasite lui-même un arrêt de développement, ou un développement récurrent qui atteint quelquefois les deux sexes, mais qui se borne le plus souvent au sexe féminin.
- Alors les formes, la taille, les organes intérieurs surtout, sont tellement modifiés que bien souvent ils disparaissent, sauf toutefois l’appareil reproducteur qui, par une sorte de compensation ou de balancement organique, comme disait Étienne Geoffroy Saint-Hilaire, atteint un haut degré de prospérité. Les changements dont il s’agit sont, chez certains parasites, tellement extraordinaires que la sagacité de Cuvier lui-même a été mise en défaut par ces masques trompeurs. C’est ainsi qu’il avait classé parmi les vers intestinaux les Lemées, et d’autres prétendus vers intestinaux qui sont de vrais Crustacés,
- Fig. 1. Douve du foie du mouttin grossie deux fois. — Fig. 2. Triclinia spiralis, enkystée, vue à travers les parois du kyste. — Fig. 3. Triciliue enroulée dans un kyste logé dans un muscle, ('lus grossie que la précédente.
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- Quelquefois, chez les Helminthes nématoïdes surtout, le mâle semble devenir un simple appendice du corps de la femelle tant il s’est rapetissé, tant il lui est intimement uni (ex. : genre Sphærularia). Chez certaines espèces, le mâle disparaît ou s’efface au point de ne laisser chez la femelle que l’organe caractéristique du sexe auquel il appartient. Enfin, il est des cas où le mâle tout entier, sans avoir subi la moindre déformation, est logé dans la cavité utérine de sa compagne, soit seul, soit avec trois ou quatre camarades qui, comme lui, ont choisi ce singulier gîte, où ils trouvent tout à la fois la table, le logement et l’amour.
- Tel est le cas du Trichosonum cras-sicauda 4, dont la taille ne dépasse pas 2 millimètres, tandis que la taille de sa femelle dépasse plus de huit fois cette dimension.
- Nous passons de surprise en surprise, en ayant maintenant sous les yeux un parasite trématode longtemps cru double dès sa naissauce, mais qui ne le devient réellement qu’à l’âge adulte. Diplozoon paradoxum, tel est le nom imposé par les helminthologistes à cette bizarre association de deux individus réunissant chacun les deux sexes, et soudés ensemble d’une manière si intime, qu’ils semblent ne former qu’un seul et même animal à deux tètes cl à double queue.
- Cependant chaque individu con serve sa bouche, son canal digestif, ses vaisseaux propres, et produit des œufs qui donnent naissance à des êtres simples et libres de toute adhérence entre eux.
- Le Diplozoon paradoxum vit sur les branchies de la Brème et de quelques autres poissons d’eau douce.
- Le Syngamus trachealis, ver nématoïdequi se fixe sur la trachée-artère de nos oiseaux de basse-cour, nous offre un phénomène analogue à celui que vient de nous présenter le Diplozoon paradoxum. Seulement ici, comme chez tous les nématoïdes, les sexes
- 1 Ver nématoïde, parasite du rat.
- sont complètement séparés, et le mâle, fixé sur sa femelle, est si réduit dans toutes ses dimensions, qu’il ressemble à une simple excroissance du corps de sa compagne, qu’à raison de cette circonstance même on ne saurait appeler sa moitié.
- Il y a toujours réunion des deux sexes, et, par conséquent, véritable hermaphrodisme chez les Trématodes et les Cestoïdes.
- Les modes de reproduction sont très-divers chez les Helminthes. Ainsi, tous les Trematoda tristonium sont monogénèses, c’est-à-dire ne sout point soumis à la loi de la génération alternante et ne subissent guère de métamorphoses. Telles sont les Epibdella, qui vivent sur la peau des Fétans, et les Nitschia, qui s’attachent aux branchies de l’Esturgeon.
- Il n’en est pas de même des Distomes 4, lesquels ressemblent à une sangsue très-aplatie, portant au milieu du ventre une ventouse qui sert à la fixer. Ces trématodes sont digénèses, c’est-à-dire soumis à la génération alternante et aux plus étonnantes transformations. Voici ce qu’en dit Van Beneden. « Les jeunes font déjà des petits qui ne ressemblent en rien aux autres et ne se forment même pas de la même manière. Au sortir du maillot, ils engendrent par gemmation et sans concours de sexes, tandis que ceux
- qui naissent de gemmes (ou bourgeons ) engendrent par voie sexuelle. C’est ainsi que la fille ne ressemble pas à sa mère, mais à sa grand’mère. On a désigné ce phénomène sous le nom de génération alternante et nous l’avons appelé dige-nèse2. »
- Ajoutons que dans ce singulier mode de génération , l’œuf ne donne pas naissance à un seul individu, mais à une série d’individus nés les uns des autres, tous dissemblables
- 1 Ainsi nommes parce que, indépendamment de leur bouche, ils présentent, au milieu de la face ventrale de leur corps, une ventouse, que l’on a cru à tort perforée. De là, le nom de Distante ou double bouche (Si$, deux, et «ito/mo bouche) donné à ces animaux.
- J Van Beneden, ouvrage cité, p. 97
- Hg. 4. Trichine libre fortement grossie.
- Fig. G. Fig 7.
- Fig. 5. Trichine fortement grossie. — Fig. 6. Acarus de la gale. Jlâlc, vu en dessus. — Fig. 7. La femelle du même, vue par sa face dorsale, tous deux fortement grossis.
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- entre eux, et à leur mère ou ovieule primitive.
- Nous avons vu le Ténia nous offrir des phénomènes analogues, mais un peu moins compliqués qu’ils ne le sont, chez les Distomes, dont la larve du foie (fasciola hipatica) est un type bien connu.
- La parthénogenèse, c’est-à-dire la reproduction par des vierges, par des femelles qui n’ont pas subi les approches du mâle, semble être aussi l’un des modes employés par la Nature pour perpétuer les Helminthes. Ici, les œufs, sans fécondatiou préalable, reproduisent l’espèce aussi bien que le font ordinairement les œufs fécondés. Tel serait, suivant Leuc-kart, le mode de génération de l’Ascaris nigro-ve-nosa, qui vit dans les poumons delà grenouille; tel serait aussi le cas du Leptodera pellio, qui habite le corps des lombrics, etc. Mais ces faits de parthénogenèse bien constatés chez plusieurs insectes et certains crustacés (reine abeille, femelle du Bombyx mori ou papillon du ver à soie, Artemia salina, etc.) ont encore besoin de confirmation en ce qui concerne le ver nématoïde cité plus haut (Ascaris nigro-venosa).
- La fécondité des Helminthes est vraiment prodigieuse. Ainsi, Van Beneden nous apprend que, sur 500 grammes de chair humaine, Leuckart a compté jusqu’à 700 000 trichines, et Zenker, 5millions!!! On conçoit donc que la mort soit l’effet naturel et fatal d’une pareille invasion.
- Le professeur Eschricht, de Copenhague, évalue à plus d’un million le nombre des œufs produits par un Tœnia solium composé de 1000 articles, et Dujardin prétend que le Tœnia serrata du chien en contient quelquefois plus de 25 millions!! Si tous ces œufs venaient à bien, les Ténias Uniraient par envahir notre globe de manière à n’y laisser de place pour aucun autre habitant.
- Peu habitués à se rendre compte des harmonies providentielles, des lois admirables qui régissent le monde et les créatures qui l’habitent, certaines personnes se demandent à quoi bon cette vermine qui s’attaque à tout et à tous, qui ne respecte rien, et qui ne songe qu’à mener joyeuse vie aux dépens de celle de son prochain.
- Indépendamment des services que plusieurs parasites rendent à leur hôte en le débarrassant des matériaux qui pourraient nuire à sa santé, et même en contribuant, quand elle est altérée, à la ramener dans son état normal, ils remplissent sur cette terre un rôle très-important, que l’on ne saurait méconnaître, à moins de fermer les yeux à l’évidence.
- Nous en avons la conviction profonde : le parasitisme est une loi d’harmonie générale, une loi tout aussi naturelle que celle qui règle la chute d’un corps pesant ou les mouvements des astres à travers l’immensité des cieux. Le parasitisme, considéré comme il doit l’être, est, avant tout, une loi de pondération, de répression. Ces existences imposées à d’autres existences maintiennent celles-ci dans les justes limites qu’elles ne doivent pas franchir, sous
- peined’amener larareté des subsistances d’abord, puis fatalement la disette et la mort.
- Dr N. Joly, de Toulouse,
- Correspondant do l’institut.
- LE NUMÉROTAGE DES LUNETTES
- S’il est une idée qui, depuis qu’elle a été formulée, a promptement été acceptée et dont les avantages ne sont plus mis en doute, c’est celle de l’unification des mesures. Maintenant que les unités légales du système métrique décimal sont adoptées dans toute la France, ainsi que leurs multiples et leurs sous-multiples, on se rend difficilement compte de l’embarras qui devait résulter de la diversité des mesures qui changeaient dan$ un même pays d’une province à l’autre. La gène qui résulte de cette diversité est si grande que l’on voit, dans les contrées différentes qui ont de grands rapports commerciaux, une tendance à uniformiser les mesures. C’est ainsi que notre système monétaire est accepté intégralement par un certain nombre de contrées de l’Europe et que quelques autres, sans s’y conformer eutièrement, ont modifié le leur de manière à établir des relations simples entre les unités adoptées. Aux États-Unis, où il n’a pas encore été pris de dispositions d’ensemble, un mouvement général de l’opinion paraît tendre vers l’adoption du système métrique décimal.
- 11 n’est pas toujours facile, il faut le reconnaître, pour diverses raisons, de faire renoncer tout un peuple à des habitudes séculaires, à l’emploi d’unités de mesures nationales, et de faire accepter d’autres unités qui ont pour le moins l’inconvénient d’avoir une origine étrangère. La modification est mieux reçue par les savants : c’est ainsi qu’à l’étranger, et dans les pays où notre système métrique n’est pas généralement accepté, les mesures de précision sont prises en millimètres et fractions décimales de millimètre; que, d’autre part, les températures sont souvent évaluées en degrés centigrades à l’exclusion des échelles de Réaumur et de Fahrenheit, etc. Il ne nous paraît pas utile d’insister sur l’avantage qu’il y a à cette unification et sur les inconvénients et les lenteurs qui résultent de la nécessité de faire des transformations pour permettre les comparaisons.
- D’après ces simples considérations générales, il peut sembler étonnant que la plupart des personnes qui s’occupent d’ophthalmologie, soit au point de vue de la construction des appareils, soit au point de vue de leur emploi ou des recherches qui peuvent être faites sur ce sujet, aient encore l’habitude de se servir pour le numérotage des lentilles ou des verres de lunettes d’un système métrique auquel on s’efforce maintenant de substituer un système différent qui paraît plus rationnel à tous égards. Avant d’indiquer en quoi consiste ce dernier, il est nécessaire de faire connaître le système ancien.
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- LA NATURE.
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- Dans l’ancien système de numérotage des verres, le numéro d’une lunette est la longueur évaluée en ponces du rayon des surfaces sphériques égales qui limitent la masse de cristal constituant la lentille biconvexe ou biconcave considérée ; les deux genres sont distingués par le signe : le numéro des lentilles convergentes étant précédé du signe H- et celui des lentilles divergentes du signe —. Une particularité qu’il importe de signaler, c’est que lorsque ce rayon n’est pas mesuré par un nombre exact de pouces, l’indication est complétée, non par un certain nombre de lignes, comme il eût paru lo-
- gique, mais par une fraction
- 1 1 3 ï, 2, 4.
- Il résulte de la formule qui donne la distance focale d’une lentille et de la valeur de l’indice de réfraction de la substance employée1 que, à peu près, le rayon des calottes sphériques est égal à la distance focale, de telle sorte que, approximativement, le numéro d’une lunette donne la distance focale correspondante.
- On ne peut nier que, dans certaines circonstances, la connaissance de cette distance focale puisse être commode ou utile, mais il est regrettable alors qu’elle soit déterminée à l’aide d’une unité qui n'est plus usitée en France, et qui, pour les autres pays, diffère de l’un à l’autre de quantités appréciables. D’autre part, il est à remarquer que dans les formules les plus usitées qui se rapportent aux lentilles, la distance focale n’intervient jamais directement, mais seulement son inverse, soit qu’il s’agisse de déterminer la position des foyers conjugués, soit, ce qui est plus intéressant au point de vue de l’ophthalmologie, qu’il s’agisse de déterminer la puissance d’un système optique constitué par la superposition de deux lentilles. On démontre facilement, en effet, que si f et f sont les distances focales des deux lentilles composantes et F celle du
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- système total, on a : p = j -+- j, La sommation de
- ces deux fractions, bien que ne présentant pas, au fond, de difficultés, est un inconvénient lorsqu’elle doit être fréquemment répétée, èt surtout lorsque les numéros des lentilles, ou leurs distances focales sont exprimées par des nombres fractionnaires.
- Sur la proposition qui en a été faite par le célèbre physiologiste Donders, et après que la question a été sérieusement discutée au Congrès médical international de Bruxelles en 1873, il a été décidé que l’on substituerait au système de numérotage dont nous venons de rappeler les principes, le système suivant:
- l°Les lentilles sont caractérisées non plus parleur distance focale, mais par leur puissance, celle-ci étant l’inverse de la distance focale, puisque la force réfringente est d’autant plus grande que le foyer est plus rapproché de la lentille.
- 2° Les longueurs sont évaluées en mètres et fractions décimales du mètre.
- L’unité de force réfringente a reçu le nom de dioptrie : c’est celle qui correspond à une lentille con-
- vergente de 1 mètre du foyer. La mesure de la puissance d’une lentille en dioptries s’obtient en divisant l’unité par la distance focale évaluée en mètres. Des lentilles dont les distances focales sont 2“ ; 0m,50; 0,u133, etc., ont des puissances qui sont respectivement 0d,5 ; 2d; 3d,etc., et sont caractérisées par les numéros 0,5 ; 2 ; 3, etc. La différence des signes est conservée comme dans l’ancien système.
- D’après ce que nous avons dit plus haut, il est facile de comprendre que la puissance d’un système composé est la somme (algébrique) des puissances des lentilles composantes. Par exemple, deux lentilles convergentes dont les numéros, évalués en dioptries, sont -H 2 et -h 5, constituent un système dont la puissance est -1- 7 ; si les numéros sont -+-5 et— 3, le système comparé aura pour numéro H- 8, etc.
- Il est facile de voir les avantages d’un pareil système par ce que nous venons de dire. La distance focale, si elle n’est plus donnée parle numéro même, s’obtiendra facilement en divisant 1 mètre par le nu méro de la lentille, opération qui se fait facilement.
- Un côté de la question qui n’est [>as sans intérêt consiste dans la transformation réciproque des anciennes et nouvelles notations, transformation qui ne présente aucune difficulté. Une discussion due au Dr Javal dont la parole est si autorisée dans ces questions, montre que cette transformation qui dépend à la fois du rapport 1 :37 des unités, nouvelle et ancienne (mètre et pouce), et de l’indice de réfraction des substances employées, s’obtient par la division du nombre 40 par le numéro à transformer. Le numéro ancien d’une lentille étant 8, par exemple,
- son numéro nouveau sera™ =5, c’est-à-dire que
- sa puissance sera 5 dioptries et que par suite sa distance focale sera lm;5 = 0m, 20. Réciproquement, une lentille dont le numéro nouveau serait 10d
- (c’est-à-dire dont le foyer serait à j^ = 0“,10) cor-
- 40
- respondrait au numéro ancien — = 4.
- Il peut exister, on le conçoit, des lentilles correspondant à tous les degrés de puissance évalués en dioptries ; mais dans les boîtes qui servent à l’ophthalmologie, il suffit d’avoir un certain nombre de verres distincts (convergents et divergents) ; ceux qui ont été adoptés et dont l’emploi suffit à tous les besoins de la pratique sont les suivants : 0,25 ; 0,50 ; 0,75; 1; 1,25; 1,50; 1,75; 2; 2,25; 2,50; 3; 3,50; 4; 4,50; 5; 5,50; 6; 7 ; 8 ; 9; 10; 11 ; 12; 13; 14; 15; 16; 18; 20.
- Il nous semble que cette rapide étude sur une question importante à divers égards, n’était pas sans intérêt, et qu'il est bon de faire connaître un système dont l’emploi commence à se généraliser et qui en amenant l’uniformité dans un système particulier de mesure, rendra plus faciles les comparaisons des observations qui s’y rattachent.
- G. M. Gaiuel.
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- LA NATURE.
- LES INDIGÈNES
- DE LA NOUVELLE-CALÉDONIE ET LES RESSOURCES DE LA COLONIE1.
- Les Canaques, au nombre de quarante mille environ, vivant dans la Nouvelle-Calédonie et ses dépendances — Lifou, Mare, Ouvéa — sont entièrement soumis, depuis plus de dix années, à l’autorité française dont, sauf de très-rares exceptions, ils respectent, en tous points, les décisions.
- Le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, presque toujours confié à un officier dè vaisseau, pour simplifier les rapports qu’il est obligé d’avoir avec les indigènes, a laissé subsister les anciennes tribus partout où elles n’ont pas encore disparu devant notre colonisation, et a conservé à leur tête les chefs qui ne se sont pas montrés hostiles à notre égard. Les rebelles, en très-petit nombre, il est vrai, depuis la prise de possession, se sont vus dépossédés de leurs chefferies et transportés sur un point éloigné, après avoir été remplacés par des chefs entièrement dévoués à la cause française.
- Les représentants de l’autorité sur tous les points de la côte où nous avons des établissements, s’adressent directement aux chefs indigènes pour avoir des corvées de travailleurs, des canotiers, des courriers, etc., qu’on emploie à Nouméa et dans les différents postes. De ce côté, il n’y a jamais eu, depuis longtemps, de difficultés, au moins sérieuses.
- En outre, quand il en est besoin, le gouverneur, les chefs d’arrondissement mandent auprès d’eux les principaux de la tribu, leur donnent des recommandations pour eux et leurs hommes, et les rendent absolument responsables de leur bonne et parfaite exécution.
- Les Néo-Calédoniens sont, à notre égard, doux, hospitaliers et franchement nos amis. 11 y a très-peu de voleurs parmi eux. Une école, fréquentée par une vingtaine d’enfants indigènes, a existé pendant plusieurs années à Kanala et il y a eu d’assez bons résultats obtenus. Les cours en ont été interrompus, faute de local, pendant une année ; mais une décision du gouverneur les a rétablis2 : c’est une bonne mesure qui ne peut que hâter le rapprochement, la fusion des indigènes et des Européens. Les cas d’anthropophagie ont complètement disparu, depuis même assez longtemps déjà.
- Le nombre des femmes est à peu près égal à celui des hommes. Le mariage existe, mais peut être facilement rompu, au gré du mari seulement. Le Néo-Calédonien n’a généralement qu’une femme, à l’exception toutefois de quelques chefs qui en ont deux
- 1 L’auteur de cet article a passé plusieurs années, comme attaché au gouvernement français en qualité d’instituteur, en contact avec les Canaques de la Nouvelle-Calédonie. — Les documents qu’il a rapportés ont un caractère d’exactitude et d’intérêt tout particulier. N, de la R.
- ‘Décision prise au mois de décembre 1874, par le colonel d'infanterie de marine Àlleyron, gouverneur alors par intérim.
- et quelquefois même trois ou quatre ; dans tous les cas, l’héritier du chef est toujours l’aîné des enfants de sa première femme. Cependant, si à la mort de son père celui-ci n’a pas atteint sa majorité, la chefferie est confiée, jusqu’à cette époque, au frère du chef décédé, qui remplit alors les fonctions d’une sorte de régent. Les indigènes n’ont aucun égard pour leurs femmes, qu’ils accablentdesplus rudes travaux. Celles ci, en effet, travaillent comme les hommes, au labour de la terre qu’on a préalablement débarrassée, au moyen du feu, des bois et des herbages qui la couvrent. Elles vont chercher les aliments et les préparent ; elles apportent le bois dont il est fait une grande consommation, car les habitants ont du feu toute la nuit, dans leurs cases, pour se préserver du froid et des moustiques, peu nombreux, il est vrai, à Kanala. Les femmes sont, en outre, chargées d’apporter la paille sur laquelle on doit se reposer et qui est assez souvent renouvelée, ainsi que celle qui est nécessaire, en énorme quantité, à la construction des demeures.
- Ces malheureuses créatures — dont la plupart sont petites, laides, mal faites — avec les fatigues de toutes sortes qu’elles ont à supporter, se flétrissent de bonne heure; aussi, vers vingt ans, commencent-elles déjà à se voûter, leurs seins inclinent vers la terre ; elles sont tout à fait vieilles à trente et quelques années. Quant à l’homme, il est généralement bien fait, ses membres sont vigoureux, ses traits moins laids que ceux de la femme ; il arrive parfois même qu’on rencontre parmi eux d’assez beaux types. Le Canaque se contente de travailler un peu à la préparation de la terre qui doit recevoir les plantes ou les semences de taros, d’ignames, de maniocs, de patates douces, de maïs, de tabac, etc.; de pêcher, et de construire les cases, de creuser les pirogues et de confectionner les armes.
- Un village canaque est la réunion de vingt ou trente cases, en paille, solidement construites et le plus ordinairement de forme conique. La case du chef, toujours conique, se distingue de celle des simples tayos par sa grandeur, son élévation et les ornements qui la surmontent. Les demeures n’ont qu’une seule ouverture : une porte étroite et basse ; on ne peut la franchir qu’en se courbant ou plutôt en rampant. Le village est presque toujours établi dans le voisinage d'un cours d’eau, où les pirogues peuvent naviguer ; il est situé au milieu de terres fertiles.
- Les terres de cettepartie de l’île (Kanala) sont bien arrosées et présentent maintenant de vastes surfaces disponibles, dont l’e'tendue sera bien plus considérable encore après le cantonnement des indigènes attendu tous les jours : utile opération qui, en délimitant les propriétés des Canaques, permettra de connaître exactement la quantité de terre dont pourra disposer le Gouvernement en faveur de ceux qui en ont le plus immédiatement besoin, je veux parler des émigrants.
- Par arrêté de M. de Pritzbüer, gouverneur de la Nouvelle-Calédonie et dépendances, en date du 22
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- Canaques de la Nouvelle-Calédonie devant une case ou maison de réunion. (D’après une photographie.)
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- juin 4875, une commission, composée d’hommes compétents, a reçu l’ordre de se réunir pour étudier le cantonnement des indigènes. Puisse t-elle s’être mise résolument à l’œuvre, afin qu’il soit possible de donner dans le plus bref délai une solution aux nombreuses demandes de terrains qui sont en souffrance : ces retards sont aussi préjudiciables aux intérêts des colons qu’à ceux du Trésor.
- En effet—en dehors des réserves administratives, des terrains destinés à la colonisation pénale, de ceux qui doivent faire vivre les indigènes — il y a de nombreux hectares de bonne terre, soit pour la culture, l’élève du bétail, qui — le cantonnement fait —pourront être loués ou vendus à des particuliers; et l’œuvre colonisatrice s’en accroîtra d’autant.
- Les terres de l’arrondissement de Kanala sont bonnes et propres à la culture du riz, de la canne à sucre dans les parties basses, et à celle du café dans les parties non susceptibles d’être inondées. La couche végétale, comme sur beaucoup de points de la côte, est surtout profonde ; les vallées y sont larges : aussi les inondations y font-elles beaucoup moins de dégâts que dans certaines contrées de la colonie. Les races chevaline, bovine, ovine et porcine y réussissent parfaitement : l’herbe, le maïs, les cocos, le manioc, dont elles se nourrissent, y étant en abondance et de bonne qualité. Au moment de la récolte du café, du riz et du maïs, qui nécessite beaucoup de bras, les chefs indigènes fournissent volontiers aux colons des travailleurs à des taux raisonnables, au début. Toutefois, par suite du grand nombre de naturels qu’il a fallu employer aux travaux des mines récemment découvertes, le salaire de ceux-ci s’est élevé très-rapidement au détriment des agriculteurs qui se voient aujourd’hui dans la nécessité de payer 2, 3 et même 4 francs par jour les travailleurs qu’ils avaient autrefois pour 30 centimes et 1 franc.
- Les arbres fruitiers des pays intertropicaux, tels que manguiers, orangers, dattiers, etc., y croissent admirablement. A Kanala, nous avions de nombreux pêchers, fournissant des fruits peu inférieurs à ceux d’Europe. L’ananas pousse abondamment et partout est d’excellente qualité. Le pays est en outre très-giboyeux. On rencontre beaucoup de pigeons, de canards, de poules sultanes, qui sont activement poursuivis par les chasseurs; ces deux derniers gibiers surtout, à cause des dégâts qu’ils commettent dans les champs de riz.
- Il existe dans l’intérieur — et l’on peut s’en convaincre en suivant la route nouvellement faite de Kanala à Ourail, qui coupc la Nouvelle-Calédonie de l’est à l’ouest — de vastes forêts vierges, contenant de délicieuses essences, telles que le tamanou de montagne et une sorte de chêne, de hêtre et d’acacia pouvant fournir de magnifiques bois de construction et d’ébénisterie. Mais l’essence la plus précieuse après le santal, qui a presque entièrement disparu, est le bois de rose, qu’on rencontre sur beaucoup de points de la côte, tout près de la mer. On y trouve aussi un arbre appelé milnéa— poussant dans les terrains
- marécageux du bord de la mer, dans lë fond des baies surtout,— qui fournit un joli bois d’ébénisterie, ainsi qu’un tamanou, qui vient le long des rivières, près de leur embouchure, et qu’on a appelé tamanou de rivière, par opposition à celui qu’on rencontre dans les montagnes du centre. Il existe aussi dans ces parages quelques pieds de Kaoris (Damara) dont le bois vaut celui du peuplier, et qui fournissent une abondante résine fort recherchée des fabricants de vernis. Ces Kaoris, qui atteignent parfois des grosseurs énormes, sont fort abondants dans certaines parties de l’île.
- On commence à exploiter, en ce point, plusieurs gisements de minerai de nickel, fort riche en métal, assure-t-on. En août 1875, au moment où je quittais la colonie, il était sorti d’une de ces mines cent cinquante tonnes de minerai, avec un rendement de 12 pour 400 environ, qui avaient été dirigées sur l’Australie, pour de la etre expédiées en Angleterre, où il existe des usines pour la préparation de ce métal1.
- A. Serph.
- — La suite prochainement. —
- APPAREIL ORSAT
- POUR LE DOSAGE DES GAZ DANS LES FOl'RS DE MÉTALLURGIE.
- La Nature2 a déjà entretenu ses lecteurs de l’appareil Coquillion qui permet de doser la proportion d’air grisouteux contenu dans l’atmosphère d’une galerie de mine, et de prévoir ainsi dans une certaine mesure les chances d’explosion qu’elle peut présenter. Nous voulons ici parler d’une autre application également remarquable du procédé volumétrique fournissant immédiatement la composition des gaz dégagés dans les fours de métallurgie. On sait que les réactions produites à l’intérieur de ces fours sont modifiées avec la composition de l’atmosphère ; et il est important de s’assurer de la nature des gaz dégagés, au point des réactions chimiques qu’ils doivent produire à l’intérieur du four. Il faut avoir dans chaque zone du haut fourneau, par exemple, une atmosphère oxydante ou réductrice, une proportion convenable des différents corps entrant dans le mélange gazeux, une température assez élevée enfin pour la fonte qu’on veut pro-
- 1 D’énormes quantités de nickel ont été extraites depuis cette époque, jusqu’en janvier 1878, des mines de Kanala. Dans les commencements de l’exploitation, ce minerai, après avoir été transporté à Nouméa par des caboteurs, était ensuite dirigé sur l’Australie. Mais aujourd’hui presque tout le minerai de nickel qui sort de la Nouvelle-Calédonie est expédié au Havre, et de là à Paris, où il est converti en métal dans une usine que M. Christofle vient de faire construire, pour cet usage, à Saint-Denis. Des hauts fourneaux sont en construction à Nouméa et il est probable qu’ils seront terminés à latin de 1878. La Nouvelle-Calédonie n'expédiera plus alors en Europe que du nickel en saumons. C’est le plus grand industriel de l’île, M. Ilig-ginson, qui est à la tête de cette vaste entreprise appelée à faire faire un grand pas dans la voie du progrès à notre lointaine possession du Pacifique.
- * Yoy. le n° du 5 mai 1877.
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- (luire ; tous les éléments que nous venons de signaler réagissent profondément sur la nature de cette fonte, et pourraient en modifier les propriétés si on n’y avait pas égard avec le plus grand soin.
- Les analyses chimiques sont toujours longues et délicates, aussi l’appareil Orsat peut-il être employé utilement dans cette occasion, car il donne simplement et rapidement le résultat demandé avec une approximation, un peu moindre peut-être, mais généralement suffisante d’ailleurs.
- Le principe adopté consiste à faire passer un même volume du mélange gazeux successivement dans trois dissolutions absorbantes qui s’emparent, l’une de l’acide carbonique, l’autre de l’oxygène et la troisième de l’oxyde de carbone. On mesure après chacun de ces passages le volume du mélange restant pour en conclure la proportion de gaz absorbé.
- Le dispositif de prise de gaz a été imaginé par MM. Scheurer-Kestner et Meunier; nous y reviendrons tout à l’heure à cause de l’intérêt qu’il présente : il permet en effet d’obtenir un volume réduit du mélange gazeux, prélevé sur une masse très-considérable ayant circulé pendant plusieurs heures dans les tubes conducteurs, et on obtient ainsi bien mieux la composition moyenne du courant que si on se bornait à prélever à un moment donné le volume qu’on veut analyser.
- L’appareil de dosage proprement dit est représenté dans la figure 2, il est constitué par une simple planchette supportant trois tubes en U, G', G',G", qui contiennent les dissolutions absorbantes dont nous avons parlé plus haut. Ces tubes, d’un diamètre intérieur de trois centimètres, sont terminés à leur partie supérieure par un tube effilé d’un millimètre de diamètre, qui vient les embrancher sur un petit tube horizontal en verre régnant sur toute la longueur de la planchette. Ce tube est fermé par un robinet à l’extrémité de gauche, et il peut communiquer avec une trompe KM qui sert à entraîner le gaz au commencement de l’opération. Le tube horizontal qui porte le nom de rampe amène le mélange gazeux qu’il doit distribuer successivement dans les trois tubes en U. Un robinet, placé au-dessus d’un repère dans chacun des tubes effilés, permet d’ouvrir ou d’interrompre la communication entre le tube en U et la rampe horizontale.
- La branche de droite de chacun des tubes en U n’est pas rattachée à la rampe, elle est formée par un tube effilé deux fois recourbé qui débouche dans l’air pour le tube GF, et dans deux ballons en caoutchouc pour les tubes G7 et G". Les dissolutions contenues dans ces tubes s’altéreraient au contact de l’air ; la poche en caoutchouc qui ferme le tube présente l’avantage de l’isoler de l’atmosphère, et l’élasticité du caoutchouc permet d’amener le mélange gazeux dans la poche, et l’oblige à traverser ainsi complètement la dissolution absorbante. Le tube G"F" renferme du protochlorure de cuivre ammoniacal, qui doit absorber l’oxyde de carbone, le tube G'F' contient du pyrogallate de potasse pour absor-
- ber l’oxygène ; le tube GF renferme de la potasse, il est destiné à retenir l’acide carbonique ; il n’a pas reçu de poche en caoutchouc comme les deux premiers, car le tube effilé qui termine la branche de droite suffit pour empêcher toute action de l’air extérieur sur la dissolution de potasse.
- Les tubes GF et G'F' renferment à l’intérieur de petits tubes de verre, destinés à diviser le courant gazeux et à faciliter le mélange intime du gaz avec les dissolutions absorbantes. Le tube A renferme aussi dans ce but une feuille de cuivre enroulée, plongeant dans la dissolution de protochlorure dont elle maintient en outre la composition constante. A l’extrémité droite de la rampe est disposé un tube vertical AB, de trois centimètres de diamètre, portant des traits de divisions équidistants ; ce tube sert de mesureur. C’est là qu’on amène les gaz arrivant par la gauche de la rampe; on en prélève un volume constant déterminé entre deux points de repère marqués 0 et 100. Le mélange gazeux est ensuite dirigé successivement dans les différentes dissolutions absorbantes et ramené, après chaque passage, dans le mesureur pour y déterminer son volume. Le mesureur est entouré, comme on le voit, d’un manchon plein d’eau, qui permet de maintenir sa température constante et d’éviter les varia tions de volume qui résulteraient de réchauffement des gaz. Il est terminé à sa partie inférieure par un tube effilé relié par un tube en caoutchouc O avec un flacon D plein d’eau, qu’on voit sur la figure en dehors de la planchette. Ce flacon peut être élevé ou abaissé à la main par l’opérateur, et c’cst de ce jeu alternatif que va résulter l’appel des gaz dans le mesureur ou leur expulsion au dehors. Le niveau de l’eau s’établit en effet dans le mesureur comme dans le flacon; il suffit d’élever celui-ci convenablement pour faire passer l’eau dans le mesureur et amener le niveau au point de repère du tube effilé supérieur qui sert d’origine des graduations ; on descend ensuite le flacon, qui se remplit d’eau tandis que le gaz arrive peu à peu dans le mesureur, et on arrête l’admission quand le niveau s’est établi dans les deux vases au bas du mesureur à la division marquée 100. On dispose ainsi d’un volume déterminé du mélange gazeux à étudier, et c’est par le même procédé qu’on déterminera le volume restant après le passage des gaz dans chaque dissolution absorbante.
- Pour commencer l’analyse, on fait remonter d’abord les liquides renfermés dans les différents tubes en U jusqu’à un repère placé au-dessous des petits robinets. Il suffit pour cela de fermer tous les robinets et d’ouvrir successivement la communication du mesureur avec chacun des tubes, on baisse le flacon pour produire l’aspiration ; on fait ainsi monter le niveau du liquide jusqu’au repère, et on ferme alors le robinet.
- Après avoir ainsi repéré les tubes, on doit chasser l’atmosphère des différents tubes capillaires de l’appareil et les remplir tous du mélange gazeux à analy-
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- LA NATURE.
- ser. La petite trompe de gauche KM est mise d’abord seule en communication avec le tuyau de caoutchouc N qui amène les gaz du four ; elle entraîne l’air de ce tuyau avec l’eau qui coule par le tuyau KM ; le gaz arrive peu à peu et remplit complètement le tuyau, il est entraîné à son tour ; on arrête alors l’action de la trompe qui ne servira plus dans le courant de l’opération. On aurait même pu supprimer complètement la trompe et arriver au même résultat, mais d’une façon plus lente et pénible, en manœuvrant seulement le flacon extérieur de droite. C’est à lui qu’on a recours pour purger l’appareil proprement dit ; on ouvre le robinet G qui fait communiquer le tuyau d’arrivée avec la rampe, le gaz arrive peu à peu et se répand dans le mesureur qu’on a vidé en abaissant le flacon. On ferme alors le robinet d’arrivée, on ouvre la communication avec l’atmosphère par le robinet I on remplit le mesureur d’eau et on chasse par là le gaz au dehors. On l’admet ensuite à nouveau en ouvrant le robinet d’arrivée, on le chasse encore et on répète plusieurs fois la même manœuvre , jusqu’à ce que l’atmosphère des tubes soit complètement remplie du mélange gazeux.
- Quand il en est ainsi, on prend un volume déterminé, 100 divisions du mesureur comme il a été expliqué plus haut, on ferme définitivement le robinet d’arrivée, et c’est le volume qu’on vient d’isoler qui va être soumis' à l’analyse. On ouvre le robinet du tube GF, on élève le flacon et fait monter l’eau dans le mesureur jusqu’au 0. On chasse ainsi tout le gaz dans le tube GF, l’acide carbonique arrive au contact de la potasse qui l’absorbe ; on descend alors le flacon jusqu’à ce que le niveau s’établisse le même dans le mesureur et le flacon, tout le gafc non absorbé par la potasse est alors revenu dans le mesureur, et son volume va se trouver mesuré sous la pression atmosphérique comme- plus haut. On lit sur le tube gradué le nombre de divisions qui manquent pour atteindre 100, et on obtient ainsi le volume d'acide carbonique contenu.
- On détermine ensuite la proportion d’oxygène par une manœuvre analogue, on soulève le flacon jusqu’au 0 pour faire passer les gaz dans le tube G'F' renfermant le pyrogallate de potasse, les gaz barbotent dans la dissolution, la poche en caoutchouc sè gonfle, l’oxygène est absorbé, puis on ramène les
- gaz restants dans le mesureur en abaissant le flacon. La lecture des divisions marquées donne le volume d’oxygène absorbé comme tout à l’heure.
- Il ne reste plus qu’à déterminer l’oxyde de carbone, ce qui s’opère au moyen du tube G"F" rempli de chlorure de cuivre ammoniacal. Il est nécessaire de faire passer le gaz à trois reprises différentes à travers la dissolution pour obtenir l’absorption complète de l’oxyde de carbone, car elle est toujours lente et difficile.
- Le gaz non absorbé est ramené dans le mesureur, on en détermine le volume pour en conclure la proportion d’oxyde de carbone. Ce gaz renferme l’azote S provenant de l’air insufflé dans le four, et il y a en i outré différents hydrocarbures en proportions très-| variées. 11 y a peu d’intérêt à déterminer la propor-' tion de ces hydrocarbures ; cependant M. Orsat avait essayé d’y parvenir en mettant à l’extrémité de son ! appareil de nouveaux tubes disposés à peu près I comme ceux de M. Goquillion. Toutefois il n’a pas
- encore pleinement réussi jusqu’à présent, car les résultats fournis ne sont pas toujours exacts ; aussi on supprime habituel -lement dans l’appareil ces tubes surabondants.
- Quelques personnes vont même jusqu’à supprimer le tube G'F' renfermant le pyrogallate de potasse; dans ce cas la dissolution de protochlorure de cuivre absorbe à la fois l’oxygène et l’oxyde de carbone, et donne le volume des deux gaz réunis.
- En dehors des hydrocarbures, les gaz des fours renferment quelquefois de l’ammoniaque ; il est bon dans ce cas d’ajouter un peu d’acide chlorhydrique dans l’eau du mesureur pour l’absorber.
- ' L’analyse qu’on vient de décrire suppose évidemment que les dissolutions absorbantes ne dégagent pas, pendant l’opération, de vapeur venant modifier la composition du mélange gazeux ; c’est ce qui se produit assez bien dans la pratique, et les dissolutions peuvent se conserver assez longtemps sans que leurs propriétés soient altérées.
- ,. On a, de plus, négligé complètement le volume de la rampe et de ses appendices; cependant le mélange gazeux qu’elle renferme se modifie aux différentes phases de l’expérience; on voit par là l’intérêt qu’il y avait à n’employer que des tubes capillaires, afin de réduire ce volume autant que possible.
- Fig. 1. — Prise de gaz pour l’appareil Orsat.
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- La description que nous avons faite de l’analyse est un peu longue, mais l’opération elle-même n’exige qu’une manœuvre très-simple de robinets, et elle peut s’accomplir en un temps très-court quand on en possède un peu l’habitude. On peut ainsi obtenir rapidement et simplement, comme nous le disions en commençant, la composition d’un mélange gazeux donné.
- Nous allons revenir en terminant sur la prise de gaz qu’on doit adapter en avant de l’appareil Orsat, pour avoir dans l’analyse un vol ume représentant bien la composition moyenne des gaz ayant circulé pendant plusieurs heures dans les tuyaux de sortie du four. Si on se bornait en effet à prélever en un point quelconque le volume réduit dont on a besoin, l'analyse perdrait tout son intérêt, car on ne saurait pas si les résultats obtenus se retrouveraient ailleurs dans le courant gazeux et représentent bien sa composition moyenne.
- L’appareil de prise de gaz a été imaginé par MM. Schcurer-Kestncr et Meunier; il est représenté dans la ligure 1.
- Un premier tube d’aspiration PQ soutire pendant plusieurs heures un certain volume du courant total, qui suit le tube principal dont on voit la section, en se rendant du gueulard aux appareils de combustion, et, comme on ne peut recueillir la totalité des gaz aspirés, on en prélève de la même manière et sans interruption une certaine fraction dans un vase de Mariotte, rempli de mercure, de la contenance d’environ 3 litres.
- Le- tube PQ pénètre diamétralement, comme l’indique la figure 1, dans l’intérieur du grand conduit en tôle qui emmène les gaz ; ce tube est en cuivre et d’un diamètre de 0m,01 à 0m,015; il a une longueur double du diamètre du conduit. La moitié de ce tube qui pénètre à l’intérieur du grand conduit est fendue dans toute sa longueur suivant une rainure de 1/2 millimètre de large. C’est par cette rainure que les gaz traversant le grand conduit vont pénétrer dans le tube, et ils sont ainsi prélevés sur toute la largeur de ce conduit dans les différentes zones que peut présenter la section du courant gazeux. La moitié extérieure du tube en
- cuivre est entourée d’un réfrigérant à eau courante, système Liebig, afin de refroidir un peu les gaz avant de les introduire dans les appareils. A l’extrémité du tube est adapté un manchon en caoutchouc qui les relie avec un tube en plomb CD servant d’aspirateur. Celui-ci se compose d’une sorte de trompe munie d’un robinet qui sert à régler l’écoulement des gaz. L’extrémité inférieure de la trompe débouche dans une cuve en tôle, remplie d’eau, qui permet de mesurer le gaz en le recevant, si on le désire, sous une cloche de verre renverse'e.
- Cette trompe ne serait pas absolument nécessaire pour appeler le gaz, on pourrait la supprimer dès que la pression est un peu forte au gueulard; on doit obtenir habituellement une vitesse d’arrivée des gaz de 4 à 5 litres environ par minute.
- C’est sur le courant déterminé par la trompe
- qu’on va prélever, en l’espace de plusieurs heures, les 2 à 3 litres nécessaires pour l’analyse des gaz. On emploie à cet effet un vase de Mariotte, comme il est représenté sur la figure 1. Le tube droit du vase communique, à l’aide d’un tuyau en caoutchouc, avec une tubulure recourbée adaptée à l’extrémité du tube en cuivre PQ. Le gaz est appelé dans le vase primitivement rempli de mercure par l’écoulement lent de ce liquide s’échappant peu à peu à la partie inférieure du vase par le tube inférieur recourbé, garni d’un robinet qu’on peut ouvrir ou fermer plus ou moins. On peut d’ailleurs augmenter ou diminuer encore la pression qui règle l’écoulement du mercure en élevant ou abaissant le tube droit à l’intérieur du vase, car c’est la différence de niveau entre la partie inférieure de ce tube et l’orifice d’écoulement qui détermine la pression comme on le sait. Le mercure s’échappe du vase sous une pression constante, le volume écoulé à chaque instant est toujours le même, et par suite aussi celui du gaz qui pénètre à l’intérieur du tube pour le remplacer ; on prélève bien ainsi des quantités constantes de gaz et aussi faibles qu’on le désire, pendant tout le temps que dure l’écoulement du gaz par le tube PQ.
- Fig. ?. — Appareil Orsat. e, f, tube à potasse, e', f, acide pjrogaliique. e", f, tube contenant le chlorure de cuivre ammoniacal.
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- LA NATURE,
- Pour remplir de mercure le vase de Mariotte au commencement de l’expérience, on doit chasser tout l’air qu’il renferme en versant le mercure par le tube droit jusqu’à ce qu’il aille sortir par le tube horizontal G. On ferme alors le robinet de ce tube, puis on fait monter le niveau du mercurejusqu’au haut du tube droit lui-même ; on établit alors la communication avec la tubulure de gauche, et on laisse s’écouler peu à peu le mercure pour appeler le gaz qui vient se loger dans le vase au-dessus du niveau de mercure. Quand on a recueilli les 2 à 3 litres qui sont nécessaires pour l’analyse, on fait communiquer le tube G avec l’appareil Orsat, et on chasse peu à peu le gaz en versant du mercure par le tube droit du vase de Mariotte. L. Bâclé,
- Ancien élève de l’École Polytechnique.
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- CHRONIQUE
- Le bronze de manganèse. — Le professeur Gintl a publié dans les Techn. Blælter l’analyse d’un échantillon de bronze de manganèse provenant de la fabrique Vil-mos-Sainl-Anna à Vajda-Hungad, en Transylvanie. Cet alliage a à peu près la couleur jaune du laiton ; il est tenace et ductile sous le marteau ; il contient du soufre, du manganèse, du zinc, du fer, des traces de silice d’étain et de charbon, dans les proportions suivantes :
- Cuivre , 76,7tO sur cent parties
- Manganèse 16,147 —
- Zinc 5,490 —
- Fer , 0,320 —
- Étain et silice 0,762 —
- Total...... 99,429 sur cenl parties.
- Comme la silice et l’étain n'entrent dans l’alliage que d’une manière tout à fait accessoire, on peut en exprimer les proportions par : 15 de cuivre, 4 de manganèse et 1 de zinc.
- (Mitth. iiber Gegenst. des Art.-und Genie-Wesens et Revue maritime.)
- Lite nouvelle expédition an pôle Nord. —Une
- nouvelle expédition scientifique doit prochainement être envoyée, par les États-Unis, au pôle Nord, sous la direction du capitaine Howgate. M. Willis, de New-York, vient de présenter au Congrès, au nom du Comité des affaires navales, un rapport favorable à l’ouverture d’un crédit de 250,000 fr. Voici la teneur de ce rapport :
- Le président des États-Unis est autorisé à organiser et à envoyer une ou plusieurs expéditions vers le pôle Nord et à établir une colonie temporaire pour faciliter l’exploration sur quelques points au nord du 81e degré de latitude nord, sur la plage de Lady-Franklin, ou dans son voisinage, à désigner tels officiers qu’il jugera nécessaire et a employer tel navire public qu’il conviendra pour cet objet.
- Les opérations scientifiques de l’expédition seront conduites suivant l’avis de l’Académie nationale des sciences, et la somme de 50,000 dollars est allouée par la présente à prendre sur l’argent du Trésor.
- Le passage de Mercure, 6 mai. — Le Naulical almanach fournit les éléments usuels de ce phénomène,
- à l’heure des contacts et de la plus petite distance des centres rapportée au centre de la terre, avec les formules nécessaires pour déterminer les moments de contact en n’importe quel lieu de la surface de la terre. Le tableau suivant donne le résultat pour Greenwich, Edimbourg et Dublin. A Greenwich se rattachent les heures moyennes des observatoires respectifs.
- Premier contact Premier contact externe. interne,
- h. m. s. h. m. s.
- Greenwich............ 3 10 58 3 14 4
- Edimbourg............... 3 11 0 314 6
- Dublin.................... 511 3 3 14 9
- La plus petite distance des centres (4’47") aura lieu à 6 h. 58' 5", et comme le soleil sera couché à 7 h. 28 m., 7h.47 m. et 7 h. 36 m., heures locales moyennes à ces places respectives, le passage sera visible en grande partie. Les contacts ultimes peuvent être très-bien observés en Amérique.
- L’entomologie en Angleterre. — L’étude de l’entomologie s’est très-répandue en Angleterre depuis quelques années, comme l’a prouvé l’intétessante exposition d’insectes qui vient d'avoir lieu à l’aquarium de Westminster. Mais très-peu de personnes savent, dit le Times, jusqu’à quel point cette science est cultivée à Londres par de simples artisans. Sans parler des différentes sociétés d'histoire naturelle, quatre clubs s’y sont organisés spécialement pour l’étude de l’entomologie. Le plus ancien est le club d’Ilaggerstone qui existe depuis 19 ans. Il compte aujourd’hui 100 membres, tous artisans, qui se réunissent régulièrement le jeudi soir. La souscription est d’un penny (10 centimes) par semaine, et le secret de leur succès n’est autre que l’exiguïté de leurs dépenses. Au moyen de cette modique souscription on a acheté une petite bibliothèque et des vitrines pour une collection d’insectes, provenant des dons des différents membres. A chaque réunion il est donné lecture de mémoires où il est rendu compte des nouvelles découvertes et des moyens de préparation des insectes. Les trois autres clubs ont été formés sur le modèle du précédent ; cependant leur organisation financière n’est pas tout à fait la même. Le West-London club se réunit tous les vendredis et se compose d’environ 97 membres ; le Soulh-London club n’en a encore que 40. Les travaux des membres de ces clubs ne se réduisent pas à collectionner ; beaucoup d’entre eux s’occupent à élever des insectes, à étudier leur développement et à constater les variations que produisent en eux les différences de la nourriture et des conditions dans lesquelles ils sont placés. Dans plus d’une occasion, ces clubs ont donné des résultats utiles et pratiques ; ainsi tous les fusains de Victoria-Park mouraient successivement sans qu’on en sût la cause : ce sont des membres du Ilagger-stone club qui découvrirent que ces plantes souffraient des ravages d’un insecte, et montrèrent le moyen de les sauver.
- Tremblement de terre en Italie. — Le 12 mars au soir, à dix heures vingt-six minutes, dit VItalie Centrale, on a ressenti une forte secousse de tremblement de terre qui a été suivie d'une autre moins forte.
- Une secousse de tremblement de terre a aussi été ressentie à Venise et dans d’autres villes de la haute Italie.
- Statue de Le Verrier. — Un Comité composé de membres de l’Institut et de membres de l’Association scientifique de France vient de se constituer en vue d’élever à M. Le Verrier, l’illustre astronome que la science a perdu récemment, une statue qui doit être érigée près de
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- LA NATURE.
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- l’Observatoire de Paris. Les souscriptions sont reçues : au secrétariat de l’Institut, quai Gonti ; au secrétariat de la Faculté des sciences, à la Sorbonne ; au Conservatoire des Arts et Métiers, 292, rue Saint-Martin ; chez M. Gauthier-Yillars, imprimeur-libraire, 55, quai des Grands-Augus-lins; à la Librairie Nouvelle, 15, boulevard des Italiens; chez MM. Kphrussi et Cie, banquiers, 45, rue de l’Arcade.
- COMMISSION MÉTÉOROLOGIQUE DE VAUCLUSE.
- Séance du 27 mars 1878.
- M. le président appelle l’attention de la Commission sur l’utilité que présenterait au point de vue de la science météorologique en général et particulièrement au point de vue de la détermination des lois atmosphériques dans la région du sud-est de la France, la création sur le sommet du Mont-Ventoux d’un observatoire analogue à ceux qu’on a récemment établis au Puy-de-Dôme et au Pic-du-Midi, auxquels il servirait de trait d’union. Il rappelle que dans l’ascension scientifique exécutée les 25-26 juillet 1877, les membres de la Commission qui y ont pris part ont été frappés des avantages qu’offrirait, sous ce rapport, Je choix d’une pareille station placée par son altitude élevée, qui atteint près de 2000 mètres, et par son isolement, qui la met à l’abri de toute influence des montagnes voisines, dans des conditions exceptionnellement favorables. Il donne ensuite lecture d’un article très-intéressant publié à ce sujet par un météorologiste bien connu, M. Élie Margollé, dans le numéro du 5 janvier 1878 du recueil scientifique la Nature. Il ajoute enfin que dans une visite récente à l’Observatoire de Paris, il a eu la satisfaction devoir cette idée recevoir l’accueil le plus encourageant, et que le moment lui paraît dès lors venu de s’occuper activement des démarches à faire pour en assurer la prompte réalisation.
- 11 invite donc la Commission à en délibérer.
- La Commission :
- Considérant que la création d’observatoires sur des points élevés et convenablement choisis, permettant d’aborder la recherche des lois générales qui régissent le cours des phénomènes atmosphériques, s’impose de plus en plus à la météorologie dont les progrès ne tarderaient pas à être arrêtés si son action restait confinée dans le champ des observations locales ;
- Considérant que par sa situation intermédiaire entre le Puy-de-Dôme et le Pic-du-Midi, par son élévation et par sa position isolée au centre des plaines qui terminent la vallée du Rhône, le Mont-Ventoux offre les conditions les plus favorables à la création d’un établissement de ce genre ;
- Considéi'ant qu’indépendamment de son utilité générale il rendrait les plus sérieux services aux départements de la région du sud-est de la France en permettant, au moyen de.la transmission télégraphique des observations qui y seraient faites tous les jours, d’asseoir sur des bases plus certaines les prévisions du temps destiné à l’agriculture et à la navigation ;
- S’associe avec le plus grand empi'essement. et à l’unanimité à la pensée exprimée par M. le Président et le prie de faire au plus tôt les démarches nécessaires pour attirer sur elle la bienveillante sollicitude de M. le Ministre de l’instruction publique et des Conseils généraux des départements delà région sud-est de la France.
- Pour extrait conforme,
- L'ingénieur en chef des ponts et chaussées, vice-président de la Commission, Bouvier.
- ACADÉMIE DES SCIENCES.
- Séance du 8 avril 1878. — Présidence de M. Fueaü.
- M. Belgrand. — La séance est à peine commencée que la nouvelle se répand dans la salle de la mort subite de M. Belgrand. Il y a huit ans, il exposait avec ardeur dans celtemême enceinte ses observations sur le terrain diluvien et spécialement sur l'arène qui s’est déposée aux anses des vallées : le dernier numéro des comptes rendus contient son importante note sur ce sujet. Ori dit qu’hier encore il poursuivait ses travaux avec activité. Le mal l’a pris ce matin et l’a emporté en quelques heures. Fidèle à ses habitudes, l’Académie a tenu à constater sa douleur en levant la séance; toutefois, plusieurs communications avaient été faites et nous devons les résumer rapidement.
- Nouveau télégraphe. — M. Mongenot adresse la description d’un télégraphe fondé sur un principe tout nouveau et qui, s’il n’offre pas d’applications dont on doive attendre de grands projets industriels, n’en est pas moins fort curieux au point de vue théorique. Le manipulateur consiste en deux lames d’ivoire entre lesquelles se trouvent les fils conducteurs et que le télégraphiste place entre les lèvres ; la manipulation consiste à dire la dépêche ou, si l’on veut, à établir et à rompre le courant avec les lèvres un nombre déterminé de fois pour chaque lettre ou pour chaque mot. A l’autre extrémité de la ligne, les choses sont disposées de la même manière, et c’est par les sensations qu’il éprouve sur sa langue que l’employé récepteur comprend le télégramme qui lui est adressé. L’auteur demande à être compris parmi les concurrents pour le prix Yolta, dont la valeur est de 50 000 fr., et sa requête est renvoyée au Ministre de l’instruction publique.
- Anatolie. — Tel est le nom que M. Anatole Dufour donne au ballon dirigeable dont il fait connaître le projet; c’est par un moteur à réaction que la propulsion sera obtenue. Il consiste en un réservoir où une machine à vapeur comprime de l’air et dont une paroi s’ouvre tout à coup. Le gaz en s’échappant brusquement détermine dans le sens opposé une pression à laquelle anatolie est priée de céder. Il nous semble que l’auteur a trouvé là le procédé le plus sûr pour faire rendre à une machine à vapeur le moindre effet possible.
- Nouvelle pile. — Le téléphone développant un couran* électrique à chaque vibration de sa membrane, un auteur dont le nom nous échappe utilise ces courants à charger une pile à voix humaine. Le secrétaire perpétuel ne parait pas enregistrer cette idée avec une considération bien grande.
- Empoisonnement par l'oxyde de carbone. — Un savant physiologiste, M. le docteur Grehant, aide-naturaliste au Muséum, reprend les classiques expériences de M. Félix Leblanc sur la toxicité de l’oxyde de carbone. Il constate que ce gaz agit sur les globules sanguins en paralysant leur faculté d’absorber l’oxygène. Un animal, plongé pendant une demi-heure dans une atmosphère renfermant 4/779* d’oxyde de carbone, a la moitié du nombre de ses globules tués par ce gaz, et celui-ci mérite bien, comme on voit, d’être classé au nombre des plus toxiques que l’on connaisse.
- Petite planète. — L’infatigable M. Prosper Henry vient de découvrir à l’Observatoire de Paris un 180* membre du groupe de petites planètes gravitant entre les orbites de Mars et de Jupiter. Le nouvel astre est de 1U grandeur.
- Stanislas Meunieü.
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- LÀ NATURE.
- LE BOMBYCE NEUSTRIEN
- Bien qu'il se rencontre très-communément dans toute l'Europe et non pas seulement en Normandie, Linné a donné l’épithète de neustrien à un Bombycien du groupe des papillons hétérocères ou nocturnes. On peut dire que la chenille de ce Bombyx neustria, Linn., est un fléau des arbres fruitiers, particulièrement des poiriers et des pommiers en quenouille dans les jardins. Elle est généralement fréquente aussi sur les arbres forestiers et les dépouille en certaines années de leur feuillage. On l’appelle la livrée, parce que son dessin rappelle les galons à couleurs tranchées de certains habits de domestiques. Une raie blanche longitudinale centrale est entourée de chaque côté de trois lignes d’un rouge fauve, avec intercalations d’une raie noire entre les deux supérieures et d’une large bande bleue entre les deux raies rouges les plus latéiales. La tète est bleuâtre avec deux points noirs.
- Les petites chenilles éclosent au printemps, lorsque les bourgeons commencent à éclater ; alors sociales, comme le sont si souvent les êtres faibles, elles se réunissent sous de légères tentes de soie. Après leur dernière mue elles s’isolent au mois de juin, chacune sur une petite branche ou une l'euille(fig. 1). Elles se fdent alors un cocon régulier et d’une jolie soie blanche, trop clair pour être utilisable, suspendu aux corniches des murs, dans les crevasses des écorces, dans une feuille repliée.
- Dans l’automne de 1874, ces cocons, d’où le papillon était sorti, sc rencontraient à chaque pas parmi les feuilles sèches dans les bois de la Charepte, notamment à Cognac et à Jarnac, l’insecte ayant été véritablement dévastateur du départe ment dans l’été de cette année. Ces cocons sont saupoudrés d’une fine poussière d’un blanc jaunâtre d’acide urique, que Réaumur compare à la poudre à mettre dans les ebeveux.
- La chrysalide contenue dans ce cocon donne le papillon en juillet. Il ne mange pas, comme le papillon du ver à soie, fait général chez les Bomby-ciens. Le mâle vole vivement, même le jour, surtout dans la soirée. Le plus souvent il a les ailes d’un ferrugineux plus ou moins foncé, avec deux lignes blanchâtres, transverses et un peu arquées. Les inférieures ont en leur milieu une ligne un peu apparente (fig. 2). L’autre variété est d’un jaune terne,
- les ailes supérieures traversées par deux lignes brunes.
- Dans les deux variétés le corps est de la couleur des ailes ; les antennes barbelées, beaucoup plus dans le mâle que dans la femelle, ont la tige jaunâtre et les barbulcs brunes, la bordure des ailes est blanche, irrégulièrement entrecoupée de brun.
- La femelle, un peu plus grande que le mâle, a les mêmes colorations, mais d’un ton plus terne, avec une bande au milieu des ailes d’un brun plus ou moins rougeâtre. Si on tient à la chambre une de ces femelles dans l’intérieur de Paris, et si on ouvre la fenêtre, on verra bientôt la chambre envahie par des mâles, attirés par l’odeur et de fort loin, venant des squares, des boulevards extérieurs et des jardins.
- Cette femelle, fécondée aussitôt après l’éclosion, pond ses œufs autour des branches des arbres en bracelets ayant quelquefois trois centimètres et plus de hauteur. Ils sont si fortement collés par la glu naturelle des œufs d’insectes, qu’on ne peut les détacher delà branche qu’en les raclant au couteau, et un enduit brun qui les recouvre les protège contre le froid des plus rigoureux hivers.
- Les jardiniers ont donné à l’espèce qui produit ces œufs le nom de la bague, d’après leur disposition.
- Les amateurs de jardins ont plusieurs moyens de détruire celte funeste espèce, moyens qui varient selon les saisons. En hiver, quand les arbres sont bien défeuillés, on coupe les branchettes qui portent des bagues et on les brûle.
- Au premier printemps on enlève au balai les toiles avec leurs petites chenilles, ou bien on les flambe à la torche. Un autre procédé assez fréquemment usité, consiste à injecter dessus au moyen d’une pompe une solution concentrée de savon noir ou une emu'-sion de pétrole dans l’eau.
- Enfin, au mois de juin, on recherche sur les espaliers et les quenouilles les chenilles, alors grandes et bien visibles, qui viennent se ch;uff3r au soleil sur les feuilles et aux fourches des rameaux, et on les écrase.
- Maurice Girard.
- Le Propriétaire-Gerant : G. Tissa.ndjer.
- Fig. 1. — La livrée, chenille à sa taille du Bombyce neustrien.
- Fig. 2. — Bombyce neustrien, papillon.
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- Cohukil, imprimerie de Carré.
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- N* 255. — 20 AVRIL 1 878.
- LA NATURE.
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- UN LARYNX ARTIFICIEL’.
- La possibilité d’enlever avec succès le larynx en partie ou en totalité paraît avoir été démontrée pour la première fois par Kœberlé en 1856.
- En 1870, Czcrny lit des observations expérimentales sur des chiens, et reconnut que l’opération pouvait s’effectuer avec succès. Ces expériences furent utilisées par Biilroth qui, en 1873, pratiqua la première extraction d’un larynx humain. Opérant sur un cancer du larynx, Biilroth eut la satisfaction de renvoyer, deux mois après l’opération, son patient guéri et en état de parler clairement, quoique d’une façon monotone, grâce à l’ingénieux larynx artificiel, aujourd’hui connu sous le nom de tube de Gussen-bauer. J’étais alors occupé à étudier les maladies de la gorge sous Sclirœt-ter, à Vienne, et je me rappelle très-bien la remarquable clarté et faei-Iité avec lesquelles le patient de Biilroth pouvait pren dre part à une conversation. Après Biilroth, plusieurs chirurgiens du continent ont pratiqué l’excision du larynx , dans le cas d’inflammations malignes ; actuellement on peut citer dix cas de ce genre en cours d’exécution. Le cas suivant est, je crois, le premier qui ait eu lieu dans notre pays ; il me parait opportun d’en raconter ici les détails ainsi que les
- 1 On a pu lire dans quelques journaux qu’un homme atteint d’une fistule au larynx avait été opéré à Glasgow, que son larynx avait élé enlevé et remplacé par un instrument artificiel, au moyen duquel il pouvait articuler des sons et parler. M. David Foulis, professeur de pathologie et chirurgien de l'hôpital de Glasgow, auquel est dû cette opération merveilleuse, a bien voulu nous communiquer à ce sujet un long mémoire, publié en anglais et auquel nous empruntons les détails que l’on va lire.
- G® aiiuce. — 1er semestre
- circonstances qui me décidèrent à proposer l’opération à mon patient :
- En avril 1876, J. II..., âgé de 28 ans, plieur de draps dans une fabrique, vint à l’hôpital en se plaignant d’un enrouement. C’était un homme blême, qui paraissait, d’après ce qu’il disait sur son propre compte, n’avoir jamais été parfaitement bien portant, durant un espace de temps long et continu. Pour ne pas spécifier ici chacune de ses indispositions, il suffira de dire qu’à l’âge de 21 ans, particulièrement, il fut atteint d’un refroidissement , après s’être mouillé, et que ce refroidissement le força de rester alité pendant dix mois. Il fut alors toujours enroué, mais peu à peu il recouvra la voix, bien qu’il se trouvât sans cesse incommodé, après avoir chanté. Dans l’année qui précéda son entrée à l'hôpital, il trouvait que sa voix redevenait rauque, et cet enrouement alla en augmentant au point de devenir pour lui une source de sérieuses préoccupations. 11 constata qu’il ne pouvait pas crier et que ses paroles semblaient souvent être coupées soudain en deux, la dernière moitié du mot étant tout à fait imperceptible, meme pour ses propres oreilles. 11 n’éprouvait ni embarras ni difficulté dans la déglutition, mais il sentait une espèce de sécheresse dans le passage de l’air.
- Avec le laryngoscope, on voyait une excroissance se projetant sous la partie antérieure de la corde vocale de gauche. L’excroissance avait la grosseur d’un pois vert; sa couleur était gris pâle avec une teinte rosée. En examinant avec plus d’attention, il était évident que l’excroissance avait une consistance molle et qu’elle reposait sur une assez large base, cette base étant sur la surface inférieure penchée de la corde vocale de gauche, à son extré-
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- Fi". 1. — Figure montrant la disposition du larynx artificiel A, B, C, adapté à uu malade de l’hopitai de Glasgow par M. le D' Foulis.
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- LA NATURE.
- mité antérieure. Tel étant le cas, je résolus d’es- ; sayer d'en extraire quelques parties hors de la bouche et je proposai au patient de l’enlever par une incision externe.
- L’état pécuniaire du patient m’empêchait de faire l’opération dans sa demeure ; le docteur Georges Buchanan eut donc la bonté de l’admettre dans l’hôpital de l’Ouest, et, sur ma demande, il effectua l’opération de la cricotomie le 19 mai 1876.
- En septembre de la même année, je constatai, à l’aide du laryngoscope, qu’un nodule, très-semblable à la tumeur originelle, était venu faire son apparition à l’ancien emplacement, et, en l’observant, je le vis grandir constamment au point qu’il ne laissa pas de doutes sur son identité de nature avec la fistule.
- Pendant quelque temps, j’avais employé des insufflations de tannin sur l’excroissance du larynx, à l’aide de l’instrument de Schrœtter, mais sans aucun succès. Je proposai au patient de me permettre de lui fendre le larynx plus fortement que par le passé et de tâcher d’extirper l’enflure. 11 y consentit, et, le 16 avril 1877, j’effectuai la thyrotomie. Je fis une incision depuis l’arête supérieure du cartilage thyroïde, dans la ligne médiane, en descendant jusqu’au premier anneau de la trachée-artère (par la fistule encore ouverte du larynx). Je pris du temps pour faire cesser le suintement du sang, puis j’introduisis un bistouri bien pointu, le tranchant en haut, dans l’ouverture et entre les cordes vocales, et je fendis le cartilage thyroïde complètement dans la ligne médiane. Les deux moitiés du larynx furent séparées par des crochets et l’enflure fut ensuite coupée avec des ciseaux. La place qu’avait occupée l’enflure fut ensuite cautérisée avec le cautère actuel et les extrémités de la blessure ramenées l’une vers l’autre par des sutures profondes et superficielles, les extrémités de l’ancienne ouverture ayant été préalablement rognées. Durant la dernière moitié de l’opération, le patient cessa d’être sous l’influence dn chloroforme et il fut constaté que, lorsque les deux moitiés du larynx eurent été réunies, la voix put tout à fait être entendue et fut assez forte, quoique l’enrouement persistât. Quand les sutures eurent été disposées convenablement, la voix continua d’être d’une bonne qualité.
- Tout se passa bien jusqu’au 20 avril, quatrièmejour après l’opération. Ce jour-là, le patient eut un accès de rigidité avec un mal de tête et une soif ardente. Cela fut bientôt expliqué par la présence d’une rougeur érisypileuse au côté gauche du cou. Les points de côté de suture furent bientôt éliminés et le patient fut soigneusement nourri, avec du thé mélangé de bouillon, du lait et de l’eau-de-vie.
- Le patient continua à visiter l’hôpital à des intervalles réguliers, et, vers le mois de juillet dernier, je constatai de nouveau que l’excroissance était revenue à son ancien emplacement. Le patient déclina toute opération ultérieure et visita plusieurs
- | chirurgiens, qui tous lui conseillèrent de laisser là la tumeur.
- Au mois d’août, cependant, la respiration devint si difficile que le patient réclama lui-même une nouvelle opération. A cette époque, il y avait deux larges glandes au-dessus et à gauche du larynx ; mais elles avaient été beaucoup plus grandes et plus molles immédiatement après la dernière opération et elles se rapetissaient sensiblement, tout à la fois d’après ce que le patient comprenait et d’après les observations que moi-même j’avais faites. La tumeur, vue au laryngoscope, était plus grande qu’elle n’avait jamais été. Elle faisait saillie, formant une masse nodulaire, rougeâtre, arrondie, entrant dans la trachée-artère, juste au-dessous des cordes, remplissant presque l’ensemble du lumen du tube à air. La voix ressemblait à un rauque chuchotement et le patient avait l’air inquiet et livide par moments.
- Je sentis que j’aurais tort d’essayer une simple excision de la tumeur avec la perspective de recourir à l’opération thyrotomique, après l’entière extirpation et cautérisation. Sur ce point, le patient était complètement d’accord avec moi, et, quand je lui proposai l’extraction du larynx, il hésita d’abord, puis il donna son consentement, surtout à cause de la mort lente qui le menaçait, et parce que, si l’opération de l’introduction d’un tube dans la trachée-artère devait être tentée pour empêcher la mort par suffocation, ce pouvait être, en même temps, aussi bien pour enlever un larynx malade et impropre au service que pour le remplacer par un larynx artificiel.
- En conséquence, le 10 septembre 4877, je fis l’extraction du larynx.
- L’opération dura deux heures et demie. Elle fut suivie d’une convalescence qu’aucun accident sérieux ne vint interrompre.
- Cinq jours après, le patient put avaler aisément des liquides. Chose curieuse, il trouva qu’il pouvait avaler une gorgée d’un liquide quelconque ; mais, quand il essayait de le boire goutte à goutte, le liquide suintait à travers le tube de là trachée-artère et en sortait pour tomber sur la poitrine. Le neuvième jour, il avala quinze onces de thé mélangé de bouillon, en deux traits, sans aucune difficulté ; mais comme le liquide suintait encore à travers la plaie, l’alimentation par le cathéter fut continuée pendant quelque temps. Aucun essai ne fut fait pour laver la plaie, mais toute mucosité détachée et tout pus étaient soigneusement extraits de temps à autre avec une seringue en verre à large orifice.
- Dès que la plaie parut suffisamment contractée, je m’efforçai d’introduire le tube vocal que m’avait envoyé M. H. Reiner, de Vienne (Autriche). Cet appareil (fig. 2) se compose de deux tubes, dont l’un B entre dans la trachée-artère, tandis que l’autre A, s’adaptant au tube B, passe au-dessus de l’épiglotte. Dans le tube supérieur A s’insinue une cassette d’argent contenant une lame avec une anche vi-
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- LA NATURE.
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- brante. La partie antérieure de l’appareil est fermée par le bouton G et le courant d’air passe pardessus l’anche, et, par les orifices, il entre dans les tubes. Quand le courant montant heurte l’anche, elle est mise en vibration et un son musical continu est produit pour être transformé par la bouche en voyelles et en consonnes.
- • Ici surgirent quelques difficultés. D’abord le tube, par l’effet de sa configuration et de la petitesse de ses dimensions, ne s’adapta pas complètement, et, de plus, l’anche étant quelque peu raide et rebelle au son, l’appareil fut mis de côté. Je trouvai aussi que la partie supérieure de la blessure s’était fortement contractée, au point que j’avais de la peine à y faire entrer le bout de mon petit doigt. L’élargissement de la partie supérieure du passage fut donc le premier point dont il fallut se préoccuper, et c’est ce que je lis en y introduisant tous les jours mon doigt pendant un court espace de temps ; au bout d’une semaine à peu près, je pus faire pénétrer mon doigt du milieu, depuis la blessure du cou jusque dans le gosier et le laisser dans le canal pendant une ou deux minutes. Cette extrémité supérieure de la blessure était très-sensible, peut-être à cause de la présence des anchettes finales du nerf supérieur du larynx, et l’introduction du doigt était suivie de violents accès de toux spasmodique, accompagnés d’une sorte de spasme asphyxiant. Cela arriva, quoique l’extrémité supérieure de la trachée-artère étant large ouverte, l’air pût librement parvenir aux poumons ; il faut probablement expliquer ce phénomène comme étant un spasme réflexe produit par l’irritation des nerfs à la partie supérieure de la plaie.
- Pendant que cette dilatation s’effectuait, différents essais furent tentés pour obtenir un tube qui s’adaptât parfaitement à la configuration particulière de la blessure. Dans cette tâche, je reçus les plus précieux services de la part du docteur Irvine et de M. Foulds, dentiste. Le docteur Irvine ayant suggéré et réalisé, sur un grossier modèle, l’idée de renverser la position relative des tubes, M. Foulds confectionna un tube, qui est tout à la fois léger, poli, aisé à porter et s’adaptant hermétiquement à la plaie. Le dessin ci-joint (fig. 3) montrera que ce tube vocal est basé sur le plan de celui de Gus-senbauer, sauf des modifications essentielles. Par exemple, le tube inférieur s’introduit dans le tube supérieur, permettant ainsi au tube supérieur, qui est le plus difficile à placer, d’être mis le premier à sa place, dans la blessure. De plus, sur le conseil de M. Foulds, l’anche n’est pas enfermée dans une cassette d’argent, mais est simplement poussée dans une rainure des parois du tube inférieur, comme l’on ferait d’un tiroir. Quand elle a été posée à sa place, l’anche s’incline, descend et le courant d’air venant des poumons frappe l’extrémité libre de l’anche vibrante au lieu de la côtoyer de bas en haut, comme dans le tube de Gussenbaucr. On a trouvé que cette disposition
- donnait une note meilleure que la disposition imaginée par Gussenbauer. Je n’ai pas besoin de m’étendre sur toutes les difficultés rencontrées quand on voulut adapter le tube à la plaie. L’une de ces difficultés consista dans la détermination de la longueur du tube supérieur. L’épiglotte ayant été laissée attachée à la racine de la langue, il fut nécessaire de donner au tube une longueur telle que l’épiglotte pût se fermer par-dessus, lors de la déglutition, et tenir en même temps ouverte l’extrémité buccale de la plaie. La tendance de la partie supérieure de la plaie à se fermer fut quelque temps très-inopportune et nuisit, d’une façon capricieuse, à la netteté de la voix, tandis que si, d’autre part, on employait un tube trop long, il se produisait une irritation et une salivation excessives, la plus grande partie de la salive entrant dans la trachée-artère, où elle provoquait une toux dure et pénible. La figure 1 montre la position du tube dans le gosier et la longueur aujourd’hui fixée comme la meilleure pour l’extrémité supérieure. Par mesure de précaution, un bouchon de liège est introduit dans la partie supérieure du tube aux heures de repas, des spasmes accidentels de toux étant fort à craindre dans l’état suspect où se trouve la partie supérieure du poumon de droite. Mais la quantité de salive ayant considérablement diminué, l’emploi du bouchon de liège est maintenant moins nécessaire.
- La question de la confection de l’anche offrit aussi un grand intérêt. L’anche, dans l’instrument de Vienne, était faite d’une mince feuille d’argent allemand et celle que M. Foulds fabriqua en premier lieu était de bronze. Le docteur Irvine trouva, en faisant des expériences, que de la vul-canite douce répondait mieux au but, et, d’après un modèle de ce genre, le patient a été mis à même de confectionner des anches de diverses substances, telles que l’ivoire, la corne, la vulcanite, le roseau, etc., occupations qui le distraient. J’ai eu entre les mains des anches faites par un bijoutier avec de l’argent allemand et de l’acier. Dernièrement, M. Foulds en a fait une avec un alliage d’argent et de laiton ; elle donne le plus riche de tons les tons; c’est l’anche favorite du patient, vu la facilité avec laquelle il la fait vibrer. Ainsi le patient a un grand nombre de voix à sa disposition, et c’est chose très-instructive que d’étudier les variations des timbres de voix en changeant d'anches d’un moment à l’autre. Les notes les plus douces et peut-être les plus naturelles sont données par les anches non métalliques ; les anches métalliques rendent des sons plus bruyants. Avec la même cavité buccale, nous avons le timbre d’un ténor ou d’un baryton communiqué à la voix grâce à l’emploi de telle ou telle anche; ce fait tend à confirmer l’opinion déjà exprimée par des juges compétents, à savoir que le timbre de la voix humaine dépend autant de la densité, de l’élasticité et des autres qualités des cordes vocales que de l’accentuation d’ondes sonores particulières dans la cavité buccale.
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- LÀ NATURE.
- L’articulation du patient pourvu de cet appareil est merveilleuse. A part la monotonie, on ne peut la distinguer d’avec la voix naturelle. Les voyelles sont parfaitement nettes et distinctes, aussi bien en
- Fig. 2. — Coupe transversale du tube vocal de Gussenbauer (grandeur d’exécution).
- A, tube supérieur qui monte vers la bouche.— B, tube inférieur qui pénètre dans la trachée - artère. — C, bouton auquel est attachée l'anche.
- murmurant avec l’anche du dedans au dehors qu’en intonant ^vec l’anche dans l’intérieur du tube ; cela prouve, si l’on avait besoin de preuves, que les voyelles sont le produit de changements dans la
- Fig. 3. — Coupe du tube vocal chez le patient de Glasgow (grandeur d’exécution).
- A, tube supérieur. — B, tube inférieur fixant l'auche et le bouton G.
- conformation de la cavité buccale et ne sont point formées par des altérations de la glotte. J’ai eu le plaisir de montrer le patient aux professeurs sir William Thomson, Mae-Kendrick, Cleiland, Graliam Rell et autres notabilités de l’Université, le 13 no-
- vembre 1877; à la Société pathologique et clinique et à la Société philosophique de Glasgow, le 21 novembre; dans ces occasions, mon malade fut à même de convaincre ces messieurs de la réalité de ses facultés vocales. Dernièrement, étant devenu plus expert dans la fabrication des anches, mon patient s’est confectionné une anche de vulcanite avec laquelle il peut réellement crier. Cette anche a, cela se conçoit, besoin d’un courant d’air plus fort, pour vibrer, que les autres anches; celles-ci, par contre, ne vibrent que dans un courant d’air d’une certaine intensité. La respiration ordinaire laisse les anches silencieuses.
- En terminant cette notice, il faut que je parle de l’état général de la santé du patient et de la perspective de la recrudescence de la tumeur. Pour le moment, il n’existe pas de symptômes de cette dernière et les deux glandes, qui, avant que l’opération fût effectuée, étaient grandes et semblaient menacées d’un danger, sont maintenant très-petites. On peut encore les sentir, quand on les cherche avec soin ; d’ailleurs, si elles devaient causer quelque perturbation, on pourrait en opérer l’excision. Le patient reste, comme auparavant, un peu sujet à des refroidissements; pendant son séjour dans l’infirmerie, il éprouva une violente attaque de bronchite au poumon droit. Ajoutez à cela qu’il avait de légères transpirations pendant la nuit; mais ce malaise disparut, après nous avoir fortement inquiétés pendant une quinzaine de jours. La température du corps est maintenant presque normale, offrant une tendance accidentelle à s’élever le soir d’un demi-degré environ. Il n’v a guère plus qu’une faible transpiration nocturne, à de rares intervalles. D’après l’examen physique, le poumon de droite est aussi sain qu’il l’a été depuis la première lois que je vis le patient ; cette opinion est confirmée par le docteur Finlayson.
- David Foulis,
- Chirurgien extraordinaire à l’hôpital de Glasgow.
- PLUME ÉLECTRIQUE D'EDISON
- La plume électrique est un appareil au moyen duquel on trace sur du papier ordinaire, non pas un trait continu en couleur comme avec les plumes ordinaires et les crayons, mais un trait discontinu formé d’un très-grand nombre de petits trous percés dans le papier. Ces trous sont faits par une pointe d’acier très-fine qui, alternativement, sort et rentre dans un tube qu’on tient à la main, et qui ressemble extrêmement à un portecrayon de métal. Cette pointe est animée d’un mouvement de va-et-vient très-rapide; elle fait 180 battements par seconde quand l’appareil tourne à vide. Elle ne dépasse chaque fois sa gaine que d’une longueur à peine visible, juste assez pour percer le papier. Grâce à ces conditions de rapidité très-grande et de mouvement très-peu
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- étendu, la plume peut être promenée sur le papier avec une certaine vitesse. On n’écrit pas aussi vite qu’avec les plumes ordinaires, mais on écrit à peu près comme un calligraphe qui s’appliquerait beaucoup et voudrait faire de belles grandes lettres moulées.
- Le mouvement alternatif est donné à la plume par
- un petit électro-moteur fort ingénieux et simple, qui est placé au haut du porte-plume ; la fig. 1 le représente dans sa physionomie générale.
- La pointe est au bout inférieur d’une tige qui traverse le porte-plume et qui se termine à son extrémité supérieure en une fourchette embrassant un excentrique monté sur l’axe du moteur. Cet exceu-
- Eig. 1. — Plume électrique d’Edison, avec sa pile.
- trique est à trois cames, et il suffit de 60 révolutions de l’axe par seconde pour produire les 180 battements dont nous avons parlé tout à l’heure. Cet axe porte une plaquette de fer doux, fonctionnant comme armature mobile d’un électro-aimant fixe devant lequel elle tourne avec rapidité par l’action d’un
- commutateur très-simple, qui interrompt le courant deux fois par révolution. Un volant annulaire, relativement lourd, embrasse cette armature qui en occupe un diamètre ; il sert à donner une grande régularité et continuité au mouvement de l’axe.
- Le courant électrique qui donne la vie à ce petit
- Hg. 2. — Presse destinée au tirage des épreuves.
- appareil est fourni par une pile de deux éléments au bichromate de potasse qui a été étudié avec soin par M. Edison, et dont la disposition est heureuse. Les couvercles des deux éléments sont formés de plateaux d’ébonile (caoutchouc durci) reliés à une pièce métallique centrale qui glisse sur une tige verticale. Les couvercles portent les deux électrodes, charbon et
- zinc. Quand on emploie la plume, on plonge les électrodes dans les liquides ; la figure 1 représente la pile dans cette condition. Quand on cesse d’écrire, on relève la pièce centrale, on l’accroche à la partie supérieure de la tige qui lui sert de guide et on préserve ainsi les électrodes du contact des liquides et par suite le zinc de l’usure inutile.
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- Grâce à cette précaution, la pile peut fonctionner quatre jours sans entretien aucun, c’est-à-dire sans renouvellement de liquide, et les zincs peuvent suffire à un travail de plusieurs semaines. Nous n’avons pas besoin de dire que ces durées n’ont rien d’absolu et qu’elles dépendent de l’activité plus ou moins grande du travail imposé à la pile.
- Tel est l’appareil dans sa simplicité; venons maintenant à son objet et à son utilité.
- Au moyen de la plume électrique, avons-nous dit, on obtient sur le papier une écriture formée d’un grand nombre de petits trous voisins les uns des autres. Cette écriture n’est que difficilement lisible par réflexion, c’est-à-dire de la manière habituelle pour l’écriture ordinaire. Elle est un peu plus lisible par transparence ; mais sous ces deux formes elle serait fort pénible, sans présenter d’ailleurs aucun avantage en compensation. Mais il faut considérer ce papier perforé comme un négatif au moyen duquel on peut obtenir un grand nombre à'épreuves positives ou de copies du texte ou dessin tracé à la pointe. Pour obtenir ces épreuves, on fait usage d’une presse que représente la figure 2. Dans le couvercle qui est indiqué à gauche, on place le négatif; il est maintenu tout autour par des ressorts très-faciles à manœuvrer.
- Sur le corps de la presse on place une feuille de ! papier blanc, on rabat le couvercle ; le négatif s’applique sur le papier blanc. Au moyen du rouleau à manche représenté à droite, on étale du noir sur le négatif, l’encre pénètre au travers de tous les trous jusqu’à la feuille blanche qui est dessous. On relève le couvercle et l’épreuve est obtenue.
- Cette copie a un aspect particulier; l’écriture n’a ni ! traits ni déliés. Pour qu’elle soit bien lisible il faut qu’on ait écrit un peu gros. Cependant, avec un peu d’habitude et quelques artifices fort simples, on obtient toute espèce de dessins, on copie de la musique avec les blanches et les noires parfaitement reproduites.
- Le même négatif peut servir à produire successivement un grand nombre d’épreuves; on assure qu’on peut aller jusqu’à mille et au delà. Des personnes habituées à ce travail peuvent, dit-on, faire jusqu’à six épreuves par minute. Il Ya sans dire que cette opération, comme tous les travaux manuels, ne se réussit complètement qu’après un peu d’étude et quelques tâtonnements, mais elle ne préseute aucune difficulté.
- Les méthodes aujourd’hui en usage pour reproduire rapidement les dessins ou l’écriture manuscrite sont fort nombreuses ; nous croyons que beaucoup d’entre elles sont bonnes ; l’emploi du papier Marion, par exemple, nous paraît tout à fait recommandable et nous ne négligeons aucune occasion de le préconiser et de le montrer à nos amis. 11 faut cependant reconnaître que ce système exige l’exposition au soleil de chaque épreuve, et une exposition très-prolongée si le temps est couvert, de telle sorte qu’un même dessin ne peut donner
- dans une journée qu’un nombre très-limité d’épreuves. A ce point de vue, la plume d’Edison a une supériorité marquée sur le papier Marion. Mais nous ne voulons faire ici le procès à aucune invention, ni surtout nuire à personne; rien n’est plus loin de nos intentions. Nous croyons d’ailleurs que les nouveautés en apparences rivales, se soutiennent les unes les autres, et s’entr’aident contre la routine, bien plutôt qu’elles ne se nuisent.
- Alfred Niaudet.
- HISTOIRE DU TRANSPORT
- DE L’AIGUILLE DE CLEOPATRE.
- Nous sommes maintenant si accoutumésaux grands travaux, que le transport de l’obélisque connu sous le nom d’Aiguiile de Cléopâtre ne fournit pas, à notre esprit, matière à cet étonnement et à cet enthousiasme dont étaient animés ceux qui ont vu s’élever sur son piédestal de granit notre propre obélisque de la place de la Concorde à Paris. Cependant le transport d’Égypte en Angleterre d’une masse pesant près de 200 000 kilogrammes, n’est pas sans offrir de l’intérêt, et, en dépit de nos puissants moyens d’action, le problème que nos voisins avaient à résoudre, et ont si bien résolu, n’était pas aussi simple qu’on pourrait le croire à première vue.
- Le 25 octobre 1856, une foule de plus de 200 000 personnes assistait haletante au spectacle émouvant de l’érection de l’obélisque qui orne maintenant la place delà Concorde; quarante-deux ans à peine nous séparent donc de l’époque où s’est terminé ce grand travail, que même encore aujourd’hui nous pouvons regarder comme un véritable tour de force.
- Depuis lors il semble que nous ayons marché avec cette vitesse dont sont animées nos machines et qu’une lutte se soit engagée entre elles et nous ; on nous excusera donc si, avant de parler du présent, nous faisons un retour vers le passé, car l’esprit ne peut que s’arrêter confondu lorsqu’il fait, à un demi-siècle d’intervalle seulement, la comparaison entre les moyens mis à la disposition des hommes pour résoudre le même problème.
- Les dimensions de l’obélisque de Luxor sont les suivantes :
- Hauteur de la pyramide tronquée.... 20“,90
- Hauteur du pyramidon.............. 1“,94
- Hauteur totale.................... 22m,84
- Son volume est de 83mc,46; et son poids de 229 500 kilogrammes.
- Pour le transporter en France, un navire spécial fut construit, lequel reçut le nom de Luxor, M. Rolland, ingénieur de la marine, fut chargé de sa construction et eut naturellement à tenir compte du fardeau étrange qu’il avait à porter et des conditions spéciales auxquelles il serait soumis; en effet, il fallait amener le monolithe jusqu’à Paris et notre fleuve
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- aux dimensions restreintes ne permettait qu’un faible j tirant d’eau. En vertu de ces considérations, le Luxor de même que le Cléopâtra, comme on le verra plus j loin, s’éloigna de toutes les règles des constructions ordinaires ; entre autres particularités il possédait cinq quilles, ce qui lui permettait, sans danger, d’échouer sur la plage parisienne. L’ingénieur de la marine, Lebas, auquel revient la gloire de l’abattage et de l’érection, partit de Toulon le 15 avril 1831 avec ce navire d’un nouveau genre.
- Arrivé en Égypte, notre ingénieur, quand il se trouva en présence du géant de granit, fut presque frappé d’épouvante à l’idée qu'il lui fallait renverser et transporter cette masse ; cette impression fut plus grande encore quand un ouvrier italien qui sondait la pierre lui dit, moitié français moitié italien, que l’obélisque était fêlé ! Notre obélisque, en effet, a un défaut; mais, comme le reconnut avec joie Lebas, le défaut n’était pas une fêlure, c’est-à-dire n’était pas dû à un accident, mais bien au contraire était inhérent à la pierre et assurément aussi vieux qu’elle.
- M. Dixon, l’ingénieur qui s’est chargédu transportet de l’érection de l’aiguille anglaise, nous dit quelque part qu’il a eu quelques difficultés avec les ouvriers égyptiens. En 1831, c’était bien une autre affaire: la difficulté n’était pas seulement dans la différence de langage, mais bien encore dans la superstition et le mauvais vouloir des natifs. On disait gravement que les obélisques étaient faits d’une matière spéciale, et qu’il fallait le concours des démons pour les déplacer. L’un de ceux que l’on voulait engager pour le travail demanda à l’interprète où était l’homme qui prétendait faire une telle merveille? Celui-là, dit l’interprète en montrant Lebas.
- « Quoi ! s’écrie l’indigène, mais il n’est pas plus haut que ma canne. >> Celui qui n’était pas plus haut que la canne de l’indigène se mit pourtant à l’œuvre et le 19 décembre 1831 réussit à embarquer l’obélisque sur 1 e Luxor. Nous ne décrirons pas les moyens dont sé servit Lebas, ce serait dépasser notre but ; nous dirons seulement qu’afin d’introduire l’obélisque dans le navire, on scia ce dernier par un bout et on y engouffra l’énorme masse qui y pénétra comme une aiguille dans son étui. On replaça la partie sciée, puis on la consolida. Quand ce fut fait, natifs et ingénieurs, lorsqu’ils considérèrent la place où s’élevait, il y avait si peu de temps encore, le géant de granit, ne purent en croire leurs yeux, et ceux-là mêmes dont les efforts avaient contribué aux succès demandèrent, dans leur curiosité naïve, à toucher la pierre dans le navire, même afin de s’assurer quelle était bien là.
- Dans la nuit du 10 au 11 mai 1833, le Luxor vint échouer sur la plage faisant face à la place de la Concorde. Thiers était alors ministre et il confia l’érection du monolithe à celui qui avait montré tant de talent et de persévérance dans la première partie de l’opération. C’était justice assurément. Fontana, qui fut chargé par Sixte-Quint d’ériger l’obélisque qui orne la place du Vatican, mit à contribution pour cet objet les efforts combi-
- nés de 1500 hommes et de 140 chevaux ; de plus, il bâtit au pied du piédestal qui devait servir au monolithe un gigantesque échafaudage, auquel il donna même une forme architecturale ; on aimait le beau en tout à cette époque.
- Lebas, naturellement, ne suivit pas Fontana pas à pas; la science mécanique, en 1836, fort peu différente de ce qu’elle est maintenant, se trouvait bien supérieure à ce qu’elle était au temps de Fontana cependant. Nous ferons remarquer néanmoins quelesmoyens d’actions dont pouvaient disposer les deux ingénieurs étaient, à près de trois siècles d’in-valle, presque les mêmes ; la seule différence existait dans la science que l'un possédait et que l’autre n’avait pas ; c’est pourquoi Lebas put réduire les 1500 hommes de Fontana à 200 ou 300, supprimer les chevaux et le château, car tel était le nom du monumental échafaudage de Fontana.
- Le promeneur parisien, rendu indifférent par le spectacle continuel du beau et du grand, ne se doute pas, quand il foule le sol où s’élève l’obélisque de Luxor, que sur ce même sol ses pères ont été témoins d’un de ces spectacles grandioses comme nous n’en reverrons plus, car il se rapprochait par plus d’un côté vers l’antiquité, et c’est en vain que nous en chercherions un équivalent même dans nos plus gigantesques usines. Si ces hommes courbés sur ces cabestans ne se comptaient pas par milliers, si ce nombre de cordages, de mâts, de poulies n’était pas incalculable, néanmoins ceux qui ont vu notre monolithe s’élever majestueusement, puis se poser doucement sur son piédestal, ont dù avoir une bonne idée de ce que pouvaient faire les anciens ingénieurs égyptiens dans ce genre de travail.
- Après avoir esquissé d’une manière aussi rapide que possible l’histoire du transport et de l’érection de notre obélisque, voyons comment on s’y est pris de nos jours pour mener à bonne fin une opération analogue.
- Abatage, transport, érection de l’obélisque de Luxor ont coûté environ 2 millions au gouvernement français. Le gouvernement britannique, plus heureux, n’aura pas un centime à débourser pour l’aiguille de Cléopâtre. De l’autre côté de la Manche, il se trouve toujours au moment voulu un citoyen fortuné et prêt à se débarrasser de deux ou trois cent mille francs pour offrir un cadeau à sa patrie.
- Le prolesseur Erasmus Wilson, le donateur, est un homme bien connu parmi les membrès de sa profession, par ses travaux de dermatologie ; les 250,000 francs qu’il paye à M. Dixon pour le transport de l’aiguille ne sont pas les seuls qu’il ait détachés de sa fortune ; il a fait un don plus magnifique encore, quelques-uns disent plus utile, en donnant au trésorier du Collège médical d’Epsom un chèque de 462 500 francs, afin de sauver cet établissement d’une ruine financière. Le professeur Wilson est maintenant âgé de 69 ans.
- Nous empruntons à une conférence de M. Dixon
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- et que ce dernier savant a eu l'obligeance de nous j Après avoir discuté différents projets, entre au-communiquer, le récit de l’opération du transport très celui de creuser un canal jusqu’au monolithe et de l’aiguille de Cléopâtre. ! celui du transport par terre jusqu’aux docks d’A-
- lexandrie *et en avoir démontré l’impraticabilité, M. Dixon continue: « Il me parut, à mon Irère et à moi, que le plan le plus simple que nous avions
- à adopter était de laisser l’obélisque en place, et de construire autour de lui un cylindre dans lequel nous l’enfermerions et que nous ferions assez solide pour
- Fig. 2. — Construction d’un cyi-ndie étai»che autour de l’obélisque
- résister au roulement depuis l’endroit où il serait construit jusqu’à l’endroit où il rencontrerait assez d’eau pour flotter. Le cylindre, formant vaisseau autour de l’obélisque, fut construit de 4m,572 de
- diamètre sur 28™,35 de long, cette grandeur ayant été reconnue suffisante pour la flottaison et la stabilité. Nous divisâmes le cylindre en dix compartiments imperméables; il forma ainsi une véritable
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- carapace autour du monolithe; les figures!, 2, 3, jusque dans la mer, fut très-difficile. Nous avions donnent une idée exacte de ce travail. des ouvriers étrangers à diriger et naturellement
- « L’opération, qui consistait à rouler le cylindre nous ne pouvions nous faire entendre d’eux aussi
- Fig. 3. — L’obélisque enveloppé dans son cylindre et lancé à la mer.
- bien que nous l’aurions voulu ; le résultat fut, je n’hésite pas à le dire, qu’en dépit de nos précautions /'étanchéité des compartiments, comme on va
- le voir, fut rendue nulle. Nou3 avions prévu îc cas d’une pierre venant à percer notre cylindre, et, en conséquence, nous avions débarrassé lé rivage de
- Fig. 4. — Arrivée de l’Aiguille de Cléopâtre à Gravesend.
- toutes celles que nous pouvions voir et enlever; mais naturellement, jugeant que quelques-unes pouvaient nous échapper, étant dissimulées sous la boue et le sable, nous résolûmes, pour prévenir une
- catastrophe, d’envelopper le cylindre d’une chemise de bois vers l’endroit où son poids aurait plus d’action sur le sol. Mais nous ne devions pas absolument échapper aux malheurs, car à 20 mètres de
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- l’endroit où notre navire aurait pu flotter (après l’avoir roulé d’une distance de près de 200 mètres), une pierre le perça juste à l’endroit où la chemise de bois finissait.
- « Aussitôt que le trou fut percé, nous fûmes en présence d’un navire à moitié immergé pesant environ trois cent mille kilogrammes, et cela dans 8 ou 9 pieds d’eau. Un vieux proverbe dit : Aide-toi, le ciel t’aidera ; c’est ce que nous fîmes. Heureusement nous n’eûmes pas de mauvais temps et les moyens qui furent mis en action pour mettre à flot, le navire reçurent leur récompense; cependant ce retard empêcha le khédive d’assister à la mise à flot en dépit, de son grand désir d’en être un témoin1. »
- Telle est la description de la construction et du lancement donnée par M. Dixon lui-même. Quand ce fut fait, on remorqua ce curieux navire jusqu’aux docks d’Alexandrie, et là on procéda à son gréement. On lui adjoignit gouvernail, mât, cabine, etc., puis enfin, le 21 septembre 1877, il quitta définitivement l’Egypte à la suite de son remorqueur et serait en route pour sa nouvelle patrie. Cependant tout ne devait pas aller bien pour le pauvre Cléopâtra, et nos lecteurs ont assurément entendu parler du mauvais temps qu’il rencontra dans le golfe de Gascogne et de son abandon par son remorqueur, accident qui malheureusement coûta la vie à un des hommes de l’équipage. Comme on le sait, le navire fut retrouvé par un vaisseau anglais, et enfin il put repartir de Ferrol le 16 janvier 1878 pour l’Angleterre. La seconde partie du voyage se fit sans accidents et dura six jours. Le navire a quitté les docks de Londres et se trouve amarré maintenant juste en face du palais du Parlement ; il reçoit chaque jour bon nombre de visiteurs. Nos voisins n’ont pas encore résolu la question de l’emplacement; il leur manque une place de la Concorde.
- Voici les dimensions de l’obélisque anglais :
- AIGUILLE DE CLÉOPÂTRE.
- Hauteur totale, 20m,8861.
- Volume, 71 m.c,608635.
- Poids, 188,984k,928.
- Ce qui nous donne comme différence :
- En hauteur, lm,9759.
- En poids, 40,515k,072.
- En volume, ld1".®,851365.
- Comme on le voit, l’aiguille de Cléopâtre est plus petite que la nôtre. Nous ferons remarquer aussi que nous avons eu à abattre l’obélisque de Luxor, tandis que le sort s’était chargé de cette besogne pour les Anglais. Voici comment M. Dixon veut opérer l’érection du monument : « Quand le navire, nous dit-il, sera rendu le long des quais de la Tamise, nous profiterons de la marée haute pour le
- 111 est assez curieux de remarquer que Méliémet Ali ne put assister à la mise à flot du Luxor, à raison aussi d’un retard survenu.
- faire échouer sur un échafaudage, et là nous le dé» barrasserons de tout ce qui constitue son gréement ; nous serons alors de nouveau en présence de notre cylindre que nous pourrons rouler à l’endroit choisi pour l’érection. Nous le revêtirons d'une chemise de fer, et cela vers son centre de gravité ; cette chemise sera munie de deux pivots ou tourillons. La chemise étant fixée à l’aide de crics hydrauliques, nous soulèverons une extrémité de l’aiguille, puis nous la laisserons reposer $ur un madrier ; nous répéterons la même opération pour l’extrémité opposée, remettant l’aiguille dans l’horizontale , et nous recommencerons ainsi jusqu’au moment où nous aurons élevé le monolithe à une certaine hauteur. Nous laisserons reposer les pivots sur les crics hydrauliques. Si nous voulons donner une bonne idée de l’aspect qu’aura l’aiguille au moment du pivotage, nous ne pouvons faire mieux que de la comparer à un énorme canon reposant sur son affût. Quand l’aiguille en sera là, nous n’aurons qu’à la laisser doucement pivoter sur elle-même, régularisant sa marche à l’aide de câbles. Quand elle sera dans la verticale, on laissera s’échapper l’eau des crics qui supportent les | tourillons et l’aiguille descendra doucement sur son | piédestal. »
- j Tel est le moyen simple, élégant et peu coûteux i que M. Dixon emploiera bientôt pour couronner sa tâche ; nous ne pouvons terminer cet article sans lui souhaiter tout le succès dont il est digne.
- P. Nolet.
- MOIS MÉTÉOROLOGIQUE AUX ÉTATS-UNIS
- FÉVRIER 187 8.
- L’excès de température que nous avons constaté déjà aux Etats-Unis, en décembre et janvier, s’est maintenu pendant le mois de février ; on continue à signaler dans tout le pays, notamment dans les vallées du Mississipi supérieur, du Missouri inférieur et dans le Minnesota, un temps printanier qui favorise le développement de la végétation. On sait que les valeurs moyennes mensuelles du baromètre atteignent leur maximum en hiver ; sous ce rapport, le mois de février présente, cette année, une exception remarquable; la pression est partout au-dessous de la normale, l’écart atteignant 4 millimètres dans les États du golfe du Mexique et 6 millimètres en Californie.
- Onze dépressions ont été suivies et étudiées pendant ce mois; sur ce nombre, 7 sont venues de l’océan Pacifique, 2 se sont formées dans les régions élevées à l’est des Montagnes Rocheuses, et 2 vers le golfe du Mexique. La plus importante appartient au premier groupe ; signalée le 17 dans le territoire de Washington, au nord de la Californie, elle franchit la chaîne de montagnes en marchant d’abord vers le sud-est, puis vers le sud, atteint le 20 le
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- LA NATURE.
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- territoire indien, et prenant ensuite la direction habituelle du nord-est, disparait le 24 au soir près de Terre-Neuve.
- Les tornados, tourbillons locaux indépendants des grandes perturbations atmosphériques, se produisent principalement en été, par un temps calme; on en observe rarement en hiver; il sera donc intéressant d’en signaler trois qui se sont produits le même jour, le 8 février. Le premier a traversé du sud-ouest au nord-est la ville d’Augusta, en Géorgie, vers une heure du matin, causant de grands dégâts sur une largeur de 300 mètres; la veille, vers sept heures du soir, un violent orage à grêle s’était abattu sur la ville. Le deuxième tornado a passé sur la ville de Fayetteville, dans la Caroline du Nord, à sept heures du matin; une trombe, ayant l’aspect d’une colonne de fumée en forme d’entonnoir, se transportait du sud-ouest au nord-est avec une vitesse de 40 kilomètres à l’heure; elle s’élevait et s’abaissait, touchant terre seulement à des distances de 800 à 1000 mètres, déracinant les arbres, abattant les murs, renversant les maisons. Le troisième enfin a été observé en mer, au large du cap Hatteras : il dura une heure et fut accompagné de grêle et de pluie.
- La distribution des pluies présente en février une grande analogie avec celle du mois dernier; les quanti lés d’eau recueillie sont au-dessous de la moyenne normale dans tout le pays à l’est des Montagnes Rocheuses; au contraire, sur le versant occidental de la chaîne, en Californie et dans l’Orégon, il en est tombé un excès considérable, que quelques chiffres mettront en évidence: Portland, 309 millimètres; San Franscisco, 318; Santa Cruz, 407; Red Bluff, 423.
- Ces pluies exceptionnelles ont amené le débordement des rivières qui se jettent dans l’océan Pacifique; la vallée du Rio Sacramento a été particulièrement éprouvée. Les pluies de janvier avaient grossi considérablement la rivière ; dès le 6 février, les bas quartiers de la ville de Sacramento étaient inondés; le 13, nouvelle inondation ; le 17, pluies torrentielles vers la source du Rio; dans l’après-midi, le niveau de l’eau s’élève de 30 centimètres à l’heure à Red Bluff; le 18, les eaux grossies par les pluies persistantes continuent leur mouvement ascensionnel; à Sacramento, la crue atteint 8 mètres, hauteur qui n’avait pas encore été observée. Le 20, la petite ville de Washington fut presque entièrement inondée, par suite de la rupture de la digue qui la protégeait; à la fin du mois, toute la vallée du Sacramento, des deux côtés de la rivière, était encore submergée sur une étendue de 240 kilomètres de large.
- De fortes secousses de tremblement de terre ont été ressenties le 5 à 11 h. 20 m. du matin à Flushing, près de New-York, et le 26 à 11 h. ou du matin à San Francisco, en Californie.
- Th. Moureaux.
- ——
- LE CURARE
- Il y a bientôt trois siècles que Walter Raleigh, après la découverte de la Guyane, rapporta en Europe des flèches empoisonnées avec une substance qu'il appelait curari. Ce poison était alors d’un emploi général dans les peuplades du revers atlantique de l’Amérique du Sud. Il faut s'enfoncer aujourd’hui dans les profondeurs des forêts pour rencontrer les restes des anciennes populations ayant conservé la recette de sa préparation. On peut dire qu’au siècle prochain il aura disparu, soit par la destruction de ces races qui s’anéantissent devant les blancs, ou se fusionnent avec eux par croisement, soit surtout parce que les armes à feu, obtenues des traitants européens par voie d’échange, tendent de plus en plus à remplacer les anciens engins de chasse et de guerre.
- Le poison des flèches est, le plus ordinairement, fourni par la substance appelée souvent veneno par les colons espagnols et qui se trouve eu Europe d’une manière accidentelle aux mains de quelques person-nès sous le nom de curare. Cette substance, que les indigènes portent contenue dans des petits pots de terre cuite ou dans des calebasses, est un extrait noir et solide, à cassure brillante, ressemblant assez à l’extrait de jus de réglisse noir des droguistes. Le principe actif du curare est soluble dans l’eau, l’alcool, le sang et dans toutes les humeurs animales ; il est mélangé de beaucoup d’impuretés qui restent en suspension et où le microscope reconnaît des débris de végétaux, cellules et fibres. L’éther et l’essence de térébenthine précipitent le venin cura-rique, et ont permis à MM. Boussingault et Roulin de séparer, sous le nom de curaiine, le principe actif du curare. Cette substance est mal définie et, non cristallisable, d’aspect corné, très-hygrométrique, très- soluble dans l’eau et l’alcool. La solution aqueuse est inaltérable à l’ébullition et paraît conserver son action toxique d’une manière indéfinie, tout comme le curare sec des pointes des flèches, ce qui en fait des instruments très-dangereux et qu’il faut manier avec précaution dans les cabinets des amateurs.
- La préparation du curare s’opère à de rares intervalles dans les tribus américaines et lorsque la provision, qui se partage entre les chasseurs et les guerriers de la peuplade, est épuisée. Les modes de préparation varient et n’ont rien de bien essentiel ; mais les ingrédients sont partout des substances sinon identiques, au moins succédanées, car les curares préparés dans diverses régions des profondeurs encore à peine explorées des Guyanes et du Brésil et rapportés par divers voyageurs ont présenté les mêmes manifestations toxiques. Tantôt la préparation du curare se fait ouvertement, sans mystère, au milieu d'une fête publique de la tribu, accompagnée, selon l’usage, de fortes libations de boissons fermentées, de sorte que de Humboldt a pu dire qu’on ne rencontre alors que des hommes ivres, l’alcoolisme étant malheureusement, sous toutes les latitudes,
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- LA NATURE.
- l’expression habituelle de la joie dans les classes grossières de l’humanité.
- D’autres fois, la fabrication du poison américain des flèches est confiée aux devins de la tribu, qui l’entourent de pratiques superstitieuses et de mystères destinés à accroître leur prestige et leur influence. Les récits exagérés ont encore compliqué la question; on a dit qu’une des vieilles femmes de la tribu, espèce de sorcière de Macbeth, s’enfermait dans une hutte avec le chaudron où cuisaient les substances vénéneuses, et qu’elle périssait sous leurs émanations mortelles si le curare était réussi. C’est une fable, car le curare n’est pas volatil.
- On a dit aussi, qu’au moment où le curare s’épaississait, on y ajoutait des fourmis à venimeux aiguillons et des crochets avec la glande des plus dangereux serpents : ainsi des Crotales. Il est possible que ces accessoires aient été parfois en usage, mais il est bien reconnu aujourd'hui qu’ils ne sont pas nécessaires, et que d’excellents curares sont obtenus exclusivement aumoyen de substances végétales. D’après Goudot, les tribus les plus voisines des frontières de la Nouvelle-Grenade coupent dans les bois des lianes de la famille des Strychnées, dont les tronçons laissent suinter un suc laiteux abondant et âcre. Les morceaux écrasés sont mis en macération dans de l’eau pendant quarante-huit heures, puis on exprime et on filtre soigneusement le liquide, qui est soumis à une lente évaporation jusqu’à concentration convenable. Alors on le répartit dans plusieurs petits vases de terre (fig.l), qui sont eux-mêmes placés sur des cendres chaudes, sur lesquelles l’évaporation se continue avec plus de soin encore, de sorte que le poison passe peu à peu de la con- ! sistance d’extrait mou à l’état parfaitement sec. )
- Tout récemment, le docteur Jobert a cherché à obéir aux intentions de Claude Bernard, qui regret-ait que l’on n’eût pas encore envoyé en France des échantillons des plantes ayant servi authentiquement à préparer le curare, afin de les soumettre à des déterminations botaniques exactes, et s’occupe à étudier sur place l’action séparée des sucs de chacune d’elles. Il a fait confectionner devant lui, et uniquement avec des végétaux, un des meilleurs curares américains1, celui des Indiens Tecunas, au Calderâo (Brésil), non loin de la frontière péruvienne. De minces raclures del’Urari uva, Strychuée grimpante, et de VEko ou Pani, Ménispermaeée également grimpante, formant un mélange pétri à la main, furent épuisées par l’eau froide, qu’on reversa sept à huit fois et qui prit une teinte rouge. La liqueur fut alors portée à l’ébullition pendant six heures, et on y ajouta des fragments de diverses plantes accessoires, parmi lesquelles une Aroïdée,
- 1 Sur la préparation du curare, voyez les Comptes rendus de l’Academie des sciences, séante du 14 janvier 1878, p. 121.
- le Taja, puis la rapure de trois espèces de Pipéra-cées. Le liquide fut ainsi amené à letat d’extrait gommeux, puis abandonné au refroidissement, et prit l’aspect et la consistance d’un cirage épais. Le docteur Jobert a vu que 1 ’Urari et le Taja, expérimentés séparément, sont les principes les plus promptement actifs de ce mélange mortel, et que le Pani seul donne lieu à des phénomènes moins rapides.
- Les indigènes se servent du curare pour empoisonner leurs flèches de chasse et leurs flècbesjde guerre, et, en outre, emportent leur provision de poison dans un des petits pots de terre cuite que nous avons figurés, ou dans une calebasse. Les flèches de chasse (fig. 2), destinées à être lancées au moyen d’un arc, sont pourvues d’un dard mobile ; celles qui seront dardées parle soulfle,à la sarbacane, sont très-petites et consistent en une mince baguette de bois de fer très-effilée et munie d’une pointe très-aiguë qui porte le poison. Parfois celui-ci est employé très-dilué ou en très-faible quantité, de manière à produire sur la victime un simple engourdissement qui se dissipera peu à peu, mais qui l’arrête dans sa course ou dans son vol, ou la fait tomber de l’arbre. Par ce moyen, dit-on, on capture des singes ou des perroquets, très-recherchés pour le trafic avec les marchands d’Europe. Souvent le gibier est tué par la flèche de chasse, mais peut être mangé impunément, car la dose très-minime de curare mêlée dans l’estomac à une masse d’aliments est sans danger. On a reconnu, en effet, que le curare, de même que le venin de serpent et la bave du chien enragé, peut être introduit avec innocuité dans les voies digestives, si leurs muqueuses sont exemptes d’excoriations.
- On a mélangé aux aliments d’un chien ou d’un lapin du curare en quantité beaucoup plus considérable qu’il ne serait nécessaire pour l’empoisonner par une plaie, et cela sans que l’animal en éprouve aucun inconvénient.
- Toutefois, Claude Bernard a très-bien fait voir qu'il n’y a nullement là une propriété absolue. C’est un cas commun, à des degrés divers, à beaucoup d’autres substances, médicaments ou poisons. La différence s’explique par la faculté qu’ont les substances amorphes d’être absorbées très-lentement à la surface „ des membranes muqueuses. Chez les jeunes mammifères et oiseaux à jeun, alors que l’absorption intestinale est très-active, le curare ne peut plus être impunément introduit dans l’estomac. Cela se réduit simplement à dire qu’il faut des quantités beaucoup plus grandes de curare pour agir parles voies digestives que par une piqûre sous-cutanée.
- Les flèches de guerre (voy. fig. 2) ont un dard fixe très-acéré, formé par des os d’animaux ou du silex taillé ou par du bois très-dur ; quelquefois le dard est garni d’épines disposées en sens inverse, de manière à empêcher le trait de sortir de la blessure. Les poiu-
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- tes de ces flèches sont enduites de curare concentré et en excès, et les plaies, même légères, qu’elles produisent sont mortelles, si on n’a pas eu immédiatement le soin d’arrêter la circulation du sang en serrant le membre atteint, au-dessus de la plaie, par une forte ligature.
- Le curare introduit dans les tissus vivants déter-termine la mort d’autant plus rapidement que le venin pénètre plus vite dans le sang; la mort est plus prompte quand on injecte sous la peau une solution de curare que quand on laisse agir le poison sec d’une pointe de flèche. Les animaux vigoureux, à circulation rapide, sont plus faciles à empoisonner que les animaux anémiques, et, pour une même dose de
- poison et des sujets de même taille, les animaux à température constante meurent plus vite que ceux à température variable (Reptiles, Batraciens, Poissons), et, parmi les premiers, les Oiseaux succombent plus rapidement que les Mammifères.
- Tout d’abord l’animal ne s’aperçoit pas de sa blessure, car le curare n’a aucune propriété caustique. Si les animaux sont très-petits, la mort est presque foudroyante. Chez les Oiseaux et les Mammifères plus gros et chez les animaux à température variable, la mort, s’il y a excès de poison, se produit en général dans un temps qui varie entre cinq et douze minutes. Bientôt l’animal se couche, comme s’il voulait dormir, l’œil ouvert, le regard calme; il est envahi
- Fig. 2. — J, flèche de chasse, avec dard mobile. A. à 1, flèches de guerre. D, F, flèches taillées dans des os d’animaux. B, flèche dont la pointe est formée d’une lame de silex. A, G, E, G, H, flèches dont l'extrémité est taillée dans du bois très-dur. D, flèche en bois de fer rapportée de Polynésie, avec épines en sens inverse empêchant de retirer l’arme de la blessure.
- par une paralysie progressive du mouvement, partant des extrémités pour aboutir au centre. Les muscles des mouvements respiratoires cessent d’agir les derniers et l’animal meurt par asphyxie, c’est-à-dire que la respiration ne s’opère plus.
- Rien de plus calme en apparence que cette stupeur croissante ; aucune agitation, aucune expression de douleur. La bouche reste fermée, sans écume, ni salive. Dans tous les autres genres de trépas que l’on connaît, il y a toujours vers l’agonie des convulsions, des regards affreux, des cris ou des râlek indiquant une souffrance et une sorte de lutte entre la vie et la mort.
- Dans le curare rien de pareil; pas d’agonie, la vie
- paraissant s’éteindre lentement, comme un fluide qui s’écoule. À ces symptômes trompeurs, quelque membre sensible de la Société protectrice des animaux serait tenté de proposer le curare pour remplacer l’abatage brutal des vieux chevaux livrés à l’équarrisseur.
- Un des beaux travaux de l’homme illustre, dont le monde savant de toutes les nations déplore la perte récente, a été de déterminer exactement le mode spécial d’action du curare. L’activité vitale offre une chaîne à anneaux distincts de trois éléments organiques, hiérarchiquement subordonnés, et jouant le rôle d'excitant les uns par rapport aux autres. Le point de départ de l’action physiologique se trouve
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- dans l'élément nerveux sensitif ou intellectuel; sa vibration se transmet suivant son axe, et, arrivée à la cellule nerveuse, véritable relais, la vibration sensitive se transforme en vibration motrice. Cette dernière se propage à son tour dans l’élément nerveux moteur, et, arrivée à son extrémité périphérique, elle fait vibrer la fibre de l’élément musculaire, qui, réagissant en vertu de sa propriété essentielle, opère la contraction et par suite le mouvement.
- Or chacun des trois éléments, sensitif, moteur et musculaire, vit et meurt à sa manière et a ses poisons qui lui sont propres ; mais les manifestations vitales exigeant le concours de ces trois activités, si l’une d’elles vient à être supprimée, les autres continuent à vivre sans doute, mais n’ont plus de sens, comme une phrase perd sa signification si un de ses membres vient à lui manquer. Les expériences de Claude Bernard ont démontré que l’élément nerveux moteur est seul atteint par le curare et que les deux autres éléments organiques de l’animal conservent leurs propriétés physiologiques. L’intelligence n’est pas anéantie, la fibre musculaire est encore capable de contraction, et peut en effet se contracter sous les décharges électriques. La motilité est abolie seule; si les manifestations caractéristiques de la vie ont disparu, ce n’est pas parce qu’elles sont réellement éteintes, mais parce qu’elles se sont trouvées successivement refoulées et comme envahies par l’action paralytique du poison. Bans ce corps sans mouvement, derrière cet œil terni, avec toutes les apparences de la mort, la sensibilité et l’intelligence persistent encore tout entières : le cadavre apparent entend et distingue ce qu’on fait autour de lui ; il ressent des impressions douloureuses quand on le pince ou qu’on le brûle, il a encore le sentiment et la volonté, mais il a perdu les instruments qui servent à les manifester. Les mouvements les plus expressifs des facultés disparaissent les premiers, d’abord la voix, puis les mouvements des membres, ceux de la face et du thorax et enfin les mouvements des yeux, qui, comme chez les mourants, persistent les derniers.
- Peut-on concevoir un plus affreux supplice que celui d’une intelligence assistant ainsi à la soustraction successive de tous les organes destinés à la servir, comme le dit de Bonald, et se trouvant en quelque sorte enfermée toute vive dans un cadavre. Loin de nous donc la pensée de désirer pour notre fin ce lourd et calme sommeil que semble produire le curare. Cette mort, exempte de toute douleur en apparence, est au contraire accompagnée des plus horribles souffrances que l’imagination de l’homme soit capable d’imaginer.
- Maurice Girard.
- Claude Bernard avait eu, avant sa mort, l’intention de réunir en un petit volnme, divers mémoires détachés et quelques leçons sur différents sujets. Les éditeurs, J. B. Baillière et fils, par un pieux souvenir d’une bien ancienne et sincère amitié, ont accompli ce vœu du célèbre savant, et l’article précédent, avec ses figures tirées du livre, a
- été inspiré par cet ouvrage illustré de gravures, dont nous faisons connaître les sujets et le titre.
- La Science expérimentale par Claude Bernard ; Paris, 1878.
- — Problèmes de la physiologie générale. — La vie, les théories anciennes et la science moderne. — La chaleur animale. — La sensibilité. — Le curare. — Le cœur.
- — Le cerveau. — Discours de réception à l’Académie française. — Discours de M. Dumas aux funérailles de Claude Bernard. — Claude Bernard par M. Paul Bert.
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- CHRONIQUE
- Voyage autour du monde. — Nous apprenons que le bâtiment désigné par la Société des voyages pour l’expédition autour du monde, que nous avons récemment annoncée, est le steamer Picardie, de la Compagnie Valéry frères et fils, de Marseille. Ses dimensions sont les suivantes : 92 mètres de long, 9 mètres et demi de large ; il jauge 1500 tonneaux, et sa machine développe une force de 1000 chevaux. Sur deux vastes salons, l’un à l’arrière, de 21 mètres, l’autre à l’avant, de 15 mètres, s’ouvrent les chambres des passagers, qui sont éclairées par de larges hublots, placées à plus de 2 mètres au-dessus de la flottaison. Le bâtiment est muni de toutes les installations qu’on rencontre à bord des meilleurs paquebots : treuils et cabestan à vapeur, embarcations et appareils do sauvetage, canot à vapeur, roue de passerelle, fumoir, salles de bain, séchoirs, glacières, etc. La Picardie a déjà exéculé avec un entier succès plusieurs voyages dans l'océan Atlantique et dans l’océan Indien ; elle joint à d’excellentes conditions de confortable les garanties d’une parfaite sécurité. Elle quittera Marseille le 30 juin, sous le commandement de M. G. Biard, lieutenant de vaisseau: le personnel de l’expédition est aujourd’hui complètement formé. Quant aux voyageurs, la liste en sera close avant un mois.
- De plus amples renseignements seront communiqués par les administrateurs de la Société des voyages, 8, place Vendôme, à Paris.
- Éruption de l’Hécla. — Le 27 février, vers sept heures du soir, une éruption a commencé au mont Hécla. Deux jours auparavant, écrit au Times le docteur Iljalta-lin, il y eut un violent tremblement de terre qui se fit sentir légèrement à Reykjavick, qui en est distant de 50 milles, mais beaucoup plus sérieusement aux alentours dii volcan et jusqu’à une distance de 10 milles. Au 22 mars, celte éruption continuait encore, et de Reykjavick, on voyait les flammes, le soir. Mais la difficulté des voyages en Islande est telle à cette époque de l’année, qu’un homme, envoyé sur les lieux par le docteur n’en était pas encore revenu. On a eu cependant, par une personne qui demeure dans le voisinage, un échantillon des cendres provenant de l’éniplion ; elles sont les mêmes, au point de vue minéralogique, que celles de l’éruption de 1845; c’est une cendre basaltique noire, très-nuisible à la végétation. Les précédentes éruptions de l’Hécla ont été très-effrayantes et ont eu pour les Islandais de désastreux résultats, quoiqu’elles n’aient pas toujours présenté les mêmes dangers'. Cette fois-ci, heureusement, les cendres se sont portées dans la direction du nord et de l’est, et sont tombées dans des déserts. L’éruption, au 24 mars, n’avait pas diminué d’intensité.
- Lamy. — La science française vient de perdre un chimiste fort distingué, M. Lamy, professeur à l’École
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- centrale des arts et manufactures de Paris, et ancien professeur à la Faculté des sciences de Lille. On lui doit la découverte d’un nouveau métal, le thallium. Un chimiste anglais fort connu, M. Crookes, avait signalé le premier la raie spectrale verte qui caractérise ce métal, et montré qu'elle n’appartenait à aucun des corps alors connus. Mais c’est Lamy qui a réussi à extraire ce métal, à l’isoler en lingot et à décrire ses propriétés les plus importantes.
- R. Mayer. — On annonce la mort d’un des hommes dont le nom tiendra le plus de place dans l’histoire des sciences à notre époque, Robert Mayer, décédé le 20 mars dernier, à Heilbronn (Wurtemberg), où il était né le 25 novembre 1814. M. Robert Mayer partage avec le physicien anglais Joule la gloire d’avoir créé une théorie d’une importance capitale, la théorie mécanique de la chaleur.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES.
- Séance du 1S avril 1878. — Présidence de M. Fuüac.
- Nouvelle planète. — Le 10 avril, M. Loggia a découvert à Marseille la 187a petite planète. Elle est de 11° grandeur.
- Contraste des couleurs. — A propos du grand travail présenté lundi dernier par M. Chevreul, M. Charles Cros décrit l’expérience suivante. Etant séparé d’une plate-bande de géraniums à fleur rouge vif par une persienne au travers de laquelle il voyait ces plantes, il. reconnut que toutes les fois qu’il s’avançait vers la persienne,les fleurs, successivement recouvertes par les différentes traverses de la persienne, apparaissaient avec une nuance vert d’émeraude et une transparence tout à fait « magique ».
- Double arc-en-ciel. —- Le 8 avril un observateur a constaté dans le ciel de Toulouse l’apparition de deux arcs disposés à peu près comme les branches d’un a; italique. Les couleurs étaient en sens contraire dans ces deux arcs, de façon que le point de tangence présentait la superposition des deux rouges et était dès lors relativement très-brillant.
- Physique du globe. — De 26 années consécutives d’observations, M. Charles Marlins, présent à la séance, a conclu des données relatives à la température annuelle de la terre et de l’eau dans* le jardin des plantes de Montpellier. Ce travail est signalé d’une manière spéciale parM. le secrétaire perpétuel.
- Le phyltoxera dans le Loiret. — Il paraît qu’à l’heure actuelle, 4 hectares de vignes sont infectés dans le seul département du Loiret. Il y a juste un an que la surface atteinte n’était que d’un hectare. Tout fait craindre la con- | tinualion de cette effrayante propagation. j
- Spectre solaire. — Une magnifique épreuve gravée de la région ultra-violette du spectre solaire est adressée par M. A. Cornu. Cette planche complète le célèbre atlas d’Angstrom et présente une foule de résultats intéressants.
- Géologie expérimentale. — Poursuivant ses remarqua- blés études sur la production des plissements et des ondulations des couches stratifiées, M. Daubrée décrit au- ! jourd’hui ce qui se passe quand un ballon de caoutchouc rempli d’air et enduit à sa surface d’une couche de couleur non élastique se dégonfle d’une petite quantité. La couche de couleur ne pouvant suivre le caoutchouc dans sa contraction se fronce et se fendille suivant des dispositions tout à fait comparables à celles des froncements et des fendillements de l’écorce terrestre.
- Météorologie cosmique. — On sait que depuis les travaux de M. Wolff (de Zurich) on est porté à admettre que
- les taches solaires exercent une influence sur les variations de l’aiguille aimantée. M. Faye, résumant des arguments qu’il a déjà présentés, montre aujourd’hui que cette assertion est absolument dénuée de fondement, la période des deux phénomènes ne concordant pas du tout.
- Respiration des poissons.— D’après M. le docteur Jobert, en ce moment chargé d’une mission dans la région du haut Amazone, il existe dans ce fleuve plusieurs genres de poissons dont l’intestin remplit, vis-à-vis de l’air avalé par déglutition, la fonction de véritables poumons. M. Milne Edwards fait, à l’égard des découvertes de notre compatriote, un rapport des plus intéressants.
- Origine du fer météorique de Sainte-Catherine. — La parole nous est donnée pour lire un mémoire sur l’origine et le mode de formation de la brèche météoritique découverte au Rrésil dans la province de Sainte-Catherine. Nous reviendrons prochainement ici même sur cette question dans un article spécial. Disons seulement que notre conclusion, appuyée à la fois sur des observations et sur une expérience exécutée pour nous par M. Albert Levallois, préparateur à l’Institut agronomique, est que ce fer constitue une bonne brèche de filon dans laquelle le fer joue le rôle d’une vraie gangue, tandis que le minéral filonien est la pyrrhotine. Nous montrons comment cette roche cosmique est le résultat d’actions géologiques successives, absolument comparables à celles d’où résultent certains filons terrestres. Stanislas Meunier.
- MÉTÉOROLOGIE DE MARS 1878
- Pendant ce mois, les anticyclones ont encore dominé sur nos côtes occidentales, amenant de très-forlcs pressions jusqu’au 23. Le temps a été doux et pluvieux jusqu’au 12, puis il est devenu froid, avec de fréquentes giboulées de pluie et de neige.
- lre Décade. — Pendant la première décade, le baromètre continue à rester très-haut sur l’ouest de l’Europe, les bourrasques passent dans les régions boréales et la température s’élève de beaucoup au-dessus de la moyenne. Deux cyclones importants passent dans le nord de l’Europe. Le second, dont le centre est vers Stockholm le 7, se partage à cette date en deux parties, l’une marchant vers E., l’autre vers S. Elle amène une tempête violente sur les côtes baltiques le 7 et sur toutes les côtes anglaises le 8. Nous n’éprouvons que le contre-coup de ces mauvais temps.
- 2e Décade. — Les dépressions continuent à passer dans le nord, mais elles se rapprochent de nous. La plus importante se trouve le 12 encore sur la Baltique. Son action s’étend les jours suivants vers la France, où la température baisse au-dessous de la normale du 13 au 17. La présence d’un cyclone méditerranéen, dont le centre est vers la Corse le 16 et vers la Grèce le 18, augmente encore le froid, lequel est extrêmement grand le 16 sur toute l’Europe continentale.
- 3e Décade. — Elle est caractérisée par le passage de trois cyclones remarquables. — Le premier, signalé le 21 à l’ouest de la Norvège, bien visible sur la carte du 22, jour où son centre se trouve entre Stockholm et Pétersbourg, continue les jours sui-
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- LA NATURE
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- CARTES QUOTIDIENNES DU TEMPS EN MARS 1878.
- D'après le Bulletin international de VObservatoire de Paris. (Réduction 1/8.)
- Lundi *
- Mardi 5
- NI e rcred i 6
- J eudi7
- Vendredi 8
- Lundi 1
- Jeudi 21
- Mercredi 27'
- J eudi28
- Vendredi' 29
- Samedi 30
- vants son chemin vers E. et envoie un mouvement secondaire vers la France.
- — Le second, qui prend naissance le 24 entre Cherbourg et Dunkerque, se propage ensuite vers E., après avoir causé le naufrage de l’Eurydice. —
- Le troisième, le plus important, apparaît le 27 à l’ouest de l’Espagne, se trouve le 28 près de la côte de Saint-Nazaire, le 29 vers Rennes, le 50 vers Bruxelles, et le 51 près de Hambourg. Sous son action, le temps est très-mauvais et le baromètre tombe excessivement bas en
- Dimanche 31
- ment
- dans
- France les 28, 29 et 50. La carte de ce dernier jour montre la formation d'un mouvement secondaire vers Marseille, Des orages sont en effet signalés ce jour sur les côtes de Provence, et un tremblement de terre est constaté le 28, vers une heure du matin, dans le départe-de la Vienne, et le 29 à Strasbourg, ainsi que la haute Ralie. E. Fron.
- Le Propriétaire-Gérant; G. Tissaxdieu.
- Cobbbiu - T\p. et stér. Guéri.
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- LA NATURE.
- N4 25 6. — 2 7 AVRIL 1878.
- 001
- L'HISTOIRE DU TÉLÉPHONE RACONTÉE PAR SON INVENTEUR'.
- Il y a bien des années, mon père, Alexandre Mel-ville-Bell, d’Edimbourg, appelait mon attention sur le mécanisme de la parole ; il avait fait de longues études sur ce sujet. Plusieurs d'entre vous peuvent se rappeler l’invention de mon père; elle consistait en un moyen de représenter d’une manière admirablement exacte
- les positions des Direct
- organes vocaux, dans la formation des sons. Nous entreprîmes ensemble de nombreuses expériences; nous cherchâmes d’abord à découvrir le mécanisme des de la parole. Je
- que chaque position de voyelle renforçait tel ou tel diapason ou plusieurs diapasons spécialement.
- J’écrivis une relation de ces recherches à M. Alex. J. Ellis, de Londres. Sa réponse m informa que les expériences relatées avaient déjà été faites par Ilelm-holiz, et d'une manière beaucoup plus parfaite que
- je ne l’avais fait. M. Ellis me dit, en effet, que
- étrangers
- éléments anglais et me souviens surtout d’une recherche dans laquelle nous nous trouvâmes engagés, concernant les relations musicales des sons de voyelles. Quand des sons de voyelles sont émis, il semble que chaque voyelle possède une hauteur de ton propre; en prononçant certaines voyelles successivement, l’on peut distinctement percevoir une échelle musicale. Nous nous proposâmes de déterminer la hauteur de ton
- Fi-. 5.
- naturelle à chaque voyelle. Des difficultés inattendues nous firent obstacle ; plusieurs voyelles semblaient posséder une double hauteur ; probablement la hauteur de la résonnance de l’air dans la bouche, et la hauteur de la résonnance de l’air contenu dans la cavité postérieure de la langue, cavité comprenant le pharynx et le larynx.
- J’imaginai un expédient pour déterminer la hauteur, et crus posséder la priorité de la découverte, qui consistait à faire vibrer un diapason devant la bouche durant les accommodations des organes vocaux prises silencieusement. Il fut constaté
- 1 La Société des ingénieurs télégraphistes de Londres a reçu récemment la visite de M. Gr. Bell. Cet habile physicien a prononcé un long et remarquable discours sur ies travaux et les recherches qu’il a entrepris avant d’arriver à la brillante 6e année. — t" semestre.)
- Uelmholtz, non-seulement avait analysé les sons de voyelles en leurs éléments 1- musicaux consti-
- tutifs, mais qu’il
- avait réalisé la synthèse de ces éléments. Helmholtz avait réussi à produire artificiellement certains sons de voyelles en faisant vibrer simultanément, par un courant électrique, des diapasons de différentes hauteurs. M. Ellis eut la bonté de m’accorder une entrevue dans le but de m’expliquer la disposition des
- appareils employés par Hclm-holtz, pour produire ces effets extraordinaires cf je consacrai la plus grande partie d’une journée avec lui à l’étude de ce sujet. A cette époque, ee-
- y'
- Fis. 4.
- pendant, je n’étais pas assez familiarisé avec les lois de l’électricité pour comprendre parfaitement les explications qui me furent données, mais l’enlrcvue eut pour effet d’appeler toute mon attention sur les sujets du son et de l’électricité, et je n’eus pas de repos avant d’étre entré en possession d’un exemplaire du grand traité de Helmholtz, et d’avoir essayé, d’une manière rudimentaire et imparfaite, il est vrai, de reproduire les mêmes résultats. En réfléchissant aux possibilités
- de production du son par des moyens électriques, je fus comme frappé par l’idée que le principe de
- découverte du téléphone. — Nous reproduisons presque en totalité la coniert nce de M. Bell. Ce document, inédit en France, nous paraît offrir une importance capitale; nous le re commandons à l’attention de nos lecteurs.
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- Fia. 5.
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- 338 LA NATURE.
- faire vibrer un diapason par l’attraction intermittente d’un électro-aimant pouvait s’appliquer à la production électrique delà musique1.
- J’imaginai donc une série de diapasons de différentes hauteurs d’intonation, et les disposai de façon à les faire vibrer automatiquement de la manière indiquée par Helmholtz, chaque diapason interrompant à chaque vibration un courant voltaïque. Et pourquoi, pensai-je, l’abaissement d’une clef, telle qu’une touche de piano, ne dirigerait-elle point le courant d’interruption de l’un quelconque de ces diapasons, au travers d’un fd télégraphique, jusqu’à une série d’électro-aimants actionnant les cordes d’un piano ou d’un autre instrument de musique?
- Ainsi une personne pourrait jouer du piano-diapason en un lieu, et la musique pourrait s’entendre en un autre lieu, en une ville lointaine, sur un piano électro magnétique. Plus je réfléchissais à cet arrangement, plus il me paraissait réalisable. Je ne voyais en effet nulle raison pour laquelle l’abaissement d’un certain nombre de clefs au point de départ du diapason ne serait pas accompagné, dans le circuit, de la production, au lieu d’arrivée, d’un plein accord perceptible sur le piano à l’unisson. L’attrait que m’offrait alors l’étude de l’électricité me conduisit à l’étude des divers systèmes en usage en Angleterre et en Amérique. J’admirai surtout la simplicité de l’alphabet Morse et ce fait que cet alphabet pouvait être lu par la perception du son que produit son fonctionnement. Au lieu de se reporter sur les points et les traits enregistrés sur le papier, les opérateurs contractent l’habitude d’observer la durée de tic-tac des appareils, et ainsi de distinguer à l’oreille les divers signaux.
- La possibilité de représenter, d’une manière analogue, le point et le trait du code Morse par la durée d'une note musicale, s’empara de mon esprit. Une personne pourrait agir sur l’une des clefs du piano-diapason, dont nous avons plus haut vu l’arrangement, et la durée du son émis par la corde correspondante du piano lointain y pouvait être observée par une autre personne.
- Il me sembla qu’ainsi plusieurs messages télégraphiques distincts pouvaient être simultanément transmis d’un piano-diapason jusqu’à l’autre extrémité du circuit, par des opérateurs manipulant chacun une clef différente de l’instrument. Ces messages seraient lus, me disais-je, par des opérateurs placés auprès du piano d’arrivée, chacun d’eux écoutant des signaux d’une hauteur définie de ton et ignorant tous les autres. L’on pouvait ainsi réaliser la transmission simultanée de plusieurs messages télégraphiques par un seul fil, le nombre de ces messages n’étant limité que par la délicatesse d’o-
- 1 Helmholtz, Die Lehre von den Tonetrpfindimgen (traduction anglaise par Alexandre J. EUis. —Thcory of tone. Théorie de la perception des sons.
- raille de celui qui écoutait. L’idée d’accroître la puissance de transmission d’un fil télégraphique de cette manière me vint à l’esprit, et ce fut ce but pratique que j’eus en vue, en commençant mes recherches sur la téléphonie électrique.
- 11 se trouve généralement que dans le progrès de la science la complication conduit à la simplification, et qu’en faisant l’histoire d’une découverte scientifique, il est souvent utile de commencer par la fin.
- Lorsque je porte un regard rétrospectif sur mes recherches, je reconnais la nécessité de désigner, par des noms spéciaux, une variété de courants électriques qui peuvent produire des sons. J’appellerai votre attention sur plusieurs espèces distinctes de courants d’électricité que l’on pourrait appeler téléphoniques. Afin que les particularités de ces courants soient bien comprises, je prierai M. Frost de projeter sur l’écran une illustration graphique de ces différentes variétés.
- La méthode graphique de représenter des courants électriques, et que nous voyons ici, est la meilleure que l’on puisse imaginer pour étudier exactement les effets produits par diverses formes d’appareils téléphoniques. Elle m’a fait concevoir cette sorte particulière de courant téléphonique que j’appellerai ici courant ondulatoire, et qui rend possible la production artificielle du langage articulé par des moyens électriques.
- Une ligne horizontale g </ (fig. I) est prise comme ligne du courant à zéro ; les impulsions d’électricité positive sont représentées au-dessus de cette ligne, celles d’électricité négative au-dessous ou bien vice versa.
- L’épaisseur verticale d’une impulsion électrique quelconque [h ou d) mesurée à partir de la ligne de zéro, indique l’intensité du courant électrique au point observé, et l'extension horizontale de la ligne électrique (b ou d) indique la durée de l’impulsion. 11 y a neuf variétés de courants téléphoniques; il me suffira de vous en indiquer six. Les (rois variétés primaires, désignées sous les noms d’intermittentes, de pulsatoires et d’ondulatoires, sont représentées par les lignes 1, 2 et 3. Des sous-variétés peuvent être distinguées sous les désignations de courants directs, ou de courants inverses, selon que les impulsions électriques sont toutes d’une sorte, ou alternativement positives et négatives. Les courants directs peuvent encore se distinguer comme positifs ou négatifs suivant que les impulsions sont djune sorte ou de l’autre. Un courant intermittent est caractérisé par la présence et l’absence alternatives de l’électricité dans le circuit. Un courant pul-satoire résulte de changements instantanés dans l’intensité d’un courant continu, et un courant ondulatoire est un courant d’électricité, dont l’intensité varie d’une manière proportionnelle à la vitesse du mouvement d’une particule d’air durant la production du sou. Ainsi la courbe représentant graphiquement le courant ondulatoire pour un simple ton
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- musical est celle qui exprime une oscillation simple du pendule, c’est-à-dire une courbe sinusoïdale.
- . . (Dirpri 'Posit'f. 1
- Intermittent. | ecL*(Négatif, 2
- (.......Inverse, 3
- „ in.Vn,.» i Positif, 4
- Puisatoire. ..)Direct'-|Négatif, 5 (....................... Inverse, G
- i r,- . (Positif, 7
- Ondulatoire.. |Ullect- • jNégatif, 8
- (.......... Inverse, 9
- Courant positif intermittent, v négatif »
- » inverse »
- Courant positif pulsatoire,
- » négatif »
- » inverse »
- Courant positif ondulatoire. » négatif »
- » inverse »
- Je dois faire ici la remarque que si la théorie du courant ondulatoire d’électricité est une conception dont je puis revendiquer l’origine, on connaît néanmoins des méthodes de produire des sons au moyen de courants intermittents et pulsatoires.
- Par exemple, il y a longtemps que l’on a fait la découverte qu’un électro-aimant émet un son lors qu’il est subitement aimanté ou désaimanté. Lorsque le circuit dans lequel est placé cet électro-aimant est rapidement fermé et ouvert, une succession de crépitations partent de l’aimant. Ces bruits produisent à l’oreille l’effet d’une note musicale, lorsque le courant est interrompu un nombre suffisant de fois par seconde. La découverte de la musique galvanique par Page1 2, en 1837, conduisit les recherches faites en différentes parties du monde, presque simultanément dans le domaine de la téléphonie.
- Les effets d’acoustique produits par l’aimantation furent soigneusement étudiés par Marrian*, Bcatson3 4, Gassiot*, de la Rive5, Mattcucci6, Guillemin7. Vertheim8, Wartmann9, Janniar10, Joule11, Laborde12,
- 1 C. G. Page, la Production de la musique galvanique. Journal de Sillimann, 1837, xxxni, p. 390; Journal de Silli-man, 1838, xxxm, p. 118; Bibl. univ. (nouvelle série, 1839, ii, p. 598).
- 2 J. P. Marrian, Pkil. Mag., xxv, p. 382; Inst., 1845, p. 20; Arch. de l’électricité, voy. p. 195.
- 5 Bealson, Arch. de l'électricité, \ov, p. 197 ; Arch. des Sc. / hgs. et nat. (2' série), n, p. 113.
- 4GassioI, voy. Trealise on Eleclricity, par de la Rive, i, p. 300.
- 5 Pc la Rive, Treatise onElectricity, i, p. 300; Phil. Mag., xxxv, p. 422; Arch. de l’élect.,\oy. p. 200; Inst., 1840, p. 83; Comptes rendus, xx, p. 1287; Compt. rend., xxii, p. 432; Pogg. ann., p. 637 ; ann. de chim. et de phys., xxvr, p. 158.
- eMatteucci, Inst., 1845; Arch. de l’élect., voy.p. 389.
- 7Guillemin, Compt.rend., xxii, p. 264; Inst., 1846, p. 30; Arch. des sc.phys. et nat. (2e série), i, p. 191.
- 8 G. Wertheim, Compt. rend., xxii, p. 336-544; Inst., 1846, p. 65, 100; Pogg. ann., t. xvm, p. 140 ; Compt. rend., xxvi, p. 505; Inst., 1848, p. 142; Ann. de chim. et de phys., xxm, p. 305 ; Arch. des sc. phys. et nat., viii, p. 206 ; Pogg. ann., t. xxvn, p. 43; Berl Ber., iv, p. 121.
- 9Elie Wartmann, Compt. rend., xxii, p. 544; Phil. Mag (3e série), xxvm, p. 544 ; Arch. des sc. phys. et nat. (2e série), i, p. 419; Inst., 1846, p. 290; M.natschr.d. Ber Bad., 1846,
- p. 111.
- 10Janniar, Compt. rend., xxm, p. 319; Inst., 1846, p. 269; Arch. des sc. phys. et nat. (2“ série), p. 391.
- 11 J. I*. Joule, Phil. Mag , xxv, p. 76-225; Berl Ber., m, p. 489.
- 12 Laborde, Comptes rendus, i, p. 692; Cosmos, xvn, P 154.
- F^egat S Reis*, Poggendorf3, du Moncel*, Dele-zenne5, et d’autres encore6. Il faut aussi mentionner que Gore7 obtint des notes musicales claires par le mercure ; ces notes étaient accompagnées de rides, singulièrement belles à la surface durant le cours des expériences électrolytiques. Page8 produisit des tons musicaux dans les bctvves de Trevelycin par l’action du courant galvanique. Sullivan découvrit plus tard qu un courant d’électricité est engendré par la vibration d’un fil compose' partie d’un me'tal et partie d un autre. Le courant durait aussi longtemps que 1 émission d une note musicale et s’arrêtait immédiatement après la cessation du son.
- Pendant plusieurs années, mon attention se porta presque exclusivement sur les moyens d’obtenir un instrument interrupteur extrêmement rapide de circuit voltaïque et destiné à prendre la place du diapason transmetteur employé dans les recherches de Helmholtz.
- G est un fait singulier que d’importantes découvertes sont souvent faites presque simultanément par plusieurs personnes en différentes parties du monde, et que l’idée de la télégraphie multiple, telle qu il la développée dans les divers diagrammes montrés à la Société, paraît s’être présentée isolément tant en Amérique qu’en Europe à quatre inventeurs différents. Les détails eux-mêmes des arrangements en circuit ont une très-grande ressemblance avec ceux qu’ont proposés M. Cromwell Yarley, de Londres, M. Elisha Gray, de Chicago, M. Paul Lacour,de Copenhague, et M. Thomas Edison, deRewark dans l’État de New-Jersey. Quant à la question de priorité d’invention, je ne me propose pas de la discuter.
- Pour faire mieux comprendre la difficulté de l’usage d un courant intermittent, je vous prierai de me suivre dans l’application de l’effet produit quand deux signaux musicaux de hauteurs d’intonation différentes sont simultanément dirigés le long d’un même circuit. La figure 2 fait voir un arrangement dans lequel les tiges aa de deux transmetteurs interrompent le courant de la même pile R. Supposons que l’intervalle musical entre les deux
- 1 Legal, Brix, ZS, îx, p. 125.
- 2Reis, Téléphonie Polytech. Journ., c. t. xvm, p. 185, Bôttger’s notiz, b., 1863, n° 6.
- 5 J. C. Poggendorff Pogg., Ann., xcvm, p. 19’, Berlinei Monatsbar, 1856, p. 133; Cosmos, ix, p. 49; Berl Ber., wi, p. 241 ; Pogg. ann., t. xxxvn, p. 139.
- 4 Du Moncel, Exposé, n, p. 125, et iii, p. 83.
- 5 Delezenne, Sound produced by magnétisation; Bibl. univ. (new-series), 1841, xvi, p. 406.
- 6\'oy. London Journ., xxxn, p. 402; Polytech. Journ., ex, p. 161; Cosmos, iv, p. 43; Gl scner, Traité général, et c. p.350; Dove,Bepert.,yi,p. 58; Pogg.,^«n.,xin, p. 411 ; Red. Bcrn, 1, p. 144; Arch. des sc. phys. et nat.; xvi, p. 406; Khiin’s E> cyclopédie der Physik, p. 1014-1021.
- 7 Gore, Proceedings of Royal Society, xu, p. 217.
- 8C. G. Page, Vibration of Trevelyan’s bars by the galva-nic current ; Silliman’s Journal, 1850, îx, p. 105-1 ul-livan ; Currents of Electricity produced by the vibration of metals: Phyl. Mag., 1845, p. 261; Arch. de l’élect. x, p. 480.
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- tiges soit une tierce majeure. En ce cas leurs vibrations sont dans ]a proportion de 4 à 5, c’est-à-dire que 4 vibrations de a sont faites dans le même temps que 5 vibrations de a'. A2 et B2 représentent les courants intermittents produits, 4 impulsions de B2 étant produites dans le même temps que 5 impulsions de À2. La ligne A* et B2 représente l’effet résultant sur la ligne principale de la simultanéité d’action des tiges a et a', interrompant et rétablissant le même circuit.
- Vous voyez par le dessin que le courant résultant, tout en conservant une intensité uniforme, est moins interrompu lorsque les deux tiges sont, en opération, que lorsqu’une seule tige est employée.
- Continuant d’approfondir la question, vous reconnaissez que si un plus grand nombre de tiges de différentes hauteurs de tons ou de différentes vitesses de vibration sont occupées simultanément à interrompre et à rétablir le même circuit, l’effet résultant sur la ligne principale est réellement l’équivalant d’un courant continu. Vous comprenez aussi que le nombre maximum de signaux musicaux pou-
- vant simultanément être dirigés le long d’un seul fil sans confusion, dépend beaucoup delà proportion de durée du rétablissement quant à celle de l’interruption. Plus le contact est court, en même temps que plus l’interruption est longue, plus le nombre des signaux pouvant se transmettre sans confusion est grand, et vice versa. L’appareil au moyen duquel cette conclusion théorique a été vérifiée se trouve devant vous. Il consiste en une boîte ordinaire d'harmonium, dont les tiges sont actionnées par l’air de la manière habituelle. Devant chaque tige est une vis métallique contre laquelle la tige frappe en vibrant. En ajustant la vis on rend le contact long ou court. Les tiges sont reliées à l’un des pôles d’une pile, et les vis contre lesquelles elles frappent corn-muniquent avec la ligne; des impulsions partent ainsi de la pile dans la ligne durant la vibration des tiges. -
- Sans entrer dans des détails de calcul, vous voyez qu’avec un courant pulsatoire l’effet de transmission simultanée de signaux musicaux est presque l’équivalent d’un courant continu d’intensité minima, comme l’indique la figure 3. Si des courants ondu
- latoires sont employés, l’effet est différent (voyez la figure 4). Le courant qui vient de la pile B, est formé en ondulations à la suite de l’action inductive des tiges de fer ou d’acier MM', lesquelles vibrent devant les électro-aimants ee'mis dans le circuit de la pile. A2 et B2 représentent les ondulations causées dans le courant par la vibration des corps aimantés et l’on voit qu’il y a quatre ondulations de B2 pour cinq de A2. La résultante d’effet sur la grande ligne est exprimée par la courbe A2 -j- B2, somme algébrique des courbes sinusoïdales A2 et B2. Un semblable effet est produit quand des courants ondulatoires inverses sont employés comme on le voit en la figure 5 où le courant est produit par la vibration d’aimants réunis en circuit sans une pile voltaïque. Par les figures 4 et 5, on peut voir que l’effet de la transmission de sons musicaux de différentes hauteurs simultanément le long d’un seul fil, n’est point d’cflacer le caractère vibratoire du courant comme dans le cas des courants intermittents et pulsatoires, mais de changer les formes des ondulations électriques. En effet, le cou-* rant est influencé précisément d’une manière analogue à celle de l’air parla vibration des corps inducteurs MM'. Il devrait donc être possible de transmet-
- tre simultanément autant de tons musicaux par un fil télégraphique que par l’air. La possibilité de se servir de courants ondulatoires, dans un but de télégraphie multiple, m’a permis de laisser de côté tous les arrangements compliqués de circuit et d’employer une seule pile pour tout le circuit, en ne conservant que les récepteurs qui m’avaient précédemment servi.
- J’ai dit que Helmholtz avait pu produire artificiellement des tons de voyelles en combinant des tons musicaux de différentes hauteurs et intensités. Nous voyons son appareil en la figure 6. Des diapasons de dilférentes hauteurs sont placés entre les pôles d’élec-tro-aimants (a1, a2, etc.’1, et maintenus en vibration par l’action d’un courant intermittent qui part du diapason*/. Des résonnateurs 1, 2, 3, etc , sont placés de façon à renforcer les sons, plus ou moins, selon que les orifices extérieurs sont plus ou moins élargis.
- On voit que dans le procédé de Ilelmhollz, les diapasons eux-mêmes produisent des tons d’intensité uniforme, et dont la sonorité varie par un renforcement externe. Ce qui me frappa, c’est que les mêmes résultats pouvaient être obtenus, et d’une manière beaucoup plus parfaite, en faisant vibrer les diapa-
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- sons à différents degrés d’amplitude. J’imaginai alors l’appareil de la figure7 ; ce fut ma première forme de téléphone articulé. Dans cetle figure, une harpe à tiges d’acier est attachée aux pôles d’un aimant permanent N S. Lorsque l’une quelconque des tiges est mise en vibration, un courant ondulatoire est produit dans les bobines de l’électro-aimant; i’électro-aimant correspondant E' attire les tigesde la harpe 11' avec une force variable, et met en vibration celle des tiges qui se trouve à l’unisson de la tige qui vibre à l’autre extrémité du circuit. Ce n’est pas tout ; l’amplitude de vibration dans l’une des tiges détermine l'amplitude de vibration dans l’autre, car l’intensité du courant induit est déterminée par l’amplitude de la vibration inductrice, et l’amplitude de la vibration à l’extrémité de réception dépend de l’intensité desimpulsions attractives. Lorsque nous chan-
- UMAjJ{AAAAyUÀ-AJ~flÀAAyUWJUljAAAjLAJ^
- Fig. 8.
- tons dans un piano, certaines cordes de l’instrument sont mises en vibration avec sympathie par l’action de la voix, et, à différents degrés d’amplitude, un son approché de la voyelle proférée part du piano. La théorie nous fait voir que si le piano avait un nombre beaucoup plus considérable de cordes, à l’octave, les sons de voyelles seraient parfaitement reproduits. Mon idée de l’action de l’appareil, action indiquée en la figure 7, était la suivante : proférer un son dans le voisinage de la harpe II, et certaines tiges seraient mises en vibration à des amplitudes différentes. A l’autre extrémité du circuit, les tiges correspondantes de la harpe If vibreraient avec leurs relations propres de force, et le timbre du son serait reproduit. La dépense de la construction d’un semblable appareil m’empêcha de m’engager dans cet ordre de recherches.
- J’ai déjà parlé d’une invention de mon père, d’un
- système de symboles physiologiques, pour représenter l’action des organes vocaux, et j’avais été invité par le Conseil de l’instruction publique de Boston, à famé une série d’expériences sur ce système dans l’Ecole des sourds et muets. L’on sait que les sourds-muets sont muets parce qu’ils sont sourds, et que dans leurs organes vocaux il n’y a aucun défaut qui les empêche de parler. L’on avait donc pensé que le système de mon père, système de symboles illustrés et depuis longtemps connu sous la désignation vulgaire de langage visible, pourrait être le moyen d’apprendre à un sourd-muet à se servir de ses organes vocaux et ù parler. Le grand succès de ces expériences me porta vers la recherche de mét hodes de représentation graphique et optique des vibrations du son, pour renseignement des sourds-muets. Pendant quelque temps, je poursuivis mes expériences avec
- la capsule manométrique de Kocnig, et avec le pho-nautographede Léon Scott. Les appareils scientifiques de l’Institut de technologie de Boston furent généreusement mis à ma disposition pour ces expériences, et il se trouva qu’à cette époque, un étudiant de l’Institut de technologie, M. Maurey, venait d’imaginer un perfectionnement du phonautographe. Il avait réussi à faire vibrer par la voix un style de bois de la longueur environ d’un pied, fixé à la membrane du phonautographe. Par cette disposition il avait obtenu des traces agrandies sur une surface plane et noircie à la fumée. Avec cet appareil, je réussis à mon tour à produire de très-belles traces des vibrations de l’air par les vibrations de voyelles. Quelques-unes de ces traces sont indiquées dans la figure 8.
- Mon esprit fut frappé par cette forme perfectionnée de l’appareil, et je vis là une ressemblance
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- LA NATURE.
- remarquable entre la manière dont la pièce de bois vibrait sous l’action de la membrane du phonautographe, et celle dont les osselets de l’oreille humaine obéissaient au mouvement de la membrane du tympan. Je résolus donc deconstruire un phonautographe plus exactement modelé sur le mécanisme de l’oreille humaine, et, dans ce but, j’eus recours aux lumières d’un spécialiste distingué, du docteur Clarence J. Blake. Celui-ci me suggéra l’idée d’employer l’oreille humaine comme phonautographe, au lieu d’en taire une imitation artificielle. L'enclume fut retirée, et, à l’extrémité du marteau fut fixé un style en brin de foin, de la longueur d’environ un pouce. En mouillant la membrane du tympan et les osselets avec une mixture de glycérine et d’eau, on obtenait la mobilité nécessaire des parties.
- En chantant dans l’oreille externe, on mettait en vibration le style, et l’on obtenait des traces sur une surface plane en verre recouvert de noir de fumée, placée au-dessous du style (fig. 9).
- Tandis que j’étais livré à ces expériences, je fus surpris à la vue de la disproportion remarquable qui existait entre la membrane et les os qu’elle faisait vibrer. Je pensai que si une membrane aussi mince qu’un tissu de papier pouvait gouverner la vibration d’os, qui, comparés à cette membrane, étaient d’une dimension et d’un poids immense, à plus forte raison une membrane plus grande et plus épaisse ferait-elle vibrer un morceau de fer contre un électro-aimant, et dans ce cas, la complication des tiges d’acier, que nous voyons dans ma première forme du téléphone (fig. 7), serait écarté. Un simple morceau de fer, fixé à la membrane, serait alors placé à chaque extrémité du circuit télégraphique.
- Al. Graiiam Bell.
- — La suite prochainement. —
- TRANSMISSION DE MOUVEMENT
- A GRANDE DISTANCE
- AU MOYEN D’UN COURANT ÉLECTRIQUE.
- L’emploi de l’électricité pour les transmissions de mouvement à grande distance est aujourd’hui un fait acquis à l’industrie. Depuis un mois je mets ce procédé en pratique, et, pour commander un atelier fort éloigné de la machine motrice, je ne me sers pas d’autre intermédiaire que d’un courant électrique.
- Voici dans quelles circonstances l'expérience a été faite :
- La Société du Val d’Osne possède à Paris un atelier de galvanoplastie, où elle exploite un procédé ie cuivrage de la fonte. L’électricité y est fournie par une machine Gramme. Cette machine était autrefois commandée par une locomobile spéciale. C’était une forte dépense et un grand embarras. C’est ce qui m’a suggéré l’idée d’utiliser deux machines
- Gramme à lumière, qui servaient en hiver à éclairer les magasins de la Société.
- Voici la solution qui fut adoptée : une machine à lumière, n° 1, fut attelée sur l’arbre de couche de l’atelier d’ajustage : c’est le producteur d’électricité.
- La seconde fut placée à l’atelier de galvanoplastie : c’est le récepteur ou transformateur d’électricité.
- Les deux machines furent reliées ensemble par un double câble, de telle sorte que le courant produit dans la première fût envoyé dans la seconde. 11 s’y transforme en travail, et on obtient une force motrice avec laquelle on met en mouvement la machine à galvanoplastie. La force motrice nous était donc transmise à 150 mètres de distance sous forme de courant, par le moyen d’un simple fil de cuivre.
- Il y a un mois que ce système fonctionne, et il ne s’est pas produit un moment d’arrêt ni la moindre irrégularité. Aucune surveillance n’est nécessaire. La manœuvre est aussi simple qu’on peut le désirer. Pour produire ou arrêter le mouvement, il suffit de serrer ou de desserrer un des balais de la machine réceptrice.
- On a encore l’avantage de pouvoir modérer la vitesse à son gré, en interposant une résistance sur le trajet du courant moteur. Ainsi, la machine n° 2 faisant 750 tours, et conduisant la machine à galvanoplastie, si sur le trajet du câble qui l’alimente on interpose un fil de cuivre de 2 mètres de longueur et de lmm,5 de diamètre, la vitesse diminue de40 tours; avec un fil de fer de lm,50 de longueur et de 0mm,8 de diamètre, la vitesse diminue de 100 tours.
- Quand nous nous servions de la locomobile la dépense était:
- 1 mécanicien................................... 6 fr.
- Charbon...................................... 10 »
- Entretien, réparation de la locomobile, temps
- perdu pour nettoyage, huile................. 8 »
- Total............. 24 fr.
- Aujourd’hui la dépense est nulle ; car s’il y a une augmentation dans la consommation de combustible de la machine à vapeur, elle est absolument inappréciable.
- Quel est le rendement de cette machine ? Des essais au frein de Prony faits sur le transformateur ont accusé une moyenne de 50 kilomètres. Mais nous ne pouvons pas donner de chiffres exacts sur la force absorbée par ie producteur; car il est attelé, avec d’autres outils, sur un arbre de couche. Tout ce que l’on peut dire, c’est que cette force n’est pas considérable, car le mécanicien de la machine à vapeur ne s’aperçoit pas ni de l’arrêt ni de la mise en marche de la machine à galvanoplastie (or le moteur à vapeur n’est que de 10 chevaux). Quand le producteur servait à l’éclairage électrique, chaque fois qu’on le mettait en mouvement, toute la transmission de l’atelier éprouvait immédiatement un ralentissement considérable. On compte
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- LA NATURE.
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- généralement qu’une machine à lumière absorbe deux chevaux de force.
- Ce n’est certes pas là le dernier mot de la question. Nous avons utilisé deux machines faites pour la lumière et qui n’avaient pas été étudiées pour le but auquel on les emploie; nous ne pouvons nous flatter d’être arrivés du premier coup au rendement maximum. Faut-il que les deux machines soient semblables et de même dimension? la première doit-elle fournir plus de tension ou de quantité que la seconde? C’est ce que l’avenir nous montrera. Aujourd’hui nous nous contentons d’annoncer un fait, c’est que la transmission du mouvement à grande distance au moyen de l’électricité est possible dans des conditions industrielles1.
- Cadiat, ingénieur,
- Membre de la Société de physique.
- LES BORNES MÉTÉOROLOGIQUES
- EN ALLEMAGNE.
- Les renseignements fournis récemment par la Nature sur les bornes météorologiques en Suisse (vov. n° 250, p. 246) nous font souvenir de celles que nous avons vues en Allemagne, à Homburg (Hombourg ès-Bains) et à Frankfourt-am-Main (Francfort-sur-le-Mein). Celle de cette dernière ville s’élève sur l'une des principales places, la Schil-Ier-Platz, et tout à côté de la Hauptwache. Elle se compose, si nos souvenirs que nous complétons par nos notes de voyages sont fidèles, d’un soubassement surmonté d’une pyramide quadrangulaire; le tout en fonte bronzée. Sur ces faces, et protégés par des glaces, se trouvent divers instruments de météorologie tels que baromètre, thermomètre.... À côté de ces appareils scientifiques on voit divers renseignements que nous avons copiés : c’est ainsi que sur l’une des faces on trouve chaque jour l’indication de la température dans les deux principaux bains froids de la ville (notre voyage avait lieu en août). Sur une autre, les moyennes thermométriques de chaque saison et la moyenne annuelle sont indiquées ainsi qu’il suit :
- Printemps ...... + 7,4 Réaumur ou 9,25 Celsius.
- Été;........... +14,8 — 48,5 —
- Automne......... + 8 —' 10 ~~
- Hiver..... 4- 0,5 — 0,63 —
- Moyenne annuelle. -T- 7,68 — 9,6 —
- Sur la troisième face on a marqué la différence horaire de Francfort avec :
- Berlin, laquelle est de 18m; 51, 81 s.
- Paris............... 25 ; 22, 2
- London (Londres).... 54 ; 45, 1 New-York..........5 h. 50 ; 38, 8
- Enfin sur la quatrième, la position de la ville qui se trouve ainsi fixée: altitude = 97'",45 = 300
- * Communication faite à la Socirlé de Physique.
- pieds de Paris ; longitude, 26° 20' 32" (comptée de Ferrô), et 50° 6' 45" d’altitude N.
- Avant de terminer, nous dirons un seul mot en faveur de l’art : lorsque l’on élèvera ces petits édicules nous ne voudrions pas qu’on fît de ces sanctuaires de la science vulgarisée, des motifs dénaturant par leur laideur les places qu’elles peuvent et qu’elles doivent décorer : loin de nuire à la science un extérieur séduisant ne pourrait qu’attirer vers eux. Tout en faisant de la science, il faut affirmer notre supériorité artistique sur nos voisins.
- Ch. Normand.
- LE GRAND BALLON CAPTIF A VAPEUR
- DE M. HENRI GIFFARD.
- (Suite. Voy. p. 293 et 503.)
- La confection du ballon captif s’exécute dans un grand atelier qui mesure 28 mètres de longueur sur 14 de large. Cet atelier est construit dans la cour des Tuileries, du côté du pavillon de Flore, à l’un des angles du terrain qui a été concédé à M. Henri Giffard. '
- L’étoffe dont nous avons donné la description a été livrée en 46 pièces de 90 mètres de longueur environ, sur 1ra, 10 de large. Chacune de ces pièces est d’abord soumise à un étirage qui a pour but d éprouver sa résistance et de vérifier sa solidité.
- Notre figure 2 représente cette intéressante opération. Chaque extrémité de la pièce déroulée est pincée entre deux tiges de fer, serrées à l’aide de boulons; l’une des extrémités de l’étoffe'est attachée à un poteau et maintenue fixe ; l’autre extrémité que notre gravure montre sur le premier plan, est reliée à un treuil par l’intermédiaire d’un peson qui mesure en kilogrammes l’effort auquel l’étoffe est soumise. Quatre hommes tournent le treuil jusqu’à ce que le peson indique un effort de 1000 kilogrammes ; cet effort dépasse de trois fois au moins celui que la pression du gaz devra exerce)’ sur le tissu quand l’aérostat sera gonflé. Il est le tiers de celui qui serait nécessaire pour rompre l’étoffe. >
- Pendant cet étirage, l'étoffe s’allonge d’une manière très-notable, de 3 pour 100 de sa longueur environ. On la laisse soumise à l’action de la traction de 1000 kilogrammes pendant 15 minutes. L'opération n’a pas seulement pour but de vérifier la solidité du tissu ; elle est aussi destinée à prévenir scs déformations postérieures sous l’influence de la dilatation du gaz , et à éviter que le vernis superficiel, beaucoup moins extensible, ne puisse craquer ; cela se produirait infailliblement si l’étoffe qui lui sert de support venait à s’allonger. Nous dirons d’ailleurs, une fois pour toutes, que rien n'est abandonné au hasard dans la confection du ballon captif; M. Henri Giffard, dans cette construction
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- LA NATURE.
- colossale, a tout soumis au calcul, comme il soumet tout à l’épreuve.
- Quand la pièce d’étoffe est étirée, elle est enroulée autour d’un cylindre de bois et placée dans un support, en face de la table où l’on procède à la coupe des fuseaux.
- M. Giffard a étudié l’épure du ballon de manière à obtenir le moins de déchet possible et à multiplier les coutures ; celles-ci, pourvues de leurs bandes, forment en effet un réseau de nervures qui consolident considérablement l’aérostat. Il a voulu enfin que les coutures horizontales ne fussent pas irrégulières , mais formassent sur la surface de la sphère une série de parallèles équidistants.
- La figure 4 représente, dédoublé en deux parties, depuis le pôle nord jusqu’à l’équateur et depuis l’équateur jusqu’au pôle sud, l’un des 404 fuseaux qui constituent la sphère. Le rayon des soupapes supérieure et inférieure est de l,n,02 ; une surface circulaire de 2m,04 de diamètre est donc réservée au pôle nord et au pôle sud Chaque fuseau comprend 14 panneaux d’étofle ; ceux du haut et du bas ont lm,60 de longueur ; tous les autres 4m,c20. Les 14 panneaux sont figurés ci-contre (lig. 4). Il fout en couper 104 de chaque espèce. La totalité des panneaux numérotés 0-1, 1-2 , 2-3,.... jusqu’à 13-14, est, par conséquent, de 1456.
- La coupe de l’étoffe s’exécute à l’aide d’un tranchet spécial, monté sur une solide poignée de bois. L’extrémité du manche de bois est appuyée sur l’épaule du coupeur, qui guide et fait agir l’instrument tranchant avec ses deux mains. Huit épaisseurs d’étoffe sont superposées sur la table de découpage (fig. 2); on fixe les tissus sur la table à l’aide
- Pôle Nord
- ( Soupape)
- Fig. 1. —Figure montrant l’un des 104 fuseaux du ballon captif de M. Henri Giffard, (Ce fuseau est décompose en ses 14 panneaux.)
- de clous enfoncés dans l’épaisseur de leur bord ; on les maintient en outre au moyen d’étaux de bois qui les pincent de distance en distance. La coupe s’opère avec le tranchet, que guide une grande règle plate en acier. Le tracé du panneau à couper est fait au crayon en suivant exactement les contours d’un patron en papier.
- Le panneau 2-3 est compris deux fois dans fa largeur de la pièce; le panneau 1-2 se coupe dans la largeur avec le panneau 3-4; le panneau 0-1 avec le panneau 4-5. La surface presque entière des pièces est ainsi utilisée, et les déchets sont insignifiants.
- La figure 1 donne les cotes des panneaux dont la surface totale forme la sphère de 4000 mètres carrés, mais dans la coupe on augmente les dimensions des panneaux de 3 centimètres, afin de réserver la largeur de l’étoffe que nécessite la couture.
- Le dessin et les cotes d’un des 104 fuseaux nous donnent exactement toutes les mesures du ballon captif. On voit que les panneaux numérotés 6-7 et 7-8 (fig. 1) ont lm,07 de largeur à l’équateur. En multipliant ce chiffre par 104, nous avons la circonférence de la sphère : 111“,28. Nous avons encore la circonférence, en additionnant les hauteurs des panneaux qui forment un fuseau. Soit 12 panneaux à 4,1,,20 = 50‘i,,4; ajoutons à ce chillre 3,u,20 pour les deux panneaux polaires de lm,60, -H 2“*,04 pour les deux rayons des soupapes ; nous arriverons au total de 55m,64 pour la demi - circonférence. Multiplions par 2, nous retrouverons H1m,28 pour le méridien comme pour l’équateur.
- La circonférence do 11 lm,28 nous donne pour la sphère un diamètre de 35m,42 correspondant à un volume de 25 000 mètres cubes. Mais avec la tension du gaz dans le ballon
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- Fig. 3. — Coupe des fuseaux.
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- gonflé, le volume sera augmenté. M. Giffard a calculé que cette tension pourra donner une pression de 5 centimètres d’eau à la soupape inférieure. L’aérostat, sous cette pression, et par suite de son élasticité, atteindra 36 mètres de diamètre, correspondant à un cube qui dépasse 25 000 mètres.
- Gaston Tissandier.
- — 1,3 suite prochainement. —
- LA DIGESTION DES ARAIGNÉES1
- Les lecteurs de la Nature ont déjà eu sous les yeux le résumé de travaux sur la digestion des animaux articulés, par le savant professeur de l'Université de Gand, M. F. Plateau*. La suite de ses recherches vient de l’amener à j s’occuper de la structure de l’appareil digestif et de ses fonctions chez les Araignées dipneumones, bien moins connues sous ce rapport que les tétrapneumones, chez lesquelles la grande taille des Mygalides rendait les observations plus aisées. M. Plateau a surtout étudié dans ce groupe la Tégénaire ou Araignée domestique, qui tend ses toiles dans tous les coins abandonnés de nos maisons, l’Argyronète ou Araignée d’eau guettant les insectes aquatiques sous d’élégants dômes d’une toile argentée remplie d’air; les Épéires, ces grosses Araignées des jardins, dont les toiles en cercles concentriques vont d’une plante à l’autre, etc.
- Ces Araignées, qui peuvent supporter, même en été et pendant plusieurs mois, la privation complète de toute nourriture, après avoir blessé et empoisonné leur proie, sucentses liquides nutritifs, mais n’en avalent jamais aucune parcelle solide, et leurs résidus stercoraux ne contiennent vestige d’aucun débris d’Articulé. C’est du sang de leurs victimes que se repaissent exclusivement les Araignées. Je me souviens avoir vu une Araignée domestique suçant des gouttes de sang humain répandu sur un plancher. L’appareil digestif se compose, chez les Araignées, comme chez les autres articulés, outre les pièces de la bouche, de trois portions successives : un intestin buccal; un intestin moyen, siège principal de la digestion ; un intestin terminal, ayant pour rôle l’expulsion des résidus.
- L’intestin buccal présente à sa région terminale un organe fort intéressant, l’appareil de succion, servant à faire une sorte d’appel interne des liquides, des insectes, sur lesquels s’applique la bouche de l’Araignée. C’est une poche qui présente des dilatations successives, alternant avec des compressions, destinées à chasser le liquide dans les cæcums de l’intestin moyen. Ces mouvements ont lieu par l’action de deux ordres de muscles, des dilatateurs et des compresseurs. Dans cet intestin buccal se déverse une salive versée par une petite glande pharyngienne.
- L’intestin moyen présente dans la région du phalothorax, qui porte les quatre paires de pattes, huit cæcums latéraux, où les liquides pénètrent passivement sous l’action de la poussée de l’organe de succion ; la sécrétion de leur tunique interne, de rôle mal connu, n’est pas acide. C’est dans la portion abdominale de l’intestin moyen que s’opère la partie principale de la digestion, celle des albuminoïdes, des féculents et des graisses, sous l’action d’un liquide jau-
- * Recherches sur la structure de l'appareil digestif et sur les phénomènes de la digestion chez les aranéides dipneumones, par Félix Plateau, membre de l’Académie de Belgique; Une brochure in-8 ; Bruxelles, 1877.
- * Voy. tables des matières des années précédentes.
- nôtre, sécrété par une grosse glande abdominale, qui avait été improprement nommée foie. Ce liquide, très-légèrement acide, retirédu ventre des Araignées, dissout énergiquement l’albumine et la fibrine fraîche ou cuite. Il transforme rapidement le sucre de canne et la fécule en glucose, comme le suc pancréatique des grenouilles, et il émulsionne très-bien les graisses. La glande abdominale n’est pas un foie, bien que renfermant du glycogène, car son liquide n’a aucune des propriétés de la bile. M. F. Plateau est plutôt tenté de trouver dans cette glande un analogue du pancréas des vertèbres.
- L’intestin terminal présente un amas stercoral de couleur foncée, et reçoit en outre les produits de la sécrétion des tubes de Malpighi. De même que chez les insectes, les Myriapodes et les Phalangides, on doit considérer ces tubes, chez les Araignées, uniquement comine des organes dépurateurs urinaires. Ils versent au milieu des résidus un liquide d’un blanc crétacé, renfermant des corpuscules en sphères accolées et des cristaux microscopiques. Le liquide des tubes malpighiens est neutre, contenant des sels dissous, parmi lesquels le chlorure de sodium, et on y reconnaît toujours la présence de la guanine. Les résultats des recherches de M. F. Plateau sur la digestion des Araignées ont reçu une précieuse confirmation en raison de l’analogie de ceux obtenus sur la digestion de 1’Ecrevissc par M. Hoppe-Seyler, professeur de chimie physiologique de l’Université de Strasbourg. M. G,
- LES CONFÉRENCES DE LA SORBONNE
- L’intéressante conférence faite le 6 avril par M. Gaston Paris sur l’application au français de la science des langues pouvait, en quelque sorte, être considérée comme un exemple usuel des lois philologiques générales exposées par M. Renan dans la soirée du 2 mars. M. Paris a droit à des éloges d’autant plus mérités que l’éminent membre de l’Institut était sérieusement indisposé, et que, malgré une visible fatigue, il a dominé le mal jusqu’au bout et a toujours attaché ses auditeurs. Notre langue est assez parfaite par elle-même pour que l’introduction de néologismes y soit inutile, à l’exception des termes de la technologie scientifique; mais, si le français est un idiome complet, l’orthographe en est si vicieuse que, si une catastrophe anéantissait tous ceux qui le parlent, il ne serait pas possible aux survivants des autres peuples de reconstituer notre prononciation d’après les documents écrits. M. Paris, qui a divisé sa causerie avec une admirable méthode, s’est demandé successivement : Qu’est ce que le fi ançais, pourquoi le parlons-nous et que lui devons-nous ? et il s’est répondu : Le français appartient à la famille indo-européenne comme le prouve l’identité non-seulement de nombreuses racines, mais aussi celle de la forme des conjugaisons. Après le linguiste, qui étudie les langues en elles-mêmes, le philologue, qui s’occupe de leurs rapports historiques, constaterait que le français n’est que le latin transformé par le temps, et que le dialecte parisien est devenu la langue littéraire parce que les rois capétiens avaient d’abord été seulement comtes de Paris et ont conservé la même capitale quand leur pouvoir s’est étendu sur tout le royaume.
- Nous devons enfin, a conclu le professeur, simplifier l’orthographe pour la rapprocher du langage parlé.
- Samedi dernier, la conférence de M. Rlanchard sur la géographie zoologique et botanique a été une véritable ex-
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- jiédiiion autour du monde en compagnie du disert professeur. D’après les magnifiques explorations de l’abbé David, deM. Grandidier, deM.Filhol, il nous a promené au milieu de la flore et de la faune caractéristiques de l’empire chinois, de Madagascar, do la Nouvelle-Zélande ; avec les projections électriques il a fait admirer à ses auditeurs les formes étranges de ces animaux rares : l’aye-aye malgache, l’aplérix et le slrygops néo-zélandais qui rejoindront bientôt peut-être dans le cimetière des espèces éteintes le moa dont le massif et colossal squelette photographié et projeté sur l’écran a frappé d’étonnement les spectateurs.
- D’après les théories nouvelles, on regarde l’existence de ces espèces caractéristiques, telles que les perroquets néo-zélandais, dans des îles éloignées les unes des autres, comme la preuve de l’existence de terres, récemment disparues, qui auraient uni ces points isolés et auraient permis aux êtres incapables de braver la haute mer, de se rendre d’un point à l’autre. De même, l’identité presque absolue des formes animales et végétales sur les rives de la Méditerranée, situées sous le même méridien, en Europe et en Afrique (alors qu’elles diffèrent sensiblement de l’Orient à l’Occident), tendent à prouver qu’à une époque antérieure à la mémoire des hommes, mais appartenant cependant à la période géologique actuelle, cette mer intérieure ne s’étendait pas entre les deux parties du monde.
- 11 résulte de ces exemples que l’étude attentive et comparée des collections d’histoire naturelle rapportées de tous les pays, la ressemblance ou la dissemblance des types qu’elles comprennent, est aujourd’hui un moyen d’investigation pour la géographie physique et permet d’établir l’histoire de la transformation des continents et de présumer quelle devait être la disposition relative des terres et des mers dans les temps antédiluviens.
- A l’occasion de la séance générale de l’Association scientifique de France, une conférence complémentaire a été faite le jeudi25 avril, à huit heures et demie du soir, par M. Bertrand, directeur du musée de Saint-Germain, sur les peuples préhistoriques de la région centrale de l’Europe. Charles Bolssay.
- LES INDIGÈNES
- DE LA NOUVELLE-CALÉDONIE
- ET I.ES RESSOURCES DE LA COLONIE.
- (Suite et fin. — Voy, p. 5)2.)
- Les Néo-Calédoniens— comme toutes les peuplades de l’Océanie — sc nourrissant presque exclusivement d'ignames et de taros, ont naturellement donné tous leurs soins à la culture de la terre ; ils obtiennent généralement de belles et abondantes récoltes de ces deux plantes. Ils ont des taros toute l’année ; l’igname se plante en octobre et se récolte en avril : c’est la nourriture de prédilection du Canaque.
- Les terrains en pente, avoisinant la route de Ka-nala à Oitrail, surtout aux environs du village de Ruiné (4 kilomètres de ce premier poste) sont garnis de magnifiques et vastes tarodières, intelligemment arrosées.
- Les Canaques ont un grand nombre de cocotiers, mais ils ne font pas des fruits de cet arbre leur aliment habituel. Ils se nourrissent, en outre, de
- poissons qu’ils se procurent au moyen de sagaies et de filets confectionnés avec beaucoup d’art. Il n’est pas rare de voir certains de ceux-ci dépassant 40 mètres de longueur sur plus de 1 mètre de hauteur.
- Les Canaques vont à la pêche, montés sur des pirogues simples ou doubles obtenues en creusant d’énormes troncs d’arbres : la longueur de ces embarcations varie entre 5 et 15 mètres. Les indigènes se servent, pour naviguer, de voiles en paille et de pagaies. Les coquillages, les crabes, les homards, les langoustes sont également recherchés par eux. Ils mangent aussi d’énormes sauterelles qui vivent sur les cocotiers.
- Leurs repas se terminent toujours invariablement par la succion de tiges de la canne à sucre indigène, qui croît admirablement et dont les espèces sont aussi variées que bonnes. Ils élèvent des porcs, des volailles, dans l’intention principalement de les vendre aux blancs, afin de se procurer du tabac, un peu d’étoffe, et de préférence des spiritueux qu’ils commencent à aimer.
- Le vêtement est d’une simplicité tout à fait primitive: il n’a pour but principal que de protéger les parties sexuelles. Il porte le nom de Niu, chez l’homme, et de N'diu, chez la femme. On commence pourtant à voir, à Kanala, quelques Canaques des deux sexes vêtus à l’européenne, mais en petit nombre.
- Les indigènes, hommes ou femmes, fument avec passion une sorte de tabac américain, très-fort, en ligues ou en tablettes. Leurs fêtes, qui n’ont lieu qu’une fois l’an, en avril et mai, au moment de la récolte des ignames, sont nommées pilus-pilus. Ce sont de grandes danses qui durent toute la nuit. Elles sont précédées de festins dont l’igname, le taro, les coquillages, le poisson, la tortue et la canne à sucre font à peu près tous les frais. Les chefs profitent de ces réjouissances pour s’inviter et échanger des cadeaux.
- Il y a quelque vingt ans, un pilu-pilu n’aurait pas été complet, s’il ne s’y était mangé de la chair humaine. La victime désignée était généralement un voleur ou une femme adultère : ces deux genres de coupables étant autrefois punis de mort.
- Voici deux faits, dont je puis garantir l’exactitude et qui prouvent la véracité de ce que j’avance.
- M. Albaret, un fort respectable colon établi à Kanala depuis longtemps, s’était plaint un jour au chef Gélima de la disparition d’un mouchoir qu’on avait mis à sécher. Celui-ci, après avoir découvert le voleur, ne voulait rien moins que le pendre ; il fallut toute l’insistance du planteur pour que cet acte de justice sommaire ne lût point exécuté. Ceci sc passait il y a une quinzaine d’années.
- Une autre fois, en 1871, toujours sur le même point de la côte, le poste de garde fut réveillé, une nuit, par des cris perçants et lamentables partant d'un petit village canaque, situé au-dessous, où résidait alors le chef de la religion, Grandin. L’officier prévenu envoya immédiatement quelques hommes;
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- pour s’enquérir de la cause de ce bruit et à pareille heure. Ils arrivèrent à temps pour délivrer et sauver d’une mort certaine une pauvre femme convaincue d’adultère et qui, liée à un arbre, allait servir de cible aux sagaies des tayos.
- S’il est vrai que le Canaque marié est de la dernière sévérité pour tout ce qui a trait à la conduite de sa femme, il faut avouer que celle-ci — par une sorte de compensation que je me garderai bien d’approuver — a pu, étant jeune tille, jouir de la plus grande liberté poussée même jusqu’à la licence.
- Les Néo-Calédoniens raffolent des divertissements; il n’est pas rare de voir des tribus entières faire jusqu’à vingt lieues pour prendre part au pilu-pilu dont nous venons de parler. La danse est accompagnée de grands cris, poussés avec une certaine cadence, et de bruits rhythmés produits par des morceaux d’écorce d’arbre qu’un certain nombre d’entre eux frappent les uns contre les autres. Ces sortes de tapettes, Komboué, en dialecte kanalien (qui est celui dont je me sers toujours), ont une forme triangulaire et sont confectionnées avec l’écorce d’une espèce de figuier (ma-un des indigènes). L’intérieur de l’instrument, pour renforcer le son, a été garni d’écorce de niaouli (Maleuca leueodendron et M. ve-ritifolia), arbre très-répandu dans l’ile où il rend beaucoup de services à cause de sa solidité et de la longue durée des pieux, madriers, planches, qui en sont tirés. (L’écorce de niaouli, qu’on enlève en larges bandes sans que l’arbre en souffre, est employée à plusieurs usages et entre surtout dans la confection des cases.) La danse, comme je l’ai dit plus haut, dure jusqu’au jour. La fraîcheur de la nuit, la rosée qui est fort abondante, donnent alors naissance à un grand nombre de rhumes qui, négligés, amènent presque toujours la mort de ceux qui en sont atteints. Il y a environ mille à douze cents individus des deux sexes, prenant part aux pilus-pilus; ces fêtes ont lieu actuellement à Ka-nala. Les enfants se garderaient bien d’en manquer un seul.
- Les armes des Canaques sont d’une grande simplicité et fort peu redoutables pour nos soldats. Elles consistent en casse-tête (sortes de masses d’armes en bois très-durs), sagaies, flèches, pierres taillées, lancées au moyen de frondes, etc.
- Les condamnés français aux travaux forcés, ou les transportés1—c’est le nom sous lequel on les désigne en Nouvelle-Calédonie — redoutent et détestent les indigènes qui le leur rendent bien. Voici l’explication de cette haine réciproque. Dès qu’une évasion est constatée, on hisse un drapeau sur un blockhaus, qui domine la plus vaste vallée de Kanala et de tous les points de laquelle il est aperçu : c’est le signal connu. Les Canaques se mettent alors im-
- 1 Les transportés, qui sont ;\ la Nouvelle-Calédonie au nombre de 10 000 environ, sont employés à de grands travaux d’utilité publique, ainsi qu’à ceux de l’agriculture, qui leur est enseignée dans les magnifiques fermes modèles de Kanala, Uourail et Qurail.
- médiatement en chasse, aiguillonnés qu’ils sont par la prime de vingt-cinq francs qu’obtient le naturel assez heureux pour mettre la main sur l’évadé; celui-ci quand il est saisi par les indigènes est ramené garrotté au chef de l’arrondissement, commandant territorial. Il est rare que, dans ces conditions, un condamné puisse rester dehors plus de deux ou trois jours.
- Les naturels ne vivent généralement pas vieux, surtout depuis que l’amour des boissons alcooliques a pénétré chez eux, y faisant de grands progrès ou, pour parler plus exactement, de grands ravages. Aussi la population noire de la Nouvelle-Calédonie décroît-elle chaque jour, avec assez de rapidité. Les morts ne sont pas enterrés, mais placés sur des arbres, à de grandes distances des habitations et dans la montagne. L’air que respirent les vivants n’est point ainsi infecté par les émanations putrides des cadavres en décomposition.
- A l’occasion de la mort d’un chef ou d’un indigène d’une certaine importance, on fait un pilu-pilu de deuil dans lequel hommes et femmes entièrement barbouillés de blanc et portant des torches, versent des pleurs plus ou moins sincères en poussant de grands cris pour exprimer la douleur qu’ils ressentent ou font semblant de ressentir. Il existe encore, quand un chef ou aliki meurt, une coutume barbare bien préjudiciable aux colons : c’est de mettre ce qu’ils appellent un tabou sur les cocos. Cela consiste à défendre, sous les peines les plus sévères pour l’aborigène qui le violerait, de toucher un seul coco pendant six mois, un an et quelquefois plus. Pendant ce laps de temps, le cultivateur qui élève des porcs, très-friands de ce fruit, les voit dépérir. Il ne peut également plus se livrer à la préparation de l’huile de coco, à celle ducobraA.; opérations généralement lucratives, car il achète à très-bon compte, aux naturels, les noix qui lui sont nécessaires pour cette fabrication.
- Le tabou, à l’expiration du délai fixé, est levé avec une certaine solennité par le nouveau chef et les vieillards de la tribu qui ont contribué à le faire décréter et à en déterminer la durée. A cette occasion, de grands repas et un pilu-pilu ont également lieu. C’est le moment de dire ici que, chez ces Océaniens, de même que chez beaucoup d’autres peuples, les hautes fonctions sont toujours dévolues aux plus avancés en âge; le chef ne manque jamais de consulter ces hauts fonctionnaires dans les circonstances graves. Les représentants de l’autorité française qui sont habituellement, comme je l’ai déjà dit plus lurut, des officiers d’infanterie de la marine, et qui portent le titre de chefs d’arrondissement ou chefs de poste, font tous leurs efforts pour arriver à la suppression de cette coutume sauvage du tabou; et ils y sont heureusement, chacun de leur côté, à peu près parvenus dans les environs de leurs chefs-lieux respectifs.
- 1 Noix de coco séchée au soleil, fort utilisée dans la parfii mcric fine. ^
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- Un village Canaque de la Nouvelle-Calédonie. (D'après une photographie.)
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- LA NATURE.
- Tous les détails que je AÛens de fournir sur les indigènes de la Nouvelle-Calédonie, sur leur manière de vivre, je les ai recueillis pendant mon long séjour à Kanala; aussi s’appliquent-ils, d’une manière plus spéciale, aux naturels de cette partie de l’île. Mais j’ai pu, toutefois, me convaincre, par mes excursions, par mes voyages, que sur tous les autres points de la côte, hommes et choses indigènes présentent partout la plus grande analogie. Il n’y a qu’une chose qui varie, c’est la langue : on y compte, en effet, dans la Nouvelle-Calédonie, au moins une vingtaine de dialectes différents.
- La gravure ci-jointere présente, d’après une photographie, un village canaque, dont on distingue deux cases d’habitation. Ce village est remarquable par sa situation au milieu d’une végétation luxuriante; les arbres et la verdure amoncelés donnent une juste idée de la richesse du sol de la Nouvelle-Calédonie, où nos compatriotes peu fortunés trouveraient in-failliblementà conquérir par le travail, le bien-être, parfois si difficile à se procurer dans la vieille Europe *.
- A. Serph.
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- CHRONIQUE
- Le trentième pont de Paris. — A la fin des articles assez complets que nous avons consacrés dans la Nature (quatrième année, 1876, deuxième semestre, p. 7 et 70) à l’histoire des ponts de Paris, nous disions qu’un pont élait projeté entre Grenelle et Passy à la tête d’amont de l’ile des Cygnes. L’Exposition universelle, en obligeant d’interdire le pont d’Iéna à la circulation publique, pour le réserver exclusivement à la jonction intérieure des deux parties de l’Exposition ; le Champ de Mars et le Trocadéro, a beaucoup accéléré la construction du passage qui, temporairement, supplée au pont d’Iéna et qui, plus tard, supprimera encore un détour très-notable entre Grenelle et Passy. La nouvelle passerelle a dù être réservée aux piétons, le peu de hauteur des quais n’ayant pu permettre d’établir un passage à leur niveau, tout en laissant sous les aiches une hauteur libre suffisante à la navigation. Aussi, comme au pont des Arts, on accède au tablier par quelques marches. Le pont se compose de six arches en fer, trois sur chaque bras, séparées par quatre piles tubulaires en fonte et la culée centrale de l’ile des Cygnes. La largeur de la passerelle n’est que de 6 mètres 50, mais sa longueur totale atteint 210 mètres. Le système des piles tubulaires, foncées par l’air comprimé, dont on fait un si large usage pour la fondation des viaducs de chemin de fer depuis quelques années, n’avait pas encore été appliqué à Paris. Cette passerelle, qui a pris le nom de pont de Passy, est la quatrième qui franchisse la Seine dans Paris, les autres sont le pont des Arts et les passerelles de l’Estacade et Saint-Charles (que l’on avait l’intention de démolir, mais qui semblent devoir être maintenues). Les
- * Ceux de nos lecteurs désireux d’avoir de plus amples détails
- ' notre lointaine et riche possession, au point de vue minier principalement, les pourront trouver dans le Charbon, journal des mines,'qui publie depuis le 7 mars dernier une étude du même auteur intitulée : Excursion minéralogique autour et à l’intérieur de la Nouvelle-Calédonie,
- travaux ont été conduits avec une extrême rapidité ; commencé le 12 septembre 1877, le pont de Passy a été inauguré le 14 avril 1878. Charles Boissay
- Le nouveau Conseil de l’Observatoire de Paris. — Par décret en date du 17 avril, rendu sur la proposition du ministre de l’instruction publique, des cultes et des beaux-arts, ont été nommés, pour trois ans, membres du conseil de l’Observatoire de Paris : MM. Dumas, secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences ; Faye, membre de l’Académie des sciences, président du Bureau des longitudes; Liouville, membre de l’Académie des sciences et du Bureau des longitudes ; le commandant Mouchez, membre de l’Académie des sciences et du Bureau des longitudes; le colonel Laussedat, représentant le département de la guerre ; le chef d’escadron d etat-major Perrier, représentant le département de la guerre; le vice-amiral Julien de la Gravière, représentant le département de la marine et des colonies; le vice-amiral Cloué, représentant, le département delà marine et des colonies; Hervé Man-gon, membre de l’Académie des sciences, représentant le département de l’agriculture et du commerce; Tisserand, directeur de l’Institut agronomique, représentant le département de l’agriculture et du commerce.
- Société de Géographie. — La Société de géographie a procédé au renouvellement de son bureau, qui se trouve ainsi composé pour 1878-79:
- Président : M. le vice-amiral baron de La Roncière Le Noury, sénateur. Vice-présidents : MM. le baron de Walte-yille, directeur au ministère de l’instruction publique ; Émile Levasseur, membre de l’Institut. Scrutateurs: MM. Charles Gauthiot ; le commandant Roudaire Secrétaire : M. le docteur E. T. Ilamy. Membre de la commission centrale : M. H. Bionne.
- Sur trois bolides observés en janvier et février 1878, à Dninblain (Vosges) et A Chaumont (Haute-Marne), par M. Guyot. — l°Le 12 janvier, à 9 heures 25 minutes du soir, à Pamblain, un bolide se montra dans la constellation de la Lyre, et parcourut, pendant l’espace de 80 secondes environ, une ligne, dans la direction de Saturne. Il s’arrêta au-dessus de l’Aigle. Là il éclata, mais je n’ai entendu aucun bruit. Avant l’explosion, son éclat était légèrement bleuâtre ; il devint d’un beau vert lors de la fragmentation du météore. — La grosseur de ce bolide était environ le dixième du disque lunaire. Il n’y eut aucune traînée lumineuse dans la trajectoire.
- 2° Le deuxième bolide que j’ai constaté à Damblain s’est montré le 4 février 1878, à 10 heures 15 minutes du soir. Le ciel était nuageux au nord-nord-ouest; les nuages avaient été colorés en jaune-orangé au moment du eouchet du soleil. Le météore lumineux s’est montré au nord-nord est ; il était animé d’un mouvement assez lent vers le sud-sud-est. Sa hauteur était d’environ 25 degrés au-dessus de l’horizon et sa grosseur d’environ 7 dixièmes de celle de la lune. — Traînée lumineuse légèrement rosâtre. Ce bolide disparut sans que je pusse voir sa séparation en fragments; mais, environ deux minutes après le commencement du phénomène, j’entendis un bruit lointain ressemblant au roulement d’un caisson d’artillerie sur des pavés. J’étais, au moment de cette observation, sur la route de Breuvannes à Blevaincourt, à l’entrée du bois de la Re-bécucil,
- 3" Le 20 février 1878, voyageant sur la route de No-gent à Chaumont, je vis, un peu avant d’entrer dans celte
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- dernière ville, à 10 heures 40 minutes du soir, un bolide dont le nucléus était le sixième du diamètre lunaire. En GO secondes il parcourut, sans traînée lumineuse, la tra-jection suivante: Début près des étoiles s et 8 de Cassiopée; il enlre ensuite dans Persée, passe près de 6 et % et continue sa course vers les Pléiades, en coupant v de Persée et Algol et en passant à droite de x, de la même constellation. II fit explosion près des Pléiades, en produisant une lumière d’un vert éblouissant. Un fragment de bolide se dirigea vers A du Taureau ; un autre remonta vers le nord, en entrant dans la constellât ion du Cocher et disparut vers Ô. Un troisième fragment se dirigea à l’ouest et se perdit dans le Bélier. — Ail heures 5 minutes, brouillard intense sur Chaumont et ses environs.
- Éclairage sons-marin, système Barnette et Foster. — Ces inventeurs ont adopté, pour les opéra-lions à effectuer à l'aide du scaphandre, un appareil d’éclairage dont l’idée a dù leur être inspirée par le système Drummond, et qui consiste en une lampe à alcool dont la combustion est activée par un jet d’oxv-gène pur. Ce gaz est comprimé à la pression de 30 atmosphères dans une boîte cylindrique en fer forgé, reliée à la lampe par un tuyau flexible. Des soupapes sont disposées pour permettre la sortie des produits gazeux de la combustion. L’approvisionnement ordinaire de gaz fournit une lumière brillante pendant un intervalle de quatre heures. Le principal avantage de cet appareil est de supprimer les tuyaux et les autres moyens de communication que comportent les procédés d’éclairage employés jusqu’à présent. Cette question a été résolue d’une autre manière par MM. Heinlh et Davis au moyen de l’électricité. Les lentilles et le réflecteur sont remplacés par un cylindre en verre qui se visse sur le casque du plongeur et qui contient une lampe électrique en cuivre poli. Les charbons sont disposés de façon à durer environ quatre heures sans être renouvelés, et l’électricité est fournie par une pile composée de 20 à 40 éléments Bunsen, suivant l’intensité de la lumière à obtenir. Le fond de la lampe est muni de boîtes à étoupe d’un nouveau système, dans lesquelles passent les fils électriques, et dont les dispositions permettent d’établir ou d’interrompre à volonté la communication avec la pile sans être obligé de séparer les fils. Le poids total de cet appareil, qui fournit une lumière d’une intensité équivalente à celle de 20 000 bougies-étalons, est d’environ 27 kilogr., en y comprenant les plaques de plomb dont il est muni à sa partie inférieure.
- Les étoiles doubles. — Le docteur Doberck a calculé que l’étoile \ du Bouvier opère sa révolution dans l’espace d’environ 127 ans. Le même astronome vient de déterminer les orbites de 13 étoiles doubles, et il a, de temps à autre, fait part de ses observations à l’Académie irlandaise. On peut féliciter le colonel Coopcr, à l’observatoire duquel a travaillé le docteur Doberck. On n’a pas encore pu déterminer avec précision la durée de la révolution opérée par le g du Verseau ; mais voici des observations dont M. Doberck garantit l’exactitude : y de la Couronne boréale opère sa révolution en 95 années et demie.
- I du Scorpion opère sa révolution en 95 années et près de 11 mois.
- w du Lion opère sa révolution en 100 années et près de 10 mois.
- t d’Ophiuchus opère sa révolution en 185 années et près de 3 mois.
- n de Cassiopée opère sa révolution en 222 années et près de 5 mois.
- y d’Ophiuchus opère sa révolution en 241 années.
- 44 du Bouvier opère sa révolution en 261 années et près de 2 mois.
- g.* du Bouvier opère sa révolution en 291 années et près de 2 mois.
- 36 d’Andromède opère sa révolution en 349 années et près de 2 mois.
- y du Lion opère sa révolution en 402 années et près de 7 mois.
- s de la Couronne boréale opère sa révolution en 843 années et près de 3 mois.
- On porte aujourd’hui à 25 le nombre des étoiles doubles dont les orbites ont été calculées avec plus ou moins de précision par différents calculateurs. L’étoile 42 de la Chevelure de Bérénice est celle qui opère sa révolution dans le plus court espace de temps (2o années et 9 mois). En 1845 et en 1870-1871, cette étoile paraissait simple, au dire de M. Dubiago, de l’observatoire de Pulkova ; 6 dixièmes de seconde constituent la plus grande distance qui la sépare de sa compagne.
- (Nature de Londres.)
- ACADÉMIE DES SCIENCES.
- Séance du 22 avril 1818. —- Présidence de II. F'ukau.
- Machine solaire. — Pendant un repos de dix-huit mois en Afrique, où M. Mouchot a été chercher le soleil chez lui, l’ingénieux inventeur de la machine solaire, que nos lecteurs connaissent bien (voy. 4“ année, 1876, 1er semestre, p. 102), est parvenu avec un simple miroir de 18 centimètres carrés à développer jusqu’à neuf calories par minute. M. Mouchot a construit pour l’Exposition un i machine solaire dont le miroir a 25 mètrea superficiels et qui actionne une puissante machine à vapeur.
- Photomegascope. — Tel est le nom que le Dr Fano donne à un instrument destiné à explorer les diverses parties de l’œil afin d’y découvrir les lésions de la cornée, de la chambre antérieure de l’iris, du cristallin. L’auteur, pour rendre ces lésions plus apparentes, opère de la manière suivante : une des mains tient une lentille bicon. vexe qui permet de faire tomber le foyer des rayons lumineux émis par une lampe sur la coi née ou la pupille; l’autre main est armée d’une loupe avec laquelle on observe les lésions du segment antérieur de l’œil. Ce mode d’exploration permet de découvrir les vaisseaux les plus ténus et les épanchements plastiques miliaires de la cornée ; les plus petites synéchies postérieures, les dépôts de pigment sur la capsule, les fausses membranes les plus ténue/ de la pupille, les opacités cristalliniennes antérieures les moins avancées. Fondé sur ce principe, l’appareil est très simple : une lentille de trois pouces de foyer et de trois centimètres et demi de diamètre est enchâssée dans un tube de trois centimètres de long. Un manche se visse à la partie inférieure du tube pour être tenu dans la main. Cette lentille sert de loupe; c’est à travers elle qu’on observe les lésions du segment antérieur de l’œil. Celui-ci est éclairé par l’artifice suivant : un second tube de quatre centimètres de long est articulé au moyen d’une double charnière avec le premier, de façon à pouvoii recevoir des inclinaisons variées. Il renferme une lentille biconvexe de deux pouces et demi de foyer qui glisse dans une double rainure du tube, de façon qu’on peut les rapprocher plus ou moins de l’ouverture postérieure ou antérieure du tube, ce qui a pour but de faire tomber
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- LA NATURE
- le foyer de celle lentille sur la cornée ou la pupille. L’emploi de l’instrument est facile. L’observateur et l’observé s’asseyent l’un en face de l'autre. Sur une table placée à gauche du malade, on dispose une lampe dont la flamme a une intensité moyenne à une certaine distancée;) avant du sujet. L’observateur lient le manche de l'appareil dans la main gauche et place l’ouverture du tube, qui fait corps avec le manche de l’instrument, à une très-faible dislance du pourtour de l’orbite, en recommandant au malade d’ouvrir largement les paupières. Avec la main droite, il donne au second tube, celui qui renferme la lentille mobile, une inclinaison telle, que les rayons lumineux, partis de la flamme de la lampe, passent à travers le tube et le verre, de façon à venir former leur foyer sur la cornée ou la pupille suivant la partie de l’œil qu’on veut examiner. L’observateur regarde à travers la lentille du tube qui te continue avec le manche; cette lentille fait l’office de loupe. Si le sujet n’ouvre pas suffisamment les paupières , l'une des mains de
- l’observateur restée écarte les voiles.
- libre
- Physique solaire. — Le savant spectroscopisle italien, M. Tacehini, adresse le résumé de ses observations solaires pendant le premier trimestre de 1878. Il n’y a eu que 42 jours suffisamment beaux et, ils ont montré une grande rareté de taches. Du 10 février au 2 mars il ne s’est pas présenté une seule tache.
- Au contraire, les granulations sont très-belles.
- Arséniure métallique.
- — En traitant les arsé-niates métalliques par le cyanure de potassium à une température élevée,
- M. Descamps détermine la production d’arséniure métallique à composition très-définie. Celte méthode
- permet de fournir des résultats précis à l’égard des composés mal étudiés jusqu’ici.
- Géologie des Alpes. — Dans une très-intéressante communication sur la structure générale des Alpes, M. Lory a rendu éclatante justice à Cordier qui a décrit la constitution de cette chaîne avec une sûreté admirable. La conclusion de l’auteur est que les deux grands massifs du Mont-Blanc et du Mont-Rose représentent réellement des chaines de ploiement comparables à l’échelle près au Jura et qui ont été modifiées par des failles et par des phénomènes intenses de dénudation. Dans celte manière de voir, le Brevent, constitué par des gneiss, représente l’axe d’une chaîne dont le Mont-Blanc est le versant oriental. La structure en éventail de ce dernier serait un effet du froncement, et non pas de compression latérale, comme on l’a dit récemment. 11 nous paraît que celte opinion demande encore à être étayée de preuves. Stanislas Meunier,
- Halo solaire ob ervé à Bordeaux le i avril 1S78, à -llfc.lO nutio.
- CORRESPONDANCE
- I1AI.0 SOLAIRE OBSERVÉ A BORDEAUX LE i AVRIL 1878.
- Monsieur 1e directeur,
- Au moment où je vous écris (4 avril, H h. 10 m. du malin), un phénomène météorologique très-rare en France s’épanouit dans toute sa splendeur au-dessus de Bordeaux.
- Je veux parler d’un magnifique halo solaire.
- Le ciel est à demi voilé par de légers cumulus, si transparents qu’ils laissent apercevoir quelques cirrus flottant dans les régions supérieures. Sur ce fond vaporeux, d’un gris blanchà're très-fatigant pour l’œil, se dessine nettement un cercle zénithal de 80° de diamètre (vov.
- le croquis ci-joint). Ce cercle, bien parallèle à l’horizon , passe par le soleil, dont il a deux fois et demie la largeur; il est très-nettement délimité et tranche par son blanc pur et vif avec la teinte générale du ciel. Il s’affaiblit un peu vers le nord , mais reste partout très-visible. 11 est coupé par un second cercle ou plutôt par un arc de cercle, dont la concavité regarde le soleil, et qui intercepte sur le premier arc d’environ 120°.
- Ce second arc de cercle olfre, très-vives, les couleurs du spectre.; mais contrairement à ce qui a lieu pour l’arc-en-ciel, le rouge est tourné du côté du soleil. Son diamètre paraît être plus grand que celui du cercle zénithal.
- Il dépasse celui-ci à l’est et à l’ouest de 40° environ. Aux points d’intersection avec le cercle zénithal, il produit deux foyers lumineux: l’un à l’est reste peu brillant, l’aulre à l'ouest est éblouissant et forme une véritable parhélie, dont le disque, vu à travers un verre noirci, ne diffère pas sensiblement de celui du soleil pour l’éclat et le rayonnement.
- Vers 11 heures et demie, le phénomène diminue d’in tensilé ; à midi tout avait disparu.
- Les phénomènes de ce genre, avec les circonstances de cercle passant par 1s soleil, etc., se produisent fort peu souvent; aussi les personnes qui ont vu celui de ce matin en ont été vivement frappées.
- Veuillez agréer, etc. E. Rodier.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tjssandier.
- Cohbeil. T jp et stur. Cbbts.
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- N# 257
- 4 MAI 1 878,
- LA NATURE.
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- LA RÉCENTE ÉRUPTION DE L’HÉCLA
- EN ISLANDE FÉVRIER-MARS 1 878.
- Nous avons annoncé que l’Héela était entré en éruption le 27 février 1878 (n° 255 du 20 avril j 1878, p. 334) ; cette imposante manifestation des feux souterrains s’est prolongée pendant plus de trente jours consécutifs. Nous sommes heureux de pouvoir compléter aujourd’hui les documents succincts que nous avons publiés à ce sujet, et de placer sous les yeux de nos lecteurs un dessin remarquable |
- représentant le singulier panache de fumée et de cendres que le volcan islandais a vomi de son cratère au-dessus d’une colonne de feu.
- Ce dessin a été exécuté d’après un croquis du capitaine A. Ambrosen, commandant le steamer danois le Valdemar, qui fait le service entre l’Islande, les îles Féroë, Lcith et Copenhague.
- « Le matin du 24 mars, vers 5 heures, dit un des voyageurs, en poursuivant la route le long de la côte de Reykjavik, et nous dirigeant vers les îles Féroë, les passagers furent témoins de la grande éruption volcanique. Elle paraissait prendre naissance dans une vallée à peu près à 5 milles de l’Ilé-cla, sur un point situé à 1500 pieds environ au-
- L éruption de l’Ilécla en Islande. D’après un croquis lait à bord du steamer danois le Valdemar, le 24 mars 1878. + Mont Ilécla. -+- -+- Tin Fjeld. -+- 4- + Osler Jôkull. -4- + a + Mirdahl Jôkull.
- dessus du niveau de la mer, ou 3500 pieds au-dessous du sommet de l’Héela. Les flammes montaient à une immense hauteur dans les airs et paraissaient deux fois plus élevées que la montagne elle-même. Il y avait une brise de vent qui soufflait du nord et poussait les flammes, les cendres et la fumée dans la direction du sud. Le capitaine Ambrosen fit un croquis très-exact reproduisant l’aspect du phénomène vu de la mer. C’est ce croquis qui vous est envoyé. » (Voy. la gravure ci-jointe.)
- Quatorze jours auparavant, on avait ressenti des secousses de tremblement de terre dans toute File, et les éruptions avaient continué avec plus ou moins de violence depuis cette époque. — D’après un récent article publié dans Y Écho, il y a encore
- <i* auuée — 1tr stmtslre
- en Islande vingt-cinq volcans plus ou moins actifs, quelques-uns n’étant que de simples solfatares ; le plus violent est l’Héela.
- Lors de la grande éruption de 1845, qui est le plus terrible cataclysme dont on ait gardé le souvenir en Islande, les cendres projetées recouvrirent les prairies, les cultures, de telle sorte que presque tout lfe bétail de l’île périt. Le sable volcanique a le double effet de scarifier les organes intestinaux des bestiaux et de limer les dents des animaux qui survivent, ce qui les rend incapables de mâcher, de ruminer, et, par suite, leur enlève les fonctions de l’acte de la digestion. Cette matière pulvérulente continua à tomber très-abondamment sur File tout entière pendant deux ans après l’éruption, et
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- LA NATURE.
- causa des dégâts incalculables. L’histoire écrite de l’Islande a enregistré vingt-trois éruptions de l’Hécla entre 1004 et 1766, séparées par des intervalles de temps variant de six à soixante-six ans; celle de 1766 fut une des plus désastreuses, et le cône de la montagne brûla pendant trente années consécutives. Une autre éruption eut lieu en 1839, avant celle de 1845 dont nous venons de parler.
- Le mont Hécla n’a que 4795 pieds de haut; il a toujours eu la réputation dans le pays d’être hanté par les esprits et les fantômes, et encore aujourd’hui son nom seul jette l’épouvante parmi les habitants. Nous croyons que sir Joseph Banks est le premier qui ait fait l’ascension de la montagne en 1772i.
- Gaston Tissandier.
- DES ALTÉRATIONS OU MALADIES DES TINS
- ET DE LEUR TRAITEMENT.
- Anciennement on admettait en principe que les altérations qui se produisent dans les vins, et que l’on appelle maladies des vins, avaient pour cause un principe organique azoté, un corps albuminoïde, une matière végéto-animale qui, par la fermentation en présence des éléments du vin, produisait, par le transport de l’oxygène de l’air dans la matière azotée, de nouvelles combinaisons qui constituaient les alté-ations particulières et spéciales des vins. Telle était l’opinion théorique des savants les plus autorisés de l’époque, Chaptal et plus tard Liebig. Mais, il y a quelques années, M. Pasteur, par ses éminentes et savantes recherches, démontra que ces mêmes altérations ou maladies des vins avaient pour origine des êtres organisés cryptogamiques et parasitaires, qu’il désigna sous Je nom de micodermes, et que chaque maladie possède son micoderme particulier. C’est ainsi qu’il nomme micoderma-vini celui qui constitue déjà une première altération du vin et qui est connu vulgairement sous le nom de fleurs, et mico-derma-aceti celui qui produit l’acescence; enfin il y a aussi les micodermes spéciaux aux maladies du tourné ou poussé, de l’amer, de la graisse ; cette dernière altération affecte principalement les vins blancs, et M. Pasteur dit que le germe du parasite qui la produit prend naissance dans les grains du raisin qui ont pourri sur le cep.
- Le micoderma-vini se développe surtout dans les vins nouveaux ou peu âgés, les vins vieux ayant perdu l’aptitude de nourrir le micoderma-vini; c’est le micoderma-aceti qui apparaît alors et la maladie de l’acescence y fait des progrès rapides, par la propriété que possède le micoderma-aceti d’absorber l’oxygène de l’air et de convertir l’alcool en eau et en acide acétique, tandis que le micoderma-vini transforme l’alcool en eau et en acide carbonique,
- * D’après le Graphie de Londres.
- et dans ce dernier cas l’altération du vin consiste seulement dans un affaiblissement de sa force alcoolique, affaiblissement peu apparent et n’affectant pas la qualité du vin, comme goût.
- Le fait admis, nous allons examiner quels sont les agents que l’on peut pratiquement employer pour remédier aux maladies dont les causes sont aujourd’hui parfaitement connues, grâce aux beaux travaux de M. Pasteur, ainsi que nous l’avons plus haut succinctement indiqué. Je ferai toutefois remarquer que les agents que j’ai mis en pratique pour remédier aux altérations ou maladies des vins, à une époque déjà reculée et en présence de l’ancienne théorie, se trouvent également efficaces en présence de la nouvelle théorie établie par M. Pasteur.
- En effet, l’acide sulfureux, le tannin, l’alcool ont la propriété de précipiter les matières végéto-anima-les ou albuminoïdes, matières auxquelles on attribuait jadis la cause de l’altération des vins, et ces mêmes agents ont à peu près la même action sur les organismes cryptogamiques, désignés sous le nom générique de micodermes. Il a fallu qu’il en soit ainsi pour que pendant plus de vingt années de pratique j’aie obtenu toujours des résultats satisfaisants du traitement des vins par la méthode que je vais décrire; mais je dois néanmoins ajouter que dans tous les cas les vins à traiter ne doivent être que dans la première période d’altération, car lorsque la maladie est trop avancée, il n’y a aucun remède capable de les ramener à leur état normal, exigible pour la consommation.
- Les altérations que les vins éprouvent proviennent le plus souvent du défaut de soins de la part des propriétaires qui négligent de prendre, pour la préparation et la conservation de leurs vins, les précautions nécessaires que l’on ne devrait jamais dédaigner, même lorsqu’il s’agit des vins les plus inférieurs comme qualité. Ce manque de soins de toutes sortes est la cause du développement des organismes parasitaires qui entraînent la perte du vin.
- Pour les vins rouges la maladie de la pousse est la plus commune dans notre contrée (département de la Vienne). Dès qu’on peut la constater, il faut opérer un soutirage, puis, pour une pièce de 270 litres, jauge du pays, prendre un litre devin blanc, saturé de gaz acide sulfureux et additionné de 100 grammes de crème de tartre (bitartrate de potasse). On versera ce vin dans la pièce à traiter et on y ajoutera 20 grammes de gomme kino dissous dans un litre d’esprit-de-vin, ensuite on fouettera bien le vin qui sera laissé au repos pendant quinze jours, après lesquels on devra opérer un collage aux blancs d’œufs et procéder à un nouveau soutirage dans un fût ayant bonne lie, après douze ou quinze jours de séjour du vin sur colle.
- Lorsque le vin est ainsi traité dans la première période de la maladie, on est certain de le ramener à son état normal. Le même traitement peut aussi être appliqué avec le même succès aux vins qui commencent à tourner à l’amer; c’est par une longue
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- pratique que la certitude en a été acquise. Il convient également pour traiter les vins ayant un faible commencement d’acescence; mais si l’acescence est trop prononcée, que les vins soient blancs ou rouges, le seul moyen de les utiliser est de les employer à la fabrication du vinaigre.
- Pour tous les vins blancs qui, tournant à la graisse, sont dits vins gras, il suffit souvent de faire descendre les pièces des chantiers, de les rouler de temps à autre durant l’espace de 48 heures, pour les remettre d’un commencement de maladie, quelquefois même un simple soutirage peut suffire; mais lorsque la maladie est plus avancée, il faut traiter le vin par 20 grammes de gomme kino dissous dans un litre d’esprit-de-vin, puis au bout de quelques jours opérer un collage à la colle de poisson : 20 grammes suffisent, et après 15 jours de repos on soutire dans un fût légèrement méché; il est alors complètement remis.
- Il y a aussi des vins blancs et des meilleures qualités, qui ont une tendance à prendre une couleur jaune, très-foncée, même rousse, lorsqu’ils sont exposés quelque temps au contact de l’air ; c’est ainsi que, versés dans un verre ou laissés dans une bouteille en vidange, on les voit prendre d’abord à la surface une teinte légèrement ambrée, qui s’accentue de plus en plus et gagne par couches, car souvent la couche inférieure est encore incolore, alors que la couche supérieure est devenue très-foncée, et bientôt enfin toute la masse liquide devient couleur de mauvaise bière et le vin possède alors un goût désagréable, dont la cause provient de ce que ces vins contiennent une matière organique, incolore tant qu’elle n’est pas mise au contact de l’air, mais qui s’oxyde aussitôt qu'elle s’y trouve exposée. Cet inconvénient se rencontre quelquefois dans certains vins mousseux. Il suffit d’ajouter à ces vins un cinq-centième de leur volume de gaz acide sulfureux dissous préalablement dans du vin blanc contenant la moitié de son poids de sucre. Après cette addition ou ce traitement, les vins blancs ne sont plus susceptibles de se colorer au contact de l’air.
- Il arrive aussi quelquefois que par défaut de soin, une futaille se trouve moisie; le vin rouge ou blanc, envaissellé dans de pareilles futailles, ne tarde pas, même après un très-court séjour, à prendre ce même goût de moisi, fort désagréable et qui le rend imbuvable. Un remède qui m’a toujours bien réussi pour enlever ce mauvais goût, soit au vin rouge, soit au vin blanc, consiste à verser dans le vin, toujours pour une futaille de 270 litres, 750 grammes de bonne huile d’olives. Il faut bien fouetter le vin après l’introduction de l’huile, puis rouler la pièce deux à trois fois par jour, pendant 8 à 10 jours, suivant que le goût est plus ou moins prononcé, et on peut être certain que l’huile s’emparera complètement du goût de moisi et que le vin reprendra sa qualité normale. Boutin.
- HISTOIRE DU TÉLÉPHONE
- RACONTÉE PAR SON INVENTEUR.
- (Suite et ün. — Voy. p. 557.)
- La figure 1 fait voir la forme d’appareil que j’employai pour produire des courants ondulatoires d’électricité dans un but de télégraphie multiple. Une tige d’acier A fut fixée solidement par l’une de ses extrémités à la branche h non recouverte d’un électro-aimant boiteux E, l’extrémité libre de la tige étant en saillie au-dessus de la branche non recouverte. Quand la tige A se mettait à vibrer mécaniquement, le courant de la pile se formait en ondes, et les ondulations électriques traversaient le circuit B E W E', en mettant en vibration la tige correspondante A' à l’autre extrémité du circuit. Je songeai aussitôt à mettre en pratique mon idée nouvelle, et dans ce but, je fixai la tige A (fig. 2), en lui laissant un peu de jeu, à la branche découverte h de l’aimant boiteux ; l’autre extrémité fut assujettie au centre d’une membrane en baudruche n. Je présumai qu’en parlant dans le voisinage de la membrane w, on la mettrait en vibration en faisant également mouvoir la tige d’acier A, ce qui produirait des ondulations sans le courant électrique. Ces ondulations correspondraient aux changements de densité de l’air durant la production du son. Ce changement dans l’intensité du courant devait, selon moi, déterminer à l’extrémité de réception l’attraction de la tige A' ou par l’aimant, de façon que le mouvement de cette tige copiât exactement celui de la tige A. Dans ce cas, le mouvement traduit procurerait un son dans la membrane n, son du même timbre que celui de la vibration originale.
- Cependant les résultats, loin d’être satisfaisants, furent au contraire décourageants Mon ami, M. Thomas A. Watson, qui me seconda dans cette première expérience,prétendit avoir entendu un faible son du téléphone, à l’extrémité du circuit, mais il me fut impossible de vérifier l’exactitude du fait. Après maintes expériences, qui ne furent accompagner s que des mêmes résultats partiels, je résolus de dniii nuer autant que possible la grandeur et le poids du ressort. Dans ce but j’appliquai au centre du diaphragme un morceau de ressort démontré, de la grosseur de l’ongle dé mon pouce, et à l’autre extrémité j’eus un instrument nouveau1. Nous pûmes alors obtenir des sons distinctement perceptibles. Je me rappelle une expérience faite avec ce téléphone, et qui causa une grande satisfaction. L’un des téléphones était placé dans une salle de cours à l'Université de Boston, et l’autre, au rez-de-chaussée du bâtiment adjacent. L’un de mes élèves se rendit vers ce dernier téléphone, pour y observer les effets du langage articulé. Lorsque je dis cette phrase : Do you mderstand what 1 $ay, —par le téléphone placé
- 1 Ce modèle de transmetteur est relui qui a été indiqué dans la Nature (n° 201, du 7 avril 1877).
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- LA NATURE.
- dans ma salle de cours, la réponse arriva, à ma grande joie, dans l’instrument lui-même ; des sons articulés partaient du ressort fixé à la membrane. J’entendis: Yes, I iinderstand you perfectly. Mais c’est une erreur de supposer que l’articulation lut absolument parfaite. Je devais m’attendre à cette réponse, et assurément cela facilita beaucoup sa réception. Toujours fut-il bien établi ainsi que l’articulation avait existé, et que si elle avait été indistinctement perçue, ce n’était qu’à cause de l’imperfection de l’instrument lui-même. Je vous épargnerai la description de toutes les phases de transformation de l’appareil; je me bornerai à vous dire qu’au bout d’un certain temps je produisis une première forme d’appa-
- B
- Fig. i.
- reil qui remplit parfaitement les fonctions d'un téléphone récepteur1. Dans cette condition, mon invention parut à l’exposition du centenaire à Philadelphie. Ainsi la communication vocale n’était établie que dans un sens.
- Une autre forme de téléphone transmetteur exhibé à Philadelphie, et destiné à correspondre au récepteur, est représentée en la figure 3.
- Un fil en platine, attaché à une membrane tendue, complétait un circuit voltaïque en plongeant dans l’eau. Lorsqu’on parlait contre la membrane, on faisait partir, d’un téléphone placé dans un autre compartiment de l’Exposition, des sons articulés. Les sons
- que donnait le téléphone s’accentuaient lorsque l’eau était remplacée par de l’acide sulfurique dilué ou une dissolution de sel à saturation. Des sons articulés furent également obtenus par la vibration de la plombagine dans le mercure, dans une dissolution de bichromate de potasse, dans une eau saturée de sel, dans l’acide sulfurique dilué, et dans l’eau pure.
- L’articulation produite par l’instrument primitif était singulièrement distincte, mais le grand défaut consistait dans ce fait que l’instrument ne pouvait servir de transmetteur, ce qui faisait que deux télé-
- 1 Ce modèle de récepteur est celui qui a été indiqué dans la Nature (n° 201, du 7 avril 1877).
- phones étaient nécessaires à chaque station, l’un pour transmettre et l’autre pour recevoir.
- Je résolus donc de changer la construction ; je cherchai à modifier la dimension et la tension de la membrane, le diamètre et l’épaisseur du ressort en acier, la dimension et la puissance de l’aimant, les spires de fil isolé entourant les pôles, afin de découvrir par voie d’expérience l’effet exact de chaque élément de la combinaison, et de trouver ainsi une forme plus parfaite d’appareil. J’obtins une augmentation marquée de sonorité en raccourcissant les spires du fil, en élargissant le diaphragme en fer appliqué contre la membrane. Cette dernière circonstance corrigeait aussi la netteté de l’articulation. Finalementje supprimai la membrane en baudruche, et une simple plaque de fer fut seule employée. Cette fois l’articulation était devenue parfaite. Cette nouvelle forme de l’instrument est indiquée par la
- G
- Fig. 3.
- figure h, et, comme on l’avait prévu depuis longtemps, il fut bien constaté que la pile n’avait d’autre but que d’aimanter le noyau de fer doux de l’aimant, car les effets étaient les mêmes avec la suppression de la pile et le remplacement du fer doux par une tige d’acier aimanté.
- Mon intention première, c’était que dans sa forme définitive, le téléphone devait fonctionner à l’aide d’un aimant permanent, et non par une pile. M. Wat-son d’une part, et moi de l’autre, nous fîmes de nombreuses expériences pour obtenir ce résultat.
- L’intérêt que causa la première publication de nos essais de téléphone engagèrent beaucoup de personnes à étudier ce sujet, et je ne doute pas que plusieurs d’entre elles n’aient individuellement découvert que des aimants permanents pouvaient remplacer des piles. En effet, M. le professeur Dolbear, de Tufts Collège, non-seulement prétend avoir inventé le téléphone magnéto-électrique, mais m’accuse de
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- l’avoir, moi, inventé en m’emparant de son idée, que m’aurait confiée un ami commun.
- Un modèle d’appareil puissant fut construit au moyen d’un fort aimant composé, en fer à cheval, remplaçant la tige droite jusque-là en usage (voy. la figure 5). Les sons obtenus par cet instrument sont en effet d’une étendue assez puissante pour se pouvoir entendre, faiblement, il est vrai, par une noni-nreuse assistance, et ce fut dans ces conditions que parut l’instrument à l’Institut d’Essex, à Salem, dans le Massachusetts, le 12 février 1877. À cette occasion, un discours fut transmis de Boston, distant de seize milles de Salem, et fut distinctement entendu au téléphone correspondant dans cette ville. Le ton de la personne qui parlait fut nettement apprécié par six cents auditeurs, mais seulement à la distance de deux mètres de l’instrument. A la même occasion, le compte rendu d’une conférence fut transmis verbalement de Salem à Boston, et publié dans les journaux du lendemain1.
- D’après la forme du téléphone que représente la ligure 4-, on voitqu’il n’y a plus qu’un pas à faire pour arriver à la forme définitive. C’est l’arrangement de
- Fig. i.
- la figure 4 rendu portatif. L’aimant est placé dans l’intérieur de la poignée, et l’embouchure est plus commode *.
- Je dois ici exprimer ma reconnaissance à plusieurs amis, savants d’Amérique, pour leur concours et leur coopération à ces perfectionnements. Je veux surtout nommer le professeur Peirce, et le professeur Blake, de Brown University, le docteur Channing, M. Clarke etM. Jones. A Providence, dans le Rhode Is-land, ces messieurs ont fait des expériences pour trouver la forme la plus convenable à donner au téléphone, et je suis heureux de pouvoir dire qu’ils m’ont communiqué chaque expérience nouvelle à mesure qu’elle a été faite, et qu’ils m’ont signalé chaque pas nouveau dans la recherche de ces perfectionnements. Inévitablement ces physiciens devaient se retrouver sur le terrain que j’avais déjà parcouru dans mes recherches, et en effet, plusieurs de leurs découvertes avaient déjà été faites par moi. Mais la manière si honorable dont ils me communiquèrent leurs résultats mérite mes plus chaleureux remercîments et ma plus haute estime.
- J'ai toujours pensé qu’une certaine proportion
- 1 Voy. 5e année 1817, l®r semestre, p. 328.
- * Voy. 5' année 1877, 1er semestre, p. 289.
- devait exister entre les différentes parties d’un téléphone, et que la dimension elle-même de l’instrument n’avait point d’importance. Le professeur Peirce fut le premier qui démontra que les aimants à employer devaient avoir une extrême petitesse. Ici, pour indiquer le sens parallèle que nous avons suivi dans nos recherches, je dirai que deux ou trois jours après que j’eus construit le téléphone portatif, contenant l’aimant à l’intérieur de la poignée, le docteur Channing eut l’obligeance de m’envoyer une paire de téléphones, du même type, inventés par les expérimentateurs de Providence. La forme commode que j’ai adoptée a été inventée par mon ami Je professeur Peirce seul. J’exprime encore ma reconnaissance à mon ami et associé, M. Thomas-A. Watson, de Salem, dans le Massachusetts, qui m’a prêté, il y a deux ans, son concours dans mes recherches téléphoniques.
- En poursuivant ces recherches, je n’ai jamais perdu de vue l’unique but du perfectionnement pratique de la télégraphie électrique, mais j’ai rencontré un grand nombre de faits, qui, sans se rattacher directement à mon but, offrent néanmoins un certain intérêtl.
- Par exemple, j’ai trouvé qu’un ton musical est émis par un morceau de plombagine ou de charbon de cornue, lorsqu’un courant intermittent d’électricité les traverse. J’ai observé les effets curieux d’audition que produisait le passage d’un courant intermittent au travers du corps humain.
- Plaçant un rhéotome dans le circuit d’une bobine d’induction, les fils primaires reliés au rhéotome, les petits fils à deux bandes de laiton, je mis l’une de celles-ci contre l’oreille, et j’entendis qu’elle donnait un son clair chaque fois que de l’autre main je touchais l’autre bande. Ensuite, je tins une bande dans chaque main ; les courants induits donnaient un tremblement musculaire dans les doigts. Mettant l’index contre l’oreille, je perçus un bruit de crépitation, qui semblait sortir du doigt lui-même. Un ami présent plaça mon index contre son oreille, mais n’entendit rien. Je le priai de tenir lui-même les bandes, et alors il entendit distinctement un bruit (que, partant de son doigt, je ne pus entendre). Dans ce cas une portion des courants induits traverse la tête de l’observateur quand il place contre l’oreille son propre doigt, et il se peut que le son soit occasionné
- 1 Researches in Telephnny, Tract, of American Acad, oi Arts and Sciences, vol. XII, p. 1.
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- par la vibration des surfaces de l’oreille et du doigt en contact.
- Quand deux personnes reçoivent la secousse d’une bobine Ruhmkorff en joignant les mains l’une de l’autre et chacune tenant de la main libre un fil de la bobine, un son part des mains jointes. Cet effet ne se produit pas quand les mains sont humides. Quand chacune des deux personnes touche le corps de l’autre, un bruit sonore part des points en contact. Quand le bras de l’une des personnes est posé contre le bras de l’autre, le bruit produit peut s’entendre à une distance de plusieurs pieds. Dans tous ces cas l’on ressent une légère secousse aussi longtemps que dure le contact. L’introduction d’un morceau de papier entre les parties en contact n’empêche pas réellement la production des sons, mais évite les secousses désagréables.
- Quand le courant intermittent d'une bobine Ruhmkorff traverse les bras, une note musicale peut se percevoir à l’oreille appliquée contre le bras de la personne sur laquelle se fait l’expérience. Les sons partent, ce semble, des muscles de l’avant-bras et du biceps.
- M. Elisha Gray1 a également produit des effets perceptibles d’audition par le passage de l’électricité au travers du corps humain.
- Une note musicale très-claire est occasionnée par l’étincelle d’une bobine Ruhmkorff, lorsque le circuit primaire est alternativement fermé et ouvert avec une rapidité suffisante. Lorsque deux rhéotomes de différentes hauteurs ouvrent et ferment simultanément le circuit primaire, un son ou ton double part de l’étincelle.
- Une curieuse découverte, qui peut offrir pour vous de l’intérêt, a été faite par le professeur Blake. 11 construisit un téléphone dans lequel, au lieu de l’aimant permanent, il employait une tige de fer doux, de la longueur de six pieds environ. Un ami chanta d’un ton musical continu dans l’embouchure du téléphone actuel. Ce téléphone était relié à la pièce de fer doux dont nous venons de parler. L’on découvrit que la clarté du son produit dans ce téléphone variait avec la direction dans laquelle la tige était tenue ; et que le maximum d’effet était obtenu lorsque la tige était dans la position de l’aiguille d’inclinaison. J’ai constaté moi-même cette curieuse découverte du professeur Blake.
- Lorsqu’un téléphone est mis dans le circuit d’une ligne télégraphique il semble qu’il émette des sons de lui-même. Souvent l’on entend les bruits les plus singuliers, dont la cause est jusqu’à présent restée obscure. Il est une sorte de bruits que produit l’influence inductive de fils voisins et de courants dérivés de ces fils. Les signaux de l’alphabet Morse, lesquels traversent ces fils, sont entendus dans le téléphone. Une autre sorte de bruits vient de l’action de courants terrestres sur le fil; c’est une modification très-curieuse du son, et que révèle la présence de jointures défectueuses dans le fil.
- 1 Elisha Gray, Eng, Pat. Spec,, n° 2646, août 4875.
- Le professeur Blake me dit qu’il a pu remplacer le fil télégraphique par le rail de la voie ferrée pour la conversation téléphonique. Il dit aussi qu’un seul téléphone relié au rail fait distinctement entendre les bruits du Morse, quoique les fils télégraphiques les plus rapprochés soient à la distance d’au moins quarante pieds.
- Le professeur Peirce a observé aussi des bruits étranges produits dans le téléphone relié à un fil télégraphique durant une aurore boréale, et je viens d’entendre aussi parler d’un curieux phénomène étudié par le docteur Channing. Dans la cité de Providence, àRhode-Island, un fil passant au-dessus de la toiture d’une maison, et de la longueur d’un mille environ, est muni d’un téléphone à chaque bout. Dans une occasion l’on entendit faiblement dans l’un des téléphones une musique accompagnée de chant. Ce fut comme si quelqu’un eût chanté en s’accompagnant du piano. Naturellement l’on fit la supposition que des expériences étaient faites avec le téléphone à l’autre extrémité du circuit, mais, vérification faite, la supposition se trouvait fausse.
- L’attention se porta donc sur le phénomène, les appareils furent surveillés, et dans une autre occasion, le même fait se reproduisit aux deux extrémités de la ligne, et fut reconnu par le docteur Channing et ses amis. Il fat bien constaté que ces bruits persistaient pendant deux heures et ordinairement commençaient à la même heure. Des recherches faites le long de la ligne ne révélèrent rien d’anormal, et je suis dans l’impossibilité de vous donner une explication de ce curieux phénomène. Cependant le docteur Channing adresse sur ce sujet une lettre à l’éditeur de l’un des journaux de Rhode-Island lui donnant les titres des chants, tels qu’ils avaient pu être connus, et beaucoup de détails d’observation dans l’espoir que la publicité pourra conduire à la découverte du musicien, et donner ainsi la clef du mystère.
- Mon ami M. Frederic-A. Gower m’a communiqué une observation non moins curieuse qu’il avait faite sur la faible communication de terre requise pour établir un circuit téléphonique. Nous fîmes ainsi une série d’expériences, qui nous donnèrent des résultats surprenants. Nous prîmes donc deux téléphones adaptés à un fil isolé de la longueur de 100 yards environ dans un jardin, et nous pûmes engager une conversation avec la plus grande facilité, en tenant en main ce qui remplaçait le fil de terre, de façon à former à chaque bout la communication avec le sol au travers de nos corps et ayant aux pieds des chaussettes en coton et des bottes en cuir. 11 faisait beau temps, et l’herbe que nous foulions était, en apparence, parfaitement sèche. Nous tenant sur une allée sablée, les sons vocaux, quoique diminués, étaient toujours parfaitement intelligibles; le même résultat se produisait quand on était sur un briquetage de la hauteur de un pied, mais, lorsque l’un de nous se tenait sur de la pierre de taille, nous n’obtenions plus aucun son.
- Une expérience que nous fîmes fut si intéressante,
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- que je dois en parler en détail. A l’extrémité de sa position M. Gower établit une communication entre la ligne et la terre en se maintenant sur une pelouse, tandis que de mon côté j’étais sur une planche. Je priai M. Gower de chanter une note musicale continue, et à ma grande surprise le son dans mon téléphone fut parfaitement distinct ; examinant la place de mon pied, je vis qu’il touchait un brin d’herbe recourbé à cette place. J’écartai cette herbe, et n’entendis plus rien du téléphone. Touchant du bout de la botte une herbe ou le pétale d’une pâquerette je percevais de nouveau le son.
- La question qui se place ici naturellement est celle-ci : au travers de quelle longueur de fil le téléphone peut-il être employé? Je réponds à cette question que le maximum de résistance traversée par un courant ondulatoire reste à déterminer pour conserver une puissance qui suffise à produire au point d’arrivée un son perceptible. Cependant, dans des expériences de cabinet, nulle difficulté n’a été rencontrée à parler au travers d’une résistance de CO000 ohms; c’est la plus grande résistance que j’ai eue à ma disposition. La longueur la plus grande de ligne télégraphique réelle au travers de laquelle j’aie essayé de converser a été de 250 milles. En cette occasion nulle difficulté n’a été rencontrée tant que des lignes parallèles ne fonctionnaient point. L’on choisit comme jour le dimanche, où d’autres lignes pouvaient ne pas être occupées, et une conversation fut échangée entre M. Thomas-A. Watson à Boston et moi à New-York, et elle dura jusqu’à l’ouverture du trafic sur les autres lignes. Quand ce trafic commença, les sons vocaux diminuèrent considérablement, mais cependant furent encore perceptibles, et ressemblaient au bruit d’une conversation échangée durant un orage. D’ailleurs, une conversation était devenue difficile, à cause de la confusion qu’y apportaient les courants perturbateurs.
- Mon ami M. Preece m’a informé qu’une conversation a été échangée avec succès au moyen de téléphones portatifs au travers d’un câble de la longueur de 60 milles s’étendant de Dartmouth à l’île de Guernesey. Al. Graham Bell.
- ——
- LA FORÊT DANS LES GUYANES
- Les Guyanes sont recouvertes d’une immense forêt qui n’est généralement interrompue que par les cours d’eau et de rares éclaircies dans les points où le sol n’est pas assez fertile pour alimenter les arbres. Ces terrains, qu’on appelle savanes, sont recouverts de graminées qui servent à l’alimentation du bétail qu’on y laisse paître en toute liberté.
- Les savanes occupent le bas des Guyanes près du littoral; nous n’en avons rencontré qu’une seule dans l’intérieur, c’est près du village du Cô-tica, dans le pays des Bonis. Peu de personnes se font une idée exacte de la forêt équatoriale. Les dessinateurs et les romanciers ont habitué le public à
- voir dans ces forêts des palmiers sans nombre, des arbres aux formes bizarres, recouverts de parasites et entremêlés de lianes qui courent de branche en branche comme des cordages aux mâts d’un navire. Cette description n’est guère vraie que dans les petites îles qu’on trouve sur la côte des Guyanes et sur le bord des rivières près de leur embouchure.
- La forêt vierge, le grand bois, comme on l’appe le en Guyane, se présente sous un aspect froid et sévère. Mille colonnades ayant 35 ou 40 mètres de haut s’élèvent au-dessus de vos têtes pour supporter un massif de verdure qui arrête presque complète -ment les rayons du soleil. A vos pieds, vous ne voyez pas un brin d’herbe, mais seulement quelques arbres grêles et élancés qui sont pressés d’atteindre la hauteur de leurs voisins pour partager l’air et la lumière qui semblent leur manquer. Souvent ces colonnades, trop faibles pour résister aux tempêtes, sont soutenues par des sortes d'arcs-boutants ou béquilles comparables à celles des monuments gothiques que l’on désigne sous le nom d’arcabas. Sur le sol, à part quelques fougères et autres plantes sans fleurs, gisent des feuilles flétries, des branches mortes qui sont recouvertes de moisissure.
- L’air y manque; on y sent la fièvre, comme me disait un de mes compagnons. La vie paraît avoir quitté la terre pour se transporter dans les hauteurs, sur ce massif de verdure qui forme le dôme de cette cathédrale, aux millions de colonnades.
- C’est là-haut, à 40 mètres, que vous voyez courir les singes ; c’est de là que parlent les chants de milliers d’oiseaux aux plumages les plus riches et les plus variés. Au niveau des cours d’eau la végétation perd sa sévérité pour gagner en élégance et en pittoresque. Là, le soleil est l’apanage des grands, qui s’élancent devant lui pour l’accaparer. Ici, les plus petits ont leur part de chaleur et de lumière. Les herbes, les arbrisseaux prenant tout leur développement, sont couverts de fleurs et de fruits aux couleurs les plus éclatantes. Le hideux champignon, l’obscure fougère, font place à des parasites aux feuilles riches en couleurs, aux fleurs les plus élégantes. Des lianes s’élèvent du sol jusqu’au sommet des plus grands arbres, en prenant des points d’appui sur les arbrisseaux qu’elles rencontrent1. DrJules Crevaux,
- Médecin de 1” classe de la marine
- NOUVELLE ÉTUDE SUR LES NUAGES
- (Suite.— Yoy. p. 161.)
- Les bancs de nuages semblables à ceux que nous avons décrits précédemment, se trouvent suspendus dans l’atmosphère à des hauteurs très-variables. Nous en avons observé plusieurs fois de 1500 mètres à 3500 mètres au-dessus du niveau de la mer. Le 24 septembre 1874, comme nous l’avons dit plus haut, le banc de nuages épais de 200
- 1 Extrait d’une communication faite à la Société de géographie de Paris.
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- Fig. 1.
- mètres, s’étendait à 200 mètres seulement au-dessus du sol. Il arrive quelquefois que des couches de nuages sont superposées les unes au-dessus des autres dans l’atmosphère. Le 8 novembre 1868, quatre bancs de cumulus étaient suspendus au sein de l’air: le premier à 1500 mètres de haut, le second à 2000 mètres, le troisième à 3500 mètres et le quatrième à 5000 mètres environ. Dans son ascension du 21 juillet 1863, notre vénérable maître et ami iM. James Glaisher, directeur de l’Observatoire météorologique de Greenwich, a traversé cinq couches de nuages superposées, séparées par des espaces d’air d’une faible épaisseur. La couche supérieure, située à 1000 mètres de hauteur, laissait tomber unepluie abondante, qui atteignait les nuages inférieurs situés à 700 mètres, mais qui ne s’étendait pas au delà, n’arrivait pas à la surface du sol, et se dissolvait dans les régions plus voisines de la terre. Ces bancs de nuages séparent souvent l’atmosphère en deux parties distinctes, on peut les comparer à une toiture posée au - dessus de la terre. La pluie, la neige ou la grêle peuvent s’en échapper à leur partie inférieure, tandis qu’au-dessus règne un ciel bleu et brille un soleil ardent.
- Nous avons plusieurs
- fois observé ce fait curieux, mais il nous a été donné de le mettre en évidence d’une façon tout à fait remarquable lors de notre ascension aérostatique du 29 novembre 1875. A la surface du sol, il tombait une neige abondante, et l’atmosphère était tout à fait sombre et brumeuse. A 800 mètres de haut, nous pénétrons dans le banc de nuages dont la température était de 4° au-dessous de zéro. Il se séparait nettement des régions supérieures de l’at-
- mosphère en un plateau uni, d’une blancheur éclatante, au-dessus duquel on apercevait un ciel d’un bleu intense, que découpaient les rayons d’un soleil d’été. Mon frère Albert Tissandier s’est efforcé de rendre compte de cet état de l’air par les deux figures ci-jointes (fig. 1 et 2). La première montre le ciel au-dessus du banc de nuages, lumière ardente, voûte azurée, rayons brûlants; la seconde
- fait A'oir l’état de l’atmosphère inférieur, celui que l’on observait à la surface du sol, ciel gris sombre, brumes épaisses, d’où tombait une neige abondante.
- Il arrive souvent que des paillettes de glace se trouvent suspendues au milieu de cette atmosphère pure des hautes régions : quand le soleil en traverse la masse, on voit miroiter une infinité de parcelles cristallines qui produisent l’aspect d’innombrables pierreries microscopiques. Le dessin ci joint (fig. 3) représente un des plus curieux effets de ce genre que nous ayons observé (29 novembre 1875, altitude 1700 mètres, 1 b. 15 m. soir). Nous n’insisterons pas ici sur les nuages de glace, sur les bancs de cristaux de neige, suspendus dans les liantes régions de l’atmosphère. Nous avons précédemment traité ce sujet d’une façon spéciale, et nous renvoyons nos volumes antérieurs de la ISa-
- Âu-dessus d'un banc de nuages. ElTet de soleil.
- 2, — Au-dessous du même Danc de nuages Eflêt de neige. 29 novembre 1875.
- lecteurs à un des ture!.
- L’aspect des nuages entrevus de la surface du sol est extrêmement variée, et, comme nous le verrons dans la suite, il semble parfois se caractériser et affecter une apparence spéciale suivant les latitudes. La nature des vapeurs atmosphériques n’est pas moins variée quand on pénètre dans leur masse. On re-1 Voy. 4® année, 2® semestre, p. 65.
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- connaît que les propriétés des nuages, telles que la couleur et la transparence, offrent de grandes diversités et méritent d’attirer l’attention du physicien. Voici quelques variétés de nuages que nous avons eu l’occasion d’observer à dilférentes reprises.
- 1° Nuages opaques, grisâtres, produisant sur la peau une sensation de sécheresse, observés notamment le 16 août 1868 à 1500 mètres d’altitude, 6 heures soir. Cette brume sombre nous cachait entièrement la vue de l’aérostat auquel nous étions suspendus ; nous nous distinguions à peine l’un de l’autre, Jules Duruof que j'accompagnais, et moi, quoique nous fussions assis côte à côte dans la nacelle. Ces nuées, vues de terre, ont l’aspect d’une
- brume sombre d’un gris noirâtre. Il est rare que, dans les hautes régions de l’air, la vapeur d’eau soit humide et mouille la peau comme cela se présente pour le brouillard à la surface du sol. Il ne nous semble donc pas juste de dire, comme on l’a fait quelquefois, que le brouillard est un nuage touchant la terre. Nous croyons, au contraire, qu’il y a là une manière d’être toute spéciale de la vapeur d’eau atmosphérique.
- 2° Nuages blancs, opalins, translucides. Ils constituent les cumulus. Quand on pénètre dans leur masse, on est enveloppé d’une brume tout à fait blanche, souvent opaline, au sein de laquelle on voit très-distinctement les objets rapprochés. Il
- Fig. 3. — Paillettes de glace éclairées par les rayons du soleil, observées en ballon. (D’après nature, par M. Albert Tissandier.)
- arrive quelquefois que ces nuages sont en quelque sorte brillants et il semblerait que les particules dont ils sont formés aient la propriété de réfléchir la lumière du soleil. Quand ces nuages forment une nappe compacte et épaisse, leur éclat s’accroît à mesure que l’on s’approche de leur surface supérieure.
- 3° Nuages transparents. Nous avons dit que l’air pour les observateurs terrestres peut être considéré comme absolument pur, absolument dépourvu de nuages alors que l’aéronaute en s’élevant dans l’atmosphère est baigné cependant dans des bancs de brume d’une très-faible épaisseur dont il constate l’existence quand il les considère horizontalement sous une grande épaisseur. Ces bancs de
- vapeur sont transparents quand on les considère verticalement de haut en bas ou de bas en haut. Pour l’aéronaute, ils laissent apparaître, à travers leur masse, la surface du sol, et pour l’observateur à terre, ils laissent voir le bleu du ciel. (Le 22 septembre 1877 nous avons constaté l’existence dans l’atmosphère de deux zones de ces buées transparentes superposées, la première à 400 mètres, la seconde à 800 mètres.) On peut les comparer à une feuille de verre, tout à fait transparente quand on la considère à travers son épaisseur, mais qui est d’une couleur verte très-appréciable quand on la regarde horizontalement suivant sa tranche.
- Gaston Tissandier
- — La suite prochainement. —
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- LA NATURE.
- LES SATELLITES DE MARS
- et l’hypothèse de laplace.
- Le Verrier, en apprenant la découverte, si imprévue, des deux satellites de Mars, caractérisait cet événement scientifique en disant que « c’est une des plus importantes observations de l’astronomie moderne. » A quel point de vue se plaçait l’éminent astronome pour émettre cette appréciation? Évidemment ce n’était pas pour lui une question de pure curiosité, même de curiosité scientifique. Les nouvelles à sensation comme celle dont il s’agit, sont généralement accueillies par le public avec un certain enthousiasme, qui bientôt s’évapore, dès qu’il n’a plus pour aliment l’attrait de la nouveauté. C’est affaire d imagination bien plus que de science : on avait coutume de se figurer Mars comme un corps circulant isolément dans son orbite ; on s’étonne aujourd’hui de lui voir deux lunes ; puis, on se figure les phénomènes apparents, mouvements, phases, éclipses dont doivent être témoins les habitants supposés de la planète ; on en tire des conséquences probables pour la diversité, d’aspect de ses nuits; on compare les variations fréquentes qui résultent de leurs révolutions rapides, avec la lenteur des mouvements de notre lune. Il y a ainsi toute une série de questions, au demeurant aisées à résoudre, et dont les solutions piquent la curiosité des amateurs d’astronomie.
- Mais, ou je me trompe fort, ou bien telle n’était pas la préoccupation du directeur de l’Observatoire, quand il appréciait, comme on l’a vu, l’importance de la découverte. Il songeait sans doute aux conséquences que les observations futures des deux astres permettraient de tirer, pour la théorie des planètes de notre système. Un des éléments les plus importants de cette théorie, la masse de chaque planète, ne peut s’obtenir qu’indirectement, quand l’astre n’a point de satellite; c’est par les perturbations qu’il exerce sur les planètes voisines qu’on arrive en ce cas à déterminer, à calculer sa masse. Tel est le cas de Mercure, de Vénus ; tel était le cas pour Mars avant que l’on connût ses satellites. On sait qu’une des gloires de Le Verrier a été de perfectionner la théorie des mouvements planétaires, en mettant d’accord, par une laborieuse révision des formules et des observations, les positions observées et les tables déduites de la pure théorie. En ce qui concerne Mars, il avait reconnu la nécessité de diminuer notablement la masse précédemment adoptée. Au lieu de 1/2680000, il la réduisit en nombres ronds à 1/3000000. Or, cette détermination a été confirmée parle géomètre et astronome américain S. Newcomb qui a obtenu 1 /3090000, c’est-à-dire à fort peu de chose près le chiffre de notre savant compatriote. Nous ne savons si, avant de mourir, Le Verrier a eu la satisfaction de connaître ce résultat, ce nouveau triomphe de la théorie de la gravitation et de ses propres tra-nux, comme il y a trente ans la découverte de Neptune
- avait récompensé ses premières recherches, comme un jour peut-être on verra se réaliser ses prévisions sur l’existence d’une planète intra-mercurielle.
- Quoi qu’il en soit, ce n’est pas ce côté de la question que nous avons en vue dans cette note. Les satellites de Mars intéressent considérablement ceux qui s’occupent de mécanique céleste ; mais ils ne seront peut-être guère moins importants à étudier au point de vue de l’astronomie physique, ou, pour parler d’une façon plus précise, en ce qui concerne la théorie de la formation et de l’origine du monde solaire. Dans le but de faire saisir l’intérêt de ce côté de la question, nous allons suivre un des astronomes contemporains qui se sont le plus fructueusement livrés à cet ordre de recherches, nous voulons parler d’un de nos savants compatriotes, M. Édouard Roche, professeur à la Faculté des sciences de Montpellier.
- M. Roche a publié, il y a longtemps déjà, une série de Mémoires, que connaissent bien les astronomes, sur la constitution des atmosphères planétaires et cométaires, et, en dernier lieu, c’est-à-dire il y a cinq ans, un Essai qui résume toutes ses recherches antérieures sur la constitution et l’origine du système solaire. Bien des savants en sont restés, sous ce rapport, à la fameuse hypothèse par laquelle Laplace terminait son Exposition du système du monde: c’est-à-dire à la théorie connue sous le nom d'hypothèse cosmogonique de Laplace. A la vérité, les vues magnifiques de l’illustre auteur de la Mécanique céleste ont été presque complètement confirmées par les progrès considérables réalisés en astronomie et dans les autres sciences physiques : toutes les grandes lignes de cette large ébauche sont restées intactes. Mais sur bien des points de détail, il y a eu lieu, soit de les compléter, soit de les modifier. Il serait intéressant sans doute de montrer en quoi consiste cet accord, en quoi consistent les modifications ou corrections apportées à l’hypothèse. Une analyse du Mémoire de M. Roche serait certainement fort instructive à ce point de vue. Mais ce sont les satellites de Mars qui doivent seuls nous occuper ici ; on va voir comment leur découverte peut apporter un précieux élément à cette vaste question, et quelles vues nouvelles elle peut suggérer.
- Dans l’hypothèse de Laplace, les planètes doivent leur formation à l’abandon des zones de vapeurs que la nébuleuse solaire primitive a laissées aux limites de son atmosphère, lorsque, par l’effet du refroidissement et de la contraction, la vitesse de rotation de la masse allait en s’accroissant progressivement. Ces anneaux de matière vaporeuse, ultérieurement condensés en noyaux séparés, ont formé autant de planètes qui eurent, à l’origine, même constitution que la nébuleuse solaire. « Dans cet état, dit Laplace, la planète ressemblait parfaitement au soleil à l’état de nébuleuse; le refroidissement a donc dû produire aux diverses limites de son atmosphère, des phénomènes semblables à ceux que nous avons décrits, c’est-à-dire des anneaux et des satel-
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- LA NATURE.
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- lites circulant autour de son centre, dans le sens de son mouvement de rotation, et tournant dans le même sens sur eux-mêmes. » 11 ajoute plus loin :
- « Tous les corps qui circulent autour d’une planète ayant été, suivant cette hypothèse, formés par les zones que son atmosphère a successivement abandonnées, et son mouvement de rotation étant devenu de plus en plus rapide, la durée de ce mouvement doit être moindre que celles de la révolution de ces différents corps, ce qui a lieu semblablement pour le soleil comparé aux planètes. Tout cela est confirmé par les observations. »
- A l’époque où écrivait Laplace, et il y a peu de temps encore, cela était vrai. Ainsi le mouvement de révolution de la Lune est près de 28 fois aussi considérable que celui de la rotation terrestre ; le premier satellite de Jupiter, le plus voisin de la planète, fait sa révolution en 1 jour trois quarts, son mouvement est donc plus de quatre fois moins rapide que la rotation de Jupiter, laquelle s’effectue en 9 heures 55 minutes. Mimas, le satellite de Saturne qui a la plus courte révolution, d’environ 23 heures, se meut encore deux fois plus lentement que l’équateur de la planète, dont la rotation s’effectue en 10 heures et demie. Enfin l’anneau brillant, dans sa position la plus rapprochée de Saturne, paraît tourner moins rapidement (de 1/10 de jour environ) que la planète même. Tout cela s’accordait avec la loi indiquée par Laplace et justifiait les inductions hardies de l’illustre astronome.
- Mais voici que les satellites nouvellement découverts, qui semblaient faire de Mars un système analogue àceux de Jupiter, de Saturne ou d’Uranus, dérogent à la loi formulée. D’après la théorie de Laplace, l’anneau nébuleux qui devait à la longue, par sa condensation, donner naissance au satellite, était abandonné à une distance du corps central, correspondant au. point où la force centrifuge de la rotation équilibrait la pesanteur vers le centre, et c’est de là qu’il tirait la conséquence que la révolution du satellite devait être plus lente que celle du noyau planétaire. Or, le premier satellite de Mars, dont la distance au centre est 2.7, ou moindre que trois fois le rayon de la planète, fait sa révolution sidérale en une période de sept heures et demie seulement ; son mouvement est donc trois fois plus rapide que celui de la rotation de Mars.
- M. Roche, avant de signaler cette exception à la règle ou cette anomalie, comme on voudra, commence par rappeler que, dans un Mémoire publié en 1849, sur la figure d'une masse fluide soumise à l'attraction d'un point éloigné, il a démontré qu’un satellite de même densité que sa planète ne saurait exister, sous forme ellipsoïdale, à une distance inférieure à 2.44, le rayon de la planète étant pris pour unité. Pour un satellite moins dense, cette limite serait un peu plus grande. Cette condition se trouve bien remplie par les satellites de Mars, comme elle l’est aussi pour ceux de Saturne. Mais il fait observer que la seconde condition, celle
- que suppose l’hypothèse de Laplace, et dont nous parlions dans le paragraphe précédent, semble une objection grave contre cette hypothèse, i Mars, dit-il, présente ainsi une anomalie qui, au premier abord, paraît sans exemple dans notre monde solaire. C’est cette anomalie qu’il faut expliquer. »
- M. Roche y parvient en s’appuyant sur ses travaux antérieurs. Dans l’essai que nous avons rappelé plus haut, il avait montré que, durant la contraction d’une nébuleuse, il n’y avait pas seulement, ainsi que le croyait Laplace, abandon d’anneaux extérieurs, venant se condenser à la limite équatoriale où l’attraction centrale équilibre la force centrifuge. « La portion de la nébuleuse, dit-il, qui devient libre à chaque progrès nouveau du refroidissement, provient de toute une nappe fluide qui s’étend jusqu’aux pôles, se déverse des deux côtés, et enfin s’écoule au dehors par la ligne équatoriale comme par une sorte d’ouverture. Il en résulte que, en affluant à l’équateur, une partie de ces nébulosités y arrive avec une vitesse insuffisante pour pouvoir circuler intérieurement. » Qu’en résulte-t-il, selon M. Roche? Qu’au lieu de se séparer de la nébuleuse pour former des anneaux extérieurs, et, plus tard, des satellites analogues aux satellites connus, cette matière rentrant dans l’atmosphère de la nébuleuse, y forme des anneaux intérieurs, qui, décrivant d’abord des ellipses plus ou moins allongées, finissent par se transformer en anneaux circulaires. Une partie de l’anneau de Saturne paraît due à ce mode de formation qui s’appliquerait également au premier satellite de Mars.
- D’autres considérations, relatives aux distances limites auxquelles les anneaux doivent se trouver de la planète, soit pour pouvoir conserver leur forme, soit pour s’agglomérer de manière à constituer un astre proprement dit, un satellite, expliquent pourquoi, dans le cas que nous examinons, c’est ce dernier fait qui s’est trouvé réalisé.
- On peut donc tirer de cette analyse très-sommaire de recherches fort intéressantes deux conclusions d’une égale importance. La première, c’est que la théorie cosmogonique de Laplace subsiste dans ses données générales, mais demande à être complétée, modifiée dans ses détails, ainsi que l’a fait d’une manière très-heureuse notre savant compatriote de la Faculté des sciences de Montpellier. La seconde, c’est que les découvertes d’astres nouveaux, tels que les satellites de Mars, n’ont pas seulement, ainsi que nous le disions au début de cette note, un intérêt de curiosité, mais qu’elles peuvent et doivent donner lieu à des vues nouvelles sur les grands problèmes d’astronomie physique. Nous n’avons fait qu’effleurer ce genre de considérations ; mais cet aperçu a surtout pour objet d'attirer l’attention des lecteurs qui s’intéressent aux questions d’astronomie et de les engager à en aborder eux-mêmes l’étude. Ils y trouveront plaisir pour eux et profit poui- la science.
- Amédée Guillemin.
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- LA NATURE
- LE CONGO RETROUVÉ
- A PROPOS DE L’EXPLORATION DE M. STANLEY EN AFRIQUE.
- On a dernièrement fait un certain bruit autour de la trouvaille, à la bibliothèque de Lyon, d’un globe de 1701 sur lequel le Zaïre-Congo se détache d’un grand lac et fde à l’ouest jusqu’à l’Atlantique, direction à peu près semblable à celle que vient de déterminer le célèbre voyageur Stanley.
- De là, grande surprise ! Comment peut-il se faire, se
- demande-t-on, que l’on ait su au dix-septième siècle ce que l’on ignorait il y a quelques mois ? Par quel prodige nos pères pouvaient-ils indiquer sur leurs cartes le cours du Congo, qui paraissait, il y a peu de semaines encore, entouré d’impénétrables mystères ?
- Dieu nous garde de refroidir l’enthousiasme géographique ; il est si rare ! Mais entre nous, la découverte faite à Lyon n’a rien de surprenant pour ceux qui connaissent Phistoire de la science. On pourrait ajouter qu’elle n’est pas une découverte. Non-seulement au dix-septième siècle le Zaïre-Congo apparaît sur la plupart des cartes avec
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- 1530 ?
- Fig. 1. — Extrait d’un globe espagnol de 1530 à 1510, trouvé à la Bibliothèque nationale de Paris.
- la direction que lui assigne définitivement Stanley, mais, ce qui est autrement curieux, presque tous les anciens documents, depuis le quinzième siècle, notez bien cette date, font sortir la grande artère d’une masse d’eau considérable assez avancée dans l’intérieur du continent africain !
- Déjà, en l’an 1500, la fameuse mappemonde de Juan de la Cosa, le pilote de Christophe Colomb, donne les mêmes indications ; la pittoresque mappemonde dite de Henri II les renouvelle avec quelques variantes, ainsi que l’œuvre magistrale de Mercator (1569), le fondateur de la géographie moderne. Tous les vieux géographes ou presque tous répètent les mêmes faits: Forlani (1562), Castaldi (1564), Sanuto
- (1588), Hondius (1607), Nicolas Picart (1644), Blaeeu (1659), Sanson, etc.
- Par conséquent, quelle surprise voulez-vous, en bonne conscience, que nous ayons de remarquer, sur un globe du dix-huitième siècle, des renseignements qui déjà, depuis plus de deux cents ans, étaient inscrits sur la carte d’Afrique?
- D’où venait, dira-t-on, la connaissance que nos pères avaient de certains parages de l’Afrique centrale et équatoriale? La réponse est simple : des Portugais, qui dès le quinzième siècle entreprirent non-seulement de grands voyages maritimes, mais plusieurs fois le trajet de l’Afrique de l’ouest à l’est, et de l’est à l’ouest. Il est même assez probable
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- LA NATURE.
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- qu’ils découvrirent les sources du Nil, les grands lacs équatoriaux ; aussi, au milieu de la naïveté et de l’incohérence des traits, trouvons-nous, sur leurs weux parchemins, les grandes lignes de la géographie africaine à peu près comme la science actuelle les représente. La plupart de ces Portugais, à l’exception de quelques missionnaires, étaient médiocrement instruits ; ils voyageaient beaucoup plus en trafiquants qu’en explorateurs expérimentés ; néanmoins, nous en avons presque la certitude, avant l’an 1500, ils durent fournir des données assez précises sur le centre de l’Afrique.
- Dans la presque totalité de ces cartes, et dans
- celle de la bibliothèque de Lyon, communiquée à la Société de géographie de Paris par M. Deloncle, le Congo coule en ligne à peu près directe du lac Zaïre ou Zembre à l’Atlantique, il ne s’infléchit que fort peu vers le nord et ne dépasse pas l’équateur comme cela semble certain aujourd’hui.
- Par une sorte d’exception, nous avons trouvé, au milieu des richesses de la Bibliothèque nationale de Paris, un globe espagnol en cuivre doré (sans date, mais probablement de 1530 à 1540), qui ne se contente pas de nous présenter les mêmes faits, mais qui reproduit, à peu de chose près, le cours du Congo tel qu’il nous est révélé par Stanley.
- Fig, 2. — Carte de la récente exploration de M. Stanley à travers l’Afrique centrale.
- Fig. 5. — Extrait d'un globe de 1701, appartenant à la bibliothèque de Lyon e. reproduit d'après une copie envoyée par M. Deloncle à la Société de géographie.
- Le fleuve y sort d’un lac, se dirige vers le nord, décrit une large courbe bien au nord de l’équateur, puis tourne à l’ouest-sud-ouest vers l’Atlantique. Le résumé du dernier voyage de l’intrépide reporter américain est entièrement là. La figure 1 donne une idée parfaitement exacte d’une portion de ce précieux globe.
- De tout cela, il ne faudrait pas conclure que Stanley n’a rien vu de nouveau, car reconnaître des territoires qui n’ont pas été foulés par des Européens depuis plusieurs siècles, équivaut à une découverte! Toutes ces trouvailles de globes et de cartes ne doivent en rien diminuer l'honneur légitime qui rejaillit sur les voyages contemporains.
- Ainsi, dès le quinzième siècle, quelques voyageurs dont les noms sont tombés dans l’oubli, mais qui furent peut-être des compagnons de Diégo Cam et de Martin Behaim, s’aventurent dans le cœur de l’Afrique, suivent quelques artères et reconnaissent le cours du Congo ; la géographie s’empare pendant deux siècles de ces découvertes et les donne comme articles de foi ; d’ailleurs, aux seizième et dix-septième siècles, plusieurs Portugais, capucins ou simples traitants, s’engagent de nouveau dans l’intérieur, et proclament les mêmes faits, parfois en les perfectionnant.
- Le P. Riccioli, de la Compagnie de Jésus, homme fort savant, fournit aux PP. Placide de
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- LA NATURE.
- Saint-Amour et Crespinien, deux moines laborieux, des documents pour dresser le globe de Lyon, en 1701. Évidemment, c’était alors le dernier mot de la science 1 Nous en reproduisons une copie très-ré-duite d’après le fac-similé de M. Deloncle. (Fig. 3.)
- Comment se fait-il que, pendant les mêmes années, c’est-à-dire vers 1700, un des princes de la géographie moderne, l’illustre Guillaume Delisle, soit assez mal inspiré pour reconstruire toute une nouvelle Afrique, dans laquelle il accumule hérésies sur hérésies ? Voilà d’abord les lacs équatoriaux, immenses réservoirs du Nil, qui d’un trait de plume disparaissent ; quant au Congo, il ne se relie plus aux lacs de l’intérieur, bien que l’on consente encore à lui laisser à peu près sa direction demi-circulaire.
- L’erreur accréditée par un célèbre géographe tel que Delisle fait son chemin. On démolit pour ainsi dire pierre par pierre la vieille carte d’Afrique. Bref, on fit tant et si bien, qu’après avoir entassé billevesées sur billevesées, de guerre lasse, on efface tout ; après avoir cru à des tribus d’hommes à tête de chien, placé des anthropophages un peu partout et confondu des pays situés en réalité à trois cents lieues les uns des autres, on finit par faire table rase et par indiquer une surface blanche à l’endroit où l’on dessinait autrefois, et avec juste raison, les grands lacs et les sources du Nil.
- Il y a encore peu d’années, la géographie en était là, doutant, niant et se moquant des folies de nos aïeux. Les élèves, les forts en géographie, de la période de 1840 à 1850, se seraient bien gardés de commettre la faute colossale à cette époque de faire naître le Nil dans les lacs, au sud de l’équateur. Je vois d’ici les mouvements ironiques de dénégation des examinateurs 1
- En ce qui concerne une partie de l’Afrique, le passé ressuscite, les vieilleries redeviennent neuves; ce que l’on raillait hier est pris au sérieux aujourd’hui. Donc, amis lecteurs, ces bons ancêtres du quinzième et du seizième siècle, qui comptèrent j armi eux les Colomb, les Gama, les Magellan et tant d’autres conquérants du monde, n’ont peut-être pas tout à fait laissé à leurs descendants du dix-neuvième siècle la gloire d’inventer la géographie 1 Richard Cortambert.
- CHRONIQUE
- L’ouverture de l’Exposition universelle de 18Ï8. —Au niomentoùnousmettoussouspresse, la cérémonie d’inauguration de l’Exposition universelle a lieu dans le palais du Trocadéro. Nous voulons enregistrer ici celte date du 1ermai qui prend le caractère d’une fête nationale, et qui, nous en avons la foi, ouvre à la.nation une ère nouvelle de rénovation par le travail et par la science. Tous ceux qui aiment la France applaudissent à ce grand et pacifique congrès de l’intelligence qui sera l’honneur de notre pays.
- « Qui aurait dit, il y a quelques années, lisons nous
- dans un journal étranger, lorsque la France se relevait de l’abîme où elle avait été jetée, que si peu d’années suffiraient pour qu’elle pût convier le monde entier à une Exposition qui est le symbole de sa reconstitution morale et matérielle, et l’affirmation de la place qu’elle a reprise dans le concert des nations civilisées? »
- Nous prenons dès aujourd’hui les dispositions nécessaires pour que nos lecteurs soient tenus au courant de toutes les nouveautés les plus intéressantes qui remplissent les galeries du Champ de Mars.
- Les Sociétés savantes des départements à la Sorbonne. — La réunion des Sociétés savantes a eu lieu la semaine dernière. Nous publierons dès notre prochaine livraison le compte rendu des communications qui ont été présentées. La distribution des récompenses a eu lieu samedi 27 avril, sous la présidence de M. le ministre de l’instruction publique. M. Bardoux était assisté de MM. de Watleville, directeur des sciences et des lettres au ministère de l’instruction publique, et Servaux, sous-directeur du même service. Un grand nombre de membres de l’Académie des sciences entouraient M. Bardoux sur l’estrade qui avait été dressée à l’entrée de la salle. M. Blanchard, secrétaire de la section des sciences, a lu son rapport sur les travaux scientifiques. Il fait d'abord l’éloge de M. Le Verrier et rappelle ses plus récentes in-, ventions et les nombreux travaux de ce savant. M. Blanchard a parlé ensuite du général Nansouty, des périls qu’il a counis, des travaux qu’il a accomplis,et enfin du résultat de son entreprise, l’établissement d’un observatoire au Pic du Midi.
- M. Hippeau, secrétaire de la section d’histoire, a pris ensuite la parole sur les travaux historiques. Il a fait l’éloge des différentes Sociétés savantes provinciales de Normandie, de Beauvais et de Besançon.
- Après M. Hippeau, M. Chabouillet, secrétaire de la section d’archéologie, fait un résumé des travaux de la Société florimonlane d’Annecy et des sociétés archéologiques d’Eure-et-Loir et de la Seine-Inférieure.
- M. Darcel, secrétaire de la Société des beaux-arts, donne lecture d’un rapport sur le dessin, la peinture et la sculpture.
- Après la lecture de ce rapport, M. Bardoux a pris la parole.
- Voici les noms des principaux lauréats proclamés dans la section des sciences. Médailles d'or: MM. Houel, de Bordeaux; Harmand, médecin de la marine (voyage an Laos) ; Terquem, de Lille; Cailletet, de Châtillon-sur-Seine; général de Nansouty (observatoire du Pic du Midi).
- Médailles d’argent : MM. Timbal-Lagrave, de Toulouse; Jousset de Bellesme, de Nantes; Fontannes, de Lyon; Hébert, de Moulins ; de Saint-Germain, de Caen ; Désiré André, de Dijon ; Duvillier, de Lille,
- Le phonographe d’Edison an boulevard des Capucines. — Cet admirable appareil dont nous avons précédemment donné la description complète (voy.n°251, du 23 mars 1878, p. 237), fonctionne tous les jours dans la salle des conférences. Nous engageons vivement nos lecteurs de Paris à aller entendre le phonographe, qui reproduit non-seulement les sons articulés de la parole, mais aussi la voix d’un chanteur. On ne saurait se faire une idée de l’impression d’admiration et d’étonnement que l’on éprouve quand on entend parler cet instrument, et reproduire dans toutes ses nuances et ses délicatesses d’intonation, les paroles ou les chants qui y ont été enregistrés. Le phonographe, né d’hier, doit être déjà considéré comme une des plus grandes merveilles de la physique moderne ; mais il
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- LA NATURE.
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- n’est pas douteux que dans l’avenir il est appelé à ouvrir à la science un vaste champ d’applications pratiques dont il n’est guère possible actuellement d’envisager l’étendue, mais dont on peut cependant concevoir l’importance.
- Association française pour l’avancement des sciences. — La solennité de l’Exposition universelle a décidé l’Association française à tenir cette année à Paris son Congrès annuel. La date de l’ouverture a été fixée au 22 août. Le programme de la session est étudié par une Commission spéciale composée des membres du bureau, de membres du Conseil d’administration et d’une délégation du Conseil municipal de Paris.
- Le bureau de l’Association française est constitué comme il suit, pour l’année 1878 :
- MM. Frémy, membre de l’Institut, professeur au Muséum et à l’École polytechnique, président ; Bardoux, ministre de l’instruction publique, député du Puy-de-Dôme, vice-président; Perrier, commandant d’état-major, membre du Bureau des longitudes, secrétaire général; Saporta (le comte de), correspondant de l’Institut à Aix, vice-secrétaire général ; Masson (G.), libraire-éditeur, trésorier; Gabriel (C. M.), ingénieur des ponts et chaussées, professeur agrégé à la Faculté de médecine de Paris, secrétaire du Conseil.
- Pour tous les renseignements relatifs au Congrès de Paris, s’adresser au Secrétariat, 76, rue de Rennes, à Paris.
- ACADÉMIE DES SCIENCES.
- Séance du 29 avril 1878. — Présidence de M. Fukao.
- La Direction de l’Observatoire. — Le ministre de l’instruction publique demande que l’Académie dresse le plus promptement possible une liste de deux candidats à la place de directeur de l’Observatoire laissée vacante par le décès de M. Le Yerrier. Le président renvoie cette lettre aux sections réunies des sciences mathématiques, qui devront, dès jeudi, se réunir en Commission. On sait que le Conseil de l’Observatoire a déjà fait ses présentations, qui concernent : en première ligne, M. Mouchez, et en seconde ligne ex œquo et par ordre alphabétique MM. Lœwy et Tisserand.
- Perfectionnement au téléphone. — En supprimant le fil de retour du téléphone, un physicien bien connu, M. Bourbouze, augmente considérablement l’intensité des sons produits.
- Réclamation de priorité. — Les ingénieuses expériences récemment faites par M. Daubrée, qui arrive, au moyen de petits ballons élastiques qui se dégonflent, à imiter les effets produits par la croûte terrestre qui se contracte, ont, paraît-il, déjà été éxécutées d’une manière plus ou moins analogue par M. de Chancourtois. M. Dumas déclare que les échantillons qu’il a vus sont concluants ; mais nous pensons que l’auteur n’a rien publié, ce qui lui ferait perdre tout droit de priorité.
- Nouveau métal. — Il y a déjà longtemps que les chimistes, M. deMarignac et M. Delafontaine parexemple, ont comme sentiment que le gadolinite ne renferme pas seulement comme bases, l’yttria et les oxydes d’erbium et de terbium. Aujourd’hui M. Soret vient donner plus de force encore à cette opinion, en faisant voir que le spectre ultra
- violet des bases en question présente des raies qui n’appartiennent certainement à aucun métal connu. La chimie est donc sur le point de s’enrichir d’un nouveau corps simple, et c’est encore à l’analyse spectrale qu’on le devra.
- Décomposition électrolytique de l’eau, — Comme introduction à un travail dont on est en droit d’attendre les plus importants résultats, M. Bouvet annonce avoir reconnu expérimentalement que la décomposition de l’eau par le courant électrique est indépendante delà pression. L’auteur, qui est arrivé déjà jusqu’à 154 atmosphères, pense parvenir à 3000. En outre, la dépense en électricité est la même à toutes les pressions pour décomposer un poids déterminé de liquide.
- Théorie du baromètre. — D’après M. Cousté, directeur de la Manufacture des tabacs du Gros-Caillou, l’oscillation diurne du baromètre est due à la superposition des deux phénomènes suivants. D’une part, sous l’action solaire, la vapeur, jusque-là à l’état vésiculaire, se transforme en vapeur proprement dite et ajoute sa pression à celle de l’air; d’autre part et en sens inverse, réchauffement de l’air, dû au soleil, détermine des courants ascendants, et par conséquent un vide relatif au ras du sol qui se traduit par l’abaissement de la colonne. Les mêmes phénomènes rendraient compte aussi des oscillations nocturnes.
- Horloge perpétuelle. — Nous n’entendons pas le nom d’un inventeur qui propose d’utiliser la différence de température du jour et de la nuit à remonter spontanément les horloges et les pendules. La chaleur fait monter un liquide dans un réservoir supérieur d’où la gravité le ferait ensuite redescendre. L'idée est ingénieuse, mais ne parait pas avoir une sérieuse importance.
- Décharge électrique. — D’une très-longue lecture de M.Warren delaRuesur la décharge électrique, nnusrelien-drons seulement ce fait qu’en absorbant dans un tube l’acide carbonique par la potasse ou l’hydrogène par l’éponge de palladium, on parvient à un vide tel qu’il s’oppose au passage du courant fourni par 11 000 éléments de pile. A un degré un peu moindre de vide, la décharge passe et elle offre alors un tel caractère de fixité, que la photographie reproduit avec perfection les moindres détails de la stratification lumineuse.
- Tache solaire et magnétisme terrestre. — Revenant encore sur la belle question qui l’occupe depuis plusieurs semaines, M. Paye annonce qu’il a calculé les époques de minimum de taches et de minimum de déviation magnétique depuis l’année actuelle jusqu’à 1610, où Galilée découvrit les taches. La comparaison des deux tableaux montre que la discordance va constamment en augmentant, de façon que ces phénomènes, dont la période est de 10 ans environ, s’écartent de plus de 15 années. Continuer à les assimiler l’un à l’autre est donc maintenant injustifiable.
- Géologie expérimentale. — Un comité secret étant annoncé et l’heure étant fort avancée à cause d’une très-longue lecture de M. Pasteur, M. Daubrée se borne, à notre regret, à déposer un mémoire où le savant géologue a étudié expérimentalement le développement de chaleur déterminé dans les roches par les actions mécaniques. Les phénomènes métamorphiques seront sans doute fortement éclairés par ces nouveaux résultats.
- Stanislas Meunier.
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- LA NATURE.
- SUR L’EMPLOI
- DES GAZ SORTANT DES FOURS INDUSTRIELS
- TAR M. CAILLETET.
- Dans les usines métallurgiques, on utilise ordinairement pour la production de la vapeur, les gaz sortant des fours à réchauffer. A cet effet, les gaz à
- leur sortie sont conduits sous une chaudière établie à proximité et sont finalement aspirés par une cheminée d’appel. En analysant les gaz après leur passage sous une chaudière horizontale de 10 mètres et au moment où ils pénètrent dans la cheminée d’appel, M. Cailletet a pu s’assurer que l’oxyde de carbone est loin d’être brûlé entièrement et qu’il y a en outre une notable proportion de charbon entraîné à l'état de fumée. La température des gaz s’est
- Fig. 1 — Coupe longitudinale.
- abaissée à 500 ou 400 degrés au contact des parois de la chaudière ; ils sont donc complètement éteints, mais il est facile de les rallumer, et pour cela il suffit de les réchauffer et de ralentir leur vitesse d’écoulement. C’est en partant de ces données qu’il a exposées en 1877 dans une séance de la Société d'encouragement, que M. Cailletet a fait établir aux forges de Saint-Marc (Côte-d’Or) l’appareil sui-
- vant dont les figures 1 et 2 donnent le croquis.
- La disposition est des plus simples. Elle consiste en un caveau construit en briques réfractaires B, B établi à la suite du générateur A, et aboutissant à un four M, dans lequel on peut cuire des briques, fabriquer de la chaux ou griller des minerais. En F est une petite grille sur laquelle on brûle des escarbilles ou quelque combustible sans valeur. En arri-
- Fig. 2. — Coupe horizontale.
- vant dans le four M, les gaz provenant du foyer métallurgique s’échauffent et s’allument au contact delà grille, la température de l’enceinte atteint rapidement au rouge clair. En sortant de cette partie de l’appareil, les gaz peuvent encore passer sous un bouilleur auquel ils cèdent la plus grande partie de la chaleur, et sont enfin aspires par une haute cheminée.
- Ce système est appliqué depuis plusieurs années avec beaucoup de succès par M. Cailletet, qui estime
- que la chaleur résultant de la combustion des gaz après leur rallumage, correspond à 500 kilogrammes environ de houille de qualité moyenne consommée en vingt-quatre heures l.
- 1 Bulletin de la Société d encouragement, mars 1878t
- Le Propriétaire-Gérant: G.Tissaxdjer.
- CouBEIL. Typ. etstér.Caâlï
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- .V 258. - 11 MAI 1878. LA NATURE.
- LES WAGONS A TOILE
- AUX ÉTATS-UNIS.
- « La force du vent, agissant sur des voiles, peut être appliquée aussi bien sur terre à la direction d’une voiture que sur mer à celle d’un navire. » Ainsi s’exprime l’évêque Wdkins, dans le second livre de sa Magie mathématique, imprimé à Londres en 1648- « Des voitures semblables, ajoute-t-il, ont été employées de temps immémorial en Chine ainsi qu'en Espagne dans les pays de plaines, mais c’est principalement en Hollande qu’on les a utili-
- sées avec le plus grand succès. Dans ce dernier pays, elles dépassaient de beaucoup la vitesse d’un navire quelconque qui aurait été poussé en pleine mer par le vent le plus favorable. Ainsi, en quelques heures, une voiture à voiles transportait de 6 à 40 personnes, sur un espace de 148 à 222 kilomètres, et cela avec très-peu de peine pour celui qui était assis au gouvernail, cet homme pouvant guider à son gré la direction du véhicule. »
- L’étonnement du bon évêque et de ses contemporains, relativement à la vitesse d’impulsion, était parfaitement justifié; car une voiture à voiles hollandaise, construite comme l’indique la figure 2, parcourait 56 kilomètres par heure. Or c’était là
- Fig. 1. — Wagon à voile actuellement employé sur le chemin de fer Kansas-Pacifique, aux États-Unis.
- une vitesse alors inconnue, quel que fût le moyen de locomotion employé. « Des hommes, courant devant ces voitures, paraissaient avancer en sens inverse, tant ils étaient vite dépassés. Des objets situés à une grande distance étaient atteints en un clin d’œil et laissés derrière le véhicule. » Effectivement, tant que les chemins de fer restèrent inconnus, il est évident que les voitures à vent durent surpasser en rapidité tous les autres moyens de locomotion, et l’on a peut-être lieu de s’étonner de ce que des efforts ne furent pas faits pour perfectionner cette navigation terrestre. Toutefois l’évêque Wilkins n’eut pas ce reproche à s’adresser, car il adapta au véhicule un moulin à vent, « par lequel il disposa les voiles de telle sorte que les ailes tournaient, quelle que fût la
- (0e année.— t*r «raestre.)
- direction du vent. » Il proposa de faire agir les voiles sur les roues de la voiture « pour transporter voiture et moulin à la fois, n’importe dans quel endroit, même dans une direction tout opposée à celle du vent. » Cette même invention a été renouvelée, il y a quelques années, aux États-Unis, et peut-être pourrait-on en conclure d’une façon peu charitable que, si après un travail de deux siècles et demi nos inventeurs n’ont rien pu faire de mieux que de recourir à l’idée du vénérable évêque, on a atteint Yultima Thule en fait d’inventions relatives aux véhicules à voiles. Cependant le bateau à glace est pro-» bablement le fils de la voiture à voiles et les petits véhicules que mettent en marche d’énormes cerfs-volants, tels que les construisent maint écolier u>
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- LA NATURE.
- génieux, ont de l'analogie avec les inventions qui nous occupent en ce moment.
- Il est intéressant de faire remarquer que si les chemins de fer ont fait renoncer aux voitures à voile, ce sont ces mêmes chemins de 1er qui vont faire renaître cette ancienne invention. Des véhicules à voiles sont aujourd’hui employés sur les prolongements de rails à l’aide desquels on traverse les immenses prairies de l’oüest aux États-Unis et la vitesse obtenue égale, dit-on, celle des trains express les plus rapides. Nous devons à l’obligeance de M. L. 0. Wood, de Hays City, Kansas, la photographie d’après laquelle nous donnons ici le dessin du wagon à voile, imaginé par M. C. J. Bascom, du chemin de fer Kansas-Pacifique (fig. 1). Cette voiture fait environ 30 milles (48 kilomètres) à l’heure ; elle atteint la vitesse de 40 milles (64 kilomètres) par heure, quand la brise est impétueuse. Cette dernière vitesse
- Fig 2.—Une voiture à voile en Hollande au dix-septième siècle.
- (D’après une gravure du temps.)
- été obtenue à l’aide d’un vent poussant le wagon en droite ligne. 84 milles (135 kilomètres) ont été franchis dans l’espace de quatre heures, la direction du vent étant contraire, sur une partie de cette distance, et les rails faisant de nombreuses courbes sur le parcours.
- Le nouveau véhicule a quatre roues, chacune de 30 pouces de diamètre ; il a 6 pieds de long et pèse 600 livres Deux mâts portent les voiles, qui ont de 14 à 15 pieds de long avec une aire totale d’environ 81 pieds carrés. Le mât principal ail pieds de haut ; il a 4 pouces de diamètre à sa base et 2 à son sommet. Inutile de dire que plus d’une loi présidant à la direction du bateau à glace s’applique à celle de la voiture à voiles. Il est à remarquer que, lorsque cette dernière parcourt 40 milles (64 kilomètres) par heure, elle acquiert une vitesse supérieure à celle du vent qui la pousse. La même ob-ervation a to ujours été faite à propos du bateau à
- glace. D’un autre côté, les bateaux à glace vont bien, surtout quand le vent leur est contraire ; en effet, la voile est toujours plate à l’arrière ; quant à la voiture à voiles, c’est surtout lorsque le vent la prend par le travers qu’elle avance avec la plus grande rapidité.
- Naturellement la différence provient de la résistance plus grande offerte par les surfaces plus larges et plus élevées de la carcasse du véhicule, ainsi que par les personnes transportées et du frottement des tourillons de l’essieu, ce qui, probablement, dans les circonstances ordinaires, suffit pour empêcher la voiture à voiles d’obtenir la vitesse qu’atteint le bateau à glace.
- M. Bascom nous dit que son wagon est très-sérieusement utilisé sur le chemin de fer Kansas-Pacifique, où l’on s’en est servi pour transporter les objets nécessaires à la réparation des pompes, des lignes télégraphiques, etc., sur tout le parcours. Le wagon à voiles est d’une construction fort peu coûteuse; il en est de même de son entretien. 11 économise le travail des hommes poussant devant eux des camions ou des brouettesl.
- CHRONIQUE DE L’EXPOSITION
- L’ouverture.— Malgré l’inclémence d’un ciel d’orage, la cérémonie d’ouverture, assez simple extérieurement, a été écrasante de majesté intellectuelle, et si, à un certain moment, elle a présenté pour un peintre un coup d’œil incomparable, pendant toute la journée elle a réuni tous les cœurs dans un même sentiment de légitime fierté nationale et d’araour de l’humanité.
- Le moment magnifique a été celui où le cortège officiel s’est engagé dans la « rue des Nations » après avoir passé dans les parcs entre la haie de troupes en grande tenue, mais dont — délicat symbole — les carabines étaient obturées par un bouchon de bois, pendant que les sabres-baïonnettes dormaient dans le fourreau : les salves, assourdies par l’éloignement, de la batterie triomphale des Invalides répondent comme un écho aux explosions plus claires des marrons lancés par les mortiers de réjouissance. Devant les façades représentant les édifices caractéristiques du style architectural de chaque pays, les soldats de chacun de ces peuples sont rangés en garde d’honneur; aux fenêtres se penchent les dames des diverses colonies étrangères en toilettes éblouissantes et beaucoup en costume national. En tête du cortège est le président de la République accompagné des princes, suivi des ambassadeurs; tous les costumes sont représentés dans cette foule de notabilités cosmopolites : après les Anglais écarlates, les Russes et les Autrichiens blancs, les Hongrois scintillants de pierreries ;puis, les Chinois et les Annamites superbement drapés dans les robes de soie, les Japonais ridiculement accoutrés d’uniformes étriqués et surchargés d'or; plus loin, masse compacte, se pressent les hauts fonctionnaires : Institut aux palmes vertes, conseil d’État chamarré d’or, préfets au costume brodé d’argent, Cour de cassation portant l’hermine, Cour d’appel en simarres rouges, Cour des comptes en simarres jaunes, tribunaux et clergé en robes
- 1 D’après le Scientific american
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- ou en soutanes noires, évêques violets, députés en frac avec l’écharpe tricolore....
- Tout cela a été grandiose, tout cela n’était rien. C’était la cérémonie officielle et réglementée : le soir le peuple français a célébré la « fête de la Paix », l’ouverture de l’Exposition, preuve matérielle éclatante de son relèvement, avec l’élan spontané le plus unanime et le plus touchant dont nous ayons jamais été témoin. Dans tout Paris, dans toutes les rues les drapeaux flottaient, les lanternes vénitiennes tamisaient leur lumière, les lampions rayonnaient aux fenêtres, les plus pauvres demeures étaient illuminées. Ce serait presque une vérité de dire que la décoration des voies publiques était en raison inverse de leur richesse; dans les ruelles du vieux Paris et des faubourgs ouvriers les drapeaux arborés se touchaient d’un côté de la rue à l’autre et formaient de longs berceaux où l’on passait sous l’abri des couleurs de la France.
- Les hommes les plus froids, les plus maîtres d’eux-mêmes sentaient à ce spectacle leur cœur battre, leur gorge se serrer et les larmes voiler leurs yeux. Le même jour, à la même heure, la France illuminait, de Brest à Nancy, de Dunkerque à Alger, et sur la mer elle-même, les navires se couvraient de pavillons.
- Le gouvernement a fait dignement ce qu’il avait à faire : les édifices resplendissaient de gaz et de lumière électrique ; le président offrait àl’Élysée un concert splendide, et le lendemain le ministre de l’agriculture et du commerce et Mme Teisserenc de Bord faisaient, avec une grâce parfaite, aux notabilités françaises, et étrangères réunies h Paris à l’occasion de l’Exposition, les honneurs de la salle de bal construite dans le jardin du ministère spécialement en rue des fêtes à donner pendant le concours universel.
- Charles Botssay.
- CHRONIQUE DU TÉLÉPHONE
- M. Marin Maillet nous envoie de Lyon le projet d’une installation des téléphones, destinée à amplifier les sons produits. Si l’on dispose, dit-il, un miroir sphérique ou parabolique percé à son centre d’une ouverture, et que dans cette ouverture soit fixé un .porte-voix envoyant les ondes sonores sur un autre petit miroir b fixé (fig. J) au foyer du grand miroir M, les ondes sonores frappant le petit miroir central se réfléchiront sur le grand miroir M, et de là partiront en rayons parallèles à l’axe du grand miroir; ils frapperont ensuite une série de téléphones de différentes grandeurs situés en face du miroir M et disposés circulairement comme le montre la coupe.
- Pour constituer l’appareil récepteur, M. Maillet pense qu'il suffit de mettre en face et dos à dos tleux miroirs tels que le montre la figure 2, seulement le miroir G doit diverger le plus possible, et recevoir au foyer commun c un petit miroir reportant les ondes sonores au petit miroir b qui, de là, les enverra au grand miroir B. '
- ' L’auteur se borne à ces indications ;'il annonce qti’rl sera heureux d’apprendre le résultat des essais qui pourront être faits ; il s’adresse aux physiciens;
- n’ayant pas, dit-il, le loisir ni les moyens de faire lui-même les expériences.
- M. l’abbé Godefroy a installé au séminaire de la Chapelle-Saint-Mesmin un poste téléphonique à plusieurs directions, qui fonctionne convenablement. Quatre postes sont, en ce moment, munis de téléphones et de sonneries trembleuscs. La longueur des différents parcours atteint un développement de près de 350 mètres nécessitant plus de 2 kilomètres de fils. Les fils des quatre téléphones viennent aboutir à un tableau situé dans le poste central (fig. 5). Ce tableau comprend un commutateur à 5 voies K et trois interrupteurs E, G, H. A l’état normal le commutateur est sur le bouton du milieu ; le courant G est interrompu en E et G. La communication est donc établie de À vers B et de C vers D. Pour mettre A en communication avec C il suffit d’interrompre le circuit en G et de mettre le commutateur sur le bouton de gauche. Pour mettre A en communication avec D, on ferme le courant par le côté droit du commutateur et on interrompt les autres circuits. Pour mettre B en communication avec G, on interrompt le circuit en K, G et II, et on l’établit en E.
- Pour mettre B en communication avec D, on interrompt également en K, G et H, et on ferme le circuit en II. Enfin, on peut mettre G, B et D en communication simultanée avec A, en interrompant le circuit en G, et mettant le commutateur à droite ou à gauche. On peut ainsi entendis en A les paroles émises en même temps de trois autres postes. Sur le tableau, à côté des commutateurs et interrupteurs se trouvent des boutons communiquant avec chacun des postes B, C et D. Ces postes ont également des boutons de sonneries pour attaquer les autres.
- Chaque poste a une sonnerie qui le distingue des autres. Cette sonnerie consiste en un roulement suivi de un, deux, trois ou quatre coups. — Pour demander communication par l’intermédiaire du poste central A, il suffit d’attaquer ce poste, en ajoutant à sa propre sonnerie celle du poste avec lequel on veut correspondre.
- M. l’abbé Godefroy indique ensuite les conventions de sonneries pour annoncer le commencement et la fin des conversations. Grâce à ces dispositions, dit-il, les conversations sont aussi rapides qu’à l’état normal et peuvent durer longtemps, sans fatigue, et sans que l’on perde un seul mot, une seule syllabe. Les conclusions que l’auteur a retirées de sa pratique sont les suivantes :
- « Le rendement mécanique du téléphone est d’autant plus grand que le son émis au départ est moins intense et plus net. » Le téléphone est donc un appareil mécanique d’autant plus parfait qu’il a moins de travail à effectuer. Gela se conçoit aisément, puisque l’appareil sensible est une plaque rigide qui se prête assez facilement à‘ la délicatesse des petites vibrations, mais qui ne peut suivre
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- dans toute leur étendue l’amplitude et les variations brusques des grandes. Donc, pour se bien faire entendre, il faut modérer l’intensité de la voix et parler un peu plus bas que dans la conversation ordinaire.
- M. L. Séguin nous envoie du Mans la description d’un interrupteur automatique construit sur ses indications par M. Paret. Cet instrument est destiné à être placé dans une station télégraphique ordinaire pour rendre facultative la correspondance avec les systèmes à cadran ou avec des téléphones. M. Séguin a appliqué cette installation à l’annonce des incendies.
- Voici la description de l’interrupteur : L’organe principal est un électro-aimant AA' (fig. 4) fixé sur une monture en cuivre H à l’aide d’une vis S et d’une garniture de serrage en bois G. L’armature en fer doux D est fixée à un ressort plat vissé sur la borne B. Cette armature se termine par une lame E qui est en contact avec l’une des bornes C ou T, suivant qu’elle se trouve rapprochée ou éloignée de l’électro-aimant. Les points de contact sont garnis de platine. Les bornes C et T sont isolées delà monture en cuivre H par deux rondelles en ivoire K. L’interrupteur étant dans la position indiquée par la figure, il sera facile de correspondre au moyen des téléphones, puisque le courant produit après avoir parcouru les bobines A et A', le ressort et l’armature D, sortira par la borne T et se rendra au téléphone.
- Supposons que, dans cette position, un courant électrique soit envoyé. 11 parcourra d’abord l’élec-tro-aimant qui, sous cette influence, attirera l’armature D, et établira ainsi la communication avec la borne C aboutissant au récepteur à cadran. Grâce au petit ressort à boudin R, le bouton F qui était arrêté par la rondelle fixe P aura pu s’élever, et cette petite rondelle maintiendra constamment l’armature dans sa nouvelle position, c’est-à-dire en communication avec le cadran qui recevra la dépêche transmise.
- I/appareil est placé entre le manipulateur et les
- appareils récepteurs. De cette façon, le courant do I ilc qui peut être établi avec les téléphones ne passe dans ces derniers appareils que pour prendre terre et faire fonctionner l’interrupteur, il ne cause ainsi aucune détérioration. Lorsque étant sur un | cadran on désire rétablir la communication avec les : téléphones, il suffit d’appuyer sur le bouton E. Enfin, pour revenir sur le cadran sans qu’il soit envoyé de courant de pile, il suffit d’appuyer sur le bouton M.
- M. Demoget, de Nantes, continue la série de ses brillantes études sur le téléphone.
- Dans une note précédente, il estimait à 1/1800 du son primitif les sons transmis à distance à l’aide des téléphones. D’après de nouvelles expériences,
- ce rapport doit être considéré comme un maximum. En présence de ce résultat, il y a lieu de remarquer quelle somme énorme d’énergie mécanique a été absorbée dans la transmission, soit par la résistance de la ligne, soit par la sextuple transformation des vibrations à travers les téléphones. C’est que toutes ces actions doivent avoir lieu à distance; en effet, on ne saurait expliquer autrement cette perte énorme d’énergie dans des mouvementsmolécu-laires, où il n’existe pas de frottements. Si l’on embrasse dans son ensemble le phénomène de l’émission, de transformation, et d’audition à distance, la perte d’énergie devient en quelque sorte palpable, en comprenant l’effort musculaire puissant que l’on est obligé de faire pour émettre un son dans le premier téléphone, et le faible travail mécanique pour ébranler l’appareil auditif de la personne qui entend le son transmis dans le deuxième téléphone. C’est que le son transmis, avant d’arriver à l’oreille de celui qui écoute, a subi huit transformations successives, sans compter la résistance de la ligne qui à elle seule peut absorber toute l’énergie.
- Voici ces diverses transformations : Effort musculaire de celui qui se transforme : 1“ en vibrations de l’air; 2° en vibrations métalliques; 3° en ondes magnétiques; 4°"en induction électrique; 5° en induction magnétique; 6° en vibrations métalliques;
- Section suivant A.B.
- Projet de disposition? de téléphones, destinées à amplifier les sons.
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- 7° en vibrations de l’air ; 8° en vibrations de l’appareil auditit.
- En supposant à chaque transformation des pertes égales d’effet utile, pour arriver au résultat donné par l’expérience, il faut qu’à chaque transformation de mouvement, la perte soit comprise entre les deux tiers et la moitié. C’est à peu près dans les machines le rendement des pompes. Toujours préoccupé de la mesure des effets, M. Demoget a fait une analyse curieuse.
- Il remarque que les courants induits qui se produisent dans le téléphone, étant alternativement de sens contraire, leurs effets sur l’aiguille aimantée s’annulent ; il est par suite impossible de les mesurer à l’aide du galvanomètre.
- Il a alors cherché à les comparer à des courants d’une intensité connue, produisant des vibrations de même nature et de même force.
- A cet effet il a mis deux téléphones A et B en communication au moyen d’une ligne de vingt mètres de longueur : près de la plaque vibrante du téléphone A on appuyait légèrement une petite lime, sur laquelle on frottait avec une lame métallique; le bruit ainsi produit était transmis par le téléphone B avec une certaine intensité.
- Ensuite on remplaçait le téléphone A par une pile, et on introduisait la lime dans le circuit en la reliant à l’un des pôles; le courant ne pouvait être fermé que lorsqu’on frottait sur la lime au moyen de la lame métallique reliée à l’autre extrémité du fil de la ligne. M. Demoget a obtenu des courants interrompus qui faisaient vibrer la plaque du téléphone B en produisant un bruit dont l’intensité variait avec la force du courant de la pile.
- Le son transmis ainsi au moyen d’une pile au bichromate et avec un élément de Daniel était beau-
- coup plus fort que celui entendu directement : il fallait donc mettre une pile de moindre intensité.
- Il a employé successivement: un petit couple Wollaston, dont l’élément cuivre n’avait que 0m,15 de côté, une petite pile primitive, composée d’une rondelle de zinc et d’une rondelle de cuivre (un son) séparées par du drap mouillé d’eau acidulée, enfin une petite pile composée de deux fils de zinc et de cuivre, montés dans un flacon de 30 grammes, rempli d’eau salée; les courants de ces dernières piles agissaient encore trop fortement sur le téléphone B.
- M. Demoget eut recours alors à une petite pile thermo électrique composée simplement d'un fil de cuivre, et d’un fil de fer de 0“,20 de longueur et de 0m,002 de diamètre, aplatis à leur extrémité, et soudés à l’étain. Le faible courant de cette pile qui ne faisait dévier que de 2° l’aiguille d’un galvanomètre à fil court produisait dans le téléphone B des bruits égaux à ceux transmis directement. En sorte que l’on peut conclure que le courant de la pile thermo-électrique était sensiblement égal à ceux produits par le téléphone A.
- On voit par ce qui précède que le téléphone peut être employé à rechercher les courants les plus faibles, et qu’il serait peut-être avantageux de s’en servir pour transmettre des signaux au moyen d’une pile de très-faible intensité, en faisant varier la nature des bruits transmis de manière à remplacer les traits et les points de l’ap pareil Morse. Nous avons reçu plusieurs autres documents sur le téléphone; mais ils se rattachent à des considérations analogues à celles qui sont envisagées dans cette notice; il nous est impossible de les publier, car, malgré tout l’intérêt de la question, nous devons en limiter le développement.
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- Fig. 3. — Poste téléphonique du collège de la Chapelle.
- Fig. 4. — Interrupteur automatique.
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- LES CYNOCÉPHALES
- Pour Cuvier, l’ordre des Quadrumanes comprenait à la fois les Singes proprement dits et les Lémuriens; mais dans ces derniers temps, comme nous avons déjà eu l’occasion de le dire, les limites de ce groupe ont été sensiblement restreintes, les naturalistes ayant reconnu la nécessité d’en retirer les Lémuriens pour les placer dans une catégorie spéciale, à un niveau un peu moins élevé dans la série zoologique. Dans les classifications modernes, les Singes constituent donc à eux seuls un groupe naturel, dont les représentants se distinguent en général par la direction de leurs incisives inférieures, qui sont implantées verticalement dans la mâchoire; par la conformation de leurs extrémités, dont les doigts, à l’exception du pouce, sont presque similaires, et surtout par le volume et la complication de leur cerveau, qui dénotent e*i général le développement des facultés intellectuelles. Mais tout en se rassemblant par l’ensemble des caractères, ces animaux présentent une foule de variations sous le rapport de la taille, des proportions du corps, de la structure des os, dé la nature du pelage, des mœurs, du régime, etc. Les Gorilles, par exemple, par leurs dimensions, dépassent l’espèce humaine, et par leur force peuvent lutter avec avantage avec les grands Carnassiers1 * 3 ; les Ouistitis, au contraire, sont aussi petits que nos Écureuils et d’une com-plexion encore plus délicate8 ; les Cercopithèques ou Guenons nous charment par leur agilité et leur gentillesse; les Cynocéphales, au contraire, nous repoussent par leur méchanceté et leur aspect dégoûtant. Dans toutes les classes d’animaux on trouve, du reste, des contrastes aussi marqués entre les animaux d’un même groupe : parmi les oiseaux, les Faucons, par exemple, comprennent des espèces aux serres redoutables, à l’envergure énorme, comme l’Aigle et le Pygargue, et des espèces de la taille du Moineau vulgaire, comme les Microhierax ; les Corbeaux, qui recherchent souvent, à la manière des porcs, les matières en putréfaction et qui sont fréquemment considérés comme des oiseaux de mauvais augure, à cause de la teinte sombre de leur plumage, ne diffèrent point sensiblement, par les .caractères anatomiques, de ces magnifiques Paradisiers, aux brillants panaches, aux manteaux de velours, et doivent probablement rentrer dans la .même famille. C’est en se fondant sur ces parti cu-.larités de structure, de livrée, de régime, que les zoologistes ont pu établir dans les grands groupes des coupes secondaires, et c’est ainsi qu’ils ont divisé les Singes d’abord en deux catégories, celle des Catarhiniens ou Singes de l’ancien continent, et celle des Platyrhiniens ou Singes du nouveau
- 1 Yôy. lès 'Singes anthropomorphes, journal la Nature, 'numéros des 11 août, 1 ", 8 et 22 septembre 1877
- *.Voy. YOuislili pygmée, journal la Nature, numéro du
- 3 novembre 1877.
- continent1, et ensuite en quatre tribus : les Anthropomorphes, les Cynopithéciens, les Cébicns et les Ilapaliens. Désireux de signaler à nos lecteurs les espèces intéressantes aussitôt qu’elles arrivent dans les jardins zoologiques de l’Europe, nous avons dû rompre plusieurs fois l’ordre naturel; après avoir parlé des Singes anthropomorphes, ces géants des Quadrumanes, nous avons passé brusquement aux Ouistitis, qui sont de véritables pygmées, placés à l’autre bout de la série simienne; de même aujourd’hui, après avoir dépeint les mœurs des Singes les plus mignons, nous sommes forcés de dire quelques mots des Singes les plus hideux et peut-être les plus féroces, c’est-à-dire des Cynocéphales.
- Parmi les Cynopithéciens, c’est-à-dire parmi les Singes à tête de chien, les Cynocéphales sont incontestablement ceux qui présentent au plus haut degré cette saillie des mâchoires, cette proéminence du museau qui est presque toujours un indice de passions brutales. Sous le rapport de la taille et de la force musculaire, ils se placent immédiatement après les Anthropomorphes, et par leur dentition ils rappellent beaucoup les carnassiers, ayant comme ces derniers des canines aiguës et tranchantes en arrière. Un corps trapu, porté sur des membres robustes, une tête lourde, massive, boursouflée et profondément sillonnée dans la région faciale, un nez saillant, des lèvres mobiles, des oreilles petites, des yeux perçants abrités sous des crêtes sourcilières extrêmement prononcées, leur donnent un aspect à la fois hideux et terrible. Leur pelage est tantôt lisse, tantôt touffu, de couleur grise, jaunâtre ou verdâtre; leur queue est tantôt assez longue, tantôt fort réduite, et leurnuque est parfois ornée d’une riche crinière ; entiu les parties nues et les callosités offrent les teintes les plus vives : rouges, bleues ou jaunes.
- Ces horribles Singes habitent la plus grande partie du continent africain et les contrées de l’Arabie baignées par le golfe Persique. On en compte trois espèces en Abyssinie, deux au Cap, deux dans l’Afrique occidentale, etc. A l’opposé des autres animaux de la même famille, ils ne vivent pas dans les forêts et ne grimpeut pas volontiers sur les arbres, mais se tiennent d’ordinaire sur les rochers des montagnes, à une altitude moyenne de 1000 à 2000 mètres et parfois près de la limite des neiges perpétuelles. Leur nourriture consiste principalement en oignons, en tubercules, en herbes succulentes, en insectes et en araignées; mais ils se montrent aussi très-friands d’œufs de petits oiseaux. Le vignoble ou le jardin qu’ils visitent est ravagé en un clin d’œil. On a prétendu que lorsqu’ils sont en train de dévaster un verger, ils font la chaîne, se passent les fruits de main en main, pour les * remiser en lieu sûr ; que des sentinelles sont postées pour les avertir du moindre danger, et
- 1 Yoy. la Nature, numéro Au 11 août 1877.
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- sont impitoyablement massacrées lorsqu’elles se sont laissé surprendre. Mais il ne faut pas avoir une confiance trop absolue dans ces récits faits par les indigènes. Ce qui est certain, c’est que les Cynocéphales sont des animaux extrêmement redoutables, auxquels le Lion et le Léopard lui-même hésitent à s’attaquer, et dont une meute de chiens courageux et bien dressés ne vient pas toujours à bout. Mais, chose curieuse, ces mêmes Singes, si hardis et si vigoureux, ont une terreur extrême des reptiles les plus petits, et ne manquent jamais, lorsqu’ils cherchent leur nourriture, de retourner les pierres avec précaution pour voir si elles ne recouvrent pas quelque serpent.
- D’après ce que nous venons de dire, on comprend que les Cynocéphales sont très-difficiles à capturer; pour s’en rendre maîtres, les nègres recourent, dans quelques districts de l’Afrique, à un curieux stratagème. Connaissant le goût de ces Singes pour les liqueurs fortes, ils mettent à leur portée des vases remplis de boissons spiritueuses, et quand toute la troupe est dans un état complet d’ébriété, ils s’en emparent facilement, matant au besoin les individus les plus récalcitrants avec quelques coups de bâton et les garrottant solidement. C’est de cette façon que sont pris les Cynocéphales que l’on voit entre les mains des bateleurs, en Égypte, en Abyssinie et au cap de Bonne-Espérance. Dans l’Afrique ^ australe, on emploie, dit-on, ces animaux pour trouver de l’eau dans les plaines désertes : après leur avoir donné à manger quelque chose de fortement salé, on les attache pendant une couple d’heures ; puis on leur rend la liberté, en ayant soin de ne pas les perdre de vue, et au bout de peu de temps on les voit avec satisfaction humer l’air, s’orienter, puis fouiller le sable avec frénésie, et finalement mettre à jour une source profondément cachée.
- De tous les Cynocéphales, l’Hamadryas est un des plus anciennement connus. 11 est mentionné dans la Bible sous le nom de Koph, et dans les écrits d’Hérodote, de Plutarque et. de Pline, sous le nom de Cynocephalus. Les Égyptiens l’adoraient sous le nom de Toth et l’ont fréquemment représenté dans leurs hiéroglyphes. En général, ils lui ont donné la figure d’un juge tenant une balance et pesant les bonnes et les mauvaises actions, ou celle d’un dieu placé sur un autel et recevant les hommages des humbles mortels. Il est probable qu’à une époque reculée cette espèce était répandue dans la Haute-Égypte, mais depuis plusieurs siècles elle paraît avoir complètement disparu de cette région. M. Brehm dans son voyage ne l’a rencontrée qu’en Abyssinie, et Alpin rapporte que de son temps déjà, c’est-à-dire vers 1580, c’était d’Abyssinie que provenaient les Hamadryas promenés par les bateleurs dans les rues du Caire et d’Alexandrie.
- L’Hamadryas a la face d’une couleur de chair terne, nuancée de bleuâtre, et les callosités postérieures d'un rouge vif; son corps est couvert de poils assez longs qui sontannelés de gris et de jaune
- et qui chez les vieux mâl es forment autour du cou une sorte de crinière. 11 vit sur les pentes rocailleuses, mais toujours à proximité d’un cours d’eau. Dans les montagnes de la Nubie méridionale et de l’Abyssinie, il n’est pas rare de rencontrer des troupeaux d’une centaine de ces monstres, conduits par une douzaine de vieux mâles, d’une épouvantable laideur. La rencontre n’est pas des plus agréables, surtout si l’on n’est pas bien armé. En général, les Cynocéphales s’enfuient à l’approche de l’homme, les jeunes formant la tête de la colonne et les vieux protégeant la retraite; mais lorsqu’ils se voient serrés de trop près, ils n’hésitent pas à faire face à l’ennemi. Ils ont la peau si dure que le plomb no leur cause pas grand mal, et les blessures ne font qu’augmenter leur colère. Aussi la chasse des Ila-madryas doit-elle être considérée comme plus dangereuse que celle du Léopard, puisqu’on n’a pas affaire à un individu isolé, mais à une bande d’animaux furieux. Quand une meute de chiens est lancée sur un troupeau d’Hamadryas, la mêlée est vraiment terrible ; tandis que les vieux Cynocéphales cherchent à saisir les chiens à la gorge et à les rouler sur le sol, les chiens à leur tour s’efforcent d’écarter quelques-uns de leurs adversaires du reste du troupeau, afin d’en venir plus facilement à bout. La lutte reste longtemps indécise et se termine quelquefois à l’avantage des Hamadryas, qui s’éloignent en poussant des cris de victoire.
- Quand ils ne sont pas troublés dans leurs habitudes, les Cynocéphales reviennent chaque soir aux mêmes gîtes. Lorsque le temps est à la pluie, ils restent dans leur camp, tapis dans des anfractuosités de rochers et serrés les uns contre les autres; mais quand le temps est beau, ils descendent dans la plaine. Malheur alors aux vergers et aux champs de sorgho qui se trouvent sur leur passage! Majestueusement assis au soleil, la tête enfoncée dans les épaules, les mâles se tiennent immobiles au soleil, tandis que les femelles surveillent leurs petits qui se disputent continuellement comme des enfants turbulents. Une fois repus ils vont tous ensemble boire au cours d’eau voisin et regagnent ensuite leurs repaires.
- De nos jours encore, comme du temps d’Alpin, les bateleurs promènent quelques individus de cette espèce dans les villes de la Basse-Égypte et leur font exécuter des tours grossiers; on en amène aussi parfois en Europe, et naguère encore on pouvait voir une paire de ces Hamadryas dans la singerie du Jardin des Plantes.
- Sous le rapport de la taille, sinon de la férocité, le Gélada, en faveur duquel Isidore Geoffroy-Saint-Hilaire a créé le genre Théropithèque, dépasse encore l’Hamadryas. M. Schimper affirme en effet avoir vu des mâles de cette espèce qui étaient aussi grands qu’un homme. A l’âge adulte ces Singes ont un pelage d’un brun foncé, passant au roux sur les cuisses et sur la tête, et au brun de sépia sur le dos et sur les extrémités ; ils ont une longue queue, ter minée, comme celle du Lion, par une touffe de
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- poils. Sur le cou et sur la poitrine deux grands espaces dénudés, de forme triangulaire, offrent un ton rosé, et sur la région postérieure sont des callosités de couleur noirâtre. Par les deux figures ci-jointes, qui ont été exécutées d’après deux individus vivant actuellement au Jardin zoologique de Londres, nos lecteurs pourront juger du reste de la laideur du Gélada, laideur qui serait encore plus frappante si nous avions pu reproduire la coloration de la face et de la poitrine. Le Gélada se trouve à peu près dans les mêmes régions et dans /es mêmes conditions que l’Hamadryas, avec lequel il vit en fort mauvaise intelligence. Il a été rencontré en troupes innombrables par M.Schimper dans les montagnes de l’Abyssinie, à une hauteur de 3 à 5000 mètres, et en bandes un peu moins nombreuses à une altitude plus faible; mais, comme l’Hama-dryas, il descend parfois dans les vallées pour mettre au pillage les cultures des malheureux indigènes.
- M.G. A. Henty, qui a pris part à l’expédition de Madgala, a eu plusieurs fois l’occasion d’observer cet animal dans son pays natal.
- Voici ce qu’il en dit : « Nos soldats firent deux ou trois fois lâchasse aux Géladas, mais il est à peine besoin de dire qu’ils ne réussirent pas à capturer un seul de ces Singes. Un chien cependant, qui appartenait à un des soldats, tint pendant un moment un Gélada ; mais il fut attaqué avec tant de furie par les compagnons de ce dernier, qu’il fut obligé de lâcher sa proie et de battre précipitamment en retraite. J’ai pu d’ailleurs observer à loisir une bande ou une troupe (je ne sais trop quel terme employer) de deux ou trois cents de çes animaux qui passaient le long des ro-
- chers, en arrière de ma tente, à trente yards de distance environ. Us n’avaient pas la moindre crainte de l’homme et le tumulte du camp semblait plutôt les amuser que les effrayer. Il y en avait de toutes les tailles, depuis les mâles adultes qui atteignaient les dimensions d’un gros chien, jusqu’aux jeunes qui se tenaient serrés contre leurs mères et s’accrochaient à leur cou, à la moindre alarme. Les vieux ne faisaient pas de bruit, et s’avançaient délibérément, de rocher en rocher, s’asseyant fréquemment
- pour inspecter le camp, et pour se gratter. Ils se distinguaient par les longs poils qui couvraient leur tête et la paiiie supérieure de leur corps, et aussi par la dénudation, fort laide à voir, de leur train de derrière. Les petits gambadaient autour de leurs parents, en criant et en jacassant; ils ne portaient pas encore de crinière. Le cri du Gélada adulte peut être comparé exactement à l’aboiement d’un gros chien. »
- M. Schimper a fait connaître le premier une autre forme de Cynocéphale, plus petite et plus grise que le Gélada; cette forme, qui vit dans l’Ha-besh, a été décrite par Geoffroy-Saint-llilairesous le nom Cynoce-phalusDoguerra. Le Babouin, ou Khird des Arabes, ne porte jamais de camail sur les épaules, comme le Gélada et l’Hamadryas, avec lesquels il ne peut être confondu. Il est d’un jaune verdâtre, avec la face d’un brun olivâtre, variée de blanchâtre et de rose dans le voisinage des yeux. Son aire d’habitat comprend l’Abyssinie, le Kordolân et le centre de l’Afrique. Scs mœurs sont d’ailleurs les mêmes que celles des autres Cynocéphales, mais son intelligence paraît beaucoup plus développée. Aussi le garde-t-on, de préfé-
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- rence à l’IIamadryas, dans les ménageries de nos jardins publics. Celle du Muséum d’histoire naturelle en a possédé à diverses reprises et en possède encore en ce moment. M. Brehm conserva longtemps ï Alexandrie, dans sa maison, un jeune Babouin qu’il avait pris en Abyssinie et qui vivait
- en bonne harmonie avec tous les autres animaux, à l’exception des Autruches, celles-ci venant à chaque instant becqueter le paillasson sur lequel il aimail à se reposer. Un jour le singe parvint à dérober à sa mère un jeune chien qu’il voulait adopter à toutes forces, et dont on eut beaucoup de peine à le séj a-
- Cynocéphale Gélada mâic vivant au Jardin zoologique de Londres
- rer. La femelle que le même voyageur ramena en Allemagne ne manisfesta pas de moins bonnes dispositions envers les hôtes de la maison, quoiqu’elle ne se fît pas faute de faire des niches aux chiens ou aux chats ; elle s’attacha même tellement à un autre singe, à un Cercopithèque, quelle faillit périr de
- chagrin à la mort de ce dernier.
- Après avoir cité pour mémoire le Tschakma (Cy-nocephalus porcarins), qui habite l’Afrique australe et qui ressemble beaucoup au Babouin par le pelage et par les mœurs, et le Papion (Cynocephalus sphinx) qui vit au Sénégal et dont on peut voir des
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- représentants au Jardin des Plantes, nous arrivons à deux autres espèces, fort remarquables par la brièveté de leur queue, le Mandrill (Cynocephalus mormon) et le Drill (Cynocephalus lencophœus), que certains naturalistes ont cru devoir placer dans un genre particulier.
- Le Mandrill a été figuré pour la première fois en 1744 par William Smith dans son Nouveau voyage en Guinée. 11 est assez commun à Sierra Leone, et c’est peut-être à lui que se rapportent quelques passages des auteurs anciens qui ont été à tort appliqués au Chimpanzé. Tout dans le Mandrill dénote la férocité: la tête est effrayante, surtout quand l’animal en colère découvre ses dents puissantes et contracte, par un horrible rictus, sa face variée do brun et de rouge vif. Son corps trapu est recouvert d’un poil rude, hérissé, dont la couleur générale est assez difficile à définir, le brun foncé se mêlant à l’olivâtre sur la région dorsale, et se fondant sous une teinte blanchâtre du côté du ventre ; la barbe est d’un jaune-citron, et sur les callosités postérieures le rouge et le bleu contrastent d’une singulière façon. La force extraordinaire du Mandrill lorsqu’il est adulte ne permet guère de le capturer vivant ; aussi cette espèce est-elle plus rare que toutes les autres dans les ménageries, d’où elle mériterait d’ailleurs d’être exclue à cause de son aspect hideux et de la brutalité de ses passions. On en voit cependant de temps en temps quelques individus à Londres ou à Paris. Enfin le Drill, qui habite les mêmes contrées que le Mandrill, ne diffère guère de ce dernier que par la teinte plus sombre de sa face, la saillie moins prononcée des plis qui rident ses joues, la nuance plus verdâtre de son pelage, et sa taille plus faible. Il est d’ailleurs beaucoup moins féroce que le Mandrill, et peut être plus facilement conservé en captivité. E. Oustalet.
- SEIZIÈME RÉUNION
- DES
- SOCIÉTÉS SAVANTES DES DÉPARTEMENTS
- A LA SORBONNE. Avril 1878.
- I. Sciences physiques.
- Composition des eaux de sources et de rivières du département d’Ille-et-Vilaine au point de vue de l'alimentation. — La distribution de l’eau se fait à Rennes dans de très-mauvaises conditions. On distribue dans la ville de l’eau prise dans des puits forés dans les faubourgs.
- M. Lechartier, professeur à la Faculté des sciences de Rennes, a été chargé d’analyser les différentes eaux du département d’Ille-et-Vilaine, et d’étudier les différents systèmes proposés pour l’alimentation de la ville.
- Les terrains du département sont, en général, peu perméables à la surface dans les formations paléozoïques ; de façon que les èaüx de pluie qui tombent sur ces terrains, arrivent dans la Vilaine sans avoir pénétré profondément dans le sol, et dans les temps de sécheresse la rivière ne recueille que la petite quantité d’eau qui provient des étangs
- où elle est retenue pour la culture. Ces eaux sont limoneuses, contenant de l’argile en suspension; elles sont aussi chargées, d’une manière continue, de matières organiques en grande quantité.
- Cela tient à l’aménagement des campagnes de ce pays. On sait qu’en Bretagne les champs sont entourés de haies plantées d’arbres et de fossés coupés de nombreux chemins creux ; de sorte qu’il se forme de toutes parts des dépôts d’eaux stagnantes favorables aux développements des matières organisées.
- Les eaux provenant des rares terrains calcaires du département sont limpides, chargées de carbonate de chaux, mais pouvant facilement se clarifier.
- Restent les eaux des terrains granitiques. Ces dernières sont tout à fait limpides quand on les prend à l’endroit où elles jaillissent; mais dès qu’elles ont quitté le sommet des vallées pour descendre vers les bassins secondaires elles ne tardent pas à prendre l’aspect d’une décoction de thé en se chargeant de matières organiques.
- 11 serait donc nécessaire, d’après M. Lechartier, d’aller chercher l’eau au sortir même du granit, en tête de chaque petite vallée.
- Quant aux eaux puisées dans les nappes souterraines, elles sont relativement pures ; mais aux environs de Rennes elles sont également chargées de matières organiques, comme les eaux superficielles.
- Les analyses de la partie minérale des composés que renferment les eaux ont été faites d’après le procédé de M. Henri Sainte-Claire-Deville. L’analyse des matières organiques a présenté de graves difficultés. Il n’existe pas de bons réactifs. M. Lechartier a dû employer le procédé Franckland et chercher à doser la quantité de carbone que contiennent ces matières. Il a également dosé la proportion d’azote qu’elles renferment.
- Moyen proposé pour prévenir les explosions de grisou. — M. Rolland-Banès, président de la Société nationale havraise, propose, comme cela a été déjà fait à la réunion de l’année dernière, de prendre l’air atmosphérique à l’extérieur de la mine et de l’introduire au moyen d’appareils assez compliqués dans les lampes de l’exploitation.
- Comme on a constaté que c’est dans l’intérieur des lampes Davy que se produisaient toujours les explosions, M. Rolland-Banès modifie la construction de cette lampe et propose plusieurs perfectionnements dont il présente des photographies. M. Faye ayant demandé si ces photographies avaient été faites sur des appareils expérimentés, il résulte des explications de M. Rolland qu’aucun d’eux n’a encore été essayé.
- Perfectionnement des expériences de Plateau. — Nouvelles expériences. — M. Terquem, professeur à la Faculté de Lille, présente de nouveaux modes d’expérimentation très-simples destinés à populariser et à rendre facilement praticables dans les cours les curieuses expériences de Plateau sur les surfaces d’équilibre que prennent des lames liquides supportées par les arêtes de solides géométriques.
- En premier lieu, M. Terquem remplace le liquide gly-cérique de Plateau par un simple mélange de savon et de sucre. En outre, une simplification très-grande est opérée, quant aux supports solides employés. Au lieu de polyèdres dont toutes les arêtes soient métalliques et qui par suite se déforment facilement et sont d’un transport peu commode, M. Terquem emploie des solides formés en partie de fils métalliques fixes, en partie de fils flexibles.
- C’est ainsi qu’on peut voir (fig. 1) un tétraèdre formé d’un triangle métallique fixe supporté par 3 fils. Un pareil
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- tétraèdre plongé dans une cuvette renfermant de l’eau de savon sucrée donne la forme d’équilibre correspondante, c’est-à-dire 4 lames partant des 4 arêtes et se coupant suivant 4 lignes droites. A chaque solide avec lequel on opère, correspond un système de lames liquides dont on peut prévoir la disposition exacte par un calcul malhéina-tique. Si au milieu de la surface précédemment obtenue, on introduit une bulle d’air, on obtient (fig. 1) la même forme géométrique coupée en son milieu par un tétraèdre à faces de triangle sphérique.
- Avec un cube on peut avoir, suivant la manière dont les lames liquides touchent aux arêtes, 4 surfaces se coupant ou 3 hélicoïdes gauches dont l’intersection se fait suivant une diagonale rectiligne, ce qui donne à la surface l’aspect de deux selles placées en sens contraire et en croix, l’une au-dessus de l’autre. Avec un octaèdre on peut obtenir un solide liquide à douze faces, un cylindre à 3 fils comme génératrices verticales, dont 3 surfaces se coupent suivant une ligne rigoureusement droite, etc.
- Mais de nouvelles expériences très-intéressantes sont présentées par M.Terquem et exécutées avec succès devant les assistants. Elles ont pour but de démontrer l’existence de la tension superficielle qui modifie la forme des surfaces, cette tension admise par presque tous les physiciens pour expliquer les phénomènes de capillarité. C’est grâce à cette introduction de fils flexibles ordinaires que ces nouvelles expériences sont possibles.
- La figure 2 représente l’un de ces petits appareils très-simples. Il se compose uniquement de deux petites barres métalliques reliées entre elles par deux fils verticaux. Si on fait supporter un poids relativement assez fort à la barre inférieure tandis qu’on tient l’autre à la main, après l’avoir trempée dans l’eau de savon, on obtient les lames liquides figurées en 2. Jamais les deux fils ne sont tendus verticalement. Il faudrait pour cela un poids infini. Diminue-t-on le poids qui tend les fils, immédiatement les deux courbures des fils augmentent, ce qui met en évidence d’une manière frappante la tension superficielle.
- La forme donnée à cette expérience peut encore être modifiée. On emploie un système analogue, seulement la lame de savon est limitée inférieurement par un fil en arc de circonférence (fig. 3). Au milieu de l’arc se trouve attaché un fil muni d’un anneau que l’on peut tirer à la main. Si l’on vient à agir sur ce fil A, la forme de lame se modifie à B, et si on abandonne le fil à lui-même, l’arc du cercle reprend aussitôt sa forme primitive.
- Toutes ces expériences sont, on le voit, de la dernière simplicité et peuvent être répétées par tout le monde avec une grande facilité.
- Nouvel hygromètre à condensation.— M. Alluard, doyen de la Faculté des sciences de Clermont-Ferrand, présente le nouvel hygromètre à condensation qui a été décrit dans la Nature (voy, 5® année 1877, 2® semestre, p. 308). Cet hygromètre a permis à M. Desains de faire dans ses cours la détermination de l’état hygrométrique devant une nombreuse assistance, en projetant sur l’eau l’image de la lame entourée de son cadre métallique.
- Mode d'observation des moyennes températures d'une région. — M. Doumet-Adanson, président de la Société d’horticulture et d’histoire naturelle de l’Hérault, fait remarquer que jusqu’ici la moyenne température d’une région a été déduite des observations faites à l’aide de thermomètres placés au nord et soigneusement garantis des influences du rayonnement solaire pendant le jour et du rayonnement nocturne. D’après lui, pour bien déterminer la température moyenne réelle.d’une contrée, il faut que
- les thermomètres soient placés en rase campagne, il faut tenir compte des abaissements ou des élévations de température qui agissent sur les êtres organisés.
- Ainsi, une plante placée dans des conditions normales subit d’un côté l’influence de la chaleur du soleil, tandis que l’autre face, garantie contre cette chaleur, est à.une température notablement moins élevée. 11 faudrait.prendre la moyenne entre ces deux températures.
- M. Doumet-Adanson propose de déterminer les températures moyennes de la manière suivante :
- On aura pour chaque point d’observation quatre thermomètres, deux à maxima, deux à minima. Quelques arbres à feuillage compacte et persistant (thuia, if, cyprès, etc.) seraient plantés en ligne de l’est à l’ouest. Un thermomètre à maxima et un à minima seraient placés au nord de cet abri ; les deux autres au sud. Les arbres seraient élagués par le bas jusqu’à la hauteur où se trouveraient placés des instruments, pour laisser à l’air une libre circulation et taillés en muraille, de façon que leurs branches ne s’étendent pas au-dessus des thermomètres.
- Un tableau comparatif des observations faites pendant une période de quatre jours en février et en mars avec des instruments placés comme nous venons de l’indiquer, a donné une moyenne de température de 1®,7 plus élevée que celle déduite de l’observation thermométrique au nord. D’après M. Doumet-Adanson, cette moyenne plus élevée est la seule qui intéresse la météorologie appliquée à l’agriculture.
- Études sur les grands mouvements de l'atmosphère et les phénomènes de sirocco dans VAmérique, du Nord. — Influence des montagnes sur la formation et la marche des orages. — M. Hébert, professeur de physique au lycée de Moulins, a continué ses nombreuses et intéressantes études sur les grands mouvements de l'atmosphère, et sur les relations qu’ils présentent avec la configuration du sol.
- M. Hébert a d’abord cherché à se rendre compte de leur mode de formation dans le pays d’où ils nous arrivent le plus souvent, c’est-à-dire dans l’Amérique du Nord.
- On sait que la vallée du Mississipi est bornée à l’ouest par les montagnes Rocheuses, à l’est par les Alleghanys. Sur la chaîne ouest on rencontre un grand nombre de cols importants au sommet des principales vallées ; nous voyons qu’ils jouent, d’après M. Hébert, un rôle très-important dans les phénomènes météorologiques.
- Sur le territoire immense qui constitue cette vallée se trouvent réparties quatre-vingt-huit stations météorologiques ; dans chacune de ces stations sont faites à la même heure des observations comparatives, transmises trois fois par jour à Washington et transcrites sur des cartes spéciales.
- C’est de l’étude attentive de ces cartes jointes aux observations faites sur le continent européen que M. Uébert a pu déduire d’importantes conclusions au sujet des tourbillons et de leur marche. On sait déjà comment s’explique d’après lui la formation du sirocco. Il se produit toujours en face des cols des chaînes de montagnes ; sa production est liée à une cause topographique, l’existence des cols.
- C’est ce que M, Hébert vérifie pour la chaîne des montagnes Rocheuses. Ainsi, en octobre, le sirocco est signalé à Virginia—G.ity, au col situé près des sources de la Lewis, en novembre dans des cols situés plus au nord, en décembre plus au sud, etc. Chaque coup de sirocco est la conséquence de tourbillons qui. se déplacent, s’avançant vers le N. E. et tendant toujours.vers l’est ou le N. E.
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- en obéissant à la direction du mouvement diurne de la terre. En Amérique, la plupart de ces tourbillons aboutissent vers le golfe du Saint-Laurent.
- Quant h ces tourbillons eux-mêmes qui engendrent le sirocco, leur existence est lice à celle des grands cou-ranls équatoriaux où les couches d’air chaud s’élèvent et se dirigent vers le N. E. Rencontrent-ils une chaîne de montagnes ? Il se passe alors le même phénomène que celui qu’on a observé dans le lit des fleuves lorsque les eaux bouillonnantes rencontrent une barre, une lame de terrain submergée ; les tourbillons atmosphériques trouvent un passage aux points de la chaîne les moins élevés; puis après ie passage du col, redescendent vers le sol, l’échauffent et le rendent plus sec en apparence : d’où la production du sirocco.
- Le point de rencontre d’un courant donné avec une chaîne de montagnes déterminée varie avec les saisons. Dans l’hémisphère nord il s’élève vers le nord du solstice d’hiver au solstice d’été. 11 s’abaisse au contraire vers le sud du solstice d’été au solstice d’hivir.
- M. Hébert a ensuite essayé de déterminer la marche des tourbillons sur l’Atlantique et de suivre pas à pas leur marche depuis leur naissance en Amérique jusque dans leurs pérégrinations européennes.
- Indépendamment des observations continentales, il a eu recours pour cela à celles faites aux îles Fceroë, au Groenland et aux Açores.
- Ce sont surtout les tourbillons partis du Saint-Laurent et de la Nouvelle-Écosse qui abordent en Europe; rarement, quelques-uns assez mal observés, la Floride, paraissent originaire de l’Amérique centrale, et même il semble que quelquefois certains d’entre eux prennent leur origine encore plus au sud, vers le nord de la chaîne des Andes.
- Ceux qui sont situés dans les régions les plus au nord, passent entre le Groenland et les îles Fœ-roë, traversent le nord de
- l’Europe, pénètrent en Asie par le col situé entre les sources de la Kama et de l'Obi et gagnent l’embouchure de l’Amour. De là, M. Hébert pense qu’ils entrent dans les régions polaires et que c’est à leur arrivée qu’on doit attribuer les baisses subites du baromètre observées au Groenland. On ne doit pas s’étonner du reste que les tourbillons amènent des dépressions croissantes à
- Fig.l.— Nouvelle forme donnée aux expériences do M. Plateau par M. Tmjuem.
- mesure qu’on s’élève en latitude, car ils s’abaissent de plus en plus vers le sol et s’étendent naturellement à la surface, même des terres au moment où ils tendent à disparaître.
- M. Hébert étudie ensuite les trajets des divers tourbillons en Europe, plus au sud, explique par leur marche les dépressions observées et fait voir de quelle importance sont de semblables études pour la prévision du temps dans nos départements.
- Mesure de la chaleur solaire en Algérie. — M. Yiolle, professeur à la Faculté des sciences de Grenoble, rend compte des nouvelles observations qu’il vient de faire sur la mesure de la chaleur solaire.
- On sait qu’il existe deux méthodes pour opérer celte mesure :
- 1° Opérer des mesures simultanées à deux stations d’altitudes très - différentes , par exemple au sommet et à la base d’une même montagne très-élevée. On détermine aussi la chaleur reçue à la limite de l’atmosphère et sa transparence calorifique. En y joignant des observations météorologiques on peut avoir en outre une idée de l’état météorologique de la couche d'air traversée.
- 2° La méthode de Pouillct : Observer aux différentes heures de la journée depuis le lever du soleil jusqu’à son
- coucher. Mais cette méthode comporte une objection sérieuse. Elle suppose que la constitution physique de l’air est restée la même pendant toute la journée, ce qui est bien rare dans nos climats. Les proportions de vapeur d’eau que l’air contient varient considérablement, et l’on sait, après les expériences de Tyndall et de Desains entre autres, quel est l’énorme pouvoir absorbant de la vapeur d’eau pour la chaleur.
- M. Yiolle a employé la première de ces deux méthodes dans ses observations faites simultanément au sommet et à la base du Mont-Blanc, Il en a rendu compte l’année dernière. 11 tenait à vérifier les résultats obtenus de celte façon avec son aclinomèlre, en employant la méthode de Pouillet. Pour cela M. Yiolle, voulant se mettre autant que possible à l’abri des causes d’erreur que nous avons signalées, a été au Sahara algérien. 11 a trouvé là des localités où il ne pleut que deux fois par an au plus, où le tbermo-
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- mètre monte ou descend à peine de quelques degrés du lever au coucher du soleil, et ce qui est très-important, où la quantité de vapeur d’eau est toujours la même à toute heure de la journée.
- L'observateur était ainsi dans les conditions les plus favorables pour appliquer la méthode de Pouillet. Le nombre trouvé pour la constante solaire est un peu inférieur à celui trouvé au Mont-Blanc l’année d’avant parM. Yiolle, et cela était à prévoir. Car lorsqu’on opère à la surface du sol, une partie de la chaleur est toujours nécessairement absorbée par la vapeur d’eau atmosphérique, et aussi par les poussières de l’air qu’on retrouve comme on sait jusqu’à de très-grandes hauteurs et dont le rôle ne parait pas du tout négligeable.
- En somme, les résultats de cette nouvelle série d’expérience offrent un intérêt particulier ; ils sont extrêmement favorables à ceux obtenus au Mont-Blanc, et c’est le nombre trouvé par cette première méthode qui est à conserver.
- Nouvelles expériences sur l'emploi de la chaleur solaire. — Après M. Violle, qui a déterminé l’intensité de la chaleur solaire,
- M. Mouchot vient rendre compte des nouvelles expériences qu’il a faites également en Algérie au moyen de son appareil réflecteur que connaissent les lecteurs de la Nature. (Vov. 4#année, 4876, 1" semestre, p. 402.)
- M. Mouchot fait installer à l’Exposition universelle un grand appareil de 24 mètres carrés d’insolation normale, dont la chaudière a 400 litres de capacité. Appliqué à la distillation en grand il pourrait faire mouvoir une pompe élévatoire. 11 pense que, même au soleil de Paris, on pourra juger des résultats obtenus dans les pays chauds.
- Au Sahara, avec un réflecteur d’un mètre carré seulement, on peut développer dix calories par minute, tandis qu’on n’en avait que cinq, même en été, au centre de la France. D’après ces nombres, un réflecteur d’un mètre carré au Sahara pourra produire par heure 4700 litres de vapeur d’eau.
- M. Mouchot a d’abord recherché parmi les métaux usuels ceux qui pourraient fournir de bons réflecteurs d’un prix abordable. Ces recherches l’ont conduit à adopter la plaque d’argent ou encore du laiton recouvert par la galvanoplastie d’une mince couche d’argent. Ces miroirs réfléchissent la chaleur solaire dans d’excellentes conditions, s’altèrent très-peu, et sont d’un prix peu élevé.
- M. Mouchot, se plaçant toujours au point de vue des applications pratiques, a aussi étudié les variations d’intensité de la chaleur solaire pendant le cours d’une journée. De huit heures du matin à huit heures du soir, par un ciel très-pur, ces variations sont en général peu considérables. L’intensité de la chaleur recueillie est déjà notable à sept heures du matin. Elle croît rapidement de sept à huit heures.
- Enfin M. Mouchot annonce que dans ses diverses excursions en Algérie, il est parvenu à vulgariser de petits appareils solaires destinés aux usages journaliers, à la cuisson des aliments et du pain, ainsi qu’à la distillation des alcools.
- Perfectionnement du téléphone. — Les sons confiés au
- Fig. 4. — Perfectionnement du téléphone proposé par M, Olivier.
- téléphone Bell ne sont reproduits, comme on le sait, qu’avec une notable diminution de l’intensité, et ce qui est plus défectueux encore, avec une altération sensible du timbre. M. Louis Olivier, d’Elbeuf, pense que c’est la forme plane du diaphragme du récepteur qui s’oppose à la reproduction du timbre. On sait, en effet, que des sons de même hauteur et de même intensité, produits par des instruments différents, se distinguent chacun par un timbre particulier. Ce timbre est produit par le roulement plus ou moins complet des différentes harmoniques. Car non-seulement un corps vibrant, une corde, par exemple, vibre dans son ensemble, donnant aussi naissance au son fondamental ; mais elle se divise en un certain nombre de parties qui vibrent chacune indépendamment. Ce sont ces vibrations particulières qui produisent ce qu’on appelle les harmoniques.
- Comme ces vibrations s’exécutent dans le même temps, il en résulte que tandis qu’une vibration engendre le ton fondamental, deux autres, par exemple, donnent naissance à la première harmonique, trois à la seconde, quatre à la troisième et ainsi de suite, la dernière étant la plus aiguë.
- On est ainsi arrivé à conclure que le nombre des harmoniques reproduit, et par conséquent le timbre, est déterminé par la forme de l’instrument.
- Helmhollz a pu, à l’aide de ses résonna-teurs, isoler successivement le ton fondamental et les différentes harmoniques ; on sait aussi qu’après avoir ainsi analysé les sons, il a pu en opérer la synthèse. Cette dernière expérience établit que toutes les vibrations exécutées dans une même période, sont décomposables en une somme de vibrations pendulaires; c’est la forme sous laquelle notre oreille les perçoit. Donc, si l’on veut faire répéter fidèlement par une membrane la parole ou tout autre mot, on doit s’arranger de manière que les différentes parties de cette membrane soient sensibles à chacune des vibrations pendulaires dont l’association détermine le son.
- Or, il n’en est point absolument ainsi dans le téléphone Bell : le diaphragme de tôle, toutes ses parties ayant la même épais seur, s’il reud le ton fondamental et les premières harmoniques, il n’est que peu ou pas ébranlé par les tons les plus aigus. On peut s’assurer de l’influence de l’épaisseur de la lame en se servant comparativement des téléphones construits en France et de ceux construits en Autriche dont la lame n’a pas la même épaisseur. Avec l’un, ce sont les voix de femmes et d’enfants qu’on perçoit avec le plus de netteté; avec l’autre, ce sont les voix d’hommes.
- D’après M. Olivier, la forme circulaire de la membrane est aussi un obstacle à la nette reproduction des différents tons. Les sons sont amortis et comme voilés en même temps que leur timbre est altéré.
- Il en est autrement de notre membrane tympanique, qui est concave, d’épaisseur inégale et supporte la chaîne des osselets. Gomme elle possède une série de tensions différentes, elle peut entrer en vibration pour toutes les nuances de l’échelle tonique comprise, en moyenne, entre 20 000 et 50 vibrations doubles par seconde.
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- M. Olivier propose, en conséquence, de donner au diaphragme du téléphone la forme que nous avons représentée (fig. 4) en A B. La lame est d’inégale épaisseur, comme on le voit par cette coupe ; la forme vue de face est elliptique. Son plan général est incliné sur l’axe de l’appareil. Elle est tendue non-seulement en son pourtour A B, mais aussi par un fil de soie attaché en un point d’épaisseur maximum f.
- La question du timbre une fois résolue, resterait un autre perfectionnement à réaliser, c'est celui relatif à l’intensité.
- M. du Moncel a proposé de disposer cinq téléphones sur cinq faces d’un cube, en réservant la sixième face pour parler. Pour M. Olivier, cette question de l’intensité étant intimement liée à celle du timbre, il propose d’adopter la disposition de M. du Moncel en donnant aux diaphragmes de ces cinq téléphones cinq épaisseurs et aussi cinq formes différentes. De cette façon, l’intensité et le timbre des sons seraient certainement beaucoup mieux transmis.
- t Emploi du téléphone à l'Observatoire du Puy-de-Dôme. — A propos de la communication de M. Olivier, M. Alluard rend compte de l’usage du téléphone établi entre l’observatoire du Puy-de-Dôme et Clermont-Ferrand. Le gardien de l’observatoire, malgré sa grande habitude du manipulateur, va beaucoup plus vite en commençant par le téléphone que par le télégraphe.
- Le fil du téléphone est placé sur les mêmes poteaux que les fils télégraphiques. Or, à la base du Puy-de-Dôme se trouve une école d’artillerie. On ne peut pas communiquer sans qu’on entende tout à l’école d’artillerie. Le phénomène est même jusqu’à un certain point réciproque. j Ainsi le gardien est parfois obligé de prier celui qui j l’écoute à Clermont-Ferrand d’attendre un instant parce ! que le brigadier chante et que son chant gêne la commu- j nication téléphonique.
- Ainsi, dans cette transmission du son par l’électricité, bien des phénomènes restent encore inexpliqués, puisque le son peut se reproduire à la rigueur sans lame vibrante, et même sur le trajet.
- Analyses du lait. — M. Eugène Marchand, membre de la Société nationale havraise, appelle l’attention sur les anomalies que présente la composition du lait dans une même espèce et une même race, si l’on s’en rapporte aux documents publiés sur ce sujet. C’est ainsi que suivant les différents auteurs les proportions du beurre, de lactine et de matières protéiques que contient le lait de femme varient dans des limites dont l’étendue est inadmissible.
- Il en est de même pour le lait de vache.
- M. Marchand signale les côtés défectueux des divers procédés d’analyse employés dans les laboratoires. La manière dont on recueille les échantillons à doser sont aussi très-variables. M. Marchand indique les méthodes qui lui semblent susceptibles de conduire à la fois à une exacte connaissance de la composition moyenne du ait et à celle des limites extrêmes qui peuvent exister dans la proportion de chacune des parties qui le constitue.
- En terminant, il demande que les chimistes adoptent tous un seul procédé d’analyse du lait dont la valeur soit bien connue et parfaitement justifiée; par exemple le procédé Rosenthal modifié.
- Absorption par l'atmosphère des forces contenues dans la lumière envoyée par le soleil. — Calcul de cet absorption. — M. Marchand fait une seconde communication relative aux applications de la formule de Bouguer au calcul des effets produits par la lumière du soleil. Il éta-
- blit que celte formule ne peut conduire à la détermination de l’intensité de l’action chimique qu’elle exerce. Elle peut être, au contraire, appliquée avec succès pour évaluer sa valeur calorifique; cependant, lorsque le soleil est à moins de 25 degrés de hauteur, les résultats du calcul ne coïncident avec ceux de l’expérience que lorsque l’atmosphère est suffisamment homogène.
- M. Marchand fait voir en même temps les points de concordance des couches qui représentent les phénomènes chimiques produits dans les expériences de Roscoë et Bunsen avec les siennes, sous l’influence des mêmes rayons.
- « Pendant son passage vertical au travers de l’atmosphère, la lumière se dépouille des 74 centièmes de la force de réaction dont elle est chargée au moment où elle atteint les premières couches d’air. »
- Or, on sait d’après les expériences de Bouguer, Pouillet, Grova, Yiolle, que dans les mêmes conditions elle perd environ 15 pour cent de son pouvoir éclairant et de sa puissance calorifique.
- Il en résulte que l’action calorifique et l’action chimique de la lumière sont absorbées par l’atmosphère dans des conditions très-différentes.
- Dissociation du chlorure de soufre et de l'hydrate de chlore. — Chaleur de combinaison du gaz ammoniac avec les chlorures métalliques. —M. Isambert,professeur à la Faculté des sciences de Poitiers, donne de très-intéressants détails sur les phénomènes de dissociation qu’il a étudiés avec grand soin. 11 montre que l’hydrate de chlore, par exemple, a une tension de dissociation de 760nim à 90; c’est pourquoi on dit ordinairement qu il se détruit vers 10°. Mais cela dépend delà pression. Ainsi il peut exister à 14° 1/2 si la pression est de 1400njm. Appliquant ces études à d'autres composés, M. Isambert cherche à établir des relations entre la chaleur dégagée dans les combinaisons et la tension de dissociation correspondante. C’est par des études de ce genre qu’on peut arriver à prévoir avec précision à l’avance les réactions chimiques. M. Isambert cite l'action du chlorure de zinc sur le chlorhydrate d’ammoniaque, qu’on n’auraitpas pu prévoir autrement. Il est à souhaiter que ce genre d’études se multiplie. Ce sont elles surtout qui contribuent à faire de la chimie ut«e vraie science et non plus seulement une simple accumulation de faits. Gaston Bonnier.
- SOCIÉTÉ FRANÇAISE DE PHYSIQUE
- Séance du 5 avril 1878.
- M. Thollon présente à la Société un nouveau speçtro-scope à vision directe dont il développe le principe et les avantages. L’instrument est basé sur l’emploi de prismes accouplés deux à deux, et pouvant tourner l’un autour de l’autre de façon qu’on n’utilise que les radiations qui sortent du second prisme sous un angle égal à celui de leur incidence dans le premier. Dans ces conditions, ces rayons jouissent dés propriétés qui caractérisent dans le cas d’un ou de plusieurs prismes la déviation minimum.
- M. Thollon montre un instrument à quatre prismes et un autre à huit. Dans l’un et dans l’autre le collimateur et la lunette restent fixes et rigoureusement en ligne droite; un mouvement de vis fait passer sous le réticule les diverses parties du'spectre, qui toutes sont toujours au point, au moins dans la mesure de l’achromatisme des lentilles, Le spectre ainsi obtenu est intermédiaire entre celui des prismes ordinaires et celui des réseaux. La dispersion
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- élémentaire y est constante, ou autrement la déviation d’une couleur d’indice donné est proportionnelle à cet indice.
- M. Lippmann reproduit devant la Société une des expériences par lesquelles il a établi que la constante capillaire relative à deux liquides conducteurs, ne dépend que de la différence de potentiel qui existe entre ces deux liquides, et non de leur nature. Il expose les diverses expériences de mesure au moyen desquelles il s’était assuré de l’exactitude de cette loi remarquable.
- M. Berlin a utilisé l’appareil à projection horizontale déjà présenté à la Société par M. Duboscq à la projection des mouvements électro-dynamiques produits par des aimants ou des électro-aimants dans des liquides traversés par des courants électriques. La beauté et la netteté de ces phénomènes, conséquence des lois d’Ampère, fait dire à M. Berlin qu’il serait peut-être désirable qu’on remplaçât dans les cours par ces belles expériences, celles que l'on fait d’habitude, incomparablement moins brillantes, pour la démonstration des lois Je l’électrodynamique.
- M. Jannetaz montre à la Société, avec les modifications qu’il a été conduit à y apporter, l’appareil déjà présenté par lui pour l’étude de la propagation de la chaleur dans les minéraux.
- M. Cadiat expose comment il a pu transmettre le mouvement d’une machine à vapeur à une distance de 150 mètres par l’accouplement de deux machines Granim, le courant engendré par l’une faisant tourner l’autre.
- A propos des différences considérables qui existent entre les diverses valeurs du rendement obtenues par quelques expérimentations, M. Reynier fait remarquer qu’il résulte de la théorie de ces phénomènes qu’exposait dernièrement M. Mascart, que ce rendement dépend en effet des relations qui existent entre les organes des deux machines et du travail qu’on leur fait transmettre.
- CORRESPONDANCE
- CONGRÈS INTERNATIONAL D’HYGIÈNE DE PARIS EN 187$ AVEC LE PATRONAGE DU GOUVERNEMENT FRANÇ4IS.
- Paris, le 1er mai 1878.
- Monsieur,
- Au mois de septembre 1876, se tenait à Bruxelles un Congrès international d’hygiène et de sauvetage. Le mérite des promoteurs, le nombre considérable des adhérents, l’importance des questions soulevées et mises à l’étude attirèrent sur celte réunion d’hommes de science l’attention sympathique des gouvernements. Ce serait ne pas répondre aux nécessités présentes que d’échelonner à de trop longs intervalles ces réunions où les grands problèmes de l’hygiène peuvent être discutés et résolus, et il semble indispensable d’établir une certaine continuité dans ces études collectives si on veut arriver à des résultats pratiques.
- Ainsi l’ont compris les organisateurs du Congrès international d'hygiène qui aura lieu à Paris, lors de l’Exposition universelle, pendant la première quinzaine d’août, lorsqu’ils sont venus demander le concours du gouvernement français.
- Désireux de faire le plus hospitalier accueil aux savants étrangers, nous souhaitons qu’au Congrès de Paris toutes les opinions se fassent jour, toutes les questions utiles soient traitées; mais, comme nos honorables précurseurs, nous avons pensé qu’il convient d’attirer spécialement l’attention sur un certain nombre de points qui nous paraissent d’un intérêt plus actuel et plus urgent. Nous croyons
- ! aussi que de pareilles discussions ne peuvent être fruc-j tueuses qu’à la condition de tenir compte de toutes les opinions scientifiques, et il nous a semblé nécessaire de faire appel aux médecins, aux chimistes, aux physiciens, aux météorologistes, aux pharmaciens, aux architectes, aux ingénieurs, aux vétérinaires, aux administrateurs, c’est-à-dire à tous les savants qui, par leurs travaux, leur situation ou leur compétence spéciale, concourent à établir et à appliquer les règles de l’hygiène.
- Vous recevrez donc prochainement le programme des questions avec le règlement et les détails d’organisation du Congrès. Nous n’avons aujourd’hui d’autre but, monsieur, que de vous annoncer le premier développement d’une œuvre à laquelle votre compétence et vos travaux vous appellent justement à prendre part.
- Veuillez agréer, monsieur, l’assurance de nos sentiments les plus distingués.
- Pour le Comité d'organisation,
- Le président d’honneur, Le président, Le secrétaire général, Pr Bouchardat ; PrGuBLEa; P* Liouvd.le.
- CHRONIQUE
- Un nouveau fruit. — M. Hollister a apporté du Japon à Sati Francisco un fruit qui a la réputation, dans son pays natal, d’avoir toutes les variétés qu’on trouve dans notre pays pour nos pommes, et d’offrir également toutes leurs diverses saveurs. Il est connu sous le nom de Persimmon japonais, et, d’après M. Hollister, c’est un des plus beaux fruits qu’il ait jamais vus, et un des plus délicieux au goût. Trois de ceux qu’il a fait mûrir pesaient 80!) grammes chacun ; ils étaient d’une couleur jaune et ressemblaient à des balles de cire; on reconnut qu’ils étaient aussi bons qu'une bonne pêche ou une bonne poire. L’arbre est extrêmement joli, très-fertile et aussi dur qu’un poirier. La saison des fruits est d’octobre à mars. L’arbre paraît tout à fait adapté au sol et au climat de la Californie. Les arbres greffés produisent au bout de quatre ans. Les jeunes plantes demandent deux fois plus de temps pour fournir des fruits. (Proceedings Acad, of Sciences, California, in American Naturalist for March 1878.) — Un autre fruit bien connu sous le nom de Dyospyros Kaki, Linn., a beaucoup d’analogie avec le Persimmon des États-Unis du sud de l’Amérique. M. Hiern nous raconte dans sa monographie des Ébénacées que les Chinois conservent ce fruit avec du sucre et qu’ils le cultivent depuis longtemps, ainsi que les Japonais. Ce fruit a la peau très-fine, d’une couleur rouge-orange très-tendre, avec six ou huit pépins doux et foncés. (Nature de Londres.)
- ACADÉMIE DES SCIENCES.
- Séance du 29 avril 1878. — Présidence de M. Fizeact.
- Lois de la conductibilité électrique. — On sait que dans un travail célèbre, Ohm a cherché à démontrer que les lois trouvées par Fourier pour la conductibilité calorifique s’appliquent sans modificationà la conductibilité électrique. Kirchhoff, par des considérations mathématiques, a mis cette assimilation en doute. Aujourd’hui, M. A. Cornu vient avec de nombreuses expériences montrer que ces scrupules étaient bien fondés et qu’il y a, en effet, Heu de tenir compte de l’induction du courant sur lui-même, phénomène qui n’a pas son analogue quand il s’agit de la chaleur.
- Chirurgie conservatrice. — C’est sous ce titre qu’il
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- LA NATURE.
- convient de ranger une méthode décrite aujourd’hui par M. le docteur Tripier, et qui consiste à traiter les kystes de l’ovaire par l’établissement d’une fistule permanente au lieu de recourir à la terrible opération de l’ovariotomie.
- M. Malaguti. — C’est seulement aujourd’hui que l’Académie est officiellement informée de la perte que la science a faite en la personne du chimiste Malaguti. D’origine italienne comme l’indique son nom, ce savant distingué dont le nom est attaché à divers travaux importants avait adopté la nationalité française. Il est mort dans le postede recteur de l’Académie de Rennes. Il comptait parmi les plus anciens correspondants de l’Académie des sciences.
- Courants telluriques. — En étudiant le téléphone au moyen des lignes télégraphiques, M. Grenier, qui a fait des expériences à Ponlivy, a reconnu que tous les soirs l’instrument fait entendre spontanément, outre le bruissement perpétuel que chacun connaît pour l’avoir perçu le long des piquets d’un télégraphe, de véritables détonations parfois très-intenses. Son opinion est qu’elles sont dues à des courants spéciaux dus à la différence de valeur du potentiel électrique aux diverses altitudes traversées dans l’air par un même fil, et il en conclut que le téléphone pourrait très-avantageusement servir à étudier les variations de ce potentiel.
- M. du Moncel, tout en reconnaissant l’intérêt cfe ces expériences, pense que les courants telluriques en question sont dus avant tout à réchauffement des fils télégraphiques sous l’influence du soleil. Ce sont en effet de vrais courants thermo-électriques dirigés de la partie chaude du circuit vers la partie froide. Quand le soir vient et que la rosée se dépose, l’humidité dont les fils se recouvrent alors détermine un changement de polarité et les courants se renversent. M. du Moncel a étudié il y a déjà longtemps tous ces phénomènes à l’aide d’un galvanomètre spécial qui n’avait pas moins de 36 000 tours.
- Action physiologique de la morphine. — D’après un expérimentateur, dont le nom nous échappe, la morphine produirait une dilatation considérable des vaisseaux sanguins. Cet effet résulterait non pas d’une paralysie proprement dite, mais d’un affaiblissement du grand sympathique.
- Tridymile artificiel. — On sait que la silice dimorphi-que découverte par M. de Bath et connue sous le nom de tridymile, a été obtenue artificiellement par Gustave Rose au moyen du sel de phosphore employé comme dissolvant. M. llautefeuille annonce aujourd’hui, par l’intermédiaire de M. Daubrée, qu’il parvient au même résultat en chauffant à 1000 degrés environ une dissolution de silice dans un tungstate alcalin. 11 paraît que les caractères du produit de l’expérience sont rigoureusement ceux du minéral naturel, et bien qu’il aille de soi que le tungstène n’a pas joué lors de la production du soubassement granitique le rôle qu’il remplit dans les creusets de l’auteur, on peut regarder ce travail comme présentant un certain intérêt géologique. Peut-être en effet les analogies chimiques conduiront-elles à substituer au tungstate une matière plus commune et à laquelle il est légitime d’attribuer une importante fonction géogénique.
- Élection. — La mort de M. Gintrac, de Bordeaux, ayant .aissé un vide parmi les correspondants de la section de médecine, l’Académie appelle pour le remplir M. Chauveau, de Lyon. Celui-ci réunit3t) suffrages sur 48 votants. Il y a en outre 8 voix pour M. Desgranges, 6 pour M. Stolz, une pour M. Courly et une pour M. Rouget. Deux mem-br e ont mis dans l’urne des billets blancs.
- Stanislas Meunier.
- APPAREIL POUR LA PRÉPARATION DES GAZ
- L'appareil que nous représentons ci-dessous est destiné à faciliter la préparation des gaz qui se produisent à froid par voie humide, comme l’acide suif-hydrique, l’acide carbonique, l’hydrogène, etc. Il est dû à un de nos habiles constructeurs, M. Molteni. Cet appareil en cuivre étamé se compose d’un récipient en forme de bouteille, dont le fond est muni d’une grille B, à travers lequel un liquide peut passer. On place dans le récipient A la matière solide qui doit prendre part à la réaction. Supposons qu’il s’agisse de produire de l’hydrogène, c’est là que se placera la grenaille de zinc ou la tournure de fer. L’eau acidulée avec de l’acide sulfurique sera contenue dans le baquet D. L’appareil étant disposé comme
- Appareil de M. Molteni pour la préparation des gaz.
- le montre notre figure, si l’on ouvre le robinet C, l’eau acidulée pénétrera en E, s’élèvera à travers les ouvertures de la grille B, et agira sur la grenaille de zinc qui s’y trouve placée. L’hydrogène se dégagera par le tube supérieur. Aussitôt que l’on aura produit la quantité nécessaire du gaz, il suffit de fermer le robinet C pour que la réaction s’interrompe d’elle-même. Le gaz n’ayant plus d’issue, refoulera le liquide et la matière solide restera seule dans le récipient. Cet appareil peut s’appliquer, comme nous l’avons dit, à la préparation de l’acide sulfhydrique par le sulfure de fer et l’acide^ sulfurique étendu d'eau, à celle de l’acide carbonique par la craie et l’acide chlorhydrique, etc.
- Le Propriétaire~Gérant: G. Tissandieb.
- Corbbil. Typ. et ttér. Crbtb.
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- N# 259. — 18 MAI 1878.
- LA NATURE.
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- LES MITRAILLEUSES DE BORD
- SYSTÈME GATLING.
- Quoique M. Gatling ne soit pas l’inventeur des mitrailleuses, son nom restera certainement attaché à cette arme, qu’il a su rendre pratique, à laquelle il apporte chaque jour quelque perfectionnement nouveau.
- C’est à Indianopolis, en 1862, que cet ingénieux armurier fit breveter sa première mitrailleuse. Venu en France, il la présenta à notre gouvernement et sut y intéresser l’empereur, qui néanmoins ne voulut point s’engager avec M. Gatling. Celui-ci
- n’avait pas d’ailleurs atteint la perfection, car à la fin de 1864 il apportait d’importantes améliorations à son arme, particulièrement au mécanisme de la batterie et à la came arrière. De nouvelles expériences furent faites aux États-Unis et donnèrent lieu à des rapports assez favorables pour que le département de la guerre se décidât, en 1866, à commander 100 mitrailleuses : 50 de 1 pouce de calibre et 50 d’un demi-pouce.
- En 1867, nous revoyons les mitrailleuses en Europe, à l’Exposition universelle, où elles frappèrent vivement l’attention des gouvernements étrangers, qui presque tous les mirent en expérience. Nous n’avons pas oublié pour notre part le rôle qu’ont joué en 1870-1871 les mitrailleuses françaises (sys-
- Fig. 1. — La nouvelle mitrailleuse de bord.
- tème Montigny). Les services qu elles ont rendus à terre pendant cette triste guerre ne pouvaient manquer de faire songer à ceux qu’on pouvait en attendre sur mer. Elles ont été étudiées dans la marine à deux points de vue :
- 1° Pour protéger un débarquement en balayant la plage par de nombreux projectiles ;
- 2° Pour contribuer à la défense du bord, soit en empêchant des embarcations d’approcher, soit en criblant de balles le pont d’un navire ennemi.
- L’un de nos dessins (fig. 1) donne la silhouette de l’une des mitrailleuses imaginées par M. Gatling pour atteindre ce double but. Elle est installée sur le plat-bord d’un bâtiment repose sur un affût dit à chandelier qui permet un pointage négatif de £• auade — 4*r sewtslrf»
- 30° et un pointage positif de 15°. La vitesse du tir est de 400 coups par minute. Affût et mitrailleuse peuvent très-facilement s’embarquer dans un canot ou dans une chaloupe.
- Notre second dessin (fig. 2) représente une autre mitrailleuse, mais destinée, celle-ci, à agir du haut des hunes; elle ne diffère de l’autre que par des détails d’installation. Les Anglais arment de ces nouveaux engins, dit-on, les navires qu’ils envoient dans la Méditerranée. Leur amirauté étudie, en outre, les moyens les plus propres à mettre les artilleurs des hunes à l’abri des balles de l’ennemi. Il s’agirait de les protéger à l’aide de murailles d’acier. C’est, en effet, ce qu’il y a de plus rationnel, et nous sommes étonnés qu’on n’ait pas songé plus tôt à garantir les
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- LÀ NATURE.
- tirailleurs que, dans toutes les marines, il est d’usage de placer dans les hunes au moment du combat. Les anciennes marines étaient plus prévoyantes, et leurs hunes étaient de véritables petites forteresses, d’où
- — Autre mitrailleuse de bord.
- les archers, bien abrités, causaient parfois beaucoup de mal à leurs adversaires. La marine moderne a déjà emprunté l’éperon à l’antiquité ; n’est-il pas curieux de la voir lui prendre encore ses tourelles aériennes? L. R.
- SEIZIÈME RÉUNION
- DES
- SOCIÉTÉS SAVANTES DES DÉPARTEMENTS
- A LA SORBONNE. Avril 1878.
- (Suite. — Voy. p. 378.)
- IL Sciences naturelles.
- Le nouveau bois du chêne yeuse. —- Le savant botaniste de Montpellier, M. Duval-Jouve, récemment nommé correspondant de l’Académie des sciences, appelle l'attention sur quelques particularités que présentent les tiges du Quercus ilex. Ces tiges ont leur canal médullaire constamment excentrique, et c’est toujours du côté regardant le midi que les couches ligneuses sont le plus épaisses. Les propriétaires de ces arbres enlèvent en mai l’écorce des tiges pour la tannerie, et en octobre les coupent comme bois à brûler. De mai à octobre elles se revêtent d’une nouvelle couche de bois et d’écorce, mais très-inégalement réparties et manquant même sur le côté le plus directement opposé aux rayons du soleil. Quelquefois aussi, après une première récolte d’écorce, on laisse les tiges sur pied pendant cinq à six ans, et elles se refont un nouveau bois et une nouvelle écorce. Mais alors ces nouvelles couches présentent toutes les anomalies possibles, et particulièrement des apparences de tiges avec couches
- ligneuses concentriques, rayons médullaires, écorce, placées entre ces tiges nouvelles et la tige ancienne h laquelle elles sont accolées, de telle sorte qu’on croirait avoir sous les yeux des tiges anormales de Malpighiacées. M. Duval-Jouve explique quelques-unes de ces anomalies, soumet simplement les autres à l’examen de ses confrères et annonce qu’il en cherchera l’explication dans une suite d’expériences.
- Le Grès armoricain de Bagnoles (Orne) et ses fossiles. — M. Morière, professeur à la Faculté des sciences de Caen, secrétaire de la Société linnéenne de Normandie, après avoir assigné aux Grès de Bagnoles leur véritable position entre les schistes pourprés et les schistes à Calymene Tristani, donne la liste des fossiles qu’il a rencontrés dans ces grès siluriens. Ce sont des moules, en général assez frustes, qui avaient été pris autrefois pour des traces d’Annêlides ou de Vers ; ainsi les Tigillites, les Cruziana, les Vermiculites, etc. U y a aussi des Lingules, du groupe des Brachiopodes. M. Morière fait remarquer qu’on est encore loin d’être fixé relativement à la nature des genres organiques auxquels il faut rapporter la plupart de ces corps. En parlant des Bilobites ou Cruziana, M. Morière dit que nulle part mieux que sur les plaques de grès de Bagnoles on ne peut lire l’explication de ces cavités bilo-bées que l’on observe dans diverses localités sur des plaques de grès armoricain et qui sont désignées dans ces localités sous le nom de pas de bœuf. Ces cavités ne sont autre chose que l’empreinte de certains Cruziana à formes courbes, et surtout des Cruziana Prevosti et rugosa.
- L’attention de l’assemblée est appelée ensuite sur des empreintes spéciales qui ont été soumises à l’appréciation de MM. Schimper et de Saporta et que les deux savants paléontologistes considèrent comme ayant été produites par des Caulerpées. M. Morière propose pour cette espèce d’empreintes qui n’avait pas encore été signalée le non' de Cruziana Bagnolensis, si l’on vient à reconnaître plus tard que les Cruziana ne sont eux-mêmes que des Caulerpées gigantesques.
- M. Morière termine ainsi sa communication :
- Il reste encore beaucoup à faire pour reconstituer la flore du Terrain Silurien, et l’on parviendra sans doute, dans un temps plus ou moins éloigné, à assigner aux Cruziana, aux Dœdalus, aux Ryzophycus, aux Tigillites, etc. la véritable place qu’ils doivent occuper dans l’è,'belle des êtres et à les faire sortir de l’état d’origine douteuse dans lequel ils sont restés jusqu’à présent.
- Enfin le même savant présente un très-bel échantillon d’une Astérie fossile nouvelle, trouvées aux Vaches-Noire^ (terrain oxfordiën). C’est une espèce nouvelledu genre l/ras-fer, formé de Stellér ides propres surtout aux mers boréales etl’échantillon présente des pédicellaires, qui n’avaie pas encore été rencontrées sur les Astérides fossiles.
- Oursins fossiles de Mons. — M. Cotteau présente quelques observations sur les Échinides du calcaire de Mons (Belgique) : sur les six espèces qu’il a décrites et figurées, trois avaient déjà été signalées dans le calcaire pisolitique de France ; une espèce lui a paru devoir être réunie au Catopygus elongatus, du terrain crétacé supérieur de Belgique et de Hollande (craie de Maeslricht) ; les deux dernières sont nouvelles et appartiennent à des genres presque exclusivement tertiaires. Ce calcaire de Mons est contemporain du calcaire pisolitique des environs de Paris, notamment d’après leur plus abondant fossile commun, l’oursin appelé Cidaris Tombeckii.
- La génération des Pucerons. — D’après ses études sur
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- LA NATURE.
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- les Aphiditns et en particulier sur le Phylloxéra, M. J. Lichtenstein de Montpellier est arrivé à des conclusions, tort contestables, nous devons le dire, sur la reproduction des Pucerons. Il établit quatre phases dans l’existence polymorphe de l’espèce : 1° les fondateurs, 2° les émigrants, 5° les bourgeonnants, 4" les sexués. D’après lui, les expériences célèbres de Bonnet au siècle dernier, et celles de Kyber, en 1815, ont égaré l’opinion, parce que ces deux savants observateurs, au lieu de prendre pour point de départ l’œuf véritable, ont commencé leurs expériences à la troisième phase (les bourgeonnants) qui a la propriété de se reproduire à peu près indéfiniment par gemmations oviformes, ou pseudo-ova, ou germes, qui ne sont pas de véritables œufs, bien qu’ils en aient l’aspect et la structure anatomique. Les gemmations appelées à fournir des sexués sont peu nombreuses et limitées à une certaine époque de courte durée; au contraire, les gemmations donnant des agames semblables à leurs auteurs sont nombreuses et se succèdent sans interruption, si le milieu de nourriture, de chaleur et d’humidité reste identique.
- M. Lichtenstein a adopté pour ces questions des définitions spéciales. L’œuf des Aphidiens est ce qu’il appelle monoïque, c’est-à-dire qu’un seul œuf ne donne qu’après une série plus ou moins longue de transformations les individualités séparées du mâle et de la femelle, tandis que tous les autres insectes du même sous-ordre des Homop-tères, comme les Cicadiens, les Psylliens, etc. ont le sexe séparé déjà dans l’œuf. Les sexes restent réunis chez l’A-phidien pendant ses trois premières phases de gemmation. On a alors des agames et non de vraies femelles, comme on le croit généralement. Le cycle biologique part, pour M. Lichtenstein, de la femelle accouplée avec le mâle jusqu’à la réapparition de la même forme. Tous les intermédiaires ne sont que des formes larvaires ou transitoires, quand même ils auraient extérieurement la forme d’insectes parfaits, plus parfaits même que les sexués, parce qu’ils peuvent offrir, dans plusieurs espèces d’Aphidiens, notamment dans le Phylloxéra, des ailes et un rostre qui manquent aux sexués.
- M. Lichtenstein ajoute qu’il peut fournir des exemples analogues dans un autre ordre d’insectes, à savoir chez les Hyménoptères du groupe des Cynipides.
- Nouveaux Protozoaires. — M. Schneider, professeur à la Faculté des sciences de Poitiers, est connu par des travaux sur les premières formes animales, notamment les Grégarines, parasites internes de beaucoup d’animaux. Il vient de découvrir deux nouvelles espèces de Psorosper-mies, l’une vivant dans le tube digestif des Tritons (batraciens), l’autre dans celui des Gloméris (Myriapodes ressemblant à des Cloportes). Cette dernière est remarquable par les phénomènes de sa division en spores, qui ressem -Lient à la segmentation du vitellus de l’œuf. Les corpuscules falciformes se montrent dans les spores de ces êtres, comme dans ceux de certaines Grégarines.
- En outre, M. Schneider a constaté l’existence, dans la terre végétale, de Rhizopodes terricoles vivants, qui paraissent, par leurs affinités zoologiques, se rattacher au groupe des Amibes et des Arcelles, dont ils viennent accroître la richesse d’une dizaine de formes nouvelles. Toutes ces espèces sont pourvues de test d’une admirable délicatesse et émettent des pseudopodes non coalescents,etc. Chez toutes a été reconnue l’existence de deux sortes de kystes, dont l’élude sera bientôt publiée, kystes d’hibernation et kystes de reproduction.
- Les Oiseaux-Mouches. — M. Mulsant, correspondant
- de l’Institut, présente à l’Assemblée, en son nom et en celui de son collaborateur Édouard Verreaux, les quatre volumes de l’Histoire naturelle des Oiseaux-Mouches, avec de belles planches coloriées reproduisant les plus beaux types de ces délicates et splendides créatures. Cet ouvrage, le plus complet qu’on ait encore sur ce sujet, renferme la description de près de quatre cents espèces, avec les mœurs de l’oiseau, ses œufs et la configuration de son nid, quand ces details ont été observés. L’ouvrage est publié sous les auspices de la Société linnéenne de Lyon.
- Acariens, parasites de parasites. — On connaissait depuis longtemps un Acarien (Arachnide dégradé, à huit pattes à l’état adulte) qui court souvent dans les vieux livres, ce qui l’avait fait nommer le Cheylète érudit. MM. Fumouze et Robin démontrèrent que ce n’est qu’une nymphe agame, dont l’état sexué est encore ignoré. M. Mégnin a repris d’une manière approfondie l’étude de l’ancien genre Cheyletus de Latveille et l’a élevé au rang de famille, les Cheylétides, composée actuellement de quatre genres : Cheyletus, Harpirhynchus, Myobia et Picobia. Ce savant décrit dans le premier genre une espèce nouvelle qui pullule au fond des poils des lapins et dévore les Sarcoptides (Acariens psoriques) qui infestent ces animaux. C’est un premier et remarquable exemple de parasitisme auxiliaire. Deux autres espèces nouvelles du même genre vivent dans les plumes de plusieurs oiseaux, passereaux, colombiens, perroquets, etc., et chassent aux Sarcoptides plumicoles. Le genre Harpirhynchus habite dans les follicules de la plume de divers oiseaux, en donnant naissance à des colonies si nombreuses que le follicule gonflé prend laforme et le volume d’une tumeur. Les deux derniers genres sont parasites des souris et des pics.
- Sur les muscles des Acéphales. — Dans une communication ayant pour sujet l’étude de la sensibilité et de l’énergie musculaire chez les Mollusques acéphales, M. Coutance, professeur aux écoles de médecine navale de Brest, a cherché à établir tous les avantages que présente aux physiologistes le Pecten maximus, acéphale mo-nomyaire, pour l’analyse des phénomènes les plus intéressants et les plus délicats de la physiologie musculaire, sans qu’il soit besoin d’avoir recours aux appareils employés jusqu’ici. Il insiste surtout sur la possibilité de faire toutes ces observations sur des animaux et des muscles intacts, et dans leurs conditions normales d’existence, évitant ainsi toutes les complications que la vivisection apporte dans les expériences.
- Le Pecten maximus offre en effet un énorme muscle adducteur du poids de 26 grammes, placé entre deux leviers mobiles, les valves, dont les mouvements accusent ceux du muscle lui-même, ces mouvements pouvant être amplifiés par l’emploi d’une longue aiguille fixée sur l’une des valves, tandis que l’autre reste immobile ; on peut ainsi traduire en centimètres sur un cadran des contractions et des élongations musculaires de fractions de millimètre. A l’aide de ces moyens d’une simplicité remarquable, M. Coutance a étudié les lois de la construction et de la détente musculaire chez les Acéphales ; il a pu déterminer le temps qui s’écoule entre l’excitation et la réaction de la volonté.
- L’observateur a pu fixer l’ordre de sensibilité des différents organes en faisant agir sur eux les excitants phy siques, percussion, courants électriques, variations de la température, poisons, anesthésiques. Il a montré que les éléments anatomiquement différents des muscles adducteurs avaient des fonctions différentes quoique concou-
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- LA NATURE
- rant au même but; que certaines fibres étaient destinées à ramener les valves, d’autres à les retenir. Il a signalé l’action de certaines vapeurs anesthésiques ou ammoniacales, qui peuvent rendre indépendantes ces fonctions spéciales de chaque nature de fibre. Enfin, ramenant l’énergie musculaire à l’unité de surface, le centimètre carré, il a établi la puissance et la force des principaux Acéphales de nos rivages, des genres peigne, huître, pétoncle, bucarde, etc. Cette étude est de nature à intéresser les physiologistes, car elle porte sur un gi’oupe d’êtres dont la physiologie musculaire avait jusqu’ici été négligée.
- Éclosions hâtives des œufs de vers à soie. — On sait que dans les pontes des papillons de nos vers à soie, en mai ou juin, les œufs n’éclosent d’ordinaire qu’au printemps de l'année suivante, mais que quelques pontes éclosent accidentellement au bout de dix à douze jours et deviennent analogues aux races bivoltines etpoly voltines des pays chauds. La nature propre de l’embryon n’est donc pas seule en jeu, et des circonstances extérieures interviennent. On connaît déjà, par les importantes expériences deM. Duclaux, professeur à la Faculté des sciences de Lyon, que les œufs soumis, pendant un temps convenable, à un froid voisin de 0°, peuvent ensuite éclore à la température normale de la chambre d’incubation des magnaneries; ce fait se produit aussi chez beaucoup d’insectes à œufs hivernants, et explique comment, contrairement à la croyance vulgaire, les hivers très-froids sont plus favorables à la propagation de ces insectes que les hivers doux et tempérés.
- Ce moyen ne réduit pas à moins de quatre mois la durée entre la ponte des graines de races annuelles et leur éclosion. Depuis on a trouvé des procédés qui bivoltinisent réellement ces graines annuelles, en les faisant éclore au bout de dix à douze jours. Telles sont les frictions avec une brosse rude et l’électrisation. M. Duclaux a montré ensuite qu’on pouvait arriver au même résultat en trempant les œufs pendant une demi minute dans l’acide sulfurique concentré, et MH. Bollé et Snsani ont annoncé qu’on pouvait remplacer cet acide par les acides chlorhydrique, nitrique, ou même acétique et tarlrique. Enfin, d’après M. Bollé, quelques secondes d’immersion des œufs dans un bain d’eau chauffé à 50° centigr. provoquent encore l’éclosion au bout de dix à quinze jours.
- M. Duclaux a remarqué qu’il y a cela de commun dans ces moyens si divers, que leur action n’est efficace qu’à la condition d’opérer sur des œufs très-jeunes, deux à trois jours tout au plus après la ponte, alors que la respiration de l’embryon est la plus active et avant qu’il commence une sorte de sommeil hibernal. Les procédés indiqués font sentir leur effet direct sur la coque de l’œuf, et c’est par une sorte d’action réflexe que la respiration de l’embryon s’accélère et devient assez énergique pour amener une éclosion aussi prompte que celle des graines bivoltines, naturelles ou accidentelles.
- Un Sirénien fossile. — M. Delfortrie, de la Société lin— néenne de Bordeaux, présente les dessins des principales pièces osseuses d’un squelette entier de Ryliodus (ordre des Siréniens), découvert à Saint-Morillon (Gironde), et qui atteint près de cinq mètres de longueur, avec des dents incisives de 30 centimètres. Il appartient à l’espèce Ryliodus Capgrundi, établie autrefois par Larlet, d’après la trouvaille de quelques dents. On comprend combien un squelette entier offre plus d’intérêt pour la science.
- Vertébrés fossiles des environs de Reims. — JJ. le docteur Lemoine, de Reims, continue la série de ses impor-
- tantes investigations dans les terrains tertiaires inférieurs (éocène)des environs de cette ville. Il a recueilli de 70 à 75 vertébrés, dont la plupart sont des espèces nouvelles. Le genre Arctocyon de Blainville, (ours-chien) créé pour une espèce trouvée près de la Fère, est un type à part, tenant des Carnassiers, tribu des Ursiens, et des Porcins, avec des caractères ostéologiques de Marsupiaux dans les os des membres. C’est un subdidelphe, un marsupial en voie de formation, si on adopte les idées du transformisme; omnivore, nageur, à queue très-développée. Il a trois incisives crénelées, une très-grande canine tranchante, trois ou quatre prémolaires tricuspides, dont la troisième est bien plus grande que les autres. Les deux espèces nouvelles sont Y A. Gervaisi, à trois prémolaires, et YA.Du-Itelli, à quatre. Plusieurs Lophiodon nouveaux sont des caillasses et du calcaire grossier, et sont représentés par des mâchoires plus ou moins complètes ; le L. Heberli est une transition aux Rhinocéros. Dans les argiles à limites est un autre Lophiodon voisin du L. Parisiense et un troisième plus petit. Le genre Pachynolophus présente un mélange des caractères des Lophiodon, des Palœotherium et des Hyracotherium; l’espèce nouvelle, P. Gaudryi, a les pattes à trois doigts, les latéraux plus courts, mais portant cependant sur le sol. Une petite espèce de ce genre, sans talon et à denticules dentaires inclinés latéralement, devient le type du genre Pleuraspidoiherium, et l’espèce est le P. Aumonieri, de la montagne de Beru. D’après le docteur Lemoine, le genre Plesiadapis est constitué par des submarsupiaux en voie de formation, et les espèces qu’il a découvertes font passage aux Porcins, aux Palœotherium, aux Dichobunes. Ce dernier genre est représenté par deux types, l’un passant aux Palœotherium, l’autre aux Lophiodon.
- Parmi les Oiseaux tertiaires des environs de Reims il faut citer une grande espèce, le Gastornis Edwardsi. Il y a une série de Crocodiliens des genres Crocodile, Caïman et Gavial, un genre nouveau de Simædosauriens, une série de Tortues des genres Emys et Trionix, un Varan, des Pythons, un Crapaud (Batraciens), etc. Enfin de nombreux Poissons des groupes des Salmonidés, des Silures, des Sparoïdes, une espèce voisine des Vastrées, qui ne vivent plus que dans les grands fleuves de l’Amé-i ique méridionale chaude, unLepisostee (Ganoides), genre actuel américain, enfin des Squales et des Myliobates.
- Métaux rares dans les eaux des mers anciennes et actuelles. — M. Dieulafait, de la Faculté des sciences de Marseille, a cherché à assimiler les mers actuelles et anciennes d’après la présence en faible quantité de métaux qu’y fait reconnaître l’analyse spectrale. Dans les coquilles de Brachiopodes des terrains salifériens à gypse marin et à sel gemme, on trouve la Strontiane constatée par sa raie spectrale, de même que dans toutes les coquilles des mers modernes, et en quantité analogue, ce qui prouve l’identité de composition des eaux des mers anciennes et actuelles. La lumière spectrale fait constater l’acide borique dans les eaux mères des marais salants, et ce corps se rencontre dans les suffioni ou lagoni de Toscane. Par l’action voltaïque, le cuivre apparaît dans les eaux de la mer et on en reconnaît la présence dans les minerais de fer séditnenlaires ; de même pour le vanadium. Enfin les gypses et les sels gemmes renfermant tous des matières ammoniacales, et ces matières sont contenues dans les eaux de nos mers.
- Maurice Girard.
- — La suite prochainement. —
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- SUR QUELQUES CORÉENS
- VENUS EN AMBASSADE A NAGASAKI.
- En l’année 1872, mon bâtiment relâchant à Nagasaki, j’eus l’occasion de voir une trentaine de Coréens: équipage d’une jonque portant des ambassadeurs au Japon. Comme la ville contient un quartier peuplé de Chinois, il y avait là une comparaison intéressante à faire, des Coréens avec les Japonais d’une part et de l’autre avec les Chinois. Je pris à la hâte une note à ce sujet et parvins même à obtenir d’un photographe indigène une épreuve représentant deux des visiteurs (voy. la figure) : curieux et premier document dans le genre. Les Américains, qui à cette époque tentèrent de renouveler le fait d’armes que l’amiral Roze, en 1866, avait si hardiment accompli sur Kang-Hoa, subirent un entier et sanglant échec, et par ce fait de coûteux préparatifs d’exploration restèrent sans résultats. La Corée est donc encore fermée à nos regards; ce que l’on peut en savoir nous vient des missionnaires et notamment du très-intéressant travail que le P. Dallet a publié en 1876 Les Japonais cependant , mais sans grands résultatsjus-qu’à présent, tentent de nous devancer dans les voies de la découverte. Partis de la côte orientale, nos Coréens, pour la plupart, étaient de fort belle taille et assez bien proportionnés, avantages qui s’exagéraient singulièrement au contact du Japonais à stature ramassée ; près de ceux-ci certains semblaient des géants. Les Coréens avaient comme les Japonais les épaules étroites et les membres supérieurs arrondis et écourtés ; mais le membre abdominal — tout en restant bien musclé — était plus allongé que
- 1 Histoire de l'Église de Corée,
- chez ces derniers. Sur leur visage moins élargi les pommettes se faisaient moins saillantes, la proémi-nencedumenton étaitplus accusée, l’œil moins bridé était surmonté d’un sourcil moins éloigné de lui et moins oblique ; la tète relativement moins grosse était supportée par un cou moins écourté, la chevelure et la barbe restaient comparables d’ailleurs ; d’un côté et de l’autre, même prognathisme double et peu accusé.
- Si par la stature le Chinois s’éloigne moins du Coréen, il lui devient inférieur, et d’une façon très-notable, sous le rapport de la musculature; d’autre
- part sa poitrine est très-étroite et ses membres abdominaux fluets. Relativement très-petite sa tête supportée par un cou allongé a des pommettes étroites et plus saillantes ; sous ses lèvres plus fines un prognathisme double très-léger. Sa peau franchement jaunâtre se distingue de celle du Coréen qui nettement bronzée—avec quelques légers tons jaunâtres cependant — se rapproche ainsi de celle des Japonais de Kiou-Siou.
- En somme — et c’était aussi l’opinion générale — nos Coréens, venus de l’est de leur pays, se rapprochaient plus du type japonais que du type chinois : voilà, pour l’instant, l’unique conclusion à laquelle je m’arrête, rappelant que M. de Quatrefages rattache d’ailleurs la plupart des Coréens au rameau Ni pon.
- A la façon des insulaires des Lieou-Kieou et des Samouraïs du sud, ils portaient les cheveux roulés vers le sommet de la tête ; sur un caleçon formant le vêtement du corps, passait un large pantalon de cotonnade grise, puis une blouse courte de la même étoffe. Des sandales de paille absolument semblables aux ouaradjis japonais complétaient leur costume. On dit que dans les chaînes de montagnes qui longent la rivière Tumen — limite actuelle entre la Corée et la Mandchourie russe — il existe quelques familles errantes qui ont certains points de rapport
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- avec les aïnos qui vivent à l’embouchure du fleuve Amour et par conséquent avec les aïnos du Japon : des autochthones peut-être. Dr G. Maget.
- LE FŒHN AU GROENLAND
- Le climat des régions arctiques, et particulièrement celui de la partie occidentale du Groenland, présente assez fréquemment pendant l’hiver une étonnante variabilité dans sa température. On observe non-seulement de grandes différences dans la température du même mois d’une année à l’autre, mais encore des changements brusques d’un froid aiguà une chaleur relative ont lieu plusieurs fois dans le courant du même mois.
- Ces circonstances ressortent clairement d’un registre météorologique tenu pendant vingt ans par le docteur Plaff à Jacobshaven. Le mois de février 1872, par exemple, est caractérisé par la moyenne de — 8°, tandis qu’en 1863 cette moyenne était de —32°. Dans le cours du même mois, en 1866, le thermomètre ne mit que 24 heures pour monter trois fois de 25°. En 1871, on observa, le3février au matin, —25°, le soir, —14°, et le lendemain dès8 heures, -h 1°. Le 31 janvier 1875, le thermomètre, après avoir été à—21° à 2 h. de l’après-midi, atteignit +1° un peu avant minuit.
- Ces variations, générales sur toute la côte ouest du Groenland, depuis le cap Farewell jusqu’à Uper-nivik, ont lieu lorsque le vent souffle du sud-est à l’est, c’est-à-dire quand il vient des hautes terres couvertes de glace de l’intérieur, dont l’influence devrait plutôt produire un abaissement qu’une élévation de température. D’anciens auteurs ont été jusqu’à imaginer, pour expliquer ce singulier phénomène, des volcans actifs dans la partie centrale du pays. Si on examine la carte, on voit à l’ouest et au sud-ouest de la partie du Groenland que nous considérons, des régions à température excessivement froides en hiver : le Labrador, les rives de la baie d’Hudson, les îles arctiques du nord de l’Amérique d’où ne peuvent venir que des vents glacés. 11 n’y a qu’à l’est et au sud-est qu’on trouve une source de chaleur dans l’océan Atlantique, traversé par le Gulf-stream, où l’air s’élève à une température moyenne de zéro à 5°; mais il faut remarquer que cet air doit passer sur de vastes déserts de glace pour arriver à la côte ouest du Groenland, et s’y refroidit considérablement, de sorte que l’explication qu’on voudrait tirer de là pour la grande ascension du thermomètre observée n’est pas suffisante. Si donc on voit, aux environs de Noël, le thermomètre monter à -+* 9° à Jacobshaven, tandis que la température normale y est de —12°, on ne peut faire dériver cet accroissement calorifique de l’influence de l’Atlantique seulement. 11 y a des jours où pendant une tempête du sud-est la température a atteint-f-12° en décembre, et il faudrait aller jusqu’aux Açores
- pour trouver une atmosphère aussi chaude, et admettre, en outre, que le trajet de l’air s’est fait sans aucune variation.
- Outre ces hautes températures, on observe encore dans le vent de sud-est d’autres propriétés caractéristiques. Ce vent est toujours très-sec; la neige disparaît sous son influence dans les terres basses, sans qu’il se forme le moindre ruisseau. Quand la tempête éclate, elle commence toujours au sommet des montagnes, où l’on voit la neige tourbillonner, et le vent ne descend qu’ensuite vers les fjords. Bientôt le ciel s’éclaircit, et rarement il se produit une petite averse de pluie.
- Pour nous rendre compte de ces circonstances météorologiques, il convient de les comparer à celles qui accompagnent en Suisse le phénomène du fœhn, * décrit depuis longtemps par les voyageurs et météorologistes. On donne ce nom à un vent chaud et généralement sec, soufflant de la partie du sud (sud-ouest à sud-est), qui a la propriété de faire disparaître rapidement une très-grande quantité de neige et de glace sur les Alpes, soit par l’évaporation, soit par la fusion. Si pendant une ascension d’hiver vous avez été étonné de voir les énormes couches de neige que les tempêtes ont amassées dans certaines parties de la montagne, il suffit souvent de quelques jours d’intervalle pour que vous trouviez ces endroits entièrement dégagés et transformés en plantureux pâturages. Comment, demandez-vous, cet incroyable changement s’est-il opéré? C’est au fœhn qu’il est dû, répond Je berger, en vous apprenant le dicton populaire: « Le bon Dieu et le soleil ne peuvent rien contre la neige si le fœhn ne leur vient en aide. »
- « Dès le mois de mars, dit le naturalisteRamond, un vent chaud appelé fœhn, qui vient de la région méridionale, fait irruption dans les vallées des Alpes ; il émaillé les prés de violettes et donne à celui qui le respire le sentiment du printemps. Alors les avalanches se succèdent sans interruption, les torrents s’élancent de tous les glaciers, et les rivières subitement enflées submergent leurs rivages. Ce vent trouve devant lui une masse d’air glacé; il la combat, il l’ébranle, mais ce n’est qu’au bout de deux jours qu’il parvient à prendre sa place, et les habitants des plaines septentrionales de la Suisse sentent pendant deux jours un vent froid qui leur prédit le vent brûlant qui soufflera le troisième jour. »
- La meilleure explication de la température élevée du fœhn a été donnée par le physicien allemand J. Hann, qui l’attribue à la compression de l’air descendant dans les vallées. Quant à la sécheresse, elle provient de ce que l’air, en s’élevant vers les sommets des montagnes, se refroidit et laisse toute son humidité se condenser.
- Au Groenland, on trouve des conditions très-semblables à celles de la Suisse. Il n’est pas douteux, d’après les dernières recherches géodésiques, qu’il y a dans l’intérieur de la contrée des montagnes ayant au moins 2000 mètres de hauteur. Si donc le courant de sud-est venant de la mer les rencontre,
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- sa température, en s’élevant le long de leur pente, se sera abaissée de 10° environ; mais en descendant ensuite sur les versants ouest et nord-ouest jusqu’aux terres basses, ce courant se sera réchauffé par la compression et aura pu acquérir un accroissement de température de 20°.
- Le capitaine Hoffmeyer, directeur de l’Observatoire de Copenhague, a réuni1 les données météorologiques correspondant à un fœhn très-intense, qui a régné à la fin de novembre et au commencement de décembre 1875. Ces observations s’étendent jusqu’à la station d’Upernivik (lat. 72°,25 N.), où la température s’éleva de 15° au-dessus de la température moyenne.
- La température moyenne, pendant le règne du vent de sud-est, du 28 novembre au 11 décembre, fut :
- A Iviktut (lat. 61°) de...... -f 4°,6
- Godthaab (64°)............. 2°,6
- Jacobshaven (69°).......... + 3°,8
- Upernivik (75°)............ — 0°,3
- et il y eut les maximums suivants :
- Iviktut............ + 14<>,2 (8 déc.)
- Godthaab........... -+-11°,0 (fin nov.)
- Jacobshaven........ + 10°,0 (2 déc.)
- Upernivik.......... -|- 10°,0 (25 nov.) ,
- tandis que la température normale était de — 15°.
- M. Hoffmeyer a, d’autre part, calculé et porté sur une carte les pressions barométriques moyennes, du 23 novembre au 3 décembre, pour environ deux cents stations distribuées entre 30° et 70° lat. N., entre les méridiens de 8011 longitude ouest et est. 11 y a reconnu un maximum de 775 millimètres un peu au sud de l’Islande et un minimun à mi-distance du Labrador et du Groenland sud. En faisant l’application de la loi de Buys-Ballot, suivant laquelle le vent souffle toujours dans la direction qui a une plus forte pression atmosphérique à la gauche qu’à la droite, on voit que les circonstances expliquent très-bien l’existence des vents d’est et de sud-est sur la côte occidentale du Groenland. Le relevé des températures montre que dans le sud-ouest (Canada), ainsi que dans l’est (Islande) et le sud-est (Grande-Bretagne), elles étaient beaucoup plus basses que dans cette partie ouest du Groenland, où au milieu de l’hiver, en un point situé à 10® seulement plus au sud que la station où s'était arrêtée l’expédition polaire anglaise commandée par le capitaine Nares, il faisait alors plus chaud que dans le midi de la France.
- La période de fœhn fut d’une longueur extraordinaire dans l’hiver de 1875, dépassant 12 jours, tandis que dans d’autres hivers elle ne dépasse guère 2 ou 3 jours par mois. Les observations recueillies ne permettent pas de donner à cet égard une moyenne bien précise, ni d’indiquer l’époque géné-
- 1 Zeitschrift der osterreichischen Gesellschaft fur Météorologie, n° 5, 1878,
- raie de plus grande fréquence du fœhn. Ainsi, dans la période 1840-51, son maximun correspond à la fin de l’hiver, tandis qu’il est placé au commencement pour la période 1866-74.
- Nous ajouterons quelques détails remarquables sur le temps qui régnait à l’extrémité nord du Groenland pendant le fœhn de l’hiver de 1875. Ils sont tirés du journal de l’expédition polaire anglaise que nous mentionnions tout à l’heure, et qui avait ses navires à Discovery-Bay (81°,44' N.) et à Flœberg, Breach (82°,27), près de 1300 milles au nord d’Iviktut. Dans ces stations, les températures moyennes sont — 29° et 33°. Du 26 novembre au 13 décembre le thermomètre resta constamment au-dessus de ces moyennes. Le 1er décembre le vent du sud se mit à souffler par rafales et les températures observées furent respectivement — 210 et
- — 23°. Elles s’élevèrent de part et d’autre le 2 à
- — 16°, le 3 au matin à — 3®,9, à midi à -f- 1°,1, et à 8 heures du soir à -+- 1°,7. L’accroissement total était, par suite, de 32°.
- À la date du 4 décembre, le capitaine Nares notait la remarque suivante : « Cette dernière tempête a dû s’étendre sans doute depuis la baie de Baffin jusqu’au nord, principalement dans l’Atlantique. L’air chaud avait autour de nous une température plus élevée que quelque eau que ce soit dans un rayon d’au moins 600 milles. » Le 13 décembre il ajoutait : « La force qui a pu mettre en mouvement la masse d’air nécessaire pour élever notre température de — 29° à -h 0®,7, et la maintenir ainsi au-dessus de la moyenne pendant 18 jours, du 25 novembre au 13 décembre, devait être très-grande, et je pense que de très-mauvais temps ont dû régner au sud du cap Farewell. »
- F. Zurcher.
- NOUVELLE ÉTUDE SUR LES NUAGES
- (Suite et fin. — Voy. p, 161 et 359.)
- Les nuages, ou plutôt les bancs de vapeur absolument transparents,semblables à ceux que nous avons décrits plus haut, se rencontrent assez peu fréquemment en suspension dans l’atmosphère, mais il arrive plus souvent qu’une brume très légère presque inappréciable à la surface du sol, couvre le sol d’une sorte de manteau translucide qui se distingue très-nettement pour l’aéronaute situé dans les régions plus élevées de l’air. Le 27 juin 1869, lors de notre ascension exécutée dans le grand ballon le Pôle nord, quoique le ciel à terre parût tout à fait pur, la surface du sol n’en était pas moins recouverte d’une couche de buées qui s’entrevoyaient distinctement de haut en bas. A 7 heures 45 minutes du soir, nous nous trouvions à l’altitude de 1200 mètres, et un vaste banc de buées recouvrait la terre ; il était limité à sa partie supérieure par une surface parfaitement plane, et il était assez opaque pour nous
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- cacher les détails du sol. On apercevait cependant comme à travers une mousseline les deux étangs de Trappes, près de Versailles. Eclairés par les rayons d’un soleil couchant, ils paraissaient en feu. Nuit ans après, en 1877, un effet analogue s’offrit à nos yeux au-dessus de Suresnes (fig. 1).
- Les voyages aériens ne sont pas encore assez fréquemment exécutés, pour qu’il soit actuellement possible de recourir aux aérostats dans le but d’étudier les nuages d’une façon régulière. Quoique le ballon soit assurément le meilleur observatoire flottant que l’on puisse employer à cet effet, il ne faut pas oublier que l’observation quotidienne des nuages, de leur forme, de leur aspect, de leur direction, de leur marche, peut être entreprise à la surface du sol, et qu’elle ne manquerait pas de fournir à la science un important contingent de faits intéressants, si elle était exécutée avec assiduité dans les stations météorologiques. Nous ne saurions trop engager ceux de nos lecteurs qui s’attachent à l’étude de l’atmosphère, de porter leur attention sur les nuages, et de s’exercer à enregistrer leur forme, à en fixer l’aspect par le dessin ou par la photographie, surtout quand cet aspect offre quelque chose de particulier ou d’inusité. Nous regrettons de ne pouvoir reproduire ici par la gravure la collection complète des dessins de nuages bizarres, que mon frère Albert Tis-sandier a exécutés soit
- aux environs de Paris, soit au bord de la mer ; le lecteur serait surpris de l’étrange tableau que les masses de vapeur offrent parfois ; souvent il passe inaperçu faute de l’habitude et de la pratique de ce
- Fig. 1. — Effet de buées de vapeur couvrant la surface du sol, observées en ballon. — 29 septembre 1877, 5 h. 55, soir. Altitude, 800 mètres (D'après un croquis de M, Albert Tissandier.)
- Fig. 2. — Nuages mamelonnés observés après l’orage. 22 juillet 1877 7 b. 50, soir. (D’après nature, par M. Albert Tissandier.)
- mode d’observation. On s’assurerait aussi que dans bien des cas, certaines formes particulières échappent à la classification actuelle.
- Nous nous bornerons à en choisir un exemple frappant qui nous est donné par la figure 2. Cette gravure est d’une exactitude parfaite et représente très - fidèlement l’état du ciel à Serris, près Lagny, le 22 juillet 1877, à 7 heures 30 minutes du soir. Les circonstances météorologiques avaient été remarquables et méritent d’être rapportées. Pendant l’après-midi le temps avait été lourd et très-chaud; à 6 heures 30 minutes du soir, à Paris et dans les environs, le ciel se couvrit tout à coup, le tonnerre se mit à gronder; un vent d’une violence peu commune s’éleva subi -lement en tourbillons. « Sur le plateau de Cha-renton, lisons-nous dans les journaux du lendemain, la tempête se déchaînait avec une telle furie qu’on voyait les gens se cramponner aux arbres, pour ne pas être emportés. Sur le plateau de Créteil, plus de trente arbres furent arrachés. »
- A Serris, près Lagny, où nous nous trouvions, l'orage offrit une grande intensité. Tout à coup la pluie cessa à 7 heures 30 minutes, et presque instantanément les nuages prirent l’aspect de mamelons arrondis, comme le montre notre gravure. La silhouette de ces nuages était dure, et leur bord inférieur était éclatant de lumière. — Nous ne croyons pas devoir prolonger plus longtemps les quelques aperçus que nous
- avons présentés au sujet des nuages; notre but a
- été surtout d'appeler l’attention sur une étude importante et qui n’entre peut-être pas assez dans
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- la pratique de l’observation. Les météorologistes qui se sont consacrés à l’examen des masses de vapeurs aériennes, sont d’accord à proclamer l’insuffisance de la classification actuelle, et quelques-uns d’entre eux se sont efforcés de la compléter. Parmi les tentalives faites à ce sujet, nous citerons celle de M. Andrey Poëy, directeur de l’observatoire de la Havane, qui a certainement publié l’un des plus intéressants travaux qui aient été écrits sur les nuages1. M. Poëy, dans un aperçu historique très-complet, rappelle d’abord la première classification établie par Lamarck ; elle est généralement peu connue et mérite d’être rapportée. Le grand naturaliste divisait les nuages en cinq types distincts : en balayures, en barre, pommelés, groupés, en voile. Après cet essai de classification tout
- Fig. 3.— Nuages de glace observés à Cuba en 1SG1.
- ( D’après un dessin de M. Poëy.)
- classification proposée par M. Poëy est complétée par un certain nombre de dessins originaux, qui dénotent un véritable esprit d’observation et qui, à ce titre, est digne d’éloges, mais elle laisse cependant encore bien des prises à la critique. M. Poëy accompagne son travail de plusieurs observations curieuses. — Le savant physicien fait remarquer que l’aspect des nuages varie suivant les pays, suivant les latitudes, et il donne quelques dessins très-remarquables de nuages de glace, cirrus, cirro-cumulus-stratus qu’il a observés à l’ile de Cuba en 1864. Nous reproduisons ci-dessus deux de cesdes-
- 1 Annual report of the board of regents of lhe smilhso-nian instilulion. For the yar 1870. Washington, 1871,p. 432, new classification of clouds.
- à fait incomplète, on a vu paraître les types d’Ho-ward. Nous en avons parlé dans un de nos articles précédents et nous n’avons pas à y revenir. M. Poëy divise les nuages en deux classes qu’il appelle : les nuages de glace et les nuages de vapeur d’eau, puis il subdivise ces deux types fondamentaux en plusieurs catégories distinctes. Les nuages de glace, qui comprennent les Cirrus, se divisent en trois types fondamentaux : les cirro-Stratus, les cirro-Cu-mulus et les pallio Cirrus. Les nuages de vapeur d’eau ou les Cumulus se divisent en deux types: les pallio-Cumulus et les fracto-Cumulus. Les pallio-Cumulus sont les nuages à pluie, quelque chose comme les nimbus d’Howard. Les fracto-Cumulus sont pour M. Poëy les nuages de vent (Wind-Cloud) déchiquetés par les effets des courants aériens. La
- Fig 4. — Nuages de glace observés à Cuba en 18G4.
- (D’après un dessin de M. Poëy.
- sins ; ils nous représentent des nuages de glace qui assurément offrent un aspect tout à fait inusité dans l’atmosphère de nos régions (fig. 5 et 4).
- Les îles de petite dimension sont des points très-favorables pour étudier les nuages qui s’y laissent parfaitement apercevoir dans l’étendue de la voûte céleste. J’ai remarqué pour ma part qu’au-dessus de l’ile de Jersey les cirrus affectaient des formes qu’on ne leur trouve pas dans l’atmosphère parisienne.
- Nous nous arrêterons ici, dans la crainte de lasser la patience de nos lecteurs, heureux si nous avions pu contribuer à appeler l’attention des météorologistes sur un des sujets les plus intéressants et les plus attrayants tout à la fois de la science de Pair.
- Gaston Tissandier.
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- LA NATURE.
- BIBLIOGRAPHIE
- Aux Antilles, par Yxctor Meignan.— 1 vol. in-18. Enrichi de 8 gravures. — Paris, E. Plon et Cie, 1878.
- La librairie E. Plon et Cie met aujourd’hui en vente un nouvel ouvrage intitulé : Aux Antilles » par Victor Meignan. Le jeune auteur, déjà si connu par son livre : De Paris à Pékin par terre, nous transporte des steppes glacées de la Sibérie au milieu des forêt1- vierges et de la nature tropicale. Nous ne saurions trop recommander cet ouvrage qui joint au charme de ses descriptions pittoresques, et humoristiques des appréciations toutes nouvelles, avec preuves à l’appui sur le régime de l’esclavage et les diverses transformations sociales dont l’archipel des Antilles a été le théâtre.
- U astronomie pratique et les observatoires en Europe et en Amérique depuis le milieu du dix-sepièmesiècle jusqu’à nos jours, par G. André, G. Haïet et A. Angot, 5e partie. Observatoires d’Italie. — 1 vol in-18. — Paris, Gauthier-Villars, 1878.
- Une nouvelle explication de VABC, Étude physiologique sur les origines du langage, par A. M. Clairefond.
- — 1 vol. in-8. Moulins 1878.
- Aperçus nouveaux sur les causes et les lois des trombes et des tempêtes. Extraits des voyages de M. Se aman, traduits de l’anglais par E. Mansuy. — 1 broch. in-8,
- — Paris, A. Parent, 1878.
- Actes de la société Helvétique des sciences naturelles, réunie à Bexles 20, 21 et22août 1877. — 60®session.
- — 1 vol. in-8. — Lausanne, 1878.
- Rapport sur l’usurpation des titres médicaux, par Adolphe Piéchaud. — 1 broch. in-8. — Paris, H. Lauwe-reyns, 1878.
- Note sur l’œtite ou pierre d’aigle, par Ch. Méniere. — 1 broch. in-8. —Angers, 1866.
- Le catalogue de la bibliothèque de M. Claude Bernard dont la vente aura lieu le 5 juin et jours suivants, vient de paraître : il sera adressé par MM. J. B. Baillière et fils, 19, rue Hautefeuille, à Paris, à toute personne qui en fera la demande.
- APERÇU HISTORIQUE sur la
- LUMIÈRE PRODUITE PAR L’ÉLECTRICITÉ
- (Suite et fin. — Voy. p. 230 et 289.)
- Dans la première moitié de notre siècle. Davy, Daniell, Grove, de la Rive. Fizeau et Foucault, van Breda, Despretz, etc., firent d’intéressantes études sur l’arc voltaïque, sans arriver pourtant à des conclusions de très-grande importance. Davy, chercha spécialement à examiner comment se comporte la lumière électrique dans le vide. Il établit que l’étincelle pouvait franchir un espace six fois plus long dans un vide imparfait que dans un vide barométrique, il ajoute que «lorsqu’on considère la chaleur intense produite par l’électricité, et qu’on réfléchit sur l’énergie des forces attractives des surfaces électrisées différemment, ainsi que sur la rapidité des changements d’état, il ne semble pas du tout improbable
- que les particules superficielles du corps, qui, détachées par le pouvoir répulsif du calorique, forment la vapeur, puissent être également séparées par les forces électriques et produire de lumineuses apparences dans le vide, privé de toute autre matière par la destruction de leur état électrique1. »
- Ainsi Davy croyait possible la lumière électrique dans le vide absolu, et il admettait comme indiscutable que l’attraction électrique pût s’exercer sans la présence d’un milieu pondérable.
- Le P. Beccaria qui avait étudié, en son temps, l’étincelle dans le vide était pourtant d’un avis contraire à celui de Davy. D’après ses expériences, le milieu pondérable était indispensable aux influences électriques.
- Eu 1850, Masson refit les expériences de Davy, et en tira des conclusions plus précises II pût produire mieux que Davy, un vide plus voisin du vide parfait, et put établir les propriétés suivantes :
- 1° L’électricité ne produit pas de courant dans le vide absolu ;
- 2° La matière pondérable est nécessaire à la production d’un courant;
- 3° La nature et la densité de la substance pondérable exercent une très-grande influence sur la tension que le fluide électrique doit posséder pour produire un courant ;
- 4° L’hypothèse de Davy est possible. La force répulsive des molécules à la surface du corps peut être assez grand pour produire un arrachement de particules pondérables qui, lancées dans le vide, y forment une atmosphère capable de donner naissance à un courant ; mais dans ce cas, il faut une grande tension et des pôles très-rapprochés.
- Dans tous les cas possibles, la matière pondérable est nécessaire à la propagation des courants et à l’induction statique de l’électricité dans le vide2.
- Masson poursuivit ses études en recherchant ce qui se passe lorsque la lumière électrique est produite dans différents milieux, dans l’air, dans l’hydrogène, dans l’air raréfié et dans différents gaz, comme aussi dans différents liquides.
- La lumière électrique, dit-il, ne peut être attribuée à la combinaison des deux électricités, car cette combinaison pourrait avoir lieu dans le vide. L’étincelle électrique ne peut être attribuée à une action mécanique de l’électricité, qui échaufferait les gaz en les comprimant sur son passage, car, dans cette hypothèse, l’hydrogène devrait dégager autant de chaleur que l’air, et l’on n’expliquerait pas l’étincelle dans les liquides.
- L’étincelle électrique ne peut être attribuée entièrement à des substances transportées, puisque, dans l’hydrogène, la lumière devrait être la même que dans l’air.
- Confirmant les idées de Faraday, Masson établit
- 1 Mémoires de l'Académie royale des sciencec, tome XXI.
- 4 Annales de chimie et de physique, 3® série, tome XXXI, passim*
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- encore que l’étincelle électrique est produite par un courant qui se propage à travers et par la matière pondérable, et l’échauffe de la même manière et suivant les mêmes lois qu’un courant voltaïque échauffe et rend lumineux un fil métallique.
- L’état des corps solides, liquides ou gazeux ne modifie en rien les lois générales de l’action dynamique de l’électricité. Nous trouvons en outre dans ces expériences, une nouvelle preuve de l’identité de la chaleur et de la lumière qui suivent les mêmes lois dans leur développement par l’électricité.
- Les conclusions de tout ceci peuvent se résumer de la façon suivante :
- 1° La lumière électrique possède toujours les mêmes propriétés, quels que soient les moyens employés à la produire;
- 2° La lumière produite par les courants voltaïques paraît due, comme celle de l’étincelle électrique ordinaire, à l’incandescence des corps qui propagent l’électricité, et suit probablement les mêmes lois.
- A peu près à la même époque, Matteucci publiait les résultats d’une série d’expériences qui venaient confirmer les vues de Masson.
- Matteucci étudia la conductibilité de l’arc jaillissant entre des pointes de métaux et en général de substances variées. En opérant sur le cuivre, le laiton, le fer, le coke, le zinc et l’étain, il trouva que la conductibilité propre de l’arc lumineux dépend moins de la conductibilité des métaux qui forment les pointes que de la facilité que ces métaux ont à se fondre et à se volatiliser. En un mot, la conductibilité de l’arc varie avec la quantité de matière des pointes qui disparaît dans l’unité de temps.
- Ayant remarqué, en outre, que les deux pôles entre lesquels jaillit l’arc ne possèdent pas toujours la même température, et n’offrent pas le même aspect, Matteucci approfondit ces phénomènes et put constater que la différence de température entre les deux pôles est plus grande quand les pointes sont formées d’une matière moins conductrice ou plus facile à se désagréger ou à brûler par la chaleur. Cette inégalité d’échauffement peut dépendre d’une désagrégation différente aux deux pôles. Mais c’est avec des pôles de charbon ou de coke que l’on observe le plus nettement ces phénomènes. Avec des pointes de 1er, la différence entre les pertes des deux pôles est toujours très-faible, sans même que le sens en soit absolument constant. Avec le cuivre, l’argent, le laiton, c’est la pointe négative qui perd le plus de matière. 11 est donc probable que la grande différence que l’on observe pour des pointes de charbon, est due, surtout, à la combustion, qui, par réchauffement très-inégal des deux pôles, doit produire aussi une combustion très-inégale. En effet, les pointes de charbon dans des gaz inertes tendent à subir des pertes égales ou à peu près, en réservant une exception pour le cas de l’acide carbonique. Ces dernières expériences tendent à prouver que la combustion ne joue qu’un faible rôle
- dans la perte différente des deux pôles, mais que leur échauffement inégal est certainement accompagné par une différence dans la désagrégation moléculaire de leur substance, qui peut, à son tour, augmenter la différence dans la résistance et dans la chaleur développée.
- L’arc voltaïque, mieux et plus étudié chaque jour, commençait à être déjà bien connu. Pendant une quinzaine d’années rien de bien nouveau ne vint s’ajouter à l’ensemble des faits que nous venons d’exposer.
- Il y a dix ans environ, un savant suédois, de nos contemporains, établit à son tour un fait intéressant dans le sujet qui nous occupe. M. Edlund constata que l’arc, voltaïque est le siège d’une force électromotrice inverse de celle qui lui donne naissance, et cette force électromotrice fut trouvée par lui constante et sensiblement égale à celle de vingt éléments Bunsen ordinaires. Ceci montrait pourquoi on ne peut obtenir de lumière voltaïque par la pile avec moins de vingt éléments Bunsen, mais pourrait faire croire qu’on peut en obtenir avec vingt et un ou vingt-deux éléments, ce qui en réalité n’est pas exact. C’est que, comme M. Edlund l’a remarqué lui-même plus tard, le phénomène est plus complexe qu’il ne lui avait semblé au premier abord. Son énoncé est pourtant d’une exactitude absolue au point de vue théorique, et nous allons montrer qu’il était même évident à priori, et qu’il rentre dans l’ordre le plus naturel des lois de la mécanique générale. Pour le faire comprendre, prenons l’exemple suivant ; une balance porte sur l’un de ses plateaux un poids de un kilogramme, elle est inclinée du côté de ce plateau, que je suppose à droite. Mettons un poids de 10 grammes dans le second plateau. Une réaction de 10 grammes se produira aussitôt dans le premier, en vertu de l’égalité de l’action et de la réaction. Ajoutons encore 10 grammes, la réaction s’augmentera de 10 grammes également et sera de 20 grammes ; mais lorsqu’en ajoutant successivement des poids de 10 grammes, nous aurons atteint 1 kilogramme, l’addition d’un corps quelque léger qu’il soit rendra prédominante l’action du second plateau et déterminera la bascule.
- Donc, aussi longtemps que la pesanteur du plateau de droite ne sera pas supérieure à celle du plateau de gauche, son effet restera sans manifestation extérieure.
- L’effet se manifestera sitôt que son action deviendra prédominante.
- Revenons aux phénomènes électriques, et remplaçons alors dans le raisonnement qui précède, les poids par des forces électromotrices. La force électromotrice des charbons polaires est absolument déterminée et spécifiée par leur nature. Tant que la force électromotrice de la pile employée ne dépasse pas celle qui est propre aux charbons polaires, il ne se produit aucune manifestation extérieure d’arc voltaïque. Aussitôt qu’elle devient prédominante, son effet se produit, et la lumière paraît.
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- Pour que la comparaison précédente fût l'expression rigoureuse de la vérité, il faudrait, hâtons-nous de le dire, supposer les charbons à la même température et également distants, sous l’action d’un élément de pile aussi bien que sous l’action de cinquante éléments, car cette force électromotrice des pôles doit très-probablement varier avec la température. Notre comparaison ne prétend pas faire autre chose que faciliter la conception du phénomène.
- Nous sommes arrivés maintenant au terme de cet historique de l’étincelle et de l’arc voltaïque produit par la pile. Résumons donc les principales propriétés de l’arc, et donnons-en d’abord une image aussi exacte que possible.
- A l’instant où l’on ferme le courant d’une pile puissante, en amenant au contact deux pointes de charbon, on voit celles-ci devenir ronges, et une lumière très-vive éclater tout à coup à leur point de jonction, en faisant entendre un bourdonnement sourd, signe de la fusion des pointes polaires. D’après la première loi d’Ampère sur les actions réciproques des courants, deux conducteurs mobiles situés dans le prolongement l’un de l’autre et traversés par un flux électrique sont soumis à une force répulsive. Si donc nos pointes de charbon sont mobiles l’une par rapport à l’autre, elles s’écarteront de quelques millimètres, et l’arc voltaïque apparaîtra dans tout son éclat. Si les charbons sont retenus tous deux par des supports fixes, l’arc voltaïque n’apparaîtra que plus lentement, au fur et à mesure de l’usure des pointes produite par leur combustion et leur désagrégation.
- L’apparence de l’arc voltaïque est celle d’une sorte de flamme, siège d’un mouvement des plus impétueux, et qui parait tendue avec force entre les deux pôles. Ceux-ci sont alors devenus incandescents, et l’on voit clairement le positif se creuser devant le négatif qui se taille en pointe. Des globules de silice fondu bouillonnent sur leurs surfaces plus ou moins rongées et semblent se détruire et se reproduire incessamment. Des éclairs sillonnent tout à coup la masse lumineuse, et tout à coup le phénomène reprend sa marche normale. Ce sont des parties plus conductrices dans les pointes de charbon qui se présentent l’une à l’autre, et la gerbe qui les relie cherchant toujours le chemin qui lui offre le moins de résistance, profite des nouveaux sentiers que la désagrégation continuelle lui ouvre de temps en temps pour s’y frayer son passage avec violence en contournant telle ou telle partie moins conductrice du pôle.
- Lorsque l’arc voltaïque est court, il ressemble à une gerbe condensée de filets lumineux affectant
- une forme générale cylindrique. Une atmosphère plus rare et de couleur violette entoure comme d’une gaîne la première gerbe, et la base de ce cylindre annulaire s’épate, s’élargit sur le charbon positif tandis que sa partie opposée s’éteint en arrivant au pôle négatif.
- Si nous allongeons l’arc voltaïque, sa figure change sensiblement, la gerbe devient moins condensée et plus grêle, et la gaîne violette qui l’enveloppe présente plus l’apparence d’une flamme. La partie centrale se compose de particules incandescentes qui se détachent des extrémités fondues des pointes, paraissent s’attirer entre elles et former une chaîne continue entre les pointes. La partie extérieure de l’arc est le produit de la matière encore plus divisée.
- Pour que l’arc prenne naissance, il faut que, à une distance d’abord très-petite, une série d’étincelles s’établisse entre les pointes, et qu’il s’y forme une chaîne ininterrompue de matière fondue ou volatilisée, formée par la poussière de la substance des pôles. Les premières étincelles préparent le chemin aux suivantes qui peuvent être de plus en plus longues, et leur reproduction très-rapide cause la continuité du phénomène, favorisée par le développement de la chaleur, la fusion et la désagrégation des pointes, et le transport de la matière ainsi divisée entre les pôles.
- L’arc proprement dit est le siège d’un foyer de la température la plus élevée qu’on connaisse. Tous les corps connus y fondent facilement et s’y volatilisent. Despretz, avec une pile de 500 à 600 Bunsen, a fondu et volatilisé le bore, le silicium, la magnésie, le platine, le titane et le tungstène. Le diamant s’y volatilise également et se transforme en coke.
- M. Quel a observé que le dard électrique s’accompagne d’un bruissement particulier semblable à celui du chalumeau, et au moment de la rupture de l’arc, produite par l’écartement des charbons, il a entendu un bruit sec semblable à l’écho d’une détonation.
- Nous pourrions examiner encore les étincelles provenant soit des bobines d’induction, actionnées par des piles ou des machines Gramme, soit de la machine rhéostatique de M. G. Planté; nous pourrions aussi parler de la lumière électro-silicique découverte par le même savant. Mais ces intéressantes études ne rentrent pas dans le cadre que nous nous sommes tracé; elles sont en effet trop contemporaines pour trouver logiquement leur place dans un aperçu historique.
- Antoine Biœgüet.
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- LES CHIENS DE CIUSSE1
- TERRIERS DAN DIE-DIN MOUTS.
- Cette raee de chiens courants extrêmement appréciée, est conservée avec grand soin chez les Anglais ; elle est relativement moderne.
- On raconte que tout au commencement de ce siècle, un fermier tenancier écossais, nommé Davidson, possédait, aux environs d’Abbotsford, une race de Terriers si fameuse dans le pays, que sir Walter Scott les introduisit dans Guy Mannering sous le nom de l’un
- d’eux, Dandie-Dinmout. Comme conséquence, le brave Davidson et ses chiens furent, à partir de ce moment, connus partout où se parle la langue anglaise sous le nom que leur avait donné le célèbre romancier. Ce qui est certain, c’est que dans le portrait de sir W. Scott, peint par Landeer, on voit un Dandie couleur de moutarde qui passe pour avoir été peint d’après un chien de cette race qui existait alors à Abbotsford. Au premier coup d’œil, on s’aperçut que depuis cette époque, remontant à une cinquantaine d’années, certains changements remarquables ont été obtenus chez cette espèce par l’allongement du corps entier et des oreilles.
- Terriers Dandie-Dinmouts.
- Depuis cette époque, Davidson et un de ses voisins, M. Sourves, de West-Moriston, près de Kelso, élevèrent un grand nombre de Dandies pour répondre aux demandes soulevées par W. Scott, et cette race se répandit peu à peu : le duc de Buccleagh et sir G. Doglas ajoutèrent encore à son prestige, en lui ouvrant leur chenil et en y conservant la pureté de l’espèce avec un soin jaloux. C’est pourquoi la race, quoique ayant un peu varié comme forme des produits, demeure encore aujourd’hui d’une grande pureté:
- Ce qui doit nous frapper nous autres Français, * Voy. 1877, 2“ semestre p, 221, 287, 331
- c’est la différence absolue de ces Terriers avec nos Bassets soit à jambes droites, soit à jambes torses ; et, en effet, les possesseurs de la race Dandie cherchent avec le plus grand soin à éviter tout croisement, toute assimilation des deux races. Sans parler de la Toison qui rappelle ici celle du Griffon ou du Barbet, et qui, comme elle, est composée de deux poils, un rude et un doux, nous devons remarquer que la tête, l’oreille, l’œil, le museau sont aussi éloignés que possible des mêmes formes chez nos chiens courants. Sous ce rapport, il n’est pas indifférent de faire remarquer que, chez nous, le Basset est un véritable chien d’équipage à courtes pattes: l’oreille est placée en tire-bouchon, basse, l’œil en
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- LA NATURE.
- foncé, sanglant, le front plissé, le museau large à babines tombantes, tout est semblable. Ici, rien n’est pareil : nous sommes en présence d’une sorte de Rattier Griffon qui ne possède aucun des signes de race que nous recherchons.
- Ces différences capitales expliquées, les Dandies sont des chiens d’une grande vigueur, souples, tortillants si l’on peut dire, collés à la voie, tenaces surtout et enragés sur la voie du lapin et du renard. Quant à la couleur, elle est pour nous la plus extraordinaire du monde. On en prise deux variétés, l’une couleur poivre, et l’autre couleur moutarde. La teinte poivre varie d’un noir bleuâtre foncé à un léger gris d’argent, les nuances intermédiaires étant généralement préférées : les jambes sont toujours plus foncées. La couleur moutarde varie d’un brun rougeâtre à un jaune pâle, la tête étant blanc-crème, les extrémités foncées.
- Nous n’entrerons pas dans trop de détails sur cette race qu’on peut, encore à l’heure qu’il est, regarder comme en formation chez nos voisins et qui, parmi les amateurs nombreux qui s’en occupent, soulève des questions de conformation et de performance de très-haute portée zootechnique. Afin d’arrêter, une fois pour toutes, les points contestés de cette race, un club fut établi il y a deux ou trois ans, lequel nomma un comité spécial pour dresser l’échelle des points des Dandies. A la suite de ce travail, le club tout entier a révisé et examiné une deuxième fois à fond ce travail dans une réunion plénière. 11 fait donc autorité absolue. Nous le donnons ici, regrettant de n’avoir pas assez de place pour en développer les conclusions qui sont du plus grand intérêt.
- Points du terrier Dandie-Dinmout.
- 1. Tête............................... 10
- 2. Yeux................................ 5
- 3. Oreilles............................ 5
- 4. Cou. ... 5
- 5. Corps. ............................ 20
- 6. Queue .............................. 5
- 7. Jambes et pieds................... 10
- 8. Toison............................. 15
- 9. Couleur............................. 5
- 10. Taille et poids................... 10
- 11. Ensemble général.................. 10
- Total.............100
- Nous ne pouvons omettre de faire remarquer combien est élevé le coefficient du corps: 20, auquel on attache une très-grande importance pour la force et le fond de ce chien. En seconde ligne vient la toison,significative absolument comme signe de race, puis les caractères généraux. Il y a là une espèce d’anomalie que nous n’oserions pas laisser libre dans un critérium de race, mais qui ne gêne point les Anglais, tant le type cherché est présent à tous les chasseurs jurés. H. de la Blanchère.
- ACADÉMIE DES SCIENCES.
- Séance du 13 mai 1878. — Présidence de M. Fizeau.
- Passage de mercure sur le soleil. — Naturellement le phénomène astronomique de lundi dernier, 6 mai, est l’objet aujourd’hui de nombreuses communications. M. le commandant Mouchez relate les tentatives faites à l’observatoire de Montsouris et constate que les alternatives de mauvais temps et d’éclaircies ont rappelé l’allure des choses lors du passage de Vénus à Saint-Paul. Malheureusement les astronomes ont été cette fois moins favorisés et les contacts n’ont pas pu être observés. A Toulouse, M. Perrotin a été plus heureux. Il a pu suivre la planète d’une manière un peu plus continue au travers de nuages moins épais, et il pense que l’auréole qui entoure si souvent Mercure, loin d’être une enveloppe gazeuse de cet astre ainsi qu’on l’a dit quelquefois, tient à certaines conditions de notre propre atmosphère.
- Plus au sud, à Bordeaux, grâce à l’initiative de M. Ravet, on avait pris toutes les dispositions pour faire les observations complètes, mais le temps a été plus mauvais que partout ailleurs, et tous les préparatifs ont été inutiles. Heureusement, d’après une dépêche de M. André, les observations de Californie ont été tout à fait satisfaisantes, et l’on a pu prendre 70 bonnes photographies aux divers moments du phénomène.
- Remède antiphylloxérique. — MM. Laloyère et Muntz annoncent qu’ils préparent une huile sulfurée émi nemment insecticide en soumettant à la distillation sèche un mélange de sulfate de chaux et de calcaire bitumineux de Seyssel. Ce produit est obtenu dans des conditions de prix telles, que son emploi pour le traitement des vignes phylloxérées paraît devoir être avantageux.
- Perfectionnement au téléphone. — Jusqu’ici le téléphone était un appareil qui, un son très-fort lui étant communiqué, transmettait à distance un son très-faible. Par une disposition spéciale, M. Hughes en fait un instrument qui, d’un son très-faible qu’il a reçu, tire un son très-fort qu’il transmet. Aussi, par analogie avec le microscope, propose-t-il d’appeler sa machine microphone.
- Nous ne pouvons entrer dans la description minutieuse de cet appareil ; disons seulement que le secret de sa puissance réside dans la disposition d’un petit contact en charbon de cornue qui peut vibrer sous les actions les plus faibles et transmettre ainsi le courant d’une manière intermittente. M. du Moncel raconte que M. Crookes démontre la sensibilité de ce téléphone en y déposant une petite boîte contenant une mouche vivante. A l’autre bout de la ligne télégraphique, un téléphone récepteur ordinaire de Bell permet d’entendre l’insecte prisonnier voleter, gratter, marcher.
- Éclairage électrique. — Grâce à une disposition qui consiste en résumé à comprimer sur un disque de charbon de cornue une mince baguette de la même substance, M. Reynier parvient à produire de la lumière électrique dans des conditions toutes nouvelles. II lui suffit de 4 éléments de Bunsen pour obtenir un foyer lumineux du même éclat que 8 becs de Carcel.
- Hydrate de chloral. — Revenant sur une discussion où nous l’avons déjà suivi plusieurs fois, M. Wurlz oppose de nouveaux arguments à l’opinion de M. Troost, d’après qui la vapeur d’hydrate de chloral représenterait 8 volumes. Il annonce qu’au bout de 33 heures d’expérience l’oxalate de potasse sec se comporte dans cette vapeur exactement comme dans un mélange d’air et de vapeur
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- LA NATURE.
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- d’eau. Sa conclusion, conforme à celle qu’il a déjà émise, est qu’en passant à l’état aériforme, l’hydrate de chloral se dissout en chloral anhydre et en eau, et nous avons déjà fait ressortir l’importance de ce fait au point de vue des théories générales de la chimie.
- Stanislas Meunier.
- CORRESPONDANCE
- OBSERVATION d’üN HALO SOLAIRE.
- Monsieur le rédacteur,
- Alger a été, vendredi 12 avril, le théâtre d’un phénomène extrêmement rare dans nos contrées. Un halo solaire a été aperçu dans l’ouest de la ville. C’est à quatre heures 45 environ que le météore a fait son apparition, le ciel chargé de vapeurs orangées laissait plutôt deviner qu’apercevoir le disque du soleil. Un premier cercle, composé de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel (le rouge étant en dedans et le violet en dehors) s’est d'abord formé ; il avait pour centre le soleil et un rayon d’environ 7° à 8° ; au-dessus et au-dessous on vit bientôt deux autres cercles mais tronqués, c’étaient plutôt des arc® d’un développement de 60°, tangents tous deux au premier cercle ; ils présentaient aussi les couleurs de l’arc-en-ciel et comme le premier avaient le rouge en dedans et le violet en dehors. L’arc supérieur était de beaucoup le plus intense et avait le zénith pour cenUe. Quant au second ses extrémités se perdaient au delà des limites de l’horizon.
- Agréez, etc. Paul Heit.
- Alger, 14 avril 1878,
- MÉTÉOROLOGIE D’AYRIL 1878
- Nous entrons avec le mois d’avril dans la saison des orages; ces météores présentant un grand intérêt au point de vue de l’étude générale des mouvements de l’atmosphère, nous allons en résumer brièvement les conditions de formation.
- 1° Les orages accompagnent les Cyclones, et ils se produisent généralement dans la région dangereuse. Jamais un Anticyclone ne leur donne naissance.
- 2° La zone dans laquelle se trouvent les nuées orageuses forme un Anneau entre le centre et le pourtour du cyclone.
- 3° Les cyclones orageux d’été à gradient faible se succèdent souvent à des intervalles très-rapproehés ; par suite, quand deux orages successifs sont accompagnés chacun d’un minimum barométrique, ils appartiennent à deux cyclones différents.
- 4° Dans un même cyclone il y a lieu encore de distinguer les orages antérieurs et les orages postérieurs. Les premiers se produisent pendant la baisse, les seconds pendant la hausse du baromètre.
- 5° Il peut y avoir plusieurs groupes d’orages antérieurs et d’orages postérieurs.
- 6° Les nuées orageuses sont soumises au mouvement circulaire d’entraînement autour du centre du cyclone dont elles font partie. Elles subissent de plus des influences diverses dues au relief du sol, aux attractions électriques.
- 7° Les trombes prennent naissance toutes les fois
- qu’une rupture d’équilibre a lieu dans le cercle d’ac tion d’une bourrasque. Cet état irritable a lieu surtout dans la région dangereuse.
- 8° La grêle se produit dans des conditions analogues à celles où se forment les trombes. L’air froid appelé d’en haut solidifie les gouttelettes de vapeur qui sont à l’état de surfusion et les transforme instantanément en glace. Le mouvement tournant les soutient. Les grêlons sont d’abord lancés horizontalement, puis dans leur chute se rapprochent de plus en plus de la verticale.
- Les baromètres du service agricole installés aujourd’hui dans plus de 1500 communes, réparties dans tous les départements de la France, et les dépêches reçues chaque jour de l’Observatoire de Paris, permettent d’étudier ces phénomènes en les rattachant au mouvement cyclonique dont ils font partie.
- Les caractères généraux du mois d’avril 1878 sont les suivants :
- A l’Observatoire, la moyenne barométrique du mois à midi a été de 758""“ avec une température moyenne supérieure de 1° à la normale, avec des vents et un ciel très-variables. On a recueilli 60mm d’eau sur la terrasse.
- L’examen des cartes journalières conduit aux remarques ci-jointes :
- lre Décade d’avril. —Une dépression importante limitée par la ligne 730“m a son centre le premier dans le voisinage de l’Ecosse; elle séjourne sur la mer du Nord le 2 et se trouve le 4 vers Copenhague, pour remonter le 5 dans les parages de Stockholm. Le froid des 7 premiers jours du mois et les pluies sont dus à son influence. — Le 7, de fortes pressions commencent à apparaître dans le nord-est de l’Europe; le 9, elles y forment un anticyclone bien caractérisé et qui persiste quelques jours. Sous cette influence, les vents d’est dominent sur nos régions ; mais la température s’y relève sous l’action d’une dépression océanienne peu importante qui se montre dans le voisinage de nos côtes occidentales et que la courbe 755 indique très-nettement sur la carte du 9.
- 2e Décade. — A partir du 13, les dépressions passent au nord et loin de nous, la température reste très-élevée, surtout le 15 et le 16. L’une de ces dépressions visible sur la carte du 18 ( 755mm) traverse l’Europe centrale du nord-ouest au sud-est et amène des pluies en France pendant la seconde moitié de cette décade. Des orages sont signalés à partir du 17 en Angleterre, en Belgique et en France. A Londres, on recueille le 17 des grêlons de 13mra de diamètre.
- 3e Décade. — Du 20 au 27, un cyclone remarquable traverse toute l’Europe depuis l’Irlande jusqu’à la mer Noire. La portion centrale de ce cyclone se voit nettement sur les 3 cartes des 21 et 24 (ligne 750""”) et sur celle du 27 (ligne 755,nn‘) ; il commande les variations du temps pendant toute
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- LA NATURE
- cetle période. Sous son action, des mouvements orageux se produisent en Angleterre, en Belgique, en France et en Sicile. C’est à l’un de ces mouvements qu’est due la galerna signalée le 20 sur la
- côte cantabrique et qui, sans avoir d’action marquée sur les grands vaisseaux, a amené la mort de plus de 500 pêcheurs dont les barques ont été coulées par ce coup de vent tout à lait local. Le même
- CARTES QUOTIDIENNES DU TEMPS EN AVRIL 1878. D’après le Bulletin international de l'Obier ta taire de Parie. (Réduction 1/S.)
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- Vendredi 26 Samedi 27 Oimanehe28 Lundi 29 Mardi 30
- jour, un orage-violent était signalé à Muges (Lot-et-Garonne).
- Les jours suivants, les cartes du 28 et du 29 montrent un mouvement anticyclonique indiqué par la courbe 765 sur la carte du 29 et qui ramène le beau temps sur l’Europe centrale. Mais par contre le baromètre baisse près de nos côtes occidentales, et la température s’y relève de nouveau rapidement,
- ce qui permet d’annoncer dès le 28 un prochain changement de temps. Le 29 et le 50, ce changement s’accuse de plus en plus, et les averses orageuses signalées le 1er mai en sont la suite.
- E. Fro^.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissàndier.
- CO F BEI L. TVP. ET STÉR. CRÉIÉ.
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- N* ‘260.
- 25 MAI 1878.
- LA NATURE.
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- LE PHONOGRAPHE
- UNE VISITE A M. EDISON DANS
- Nous nous transportâmes à Menlo Park, dans le New Jersey ; nous étions deux pour voir Edison et ses merveilleuses inventions. Menlo Park n’est ni un parc ni une cité ; cette résidence est située sur la voie ferrée de Pensylvanie (juste à côté du railway); elle n’est même pas une gare d’arrêt; il faut que l’agent de la station hisse un pavillon pour les
- Fig. 1. — Le laboratoire de M. Edison à Menlo Park dans le New-Jersey (États-Unis).
- sée (fig. 1). C’est le laboratoire qui est devenu subitement fameux. Un grand nombre de fds télégraphiques aboutissent à l’établissement. Le rez-de-chaussée est occupé par des écrivains et des teneurs de livres ; dans une autre pièce se trouve un atelier où une douzaine d’ouvriers habiles travaillent sans cesse à l’enclume ou à la forge, au tour ou au foret,
- Fig. 3.— A. Dernier modèle du phonographe. — B. Disque sur lequel peuvent être enregistrés 50 000 mots.
- tes dimensions et couleurs. Dans un angle est un orgue de cabinet. Sur des bancs et des tables sont
- 1 D’après The Daily graphie de New-York. Nous reproduisons dans sa forme originale et humoristique un récit qui a obtenu un grand succès de l’autre côté de l’Atlantique ; il est rempli de détails curieux et inédits sur des inventions qui préoccupent à si juste titre le monde savant de tous les pays.
- ET L’AÉROPHONE
- LE NEW-JERSEY (ÉTATS-UNIS)
- voyageurs qui attendent. Menlo Park se compose en tout du laboratoire d’Edison et d’une demi-douzaine de maisons qu’habitent ses employés. Bref, Menlo Park est Edisonia ni plus ni moins.
- Juste au nord de la voie est une construction en bois, longue, simple, blanche, avec beaucoup de fenêtres, composée d’un étage et d’un rez-de-chaus-
- Fig. 2. — M. Edison montrant le disque enregistreur du son dü nouveau phonographe à disque plat.
- et fabriquent des appareils pour le maître de rétablissement.
- Nous montons l’escalier pour arriver à une salle qui occupe tout le développement de l’édifice et ne compte pas moins de vingt fenêtres sur ses quatre façades ; les murs sont couverts d’étagères chargées de fioles ; il y a là des milliers de bouteilles de tout
- Fig. 4. — Phonographe alphabétique, destiné à l’usage des écoles. Appareil actuellement employé aux États-Unis.
- placés des piles électriques de toutes sortes, des microscopes, des loupes, des creusets, cornues, alambics, une forge de campagne couverte de cendres, enfin tout l’attirail d’un chimiste. A une table sont assis deux personnages, chacun d’eux porte alternativement à l’oreille et à la bouche l’embouchure d’un téléphone.
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- LA N ATUBE.
- — Que faites-vous aujourd’hui? demande un ami entamant conversation en passant.
- — Nous avons installé en circuit le relais parleur
- téléphonique, et maintenant nous parlons dans un circuit de 800 milles, viâ St-Louis, Cincinnati, Louisville, Washington et Philadelphie. Cependant cela ne marche pas très-bien. C’est le plus grand circuit qui ait été jamais essayé; il serait impraticable sans l’appareil à relais Edison...
- — Plaît-il ? Je n’entends pas tous les mots.
- Voilà ce que le correspondant fit entendre dans
- l’embouchure ; ses paroles volèrent jusqu’au Missis-sipi pour en revenir dans une seconde, et la personne à l’autre bout de la table de répondre:
- — M’entendez-vous maintenant?
- Un homme jeune encore était occupé au milieu de la pièce, à frotter une feuille d’étain posée sur un carton; il essayait d’en faire disparaître les rides. Cet homme, d’assez grande taille, avait une figure maigre à pommettes saillantes et petites, un cou long. Dans une foule il n’eût pas été remarqué comme un homme d’une intelligence extraordinaire. Le temps pour cet homme était évidemment trop précieux pour être perdu en toilette ; ses bottes étaient veuves de cirage depuis huit jours. Quoique ne portant ni favoris ni moustaches, le rasoir depuis cinq jours n’avait pas touché son visage. Les cheveux étaient couleur marron, et semblaient coupés par leur propriétaire, car ils affectaient des groupes fort irréguliers dans l’encadrement de la figure, j avec une tendance à se porter en avant; une touffe au sommet de la tête se tenait droite et hérissée comme le piquant d’un ananas. Sa bouche était expressive. Les veines bleues de ses mains, ses doigts qui frémissaient, révélaient une intelligence rare : mais ce qui attirait immédiatement l’attention d’un étranger, c’était l’œil vif, profond, ardent, dénotant l’intensité de l’intelligence de cet homme qui n’était autre que Thomas Alva Edison.
- — Vous avez fait de nombreuses et belles inventions ?
- — Oui, dit-il avec l’accent nasillard de l’Ouest. J'ai imaginé quelques machines, mais voici mon enfant, s’écria-t-il en touchant de la main le phonographe parlant, et en s’asseyant devant l’appareil.
- Et de son pied, il toucha un levier, déplaça une courroie en l’amenant sur le cylindre du phonographe qui reçoit à travers le plancher le mouvement d’une machine à vapeur. Le cylindre a trois pouces de diamètre et fait environ de quarante à cinquante tours à la minute. Il est recouvert d’une feuille fraîche d’étain parfaitement unie.
- Dans une simple embouchure placée sur le côté, M. Edison parla d’une voix sonore à un gentleman espagnol qu’on venait de lui présenter.-11 dit ces paroles dans l’embouchure: —Buenos dias, senor, como esta usted? Ce gentleman prenant à son tour sa place au phonographe répondit aussitôt : —Setze judges mentjau fctxa d’un penjat. — Cet échange de compliments avait duré environ une minute.
- De son pied encore une fois, Edison touche le levier, le cylindre est arrêté, l’embouchure est retirée du contact. Nous examinons la feuille d’étain. La moitié de cette feuille, auparavant si lisse, est maintenant ridée de lignes serrées les unes contre les autres ; il y a quinze lignes sur la surface d’un pouce; beaucoup de ces plis sont marqués de dentelures si petites qu’à peine sont-elles perceptibles.
- Edison touche de nouveau le levier et renverse la rotation jusqu’à ce que le cylindre suivant le filet de vis soit revenu au point de départ. Alors il installe l’embouchure et fait tourner le cylindre. Le petit st\le abaissé parcourt derechef la spirale des dentelures. Et voilà que la machine elle-même parle ! L’embouchure dit elle-même la salutation espagnole: Buenos dias, senor, etc., la sonorité de la voix est réduite cette fois des trois quarts de son émission primitive, mais la voix est parfaite dans son articulation et dans son inflexion ; le timbre même de chaque personne est parfaitement distinct.
- La feuille n’est nullement gâtée par cet usage ; elle peut se conserver pour être expédiée à une destination quelconque, et, placée sur le cylindre phonographique, elle reproduira exactement la voix dont elle porte l’enregistrement.
- La machine peut siffler aussi bien que parler, Edison siffle dans l'embouchure un air d’opéra qui lui est répété sans grande diminution apparente de sonorité, avec le timbre d’une cloche.
- — Ces jours-ci, dit Edison, un chien est venu aboyer dans l’embouchure; l’aboiement fut admirablement reproduit. Nous avons gardé ici la feuille de cet enregistrement et nous allons faire aboyer la machine. Ce chien pourra cesser de vivre, ajoute l’inventeur, mais nous avons ses aboiements ; tout ce qui est vocal survit.
- Je pose à M. Edison cette question : — Si un ami venait parler dans cette embouchure en votre absence, reconnaîtriez-vous sa voix répétée par la feuille d’étain?
- — J’ai essayé cette expérience et quelquefois j’ai reconnu la voix ; mais le phonographe est encore dans l'enfance, il a besoin d’être perfectionné pour devenir ce qu’il doit être. L’étain n’est pas précisément ce qu’il faut, le métal se ride trop facilement, l’aiguille gratte trop fort. — Mon associé Johnson m’a proposé une pointe en saphir pour remplacer cette aiguille ; je vais essayer ce saphir devant vous, vous verrez que le plus doux chuchotement peut être reproduit avec exactitude; le timbre de la voix est bien conservé. Vous pouvez à l’instant reconnaître la voix.
- Je m'occupe encore de deux autres points importants, c’est-à-dire de remplacer la membrane en fer par une autre, et d’adapter à cette embouchure une sorte de chambre vocale, de la dimension, à peu près, de la bouche humaine, garnie de dents et même peut-être d'une langue. Cela donnera la résonnance qui manque à la machine.
- Je vais aussi supprimer absolument le cylindre
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- et lui substituer une plaque métallique circulaire et plate, à peu près aussi grosse qu’une assiette plate. Cette plaque sera fraisée et aura une petite gorge qui partira du centre pour se prolonger en spirales jusqu’à la circonférence. Je pourrai rendre cette gorge assez fine pour que la plaque puisse contenir 50000 mots (fig. 2), c’est-à-dire l’étendue d’un roman, d’une nouvelle de Charles Dickens. Ce qui maintenant m’embarrasse, c’est de savoir si je dois faire cette gorge assez fine pour faire contenir à la plaque 50 000 mots ou bien assez large pour n’en contenir que 200.
- Edison nous conduisit ensuite à l’atelier des machines, et nous fit voir le nouveau phonographe, (fig. 3), avec la plaque plate au lieu du cylindre. L’appareil est actionné par un mouvement d’horlogerie, de façon à ce que la vitesse soit plus ou moins grande et la parole uniforme.
- Prenant une feuille d’étain qui avait été appliquée au phonographe, Edison la froissa jusqu’à ce qu’elle ne lût pas plus grande qu’une noix. Puis il la déplia aussi bien qu’il put, la replaça et la feuille chanta le refrain d’une chanson connue:— Tramp, tramp, tramp, les enfants marchent! — Le bruit des rides étouffa un peu et voila le chant, mais chaque mot était distinctement prononcé, en dépit de ce bruit. Edison parla dans le phonographe, et fit voir qu’il pouvait augmenter indéfiniment la vitesse de sa parole, en même temps que la hauteur du ton s’élevait de la basse au soprano. — En tournant cette roue avec une vitesse suffisante, dit-il, je puis transformer une voix de basse en un sifflement. — En diminuant la vitesse, il nous faisait entendre une voix de basse traînante ; ralentissant plus encore, il fit cesser absolument le son. Il faut, pour produire un son, de seize à dix-huit vibrations à la seconde.
- Edison nous fit voir ensuite un nouvel et admirable instrument, l’aérophone démonté (fig. 5). Une partie de l’appareil, dit-il, est en route pour l’Europe et je ne puis vous le faire entendre ; vous voyez ici la même membrane que dans le téléphone et le phonographe, mais les vibrations, au lieu de gaufrer une feuille d’étain, ouvrent et ferment la valve d’un tube de vapeur et communiquent ainsi au sifflement de la vapeur échappée les articulations de la voix humaine. Cet appareil est beaucoup plus simple que le phonographe ; il amplifie la voix humaine et peut être entendu distinctement dans son langage articulé jusqu’à une distance de six kilomètres et même au delà. Je gage qu’il lira la déclaration d’indépendance si bien que chaque mot sera distinctement perçu par tout citoyen de l’île de Manhattan. Mon aérophone va annoncer toutes les stations de la voie ferrée, et la locomotive traversera tous les pays en criant elle-même tout ce que l’ingénieur trouvera nécessaire de dire. Les steamers en mer pourront entamer conversation entre eux. Les phares pourront parler aux navires pendant l’ouragan. Les quartiers d’une ville
- recevront la nouvelle d’un sinistre, de la propagation ou de l’extension de l’incendie.
- J’aurai à l’Exposition de Paris, dit Edison, huit téléphones, sans parler de mon phonographe et de mon aérophone.
- — A quel usage pensez-vous que le phonographe soit affecté? demandâmes-nous. — A un grand nombre, répondit Edison.
- 1° 11 remplacera les sténographes; ainsi, un homme ayant plusieurs lettres à écrire les dictera au phonographe, il enverra directement la feuille d’étain à ses correspondants, qui la placeront sur un phonographe et entendront à quelle chose ils auront à répondre. Des lettres de cette sorte et qui seront adressées à des personnes n’ayant pas de phonographe seront copiées par un employé d’un bureau phonographique.
- 2° Un lecteur émérite lira au phonographe une nouvelle de Dickens. Cette nouvelle entière prendra place sur une feuille de 10 pouces carrés. Un procédé d’éléctro-typie économique pourra reproduire des millions de copies de cette feuille. Les membres d’une famille sont assis autour d’un guéridon. Ils entendent la lecture de la nouvelle dite avec toute l’expression que lui a donnée le lecteur émérite. Une compagnie s’organise actuellement à New-York pour ce genre d’impression.
- 3° Le phonographe chantera avec la voix de la Patti et de Kellogg ; les familles pourront sans grande dépense s’offrir l’Opéra chaque soir.
- 4° Le phonographe pourra servir de composteur musical. Lorsqu’un air favori est chanté, il est reproduit et repoussé sur l’appareil, et en tournant à rebours l’on entend sur le phonographe, en le ramenant sans enlever le style, une autre agréable mélodie. Un musicien pourrait, en expérimentant ainsi, rendre populaires de très-jolies chansonnettes.
- 5° Il peut servir à apprendre à lire aux habitants d’un hospice d’aveugles, à l’ignorant qui n’a jamais appris la lecture.
- 6° 11 peut servir à enseigner les langues. J’ai vendu le droit d’employer le phonographe pour apprendre aux enfants l’alphabet. On a déjà construit un appareil qui mis en mouvement, fait entendre à un enfant la prononciation des lettres qui passent devant scs yeux (fig. 4). Supposons que Stanley ait eu à sa disposition un phonographe, il eût pu s’en servir pour conserver au monde savant tous les dialectes de l’Afrique centrale.
- 7° 11 peut servir à faire parler des jouets; une compagnie est fondée pour confectionner des poupées parlantes. Ces poupées auront une petite voix de fillettes.
- 8° Le phonographe sera employé par les comédiens pour bien se graver dans la mémoire le véritable accent de leur rôle. Enfin> l'application du phonographe n’a pas de limites.
- Edison a étudié l’astronomie, et de concert avec le professeur Langlcy d’AUcghany University, il
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- s’occupe maintenant de perfectionnements à donner au télescope.
- Thomas A. Edison est né à Milan, dans le comté d’Erié, le 11 février 1847, et n’a par conséquent au-jourd’hui que trente et un ans.
- — Combien avez-vous pris de brevets? lui demandai-je.
- — Je ne le sais pas au juste, dit-il, en interrogeant son teneur de livres.
- Pour perfectionner le télégraphe automatique, il était nécessaire de trouver la composition d’une dissolution qui donnât un papier chimique sur lequel les caractères pussent être enregistrés avec une vitesse plus grande de deux cents mots environ à la minute. Les traités français indiquaient plusieurs formules, mais aucune d’entre celles-ci ne permettait de dépasser cette vitesse. Edison parvint à résoudre le problème au moyen d’un appareil spécial
- — Avec celui d’aujourd’hui, répondit cet employé, cela fait 157 brevets; il y en a 77 de plus en instance à Washington.
- — Vous comprenez, dit Edison, il y a un sur dix à peine de ces brevets qui ait une valeur pratique. La plupart sont pris dans un but de garantie et de précaution. Il faut au moins dix ou
- tig.ti. — Aérophone de M. Edison. Cet appareil amplifie l’intensité de la voix humaine et permet de la faire entendre à 6 kilomètres — A. Détail de l’appareil de démonstration. — B. Valve de l’aérophone.
- quinze brevets pour empêcher qu’on ne puisse dérober une invention utile. Par exemple, ce phonographe exigera pour sa défense une douzaine d’autres brevets que le sien. Je prendrai un brevet sur tout modèle de phonographe que je pourrai imaginer.
- Quand Edison est dans sa fièvre d’invention, c’est à peine s’il dort. Quelquefois il ne rentre pas chez luipendant plusieurs jours, bien qu’il soit à une cinquantaine de pas de sa demeure. Il a pendant dix ans travaillé d ix-huifïieures par jour.
- Edison est l’inventeur de l’électro-motographe, pour lequel il a reçu le huitième diplôme décerné par les États-Unis à une découverte originale; il est aussi l’inventeur du télégraphe dit Américain district (service des courriers de dépêches de Bourse) du système automatique du télégraphe imprimeur en caractères romains, du système quadruple, pour lequel la Compagnie Western Union le pensionne royalement, du téléphone parlant, et de la plume électrique pour le tirage des lettres et des circulaires.
- Actuellement il y a aux États-Unis 18 000 de ces plumes qui sont appliquées à cet usage.
- Voici une anecdote qui caractérise les méthodes d’Edison :
- de son invention, pourvu d’un papier préparé avec la solution convenable. Pour arriver à ce résultat, il compulsa des bibliothèques entières.
- J’arrive un soir, me raconta Johnson, je vois Edison assis devant une véritable montagne de livres de sciences ; ces bouquins empilés s’élevaient à une hauteur de plus d’un mètre, avait fait venir de de Londres et
- Fig. 6. — Premier modèle du phonographe de 31. Edison.
- Il les New-York,
- de Paris. Il feuilletait tous ces livres, nuit et jour, et prenait sa nourriture devant sa table de travail; il allait même jusqu’à dormir dans son fauteuil. En six semaines de temps ces innombrables ouvrages divers avaient été compulsés, et leur résumé écrit de la main d’Edison formait à lui seul un volume. En outre le physicien avait exécuté plus de deux mille expériences d’après les formules indiquées. A force de recherches, d’expériences et de tâtonnements, Edison arriva enfin à découvrir la composition qui lui donna les résultats exigés. Avec cette composition il fut possible d’enregistrer plus de deux cents mots à la minute avec une longueur de fil de plus de trois cents kilomètres. Plus tard, on arriva à une vitesse de trois mille mots à la minute. On doutera de ces faits, mais je les ai constatés moi-même.
- — Edison sait-il, demandai-je, tout ce qu’il y a dans ces milliers de fioles qui sont placées sur les rayons de ce laboratoire?
- — Certes, fut la réponse; c’est lui-même qui les a acquises ou préparées. Chaque fois qu’il entend parler d’un produit nouveau, aussitôt il s’efforce de l’avoir dans son laboratoire, dans la persuasion que tôt ou tard, il pourra lui trouver un usage.
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- LE GRAND BALLON CAPTIF A YAPEUR DE M. HENRI GIFFARD
- ( Suite. — Voy. 295,505 et 345 )
- La couture de l’aérostat a été terminée récemment ; ci-dessous (fig. 2) avaient été construites à chaque
- deux étagères semblables à celle que nous figurons extrémité de l’atelier; la première contenait les pan-
- Fig. 1. Le grand ballon captif à vapeur de M. H. Giflfard. — Tunnel souterrain du câble (coupe et plan).
- Fig. 2. — Vue de l’une des étagères, où les sept panneaux d’une demi-côte de l’aérostat sont placés avant la couture.
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- neaux destinés à former l’hémisphère nord, la seconde, l’hémisphère sud. Chaque rayon des étagères contenait les 104 panneaux de même grandeur, destinés à former les 104 côtes de la sphère. La couture de cet aérostat de 4000 mètres de surface, a été exécutée à la machine à coudre, par 40 ouvrières travaillant sous l’habile direction de M. Roger, auquel M. Giffard a déjà confié la couture de ses ballons captifs de Paris en 1867 et de Londres en 1868. Pour joindre les 1456 panneaux et unir les 104 fuseaux du ballon, il a fallu faire plus de 15000 mètres de couture simple ; ce travail a exigé l’emploi de 100 bobines de .500 mètres de gros fil, soit une longueur totale de 50 000 mètres de fil.
- Toutes les coutures ont été recouvertes intérieurement et extérieurement de bandes d’étoffe collées au caoutchouc. Le poids des bandes employées dépasse 350 kilogrammes; elles ont exigé plus de 110 kilogrammes de solulion de caoutchouc. Le ballon va être verni par cent ouvriers, puis enduit de deux couches de peinture au blanc de zinc. U ne restera plus qu’à procéder au gonflement qui se fera incessamment à l’aide du grand appareil à gaz hydrogène pur que M. Henri Giffard a construit, et qui peut produire 2000 mètres cubes de gaz à l’heure.
- Le ballon seul avec ses deux soupapes pèse 5000 kilogrammes, le filet et les cordes 4500 kilogrammes, la nacelle et son arrimage 1600 kilogrammes, les cercles de l’aérostat, le peson et les tendeurs de caoutchouc inférieurs, 750 kilogrammes. Le poids total du matériel fixe est donc de 11 850 kilogrammes, auquel il faut ajouter le câble de 650 mètres qui pèse 3000 kilogrammes. Maisla puissance ascen-sionnellede l’aérostat sera de 25 000 kilogrammes. Le ballon pourra donc facilement enlevertout ce matériel avec un excédant de force considérable, et les cinquante personnes qui monteront dans la nacelle, ne seront qu’une plume pour le géant aérien.
- Notre figure 1 donne le plan et la coupe du tunnel souterrain, où s’engage le câble pour passer du treuil T où il s’enroule, jusqu’à l’ouverture de 1 cuvette LD où il est fixé au cercle de l’aérostat pa l’intermédiaire d’un peson placé au milieu de l’espace annulaire de la nacelle. Le câble traverse le tunnel qui a 60 mètres de longueur; il passe dans la gorge d’une poulie à joint universel adapté au fond de la cuvette conique et s’élève jusqu’à l’aérostat. Ce câble long de 650 mètres a 0m,085 de diamètre à l’extrémité supérieure, 0m,065 de diamètre à l’extrémité 'inférieure qui demeure fixée au treuil de fonte.
- Le ballon sera amarré à terre par huit cordes de 0in,085 qui seront attachées à son cercle d’acier, et qui passeront dans les gorges de huit poulies fixées à des scellements de maçonnerie B, B, B... Huit autres scellements de maçonnerie A, A, A... permettront d’attacher ces câbles à des barres de fer et de les tendre au moyen de treuils. Seize autres scellements sont places circulairement sur une circonfé-
- rence de 80 mètres de diamètre, et serviront à attacher les cordes d’équateur pendant le gonflement. Beux de ces scellements sont représentés sur notre plan en E, E.
- Le ballon captif qui a en nombre rond 4000 * mètres carrés de surface (exactement 3924 mètres) offre en projection à l’effort du vent une surface de 1000 mètres carrés. Il a fallu que M. Giffard songeât à construire l’aérostat de telle façon qu’il puisse résister aux plus grands vents quand il est amarré à terre.
- S’il survenait un ouragan d’une violence extrême, de 40 mètres à la seconde, l’effet de cet ouragan se traduirait sur l’aérostat par une action mécanique correspondante à un poids de 35000 kilo* grammes. En admettant que cet effort exerce son effet sur deux cordes d’amarrage seulement, ces corde .; auront à résister chacune à une traction de moitié, soit de 17500 kilogrammes. Pour donner une juste idée de la solidité du matériel, il nous suffira de dire qu’il faudrait un effort près de trois fois plus considérable, de 50 000 kilogrammes, pour rompre chacune des cordes d’amarrage prise isolément, et qu’il en faudrait un de 100 000 kilogrammes pour arracher l’un des scellements de maçonnerie. Ajoutons en outre que les vents de 40 mètres à la seconde que l’on considère dans ce calcul, ne se sont observés à Paris que tout à fait, exceptionnellement, et dans des localités bien moins abritées que ne l’est la cour des Tuileries.
- Pour donner une idée complète du monument aéronautique que M. Henri Giffard a construit, il nous resterait à parler de la partie mécanique du système, des chaudières à vapeur, des mar chines, du treuil de fonte, pièce gigantesque pesant 40 000 kilogrammes, il nous faudrait décrire la nacelle, les soupapes de l’aérostat, lepcson; la poulie à joint universel, l’appareil à gaz qui sert à produire 25 000 mètres cubes d’hydrogène. Nous réservons ces détails complémentaires pour le moment où le grand ballon captif à vapeur aura fait sa première ascension ; nous les publierons quand il aura inauguré la série des voyages aériens qui permettront aux visiteurs de l’Exposition uni\er-selle de contempler à 600 mètres d’altitude, l’imposant spectacle du panorama de Paris.
- Gaston Tissandier.
- L’EXPOSITION UNIVERSELLE
- A l’époque où fut décidée l’Exposition universelle de 1878, nous en avons publié ici le programme (la Nature, 4* année, 1876, 2e semestre, p. 86), et il a été ponctuellement exécuté. Entravés par la guerre d’Orient et la crise politique intérieure, favorisés par deux hivers consécutifs exceptionnelle ment doux, les travaux exécutés pour l’Etat ont été
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- prêts à l’heure dite ; en vingt-cinq mois tout a été fait.
- Jamais Exposition n’a été-si complètement universelle : une série de décrets successifs ont étendu son cadre déjà si vaste au début.
- ' L’Exposition universelle était officiellement annoncée le 28 mars 1876, elle était décrétée le 4 avril suivant, et le décret fixait le 1er mai 1878 pour la date de l’ouverture. Le 13, un nouveau décret adjoignait une Exposition universelle des beaux-arts au concours industriel. Le projet définitifétait adopté le 12 juin. La loi du 29 juillet 1876 avait autorisé l’organisation de l’Exposition aux frais de l’Etat. La convention du 1er août régla la participation de la ville de Paris ; et, à la fin d’octobre, les chantiers du Champ-de-Mars étaient en pleine activité, pendant que, dans les usines, on préparait les charpentes métalliques.
- Le 15 janvier 1876 commençaient les adjonc'ions aux concours primitivement décidés. Ce jotir-là, une circulaire annonçait des concours temporaires de lait, beurres et fromages. Le 16 janvier, un arrêté ministériel instituait une exposition ethnographique, et une exposition rétrospective de l’art ancien. Le 17 février, un autre arrêté ajoutait à l’exhibition universelle une collection de portraits historiques detoute époque, de personnages français. Le 6 mars, c’était une exposition des eaux minérales qui était décidée. Le 28 mars, on instituait une exposition particulière des ports de commerce français et de tous les objets d’importation et d’exportation qui alimentent leur commerce maritime. Le 29 mars, on décidait l’établissement d’une exposition d’archéologie préhistorique et d’anthropologie au Trocadéro. Le 2 juillet, on prenait la résolution de réunir les vins de France dans un pavillon de dégustation où le public pourrait apprécier par lui-même la valeur de nos crus. Enfin, le 3 août 1877, on décrétait que les œuvres inédites ou peu connues des compositeurs admises par un jury, seraient exécutées dans une série de concerts donnés dans la salle des fêtes au Trocadéro (où il y aura aussi des conférences et des congrès).
- Après ce très-court résumé historique, nous allons donner les principales dimensions des palais et parcs de l’Exposition, et indiquer la disposition du classement en neuf groupes et en nationalités différentes. Cette énumération est nécessairement un peu aride, mais elle forme le complément et l’explication indispensable des plans très-complets que nous publions.
- Dans son état actuel, avec les agrandissements qu’elle a reçus, l’Exposition s’étend, d’un seul tenant, de la place du Trocadéro à l’avenue de Lamothe-Piquet sur une longueur totale en ligne droite de 1558 mètres, et, de la rue Beethoven, à Passy, à l’issue de l’avenue Rapp, près du pont de l’Alma, sur une largeur qui, défalcation faite du chemin longitudinal nécessaire pour la traversée du pont d’iéna et des passerelles de communication, est à
- peu près de 1050 mètres. En outre, il existe une importante exclave qui embrasse les quatre rectangles septentrionaux de l’esplanade des Invalides sur une longueur approximative de 260 mètres et une largeur de 230. C’est là que seront exposés les animaux vivants dans des bâtiments provisoires couvrant une superficie de 14 000 mètres carrés. La largeur extrême de 1050 mètres est comptée en ajoutant la longueur des deux annexes qui s’étendent de la rue Le Nôtre à la rue Beethoven et de l’avenue de la Bourdonnaye au pont de l’Alma, mais la largeur normale du Champ-de-Mars et du Trocadéro est de 466 mètres. Le palais du Ghamp-dc Mars a une longueur totale de 719 mètres et une largeur de 350. La moitié longitudinale du palais qui confine à l’avenue de la Bourdonnaye est consacrée à la France, l’autre moitié à l’Etranger. La galerie longitudinale du milieu, isolée des deux portions latérales des rues et des jardins, est consacrée au groupe 1er Œuvres d’art. (Les nations y sont groupées par salle et non longitudinalement. La galerie est divisée transversalement en deux sections séparées par l’exposition de la ville de Paris, occupant le palais central élevé au milieu des cours du palais de l’Exposition). A droite et à gauche de la galerie des beaux-arts, du côté des sections étrangères comme du côté français, les galeries longitudinales sont consacrées symétriquement, en allant du milieu vers les avenues de Sulfren et de la Bourdonnaye, aux groupes : Il matériel et procédés des arts libéraux, III Mobilier, IV Tissus, V Produits bruts et ouvrés des industries extractives, VI Matériel et procédé des industries mécaniques, VU Produits alimentaires.
- Les machines en mo uvement s’alignent des deux côtés longitudinaux dans les deux immenses et imposantes galeries, hautes à l’intérieur de 24 mètres, larges de 35 et longues de 650, qui aboutissent aux quatres superbes dômes quadrangulaires, de 38 mètres de côté et 42 de hauteur formant les quatre angles du palais. Transversalement les dômes sont réunis par deux vestibules de 25 mètres de largeur et 16 mètres de hauteur intérieure consacrés, celui qui confine à l’Ecole militaire, aux travaux manuels des ouvriers fabricant devant le public ; celui qui fait face au Trocadéro à l’exposition des manufactures nationales, des diamants de la couronne, des joyaux et des richesses de l’empire indien.
- Les différents pays occupent transversalement la section étrangère dans l’ordre indiqué par le plan ci-contre. !-
- La façade qui se développe entre les angles extérieurs des dômes, offre une ligne architecturale de 319 mètres d’étendue.
- Lui faisant face, de l’autre côté du fleuve, au sommet de la colline s’arrondit le palais du Trocadéro en un harmonieux arc surbaissé en anse de panier dont la corde mesure 428 mètres entre les angles extérieurs des pavillons terminant les ailes
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- Grttoëpar E.Mor%vu,.r d&Brëa 23. Paris.
- Révisé parCk.Bvissaÿ
- Plan de l'Exposition Universelle de 1878. — (Palais du Champ de Mars.)
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- courbes. Entre celles-ci s’élève la vaste salle circulaire des fêtes et des concerts, de 50 mètres de diamètre ; de son rez-de-chaussée elle domine de 26 mètres le palais du Cliamp-de-Mars, et de 35 mètres la Seine ; elle est flanquée de deux tours qui s’élèvent à 80 mètres au-dessus du rez-de chaussée.
- A droite et à gauche sont les salles de conférences et les galeries du Trocadéro consacrées à l’art ancien, à l’ethnographie et à l’anthropologie.
- Mais celle-ci a pris un tel développement qu’une annexe, accessible par un pont volant, a dû être construite entre les rues Le Nôtre et Beethoven.
- Ce développement a été bien plus excessif encore pour les appareils mécaniques de toute espèce constituant le groupe VI. Pour les abriter, des annexes ont été construites de tous côtés.
- Le Champ-de-Mars et le Trocadéro ont été reliés en un tout unique, en abaissant en tranchée les deux
- CvcLuè par £». Afaricus
- Révisé par Ch* Boissay
- rian de l’Exposition Universelle de 1878.— (Palais du Trocadéro )
- quais de Billy et d’Orsay, pour ne pas entraver la ! circulation publique, et en jetant au-dessus deux ponts continuant en quelque sorte le pont d’Iéna, devenu partié intégrante de l’Exposition. Ce pont a été élargi à 25 mètres par la superposition d’un tablier métallique débordant de chaque côté les parapets de pierre au-dessus desquels il est placé.
- Les annexes du groupe VI ont d’abord constitué de longues et vastes galeries contiguës aux avenues La Bourdonnaye et Suffren dans presque toute la longueur du Champ-de-Mars, puis le terre-plein com-
- pris entre la tranchée du quai de Billy et le parapet a été envahi, puis les berges au-dessous du quai d’Orsay, élargies pour la circonstance, ont été occupées en partie par le matériel mécanique, et, à l’aval du pont d’Iéna, par l’exposition des ports de commerce. Enfin un hangar réservé au groupe VI s’est élevé au coin de la rue de Magdebourg et l’avenue du Trocadéro.
- Le groupe VIII : agriculture et pisciculture, s’étend d’abord entre les avenues La Bourdonnaye et Rapp, sur la vaste annexe du quai d’Orsay d’une
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- LA iSATüRE.
- superficie de 22 000 mètres carrés dont 10 000 couverts de pavillons de bois disposés sur deux rangées.; puis il occupera temporairement l’exclavc de l'esplanade des Invalides ; il comprend en outre le pavillon des insectes et l’aquarium d’eau douce au Trocndéro. — Cet aquarium renferme 3000 mètres cubes d’eau aérée et renouvelée par une trompe catalane; enfin il est complété par l’aquarium marin élevé sur la berge du quai d’Orsay, près du pont de l’Alma, qui contient 1000 mètres cubes d’eau de mer et couvre une superficie de 1800 mèires carrés.
- Le groupe IX : horticulture, est installé sur le terre plein compris entre la tranchée duquuid’Orsay et le parapet du fleuve ; puis dans 24 serres occupant une superficie de3726mètres et enfin dans les parcs du Champs-de-Mars et du Trocadéro.
- Le palais du Champ de-Mars, qui confine presque à l’avenue Lamothe-Piquet, abrite une superficie de 240 000 mètres sous son vaste rectangle; 40 000 mètres superficiels s’ajoutent pour les annexes de la rive gauche à cet énorme espace couvert. Le plancher du palais du Champ-de-Mars forme un double fond, au-dessus d’un sous-sol situé à trois mètres et demi au-dessous et qui assure la ventilation à l’aide de 24 larges bouches puisant l’air à l’extérieur et l’amenant dans les galeries, par des conduits maçonnés. Placés en dehors du palais dans les étroites bandes de terrain libre réservées entre le palais et les annexes, le long des avenues La Bourdonnaye et Suffren, 9 générateurs animent les machines des deux grandes galeries, 5 du côté français, 4 du côté étranger. Trois puissantes machines élévatoires, de 100 chevaux chacune, installées sur la berge de la rive droite, élèvent les 3600 mètres cubes d’eau que la grande cascade, du Trocadéro débite chaque jour à raison de deux mètres cubes par seconde. '
- Charles Boissay.
- SEIZIÈME RÉUNION
- DES
- SOCIÉTÉS SAVANTES DES DÉPARTEMENTS
- A LA SORBONNE. Avril 1878.
- (Suite et fin, — Voy. p. 378 et 386.)
- II. Sciences naturelles.
- Changements orographiques du nord de la France. — Au dire des géographes, les dépôts récents qui se forment sur les bords de la mer du Nord, la bande de terrain qui s’étend de Calais à Ostende et Amsterdam et au delà encore, était un estuaire, et par suite sous les eaux, lors de l’invasion romaine. M. Gosselet fait voir que cette assertion est tout à fait contredite par l’étude géologique. Toute cette région était, lors de la conquête romaine, un marais tourbeux habité. Une couche de tourbe de deux mètres d’épaisseur est recouverte par des argiles et des sables marins, avec Cardium edule et autres coquilles actuelles, à peu près à vingt mètres au-dessus du niveau
- actuel de li mer, au-dessus encore de l’argile avec Rissoa uIvœ, comme au fond des petits cours d’eau actuels. Dans Ja tourbe, ainsi près d’Amiens, on Irouve des objets de l’époque de la pierre polie, et un tuf d’incrusta-tion lacustre au-dessus avec des poteries gauloises grossières. Deux trésors ont été rencontrés, l’un avec des monnaies de 270 après J.-C., l’autre avec des monnaies de Postume, de 267. Un vieux lit de la Deule, à Lille, offre des galets de craie et un ancien gué, avec beaucoup de monnaies de Postume : or la Deule est aujourd’hui un cours d’eau faible et lent, ne roulant aucun galet.
- A la fin du m8 siècle il y a eu invasion des eaux et rupture de la digue de Watten, et la mer a submergé un pays alors très-peuplé, anéantissant beaucoup de villages à noms latins. Ce golfe marin ne s’est jamais étendu jusqu’à St Orner; il s’arrêtait à Watten et la mer passait au nord de Bergues. A la fin du vin® siècle, par un relèvement, lent du sol, a commencé le retrait des eaux, qui était presque complet à la fin du ix8 siècle. En 944 avait lieu une grande procession de reliques sur les bords de la mer nouvellement retirée. Il est probable que la côte actuelle subit un très-lent affaissement, comme toute la côte normande qui la suit.
- Grandes et petites Pyrénées et terrain garumnien. — M. Leymerie, professeur à la faculté des sciences de Toulouse, correspondant de l’Institut, présente un grand travail sur les Pyrénées de la Haute-Garonne, dont il donne un rapide aperçu. 11 indique successivement les divers éléments qui constituent les Pyrénées centrales, savoir le terrain primordial (granit et granito-gneiss), puis le terrain de transition composé de schistes azoïques cristallins (cambrien), du silurien supérieur ( Murchisonien), caractérisés par d’assez nombreuses espèces où dominent les orlhocères et Cardiola interrupta. Vient ensuite le dévonien, qui n’était connu que par les marbres amygdalins colorés à goniatites. M..Leymerie y a ajouté un étage supérieur avec rares trilobiles du genrePhacops et un étage supérieur, composé de phyllades, et de quarlzite dénué de fossiles.
- La série sécondaire commence par le grès rouge pyrénéen (triasique ou permien), au-dessus duquel se développe une longue série de calcaires qui dépendent les uns du lias moyen (cymbien) et les autres du grès vert pyrénéen, étage crétacé inférieur très-complexe où l’on remarque le calcaire à Caprolines (Capr. Londalei).
- Ici se terminent les Pyrénées proprement dites. Les étages supéi’ieurs sont tous réunis et comme séquestrés dans un chaînon marginal propre à la partie orientale de la chaîne (les petites Pyrénées).
- M. Leymerie y a reconnu la craie turonienne, la craie Sénonienne, principalement la craie de Maëslricht. Ce chaînon se termine par le terrain nummulitique, recouvert par le poudingue de Palassou. Mais entre ce terrain et la craie de Maëstricht existe un nouvel étage qui est encore crétacé. C’est celui que M. Leymerie a appelé Garumnien et sur lequel il donne quelques notions. Co terrain curieux , marin dans la Haute-Garonne, s’étend avec un aspect lacustre évident dans l’Ariége (partie orientale) et dans l’Aude où il constituait une partie du groupe d’Alet de d’Archiac.
- Les travaux des géologues provençaux ont établi qu’il se prolongeait au moins jusqu’à la Vallée de l’Arc en Provence. C’est donc un élément très-important pour le sud de la France. Ce terrain, nous devons le dire, est tout à fait contesté par M. Hébert.
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- Age du gisement préhistorique du Mont-Dol. — M. Si-rodot continue, par des puits et des tranchées, l’exploration des couches du Mont-Dol, où l’on trouve des restes d’industrie humaine primitive et d’anciens foyers, cige cendres et ossements calcinés. Le gisement du Mont-Dol appartient à l’époque mal limitée du Mammouth (Elephas primigenius). Une véritable mer de boue paraît exister sous le marais de Dol, reposant sur le schiste. Le vasement de Mont-Dol remonte, d’après M. Sirodot, à l’époque glaciaire, dans une période de réchauffement placée entre deux minimums de température. Il attribue le mode de formation du marais du Dol à l’influence d’un cordon littoral, qui, à différentes reprises, aurait été rompu et rétabli.
- Structure des massifs centraux des Alpes occidentales — M- Lory, le savant géologue de la Faculté de Grenoble que nous espérons bientôt voir à celle de Taris, a fait une importante communication, conforme aux idées émises autrefois par Cordier, et dans laquelle il cherche à rattacher au même ordre de phénomènes les deux zones du Mont-Blanc et du Mont-Rose, si différentes d’aspect par ours glaciers, très-encaissés pour la première, sur de larges surfaces pour la seconde. La première zone s’étend des Alpes-Maritimes aux Alpes-Bernoises, la seconde borde la plaine italienne de Saluces au lac Majeur.
- Dans la zone du Mont-Blanc les schistes cristallins sont d’ordinaire verticaux ou à peu près, avec dépôts secondaires très-nets appuyés en stratification discordante; ce sont le trias et surtout le lias, c’est-à-dire la partie inférieure des terrains secondaires. Donc les schistes étaient redressés avant cette époque. Le grès houiller, au contraire, concorde d’ordinaire en inclinaison avec ces schistes cristallins ; donc la dislocation a eu lieu après le dépôt du grès houiller, avant celui du trias.
- Au contraire, dans la zone italienne du Mont-Rose, l’horizon des grès houillers manque à peu près, le trias offre de puissantes couches de schistes gris lustrés, qui concordent avec les schistes cristallins et dont les calcaires infraliasiques du Briançonnais sont la continuation. Le redressement des schistes cristallins n’a eu lieu dans la zone du Mont-Rose, qu’après le dépôt complet du lias. Ces schistes sont redressés en larges voûtes subhorizon-lales au milieu, avec la plus grande pente du côté italien. Le massif si exploré du Simplon montre bien cette disposition. Inférieurement sont des gneiss, puis des micaschistes, alternant avec du calcaire cipolin et du calcaire magnésien. Les cimes supérieures sont des alternances de schistes amphiboliques et de schistes chloriteux.
- Dans la zone du Mont-Blanc se trouve le massif du Pel-voux (Isère et Hautes-Alpes) formé d'une grande voûte, offrant des gneiss granitoïdes, puis des micaschistes avec graphile et calcaire saccharoïde (Val Senestre), des schistes amphiboliques et chloriteux, avec les minéraux célèbres de l’Oisans, en cristaux dans les fissures. La protogine, roche granitoïde, est stratiforme et non pas injectée ; elle alterne avec les gneiss dans l’écorce orientale du massif du Pelvoux. Un lambeau de lias se superpose parallèle à la protogine. Le flanc nord-ouest a été tranché par une faille, où s’est effondré et plissé le lias ; quelques lambeaux horizontaux de lias inférieur existent conservés sur les cimes à 2800 mètres d’altitude.
- Le massif de Belledonne ou des Alpes occidentales offre des schistes chloriteux puis amphiboliques, ensuite des alternances de calcaire cipolin. Le massif des Grandes-Rousses a des gneiss avec de minces dépôts de lias dus
- à un glissement, puis des schistes chloriteux et amphiboliques, avec lambeaux pincés en V de grès houiller. Ces deux massifs représentent les deux versants d’une grande voûte disloquée dans sa partie médiane par des failles qui ont donné lieu à la grande dépression de l’Oisans. En faisant abstraction des failles postliasiques on reconstitue la voûte initiale en série régulière, comme au Simplon dans la zone du Mont-Rose.
- La vallée de Chamounix est remplie de lias affaissé par glissement en couches presque verticales ; un lambeau horizontal est resté en place, à 2800 mètres, au sommet des Aiguilles-Rouges. Cette vallée résulte de dislocations postérieures au lias. Le Brévent, avec ses gneiss et micaschistes, le Mont-Blanc, avec ses schistes chloriteux et talqueux et sa protogine reproduisent des faits analogues au Pelvoux. La protogine n’est pas une roche centrale, mais une roche latérale et subordonnée ; elle est repliée en V très-aigu entre le Brévent et la faille qui limite le Mont-Blanc au sud-est. Le Mont-Blanc n’est que la crête orientale d’une chaîne primitive la voûte centrale de laquelle appartient le Brévent, mais dont la crête occidentale a disparu sous le revêtement des terrains secondaires.
- On retrouve donc, dans la zone du Mont-Blanc, la même série de voûtes régulières que dans la zone du Mont» Rose ; mais des dislocations ont eu lieu après le grès houiller dans la zone du Mont-Blanc et par suite ont produit de nombreuses failles qu’il faut négliger pour retrouver l’analogie.
- Nous citerons pour terminer un travail de M. Rev-Lescure, de Montauban, sur les terrains jurassiques du Quercy et leurs dislocations, et l’exposé de la suite des expériences de M. le docteur A. Sicard, de Marseille, avec ses aquariums à eau de mer. Il y a vu se reproduire pai gemmations des semis d’éponges qu’il y avait opérés, au moyen d’éponges venant de Bengazv, dans la Tunisie.
- Deux mémoires fort intéressants ont été lus à la studieuse Assemblée réunie à la Sorbonne, l’un par M. le commandant Jouan, de la Société des Sciences naturelles de Cherbourg, sur les satellites de Madagascar, c’est-à dire les archipels des Comores et des Séchelles, l’autre de M. le docteur Paul Fabre, de Gannat, sur les conditions hygiéniques des houillères, étudiées principalement dans les mines de houilles de Commentry. L’importance de ces travaux mérite mieux qu’une très-brève analyse ; nous les réservons pour des articles de chronique dans le prochain volume de la Nature. Nous ne pouvons que regretter, comme les années précédentes, l’absence d’une section spéciale de médecine, qui empêche la communication de beaucoup de travaux. Maurice Girard.
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- MOIS MÉTÉOROLOGIQUE AUX ETATS-UNIS
- MARS 1878
- L’excès général de la température est encore en mars, comme pour les quatre mois précédents, le fait saillant mis en évidence par les observations du signal-service des Etats-Unis; relativement faible vers l’Atlantique et le Golfe du Mexique, c’est principalement dans l’intérieur que cet excès atteint sa
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- LA NATURE.
- plus grande valeur: 8°, 5 dans la vallée du Missis-sipi supérieur, 12°, 1 dans le Minnesota, 12°, 1 dans la vallée du Missouri.
- L’époque de l’équinoxe amène une recrudescence marquée dans le nombre et l’intensité des perturbations atmosphériques. Parmi les 17 bourrasques suivies en mars, 9 sont particulièrement remarquables, soit par la violence du vent qui les accompagnait, soit par les fortes pluies qu’elles ont versées sur leur passage. La plus importante est venue le 5 par l’Océan Pacifique ; après avoir traversé les montagnes Rocheuses, elle se creuse considérablement ; Te 8 elle passait sur le Nebraska et le Colorado ; la baisse du baromètre fut rapide,
- ( profonde, générale. Du 7 au 11, la bourrasque demeura pour ainsi dire stationnaire sur le Dakota ; son centre, après avoir décrit vers le Nord une boucle dans le sens des aiguilles d’une montre, repassait le 11 au matin par la position qu’il occupait dans la nuit du 9 au 10, près de Yahkton. Pendant toute cette période, une violente tempête de neige, dont les habitants n’oublieront pas le souvenir, s’abattit sur tous les Etats du Nord-Ouest, amenant d’immenses dégâts ; des troupeaux de moutons furent totalement ensevelis dans la neige.
- Les phénomènes orageux, rares en hiver, deviennent plus fréquents au printemps, et atteignent seulement pendant la saison chaude leur maximum d’intensité. Les' dépressions de mars ont donné lieu cette année à un nombre exceptionnel d’orages, fait qu’il faut rattacher à la température surélevée de ce mois.
- La distribution des pluies présente une relation frappante avec celle des températures. Si l’on représente graphiquement, pour chaque région, les écarts que font avec la normale la température et les pluies, on obtient deux courbes ayant une grande analogie d’allures ; les moindres quantités d’eau recueillie correspondent aux régions maritimes, où l’excès de la température a été faible; au contraire la pluie est de beaucoup au-dessus de la moyenne dans les Etats de l’intérieur, signalés par leur température exceptionnellement haute.
- La débâcle des glaces sur les cours d’eau, et par suite la reprise de la navigation est en avance cette • année de près d’un mois; sur le Haut-Mississipi, le premier vapeur à destination de Saint-Paul quittait Keokuk le 8 mars; sur les lacs, la navigation était ouverte dès le 20; le 9 la circulation par eau était possible sur l'Uudson, entre Albany et New-York.
- Les eaux qui, à la fin de février, couvraient la vallée de Rio Saeramento sur une immense étendue se sont à peine retirées, l’inondation ayantété alimentée par les pluies de mars ; le 51, l’eau atteignait encore 6m,75 dans la ville de Saeramento, et le faubourg sud de la ville restait submergé ainsi que le \illage de Washington.
- Th. Moureaux.
- LE BÀTEA.U-TORPILLE YARROW
- L’emploi des torpilles portées, date, on le sait, de la guerre de Sécession. Deux canots porte-torpilles ayant détruit la corvette fédérale Housatonic et le bélier confédéré Albemarle, toutes les marines comprirent le rôle que de semblables éléments de combat étaient destinés à jouer dans les guerres futures, et chacune se mit à l’œuvre.
- Les canots américains, imaginés et armés à la hâte, étaient loin de la perfection qu’il est nécessaire d’exiger de pareils engins ; ce n’étaient, malgré les brillants résultats obtenus du premier coup, qu’un essai assez grossier. 11 était réservé à des constructeurs anglais, MM. Yarrow, de Poplar, et Thornycroft, de Cheswick, l’honneur d’ouvrir la voie à des perfectionnements dont le maximum nous paraît sinon atteint aujourd’hui, au moins bien près de l’être.
- Le torpilleur que représente notre dessin a été construit par MM. Yarrow et Ce pour l’un des gouvernements étrangers qui s’approvisionnent en Angleterre. De même que M. Thornycroft, ils en ont déjà livré aux différentes marines, à la France particulièrement, un nombre considérable.
- Ses dimensions sont : longueur, 25 mètres ; largeur, 5m,20 ; tirant d’eau, 91 centimètres, sa longueur n’est donc égale qu’à un peu plus de sept fois sa largeur, condition qui rend d’autant plus remarquable la vitesse considérable qu’il a obtenue. 11 a atteint 17 nœuds à l’heure (1 nœud = 1,852 mètres), dans un parcours de deux heures, et d’autres bateaux du même modèle, mais d’un plus faible échantillon, ont pu même arriver jusqu’à 18 nœuds, résultat qui a lieu de surprendre si l’on considère leur peu de longueur relative et leur immersion.*.
- Le torpilleur dont nous nous occupons est construit en acier d’une qualité supérieure. Sa coque est recouverte d’une extrémité à l’autre par une sorte de toiture à l’épreuve de la mousqueterie. A proprement parler, il n’y a pas de pont sur lequel les hommes puissent séjourner, mais simplement un espace de lra,20 de largeur, compris entre les deux garde-corps formés par des cordages métalliques, qui permet de circuler de l’avant à l’arrière. Des cloisons transversales divisent l’intérieur en huit compartiments ; ceux de l’avant et de l’arrière contiennent les approvisionnements, les deux du centre la machine, tandis que l’homme de barre et l’officier chargé des torpilles, se placent clans le compartiment situé sur l’arrière de la machine. La tête de l’homme de barre, qui se projette au-dessus du pont, est protégée par un cône tronqué en fer, dont la partie supérieure x:st mobile et garnie de verres lenticulaires sur toute sa circonférence.
- Le mécanisme pour lancer les torpilles consiste en trois espars en acier. Celui de l’avant est un tube de 127 millimètres de diamètre et de 12 mè-
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- très de longueur ; il repose, dans les circonstances ordinaires, sur la surface extérieure de la toiture, mais il est manœuvré, en vue d'une attaque, au moyen d’une petite machine à vapeur, dont le fonctionnement est placé sous la direction du pilote. Quand cet espar est poussé au dehors, la partie en saillie a une longueur de 7“,62, à partir de l’étrave, et la torpille est immergée à une profondeur de 3 mètres; les deux autres espars sont établis de façon à pivoter sur les côtés du bateau comme des avirons sur leurs tolets. L’homme de barre est chargé, au moment où le bateau se trouve à la distance voulue du navire ennemi, de dégager la tête de chacun d’eux que la résistance de l’eau pousse aussitôt en travers. Si la distance est mal appréciée,
- l’espar se range le long des flancs du bateau et peut être alors remis à son poste ; par suite, il y a peu de danger pour la chaloupe elle-même si elle est bien manœuvrée.
- Le système d’inflammation de la torpille, qui se compose d’une boîte en acier ou en cuivre, contenant 18k,'160 de dynamite, est dû au capitaine Mac Evoy, de la maison Vavasseur, de Londres. Avant cet inventeur, les torpilles étaient généralement enflammées au moyen d’une fusée à percussion qui éclatait au choc du bâtiment attaqué. Dans ces conditions, on comprend aisément qu’il restait peu de chance à l’équipage de la chaloupe d'échapper à un désastre, en raison de la vitesse imprimée à l’embarcation : il était possible quelle aussi devînt
- victime de l’explosion. En outre, si elle n’abordait pas droit par l’avant, la fusée à percussion pouvait ne pas partir du tout.
- Le capitaine Mac Evoy a annulé cet inconvénient en disposant trois fils sur l’espar et dans la torpille ; cette dernière renferme une fusée détonante très-simple ; une capsule en laiton est placée dans la torpille ; la chaloupe est munie d’une batterie électrique. Un choc très-faible pousse la capsule à bloc ; le circuit est fermé et la torpille fait explosion. Le troisième fil est installé de façon à ce que le circuit puisse être fermé à un moment quelconque par les personnes qui sont dans la chaloupe.
- La machine du bateau est du système Compound (composé), les cylindres ayant des diamètres respectifs de 25 et de 46 centimètres, avec une lon-
- gueur de course de 31 centimètres. Les bâtis sont en acier pour obtenir une plus grande légèreté. Le nombre des révolutions est de 470 par minute, à toute vapeur, ce qui correspond à un développement de 275 à 280 chevaux de force. Les expériences prouvent que cette machine est en mesure de marcher ainsi pendant plusieurs heures sans donner lieu au moindre échauffement. Le condenseur est placé au milieu, juste en avant de la machine. Les pompes à air, les pompes de circulation et les pompes alimentaires sont actionnées par une machine spéciale qui fonctionne à une vitesse comparativement lente. La pression aux chaudières est de 8k,447 et le vide de 62 centimètres. La chaudière est du type des locomotives, avec une surface de grille considérable. La cheminée êst placée sur
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- le côté, pour ne pas gêner la manœuvre de l’espar. Pour obtenir le tirage nécessaire, on a dû avoir recours à une installation spéciale : la chaudière est contenue dans un compartiment à air, auquel ou accède par une ouverture munie d’un couvercle à ressort ; un ventilateur est établi sous la cloison qui sépare ce compartiment de celui de la machine; l’air lui est fourni en partie par une machine à vent placée sur le pont, en partie par la chambre de la machine. 11 est mû à raison de 1100 révolutions par minute, par une petite machine à mouvement direct, qui fonctionne sans bruit et sans échauffe-ment.
- Dans une expérience récente, ce bateau a rencontré une mer assez forte et s’est très-bien comporté. Il fait le plus grand honneur à la maison Yarrow.
- De son côté, M. Thornycroft n’a cessé d’apporter des améliorations aux torpilleurs dont il est l’inventeur et qui diffèrent peu de ceux de M. Yarrow. Il affirme que dans un avenir très-prochain il pourra construire des bateaux qui atteindront 21 nœuds. En présence de pareils résultats, on se demande naturellement ce que deviendront les luttes navales, ce que deviendront ces puissantes forteresses cuirassées dont on admirait hier encore la grandeur et la puissance, lorsqu’il s’agira de faire évoluer leur masse de 100 à 120 mètres de long avec une vitesse qui ne dépasse guère 12 à 15 nœuds? Entouré d’un essaim de torpilleurs, de moustiques invisibles, à l’aiguillon mortel, comment leur échapperont-ils ? Telle est la question que se font en ce moment tous les marins, et à laquelle aucun d’eux n’a encore pu répondre.
- L. R.
- CHRONIQUE DE L’EXPOSITION.
- Calendrier des concours temporaires. — Le premier concours. — Pendant que les beaux-arts et l’industrie exposent leurs œuvres pendant six mois, les produits de l’agriculture et de l’horticulture doivent apparaître d’après la succession des saisons, les fleurs ne durant que peu de jours pour chaque espèce, et les bêles ne pouvant non plus, sans détriment pour leur santé, rester qu’un temps très-limité dans des conditions d’existence aussi anormales que celles d’un concours.
- Voici la liste de ceux qui ont été décidés. — lef au 15 mai: azalées, conifères, primeurs, ananas; plus,les légumes et fleurs de saison, ainsi que dans tous les concours horticoles suivants. — 16 au 31 mai : rhododendrons arbres fruitiers, raisins forcés, — exlirpateurs, charrues, etc. — 1er au 15 juin : orchidées, pélargoniums, fruits forcés. — 9 au 17 juin : bœufs, buffles, moutons, chèvres, porcs, lapins, oiseaux de basse-cour.— 16 au 30 juin : roses, palmiers, cicadées, pendanées, fruits exotiques. — Juin: faucheuses, faneuses. — 30 juin au 7 juil let: chiens. — 1er au 15 juillet : pélargoniums zonale% gloxinias, cerises, fraises. — 16 au 31 juillet : plantes de serre chaude, melons. —Juillet: moissonneuses. — 1er au 15 août: fuchsias, glaïeuls, roses trémières, fruits à noyaux et à pépins. — 16 au 51 août : aroïdées, fougères,
- pêches, figues.— Août : batteuses, tarares, etc. — lorau 1Ü septembre : chevaux, ânes, mulets. — leï au 15 septembre: dahlias, reines-marguerites, arbres forestiers-— 16 au 30 septembre: araliacées, dracœnas. — 1er au 15 octobre : fruits de toute espèce. — 16 au 51 octobre : légumes, pelouses, mosaïque de plantes vivantes, bouquets.
- Les azalées présentées sont nombreuseset belles. M. Lemoine a rempli toute u ne serre de ceux de ces beaux arbustes qui réclament cet abri, pendant que MM. Croux exposent une corbeille d’azalées japonaises de pleine terre, dont les larges corolles, nuancées du jaune clair au rouge, en passant par le nankin et le saumon, forment actuellement le vivant ornement du parc du Champ-de-Mavs. Toutes les vieilles réputations se maintiennent intactes: M. Oudin a une collection de conifères très-nombreuse en espèces. M. Lhéraul (ait admirer ses colossales asperges; M. Batillard, ses pensées géantes; la maison Vilmo-rin-Andrieux tient toujours la première place avec ses fleurs de printemps et ses admirables calcéolaires grands parfois comme l’escarcelle dont ilsont la forme, et la dynastie des Margottin est toujours célèbre pour ses rosiers, dont l’un des plus remarquables celte fois est le « Paul Neyron », dont la vaste corolle d’un doux ircarnat, lutte de dimension avec celle des pivoines en arbre.
- Le point faible, c’est runiformilé; tous les ans nous voyons les mêmes horticulteurs présenter les blêmes plantes toujours aussi parfaites. Jusqu’à présent, il nous semble que le concours horticole universel n’a pas révélé de nouveauté frappante, n’a pas forcé l’attention de s’occuper d’un nom nouveau : c’est très-beau, mais comme tous les ans. Charles Boissay.
- CHRONIQUE
- L’explosion de la rue Béranger. — Cette terrible catastrophe due à la détonation d’une matière explosive qui a fait éffondrer une maison tout entière, qui a frappé de mort plus de 14 personnes et causé des blessures plus ou moins graves à 24 victimes, ne semble pas avoir été déterminée comme on l’a dit par le fulminate de mercure. Le fabricant de pistolets d’enfants à amorces détonantes, d’après les renseignements qui nous ont été communiqués, n’employait pas ce produit dangereux ; mais il est à présumer qu’il avait un approvisionnement plus ou moins considérable de la matière à l’aide de laquelle il confectionnait ses amorces.
- 11 y a un moyen bien simple de connaître la composition de cette substance; c’est de faire l’acquisition d’une boîte d’amorces pour pistolets d’enhmts, dans un magasin de jouets et d’en faire l’analyse.
- Un de nos collaborateurs, chimiste émérite, a bien voulu se charger pour nous de celte opération. Voici la lettre que nous recevons de lui :
- « La petite boite d’amorces pour pistolets d’enfants soumise à l’analyse renferme les produits suivants :
- « Chlorate de potasse, soufre, phosphore rouge, sulfure d’antimoine. Ce mélange est un des plus explosibles que je connaisse. »
- « Une autre boite d’amorces ^offrait la composition-« suivante :
- « Chlorate de potasse et sulfocyanure de plomb.
- « Des fabricants doivent avoir des séries de mélanges; « fulminants. » ,
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- Tremblements de terre. — La Gazette du Turkeslan dit qu’un léger tremblement de terre a eu lieu le 18 février àTaschkent et qu’il s’est renouvelé trois jours après, sans produire de dégâts dans les deux cas. Les oscillations allaient du nord au sud.
- D’autre part, on télégraphie de Bakou au Caucase qu’une secousse souterraine s’est fait sentir dans une partie de cette ville le 5 avril au matin. Cette convulsion, que l’on croit être de nature volcanique, a soulevé le terrain en plusieurs endroits et lui a donné un aspect ondulé qu’il n’avait pas auparavant. Il n’y a pas eu d’accident à déplorer.
- — Un violent tremblement de terre a eu lieu le 15 avril sur le territoire du Dacotah, au nord-ouest des Etats-Unis, dans la région qu’occupent les Indiens Sioux. Tout près de la rivière Yellowstone, le sol s’est entr’ouvert à une dislance de 500 mètres et a mis à découvert une veine de charbon de 5 pieds d’épaisseur. Une forte odeur de soufre s’est fait sentir au moment de ce phénomène souterrain.
- — On télégraphie d’Hennebont (Morbihan) au Journal d'Ille-et-Vilaine : Un tremblement de terre s’est fait senlir à llennebont le 14 mai, h 7 heures 3 m. du matin. Deux secousses très-fortes se sont succédé rapidement; elles marchaient dans la direction de l’ouest à l’est. La durée totale du phénomène n’a pas dépassé six secondes. Une pluie fine et chaude n’a pas cessé de tomber durant toute la journée à Hennebont.
- — Des dépêches de la Havane annoncent qu’un tremblement de terre à eu lieu à Cuba et Vénézuela. 000 personnes ont été tuées. Une violente secousse a été ressentie à Caracas.
- Les Conférences de la Sorbonne (Yoy. dans ce volume, p. 115, 158, 189, MM. Wolf, Maxime Cornu, Jamin; 238, MM. Boissier, Sainte-Claire Deville, Renan; 254, M. Bert; 298, MM. Lavisse, Mascart, Tissandier; 340, MM. Paris, Blanchard).— La séance générale complémentaire du 25 avril a commencé par le compte rendu, fait par le président de l’Association scientifique de France, de l’état actuel de cette Société, après avoir rappelé le souvenir des membres illustres ou notables morts pendant l’année : Le Verrier, Belgrand, Cazin, Lamy, d’Audiffret. M. Milne-Edwards a pu dire, au point de vue financier, comme à tous les autres, que le succès des conférences de la Sorbonne a été complet, puisqu’il a déterminé l’entrée dans l’Association de plus de 600 nouveaux membres, et que les recettes totales de l’année qui finit se sont élevées à 65 771 francs. Dans ce chiffre sont comprises de magnifiques libéralités dont on doit être reconnaissant à deux Mécènes scientifiques : M. Baggio, de Carvin, qui a donné 5000 francs pour l’achèvement de l’observatoire du Pic du Midi, et M. Bischofsheim, qui a offert 15 000 francs pour la même œuvre et 2000 francs pour subvenir aux frais des conférences de la Sorbonne : 17 000 francs au total. Aussi l’Association a-t-elle pu dans une large mesure subventionner les nombreuses stations météorologiques disséminées aujourd’hui sur tous les points de la France, pour le plus grand bien des marins et des agriculteurs, et elle a réparti entre les observateurs des instruments représentant la somme considérable de 26 579 francs. Elle a en outre encouragé des travaux de science pure, comme Description de la faune paléontologique des phospho-riies du (jitera/.par M. II. Filhol, dont M. Milne-Edwards a présenté un exemplaire aux membres de l’Association.
- La conférence de M. Alexandre Bertrand, le savant di-
- recteur du musée de Saint-Germain, sur les peuples préhistoriques de l’Europe centrale, a été particulièrement intéressante. Sans se laisser entraîner par la mode, qui influence les vues générales de toute une génération, aussi bien en science qu’en toilette, en art ou en médecine, M. Bertrand a non-seulement affirmé, mais démontré ces deux laits : D’une part, au temps de Polybe (milieu du deuxième siècle avant Jésus-Christ), les anciens connaissaient, à leurs dépens, les barbares du versant océanique par les incursions fréquentes que ceux-ci faisaient dans le midi; mais leur pays même est resté inconnu jusqu’à César, qui l’a parcouru en conquérant ; il en résulte que, jusqu’à lui, les anciens n’ont pu transmettre sur ces régions inexplorées que de pures légendes acceptables seulement quand elles ne sont point, en contradiction avec les documents authentiques de l’archéologie; d’autre part, les découvertes archéologiques récentes laissent absolument intacte l’histoire de la Gaule et de la Germanie telle que l’ont retracée les historiens et les géographes, de Polybe à Strabon.
- Les découvertes archéologiques démontrent d’une manière sûre qu’il a coexisté dans l’Europe occidentale et centrale deux grands groupes de populations arrivées déjà à un certain degré de civilisation : celles de 1 Ouest ont élevé les dolmens, les monuments de pierre brute qui remplissent la France occidentale, les Iles Biitanniques et la Scandinavie. Ces populations étaient contemporaines de celles qui ont habité les villages lacustres suisses, et, comme elles, si elles connaissaient les métaux, n’en faisaient qu’un usage très-restreint. Ces populations ont été refoulées de l’est à l’ouest, suivant la marche ordinaire des invasions en Europe, par des peuples venant de l’Asie centrale, employant les métaux, et ensevelissant non plus dans les dolmens, mais sous les tumulus. Ces peuples étaient en relation avec la Grèce et l’Italie primitives : alors qu’ils habitaient l’Europe centrale, à droite du Rhin, du neuvième au septième siècle avant notre ère, on trouve dans les tombes des vases décorés suivant l’art primitif de Corinthe ; quand ils se sont étendus sur la rive gauche, les vases funéraires sont souvent des vases étrusques du quatrième siècle, précisant la date de l’expansion d’un peuple qui n’était autre que les vrais Gaulois, tout semblables alors aux Germains, comme le démontre l’identité des armes et des parures trouvées dans les tumulus et de celles dont sont munis ou ornés les Gaulois sculptés sur l'arc d’Orange.
- En résumé, la Gaule, jusqu’à la limite du Rhin, pendant la période antéhistorique a été successivement peuplée par : les chasseurs sauvages,dont les grossières armes en pierre éclatée ont été découvertes par Boucher de Per-thes ; les pasteurs troglodytes, dont les instruments de pierre taillée et les dessins gravés avec une extraordinaire perfection ont été d’abord signalés parLartet; la population organisée hiérarchiquement qui a élevé les dolmens ; plus tard cette population a été transformée par une première immigration asiatique qui apporta certaines pierres orientales et, postérieurement, le bronze, qui caractérise la civilisation celtique; une nouvelle couche d’Indo-Germains apportant le fer se développe à l’est des premiers; ce sont les Gaulois et Germains primitifs; plus tard, leur armement se modifie comme leurs rites; ils inhument dans les cimetières des guerriers armés d’épées plus courtes ; enfin, l’incinération des corps se propage chez les Gaulois au moment où Rome les soumet et les transforme en Gallo-Romains. Ch. Boissay.
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- LA NATURE,
- BIBLIOGRAPHIE
- Vie el voyages du 7)r David Livingstone, par Al. Gavard et A. Périer, ouvrage orné de gravures et précédé d’une lettre de M. Paul Ghaix. — 1 vol. in-18. — Paris, Ch. Delagrave, 1878.
- Le Mahométisme en Chine et dans le Turkestan oriental, par P. Dabry de Thiersant, consul général et chargé d’affaires de France. — 2 vol. gr. in-8°. — Paris. Ernest Leroux, 1878.
- Bulletin de la Société d'Étude des sciences naturelles de Béziers. Compte rendu des séances, 2e année 1877. — 1 broch. in-8°. — Béziers, Imprimerie du Commerce, 1878.
- Noie sur la théorie du téléphone, par M. Navez. Extrait des bulletins de l’Académie royale de Belgique. — 1 broch. in-8".
- Statistique du bégaiement en France, de 1858 à 1869, par Cfiervin aîné. — 1 broch. in-8°. — Paris, Institution des bègues, 1878.
- Salpêtres et Guanos du désert d'Atacama. — 1 broch.
- in-8°. — Saint-Denis, imprimerie Lambert, 1877.
- The Growth ofthe Steam engine, by Prof. R.-II. Thurston. 1 broch. in-8° illustrée à New-York. — Appleton and C\ 1878.
- Feuille des Jeunes Naturalistes, fondée à Mulhouse en 1870, paraissant tous les mois. — Abonnement : France 5 fr. ; 4 fr. pour l’étranger. Paris, A. Dolfus, 55, rue de Morny.
- Nous sommes heureux de recommander ce recueil mensuel d'histoire naturelle qui paraît depuis la guerre de 1870-71, et qui, rédigé par des jeunes gens, a fait déjà ses preuves soit par la multiplicité des articles propres surtout aux débutants, soit par la variété apportée dans leur choix.
- ACADÉMIE DES SCIENCES.
- Séance du 20 mai 1878. — Présidence de M. Fizeau.
- Perfectionnement au téléphone. — Une lettre du con-wl de France à Milan, annonce à l’Académie que M. Rïdi (de Bologne) vient de donner au téléphone une puissance inconnue jusqu’ici et qui permet à plus de cent personnes d’entendre à la fois la voix parlée, le chant ou la musique instrumentale. On ne dit pas quelle est la disposition qui permet d’atteindre ce résultat, maison annonce que l’inventeur est en route pour Paris avec son appareil.
- En même temps M. Du Moncel décrit les modifications que M. Hughes a fait subir à son microphone pour le rendre beaucoup plus sonore et lui permettre de se faire entendre distinctement de toute une salle. La principale consiste à insérer dans le circuit une bobine d’induction. M. Hughes a reconnu en même temps que son appareil constitue le thermoscope le plus sensible qu'on ait jamais vu et il le regarde comme propre à rendre de grands services à la médecine en permettant l’auscultation la plus délicate.
- Cuivre allothropique. — Il résulte des recherches de de M. Schulzenberger qu’en soumettant à l’électrolyse certaines dissolutions cuivriques on met en liberté un métal dont les propriétés sont très-différentes de celles de cuivre ordinaire. 11 est par exemple beaucoup plus oxydable et passe immédiatement à l’état d’oxyde cuivrique.
- Liqueur digestive. — On sait que les aliments se répartissent en trois grandes catégories : les corps gras, les
- féculents et les matières azotées albuminoïdes. A ces trois classes correspondent dans l’organisme trois ferments qui ont reçu le nom de pancréatine, de diastase et de pepsine. Toutes les formes de dyspepsies doivent être rapportées au mauvais fonctionnement des organes chargés d’élaborer ces ferments, c’est-à-dire, dans l’ordre où nous les avons énumérés, le pancréas, les glandes salivaires et l’estomac. Ceci posé, M. Tisy a pensé qu’il était possible et utile d’associer ces ferments tous solubles dans l’eau faiblement alcoolisée et de les administrer aumoment des repas à des doses convenables, afin d’assurer l’intégrité de la digestion. La liqueur ainsi produite a, paraît-il, été soumise àune longue expérimentation clinique.
- Température souterraine.— Durant l’année 1877, feu M. Becquerel avait continué ses longues et importantes mesures de thermométries électriques. M. Edmond Becquerel présente aujourd’hui les résultats de ce travail qui confirme pleinement les recherches antérieures du même physicien.
- Étude expérimentale anesthésique. —Quand après avoir coupé le pneumogastrique d’un chien on électrise les extrémités de ce nerf, on constate qu’il se produit un arrêt de la respiration et un arrêt des mouvements du cœur ; cependant en continuant l’application de l’électricité, on détermine bientôt le réveil des centres respiratoires et circulatoires et les accidents disparaissent. Or, M. Yulpiana constaté par de très-nombreuses expériences que si l’animal est préalablement anesthésié par l’éther sulfurique, par le chloroforme et par le chloral hydraté, ce réveil n’a pas lieu et la mort survient par syncope respiratoire. Le savant physiologiste pense que ce fait explique la plupart des accidents qui se présentent chez un malade anesthésié chez lequel les nerfs sont soumis à une excitation traumatique ou autre.
- Action du système nerveux sur les glandes sudori-pares. — Le même expérimentateur dépose un mémoire duquel il résulte que l’excitation périphérique du nerf sciatique détermine immédiatement une abondante sécrétion des glandes sudoripares, tandis que les faisceaux radicaux semblent fixer le rôle de modérateurs de la sueur.
- Carbures d'hydrogène dérivés de la fonte. — Tout le monde connaît les belles recherches de M. Cloëz sur les carbures d’hydrogène développés par l’action des acides sur la fonte de fer. Le même chimiste annonce aujourd’hui par l’intermédiaire de M. Chevreul qu’on peut obtenir les mêmes produits sans le concours des acides. Pour cela il remplace la fonte de fer par la fonte de manganèse, et il l’attaque par l’eau pure à la température de l’ébullition. Les mêmes carbures d’hydrogène s’isolent et l’auteur en donne une description détaillée.
- Marine militaire. — M. le commandant Trêves adresse la description d’un appareil électrique permettant au capitaine d’un navire de régler lui-même au point où il se trouve la marche de la machine motrice d’un bâtiment. En l’absence de figure, l’appareil ne saurait être compris de nos lecteurs ; disons seulement que les hommes spéciaux, et en première ligne M. Dupuy de Lôtne accordent tous leurs éloges à cette invention qui a d’ailleurs fonctionné avec succès sur un bâtiment de l’Etat.
- Stanislas Meu.nier.
- Le Propriétaire-Gérant: G. Tissandier.
- Coubbil. — Typ. el stér. Oairi.
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- INDEX ALPHABÉTIQUE
- A
- Abeilles (Couvain des), 235.
- Académie des sciences, 14, 31, 47, 62, 79, 95, 111, 126, 144, 159, 176, 191, 206, 223, 239, 255, 270, 287, 303, 319, 335, 351, 367, 383, 398, 416. Acariens, 387.
- Acide borique (Propriété de P), 31, 191. Acide persulfurique, 111.
- Acide salicylique, 124.
- Aéronautique, 174, 295,305, 343, 405. Aéronautiques (Récits), 47.
- Aérophone, 401.
- Africain (Continent), 139.
- Yfrique centrale, 78, 94, 142, 193, agricole au Palais de l’Industrie (Concours), 222.
- Aiguille de Cléopâtre (Transport de P), 326.
- Alcool (Réactif pour 1’), 174.
- Alcooliques (Hygiène des boissons), 30. Alias miocène, 62.
- Alpes occidentales ( Massifs centraux des) ,411.
- Ammoniaque (Impuretés de T), 270. Anatomie, 15.
- Ancienneté de l’homme au Mexique, 622. Anesthésique (Etude médicale), 410. Animal (Les enchaînements du monde), 214, 243, 266.
- Animaux féroces dans les Indes, 255. Anthropologie (Musée de l’École d’), 39. Anthropomorphe (Nouvel), 111.
- Appareil Orsat pour le dosage des gaz, 314.
- Aquatique (Mouvements d’une plante), 60.
- Araignée (Une très-ancienne), 144. Araignées (Digestion des), 346.
- Arbre de transmission flexible, 287. Arbre donnant la gomme élastique, 14. Arc-en-ciel (Double), 555.
- Arc et les flèches en Océanie (L’), 202.
- 6* *anés. — 1" semestre.
- Archéologiques à Paris ( Découvertes), 158.
- Argent (Minéraux d’), 62.
- Arsenic (Recherche de 1’), 305.
- Arséniure métallique, 352.
- Ascensions (Histoire de mesl, 28.
- Association française pour l’avancement des sciences, 174, 367,
- Association scientifique de France (Conférences de 1’), 115, 158, 189, 238, 254, 298, 546, 415.
- Atmosphère de la planète Vénus, 1,58, 106.
- Atmosphère (Influence du sol et des forêts sur T), 159.
- Australie méridionale (Les pépinières de
- 1’), 110.
- Autriche-Hongrie (Journaux et langues de P), 158.
- Axolotl, 51.
- Azote (Liquéfaction de P), 95.
- B
- Babyloniennes (Antiquités), 78.
- Bactéries (Etude des), 270.
- Ballon captif à yupeur de H. Giffard, 295, 305, 343, 405.
- Barg (Dr Ervin von), 142.
- Baromètre (Théorie du), 367.
- Barométrique, entre stations voisines (Différence), 206.
- Barométrique (La pression), 49.
- Barrage du Furens, 54.
- Barrage-réservoir de l’Habra (Algérie), 249, 299.
- Bascule à équilibre constant, 33.
- Becquerel (A.-C.), 209.
- Beeremberg, 5,
- Belgrand, 319.
- Benzine (Denrée de la), 176.
- Bernard (Claude), 191, 210.
- Bière par la glycérine (Falsification de la), 142.
- Bismuth (Impuretés du nitrate de 271. Bois fossiles (Perforations des), 112. Bolides, 350.
- Bombyce neustrien, 320.
- Botanique (Les progrès de la), 166. Bouche des insectes (La), 83, 117.
- Boue (Volcan de), 12.
- Brochantite (Productionartificielle delà), 256.
- Bryozoaires (Les), 167.
- c
- Calédonie (Les Indigènes de la Nouvelle-), 312, 347.
- Carbures d’hydrogène dérivés de la fonte, 416.
- Caroubier (Le), 254.
- Ceratophyllum Demer.-um (Mouvements spontanés du), 60.
- Cestoïdes (Classification des), 223. Cétacés du Japon, 23.
- Champignon fossile (Un), 174. Charbonneuses (Maladies), 305.
- Chemins de fer (Accidents de), 27, 190. Chemins de fer français (L’Exploitation des), 87.
- Chemins de fer (Longueur des), 152. Chêne yeuse, 386.
- Cheval (Les Épizoïqucs du), 115.
- Chiens de chasse, 397.
- Chiens savants, 89.
- Chiffa (Algérie), 119.
- Chimique de Paris (Société), 206.
- Chine (Journaux de la), 142.
- Chine (Oiseaux de la), 19.
- Chirurgie conservatrice, 383.
- Chloral (Hydrate de), 598.
- Chlorure de soufre, 382.
- Cigarettes (Nouvelle machine à fabriquer les), 273.
- Climatologie 239.
- Colonne lumineuse observée à Lo^cl-bach (Alsace), 265.
- 27
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- 418
- INDEX ALPHABÉTIQUE.
- Colorado (Volcans de boue des déserts du), 12.
- Conductibilité électrique (Loi de la), 385. Conférences de l’Association scientifique de France; à la Sorbonne, 115, 158, 189, 238, 254, 298, 346, 415.
- Congo retrouvé (Le), 364.
- Coréens, 389.
- Couleurs (Contraste des), 335.
- Courants de la mer, 187.
- Courtilière (La), 67.
- Crania ethnica, 287 Croiseur anglais (L’Iris), 138.
- Cuivre allothropique, 416.
- Culture du quinquina dans les Indes, 0. Curare (Le),331.
- Cynocéphales (Les), 374.
- D
- Daltonisme (Le), 27, 39.
- Désinfectante (Matière), 47.
- Diamants de l’Afrique australe (Mines de), 81.
- Dissociation, 171.
- E
- Eau (Décomposition éleetrolytique de!’), 367.
- Eau de source et de rivière, 378 . Éclairage sous-marin, 351,
- Électricité, 287.
- Électricité (Lumière produite par F), 230, 289, 394.
- Électrique (Décharge), 367.
- Électrique (Pile), 90.
- Électriques, de grande tension (Effets des courants), 203.
- Électro-gravure sur verre, 79, 203. Êlectroscope (Nouvel), 503. Embryogénie, 271.
- Entomologie en Angleterre, 518. Êpizoïques du cheval (Les), 115. Erratiques (Conservation des blocs), 239. Éruption de l’Hécla, 354, 553.
- Éther (Hydrate d’), 287.
- Ethnographie des missions scientifiques (Le Muséum d’), 167, 199. Ethnographique du musée d’Artillcric (La galerie), 99, 132.
- Étoiles doubles, 351.
- Étoiles (Les), 126.
- Eucalyptus (Plantations d’), 131. Expériences de Plateau, 579.
- Explosion de la rue Béranger, 414. Exposition universelle de 1878, 366, 370, 406, 414.
- F
- Feldspath (Synthèse du), 31.
- Fer magnétique, 303.
- Fer météorique de Ste-Catherine, 79, 355.
- Feuilles (Fonction des), 95.
- Fœhn au Groenland (Le), 390.
- Forêt dans les Guyanes, 359,
- Fossile (Un champignon), 174.
- Fossiles (Perforations des bois), 112.
- Fossiles des environs de Reims (Vertébrés), 388.
- Foudre (Incendie par la), 203.
- Fromage, 62.
- Fruit (Un nouveau), 583.
- G
- Gallium (Le), 207, 239, 241, 287, 505, Gaz (Appareil pour la préparation des), 384.
- Gaz (Liquéfaction des), 15, 79, 95, 102, 113, 127, 152.
- Gaz sortant des fours industriels (Sur l’emploi des), 368.
- Gaz (Volatilisation des liquides dans les),
- 14.
- Géogiroscope gigantesque (Un), 207. Géographie (Société de), 70, 158, 550.
- Géologie de l’Uinta, 35.
- Géologie des Alpes, 552.
- Géologie expérimentale, 287, 556, 367. Géologie mécanique, 207.
- Géologie parisienne, 127.
- Géologique de France (Société), 126. Glace (Fabrication de la), 287.
- Gomme élastique (Arbre donnant la), 14.
- Gravure électrique sur verre, 203.
- Grcs armoricain de Bagnoles, 586.
- Grisou (Explosion du), 126, 378.
- H
- Halo lunaire observé le 21 novembre 1877, 38.
- Halo solaire, 599.
- Halo solaire observé à Bordeaux, 352. Hanneton foulon, 51.
- Hécla (Éruption de F), 334, 553. Helminthes, 275.
- Hôpitaux sans étages, 255.
- Horloge perpétuelle, 567.
- Hôtels de San-Francisco (Machines des), 15.
- Houillères embrasées, 206.
- Hydrogène (Liquéfaction de 1’), 95. Hydrothérapique de Gaston Bozérian (Appareil), 129.
- Hygiène des boissons alcooliques, 50. Hygiène (Congrès international' d’), 383.
- Hygiène (Société d’), 31.
- I
- Illimani (Ascension de F),71.
- Incas (Pratique agricole chez les), 239. Indiens du Rio Colorado, 96.
- Indiens Iroquois au Canada, 48. Inondations de la Loire, 54.
- Insecte (Merveilleux instinct d’un), 174.
- Insectes (Bouche des), 85, 117.
- Insectes nuisibles à l’Exposition, 251. Insolatation (Effets de F), 175, Intelligence des animaux, 89.
- Iriarléa ventru, 254.
- Irrigation (Travaux d’), 219, 290.
- J
- Japon (Cétacés du), 23.
- Japon (Volcans du), 181.
- Japonaises (Nouvelles plantes), 68.
- Jute (Tissus de), 14.
- K
- Kanguroos en Australie (Mas acsc de), 175.
- L
- Lait (Analyse du), 582.
- Lamy, 334,
- Larynx artificiel (Un), 321.
- Le Verrier, 318.
- Lévriers turcomans, 222.
- Lichens (Synthèse, des), 65. Liquéfaction des gaz, 15, 79, 95, 102, 113, 127, 152,
- Liqueur digestive, 416.
- Liquides dans les gaz ( Volatilisation des), 14.
- Littrovv (De), 94.
- Lumière électrique (Aperçu historiqu de la), 230, 289, 394.
- Lunettes ^Numérotage des), 310.
- M
- Machine rhéostatique, 13»
- Machine solaire, 554.
- Machine des hôtels de San Francisco, 15. Magnétismeterrestre (Taches solaires et), 367.
- Malaguti, 584.
- Mammouth du Muséum de Lyon, 171. Manganèse (Bronze de), 318.
- Mannite, 383.
- Marées (Utilisation des), 287.
- Marine militaire, 416,
- Marins (Expédition norvégienne pour l’élude des fonds), 3.
- Mars (Observation sur la planète), 79. Mars (Satellite de), 286,362.
- Mastic au liège, 70 Mayer, 335.
- Mer (Profondeur et température de la), 187.
- Mers anciennes (Métaux rares dans les eaux des), 588.
- Mercure (Observation de), 239.
- Mercure (Passage de), 518, 598.
- Métal (Nouveau), 367.
- Météore vu à Blawnepoor (Inde), 54. Météorique (Fer), 79, 335.
- Météorites fossiles, 207, 225.
- Météorites (Reproduction des formes extérieures des), 253.
- Météorologie des mois de novembre, décembrel877, janvier, février, mars, avril 1878, 63,127, 191, 271, 535, 599.
- Météorologie cosmique, 335. Météorologie populaire (La), 246. Météorologiques aux États-Unis (Mois', 50,98,198, 250,530,411. Météorologique de France (Société), 78, 132, 306.
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- INDEX ALPHABÉTIQUE
- 419
- Météorologique de la surface du sol (Influence), 219.
- Météorologique de Vaucluse (Commission), 86, 349.
- Météorologiques en Allemagne (Bornes), 343.
- Mexique (Ancienneté de l’homme au), 262.
- Minéralogie (Société de), 303.
- Mitrailleuses de bord (Les), 385.
- Moissonneuse liant automatiquement les gerbes, 17.
- Monnaies de l’Exposition universelle, 286.
- Monstres artificiels, 279.
- Mont-Dole (Gisement préhistorique du),
- 411.
- Morphine (Action physiologique de la), 384.
- Mouvement à grande distance (Transmission de), 342.
- Muscles des acéphales, 387.
- Musées nationaux (Nos), 178.
- Musique (Instruments de), 270.
- Myopie et presbytie, 94.
- N
- Navires du monde (Un des plus grands), 142.
- Némerles (Les), 141.
- Nickel (Carburation du), 223.
- Nitrification, 15.
- Nitroglycérine (Détermination de l’azote dans la), 130.
- Nuages (Nouvelle étude sur les), 161, 359, 391.
- O
- Pérou (Expédition scientifique française au), 71.
- Phare de Krisnha dans les Indes (Disparition du), 123,
- Phonographe (Le), 255, 257, 366, 401. Photographie solaire, Ô5, 154, 177, Photographiques (Reproductions), 270, Photomégascope, 551.
- Phylloxéra, 47, 239, 303, 335, 398. Physiologie expérimentale (Recherches de), 49.
- Physiologie végétale, 112, 139. Physique (Société française de), 81, 98, 131, 166, 222, 227, 265, 306,382. Physique solaire, 376, 352.
- Pile électrique, 31,91.
- Pile (Nouvelle), 319,370.
- Pirogue trouvée dans une station lacustre, 173.
- Planètes (Petite^), 15, 191, 239, 255, 319,535.
- Plantes japonaises (Nouvelles), 68. Plume électrique d’Édison, 324.
- Poissons (Respiration des), 535.
- Pôle Nord (Une nouvelle expédition au), 318.
- Pont de Pans (Le trentième), 550. Pouchet (Le buste de), 30.
- Presbytie, 94.
- Pression barométrique (La), 49. Profondeur de la mer, 187.
- Protozoaires (Nouveaux), 387.
- Pucerons (Générations des), 386. Pyrénées, 410.
- Q
- Quinquina dans les Indes, 6.
- Observatoire de Paris (Conseil de 1’), 350, 367.)
- Oiseaux de la Chine, 19. Oiseaux-mouches, 387.
- Opale artificielle, 30.
- Optique à Pinzgau (Phénomène), 122. Orographe, 47.
- Oursins fossiles de Mons, 386.
- Outillage industriel de la France, 110. Outremer (Constitution de 1'), 51.
- Oxyde de carbone (Empoisonnement par 1’), 319.
- Oxygène cristallisé, 112.
- Oxygène (Action physiologique de f), 223.
- Oxygène (Liquéfaction de 1’), 79, 95. Oxygène liquide (Densité de P), 111.
- V
- Paléontologie, 62, 126.
- Papillon des carottes (Le), 145. Parasitisme dans la nature, 275, 506. Paratonnerres à pointes multiples, 163. Paris (Toilette de), 231.
- Pédale magique, 75.
- Pendule de Léon Foucault (Expérience du), 30.
- Pépinières de l’Australie méridionale,
- 110.
- R
- Déboisements (Les), 206.
- Régnault (Victor), 210.
- Réservoir d’eau, 249, 599.
- Respiration des poissons, 335.
- Réunion (Constitution géologique de la), 207.
- Rochers sculptés du Bohuslan, 2*28. Roches (Analyse minéralogique des), 207.
- Rubis (Fabrication du), 31.
- Ruhmkorff, 79, 47.
- S
- Sable fin transpo. te par le vent (Action mécanique du), 176.
- Saccharimèlre Laurent, 219.
- Salicylique (Acide), 124.
- San Francisco (Machine des hôtels de), 15.
- Secchi(le P.), 256.
- Seiches des laes, 147, 179, 259.
- Singe nouveau (Un), 78.
- Singes de la Chiffa (Une visite aux),
- 119.
- Siréniens fossiles, 588.
- Sirocco de l’Amérique du Nord, 579. Société chimique de Paris, 206.
- Soc été de géographie, 70, 158, 350.
- Société de minéralogie, 303.
- Société française de physique, 91, 98, 131,166, 222, 227, 265, 306,382.
- Société géologique de France, 126.
- Société météorologique de France, 78, 132, 306.
- Sociétés savantes des départements à la Sorbonne, 578, 386, 411.
- Solaire (Constitution de la surface), 154, 177, 223.
- Solaire (Emploi de la chaleur), 581.
- Solaire en Algérie (Mesure de la chaleur', 380.
- Soleil (Puissance magnétique du), 303.
- Sols volcaniques (Fertilité des', 126.
- Son (Harmonies du), 270.
- Sonnerie électrique pour les établissements industriels, 257.
- Spectre solaire, 335.
- Stanley en Afrique (Découvertes de), 193.
- Suc gastrique (Composition du), 255.
- Sudorifiques (glandes), 416.
- T
- Taches solaires et magnétisme terrestre, 367.
- Tannin dans l’analyse des eaux (Emploi du), 94.
- Télégraphe (Nouveau), 519.
- Téléphone, 15, 112, ICO, 223, 242, 271, 304,337, 355, 567,371,381,382, 390-416.
- Telluriques (Courants), 584
- Température de la mer, 187.
- Température souterraine, 415.
- Tempête des 28 et 29 mars en Angleterre, 298.
- Terrain tertiaire d’Auvergne, 48. .
- Tertiaire ( Périodes végétales de l’épo* que), 42, 170, 186, 259, 282, 291.
- Thermo-chimie, 47.
- Thermomètre enregistreur (Nouveau), 140.
- Tissus de jute, 14.
- Tongaris (Nouvelle-Zélande), (Ascension du), 286.
- Torpilles aux États-Unis, 78,
- Torpilles (Bateaux porte-), 412.
- Torpilles russes, 302.
- Tramways à traction mécanique de la ville de San Francisco, 93.
- Trcmblementde terre aux États-Unis, 47.
- Tremblements de terre en France, en Angleterre et en Italie, 162, 318,414.
- Tremblements de terre (Importance de Télude des), 202.
- Tremblements de terre et seiches, 239
- Trichinoscopie, 158.
- Tridymite artificiel, 584.
- U
- Uinta (Géologie de F), 35.
- Y
- Yache à courtes cornes, 109.
- Végétale (La vie), 251.
- Végétales de l’époque tertiaire (Pci iodeé)
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- 420
- INDEX ALPHABÉTIQUE.
- 42, 470, 486, 259, 282, 291.
- Ventoux (Mont), 281.
- Vénus (Atmosphère delà planète), 4, 58, 406.
- Ver à soie (Graine de), 458.
- Vers à soie (Éclosion hâtive des œufs de), 588.
- Vers intestinaux, 275.
- Verre trempé, 87.
- Viande fraîche en Amérique (Commerce de), 150.
- Victoria regia, 251.
- Vins (Altérations ou maladies), 554. Volatilisation des liquides dans les gaz, 14.
- Volcaniques (Fertilité des sols), 126. Volcan aux États-Unis (Unnouveau), 145. Volcans de boue, 12.
- Volcans du Japon, 181.
- Voyage autour du monde, 554.
- w
- Wagons à voiles aux États-Unis, 569.
- Z
- Zoologie (Éléments de), 155
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-
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- LISTE DES AUTEURS
- PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE
- Bâclé (L.).— Nouvelle pédale pour la transmission du mouvement dans les tours et les machines à coudre (Pédale magique de M. Bourdin), 75.— Arbre de transmission flexible de Stow et Burnliam, 287.— Appareil Orsat pour le dosage des gaz dans les fours de métallurgie, 514.
- Bf.i.l (A. “Graham). — Histoire du téléphone racontée par son inventeur, 557, 555.
- Bertillon (J.).— Le musée de l’Ecole d’anthropologie, 59.
- Bertrand (Georges). — Le Daltonisme et les accidents de chemins de fer, 27. — Le Daltonisme et les accidents en mer, 39.
- Blanchère (II. de la).— Les chiens de chasse. Terriers. Dandie-Dinmouts, 397.
- Bi.erzy (H.). — Les mines de diamants de l’Afrique australe, 81. — La toilette de Paris, 251.
- Boissay (Ch.). — Conférences de l’Association scientifique de France à la Sorbonne, 115, 258, 25 5, 298, 546, 415. — Chronique de l’Exposition, 570, 406,414.
- Bonnier (Gaston). — La synthèse des lichens, 65,— Seizième réunion des Sociétés sa vantes des départements à la Sorbonne, 578.
- Bordier (Dr A.). — La galerie ethnographique du musée d’artillerie, 99, 133.
- Boutin. — Des altérations ou maladies des vins et de leur traitement, 354.
- Breguet (A.). — Aperçu historique sur la lumière produite par l’électricité, 250, 289, 394.
- Cadiat. — Transmission de mouvement à grande distance au moyen d’un courant électrique, 342.
- Carrière (E. A.). — Deux nouvelles plantes japonaises rustiques, 68.
- Chantre (E.).— Le Mammouth du Muséum de Lyon, 171.
- Coli.ado» (D.). — Pirogue trouvée dans une station lacustre du lac de Genève, 175.
- Cortambert (Richard).— Le Congo retrouvé, à propos de l’exploration de M. Stanley cri Afrique, 364.
- Crevaux (Dr J.). — La forêt dans les Guyanes, 359.
- Duval (E.).— Récentes observations de la planète Mars, 79.
- Émery (IL). — La vie végétale. Victoria regia. Iriarléa ventru, 251.
- Flammarion (C.).— L’atmosphère de la planète Vénus, 1,58, 106. — Un géogiroscope gigantesque, 207.
- FoREL(DrF. A.).— Seiches et tremblements de terre, 259.
- Fol'I.is (D.l.— Un larynx artificiel, 521.
- Fron (E,). — Météorologie des mois de novembre, décembre 1877, janvier, février, mars, avril 1878, 63, 127, 191,271, 335, 399.
- Gariel [C. M.).— Les paratonnerres à pointes à conducteurs et à raccordements terrestres multiples. Description détaillée des paratonnerres établis sur l’Hôtel de ville de Bruxelles, 163.
- — Le numérotage des lunettes, 310.
- Gervais (Paul). — Les Cétacés du Japon, 23.
- Gicqüel des Touches. — L’Iris, croiseur anglais, 138.
- Girard (Ch.).— Acide salieylique, 125.
- Girard (Maurice). — Le hanneton foulon, 31. — La courlilièrc, 67. — Les perforations des bois fossiles, 112. — Les épi-zoïques du cheval, 115. — Une très-ancienne araignée, 144.
- — Le papillon des carottes, 145. — Les Bryozoaires, 167,
- — Le couvain des abeilles, 235. — Les monstres artificiels, 279. — Le Bombyce neustrien. 320. — Le curare, 531.— La digestion des araignées, 346. — Réunion des sociétés savantes des départements à la Sorbonne. — Sciences natu relies, 386, 410.
- Grad (Ch.). — Le barrage du Furens et les inondations de la Loire, 54. — Une visite aux singes de la Chiffa (Algérie), 119. — Travaux d’irrigations et réservoirs d’eau de l’Algérie. Barrage-réservoir de l’Habra, 249, 299.
- Guillemin (Amédée). — Les satellites de Mars et l’hypothèsede La place, 362.
- Hamy (E. T.). — Les volcans de boue du désert du Colorado, 13. — Les rochers sculptés du Bohüslan, 228. — L’ancienneté de l’homme au Mexique, 262.
- Hélène (Maxime). — Les seiches des lacs d’après les recherches de M. le docteur F. A. Forel, 147,179. — La météorologie populaire, 256.
- Janssen (J.).— Sur la constitution de la surface solaire et sur la photographie envisagée comme moyen de découverte en astronomie physique, 154, 177.
- Joly (D' N.).— Le parasitisme dans la nature et spécialement chez les Helminthes ou vers intestinaux, 275,306.
- Landrin (E.). — La culture du quinquina dans les Indes, 6.
- Lemercier Mousseaux. — Sur les tramways à traction mécanique de la ville de San Francisco, 92.
- Maget (DrG.).~- Les volcans du Japon, 181. — Sur quelques Coréens venus en ambassade à Nagasaki, 589.
- Mangon (Hervé).— Commerce de viande fraîche en Amérique, 150.
- Marcel (G,).— Les grandes découvertes de Stanley en Afrique, 193.
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- 422
- LISTE DES AUTEURS PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE.
- Margollé (E.), — Commission météorologique du département de Vaucluse. Compte rendu de l’année 1876. — Le mont Ventoux, 281.
- Méo (Cii.). — Halo lunaire observé le 21 novembre 1877, 38.
- Meunier (Stanislas). — Académie des sciences. Compte rendu des séances hebdomadaires, 14, 50, 47, 62, 79, 95, 111, 126, 144, 159, 176, 191,206, 223,239, 255, 270, 287,303, 319, 335, 351, 367, 383, 398, 416.
- La Géologie de l’Uinta, 35. — Éléments de Zoologie par M. Paul Gervaîs, 155. — Météorites fossiles, 225.
- Moitx (II.). — L’expédition norvégienne pour l’étude des fonds marins, 3.
- Money (N.). — Météore vu à Blawnepoor (Inde), 34.
- Moureaux (Th.). — Mois météorologique aux États-Unis, octobre, novembre, décembrel877, janvier, février, mars 1878, 50, 98, 198, 250, 330, 411.
- Nadeaud (Dr J.). — L’arc et les flèches en Océanie, 202.
- Niaudet (A.). — Le phonographe d’Édison, 257. — La plume électrique d’Édison, 524,
- Nicols (A.). — Avantages réels et supposés des plantationsd’Eu-calyplus, 131.
- Nolet (P.). — Histoire du transport de l’aiguille de Cléopâtre, 326.
- Normand (Ch.). — Les bornes météorologiques en Allemagne, 543.
- Oustalet (E.). — Les enchaînements du monde animal d’après le livre récent de M. A. Gaudry, 214, 243, 266. — Les Cynocéphales, 374.
- Pelletas (Dr J.). — La bouche des insectes, 83, 117.
- Pékigxon. — Note sur les diverses machines des hôtels de San Francisco, 15.
- Planté (Gaston). — Machine rliéostalique, 13.
- H... (L.).— Les mitrailleuses de bord, système Gatling, 585.— Les bateaux porte-torpilles, 312.
- Roché (Dr L.). — Note météorologique sur l’incendie par la foudre du clocher de Toucy (Yonne), 203.
- Rodieh (E.). — Sur les mouvements spontanés d’une plante aquatique submergée, le Ceralophyllum demersum, 60. — Halo solaire observé à Bordeaux le 4 avril 1878.
- Rossi (M. E. de). — Importance de l’étude des tremblements de terre, 202.
- Sapouta (comte G. de). — Les périodes végétales de l’époque tertiaire, 42, 170, 186, 259, 282, 291.
- Saugr et Ador. — Détermination de l’azote dans la nitroglycérine, 130.
- Sauvage (E.). — L’axolotl, 51.
- Serph (A.). — Les indigènes de la Nouvelle-Calédonie et les ressources de la colonie, 312, 347.
- Stanley (IL). — Le continent africain, 139.
- Tissandier (Gaston). — Histoire de mes ascensions. Récit de vingt-quatre voyages aériens, 28. — Bascule à équilibre constant, 33. — La pression barométrique, recherches de physiologie expérimentale par Paul Bert, 49. — Expédition scientifique française au Pérou et en Bolivie. Ascension de l’Illimani, l’une des plus hautes montagnes du monde, par M. Wiener, 71. — L’exploitation des chemins de fer français, 87. — La liquéfaction des gaz. Expériences de M. Cail-letet; expériences de M. Raoul Pictct, 102, 113, 152. — Nouveau thermomètre enregistreur, 140. — Nouvelle étude sur les nuages, 161,359, 391. — Les tremblements de terre des 26 et 28 janvier 1878 en France, en Angleterre et en Espagne, 163.—Suite des recherches de M. Gaston Planté sur les effets de courants électriques de grande tension. Lumière électrosilicique, gravure électrique sur verre, 203. — Météorites fossiles, 225. — Extraction du Gallium, 241. — Le. grand ballon captif à vapeur de M. II. Giffard, 295,305,345, 405. — La récente éruption de l’Hécla, 553.
- Trouvé (G.). — Téléphone de M. Trouvé, 504.
- Vion (R.). — Les insectes nuisibles et l’exposition, 251.
- Zurcher (F.). — Phénomène optique observé à Pinzgau, 122. — Influence météorologique de la surface du sol, 219. — Le fœhn au Groenland, 590.
- Z. [Dr). — Les oiseaux de la Chine, 19. — De l’intelligence dcianimaux. Les chiens savants, 89. — Appareil hydrothérapique de M. Gaston Bozérian, 129.
- Articles non signés. — Moissonneuse liant automatiquement les gerbes, 17, — Les Indiens Iroquois au Canada, 48. — Assemblée générale de la Société de géographie, 70. — Verre trempé, 87. — Société française de physique, 91,98,
- 131, 166, 222, 227, 265, 306. — Les Indiens du Rio Colorado, 96. — II. D. Ruhmkorl'f, 97. — Remarquable vache à courtes cornes, 109. — La disparition du phare deKrisnha dans les Indes, 123. — Société météorologique de France,
- 132, 306. — Longueur des chemins de fer, 132. — Le téléphone de M. Gruham Bell, 160. — Les progrès de la botanique, 166. — Le muséum d’Etnograpbie des missions scientifiques, 167, 199. — Action mécanique du sable fin transporté par le vent, 176. — Nos musées nationaux, 178. — La profondeur, la température et les courants de la mer, 187. — Nécrologie. Becquerel, 209; Victor Régnault, 210; Claude Bernard, 210. — Le nouveau saccharimètre ou pola-rimètre Laurent, 219. — Chronique du téléphone, 225,242, 371. — Sur une nouvelle disposition de sonnerie électrique pour les établissements industriels, 237. — Le P. Seechi, 256. — Colonne lumineuse observée à Logelbach (Alsace), 265. — La nouvelle machine à fabriquer les cigarettes, 273. — La tempête des 28 et 29 mars en Angleterre, 298. — Sur l’emploi des gaz sortant des fours industriels par M. Cailletet, 568. — Les wagons à voiles aux États-Unis, 369. — Appareil pour la préparai ion des gaz, 384. — Le phonographe et l’aérophone, 401.
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- 4
- TABLE DES MATIÈRES
- K, B. Les articles de la Chronique, imprimés dans ce volume en petits caractères, sont indiqués
- dans notre table en lettres italiques.
- Astronomie.
- L’atmosphère de la planète Vénus (G. Flammarion). 1, 58, Récentes observations de la planète Mars (E. Duval). . Sur la constitution de la surface solaire et sur la photographie considérée comme moyen de découverte en
- astronomie physique. (J. .Ianssen)..........154,
- Un géogiroscope gigantesque (C. Flammarion)........
- Les satellites de Mars (A. Guillemin)..............
- Petites planètes........... 15, 191, 259, 255, 519,
- Photographie solaire.................................
- Les étoiles..........................................
- Physique solaire................................Il*’,
- Constitution du soleil...............................
- Observation de Mercure...........................
- Les deux Satellites de Mars..........................
- Puissance calorifique du soleil. ...............305,
- Le passage de Mercure. 6 mai 1878 Les étoiles doubles.................
- Physique.
- Machine rhéostatique (Gaston Planté).................
- Bascule à équilibre constant (G. Tissandier)..........
- La pile électrique...............................
- Société française de physique, 91, 98, 131, 166, 222, 227, Nouveau thermomètre enregistreur (G. Tissandier). . .
- Le téléphone deM. GrahamBell.........................
- Les paratonnerres à pointes, à conducteurs et à raccordements terrestres multiples. Description détaillée des paratonnerres établis sur l’Hôtel de ville de Bruxelles
- (C. M. Gariel).....................................
- Suite des recherches de M. Gaston Planté snr les effets des courants électriques de grande tension. Lumière
- électrosilicique; gravure électrique sur verre
- (G. Tissandier)................................
- Le nouveau saccharimètre ou polarimètre Laurent. . .
- Chronique du téléphone........................ 225. 242,
- Aperçu historique sur la lumière produite par l’électricité (A. Bregdet).......................... 230, 289,
- Sur une nouvelle disposition de sonnerie électrique pour
- les établissements industriels.....................
- Le phonographe d’Édison (A. Niaudet).................
- Téléphone de M. Trouvé (G. Trouvé)...................
- Le numérotage des lunettes (C. M. Gariel).......... .
- La plume électrique d’Édison (A. Niaudet). . . 1 . . . L’histoire du téléphone racontée par son inventeur (Gr.
- Bell). ...................................... 337,
- Le phonographe et l’aérophone.—Une visite àM. Édison.
- Volatilisation des liquides dans les gaz.............
- Téléphone..............................15, 112, 231,
- Liquéfaction des gaz.................................
- Électro-gravure sur verre ...........................
- 106
- 76
- 177
- 207
- 362
- 355
- 85
- 126
- 352
- 223
- 239
- 286
- 396
- 318
- 351
- 13
- 33
- 90
- 205
- 140
- 160
- 165
- 203
- 219
- 371
- 594
- 237
- 257
- 304
- 310
- 324
- 355
- 401
- 14 398
- 15
- 79
- Phonographe......................................... 155
- Reproductions photographiques.........................270
- Les harmonies du son et les instruments de musique. 270
- Nouvelle pile. ...............................319, 370
- Électricité......................................... 287
- Fer magnétique........................................305
- Nouvel électroscope............................... 303 _
- Nouveau télégraphe.................................. 319
- Contraste des couleurs............................... 335 —
- Spectre solaire.......................................335
- Machine solaire..................................... 351
- Ije phonographe d’Édison au boulevard des Capucines, 366 Perfectionnement au téléphone. . . . 367, 381,398, 416
- Horloge perpétuelle. .................................367
- Décharge électrique...................................367
- Décomposition électrolytique de l’eau.................367
- Perfectionnement des expériences de Plateau. ... 378 Emploi du téléphone à l’Observatoire du Puy-de-Dôme. 382 Lois de la conductibilité électrique. ................383
- Chimie.
- Verre trempé......................................... 87
- La liquéfaction des gaz. Expériences de M. Cailletet. Ex-périencesde M. Raoul Pictet (G. Tissandier). 102, 113, 152 Acide salicylique (Ch. Girard). ... i ...... . 124
- Détermination de l’azote dans la nitroglycérine (A. Sauer
- et E. àdor).........................................150
- Extraction du gallium (G. Tissandier).................241
- Appareil Orsat pour le dosage des gaz dans les fours de
- métallurgie (L. Bâclé)..............................314
- Sur l’emploi des gaz sortant des fours industriels par
- M. Cailletet........................................368
- Appareil pour la préparation des gaz. ........ 384
- Nitrification......................................... 15
- Opale artificielle.................................... 30
- Constitution de l’outremer. ......................... 31
- Propriété de l’acide borique.......................... 31
- Synthèse du feldspath................................. 31
- Fabrication du rubis................................. 31
- Thermo-chimie....................................... 47
- Matière désinfectante................................ 47
- Minéraux d’argent.................................. 62
- .4 propos du fromage.................................. 62
- Liquéfaction de l’oxygène............................ 79
- Emploi du tannin dans l’analyse des eaux. .... 94
- Liquéfaction de l'oxygène, de l’air, de l’azote, de l’hydrogène ............................................ 95
- L’acide sulfurique................................ 111
- Densité de l'oxygène liquide ........... 111
- Oxygène cristallisé........................ . . . 112
- Liquéfaction et solidification de l’hydrogène. . . . 127
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- 424
- TADLE DES MATIÈRES.
- Solidification de l’air atmosphérique..............
- Falsification de la bière par la glycérine.........
- Réactif pour l'alcool..............................
- Denrée de la benzine...............................
- Dissociation.......................................
- Dosage de l'acide borique..........................
- Le gallium, ................................... 207,
- Carburation du nickel..............................
- Production artificielle de la brochantilc..........
- Impuretés de l’ammoniaque..........................
- Impuretés du nitrate de bismuth....................
- Fabrication de la glace............................
- Gallium............................................
- Hydrate d’éther f..................................
- Mannite. . . ......................................
- Recherche de l’arsenic.............................
- Le bronze de manganèse.............................
- Arséniure métallique...............................
- Nouveau métal......................................
- Analyse du lait....................................
- Dissociation du chlorure de soufre.................
- Tridymite artificielle.............................
- Hydrate de chloral.................................
- Explosion de la rue Béranger. .......................
- Cuivre allothropique...............................
- Carbures d’hydrogène dérivés de la fonte...........
- Météorologie. — Géologie. — Physique du globe.
- L’expédition norvégienne pour l’étude des fonds marins (II. Mous)....................................
- Les volcans de boue du désert de Colorado (E. T. Hamy).
- Météore vu à Blawnepoor (Inde) (M Money)...........
- La géologie de l’Uinta (Stanislas Meunier).........
- Halo lunaire observé le 21 novembre 1877 (Ch. Méo) . . Mois météorologiques auxÉtats-Unis, octobre, novembre, décembre 1877, janvier, février, mars, (Ch.Moureaux).
- 50, 98, 198, 250, 530, Météorologie des mois de novembre, décembre, janvier, février, mars, avril 1878 (E. Fron), 65, 127, 191,
- 271, 335,
- Les mines de diamants de l’Afrique australe (H Blerzy). Commission météorologique de Vaucluse. Compte rendu
- de 1876 (E. Margollé).......................86,
- Les perforations des bois fossiles. (M. G.)........
- Phénomène optique observé à Pinzgau (F. Zurciier) . . .
- Société météorologique de France...................
- Les seiches des lacs, d’après les recherches deM. le docteur F. A. Forel (Max, Hélène).................147,
- Nouvelle étude sur les nuages (G. Tissandier). 161, 359, Les tremblements de terre des 26 et 28 janvier 1878, en France, en Angleterre et en Espagne (G. Tissandier). Action mécanique du sable fin transporté par le vent. . . Les volcans du Japon (Dr G. Maoet) ........
- La profondeur, la température et les courants de la mer. Incendie par la foudre du clocher de Toucy (Yonne)
- (Dr L. Roché)...................................
- Influence météorologique de la surface du sol (F. Zur-
- cher). ........ ................................
- Météorites fossiles (S. Mednier et G. Tissandier). . 207,
- Les rochers sculptés de Bohuslan (E. T. Hamy)......
- Météorologie populaire (la)........................
- Colonne lumineuse observée à Logelbach (Alsace). . .
- Le mont Ventoux (E. Margollé)......................
- La tempête des 28 et 29 mars en Angleterre. ....
- Les bornes météorologiques en Allemagne...............
- Halo solaire observé à Bordeaux le 4 avril 1878 (E. Ro-
- DIEIt). . ......................................
- La récente éruption de l’IIécla en Islande. Février, mars
- 1878 (G. Tissandier)............................
- Le fœhn au Groenland (F. Zürcher)..................
- Tremblement de terre aux États-Unis............47
- Terrain tertiaire d’Auvergne.......................
- Le fer météorique de Sainte-Catherine..............
- Paléontologie parisienne..............
- 127
- 142
- 175
- 176 176 191 503 225 256 270 270 287 287 287 303 503 518 552 367 582 582 584 398
- 414
- 415 410
- 3
- 12
- 54
- 35
- 38
- 411
- 399
- 81
- 518
- 112
- 122
- 152
- 179
- 391
- 162
- 176
- 181
- 187
- 203
- 219
- 225
- 228
- 246
- 265
- 281
- 298
- 543
- 353
- 590
- 415
- 48
- 79
- 126
- Géologie expérimentale...............................127
- Un nouveau volcan aux États-Unis.....................113
- Influence du sol et des forêts sur l’aimosphèt e. . . 159
- Différences barométriques entre stations voisines. . . 206
- Géologie mécanique................................. 206
- Analyse minéralogique des roches.................... 207
- Constitution géologique de l’ile de la Réunion. . . . 207
- Reproduction artificielle des formes extérieures des
- météorites....................................... 223
- Climatologie........................................259
- Conservation des blocs erratiques...................239
- Ascension du Tongariro (Nouvelle-Zélande)...........286
- Géologie expérimentale.................. 281, 535, > 367
- Tremblement de terre en Italie......................518
- Éruption de l’IIécla................................351
- Double arc-en-ciel.................................
- Physique du globe .................................
- Météorologie cosmique..............................
- Origine du fer météorique de Sainte-Catherine. . . Sur trois bolides observes en janvier cl février 1878.
- Géologie des Alpes.................................
- Théorie du baromètre...............................
- Taches solaires et magnétisme terrestre............
- Mode d’observation des moyennes températures d'une
- région..........................................
- Etudes sur les grands mouvements de Vatmosphère et
- les phénomènes de Sirocco.................
- Mesure de la chaleur solaire en Algérie............
- Absorption par l'atmosphère des forces contenues dans
- la lumière envoyée par le soleil................
- Courants telluriques...............................
- Métaux rares dans les eaux des mers anciennes et
- actuelles.................................
- Grandes et petites Pyrénées et terrain Garumnien. Structure des massifs centraux des Alpes occidentales Température souterraine ...................
- 335
- 555
- 335
- 535
- 550
- 552
- 367
- 567
- 579
- 379
- 380
- 382
- 593
- 388
- 410
- 411 416
- Sciences naturelles. — Zoologie. — Botanique.
- Paléontologie.
- La culture du quinquina dans les Indes (E. Landuin) . G
- Les oiseaux delà Chine (Dr Z.). , ...................... 19
- Les cétacés du Japon (Paul Gervais)................ 23
- Le hanneton foulon (Maurice Girard)............ 51
- Les périodes végétales de l’Europe tertiaire (Comte G.
- deSaporta)................. 42, 170, 186, 259, 282, 291
- L’axolotl (E. Sauvage)................................... 51
- Sur les mouvements spontanés d’une plante aquatique submergée le Ceratophyllum Demcrsum (E. Rodier). 60
- La synthèse des lichens (Gaston Bonnier)............. 65
- La Courtilière (M. Girard)............................... 67
- Dcuxnouvellcsplantes japonaisesrustiques (E. Carrière). 68
- La bouche des insectes (L)r J. Pelletan)........83, 117
- De l’intelligence des animaux. Chiens savants_(Dr Z.) . . 89
- Les perforations des bois fossiles (M. G.) . .........112
- Les épizo'iques du cheval (M. Girard)................115
- Une visite aux singes de la Chilfa (Algérie) (Ch. Grad). 119
- Une très-ancienne araignée (M. G.).......................144
- Le papillon des carottes (M. Girard)..................145
- Éléments de zoologie par M. Paul Gervais (8. Meunier). 155
- Les progrès delà botanique...............................166
- Les bryozoaires (M. G.)..................................167
- Le Mammouth du muséum de Lyon (E. Chantre) ... 171
- Les enchaînements du monde animal d’après le livre récent de M. A. Gaudry (E. Oustalet) . . . 214, 243, 266
- Le couvain des abeilles (M. Girard)............ 520
- Les insectes nuisibles et l’exposition (R. Yion'i .... 251
- La vie végétale. Victoria regia. Iriartéa ventru (H. Émery). 251
- Le Bombyce neustrien (M. Girard) . ...................520
- La digestion des araignées (M. G.).......................346
- Les chiens de chasse. Terriers. Dandie-Dinmouts (11. de
- la Blanchère)............................... 597
- Recherches dans l’isthme de Darien de l’arbre donnant la gomme élastique. ......................... 14
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-
-
-
- TABLE DES MATIÈRES,
- 4*25
- Paléontologie..................................... 62
- Sur un alias miocène des environs de Rambouillet. . 63
- Un singe nouveau.................................... 78
- Fonctions des feuilles. . . . r..................... 6o
- Nouvel anthropomorphe................................1H
- Physiologie végétale. . ................» . 112, 239
- Les Némertes..................
- Merveilleux instinct d’un insecte,
- Un champignon fossile........
- Lévriers turcomans............
- Classification des Cestoïdes..........................223
- Le Caroubier..........................................254
- Animaux féroces dans les Indes........................255
- L'entomologie en Angleterre...........................518
- Respiration des poissons. ............................355
- Le nouveau bois de chêne yeuse.................». 586
- Le grès armoricain de Bagnoles et ses fossiles . . . 386
- Oursins fossiles de Mons..............................586
- La génération des pucerons............................886
- Nouveaux protozoaires.................................387
- Les oiseaux-mouches. . ...............................387
- Acariens, parasites de parasites......................587
- Sur les muscles des acéphales.........................387
- Un Sirénien fossile...................................388
- Vertébrés fossiles des environs de Reims..............588
- Changements orographiques du nord de la France . . 410
- Anthropologie. — Sciences préhistoriques.
- Le musée de l’école d’anthropologie (J. Bertillon) . . 59
- La galerie ethnographique du musée d’artillerie (Doe-
- Le muséum d'ethnographie des missions scientifiques,
- 167, 199
- Pirogue Irouvée dans une station lacustre du lac de
- Genève (D. Colladon) ... 173
- L’ancienneté de l’homme au Mexique (E. T. IIaîiy) . . 262
- Les indigènes de la Nouvelle-Calédonie (A. Serph) . . . 312
- Sur quelques Coréens venus en ambassade à Nagasaki
- (D1' Magbtj.........................................589
- Ouverture des cours d'anthropologie.................... 14
- Antiquités babyloniennes............................... 78
- Découvertes archéologiques à Paris.....................158
- L’arc et les flèches en Océanie........................202
- Crania ethnica....................................... . 287
- Géographie. — Voyages d’exploration.
- Les Indiens Iroquois au Canada......................... 48
- Assemblée générale de la Société de géographie (décembre 1877)........................................_ . 70
- Expédition scientifique française au Pérou et en Bolivie. Ascension de l’Illimani, l’une des plus hautes montagnes du monde, par M. Wiener (G. Tissandier). ... 71
- Le continent africain. Paroles prononcées à la Société de
- géographie de Marseille (H. Stanley)................139
- Les grandes découvertes de Stanley en Afrique (G. Marcel)...................................................193
- Les indigènes de la Nouvelle-Calédonie et les ressources
- de la colonie (A. Serph)......................512, 347
- La foret dans les Guyanes (Dr J. Crevaur) . ..... 359
- Le Congo retrouvé, à propos de l’exploration de M. Stanley en Afrique (R. Cortambert).........................56i
- Afrique centrale....................................... 95
- Exploration allemande en Afrique.......................142
- Un nouveau volcan aux Etats-Unis.......................143
- Une nouvelle expédition au pôle Nord................. 518
- Voyage autour du monde.................................354
- . Mécanique. — Art de l’ingénieur. Arts industriels.
- Note sur les diverses machines des hôtels de San Francisco
- (Pérignon)............................................ 15
- Le daltonisme et les accidents de chemins de fer (Georges
- Bertrand). . ..................... 27
- Le barrage du Furens et les inondations de la Loire (Ch.
- Gradj. ............................................ 54
- Nouvelle pédale pour la transmission du mouvement dans les tours et les machines à coudre (Pédale magique de M. Bourdin) (L. Bâclé).......................... 73
- L’exploitation des chemins de fer français (G, Tissandier). 87 Sur les tramways à traction mécanique de la ville deSan
- Francisco (Lemercier Mousseaux)....................... 92
- La disparition du phare de Krisnha dans les Indes. . 123
- Longueur des chemins de fer............................132
- La toilette de Paris (H. Blerzy).........................231
- Travaux d’irrigations et réservoirs d’eau de l’Algérie. Barrage-réservoir de l’IIabra (Ch. Grad) .... 249, 299
- La nouvelle machine à fabriquer les cigarettes.........273
- Arbre de transmission flexible de Stow et Burnham
- (L. Bâclé)........................................... 287
- Histoire du transport de l’aiguille de Cléopâtre (P. Nol-
- let)..................................................326
- Transmission de mouvement à grande distance au moyen
- d’un courant électrique (Cadiat)......................342
- Les wagons à voiles aux États-Unis................... . 569
- Tissus de jute....................................... 14
- L’expérience du pendule de IJon Foucault............... 30
- Orographe.............................................. 47
- Mastic au liège pour les surfaces métalliques. ... 78
- L’outillage industriel de la France....................110
- Explosion du grisou....................................126
- Houillères embrasées...................................206
- Utilisation des marées.................................287
- Le trentième pont de Paris.............................350
- Éclairage sous-marin...................................551
- Moyen proposé pour prévenir les explosions du grisou. 578
- Physiologie. — Médecine. — Hygiène.
- Le Daltonisme ; les accidents de chemins de fer et les
- accidents en mer (Georges Bertrand)................27, 39
- La pression barométrique. Recherches de physiologie expérimentale par Paul Bert (Gaston Tissandier). ... 49
- Appareil hydrothérapique de M. Gaston Bozérian (Dr Z.) 129 Le parasitisme dans la nature et spécialement chez les helminthes ou vers intestinaux ( Dr N. Jolt, de
- Toulouse)..................................... 275, 306
- Les monstres artificiels (M. Girard). .................279
- Un larynx artificiel (David Foulis)....................521
- Le Curare (M. Girard)..................................331
- Anatomie............................................... 15
- Considérations sur l'hygiène des boissons alcooliques. 50
- La Société d’hygiène................................... 30
- L’alcool et la dépravation............................. 62
- La myopie et la presbytie............................. 94
- Baby Shon............................................ 94
- La trichinoscopie......................................158
- Des effets de Vinsolation..............................175
- Action physiologique de l'oxygène......................225
- Composition du suc gastrique.......................... 255
- Hôpitaux sans étages...................................255
- Influence des travaux de M. Pasteur sur les progrès
- de la chirurgie.....................................256
- Étude des bactéries....................................270
- Embryogénie............................................271
- Maladies charbonneuses.................................303
- Empoisonnement par l'oxyde de carbone..................319
- Photomégascopc........................................ 551
- Composition des eaux de source et de rivière d'Ille-
- et-Vilaine......................................... 378
- Chirurgie conservatrice. . . ,.........................383
- Action physiologique de la morphine................... 384
- Liqueur digestive......................................415
- Élude expérimentale anesthésique.......................416
- Action du système nerveux sur les glandes sudorifiques 416
- Agriculture.
- Moissonneuse liant automatiquement les gerbes. . . 17
- Remarquable vache à courtes cornes. ........ 109
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-
-
-
- 426
- TABLE DES MATIÈRES
- Avantages réels et supposés des plantations d’Eucalyptus
- (A.Nicols)........................................131
- Commerce de viande fraîche en Amérique (Hervé Mangon) 150 Des altérations ou maladies des vins et de leur traitement (Boutin)........................................ 354
- Phylloxéra.......................................47, 259
- Les pépinières de VAustralie méridionale.............HO
- Fertilité des sols volcaniques....................... 129
- La graine de ver à soie............................... 159
- Les reboisements . ....................................206
- Le concours agricole au palais de l'Industrie. . . . 222
- Pratique agricole chez les Incas.....................239
- Un nouveau fruit.......................................383
- Éclosion hâtive des œufs de vers à soie. . , . . . . 388 Remède antiphylloxérique...............................398
- Art militaire. — Marine.
- L’Iris, croiseur anglais (Gicquel des Touches).........138
- Les mitrailleuses de bord, système Gatling (L. R.) . . . 385
- Les bateaux porte-torpilles (L. R.)...................... 412
- Les torpilles aux États-Unis. ........................... 78
- Torpilles russes. ....................................... 303
- Marine militaire..........................................416
- Assemblée générale de la Société de Géographie (décembre 1877).......................................... 71
- Société française de physique. 91, 98, 131, 222 , 227,
- 265, 303, 382
- Conférences de l’Association scientifique de France à la Sorbonne (Ch. Boissay.). 115, 158, 189, 238, 254,
- 298, 346 415
- Société géologique de France. . . .................126
- Société météorologique de France..................132
- Société de géographie de Paris................. 158, 550
- Seizième réunion annuelle des Sociétés savantes des départements à la Sorbonne (sciences physiques et naturelles) (G. Bonnier et M. Girard) . . . 378, 386, 410
- L’Exposition universelle de 1878 (Ch. Boissay)....406
- Société météorologique de France............... 78, 306
- Association française pour l'avancement dessciences,
- 174, 367
- Chaire de physique au Muséum......................191
- Société chimique de Paris.........................206
- Société de minéralogie............................303
- Le nouveau conseil de l’Observatoire de Paris. . 350, 367 L’ouverture de l'Exposition universelle de 1878. 366, 3'0
- Variétés. — Généralités. — Statistique.
- Aéronautique.
- Histoire de mes ascensions. Récit de vingt-quatre voyages aériens (G. Tissa'dier)....................• 28
- Nouvelle étude sur les nuages (G. Tissandier) 161, 359, 391 Legrand ballon captif à vapeur de M. Henri Giffard
- (G. Tissandier)............ 295, r>05, o43, 405
- Récits aéronautiques. ... ...................... 47
- Aéronautique. . ........................... . . 174
- Longueur des chemins de fer........................132
- Nos musées nationaux......................... . 178
- Un des plus grands navires du monde.............142
- Les journaux de la Chine...........................142
- Les journaux et les langues de VAutriche-Hongrie. 158
- Massacre de kanguroos en Australie.................174
- Accident de chemin de fer aux États-Unis...........190
- Les monnaies de l'Exposition universelle. ..... 287
- Notices nécrologiques. — Histoire de la science.
- Ruhmkorff.................................79, 97
- De Littrow..................................... 91
- Docteur Ervin von Barg .............. 142
- Claude Bernard. . ....................191, 210
- A. C. Becquerel................................209
- Victor .Régnault............................. 210
- Le P.' Secchi................................ 256
- Le buste de Félix Pouchct.................... 50
- Livivéposthumes........................ .... 271
- Statue dç Le Verrier, ....................... 318
- Belgrand,.................................... 319
- Lamy, y . j, ..................................534
- R. MayéÉ. y~...................................335
- Malaguti . .................................. 384
- Sociétés savantes. — Congrès et associations scientifiques, — Expositions.
- Académie des Sciences. Séances hebdomadaires (Sta-
- nislas Meunier) . 15, 31, 47, 62, 79, 95, 111, 126,
- 444, 159, 176, 191, '.06, 223, 239, 255, 270, 287,
- ... . 303, 319, 335, 551, 366, 383, 398, 416
- Bibliographie.
- Bibliographie........ 11, 95, 99, 126, 143,255,394, 416
- Les enchaînements du monde animal dans les temps géologiques. Mammifères tertiaires, par Albert Gaudry. . 95
- La poudre à canon et les nouveaux explosifs, par Max
- Hélène............................................ 95
- Des effets de la fécondation croisée et directe dans le
- règne végétal, par Ch. Darwin.....................126
- La Grèce et l’Orient en Provence, par Ch. Lenthéric. . 143
- L’année scientifique, par L. Figuier.................223
- Correspondance.
- Lettre de M. Ly-Chao-Pée............... 143
- Lettre de M. E. Rodier...............................143
- Lettre de M. H. Masson.............................144
- L’arc et les flèches en Océanie (Dr J. Nadeaud, Dr A.
- Bordier).........................................202
- Importance de Vctude des tremblements de terre
- (M. E. de Rossi).............................. 202, 282
- Seiches et tremblements de teri'e (Dr F. A. Forel). . 239
- Halo solaire observé à Bordeaux le 4 avril 1878
- (E. Rodier)......................................352
- Observation d’un halo solaire (Paul Heit)..........599
- ;v:L
- %
- 3r,
- FIN DES l’ABLES,
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- ERRATA
- Page 106, col. 1, ligne 8. — Au lieu de : a, G, rn, g, il faut : a, b, ni.
- Page 287, col. 1, ligne 57. — Au lieu de : falsification de la glace, il faut: fabrication delà glace. Page 280, transposer à la ligure 7 la légende de la ligure 8 et réciproquement.
- UORDBIti, TYP. ET 8Tïn. CBiri.
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